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L'architecture de paix et de sécurité du Tchad : une analyse des alliances diplomatiques et sécuritaires entre le Tchad et ses voisins

Dougri Sourtouin

Abstract

Cet article analyse l’architecture de paix et de sécurité du Tchad à travers ses alliances diplomatiques et sécuritaires avec ses voisins. Dans un contexte régional marqué par l’instabilité, le Tchad joue un rôle stratégique en participant à des dispositifs bilatéraux et multilatéraux visant à contenir les menaces transfrontalières telles que le terrorisme, les conflits armés et les trafics illicites. A partir d’une approche qualitative fondée sur l’analyse documentaire et des études comparatives de cas, l’article met en lumière les dynamiques, les limites et les effets de ces alliances sur la stabilité du pays. L’étude montre que malgré des avancées ponctuelles, ces dispositifs souffrent d’un manqué de coordination, de vision commune et d’inclusion des acteurs locaux. Sur le plan épistémologique, cette réflexion contribue à renouveler les études sur la sécurité régionale en Afrique en articulant les dimensions diplomatiques, policières et communautaires. Elle ouvre enfin le débat sur les conditions d’une souveraineté coopérative et d’une paix durable dans l’espace sahélien. Mots-clés : Paix, Sécurité, Diplomatie, Alliances, Tchad

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Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) ISSN: 2958-8413 Vol. 3, No. 6, Novembre 2025 This is an open access article under the CC BY-NC-ND license. http://www.revue-irs.com 6544 L’architecture de paix et de sécurité du Tchad : une analyse des alliances diplomatiques et sécuritaires entre le Tchad et ses voisins Dougri Sourtouin Doctorant en Histoire à l’Université de Douala-Cameroun Résumé : Cet article analyse l’architecture de paix et de sécurité du Tchad à travers ses alliances diplomatiques et sécuritaires avec ses voisins. Dans un contexte régional marqué par l’instabilité, le Tchad joue un rôle stratégique en participant à des dispositifs bilatéraux et multilatéraux visant à contenir les menaces transfrontalières telles que le terrorisme, les conflits armés et les trafics illicites. A partir d’une approche qualitative fondée sur l’analyse documentaire et des études comparatives de cas, l’article met en lumière les dynamiques, les limites et les effets de ces alliances sur la stabilité du pays. L’étude montre que malgré des avancées ponctuelles, ces dispositifs souffrent d’un manqué de coordination, de vision commune et d’inclusion des acteurs locaux. Sur le plan épistémologique, cette réflexion contribue à renouveler les études sur la sécurité régionale en Afrique en articulant les dimensions diplomatiques, policières et communautaires. Elle ouvre enfin le débat sur les conditions d’une souveraineté coopérative et d’une paix durable dans l’espace sahélien. Mots-clés : Paix, Sécurité, Diplomatie, Alliances, Tchad Abstract: This article examines Chad’s peace and security architecture through its diplomatic and security alliances with neighboring states. In a region marked by instability, Chad plays a strategic role by engaging in bilateral and multilateral frameworks aimed at curbing transnational threats such as terrorism, armed conflicts and illicits trafficking. Using a qualitative approach based on document analysis and comparative case studies, the article highlights the dynamics, limitations and impacts of these alliances on national stability. It finds that despite occasional progress, these mechanisms suffer from weak coordination, lack of shared vision and limited inclusion of local actors. From an epistemological standpoint, this reflection contributes to reshaping regional security studies in Africa by integrating diplomatic, policing and community dimensions. Finally, it opens the debate on the conditions for cooperative sovereignty and sustainable peace in the Sahel region. Keywords: Peace, Security, Diplomacy, Alliances, Chad Digital Object Identifier (DOI): https://doi.org/10.5281/zenodo.17641534 Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6545 1 Introduction Depuis plusieurs décennies, le Tchad occupe une position géostratégique centrale dans la région du Sahel, confrontée à des défis sécuritaires majeurs tels que le terrorisme, les conflits transfrontaliers et l’instabilité politique. Face à la recrudescence des attaques des groupes armés comme Boko Haram et à la fragilité des Etats voisins, le Tchad a intensifié ses efforts diplomatiques et sécuritaires pour construire une architecture régionale de paix et de sécurité centrée sur sa protection. Cette dynamique s’est accélérée notamment après la révision de ses relations avec la France et le recentrage vers des partenariats régionaux plus autonomes et pragmatiques. La question de la paix et de la sécurité au Tchad, dans son environnement sahélien a suscité une abondante production scientique de la quelle se dégage trois principales tendances. La première tendance est celle des travaux qui mettent en évidence la montée des alliances régionales de sécurité (Touré, 2024 ; Gnanguenon, 2021 et D’Auzon, 2024). Ces travaux convergent sur l’idée que le Tchad est un acteur pivot dans les dispositifs régionaux, mais divergent sur l’efficacité réelle de ces alliances, souvent fragilisées par des intérêts nationaux divergents. La deuxième tendance est celle des travaux portés sur la critique des partenariats asymétriques avec les puissances occidentales. Une littérature s’est développée autour des coopérations sécuritaires avec la France et les Etats (Timbuktu Institute, 2025 ; Fondation Friedrich Ebert Stiftung, 2023 et Topana, 2021). Leurs analyses mettent en évidence une crise de légitimité des partenariats occidentaux, souvent perçus comme néocoloniaux ou inefficaces. La troisième tendance des travaux traite de l’émergence des approches endogènes de la sécurité (Niang, 2023 et Institut Géopolitique Horizons, 2025). Ces travaux défendent une vision panafricaine de la sécurité fondée sur la souveraineté, la participation communautaire et la coordination régionale. Toute cette littérature converge sur la nécessité d’une architecture de paix et de sécurité plus cohérente et inclusive. Toutefois, elle reste fragmentée étant donné que peu de travaux articulent les dimensions diplomatiques et policières dans une perspective intégrée, et encore moins analysent le rôle spécifique du Tchad comme catalyseur régional. Il s’agit d’une lacune que le présent article, sans aucune prétention ambitionne de combler. Le Tchad est confronté à une instabilité chronique, alimentée par des conflis internes, des tensions ethno-politiques et des menaces transfrontalières telles que le terrorisme et le trafic d’armes. Malgré cette vulnérabilité, le pays joue un rôle central dans les dispositifs régionaux de sécurité notamment au sein de la Force Multinationale Mixte (FMM) ; du G5 Sahel jusqu’à sa suspension et dans des coopérations bilatérales avec ses voisins que sont le Nigéria, le Cameroun, la République Centrafricaine et le Soudan. Ces alliances ont permi des avancées ponctuelles, mais la paix durable reste un objectif lointain, entravé par les rivalités géopolitiques, des asymétries de pouvoir et une faible coordination stratégique. Au regard des trois courants majeurs qui émergent de la littérature scientifique sur la sécurité au Sahel et dans le bassin du Lac Tchad, se pose le problème de l’efficacité réelle des alliances diplomatiques conclues entre le Tchad et les Etats voisins dans la construction d’une paix pérenne dans ce pays. Dès lors, comment comprendre les dynamiques, les limites et les effets de ces alliances sur la stabilité du pays et de la région ? Ce problème souleve des enjeux de coordination, de souveraineté, d’efficacité opérationnelle et de légitimité des dispositifs sécuritaires qui méritent une analyse approfondie. Cette analyse s’appuie sur deux outils théoriques complémentaires à savoir la théorie des régimes internationaux qui permet de comprendre les mécanismes de coopération entre Etats et la théorie de la sécurité Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6546 humaine qui élargit la notion de sécurité au-delà des enjeux militaires pour inclure les dimensions sociales, économiques et politiques. L’approche méthodologique adoptée dans cet article repose sur une demarche qualitative, exploratoire et analytique visant à comprendre les dynamiques complexes de coopération diplomatique et sécuritaire autour du Tchad. Elle s’inscrit dans une approche interprétative, fondée sur une posture constructiviste. Elle considère que les alliances diplomatiques et sécuritaires ne sont pas des objets fixes, mais des constructions sociales et politiques évolutives, façonnées par les interactions entre acteurs étatiques, institutions régionales et partenaires internationaux. La réflexion mobilise une analyse documentaire croisée, combinée à une étude de cas comparative. Cette double méthode permet d’examnier les textes officiels (accords bilatéraux, communiqués diplomatiques, résolutions régionales, rapports d’organisations internationales) et de confronter les discours institutionnels aux réalités opérationnelles dans plusieurs contextes frontaliers. Les données mobilisées proviennent de trois catégories principales à savoir : des sources primaires, des sources secondaires et des sources empiriques. Les sources primaires sont constituées d’accords bilatéraux, de protocoles de coopération, de déclarations officielles et de rapports institutionnels. Les sources secondaires sont composées d’articles scientifiques, d’ouvrages, de rapports d’instituts de recherche et de travaux académiques. Les source empiriques sont constituées d’entretiens semi-directifs réalisés avec des diplomates, des officiers de police, des chercheurs et des membres d’organisations non gouvernementales opérant dans la région. La réflexion s’articule en deux principales parties. La première partie traite du renforcement des relations diplomatiques du Tchad avec ses voisins comme moyen de préservation de la stabilité au plan interne. La deuxième partie porte sur la coopération mixte de sécurité entre le Tchad et ses voisins. 2 Le renforcement des relations diplomatiques comme moyen des autorités tchadiennes de préservation de la stabilité interne Depuis très longtemps, le rapprochement entre les peuples constituait l’une des stratégies pour régler les problèmes (conflits) auxquels ils faisaient face. Avec l’avènement des États modernes, ce rapprochement est toujours d’actualité et utilisé comme mécanisme par lequel ces États entendent maintenir un climat de paix interne. Ainsi, les autorités tchadiennes, confrontées de manière régulière aux problèmes de l’instabilité interne ont trouvé le rapprochement diplomatique entre l’État tchadien et certains États comme un moyen par lequel elles peuvent juguler la crise interne. Ainsi, nous analysons cette action de ces autorités à l’aune du renforcement des liens diplomatiques de l’État tchadien avec les pays africains. 2.1. Le renforcement des liens diplomatiques entre le Tchad et les États voisins (Libye et Soudan) La recherche de la stabilité et la paix au pays de Tomaï fut une action extérieure orientée vers les pays voisins. La Libye et le Soudan du fait de leur soutien aux mouvements armés qui alimentent les crises tchadiennes furent les principaux pays parternaires. 2.1.1. Le rapprochement tchado-libyen comme un outil des autorités tchadiennes pour préserver de la paix interne Conscient de la complexité des conflits armés dûe à l’imbrication des facteurs internes et externes (soutien de la Libye) aux groupes armés, les autorités de Ndjamena ont orienté une de leurs actions extérieures Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6547 en direction du renforcement des liens diplomatiques avec la Libye. Dès 1969, le premier président tchadien, François Tombalbaye, mesurant l’impact que représente le soutien libyen aux factions rebelles (Frolinat) sources de la crise interne au Tchad, adopte une politique étrangère dont une grande partie de ses actions est orientée vers son voisin du Nord. Cette date marque le début de la politique arabe de François Tombalbaye. Le 23 décembre 1972, ce dernier s’est rendu pour une visite à Tripoli. Cette visite intervient un mois après la rupture des relations diplomatiques entre le Tchad et Israël (c’est sous la pression du colonel Mouamar Kadhafi et du roi de l’Arabie Saoudite) et avoir reconnu le mouvement de la libération de la Palestine (Otayer, 1986 ). Au cours de cette visite du président tchadien à Tripoli, un traité d’amitié a été signé avec son homologue libyen, le colonel Kadhafi en vue de renforcer les liens entre leurs États respectifs. Lors de cette visite, le guide libyen déclara en présence de son homologue tchadien François Tombalbaye que : « la Libye déclare être prête à remettre au Tchad tout ce qui reste du Frolinat » (Lemoine, 1997 :53). Cette déclaration était donc en droite ligne avec les objectifs de la politique menait le président Tombalbaye dont l’objectif était de couper les soutiens du Frolinat. En plus de cette visite de Tombalbaye à tripoli, plusieurs autres voyages diplomatiques ont été effectués en Iran et Arabie Saoudite en avril 1973. En retour de ce déplacement en Libye, Le colonel Kadhafi s’est rendu à son tour au Tchad le 5 mars 1974 en vue de consolider les liens entre ses deux voisins (Brichase, 2008 :93). Cette politique de rapprochement s’est poursuivie avec le CSM. En effet, quelques mois après le coup d’État d’avril 1975, le président du CSM, Félix Malloum s’engage à renouer les relations diplomatiques entre le Tchad et la Libye qui s’étaient détériorées quelques temps avant la mort du président Ngarta Tombalbaye en 1975. C’est ainsi que le 29 juillet 1975 le président du conseil supérieur militaire (CSM), Félix Malloum à la tête d’une délégation s’est rendu dans la capitale libyenne, Tripoli en vue d’une normalisation de leurs liens rompus quelques années auparavant. Cette action de renforcement des liens de bon voisinage entre le Tchad et la Libye s’est accentué avec l’arrivée au pouvoir de Goukouni Oueddei à la tête du Tchad, les liens avec son voisin du nord se renforcèrent de plus en plus. Ce rapprochement entre ces deux États s’est concrétisé par un traité d’amitié qui fut signé en mi-juin par le président du GUNT Goukouni et le colonel Kadhafi dont l’objectif fut de renouer des liens diplomatiques et la coopération entre la République du Tchad et Jamahariya arabe libyenne. C’est ainsi qu’à la base de cet accord, le président GUNT, Goukouni Oueddei demande de l’aide à la Libye afin de combattre la rébellion des FAN dirigées par Hissène Habré et restaurer la stabilité et l’intégrité du territoire tchadien (Bulhasen, 2008 :97). La demande de Goukouni trouva un écho favorable auprès de son homologue libyen et s’est traduite en octobre 1980 par l’envoi d’une force libyenne au Tchad afin de mener des actions de stabilisation aux côtés des forces gouvernementales (Lemoine, 1997 :53). De son côté, le régime d’Hissène Habré trouva également le renforcement des rapports entre son pays et celui de Khadafi un outil par lequel il entend promouvoir la stabilité interne. En effet, de 1982 à 1990, la recherche de la paix au Tchad, pousse les autorités (président) à consacrer une partie de ses actions de la politique à l’étranger afin de stabiliser ces contacts diplomatiques avec les autorités de tripoli par la résolution du conflit territorial dont les conséquences sont fortement ressenties sur la paix. Durant cette période, la première tentative a eu lieu à Bamako. Au cours cette rencontre, le président tchadien, Hissène Habré et son homologue libyen se sont retrouvés dans la capitale malienne en vue de trouver une solution au conflit frontière qui les oppose depuis des années. Les négociations ont été menées par ces chefs d’État et sous les auspices du président Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6548 malien, Moussa Traoré et avec le soutien de Chaldien Bend Jedid et le président Oumar Bongo du Gabon (Moussa N’dor Koi, 1989 :2) . Celles-ci n’ont eu aucun résultat positif. (L’échec de ces négociations est dû à l’intransigeance du colonel Kadhafi qui a orienté plutôt le débat sur la présence militaire française au Tchad que de discuter le problème crucial (conflit sur la bande d’Aouzou). Les négociations se sont poursuivies entre les deux dirigeants dans la capitale algérienne. En effet, malgré l’intransigeance du leader libyen à conclure l’accord au sommet de Bamako au Mali, le président tchadien multiplia les actions auprès de son homologue libyen. Il envoya une délégation auprès de ce dernier en vue de parvenir à une normalisation des rapports entre les deux États frères. Cette délégation tchadienne était composée des hautes personnalités en l’occurrence de Korom Ahmed, ministre délégué à la présidence chargé de l’inspection générale et du contrôle de l’État et Mahamat Fadil, conseiller technique à la présidence. Ces deux émissaires se sont rendus en Libye et firent porter au guide libyen le message du président Hissène Habré. Ces actes menés dans le cadre de la réconciliation tchado-libyenne ont contribué au processus des négociations qui ont abouti à la signature de l’accord d’Alger en 1984. Cet accord intervient à la suite de la médiation menée par les milliardaires algériens qui a permis aux dirigeants libyen et tchadien de signer un accord dans le cadre de la résolution du conflit transfrontalier qui les oppose depuis plusieurs années. Malheureusement, le président Habré ne parvient véritablement pas à sceller la réconciliation entre son pays et la Libye. En effet, en 1990, il est évincé du pouvoir par un coup d’État par le MPS dirigé par Idriss Deby qui lui succède à la tête du Tchad. Avec l’arrivé d’Idriss Deby à la magistrature suprême du Tchad, des actions similaires furent effectuées par celui en vue de renouer les relations tchado-libyennes en résolvant définitivement le problème lié à la bande d’Aouzou. Les relations entre le Tchad et la Libye retrouvent véritablement leur flambeau à partir de 1994. Le renouvellement des contacts tchado-libyens intervient avec l’accord de règlement rendu par le CIJ et la rétrocession de la bande d’Aouzou comme faisant partie du territoire tchadien. À partir de cette date, les relations entre le Tchad et son voisin du nord (Libye) ont pris des nouvelles formes fondées sur le respect de l’intégrité du territoire et la non-ingérence dans les affaires intérieures des États ainsi que la promotion des relations de bon voisinage. Bien que les autorités (dirigeants) tchadiennes ont déployé des multiples actions envers la Libye, dans l’objectif de juguler les crises tchadiennes mais celle-ci ne fut le seul État, le rapprochement avec le Soudan a constitué aussi un acte salvateur pour résoudre les conflits qui déstabilisent l’État tchadien. 2.1.2. Le renforcement des liens diplomatiques entre le Tchad et le Soudan : un outil au service de la restauration de la stabilité et de la paix interne au Tchad. Depuis 1966, conscient de l’enjeu que représente la présence du Soudan dans les affaires tchadiennes, les autorités de Ndjamena ont compris la nécessité d’orienter une partie importante des actions de leur politique étrangère vers leur voisin de l’Est, le Soudan. C’est ainsi que plusieurs actions de renforcement des liens avec le Soudan ont été déployées par les différents régimes qui se sont succédés au Tchad. Le premier acte de ce genre a été entrepris par le premier président tchadien, François Tombalbaye. C’est à partir de 1971 que les autorités mènent des actions relatives à la consolidation les liens entre les deux pays voisins. En effet, depuis la naissance du mouvement de rébellion tchadienne (Frolinat) à Nyala région du Darfour au Soudan, les relations entre le Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6549 Tchad et son voisin de l’est sont entrées dans une « période d’hibernation ». Il a fallu un changement à la tête du Soudan avec l’arrivée de EL-Nimeiry au pouvoir par un coup d’État. Dès son arrivée à la tête du Soudan, ce dernier tente de redonner un nouveau visage aux relations tchado-soudanais fondées sur une diplomatie apaisée (Mahamat, 2020 :227). En prônant la politique de bon voisinage avec le Tchad fondée sur la base de non-ingérence dans les affaires intérieures des États (Mahamat, 2020 :228). C’est dans cette optique de renforcer les contacts diplomatiques, le président soudanais EL-Nimeiry effectua du 20 au 23 février une visite au Tchad afin de normaliser les relations entre ces deux pays voisins. À l’issue de cette visite du président soudanais au Tchad, plusieurs accords ont été conclus parmi lesquels : le respect des principes d’égalité, de la souveraineté des États et la non-ingérence dans les affaires intérieures respectives. Un an après la visite du président EL-Nimeiry au Tchad, son homologue tchadien qui s’est rendu à son retour au Soudan pour une visite de cinq jours notamment du 08 au 13 février 1972. La visite du président Tombalbaye au Soudan apporte un « vent nouveau » dans le processus de normalisation des relations tchadosoudanaises et porta un coup fatal au Frolinat qui s’est vu interdire toutes ses activités par les autorités de Khartoum à partir et/ou sur l’étendue du territoire soudanais. Avec la fin du régime du Tombalbaye et la prise du pouvoir par les militaires en 1975, les autorités de Ndjamena ne manquèrent de porter une attention particulière à l’évolution de leurs rapports avec le Soudan. C’est le cas par exemple le président du GUNT, Goukouni Oueddeï. Conscient du soutien que le Soudan apporte aux FAN de Hissène Habré, ce dernier s’est engagé à redonner un nouveau souffle aux relations entre les deux États voisins (Agence Tchadienne de Presse n°409, 1982 :5). C’est dans cette optique que Goukouni Oueddeï, président du GUNT, à la tête d’une délégation, s’est rendu pour une visite au Soudan. Il s’est fait accompaner par des hautes autorités en l’occurrence de Acyl Ahmat Agacha, ministre des affaires étrangères et du Dr Delwa Kassiré Coumakoy Nouradine lui aussi ministre de la justice du Tchad(Agence Tchadienne de Presse n°409, 1982 :5). Au cours de cette visite, les deux chefs d’État ont abordé diverses questions et dans plusieurs aspects de leurs relations notamment la stabilité et la paix dans leurs pays respectifs. La déclaration du président soudanais en ces termes : « le Soudan qui a une expérience amère de la guerre civile peut bien apprécier les circonstances que passe le Tchad dans sa reconstruction » témoigne de cette volonté de contribuer à la pacification de son voisin de l’ouest. En plus, il réitère son soutien au GUNT et au peuple tchadien à la quête de l’unité, de la paix, de la stabilité, du progrès et du bien-être ( Agence Tchadienne de Presse n°409, 1982 :4). Les actions engagées par le président du GUNT Goukouni Oueddeï, en vue de renforcer les liens diplomatiques tchado-soudanais n’ont pas pu aboutir car, il fut chassé du pouvoir par le mouvement (FAN) dirigé par Hissène Habré en 1982. Dès la prise du pouvoir, le nouvel homme fort du Tchad s’est engagé dans une recherche de rapprochement avec les autorités de Khartoum. Afin de consolider son pouvoir et la stabilité, le président Habré s’est lancé dans une politique de renforcement des relations bilatérales avec le Soudan. Celle-ci s’est traduite par les visites des autorités tchadiennes au Soudan. À titre d’exemple, après sa visite au Qatar, le président Hissène fit un escale dans la capitale soudanaise qui lui a permis de rencontrer son homologue EL-Nimeiry. Au cours de cette visite, ce dernier déclare en ces termes « Dieu merci, nous avons pu mettre un terme à la situation anormale qui prévalait » (Agence Tchadienne de Presse n°409, 1982 :6). Cette déclaration témoigne de la volonté des autorités tchadiennes et soudanaises de renouer au cycle intermittent de leurs relations qui ont un impact Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6550 considérable et nefaste sur la politique intérieure de leurs pays. Mais, faut-il le rappeler qu’avec le changement à la tête du Soudan en 1985 avec comme président Oumar EL-Béchir mettant fin au règne de EL-Nimeiry, les relations entre le Tchad et le Soudan connaissent une nouvelle crise jusqu’à la chute d’Hissène Habré par un coup d’État et la prise du pouvoir par Idriss Deby, leader du MPS en décembre 1990. Dès son accession à la magistrature suprême d’Idriss Deby jusqu’en 1990, les relations tchadosoudanaises connaissent une nouvelle ère en cette période par des nombreux échanges diplomatiques et plusieurs accords. En effet, dès l’arrivée au pouvoir d’Idriss Deby avec le soutien de la Libye et du Soudan, les autorités tchadiennes et soudanaises n’ont pas tardé à retrouver les pistes de normalisation des échanges entre les deux pays voisins. Cette nouvelle impulsion diplomatique a pris son envol avec l’arrivée d’une délégation soudanaise au Tchad après quelques jours de la prise du pouvoir par les éléments du MPS avec comme chef Idriss Deby. Pour exprimer sa solidarité aux nouvelles autorités qui venaient de prendre le pouvoir, celles de Khartoum envoyèrent une délégation à Ndjamena à la tête de laquelle se trouvait Ali Mahamat Sahaloul, ministre des affaires étrangères du Soudan (Mahamat, 2011 :69). L’arrivée de cette délégation soudainaise au pays de Toumaï redonne la confiance à ces nouveaux dirigeants du Tchad et réactiver les contacts diplomatiques entre les États frères dégradés quelques années auparavant. C’est ainsi que dès février 1991 eut lieu une rencontre interministérielle entre le Tchad et le Soudan. L’objectif de cette rencontre était la consolidation des relations de bon voisinage et la non-ingérence dans les affaires intérieures de leurs pays respectifs (Le progrès, n°1004, 2002 :4). Cette rencontre interministérielle de ces deux États est ensuite suivie par un déploiement d’une délégation tchadienne dans la capitale soudanaise, dans la même année. Celle-ci était composée par plusieurs autorités tchadiennes notamment les ministres des affaires étrangères, de défense, de l’intérieur, des travaux publics et du transport. L’année 1992 fut aussi marquée par quelques échanges diplomatiques entre les deux États. Ces contacts se caractérisent par le déplacement qu’a effectué le président Idriss Deby à Khartoum à la tête d’une délégation tchadienne. Bien que cette visite ait pour objet d’assister à la sortie des élèves militaires formés à l’école militaire du Soudan, celle-ci a été aussi l’occasion pour les autorités tchadiennes et soudanaises d’aborder d’autres questions que cette sortie des élèves militaires. Outre cette visite, une autre s’en est suivie. Toujours, la même année, une délégation tchadienne composée de plusieurs ministres tchadiens en l’occurrence de Jean Bawogeu Alingué, premier ministre, Ahmat Hassabalah, ministre de l’intérieur, Mahamat Saleh Ahmat, ministre des affaires étrangères et le chef d’État-major de l’armée tchadienne, s’est rendu à Khartoum au Soudan (Djako Mahamat, 1997 :276 ). Au cours de cette visite, les échanges entre les deux délégations soudanaise et tchadienne ont porté sur plusieurs enjeux et dans divers domaines. L’un des points fondamentaux de ces discutions s’est rapporté à la sécurité de leurs frontières communes (Mahamat, 2001 :189). En outre, de 1993 à 2010, plusieurs autres visites des hautes autorités tchadiennes ont été effectuées au Soudan. Parmi lesquelles, la visite du chef d’État-major de l’armée tchadienne, le colonel Mahamat Darfa et celle du président Idriss Deby Itno au Soudan. En effet, en 1993, en vue de solliciter le soutien technique des autorités de Khartoum pour le compte l’armée tchadienne, le colonel Mahamat Darfa s’est donc rendu dans la capitale soudanaise. Pour ce qui est de la visite du président Idriss Deby en 2010 au Soudan celle-ci fut effectuée dans le cadre de renforcement et de normalisation des relations tchado-soudanaises qui furent autrefois brouillées Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6551 par le conflit depuis 2003 et caractérisées par les groupes interposés. Ces visites des autorités furent également accompagnées de plusieurs accords notamment politico-sécuritaires. La période de 1993 à 2010, fut caractérisée par une multitude d’accords conclus entre les autorités de ces deux pays. Dès 1994, la recherche de la stabilité inter et intra-étatique amène les dirigeants du Tchad et du Soudan à se rapprocher l’un de l’autre. C’est ainsi le 28 novembre 1994, un accord fut signé à EL-Geneina au Soudan par une commission composée des tchadiens et soudanais. L’objectif de cet accord était la délimitation de la frontière qui sépare leurs deux pays. Le mois suivant, notamment le 29 décembre de cette même année, le Tchad et le Soudan signent un accord à Khor-Baranga une localité à l’Ouest du Darfour (Soudan). Cet accord s’inscrit en droit ligne que le précédent (28 novembre 1994) (Le progrès, n°1004, 2002 :4). L’année 2002 a été aussi une période d’intenses négociations entre les autorités tchadiennes et soudanaises dans l’optique de renforcement de leurs relations. En janvier 2002, les négociations entre le Tchad et le Soudan ont conduit à un accord qui fut signé par Mahamat Saleh Ahmat. (Secrétaire général à la présidence à cette époque) représentant la partie tchadienne et Ibrahim Ahmat Oumar (lui aussi secrétaire général du congrès national du Soudan) représentant celle du Soudan (Le progrès, n°1004, 2002 :5). Outre cet accord de janvier 2002, un autre a eu lieu le 20 mai de la même année. Celui-ci avait pour objectif de donner un nouvel élan aux relations entre les deux États pouvant garantir le bien-être de leurs peuples. Cet accord avait aussi pour but la création d’une commission dénommée la haute commission tchado-soudanaise. L’accord de Ndjamena de 2010 s’inscrit dans cette même lancée. En effet, dans leur détermination ou leur volonté d’enterrer la hache de guerre, les dirigeants tchadiens et soudanais ont initié une série de rencontres bilatérales de négociations qui ont abouti à la signature d’un accord. La rencontre s’est tenue le 10 octobre 2009 à Ndjamena et une deuxième eut lieu le 24 décembre de la même année à Khartoum. Ensuite, les négociations entre le Tchad et le Soudan se sont poursuivies le 08 janvier 2010 dans la capitale tchadienne, Ndjamena et au cours de laquelle les deux parties réitèrent leur engagement de la mise en application des mesures prises en vue de mettre fin à toutes actions subversives de ces derniers. Cette série de négociations bilatérales entre les deux États a conduit à la signature de cet accord de Ndjamena sur la normalisation des relations. Cet accord a été conclu et signé par le docteur Ghazi Salahadine Atabani, conseiller spécial du président Oumar El-Béchir, en charge du dossier du Darfour et chef de la délégation soudanaise et par Moussa Faki Mahamat, ministre des affaires étrangères et chefs de la partie tchadienne. Cet accord fut assorti d’un protocole additionnel de sécurisation des frontières (Archives du MAE, 2010 :1-2). Les dispositions de l’article 1 et 2 de cet accord stipulent que les parties tchadienne et soudanaise doivent mettre en œuvre toutes les mesures prises mettant fin à toute présence, à tout soutien et à toutes actions hostiles des groupes rebelles contre l’un et l’autre. L’article 3 et 4 font mention à la mise en place et de déploiement d’une force mixte conjointe de la sécurisation de leur frontière (Archives du MAE, 2010 :1) et s’assurer qu’aucune activité hostile ne soit menée contre l’un ou l’autre des deux États à partir de leur territoire respectif (Archives du MAE, 2010 :2). Quant aux dispositions de l’article 6 du présent accord, les deux parties doivent encourager les groupes armés hostiles à accepter les appels à la paix de leur gouvernement respectif, à défaut, ils feront l’objet de désarmement et de neutralisation. Les groupes neutralisés ont le choix soit de rentrer dans leur pays d’origine soit de résider dans le pays d’accueil en qualité de réfugié sur la base d’une liste de Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6552 nomination agrée entre le Soudan et le Tchad. n’as pas été seulement l’œuvre de plusieurs autres acteurs ont participé de manière significative à l’accalmie de ces États frères. 2.2 La consolidation des liens diplomatiques avec les États extra-africains : une stratégie des autorités tchadiennes pour le maintien de la paix au Tchad La recherche de la stabilité et la paix interne n’a laissé le choix aux autorités tchadiennes d’orienter une partie des actions de sa politique étrangère hors des frontières africaines. En effet, compte tenu de certaines influences extérieures dans les conflits tchadiens autres que celles venues de certains États africains, les dirigeants qui se sont succédés à la tête du Tchad ont jugé important de développer une stratégie de consolidation des liens diplomatiques avec certains pays non-africains. Dans ce cadre, nous présentons le cas des relations diplomatiques entre le Tchad et la France ainsi qu’avec la Chine. La recherche de la stabilité et de la paix interne, dans les armées 2000, a conduit le gouvernement tchadien a un rapprochement avec le géant asiatique en l’occurrence la Chine. En effet, les relations diplomatiques entre le Tchad et la Chine scellées en 1972 sont entrées en 1996 dans une période d’hibernation. Cette rupture intervient à la suite de la reconnaissance de Taïwan par le Tchad et des liens diplomatiques noués par ces deux États (le Tchad était l’un des pays africains à reconnaître l’ancienne île de Formose (Taïwan) considéré par la Chine comme une province renégate. En réponse à cette politique tchadienne orientée vers la Taïwan, la Chine interfère indirectement dans les affaires intérieures du Tchad en passant par son voisin de l’est, le Soudan pour soutenir les groupes armés hostiles au pouvoir de Ndjamena. (....) . Conscient du danger que représente l’influence de Pékin sur la politique intérieure du Tchad et son poids sur la scène internationale (le droit de véto que détient la Chine en tant que membre du conseil de sécurité de l’ONU), le gouvernement tchadien opère en 2006 , un revirement dans la politique étrangère en renouant ses liens diplomatiques avec le Chine au détriment de la Taïwan . L’enjeu de cette réorientation de la diplomatie tchadienne était de compter sur la Chine afin de faire préssion sur le pouvoir de Khartoum de cesser tout soutien armé aux rebelles tchadiens, par ailleurs soutenus et équipés paradoxalement aussi par la Chine. C’est ainsi que le Tchad et la Chine procèdent à la reprise de leurs relations le 6 août 2006 par la modification d’un accord de coopération multisectorielle. Par cet accord, la Chine se lança dans l’exploitation pétrolière, la construction des routes et d’autres infrastructures au Tchad et avait donc l’intérêt à ce que le Tchad et le Soudan règlent leurs différents à l’amiable (Large, 2008 :11-12 ; Frontier, 2009 :264). 3 La coopération mixte de sécurité transfrontalière entre le Tchad et ses voisins comme stratégie de maintien de la paix interne Devenues sources de conflits, d’instabilité et d’insécurité dans plusieurs États, les zones transfrontalières, depuis quelques années, font l’objet de plusieurs conventions bilatérales entre les États. C’est le cas du Tchad et ses voisins. En effet, certaines zones transfrontalières que ce pays partage avec ses voisins sont devenues des véritables facteurs menaçant la stabilité interne voir sous régionale du fait que ces zones sont des lieux où développent toutes les activités dangereuses : circulation des armes légères et petit calibre, trafic de drogue, zone de refuge des groupes armés et coupeurs de route dont les répercussions sont de plus en plus récurrentes et visibles sur la vie des populations civiles des pays environnants. En vue d’éradiquer ce