Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) ISSN: 2958-8413 Vol. 3, No. 6, Novembre 2025 This is an open access article under the CC BY-NC-ND license. http://www.revue-irs.com 6778 TRANSFERTS HYDRIQUES INTERBASSINS EN AFRIQUE: ENJEUX SOCIO-ÉCONOMIQUES, ENVIRONNEMENTAUX ET GÉOPOLITIQUES DU PROJET DE DÉRIVATION DES EAUX DU BASSIN DU CONGO VERS LE SAHEL ET LA SADC (SYNTHESE BIBLIOGRAPHIQUE) 1MAYALA MATSANGA Ressuscité, 1MAYALA SAKATA Patrick Institut Supérieur d’Etudes Agronomiques de Kimbau BP. 5053 Kinshasa X, Province du Kwango, République Démocratique du Congo Abstract This study analyzes the potential impacts of transferring water from the Congo Basin to the Sahel and the Southern African Development Community (SADC) regions. Using a multidisciplinary approach that combines legal, environmental, socio-economic, and geopolitical perspectives, the research reveals that while the project could enhance water security, agriculture, and regional development, it poses major ecological risks to the Congo Basin. These include alterations in hydrological regimes, biodiversity loss, and degradation of wetland forests. The study concludes that only a coordinated governance framework, comprehensive environmental assessments, and regionally integrated policies can balance development goals with ecological sustainability. Keywords: Inter-basin water transfer, Congo Basin, Sustainable development, Water governance, Geopolitical issues Résumé Cette étude analyse les impacts potentiels du projet de transfert des eaux du Bassin du Congo vers le Sahel et la SADC. À partir d’une approche pluridisciplinaire combinant analyses juridiques, environnementales, socio-économiques et géopolitiques, elle montre que si le projet pourrait améliorer la sécurité hydrique, l’agriculture et le développement économique des zones arides, il comporte des risques écologiques majeurs pour le Bassin du Congo. Ces risques concernent notamment la modification du régime hydrologique, la perte de biodiversité et la dégradation des forêts humides. L’étude conclut à la nécessité d’une gouvernance concertée, d’études d’impact approfondies et de la mise en œuvre de politiques régionales intégrées pour concilier développement et préservation environnementale. Mots clés: Transfèrement hydrique interbassins, Bassin du Congo, Développement durable, Gouvernance de l’eau, Enjeux géopolitiques Digital Object Identifier (DOI): https://doi.org/10.5281/zenodo.17688132
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6779 1. INTRODUCTION L’eau est une ressource vitale pour la survie humaine, le développement socioéconomique et la stabilité géopolitique mondiale. En Afrique, la rareté croissante de cette ressource accentue les vulnérabilités socioéconomiques et environnementales, en particulier dans les régions sahéliennes et australes, où les sécheresses récurrentes compromettent la sécurité alimentaire et la paix sociale (UNESCO, 2021). Le Bassin du Congo, deuxième plus grand bassin fluvial de la planète après l’Amazone, concentre près de 30% des ressources en eau douce de l’Afrique et joue un rôle crucial dans la régulation climatique régionale et mondiale (Nzango et al, 2018). Cependant, face aux défis hydriques du Sahel et de la SADC, plusieurs projets de transfert interbassins, dont le célèbre projet Transaqua, envisagent de détourner une partie des eaux du Bassin du Congo vers ces zones en déficit hydrique. De tels projets sont perçus par certains Etats comme une réponse durable au stress hydrique, mais ils soulèvent de nombreuses inquiétudes environnementales, socioéconomiques et géopolitiques (Lemoalle & Magrin, 2014). La gestion centrale est de savoir si le transfert des eaux du Bassin du Congo peut réellement constituer une solution durable au déficit hydrique du Sahel et de la SADC, sans compromettre l’équilibre écologique et la souveraineté des Etats riverains. En effet, si les promoteurs du projet mettent en avant des bénéfices attendus tels que la revitalisation du lac Tchad, la stabilisation de la sécurité régionale et le développement agricole, les opposants soulignent des risques d’impacts négatifs sur l’écosystème congolais, une possible déstabilisation géopolitique et des conflits d’intérêts entre Etats (Galland, 2012; Banque mondiale, 2022). Ainsi, une réflexion s’impose: Comment concilier la nécessité d’assurer l’accès à l’eau dans les régions arides avec la préservation des équilibres socio-économiques, environnementaux et géopolitiques du Bassin du Congo? Cette étude repose sur les hypothèses selon lesquelles : le transfert interbassin des eaux du Bassin du Congo vers le Sahel et la SADC pourrait améliorer l’approvisionnement en eau et soutenir le développement socioéconomique dans ces régions ; toutefois, une telle opération risquerait d’engendrer des conséquences environnementales majeures pour le Bassin du Congo, perturbant des écosystèmes aquatiques et forestiers ; enfin, ce projet pourrait accentuer les tensions géopolitiques et provoquer les conflits autour du contrôle et de l’utilisation de l’eau en Afrique centrale et au-delà . L’objectif de cette recherche est d’analyser les impacts socio-économiques et géopolitiques potentiels du transfert des eaux du Bassin du Congo vers le Sahel et la SADC. En évaluer les avantages socioéconomiques potentiels du projet pour les régions bénéficiaires; identifier les risques environnementaux et écologiques encourus par le Bassin du Congo; examiner les enjeux politiques et les risques des conflits interétatiques; proposer des pistes de gouvernance durable pour une gestion concertée des ressources hydriques transfrontalières. Sur le plan scientifique, elle contribue à l’enrichissement de la littérature sur la gouvernance de l’eau et les transferts interbassins, un champ encore peu exploré en Afrique centrale ; de manière socioéconomique, elle éclaire les décideurs sur les opportunités et les
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6780 risques liés à l’exploitation stratégique des ressources hydriques du Bassin du Congo; sur le plan politique et géopolitique, elle offre des éléments d’analyse pour anticiper les tensions potentielles et renforcer la coopération régionale autour de la gestion des ressources en eau, dans un contexte où l’ « or bleu » devient un enjeu comparable à celui de l’ « or noir » au XXe siècle (Kabasele Yenga Yenga, A.,2020). 2. MATERIELS ET METHODOLOGIE 2.1. Milieu d’étude Cette étude porte sur le bassin versant du fleuve Congo, une région qui s'étend sur un ensemble de neuf Etats. Il s'agit entre autres de l'Angola, le Burundi, le Cameroun, la République Centrafricaine, la République du Congo, la République Démocratique du Congo, le Rwanda, la Tanzanie et la Zambie. Figure 1: Réseau hydrographique du Bassin du Congo (RDC) et les autres Etats Africains riverains.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6781 Figure 2. Bassin versant de l’Oubangui et son Réseau hydrographique Source: monté par nous sur base des données recueillies 2.2. Méthodologie La réalisation de ce travail repose sur une approche pluridisciplinaire intégrant les dimensions juridiques, socioéconomiques, environnementales et géopolitiques de la problématique. Pour atteindre les objectifs fixés, plusieurs méthodes et techniques de recherche ont été mobilisées. - Méthode juridique Elle a consisté à examiner, interpréter et analyser les textes légaux et réglementaires régissant l’eau et les ressources naturelles, tant au niveau national (constitution de la RDC, loi sur l’eau, lois environnementales) qu’international (convention de 1997 sur les cours d’eau, Pacte de Paris sur le climat, etc.). Cette méthode a permis de comprendre le cadre normatif qui encadre ou limite les projets de transfert interbassins. - Méthode sociologique Cette méthode s’est reposée sur des enquêtes de terrain auprès des populations riveraines du Bassin du Congo et des zones potentiellement bénéficiaires (Sahel et SADC). Elle a permis de recueillir des données sur les représentations sociales de l’eau, les usages domestiques, agricoles et industriels, ainsi que les perceptions des impacts potentiels du projet.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6782 - Méthode descriptive Elle a consisté à décrire de manière détaillée les caractéristiques hydrologiques, socioéconomiques et environnementales du Bassin du Congo et des zones concernées par le transfert. Elle a inclus la présentation des ressources disponibles, des infrastructures hydrauliques existantes et des dynamiques démographiques et économiques. - Méthode démonstrative et analytique Cette méthode a servi à utiliser les outils scientifiques tels que le système d’information géographique(SIG) pour cartographier les ressources hydriques et modéliser les impacts potentiels du transfert d’eau. Elle a permis de visualiser la distribution spatiale des ressources, les zones vulnérables et les corridors de transfert envisagés. - Observation directe Immersion sur le terrain pour constater l’état actuel des ressources en eau et des usages locaux. - Entretiens semi-directe: réalisés auprès des acteurs institutionnels (ministères, organisations régionales comme CICOS, CBLT, SADC), des chercheurs et des populations. - Analyse documentaire: consultation de rapports scientifiques (UNESCO, Banque mondiale, IRD), articles, thèses, mémoires et publications spécialisées. - Statistiques et bases de données: exploitation des données de la FAO, de la Banque mondiale, des Nations Unies et des services nationaux de météorologie et d’hydrologie. 3. RESULTATS ET DISCUSSIONS 3.1. Avantages socio-économiques potentiels du projet pour les régions bénéficiaires (Oubangui vers le lac Tchad) • Renforcement de la sécurité hydrique et résilience climatique Un apport contrôlé d’eau vers le bassin du lac Tchad augmenterait la disponibilité en eau superficielle et souterraine pour population estimée en dizaines des millions de personnes, réduisant la vulnérabilité aux sécheresses et contribuant à l’adaptation régionale au changement climatique. Cette sécurité hydrique accrue est la condition préalable à d’autres bénéfices socioéconomiques (agriculture, élevage, industrie). (Kotto, A.2021) • Reconstitution et dynamisation de la pêche et des moyens d’existence lacustres La revitalisation du lac permettrait le rétablissement des habitats lacustres et des pêcheries artisanales, secteur clé pour la sécurité alimentaire et les revenus locaux. La pêche autour du la constitue une source de subsistance pour des millions d’habitants; un lac en meilleur état soutient donc des chaines de valeur (pêche, transformation, commerce). (CIMA International.2011) • Expansion agricole par irrigation et sécurité alimentaire La disponibilité d’un débit régulier ouvrirait d’importantes possibilités d’irrigation (cultures maraichères, riz, cultures commerciales) dans le Sahel, augmentant la production agricole, réduisant la dépendance aux pluies et améliorant la sécurité alimentaire régionale. Les
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6783 scenarios de transaqua/IBWT évoquent des superficies irrigables très importantes pouvant transformer des zones productives. (World Bank. 2021) • Production d’hydroélectricité et électrification locale Les ouvrages de transfert (barrages, stations de pompage, paliers de chute) peuvent produire de l’énergie hydroélectrique utilisée pour alimenter localement les pompages mais aussi injectée aux réseaux nationaux, soutenant l’industrialisation, l’industrie agroalimentaire et améliorant l’accès à l’électricité. Des estimations techniques (scenarios Transaqua) parlent d’un potentiel significatif d’énergie renouvelable. (Sayang, R. C. 2020). • Création d’emplois, infrastructures et corridors de développement La construction et la maintenance des canaux, barrages et voies navigables génèrent des emplois directs (construction, exploitation) et indirects (logistique, services), et peuvent stimuler la création d’infrastructures routières, portuaires et de marchés. A terme, le projet pourrait favoriser une intégration régionale commerciale le long d’un axe « fluvial-routier ». (FAO/Backgroung papers, varius) • Développement de la navigation intérieure et facilitation des échanges commerciaux Un canal /nouvel axe fluvial amélioré entre régions centrales et Sahéliennes faciliterait le commerce intra régional, réduisant coûts de transport pour produits agricoles et matériels. La navigation intérieure peut intégrer des économies locales aux marchés plus larges et dynamiser les échanges transfrontaliers. (Okeke-Ogbuafor, N. 2023). • Effets potentiels sur la paix et la sécurité (stabilité régionale) En rétablissant moyens de subsistance (pêche, agriculture) et en créant emplois/infrastructures, le projet peut contribuer à réduire certaines causes structurelles d’instabilité (pauvreté, compétition pour les ressources). Plusieurs acteurs et décideurs régionaux présentent le projet comme un « projet de paix » pour la zone du lac Tchad. Cependant cet effet positif n’est pas automatique et dépend fortement de la gouvernance et du partage équitable des bénéfices. (World Bank blog/open data, 2024). • Opportunités d’industrialisation et diversification économique L’énergie disponible et l’eau peuvent soutenir l’industrialisation locale (transformation agroalimentaire, industries légères) et permettre le développement de chaines de valeur régionales, augmentant les recettes fiscales et la résilience économique. Les promoteurs de grands transferts interbassins présentent souvent ces gains structurels comme arguments majeurs. (Transaqua technical & advocacy material(Bonifica/progrettisti). • Potentiel d’intégration régionale et renforcement institutionnel Un projet multinational ambitieux oblige à créer cadres de coopération (traités, autorité de bassin), favorisant la gouvernance partagée des ressources, la planification régionale et les investissements coordonnéesce qui, s’il est bien conçu, peut améliorer la coopération politique et économique entre Etats. (Drought & Land Degradation Support papers(UNCCD/partners).
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6784 • Effets indirects (tourisme, services, technologies) La restauration d’un écosystème lacustre plus large peut soutenir des activités secondaires : tourisme écologique, services environnementaux, recherche scientifique et innovations technologiques locales (irrigation, gestion de l’eau). Ces activités renforcent les économies locales et diversifient les sources de revenus. (African.Business/policy articles 2018). Pour que ces avantages se réalisent, il est essentiel d’insister que les bénéfices listés cidessus ne sont pas automatiques, leur réalisation dépendra fortement : (i) des études de faisabilités rigoureuses et indépendantes, (ii) des études d’impact environnemental et social exhaustives, (iii) mécanismes de gouvernance et de partage des bénéfices transparents, (iv) mesures de mitigation des impacts sur le Bassin du Congo et (v) financement responsable et conditionné. Sans ces garanties, les avantages peuvent être largement contrebalancés par des coûts écologiques, sociaux et politiques. 3.2. Risques environnementaux et écologiques encourus par le Bassin du Congo (Oubangui vers le lac Tchad) • Altération du régime hydrologique (débits et pulsing des crues) Le prélèvement et la dérivation d’un volume significatif d’eau modifieraient les débits saisonniers et la dynamique des crues de l’Oubangui et des affluents du Congo. Ces modifications perturbent le « flood pulse » essentiel à la recharge des plaines inondables, à la fertilisation des sols et aux cycles reproductifs d’espèces aquatiques et terrestres. Des changements de régime hydraulique ont démontré, dans d’autres IBWT, des effets profonds sur la productivité des écosystèmes riverains. (Kotto, A. &Coll. 2021). • Perte locale et régionale de biodiversité aquatique Le Bassin du Congo abrite une biodiversité d’eau douce parmi les plus riches du monde. La réduction des habitats aquatiques (zones calmes, marais et plaines inondables) et la modification des paramètres physiques (température, vitesse d’écoulement) provoqueraient une réduction des populations de poissons, crustacés et autres espèces endémiques, voire des extinctions locales. Les études sur IBWT soulignent un risque élevé de perte d’espèces spécialisées lorsque le régime hydrologique et l’habitat changent. (Yi et al. 2024). • Introduction et prolifération d’espèces envahissantes/transfert biotique Les canaux, plans d’eau interconnectés et nouvelles voies de navigation augmentent le risque de transferts d’espèces entre bassins (poissons, plantes aquatiques, parasites). Ces introductions peuvent concurrencer ou prédater les espèces natives du Congo, modifier les réseaux trophiques et aggraver la perte de biodiversité. Les revues sur l’IBWT répertorient précisément le risque d’invasions biologiques comme un effet systématique. (Brooks et al. 2011). • Diminution des services éco-systémiques (pêche, sédimentation fertile, pâturages inondés) La pêche artisanale et les terres de plaines inondables (culture maraichère, pâturages saisonniers) dépendent de crues et débits naturels. La réduction des flux ou leur régulation par
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6785 pompage/barrages peut réduire les prises halieutiques, diminuer la fertilité alluviale et limiter les surfaces cultivables saisonnières, impactant directement la sécurité alimentaire et les moyens d’existence locaux. (UNU-CRIS. 2020) • Dégradation de la qualité de l’eau (concentration des polluants, eutrophisation) Abaisser les débits peut accroitre la concentration de nutriments et polluants (lessivage agricole, rejets domestiques), favoriser l’eutrophisation et les crises d’hypoxie. Les changements d’écoulement et la création d’ouvrages hydrauliques favorisent également l’accumulation de sédiments et les habitats aquatiques. Les revues sur IBWT et études de cas soulignent systématiquement ces risques de dégradation physico-chimique. (Auan et al. 2016). • Fragmentation d’habitats et perturbation des migrations La construction de barrage, stations de pompage, canaux et ouvrages accessoires fragmenterait les corridors de migration pour poissons et autres organismes aquatiques (et terrestres dépendant des crues). La perte d’accès à zones de frai et d’alimentation provoque des déclins de populations reproductrices. Les impacts de fragmentation sont bien documentés dans les grandes infrastructures hydrauliques. (Rollason 2022) • Impacts sur forets riveraines et puits de carbone (sécheresse locale, rétroactions climatiques) Les forêts inondées et les zones humides du Bassin du Congo participent à l’hydrologie locale et au stockage de carbone. Une moindre humidité de sol et l’altération des nappes peuvent favoriser la dégradation forestière, accroitre les feux et réduire la capacité de séquestration carbone, créant des rétroactions climatiques régionales potentiellement importantes. Des documents sur la vulnérabilité du cycle hydrique du bassin signalent ces risques. (Yang et al. 2023). • Modification du transport sédimentaire et morphologie fluviale Les dérivations et barrages changent l’équilibre sédiment-eau: réduction des apports sédimentaires en aval, accumulation, altération des deltas et des bancs de sable. Ces modifications entrainent érosion, perte d’habitat, et problème pour la navigabilité naturelle et pour les communautés riveraines. Les études d’impacts d’IBWT mentionnent fréquemment des altérations morphologiques à long terme. (Research/CIMA/Power china, documents & analyses de faisabilité et critiques sur Transaqua/IBWT). • Augmentation du risque sanitaire et d’agents Nouveaux plans d’eau stagnante et changements hydrologiques favorisent les vecteurs (moustiques, mollusques) et maladies hydriques (schistosomiase, paludisme), affectant la santé humaine et animale des populations riveraines. Plusieurs études internationales mettent en relation modifications hydrauliques et hausse des maladies à transmission vectorielle. (Bates et al. PM (2024). • Vulnérabilité aux défaillances techniques, fuites et sabotages (risques de pollution massive/perturbation) Les infrastructures larges (canaux, pompages, tunnels) traversant zones fragiles sont sujettes aux fuites, ruptures, raccordements illégaux et sabotages (contexte politique instable). Ces évènements peuvent provoquer déversements, débits irréguliers et impacts écologiques localisés mais sévères. Les analyses géopolitiques et de faisabilité signalent ces risques comme non négligeables pour Transaqua/IBWT. (FEOW (Freshwater ecoregions of the world)
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6786 Niger Nigeria Democratic Republic Congo TRANSAQUA Project Planned dam Chad Lake Tchad Lake Kivu 600 km 300 km Bypass channel Ridge line CAR Projet TRANSAQUA, une idée pour le Sahel. (Source CBLT, réalisation zango, Ch., et al, 2018) Figure 3. Projet TRANSAQUA, pour transférer l’eau du Bassin du Congo vers le lac Tchad au Sahel.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6793 Coordination des bailleurs et cadre financier transparent Mettre en place un pacte de financement multilatéral (banque de projet) avec procédures d’appels d’offres standardisées, clauses anti-corruption, audits et un forum de coordination bailleurs-États pour éviter rivalités externes et conditionner les fonds au respect des normes (OECD, 2024; World Bank, 2020). 3.5. Arguments de la CICOS et des États du Bassin du Congo contre le transfert des eaux douces de l’Oubangui vers le lac Tchad - Risques écologiques et incertitude scientifique Le prélèvement massif d’eaux de l’Oubangui pourrait altérer les services écosystémiques vitaux du bassin du Congo (pêche, zones humides, biodiversité). Les modèles hydrologiques actuels présentent une forte incertitude, et aucune étude cumulative indépendante n’a validé l’absence d’impact négatif durable (ResearchGate, 2022; Springer, 2025). - Atteinte aux usages socio-économiques locaux L’Oubangui soutient la navigation intérieure, l’agriculture de berge et la pêche artisanale. Une réduction du débit ou un changement du régime saisonnier aurait des conséquences économiques et sociales majeures pour les populations riveraines (GIZ, 2023; Water Alternatives, 2025). - Principe de souveraineté hydrique et de non-préjudice Les États du bassin exercent leur droit souverain sur les ressources naturelles et doivent garantir qu’aucune utilisation n’occasionne de dommages significatifs. Tant que le principe de non-préjudice n’est pas garanti par un traité, le refus de transfert est juridiquement justifié (SEAHI, 2024; Transboundarywaters, 2023). - Coûts techniques et financiers démesurés Le transfert impliquerait des investissements colossaux (barrages, canaux, stations de pompage) dans une zone à faible accessibilité. Les coûts estimés dépassent de loin les bénéfices attendus, rendant le projet économiquement discutable (World Bank, 2020; Springer, 2025). - Vulnérabilité climatique du bassin du Congo Les variations climatiques rendent toute planification de transfert risquée: sécheresses alternant avec crues intenses compromettent la stabilité hydrologique. L’adaptation locale plutôt que le transfert est une solution plus résiliente (MDPI, 2024; UN-Water, 2024). - Risques sociaux et déplacements humains La construction d’infrastructures hydrauliques massives entraînerait des déplacements forcés, la perte de terres agricoles et l’érosion culturelle. Les États du bassin ont le devoir de protéger leurs populations contre ces conséquences (ResearchGate, 2022; Water Alternatives). - Gouvernance et corruption potentielles Les mégaprojets hydrauliques comportent un risque élevé de détournement de fonds et de capture politique. Sans un cadre de transparence robuste, tout transfert d’eau risquerait d’amplifier les déséquilibres institutionnels régionaux (GIZ, 2023; SEAHI, 2024).
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6794 - Priorités nationales de développement Les États du bassin du Congo ont besoin de l’eau de l’Oubangui pour leurs propres projets d’irrigation, d’énergie et de conservation. Céder cette ressource compromet leurs stratégies nationales de développement durable (LCBC, 2023; World Bank, 2021). - Absence de garanties juridiques et de mécanismes de réparation Le droit international reste limité en matière d’indemnisation pour dommages environnementaux transfrontaliers. Sans cadre contraignant, accepter un tel transfert exposerait les États à des pertes irréversibles (Transboundarywaters, 2023; SEAHI, 2024). - Existence d’alternatives locales pour le Sahel La restauration des écosystèmes du lac Tchad, la réduction des pertes agricoles et l’efficacité de l’eau offrent des solutions locales moins risquées et moins coûteuses. Le transfert d’eau n’est donc pas la seule option viable (World Bank, 2020; UNU-CRIS, 2020). S’attaquer aux eaux douces de nulle part de tout affluent du fleuve Congo, revient automatiquement à provoquer de facto un cataclysme contre la dense forêt verte de la République Démocratique du Congo dont les besoins en eaux sont à la taille de sa grandeur. Pourtant, c’est grâce à ce massif forestier que le SAHEL et la SADC ont une grande partie de leurs pluies, grâce à la circulation atmosphérique des cellules convectives d’Hadley et de Ferrel vers les tropiques de cancer et du capricorne. Du point de vue de l’énergétique propre et renouvelable, la République Démocratique du Congo est un potentiel Win-Win mondial de 100 Giga Watt d’hydroélectricité, sur 80 millions des terres arables, faisant d’elle la capitale mondiale de l’agriculture moderne de demain, dont 44 Giga Watt sont susceptibles d’être produits grâce seulement au Grand projet d’Inga sur le fleuve Congo afin de soutenir l’entreprenariat africain. (Kabasele, 2020) Le Grand projet Inga est capable de soutenir l’économie, l’industrie et l’autosuffisance alimentaire de toute l’Afrique, dans la perspective d’une Sous-région Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale(CEEAC), Commission internationale de la région de grand lac (CIRGL) et la Communauté de Développement de l’Afrique australe (SADC) totalement démocratique, pacifique sans guerres intestines ni intérêts néocolonialistes égoïstes. (Kabasele, 2020) Ainsi, « le projet de Transfèrement des eaux douces d’Oubangui vers le Lac Tchad est non écologique et non durable, car en créant une jonction inédite entre deux plus grands Bassins versants d’Afrique, par un court canal pompage soit-il, pour déverser une partie du débit d’Oubangui du Bassin du Congo dans la rivière Chari proche appartenant au Bassin du lac Tchad, les Politiques Fous et Aveugles créent en effet une tragédie en commettant justement un crime contre le cycle des eaux souterraines de deux bassins et contre la dynamique de la circulation générale des courants Sol/Atmosphère dont personne, ni aucun scientifique ne maîtrise sauf Dieu ; comment à la longue, le fleuve Congo réagirait face à la pression de pompage qui inversera certainement les courants des eaux, la salinité et les espèces, dont la rivière Oubangui sera le cordon ombilical de passage vers le lac Tchad.(Kabasele, 2020)
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6795 Si nous osons Transférer aveuglement l’eau du Congo, nous causerons énormément du tort à la flore et à la faune, aux êtres aquatiques; aux poissons des eaux du Congo et surtout aux crocodiles qui ont fait de Luwozi la capitale africaine et mondiale des monstres carnivores qui assurent la procréation et la survie de cette espèce mondialement protégée et tant prisée. Il ne sera plus possible de naviguer dans ces tronçons navigables du fleuve et de ses affluents qui, d’ores et déjà, posent problème faces aux effets du changement climatique. Certes, la question de transférer les eaux du Bassin du Congo partage, si non divise avec colère et passion, les grands intérêts politiques, les Nations Africaines et Occidentales, l’Union africaine, l’union européenne, les Etats-Unis au péril de la République Démocratique du Congo et de l’équilibre environnemental planétaire. Il serait si curieux et si naïf pour certains congolais sans aucun background en Géosciences du climat, ni en Océanographie et Hydrologie, de flasher sous un angle commercial, les autorités politiques de la République Démocratique du Congo, en les miroitant des recettes irréalistes vertigineuses de 31Giga-Dollars, contre l’idéal du siècle d’un bienéconomique de 3.000 à 10.000 m3 /sec, issus d’une possible vente d’eau douce du fleuve-Congo au SAHEL voir à la SADC quand le Lualaba congolais sombre déjà sans aucun soutien ni projet dans la sécheresse.(Kabasele, 2020) Les transferts d’eau ne sont rien d’autre que des artefacts visant à dériver l’eau des cours d’eau dont l’écoulement est “abondant” vers des horizons moins arrosés. Or, deux tiers des grands cours d’eau de la planète sont transfrontaliers, leurs dérivations suscitent parfois des conflits géopolitiques. Ces conflits sont généralement enregistrés entre les Etats situés en amont et les Etats situés en aval d’un cours d’eau transfrontalier, ou entre des Etats situés en rive droite et Etats situés en rive gauche d’un cours d’eau contigu. C’est le cas notoire de vives tensions autour du barrage d’Atatürk sur l’Euphrate entre la Turquie, l’Irak et la Syrie, ou des discordes entre l’Ethiopie et l’Egypte sur l’aménagement du barrage de Grand Renaissance, ou aussi des conflits hydro-politiques autour des canaux de dérivation du fleuve Orange en Afrique du Sud (Blanchon, 2006). Les ressources en eau sont de plus en plus contrôlées par les Etats qui possèdent suffisamment de pouvoir sur les autres Etats riverains. Ainsi qu’en témoigne les cas des pouvoirs exercés par l’Etat Californien dans le Sud-Ouest des Etats-Unis, de l’Egypte sur le Bassin du Nil, de la Chine sur l’Asie du Sud-Est, et probablement du Tchad sur l’Afrique centrale (Nzango et al. 2022). Il établit ainsi une définition aujourd’hui partagée par tous de ce que l’on appelle le développement durable: "un mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs". (Bessedik Madani. 2013). Il implique de trouver un juste équilibre entre la nécessité de la croissance et la préservation du milieu naturel, de favoriser l’ascension de la démocratie participative, ainsi que de développer de nouveaux échanges d’informations. (Bessedik, 2013). Développement Durable, il faut qu’il soit: 1. Écologiquement acceptable, 2. Socialement équitable, 3. Économiquement rentable. (Bessedik, 2013).
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6796 Une nouvelle proposition qui n’a jamais été proposée dans le cadre de la lutte contre l’assèchement apparent du lac Tchad. Cette proposition consiste à faire un transfert interne dans le lac Tchad. Il s’agit d’ajuster un transfert d’eau de la cuvette sud vers la cuvette nord du lac Tchad en franchissant la barrière qui sépare les deux cuvettes. La cuvette sud est en effet la cuvette la mieux alimentée par les eaux du Chari provenant de Centrafrique, contrairement à la cuvette nord qui est alimentée par les débits faibles de la rivière Komadougou Yobe, et dans certaines mesures par les eaux de débordements. (Lemoalle, 2015). A notre avis, la solution écologique ou environnementale de transfèrement des eaux douce pour sauver le lac Tchad se trouve dans le bassin de la commission du Bassin du lac Tchad dans la nappe profonde de leur sol, soit dans le transfert d’une des rivières du sud-Cameroun vers le bassin de la rivière Chari, soit dans le transfert d’eau virtuelle, soit encore dans la désalinisation des eaux de l’océan le plus proche du bassin de cette Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT). Le transfèrement des eaux du Bassin du Congo vers le Sahel et la SADC ne fera nullement pas du bassin un boom économique, mais plutôt, ce transfert amplifierait certainement d’autres conflits interétatiques qui existeraient déjà entre certains Etats riverains ; à titre illustratif l’agression de la RD Congo à l’Est par l’armée Rwandaise avec ses supplétifs le M23/AFC, sur le carnage qui vient de se passer récemment dans la ville de Goma au Nord Kivu à cause des richesses minières de la RD Congo. Les retours d’expérience des travaux des transferts interbassins étudiés par de nombreux auteurs dans d’autres cieux ont montré que ces travaux se sont soldés par des modifications paysagères, des déplacements massifs de la population, et des perturbations dans les flux hydro sédimentaires. 4. CONCLUSION L’analyse menée montre que le projet de transfert des eaux du Bassin du Congo vers le Sahel et la SADC, bien qu’ambitieux, soulève d’importants défis environnementaux, socioéconomiques et géopolitiques. Sur le plan écologique, les risques de perturbation des régimes hydrologiques, de perte de biodiversité et de dégradation des écosystèmes aquatiques et forestiers sont considérables. Ces effets pourraient compromettre le rôle du Bassin du Congo en tant que régulateur climatique régional et puits de carbone essentiel à la stabilité écologique du continent. Sur le plan socio-économique, les bénéfices anticipés — sécurité hydrique, relance agricole, production d’énergie et création d’emplois — sont réels mais dépendront fortement d’une gouvernance équitable, d’une planification rigoureuse et d’une coopération régionale sincère. Le projet pourrait contribuer au développement du Sahel et de la SADC, mais au prix de déséquilibres écologiques et politiques si les intérêts du Bassin du Congo ne sont pas protégés. Géopolitiquement, la question du contrôle de l’eau pourrait devenir un facteur de tensions interétatiques si la gestion du projet échappe à la concertation régionale. Ainsi, seule une
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6797 approche inclusive, intégrée et fondée sur la solidarité africaine peut garantir un équilibre entre développement et préservation environnementale. - Renforcer la gouvernance régionale de l’eau en créant un cadre institutionnel africain de concertation (CICOS, CBLT, SADC, UA); - Mener des études d’impact environnemental et stratégique approfondies avant tout projet de transfert; - Prioriser la gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) et les solutions locales durables; - Assurer la participation communautaire à toutes les étapes de planification et d’exécution du projet; - Favoriser la recherche scientifique africaine et les innovations hydrotechniques adaptées; - Garantir la souveraineté hydrique et la sécurité écologique du Bassin du Congo à travers des accords juridiques protecteurs. 5. BIBLIOGRAPHIE [1] A. Kabasele Yenga Yenga, La Guerre de l’Eau, Water War, Revue des Géosciences et Innovations Spatiales RGIS de l’Institut Géographique du Congo IGC, Vol. III, Kinshasa, janvier 2020 [2] African.Business/policy articles (2018). Saving Lake Chad-debates on socio-economic impacts and political positioning. [3] Anghileri et al., 'Global water challenges in Sub-Saharan Africa', revue synthèse, 2024. [4] Banque mondiale (2022). water security for all: world Bank Water Global Practice report. Washington DC: world Bank. [5] Bessedik Madani, Protection de l’environnement et développement durable, mabes[email protected], m_bess[email protected]-tlemcen.dz ,2013 [6] Bessedik Madani. (2013).Protection de l’environnement et développement durable, mabes[email protected],
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