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Des robots humanoïdes en classe pour développer les compétences numériques des élèves. Quand les robots sont intégrés en classe au service du développement de la résolution de problèmes

Bugmann, Julien

Abstract

Le numérique prend une place de plus en plus forte dans notre quotidien. Dans ce contexte, et afin d’agir en tant que citoyens avertis, il est important pour les élèvesd’acquérir des compétences en résolution de problèmes et de stimuler leur pensée critique avec le numérique. Pour ce faire, certains outils, et en particulier les robots, permettent de travailler ces deux dimensions via l’initiation à la science informatique. À titre d’exemple, plusieurs projets novateurs concernent aujourd’hui des robots d’un type original, à savoir des robots humanoïdes. Ce chapitre présente justement les possibles recours à ces objets complexes à des fins d’apprentissages auprès d’élèves de primaire, mais aussi d’élèves à besoins particuliers et ce, en lien avec les dimensions du Cadre de référence de la compétence numérique en lien avec la résolution de problèmes et le développement d’une pensée critique.

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15 Sous la direction de Florent MICHELOT et Simon COLLIN Préface de Daniel Peraya La compétence numérique en contexte éducatif Regards croisés et perspectives internationales Sous la direction de Florent MICHELOT et Simon COLLIN La compétence numérique en contexte éducatif Sous la direction de Florent MICHELOT et Simon COLLIN Préface de Daniel Peraya La compétence numérique en contexte éducatif Regards croisés et perspectives internationales Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Titre : La compétence numérique en contexte éducatif : regards croisés et perspectives internationales / sous la direction de Florent Michelot et Simon Collin. Noms : Michelot, Florent, 1982éditeur intellectuel. | Collin, Simon, 1982éditeur intellectuel. Collections : Formation à distance (Presses de l’Université du Québec) ; 15. Description : Mention de collection : Formation à distance = Distance Learning ; 15 | Comprend des références bibliographiques. Identifiants : Canadiana 20240025369 | ISBN 9782760561465 (PDF) Vedettes-matière : RVM : Technologies de l’information et de la communication pour l’éducation. | RVM : Connaissances en informatique. | RVM : Technologie éducative. Classification : LCC LB1028.43.C635 2024 | CDD 371.33/4—dc23 Révision Michèle Beaudoin et Riham Alkhakaf Conception graphique Marie-Noëlle Morrier Mise en page Florent Michelot Image de couverture iStock Dépôt légal : 4etrimestre 2024 › Bibliothèque et Archives nationales du Québec › Bibliothèque et Archives Canada © 2024 – Presses de l’Université du Québec Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés Imprimé au Canada N6146-1 [01] C ha p it r e 20 Des robots humanoïdes en classe pour développer les compétences numériques des élèves Quand les robots sont intégrés en classe au service du développement de la résolution de problèmes Julien BUGMANN Dimensions abordées Résoudre une variété de problèmes avec le numérique ; développer sa pensée critique avec le numérique Mots-clés Robotique ; résolution de problèmes, culture numérique ; Niveau de formation abordé Primaire Résumé Le numérique prend une place de plus en plus forte dans notre quotidien. Dans ce contexte, et afin d’agir en tant que citoyens avertis, il est important pour les élèves d’acquérir des compétences en résolution de problèmes et de stimuler leur pensée critique avec le numérique. Pour ce faire, certains outils, et en particulier les robots, permettent de travailler ces deux dimensions via l’initiation à la science informatique. À titre d’exemple, plusieurs projets novateurs concernent aujourd’hui des robots d’un type original, à savoir des robots humanoïdes. Ce chapitre présente justement les possibles recours à ces objets complexes à des fins d’apprentissages auprès d’élèves de primaire, mais aussi d’élèves à besoins particuliers et ce, en lien avec les dimensions du Cadre de référence de la compétence numérique en lien avec la résolution de problèmes et le développement d’une pensée critique. Summary Digital technology is playing an increasingly important role in our daily lives. In this context, and to act as informed citizens, it is important for students to acquire La compétence numérique en contexte éducatif 410 problem-solving skills and stimulate their critical thinking with digital technology. To this end, certain tools, and robots in particular, can be used to work on these two dimensions through an introduction to computer science. By way of example, several innovative projects today involve robots of an original type, namely humanoid robots. This chapter looks at how these complex objects can be used for learning purposes with primary school students, as well as students with special needs, in relation to the problem-solving and critical thinking dimensions of the Framework of Reference for Digital Competence. es robots sont aujourd’hui intégrés dans toutes les sphères de la société. De la santé, à l’armée, en passant par la communication et surtout, en ce qui nous concerne, par l’éducation. Qui eut cru, il y plus de 100 ans, lorsque Karel Čapek (Čapek, 1920) utilisa le terme de « robot » pour la première fois, que cet outil se généraliserait à ce point auprès du grand public et qu’il deviendrait même un moyen d’enseignement de la culture numérique, de l’informatique, ou encore un élément de stimulation et d’émancipation pour des élèves à besoins particuliers. Lorsque ce terme sortit pour la première fois dans sa pièce de théâtre de sciencefiction, il s’agissait d’évoquer pour l’écrivain, le « travail », et non pas les robots comme on l’entend aujourd’hui. Et pourtant, on s’en rapproche aujourd’hui avec des robots tondeuses, des robots aspirateurs, ou encore des robots humanoïdes d’accueil dans les aéroports ou autres gares de grandes villes dans le monde, qui « font », pour certaines, le travail des humains. Ces machines ont pris une telle place depuis quelques années qu’elles sont devenues incontournables et investissent tous les domaines, du service à la personne, à la santé, en passant par le monde du travail, avec tout ce que cela implique au niveau éthique et juridique (Kash, 2019). Dans le cadre de ce chapitre, nous aborderons ainsi la place des robots dans la société et donc leur nécessaire introduction en éducation, à des fins d’éducation numérique, et en particulier en lien avec les dimensions « Résoudre une variété de problèmes avec le numérique » et « Développer sa pensée critique avec le numérique » présentes dans le Cadre de référence de la compétence numérique (Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, 2019). Pour ce faire, nous nous intéresserons à des robots d’un type particulier, des robots jusqu’ici peu exploités en éducation, à savoir, des robots dits « humanoïdes ». Nous présenterons donc les possibles applications de ces outils en contexte éducatif et le potentiel que cela peut représenter pour mieux comprendre le monde qui nous entoure et développer la culture et la citoyenneté numérique, via la résolution de problèmes et le développement d’une pensée critique, de chacun et plus spécifiquement des élèves. Plusieurs interrogations guident notre travail et notamment celles sur la place de ces machines dans notre quotidien et les conceptions des élèves envers la robotique aujourd’hui. Quel regard portent-ils sur ces machines ? En comprennent-ils le fonctionnement ? Comment les voient-ils ? Que pouvons-nous leur apporter, en lien avec l’éducation numérique, et notamment la résolution de problèmes, en introduisant ces objets en classe ? Nous tenterons d’apporter des réponses à ces différentes questions à travers la présentation et l’étude des principaux résultats de deux projets originaux menés auprès d’élèves de primaire et qui concernent tous deux le recours à des robots humanoïdes en classe. Dans la première situation, le robot humanoïde vient en support pour stimuler les apprentissages en informatique des élèves et dans le second, il s’agit de L Chapitre 20 / Des robots humanoïdes en classe pour développer les compétences numériques des élèves 411 s’appuyer sur cette machine humanoïde pour aider les élèves ayant un ou des troubles du spectre de l’autisme à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. 1 Les robots pour améliorer la résolution de problèmes et développer la pensée critique des élèves Les robots sont aujourd’hui omniprésents dans notre quotidien. Qu’il s’agisse de robots pouvant assister les chirurgiens, de robots en soutien pour les activités domestiques telles que le ménage ou la tondeuse, de robots de sol à des fins d’initiation à la programmation ou encore de robots à visée sociale, capables d’avoir une conversation, les robots ont véritablement pris un rôle fort dans notre société. L’émergence de l’intelligence artificielle depuis quelques années va d’ailleurs très probablement accroitre ce phénomène et les usages sociétaux des robots vont très certainement s’amplifier encore avec des adaptations auxquelles on ne s’attendait pas il y a quelques années, que cela soit dans la gestion des relations hommes-machines ou autre. L’école n’échappe pas à cet élan et intègre de plus en plus les machines dans ses activités, aidée en cela par l’introduction de l’éducation numérique dans les programmes scolaires, comme c’est le cas dans de plus en plus de pays (France, Grande-Bretagne, Canada, Suisse, etc.). Ainsi, il est possible aujourd’hui de rencontrer dans des salles de classe des robots de tous types, comme nous allons le voir dans cette partie, avec pour objectif(s) de développer les compétences en résolution de problèmes des élèves, de stimuler leur regard critique et d’en faire des citoyens avertis et éclairé. Mais pourquoi est-ce si important d’avoir recours à ces machines afin de développer la résolution de problèmes et la pensée critique des élèves ? 1.1 En quoi est-ce important d’aborder la question des robots à l’école ? Les robots sont des éléments à part entière de notre culture et ont une longue tradition dans notre environnement et dans notre société. Leur origine et la fascination des robots remonte à très longtemps (Devilers, 2017) et leur place aujourd’hui dans notre quotidien s’est construite progressivement, entre progrès technique et imaginaire collectif. Aidés en cela par les différentes productions cinématographiques de type Robocop, Wall-E ou autres I-Robots, ils incarnent le progrès, l’évolution et la robotisation de notre société avec bien souvent, et nous le constaterons dans le cadre de chapitre, avec une teinte romancée ou imaginaire. Avec les robots éducatifs, il est désormais possible de s’approcher assez facilement d’activités pratiques d’apprentissages en lien avec l’éducation numérique et notamment l’informatique. Ceci est particulièrement intéressant alors que ces apprentissages deviennent de plus en plus La compétence numérique en question 1. Le recours à des robots en éducation permet-il d’améliorer la résolution de problèmes chez les élèves ? 2. Peut-on développer la pensée critique des élèves via des activités de robotique et de citoyenneté numérique ? La compétence numérique en contexte éducatif 412 recommandés aujourd’hui à l’école, voire « prescrits » comme le disent Vandevelde et Fluckiger (2020). La place de ces outils dans les salles de classe, et notamment au primaire, remonte à des dizaines d’années (Baron et Drot-Delange, 2016) et leur diversité permet différents apprentissages, y compris pour des robots qui se ressemblent parfois, tels BeeBot et ProBot mais qui ont des caractéristiques éducatives pouvant être très différentes (Grugier, 2021). Il n’est donc pas étonnant de voir se multiplier ces outils à des fins éducatives. Par ailleurs, l’entrée dans l’ère numérique actuelle, qui serait à placer au même niveau que celle de l’imprimerie (Cardon, 2019), devrait s’accompagner de modifications et d’adaptations de la sphère scolaire et des contenus d’apprentissages et cela notamment en apportant davantage de liens avec l’informatique dans les salles de classe. En effet, le numérique est une culture, car il englobe un ensemble d’éléments qui concernent tant les enjeux politiques, sociaux, économiques, etc., et l’on parle donc de culture numérique depuis de nombreuses années lorsque l’on aborde la question des technologies de l’information et de la communication (Proulx, 2002). Cette culture numérique est cependant très fortement dépendante de l’environnement familial (Fluckiger, 2008) et il est important pour l’école de trouver aujourd’hui la place pour accompagner celles et ceux qui en éprouveraient le besoin. Comprendre le monde d’aujourd’hui, c’est aussi comprendre le numérique, son fonctionnement et son impact sur la société. Pour ce faire, il est capital de viser une compréhension des machines via l’initiation à la science informatique et de chercher à développer une citoyenneté numérique pour les élèves. Le Conseil de l’Europe définit d’ailleurs cette dernière de la manière suivante : L’éducation à la citoyenneté numérique est l’autonomisation des enfants par l’éducation ou l’acquisition de compétences pour l’apprentissage et la participation active à la société numérique. Il s’agit des connaissances, des aptitudes et de la compréhension nécessaires aux utilisateurs pour exercer et défendre leurs droits et responsabilités démocratiques en ligne, et pour promouvoir et protéger les droits de l’homme, la démocratie et l’État de droit dans le cyberespace. La citoyenneté numérique représente une nouvelle dimension de l’éducation à la citoyenneté qui vise à apprendre aux élèves à travailler, vivre et partager dans des environnements numériques de manière positive. (Conseil de l’Europe, 2023) Il s’agit donc pour tout un chacun de bénéficier de l’ensemble des capacités pour comprendre le monde qui l’entoure, alors que celui dans lequel on évolue est aujourd’hui presque autant numérique que réel, le défi est grand. Ainsi, le fait d’interroger la place d’outils numériques aussi évolués que les robots permet donc de questionner également l’évolution des technologies sous une double dimension : algorithmique et physique. En effet, à l’inverse des ordinateurs, les machines telles que les robots possèdent une représentation physique qui sous-tend certains usages. En effet, un robot avec des bras devrait pouvoir attraper des objets, un robot avec une lame devrait pouvoir couper ou tondre quelque chose, un robot avec des ailes devrait pouvoir voler, etc. Les robots pourraient ainsi être de véritables outils à découvrir, à manipuler, à tester, pour comprendre l’environnement numérique actuel et c’est d’ailleurs ce qui est proposé dans différents champs scolaires. C’est le postulat que de nombreux pays ont fait depuis de nombreuses années pour aider les élèves à s’initier à l’éducation numérique. Chapitre 20 / Des robots humanoïdes en classe pour développer les compétences numériques des élèves 413 1.2 S’initier à l’éducation numérique et à la résolution de problèmes avec des robots L’essor du numérique apporte de plus en plus de besoins en termes de formation professionnelle, y compris dans le domaine de l’éducation. Si les élèves doivent être formés, il faut que les enseignants puissent suivre le rythme et se mettre à jour. Au Québec, depuis 2018, le Cadre de référence de la Compétence numérique a permis de poser les bases d’une éducation numérique pour toutes et tous et qui peut être appliquée par les enseignants des différents degrés. Dans d’autres pays, comme en Suisse par exemple, fut mis en place depuis 2019 le plan d’études « Éducation numérique » (voir Figure 1), avec, tout d’abord, un projet pilote mené dans quelques classes afin de tester le dispositif, puis un déploiement à grande échelle de l’éducation numérique. Tout cela se fait ainsi au niveau primaire et secondaire. En définitive, tous les enseignants, et futurs enseignants de Suisse romande sont progressivement formés à l’éducation numérique qui comporte trois champs principaux, à savoir la « science informatique », les « médias » et les « usages ». Ces deux dernières étaient présentes dans les plans d’études précédents, mais pas la « science informatique », qui a fait son apparition depuis cette nouvelle édition. Cette dernière aborde différents aspects proches de la dimension 11 du Cadre de référence de la compétence numérique via les thématiques suivantes : « Informatique et société », « Algorithmes et programmation », « Information et données » et enfin « Machines, systèmes et réseaux ». Tous ces éléments visent à mieux comprendre le monde numérique qui nous entoure et en particulier ceux qui ont une proximité avec l’informatique. Le champ « Médias » concerne quant à lui les liens avec les médias et la société, tout comme les spécificités des supports et leur analyse, mais aussi le choix d’un média, justement pour communiquer. Enfin, les « Usages » concernent toute utilisation des outils en lien avec l’éducation, mais aussi l’aspect sociétal des usages et la recherche et création de contenus. Figure 1 Représentation visuelle de la Structure globale de l’Éducation numérique dans le plan d’études romand Source : Portail de la CIIP(2023). La compétence numérique en contexte éducatif 414 Ce dispositif se rapproche fortement du Cadre de référence de la compétence numérique, lui aussi ancré dans un plan d’action numérique et qui a pour objectif d’améliorer l’éducation pour les élèves au Québec. Le but dans les deux situations étant de les amener à devenir des citoyens « actifs, branchés et responsables » et ayant un rôle majeur dans le monde d’aujourd’hui et de demain. Dans l’éducation numérique, la robotique a une place forte, comme nous l’avons évoqué précédemment, et se retrouve donc fortement présente dans ces dispositifs. Mais ce type d’activités n’a pas été inventé ou créé pour les projets d’éducation numérique et cela fait plusieurs dizaines d’années que la robotique s’est fait une place auprès des élèves de primaire et de secondaire pour s’initier à la science informatique, en témoignent les travaux de Papert (1981) proposés il y plus de 40 ans. Cependant, depuis quelques années, la robotique éducative a pris de plus en plus de place, avec des projets intégrant des robots de tous types, certains qui roulent, d’autres qui dansent, d’autres enfin qui volent, etc., pour des finalités diverses (Bugmann et Karsenti, 2018). 2 Des robots humanoïdes en classe : représentations et résolution de problèmes Différents projets proposent d’introduire les machines en classe et en particulier les robots humanoïdes, mais très souvent, auprès d’élèves du secondaire (Nijimbere, 2014). Dans cette partie, nous allons présenter un projet de ce type et nous verrons notamment que les élèves sont fortement influencés par la représentation médiatique, voire l’imaginaire collectif, et voient principalement les robots comme ayant une forme humaine. Aussi, nous montrerons de quelle manière ces outils peuvent aider à stimuler la résolution de problèmes de ces élèves. En effet, ces activités de programmation ont un grand potentiel pour la structuration de la pensée et le développement de l’esprit critique (Parent, 2022), pour le développement de la résolution de problèmes (Komis et al., 2017) et la construction d’une culture technique (Grugier, 2021). Nous avons en effet pu relever cela dans nos différents projets. Le dispositif que nous allons présenter fait partie d’un projet d’intégration de robots humanoïdes développé en Suisse, dans le canton de Vaud, après avoir été initié au Québec il y a quelques années, et qui avait pour vocation d’interroger la place et la confiance attribuées aux machines dans notre société et en particulier à l’école. Le premier volet consistait en une initiation à la science informatique auprès d’élèves de primaire de 4 à 6 ans, en Suisse, dans lequel 50 élèves ont participé et lors duquel nous souhaitions observer l’impact d’un tel outil sur les apprentissages des élèves et par la même occasion, développer leur éducation numérique et leurs compétences en résolution de problèmes via la programmation. 2.1 « Robot, est-ce que tu m’aimes ? » Cette phrase, « Robot, est-ce que tu m’aimes », maintes fois entendue lors des séquences robotiques en classe, est tout à fait symptomatique des enjeux actuels en termes d’introduction des robots dans des environnements éducatifs, mais aussi de la nécessité d’avoir recours à ces outils pour l’éducation numérique. En effet, les robots sont très souvent vus par les élèves comme étant des êtres à part entière, et non pas de Chapitre 20 / Des robots humanoïdes en classe pour développer les compétences numériques des élèves 421 simple présence du robot face aux élèves les a mis dans une situation de grande concentration et d’application, que même leur enseignante ne leur connaissait pas. Par ailleurs, dans ce projet, nous avons également cherché à développer la culture numérique de ces élèves et leur regard critique en demandant au groupe de dessiner ce qu’était pour eux un robot avant même notre venue. Les 6 élèves participants au projet ont dessiné un robot à forme humanoïde avec une tête, des bras et des jambes ou parfois des roues. Figure 6 Dessins des élèves lorsqu’on leur demande de dessiner un robot Ces productions, là aussi très orientées par les médias, le cinéma ou l’imaginaire collectif montrent à quel point les représentations erronées sont là aussi très présentes sur ce que peut être un « robot ». Dans le cadre de notre projet, nous avons justement essayé de contrer cela et de développer la culture numérique des élèves sur ces différents points en leur décrivant les différents composants du robot et son fonctionnement. Il ne leur a par exemple jamais été caché que le robot était programmé par le chercheur présent dans la pièce et les élèves venaient même parfois observer ce qui était fait sur l’ordinateur pour faire fonctionner NAO. Et c’est là aussi que quelque chose est à poursuivre au niveau de la recherche car ces élèves qui savaient que le chercheur programmait NAO nous demandaient aussi de « continuer à le programmer et à le faire parler » pendant qu’eux allaient s’installer face au robot et « discutaient avec lui » comme si de rien n’était. 3.3 Un effet notable et surprenant du dispositif sur le comportement des élèves Un autre exemple d’effet surprenant de ce type de dispositif a également pu être relevé sur l’évolution du comportement de certains élèves qui avaient, notamment, des difficultés dans l’expression verbale et physique (dans le mouvement ou la coordination). En effet, les enseignants nous ont fait part d’un véritable gain sur plusieurs d’entre eux à la suite du passage du robot humanoïde NAO dans leur classe. Par ailleurs, les élèves ont rapidement progressé dans la relation avec le robot et ont par exemple pris très rapidement part à une discussion active avec lui, ce qui n’était La compétence numérique en contexte éducatif 422 pas si évident lors de la première rencontre. Aussi, on a pu relever une forte persévérance chez plusieurs élèves dans les tâches, notamment lorsqu’ils répétaient leur question alors que le robot prenait trop de temps à leur répondre, ce qui peut arriver dans certaines situations. Enfin, toujours au niveau de l’évolution positive dans la relation entre les élèves et le robot, nous avons pu relever une augmentation de leur confiance au bout de 3 séances seulement. Certains venaient immédiatement en disant au robot : « On commence par quoi aujourd’hui » ?. Ces mêmes élèves sont généralement dans une situation de retrait et d’effacement que nous avons pu remarquer en classe, et qui s’estompait rapidement en présence du robot. Comme pour le développement de la pensée critique, vu dans la dimension 11 du Cadre de référence de la Compétence numérique, nous avons cherché à stimuler leur réflexion sur le monde d’aujourd’hui avec une démarche de recherche interrogeant la manière dont les élèves se représentaient NAO et quelle pouvait être son incidence sur le monde d’aujourd’hui et sur le fonctionnement de la société. Par un questionnement sur l’origine et le but de ces machines dans la société, nous cherchions à atteindre ce but. Pour certains élèves, ce fut plus qu’une réussite, au point d’en faire une thématique de projet. En effet, pour un des élèves qui était en classe d’adaptation, c’est-à-dire qu’il se rendait dans une autre classe une heure par semaine pour se rapprocher du système traditionnel, les robots sont devenus son sujet d’exposé. À sa demande, il a ainsi préparé toute une présentation sur les robots, et particulièrement les robots humanoïdes, en décrivant leurs origines, leurs composants, leurs fonctions et leur utilité dans la société. Les autres élèves, d’une classe dite « traditionnelle » lui ont posé de multiples questions sur ces outils et cet élève, ayant un TSA, et qui avait, selon l’équipe éducative des difficultés dans la prise de parole et dans la concentration dans les tâches a parfaitement joué son rôle d’expert. Ce fut une grande réussite pour lui, pour ses enseignants et éducateurs et ses camarades qui ont été captivés par la présentation. Cet élève, en manque de confiance, est parvenu, grâce au robot humanoïde NAO, à surmonter cela, et c’est peut-être une des plus grandes réussites de ce projet. Toutefois, il faut noter que ce parcours ne se fait pas sans accrocs et les défis sont nombreux, tant au niveau matériel qu’en termes de formation pour les adultes participant au projet. En effet, un tel robot a un cout financier certain et équiper tous les établissements ne serait pas réalisable en l’état. Aussi, une option viable reste celle de la mutualisation et du partage de ces outils. En partageant le robot entre différentes classes ou écoles, il serait possible d’aller vers une amélioration des dimensions concernées par le dispositif pour de nombreux élèves. Par ailleurs, la complexité de l’outil est aussi à prendre en compte et un autre frein pourrait concerner l’accompagnement et la formation des enseignants à ces machines si complexes. Il est effectivement indispensable de se former à l’utilisation de ces outils et les dispositifs seraient à améliorer en ce sens. Toutefois, même en restant en marge des activités, les enseignants ont été intégrés au dispositif que nous venons de présenter et ont accompagné les élèves. Ils ont conçu les séquences avec les chercheurs et ont préparé les activités avec les élèves via des dessins, des bricolages, des lectures et des créations d’histoires en lien avec la robotique. Désormais, et en guise de confiance, il est à noter que tous les établissements ayant participé à la recherche souhaitent prolonger le dispositif et sont d’ores et déjà revenus vers nous pour que nous remettions en place les activités pour l’année suivante. Ce que nous avons fait. Chapitre 20 / Des robots humanoïdes en classe pour développer les compétences numériques des élèves 423 Conclusion Finalement, ces différents projets d’initiation à la science informatique via la résolution de problèmes, mais aussi de robotique humanoïde vue comme nouvelle médiation thérapeutique (Tordo, 2017) pour des élèves à besoins particuliers, ont montré qu’ils pouvaient être efficaces et soutenir les élèves dans leurs apprentissages, mais aussi stimuler leur regard critique face au monde dans lequel ils vivent, en particulier par rapport à la place à attribuer aux machines et à leur fonctionnement. La dimension « Résoudre une variété de problèmes avec le numérique » implique une analyse des situations vécues, des essais de solutions potentielles, la recherche de solutions collaboratives, à l’image de ce qui se fait avec la résolution de problèmes collaborative et la pensée critique (Romero, 2017). Ces différents éléments entrent parfaitement en accord avec les propositions offertes par la robotique, et en particulier la robotique humanoïde à visée éducative, qui se veut être une activité éducative tangible, innovante et complexe. Tout ce qui parait nécessaire à la bonne construction d’une culture numérique et d’une citoyenneté numérique pour TOUS les élèves dans un monde dans lequel le numérique, et les robots sont extrêmement présents. Julien Bugmann : Comment la compétence numérique et la résolution d’une variété de problèmes avec le numérique, mais aussi le développement d’une pensée critique envers le numérique, ont-ils joué un rôle dans mon enseignement, ma recherche et ma vie professionnelle ? La place du numérique dans notre société s’étant extrêmement développée dans les dernières années, il est devenu aujourd’hui indispensable de questionner son potentiel en termes d’apprentissages, mais aussi de socialisation pour tous les utilisateurs. De multiples outils ont vu le jour pour cela, mais certains retiennent particulièrement notre attention grâce à leur caractère exclusif, mais aussi complexe, à savoir, les robots dits humanoïdes. Ainsi, la question qui guide nos projets actuels est la suivante : comment tirer parti des outils numériques, particulièrement riches lorsqu’on connait leur fonctionnement, pour accompagner TOUS les élèves sous une forme innovante et efficace tout en donnant à toutes et tous les opportunités de grandir et d’évoluer sereinement dans la société ? Références Baddoura, R. (2017). Le robot social médiateur : un outil thérapeutique prometteur encore à explorer. Le Journal des psychologues, 350, 33-37. https://doi.org/10.3917/jdp.350.0033 Baron, G.-L., et Drot-Delange, B. (2016). 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