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Finance verte et Performance ESG : Enjeux, défis et perspectives dans le contexte marocain

BOUSLIKHANE SAAD; HABBANI SOUAD

Abstract

Le Maroc s’engage activement dans la transition vers une économie durable en intégrant la finance verte dans ses stratégies économiques. Cette étude analyse son impact sur la performance extra-financière des entreprises marocaines en examinant ses instruments clés, tels que les obligations vertes et les fonds de financement durable, ainsi que les défis liés à son adoption, notamment le risque de greenwashing et le manque d’incitations financières. Les résultats soulignent le potentiel de la finance verte pour renforcer la responsabilité sociale des entreprises et la résilience climatique, tout en mettant en évidence la nécessité d’un cadre réglementaire renforcé et d’une mobilisation accrue des acteurs économiques.

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International Journal of Strategic Management and Economic Studies (IJSMES) ISSN: 2791-299X http://www.ijsmes.com 1370 Finance verte et Performance ESG : Enjeux, défis et perspectives dans le contexte marocain BOUSLIKHANE SAAD1, HABBANI SOUAD2 1 Doctorant en sciences de gestion Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales. Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de FES, Maroc 2 Professeur d’enseignement supérieur Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales. Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de FES, Maroc Résumé : Le Maroc s’engage activement dans la transition vers une économie durable en intégrant la finance verte dans ses stratégies économiques. Cette étude analyse son impact sur la performance extrafinancière des entreprises marocaines en examinant ses instruments clés, tels que les obligations vertes et les fonds de financement durable, ainsi que les défis liés à son adoption, notamment le risque de greenwashing et le manque d’incitations financières. Les résultats soulignent le potentiel de la finance verte pour renforcer la responsabilité sociale des entreprises et la résilience climatique, tout en mettant en évidence la nécessité d’un cadre réglementaire renforcé et d’une mobilisation accrue des acteurs économiques. Mots-clés : Maroc, finance verte, performance extra-financière, ESG, développement durable, résilience. Digital Object Identifier (DOI): https://doi.org/10.5281/zenodo.17760163 Published in: Volume 4 Issue 6 This work is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivatives 4.0 International License. I. Introduction Dans un contexte mondial marqué par l’urgence climatique et la nécessité d’un développement économique plus durable, la finance verte s’impose comme un levier stratégique essentiel. Elle vise à orienter les capitaux vers des investissements responsables, favorisant la transition énergétique, la réduction des émissions de carbone et la gestion durable des ressources naturelles. En réponse aux engagements internationaux, de nombreux pays intègrent progressivement la finance verte dans leurs politiques économiques et financières, afin de concilier croissance et responsabilité environnementale. Cependant, malgré son essor à l’échelle mondiale, l’intégration de la finance verte reste confrontée à plusieurs défis. L’absence d’une définition universelle et de normes harmonisées, la fragmentation des cadres réglementaires et le phénomène de greenwashing compromettent la transparence et l’efficacité des International Journal of Strategic Management and Economic Studies (IJSMES) – ISSN: 2791-299X http://www.ijsmes.com 1371 financements durables. Au Maroc, bien que des avancées significatives aient été enregistrées, notamment avec l’émission d’obligations vertes et l’adoption progressive des critères ESG, des obstacles persistent : un cadre réglementaire en évolution, une sensibilisation encore limitée des acteurs économiques et un manque d’incitations financières claires pour encourager une adoption plus large. Le Maroc, en tant qu’acteur engagé dans la lutte contre le changement climatique, ambitionne d’atteindre 52 % d’énergies renouvelables dans son mix énergétique d’ici 2030, conformément à l’Accord de Paris. Toutefois, la réalisation de ces objectifs repose sur une mobilisation accrue des institutions financières et des entreprises, afin d’aligner leurs stratégies sur les principes de la finance verte. Dans ce cadre, cette étude propose une analyse approfondie de la contribution de la finance verte à la performance extra-financière des entreprises, en examinant ses instruments, ses cadres réglementaires et les stratégies favorisant son adoption. À travers une revue de littérature détaillée, elle vise à identifier les leviers permettant d’accélérer le développement de la finance verte au Maroc et à formuler des recommandations pour une intégration plus efficace des critères ESG dans le tissu économique national. En éclairant les interactions entre finance et performance extra-financière, cette recherche apporte une réflexion sur les défis et opportunités de la transition verte pour les entreprises marocaines, dans une perspective de durabilité et d’innovation. 2. La Finance Verte : Un Levier de Transformation Durable 2.1. Historique, définition et instruments de la finance verte 2.1.1. Historique Depuis la seconde moitié du XXe siècle, le développement durable s’est imposé comme un enjeu mondial, défini dans le Rapport Brundtland comme la satisfaction des besoins présents sans compromettre ceux des générations futures (CMED, 1987). Les crises environnementales et financières, notamment celle de 2008, ont renforcé l’urgence d’intégrer la durabilité dans les pratiques économiques, favorisant l’essor de la finance verte. Ce concept, issu de l’investissement socialement responsable (ISR) et popularisé par la Banque mondiale dans les années 1990 (Revelli, 2013) , vise à financer des projets écologiques comme les énergies renouvelables. Apparue dès les années 1970-1980 avec les premiers fonds ISR, elle s’est développée à travers des étapes clés portées par des avancées réglementaires et institutionnelles. L’illustration suivante en retrace l’évolution : International Journal of Strategic Management and Economic Studies (IJSMES) – ISSN: 2791-299X http://www.ijsmes.com 1372 1997 •Protocole de Kyoto - Premier accord international historique visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés. 2000 •Carbon Disclosure Project (CDP) - Initiative visant à accroître la transparence et la responsabilisation des entreprises et des gouvernements en matière d'émissions de carbone. 2006 •Principes des Nations Unies pour l'investissement responsable (UNPRI) - Encouragement à l'intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans les décisions d'investissement. 2014 •Engagement de Montréal sur le carbone et Principes des obligations vertes - Mobilisation financière pour une transition bas-carbone et soutien aux investissements dans des projets ayant un impact environnemental positif. 2015 •Accords de Paris - Accord mondial historique visant à limiter le réchauffement climatique en dessous de 2°C, avec des efforts pour atteindre 1,5°C. 2016 •COP22 - Conférence organisée à Marrakech, axée sur la mise en œuvre des accords de Paris et le renforcement des actions climatiques des pays participants. 2017 •One Planet Summit et Centres financiers pour la durabilité - Accélération de la mise en œuvre des objectifs climatiques de l'Accord de Paris par la mobilisation de financements publics et privés. 2018 •Plan d'action de l'UE sur le financement d'une croissance durable - Mesures pour réorienter les flux financiers vers des investissements durables et soutenir la transition vers une économie bas carbone. 2021 •L’Observatoire - Initiative pour surveiller les engagements et les avancées des fédérations financières professionnelles dans le domaine de la finance verte et durable. 2022 •COP28 - Réaffirmation de l'engagement mondial envers l'Accord de Paris et adoption de nouvelles mesures pour accélérer la transition vers une économie bas carbone. 2024 •COP29 - Bakou, Azerbaïdjan : Accent sur le financement climatique. Accord pour tripler les fonds destinés aux pays en développement afin de renforcer leur adaptation et atténuation au changement climatique. Figure 1:Événements clés dans l'histoire de la finance verte et durable Source : Conception d’auteur Ces jalons ne sont pas seulement des événements isolés, mais plutôt des étapes cruciales dans un voyage continu vers un avenir plus résilient. Ils ont démontré que lorsque les gouvernements, les entreprises, la société civile et les citoyens se rassemblent, des progrès significatifs peuvent être accomplis. Ils ont également mis en lumière l'importance de l'innovation, de la collaboration et de l'action collective dans la résolution des défis mondiaux complexes. 2.1.2. Définitions Le concept de "finance verte" est de plus en plus répandu dans le monde, mais il n'existe pas encore de définition universellement acceptée. Lindenberg, (2014)souligne qu'il n'existe pas de consensus sur une définition précise de la finance verte, en raison de deux principales raisons ; Tout d'abord, de International Journal of Strategic Management and Economic Studies (IJSMES) – ISSN: 2791-299X http://www.ijsmes.com 1373 nombreuses recherches sur le sujet n'ont pas abouti à une définition claire et unifiée. De plus, les multiples définitions suggérées diffèrent considérablement. Une autre définition proposée par Ongbwa & D, (2017), qui considère la finance verte comme des produits et services financiers qui intègrent les considérations environnementales tout au long des processus de prise de décision, de suivi et de gestion des risques. Cette définition est souvent critiquée pour sa partialité, car elle semble restreindre la finance verte aux seuls aspects environnementaux, notamment la finance climatique. L'absence de consensus sur la définition de la finance verte témoigne de la diversité des approches et des perspectives adoptées dans ce domaine. Cette pluralité soulève des interrogations quant aux priorités et aux objectifs qui lui sont assignés, tout en mettant en évidence la nécessité d’une définition plus large et inclusive afin d’orienter les pratiques et les politiques en constante évolution. Plusieurs institutions proposent des définitions variées de la finance verte : • Le Groupe d'étude sur la finance verte du G20 (2016) la définit comme le financement d’investissements générant des bénéfices environnementaux, dans un cadre plus large de développement durable. • L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)considère la finance verte comme un mécanisme de financement visant à stimuler la croissance économique tout en réduisant la pollution, les émissions de gaz à effet de serre (GES) et en optimisant l’utilisation des ressources naturelles. • Selon ISO, la finance verte englobe l’ensemble des activités reliant l’environnement, la finance et l’investissement (ISO, 2022). Son développement récent résulte notamment de la multiplication des banques d’investissement vertes et de l’essor des obligations vertes. Cependant, elle demeure étroitement liée à des notions voisines, telles que la finance climat et la finance durable, qui bénéficient d’une définition approfondie par le Programme des Nations Unies pour l’environnement. 2.1.3. Instruments de la finance verte Pour atteindre ces objectifs, elle mise sur les outils mis en place pour favoriser la transition énergétique et susciter des projets écologiques, la redistribution de capitaux vers des objectifs de réduction du carbone et le soutien aux écosystèmes a. Obligations vertes Une obligation verte, également appelé Green Bond, représente un instrument financier émis sur le marché par divers intervenants économiques dans le but de financer des projets à vocation environnementale. Ce type d'obligation est largement reconnu comme un pilier de la finance verte, définie comme l'ensemble des opérations financières visant à promouvoir la transition énergétique et à lutter contre le changement climatique International Journal of Strategic Management and Economic Studies (IJSMES) – ISSN: 2791-299X http://www.ijsmes.com 1374 Selon l’AMMC, Les Green bonds sont des instruments financiers dont les fonds levés sont spécifiquement alloués au financement ou au refinancement, en totalité ou en partie, de projets nouveaux ou existants ayant des impacts environnementaux positifs. Contrairement aux obligations traditionnelles, les Green bonds ne se distinguent pas par leur structure financière, mais plutôt par la destination spécifique des fonds collectés, qui sont dédiés à des initiatives favorables à l’environnement Plusieurs émetteurs marocains, tels que Masen, AWB, Banque Populaire (BP), BOA, Al Omrane et Casablanca Finance City, ont émis plus de 4 milliards MAD d'obligations vertes, dont 1,5 milliard MAD en EUR. En juillet 2022, la BERD a annoncé un investissement de 200 millions MAD (19,2 millions EUR) dans une émission d'obligations vertes certifiées de 1 milliard MAD (95 millions EUR) destinée à l'Office national des chemins de fer marocains. Cette émission vise à refinancer la dette liée à la construction d'une ligne ferroviaire à grande vitesse électrifiée, conforme aux critères du Climate Bonds Standard pour le transport terrestre à faible émission de carbone, avec vérification indépendante et certification par le Climate Bonds Standard Board, ainsi qu'une garantie de TAMWILCOM. b. Le marché du carbone Le marché du carbone représente un mécanisme de compensation des émissions de dioxyde de carbone (CO2). Dans ce système, les entreprises ou institutions qui ne parviennent pas à atteindre leurs objectifs de réduction d'émissions de CO2 peuvent acheter des crédits carbones auprès d'autres entités qui ont dépassé les seuils permis (Bancel & Glavas, 2019), ou compenser leurs émissions excédentaires par d'autres actions environnementales. Un exemple concret est celui de l'Office National des Chemins de Fer (ONCF) qui s'est engagé à faire fonctionner ses trains à grande vitesse avec une énergie propre. En tirant parti des vents favorables dans la région nordique du pays, l'ONCF a réussi à alimenter son train à grande vitesse, Al Boraq, en utilisant une énergie verte, réduisant ainsi son empreinte carbone. Cette initiative démontre l'engagement de l'ONCF envers la durabilité environnementale et illustre l'efficacité des mesures de compensation des émissions de carbone dans la lutte contre le changement climatique. c. Le Fonds Vert pour le Climat (FVC) Résultant d'un accord entre 194 États, le Fonds vert pour le climat (FVC) représente le bras financier de la (CCNUCC), instauré à la fin de (2011). Ce fonds vise à transférer des fonds des nations développées vers les pays en développement, afin de mettre en œuvre des projets visant à atténuer les effets des changements climatiques. Il constitue le principal mécanisme financier multilatéral pour soutenir les initiatives climatiques dans les nations défavorisées. En février 2016, le FVC avait collecté environ 10,2 milliards de dollars, promis par 42 États pour financer des projets d'adaptation et de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans les pays en développement. International Journal of Strategic Management and Economic Studies (IJSMES) – ISSN: 2791-299X http://www.ijsmes.com 1375 2.2. Le phénomène du greenwashing au Maroc Le greenwashing, ou écoblanchiment, désigne la pratique par laquelle des acteurs financiers ou économiques présentent leurs produits comme écologiquement responsables alors qu'ils ne respectent pas réellement les critères environnementaux. Ce phénomène soulève des préoccupations quant à la crédibilité des investissements verts, en l'absence de cadres réglementaires clairs pour garantir l'authenticité des projets durables. Bien que le Maroc ait entrepris plusieurs initiatives pour promouvoir la finance verte, le risque de greenwashing demeure un enjeu majeur, nécessitant des mécanismes de contrôle renforcés. Le Maroc s’aligne sur les standards internationaux pour encadrer la finance verte et renforcer la transparence des produits financiers durables. Bank Al-Maghrib et l’AMMC adoptent des normes inspirées de la taxonomie verte européenne (Hoingné, 2020) afin de mieux définir les investissements durables. Signataire de l’Accord de Paris, le pays mise sur des initiatives comme le Plan Maroc Vert et le complexe solaire Noor. Cependant, l’absence d’un cadre national unifié expose les investisseurs au risque de greenwashing, soulignant l’urgence de renforcer la régulation et les mécanismes de contrôle. Pour encadrer les produits financiers durables, l’AMMC impose le respect des critères ESG, tandis que Bank Al-Maghrib intègre les risques climatiques dans les stratégies financières. Toutefois, la réglementation marocaine reste en développement par rapport aux standards européens. L’adoption d’une taxonomie nationale alignée sur celle de l’Union Européenne renforcerait la transparence, sécuriserait les investissements et optimiserait l’allocation des financements pour une transition écologique efficace. Si le Maroc progresse dans l’intégration de la finance verte, la lutte contre le greenwashing et la mise en place de labels environnementaux certifiés et un suivi rigoureux des projets financés. Cela permettrait d'assurer que les investissements verts jouent pleinement leur rôle dans la transition vers une économie durable et résiliente. 3. La Performance Extra-Financière : Critères et Évaluation 3.1. Définition et avantages pour les entreprises La performance extra-financière d’une entreprise englobe des dimensions environnementales (émissions de GES, gestion des déchets, investissements dans les énergies renouvelables), sociales (santé et sécurité des employés, qualité de vie au travail, diversité) et de gouvernance (transparence des décisions, lutte contre la corruption, éthique des affaires, publication des rémunérations). Elle constitue un indicateur clé de la responsabilité sociétale des entreprises (Acquier, 2007) et s’intègre de plus en plus dans leur stratégie globale, influençant leurs objectifs et responsabilités. La finance verte joue un rôle essentiel dans cette transformation en soutenant les initiatives qui allient viabilité économique et impact environnemental et social (Frimousse & Peretti, 2021), reflétant ainsi une prise de conscience croissante de la nécessité d’harmoniser performance financière et engagement durable. La communication des performances extra-financières améliore la crédibilité des entreprises auprès des investisseurs, des clients et des partenaires (Fabrice, 2023). Elle démontre un engagement clair envers les principes de responsabilité sociétale et environnementale, réduisant ainsi les risques liés à la réputation, elle leur offre plusieurs avantages : International Journal of Strategic Management and Economic Studies (IJSMES) – ISSN: 2791-299X http://www.ijsmes.com 1376 Tableau 1:avantages de communication ESG Avantages Comment ? Amélioration de la prise de décision pour les investisseurs En fournissant des données fiables sur les aspects environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), les entreprises permettent aux investisseurs de mieux évaluer les risques non financiers. Cela favorise des investissements alignés sur des objectifs de durabilité à long terme. Réduction des risques juridiques et financiers Une communication structurée permet de limiter les risques de litiges liés à des pratiques non conformes ou à des allégations de greenwashing. Cela assure également la conformité avec les réglementations en vigueur, comme la directive CSRD en Europe. Amélioration de la performance organisationnelle La mise en avant des performances extra-financières encourage l’adoption de pratiques durables, conduisant à une meilleure gestion des ressources humaines, à une réduction des coûts liés à la consommation énergétique et à une amélioration globale de la productivité Accès facilité aux financements durables Les entreprises qui communiquent clairement sur leurs engagements extra-financiers sont mieux positionnées pour accéder à des financements verts, tels que les obligations vertes ou les prêts à impact, offerts par des institutions financières engagées dans la transition écologique. Création d’un avantage concurrentiel En intégrant les performances extra-financières dans leur stratégie de communication, les entreprises se distinguent sur le marché. Cette approche peut leur permettre de se positionner comme des leaders sectoriels en matière de développement durable Source : Les enjeux de la fiabilité des informations extra-financières-DOLL. F 3.2. Normes et méthodologies d’évaluation 3.2.1. GRI, SASB, ISO 26000 L'évaluation de la performance extra-financière des entreprises repose sur des méthodologies reconnues internationalement, permettant de mesurer leur impact environnemental, social et de gouvernance (ESG). Parmi les cadres les plus couramment utilisés figurent les normes GRI, SASB et ISO 26000, chacun offrant une approche spécifique pour guider les entreprises dans la transparence de leurs pratiques et la gestion responsable de leurs activités. a. GRI (Global Reporting Initiative) La Global Reporting Initiative (GRI) est une organisation indépendante qui établit des normes de reporting pour aider les entreprises à publier des rapports transparents sur leurs impacts économiques, environnementaux et sociaux. Ces normes, adoptées mondialement, couvrent divers sujets comme les émissions de GES, la gestion des ressources, les conditions de travail et les pratiques anti-corruption. Elles International Journal of Strategic Management and Economic Studies (IJSMES) – ISSN: 2791-299X http://www.ijsmes.com 1377 permettent de montrer l’engagement envers le développement durable et d'assurer une communication claire avec les parties prenantes. b. SASB (Sustainability Accounting Standards Board) Le Sustainability Accounting Standards Board (SASB) est une organisation à but non lucratif qui élabore des normes sectorielles axées sur les enjeux ESG ayant un impact direct sur la performance financière des entreprises. Contrairement à la GRI, qui adopte une approche globale, le SASB adapte ses normes aux spécificités de chaque secteur, aidant ainsi les investisseurs à évaluer les risques et opportunités liés à la durabilité. En alignant les rapports ESG sur les attentes des marchés financiers, il favorise des décisions d’investissement éclairées et encourage les entreprises à améliorer leurs pratiques durables. c. ISO 26000 La norme ISO 26000, publiée en 2010 par l'ISO, guide les organisations dans l’intégration de la responsabilité sociale sans être une certification. Elle repose sur sept principes clés, dont la gouvernance, les droits de l’homme, l’environnement et l’engagement sociétal. En l’adoptant, les entreprises alignent leurs démarches RSE avec les attentes des parties prenantes, renforçant ainsi leur engagement envers des pratiques socialement responsables. 2.2.2. Déclaration de performance extra-financière (DPEF) au Maroc La Déclaration de Performance Extra-Financière constitue un dispositif essentiel pour évaluer la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, allant au-delà des résultats financiers traditionnels. Instaurée en 2018, elle impose aux entreprises répondant à certains critères financiers et organisationnels (Hadid & Afshin Mansouri, 2014) de publier un rapport détaillé sur leurs pratiques en matière de développement durable et les entreprises concernées, notamment sont les sociétés anonymes et les sociétés en commandite par actions, doivent publier une DPEF si elles dépassent un total de bilan de 20 millions d’euros, un chiffre d’affaires net de 40 millions d’euros et emploient plus de 500 salariés pour les sociétés cotées. Pour les autres sociétés, ces seuils sont fixés à 100 millions d’euros (Riquier-Tahier, 2023) pour le total du bilan ou le chiffre d’affaires. Le contenu du DPEF aborde des thématiques essentielles telles que l’environnement (émissions de CO₂, gestion des déchets, utilisation des ressources), le social et l’emploi (sécurité, formation, diversité), les droits de l’homme, la lutte contre la corruption et la gouvernance d’entreprise. Elle doit être publiée dans les trois mois suivant la clôture de l’exercice financier, signée par les dirigeants et vérifiée par un expert indépendant. Au Maroc, elle s’inscrit dans un cadre réglementaire visant à renforcer la transparence des entreprises sur leurs impacts sociétaux et environnementaux, consolidant ainsi la confiance des parties prenantes et soutenant la transition vers une économie durable. International Journal of Strategic Management and Economic Studies (IJSMES) – ISSN: 2791-299X http://www.ijsmes.com 1378 4. Corrélation entre Finance Verte et Performance Extra-Financière 4.1. Contribution à la Durabilité Environnementale 4.1.1. Diminution de l'empreinte carbone Depuis l'Accord de Paris en 2015, les institutions financières sont incitées à orienter leurs investissements vers des secteurs à faible intensité carbone. Des initiatives telles que la Net-Zero Banking Alliance (NZBA), lancée en 2021 sous l'égide de l'ONU, rassemblent des banques mondiales engagées à atteindre la neutralité carbone dans leurs portefeuilles d'ici 2050. Cela se traduisent par un financement accru des entreprises adoptant des pratiques durables et par une pression sur celles qui tardent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. La neutralité carbone vise à équilibrer les émissions de gaz à effet de serre avec leur absorption par des puits naturels comme les forêts et les océans. Les entreprises peuvent y parvenir en réduisant leurs émissions ou en achetant des crédits carbones, bien que ce système soit critiqué pour son faible coût et le risque de minimiser les efforts réels de réduction. Pour y remédier, la contribution climatique, qui implique un investissement direct dans des projets à faible émission, est une approche de plus en plus privilégiée. La mesure de l'empreinte carbone des entreprises repose sur trois périmètres : ➢ Émissions directes : Générées par les processus internes de production. ➢ Émissions indirectes liées à l'énergie : Provenant de la consommation énergétique utilisée pour la production. ➢ Autres émissions indirectes : Associées au cycle de vie des produits, incluant l'approvisionnement, le transport et la fin de vie. Les institutions financières jouent un rôle central dans cette transition en encourageant la décarbonation des portefeuilles, en réduisant leur exposition aux actifs fortement carbonés et en augmentant les investissements dans les entreprises engagées dans la transition énergétique. 4.1.2. Gestion durable des ressources naturelles La gestion durable des ressources naturelles joue un rôle fondamental dans la performance extrafinancière des entreprises en limitant l’impact environnemental de leurs activités. Le financement vert encourage l’adoption de pratiques responsables, tandis que des cadres normatifs comme l’ISO 14008 et l’ISO 14001 permettent d’évaluer et d’intégrer ces enjeux dans la gouvernance des organisations. En reconnaissant la valeur des services écosystémiques et la dépendance des entreprises au capital naturel, la finance verte contribue à réduire les risques environnementaux, à renforcer leur compétitivité et à favoriser l’accès à des financements durables.