- Le rédacteur : Si Abdelkrim BOUGHOUD -Ont également contribué à la réalisation de ce guide : Habiba Moussaoui Fatima Aouragh Ali Kadi Lhachemi Azouggagh Mohamed Lmoussaoui Mohamed Aouragh Lahcen Amesjoun Malika Baba Kheira Lyoussefi Fatouma Hanini Laaziza Boureza Fatima Moussaoui Yamina Hanini Hafida Ichir Abdelkader kbiri Driss Zirari Khadija Kadi Zahra Aouragh Habiba Boughoud Hassan Moussaoui Abdelaziz Mahzoul Ahmed Drissi Hassan Oukhchin Dépôt Légal : 2021MO4579 ISBN : 978-9920-34-473-9
Association Douiret-sbaa de Développement Local Douiret-sbaa - C.Beni Tadjite - C.P : 61102Province Figuig - Royaume du Maroc E-mail :
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Introduction 01 Entrée générale II.1.Aperçu sur la géographie et le climat de Douiret-Sbaâ 1.a.Situation géographique … 1.b.Données générales *L’environnement météorologique : Le climat 03 *L’environnement humain 05 II.2.Aperçu sur l’histoire de Douiret-Sbaâ 2.a. Arrivée de Sidi Mhamed Sbaâ et la fondation du Douiret-Sbaâ 2.b. La descendance de Sidi Mhamed Sbaâ 06 PARTIE1-Aîn Sbaâ III.1. Acte d’achat de la source Aîn Sbaâ 07 III.2. A propos du réservoir * Le comitéchargéde la gestion de l’eau * Matériels utilisés dans la répartition des eaux 10 * L’attribution des parts avant l’irrigation * Dans quel cas change-t-on le cours d’eau qui se jette ordinairement dans le réservoir ? 11 * Quand change-t-on les indicateurs du niveau de l’eau du réservoir ? * La particularitéde la variation qui s’opère entre l’étéet l’automne : 12 * L’horloge de la mosquée III.3.Temps d’irrigation 13 III.4. Composantes et unités du système d’irrigation 17 III.5. Tournante en rapport avec le système d’irrigation 18 III.6.Modèle de la répartition des séances d’été/ Parts des ayants droits 20 III.7. Le grand champ 29 III.8.Protection de la source de la pollution * Quand l’eau est acheminée de la source au réservoir 30 *Lieu dédié à la lessive *Le lieu et le temps où le bétail peut se désaltérer 31 * Où et quand les équidés sont abreuvés ? * Travaux d’entretien et d’aménagement 32 * III.9. Système des contraventions et des amendes * La source principale. * La source d’en haut (Un canal annexe près de la source principale) * Le canal reliant la source au réservoir 33 * Le réservoir 34 * Les canaux traversant les champs 35 III.10. Système de prise en charge des étrangers 36
PARTIE 2:Les khettaras : un système ancestral d’irrigation IV.1. Aperçu sur les khettaras 37 IV.2. Les parts des bénéficiaires 38 PARTIE 3 L’eau provenant des pluies torrentielles V.1. Les canaux les plus connus 39 V.2. Les eaux provenant des ruisseaux avoisinant les champs 40 PARTIE 4 Aperçu sur le système d’irrigation dans la région VI.1 .La source de Taboundirt 41 VI.2. La seguia d’Azar 42 Conclusion 44
I. Introduction L’idée de l’élaboration et la réalisation par l’association DouiretSbaa de développement local, d’un guide permettant la mise en valeur d’un système ancestral d’irrigation et qui perdure encore de nos jours à Douiret-Sbaâ s’inscrit dans le cadre d’un projet intitulé «Le Vieux Génie des Eaux Rares » en partenariat avec l’Ambassade de France au Maroc. C’est un projet qui se compose de deux parties complémentaires. La première consiste à réaliser un guide réunissant toutes les informations et données importantes sur ce système d’irrigation traditionnel si particulier tout en citant les parts de chaque famille afin de les préserver pour les générations futures. La deuxième a comme ambition de produire un documentaire composé notamment d’entretiens avec les sages du Douar, hommes et femmes, ceux parmi eux qui ont une grande connaissance de ce système ingénieux d’irrigation, qui fait la particularité de cette région, et de tout ce qui a un rapport avec la source comme traditions ou lois héritées des ancêtres. La réalisation du guide s’est faite en plusieurs étapes : d’abord, l’organisation de plusieurs ateliers impliquant des personnes âgés du Douar notamment les sages parmi eux qui ont veillé sur le bon déroulement de ce système d’irrigation mis en place depuis des siècles et qui constitue un patrimoine non matériel du Douar. Ensuite plusieurs entretiens et visites sur le terrain ont été réalisés en compagnie des bénéficiaires ce qui a permis de réunir le maximum d’informations et de données sur le fonctionnement du système ainsi que les parts d’eau de la source octroyées à chacun. Aîn Sbaâ est une source inépuisable et ce depuis l’installation des Sébâyines dans la région qui remonte au 2 février 1565. Mais son débit qui s’affaiblit notamment pendant les périodes de sécheresse a poussé les habitants à inventer un système d’irrigation ingénieux avec une réglementation rigoureuse ce qui a permis de garantir un ravitaillement continu en eau à la fois pour la consommation de la population, de l’élevage mais également pour l’irrigation de l’oasis et ce depuis des siècles. 1
Bien que l’irrigation se fasse à Douiret-Sbaâ uniquement le jour et non la nuit à cause de la rareté des eaux, il existe toutefois dans la région d’autres systèmes d’irrigation totalement différents de ceux de Douiret-Sbaâ ; 2 Ce système repose sur le fait que l’irrigation se fait uniquement le jour alors que pendant la nuit l’opération de stockage de l’eau dans un réservoir aménagé à cet effet s’accomplit. Des opérations arithmétiques très précises garantissent la justice pour tout le monde quant à la répartition des parts d’eau pour chaque famille sans qu’il y ait de différend ou de litige ce qui contribue donc à la cohésion sociale. L’impact du changement climatique sur les ressources en eau qui se font de plus en plus rares nous a poussés à estimer en tant qu’association avec notre partenaire principal qu’un tel système d’irrigation qui a fait ses preuves depuis des siècles sans la moindre faille et qui a permis à une oasis et àsa population à défier des années de sècheresse, pourrait être un modèle dont on peut s’inspirer pour réguler les questions de l’eau comme ce fut le cas de la population de Douiret-Sbaâ. C’est ce qu’on trouve par exemple au niveau du Canal des Douar d’Azar et de celui de Douiret-Sbaâ Al jadida ainsi qu’au Douar de Zaouyat de Talsint où se trouve la source de Taboundirt qui coule aussi continuellement. On constate que l’irrigation s’y fait tantôt le jour tantôt la nuit à cause de l’abondance de l’eau.
II. Entrée en matière II.1.Aperçu sur la géographie et le climat de Douiret-Sbaâ Douiret-Sbaâ se situe à 30 km de BeniTadjit dont 8 km non goudronnés, à proximité de la route nationale (N 21) reliant Beni Tadjit à Rich. Elle fait partie de la commune de Beni Tadjit, province de Figuig, région de l’Oriental. Situation : Les coordonnées de Douiret-Sbaa, Maroc sont latitude: 32.433918 et longitude: -3.612873 Les coordonnées GPS sont N 32°26' 2.0400" et W 3°36' 46.4400" 1.b. Données générales -L’environnement météorologique, Le climat : Les conditions climatiques dans la région sont globalement rudes. Elles oscillent entre un climat continental et une atmosphère méditerranéenne qui se caractérise par des températures élevées pendant l’été et un froid glacial en hiver avec une variation remarquable de ces températures entre le jour et la nuit. Tableau : Source : ORMVA DU TAFILALET / COORDINATION BENI TADJIT Pluviométrie enregistrée sur 19 CA au niveau de la zone d'action de la Coordination de Beni Tadjit situation au 08-062021 CA---- mois Centre Se Oc Nov Dé Jan Fevr Mar Avr Mai Jui juill Aout Total Beni Tadjit 19 13 12 3 5 0 74 5 16 147 20202021 Bouanane 2 4 14 0 0 0 46 0 7 73 Talsint 14 21 27 38 4 0 105 23 33 265 Beni Tadjit 26 5 10 6 0 0 12 40 22 0 3 0 124 3 1.a Situation géographique
20192020 Bouanane 25 0 2 7 0 0 22 9 2 0 0 0 67 Talsint 96 0 36 9 0 0 36 35 56 0 0 0 268 Beni Tadjit 44 17 12 0 0 0 17 14 0 0 0 29 104 20182019 Bouanane 11 0 27 0 0 0 15 0 0 0 0 4 57 Talsint 55 41 36 0 0 0 52 21 0 0 0 56 261 Beni Tadjit 0 9 0 6 25 11 3 2 34 0 0 74 164 20172018 Bouanane 0 0 0 6 18 0 0 0 0 0 0 90 114 Talsint 0 21 0 0 22 10 3 2 0 0 0 81 139 Beni Tadjit 23 0 34 63 0 1 0 1 0 0 14 27 163 20162017 Bouanane 3 0 22 70 0 5 0 0 0 0 0 0 100 Talsint 14 0 61 60 0 6 0 8 0 0 5 36 190 Beni Tadjit 37 26 7 0 0 0 0 0 24 3 3 0 100 20152016 Bouanane 32 18 5 0 0 0 0 0 40 0 0 0 95 Talsint 49 54 10 0 0 0 0 0 27 8 27 0 175 20142015 Beni Tadjit 28 0 104 5 0 53 2 4 0 15 0 4 215 A partir du tableau ci-dessus, nous pouvons constater que l’ensemble des chutes annuelles des pluies dans la région de Beni Tadjit se caractérisent par la rareté. Elles ne dépassent pas dans la quasi-totalité des saisons 200 mm comme il a été mentionné pour la saison 2015/2016 où ces chutes n’ont pas dépassé 100mm àBeni Tadjit centre, 95 mm à Bouanane centre et 175 mm à Talssint centre. de même, dans presque toutes les autres communes, le pluviomètre n’a pas dépassé 200mm àl’exception de Talssint centre qui a connu de grandes averses atteignant ainsi 268 mm durant la saison 2019/2020, et 265 mm durant celle de 2020/2021 jusqu’au mois de Mai. 4
-L’attribution des parts avant l’irrigation : Chaque jour, avant le lever du soleil, et après la répartition de l’eau du réservoir à l’aide du tronc d’arbre utilisé donc comme support, la fixation des clous délimitant la part de chacun et la détermination en heures et en minutes du temps correspondant, l’opération de l’irrigation peut commencer. Le premier servi amorce la tâche par l’ouverture de l’embouchure du bassin avant de se rendre à son champ. Il est tenu de revenir au réservoir de temps à autre pour constater si la quantité de l’eau restante correspond au temps qui lui est imparti et accélérer ou ralentir le débit de l’eau en conséquence. De même, le suivant dans la liste du jour doit se rendre au moins une demi-heure sur les lieux avant le moment exact où il va prendre le relais pour ne pas perdre sa part de l’eau. -Dans quel cas change-t-on le cours d’eau qui se jette ordinairement dans le réservoir ? Dans le but de préserver les droits de chacun et pour éviter les conflits que peut engendrer le manque de maitrise de l’équilibre entre la quantité de l’eau du bénéficiaire et le temps qui lui correspond ce qui pourrait avoir comme conséquence la perte d’une quantité d’eau au profil du suivant, un canal supplémentaire a été construit à proximité pour permettre d’évacuer l’eau sans nécessairement passer par le réservoir. Une telle opération donnerait ainsi au prestataire le temps nécessaire pour rééquilibrer le temps restant avec la quantité de l’eau qui lui revient. 11
-Quand change-t-on les indicateurs du niveau de l’eau du réservoir ? Douiret-Sbaâ est doté d’un système d’irrigation original avec des particularités organisationnelles étonnantes. En effet, c’est un système où chaque ayant droit bénéfice de sa part d’eau sur le même pied d’égalité que les autres, cette eau allant via des canaux aménagés à cet effet de la source au réservoir, où elle est stockée durant la nuit et répartie au lever du soleil selon donc une démarche ingénieuse. Toutefois, la répartition de l’eau ainsi que des horaires peuvent varier selon le niveau de l’eau dans le réservoir dont il convient de fixer l’indicateur à chaque variation sur le tronc d’arbre utilisé à cet effet. Et c’est une opération qui se fait chaque jour. Ainsi, chaque matin, on immerge le tronc d’arbre en question dans le réservoir pour s’assurer que le niveau de l’eau n’a pas changé par rapport à la journée précédente et en cas de variation, il convient de changer immédiatement l’indicateur du niveau de l’eau ce qui engendre automatiquement le changement de tous les autres indicateurs de la répartition, des indicateurs sous formes de clous fixés sur le tronc utilisé. Le partage du temps qui va du lever au coucher du soleil subit également des transformations parallèles. En outre ces variations s’opèrent automatiquement selon les saisons, les années et les périodes de sécheresse. -La particularitéde la variation qui s’opère entre l’étéet l’automne : Lors du passage de la saison d’été à celle de l’automne et vice versa, des mesures particulières s’imposent pour une répartition équitable de l’excédent de l’eau que peut engendrer le changement de saison. La responsabilité de l’entretien du réservoir est aussi partagée équitablement entre tous les membres de la communauté : les conséquences que peut engendrer la non fermeture de l’embouchure du réservoir, les obstacles qui peuvent empêcher le cours d’eau comme les feuilles d’arbres par exemple, la chute d’un mur ou d’un quelconque obstacle sur le canal. A ce moment-là, les habitants procèdent par tirage au sort pour une période de 24 jours durant la première période de la saison d’été et pour une durée de 16 jours durant la première période de l’automne. 12
Ce tirage au sort a lieu tous les jours pour délimiter un certain ordre : le 1er, Le 2ème, le 3ème …et ainsi de suite selon le nombre des bénéficiaires. Le tirage au sort a lieu de manière équitable pour déterminer celui qui a le droit de fermer le bassin et sera donc le premier à commencer l’irrigation au lever du soleil. Ainsi le tirage au sort se déroule entre les demis du bassin puis les quarts ensuite les 1/8 ; un second tirage au sort concernant les 1/8 pour déterminer le premier à entamer le travail puis le suivant selon les composantes du 1/8 qui varie de 1/8 à un autre et d’un jour àun autre. -L’horloge de la mosquée : Avant de se rendre au réservoir pour la répartition de l’eau et du temps qui correspond à chaque part, il est impératif de se rendre à la mosquée pour régler sa montre sur la pendule qui s’y trouve accrochée au mur dans la salle de prière et qui représente en quelque sorte la référence permettant de dissiper tout différend pouvant provenir de la répartition du temps entre les bénéficiaires. En effet, généralement toutes les montres ne sont pas forcément et toujours très précises par rapport aux minutes et comme la répartition des parts d’eau est étroitement liée à cette précision temporelle, l’horloge de la moquée constitue en quelque sorte un arbitre à qui tout le monde se réfère en cas de litige. III.3.Temps d’irrigation Comme le débit de la source n’est pas assez fort et qu’il y a généralement des fuites le long des cours d’eau, les habitants avaient eu donc l’idée depuis les débuts de leur installation dans la région de construire un grand bassin pour y stocker l’eau de la source du coucher au lever du soleil et de ne procéder à l’irrigation des champs que le jour. Ainsi, le débit de l’eau deviendra plus fort et atteindra les domaines les plus éloignés. L’embouchure du réservoir est donc fermée au coucher du soleil qui correspond à l’appel de la prière d’Almaghrèb. En outre cette fermeture se fait à tour de rôle entre les ayants droits afin de permettre : 13
*D’assurer un partage équitable de l’excédent d’eau qui provient des pluies étant donné que c’est la personne qui a assuré la fermeture du réservoir le soir et qui va commencer par conséquent l’irrigation le premier le matin, qui ale droit de profiter de ce tropplein. *D’assumer toute responsabilité quant à la fermeture du réservoir et tout ce qui peut en découler comme la perte des eaux en cas d’oubli ou l’existence d’un obstacle dans les canaux la nuit ce qui entraverait l’arrivée des eaux au réservoir ; la chute d’un mur, des herbes sauvages, des feuilles sèches qui pourraient aussi favoriser des fuites d’eau dans les champs que traversent les cours d’eau. Et pour garantir à chacun de bénéficier de sa part d’irrigation et sur le même pied d’égalité que tout le monde, un système des plus géniaux a été mis au point qui favorise une circulation périodique de l’irrigation sur l’ensemble des champs et tout ce qui s’en suive en termes de droits et de devoirs. En effet, tout a été pensé et repensé pour que chacun assume une part de responsabilité en fonction de sa part de l’eau provenant de la source. Ainsi, par exemple, le propriétaire possédant une moitié du réservoir, assume la responsabilité une fois toutes les deux périodes, ce qui correspond à peu près à une fois tous les 50 jours pendant la saison de l’été et une seule fois également mais tous les 34 jours seulement pendant la période de l’automne, et celui qui ale 1/8 assume cette charge une seule fois en 8 périodes ce qui correspond à environ 200 jours l’été et 136 l’automne. 14
Le mouvement intérieur : le ½ La durée pendant le jour Numéro du mouvement L’irrigation se fait dans le premier demi 1 L’irrigation se fait dans le dernier demi 2 Le mouvement intérieur : le 1/4 La durée pendant le jour Numéro du mouvement L’irrigation se fait après le lever du soleil 1 L’irrigation se fait après la prière de AlDoher 2 L’irrigation se fait avant la prière de AlDoher 3 L’irrigation se fait la fin de la journée 4 Le mouvement intérieur : le 1/8 La durée pendant le jour Numéro du mouvement L’irrigation se fait après le lever du soleil 1 L’irrigation se fait après la prière de Al-Doher 2 L’irrigation se fait après le premier ¼ avant la prière d’Al-Doher 3 L’irrigation se fait avant le dernier 1/8 après la prière d’AL-Asser 4 L’irrigation se fait après le premier 1/8 5 L’irrigation se fait avant la prière d’AL-Asser 6 L’irrigation se fait avant la prière d’Al-Doher 7 L’irrigation se fait la fin de la journée 8 Les partis du 1/8 opèrent un mouvement à l’intérieur du 1/8 1/16 Il opère un double mouvement à l’intérieur du 1/8 pour permettre au bénéficiaire d’avoir le droit à son tour de fermer le bassin et de commencer le premier à irriguer dans la journée 1/24 Il opère un triple mouvement à l’intérieur du 1/8 pour permettre au bénéficiaire d’avoir le droit à son tour de fermer le bassin et de commencer le premier à irriguer dans la journée 1/32 Il opère quatre mouvements à l’intérieur du 1/8 pour permettre au bénéficiaire d’avoir le droit à son tour de fermer le bassin et de commencer le premier à irriguer dans la journée 1/48 Il opère six mouvements à l’intérieur du 1/8 pour permettre au bénéficiaire d’avoir le droit à son tour de fermer le bassin et de commencer le premier à irriguer dans la journée Et sur ces bases, les responsabilités s’établissent comme suit : 15
Le mouvement intérieur : le ½ Le mouvement intérieur : le 1/4 Le mouvement intérieur : le 1/8 Les partis du 1/8 16
III.4. Composantes et unités du système d’irrigation Etant donné que le pouce fut parmi les unités de mesures les plus anciennes, et qui correspond à environ 2 cm, le réservoir quand il est intégralement plein se divise en unités suivantes qui constituent ainsi les parts des ayants droits : Unité Nombres de Pouces Nombre de Centimètres 1/192 ½ 1 1/96 1 2 1/48 2 4 1/32 3 6 1/24 4 8 1/16-1/96 5 10 1/16 6 12 1/16+1/96 7 14 1/12 8 16 1/8-1/32 9 18 1/8-1/48 10 20 1/8-1/96 11 22 1/8 12 24 1/8+1/96 13 26 1/8+1/48 14 28 1/8+1/32 15 30 1/8+1/24 16 32 1/8+1/16-1/96 17 34 1/8+1/16 18 36 1/8+1/16+1/96 19 38 1/8+1/12 20 40 ¼-1/32 21 42 ¼-1/48 22 44 ¼-1/96 23 46 ¼ 24 48 ½ 48 96 Bassin entier 96 192 17
Eléments de division : Le nombre d’unités composant le réservoir 2 de ½ 4 de ¼ 8 de 1/8 12 de 1/12 16 de 1/16 24 de 1/24 48 de 1/48 96 de 1/96 192 de 1/192 III.5. Tournante en rapport avec le système d’irrigation La Session globale de l’eau se compose de deux parties : la session d’été et la session d’automne.La session d’été se divise en 4 parties, et chaque partie d’entre elles correspond à une plage horaire de six jours. Ainsi la session entière compte 24 jours. Ajoutons à cela une journée propre pour la mosquée ce qui fait un total de 25 jours. Quant à la session d’automne, elle se compose également de 4 parties et chaque partie compte 4 jours seulement ce qui nous fait un total de 16 jours en plus du jour consacré à la mosquée pour atteindre 17 jours au total. Le passage de la session d’été à celle de l’automne nécessite la division de la session en 3 parties ce qui oblige chaque bénéficiaire à ôter le 1/3 de sa part d’eau conservée dans le réservoir où l’eau est acheminée et stockée depuis le lever jusqu’au coucher du soleil. Font exception à cette règle : *La part réservée à la mosquée, été comme automne. Quant aux parts dont certaines familles ont fait don pour la mosquée, elles sont soumises à la même réglementation et diminue d’un tiers en automne. * Les parts de certains bénéficiaires ne diminuent ni en été ni en automne à cause des transactions liées à l’achat et la ventes entre les habitants de leurs parts d’eau en cas de besoin. Ainsi pour ne pas nuire au fonctionnement global du système de l’irrigation, le vendeur 18
doit ôter les 2/3 de ce qui lui reste comme part d’eau 1/3 pour lui et 1/3 pour récompenser la part qu’il a vendu. Par exemple, si le vendeur possède 3/8 de part d’eau de la session d’été, il ne lui restera pendant la session d’automne que 2/8 ce qui correspond à ¼ de la totalité de l’eau stockée dans le réservoir. S’il a vendu le 1/8 sous les conditions citées ci-dessus, durant le passage de l’été àl’automne, l’acheteur bénéficiera d’une part entière sans restriction mais à condition que le vendeur diminue de sa part le 1/8 et ne lui reste donc que le 1/8 c'est-à-dire qu’il y aura soustraction du ½au lieu du 1/3 arrêté légalement. Toutefois, si la transaction commerciale s’est faite sans condition, il lui restera alors le 1/8 et les 3/8 ce qui lui causera une perte de 3/8. Ce genre de vente conditionnée engendre parfois la diminution de certaines parts d’une quantité pouvant aller jusqu’à un quart voire la moitié des fois et il yen a même certaines qui peuvent carrément disparaître pendant la session d’automne dans des calculs complexes qui sont difficiles à démêler sans documentations. Les mouvements selon les saisons : La saison d’été La saison d’automne Il recouvre la période allant de la première semaine du mois de janvier jusqu’à la première semaine du mois de juillet. Durée : 6 mois Nombre de mouvements : 7 Durée du mouvement : 25 jours Il recouvre la période allant de la première semaine du mois de juillet jusqu’à la première semaine du mois de janvier. Durée : 6 mois Nombre de mouvements : 10 Durée du mouvement : 17 jours *les composantes de chaque mouvement : L’été :il est divisé en 4 parties, chacune de ces parties dure 6 jours, à l’exception de la mosquée auquel un jour spécifique a été consacré, l’organisation se présente comme suit : 19
*Al-Bouaoud : 6 jours * Al-Abderrahman : 6 jours * Al-Mhamed : 6 jours * La Mosquée : 1 jour * Al-Aboubaker : 6 jours L’automne : il est divisé en 4 parties, chacune de ces parties dure 4 jours, à l’exception de la mosquée auquel un jour spécifique a été consacré, l’organisation se présente comme suit : * Al-Bouaoud : 4 jours * Al-Abderrahman : 4 jours * Al-Mhamed : 4 jours * La Mosquée : 1 jour * Al-Aboubaker : 4 jours III.6.Modèle de la répartition des séances d’été/ Parts des ayants droits Le système d’irrigation à Douiret-Sbaâ obéît à des opérations arithmétiques complexes afin de garantir à tous les ayants droits, individus ou groupes de personnes, leurs parts d’eau de la source et ce de la manière la plus équitable possible. Ce qui a encore renforcé cette répartition juste, c’est l’introduction, en plus d’un tronc d’arbre taillé à cet effet, de clous permettant la délimitation de la part de chacun et d’un fil comme unité de mesure, du facteur temps et le recours à la montre. En outre, l’opération de la répartition des parts de chacun s’effectue chaque matin et le long de l’année. Modèle d’opérations arithmétiques Suite à ces informations liées au bassin : Langueur du bassin : 12.3mètres Largeur du bassin : 8mètres Hauteur de l’eau : 1.92mètres, chaque unité des composantes du bassin sera comme suite : Volume du bassin 12.3 x 8 x 1.92 = 188.928 ½ 188.982 : 2 = 94.464 ¼ 188.982 : 4 = 47.232 1/8 188.982 : 8 = 23.616 20
Jour 2 / Bassin N 2 ¼+1/48 26 52 51.168 3 h 15 mn 1/8 12 24 23.616 1 h 30 mn 1/16 6 12 11.808 45 mn 1/24 4 8 7.872 30 mn 1/8 12 24 23.616 1 h 30 mn 1/8 12 24 23.616 1 h 30 mn 1/8 12 24 23.616 1 h 30 mn 1/8 12 24 23.616 1 h 30 mn Jour 3 / Bassin N 3 1/8+1/24 16 32 31.488 2 h 1/8+1/24 16 32 31.488 2 h 1/8+1/24 16 32 31.488 2 h 1/8+1/24 16 32 31.488 2 h 1/8+1/24 16 32 31.488 2 h 1/8-1/48 10 20 19.68 1 h 15 mn 1/16 6 12 11.808 45 mn Jour 4 / Bassin N 4 1/8 12 24 23.616 1 h 30 mn 1/8 12 24 23.616 1 h 30 mn 1/8 12 24 23.616 1 h 30 mn 1/8 12 24 23.616 1 h 30 mn ¼ 24 48 47.232 3 h ¼ 24 48 47.232 3 h Jour 5 / Bassin N 5 ½+1/16 54 108 106.272 6 h 45 mn 1/16 6 12 11.808 45 mn 1/8 12 24 23.616 1 h 30 mn 1/8-1/32 9 18 17.712 1h7mn5s 1/16 6 12 11.808 45 mn 1/32 3 6 5.904 22 mn 5 s 1/16 6 12 11.808 45 mn 27
Jour 6 / Bassin N 6 1/8 12 24 23.616 1 h 30 mn 1/8 12 24 23.616 1 h 30 mn 1/8 12 24 23.616 1 h 30 mn 1/8 12 24 23.616 1 h 30 mn 1/8 12 24 23.616 1 h 30 mn 1/16+1/96 7 14 13.776 52 mn 5 s 1/16+1/96 7 14 13.776 52 mn 5 s 1/8-1/96 11 22 21.648 1h22mn5s 1/12 8 16 15.744 1 h 1/32 3 6 5.904 22mn5s Remarque générale : Tous ces graphiques ne sont pas constants et peuvent subir des transformations à tout moment : Etant donné que l’opération de la répartition de l’eau est étroitement liée au moment du lever et du coucher du soleil et donc les données de ces graphiques peuvent changer en fonction de la langueur de la journée durant les saisons et les années. Ces transformations peuvent être liées à l’augmentation ou àla diminution de l’eau, une variation due soit à la chute des pluies ou quand une quantité d’eau reste dans le réservoir après le coucher du soleil par négligence ce qui engendrera automatiquement une modification des graphiques. Les données en rapport avec la quantité en eau des ayants droits varient lors du passage de la tournante d’été à celle de l’automne et le 7 juillet est choisi comme étant le jour de transition entre ces deux périodes. Ainsi, les données enregistrées ce jour-là se présentent comme suit : Langueur du bassin : 12.3 mètres Largeur du bassin : 8 mètres 28
Hauteur de l’eau : 1.15 mètres, chaque unité des composantes du bassin sera comme suite : Volume du bassin 12.3 x 8 x 1.15 = 113.16 ½ 113.16 : 2 = 56.58 ¼ 113.16 : 4 = 28.29 1/8 113.16 : 8 = 14.145 Pour calculer les unités du 1/8 qui sont (2/3, ½, 1/3, 1/4,1/6,1/12,1/24), nous faisons les opérations suivantes : 2/3=1/8 :3/2=1/8x2/3=2/24=1/12 2/3=113.16x1/12=9.43 ½ = 1/8 : 2/1 = 1/8 x ½ = 1/16 1/2 = 113.16x1/16 = 7.0725 1/3 = 1/8 : 3/1 = 1/8 x 1/3 = 1/24 1/3 = 113.16x1/24 = 4.715 ¼ = 1/8 : 4/1 = 1/8 x ¼ = 1/32 ¼ = 113.16x1/32 = 3.536 1/6 = 1/8 : 6/1 = 1/8 x 1/6 = 1/48 1/6 = 113.16x1/48 = 2.357 1/12 = 1/8 : 12/1 = 1/8 x 1/12 = 1/96 1/12 = 113.16x1/96 = 1.178 1/24 = 1/8 : 24/1 = 1/8 x 1/24 = 1/192 1/24 = 113.16x1/192 = 0.589 En outre, le jour suivant qui correspond donc au 8 juillet 2021 où commence la période d’automne, ces unités diminuent automatiquement de 1/3 selon un système précis et rigoureux. III.7. Le grand champ Pour des raisons de sècheresse qui s’abattait sur la région depuis des siècles à des périodes variées, les sages du Bled avaient mis au point une organisation astucieuse qui garantissait à l’ensemble de la communauté les besoins de survie en nourriture notamment malgré la disette. Ainsi, pendant les périodes de grande sécheresse où l’eau provenant de la source se faisait rare et qu’elle ne pouvait donc pas atteindre et irriguer l’ensemble des champs, les habitants suspendent pour un temps le mode de répartition des eaux mis en place jusqu’à ce que les récoltent soient effectuées comme les champs labourés étaient notamment les plus proches de la source. En outre, on labourait surtout un périmètre relativement spacieux connue sous le nom du Grand Champ, où on cultive essentiellement du maïs et on irriguait à tour de 29
rôle afin que tout le monde profite des récoltes dans un élan de solidarité et de partage que les ancêtres des Sébâyines enseignaient à leur descendance pour y avoir recours dans les temps difficiles. III.8.Protection de la source de la pollution *Quand l’eau est acheminée de la source : Comme la source est le seul moyen pour les habitants de s’approvisionner en eau potable et pour la protéger, Sidi Mhamed Sbaâ,le fondateur du Douar et l’acheteur de cette source ainsi que les terres environnantes, y a introduit quelques spécimens de poissons qui permettent de la nettoyer de toutes les algues et les impuretés ; d’autant plus que les habitants procèdent à tour de rôle et de façon périodique à des opérations de nettoyage et d’entretien. Autrefois, les femmes n’avaient pas le droit d’aller àla source pour s’approvisionner en eau. Elles pouvaient le faire uniquement entre la prière d’Alssobh et le lever du soleil ou alors entre le coucher du soleil et la prière d’Alaîcha. 30
* Un lieu dédié à la lessive : * Le lieu et le temps où le bétail peut se désaltérer : Pour permettre aux troupeaux de se désaltérer dans la plus grande tranquillité, un espace situé le long du canal à proximité du réservoir a été désigné à cet effet, ce même canal permettant d’acheminer l’eau de la source et qui donc coule continuellement. Un temps précis a été également arrêté et qui autorise au berger d’introduire son troupeau dans ce périmètre, un temps qui varie selon les saisons. Ainsi, pour la saison d'été, ce temps dure de 11 heures du matin à 15 heures de l’après-midi ; alors que pendant la saison d’hivers, cela va du lever du soleil jusqu’à 10 heures du matin. Il est donc fortement interdit à quiconque de se trouver en ces lieux ou de s’adonner à toute forme d’activités susceptibles de gêner le bétail ou d’altérer la qualité de l’eau comme la baignade, la lessive ou la vaisselle … Généralement, les champs de Douiret-Sbaâ sont entourés de hautes murailles avec des portes pour y accéder. Certains de ces champs sont traversés par des canaux qui permettent d’acheminer l’eau provenant de la source jusqu’au réservoir et au milieu de certains de ces champs se trouvent des espaces réservés aux femmes pour faire leur lessive. Il était évidemment interdit aux hommes de se rendre dans ces lieux par respect pour les lessiveuses. L’activité de ces femmes prend fin au moment où le bétail arrive pour s’abreuver dans des lieux désignés à cet effet et qui se situe en contrebas du canal exploité par les femmes. Les femmes sont donc sommées de suspendre leurs activités en attendant que les bêtes finissent de se désaltérer et reprennent par la suite leur travail. Il leur arrive même de quitter les lieux et de laisser leurs affaires sur place et revenir par la suite une fois que le troupeau repart au pâturage. 31
Il s’agit d’une partie qui se situe en contrebas de la source. Cette opération n’obéît toutefois à aucune contrainte ni condition sauf si une ou des personnes se trouvent déjà sur les lieux au moment où la ou les bêtes accèdent au canal pour se désaltérer, ils doivent cesser leur activité et permettre à la bête de boire dans la plus grande tranquillité. * Où et quand les équidés sont abreuvés : * Travaux d’entretien et de réparation : Quand le comité chargé de la gestion de l’eau remarque la nécessité d’intervenir pour faire des travaux d’entretien et de nettoyage au niveau de la source, des canaux ou du réservoir, il en informe la communauté juste après l’annonce de la prière d’Almaghrèb par le biais du muezzin lui-même qui informe par la même occasion, la population de l’ampleur des travaux, du programme, des horaires. C’est un travail communautaire qui se réalise par les membres de la communauté eux même notamment les majeurs d’entre eux, le critère permettant la limitation de l’âge de la majorité étant l’âge où la personne commence à jeuner. 32
III.9. Système des contraventions et des amendes - La source principale : Il est formellement interdit, *d’introduire dans la source un ustensile ou autre objet sale sans procéder à son nettoyage dans le canal qui se trouve en contrebas, loin de la fontaine, *d’y faire la vaisselle, la lessive ou autres activités pouvant polluer la source, *de nourrir les poissons le jour ; mais la nuit, *de mettre des rochers dans la source pour filtrer l’eau, *d’utiliser les tuyaux en métal ou s’appuyer dessus, *d’accéder àla source hors des horaires autorisés -La source dite « La source d’en bas » (Une partie du canal à proximité de la source principale) : * Bien qu’il soit permis dans ce périmètre de laver des ustensiles, les céréales comme le blé ou le maïs, de se laver pour les personnes après les travaux des champs, il est toutefois défendu de procéder à de telles activités pendant les horaires réservés au breuvage des bêtes. *Il est également interdit d’y faire la lessive où de s’y adonner à toute forme d’activité pouvant la polluer. *Il est permis en revanche d’y puiser de l’eau pour les travaux de construction, de rénovation ou de réparation mais pas pour l’irrigation des potagers. -Le canal reliant la source au réservoir : 33 *Il est autorisé autrefois aux femmes d’y faire leur lessive dans les vergers entourés de murailles. De nos jours, un périmètre à proximité du réservoir leur a été réservé pour cette tâche. Toutefois ce genre d’activité ne peut pas s’effectuer le temps où le bétail se trouve sur les lieux pour se désaltérer.
Le réservoir : *Si, pour une raison ou une autre, le réservoir n’est pas tout à fait plein, la journée suivante de l’irrigation s’annule et l’opération de la division de l’eau est reportée et la quantité de l’eau accumulée durant la journée est louée à quiconque de la communauté qui en formule la demande. 34 *Si le réservoir n’est pas tout à fait plein à cause de la chute d’un mur, d’un arbre le long du canal ce qui aura engendré sa bouchure, le blocage de l’eau ou le changement de sa direction pour cause d’accumulation d’herbes sauvage ou de feuilles d’arbres mortes, le comité chargé de la gestion de l’eau annonce l’annulation de cette journée et tout le monde participe à l’opération du nettoyage du canal quel que soit le champ où le problème a eu lieu.L’eau restant dans le canal est loué jusqu’au coucher du soleil. *Il est également défendu de s’adonner à toutes formes d’activités pouvant altérer la qualité de l’eau ou son écoulement. *La journée consacrée périodiquement au nettoyage du réservoir et à des travaux d’entretien éventuels, est également annulée et la répartition des parts reportée. *Si par négligence, il y a eu durant la nuit une fuite d’eau, le particulier chargé de veiller à ce que le réservoir soit bien bouché doit en assumer l’entière responsabilité. Il est également sommé de compenser les propriétaires des champs de leurs parts d’eau de la journée à partir de sa propre part à lui. Ils pourront alors récupérer une partie de ce qu’ils ont perdu. Ainsi, on procède à la fermeture du réservoir plutôt qu’à l’ordinaire, stocker l’eau pendant une demi-journée ou plus selon l’accord conclu par les intervenants ce qui servira donc à dédommager certains de ceux qui auraient perdu une part d’eau et les autres, ils seront récompensés par le responsable de la fuite d’eau. * Toute personne ayant perdu sa part d’eau parce qu’elle ne s’est pas présentée au moins une demi-heure avant l’échéance ne peut formuler de réclamation et tenu donc responsable de sa propre perte.
*Toute personne n’ayant pas pu maîtriser le débit de l’eau par rapport au temps qui lui est attribué est tenue pour responsable de cette négligence. Le reste de l’eau dans le réservoir après l’annonce de la prière d’Almaghrèb annonçant la fin de l’irrigation, est distribué le lendemain à égalité entre les bénéficiaires de la journée. *Il est formellement interdit de changer l’emplacement des clous fixés sur le tronc d’arbre servant de support car tout changement aussi léger soit-il entrainera forcément des modifications dans la répartition initiale et donc la perte ou la diminution des parts pour certains. Ainsi, tout le monde veille à ce que ces clous restent à leur place. *Il est également strictement défendu de se rendre au réservoir la nuit, excepté la personne chargée de fermer l’embouchure pour vérifier s’il n’y apas fuite. * Toute personne ayant oublié de changer la direction des eaux provenant du réservoir à destination de ses champs doit en assumer l’entière responsabilité ainsi que les pertes qui en découleront. 35 * Avant de se diriger au réservoir pour commencer l’opération de l’irrigation, chaque bénéficiaire doit régler sa montre à la minute près, car toute erreur liée au temps et qui débouchera forcément sur une perte ou une diminution de parts, lui sera entièrement imputée. *Il est strictement interdit de se saisir du matériel utilisé dans la répartition des parts comme la barre de bois, les clous, le fil, ou d’en faire un autre usage. * Seules les personnes qui bénéficient de parts d’eau dans la journée ont le droit de se rendre au réservoir et de se trouver dans le lieu indiqué à cet effet. -Les canaux traversant les champs : *Toute personne, ayant achevé d’irriguer son champ, doit absolument orienter le cours d’eau vers le canal principal débouchant sur le réservoir. Ainsi, tout négligence de sa part et ayant engendré des fuites et donc une perte de quantité d’eau,
*Si pour une raison ou une autre, un mur a chuté sur un canal, le propriétaire du champ ou l’incident aeu lieu doit se charger de l’opération de déblaiement et de nettoyage. * Les propriétaires des champs traversés par les canaux sont tenus de temps à autres de procéder à des opérations de désherbage et de nettoyage de ces aqueducs pour prévenir toute perte des eaux éventuelle que peuvent engendrer ces obstacles. III.10. Système de prise en charges des étrangers Il existe à Douiret-Sbaâ une tradition des plus fondamentalement ancestrales en rapport avec la source du village celle de la prise en charge de l’étranger.En effet, une ou un groupe de personnes se trouvant pour une raison ou une autre au Douar sont immédiatement pris en charge par la communauté. Ainsi, et pour mieux organiser cette prise en charge des étrangers, et depuis la répartition des parts d’eau sur l’ensemble des familles des Sébâyines, les habitants se sont mis d’accord pour que chaque personne, ayant procéder à la fermeture du réservoir le soir juste après l’appel àla prière d’Almaghrèb, sa famille doit s’occuper de toute personne étrangère débarquant durant la journée au Douar pour une raison ou une autre et lui offrir ainsi gîte et nourriture. Et si la visite de l’étranger dure plus d’une journée, la personne ayant fermé le réservoir le jour suivant, prendra la main pour prendre soin à son tour de l’étranger et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il quitte le village. 36 relève de son entière responsabilité et doit donc compenser les pertes en question. Cette tradition séculaire, les descendants de Sidi Mhamed Sbaâ ont tenu à la perpétuer à l’intérieur des grandes murailles du Douar et de nos jours, leurs fils continuent à observer et conserver les mêmes traditions. Ainsi, l’étranger, quand il débarque au village, n’a plus à se soucier ni de son logement, ni de sa nourriture et encore moins de sa sécurité. Et quand il arrive au Douar, il n’a qu’à se diriger au Msid où se trouve une chambre spécialement aménagée à cet effet et aussitôt, la personne à qui le tour de s’occuper de lui viendra le chercher.
Le tableau ci-dessous nous montre en détails la répartition des parts : Unité Répartition La part entière La part entière ½ La part se divise en 2 ¼ La part se divise en 4 1/8 La part se divise en 8 1/16 Le 1/8 se divise en 2 1/24 Le 1/8 se divise en 3 1/48 Le 1/8 se divise en 6 Le pied La part entier se divise en 32 Le pouce Le 1/8 se divise en 48 43 Cette répartition repose sur un principe traditionnel celui du levé et couché du soleil. Ainsi la part de la journée commence dès le lever du soleil et s’achève au coucher du soleil ; alors que la part de la nuit débute au coucher du soleil et se termine au lever du soleil. La même logique s’applique également pour la période de la nuit. Et comme beaucoup de différends ont vu le jour par la suite par apport à la limitation de la période du couché et du lever du soleil avec exactitude, les habitants après délibération se sont mis d’accord pour passer à l’usage de la montre. Il était donc décidé que chaque période recouvre désormais douze heures (12h pour le jour et 12h pour la nuit). Ainsi la nouvelle répartition a pris la forme suivante : Unité Durée La part entière 12 h ½ 6 h ¼ 3 h 1/8 1 h 30 mn 1/16 45 mn 1/24 30 mn 1/48 15 mn Le pied 22 mn Le pouce 2 mn
Conclusion Pour conclure, nous disons que la réalisation de ce guide a pour objectif de mettre la lumière sur l’une des techniques les plus ingénieuses relatives à la gestion des ressources en eau à DouiretSbaa, une technique que nous avons hérité de nos ancêtres et que nous comptons bien protéger et perpétuer. L’élaboration de ce guide a été en outre un formidable voyage dans le temps à la recherche d’informations et de connaissances sur ces techniques de gestion qui remontent à des siècles à travers les récits oraux de ceux qui les perpétuent jusqu’à nos jours. Nous avons, dans la mesure du possible, veillé à varier les sources d’information, à les croiser, à les recouper pour parvenir à obtenir finalement les meilleurs résultats possibles quant à la rigueur et l’exactitude de ces données toujours motivés par la passion de conserver ce patrimoine immatériel de la région. En fin, nous ne sommes ni les premiers, ni les derniers à vouloir travailler dans ce sens. Il existe en effet maints chercheurs qui peuvent traiter ce genre de questions qui méritent de l’être par ailleurs. Et ce sera l’occasion pour nous de poser des questions, de formuler des hypothèses, d’échanger des idées qui peuvent aller dans le sens du développement de la région, un développement éco responsable qui tient compte du patrimoine de la région dans la perspective de le conserver et de le perpétuer. 44