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Effet de la tenue de registre sur le revenu agricole des ménages ruraux du territoire de Miabi

Erwin KALONJI NGOIE; Anne Marie MUJINGA KALAMBAYI; Geneviève NZEBA MUKANYA; Charles Doux MBUYI TSHILUMBA; Moise KALAMBAIE BINN MUKANYA

Abstract

This paper assesses the effect of record-keeping on the farm income of rural households in Miabi territory, Democratic Republic of Congo, and the study focuses on 385 farmers in Miabi territory. Of these, 36.9% keep a register and 63.1% do not. Of those who keep records, 33.1% make a profit while 66.9% suffer losses. Among those who do not keep a register, 9.5% of households made a profit compared to 90.5% that suffered losses. Our binary logistic regression model shows that agricultural training appears strongly negative and statistically significant in both subsamples (p<5%; β<0), while access to credit is significant (p<5%) only for those who keep records, but its effect is also negative (β<0). The other variables are not statically significant (p>5%) for this specification. The figures therefore show that a large number of households that keep a register make a profit (33.1% compared to 9.5%). However, the statistical model points to a paradox: agricultural training and access to credit are associated with an operating deficit, a result that calls for an explanation (nature of training, use of credit) and in-depth analyses to optimize record-keeping while strengthening access to credit/subsidy and practical training.

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Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) ISSN: 2958-8413 Vol. 3, No. 6, Décembre 2025 This is an open access article under the CC BY-NC-ND license. http://www.revue-irs.com 7039 Effet de la tenue de registre sur le revenu agricole des ménages ruraux du territoire de Miabi Erwin KALONJI NGOIE 1 Anne Marie MUJINGA KALAMBAYI 2 Geneviève NZEBA MUKANYA 3 Charles Doux MBUYI TSHILUMBA 4 Moise KALAMBAIE BINN MUKANYA 5 Université Officielle de Mbuji-Mayi Abstract This paper assesses the effect of record-keeping on the farm income of rural households in Miabi territory, Democratic Republic of Congo, and the study focuses on 385 farmers in Miabi territory. Of these, 36.9% keep a register and 63.1% do not. Of those who keep records, 33.1% make a profit while 66.9% suffer losses. Among those who do not keep a register, 9.5% of households made a profit compared to 90.5% that suffered losses. Our binary logistic regression model shows that agricultural training appears strongly negative and statistically significant in both subsamples (p<5%; β<0), while access to credit is significant (p<5%) only for those who keep records, but its effect is also negative (β<0). The other variables are not statically significant (p>5%) for this specification. The figures therefore show that a large number of households that keep a register make a profit (33.1% compared to 9.5%). However, the statistical model points to a paradox: agricultural training and 1 Université Officielle de Mbuji-Mayi, Faculté des Sciences Agronomiques, Département d’Economie Agricole. 2 CREM : Centre de recherche et d’enseignement mathématique 3 CREM : Centre de recherche et d’enseignement mathématique 4 Université Officielle de Mbuji-Mayi, Faculté des Sciences Agronomiques, Département d’Economie Agricole, Docteur en Sciences Agronomiques 5 Université Pédagogique Nationale, Faculté des Sciences Agronomiques, Département d’Economie Agricole. Docteur en Sciences Agronomiques. Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7040 access to credit are associated with an operating deficit, a result that calls for an explanation (nature of training, use of credit) and in-depth analyses to optimize record-keeping while strengthening access to credit/subsidy and practical training. Keywords: record keeping, farm income, Miabi. Digital Object Identifier (DOI): https://doi.org/10.5281/zenodo.17829297 Introduction Nous entendons par registre de ferme tout document utilisé pour tenir compte de toutes les activités, événements et matériaux concernant les opérations agricoles, tandis que la tenue de registre consiste à documenter ou à écrire ces activités sur des matériaux ou des machines d’enregistrement (Veepro, 2015). La tenue de registres est un élément nécessaire d’une bonne gestion dans une exploitation agricole. Il est conservé pour aider aux décisions de planification financière, fournir des données à des fins administratives et de vulgarisation gouvernementale, aider à la prise de décisions de gestion du bétail et évaluer les activités globales d’une ferme (Grisham, 2007). (Devonish et al., 2000) ont souligné que le registre agricole est considéré comme un outil essentiel dans la gestion agricole et ont souligné son l’importance de la tenue de registres pour les petites exploitations. Ils ont déclaré également qu’il y avait une grave pénurie d’informations sur la production des petites exploitations agricoles. Cette pénurie, ont-ils ajouté, est due au fait que très peu d’agriculteurs tiennent des registres de quelque nature que ce soit et qu’i n’y a pas de mécanisme en place pour collecter les données agricoles dès qu’elles deviennent disponibles. (Piet & Hérault, 2021), ont ainsi souligné l'importance de mesurer le revenu agricole, d'analyser ses principaux facteurs déterminants et d'évaluer l'impact des politiques publiques sur son niveau et son évolution. En effet, ce revenu constitue un indicateur clé des performances d'une exploitation agricole. Etant donné que les petits agriculteurs représentent une part importante des agriculteurs dans les zones rurales, bien que selon (Amono, 2012), l'agriculture demeure dans ces zones, basique, avec une utilisation limitée des engrais, peu ou pas d'équipement agricole et une pénurie de main-d'œuvre, leur contribution à la survie de l’agriculture est importante La tenue de registres est une approche possible pour améliorer l’agriculture et ainsi le revenu agricole des ménages de Miabi et l’évaluer pour améliorer le revenu des producteurs est un élément crucial pour diminuer la pauvreté (Fraval, 2000), et augmenter l'offre d'emplois pour renforcer la sécurité alimentaire dans les zones rurales (Douillet, 2013), car leur survie ainsi que les moyens de subsistance des ménages ruraux dans les pays en développement sont étroitement liées aux activités agricoles (Ndiaye, 2017). Cet article décrit une enquête menée auprès des ménages de Miabi pour découvrir leur comportement en matière de tenue de registre et quel impact ce registre a sur leur revenu agricole. Par conséquent, cet article suit l’objectif suivant : Evaluer l’effet de la tenue de registre sur le revenu agricole des ménages ruraux. 1. Importance de la tenue de registre La tenue de registres est un élément nécessaire d'une bonne gestion d'une entreprise agricole. En l'absence de documents écrits, les agriculteurs doivent se fier à leur mémoire lorsqu'ils prennent des décisions concernant leurs pratiques agricoles (Yadeta et al., 2020). Mais les souvenirs peuvent devenir peu fiables après quelques jours, mois ou années. Le but ultime d'un système d'enregistrement est d'améliorer le niveau de performance agricole en Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7041 réalisant mieux les choses, en gérant la ferme avec plus de compétence ou en réduisant la possibilité de mauvaises performances futures (Grisham, 2007). En règle générale, les registres de la ferme sont conservés pour tout ou partie des raisons suivantes : - Aider la prise décision en matière de planification financière ; - Fournir des données à des fins administratives et d’extension gouvernementale ; - Aider à prendre des décisions en matière de gestion d’exploitation agricole. 2. Méthodologie 2.1. Présentation du milieu d’étude Cette étude a été menée dans le territoire de MIABI, situé dans le Kasaï-Oriental qui est une province de la République Démocratique du Congo. Les coordonnées géographiques de ce territoire sont : 6°12’ de latitude sud, 23°22’ de longitude Est et 600 m d’altitude. Le territoire de MIABI couvre une superficie de 1747 Km2. Sa population est estimée à environ 833401 habitants avec une densité humaine de 477 habitants/km2 (Katayi et al., 2023) et selon le service national de statistique agricole du Kasaï Oriental la majorité de la population (70% environ) pratique l’agriculture comme activité principale et/ou secondaire. Sur le plan administratif, c’est une entité déconcentrée de la province du Kasaï-Oriental, créé par l’ordonnance présidentiel n°078/018 du janvier 1978. Il comprend 4 secteurs à savoir KAKANGAYI, MOVO-NKATSHA, TSHIJIBA et TSHILUNDU et il est situé à 30 km du côté Ouest de Mbuji-Mayi, la Chef-lieu du Kasaï-Oriental (Katayi et al., 2023) et 37 groupements (Ministère Provincial du Plan, 2023) Tableau 1 : Entités administratives de la province du Kasaï Oriental N° Villes/Territoires Superficie (km2) Chefferies/quartiers/secteurs/communes Nombres de groupements 1 Mbuji-Mayi 136,56 Kanshi, Bipemba, Diulu, Muya et Dibindi 0 2 Tshilenge 2021 Kabimba, Lukalaba et Tshilenge. Secteurs : Kalelu, Kalonji-Sud, Lukalaba et Tshuka/Tshipuka. Chefferie : Kampatshi. 28 3 Kabeya Kamuanga 4500 Kalela 8 Lac Mukamba 19 Mpemba 7 Ndomba 4 4 Katanda 1836 Baluba Lubilanji 3 Mutuayi 5 Nsangu 3 Tshitolo 5 5 Lupatapata 2397 Mudiba 3 Mukumbi 6 Kabala 1 Mulenda 6 6 Miabi 1747 Kakangayi 12 Movo-Nkatshia 4 Tshijiba 11 Tshilundu 8 Source : (Ministère Provincial du Plan, 2023) Il est délimité au Nord par le territoire de Kamiji, au Sud par le territoire de Lupatapata, à l’Est par le territoire de Tshilenge et à l’Ouest par le territoire de Kabeya-Kamwanga. Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7042 Source : (QGIS, 2024) 2.2. Méthode de collecte de données Le choix de notre zone de recherche s’est donc porté sur le territoire de Miabi compte tenu de son potentiel agricole Nous avons porté nos enquêtes auprès des ménages agricoles. Ainsi, les données ont été collectées auprès d’un échantillon aléatoire de 385 ménages dans le territoire de Miabi. L'étude a utilisé des données primaires qui sont obtenues au moyen d'un questionnaire bien structuré. 2.3. Techniques analytiques Les données issues de l’enquête exploratoire ont été dépouillées, codifiées et saisies en Excel puis transférées en SPSS 22.0 (Statistical Package for the Social Sciences) pour l’analyse statistique. La Statistique descriptive telle que les comptages de fréquence (effectifs) et les pourcentages ont été utilisés pour décrire les caractéristiques sociodémographiques et économiques des répondants. Pour calculer le revenu agricole 6 des ménages dans le territoire de Miabi, nous avons généré une formule en Excel pour trouver la valeur du revenu agricole. Cette valeur a été codifiée en perte pour les ménages avec une valeur négative et en profit pour les ménages avec valeur positive. Pour analyser l’effet de la tenue d’un registre d’exploitation sur le revenu agricole des ménages ruraux dans le territoire de Miabi, nous avons retenu le modèle de régression logistique binaire, qui est une méthode statistique utilisée pour modéliser la relation entre une variable dépendante binaire (ayant deux modalités) et une ou plusieurs variables explicatives (quantitatives ou explicatives) (Rakotomola, 2015) et est particulièrement utile pour notre 6 Le revenu agricole est ce qui reste à l’agriculteur quand il a payé ses charges réelles (Kpevanoum, 2021) et il peut être calculé selon (Ferraton & Touzard, 2009), en additionnant les subventions perçues à la valeur ajoutée nette et en retirant de cette somme les intérêts, la rente, les impôts et les rémunérations. Figure 1 : Carte de localisation du territoire de Miabi Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7043 étude car elle cherche à prédire la probabilité d’un événement à se produire, dans notre cas la probabilité d’un ménage à obtenir un revenu agricole négatif ou positif en fonction des divers facteurs. La fonction logistique (ou sigmoïde) est spécifiée comme suit : Où : - 𝑃(𝑌 = 1𝑋 ⁄ ) ; est la probabilité que l’événement d’intérêt se produise, donne un vecteur de variables explicatives ; - 𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑙𝑎 𝑏𝑎𝑠𝑒 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑓𝑜𝑛𝑐𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑒𝑥𝑝𝑜𝑛𝑒𝑛𝑡𝑖𝑒𝑙𝑙𝑒 (𝑒𝑛𝑣𝑖𝑟𝑜𝑛 2,71828) ; - 𝛽0 = est l’ordonnée à l’origine (la constante) ; - 𝛽1. .𝛽𝑛 𝑝𝑎𝑟𝑎𝑚è𝑡𝑟𝑒𝑠 𝑑′𝑒𝑠𝑡𝑖𝑚𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 (𝑐𝑜𝑒𝑓𝑓𝑖𝑐𝑖𝑒𝑛𝑡𝑠 𝑎𝑠𝑠𝑜𝑐𝑖é𝑠 𝑎𝑢𝑥 𝑣𝑎𝑟𝑖𝑎𝑏𝑙𝑒𝑠 𝑒𝑥𝑝𝑙𝑖𝑐𝑎𝑡𝑖𝑣𝑒𝑠) - X1…Xn sont les informations qui permettent d’expliquer logistiquement les valeurs Y. 3. Résultat et discussion 3.1. Calcul du revenu agricole Après avoir collecté et construit les variables, ainsi qu'analysé les données, nous détaillons les caractéristiques socioéconomiques en comparant les exploitants ayant subi des pertes avec ceux qui ont réalisé des profits. Le calcul du revenu agricole de 385 ménages dans le territoire de Miabi a montré que 81,8% des ménages, soit 315 sur 385, ont subi des pertes, ce qui signifie qu'ils dépensent plus qu'ils ne gagnent avec leur activité agricole. Seulement 18,2% des ménages (soit 70) parviennent à générer un profit, soulignant que la rentabilité agricole constitue un défi important. Le Tableau 2 montre que le répondant (constituant un échantillon parmi les 385 interrogés) possède un niveau d'éducation secondaire et n’a pas eu accès à une formation en agriculture. Cela influence probablement ses pratiques agricoles, sa productivité et ses coûts. Il cultive 1 hectare de terre avec un rendement prévu de 1000 kg. Ce rendement semble assez faible pour une telle surface, suggérant des limites en termes de ressources (intrants, formation, etc.). Le coût total des intrants est de 275000 francs congolais et les frais des travaux agricoles s’élèvent à 725000 francs congolais. Le remboursement de prêt, qui est de 1380000 francs, représente une dépense importante. Le répondant a reçu un prêt qu’il a remboursé et la vente de sa production a généré un revenu de 1250000 francs congolais. Après avoir soustrait les dépenses totales de la valeur à la production, le répondant se retrouve avec un déficit de 1380000 francs congolais. Ce résultat négatif est similaire pour presque 81 % des ménages que nous avons enquêtés dans le territoire de Miabi. 𝑷(𝒀 = 𝟏𝑿 ⁄ ) = 𝟏 𝟏 + 𝒆−(𝜷𝟎+𝜷𝟏𝑿𝟏+⋯+𝜷𝒏𝑿𝒏) Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7044 Tableau 2 : Exemple de calcul du revenu agricole Secondaire, formation (oui), tenue de registre (oui), SAU (1ha), attendu (1000 Kg) Unité Quantité Prix en CDF Total en CDF 1. Coûts de production (charges de l’exploitants) - Consommation intermédiaire Semences Kg 20 5500 110000 Fertilisants Boîte 1 150000 150000 Produits phytosanitaire Boîte 1 150000 150000 Coût total 275000 - Travail agricole (main d'œuvre) Labour Hj7 /ha 1 80000 80000 Semis Hj. /ha 1 60000 60000 Sarclage 1 & 2, Hj. /ha 2 50000 100000 Traitement phytosanitaire Hj. /ha 1 35000 35000 Fertilisation/Epandage Hj. /ha 1 50000 50000 Récolte Hj. /ha 1 50000 50000 Transport, stockage, + autres (imprévu) Hj. /ha 1 100000 350000 Cout total travaux 725000 - Remboursement prêt Service 1 1380000 - Taxe, impôt & amortissement Service - - - Coûts de production total (coûts des CI + coûts de travail agricole + remboursement + taxe + amortissement) 2380000 2. Subvention d'exploitation8 Service 1 - - 3. Produit brut9 (valeur à la production) Production x Prix de vente Service 500 2500 1250000 Valeur à la production 1250000 4. Revenu agricole familial PB + subv. – coût de production total -1130000 3.2. Analyse descriptive des exploitants qui tiennent de registres Le Tableau 3 présente le profil socioéconomique des exploitants qui tiennent de registre, il présente une analyse descriptive des exploitants selon leur situation en matière de revenu agricole, répartie en deux catégories principales (perte et profit). Les résultats montrent que parmi les exploitants qui assurent la tenue d’un registre, la majorité (66,9%) enregistrent encore des pertes, contre 33,1% qui dégagent un profit. Cela indique que la tenue de 7 Le travail agricole (main d’œuvre) est évalué en homme-jour (HJ) qui représente la quantité de travail fournie par un homme en bonne santé en une journée pour accomplir une tâche bien précise, c’est donc le travail d’une journée d’un homme adulte (PADL-GRN, 2016). 8 Une subvention d’exploitation est un poste de la comptabilité d’entreprise correspondant aux sommes accordées à l’exploitation à titre gratuit par l’État, certaines collectivités publiques, ou éventuellement d’autres tiers, pour lui permettre de compenser l’insuffisance de certains produits normaux ou de faire face à certaines charges normales de l’exercice (Desbois & Legris, 2007). 9 Le produit brut est la valeur de toutes les productions finales obtenues au cours d’une période donnée (Musangabaji, 2017). Cette valeur comprend le montant de ventes, la valeur de la production consommée et les éventuelles variations d’inventaires (Minani, 2014). Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7045 registres par les exploitants de Miabi, bien qu’un facteur important pour une gestion agricole, ne garantit pas directement la rentabilité. La variable sexe montre que les hommes qui tiennent un registre génèrent un peu plus de profit (35,6%) que les femmes (31,3%). S’agissant du niveau d’instruction, les producteurs ayant un niveau primaire enregistrent des bonnes performances (38,6% de profit), suivi de ceux sans instruction (32,7%). Ceux du niveau secondaire affiche la plus forte proportion de perte (75%). Cette observation peut signifier que les producteurs plus instruits n’exploitent pas nécessairement leur registre comme outil décisionnel. La formation agricole montre un résultat paradoxal (contre intuitif) car les producteurs formés subissent plus de pertes (81,9%) que ceux non formés (32,6%). Cela pourrait signifier que les exploitants formés, tout en tenant un registre, se confrontent à des réalités de terrain ou que la formation reste théorique sans accompagnement pratique. La superficie exploitée montre une relation classique : plus la superficie augmente, plus la probabilité de profit croît (de 30,9% à 44,4%). Cela explique que, les exploitants qui tiennent un registre, la gestion devient bénéfique quand elle s’appuie sur cet outil de gestion. Tableau 3 : répartition des ménages selon la tenue de registre et la situation de revenu agricole Variables Revenu agricole Territoire de Miabi Perte Profit Fréquence Pourcentage Fréquence Pourcentage 95 66,9 47 33,1 Sexe Femme 57 68,7 26 31,3 Homme 38 64,4 21 35,6 Niveau d’étude Aucun 33 67,3 16 32,7 Primaire 35 61,4 22 38,6 Secondaire 27 75 9 25 Formation agricole Non 14 32,6 29 67,4 Oui 81 81,9 18 18,2 Superficie Moins de 0,5 ha 56 69,1 25 30,9 0,5 – 1 ha 25 67,6 12 32,4 1 – 2 ha 9 60 6 40 Plus de 2 5 55,6 4 44,4 Crédit/subvention Non 88 68,8 40 31,2 Oui 7 50 7 50 3.3. Analyse descriptive des exploitant qui ne tiennent pas de registres Chez les exploitants qui ne tiennent pas de registre, la situation économique est beaucoup plus préoccupante : plus de 90% subissent de pertes contre 9,5% de profit. Ce résultat indique que le non tenu de registre s’accompagne d’une très faible rentabilité. 9,9% de femmes et 8,9% d’hommes réalisent un profit. L’écart minime entre sexe montre que les contraintes économiques frappent les deux groupes de manière similaire. En ce qui concerne le niveau d’étude, la proportion du niveau de profits varie entre 7,1% et 12%, les différences sont limitées. Même les ménages ayant atteint le niveau secondaire n’affichent que 12% de profit. Cela laisse penser que l’instruction formelle ne suffit pas à compenser l’absence de suivi et structuré les activités. Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7046 La formation agricole, censée améliorer les pratiques, ne produit pas les effets attendus : les exploitants formés affichent 81,9% de pertes. Cette observation traduit sans doute que la formation, non accompagnée d’un dispositif de gestion comme la tenue d’un registre, n’entraîne pas d’amélioration significative de revenu. L’analyse de la superficie indique que les performances restent faibles quelle que soit la taille. Cela indique que la taille de l’exploitation n’assure pas la performance lorsqu’il manque un outil de suivi de gestion. Enfin, l’accès au crédit montre un effet légèrement positif, mais limité : 14,3% de bénéficiaires de crédit réalisent de profit contre 9% chez les non bénéficiaires. Cela suggère que les ressources financières seules ne suffisent pas ; elles nécessitent une gestion rigoureuse, que la tenue de registre peut justement favoriser. Tableau 4 : répartition des ménages selon le non tenue de registre et la situation de revenu agricole Variables Revenu agricole Territoire de Miabi Perte Profit Fréquence Pourcentage Fréquence Pourcentage 220 90,5 23 9,5 Sexe Femme 128 90,1 14 9,9 Homme 92 91,1 9 8,9 Niveau d’étude Aucun 85 89,5 10 10,5 Primaire 91 92,9 7 7,1 Secondaire 44 88 6 12 Formation agricole Non 14 32,6 29 67,4 Oui 81 81,9 18 18,2 Superficie Moins de 0,5 ha 107 90,7 11 9,3 0,5 – 1 ha 62 89,9 7 10,1 1 – 2 ha 31 88,6 4 11,4 Plus de 2 20 95,2 1 4,8 Crédit/subvention Non 202 91 20 9 Oui 18 85,7 3 14,3 3.4. Conclusion analytique L’analyse conjointe des Tableau 3 & Tableau 4 met en évidence que la tenue de registre constitue un facteur structurant du revenu agricole des ménages de Miabi. En effet, les exploitants qui tiennent leurs registres (qui consignent régulièrement leurs opérations agricoles), affichent des performances économiques nettement supérieures à celles des ménages qui ne les tiennent pas. Cette observation s’explique par une meilleure visibilité des coûts de production, favorisant selon Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7047 (Yadeta et al., 2020), la prise de décisions rationnelles (choix de cultures, gestion des intrants, planification des ventes…) Cependant, la tenue de registre à elle seule ne suffit pas de garantir la rentabilité. Les résultats montrent que son efficacité dépend de plusieurs conditions élémentaires : l’accès au crédit, la taille de l’exploitation. Les ménages qui ont reçu de crédit/subvention et exploitant de plus grande superficie tirent profit de la tenue d’un registre. À l’inverse, chez les ménages formés, le registre est un outil théorique, sans un effet concret sur le revenu. Ainsi la tenue de registre apparaît comme un outil de gestion du producteur agricole, mais dont l’impact réel dépend du contexte dans lequel elle s’inscrit. Son adoption doit être accompagnée de mesures (financement, suivi technique et encadrement) afin qu’elle devienne un levier effectif d’amélioration de revenu agricole pour les ménages ruraux de Miabi. 3.5. Analyse de l’effet de la tenue de registres par les exploitants sur le revenu agricole des ménages de Miabi Les estimations de la régression logistique binaire de ce tableau, conduites séparément pour les exploitants qui tiennent le registre et ceux qui n’en tiennent pas, montrent des effets statistiquement significatifs, mais avec effet négatif pour la formation agricole et, chez ceux qui tiennent le registre, pour l’accès au crédit. Dans les deux sous-échantillons, la variable formation agricole présente un coefficient de régression négatif (β<0) statistiquement significatif (p<0,001) et un odds ratio inférieur à 1 (Exp(B)=0,079 pour les exploitants qui tiennent de registres ; Exp(B)=0,016 pour ceux qui ne tiennent pas de registres) indiquant qu'une personne formée en agriculture a 92,1 % de chances de réaliser un revenu négatif pour ceux qui tiennent de registre et 98,4% de subir de pertes pour ceux qui ne tiennent pas de registre. Autrement dit, plus un exploitant affirme avoir suivi une formation spécifique dans ce domaine, moins il a de chances de dégager des bénéfices. Cependant (Ruwawu, 2013), démontre que la formation agricole renforce les compétences des agriculteurs dans la gestion des déficits alimentaires et l'augmentation des revenus. De manière complémentaire, (Ngalamulume, 2010) met en évidence que, pour appuyer les petits exploitants dans l'amélioration de leurs revenus, 10 Champs Ecoles Producteurs (CEP) pilotes mis en place au Kasaï Occidental en 2003 ont permis à ces agriculteurs de tester de nouvelles techniques de gestion des cultures, avec des résultats jugés satisfaisants. Ces résultats contraires de cette étude s’expliquent par le fait que selon la (FAO, 2022), certains agriculteurs ayant suivi des formations n’ont pas changé leurs pratiques agricoles, notamment dans l’optimisation de la tenue de registre afin d’améliorer la gestion et suivi de leur exploitation agricole. Par ailleurs, parmi les producteurs qui tiennent le registre d’exploitation, l’accès au crédit au crédit/subvention est statistiquement significatif (p<5%), mais l’effet sur le revenu est négatif (β=-1,594), l’odds ratio indique que les exploitants qui tiennent de registre et ont accès au crédit ont 79,7% de chances de subir de pertes. Cependant (Devonish et al., 2000) ont observé que les agriculteurs qui tiennent des registres agricoles pour faire le suivi de gestion de leur exploitation agricole ont tendance à avoir des revenus plus élevés et à obtenir des prêts de la part des institutions et des tiers, car leurs registres agricoles donnent une idée de la viabilité de l'exploitation. Et (Nuthal, 2011) de préciser que La prise de décision peut être considérablement améliorée en analysant à la fois les registres de production et financiers et leur impact sur la rentabilité. Une analyse appropriée peut être effectuée lorsque des registres d'exploitation exacts et complets sont disponibles. Ces résultats, qui vont à l'encontre de cette étude, peuvent être expliqués par le fait que les agriculteurs doivent souvent se baser sur leur mémoire lorsqu'ils prennent des décisions et fournissent des informations concernant leurs pratiques agricoles, car selon (Yadeta et al., 2020) les souvenirs peuvent devenir peu fiables après quelques jours, mois ou années, et que la tenue de registres est essentielle à une bonne gestion d'une exploitation agricole.