Callot H. 2025. Omias puberulus Boheman, 1834, une rareté probablement à reconsidérer (Coleoptera, Curculionidae). Bulletin de la Société d'Histoire naturelle et d'Ethnographie de Colmar, 81 (14) : 141-144. https://doi.org/10.5281/zenodo.17763438 © 2025, the author. Published by Société d'Histoire naturelle et d'Ethnographie de Colmar This in an open access article under the Creative Commons BY-NC-ND 4.0 international licence Published in Bulletin de la Société d'Histoire naturelle et d'Ethnographie de Colmar ISSNprint 1637-6811│ISSNonline 2827-4318│https://museumcolmar.org/bulletin 141 ▪ Note - Short Communication Omias puberulus Boheman, 1834, une rareté probablement à reconsidérer (Coleoptera, Curculionidae) Omias puberulus Boheman, 1834: a supposed rarity that likely requires reassessment (Coleoptera, Curculionidae) Henry CALLOT 3 rue Wimpheling, 67000 Strasbourg
[email protected] Extended abstract – Omias puberulus Boheman, 1834 is a small weevil, measuring 2.5 mm in length, that has long been known by the misapplied names Mylacus rotundatus (Fabricius, 1792) and Omias rotundatus (Fabricius, 1792). Found from Central and Eastern Europe to the Caucasus, this species is generally considered rare in France and western Germany. French literature provides only outdated or imprecise information, largely repeating Hoffmann's (1950) work, and even the 2024 Catalogue des Coléoptères de France offers only the discouraging note, "East of Paris. Search Beta”, overlooking the detailed records published for Alsace by Schott (1999). Similarly, recent data on the species in BadenWürttemberg are scarce, and it is listed as threatened (“Gefährdet”). Online platforms provide few French observations, often limited to a single location near Strasbourg, and general searches in French yield no useful information. Prior to 2025, my own records were limited to one specimen collected on a limestone hill at Dahlenheim in 1985 and three individuals found on a loess slope near the A352 motorway at Altorf in 2007. However, on 14 November 2025, sweeping a small seminatural meadow near the summit of the Stephansberg (Nordheim, Bas-Rhin; 350 m; Muschelkalk) yielded an unexpectedly large population of O. puberulus. Given the density observed in the net, the population likely exceeded 100 individuals per are, suggesting well over 10,000 beetles for this single plot of land. These observations highlight a marked autumn emergence of new adults. The life cycle appears to consist of overwintering adults that become active in spring, larval development in summer and the emergence of new adults in autumn, which then overwinter. My October 2007 record supports this pattern. The species is also likely to be polyphagous, as neither Beta nor any Chenopodiaceae were present at the site, which is consistent with earlier Alsatian and German data. The strong activity observed in mid-November was clearly promoted by unusually warm conditions (up to 18 °C locally the day before sampling). Entomologists often avoid late-season surveys due to low temperatures, humidity and difficult sweeping conditions. However, the abundant autumn population of O. puberulus, which was active even under cool, damp conditions, suggests that late-season sampling can reveal overlooked faunal components. Further surveys on similar calcareous hills (Bas-Rhin Muschelkalk outcrops, vineyard hillsides and Hardt gravels) are needed to confirm whether this autumn abundance is typical of the species. While numerous spring and summer surveys exist for these sites, late-autumn data are virtually absent. The Nordheim survey also revealed a diverse accompanying fauna, reminding us of the richness that can be accessed through late-season fieldwork. Keywords – Calcareous grassland, autumn emergence, population density, field survey methods, biogeographical records Omias puberulus Boheman, 1834 (Curculionidae) est un petit insecte (2,5 mm) longtemps connu sous le nom de Mylacus rotundatus (Fabricius, 1792), puis d’Omias rotundatus (Fabricius, 1792). Ce charançon (Figure 1A), à répartition centreet esteuropéenne jusqu’au Caucase, est réputé très rare en France et rare en Allemagne occidentale (Hoffmann 1950, Rheinheimer & Hassler 2013). Inversement, il a été signalé comme nuisible aux cultures de betterave en Europe centrale et orientale (Hoffmann 1950, Dieckmann 1980). Les données pour la France sont peu nombreuses, et celles citées dans la Faune de France de Hoffmann (1950) sont désormais anciennes. Le Catalogue des Coléoptères de France de Tronquet & Peslier (2024) propose une vision encore plus restrictive en indiquant simplement : "Est de Paris. À rechercher sur Beta". Cela n’aide guère à situer l’espèce et constitue, pour le moins, un résumé appauvri des indications de Hoffmann (1950). Les données publiées dans le Catalogue et Atlas des Coléoptères d’Alsace sont également ignorées par Tronquet & Peslier (2024), alors qu’elles y sont clairement détaillées : "au fauchage de friches, sur collines calcaires et en plaine dans des endroits chauds. Rare et localisé", suivies du détail des sept observations disponibles à cette date (Schott 1999). Pour le Bade-Wurtemberg, Rheinheimer & Hassler (2013) livrent une image comparable : "Selten und lokal" [rare et local]. Il est révélateur que, comme souvent chez les espèces rares, l’intégralité des données y soit détaillée avec sept mentions entre 1950 et 2013.
▪ Callot H. ▪ 142 Ce curculionide est considéré comme menacé en Allemagne (échelle 3, équivalent à "Gefährdet", c.-à-d. En danger). Bleich et al. (2025) signalent plusieurs stations en Allemagne du sud et centrale, du Palatinat et du Wurtemberg à la Saxe, ainsi qu’une seule dans le Bade voisin. Ce site internet relaie aussi les données de l’INPN et ne mentionne qu’une seule observation pour la France qui semble se situer à Strasbourg. D’autres recherches en ligne ne donnent aucun résultat supplémentaire pour la faune de France. Il est d’ailleurs notable qu’aucune connexion avec les cultures de betteraves n’apparaisse lorsque l’on considère les données alsaciennes et badoises. Mes données personnelles antérieures à 2025 sont maigres et concernent deux localités : (i) Dahlenheim (Bas-Rhin), Scharrach, 16-V-1985, un individu au fauchage sur cette colline calcaire ; (ii) Altorf (Bas-Rhin), 28-X-2007, fauchage du sommet du talus lœssique de l’autoroute A352, trois individus capturés. Des prospections automnales au filet fauchoir menées le 14XI-2025 sur un pré situé sur la commune de Nordheim (BasRhin) ont toutefois fourni un nombre exceptionnellement élevé d’Omias puberulus. Le site se trouve à 350 m d’altitude, près du sommet du Stephansberg, bien connu localement pour son imposant pylône émetteur. Il s’agit d’un pré "semi-naturel" d’environ 100 ares (10 000 m²) (Figures 1B & 1C), présentant une végétation variée typique des sols calcaires (Trias, Muschelkalk moyen) de cette colline et apparemment fauché à un rythme "raisonnable". La présence, de part et d’autre, de rideaux arborés laisse supposer qu’il a été labouré à différentes périodes. Sa petitesse et une topographie légèrement accidentée lui ont sans doute permis d’échapper à l'omniprésence de grandes parcelles dédiées au maïs. La récolte au filet fauchoir a permis de capturer un très grand nombre d’individus. Cette espèce était loin d’être la seule rencontrée ce jour-là, comme en témoigne la liste taxonomique fournie ci-après (Annexe 1). Compte tenu de la pression de collecte, on peut estimer – même prudemment – que cette population d’O. puberulus dépasse 100 individus par are de pré. En se basant sur la poche de fauchage, et non sur ce qui échappe à la capture, j’estime qu’elle dépasse les 10 000 individus pour cette seule parcelle. Durant cette période automnale, les charançons couraient vivement sur la toile, et il est clair que les observations sur les plantes de la prairie reflètent un comportement normal et actif. Cette découverte invite à plusieurs réflexions sur la biologie de l’espèce et, par conséquent, sur les méthodes de collecte. Le cycle d'Omias puberulus semble être le suivant : apparition des adultes ayant hiverné au printemps, développement larvaire au cours de la saison chaude, éclosion des adultes en automne où on peut en observer sur la végétation, puis hivernation à l'état adulte (Dieckmann 1980). Ma donnée de 2007 de fin octobre confirme cette apparition Figure 1 – Spécimen et habitat d'Omias puberulus Boheman, 1834 dans le Bas-Rhin A. Spécimen d'Omias puberulus (Taille 2.5 mm) ; B. Pré du Stephansberg, site de capture en grand nombre d'Omias puberulus, à noter le paysage déjà typique d'un automne avancé ; C. Parcelle à Omias délimitée ici par la ligne rouge en pointillés (centre du pré : 48.6403°N, 7.4937°E). Le pylône du Stephansberg est à 500 m à l'ouest du centre de la parcelle. [Crédits photographiques : A. & B. Henry CALLOT ; C. image satellite Google Earth Pro du 07/05/2025]
Bulletin de la Société d'Histoire naturelle et d'Ethnographie de Colmar ▪ 2025 ▪ 81 (14) : 141-144 143 ▪ automnale des adultes. L'espèce est certainement polyphage, comme le soupçonne Dieckmann (1980), car aucune Chénopodiacée, à plus forte raison de betteraves, n'était présente ni sur ce site, ni sur d'autres où l'insecte a été capturé en Alsace. Enfin, cette activité automnale est probablement favorisée par des remontées tardives de la température. En effet, le 13-XI-2025, il a été mesuré +20°C à la station d'Entzheim, ce qui peut permettre d'évaluer la température au Stephansberg vers 18°C. La température était plus fraîche le 14-XI-2025 avec +15°C à Entzheim et +13°C sur le Stephansberg, mais sous des conditions nettement plus humides. Cependant, un sondage effectué sur le même site le 29-XI-2025 a montré qu’Omias puberulus était toujours assez abondant, alors que la plupart des autres espèces dénombrées le 14-XI étaient rares (Annexe 1). Cette observation confirme l’activité très tardive de l’espèce en automne. Elle est d’autant plus significative que les conditions étaient très médiocres : température de +9°C, pluie durant la nuit, brouillard assez épais, végétation détrempée et, surtout "coup de froid" sévère, jusqu’à –10°C, les 22 et 23-XI-2025. Il est compréhensible que de nombreux entomologistes hésitent à pratiquer des chasses automnales. Les températures basses, les pluies plus fréquentes et les rosées persistantes (c'était le cas à Nordheim même l'après-midi) ainsi que les brouillards fréquents peuvent être décourageants. Le fauchage avec une poche détrempée et lourde est certainement pénible, mais il est connu que certaines espèces sont actives sous la pluie notamment en période estivale avec des pluies tièdes alors que les pluies automnales sont plutôt fraîches. Cette apparition en nombre d'Omias puberulus, dans des conditions a priori peu favorables, devrait encourager à multiplier les collectes tardives, souvent originales dans leur composition. Il est aussi évident que de telles collectes devraient être pratiquées dans les années à venir pour confirmer cette abondance automnale d'O. puberulus dans des stations analogues avec notamment des collectes sur les autres collines calcaires sur Muschelkalk du Bas-Rhin, les collines calcaires du vignoble ou les cailloutis de la Hardt. Nous possédons un grand nombre de données pour des sites proches (Marleberg, Goeftberg), et potentiellement favorables à l'espèce, mais toutes situées au printemps et en été. BIBLIOGRAPHIE Bleich O., Gürlich S. & Köhler F. 2025. Verzeichnis und Verbreitungsatlas der Käfer Deutschlands. www.coleoweb.de, consulté en novembre 2025. Dieckmann L. 1980. Beiträge zur Insektenfauna der DDR : Coleoptera - Curculionidae (Brachycerinae, Otiorhynchinae, Brachyderinae). Beiträge zur Entomologie, 30 : 145-310. Hoffmann A. 1950. Faune de France 52. Coléoptères Curculionides (Première partie). Fédération française des Sociétés de Sciences naturelles. Paris, 486 pp. Rheinheimer J. & Hassler M. 2013. Die Rüsselkäfer BadenWürttembergs, LUBW Landesanstalt für Umwelt, Messungen und Naturschutz Baden-Württemberg. Karlsruhe, 944 pp. Schott C. 1999. Catalogue et Atlas des Coléoptères d'Alsace. Tome 10. Curculionidae. Société Alsacienne d'Entomologie. Strasbourg, 145 pp. Tronquet M & Peslier S. 2024. Catalogue des Coléoptères de France. [Mars 2024]. Association Roussillonnaise d'Entomologie. Perpignan, 921 pp. Soumis le 25 novembre 2025│Publié le 05 décembre 2025 doi:10.5281/zenodo.17763438
▪ Callot H. ▪ 144 ANNEXE 1 ― LISTE DES COLÉOPTÈRES ET HÉMIPTÈRES CAPTURÉS EN COMPAGNIE D'OMIAS PUBERULUS BOHEMAN, 1834 LE 14XI-2025 À NORDHEIM DANS LE BAS-RHIN (présentation des taxons par ordre alphabétique, ex. = exemplaire) Coléoptères Altica sp. 16 ex. (femelles indéterminables) Choleva agilis (Illiger, 1798) 1 ex. Hippodamia variegata (Goeze, 1777) 5 ex. Ischnoperapion virens (Herbst, 1797) 1 ex. Longitarsus sp. 1 ex. Nedyus quadrimaculatus (Linnaeus, 1758) 1 ex. Oxypoda acuminata (Stephens, 1832) 1 ex. Psylliodes chrysocephalus (Linnaeus, 1758) 1 ex. Psyllobora vigintiduopunctata (Linnaeus, 1758) nombreux ex. Sitona hispidulus (Fabricius, 1777) 1 ex. Tachyporus hypnorum (Fabricius, 1775) 1 ex. Tachyporus pusillus Gravenhorst, 1806 1 ex. Hétéroptères Chlamydatus pullus (Reuter, 1870) 7 ex. Nabis ferus (Linnaeus, 1758) 1 ex. Nabis pseudoferus Remane, 1949 3 ex. Nabis punctatus Costa, 1847 4 ex. Nabis sp. 6 ex. (femelles indéterminables) Nysius senecionis (Schilling, 1829) 1 ex. Nysius thymi (Wolff, 1804) 6 ex. Orius niger (Wolff, 1811) 1 ex. Stictopleurus punctatonervosus (Goeze, 1778) 6 ex. Auchénorhynques Très nombreuses nymphes (non déterminables) Anaceratagallia sp. 2 ex. Aphrodes bicincta (Schrank, 1776) 1 ex. Euscelis sp. 2 ex. Neophilaenus campestris (Fallén, 1805) 11 ex. Philaenus spumarius (Linnaeus, 1758) nombreux ex.