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Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) ISSN: 2958-8413 Vol. 3, No. 6, Décembre 2025 This is an open access article under the CC BY-NC-ND license. http://www.revue-irs.com 7368 Le mot d’esprit et l’humour comme défense de l’angoisse collective en côte d’ivoire chez Sigmund Freud DIARRASSOUBA Ousmane UFR : Communication et Société (CS), Département de Philosophie Université Alassane Ouattara, BOUAKÉ, (CÔTE D’IVOIRE) Résumé : Dans un contexte marqué par des crises politiques et de la pression sociale, les Ivoiriens sont en proie à subir l’angoisse. Leur quotidien les fait affronter des situations existentielles qui peuvent affecter leur état psychologique. Il leur faut donc des stratégies pour se les adapter et les surmonter sans être atteint du point de vue psychologique. À partir de la lecture freudienne, on peut avancer que le mot d’esprit et l’humour constituent ces stratégies. Cet article envisage interpréter le néologisme ivoirien et les expressions humoristiques populaires comme des défenses psychiques collectives contre la souffrance. Cette étude met en lumière le pouvoir défensif et thérapeutique du mot d’esprit dans un cadre collectif. Elle montre que le langage ivoirien est imprégné de néologisme marquant le mot d’esprit. Ce néologisme commun n’est rien d’autre qu’une défense contre l’angoisse. Aussi Freud conçoit-il l’humour comme un triomphe du moi sur la souffrance, une sublimation par lequel l’individu transforme la peine en plaisir. Chez les Ivoiriens, l’humour représente un langage commun où les sources d’angoisse se disent sans se laisser submerger ni créer de tensions, où le risible remplace le tragique. Une lecture de Freud permet de comprendre que le mot d’esprit et l’humour sont des défenses usuelles contre l’angoisse collective chez les Ivoiriens. Mots clés : Angoisse Collective ; Défense ; Humour ; Ivoirien ; Mot d’esprit Abstract: In a context marked by political crises and social pressure, Ivorians are exposed to pervasive anxiety. Their daily lives confront them with existential situations that may deeply affect their psychological state. They must therefore develop strategies to adapt and overcome these challenges without succumbing to psychological distress. From a Freudian perspective, we can argue that witticism and humor constitute such strategies. This article seeks to interpret Ivorian neologisms and popular humorous expressions as psychic defenses against collective suffering. The study highlights the defensive and therapeutic power of witticism within a collective framework. It shows that Ivorian language is permeated with neologisms that embody witticism, functioning as a defense mechanism against anxiety. Moreover, Freud conceives humor as a triumph of the ego over suffering, a sublimation through which the individual transforms pain into pleasure. Among Ivorians, humor represents a shared language in which sources of anxiety are expressed without being overwhelming or conflictual, where the laughable replaces the tragic. A Freudian reading thus reveals that witticism and humor serve as usual psychic defenses against collective anxiety within the Ivorian. Keywords: Collective anxiety – Defense –Humor – Ivorian–Witticism. Digital Object Identifier (DOI): https://doi.org/10.5281/zenodo.17853670
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7369 1 Introduction L’Ivoirien se refuse difficilement à la distraction. Dans chaque contrée ivoirienne et chaque activité, tout est mis en œuvre pour maintenir la « bonne ambiance », c’est-à-dire la joie, la gaieté, le sourire, le rire, la bonne mine et parfois les éclats de rire. L’Ivoirien s’arrange à demeurer dans la joie et la bonne humeur. De ce fait, quelques soient les difficultés et les circonstances, il prend les dispositions nécessaires pour maintenir son état psychologique positif. Et cela, nous pensons qu’il le doit au mot d’esprit et à l’humour abondant tel que Freud conçoit ceux-ci. Le mot d’esprit et l’humour constituent pour Sigmund Freud des remparts contre les frustrations pouvant découler des situations existentielles. Ils sont tous deux des moyens de défense contre l’angoisse collective. Si le mot d’esprit représente une formation de l’inconscient exprimant en conséquence son contenu, l’humour désigne un stratagème du moi servant à tenir toute sorte de dureté et de traumatisme en dessous des forces du moi. Plus que de simples techniques de décharges émotionnelles, le mot d’esprit et l’humour instituent des barrières entre la tranquillité collective et les troubles généraux. Il est remarquable que le langage commun ivoirien regorge des données qui relèvent de ces deux domaines. Ces données ne peuvent que susciter du rire à l’écoute. En d’autres termes, le langage ivoirien se laisse infiltrer par des expressions peu courantes dans la langue de Molière qui se rapportent au mot d’esprit et l’humour. Le premier favorise, dans le contexte ivoirien, l’expression de l’indicible, le dépassement des restrictions sociales et des interdits langagiers. En termes simples, le mot d’esprit permet à l’Ivoirien de dépasser les limites imposées dans son quotidien et de se libérer des nocivités qui découlent de la non-expression des ressentis. Quant au second, l’humour, il facilite pour l’Ivoirien le maintien de la disposition positive. En ne se laissant pas abattre par les difficultés, l’humour aide à combattre les grandes sources d’angoisse et de détresse qui touchent la collectivité. Dès lors, en quoi le mot d’esprit et l’humour constituent-ils des stratégies de défense contre l’angoisse collective chez les Ivoiriens ? Quelles sont les situations qui peuvent générer l’angoisse en Côte d’Ivoire ? Quels sont les signes de ces techniques dans le quotidien ivoirien ? L’hypothèse qui soutient ce travail stipule que le mot d’esprit et l’humour tel que défini par Freud correspondent aux stratégies de défense contre l’angoisse collective chez les Ivoiriens. L’objectif recherché de ce travail est de montrer que ce sont des procédés que les Ivoiriens utilisent pour la gestion des sources d’angoisse collective. Notre analyse, reposant sur la méthode analytique relèvera les avantages du mot d’esprit et de l’humour pour l’Ivoirien au sens général en trois volets principaux. Le premier 1) portera sur l’approche freudienne du mot d’esprit et de l’humour et le second 2) sur l’identification de certaines sources d’angoisses collectives en Côte d’Ivoire. Quant au dernier volet, 3) il permettra de mettre en lumière la manière dont les Ivoiriens utilisent le mot d’esprit et l’humour pour rester intact en dépit des difficultés quotidiennes.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7370 2 Approche freudienne du mot d’esprit et de l’humour Le mot d’esprit et l’humour sont des concepts abordés par Freud survenant son intrigue de comprendre le fonctionnement de la vie psychique de l’homme. En effet, si pour Freud, le mot d’esprit révèle une activité du psychisme qui appartient aux stratégies de l’Inconscient, l’humour appartient au Moi. Le premier intervient dans un contexte de réduction des effets du refoulement pour affirmer une réalité. Le mot d’esprit dit une réalité pensée par l’inconscient dont l’expression pourrait dégénérer en situations dramatiques et tragiques. Quant à l’humour, il permet au Moi d’affirmer sa puissance face à la dure réalité, de donner force et consistance à affronter les réalités difficiles. Ainsi, cette partie vise non seulement à présenter le concept freudien du mot d’esprit, mais aussi à démontrer que l’humour est un mécanisme de défense. 2.1 Le mot d’esprit chez Freud Au même titre que le rêve et les actes manqués, chez Freud le mot d’esprit est une activité de l’appareil psychique. Il témoigne de la dynamique des processus psychiques. Le mot d’esprit est un jeu de mot, une sorte d’activité de combinaison des mots qui exprime autre que l’idée pensée. « Le mot d’esprit est avant tout un jeu de mots, mais ce jeu de mots se distingue d’un simple jeu de langage par le fait (…) qu’il exprime quelque chose de caché » (S. Freud, 1988 : 45). En termes simples, le mot d’esprit démontre la capacité de l’appareil psychique à jouer avec le langage de sorte à exprimer des idées cachées, surtout sous leurs moindres intensités. En plus d’être un jeu de mots, il concilie jeu et inconscient, ce qui favorise l’extériorisation de contenus inconscients. En ce sens, le mot d’esprit relève de l’inconscient qui détient les idées et désirs refoulés. Il permet de révéler le contenu de l’Inconscient à travers des détours sur les mots. « Le mot d’esprit se situe entre le jeu et l’inconscient : il conserve la liberté du jeu, mais il dévoile quelque chose de sérieux, parfois de cruel » (S. Freud, 1988 : 158). Freud, dans cette pensée, corrobore l’idée de liaison entre le jeu et l’Inconscient à travers le mot d’esprit. À travers un jeu, le mot d’esprit conduit aux profondeurs de l’inconscient. Ce qui veut dire que c’est l’inconscient s’y manifeste. Si ce système psychique s’exprime dans le mot d’esprit, alors ses processus y ont lieu notamment le déplacement et la condensation. La condensation est un processus primaire psychique, consistant, de la part d’une pulsion refoulée à « s'approprier l'investissement de plusieurs autres » (S. Freud, 2010 : 71). En d’autres mots, la condensation consiste pour une pulsion refoulée à s’accaparer, à s’attirer l’énergie de certaines autres pulsions. C’est cette attirance d’énergie pulsionnelle qui marque sa différence du déplacement. Celui-ci « consiste à transposer de telle sorte les objectifs des instincts que le monde extérieur ne puisse plus leur opposer de déni ou s’opposer à leur satisfaction » (S. Freud, 1971 : 24). Autrement dit, le déplacement indique l’acte d’association d’une motion pulsionnelle à une autre afin de trouver extériorisation. Le déplacement et la condensation permettent à des processus extrêmement contraires, des propos insensés et sensés, des idées indécentes et décentes de s’allier. Ils favorisent également l’intrusion de l’Inconscient dans les activités conscientes et trouver expression. « Le mot d’esprit apparaitre à la conscience des contenus inconscients ; il permet de jouir de ce qui, autrement, resterait refoulé » (S. Freud,
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7371 1988 : 103). En se mêlant au mot d’esprit, l’inconscient permet à celui-ci d’avoir une vertu expiatoire, thérapeutique. Le mot d’esprit favorise pour l’individu le dépassement du refoulement. Il apporte du réconfort en hissant l’individu au-delà des exigences qui soutiennent le refoulement. « L’élaboration du mot d’esprit (…) fait économiser une dépense d’inhibition ou de refoulement, et c’est là l’origine du plaisir que nous procure le mot d’esprit » (S. Freud, 1988 : 151). En élevant par-dessus le refoulement, il réduit la pression du refoulement et supprime temporellement les motifs qui le soutiennent et apporte du plaisir. « Le mot d’esprit est (…) la contribution la plus récente à la production du plaisir, dont le but est de libérer des sources qui ont été rendues inaccessibles par l’accroissement de la culture » (S. Freud, 1988 : 137). C’est donc une activité hautement psychique qui conduit à récupérer certaines données du psychisme qui serait difficilement atteint. Son but principal est de toucher l’inconscient en suscitant le rire chez l’auditeur. C’est ce rapport à l’inconscient qui marque sa différence de l’humour dans le cadre freudien. 2.2 L’humour comme mécanisme de défense L’humour est une forme de plaisanterie qui génère des décharges émotionnelles. Il mélange blague et sérieux afin d’écarter certaines particularités et difficultés de la réalité. L’humour résulte d’une disposition de l’homme à dévaluer les situations susceptibles de produire des affects douloureux. En effet, « l’essence de l’humour réside en ce fait qu’on s’épargne les affects auxquels la situation devrait donner lieu et qu’on se met au-dessus de telles manifestations affectives grâce à une plaisanterie » (S. Contou-Terquem, 2015 : 606). Autrement dit, l’humour protège des difficultés. L’humour aide l’humoriste à faire face aux situations difficiles, horribles. Il parvient à cela en favorisant une interprétation plus positive de la situation. L’humour devient une disposition psychologique aidant à se défendre, à supporter les épreuves. C’est en ce sens qu’il peut être considéré comme un mécanisme de défense. Un mécanisme de défense est un processus psychique par lequel l’homme se protège de des diverses sources d’angoisse, de détresse. Il renforce le moi dans sa prise de position positive face à la réalité dangereuse. Le mécanisme de défense constitue un procédé d’adaptation de l’individu aux difficultés de l’existence. « Sa tâche est de faire obstacle aux pulsions dangereuses, ou de les détourner, ou de leur faire subir une modification qui les rende offensives » (A. Freud, 2001, p. 50). Le mécanisme de défense octroie à l’individu une disposition puissante de résistance et de résilience face aux duretés de la vie. Indiquer l’humour comme un mécanisme de défense, c’est montrer sa capacité à contourner les problèmes de l’existence. Pour A. Freud, l’humour constitue un mécanisme de défense. En cela, elle écrit : L’humour est, non seulement l’un des dispositifs de défense les plus achevés sur le plan psychologique, mais il possède également une qualité particulière qui le distingue des autres formes de processus intellectuels. Dans l’humour, le moi refuse de se laisser affecter par les traumatismes du monde extérieur, il insiste pour montrer que les blessures infligées par la réalité ne peuvent l’atteindre, et même qu’elles peuvent être une source de de plaisir. (A. Freud, 2001 : 94)
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7372 Ce passage met en exergue le caractère défensif de l’humour. Ce dernier est un procédé de défense du moi contre les sources de complication de la réalité. Ce qui peut blesser le moi, l’humour le transforme en ce qui l’enrichit. Mieux, l’humour permet non seulement de supporter les difficultés, mais aussi, se faire plaisir. Dans l’humour, il y a un déni de l’aspect négatif de la réalité et une valorisation de son volet positif. L’humour en tant que mécanisme de défense renforce le moi, le soulage et l’épanouie. Pour Sigmund Freud, c’est un mécanisme de défense supérieur. Il permet de déplacer un problème, de le transformer en quelque chose de supportable. « L’humour n’est pas résigné, il est plein de dignité (…). Le moi refuse de se laisser affecter par les traumatismes du monde extérieur (…). Il signifie le triomphe du moi » (S. Freud, 2015 : 165). Il traduit, à la fois, la force du moi et sa victoire sur la réalité difficile et menaçante. Ainsi, l’humour diffère du mot d’esprit. Si le premier défend le moi, alors le deuxième se contente d’alléger les refoulements. Les deux se rejoignent dans leur capacité à maintenir un équilibre dans la vie psychique. C’est d’ailleurs ce qui les inscrit comme défense face au caractère angoissant de la réalité, précisément la réalité ivoirienne. 3 Identification des sources d’angoisse de la réalité ivoirienne « L’angoisse (…) est une rection à la perception d’un danger extérieur, c’est-à-dire d’une lésion attendue, prévue, qu’elle est associée au réflexe de la fuite et qu’on doit par conséquent la considérer une manifestation de l’instinct de conservation » (S. Freud, 2003 : 159). L’angoisse est une sensation de peur face à des menaces venant de l’extérieur. Elle est dite collective lorsqu’un ensemble de personne fait face une même situation. Pays en voie de développement, la Côte d’Ivoire est confrontée à de nombreuses difficultés. Malgré les efforts gouvernementaux, ce pays reste en défis face à certaines difficultés. De ces difficultés, sources d’angoisse, on peut dénombrer la réalité politique et la pression sociale comme les plus tragiques. Elles ont leur particularité dans le fait qu’elles animent des tensions psychologiques qui ne tardent de dégénérer en angoisse. L’objectif de ce volet de notre travail est décrit ces difficultés tout en prenant soin de répertorier leur effet sur la vie psychique des ivoiriens. 3.1 Une réalité politique marquée par des évènements traumatiques Si la politique est l’art de gouverner, gérer un pays, celle de la Côte d’Ivoire représente une source de difficulté qui génère de l’angoisse chez le peuple ivoirien. Autrement dit, la réalité politique ivoirienne est source d’angoisse. La réalité politique renvoie aux différents évènements qui ont lieu sur la scène politique. En Côte d’Ivoire, cette réalité revêt un caractère menaçant, angoissant. Cette caractéristique angoissante relève de différents motifs. L’angoisse collective provient d’une histoire politique marquée par des conflits et des crises. On peut mentionner à cet effet la crise politico-militaire de 2002 et la crise dite post-électorale de 2011. Si la première a vu une partie du pays détaché du reste, la crise post-électorale a mené à des morts. Cette dernière a alimenté des tensions entre les différentes communautés ivoiriennes qui peinent à renouer des liens paisibles. Ces évènements ont engendré des tueries et des conflits
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7373 interethniques. Des violences ont été infligées à certaines ethnies par d’autres. Chaque entité ethnique subit les retombées de ces violences. Ces violences ont créé du ressentiment. Ce dernier constitue une réaction vindicative après cette frustration des différents camps ethniques qui se sentent tous victimes. Il crée la volonté de vengeance entre ces ethnies. Par l’essor du ressentiment, l’homme ne peut que haïr, convoiter l’autres, les menaçant de les réduire dès la première occasion. Ces évènements créent des traumatismes chez les individus violents de sorte que l’avènement d’un évènement politique devient une source d’angoisse. Puisqu’il fait rejaillir des souvenirs violents, des images traumatisantes. Ces évènements marquent la réalité politique d’une empreinte indélébile. En effet, ils sont remémorés à l’approche de chaque élection présidentielle. On pourrait parler de « retour du refoulé » (S. Freud, 2003) pour employer une expression freudienne. Cette expression marque chez S. Freud une sorte de réapparition d’un évènement qui semblait être oublié. Il s’agit d’un évènement traumatisant, qui après avoir été refoulé et oublié, fait sa réapparition dans le psychisme en des circonstances qui le rappellent. Sa spécificité réside dans le traumatisme qu’il produit. Le retour du refoulé génère du traumatisme, crée un dérangement dans la vie psychique de l’individu. Cela réanime les anciennes tensions et frustrations. Ainsi, chaque élection présidentielle apparait comme l’occasion de revivre ces frustrations et surtout par la hausse des tensions et la profération des insultes et les rabaissements. Chaque partisan de candidat n’hésite pas à rappeler les évènements conflictuels et déroutants de l’autre. De ce fait, les élections présidentielles marquées par des candidatures controversées, des candidatures non acceptées, sont sources d’angoisse générale. Elles sont consécutives à des défis, à des promesses de violence, des violences exercées sur des individus, des propos xénophobes. Cela génère un sentiment de possible crise. Les paroles agressives sont lancées de part et d’autre, notamment sur les réseaux sociaux, les chaines de télévisions et les meeting politiques organisés. En termes simples, l’approche des élections présidentielles se font suivre des menaces d’atrocités, des grabuges, de violences verbales. Cela contribue à la création des psychoses au sein de la population. Cette création d’angoisse ne relève pas seulement du seul fait des évènements politiques, il y a aussi la pression sociale qui peut être désignée comme un responsable. 3.2 Une pression sociale grandissante et persistante La pression sociale peut être comprise comme le résultat de l’ensemble des réalités qui exerce une certaine contrainte sur les populations et qui les empêche d’être véritablement épanouis. En d’autres termes, la pression sociale renvoie à ces choses qui influencent l’individu sans lui laisser de choix. C’est l’influence que la réalité sociale a sur les hommes. En Côte d’Ivoire, cette pression est de plus en plus grandissante et persistante. Elle combine à la fois crainte, désespérance, peur et inquiétude. Cette combinaison d’états d’âme négatifs peut découler du chômage. Le chômage est l’état des personnes, main d’œuvre disponible pour travailler, mais qui n’en trouvent pas malgré leurs efforts de recherche. En effet, le chômage, en Côte d’Ivoire s’accentue de plus en plus. Selon l’OIT (Organisation Internationale du Travail) dans un rapport publié par afriksoir le 23
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7374 Juillet 2025, le taux de chômage est alertant. Ce problème touche majoritairement la jeunesse. Les jeunes diplômés augmentent de jour en jour. Mais, avoir un travail devient également plus difficile en raison du fait que les compétences sont, en majorité inopérantes sur le marché de l’emploi. Aussitôt que l’obtention du diplôme anime en eux de l’espoir que la réalité de l’absence de boulot conduit au désespoir. Les jeunes chômeurs éprouvent de l’inquiétude dans un milieu social qui semble ne pas tenir une promesse qu’elle a déjà faite. Ils ont porté leur espoir d’une vie épanouie sur l’obtention du diplôme, qui a fini par les décevoir en ne les offrant pas cette autonomie promise. En ce sens, la jeunesse ivoirienne est confrontée à l’idée de ne pas mener une vie épanouie, qui crée en cette catégorie d’individu de l’inquiétude. En plus de cette inquiétude, cette jeunesse craint le regard social qui ne manque pas de la qualifier de fainéant. Ce regard la juge sur les bases d’une longue étude menée sans résultat espéré. C’est ce bris d’espoir et surtout ce regard justicier de la pression sociale qui font du chômage une pression sur les chômeurs majoritairement jeunes. En conséquence, le chômage, plutôt que d’être vu comme l’attente d’une opportunité de travail est vu par la jeunesse comme une source d’angoisse, de peur d’une vie perdue. Aussi, cette combinaison de crainte, de désespérance, de peur et d’inquiétude peut provenir de la cherté de la vie. Cette cherté peut être comprise comme une augmentation régulière des biens et des services de première nécessité. Les Ivoiriens sont confrontés à la hausse du prix sur le marché. Cette hausse concerne aussi bien des produits de consommation de première nécessité que d’autres produits. Il faut le dire, le marché ivoirien est cher et cela, presque chaque couche sociale s’en plaint. Elle rejette le fait que le prix des produits dépasse leur moyen. Ce qui génère en elle une sorte d’inquiétude quant à la possibilité de s’offrir des produits de qualités. Cette population souffre d’une baisse de la capacité d’achat. Ce qui rend cette cherté plus inquiétante, c’est le fait qu’elle touche plus certaine partie que d’autre. La deuxième partie concerne les couches supérieures qui ont les moyens de s’offrir ce qu’ils veulent, comme ils veulent et quand ils le veulent. Contrairement à elles, une couche moins aisée notamment la couche inferieure fait objet de toute sorte de souffrance pour se pourvoir ces mêmes produits. Cela apparait comme une inégalité sociale entre les différentes couches. Cette inégalité, peut créer chez la couche inferieure de la désespérance sur les possibilité d’une vie épanouie. 4 Sublimation de l’angoisse collective ivoirienne par le mot d’esprit et l’humour Si l’angoisse collective ivoirienne provient d’une histoire politique moins reluisante et d’une pression sociale grandissante, alors comment les Ivoiriens l’affrontent-ils ? C’est en réponse à cette interrogation que ce point prend tout son sens. Il y est question de présenter la manière dont le mot d’esprit et l’humour permettent aux Ivoiriens de résister à ces sources d’angoisse. Il s’agit d’indiquer le mot d’esprit et l’humour comme sublimation de l’angoisse collective. Sublimer l’angoisse, c’est réduire voire neutraliser les sources qui la génèrent à travers des techniques propres, et dans notre contexte aux peuples ivoiriens.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7375 4.1 Le néologisme ivoirien : un mot d’esprit adaptatif et consolateur Le mot d’esprit, comme nous l’avons remarqué, exprime une idée, une réalité en mot de moindre effet, surtout en banalisant l’effet qu’elle peut avoir sur l’auditeur. C’est surtout dans la perspective de banaliser la réalité difficile que le néologisme prend part au mot d’esprit. Le néologisme est l’attitude d’inventer ou de forger des mots nouveaux à partir d’une langue. Il vise à exprimer une réalité que parfois la langue commune manque d’expression pour designer. « Un néologisme (…) traduit aussi l’inventivité culturelle et la créativité des locuteurs » (J. Dubois, 2002 : 142). Plus qu’un simple enrochement de la langue, le néologisme relève de l’art créatif des hommes. Il leur permet d’exprimer autrement des réalités qui minent leur quotidien. En néologisme, chaque terme « apparait comme un mot inventé par le sujet, qui échappe aux règles de la langue, et qui témoigne d’une rupture avec le langage commun » (H. Ey, 1973 : 412). Autrement dit, le mot inventé rompt avec la langue commune, puis exprime une réalité quotidienne d’une manière différente. En ce sens, le néologisme aide à mieux gérer la dureté de la vie en le disant autrement. En Côte d’Ivoire, le néologisme apparait comme un excellent moyen pour s’adapter aux différentes situations quelque soit leur gravité. Une foule d’illustration peut se relever à travers les échanges quotidiens des Ivoiriens. Elle comporte aussi bien des expressions, des mots que des phrases. Les mots « Brobrosseur » et « Grouilleur » sont des manières ivoiriennes d’évoquer la situation d’une personne qui n’exerce pas un métier précis. C’est précisément l’état d’un chômeur qui, plutôt que de rester inactif à attendre des opportunités d’emploi, se met exercer certaines activités afin de subvenir à ses besoins. Ces mots, à cet effet ne sont rien de plus qu’un mot d’esprit admis de tous pour désigner le chômeur tout en cachant un peu son statut malheureux. On peut aussi mentionner les mots « Mougou » et « Maploli » pour parler des rapports sexuels. Ces mots s’emploient pour évoquer cet acte dont la nomination est parfois accompagnée d’une certaine méprise. Autrement dit, afin de ne pas être objet de désaveux, de honte et de rejet, l’Ivoirien emploie ces mots pour insérer plus de pudeur de la copulation. Ainsi, plutôt que de dire « j’ai couché avec cette personne », l’Ivoirien dit « je l’ai mougou ». Cette manière de dire réduit le sérieux et l’intensité de cet acte. Aussi l’Ivoirin utilise le mot « Dohi » pour marquer son désaccord. De ce fait, plutôt que dire « ce n’est pas vrai » ou encore « c’est faux », il préfère dire « c’est Dohi ». Cela se justifie par le fait que les premières phrases peuvent paraitre désagréables, créer un gène chez l’interlocuteur, insinuer un manque de respect, attirer du désagrément ou de la disgrâce. La dernière phrase inspire moins de violence. Le mot « Dohi » est en réalité une expression atténuée ou plutôt déguisée du mot français « mensonge ». Plusieurs autres néologismes de ce genre existent en Côte d’Ivoire. Ils sont employés pour évoquer les valeurs de résilience, de l’espoir, du courage, la patience et tous les autres valeurs inhérentes à l’existence humaine. Il y a entre autre l’expression « sortir dans dos » pour designer la surprise, « C’est djinzin » pour signifier une destruction, « Taper poto » pour marquer et alléger les frustrations de l’échec, « On est déjà né » pour supporter les aléas de la vie et marquer la résilience. Aussi, on peut mentionner les phrases « Si ce n’est pas matin, ça sera le soir » pour marquer l’incertitude face à l’avenir, « Si tu es fatigué, faut djô, nous on est
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7376 là » pour dire que l’espoir fait vivre, « C’est petit à petit que poulet devient quelqu’un » pour marquer l’encouragement, la persévérance, « On court pas derrière ce qui arrive » pour marquer l’importance de la patience, etc.. Ces néologismes ivoiriens permettent de masquer, d’alléger et surtout banaliser les frustrations susceptibles de provenir des diverses situations compliquées que cette population affronte. En tant que tel, ils sont des mots d’esprit et rappellent, de celui-ci son caractère ludique, défensif et sublimatoire. En d’autres mots, ces mots, expressions et phrases tirés du néologisme ivoirien démontrent que non seulement le mot d’esprit produit du rire et de la distraction et défend l’individu contre les frustrations éventuelles mais aussi lui permet de sublimer, transcender la réalité. Le mot d’esprit ouvre pour l’Ivoirien une opportunité de liberté et distraction en servant à la fois à desserrer l’étau des contraintes de l’existence et d’apaiser les peurs et les angoisse tout en restaurant l’espoir et la certitude. 4.2 L’humour : un rempart contre les frustrations pour les Ivoiriens L’humour est un langage commun en Côte d’Ivoire. Il est utilisé en toute circonstance pour détendre l’atmosphère à travers les petites moqueries (attachement en terme ivoirien). C’est plus qu’un simple moyen de décharge émotionnelle personnelle. L’humour est un moyen de communication commun qui permet de maintenir la solidarité sociale en dévaluant les conflits intercommunautaires. « Face à la précarité, le rire ivoirien constitue un langage commun » (K. N’Guessan, 2014 : 87). En d’autres mots, l’humour ivoirien permet de réanimer et consolider le lien de coexistence, de cohabitation dans la population. Grâce à lui, une ethnie peut se permettre de lancer des propos sarcastiques sur une autre sans que cela ne tourne en conflit. L’humour permet aux différentes ethnies de se lancer des propos qui en d’autres circonstances pourraient générer des altercations. Cela démontre qu’il favorise leur interaction, régit leur rapport et construit des tensions paisibles entre ces ethnies. Aussi, l’humour en Côte d’Ivoire constitue un moyen de gestion des situations d’angoisse. Il permet de dompter l’angoisse. Suite des évènements tragiques et dramatiques, l’humour sert, par la répétition des scènes traumatiques passées à dégager les émotions négatives qui peuvent générer. En répétant les scènes, quelque soient leurs violences, les images qui y sont rattachées sont en quelque sorte banalisées, dévalorisées. En conséquence, l’individu trouve un chemin d’évacuer les émotions rattachées à ces scènes. L’humour ivoirien renforce donc la résilience face aux évènements tout en consolidant les liens intersubjectifs. « L’humour ivoirien, basé sur l’autodérision, favorise la solidarité : en riant de soi, on apprend à supporter ensemble l’insupportable » (A.-L. N’Dri, 2017 : 133). Cette pensée marque une sorte de masochisme de l’humour ivoirien. Selon elle, les Ivoiriens se moquent l’un de l’autre de sorte qu’un « Bété » peut tenir des propos narquois à l’égard d’un « Baoulé », un « Dioula » à l’égard d’un « Dida », etc... Cela leur permet à la fois de se protéger contre les autres, mais aussi de rester invulnérable et attaché à la famille sociale et nationale. Aussi, l’humour ivoirien constitue un moyen d’expression des ressentis et des sensations en évitant la censure et les confrontations et les frustrations directes. Autrement dit, par l’humour, l’Ivoirien emploie des termes et des postures qui disent des choses passibles de peines, décrivent des réalités inabordables. C’est dire qu’il exprime ce qui le déplait, le dérange