Addiction to pornography among teenagers in Kinshasa and its determinants
Abstract
The aim of this research was to evaluate pornography addiction in a sample of 405 adolescents in the city of Kinshasa, as well as its explanatory factors. A pornography addiction assessment test was administered to the adolescents targeted in the study. After correction of this test, it was found that 123 subjects (30.4%) out of the 405 surveyed had developed pornography addiction. What's more, only the district of residence variable influenced pornography addiction. Specifically, there are more adolescent pornography addicts residing in the Lukunga district compared to other districts in the city of Kinshasa.
Full text
Journal of Social Sciences Vol. VIII, no. 3 (2025), pp. 142 - 150 Fascicle Social Science ISSN 2587-3490 Topic Sociology eISSN 2587-3504 Journal of Social Sciences September 2025, Vol. 8 https://doi.org/10.52326/jss.utm.2025.8(3).11 CZU 616.89-008.441.13-053.6(675-25):159.9.072.43 ADDICTION TO PORNOGRAPHY AMONG TEENAGERS IN KINSHASA AND ITS DETERMINANTS Jonathan Enguta Mwenzi *, ORCID: 0000-0002-0647-2610, Nassy Mutunga Nassy, ORCID: 0009-0004-0058-0591, Carmy Tshayima Mayunga, ORCID: 0009-0005-1317-8582 Université de Kinshasa, 1 avenue de l’Université/Lemba, B.P. 127 Kinshasa XI, République Démocratique du Congo * Corresponding author: Jonathan Enguta Mwenzi, psyjonathanengut[email protected] Received: 07. 22. 2025 Accepted: 09. 11. 2025 Abstract. The aim of this research was to evaluate pornography addiction in a sample of 405 adolescents in the city of Kinshasa, as well as its explanatory factors. A pornography addiction assessment test was administered to the adolescents targeted in the study. After correction of this test, it was found that 123 subjects (30.4%) out of the 405 surveyed had developed pornography addiction. What's more, only the district of residence variable influenced pornography addiction. Specifically, there are more adolescent pornography addicts residing in the Lukunga district compared to other districts in the city of Kinshasa. Keywords: Addiction to pornography, adolescents, sociodemographic determinants, sexuality, Kinshasa Rezumat. Scopul acestei cercetări a fost de a evalua dependența de pornografie la un eșantion de 405 adolescenți din orașul Kinshasa, precum și factorii explicativi ai acesteia. Adolescenților vizați în studiu li s-a administrat un test de evaluare a dependenței de pornografie. După corectarea acestui test, s-a constatat că 123 de subiecți (30,4%) din cei 405 chestionați au dezvoltat dependență de pornografie. Mai mult, doar variabila districtului de reședință a influențat dependența de pornografie. Mai exact, există mai mulți adolescenți dependenți de pornografie care locuiesc în districtul Lukunga în comparație cu alte districte din orașul Kinshasa. Cuvinte cheie: Dependență de pornografie, adolescenți, determinanți sociodemografici, sexualitate, Kinshasa 1. Introduction Depuis toujours, l’adolescence est considérée comme une période de la vie humaine au cours de laquelle l’individu développe des conduites tant socialement admises que déviantes. Parmi les conduites acceptables par la société, on retrouve la curiosité, le goût du défi et de la découverte…Dans la liste des conduites déviantes, on peut citer: la prise excessive de la drogue ou d'alcool, le temps trop prolongé devant les écrans des télévisions ou des portables, la forte envie de jouer à des jeux d'argent etc. [1]. Ces différentes conduites
J. Enguta Mwenzi, N. Mutunga Nassy, C. Tshayima Mayunga 143 Journal of Social Sciences September, 2025, Vol. 8 excessives sont qualifiées d’addiction. Ainsi, une addiction est une dépendance à une substance ou à une activité avec des conséquences nuisibles sur la santé physique et mentale. Et, cette dépendance se caractérise par un désir souvent puissant ou compulsif de consommer une substance ou de pratiquer une activité [2]. De ces différentes conduites déviantes, le temps prolongé devant les écrans semble attirer la curiosité des chercheurs. De nos jours, les adolescents sont de plus en plus collés aux écrans de leurs téléphones. Ils passent ainsi plusieurs heures devant leurs téléphones. Si on peut admettre que ces adolescents sont en tout moment sur réseaux sociaux ou sur internet pour causer avec leurs amis, on ne peut pas non plus nier leur forte tendance à consulter des sites pornographiques. Plusieurs de ces adolescents passent des journées entières à télécharger des vidéos et images pornographiques. Ce désir puissant s’explique par le fait que l’adolescence est une période qui marque l’éveil de la sexualité. C’est pourquoi, plusieurs recherches menées à travers le monde ont démontré que l’addiction à la pornographie est le type d’addiction le plus récurrent chez les adolescents suite à la libéralisation de leur sexualité. D’ailleurs, d’après les données issues d’une étude française auprès d’un échantillon de dix mille adolescents âgés de 14 à 18 ans, il a été constaté que 80% des garçons et 45% des filles ont déjà eu accès à des contenus pornographiques. En plus, ces sujets affirment être des spectateurs assidus ou des consommateurs quotidiens de la pornographie [3-5]. Ces spectateurs assidus rajoutent qu’ils se livrent aussi au sexting, qui consiste à envoyer des photos ou des vidéos partiellement ou totalement dévêtus à partir des smartphones [5]. A ce sujet, D’orlando [6] affirme que dans le passé les utilisateurs de pornographie devaient se présenter dans des endroits publics (centres de location de vidéos, boutiques etc.) et dépenser un peu d’argent pour obtenir un film ou un exemplaire de magazine pornographique. Cependant, depuis quelques temps, ils ont la possibilité d’avoir accès au même contenu gratuitement et directement à leur domicile grâce à Internet, et cela, dans leurs smartphones. C’est dans ce contexte que Cooper [7] affirme que c’est la nature abordable, accessible et anonyme d’informations sexuelles sur Internet à partir des smartphones, qui conduit les adolescents à en consommer d’avantage. De plus, l’accessibilité au contenu pornographique s’avère plus facile que jamais et la gratuité de la majorité des sites diffusant du matériel pornographique permet aux adolescents de visionner sans débourser [6,8,9]. Pour Castro-Calvo et al. [10] ainsi qu’Hermand et al. [11], les conduites addictives à la pornographie sont des conduites issues des addictions aux écrans, et particulièrement aux téléphones intelligents. Bull Acad [12] dresse, à ce sujet, une liste qui donne un aperçu sur les proportions et les pourcentages des contenus pornographiques selon les réseaux sociaux à partir des smartphones. Ainsi, on a: (a) facebook avec 12 millions des vidéos de nudité des enfants et d’exploitation sexuelle, (b) youtube avec 80% de contenu sexuel explicite, (c) tiktok avec 30,9% de nudité adulte et (d) telegram avec 25% de trafic de vidéo sexuelle. Cette addiction de la pornographie a des conséquences à court et à long termes sur la vie sociale et affective des jeunes. Elle est associé à des problèmes émotifs (symptômes dépressifs, honte, culpabilité, faible niveau d'estime de soi), à l'isolement social, à des problèmes relationnels, à des problèmes scolaires (réduction de la productivité ou altération de la performance au travail ou dans les études, échecs scolaires), à des problèmes financiers, à des problèmes légaux, à des problèmes de santé et des problèmes sexuels (dysfonctions érectiles, troubles du désir). Tous ces effets de l’addiction à la pornographie justifient
144 Addiction to pornography among teenagers in Kinshasa and its determinants Journal of Social Sciences September, 2025, Vol. 8 l’importance des études sur la prévalence des addictions à la pornographie à travers le monde [10,11]. Ces études permettent de comprendre l’ampleur de cette addiction, ses effets sur la santé mentale des jeunes ainsi que d’identifier les axes d’intervention à privilégier lors de la prise en charge de ce problème de santé. En tenant compte de l’importance de la prévention de cette addiction, il nous a paru important de mener une étude évaluant la prévalence de l’addiction à la pornographie chez une population des jeunes de la République Démocratique du Congo (en l’occurrence les adolescents de la ville de Kinshasa). En plus, il est aussi question de déterminer les facteurs sociodémographiques pouvant expliquer cette addiction chez les adolescents de la ville de Kinshasa. Cette étude se justifie par le fait que dans le contexte congolais, les études de la prévalence de l’addiction à la pornographie sont très rares. La plupart d’études réalisées jusque-là se sont proposé d’identifier les jeunes congolais qui recourent à la pornographie dans le cadre de leurs pratiques sexuelles [13-16]. La pertinence de cette étude, dans le contexte de la ville de Kinshasa, est dictée par sa forte religiosité [13], qui logiquement devrait être un facteur explicatif d’une faible prévalence de cette addiction chez les adolescents de cette ville. 2. Méthodologie 2.1. Cadre physique de l’étude La ville de Kinshasa est le cadre physique de l’étude. Elle est la capitale de la République Démocratique du Congo. Elle a 24 communes regroupées en quatre districts: (1) Lukunga, (2) Mont-Amba, (3) Funa et (4) Tshangu. Sa superficie est estimée à 9.965 km2. 2.2. Participants à l’étude La population de notre recherche est constituée de tous les adolescents de la ville de Kinshasa. Nous avons tiré, de cette population, un échantillon par convenance de 405 sujets. Cet échantillon varie en fonction des caractéristiques sociodémographiques ci-après : (1) le sexe, (2) la tranche d’âge, (3) le niveau de scolarité, (4) le district de résidence et (5) la confession religieuse. En ce qui concerne le sexe, nous avons 201 garçons et 204 filles. Au niveau de l’âge, il y a 126 adolescents âgés de 13-15 ans et 279 âgés de 16-18 ans. S’agissant du niveau d’études, nous avons 48 sujets sans niveau, 150 sujets inscrits en 1ère et 2ème années des humanités ainsi que 207 sujets de 3ème–4ème années des humanités. En ce qui concerne le district de résidence, notre échantillon est constitué de 100 sujets de la Tshangu, 101 du Mont-Amba, 102 de la Funa et 102 de Lukunga. Enfin, s’agissant de la confession religieuse, on retrouve 24 chrétiens catholiques, 204 chrétiens des églises de réveil et 177 chrétiens protestants. 2.3. Instrument de récolte des données Pour évaluer la prévalence de l’addiction à la pornographie auprès de notre échantillon d’étude, nous avons adapté le test d’addiction à l’internet de Young [9] à la problématique de l’addiction à la pornographie. Dans sa version originale, le test comprend 20 items correspondant à vingt situations pour lesquelles le sujet doit indiquer la fréquence à laquelle il recourt à l’internet sur une échelle de 1 (rarement) à 5 (toujours). Notre adaptation de ce test s’est inspirée de plusieurs adaptations de ce même instrument à l’évaluation des addictions spécifiques [17-20]. Notre adaptation a consisté à la réduction de nombre d’items à 12. En plus, le concept « internet » dans les énoncés du test a été remplacé par l’expression « sites sexuels en ligne ou sites pornographiques». L’analyse de la consistance interne a démontré une bonne homogénéité interne avec une valeur alpha de
J. Enguta Mwenzi, N. Mutunga Nassy, C. Tshayima Mayunga 145 Journal of Social Sciences September, 2025, Vol. 8 Cronbach supérieure au seuil de .70 (soit 82 pour l’ensemble du test). Le score total obtenu par chaque sujet est compris entre 12 et 60. Le score seuil est de 30. Dans ce contexte, le sujet est qualifié d’«addict» à la pornographie lorsqu’il a un score supérieur ou égal à 30. 3. Résultats de l’étude En premier lieu, nos résultats se rapportent à la prévalence de l’addiction à la pornographie chez les sujets enquêtés. En deuxième lieu, nous croissons la prévalence de l’addiction à la pornographie en fonction des variables sociodémographiques ciblées dans l’étude. Tableau 1 Prévalence de l’addiction à la pornographie Addiction à la pornographie Effectif (E) Pourcentage (%) Non-addict 282 69,6 Addict 123 30,4 Total 405 100,0 La lecture du Tableau 1 indique que seuls 123 sujets (30,4%) sur les 405 enquêtés ont développé de l’addiction à la pornographie ou sont addicts à la pornographie. On peut conclure que ce groupe des 123 sujets est plus préoccupé par la pornographie car il reste plus longtemps sur des sites sexuels en ligne. Ces adolescents négligent les tâches et travaux scolaires pour passer plus de temps dans les sites à caractère sexuels. Ils se sentent agacés si quelqu’un leur dérange pendant qu’ils naviguent sur les sites pornographiques. Il arrive de fois où ils manquent de sommeil parce qu’ils sont restés tard dans les sites pornographiques. Ils choisissent de passer plus de temps sur des sites pornographiques que de faire autre chose comme étudier ou sortir avec leurs proches. Ils regardent la pornographie pour échapper aux difficultés ou pour soulager leur mauvaise humeur. La situation des sujets non-addicts à la pornographie ne leur exempte pas de la consommation de la pornographie. Cependant, l’usage qu’ils en font est non problématique car il n’affecte pas leurs relations sociales. On pourrait bien retrouver dans ce groupe des non-consommateurs et des consommateurs occasionnels de la pornographie. Tableau 2 Prévalence de l’addiction à la pornographie selon le sexe (p.0, 05) Sexe Addiction à la pornographie Khi2 Sig. Décision Non-addict Addict Total Masculin 132 (65,7%) 69 (34,3%) 201 (100%) 0,98 0,32 NS Féminin 150 (73,5%) 54 (26,5%) 204 (100%) Légende: Sig. - signification; NS - non-significative; Khi2 - test Chi-carré. Du Tableau 2, il a été dégagé qu’il y a plus de garçons (34,3%) addicts à la pornographie que des filles (26,5%). Cette différence numérique n’est pas statistiquement significative (p>0,05). Ainsi, on peut conclure que le sexe n’a pas affecté significativement la prévalence de l’addiction à la pornographie chez les sujets enquêtés.
146 Addiction to pornography among teenagers in Kinshasa and its determinants Journal of Social Sciences September, 2025, Vol. 8 Tableau 3 Prévalence de l’addiction à la pornographie selon l’âge (p.0, 05) Tranche d’âge Addiction à la pornographie Khi2 Sig. Décision Non-addict Addict Total 13-15 ans 87 (69,1%) 39 (30,9%) 126 (100%) 0,01 0,92 NS 16-18 ans 195 (69,9%) 84 (30,1%) 279 (100%) Légende: Sig. - signification; NS - non-significative; Khi2 - test Chi-carré. La lecture du Tableau 3 a révélé qu’il y a plus des sujets addicts âgés de 13-15 ans (30,9%) comparativement à ceux âgés de 16-18 ans (30,1%). Cependant, cette différence numérique ne se confirme pas statistiquement car la probabilité y associée est supérieure à la probabilité critique (p>0,05). Tableau 4 Prévalence de l’addiction à la pornographie selon le niveau de scolarité (p.0, 05) Niveau de scolarité Addiction Khi2 Sig. Décision Non-addict Addict Total Non-scolarisé 17 (35,4%) 31 (64,6%) 48 (100,0%) 11,63 0,07 NS 1 ère -2 ème années des humanités 102 (68,0%) 48 (32,0%) 150 (100%) 3 ème – 4 ème années des Humanités 163 (78,7%) 44 (21,3%) 207 (100%) Légende: Sig. - signification; NS - non-significative; Khi2 - test Chi-carré. Du Tableau 4, on constate que les sujets non-scolarisés (64,6%) sont plus addicts à la pornographie que les autres adolescents. Les adolescents inscrits en classes terminales du niveau secondaire (3ème-4ème années des humanités) (21,3%) sont moins addicts à la pornographie que les autres adolescents. Cependant, ces différences numériques n’ont pas donné lieu à une différence statistiquement significative pouvant permettre de conclure à l’effet du niveau de scolarité sur l’addiction à la pornographie chez les adolescents enquêtés (p>0,05). Tableau 5 Prévalence de l’addiction à la pornographie selon le district de résidence (p.0, 05) District de residence Addiction Khi2 Sig. Décision Non-addict Addict Total Lukunga 41 (40,2%) 61 (59,8%) 102 (100,0%) 4,63 0,00 S Tshangu 81 (81,0%) 19 (19,0%) 100 (100%) Mont-Amba 74 (73,3%) 27 (26,7%) 101 (100%) Funa 86 (84,3%) 16 (15,7%) 102 (100%) Légende: Sig. - signification; NS - non-significative; Khi2 - test Chi-carré.
J. Enguta Mwenzi, N. Mutunga Nassy, C. Tshayima Mayunga 147 Journal of Social Sciences September, 2025, Vol. 8 Il ressort du Tableau 5 qu’il y a plus d’adolescents consommateurs excessifs de la pornographie dans le district de la Lukunga comparativement aux autres districts. Cet effet de la variable district de résidence a été confirmé statistiquement (p<0,05). Tableau 6 Prévalence de l’addiction à la pornographie selon la confession religieuse (p.0, 05) Confession religieuse Addiction Khi2 Sig. Décision Nonaddicts Addicts Total Catholique 15 (62,5%) 9 (37,5%) 24 (100%) 0,61 0,73 NS Eglises de réveil 138 (67,6%) 66 (32,4%) 204 (100%) Protestante 129 (72,9%) 48 (27,1%) 177 (100%) Légende: Sig. - signification; NS - non-significative; Khi2 - test Chi-carré. Du Tableau 6, il ressort que les chrétiens catholiques (37,5%) sont plus addicts à la pornographie par rapport aux sujets d’autres confessions religieuses. Cependant, ces différences numériques n’ont pas donné lieu à une différence statistique pouvant permettre de conclure à une variabilité de la prévalence de l’addiction à la pornographie selon la confession religieuse (p>0,05). 3. Résultats des Discussion Les résultats obtenus indiquent que 123 sujets (30,4%) sur les 405 enquêtés ont développé de l’addiction à la pornographie. Ces résultats vont de pair avec ceux de Reynié [21] où il a été constaté que moins de 50% de jeunes français âgés de 14 ans et plus enquêtés étaient addicts à la pornographie. Ils remettent en question ceux de Javion [22] où il a été constaté que 65,4% des adolescents français enquêtés étaient addicts à la pornographie. Cet écart entre nos résultats et ceux de Javion Louis [22] peut se justifier par le contexte culturel des milieux d’études. En effet si en France, la sexualité n’est pas un sujet tabou, cela n’est pas le cas en République démocratique du Congo (RDC), où les sujets liés à la sexualité font partie des tabous [23]. Les parents et les enfants évitent d’en parler. Dans le contexte congolais, les jeunes obtiennent généralement les premières informations sur la sexualité dans la rue. Cet écart en matière d’initiation à la sexualité entre les contextes congolais et français est même observé au niveau des écoles. En effet, en RDC, le programme éducatif n’aligne les premières informations sur la sexualité qu’à l’école secondaire alors qu’en Europe en général et (en France en particulier), l’école primaire apporte des informations sexuelles aux enfants conformément à la loi education à la vie relationnelle, affective et sexuelle. Ce tabou fait que les jeunes adolescents ont du mal à affirmer via des questionnaires qu’ils consomment de la pornographie au risque d’être indexés par la société en cas de fuite d’informations. On peut donc croire qu’il y aurait d’autres addicts à la pornographie qui ne sont pas affichés. Cette situation d’énorme écart de prévalence de la pornographie auprès de la population française et congolaise réconforte la conclusion d’Enguta et Andia [24] selon laquelle la prévalence des addictions (réseaux sociaux, pornographie…) varie d’un pays à un autre et est loin d’être la même partout. En plus, la conclusion selon laquelle la prévalence des addictions varie en fonction des spécificités de l’échantillon se confirme aussi dans l’étude. Les adolescents consommateurs exceptionnels de la pornographie affirment passer
148 Addiction to pornography among teenagers in Kinshasa and its determinants Journal of Social Sciences September, 2025, Vol. 8 plus de temps à consulter des sites et réseaux en ligne de pornographie. On peut donc comprendre qu’ils passent plus de temps devant les écrans de leurs téléphones. Ces résultats réconfortent ceux de Reynié [21] où il a été constaté que l’addiction à la pornographie contribue aux addictions à l’écran (notamment l’addiction aux réseaux sociaux). D’ailleurs, Vaillancourt-Morel et al. [25] ont démontré, à ce sujet, que les sites en ligne à caractère pornographique (YouPorn, Pornhub, Xhamster, Xxnn, Dorcel club Africain, Brazzers, Xvideos…) peuvent être facilement retrouvés dans les réseaux sociaux tels que Youtube, Facebook, telegram, twitter ou x, Tiktok.…). On peut ainsi comprendre que l’usage que les adolescents consommateurs de la pornographie font des réseaux sociaux ou de l’internet est purement distractif au travers du plaisir obtenu en regardant les images et vidéos pornographiques. Cette situation nous inquiète car ces derniers sont en âge scolaire. En principe, l’usage qu’ils devaient faire de l’Internet devait être instructif en lieu et place d’un usage distractif. D’ailleurs, ils affirment négliger les tâches quotidiennes (scolaires) afin de passer plus de temps sur des sites sexuels en ligne. Signalons que le téléphone n’est pas l’unique matériel à partir duquel ces adolescents consomment de la pornographie. En effet, ils suivent aussi les programmes réservés aux adultes dans plusieurs médias ou programmes de télévision (Canal plus, Startimes, Bleusat…). Ces sujets ont affirmé, lors des entretiens informels, suivre des chaînes pour adultes ci-après: Dorcel TV Africa, Dorcel TV, Private, Xxl, Vixeau TV, Pink TV (chaîne du groupe manx), Golmax TV. Certains ont affirmé, lors de ces entretiens informels, avoir la préférence pour la pornographie africaine. Ils affirment connaître même des chaînes propres aux congolais (comme Elengilisation TV), dont les contenus sont diffusés chez Dorcel TV Africa. L’analyse différentielle a révélé que seule la variable district de résidence a influencé l’addiction à la pornographie des adolescents enquêtés. En d’autres termes, il y a plus d’adolescents consommateurs exceptionnels de la pornographie dans le district de la Lukunga comparativement aux autres districts. Ces résultats peuvent se justifier par le fait que le district de Lukunga est le district prestigieux où les conditions de vie de ses habitants sont, dans la plupart de cas, bonnes. Ainsi, les adolescents résidant dans ce district ont la possibilité d’avoir des chambres personnelles. Dans ce contexte, ils peuvent s’isoler dans leurs chambres à tout moment de la journée pour regarder la pornographie dans leurs téléphones. Nos résultats ont révélé aussi que les variables sexe, tranche d’âge, niveau de scolarité de résidence et confession religieuse n’ont pas influencé l’addiction à la pornographie des adolescents enquêtés. La non-influence de la variable sexe chez l’addiction à la pornographie des adolescents enquêtés remet en question la conclusion de Sergerie et Corneau [26] selon laquelle les garçons consomment plus la pornographie que les filles. La non-influence de la variable tranche d’âge sur l’addiction à la pornographie chez les adolescents enquêtés remet en question la conclusion de Reynié [21] selon laquelle les moins âgés consomment plus de la pornographie que les plus âgés. Le manque d’influence de la variable confession religieuse sur l’addiction à la pornographie chez les sujets enquêtés remet en question la conclusion de plusieurs études où cette variable est identifiée comme un des déterminants de la consommation de la pornographie. En effet, toutes les confessions religieuses considèrent la pornographie comme un péché contre soi-même ou une souillure. A ce titre, les sujets très ancrés dans les religions devraient éviter de consommer de la pornographie. Malheureusement cette observation n’a pas été vérifiée dans cette étude.
J. Enguta Mwenzi, N. Mutunga Nassy, C. Tshayima Mayunga 149 Journal of Social Sciences September, 2025, Vol. 8 4. Conclusion Dans cette étude, notre préoccupation était d’évaluer la prévalence de l’addiction à la pornographie auprès d’un échantillon non-probabiliste (de commodité ou par convenance) de 405 adolescents de la ville de Kinshasa. Ainsi, un test d’évaluation de l’addiction à la pornographie a été administré aux adolescents ciblés dans l’étude. Les résultats ont révélé que 123 sujets (30,4%) sur les 405 enquêtés ont développé de l’addiction à la pornographie. Seule la variable district de résidence a affecté l’addiction à la pornographie des adolescents enquêtés. Au regard des résultats de cette étude, il nous parait important de suggérer aux ministères ayant en charge la santé publique et la jeunesse d’organiser des campagnes de sensibilisation sur les effets de la pornographie sur la santé mentale. De telles campagnes sont importantes pour prévenir cette addiction en insistant particulièrement sur les conduites à tenir des adolescents. Conflits d’intérêt: Il n’y a aucun conflit d’intérêt. Références 1. Reynié, D. Les addictions chez les jeunes. Hal open science, Paris, France, 2018, p. 61. 2. Francine, D. L’éducation à la sexualité dans le contexte de la réforme de l’éducation. Ministère de l’éducation, Québec, Canada 2003, p. 58. 3. Désert, S. Les adolescents et la pornographie. Archives of Sexual Behavior 2002, pp. 243-251. 4. Dagenais, D. L’éducation sexuelle fondements théoriques pour l’intervention. Éditions nouvelles, Montréal, Canada, 2005, p. 180. 5. Académie Nationale de Médecine. Rapport sur l’accès à la pornographie chez l’enfant et l’adolescent : conséquences et recommandations. Editions de l’Académie Nationale de Médecine de la France, Paris, France, 2023, p. 32. 6. D’Orlando, F. The Demand for Pornography. Journal of Happiness Studies 2011, 12(1), pp. 51-75. 7. Cooper, A. Sexuality and the Internet: Surfing into the new millennium. Cyber Psychology & Behavior 1998, 1(2), pp. 187-193. 8. Cooper, A.; Boies, S.; Maheu, M.; Greenfield, D. Sexuality and the Internet: The next Sexual revolution. John Wiley & Sons Inc, New Jersey, SUA, 2000, 545 p. 9. Young, K.S. Internet Addiction: The Emergence of a New Clinical Disorder. Cyberpsychology & behavior 1998, 1(3), pp. 237–244. 10. Castro-Calvo, J.; Ballester-Arnal, R.; Billieux, J.; Julia, B-G., Gil-Llario M.D. Spanish validation of the sexual addiction screening test. Journal of Behavioral Addictions 2018, 7(3), pp. 584–600. 11. Hermand, M.; Amine, B.; Donnadieu-Rigole, H.; Pétillon, A. Addictive Use of Online Sexual Activities and its Comorbidities: a Systematic Review. Curr Addict Rep 2020, 7, pp. 194–209. 12. Cohen, D. Rapport 23-01. Accès à la pornographie chez l’enfant et l’adolescent: conséquences et recommandations. Bull Acad Natl Med 2023, 207, pp. 381—398. 13. Tshimanga Mukadi, R. ; Mwana Ntambe, M. ; Tamubango Kitoko, H. ; Malashi Mwisi, J. Sexualité des jeunes en milieu scolaire dans la ville de Lkasi en République démocratique du Congo. Pan African Medical Journal 2018, 31(34), pp. 55-66. 14. Mahunda Nzondo, J.B. Evaluation du fonctionnement conjugal par le questionnaire de Trudel. Education et développement 2019, 1 (23), pp. 56-77. 15. Ngonzo Kitumba, R.; Mauricio Garcia, P.M.; Tingu Yaba Nzolameso, M. Discours et représentations sociales de quelques pratiques sexuelles chez les adolescents scolarisés de la ville de Kinshasa. Education et développement 2020, 1(24), pp. 9-26. 16. Khake Kabuo, M. Comportement sexuel des adolescents congolais : Étude des besoins, pratiques et expériences sexuels. Editions Universitaires Européennes, London, UK, 2022, p. 196. 17. Kim, E.J.; Namkoong, K.; Ku, T.; Joo Kim, S. The relationship between online game addiction and aggression, self-control and narcissistic personality traits. European psychiatry 2008, 23(3), pp. 212–218.
150 Addiction to pornography among teenagers in Kinshasa and its determinants Journal of Social Sciences September, 2025, Vol. 8 18. Chan, P.A.; Rabinowitz, T. A cross-sectional analysis of video games and attention deficit hyperactivity disorder symptoms in adolescents. Annals of general psychiatry 2006, 5, pp. 16–26. 19. Brand, M.; Laier, C.; Pawlikowski, M.; Schaechtle, U. Watching pornographic pictures on the Internet: role of sexual arousal ratings and psychological-psychiatric symptoms for using Internet sex sites excessively. Cyberpsychology, behavior and social networking 2011, 14(6), pp. 371–377. 20. Pawlikowski, M.; Brand, M. Excessive Internet gaming and decision making: do excessive World of Warcraft players have problems in decision making under risky conditions? Psychiatry research 2011, 188(3), pp. 428–433. 21. Reynié, D. Porno addiction. Nouvel enjeu de société. Editions de la Fondation pour l’innovation politique, Paris, France, 2017, p. 48. 22. Javion, L. Génération X, influence de la pornographie numérique sur les relations des adolescents. Mémoire de maitrise en métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation, Lyon. Université Lyon, France 2023, p. 66. 23. Enguta Mwenzi, J.; Ngonzo Kitumba, R.; Mayala Basinsa, L. Attitudes des étudiants des universités de la Ville de Kinshasa face à l’homosexualité. Revue africaine des sciences sociales. Penser genre, penser autrement 2022, 2(2), pp. 198-216. 24. Enguta Mwenzi, J.; Andia Moyamani, E. Social Networks Addictions and Academic Performance of Students at the University of Kinshasa. Futurity Education 2023, 3(2), pp. 213–226. 25. Vaillancourt-Morel, M.; Daspe, M.; Godbout, N.; Sabourin, S. Les déterminants et les corrélats de la compulsion sexuelle. Revue québécoise de psychologie 2015, 36(3), pp. 7-33. 26. Sergerie, M. ; Corneau, S. Usage problématique de la pornographie conceptualisation, évaluation et traitement. Revue québécoise de psychologie 2017, 38(1), pp. 259–282. Citation: Enguta Mwenzi J, Mutunga Nassy N, Tshayima Mayunga, C. Addiction to pornography among teenagers in Kinshasa and its determinants. Journal of Social Sciences, 8 (3), pp. 142-150. https://doi.org/10.52326/jss.utm.2025.8(3).11. Publisher’s Note: JSS stays neutral with regard to jurisdictional claims in published maps and institutional affiliations. Copyright:© 2025 by the authors. Submitted for possible open access publication under the terms and conditions of the Creative Commons Attribution (CC BY) license (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/). Submission of manuscripts: [email protected]