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Étude du retour de la Loutre d'Europe Lutra lutra (Linnaeus, 1758) sur le fleuve Lez grâce aux méthodes non-invasives de suivi des populations et une collaboration étroite entre structures académiques et territoriales

GIMENEZ, Olivier; LACOMBE, Simon; BARBU, Louis; RAULET, Yann; SABLAIN, Vincent; CARLI, Tom; COLLARD, Camille; DESMAZES, Anthony; MIAUD, Claude; DELAIRE, Caroline; DUVAL, Lazare; LESCUREUX, Nicolas; MATHEVET, Raphaël; TRONEL, Tatiana; JUILLET, Nicolas; FU

Abstract

Nous étudions la Loutre d’Europe (Lutra lutra (Linnaeus, 1758)) dans le fleuve côtier du Lez, près de Montpellier, en zone de recolonisation d’un milieu anthropisé. L’objectif est de mieux comprendre la dynamique d’installation de l’espèce. À travers des méthodes d’échantillonnage non-invasives telles que le piégeage photographique, l’ADN environnemental et la recherche d’épreintes, nous posons des questions liées à la période d’activité de l’espèce, à son régime alimentaire, aux interactions interspécifiques et aux origines géographiques des individus détectés. Nos résultats indiquent une activité principalement nocturne, probablement liée à la pression humaine sur le cours d’eau. Le régime alimentaire est dominé par des poissons comme le Chevesne (Squalius cephalus (Linnaeus, 1758)), mais la loutre montre une grande plasticité, consommant également des espèces exotiques envahissantes comme l’Écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii (Girard, 1852)). Des interactions avec d’autres espèces, comme le Renard (Vulpes vulpes (Linnaeus, 1758)), sont également documentées. L’origine des populations locales semble venir du nord, contrastant avec celles du bassin de l’Hérault. Notre étude souligne l’importance de restaurer les petits cours d’eau et d’améliorer leur connectivité (trame turquoise) pour la conservation de l’espèce. Elle intègre aussi une dimension interdisciplinaire en combinant sciences écologiques et sociales, avec une enquête sur les perceptions locales de la loutre. Enfin, la médiation scientifique est abordée à travers l’élaboration d’une valise pédagogique et la création d’un « havre de paix » pour la loutre afin de sensibiliser à la préservation des zones humides et favoriser la cohabitation durable avec l’espèce.

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naturae Olivier GIMENEZ, Simon LACOMBE, Louis BARBU, Yann RAULET, Vincent SABLAIN, Tom CARLI, Camille COLLARD, Anthony DESMAZES, Claude MIAUD, Caroline DELAIRE, Lazare DUVAL, Nicolas LESCUREUX, Raphaël MATHEVET, Tatiana TRONEL, Nicolas JUILLET, Alice FURNARI, Alice VALENTINI, Sébastien RANC, Alexandre DUBOST, Bruno FRANC, Eve LE POMMELET, Louise D’HOLLANDE, Serge ROUVIÈRE, Clément OYON, Alix COSQUER, Maëlis KERVELLEC, Paula DIAS, Stéphanie GROSSET, Johan MICHAUX, Anaïs BEAUMARIAGE, Adrien ANDRÉ & Sébastien DEVILLARD Étude du retour de la Loutre d’Europe Lutra lutra (Linnaeus, 1758) sur le fleuve Lez grâce aux méthodes non-invasives de suivi des populations et une collaboration étroite entre structures académiques et territoriales 2025 z 12 art. 2025 (12) — Publié le 15 octobre 2025 www.revue-naturae.fr DIRECTEUR DE LA PUBLICATION / PUBLICATION DIRECTOR : Gilles Bloch, Président du Muséum national d’Histoire naturelle RÉDACTEUR EN CHEF / EDITOR-IN-CHIEF : Jean-Philippe Siblet ASSISTANTE DE RÉDACTION / ASSISTANT EDITOR : Sarah Figuet ([email protected]) MISE EN PAGE / PAGE LAYOUT : Sarah Figuet COMITÉ SCIENTIFIQUE / SCIENTIFIC BOARD : Luc Barbier (Parc naturel régional des caps et marais d’Opale, Colembert) Aurélien Besnard (CEFE, Montpellier) Hervé Brustel (École d’ingénieurs de Purpan, Toulouse) Thierry Dutoit (UMR CNRS IMBE, Avignon) Éric Feunteun (MNHN, Dinard) Romain Garrouste (MNHN, Paris) Grégoire Gautier (DRAAF Occitanie, Toulouse) Frédéric Gosselin (Irstea, Nogent-sur-Vernisson) Patrick Haffner (PatriNat, Paris) Frédéric Hendoux (MNHN, Paris) Xavier Houard (MNHN, Paris) Isabelle Le Viol (MNHN, Concarneau) Francis Meunier (Conservatoire d’espaces naturels – Hauts-de-France, Amiens) Serge Muller (MNHN, Paris) Francis Olivereau (DREAL Centre, Orléans) Laurent Poncet (PatriNat, Paris) Nicolas Poulet (OFB, Vincennes) Jean-Philippe Siblet (PatriNat, Paris) Julien Touroult (PatriNat, Paris) COUVERTURE / COVER : Loutre d’Europe Lutra lutra 3PUUHL\ZZ\YSLÅL\]L3Lan4VU[WLSSPLY*YtKP[WOV[V!@HUU9H\SL[ NaturaeLZ[\ULYL]\LLUÅ\_JVU[PU\W\ISPtLWHYSLZ7\ISPJH[PVUZZJPLU[PÄX\LZK\4\Zt\T7HYPZ Naturae is a fast track journal published by the Museum Science Press, Paris 3LZ7\ISPJH[PVUZZJPLU[PÄX\LZK\4\Zt\TW\ISPLU[H\ZZPThe Museum Science Press also publish: Adansonia, Zoosystema, Anthropozoologica, European Journal of Taxonomy, Geodiversitas, Cryptogamie sous-sections Algologie, Bryologie, Mycologie, Comptes Rendus Palevol. +PMM\ZPVU¶7\ISPJH[PVUZZJPLU[PÄX\LZ4\Zt\TUH[PVUHSK»/PZ[VPYLUH[\YLSSL CP 41 – 57 rue Cuvier F-75231 Paris cedex 05 (France) Tél. : 33 (0)1 40 79 48 05 / Fax : 33 (0)1 40 79 38 40 [email protected] / https://sciencepress.mnhn.fr © Cet article est sous licence Creative Commons Attribution 4.0 International License. (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/) 0::5tSLJ[YVUPX\LLSLJ[YVUPJ! 147 NATURAE • 2025 (12) 7\ISPJH[PVUZZJPLU[PÄX\LZK\4\Zt\TUH[PVUHSK»/PZ[VPYLUH[\YLSSL7HYPZ   ^^^YL]\LUH[\YHLMY Étude du retour de la Loutre d’Europe Lutra lutra (Linnaeus, Z\YSLÅL\]L3LaNYoJLH\_Tt[OVKLZUVUPU]HZP]LZ KLZ\P]PKLZWVW\SH[PVUZL[\ULJVSSHIVYH[PVUt[YVP[LLU[YL Z[Y\J[\YLZHJHKtTPX\LZL[[LYYP[VYPHSLZ 6SP]PLY.04,5,A CEFE, Université Montpellier, CNRS, EPHE, IRD, 1919 route de Mende, F-34090 Montpellier (France) VSP]PLYNPTLULa'JLMLJUYZMY :PTVU3(*64), CEFE, Université Montpellier, CNRS, EPHE, IRD, 1919 route de Mende, F-34090 Montpellier (France) et Université Lyon, Université Claude Bernard Lyon 1, CNRS, 3HIVYH[VPYLKL)PVTt[YPLL[)PVSVNPLi]VS\[P]L- =PSSL\YIHUUL-YHUJL [email protected] 3V\PZ)(9)< Association Fiber Nature, appartement 108, bâtiment C8, 389 rue de l’Espinouse, F-34090 Montpellier (France) et CEFE, Univ Montpellier, CNRS, EPHE, IRD, 1919 route de Mende, F-34090 Montpellier (France) [email protected] @HUU9(<3,; Service Nature, Observatoire et Territoire, Direction Nature, Agroécologie et Paysage, Pôle Biodiversité Paysages Agroécologie et Alimentation (BP2A), avenue Albert Einstein, Domaine municipal de Grammont, F-34000 Montpellier (France) [email protected] =PUJLU[:()3(05 ,7;)3La:`UKPJH[K\)HZZPUK\3La¶:@)3, +VTHPULKL9LZ[PUJSPuYLZ-7YHKLZSL3La-YHUJL ]ZHISHPU'LW[ISLaMY ;VT*(930 CEFE, Université Montpellier, CNRS, EPHE, IRD, 1919 route de Mende, F-34090 Montpellier (France) [email protected] *HTPSSL*633(9+ (U[OVU`+,:4(A,: Association Fiber Nature, appartement 108, bâtiment C8, 389 rue de l’Espinouse, F-34090 Montpellier (France) [email protected] HU[OVU`KLZTHaLZ'PJSV\KJVT 148 NATURAE • 2025 (12) Gimenez O. et al. *SH\KL40(<+ *HYVSPUL+,3(09, 3HaHYL+<=(3 5PJVSHZ3,:*<9,<? 9HWOHwS4(;/,=,; CEFE, Université Montpellier, CNRS, EPHE, IRD, 1919 route de Mende, F-34090 Montpellier (France) [email protected] [email protected] SHaHYLK\]HS'\UPSJO [email protected] [email protected] ;H[PHUH;965,3 5PJVSHZ1<033,; 3LZiJVSVNPZ[LZKLS»,\aPuYL +VTHPULKL9LZ[PUJSPuYLZ7YHKLZSL3La-YHUJL [email protected] UPJVSHZQ\PSSL['L\aPLYLVYN (SPJL-<95(90 (SPJL=(3,5;050 :7@.,5Y\LK\3HJ:HPU[(UKYt*:-3L)V\YNL[K\3HJJLKL_-YHUJL [email protected] [email protected] :tIHZ[PLU9(5* CPIE APIEU – Territoires de Montpellier, Mas de Costebelle, 842 rue de la Vieille Poste, F-34000 Montpellier (France) [email protected] (SL_HUKYL+<)6:; Centre Ressources Educ Nature, +VTHPULKL9LZ[PUJSPuYLZ-7YHKLZSL3La-YHUJL [email protected] )Y\UV-9(5* CPIE APIEU – Territoires de Montpellier, Mas de Costebelle, 842 rue de la Vieille Poste, F-34000 Montpellier (France) [email protected] ,]L3,7644,3,; EPTB Symbo, boulevard de la Démocratie, F-34130 Mauguio (France) [email protected] 3V\PZL+»/633(5+, EPTB Symbo, boulevard de la Démocratie, F-34130 Mauguio (France) et CEFE, Université Montpellier, CNRS, EPHE, IRD, 1919 route de Mende, F-34090 Montpellier (France) [email protected] :LYNL96<=0Ï9, *StTLU[6@65 ,7;)=PKV\YSL¶*:JOLTPUKL*HTWHNUL-:VTTPuYLZ-YHUJL [email protected] [email protected] (SP_*6:8<,9 CEFE, Université Montpellier, CNRS, EPHE, IRD, 1919 route de Mende, F-34090 Montpellier (France) HSP_JVZX\LY'NTHPSJVT 149 Étude du retour de la Loutre d’Europe Lutra lutra (Linnaeus, 1758) sur le fleuve Lez NATURAE • 2025 (12) .PTLULa63HJVTIL:)HYI\39H\SL[@:HISHPU=*HYSP;*VSSHYK*+LZTHaLZ(4PH\K*+LSHPYL*+\- val L., Lescureux N., Mathevet R., Tronel T., Juillet N., Furnari A., Valentini A., Ranc S., Dubost A., Franc B., Le PommeSL[,+»OVSSHUKL39V\]PuYL:6`VU**VZX\LY(2LY]LSSLJ4+PHZ7.YVZZL[:4PJOH\_1)LH\THYPHNL( André A. & Devillard S. 2025. — Étude du retour de la Loutre d’Europe Lutra lutra 3PUUHL\ZZ\YSLÅL\]L3La NYoJLH\_Tt[OVKLZUVUPU]HZP]LZKLZ\P]PKLZWVW\SH[PVUZL[\ULJVSSHIVYH[PVUt[YVP[LLU[YLZ[Y\J[\YLZHJHKtTPX\LZ et territoriales. Naturae!O[[WZ!KVPVYNUH[\YHLH RÉSUMÉ Nous étudions la Loutre d’Europe (Lutra lutra (Linnaeus, 1758)) dans le fleuve côtier du Lez, près de Montpellier, en zone de recolonisation d’un milieu anthropisé. L’objectif est de mieux comprendre la dynamique d’installation de l’espèce. À travers des méthodes d’échantillonnage non-invasives telles que le piégeage photographique, l’ADN environnemental et la recherche d’épreintes, nous posons des questions liées à la période d’activité de l’espèce, à son régime alimentaire, aux interactions interspécifiques et aux origines géographiques des individus détectés. Nos résultats indiquent une activité principalement nocturne, probablement liée à la pression humaine sur le cours d’eau. Le régime alimentaire est dominé par des poissons comme le Chevesne (Squalius cephalus (Linnaeus, 1758)), mais la loutre montre une grande plasticité, consommant également des espèces exotiques envahissantes comme l’Écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii (Girard, 1852)). Des interactions avec d’autres espèces, comme le Renard (Vulpes vulpes (Linnaeus, 1758)), sont également documentées. L’origine des populations locales semble venir du nord, contrastant avec celles du bassin de l’Hérault. Notre étude souligne l’importance de restaurer les petits cours d’eau et d’améliorer leur connectivité (trame turquoise) pour la conservation de l’espèce. Elle intègre aussi une dimension interdisciplinaire en combinant sciences écologiques et sociales, avec une enquête sur les perceptions locales de la loutre. Enfin, la médiation scientifique est abordée à travers l’élaboration d’une valise pédagogique et la création d’un « havre de paix » pour la loutre afin de sensibiliser à la préservation des zones humides et favoriser la cohabitation durable avec l’espèce. 4HwSPZ2,9=,33,* 7H\SH+0(: CEFE, Université Montpellier, CNRS, EPHE, IRD, 1919 route de Mende, F-34090 Montpellier (France) [email protected] [email protected] :[tWOHUPL.96::,; Service Nature, Observatoire et Territoire, Direction Nature, Agroécologie et Paysage, Pôle Biodiversité Paysages Agroécologie et Alimentation (BP2A), avenue Albert Einstein, Domaine municipal de Grammont, F-34000 Montpellier (France) [email protected] 1VOHU40*/(<? 3HIVYH[VPYL.tUt[PX\LL[*VUZLY]H[PVU.L*V3() <UP]LYZP[tKL3PuNL)3PuNL)LSNPX\L et Université Montpellier, CIRAD, INRAE, UMR 117 Animal Santé Territoire 9PZX\L,U]PYVUULTLU[- 4VU[WLSSPLY*LKL_-YHUJL [email protected] (UH{Z),(<4(90(., (KYPLU(5+9i 3HIVYH[VPYL.tUt[PX\LL[*VUZLY]H[PVU.L*V3() <UP]LYZP[tKL3PuNL)3PuNL)LSNPX\L [email protected] [email protected] :tIHZ[PLU+,=033(9+ Université Lyon, Université Claude Bernard Lyon 1, CNRS, 3HIVYH[VPYLKL)PVTt[YPLL[)PVSVNPLi]VS\[P]L- =PSSL\YIHUUL-YHUJL [email protected] Soumis le 7 octobre 2024 | Accepté le 5 mars 2025 | Publié le 15 octobre 2025 MOTS CLÉS ADN environnemental, mammifère semiaquatique, mustélidé, piège photographique, suivi non-invasif des populations. 150 NATURAE • 2025 (12) Gimenez O. et al. ABSTRACT Study of the colonization by the European otter Lutra lutra (Linnaeus, 1758) of the river Lez using non-invasive population monitoring methods and a close collaboration between academics and stakeholders. We study the European otter (Lutra lutra (Linnaeus, 1758)) in the coastal river Lez, near Montpellier (France) in an area of recolonization of an anthropized environment. Our objective is to better understand the dynamics of species establishment. Through non-invasive sampling methods such as camera trapping, environmental DNA, and the search for spraints, we address questions related to the species’ activity period, diet, interspecific interactions, and the geographical origins of detected individuals. Our results indicate a predominantly nocturnal activity, likely linked to human pressure on the river. The diet is dominated by fish such as the chub (Squalius cephalus (Linnaeus, 1758)), but the otter demonstrates great plasticity, also consuming invasive species like the Louisiana crayfish (Procambarus clarkii (Girard, 1852)). Interactions with other species, such as foxes (Vulpes vulpes (Linnaeus, 1758)), are also documented. The origin of local populations appears to be from the north, contrasting with those from the Hérault watershed. Our study highlights the importance of restoring small rivers and improving their connectivity (turquoise infrastructure) for species conservation. It also integrates an interdisciplinary dimension by combining ecological and social sciences, with a survey on local perceptions of the otter. Finally, scientific outreach is addressed through the development of an educational kit and the creation of a “haven” for the otter to raise awareness about the preservation of wetlands and promote sustainable coexistence with the species. KEY WORDS Environmental DNA, semi-aquatic mammals, mustelids, camera trap, non-invasive population monitoring. INTRODUCTION Les cours d’eau jouent un rôle fondamental en tant que réservoirs de biodiversité, abritant une multitude d’espèces animales et végétales (Reid etal. 2019). Onconsidère par exemple qu’un tiers des espèces de vertébrés sont limitées à ces écosystèmes (Dudgeon etal. 2006). La santé écologique des cours d’eau et des écosystèmes d’eau douce plus généralement (Giraudoux 2022) est primordiale non seulement pour la biodiversité qu’ils abritent, mais aussi pour les fonctions écosystémiques et les contributions qu’ils fournissent au bon fonctionnement et bien-être de nos sociétés (Albert etal. 2021 ; Vári etal. 2022). Cependant, ces écosystèmes – notamment en région méditerranéenne – sont soumis à des menaces croissantes (Vörösmarty etal. 2010), liées notamment à l’urbanisation, à la pollution et au changement climatique (Dudgeon etal. 2006 ; Reid etal. 2019). Ces pressions soulignent l’importance de suivre l’état et la dynamique de la biodiversité afin de mieux comprendre et préserver ces milieux essentiels. Dans ce contexte, l’étude des mammifères semi-aqua - tiques, tels que la Loutre d’Europe (Lutra lutra (Linnaeus, 1758) ; on utilisera le terme loutre dans la suite de l’article ; Fig.1), revêt un intérêt particulier. Entant que prédateur au sommet de la chaîne alimentaire, la loutre joue un rôle clé dans la dynamique des populations de poissons et d’autres organismes aquatiques (Kruuk 2006), y compris les espèces exotiques envahissantes (e.g., Barrientos etal. 2014 mais voir Balestrieri etal. 2013), contribuant ainsi à l’équilibre et à la régulation écologique des milieux d’eau douce. Sa présence ou son absence peut être un indicateur précieux de la santé des écosystèmes d’eau douce, car elle est particulièrement sensible aux modifications de son environnement, notamment à la perturbation des habitats aquatiques comme les zones humides et ripisylves qu’elle fréquente (Bedford 2009 ; Brand etal. 2020 ; Couturier etal. 2023b). Bien que sensible aux perturbations, cet animal opportuniste peut également occuper des zones de moindre qualité biologique, à condition que la tranquillité et la nourriture y soient suffisantes, nuançant ainsi son rôle strict d’indicateur de qualité (Reid etal. 2013). Comment étudier la loutre dans son habitat naturel ? Enécologie des populations, on a souvent recours à la capture (et recapture) physique des animaux pour pouvoir les marquer individuellement ou les équiper de capteurs de mesure (e.g., GPS) et ainsi étudier leur démographie, leurs comportements et leurs déplacements. Ces méthodes occasionnent toutefois un dérangement (Jewell 2013) et peuvent s’avérer coûteuses (en matériel, en ressources humaines et sur le plan logistique), voire impossibles à déployer sur des échelles de temps et d’espace assez grandes pour être pertinentes pour la conservation de l’espèce ou d’une population donnée. Laloutre a un comportement discret. Elle utilise de grands domaines vitaux, elle est plutôt active de nuit et prend rapidement la fuite lorsqu’elle est dérangée, rendant sa capture difficile. Dans cette étude, nous illustrons comment l’utilisation complémentaire de plusieurs méthodes non-invasives de suivi des populations permet, outre d’éviter de déranger les animaux (Zemanova 2020), d’accumuler en peu de temps des données informatives sur l’écologie de l’espèce et de répliquer l’échantillonnage dans le temps et l’espace (Long etal. 2008). Notre objectif est également d’illustrer comment la mise en place d’un suivi de population pour la conservation d’une espèce (Nichols& Williams 2006) peut permettre de réduire efficacement le fossé entre chercheurs et gestionnaires, identifié comme un obstacle à l’utilisation de la science pour informer la gestion et les actions de conservation (Cook etal. 2013). Notre recherche s’appuie sur une collaboration étroite entre partenaires 151 Étude du retour de la Loutre d’Europe Lutra lutra (Linnaeus, 1758) sur le fleuve Lez NATURAE • 2025 (12) académiques et non-académiques (Couturier etal. 2023a) avec comme hypothèse que « faire le terrain ensemble » permet de construire une culture scientifique commune (Toomey etal. 2017) via l’interaction entre des acteurs aux intérêts partagés, mais aux agendas de travail et aux objectifs différents. Lacollaboration engagée ici contribue non seulement à enrichir les connaissances scientifiques et à proposer des actions de conservation, mais également à soutenir l’élaboration de politiques publiques, notamment dans le cadre de la mise en œuvre de la trame turquoise – c’est-à-dire l’espace fonctionnel pour préserver la biodiversité des milieux aquatiques et des zones humides (Clauzel etal. 2023 ; Tarabon etal. 2024), un point que nous illustrons dans l’article. Le terrain choisi est le Lez, un petit fleuve côtier de deuxième catégorie traversant neuf communes de la métropole de Montpellier dans le département de l’Hérault. Cecours d’eau offre un terrain idéal pour cette étude puisqu’il parcourt des zones périurbaines et urbaines, et constitue un environnement où la loutre partage son habitat avec de nombreuses autres espèces compétitrices et proies, ainsi qu’avec les activités humaines (récréatives, agricoles et liées à la mobilité). Dans cet article, nous posons les questions suivantes : Comment se distribue l’espèce le long du cours d’eau ? Quand est-elle active ? Quelles autres espèces partagent l’espace avec elle ? D’où viennent les individus observés ? Quel est son régime alimentaire ? Nous abordons ces questions grâce à plusieurs méthodes non-invasives telles que la recherche d’indices de présence – principalement des fèces – le long de transects, l’analyse génétique des fèces, l’enregistrement vidéo grâce à des pièges photographiques, et l’ADN environnemental. MATÉRIEL ET MÉTHODES LA LOUTRE D’EUROPE La loutre est un mammifère carnivore, se nourrissant essentiellement de poissons, mais aussi d’écrevisses et d’amphibiens (Kruuk 2006 ; Rosoux etal. 2019). Espèce semi-aquatique inféodée aux zones humides, la loutre vit à la fois dans les cours d’eau, où elle trouve sa nourriture, et sur les berges, où elle se repose, se reproduit et élève ses petits (Kruuk 2006 ; Rosoux etal. 2019). Au siècle dernier, l’espèce a presque disparu en France en raison de plusieurs FIG. 1. — Loutre d’Europe (Lutra lutra3PUUHL\ZZ\YSLZILYNLZK\3La*YtKP[WOV[V!@HUU9H\SL[ 152 NATURAE • 2025 (12) Gimenez O. et al. facteurs: la chasse pour sa fourrure, la persécution par les pêcheurs et pisciculteurs en raison de son régime piscivore, ainsi que la pollution des cours d’eau (notamment par les polychlorobiphényles ou PCB) et la dégradation de son habitat naturel (Rosoux etal. 2019). Le déclin de la loutre a été enrayé grâce à des mesures de protection légale: d’abord par l’interdiction de sa destruction en 1972, puis par l’obtention du statut d’espèce protégée en 1981 via la Convention de Berne relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe (dont elle est le symbole), et enfin par l’amélioration de la qualité écologique des milieux aquatiques (Rosoux etal. 2019). Ainsi, la loutre présente une dynamique de recolonisation soutenue du territoire français, où elle est présente actuellement dans presque les trois quarts du pays (Lacombe et al. 2025). Onla retrouve entre autres dans des habitats pouvant être dégradés, fortement anthropisés, illustrant son comportement opportuniste et ses capacités d’adaptation (Clavero etal. 2003; Reid etal. 2013), y compris dans la région étudiée ici (Mathevet 1996; Mathevet etal. 2009). Malgré une recolonisation active et en cours des parties aval des fleuves côtiers et des zones humides littorales du sud du Massif central et du Rhône, la loutre est toujours absente d’une partie de son aire de répartition originelle et reste confrontée à des menaces d’origine anthropique, notamment les collisions routières du fait de la densité forte du réseau routier ou les captures accidentelles dans les engins de pêche. Son mode de vie semi-aquatique la rend particulièrement vulnérable à la fragmentation des habitats, qu’ils soient aquatiques ou terrestres. Cette espèce figure d’ailleurs parmi celles à cohérence nationale au titre de la Trame Verte et Bleue (TVB) – des réseaux écologiques qui visent à reconnecter les espaces naturels pour favoriser la biodiversité (trame verte pour milieux terrestres, et trame bleue pour milieux aquatiques). Ladégradation des milieux aquatiques constitue un obstacle à sa recolonisation, tandis que l’intensification des infrastructures routières fragmente les continuités écologiques, et augmente le risque de collisions avec les véhicules, limitant ainsi sa dispersion. L’espèce a bénéficié d’un plan de restauration sur la période 2000-2004 qui a posé les bases des principales mesures à mettre en œuvre pour favoriser le retour de l’espèce (Rosoux etal. 2000), puis d’un premier Plan national d’Action (PNA) sur la période 2010-2015 (Kuhn 2010) prolongé par un deuxième sur la période 2019-2028 avec pour objectif principal d’assurer la conservation à long terme de l’espèce (Kuhn etal. 2019). LE LEZ Le Lez est un fleuve côtier long de 29,6 km qui draine un bassin versant de 196 km² dans le département de l’Hérault, entre les communes de Saint-Clément-de-Rivière et de Palavas-les-Flots, avant de se jeter dans la mer Méditerranée (Fig. 2). Ses principaux affluents sont la Mosson, le Lirou, la Lironde, la Lironde du Méjean et le Verdanson (Fig. 2). Habituellement calme, le Lez est toutefois sujet à des crues rapides et violentes lors des épisodes cévenols, principalement entre septembre et décembre. La source du Lez, située au nord de Saint-Clément-deRivière, est la principale de l’ensemble karstique sous-jacent aux garrigues nord montpelliéraines. Cette source a été captée pour l’alimentation en eau potable dès le xix e siècle. Depuis 1982, le prélèvement est conséquent (1080l/s) et assure une gestion active du karst (Maréchal etal. 2013). Un débit réservé minimal de 230 litres par seconde est maintenu pour préserver l’écosystème aquatique en aval. Lerégime hydrologique naturel du Lez est ainsi perturbé d’abord par le captage de la ville de Montpellier dans l’aquifère karstique, puis par un soutien d’étiage estival par le déversement d’eaux en provenance du Rhône via le canal du Bas-Rhône Languedoc. Cet apport a été réalisé pour maintenir la capacité d’autoépuration du fleuve à partir de 1992. Deplus, plusieurs bassins de rétention ont été aménagés pour limiter l’impact des crues sur la plaine en aval durant les épisodes cévenols. Depuis sa source jusqu’à son entrée sur la commune de Castelnau-le-Lez, l’environnement immédiat du Lez est essentiellement agricole, avec une ripisylve étroite, continue et dense, ponctuée de plusieurs seuils naturels et artificiels qui régulent les écoulements. À certains endroits, cette ripisylve s’élargit sur plusieurs dizaines de mètres, formant une véritable forêt-galerie dominée par l’Aulnaie-Frênaie à Frêne oxyphylle typique de la plaine languedocienne. Cet habitat arborescent de boisements dominée par l’Aulne glutineux Alnus glutinosa (L.) Gaertn., 1790 en bordure de berge et le Frêne oxyphylle Fraxinus angustifolia Vahl. sur les banquettes alluviales est présent le long du Lez, particulièrement dans sa partie amont où il FIG. 2. — Carte de l’aire d’étude. La métropole de Montpellier est représentée H]LJSLÅL\]L3LaL[ZLZWYPUJPWH\_HMÅ\LU[ZSL3PYV\SH3PYVUKLSH3PYVUKL K\4tQLHUSL=LYKHUZVUSH4VZZVU,UOH\[nNH\JOLZL[YV\]L\ULJHY[L KL-YHUJLKHUZSHX\LSSLS»LUJHKYtYV\NLPUKPX\LSLZJVU[V\YZKLSHTt[YVWVSL 43.75°N 43.70°N 43.65°N Montferrier-sur-Lez Villeneuve-les-Maguelone Castelnau-le-Lez Montpellier Lattes Prades-le-Lez 43.60°N 43.55°N 43.50°N 3.7°E Le Lez La Mosson La Lironde La Lironde du Méjean Le Lirou Le Verdanson 3.8°E 3.9°E 4.0°E 10 km N 153 Étude du retour de la Loutre d’Europe Lutra lutra (Linnaeus, 1758) sur le fleuve Lez NATURAE • 2025 (12) présente sa forme typique très hygrophile à Nivéole d’été. Ilest le plus souvent cantonné sur quelques mètres autour du lit du cours d’eau et forme un linéaire continu lorsque les berges ne sont pas trop abruptes. Enaval du Lez, où les berges abruptes rendent la ripisylve du haut de berge moins hygrophile et où la pression des activités humaines est la plus forte, le sous-bois s’appauvrit et le boisement s’enrichit d’espèces introduites comme le Robinier fauxacacia Robinia pseudoacacia L. ou l’Érable negundo Acer negundoL. Dans la traversée urbaine de Montpellier, le Lez est fortement anthropisé, particulièrement à partir de l’hôtel de Région, où des travaux importants d’endiguement et de recalibrage ont été réalisés dès les années 1980 afin de réduire l’impact des inondations. Lapartie aval du Lez est canalisée jusqu’à son embouchure. Sur ce linéaire d’une dizaine de kilomètres, les fonctions écologiques du fleuve et la qualité biologique globale des milieux aquatiques sont fortement dégradées. Historiquement, un squelette de loutre a été découvert en 2006 sur le site archéologique de Lattara, ancienne ville portuaire située sur le Lez, dans une fosse datant des iiie et iie siècles avant notre ère (Renaud& Procier 2011). Bien que cette découverte ne prouve pas l’installation d’une population de loutres sur le Lez à l’époque, elle témoigne d’un environnement favorable à l’espèce durant cette période. Plus récemment, des signes de présence de la loutre ont été trouvés à partir de juin 2016, dans le cadre de prospections naturalistes menées pour une étude d’impact (extraction de données SINP pour la période 2012-2022 sur la métropole de Montpellier : premier indice de loutre trouvé le 1er juin 2016 par le bureau d’étude Naturalia-Environnement au nord de Montpellier). MÉTHODES NON-INVASIVES DE SUIVI La recherche de signes de présence La recherche de signes de présence de l’espèce (principalement des épreintes, le nom donné aux crottes de loutres facilement reconnaissables) s’est déroulée du 30 janvier au 17 février 2023 sur le Lez et ses affluents (sauf la Lironde du Méjean) (Fig. 2). Lapériode hivernale a été choisie car optimale, avec la période automnale, pour la recherche des indices du fait d’un marquage associé souvent plus intense à ces périodes et plus discret au printemps et en été (Kuhn& Jacques 2011). Nous avons utilisé le protocole préconisé par le groupe loutre de l’Union internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) pour déterminer la présence ou l’absence de l’espèce (Reuther etal. 2000). Un total de 13 sites ont été prospectés, placés tous les cinq kilomètres (Fig. 3), le long d’un linéaire de 600 m dans la mesure du possible. Différentes informations sur la caractérisation des milieux ont ainsi été relevées (habitat, caractéristiques du cours d’eau, caractéristiques des berges et signes éventuels de perturbations liées à l’activité humaine) que nous ne détaillerons pas ici. Les épreintes ont été utilisées pour documenter la présence de l’espèce, mais aussi pour analyser l’origine génétique des individus détectés sur le Lez, et leur régime alimentaire (voir la partie « Analyses »). Pour l’origine génétique et le régime alimentaire, des épreintes ont été également collectées entre le 21 novembre et le 28décembre 2023. Larécolte s’est focalisée sur des épreintes les plus fraîches possible, idéalement peu exposées aux UV. Les prélèvements ont été faits avec des gants et une spatule pour éviter les contaminations. Dans un flacon de 15ml, un morceau d’épreinte était introduit pour occuper un tiers du volume, puis on complétait avec de l’éthanol à 96° non dénaturé. Chaque prélèvement a été conservé dans un congélateur domestique à –18°C. Le piégeage photographique Nous avons mené le piégeage photographique entre le 15janvier et le 15 juin 2023 sur le Lez exclusivement. Nous avons placé des appareils photographiques à déclenchement automatique (ou pièges photographiques) régulièrement le long du cours d’eau, sur la base de détection passée d’épreintes et notre connaissance du terrain ; au total nous avons déployé 19 pièges (Fig. 3). Ces pièges ont été fixés sur des arbres à une hauteur comprise entre 50 et 100 cm. Tous les appareils étaient des Browning Extreme SpecOps Full HD Video, paramétrés pour ne faire que des vidéos, avec la détection de mouvement à grande distance, le flash nocturne à grande distance, la qualité des vidéos en haute définition et la longueur maximale des vidéos fixée à une minute de jour et trente secondes de nuit. Ces pièges ont été relevés tous les mois et demi (au plus) pour remplacer la carte mémoire SD et les piles si besoin. L’ADN environnemental Comme méthode complémentaire aux deux précédentes, nous avons considéré l’ADN environnemental ou ADNe, l’ensemble des traces d’ADN laissées par les organismes dans leur environnement, via des éléments tels que la peau, les poils, les excréments, ou encore le mucus. Cet ADN est collecté à partir de milieux comme l’eau, le sol ou l’air, puis analysé pour identifier les espèces présentes, sans avoir à les observer directement. Ils’agit d’une approche relativement récente (Ficetola etal. 2008) qui a montré des résultats prometteurs pour la loutre (Jamwal etal. 2021, 2023 ; Ballini etal. 2024). Nous avons mené l’étude d’ADNe entre le 21 novembre 2023 et le 22 décembre 2023 sur le Lez exclusivement, en milieux courants. Leprotocole d’échantillonnage de l’ADNe consiste en un prélèvement d’eau pompée pendant 30 minutes à l’aide d’une pompe péristaltique (Vampir, Bürkle GmbH, Bad Bellingen, débit de 1,1 L/min), d’un tuyau, et filtrée par une capsule de filtration VigiDNA possédant une membrane de 500 cm2 de surface avec une porosité de 0,45μm (SPYGEN, le Bourget du Lac, France). Àla fin de la filtration, l’eau restant dans la capsule est extraite et 80 ml de solution tampon CL1 (SPYGEN, le Bourget du Lac, France) sont ajoutés. Lacapsule a été conservée à température ambiante jusqu’à l’extraction en laboratoire. Nous avons effectué trois réplicas par site, à contre-courant, en direction de l’amont. Au total nous avons considéré dix sites d’échantillonnage (Fig. 3). Ànoter que pour des contraintes financières, un seul réplica (plutôt que trois) a été fait sur les trois sites les plus en aval. 160 NATURAE • 2025 (12) Gimenez O. et al. des co-occurrences temporelles d’espèces, comme dans la Figure 5 entre la loutre et le renard ou le ragondin, le piégeage photographique nous permet de capturer des interactions entre ces espèces, comme une loutre qui poursuit un renard, probablement pour défendre son territoire ou l’empêcher de subtiliser une proie (https://youtu.be/UMm tg7NQmrw?si=q014xndgYk3wjpKs, dernière consultation le 13 juillet 2025). SUR LE RÉGIME ALIMENTAIRE Globalement, les résultats obtenus sur le Lez correspondent à l’ichtyofaune en présence ainsi qu’à la distribution de certaines espèces. Eneffet, le Chevesne y est non seulement très commun, mais également très représenté dans les épreintes étudiées. Deplus, les épreintes contenant du Chabot (n=3), ont été prélevées en amont du fleuve dans l’aire de répartition connue du Chabot du Lez (Cottus petiti Băcescu & Băcescu-Meşter, 1964) (Lefebvre etal. 2022). Celle contenant de l’Athérine (n=1), a été trouvée en aval, plus proche de l’embouchure, milieu favorable à cette espèce. Onpeut raisonnablement penser qu’une épreinte déposée contient des proies chassées à proximité plus ou moins immédiate (Mirone etal. 2024). Eneffet, et en dépit des grandes capacités de déplacement de la loutre, cette dernière est dotée d’un système digestif plutôt court, à l’instar des carnivores stricts, induisant un transit intestinal de trois heures environ. Concernant toutes les petites espèces de poissons observées dans cette étude, en particulier quand les proportions sont faibles, il conviendra de s’interroger quant à la possibilité qu’elles aient été ingérées par d’autres poissons plus gros, eux-mêmes prédatés ensuite par la loutre. Bien que les poissons soient les proies les plus représentées dans le régime alimentaire de la loutre (Hung& Law 2016), elle fait preuve d’une grande plasticité (Krawczyk etal. 2016; Drake etal. 2023), reflétant son comportement opportuniste dans la recherche de nourriture. Son régime alimentaire peut ainsi inclure une grande diversité d’organismes aquatiques (Smiroldo etal. 2019) et varier en fonction d’un gradient latitudinal dans la diversité en proies (Clavero etal. 2003), ou s’adapter après des perturbations d’origines anthropiques de l’environnement (Bedmar etal. 2022; Dettori etal. 2022) ou des pollutions (Narváez etal. 2020). Notre étude serait ainsi à reproduire pour déterminer, entre autres, les variations saisonnières dans le régime de la loutre sur le Lez (Marcolin etal. 2020). Enfin, nos résultats montrent la présence d’espèces exotiques envahissantes dans les épreintes, confirmant l’intérêt pour la régulation de ces espèces directement par la prédation (Blanco-Garrido etal. 2008; Orłowska& Romanowski 2023) ou indirectement par la compétition (McDonald etal. 2007). Ilfaut toutefois noter que la consommation d’écrevisses invasives qui cumulent les polluants peut mener à de grandes concentrations de ces derniers chez la loutre (Rodríguez-Estival etal. 2020). SUR L’ORIGINE Les résultats obtenus suggèrent une colonisation par le Nord, alors qu’elle interviendrait plutôt par le Sud pour ce qui concerne les populations du bassin versant de l’Hérault. Ilest à noter cependant que le turn-over chez cette espèce peut être conséquent. Ainsi, un individu d’origine rhodanienne installé sur un territoire peut être remplacé par un autre d’origine cévenole suite à la mort du premier ou après une éviction par le second. Afin d’affiner ces résultats, il conviendrait de réitérer, voire d’amplifier les collectes d’épreintes et leur analyse sur ces deux territoires et de focaliser également sur la région intermédiaire située au nord de Montpellier. SUR LA TRAME TURQUOISE Nos résultats confirment que la loutre pourrait être une bonne espèce modèle pour la trame turquoise, puisque les habitats favorables à la loutre définis a priori ont été confirmés par les détections de l’espèce. Pourquoi est-ce important? Les collisions routières représentent la cause prédominante de mortalité enregistrée en Europe pour la loutre (e.g., Fabrizio etal. 2019). Enraison de cet effet remarquable sur la mortalité des loutres, des mesures d’atténuation telles que des structures de franchissement (loutroduc ou banquette à loutre) pourraient représenter un moyen de réduire les effets négatifs des routes. Pour évaluer cette connectivité, il reste toutefois à établir les corridors entre les zones favorables à l’espèce. Pour ce faire, plusieurs possibilités existent, parmi lesquelles Graphab qui permet de modéliser les réseaux écologiques à partir de la théorie des graphes (Foltête etal. 2012), les approches de statistique pour l’écologie qui permettent de s’appuyer sur des données récoltées de manière non-invasive (Kervellec etal. 2023) ou encore la modélisation individu-centrée (Quaglietta& Porto 2019). Cetravail est en cours dans le cadre de l’Atlas de la Biodiversité métropolitaine porté par la métropole de Montpellier. FIG. 7·:[Y\J[\YH[PVUNtUt[PX\LKLSH3V\[YLK»,\YVWLLutra lutra (Linnaeus, ,UISL\SLNYV\WLNtUt[PX\LKLSHMHsHKLH[SHU[PX\L"LUQH\ULSLNYV\WL NtUt[PX\LKP[KL9OUL(SWLZ"LUVYHUNLSLNYV\WLNtUt[PX\LKP[IYL[VU"LU YVZLSLNYV\WLNtUt[PX\LKP[K\4HZZPMJLU[YHS"LU]LY[NYV\WLNtUt[PX\LKP[ K\3PTV\ZPU"LU]PVSL[NYV\WLNtUt[PX\LKP[KLZ7`YtUtLZ=VPYPigneur et al. (2018) pour plus de détails. 40 km N 161 Étude du retour de la Loutre d’Europe Lutra lutra (Linnaeus, 1758) sur le fleuve Lez NATURAE • 2025 (12) TABLEAU 2·(UHS`ZLZNtUt[PX\LZZ\YSLYtNPTLHSPTLU[HPYLKLSH3V\[YLK»,\YVWLLutra lutra Linnaeus, 1758 et l’ADN environnemental. Les résultats (prélèvement des épreintes) sont donnés dans les colonnes régime (9). Les résultats d’ADN environnemental (prélèvement dans l’eau) sont donnés dans les colonnes présence (73LZJVSVUULZZVU[YHUNtLZKLNH\JOLnKYVP[LKLZZP[LZKLS»HTVU[nS»H]HS-PN8\HUKS»LZWuJLLZ[Kt[LJ[tLKHUZSLYtNPTLHSPTLU[HPYLSH JLSS\SLLZ[VYHUNLTHYYVUZPUVU8\HUKS»LZWuJLLZ[Kt[LJ[tLWHYS»(+5LU]PYVUULTLU[HSSHJLSS\SLLZ[]LY[JSHPY]LY[MVUJtZPUVU8\HUKS»LZWuJLU»HWHZt[t YLJOLYJOtLV\IPLUX\LSLZP[LU»HWHZt[ttJOHU[PSSVUUtWV\YSLZHUHS`ZLZNtUt[PX\LZK\YtNPTLHSPTLU[HPYL\U[PYL[LZ[PUKPX\t 3La HTVU[ Lirou ;HUULYPL Lironde 3H]HSL[[L *SPUPX\L K\7HYJ /[LSKL 9tNPVU 3LaH]HS¶ 2etJS\ZL 3LaH]HS¶ JVUÅ\LUJL 4VZZVU 3LaH]HS 7HSH]HZ ,ZWuJLZ 7 97979797979797 9 7 9 7 9 Abramis brama (Linnaeus, 1758) 0–0–0–0–1–1–0–1 – 1 – 1 – Actinopterygii Lacépède, 1803 – 0–0–1–––1–1–1– 1 – – – – Alburnoides ohridanus 2HYHTHU  –0–1–1–––0–0–0– 0 – – – – Alburnus alburnus (Linnaeus, 1758) 0–1–1–0–1–1–1–1 – 1 – 1 – Alosa sp. (Alosa alosa (Linnaeus, 1758) ou Alosa fallax (Lacépède, 1803)) 0–0–0–0–0–1–0–0 – 0 – 0 – Anguilla anguilla (Linnaeus, 1758) 1000000–1011111 0 1 – 1 – Atherina boyeri Risso, 1810 0000100–0000000 1 1 – 1 – Barbatula quignardi (BåcescuMester & Bånårescu, 1978) –1–0–1–––0–1–0– 0 – – – – Barbatula sp. (Barbatula barbatula (Linnaeus, 1758) ou Barbatula quignardi) 1–1–1–0–1–1–1–0 – 0 – 0 – Barbus barbus (Linnaeus, 1758) 1000100–1011010 0 0 – 0 – Blicca bjoerkna (Linnaeus, 1758) 0–0–0–0–0–0–0–1 – 0 – 1 – Carassius sp. (Carassius carassius (Linnaeus, 1758) ou Carassius gibelio (Bloch, 1782) ou Carassius auratus (Linnaeus, 1758)) 0000110–1101111 1 1 – 1 – Chelon auratus (Risso, 1810) 0–0–0–0–0–0–0–0 – 1 – 1 – Chelon labrosus (Risso, 1827) 0–0–0–0–0–0–0–0 – 1 – 1 – Chelon ramada (Risso, 1827) 0–0–0–0–0–0–0–1 – 1 – 1 – Chondrostoma nasus (Linnaeus, 1758) –1–1–0–––0–0–0– 0 – – – – Cottus sp. (Cottus aturi Freyhof, 2V[[LSH[5VS[LCottus duranii -YL`OVM2V[[LSH[ Nolte, 2005, Cottus gobio Linnaeus, 1758, Cottus hispaniolensis Båcescu & BåJLZJ\4LZ[LY  Cottus perifretum Freyhof, 2V[[LSH[5VS[LCottus petiti Båcescu & Båcescu4LZ[LY V\Cottus rhenanus -YL`OVM2V[[LSH[ Nolte, 2005) 1101110–1010000 0 0 – 0 – Cyprinidae 0 –0–0–0–1–1–1–0 – 0 – 1 – Cyprinidae – Complexe 1 (Chondrostoma nasus, Parachondrostoma toxostoma (Vallot, 1837) ou Telestes ZV\MÄH(Risso, 1827)) 1–0–0–0–0–0–0–0 – 0 – 0 – Cyprinidae – Complexe 2 (Ctenopharyngodon idella (Valenciennes, 1844) ou Hypophthalmichthys molitrix (Valenciennes, 1844)) 0–0–0–0–1–1–1–0 – 0 – 0 – Cyprinidae – Complexe 3 (Abramis brama (Linnaeus, 1758) ou Blicca bjoerkna (Linnaeus, 1758)) 0–0–0–0–1–1–1–1 – 0 – 1 – Cyprinidae – Complexe 4 (Alburnus alburnus ou Scardinius erythroph thalmus (Linnaeus, 1758)) 0–0–0–0–0–0–0–1 – 0 – 0 – Cyprinus carpio Linnaeus, 1758 1000100–1011111 1 1 – 1 – 162 NATURAE • 2025 (12) Gimenez O. et al. 3La HTVU[ Lirou ;HUULYPL Lironde 3H]HSL[[L *SPUPX\L K\7HYJ /[LSKL 9tNPVU 3LaH]HS¶ 2etJS\ZL 3LaH]HS¶ JVUÅ\LUJL 4VZZVU 3LaH]HS 7HSH]HZ ,ZWuJLZ 7 9 7 9 7 9 7 9 7 9 7 9 7 9 7 9 7 9 7 9 Dicentrarchus labrax (Linnaeus, 1758) 0–0–0–0–0–0–0–0 – 1 – 1 – Gambusia holbrooki Girard [ex (NHZZPaD 0000111–1111111 0 1 – 1 – Gobio gobio (Linnaeus, 1758) –0–1–1–––0–1–1– 1 – – – – Gobio sp. (Gobio alverniae 2V[[LSH[7LYZH[ Gobio gobio, Gobio lozanoi Doadrio & Madeira, 2004 ou Gobio occitaniae 2V[[LSH[ Persat, 2005) 0–0–1–1–1–1–1–1 – 0 – 0 – Gobius niger Linnaeus, 1758 0–0–0–0–0–0–0–0 – 0 – 1 – Gymnocephalus cernua (Linnaeus, 1758) 0–0–0–0–1–1–0–0 – 0 – 0 – Lepomis gibbosus (Linnaeus, 1758) 0000111–1011111 0 1 – 1 – Leuciscus leuciscus (Linnaeus, 1758) –0–1–0–––0–0–0– 0 – – – – Leuciscus sp. (Leuciscus idus (Linnaeus, 1758) ou Leuciscus leuciscus) 0–0–0–0–1–0–0–0 – 0 – 0 – Micropterus salmoides (Lacepède, 1802) 0–0–0–0–1–1–1–1 – 1 – 0 – Mugil cephalus Linnaeus, 1758 0–0–0–0–1–0–0–1 – 1 – 1 – Oncorhynchus sp. Walbaum 1792 0–0–0–0–0–0–0–0 – 0 – 0 – Pachychilon pictum (Heckel & 2ULY –0–0–0–––0–1–0– 0 – – – – Parachondrostoma miegii :[LPUKHJOULY –0–1–1–––0–0–0– 0 – – – – 7LYJHÅ\]PH[PSPZ(Linnaeus, 1758) 1000110–1010101 0 0 – 0 – Phoxinus phoxinus (Linnaeus, 1758) –1–0–1–––0–0–0– 0 – – – – Phoxinus sp. (Phoxinus bigerri 2V[[LSH[Phoxinus phoxinus ou Phoxinus septimaniae2V[[LSH[ 1–1–1–1–1–1–0–0 – 0 – 0 – Pomatoschistus minutus (Pallas, 1770) 0–0–0–0–0–0–0–0 – 0 – 1 – Pomatoschistus sp. (Pomatoschistus microps 2Y¥`LYV\ Pomatoschistus minutus) 0–0–0–0–0–0–0–0 – 1 – 1 – Pseudorasbora parva ;LTTPUJR:JOSLNLS 0000111–1011111 1 1 – 1 – Rutilus rutilus (Linnaeus, 1758) 0001111–1011101 1 1 – 1 – :HSHYPVWZPZÅ\]PH[PSPZ (Asso, 1801) 0–0–0–0–0–0–0–0 – 0 – 1 – Salmo sp. Linnaeus 1758 0–0–0–0–0–0–0–1 – 0 – 0 – Salmo trutta Linnaeus, 1758 0–0–0–0–0–0–0–0 – 0 – 0 – Sander lucioperca (Linnaeus, 1758) 0–0–0–0–0–0–1–1 – 1 – 0 – Sardina pilchardus (Walbaum, 1792) 0–0–0–0–0–0–0–0 – 0 – 1 – Scardinius erythrophthalmus (Linnaeus, 1758) 0–0–0–0–1–1–1–1 – 1 – 1 – Silurus glanis Linnaeus, 1758 0000110–1111111 1 1 – 1 – Squalius cephalus (Linnaeus, 1758) 1111111–1011101 0 0 – 0 – Syngnathus sp. Risso 1827 0–0–0–0–0–0–0–0 – 0 – 1 – Telestes sp. Risso 1827 –0–1–0–––0–0–0– 0 – – – – Tinca tinca (Linnaeus, 1758) 0000110–0000000 0 0 – 0 – TABLEAU 2. — Suite. 163 Étude du retour de la Loutre d’Europe Lutra lutra (Linnaeus, 1758) sur le fleuve Lez NATURAE • 2025 (12) SUR LES MÉTHODES NON-INVASIVES Dans cette étude, nous avons pu montrer l’efficacité de trois méthodes d’échantillonnage non-invasif pour le suivi des populations de loutres. Eneffet, toutes nous ont permis de mettre en évidence la présence de l’espèce sur une importante proportion des sites prospectés. Une thèse de doctorat (SL) visant à fournir une comparaison plus formelle de l’efficacité de chacune de ces méthodes est en cours. Larecherche d’indices de présence s’est avérée la méthode la plus efficace. Toutefois, cette méthode est conditionnée par la possibilité d’accéder au cours d’eau et d’en parcourir 600m de berges, ce qui est raisonnable pour la partie amont du Lez, mais peut s’avérer difficile voire impossible pour des cours d’eau plus larges et plus profonds, comme c’est le cas du Lez dans sa partie aval. Deplus, cette méthode repose principalement sur la détection d’épreintes et il a été suggéré que l’espèce marque moins quand elle est présente à faible densité (par exemple en front de colonisation) (Sittenthaler etal. 2020) ou sur des cours d’eau temporaires en période d’assec (Almeida etal. 2012), ce qui pourrait biaiser des études reposant uniquement sur cette méthode. Compléter cette méthode avec l’ADNe et le piégeage photographique permet de s’affranchir de ces potentiels biais et ainsi de détecter l’espèce de manière plus homogène à travers le territoire lorsqu’elle est présente. Dans notre cas, l’ADNe a permis de confirmer la présence de l’espèce sur l’ensemble de la partie aval du Lez entre Montpellier et le littoral. Notons que ces différentes sources de données peuvent également être combinées dans un seul et même modèle statistique et améliorer ainsi l’estimation de la distribution de l’espèce (Miller etal. 2019 ; Zipkin etal. 2021). Ces approches présentent des avantages et des inconvénients propres qu’il est nécessaire de prendre en compte lors de l’élaboration d’un protocole de suivi. Par exemple, la recherche d’épreintes est efficace pour détecter la présence de l’espèce à faible coût financier, mais est conditionnée par la possibilité d’accéder au cours d’eau et demande un effort de terrain conséquent. Lepiégeage photographique et l’ADNe nécessitent un effort de terrain plus faible, mais représentent un coût financier et un traitement post-terrain plus conséquent, impliquant des délais importants dans le cas de l’ADNe. L’ADNe est la méthode la plus facile à mettre en œuvre sur le terrain, et elle permet, avec un faible nombre de sites d’échantillonnage bien positionnés, de sonder efficacement l’ensemble d’un bassin versant (Altermatt etal. 2023). Toutefois, le matériel génétique collecté lors de prospections ADNe peut avoir été transporté depuis l’amont, parfois sur des distances supérieures à un kilomètre (Burgher etal. 2024), ce qui rend la localisation précise du passage de l’individu délicate. Cela peut poser des soucis lorsqu’on s’intéresse à des patrons fins d’occupation et d’utilisation de l’habitat. Au-delà de simplement renseigner sur la présence d’individus, ces méthodes d’échantillonnage fournissent des informations supplémentaires différentes en faisant des approches complémentaires. Par exemple, le piégeage photographique peut renseigner sur l’activité des individus, leur comportement, et les interactions avec les autres espèces. Par ailleurs, dans le cadre de la recherche d’épreinte, il est possible de prélever des échantillons pour les analyser, ce qui peut renseigner sur l’origine géographique des individus, leur état physiologique (e.g., niveau de stress des individus), leur sexe ou leur régime alimentaire. Notre étude a fourni une preuve supplémentaire de la pertinence d’utiliser l’ADNe pour suivre des mammifères semi-aquatiques comme la loutre (Sales etal. 2020), et plus généralement la biodiversité des écosystèmes d’eau douce (Valentini etal. 2016 ; Broadhurst etal. 2021 ; Lyet etal. 2021 ; Reji Chacko etal. 2023). Cette méthode est très efficace et permet de réaliser des diagnostics exhaustifs en peu de temps. S’il reste des limites liées notamment aux risques de faux positifs (Darling etal. 2021), cette technologie connaît depuis quelques années un réel essor, et l’on peut raisonnablement penser qu’elle continuera à s’améliorer dans les années à venir, conduisant ces problèmes à disparaître petit à petit. D’ici là, des méthodes statistiques existent pour propager ces incertitudes dans la modélisation de la distribution d’espèces (Griffin etal. 2020). EnFrance, la recherche de signes de présence est réalisée bénévolement par un nombre important de naturalistes amateurs avec un intérêt pour la loutre, ce qui représente une grande quantité de données facilement accessibles concernant la présence de l’espèce. Dela même manière, il est possible d’imaginer mettre à disposition des kits de prélèvements d’ADNe pour appliquer ce protocole à large échelle de manière participative (modulo une formation) (Broadhurst etal. 2023). PERSPECTIVES Le suivi écologique est en cours de réplication sur les bassins versants voisins du Lez, à savoir celui de l’Or (l’étang de l’Or et les huit cours d’eau qui l’alimentent) (D’Hollande 2024) 43.75°N 43.70°N 43.65°N 43.60°N 43.55°N 43.50°N 43.45°N 3.7°E 3.8°E Dans la trame turquoise ? Oui Non 3.9°E 4.0°E FIG. 8 ·;YHTL[\YX\VPZLL[Kt[LJ[PVUZKL3V\[YLZK»,\YVWLLutra lutra Linnaeus, Z\YSHTt[YVWVSLKL4VU[WLSSPLY:\YJL[[LJHY[LKLSH[YHTL[\YX\VPZL VUYLWYtZLU[LH\ZZPSLZPUKPJLZKLWYtZLUJLYtJVS[tZZLSVUX\»PSZZVU[KHUZSH trame (orange) ou pas (gris). Voir la Figure 4 pour les étapes de construction KLSH[YHTL[\YX\VPZL 164 NATURAE • 2025 (12) Gimenez O. et al. et celui du fleuve Vidourle. Lesuivi sur le Lez est pérennisé grâce à un partenariat entre collectivités territoriales – la ville et la métropole de Montpellier, l’Établissement Public Territorial de Bassin (EPTB) du Lez – et un établissement public de recherche – le Centre d’Écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE). La présence de la loutre sur un territoire utilisé par les humains (loisirs, agriculture) interroge les interactions entre l’espèce et les acteurs locaux. Une enquête qualitative de six mois, menée auprès de 25 acteurs (gestionnaires, pêcheurs, bénévoles, chasseurs), a exploré ces interactions à travers des entretiens semi-directifs (Duval 2024). Les résultats montrent que la loutre bénéficie d’une image positive, associée au retour d’une « nature sauvage », mais demeure largement perçue comme discrète et peu impactante sur les activités humaines. Toutefois, cette perception pourrait évoluer si la population augmentait, conduisant à d’éventuels conflits d’usage. Dans ce contexte, la médiation scientifique – approche qui vise à diffuser la culture scientifique au sein de la population pour rendre la science et la recherche accessibles au plus grand nombre – cherche par diverses actions, à créer du lien social et à mettre en dialogue la société et les chercheurs. Dans le cas de notre travail sur la loutre dans le Lez, l’objectif est de sensibiliser à la conservation des zones humides en impliquant les usagers. Espèce semi-aquatique, la loutre permet d’aborder des sujets variés : corridors écologiques, qualité de l’eau, rapports prédateurs/proies, espèces envahissantes et endémiques, etc. Nous développons une valise pédagogique adaptable aux différents publics, comprenant des supports et discours diversifiés (Delaire 2024). Dela recherche sur la Loutre d’Europe et le Lez aux techniques de suivi noninvasives, ces activités rapprochent la science de la société et changent le regard sur cette biodiversité. Au-delà de la sensibilisation, il est crucial de proposer aux publics des actions concrètes qu’ils peuvent mettre en place, à leur échelle, pour contribuer à la protection, telles que tenir son chien en laisse, ne pas jeter de déchets, circuler sur les chemins, ou participer à des inventaires naturalistes. Parmi ces mesures, un projet de Havre de Paix pour la Loutre d’Europe est en cours d’installation sur le territoire de la ville de Montpellier. Les résultats de notre étude sont utilisés pour décider de l’endroit le plus propice au déploiement de ce projet. Les havres de paix sont portés par le PNA (https://www.sfepm. org/loperation-havre-de-paix-pour-la-loutre-deurope.html, dernière consultation le 13 juillet 2025) et relayés localement par la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) Occitanie. Ils proposent d’agir concrètement en faveur de la loutre en sanctuarisant une parcelle en bord de cours d’eau. Cet outil supplémentaire contribuera également à sensibiliser non seulement à la loutre, mais plus globalement à l’intérêt de sauvegarder les milieux qu’elle fréquente et partage avec d’autres espèces. En conclusion, la recherche sur les mammifères semi-aquatiques, et en particulier sur les loutres, est non seulement pertinente pour la conservation de ces espèces emblématiques, mais elle constitue également un levier crucial pour la préservation et la gestion durable des écosystèmes d’eau douce. Encontribuant à la restauration et à la protection de ces milieux, nos recherches peuvent avoir des retombées positives directes sur la biodiversité. Ces recherches illustrent également l’intérêt de la collaboration entre acteurs académiques et non-académiques qui a permis d’obtenir un faisceau de connaissances sur l’espèce en un minimum de temps, grâce à la participation des agents des collectivités impliquées, des amateurs, des chercheurs et à la valorisation réalisée dans la foulée. Remerciements Pour le financement du projet OtterConnect (https://otterconnect.netlify.app/, dernière consultation le 13 juillet 2025), nous remercions la Ville de Montpellier et Montpellier Méditerranée Métropole via la convention de partenariat qui existe avec le Centre d’Écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE), l’Université de Montpellier via son Labex Cemeb, et l’association Beauval Nature. Pour le financement du projet de médiation scientifique, nous remercions l’Université de Montpellier via son Labex Cemeb ainsi que Montpellier Méditerranée Métropole et Juliette Picot à la GEMAPI. Cette recherche a aussi bénéficié des réflexions menées au sein du groupe DISCAR financé par la Fondation française pour la recherche sur la biodiversité (FRB) par l’intermédiaire de son centre de synthèse CESAB. Nous remercions également toutes les personnes qui nous ont accompagnés sur le terrain, en particulier les membres de l’équipe Hair du CEFE, ainsi que les équipes de SPYGEN pour leur aide dans l’analyse ADNe. Nous remercions chaudement Sébastien Bur, Joëlle Moulinat et Murielle Lencroz pour le prêt de la boîte à outils pédagogique « Qui a vu Lulu », pour le partage du matériel et plus généralement pour le temps qu’ils nous ont accordé pour partager leur expérience. Enfin, nous remercions Bastien Thomas et Patrick Haffner pour leur révision du manuscrit et leurs commentaires constructifs qui ont permis d’améliorer notre article. RÉFÉRENCES A LBERT J. S., D ESTOUNI G., D UKE -S YLVESTER S. M., M AGUR - RAN A. E., O BERDORFF T., R EIS R. E., W INEMILLER K. O. & RIPPLE W. J. 2021. — Scientists’ warning to humanity on the freshwater biodiversity crisis. Ambio 50 (1): 85-94. https://doi. org/10.1007/s13280-020-01318-8 ALMEIDA D., BARRIENTOS R., MERINO-AGUIRRE R. & ANGELER D. 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