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HAL Id: hal-03788568 https://inalco.hal.science/hal-03788568v1 Submitted on 26 Sep 2022 HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of scientific research documents, whether they are published or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers. L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés. Distributed under a Creative Commons Attribution - NonCommercial - NoDerivatives 4.0 International License La survie des langues : pratiques langagières et paysages linguistiques au sein des centres d’exilés en France Shahzaman Haque To cite this version: Shahzaman Haque. La survie des langues : pratiques langagières et paysages linguistiques au sein des centres d’exilés en France. Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky; Alexandra Galitzine-Loumpet. Lingua (non) grata : Langues, violences et résistances dans les espaces de la migration, Presses de l’Inalco, pp.229-256, 2022, 9782858314102. �10.4000/books.pressesinalco.44394�. �hal-03788568�
Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky et Alexandra Galitzine-Loumpet (dir.) Lingua (non) grata Langues, violences et résistances dans les espaces de la migration Presses de l’Inalco Chapitre7.Lasurviedeslangues:pratiques langagièresetpaysageslinguistiquesauseindes centresd’exilésenFrance The survival of languages: language practices and linguistic landscape within exile centers in France Shahzaman Haque Éditeur : Presses de l’Inalco Lieu d’édition : Paris Année d’édition : 2022 Date de mise en ligne : 26 septembre 2022 Collection : TransAireS EAN électronique : 9782858314102 http://books.openedition.org Édition imprimée Date de publication : 13 septembre 2022 Référence électronique HAQUE, Shahzaman. Chapitre7.Lasurviedeslangues:pratiqueslangagièresetpaysageslinguistiquesau seindescentresd’exilésenFrance In : Lingua(non)grata:Langues,violencesetrésistancesdansles espacesdelamigration [en ligne]. Paris : Presses de l’Inalco, 2022 (généré le 26 septembre 2022). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/pressesinalco/44766>.
SO CIVILISED
Chapitre 7. La survie des langues : pratiques langagières et paysages linguistiques au sein des centres d’exilés en France Ce chapitre se propose d’analyser les pratiques langagières et les paysages linguistiques au sein des centres d’accueil de migrants en France par le truchement d’une enquête ethnographique menée dans le cadre du programme ANR LIMINAL (2017-2021). Nous nous intéresserons, d’une part, aux interactions langagières entre les acteurs sociaux et les exilés et, d’autre part, aux biographies langagières de ces derniers depuis le début de leur trajectoire migratoire jusqu’à leur installation en France. Comment les langues sont-elles mobilisées par les acteurs sociaux et par les exilés ? Comment peut-on analyser le paysage linguistique au sein d’un centre de premier accueil ? Comment sont conçus ces marquages linguistiques et à quelles fins ? Dans le processus parsemé d’obstacles d’une demande d’asile, la langue peut jouer un rôle central. Le français paraît omniprésent, l’anglais, à compétence réduite, sert de langue véhiculaire, alors que les langues des exilés sont traduites ou délaissées. Mots-clefs : demandeurs d’asile en France, pratiques langagières, paysage linguistique, ourdouphone, pashtophone, lingua franca, ourdou The survival of languages: language practices and linguistic landscape within exile centers in France This article proposes to analyse language practices and linguistic landscapes in asylum centres in France through an ethnographic survey conducted as part of the Liminal program (2017-2021), under the aegis of the National Research Agency, France. In this paper, I attempt to show, on one hand, the language interaction between social workers and asylum seekers, and on the other hand, the linguistic biographies of the latter from the beginning of their migration trajectory until their settlement in France. How are languages mobilised by social workers and asylum seekers in these centres? How can we analyse the linguistic landscape when arrive at reception centres? How are linguistic
markers designed and for what purposes? Language can play an important role during the process of applying for asylum, which is replete with hurdles and daily hassles. The current study indicates that, though French seems omnipresent in asylum centres, English is used as a lingua franca, albeit with limited skills, whereas the native languages of the asylum seekers are translated or abandoned. Keywords: asylum seekers in France, language practices, linguistic landscape, Urduspeaking asylum-seekers, Pashto-speaking asylum-seekers, lingua franca, Urdu ایک ہیزجت اک ےمانرظنمروا تایلمع یناسل ےعیرذ ےک ےوسُر یتایلسنلا نیب ںیم ںوہاگ ہانپ ےک سنارف ںیم نومضم سِا سا ںیم ےلاقم سا ۔یئگ یک قیقحت ہی مماتہا ریز ےک یسنجیا چسریر لنشین رپ مان ےک 1202-7102 لاس ےئارب لانیمیل ۔ےہایگ ہقیرط ایک ےیل ےک ےطبار ینابز ھتاس ےک ےسُرود کیا نیزگ ہانپ یسایس روا نکراک یجماس ہک ےہ ایگ ایک رگاجا وک قیقحت سنارف رک ےل ےس ترجہ ےس کلم ےنپا نیزگ ہانپ ہی ہک ےہ ایگ ایاتب یھب ہی ںیم قیقحت سا فرط یسُرود ۔ںیہ ےترک لماعتسا ےک ہانپ یسایس روا نکراک یجماس ںیم ںوہاگ ہانپ یسایس نا زین ۔ںیہ ےرزگ ےس ںولحرم یناسل نک نک کت ےنوہ دابآ ںیم ےترک رہاظ ےسیک وک ےمانرظنم یناسل زکارم یلابقتسا حرط یسا ؟ںیہ ےتھکر کرحتم ےسیک وک ںونابز ینپا گول راگ بلط ہجوت لباق کیا ؟ںیہ ےتانپا راک ہقیرط ایک ےیل ےک سا وت ےہ اتہاچ انرک رہاظ وک ناشن صاخ یسک ےک نابز ینپا یئوک رگا ؟ںیہ ہی ےس ےعلاطم یقیقحت سا ۔ےہ یتکسوہ تیمہا ایک یک نابز ینپا ےئوہ ےتید تساوخرد یک ہانپ یسایس ہک ےہ یھب ہی تاب کیھٹ ریمضلا یفام راہظا نیزگ ہانپ ںیم سا ہکنوچ نکیل ےہ یتاج یلوب نابز یسیسنارف ںیم ںوہاگ ہانپ نا ہک ےہ اتلچ ہتپ اک ںونابز یردام یک ںونیزگ ہانپ ںیزا ہولاع ۔ںیہ ےتیل اراہس اک نابز طولخم روطب یزیرگنا ہو ےیل سا ےتاپ رک ںیہن ےس حرط ۔ےہ اتاج ایک زادنا رظن لکلاب ںیہنا ای ےہ اتاج ایک ہمجرت وت ای ےنلوب وتشپ ،راگ بلط ےک ہانپ ےلاو ےنلوب ودرا ،ےمان رظنم یناسل ،تایلمع یناسل ،راگ بلط ےک ہانپ ںیم سنارف :ظافلا یدیلک ودرا ںیم سنارف ،نابز طولخم روطب یزیرگنا ،راگ بلطےک ہانپ ےلاو
CHAPITRE 7. LA SURVIE DES LANGUES : PRATIQUES LANGAGIÈRES ET PAYSAGES LINGUISTIQUES AU SEIN DES CENTRES D’EXILÉS EN FRANCE Shahzaman Haque Inalco, Plidam Ce qu’il est convenu d’appeler la « crise migratoire » est aussi une crise des langues et un réaménagement du paysage linguistique en France. En effet, en 2015, environ trois millions des demandeurs d’asile sont arrivés sur les côtes européennes ou ont cherché l’asile ou le refuge dans des pays appartenant à l’Union européenne, dont 79 914 en France1. La plupart des arrivants depuis 2015 proviennent de pays de l’Est, du Moyen-Orient, d’Asie du Sud, particulièrement d’Afghanistan, du Bangladesh et du Pakistan, des pays du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. Ces personnes migrantes ont été exposées à diverses formes de multilinguisme, soit parce que leur pays d’origine est déjà caractérisé par le multilinguisme (en particulier l’Afrique et l’Asie du Sud) ou par différentes formes de diglossie/polyglossie ; soit que la trajectoire migratoire les expose aux contacts linguistiques qui modifient leurs pratiques langagières2. Il s’avère que leurs répertoires verbaux s’enrichissent lors de ces multiples contacts avec les langues de ces différents pays. Parmi les primo-arrivants rencontrés au cours de l’enquête de l’ANR LIMINAL3 en procédure de demande d’asile, certains ont acquis une compétence limitée dans plusieurs langues des pays européens traversés, comme l’allemand ou l’italien, mais en général n’ont aucune compétence en français, sauf à être originaire d’un pays francophone, comme les anciennes colonies d’Afrique de l’Ouest. À ce jour, peu de recherches ont été entreprises sur les 1. Office français de protection des réfugiés et apatrides (https://www.ofpra.gouv.fr/fr/lofpra/actualites/premiers-chiffres-de-l-asile-en), 2015. Ce chiffre a augmenté en 2019 pour arriver à 132 614 requêtes enregistrées par l’OFPRA (https://www.lemonde.fr/societe/ article/2020/01/21/en-2019-une-demande-d-asile-toujours-en-hausse_6026706_3224.html). 2. Par pratiques langagières, on entend, selon la définition de Boutet (2002, p. 459), des « actes langagiers qui font partie d’un ensemble de pratiques sociales (de production, de transformation ou de reproduction) et qui ne se contentent pas de refléter le social, mais agissent réellement sur lui (dimension praxéologique) ; elles font référence à une parole qu’on considère comme un acte par lequel on modifie l’ordre des choses, qui a des effets sur les relations sociales ». 3. Voir l’introduction de cet ouvrage.
230 Lingua (non) grata Marie-Caroline Saglio-YatzimirSkY & Alexandra galitzine-loumpet (dir.) profils et pratiques langagières des demandeurs d’asile4. Il existe donc peu d’informations précises ou détaillées sur les langues des acteurs migrants. Cet article propose d’interroger les pratiques langagières comme centrales dans la « crise migratoire » en France en plaçant les demandeurs d’asile comme acteurs principaux. Dans le cadre d’une enquête ethnographique sur les paysages linguistiques des centres d’accueil de jour et des centres d’hébergement au nord de Paris, où plusieurs études de terrain ont été réalisées, je propose une étude sociolinguistique et monographique de quelques cas de figure des migrants ourdouphones, particulièrement des Afghans. Les enquêtes de terrain ont été conduites en binôme, articulant une approche linguistique avec une approche anthropologique, ce qui a permis de préciser les dimensions sociologiques des médiations langagières. Dans un premier temps, l’enquête a consisté en l’observation participante des migrants entre eux et avec les acteurs associatifs. J’ai élaboré ensuite un questionnaire sur le rôle et l’usage des langues au sein des centres, qui a été renseigné par sept demandeurs d’asile hébergés dans les lieux suivants : le centre de premier accueil (CPA) de la porte de la Chapelle, le centre d’hébergement d’urgence des migrants (CHUM) à Ivrysur-Seine et le centre d’hébergement d’urgence Jean Quarré, Paris 19e. Ce sont des centres institutionnels gérés par une association missionnée par l’État, Emmaüs Solidarité, qui est donc liée aux politiques de l’asile du ministère de l’Intérieur. Un quatrième lieu a également été investigué qui est à distinguer des précédents, le centre d’accueil de jour à Calais, lieu associatif bienveillant qui poursuit sa mission d’accueil dans le cadre municipal adverse de Calais et dans un contexte politique tendu5. Notre terrain est donc multisites. Deux acteurs associatifs ont aussi répondu à ce questionnaire au CHUM d’Ivry-sur-Seine. Dans un deuxième temps, j’ai pu mener des entretiens biographiques avec les mêmes sept demandeurs d’asile. L’enjeu d’une investigation sociolinguistique dans ces centres est de cerner les modes de communication et les langues que les demandeurs d’asile utilisent pour échanger avec l’ensemble des acteurs qui les entourent : autres demandeurs d’asile, autorités administratives, accompagnants au sein d’une association, mais aussi parents et amis restés dans le pays d’origine. Il est important en amont de connaître le parcours linguistique des enquêtés depuis leur pays d’origine et ensuite les compétences langagières qu’ils ont acquises en entreprenant la trajectoire migratoire. Quelles sont les langues parlées dans les centres d’hébergement des demandeurs d’asile ? Quelle représentation 4. Voir toutefois Van Neste-Gottignies, 2018 ; Montagut, 2016. 5. Les entretiens ont été réalisés en 2018 et 2019 avec l’accord préalable d’Emmaüs Solidarité, principal opérateur du CPA, du CHUM d’Ivry-sur-Seine et du CHU Jean Quarré, ainsi qu’avec l’accord du Secours catholique à Calais. Qu’ils en soient remerciés.
Chapitre 7. La survie des langues Shahzaman Haque 231 linguistique est mise en œuvre par les autorités quant à l’usage de la langue face aux exilés allophones ? Cette enquête a pour finalité d’appréhender les différents enjeux linguistiques au cours de la migration et de contribuer à préparer ou à améliorer les dispositifs6 d’accueil des migrants au niveau linguistique. Le paysage linguistique auquel les migrants sont confrontés au cours du processus de demande d’asile peut aussi fournir d’importantes informations sur leurs pratiques langagières. On propose une définition large du « paysage linguistique » à l’instar de Kelleher, qui ne se limite pas à la langue, mais comprend aussi « l’utilisation des ensembles textuels/visuels dans la production et la réception des pancartes, notices et autres supports écrits de l’aire urbaine7 ». Comment peut-on analyser le paysage linguistique au sein d’un centre ? Comment sont conçus ces marquages linguistiques et à quelles fins ? Comment les langues sont-elles mobilisées par les acteurs sociaux et par les exilés ? L’enquête ne porte pas uniquement sur les messages destinés aux migrants mais aussi sur les messages provenant des migrants eux-mêmes. À travers les inscriptions présentes dans leurs chambres et dans les espaces communs comme la salle à manger ou les ateliers de dessin, il est possible de constater la présence, la vitalité et l’agencement de telle ou telle langue. Peut-on parler de représentation linguistique en vue de rationaliser voire, dans certains cas, normaliser l’usage de certaines langues ? Autrement dit, les langues des migrants sont-elles plus fréquemment traduites et employées à plusieurs endroits ? Le cadre linguistique Le cadre linguistique des centres d’hébergement étudiés privilégie le français comme langue de communication entre hébergés et acteurs sociaux, et redouble en cela le cadre linguistique de l’administration. Bien que l’obligation de l’utiliser pour communiquer ne soit écrite nulle part, le français agit de facto comme langue principale. L’absence de connaissance du français peut être un handicap dans l’accueil des migrants et cela peut avoir une incidence « dans la sélection des candidats à l’entrée d’une structure d’aide », comme relatent Frigoli et Jannot lorsqu’ils évoquent le contexte d’échanges linguistiques par des intervenants sociaux avec des demandeurs d’asile, à l’instar de ce que l’on peut remarquer dans les observations dans les centres que j’ai étudiés : « Nous, 6. Parmi les dispositifs linguistiques au service des migrants, nous pouvons nous référer au Guide de la demandeuse et du demandeur d’asile à Paris par l’association WATIZAT. Ce guide est disponible en anglais, en français et en arabe, en pashto et en dari (https://watizat.org). 7. Keheller, 2017, p. 337.
238 Lingua (non) grata Marie-Caroline Saglio-YatzimirSkY & Alexandra galitzine-loumpet (dir.) deviennent un outil de communication entre des migrants iraniens et afghans détenus dans une prison par la mafia russe, selon Matta26. Apprentissage du français L’atelier de français est organisé au sein du CHUM d’Ivry-sur-Seine quatre jours par semaine27. Le groupe des apprenants est hétérogène et plurilingue, comprenant des locuteurs de différentes communautés. Cet atelier a lieu trois jours par semaine, le lundi, le mercredi et le vendredi. Étant libre le vendredi pour faire mon terrain, j’ai assisté à quelques ateliers en m’intéressant à l’interaction entre les professeurs et les apprenants. Figure3. Planning du cours de français pour les adultes au CHUM Ivry © AGL L’apprentissage d’une langue avec une méthode d’approche communicationnelle telle que celle pratiquée dans cet atelier donne aussi 26. Matta, 2019. 27. Le conseil de l’Europe a conçu une boîte à outils en sept langues (anglais, français, néerlandais, allemand, italien, grec et turc) pour l’accompagnement linguistique aux réfugiés. Voir https://www.coe.int/fr/web/language-support-for-adult-refugees/home.
Chapitre 7. La survie des langues Shahzaman Haque 239 l’occasion de narrer sa propre expérience. Parmi les entretiens (13.03.2019), une fratrie de quatre frères originaires d’Afghanistan précise sa situation. Ils affirment assister à l’atelier de français. Cependant, l’aîné a pris part une fois à l’apprentissage du français mais s’est aussitôt arrêté. Il en est de même pour d’autres Afghans, comme S., qui n’apprennent pas le français. Ils avancent leur difficulté de concentration : leur santé mentale ne leur permettrait pas de suivre les cours. Malgré leur acharnement, mais fatigués et usés par la trajectoire qui leur a fait traverser plusieurs pays en container, ils se plaignent que leur « cerveau ne soit plus en état de recueillir des informations ». De même, à propos d’un exilé albanais en France, Piccoli montre qu’il ne pouvait pas apprendre le français, car « lorsque vous vivez dans un tel stress, vous ne pouvez pas, puisque rien n’entre dans le cerveau28 ». Ces symptômes sont relatifs à l’état de stress posttraumatique tel que consigné en psychiatrie et qui a fait l’objet de plusieurs études centrées sur la difficulté de l’apprentissage de la langue d’accueil par des réfugiés29. Il importe de mentionner que l’aîné des quatre frères, A., rapporte une expérience au cours de laquelle le passeur a jeté un bébé dans la forêt, devant lui et devant ses trois frères mineurs à l’époque, car il pleurait sans cesse au moment où le passeur essayait de franchir une frontière avec son groupe. Bien que cette anecdote n’ait pas de lien avec l’apprentissage du français, A. a peut-être essayé, en la rapportant, de montrer à quel point il était affecté par des événements tragiques lors de sa trajectoire, ce qui l’empêchait de suivre l’apprentissage dans une condition optimale. Selon Gordon, « […] lorsque les apprenants d’anglais comme langue seconde entrent dans la salle, ils souffrent de multiples facteurs de stress et de traumas à des degrés divers30 ». Si les formateurs sont moins sensibles à l’état psychique troublé de leurs étudiants, l’apprentissage peut être perçu comme difficile. Comme le signalent également plusieurs études31, les enseignants des associations caritatives et bénévoles « ne sont pas nécessairement formés et soutenus pour répondre à des exigences de qualité ». Dans l’atelier auquel j’ai assisté, le formateur était d’origine palestinienne. Partageant à peu près les mêmes expériences migratoires, il est fort probable que l’enseignant ait été en mesure d’adopter une posture compréhensive face à la difficulté des apprentissages à laquelle ses élèves sont confrontés32. 28. Piccoli, 2021. 29. Clayton, 2015 ; Finn, 2010 ; Gordon, 2011 ; Saglio-Yatzimirsky, 2018. 30. Gordon, 2011. 31. Tardis, 2019, p 10. 32. L’ensemble de ces remarques demande à être recontextualisé dans le cadre des politiques d’apprentissage du français liées aux contrats d’intégration. Il conviendrait de signaler que le Conseil de l’Europe a développé un guide pour l’intégration linguistique des migrants adultes (Beacco et al., 2014) et que ce guide a pour vocation de mettre l’accent sur l’apprentissage
240 Lingua (non) grata Marie-Caroline Saglio-YatzimirSkY & Alexandra galitzine-loumpet (dir.) Pour sa part, le frère aîné exprimait sa souffrance par un symptôme d’évitement en ne s’intéressant pas au cours de français. D’après lui, il n’est pas à l’aise avec la méthode d’apprentissage qui repose sur l’approche communicative en français. Ses propos illustrent ses frustrations « ici, ils ne transmettent pas (le savoir) qu’ils enseignent en français. Si vous ne traduisez pas (en ourdou), comment je vais apprendre ? » (traduit de l’ourdou, 13 mars 2019). Une autre raison de ce désintéressement de l’apprentissage du français était aussi liée au fait que la plupart des migrants déclarent vivre dans l’incertitude. D’une part, ils ne savent pas s’ils seront éligibles au statut de réfugié auprès de l’OFPRA et/ou de la CNDA33 et, d’autre part, en cas de refus, ils seront dans l’obligation de quitter le territoire français. Même s’ils n’en font rien pour certains, le rejet de leur demande d’asile est une limite concrète et symbolique à leur installation en France. Par conséquent, ils ne veulent pas s’investir dans l’apprentissage d’une langue qui ne leur servirait pas dans l’avenir, comme l’ont déclaré plusieurs demandeurs d’asile d’origine afghane et pakistanaise lors des terrains réalisés sur une durée de trois ans. Pratiques et stratégies linguistiques dans les structures de demande d’asile Dans les structures dédiées aux demandeurs d’asile en France, par exemple l’OFPRA, la CNDA ou l’OFII, le français étant la langue principale de communication et de fonction, les demandeurs d’asile sont sollicités pour déclarer la langue dans laquelle ils souhaitent avoir le service de traduction et d’interprétariat dans le cas où ils ne maîtriseraient pas le français34. Il a souvent été observé que les requérants adoptaient la stratégie linguistique qu’ils jugent la plus propice à leur demande d’asile. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ils sollicitent parfois le service de l’interprétariat dans une langue différente de leur langue maternelle ou de celle de leur scolarité35. Ainsi, un demandeur d’asile d’origine pakistanaise, et dont la langue maternelle est le en facilitant l’intégration au pays d’accueil (Piccoli, 2019). Toutefois, la France n’a pas développé, contrairement à l’Allemagne par exemple, une véritable politique d’apprentissage de la langue française pour les réfugiés et encore moins pour les demandeurs d’asile. La récente loi Asile et migration (septembre 2018) en fait un point de réflexion important. Dans les structures d’accueil et d’hébergement pour demandeurs d’asile en France, la grande majorité des cours de français est assurée par des associations ou membres bénévoles avec quasiment aucun moyen. 33. Cour nationale du droit d’asile (http://www.cnda.fr/). 34. On lira Galitzine-Loumpet & Saglio-Yatzimirsky (2020). 35. Cette observation a été réalisée dans le cadre de mon travail en tant qu’interprète en ourdou, hindi et pendjabi auprès de ces structures durant trois ans, 2012-2015. L’observation a été davantage attestée lorsque j’ai interviewé quelques migrants dans le cadre de ma recherche pour l’ANR LIMINAL.
Chapitre 7. La survie des langues Shahzaman Haque 241 pendjabi, solliciterait plus facilement le service en ourdou qu’en pendjabi. Il lui semble que choisir le pendjabi, peu valorisé au Pakistan et dont l’apprentissage n’est pas assuré en milieu scolaire, remettrait en question son éducation et son image de personne cultivée. Il existe aussi des cas où le requérant construit une description biographique différente de ce qui a été vécu36. Il s’est également révélé que des demandeurs d’asile ne souhaitent pas croiser un interprète de la même origine qu’eux, car ils craignent des répercussions négatives auprès des autorités, bien que les interprètes soient assermentés et tenus au secret professionnel. En demandant l’ourdou comme langue de l’interprétariat, le requérant peut aussi bénéficier d’un interprète d’origine indienne. Les demandeurs d’asile pakistanais, étant aussi locuteurs du dari hazaragi (parlé en Afghanistan mais aussi dans la région de Quetta au Pakistan), peuvent changer leur déclaration d’appartenance ethnique pour l’Afghanistan afin d’augmenter leurs chances pour le statut de réfugié, car l’Afghanistan est considéré comme un pays plus touché par le conflit que le Pakistan. Il en va ainsi de même pour les requérants afghans qui peuvent demander un locuteur dariphone iranien pour éviter les interprètes d’Afghanistan37. Pareillement, un requérant tamoul d’Inde peut prétendre que son origine est le nord du Sri Lanka, car celui-ci est considéré comme une zone possible de conflits alors que l’Inde est un pays sûr aux yeux du ministère de l’Intérieur38. Goreau-Ponceaud montre trois points communs entre le Tamil Nadu (Inde) et le nord du Sri Lanka : la langue, le système de valeurs et la religion39. Bouillier constate qu’il y avait à Paris une quarantaine d’interprètes tamouls aussi bien indiens que sri lankais40. Néanmoins, en ce qui concerne mes enquêtés, en l’occurrence des Afghans, ils ont tous souhaité être entendus en langue pashto, leur langue maternelle, auprès de l’OFPRA. 36. Au sujet du récit dans le cadre de la procédure d’asile, notons les propos de Da Lage (2019), « Ces cadres imposent des récits biographiques cohérents et vérifiables, imposent de se présenter comme individu victime, et cela dans des cadres contraignants, toujours au risque de ne pas être cru, et cela tant en France qu’en Angleterre ». 37. Parmi les 107 langues disponibles à l’OFPRA (liste de 2016), il figure « l’urdu » (ourdou), « le pachto » (pashto), « le punjabi » (pendjabi), le dari et le gujarati pour les requérants pakistanais alors que le dari et le pashto sont réservés aux Afghans. 38. Source : Décision du 9 octobre 2015 fixant la liste des pays d’origine sûrs (Journal officiel de la République française, 17 octobre 2015). 39. Goreau-Ponceaud, 2009. 40. Bouillier, 2011.
242 Lingua (non) grata Marie-Caroline Saglio-YatzimirSkY & Alexandra galitzine-loumpet (dir.) Usages des langues par l’intermédiaire d’internet Internet est devenu un moyen central pour permettre aux migrants de communiquer, particulièrement dans le contexte d’attente de la procédure où le temps paraît dilaté et où cela devient un important « passe-temps41 ». Dans quelques cas, il est même « le seul moyen d’avoir des nouvelles de la famille restée au pays dans une zone de guerre42 » ou bien celui de donner de leurs nouvelles aux familles quittées depuis un moment, ou encore un moyen « d’échange d’information sur leur périple, ou alors pour connaître les conditions météorologiques en mer afin d’envisager la traversée ou non43 ». Grâce à internet, la langue vernaculaire ou maternelle, ou la diversité des langues standard des migrants semble être maintenue. Selon Sametipour, les demandeurs d’asile d’origine syrienne et iranienne se servent de leurs langues maternelles comme le persan ou l’arabe sur Facebook, d’autant plus que, pour comprendre la politique locale néerlandaise ou de leur pays d’origine, leurs langues sont les vecteurs principaux44. L’usage des téléphones portables par des migrants a été un sujet de polémique non seulement en France45, mais aussi aux États-Unis46, car l’impression populaire était que les réfugiés ne devaient pas posséder un smartphone puisque réputés « malheureux ». Diminescu a déjà montré il y a à peu près vingt ans que le téléphone portable était « un instrument de lutte des sans-papiers » qui, selon elle, sert comme une arme d’une « fonction stratégique » en cas de déplacement47. Ainsi, pour des exilés, en dehors des fonctions de base d’un téléphone et parmi les applications, les requérants ourdophones se servent de IMO qui est une application d’appel et tchatche gratuite avec la connexion internet. Aux Pays-Bas, plusieurs applications mobiles ont été créées telles que : Refuchat, Gherbtna, Refugee Buddy et Refugermany48. Le géant du réseau social en ligne, Facebook, est un autre moyen de rester en contact avec des proches pour les migrants. Comme il a été souligné par De Lage qui a suivi le parcours d’exil de ses enquêtés, il en ressort 41. La connexion internet demeure un souci pour les exilés, même si l’accès au WiFi est assuré dans la plupart des centres d’accueil, mais aussi dans les bibliothèques locales. 42. Piccoli et al., 2019, p. 83. 43. Filali, 2016. 44. Sametipour, 2018. 45. https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-monde/20150912.RUE0551/polemiquehonteuse-sur-les-refugies-aux-smartphones.html. 46. Un reportage du New York Times titre « Les essentiels du migrant du xxie siècle : nourriture, abri et smartphone » (https://www.nytimes.com/2015/08/26/world/europe/a-21st-centurymigrants-checklist-water-shelter-smartphone.html?_r=0). 47. Diminescu, 2002. 48. Voir https://www.diggitmagazine.com/articles/asylum-seekers-online.
Chapitre 7. La survie des langues Shahzaman Haque 243 que Facebook est un « dispositif narratif49 ». Le passage de l’oral à l’écrit sur Facebook impacte la manière dont la langue est utilisée, particulièrement pour des demandeurs d’asile qui n’ont pas pu bénéficier de la scolarisation dans leur pays d’origine. Les migrants ont également accès aux journaux du pays d’origine pour suivre les actualités en image ou par simple lecture. Ils sont également incités par diverses associations à se rendre sur des sites internet dédiés aux informations concernant la demande d’asile. Selon nos observations, les sites en français présentent peu d’intérêt pour les migrants non francophones et, malgré la traduction de ces sites en anglais ou en arabe, ils sont peu fréquentés ; en effet, d’une part, la traduction est dans un registre standard, inconnu des migrants peu scolarisés et, d’autre part, la lecture peut devenir un exercice difficile (difficulté d’accès, de concentration et « tous les exilés ne sachant pas lire, a fortiori dans la traduction présentée50 ». D’après les enquêtés afghans, aucun d’entre eux ne s’est attaché à lire les notes d’information précisant le processus d’asile, voire les informations portant sur les différentes structures liées aux réfugiés en France. Un migrant soudanais rencontré au campement du nord de Paris (21.01.2019) ne savait pas qu’il y avait une demande formelle à faire pour l’asile, malgré son séjour de plus de six mois en France et malgré les documentations disponibles en langue arabe. C’est grâce à ses amis et aux anciens du campement qu’il a pu entreprendre les démarches administratives pour la demande d’asile. Il en va de même pour les demandeurs d’asile syriens qui « ne savent pas ce qu’ils doivent faire » lorsqu’ils arrivent en France51. Paysage linguistique au centre d’accueil Dans le centre de premier accueil de la porte de la Chapelle, cent six marquages linguistiques ont été relevés. Par « marquage linguistique », j’entends toute forme ou inscription linguistique portant des indices de pratiques langagières des personnes dans un espace donné. On peut citer Fetterman dont la méthode ethnographique « Outcropping » est particulièrement inspirante52. Il explique que ce terme renvoie à toutes les informations significatives qui peuvent attirer l’œil d’un chercheur, comme les gratte-ciel, les graffitis ou l’odeur de l’urine dans les rues. Ainsi, dans un centre d’accueil, on peut relever la présence de tout type de marquage linguistique, qu’il soit réalisé sous la forme d’une inscription, d’une expression ou d’une traduction par les demandeurs d’asile eux-mêmes 49. Da Lage, 2019. 50. Galitzine-Loumpet & Saglio-Yatzirmisky, 2020. 51. Börtz et al., 2017, p. 35. 52. Fetterman, 1998, p. 57.
244 Lingua (non) grata Marie-Caroline Saglio-YatzimirSkY & Alexandra galitzine-loumpet (dir.) d’une part, ou par les travailleurs sociaux d’autre part. La plupart de ces signes sont de nature instructive, présents à titre informatif et pour donner des renseignements concernant l’intérieur de l’espace central d’accueil (dit « la Bulle ») de la porte de la Chapelle. Les marquages linguistiques indiquent des informations précises pour les toilettes, la cantine ou pour l’espace dédié aux rencontres et à des ateliers de dessin, etc. Au sein de la cantine, on remarque le menu, l’heure du repas et des instructions relatives à la propreté. Dans l’espace dédié pour dormir, les instructions concernent le bruit, la lumière et le chauffage. Enfin, pour ce qui concerne les toilettes, la douche ou la laverie, le marquage est plus précis, avec des instructions spécifiques. Aucune faute d’orthographe n’a été relevée, ni en français ni en anglais, lorsque la traduction a été réalisée. L’ourdou n’est pas utilisé comme marquage linguistique, ce qui peut être dû au manque de demandeurs d’asile pakistanais, locuteurs ourdophones en dehors du pendjabi et d’autres langues pakistanaises. Par exemple, le mot khush amdeed en pashto (bienvenue en français), que l’on a trouvé sous une forme calligraphique et en dessin au centre Jean-Quarré, est un mot commun en persan, en dari et en ourdou auquel peuvent s’attacher les migrants d’autres communautés linguistiques. Les dessins et les inscriptions sur les murs sont des voies d’expression alternatives non partagées avec les travailleurs sociaux et donc qui ne s’adressent plus aux acteurs associatifs et administratifs, mais sont plutôt destinés à véhiculer des messages entre hébergés. Ils sont d’une autre nature qu’informative53. 53. Voir Alexandra Galitzine-Loumpet sur les inscriptions dans le CPA dans cet ouvrage, chapitre 11.
Chapitre 7. La survie des langues Shahzaman Haque 245 Figure4. Marquage linguistique au Centre de premier accueil de la Porte de la Chapelle. Les traductions sont en arabe et en anglais © AGL Au CPA de la porte de la Chapelle, on trouve un coin réservé pour la cantine et des activités récréatives. Alors qu’on entend le français, d’une manière générale, de la part des personnels d’Emmaüs Solidarité, ou par le biais des postes de télévision, le silence observé est troublant. On entend aussi le son mêlé de plusieurs langues, lorsque les migrants parlent entre eux ou avec leurs familles via internet et, plus particulièrement, sur Skype, Wechat, Whatsapp, IMO ou d’autres applications téléphoniques. À l’heure des repas, si on entend parler français, c’est l’arabe dans ses variétés dialectales comme maghrébines qui est la langue la plus parlée, entre autres langues de migrants. La responsabilité de la gestion du repas accordée aux bilingues arabophones-francophones peut être stratégique, car cela facilite la communication avec une partie majeure des migrants du centre dont l’arabe est la première ou la seconde langue, ou qui ont
246 Lingua (non) grata Marie-Caroline Saglio-YatzimirSkY & Alexandra galitzine-loumpet (dir.) une connaissance rudimentaire du Coran. Autrement dit, le Coran écrit dans l’arabe classique ou appelé aussi l’arabe coranique est significatif étant donné que beaucoup de mots de cette langue font partie d’une connaissance générale parmi les fidèles et surtout ceux qui parlent différentes variétés de l’arabe. Pour illustrer un exemple, les versets coraniques sont souvent appris par cœur par des pratiquants musulmans et des mots qui y figurent deviennent une partie intégrale des répertoires verbaux de la communauté linguistique arabophone. Même un musulman de l’Asie du Sud, par exemple, qui ne parle pas l’arabe, mais qui a appris quelques versets coraniques, peut partager une connaissance rudimentaire avec un arabophone, car c’est l’arabe coranique qui fait le pont entre deux cultures distinctes. Figure5. Horaires repas au CHUM Ivry-sur-Seine © Anne Pauwells
Chapitre 7. La survie des langues Shahzaman Haque 247 À Ivry-sur-Seine, au campement d’hébergement, plusieurs yourtes54 ont été installées pour le service des repas et l’atelier de français. Ce sont aussi des lieux de rencontre et de socialisation parmi les migrants. Le français est la langue principale des travailleurs sociaux et des bénévoles, l’arabe est également utilisé à un certain degré par eux pour communiquer avec des migrants, mais c’est l’anglais qui domine comme langue véhiculaire principale, entre les migrants et avec l’équipe du centre. On peut aussi entendre le rromani, le pashto, le dari, l’ourdou et le tigrinya parmi les migrants. On y remarque également d’autres marquages linguistiques destinés aux migrants. Ils concernent l’attribution des chambres, le point de rencontre pour les entretiens, pour les visites extérieures, pour des événements culturels et enfin pour le transport. Si l’anglais semble le vecteur d’information principal pour transmettre des informations aux allophones français migrants, il a été remarqué que, dans certaines informations collectives, les migrants sont informés en arabe, pashto/ dari et français, mais pas en anglais55. Conclusion Prenant appui sur les observations de terrain dans quatre centres d’accueil, dont trois d’hébergement, on a étudié les pratiques langagières de quelques cas de figure, particulièrement des migrants d’origine afghane, dans un environnement allophone. L’interaction linguistique entre les migrants et les associatifs ne se limite pas à une langue, en l’occurrence le français, mais reflète un éclatement des langues, toléré, pratiqué, voire encouragé. Juillard décrit un plurilinguisme évolutif comme un plurilinguisme repensé, focalisé sur la reconstruction sociale56. Il est également évident que, dans les centres d’accueil et les camps provisoires fréquentés par des migrants, l’importance du plurilinguisme devient un enjeu crucial pour communiquer. Cette enquête longitudinale a permis d’identifier les pratiques langagières, en retraçant leur trajectoire linguistique à partir de leur pays d’origine, et en suivant l’acquisition du savoir linguistique pendant leur trajet jusqu’à leur bref séjour dans plusieurs pays et finalement leur installation permanente ou temporaire pour la demande d’asile. On a pu appréhender les pratiques langagières dont les migrants disposent, particulièrement les ourdouphones, leurs répertoires verbaux et l’usage de chacune des langues ou uniquement certains mots dans leur interaction avec autrui. La langue devient un outil 54. Référence à l’architecture spécifique de ce CHUM avec huit yourtes pour les lieux collectifs de repas et d’activités (cf chapitre 3). 55. Voir chapitre 2 sur le migralecte, le lexique des migrations. 56. Juillard, 2007, p. 236.