LA PONCTUATION DANS LES ÉCRITS DES ÉTUDIANTS UNIVERSITAIRES ALGÉRIENS : ERREURS, ORIGINES ET STRATÉGIES DE REMÉDIATION
Abstract
Focusing on punctuation errors in the writings of Algerian university students, this study aims to identify the categories of errors, their origins and to propose a remediation strategy. Omission, confusion, new presence, repetition, juxtaposition and intrusion are the errors identified, after the analysis of the 50 dissertations collected. The frequency of these errors depends on the writing skills of the students, whose limited punctuation skills are justified by the current teaching programs and methods.
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Studii de gramatică contrastivă nr. 44 / 2025 77 Creative Commons Attribution-NonCommercial 4.0 International, Available at : https://studiidegramaticacontrastiva.info/home DOI : 10.5281/zenodo.18015747 LA PONCTUATION DANS LES ÉCRITS DES ÉTUDIANTS UNIVERSITAIRES ALGÉRIENS : ERREURS, ORIGINES ET STRATÉGIES DE REMÉDIATION 1 Résumé : Centrée sur les erreurs de ponctuation dans les écrits d’étudiants universitaires algériens, cette étude vise à identifier les catégories d’erreurs commises, leurs origines et à proposer une stratégie de remédiation. Omission, confusion, présence inédite, répétition, juxtaposition et intrusion sont les erreurs repérées, après l’analyse des 50 dissertations collectées. La fréquence de ces erreurs dépend de la compétence rédactionnelle des étudiants, dont la compétence ponctuationnelle limitée se justifie par les programmes et méthodes d’enseignement en vigueur. Mots-clés : ponctuation, écrits, erreurs, remédiation. PUNCTUATION IN THE WRITINGS OF ALGERIAN UNIVERSITY STUDENTS: ERRORS, ORIGINS, AND REMEDIATION STRATEGIES Abstract: Focusing on punctuation errors in the writings of Algerian university students, this study aims to identify the categories of errors, their origins and to propose a remediation strategy. Omission, confusion, new presence, repetition, juxtaposition and intrusion are the errors identified, after the analysis of the 50 dissertations collected. The frequency of these errors depends on the writing skills of the students, whose limited punctuation skills are justified by the current teaching programs and methods. Keywords: punctuation, writing, errors, remediation. Introduction Les écrits des étudiants universitaires ont toujours éveillé l’intérêt de nombreux chercheurs, qui ont consacré leurs études à des thèmes variés : cohérence, progression, interférences… Ces études ne pointent que rarement la ponctuation. Les travaux qui lui sont consacrés sont d’ailleurs récents. Dans ce sens, Lahmar (2018/2019) précise que l’intérêt accordé à la ponctuation comme thème d’étude remonte aux années 80. La sécheresse quant à la production scientifique relative à ce thème est significative : elle révèle une certaine dévalorisation de la compétence ponctuationnelle, aussi indispensable que la compétence linguistique pour la rédaction de textes cohérents (Catach, 1991 ; Azzouzi, 2018 ; Zra, 2019 ; Lahmar, 2018/2019 ; Lahmar, 2022…). Dans ce contexte, Lahmar précise que « la notion de bien écrire exige l’intégration de cette composante » (2018/2019 : 1). Sa valeur expressive paraît peu reconnue par la didactique de 1 Assia Laidoudi, Faculté des Lettres et des Langues, University of Msila, [email protected] , ORCID : https://orcid.org/0000-0001-7223-7822 Received: August 18, 2025 | Revised: October 03, 2025 | Accepted: October 03, 2025 | Published: December 22, 2025
Studii de gramatică contrastivă nr. 44 / 2025 78 Creative Commons Attribution-NonCommercial 4.0 International, Available at : https://studiidegramaticacontrastiva.info/home l’écrit si nous tenons compte du nombre restreint des travaux qui lui sont dédiés (Catach, 1991 ; Lahmar, 2018/2019 ; Zra 2019…). Cette étude, qui s’inscrit dans le cadre de la didactique de l’écrit, tente d’étudier les erreurs de ponctuation dans les écrits des étudiants de Master (M) 2. Elle se propose d’éclaircir certaines questions que nous formulons en ces termes : quelles sont les erreurs de ponctuation les plus fréquentes dans les écrits des étudiants universitaires algériens en FLE ? Quelles en sont les origines ? A quelles stratégies de remédiation faut-il recourir ? Ces questions découlent d’un constat de sérieux problèmes d’emploi des signes de ponctuation, lors de la correction des dissertations des étudiants ; des problèmes qui ne sont pas caractéristiques de notre contexte étant donné que « la maîtrise de la ponctuation constitue un problème actuel » dans les écrits de publics variés (Carion, 2009). Ce problème d’emploi des signes de ponctuation apparaît dans les erreurs commises, dont les plus fréquentes seraient celles d’omission. Celles-ci seraient dues à plusieurs facteurs. Nous supposons que la compétence ponctuationnelle des étudiants soit liée à leur compétence rédactionnelle : un lien étroit existerait entre la compétence des étudiants à rédiger des textes corrects et cohérents ; et la fréquence des erreurs de ponctuation dans leurs écrits. Outre la compétence rédactionnelle, les contenus et les démarches d’enseignement pourraient justifier les problèmes de maîtrise soulevés. La ponctuation semble peu évoquée dans les programmes d’enseignement ; qui adopteraient des démarches d’enseignement peu pertinentes : la centration sur la connaissance théorique des valeurs des signes de ponctuation. Ces deux raisons éventuelles, nous les vérifierons à travers l’analyse de 50 dissertations collectées. Celles-ci sont rédigées par des étudiants de M2, au cours d’une interrogation pour évaluer un chapitre de la matière Ingénierie de la formation. Cela nous permettra de préciser le type d’erreurs les plus fréquentes dans les écrits de ces étudiants, de déterminer leurs origines et de proposer des stratégies de remédiation. 1. Aspects théoriques 1.1. Ponctuation : définition La ponctuation est définie comme un ensemble de signes graphiques qui reproduisent à l’écrit les pauses de la langue orale. Cette association entre oral et écrit est admise par Lahmar (2022), qui ne réduit pas ces signes à des pauses à l’oral. Cette auteure se réfère à Grevisse et Goosse, qui leur reconnaissent des fonctions d’organisation et d'enchaînement logique : les signes de ponctuation servent à « indiquer, dans l’écrit, des faits de la langue orale comme les pauses et l’intonation, ou à indiquer certaines coupures et certains liens logiques » (2007 : 121). Considérée comme un aspect mineur (Carion, 2009), la ponctuation contribue à comprendre les textes et à écarter toute ambiguïté sémantique (Catach, 1991 ; Lahmar, 2022…). 1.2. Ponctuation et cohérence Le lien entre ponctuation et cohérence est démontré par Lahmar qui avance que « la cohérence des textes produits (…) semble largement tributaire de la maîtrise de la ponctuation » (2022 : 329). Une utilisation correcte des signes de ponctuation contribue en effet à l’organisation du texte ; ce qui en assure la clarté et la cohérence (Catach, 1991). Cela conduit Lahmar (2018/2019) à les comparer aux connecteurs qui assurent l’organisation du texte, l'enchaînement de ses parties, sa clarté et son intelligibilité. L’absence de ces signes ou leur emploi incorrect dans un texte génèrent d’ailleurs des problèmes de compréhension.
Studii de gramatică contrastivă nr. 44 / 2025 79 Creative Commons Attribution-NonCommercial 4.0 International, Available at : https://studiidegramaticacontrastiva.info/home Dans ce contexte, Zra affirme qu’un emploi inapproprié « engendre généralement une ambiguïté pouvant entraîner une gêne pour la compréhension du texte » (2019 : 129). Lahmar rejoint cette affirmation et précise que « la ponctuation, cette composante importante de l’écrit, constitue un vrai obstacle pour celui qui ne la maîtrise pas » (2022 : 317) ; Ce qui justifie l’importance que revêt son enseignements les premières phases de l’apprentissage des langues. 1.3. Erreurs et origines Les erreurs relatives à la ponctuation sont regroupées par Zra (2019) dans trois catégories, retenues dans notre étude : omission, confusion et présence indue. La première concerne « l’absence des signes de ponctuation à des endroits où les règles de grammaire les recommandent » (130) ; la deuxième est relative à la « confusion d’un signe de ponctuation par un autre signe » (131) ; alors que la troisième « fait allusion à l’emploi inattendu d’un signe de ponctuation à un endroit donné dans la phrase » (133). Ces erreurs sont dues à deux raisons essentielles : l’enseignement inefficace de la ponctuation en classe de FLE et la différence entre le système ponctuationnel du FLE et celui de la LM. L’enseignement de la ponctuation, tel que pratiqué dans de nombreux contextes, ne permet pas le développement de la compétence ponctuationnelle souhaitée chez les apprenants (Lahmar, 2018/2019 ; Zra, 2019). Dans cet ordre d’idées, Dufour (2014) identifie neuf problèmes liés à l’enseignement de la ponctuation. Présentation décontextualisée des signes de ponctuation, centration sur les connaissances déclaratives, sélection des applications inappropriées… sont des critiques qui lui permettent de proposer certaines stratégies pour améliorer l’enseignement de cette composante essentielle. Ces critiques sont celles assignées à l’enseignement de la ponctuation dans le système éducatif algérien par Lahmar (2018/2019), où des exercices superficiels qui n’assurent pas la maîtrise des conventions d’usage des signes ponctuationnels. Devant les problèmes de l’enseignement de la ponctuation, la complexité du système de ponctuation du français, reconnue par certains auteurs, s’éclipse. Outre les problèmes d’enseignement, les erreurs de ponctuation sont attribuées à la différence entre le système ponctuationnel de la LM et celui du FLE. Dans son étude qui tente de vérifier si la langue arabe, LM des apprenants algériens, est à l’origine de leurs difficultés en FLE, Lahmar (2018/2019) a pointé certaines différences dans les valeurs des signes de ponctuation entre la langue arabe et le FLE. Elle aboutit à une conclusion principale : la ponctuation est facultative en arabe ; contrairement au français « où les signes de ponctuation sont les indices qui rafraichissent le sens et le guident, ce qui dirige les lecteurs vers la bonne compréhension du message écrit » (2018/2019 : 148). Cependant, cette conclusion ne nous semble pas fondée : les différences qui l’ont établie sont repérées dans le texte coranique, dont la ponctuation a disparu avec le temps (Achour, 2022). Les similitudes indéniables entre la ponctuation actuelle de l’arabe et celle du français sont d’ailleurs repérées par Achour (2014, 2022), dont les travaux pointent l’introduction de la ponctuation du français dans la langue arabe à la fin du 21ème siècle. 1.4. Vers un enseignement efficace de la ponctuation Un enseignement efficace de la ponctuation exige le recours à des stratégies appropriées dès les premières phases d’apprentissage. Deux stratégies sont proposées dans les références consultées : les principes de Dufour (2014), repris par Lahmar (2018/2019), et la démarche ingénierique de Artigue, que cite Zra (2019). Dufour détermine 8 principes à respecter pour
Studii de gramatică contrastivă nr. 44 / 2025 80 Creative Commons Attribution-NonCommercial 4.0 International, Available at : https://studiidegramaticacontrastiva.info/home un enseignement efficace de la ponctuation. Elle préconise un enseignement progressif et contextualisé des signes ponctuationnels ; une sélection minutieuse d’exemples variés qui permettent aux apprenants de découvrir la diversité des usages et des fonctions de ces signes ; une discussion-correction des erreurs commises… Quant à la démarche ingénierique d’Artigue, Zra en explique les principes. Elle Consiste à passer de l’oral à l’écrit. L’objectif des activités proposées est de faire comprendre la différence entre les deux formes de la langue (française). La spécificité de la méthode réside dans l’opposition de la phrase graphique à la « phrase orale » en montrant que ce sont deux types de productions langagières d’une langue, et que les caractéristiques ne sont pas les mêmes (2019 : 134). Ces deux propositions nous inspirent dans la proposition d’une stratégie qui pourrait améliorer l’enseignement de la ponctuation à l’université. 2. Méthode L’analyse des écrits des étudiants est la méthode la plus appropriée pour répondre aux questions soulevées au niveau de notre introduction. Ces écrits, qui constituent notre corpus, sont des dissertations rédigées par des étudiants de M 2, dans le cadre d’une interrogation écrite pour évaluer les contenus du premier semestre de la matière Ingénierie de la formation ; une matière semestrielle qui vise la découverte de la démarche ingénierique (analyse, conception, réalisation, évaluation) pour que les étudiants réalisent son importance dans l’optimisation des formations. Les 50 dissertations collectées répondent à la consigne suivante : « La tâche du commanditaire consiste à sélectionner le meilleur prestataire qui peut concevoir une formation adaptée aux besoins du commanditaire. Mais, il est fortement impliqué à tous les moments de la démarche ingénierique, notamment la conception ». Le dépouillement des copies collectées nous permettra de repérer les erreurs de ponctuation commises par les étudiants, qui se spécialisent en sciences du langage, et de les classer par catégories, en nous référant à Zra (2019). Ces catégories d’erreurs seront analysées pour en identifier les origines. Il convient de mentionner que les emplois incorrects ont été identifiés en nous appuyant sur deux ouvrages : Le Bon Usage (2007) et Le Grevisse de l’étudiant : Grammaire Graduelle de Français (2021). En vue de vérifier les origines des erreurs, nous évaluerons les degrés de compétence rédactionnelle dans les dissertations où les erreurs dépassent 75%, sur une échelle numérique de cinq degrés. Ces degrés de maîtrise seront confrontés à ceux des copies où le taux d'erreurs est inférieur à 30% ; une confrontation qui permettra de déterminer le lien entre compétence rédactionnelle et compétence ponctuationnelle. Cette comparaison sera appuyée par une analyse descriptive succincte des programmes et manuels sélectionnés au cours de la formation de ces étudiants en FLE (primaire, moyen, lycée et Licence), pour préciser la valeur attribuée à la composante ponctuationnelle dans les programmes de formation. 3. Résultats et analyse Le dépouillement des 50 copies collectées nous a permis de recenser les signes de ponctuation employés par les étudiants dans les productions (Tableau 1). , . : ? - ( ) … ; Total 423 393 110 107 96 77 15 6 1227 Tableau 1. Signes de ponctuation dans les copies
Studii de gramatică contrastivă nr. 44 / 2025 81 Creative Commons Attribution-NonCommercial 4.0 International, Available at : https://studiidegramaticacontrastiva.info/home Les erreurs repérées représentent 42% du total, un taux alarmant si nous tenons compte du niveau des étudiants. Elles sont réparties sur 06 catégories : l’omission, la présence indue et la confusion, identifiées par Zra (2019) ; auxquelles nous ajoutons l’intrusion, la juxtaposition et la répétition. Omission P. indue Confusion Intrusion Juxtaposition Répétition Total 609 26 114 18 03 03 773 78% 3% 14% 2% 0.38% 0.38% 100% Tableau 1. Catégories d’erreurs repérées dans les copies 3.1. Omission Par omission, nous désignons l’absence des signes de ponctuation là où ils sont nécessaires (Zra, 2019). Ces omissions concernent certains signes. . , ? : - ; Total 209 353 7 22 12 6 609 Tableau 3. Signes de ponctuation omis dans les copies Les virgules et les points, plus fréquents dans les copies analysées, sont les signes les plus omis. Pour les points, ils sont souvent omis à la fin des phrases et des paragraphes : (1) L’ingénierie est l’étude qui consiste à analyser, concevoir, réaliser, et évaluer les compétences d’un public cible × (2) La réalisation du cahier des charges qui est le document, de dialogue entre les deux acteurs prestataire et commanditaire donc le bon choix fait par le commanditaire d’un prestataire est très important × (3) En conclusion tous les éléments sont essentiels pour choisir le prestataire pour optimiser une bonne formation avec aucun échec × c’est pour cela la démarche ingénierique est une démarche logique, chaque acteur doit être à la hauteur pour réaliser sa tâche × Récurrente, cette omission à la fin de phrases, sémantiquement complètes, peut être associée à l’inconscience de la valeur de la ponctuation, plus particulièrement du point, dans la structuration des idées et la communication des messages. Concernant les virgules aux valeurs multiples, elles sont omises à des endroits multiples : (4) Si telle ou telle condition ne lui convient pas × il va négocier avec le commanditaire sur certains points × Dans cette phrase complexe, où le point est omis, les deux propositions juxtaposées ne sont pas séparées par une virgule ; ce qui génère des problèmes de compréhension. Cette omission des virgules est également constatée dans des phrases complexes, où les connecteurs ne sont pas employés ; ce qui enfreint la règle qui recommande l’emploi de la virgule pour établir un lien entre les propositions constitutives (Grevisse & Goosse, 2007). Outre cet endroit, ce signe est souvent absent après les compléments de phrases, les connecteurs qui ouvrent les phrases, les éléments des énumérations… (5) Dans cette étape le commanditaire va sélectionner le meilleur prestataire… (6) En conclusion× le cahier des charges est un outil de dialogue entre les deux acteurs× (7) Le cahier des charges consiste 6 rubriques : contexte, public, objectifs × contenus×
Studii de gramatică contrastivă nr. 44 / 2025 82 Creative Commons Attribution-NonCommercial 4.0 International, Available at : https://studiidegramaticacontrastiva.info/home Dans la phrase non ponctuée (6), le connecteur « en conclusion » n’est pas suivi d’une virgule qui le sépare de la suite. Ce signe est aussi exclu dans la phrase (7), créant une certaine ambiguïté grammaticale et sémantique : le mot contenu est-il un adjectif qui décrit le mot « objectif » pour désigner les objectifs inclus ou un nom qui renvoie aux savoirs sélectionnés ? Son exclusion génère d’ailleurs des erreurs de langue dans le cas des appositions, où une seule virgule est insérée : (8) Le prestataire × après avoir analysé les cahiers des charges, est censé répondre en élaborant un plan de formation × Dans cet exemple, la négligence de la première virgule engendre la séparation du verbe de son sujet par la deuxième, qui n’est pas tolérée par la grammaire (Grevisse & Goosse, 2007) ; les appositions étant généralement séparées par des virgules de ce qui les entoure (Narjoux, 2021). Outre les appositions, ces signes isolent les relatives explicatives, une règle transgressée dans certaines dissertations : (9) Le cahier des charges est un document contractuel référentiel entre le commanditaire × qui prend en charge les besoins et les exigences du demandeur× et le prestataire × qui reçoit la demande× puis il fait l’analyse afin de répondre en rédigeant un contrat avec des critères que le commanditaire doit suivre. Certaines copies excluent le point d’interrogation à la fin des phrases interrogatives : (10) Quel est le rôle du commanditaire × Comment on fait la formation ? Dans d’autres, un point d’interrogation marque la fin de questions indépendantes ; ce qui ne s’applique qu’aux interrogations coordonnées : (11) Mais quelles sont les autres tâches à accomplir × quel est son rôle au juste dans la conception de la formation ? L’omission des tirets pour introduire les éléments des énumérations est aussi notée : (12) Les étapes de l’ingénierie de la formation × Analyse de la demande, Conception et mise en œuvre, Coordination + contrôle. Evaluation × Dans cette énumération où les tirets et le point sont exclus, les deux points -un signe qui introduit les définitions et les énumérations, sont omis ; ce qui génère l’ambiguïté de l’extrait. Toutes ces erreurs d’omission repérées s’expliquent par l’ignorance de la valeur des signes de ponctuation, facultatifs pour certains étudiants qui ne semblent pas reconnaître leur impact sur la cohérence de leurs écrits.
Studii de gramatică contrastivă nr. 44 / 2025 83 Creative Commons Attribution-NonCommercial 4.0 International, Available at : https://studiidegramaticacontrastiva.info/home 3.2. Présence indue Cette catégorie renvoie, rappelons-le, à l’insertion des signes de ponctuation là où ils ne sont pas nécessaires (Zra, 2019). Cette insertion concerne certains signes : , ( ) ; : . Total 20 03 01 01 01 26 Tableau 4. Signes de ponctuation insérés à des endroits incorrects Cette présence indue, qui représente 3% des erreurs, concerne notamment les virgules, insérées entre le sujet et le verbe : (13) L’optimisation d’une formation, dépend des éléments constituant l’action. (14) Le développement des ressources humaines, est un facteur tout aussi déterminant pour l’amélioration de la compétence et de la productivité× Elles le sont également entre le nom et son complément. Dans l’exemple (14), la virgule sépare le nom « le document » de son complément « de dialogue » ; ce qui transgresse les règles de grammaire (Grevisse & Goosse, 2007). Cette insertion rejetée concerne des signes autres que la virgule. Ainsi, le point sépare le nom de l’adjectif qui le décrit : (15) Concevoir une formation. adaptée à l’enseignant pour bien réagir avec l’élève. Pour les parenthèses, qui encadrent des explicatives ou des exemples ; elles séparent le nom de l’adjectif qui le qualifie. Cet emploi rejeté isole, de ce fait, des constituants essentiels de la phrase : (16) La démarche ingénieriques× qui est le terrain de l’ingénierie de la formation qui est une étude (récente 1980) qui consiste à analyser et élaborer des objectifs fixés au début. Ces erreurs de présence indue révèlent une maîtrise insuffisante des valeurs des signes de ponctuation, insérés à tort et à travers dans certaines dissertations. Cette maîtrise insuffisante se concrétise également dans les erreurs de confusion repérées dans les copies analysées. 3.3. Confusion Ces erreurs de substitution, définies par Zra (2019), sont présentées dans le tableau 5. , /1 . . / , - / , : / . . / : : / , ? / . / / , ;/ . Total 67 10 12 03 11 05 01 03 02 114 Tableau 5. Erreurs de confusion dans les copies Cette confusion concerne essentiellement les virgules, qui remplacent les points pour marquer la fin des phrases. 1 Au lieu de
Studii de gramatică contrastivă nr. 44 / 2025 84 Creative Commons Attribution-NonCommercial 4.0 International, Available at : https://studiidegramaticacontrastiva.info/home (17) …qui connait comment gérer la formation, il est fortement impliqué à tous les moments de la démarche ingénierique, Alors quelles sont les démarches ingénieriques qu’il doit être impliqué ? Ces virgules, suppléant abusivement les points, sont parfois suivies de majuscules ; qui annoncent de nouvelles phrases (17). Une telle confusion est due à la valeur de la virgule, qui indique une pause de courte durée (Grevisse & Goosse, 2007), associée à la fin de la phrase par les étudiants ; tandis que le point est inséré pour marquer la fin du paragraphe. Précisons que la fin de la phrase est rarement marquée par le point-virgule : (18) Afin de procéder à une formation, il va falloir faire appel à des acteurs ; Parmi ces acteurs, en ingénierie de formation, on a le premier acteur, c’est le commanditaire, Cette fois-ci, la pause courte est exprimée tantôt par le point-virgule, tantôt par la virgule ; qui demeure le signe privilégié pour marquer la fin de la phrase. Cela soulève encore des problèmes de maitrise des valeurs des signes de ponctuation par les étudiants qui les confondent. Cette confusion est également notée dans le sens inverse : les points remplacent parfois les virgules, pour isoler les propositions relatives explicatives. (19) … le meilleur prestataire. Qui pourrait adapter une formation selon les bénéficiaires à travers les étapes suivantes : Dans certains écrits, les virgules sont substituées par les deux points ; qui suivent les connecteurs d’énumération placés en tête de phrases : (20) En premier lieu : on doit identifier la tâche du commanditaire dans l’opération de la formation. En second lieu : on doit éclaircir les caractéristiques du meilleur prestataire. Calquant l’emploi de ces connecteurs sur celui des titres, certains étudiants insèrent les deux points pour annoncer des explications. Cet emploi incorrect est d’ailleurs repéré dans l’exemple qui suit, où la virgule est remplacée par deux points après le connecteur « alors » : (21) L’ingénierie de la formation est très importante dans plusieurs domaines pour analyser les besoins et les contraintes ; il y a des éléments très importants qui joue un rôle très important, alors : quel est le rôle du prestataire dans l’ingénierie ? La maitrise insuffisante, révélée par la substitution des points par la virgule et le point-virgule (21), se concrétise aussi dans le recours aux tirets et aux slashs pour séparer les éléments de l’énumération ; une valeur grammaticalement assurée par les virgules (Grevisse & Goosse, 2007) : (22) Qui-quoi-comment-où-quand-pourquoi× (23) Donc × le commanditaire est appelé à tous les moments à négocier avec le prestataire les meilleurs /démarches/modalités × afin de garantir une conception efficace de la formation×
Studii de gramatică contrastivă nr. 44 / 2025 85 Creative Commons Attribution-NonCommercial 4.0 International, Available at : https://studiidegramaticacontrastiva.info/home Il convient de préciser que les erreurs relatives aux signes de ponctuation se superposent dans les exemples sélectionnés pour illustrer les précisions fournies. Ainsi, dans la phrase (23), nous notons l’omission des virgules et du point marquant la fin de la phrase, la présence indue du slash entre l’adjectif et le nom, et la substitution de la virgule par le slash pour indiquer l’énumération. Celle-ci recourt parfois à des signes inappropriés : (24) La compréhension de la demande ; La qualité de formation × La qualité de l’ingénierie pédagogique. Tel est le cas de cette énumération, où le point-virgule remplace la virgule après le premier élément listé. Portant sur un autre signe, cette confusion est repérée dans (25) : le point y écarte deux points pour annoncer une série de questions. (25) On peut poser les questions suivantes. Il est précédemment mentionné que les erreurs de ponctuation sont source d’ambigüité grammaticale et sémantique. Cette ambiguïté est apparente dans (26) : s’agit-il d’une interrogation indirecte, comme le suppose le contexte, ou d’interrogation directe ? (26) La réponse du cahier des charges est ce que le prestataire a compris la demande ou non ? En somme, ces erreurs de confusion sont dues à une maitrise insatisfaisante des valeurs des signes de ponctuation, une raison qui explique les trois catégories d’erreurs listées par Zra (2019) et reprises dans notre étude. Nous ne pouvons, cependant, ignorer les erreurs rares d’intrusion, de répétition et de juxtaposition ; repérées dans les copies collectées 3.4. Intrusion Cette intégration injustifiée de symboles, employés comme signes de ponctuation dans les copies analysées concerne les signes du tableau suivant : / , → / : + / , Total 6 10 02 18 Tableau 6. Erreurs d’intrusion dans les copies analysées Le premier symbole (⇒) est intégré pour introduire des définitions ; au lieu des deux points : (27) L’analyse de la demande et des besoins une phase importante dans laquelle la demande doit être formulée de manière claire et précise. Cette valeur est également exprimée par un deuxième symbole (→), inséré dans quelques copies : (28) Le besoin → un écart entre les compétences nécessaires et les compétences réelles.