Memoires pour servir a l'histoire des insectes
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POUR SERVIR
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A L'HISTOIRE
DE S
I N T E
Par JVI. DE Peau MUR, de r Académie Royale
des Sciences, de celle de Petershourg, èf de V Académie
de l Injlitut de Bologne , Commandeur éf Intendant
de 1 Ordre royal if militaire , de Saint Louis.
TOME QU AT R I E M E.
Hijioire des Gallinje^tes, des Pro^eillinjèctes, ét des Mouches
à deux ailes.
D E A P A R r S, ^
L’ I M P R I M E R I E R O Y A L E;
M. D G C X X X V 1 I I.
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P R F F A CF,
Où l’on donne une idée générale des Mémoires contenus
dans ce Volume, ic quelques remarques
fur la fuite de l’ouvrage.
N OUS avons fini le troifiéme V olume par l’hiftoirc
de ces excroiflànces des jîlantcs & des arbres qu’on
a nommées des Galles
,
& dont la produéfion eft due à
des Infeéles de différens genres & de différentes claffes
,
qui fe nourriflent <Sc crpilTent dans leur intérieur ; nous
commençons ce volume par l’iiiftoire des infeéles, qui
ont été pris eux-mêmes par d’habiles Naturaliffes, pour
des galles de plantes <Sc d’arbres , pour des portions d’é-
corce ou de bois. Nous leur avons donné Je nom de
Gallïnfeâes
,
propre à faire entendre que, quoiqu’ils ref-
femblent à des plies, ils font réellement des infeéles.
Ce font de petits animaux qui nous doivent paroître
bien étranges , en ce que plus leur accroiffement avance,
plus ils font près de leur état de perfeélion , & plus ils
perdent la figure animale, moins ils paroiffent animés.
Quand ils ne viennent que de naître, & quelques jours
après leur nailfance, tant qu’ils font d’une telle pctiteffè
•que les yeux ont peine à lès appercevoir, ils ne le cèdent
en aélivité& en agilité â aucun autre infcéle, ils courent
to les tiges, fur les branches , & fur les feuilles des plantes
& des arbres ; ils ont alors quelqu’air de petites cloportes ;
rnais bientôt ils fe fixent , ils fe tiennent immobiles : il
vient meme un temps, & ce temps dure plufieurs mois,
pendant lequel il n eft plus en leur pouvoir de changer
. a ij
/
X PR E'F ACE.
bornes, ce qu’elle nous repréfente confufenient , Jevienî
infini pour elle: le nombre des étoiles qu un beau ciel
offre à la fimple vue de quelqu un qui n a jamais cherche
à s’ioftruire de leur arrangement , paroît infini. De vouloir
compter ces eîoiies , lui paroitroit une entreprife folle,,
cependant en les rangeant par confteilations, on efl parvenu
à fçavoir que non-feulement elles peuvent être comptées,
rnais.que le nombre de celles qui peuvent etre appeiçues
fans lunettes , ne va qu a environ deux mille. Le nom-
bre des plantes paroît immenfe, & apres avoir ramaffe
avec de grands foins 6c de laborieufes recherches, celles
qu’on a pû découvrir dans les différens climats, on a bien
de la peine à s’affûrer qu’on en connoiffe douze a treize
mille efpeces différentes. Les méthodes fèmblent refïerrer
Jes bornes de la Nature; elles réduifent à un nombre d’objets
bnis, des fuites d’objets que nous croyions voir infinies.
Je ne veux pas dire pour cela que l’infini ne fe trouve
point dans la Nature, mais il n’eft pas dans le nombre des
objets qui font à la portée de nosfens ; autrement l’étendue
de notre terre feroit infinie. D’ailleurs, les diffributions en
claffes, en genres 6c en efpeces, mettent notre imagination
à l’aife, en lui préfentant des tableaux où de très -grandes
fuites d’êtres différens font peintes en raccourci 6c très
en petit, mais très-diftinéfement. Nous ne nous arrêterons
point aéluellement à rapporter les caraéféres des quatre
claffes principales fous lefquelies nous avons rangé les
mouches, foit à deux, foit à quatre ailes, les caraéféres
des claffes fubordonnées à celles-ci, 6c les caraéféres des
genres de ces différentes claffes; ç’en eff bien affés d’avoir
à Lire lire une fois , dans le troifiéme Mémoire, ces détails
fecs par eux- mêmes; quoique nous y donnions les cara-
éféres des mouches , foit à quatre, foit à deux aîlcs, ce vo-
lume ne traitera que des mouches à deux ailes.
PREFACE. x;
Ce nue nous avons fait dans le troifiémc Mémoire, par
rapport aux mouches, netoit ni moins ncccflaiie,!» moins
difficile à faire, par rapport aux vers fous la forme dclqucls
les mouches de différens genres ont pris leur accroiffcmcnt.
Nous tâchons de mettre ces vers en ordre dans le quatrième
Mémoire; nous y donnons les caraiflcrcs de leurs claffcs,
de leurs genres & rie leurs eljieces. Les foimes des têtes
nous aident beaucoup à en déterminer les claffcs, & nous
offrent d’abord une divifion. Nous trouvons quantité de
genres de vers qui ont non -feulement des têtes molles,
mais qui ont des têtes qui fe gonflent & qui fe contraéfent,
qui s’allongent ôc qui fe raccourciffent , en un mot, des
têtes dont les figures font très-variables , & varient conti-
nuellement ; d’autres vers ont , comme tous les autres
animaux, des têtes d’une figure confiante. On trouvera
dans le quatrième Mémoire, d’autres caraéléres marqués,
que nous avons employés , foit pour établir fept claffcs
générales de vers, foit pour divifer ces claffes en genres.
La ftrudure des organes par le moyen defquels les
. mouches prennent leurs alimens , nous ont fourni , dans le
troifiéme Mémoire, les caraéléres dont nous nous fommes
fervi pour difiinguer les quatre claffes générales des mou-
ches. Les unes ont une trompe fans dents, d’autres ont
iin,e bouche fans dents, d autres ont une bouche armée
de dents, & d autres ont une trompe & des dents. Entre
les trompes, les unes font toujours allongées , 6c d’autres fe
raccourciffent. Les trompes des infeéles font des infirumens
ou plûtôt des machines bien dignes de notre attention ;
ce font des machines analogues à nos pompes, elles font
aeltinees a puifer le fang dans les vaiffeaux des grands ani-
maux, ou à puifer des liqueurs mielleufès dans les vaiffeaux
des Heurs,ou dans les vaiffeaux des autres parties des plantes;
mais ce font des pompes plus compliquées que les nôtres
b ij
)
X y
xij PREFACE.
puifqu’eiles doivent ouvrir les canaux dans lefqiieis elle&
doivent puifer. Leurs pillons , outre leur office de pillon ,
doivent faire celui d’inlfrumens qui percent;toutes cestrom-
pes font des machines très-compolees, quoiqu’elles foient
des machines auffi limples qu’elles le piiiflent être. Il y a de
grandes variétés dans la ftruélurc des trompes accordées
auxdifférens infeéîes, même aux mouches de différentes
claffes & de différens genres. La trompe qui , comme celle
du taon , doit percer le cuir dur & épais d’un bœuf, deman-
doit non-fèulement à être plus forte & plus folide que la
trompe qui n’eft deÜinée qu’à percer notre peau, elle de-
niandoit même à être autrement conftruite. Si on vouloit
raffembler dans un feul ouvrage toutes les variétés de ffiu-
dlure que nous offrent les trompes des infeéles, 6c en don-
ner des développemens , on entreprendroit un ouvrage qui
demanderoit plus de planches qu’on n’en trouve dans les
Ramelli, les Léopolds , Scc. & dans tous les Auteurs qui
ont traité de l’élévation des eaux. Enfin, les différentes
machines hydrauliques, imaginées par nos Méchaniciens,
ne fçauroient nous faire voir des compofitions auffi admi-
rables & auffi variées que celles que peuvent nous montrer
les trompes données aux infeéfes pour conduire différens
fucs dans leur corps. Dans le cinquième Mémoire , nous
nous contentons de faire connoître la compofition de ces
trompes qui font terminées par des levres charnues. Ce
font les trompes qu’ont le plus ordinairement les mouches à
deux ailes & à corps court. Nous y donnons quelques exem-
ples des différences qui lé trouvent dans la flruélure de ces
fortes de trompes , en expliquant la flruélure de la trompe
des groffes mouches bleues de la viande, la flruélure de
la trompe des mouches à deux ailes & à forme d’abeilles,
& la flruélure de la trompe des taons. Nous parlerons
dans d’autres Mémoires, de mouches qui nous donneront
PRE'FACE, xii;
occafion^de faire coniioître des trompes faites fur des
modèles très-difi'érens de ceux des j)réccdentes; telles font,
par exemple, les trompes des confins. On n’a qu’à étendre
un peu de firop fur quelqu’cndroit des parois tranfparcntcs
du poudrier de verre, 6c renfermer enfuite une grolTe
mouche bleue dans ce |x)udrier, pour être en état de voir
comment elle fait agir là trompe, 6c l’admirer.
Dans le fixiénîe Mémoire nous parcourons les parties
extérieures des mouches à deux ailes ; nous nous y arrêtons
d’abord aux yeux àrezeau, à ces yeux taillés à tant de
milliers de facettes, 6c qui font d’un volume fi confidé-
rable, qu’ils couvrent foiivent la plus grande partie delà
tête. Nousfaifons remarquer que quelques Mouches ont
quatre de ces yeux à rezeau , dont deux s’élèvent beaucoup,
6c font faits comme des turbans. Chaque œil à rezeau cft
un alïèmblage d un nombre prodigieux de petits yeux,
cependant plufieurs genres de mouches, 6c le plus grand
nombre des genres , outre les yeux a rezeau, ont encore des
yeux, ordinairement trois, dont les cornées font lilfes.
Nous faifons connoître les fligmates , ou les bouches de
la relpiration des mouches : nous en trouvons quatre au
corcelet de chacune, 6c un j>lus grand nombre aux an-
neaux de leurs corps. Les mouches qui n’ont que deux
ailes, pour fuppléer à celles qui leur manquent, ont de
chaque côté deux pièces, dont l’une relTemble à une
double aile, 6c très courte, 6c l’autre à un balancier. Les
anneaux qui couvrent le corps, font écailleux; iisneferoient
pasen état de fe gonfler 6c defe contracter, de s’arrondir
& de s applatrr aulfi promptement qu’il eft fouvent nécei;
teire, fi chaque anneau étoit fait d’une feule piece. La
nature a auffi fait entrer dans chaque anneau , au moins
. “femblées par des membranes,
qui le phlfent ou setendent fiiivant le befoin.. Nous
b ii]
\
xiv PRE' FAC JE.
donnons des idées générales des variétés c|iîc la Mture 3
eniplôyées dans la iîrudure des anneaux de différentes
mouches , pour <|u ils pufîent avoir un jeu convenable.
Enfin dans le meme Alemoire , apres nous etre un peu ar-
rêté à confidérer les jambes des mouches , & fur-tout leurs
pieds, cjui font munis d elpeces de biofies, ou de peloties
de polis, nous palîons a examiner les paities intérieures.
Celles que nous pouvons voir afles difiinéiement , ne
fçauroient manquer de nous faire naître des regrets fur
beaucoup d’autres de ces mêmes parties, qui nous échap-
pent par leur petiteffe, <& leur peu de confifiance. Mais
au moins pouvons -nous fiiivre tout le canal des alimens.
Nous trouvons dans leur intérieur deux pouimons, ou
deux facs poulmonaires, qui font d’un volume qui les
rend aifés à connoître, 6c qui par leur blancheur, 6c l’ar-
rangement de leurs fibres, ne fçauroient manquer de
fixer nos regards. Le corps de quelques mouches eft en
certains endroits, d’une tranfparence qui approche de
celle du verre, 6c qui permet de voir ce qui fe pafTe
dans leur intérieur. On a le plaifir d’y voir un véritable
cœur fe dilater, 6c fe contrader alternativement, verfer
ou feringuer de la liqueur dans un gros vaiffeau qui en
part. On eft bien étonné enfuite de voir la même liqueur
retournervers le cœur par le même canal par lequel elles’cn
étoit éloignée. Mais un fpedacle plus fingulier , eft celui de
couches de nuages, pofées les unes au-deffus, 6c à quel-
que diftance des autres; ces nuages partent de la jondion
du corps avec le corcelet , 6c marchent toujours parallèles
à eux-mêmes, jufqu’à ce qu’ils foient par de-là le cœur,
où iis difparoilTent; on tâche d’expliquer la caufe de ce
phénomène, en finiffant le fixiéme Mémoire.
L’hiftoiredes infedes fi remplie de faits finguliers, n’a
rien de plus furprenant à nous offrir, que ces formes fi
PR E'FA CE. XV
différentes, fous Icfqucllcs elle nous montre le meme ani-
mal dans différens temj)s du cours de fa vie. Toute che-
nille doit avoir etc j)a])iilon, toute mouche doit avoir été
ver. Nous avons vu dans le premier volume comment
rinfeéle que nous appel! ions une chenille, parvient à nous
paroître un paj)iilon. Nous voyons dans le Icpticme
Mémoire de ce volume-ci , comment rinicélc que nous
appellions un ver, parvient à être pour nous , une mouche
à deux ailes , de celles qui ont le corps court. I.a. chenille,
pour devenir papillon, paffepar l’état de crilàlide; tous les
vers à tête de figure variable, & plufieurs de ceux à tête
de figure confiante, ont à fubir une métamorphofè de
plus; l’état de nymphe efl pour ces derniers infcéles, ce
que l’état de crifalide efl pour les autres ; mais ils paffent
par un état moyen entre celui de ver <& celui de nym-
phe, ce qui na point encore été obfèrvé, que je fçachc,
par les naturaliftes. J’ai nommé cet état celui de boule
allongée, parce que c’ett la ligure qu'il donne à l’infede.
Le paffage de l’état de boule allongée à celui de nym-
jphe, n a point été non plus fuivi par les naturaliftes , &
méritoit bien de 1 être ; il fe fait tout autrement que
celui de letat de chenille à celui de crifalide. Dans un
inftant une chenille efl transformée en crifalide; l’infetfle
quitte fa peau de chenille, & fur le champ il eft crifalide,
lur e champ on peut lui trouver toutes les parties dû
papil on ; au lieu que ce n’eft que peu à peu que les par-
ties de la mouche fe développent & fe montrent, ce n’eft
^nV'7 T” L allongée eft changée
en celle de nymphe. Nous avons admiré ailleurs itirt
avec lequel des chenilles de différentes efpeees içavent fe
conftruire chacune une coque, lorfque le temps de leur
metamorphofe approche. Cette coque eft un logement
IIS eque infeéle doit être commodément ôc en fûreté.
PR E'FA C E.
pendant qu’il fera crifaiide; la plupart de ces coques font
de foye, & la foye entre, même pour beaucoup, dans la
compofition de celles ou d autres matières font employées.
Nos vers ne fçavent point fe faire d’aufli jolies coques,
mais ils s en font qui ne font, ni moins folides,ni moins
finsTuliéres. La peau même du ver qui fe transforme,
lui fournit fa coque. Le ver pour devenir boule allongée,
quitte fa peau , mais il la quitte fans en fortir , il en détaché
toutes les parties, & les laifTe fous cette peau , a laquelle
il .fait prendre la figure d’un œuf. Il femble que la peau
du ver ne foit pour lui, que ce qu’efl pour nous une robe
de chambre. Après avoir tire nos, deux bras dune robe
de chambre , nous pourrions nous en couvrir la tete , &
tout le refte du corps: la peau du ver couvre de meme
l’inleéle changé en boule allongée. Mais cette peau pour le
couvrir mieux , efl devenue plus folide & plus épaiffe ; au
lieu qu’auparavant elle étoit molle &. flexible, elle efl alors
dure & roide ; elle forme une boîte bien clofe de toutes
parts , qui a la figure d’une coque d’œuf, figure propre à
recevoir un infede,qui n’a que celle d’une boule oblongue.
A un des bouts de cette efpece de boule, à un des bouts
de l’infeéle, on peut remarquer un enfoncement. C’efl
de-là que fortent fucceffivement toutes les parties de la
mouche qui doivent fe montrer , pour que la boule allongée
foit changée en nymphe. Quand l’infe(fle efl en boule,
il reffemble à un fœtus qui auroit été rendu monf-
trueux , parce qu’on auroit fait entrer fa tête , fes bras
& fon col dans la capacité du ventre. En faifant fortir
peu à peu ces mêmes parties du fœtus de cette cavité ,
on rendroit peu à peu au monfire la figure humaine.
C’cfl ainfi que lorfque les jambes, les ailes, la tête, qui
étoient enfoncés dans la capacité du ventre de l’infeéle,
viennent à en fortir peu à peu , à fe montrer en dehors
,
& à
PREFACE. xvi;
& a s’étendre l'ur le corps, (jiie l’inléele qui ne fcnibloit
qu’une longue boule charnue, devient une nyinjibc à
laquelle on trouve toutes les parties d’une mouche.
Quandles parties de la nymphe le font alicrmics, l’in-
fecle ell arrivé au temps où il doit paroître & vivre fous
la forme de mouche, il eft arrivé au temps où il doit
fortir de fa coque. Plus cette coque ctoit lolide, mieux
elle le défendoit lorfqu’il ctoit dans l’impuilfancc de fc
mouvoir, & plus il doit paroître difficile à l’infctfle d’y
faire l’ouverture qui lui devient nécelTaire lorfqu’il veut en
Ibrtir. Nous expliquons dans le huitième Mémoire com-
ment la mouche j)arvient à ouvrir la coque dans laquelle
elle fe trouve renfermée; c’eft par un des bouts, par l’anlc-
rieur, qu’ellè en doit fortir: la nature a eu foin auffi de
préparer. ce bout, de manière qu’il n’oppolât pas aux
efforts de la mouche, une réfiftance égale à celle que leur
oppoferoient les autres endroits de la coque; il cil telle-
ment conllruit, qu’il peut être fendu affés facilement en
deux parties égales, & qui font aifées à détacher du relie
de la coque. Alors la mouche a une grande porte ouverte :
Ja réfiftance qu’elle a eu à vaincre pour s’ouvrir cette porte,
a pourtant encore de quoi paroître confidérable, quand
on cherche quelle peut être celle de lès parties , que la
mouché a pû employer pour furmonter cette réfiftance.
On n imagineroit pas quel eft l’inftrument au moyen
duquel elle en vient à bout, & comment elle le fait agir.
La tete des mouches, comme celle de la plupart des ani-
maux, a une figure confiante; fon crâne eft cartilagineux,
& cornme écailleux; mais la nature a accordé à la mouche
prête à naître, de pouvoir gonffer & contraéler alternative-
ment fa tête, & de plus, d’en faire fortir un mufeau d’une
grandeur démefurée, capable de prendre différentes for-
mes, & fouvent celle d’une velfie. Ceft en gonflant fa tête
. c
N.
^
s mufeau , que la mouche agit à diverfes reprifes contre
Je bout de la coque qui la tient renfermee , qu elle force
ce bout à s entrouvrir, & quelle force a tombei les
deux demi-calottes, ou au moins une des deux dcmi-ca-
lottes dont il eft compofé , Le corps de la moue e qui
vient de naître, eft befucoup plus r‘nf r
autres mouches de fon efpece ; fes ailes d ailleurs font fi
pliflees & fl raccourcies , qu on les prendroit pour des ai es
Portées ; mais bientôt le corps acquiert du volume, & les
ailes s’étendent & fe développent. Il eft probable que ces
effets font dûs à l’air que la mouche refpire , puilque nous
avons vu quelquefois l’air entrer dans laîie dune mou-
che naiflante, & toute mince qu’eft ceue aile, la dédou-
bler pour ainfi dire, & en faire une veftie.
, , , ,
Le neuvième Mémoire donne i hiftoîre a regee e
plufieurs efpeces de mouches a deux ailes <Sc a corps court,
on y voit que quoique la plupart de ces efpeces de mou-
ches aiment les liqueurs mlelleufes ou fucrees , & le fucre
même , que les efpeces de vers fous la forme defquels elles
ont pris leur accroiffemeilt , differoient entr elles en goût
,
qu’entre ces efpeces de vers , les unes n aimoient que les
matières végétales^ que les autres ne fe nouiiifloientque
de chair ; 6c que les autres ne trouvoient un aliment con-
venable que dans des matières qui avoient déjà été digér
rées par de plus grands animaux. Au refte , entre les vers
qui aiment es plantes , les uns aiment des plantes ou des
parties de plantes dont les autres ne voudroient pas goû-
ter. Entre les vers carnaciers , les uns ne veulent que h
chair des animaux ^fivans , 6c les autres que celle des ani-
maux morts , quelques-uns la veulent corrompue jufqu a
un certain point. Différens excrémens d’animaux nour-
riffent différentes efpeces de vers. Nous avons déjà fait
admirer bien des fois la prévoyance qui conduit les meresr
PREFACE. xix
mouches à faire naître leurs petits fur des matières qui
leur olîriront un aliment convenable des qu’ils lèront nés;
ce Mémoire nous fournit encore plulicurs nouveaux
exemples de cette prévoyance; il nous apprenti que les
mouches ne font pas Iculemcnt attentives au choix de la
matière, elles le font à l’état de cette matière; lesgrolfes
mouches bleues en donnent un exemple bien remarqua-
ble : leurs vers doivent être nourris d’une chair molle é>c
qui puifle le corrompre* fi on offre aux meres-mouches
de la chair defféchée, ou, ce qui eft plus fingulier, fi on
laifle à leur dilpofition de la chair fraîche, oans des en-
droits où elle doit fe deffécher vîte fans fe corrompre, les
mouches ne feront pas leurs œufs delfus. Nous fai Ions
obferver dans le même Mémoire, quelques-unes des va-
riétés qui fe trouvent entre les œufs de différentes mou-
ches, plufieurs de ces œufs ont des formes qui nous doi-
vent paroître bien recherchées, & qui leur ont été don-
nées pour des fins qu’il nous eft quelquefois permis de
connoître. Nous faifons voir comment ces œufs font ar-
rangés dans le corps de la mere; nous difons quelque
chofe de la manière dont ils font fécondés par le mâle ;
& nous rapportons des obfervations qui prouvent que dans
l’accouplement de certaines mouches , la fémelle femble
faire ce que font les mâles dans l’accouplement de tous
les autres animaux , que c’ell la partie poftérieure de la
femelle qui s’introduit dans le corps du mâle.
Toutes les efpeces de quadrupèdes font vivipares,
toutes les elpeces doifeaux font ovipares, & parmi les
inleéles , comme parmi les poifîons ; il y a- des eljjeces
ovipares âc des efpeces vivipares. Le dixiéme Mémoire
nous fait connoître quelques elpeces de mouches à deux
ailes, qui font vivipares, qui mettent au jour des vers vi-
vans. Il ,doit paroître fingulier qu’entre des mouches affés
• •
c ij
(
XX P R E F A C £.
femblabîes , qu’entre des mouches de même genre & d’ef-
pece peu différente , les unes fifïent des ceufs , pendant
que les petits fortent vivans du corps des autres. La prodi-
gicufe fécondité que la nature a accordée a quelques-unes
des efpeces de mouches vivipares, a bien plus de quoi
furore'ndre; il y a telle de ces dernières mouches, dont le
corps renferme à la fois plus de vingt mille vers. On verra
dans ce Mémoire comment tant de vers font arrangés
dans le corps de leur mere, & comment iis parviennent
à en fbrtir.
Ceux rrltme qui ont donné le moins d’attention aux
infeéles, connoiffent les abeilles, les guêpes, les frelons &
les bourdons. Des mouches de ces différens genres fe
présentent h fbuvent à nos yeux, qu’il feroit difficile de
trouver quelqu’un qui n’eût pas une idée, au moins grof-
hère, de leur figure, 6c qui n’eut pas eu occafion d ap-
prendre le nom qui a été donné à chacune de ces fortes
de mouches. Elles ont quatre ailes; leur hiftoire eft re/èrvée
pour le Volume fuivant, celui-ci ayant été accordé aux
mouches à deux ailes. Parmi ces dernières, il y en a qui
reffemblent fi fort aux abeilles, d’autres qui reffemblent fi
fort aux guêpes, d’autres qui reffemblent fi fort aux frelons,
6c d’autres qui reffemblent fi fort aux bourdons, que lorf
que l’on s’en rapporte au premier coup d’œil, on les prend
pour quelqu’une de ces mouches. Le onzième Mémoire
donne l’hiftoire des mouches à deux ailes qui ont l’air
d’abeilles, 6c de celles qui ont l’air, fbit de guêpes, foit de
frelons; 6c le douzième Mémoire ne traite que des mou-
ches à deux ailes qui ont l’air de bourdons. Les infeéles
qui, après leur dernière transformation, font des mouches
à forme d’abeilles, ont été d’abord des vers-de la fécondé
claffe , des vers à tête de figure variable , mais qui font
pourvus de jambes. La plupart de ces vers font caraélérifés
PREFACE. XX j
par une queue longue &. raie , ce qui nous a détermine à
leur donner le nom de vers wr. Les naturalilles
qui ont le plus parlé de ces vers , ont ignore l’iilagc & les
fingularités de cette queue. Quoiqu'on trouve de ces vers
liir terre en certains temps, ce font des vers aquatiques,
dès l’inftant de leur naifliince, ils Ibnt dans 1 eau , ou tians
des matières excelTivement abbreuvccs d’eau , & c’eft tlans
l’eau qu’ils prennent leur accroilTement : mais quoiqu’ils
doivent vivre dans l’eau, ils ont belbin de refpircr l’air,
& leur queuë eft l’organe avec lequel ils vont le chercher
au deflus de la fuiface de l’eau. La queuë y peut atteindre,
quoique le corps en Toit fort éloigné; elle peut s’allonger
confidérablement, devenir longue de plus de quatre à cinq
pouces. On a le plaifir de voir même à l’œil , les gros
vailTeaux à air dans l’intérieur de l’infeële, la tranfparence
de Ton corps le permet ; on y voit comment ces vaifleaux fe
plient & replient , comment ils s’allongent & fe déplient
,
îelon que la queuë s’accourcit ou s’allonge. Ces inledles,
après avoir palTé dans l’eau la première partie de leur vie,
après y avoir pris tout leur accroilTement, ont à pafler la
fécondé partie de leur vie fous terre, Sc enfin à en palTer
la dernière partie dans l’air. Quand ils n’ont plus à croître
,
ils quittent l’eau , ils marchent fur la terre julqu’à ce qu’ils
en ayent trouvé qui les invite à s’y enfoncer. Ils ne relient
pas long- temps fous terre fans y perdre leur première
forme ; ils fe font une coque de leur propre peau , comme
nous avons vû les vers de la viande s’en faire une de la leur ;
mais la coque de nos vers à queuë n’ell pas aulfi fimple
que celle de ces autres vers ; bientôt on voit fur fa partie
antérieure & fupérieure , quatre cornes roides , dont les
deux plus grandes poulTent & s’élèvent, après que la coque
ell formée. Les coques de plufieurs autres vers , comme
les coques de nos vers à queuë de rat, ont des cornes, &,
• • •
c IIJ •
xxl; PREFACE.
celles-ci nous donnent occafion de faire connoître de quel
ulàge font ces cornes à I’inlè<5le renferme dans la coque.
Nous prouvons qu elles font quatre tuyaux , au moyen def-
quels il relpirefair. Mais comment ces cornes parviennent-»
elles à s’élever au delTus d’une coque roide & dure i comment
la percent-elles î où étoient-elles. contenues dans l’infede,
lorfqu’il avoit la forme de ver! Ce font de petits myftéres
qui dévoient paroître difficiles à développer, & fuppofer.
bien de laméchanique; auffi n’euffai-je paselperé que tout
ce qui les regarde , eût pû être expofé à mes yeux auffi
diffindement qu’il l’a été. Une autre très-grande fingulariié
dans la dernière transformation de ces inlèdes , dans celle
qui les fait paroître mouches, c’eft que la mouche, pour
Ibrtir de là coque , eft obligée de s’y retourner bout par
bout. C’eft du côté où étoit la tête , que la coque doit
s’ouvrir, qu’une piece en doit être détachée. La nature
n’a pas mis la tête de ces mouches en état d’agir , comme
agilfent celles de plufieurs autres mouches, de fe gonfler
6c de fe contrader; mais elle a donné à leur derrière, la
force 6c l’adivité qu’elle a accordées à la tête des autres,
pour forcer leur prilbn dans l’endroit où elle peut être
forcée. La mouche eft donc obligée de fe retourner dans
fa coque, de faire pafler fon derrière à la place où la tête
avoit toujours été, 6c de faire prendre à celle-ci, l’an-
cienne place de celui-là.
Les rnouches à deux ailes qui ont l’air de bourdons,
font celles dont il s’agit dans le douzième Mémoire, 6c il
n’en eft point de plus propres à nous faire admirer les
differens moyens que l’Auteur de tous les êtres s’eft plû
à employer pour multiplier 6c conlèrver les el'peces d’in-
fedes , pour fa'ire admirer cet inftind qui conduit ffire-
ment les meres-mouches à faire naître leurs petits dans les
feuls endroits où ils -peuvent trouver des alimens, 6c, une
PR E' F A C E. xxii;
température de chaleur convenable. Entre ces mouches
à forme de bourdons , il y ci> a dont les vers ne peuvent
croître que fous terre, & ce Mémoire nous donne l'hiftoire
d’une de ces mouches qui ne confie les oeufs qii a des
oignons de narcilTe, parce que fes vers ne peuvent vivre
que de cette efpece d’oignon. Mais nous devons être bien
plus furprisde l’inflincl qui conduit les meres d’un autre
genre de ces mouches, à aller dépolèr leurs œufs dans l’anus
d’un cheval , parce que les vers qui en éclolênt , doivent
vivre, jufqu’à ce qu’ils foient près de fc transformer, dans
les inteftins de cct animal. Pouvons-nous apprendre fans
admiration que des mouches d’un autre genre ont été
inflruites à aller percer le cuir des animaux qui l’ont le plus
épais, celui des cerfs & des biches, celui des bœufs ôc des
vaches; qu’elles ont été pourvues d’inflrumens propres
à le percer ; que dans chaque trou qu’elles ont fait d.ins
l’épaifle peau de ces animaux, éc dans leur chair même,
elles dépo/ent un œuf; qu’une mouche feme, pour ainfi
dire, fes œufs dans la chair d’un bœuf ou d’un cerf vivant.
Chaque ver, après être éclos, fe trouve entouré d’un
aliment convenable; il groffit, & en même -temps il fait
croître fa cellule ; l’endroit où il eft , eft marqué par une
tumeur groffe quelquefois comme la moitiéd’un petit œuf.
Le ver qui a befoin de refpirer l’air, en reçoit continuelle-
ment, par une ouverture qu’il fçait conferver à la tumeur
dont il occupe la cavité. La même ouverture donne un
écoulement au pus qui pourroit s amafîer en trop grande
quantité dans la playe que ce ver entretient. Enfin , quand
c^e ver a pris tout'lon accroiflement , il lui convient d’être
dans un lieu plus fec, & d’une chaleur plus modérée; il fçait
aggrandir l’ouverture de la tumeur, il fort , & va fe cacher
quelque part fous une pierre ou ailleurs, pour fe tranf-
former. Les vers des inteffins des chevaux fortent auffi.
xxivr PREFACE.
& vont fe cacher fous terre, & s’y métamorphofent. Un
ini'lind:, au moins auffi Tingulier que celui des mouches
précédentes , conduit une autre mouche a aller faire les
œufs dans le propre nez d un mouton , d’une chevre, d un,
cerf; c’eft dans les fînus frontaux de ces grands animaux,
que les vers qui fortent des œufs doivent aller chercher
une matière vifqueufe , qui eft le feul aliment qui leur a
été affigné. La mouche qui place h finguliéreraent fes
œufs , n’eft point de celles qui ont 1 air de bourdon , rnais
fans nfêtre arrêté à fa figure, j ai cru la devoir mettre a la
fuite des mouches remarquables par les endroits qu elles
choififfent pour y faire leurs œufs.
Communément on ne connoit les infeéles que par ce
qu’ils ont de haiffable , & il faut avouer que la haine qu on
a pour ceux de certaines éfpeces, n efl; que trop fondée.
Les uns font d’étranges dégâts des feuilles, des fleurs &
des fruits de nos campagnes & de nos jardins, de d autres
s’attaquent à nous -mêmes, Sc nous perfecutent jour &
nuit. Les confins font de ceux dont nous avons le plus
à nous plaindre, ce font pourtant ceux que nous voulons
faire admirer dans le treiziéme & dernier Mémoire. Nous
ne croyons pas auffi qu’on puifle refufér fon admiration
à la trompe même avec laquelle ils nous picquent, qu’on
puiffe voir fans furprife avec combien d’appareil elle efl
conftruite, Sc qu’on puiffe apprendre fans plaifir com-
ment le coufin la fait agir, Sc même fans fentir quelque
defir de la voir dans l’aélion, quoiqu’il nous en puiffe
coûter de la douleur. Le coufin a pris fon accroiffement
dans l’eau , fous la forme d’un ver qui pourtant vient
fou vent à fa furface pour refpirer l’air par un tuyau qu’il
a au derrière. C’efl dans l’eau même que le ver fe méta-
morphofe en une nymphe agile comme il l’étoit lui-mê-
me, de qui comme le ver a befoin de refpirer l’air; mais
au lieu
PREFACE. nr
au lieu que le ver le refjïiroit par la queue , la nymj)he le
refpire par deux tuyaux faits en oreille d’âne, qu’elle a l'ur
le corcelet. Ce corcelet fe fend lorfque le coulin eft en
état de paroître avec fes ailes. C’eft à la furface de l’eaû
que le coufin doit fbrtir de fh dépouille, & il en doit for-
tir fans fe mouiller; l’eau qui lui étoit néceflàirc aupara-
vant, eft pour lui ce qu’il y a de plus redoutable dès qu’il
commence à paroître à l’air. La manière dont il fe Ibû-
tient & s’élève fur fa dépouille au deffus de la furfacc de
l’eau, eft un tour d’équilibre & de force très -difficile.
Après avoir vécu dans l'air, après avoir fuccé notre fang
ou le fuc des plantes , c’eft fur l’eau que les fémelles des
coufins viennent faire des œufs. Chaque œuf a la figure
d’une quille; de trois cens de ces petites quilles & plus,
chaque mere fait un petit bateau qu’elle met à flot fur l’eau.
Au boutfl’un jour ou deux un ver fort de chaque œuf par
le bout qui touche l’eau. L’art au moyen duquel le coufin
parvient à conftruire le petit bateau d’œufs , ne doit pas
, paroître aifé à deviner, il doit paroître fuppofer bien de
l’induftrie; car comment le coufin peut-il réuffir à pofer
chaque œuf perpendiculairement à la furface de l’eau ! âc
ce qui fèmble encore plus difficile, comment maintient -il
dans cette pofition , le premier œuf, ou un affemblage
de peu d œufs! On verra dans le Mémoire, comment tout
r moyen de la diredion dans laquelle
1 œuf fort du derrière du coufin, & de l’ufage adroit que
le coufin fçait faire de fes deux dernières & longues jambes.
Les coufins font des mouches à corps long, & il y a
mouches avec lequel ils ont beaucoup de
re emblance , que nous avons déjà nommées Tipules ; ces
mouches & d’autres qui paroifTent au printemps , appel-
ées mouches de Saint Marc , en un mot quelques obfor-
vations qu il nous refte encore à donner fur les mouches
. d
P R E' F A C E.
fdLx aîles, n’ont pû trouver jrlace dans ce volume,
dont la groffeur même a été portée trop loin; ces obser-
vations, dis-je, font donc renvoyées au commencement
du cinquième volume. Ce cinquième volume eft fur-tout
deftiné à Thiftoire des mouches a quatre ailes. ^ elHa
partie de l’hiftoire des infedes , la plus propre a mtereffer
ceux qui font principalement touchés du genie & de in-
duftrie de ces petits animaux. ' ^
Quatre volumes qui paroiffent déjà fur les infedes,
demandent que nousralfûrions ceux qui défirent que 1 ou-
vrage que nous avons entrepris , Soit rendu complet, contre
la crainte qu’ils peuvent avoir que cet ouvrage , pour etre
rendu tel, n’exige une trop grande fuite de volumes, une
fuite que nous ne fçaurions iuffire à donner, & qu on re-
douteroit d’avoir à lire, fi elle étoit donnée. Nousne pou-
vons mieux diffiper cette crainte , qu en indiquant les prin
cipales matières dont il nous relie à parler : nous y fo>^“
mes même engagés par une autre conlîderation , le goût
de faire des colledions d’infedes gagne journellement;,
on aime à voir ralfemblés dans un cabinet, tous les infe-
des que des yeux curieux & attentifs ne parviennent à
trouver dans les campagnes qu’en les y cherchant en dif-
férentes faifons, & même en différentes années. Ces fortes
de colledions forment d’amufans Ijîedacles, propres à
nous montrer les richefles & la féconde diverfiîé des pro-
dudions de la nature. Nous donnerons ailleurs dans un Mé-
moire féparé , les moyens qui nous ont le mieux réulfi pour
conlerver pendant une longue fuite d années, avec un air
de vie, des inledes morts; mais je dois répondre d avance a
une quellion qui m’a été faite par des fçavans qui ont
mencé ces fortes de colledions. Ils m ont demande que
eft l’ordre dans lequel je croyois qu’il convînt d’arranger les
iufedes dans des cabinets. Comme je penfe que c eft celui
/
P R E' F A C E, xxvij
dans lequel ils le trouveront dans nos volumes, pour faire
connoître cet ordre, il ne me relie qu’à apprendre quel
fera celui dans lequel je parlerai des inlèdes qui doivent
fe trouver dans les volumes qui n’ont pas encore vû le
jour. Nous commencerons le cinquième volume par ce
qu’il nous relie à dire lur les mouches a deux ailes, mais
ia plus grande & très-grande partie de ce volume, fera
remplie par les mouches a quatre ailes. Les fourmis pa*
roîtroiu à la fuite des mouches à quatre ailes, parce que
dans toutes les fourmilliéres on trouve en certains temps
de l’année, des fourmis ailées qui font de véritables mou-
ches à quatre ailes; les fourmis ordinaires font parmi les
mouches, ce que font parmi les papillons ceux qui n’ont
point d’ailes. Les mouches & les papillons ont leurs ailes à
découvert , mais il y a des infectes dont les .ailes font ca-
chées fous des fourreaux, & ce feront ceux qui viendront
après les fourmis. Les uns ont des fourreaux fimplement
membraneux, des fourreaax flexibles, & qui ont fouvent
quelque tranfparence; ce feront ceux dont nous traiterons
d’abord. Les làuterelles, les grillons, les grillons-taupes,
lespunaifes de jardin, &c. ont de ces fourreaux membra-
neux. D’autres infeéles ont leurs ailes cachées & pliées
fous des fourreaux roides <Sc opaques, fous des fourreaux
écailleux ou crullacées; tels font tous les infeéles de la
nombreufe clalTe des fearabés , parmi lefquels font les
charençons fi redoutables à nos greniers. Nous ne manque-
rons pas de rapporter ce que nous avons tenté contre ceux-
ci. Les perce-oreilles, les ftaphilins ont aulîi des fourreaux
qui, pour être très-courts, n’en couvrent pas moins bien
leurs ailes. C’ell une réglé générale que tous les infeéles
ailés ont paffe par plufieurs états avant que d’avoir des
ailes; mais il y a des inleéles dans la clafle delquels on
nen connoît point d’ailés, & qui cependant ont des
I
xxvh ; P R E' F A C E.
transformations à fubir; ie nombre n en eft pas grand, î kif
toire des puces nous donnera un exernple de ces fortes
d’infedtes. Je finirai par les infe(fles qui n ont point à pafler
par des formes différentes, qui, a la grandeui près, font,
dès qif lis naifïent , ce qu ils feront pendant toute leur vie.
Telles font les araignées , les cloportes , les mutes, les poux
de plu fleurs efpeces d’animaux, les vers de terre, les fàng-
fues, &c. Voilà en gros les infeéles fur lefquels il nous
refie, à donner des Mémoires. Quoique le nombre de ces
infedes foit grand , fi on le compare avec le nombre de
ceux dont nous avons traité ,, & fi on fait attention que
les détails où nous avons été obligés d’entrer à l’occafion
des infeéfes qui ont paru les premiers, nous en épargne-
ront par rapport à ceux qui viendront enfuite , notre tâche
doit paroître avancée; & on peut croire quon la verra
remplie en peu d’années, lorfquon fçaura quon com-
mence l’impreffion dù cinquième volume.
L’effentiel pour un ouvrage de la nature de celui-ci,
cft d 'avoir les matériaux qui doivent y entrer, 6l il faut s’y
être pris de loin pour les raffembler. Il n’en eft point de
ceux qu’il me falloir, comme de ceux qu’un laborieux
compi ateurpeut s’affûrer de trouver avec un travail aftida
dans les bibliothèques; c’eft dans les livres de la nature
qu’on doit lire, quand on veut travailler fur l’hiftoire natu-
relle, & on ne peut pas y lire quand on veut: il faut des
lieux, des faifons,& des circonftanees favorables pour
faire les obfervations néceffaires. Quelquefois à la vérité
on peut aider à faire naître des circonftanees heureiifes,
mais plus fouvent il faut que le hazard nous ferve.
Au refte,je refpeèfe trop le public, pour avoir pris
avec lui des engagemens, avant que de me fentir en état
de les remplir; & faurois mal répondu àfon attente, f .
pour fatisfaire à ces engagemens , je me fufîc trop pr^ué
TABLE
des MEMOIRES
CONTENUS DANS CE VOLUME.
P R ÉF ACE, oit Von donne une idée générale des Mémoires
contenus dans ce Volume, & quelques remarques fur la
fuite de l’Ouvrage. Page ii|
Premier Mémoire.
J I. I/loire des Gaïïmfeâes. '' Page i
Second Mémoire. Des Progallinfeâes de la Coche-
nille, & de la graine d’ Ecarlate de Pologne. 8
1
Troisième Mémoire. De la diftribution générale des
Mouches, en clajfes , en genres & en efpeces. 122
Quatrième Mémoire. Des clajfes & des genres
des Vers qui fe métamorphofent en Mouches, fait à deux
ailes fit à quatre ailes. i ^ i,
Cinquième Mémoire. Des Trompes à levres greffes-
& charnues des Mouches à deux ailes.. 199
Sixième Mémoire. Des parties extérieures & des
parties intérieures des Mouches, ér principalement de cel-
les des Mouches à deux ailes 0 “ à corps court. - 2. 2 o
s E P T I É M E M É jvi O I R E. ‘première & de h fécondé
Aiétamorphofe des Vers pui fe font une coque dè leur
propre peau. -
.H UITIÉME Mémoire. De la derniere Metamorphoje
des Infeéles qui foïtent des coques faites de la peau du
Ver, fous Informe de Mouches à deux ailes. 331
Neuvième Mémoire., Hifioire abrégée de divers
genres de diverfes efpeces de Mouches a deux ailes,
de la première claffe, & qui viennent des Vers de la pre-
mière claffe. Des matières dont elles fe JBnt nourries fous
' la forme de Ver. De leur accouplement, de leur ponte, t
de la figure de leurs œufs. 35Î
Dixiéme Mémoire. Des Mouches vivipares a deux
ailes. Comment les petits Vers vivans font places df ar-
rangés dans le corps de la mere. 4^3
O NZIÉME Mémoire. Des Mouches a deux ailes qui
ont d air d’ Abeilles, & de celles qui ont l’air de Cuêpcs
d^ de Frelons. 439
Douzi ÉME Mémoire. Des Mouches à deux ailes
qui ont l ’ air de Bourdons ; d^ de la Mouche du Ver du
ne^, des Moutons. 497
Tr EiziÉME Mémoire. Hifioire des Confins. 573
Xj a Vignette qui ell à la tête du premier Mémoire , repréfente une de ces magni-
fiques Serres qui ont été conftruites au Jardin du Roi, depuis que l’intendance
de ce Jardin a été donnée à M. du Fay. Sur le terrcin qui ell en devant de
cette ferre, on a placé d’un côté des caiffes, dont chacune contient un de
petits chênes fur lefquels le Kermès croît; & dans chacune des caifles qui 1^^^
de l’autre côté, effc un pied d’Opuntia, un pied d’une plante du genre de celles
fur lefcjuelles la Cochenille fe nourrit.
MEMOIRES
POUR SERVIR
A L’ H I S T O I I?E
DES INSECTES.
N
PREMIER MEMOIRE,
HISTOIRE
DES GALLINSECTES.
. EST une clafTe d’animaux bien étranges
que la clafle de ceux que nous allons examiner
dans ce Mémoire; ils palTent une partie con-
fidérable de leur vie, plufieurs mois de fuite,
& ceux ou ils croilïêrit le plus, appliqués
^ntre es tiges ou des branches de plantes , d’arbrifleaux
arbres, fans fe donner aucun mouvement fenfible.
I
* immobiles que la portion de la tige à
aque e ils font attachés ; ils femblent faire corps avec
JL orne IV, A
2 MEMOIRES POUR L^HlSTOIRE
eiie. Leur forme extérieure eft extrêmement fimple, ^
eiie feft à un point qui eft une grande fingularité. Tout
i extérieur de i’infeéle ne montre rien qui le fafle foupçon-
PI. i.fig- lier celui d’un infeéle *. Plus 1 inleéle elT: grand, plus il eft
f 2' . & moins il a l’air d’avoir vie. Dans letempsmême
3! où il eft devenu en état de fe multiplier, dans le temps
où il ell occupé à pondre des milliers d’œufs, il ne paroît
qu’une galle, qu une excroilïance femblable a celles des
arbres, dont nous avons parle dans leMemoire xii. tome
III. qui doivent leur origine à des piquûres d’infedes,
& dans lefquelles des infeéles s’élèvent. Ce ne font pas
feulement des yeux ordinaires qui jugent ces petits ani-
maux de fimj)ies galles d’arbres, ils ont paru tels aux yeux
ics plus aco^Êtumés à obferver. M. le Comte de Maifilli
après avoir étudié ceux d’une efpece, les a toujours mécon-
nus pour des infeéles , &. eft relié convaincu qu’ils 11 etoient
que des galles.
Des infeéles qui relTemblent fi fort à des galles, quoi-
qu’ils n’ayent de commun avec elles que la relTemblance
extérieure, m’ont paru ne pouvoir porter un nom plus
convenable que celui de Gallinfedes. Ce fera le nom
commun à toute la claire,qui en manquoit; & je dillin-
guerai les efpeces par le nom de la plante fur laquelle elIfS
croilTent, ou par d’autres particularités. Les gallinlèéles ne
fçauroient être placées plus convenablement, ce mefem-
ble , qu’à la fuite de l’hiltoire des Galles , par laquelle finit
le troifiéme volume de nos Mémoires ; ceux qui voudront
oblèrver les galles, doivent être mis en état de ne les pas con-
fondre avec des infeéles qui leur relTemblent, de dosnet
a ces derniers une attention dont ils font très-dignes.
C ell fur les arbres, fur les arbrilTeaux, & ordinairement
fur des plantes qui palTent l’hiver, que croilTent les galün;
Icéles. Il faut a toutes celles que je connois , une plante
dT' c.
PI. fig.
des Insectes. 7 . Aîcin, 5
Jesnourrin'c pendant j)rcs d’un an , terme auquel ed fixée la
durée de leur vie. Je ne Içais s’il eft dcs.efpeces d arbres ou
darbriffeaux fur lelquels il ne s’en élevé pas, -mais il n’efl
gueres d’elpeces d’arbres ou d arbriffeaux dans ce j)ays- ti
,
où je n’en aye trouvé , & fouvent de plufieurs elpetcs
dilFérentes. u- r n.
Les figures & les couleurs des gallinfectes peuvent
nous mettre en état d’en caraélérifer aifément plufieurs
efpeces. Elles reftent toutes dafies petits animaux; api es
avoir pris tout leur accroifiement, les unes fembient de
petites boules attacliées contre une branche par une
affés petite partie de leur circonférence; il y en a de >^2, 3. g,
celles-ci qui n’ont jamais plus de la grolfeur d’un grain
de poivre, & d’autres qui deviennent plus grolfes que les
plus gros pois*. D’autres font des elpeces de Ipheres dont * t'i. s
un fegnient * a été emporté, âc qui font attachées à pi. 2.fig.
i’arbre par la partie plane de la léélion; d’autres font des 6&7.
ipheres allongées, <Sc dont le grand axe s’élève au-delfus
de la branche; d’autres un peu plus applaties *, font plus pj, ^
pointues par un bout que par celui qui y eft oppofe. 6,p.
Quelques-unes ont la figure d’un rein *, & c’eft par la * Pi- 6. fi».
partie la plus enfoncée du rein qu’elles font apj)liquécs
contre une petite branche, & qu’elles y tiennent. D’autres
enfin, de celles-ci fburnilTent un genre compofé de bien
des efpeces, font des moitiés d’un fpheroïde allongé,
coupé lèlon Ibn grand axe *, ou elles ont quelque relfem-
fclance avec un bateau renverfé *.
Leurs couleurs n’ont rien de bien frappant , aflfés com-
munément elles en ont une qui approche de celle de mar-
ron, tantôt plus & tantôt 'moins foncé. Il y en a déplus
rougeâtres ; il y en a qui tirent fur le violet ; il y en a d’un
affes beau noir; il y en a dont le fond eft jaune avec des
ondes brunés*; j’eu ai trouvé de brunes veinées de blanc,
Aij
I . r ôe
* PI. i.fig.
I & 9.g,g.
* Fig- 3«
*PF.3.fig.
j.if.
1
»PI. 5- H-
i
* PL I . fig.
2 .
* PI. 2, fig.
^ & 8 .
4 MEMOIRES POUR l’HISTOIRE
comme le font quelquefois ces graines appellées 7 <îr;:«^j
Joô dont on fait des chapelets.
Des efpeces de tubérofités qui n’ont rien de propre;
Ibit par leur figure, foit par leur couleur, à s’attirer de l’at-
tention , auroient pu être long-temps ignorées, fi elles ne
fe multiplioient pas quelquefois à un point cxcelTif fur
nos arbres, & fur-tout fur les arbres fruitiers. Les pêchers
en font quelquefois tout couverts, tant d’une efpece en
forme de bateau renverlé *, que d’une en petits grains*
qui approchent de la figure fphérique; leurs branches en
font délagréables à voir, elles paroifiTent toutes galeiifes.
Les jardiniers attentifs ont foin de les nettoyer de cesgal-
linfeéfes , ils croyent qu’elles font fbuffrir l’arbre , du moins
efi-il fur qu’elles vivent & croiffent à fes dépens. Les
feuilles & les fruits qui font au-delfous des branches trop
peuplées de gallinfeéfes, font quelquefois falis & noircis
par l’eau qui, après avoir lavé les gailinfeéles, tombe fur
ces fruits & fur ces feuilles. Les orangers font une des
efpeces d’arbres qu’on foigne le plus dans ce pays ; ils ont
des gallinfeéles de celles qui font faites en bateau ren-
verlé, & ce font de tous les arbres ceux à qui on eftpius
attentif à les ôter. Leurs gallinfecles font aulfi les premières
fur lefquelles nous ayons eu une fuite d’obfervations pref-
que complette, & jrropre à nous les faire bien connoître.
Elles ont été faites de concert par deux habiles obferva-
teurs, de la Hire & Sedileau , qui les ont publiées
dan^ les Mémoires de l’Académie de 1692. Là ils don-
nent a ces inlecfles le nom depunailes des orangers, nom
qui leur a ete aulfi donné par des jardiniers, quoicju’ih
n ayent rien de commun avec aucune des elpeces de
punaifes connues.
Si des efpeces de gallinfeéles font quelque mal à nos
arbres, nous en fommes alfûrément plus que dédommagés
DES Insectes, I. Afcm. j
• par les ulagcs que nous fçavons faire de quelques autres
clpeces d’inl'edes du même genre; clics tiennent une
place parmi les animaux qui nous Ibnt utiles. Il y a des
gallinledcs * dont les paylhns de certains cantons du
Koyaume & de quelques pays étrangers font tous les ans *’
une récolte; fans avoir eu la peine de Icmcr &dc labourer,
ils vont détacher dedeffus certains arbriffeaux une moiffoii
de petits grains, fouvent très-aboncfifnte; je veux parler
de la récolte qui lé fiit chaque année en Provence & en
Languedoc de ce qu’on appelle le kermès, la graine d’écar-
late, le vermillon, & que les Latins ont déhgné par le nom
de coccus bapliica,6<. que Pline nomme fimplement coccum.
C’eft avec ce kermès, cette graine d’écarlate qu’on fait le
firop de kermès. Quand les avantages que la Médecine
iire.de cette drogue paroîtroient douteux à ceux qui font
un peu Pyrrhoniens par rapport à la plûparrtles remedes, au
moins ne fçauroit-on douter del’emp oi utile que l’art de
la teinturerie en Içait faire pour teindre la Ibye & la laine
dans un beau rouge - cramoifi. Il fuit avouer pourtant
que depuis que la cochenille a été découverte, le kermès
a celTé d’être une drogue aulTi importante qu’il l’étoit au-
trefois; peut-être auflineii tirons-nous pas aujourd’hui
tout le parti qu’on en peut tirer.
Quoiqu’on fçaehe faire ufage du kermès depuis long-
temps, quoique depuis long- temps on le recueille avec foin,
cen’elï que depuis peu d’années qu’il a été bien connu pour
ce qu il elt par quelques Içavans. Outre fa propre forme,
diverfes circonftances léréunilTcnt pour ledéguifer fi bien
qu II ny a guéres que ceux qui l’ont obfervé avec atten-
tion pendant le cours d’une année entière , qui ayent
pu le convaincre qu’il ell réellement un animal; il n’ell
pas pris encore aéluellement pour tel par tous les fçavans
des pays memes où il croît; c’eft de quoi l’Académie a eu
A iij
6 MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
des preuves dans une diiïertation fur le kermès, qui kj
fut envoyée il y a peu d’années. Au relie, la ])lûpart
des autres efpeces de gallinfecles ne font pas des animaux
moins bien déguifés que le kermès; dès quon Içaura
Thilloire d une de ces efpeces, il n’y aura plus rien qui
puifle faire de la peine par rapport au fond de celle de
toutes les autres. Nous nous fixerons donc à donner en
détail l’iiilloire d’un^des gallinfedes des plus communes,
*•'?!. I. fig. & par conféquent des plus aifées à obferver , de celle * en
I&5. forme de bateau renverfé qui croît fur les pêchers : nous
n’aurons plus qu’à faire une application de ce que celle-ci
nous aura appris, aux autres efpeces, & qu’à faire remat'
quer les particularités que ces dernières peuvent offrir.
Enfin, nous reviendrons au kermès qui mérite unedilliih
élion particulière , & nous rapporterons les obfervations
qui démontrent qu’il ell réellement une gailinfeéle du
même genre que celles que nous trouvons fur tant d’arbres,
foit fruitiers, foit autres.
La plupart des gallinfeéles font parvenues à leur der-
nier terme d’accroiffement vers la mi-May , ou au plu-
tard vers le commencement de Juin. Qu’on obforve alors
les pêchers , & fur-tout ceux qui font mal tenus , fouvent
fans avoir befoin de chercher beaucoup , on trouvera
qu’ils en ont des deux genres dont nous avons parlé; les
* PI. 2. fig. unes * font de petits grains prelque ronds de la grolTeur
d’un grain de poivre, tantôt cle couleur rougeâtre , tantôt
d’un rouge très-brun , & tantôt noirs & luilàns. Les au-
très font de celles * qui ont très en petit la figure d’un
bateau renverlé. Ce font ces dernières que nous allons
fuivre d’abord. Leur plus grand diamètre efl alfez fouvent
dans la direélion de la longueur de la branche, au moins
n eft-ii prefque jamais placé perpendiculairement à cette
direélion. Leur peau, leur enveio])pe extérieure, qui
4. & 5
*PI. t. fi
J &.i.
DES Insectes. I. Afem’. j
tout ce qu oii eu appcrçoit alors , tft allez fimhlablc à l’é-
corcc Hue & lifle tie quelques arbres, knil)lablc à celle
ou (létaebc de deHiis le cerificr. Sa couleur efl à |)cu-
OU
ou-
A*
)C-
les
^11 wii « J,
près feuille morte , quelquefois elle tire fur le caffé
Hurle marron clair, mais ordinairement elle eff plus n
geâtre. Les tiges, les branches , les pouffes d’un an du
cher font Ibuvent fi cliargccsde ces gallinlêèles, qu’e
s y touchent de tous côtés; quelquefois elles font tlif-
polëcs à la file les unes des autres comme des grains de
chapelet *, mais quelquefois elles y font écartées les unes
des autres.
Toutes celles qu’on voit en même temps fur le pêclicr,
& dont l’extérieur efl affés fcmblable , ôc qui toutes font
également immobiles , ne l'ont pas pourtant dans le même
état; les unes font des infèéles très-vivans, & les autres
font des infeéles morts & defTéchés dès l’année ou les
années précédentes , & qui font reftés dans les places
memes ou ils ont péri, /ans que leur extérieur en ait été
fenfiblement altéré. Une partie de celles qui font fiir
les plus vieilles tiges, fur les plus vieilles branches, font
des gallinfeéles defféchées, & toutes celles qui font atta-
chées contre des jets d un an , font des gallinlééles très-
vivantes-, les vivantes ont pourtant une couleur plus *
fraîche , plus vive que celle des mortes. Il efl encore aifé
de diftinguer ces dernières des autres, par un moyen fim-
pfe. Si on pouffe les mortes avec le doigt, même affez
legerement, on les détache, elles tombent à terre- les
autres plus adhérentes réfiflent d’avantage , & fi on v va
wdement, on les écrafè fans les faire gliffer. Quand^on
ecrafe de celles qui font vivantes, on en fait fortir une
elpece de liqueur épaiffe, une forte de bouillie, en un
mot , des matières à peu près pareilles à celles qu’on fait
loriir du corps dp tout infeéle en l’écrafant. Cette feule
n. 2 , %
s MEMOIRES POUR l’HiSTOIRE
circonftance apprend que les dernieres ne doivent pas être
confondues avec les vrayes galles des arbres. Les autres
gaiiinfedles, celles qui font peries depuis long temps, ne
paroilTent qu’une coque, ou qu’une demi-coque cafîàntc
& friable , dans laquelle une poudre blanche ell coH';
tenue.
La gallinfede vivante eft fi adhérente à l’arbre, qu’il
eft difficile de la détacher dans la faifon que nous venons
de choifir pour la faire conhdérer , fans l’écrafer ou fans
lableffer, fi on ne fe fertquede fes doigts; mais on par-
vient à l’enlever bien faine & bien entière, au moyen
de la pointe d’un canif, ou de celle d’un couteau, qu’on
glilTe entr’elle & l’écorce de l’arbre. La place d’où elle a
*PI. i.%. été retirée, paroît tapilTée d’une matière cotonneufe^
®‘
‘ Dès que nous voulons qu’on regarde la gallinfeéle com-
me un véritable infecle, & dès qu’on fe prêtera comme
nous le demandons à cette idée , on n’héfitera pas à re-
^ Fig. 3. garder le côté extérieur*, celuy qui eft toujours en vûë,
» Fig. 5. comme le dos de l’animal ; c’efl fon ventre * & tout le
delTotis de fon corps qui ell appliqué contre le lit de
coton dont nous venons de parler. Le ventre ell auffi
^ renflé, auffi plein qu’il ellpolTible qu’il le foit pour tou-
cher de toutes parts la furface fur laquelle il ell flxé ; fi on
luy ôte le coton qu’il entraîne fouvent , il paroît rou-
geâtre , & d’un rougeâtre qui difpofe à le regarder comme
une fubllance charnuë.
La feule couche cotonneufe que nous venons de faire
remarc uer , auroit dû fuffire pour empêcher de confondre
les gallinfecfles avec les excroilTances des arbres , les vrayes
galles ;^ces galles font réellement recouvertes par l’écorce,
e les n en font jamais féparées par une efpece de lit de
coton.
Les gallinfedes confidérées un peu plus tard que nous
ne
DES Insectes. I. Alem. 9
ne venons de le faire
,
c’ell-à-<liic , peu avant la fin de
May, ont cneore de quoy nous dérouter; alors il efi
encore plus ditlicilc de les reconnoître pour <lcs animaux.
Si environ quinze jours aj)rès quelles Ibnt devenues aiilii
gonilées quelles le peuvent devenir, on les détache -tic
leur place, elles ne paroiirent plus que comme une de
ces gallinlcdles mortes & dcfiechccs, dont nous avons j)arlé
ci-delfiis; on ny trouve plus rien de ce qu’on y avoit
vû de charnu ; chacune d’elles ell devenue l'emblahle à
une petite écaille de tortue ou autre, d’où l’animal auroit
été tiré; elle n’eft plus qu’une fimple coque, qui eontient
,
& recouvre une infinité de grains * un peu rougeâtres, * El. i
âc moins adhérons les uns aux autres que des grains de
fable. Ils tiennent fi peu les uns aux autres, qu’ils tom-
bent par terre avant que la gallinfcélc ait été détachée,
fi on n’a attention de commencer à la détacher par là
partie fupéricure.
Mais pour mieux voir ces grains en place, on n’a qu’à
couper tranfverlàlement la gallinfeéle * avec un canif, & PI. 3
enlever fa partie lùpérieure; on fait tomber tous les grair^s
qui etoient contenus dans cette partie, mais ceux qui
étoient logés dans la partie inférieure y relient , & on voit
la petite epailTeur des parois de la cavité qui les renferme,
êc comment ils y font empilés.
Dès qu on confidére ces petits grains avec un micro-
copeou avec une forte loupe, leur ligure oblongue <Sc
arrondie ne permet pas de les prendre pour autre chofe
que pour des œufs. La gallinlède que nous avions vûë
c arnue ci-devant, ne femble donc alors qu’une coque,
ou, comme des naturalilles font dit, qu’une efiDece de
goulfe remplie d’une infinité d’œufs. C’eû aufïi ce qui
a l^erluade a quelques fçavans, qui n’avoient pas oblèrvé
il faut les oblerver
, ' • B
•
3
10 MEMOIRES POUR L’HISTOIRE
pour les bien connoître , qu’elles n etoient autre chofç
que des coques leniblables a celles dans iefquelles divers •
infedles renferment leurs œufs ; que ces prétendues galles
avoient été conflruites , & peut-etre filées par quelqu’in.
feéle qui avoit fongé à y mettre fes œufs en furetc.
Enfin fi on détache la gailinfeéle , ou fi on fouvre "
encore un peu piûtard, & quon obferve la cavité, lin.
térieur de l’elpece de coque, la loupe y fait voir des mil.
liers de j)etits infeéfes mêlés avec des efpeces de grains
de pouffiére. Ce font les infeéles qui fontfortis des petits
œufs; les enveloppes des œufs d’où ils fe font tirés for-
ment partie de l’elpece de pouffiére au milieu de laquelle
ils font; on ne trouve plus alors d’œufs entiers.
Quelques oblérvations vrayes, & qui ont demandé de
l’attention dans ceux qui les ont faites pour la première
fois , ont encore concouru à faire prendre de fauffes idées
des gallinlc(5lcs & des petits animaux fortis des œufs. On
a très-bien remarqué que la peau de quelques gallinfeéîes
étoit percée quelquefois d’un feul , quelquefois de trois
à quatre trous ronds, placés tantôt dans un endroit, &
tantôt dans un autre. Les véritables galles defquelles font
fortis les moucherons qui fe font élevés dans leur intérieur, ^
font percées de même; ôc comme s’il ne devoit rien man-
quer à la reffemblance parfaite entre les vrayes galles & te
gallinfeéîes , on a vii aufli de très-petits moucherons fortit
de ces dernières , Sc qui avoient crû dans leur intérieur
fous la forme de vers.
Mais il ne falloir qu’obferver une gallinfèéle dans une
circonflance favorable, dans un temj)s moyen entre ceux
dont nous venons tie parler , pour lui affûrer bien fonétat,
pour reconnoître celui de toutes hs autres, &pourvoirl^
dénouement de toutes les difficultés qui en ont impofé
I^ous avons çonfidéré la galliiifeéle renflée & diflendué,
DES Insectes. I. A [cm. 1
1
&qui paroiflbit diarmic * nous l’avons confldcrt c cnfuitc
ddlcchée devenue uncdpccc de coque très-remplic
J’fgufs" (i on lailit un temps moyen cntic les deux piece-
dens, ce qui l'eraaileàqurne mettra pas un intervalle d’un
trop grand nombre de jours entre lès oblervations , on
détachera une gallinfeèle qui ne fera pas émincée au point
de ne paroître qu’une membrane, & qui ne lcra pas aulli
gonflée que celle que nous avons conlidérée d’abord; il
reliera entre fon ventre <Sc l’arbre une cavité, mais conli-
dérablement moins grande que celle qui y eût été. Il la
gallinfeéte eût été détachée plûtard; il y aura dans cette
cavité de ces petits grains que nous avons dit être des
œufs .mais il n’y en aura que pour remplir la petite cavité,
moins qu’il n’y en eût eu dans la fuite. 11 ell bien ailé alors
de le convaincre , fur-tout furies gallinfeéles en forme
de bateau renverfé, telles que celles des pêchers, que la
gallinlèéle ell un véritable animal, puifqu’on peut s’alfûrer
qu’elle ell alors occupée à faire des œufs , qu’on l’a dé-
tachée pendant qu’elle étoit en pleine ponte , & on la verra
continuer de pondre. La première fois que j’oblervai dans
cette circonflance favorable, &avec une forte loupe, une
gallinfeéîe que je venois de détacher , je vis dillinflement
près d’un de fes bouts, près de celui que nous pouvons
aduellement appelJer le poftérieur, je vis , dis-je, un petit
œuf* qui n’étoit encore forti qu’en partie, & qui étoit
encore logé en partie dans le trou deftiné à leur donner
ilTuë a tous. Mais pour ne m’en pas fier à cette feule ob-
feryation , je frottai doucement le Ventre de la gallinfeéîe,
& je foufîîai delTus pour emporter les œufs qui pourroient
y etre retenus par quelques inégalités ; après quoy je
pofai la gallinfeéîe le ventre en haut fur du fable dont-
j avois rempli un petit vaie. Quoiqu’elle fût làaffés mal
a fbn aife, elle ne laiffa pas de continuer fbn opération;
Bij
PI. I . fîg.
* PI. I . %.
y
9^ é t • *
5 h h h
^ PI. î . fï^(.
MEMOIRES POUR l’HISTOIRE
en moins d’une heure elle fit lorlir trois œufs de fon corps
par l’ouverture qui eft auprès du deineie M. cela
Hire & Sedileau ont de même vu , & avant moy , des
gallinfedes des orangers faire t^cs œmfs , d on parvien-
dra toûiours à en voir faire à celles qui ont lafiguiednn
bateau renverfé, lorfqu’on les faifira dans le temps que
nous venons de déterminer. ^ ^ - i
La fuite de l’hiftoire de nos galimfedes nous les mon-
trera pendant plufieurs mois conlêcutifs avec des formes
affés femblables à celles de divers autres iniedes, mais a
mefiire qu’elles groffifient , leur extérieur fe defaçonne;
elles ne groffifient , elles ne croiflent confideraLlement que
quand les milliers d’œufs renfermés dans leur corps croif-
fent. Quand ces œufs font près de fortir du corps de 1 in-
fede, le ventre efl fi diflendu , que les filions qui féparent
naturellement les anneaux, ne s’y trouvent prefqueplus;
mais lorfque l’infede a avancé fa ponte, lorfque fon ventre
s’efl un peu vuidé , il redevient connoiflable pour un
infede, fi on l’obferve du côté quiétoit appliqué contre
l’arbre ; alors les anneaux dont le ventre eft comjDofé , font
aifés à diftinguer à qui les confidére avec une loupe; on
en compte facilement cinq *, dans le dernier dcfquels
eft l’ouverture qui donne fonic aux œufs. L’infede a lîx
jambes dont il n’a pas fait iifage depuis long-temps; il
les tient alors appliquées contre ion corps; yen a quatid
qu’on diftingue plus aifément que les autres. La der-
nière paire de celles-ci eft immédiatement au-deffiis du
premier des cinq anneaux dont nous venons de parler.
On peut encore, en obfervant avec attention, appcrce-
voir aii-deffiis de la j)rcmiére paire des jambes une efpece
^ t» de petit mammelon * que nous examinerons dans laluitCi
ôt qui eft la partie par le moyen de laquelle l’infede fe
nourrit.
m
des Insectes. /. Afem . 1 3
Si on conficicre lür la branche la place * d’où on a PI. i.
détache une de nos gallinlcdcs qui n’a pas encore coin- “
mcncc là ponte , on y voit , comme nous l’avons déjà dit,
une cl'pcce de lit d’un duvet cotonneux; ce duvet Icul
pourrait donner quciqu’idcc de la ligure <& de l’arrange-
ment des parties qui font du coté du ventre; on y retrouve
leur mou c, on y didinguc fur-tout ceux des cinq anneaux
& de quatre des jambes.
N’hélitons donc plus à regarder nos gallinfcéîes comme
de véritables animaux, mais admirons la manière dont la
nature les a inftruites à conferver leurs oeufs & les j)etils
qui en éclofent; quantité d’autres infeéles fçavcnt filer
des coques dans lefqueilcs ils renferment leurs œufs avec
bien de l’art, c’eft fon jnopre corps que la gallinfcdtc em-
ployé pour couvrir les liens ; Ion corps leur tient lieu d’une
coque bien clofe; elle ne les lailîe pas un i n liant cxpolés
aux impreflions de l’air, elle les met jxarfaitement à l’abri,
elle les couve, pour ainfi dire, dès l’inftant où elle vient
de les pondre. Les petits qui fortent des œufs fc trouvent
encore couvés, ou couverts au moins dès l’inftant de leur
naiflànce & pendant plulieurs jours par leur nxre, ou au
moins^ar fon cadavre ; de forte que la gallinfcèle , meme
après etre périe, eft utile foit à fes œufs , foit à fes petits
,
elle les couvre encore alors avec fon corps, qui fe delTcchê
fans tomber en pourriture.
Mais pour mieux voir la manière linguliére que la
nature a choifie pour perpétuer les différentes eljjeces de
gallinleéles , retournons encore à confidérer une de celles
du pecher en forme de bateau, qui eft prête à commencer
a ponte *. Le contour ovale de Ion corps *, cette ligne * pi. i
qui peut être regardée comme le terme de féparation ^
de la partie convexe ou du dos, & de la partie prefque
P ane ou du yentre, eft exadlement appliquée contre une
B iij
h- -y*'
c, c, c, c, c.
y
portion de l
, , P , ^ coton fur lequel
* PI. I . fig.
eureronÏrnt^re& de duvet; ced-ià où elle conduira
entre ion
y ^ la file du
premier elle les pond fans leur permettre , pour amf, dtre,
srùa oître au joHr. A mefure que le ventre fe vmde <1 une
cerfaine quantité d’œufs, il laiffe la place neceffatre pour ^
!es loger entre fon enveloppe extérieure , fa peau , & lit
de coton ; ainfi fucceffivement les œufs fortent du corps,
& fucceffivement ils font conduits entre la peau du ventre
& le lit de duvet. La peau du ventre cede pour leur laifier
ia place néceffaire, elle s’approche du dos, & s en approche
de plus en plus. Le volume qu avoit le ventie ayant la
ponte, étoitprefque tout dû aux œufs dont il etoit farci;
quand la ponte eft finie, la peau du ventre fi difienduë
ci-devant , efl pouffee par les œufs qui ont paffe en dchois
Si fous elle jufqu’à toucher, ou à toucher prefque le dos;
elle n’en efl féparée que jiar des parties afles minces,
comme les inteflins & les ovaires ; ceux-ci qui m font
vuidés, ne tiennent pas alors grande place, ils font deve-
nus flafques. Le côté de la gallinfede qui efl tourné vers
l’arbre , efl donc devenu concave , il efl fait alors en
coquille ou en cuilleron ; & cette efpece de coquille
ap'pliquéc contre l’arbre , forme une coque qui recouvre
d’autant mieux les œufs, que fa membrane extérieure,
celle de la partie convexe , eft forte , ferrée , Si femble ana-
logue aux matières cruflacées.
refie
que les
iogiie aux matières cruflacees.
Après que la gallinfeéle a fini fa ponte , elle ne
pas long-temps en vie ; c eft une loi affés générale q
/
<r
des Insectes. 7. Mcm. 1 5
infc(flcs pcriflcnt (juaiid ils ont fait tout cc (jui ctoit nc-
cefTaircà la multiplication de leur efpece; elle périt donc,
& dans la meme jdace où clic s ctoit fixée depuis lông-
temjjs ; Ion corps achevé de lé tlefîéchcr , & cela fans rien
perdre de là forme extérieure, de celle de Ibn côté con-
vexe, parce que, comme nous venons de le dire, celui-
ci a une enveloppe qui ell comme cruflacée. Voilà donc
notre galle qui lemhle transformée dans une cfpccc tic
coque qui couvre les œufs , & qui paroît fi bien en être
une, qu’il n’ell: pas étonnant que des obfervatcurs atten-
tifs ayent cru qu’elle n’étoit que cela, qu’ils n’aycnt ni
penïé qu’elle avoit été animal , ni qu’elle n’étoit qu’un
animal delTéché; car rien ne peut conduire à prcjidre une
idée véritable de là nature, quand on ne l’a pas fuivic dans
fès différens états , & fur - tout dans l’opération de la
ponte.
On ne fçauroit voir comment la gallinfedfe, malgré
fon immobilité, conduit jufqu’auprès de fa partie anté-
rieure les œufs qu’elle fait Ibrtir de fa partie pollérieurc.
Quoique tout le corps ne change point de place pendant
qu’elle pond , il y a làns doute alors des mouvemens in-
térieurs , les anneaux , mobiles du côté du ventre , peuvent
aider par leur comprelfion la fortie des œufs; mais j’ima-
gine que des mouvemens fucceffifsde ces mêmes anneaux,
conduilènt le^œufs vers la partie antérieure : le dernier,
le cinquième anneau pouffé l’œuf qui vient de lortir, à
i’anneau qui le précédé, au quatrième; celui-ci le fait
avancer jufquau troiliéme,& ainfi d’anneau en anneau
« elt conduit jufqu’au premier. Dès que les œufs fe trou-
veront empilés vers les premiers anneaux, les mouve-
. mens des anneaux fur les œufs nouvellement fbrtis, fê
communiqueront aux œufs entaffés, & les poufferont plus
oin que les anneaux. Je crois avoir vû faite des mouve-
lé MEMOIRES POUR lHiSTOIR^ ^
mens femblables à ceux qui font neceffaircs a cette opera-
tion aux galünfedes que je tenois dans le fable, renveifees
Une gallinfede d’un genre different du genie de celles
mie nous examinons aduellement & dont .1 fera parle
dans la fuite , étant retournée fur le dos , a fait palier, devant
PI. 6.Bg. moi des œufs arrangés comme les grains d un c lape et ,
julqu’auprès de fa telle. • ^
Mes obfervations ne m ont appris rien de bien précis
fur le nombre de jours au bout duquel les petites galliii-
feélcs fortent des œufs , mais il m’a paru qu elles en font
au moins dix à douze à éclorre. Il m’a paru encore que
plufieurs jours après leur nailfance, elles relient tianquilles
fous la coque formée par le cadavre de leur mere, & au
milieu des fragmens des coques d œufs d ou elles fe font
tirées; elles y relient apparemment jufqu’à ce que leurs
parties fe Ibient affermies. Enfin , elles deviennent en état
d’aller jouir du grand jour, <Se elles en ont befoin. Onima-
gine alTés quelles doivent être alors d’une extrême pctitelTe,
ce n’ell qu’avec une loupe forte qu’on les peut bien voir;
mais on n’imagineroit peut-être pas combien ces infecles
nouveaux-nés relfemblent peu , au moins par leur aef ivité,
à celui à qui ils doivent la nailfance, & à celui qu’ils doivent
être un jour. Ils marchent, & marchent extrêmement vite.
*pi. 2 . fig. Leur forme n’a rien de fingulier *, leur corps cft très-
^ 'fig. 9 ^pplati, fon contour ell à peu-près ovale, aulTi fcmhle-t-il
° - une petite plaque ovale. Ces gallinfeéles portent devant
elles deux antennes; elles ont lix jambes qu’on apperçoit
lorfqii’on les cherche avec un peu d’attention; aflésloU'
vent elles font cachées par la partie fupérieure au-dellous
de laquelle elles font attachées.
Ce qui me détermine à croire que les petites galü*^'
feélcs ne prcmicnt l’clfor que plufieurs jours ai)rcs qu’elif*
font
& 10 .
DES Insectes. I. Mcm. 1
7
font nées, c’eft qu'une gallinlc<5le-nicrc &clen'ccliée, (jui
ne fort plus que de coque , peut être oblcrvéc à la
loupe pendant j)lurieurs jours, làns qu’on voyc autour
d’elle aucun petit vivant ; mais fi on la dctaclie , &
fi on cherche à voir à la loupe ce qui eft dans la cavité,
tout y paroît fourmiller des petits animaux qui y lônt
nés; on les a déterminé à fo mettre en mouvement, ils
s’éparpillent de tous côtés, ils fo dilperlcnt , ét cela avec
vîtelTe ; il y en a des milliers ; on en peut juger par le nom-
bre dés oeufs. Quelques auteurs ont compté plus de deux
mille œufs fous une feule gallinfoéle de certaine cfpecc,<Sc
d’autresen ont comjrté plus de quatre mille Ibus des gallin-
foéles d’une autre eipece. Quand on voit tant de milliers
d’infoétes dans un tas de poudre blanche, & que celui qui
leur a donné nailfance paroît réduit à être une fimple peau
,
on feroit tenté de les croire coupables d’une grande bar-
barie, on feroit tenté de croire qu’ils ont dévoré toute la
_ fubliancedu corpsde leurmere. M. Ceftoni, qui d’ailleurs
afait de très-bonnes obforvations fur les gallinfe<fles, & qui
acompte avec foin le nombre des œufs , l’a penféainfi ; il a
cru que les œufs ecloifbient dans le corps de la mere, &
que les petits le dechiroient pour fortir ; les apparences
font très-propres à induire dans cette erreur. En y tombant,
M. Ceftoni a bien prouvé au moins qu’il n’avoiteu aucune
connoiflànce des AÎenioires de M.''* de la Hire <Sc Sedileau
,
ifyauroit vû que les gallinfeéles font des œufs, & que les
œuft font hors du corps de la mere lorfque les petits naiffent.
Enfin fi on confidére les gallinfedes - meres & deffé-
chees un certain nombre de jours après que leur ponte
cit nnie , on voit autour d’elles les petites qui font nou-
vellement nées, & on en voit qui à chaque inftant fortent
de deffous le cadavre deffeché qui leur formoit une
coq^. La nature leur a préparé une porte qu’elles ne font
lo7ne IV.
J. MEMOIRES POUR ii
plûtôt quelles ne le perdent. M." de la H.re & Sedtleau
penlë que les gallinfeaes des
Archer les gallinledes dont il parle que deux ou trois
ours. Ces fçavans les ont vû fe f xer peu de temps apres
leur naiffance , & ils ont cru qu’elles s etoient hxees pour
DaS d’apprendre jufqu’à quel âge elles font ou
peuvent faire ufage de leurs jambes, j ai porte dans mon
Linet , foit des feuilles , foit de jeunes jets de pecher con-
tre lefquels elles étoient plaquées , penc^an^
fuite, à commencer depuis celui de Juillet jufques au mois
de Décembre inclufivemenU Dès que les feui les & lesre-
jettons ont commencé à fe deffecher, les gallinfeéjes iCs
ont quittés, & par conféquent tantôt plûtôt , & tantôt plû-
tard, tantôt au bout de quelques heures , tantôt au bout
d’un jour, félon que l’air étoit j^lus chaud. Maigre 1 immo-
bilité apparente des jeunes gallinfe<5les, il n’étoit pas vrai-
femblable qu’elles fulTent incapables de mouvement d’auffi
bonne heure qu’on l’a cru ; les infecfles font tous bien in-
flruits par la nature pour leur confervation , les nôtres le
fèroient mal bayant befoin de fe nourrir & de croître pen-
dant une année prefqu’entiére , ils alloient fe fixer pour
toûjours fur des feuilles qui doivent tomber avant la fin de
l’automne. Nos gallinfeéîes tombent au Ifi vers la Touffaint
avec les feuilles fur lefquelles elles fe font apj)liquées , mais
on ne doit pas être embarraffé de ce qu’elles deviennent;
bientôt elles abandonnent ces feuilles, comme jelcuravois
vû abandonner celles que j’avois portées dans mon cabinet»
elles regagnent l’arbre, & s’y attachent.
Quoiqu’il n’y eût pas lieu de douter que nos gallinfeéle^
n’en ufafTent ainfi, j’ai pourtant marqué plufieurs feuillet
que les premiers frpids avoient fait tomber, ôl qui ctoiei’t
entiérentett^
I
des Insectes. 7. A / ern . 2^
entièrement couvertes de jeunes galliidcdlcs ; de jour en
jour le nombre de celles que j’y avois vues me Icmbloic
diminuer: les endroits de la feuille qui paroill'oicnt les plus
deflechés étoient ceux où il en refloit moins ; cnfùi après
trois à quatre jours il n’y en reftoit plus du tout ; ou
pouvoit obferver dans le meme tenips , que les jeunes
rejettons des arbres le peuploicnf de gallinlcdlcs.
Je ne me fuis point trouvé à portée dans les mois de
Janvier & de Février , d’oblerver fi elles étoient encore
en état de marcher ; c’efl au relie un fait de leur hilloire
que je n’ai pas cru bien important; mais des oblérvations
pareilles à celles que j’ai rapportées, m’ont appris que dans
le mois de Mars elles ne peuvent plus quitter les tiges,
les branches ou les rejettons des arbres contre lelquels
elles font appliquées. Quand alors j’ai tranlporté chez
moi des branehes qui en étoient chargées , les infeétes
ont péri delTus fans faire un pas en avant ou en arriére.
Leur accroiûement eû très-lent pendant les mois de Juin,
Juillet, Aoull, Septembre & Oélobre; elles font pour-
tant fonhblement plus grandes vers le commencement
de Novembre, mais elles ne femblent de rien plusépaifo
fes; elles ne paroilTent encore que comme des membranes
ovales plaquées fur les feuilles. Alors elles font toutes
a peu près de meme couleur , elles font toutes roufleâ-
tres, ilny en a plus de blanches, de blancheâtres ni de
jaunâtres , &c ; quand elles marchent elles ne paroifo
font plus fi applaties . elles s’élèvent un peu fur leurs jam-
bes , elles portent devant elles deux antennes extrême-
ment fines.
^ Vers les premiers jours de Mars nos gailinfoéles du
pecher commencent à devenir plus renflées, tout du long
e leur dos elles prennent un peu de convéxité; leur dos
VU a la loupe paroît alors chagriné, on y apperçoit uit
lome IV. ' n
%
,6 MEMOIRES POUR lHISTOIRE
Ini nombre de petits tubercules; on cpperçott anffi
flors fept à huit longs fils * ou poils qui purtentclt divers
Xés , & dilFéremment diriges. Il y a de ces fus qu. vont
s'attacher au bois affés loin du petit anima .
Vers les premiers jours d'Avril , non-feulement les gsl-
linfeaes paroiffent encore plus renflecs,
Tu'alors elles ne foient plus en état ou en dirpofit.on tfc
changer de place, elles font des mouvemens qui prouvent
, bien qu’ellel fontanimées. J’en ai vû dans le commence,
ment d’Avril , de celles du pêcher & de celles du noi eiicr,
fe défaire de leur vieille peau; leur manœuvre «oit afe
femblableàcelledes autres infeéles en pareil cas. Quelque-
fois elles recourboient leur corps , elles 1 élev oient ne -içon
qu’elles nerefloient appliquées contre la petite buncic
que par la tête 6i par le derrière; on pouvoit appercevoir
le viiide qui étoit entre leur ventre Sc la furface de i arbre;
elles s’app atifToient bientôt apres. Dans d autres momeiis
j’ai vù des gallinfedtes qui élevoient peu a peu leur tete
& toute la partie antérieure de leur corps, leur derrière
étoit leur feul point d’appui; enfuite elles le laifToient re-
tomber peu à peu. J’en ai vû d’autres qui avoient le corps
contourné de manière qu’il n’étoit appuyé contre 1 ar-
bre que par le milieu du ventre. Tons ces mouvcniens
ôc toutes ces contorfions tendoient à forcer la dcpoiiÜ»
• qu’elles voiiloient quitter, à fe fendre & à fc brifer; je
à fe brifer, parce que je n’ai pointvéi de gallinfceleslor|*‘
par la fente qui s’étoit faite à la dépouille , comm^
chenilles forcent par celle qui s’eft faite à la leur. Nosg-y
linfecfles la font tomber par lambeaux qui font blaii'^’
minces êc très-tranfparens. Il y en a à la vérité de trf^'
grands , il y en a qui eouvroient le quart de ia furface
I
des Insectes. 7. Mem. 27
î,.,r corps- il va tel morceau dont elles ne parvicnnenc
à l'e délire qu’après avoir répète pendant une ot, deiix
heures les manœuvres que nous venons de lappoi ter , aufu
leurs mouvemens font-ils très-lents. ^
Il y a même des gallinfedcs qui ne parviennent pas a
fe défaire de la partie l'upérieure de leur peau . on la rc-
connoit quelquefois fur les plus groffes de ce genre , i
femble que ce foit une petite gallinlcéle qui le loit atta-
chée fur une très-grande.
Quoique je n’aïe vu nos gallinfeéles changer de peau
qiie dans le mois d’Avril , elles en changent peut - être
encore auparavant; mais ceft après le changement dont
je viens de parler qu elles croilTent vite , 6c qu elles pren-
nent iavraye figurede galles : elles ne font plus reconnoil-
làbles au bout de fept à huit jours ; ce n’eft jjourtant gueres
que vers le commencement de May qu’elles font par-
venuës à leur dernier terme de grandeur. Si on les écrafo
dans ces derniers temps, on fait fortir de leur corps une
grande quantité d’une elpece de bouillie compolée de
matières de différentes couleurs, parmi lefquelles la loupe
fait voir une infinité de petits grains blancheâtres, qui ne
font autre chofe que les œufs dont l’accroiffement efl; fort
avancé.
Enfin vers le i y. May elles font en état de pondre;
elles fe délivrent peu à peu de leurs œufs , 6c à mefurc
qu’elles les font fortir , leur ventre s’applatit, il s’approche
du dos, comme nous l’avons expliqué ci-devant. La ponte
finie, la gallinfedle périt 6c fon cadavre ne paroît plus
qu une coque , de deffous laquelle les petites fortent en-
luite pour croître 6c devenir à leur tour auffi fécondes
que leur inere l’a été.
Mais comment ces gallinfèéles font -elles fécondéest
M. Ceftoni croit quelles font toutes mâles 6c femelles ea
28 MEMOIRES POUR l’Histoire
même temps , quelles font des hermaphrodites du genre
e plus fiugmlien Les deux lïxes iont réunis dans c.iaqiie
individu de quelques genres d'infeaes très- connus,
comme les limaçons & les vers de terre; ma.s chaque
limaçon , chaque ver de terre ne devient fécond que
quand il s’ell accouplé avec un aiitie limaçon, avec un
autre ver de terre; les deux infedlcs joints eniem'' e fe
fécondent réciproquement. M. Ceftoni croit eue les
c-aliinfcéles font des hermaphrodites encore plus lingu-
liers, que chaque gallinfedle fe fuffit à elle-même, qu elle
Il a pas befoin de s unir avec une autre pour être en état
de produire des oeufs defquelsdes petits naiffciit. de
la Hire & Sedileau ont penfé au contraire que parmi les
gallinfeéles des orangers il y a des mâles & des fémelles,
& que la fingularité qu’ils nous offrent par rapport à leur
manière de fe multiplier, fè réduit a eequ elles s accouplent
les unes avec les autres de très-bonne heure, prelque dès
qu’elles font nées , pendant ces deux à trois jours ou on les
voit courir fur les branches. M. de la Hire n’avoit pas
pu reculer leur accouplement plus loin , parce qu’il penfoit
qu’après ces premiers jours elles fe fixoient pour toujours;
mais dès que nous avons prouvé qu’elles font en état de
marcher pendant l’hiver, il ne feroit pas nécclTaire qu’elles
s’accouplalTent de fi bonne heure. Si les gallinfcéfes des
orangers s’accouploient , l’analogie demanderoit que les
autres efpeces de gallinfedfes s’accouplaffent , mais ces
M". n’ont point dit qu’ils eulTent vû l’accouplement des
premières , s’ils l’ont admis ce n’elt que parce qu’ils l’ont
jugé d’une néceffité indifpenfable.
J’ai eu beau obferver des gallinfcéfes de quantité d’ef-
peces différentes, je fuis refté incertain pendant plufieur*
années fi je devois croire avec M. Cclfoni, qu’elles lè
multiplient fans s’accoupler, ou fi je deyois pcpfçr
des Insectes. I. Ment, 29
AI.” delaHirc&Salilcau qu’elles s’accouplent, quoique
peut-être dans un temps plus éloigné de leur naiirancc que
celui où ces Içavans ont jugé que l’accouplement le devoit
faire. Enlin une obfervation heureufe me mit fur la vo)’c
de décider; ce font des gallinfcélcs du pécher, de celles
qui deviennent des grains plus qu’hémilphériques qui me
la fournirent *. Pendant que j’examinois vers la lin d A-
vril , des branches de cet arbre qui en étoient toutes cou-
vertes, j’apperçus plufieurs petites mouches * , qui mar-
choient fur ces gallinfeéles; elles étoient afles jolies pour
s’attirer mon attention. La tête, le coips, le corcelct, les
fix jambes des mouches dont il s’agit , font d’un rouge-
foncé; elles n’ont que deux ailes, mais grandes propor-
tionncüernent à la grandeur du corps, elles font près du
double plus longues qu’il ne l’eft. Dans leur état ordinaire
ces ailes font parallèles au plan de pofition * , & croifées lùr
le corps de manière que la fupèrieure cache l’inférieure
preiqu’en entier. Elles Ibnt moins tranlparentes que celles
des mouches ordinaires; elles font blanches, d’un blanc-
fale, excepté leur côté extérieur qui eft bordé d’une bande
qui eft pour elles un grand ornement, cette bande eft d’un
rouge qui apj)roche de celui du carmin. Ce qui caraélérife
bien encore les petites mouches de cette elpece, ce font
deux filets bknes * qui partent de leur derrière, & qui
font à peu près du double plus longs que les ailes; ils font
«cartes 1 un de l’autre, & plus écartés vers leur extrémité
qu’à leur origine. Entre ces deux filets il y a encore une
partie lemarquabie , c eft une forte de queue * faite en ma-
nière d’aiguillon , qui a une longueur égale à celle du tiers
ou du quart d’un des filets blancs. Cette efpece d’aiguillon
plus gros, comme tous les aiguillons, à fa bafe qu’àfon ex-
tiemite , le recourbe un peu en defïous. Les antennes * de
.cette mouche font grainées à longs grains chargés de
Diij
PI. :»• fig.
7 & 8.
* PI. 4.
7-
* Fiç. 8 &
* Fi£, 9,
1
1
«“O
M M E M U 1 n. jl:- ‘J A ^ ^ ^ , J *
|l„quc Côté de poils qui paroiffeniplus gros vers le bout
IVnflroit de leur infertion.
^ Je rcgartlsi d’abord cette efpece de mouche comme
une de celles qui viennent des vers qu, cro.ffent dans le
corps des gailiiiiedes , & qui les font périr apres avoir
W ou rongé leurs parties intérieures Je penfai que celles
que je voyois, cherchoient à piquer des gallinledcs pour
dépoier des œufs dans leur corps, pour y faire eclorre leurs
petits. La queue ou l’efpece de gros aigui on que la mou-
che a au derrière , favorifoit cette idee , elle fail oit juger la
mouched’un genre analogue à celui desichneumons. J eus
bientôt après un foupçon fort différent, qui fut que ces
mouches étoient peut-être deftinées à féconder les gailin-
fedes, qu elles en étoient les mâles. Ni les ailes, ni les
autres parties qui leur donnent une forme li diff érente de
celle des galiinfedes , ni ladifproportion confideiablequi
efl entre la grandeur de ces mouches & celle des gallin-
fedes, ne me firent point abandonner cette conjedure.
La nature m’avoit déjà offert plus d’une fois des difîé- •
rences auffi frappantes entre les mâles Sl les fémelles des
infedes de certains genres. Dans l’hilloire des fcarabés
j’aurai occafion d’en faire connoître un qui efl: fi petit par
rapport à la femelle à laquelle il fe joint , que l’affortiment
de l’un avec l’autre doit paroître auffi fingulier qu’il le
feroit de voir un taureau auffi petit qu’un mouton ou
même qu’un lièvre s’accoupler avec la plus grande vache.
Ce très-petit fcarabé a des ailes & des fourreaux d’aîles
écailleux, fa groffe fémelle n’a aucuns vertiges d’aîles &
de fourreaux d’aîles; le deffiis de fon corps efl membra-
neux <Sc à découvert. Je crus même trouver divers traits
de reffemblance entre les mouches en queflion Si les gab
linfedes; la couleur, l’odeur Sl la nature de la chair des
Wnes ÔL des autres me parurent être à peu près les mêmes*
01 R ES POUR l’ Histoire
DES Insectes. I% 3 ^
Les mouches ccral'écs liir mes manchettes les teignirent
en rouge, & en un rouge un |)eu plus beau que celui que
les gallinleaes y auroient laillc. , ^ _
Après avoir oWerve ces mouclies & les avoir vues en
très-grand nombre l'urles gallinfedes, je tournai mes re-
carcis fur des branches de pcchers * auxquelles j ayoïs
donné attention les derniers jours de Mars & Icspremieis
jours d’Avril. J avois admiré alors combien elles ctoicnt
couvertes de petites gallinfecles ; non-feulement elles s y
toiichoient prefque toutes, elles y ctoicnt en divers endroits
en recouvrement les unes fur les autics. Elles ctoicnt
pour la plupart encore très~petitcs, elles avoient beaucoup
à croître pour parvenir au terme de grandeur oïdinaiiea
celles de leur efpece; cependant elles etoient déjà dans
un âge où elles ne marchent plus, ou elles ne changent
plus de place: c’étoit là qif elles dévoient achever de
croître, j’avois été embarraffé de fçavoir comment elles
pourroient s'arranger après avoir pris tout leur accroilfe-
mentjdans un efpace qui déjà avoit peine à leur fiiffirc.
Je jettai, dis-je, mes regards à la fin d' Avril fur ces mêmes
branches de pêchers fur iefqueiles j’avois vû au commen-
cement du meme mois tant de 2 *allinrc(fles, qui m'avoient
donné quek[u inquiéende pour leur fort. De ce grand
nombre il n’en étoit refté que qui euflentpris de
i’accroiflement*. M:us j’cblc ovai une quantité prodigieufe
de dépouilles *; ce n’éfoitnt pas des lambeaux de peau ,
tels que font les dépou'll'.s .qi. ‘ iaiîTent ordinairement les &c.
galiinfeéles , c’étoientdes tlcpc -.: .es très-complettes dont
chacune avoit bien la foïir.e d’ •'ie galiinfe<5lc , dont clia-
.cune n’étoit qu’une membrane inince qui renfermoitun
elpace vuide. Qu’étoientdeveii.;£s les galiinfeéles Ibrties
de tant de dépouilles! Avoient- elles été en état d’aller
fherçliçj’ dçs lieux où elles fepuffent placer plus à leur aifel
* P 2. fig.
” E'g-
g. &c.
7 / 7 , 7 / 7 , 7 / 7 ,
5 , MEMOIRES POÜR l’HiSTOIRÊ
- Ces dépouilles mieux étudiées m’appiRcnt qu elks n e-
avoit (ervi denveloppe ^ dans laquelk
quelle avoit ete pour a n nymphe, 'iufqu a ce quelle
elle avoit vécu tous la fo. “ „^mpltes » dont
*pl. 4 .fi£. enfûtfottieavec esai r n’étoit pas encore
i&i- letemnsdela dernietetranstormation iicro j
arrivé' dans uluf.eurs coques de cette efpece, Falloitul
c oireque ces nymphes& ces mouches étoientchacune ve-
mès d’un ver qui avoit mangé l’intérieur de la galhn ede.
qui n en avoit laifle que la peau fous laquelle il s etoii me-
tamorphoféî ou falloit-il penfer que chaque mouche avoit
été réellement une gallinléde qui s étoit transformée ious
fa propre peau . comme fe transforment fous la leur tant
d’efpeces de vers qui deviennent des mouches a deux ailes.
Bien des faits parlèrent pour ce dernier lentiment : i.*
Dans les premiers jours d’ Avril j avois écrale quantité de
gallinfeéles , fi les mouches venolent dun ver qui s elevc
dans le corps de chaque gallinfeéle, j ’euffe fait fortir lever
du corps de quelqu’une, puifque le nombre de celles qui
en auroient eu eût furpaffé prodigieufement , dans ce cas,
le nombre de celles qui n’en auroient pas eu. 2 .° Les mou-
ches qui viennent de vers mangeurs dinfedes, 6c nom*
mément celles qui viennent de vers mangeurs de gallin*
fedes, percent la ])eau del’infede, elles lui font un trou
rond par lequel elles fortent. Ce n eft pas ainfi que nos
petites mouches à ailes blanches bordées de rouge fortent,
ia peau de la gallinfede leur fait une vraye coque, qu|
femble compofée de deux pièces, l’une de la peau qut
couvroit le ventre, 6c l’autre de la peau qui couvroii c
deffus du corps. Quand la mouche eft près de lortir»
<juand elle fait effort pour y parvenir , ces deux piee«
^écartent l’une de l’autre , la fupérieure eft foulevée
des Insectes. /. Alem. 3
^
Je/Tus du derrière de 1.1 gallinfecde ; là fe fait une porte par
laouelle Ibrtent d’abord les bouts ties aîlcs * , après <|uoy PI. 4- «e*
paroifTent les bouts des filets blancs ^fui font au clcrricrc
de la mouche. La partie pollèricure de la moiicbc fort 6.
enfuite, & la mouche le tire peu à peu, & ailement de
- cette coque, qui fe referme dès qu’elle en cft dehors. Nous
ferons remarquer en palfant, qu’il cil particulier a celte
mouche.de faire fortir là partie pollcneurc la première,
les autres font lortir dabord leur partie antciieurc, mais
la nature paroît avoir tout dilpofe de manieie que la peau
que l’infede a quittée lorfqu’il ell devenu nyniphe , qui
lui a fervi d’enveloppe loriqu’il etoit en cet et.-t , jiiit le
plier aifément près du bout poltérieur , & fe fendre là fur les
côtés, lorlque l’infede feroit devenu mouche. ^.° Enfin
j’examinai des coques vuides, de celles dont les mouches
étoient forties , & j’en examinai de celles où des mouches
étoient en nymphes; ni dans les unes ni dans les autres je
ne trouvai aucun excrément, aucun débris, aucun rede de
lagallinfede , comme il auroit dû y en avoir li la nymphe
& la mouche fulfent veniiës d’un ver qui eût mangé ce petit
animal. Dans les coques d’où les mouches étoient forties
j’ai vû feulement de petits relies de dépouilles , j’ai cru
aulfien voir au bout du derrière des nymphes. Toutes ces
remarques concourent à établir qu’entre les gallinfedes il
y en a qui relient petites, & qui fe transforment véritable-
ment en mouches, pendant que d’autres qui deviennent
plus grolTes pondent leurs œufs fans fe transformer; d’où
I analogie des autres infeèles veut qu’on conclue que les pe-
tites mouches à ailes blanches font les mâlesdes gallinlèélesi
ne font pourtant encore là que des vrayfemblan-
ces , mais de très-grandes vrayfemblances. Pour avoir quel-
que chofe déplus, muni d’une forte loupe, j’oblervai ces
petites mouches pendant quelles étoient fur les branches
Tome IK . E
MEMOIRES POUR L’Histoire
34 à fjirp ulaffe
ÿpéZ. elles ne cherchent
Sèurcorps, .il eft P-r «n
j’oUe^-vcis une mouche qui étoit en mouvement
Qjana ) mi’an leu ce porter fon
Liiinrcae ie voyois qu’au lieu ce porter fon
fur une gailirieeic,
,
H , Hp fnn
PI. 4.
elpece de Vécu oé a’aiguillon dans la dircaion de ion
X . elle'l atchnoit entbas, & *
lon étok dhigé de manière à pouvoir ctre pouffe contre
keorps de if gallinleae, comme fila mouche eutvonlji
en piquer la gallinfedle. Mais étoit-ce pour lui faire quel-
que Huûre fatale , où n’étoit-ce point plutôt pour in to-
duire dans une partie deftinée à la recevoir, pour in ro-
diiire dans la partie qui caradérife le lexe de la femelle.
Cinq à fix obfervations confëcutives ne me permirent pas
de relier incertain fur ce qu’il en falloit penfer. Je vis cin^
à fix mouches introduire leur aiguillon dans les corps 6
cinq à fix gallinfedes différentes ; toutes l’introduilirent
dans cette fente qui efl à la partie poflérieure delagallin-
fedle *, dans cette fente que les petits infecfles nouvellement
nés fçavent bien trouver pour fortir de deffous le corps
déffeché de leur mere. Quelques-unes tinrent leur aigw*
Ion enfoncé dans cette fente pendant plus de trois à quatre
minutes. Enfin je n’ai obfervé aucune mouche de cette
efpece qui ait enfoncé fon aiguillon dans le dos , ou dans
quelqu’autre endroit de la gallinfedle. Pour quoypeut-ot'
prendre une partie qu’un infeéle infère conflamment
une fente qui efl auprès du derrière de la fémellc,^^^
pour celle qui efl deflinée à féconder cette fémellc. ”
ne peut donc s’empêcher de reconnoître nos petites moU
çhes pour les mâles des gallinfeéles.
iSi on ne trouvpit pas encore toutes ces preuves ail
K.-
> .
•J
»
ji'
I:
ft-
.
t
DES Insectes, I. Mem. % $
aémonftmtives, fi on vouloit pcrfifter à croire que la mou-
che que nous donnons pour ce le qiu cherche a sun.r
de l’union la plus tendre à la gall.nledc, eft au contraire
une de les plus cruelles ennemies, que fi elle choifit la
fente qui ell auprès du derrière de la ^
inlèrer fa partie poftérieure , cell que la na ui
appris l’endroit où il lui feroit plus facile de la piquer,
& d’introduire dans fon corps les œufs qu elle y veut lair.e
éclorre; quelques obfervations qu’il nous relte a rapporter,
forceroient de reconnoître que cette derniere nn n c las
celle qui les fait agir. En elfet, fi elles étoient des mouches
prêtes à faire leurs œufs ou leurs petits vivans , les corps
de celles qui cherchent à piquer les gallinfetfles feroient
remplis des uns ou des autres: or j ai fait fortir du corps
de piufieurs mouches galünfeèles tout ce qui y etoit con-
tenu , loit en les prelTant , foit en les écrafant ; & j ai eu
beau- obferver avec les plus fortes loupes ce que j en avois
fait fortir, je nai pû y appercevoir ni œufs ni embryons :
beaucoup d’autres mouches auffi petites, & plus petites,
telles que celles de certains pucerons , nous ont appris
qu’en pareil cas j’eulfe dû voir les uns ou les autres.
Une preuve à mon fens encore plus décifive,efl; prife
du temps auquel ces mouches fo joignent aux gallinfcdles
,
ou , fi on veut , du temps où elles les piquent. Ce n’eft
que l’année fuivante que- ces mouches doivent paroître,
on n’en voit point'fortir en été du corps des galiinfedîes
qui ont fait leurs œufs. Si les œufs des mouches dont il
s’agit, étoient dépofés dans les corps des gallinfetfles , il n’y
auroit qu’une manière dont les petits qui en devroient
eclorre pulfent parvenir à prendre leur accroilfement , ce
feroit fi chacun d’eux étoit introduit dans un œufdegal-
linfoéle. Mais que deviendroit alors l’embryon de gailin-
feéle 1 il périroit avant que de naître , il ne pourroit pas
36 MEMOIRES POU R l’Histoire
fournir à l’embryon tle la mouche de quoy vivre.
Les galiinlcdes m’ont elles-mêmes appris que loin que
les petites mouches fuITent pour elles redoutables, elles
atlendoient 6c aimoient leur approche. De tous les êtres
animés elles font ceux qui le fcmblent le moins, & les
ri'.oins propres à montrer leurs fentimens, elles les mon-
troient cependant a leur maniéré. Celles fur le corps def-
qiieües des mouches marchoient, fur - tout celles aux-
queiies les mouches étoient prêtes ale joindie, ou/roient
plus que les autres cette fente qu elles ont à leur partie
* PI. 4. fig. jioftérieure * ; j’ai vû même alors le former à cette partie &
14, K. s’élever des bords qui n y font pas en d autres teuips. Les
parties charnues qui font aux environs de fanus, ou 1 anus
même , entroient apparemment alors dans cette fente^, &
s’élev'oient au-delTus de les bords ordinaires. Il m a meme
été aile de voir que l’anus ou quelqu autre ouverture cha^
nuëétoit alors dans cette fente, car il m efl: arrive devoir
quelquefois une goutte de liqueur le montrer peu apeii,&
grollir ; elle fortoit de l’ouverture que la loupe mefaiioit
découvrir. J’ai comparé les fentes des gallinlédes dont les
mouches venoient de feféparer, dont l’accouplement ve-
noit d’être fini, avec les fentes de diverfes autres gallinfe-
des , 6c les fentes des premières m’ont toujours paru fenu-
blement plus ouvertes que celles des autres. ,
Si nos gallinfeéles ne nous offrent point la finguhnte
de fe féconder chacune elles-mêmes , que M.*" Ceftoin
leur a cru, fi elles ne nous offrent pas celle des’accoup
prefqu’en naiffint , comme M." de la Hire 6c Sedileau ont
penfé, qu’elles faifoient , elles nous offrent au
celle d’avoir des mâles d’une forme bien différente de w
leur , 6c d’une grandeur bien difproportionnée. Il efl
fànt que le mâle marche, fe promène fur le corps de ^
fémdis à laquelle il veut fe joindre. On voit fouyent le
des Insectes. 7 . Mcm. 37
ïiicmc mâle aller lucctnivtnKiU fiir j)lu(lturs femelles ,
les parcourir chacune il’un bout à l’autre, tl’un côte à
l’autre, tenant toujours la partie en forme d’aiguillon in-
clinée vers leur corps; il s’arrête, il fc fixe, il introduit eette
partie quand il s’cll place fur la fente d’une fémelie j)rétc
à la recevoir.
Les arbres qui, au commencement du printemps, ont
paru leplus chargésde petites gallinicdcs, n’ont fouvent en
été , qu’un nombre aflés médiocre de groffes gallinlcdcs;
c’eft qu’il en eftdes gallinlcdes comme de quelques autres
genres d’infedes dont les femelles font extrêmement fé-
condes , où le nombre des mâles l'urpafTe de beaucoup celui
des fémelies; c’eft ce que nous font voir les républiques
' des guêpes , & fur-tout celles des aneillcs.
Quoique je n’aye encore obfervé que les mouches qui
font les mâles d’une efpece de gallinfedcs , il n’y a pas lieu
de douter que d’autres efpeccs de gallinfedes n ’ayent tle»
mâles analogues, & qu’on reconnoîtra lorfqu’on cher-,
chera à les voir dans une fàilbn convenable. M." Se-
dileau âc de la Hire avoient déjà remarqué qu’il n’v a
qu’une partie des gallinfedcs des orangers qui pondent
des œufs, les autres font apparemment celles qui tranf-
forment en mouches. Parmi les mouches qui Portent du
kermès la plus noble des gallinfèdes , il y en a une dont
les ailes font blanches, & qui a tant d’autres rapports avec
nos mouches blanches des gallinfedcs des pêchers , qu’on
n’héfitera pas à la prendre pour un fécond exemple des
mouches qui fervent à féconder des gallinfedes.
L’effentiel de ce que nous venons de voir fur la fécon-
dation des gallinfedes , avoit déjà été comme prédit ; on
a annoncé en quelque forte dans les Ades de Pliyfique
& de Médecine des Curieux de la nature, vol. 3. année
I1733. page 57, de i’appendix, que l’on découvriroii que
Eiii
^8 MEMOIRES POUR l’KîSTOIRE
les gailinfecfces ont pour mâiesde petites mouches, &on
y paroît déjà convaincu que cela eft. Les efprits les plus
philofophes airnercientlesprédi(flions, ils y adjoüteroient
foy fi toutes étoient aulTï-bien fondées que 1 etoit celle-
ci. M." Brennius a donné l’hiftoire du 'Coccus Polonicus,
ou de la graine crécari'’^ede Pologne, nous en parlerons
d’après lui dans le Mémcite Liivant fous le nom d’une
pv -galiinfeâe. Cette hiftoire a été imprimée à Dantzic
en 1731. elle a été réimprimée en 1733- dans i’appendix
du volume des Ades que nous venons de citer, écelley
paroît avec un fuppl huent. Lorfque M.*^ Brennius la mit
au jour pour la première fois , il plaça , mais à ce qu’il
aflfûre , avec quelque répugnance , la graine d’écarlate de
Pologne au nombre des infedes qui fe fuffifent à eux-mê-
mes , qui font mâles & fémelles , & cela entraîné par le
fentiment de M.*" Ceftoni fur les gallinfedes , & Ibr ce
qu’il n’avoit trouvé aucunes différences de fexe entre
ceux qu’on appelle graine d’écarlate de Pologne. Mais
comme il convient à tout galant homme & à tout vrai
fçavant, il s’efl; fait un plaifir de donner unfupplémentà
cette Differtation dans lequel il avoué fon erreur. Il l’y
avoué d’une manière qui lui eft doublement glorieufe, car
il nous app-end en même temps qu’il a découvert les mâles
de ces infedt; qui jufques-là avoicnt été méconnus;
reconnu pour tehdes mouches à corps rouge, à ailes blan-
ches bordées de rouge, en un mot des mouches parfai-
tement femblables à celles de nos gallinfedes du pêcher.
Dans fa première Differtation il les avoit prifes pour des
mouches venant de vers qui avoient mangé les graines
d’écarlate, ôi. depuis il a vû que les petites graines d’écarlate
fe transforment en ces mouches; il a vû ces mouches
monter fur les fémelles ou graines, Joindre leur derrière
leur ; 6c il lui a paru indubitable, comme il nous le
des Insectes. 7 . Man . 3
9
mie c’étoit pour féconder les oeufs des fénielles.
' Mais pour revenir aux mouches de nos pllinic<51cs du
pêcher , lêmblabics à celles de la graine d écarlate, il ne
pourroit relier qu’une dilllcultc qui fît peine , qui empê-
chât qu’il ne parût prouvé dcmonllrativement qu’elles
font les mâles des gallinfetfles; leur ruçuë a l’air d un ai-
guillon analogue à celui des mouches ichneumons, à celui
des mouches des galles , en un mot il femble anaioguc à
celui de plufieurs autres mouches qui ont befoin d’être
munies d’un inllrument propre à percer les corps élans
iefquels elles veulent introduire leurs œufs. La figure de
cette queue des mouches des gallinfctfles , pourroit donc
lailïer de la dilpofition à penlèr qu’elle ell un inftiu-
ment propre à faire des blenures aux gallinlé<fles. Mais fi
i’on veut examiner cette partie comme je l’;û fait , on fera
convaincu que ce n’eft point là fon ufage, qu’elle n’cft
nullement capable de percer, & qu’elle n’eft que le fourreau
de la partie du mâle. Après avoir faifi une mouche de
gallinfeéle entre le pouce & l’index, près «iu derrière, en
iaifîànt la queue en dehors de mes doigts, j’ai prefTé le
ventre de cette mouche que j’obfervois avec une très-forte
îoupe ; alors j’ai vû fortir par le bout de la queuë un
filet cylindrique *, très -blanc, d’une confiflance mé- *PI.
diocre & mojns ferme que celle des chairs ordinaires. Il " ’
cfl devenu de plus long en plus long, à mefure que j’ai
prefTé davantage, jufqu’à être égal à la moitié de la lon-
gueur de la queuë. Si la mouche avoit un aiguillon ou
un inllrument analogue , ce corps le feroit; mais au lieu
que les aiguillons qu’on fait fortir de leurs étuis font d’une
lubflance dure , femblable à la corne, Sc ordinairement
bruns, le corps forti de la queuë de notre mouche étoit
blanc & dune fubflance molle ; en un mot il étoit bien éloi-
gne de reuembler a un aiguillon. On ne peut donc prendrf
PI. 4. fi,
16. & 18.
Fig. 1 6.
jy. A. A.
* Fig. I
#> e.
S-
(X
40 MEMOIRES POUR l'HîSTOIRE
cette partie que pour celle qui caradériie e
^
Notre petite mouche à deux ailes eft d une clalp tres-
particuliére; j’ai eu heaume fervir des plus^ oupes,
je n’ai pû lui appercevoir en deffous de la tete * r.en qui
pût être comparé aux trompes des mouches a deux ailes,
lii rien qui reffembiatà des dents: ou les dents devro.ent
être, fi elle en avoit, je n’ai vû autre chofe que deux grains
lîémifphériques , ou plus qu hemiipheriques , i^^irs
luifans , &. qui reiTemblent tout à-fait à deux yeux. Si ç en
font réellement, iis font bien finguliérement places; ces
grainsfont tout-à-fait femblables à deux autres petits corps
litiiés en-deffiis de la tête , aiTés procae de origine es
antennes , & qui ne peuvent etre reeilement pris e ue pour
•des yeux. Il femble donc que cette mouche a es yeux
à la place de la trompe & des dents , & qu elle elt privée
des organes propres à prendre des alimens. Mais les papi
ions noélurnes mâles & fémelles , nous Çtnp^^herment e
regarder ce dernier fait comme un prodige dans 1 rlil oire
naturelle; nous avons vû que plufieurs elpeces de ces pa-
pillons nailTent avec affés de force & de vigueur pour
s’accoupler, les uns pour féconder les œufs , Sl les autres
pour les pondre , fans qu’ils ayent befoin de prendre üQ
nourriture pour réparer la difïipation qui fe fait alors ches
eux; ils n’ont paru que pour perpétuer leui; efpece , ils Y
travaillent dès qu’ils ont pris des ailes, & périffent quand
ce grand ouvrage efl fini. Il en eft probablement de meme
de nos mouches des gallinfeéles , qui dès qu’elles font
fbrties de leur coque , cherchent à féconder les fémelles»
Si qui ne doivent guéres furvivre à cette ojiéiation.
Nous avons déjà fait remarquer qu’il eft particulier aux
mouches de ce genre de fortir de leur coque le derrière le
premier, car toutes les autres mouches que j’ai obfervees»
Si dont nous parlerons dans la fuite, fortent delà leur w
des Insectes. I. Alcm. 41
tête la première. Si nous ne pouvons Içavoir les raifbns qui
demandent qu’il y ait des mouclies qui ouvrent leur coque
par le bout oppolë à celui par lequel les autres ouvrent le
bout dç la leur, nous voyons au moins que tout a été dif-
pofé pour que la Ibrtie de la mouche de la gallinlcéle fè pût
faire commodément par leboutpoftérieur. Dans les nym-
phes des autres mouches toutes les jambes font ])olccs fur
îe corps, & vont fbuvent julqu’au derrière, au lieu que j’ai
obfervé conftamment que chacune des jambes de la j)rc-
mière paire remonte en haut,& entoure un des cotés de
la tête de la nymphe de la gallinfeèîe *. Jepenfai d’abord
que cette pofition des deux premières jambes venoit t!u
cerangement que j’avois lait lorlque j’avois tiré la nym])he
de la coque ; mais les ayant toujours trouvées dans cette
fituation quelque foin que j’aye pris pour mettre la nym-
phe a découvert , & quoique ç’ait été avec des précautions
qui m affuroient que je n’avois pû déplacer aucune des
parties, j ai reconnu que cette dilpofition des deux pre-
mières jambes, toute extraordinaire qu’elle eft, leur étoit
naturelle. Ce neft ni làns delTein ni làns railon qu’elle
leur a été donnée. Quand on a obfervé que la mouche fort
par la partie poftérieure de fon fourreau , on voit que les
deux premières jambes , placées comme deux bras autour
deiatete, doivent fervir à cette mouche pour fe pouffer
en arriéré. Enfin, au lieu, comme nous le verrons dans la
luite , que les coques des autres mouches peuvent fe fen-
dre aifement a leur partie antérieure qui doit donner iffuë
a la mouche il y a une portion * de la partie poftérieure
meni gallinfecles qui peut aifé-
ment fe relever en haut. ^
mouches des gallinfedles font
aufi long-temps à fortir de leurs coques , que l’ont été'
. F
* PI. 4.
I k IH,
* PI. 4. %;
4 > 5 ^ 6 ,
r P U
r
MEMOIRES POUR l’HiSTOIRE
placées fur mon bureau. Celles-cy n en ont été ordinai-
rement dehors, que plus de dix a douze heures après que
j’ai commencé à voir fortir du bout pofterieurune petite
portion de chaque aîle, & même une portion des deux
ionffs filets. Je n’ai pas bien vû comment ces derniers filets
font placés fur la nymphe, je ne fuis pas parvenu a les y
diftinguer; mais des parties d’un fi petit animal échappent
aiféraent lorfqu’elles font dans rinadion , & de plus collees
contre d’autres, comme le font fans doute celles-ci.
La plûpart des gallinfedes en forme de bateau renverfe,
fe relTemblent à un point qui peut faire douter fi celles qui
croiffent fur des arbres fort différens , font d’efpeces difie-
rentes; fi celles du pêcher, celles de la vigne, celles^ de
l’abricotier, celles du figuier, celles de l’oranger, &c. ne font
point toutes des individus de la même efpece , qui peuvent
vivre fur ces différens arbres. C eftce que j ai négligé d e-
prouver, &qui peut être éclairci par des expériences ues-
fiîiiplcs; iUciis on doit cflre accoutume a voir (jii une infi-
nité d’expériences très-faciles , Sl propres cependant à nous
infini ire, refient à-faire, pendant qu’on employé beaucoup
de peine ôl de foin pour en tenter d’autres; les difficultés
nous déterminent fouvent a agir. Apres s etie bien affu^’c
dans la faifon où les gallinfedes font le plus aifées à voir,
qu’il n’y en a aucune fur un pied de vigne, qu’on attache
à ce pied de vigne une gallinfeéfe de l’oranger, Sl adhé-
rente à un peu d’écorce d’oranger , avec tous Ip œufs
qu’elle a pondus, & qui font fous elle; qu’on ne l’y porte
même que lorfque les petits font nés, on verra s’ils vivront
& s’ils croîtront fur le pied de vigne. On portera a\;ec les
mêmes précautions une gallinfede détachée d’un pied de
vigne fur un oranger bien net; en moins d un an on fçn^ _
fi les gallinfedes de la vigne vivent fur l’oranger , & réci-
proquement fi celles de i oranger vivent fur la vigne, et
DES Insectes. /. Mem. 49
végétales, piulquc les gallinltdcs & les œufs Jes gallin-
iècles nourris île la lève tlu cheiic font tic 1 encre avec le
vitriol. U- r n
Touteeque nous avons dit ci-devant des galimrcc'tcs en
général, lui iroit pour prouver que de A^laililii n avoit
pas été aufli heureux dans l’idée qu’il avoit pnlede la nature
du kermès. Nous n’avons garde cependant de nous dif-
penfer de rapporter les oblervaiions qui ont été faites im-
médiatement, & très- bien fur cette elpece de gallinlcélcs;
nous les devons encore en partie à M. Garidcl que nous
avons cité ci-defTus. Il les a fait imprimer dans fon hiftoire •
des Plantes des environs d’Aix, qui a paru en 17 1 5. M.
Garidel étoit Correfpondant del’Académi^e, & avoit été
excité, comme il nous l’apprend * , par M. de Tournefort, * P^^s-
à bien étudier le kermès. Pour le faire avec plusdefuccès,
il s’alTociaM.Emeric Médecin d’Aix; ce dernier fe chargea
du foin de fe faire apporter de la campagne tous les jours, ou
tous les deux ou trois jours, des branches du petit chêne
peuplées de kermès : il lesobfervoit ainfi régulièrement, &
il faifoit vérifier fes obfervations par M. Garidel. Ce fut
encore M. Emeric qui fe chargea de les écrire , & M.
Garidel les a publiées; nous allons en donner le réfultat.
Le kermès qui a pris toute fa grofïèur, paroît comme
une petite coque fjjfiérique * attachée contre l’arbriffeau,
ou, pour parler comme M. Emeric, comme me goujje
dont la peau ejl ajfés forte , luifante & de couleur de prune,
& couverte comme ce jr un d’une poujfiére blanche qu’on
appelle lajleur. M. NifTolle dit que fa couleur elt un
muge-brun , mele de blanc-cendré. La comparai fon deM.
£meric donne une plus jufte idee de la vraye couleur dq
kermès, fur tout fi on y adjoûte qu’elle refTemble à celle
de diverfes prunes qui font prefque noires, telles que
quelques efpeces de damas , que nos prunes de Monfieur.
Tome IV. G
y'
-O MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
& que tes petites prunelles lauvages des hayes. Ceux qui
n’ont vû le kermès que dans des boutiques de rnarchands
Si chés les ouvriers , le croyent rouge , d’un alTes mauvais
rôuge-brun , mais ce n’eft pas la la couleur naturelle de la
bonne efpece de kermès , on lui a fait prendre cette couleur
en l’arrofant de vinaigre, comme nous le dirons bientôt.
Celui que j’ai reçû fur des branches , 6l qui n’avoit point'
été mouillé de vinaigre, n’étoit nullement rougeâtre, il
àvoit la couleur des prunelles de buiffon.
Les habitans du pays où fe fait la récolte du kermès, le
fconfidérent dans trois temps difîérens &. très - marqués,
ou dans trois différens états d’accroilfement , & M. Emeric
a fuivi leur diyifion. Le premier temps eft vers le com-
mencement du mois de Mars. En langage Provençal
on appelle le kermès /ou vermeoii, & on dit que dans ce
temps lou vermeoii groiie
,
c’ell-à-dire, que le ver couve;
alors il eft plus petit qu’un grain de millet. M. Emeric
penfe que c’eft alors qu’il commence à le fixer , apres
avoir couru la campagne pendant tout l’hiver. L’hiver n’cft
guéres le temps où les inlèéles courent ; il y a toute appa-
rence que celui-ci n’abandonne que très-rarement, lepetit
chêne fur lequel il naît , mais que c’eft à la fin de l’hiver
qu’il commence à devenir d’une grofteur fenfible , & qu il
a peut-être comme nos gallinfeéles des pêchers, quitté les
feuilles pour venir s’attacher contre les tiges. Confidere
dans ce temps au microfeope, il paroît d’un très -beau
rouge , ayant defliis fon ventre & tout autour du ventre
une efpece de coton qui lui fert de nid. Il a aufti fur fon
dos de petits floccons de coton. Il ejl alors convexe coimne
la moitié d’une prune
^
c’eft-à-dire , (îu’il reftemble encore
alors aux gallinfèéles en forme de bateau renverfé , com-
me nous avons dit que les gallinfecftes qui doivent devenir
les plus arrondies , leur reffemblent pendant quelles fon^
des Insectes. /. Afem . j
i
irès-jeiines. Dans les endroits du deflbus du corps du
kermès qui ne font point couverts de coton, le micro-
feope fait voir quantité de points qui ont le brillant de
l’or.
Le fécond temps de la divifion que fuit M. Emeric, cft
dans le mois d’Avril; alors les gens du pays difent que
/ûurenneûueJj)e/is^ccR-à-dire,qu il commence d’écloiTC.
M. Emeric remarque très-bieii que leur façon de s’ex-
primer n’eft rien moins qu’exacfle, à moins qu’ils n’en-
tendent par le ver éclos le ver qui a pris tout fon accroif-
fement , & la forme à laquelle il doit parvenir; car c’cll
alors qu’il a acquis toutes fes dimenfîons , qu’il eft devenu
rond &. gros comme un pois. Il eft pourtant plus ou
moins gros fdon que la fàifon <Sc le terroir lui ont été
favorables. Sa peau eft devenue plus ferme , & le coton
qui dans le premier temps étoit deflus par intervalles 6c
par petits floccons, y eft par-tout étendu en forme de
poudre.' il ne paraît plus qu’une coque, ou encore lèlon
1 expreffion de Aî. Emeric , qu une goufle remplie d’une
liqueur rougeâtre femblable à un fang pâle.
Enfin le troifieme temps tombe vers le milieu ou ver<î
la fin de May, & c’eft celui où on trouve dLTcètte
efpece de coque, & comme dit très -bien M. Emeric
fous le ventre de l’infede, 1 800. ou 2000. petits grains
ronds qu on appelle dans le pays /cni/mTa. Ce font des
ceufs venant enfuiteà éclorre , donnent autant d’ani-
maux femblabies a celui d’où ils font fortis. Ces œufs na-
roifTent aux yeux une fois plus petits que la graine de pavof
pâle; vûs au mi-
bArcotleurtor”
très-bien comment fa peau du
tu ermes fe retire vers le dos à mefure que le<-
G ii
<r2 MEMOIRES POUR l’HiSTOIRE
œufs forcent , & que par-là les œufs trouvent une p ace en
dehors du corps; en un mot, tout ce que nous avons rap-
porté d’elTentiel fur la ponte des autres gallinl cites, il la
obfervé fur celle du kermès.
Il nous en caraélérife de deux efpeces; celui de a pre-
mière eft celui même dont nous venons de parler , qui leloa
fou exprelfion , a une couleur de prune , «Sc qui pond des
œufs rouges. Celui delà fécondé efpece eftblancheatre;
je ne fçais s'^il ne l’appelle point blancheâtre par compa-
raifon à la couleur foncée de l’autre , car j ai lieu de cioire
que cette fécondé efpece en eft une qui m a été encore
envoyée fur des branches du petit cliene verd, 6c qui eit
rougeâtre. Quoi qu’il en foit, M. Emeric adjoûte que le
kermès de la fécondé efpece eft , comme le premier , cou-
vert d’une poudre legere; il croit dans les memes tenip
6c de la même manière; fes œufs font blancs. Les petik
qui forcent des œufs rouges , 6c ceux qui fortent des œufs
blancs , ont des figures afles femblables , qu’il compare a
celle des cloportes, avec laquelle les jeunes gallinlèaes de
toutes efpeces ont quelque reflemblance. Celui qui fort
des œufs rouges eft rouge. Le contour de fon corps eft un
oval un peu plus pointu du côté du derriérç que du côte
de la tête. Son dos eft convexe 6c en voûte affés ronde;
des points brillent defrus,qui font couleur d’or; il eft raye
par defllis, 6c il a par deftbus diverfes lignes tranfverfales.
Il a fix jambes; il a deux antennes prefque auffi longues
que fon corps : ce qui ne lui eft pas commun avec les petits
de la plupart des autres efpeces de gallinfecftes , c’eft qu’au
derrière il a une queue fourchue formée par deux efpeces
de cornes prefque auffi longues que les antennes que porte
la tête. M. Emeric donne à celle-ci deux yeux noirs. Les
petits qui fortent des œufs blancs, font d’un blanc -falei
leur dos eft plus applati que celui des autres ; les points
DES Insectes. /. Aient. 5 5’
qui brilicnt l'ur leur corps, vûsati niicrofcopc, font cou-
leur d’ar^'ciU , & 1 ’oval du contour du corps n cft pas plus
ouvert du côté de la tête que du côte du derrière. H y a
beaucoup moins de ces Iccrmes blancs , que des rouges»
Les gens du pays, qui ne doivent pas être bons natura-
lifles, les appellent la maire don vermeoii, c’clt-à-duc, la
mere des kermès.
Enfin M. Emeric nous décrit deux cfjjeccs de nymphes
qu’on trouve dans certains grains de kermès, qui le tranf-
fbrment en deux petites mouches de dificrentes elj)ece<:-,
qui toutes deux ont de commun de fauter comme des puces
ou comme des fauterelles-puces. Lune de ces efpeces de
mouches eft d’un noir de jayet, & l’autre d’un blanc-lhie.
Nous ne rapporterons point la defeription détaillée qu’a
donnée M. Emeric de l’une & de l’autre. Une de ces mou-
ches a les ailes blanches comme celles des mouches galliii-
lecles plus quehémifphériques des pêchers, & eft làns doute
le kermès mâle; c’eft cette mouche ôc quelques autres qui
ont fait croire que le kermès étoit une véritable galle. Il y a
long-temps néantmoins que Pierre de Quiqueran de Beau-
jeu, Evêque de Senez, dans fon ouvrage /<W/7v/j Provin-
ciœ a donné le fond de l’hiftoire du kermès; il ne s’agilfoit Lhrt z.-pa-^
.que de vérifier & de voir avec plus de détail ce qu’il en à
dit. L’endroit où il en a parlé mérite d’être rapporté ici en
entier , le voici. Vere medio rorati mbribus fruüces , coccim
hoc modo ordhmtur. ..... Ubi mus feirpus Je in duo
brachia partitur , in horum medio injlarfocanci palmiiis , in~
etefeit rotundum quiddam magnitudine ér colore pifi; bwe
matrem vocam, qnod ex eo ecetera grana producuniur. Alatres
porto habet ut plurimum quinque qualibet cefpitum familia
,
quee ineunte cejlate , cejluque minuiijjiinorum vermicùlorum^ut
tantum vïfum non effugiant, catervam profundunt , fatifemt-
qpie mfumnütate. In animalia prorepit nova foboles calots
G * \ »
“1
^4 MEMOIRES POUR l’HisTOIRE
taiîdïda , profequiturque in fublinte . ubicunque vertnicuïi
,
\'el gcnninantis Jiirculi acellis occu^ferint, dcjîdëîit , èf incre-
mentis audi niilii inngnitudine fiunt . Inde liberius adolejcen-
tibus albus color in cinenciutn tvanjît j jatnque non animal ,jed
pi filin Tuvjiis appâtent. Tuncquc ea gfana matutitatem adepta
colligiintuf / jant colotatis vetmiculis Jieta. Rien n cft plus
précis que ce pafTage, les principaux faits de l’hiftoiredu
kermès s’y trouvent. L ’effentiel de cette hiftoire étoit
donc bien fçû lorlque Quiqiieran écrivoit , mais il
n’étoit pas prouvé , & il avoit befoin de l’être par des
obfervations fuivies & détaillées , qui empêchalTent d’a-
dopter les idées que quelques apparences <Sc même des ob-
fervations pouvoient faire prendre de cet infeéle.
Dans ces fragmens des obfervations de Jungius, qui
ont été fauvés des flammes, i’hifloire du kermès ell encore
rapportée à peu près comme par Quiqiieran. Vemtiscocci,
infeâiini cocci, & heee bejliola p lares metamorpJiofes fubit.
J Vere in axillis cocci fera ilicis crefeit pilida piji magnitu-
dine , qiia mater cocci dicitur. Ea ajlate fatifeens profundil
minuiifjîmonim animalium catervam; taies matres quinque
funt in qualibet planta. 2 .” Vermiculi ijîi candidi primumfur‘
fiim repunt, dr fruticis axillis adharefeunt & mutantur in.
pilulis pi (tmagnitudine. Il paroît pourtant que cette obfer-
vation n’eft pas de celles que Jungius avoit faites lui-
même , puifqu’il fixe comme Quiqueran au nombre de
cinq celui des meres de chaque arbufte.
Aux faits curieux que M. Emeric a oblèrvés avec foin
& avec attention , il a adjoûté quelques corijeélures qu®
nous ne croyons pas devoir adopter , par exemple celle
• par laquelle il tâche d’expliquer la produélion des mou-
cherons qui fortent du kermès, foit de ceux que nous
regardons comme les mâles du kermès, foit des autres.
îl lüppofe que les moucherons s’accouplent , qu’ils font
des Insectes. I . Afcm . ^
^
des œufs; mais il fait prendre à leurs œufs une route trop
longue Sc trop difficile pour arriver où ils doivent éclorre.
Il imagine qu’ils peuvent ctre entraînés dans les racines
de l’arbre par le liic qui s y rend, enfiler les canaux, <St
être déterminés pariafuélion du kermès à le rendre fous
lui. Les moiiclicrons qui viennent de vers mangeurs du
kermès, conrioifTent fans doute une voyeplus courte pour
Élire arriver leurs œufs dans l’intérieur meme du kermès,
fans doute qu’ils le piquent , 6c qu’ils dépofent leurs œufs
dans les piquûres qu’ils lui ont faites.
Une autre eonjeèfuredeM. Emeric, dont nous avons
dé/a parlé , & à laquelle nous n’avons pas cru nous devoir
prêter, ,c eft que le kermes parcourt la campagne pendant
1 hiver; dans cette faifbn il a vû courir de très-petits vers
rouges qu’il croit être les petits kermès. Malgré ce qu’il dit
de leurs lix jambes , je fuis très-dilpofe à penfer que les in-
feéles qu il a vus alors font une efpece de ces mites écar-
lates dont nous parlerons ailleurs; on en trouve en hiver
d’une extrême petitefTe fur les plantes 6c fur les arbres
^ Selon que l’hiver eft plus ou moins doux, la récolte
du kermes eft plus ou moins abondante; on efpére qu elle
fera bonne lorfque le printemps fe pafTe fans gelée & fans
rouillards.^ A a fuite de celte remarque M, Emeric
ad/oute quon obferve que les arbriffeaux les plus vieux,
'"’SoiJreux, & qui font les moins-
tiers que c eft parce que le kermès s’eft établi depuis dIus
long-temps furies arbriffeaux , les plus vieux, qu’ih’y mul-
fccwTf Le terroir conVribuë à i; ï
coufe^ 5 ' g'-os & d’une
féaux ouf T qui vient fur des arbrif?-
leaux qui . en Eopt éloignés. . .
Mémoires pour^l’Histôire ^
Les inftruniens les plus nécefTaircs pour faire la recolle
du kermès, font de longs ongles; des femmes s y occu-,
pent dans la iailon , dès le' matin avant que la rolèe aie
été enlevée par le ioieil. Les feuilles de 1 arbufte font
alors moins roides, & les piquans dont elles font armées
en font moins à craindre. Outre l’adrefle à détacher les
grain
plus :
livres par jour.
Belon , dans Tes obfervations des fingularités liv. i.
pag. 1 9. raconte comment on Lit la récolte du kermès
en Candie, voici les termes. revenu de la graine //-
cariai e nommée Coccus B AP HIC A efl moult grand en'
O eie ; & pour ce que la cueillir ejl l’ouvrage des pajîeurs
& petites marmailles , les plus grands ne s’y veulent amufer;
on la trouve au mois de Juin dejfus un petit arbrijfeau ef-
pcce de chêne verd qui porte du gland , &c. Et pour ce qut
les feuilles font poignantes comme celles du houx , les bergers
ont une petite fourchette à la main gauche pour les cliner à
coté , & une petite faux à la droite dont ils coupent les pe-
tites branches , defquelles ils ôtent ces petites vejfies ou ex-
crémens que fai ci-devant appellés graine d’écarlate ,&c. •
Le prix auquel on le vend, varie comme celui de toutes
les marchandifes , ôl peut-être beaucoup plus. Depuis
que la récolte efl: commencée jufqua ce qu elle flnilk»
le prix en haiifTe tous les jours. La livre qui dansleconv
mencement ne vaut que 8 à 9 lois en vaut à la lin juf
qu’à 60, parce qu’à la fin le kermès efl très-leger, c’eu'
à-dire , qu’il y a alors moins d’œufs & de petits mêlés avec
les cadavres des kermès-meres. M. Emeric dit qu’il en a
YÛ vendre la livre jufqu’à fix francs-
Les marchands qui viennent acheter le kermès pop'*
k teinture de la foye & de la laine , ont .foin de l’arrolcf
à les
, il faut fçavoir trouver les endroits où il y en a le
il y a des femmes qui en ramalfent jufqu’à deux.
des Insectes. /. Mem. 57
& les œufs qui s’cn icj)arcnt avec du vinaigre ; ils l’cx-
polènt cnl'uite au Ibicil ou à une chaleur équivalente, pour
faire périr tous les petits animaux cclos ou en état d c*"
clorre , lansquoy il y auroit par l^Juitc une grande dimi-
nution dans le poids de leur marchandil'e. Le vinaigre
altère la couleur du kermes» il la rend lougc.itrc , Sc
de-là il efl arrivé que ceux qui ont détermine la couleur
du kermès Tur ce le qu il a dans les boutiques , ne lut
ont pas donné celle qui lui eft naturelle.
^
Il n eft pas rare d’avoir dans une année deux récoltes
de kermès ; la féconde efl très-propre à confirmer la ref-
fémblance que nous avons foupçonnée entre les gallin-
fedes du pêcher & celles de cocciféra, ])ar rapport
aux endroits où elles Te nourrifTent dans leur âge le j)lus
tendre. Les kermès de la fécondé récolte , au rajjport
même de M. Emeric , font prefque tous attachés contre
les feuilles. Ceux de cette féconde récolte ne font jamais
li gros que ceux delà première, ni propres à donner tant
de teinture. Une faifbn favorable fait croître avant l’hiver
ceux qui euffent paffé l’hiver avant qiie de prendre leur
accroiffement , s’ils fuffent nés plus tard ou fi l’air eût été
moins chaud. Tout ce que nous avons dit ailleurs * des * rame 11.
crifalides & des papillons, a affés appris qu’il peut y avoir -f»
dans telle année deux générations d’une efpece d’infeéte,
dont il n’y aura qu’une génération dans d’autres années.
Les pigeons aiment le kermès, quoiqu’il fbit pour eux
une affes mauvaifé nourriture ; leurs petits à qui i s le por-
tent, ont peine à le foûtenir; la plupart en périffent, ce
qui n’efl que trop connu de ceux qui ont des colombiers à
portée des endroits ou croît le kermès. Les vieux pigeons
en font quittes pour un cours de ventre; alors leurs excré-
mens teignent en rouge les murs du colombier.
- Nous avons affés vû que les gallinfecles de 'Yîlex cocci
Tome IV. .H
^8 MEMOIRES POUR L’HISTOIRE
^landifera
,
qui ont été nommées kermès , font des infec-
tes utiles pour les teintures, & que la médecine en corn-
pofe la confeéîion d’Alkermes, qu’elle regarde comme
un bon remede. Les ^ilinfeéles de ces petits chênes l'ont-
elles les feules qui peuvent être employées à ces deuxufages-
utiles! Sionfaifoit des expériences fur la teinture que don-
nent celles de toutes efpeces , peut-être en découvri-
roit-on quelqu’une qui ne feroit pas inférieure au kermès,^
ou qui mêmeJui feroit préférable. Il y a au moins tout lieu
de croire que par rapport à i’ufage qu’en fait la médecine,.
quelqu’efpece,<& peut-être plufieurs efpeces de gallinfec-
tes pourroient être l'ubflituées au kermès. Si on employoit
à la confeéîion d’alkermes les gallinfeéles des pêchers,
des orangers , &c. on en retireroit un avantage certain, ces
arbres en feroient bien mieux nétoyés de ces infeéles par
les jardiniers, qu’ils ne le Ibnt. On peut penler que l’arbre
qui fournit de la nourriture à l’infeéle , entre pour quel-
que chofe dans les vertus du petit animal, mais au moins-
y a-t-il apparence que la fève des grands chênes donneroil
aux infeéles qui en vivent, des propriétés médicinales fem-
blables à celles que la fève des petits chênes donne au ker-
mès. Sur le petit chêne on trouve des gallinfeéles rougeâ-
tres qui ne font pas propres à la teinture , & qu’on regarde
comme aulîi bonnes pour la confeéîion d’alkermes que
celles qui font d’une couleur foncée. On trouve aulîl furde
grands chênes des gallinfeéles rouges , qui ne font pas fen-
fiblement différentes de celles de même couleur du petit
chêne. Il ell vray que les gallinfeéles qui croiffent fur
de très-grands arbres doivent être négligées , par la feule
difficulté qu’il y auroit d’en faire la récolte dès qu’elles,
n’y feront pas en très-grande quantité. Celles qui vien-
nent fur \ilex cocci glandiferaïc. placent bien pour nous;
«Iles y font à portée d’être vûës & d’être détachées
des Insectes. I. Mem. 59
c-ommôdémcnt ; cependant fi on parvcnoit à fçavoir faire
ulage de quelques - unes de celles de nos grands arbres,
peut-être trouveroit-on enfuite des moyens de les y faire
multiplier à un point tel qu’on y- en pourroit recueillir
beaucoup en peu de temps. Je (uppole qu on eut recon-
nu que celles du pêcher, Ibit en boule Ibit en bateau ren*
verle, méritent d’être ramalTées; alors on pourroit avoir
une certaine quantité de pêchers en plein vent, qui /croient
moins deftinés à donner des pêches, qu’à élever des gal-
bnfeéles , & on parviendroit à avoir chaque année de ces
arbres dont toutes les jeunes pou/Tcs & les autres branches
en feroient couvertes. On fémeroit dc/Tiis des gallin-
feéles pour ainfi dire ; on couperoit dans la /àifon conve-
nable de petites branches où /croient attachées des gallin-
feéJes qui auroient fait leurs œufs, & dede/Ious lefquclles
les petits ne /broient pas encore fortis, &on attacheroit
les petites branches contre de jeunes jets de l’arbre /ùr
lequel on voudroit faire multiplier les gallinfeéles. J’en
ai tran/jjorté ain/î d’un arbre à un autre arbre de même
efpece,quiy ont très -bien réu/Ti. Avec un pareil loin
le même arbre en pourroit donner une quantité fiirpre-
nante. Qu’on ne juge pas de celle qui s’y éleveroit par
celle qui s’élève fur nos pêchers en efpaliers ; nos jar-
diniers fans le /çavoir, ôtent chaque année à ces arbres
une bonne partie des gallin/ecfles qui les devroient fuccer.
La taille des pêchers fe fait ordinairement dans le temps
ou elles /e fbnt fixées , êc fe Ibnt fixées pour le relie
de leur vie; alors il y en a beaucoup d’attachées contre
les jeunes jets , & elles font attachées en beaucoup
plus grande quantité contre la partie la plus élevée du jet,
que contre fa partie inférieure. Il n’y en a fouvent fur.
cette dernière que quelques-unes femées par-ci par-là,
pendant quel autre partie du jet en e/t toute couverte.
Hij
* PI. Ô.fig. I
•‘Jâ-
PI. 5.%.
MEMOIRES POUR L’HISTOIRE
Le jardinier coupe fouvent un jet qui a deux ou trois:
pieds de longueur, à trois ou quatre pouces de fon origine.
En retranchant cette longue partie du jet , il ôte au pê-
cher toutes les gallinfedes qui y croiflToient , & les fait
toutes périr. La chaleur ])aroît leur être favorable, ainfr
toutes chofes d’ailleurs égales, elles doivent fe multiplier
davantage fur les arbres en efpalier , que fur ceux qui font
en plein vent.
La gallinfeéle qui en été Si. en automne, pendant qu’elle'
eft jeune , fe fixe fur des feuilles ou fur les plus ten-
dres rejettons , après l’hiver s’attache fouvent à de vieilles
tiges. J’ai déjà parlé d’une gallinfeéle du chêne en forme
. de rein *, c’efl par fa partie la plus échancrée qu’elle tient
à l’arbre , & elle y paroît tenir par uneefpece de pédicule
qui n’efl autre chofe que fon fucçoir ou fa trompe. Ces
galiinfeéles font affés fouvent attachées contre les nou-
velles pouffes , mais on en trouve en quantité fur les
plus vieilles branches, les tiges même des plus gros chê-
nes en font quelquefois garnies. Mais j’ai ©blervé que
ces dernières n’étoient pas obligées de percerune écorce
extrêmement dure , elles font pofées dans des crevalTes
de la vieille écorce, où une peau plus tendre efl à décou-
vert. La furface du corps de ces gallinlééles a affés fou-
vent des ondes blancheâtres fiites d’une poudre très-fine.
On rend ces coques brunes, liffes Sc polies comme de
l’ecaille, fi on les frotte un peu avec le doigt mouillé; uit
frottement même affés leger emporte la poudre blanche.
On trouve auffi fur différentes parties de nos chênes
des galiinfeéles de figure prefque fphérique, greffes coni'
. me de très-petits pois * , qui y tiennent par une bafe cir-
culaire qui a peu de diamètre. Elles font tr ès-f'emblables
par leur figure Sl leur groffeur au kermès , Sl leur couleur
cft i>eu diâérentç de celle du kermès pâle.
DES Insectes. /. Mem. 6 1
J’ai vùplus rarement lia- le chêne une gallinfc(flc pref-
fliie Ibhériqiie groflTe comme une petite ccrilb dont la
cliapelets. Si on la regarde a la loupe fon poli paroit
encore plus grand . & tel que celui d une glace. Le fond
de fa couleur eft un blanc jaunâtre, fur Icquc font trois
rayes noires; des points noirs font diftribues dans les in-
tervalles qui Ibnt entre les rayes; les fourmis aiment cette
elbece comme les autres , & me 1 ont fait découvrir.
.Le duvet qui forme uneefpece de mince matelas entre
le ventre des gallinleiflcs & 1 ecorce de 1 arbie , celui qui
borde le contour de leur corps , le léger duvet qui blanchit
ledeflus de celui de quelques-unes, & enfin les longs
poils, mais en jietit nombre, qui partent de divers en-
droits de leur corps dans certains temps , tous ces fils, &
ces cotons paroilTent, dis je , être produits comme la ma-
tière cotonneufe des pucerons , ou comme celle d une
efpece fingiiJiére de vers qui les mangent * ; apparemment
qu’ils s’échappent par tous les pores de la peau , ou par
des endroits de la peau où il y a des organes dilpoics
pour la fécretion de la matière dont ils font faits.
Toutes les gallinfetfles dont nous avons parlé jufqu’ici,
finilTent leur ponte fans qu’on s’apperçoive qu’elles l’ont
faite; après qu’elles ont fait fortir de leur corps des milliers
d’œufs , on ne voit rien de plus qu’auparavant, & cela
parce que leur corps même couvre les œufs , & les cache
tous parfaitement; mais il y a plufieurs efpeces de gallin-
leèles qui peuvent être rangées dans un genre particulier
,
parce qu’elles ne couvrent qu’en partie leur nichée d’œufs
avec leur corps. Leurs œufs n’ont pas befoin de cette
efpece de couverture, ils font logés dans une maffe de
fils de foye ou de coton très-blanc ; ils femblent être dans
une coque de foye blanche *. Dans quelques circonftances
Hiij
PI. 5. Cg,
3 (5t 4.
* Tome III.
JVltm. X . pl.
Si.fg. 20,
2Jf ÔCC.
PL 6.
5 , 9 & II*
62 MEMOIRES POUR l’HiSTOIRE
oii preiidfoit cette nichée d’œufs de gallinfedîe pour une
niellée d’œufs d’araignée. La nichée d’œufs avec tous
les fils foyeux qui f enveloppent extérieurement , & avec
tous les fils foyeux qui dans l’intérieur féparent beaucoup
d’œufs des autres , a un volume bien plus confidérable
que n’a jamais été celui de la gallinfeéle de laquelle elle
PI. 6.fig. efi fortie. La gallinfeéle defîéchée * ou prête à fe delfé-
Vg O appliquée fur ce paquet blanc qu’elle ne recou-
** vre que d’un côté , encore ne l’y recouvre- 1- elle fouvent
qu’en partie. Quelquefois la gallinfeéle féclie tombe de
deffus le paquet , & c’efl alors que la nichée femble le
plus en être une d’œufs d’araignée.
L’épine, la charmille, le chêne & la vigne m’ont fait voir
de ces gallinfeéles dont les œufs paroiffent être dans une
coque de fbye, Sl l’efpece que j’ai trouvée fur chacun de
ces arbres ou de ces arbuftes, éloit différente de celles que
j’ai trouvées fur les autres. Je n’en ai vû nulle part autant
que fur certains pieds de vigne en efpalier. Tout le jeune
bois * & celui de l’année précédente étoient couverts de
fîoccons ou petites maffes qui fembloient être de coton
blanc ; la vigne n’en efl pas alors plus agréable à voir, elle
l’efl même moins pour qui n’aime pas les infeéles , elle
a un air mal-propre. Un particulier de Paris fut étonné
il y a quelques années , de trouver tous les pieds de vigne
de fon jardin ainfi blanchis; cette fingularité lui déplût,
il confulta plufieurs de fès amis pour en fçavoir la caufe,
Si par cafeades on s’adreffi à moy ; on m’apporta des
?^Ejgs. branches * chargées de maffes de coton, ou plutôt de
nids d’œufs de gallinfedes. Les fioccons blancs ayant
continué l’année fuivante à paroître fur les pieds de vi-
gne de ce jardin , au moins en auffi grande quantité que
dans l’afinée qui avoit précédé, le peu que le maître avoil
appris de leur origine ne le réconcilia pas avec eux , il
Fig- 5
des Insectes. 1 . JWem. 65
le parti (le faire couper tous les pieds de vigne. J’ai vûà
Tours dans la cour de l’auberge de Sainte-Marthe un haut
& vieux pied de midcat bien fourni de brandies, qui clia-
que année eft tout blanciii par ces nids; j’en ai eu, niais
en moindre quantité , dans mon jardin de Paris.
Les gallinfedes qui lé multiplient fi fort fur certains
pieds de vigne , ne lé perpétuent qu’avec peine fur d’au-
tres; j’ai inutilement attaché deux années de liiite des
brandies chargées de nids contre d’autres branches de
mufeat & de chalfelas dans mon jardin de Cbareiiton
,
où je n’aurois pas été fâché d’établir ces infeéles; ils ne
m’y auroient pas déplû comme ils avoient déplu à ce
particulier qui en haine pour eux, fit couper tous lés pieds
de vigne, mais mes tentatives n’ont pas été heurcules;
je n’ai pas vû une feule de ces gallinléides y venir à bien
,
quoi(jue celles de diverfes autres efpeces y \ienncntplus
que je ne voudrois. Les circonftances nécelfaires pour
qu’un pied de vigne leur convienne, pour qu’elles y puif-
fent vivre & croître, me font encore inconnues ; peut-être
que 1 elTentiel eÛ que les pieds ne foient pas dans des en-
droits où les ennemis de ces gallinfeéles fe foient trop mul-
tipliés. L’expofition peut aulTi y entrer pour beaucoup.
Je femai dans mon jardin de Paris quantité de ces gallin-
jéaesnai flan tes, fur des pieds de vigne qui font au levant;
lanneefuivante je n y pûs trouver aucune grolTe gallin-
'
lede de cette efpece, & j’en trouvai plufieurs fur d’autres
pieds de vigne fitues a l’autre bout du jardin , & par coa-
lequent exjKifes au couchant; les jeunes gallinfecfles avoient
c ercher des lieux qui leur convenoient mieux que
ceux que je leur avois choifis.
"
La figure de- ces nichées d’œufs n a rien de confiant
afles ordinairement la maflé efi arrondie par défiés , mais
pour peu quon la touche , on la dérange, l’enveloppe
^4 MEMOIRES POUR l’HISTOIRE
blanche s’attache aux doigts dès qu ils s’appliquent deffus.
Si l’on veut enluite en éloigner les doigts , une infi-
nité, de fils qui leur font adhérans , les fuiyent. Ces
fils, à peu près parallèles les uns aux autres , feinblent
venir de la maffe , comme s’ils y étdient en peloton ou en
écheveau qu’ils fe devidaflént ; on peut les conduire
de la forte à plufieurs pieds de diftancé, mais dès qu on
a ainfi étendu un, paquet de plufieurs i^iilliers de fils en
bO^ne droite à quelques pouces du nid, on entraîne en
même temps des œufs. Ces 'œufs font oblongs , luifans
îk rougeâtres comme ils le feroient s ils étoient de cor-
naline. C’efl au centre de la maffe foyeufe ou coton-
iieiife qu’efl lé grand amas d’œufs. .
La facilité que ces fils ont a s attacher fur les corps
qui touchent le nid, faip que les pieds de vigne font tou-
jours plus blanchis par les nids qu ils ne fembleroient k
*PI. 6. fig. devoir être Qu’ une feuille du une branche pouffée par
5' le vent vienne toucher un nid , elle ne s en retourne pas
*/./• fans emporter des milliers de fils *. De-là il arrive fouvent
que les branches de vigne femblént couvertes de cette
matière blanche & legere qu’on voit voler en grande
quantité dans les beaux jours dii „mois d’Odobre, qu’on
a nommée des fils de la Vierge, éc qu’on fçait à prefent
n’être compofée que de fils d’araignées , que le vent a en-
levés & raffemblés. • >
Quelques efpeces d’araignées renferment leurs cenfs
dans une maffe de fils de foye tellement difpofés,
quand on tire la maffe en même temps en deux feus con-
traires , on oblige un très-grand nombre de fils à s’éten-
dre & à fe ])lacer parallèlement des uns aux autres. Ces
fils de nids d’araignées ,• quoique fins , ne le font pas autant
que ceux des nids de nos gallinfeéîes . Si ne paroiflei^^
jamais fi longs. Mais nos gallinfèétes fi lourdes, immobile
2
%
DÉS Insectes. I. Afem.
à iin'po^u qui a fait croire quelles Ibnt fans vie,
feroient-fellcs tics fileures aulïi adroites que les araignées.'
Comment s’y prennent-elles pour recouvrir leurs oeufs
de toutes parts, d’une fi grande quantité de fils fi finsT
J’avois été d’autant plus curieux de fçavoir coriimcht
elles peuvent- venir à' bout d’un pareil ouvrage, que je
; nWois pû découvrir, aucune filière à leur partie, jio-
• jflérieure ni ailleurs.- Ç’efi dans le temps de leur ponte
' qu’il fallait parvenir à les ob/erver.' Le, 12 Juin j’en-
voyai chercher deux branches de vigne dans le jardin dont
j’ai parlé ci-delfiis, .& il q^'t temps de m’y prendre;
! ces deux branches étoient (^vertes de quantité de gal-
iinleéles , dont la'plApart avpient déjà pondu ; mais il en
yéftbit encore quelques-unes qui ne l’avoient -pas fait,
Entre celles-ci, j’en remarquai, une dont la partie pofié-
. rieure etoit elçyéèquTdelTus de la branche, âc en était,
réparée par un cordon. . blanc * qui débordbit peu le
’
corps de l’infeéle; J’erî; conclus que fa ponte étoitcom- ^
mencée , mais peu avancée encore, que- cette gallinfeéîe
était précifémen't dans l’état . où, je. la devois'-fpûliaiter.
Je la fuivis aulfij pendant quelque temps, mais elle nie,
- parut au/Ti immobile quelles le font toutes. Quand je'
révhîs à l’obleryer; au bout de quelques heures, fa partie,
pouerieure était plus foûleyée ; plus éloignée de la
branche; il me fembla que le cordon blanc . étoit deve-
nu plus épÿs, & qu’il débordoit plus, le corps ; mais
çela s etoif -fait avec unejenteur peut-être égale à celle'
delà marche de, l’aiguille d’un cadran, 6c d’ailleurs tout ,
sexecm^t dans Éobfcurité entre lé bois 6c le corps
e in eéle, tout étoit caché à mes yeux. -. Je me déter-
minai donc a troubler la gallinfeéîe dans fôn^ opération
pour voir ou elle eh étoit, &. pour tâcher de parvenir
/K ' opération confdloit, Gonnoiffaht le
%
* PI , 6 . £^0
. k.
e
<56 MEMOIRES POUR lHISTOIRE
rircjue qu’il y avoit de blelTer la gallinlecfle, & de la fairg
^érir fi je la prenois elle-même , j enlevai avec un couteau
a pièce d écorce à laquelle elle tenoit , & par petites
feuilles j’emportai peu à peu cette ecorce; je parvins à
l’enlever toute , & à mettre à découvert le deffous de
la gallinfede fans lui avoir fait de blelTure. Je vis alors
que , comme je l avois penfe , la gallinleéle avoit coin»
mencé fa ponte; je jugeai même par la quantité d’œufs
qui parut à découvert, qu’elle en avoit fait le tiers ou la
moitié. Ces œufs n’étoient point encore féparés les uns des
autres par des filets foyeux ; i^e touchoient tous, le ventre
de la gallinfede les couvroiFl>ar deffus , mais par deffous
6e tout autour ils étoient enveloppés de matière loyeu-
fe; ils y étoient comme dans une efpece^ de nid. Cell
le contour de ce nid qui foûlevoit le derrière de la galliu>
fede, 6e qui le débordoit quand elle étoit dans la fitua*
tion naturelle d’où je l’avois tirée.
Cette dilpofition de la matière foyeulè me fit foup-
çonner que la gallinfede n’avoit pas befoin , pour enve-
lopper fes œufs, de fçavoir l’art de filer que les araignées
fçavent fi bien, qu’elle executoit des ouvrages fembla-
blés aux leurs fans fe donner prefque de
que fans s’en appercevoir , pourainfi dire, elle fourniffoit
les fils qui dévoient couvrir fes œufs; que tout avoit
^
difpolé chés elle par la nature de façon que lesfibwf'
toient néceffairement dans le temps où les œufs en avoienj
befoin. En un mot
,
je penl'ai que la matière qut
devoit faire une efpece de coque, étoit de la nature
celle qui s’échappe, quoiqu’en moindre quantité, des
de quantité d’eljvcces de pucerons, de ceux
vers mangeurs de pucerons, 6c même de ceux acsp
fedes, 6c qui fournit la couche de duvet qui
corps de celles-ci 6c l’écorce à laquelle elles font attac e ’
DES Insectes. I. Mem. 6j
mais que certaines eipeces de gallinlctflcs fournifToicm de
cette matière en beaucoup plus grande aI)oiuIance que
Jes autres. Pour lavoir fi je devois m’en tenir à cette idée
. ou l’abandonner , j’ôtai tous les œufs qui étoient lôus
le corps de la gallififcdle , & toute la matière blanche
& cotonneulè qui les y retenoit, & qui les cnveloppoit
en partie ; enlin je iiètoyai bien tout le ventre , je le
mis bien à dècomert , je ne lailbii deflus aucun duvet
blanc. Alors il parut rougeâtre, & encore alTès rcnllé
pour me faire juger -qu’il contenoit beaucoup d’œufs.
Après avoir ainli tourmenté la gallinfeèle, je lalaifîài en
repos, je la mis dans une petite boëte de bois, pofècfur
fon venue. Au bout de cinq a hx heures je la retournai
fur le dos * , & je vis que le ventre que j’avois laiffè rou- * PI. 6. Cg.
geatre,etoit poudré de blanc, comme s’il l’eût été d’une
poudre cotonneufe; mais la couche de poudre coton-
neufe etoit plus épaifTe tout autour du corps * que par o oc.
tout ailleurs. Cette matière ne fembloit donc avoir rien
de commun avec des fils de foye fortis d’une feule filière
elle fembloit avoir été fournie par toute la furface du’
^ ^ fembloit avoir tranfpiré prefque par-tout ;
^ais les endroits propres a en fournir davantage, les ou-
vertures propres à la aiffer échapper plus aifément,paroif-
tre ÆS- '' fois fur fon ven-
iefaU® ^ ‘'“'"é « fonr repos
b aircieTT P™ foffiLi^eni
avoir ûit d«S f «“mnieucé fa ponte, elle
chapelet toimtl iTffl' ?"™' “ 8”'“ '‘’™
touLit’par un de fe boms'celui ou'lfe*’
I^fonautrehoutceluI aratirvIrrSU
MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
La Figure 8 fait voir la pliinfede delà figure yLeaa-'
coup groffie. p, eft la partie pofiérieure de cette gallin-
fecle.Æ fa partie antérieure.
La Fif^ure 9 repréfente une branche de pêcher fur
îaquelle des galiinfedes du genre 6c de l ’efpece de celles
de la figure 6, fe trouvent en très-grand nombre ; toutes
n’ont pas encore pris leur parfait accroiffement , ni même
leur dernière forme, plufieurs font plus allongées quelles
ne le doivent être par la fuite. On y en diftingue de deux
groffeurs , les plus brunes, 6c les plus grolfes^^g^g, ont
encore à groflir. Les plus blancheatres 6c les plus petites,
dont quelques-unes font marquées tn, m, m, n ont plus
à croître , elles font prêtes a le transformer en des mou-
ches ailées , qui font les males des gallinfeéles g, g, g
Planche III.
La Figure 1 eft celle d’une petite branche de tilleul
qui a des gallinfeéîes du genre de celles qui tiennent de
la figure Ipliérique. k h; g, g, plufieurs de ces gallinfedes.
La Figure 2 nous montre une coupe tranfverfale de
la galle k h, de la figure précédente, Lite par kh.
La figure 3 eft celle de la figure 2 tres-grolfie. Cette
coupe eft celle d’une gallinfeéle qui avoit fait tons fe
œufs, p, la partie pofiérieure de l’animal , celle où elt la
fente ; la partie antérieure ar été emportée. Tout l’efpace-
uc edec eft rempli par des œufs ; a\mnt la ponte cet
efpace étoit rempli par le ventre de 1 infeéle qui tou
choit l’écorce de l’arore en u; 1 infeéle n a conferve<ju
le peu de folidité qu’on voit en e d e, car
ê c, e c, font minces comme un papier. & de
^
le e\i
dra de même par la fuite. .r ^
La Figure 4 eft celle d’une petite branche de nonei
fur laquelle font des gallinfeéles. ér^eneftunetrès-gt^
des Insectes. /. Mem. 75
«n comparaifon de celles qui doivent probablement
relier petites & donner des mâles ailes. Quoique la gallin-
fede G,üt aduellement la forme de celles en bateau ren-
verlë, elle ell pourtant du genre de celles qui tiennent
de la ligure fphérique ; elle a à croître , & doit s’arrondir.
La Figure 5 fait voir une gallinlcde du noiletier qui
a pris tout Ion accroiflement. G, cette gallinfedc.
La Figure 6 reprélènte la gallinlède précédente grof-
fie, & vûë par delfus. p, ell l’appendice où ell la fente.
Cette gallinfeéle ell alTés joliment colorée; le jaune jiref-
que citron, ell fa couleur dominante, fur laquelle Ibnt
des taches ondées, & rougeâtres.
La Figure n fait voir une gallinlèéle du -noifetier cou-
chée, & dont iedelTous ell en vûë; ellefemble une pe-
tite boîte remplie de très-petits grains, parce qu’elle cil
pleine des œufs qu’elle va pondre.
La Figure 8 fait voir plufieurs œufs de la gallinlèéle
précédente, un peu grolTis.
La Figure 9 e/l celle d'une gallinlèéle du neifetier,
nouvellement née; elle ell plus groflie dans la figure 10.
a, a, fes antennes. deux petites pointes qu’elle après
du derrière ; cette gallinfeéle ell alors rougeâtre.
La Figure 1 1 appartient à la mouche des figures 7, 8
& 9. de la pl. 4. Elle reprélènte la partie pollérieure de
cette mouche vûë au microfeope, & du côté du ventre.
e,e,deux éminences charnues, les deux filets blancs
qui font une très-longue queuë à la mouche, a, la vé-
ritable queuë , ou plus exaélement la partie propre au
male, f,, filet de matière blanche que j’ai fait fortir du
bout de cette partie., lorlque j’ai prelTé le derrière de la
mouche.
Kij
1
yô MEMOIRES POUR l’Histoire
Planche IV.
La Figure i repréfente une de ces gallinfedes du pê-
clier , cjui font marcjuees &c. pl. 2 figure p, une
de celles qui doivent ie métaniorphofer en mouches. Ici
elle efl extrêmement grofTie*, la peau de cette gallinfeêle
fait aéliiellenient la coque dans laquelle efl la mouche
fous la forme de nymphe. On peut remarquer fur cette
figure & les luivantes , diverfes petites taches, qui font
tout autant de petits docconsde coton, a, la partie anté-
rieure de la gailinfecfle , ou de la coque./?^ la partie pofle-
rieure. yT) efpcce d entaille qui fait que la piece y p y
,
peut
être foûlevée quand la mouche tend à fortir de la coque.
La Figure 2 efl celle d’une nymphe tiree d une coque,
j
telle que celle de la figure i, groffie au microfcoie, éc
vue du côté du ventre, i k^ ik, les deux jambes de la pre-
mière paire qui viennent fe rencontrer en k k^ en devant
delà tête, ailes pliées, les quatre derniè-
res jambes, p, queue. '
La Figure 3 fait voir la nymphe de la figure 2 dit
côté du dos. 44 l^s ailes, p, la queue.
La Figure 4 montre une coque dont la pièce
a été foûlevée, & qui commence à permettre à la mou-
che de fortir. l, le bout des ailes de la mouche forti de
la coque.
Dans la Figure 5 une mouche efl plus avancée à for-
tir de fa coque que dans la figure 4,^ dans la figure o
la mouche efl encore plus fortie que dans la figure 5-
la piece qui peut être &; qui efl aéluellement foûlevée. 4
les ailes. /i f, les deux filets qui font une longue queuë
à la mouche.
La Figure 7 efl celle de la mouche qui efl le mâle
des gallinfeéles , dans fa grandeur naturelle.
des Insectes. I . Alem. 77
La Figure 8 fait voir la mcmc mcxtclic pardcfliis.très-
grolTic, (& ayant le port d’aîles qui lui cfl: ordinaire.
La Figure 9 repréfente la meme mouche ayant fes
ailes écartées du corps. //> les deux filets qui forment la
longue queuë. q, la grolTe & courte queue, celle qui cft
la partie qui caraélerife le mille.
La Figure 10 eft encore celle de la mouche des figu-
res précédentes, mais vûë du côté du ventre.
La Figure 1 1 nous montre une antenne de la mou-
che, telle quelle paroît dans un microlcope qui groflit
beaucoup.
La Figure 1 2 eft celle d’une gallinfcclc femelle du
pêcher, de celles qui deviennent prefque fjihcriques, qui
a la forme éc la grofleur qui leur eft ordinaire dans le
temps de l’accouplement.
• La Figure 13 repréfente la gallinfeéfe delà figure 12
groffie. U, l’endroit où eft la fente dans laquelle la partie
du mâle s’introduit.
La Figure 14 fait voir une gallinfeifle femelle plus en
delfus , & dans le temps où cette gailinfeéte femble fe pré-
parer à recevoir le mâle ; alors le bord de la partie anté-
rieure de la fente eft relevé.
Dans la Figure i 5 une mouche m, le mâle de la gal-
linfeéle introduit le bout de fa queuë dans la fente de la
femelle.
La Figure 16 repréfente la partie antérieure de la
mouche des figures précédentes , vûë par- defius &. à
un microfeope qui grolfit beaucoup. les jambes de la
première paire. Â,Â,deux petits corps ronds &luifans,qu’on
prendroit pour deux yeux , fi on avoit coutume de trou-
ver les yeux d un infeéte où devroit être une bouche
dont on n’apperçoit aucun veftige. a, a, les antennes cou-
pées en a, a.
Kii|
MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
^ La Figure 17 efl encore celle de la partie antérieure
de la mouche, autant groffic que dans la figure 16,
mais vûë par-defTus. i, h les deux pi-emieres jambes. ^,0
les yeux.^2^^^ refte des antennes. ^ ,
La Figure 1 8 fait encore voir la meme partie ante-
rieure, mais de côté, a, a, les antennes coupées.^, les
yeux placés comme ceux des autres infedes. k, les deux
globes qui femblent d’autres yeux, v, les premières jambes.
Planche V.
La Fiirure i repréfente une branche du petit chêne,
appelle par les Botanifles ilex cocci glandifera
,
chargée de
quantité de ces gallinfedes , auxquelles on a donné le nom
c c Iccrmès#
La Figure 2 efl: celle d’une petite branche d’un chêne
ordinaire , à laquelle tient une gallinfede g, plus groffe
que le kermès, éc qui efl prefque fpherique.
La Figure 3 efl encore celle d’une petite branche de
chêne ordinaire , à laquelle eft attachée une gallinfede
d’une efpece differente de celle de la figure 2, & une des
plus fpheriques éc des plus greffes.
La Figure 4 efl celle de la gallinfede de la figure 3,
qui a été détachée, p, montre l’endroit par lequel elle
étoit adhérente à la branche.
La Figure 5 efl celle d’une branche d’orme, fur la-
quelle font des gallinfedes en coquille , de grandeur na-
turelle, marquées c, c, c.
La Figure 6 montre un bout de branche grofri,fur
lequel efl une gallinfede en coquille, groffie dans la mê-
me proportion, a, c, la gallinfede. une gallinfede nou-
vellement née.
La Figure 7 fait voir la gallinfede a, c, de la figure
précédente , renverfée , dans un temps où elle a fait fes
I
DES Insectes. I. Aîem. 79
<£ufs;oii en voit quelques-uns dans la cavité defon Corps.
Planche VI.
La Figure i eft celle d’une petite branche de chêne , à
laquelle Ibnt attachées plufieurs g.allinlc(flcs en forme de
rein, r, plufieurs de ces gallinfedes qui fe touchent.
une de ces gallinfeéles feule.
La Figure 2 fait voir une gallinfcéle en forme de rein,
groffie à la loupe; on la voit de côté. En t, eft un tuber-
cule qui pourroit être une dépouille laiftTée par la gal-
linfeéle pendant qu’elle étoit très-petite.
La Figure 3 montre la gallinfeéle de la figure 2 re-
tournée, & par le côté qui étoit appliqué contre la bran-
che. h, partie par laquelle cette gallinfcéîe tenoit à la
branche.
La figure 4 repréfente la gallinfeéle des figures 2 &
3 dont une portion a été emportée pour mettre à dé-
couvert les œufsûûû,dont elle eft remplie, lorfque fit
ponte eft faite.
La Figure 5 eft celle d’une branche de vigne chargée
de ces gallinfeéles,dont les œufsfe trouvent dans deseE
peces de nids de coton , qu’elles ne recouvrent qu’en •
partie, g, une de ces gallinfeéles qui a fini fa ponte, c,
nid cotonneux dans lequel les œufs font enveloppés. f,f,
paquets de fils de coton tirés du nid c, de la gallinlèéle d,
par la branche h
,
à qui il eft arrivé de toucher ce nid..
'h h gallinlèétes qui n’ont point fait d’œufs.
La Figure 6 repréfente une gallinfeéle de la figure pré-
cédente, telle que la gallinfeéle é, qui n’avoit encore que
commence fa ponte lorfqu’elle a été renverfée fiir le
dos , & qu’on lui a ôté tout fon coton , & les œufs qu’il
cnveloppoit. g, la partie antérieure de cette gallinfëéle.
la partie poftérieure c, bourlets formés par le coton
8o MEMOIRES P«UR L HISTOIRE
nui a tianfpii'é depuis que la gallinledle a ete renverfee
& netoyée. e, x. n, œufs collés les uns au bout des au-
tres, de maniéré qu’ils forment une efpece de chapelet.
La Figure 7 ell celle d’un des œufs de la figure 6.
%4 I I T
Les Figures 8 & o’montrent cliacune une branche de
chene , fur îaquelle eü une gallinfeae /dont ies œufs font
dans un nid de coton qu elle recouvre. Dans la figure 8
la gallinfede g, eft bien en vûe, mais on ne voit que le
bord du nid, O c. Dans la figure 9 on voit moins lagallin-
fede, & on voit mieux le nid c c, qui eft gaudronne.
La figure 1 o repréfente une gallinfede venue d un des
œufs du nid des figures 9 & 10. Cette gallinfede a ete
delfinée pendant qu’elle étoit encore tres-jeune , aulli e
elle ici très-grolTie à la loupe. „• r n ' ' • j
La Figure 1 1 fait voir une efpece de gallinfedte a md
cotonneux , differente des efpeces précédentes , & groflie
à la loupe. Cette efpece croît fur l’aiibepine. g, la gallin-
feéle. n w^fon nid. , i> i •
Figure I Z montre une bmncnc ci ciiiDcpine cjui â
plufieursVlJ‘«^e( 5 les telles que celle qui eft groffie dans
la figure 1 1 ; toutes ont fait leur ponte , & recouvrent
plus ou moins leurnid.^,^.^, ces gallinfedes.
SECOND.
./ «/r l'Uûrt . */r*r Totn
tTX lUWiT \fcnljf-
PI i>0.
r
CL.JjU£<M‘tJ' cul^.
CI L U MS
PL O. jfcuj • S O. Jlfem l cU TUùt des Bisectes Tom . ^
DES Insectes. II, Alem. 8
1
SECOND MEMOIRE,
DES PROGALLINSECTES.
DE LA COCHENILLE,
Et de la graine d Ecarlate de Pologne.
O N a donné, & nous donnerons dans la fuite le nom
de Prolcarabé à un inledle qui a une forte de rcf-
femblance avec les Scarabès , quoiqu’il ne foit pas de leur
clafle ; nous croyons aulïï devoir appeller Progallinfeâes
de petits animaux qui ont beaucoup des. caradleres des
gallinlecfles , mais qui en ont qui leur font particuliers.
Nous eulTions pû les appeller des faufles gallinfccfles; mais
de deux noms très-longs nous avons choifi celui qui l eft
le moins, & qui nous a paru le moins rude à prononcer.
Les progallin/eéles patient une grande partie de leur vie
attachées contre l’écorce des arbres, fans changer de pla-
ce, & fansfe donner de mouvements fenfibles. Quelques-
unes , comme les gallinfeéles , couvrent , même après
leur mon , leurs petits de leur propre corps ; mais les pro-
gallinfeéles font differentes des autres , en ce que dans
tous les temps de leur vie on les reconnoît aiiément pour
des animaux, au moins fi on les regarde avec une loupe;
on diffingue toujours les anneaux dont leur corps eft
compofé, au lieu que les anneaux dilparoifiTent de def-
lus la partie fupérieure des gallinfedes, lorfqu’elles font
près d etre à leur dernier terme d’accroiffement. Si les
gallinfedes ont de quoi nous intéreflcr par les utilités
que nous retirons d’une de leurs elpeces, du kermès, les
prc^a linfeéles font pour nous bien plus importantes , s’il
Corne IV, T
PL 7. fig.
2. h, é^ fig.
9-S-
* Fig. 2.
'g>S>g-
Fig. r.
S>g>S'
»Fig.3&4,
S2 MEMOIRES POUR l’Histoire
ell vrai , comme j’ai lieu de le croire , que la cochenille
leur appartient. 1 • /' ,»
Il y en a une efpeçe qui k tient volontiers fur 1 oime,
& c eft celle dont nous allons donner une hiftoire, qui ap-
prendra mieux quels doivent etre les caraifleres que nous
demandons aux infedes pour les placer dans la claffe
des progallinfedes. Je connois encore peu delpeces qui
en dépendent, & elle pourroit en avoir beaucoup qui
refteroientlong“temps inconnues, fur-tout des efpeces qui
feroient aiilTi petites & aiilTi peu allantes que 1 efpece qui
fe tient fur forme. D’ailleurs fi les autres efpeces , comme
cette derniere, font peu du goût des fourmis, nous n avons
point de guides pour les trouver, comme nous en avons
pour trouver les gallinfedes & les pucerons. Les^ fourmis
qui cherchent les uns Sc les autres , ne m ont gueres paru
fe foncier des progallinfodes de l orme. Les mittes en
récompenfo aiment fort ces dernieres ; j en ai fouvent vu
un grand nombre autour d une foule ' mais les mittes
font fi petites, qu’il faudroit quelles fe raflemblalTent en-
core en beaucoup plus grand nombre qu’elles ne font au-
tour des progallinfedes , pour nous aider a les trouver.
Les mittes qui les aiment font néantmoins alfez groffes
pour des mittes , elles font d’une couleur brune qui tire
fur le marron.
C’eft principalement dans les bifurcations * des jieti-
tes branches de forme , & des petites branches qui n’ont
qu’un an ou deux, qu’il faut chercher les progallinfeéles
;
on en trouve cependant d’attachées contre les branches
mêmes, * <& contre de petites tiges , * mais cela eft
rare. C’eft dans le mois de Juin &. dans celui de Juillet
qu’elles font parvenuës à leur dernier terme de gr^"
deur; cependant on n’apperçoit alors a la vûë fimple»
qu’une petite niafîe ovale ôi convexe , * d’un affez mauv^**
des Insectes. IL Ahm . 8^
row<^e-brun , entourée d’un cordon blanc & cotonneux
La niafTe rouge, dont le contour cft ovale, cft le dcfliis
du corps de l’inlcae;ce qui en paroît a environ une li-
<^ne dans le fens où il cft le plus long: fi on a recours à
& loupe, on diftingue les anneaux dans lefqucls cette par-
tie de corps eft divifée. Voilà pourtant tout ce tjur rndi^
que que ce qu’on voit eft un animal, car du reftc^il elt
dans une immobilité parfaite , & il ne montre ni tête ni
jambes : tout cela eft caché par le bourlet cotonneux, qui
ne laiflè à découvert que la partie fupérieine du corps.
Nous ne donnons pas aftez d’idée de famas de la ma-
tière blanche & cotonneufe, quand nous ne l’appelions
qu’un bourlet ; cette matière fait une efpece de nid en-
forme de corbeille ovale * , & comme' garnhonnée, dans
lequel l’infèéle eft logé en grande partie. Son ventre qui
|K)fe fur le fond de ce nid , fe trouve féparé de l’arbre ])ar
une couche' de coton. An refte les fils' du coton qui le
compofent, font forts,. même aftèzgros;vûs avec' une'
loupe d’un court foyer ils paroiflent des brins de laine.
Ce nid n’eft pas uniquement deftiné à mettre le corps
de l’infeéle plus à raife,.ce n’eft' pas même là la principa-
le deftination. L’infecfle * s’en palfe pendant la plusgran- =
de partie de fa vie, pendant qu’il eft plus jeune, &,ee
femble,plife foible; Ce nid eft deftiné à recevoir les petits-
qui doivent naître, car ils nailTent vers la fin de Juin' ou.
dans le mois de JuilleC.^ Si on retire alors laprogallinfeéte
de: fon nid,, on; trouve dans le fond de ce nid & dans
les inégalités des côtés ,- un; grand nombre de' petits vi-
'^ns'*:. Ils font d’un blanc-jaunâtre qui rire fur la cou- *
leur de k gomme copal. Ils portent devant eux, deux
petites antennes *..La forme du contour de leur corps eft *
aflez lèmblable à celle du corps des gallinfeéles nouvel-"
lement née& Leur partie poftérieure eft plus' pointue que
Lij
* PI. 7. fig. J.
4Sc 4-. aede*
* Fig- s»
Fig, 7 & 8,
a, J
MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
i antérieure. Ils marchent vite fur fix jambes aflez courtes
Mais en quelque temps qu’on ôte la progallinfeéte-
mere de fon nid, jamais on ne découvre d’œufs dans le
nid; nos progallinlèéles font au nombre des animaux vi-
vipares. J ai détaché des meres , je les ai renverfées fur le
dos dans le temps où elles étoient dans le travail de l’ac-
couchement : deux d’entr elles ont aufli accouché fous
mes yeux. Quoique je fulfe muni d’une forte loupe, je
n’ai pourtant pû m’alTûrer alfez à mon gré quelle étoit la
partie du corps de l’infeéle naiffant qui fortoit la premiè-
re. Il m’a paru que c’étoitfa tête; & en cas que cela foit,
il fort dans une pohtion oppofée à celle dans laquelle le
puceron fort du ventre de fa mere.
Quand on écrafe le corps des meres vers le commen-
cernent de Juin, on met au jour une grande quantité de
])etits corps oblongs , auxquels on ne diftingue aucu-
ne partie : on feroit difpolë à prendre ces petits corps
pour des œufs ; mais il efl plus naturel de les croire des
embryons , dont les parties, qui feront même peu fenfibles
dans 1 infeéle naifïànt , ne fe laifîent pas encore dillin-
guer. D ailleurs ceux qu on a fait fbrtir par violence du
corps de la mere, font baignes de liqueur rougeâtre. Je
les ai bien laves, & tout ce que j’ai pû appercevoir, quand
ils ont ete nets & blancs , ç’a été deux points noirs qui
pouvoient être les yeux.
Jamais le nid n’eft auffi rempli de petits qu’il femble-
roit le devoir être , à en juger par la quantité de ceux dont
le ventre de la mere eft farci; le temps de l’accouche-
ment de chacune d’elles dure plufieurs jours, peut-être
plus de huit a dix jours , & il y a apparence qiuun jour
ou deux apres fa naifïànce chaque petit infeéle s’échappe
du nid. ^ ^
Si on ob/èrye avec une forte loupe des branches d onne
DES Insectes. II. Afem. 8
5
dans les temps dont nous parions, on découvre bien-
tôt de petites progallinleéles <]ui marchent vite dcfîus,
ou plutôt qui y courent. Mais ce n’cft que pendant quel-
ques jours quelles courent ainfi ; elles ne lont pas long-
temps fans fe fixer ; celles qui clioififlent leurs places
dans les bifui'cations des branches , y ont le corps recour-
bé Une fois fixées, elles ne changent pas, ou changent
rarement de place; mais elles ne deviennent dans l'im-
puiffance, ou ne perdent la volonté de fe mouvoir, que
vers la fin d’Avril. Alors elles periffent fur les branches
qu’on a coupées : quoique ces branches fe^deffcchent,
elles ne fongent pas à en aller chercher d’autres.
Leur accroiflement, comme celui des gallinfc(5les,n’eft
confiderable qu’après l’hyver. Avant la fin d’Avril il y en
a qui font près d’avoir acquis toute la grandeur à la-
quelle elles peuvent parvenir. Dans le commencement du
même mois , & dès celui de Mars , leur corps eft un peu
rougeâtre; mais il le paroît moins qu’il ne i’eft, parce que
chaque anneau eft bordé de poils gris & courts *, aftez
gros par rapport à leur longueur. On ne retrouve plus
ces poils aux progallinfeéles qui font dans un iiid de co-
ton; elles les ont apparemment quittés en changeant
de peau , & elles en ont pris une qui laiflTe tranfjMrer la
matière cotonneu/è. En tout temps le deffous de leur
ventre eft plus rougeâtre que le deflus du corps , parce
qu’il n’a jamais de poils. Les jambes font petites & dé-
liées par rapport au volume de l’infeéle ; il en a fix *. On
a peine à trouver fa trompe ou fon fueçoir , qui m’a
pourtant paru femblable à celui des gallinfecics, êc fem-
blablement placé j’ai cru même bien diftinguer la poin-
te qui le termine, & qui eft propre à picquer l’écorce de
iWbre.
Des le mois d’ Avril on voit quelquefois entre l’écorce
L iij
/
PI. 7. fîg.
2. h, 6c fig*
* Fig. lOm
* Figure 6*
> h h h h i-
* Fig- 6.j;
/
PI. 7. fi
5.
S6 MEMOIRES POUR l’HISTOIRE
de Tarbre, âc ie ventre de quelques-uns de nos infe^
dles, une couche de duvet blanc Sc cotonneux, qui eft
apparemment une matière qui s’eft échappée par Tinrent
ble tranfpiration. Par la fuite cette couche cotonneuTe
s’épaiffit; les côtes du petit animal fourniflent aulQ
une femblable matière ; peu à peu cette matière s’ac-
cumule, Sc forme le nid mollet dans lequel Tinfeèîe
mettra au jour fes petits. Nous avons dit que ce nid a la
g. figure d’une j>etite corbeille gaudronnée *. Les gaudrons
y font produits par les convexités Sc les creux ou cannelu-
: es des filions. Si les parties qui font en relief, Sc celles
qui font en creux ^ ou qui forment le fond des filions,
laifient tranfpirer une égale quantité de matière, la cou-
che cotonneule fera également épailfe par-tout, Sc par
conféquent elle fera néceflairement gaudronnée. Ainfi fe
fait une efpece de nid très-bien arrangé Sc façonné, fans
que Tadreffe de Tinfecfle y contribue en rien.
A mefure que le nid fe fait, Tinfecfle groffit, & iTde^
vient de plus rouge en plus rouge, mais d’un rouge-fon-
cé, qui pourtant m’a laiffé efperer que je pourrois tirer
quelque bonne teinture de cet infeéle; mais celle qu’il
m’a donnée a démenti Tefpérance que j’en avois conçue.
Enfin Tinfeéle met fes petits au jour; ils fortent par.
Tanus, ou par une ouverture qui en eft proche; ilspaf-
fent fous le corps de la mere,qui s’applatit à mefure qu’il
fè vuide. Quand elle a mis au jour tous fes petits, elle
périt, elle fe defféche , Sc par la fuite elle tombe du nid-
Quoique j’aye fuivi les progallinfecfles de forme dc"
puis leur naifiance jufqu’au temps. où elles mettent leurs
petits au jour, je ne fuis point parvenu à les voir s accou-
pler. Mais fi elles ont des mâles auffi petits que ceux deS'
gallinfeétcs , Sc ailés de même, comme il y a grande ap-
pa enee , ces mâles ont pu. très-aifément m’échapper ^ &
Ï>ES ÎNSECfES. II. Mem. 9Î'
m les laiflbit alors expofés aux injures dcjl’air, il en pé-
riroit trop, il n’en relleroit peut-être pasalTezen vie pour
donner de bonnes récoltés dans l’année lui vante. Par cette
raifon avant que la fâcheufe faifon arrive, les Indiens cou-
pent des feuilles de nopals fur lefquelles Ibnt de petites
cochenilles qui n’ont pas encore pris tout leur accroifle-
nient : ils les portent dans leurs habitations; les inlec-
tes dont les feuilles y font chargées , font à l’abri de la
pluye. Ces feuilles de nopals , comme celles de quan-
tité de plantes gralTes des pays chauds, peuvent relier
long-temps hors de terre làns le delfeclier , ôc meme y
relier très-fucculentes. Elles fournilfent donc une nourri-
ture fulSfante aux petites cochenilles qui s’y font atta-
chées.' Ces cochenilles groirilfent & croilTent à un tel
point , que quand la faifon des pluyes eft palTée , elles font
près de faire leurs petits; car, comme nous l’avons tlé-
ja dit , les cochenilles font vivipares.
Celles qui ont été confervées à couvert, font cel-
ies qui doivent être femées pour fournir les récolté#
dans la belle làifon. Pour les mettre en état de mul-
tiplier d’une maniéré dont on puilTe profiter , les In-
diens font des eljîeces de nids lemblables à ceux des
oifeaux,mais beaucoup plus petits, foit avec de la moulTe
pareille à celle de nos arbres, foit avec un foin fin ou
une paille fine, foit avec ces filamens bourreux qui en-
veloppent les noix de cocos. Dans chacun de ces nids
on met douze ou quatorze cochenilles; on porte ces nids
dans les plantations d’opuntia qu’on a eu foin de frire &
de préparer; on les place entre les feuilles, ou, félon le
terme des Indiens , les pencas. Les épines qui s’y trou-
vent , donnent la facilité d’y affujettir fuffifamment
CCS petits nids. La quantité de ces nids doit être confi-
dérable, puifque les cochenilles mêmes qu’on a mifes
M iij
I
MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
dedans , deviennent feules i objet d’une récolté qu’ou
n’efl: pas long-temps à faire. On dit dans une des dépo-
fitions , qu’à chaque origine jde feuille on place deux à
trois de ces nids.
Les cochenilles ne font pas plus de trois a quatre
jours dans les nids fans y faire leurs petits. C’eft un fait
fur lequel toutes les informations parlent affez uniformé-
ment , d’où il fuit que les Indiens connoiffent bien le
temps où elles font près d’accoucher. D’ailleurs l’air
extérieur auquel elles font expofées,peutlesy aider. Cha-
cune d’elles fait des milliers de petits, qui, pour nous fer-
vir des termes de quelques-unes des dépofitions, ne font
pas plus gros que des pointes d’épingles , ou qui , félon les
termes de quelques-autres, font gros comme de petites
mittes , ou comme des lentes , ou comme de petites puces.
Les cochenilles nouvellement nées quittent bientôt le
nid, elles vont fur les feuilles de nopal, elles s’y difper-
fent , Sc elles y marchent apparemment comme nos jeu*
gies gallinfeéles , ou comme les progallinfetfles ; Sc de mê-
me elles ne font pas long-temps l’ans fe fixer. Elles ne
rongent aucunement la plante, elles fe contentent de la
picquer Sc de tirer le fuc de l’endroit où elles fe font ar-
rêtées pour y refier jufqu’à ce qu’elles ayent pris tout leur
accroiflement , & qu’elles foient elles - mêmes en état de
mettre chacune au jour un très-grand nombre de petits. Les
cochenilles par préférence s’attachent aux endroits de la
plante les plus verds comme les plus fucculents , 6c aufli à
ceux qui font le plus à l’abri du vent. Dans les pays
les plus froids de ceux où on éleve la cochenille, on
couvre avec des nattes les nids 6c les feuilles fur lef-
quelles les jeunes infeéfes doivent grimper : ces nattes les
défendent contre le froid 6c contre lapluye,qui en pont:
roient faire périr beaucoup.
DÈS I N S E C T É S. II. Mefrt. 9 $
On ne doit pas s'attendre à trouver des defcriptions
bien exa<fles de la figure de ces petits animaux , dans des
dépofitions qui n’ont été faites que pour certifier qu’ils
font réellement des animaux, & dans des dépofitions
faites par des perlbnnes , qui , quoiqu elles euflent cultive
ou vû cultiver la cochenille, ne lavoierit pas oblervee
en naturaliftes. C’eft beaucoup qu on y parle des pattes
ou jambes de ces infe(fles,de leurs griffes, de leurs yeux,
Hpline efjjece de bec ; on y apprend que la figure du
corps de l’animal eft ovale, & qu’il parvient à avoir la
groffeur d’un petit pois. On adjoûte quelque chofe de
plus précis, lorfqu’on dit qu’il refferable à l’infecfle qui
s’attache volontiers aux chiens, & fur-tout à leurs oreil-
les, aux bœufs, & à d’autres animaux, & qu’on appelle
en latin ricîms, & en françois riccin ou tique. M. Geof-
froy a aufli comparé la cochenille à cet infe<fle;&. le Pere
Plumier l’a comparée aux punaifes domeftiques. Les
infèdles de ces deux genres , quoiquè très - différens de
celui de la cochenille , font de ceux avec lefqucfs elle a le
plus de reffemblance.
Les fourmis aiment les cochenilles comme elles ai-
ment nos pucerons & nos gallinfeéles , & il y a lieu dé
croire quelles ne leur font aucun mal ; mais quantité
d’autres efpeces d’infedles les cherchent pour les dévo-
rer. Les Indiens apportent tous leurs foins pour dé-
fendre les cochenilles contre ces infeéles redoutables ;
ils nétoyent les nopals de certains fils ou certaines toiles
femblables à celles des araignées , filées par des infeéles
qui mangent apparemment les cochenilles.
Sur quoi les dépofitions nous inflruifent le mieux, c’efl^
fiir la maniéré dont fe fait la récolté de la cochenille. Oiï
en a plufieurs dans une année, dont la première efl celle
de ces mêmes meres qu’on a,,portées dans les petits nids-
I
^6 MEMOIRES POUR lUisTOIRË
fur tes nopals : elles ne quittent pas ces nids; après s y être
délivrées de tous leurs })etits , elles y periflent. On ri’a
donc qu’à aller ôter les nids de deflus les nopals , & en
retirer les meres qu’on y avoit miles.
Au bout de trdis à quatre mois , tantôt plutôt , tantôt
plûtard, félon que la faifon a été plus ou moins favora-
ble, on fait la fécondé récolté; alors les cochenilles, qui
avoient été lemées lur les nopals , pour ainfi^dire, ont pris
tout leur accroilfement ; quelques-unes mêmes ont déj||^
commencé à faire des petits. Les Indiens ramafïent ces
cochenilles, ils les détachent de deffus les plantes, en les
frottant avec une efpece de petit pinceau fait de poils
attachés à un des bouts d’un petit rofeau ou d un petit
bâton qui fert de manche.
Dans cette fécondé j-ecolte on ,n!enleve pas toutes les
cochenilles de deffus les nopals , on y en laiffe , & peut-
être quelques-unes des groffes, à deffein de les y faire mul-
tiplier; mais on y en laiiTe toujours beaucoup de nouvel-
lement nées , de celles qui étoient déjà forties du corps
des meres qu’on a détachées. Les jeunes cochenilles
qu’on a laiffées, donnent une troifiéme récolté au bout
de trois à quatre mois. Quand on fait cette troifiéme ré-
colté,, le temps des pluyes approche,, & xe font les jeu-
nes cochenilles venues de celles qui ont été l’objet de la
troifiéme récolté, que les Indiens confervent pendant la
làifon des pluyes , dans leurs habitations fur des feuilles
de nopal; & qui doivent fournir dans l’année fuivante à
des récoltés femblables à celles qui ont été faites dans
l’année qui a précédé.
La cochenille de cette derniere récolté n’efl pas aiim
nette que celle de la récolté précédente. 11 y a alors fur
les nopals quantité de petites cochenilles , plus qu’on n’en
veut confer ver à couvert pendant la failôn des pluyes.
Pour
<D E s I N S E T E S. IL Aient. 97
Pour ne rien perdre , les Indiens ratiflent les feuilles, aria
d’en détacher ces petites coclienilles; il leur faudroit trop
de temps pour les foire tomber avec Je pinceau; les ra-
clures de la plante lé mêlent avec la cochenille , & Ibnt
caule (jue la drogue eft moins nette. D ailleurs les couche*
nilles-meres, ou prêtes à être meres, le trouvent mclées
avec beaucoup de jeunes & petites cochenilles. Lorlejuc
Je tout eft deeflehé, on a un mêlante de gros & de pe-
tits grains ; aufti cette forte de cochenille eft nommee
granilla par les Efpagnols.
Après que les Indiens ont ramalTé les cochenilles, ils
les,fontp' rir, fons quoi ils pourroient perdi^une partie
de leur récolté. Les meres, quoique détachées des plan-
tes, peuvent vivre pendant quelques, jours & foire leurs
petits: les petits nouvellement nés font vifs, ils aiment à
courir ; ils le difperferpient bientôt , 6c ce feroit autant de
déduit fur le poids de la cochenille qui avoit été ramaf-
fée. Il y a différentes pratiques ufitées pour faire périr, ces
inlçéles. Quelques Indiens les mettent .dans une corbeille^
ils les plongent enfuite dans l’eau chaude ;& après les en
avoir retirés, ils les expofent au folcil pour les faire fécher.
D’autres ont de petits fours conftruits exprès , qu’on
échauffé au degré de chaleur convenable pour foire mou-
rir les cochenilles qu’on met dedans fur une , natte. Ils
appellent ces fours des temafcales. Les femmes des In-
diens, font cuire leurs pains ou gâteaux de maiz fur des
plaques fous lefquell.es elles allument du feu; on fait en-
core périr les cochenilles fur ces mêmes plaques apjîcl-
lees des comales. C’eft de ces differentes maniérés de foire
mourir les cochenilles , que dépendent princimlement les
ditterentes couleurs de celles qu’on nous apporte. Les
cochenilles vivantes, comme la plûpart de nos-gallinfecr
tes,. font couvertes d’une poudre blanche; celles qu’oti
Tome IV. ^
MEMOIRES POUR l'Histoire
fait périr dans l’eau chaude , y perdent partie de cette
poudre , elles paroiflent enfuite d un brun roux : on ap-
pelle cette cochenille renegrida. Celles qu’on fait périr
dans les fours ou temafcales , ne perdent pas leur poudre
blanche > elles relient d un gris cendre & jaljie , parce
que le blanc fe trouve fur un fond rougeâtre, & c’eft dé-
jà que vient cette cochenille qu’on appelle jafpée, jafpea-^
'da. Celles qu’on fait périr fur les plaques ou comales
,
courent plus de rilque d’être trop chauffées ; elles de-
viennent noirâtres , comme fi elles y eulfent été trop gril-
lées, & cette cochenille ell appellée fiegra.
Les mores mortes qui ont été tirées des nids pofes-
furies nopals, perdent plus de leur poids en féchant,quc
n’en perdent les cochenilles qui ont été prifes vivantes &
pleines de petits. En failant lécher quatre livres des pre-
mières on les réduit à une livre, & trois livres des autres
donnent cette même livre après avoir été féchées.
On nous dit que la cochenille filvellre croît fur une ef-
pece d’opuntia qu’on ne prend pas foin de cultiver, &
dont les feuilles font chargées de plus de piquans,que ne
le font les feuilles de l’opuntia fur lequel on éieve la belle
cochenille.
Nous fçavons donc très-bien que la cochenille elt un
infeéle; comment on l’éleve & la foigne pour la faire
multiplier, comment on la fait périr; <& que Kxte-
lieur de cette importante drogue ell un peu différem-
ment coloré , félon la façon dont on s’y ell pris pom
faire mourir lès petits infcéles. Nous devons ces inj-
|
truélions complettes aux foins que s’cll donnés M- o®
Ruulfcher ; mais comme, il le remarque lui-même ,
po^r
fe convaincre que la cochenille ell un petit animal , i
n’étoitpas nécelfaire défaire venir du Mexique des obler-
fations fi authentiques. Il fuffifoit de s’y prendre
DÈS T K S £ C T E S. //. Mem, 9^
i'ont fait M/* Harfockcr, etc la Hire , Geoffroy ,<& coin-
me M. de Ruuflcher l’a f^jt lui-meme. H liiffilbii de met-
tre tremper dans l’eau ou dans le vinaigre <}uantitc de
grains, de les y laifler renfler, & de les obferver enlüite
avec une bonne loupe; car alors un oblèrvatcur jieiH:
aifément reconnoître que chaque petit grain eft le ca-
davre d’un inlbdle. Les grains les plus informes, ceux
qui ont été les plus maltraités , montrent au moins les
differens anneaux dont le corps eft compole *. Mais
^l’on parcoure avec la loupe un certain nombre de grains, '
& on ne manquera pas d’en rencontrer plufieursqui four- •
niront des preuves qui ne fçauroient permettre de refter
dans le doute; on trouvera aux uns, comme /’ai trouvé,
des fragmens de jambes qui font refté attachés au corps;
on trouvera aux autres quelques jambes entières; on s’af-
Rirera aifément que i’inlèéle a fix jambes * , & qu’il n’en
a pas davantage. J’en ai vû à qui une paire de jambes étoit
reftée bien faine & bien entière; à quelques-uns ç’étoit
h première paire , & à d’autres la troifiéme. Enfin quand
on a vu les jambes de. differentes paires fur differentes co-,
chenilles, au moins diftingue-t-on très-bien les places où
ont été les jambes des cochenilles à qui elles manquent.
Tout cela eft fi vifible , même à ceux qui font les moins
accoûtumés à obferver , qu’on ne Içauroit aflèz s’éton-
ner que Leeuwenhoek , à qui l’ufagedu microfeope étoit
n familier , qui, avec le lècours de cet inftrument, nous a
donné tant de belles figures de quantité de corps d’une
petitefle inexprimable , on ne fçauroit , dis-je , aflTez s’éton-
ner que Leeuwenhoekait fi mal vû la cochenille. M.Boylc
s informa de lui par le canal de M. Heinfius qui réfidoit
alors à Londres , de ce qu’il penlbit de la nature de la co-
chenille. Leeuwenhoek répondit à M. Heinfius , qu’à fi
çpnûdération & a celle de M. JSoyle, il avoit répété des
^ Continuel^
iio Epiftold’-
mm ad re- '
giam Soeïeta^
Uni} p. I jp.
I OO M EM O I R E s POUR L’H I
S
T G I R E
obfervâtions qu’il avoit déjà faites piufieurs, années aupj.
rayant, 6c qu’il lui paroilfoit eonftaiTunent que la coehe-
nille ne devoit être autre ehole e ue le fruit d un arbre, &
un fruit: alFez fembiable à ces bayes que les botaniftes
-appellent raifin d’ours , uva utJî. Mais M. Henlius ayant
îîiarqué à- Leeuwenlioelc, dans la lettre de reniercienient
qu’il lui écrivit, qu’un gouverneur de la Jamaïque avoit
alTûré M Bovle, que la cochenille étoit un ver qui naif-
foit.fur je frlit du figuier d’Inde, 6cc. Leeuwenhoelç
avoua de bonne foi* qu’après un nouvel examen, il s’é-
toit détrompé de- fon ancienne erreur, 6c qu’il avoit rcr
connu que chaque petit grain de cochenille etoit en efièi
la partie poftérieure de quelque petit animal, dont la têr
te , les pattes , la coque , 6c la partie antérieure du corps
nvoient été emportées. Il femble que Leeuwenhork
içavoit bien mieux voir les objets dune petiteffe prodir
gieufe, que ceux d’une grandeur fenfible ; les petits objets
étoient plus. de;, ion domaine j ceft de quoi jepourrois
rapporter -beaucoup*. de preuves, '6c>dont une nous efl
Jbiirnie par fes dernieres obferyations fur la cochenille;
car il a encore mal' vit la. cochenille, quand il. a, cru voir
que chaque grain étoit le corps d un.animal, a qui la te-
te, la coque 6e, la i>artie antérieure manquoient;:.ordjnai'
xement rien de tout cela ne lui manque..,
Quelques autres auteurs , qui ont bien reconnu la co^
chenille pour un petit animal, fe font preffés de la naî-
tre dans une clafie d’infedes , avant que d’avoir allez
étudié fa forme. Les. uns veulent , comme Hernandez,
qu’elle ne foit , qu’une efpece de ver ; d’autres la placeM
parmi les araignées ; la plûpart en ont fait une efpece de
Icarabé. Petiver eft de ces derniers, il a cru même avoir
des figures de la cochenille dans les dilférens états par
lefquçls il. avoit imaginé quelle palToit, dans
i> E s Insectes. IL Mem. i o i
à f« pieds, dans celui de nymphe. & enfin dans celui
de fearabé. Il eft cependant certain jîar les informations
venues du Mexique, que cet infeCle ne fubit aucune
niétamorjdiofe.
Plufieurs de ces différens auteurs ont apparemment cru
avccLeeu\vcnhock,que chaque grain de cochenille n ctoit
qu’une petite portion dueorps de | in{e(fle,& de Icui grâce
dslui ont accordé les parties qui lui manquoient pour être
l’infeéîe qu’ils penfoient qu’elle devoit être. Mais quel-
qu’un qui fera bien au fait des caraélércs des infedes
,
s’afiurera aifément que celui-ci n’appartient à aucune
des clalTes auxquelles ces auteurs l’ont donné. Dès
qu’il l’aura oblervé avec foin, il reconnoîtra qu’il nous
arrive plus entier qu’ils ne l’ont penfé , qu’il n’a guércs per?
du que fes jambes,-. ou queiques-uncs de fes jambes, Sc
peut-être des antennes. Sur les cochenilles renflées dans
l’eau ou dans le vinaigre , il diftir.gucra- la petite tête *;
il verra de chaque côté un tubercule
,
qui peut être un
relie d’antenne ou un œil, car ceLa n’ell pas aifé à décir
der. La prenuere paire * des jambes eft alTez proche de
la tête de cet iufeéle , & elle eft pofée de même dansies
gallinfedes & ks progallinfedes.,. Entre cette première
paire de jambes & la têtéon diftingue un petit corps lon-
guet*, placé encore comnieleft la trompe des galiinlèc-
jtes ,.&i celle de divers autres infeéles , & qui doit être la
iroinpe de là cochenille. C’eft peut-être cette partie que
quelques-unes des atteftations envoyées à,M. de Ruufi-
fcher,>appei|en£..un: bec. -L’endroit. où eftd’anus,eft facile
à' reçonnoître. Enfin dès . que l’infeéle a,fa tête, on eft en
état de décider qu’iLn’eft point un fearabé ,car il neft plus
permis de fuppofer que les fourreaux écailleux* des ailes
membraneufesr, &. ces.àîles elles-mêmes ont été emporr
tèes jparep qqe .les.infe(fl;es ailés qui ont de ces fourreaux^
Nii|
* PI. 7. flg.
I 6.
* Ct e»
i^u
(52 MEMdIRES POUR L’HlSf OIRE
ont un corcelet écailfeiix ou cruftacée , place entre (a
* PI. 7. %. tête Sc le corps ; Sc la cochenille * n a point ce corce*
- iet. Il n’eft pas moins facile de voir. Toit par la forme
du corps , foit par le nombre de fes jambes, qu elle n ’ap.
i^artient point à la clafîe des araignées. ^
Mais fi on fe rappelle ce qii on fçait fûrement de fa
manière de vivre , qu elle palTe une partie de fa vie immo*
bile ôc fixée fur les plantes; fi on fe rappelle lendroii où
fa trompe efi: fituée, on fera difpofé à la prendre pour
une gallinfede, ou pour une progàllinfede : Sc c ’eft dans
la clalTe des progallinlèdes qudn fe déterminera à la pla-
cer, quand on aura fait attention qu elle a des anneaux
depuis la tête julquau derrière; que quelque gonflée
qu'elle foit , fes anneaux font fenfibles fur la partie fupé*
rieure du corps ; au lieu qu’il vient un temps où ceux des
véritables gai infeéles cefTent d’être vifibles, où tout le
defiiis de leur corps devient lifie 6c luifant , comme s’il
étoit écailleux ou cruftacée ; tel efi: même le deflus du corps
des gallinfeéles les plus vieilles 6c les plus féclies, comme
le kermès le fait affés voir. Mais le deffus du corps des
cochenilles féches efi: ridé; 6c le defifusdu même corps ra^
molli 6c gonflé , conferve des veftiges des rides ; 6cil a alors
un air membraneux 6c charnu.
Dès qu’on a ignoré pendant fi long-temps en Europe
comment les gallinfeélcs font fécondées, on a bienpû
ne pas fçavoir au Mexique comment les cochenilles le
font ; là affûrémcnt les obfervateurs ne font pas aiiffi com-
muns qu’ici. Cependant comme fi les pièces publiées par
M.'de Ru uffeher, dévoient nous donner une hiftoirecom-*
plette de la cochenille , nous y trouvons encore des lumiè-
res fur la fécondation de la cochenille. Ce qu’on y eo
rapporte, n’eft néantmoins que fur un oui dire, maisiur
un oui dire qui a du poids depuis que les mâles de*
DES ÎW SECTES. IL Menu lOJ
galiinfecî^cs nous font connus. Dans le certificat du Gor-
regidor * , nous trouvons que Jà Seigneurie a du avoir oui
dire par tous ceux qui en font métier ( d’élever la coche-
nille) que dans le temps que la cochenille devient grojfè , il
marche jur elle un petit papillon qui naît fur les mimes no-
pals , & par lequel on dit que la cochenille conçoit. Les
mouches qui font les mâles de nos gallinlèéles , poiir-
roient être prifès pour des papillons , même dans notre
pays , par ceux qui ne font pas plus au fait de l’hiftoire
naturelle que les Indiens qui cultivent la cochenille. Une
mouche , à ailes colorées & moins tranfparentes que cel-
les des mouches ordinaires, leroit fouvent appelléc ici
un papillon. H y a donc grande apparence que les papil-
lons dont il eft parlé dans le certificat, ne font que des
mouches; & que ces mouches qui fe promènent, qui
marchent fur la cochenille,comme d’autres petites mou-
ches marchent fur les gallinfeéles , y marchent pour la
même fin. Il eft donc très - vraifemblable que les mâles
des cochenilles, comme ceux des gallinlèéles , font de
très-petites mouches^
Si parmi les grains de cochenilles qu’ôn a mis tremper
dans l eau, on choifit ceux qui s’y font le plus renflés, &
qu’on les prefle jufqu’à un certain point, on oblige ce
qui eft renfermé fous les enveloppes extérieures , à fortir
par l’anus ou par quelque crevalTe qui fe fait aux envi-
rons, ou fur l’un des côtés. Qu’on examine avec une'
forte loupe ce qu’on a fait fortir , on trouvera fouvent que
c eft un amas de petits grains rouges ou rougeâtres , &
de quelques autres prefque noirs, dont chacun * a la fi-
gure d’un œuf oblong. Je m’en ferois tenu aulfi à pren-
dre ces petits corps pour les œufs dont étoit remplie
fa cochenille de laquelle je les avois fait fortir, fi je
n ayois pas fçû que la cochenille eft vivipare. Dès que
*Pag
i/ J^Q
* 7 *
* PI. 7. fig.
1 8.
^Fig. 19.
ï 04 MrË M O ï R E S P O UR l’ H IIs T C I R"E
ce dernier fait eft certain , chaque, petit grain doit' être
un fœtus. Je me fuis fervi auffi d’une loupe d’un très^
court foyer, pour tâcher de découvrira ces .petits corps,
quelques parties propres aux fœtus. Je leur ai vu à pref.,.
que tous des anneaiix aifés marqués * ; mais j’ai cru voir
quelque choie de plus à plufieurs grains. Un de leurs côtés,
f celui où doit être le ventre du fœtus , m’a paru aifés fem-
blable au même côté des nymphes,, ou des crifalides; j’ai
cru voir de petits filets blancs , qui ne pouvoient être
i,îikj<;l,l autre. chofe que les jambes qui étoient étendues &
difpofées fur le petit embryon , comme les jambes le font
fur plufieurs nymphes. Les petits animaux delféchés.qui
compofent la cochenille que -nous nommons filvellre,
différent beauGoup plus en grandeur entr’eux., que ceux
de la cochenille fine. Quand on fait la récolté des pre-
miers, on n’a aucun ménagement , on ramalfe ceux .de
tout âge : parmi ces infeéles delféchés j’en ai rencontre
de très-gros, plus gros que ceux de là cochenille melle-
que ; les plus gros ont, été ceux que j’ai fait tremper dans
l’eau par préférence. Lorfqu’ils en .ont été imbibés , j.’ai
forcé par la preffion les petits grains qui étoient dans leur
corps à en fortir. J’en ai fait .paroître au jour des mil-
liers ; chacun de ces grains étoit fernblable à ceux que la
cochenille 'mçficque m’avoit fait voir en pareil cas. Au
refie , non-feulement il y a du choix.à faire dans lespetits
grains pour difiinguer ces filets qui m’ont femblé être les.
jambes, il y .a encore. à faifir un infiant favorable. Dans
le moment où le grain vient de fortir du corps, il dt
tropgonlié; quelques momens plus tard il efi trop ride:
c’efi dans un temps court pris entre les deux derniers , que
l’on voit tout plus nettement, & ce temps efi aiféàfaiuj»
oarce qu’il arrive pendant qu’on tient le grain au foyer de
ia loupe. . „
DES Insectes, il. Mem. 105
A/Tés de pays nous fournifl'ent l’argent <&. l’or, mais
ie Mexique bien partagé de ces précieux métaux, a féul
ppiyil^gç nous donner la coclieniile, on iy cultive
dans plulieursde lés provinces , dans celles de Tlaicalla, de
Guaxaca.deGualimaia, de Honduras, &c. Le produit de la
recôlte qu’on fait de la cochenille dans ces difiércntes pro-
vinces , eh: plus lur pour leurs habitans que le produit ( es
mines d’argent du meme royaume; il ne les expole pas a
d’aulfi grands & d’aulfi dangereux travaux, & il elt très-con-
hdérable. Pour donner quelqu’idée de ce que la cochenille
vaut au Mexique, je n’ai qu’à tranferire ce que je trouve,
hir cet article dans une fçavante Diflertation liir la coche-
nille, envoyée d’Amherdam à M. du Fay par M. <Ie
Neufville * en Janvier *736. & lûë peu de temps après
à l’Académie. Dans cette diflertation M. de Neufville
conlidére la cochenille dans deux points de vûë différens,
dans celui qui intérefle les Phyficiens , & dans celui qui
touche le plus les négocians. Pour fatisfaire les Phyfi-
ciens, M. de- Neufville n’a rien obmis de ce que peut ap-
prendre la leéfure des Auteurs qui ont parlé de la co-
chenille; & c’efl quand il la confidére comme l’objet d’un
grand commerce, qu’il examine la quantité de cette
importante drogue qui vient chaque année en Europe.
On penfe bien que cette quantité ne doit pas être toû-
jours précifément la même; mais les plus grands négo-
cians d’Amflerdam qu’il a confultés , lui ont dit que la
flotte d’Efpagne aj)porte à chacun de Tes retours en Eu-
rope, deux à trois mille furons de cochenille; lefuron efl
un ballot fait d’une peau de bœuf fraîche, dont le poil efl:
en declans; il pelé depuis 130 jufqu’à 200 livres. Les
* Il eft bien connu du public par la beïïj Vie de M. Leifmifz qu’il a mife
a la tete de la Théodicée de ce célébré Auteur, & i ar Ton projet d’un Di-
cllonnaire de Médecine#
Tome VL , O
lo6 MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
azogues ou vaiffeaux qui précèdent ia dotte , font char-
gés depuis yoo. jufqu’à i<^oo furons. La Compagnie
Angloife de l'Affiente en apporte auffi une quantité
q^ui n’efl: ni fixe ni connue; on ignore aufll ce qu’il
vient de cochenille par divers autres vaiffeaux que ceux
de la flotte , des azogues & de 1 ’Affiente. Mais on peut j
fuppofer , comme le fait M. de Neufville , qui! vient
par an 4400 furons de cochenille fine ou mefteque;
&. en fuppofant chaque furon du poids de 200 livres^
pour fuppléer ce qui peut manquer a leur nombre^
c’efl huit cens quatre-vingt mille livres pefant de co-
chenille qu’il arrive tous les ans en Europe. Il les ré-
duit à fept cens mille livres de cochenille mefteque , par-
ce qu’il n’y a gueres plus des deux tiers de celle-ci dans-
le total , & un peu moins du tiers en cochenille filveftre.
Il évalue comme à un prix moyen chaque livre de co-
chenille mefteque à 10 florins 4 fols d’Hollande ^ ou à
environ 2 1 livres de France ; ainfi, à fon calcul , il arrive
chaque année pour fept millions cent quarante mille
florins de cette cochenille argent de Hollande , & pour
quatorze millions neuf cens foixante & dix- neuf mille
vingt livres argent de France. Refte encore à ajouter
180000 livres pefant de cochen il le filveftre, dont la livre
n’étant évaluée qu’à 30. fols de Hollande, font enfemble
270000 florins ou 571678 livres d’argent de France.
Ain fl le total dé ia vente de la cochenille eft par aiinee
commune d’environ fept millions quatre cens dix mille
florins de Hollande , ou de quinze millions cinquante
mille fix cens quatre-vingt-dix livres d’argent de France.
On ne peut s’empêcher d’admirer que les cadavres a une
efpece de très-petits infeHes, foient un fi grand objet 0^
commerce; c’eft un objet digne d’être envié au Mexique
par les plus puifîlins E'tats de l’Europe ; il eft même étoU'
des Insectes. IL Mem. 107
liant qu’ils n’ayent pas fait encore toutes Its tentatives
poflibles, pour parvenir à partager avec ce pays l’avantage
xie faire un pareil commerce. Les jiu.iflances qui ont des
•colonies en Amérique , ont airûrément des climats où
pourroient croître les mêmes elpeces de nopals qui croif-
fent dans le Mexique, & iur lelquelles probablement les
icochenillcs pourroient vivre <&. fe multiplier. Ces coclie-
îiilles qu’on garde dans les maifbns pendant l’hyver, qui
n’ypérifTent pas, pourroient apparemment être tranlpor-
tées dans la même failbn ou dans d’autres, fur des vaif^
féaux fans y périr. C’^eft une vûë que j’ai eu autrefois
i’honneur de communiquer à un Prince très-éclairé , &
très-capable de goûter les grands projets, à feu M. le
Duc d’Orléans; auffi cette vûë lui plût-elle beaucoup.
.Ce que le P. Plumier prétend avoir obfcrvé d’une efpece
de cochenille qui croît à Saint- Domingue , doit nous
jendre attentifs à voir ce qu’on en peut tirer.
M. Duhamel Doéleur en Médecine, qui réfide ac-
tuellement à Saint-Domingue, où il efl pour l’Académie
;Un excellent correfjîondant , a obfervé dans cette iiïe
tine efpece de cochenille qu’il croit être la même que
celle du P. Plumier; il a même ramaffé de cette coche-
nille qui s’étoit nourrie fur des pieds d’opuntia ; & en a
envoyé à M. du Fay & à M”. de%uffieu. Elle a tout
i’extérieiir de la cochenille qui nous vient du Mexique;
niais il ell à craindre qu’elle ne foit , par rapport à la vé-
fitable cochenille, que ce que font les gallinfeéles des pê-
chers, des tilleuls,. de la vigne, <&.c. par rapport au ker-
JTîès. Si on laifle infufer de la vraye cochenille dans l’eau,
bientôt elle donne à l’eau une forte teinture d’un bon
touge,- au lieu que la même quantité de la cochenille
envoyée pîtr M. Duhamel, n’a fait prendre à l’eau dans
laquelle je 1 ai mife , qu’une foible teinture d’un affez
O ij
Voyctgi
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merîqite»
me I V»
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vantes*
lux
'A-
To-
ao-e
fin~
108 MEMOIRES POUR lHiSTOIRE
mauvais rougeâtre. M. du Fay a même tente inutilement
d’en tirer une bonne teinture , au moyen de procedesfem-
blables à ceux qu’on employé pour exalter la cou eur de la
vraye cochenille. L’efpece de celle-c, qu on eleve auMexv.
quLourroit bien être à Saint-Domingue , quoiqu elle n y
ait pas encore été découverte, au moins y poiirroit-eUe etre
tranfportée ; & il ell probable quelle y vivra, loifquoa
lui donnera les nopals qu’elle aime; & que le y fournira
à des recolles , lorfqu’on prendra pour 1 elever les foins
qu’elle demande & quelle mérite. Peut-etre meme qiie
ft on tente de faire vivre l’efpece de cochenille qui fe
trouve déjà à Saint-Domingue fur differentes efpeces
d’opuntia, entre les efpeces de cette plante, on en de^
couvrira quelqu’une qui nourrira mieux que les autres
cet inrcéle,& qui le mettra en état de donner une belle
teinture , & J’en donner fuffiramment. i -ii ,
Il ne tiendroit déj?. nous de cultiver la cochenile,
& nous aurions de grands reproches à faire auxdiabitans
de nos iiles de l’ Amérique, de leur négligence a nous h
procurer, h- tout ce que le Pere Labat en rappoite ,
étoit bien certain. Il prétend que la cochenille eft corn-
mune dans ces illes , & qu il ly a elevee deux fois. V
heureufement les circonftances dont fon récit ell orne,
trouvent que les inÊéles qu’il appelle des cochenilles, ne
'ont nullement les cochenilles du Mexique. On craint
qu’il n’ait voulu que renchérir fur ce que le Pere rlu-
niier avoit dit avant lui de la cochenille de Saint- Doitnn
gue , de que dans l’endroit même ou il loue ce fçavant
Botanille , il n’ait cherché à déprimer fes obfervations^
comme il l’a frit-, mais plus ouvertement tant
fois. Au rede il feroit aifé de vérifier s’il y a dans nos i
un infeéle très-commun , qui fubit des métafnorpho >
qui devient ailé , & qui fe trouve , ainfi que le veut le
D E s I N s E C T E s. II. Menu 109
Labat, Tur les acajoux , les goyaves, les cerificrs , les oran-
gers, les avocats , &c. mais, qui tranfplanté lur les figuiers
3’Inde ou raquettes y relie; s’attache l'eulement au fruit
de cette plante, fe nourrit de Ton fuc, qui lui fliit pren-
dre une couleur rouge , & le met en état de donner
une forte de carmin. Si tout cela etoit vrai, nous au-
rions dans nos ifles une efpece d’infeéles, qui, quoique
d’un genre différent de celui de la cochenille, mériteroit
comme elle detre cultivée. Dailleuis ne fut-on pas dif-
, pofé à avoir une grande confiance dans le récit du Pere
Labat , c’efl affûrément une recherche à tenter que celle
des différentes efpeces d’infedes qui peuvent vivre fur les
opuntia, & cela dans la vue d’examiner s’il n’y en aura
pas quelqu’une qui prendra une belle teinture rouge en
fe nourriffant de plantes , dont les fruits donnent à nos
urines la couleur du fang.
Il y a au relie toute apparence que le Mexique ne ref-^
tera pas toûjours feul en poffeffion de cette précieufi
drogue, & qu’il arrivera à la cochenille ce qui efl ar-
rivé à des plantes utiles, aux cannes de fucre, aux
caffiers &c. de fe naturalifer dans d’autres pays que celui
où elle a toujours été jufqu’à préfent. Enfin pour pren-
dre parmi les infedes mêmes un grand exemple, pour-
quoi les cochenilles ne pourroient-elles pas être tranlpor-
tées de leur pays natal , dans tous ceux où les nopals qui
leur conviennent , peuvent croître, comme les vers à fo}^
l’ont été des Indes, dans les pays qui peuvent leur four-
nir des feuilles de meurier f
Pour compofer les huit à neuf cens mille livres pefànt
de cochenille qu’on nous apporte peut-être chaque an-
née en Europe , combien faut - il ramaffer de ces petits
infedes! Le calcul en efl aiféà faire ; qu’on pefe unde--
mi^gros de cochenille , & on trouyera dans ce demi-gros
O iijî
lîO MEMOIRES POUR L^HlSTOlRE
environ 2^^ infeéles , clans le gros 5 ^
dans l’once; par conlëquent dans une livre cle leize on-
ces il y en a 652.80. H ne 1 elle plus cju a multiplier huit OiU
neuf cens mille par 65280, &on aura le nombre des in-
fecles fecs qui font apportés chaque année en Europe.
M. de Neufville n’a pas oublié dans fa dilfertation.de
une propriété de la cochenille, qui doit pj-
roître finguliére aux Phyficiens, 6c qui eft bien impor-
tante aux négocians, c’ed que la cochenille, pendant
quelque temps qu’elle foit gardée , ne fe corrompt pas ;
que quelque vieille qu’elle foit , elle eft tout aufli bonne
pour la teinture, que la plus récente. Il en a envoyé à M.
du Fay, qui n’étoit aucunement altérée , 6c qu’on lui avoit
alTiiré être redée dans des magafins depuis plus de cent
trente ans. Un fait duquel on peut moins douter, 6c propre
à j)roiiver que le précédent n’a rien d’impolfible; c’eft que
M. Marchand m’a fait voir de la cochenille qui avoit été
^laife dans un poudrier par feu M. fon pere il y a plus de
foixante ans , à. qui étoit aiiffi faine que quand elle y avoit
été renfermée. Ceux qui aiment les infeéîes ,6c qui fe font
un plaifir de lesconferver lécs, ne fçavent que trop com-
bien il eft diflicile .d’y parvenir: des infeéfes vivansdeplu-
fteurs elpeces s’introduifcnt dans les endroits ou Ion a
renfermé les morts ; ils aiment à s’en nourrir , iis les ha-
chent 6c les dépiécent; ils n’en épargnent aucune efpece,
û ce n’eft peut-être la cochenille. Une preuve que ees
infeéles ne l’aiment point, c’eft que parmi les grains de
cochenille de M. Marchand, je trouvai la dépouille d un
infeéle mangeur de cadavres d’infecfles , 6c cependant
tous les grains étoient reliés entiers. Eft-ce que la coche-
nille feroit par la nature un mets dégoûtant pour ces m
feélesî ou ne feroit -ce point parce qu’en la fiilant
lir, on la dcfléche plus qu’on ne delféche les inl.ecl^*
des Insectes. II. Alem. 1 1
1
qu’on veut conferver fecsî Cependant à la longue la
cochenille doit être un peu ramollie par ITiumiditc ; elle
eft naturellement charnue ; fes chairs ne redeviennent-
elles pas moins dures que ne le font les parties carti-
lagineufes des infedles delTéchés, lefquclles parties ne
font pourtant pas capables de tenir contre les dents des
infedles mangeurs. Je nefçais fi le kermès n’a pas aulfi la
propriété de fe conlèrver; j’en ai dans des poudriers où il
eft depuis bien des années, & il y eft dans le même état
où il étoit lorfqu’on l’y a mis.
Au lieu que la cochenille aime les pays chaudsTil nous
refte à parler d’un infeéle qui fembîe aimer les climats
froids, qui les préféré même aux tempérés, & qu’on em-
ployoit autrefois pour teindre en rouge. Il a été, ])our
ainft dire, la cochenille du Nord; on y en faifoitdes ré-
coltés: mais ces récoltés moins abondantes, plus difficiles
à faire que celles de la véritable cochenille, ôc qui don-
noient une drogue moins bonne, ou au moins qui n’é-
toit pas meilleure que la cochenille, ont été abandon-
nées. Cette drogue a été connue jufques ici fous le nom
de coccus tmâorius Polonkus
,
ou graine d’écarlate dePo-
lo^e , parce que c’eft principalement dans ce Royaume
qu’on prenoit le foin de la ramalTer. La Pologne n’eïl
pourtant pas le feul des pays du Nord où elle croiffie , &
peut-etre y en a-t-il dans des pays très-tempérés; mais elle
pourroit être affiez commune en quelques endroits , & y
refter inconnue, parce qu’elle eft bien cachée, & qu’il
n y a que des Iialàrds qui la puifïent faire découvrir mê-
me à ceux qui la cherchent.
C’eft fur les racines d’une plante qu’on trouve le
Polonicus, la graine d’écarlate, ou fi l’on veut, le ker-
mès de Pologne. La plante fur laquelle on rencontre cette
graine decarlate, au moins le plus fréquemment, eft le
îi8 MEMOIRES POUR l’HiSTOIRE
métamorphofe , non parce qu’il s’eft fait peu à peu , mais
parce que i’infecle devenu Iphérique, a toutes espaiiies
qu’il avoit quand il étoit plus applati, & qu i! ne montre
point de nouvelles parties qui lè foient développées ; or
dans les métamorphofes l’infede doit perdre des parties
& en faire paroître de nouvelles. Tout ce que je con-
çois donc , c’eft qu’en croiffant , la progallinfede s’eft
arrondie , quelle a pris la figure d’un grain , 6c qu’alors
fa tête 6c fês jambes fe trouvent cachées fous fon ven-
tre , comme le font celles des gallinfedes en boule. Voila
à quoi fe réduit peut-être la première métamorphofe.
A l’égard de la fécondé, peut-être n’eft-elle qu’un
fimple changement de peau; peut-être que lorfque la
progallinfede eft parvenuë à une figure arrondie, elle
eft prête à quitter fa dernière dépouille. C’efl après
ce dernier changement de peau , qu elle paroît plus
allongée , comme quelques chenilles même le paroif-
fent alors. Bientôt après elle efl; en état de fouffrir 1 ac-
couplement 6c de faire des œufs. Le calice dans lequel
eft logée la progallinfede , avant que de quitter fa dé-
pouille, eft probablement fait de la matière cotonneufe
qu’une partie du corps a laiffé tranfpirer. Je compare ce
calice au nid de nos progallinfedes de l’orme. Si le calice
eft graveleux, c’eft que placé où il eft, il n’eft guéres
poffible qu’il ne fè charge de petits grains de fable 6c de
terre. Mais il y a toujours une circonftance par laquelle
ia progallinfede des racines diffère des gallinfedes en
forme de boule, 6c des progallinfedes’ de l’orme, c’efi
qu’après avoir été ronde pendant quelque temps, elle
redevient oblongue. Du refte , tout ce que je viens de
dire ne doit être pris que pour des conjedures, de w
vérité ou de la fauffeté defquelles nous ne pouvons etre
éclaircis que par des obfervateurs qui font dans ks p^ys
-des I N s E C T E s. II. Afem. 1 1
9
où croiflent les progaiiiii/edes des racines ; & c’ed de
M. Breynius principalement , que nous pouvons clperer
une connoiflance pariaiie deTiiifloire d’un infe< 5 te fingu-
lier, par rapport auquel il nous a déjà donné tant de eu-
rieuies oblervations.
La differtation de M. Breynius eft accompagnée de
figures faites avec ibin , & que j’ai lieu de croire exades
,
mais je n’ai pas cru les devoir fiiire paroître ici , parce
que les figures perdent toujours à être copiées ; il vaut
mieux que ceux qui feront curieux de les voir, conful-
tent celles qui font de la première main, que celles
qu’une fécondé main pourroit avoir altérées.
EXPLICATION DES FIGURES
DU SECOND MEMOIRE.
Planche VII.
I ‘ A Figure première efi celle d’une petite branche
_j d’orme fur laquelle font attachées des progallin-
fedes, dont chacune eft dans un nid cotonneux.
marquent des endroits où font ces progallinfedes. ^ '
La Figure 2 repréfente une petite branche d’orme
fourchuë,& bien peuplée de progallinfedes,g,g;g^ un peu
plus groftes que celles de la figure précédente, h, une pro-
gallinfede qui eft pofée dans la bifurcation de la branche.
La Figure 3 fait voir une progallinfede groftie par le
ïnicrofeope , telle que celle qui eft marquée /?, fig. 2 ; ou
line progallinfede quia été tirée d’une bifurcation, //.a
le nid cotonneux dans lequel eft la progallinfede ; ce
nid ne laiflTeà découvert que la partie fupérieuredu corps
du petit animal, qui paroît ici en hrun.
La Figure 4 eft encore celle d’unej)rogallinfede vùë
120 MEMOIRES POUR L’HisTOIRE
au niicrofcope, mais d’une de celles marquée fig. f
Sc 2 , OU qui font hors des bifurcations. Le nid coton-
neux de cette progallinfeéle efl: encore marque par les
lettres a c e d a.
La Figure 5 eft celle d’un nid cotonneux , duquel la
progallinftde a été tirée, c’efl un nid ymàt.p.p, mar-
quent deux progallinfedes nouvellement nées, qui font
reliées dans e nid. Quelquefois ie nid a un affez grand
nombre de ces inleéles nouvellement nés.
La Figure 6 repréfente la progallinfeéle tiree de Ion
nid , vûë au rnicrofcope , & du cote du ventre, i, î, î, i,id>
les lix jambes, qui font courtes & deliees par rapport au
volume du corps. le fucçoir. Les anneaux du deflous
du corps, font très-aifés à dillinguer les uns des autres.
La Figure 7 & la fig. 8, montrent une jeune progal-
linfede groffie au rnicrofcope, & vûë par-dç flous , fig. 7,
ÔL par-deflTus , fig. 8, Alors es jambes font plus grandes
proportionellement a la grandeur du corps , que dans la
progai linleéle de la fig. 6. prête a faire fes petits. 0,(^1
les antennes.
La Figure 9 efl celle d’une progallinfeéle groffie au
rnicrofcope, qui s’efl fixée dans une bifurcation, & (jui
n’efl pas encore dans l’âge où elles ont un nid coton-
neux ; mais alors fon corps efl chargé de poils courts, tres-
prelTés , & bien arrangés les uns auprès des autres. On ne
trouve plus de ces poils aux progallinfeéles qui ont des
nids , fig. 3 & 4.
La Figure 10 repréfente une progallinfeéle, telle
celle de la figure 9. qui a été détachée de l’arbre,
comme celle de la figure précédente, efl couverte de
poils courts. T-
des Insectes. IL Mem. 1 2
1
La Figure 1 1 eft celle d’un grain de cochenille ordi-
naire, vu au microfcope par-deflüs, ou du côté convexe,
du côté du dos. Communément les grains ont une figu-
re moins régulière <jue celle-ci ; le contour n eft pas fi
arrondi. eft la partie antérieure du petit animal defléché.
a, fa partie poftérieure, où il y a prefque toujours l’en-
foncement , la concavité qui eft ici.
La Figure 1 2 fait voir dans fii grandeur naturelle le
grain qui eft grofli dans la figure 1 1 , & le fait voir du
même côté.
La Figure 13 eft celle d’un fiagment de grain de
cochenille, vûdu côté du ventre; on la defliné, parce
que l’anus a y étoit très-diftinél.
La Figure iq. montre du côté du ventre la même,
cochenille féche,qui eft vûë du côté du dos, fig. 1 1,&
de.mêmegroffie au microfcope.
La Figure i y repréfente une cochenille qui a été ren-
flée par l’eau dans laquelle elle a trempé , vûë du côté
du dos. e, deux petits grains qui peuvent être des reftes
d’antennes , ou les yeux du petit animal.
La Figure 1 6 fait voir par - deflbus & groffie au mi-
crofcope, la cochenille qui eft vûë du côté du dos dans
la figure precedente. On lui a donné les trois paires de
jambes, ii,kk, U, quoiqu il ne me foit jamais arrivé de les
trouver toutes trois entières à la même cochenille. J’ai
vu a quelques-unes la première ii, à d’autres latroifiéme/4
«ad autres feulement une des jambes kk. e, e, les petits
grains qui peuvent être des yeux, ou des reftes d’anten-
nes.y, la trompe ou le fucçoir.
*7 eft celle d’un petit embryon grofli au
j22 MEMOIRES POUR l’HISTOIRE
niicrofcope , (ju’on a fait fortir d une cochenille filvellre,
gonflée par l’eau.
La Figure 1 8 , & la figure 1 9 repréfentent cet em-
hryon encore plus groffi. Dans la figure 1 8 il eft vu (J^
côté du dos ; entre ^ ôc ^ on diftinguoit des anneaux.
Dans la figure 1 9 il eft vu du côté du ventre , & j’ai cru
y appercevoir des jambes , ii, kk, II; il m’a paru qu’il avoit
de ce côté - là une figure affés femblable à celle d’une
mynphe > ou d une crifalide.
des Insectes. III. Aient, 12^
TROISIE'ME MEMOIRE.
DE LA DISTRIBUTION GENERALE
des mouches
en classes.en genres,
ET EN ESPECES;
D ans le cours de cet ouvrage nous avons déjà parle
de bien des genres , & de bien des elpeces de mou-
ches , làns avoir encore établi les premiers principes de
l’hiftoirede ces infeéles. Nous nous fommes trouvé dans
un cas femblable à celui d’un hiftorien qui ayant eu à
faire connoître un grand empire, n’auroit pûfe difpenfer
de donner quelqu’idée des difiérens peuples qui y ont
des relations, quoiqu’ils ne foient pas fous fa dépen-
dance. Quelqu’un qui décriroit l’état aéliiel de l’empire
Ottoman , ferait obligé de parler des différentes nations
de l’Europe qui ont des Ambaffadeurs à la Porte , des
Allemands , des Mofcovites , 6c des Perfans avec lefquels
les Turcs font fouvent en guerre ; il feroit mention des
Caravannes qui vont tous les ans à la Mecque , 6c des
Arabes qui les pillent. C’efl ainfi que l’hiftoire générale
des chenilles nous a conduit à faire connoître plufieurs
efjjeces de mouches qui font leurs mortelles ennemies : que
l’art avec lequel des chenilles affés petites appellées teignes,
fçaventfe vêtir, ôc que la manière dont des chenilles encore
plus petites le logent dans l’épaiffeur des feuilles, nous
ont engagé à faire connoître des infeéles qui fe trans-
forment en mouches. Mais à préfent c’eft l’hiftoire gé-
nérale des mouches que nous allons entreprendre, ou
dont nous allons, au moins raffembler les principaux
Q jj
* PI. 10. fig.
^ PI. 8. fig. 4*.
* Tome h
Alan, /f
î^4 MEMOIRES POUR l’HiSTOIRE
matériaux. Elle efl une grande branche de l’hiftoire géné-
rale des infeéles. Le nombre des elpeces de mouches
furpafle peut-être beaucoup celui des efj^eces de papil-
lons; mais communément jes efpeces de mouches font
plus petites : il y en a pourtant de très-grandes efpeces,
entr’autres quelques-unes de celles de ces mouches ap-
pelles demoifelles * , dont le corps eft confidérabie-
ment plus long que celui des plus gros papillons. Les
cigales * appartiennent à la clalTe des mouches , & il y en a
"dont le corps furpalTe en grolTeur celui de très -grands
papillons. Mais la plûpart des efpeces de mouches ont à
peine la grandeur des papillons de la claffe moyenne; &
l’on en voit une infinité d’efpeces que leur petiteffe ne
nous permettra jamais de bien connoître, ni de bien
dHlinguer les unes des autres.
Nous avons rendu raifon ailleurs * de l’ordre que nous
avons fuivi en traitant des papillons & des chenilles, de
ce qui nous avoit déterminé à remonter des chenilles aux
papillons; nous avons averti dès lors que quand nous en
ièrions aux mouches , nous fuivrions un ordre contraire,
que nous defcendrions des mouches aux infeéfes , fous
la forme defquels elles font nées & ont crû. La plupart
des chenilles fe tiennent à portée de nos yeux, &.nous
invitent , pour ainfi dire , à les examiner ; elles excitent
notre curiofité pour le papillon qui eft fi bien caché fous
leurs enveloppes : au lieu que la plûpart des infeéles , fous
la forme defquels les mouches prennent leur accroiffe-
ment , fe tiennent dans des endroits où on ne peut par-
venir à les voir que quand on les y cherche. Les uns font
fous terre, d’autres dans les eaux, d’autres font cach^
dans différentes matières fouvent très-dégoûtantes. Lorf-
que ces infeéles viennent fe préfcnterà nous, ilsontpafte
a 1 état de mouches. Ces mouches fouvent fingulict^^
/
des Insectes. ///. Mem. 125
par leur figure , par la ftrudure de leurs i)arties , ou par
leur induftrie , nous rendent curieux de l'çavoir ce quelles
ont été dans leurs premiers temps.
' Il en eft, au relie, des mouches cornme des papillons,
dès qu’elles paroiflent mouches elles n’ont plus a croître.
Cette réglé eft générale pour les infeéles qui fe transfor-
ment; je n’y fçais encore qu’une exception , qui n’cft pas
même fournie j)ar des animaux ailes, elle 1 eft par les gie
nouilles. Après avoir rejetté les dépouilles qui les faifoient
paroître des têtards , il peut leur relier encore à croître.^ Si
J infifte fur ce que les mouches font aulfi grandes qu’el-
les le peuvent devenir dès qu’elles paroilTent mouches
,
c’eft que j’ai connu bien des gens , des fçavans même
,
mais en d’autres genres qu’en hiftoire naturelle, qui
croyoient que les petites mouches qu’ils voyoient au prin-
temps , dévoient être de grandes mouches en été.
Le caraélére des mouches le plus aifé pour les faire
diftinguer de quantité d’elpeces d’infedes ailés, eft d’avoir
des allés franfparentes qui femblent être de gaze, & fur
iefquelles il n’y a point de ces jolies poulfiéres que lailfent
les ailes des papillons fur les doigts qui les ont touchés ;
& enfin d’avoir des ailes qui ne font cachées fous aucune
enveloppe. On ne confondra point les mouches avec les
papillons, dès qu’on fçaura que tout inlede qui n’a point
de poufliére fur les ailes , n’eft pas un papillon ; & on
ne prendra pas des fearabès, des lauterelles, & quantité
d’autres infedes allés pour des mouches, quand on fe
fouviendra que les infedes qui ont leurs véritables ailes
cachées fous des fourreaux , ne font point des mouches ;
que les ailes des mouches n’ont point de couverture par-
ticulière , & qu’elles peuvent feulement s’en fervir quel-
quefois les unes aux autres.
Les mouches ont une tête, un corcelet * & un corps *,
Qiij
* PI. 8. %,
I & 2. C.
Z/,
126 MEMOIRES POUR l’HiSTOIRE
Je continue de nommer corcelet la partie analogue à
celle des papillons à laquelle j’ai donné le même nom à
celle qui eft placée comme notre poitrine. Mais j ai évité
de lui donner le nom de poitrine, par lequel divers Auteurs
l’ont défignée, parce qu’il porteroit à faire entendre que
c’ed là que font les poulmons, & que les trachées y font raf
femblées, au lieu que ces dernieres font diftribuées par tout
le corps. 'C’ell au corcelet que les ailes font attachées. J’ai
» PI 8 déterminé poür le corps * cette partie dans laquelle
3 .«/ ‘ font contenus les inteftins, l’eftomach, les parties de la
génération , le plus grand nombre des trachées. La
tête des mouches tient ordinairement au corcelet par un
col alfés court, Sc fur lequel elle peut fouvent tour*
ner comme fur un pivot. Il y a des mouches qui ont
^Pl. ir. fig. comme deux corcelets * fepares lun de 1 autre, le pre-
. mier * eft le plus petit , & c’eft au fécond que les ailes
^ tiennent. Le corcelet eft la partie la plus arrondie, toû-
jours la plus forte , & fouvent la plus épaifle , quoiqu elle
foit quelquefois moins large que le corps. Les formi-
ca-leo ÔL quelques teignes aquatiques fe transforment en
des mouches qui ont, pour ainft dire, un doube cor,
celet, ou un corcelet divife en deux.^
, .r j >
Les mouches n’ont point encore ete mifes en
on n’a pas encore cherche a nous donner des cara eres
commodes pour les diftribuer en claflfes, en genies en
cfpeces; ce n’eft qu’après les avoir bien étudiées
pouvoit y réiilTir ; après meme les avoir etudiees, on
pu être effrayé par les variétés quelles offrent, & encor
plus par les reffemblances qui fe trouvent entre des nio
ches qui différent non feulement en efjiece , mais qa^
qiiefois en genre & en claffe. Souvent notre imagm
tion nous fert mal , lorfqu’elle nous préfente beaucoup
d’objets à la fois ; elle nous étonne , elle nous fait croire
DES Insectes. III, Mem. 1 27
tni’il y a une forte d’immenfité dans un nombre d’objets
ou elle ne l'uffit qu’à nous rcpréfcnter confufément. Mais
vient-on à confidérer par parties tout qu’on avoit mal
vû ce tout celTe de paroître inépuilable, & on 1 cpuifc.
Ouelque prodigieux que femble au premier coup d œil
le nombre des efpeces des mouches, des quon hxera
fon attention à examiner les particularités propres leuie-
ment à un nombre de/j^eces, on remarquera des caraac-
fes communs, les uns à plus, les autres a moins delpe-
ces;enun mot on trouvera des caraéléres propres à di-
/tinguer les claflès , les genres , & les elpeces les unes des
autres. ^
Ce qui fe préfente de plus fenfible & de plus aife a
làifir dans les différentes mouches qu on oblerve,c eft que
les unes n’ont que deux ailes, & que les autres en ont
quatre ; de-là naît un partage fi fimple & fi commode, qu’on
doit être furpris que la plûpart des naturaliftes qui nous ont
parlé des mouches , comme Aldrovande , n’y ayent point
eu d’égard; qu’ils ayent mis pêle-mêle des mouches à
quatre ailes , & des mouches à deux ailes ; & qu’ils ayent
fouvent négligé de nous avertir du nombre des ailes de
la mouche qu’ils vouloient faire connoître. Kay eft pour-
tant bien éloigné de mériter ce reproche. Nous devons
donc commencer par divifer les mouches en deux clalTes
générales, dont l’une feracompofée des mouches à deux
ailes , & l’autre le fera des mouches à quatre ailes.
Nous devons pafler enfui te aux caraéléres propres à faire
diftinguer les differentes clafles , les différens genres , &
les differentes efpeces de mouches à deux ailes, & de
même les caraéléres propres à faire diftinguer les unes
des autres les mouches à quatre ailes. Mais comme entre
ces caraéléres plufieurs de ceux qui peuvent être em-
ployés pour les mouches à dcwx ailes, le peuvent être
» PI. 8. fi
& Z. t.
Fig.S./i
• Fig.
,,8 MEMOIRES POUR L’Histoire
pour les mouches à quatre ailes , & que réciproquement
plufieurs de ceux <jui conviennent aux mouches a quatre
aîlcs conviennent à celles qui n en ont que deux; nous
donnerons en général les caradéres qui peuvent fervir
pour ranger les mouches en clafles , en genres & en efpe-
ces Le même caradére pouvant quelquefois fervir à dé-
terminer une clalTe de mouches à deux ailes, &: une de
mouches à quatre ailes, il fera alors employé pour déter-
miner deux clalfes à la fois , une de chacune de ces fortes
de mouches. Quand un caradére ne fe trouvera que dans
ks mouches à deux ailes , ou que dans les mouches à
quatre ailes , il ne fervira que pour les unes ou pour les
autres de ces mouches. rr r m
Ordinairement un examen alfes grolfier lulht pouï
Lire reconnoitre le nombre des ailes ; fi on vient en-
fuite à confidérer les mouches avec quelque attention ;
fi on obferve l’organe au moyen duquel elles prennent
des alimens , on remarquera que les unes peuvent poi-,
ter le bout de cet organe a une alfes gran e i anc
de leur tête *; que cet organe qui eft ou rfcourci,
ou contourné, ou couché , lorfqu il eft dans ma lo ,
fe déplie, s’allonge, fc redrelfe, ou seleve lorfque la
mouche en veut faire ufage; cet organe eft ce que i oj
appelions une trompe. Il y a d autres rnouc les
les on ne trouvera point de trompe , elles n on q
ouverture entourée de levres * Sc de quelques P .
ties; une ouverture que fa pofition, le peu que P,,
s’éloigner de la tête , 6c fes efpeces de evres no
terminent à appeller une bouche. Il y ^ ^
ches autour defquelles , 6c dans lelque es on
perçoit aucun corps dur analogue Ltpnts.
d’autres mouches ont , comme les cheni es , ( es
des mâchoires , pu ferres mobiles placées en c lo
DES Insectes. III. Mem. 129
<Ie la bouche * , avec lefquelles elles hachent les feuilles , * PI. 8. fig.
les fruits, les chairs, pour les réduire à un volume pro- 8- d,d.
portionné à celui de la cavité où elles doivent entrer.
Enfin on remarquera encore des ferres femblables aux
précédentes, qui ont elle accordées a des mouches a
trompe & qui font placées au-delTus de la trompe.
Leur ufage, comme celui des ferres des mouches à bou* * F'g- 7 *
che, efl bien de hacher des feuilles & différens corps ;
mais c eft pour une fin différente , ce n efl pas ordinaire-
ment pour rendre les parcelles de ces corps propres à
paflèr dans la trompe.
Ces obfervations nous fourniflent des caraéléres bien
marqués de quatre clafles de mouches,fubordonnées aux
deux générales. La première clafle comprendra les mou-
ches qui ont une trompe, & qui n’ont point de dents
ou de ferres *. * Fig. i , 3 &
La fécondé clafle fera compofée des mouches qui 4-
ont une bouche * fans dents fènfibles. * Fig. j & d.
La troifiéme clafle raflemblera les mouches qui ont
une bouche * munie de dents *. *
Enfin nous rangerons dans la quatrième claffe les
mouches qui ont une trompe * & des dents *. * 7-
Entre les mouches qui ont une bouche & des dents ,
'
il y en a qui n’ont pas feulement des dents en dehors de
la bouche ; elles en ont même en dedans. Ces mouches
pourroient être placées dans une cinquième claffe; mais
ce Æroit prefque tirer des caraétéres des parties intérieures,
& il ne convient pas d’y avoir recours , lorfque les par-
ties extérieures nous en fourniffent fuffifamment. ' Car
ces mouches qui ont des dents dans la bouche, ont affés
de quoi fe faire diflinguer des autres par leur extérieur.
^ Tous les genres de mouches à deux ailes que j’ai obfer-:
ve^jufqi^ia j ^i obfervé beaucoup) appartiennent
130 MEMOIRES POUR L'HiSTOIRe
à 1.1 première ou à la fécondé des deux claffes que je
viens de déterminer ; je n’en ai encore trouvé aucun
genre qui eût les caractères des deux autres claflès. Les
grolTes mouches bieuës des vers de la viande , par exem-
ple, toutes ces petites mouches qui nous inquiètent
dans nos appartemens, Sc les coufins ont des trompes
fans avoir de dents , & font de la première clalTe. Cer-
taines mouches qui paroilfent des premières au prin-
temps dans nos jardins , qu’on appelle des mouches
g fij,. de Saint Marc, Sc dont nous parlerons ailleurs plus au
long , ont une bouche * fans dents. On trouve de
même une bouche *, Sc point de dents à d’autres mou*
ches * alfès femblables par leur forme aux coufins, mais
fouvent beaucoup plus grandes. Ces dernières mou-
ches font donc de la fécondé clalTe de celles à deux
aîles. Cependant , quoique je n ’aye point encore vû de
mouches à deux aîles qui ayent foit une bouche, foit
une trompe accompagnée de dents, je me haterois alTu-
rément trop, fi j’en concluois qu’il n’y a point de telles
mouches dans la nature ; fi on en découvre qui ayent l’un
ou l’autre de ces caraéléres , on fçaura où elles doivent être
placées.
Les mouches à quatre aîles nous foiirnilTent au con'
traire beaucoup de genres pour remplir les deux clanes
que les mouches à deux aîles lailfent vuides. Pour nous
borner à un petit nombre d’exemples , toutes les efpecçs
J d’abeilles ont une trompe Sc deux dents au-delfus de h
trompe. * Toutes les efpeces de guêpes ont une bouche
* 8. Sc .deux dents * en dehors. 11 y a aulîi beaucoup degenr^
de mouches à quatre aîles qui dépendent de la fecon e
clalTe, telles font toutes les mouches papillonnacees qu
viennent de differentes cl])eces de teignes aquatiques»
. dont nous avons parle dans le troilieme volume » ^
des Insectes. IIL Mem. 1 3
1
n’ont qii une bouche fans dents; ce n’eft que quand on
prefle bien fort la tête <le ces mouches qu on fait forti»
de leur bouche un petit corps fi court, que ccft impro-
prement que nous l’avons appelle ailleurs une elpece de
Enfin nous avons déjà parlé dans le troifieme volume
de plufieurs genres de très-petites mouches a quatre ailes,
qui font de la première clalfe. Tous les pucerons allés & les
faux pucerons ailés * ont des trompes & n’ont point de
dents. Cette clalfe n’eft pourtant pas bornée à n’avoir que
des mouches d’une extrême petitefte, puifqueles cigales *
lui appartiennent.
Nous pouvons faire une cinquième clalfe qui aifluelle-
ment ne fera pas nombreufe, car je ne connois encore que
deux genres de mouches qui puiflent y être placés : je
l’appellerai la clalfe des mouches à tête en trompe ; j’en ferai
une femblable beaucoup mieux fournie , pour les fearabés.
Je nomme des têtes en trompe des têtes extrêmement
allongées qui, comme celles des oileaux, ont une forte de'
long bec , mais un bec qui ne s’ouvre que par fon bout ; je
veux dire que dans l’endroit où les têtes des autres infedes
finilfent, celles de quelques-uns ontun prolongement qui a
la figure d’une trompe*, mais quieftroide, qui ne peut
changer de figure, & qui même ne peut changer depofi-
tion fans que la tête en change. C’eftau bout de cette partie
allongée que font les dents ou les inftrumens , au moyen
defquelsle petit animal prend de la nourriture. Le premier
exemple de ces têtes en trompe nous eft fourni par une
mouche appellée mouche feorpion * , à caufe que le mâle
tient ordinairement fon derrière* relevé & recourbé vers le
dos, comme i’eft celui d’un feorpion qui veut picquer. La
mouche feorpion ne fçait pourtant ce que c’eft que de
picquer, quoiqu’elle femble le vouloir. Une fort jolie
Rij
* To7Jte llh
X,
^ PI, 8.fig«
4.
* Figure gi»
Sr
* Fig. 14.
132 MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
* Pî. g.fig. mouche * qui voltige volontiers fur les fleurs , nous donne
un fécond exemple d’une tête en trompe. Le prolonge-
^ ^ ^ ^ ment de la tête qui imite une trompe, eft fendu par le
' ' bout * , & s’ouvre comme un bec d’oifeau *.
Nous nous fommes déterminé pour les caraéléres
que nous venons d’établir , comme pour les plus fixes &
les plus invariables, 'quoiqu’ils nefoient pas les plus frap-
pans. Le nombre des ailes même , fur lequel la pre-
mière divifion efl très -bien fondée , ne fe fait pas aiilTi-
tüt remarquer que certaines différences qui dépendent de
l’enfcmblc des parties, du total de la forme. La première
imprefîion qu’une mouche fait fur nous, avant que nous
ayons eu le temps de nous affûrer fi elle a une trompe
ou une bouche, avant que nous ayons pû reconnoître fi
elle n’a que deux ailes, ou fi elle en a quatre, vient delà
i)roportion qu’a cette partie à laquelle nous avons donné
le nom de corps , avec le corcelet , la tête <& les ailes.
Auffi croyons-nous devoir faire des claffes fubordonnees
aux précédentes, des claffes d’un fécond ordre, dont les
caraéléres nous feront fournis par ce qui fe préfente à
nos yeux fans fe Lire chercher, par la forme du corps.
Entre les mouches, les unes ont le corps court, & dont
le contour efl oval; il a la forme d’un ellipfoïde , ou
d’un ellipfoïde tronqué , 6c plus ou moins applati. Telle
efl la forme du corpus des greffes mouches bleues de a
viande * ; telle efl celle du corps des abeilles , & telle
Fig. I
» F
13
• ,, efl la forme du corps de cent ôc cent genres de mou-
" ches, foit à deux ailes *, foit à epuatre ailes =*', doiitle
P[. s.fig. corps a plus de diamètre, ou au moins autant d un cote
à 1 autre que de deffus en deffous. .
Entre ces mouches à corpus cllipifbïde, le contour ec
de quelques unes efl plus arrondi, plus approchant te
' figure circulaire, éc le contour de celui de quelques auties e
\
des Insectes. III. Mem. 133
nlus allongé. Les unes ont le corps plus épais proportion-
Mllcmenfàfa longueur, lesai.trcsrontplusmincc.lcdeirus
du corps y cil plus ou moins éloigne du deflous du yemre.
Nous pouvonstrès-bien reconnoitre les mouches qui wen-
nent de vers mangeurs de pucerons ». par cela eul que leur
corpsell beaucoup plus plat que celui de pluheurs autres ,,
mouches de la même clalTe; elles font quelquefois fi mm-
ces, qu’il femble que le defFous de leur ventre eft applique
contre le dos. D’autres ont le bout poftérieur recourbé
en deflous , il forme une efpece de crochet. Tel eft ie
derrière de quelques efpeces de mouches qui vivent fur
diverfes fortes d’excrémens; & tel eft celui d’une petite
mouche grifâtre dont le devant de la tête femble avoir ^
P]-
un mafque blanc, Sc qui fucce les fleurs du poirier, dès
qu’elles commencent à fe développer.
Mais d’autres mouches ont le corps plus allongé &
plus arrondi, que he l’eft celui des mouches de la der-
nière clalTe , & demandent à être mifes dans une clalTe
particulière. Telles font ces longues mouches à quatre
ailes, appellées des demoifelles, * dont la plûpart ont le *Pi. lo.fîg.
corps en baguette, pour ainfi dire. D’autres mouches
ont le corps moins long , mais elles l’ont arrondi en forme
de cylindre. Tel eft le corps des confins. D’autres ont le
corps conique. Tel eft celui d’une mouche * qui reflemble
fort à la mouche feorpion par le port & la couleur de fes
ailes, qu’on trouve près des bleds dans le temps de la moif-
fon,& qui a une trompe fans dents. Enfin le coips de quel-
ques autres eft fait en manière de fufeau *; il eft allongé
,
mais plus renflé qu’ailleurs quelque part entre les deux
bouts ; en quelqu’endroit qu’on l’imagine coupé entre fes
deux bouts ,les coupes font à peu près circulaires. Toutes
ces mouches peuvent être mifes dans une clafle particulière
qui fera celle des mouches à corps long , c’eft- à-dire à
Riii
PI. 10. %.
& 6 .
PI. 8 . %.
* P!, r 0. fig.
9-
Fig. IJ.
* Fîg. r 3 &.
24.
*Fig. 14.
* TomelII.
Afein. XII.
j>l. .Jigt 6.
èf 7.
134 MEMOIRES POUR L’HisTOIRe
corps long par rapport à Ton épailTeiir & à fa largeur
Des mouches qui ont le corps allongé, & fait Ibuvent
en forme de fufeau, peuvent pourtant être tirées de la
cialTe précédente, & en faire une à part , à caufe dW
circonftance particulière ; au lieu que tout le bout anté
rieur du corps des autres mouches, eft immédiatement
appliqué contre le bout pofiérieur du corcelet, qu’ils
femhlent unis l’un à l’autre dans toute leur furface &
qu’au moins ils s’y touchent, il eft vifible quelecorpsdç
quelques autres mouches n’eft joint au corcelet que par
une clpece de fil ; c’eft ce qu’on peut remarquer dans les
frelons *, <& dans les autres efpeces de guêpes. Ce filet
eft plus court dans certaines efpeces de mouches, & plus
long dans les autres *. Il y en a dans lefquelles il eft très-
long. Il y en a où ce filet , après être refté délié dans une
aftes grande longueur , groftit infenfiblement jufques au-
près du derrière; c’eft ainfi qu’eft fait le corps de plü-
fieurs mouches iehneumons *. Le coips de quelques au-
tres ichneumons a la figure d’un fufeau *, & il eft attaché
au corcelet par 1 efj^ece de fil dont nous parlons. D’autres
mouches de la même claffe ont un corps court, mais qui
difterc des corps courts dont nous avons parlé ci-deflus,
en ce qu’il eft plus épais que large. Tel eft le corps de
la plupart des mouehes des galles du chêne, & autres*,
qui ne tient au corcelet que par un filet délié & court.
Au-defTous des cinq premières claftes caraclérifées foit
par la tromjie, fbitpar la bouche, dénuées de dents, ou
accompagnées de dents , 6 : par la figure de la tête en
trompe, nous avons donc trois clalfes fuhordonnees,
dont les caradércs font pris de la forme du corps, fç^'
voir I La claftc des mouches à corps court , ét pl^*
large qu’épais. 2.° La clafte des mouches à corps long.
3 .° La claffe des mouches à corj)s foit long Ibit court».
DES Insectes. III. Mm. 13 s
ji eft joint au corcclct par un fimple hl viU-
mais qui eft joint
ble. Maintenant pour avoir des caracflcres des genres qui
doivent être rangés Tous chacune de ces dalles , nous
ferons attention aux variétés conftantes qui peuvent
être fournies foit par les ports d ailes , Ibit par les figures
des antennes , foit par les ports des trompes, pour ainli
dire, loit par d'autres parties extérieures du coips, de fur*
tout par les poftérieures. Nous allons parcourir les prin-
cipales de ces variétés ^ & en donner des exemples.
Les mouches de dilférens genres, pendant quelles
font en repos , ou |îendant qu’elles ne font qiîe marcher
,
peuvent nous faire voir autant de ports d’ailes dilférens
que les papillons nous en montrent. Il y a pourtant
plus de mouches qui portent leurs ailes parallèles au plan
de pofition , qu’il n’y en a qui les tiennent dans des di-
reélions qui y foient inclinées. Entre celles qui portent
leurs ailes parallèlement à ce plan , les unes les tiennent
pofées comme des elpeces d’avirons *, leur direélion eft *
perpendiculaire à la longueur du corps qu’elles ne cou-
vrent aucunement. C’eft le port des quatre ailes de jjIu-
fîeurs efpeces de demoifelles, & celui des deux ailes de
quelques efpeces de tipules,&c.
2.° D’autres mouches }X)rtent leurs ailes de façon, qu’elles
couvrent le corps en partie fans fe couvrir l’une l’autre
,
fi la mouche n’a que deux ailes ; ou fi elle en a quatre
,
fans qu’une des fupérieures empiète fenfiblement fur
l’autre aile fupérieure. Parmi les mouches à deux ailes
,
les mouches bleues * de la viande, & les mouches de
nos appariemens , nous donnent un exemple de ce port
Cl HliCS»
3.° Les ailes de plufieurs autres mouches fe croifent
fur le corps * , & le plus & le moins dont elles fe croi-
ïent, fournira encore des différences aifées à remarquer,
I.
* PI. 8. Sg,
* PI. I O.
I. t.
Fig.
142 MEMOIRES POUR L’HisTOIRe
tons donc à un autre temps, à expliquer mieux
t5lures des différentes trompes , à décrire ce que quelqu”'
nnes ne nous font voir que quand nous avons reçois?
des verres qui augmentent confidérablement les objets
Mais fans microfcope &fans loupe, on peut voir dans
les mouches de différens genres, trois manières diffé,
rentes de porter leurs trompes , dans les temps où elb
8 fi. point ufage; Plufieurs efpeces de mouches ont
"• une trompe quelles raccourciffent .quand elles ne veu-
lent pas s en fervir ; elles la tiennent en devant de leur
tete dans une cavité * deftinée à la recovoir. Dans quel-
ques efpeces de mouches cette cavité n eft qu’un limpla
enfoncement de la partie antérieure de la tête , mais dans
d’autres mouches ;cette cavité efl mieux façonnée; le
* Mem. V. bout ant.eneur de la tete s allonge pour lui former une
*• D’autres mouches ont des trompes*
Pig. j.t. ’ pendant 1 inaiflion , font contournées, un peu rou-
lées de haut en bas; c eft ainfi que font dilpofees alors les
-trompes des abeilles <& celles des bourdons. Enfin d’au-
^ mouches en ont une * contenue en entier dans un
I. S.fig. droite; elles ne la contournent ni ne h
plient , mais elles peuvent l’incliner différemment par
rapport au plan fur lequel leurs jambes font pofées ; elles
peuvent la rendre perpendiculaire à ce plan , & l’y ren-
dre parallèle, lorfqu’elles la couchent contre le deflbus
-de leur corcelet , & enfin elles peuvent la mettre dans
toutes les pofitions moyennes entre les deux précédentes.
Telles font les trompes non accompagnées de dents, des
confins, des cigales, &c.
Les formes <Sc les proportions de la plupart des parties
extérieures des mouches, nous fourniront encore de quoi
nous mettre en état de diftinguerles uns des autres, des
genres de ces infedles ailés. La figure de la tête de
DES Insectes. III. Mem. 145
toutes les demoifelles , par exemple, ncft pas la même: * p, ^ .
les unes ont une tête prefque ronde & les antres ont '
Une tête plus large que longue * , qui a^moins^ de diame- * pi. 1 1 . fig.
tre du devant au derrière , que d’un coté à l’autre. 6.
Nous avons déjà parlé de certaines mouches qui ont
un double corcelet. Ce n eft pas feulement )ar les an-
tennes que la mouche du formicaleo * différé c e celles des Figures,
lions des pucerons. La première a deux corcelets , une
paire dé jambes * eft attachée au premier, ôc ce premier
eft capable de quelques mouvemens fur l’autre ; le cor-
celet des mouches que nous venons d’oppofer à celle-ci
,
eft fimple.
Le corcelet de quelques mouches s’élève beaucoup
plus que celui des autres , & s’élève fouvent à un tel point
qu’il femble obliger la tête à fe recourber en bas , & ren-
dre l’infeéle boflu. Les confins & les tipules * ont ordi- * Figure 7,
nairement de ces corcelets relevés.
Toutes les mouches n’ont que fix jambes, mais les
proportions de ces fambes à la grandeur du corps, ne
font pas toujours les mêmes ; les unes en ont de très-
longues, & les autres de courtes. Les coufins & les tipii-
les dont nous venons de parler , femblent montés fur des
échâffes. Mais ce qui mérite encore plus d’être remar-
qué , c’eft que quoique les jambes foient pour l’ordinaire
attachées au corcelet, il y a des efpeces de mouches qui
ont une de leurs paires de jambes attachée à un des an-
neaux du corps. * *P!.ix. fîg.
• Entre les mouches que la forme du corps fait jdacer
dans la même clalfe , on en trouvera dans chaque clalfe
qui ont entr elles des différences même par rapport à la
forme du corps, qui demanderont qu’elles foient mifes
ans des genres différens. Nous avons déjà fait remar-
quer que parmi les mouches à corps court ou cllipfoïde;
* PI. r I • %•
O
144 MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
iJ y en a dont ie corps eft très -mince, très-applati , tel eft
celui des mouches des vers mangeurs de pucerons; & que
d’autres ont le "bout du derrière recourbé en crochet Le
bout du corps cil communément moins gros que ce qui
le j)récede; cependant on. trouve dans les nids des hi-
rondelles une mouche, déj:a finguliéré * par la forme defes
ailes, dont le corps eft plus gros' à fon bout que par-tout
ailleurs, & qui efl écbancré en cœur. Il y a des tifféren-
ces analogues à celles que 'nous.venons d’indiquer, entre
les mouches de la claiïe caradérifée par le filet fenfible
qui fait la Jondion'du corps au corcelet; mais ilferoit
long <& affés inutile de parcourir toutes les variétés de
-cette nature , que les- mouches de ces deux dernières
clalfes peuvent nous offrir.
La feule ])artiç pofiérieure peut nous aider à diftinguer
les uns des autres bien des genres de mouches. Les mou-
ches qui font armées de ces aiguillons dont nous redoutons
les picquûrcs, n’ont que trop de quoi fe faire connoître.
D’autres j>ortent au derrière des infirumens que nous
ferons d’autant plus' djfpofés à admirer, que nous n’a-
vons rien à en craindre. Ce ne font , à la vérité , que les fe-
melles qui les ont ': mais pour bien connoître un- genre
de mouches , il en faut connoître les femelles & les mâles.'
Quelques-uns de ces infirumens font des efpeces de tarrie*
res logées dans un étui. Cef infirument forme quelque-
fois une longue queue à l’infede; il liii fert à percer, & ^
entailler les corps dans Icfquels-il.veut dépofer les œufs.
Plufieurs femelles ichneumons ont cette longue queue.
Il y a des infedes, comme la cigale, qui ont une forK
ék. grande tarriere,f[iii cependant ne leur fait pas une lon-
gue queue; elle ell logée en jiartie fous leur ventie,oU
dans leur ventre meme. Ainfi certaines mouches doivent
etre appellées des mouches à aiguillon, & d’autres des
mouches à tanière.
des Insectes. III. Mem. 14^
Novis en devons appeller d’autres des mouches à Icie,
& il y a beaucoup d’eipeccs qui méritent ce nom , à caul'e
d’un inftrument fingulier dont elles l'ont pourvues, &
qu’elles ne nous montrent gueres que quand on les y
force en leur preflant le corps ; on fait fortir alors line feie
dont la llruélure l’emporte beaucoup lur la flrudlurc de
celles que nous Içavons faire; Sc que la mouche met en
aélion par le moyen de relTorts qu’on né Içauroit allés
admirer.
D’autres mouches ])ortent au derrière de longs filets* * PI. n.fg.
qui par leur forme & par leur.' ftruélure, ont quelque
relTemblance avec les antennes , & dont l’ufage ne nous
_eft pas mieux connu que celui des antennes. Ils n’en font
pas moins propres à nous faire diftinguer ces fortes de
mouches. Parmi les mouches à quatre ailes les épheme-
res ont de ces filets, & parmi les mouches à deux ailes
nous en avons déjà vû à celles * qui font les mâles des
gallinfeéles. ' .
*
Communément les mouches font ovipares, mais il y
en a des elpeces qui font vivipares. Celles qui mettent au
jour des petits vivans , ne doivent pas être laiflTées dans le
genre des mouches, qui d’ailleurs leur font femblables
,
mais dont elles différent par la manière defe perpétuer.
Enfin quand nous décrirons les indufiries des diverfos
eqieces de mouches, nous trouverons des mouches qui dif-
ferent de plufieurs autres dont elles ont affés l’extérieur, par
des endroits plus propres à nous intéreffer,que ne font les
gures de certaines parties , par des procédés ingénieux
qu on aime à apprendre, & qui relient bien mieux dans
notre louvenir que les particularités de toute autre nature.
Ces mouches qui fçavent vivre en fociété , comme diver-
les elpeces d’abeilles, de bourdons & de guêpes, ne doi-
yent pas refter confondues avec celles qui vivent folitai-
Jûmâ /K T '
* Mem. I*
pl. 4.
t.^6 MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
res. Mais plufieurs efpecesde mouches foiitaires, piufieurs
efpveces d’abeilles, de bourdons & de guêpes, pourront
être cara(ftérilêes par des procédés qui ne nous paroi-
tront pas moins admirables que ceux des mouches répu-
blicaines.
Les parties extérieures des mouches nous fourniront
encore beaucoup de caraéléres dont nous n’avons rien
dit, quoiqu’ils puilTent donner des genres; mais ce font
des caracftéres dont nous avons cru devoir différer de
parier , jufqu’à ce que nous falTions connoître les mou-
ches à qui ils font propres : alors nous en donnerons aifé-
ment des idées claires, & pour donner à préfent ces idées,,
il nous faudroit remonter trop haut.
Voilà de quoi diftinguer bien des genres de mouches,.
aulTi y en a- 1- il tant que le grand nombre de marques
diflinchves que nous avons indiquées, fuffira a peine a
mettre en état de ne les pas confondre les unes avec les
autres. Les cfpeces* de chaque genre ne doivent avoir
entr’elics que des différences plus légères, moins effen-
tielles ({UC celles qui font entre les genres; telles feront
auffi pour les efpeces des différences de grandeur. On
trouve, par exemple, des mouches bleues l3eaucoup plus
petites que celles que nous voyons fouventfiir lavianoc,
6 c qui ont les memes caraéféres , elles font auffi nue
efpece du même genre. De meme, des difîérencespri es
des couleurs, & de quelques variétés peu efTentieilcs dans
la forme des parties, ferviront à diftinguer les efpeces.
PI. S.fig. Certaines efpeces de mouches * font aufti velues que es
IZ&. 13. chenilles qui le font le plus : d autres ne font que en
velues; d’autres font prefque rafes &. luifant^, ^
n’ont que le corps ou le corcelct de velu. On
|
’
par exemple , des efjicces de bourdons entièrement ^e
dont tous les anneaux font cachés par les poils, on
des Insectes. III. Mem. 147
trouve d’autres dont tous les anneaux Ibnt à dccouvcrt.
Au refte nous nous Ibmmcs contentes tl iiuliquer les
caradéres qui peuvent aiderè ddtribuer les moiulKs en
claires, en genres & en elpeces; nous n ayons pas cru
devoir nous arrêter à faire paroîtrc toutes les nunichcs
en ordre; ee l'eroit un long ouvrage, meme en le bor-
nant à celles des environs de Paris. Ce leioit meme un
ouvrage dont on auroit railon de ne pas tenir gian
compte, malgré ce qu’il auroit coûté. Nous ne nous
fommes pas même embarralTés de mettre les genies en
ordre jufqu’à un certain point, je veux tlire que nous
avons placé les premiers des genres, auxquels d autres
n’auroient peut-être accordé que les lécondes ou les troi-
ûémes places. Ce que nous nous Ibmmcs ])ropole, &;
ce que nous avons cru nous. devoir propolcr unique-
ment , c’eft que maigre la coiTfufion , & le calios où Ibnt
reliées jufqu’ici toutes les mouches, on puilTe, lorrquon
en trouvera dans la campagne, Içavoir fur le cbamj 3 a
quelle clalie elles appartiennent ; & par quels caraéféres
leur genre doit être diftingué des autres genres de la
même clalTe ; & qu’on foit même en état de ne pas con-
fondre leur elpece avec les autres elpecés de même genre.
Montrons par quelques exemples, l’ufage qu’on peut
faire de tout ce que nous avons dit jufqu’ici.
Ma curiofité me détermine à prendre une mouche
que je vois pofée fur une fleur; dès que je la tiens, je
reconnois bientôt fl elle a quatre ailes, ou fi elle n’en a
que deux, 6c par conféquent dans laquelle des deux
clafles générales elle doit être placée. Suppofons qu’elle
appartienne à celle des mouches à deux ailes : la forme
de fon corps m’a frappé, même avant que' je me fuffe
afliiré du nombre des ailes ; elle m’apprend dans laquelle
des trois clafles fecondaires 6c déterminées par la figure
Tij
148 MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
du corps, la mouche doit être mife. Je vois quelle efl
de la première des clafles fecondaires, fi le corps eft court
Si. ellipfoïde, iemblable à celui des mouches de la viande
Je r examine de plus près, je cherche à reconnoîire fi elle
a une bouche ou une trompe, & enfuite fi elle a des
dents ou fi elle n’en a pas. Je lui trouve une tronipe,
mais point de dents ou de ferres ; dès lors je fçais que
ma mouche à deux ailes eîl de la première des qua*
tre clafTes générales de ces mouches , de la claffe des
mouches à trompe fans dents, Si de la première desclaf-
fes fubordonnées à celle-ci , dans laquelle font les mou*
elles à corps court. Pour reconnoître fon genre , je me
rappelle comment elle portoit fes aîles quand je l’ai prife;
je me fouviens, par exemple, qu’elle les tenoit parallèles
au plan depofition. Je confidere enfuite fes antennes, fi
je les lui trouve à palettes en pnfme,& que je ne lui
apperçoive rien d’ailleurs de particulier, je fçais qu’elle
eft du même genre que les groffes mouches bleues delà
viande ; mais c[u’elle efl d’une cfpece qui diffère de celle
de ces dernières mouches, foit par la grandeur, foitpar
la couleur , foit par le velu, 6:c. Si malgré toutes les autres
refTcmblanccs je rcmarcpie que les antennes ne font pas a
palettes en priline, je donne cette mouchea un geniedi-
fèrent de celui des mouches de la viande. Si j ai va que
la mouche portoit fes aîles croifèes fur fon corps, je ^
placerai dans un genre caraèlèrifè par cette forte e
croifement.
Si la mouche à deux aîles que j ai prife, a
long qui apj)roche de la forme d’un bâton , je fçais qu e
appartient à la fécondé des clafTes fecondaires. e
trouve une trompe Si point de fcircs; Sc de-la F
encore qu’elle cfl de la première claffe généra e
mouches à deux aîles. Je l’euffe mile dans la fecoritc
des Insectes. IIL Mem. 149
fi ip lui euffe trouvé une bouche lans dents.
î!:w:^e'fat“mpe..l-àui dans lequel elle ell, les
Ues , la longueur de ^ jan^-
-
dc.enn.n.
Sites petites variétés m’aideront a en deternnner I ef-
peee Des caradércs affes femblables à ceux des couf.ns ^ ^
trouvés à une mouche » à deux ailes , qui a une bouche
farferes , m’apprendront qu’elle efl du genre des ttpules.
Si la mouche que j’ai prile, a quatre ailes & un corps
court , dont le gros bout efl appliqué contre le corcc-
iet, je la place fur le champ dans la première (les clalles
fecondaires dés mouches à quatre ailes. Après l’avoir exa-
minée je lui trouve une trompe & des dents; je Içais donc
qu’elle appartient à la quatrième des quatre clalies gene-
rales. Un aiguillon avec lequel elle a tente de me ])ic-
quer , m’apprend de plus qu elle eft d un genie d abeilles ,
ou d’un genre de bourdons; parce que les guêpes qui
ont pcareillement un aiguillon , n’ont point de trompe.
Enfin les caraélércs qui feront établis ailleurs , m appren-
nent fi elle eft un bourdon ou une abeille ; & de petites
variétés me mettent en état de fixer de quelle efpecc elle
eft du genre auquel j’ai jugé qu’elle étoit dûë.
Au refte, on trouvera dans la même clafTe, des genres
qui s’éloignent plus, ou qui fe rapprochent plus de divers
autres genres. Par exemple on y trouvera des genres qui
différeront entr’eux par les antennes, par le port des ailes,
& par du plus ou du moins dans la forme du corps. On
y verra d’autres genres qui différeront par les antennes <Sc
le pcH’t des ailes feulement; d’autres qui ne différeront
ou que par les antennes , ou que par le port des ailes , ou
que par la forme du corps, ou celle de quelques autres
parties.
On employera d’une manière femblable toutes les
Tiij
Il.tiS
, MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
vaiiétcs que nous avons indiquées, & qui font prifesfoit
cics parties extérieures, foit de i’adrefie & du génie des
mouches, pour fixer les genres & les elpeccs, de manière
à ne pas courir rifque de les confondre les unes avec les
autres j & c eft le principal objet que nous avons eu dans
ce Mémoire.
EXPL ICATION DES FIGURES
DU TROISIEME MEMOIRE.
Planche VIII.
L A Figure première efl celle d’une grofTe mouche
bleuë de la viande repréfentée de grandeur naturelle, ayant
fà trompe t allongée. Cette trompe efl de celles à levres
charnues. On ne l’a pas fliit voir ici en grand & féparé-
ment , j)arce qu’on n’a qu’à confulter les planches 1 6 & 17
})our s’inflruirc de la figure < 5 c de la flruélure des trompes
de cc genre.
La Figure 2 montre en grand & de côté la tête d’une
mouche à trompe à levres , dont la trompe efl aéluelle-
ment raccourcie, & rentrée dans la cavité deflinéeàh
contenir, c d c
,
les bords de la cavité. /, les levres de la
trompe.
La Figure 3 repréfente de grandeur naturelle une
moiiclic Jaunâtre du genre de celle que Moufet a fait
graver , & qu’il nomme mouche loup ; fà trompe eft
à levres, clic la tient toujours au moins autant allongée
qu’elle l’cfl ici. La flruélure de cette trompe efl fenj-
l)lal)le à celle des trompes des taôns, ôc efl développer
tlans la }.)lanche 18. Deux barbes charnues lui forment
une efpcce d’étui.
La Figure ^ fait voir une ci
ventre ; cc qu’on s’cfl propofe
gale femelle du côté du
principalement c efl
des Insect es. III. Alem. I ^ I
mettre fa trompe rà découvert. Elle cft ici tirée hors du
fourreau ^,dans lequel elle eft logée ordinairement. Cette
fiffure 4, &les figures i & 3 donnent des cxenijdes des
n?ouches qui ont des trompes & qui n ont point de dents.
Les Figures 5 & 6 font deftinées à montrer des exem-
ples des mouches qui ont une bouche éc qui n’ont point
de dents. La figure j eft celle de la tetc d une petite
mouche, dont il fera parlé dans la fuite, appellée mou-
che de Saint Marc; & la figure 6 eft celle de la tête
d’une de ces mouches appellées tipules. L’une & l’autre
tête font vues par-delTous, & extrêmement groffîes.
l J l
,
les levres ,..qui ne font jamais portées plus loin
qu’elles le font ici. a , a
,
fig. 6,& <7^ a, e,e
,
fig. 5, bar-
bes qui font autour de la bouche. En c eft le col ou la
jonélion de la tête avec le corcelet. La partie f eft écail-
leufe , & n’eft qu’un prolongement de la tête. Les levres
l, l font charnues.
La Figure 7 eft celle d’une tête de mouche qui a une
trompe & des dents: elle eftprile d’après celle d’une tête
d’abeille, & vue par-deflbus, & beaucoup grolTie.
les deux dents, t, la trompe qui eft roulée, en c eft le col
GU la jonélion du corps avec le corcelet.
La Figure 8 fait voir la tête d’une mouche qui a une
bouche, & des dents en ddiors de la bouche. C’eft une
tête de guêpe reprefentée très en grand & par-delfous,
d,d, les deux, dents, a, a, quatre barbillons qui font
autour de la bouche, b
,
la îevre qui conduit les alimens
dans la cavité ou bouche e.
La Figure 9 eft celle d’une mouche feorpion de gran-
deur naturelle, t, le prolongement écailleux de la tête qui
a 1 air d une trompe , & qui nous a fait nommer ces fortes
de teîes des tetes en trompe, La tête de la figure 6 pour-
îoit êire ^ppellée tête en demi- trompe par une raifon:
JC2 MEMOIRES POUR l’Histoire
fcmblable. /; la partie de cette mouche par laquelle elle
imite le fcorpion. Je ne connois pas encore l’origine de
cette mouche.
La Figure i o repréfente ' en grand la tête de la
mouche de la figure 9. le prolongement écailleux de
la tête, qui a l’air d’une trompe. quatre barbih
Ions qui font autour de la bouche, autour du bout du
prolongement écailleux.
Les Figures 1 1, 12 & 13 font voir la même mouche
qui eft de grandeur naturelle dans les figures 12 ^ 13,-
Ôc groffie dans la figure 1 1 . Celle-ci , & la figure 1 2 la
montrent du côté du ventre , & la figure 1 3 la montre
du côté du dos. Cette mouche voltige volontiers fur les
fleurs; elle eft extrêmement velue; les poils des côtés font
blancs , & ils lui font un bordé blanc ; une bonne partie de
ceux du deftlis du corps font noirs, elle en a aulfi de jau-
nes. Elle peut être mife parmi les mouches à tête en
trompe, parce que la partie r qui a i’aii; d’une trompe,
eft écailleufe, Sc a toujours la même longueur, elle ne
femble qu’un prolongement de la tête:
La Figure 14 eft celle du bout du prolongement
écailleux / , fig. 1 1 , ouvert ; il forme une efpece de bec :
fa partie /i a dans l’intérieur des efpeces de filions affés
femblablcs à ceux d’un palais; ils font tous parallèles les
uns aux autres, & perpendiculaires a la longueur du bec.
Les filions paroiffent hérifles de petits grains qui leur
donnent une parfaite reftemblance avec ceux d une lime.
PLANCHE IX.
Toutes les Figures de cette planche , excepté une feule»
font groftics au moins à la loupe, Sc font deftineesa
donner une idée générale de celles des antennes des
mouches. <
des Insectes. III. Mem.
La Figure première repréfente une antenne grainéc à
petits grains, qui diminue de groflèur depuis Ibn ori-
gine iulqu a Ibn extrémité.
La Figure 2 repréfente encore une antenne graince
,
niais à plus gros grains, un peu applatis & faits en coeur.
Elle eft prife d’après, l’antenne d’une tipule jaune femelle,
dont il fera parlé ailleurs.
La Figure 5 efl celle d’une antenne en mafluë , telles
que font celles de la mouche du formica-leo.
La Figure 4 nous montre pardevant la tête de la tipule
mâle, jaune comme une guêpe, de la fémelle de la-
quelle une antenne eft vûe dans la figure 2. b, la bouche
de cette tipule. a, a, les antennes qui fbnt à barbes, &
dont les barbes fontfouvent lacées finguliérement comme
elles le font ici.
La Figure 5 eft celle d’une des antennnes de la figure
4, dont les barbes ne font pas lacées. On peut remarquer
dans l’une & dans l’autre figure les poils dont les barbes
font garnies.
. La Figure 6 fait voir dans fa grandeur naturelle une
mouche dont les antennes fbnt fourchues; dont chaque
antenne eft compofée de deux branches.
La Figure 7 repréfente plus en grand fa mouche de
la figure 6 . a^b/ a, é,les deux branches dont chaque an-
tenne eft compofée.
•La Figure 8 eft celle d’une antenne dont les barbes
fines imitent celles des plumes. Elle a été deffinée fur une
antenne d une très-petite efjîece de tipule aquatique.
La Figure 9 eft encore cefle d’une antenne à barbes
tres-fines, mais difpofées autrement fur leur tige, que
les barbes de l’antenne précédente; leur fuite eft inter-
rompue affes près du bout, en b\ après quoi elle eft
con^uée par des barbes plus courtes , dont Fantenne fe
Tome IV.
jcjL MEMOIRES POUR lHI^TOIR^E
trouve garnie iufqu a fon extrémité. C eft ain& que b
barbes font arrangées fur les antennes de plufieurs cou*
fins mâles. ^ tt
La Figure i o repréfente une antenne en ra^. Une
tipule mâle qui vient d’un ver qui fe nouyit de 1 agw
ÔL dont on donnera l’hiftoire ailleurs , en a de femblables i
Les Figures il & i i font celles de deux antennes à
palettes, vûes de côtés différens. Chaque palette porte
un grand poil p, qui eft en petit une antenne a barbe.
divers poils pluseourts qui partent du fupport de la palette,
La Figure 1 3 montre une antenne à palette prif
matique d une grolfe mouche bleuë de la viande; cette
antenne eft vue par un do fes angles curvilignes, par le
funérieur. pj le poil à barbes. , , r r
La Figure 14 donne la coupe de la figure 13 prile
en c. On voit par cette coupe que le contour de l ai^
tenne eft formé par trois furfaces curvilignes. Ces lor-
tes d’antennes font propres à beaucoup d efpeces (ifi
mouehes. .
La Figure 1 5 repréfente une antenne de celles que
j’appelle à palette lenticulaire, la palette, p^ gtan pJ
qui n’a pas de barbes fenfibles.
La Figure 1 6 eft celle d’une antenne à palette en
La Figure 17 eft celle d’une antenne â palette tr«'
allongée, &; du bout de laquelle part un poil. ^ pa
_
p, le poil. La mouche rejiréfentée pl. 8 , fig. 3 > ^
tenues de cette efpece. , jj
La Figure 18 fait voir une antenne compolee
grains aftes cylindriques , articulés enfemble , &
ïiier defquels part un .poil p. La mouche reprelent
10 , fig. 5 & 6 ^'des ^intennes de cette efpece.
DES I N S Ê C t Ê S. ///. Afetn. I J J
La Figure 19 repréfènte une efpece d’antennes que
îufqu’ici J ai trouvée à toutes les elpetcs de taons. Elle s
îiuelaue choie d’une main dont on ne voit que le doigt
ItJex & un pouce très- court, c, la partie qui rcfltmble
au puce. Je long doigt, lür lequel on voit des trait»
comme ceux des articulations, mais plus foibles . a, le
pied ou fupport de 1 antenne.
Planche X.
La Figure première eft celle d’une mouche grifatre à
deux ailes, qui eft vue par-deflbus & groftie au micro-
feope. La même mouche eft repréfentée de grandeur na-
turelle , & vue par-defllis dans les figures 2 & 3 . Elle eft
une des premières qui paroiflent au printemps; on la voit
fuccer les fleurs des poiriers avec fa trompe. On recon-
noît aifément dans la figure , que cette mouche n’a point
de dents ; mais il faut faire remarquer que fa trompe
,
écailleule en grande partie, peut fè plier en deux, &
qu’elle ne peut pas fe raccourcir fènfiblemerrt. Son corM
& fbn corcelet font d’un gris rouffeâtre ; le devant & le
deflbus de fa tête font tout blancs ; elle fèmble avoir un
mâfque blanc. On l’a principalement fait repréfenter pour
donner un exemple des mouches dont le corps fe re-
courbe vers le deflbus du ventre, r, endroit où le corps
fe recourbe, le bout poftérieur.
La Figure 2 montre la mouche précédente prefque
dans fa grandeur naturelle & de côté, pour faire voir la
courbûre du corps.
La Figure 3 fait voir encore la mouche des deux pre-
tniéres figures, mais dans là vraye grandeur & par defîus;
ies taches de fes ailes & leur arrangement paroHTent mîetnt
dans cette pofition , que dans celle de la figure 2»
La Figure ^ eft celle d’une de ces mouches appeliées
Vi/
j^6 MEMOIRES POUR l’HiSTOIRE
demoifelles , d’une des grandes efpeces , mais non d’inie
des plus grandes. Elle donne un exemple des mouches
qui ont le corps en baguette.
Les Figures j & 6 reprélentent la meme mouche à
deux ailes , marquées à peu près comme celles de la mou-
che fcorpion. Cette mouche eft de celles qui ont le Gor|)s
médiocrement allongé.
La Figure 7 fait voir par-defTiis une petite mouche
du genre de celles dont les fémelles ont des fcies au der-
rière. Celle-ci vient dune fauffe-chenille de l’ofier.dont
il fera parlé ailleurs. On ne Ta placée ici que pour un
exemple des mouches dont les ailes s’arrondiffent fur le
corps.
La Figure 8 eft en grand celle de la mouche de la
figure 7 repréfentée du côté du ventre. Cette polition^ui
permet de voir les ailes par-defrous,& qui en met prin-
cipalement en vûë la partie qui excede le bout du corps^
ell plus propre que la pofition de la figure precedente
à montrer comment les ailes fe courbent. On peut df
ftinguer en qu elles font une efpece de goutiére.
La Figure 9 repréfente un frelon vû par-delFus , ayant
les ailes étendues Si dépliées. On y voit,& on a eu
fur - tout intention d’y faire voir l’efpece de filet qui
fait la jonélion du corps avec le corcelet ; il eft pont
la jonélion de ces deux parties ce qu’efi le col pour la
jonélbn de la tête avec le corcelet. Ce filet eft fenhhle
dans le genre des guêpes , & ne l’eft pas dans les genres
de la plupart des autres mouches.
La Figure 10 eft celle d’une des grandes ailes ^ de la
figure 9, qui eft plus étroite ici, parce qu’elle eft p^®
en deux comme la mouche la tient pliée ordinairement-
La Figure 1 1 eft encore celle de l’aile de la
10, mais qui a été renverfée de haut en bas, &
• des Insectes. III } 57
Jeflbus a été retourné en deffus pour mettre en vue
La Fiimre 1 2 repréfente une mouche ichneiimon
,
dont la forme du corps peut fe rapporter a
let par une efpL de filet/, plus long que celui qui cft
employé à la même fin dans le frelon.
La Figure 1 3 montre une mouche ichneumqn , dont
le filet qui part du bout poftérieur du corcelet , fe groffit
infenfiblement pour former le corps ; c ’eft-à-dire que le
long corps de cet ichneumori va toujours en gromlTant
depuis Ion origine jufqu a fbn extrémité.
La Figure 14 repréfente un peu plus grande que na-
ture , une mouche ichneumon , dont le corps eft fait
comme celui de la mouche precedente. Mais elle eft
finguliére par la manière dont elle porte Ton corps lorf-
quelle vole; elle le tient élevé au deftus de fes ailes,
quelquefois prefque perpendiculaire à leur plan. La pre-
mière fois que je vis une de ces mouches en l’air , je ne
pouvois deviner quel étoit l’infedle que je voyois , tant fa
forme me paroiflbit bizarre & différente de celles de tous
les infeeftes qu'on voit voler, p, efpece de queue com:-
pofée de trois filets qui partent du derrière.
La Figure 1 5 eft en grand celle de la mouche ])récé-
dente, à qui on a ôté la tête, les premières jambes &
les ailes, c c, le corcelet. i, i, les reftes des jambes qui ont
été coupées. Ce qu’on a voulu faire voir, c’eft l’origine
finguliere du corps./ l’endroit d’oû le corps part. Ici le
corcelet femble fe prolonger affez confiderablement par-
delà l’endroit où le corps lui eft attaché, au lieu que
dans les autres mouches le corps part du bout du corce-
let. m, le prolongement du corce et par-delà l’origine du
corps, rf. k, k, les jambes poftérieures de cet ichneiimoa
Viij
j^S Mémoires pôUR l’Histoire
t>nt une figure différente de celle des mouches des figiiréj
9, 12,13, &c. p, q, qj les filets dont la queue eft compo»
fée; ce nefl pas ici le lieu d’examiner ce que font ces
filets. On ne les a pas repréfèniés dans toute leur lon-
gueur. Planche XL
La Figure première repréfente une petite mouche à
deux ailes , de la première claffe , ou à tromj)e fans dents,
d’un genre qui diffère par bien des caraéléres , de ceux
des autres mouches. C’efl dans des nids d’hirondelles
que je l’ai trouvée. Je ne fçais fi on n’en trouveroit
pas dans ceux de quelques autres oifèaux. Lés nids
où j’en ai trouvé, étoient remplis de puces, & de vers
de puces, ou de puces fous leur première forme; un
fèul nid m’a quelquefois donné plus d’une trentaine de
ces niouches. Communément leur corps Sc leurcorcelet
font d un vert fonce. Les ailes font très -étroites, elles
laiffent tout le milieu du corps à découvert , mais elles en
couvrent les bords. Je n’ai jamais vû cette mouche fe
forvir de les ailes; avant que de l’avoir afîes examinée pour
reconnoitre fes ailes on la prendroit pour une araignée,
& pn peut bien la nommer mouche araignée.
La Figure 2 eft celle de la mouche de la figure pré-
cedente , gj-offie au microfcope, Sc vue par-deffus. a, a, fes
ailes, b, b ies antennes. ^•, deux pièces écailleufes qui
forment letui de la trompe. la partie iioftérieure du
corps qui eft cchancrée en cœur, Sc qui d’ailleurs eft plu*
large que l’antérieure. ‘
I
Figure 3 fait voir par-deffous , Sc encore en grand,
îa mouche qui eft vûe par deffus dans la figure
eux pièces qui forment l’étui delà trompe, écartéeslVj*
trompe allongée. C eft en preffant le corcela de la
pps Insectes, j ji, ^ 5
9
che quon U forcç d’allppgçr ^infi fa trompe, i, b, les
MKunes. p, I«nie qu'on trouvo »u ifmiK de quelques,
unes de ces moncbes.S qui ctt pent.«tfe celle qm cira*
âéïiik li2 e , . ,
La Figure 4 met plus en vue lu punie ««^quee P
dans U figure précédente. Ofl y pc» voif qu die cfl com-
poféc de deuil pièces, entre lefqgclles uiw troifieme cfl
renfermée, r. le iiowt de i» pièce renfermée entre 1» pre-
cèccicn tes»
La Figure 5 eft en grand celle d’une des jambes de la
mouche, c, c, fix crochets par lefquels le pied eft terminé.
La Figure 6 repréfente une de ces petites demoifelles
qui portent leurs ailes fur leur corps , perpendiculaires
au plan de pofition. Leur tête a plus de diamètre d’un
côté à l’autre que du devant au derrière. Elle n’eft pas
aufli arrondie que celle de la demotfelle de Ja pl. i o. fig. q..
La Figure 7 eft celle d’une tipule m^ç , d’une efpece
très-commune dans les prairies.
La Figure 8 repréfente la demoiiêlJe dans laquelle le
formica-leo fe transforme. Ses ailes font un toit qui cou-
vre le corps. Cette mouche a comme ^deux corcelets, ou
un corcelet divifé. ij i, la première paire de jambes qui
part du premier corcelet, ou de la partie antérieure du
corcelet.
Les Figures 9 & lO repréfentent la même mouche;
l’une la fait voir par-deflus,& l’autre la fait voir par-def-
fous ; elle a quatre ailes , dont les deux fupérieures ont
une teinte de brun; une de celles-ci couvre prefqu’entié-
rement l’autre , & a en deftiis un peu de convexité. La
mouchea auderriéredeuxfilets,7^ /i faits comme les an-
tennes à filets graines ; ils s’écartent l’un de l’autre , à me A
fure qu’ils s’éloignent de leur origine. Une' particularité
encore, qui feule fufîiroit pour caradérifer un genre ,c’eft'
j6o MEMOIRES POUR L’HISTOIRE
que les jambes de la dernière paire lO, font atta-
chées au corps. Cette mouche paroît des le mois d Avril;
je la crois aquatique, & je crois meme qu elle vient d une
teigne aquatique. Il m’en eft né deux ou trois du meme
genre, mais d’une elpece plus petite, dans une cloche plei-
2)g d’eau en partie <Sc couverte , ou je n avois mis que des
teignes de différentes efpeces. Son corps eft d’abord d’im
vert jaunâtre, il brunit par la fuite j le corcelet eft bruiii
ÛUATRI^^^
DES Insectes. TV. Menû 163
parties de fon corps en changent , il y en a aulTi un grand
nombre d’efpeces dont les têtes * d une confiftance plus *
folide, confêrvent conftamment la même figure; ce qui ^
nous fournit la première & la plus générale divifion des
vers qui fe transforment en mouches, en deux claflcs, fça-
voir en celle des vers à tête de figure variable , & en celle
des vers à tête de figure confiante.
Si nous faifons enfuite attention au nombre, à l’arran-
gement, à là difpofition , à la nature, à la firuéture des
differentes parties des vers de ces deux clalTes générales,
nous trouverons de quoi en faire des fous-divifions en
plufieurs autres claffes qui feront fubordonnées aux pre-
mières, mais qui ne lailTeront pas d’être fort étendues.
Nous trouverons des vers qui n’ont point du tout de
jambes; nous en trouverons d’autres qui' en ont, mais qui
les ont toutes fimplement membraneufes ; d’autres qui
n’en ont que d’écailleufes , ou d’une ftruélure femblable
à celle des écailleufes; & d’autres qui, comme les chenilles^
font pourvûs de jambes écailleufes & de jambes mem-
braneufes , mais qui ont plus de 'cesdernieres que les che-
nilles. Nous trouverons auffî des différences dans la con-
formation des têtes à figure variable, & dans la confor-
mation de celles à figure confiante. Nous obferverons
des^ formes de corps fort differentes ; certains vers font
maîtres de faire changer celle- du leur quand ils veulent,
ils l’allongent, ils le raccourciflent , ils en renflent certai-
nes parties , ils en contraélent ou applatiffent d’autres Le
corps de quelques autres vers eft prefqu’incapable d’être
allongé ou raccourci , d’être renflé ou applati , if n’eft ca-
pable que de flexions en des fens différens. L’enveloppe
destins eft une membrane très - délicate , celle des autres
cft écailleufe ou cruftac^. Enfin les differentes efpe-
Pes de vers nous offriront bien des variétés finguliéres
X ij
PI. 15. fig.
10 , 12 . ^
9 ; (Scc. î»
^^4 MEMOIRES EÔUR L'HiSTOIRE
dans la pofition , le nombre & la figure des organes ;
au moyen defquels iis refpirent i’air. Nous allons expli-
quer mieux ce que ces variétés ont de plus remarquable,
en même temps que nous nous en fervirons pour cara-
dlérifer les différentes claffes de nos vers.
Nous mettons dans la première claffe, des vers à tête
«i» PI. i2.fig. de figure variable *, & qui ont fur leur derriérelesprin-
1 , 2 , 3 , 4
,
cipaux organes de la refpiration , les ftigmates * les plus fen-
12, i 5 &i( 5 . • jPont point de jambes écailleufes , ni même de
membraneufes bien formées; ils ont au plus fous le ven-
tre quelques mammelons charnus , dont chacun ne femble
être qu une portion d un anneau qui fe gonfle en certains
temps. Ces caradéres font communs à un très -grand
ïiornbre de genres &; d’efpeces de vers qui fe transforment
tous en des mouches à deux ailes , mais je ne connois
aucune efpece des vers qui fe transforment en des mou-
ches à quatre ailes , qui les ait. La réglé n eft pourtant
pas réciproque , je veux dire qu’il n eft pas vrai que îouks
les mouches à deux ailes ayent été des vers de cette claile.
Mais pour donner des idées un peu moins vagues es
vers qui lui appartiennent, que celles qu’on en peutpreih
dre fur le fimple énoncé de leurs caradéres efrenuels.&
pour en donner qui puiffent fervir à en faire diflinguer
fes genres Sc les efpeces, nous croyons devoir commen-
cer par en fiiire bien connoitre une efpece ; il fera aii^
enfuite de faire entendre ce qui leur eft commun a tou-
tes, & en quoi différent celles de difiérens genres i
vers les plus dégoûtans pour nous , & qui n ont peu
pas peu contribué à l’averfion que nous avons po r
a'autres , ces vers trop connus ^ns les Ag,
qu’ils naiffent flir la viande, d œufs qui y oi
^ar de grolTes mouehes '«"‘“r'arct
, que nous allons prendre pour exemple, parce
des Insectes. IV. Mem. 165
font les plus aifés à avoir ; d’ailleurs les imaginations
L plus d?lical« ne doivent pas être blelTées lorfqu’elles
n’auront qu’à craindre les repréfentations des figures qui
le trouvent dans nos planches.
Ces vers font charnus & blancs; leur corps compofo
de différens anneaux , peut prendre fuccemvemeni dine-
rentes figures * ; il eft tantôt plus, tantôt moins allonge, 6c
par confécjuent tantôt plus ou tantôt moins gonnc.
que dépourvûs de jambes, ils marchent, & meme afles
vite , & c’eft dans leurs premiers efforts pour faire un pas
,
qu ils s'allongent le plus : dans ce premier inflant , & dans
diverfes autres circonftances ils prennent une figure qui
tient de la conique , dont le bout pointu * eft 1 ante-
rieur. L’anneau qui forme ce bout, n’eftféjraré de celui
qui le luit , par aucune incifion plus marquée que celles
qui font les réparations des autres , cependant ce premier
anneau eft la tête. En quelques circonftances on voit for-
tir du bout de fa partie fupérieure , deux cornes moufles *.
Mais ce qu’on remarque plus aifément & plus volon-
tiers, ce font deux crochets bruns & écailleux *; ils font
quelquefois entièrement cachés *; ils ont chacun dans
l’intérieur du corps , une efpece d’étui particulier dans
lequel ils peuvent rentrer. La tranfparence des chairs
permet de les voir dans leurs loges iorfqu’ils y font; 6c
lorfqu’ils en font fortis, on croit entrevoir les parties *
qui peuvent fervir à les y ramener. L’ouverture par la-
quelle ils fortent , eft en delTous , environ à la moitié de la
longueur de l’anneau. Quand l’infeéle fait entièrement
fortir fes deux crochets , il peut les porter par - delà
fe bout de la tête. *. Iis font recourbés en arc , dont la
concavité eft tournée vers le plan fur lequel le ver eft
pofé. Depuis leur origine jufqu’à leur extrémité ils dimi-
nuent de grofleur pour fe terminer par une pointe fine
* PI. 1 2. fig;
I
.
* Fîg. -2.
* FiV. t;
«
* Fig. 5 &
e, e.
* Fîg. 3 6c
^ • CjC»
^ Fig. Z &
4-
Fig. 6-
Fig.5ï
Terni III.
Aîcm. /.
ï66 MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
quoique roidc. Ce qiion doit fur - tout remarquer^
c ed que la pofition relpedive de ces crochets, eft dire^
(flement contraire à la pofition des dents ou des ferres
des chenilles, & à celle des ferres de divers infedes. Les
deux crochets font parallèles l’un à l’autre , ils ne vien-
nent jamais fe rencontrer l’un l’autre; ils ne font ni
i’office de dents qui agiffent l’une contre l’autre, ni même
l’office de cifeaux. Je veux dire qu’ils ne font pas des in-
flrumens qui doivent agir l’un contre l’autre pour broyer
& pour couper; ils fervent pourtant tous deux à déta-
cher , à rompre en petites parcelles les fibres charnues dont
lever fe nourrit, mais c’efi en ratiffantjCn piochant, pour
ainfi dire, qu’ils dépiécent la viande. Nous avons expli-
qué ailleurs * comment des vers mineurs des feuilles de
la jufquiame, piochent dans le parenchyme de ces feuilles
avec deux crochets femblahles.
Outre les deux crochets , ce ver a une efpece de dard*
qui n’a pas plus du tiers' de leur longueur; il efi placé
entr’eux, à diftance égale de l’un & de l’autre; comme
eux il efi brun , & de même de nature écailleufe; mais il
efl: tout droit, éc fe termine par une pointe fine: fa figure
& fl confifiance femblent apprendre qu’il efi: fait pour
divifer par des coups redoublés , les petits fragmens que
les crochets détachent. Les crochets ont vers les bafes
comme deux épines * écailleufes.
Immédiatement au defibus des deux endroits |>erces
^ pour laiffer fortir les crochets, efi la bouche *; car on ne
peut prendre pour autre chofe une petite ouverture,
cju’on ne découvre que quand par la preffion , on for^
le ver à la montrer. La preffion bien menagee fait au i
paroître au milieu de cette bouche, une petite partie en
forme de mammelon , qu’on peut , malgré fa figum, nom
mer la langue, ou, fi l’on veut , le fueçoir. Çes w
DES Insectes. /K Alenï. 1 67
ne fe nourriflent pas fimplemeiit du fuc qu’ils ont ex-
primé de la viande, ils font palfer de petits grains de
viande, pour ainfi dire, dans leur intérieur; cela ne
fçauroit être apperçûdans le ver qui mange, maison voit
que cela eft dans le ver qui a beaucoup mangé. Ceux
qui ne font pas raflafiés, qui ont befoin de prendre des
alimens , font blancs , & ceux qui ont beaucoup mangé
font rougeâtres; on reconnoît que cette couleur rou-
geâtre vient de l’intérieur , qu’elle eft due à la fùbftance
qui remplit l’eftomacli & les inteftins.
Les crochets qui tiennent lieu de dents aux vers de ce
genre , leur tiennent auffi lieu de jambes. Quand ils veu^
lent marcher, ils allongent au moins leur partie anté-
rieure ; pendant qu’elle eft allongée ils font fortir leurs
deux crochets , ils les cramponnent dans la viande , ou
dans les inégalités d’un terrein plus ferme , s’ils fe trou-
vent defliis. C’eft fur ces deux crochets que tombe en-
fuite le principal effort du ver qui raccourcit fon corps
pour le porter en avant. Affésfouvent néantmoins il s’aide
de fon derrière , il s’en fert pour pouffer le refte de fon
corps vers la tête : les anneaux même facilitent fa marche ;
ils ont chacun une ceinture étroite depicquans ou de grains
roides , fi petits qu ils ne peuvent être vus qu’avec une
loupe tres-forte; ils n en font que plus propres à s’engrai-
ner dans les inégalités des corps qui nous paroiffent les
plus polis. Ces grains durs font placés dans l’endroit où
un anneau eft en recouvrement fur celui qui le précédé.
Le veire meme donne prife aux crochets de ces vers &
a leurs autres ijetites inégalités. Il y a des temps où ils
Içavent fe donner encore plus de prife fur une matière
U polie, il y a des temps où ils jettent une liqueur gluante
par leur bouche, & ils font enfuite paffer cette liqueur
tout du long du deffous de leur corps.
,68 MEMOIRES POUR L’HISTOIRÊ
Ces vers grofliffent , quand ils veulent , leur partie an-
térieure , ils font rentrer le premier anneau dans le fé-
cond , ëi le fécond rempli du premier dans le troifiéme.
Cependant leur partie poflérieure eft, comme nous l’a-
vons dit , plus groffe que l’antérieure ; elle n’a pas de for-
me bien confiante; quelquefois fon bout , quoiqu’un peu
t pi. gaudronné, efi prefque circulaire * comme celui d’un
3- cylindre; mais dans l’état le plus ordinaire , & qu’on peut
Fig. 4 & 8. appeller le naturel , ce bout forme un plan incliné + , une
’ efpccc d’onglet; le dos s’abbaifle, & s’abbaifle de plus
en plus, à mefure qu’il devient plus proche de 1 extreinile
du ventre; près de l’endroit ou le dos commence a sab-
baifier, près de l’endroit ou commence le plan incline,
* Fig. 3 & font placés les plus remarquables des organes * de larefpi-
iSc’f'f’ ration du ver. Deux petites taches brunes, à peu près
rondes , y peuvent être apperçûes d autant plus aifement
que tout ce qui les environne efi blanc. Si on donne a
fes yeux le fecours d’une loupe , chaque tache paroit
être une petite lentille, une plaque circulaire de cou-
leur feuille-morte, un peu relevée au-deffus des chairs.
* Fi.. 8./,/ Sur chacune de ces plaques * on voit trois «F"* ®
& fig- 9 * boutonnières * de figure d’oval allonge , toutes trois p
• Wes, dont lalongueur eft à peu de chofe près
culaire à celle du corps. Ces efpeces de
font tout autant de ftigmates, autant do“'’ertu‘-e
nées à donner pafTage à l’air nécelTaire pour entre n, Ha
vie de l’infeae. Il a donc fix ftigmates fur fa P
ftérieure , dont trois font pofés près les uns des autre
fur une même plaque. i^rtn^^rcevoû
La tranfparence du corps permet
* Fig. 3. Llfeau blanc * : la route de chacun *
féaux eft aiféc à fuivre, toitout vers la parue poli
«
des Insectes. /K Mem , 169
& on voit aifément que chacun d’eux va aboutir à la pla-
que des ftigmates , qui eft de Ibn cote ; en un mot on
reconnoît fans peine, qu’ils font les deux principales tra-
chées. Mais quand on dilféque le ver, on trouve de cha-
que côté , au moins près de la partie pofterieure , deux
trachées prefqu’également grolTes ; j ai meme cru voir
tout près du bout de cette partie, trois trachées , dont cha-
cune alloit joindre à un des ftigmates.
Nous avons fait regarder la partie fur laquelle font les
plaques des ftigmates , comme plane , & ayant un contour
qui approche de la figure circulaire.Cette image peu exadîe
fuffifoit pour faire entendre ce que nous avions d’abord
à en dire; mais pour en donner une plus vraye, nous'
devons adjoûter que le contour de cette partie a des mam-
melons , des efpeces de rayons charnus * qui font- tantôt * PI. ü. Egi
plus longs, &. tantôt plus courts. L’infeéle les raccourcit
en certains temps au point de les faire entièrement dif-
paroître; dans d’autres temps j’en ai compté jufqu’à onze
à la fois. Le bord inférieur & celui des côtés en font plus
fournis que le bord fupérieur. Au refte, nôn feulement
cette partie n’a pas toûjours la figure plane fous laquelle'
nous l’avons confidérée ; fouvent elle eft très - concave
,
très-creufe. Pour fe faire une idée du point auquel elle le-
devient , de la forme qu’elle prend quelquefois , & pour-
quoi elle la prend, il faut fçavoir que les vers qui fe
nourrilfent de viande, fe trouvent prelque continuellé-
ment dans l’eau , ou dans une liqueur giaireufo qui vient
de la chair qui fe corrompt & fe diflbud.. Si cette li-
queur couloit'ifur les ftigmates, fi elle s’y attachoit, elle
boucheroit les paffages à l’air. Les vers font en état d’em-
pecher que cela n’arrive ,. ils rendent creufe là partie où
les ftigmates font placés , ils en relevent les bords , & les
rapprochent au point de fe toucher; de forte que , quand
IJO MEMOIRES POUR L’HISTOIRE
il en eft belbin , les ftigmates font renfermes dans le
fond d’une efpece de bourfe de chair. D autres vers de
la viande, dont nous parlerons ailleurs, ont une bourfe
bien mieux formée. Nous aurons aufli occafion de voir
plus d’une fois, <jue la nature a donne un femblable
moyen de mettre leurs ftigmates a labri de leau, a plu»
fleurs autres vers qui, quoiqu’ils ne foient pas des vers
squatiques , doivent croître dans certaines terres ordi*
nairement humedées par i’eau,& que l’eau délaye trop
en beaucoup de circonftances»
Les naturaliftes modernes ont connu les ftigmatespo-
ftérieurs des vers de la viande, ou les ftigmates analogues
de quelques autres vers de la même claffe; mais ce font
3eut-être les feuls qu’ils ayent connus, ou du moins font-ce
* Tortii IIl. es feuls dont iis ayent parle. Nous avons déjà dit ailleurs ,
Mm. I. que des vers de cette clalfe ont deux ftigmates anterieurs.
Pour les trouver, on n’a qu’à fuivre la principale tra-
PI. 12. fig. chée * d’un des côtés & qui y paroît au travers des chairs;
quoique l’une <& l’autre de ces trachées diminuent de
diamètre à mefure qu’elles s’approchent de latete,oa
voit fort diftindement où elles vont fe terminer : en pre-
nant la tête pour un anneau , c’eft à la jondion du econ
anneau avec le troifiéme. Je foupçonnai qui fj.,
avoir là un (ligmate de chaque côté, & des que
j
foupçonné.je reconnus bientôt que cela etoi .
Fig 3 & fimple m’y fit appercevoir un petit point qui
’ d’être obfervé avec une loupe d’un court foyer. Au ^
de ce fecouns , le petit point devint un '|'™
fible, & dont la figure me parut digne d eti
Il a celle d’un entonnoir * dont une moitié a ete P
tée, & dont les bords font joliment denteles, &
^™/ay depuis trouvé les deux ftigmates anterieurs a i?« *
2'fdu
5.1/
Fig. 7.
«DES Insectes. IF. Mem. iyï
fes erpeces de vers qui en ont de poftérieurs placés comme
ceux des vers de la viande. Mais j’ai inutilement cherché
à nos vers de la viande, des ftigmates fur les côtés , dans des
endroits femblables à ceux où font les ftigmates des che-
nilles; je n’ai pû parvenir à y en découvrir, quoique des
raifons très -fortes dilpolàflent a croire quil y en doit
avoir; car les mouches dans leftjuelles ces vers (è meta-
morpholènt, ont, comme nous le dirons dans la fuite,
deux ftigmates de chaque côté de leur corcelet, & elles
en ont furplufieurs d» anneaux de leur corps. Il y auroit
donc dans la mouche non feulement de nouveaux fti-
gmates, mais auffi de nouvelles trachées, ou des trachées
qui fe fèroient développées. J’ai quelquefois vu avec plai-
firdans les trachées principales des vers, des mouvemens
d’ondulation femblables à ceux qu’on fait faire à une
corde tendue.
Les ramifications des principales trachées peuvent être
très-bien vûes avec la loupe , & ne peuvent être vîtes fans
plaifir. On admire la quantité prodigieufè de branches
que ces trachées jettent , les divifions de ces branches
,
leurs fous-divifions , leur entrelacement avec d’autres ; tout
cela forme un fpeélacle que j’ofe dire grand. Le côté du
ventre * le donne plus beau que celui du dos * , il eft plus
fourni de ces vaifleaux à air : mais dans la difpofition des
branches des trachées, je n’ai rien vu qui prouvât qu’if y
eut fur les côtés des ftigmates qui m’échappaffent.
C eft inutilement auffi que j’ai cherché aux vers de cette
efpece.tout du long du dos, un vaiffeau fèmblable à celui
que les chenilles y ont , femblable à celui que M. Malpighi
a regardé comme une fuite de cœurs, & que nous nous
fommes contentés d’ajjpeller la principale artère. Si nos
vers avoient ce vaiffeau, il y feroit très-aifé à apperce-
yoïr, au moins s’il avoit des contraélions & des dilatations
Yij
* PI. 12. fîg,
3 -
* Fig.. 4,.
lyz MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
alternatives , aufîi confidérables que font celles de lagroffe
artere des chenilles. Mais je crois avoir bien vu à ces vers,
nn véritable cœur que je n’ai pû obferver dans les che-
nilles. Quelquefois j’ai apperçû vers le quatrième anneau
une partie charnuë qui avoit des battemens alternatifs;
j’ai fait de longues playes à plufieurs de ces vers, en leur
emportant d’un feul coup de cizeau fur un des côtés, une
portion du quatrième, du troifiéme & du fécond anneau :
entre les parties qui font forties furie champ par la playe,
î’en ai vû quelquefois une qui avoit des mouvemens de
contraction & de dilatation pendant plufieurs minutes,
& qui par là fëmbloit être un cœur. Tout fe dérange fi
fort dans des parties fi molles , pour peu qu’on les lou-
che , que je ne puis être parfaitement certain que celle
que je voypis alors fût la meme , comme il y a grande
apparence, que j’avois vû battre dans le corps ,& la meme
que j’ai vû tranquille en divers autres temps, & de la-
quelle femble partir un très-grand nombre de petits cor-
dages qui ne font fans doute que des vaiffeauxfoit a lang,
foit à air. Parmi les parties qui fprtoient du corps apres la
grande bleffure dont je viens de parler, etoit une ve le
col très -long , lequel va s’attacher auprès de la bouch^
du ver. Cette veffie eft enflee, mais _
qu’on la picque aveç une épingle , ce qui
J,
quand elle eft gonflée , elle l’eft par i’air. Elle eft pro
ment un poulmon du ver, & ce que nous diron
la fuite, des poulmons des mouches, difpofe acroi q
le ver en a deux pareils. ,
Tous les vers de la première clafle n ont
. gmates poftérieurs difpofes <Sc faits Ç^mme ,
frent les ftigmates, nous mettront en Aylieil
divers genres de ces vers à tete de figure variable. A
Fig.
des Insectes. IV . Mem . 173
me les deux plaques polecs lur le derrière des vers de la
™nde, qui fe iransforment en mouches bleues, ont cha-
cune t ois boutonnières * , qui font autant de fltgmates ; . H. ta. «s-
Z le bout poftérieur de pluf.eurs autres vers ». on ne , ^
voit que deux plaques bien circula, res. fur chacune def-
Soutonniéres. D’autres vers ont leurs ftigmates au bout
de tuyaux cylindriques placés fur leur derrière comme
des cornes. Quelques vers n ont que deux de ces tuyaux,
& d’autres en ont trois Les deux tuyaux des ftigmates * F
de quelques-uns, font écartés l’un de l’autre; ceux
quelques autres vers font accolés l’un à 1 autre.
ques vers tiennent ces tuyaux couchés fur le corps, d au-
tres vers les portent relevés. Si l’on veut voir des exemples
de ces dernières variétés , on n’a qu a confulter le onzième
Mémoire du troifiéme V olume, page 3 Enfin les par-
ties qui environnent les ftigmates , & qui peuvent fervir à
les couvrir dans le belbin, donneront encore des caraéleres
propres à faire diftinguer des genres de ces vers.
Le nombre, la difpofition & la figure des crochets
qui fervent de dents à ces vers, & même de jambes,
nous fourniront encore des caraéléres.de divers genres.
Nos vers de la viande nous montrent deux crochets* *Fig. ^.c,ei
égaux & femblables , pofés à côté l’un de l’autre , & paral-
lèlement l’un à l’autre , entre lefquels eft un dard *. D’au- * Fig. 6. d,
très vers qui ont deux pareils crochets , n’ont point de
dard. Nous trouverons des vers qui ont deux crochets de
grandeur inégale, dont l’un eft au-deflus de l’autre, ôc qui
font tous deux dans le même plan vertical. * Nous en trou-
verons d’autres qui n’ont qu’un feul crochet * , mais plus ''
fort. Et d’autres enfin qui n’ont point de crochets, ou ^*’*^*'
qu’on ne peut au moins obliger d’en montrer.
La forme du corps de plufieurs autres vers de la même
*V •••
J iq
* Fig. 10<
PI. 12 .
12, a.
Fig. IJ
Fig.
rn^ m,
* Fig.
M,
T..
t'ig. I
f74 MEMOIRES POUR L'HiSTOIRE
clalTe , peut encore offrir des variétés aifées à faifir, f j
fig. partie poflérieure de quelques-uns eft coupée court
elle reffemble à un bout de cylindre. Il y en a de beau-
coup plus raccourcis que d’autres ; il y en a dont le bout
antérieur efl: prefqu’auffi gros que le poflérieur. Les uns
font plus applatis , & les autres plus arrondis. Enfin dès
qu’on voudra être attentif aux différences qui fe trou-
vent entre des vers qui, regardés groffiérement , feroient
affés femblables , on remarquera entr’eux des différences
fuffifantes pour les ranger dans des genres fépatés.
Quoiqu’à proprement parler , ces vers n’ayent point
de jambes , ceux de plufieurs efpeces fçavent gonfler,
faire fortir des portions du deffous de leurs anneaux, de
manière qu’elles paroiffent des jambes * membraneufes
,
& qu’elles en font les fonélions : on trouvera même des
variétés dans la difpofition de ces mammelons pafTagers,
dans des vers de différentes efpeces. On en voit aux uns
de pofés par paire en deffous de chaque anneau , comme
^ font les jambes * ; à d’autres on en voit un rang tout
du long du milieu du ventre *. Quelquefois chacun de
ces mammelons fe divife en deux, il forme une bifurca-
tion. D’autres ont le deffous du corps, à la jondfion,ou
près de la joncflion des anneaux , garni d’efpeces de cro-
chets très -courts * <&: très -fins, ordinairement roux, qui
leur aident encore à faifir les corps fur Icfquels ils veulent
fe tirer, ou contre lefquels ils veulent fe pouffer.
Les différences de grandeur , de couleur ferviront a
faire diflinguer des efpeces de ces vers. Elles pourront en-
core être caradérifées par les qualités de la peau ; celle
des uns efl mince <& tranfparente ; celle des autr« elt
plus épaiffe & plus opaque; quelques-uns font bue &
luifante; d’autres font chagrinée; il y en a de plus&
moins fillonnées. Ou verra dans la meme clafife des vers
17
DES Insectes. IV. Memi 17
j
à corps très-court ,& hérifle de picquans on en trou- * Pl.!i3*fig*
vera de chargés de poils longs de durs . ^ ^ Fig*!* *
Nous nous fommes beaucoup plus arrêtes aux vers de
cette première claffe, que nous ne nous arrêterons. à ceux
des autres, parce que c’eft celle qui fournit le plus d efpe-
ces de mouches à deux ailes ; les mouches qu’on trouve
prefque par-tout , de les feules prefque qui foient con-
nues de ceux qui n’ont pas étudié ces infedes ailés, ont
été des vers de la première clafle.
Nous compoferons la fécondé claffe des vers qui , com- 2*. Classe.^
me ceux de la précédente, ont une tête de figure variable,
de par conféquent membraneufe , comme l’eft tout le refte
de leur corps; mais qui différent des autres vers, parce
qu’ils font pourvus de jambes. Les leurs font charnues,
de quelques-unes au moins font armées de crochets
analogues à ceux des jambes des chenilles. La tête de
ces vers , malgré les changemens de figures dont elle eft
fufceptible , eft très-aifée à reconnoître, parce que la bou-
che & fès accompagneniens font vifîbles. Entre les vers * * Pl. 13. %.
de cette claffe, ceux dont on trouve plus d’efpeces, font
très-aifés à caradérifer de à défigner par une autre particu-
larité; ils ont tous une queue charnue , qu’ils peuvent ren-
dre plus ou moins longue, mais qui l’eft toujours beau-
coup. Cette queue rafe comme l’eft le refte du corps du
ver, fe raccourcit de fe gonfle ; elle a alors quelqu’air d’une
queue de rat, ce qui m’a déterminé à donner à tous
ces vers , le nom de vers à queue de rat. Cette même queue
eft le principal organe de la refpiration de ces vers ; fon
bout eft ouvert ; il leur tient lieu des ftigmates que les
vers de la première claffe ont à leur partie poftérieure;
je leur en crois auffi d’autres à leur partie antérieure. Mais
nous remettons à faire mieux connoître les vers de cette
^ c > dans un des Mémoires fuivans où on aura leur
/
Classe<
r ,76 MEMOIRES POUR L’HISTOIRE
hiftoire , & celle des mouches dans lefquelles ils fe trans-
forment : toutes celles qu’ils m’ont données font des
mouches à deux ailes. ^
Dans la troifiéme claffe nous ne trouverons enfin que
des vers qui ont des têtes telles que les autres animaux
PI. n-fig. les ont, des têtes d’une figure confiante*; mais qui n’ont
5, 10 , iz, point de dents ou ferres; ou, plus exadlement, qui n’ont
pas deux efpeces de mâchoires mobiles , difpofées com*
me celles des chenilles en dehors de la bouche , 6c toujours
à découvert. Quand ils ont des efpeces de dents ou de cro-
chets , ils les peuvent cacher dans l’intérieur de la bouche
ou dans une autre cavité. Les têtes de la plupart des
vers de cette claffe , font oblongues ; elles fe terminent en
pointe, ou par une pointe coupée. Nous adjouterons en-
core , pour achever de fixer cette claffe , qu aucun e
ces vers n’a des jambes écailleufes. Elle fera fort éten-
due, elle comprendra beaucoup de genres, tant de vers
terrefires,quede vers aquatiques , qui pourtant donïieron
tous des mouches à deux aîles, au moins tous ceux que
je connois, en donnent-ils. tr^ripme
claffe, nous mettrons les vers écailleux ou comme ert
* r- T 9 îeux * les vers dont les anneaux ont au moins
1
3
, 7- ’ des anneaux d’écaille , & qui font
Lur leur donner un nom plus court , des feip
fortes de vers fe trouvent ordinaimnent dansb tcn^-
» PI. la.fig. le terreau, & dans le fumier. J en
3. grandes efpeces, qui étoit arrive ici de. Canada, n ^
DES Insectes. IV. Mem. 177
dans la terre envoyée pour conferver des plantes : il me fut
donné par xM. de Juilieu. Il n avoit de brun que la par-
tie poftérieure , la tête & trois taches oblongues d’un
caffé-clair fur le premier anneau ; le refie du corps étoit
blanc. Sa tête * prefque conique comme celle rie beau- *PL 13. fig.
coup de vers de la même clalTe, avoit par-deffous une
ouverture * oblongue qui étoit celle de la bouche. En *Fig.i4.y:
certain temps il en faifbit fbrtir & jouer alternativement,
& avec vîteffe, deux crochets * pofés parallèlement l’un * Fig. ij.
à l’autre, comme le font ceux des vers de la première
clalTe. Chaque crochet avoit une particularité propre
à faire diftinguer cette elpece de ver, il étoit dou- *
ble , il avoit deux crocs. Le deffus de la partie poflé-
rieure du corps, feterminoit par un plan oblique fur le-
quel étoient les deux principaux organes de la refpira-
tion * ; au travers du tranfparent des anneaux on apperce- * Fig. 12.
voit très-diftinélement deux trachées *, dont une le ter--^-f
,minoit à un des fligmates poftérieurs, & l’autre à l’autre; *
chacune partoit auffi apparemment d’un fligmate anté-
rieur que je n’ai ni vu ni cherché à voir, parce que je ne
fçavois pas alors que le ver en dût avoir. Après avoir
paffé l’hyver chez moi & une partie du printemps, il périt
fans fe métamorphofer.
Un ver du même genre que le précédent , mais d’une
autre elpece plus petite *, dont le corps étoit blanc , & qui * Eig. 17.
n avoit que la tête de brune, s’eftmétamorphoféchés moi -
dans une petite mouche brune à deux ailes , & il fut le feul
de plufieurs vers lemblables que j’avois pris dans du ter-
reau , & que j’y avois laiffés , qui parvînt à fe transformer.
E^u relie ces derniers vers font armés de crochets, ou
meme d’un inllrument plus aigu que je n’ai pû voir,
mais qu’ils m’ont très-bien fait lèntir. Un d’eux, dont
je tenois la tête entre mes doigts, fans en rien craindre;
Tome IV. .Z
178 MEMOIRES POUR L’HISTOIRE
nie fit une picquûre très - douloureufe , mais qui ne fut
fuivie d’aucune inflammation.
-* PI. 13. fig- vers * qui vivent ordinairement dans des eaux qui
6* croupiflent , nous donneront un exemple de ceux qui peu-
vent compofer un fécond genre de la troifiéme claffe. Ils
n ont qu’une enveloppe membraneiife; leur lêteeftoblon-
gue. Il y en a de bien des efpeces, entre lefquelles quelques-
unes font plus courtes que les autres proportionnellement
à leur grofleur, quoiqu’elles ayent toutes une figure très-
allongée. La partie poflérieure du ver fe termine par une
p, efpece de tuyau *, dont le bout eft ouvert pour donner
entrée à l’air ; là efl leur principal organe de la refpiration.
Dans la fuite nous ferons mieux connoître ces vers, qui
fc transforment en des mouches à deux aîles que j ap-
pelle à corcelet armé
,
parce que du bout pofterieur de
: eur corcelet partent deux efpeces d’épines dirigées vers
le derrière. ^
Au lieu que les corps des vers des genres précedens
font ronds ou prefque ronds, d’autres vers qui ont une
tête faite à peu près fur le modèle de celle des premiers,
ont le corps applati , <Sc doivent par cette raifon etre mis
dans un troifiéme genre. J’ai trouvé deux efpeces des vers
*PI. 15. fig. que je veux faire connoître, lune * dans ces
19 & ao.
^ ^ P^^^re * dans des agarics du ficomore de Ea •
Ceux de la dernière efpece font grifâtres , <& ont un ail
bon nombre de grands poils, fur- tout fin
tout du long du milieu du dos. Ceux du
ont moins de poils; leur couleur dominante e
ils ont pourtant des taches jaunâtres. J ai^ vu a
Fig. 5. ce. bouzes de vache , deux crochets paralle P q
fortir de leur bouche, comme tant d autres elpec
vers qui deviennent des mouches a deux ai e ,
fortir de femblables de la leur.
=' PI. 14.. fig.
6 & 7.
des Insectes. IV. Mem. 179
C’eft par leur partie poftérieure que fe fait leur relpi-
ration; le bout de leur derrière s’entr ouvre en certains * PI. 14.%
temps’: on croiroit que la fente qu’il lailTe voir alors, eft
celle qui doit donner ilfue aux exciemens , mais il cil aile
de reconnoître enfuite quelle n’eft faite que pour donner
palTage à l’air. C’ed deffous le corps qu’on trouve le vé-
ritable anus Nous ferons connoître les mouches dans * Fig. 3.tf
lelquelles ces vers le transforment, dans le Mémoire ou
nous expliquerons comment les mouches a deux ailes de
plulîeurs genres , parviennent a fe tirer de 1 elpece de
coque dans laquelle leurs parties le font développées &
fortifiées.
Nous revenons aux vers dont la forme du corps elî:
longue & arrondie , & nous mettrons dans le quatrième
genre , des vers membraneux qui feroient cylindriques
en certains temps , fi alors leur partie antérieure & leur
partie poftérieure n’étoient fouvent plus menues que
le relie. Nous nommons ces vers des vers de tipules *,
parce qu’ils fe transforment en des mouches à deux ailes
,
appellées tipules, qui font alTés femblables à des confins.
Comme nous donnerons l’hiftoire de ces vers 6c de leurs
mouches, nous nous contenterons à préfent de dire que
la tête des tipules * eft écailleufe, 6c plus petite propor-
tionnellement à la grolTeur du corps , que celle des vers du
fécond genre. Mais les tipules ont leurs deux principaux
ftigmates pofés fur leur partie poftérieure, 6c entourés
d’appendices charnus. Entre les tipules il y en a d’aqua-
tiques * aftes femblables aux terreftres.
Certains vers ''' aquatiques qui fe transforment encore
en des mouches tipules, doivent cependant être placés^
dans un cinquième genre, 6c peut-être qu’on trouvera
qu’ils mériteroient à eux feuls une clafle. La plupart des
crpeces de ces vers font entièrement rouges, 6c d’un
Z ij
*Fîg. 9,
* t.
* Fîg. 9.
* Fig. 1 1 •
* ri. T 4. (i
1 2. p,p*
* r, r.
* Fi^. r 5
O J
^ Fig. ï 4
= Fig. 8
sr.
6c
180 MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
airés beau rouge. Ils ont près de la tête comme deux
jambes courtes qui relTemblent à deux moignons de bras..
Mais ce qui caraélérifc le plus ces vers, c’eft qu’auprès
de leur partie poftérieure , en deffous du corps , ils ont
quatre cordons * charnus&alTés longs, qui ayant quelque
relTemblance avec les cordons du poiffon appellé polyjie,
lèmblcnt nous devoir déterminer à donner à ces vers le
nom de vers polypes. Ils ont encore a leur partie pofté-
rieure deux efpeces de tuyaux prefque cylindriques qui
ont bien l’air d’être les organes de. la refpiration. Leçon-
tour du bout de chacune de ces dernières parties eft
bordé de poils.
Les vers aquatiques * qui fe metamorphoient en cou-
fins, doivent encore être mis dans un nouveau genre qui
fera le fixiémc. Nous les décrirons ailleurs plus au long,
nous avons beaucoup à en dire ; mais il fufht de faire re-
marquer aéluellcment , que s’ils ont de commun avec b
vers du fécond genre, de refpircr 1 air ”
lore endelTous du corps , un fécond tuyau deftne a
ner iffiie aux excrémens, que les vers du fecoi g
"’dcs ïei'f* longs comme les verstipules,quicomme«^
Ucsvcis Cg oui vivent en terre & lia»
*pC deSernWance avec les
L. Ils cliflereut ^ leur tr"
tion des organes de I|;rricre, entourés <le divw
point deux ftigmates fi <Cai||eiirs déterminer 0 »
apircndiccs ftig'M'es ; lorfque j’ai fut m
font leurs priiicipM»^ uiq
des Insectes. /K Mem, 1 8 1
obfervations fur ces vers il y a plufieurs années , je ne pen-
foispas affés combien la détenranation des fl.gmates cîo.t
néceffaire à celle des claffes & des genres. Il y a pinlieurs
êfneces de ces vers qui fe métamoiphofent en autant
d'efpeces de mouches à deux ailes, qui n ont point de
trompe, & que nous avons nommées avec le peuple du
Poitou, des mouches de Saint Marc. ^
Je crois que nous devons faire un huitième genre de
vers longs * , blancs , liffes fans être écailleux , tels que
ceux qui fe trouvent dans plufieurs efpeces de champi-
gnons , qui n’ont point de ftigmates fur la partie poite-
rieure., mais à qui on en trouve fur chaque anneau *,
ils y font placés comme ceux des chenilles. Je parlerai ail-
leurs des mouches à deux ailes , du genre des tipules
,
que ces vers m’ont données.
Tous ks genres que nous venons de déterminer pour
cette troifiéme claffe.font dénaturé à pouvoir êtrefous-
divifés en plufieurs autres ; & ce ne font peut-être pas les
leuls genres premiers que nous eulfions pu lui donner ;
nous en trouverions apparemment a lui adjoûter , û les
efpeces des petits infedes quelle embrafle , nous étoient
plus connues, ou même fi les différences qui font entre
celles que nous connoiffons , nous étoient plus préfentes.
Nous pafferons à préfent à caradérifer la quatrième
claffe des vers des mouches , Sc la première dé ceux qui
donnent des mouches à quatre ailes. Nous la compofbns
de vers * dont la tête * a une figure confiante, d qui a
deux dents ''' mobiles ou mâchoires qui font toûjours à
découvert , & qui fe rencontrent l’une l’autre vers le mi-
lieu de l’ouverture de la bouche, & d’infedes qui font
dépourvûs au moins de jambes écailleufes. C’efi fur les
côtés de ceux-ci qu’on trouve les fiigmates, quand les leurs
fout affés grands pour être vifibles ; ils n’en ont point fur le
* PL 1 3 . fîg.
7 > 9 -
* Fig. 10.
LfJ>àrc.
4.® Classe.
* Pî. 14. fîg.
* Fig. I 6.
*
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