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Oeuvres de Tite-Live (Histoire romaine) ; Tome second

Livio, Tito, (ca.0059 a.J.C.-0017 d.J.C.); Nisard, Désiré , dir

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RIRES : sit Hi Ha fe D Ter % NN ER ee D #2 7 ee RÉ OU ETS ; CRE & AE - SE & Le RIRE s Ë ; où DAS E NE Sn Le. NES : RRPDRTATSE ns Re raser sne Res z PASS En Mae Pr Re ER ; : NAS £ FR), Le È £ EE D An nie ml ea ET Le HRRA ES pans Sert her. ee ; D rs COLLECTION DES AUTEURS LATINS AVEC LA TRADUCTION EN FRANÇAIS, PUBLIÉS SOUS LA DIRECTION DE M. NISARD, MAÎTRE DE CONFÉRENCES À L'ÉCOLE NORMALE, TITE-LIVE. HISTOIRE ROMAINE. SRE faces prodiges multipliés qu’on annonce, on publie qu'un bœuf appartenant au consul Cn. Domitius a prononcé distinctement ces mots : « Rome, prends garde à toi. » — Préparatifs de guerre vontre Antiochus. — Nabis, tyran de Lacédé- mone, à l’instigation des Étoliens, qui eux-mé- mes excitaient Antiochus et Philippe à prendre les armes, quitte le parti des Romains, et, dans la guerre contre Philopæmen, préteur de la li- gue achéenne, est tué par Alexamen, chef des Éto- liens. — Ceux-ci renoncent aussi à l'amitié du peuple romain, — Antiochus, roi de Syrie, de- venu leur allié, porte ses armes dans la Grèce et s'empare de plusieurs villes, entre autres de Chal- cis et de toute l'Eubée. — Expéditions de Ligu- rie. — Préparatifs de guerre d’Antiochus. .. ... Livre XXXVI. — Le consul Manius Acilius Gla- brion , secondé par Philippe, défait Antiochus aux Thermopyles, le chasse de la Grèce, et réduit les Étoliens. — Le consul Publius Scipion Nasica fait la dédicace du temple de la mère des dieux, qu’il avait lui-même transporté sur le mont Pala- tin, après avoir été jugé par le sénat le citoyen le plus vertueux de la république. Il défait les Boïens en bataille ranvée, recoit leur soumission, et triomphe d'eux. — Divers avantages obtenus par les forces navales des Romains sur les lieute- Dants d'ANTIOCRUS, 2 eu... Livre XXXVII. — Les consuls Lucius Bo che Scipion et G. Lælius se disputent le département de la Grèce et de l'Asie. — Le crédit de Lælius dans le sénat est sur le point de faire pencher la balance en sa faveur ; mais le premier l'emporte, grâce à son frère Scipion l’Africain, qui propose de lui servir de lieutenant, si on lui donne la conduite de la guerre contre Antiochus ; ainsi L. Cornélius Scipion est le premier des géné- raux romains qui passe en Asie. — Æmilius Ré- gillus, secondé par les Rhodiens, bat la flotte d'Antiochus près de Myonnèse. — Antiochus fait prisonnier le fils de Scipion l’Africain et le ren- voie à son père. — Manius Acilius Glabrion triomphe des Étoliens et de ce prince qu'il avait chassé de la Grèce. — Antiochus est vaincu par L. Scipion avec le secours du roi Eumène, fils d'Attale de Pergame ; il obtient la paix à condi- tion d'abandonner toutes les provinces en deçà du mont Taurus. — On agrandit les états d'Eu- mène en reconnaissance de Ja part qu'il a prise à la victoire. — Les Rhodiens reçoivent aussi quelques villes pour récompenses des secours qu'ils ont donnés dans cette guerre. — Colonie conduite à Bologne. — Æmilius Révillus est ho- norédu triomphe naval pour avoir vaincu sur mer les lieutenants d’Antiochus. — L. Gornélius Sci- pion, qui avait terminé la guerre contre Antio- chus, reçoit le surnom d’Asiatique, comme la défaite d’Annibal avait valu à Publ. Scipion, son frère, le surnom d’Africain........... Livre XXXVIIL. — Le consul L Ti. . Ambracie, en Épire, et la reçoit à composition ; il soumet l’île de Céphalonie, achève la conquête ae TABLE Pages. 529 567 401 Cr de l’Étolie, et donne la paix aux Étoliens. — Cn. Manlius, son collègue, défait les Gallo-Grecs, les Tolistoboïens, les Tectosages et les Troncmiens qui étaient passés en Asie, sous la conduite de Brennus, et qui, de tous les peuples en déçà du mont Taurus, étaient les seuls qui ne reconnus- sent pas la domination des Romains, — Leur origine et leur établissement en Asie. — Trait de courage et de chasteté d’une dame gauloise, femme d'Ortiagon, roi des Gallo-Grecs. Prisonnière des Romains, elle tue le centurion qui la gardait et qui l’avait déshonorée. — Les censeurs font la clôture du lustre ; le dénombrement donne pour résultat deux cent cinquante-huit mille trois cent vingt-huit citoyens romains. — Traité d'alliance avec Ariarathe , roi de Cappadoce., — Cn. Man- lius plaide sa cause devant le sénat , et obtient les honneurs du triomphe , malgré l'opposition des dix commissaires, de l'avis desquels il avait con- clu la paix avec Antiochus. — Scipion l’Africain est mis en cause par le tribun Q. Pétilius, et, se- lon d’autres, par le tribun Névius, qui l’accuse d'avoir détourné à son profit une partie du butin tait sur Antiochus. Le jour de l’assignation, ap- pelé à la tribune, il s’écrie: « Romains, c’est à pareil jour que j'ai vaincu Carthage » eten des- cend pour marcher au Capitole, où le peuple le suit en foule. De là, pour n’être plus en butte aux poursuites des tribuns, il se retire à Literne, où il passe le reste de ses jours dans un exil volon- taire. On ne sait cependant s’il ne mourut pas à Rome ; car on voit son tombeau dans les deux endroits. —Scipion l’Asiatique, accusé de péculat, comme san frère, et condamné, est sur le point d'être conduit en prison, lorsque le tribun Tibé- rius Gracchus , ennemi de Scipion, l'arrache aux licteurs ; la main de la fille de Scipion l’Afri- cain est la récompense de ce service. — Les questeurs, chargés de saisir les biens de L. Sci- pion pour indemniser le trésor public, non-seu- lement ne trouvent aucune trace de l’argent du roi, mais ne peuvent même tirer de la vente de set effets l’amende à laquelle il était condamné. Ses parents et ses amis lui offrent à frais communs une somme considérable ; il la refuse et se con- tente de faire racheter ce qui lui est nécessaire pour vivre. ss ventes. eee se LIVRE XXXIX. — Le Coral Émilius réduit les Li- guriens, conduit le grand chemin de Plaisance jus- qu’à Rimini, et le joint à la voie Flaminia. — L'armée victorieuse de l’Asie introduit le luxe à Rome. — Toute la partie de la Ligurie située en decà de l’Apennin reconnaît la domination ro- maine. — Les Bacchanales, solennités nocturnes empruntées des Grecs, deviennent le rendez-vous de tous les forfaits, et dépénèrent en une associa- tion criminelle et menaçante.— Le consul, après une enquête rigoureuse, arrête le mal par la pu- nition d’un grand nombre de coupables. — Les censeurs L. Valérius Flaccus et M. Porcius Ca- ton, recommandables comme guerriers etcomme citoyens, excluent du sénat L.. Quinctius Flami- Pages, 418 uinus, frère de T. Quinctius. Son crime était d’avoir, lors de son commandement consulaire > selon les uns, tué de sa propre main un Gauloisau milieu d'un repas, à la prière d’une jeune débau- chée qu'il aimait; et, selon les autres , tranché la tête à un homme condamné à mort, pour faire plaisir à une courtisane dont il était amoureux. — Le discours que Caton prononce à cette occa- sion s’est conservé jusqu'à nos jours. — Mort de Scipion à Literne.—Par un jeu bizarre de la for- tune, qui semble avoir voulu placer à la même époque la fin des deux plus grands capitaines, An- nibal S’empoisonne pour ne pas tomber au pou- voir des Romains, à qui Prusias, roi de Bithynie, était sur le point de le livrer, à la sollicitation de T. Quinctius, envoyé pour demander qu’on le remît entre ses mains — Philopæmen , chef des Achéens, est fait prisonnier, et emprisonné par les Messéniens. — Colonies établies à Pollentia 5 à Pisaure, à Modène et à Parme. — Expédition heureuse contre les Celtibériens. — Causes et principes de la guerre de Macédoine; le principal grief de Philippe est son dépit contre les Romains qui resserrent chaque jour l'étendue de ses do- maines’et l’oblisent d'évacuer la Thrace et d'au- tres contrées... Livre XL. — Philippe donne ordre de rechercher et de mettre à mort les enfants des nobles qu'il avait fait jeter dans les fers. — Théoxène, crai- gnant pour les siens, et pour ceux de sa sœur, en- core en bas âge , l’infâme lubricité de ce prince, leur présente le fer ct Je poison, et leur persuade d'éviter, par une mort volontaire, les outrages qui les menacent, etse précipité après eux dans la mer avec-son époux. — Haineet débats violents de Persée et de Démétrius, fils de Philippe, roi de Macédoine, — Démétrius, faussement accusé par son frère d'avoir attenté à la vie de son père , et de vouloir le détrôner, est empoisonné comme ami des Romains, et sa mort assure à Persée la succession de Philippe. — Heureux succès des ar- mes romaines en Ligurie, en Espagne et contre les Ceitibériens. — Des laboureurs trouvent dans le champ du greffier L. Pétilius, au bas du Janicule, les livres grecs et latins de Numa Pompilius, en- sModeons are rimerereleress ste ete ee ss... fermés dans un coffre de pierre. Comme ils con- tenaient des choses qui pouvaient nuire aux prati- ques relisieuses, le préteur, entre les mains du- quel ils avaient été remis, jure au sénat qu’on ne peut, sans danger pour l’état, les lire ou lesgar- der. Sur sa déclaration , en vertu d'un sénatus- consulte, ils sont brûlés dans la place des comi- ces.— Colonie conduite à Aquilée. — Douleur de Philippe, qui reconnaît l'innocence de Démé- trius ; il forme le projet de punir le calomniateur et de laisser, à l'exclusion de Persée ; Antisone, son ami, héritier de sa couronne ; mais, con- sumé de chagrins, il est prévenu par la mort, et Persée monte sur le trône. ...,....... Livre XLI. — Extinction du feu sacré dans le temple de Vesta. — Les Celtibériens sont vaincus étsoumis par Tib. Sempronius Gracchus. Ge gé= Pages. 497 DES MATIÈRES. néral fonde en Espagne la ville de Gracchuris comme un monurnent de ses victoires. — De son côté le proconsul Albinus réduit les Vaccéens ct les Lusitaniens. Tous deux obtiennent à leur tour les honneurs du triomphe, — Antiochus, fils d'An- tiochus-le-Grand, que son père avait donné en otage aux Romains, est renvoyé de Rome en Syrie pour y régner à la place de son frère Séleucus, mort après avoir succédé à son père. — Ce prince élève aux dieux des temples magnifiques, entre autres celui de Jupiter Olympien , à Athènes. et de Jupiter Capitolinus, à Antiochie ; mais il avilit d’ailleurs la majesté du rang suprême par sa con- duite. — Clôture du lustre; les censeurs y trou- vent deux cent soixante-treize mille deux cents quarante-quatre chefs de famille, — Loi portée sur Ja proposition du tribun du peuple Q. Voco- nius Saxa , laquelle défend d'instituer une femme pour héritière. — M. Caton l’appuie par une ha- rangue conservée jusqu'à nos jours. -— Avantages remportés par divers généraux sur les Liouriens, les Istriens, les Sardes et les Celtibériens. — Commencement de la guerre de Macédoine. — Intrigues de Persée , fils de Philippe ; il envoie à Carthage uneambassade, qui obtient une audience nocturne, et tente en même temps de soulever plusreursvilles de lGrèce 72.72 Livre XLII. — Le censeur Q. Fulvius Flaccus dé- pouille le temple de Junon Lacinia du toit de mar- bre qui le couvrait pouren revêtir celui dont ilavait fait la dédicace. Un sénatus-cunsulte l’oblige de le rétablir. — Eumène, roi d'Asie, vient au sénat se plaindre de Persée, roi de Macédoine. Sur l’ex- posé des outrages que ce prince a faits au peuple romain, on lui déclare la ouerre. Le consul P. Licinius Crassus, chargé de la conduire, passe en Macédoine , tente quelques entreprises peu im- portantes , et livre de légers combats de cavalerie, où Pertée a l'avantage. — Le sénat donne un jour à Masinissa et aux Carthapinois, afin de terminer leur démêlé, au sujet d’un territoire en litige. — Des ambassades sont envoyées aux rois et aux villes alliées pour les engager à rester fidèles. — Les Rhodiens sont incertains. — Clôture du lu- stre. — Les censeurs y trouvent deux cent cin- quante-sept mille deux cent trente etun citoyens. — Avantages remportés sur les, Corses et les Li- GUDIENS se Livre XLIII. — Condamnation de préteurs coupa- bles d'avanies et de cruauté. — Le proconsul P. Licinius Crassus se rend maître de plusieurs villes de Grèce, et y fait un horrible pillage. — Décret dn sénat , qui remet en liberté les captifs que ce pé- néral avait fait vendre à l’encan.—Violences exer- cées contre les alliés par les commandants des flottes romaines. — Avantases de Persée en Thrace; vainqueur des Dardaniens, il fait des conquêtes en Illyrie sur le roi Gentius. — La mort d'Olonicus apaise les troubles qu'il avait excités en Espagne. — Les censeurs nomment M. Æmilius Lépidus prince du sénat. ......... Livre XLIV. — Q. Marcius Fhilippus pénètre en XI Pages, 586 647 667 XII ‘« Macédoine par des défilés presque impraticables, et s’y rend maître de plusieurs villes, — Ambas- gade des Rhodiens, qui menacent de se déclarer en faveur de Persée, si le peuple romain refuse de faire la paix avec lui : cette démarche excite la plus vive indignation.— L'année suivante la con- duite de cette guerre est confiée à Paul Émile, consul pour la seconde fois. Ce général prie les dieux, en pleine assemblée, de faire retomber sur sa maison tous les malheurs dont l’état est menacé. Xl part pour la Macédoine, remporte sur Persée une victoire éclatante, et soumet tous Ses états.— Avant la bataille le tribun C. Sulpicius Gallus prévient les soldats d’une éclipse de lune qui doit arriver la nuit suivante, afin qu'elle ne leur cause aucun effroi. — Hostilités de Gentius, roi d'Illy- rie. Battu par le préteur Anicius , il se livre avec sa femme, ses enfants et ses proches, entre les mains de ce général qui l'envoie à Rome. — Am- bassade des rois Ptolémée et Cléopâtre, pour se plaindre de la guerre que leur fait Antiochus, roi de Syrie. — Persée tente d'engager dans son parti Eumène, roi de Pergame, et Gentius, roi d'Il- Puges: lyrie ; mais son avarice le prive de secours qu'il . : Jui faudrait acheter par des subsides. ......... Livre XLV.— Émilius fait Persée prisonnier dans l’île de Samothrace.— Antiochus assiége Alexan- drie, où sont renfermés Ptolémée et Cléopâtre, rois d'Égypte.—Des ambassadeurs romains vien- nent, au nom du sénat, lui intimer l’ordre de 687 TABLE DES MATIÈRES. lever le siége. Antiochus répond qu'il en délibé- rera avec son conseil.Alors Popillius, l’un des am- bassadeurs, trace un cercle autour du roi, avec la baguette qu'il tenait à la main, et lui défend d’en sortir avant d’avoir fait une réponse positive. Ce langage impose au prince, qui cesse toutes les hostilités. — Le sénat reçoit les députations des peuples et des rois qui viennent le féliciter, mais refuse de donner audience aux ambassadeurs de Rhodes, qui, dans cette guerre, s'étaient déclarés contre le peuple romain. — Le jour suivant on propose de faire la guerre à cette république ; les envoyés sont admis à plaider sa cause et con- gédiés sans savoir si on les regarde comme en- nemis ou comme alliés. — La Macédoine est ré- duite en province romaine.—Émilius Paullus ob- tient les honneurs du triomphe, en dépit de ses soldats, irrités d’avoir eu trop peu de part au bu- tin, et malgré l'opposition de Servius Sulpicius Galba. — Persée et ses trois fils marchent devant son char. Mais la joie du vainqueur est troublée par la mort de deux de ses fils, dont le premier meurt avant et le second après le triomphe de son père.— Clôture du lustre. Les censeurs trou- vent trois cent douze millequatre-vingts citoyens. —Prusias, roi de Bithynie, vient à Rome féliciter le sénat de la victoire remportée sur Persée, et lui recommande son fils Nicomède. — Basse adula- tion de ce prince, qui se dit l’affranchi du peu- ple romain.:...........: Dos ssves sp res ce se Pages, COOCO0S000000900000909090080809682S00000005559088 HISTOIRE LIVRE VINGT-SEPTIÈME. SOMMAIRE. — Le proconsul Gn. Fulvius un avantage contre celui-ci auprès de N ROMAINE. . AUX 72e est défait par Annibal près d'Herdonée. — Le consul Marcellus obtient umistron d'où il se retire à la faveur de la nuit. — Marcellus le poursuit dans sa retraite et le force à se battre. — Vaincu dans la première action, il est vainqueur dans les dernières. __ Fabius Maximus reprend, dans sen Co En Espagne, Scipion combat Asdrubal, les prisonniers se trouve un ] présents. — Les consu tombent dans une embuscade qu’Anniba proconsul L. Sulpicius contre Philippe et les Achéens. des citoyens monte à cent trente sept-mi de combats malheureux avaient coûtées à la po pour faire sa jonction avec À et Claud. Néron. — La batai avait quitté son camp sans que l pour se réunir à son collègue, assure Ja défaite d’ I. Telle était la situation des affaires en Espa- gne. En Italie, le consul Marcellus reprit Salapie par trahison, et enleva de force aux Samnites Ma- ronée et Mélès. Il y surpritles trois mille hommes qu'Annibal y avait laissés en garnison. Le butin, assez considérable, fut abandonné au soldat. On trouva de plus deux cent quarante mille bois- seaux de froment et cent dix mille d'orge. Au reste, la joie d'un tel succès ne balança pas le dés- astre éprouvé peu de jours après non loin d'Her- donée. Le proconsul Cn. Fulvius avait résolu de reprendre cette place qui avait abandonné le parti des Romains après la journée de Cannes; il LIBER VICESIMUS SEPTIMUS. I. Hic status rerum Hispaniæ erat. {In Italia consul Marcellus, Salapia per proditionem recepta, Maroneam et Meles de Samnitibus vi cepit. Ad tria millia militum ibi Annibalis, quæ præsidii causa relicta erant, oppressa. Præda (et aliquantum ejus fuit) militi concessa. Tritici quoque ducenta quadraginta millia modium, et centum decem millia hordei inyenta. Ceterum nequaquam inde -tantum gaudium fuit, quanta clades intra paucos dies ac- Ho usulat , Tarente au moyen des intelligences qu’il avait dans la place. — fils d'Hamilcar, auprès de Bécula, et remporte la victoire. — Parmi jeune prince d’une rare beauté, neveu de Masinissa. — Scipion le renvoie comblé de ls CL. Marcellus et T. Quintius Crispinus, sortis de leur camp pour faire une reconnaissance, ] leur a dressée. — Marcellus y périt, Crispinus échappe. — Exploits du Les censeurs font la clôture du lustre, et le dénombremient lle cent huit chefs de famille.—Ce résultat fait connaître les pertes que tant pulation de Rome.—Asdrubal passe les Alpes avec une armée nouvelle nnibal; il est défait et tué avec cinquante-six mille hommes par les consuls M. Livius lle se livre sous les auspices de Livius, mais G. Néron qui, ayant Annibal en tête, ennemi se fût aperçu de ce mouvement, ef était venu avec l'élite de son armée Asdrubal et a la plus grande part de la gloire de cette journée. campait aux environs , mais dans une position peu sûre et mal gardée. Son incurie naturelle s'aug- mentait de la confiance que lui donnaient les dis- po itions des habitants à l'égard des Carthaginois, dispositions devenues douteuses depuis qu’on sa- vait qu'Annibal, après la perte de Salapie , était passé de ces contrées dans le Brutium. Des émis- saires, partis secrètement d'Herdonée, averti- rent Annibal; il songea à conserver une ville al- liée, et se flatta de surprendré un imprudent en- nemi. Il partit sans bagages; afin de prévenir même le bruit de sa marche, et s'avança à grandes jour- nées vers Herdonée; pour inspirer plus de crainte cepta est, haud procul ab Herdonea urbe. Castra ibi Cn. Fulvius proconsul habebat, spe recipiendæ Herdo- neæ , quæ post Cannensem cladem ab Romanis defecerat, nec loco satis tuto posita, nec præsidiis firmata. Negli- gentiam insitam ingenio ducis augebat spes ea, quod labare iis adversus Pœnum fidem senserat, postquam, Salapia amissa, excessisse his locis in Bruttios Anniba- lem auditum est. Ea omnia , ab Herdonea per occullos nuntios delata Annibali, simul curam sociæ retinendæ ur- bis, et spem fecere incautum hostem aggrediendi. Exer 1 2 a TITE- à l'ennemi, il se présenta en ordre de bataille. Le général romain ne manqua point de courage, mais il était moins habile et avait moins de forces; il sortit en toute hâte à la têle de ses troupes et accepta le combat : la cinquième légion et Ja ea- valerie de la gauche commencèrent vigoureuse- ment l'attaque. Annibal enjoignit à ses cavaliers de profiter du momentoù l'infanterie serait tout entière engagée au fort de la mêlée, pour tourner Varmée romaine et fondre, les uns sur le camp, les autres sur les derrières des combattants. Puis, rappelant l'avantage obtenu, deuxans auparavant, sur le préteur Cn. Fulvius, de l'identité du nom il concluait à celle du succès. Gelte espérance ne fut point déçue. Les Romains, malgré la perte considérable qu'ils avaient faite dans cette mêlée d'infanterie, n’avaient pas encore quitté leurs rangs ni leurs enseignes; mais le bruit de la ca- valerie qui arrivait par derrière et les cris que poussaient les ennemis du côté du camp jetèrent le trouble parmi eux. La sixième légion, qui for- mait la seconde ligne, fut enfoncée la première par les Numides ; elle entraîna bientôt , dans sa déroute, la cinquième légion et toute Ja première ligne. Les uns purent fuir, Îles au- tres furent tués sur place ; parmi les morts se trouvaient le proconsul lui-même et onze tribuns militaires. 11 serait difficile d'évaluer avec certi- tude la perte des Romains et des alliés: les uns Ja font monter à treize mille hommes, les autres n'en comptent pas plus de sept mille. Le camp et le butin tombèrent au pouvoir des vainqueurs. Annibal, nc doutant pas qu'Herdonée se füt don- cilu expedito, ita ut famam prope præveniret, magnis itineribus ad Herdoneam contendit, et, quo plus terroris hosti objiceret, acie instructa accessit. Par audacia Ro- manus, consilio et viribus impar, copiis raptim educlis , conflixit. Quinta legio et sinistra ala acriter pugnam in- ierunt. Ceterum Annibal, signoequiiibus dato, ut, quum pedestres acies occupassent præsenti certamine oculos animosque, cireumyecti, pars castra hostium, pars terga trepidantium invaderent, ipsein Fulvi similitudinem no: minis, quod Cn. Fulvium prætorem biennio ante in iis- dem devicerat locis, increpans, similem eventum pugnæ fore affirmabat. Neque ea spes vana fuit. Nam, quum Co- minus acie et peditum certamine multi cecidissent Roma- norum, starent tamen ordines signaque, equestris a fergo tumultus, simul a castris clamor hostilis auditus , sextæm ante lepionem, quæ, in secunda acie posita, prior ab Nurmidis turbata est, quintam deinde atque eos, qui ad prima signa erant, avertit. Pars in fogam effusi, pars in medio eæsi : ubi et ipse Cn. Fulvius cum undecim tri- bunis militum cecidit. Romanorum sociorumque quoi cæsa in eo prælio millia sint, quis pro certo affirmet ? quum tredecim millia alibi, alibi haud plus, quam se- ptem, inveniam, Castris prædaque victor potitur. Her- dongam quia ct defecturam fuisse ad Romanos comperit, = LIVE. née aux Romains, en transporta les habitanés à Métaponte et à Thurium, et la brüls. 11 ft mourir les principaux citoyens dont les intelligences sc- crètes avec Fulvius furent prouvées. Ceux des Romains qui échappèrent à un si grand désastre s’enfuirent à demi désarmés par diverses routes, et allèrent rejoindre le consul Marcellus dans le Samnium. : 11. Marcellus ne parut point effrayé de ce re-_ vers; il annonça, dans une lettre au sénat, la perte du proconsul ct de son armée exterminée à Herdonée : « Quant à lui, ajoutait-il, qui avait su rabattre l'orgueil d’Annibal après sa victoire de Cannes, il marchait contre ce général, et il mettrait un terme aux transports de sa joie.» À Rome, cependant, les souvenirs douloureux du passé redoublaient les craintes pour l'avenir. Le consul passa du Samnium en Lucanie, et alla camper en face d’Annibal, dans la plaine de Nu- mistron, que dominait une hauteur occupée par le Carthaginois. Pour montrer une confiance plus erande en lui-même, ils’avança le premier en or- dre de bataille. Annibal ne recula pas à la vue des enseignes qui sortaient du camp. Voici quelle était la disposition des armées : les Carthaginoïs avaient leur droite échelonnée sur la colline; la gauche des Romains s'appuyaitsur la ville. Onse battit depuis la troisième heure du jour jusqu’à la nuit. Les pre- mières lignes étaient harassées : c’étaient, du côté des Romains, la première légion et la cavalerie de la droite; du côté d’Annibat, les troupes espa- gnoles, les frondeursbaléaresetleséléphants qu'on avait fait avancer au milieu de l’action. La victoire nec mansuram in fide, si inde abscessisset, multitudine omni Metapontum ac Thurios traducta , incendit : occidif principes, qui cum Fulvio colloquia occulta habuisse comperti sunt. Romani, qui ex tanta clade evaserant, diversis itineribus semiermes ad Marcellum consulemin Samnium perfugerunt, II. Marcellus, nihil admoëum tanta clade territus, li- teras Romam ad senatum de duce et exercitu ad Herdo- neam amisso scribit. « Ceterum, eumdem se, qui posé Canuensem pugnam ferocem victoria Annibalem contu= disset, ire adversus eum, brevem illi lætitiam , qua ex- sultet, facturum. » Et Romæ quidem quum luctus ingens ex præterito, tum timor in futurum erat. Consul ex Sa- mnio in Lucanos transgressus, ad Numistronem in con- spectu Annibalis loco plano , quum Pœnus collem teneret, posuit castra. Addidit et aliam fidenlis speciem, quod prior in aciem eduxit. Nec detrectavit Annibal, ut signa portis efferri vidit. Ita tamen aciem instruxerunt, ué Pœnus dextrum cornu in collem erigeret, Romani sini- strum ad oppidum applicarent. Ab hora tertia quum ad noctem pugnam extendissent, fessæque pugnando primæ acies essent, ab Romanis prima legio et dextra ala, ab * Annibale hispani milites et funditor baliaris, elephanti quoque , COMMISSO jam certamine, in prælium acti. Dia HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVIT. 5 fut longtemps incertaine. Alors la première légion fut remplacée par la troisième, et la cavalerie de la droite par celle de la gauche; l'ennemi aussi fit relever par des soldats nouveaux sa ligne épuisée. Le combat, qui commençait à languir, se ranima tout à coup avec acharnement: c'était l’ardeur et l'énergie de troupes fraîches ; maison se sépara à Ja nuit sans que la victoire fut décidée. Le lende- main, les Romains se tinrent sous les armes de- puis le lever du soleil jusque bien avant dans la journée. Comme aucun ennemi ne se montrait, ils recueillirent à loisir le butin, entassèrent tous leurs morts en un même endroit et les brülèrent. La nuit suivante, Annibal fit retraite en silence ct se dirigea vers l’Apulie. Au point du jour, Mar- cellus, voyant que les énnemis fuyaient, laissa ses blessés à Numistron, sous la garde d’un faible dé- tachement, aux ordres de L. Furius Purpuréo, tribun des soldats, et se mit à la poursuite d’An- nibal. Il l’attergnit à Venouse: là, quelques jours se passèrent en escarmouches d'ayant-postes, où se confondaient cavalerie et infanterie, avec beau- coup de bruit el peu de résultats, mais presque toujours à l'avantage des Romains. Les deux ar- mées parcoururent ensuite l’Apulie sans aucune action mémorable ; Annibal levait son camp la nuit, méditant toujours quelque surprise; Mar- vellus ne le suivait qu’en plein jour et après avoir exploré la roule. = III. Cependant, à Capoue, Flaccus s’occupait de vendre les biens des premiers de la ville et d’affermer les terres confisquées : il les afferma toutes, moyennant une redevance en blé. Pour pugna neutro inclinata stetit, Primæ legioni tertia, dex- træ alæ sinistra subit, et apud hostes integri a fessis pugnam accepere. Novunr aique atrox prœælium ex tam segni repente exarsit, recentibus animis corporibusque ; sed nox incerta victoria diremit pugnantes. Postero die Romani ab sole orto in multum diei stetere in acie : ubi nemo hostium adversus prodiit, spolia per otium legere, et congestos in unum Jocum eremayere suos. Nocte in- sequenti Annibal silentio movit castra, ef in Apuliam abiit : Marcellus, uhi lux fugam hostium aperuit, sauciis eum præsidio modico Numistrone relictis , præpositoque his L. Furio Purpureone tribuno militum, vestigiis in- -stitit sequi. Ad Venusiam adeptus eum est. Ibi per dies aliquot quum ab stationibus procursaretur, mixta equi- tum peditumque tumultuosa magis prælia, quam magna, et ferme omnia Romanis secunda fuerunt. Inde per Apu- liam ducti exercitus sine ullo memorando certamine:; quum Annibal nocte signa moveret , locum insidiis quæ- rens, Marcellus, nisi certa luce, et explorato anfe, non sequeretur. IIT. Capuæ interim Flaccus dum bonis principum ven- dendis , agro, qui publicatus fuerat, locando (locavit au- tem omnem frumento) tempus terit: ne deesset materia in Campauos sæviendi, noyum in occulto gliscens per in- justifier de nouvelles rigueurs contre les Campa- niens, il se fit mettre sur la trace d’un nouveau complot, tramé dans l'ombre. Il avait défendu à ses soldats de se loger dans la ville, afin de pou- voir affermer les maisons aussi bien que les terres, et d'éviter que les délices de cette voluptueuse cité n’énervassent son armée comme celle d'An- nibal ; il les avait forcés à construire eux-mêmes des cabanes militaires près des portes et des mu- railles. La plupart étaient de claies ou de plan- ches, quelques-unes de roseaux entrelacés ; toutes élaient couvertes de chaume, et comme fuites ex- près pour brûler. Cent soixante-dix Campaniens étaient entrés dans un complot, formé par les frères Blosius, pour les incendier toutes la nuit, à la même heure. La conjuration fut dénoncée par des gens de la maison des Blosius ; aussitôt le proconsul fit fermer les portes et ordonna à ses soldats de prendre les armes; on arrêta les coupa- bles; on poussa l'affaire avec vigueur et ils furent. tous condamnés et exécutés. Les dénonciateurs reçurent la liberté et dix mille sesterces par tête. Les habitants de Nucérie et d’Acerre se plaignaient d'être sans demeures, depuis qu'un incendie avait presque entièrement détruit Acerre, et que Nucérie était ruinée. Fulvius les renyoya au sé- nat. On permit aux Acerrans de relever les édifices brülés ; les Nucériens furent transportés à Atella, suivant leurs désirs, et la population de cette ville eut ordre d’émigrer à Calatie. Au milieu de cette foule d'événements heureux ou malheureux qui préoccupaient tous les esprits, on n’oublia point la citadelle de Tarente. M. Ogulnius et dicium protractum est facinus. Milites ædificiis emotos, simul ut cum agro tecta urbis fruenda locarentur, simul metuens,ne suum quoque exercitum, sicut Annibalis, pimia urbis amœænitas emolliret, in portis murisque sibi- mef ipsos tecta militariter coegerat ædificare, Erant au- tem pleraque ex cratibus aut tabulis facta, alia arundine texta, stramento intecta omnia, velut de industria, ali- mentis ignis. Hæc noctis una hora ut omnia inceuderent, centum septuaginta Campani, principibus fratribus B'o- siis, conjuraverant. Indicio ejus rei ex familia Blosiorum facto , portis repente jussu proconsulis clausis, quum ad arma signo dato milites concurrissent ; comprehensi omnes, qui in noxa erant, et, quæstione acriter habita, dampati necatique : indicibus libertas, et æris dena mil- Hia data. Nucerinos et Acerranos quærenies, ubi ha- bitarent, non esse, Acerris ex parte incensis, Nuceria deleta, Romam Eulvius ad senatum mi.it. Acerranis per- missum, ut ædificarent, quæ incensa erant : Nucerini Atel- lam , quiaid maluerant, Atellanis Galatiam migrare jussis,. traducü. Inter multas magnasque res, quæ, nunc se- cundæ, nunc adyersæ , occupabant cogitationes hominum, ne Tarentinæ quidem arcis excidit memoria. M. Ogul- nius et P. Aquillius in Etruriam legati ad frumentum coemendum,,qued Tarentum portaretur, profecti ; et 5  TITE-LIVE. P. Aquillius, quéon avait envoyés en Étrurie pour acheter le blé destiné à cette citadelle, partirent de Rome ;.on détacha en même temps mille sol- dats de l'armée de la ville, tant Romains qu'alliés, pour aller tenir garnison à Tarente. 1Y. Déjà la campagne touchait à sa fin, et les comices consulaires approchaient; mais, dans ses lettres, Marcellus affirmant qu'il ne pouvait, sans danger pour la chose publique, suspendre son ar- dente poursuite ni abandonner la trace d’Annibal toujours fuyant , toujours refusant le combat, le sénat se trouvait dans la fâcheuse alternative où d'enlever à la guerre un consul dont les OpÉra- tions étaient si brillantes, ou de ne point nommer de consuls pour l’année suivante. On aima mieux rappeler de Sicile le consul Valérius, quoiqu'il fût hors de l'Italie. L. Manlius, préteur de la ville, lui écrivit par ordre du sénat, et lui fit passer en même temps la lettre du consul M. Marcellus, pour lui apprendre les motifs qui déterminaient les séna- teurs à le rappeler plutôt que son collègue. Vers la même époque, des ambassadeurs du roi Syphax apportèrent à Rome la nouvelle des succès de ce prince contre les Carthaginois : « Leur maitre, disaient-ils, regardait Carthage comme sa plus grande ennemie, Rome comme sa plus chère al- liée, Il avait déjà, auparavant, envoyé une dépu- tation en Éspagne, auprès des généraux romains, Cn. et P. Cornélius; et maintenant il allait cher- cher, en quelque sorte, à sa source même l'amitié des Romains. » Le sénat leur fit une réponse bien- veillante, etenvoya même une ambassadeavec des présents à Syphax; elle se composait de L.Génu- cius, P. Pétélius, P. Popilius. Ils étaient chargés de mille milites de exercitu urbano, par numerus Romauo- rum sociorumque , eodem in præsidium cum frumento missi sunt. 1V. Jam æstas in exitu erat, comitiorumque consula- rium instabat tempus. Sed literæ Marcelli, negantis € republica esse, vestigium abscedi ab Annibale, cui ce- denti certamenque abnuenti gravis ipse instaret, curam injecerant, ne aut consulem, {um maxime res agentem, a bello avocarent. aut in annum consules deessent. Opti- ui Visum est quanquarn ex{ra Italiamesset, Valerium potius consulem ex Sicilia revocari. Ad eum literæ jussu senatus ab L. Manlio prætore urbis missæ, cum literis consulis M, Marcelli : ut ex iis nosceret, quæ Causa Pa- tribus eum potius, quam collegam, revocandi ex pro- vincia esset. Eo fere tempore legati ab rege Syphace Romam venerunt, quæ is prospera prœlia cum Cartha- giniensibus fecisset, memorantes. « Regem nec inimicio- rem ulli populo, quam carthaginiensi, nec ariciorem, quam romano affirmabant esse. Misisse eum antea lega- ios in Hispaniam ad Cn. et P. Cornelios, imperatores romanos : nunc ab ipso velut fonte petere romanam amicitiam voluisse. » Senatus non legatis modo benigue respondit, sed et ipse legatos cum donis ad regem misit lui donner une loge et une tunique de pourpre, une chaise curule et une coupe d’or du poxis de cinq livres. Ils devaient se présenter ensuite à la cour des autres petits rois de l'Afrique, et ernpor- taient, pour leur en faire don, des robes prétextes et des coupes d’or du poids de trois livres. M. Ati- lius et M. Acilius , députés à Ptolémée et à Cléopâtre , qui régnaient dans Alexandrie , pour renouveler et confirmer l'alliance conclue avec eux, devaient offrir au roi une toge et une tuni- que de pourpre avec une chaise curule ; à la reine, un manteau brodé et une robe de pourpre. Pen- dant l'été qui vit s’accomplir ces événements, on annonça plusieurs prodiges arrivés dans Îles villes et dans les campagnes voisines. À Tusculum , un agneau était né avec une mamelle pleine de lait; le temple de Jupiter avait été frappé de la foudre et dépouillé de presque toute sa toiture. À la même époque environ, On avait vu la foudre tom- ber devant la porte d’Anagnie, et la terre brüler un jour ef une nuit sans que rien alimentât le feu ; au compitum d’Anagnie, des oiseaux avaient abandonné leurs nids sur des arbres du bois sa- eré de Diane; à Terracine, dans la mer, non loin du port, des serpents d’une grandeur monstrueuse avaient bondi sur les eaux comme des poissons qui s’ébattent ; à Tarquinies, un porc était né avec une tête humaine; et, sur le territoire de Ga- pène, près du bois sacré de Féronie, quatre sta- tues avaient été, pendant un jour et une nuit, bai- gnées d’une sueur de sang. Pour expier ces pro- diges, les pontifes décrétèrent limmolation des grandes victimes; ils ordonnèrent un jour de sup- plications à Rome, devant tous les autels , et un LE Genucium, P. Pœtelium, P. Popilium. Dona tulere, togam et tunicam purpuream,,, Sellam eburneam, pate- ram ex quinque pondo auri factam. Protinus et alios Africæ regulos-jussi adire. is quoque quæ darentur, por- tata, togæ prætextæ, et terna pondo pateræ aureæ. Et Alexandriam ad Ptolemæum Cleopatramque reges M. Ati- lius et M. Acilius legati, ad commemorandam renovan- damque amicitiam missi, dona tulere, regi togam ef tu- nicam purpuream. cum sella eburnea ; reginæ pallam pictam cum amiculo purpureo. Multa ea æstaie, qua hæc facta sunt, ex propinquis urbibus agrisque nuntiata sunt prodigia: Tusculi agnum cum ubere lactenti natum : Jovis ædis culmen fulmine ictum, ac prope omni tecto nu- datum : iisdem ferme diebus, Anagniæ terram ante por- tam ictam, diem ac noctem sine ullo ignis alimento ar- sisse : etaves, ad compitum Anagninum , in [uco Dianæ nidos in arboribus reliquisse : Tarracinæ in mari haud procul portu angues magnitudinis miræ lascivientium pi- scium modo exsultasse : Tarquiniis porcum cum Ore bu mano genitum : et in agro capenate, ad lucum Feroniæ, quaiuor signa sanguine multo diem ac nociem sudasse. Hæc prodigia hoslis majoribus procurata decreto ponti- ficum : etsupplicatio diem unum Romæad omnia pulvina- HISTOIRE ROMAINE, — LIV. XXVIT. ù autre jour, sur le territoire de Capène, au bois | viste sur le territoire d’Utique, y porta au loin le sacré de Féronie. Ÿ. Le consul M. Valérius, rappelé par les let- tres qu'il avait reçues, remit le commandement de la province et de l’armée au préteur Cincius, envoya M. Valérius Messala, commandant de la flotte, ravager les côtes d'Afrique avec une partie des vaisseaux, et surveiller les mouvements et les préparatifs des Carthaginoiïs, puis, avec dix galères, il partit pour Rome, où il arriva heu- reusement. Il réunit aussitôt le sénat, et rendit compte de sa conduite : «Il avait réduit la Sicile, où, depuis soixante ans environ, on faisait une guerre souvent marquée par de grands désastres sur terre et sur mer. Pas un Carthaginoïis neres- tait dans cette province; pas un des Siciliens que la terreur avait fait fuir, n’éfait absent mainte- nant; tous de retour dans leurs villes et dans leurs champs, labouraient, ensemençaient leurs terres ; ce sol désolé retrouvait enfin cette fé- condité qui faisait la richesse de ses habitants, et qui était la ressource la plus certaine de Rome en temps de paix et de guerre. » On introduisit ensuite au sénat Mutine et tous ceux qui avaient bien mérité du peuple romain; on leur fit un accueil honorable pour remplir les engagements du consul. Mutine même fut fait citoyen romain, sur la proposition qu'un tribun du peuple en fit aux plébéiens, avec l'agrément des sénateurs. Tandis que ces faits se passaient à Rome, M. Va- lérius Messala abordait en Afrique avant le jour, avec cinquante vaisseaux. Il descendit à Pimpro- ria, alterum, incapenate azro, ad Feroniæ lucum, indicta. V. M. Valerius consul liferis excitus, provincia exer- cituque mandato Cincio prætori, M. Valerio Messala præfecto classis cum parte nayium in Africam prædatum simul speculatumque, quæ populus Carthaginiensis age- ret pararetque, misso, ipse decem navibus Romam pro- fectus quum prospere pervenisset , senatum extemplo ha- buit. Ibi de suis rebus gestis commemoravit. « Quum annos prope sexaginta in Sicilia terra marique sæpe magnis cladibus bellatum esset, se eam provinciam con- fecisse. Neminem Carthaginiensem in Siciiia esse ; nemi- nem Siculum, qui metu inde fugali abfuerint, non esse ; omnes in urbes, in agros suos reductos, arare, serere; desertam recoli tandem terram, frugiferam ipsis culto- ribus, populoque romano pace ac bello fidissimum an- nonæ subsidium.» Exin Mutine, et si quorum aliorum | merita erga populum romanum erant, in senuatum intro- ] ductis, honores omnibus, ad exsolvendam fidem a con- | sule, habiti. Mutines etiam civis romanus factus, roga- tione ab tribuno plebis, ex auctoritate Patrum, ad ple- bem lata. Dum hæc Romæ geruntur , M. Valerius Messala quinquaginta navibus quum ante lucem ad Africam ac- cessisset, improyiso in agrum Uticensem exscensionem fecit ; eumque late depopulatus, multis mortalibus cum. alia omnis generis præda captis, ad naves rediit, atque ravage , enleva un grand nombre de prisonniers et beaucoup de butin, puis Se rembarqua et fit voile pour la Sicile; te treizième jour après son départ, il était de retour à Lilybée. Il interrogea ses prisonniers, et en tira des renseignements qu’il fit parvenir au consul Lévinus, pour linfor-| mer de l’état des choses en Afrique : « Cinq mille Numides étaient à Carthage, sous la conduite del Masinissa, fils de Gala, jeune prince plein d'ar- deur; d’autres levées s’effectuaient dans toute l'Afrique, et devaient aller retrouver Asdrubal en Espagne. Ce général passerait au plus tôt en Italie avec le plus de troupes possible, et ferait sa. jonction avec Annibal; de là dépendait la victoire aux yeux des Carthaginoïis. On équipait en outre une flotte considérable pour reconquérir la Sicile; Valérius la croyait sur le point d’appareiller. » La lecture de cette lettre causa une telle émotion dans le sénat qu'il fut décidé que le consul n'at- tendrait pas les comices; qu'il nommerait un dictateur pour y présider, et retournerait aussitôt dans sa province. Alors survint une contestation : le consul disait qu'arrivé en Sicile, il proclame- rait dictateur M. Valérius Messala, commandant de la flotte. Les sénateurs soutenaient qu'on ne pouvait proclamer un dictateur hors du terri- toire romain, dont les limites se confondaient avec celles del'Italie. Le tribun du peuple, M. Lucré- tius, ayant recueilli les avis, le sénat décréta que «le consul, avant de quitter Rome, consulterait le peuple sur le choix d’un dictateur et proclamerait in Siciliam transmisit : tertio. decimo die, quam profec- tus inde erat, Lilybæum revectus. Ex caplivis, quæstione habita, hæc comperta, consulique Lævino Omnia ordine perscripta, ut sciret, quo in statu res Africæ essent. « Quinque millia Numidarum cum Masinissa , Galæ filio, acerrimo juvene, Carthagine esse; et alios per totam Africam milites mercede conduci, qui in Hispaniam ad Asdrubalem trajicerentur : utis, quam maximoO exercilu primo quoque tempore in Italiam transgressus, jungeret se Annibali. In eo positam victoriam credere Garthagi- nienses. Classem præterea ingentem apparari ad Sici- liamrepetendam ; eamque se credere brevi trajecturam. » Hsc recitata a consule ita movere senatum, uf non ex- spectanda comilia consuli censerent, sed dictatorem co- mitiorum hebendorum causa diei, et extemplo in pro- vinciam redeundum. Illa disceptatio tenebat, quod con- sui in Sicilia se M. Valerium Messalam, qui tum classi præesset, dictaierem dicturum esse aiebat ; Patres extra romanum agrum (eum autem Italia terminari) negabant dictatorem dici posse. M. Lucretius tribunus. plebis quum de ea re consuleret, ila decrevit senatus : « Ut consul prius, quam ab urbe discederet, populum rogaret, quem dictatorem dici placeret; eumque, quem populus jussis- set, diceret dictatorem. Si consul noluisset, prætor po- pulum rogaret : si ne is quidem vellet, tum tribuni ad 6 TITE-LIVE. son élu. Si le consul refusait, le préteur s’adres- serait au peuple :au refus du préteur, les tribuns en référeraient aux plébéiens.» Le consul refusa d'abandonner au peuple une élection qui était sa prérogative , et défendit au préteur de le faire, les tribuns en référèrent aux plébéiens, .et un plébiscite déclara que G. Fulvius, alors devant Ca- poue, serait proclamé. Mais, Ja veille de l'assem- blée, le consul partit secrètement pendant la nuit pour la Sicile, et le sénat, déconcerté, résolut d'envoyer un message à M. Claudius, pour le prier de venir au secours de la république délaissée par son collègue, et de proclamer l'élu du peu- ple. Ainsi le consul M. Claudius proclama dicta- teur Q. Fulvius; en vertu du même plébiscite, Fulvius prit pour maître de la cavalerie le grand pontife P. Licinius Grassus. VI. Le dictateur, à peine arrivé à Rome, en- voya à l'armée d'Étrurie Cn. Sempronius Blésus, qui avait étéson lieutenant à Capoue; c'était pour remplacer le préteur C. Calpurnius, qu'il appela au commandement de son armée et de la place de Capoue. Il annonça les comices pour le jour le plus proche possible ; mais le conflit élevé entre les tribuns et le dictateur en empêcha la réunion. La tribu Galéria, de la section des jeunes gens, dé- signée par le sort pour voter la première, avait nommé consuls Q. Fulvius et Q. Fabius; les au- tres tribus de la même section penchaient vers ce choix; mais les tribuns du peuple C. et L. Aren- nius interposèrent leur velo : « Ge n'élait pas agir en bons citoyens, disaient-ils, que de maintenir en charge un magistrat; et ce serait donner un plebem ferrent.» Quum consul se populum rogaturum negasset, quod suæ potestatis esset, prætoremque vetuis- set rogare, tribuni plebis rogarunt, plebesque scivit, ut Q. Fulvius, qui tum ad Capuam erat, dictator diceretur. Sed, quo die id plebis conc:lium futurum erat, consul elam nocte in Siciliam abiit : destitutique Patres literas ad M. Claudium mittendas censuerunt, ut desertæ ab collega reipublicæ subveniret, diceretque , quem populus jussisset, dictatorem. Ita a M. Claudio consule Q. Fulvius dictator dictus, et ex eodem plebiscito et ab Q. Fulvio dictatore P. Licinius Grassus pontifex maximus magister equitum dictus. VI. Dictator postquam Romam venit, Gn. Sempronium Blæsum légatum, quem ad Capuam habuerat, in Etru- riam provinciam ad exercitum misit, in locum C:. Cal- parni prætoris ; quem, ut Capuæ exercituique suo præ- esset , literis excivit. Ipse comitia,, in quem diem primum potuit , edixit : quæ, certamine inter tribunos dictatorem- que injecto, perfici non potuerunt. Galeria juniorum, quæ sorte. prærogativa crat, Q. Fulvium et Q. Fabium consules dixerat, eodemque jure vocatæ inclinassent , ni {ribuni plebis G. et L. Arennü se interposuissent ; qui, « neque magistratum continuari satis civile esse , aieban!; et multo ICONS exempli,, cum pour creari, qui comi- plus dangereux exemple encore que de nommer le président même des comices. Si le dictateur se laissait porter pour candidat, ils suspendraient l'assemblée; s'il était question de tout autre que de lui, ils n'y mettraient.aucune opposition. » Le dictateur inyoquait à l'appui de la cause des co- mices l'autorité du sénat, un plébiscite, des précédents : « Ainsi, disait-il, sous le consulat de Cn. Servilius, après la mort de son collègue C. Flaminius, à Trasimène , on avait consulté les plébéiens par décision du sénat, ef ilavait été ré- glé par un plébiscite que, tant que l'Italie serait le théâtre de la guerre, le peuple pourrait réélire les consuls qu'il voudrait, et autant de fois qu'il le jugerait à propos. À ce sujet, il avait un ancien exemple à citer : c'était L. Postumius Mégellus, créé consul avec C. Junius Bubulcus dans les co- mices qu’il présidait comme interroi; et, plus ré- cemment , Q. Fabius, qui avait été continué dans le consulat, et qui ne l’eût point souffert assu- rément, si l'intérêt public ne l'avait comman- dé. » Après de longs débats, le dictateur et les tribuns convinrent enfin de s’en tenir à l'avis du sénat. Les Pères jugerent que, dans les circon- stances présentes, c'élait aux vieux et habiles gé- néraux, qui awaient fait leurs preuves dans la guerre, à diriger la chose publique ; qu'il ne fal- lait done pas entraver les comices. Les tribuns cé- dèrent, et l’assemblée eut lieu; on nomma con- suls Q. Fabius Maximus pour la cinquième fois, et Q. Fulvius Flaccus pour la quatrième; on créa ensuite préteurs L. Véturius Philo, T. Quinctius Crispinus, C. Hostilius Tubulus, C. Auruncu- tia haberet. Itaque, si suum nomen dictator acciperet, se comitiis intercessuros : si aliorum, præterquam jipsius, ratio haberetur, comitis se moram non facere. » Dicta- tor causam comitiorum auctoritate senatus, plebiscito , exemplis tutabatur. « Namque, Cn. Servilio consule , quum GC. Flaminius alter consul ad Trasimenum ceci- disset, ex auctoritate Patrum ad plebem latum, plebem- que scivisse , ut, quoad bellum in Italia esset, ex fs, qui consules fuissent, quos et quoties velet, reficiendi con- sules, populo jus esset; exemplumque eam in rem se ha- bere veius L. Postumii Megelli, qui interrex iis comitis, quæ ipse habuisset, consul enm GC. Junio Bubulco crea- tus esset ; recens Q. Fabïi, qui sibi continuari consula- tum, nisi id bono publico fieret, profecto nunquam sis- set. » flis orationibus quum diu certatum esset, postremo ifa inter dictatorem ac tribunos convenit, ut eo, quod censuissef seuatus, staretur. Patribus id tempus reipu- blicæ visum est, ut per veteres, et expertos, bellique peritos imperatores respublica gereretur. tique moram fieri comitiis non placere. Concedentibus tribunis, comi: tia habita. Declarati consules Q. Fabius Maximus quin- tum, Q. Fulvius Flaccus quartum. Prætores inde creati, L. Veturius Philo, T. Quinctius Crispinus, C. Hostilius ‘Fubulus , G, Aurunculeius, Magistratibus in annum crea= HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVIT. | 7 léins. Les magistrats de l'année élus, Q. Fulvius abdiqua la dictature. Vers la fin de cette campa- gne, uue flotte carthaginoise de quarante Vais- seaux passa en Sardaigne, sous la conduite d Ha- milcar, et se jeta d’abord sur le territoire d'Olbia; mais quand parutle préteur P. Manlius Vuiso, avec son armée, elle tourna l'île et ravagea , Sur la côte opposée, les campagnes de Caralis; puis elle retourna en Afrique chargée de butin. Quel- ques prêtres romains moururent cette année et fu- rent remplacés. C. Servilius fut élu pontife au lieu de T. Otacilius Crassus; Ti. Sempronius Longus, fils de Titus, futnomméaugure à la placedeT. Ota- cilius Crassus : le décemvir des sacrifices T1. Sem- pronius Longus, fils de Caïus, eut pour suc- cesseur Ti. Sempronius Longus, fils de Titus. M. Marcius, roi des sacrifices, mourut, ainsi que M. Émilius Papus, grand curion : on ne leur donna point de successeurs. Les censeurs de cette année furent L. Véturius Philo et P. Licinius ‘Crassus, grand pontife. Crassus Licinius n'avait été ni consul ni préteur avant d'être élevé à la censure ; il passa de l’édilité à cette charge. Ges magistrats ne remplirent point les places vacantes dans le sénat et ne firent aucun acte public; la mort de L. Vélurius nécessita l’abdication de son col- lègue. Les édiles curules , L. Véturius et P. Licinius Varus , donnèrent des jeux romains pendant un jour ; les édiles plébéiens Q. Catius et L. Porcius Licinus firent placer, avec le produit des amen- des, des statues de bronze dans le temple de Gérès, et donnèrent des jeux magnifiques pour Fépoque. tis, Q. Fulvius dictatura se abdicavit. Extremo æstatis hujus classis punica navium quadraginta, cum præfecto Hamilcare in Sardiniam trajecta , Olbiensem primo, deta, postquam ibi P. Manlius Vulso prætor cum exercitu ap- paruit, Circumacta inde ad alterum insulæ latus, Carali- tanum agrum vastavit, et cum præda omnis generis in Africam rediit. Sacerdotes romani eo anno mortui ali- quot suffectique. C. Servilius pontifex factus in loc T. Otacilii Crassi. Ti. Sempronius Ti. F. Longus augur fac- tus in locum T. Otacilii Crassi. Decemvir item sacris fa- ciundis in locum Ti. Sempronit CG. F. Longi Ti. Sem- pronius Ti. F. Longus suffectus. M. Marcius, rex sacro- rum, mortuus est, et M. Æmilius Papus maximus curio; neque in eorum locum sacerdotes e0 anno suffecti. Et censores hic aunus habuit L. Veturium Philonem et P. Licinium Crassum, maximum pontificem. Crassus Lici- - nius nec consul, nec prætor ante fuerat, quam censor est factus : ex ædilitate gradum ad censuram fecit. Sed hi censores nèque senatum legerunt, nec quicquam publicæ rei egerunt; mors diremit L. Veturii. Inde et Licinius censura se abdicavit. Ædiles curules L. Veturius et P. Licinius Varus ludos romanos diem unum instaurarunt. Ædiles plebis Q. Gatius et L. Porcius Licinus.ex multa- titio argenta signa ænea ad Cereris dedere: et ludos, yro temporis ejus copia, magnifici apparatus fecerunt. VIL. Vers la fin de l’année, trente-quatre jours après son départ de Tarragone, C. Lélius, lieu- tenant de Scipion, arriva à Rome. La foule des captifs, qu'il traînait à sa suite en entrant dans la ville, attira un immense concours. Le lende- moin, il se présenta au sénat, et raconta qu'on avait emporté en un jour Carthagène, capitale de l'Espagne, repris plusieurs villes révoltées, et gagné plusieurs autres à l'alliance de Rome. Le rapport des prisonniers confirma à peu près les nouvelles transmises par M. Valcrius Messala. Les sénateurs furent surtout alarmés du passage d’As- drubal en Italie, où l’on tenait à peine tête à An- nibal et à son armée. Devant l'assemblée du peu- ple, Lélius fit la même déclaration. Pour honorer les brillants succès de Scipion, le sénat décréta un jour de supplications, et ordonna à C. Lélius- de retourner au plus lôten Espagne, avec les vais- seaux qui l'avaient amené. J'ai placé la prise de Carthagène en cette année, d'après de nombreuses. autorités ; je sais que quelques historiens la rejet- tent à l’année suivante : mais il me semble in- vraisemblable que Scipion ait passé en Espagne une année entière dans l'inaction. Q. Fabius Maximus, consul pour la cinquième fois, et Q. Flaccus, pour la quatrième, reçurent {ous deux le département de l'Italie, le jour de leur entrée en charge, aux ides de mars; mais on les envoya commander sur des points différents: Fabius de- vait opérer à Tarente, Fulvius en Lucanie et dans le Brutium. M. Claudius fut prorogé pour un an dans son commandement. Les préteurs lirèrent VII. Exitu anni hujus, die quarto et tricesimo, quam ab Tarracone profectus erat, C. Lælius legatus Scipionis Romam venit : isque, cum agmine captivorum ingressus urbem, magnum concursum Bominum fecit. Postero die in senatum introductus , captam Carthaginem , caput Hispauiæ, uno die, receptasque aliqdot urbes, quæ defe- cissent, novasque in societatem ascitas, exposuit. Ex Cap- tivis comperta his fere congruentia, quæ jn literis fue- rant M. Valerii Messalæ. Maxime movit Patres Asdruba- lis transitus in Italiam, vix Annibali atque ejus armis sub- sistentem. Productus et in concionem Lælius eadem edis- seruit. Senatus ob res feliciter a P. Scipione gestas sup- plicationem in unum diem decrevit. C. Lælium primo quoque tempore, cum quibus venerat nayibus, redire in Hispaniam jussit. Carthaginis expugnationem in Hune annum contuli, multis auctoribus ; baud nescius , GUOS- dam esse, qui ann0 insequenti captam tradiderint : quod mihi minus simile veri visum est, annum integrum Sci- pionem nibil gerundo in Hispania consumpsisse. Q. Fa- bio Maximo quintum, Q. Fulvio Flacco quartum consu=, libus, idibu$ martiis, quo die magistratum inierunt, Italia ambobus proyincia decreta ; regionibus {amen par- titum imperium : Fabius ad Tarentum, Fulvius in Lu- canis ac Bruitiis rem gereret. M. Claudio prorogatum in anoum imperium. Prætores sortili provyincias : G. Hosti- 8 TITE-LIVE. leurs provinces au sort : C. Hostilius Tubulus eut la juridiction de la ville; L. Véturius Philo, celle des étrangers avec la Gaule ; Gapoue échut à T. Quinctius Crispinus, et la Sardaigne à G. Au- runculéius. Voici comment eut lieu la répartition des armées : Fulvius reçut les deux légions que M. Valérius Lévinus commandait en Sicile; Q. Fa- bius, celles d'Étrurie qui obéissaient à G. Cal- purnius. L'armée de la ville devait les remplacer en Étrurie; C. Calpurnius en serait le général et conserverait celte province; Capoue et l’armée de Q. Fulvius étaient données à T. Quinctius ; le propréteur G. Létorius devait remettre à L. Vé- turius le commandement de la province et des forces réunies déjà dans Ariminium. On laissa à M. Marcellus les légions auxquelles il devait les succès de son consulat : M. Valérius et L. Cin- cius, prorogés aussi dans leur commandement en Sicile, eurent les légions de Cannes, qu'ils du- rent compléter avec les débris des troupes de Cn. Fulvius. Les consuls s’occupèrent de réunir ces débris et de les envoyer en Sicile; on Îes frappa de la même flétrissure qu'on avait IMpO- sée aux soldats de Cannes et à ceux du préteur Cn. Fulvius, que le sénat, en punition d’une là- cheté pareille, avait aussi relégués dans cette ile. C. Aurunculéius fut mis à la tête des légions de Sardaigne, qui avaient été jusque-là sous les or- dres de P. Manlius Vulso. P. Sulpicius resta en Macédoine avec la même légion et la même flotte; on le prorogea pour un an dans son commande- ment. Trente quinquérèmes reçurent l’ordre de 4 passer de Sicile à lius Fubulus urbanam, EL. Veturius Philo peregrinam cum Gallia, T. Quinctius Crispinus Capuam, G. Aurun- culeius Sardiniam. Exercitus ita per provincias divisi. Fulvio duæ legiones, quas in Sicitia M. Valerius Lævi- pus haberet : Q. Fabio, quibus in Etruria C. Calpurnius præfuisset, decretæ. Exercitus urbanus ut in Efruriam succederet : C. Calpurnius eïdem præesset provinciæ exer- cituique : Capuam exercitumque, quem Q. Fulvius ba- buisset, T. Quinctius obtineret. L. Veturius ab C. Læto- rio proprætore provinciam exercitumque, qui tum jam Arimini erat, acciperet. M. Marcello, quibus consul bene rem gesserat, legiones decretæ. M. Valerio cum L. Cin- cio (his quoque est enim prorogatum in Sicilia impe- rium) Cannensis exercitus datus : eumque supplere ex eye res eadem militiæ ignominia, sub qua Gannenses militabant, quique ex prætoris Cn. Fulvi exercitu, ob similis iram fugæ , missi eo ab senalu fuerant. C. Aurunculeio eædem in Sardinia legiones, quibus P. Manlius Vulso eam pro- vinciam obtinuerat, decretæ. P. Sulpicio, eadem legione eademque classe Macedoniam obtinere jusso, proroga- tum in annum imperium. Friginta quinqueremes ex Si- cilia Tarentum ad Q. Fabium consulem mitti jussæ : ce- Tarente, auprès du consul Q. Fabius, avec le reste de la flotte ; M. Valérius Lévinus irait en personne ravager l’Afrique, ou bien y enverrait soit L. Gineius, soit M. Valérius Messala. En Espagne, le seul changement qui eut lieu fut la continuation des pouvoirs accordée à Scipion et à Silanus, non pour un an, mais jus- qu'au moment où le sénat les rappellerait. Ainsi furent réparties cette année les provinces et les armées. VII. Au milieu de soins plus importants, l’élec- tion d’un grand curion à la place de M. Émilius réveilla une vieille querelle. Les patriciens reje- taient la candidature de G. Mamilius Vitulus, le seul qui fût sur les rangs, mais qui était plébéien ; ils le repoussaient, parce que ce sacerdoce avait été jusque-là le privilége de leur ordre. On fitap- pel aux tribuns, qui en déférèrent au sénat: le sé- nat abandonna la décision de l'affaire au peuple. Ce fut ainsi que C. Mamilius Vitulus fut le pre- mier grand curion choisi parmi les plébéiens. Le grand pontife P. Licinius obligea C. Valérius Flac- eus à se faire, malgré lui, consacrer flamine de Jupiter. La charge de décemvir des sacrifices fut, après la mort de Q. Mucius Scévola, donnée à C. Létorius. Quant à cetle consécration forcée d'un flamine, j'en aurais tu les motifs, si d'un homme dépravé elle n’eüt fait un honnête homme. La jeunesse oisive et débauchée de C. Flaccus, ses vices, quilerendaient odieux à L. Flaccus son frère et à toute sa famille, avaient déterminé le grand pontife P. Licinius à le choisir comme flamine. | Dès que Flaccus se fut pris de zèle pour les choses sacrées et les cérémonies religieuses, il abjura tera classe prædatum in Africam aut ipsum M. Valerium Lævinum trajicere; aut mittere, seu L, Cincium, seu M. Valerium Messalam. Nec de Hispania quicquam mu- tatum, nisi quod non in annum Scipioni Silanoque, sed donec revocati ab senatu forent, prorogatum imperium est, Ita provinciæ exercituumque in eum annum partita imperia. VIII, Inter majorum rerum curas comitia maximi CU- rionis, quum in locum M. Æmilii sacerdos crearetur ; vetus excitaverunt certamen; patriciis negantibus G. Ma: milii Vituli, qui unus ex plebe petebat, habendam ra- tionem esse, quia nemo ante eum, nisi ex Patribus, id sacerdotium habuisset. Tribuni appellati ad senatum re- jecerunt. Senatus populi potestatem fecit. Ita primus ex plebe creatus maximus curio C. Mamilius Vitulus. Et flaminem Dialem invitum inaugurari coegit P. Licinius pontifex maximus G. Valerium Flaccum. Decemvir sacris faciundis creatus in locum Q. Mucü Scævolæ demortui C. Lætorius. Causam inaugurari coacti flaminis libens reticuissem , ni ex mala fama in bonam vertisset. Ob ado- lescentiam negligentem luxuriosamque C. Flaccus flamen captus a P. Licinio pontifice maximo eraf, L.Flacco fra- - tri germano cognatisque aliis ob eadem vitia invisus. Is : ut animum ejus cura sacrorum et cærimoniarum cepit HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVIL. tout à coup ses anciennes habitudes, au point que, dans toute la jeunesse romaine, nul ne fut plus considéré, plus estimé des premiers du sénat, de sa famille et de ses concitoyens. Cette approbation universelle lui donna une juste confiance en lui- même, et lui permit de réclamer un droit dont l’in- dignité de ses prédécesseurs avait suspendu l'exer- cice, celui d'entrer au sénat. ILS’y présenta en ef- fet: mais écarté par le préteur Licinius, il en appela aux tribuns du peuple. Il revendiquait un privi- lége fort ancien, inséparable de la robe prétexte, de la chaise curule et du rang de flamine. Se- lon le préteur, ce n'étaient pas des exemples perdus dans de vieilles annales qui constituaient un droit; éétaient les coutumes, les usages ré- cents. Nos pères, nos aïeux même ne se SOUVE- naient pas qu'aucun flamine de Jupiter eût joui de cette prérogative. Les tribuns déclarèrent que Fin- curie des précédents flamines n’avait pu faire tort qu’à eux-mêmes et non au sacerdoce; le pré- teur se désista de son opposition; les patriciens et les plébéiens approuvèrent la décision, et Flac- cus fut admis au sénat. C’élait, pensait-on, à la pureté de sa conduite plus qu’à son titre de prêtre qu'il devait le succès de ses prétentions. Les con- suls, avant de se rendre dans leurs provinces, le- vèrent deux légions par la ville, et des recrues pour les besoins des autres armées. Le consul Fulvius chargea le lieutenant G. Fulvius Flaccus (le frère du consul) de conduire en Étrurie lan- cienne armée urbaine, et de ramener à Rome les légions d'Étrurie. Le consul Fabius, ayant réuni les débris de l'armée de Fulvius, au nombre ita repente exuit antiquos mores, ut nemo tota juventute haberelur prior, nec probatior primoribus Patrum , suis pariter alienisque, esset. Hujus famæ Consensu elatus ad justam fiduciam sui, rem intermissam per multos annos ob indignitatem flaminum priorum repetivit, ut in sena- tum introiret. Ingressum eum Curiam quum L. Licinius prætor inde eduxisset, tribunos plebis appellavit flamen. Vetustum jus sacerdotii repetebat : datum id cum toga prætexta et sella curuli flaminio esse. Prætor, non exo- letis vetustate annalium exemplis stare jus, sed recentis- simæ cujusque consuetudinis usu, volebat : nec patrum, nec avorum memoria Dialem quemquam id jus usurpasse. Tribuni, rem inertia flamipum obliteratam ipsis, non sacerdotio, damno fuisse, quum æquum censuissent, ne ipso quidem contra tendente prælore, magno assensu Patrum plebisque , flaminem in senatum introduxerunt ; omnibus ita existimantibus, magis sanctitate vitæ, quam sacerdotii jure, rem eam flaminem obtinuisse. Consules prius , Quam in provincias irent, duas urbanas legiones, in supplementum, quantum opus eraf ceteris exercitibus Militum, scripserunt. Urbanum veterem exercitum Ful- vius consul GC. Fulvio Flacco legato (frater hic consulis erat) in Etruriam dedit ducendum , et legiones , quæ in Etruria erant , Romam deducendas, Et Fabius consul re- ee ——————— à d'environ trois mille trois cent trente-six hom- mes, chargea son fils Q. Maximus de les conduire en Sicile au proconsul M. Valérius, et de lui rede- mander deux légions et trente quinquérèmes. Le rappel de ces troupes ne diminua ni en réalité ni en apparence les forces de la province : car, outre deux vieilles légions complétées par d'excellentes recrues, de nombreux transfiges numides, tant cavaliers que fantassins, et des Siciliens, qui avaient servi sous Épicyde et dans les rangs des Carthaginoïs, et qui étaient de bons soldats, fu- rent enrôlés par le proconsul. En incorporant ces auxiliaires étrangers à chaque légion romaine, il conserva les cadres de deux armées : l’une, sous L. Cincius, fut chargée de garder les anciens élats d'Hiéron ; ayec l’autre, il défendit en personne le reste de l'ile, jadis partagé entre deux puissances, Rome et Carthage. Il répartit aussi sa flotte de soixante-dix vaisseaux, de manière à protéger les côtes sur tous les points du contour de l'ile. Pour Jui, à la tête de la cavalerie de Mutine, il parcou- rait la province, visitait les campagnes, remar- quait les terres cultivées et celles qui étaient en friche, et distribuait aux propriétaires l'éloge ou le blâme. Cette surveillance produisit une récolte si abondante, qu'il put faire passer des blés à Rome, et en transporter à Catane pour l'approvi- sionnement de l’armée qui devait camper l’été de- yant Tarente. IX. Cependant l’envoi qu'on avait fait en Sicile de soldats presque tous Latins ou alliés, faillit exci- ter un soulèvement terrible : taut il est vrai que de petites causes engendrent souvent de grands liquias exercitus Fulviani conquisitas (fuere autem ad tria millia trecenti triginta sex) Q. Maximum filium ducere in Siciliam ad M. Valerium procousulem jussit : atque ab eo duas legiones et triginta quinqueremes accipere. Ni- hil hæ eductæ ex insula legiones minuerunt nec viribus nec specie ejus provinciæ præsidium. Nam quum, præter egregie suppletas duas veteres legiones, transfugarum etiam Numidarum equitum peditumque magnam vim ba- beret, Siculos quoque, qui in exercitu Epicydis aut Pæ- norum fuerant, belli peritos viros, milites scripsit. Ea ‘externa auxilia quum singulis romanis legionibus adjun- xisset, duorum speciem exercituum servavit : altero L. Cincium partem insulæ, qua regnum Hieronis fuerat, tueri jussit ; altero ipse ceteram insulam tuebatur , divi- sam quondam Romani Punicique imperii finibus ; classe quoque navium septuaginta partita , ut omni ambifu lito- rum præsidia oræ maritimæ essent. Ipse cum Mutinis equitatu provinciam peragrabat, ut viseret agros, culta- que ab incultis notaret, el periode dominos laudaret cas- tigareique, Ita tantum ea cura frumenti provenit, ut et Romam mitteret, et Catanam conveheret , unde exercitui qui ad Tarentum æstiva aciurus esset posset præberi. IX. Ceterum transportati milites in Siciliam (et erant major pars latini nominis sociorumque) prope magni 10 effets! Latins et alliés, tous murmuraïent dans leurs assemblées : « 11 y avait dix ans que des le- vées d'hommes et le service militaire les épui- saient : chaque campagne était marquée par une défaite sanglante ; les uns tombaient sur les champs de bataille, les autres étaient emportés par les maladies. Un homme s’appartenait moins sous les drapeaux de Romé que dans les prisons de Car- thage : l'ennemi le renvoyait sans rançon dans sa patrie ; les Romains le reléguaient loin de l'Italie, pour y trouver moins la guerre que l'exil. Depuis huit ans déjà les soldats de Cannes y languissaient ; ils mourraient avant que l'ennemi, plus puissant que jamais, eût quitté l'Italie. Si les vétérans n’élaient pas rendus à leur patrie, si l'on conti- tinuait les levées, il ne resterait bientôt plus per- sonne. Ce refus de service, que nécessiterait bien- tôt la force des choses, il fallait le faire au peuple romain, sans attendre que le Latium fût réduit au dernter degré de dépopulation et de misère. Si Rome voyait ses alliés unis dans cette pensée, elle songerait bientôt à faire la paix avec Carthage: autrement, tant que vivrait Annibal, l'Italie ne serait jamais sans guerre. » Voilà ce qui se disait dans les réunions. Sur trente colonies que Rome comptait alors, toutes ayant des députés en ce moment dans la métropole, douze déclarèrent aux consuls ne pouvoir fournir ni soldats ni argent. C'étaient Ardée, Népète, Sutrium, Albe, Carséo- les, Cora, Suessa, Circéies, Sélie, Calès, Narnie, Intéramne. La nouveauté de ce refus surprit les consuls : pour changer une résolution si coupable, ils crurent que les châtiments et les reproches se- motus causa fuere : adeo ex parvis sæpe magnarum mo- menfa rerum pendent. Fremitus enim inter Latinos so- ciosque in concihis ortus : « Decimum annum delectibus, stipendiis exhaustos esse : quotannis ferme clade Magna pugnare. Alios in acie occidi, alios morbo absumi : ma- gis perire sibi civem, qui ab romano miles lectus sit, quam qui à Pœno captus. Quippe ab boste gratis remitti in patriam ; ab Romanis extra Italiamin exsilium verius, quam in militiam , ablegari. Octayum jam ibi annum se- nesCere Cannensem militem, moriturum ante ; quam Lialia hostis (quippe nunc quum maxime florens viribus ) excedat, Si veteres milites non redeant in patriam , uovi legantur, brevi neminem superfutorum. Itaque, quod propedièm res ipsa negatura sit, priusquam ad ultimam Soliludinem atque egestatem perveniant, negandum po- pulo romano esse. Si consentientes in hoc socios videant Romani, proferto de pace cum Carthaginiensibus jue- genda cogitaturos : aliter uunquam, vivo Annibale, sine bello Ttaliam fore. » Hæe acta in conciliis. Triginta tum coloniæ populi romani erant. Ex üis duodecim, quum omnium legationes Romæ éssent, negaverunt consulibus esse, unde milites pecuniamque darent. Eæ fuere Ardea, Nepete, Suirium, Alba, Carseoli, Cora ; Suessa, Cir- cou, Selia, Gales, Narnis, Intérampa. Nova re consu- TITE-LIVE, raient plus efficaces que la douceur : « Vous avez osé, disaient-ils, tenir aux consuls un langage qu'eux-mêmes ne se décideraient jamais à répéter au sénat. Ge n’est point, en effet, un refus de ser- vice, c'est une défection ouverte à l’égard du peu- ple romain. Retournez donc à la hâte dans vos co- Jonies ; et, comme s’il n’y avait rien de fait, comme si vous aviez plutôt parlé de cet horrible attentat qu'entrepris de le mettre à exécution, entendez- vous avec vos concitoyens. Rappelez-leur qu’ils ne sont ni Campaniens ni Tarentins, mais bien Ro- mains; que Rome est leur mère, que c’est Rome qui les envoie dans les colonies, qui les établit sur les terres conquises pour y augmenter sa popula- tion. L'amour que Les enfants doivent aux auteurs de leurs jours, Vous le devez aux Romains, si Vous avez quelque sentiment de piété, quelque attachement pour votre ancienne patrie. Consul- tez-vous de nouveau, car la résolution hasardée que vous avez prise est une véritable trahison en- vers la république, et doit assurer la victoire à Annibal. » A ces raisons longtemps débattues en- tre eux et les consuls, les députés répondirent avec fermeté : « qu'ils n'avaient point de message à reporter à leurs concitoyens, ni leur sénat de nouvelle délibération à ouvrir, puisqu'ils n’a- vaient plus un soldat à donner aux armées, plus d'argent à verser au trésor. » Les consuls, voyant leur obstination, saisirent le sénat de l’affaire : la consternation qui s’empara de tous les cœurs fut si grande, que le plus grand nombre des sénateurs s'écrièrent que « c'enétait fait de l'empire; que les autres colonies imitcraient cefte conduite et qu'il lesicti, quum absterrere eos a tam detestabili consilio vellent, castigando increpandoque plus, quam leniter agendo, profecturos rati, « eos ausos esse consulibus di- cere , aiebant, quod consules, in senatu ut pronuntiarenf, in animum inducere non possent. Non enim detrectatio- nem eam munerum militiæ, sed apertam defectionem a populo romano esse. Redirent itaque propere'in colonias et, lanquam integra re, locuti magis, quam ausi, tan- tum nefas, cum suis consulerent.: admonerent, non Cant- panos, neque Tarentinos eos esse, sed Romanos: inde oriundos , inde in colonias atque in agrum bello captum stirpis augendæ causa missos; quæ liberi parentibus de- berent , ea illos Romanis debere, si ulla pietas, si memo- ria antiquæ pairiæ esset. Consulerent igitur de integro; pnam, {um quidem quæ temere agitassent, ea prodendi imperii romani, tradendæ Annibali victoriæ esse. » Guum -alternis hæc consules diu jactassent, nihil moti legati, « neque se, quod domum renuntiarent, habere, dixe- runt, neque senafum suum, quid novi consuleret, ubi nec miles, qui legeretur , nec pecunia, quæ daretur in stipendium , esset. » Quum obsfinatos eos viderent con- sules , rem ad senatum detulerunt ; ubi tantus payor ani mis omnium est injectus, ut magna pars, « actum de imperio diceret. Idem alias colonias facturas; idem socios sm LA HISTOIRE ROMAINE.—EIV. XXVII. y avait accord entre tous les alliés pour livrer la république à Annibal. » : X. Les consuls rassurèrent et consolèrent le sé- nat : « les autres colonies, dirent-ils; seraient fi- dèles à leur devoir; quant à celles qui avaient trahi, il suffisait d'y envoyer des députés pour les châtier et non pour leur faire des remontrances, et l’on obtiendrait leur soumission. » Le sénat leur donna pleine liberté d'agir dans l'intérêt de la république. Après avoir sondé les intentions des autres colonies, ils réunirent les députés, et leur demandèrent si, d'après la teneur des trai- tés, leurs troupes étaient prêtes. M. Sextilius Fré- gellanus répondit au nom des dix-huit colonies que «leurs troupes étaient prêtes ; que s’ilen était besoin, le nombre en serait augmenté; qu'ils satis- feraient avec empressement à toute autre demande ou exigence du peuple romain; que leurs res- sources étaient grandes, leur fidélité plus grande encore.» Les consuls répondirent que leurs éloges seuls ne pouvaient récompenser un tel dévoue- ment, qu'il fallait que le corps entier des sénateurs les remerciât en pleine assemblée; puis ils les firent entrer avec eux dans la curie. Le sénat leur témoigna sa reconnaissance par un décret conçu dans les termes les plus honorables ; il chargea ensuite les consuls de présenter les députés au peu- ple, et de citer parmi les nombreux et éclatants services qu'eux et leurs ancêtres en avaient re- çus, ce dernier trait de dévouement à la républi- que. Aujourd’hui encore, après tant desiecles, je ne tairai point leurs noms, et je ne les frustrerai consensisse omnes, ad prodendam Annibali urbem roma- nam. » X. Gonsules horteri et consolari senatum, et dicere : « Alias colonias in fide atque officio pristino fore; eas quoque ipsas, quæ officio decessissent, si legati circa eas colonias mittaniur, qui castigent, non qui precentur, verecundiam imperii habituras esse. » Permissum ab se. natu iis quum esset, agerent, facerentque, ut e repu- blica ducerent; pertentatis prius aliarum coloniarum ani- mis, citayverunt legatos, quæsiveruntque ab iis, « ecquid mihtes ex formula paratos haberent ? » Pro duodeviginti colouiis M. Sextilius Fregellanus respondit : «et milites ex formula paralos-esse : et, si pluribus opus ésset , plu- res daturos : et, quicquid aliud imperaret velletqne po- pulus romanus , enixe facturos. Ad id sibi neque opes deesse, animum etiam superesse. » Consules, sibi parum Yideri, præfati, pro merito eornm, sua voce collaudari eos, nisi universi Patres iis in Curia gratias egissent, se- qui in senafum jusserunt. Senatus, quam poterat honora- tissimo decreto allocutus eos , mandat consulibus, ut ad POpulum quoque eos producerent, et inter multa alia præclara, quæ ipsis majoribusque suis præstitissent , re- cens etiam. merifum eorum in rempublicam commemo- rarent, Ne nunc quidem post tot sæcula sileantur, frau- denturve laude sua. Siguini fuere , et Norbani, Saticula- 11 point de ieur gloire : ces colonies étaient Siguia, Norba , Saticulum, Brindes, Frégelles, Lucérie, Vénouse, Adria, Firmiam, Ariminum; sur la côte opposée, Pontia, Pestum et.Cosa; au milieu des terres, Bénévent, Ésernie, Spolète, Plaisance et Crémone. Le secours de ces colonies sauva la puissance romaine. Des actions de grâces leur fu- rent rendues dans le sénat et devant le peuple. Quant aux douze colonies rebelles, le sénat défen- dit d'en parler : les consuls ne durent ni Les ren- voyer, ni les retenir, ni prononcer leur nom. Cet oubli fut jugé le châtiment le plus conforme à la dignité du peuple romain. Cependant les consuls firent leurs préparatifs de guerre; on crut devoir user de l'or vicésimaire, qui formait dans le tré- sor public une réserve sacrée pour les circonsian- ces critiques; et l'on prit environ quatre mille livres pesant d'or. On en remit cinq cents aux consuls et aux proconsuls M. Marcellus et P. Sul- picius, ainsi qu'au préteur L. Véturius, à qui le sort avait assigné la Gaule. Le consul Fabius recut de plus cent livres destinées à être portées dans la citadelle de Tarente. Le reste servit à payer comptant les fournitures d'équipements faites pour l'armée dont le chef et les soldats se couvraient de gloire en Espagne. On songea aussi avant le dé- part des consuls à l'expiation des prodiges. XI. La foudre était tombée au mont Albain, sur la statue de Jupiter et sur un arbre voisin du temple; sur le lac d’Ostie, sur les murs de Ca- poue, sur le temple de la Fortune, sur la muraille el la porte de Sinuessa. Voilà les points qu'avait nique, et Brundisini, et Fregellani, et Lucerini, et Ve- nusini, et Hadriani, et Firmani, et Ariminenses; et ab altero mari, Pontiani , et Pæstani, et Cosani : el medi- térranei, Beneventani, et Æsernini, et Spoletini, et Placentini, et Cremonenses. Harum coloniarum subsidio tum imperium populi romani stetit : iisque gratiæ et in senaiu, et ad populum actæ. Duodecim aliarum colonia- ram, quæ detrectaverunt imperium, mentionem fieri Patres vetuerunt, neque illos dimitti, neque retineri, neque appellari a consulibus. Ea tacita castigatio maxime ex dignitate populi romani visa est. Cetera expedienti- bus, quæ ad bellum opus erant, consulibus , aurum vi- cesimarium , quod in sanctiore ærario ad ultimos casus servabatur , promi placuit. Prompla ad quatuor millia pondo auri. Inde quingena. pondo: data consulibus , et M. Marcello, et P. Sulpicio proconsulibus , et L. Veturio prætori, qui Galliam proyinciam sorlitus erat ; additum- que Fabio consuli centum pondo auri præcipuum, quod in arcem Tarentinam portaretur. Cetero usi sunt ad ves- timenta præsenti pecunia locanda exercitui, qui in His- pania bellum secunda sua fama ducisque gerebat. XI. Prodigia quoque, priusquam ab urbe consules pro- ficiscerentur, procurari placuit. In Albano monte tacfa de cœlo erant signum Jovis, arlorque templo propinqua, et Ostiæ lacus, et Capuæ murus, Fortunæque ædes, ef 42 frappés le feu du ciel. On avait vu, disait-on, Veau de la fontaine d’Albe couler sanglante; à Rome, dans le sanctuaire de la Fortune Forte, une petite figure placée dans la Couronne de la déesse était tombée d'elle-même de sa tête dans ses mains : il avait été constaté qu'à Priverne un bœuf avait parlé et qu'un vautour s'était en plein forum abattu dans une boutique : Sinuesse avail vu naître un enfant de sexe douteux, un Andro- gyne, comme les appelle la multitude, profitant de la grande facilité qu'offre le grec pour former des composés : on parlait encore d’une pluie de lait et de la naissance d'un enfant avec une tête d'éléphant. On immola les grandes victimes pour expier ces prodiges, et l'on déeréta un jour de supplications et d’obsécrations à tous les autels. Le préteur G. Hostilius fut chargé de vouer des jeux à Apollon , et de les célébrer , comme on les avait voués et célébrés les années précédentes. Ce fut pendant les mêmes jours que le consul Q. Fal- vius tint les comices pour la nomination des cen- seurs. On choisit deux citoyens qui n'avaient pas encore été consuls, M. Cornélius Céthégus et P. Sempronius Tuditanus. Ces magistrats affermè- rent le territoire de Capoue en vertu d’une loi portée devant les plébéiens, avec l’autorisation du sénat, et sanctionnée par un plébiscite. Les no- minations de sénateurs furent retardées par le débat qu'excita entre les censeurs le choix du prince du sénat. Ce choix était dans les droits de Sempronius; mais Cornélius demandait l'observa- tion d'une coutume traditionnelle qui donnait ce titre au plus ancien des censeurs encore en vie. Sinuessæ murus portaque. Hæc de cœlo tacta. Cruentam eliam fluxisse aquam Albanum, quidam auctores erant : et Romæ intus cellam ædis Fortis Fortunæ de capite si- gum, quod in corona erat, in manus sponte sua pro- lapsum. Et Priverni satis constabat boyem Jocutum , vul- turiumque frequenti foro in tabernam devolasse, et Si- nuessæ natum ambiguointer marem ac feminam sexu in- fantem : quos androgynos vulgus (ut pleraque, faciliore ad duplicanda verba Græco sermone) appellat : et lacte pluisse, et cum elephanti capite puerum natum. Ea pro- digia hostiis majoribus procurata, et supplicatio circa omnia pulvinaria, et obsecratio in unum diem indicta : et decretum, ut CG. Hostilius prætor ludos Apollini , sicut his annis voti factique erant , voyeret faceretque. Per eos dies et censoribus creandis Q. Fulvius consul comitia ha- buit. Creati censores, ambo qui nondum consules fue- rant, M: Cornelius Cethegus, P. Sempronius Tuditanus. Hi censores utagrum Campanum fruendum locarent, ex , auctoritate Patrum Jatum in plebem est, plebesque scivit. Senatus lectionem contentio inter censores de principe legendo fenuit. Sempronii lectio erat : ceterum Gorne- lius «morem traditum a patribus sequendum aiebat, ut, qui primus censor ex iis, qui viverent, fuisset, eum prin- cipem legerent. » 1s T. Manlius Torquatus erat. Sempro- TITE- LIVE. : C'était T, Manlius Torquatus. Sempronius répon- dait qu’en lui attribuant l'élection par la voie du sort, les dieux lui avaient donné l'indépendance du choix : qu’il ne suivraït d'autre règle que sa volonté, et qu’il désignerait Q. Fabius Maximus le premier citoyen de Rome , ce que confirmerait au besoin le suffrage même d’Annibal. Après de longs débats, Cornélius céda, et Sempronius salua prince du sénat le consul Q. Fabius Maximus : ensuite une nouvelle liste du sénat fut dressée, et huit noms y furent omis ; de ce nombre était celui de L. Cécilius Mctellus, qui avait osé proposer d’a- bandonner l'Italie après la défaite de Gannes. Dans la revue des chevaliers, on suivit la même règle: mais très-peu furent ainsi notés d'infamie. On priva de leurs chevaux tous ceux des légions de Cannes qui étaient alors en Sicile; et il yen avait beaucoup. À cette rigueur on ajoufa une prolon- gation de service : on ne leur compta pas les campagnes faites avec les chevaux de l'état, et ils en eurent dix à faire montés à leurs frais. Le re- censement révéla en outre un grand nombre de citoyens qui devaient servir à cheval : el dans le nombre, tous ceux qui, au commencement de cette guerre, avaient dix-sept ans, el n'avaient pas servi, furent imposés, On mit ensuite en ad- judication le rétablissement des édifices du forum que l'incendie avait dévorés : c’étaient sept bou- tiques, un marché et le palais de Numa. XI. Après avoir tout terminé à Rome, les con- suls partirent pour la guerre. Eulvius le premier se rendit à Capoue : peu de jours après Fabius le rejoignit, conjura son collègue de vive voix el nius, « cui di sortem legendi dedissent, ei jus liberum eosdem dedisse deos. Se id suo arbitrio facturum : lectu- rumque Q. Fabium Maximum, quem tum principem ro- manæ civitatis esse, vel Annibale judice, victurus essel.» Quum diu certatum verbis esse, concedente collega , lec- tus a Sempronio princeps in senatu Q. Fabius Maximus consul : inde alius lectus senatus, octo præteritis, inter quos L. Cæcilius Metellus erat, infamis auctor deserendæ Italiæ post Cannensem cladem. In equestribus quoque notis eadem servata causa : sed erant perpauci, quos € infamia attingeret. Illis omnibus (et multi erant) adempti equi, qui Cannensium legionum equites in Sicilia erant. Addiderunt acerbitati etiam tempus, ne præterita stipen- dia procederent ïis, quæ equo publico emeruerant , sed dena stipendia equis privatis facerent. Magnum præte- rea numerum eorum conquisiverunt, qui equo merereé deberent : atqueexiis, qui principio ejus belli septen- decim annos nati fuerant, neque militayerant, omnes ærarios fecerunt. Locaverunt inde reficienda , quæ circa forum incendio consumpta erant, septem tabernas , Ma” cellum , atrium regium. XII. Transactis omnibus, quæ Romæ agenda erant, consules ad bellum profecti. Prior Fulvius prægressus Capuam. Post paucos dies conseculus Fabius; qui et col HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVII. 45 Marcellus par lettres d’occuper Annibal , et de ne pas lui laisser de repos pendant qu'il irait lui- même assiéger Tarente. Une fois cette place per- due, l'ennemi se voyant repoussé sur tous les points, n'ayant plus d'asile où se réfugier, ne pouvant plus compter sur personne, aurait plus de motif de rester en Italie. Fabius envoya aussi un messager au commandant de la garnison que le consul Lévinus avait laissée à Rhégium pour contenir les Bruttiens. Elle était de huit mille hommes , la plupart, comme nous lPavons déjà dit, tirés d’Agathyrne en Sicile, gens habi- tués à une vie de brigandage ; on y avait ajouté des transfuges bruttiens ayant même audace et même besoin de tout oser. Fabius enjoignit à ce commandant de ravager d’abord le territoire brut- tien, et d’assiéger ensuite Gaulonie. Get ordre fut exécuté, non-seulement avec ardeur, mais avec avidité : on pilla et l’on dispersa les habitants de la campagne; puis on pressa vivement la place. Marcellus, qu'enflammaient et les lettres du con- sul et la conviction que seul des généraux romeins il pouvait tenir tête à Annibal, quitta ses quar- tiers d'hiver dès que la campagne lui fournit du fourrage, et rencontra les Carthaginoïs près de Canouse. Leur général sollicitait cette ville de se donner à lui : mais au premier bruit de l’ap- proche de Marcellus, il décampa. Le pays étant dé- couvert, On ne pouvait y cacher une embuscade; il chercha à gagner des lieux boisés. Marcellus s’attacha à ses pas; il établissait son camp devant le camp d’Annibal, et, à peine retranché, il ran- geait ses légions en bataille. Annibal se contentait de faire engager de légères escarmouches par sa legam coram obtestatus, et per liferas Marcellum, ut quam acerrimo bello detinerent Annibalem, dum ipse Tarentum oppugraret : ea urbe adempta, hosti jam andi- que pulso, nec ubi consisteret, nec quid fidum respiceret habenti, ne remorandi quidem causam in Italia fore. Rhegium etiam nuntium mittit ad præfectum præsidii, quod ab Lævino consule adyersus Bruttios ibi locatum erat, octo millia hominum : pars maxima ab Agathyrna, sicut antea dictum est, ex Sicilia traducta, rapto vivere hominum assuetcrum. Additi erant Bruttiorum indidem perfugæ , et audacia et audendi omnia necessitatibus pares. Hanc manum ad Bruttium primum agrum depopu- landum duci jussit, inde ad Cauloniam urbem oppugnan- dum. Imperata non impigre solum , sed etiam avide, ex- secuti, direptis fugatisque cultoribus agri, summa vi ur- bem oppugnabant. Marcellus, et consulis literis excitus, et quia ita in animum induxerat, neminem ducem rom:- num tam parem Annibali, quamse , esse, ubi primum in agris pabuli copia fuit, ex hibernis profectus, ad Canu- sium Annibali occurrit. Sollicitabat ad defectionem Ca- nusinos Pœnus; ceterum, ut appropinquare Marcellum audivit, castra inde movit. Aperta erat regio, sine ullis ad insidias latebris; itaque in loca saltuosa cedere inde cavalerie ét les frondeurs de son infanterie: il ne jugeait pas nécessaire de risquer une action géné- rale. Il y fut pourtant amené malgré ses efforts. Il avait pris les devants pendant la nuit; mais Marcellus l’atteignit au milieu d’une plaine spa- cieuse, fondit de toutes parts surses travailleurs, et Fempècha d’asseoir son camp. Alors on en vint aux mains, et la bataille devint générale : la nuit approchant, les deux armées se séparèrent avec un avantage égal. Elles dressèrent leurs camps à très-peu d'intervalle, et les fortifièrent à la hâte avant la nuit. Le lendemain, dès l'aurore, Marcellus sortit en bataille. Annibal accepta le combat et adressa une longue exhortation à ses guerriers : « Ils n'avaient qu'à se rappeler Trasi- mène et Cannes, pour rabattre la fierté de l’en- nemi : toujours poursuivis et pressés, harcelés dans leurs marches, interrompus dans leurs cam- pements, ils n'avaient pas le temps de respirer, de risquer un regard autour d'eux. Chaque jour avec le soleil levant, il leur fallait voir les Ro- mains en bataille dans la plaine : un seul com- bat, où le sang des ennemis coulerait, suffirait pour modérer leur fougue et leur ardeur.» Ce discours les enflamma; fatigués d’ailleurs de l’insolence d’un ennemi qui chaque jour les pres- sait et les harcelait, ils commencèrent vigoureu- sement l'attaque. On combattit plus de deux - heures. Du côté des Romains on vit plier la cava- lerie de la droite et l'élite des alliés : Marcel- lus fit aussitôt avancer au premier rang la dix- huitième légion. La confusion de ceux qui là- chaient pied, la lenteur de ceux qui venaient les remplacer, rompirent toute la ligne; bientôt Ja cœpit. Marcellus vestigiis instabat, castraque casiris con- ferebat : et, opere perfecto, extemplo in aciem legiones educebat. Annibal, turmatim per equites peditumque ja- culatores leyia certamina serens, casum universæ pugpæ non necessarium ducebat : tractus est tamen ad id, qued vitabat, certamen. Nocte prægressum assequitur locis planis ac patentibus Marcellus : castra inde ponentem, pugnando undique in munitores, operibus prohibet. Ita signa collata, pugnatumque totis copiis : et, quum jam nox instaret, Marte æquo discessum est. Castra, exiguo distantia spatio, raptim ante noctem permunita. Postero die luce prima Marcellus in aciem copias eduxit. Nec An- nibal detrectavit certamen, multis verbis adhortatus mi- lites, « ut memores Trasimeni Cannarumque, contunde- rent ferociam hostis: urgere atque instare eum : noniter quietos facere, non astra ponere pa!i, non respirare aut circumspicere : quotidie simul orientem solem et roma- nam aciem in campis videndam esse. Si uno prælio haud incruentus abeat, quietius deinde tranquilliusque eum bellaturum. » His irritati adhortationibus , siulque tæ- dio ferociæ hostium quotidie instantium lacessentiumque, acriter prælium ineunt. Pugnatum amplius duabus horis est. Cedere inde ab Romanis dextra ala et extraordinarii Aa. déroute fut complète. La frayeur était plus forte que la honte, et les Romains fuyaient de toutes parts. Ce combat et celle déroute leur coûtèrent environ deux mille sept cents hommes, citoyens ou alliés : de ce nombre étaient quatre centurions et deux tribuns militaires M. Licinius et M. Hel- vius. Quatre enseignes furent perdues par l'aile qui avait commencé la fuite, et deux par la lé- gion qui avait remplacé les alliés. XIII. Marcellus, rentré dans son camp, haran- gua ses soldats avec tant de dureté et d'aigreur que les fatigues d'un combat malheureux pendant l’espace d'un jour entier leur parurent plus sup- portables que le langage de leur général : « Dans notre honte, dit-il, je bénis encore et je remercie les dieux immortels de ce qu'ils n’ont pas permis que les vainqueurs, profitant de l’effroi qui vous précipitait dans vos retranchements, vinssent at- taquer le camp. Vous lauriez abandonné sans doute avec la même frayeur qui vous a fait dé- serter le champ de bataille. Et pourquoi cette ter- reur et cette épouvante? Pourquoi cet oubli subit de ce que vous êtes, Romains, de ce que sont vos ennemis? Ces ennemis, ce sont bien ceux que vous avez vaincus et poursuivis toute la campagne der- nière, ceux dont naguère encore Vous pressiez nuit et jour la fuite, ceux que harcelaient vos es- * carmouches, ceux à qui vous rendiez hier même Ï 4 toute marche , tout campement impossibles. Mais - je passe sur ces titres de gloire : c'est votre honte, c'est votre faute que je vous veux montrer. Hier layantage était égal au sortir du combat. Quel changement en une nuit, en un jour! Quelques cœpere. Quod ubi Marcellus vidit, duodevicesimam le- gionem in primam aciem inducit, Dum ali trepidi ce- dunt , ali segniter subeunt , turbata tota acies est, dein prorsus fusa; et, vincente pudorem metu, terga dabant. Cecidere in pugna fugaque ad duo millia et septingenti civium sociorumque : in his quatuor Romani centuriones, duo tribuni militum, M. Licinius et M. Helvius. Signa militaria quatuor de ala, prima quæ fugit; duo de le- gione , quæ cedentibus sociis successerat, amissa. XIII. Marcellus, postquam in castra reditum est; con cionem adeo sævam atque acerbam apud milites habuit, -utprælio, per diem totum infeliciter tolerato, tristior is irati ducis oratio esset. « Diis immortalibus, uê in fali re, landes gratesque, inquit, 290, quod victor hostis, cum lanio pavore incidentibus vobis in vallum portasque, non ipsa castra est aggressus. Deseruissetis profecio eo- dem terrore castra, quo omisistis pugnam. Qui pavor hic, qui terror, quæ repente, qui, et Cum quibus pu- gnarelis ; oblivio animos cepit ? Nempe idem sunt hi hos- tes, quos vincendo et victos sequendo priorem æsietem absumpsislis ; quibus diés noctesque fugientibus per hos dies institislis; quos levibus præliis fatigastis; quos hes- ‘terno die nec iter facere, nec castra ponere passi eslis. Omitto ea, quibus gloriari potestis : cujus et ipsius pu- TITE-LIVE. heures ont-elles diminué vos forces et doublé les leurs? Non, ce n’est pas à mon armée que je parle; vous n'êtes pas des Romains : vous n'en avez que l'extérieur et les armes. Ah! si vous en aviez eu aussi le courage, l'ennemi vous au- rait-il wu tourner le dos? aurait-il emporté les enseignes d'une compagnie ou d'une cohorte? Jusqu'ici il avait pu tailler en pièces des lé- sions romaines : Jà se bornait sa gloire : à vous aujourd'hui, à vous les premiers, il a dû celle d'avoir mis en fuite une armée. » Un cri se fit entendre : on demandait grâce pour cette jour- née ; quand le consul voudrait, il pourrait mettre à l'épreuve le courage de ses soldats. « Eh bien! oui, reprit-il, je vous mettrai à l'épreuve, soldats ; demain je vous conduirai au combat : que la Vic- toire vous obtienne un pardon que vainemené vous sollicitez vaincus. » Les cohortes qui avaient perdu leurs enseignes reçurent du pain d'orge par ses ordres : les centurions des compagnies Coupa- bles de la même faute furent condamnés à porter l’épée nue sans baudrier, et le lendemain, cava- lerie et infanterie, tout le monde devait être sous les armes. Le consul congédia alors ses soldats qui convenaient de la justice de ses reproches, et pro= clamaient qu’en ce jour l'armée romaine n’avaif eu qu’un seui homme de cœur, son général; qu’ils expieraient leurs torts en mourant ou en gagnant une éclatante victoire. Le lendemain ilsétaient tous sous les armes et à leurs rangs, suivant L'ordre de Marcellus. Le général les félicita, et déclara que ceux qui, la veille, avaient commencé la fuite, ainsi que les cohortes qui avaient perdu leurs ensei- dere ac pœænitere vos oportet, referam. Nempe, æquis manibus hesterno die diremistis pugnam. Quid hæc DOX; quid hic dies attulit? Vestræ his copiæ imminutæ sunt, an illorum auctæ ? Non equidem mihi cum exercitu me0 loqui videor, nec cum romanis militibus : Corpora tan- tum atque arma eadem sunt. An, si eosdem animos ha- buissetis, terga vestra vidisset hostis? signa alicui mani- pulo aut cohorti abstulisset? Adhuc cæsis romanis legio- nibus gloriabatur. Vos illi hodierno die primum fugati exercitus dedistis decus. » Clamorinde ortus, ut veniam ejus diei daret: ubi vellet, deinde experiretur militum suorum animos. « Ego vero experiar , inquit, milites : et vos crastino die in aciem educam, ut victores potius, quam victi, veniam impetretis, quam pelitis. » Cohortibus, quæ signa amiserant, hordeum dari jussit : centuriones: que manipulorum, quorum signa amissa fuerant, destric- tis gladiis discinctos destituit; et, ut postero die omness equites, pedites, armati adessent, edixit. Ita conci0 di- missa fatentium, jure ac merito sese increpitos ; neque illo die virum quemquam in acie romana fuisse, præler unum ducem ; cui aut morte satisfaciendum, auf egregia victoria esset. Postero die ornati armatique ad edictuni aderant. Imperator eos collaudat, pronuntiatque ; à qui- bus orta pridie fuga esset, cohortesque, quæ signa ami ï à : ; dc Sn ES NS à dd LOS ed à HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVIL. 45 gnes, seraient placés en première ligne. Il leur an- noncait qu'ils devaient (ous combattre el vaincre; que tous et chacun en particulier devaient faire les derniers efforts pour empêcher la nouvelle de leur défaite de parvenir à Rome avant celle de leur victoire. Il leur ordonna ensuite de prendre leur repas, afin que si la bataille se prolongeait, leurs forces pussent y suffire. Quand il eut tout dit, tout fait pour exciter l’ardeur des troupes, on marcha à l’enuemi. XIV. À cette nouvelle, Annibal s’écria : « J'ai affaire à un adversaire qui ne sait se contenir ni dans la bonne ni dans la mauvaise fortune. Vain- queur, il s'attache fièrement à la poursuite des vaincus. Vaincu, il renouvelle le combat avec les vainqueurs. » Aussitôt il fit sonner la charge et sortit de son camp. Des deux côtés on se batlit avec plus d’acharnement que la veille, les Cartha- ginois cherchant à conserver la gloire de leur succès, les Romains à laver la honte de leur dé- faite. La gauche des Romains avait en première ligue la cavalerie et les cohortes qui avaient perdu leurs enseignes : à droite était la vingtième légion : les lieutenants L. Cornélius Lentulus et €. Clau- dius Néron commandaient aux deux ailes ; au cen- tre était Marcellus instigateur et témoin de leur Vaillance, Annibal avait ris en tête ses Espagnols, qui faisaient toute la force de son armée. Comme la victoire flottait indécise depuis longtemps, le Carthaginois fit avancer ses éléphants en première ligne dans l'espoir de jeter le désordre et lépou- vante. Et d’abord ils mirent le trouble dans les rangs; foulant aux pieds ou dispersant par la sissent, sein primam aciem inducturum. Edicere jam sese, Omnibus pugnandum ac vincendum esse : et anni- tendum singulis universisque , ne prius hesternæ fugæ, quam hodiernæ victoriæ , fama Romam perveniat. » Inde cibo corpora firmare jussi, ut, si longior pugna esset, viribus sufficerent. Ubi omnia dicta factaque sunt, qui- bus excitarentur animi militum, in aciem procedunt. XIV. Quod ubi Annibali nuntiatum est : « Cum eo ni- mirum, inquit, hoste res est, qui nec bonam, nec ma- Jam ferre fortunam potest. Seu vicit, ferociter instat vic- tis; seu victus est, instaurat cum victoribus certamen. », Signa inde cauere jussit; copias educit. Pugnatum utrim- que aliquanto, quam pridie, acrius est : Pœnis ad obti- nendum besternum decus annitentibus, Romanis ad de- Mendam ignominiam. Sinistra ala ab Romanis et cohortes, quæ amiserant signa , in prima acie pugnabant , et legio Yicesima ab dextro cornu instructa. L. Cornelius Lentu- lus et C. Claudius Nero legati cornibus præerant, Mar- cellus mediam aciem, hortator testisquepræsens, firmabat. AB Annibale Hispani primam obtinebant frontem ,etid roboris in Omni exercitu erat. Quum anceps diu pugna esset, Annibal elephantos in primam aciem induci jussit, si quem injicere ea res tumultum ac pavorem posset. Et Primo turbarunt signa ordinesque, et partim occulcatis, terreur les plus rapprochés. Hs mirent à décou- vert un des flancs de l’armée romaine. La déroute allait s'étendre, sans le tribun G. DécimiusFlavus, lequel saisissant l'enseigne du premier manipule des hastats, entraîna ce manipule à sa suite, les conduisit au fort de la mélée pour arréter la con- fusion causée par le gros d’éléphants, et com- manda une décharge dejavelots. Pas un trait ne fut perdu, étant tiré desi prèssur ces masses énormes formées en troupe serrée ; mais si tous les élé- phants ne furent point blessés; ceux sur le dos desquels s'étaient arrêtés les javelots prirent la fuite, (ces animaux étant des auxiliaires fort chanceux) et entraînèrent avec eux ceux qui n'avaient reçu aucune atteinte. Alors ce ne fut plus une compagnie seulement, mais chaque sol- dat qui, arrivé à portée du trait, tirait à l'envi sur les éléphants en fuite. Ceux-ci se précipitaient furieux sur les Carthaginoiïs, auxquels ilsfaisaient plus de mal qu'aux Romains; car, sous l'inspira- tion de la peur, l'éléphant a plus de fougue que quand il obéit au conducteur qu’il porte. L’en- nemi une fois rompu par la course désordonnée de ces animaux, l’infanterie romaine fondit sur lui, le dissipa et le mit en fuite sans beaucoup d'efforts. Puis Marcellus lança sur les fuyards sa cavalerie, qui ne s'arrêta qu'après les avoir re- foulés jusque dans leur camp pleins d’effroi ; car, pour surcroît d'épouvante et de désordre, deux éléphants s'étaient abattus devant la porte et for- Gaient le soldat à franchir le fossé et le retranche- ment. Là eut lieu le plus grand carnage; les Car- thaginoïs y perdirent environ huit mille hommes partim dissipatis terrore, qui circa erant, nudaverant una parte aciem : latiusque fuga manasset, ni C. Deci- mius Flavus tribunus militum , signo arrepto primi has- tati, manipulum ejus signi se sequi jussisset. Duxit, ubi maxime tumultum conglobatæ belluæ faciebant, pilaque in eas conjici jussit. Hæsere omnia tela haud difficili ex propinquo in tanta corpora ictu , et tam conferta turba. Sed ut non omnes vulnerati sunt, ita, in quorum tergis infisa stetere pila (ut est genus anceps) in fugam versi etiam integros avertere. Tum jam non unus manipulus, sed pro se quisque miles , qui modo assequi agmen fugien- tium elephantorum poterat, pila conjicere. Eo magis rue- re in suos belluæ; tantoque majorem stragem edere, quam inter hostes ediderant , quanto acrius pavor consternatam agit, quam insidentis magistri imperio regitur. In per- turbatam transcursu belluarum aciem signa inferunt ro- mani pedites : et haud magno certamine dissipatos tre- pidantesque avertunt. Tum in fugientes equitatum im- mittit Marcellus, nec ante finis sequendi est factus, quam in castra paventes compulsi sunt. Nam super alia , quæ terrorem trepidationemque facerent, elephanti quoque duo in ipsa porta corruerant, coactique erant milites per fossam vallumque ruere ia castra. Ibi maxima hostium cædes facta : cæsa ad'octo millia hominum , quinque ele- 16 TITE et cinq éléphants. La victoire fut sanglante aussi pour les Romains : elle leur coûta près de dix- sept cents légionnaires, et plus de treize cents al- liés, sans compter la foule des blessés, tant ci- toyens qu’alliés. Annibal décampa la nuit sui- vante : Marcellus voulait le poursuivre , mais le grand nombre de ses blessés Ven empêcha. XV. Les éclaireurs, envoyés à la suite de l’en- newi, annoncèrent le lendemain qu'il se dirigeait vers le Bruttium. Presque en même temps le con- sul Q. Fulvius reçut la soumission des Hirpins , des Lucaniens et des Volcentes, qui lui livrèrent les garnisons carthaginoises deleurs villes. Le con- sul les traita avec clémence, se bornant à quel- ques reproches sur leur défection. On fit espérer aux Bruttiens aussi leur pardon , lorsque les frè- res Vibius et Pactius, les principaux de la nation, vinrent offrir de se soumettre aux mêmes condi- tions qu’avaient obtenues les Lucaniens. Le consul Q. Fabius emporta Mandurie chez les Salentins, fit près de quatre mille prisonniers ef un butin considérable ; puis il marcha sur Tarente el campa à l'entrée même du port. Il employa les vaisseaux dont Livius s'était servi pour protéger ses convois, et les chargea, soit de machines et d'instruments propres à forcer les murailles, soif de balises, avec des pierres et des projectiles de toute espèce ; il en fit autant de tous les bâtiments de transport, y compris ceux qui allaient à rames. Il pouvait ainsi faire avancer les machines etles échelles jus- qu'au pied des murs, et atteindre de loin Îles dé- fenseurs de la ville sur les remparts. Ces navires étaient équipés et disposés de manière à attaquer phanti. Nec Romanis incruenta victoria fuit : mille ferme et septinginti de duabus legionibus, et sociorum supra mille et trecentos occisi; vulnerati permulti civium socio- ramque. Annibal nocte proxima castra movit. CGupientem insequi Marcellum prohibuit muliitudo sauciorum. XV. Speculatores, qui prosequerentur agmen, missi, postero die retulerunt, Bruttios Annibalem petere. Tis- dem fere diebus et ad Q. Fulvium consulem Hirpini, ef Lacani, et Volcentes, traditis præsidiis Annibalis, quæ in urbibus hsbebant, dediderunt sese, clementerque a consule, cum verborum tantum castigatione ob errorem præteritum, accepti sunt; et Bruitiis similis spes veniæ facta est : quum ab iis Vibius et Pactius fratres, longe no- bilissimi gentis ejus, eandem, quæ data Lucanis erat, conditionem deditionis petentes venissent. Q. Fabius con- sul oppidum in Sallentinis Manduriam vi cepit. Ibi ad quatuor millia hominum cap!a, et ceteræ prædæ aliquan- tum. Inde Tarentum profectus, in ipsis faucibus portus posuit castra. Naves, quas Livius tutandis commeatibus habuerat, partim machinationibus onerat apparatuque mœnium Oppugnandorum , partim tormenlis et saxis om- nique missilium telorum genere instruit, onerarias quo- que, non eas solum, quæ remis agerentur ; ut ali ma- chinas scalasque ad muros ferrent, alii procul ex navibus LIVE, la place de la haute mer. Le golfe de Tarente était libre ; la flotte carthaginoïise se tenait à Corcyre pour seconder Philippe dans sa guerre contre les Étoliens. Cependant, à l’arrivée d'Annibal dans le Bruttium , ceux qui assiégeaient Caulonie, Crai- gnant d’être écrasés, se retirèrent sur une hau- teur, à l'abri d’un coup de main. Fabius, qui as- siégeait Tarente, dut à la circonstance la plus indifférente en apparence le succès de son impor- tante entreprise. Les Tarentins avaient reçu d’An- nibal un renfort de soldats bruttiens ; le comman- dant de ce renfort aimait éperdument une jeune femme , dont le frère servait sous le consul. in- struit par cette femme de sa récente liaison avec l'étranger, qui était un homme riche et considéré parmi les siens, le Romain se flatia de pouvoir, par sa sœur, obtenir ce qu'il voudrait de l'amou- reux officier : il alla communiquer ses espérances au consul. Fabius l’approuva et lui commanda de se présenter comme transfuge à Tarente ; là, il se mit en rapport avec l'officier à l’aide de sa sœur, sonda en secret ses dispositions, et lorsqu'il se fut assuré de sa légèreté, il obtint par les séductions. dontil l'entoura, que le Bruttien livrerait le poste dont la garde lui était confiée. Les moyens d’exé- cution convenus, et le moment fixé, une nuit, le Romain s’échappa furtivement de la ville, en- tre deux postes, et vint rendre compte au con- sul de sa conduite et des mesures qui avaient été concertées. À la première veille, Fabius donna le signal aux soldats de la citadelle ef à ceux qui gar- daient le port; puis, tournant lui-même le port, il alla secrètement prendre position à l'orient de vulnerarent mœnium propugnalores. Eæ naves, ab aperto mari ut urbem aggrederentur, instructæ paratæ» que sunt. Et erat liberum mare, classe Punica, quum Philippus oppugnare Æltolos pararet, Corcyram trans- missa. In Bruttiis interim Gauloniæ oppugnatores, sub adventum Annibalis, ne oppriverentur, in tumulum à præsenti impetu tutum , se recepere. Fabium, Tarentum obsidentem, leve dictu momentum ad rem ingenfem po- fiundam adjuvit. Præsidium Bruttiorum datum ab Aoni- bale Tarentini habebant. Ejus præsidii præfectus depe- ribat amore mulierculæ, cujus frater in exercitu Fabi consulis erat. Is, certior literis soro:is factus de nova consuetudine advenæ locupletis, atque inter populares tam honorati, spem nactus per sororem quolibet impelli amantem posse , quid speraret , ad consulem detulit. Quæ quum baud vana cogitatio visa esset, pro perfuga jussus Tarentum transire, ac per sororem præfecto conciliatus, primo occulte animum ejus tentando, dein satis explorala levitate, blanditiis muliebribus perpulit eum ad proditio- nem custodiæ loci, cui præpositus erat. Ubi et ratio agendæ rei, et tempus convenit, miles, nocte per inter- valla stationum clam ex urbe emissus, ea, quæ actaeranf, quæque ut agerentur, convenerat, ad consulem refert. Fabius vigilia prima, dato signo jis qui in arce erauf, HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XX VII. de tous les ordres de l’état. Dans ses accusations, le tribun enveloppa Marcellus et la noblesse en- tière : « leur mauvaise foi, leurs hésitations, de- puis dix ans, faisaient de l'Italie comme la pro- vince d’Annibal; il y avait passé plus de temps qu’à Carthage. Le peuple était bien récompensé d'avoir prorogé Marcellus dans son commande- ment! Son armée, deux fois battue, passait l’élé dans les cantonnements de Vénouse.» Marcellus écrasa tellement son adversaire par l’énuméra- tion de ses exploits, que toutes les centuries, non contentes de rejeter la loi qui avait pour but de le destituer, l’élevèrent le lendemain au consulat d’une voix unanime ; on lui donna pour collègue T. Quicntius Crispinus, alors préteur. Le jour sui- vant on créa préteurs P. Licinius Crassus Dives, grand pontife; P. Licinius Varus, Sex. Julius César, Q. Claudius Flamen. Pendant les comices mêmes, le bruit d'une révolte en Étrurie inquiéta Rome. Le signal était parti d’Arrétium, selon la dépêche de G. Calpurnius, propréteur de cette province. On y envoya le consul désigné, Mar- cellus, avec l’ordre d'examiner l'affaire, et, si la circonstance l’exigeait, de rappeler l’armée d’Apulie, et de porter le théâtre de la guerre en Étrurie. Cette crainte comprima les Étrusques qui ne remuèrent pas. Les Tarentins avaient en- voyé demander la paix et la liberté de vivre d'a- près leurs propres lois : le sénat remit sa réponse à l’époque du retour du consul Fabius. Les jeux romains et les jeux plébéiens furent célébrés cette année les uns et les autres pendant un jour. Les ingenti concursu plebisque et omnium ordinum, Accusa- vitque tribunus plebis, non Marcellum modo, sed omnem nobilitatem. « Fraude eorum et cunctatione fieri, ut An- nibal decimum jam annum Italiam provinciam habeat ; diutius ibi, quam Carthagine, vixerit. Habere fructum imperii prorogati Marcelio populum romanum ; bis cæ- sum exercitum ejus æstiva Venusiæ sub tectis agere. » Hanc tribuni orationen ita obruit Marcellas commemora- tione rerum suarum, ut non rogatio solum de imperio ejus abrogando antiquaretur, sed postero die consulem eum ingenti consensu centuriæ omnes cre:rent. Additur collega T. Quinctius Crispinus, qui tum prætor erat. Pos- lero die prætores creati P. Licinius Crassus Dives, pon- tifex maximus, P. Licinius Varus, Sex. Julius Cæsar, Q. Claudius Flamen. Comitiorum ipsorum diebus solli- vita civitas de Etruriæ defectione fuit. Principium ejus rei ab Arretinis fieri, C. Calpurnius scripserat, qui eam proyinciam pro prætore obtinebat. Itaque confestim eo Mmissus Marcellus, consul designatus ,; Qui rem inspicerét, a€, si digna videretur, exercitu accito, bellum ex Apulia in Etruriam transferret. Eo metu compressi Etrusci quie- Yerunt. Tarentinorum legatis pacem petentibus cum li- bertate ac legibus suis responsum ab senatu est, ut redi- rent, quum Fabius consul Romam venisset, Ludi et ro- 23 édiles curules furent L. Cornélius Caudinus ct Ser. Sulpicius Galba : les édiles plébéiens, C. Ser- vilius et Q. Cécilius Métellus. On avait contesté à Serviliusle droit d’être tribun du peuple: on luicon- testait celui d’être édile, par la raison que son père, ancien {riumvir agraire, qu’on avait cru pendant dix ans assassiné par les Boiens aux environs de Mutiue, vivait encore, et qu'on avait la certitude qu’il était au pouvoir des ennemis. XXIT, La onzième année de la guerre punique, M. Marcellus et T. Quinctius Crispinus entrèrent en Charge. C'était le cinquième consulat de Mar- cellus, si Pon compte celui qu'une irrégularité l'empêcha d'exercer. Les deux consuls eurent FI talie pour province avec deux des armées consu- laires de l'année précédente ; car il y en avait alors une troisième à Vénouse : c'était celle qu’a- vait commandée Marcellus. Sur les trois, ils pu- rent choisir les deux qu'ils voudraient : la troi- sième était pour celui à qui le sort assignerait Ta- rente et le pays des Salentins.On partagea ensuite les autres provinces aux préteurs : P. Licinius Va- rus eut la juridiction de la ville; P.. Licinius Crassus, grand pontife, celle des étrangers avec ordre de se rendre où le sénat voudrait ; la Sicile: échut à Sex. Julius César, et Tarente à Q. Clau- dius Flamen. On prorogea pour un an dans son commandement Q. Fulvius Flaccus, qui devait. occuper avec une légion la province de Capoue, en remplacement de T.Quinctius. Pareille faveur fut accordée à G. Hostilius Tubulus, avec le titre de propréteur en Étrurie , etles deux légions de. mani et plebeïi eo anno in singulos dies instaurati. Ædi- les curules fuere L. Cornelius Caudinus et Ser. Sulp:- cius-@ralba ; plebeïi C. Servilius et Q. Cæcilius Metellus. Servilium negabant jure aut tribunum plebis fuisse, aut ædilem esse; quod patrem ejus, quem triumvirum agra- rium occisum a Boïis circa Mutinam esse opinio per de- cem annos fuerat, vivere, atque in hostium potestate esse, satis constabat. XXII. Undecimo anno puniei belli consulatum inie- runt M. Marcellus quintum (ut numeretur consulatus, quem vitio creatus non gessit) et T. Quinctius Crispinus. Utrisque consulibus Italia decreta provincia est, et duo consulares prioris anni exercitus (tertius tum erat Venu- siæ, cui M. Marcellus præfuerat) ; ita ut ex tribus elige- rent duo, quos vellent; tertius ei traderetur , cui Taren- tum et Sallentiui provincia evenisset. Ceteræ provinciæ ita divisæ prætoribus : P. Licinio Varo urbana, P. Lici- nio Crasso, pontifici maximo, peregrina, et quo senatus censuisset; Sex. Julio Cæsari Sicilia, Q. Claudio Fla- mini Tarentum. Prorogatum imperium in annum est Q. Fulyio Flacco, ut provintiam Capuam, quæ T, Quin- cti-prætoris fuerat, cum una legione obtineret; proroga- tum et G. Hostilio Tubulo est, ut pro prætore in Etru- riam ad déas legiones succedercet C. Calpurnio; proro- 2 C. Calpurnius ; à L. Véturius Philo, avec le même titre, en Gaule, et les deux mêmes légions qu'il y avait commandées pendant sa préture. Gomme L. Véturius, C. Aurunculéius obtint, par un dé- crct du sénat que confirma le peuple, la proroga- tion de sa préture et du commandement des deux légions qu'il avait sous ses ordres en Sardaigne : on y ajouta, pour Ja défense de la province, cin- quanté vaisseaux que P. Scipion devait envoyer d'Espagne. P. Scipion et M. Silanus conservèrent leurs Espagnes et leurs armées. Des quatre-vingts vaisseaux que Scipion avait amenés d'Italie ou pris à Carthagène, il eut ordre d’en faire passer cin- quante en Sardaigne ; car il n'était bruit que de l'armement considérable qui se faisait cette année à Carthage , et de deux cents vaisseaux carthagi- nois qui devaient courir toutes les côtes d'Italie, de Sicile et de Sardaigne. Quant à la Sicile, voici com- ment on la partagea: Sex. César reçut l'armée de Cannes ; M. Valérius Lévinus, prorogé aussi dans son commandement, devait prendre les soixante- dix vaisseaux destinés à cette province, et y join- dre trente bâtiments qui, l’année précédente, se trouvaient à Tarente. Avec celte flotte de cent voiles, il était libre, s'il le jugeait convenable, d'aller ravager les côtes d'Afrique. P. Sulpicius conserva sa flolte et le département de la Macé- doine et de la Grèce, pour une année encore. Quant aux deux légions qui étaient près de Rome, on ne changea point leur destination. On permit aux consuls de faire des levées, afin de pourvoir aux besoins. Ainsi vingt et une légions concouru- rent celte année à la défense de l'empire romain. gatum et L. Veturio Philoni est, ut pro prætore Galliam eamdem provinciam cum iisdem duabus legionibus obti- ueret, quibus prætor obtinuisset. Quod in L. Veturio , idem in C. Aurunculeio decretum ab senatu, latumque de prorogando imperio ad populum est, qui præ:or Ser- dipiam provinciam cum duabus legionibus obtinuerat. Additæ ei ad-præsidium provinciæ quinquaginta naves, quas P. Scipio ex Hispania misisset. Et P. Scipioni, et M. Silano suæ Hispaniæ, suique exercitus in annum de- ereti: Scipio ex octoginta navibus, quas aut secum ex Elalia adductas aut captas Carthagine babebat, quinqua: ginta in Sardiniam transmittere jussus ; quia fama erat, magnum navalem apparatum eo anno GCarthagine esse ; ducentis navibus omnem oram Îtaliæ, Siciliæque ac Sar- diniæ impleturos. Et in Sicilia ita divisa res est. Sex. Cæ- sari exercitus Cannensis est datus. M. Valerius Lævinus (ei quôque enim prorogatum imperium est) classem, quæ ad Siciliam erat, navium septuaginta obtineret. Ad- deret eo friginta naves, quæ ad Farentum priore anno fuerant; Cum ea centum navium classe, si videretur ei, prædatum in Africam trajiceret. Et P. Sulpicio, ut ea- dem classe Macedoniam Græciamque provinciam babe- xet, prorogatum in annum imperium est. De duabus, quæ ad urbem Romam fuerant, legionibus nihil muta- TITE- LIVE. On chargea le préteur de la ville P. Licinius Varus de faire radouber trente vieilles galères, alors réunies dans le port d’Ostie, et d’en armer vingt nouvelles, afin qu'une flotte de cinquante vais- seaux couyriît la côte voisine de Rome. On dé- fendit à C. Calpurnius de s'éloigner d’Arrétium avec ses troupes avant l’arrivée de son succes- seur; on lui recommanda, comme à Tubulus, de prévenir, surtout de ce côté, toute tentative de soulèvement. XXII. Les préteurs partirent pour leurs pro- vinces : des scrupules religieux retenaient les con- suls. On parlait de quelques prodiges dont l'ex- piation paraissait difficile. En Campanie, disait- on, dans la ville de Capoue, le temple de la Fortune et celui de Mars, ainsi que plusieurs tombeaux, avaient été frappés de la foudre; à Cumes | tant il est vrai que, dans les moindres choses , la superstition fait intervenir les dieux!) des rats avaient rengé lesornements d’or du tem- ple de Jupiter. À Casinum, un essaim considéra- ble d'abeïlles s'était abattu dansle forum ; à Ostie, le mur et une porte avaient été frappés du feu du ciel; à Céré, un vautour avait volé dans le tem- ple de Jupiter ; à Velsinies, les eaux du lac s’é- (aient teintes de sang. Pour expier ces prodigesil y eut un jour de supplications; pendant plusieurs autres jours, on immola les grandes victimes, mais sans effet, et la colère des dieux fut longtemps inexorable. Les conséquences funestes de ces pro- diges retombèrent sur la tête des consuls, lesquels payèrent pour la république. Sous le consulat de Q. Fulvius et d'Ap. Claudius, P. Cornélius Sylla, tum. Supplementum, quo opus esset, scriberent consu- les, permissum. Una et viginti legionibus eo anno defen- sum imperium romanum est. Et P. Licinio Varo præ- tori urbis negotiom datum, «ut naves longas triginta veleres reficeret, quæ Osliæerant, et viginti novas naves sociis nayalibus impleret ; ut quinquaginta navium classe oram maris vicinam urbi romanæ tueri posset. » G. Gal- purnius vetitus ab Arretio moyere exercitum, nisi quum successor venisset. Idem et Tubulo imperatum , ut inde præcipue caveret, ne qua nova consilia caperentur. XXII. Prætores in provincias profecti. Cousules reli- gio tenebat, quod , prodigiis aliquot nuntiatis non facile lifabant. Et ex Campania nuntiata erant : Gapuæ duas ædes, Fortunæ et Martis, et sepulcra aliquot de cœlo tacta. Cumis (adeo minimis etiam rebus prava religio in- serit deos) mures in æde Jovis aurum rosisse. Casini exa- men apium ingens in foro consedisse, Et Ostiæ murunm portamque de cælo taciam. Cære vulturium volasse in ædem Jovis. Volsiniis sanguioelacum manasse. Horum prodigiorum causa diem unum supplicatio fuit. Per dies aliquot hostiæ majores sine litalione cæsæ, diuque non impetrata pax deum. En capila consulum, republica inco- lumi , exitiabilis prodigiorum eventus vertit. Eudi Apol- linares, Q. Fulvio, Ap. Claudio consulibus, a P. Corne L 1 HISTOIRE ROMAINE, — LIV. XXVII. préteur de la ville, avait, pour la première fois, célébré les jeux Apollinaires. Depuis, les préteurs de la ville avaient imité son exemple; mais ils vouaient ces jeux pour l’année courante, sans fixer le jour de leur célébration. Cette année, une épidémie terrible éclata dans Rome et dans les campagnes; toutefois elle causa peu de ravage en proportion de sa durée. Pour arrêter les effets du fléau, on fitdes supplications à tous les carrefours de la ville, et P. Licinius Varus, préteur de Rome , eut ordre de proposer au peuple une loi où l’on ferait yœu de célébrer ces jeux à perpé- tuité et à jour préfix. Ce fut lui qui, le premier, les voua selon cette loi, et qui les célébra le trois du mois de juin, jour consacré depuis à celte solennité. : XXIV. La révolte d’Arrétium devenait de jour en jour plus certaine et plus alarmante pour le sénat. Ou écrivit à C. Hostilius de demander sans délai des otages aux Arrélins, et l'on envoya C. Térentius Varro avec pouvoir de recevoir ces otages et de les amener à Rome. À son arrivée, Hostilius ordonna à une légion, qui campait de- vant la ville, d'y entrer enseignes déployées, éta- blit des postes sur tous les points convenables, convoqua les sénateurs au forum et exigea d'eux des otages. Le sénat demandait deux jours pour délibérer : «Des otages sur-le-champ, s'éeria-t-il, ou demain j'enlèverai tous vos enfants.» Il en- _joignit alors aux tribuns militaires, aux comman- dants des alliés et aux centurions de garder les portes pour empêcher toute évasion nocturne: La lenteur et la négligence avec lesquelles cet or- lio Sulla prætore urbis primum facti erant. Inde omnes deinceps prætores urbani fecerant ; sed in unum annum voyebaut , dieque incerta faciebant. Eo anno pestilentia gravis incidit in urbem agrosque; quæ tamen magis in longos morbos, quam in perniciales, evasit. Ejus pesti- lentiæ causa et supplicatum per compita tota urbe est, et P. Licinius Varus prætor urbis legem ferre ad populum jussus, ut hi ludi in perpetuum in sfatam diem yovere2- tur. Ipse primus ita movit, fecitque ante diem tertium Nonas Quintiles. Is dies deinde solennis seryatus. XXIV. De Arretinis et fama in dies gravior, et cura crescere Patribus. Itaque C. Hostilio scriptum ,, ne dif- ferret obsides ab Arretinis accipere ; et, cui traderet Ro- ma deducendos, G. Terentius Varro cum imperio mis- sus. Qui ut advenit, extemplo Hostilius legionem unam, quæ ante urbem castra habebat, signa in urbem ferre jussit, præsidiaque locis idoneiïs disposuit; tum in foro citatis senaforibus obsides imperavit. Quum senatus bi- duum ad considerandum peteret tempus, aut ipsos extem- plo dare, aut se postero die senatorum omnes liberos sumpfurum, edixit. Inde portas custodire jussi tribuni Militum, præfectique socium, et centuriones, ne quis nocte urbe exiret. Ed segnius negligentiusque factum. Se- 25 dre fut exécuté permirent à sept des principaux sénateurs de s'échapper le soir avec leurs en- fants, avant que les sentinelles fussent placées aux portes. Le lendemain , dès la pointe du jour, le sénat avant été réuni au forum, on s’aperçut de leur fuite , et leurs biens furent confisqués. Les autres sénateurs livrèrent cent vingt otages, . leurs propres eufants, qui furent remis à C. Té- rentius pour être amenés à Rome. Le rapport que cet officier fit au sénat ne servait qu’à augmenter les craintes. On se crut menacé d'un soulèvement général de l'Étrurie; on envoya Térentius, à la tête d’une des légions de la ville, pour aller tenir garnison dans Arrétium. C. Hostilius, avec l’autre armée, devait parcourir toute la province et pré- venir toute occasion de tentative séditieuse. C. Té- rentius, en arrivant avec sa légion, demanda aux magistrats les clefs de leurs portes : on lui répon- dit qu'on ne les trouvait pas; mais, persuadé qu’il y avait dans cette disparition plus de mau- vaise foi que de négligence, il en fit faire de nou- velles pour chaque porte, et prit toutes les me- sures nécessaires pour être maître absolu dans la place. Dans un avis à Hostilius , il insista sur un point , c’est qu'il n'y avait de tranquillité à espé- rer de la part des Étrusques qu'autant que la vigilance d'Hostilius empêcherait tout mouve- ment. ess XXV. L'affaire des Tarentins donna lieu ensuite aux débats les plus vifs dans le sénat, en présence de Fabius, qui défendit alors ceux qu’il avait ré- duits par la force de ses armes; les autres séna- teurs étaient irrités et assimilaient leur faute à ptem prinsipes senatus, priusquam custodiæ in portis locarentur, ante noctem cum liberis evaserunt. Postero die, luce prima, quum senatus in forum citari cæptus es- set, desiderati, bonaque eorum venierunt. À ceteris se- natoribus centum viginti obsides , liberi ipsorum, accepti, traditique CG. Terentio Romam deducendi. Is omnia sus- pectiora, quam aute fuerant, in senatu fecit. Itaque, tan- quam imminente etrusco tumultu , legionem alteram ex urpanis Arretium ducere jussus ipse G. Terentius. eam- que habere in præsidio urbis. G. Hostilium cum cetero exercitu placet tolam provinciam peragrare, et cavere, ne qua occasio novare Cupientibus res daretur. C. Teren- tius, ut Arretium cum legione venit, clayes portarum quum magistratus poposcisset, neganiibus iis Comparere, fraude amotas magis ratus, quam negligentia intercidisse, ipse alias claves omnibus portis imposuit ; cavitque cu cura, ut omnia in potestate sua essent. Hostilium inten- tius monuif, ut in e0 speim, non moturos quicquam Etrus- cos , poneret, si, ne quid mOoveri posset , cavisset. XXV. De Tarentinisiade magna couotentione in senatu actum coram Fabio, defendente ipso, quos ceperat ar mis, aliis infensis, et plerisque æquantibus evs Campa- noruin HOXE pœnæqUe. Senatusconsullum in senieniian 26 celle des Campaniens, appelant sur eux le même châtiment. Un sénatus-consulte, rédigé d’après l'avis de Manius Acilius, porta que la ville serait toujours occupée par une garnison romaine, que les Tarenlins ne pourraient sortir de leurs murs, et que l’on ferait un nouveau rapport sur toute l'affaire lorsque l'Italie serait dans une situation plus calme. Quant à M. Livius, commandant de Ja citadelle de Parente, sa cause fut débattue avec non moins de chaleur : selon les uns, c'était un Jâche que devait flétrir le sénatus-consulte pour avoir livré Tarente à l'ennemi; les autres votaient des récompenses au guerrier qui avait tenu cinq ans dans la citadelle, et qui, plus que tout autre, avait contribué à la reprise de Tarente. D'autres prenaient un terme moyen, soutenant que c’é- lait aux censeurs et non au sénat à connaître celte affaire; ce fut l’avis de Fabius. Il ajouta ce- pendant que « lui aussi croyait qu'on devait à Livius la reprise de Tarente, comme ses amis n’a- vaient cessé dele répéter au sénat ; car on n'aurait pas eu à la reprendre s'il ne l'avait perdue. » Le consul T.Quinctius Crispinus partit avec des re- crues pour l’armée de Lucanie, qu'avait comman- dée Q. Fulvius Flaccus. Marcellus était tourmenté de mille serupules religieux qui le retenaient à Rome: ainsi, pendant la guerre de la Gisalpine, à la journée de Clastidium, il avait voué un temple à l'Honneur el à la Valeur, et les prêtres n’en per- mettaient pas la dédicace: ils prétendaient qu'un même sanctuaire ne pouvait être régulièrement consacré à deux divinités ; si la foudre y tombait, ou qu'un prodige quelconque s’y accomplit, il M: Acilii factum est , ut oppidum præsidio custodiretur 5 Trentinique omnes intra mœnia continerentur , res in- tegra postea referretur, quum tranquillior status Italiæ esset. Et de M. Livio, præfecto arcis tarentinæ, haud minore certamine actum est, aliis senstuscopsulto notan- tanfibus præfectum, quod ejus socordia Tarentum pro- diturm hosti esset; aliis præmia decernentibus, quod per quinquennium arcem tutatus esset, maximeque unius ejus Opera. receptum Tarentum foret: mediis ad censores , non ad senatum, notionem de eo pertinere dicentibus : cujus sententiæ et Fabius fuit. Adjecit tamen : « fateri se, opera Livii Tarentum recepitum, quod amici ejus vulgo 11 senatu jaclassent; neque enim recipiendum fuisse, nisi amissum foret. » Consulum alter T. Quinctius Crispinus ad exercitum, quem Q.Fulvius Flaccus habuerat, cum sup- plemento in Lucanos est profectus. Marcelium aliæ atque aliæ objectæ animo religiones tenebant. In quibus, quod, quum bello gallico ad Clastidium ædem Honori et Vir- tuil vovisset, dedicatio ejus a pontificibus impediebatur; quod negabant, unam cellam duobus recte dedicari ; quia , si de cœlo tacta, aut prodigi; aliquid in ea factum esset, difficiis procuratio foret; quod , utri deo res di- vina fieret, sciri non posset, Neque enim duobus, nisi TITE-LIVE, serait difficile de faire les expiations, parce qu’on ne saurait à quel dieu adresser le sacrifice. On ne pouvait, en effet, suivant les rites, immoler une seule et même victime à deux divinités, excepté dans certains cas. On éleva donc à la hâte un se- cond temple, dédié à la Valeur; mais Marcellus n'en fit point la dédicace : il fut forcé d'aller re- joindre avec ses recrues l’armée qu'il avait laissée l’année précédente à Vénouse. Crispinus entreprit d’assiéger Locres dans le Brutlium; préoccupé qu’il était de la gloire dont la reprise de Tarente avait couvert Fabius, il avait fait venir de Sicile des machines de toute espèce, et même des vais- seaux pour attaquer la ville du côté de la mer. Il leva le siége à la nouvelle qu'Annibal s’appro- chait de Lacinie avec toutes ses forces, et que son collègue , avec qui 1l voulait faire sa jonction, était déjà sorti de Vénouse. Il retourna donc du Bruttium dans l’Apulie, et les deux consuls éta- blirent leurs camps entre Vénouse et Bantia, à trois mille pas environ l’un de l’autre. Annibal les suivit dans cette province, après avoir détourné le coup qui menaçait Locres. Presque chaque jour les consuls venaient, dans leur bouillante ar- deur, lui présenter la bataille : ils se croyaient sûrs de vaincre, si l'ennemi osait se risquer con- tre les deux armées consulaires réunies. XXVI. Annibal qui, l’année précédente, s'était mesuré deux fois avec Marcellus, et qui avait été vainqueur et vaineu tour à tour, sentait que, dans un nouveau combatavec le consul, il avait autant de chances d'espoir que de crainte ; mais contre deux consuls, la lutte n'était pas égale. Aussi, tout certis, deis rite una hostia fieri. Ita addita Virtutis ædes approperato opere; neque tamen ab ipso ædes eæ dedi- catæ sunt. Tum demum ad exercitum, quem priore anno Venusiæ reliquerat, cum supplemento proficisci- tur. Locros in Bruttiis Crispinus opougnare conatus, quia magnam famam attulisse Fabio Tarentum rebatur, omne genus tormentorum machinarumque-ex Sicilia ar- cessierat; et naves indidem accitæ erant, quæ vergen- tem ad mare partem wrbis oppugnarent. Ea omissa O0p- pugnatio est, quia Lacinium Annibal admoverat copias ; et collegam eduxisse jam ab Venusia exercitum famaerat, cui copjungi volebat. Itaque in Apuliam ex Bruttñs redi- tum , et inter Venusiam Bantiamque, minus trium mil- lium passuum intervallo, consules binis castris consede- rant. In eamdem regionem et Annibal rediit, averso ab Locris bello. Ibi ambo consules , ingenio feroces, prope quotidie in aciem exire ; haud dubia spe, si duobus exer- cilibus consularibus junctis commisisset sese hoslis, de- bellari posse. XX VI. Annibal quia cum Marcello bis prioreanno Con- gressus vicerat victusque erat, ut, cum eodem si dimi- -candum foret, nec spem, nec metum ex vano haberel; ita duobus consulibus haudquaquam sese parem futurum HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVIL entier à la ruse, son arme favorite, il ne cher- chait que l’occasion d'une embuscade. Cependant de légères escarmouches se livraient entre les deux camps et le succès était balancé. Les consuls, persuadés que la campagne pouvait s'écouler ainsi et qu’il n’était pas impossible de reprendre en même temps le siése de Locres, écrivirent à L. Cincius de passer de la Sicile à Locres avec sa flotte; et, pour presser aussi la place par terre, ils dirigèrent vers ce point une partie de l’armée qui tenait garnison à Tarente. Annibal, instruit de ces projets par quelques habitants du Fhu- rium , envoya des troupes pour couper la route de Tarente. Trois mille cavaliers et deux mille fantassins s’'embusquèrent, à Pétélie, au pied d’une colline. Les Romains, qui s’avançaient sans avoir exploré la route, tombèrent dans le piége et lais- sèrent deux mille morts et environ quinze cents prisonniers. Les autres s’enfuirent , se dispersè- rent dans les forêts et les champs, et rega- gnèrent Tarente. Il y avait entre le camp des Carthaginoïis et celui des Romains une hauteur couverte de bois, qu'aucune des deux armées n'avait d’abord occupée : les Romains, parce que la côte qui faisait face à l'ennemi leur était in- connue; Annibal, parce qu'il la jugeait moins convenable pour un campement que pour une embuscade. Pendant la nuit, il y fit passer quel- ques escadrons numides, les cacha au centre du bois, avec défense de quitter leur poste pendant le jour, de peur que l'éclat de leurs armes ne les trahit au loin. Dans le camp romain , ce n’était qu'un cri : il fallait s'emparer de cette colline et credebat. Itaque, totus in suas artes versus, insidiis lo - cum quærebat. Levia tamen prælia inter bina castra va- rio eventu fiebant; quibus quum extrahi æstatem posse consules crederent, nihilo minus oppugnari Locros posse rati, L. Cincio, ut ex Sicilia Locros cum classe trajice- ret, scribunt. Et, ut ab terra quoque oppugnari mœænia possent, ab Tarento partem exercitus, qui in præsidio erat, duci eo jusserunt. Ea ita futura per quosdam Thu- rinos compertum Annibali quum esset, mittit ad insiden- dam ab Tarento viam. {bi sub tumulo Peteliæ tria millia equitum, peditum duo in occulto locata; in quæ inexplo- rato euntes Romani quum incidissent , ad duo millia ar- atorum cæsa, mille et quingenti ferme vivi capli; alii dissipati fuga per agros saltusque Tarentum rediere. Tu- mulus erat silvesiris inter punica et romana castra, ab veutris primo occupatus : quia Romani, qualis pars ejus, quæ vergeret ad hostium castra, esset, ignorabant ; An- nibal insidiis, quam castris, aptiorem eum crediderat. laque nocte ad id missas aliquot Numidarum turmas medio in saltu condiderat, quorum interdiu nemo ab sta- tione movebatur, ne aut arma, aut ipsi procul conspice- rentur. Fremebant vulgo in castris romanis, occupan- dum eum tumulum esse, et castello firmandumi ; ne, si 27 s’y fortifier : si Annibal venait à l'occuper, ils au- raient l'ennemi au-dessus de leurs têtes. Cette circonstance fit impression sur Marcellus : « Eh bien , dit-il à son collègue, allons nous-mêmes reconnaître ces lieux avec quelques cavaliers. En voyant par nos propres Yeux, nous prendrons une décision plus sûre. » Crispinus y consentit, et ils partirent à la tête de deux cent vingteavaliers, dont quarante de Frégelles, les autres tous Étruriens. Avec eux étaient M. Marcellus, fils du consul, et À. Manlius, tous deux tribuns militaires, ainsi que les deux commandants des alliés, L. Arennius et Manius Aulius. On a dit que ce jour-là Marcellus offrit un sacrifice, et que la première victime présenta un foie sans tête; dans la seconde, rien ne manquait aux entrailles, et même une excrois- sance se montrait à la tête du foie : l’aruspice n'avait pas vu sans crainte un signe trop heureux succéder ainsi à un premier présage si vicieux et si funeste. : XXVII. Au reste, Marcellus avait un tel désir d'en venir aux mains avec Annibal, qu'il ne eroyait jamais son camp assez près du camp ennemi. Ce jour-là même, en sortant du retranchement, il donna l'ordre aux soldats de se tenir prêts à plier bagage et à le suivre, si la hauteur qu’il allait ob- server offrait une position avantageuse. La plaine avait peu détendue en face du camp, et, jus- qu’à la colline, la route était nue et entièrement découverte. Un Numide y avait été placé en ob- servation, non qu'Annibal eût compté sur une oc- casion si belle, mais pour qu’on püt surprendre les Romains isolés qui s’éloigneraient trop du camp | occupatus ab Annibale foret, velut in cervicibus haberent hostem. Movit ea res Marcellum, et collegæ : «Quinimus, inquit, ipsi cum equitibus paucis explorafum ? Subjecta res oculis nostris certius dabit consilium. » Consentiente Crispiao, cum equitibus ducentis et viginti, ex quibus quadraginta Fregellani, ceteri Etrusci erant, proficis- cuntur. Secuti M. Marcellus consulis filius, et A. Manlius, tribuni militum; simul et duo præfecti socium, L. Aren- pius, et M’. Aulius. Immolasse eo die quidam memoriæ prodidere consulem Marcellum , et, prima bostia cæsa, jecur sine capite inventum ; in secunda Omnia COmpa- ruisse , quæ assolent. Auctum etiam visum in capile ; nec id sane haruspici placuisse, quod, secundum truncea et turpia exta , nimis læta apparuissent. XXVII Ceterum consulem Marcellum tanta cupiditas tenebat dimicandi cum Annibale, ut nunquam satis cas- tra castris collata crederet. Tum quoque vallo egrediens signum dedit, ut ad locum miles esset paratus : ut, si collis, in quem speculatum irent, placuisset, vasa colli- gerent ,acsequerentur. Exiguum campi ante castra erat; inde in collem aperta undique et conspecta ferebat via. Numidis speculator, nequaquam in spem tan(æ rei posi- tus , sed si quos vagos, pabuli aut lignorum causa longius 28 en allant au bois ou au fourrage. Il fit signe à ses compagnons de déboucher tous ensemble de leur retraite. Cependant ceux qui devaient surgir du haut de la colline, pour faire tête aux Romains, ne se montrèrent qu'après avoir donné aux au- tres Numides le temps de tourner l'ennemi et de lui couper la retraite par derrière. Tous alors ap- parurent à la fois et tombèrent à grands cris sur les Romains. Les consuls se virent donc surpris au milieu de la vallée, sans pouvoir ni gagner la hauteur occupée par l'ennemi, ni revenir sur leurs pas à travers les escadrons qui les envelop- paient par derrière. Toutefois le combat aurait pu durer plus longtemps, si la fuite des Étrus- ques n’eût jeté l'épouvante parmi les autres. Mal- gré cette désertion, les Frégellans ne quittèrent pas le champ de bataille tant que les consuls, qui n'avaient pas de blessures, soutinrent leur courage par des exhortations et par l'exemple de leur propre valeur. Mais, quand ils les virent frappés tous deux, et que Marcellus, atteint d’un coup de lance, tomba mourant de son cheval, le peu qui en restait s'enfuit avec le consul Cris- pinus, percé de deux javelots, et le jeune Mar- cellus, également blessé. À. Manlius, tribun mi- litaire, fut tué, ainsi que Manius Aulius, l’un des deux chefs des alliés; l’autre, L. Arennius, fut fait prisonnier. Cinq licteurs des consuls tombè- rent vivants aux mains de l'ennemi; le reste fut massacré ou s'enfuit avec le consul : quarante- trois chevaliers périrent tant dans l’action que dans la fuite, dix-huit furent faits prisonniers. On s’agitait déjà dans le camp, on allait voler au se- a casiris progressos, possent excipere, signum dat, ut | pariter ab suis quisque latebris exorirentur. Non ante ap- paruere, quibus obviis ab jugo ipso consurgendum erat, quam circumiere, qui a tergo includerent viam. Tum uudique omnes exorti, et clamore sublato impetum fece- _ re. Quum in ea valle consules essent, ut neque evadere possent in jugum occupaium ab boste, nec receptwm ab tergo circumventi haberent; extrahi tamen diutius certa- men potuisset, ni cæœpta ab Etruscis fuga ravorem cete- ris injecisset. Non tamen omisere pugnam deserti ab Étruscis Fregellani, donec integri consules hortando, ipsique ex parte pugnando rem sustinebant. Sed, post- quam yulneratos ambo consules, Marcellum etiam trans- fixum lancea prolabentem ex equo moribundum videre, tum et ipsi (perpauci autem supererant) cum Crispino consule duobus jaculis icto, et Marcello adolescente, sau- ce et ipso, effugerunt. Interfectus A. Manlius tribunus miütum, et ex duobus præfectis socium M’. Aulius occi- sus, L. Avennius captus. Et lictores consulum quinque vivi in hostium potestatem venerunt : ceteri autinterfecti, ani cum Consule effugerunt. Equites tres et quadraginta, aut in præho, aut in fuga, ceciderunt, duodeviginti vivi capti. Fumultuatum et in castris fuerat, ut consulibus TITE-LIVE. cours des consuls, lorsqu'on vit arriver Crispinus et le fils de son collègue , tous deux blessés, avec les faibles débris d’une expédition si désastreuse. La mort de Marcellus, d'ailleurs si déplorable, le fut surlout à cause de cette imprévoyance qui, à son âge, à plus de soixante ans, lui avait fait oublier toute l'expérience d’un vieux capitaine el l'avait entraîné dans ce piége fatal, lui, son collègue et la république presque tout entière. Ce serait se condamner à de longues digres- sions que de vouloir exposer les récits divers des historiens sur la mort de Marcellus. Je ne parle- rai que de L. Gélius; il donne trois versions dif- férentes, fondées, l’une sur la tradition, Pautre sur l'éloge funèbre prononcé par le jeune Mar- cellus, qui avait assisté au combat, la troisième sur ses propres recherches qu’il donne pour très-exactes. Au reste, dans cette diversité d'o- pinions, la plupart disent qu’il était sorti de son camp pour aller à la découverte; tous, qu'il tomba dans une embuscade. XXVIHIL. Annibal, pensant que la mort de l'un des deux consuls et la blessure de l’autre avaient jeté l’épouvante parmi les ennemis, voulut profiter de l’occasion, et transporta aussitôt son camp sur la hauteur où l'on avait combattu. Il y trouva le corps de Marcellus, qu'il fit ensevelir. Grispinus ;; effrayé de la mort de son collègue et de sa propre blessure, partit à la faveur de la nuit suivante; gagna les montagnes les plus voisines, et assit son camp sur la cime la plus élevée et la plus sûre. Alors s’engagea entre les deux généraux unellulte de finesse, d'une part pour dresser des piéges, de irent subsidio; quum consulem et filium alterius consulis saucios, exiguasque infelicis expeditionis reliquias, ad castra venientes cernunt. Mors Marcelli quum alioqui mi- serabilis fuit, tum quod nec pro ætate (major jam enim sexaginta annis erat), neque pro veteris prudentia ducis, tam improvide se, collegamque, et prope totam rempu blicam , in præceps dederat. Multos circa unam rem am bitus fecerim, si, quæ de Marcelli morte variantauctores, omnia exsequi velim. Ut omittam alios, L. Cœlius tripli- cem rei gestæ ordinem edit : unam traditam fama; al- teram scriptam laudatione filii , qui rei gestæ interfuerit; tertiam, quam ipse pro inquisita ac sibi comperta affert. Ceterum ita fama variat, ut tamen plerique loci specu landi causa castris egressum; omnes insidiis Circumven- tum tradant. XXVIEL. Annibal, magnum terrorem hostibus, morte consulis unius , vulnere alterius , injectum esse ratus , né cui deesset occasioni, castra in tumuium , in quo pugnè tum erat, extemplo transfert. Ibi inventum Marcelli cor: pus sepelit. Crispinus, et morte collegæ, et suo vulneré territus, silentio insequentis noctis profectus, quos proxt mos nactus est montes, in iis loco alto et tuto undiqué castra posuit. Ibi duo duces sagaciter moti sunt, alter ad HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVIT. - l’autre pour les déjouer. Avecle corps de Marce!- lus, son anneau étaif tombé au pouvoir d’Annibal: Crispinus craignit que le général carthaginoïs ne s'en fit un instrument de tromperie et de ruses, et il envoya des courriers dans toutes les villes voisines pour leur annoncer que son collègue était mort, que l'ennemi s'était emparé de son anneau, et quil fallait se défier de toute lettre écrite au nom de Marcellus. Le messager du con Sul venait de se présenter à Salapie, lorsqu'on apporta une lettre d’Annibal, écrite au nom de Marcellus : « La nuit suivante, disait-il, il arrive- rait à Salapie. I] fallait que la garnison se tint . prête, si l’on avait besoin de ses services. » Les habitants ne donnèrent pas dans le piége; ils comprirent qu'Annibal, également furieux de leur défection et de la perte de ses cavaliers, ne cherchait qu'une occasion de vengeance. Ils con- gédièrent le transfuge romain qui avait servi de messager, afin que la garnison püût prendre sans témoins toutes les disposition convenahles. Les ha- bitants furent établis sur les murs et dans les en- droits qu'il était bon de garder. Les sentinelles et les postes furent renforcés pour cette nuit-là avec une attention toute particulière. La porte où l’on attendait l’ennemi fut confiée à l'élite de la garni- son. Annibal arriva vers la quatrième veille. Son avant-garde se Composait de transfuges romains, armés à la romaine. Parvenus à la porte, ilss’adres- sèrent en latin aux gardes, les appelèrent et leur commandèrent d'ouvrir : « C'était le consul », di- saient-ils. Les gardes, qui feignirent de s'éveiller à leurs cris, se pressèrent en désordre , S'agitè- inferendam., alter ad cavendam fraudem. Annulo Mar- celli simul cum corpore Aunibal-potitus erat. Ejus signi errore ne cui dolus necteretur a Pœno, metuens Crispi- nus, ciFca civitates proximas miserat nuntios : occisum collegam esse, annuloque ejus hostem potitum : ne qui- bus literis. crederent nomine Marcelli compositis. Paullo anie hic nuniius consulis Salapiam venerat, quun literæ ab Annibale allatæ sunt, Marcelli nomine compositæ : « Se nocte, quæ diem illum seculura esset, Salapiam venturum : paraii milites essent, qui in præsidio erant, si quo opera eorum opus esset. » Sensere Salapitani frau- dem : etabira, non defectionis modo, sed etiam equi- tum interfectorum, rati occasionem supplicii peti, remisso retro nuntio (perfuga autem romanus erat ), ut sine ar- bitro milites, quæ vellent, agerent, oppidanos per mu- ros urbisque opportuna loca in stationibus disponunt ; custodias vigiliasque in eam noctem intentius instruunt. Girca portam, qua venturum hostem rebantur, quoi ro- boris in præsidio erat, opponunt. Annibal quarta vigilia ferme ad urbem accessit, Primi agminis erant perfugæ Romamorum, et arma romana habebant. li , ubi ad por- tam est Yentum , latine omnes loquentes excitant vigiles, aperirique portam jubent : consulem adesse. Vigiles, ve- 29 rent, ébranlèrent la porte. La herse était abattue et fermée : ils la soulevèrent avec des leviers et des cordes , et la suspendirent à une hauteur suf- fisante pour qu'un homme pût passer debout. À peine l'entrée était-elle libre que les transfuges s'y précipitèrent à l’envi. Déjà six cents d’entre eux environ étaient dans la ville, quand tout à coup on lâcha la corde, et la herse qu’elle soutenait tomba avec grand bruit. Une partie des habitants fit main basse sur ces transfuges, qui, comme des gens en marche arrivant chez des amis, lais- saient pendre leurs armes derrière leur dos; d’au- tres, du haut des murs et de la tour qui dominait la porte, repoussèrent l'ennemi à l’aide de pierres, de bâtons et de javelots. Annibal, se voyant pris dans ses propres piéges, se relira et prit la route de Locres pour en faire lever le siége, que Cincius pressait vigoureusement avec le matériel et les. machines de tout genre apportés deSicile. Magon désespérait déjà de défendre et de conserver la place, lorsque la mort de Marcellus fit brillerà ses yeux une lueur d’espérance. Bientôt il apprit par un courrier qu'Annibal, précédé de sa Cava- lerie numide, s’avançait en personne, avec toute la diligence possible, à la tête de son infanterie. Aux premiers signaux qui lui annoncèrent l'ap- proche des Numides, Magon fit ouvrir tout à coup les portes et chargea brusquement l'ennemi. Et, d'abord, la soudaineté de sona ttaque, plutôt que l'égalité de ses forces avec celles des Romains, rendit le combat douteux. Mais, à l’arrivée des Numides, l'épouvante se répandit parmi les Ro- mains ; ils s'enfuirent en désordre vers la mer et lut ad vocem eorum excitati, tumultuari , trepidare, mo- liri portam. Cataracta dejecta clausa erat. Eam partim vectibus levant : partim funibus subducunt in tantum al- titudinis, ut subire recti possent. Vixdum satis patebat iter , quum perfugæ certatim ruunt per portam : et quum sexcenti ferme intrassent, remisso fune, quo suspensa erat, cataracta magno sonitu cecidit. Salapitani,, alii pec- fugas negligenter ex ilinere suspensa humeris, ut inter pacatos, gerentes arma,, invadunt : alii e turri ejus portæ murisque saxis, sudibus, pilis, absterrent hostem. Jia inde Annibal suametipse fraude captus abiit : profectusque ad Locrorum solvendam obsidionem, quam Cincius sum- ra vi, Operibus tormentorumque omni genere ex Sicilia advecto, oppugnabat. Magoni, jam baud ferme fidenti, retenturum defensurumque se urbem, prima spes, morte nuntiata Marcelli, affulsit. Secutus inde nuntius , Anni- balem, Numidarum equitatu præmisso, ipsum; quan- tum accelerare posset, cum peditum agmine sequi. Itaque ubi primum Numidas edito e speculis signo adventare sensit, et ipse, patefacta repente porta, ferox in hostes erumpit. Et primo, magis quia improviso id fecerat, quam quod par viribus esset, anceps certamen eraf; dein- de , ut supervencre Numidæ , tantus pavor Romanis est 80 se rembarquèrent, abandonnant les instruments et les machines qui servaient à battre les murs. Cest ainsi que l'arrivée d’Annibal fit lever le siége de Locres. XXIX. Lorsque Crispinus sut qu'Annibal était parti pour le Bruttium , il chargea M. Marcellus, tribun militaire, de conduire à Vénouse l’armée qu'avait commandée son collègue. Pour lui , il se dirigea vers Capoue avec ses légions, ayant peine à supporter le mouvement de sa litière, tant ses blessures étaient douloureuses. Il écrivit à Rome pour faire connaître la mort de son collègue et son propre danger : « Il ne pouvait, disait-il , se rendre à Rome pour les comices; il ne se sentait pas en état de soutenir la fatigue du voyage ; d’ailleurs il était inquiet de Tarente; il craignait que du Bruttium Annibal ne vint fondre sur cette ville. 11 était nécessaire qu’on lui envoyät pour lieutenants des hommes expérimentés, avec lesquels il pût se concerter sur les besoins de la république. » La lecture de cette lettre inspira de vifs regrets pour le consul qu’on avait perdu, et -des craintes sérieuses pour l’autre. On fit donc partir Q. Fabius, le fils, pour l’armée de Vénouse, et trois lieutenants se rendirent auprès du consul : c'étaient Sext. Julius César, L. Licinius Pollio et L. Cincius Alimentus qui, depuis quelques jours seulement, était revenu de Sicile. Ils étaient chargés de dire au consul que, s'il ne pouvait se rendre lui-même à Rome pour les comices, il eût à nommer, sur le territoire romain, un dictateur pour présider l'assemblée. Dans le cas où le consul serait déjà parti pour Tarente, on décidait que injectus, ut passim ad mare ac naves fugerent; relictis operibus machinisque, quibus muros quatiebant. Ita ad- ventu Annibalis soluta Locrorum obsidio est. XXIX. Crispious, postquam in Bruttios profectum Annibalem sensit , exercitum, cui coliega præfuerat, M. Marcellum tribunum militum Venusiam abducere jus- sit, Ipse, cum legionibus suis Capuam profectus, vix lecticæ agitationem præ gravitate vulnerum patiens , Romam literas de morte collegæ scripsit, quantoque ipse in discrimine esset. « Se comitiorum causa non posse Romam venire : quia nec viæ laborem passurus videre- tur, et de Farento sollicitus esset, ne ex Bruttiis Anni- bal eo converteret agmen. Legatos opus esse ad se mitti, viros prudentes ; cum quibus, quæ vellet, de republica loqueretur.» Hæ literæ recitatæ magnum et luctum morte alterius consulis , et metum de altero fecerunt. Itaque et Q: Fabium filium ad exercitum Venusiam miserunt : et ad consulem tres legati missi, Sext. Julius Cæsar , L. Li- cinius Pollio, L. Gincius Alimentus, quum paucis ante diebus ex Sicilia redisset. Hi nuntiare consuli jussi, ut, si ad comitia ipse Romam venire non posset , dictatorem in agro rowano diceret comitiorum causa. Si consul T'a- rentum profectus esset, Q: Claudium prætorem placere TITE-LIVE. le préteur Q. Claudius emmènerait ses légions dans la contrée où il y aurait le plus de villes al- liées à défendre. Ce fut pendant cette campagre que M. Valérius passa de Sicile en Afrique, à la tête d’une flotte de cent voiles, fit une descente près de Clypéa, et étendit au loin la dévastation, rencontrant à peine quelques détachements. Puis ses soldatsse rembarquèrent précipitamment à la nouvelle inattendue de approche d’une flotte car- {haginoïse , forte de quatre-vingt-trois vaisseaux. L’amiral romain livra bataille à la hauteur de Clypéa et fut vainqueur; il prit aux ennemis dix-huit navires, dispersa les autres, et rentra dans le port de Lilygbée avec un immense butin, fruit de sa descente en Afrique et de sa victoire navale. Ce fut aussi pendant cetle campagne que Philippe, sollicité par les Achéens, leur fournit des secours contre Machanidas, tyran de Sparte, qui mettait leurs frontières à feu et à sang, et contre les Etoliens, dont les troupes avaient traversé le détroit qui sépare Naupacte de Patras { dans le pays on l'appelle Rhion ), et ravageaient également l’Achaïe. On disait aussi qu'Attale, roi d'Asie, à qui les Étoliens, dans leur dernière assemblée, avaient déféré la souveraine magistra- ture de leur ligue, allait passer en Europe. XXX. Philippe descendit donc en Grèce; près de Lamia, il rencontra les Étoliens sous la con- duite de Pyrrhias, élu stratége pour cette année avec Altale, qui était absent. Mais ce prince leur avait envoyé des auxiliaires, etils avaient aussi dans leurs rangs environ mille soldats de la flotte romaine, que P. Sulpicius leur avait fournis. Py- jn eam regionem inde abducere legiones ; in qua pluri- mas sociorum urbes tueri posset. Eadem æstate M. Va- lerius cum classe centum navium ex Sicilia in Africam transmisit : et, ad Clupeamn urbem exscensione facta, agrum late, nullo ferme obvio armato, vastabat. inde #d naves raptim prædatores recepti, quia repente fama ac- cidit, classem punicam adventare. Octoginta erant et tres naves. Cum iis haud procul Clupea prospere pugnat Ro- rnanus. Decem et octo navibus captis, fugatis aliis, Cum magna terrestri navalique præda , Lilybæum rediit. Ea- dem æstate et Philippus implorantibus Achæis auxilium tulit : quos et Machanidas tyrannus Lacædemoniorum finitimo bello urebat; et Æioli, navibus per fretum, quod Naupactum et Patras interfluit (Rhion incolæ vocant); exercitu trajecto, depopulati erant. Attalum quoque re: gem Asiæ, quia Æloli summum gentis suæ magistratun ad'eum proximo concitio detulerant , fama erat in Euro- pan trojecturum. XXX. Ob bæc Philippo in Græciam descendenti ad Lamiam urbem Ætoli, duce Pyrrhia, qui prætor in eum annum cum absente Attalo creatus erat, occurreruné. Ha bebant et ab Attalo auxilia secum : et mille ferme €x F0 mana classe, a P. Sulpicio missos. Adyersus hunc ducenl HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVII. rhias et son armée furent vaincus deux fois par Philippe ; les deux rencontres leur coûtèrent près de mille hommes. Les Étoliens cédèrent alors à la crainte et se renfermèrent dans les murs de Lamia; Philippe ramena ses troupes à Phalara. C'est une ville située sur le golfe Maliaque; elle renfermait autrefois une population nombreuse à cause de l'excellence de son port, de la sûreté des rades avoisinantes, et de tout ce qu’elle offrait d'avantages du côté de la terre et du côté de la mer. Là se rendirent les ambassadeurs du roi d'Égypte, de Ptolémée, de Rhodes, d'Athènes et de Chio, qui avaient mission de mettre fin aux dé- mélés de Philippe et des Étoliens. Ces derniers prirent pour médiateur, parmi les princes voisins, Amynandre, roi des Athamanes. Si tant de peu- ples s’inquiétaient , ce n’était pas en faveur des Étoliens , dont la fierté s'accordait mal avec l’es- prit des peuples de la Grèce, mais en haine de Philippe et de sa puissance, que l’on considérait comme (rès-menaçante pour la liberté, s’il s'im- misçait dans les affaires de la Grèce. La discussion de Ja paix fut ajournée à l'assemblée des Achéens; on prit jour et lieu pour cette assemblée : on ob- tint jusque-là une suspension d'armes de trente jours. Philippe traversa ensuite la Thessalie et la Béotie, etserendità Chalcis, en Eubée, pour fermer l'entrée des ports et l’accès des côtes à Attale, qui faisait voile, disait-on, vers cette île. 11 y laissa des forces suflisantes pour repousser ce prince, si par hasard il se présentait en son absence, et, suivi de quelques cavaliers et de ses troupes lé- gères, il partit pour Argos. La présidence des atque has copias Philippus bis prospero eventu pugnavit ; mille admodum hostium utraque pugna occidit. Inde quum Æloli metu compulsi Lamiæ urbis mœnibus tene- rent sese, Philippus ad Phalara exercitum reduxit. In Maliaco sinu is locus est, quondam frequenter habitatus propter egregium portum, tutasque circa stationes, et aliam opportunitatem maritimam terrestremque. Eo le- gali ab rege Ægypti Ptolemæo, Rhodisque, et Athe- niensibus, et Chiis venerunt, ad dirimenduminter Phi- lippum atque Ætolos béllum. Adhibitus ab Ætolis et ex finitimis pacificator Amynander, rex Athamanum. Om- nium autem non tanta pro Ætolis cura erat, ferocioribus quam pro ingeniis Græcorum genlis, quam ne Philippus régaumque ejus, grave libertati futurum, rebus Græciæ imuisceretur. De pace dilata consultatio est in concilium Achæorum ; concilioque ei et locus et dies certa indicta. Interim triginta dierum indutiæ impetratæ. Profectus inde rex per Thessaliam Bœotiamque , Chalcidem Eubœæ venit, ut Attalum, quem classe Eubœam petiturum au- dierat portubus et litorum appulsu arceret. Inde, præ- sidio relicto adversus Aitalum, si forte interim trajecis- set, profectus ipse cum paucis equitum levisque armatu- Tæ, Argos venit. Ibi curatione Heræorum Nemeorumque 54 jeux Héréens et Néméens lui avait été donnée par les suffrages unanimes du peuple, en vertu de la prétention qu'ont les rois de Macédoine d'être originaires d’Argos. Après la célébration des jeux Héréens, à l'issue même de la fête, il partit pour Égium, où depuis longtemps était con- voquée l'assemblée des alliés. On y parla de met- tre un terne à la guerre d’Étolie, afin de ne point fournir aux Romains ou à Attale un prétexte pour entrer en Grèce. Mais, avant l’expiration même de la trève, les Étoliens dérangèrent tous ces plans, du moment où ils apprirent qu'Attale était arrivé à Égine et que la flotte romaine mouillait à Naupacte. Introduits dans l'assemblée des Achéens, où se trouvaient les mêmes députations qui avaient traité de la paix à Phalara, ils se plai- gnirent d’abord de quelques légères infractions à la foi du traité commises pendant la trève; puis ils déclarèrent que pour finir la guerre il fallait que les Achéens rendissent Pylos aux Messéniens, qu'on restituât lAtintanie aux Romains, et le pays des Ardyéens aux rois Scerdilédus et Pleu- ratus. Mais Philippe, indigné que des vaincus vou- lussent faire la lôi au vainqueur, répondit que «s’il avait écouté des propositions de paix, s’il avait consenti à une trève, ce n’était pas dans l'espoir que les Étoliens resteraient en repos, il avait voulu prouver aux alliés qu'il désirait la paix, et qu'eux, ils ne cherchaient que des pré- textes de guerre. » Il congédia donc l'assemblée sans qu’on eût conclu aucun arrangement, laissa quatre mille hommes aux Achéens pour leur dé- fense et reçut d’eux cinq vaisseaux longs. Il vou- suffragiis populi ad eum delata, quia se Macedonum re- ges ex ea civitate oriundos referunt, Heræis peractis, ab ipso ludicro extemplo Ægium profectus est, ad indictum multo ante sociorum concilium. Ibi de Ætolico finiendo bello actum , ne causa aut Romanis , aut Attalo intrandi Græciam esset. Sed ea omnia , vixdum indutiarum tem- pore circumacto, Æitoli turbavere, postquam et Attalum Æginam venisse , et romanam classem stare ad Naupac- tum audivere. Vocati enim in concilium Achæorum , in quo eædem legationes erant, quæ ad Phalara egerant de pace, primum quesli sunt quædam parva contra fidem conventionis tempore indutiarum facta : postremo nega- runt dirimi bellum posse, nisi Messeniis Achæi Pylum redderent, Romanis restitueretur Atintania, Scerdilædo et Pleurato Ardyæi. Enimvero indignum ratus Pbilippus, victos victori sibi ultro conditiones ferre : « Ne antea quidem se aut de pace audisse, aut indutias pepigisse , dixit, spem ullam habentem quieturos Ætolos: sed ut omnes socios testes haberet, se pacis, illos belli causam quæsisse. » Ita infecta pace concilium dimisit, quatuor millibus armatorum relictis ad præsidium Achæorum, et quinque longis navibus acceptis. Quas si adjecisset missæ nuper ad se classi Carthaginiensium, et ex Bithynia ab 92 lait les joindre à la flotte carthaginoïse et aux na- vires que lui envoyait Prusias , roi de Bithynie, et livrer bataille à la flotte romaine, depuis long- temps maîtresse de la mer dans les parages de la Grèce. En attendant, il retourna à Argos : les jeux Néméens approchaïent, et il tenait ace quon ne les célébrât pas sans lui. XXXI. Le roi était tout entier à la solennité des jeux, et il consacrail ces jours à la mollesse et à des excès dangereux dans un temps de guerre, lorsque P. Sulpicius, s’éloignant de Naupacte, jeta l’ancre entre Sicyone el Corinthe et livra à la dévastation ce territoire renommé pour sa fertilité. Cette nouvelle rappela Philippe à lui- même : il partit à la hâte avec sa cavalerie, ordonna à son infanterie de le suivre, fondit à limproviste sur les Romains épars ça et là dans la la campagne et chargés de butin, et les refoula jusque dans leurs vaisseaux. La flotte romaine retourna à Naupacte avec de faibles débris de ses prises. Philippe acheva alors les jeux , au milieu d'une grande affluence de spectateurs qu'avait augmenté le bruit de cet avantage peu important, il est vrai, mais obtenu sur les Romains; et ce fut avec un enthousiasme vraiment universel qu'on célébra les fêtes. La joie fut d'autant plus vive que, pour se rendre populaire, le roi, dépouil- fant le diadème, la pourpre et toutes les autres marques de la royauté, se meltait au niveau des simples citoyens , spectacle si séduisant pour des cités libres. Par cette conduite, il eût fait espérer le rétablissement de leur liberté, si ses odieuses débauches n’eussent répandu partout le déshon- rege Prusia venientibus navibus , statuerat navali prœæ- lio lacessere Romanos, jam diu in ea regione potentes maris. lpse ab eo concilio Argos regressus ; jam enim Nemeorum appetebat tempus, quæ celebrari volebat præsentia sua. XXXI. Occupato rege apparatu ludorum, ef per dies festos licentius, quam inter belli tempora, remittente animum , P. Sulpicius, ab Naupacto profectus , classem appulit inter Sicyonem et Gorinthum, agrumque nobi- lissimæ fertilitatis effuse vastavit. Fama ejus rer Philip- _pumab ludis excivit : raptimque cum equitatu profectus, jussis subsequi peditibus, palatos passim per agros gra- vesque præda , ut qui nihil tale metuerent, adortus Ro- manos ; compulit in naves. Classis romana, haudquaquam læta præda, Näupactum rediit. Philippo quoque ludorum, ‘qui reliqui erant, celebritatem quantæcunque , de Ro- manis tamen, victoriæ partæ fama auxerat; lætitiaque ingenti Celebrati festi dies : eo magis etiam, quod popu- Jariter dempto capitis insigni, purpuraque, atque alio regio habit, æquaverat ceteris se in speciem ; quo nihil gratius est civitatibus liberis. Præbuissetque haud dubiam eo facto spem libertatis, nisi omnia intoleranda libidine fœæda ac deformia effecisset. Vagabatur enim eum uno TITE -LIVE. neur et le deuil. On le voyait, en effet, courir nuit et jour avec un ou deux compagnons de plaisirs, pénétrer dans les maisons pour outrager les maris, et, affectant de descendre à la con- dilion d'homme privé, se livrer à une dissolu- tion d'autant plus grande, qu'il était moins en vue. Ainsi celte liberté dont il leurrait les au- tres, il la faisait tourner au profit de sa li- cence ; car il n’employait pas toujours l'or etes caresses ; il usait de violence pour satisfaire ses brutales passions. Malheur aux époux et aux pères dont la surveillance importune mettait obstacle aux caprices du monarque ! Un des principaux Achéens, Aratus, se vit enlever sa femme, Poly- cratie : séduite par l'espoir de partager la cou ch du roi , elle se laissa entraîner au fond de la Ma- cédoine. Ce fut au milieu de ces turpitudes que.se passa la solennité des jeux Néméens . Quelques jours après, Philippe partit pour Dymes, afin de chasser la garnison étolienne que les Éléens avaient appelée et reçue dans cette ville. Cycliadas, pre- mier magistrat des Achéens, vint avec eux à la rencontre du roi, près de Dymes; ils ne pardon- naient pas aux Éléens de s'être séparés de leur ligue, et ils haïssaient les Étoliens, qu'ils accusaient d'avoir appelé sur eux les armes romaines. Les deux armées réunies partirent de Dymes et traver- sèrent le Larisus, qui sépare le territoire de cette ville de celui des Éléens. XXXII. Le premier jour où les confédérés mi- rent le pied sur les terres ennemies fut employé à dévaster le pays; le lendemain, ils s’approchè- rent de la ville en ordre de bataille, et précédés aut allero comite per maritas domos dies noctesque ; et, summittendo se in privatum fastigium, quo minus cOn- spectus, eo solutior erat : et libertatem quum aliis va- nam ostendisset, totam in suam licentiam verterat. Ne- que enim omnia emebat aut eblandiebatur , sed vim eliam flagitiis adhibebat : periculosumque et viris et parentibus erat, moram incommoda severitate libidini regiæ fecisse. Uni etiam principi Achæorum Arato adempta uxor n0° mine Polycratia, ac spe regiarum nuptiarum in Macedo- niam asportata fuerat. Per hæc flagitia sollenni Nemeo- rum peracto, paucisque additis diebus, Dymas est pro- fectus, ad præsidium Ætolorum , quod ab Eleis accitum acceptumque in urbem erat, ejiciendum. Cycliadas (pe- nes eum summa imperii erat) Achæique ad Dymas regi occurrere : et Eleorum accensi odio, quod a ceteris Achæis dissentirent: et infensi Ætolis, quos romanum quoque adversus se movisse bellum credebant. Profecti ab Dymis, conjuncto exercitu transeunt Larisum amnem, qui Lleum agrum ab Dym&æo dirimit. XXXII. Primum diem, quo fines hostium ingressi sunt, populando absumpserunt. Postero die acie instruola ad urbem accesserunt, præmissis equitibus ; qui, obequi- tando portis, promptum ad excursiones genus lacessernet HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVIL. de leur cavalerie dont les manœuvres devaient attirer hors des murs les Éloliens, toujours dis- posés à faire des sorties. Ils ignoraient que Sulpicius était passé de Naupacte à Cyllène avec quinze vaisseaux, y avait débarqué quatre mille hommes, et, profitant de l'obscurité de la nuit pour dérober sa marche aux regards, était entré dans Élis. Aussi furent-ils saisis d’épouvante lors- qu'au milieu des Étoliens et des Éléens, ils recon- nurent tout à coup les enseignes et les armes ro- maines. Et d'abord le roi voulait rappeler ses: troupes; mais déjà le cembat était engagé entre les Étoliens et les Tralles, peuplade illyrienne. Voyant que les siens étaient serrés de près, il fondit avec sa cavalerie sur une cohorte romaine; dans la mêlée son cheval fut alteint d'un javelot, S'abattit et lança le roi par-dessus sa tête. Alors l'action se ralluma avec un acharnement furieux ; les Romains se précipitaient sur le roi, et les Ma- cédoniens le couvraient de leurs corps. Philippe signala sa valeur; il était réduit à combattre à pied au milieu des gens à cheval. Mais déja la lutte n'était plus égale: il voyait tomber autour de lui grand nombre de morts et de blessés ; on l’en- traina, on le fit monter sur un autre cheval et il s'enfuit. Le même jour, il alla camper à cinq milles d’Élis. Le lendemain, il conduisit ses trou- pes contre un fort nommé Pyrgos, où il savait que les habitants de la campagne s'étaient jetés en foule avec leurs troupeaux pour échapper au pillage. Getle multitude confuse et désarmée se rendit au premier bruit de son approche, et la prise de ce fort compensa la honte de sa défaite sous lesmurs Ætolorum. Ignorabant Sulpicium cum quindecim navi- bus ab Naupacio Cyllenen trajecisse, et expositis in ter- ram quatuor millibus armatorum , silentio noctis, ne con- spici agmen posset, intrasse Eliim. Itaque improvisa res ingentem injecit terrorem, postquam inter Ætolos Elcos- que romana signa atque arma cognovere. Et primo reci- pere suos voluerat rex : dein, contracto jam inter Ætolos et Trallos { Illyriorum id est genus) certamine, quum urgeri videret suos, etipse rex Cum equitatu in cohor- tem romanam iscurrit. Ebi equus pilo trajectus quum pro- lapsum per caput regem effudisset, atrox pugna utrim- que accensa est, et ab Romanis impetu in regem facto, et protegentibus regiis. Insignis et ipsius pugna fuit, quum pedes inter equites coactus esset prælium inire. Dein, quum jam impar certamen esset, caderentque cir- ca eum multi, et vulnerarentur, raptus ab suis, atque alteri equo injectus, fugit. Eo die castra quinque millia passuum ab urbe Elcorum posuit. Posiero ad castellum (Pyrgum votant) copias omnes eduxit : quo agrestium multitudinem cum pecoribus metu populationum com- pulsam audierat. Eam inconditam inermemque multitu- dinem primo statim terrore adveniens cepit : compensa- veratque ea præda, quod ignomin'æ ad Elim acceptum IT, 35 d'Élis. Quatre mille hommes et vingt mille têtes de bétail étaient tombés en son pouvoir. Il s’occupait de partager ce butin et ces prisonniers à ses sol- dats, lorsqu'un messager arriva de Macédoine. On lui mandait qu'un certain Éropus avait cor- rompu le commandaut de la citadelle et de la gar- nison de Lychnide, s'était emparé de cette place et de quelques villages de la Dassarétie , et cher- chaït à soulever les Dardaniens. Il lui fallut alors renoncer à la guerre d’Achaïe : toutefois il laissa deux mille cinq cents soldats de toutes armes sous les ordres de Ménippe et de Polyphante, pour la défense des alliés; puis il partit de Dymes, tra- versa l’Achaïe, la Béotie et l'Eubée, et en dix jours parvint à Démétriade, en Thessalie. XXXILIL. Là, il reçut d'autres nouvelles bien plus alarmantes : les Dardaniens s'étaient répan- dus dans la Macédoine; maîtres de l’Orestide , ils étaient descendus déjà dans les plaines d’Ar- geste, et il n’était bruit parmi ces barbares que de la mort de Philippe. Dans la bataille qu'il avait livrée près de Sicyone, pour arrêter les dévasta- tions des Romains, son cheval lavait porté si violemment contre un arbre, qu’une branche sail- lante avait brisé l'une des deux cornes de son casque. Un Étolien ramassa ce fragment etle porta en Étolie au roi Scerdilédus qui connaissait cet ornement du casque royal : ce fut là ce qui donna lieu au bruit de la mort de Philippe. Quand ce prince eut quitté l’Achaïe, Sulpicius passa avec sa flotte à Égine et fit sa jonciion avec Attale. Les Achéens attaquèrent les Étoliens et les Éléens non loin de Messène, et furent vainqueurs. Attale et fuerat. Dividenti prædam captivôsque (fuerant autem quatuor millia hominum, pecoris omnis generis ad millia viginti) nuntius ex Macedonia venit, Eropum quemdam, corruptoarcis præsidiique præfecto , Lychnidum cepisse:; tenere et Dassaretiorum quosdam vicos, et Dardanos etiam concire. Omisso igitur Achaico bello, relictis ta- men duobus millibns et quingentis omnis géneris arma- torum cum Menippo et Polyphanta ducibus ad præsi- dium sociorum, profectus ab Dymis, per Achaïiam Bœæo- tiamque et Eubœam, decimis Castris Demetriadem in Thessaliam pervenit. XXXIIL. bi alii, majorem afferentes tumultum, nun- ti occurrunt:; Dardanos, in Macedoniam effusos, Ores- tidem jam tenere, ac descendisse in Argestæum campum; famamque inter barbaros celebrem esse, Philippum ce- cisum. Expeditione ea, qua cum populatoribus agri ad Sicyonem pugnavit, in arborem illatus impetu equi, ad eminentem ramum cornu alterum galeæ præfregit. Idin- ventum ab Ætolo quodam,, perlatumque in Ætoliam ad Scerdilædum, cui notum erat insigne galeæ, famam in- terfecti regis vulgayit. Post profectionem ex Achaïa regis, Sulpicius, Æginam classe profectus, cum Aïtalo sese | conjunxit. Acbæi cum Ætolis Eleisque haud procul Mes- LA 9 54 Sulpicius prirent leurs quartiers d’hiver à Égine. A la fin de cette année, le consul T.Quinctius Crispinus mourut de sa blessure, à Tarente, se- Jon lesuns, en Campanie, selon les autres, après avoir nommé T. Manlius Torquatus dictateur, pour présider les jeux et les comices. Jamais, dans aucune guerre, on n'avait Vu les deux consuls périr sans combat mémorable et laisser la répu- blique dans une espèce de veuvage. Manlius prit pour maître de la cavalerie C. Servilius, alors édile curule. Le sénat, dans sa première séance, ordonna au dictateur de célébrer tes grands jeux x que M. Émilius, préteur de la ville, avait fait re- présenter sous le consulat de C. Flaminius et de Cn. Servilius, et qu’il avait voués pour cinq ans. Le dictateur les célébra et réitéra le même vœu pour le lustre suivant. Au reste, comme les deux armées consulaires se trouvaient sans chefs si près de l'ennemi, on négligea toute autre affaire ; une seule pensée préoccupa le sénat et le peuple, c'é- tait de nommer au plus tôt des consuls, et de les choisir tels que leur valeur püût être en garde con- tre les ruses des Carthaginois. «Toute cette guerre, disait-on, n'avait été qu'une suite de désastres dus à la précipitation et à l'ardeur bouillante des gé- néraux , et voilà que cette année les deux consuls, aveuglés par le désir de combattre l'ennemi, s'é- taientjetés dans un piége qu’ils n'avaient pas même soupçonné. Mais les dieux immortels avaient eu pitié du nom romain, et sauvé les armées inno- centes de cette faute ; les consuls avaient seuls payé de leur tête leur témérité toute personnelle. sene prosperam pugnam fecerunt. Attalus rex et P. Sul- picius Æginæ hibernarunt. Exitu hujus anni T. Quin- _cüus Crispinus consul, dictatore comitiorum ludorumque faciendorum causa dicto T. Manlio T'orquato, ex vulnere moritur, Ali Tarenti, alii in Campania mortuum tra- dunt. Ld quod nullo ante bello acciderat, duo consules, sine memorardo prælio interfecti, velut orbam rempu- blicam reliquerant. Dictator Manlius magistrum equitum G. Servilium (tum ædiliscurulis erat) dixit. Senatus, quo die primum est habitus, ludos magnos fac re dictat:rem jussit, quos M. Æmilius prætor urbis, GC. Flaminio, Cn. Servilio consulibus, fecerat, et in quinguennium voverat. Tum dictator et ludos fecit, et in insequens lus- trum vovit. Ceterum, quum duo consulares exercitus tam prope hostem sine ducibus essent, omnibus alis omissis, una præcipua Cura Patres populumque incessit, consules primo quoque tempore creandi; et ut eos potis- simum crearent, quorum virtus satis Luta a fraude punica essei; « quum toto eo bello damnosa, præpropera ac fer- vida iugen a imperatorum fuissent, tum ipso eoanno con- sules, nimia Cupidit.te conserendi cum hoste manu, in pecopinatam frattemlapsos esse. Ceterum deosimmorta- les, miseritos nominis romani, pepercisse innoxiis exerciti- bus ; tesneritatem consulum ipsorum capitibus damnasse. » TITE-LIVE. XXXIV. Les sénateurs se aemandaient sur qui tomberait leur choix ; il y avait parmi les candi- dats un homme qui fixait tous les regards, G. Claudius Néron. On lui cherchait un collègue. On reconnaissait les talents supérieurs de Néron; mais on le trouvait trop fougueux et trop en- treprenant pour une guerre comme celle qu'on faisait alors et pour un adversaire tel qu’An- nibal. On jugeait nécessaire de modérer son ardeur en lui adjoignant un collègue qui unit le calme à Ja prudence. M. Livius était cet homme. Plusieurs années auparavant, au sortir du consu- lat, il s'était vu condamner par un jugement du peuple. Cet affront l'avait aigri, au point quil s'élait retiré à la campagne, et avait longtemps vécu loin dela ville etdes hommes. Huit ans envi-: ron après sa condamnation, les consuls M. Claudius Marcellus et M. Valérius Lévinus l'avaient décidé à rentrer dans Rome ; mais le désordre de ses vête- ments, la longueur de sa barbe et desa chevelure, tout dans sa personne et dans son extérieur accusait le ressentiment profond qu’il avait conservé de sa flétrissure. Les censeurs, L. Véturius et P. Lici-. nius, l'obligèrent à se raser, à quitter ses habits de deuil, à se présenter au sénat et à remplir ses autres fonctions publiques. Mais alors même il donnait son avis en un mot, ou bien il votait sans parler. À la fin pourtant, dans une affaire où il s'agissait de l'honneur d’un de ses parents, M. Li- vius Macatus, il se leva et prit la parole en plein sénat. Ce discours, qu'il prononçait après tant d'années de silence, attira sur lui (ous les re- XXXIV. Cum circumspicerent Patres, quosnam con- sules facerent, longe ante alios eminebat C. Claudius Nero. Ei collega quærebatur ; et virum quidem eum egre- gium ducebant, sed promptiorem acrioremque, quam tempora belli postularent, aut hostis Annibal ; tempe- randum acre ejus ingeuium moderato et prudenti viro adjuncto collega censebant. M. Livius erat, multis antean- nis ex consulatu populi judicio damnatus. Quam ignomi- niam adeo ægre tulerat, ut et rus migraret, et per mul- tos annos ef urbe et omni cœtu careret hominum. Octavo ferme post damnationem anno M. Claudius Marcellus et M. Valerius Lævinus consules reduxerant eum in urbem; sed erat veste obsoleta, capilloque et barba promissa, præ- ferens in vultu habituque insignem memoriam ignomi- niæ acceptæ. L. Veturius et P. Licinius censores eum tonderi, et squalorem deponere , et in senatum venire, fungique aliüis publicis muneribus coegerunt. Sed tum quoque aut verbo assentiebatur, aut pedibus in senten- tiam ibat, donec cognati hominis eum causa M. Livi Macati, quum fama ejus ageretur, stantem coegit in se- natu sententiam dicere. Tum ex tanto intervallo auditus convertit ora homiaum in se, causamque sermonibus præbuit, «indigno injuriam a populo factam, magnoque id damno fuisse, quod tam cravi hella nec overa . Be£ HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXII. gards, et donna lieu à de nombreuses réflexions : « Le peuple, disait-on, s'était montré imjuste à son égard , et les intérêts de la république avaient beaucoup souffert de ce qu’on eût été privé dans une guerre si terrible des services et des conseils d’un tel personnage. C. Néron ne pouvait avoir pour collègue, ni Q. Fabius, ni M. Valérius Lévi- nus: Pélection de deux patriciens serait illégale. La même difficulté existait pour T. Manlius; d'ail- leurs, il avait refusé, il refuserait encore; au lieu qu'on aurait en Livius eten Néron deux collègues parfaitement assortis. » Le peuple ne rejeta point cette proposition dont le sénat avait eu l'initiative. Seul, dans toute la ville, celui sur qui tombait cet honneur le repoussait loin de lui, accusant les Romains d’inconstance : «Ils n'avaient pas eu pitié de lui, lorsque, accusé par eux, il s'était vêtu de deuil, et maintenant ils lui offraient, malgré lui, la toge blanche du candidat, accumulant sur la même tête les honneurs et la flétrissure. S'il était homme de bien à leurs yeux, pourquoi l'avoir con- damné comme mauvais citoyen, comme un homme coupable ? s'il était coupable, pourquoi, après une première épreuve si déplorable, lui confier un se- cond consulat? » À ces reproches, à ces plaintes, le sénat opposait de vives représentations : « Ca- mille ausst, disait-on, revenu de l'exil, avait ra- menéles Romains dans les murs de Rome, dont ils avaient été chassés. La colère de la patrie était comme celle d'un père: on la désarmait par la pa- lience et la soumission. » Livius céda enfin à tant d’instances, et fut nommé consul avec C. Glaudius. XXXV. Trois jours après eurent lieu les comices consilio talis viri usa respublica esset. G. Neroni neque Q. Fabium, neque M. Valerium Lævinum dari collegas posse, quia duos patricios creari non liceret. Eamdem causam in T. Manlio esse, præterquam quod recusasset delatam consulatum , recusaturusque esset. Egregium par consulum fore, si M. Livium GC. Claudio collegam adjunxissent. » Nec populus mentionem ejus rei ortam a Patribus est aspernatus. Unus eam rem in civitateis, cui deferebatur honos, abnuebat, levitatem civitatis ac- cusans. « Sordidati rei non mis-ritos, candidam togam invito offerre ; eodem honvres pénasque congeri. Si bo- num virum ducerent, quid ita pro malo ac noxio dam- nassent ? Sinoxium comperissent, quid ita, male credito priore consulatu, alterum crederent? » Hæc taliaque arguentem et querentem castigabant Patres , « et M. Fu- rium , memorantes , revocatum de exsilio, patriam pul- sam sede sua restituisse. Ut parentum sævitiam, sic pa- triæ, patiendo ac ferendo leniendam esse. » Annisi om- res ,cum GC. Claudio M. Livium consulem fecerunt, XXXV. Post diem terlium ejus diei prætorum comitia Rabita. Prætores creati L. Porcius Licinus, C. Mamilius, à. ct G, Hos:ilii Catones. Comitiis perfectis, ludisque 55 prétoriens. On élut préteurs L. Porcius Licinus, C.Mamilius et les deux Hostilius Caton, Auluset Caius. Les comices achevés et les jeux célébrés, le dictateur et le maître de la cavalerie abdiquèrent. C. Térentius Varro fut envoyé comme propréteur en Étrurie, et G. Hostilius quitta cette province pour aller prendre, à Tarente, le commandement de l'armée qui avaït été sous les ordres du consul T.Quinctius. L. Manlius devait passer la mer avec le titre de lieutenant, etsurveiller les événements. Comme on allait célébrer les jeux d'Olympie, qui attiraient un grand concours des peuples de la Grèce, Manlius devait encore, s’il pouvait traver- ser en sürelé les lignes ennemies, se rendre à cette solennité et y avertir les Siciliens chassés par la | guerre, ainsi que les Tarentins exilés par Annibal, qu'ils pouvaient rentrer dans leurs foyers, etque, tout ce que la guerre leur avait enlevé, le peuple romain le leur rendait. On s'attendait à une cam- pagne très-laborieuse, et l’on n'avait point de consuls en charge: aussi tous les regards se {our- naient-ils vers les consuls désignés; on désirait les voir se partager au plus tôt les provinces par la voie du sort, afin que chacun d'eux connût d’a- vance et son département et l'ennemi qu’il aurait à combattre. Il fut même question, dans le sénat, de les réconcilier, sur la proposition de Q. Fa- bius Maximus. L'inimilié qui régnait entre eux était publique; la disgrâce avait aigri et envenimé la haine de Livius, à qui son malheur faisait voir le mépris partout. Aussi était-il impla- cable : «Une réconciliation était inutile, sui- vant lui. La vigilance et l’activité de chacun d'eux factis, dictator et magister equitum magistratu abierunt. C. Terentius Varro in Etruriam proprætor missus , ul ex ea proviacia C. Hostilius Tarentum ad eum exercitum lret, quem T. Quinctius consul habuerat. Et L. Manlius trans mare legatus iret, visereïque, quæ res ibi gere- rentur : simul, quod Olympiæ ludicrum ea æstate futu- rum erat, quod maximo cœtu Græciæ celebraretur , ut, si tuto per hostem posset, adiret id concilium ; ut, qui Siculi bello ibi profugi, aut Tarentini cives relegati ab . Annibaie essent, domos redirent, Scirentque, sua om- nia, quæ ante bellum habuissent, reddere populum ro- manum. Quia periculosissimus annus immincre vide- batur, neque consules in republica erant, in consules designatos omnes versi, quam primum eos sortiri pro- incias, et præsciscere, quam quisque eorum provinciam, quem-hostem haberet, volebant. Dereconcilistione etiam gratiæ eorum in senatu actum est, principio facto a Q. Fabio Maximo. Inimicitiæ autem nobiles inter eoserant, et acerbiores eas indignioresque Livio sua calamitas fecerat, quod spretum se in ea fortuna credebat. Itaque is magis implacabilis -erat; et, « nihil opus esse reconciliatione, uie- bat : acrius et intentius omnia gesturos, timentes ne cres- - GA 56 seraient en toute circonstance aiguillonnées par la crainte de laisser un rival grandir à ses dé- pens. » Cependant l'autorité du sénat l'emporta ; ils sacrifièrent leurs ressentiments privés et concertèrent leurs plans et leurs mesures pour le gouvernement de la république. Les provinces ne furent point confondues comme les années précé- dentes:; mais où envoya les consuls dans des con- trées opposées, aux deux extrémités de l'Italie, l’un contre Annibal, dans le Bruttium; l’autre en Gaule, contre Asdrubal, qui déjà, disait-on, ap- prochait des Alpes. L'armée de Gaule ou celle d'Étrurie, au choix, renforcée des légions de la ville, fut assignée à celui qui aurait la Gaule. Le consul à qui le sort donnerait le Bruttium de- vait enrôler de nouvelles légions urbaines et y joindre celle des deux armées consulaires de l’année précédente qu'il préférerait. L'autre armée servirait sous les ordres du proconsul Q. Fulvius, qui était prorogé pour un an, C. Hos- tilius, qui était passé d'Étrurie à Tarente, passa de Tarente à Capoue; on lui donna la légion que Fulvius avait commandée l'année précédente. XXXVI. L'arrivée d’Asdrubal en Italie inspi- rait des inquiétudes de jour en jour plus vives. D'abord des députés de Marseille avaient an- noncé son entrée en Gaule : il avait été accueilli avec transport par les Gaulois, parce qu'il ap- portait, disait-on , de grosses sommes d'or pour soudoyer des auxiliaires. On fit partir avec ces députés Sex. Antistius et M. Récius, qu'on chargea de vérifier les faits. Leur rapport fit connaître que des émissaires romains, guidés cendi ex se inimico collegæ potestas fieret.» Vicit tamen auctoritas senatus, ut, positis simultatibus, communi animo consilioque administrarent rempublicam. Provin- ciæ lis non permixtæ regionibus, sicut superioribus apnis, sed diversæ extremis Italiæ finibus , alteri adversus Au- nibalem Bruttii Lucani ; alleri Gallia adversus Asdruba- lem, quem jam Alpibus appropinquare fama erat, decreta. Exercitum ex duobus, qui in Gallia, quique in Etruria essent, addito urbano, eligeret, quem mallet, qui Gal- liam esset sortitus. Cui Bruttii provincia evenisset, novis legionibus urbanis scriptis, utrius mallet consulum prioris anni, exercitum sumeret. Relictum a consule exercitum Q: Fulyius proconsul acciperet; eique in annum impe- rium esset. Et C. Hostilio, cui pro Etruria T'srentum inu- taverant provinciam, pro Tarento Capuam mutaverunt. Legio una data, cui Fulvius proximo anno præfuerat. XXXVI. De Asdrubalis adventu in Italiam cura in dies crescebat. Massiliensium primum legati nuntiaverant, eum in Galliam transgressum ; erectosque adventu ejus, qua Maguum pondus auri attulisse diceretur ad mercede auxilia conducenda, Gallorum animos. Missi deinde cum is legati ab Roma Sex, Aniistius et M. Ræcius ad rem inspiciendam retulerant, misisse se cum massiliensibus | | | TITL-LIVE. par les Marseillais, avaient pénétré chez les prin- cipaux Gaulois, unis aux Marseillais par les liens de l'hospitalité, et s'étaient assurés de tout par eux-mêmes. Î]s savaient qu'Asdrubal avait déjà réuni une nombreuse armée ; que, dès les premiers jours du printemps, il franchirait les Alpes; ce qui l'arrêtait en ce moment, c'est que les passages . étaient fermés par l'hiver. M. Marcellus fut rem- placé comme augure par Élius P. Pétus, qui fut nommé avec toutes les cérémonies de l’inaugura- tion. Cn. Cornélius Dolabella fut aussi inauguré roi des sacrifices, en remplacement de M. Mar- cius, qui était mort depuis deux ans. Cette même anne, les censeurs P. Sempronius Tudi- tanus et M. Cornélius Céthégus fermèrent le lus- tre; le cens donna cent trente-septmille cent huit citoyens, nombre inférieur à celui qu’on avait constaté avant la guerre. Ce fut encore dans cette année que fut achevée, dit-on, la couverture de l'emplacement des comices, commencée à l’épo- que de l'entrée d’Annibal en Italie. Les jeux ro- mains furent célébrés pendant deux jours par les. édiles curules Q. Métellus et G. Servilius, et les jeux plébéiens, pendant trois jours, par les édiles plébéiens Q. Mamilius et M. Cécilius -Métellus. Ces magistrats consacrèrent trois statues dans le temple de Gérès ; à l’occasion des jeux, un repas public eut lieu en l'honneur de Jupiter. G. Clau- dius Néron et M. Livius prirent ensuite posses- sion du consulat : Livius était consul pour la se- conde fois. Comme ils avaient tiré au sort leurs provinces après avoir été désignés, ils. ordonnè- rent aux préteurs d'en faire autant. C. Hostilius ducibus, qui per hospites eorum, principes Gallorum, omania explorata referrent. Pro comperto habere, Asdru- balem ingenti jam coacto exercitu proximo vere Alpes tra- jecturum : nec tum eum quicquam aliud morari, nisi quod clausæ hieme Alpes essent. In locum M. Marcelli P. Ælius Pætus augur creatus inauguratusque ; et Cn. Cornelius Dolabella rex sacrorum inauguratus est in lo- cum M. Marcii, qui biennio ante mortuus erat. Hoc eo- dem anno et lustrum conditum est a censoribus P. Sem- pronio Tuditano et M. Cornelio Cethego. Censa civium capita centum triginta seplem millia, centum et octo: Minor et aliquanto numerus, quam qui ante bellum fue- rat. Eo auno primum, ex quo Annibal in Italiam venis- set, comitium tectum esse, memoriæ proditum est, ef ludos romanos semel instauratos ab ædilibus curulibus Q. Metello et C. Servilio. Et plebeïis ludis biduum in- stauratum ab Q. Mamilio et M. Cæcilio Metello ædilibus plebis. Et tria signa ad Cereris iidem dederunt ; et Jovis épulum fuit ludorum causa, Consulatum inde ineunt C. Glaudius Nero et-M. Livius iterum : qui, quia jam de- signati provincias sortiti erant, prætores sortiri jusse- runt. G. Hostilio urbana evenit : addita et peregriua, ut tres in provincias exire possent. A. Hostilio Sardinia, : HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVIL eut la juridiction de la ville : on y joignit celle des étrangers, afin d'envoyer les trois autres préteurs dans les provinces. A. Hoslilius reçut la Sardai- gue; C. Mamilius, la Sicile, et L. Porcius la Gaule. Voici quelle fut la répartition des vingt-trois légions : deux à chaque consul ; quatre en Espagne; deux à chacun des trois préteurs , en Sicile, en Sardaigne et en Gaule ; deux à C. Térentius, en Étrurie: deux à Q. Fulvius, dans le Bruttium; deux à Q. Claudius, aux environs de Tarente et chez les Sallentins; uneà C. Hostilius Fubulus à Gapoue; deux enfin pour la ville. Les quatre premières légions eurent des tribuns nommés par le peuple; les consuls nommèrent ceux de toutes les autres. XXXVIH. Avant le départ des consuls on offrit un sacrifice novendial, parce qu'à Véies il élait tombé une pluie de pierres. La nouvelle de ce pro- dige fut, comme il arrive toujours, suivie d’une foule d’autres. À Minturnes, le temple de Jupiter et le bois sacré de la déesse Marica, à Atella, le mur et une des portes avaient été frappés de la fou- dre. Ceux de Minturnes avaient été témoins d’un phénomène bien plus effroyable; un ruisseau de sang avait coulé près de la porte de la ville. À Capoue, un loup s'était introduit dans la ville pendant la nuit, et avait dévoré le gardien de la porte. Pour l'expiation de ces prodiges, on im- mola les grandes victimes, et un jour de suppli- cations fut ordonné par les pontifes. On fit un se- cond sacrifice novendial à l’occasion d’une pluie de pierres qu’on avait cru voir tomber sur l’Ar- milustre. Les esprits étaient à peine délivrées de leurs serupules religieux , lorsqu'ils furent trou- blés encore par la nouvelle qu'à Frusinone il y G. Mamilio Sicilia, L. Porcio Gallia evenit. Summa legic- aum trium et viginti ita per previncias divisa, ut binæ consulum essent ; quatuor Hispania haberet ; tres præto- res binas, in Sicilia , in Sardinia, ct Gallia: duas C. Te- rentius in Etruria; duas Q. Fulvius in Bruttiis: duas Q. Claudius circa Tarentum et Sallentinos: unam C. Hos- tilius Tubulus Capuæ : duæ urbanæ ut seriberentur. Pri- mis quatuor legionibus populus tribunos creavit ; in cete- ras consules miserunt. XXX VII. Priusquam consules proficiscerentur , roven- diale sacrum fuit, quia Veiis de cœlo lapidaverat. Sub unius prodigit, ut fit, mentionem alia quoque nuntiata : Minturnis ædem Jovis ec lucum Maricæ: item Atellæ murum ef portam de cœlo tacta. Minturnenses , terribi- lius quod esset, adjiciebant, sanguinis rivum in porta fluxisse, Et Gapuæ lupus, nocte portam ingressus , vigi- lem laniaverat. Hæc procurata hostiis majoribus prodigia et supplicatio diem unum fuit ex decreto pontificum. Inde iterum novendiale instauratum , quod in Armilustro la pi- dibus visum pluere. Liberatas religione mentes turbavit FUrSUS duntiatum, Frusinone infantew natum esse qua- drimo parem ; nec magnitudine tam mirandum, quam 97 avait un nouveau-né de la (aille d’un enfant de quatre ans; c'élait moins sa faille qui paraissait surprenante que l'incertitude de son sexe ; comme l'enfant né à Sinuessa deux ans auparavant, on ne pouvait dire s’il était homme ou femme. Des arus- pices, mandés d’Étrurie à Rome, déclarèrent que ce prodige élait sinistre et de mauvais augure : il fallait rejeter l'enfant hors du territoire romam, ne lui laisser aucun contact avec la terre, et le noyer dans la mer. On l’enferma donc vivant dans un coffre, on le porta en pleine mer et on l'y sub- mergea. Par un autre décret des pontifes, trois chœurs de neuf jeunes filles chacun durent par- courir la ville en chantant un hymne aux dieux. Tandis que, réunies dans le temple de Jupiter Sta- tor, elles apprenaient cet hymne que le poëte Li- vius avait composé, la foudre tomba au mot Aventin sur le temple de Junon Reine. Les Arus- pices déclarèrent que ce prodige regardait les da- mesromaines, et qu'elles eussent à apaiser la déesse par un présent. Les édiles curules convoquèrent au Capitole toutes celles qui habitaient à Rome ou à dix milles aux environs. Elles désiguèrent vingt-cinq d’entre elles pour recevoir une somme prélevée par chacune d’elles sur sa dot. Avec ces dons on fit un bassin d'or qui fut porté au mont Aventin, eties dames romaines offrirent un pur et chaste sacrifice. Aussitôt après les décemvirs fixèrent le jour d'une autre cérémonie en l'hon- aeur de la même déesse. Voici quelle en fut l'or- äonnance : deux génisses blanches partirent du temple d’Apollon et entrèrent dans la ville par la porte Carmentale. Derrière elles on portait deux stalues de Junon Reine, en bois de cyprès; puis quod is quaque, ut Sinuessæ biennio ane, interius, mas en femina esset, nafus erat. Id vero aruspices, ex Etru- ria acciti, fædum ac turpe prodigium dicere ; extorrem agro romano , procul terræ contactu, alto mergendum. Vivum in arcam condidere, provectumque in mare pro- jecerunt. Decrevere item pontifices, ut virgines ter no- venæ, per urbem euntes, carmen canerent. Id quum in Jovis Statoris æde discerent, conditum ab Livio poeta, carmen, tacta de cœlo ædes in Aventino Junonis Reginæ, prodigiumque id ad matronas pertinere, aruspices quum respondissent, donoque diam placandam esse ; ædilium curulium edicto in Gapitolium convocatæ, quibus in urbe romava, intraque decimum lapidem ab urbe , domicilia essent, ipsæ interse quinqueet viginti delegerunt, ad quas ex dotibus stipem conferrent. Inde donum pelvis aurea facta , lataque in Axentinum, pureque et casie a matronis sacrificatum. Confestim ad aliud sacrificium eidem divæ ab decemyiris edicta dies, cujus ordo talis fuit. Ab æde Apol- linis boves feminæ albæ duæ porta Carmentali ia urbem ductæ ; post eas duo signa cupressea Junonis Reginæ por- tabantur ; fum septem et viginti virgines , longam indutæ vesten, carmen in Junonem Reginam canentes ibants. 38 venaient vingt-sept jeunes filles parées de robes traînantes, et chantant en l'honneur de la déesse un hymne, qui avait peut-être quelque charme pour les esprits grossiers de cette époque, mais qui nous paraîtrait aujourd’hui une ébauche in- forme et sans goût. À la suite du chœur des vierges marchaient les décemvirs, couronnés de laurier et vêtus de Ja prétexte. De la porte Carmen- tale le cortége passa par la voie Jugaire et se ren- dit au forum, où il s'arrêta. Là, les jeunes filles, s’enlaçant les mains, exécutèrent une danse où les mouvements, de leurs pieds étaient cadencés par les modulations de leurs voix. On traversa ensuite la voie Étrusque, le Vélabre, le marchéaux bœufs, on monta la voie Publicia, et on arriva au temple de Junon Reine. Les déeemnvirs immolèrent les deux victimes et placèrent dans le sanctuaire les deux statues de cyprès. XXXVIIT. Les dieux étant apaisés selon le rite prescrit, les consuls procédèrent aux enrôle- ments avec une activité el une rigueur sans exem- ple dans les années précédentes. Les craintes de ka guerre étaient redoublées par larrivée d'un nouvel ennemi en Italie; et les rangs éclaireis de Ja jeunesse fournissaient moins de soldats. On de- manda des hommes aux colonies maritimes, mal- gré l'exemption sacrée (c’est le terme d'usage) dont elles jouissaient. Sur leur refus, on leur as- signa à comparaître à jour fixe devant le sénat afin d’y présenter leurs titres d’exemption. Ce jour-là, le sénat reçut les députés d'Ostie, d’Al- sie, d'Antium, d'Anxur, de Minturnes, de Sinuesse et de Séna, située sur la mer Supérieure. Chaque la tempestate forsitan laudabile rudibus ingenïis, nunc ; abhorrens et inconditum, si referaitur. Virgioum ordi- nem sequebantur decemviri coronati laurea, prætexta- tique. A porta Jugario vico in forum venere : in foro pom- pa copstilit; et, per manus reste data, virgines sonum Yocis pulsu pedum modulantes incesserunt. Inde vico Tusco. Velaibroque, per Boarium forum , in clivum Publi- _Gium afque ædem Junonis Reginæ perrectum. Ibi duæ hostiæ ab decemviris immolatæ , et simulacra cupressea in ædem illata. XXXVIIL. Diis rite placatis, delectum consules habe- bant acrius intentiusque , quam prioribus aunis quisquam weminerat habitum. Nam et belli terror duplicatus novi hostis in Ttaliam adventu ; et minus juventutis erat, unde scriberent milites. Itaque colonos etiam maritimos , qui SaCrOsanctam vacationem dicebantur habere , dare mili- tes Cogebant. Quibus recusantibus ; edixere in diem cer- am, uf, quo quisque jure vacationem haberet , ad sena- tum deferret. Ea die hi populi ad senatum venerunt, SE À ! is. Quum vacatio- nes Suas Quisque populus recitaret; nullius, quum in Jta- lia hostis esset, præter Anliatem Ostiensemque , vacatio DT Su TITE- LIVE. peuple fit lecture de ses titres; toutefois, vu la présence de l'ennemi en Italie, on n'eut égard qu'à ceux d'Antium et d'Ostie ; encore obligea-t-on les jeunes gens de ces deux colonies à prêter le serment de ne pas passer plus de trente nuits hors de leur colonie tant qu’Annibal serait en Italie. Le vœu général était que les consuls se rendissent sans retard à leur poste. Il fallait arrêter Asdrubal à sa descente des Alpes, el-l'empêcher de soulever la Gaule cisalpine ou l'Étrurie, qui se flattaient de l'espoir d'un changement. Il fallait aussi donner assez d'occupation à Annibal, dans le Bruttium, pour le mettre dans l'impuissance de quitter celte province et de voler à la rencontre de son frère. Cependant Livius hésitait; il comptait peu sur les armées, tandis que son collègue , disait-il, pou- vait choisir entre trois armées excellentes les deux armées consulaires et celle que Q. Claudius avait commandée à Tarente. Il avait donc pro- posé de rappeler sous les drapeaux les volontaires licenciés. Le sénat donna fout pouvoir aux con- suls de se recruter où ils voudraient, de choisir entre toutes les armées, de permuter entre eux, et même de changer les légions de province, s'ils le jugeaient utile aux intéréts de la république. Le plus grand accord régna entre les consuls dans l'exécution de ces mesures. Les volontaires furent -enrôlés dans la dix-neuvième et la vingtième Ié- sions. Suivant quelques historiens, P. Scipion fit aussi passer d’Espagne à M. Livius de puissants renforts pour cette guerre. C’étaïent huit mille hommes, Espagnois et Gaulois, deux mille lé- gionnoires et mille cavaliers tant Numides qu'Es- . bbservata est, et earum coloniarum juniores jurejurando adacti, supra dies triginta non pernoctaturos se esse ex= tra mœnia coloniæ suæ, donec hostis in Italia esset. Quum omnes censerent , primo quoque tempore consulibus eundum ad bellum (nam et Asdrubali occurrendum esse descendenti ab Alpibus, ne Gallos Cisalpinos, neve Etru- -riam , erectam in spem rerum novarum , sollicitaret ; €* : Annibalem suo proprio occupandum bello, ne emergere ex Bruttiis atque obviam fratri ire posset) , Livius cunc- : fabatur , parum fidens suarum provinciarum exercitibus; collegam ex duobus consularibus egregiis exercitibus , et tertio, cui Q. Claudius Tarenti præesset, electionem habere : infuleratque mentionem de volonibus revocandis ad signa. Senatus liberam potestatem consulibus fecit, el supplendi , unde vellent, et eligendi de omnibus exerciti- bus, quos vellent, permutandique, etex provinciis, quos e republica censerent esse, traducendi. Ea omnia Cum summa concordia consulum acta. Volones in undevicesi- mam et vicesimam legiones scripti. Magni roboris auxilia ex Hispania quoque a P. Scipione M. Livio missa quidam ad id bellum auctores sunt : oeto millia Hispanorum Gal- lorumque, et duo millia de legione militum, equitu mille, mixtos Numidas Hispanosque; M. Lucrelium has HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVIT. 50) pagnols, que M. Lucrétius amena par mer. Enfin, C. Manilius envoya de Sicile environ quatre mille archers et frondeurs. re XXXIX. À Rome, la frayeur s'accrut à l'arrivée d’une lettre de L. Porcius, préteur de la Gaule : « Asdrubal, écrivait=il, avait quitté ses quartiers d'hiver et s'était engagé dans les Alpes. Huit mille Liguriens, enrôlés et armés, devaient le joindre à son entrée en ltalie, si des forces envoyées en Li- gurie ne leur donnaient une occupation sérieuse. Pour lui, malgré la faiblesse de son armée, il al- lait, autant que la prudence le lui permettrait , se porter en avaut. » Cette lettre força les con- suls de terminer à la hâte les levées et de partir pour leurs provinces plus tôt qu’ils ne l’avaient décidé ; ils voulaient y contenir chacun leur ad- versaire , ét ne pas permettre Ja réunion des deux frères et la jonction des deux armées. Ce qui les aida le plus dans leur projet, ce fut l'erreur d'An- nibal : il pensait bien que son frère pénétrerait en Italie durant celte campagne; mais ayant lui- même franchi le Rhône, puis les Alpes, il se sou- venait de cette lutte qu'il avait soutenue cinq mois eutiers contre Les hommes et la nature, et ne s at- teudait pas à un passage si facile et si rapideC'est ce qui le retint trop longtemps dans ses quartiers d'hiver. Au reste, Asdrubal marcha avee une ai- sance et une céléritéégalement inespérées pour les autres comme pour lui. Les .Arvernes d’abord, puis les peuples dela Gaule et des Alpes ne se con- tentèrent pas de l’accueillir, ils le suivirent même à la guerre. Quant au passage, son frère ui avait copias navibus adduxisse ; et sagiltarirum funditorum- que ad quatuor millia ex Sicilia G. Mamilium misisse. XXXIX. Auxerunt Romæ tumultum literæ ex Gallia allatæ ab L. Porcio prætore : « Asdrubalem movisse ex hibernis, et jam Alpes transire : octo millia Ligurum conscripta armataque, conjunctura se transgresso in Ita- liam esse, nisi mitteretur in Ligures, qui eos bello occu- paret. Se cum invalido exercitu, quoad tutum putaret, progressurum.r Hæ literæ consules , raptim confecto de- lectu, maturius, quam constituerant , exire in provincias coegerunt , ea mente, ut uterque hostem in sua provin- cia contineret, neque conjungi, aut conferre in unum vires pateretur. Plurimum in eam rem adjuvit opinio An- nibalis : quod , etsi ea æstate transiturum in Italiam fra- trem crediderat, recordando , quæ ipse in transitu nunc Rhodani, nunc Alpium, cum hominibus locisque pugnando per quinque menses exhausisset, haudquaquam tam faci- lem maturumque transitum exspectabat. Ea fardius mo- vendi ex hibernis causa fuit. Ceterum Asdrubali et sua et aliorum spe omnia celeriora atque expeditiora fuere. Non enim receperunt modo Arverni eum, deincepsque aliæ Gallicæ atque Alpinæ gentes; sed etiam secutæ sunt ad bellum. Et quum per munita pleraque trasitu fratris, quæ antea invia fuerant, ducebat ; tum etiam, duodecim frayé une route sur ces cimes naguère impratica- bles, et douze ans de communications habituelles, en aplanissant les montagnes, avaient adouci les sauvages esprits de leurs habitants. Inconnus au- paravant aux autres peuples, n'ayant jamais vu l'étranger s'arrêter chez eux, ils n'avaient eu au- cune relation sociale avec le reste des hommes. Et d'abord ignorant le but où tendait Annibal, ils avaient cru qu’on en voulait à leurs rochers, à leurs forteresses, à leurs troupeaux, à leurs per- sonnes mêmes. Mais depuis douze ans que la guerre punique embrasait l'Italie, la renommée leur avait appris que les Alpes n’étaient qu'un passage, el que deux puissantes républiques, séparées par un intervalle immense de terres et demers, se dispu- taieut la prééminence et l'empire. Telles étaient les causes qui avaient ouvert les Alpes devant As- drubal. Mais le fruit de cette heureuse célérité, il le perdit sous les murs de Plaisance, dans les len- teurs inutiles d’un blocus, Jà où il fallait un coup de main. Il s'était imaginé qu'une place située en plaine serait facilement emportée; c'était d'ail- leurs une colonie très-florissante, dont laruine in- spirerait sans doute un grand effroi à toutes les autres villes. Non-seulement ce siége l'arrêta, mais il retint aussi Annibal, qui, à la nouvelle de ce passage si rapide et si inattendu pour lui, s'apprétait à sortir de ses quartiers d'hiver. Il son- gea aux longueurs ordinaires d’un siége et aux at- laques infructueuses qu’il avait lui-même dirigées contre cette colonie après sa victoire de la Trébie. XL. Le départ des consuis par deux routes annorum assuetudine perviis Alpibus factis, inter mitiora jam hominum transibat ingenia. Invisitati namque antea alienigenis, nec videre ipsi advenam in sua terra assueti, omni generi humano insociabiles erant. Et primo ignari, quo Pœnus pergeret, suas rupes suaque castella , et pe- corum hominumque prædam peti crediderant : fama deinde punici belli, quo duodecimum annum Italia ure- bâtur , satis edocuerat, viam tantum Alpes esse; duas prævalidas urbes, magno inter se maris terrarumque spalio discretas , de imperio et opibus certare. Hæ causæ aperuerant Alpes Asdrubali. Geterum quod celeritate iti- neris profectum erat, id mora ad Placentiam , dum frus- tra obsidet magis, quam oppugnat , corrupit. Crediderat campestris oppidi facilem expugnationem esse; et pobilitas coloniæ induxerat eum, magnum se excidio ejus urbis terrorem ceteris ratum injecturum. Non ipsum solum ea oppugnatio impediit, sed Annibalem post famam trans- itus ejus, tanto spe sua celeriorem, jam moventem ex hi- bernis, continuerat : quippe reputantem, non solum quam lenta urbium oppugnatio esset, sed etiam quarm ipse frustra eamdem illam coloniam, ab Trebia victor regréssus, tentasset. XL. Consules, diversis itineribus profecti ab urben velut in duo pariter bel'a distenderant curas hominum 40 opposées avait divisé, pour ainsi dire, l'inquiétude du peuple en la portant sur deux guerres à la fois. On se souvenait des désastres qu'avait apportés à l'Italie l’arrivée d'Annibal : et au milieu de cette anxiété, on se demandait « quels dieux protége- raient assez Rome et-la république pour leur ac- corder en même temps la victoire sur deux enne- mis? Jusqu'alors les succès avaient compensé les revers, et la puissance romaine avait pu se soute- nir. Si, en Italie, Trasimène et Cannes avaient précipité Rome dans l’abîme, les triomphes de ses armées en Espagne l'avaient arrêtée dans sa chute et l'avaient relevée. Lorsqu’au contraire les revers avaient succédé aux revers en Espagne, que deux illustres généraux avaient péri, que deux armées avaient été presque anéanties, alors en Italie eten Sicile, une suite de prospérités avaient rétabli la république de ces violentes secousses ; la distance même des lieux, l'éloignement de cette. guerre d'Espagne, qui se faisait à l’une des extrémités de Ja terre, lui avaient donné le temps de reprendre haleine. Mainlenant, deux guerres étaient allu- mées au sein de l'Italie; Rome était prise entre les armées de deux généraux fameux; c'était sur un seul point que venaient fondre 1ous les dan- gers, que pesait tout le fardeau de la guerre. Le premier qui serait vainqueur aurait bientôt fait sa jonction avec l’autre. » On s'effrayait encore de cette lugubre année que venait de marquer la mort des deux consuls. Voilà quels sinistres pres- sentimen(s accompagnèrent les consuls quand ils se séparèrent pour prendre leurs provinces. On dit que M. Livius, à son départ, encore plein simul recordanfium, quas primus adventus Annibalis in- tulisset Italiæ clades; simul, quum illa angeret cura, ec quos tam propitios urbi atque imperio fore deos, ut eodem tempore utrobique respublica prospere gereretur ? adhuc adversa secundis pensando rem ad id tempus ex- tractam esse. Quum in Italia ad Trasimenum et Cannas præcipitasset romana res, prospera bella in Hispania prolapsam eam erexisse. Postea, quum in Hispania alia super aliam clades, duobus egregiis ducibusamissis, duos exercitus ex parte delesset, multa secunda in Italia Sici- Hiaque gesta quassatam rempublicam excepisse : et ipsum intervallum loi, quod in ultimis terrarum oris alterum bellum gereretur, spatium dedisse ad respirandum. Nunc duobella in Italiam accepta , duo celeberrimi nominis du- ces circumstare urbem romanam, et unum in locum totam periculimolem, omne onus incubuisse. Quieorum prior vicisset, intra paucos dies castra cum altero junctu- rum: » Berrebat et proximus anaus lugubris duorum consulum faneribus. His ani curis homines digredientes in proviucias consules prosecuti sunt. Memoriæ prodi- turn est, plenum adhuc iræ in cives M. Livium, ad bel- um proficiscentem, monenti Q. Fabio, «ne priusquam genus hostium Cognoscerct, temere manum consereret, TITE-LIVE. de ressentiment contre ses concitoyens, répon- dit à Q. Fabius, qui l’engageait à ne point risquer une bataille avant d’avoir étudié la lactique de l'ennemi: — « Je l'attaquerai aus- sitôt que j'apercevrai ses premières lignes. — Et pourquoi tant de précipitation? lui demanda Fabius. — C'est que j'aurai, dit-il, ou la gloire de vaincre l'ennemi, ou la satisfaction, sinon très-honorable, du moins bien légitime, d'a- voir fait battre mes concitoyens. » Le consul Clau- dius n’était pas encore arrivé dans sa province, que l’armée d’Annibal, traversant à son extré- mité le territoire des Larinates pour entrer chez les Salentins, se vitatiaquée par les troupes lé- gères de C. Hostilius Tubulus : le désordre de la marche rendit la confusion plus terrible ; on tua près de quatre mille hommes aux Carthaginois et On leur prit neuf enseignes. Au bruit de la mar- che d’Annibal, Q. Claudius avait quitté ses quar- üiers d'hiver, établis dans les villes des Salentins. Annibal, pour éviter d'avoir deux armées à com- battre, décampa la nuit et passa du territoire de Farente dans le Bruttium. Claudius retourna chez les Salentins ; Hostilius se dirigea sur Ca- poue,.et rencontra près de Vénousele consul Clau- dius. Là , Claudins choisit dans les deux armées quarante mille fantassirs et deux mille cinq cents chevaux pour agir contre Annihal. Hostilius eut ordre de conduire à Capoue le reste des troupes et de les remeitre au proconsul Q. Fulvius. XLI. Anhibal, après avoir réuni tous ses sol- dats cantonnés soit dans leurs quartiers d'hiver, soit dans les places du Bruttium où ils tenaient respondisse : «ubi primum hostium agmen conspexisset, pugnafurum. » Quum quæreretur, quæ causa festinandi esset? « Aut ex hoste egregiam gloriam, inquit, autex civibus victis gaudium, meritum certe, etsi non hone- stum, capiam. » Priusquam Claudius consul in provin- ciam perveniret, per extremum finem agri Larinetis ducentem in Sallentinos exercitum Annibalem cum expe- ditis cohortibus adortus, GC. Hostilius Tubulus incompo- sito agmini terribilem tumultum intulit. Ad quatuor millia hominum occidit, novem signa militaria cepit. Moverat ex hibernis ad famam hostis Q. Claudius, qui per urbes agri Sallentini casfra disposita babebat. Itaque, ne cum duobus exercitibus simul confligeret, Annibal nocte castra ex agro {arentino movit, atque in Bruttios concessit. Claudius in Sallentinos agmen convertit. Ho: stilius, Capuam peteus, obyius ad Venusiam fit consuli Claudio. Ibi ex utroque exercitu electa peditum quadra- ginta millia, duo millia et quingenti equites, quibus con- sul adyersus Annibalem rem gereret : reliquas copias Hostilius Capuam ducere jussus , ut Q. Fulvio proconsuli traderet. : XLT. Anmbal, undique contraclo exercitu, quem 1n. hibernis , aut in præsidis agri Bruftiihabuerat, in Luca- HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVIL. 41 garnison, marcha sur Grumente en Lucanie, dans l'espoir de reprendre les villes que la crainte avait jetées dans le parti des Romains. Le consul partit de Vénouse, après ayoir bien éclairé sa route, prit le même chemin et alla camper à quinze cents pas de l'ennemi. Les retranchements d'Annibal sem- blaient s'appuyer aux murs de Grumente; ils en étaient cependant à cinq cents pas. Entre les deux camps s’étendait une plaine, des collines décou- vertes dominaient la gauche des Carthaginois et la droite des Romains; ils ne s'en défiaient ni les uns ni les autres, car on n’y trouvait ni bois ni retraite propre à cacher une embuscade. Au mi- lieu de la plaine, les avant-postes faisaient quel- ques courses, engageaient quelques escarmouches saus importance :. on voyait bien que le général romain ne voulait qu'empêcher l'ennemi de parür. Annibal, qui cherchait à s'éloigner, descendait en ordre de bataille avec toutes ses troupes. Le con- sul aftaqua alors l'ennemi avec ses propres armes: comme Ja nudité de ces collines écartait tout soupcon d'embuscade, il ordonna à cinq cohortes et à cinq manipules de les franchir pendant la nuit et de se poster dans le vallon opposé. Le mo- ment de sortir de l’'embuscade et de fondre sur l'ennemi fut indiqué à Ti. Claudius Asellus, tribun des soldats, et à P. Claudius, commandant des alliés, qui conduisaient le détachement. Quant au consul, dès le point du jour, il mit en batailletoutes ses (roupes, cavalerie et infanlerie. Bientôt après, Annibal donna de son côté le signal du combat} et ses soldats coururent aux armes en poussant des cris. Puis, {ous à l’euvi, cavaliers et fantassins, nos ad Grumentum venit, spe recipiendi oppida, quæ | per metum ad Romanos defecissent. Eodem a Venusia consul romanus exploratis itineribus contendit, et mille fere et quingentos passus castra ab hoste locat. Grumenti mœænibus prope injunctum videbatur Pœnorum vallum : quingenti passus intererant. Castra-punica ac romapa interjacebat campus ; colles imminebant nudi sinistro la- teri Carthaginiensium , dextro Rotuanorum, neutris su- specli, quod nihil siiræ neque ad insidits latebrarum ba- bebant. In medio campo ab stationibus procursantes certimina, haud sotis digna dictu, serebant. Id modo Romanum quærere apparebat, ne abire hostem pate- retur. Annibal, inde evadere cupiens, fotis viribus in aciem descendebat. Tum consul , ingenio hostis usus, quo minus iu tam apertis collibus {imeri insidiæ poterant, quinque cohortes, addilis qaninque manipulis, nocte ju- gum superare, et in aversis vallibus considere jubet. Tempus exsurgendi ex insidiis, et aggrediendi hostem, Ti. Claudium Asellum tribunum militum et P. Claudium Præfectum socium edocct, quos cum üis mittebat. Ipse luce prima copias omnes peditum equitumque in atiem eduxif. Paullo post et ab Annibale signum pugnæ propo- Situm est, clamorque in castris ad arma discurrentium s’élancèrent hors du camp, se répandirent dans la plaine et chargèrent les Romains. Le consul, voyant leur désordre, enjoignit à C. Auruncu- léius, tribun de la troisième légion, de lancer à toute bride sa cavalerie sur l'ennemi : éparpillés comme ils l’étaient dans toute la plaine, à la ma- nière d’un troupeau, ils devaient être culbutés et écrasés avant d’avoir pu se rallier. : XLII. Annibal était encore dans son camp lors- qu'il entendit les cris des combattants. Il sortit à ce bruit et marcha en toute hâte à l'ennemi. Déjà les premiers rangs avaient cédé à l’effroi qu’inspirait la cavalerie romaine ; l'infanterie de la première légion et la cavalerie de la droite pre- naient part à l'action. Les Carthaginoïs, toujours en désordre, faisaient face à ennemi, fantassin ou cavalier, que le hasard leur présentait. Bientôt les renforts agrandirent le cercle de la bataille; la mêlée s'accrut de tous les corps qui arrivaient suc- cessivement, et l'onaurait eu peut-être un specta- cle que peut seule offrir une vieille armée sous les ordres d’un vicux capitaine, celui d’Annibal, au mi- Jieu du tumulte et de l’effroi du combat , formant ses troupes en bataille, si les cohortes et les mani- pules qui descendirent des collines en poussant de grands cris derrière les Carthaginoïis ne lui eus- sent fait craindre de se voir couper le chemin de son camp. Ce fut le signal d'une panique, puis d'une déroute générale. Le carnage ne fut pas trop grand, la proximité du camp abrégeant pour les fuyards la distance qu'ils avaient à par- courir. La cavalerie s’était attachée à leur pour- suite, et les cohortes qui les avaient pris en flane est sublatus. Inde eques pedesque certatim portis ruere, ac palati per campum properare ad hostes. Quos ubi ef- fasos consul videt, tribuno militum tertiæ legionis G. Au- runculeio imperat, ut equites legionis, quanto maximo impetu possit, in hostem emittat : ita pecorum modo in- compositos toto passim campo se fudisse, ut sterni obte- rique , priusquam instruantur, possint. XLIT. Nondum Annibal e castris exierat, quum pu- gaantium clamorem audivit. Itaque, excitus tumultu, raptim ad hostem copias agit. Jam primos occupayerai equester terror. Peditum etiam prima legio et dextra ala prælium inibant. Incompositi bostes, ut quemque aut pediti, aut equiti casus obtulit, ita conserunt manus. Crescit pugna subsidiis, et procurrentium ad certamen numero augetur : pugnantesque (quod nisi in vetere exercitu, et duci veteri haud facile est) inter tumultum acterrorem instruxisset Annibal, ni cohortium ac mani- pulorum decurrentium per colles clamor, ab tergo au- ditus, metum, ne intercluderentur a castris injecisset. Inde paror incussus, et fuga passim fieri cæpta est : mi- norque cædes fuit, quia propinquitas castrorum brevio- rein fugam perculsis fecit. Equites enim tergn inbære- bant : in transversa latera invaserant cohortes, secundis 48 payé de leurs personnes, épuisés par la route et les veilles, et incapables d’ailleurs d’endurer la fatigue, avaient à peine la force de porter leurs armes. On étaitalors au milieu du jour; el ces malheureux, accablés de soif et de chaleur, [a bouche béante, se laissaient égorger en masse ou faire prisonniers. XLIX. Il y eut plus d’éléphants tués par leurs conducteurs que par l'ennemi. Ces conducteurs étaient armés d’un ciseau et d’un maillet : lors- qu'ils voyaient ces animaux entrer en fureur et se précipiter au milieu des rangs carthaginois, ils introduisaient leur ciseau entre les oreilles, à l'articulation qui joint la tête au cou, et l'y enfonçaient de toutes leurs forces. C'était le moyen le plus prompt qu'on eût trouvé d’en finir avec ces masses énormes, quand On ne pouvait plus les maîtriser. Asdrubal en avait eu le premier l'idée. Déjà célèbre par tant d'ex- ploits, ce général mit le comble à sa gloire dans cette bataille. Il soutint les combattants par ses exhortations et par son intrépidité à affronter les dangers. Lorsque ses soldats, épuisés de fatigue et découragés, refusaient de continuer le combat, il les ranima soit par ses prières, soit par ses reproches; ils les rallia dans leur fuite, et on le vit sur plusieurs points rétablir le combat. Enfin, quard la fortune se fut déclarée pourles Romains, il ne voulut pas survivre à cette brillante armée que son nom seul avait entraînée : poussant son cheval au milieu d’une cohorte romaine, il mou- rut en combattant, comme il convenait à un fils d'Hamilcar et à un frère d’Annibal. Jamais, dans le cours de cette guerre, journée ne fut plus:san- rantissima laboris corpora, vix arma humeris gestabant. Et jam diei medium erat, sitisque et calor hiantes cæden- dos capiendosque affatim præbebat. XLIX. Elephanti plures ab ipsis rectoribus, quam ab hoste, interfecti. Fabrile scalprum eum malleohabebant; id, ubi sævire belluæ ac ruere in suos cœperant, magis- ter inter aures positum, ipso in articulo, quo jungitur capiti cervix, quanto maximo poterat ictu , adigebat. Ea celerrima via mortis in tantæ molis bellua inventa erat , ubi regendi spem vicissent : primusque id Asdrubal in- slituerat, dux quum sæpe alias memorabilis, tum illa præcipue pugna. Ille pugnantes hortando , pariterque obeundo pericula , sustinuit : ille fessos abnuentesque tædio et labore, nunc precando , nune castigando, accen- dit :ille fugientes revocavit, omissamque pugnam aliquot locis restituit. Postremo , quum haud dubie fortuna hos- tium esset, ne superesset tanto exercitui suum nomen secuto , concitato equo se in cohortem romanam immisif. Tbi, ut patre Hamilcare et Annibale fratre dignum erat, pugnans cecidit, Nünquam eo bello una acie tantum hos- tium interfectum est, redditaque æqua Cannensi clades, vel ducis, vel exercitus interitu, videbatur. Quinqua- TITE-LIVE. glante pour l'ennemi ; on put la considérer comme les représailles de Cannes, soit par la mort du gé- néral, soit par la destruction de l’armée. Cin- quante-six mille Carthaginois furent tués, cinq mille quatre cents faits prisonniers, un immense butin de toute sorte, mais surtout en or el en ar- gent, resta au vainqueur. On reprit plus de trois mille citoyens romains qui étaient au pouvoir de l'ennemi. Ce fut une compensation des pertes qu’on avait éprouvées dans cette affaire; car la victoire avait coûté cher : huit mille hommes en- viron, Romains ou alliés, avaient péri. Les vain- queurs étaient si rassasiés de sang et de carnage, que le lendemain, lorsqu'on annonça au consul Livius qu'un corps de Gaulois cisalpins et de Ligu- riens , qui n'avaient pas assisté au combat, ou qui avaient échappé au massacre, fuyaient en masse, sans chef, sans enseignes, sans ordre et sans dis- cipline, et qu'un escadron suffirait pour les dé- truire tous : « Qu'ils vivent, dit-il, afin qu'il Y ait des témoins pour publier leur défaite et notre gloire ! » L. Néron partit la nuit même qui suivit le com- bat, et, par une marche encore plus rapide que la première, il arriva en six jours dans son camp, en présence d’Annibal. Les populations ne se pressèrent pas en foule sur son passage, aucun courrier ne l'ayant précédé; mais la joie que causa son retour éclaia en transports qui allaient jus= qu’au délire. On ne saurait rendre ni exprimer ces deux situations si différentes dans lesquelles : se trouva Rome, soit lorsque l'attente de l'événe- ment tenait les esprits en suspens, soit lorsqu'elle reçut la nouvelle du succès. Du jour où lon avait ginta sex millia hostium occisa : capfa quinque millia el quadringenti : præda alia magna tum omnis generis , {um auri etiam argentique. Civium etiam romanorum, qui capti apud hostes erant, supra tria millia capitum re- cepta. Id solatii fuit pro amissis eo prœlio militibus. Nam haudquaquam incruenta victoria fuit : octo ferme millia Romanorum sociorumque occisa. Adeoque etiam victures sanguinis cædisque ceperat satietas, ut postero die, quum esset auntiatum Livio consuli, Gallos Ciselpinos Ligu- resque, qui aut prœlio non affuissent, aut inter cædem eflugissent, uno agmine abire sine certo duce, sine signis , sineordine ullo, aut imperio , posse, si una equi- tum ala mittatur, omnes deleri : « Supersint, inquit, ali qui ountii, et hostium cladis, et nostræ virtutis. » L. Nero ea nocte, quæ secuta est pugnam, citatiore, quam inde venerat, agmine , die sexto ad stativa sua, at- que ad hostem pervenit. Iter ejus frequentia minore ; quia nemo præcesserat nuntius, lætitia vero fanta, vix ui compotes mentium præ gaudio essent, celebratum est. Nam Romæ neuter animi habitus salis dici enarrarique potest; nec quo incerta exspectatione eventus civitas fue- rat, nec quo victoriæ famam accepit. Nunquam per OM HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVIL &ppriske départ du consul Néron, jamais les séna- teurs n'avaient quitté la curie où ilsentouraient les magistrats, jamais le peuplenes’était éloigné du fo- rum un seul jour, depuislelever jusqu'au coucher du soleil. Les dames romaines, dans l'impuissance de rendre d’autres services, avaient recours aux supplications ; elles se répandaient dans tous les temples, et fatiguaient le ciel de leurs vœux et de leurs prières. La ville flottait ainsi entre la crainte et l'espérance lorsqu'une vague rumeur se répandit que deux cavaliers de Narnie, arri- vés du champ de bataille au camp qui défendait les gorges de l’'Ombrie, avaient annoncé la défaite de l’ennemi. Et d'abord ce bruit avait frappé les oreilles sans trouver créance dans les esprits. C'était une nouvelle trop importante et trop heu- rcuse pour qu'on püt en concevoir l'idée et qu'on osât y ajouter foi. La rapidité même avec la- quelle elle était parvenue la rendait suspecte : deux jours seulement, disait-on, s'étaient écoulés depuis le combat. Mais bientôt une lettre de L. Manlius 7 49 fut au sénat d'abord, puis dans l'assemblée du peuple que se fit la lecture des dépêches; et, sui- vant la diversité des caractères, les uns ne dou- taient pas du succès, les autres ne voulaient y croire que lorsqu'ils auraient entendu confirmer par les envoyés ou un message des consuls. LI. À Ja nouvelle que ces envoyés appro- chaient, tous les citoyens, quel que fût leur âge, coururent à leur rencontre : c'était à qui les ver- rait le premier, à qui entendrait de leur bouche le récit d'un si éclatant succès. La foule se portait eu une seule file serrée jusqu’au pont Mulvius ; et ce fut au milieu de ce cortége de citoyens que ces personnages (c'étaient L. Véturius Philo, P. l'icinius Varus et Q. Cécilius Métellus ) ; arri- vèrent au forum , barcelés de questions ainsi que les gens de leur suite, sur les circonstances de la bataille. Et chacun, à mesure qu’il appre- nait que l'armée carthaginoise était anéantie, son général tué, les légions romaines saines et Sauves, les consuls en vie, s’empressait de faire Acidinus, envoyée du camp de l'Ombrie, confirma | part aux autres de sa joie. On arriva ainsi avec l’arrivée des cavaliers de Narnie. On porta ces dé- | peine au sénat; on eut plus de peine encore à pêches à travers le forum jusqu'au tribunal du préteur : aussitôt les sénateurs se précipitèrent hors de la curie, et le peuple accourut avec tant d’empressement et de confusion aux portes de ce palais, que le courrier ne put y pénétrer. On l'entraîna en le pressant de questions ; on deman- dait à grands cris que la lettre fût lue aux ros- tres avant de l'être au sénat. Enfin les magistrats par vinrent à écarter et à contenir la multitude, et l'on put satisfaire l’impatience publique par la communication de cette heureuse nouvelle. Ce nes dies, ex quo Claudium consulem profectum fama at- tulit, ab orto sole ad occidentem , aut senator quisquam a curia atque ab magistratibus abscessit, aut populus e foro. Matronæ , quia nihil in ipsis opis erat, in preces obtestationesque versæ , per omnia delubra vagæ suppli- cüs votisque fatigare deos. Tam sollicitæ ac suspensæ ci- Vitati fama incerta primo accidit, duos Narnienses equi- tes in castra, quæ in faucibus Umbriæ opposita erant, venisse ex prælio, nuntiantes cæsos hostes. Et primo Magis auribus, quam animis, id acceptum erat, ut ma- jus lætiusque , quam quod mente capere, aut satis cre- dere possent : et ipsa celeritas fidem impediebat, quod biduo ante pugnatum dicebatur. Literæ deinde ab L. Man- lio Acidino missæ ex castris afferuntur de Narniensium equitum adventu. Eæ literæ, per forum ad tribunal præ- toris latæ, senatum Curia exciverunt : tantoque certamine ac tumultu populi ad fores Curiæ concursum est, ut ad- ire nuntius non posset , trahereturque a percunclantibus Vüciferantibusque, ut in rostris prius , quam in senatu, literæ recitarentur. Tandem summoti et coerciti a ina- gistratibus : dispensarique lætitia inter impotentes ejus auimos potuit. In senatu primum, deinde in concione, I écarter la foule qui se mêélait aux sénateurs. Après la lecture de la lettre, les envoyés furent présentés à l'assemblée du peuple. L. Véturius y Jut la dépêche, puis il entra dans des détails plus précis sur toutes les circonstances; ses paroles fu- rent couvertes d’applaudissements unanimes et accueillies par toute l'assemblée avec les trans- ports de la joie la plus vive. Les uns coururent ensuite au temple remercier les dieux , les autres rentrèrent chez eux pour annoncer à leurs femmes et à leurs enfants cette heureuse nouvelle. Le sé- literæ recitatæ sunt : et, pro cujusque ingenio , aliis Jam certum gaudium, aliis nulla ante futura fides erat, quani legatos consulumve literas audissent. LT. Ipsos deinde appropinquare legatos allatum est. Tum enimvero omnis æfas currere obvü, primus quis- que oculis auribusque haurire tantum gaudium cupien- tes. Ad Mulvium usque pontem continens agmen perve- nit. Legati (erant L. Veturius Philo, P. Licinius Varus, Q. Gæcilius Metellus) circumfusiemnis generis hominum frequentia in forum pervenerunt; quum alii ipsos, ali comites corum, quæ acfa essent, percunctarentur , et ut quisque audierat, exercitum hostium imperaltoremque occisum, legiones romanas incolumes, salvos consules esse, extemplo aliis porro impertiebant gaudium suum. Quum ægre in Guriam perventum esset, multo ægrius summota turba , ne Patribus misceretur, literæ in senatu recitatæ sunt. Inde producli in concionem legati. L. Ve- turius, literis recitatis, ipse planius omnia, quæ acta erant, exposuit cum ingenti assensu, postremo etiam cla- more universæ Concionis, quum vix gaudium animis ca- perent. Discursum inde ab aliis circa templa deum, ut grates agcrent; ab aliis domos, ut conjugibus liberisque 4 90 paf, pour témoigner sa reconnaissance de ce que les consuls M. Livius et G. Claudius avaient, sans sacrifier leurs légions, anéanti l'armée en- nemie et tué son général, décréta trois jours de supplications. Cette cérémonie fut annoncée dans l'assemblée par le préteur G. Hostilius ; elleattira un grand concours d'hommes et de femmes. Pen- dant les trois jours, tous les temples ne cessèrent d'être remplis. Les dames romaines, parées de robes traînantes et suivies de leurs enfants, ren- dirent grâces aux dieux immortels, comme si la guerre était terminée, et qu'elles fussent délivrées de toute crainte pour l'avenir. La situation de Rome se ressentit de l'influence de cette victoire : dès lors, comme en pleine paix, les affaires re- prirent leur cours; ventes, achats, emprunts, dé- pôts, tout se fit avec confiance. Le consul Clau- tam lætum nuntium impertirent. Senatus, quod M. Li- vius et CG. Claudius consules, incolumi exercitu, ducem hostium legionesque occidissent, supplicationem in tri- duum decrevit. Eam supplicationem C. Hostilius prætor pro concione edixit, celebrataque a viris feminisque est. Ormmnia templa per totum triduum æqualem turbam ba- buere : quum matronæ amplissima veste cum liberis, perinde ac si debellatum foret, omni solutæ metu, deis immortalibus grates agerent. Statum quoque civitatis ea victoria movit; ut jam inde, haud secus quam in pace, res inter se contrahere, vendendo, emendo, mutuum dando, argentum creditum solvendo, auderent. C. Clau- TITE-LIVE. dius, de retour dans son camp, fit jeter devant les retranchements ennemis la tête d’Asdrubal, qu'il avait eu soin de conserver et de rapporter avec lui, exposa aux regards des Carthaginois les prisonniers africains chargés de fers, et rendit même la liberté à deux d’entre eux, en les char- geant d'aller trouver Annibal et de lui raconter tout ce qui avait eu lieu. Annibal, attéré par ce coup qui frappait et l’état et sa famille, s’écria, dit- on, « qu’il reconnaissait la fortune de Carthage. » Puis il décampa et voulut concentrer dans le Brut- tium, aux extrémités de l'Italie, toutes ses trou- pes auxiliaires, qu’il ne pouvait plus sans danger tenir disséminées ; il enjoignit à tous les citoyens de Métaponte de quitter leurs foyers et d'aller s'établir dans le Bruttium, ainsi que ceux des Lucaniens qui obéissaient à Carthage. dius consul, quum in castra redisset, caput Asdrubalis , quod servatum cum cura attulerat, projici ante hostium statioues , captivosque Afros vinctos, ut erant, ostendi, duos etiam ex iis solutos ire ad Annibalem, etexpromere, quæ acta essent, jussit. Annibal, tanto simul publico fa- iniliarique ictus luctu , « agnoscere se fortunam Cartha- ginis » fertur dixisse : castrisque inde motis, ut omnia auxilia, quæ diffusa latius tueri non poterat, in extre- muwmn Îtaliæ angulum Bruttios contraheret, et Metayon- tinos, civitatem universam, excitos sedibus suis, et Lu- canorum qui suæ ditionis erant, in Bruttium agrum {ra- duxit. s HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVIIT, 51 COODOSOOCSOOSO0SOOCCOCSSCOCOSSCSCSOS0C00808000929 LIVRE VINGT-HUITIÈME. SOMMAIRE. — Succès obtenus sur les Carthaginoïs par Silanus , lieutenant de Scipion, et par L. Scipion, frère de Gornélius. — Victoires du proconsul Sulpicius et d’Attale, roi d'Asie, allié des Etoliens, sur Philippe, roïde Macédoine. — Triomphe décerné aux consuls M. Livius et Claudius Néron ; Livius y paraît porté sur un quadrige, parce que la bataille avait été gagnée dans sa province; Néron, qui avait quitté la, sienne pour se joindre à son collègue, le suit à cheval, et cet appareil modeste tourne à sa gloire et lui attire plus de respect, car il avait contribué plus que son collègue à l’heureuse issue du combat. — Le feu sacré s'éteint dans le temple de Vesta par la négligence d’une vestale qui est punie du fouet. — P. Scipion chasse de l'Espagne les Cartha- ginois, la quatorzième année de la seconde guerre punique, cinq ans après son arrivée dans ce pays. Après cette expulsion qui termine la guerre, il fait rentrer l'Espagne sous la domination de Rome: puis il s’embarque à Tarragone, vient en Afrique avec deux vaisseaux et fait alliance avec Syphax, roi de Numidie.— Il trouve à cette cour Asdrubal, fils de Gisgon, et s’assied à table sur le même lit que l’Africain.—Il donne à Carthagène, en l'hon- neur de son père, le spectacle d’un combat où sont admis, au lieu de gladiateurs, des antagonistes distingnés qui _se présentent, soit pour lui rendre hommage, soit pour porter ou recevoir des défis ; deux princes s’y disputent l'épée à la main le rovaume de leurs pères. — Siége d’Astapa; les habitants égorgent sur un bûcher leurs enfants etleurs femmes, et s'y précipitent eux-mêmes. — Scipion tombe dangereusement malade: une sédition s’éève dans une partie de son armée ; Le général se rétablit, apaïise la révolte et soumet les peuples rebelles de l'Espagne. — 1 lie amitié avec Masinissa qui lui promet des secours s'il veut se rendre en Afrique; il fait un traité avec les habitants de Cadix après le départ de Magon qui reçoit de Carthage l’ordre de marcher contre l'Italie. — De re= tour à Rome, il est nommé consul, demande Afrique pour département, et, malgré l'opposition de Q. Fabius Maximus, obtient la*Sicile avec l'autorisation de passer en Afrique, s’il juge que l'intérêt de l'état l’exige.—Magon, fils d'Hamilcar, quitte les quartiers d’hiver de l'ile de Minorque, et se dirige sur l'Italie. I. Le passage d’Asdrubal en Italie, en faisant | avaiten peu de temps mis sur pied des forces con- peser sur cette province tout le poids des hostili- tés, semblait avoir soulagé les Espagnes, lorsque tout à coup se ralluma une guerre aussi terrible que la précédente. Les Espagnes étaient alors par- tagées entre les Romains et les Carthaginoïs de la manière suivante : Asdrubal, fils de Gisgon , s'é- tait retiré au fond du pays, vers l'Océan et Gadès. La côte de notre mer et presque toute l'Espagne orientale obéissaient à Scipion et aux Romains. Un nouveau général, Hannon, désigné pour rem- placer Asdrubal Barca, était arrivé d'Afrique avec une nouvelle armée, s'était joint à Magon, et LIBER VIGESIMUS OCTAVUS. I. Quumtransitu Asdrubalis, quantum in Italiam decli- naverat belli, tantum levatæ Hispaniæ viderentur ; rena- tum ibi subito par priori bellum est. Hispanias ea tem- pestate sic habebant Romani Pœænique. Asdrubal, Gisgonis filius, ad Oceanum penitus Gadesque concesserat. Nostri maris Ora omnisque ferme Hispania, qua in orientem vergit, Scipionis ac romanæ ditionis erat, Novus impe- sidérables dans la Celtibérie, à égale distance des deux mers. Scipion détacha contre lui M. Silanus avec un Corps d'environ mille hommes et cinq cents cavaliers. Silanus força la marche autant que le permettaient et la difficulté des routes et le grand nombre de défilés, fermés d’épais taillis, qu’on rencontre presque partout en Espagne, de- vança les courriers du pays et jusqu'au bruit de son arrivée, et prenant pour guides quelques transfuges celtibériens, parvint en présence de l'ennemi. Le rapport de ces guides lui apprit, lorsqu'il n’était plus qu'à dix milles environ de rator Hanno, in locum Barcini Asdrubalis novo cum exer- citu ex Africa iransgressus , Magonique junctus, quum in Celtiberia, quæ media inter duo maria est, brevi map- num hominum numerum armasset ; Scipio adversus euni M. Silanum cum decem haud plus millibus militum, equi- tibus quingentis, misit. Silanus, quantis maximis poiuit itineribus (impediebant autem et asperitates viarwm , et angustiæ saltibus crebris, ut pleraque Hispaniæ sunt, in- clusæ), tamen non solum nuntios, sed etiam famam ad- ventus sui prægressus, ducibus indidem ex Celtiberia 4, D2 l'ennemi, que deux camps se trouvaient près de la route qu'il suivait : à gauche, celui des Celtibé- riens, renfermant plus de neuf mille hommes de troupes nouvelles; à droite, celui des Carthagi- nois. Ceux-ci avaient des postes avancés, des sen- tinelles; en un mot, ils avaient pris toutes les pré- cautions militaires d'usage pour leur süreté et leur défense. Les Celtibériens montraient toute la sécurité et toute la négligence de barbares et de recrues qui ne redoutent rien, parce qu’ils sont dans leur pays. Ce fut par eux que Silanus résolut de commencer l'attaque; il enjoignit aux siens d'appuyer le plus qu’ils pourraient vers la gauche, de manière à n'être pas aperçus des postes car- thaginois; et, précédé de ses éclaireurs, il marcha rapidement à l'ennemi. II. I n’en était plus qu’à trois milles, et pas un barbare n'avait encore pris l'éveil. Le pays était rocailleux, hérissé de broussailles , entrecoupé de collines. Il arréta ses troupes dans une vallée as- sez profonde où il ne pouvait être vu, et leur fit prendre de la nourriture. Pendant ce temps, ses éclaireurs arrivèrent et confirmèrent le rapport des transfuges. Alors les Romains, plaçant leurs bagages au milieu de la vallée, prirent les armes et s'avancèrent en bon ordre au combat. À mille pas de distance, l'ennemi les aperçut el commença à s’agiter tumultueusement. Magon, quittant aus- sitôt son camp, accourut à toute bride aux pre- miers cris, à la première alerte. Dans les rangs des Celtihériens se trouvaient quatre mille hom- mes armés de boucliers et deux cents chevaux; c'était une légion en règle et l'élite de l’armée: il fransfugis, ad hostem pervenit. lisdem auctoribus com- pertum est, quum decem' circiter millia ab hoste abes- sent, bina castra circa viam, qua irent, esse : læva Cel- tiberos, noyum exercitum, supra novem millia homi- num; dextra punica tenere castra. Hæc stationibus , vi- gilüs, omni justa militari custodia tuta et firma esse : illa altera soluta neglectaque , ut barbarorum et tironum, ef miuus timentium , quod in sua terra essent. Ea prius ag- gredienda ratus Silanus, signa quam maxime ad lævam jubebat ferri , necunde ab stationibus Punicis conspicere- tur. Ipse, præmissis speculatoribus, citato agmine ad hostem pergit. I. Tria millia ferme aberat , quum hauddum quisquam hostium senserat. Confragosa loca et obsiti virgultis te- _ gebant colles. Itii in cava valle, afque ob id occulta, con- sidere militem, et cibum capere jubet. Interim specula- tores, transfugarum dicta affirmantes, venerunt. Tum, sarcinis in medium conjectis, arma Romani capiunt, avieque justa in pugnamvadunt. Mille passuum aberant, quum ab hoste-conspecti sunt, trepidarique repente cœ- ptum. Et Mago ex castris citato equo ad primum clamo- rem et tumultum adyehitur. Erant autem in Geltibero exercitu quatuor milia scufatorum et ducenti equiles ; TITE-LIVE. les mit en première ligne; le reste se composait de troupes lésères : il en fit sa réserve. Il sortait du-camp dans cet ordre de bataille, lorsqu'à peine hors des retranchements il fut assailli d’une grêle de javelots. Les barbares se baissèrent pour échap- per aux traits lancés par les Romains, puis se re- levèrent afin de faire à leur tour une décharge. Les Romains qui, suivant leur coutume, serraient leurs rangs, la reçurent sur leurs boucliers pres- sés les uns contre les autres; puis on s’aborda à l'épée et l'on commença une lutte corps à corps. Mais les aspérités du terrain génaient les manœur- vres des Celtibériens , qui courent ordinairement. d’un lieu à l’autre, et rendaient leur agilité iu- utile, tandis qu'elles n'étaient pas sans avañtage pour les Romains, habitués à combatire de pied ferme; seulement les anfractuosités et les buis- sons disséminés sur le sol rompaient leurs rangs et les forçaient de combattre un à un ou deux à deux, comme s'ils se fussent appariés. Les obsta- cles qui empêchaient l'ennemi de fuir semblaient le livrer enchaîné aux coups des Romains. Aussi déjà le corps celtibérien, qui portait des bou- cliers, était presque totalement détruit ; les trou- pes légères et les Carthaginois, qui de l’autre camp” étaient venus à leur secours, perdirent courage et se laissèrent tuer. Deux mille fantassins au plus et toute la cavalerie s'enfuirent dès la première charge avec Magon. Hannon, le second général, et tous ceux qui étaient arrivés les derniers, aprés la défaite consommée, furent faits prisonniers: La cavalerie presque tout entière qui suivit Ma- gon dans sa fuite, avec ce qui restait de vieille in- hanc iustam legionem (et id fermeroboris erat) in prima acie locat : ceteros, levem armaturam, in subsidiis posuit. Quum ita instructos educeret castris , vixdum in egressos vallo Romani pila conjecerunt. Subsidunf Hispani ad- versus emissa tela ab hoste., inde ad mittendaipsi CCnsur- gunt; quæ quum Romani conferti, ut solent, densatis excepissent seutis, tum pes cum pede collatus, ei gladiis geri res cœpta est. Ceterum asperitas locorum et Celti- beris, quibus in prœlio concursare mos est, velocitatem inutilem faciebat; et haud iniqua eadem erat Romanis stabiti pugnæ assuetis; nisi quod angustiæ et internata virgulta ordines dirimebant, et singuli binique, velut cum paribus, conserere pugnam cogebantur. Quod ad fugam impedimento hostibus erat, id ad cæden €08; velut vinctos, præbebat. Et jam, ferme omnibus soutatis Celtiberorum interfectis, levis armatura et Carthagi- nienses, qui ex alteris castris subsidio veneranf, perculsi cædebantur. Duo haud amplius millia peditum et equi- tatus omnis, vix inito prælio, eum Magone effugerunf- Hanno , alter imperator, cum iis, qui postremi , jam Pr0 fligato prælio, advenerant, vivus capitur. Magonem fu gientem equitatus ferme omnis, etquod veterum peditum erat, secuti, decimo die in Gaditanain proyincian ad HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVIIL fertile où l'on exploite même des mines d'argent : “fanterie, parvint, après dix jours de marche, dans la province de Gadès, où l’on rejoignit As- drubal ; les recrues, composées de Celtibériens, se dispersèrent dans les forêts voisines, et de là regagnèrent leurs foyers. Cette victoire vint bien à propos étoulfer, je ne dirai pas une guerre déjà tout allumée, maïs un germe de guerre, qui était menaçant pour l'avenir, si Carthage eût pu, après le soulèvement des Celtibériens, appeler aux ar- mes les autres peuplades de l'Espagne. Scipron combla d’éloges Silanus, puis, voulant ne pas perdre par ses lenteurs l’espoir qu'il avait d'en finir, il marcha contre Asdrubal, qui entretenait les restes de la guerre au fond de l'Espagne. Le Cartbaginois, qui s'était établi dans la Bétique pour s'assurer la fidélité de ses alliés, décampa tout à coup, et par une marche rapide, qui res- semblait plutôt à une fuite qu'à une retraite, il gagna l'Océan et Gadès. Mais, convaincu que, s'il conservait ses troupes en corps d'armée, il serait toujours en butte aux attaques de l'ennemi, il les cantonna dans différentes villes, afin qu’elles y fussent en sûreté derrière les murailles, qu’elles se chargeraient à leur tour de défendre. IT. Scipion voyant que la guerre s'était épar- pillée, et que la nécessité de promener ses armes d'une ville à l’autre lui coûterait plus de temps que de peine, retourna sur ses pas. Toutefois, pour ne point faire à l'ennemi l'abandon de cette contrée , il envoya son frère L. Scipion, avec dix mille hommes de pied et mille chevaux, assiéger Ja plus puissante ville du pays ; les barbares l'ap- pellent Oringis. Elle est située sur les frontières des Mélesses, nation espagnole, dans un territoire Asdrubalem pervenerunt. Celtiberi, novus miles, in proximas dilapsi silvas, inde domos diffugerunt. Perop- portuna victoria nequaquam tantum jam conflatum bel- lum, quanta futuri materia belli {si licuisset iis, Celti- berorum gente excita, ef alios ad arma sollicitare populos), Oppressa erat. Ifaque collaudato benigne S'lano, Scipio spem debellandi, si nihil eam ipse cunctando moratus esset, nactus, ad id, quod reliquuin belli erat, in ultimam Hispaniam adversus Asdrubalem pergit. Pœnus, quum Casira tum forte ad suciorum animos in Bætica continen- dos in fide haberet, signis repente sublatis, fugæ magis, quam ilineris modo , penitus ad Oceanum et Gades ducit. Ceterum, quoad continuisset exercitum, propositum bello se fore ratus, antequam freto Gades trajiceret, exercitum omnem passim in civitates divisit, ut et muris se 1ps1, el armis Muros tutarentur. IT. Scipio ubi animadvertit, dissipatum passim bel- lum , et circumferre ad singulas urbes arma diutini magis, quam magni, esse operis, retro vertit iter. Ne tamen hostibus eam relinqueret regionem, L. Scipionem fra- frem cuin decem millibus peditum, et mille equitum ad 53 c'était la place d'armes d’Asdrubal, et son point de départ pour ses excursions dans l’intérieur des terres. Scipion vint camper sous les murs; mais avant d'en former le siége, il envoya aux portes des agents pour sonder les esprits dans une confé- rence et persuader aux habitants d’essayer de l’al- liance des Romains plutôt que d’éprouver leur puissance. Ces ouvertures étant rejetées, il traça autour de la ville un fossé et un double retranche- ment, et partagea son armée-en trois corps, dont l'un devait pousser le siége sans interruption, pen- dant que les deux autres se reposeraient. Lorsque le premier corps commenca l'attaque, 1l ÿ eut un engagement terrible et dont l'issue fut douteuse. I était difficile d'aborder les murs et d’y appli- quer des échelles sous la grêle de traits dont on était assaïlli ; ceux qui avaient dressé leurs échel- les se voyaient ou renversés à l'aide de fourches destinées à cet usage, ou saisis d'en haut par des mains de fer, qui menaçaient de les enlever et de les tirer sur les murs. Scipion comprit que le trop petit nombre des siens rendait la lutte inégale, et que l'ennemi avait en outrel'a- vantage de combattre du haut des remparts ; il fit avancer les deux autres corps à la fois, après avoir retiré le premier, et recommença l'attaque. Ce mouvement inspira tant d'effroi aux assiégés, déjà fatigués du premier assaut, que les habitants désertèrent tout à coup leurs murailles, et que la garnison Carthaginoise, craignant une trahison, abandonna ses postes et se concentra sur un seul point. Bientôt les habitants s'épouvantèrent en songeant que si l'ennemi entrait dans la viile il gin barbari appellabant), mittit. Sita in Melessum finibus est hispanæ gentis. Ager frugifr : argentum eliam in- colæ fodiunt. Ea arx fuit Asdrubali ad excursiones circa in mediterraneos.populos faciendas. Scipio, castris prope urbem positis, priusquam circumvyallaret urbem, misit ad portas, qui ex propinquo alloquio animos tentarent, suaderentque , ut amic'fiam polius, quam vim, experi- rentur Romanorum. Ubi nihil pacati respondebatur, fossa duplicique vallo circumdata urbe, in tres partes exerci- tum dividit , ut una semper pars, quietis interim duabus oppugnaret. Prima pars quum adorta oppugnare est, atrox sane et anceps prælium fuit : non subire, non sca- las ferre ad muros præ incidentibus telis facile erat. Et jam, qui erexerant ad murum scCalas, alii furcis ad id ipsum factis detrudebantur, in alios {upi superne ferrei injecti, ut in periculo essent, ne suspensi in mürum ex- traherentur. Quod ubi animadvertit Scipio , nimia pau- citate suorum exæquatum certamen esse, ef Jam €0 su-. perare hostem, quod ex muro pugnaret; duabus simul partibus, prima recepta , urbem est aggressus. Quæ res tantum pavoris injecit fessis jam cum primis pugnando, uf 9ppuguandam Opulentissimam in is locis urbem { Orin- | et oppidani mœnia repentina fuga desererent , et punieum d4 contrerait, Carthaginois ou Espagnols. Ils cou- rurent donc ouvrir la porte, et se précipitèrent en foule hors des murs, se couvrant de leurs bou- cliers pour parer les traits lancés de loin, et allon- geant le bras droit nu pour faire voir qu'ils étaient sans armes. La distance empêcha-t-elle les Ro- mains de distinguer cette attitude, ou bien craigni- rent-ils quelque ruse, c’est ce qu'on ne saurait décider; mais ils fondirent impétueusement sur ces transfuges, et les massacrèrent comme des en- nemis. La même porte livra entrée aux vain- queurs , jandis que les autres tombaient sous les coups de la hache et de la cognée. Chaque cava- lier, à mesure qu’il entrait, courait à toute bride vers le forum pour s'en emparer, suivant les in- structions du général ; dans ce but, un corps de triaires soutenait la cavalerie. Les légions se ré- pandirent dans les autres parties de la ville, sans piller, sans massacrer ceux qu'elles rencontraient, à moins qu'ils n’eussent des armes pour se dé- fendre. On mit aux fers tous les Carthaginois et près de trois cents habitants : c’étaienf ceux qui avaient fermé les portes. On laissa les autres en possession de la ville, et on leur rendit leurs biens. L’ennemi perdit environ deux mille hom- mes à ce siége : les Romains n’eurent pes plus de quatre-viugt-dix morts. IV. Ge fut un grand sujet de joie que la prise de celte ville pour ceux qui y avaient coopéré , comme pour le général et pour le reste de l’armée. La pompe de leur retour fut relevée par la foule im- Præsidium metu, ne prodita urbs esset, relicéis stationibus in unum se colligeret, Timor inde Oppidanos incessit, ne, sihostisurbem intrasset, sine discrimine, Pænusan Hispa- nus esset, obvii passim cæderentur. Jtaque, patefacta re- pente poria, frequentes ex Oppido sese ejecerunt, seuta præ se lenentes, ne tela procul conjicerentur ; dextras nndas dslentan’es, uf gladios abjccisse appareret. Id utrum pa- rum ex interyvallo sit conspectum, an dolus aliquis su- spec:us fuerit, incompertum est. Im petus hostilis in trans- fugas factus : nec secus, quam adversa acies, cæsi. Eademque porta signa infesta in urbem illata : et aliis partibus securibus dolabrisque cædebantur et refringe- bantur porlæ, ef, ut quisque infraverat eques, ad forum SCCupandum (ita enim præceplum erat) citato equo per- gcbat. Additum erat et triariorum equi:i græsidium. Le- gionarii _celeras partes pervadunt = direptione et cæde oByiorum, nisi qui armis se fuebantur,, abstinuerunt. Car- thaginienses Omnes in custodiam dati sunt : oppidanorum quoque trecenti ferme, qui clauserant portas. Ce‘eris traditum OPpidum, suæ redditæ res. Cecidere in urbis JUS Oppugnatione hostium duo millia ferme : Romano- rum haud amplius nonaginta. IV. Læta et ipsis + Qui rem gessere, urbis ejus oppu- goalio fuit, et jinperatori ceter0que excrcitui, et spe- | TITE-LIVE, inmolerait sans distinction {ous ceux qu'il ren- mense de captifs qu'ils chassaient devant eux. Sci- pion combla d'éloges son frère , et vanta dans les termes les plus honorables la prise d'Oringis, qu'il égalait à sa conquête de Carthagène ; mais comme l'approche de l'hiver ne lui permettait, ni de ris- quer une tentative sur Gadès, ni de poursuivre l’armée d’Asdrubal, disséminée sur tous les points de la province, il ramena toutes ses troupes dans l'Espagne citérieure, envoya ses légions dans leurs quartiers d'hiver, fit partir pour Rome son frère L. Scipion, avec le général des ennemis Hannon et les autres prisonniers de distinction, etse retira lui-même à Tarragone. Cette année, la flotte ro- naine, qui avait passé de Sicile en Afrique, sous les ordres du proconsul M. Valérius Lévinus, com- mit de nombreuses dévastations sur les terres de Carthage et d'Utique. Le pillage s’étendit jus- qu'aux frontières du territoire carthaginoiïs, sous les murs mêmes d'Utique. En regagnant la Sicile, les Romains rencontrèrent la flotte ennemie forte de soixante-dix vaisseaux longs. Ils en prirent dix- sept et en coulèrent à fond quatre; le reste fut dispersé etmisen fuite. Vainqueur sur terreet sur mer, le proconsul rentra à Lilybée avec un riche butin de toute espèce. Cette dispersion de la flotte ennemie permit de faire passer à Rome de nom- breux convois de blé, V: Au commencement de la campagne où s'ac- complirent ces événements, le proconsul P. Sul: picius et le roi Altale, qui avaienthiverné à Egine, comme ou l’a dit plus haut, firent voile vers Lem- nos avec leurs flottes réunies : le proconsul avait ciosum sdventum suum, ingentem turbam captivorum præ se agentes, fecerunt. Scipio, collaudato fratre, quum, quauto poterat verborum honore, Carthagini ab se captæ caplam ab eo Oringin æquasset, quia et hiems instabat, ut nec tentare Gades, nec disjectum passim per provinciam exercitum Asdrubalis consectari posset, In citeriorem Hispaniam omnes suas copias reduxit : di- missisque in hiberna legionibus, L. Scipione fratre Ro: mam misso, et Hannone hostium imperatore, ceterisque nobilibus captivis, ipse Tarraconem concessit. Eodem anno classis Romana , cum M. Valerio Lævino proconz sule ex Sicilia in Africam transmissa, in Uticensi Cartha: giniensique agro Jate populationes fecit. Extremis finibus Carthaginiensinm circa ipsa mœnia Uticæ prædæ ace sunt. Repetentibus Siciliam classis Punica (septuaginta erant longæ naves) occurrit. Decem et septem nayes Cx is captæ sunt, quatuor in alto mersæ : cetera fusa ac fu ga!a classis. Terra marique victor Romanus cum ThoEDE omnis generis præda Lilybeum repetit. Toto inde non pulsis hostium navibus , magni commeatus frumenti RO- mam subvecti. = V. Principio æstatis ejus, qua hæc sunt gesta, P. Sul- picius proconsul et Attalus rex quum Æginæ, sicut ante dictum est, hibernassent, Lemaum inde, classe juncfa: Pere ER era hr HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVIIL. 53 vingt-cinq quinquérèmes, et le roi trente-cinq. De son côté, Philippe, qui voulait être en état de faire face à l'ennemi sur terre et sur mer, des- cendit à Démétriade sur les bords de la mer; il donna rendez-vous à son armée de terre près de Larissa. À la nouvelle de son arrivée, les ambas- sadeurs des alliés se réunirent de toutes parts à Démétriade. Les Étoliens avaient levé la tête, forts de l'alliance romaine et de la présence d’At- tale; et ils ravageaient les territoires voisins. Les Acarnaniens, les Béoliens et les habitants de l'Eu- bée , n'étaient pas seuls frappés d’épouvante, les Achéens aussi voyaient, aux embarras de la guerre d'Étolie, s’ajouter les craintes que leur inspirait Machanidas, tyran de Lacédémone, campé sur la frontière des Argiens. Tous énuméraient les dan- gers qui menaçaient leur patrie sur terre et sur mer, et imploraïent les secours du roi. Cependant il recevait de son royaume des nouvelles non moins fâcheuses. Scerdilédus et Pleuratus s'é- laient mis en campagne , et parmi les peuples de Thrace, les Mèdes devaient, aux pren:ières hosti- lités qui retiendraient au loin le roi, se jeter sur les frontières de la Macédoine. Les Béoliens et les peuples de la Grèce centrale annonçaient que les Étoliens s'étaient postés au défilé des Thermopy- les, à l’endroit où la gorge en se resserrant livre à peine passage, et qu'ils l'avaient fermé par un fossé et un retranchement pour empêcher Phi- lippe de porter secours aux villes alliées. Le capi- taine le moins actif ne pouvait s'endormir en voyant tant d’embarras naïître autour de lui. romanæ quinque et vigenti quinqueremes, regiæ quin- que et triginta, transmiserunt. Et Philippus, ut, seu terra seu mari obyiam eundum hosti foret, paratus ad ones conatus esset, ipse Demetriadem ad mare descen- dit : Larissam diem ad conveniendum exercitui edixit. Undique ab sociis legationes Demefriadem ad faman regis convenerunt. Sustulerant enim animos Æ{oli, quum ab romana societate, tum post Attali adventum, finiti- mosque depopulabantur. Nec Acarnanes solum Bœæotique, et qui Eubœam incolunt, in magno metu erant : sed Achæi quoque , quos super Ætolicum bellum Machanidas etiamn, lacedæmonius tyrannus, haud procul Argivorum fine positis casiris, terrebaf. Hi omnes suis quisque urbibus, quæ pericula terra marique portendebantur, memorantes, auxilia regem orabant. Ne ex regno quidem ipsius tran- quillæ nuntiabantur res : et Scerdilædum Pleuratumque motos esse, et Tracum maxime Mædos, si quod longin- quum bellum regem occupasset, proxima Macedoniæ in- cursuros. Bœoti quidem et interiores Græciæ populi, Thermopylarum saltum, ubi angustæ fauces coarctant iter, fossa valloque intercludi ab Ætolis, nuntiabant , ne transitum ad sociorum urbes tuendas Philippo darent. Vel segnem ducem tot excitare tumultus cireumfusi po- terant. Legationes dimitlit, pollicitus, prout tempus ac Philippe congédia ces députations avecla promesse que, selon le temps et la circonstance, il porterait secours à tous ses alliés. Il pourvut à l'affaire la plus urgente en ce moment et envoya une garni- son à Péparèthe. On disait qu'Attale s’y était rendu de Lemnos avec sa flotte, et en ravageait le territoire. Polyphante passa avec un détachement dans la Béotie ; Ménippe, un des officiers du roi, fut dirigé par Chalcis avec mille peltastes, espèce de boucliers semblables à la cétra. On leur ad- joignit cinq cents Agrianes, afin qu'ils pussent protéger l’île tout entière. Le roi se rendit à Sco- tussa, et il y fit venir l'armée macédonienne, qui était à Larisse. Là , il apprit qu’une assemblée des Étoliens devait se réunir à Héraclée et que le roi Attale s’y rendrait pour concerter les opérations de la campagne. Il résolut de troubler la diète par sa brusque apparition, et s’avança à marches for- cées sur Héraclée ; mais l'assemblée était dissoute lorsqu'il arriva. Toutefois, il détruisit la moisson qui touchait à sa maturité, surtout près du golfe des Énianes, et retourna à Scotussa. Il y laissa toute son armée, moins une cohorte de sa garde, avec laquelle il se rendit à Démétriade; puis, pour être prêt au moindre mouvement de l'ennemi, il envoya dans la Phocide, dans l'Eubée , à Péparè- the des hommes sûrs, avec ordre de se jeter sur les hauteurs pour y allumer des feux. Il plaça lui- même, sur la cime fort élevée du mont Tisée, une vigie chargée de recevoir les signaux lointains, et de l’avertir instantanément de toutes les disposi-. tions que prendrait l'ennemi. Le général romain G res se daret , omnibus lafurum se auxilium. In præsentia, quæ maxime urgebat res, Peparethum præsidium urbi mittit; unde allatum erat, Attalum, ab Lemno classe transmissa, Omnem circa urbem agrum depopulatum. Polyphantam cum modiea manu in Bœotiam, Menippum item quemdam ex regiis ducibus cum mille peltastis (pelta cætræ baud dissimilis est) Chalcidem mittit. Additi quin- genti Agrianum, ut omnes insulæ partes fueri possent. 1pse Scotussam est profectus : eodemque ab Larissa Ma- cedonum copias traduci jussit. E0 nuntiatum est, conci- BHum Ætolis Heracleamindictum, regemque Aitalum, ad consultandum de summa belli, venturum. Hunc conven- tum ut turbaret subito adventu, magnis itineribus He- racleam duxit. Et consilio quidem dimisso jam venit : segetibus tamen, quæ prope maturitatem erant, maxime : in siou Ænianum vastatis, SCotussam copias reducit. Ibi exerCitu omni relicto, cum cohorte regia Demetriadem sese recipit. Inde ut ad omnes hostium mofns posset oc- currere, in Phocidem, atque Eubœam, et Peparethum mittit, qui loca alta eligerent , unde editi ignes appare- rent. Ipse in Tisæo (mons est in allitudinem ingentem cacuminis editi) speculam posuit : ut ignibus procul sub- latis signum , ubi quid molirentur hostes, momente temporis acciperet. Romanus imperator et Attalus rex a 06 TITE-LIVE. -et le roi Attale passèrent de Péparthe à Nicée, puis firent voile vers l'Eubée pour assiéger la ville d’Orée, la première qu’on apercçoive à gauche en partant du golfe de Démétriade et se dirigeant vers Chalcis et l'Euripe. Attale et Sulpicius convinrent que les Romains attaqueraient du côté de la mer, et les troupes du roi par terre. VI. Ce fut seulement quatre jours après l’arri- vée de la flotte qu'ils commencèrent leurs opéra- tions : ils avaient employé ce temps en conféren- ces secrètes avec Plator, qui commandait dans Orée au nom de Philippe. Deux citadelles défen- dent cette place : l’une domine la mer, l’autre est au centre de la ville. De ce point on communique au rivage par un souterrain que ferme, du côté de la mér, une tour à cinq étages, d’une défense ex- cellente. Ce fut à que se concentrèrent d’abord tous les efforts ; la tour était abondamment pour vue de traits, et les vaisseaux avaient débarqué toutes les machines propres à la battre en brèche. Tandis que cette lutte acharnée attirait (ous les regards et préoceupait tous les esprits, Plator in- troduisit les Romains par la porte du-fort quidon- pait sur la mer, et en un instant la citadelle fut prise. Les habitants, repoussés au centre de la ville, se replièrent sur l'autre fort; mais là ils trouvèrent des gens apostés qui leur fermèrent les portes; pressés entre deux ennemis, ils fu- rent massacrés ou faits prisonniers. La garnison macédonienne se forma en masse serrée au pied de la citadelle, et s’y maintint sans fuir en désor- dre, mais aussi sans combattre avec vigueur. Pla- tor obtint de Sulpicius qu'on l’épargnât, la fit em- Peparetho Kitæam trajecerunt. Inde classem in Eubœam adurbem Oreum iransmittunt : quæ ab Demetriaco sinu Chalcidem et Euripum petenti ad lævam prima urbium Eubœæ posita est. Ia inter Attalum ac Sulpicium con- venit, ut Romani a mari, regii a terra oppugnarent. VI. Quatriduo post, quam appulsa classis est, urbem ‘aggressi sunt. Id lempus occultis cum Platore, qui a Philippo præpositus urbierat, colloquiis absumptum est. Duas arces urbs habet, unam imminentem mari, altera urbis media est. Cuniculo inde via ad mare ducit, quam mari furris quinque tabulatorum , egregium propugna- culum, claudebat. Ibi primo atrocissimum Contracium est certamen, et turre instructa omni gentre telorum, et tormentis machinisque ad oppugnandam eam ex na- vibus exposifis, Quum omnium animos oculosque id cer- tamen averlisset, porta mariimæ arcis Plator Romanos accepit, momentoque arx occupata est. Oppidani, pulsi inde in meédiam urbem, ad alferam tendere arcem. Et ibi posili erant, qui fores portæ objicerent. Ita exclusi in medio cæduutur capiunturque. Micedonum præsidium conglobalum sub arcis muro stetit; nec fuga effuse pe- tita, nec perbnacilér prælio inito. Eos Plator, venia a Sulpicio impetrata, in nayes impositos ad Demetrium barquer et conduire à Démétrie , en Phthiotide ; pour lui, il se retira auprès d’Attale. Sulpicius, fier d’un succès si facile, dirigea aussitôt sur Chal- cis sa flotte viclorieuse ; mais l'événement fut loin de répondre à son attente. Ouverte au-dessus et au-dessous, la mer se resserre à Chalcis en un étroit canal, et présente au premier aspect comme deux ports qui ont chacun leur entrée ; toute- fois on trouverait difficilement un mouillage plus dangereux; car du haut des roches élevées qui bordent le rivage des deux côtés arrivent des coups de vent soudains et orageux, et l'Euripe, sans éprouver sept fois par jour, comme on l'a dit, un flux et un reflux régulier, devient le jouet des vents qui poussent la mer dans un sens ou dans l’autre , et semble un torrent qui roule d'un mont escarpé. Ainsi, les navires n’ont de repos ni nuit ni jour- La difficulté d’un pareil mouillage, la force de la ville, fermée d'un côté par la mer, et du côté de la terre entourée d'excellentes fortifica- tions, la nombreuse garnison qui la défendait, et surtout la fidélité des chefs et des principaux ci- toyens qui n'imitèrent point l’inconstance et la perfidie de ceux d'Orée, tout rendait la place inexpugnable. Aussi Sulpicius se montra-t-il pru- dent au milieu de son imprudence même. A la vue de tant de difficultés, et dans la crainte de per- dre un temps précieux, il renonça aussitôt à son entreprise et cingla vers Cynus, comptoir des Lo- crieus d'Opunte, situé à mille pas de la mer. VI. Les feux allumés sur les hauteurs d'Orée avaient averti Philippe, mais par la trabison de Plator, le signal était venu trop tard; l'infériorité Phthiotidis exposuit : ipse ad Attalum se recepit. Sulpi- cius, fèm facili ad Oreum successu elatus, Chalcidem inde protinus victrici classe petit : ubi haudquaquam ad spem eventus respondit. Ex patenti utrimque coactum in angustias mare speciem intuenti primo gemini portus in ora duo versi præbuerit : sed haud facile alia infestior classi statio est. Nam et venti ab utriusque terræ præaltis montibus subiti ac procellosi se dejiciunt, et fretum ip= sum Euripi non septies die , sicut fama fert, temporibus satis reciprocat : sed temere in modum venti, nunc huc, nuuc illuc verso mari, velut monte præcipiti devolutus jorrens rapitur. Ita nec nocte, nec die quies nayibus da- tur. Quum classem tam infesta statio accepit, tum et op- pidum , alia parte clausum mari, alia ab terra egrepie munitum, præsidioque valido firmatum, et præcipue fide præfectorum principumque , quæ fluxa et vana apud Oreum fuerat, stabile atque inespugnabile fuit. Id pru- denter, ut in femere suscepta re, Romanus fecit, quod, cireumspectis difficultatibus, ne frusira tempus tereret, celeriter abstilit iucepto , classemque inde ad Gynum Lo> cridis (emporium id est urbis Opuntiorum mille passuutn a mari sitæ) trajecit. ViL. Philippum et ignes ab Oreo editi monueraut, s°d HISTOIRE ROMAINE.— LIV. XXVHI. de ses forces navales ne lui permettait guère d'ail- leurs d'aborder dans l'île; les retards ruinèrent done son projet. Mais pour Ghalcis, il put, au premier signal, voler à son secours : Chalcis, en effet, bien que située aussi dans l'Eubée, est sé- parée du continent par un détroit si peu large, qu’un pont Punit à la terre ferme et la rend plus accessible par terre que par mer. Philippe, qui s'était rendu de Démétriade à Scotusse, quitta cette dernière ville à la troisième veille, débusqua la garnison étolienne postée aux Thermopyles, et la mit en déroute; puis, refoulant l'ennemi épouvanté jusque sous Héraclée, il arriva le même jour à Élatée, en Phocide, après une marche de plus de soixante milles. Ce jour-là le roi Attale prenait la ville d’Opunte et la livrait au pillage : Sulpicius lui en avait abandonné le butin, parce que les Romains avaient, peu de jours aupara- vant, pillé Orée, sans que les soldats du roi eussent pris part à ce sac. La flotte romaine était encore mouillée devant cette ville, et Attale, igno- rant l'approche de Philippe, ne s’occupait que de mettre à contribulion les principaux citoyens d'Opunte. L'attaque de Philippe futsisoudaine, que saus une poignée de Crétois qui étaient allés au fourrage assez loin de la ville et qui aperçurent l’en- nemi, Attale eût pu être écrasé. H s'enfuit préci- pitamment vers la mer, sans armes et en désordre et s'embarqua; on levait l'ancre quand Philippe survint, et son apparition sur la côte répandit l'effroi parmi les équipages. De là, il revint à Opunte, accusant les dieux et les hommes de lui avoir enlevé et arraché presque sous les yeux uue serius Platoris fraude e specula elati : et impari maritimis viribus haud facilis erat in insulam classi accessus. Ita res per cunctationem omissa. Ad Chalcidis auxititm, ubi signum accepit, impigre est motus. Nam et ipsa Chalcis, quanquam ejusdem insulæ urbs est, tamien adeo arcto in- terscinditur freto, ut ponte continenti jungatur, terra- que aditum faciliorem, quam mari, babeat. Igitur Phi- lippus, déjecto præsidio, fusisque Æitolis, qui saltum Thermopylarum insidebant, quum ab Demetriade Sco- tussam , inde de tertia vigilia profectus, trepidos hostes Heracleam compulisset, ipse uno die Phocidis Elatiam millia amplius sexaginta contendit. Eodem ferme die ab Attalo rege Opuntiorum urbs cap:a diripiebatur. Conces- serat eam prædam regi Sulpicius,-quia Oreum paucos ante dies ab Romano milite, expertibus regtis, direp{um fuerat. Quum Romana classis eo se recepisset, Attalus, gnarus adventus Philippi, pecuniis a principibus exi- gendis terebat tempus. Adeoque improvisa res fuit, ut, nisi Cretensium quidam, forte pabulatum ab urbe longius progressi, agmen hostium procul conspexissent, opprimi potuerit. Altalus inermis atque incompositus cursu effuso mare ac naves petit : et molientibus ab terra uaves Philippus supervenit, tumultumque etiam ex terra pauicis præbuit. Inde Opuntem reditt, deos homines- 57 si belle proie. Les Opuntiens eurent aussi leur part de sa colère ; il leur reprocha de n'avoir pas fraîné le siége en longueur, comme ils auraient pu, mais de s'être, pour ainsi dire, rendus yolon- tairement à la première vue de l'ennemi. Après avoir réglé les affaires d'Opunte, il partit pour Torone. Attalese retira d'abord à Orée; mais à la nouvelle que Prusias , roi de Bythinie, avait en- vahi ses états , il oublia tout, abandonna la guerre d'Étolie et repassa en Asie. Sulpicius reconduisif sa flotte à Égine, d’où il était parti au commence- ment du printemps. La-prise de Torone ne coûta guère plus de peine à Philippe, que n’en avait coûté celle d'Opunte à Attale. Torone était habitée par des fugitifs de Thèbes en Phthiotide; après la prise de leur ville par Philippe, ils s'étaient mis sousla protection des Étoliens, qui leur avaient cédé la possession de Torone, ravagéeet abandonnée par ce prince danssa campagne précédente. De Torone, dont il s’empara comme nous venons de le dire, il se porta sur Tritonon et sur Drymes, petites places obscures et peu importantes de la Doride : il les prit. Puis il se rendit à Élatée, où avaient ordre de l'attendre les ambassadeurs de Ptolémée et des Rhodiens. Comme on traitait des moyens de mettre fin à la guerre d'Étolie (car les députés avaient éga- lement assisté dans Héraclée à la dernière assern- blée des Romains et des Étoliens), on apprit que Machanidas avait résolu d'attaquer les Éléens au milieu de leurs préparatifs pour la solennité des jeux olympiques. Philippe voulut prévenir cette attaque ; il congédia les députés avec une réponse bienveillante : « il n'avait pas été l’auteur de la que accusans, quod {antæ rei fortunam ex oculis prope raptam amisisset. Opuntii quoque ab eadem ira increpiti, quod , quum trahere obsidionem in adventum suum po- tuissent, viso statim hoste, prope in voluntariæm deditio- nem concessissent. Compositis circa Opuntem rebus, Toronem est profectus. Et Attalus primo Oreum se re- cedit. Inde, quum fama accidisset, Prusiam Bithyniæ regem in fines regni sui fransgressum, Omissis rebus atque Ætolico bello , in Asiam trajecit. El Sulpicius gi- n:m classem recepit, unde initio veris profectus eraf. Haud majore certamine, quam Opuntem Attalus ceperat, Philippus Toronem cepit. Incolebant urbem eam pro- fugi ab Thebis Phthioticis. Urbe sua capta a Philippo, quum io fidem Ætolorum perfugissent, sedem jis Ætoli cam dederant, urbis vastatæ ac desertæ priore ejusdem Philippi bello. Tum ab Torone, sicnt paulo ante dictum est, recepta profectus ; Tritonon et Drymas, Doridis : parva atque ignobilia oppida , cepit. Inde Elatiam, jussis ibi se opperiri Plolemæi Rhodiorumque legatis, venit.! Ubi quum de finiendo Ætolico bello ageretur (adfuerant enim Jegati nuper Heracleæ concilio Romanorum Æo- lorumque), nuntius affertur, Machanidam Olympiorum solleune ludricum parantes Elcos aggredi statuisse. Præ- verlendum id ratus, legatis cum benigno responso di- 58 guerre d'Étolie, et jamais il ne ferait obstacle à la paix, si toutefois on lui offrait des conditions justes et honorables. » Il partit ensuite à la fête de troupes légères, traversa la Béotie, descendit à Mégare, puis à Corinthe, où il prit des vivres, et passa à Phliunte et à Phéné. Comme il était à Hé- rée, apprenant que Machanidas , effrayé du bruit de sa marche, avait fait retraite sur Lacédémone , il se rendit à Égium pour assister à l'assemblée des Achéens ; il espérait aussi y trouver la flotte carthaginoise qu'il avait demandée, pour avoir à sa disposition une marine assez imposante. Peu de jours auparavant, les Carthaginois avaient paru sur les côtes de la Phocide, d’où ils avaient gagné les ports des Acarnaniens, à la nouvelle qu’Attale et les Romains étaient partis d'Orée: car ils craignaient qu’on ne s’avançât contre eux, et qu’on ne les surpriît à Rhium, à l’endroit où se resserre le golfe de Corinthe. VII. Philippe était triste et préoccupé de n’a- voir pu, malgré la rapidité de toutes ses marches, - arriver à temps pour aucune de ses entreprises et de voir que la fortune semblait lui tout enlever sous ses yeux et se jouer de sa célérité. Il dissi- mula cependant ses chagrins dans l'assemblée, el il y exprima de nobles sentiments; il prit à témoin les dieux et les hommes, « qu'on ne l'avait pas, en temps ni lieu, trouvé en défaut; que partout où le bruit des armes ennemies avait retenti, il s’y était porté avec toute la rapidité possible. Mais il était difficile de décider s’il avait montré plus d’audace à chercher le combat que l'ennemi n'avait mis d'empressement à éviter une ren- missis , « se neque causam ejus belli fuisse, nec moram (si modo æqua et honesta conditione liceat) paci factu- rum , » Cum expedito agmine profectus per Bœæotiam, Megara, atque inde Corinthum descendit. Unde, com- ueatibus sumptis, Phliunta Pheneumque petit. Et jam, quum Heræam venisset, audito, Machanidam,, fania ad- ventus sui territum, refugisse Lacedæmonem, Ægium se ad concilium Achæorum recepi£ : simul classem pu- nicam , ut mari quoque aliquid posset, accitam, ibi ratus. se inventurum. Paucis ante diebus inde Oxeas trajece- rant Pœni : inde portus Acarnanum petierant, quum ab Oreo profectum Attalum Romanosque audissent, veriti ne ad seiretur, et intra Rhium (fauces eæ sunt Corinthii sinus) opprimerentur. VAT, Philippus mœrebat quidem et angebatur, quum ad Omnia ipse raptim isset, nuili tamen se reiin tempore Occurrisse, et rapientem omnia ex oCulis elusisse celeri- ‘atem suam fortunam, In concilio autem, dissimulans ægritudinem,, elato animo disseruit : testatus deos homi- nesques se nullo loco , nec tempore defuisse, quin, ubi hostium arma Concrepuissent, eo, quanta maxima pos- set celeritate, tenderet : sed vix rationem iniri posse, utrum ab. se audacius, an fugacius ab hostibus geratur bellum. Sic ab Opunte Aïtalum, sic Sulpicium à Ghal- TITE-LIVE. contre. Ainsi Attale à Opunte, Sulpicius à Chalcis, et tout récemment Machanidas, s'étaient échap- pés de ses mains. Mais on ne réussissait pas tou- jours en fuyant; il ne fallait pas considérer comme difficile une guerre où l'on était sûr de vaincre, pour peu que l’on pût joiudre l'ennemi. Il avait gagné un premier point, c’est que l'ennemi avouait son infériorité. Bientôt il aurait pour lui une victoire qui n’était pas douteuse, et sur le champ de bataille l'événement réaliserait les craintes de l'ennemi. » Les alliés entendirent ces paroles avec plaisir : Philippe rendit ensuite Héree et la Triphylie aux Achéens, et Aliphère aux Mégalopolitains qui prouvaient que cette place avait toujours fait partie de leur territoire. Puis, avec les trois quadrirèmes et les trois birèmes que lui fournirent les Achéens, il passa à Anticyre. I partit de là avec sept quinquérèmes et plus de vingt barques, qu'il avait envoyés dans le golfe de Corinthe rejoindre la flotte carthaginoïse, et fi une descente à Érythres, ville d’Étolie, voisine d'Eupalium. Les Étoliens s’y attendaient ; les ha- bitants des campagnes et des forts voisins de Po- tidanie et d’Apollonie s'étaient réfugiés tous dans les forêts et dans les montagnes. Il s'empara des troupeaux que, dans leur précipitation, les habi-. tants w’avaient pu emmener, et les transporta sur ses vaisseaux. Il les fit conduire, ainsi que toutle butin, à Égium, par Nicias, préteur des Achéens, tandis qu'il allait à Corinthe, d’où il ordonna à son infanterie de se rendre par terre en Béotie. Pour lui, il sembarqua à Cenchrée, côtoya l’Attique doubla le cap Sunium, et parvint à Chalcis, cide, sic üis ipsis diebus Machanidam e manibus suis elapsum. Sed non semper felicem esse fugam : nec pro diffici id bellum habendum, in quo, si modo congres sus cum hostibus sis, viceris. Quod primum esset, con fessionem se hostium habere, nequaquam pares esse sibi; brevi et victoriam haud dubiam habiiturum, nec meliore eventu eos secum , quam spe, pugnaturos.» Læti regem socii audierunt. Reddidit inde Achæis Heræam et Tripby liam, Alipheram autem Megalopolitis, quod suorum fuisst finium satis probabant , restituit. Inde, navibus acceptis ab Achæis (erant autem tres quadriremes et biremes totidem), Anticyram trajecit. Inde quinqueremibus sep- tem, et lembis viginti amplins, quos , utadjungeret Gar- thaginiensium classi, miserat in Corinthium sinum, pro= fectus ad Erythras Ætolorum, quæ prope Eupalium sun, exscensionem fecit. Haud fefellit Ætolos; nam,hominum quod aut in agris, autin propinquis castellis Potidaniæ atque Apolloniæ fuit , in silvas montesque refugit. Peco- ra, quæ inter festinationem abigi nequierant, sunt di- repla et in naves compulsa. Cum his ceteraque præ&da, Nicia prætore Achæorum Ægium misso, quum Gorin- ‘hum petisset, pedestres inde copias per Bœotiam terra duci jussit. Ipse, ab Cenchreis præter terram Atticanl super Sunium nayigans , inter medias prope hoslium HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XX VII. presque à travers les flottes ennemies. Il loua la fidélité et la valeur des habitants, que ni la crainte, ni l'espoir n'avaient pu ébranler, et les exhorta à persévérer dans la ligue avec la même constance, s'ils préféraient leur sort à celui des Oritains et des Opuntiens ; puis il fit voile pour Orée, confia le souverain pouvoir et la garde de celte place à ceux des principaux citoyens qui, après la prise de la ville, avaient mieux aimé fuir que de se soumettre aux Romains , et retourna de l'Eubée à Démétriade, d’où il était parti d’abord pour voler au secours de ses alliés. Bientôt après il fit commencer, à Cassandrée, la construction de cent vaisseaux longs, rassembla, à cet effet, un grand nombre de charpentiers de marine, et, comme Ja Grèce était paisible, grâce au départ d’Attale et aux secours qu'il avait si à propos fournis à ses alliés, il retourna dans son royaume pour faire Ja guerre aux Dardaniens. IX. À la fin de la campagne qui vit ces événe- mentss’accomplir en Grèce, Q. Fabius, fils deMaxi- mus, lieutenant de M. Livius, vint dire au sénat quelle consul était d'avis que c’élaÿt assez de L. Por- ciuset de ses légions pour défendre la Gaule: que, quant à lui, il croyait pouvoir quitter cette pro- vinceet en retirer l’armée consulaire. Le sénat rap- pela non-seulement M. Livius, mais aussi son collè- gue C. Claudius. La seule différence que mit entre eux le décret ce fut de faire revenir l'armée de M. Livius, tandis que les légions de Néron, qui te- naient tête à Annibal , devaient rester dans leur province. Les consuls s'écrivirent et convinrent que, comme ils avaient été animés dans la ges- classes, Chalcidem pervenit. Inde, collaudata fide ac vir- tute, quod neque timor, neque spes flexissent eorum ani- mos; hortatusque in posterum, ut eadem constantia per- manerent in societate, si suam , quam Oritanorum atque Opuntiorum, fortunam mallent; ab Chalcide Oreuim na- vigat, principumque iis, qui fugere capta urbe, quam se Romanis tradere , maluerant, summa rerum et cus- todia urbis permissa, ipse Demetriadem ab Eubœa, unde primo ad opem ferendam sociis profectus erat, trajecit. Cassandreæ deinde centum navium longarum carinis po- -silis, con{ractaque ad effectum ejus operis multitudine fabrorum nayalium, quia res in Græcia tranguillas et profectio Attali fecerat, et in tempore laborantibus sociis latum ab se auxilium, retroin regnum Concessif, ut Dar- danis bellum iuferret. IX. Extremo æstatis ejus, qua hæc in Græcia gesta sunt, quum Q. Fabius Maximi filius legatus ab M. Livio consule Romam ad senatum nuntiasset, consulem satis præsidii Galliæ provinciæ credere L. Porcium cum suis legionibus esse : decedere se inde, ac deduci exercitum consularem posse ; Patres non M. Livium tantum redire ad urbem, sed collegam quoque ejus C. Claudium jus- serunt, Id modo in decreto interfuit, quod M. Livii exer- 29 tion des affaires des mêmes sentiments, de même aussi, bien que partant de points opposés, ils en- treraient à Rome au même moment : le premier arrivé à Préneste devait attendre son collègue. Le hasard voulut que tous deux s’y trouvassent le même jour. De là ils envoyèrent un décret qui convoquait pour le troisième jour une assemblée du sénat au temple de Bellone; puis , au milieu de la foule qui se pressait à leur rencontre, ils s'avancèrent vers Rome. On ne se boruait pas à les saluer en se pressant autour d'eux, chacun était avide de toucher leurs mains victorieuses ; on les félicitait, on les remerciait d’avoir sauve la patrie. Lorsqu'ils eurent, suivant l'usage ob servé par tous les généraux, rendu compte de leurs opérations au sénat, ils demandèrent «qu’en Considération des heureux succès dus à leur cou rage on rendit aux dieux immortels des actions de grâces, et qu’on leur permit à eux-mêmes d'en trer en triomphe dans Rome. « Le sénat accéda à leur demande, « par reconnaissance, dit-il, en- vers les dieux d’abord, et, après les dieux, en- vers les consuls. » On ordonna des prières publi- ques en leur nom, et on décerna le triomphe à chacun d'eux. Mais, comme ils avaient agi de concert dans leurs opérations, ils ne voulurent pas séparer leur triomphe ; ils convinrent « que, puisque la victoire avait été remportée dans la province de M. Livius et que le jour de la bataille s'était trouvé celui où Livius devait prendre les auspices, puisque son armée avait été rappelée à Rome, et que celle de Néron n'avait pu quitter sa province , M. Livius entrerait dans Rome sur citum reduci, Neronis legiones Annibali oppositas ma: nere in provincia jusserunt. Inter consules ita per literas convenit, ut, quemadmodum uno arimo rempublicarn gessissent, ita, quanquam ex diversis regionihus conve- nirent, uno tempore ad urbem accederent. Præneste qui prior venisset, collegam ibi opperiri jussus. Forte ita evenit, ut eodem die ambo Præneste venirent. Inde præ- misso edicto, ut triduo post frequens senatus ad ædem Bellonæ adesset, omni multitudine obviam effusa, ad urbem accessere. Non salutabant modo universi circum- fusi, sed, contingere pro se quisque victrices dextras consulum cupientes , alii gratulabantur , alii gratias age- bant, quod eorum opera incolumis respublica esset. In senatu quum more Omnium imperatorum, expositis re- bus ab se gestis, postulassent, « ut, pro republica forti- ter feliciterque administrata, et diis immortalibus habe. retur honos, et ipsis triumphantibus urbem inire liceret; se vero ea, quæ postularent, decernere, Patres, merito deorum primum, dein , secundum deos, Consulum, » res- | ponderunt, et supplicatione amborurn nomine, et triurm- pho utrique decreto, inter ipsos, ne, quum bellum com- muni apimo gessissent, triumphuin separerent, ita con- veail : «ut, Quoniam ct iu proviiçia M. Livi res gesta 60 un char à quatre chevaux et suivi de ses soldats; C. Claudius serait à cheval et sans suite.» Cette association de triomphe rehaussa la gloire des deux généraux , mais surtout de celui qui avait eu la plus grande part à la victoire, et cédait dans le triomphe la plus belle à son collègue : « Get homme à cheval, disait-on, c'était celui qui, en six jours, avait traversé l'Italie dans toute sa lon- gueur et livré bataille à Asdrubal dans la Gisal- pine, alors même qu’Annibal le croyait en Apulie, campé en sa présence. Ainsi le même consul avait, aux deux extrémités de l'Italie, tenu en échec deux chefs ennemis, deuxillustres généraux , op- posant à l’un sa politique, à l’autre sa personne. I avait suffi du nom de Néron pour retenir An- nibal dans son camp : pour Asdrubal, était-ce au- ire chose que l'expédition du consul qui avait causé sa ruine et sa mort? L’autre consul pou- vait donc se montrer pompeusement élevé sur un char avecunattelage aussi nombreux qu’il lui plai- rait; un seul cheval promenait dans Rome le vé- ritable triomphateur; et Néron,-marchât-il à pied, brillerait toujours de la double gloire d’une bataille gagnée et d’un triomphe dédaigné. » Tels étaient les discours des spectateurs qui accompa- gnèrent Néron jusqu’au Capitole. Les sommes portées au trésor montèrent à trois nullions de sesterces et à quatre-vingt mille livres pesant d’airain. Les soldats de M. Livius avaient reçu chacun cinquante-six as; C. Claudius promit de donner aux siens la même somme, quand il au- rait rejoint son armée. On remarqua que ce jour- esset, et eo die, quo pugnatum foret, ejus forte auspi- cium fuisset, et exercitus Livianus deductus Romam ve- nisset, Neronis deduei non#potuisset de provincia, ut M. Livium, quadrigis urbem ineuntem, milites seque- rentur; G. Claudius equo sine militibus inveheretur. » Ita consociatus triumphus, quum utrique , {um magis ei, qui, quantum merito anfeibat, fantum honore collegæ cesserat, gloriam auxit : « illum equitem, aiebant, sex dierum spatio transcurrisse longitudinem Italiæ : et ec die cum Asdrubale in Gallia signis collatis pugnasse, quo eum castra adversus sese jy Apulia posita habere Annibal credidisset. Ita unum consulem pro utraque parte Italiæ adversos duos duces, duos imperatores, hinc consilium suum, hinc corpus opposuisse. Nomen Neronis satis fuisse “ad continenduim castris Annibalem : Asdrubalem vero, qua alia re, quam adventu ejus, Obrutum atque exstinc- tum esse ? Jtaque iret alter consul sublimis curru multiju- gis, si vellét, equis. Uno equo per urbem verum trium- phum vehi : Neronemque, eliam si pedes incedat, vel parta eo bello, vel spre.a eo triumpho gloria, memora- bilem fore. » Hi sermones spectantium Neronem usque in Capitolium prosecuti sunt. Pecuniam in ærarium tule- rurit sestertium tricies, octoginta millia æris. Mililibus M. Livius quinquagenos senos asses divisit. Tantumdem C. Claudius absentibus militibus suis est pollicitus, quum, TITE-LIVE, 1à, dans leurs chansons etleurs couples, lessoldats célébrèrent plutôt G. Claudius que leur général; que les chevaliers exaltèrent Je mérite des lieute- pants L. Véturius et Q. Cécilius, et engagèrent le peuple à les nommer consuls pour l'année sui- vante ; et que le lendemain les consuls appuye- rent la proposition des chevaliers en rappelant de- yant le peuple assemblé tout ce qu'ils devaient au courage et à la fidélité des deux lieutenants. X. Comme le temps des comices approchait et qu’on voulait un dictateur pour les présider, le consul C. Claudius investit de cette dignité son collègue M. Livius, qui choisit Q. Cécilius pour maître de la cavalerie. Le dictateur créa consuls L. Véturius et ce même Q. Gécilius, qu’il avait pris pour maître de la cavalerie. On tint ensuite les comices prétoriens, et l'on nomma C. Servi: lius, M. Cécilius Métellus , Tib. Claudius Asellus. et Q. Mamilius Turinus, alors édile plébéien. ‘Après les comices, le dictateur abdiqua, licenca l'armée et partit pour l’Étrurie en vertu d'un sénatus-consulte, pour faire une enquête et sa- voir quels étaient ceux des Étrusques et des Om- briens qui, à l'ârrivée d’Asdrubal, avaient con: seillé d'abandonner le parti des Romains, et ceux: qui Jui avaient fourni des renforts, des provisions ou tout autre secours. Ce furent là tous les événe ments civils et militaires de l’année. Les jeux ro: mains furent célébrés trois fois avec toute la pompe d'usage par les édiles curules Cn. Servilius Gépion, Ser. Cornélius Lentulus. Les jeux plébéiens furent aussi représentés en entier, mais une seule fois, ad exercitum redisset. Notatum, eo die plura carmina militaribus locis in G. Claudium, quam in consulem suum jactata. Equites L. Veturium et Q. Cæcilium legatos _magnis tulisse laudibus , hortatosque esse plebem, ut 60S consules in proximum annum crearent; adjecisse equi- fum prærogativæ auctoritatem consules, postero die in concione, quam forti fidelique duorum præcipue legalo- rum opera usi essent , commemorantes. X. Quum comitiorum tempus appeteret, et per dicta- torem comitia haberi placuisset, GC. Claudius consul M. Livium collegam dictatorem dixit : Livius Q. Gæci- lium magistrum equitum. À M. Livio dictatore creall consules L. Veturius, Q. Cæcilius, isipse, qui tum rat magister equitum. Inde prætorum comitia habita. Creali C. Servilius , M. Cæcilius Metellus, Ti. Claudius Asellus, Q. Mamilius Turinus, qui tum ædilis plebis erat. Com tiis perfectis, dictator, magistratu abdicato, dimissoque exercitu, in Etruriam proyinciam ex senatusconsulto est profectus ad quæstiones habendas : qui Etruscorum Unr brorumve populi defectionis ab Romanis ad Asdrubalem sub adventum ejus consilia agitassent, quique eum au. lis, aut commeatu, aut ope aliqua juvissent. Hæc e0 al no domi militiæque gesta. Ludi romani ter toti instaurèli ab ædilibus curulibus, Gn. Servilio Cæpione, ser, ie neïo Lentulo. Hem ludi plebeï semel toti instaurali ab 3 HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVIIL par les édiles du peuple M. Pomponius Matho et Q. Mamilius Turinus. La treizième année de la guerre punique, les consuls L, VéturiusPhilo et Q. Cécilius Métellus eurent tous deux le Bruttium pour département, avec la conduite de la guerre contre Annibal. Les préteurs tirèrent ensuite au sort leurs provinces : M. Cécilius Métellus obtint la juridiction de la ville ; Q. Mamilius, celle des étrangers; C. Servilius eut la Sicile; Ti. Claudius là Sardaigne. Voici quel fut le partage des armées : l’un des deux consuls reçut l’armée de G. Clau- dius, consul sortant ; l’autre, celle du propréteur Q. Claudius, composée de deux légions ; en Étru- rie, les deux légions de volontaires, commandées par le propréteur C. Terentius, passèrent aux or- dres du proconsul M:Livius, prorogé pour un an dans le commandement. Q. Mamilius, cé- dant la juridiction des étrangers à un de ses col- Jègues, devait occuper la Gaule avec l’armée du propréteur L. Porcius : il avait ordre de ravager les terres des Gaulois qui s'étaient donnés aux Carthaginois, à l’arrivée d’Asdrubal. C.Servilius, avec les deux légions de €annes, succédait à C. Mamilius dans la province de Sicile. On rappela de Sardaigne la vieille armée qu’y avait comman- dée À. Hostilius , et les consuls levèrent une nou- velle légion que Ti. Claudius devait y emmener avec lui. On prorogea pour un an Q. Claudius dans le commandement de Tarente, et C. Hostilius Tubulus dans celui de Capoue. Le proconsul M. Valérius, qui avait été chargé de défendre les côtes de Sicile, eut ordre de remettre trente ædilibus plebis, M. Pomponio Mathone , et Q. Mamilio Turino. Tertio decimo anno punici belli, L. Veturio Phi- lone et Q. Cæcilio Metello consulibus, Bruttii ambobus, ut cum Annibale bellum gererent, provincia decreta. Prætores exinde sortiti sunt ; M. Cæcilius Metellus urba- nam , Q. Mamilius peregrinam, C. Servilius Siciliam, Ti. Claudius Sardiniam. Exercitus ita divisi; consulum alteri, quem C. Claudius prioris anni consul, alteri, quem Q. Claudius proprætor (eæ binæ legiones erant } habuis- sent exercitum : in Etruria duas volonum legiones a C. Terentio proprætore M. Livius proconsul, cui proroga- tum in annum imperium erat, acciperet. Et Q. Mamilio, ut, collegæ jurisdictione tradita, Galliam cum exercitu, cui L. Porcius prætor præfuerat, obtineret, decretum est : jussusque populari agros Gallorum , qui ad Pœnos sub adventum Asdrubalis defecissent. C. Servilio cum Cannensibus duabus legionibus, sicut CG. Mamilius tenue- rat, Sicilia tuenda data. Ex Sardinia vetus exercitus, cui A. Hostilius præfuerat, deportatus; novam legionem, quam Ti. Claudius trajiceret secum , consules conscripse- runt. Q. Claudio , ut Tarentum , C. Hostilio Tubulo, ut Capuam provinciam haberet, prorogatum in annum im- perium est. M. Valerius proconsul , qui tuendæ cirea Si- ciliam maritimæ oræ præfuerat, triginta nayibus C. Ser- 61 vaisseaux à C. Servilius et de ramener le reste de sa flotte à Rome. ee XI. Au milieu des hasards et des inquiétudes que causait une guerre si redoutable, Rome, ac- coutumée à rapporter aux dieux tous ses succès et tous ses revers, recevait la nouvelle d’un grand nombre de prodiges. À Terracine, le temple de Jupiter, à Satricum, celui de la déesse Matuta , avaient été frappés de la foudre. On n'était pas moins effrayé à Satricum de l'apparition de deux serpents dans le temple de Jupiter, où ils s'é- taient introduits par la porte même. À Antium, disait-on, des moissonneurs avaient trouvé des épées couvertes de sang. À Géré, un porc était né avec deux têtes; on parlait aussi d’un agneau réuvissant les deux sexes à la fois. À Albe, on avait vu deux soleils; Frégella avait été, pendant la nuit, illuminée d’une clarté soudaine ; un bœuf avait parlé dans la campagne de Rome ; l'autel de Neptune, situé au milieu du cirque de Flami- nius, avait été inondé de sueur; les temples de Cérès, de la déesse Salut, et de Quirinus, avaient été frappés de la foudre. Les consuls furent char- gés d'expier ces prodiges en immolant les grandes victimes et en faisant un jour de supplications : ces mesures furent réglées par un sénatus-con- sulte. Mais un prodige plus alarmant que tous ceux qu’on avait annoncés du dehors ou vus dans la ville même, ce fut l’extinctiou du feu sacré dans le temple de Vesta. La vestale qui était de garde cette nuit-là fut battue de verges par ordre du pontife P. Licinius. Get événement n’élait pas un. vilio præbitis, cum cetera omni classe redire ad urbem jussus. XI. In civitate tanto discrimine belli sollicita, quum omnium secundorum adversorumque causas in deos ver- terent, multa prodigia nuntiabantur ; Tarracinæ Jovis ædem, Satrici Matris Matutæ de cœlo tactam. Satricanos haud minus terrebant in ædem Jovis foribus ipsis duo perlapsi angues. Ab Antio nuntiatum est, cruentas spicas metentibus visas esse. Cære, porcus biceps, etagnus mas idemque femina natus erat. £t Albæ duo soles yisos refe- rebant : et nocte Fregellis lucem obortam. Et bos in agro romano locutus, et ara Neptuni multo sudore ma- nasse in circo Flaminio dicebatur ; et ædes Cereris; Sa- lutis, Quirini de cœlo tactæ. Prodigia consules hostiis majoribus procurare jussi, et supplicationem unum diem habere. Ea ex senatusconsulto facta. Plus omnibus aut nuntiatis peregre, aut visis domi prodigiis, terruit ani- mos hominum ignis in æde Vestæ exstinctus : cæsaque flagro est Vestalis, cujus Custodia noctis ejus fuerat, jussu P. Licinü pontificis. Id quanquam, nihil porten- dentibus deis, ceterum negligentia humana acciderat, tamen et hostiis majoribus procurari, et supplicationem ad Vestæ haberi placuit. Priusquam proficiscerentur consules ad bellum, moniti ab seuatu sunt, « ut in 62 avis donné par les dieux, mais un effet de la né- gligence humaine ; on crut devoir néanmoins im- moler en expiation les grandes victimes et faire une supplication au temple de Vesta. Avant leur départ pour la guerre , les consuls furent invités par le sénat « à s’occuper de rappeler les cul- tivateurs dans les campagnes. La protection des dieux avait porté la guerre loin de Rome et du Latium; on pouvait sans crainte retourner aux champs. Il serait étrange qu'on attachât plus d'importance à cultiver la Sicilequel’Italie!» Mais ce n’était pas chose facile au peuple : la guerre avaitemporté les cultivateurslibres, et les esclaves manquaient ; les troupeaux avaient été pillés, les fermes détruites ou incendiées. Cependant , à la persuasion des consuls , une grande partie des laboureurs retournèrent dans leurs campagnes. Ce qui appela l'attention sur cette affaire ce furent les plaintes des députés de Plaisance et de Cré- mone. Leurs terres, disaient-ils, étaientcourueset dévastées par les Gaulois, leurs voisins; la plupart de leurs cultivateurs dispersés, leurs villes dépeu- plées, leurs campagnes désertes et solitaires. On chargea le préteur Mamilius de veiller à la süreté des colonies. Les consuls ordonnèrent, en vertu d’un sénatus-consulte, que tout citoyen de Cré- mone et de Plaisance, avant un jour qui fut fixé, rentrât dans sa patrie, Ils partirent ensuite pour la guerre au commencement du printemps. Q. Céci- lius prit l’armée de C. Néron, L. Véturius, celle du propréteur Q. Claudius, qu’il compléta avec ses nouvelles levées. Les consuls conduisirent leurs troupes sur le territoire de Consentia et le ravagè- rent en toussens. L'armée revenait chargée de dé- agros reducendæ plebis curam habereni, Deum beni- guitate sammotum bellum ab urbe romana et Latio esse, et posse sine metu in agris habitari. Minime convenire , Siciliæ, quam Italiæ, colendæ majorem curam esse. » Sed res haudquaquam erat populo facilis, et liberis cul- toribus bello absumptis, et inopia servitiorum , et pecore direpto, villisque dirutis aut incensis. Magna tamen pars auctoritate consulum compulsa in agros remigravit. Mo- verant autem hujusce rei mentionem Placentinorum et Cremonensium legati, querentes, agrum suum ab ac- colis Gallis incursari ac vastari, magnamque partem co- lonorum suorum dilapsam esse, et infrequentes se urbes, agrum vastum ac desertum habere, Mamilio prætori mandatum, ut colonias ab hoste tueretur. Consules ex senatusconsulto edixerunt , ut, qui cives Cremonenses atque Placentini essent , ante certam diem in colonias re- verterentur. Principio deinde veris et ipsi ad bellum profecti sunt, Q. Gæcilius consul exercitum ab C. Nerone, L. Veturius ab G. Claudio proprætore accepit, novisque militibus ; quos ipse conscripserat, supplevit. In Consen- tinum agrum consules exercitum duxerunt, passimque depopulali, quum agmen jam grave præda esset, in sel- TITE-LIVE. pouilles , lorsqu'elle fut surprise dans un étroit défilé par les Bruttiens et les frondeurs numides, Dans le désordre de l'attaque les soldats faillirent perdre non-seulement leur butin, mais la vie. Toutefois ce fut plus une alarme qu’un combat. Les légions envoyèrent le butin en avant, et par- vinrent sans être entamées en lieu de sûreté. Dela, elles marchèrent sur la Lucanie; la population tout entière de cette contrée rentra, sans coup férir, sous la domination de Rome. XII. Il n’y eut cette année aucun engagement avec Annibal. Encore sous le poids du coup qui venait de frapper sa patrie et sa famille, il ne vint point chercher les Romains, et les Romains ne le troublèrent pas dans son repos : tant ils le croyaient encore puissant par son seul génie, alors même que tout tombait autour de lui! Je ne sais, en effet, s’il ne fut pas plus admirable dans ses revers qu'au milieu de ses succès. Campé sur une terre ennemie pendant treize ans, si loin de son pays, malgré toutes les vicissitudes que présentait la guerre, à la téte d’une armée composée non de concitoyens, mais d’urframas confus d'hommes de toutes nations, qui n’avaient ni les mêmes lois, ni les mêmes mœurs, ni le même langage; dont l'ex- rieur, les vêtements, les armes, le culte, la reli- gion et presque les dieux étaient différents, il sut les unir par des liens si indissolubles, que jamais on ne les avait vus ni divisés entre eux, ni sou- levés contre leur général. Cependant la paie et les vivres leur manquaient souvent sur le territoire ennemi, double pénurie qui avait, dans la pre- mière guerre punique, suscité tant de conflits dé- plorables entre les généraux ef les soldats. Et lors- tu angusto a Bruttiis jaculatoribusque Numidis turbali sunt; ita ut non præda , sed armati quoque in periculo fuerint. Major tamen tumultus, quam pugna, fuit; et præmissa præda, incolumes et legiones in loca tula evaz sere. Inde in Lucanos profecti. Ea sine certamine tofa gens in ditionem populi romani redit. : XIL. Cum Annibale nihil eo anno rei gestum est. Nam neque ipse se obtulit in tam recenti vulnere publico pri- vatoque, neque lacessierunt quietum Romani. Tantan inesse vim, etsi omnia alia circa eum ruerent, in uno ill0 duce censebant. Ac nescio , an mirabilior adyersis, quam secundis rebus, fuerit : quippe qui, quum et in hostium terra per annos tredecim, tam procul ab domo, yaria fortuna bellum gereret exercitu non suo civili, sed mixto ex colluvione omnium gentium, quibus non lex, non mos , non lingua communis ; alius habitus, alia vestis, alla arma, alii ritus, alia sacra, alii prope dei essent; ita quodam uno vinculo copulaverit eos, ut nulla nec In- ter ipsos, nec adversus ducem seditio exstiterit; quum et pecunia Sæpe in sfipendium, et commeatus in hostium agro deessent : quorum inopia priore punico bello mulla infanda inter duces militesque commissa fuerant. POS HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVIIL. que , après la ruine de l’armée d’Asdrubal et la mort de ce chef, sur qui reposait tout l’espoir du succès, il s'élait retiré au fond du Bruttium et avait abandonné le reste de l'Italie, n'était-ce pas un véritable prodige que de ne voir aucun mou- vement éclater dans son camp? Car à tant d’au- tres misères s'était jointe la nécessité de tirer sa subsistance du seul Brutlium qui, cultivé même dans son entier, n’eût pu suffire aux besoins d'une armée aussi nombreuse. Et puis la plupart des jeunes Bruttiens avaient été arrachés aux travaux des champs par le besoin de combattre et par la mauvaise habitude qu'ont ces peuples de faire de la guerre un brigandage. Carthage ne lui envoyait d'ailleurs aucun secours et semblait ne s'inquiéter que de sauver l'Espagne, comme si tout allait bien pour elle en Italie. En Espagne, la fortune qui, à certains égards, était la même qu'en Italie, sous d’autres rapports était bien différente : elle était la même en ce que les Carthaginois, vaincus dans une bataille, avaient été acculés aux extrémités de la province jusque sur les rivages de l'Océan ; différente, en ce que l'Espagne, plus que l'Italie, plus que toute autre contrée du monde, offrait par la nature deson sol etle caractère de ses habitants des ressources pour rallumer la guerre. C'est ce qui explique qu'après avoirété la première des provinces du continent où Rome pénétra, elle est la dernière qui ait été entiè- rement soumise, ce qui n’a eu lieu que de nosjours, sous les ordres et les auspices de César Auguste. Alors Asdrubal, fils de Gisgon, le plus grand et le plus illustre, après les Barca, de tous les généraux > Asdrubalis vero exercitum cum duce , in quibus spes om- uis reposita victoriæ fuerat, deletum, cedendoque in an- gulum Bruttium cetera Italia concessum , cui non videa- tur mirabile, nullum motum in castris factum ? Nam ad cetera id quoque accesserat , ut ne alendi quidem exerci- tus, nisi ex Bruttio agro, spes esset; qui, ut omnis-cole- retur , exiguus tamen tanto alendo exercitui erat ; {um Mmagnam partem juventutis abstractam a cultu agrorum bellum occupaverat, et mos vitio etiam insitus genti per latrocinia militiam exercendi. Nec ab domo quicquam mittebatur, de Hispania retinenda sollicitis, tanquam omnia prospera in Italia essent. In Hispania res quadam ex parte eamdem fortunam , quadam longe disparem habebant ; eamdem, quod prælio victi Carthaginienses, duce amisso, in ultimam Hispaniæ oram usque ad Ocea- num compulsi erant ; disparem autem, quod Hispania, non quam Italia modo, sed quain ulla pars terrarum, bello reparando aptior erat, locorum hominumque inge- nis. Ilaque ergo prima Romanis inita provinciarum, quæ quidem continentis sint, postrema omnium, nostra demum ætate, ductu auspicioque Augusti Cæsaris, per- domita est. Ibi tum Asdrubal Gisgonis, maximus claris- simusque eo bello secundum Barcinos dux , regressus ab 65 qui figurèrent dans cette guerre, venait de quit- ter Gadès et de rentrer dans l'Espagne ultérieure, où, secondé dans ses tentatives de soulèvement par Magon, fils d'Hamilcar, il fit des levées et mit sur pied cinquante mille hommes d'infanterie et quatre mille cinq cents chevaux. Pour la cava- lerie, presque tous les auteurs sont d'accord; mais des historiens ont écrit qu’il amena sous les murs de Silpia soixante-dix mille fantassins. Les deux généraux carthaginois, résolus à ne point refuser le combat, établirent leur camp à l'entrée d'une vaste plaine. XIII. À la nouvelle de ce formidable arme- ment, Scipion pensa qu'avec les légions romaines il ne pourrait tenir tête à tant de troupes, et qu’au moins pour la forme, il devait leur opposer des barbares auxiliaires, sans toutefois se fier assez à eux pour que leur inconstance, déjà cause du dé- sastre de son père et de son oncle, fût d’un grand poids dans la balance. Il députa done Silanus à Colchas, qui règnait sur vingt-huit villes, et fit demander à ce prince la cavalerie et l'infanterie qu'il avait fait enrôler pendant l’hiver. Il quitta lui-même Tarragone, leva quelques troupes auxi- liaires chez les alliés en traversant leurs terres, et se rendit à Castulon. Ce fut là que Silanus lui amena comme renfort trois mille fantas: sins et cinq cents chevaux. Il s’avança jusqu'à Bécula avec toute son armée, forte de qua- rante-cinq mille hommes d'infanterie et de ca- valerie, tant alliés que Romains. Comme ils éta- blissaient leur camp, Magon et Massinissa les attaquèrent avec leur cavalerie, et ils auraient Gadibus, rebellandi spem adjuvante Magone Hamilcaris filio, delectibus per ulteriorem Hispaniam habitis, ad quinquaginta millia peditum et quatuor millia et quingen- tos equites armayit. De equestribus copiis ferme inter auctores convenit : peditum septuaginta millia quidam adducta ad Silpiam urbem scribunt. Ibi super campos patentes duo duces Pœni ea mente, ne detrectarent cer- tamen, consederunt. XIII. Scipio, quum ad eum fama tanti comparati exer- citus perlata esset, neque romanis legionibus tantæ se parem fore multitudini ratus, ut non in speciem saltem opponerentur barbarorum auxilia, neque in iis tamen virium ponendum, ut mutando fidem, quæ cladis causa tantum fuisset patri patruoque, magnum momentum fa- cerent, præmisso Silano ad Colcham, duodetriginta oppi- dis regnantem , ut equites peditesque ab eo, quos se per hiemem conscripturum pollicitus erat, acciperet, ipse ab Tarracone profectus, protinus ab sociüs, qui accolunt yiam, modica contrahendo auxilia, Castulonem pervenit. Eo adducta ab Silauo auxilia , tria millia peditum et quin genti equites. Inde ad Bæculam urbem progressus omni exercitu Civium, sociorum, peditum equitumque quinque et quadraginta millibus. Castra ponentes eos Mago et Ma- 64 culbuté les travailleurs, si des cavaliers, cachés par - Scipion derrière une éminence qui s'élevait là fort à propos, n’eussent fondu tout à coup sur les as- saillants en désordre. Les plus ardents, ceux que Jeur fougue avait emportés jusqu’au pied des re- tranchements et près des travailleurs, se disper- sèrent au premier choc ; mais ceux qui marchaient sous leurs enseignes et en bon ordre soutinrent plus longtemps le combat, sans qu’on püt en pré- voir l'issue. Enfin les cohortes s'étant débarrassées de leurs bagages accoururent du camp; elles fu- rent suivies des soldats qu'on arrachait aux tra- vaux pour leur faire prendre les armes, puis de troupes fraiches plus nombreuses destinées à rem- placer les combattants fatigués, et bientôt une grande partie de l’armée s’élança sur le champ de bataille. Alors les Carthaginois et les Numides n’hésitèrent plus à fuir. Et d’abord ils se retiraient par pelotons, sans que la” peur ou la précipitation troublassent leurs rangs. Mais les Romains chargè- rentsi vigoureusement leur arrière-garde, que, ne pouvant soutenir ce choc, ils n'observèrent plus de rangs et s’enfuirent tous de divers côtés par le chemin le plus court. Ce combat, en relevant la confiance des Romains, avait découragé les Car- thaginois; toutefois, pendant quelques jours en- core, la cavalerie et les troupes légères continuè- rent à escarmoucher. XIV. Quand on se fut assez éprouvé dans ces légères rencontres , Asdrubal parut le premier avec ses troupes rangées en bataille; les Romains sortirent à leur tour. Mais les deux armées se tin- rent immobiles devant leurs retranchements; per- sinissa Cum omni equitatu aggressi sunt « {urbassentque munientes, ni abditi post tumultum, opportune ad id positum, ab Scipione equites improviso in effusos incur- rissent. Hi promptissimum quemque , et proxime vallum, atque in ipsos munitores primum invectum, vixduin prælio inito, fuderunt : cum ceteris, qui sub signis atque ordine agminis incesserant, lopgior et diu ambigua pugna fuit. Sed quum ab stationibus primum expeditæ cohortes, deinde ex opere deducti milites , atque arma capere jussi plures'et integri fessis subirent, magaumque jam agmen armatorum a Castris in prœlium rueret, terga haud dubie vertunt Pœni Numidæque. Et primo turmatim abibant, nibhil propter pavorem festinationemve confusis ordini- bus”: dein, postquam acrius ultimis incidebat Romanus, nequesustineri impetus poterat, nihil jam ordinum me- mores, passim, qua cuique proximum fuit, in fugam effunduntur. Et quanquam eo prœlio aliquantum et Ro- manis aucti ef deminuti hostibus animi erant, tamen nunquam aliquot insequentes dies ab excursionibus equi- tum levisque armaturæ cessatum est. XIV. Ubi satis tentatæ per hæc levia certamina vires suni , prior Asdrubal in aciem copias eduxit : deinde et Romani Processere. Sed utraque acies pro vallo stetit TITE-LIVE. sonne n’engagea le combat, el déjà le jour tirait à sa fin, lorsque les Carthaginois d’abord, puis les Romains rentrèrent dans leur camp. Cette ma- nœuvre se répéla les jours suivants. Asdrubal était toujours le premier en bataille ; le premier aussi il donnait le signal de la retraite à ses sol- dats, fatigués de rester sous les armes : de part et d'autre nul se mettait en mouvement, nul ne lançait un trait, nul ne poussait un cri. On voyait au centre, d’un côté les Romains, de l'autre les . Carthaginois mêlés aux Africains; les ailes étaient occupées par les alliés, et dans les deux armées c'étaient des Espagnols. Devant le front des Car- thaginois , les éléphants apparaissaient de loin comme autant de tours. Déjà, dans les deux camps, on répétait que cetordre serait celui de la bataille : aux centres, les Romains contre les Gar- thaginois ; ia querelle étant entre eux, ils appor- teraient donc même courage et mêmes efforts au combat. Scipion , voyant cette opinion fortement établie, changea à dessein ses plans pour le jour. où il se proposait d’en venir aux mains. La veille, au soir, il donna ordre qu'avant le jour, hom- mes et chevaux, tous fussent prêts et alimen- tés : le cavalier sous les armes devait tenir son cheval sellé et bridé. Au petit jour il lança toute sa cavalerie et ses troupes légères contre Jes avant-postes ennemis, et, aussitôt après, il sas vança lui-même à la tête de l’infanterie légion: naire, après avoir, contre l'opinion générale des siens et des ennemis, formé les ailes avec des troupes romaines, et placé les alliés au centre. Asdrubal , éveillé par le bruit de sa cavalerie, se Li instructa : et quum ab neutris pugna cœpta esset, jam die ad occasum inclinante , a Pœno prius, deinde ab Ro- mano in Castra copiæ reductæ. Hoc idem per dies aliquot factum. Prior semper Pœnus copias castris educebal: prior fessis stando signum receptui dabat. Ab neulra parte procursum, telumye missum, auf VOx ulla orta. Mediam aciem hine Romani, illine Carthaginienses mixil Afris, cornua socii tenebant : erant autem utrimque Hi- spani pro cornibus. Ante punicam aciem elephanti castel- lorum procul speciem præbebant. Jam hoc in utrisque castris sermonis erat, ita, ut instructistetissent, pugnä- turos. Medias acies Romanum Pœnumque, quos inter belli causa esset, pari robore animorum armorumque concursuros. Scipio ubi hæc obstinate credita animad- vertit, omnia de industria in eum diem, quo pugnaturus erat, mutavit. Tesseram yesperi per Castra dedit, ut ante lucem viri equique curati et pransi essent : armalus eques frenatos instratosque teneret equos. Vixdum sais cerla luce, equitatum omnem cuml'evi armatura in star fiones punicas immisit : inde confestim ipse cum grav agmine legionum procedit, præter opinionem destina- tam suorum hostiumque, romano milite cornibus fir- matis, soriis in mediam acceptis. Asdrubal, clamore En HISTOIRE ROMAINE. — LIV. XXVYIL. précipita hors de sa tente . il vit Falerte excitée devant son camp, la confusion des siens, les en- seignes des légions qui brillaient au loin , et Loute Ja plaine couverte d’ennemis, et il lança aussitôt toute sa cavalerie contre la cavalerie romaine, Puis il sortit du camp avec son infanterie, sans rien changer à son ordre de bataille accoutumé. Les cavaliérs étaient depuis longtemps aux prises sans résultat, et cette mêlée ne pouvait se décider par elle-même ; car, repoussés à peu près chacun à leur tour, les deux partis se repliaient en toute sûreté sur leur infanterie. Maïs, lorsque les deux armées ne furent plus qu'à cinq cents pas l’une de l'autre, Scipion fit sonner Ja retraite, ouvrit ses rangs, y reçut la cavalerie et les troupes lé- gères, et les divisa en deux corps, qu'il placa comme réserves derrière les ailes. Puis, quand le moment fut venu de commencer l'attaque, il or- donna aux Espagnols, qui étaient au centre, de marcher au petit pas; et, de l’aile droite où il com- mandait, il envoya à Silanus et à Marcius l’ordre d'étendre l'aile sur la gauche, en répétant la ma- nœuvre qu'ils lui verraient faire sur la droite, et d'engager leurs troupes légères, infanterie et ca- Valerie, contre l'ennemi avant que les centres pussent s atieindre. Les ailes, ainsi développées, marchèrent chacune avec trois cohortes d’infan- terie, trois escadrons de cavalerie, outre les vé- lites; et elles coururent à l'ennemi, suivies des autres qui s'avançaiént obliquement. La ligne rentrait vers le centre, par un effet de la marche lente des Espagnols. Déjà on se battait sur les ailes tum excifatus, ut ex tabernaculo prosiluit, tumul{um- que ante Vallum et trepidationem suorum, et procul signa legionum fulgentia , plenosque hostium campos vidit, equitatum omnem extemplo in equites emittit. Ipse cum peditum agmine castris egreditur : nec ex or- dine solito quicquam acie instruenda mutat. Equitum jam diu anceps pugna erat : nec ipsa per se decerni poterat, quia pulsis { quod prope in vicem fiebat) in aciem Peditum tutus receptus erat. Sed ubi jam haud plus quin- gentos passus acies inter sese aberant, signo receptui dato, Scipio, patefactisque ordinibus, equitatum omnem levemque armaturam , in medium acceptam divisamque in partes duas, in subsidiis post cornua locat. Inde, ubi incipiendæ jam pugnæ tempus crat, Hispanos (ea media acies fuit) presso gradu incedere jubet. Ipse e dextro Cornu (ibi namque præerat) nuntium ad Silanum et Marcium mittit, ut cornu extenderent in sinistra parle, Guemadmodum se tendentem a dextra vidissent : et cum expeditis peditum equitumque prius pugnam consererent Cum hoste, quam coire inter se mediæ acies possent. Ita diductis cornibus cum ternis peditum cohortibus, ternis- que equitum furmis, ad hoc velitibus, citato gradu in hostem ducebant, sequentibus in obliquum aliis. Sinusin Medio erat, -quia segnius Hispanorum signa incedcbant : 65 que l'élite de l'armée ennemie, les vétérans car. thaginois et africains, n'étaient pas encore à por- tée de trait et n’osaient, pour secourir leurs com- battants, se diriger versles ailes, de peur d'ouvrir le centre devant les Romains qui s’avançaient en face. Leurs ailes avaient une double lutte à sou- tenir : Ja cavalerie, les troupes légères et les vé. lites les avaient tournées pour les prendre en flanc, et les cohortes les attaquaient de front et Cherchaïent à les séparer du reste de l’armée. XV. Deux raisons avaient déjà fait que, sur tous les points, lecombat n’était plus égal; d’une part, les frondeurs baléares etlesrecrues espagnoles avaient alfaire aux Romains et aux Lalins: et, d'autre part, le jour en s'avançant épuisait les forces des soldats d’Asdrubal, qui, surpris par l’attaque soudaine du matin, avaient été forcés de sortir à la hâte, sans avoir pris de nourriture. C'était dans cette pensée que Scipion avail prolongé le combat de manière à gagner lesoir. À la seplième heure seulement l'infanterie avait engagé l'action sur les ailes. Le centre ne s’y méla que beaucoup plus tard; de sorte que lardeur du soleil de midi, la fatigue qu'ils éprouyaient à rester debout sous les armes, la faim, la soif, avaient accablé les Carthaginois avant qu'ils en fussent venus aux mains : aussi se tenaient-ils appuyés sur leurs boucliers. De plus, les éléphants, que la charge tumultueuse de la cavalerie, des vélites et des troupes légères avaient cffarouchés, s'étaient reportés des ailes sur le cen- tre. Alors, épuisés de fatigue et découragés, les ennomis s'ébrarlèrent, sans quitter leurs rangs ei jam conflixerant cornua, quum qued roboris in acie hostium erat, Pœni veterani Afrique nondum ad teli con- jectum venissent, neque in cornua, ut adjuvarent pu- guantes, discurrere auderent, ne apcrirent mediam aciem venienti ex adverso hosti, Cornua ansipili prælio urgebantur : eques, levisque armatura, velites, circum- ductis alis in latera incurrebant; cohortes a fronte ur- gebant, ut abrumperent cornua a ceteraacie. XV. Etquum ab omni parte baudquaquam Par pugna erat, tum quod turba Baliarium tironumque hispanorum romaio latinoque militi objecta erat, et procegenie jam die, vires etiam deficere Asdrubalis exercitum Cæperant, oppressos maiutino tumultu coactosque, priusquam cibo corpora firmarent, raptim in aciem exire. Ad id sedulo diem extraxerat Scipio, ut sera pugna esset. Nam ab se- plima demum hora peditum signa cornibus incucurre- runf.-Ad medias acies aliquanto serius pervenit Pugna : ita ut prius æstus a meridiano sole, laborque standi sub armis, et simul fames sitisque corpora afficerent, quam manus cum hoste consererent. Itaque steterunt seutis in2 nisi. Nam super cetera elephanti etiam, tumultuoso ge- nere pugnæ equitum velitumque et levis armaturæ con- sternati, e cornibus in mediam aciem sese intulerant, Fessi igi:ur corporibus animisque retulere pedem, or- d [Document text truncated for crawler view.]