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Dictionnaire pour l'intelligence des auteurs classiques, grecs et latins, tant sacrés que profanes : contenant la gégraphie, l'histoire, la fable, et les antiquités... ; T. XVI

Sabbathier, François

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DICTIONNAIRE POUR L'INTELLIGENCE DES AUTEURS CLASSIQUES, GRECS ET LATINS, TANT SACRÉS QUE PROFANES. TOME SEIZIÈME See DICTIONNAIRE ; POUR L'INTELLIGENCE DES AUTEURS = era GRECS EF LATINS, . TANT SACRÉS QUE PROFANES, CONTENANT LA GÉOGRAPHIE, L'HISTOIRE, LA FABLE, a LES. ANTIQUITÉS. 3 DÉDIÉ a | “A MONSELGNEUR LE JD UC JD CHOISEUL, Par M. SABBATHIER , Profe TE à ai Collere de Chälons- ur-Marne 3 Secrétaire ne de l’Académie de la même Ville. = KE | R4 2 Te AS € ARR | AP À R LS = Chez DELALAIN, Libraire rue de la Comédie Françoife, M DEEE -LYXTI Avec Approbation & Privilege du Roi, AU-ER-ES OU Y KA GES PS DU MÊME AUTEUR, Où fe trouvent chez le même Libraire. £ 1.0 Efai Hiorate Critique far l'Origine de la Puiflance temporelle des Papes; Ouvrage qui a “remporté le Prix de J'Académie Royale de Pruffe. Nouvelle édition. 2. Le Manel des Fugue. ou les Ne 4 Vies des: : Hommes Jilufires de Plutarque. re Pol. ira. Vi C1 .°. Recueil de Difertations far divers fujets. de-l'Hiftoire de nc ra ol. NET Rd Rens 4.9 Ees Mœurs, Coûtumes & Ufges des. anciens. Double ; PEune fervir à l'Éducation de la Jeuneñe. 3 AE i-12. À For. Fil, n-4. LE - F-128 1100 : +. © Les Exercices du: Corps. chez les Anciens ; auf pour. frvir à l'Éducation de la Jeunfes 2. Vol. in-12. & 2. Vo. = +, + TT 8 dre de Planches pÜus cé Didtionire. 1 2 0 3e < Eivraifons. Le à Se éme DICTIONNAIRE POUR L'INTELLIGENCE DES AUTÉURS CLASSIQUES, | GRECS-ET LATINS. TANT SACRÉS QUE PROFANES, | CONTENANT LA GÉOGRAPHIE, L'HIS TOIRE, LA FABLE = ET LES ANTIQUITÉS. RP PICERDE , Epicerdes, PROS) E'rixepd ue, (a) Cyré- néen. Cet homme, qui fe trouva à Sy- F — racufé dans le tems de la déroute des Athéniens, touché de compaflion envers Ces malhetreux prifonniers dif- perfés dans la Sicile , qu’il VOYoit près de mourir de faim, leur diffribua cent mines , C’eit- à -dire , Athènes l’adopta au nombre dé fes citoyens , & lui äecorda cinq mille livres.: SE SR E-P toutes fortes d’immunités, Peu de tems après, dans la güerre qu'elle fit aux trente T'yrans, le même Epicerde donna à certe ville un talént, C’étoit dans Pune & l’aitre occafon peu de chofe par rapport à la gran= deur & à la puiflance d’Arhè= nés; mais, elle étoit infiniment fenfible au bon cœur d’un étran= ger ; qui, fans aucune vue d’in= térêt, dans un téms de calami- té, S'épuifoit en quelque forté pour foulager des perfonnes (3) Demofth, Orat. in Lept. p. sa7: Roll, Hit, Anc, Ti I, p, 69. Tom. XV1, = À 8. . EP Doiteux, il vécut toujours pau- vre. Néanmoins, l'élévation de fon génie , la fublimité de fes maximes , & le ton perfuafif dont il les débitoit, lui firent une haute réputation, & lui at- tirerentune foule d’admirateurs & de fectateurs, Au fortir de Rome, il alla s'établir a Nicopolis, ville con- fidérable d'Epire, où il paña plufieurs années, toujours dans une grande pauvreté, mais tou- jours fort honoré & fort refpec- té. [1 revint enfuite à Rome, fous le règne d’Adtien, de qui il fut fort confidéré. On ne marque ni le tems ni le lieu, ni aucune circonftance de fa mort; il mourut dans une aflez grande vieilleffe. F réduifoit route fa Philofo- phie à fouffrir les maux patiem- ment, & à fe modérer dans les plaïfirs, ce qu'il exprimoir par ces deux mors Grecs dréyov gai œaéxov, fuffine & abfline. Celfe, qui a écrit contre les Chrétiens, dir que fon maître lui ferrant la jambe avec beau- coup de violence, il lui dit fans s'émouvoir, & comme:en riant : Mais vous m'allez cafler la jambe. Et comme cela fut arrivé, il fui dit du même ton: Ne vous l'avois-je pas bien dit -que vous me la cafferiez ? Lucien fe moque d’un hom- me qui avoit acheté très-cher Ta lampe d’Epictere , quoiqu’el- le ne fût que de terre; comme s’il fe für imaginé qu’en s’en fervant, il, deviendroit auf FE Ë Æ E P habile que cet admirable & vénérable vieillard. Epictete avoit compofé plu- fieurs écrits, dont il ne nous refte que fon Enchiridion ou Manuel, Maïs, Arrien, fon difciple, a fait un grand ou- vrage, quil prétend n'être com- pofé que des chofes qu'il lui avoit oui dire; & qu'il avoit recueillies, autant qu'il avoit pu, dans les mêmes rermes. Des huit livres qui formoient cêt ouvrage, nous n'en avons que quatre. Stobée nous a confervé quel- ques fentences de ce Philofo- phé, qui étoient échappées à la diligence de fon difciple. Nous: en citerons ici deux ou trois. « [1 ne dépend pas de toi » d’être riche, mais il dépend > de toi d’être heureux. Les » richefles même ne font pas » toujours un bien, & certai- > nement elles font toujours » de peu de durée; mais, le D bonheur, qui vient de la [ae » gefle, dure toujours. > Quand tu vois une vipere » OUun ferpent dans une boëte » d'or , l'en éftimes-tu davan- »,.tage? & n'as-tu pas toujours pour elle 13 même horreur, » à Caufe de-fa nature . mal- 5» faifante & venimeufe ? fais de » même à l'égard du méchant, » quand tu le vois environné » d'éclat & de richefles. . » Le Soleil n'attend point » qu'on le prie pour faire part » de fa lumière & de fa cha- » leur. À- fon exemple, fais » tout le bien qui dépend de E P » 101, fans attendre qu'on te » le demande. » Voici la priere qu'Epictete fouhaitoit de faire en mourant; élle eft tirée d’Arrien. « Sei- » geur, ai-je violé vos com- » mandemens ? ai-je abufé des » préfens que vous m'avez faits ? » ne vous ai-je pas foumis mes » fens, mes vœux, mes opi- » nions? me fuis-je jamais plaint » de vous? ai-je accufé votre » providence? Jai été malade, : » parce que vous l’avez vou- » lu; & je l'ai voulu de même. » Jai été pauvre , parce que » vous l'avez voulu ; & j'ai été » content de ma pauvreté. J’ai »_.été dans la baflefle, parce » que vous l'avez voulu; & je _» n'ai jamais défiré d’en fortir. » M'avez-vous jamais vu trifte » de mon état ? M’avez-vous » füurpris dans l'abattement & » dans le murmure; Je fuis en- » core tout prêt à fubir tout 5 ce qu'il vous plaira ordon- » ner de moi. Le moindre fi- » gnal de votre part eft pour » moiunordreinviolable., Vous » voulez qüe je forte de ce » fpectacle magnifique,j’enfors, >» & je vous rends mille très- >» humbles actions de graces de » Ce que vous avez daigné m'y » admettre, pour me faire voir » tous Vos ouvrages, & pour » étaler à mes yeux l'ordre ad- » mirableaveclequel vous gou- ‘7 Vernez cet univers. » Quoi- qu'il foit aifé de remarquer ici des traits empruntés du Chrif- tianifme , qui alors commençoit à jetter une grande lumière, on E P fent néanmoins un homme bien content de lui-même , & qui, par fes fréquentes interroga- tions , femble défier la divinité même de trouvér en lui aucun défaut. Sentiment & prière vé- fitablèment dignes d'un Stoi- cien, tout fier de fa prétendue vertu ! Saint Paul, fi rempli de bonnes œuvres, ne parloit pas ainfi.-Je n’ofe pas me juger moi- méme, difoit-il ; car , encore que ma Confcience ne me reproche riens Je ne fuis pas juflifié pour celz, mais celui quime juge, c'eft le Seigneur. Epictete étoit à Rome dans. le tems que faïint Paul y faifoit : tant de converfions , & que le Chriftiañifme naiffant brilloir avec tant d'éclat par la conftan- ce inouie des fideles. Mais, loin de profiter d'une fi vive lu= mière ; il blafphémoit contre la foi des premiers Chrétiens & contre ce courage héroïque des Martyrs. Dans le IV. cha= itre du VIL.* livre d’Arrien, Este après avoit montré qu'un homme qui fent fa liber- té, & qui eft perfuadé que rien ne Jui peutnuire, parce qu'il à Dieu pour libérateur , necraint : ni les Satellites ni les épées des Tyrans, ajoûte: La folie & le coëtume ont pu porter quelques- uns à les méprifer, comme elles y portent les Galiléens ; &:la rar- fon & la démonftration ne pour- ront le faire ?: Il n’y avoit rien de plus oppofé à la doctrine évangélique , que l'orgueil Stoiï- cien. EPICURE , Epicurus ; Emi 10 EP xoupocs (4) l’un des plus grands philofophes de fon fiecle, & on peut ajoûter de l’Antiquité , étoit Athénien, du bourg de Gargettium, dans la tribu d'É- gée. Son pere s’appelloit Néo- clès, & fa mere Chéreftrata ; leurs ancêtres n’avoient pasété fans diftintion ; mais, l’indi- gence avoit avili leurs defcen- dans. Néoclès n'ayant pour tout bien qu'un petit champ, qui ne fournifloit pas à fa fubfiftance, fe fit maître d'école ; la bonne vieille Chéreftrata, tenant fon fils par la main, alloit dans les maiïlons faire des luftrations , chafler les fpectres, lever les incantations ; c’étoit Epicure qui lui avoit enfeigné’les for- mules d'expiations, & toutes les fottifes de cette efpèce de fuperflition. picure naquit le fept, ou, felon d’autres , le vingt du mois de-Gamélion, la troifième an- née de la 109. Olympiade. El eut trois freres , Néoclès , Cha- rideme & Ariftobule, Plutar- que les cite comme des mode- les de la tendrefle la plus rare. On dit que fon pere & fa mere furent du nombre des habitans de l’Attique que les Athéniens envoyerent dans l'ile de Sa- mos ; c’eft ce qui fit qu'Epicure pafla dans cette îfle les années de fon enfance. ça) Diog. Laërt. pag. 706. &* eq: Suid, T. I. p. 904, 995. Strab, p. 589, 638. Athen. pag. 280, 354, 546: 588. Plut. Tom. 1. p, 395, 521, 739 3 9OS. Plin. Tom. IL. p. 162, 679 ; 708. Cicer. de Finib, Bon, & Mal, L., II, c, 22, de E P Îl ne revint à Athènes qu'à Pâge de dix-huit ans, avec la ‘petite provifion de connoiffan- ces qu'il avoit faites dans l’é- cole de fon pere ; mais, fon féjour n’y fut pas long. Alexan- dre meurt: Perdiccas défole PAtrique, & Epicure eft con- traint d’errer d'Athènes à Colo- phon, à Mitylene, & à Lamp= faque. Les troubles populaires interrompirentfes études; mais, elles n’empêcherent point fes, progrès. Les hommes de génie, tels qu'Epicure , perdent peu de tems; leur activité fe jette fur tout ; ils obfervent &s’inf- truifent fans qu'ils s’en ap- perçoivent ; & ces#lumières, acquifes prefque fans effort, font d’autant plus eftimables , qu'elles font relatives à des objets plus généraux. Epicufe avoit trente fix à trente-fept ans , lorfqu'il repa- rut dans Athènes. Il fut difciple du Platonicien Pamphile , dont il méprifa fouverainement les : vifions; il ne put fouffrir les fophifmes perpétuels de Pyr- rhon : il fortit de l’école du Pythagoricien Naufiphanès, mé- content des nombres & de la métempfycofe. Il connoïfloit trop bien la nature de l’homme & fa force, pour s'accommoder de la févérité du ftoicifme. Il s’occupa à feuilleter les ouvra= Tufcul, Quæft. L. III, ce 49. E. 5. c, 832 &e Natur. Deor, L. I: c. 125 , 116. Roll. Hift, Anc. T. VI. p, 11, 476. d' fuiu. Mém,. de l’Acad. des Infcript. & Belke Lett. Tom, XIV, page @ d' faite EP ges d’Anaxagore , d'Archélaüs, de Métrodote ,-& de Démo- crite ; il s’attacha particulière- ment à la Philofophie de ce dernier, & il en fit les fonde- mens de la fienne. Hermippus , cité par Diogène Laërce, dit qu’Epicure enfeigna la Gram- maire, avant que la lecture des livres de Démocrite l’engageit à l’étude de la philofophie. Les Plaroniciens occupoient l’Académie , les Péripatéticiens le Lycée , les Cyniques le Cy- nofarge, les Stoïciens le por- tique ; Epicure établit fon éco- le dans un jardin délicieux, dont il achera le terrein, & qu'il fit planter pour cet ufage. Ce fur [ui qui apprit aux Athé- miens à tranfporter dans leur ‘ville le fpectacle de la campa- gne. Îl étoit âgé de quarante- ee ans lorfqu’Athènes, af- iègée par Démétrius , fut dé- folée par la famine. Epicure, réfolu de vivre ou de mourir avec fes amis , leur diftribuoit tous les jours des feves, qu'il Partageoïit au compte avec eux. On fe rendoit dans fes jardins de toutes les contrées de la Grece, de l'Égypte, de l’Afie ; on y étoit attiré par fes lumiè- res & fes vertus, mais fur-tout par la conformité de fes prin- £ipes avec les fentimens de la nature. Tous les Philofophes de fon tems fembloientavoir conf- piré contre les plaïfirs des fens & contre la volupté;Epicure en prit la défenfe ; & la jeunefle Athéniene, trompée par le mot de volupté, gcçourut pour E P IE l'entendre. Il ménagea la foi- blefle de fes auditeurs ; il mit autant d’art à les retenir qu'il en avoit employé à les attirer; il ne leur développa fes princi- pes que peu à peu. Les leçons fe donnoient atable ouàlapro- menade ; c'étoit ou à l'ombre des bois, ou fur 14 mollefle des lits, qu'il leur infpiroit l'en- thoufiafme de la vertu , la tem- pérance, la frugalité, l'amour . du bien public, la fermeté de Pame ,le goût raifonnable du plaifir , & le mépris de la vie. Son école, obfcure dans les commencemens , finit par être uné des plus éclatantes & des plus nombreufes. Epicure vécut dans le céli- bat ; les inquiétudes qui fuivenr le mariage , lui parurent in- compatibles aux exercices af- fidus de la Philofophie ; il vou- loit d’ailleurs que la femme du Philofophe fût fage, riche & belle. Il s’occupa à étudier , à écrire & à enfeigner ; il avoir compofé plus de trois cens traités différens ; il ne nous en refte aucun. Il ne faifoit pas aflez de cas de cette élégance à laquelle les Athéniensétoient fi fenfibles ; il fe contentoit d'é- tre vrai, clair & profond. ÎE fut chéri des grands, admiré de fes rivaux , & adoré de tous fes difciples. Il reçut dans fes jardins plufieurs femmes céle- bres, Léontium , maïtrefle de Métrodore ; Thémifte, femme de Léontius ; Philénide , une des plus honnêtes femmes d’A- thènes ; Nécidie, Erotie, Hé- y2 E P | die, Marmarie, Bodie, Phédrie, &cc. Ses concitoyens , les hom- mes du monde les plus enclins Zla médifance ,& de la fuperf- tition la plus ombrageufe, ne Font accufé ni de débauche ni d'impiété. _—— Les Sroïciens féroces l’acca- blerent d’injures ; il leur aban- donna fa perfonne , défendit fes dogmes avec force, -s’occupa à démontrer la vanité de leur fyftême. Il ruina fa fante à for- ce de travailler. Dans les der- niers tems de fa vie ,il ne pou- voit ni fupporter un vêtement, ni defcendre de fonlit, nifouf- frir la lumière , ni voir du feu. Iurinoit le fang; fa veflie fe fermoit peu à peu par les ac-. croïiflemens d’une pierre ; ce— pendant, il écrivoit à un de. fes amis que le fpectacle de fa: vie paflée fufpendoit fes dou- leurs. Lorfqu’il fentit approcher fa’ fin, il fit appeller fes-difciples;. il leur légua fes jardins, ik af- fura l’état de plufieurs enfans fans fortune ; dontils’étoitren- du rureur ; ä} affranchit fes ef claves ; ilordonna fes funérail- les, & mourut âgé de foixante- douze ans, la feconde “année. de la cent vingt-feprième Olym- piade. Il fut univerfellementre- gretté; la: République-lui or- donna un monument ; & un. certain Théotime , convaincu d’avoir compofé fous fon nom des lettres infames ‘adreflées à quelques-unes des femmes qui fréquentoienc fes Jardins, fut ÉP condamné à perdre la vie. Ex Philofophie Épicurienne : fut profeflée fans interruption, depuis fon inititution jufqu’au tems d'Auguite ; elle fit dans Rome les plus grands progrès.La fecte y. fut compofée de la plû= . part des gens de lettres & des hommes d'État ; Lucrece chan-: ta l’épicuréifme , Gelfe Le pro- feifa fous Adrien, Pline le na- turalifte fous Tibere. Les noms de Lucien & de Diogène Laër- ce font encore célebres parmi les Épicurienss 2. . Epicure fait confifter le fou- vérain bien dans le plaïfir, & par une conféquence nécefaire, le fouveraïin mal dans la dou= leur. C’eft la nature elle-même, dit-il, qui nous enfeigne cette vérité, & qui nous apprend; dès notre naïflance , à recher- cher comme fouverain bien tout ce qui peut nous faire plai- fir , & à éviter comme fou- vérain mal tout ce qui peut nous-faire dela peine. On n’a pas befoin d’argumens bien re+ cherchés pour établir cette vé= rité, non plus que pour prou= ver que le feu eft chaud, la neïîge blanche, le miel doux; tout cela fe fent. Qu'on fup- pofe d’un côté un homme jouif- fant, & pour l’efprit & pour le: corps, des plus grands plaifirs, fans crainte qu'ils foient inter- ae rompuss & de d'autre un hom-: me livré aux plus vives dou- leurs , fans aucune efpérance de foulagement; eft-1l doux teux de quel côté on doit plas E P cer le fouverain bien, & le fou- Verain mal? Comme il ne dépend pas de - lhomme de s’exempter des dou- leürs, Epicure oppole à cet inconvénient un remede fondé fur un raifonnément qu’il croit fort perfuafñf, Si la douleur eft grande, dit-il , elle fera courte, f elle eft longue. elle fera lépere. Comme s’il n’arrivoit pas fou Vent qu'une maladie fût en mé- me tems & longue & doulou- reufe, & comme fi un ra2ifonne- ment pouvoir quelque chofe contte le fentiment. =: H faut avouer qu'on trouve dans Epicure des maximes , & même des actions , qui ont quel- que chofe de furprenant & d’éblouiffant , & qui donnent de fa perfonne & de fa doctrine une idée toute oppofée à celle qu'on s’en forme ordinairement. C'eft pourquoi,plufieurs fçavans fort célebres ont pris fa défenfe, & fait fon apologie. DÉS _ [déclare hautement , dit Ci- <éron, qu'on ne peut vivre agréablement , à moins qu’on ne vive avec fagefle, honnèteté & juitice; & qu'on ne peut vi- vre de la forte,fans vivre agréa- blémént.Que ne renferme.point un te piecipel _ Sur les autres matières de morale, & fur les règles des devoirs, il étalée des maximes qui n’ont pas moins de noblefle de fÉvérites Séneque rapporte plufieurs de fes paroles, qui font certaine- ment fort louables. Je n'ai ja- mais fongé, dit-il, à plaire au EP 8 peuple;-car, ce que IL Jçaïs , Le peiple ne Papprouve point ; & ce que le' peuple approuve , je ne Le Çais pas, À la place du peuple, Epi- cure fubffitue quelque homme de bien d'une grande vériu & dune grande réputation, qu'il veut-que nous ayons toujours devanc.lés yeux comme ungar- dien-& un furveillant , de forte que nousfaflions toutes nosac= tions-comme s'il en étoit fpeëta= teur & juge. En-effet, c’eftre trancher la plus grande partie des fautes, que de ieur donner un témoin qu'on refpecte, dont Pautorité & la penfée feules rè- glent& purifient nos actions les plus fecretes, : Si vous voulez , difoit Epi- cure, rendre Pithocles vérita-: lement riche, il ne faut rien ajoûter à fes biens, mais feule- ment retrañcher de fes défirs & de fes cupidités. On ne finiroit point, fi on Youloit rapporter beaucoup d’autres maximes d'une morale auf exaéte. Socrate, parle-t-il mieux qu'Epicure? Er l’on pré- tend que fa conduite répondoit à fa morale. = …. Quoique Les jardins d'Épicu- re euffent pour infcription, icé la volupté efl le fouverain bien, le maître dulogis, gracieux d’ail- leurs & fort honnête , recevoir fes hôtes avec dit pain & de Peau + ; : Lui-même, ce docteur de la yolupté, avoit certains jours, Où 1l raflafioit fa faim bien fo brement. 11 marque dans une 14 E P | lettre, qu’il ne dépenfoit pas un as entier pour fon repas, c’eft-à-dire, un fou ; & que Mé- trodore, fon compagnon , qui n'étoit pas encore fi avancé, dépenfoit l’as entier. - Que répondre à ces faits & à beaucoup d’autres pareils ? car, on en rapporte plufieuts. Que répondre aufhi d’un autre côté à des faits tout contraires, & en grand nombre, & aux re- proches qu’on lui faifoit de s’a- bandonner à la crapule & aux débauches les plus honteufes, comme on le voit dans Diogene Laërce. Mais , Cicéron tranche la queftion en un mot, & la réduit à un feul point, » Croyez-vous, lui difoit-on, qu'Epicure foit tel qu’on le veut faire paffer, & que fon deflein foit de por- ter au déréglemens & à la dé- bauche? Je ne le crois pas, répond Cicéron ; car je vois que d’ailleurs il avance de fort belles maximes, & d’une morale très-févère. Mais, il ne s’agit pasici de fes mœurs, ni de fa conduite ; il s’agit de fes dogmes & de fes fen- 2 3 2 2 2 ce qu'il entend par le plaifir & la volupté , d'une manière qui n’eft pas obfcure.J’entends » par ce mot, dit Epicure, es » plaifirs du goût, les plaifirs de la chair, la vue des objets qui flattent agréablement les yeux, les divertiffemens , la mufique. Ajoûtai-je quelque chofe à | fes paroles? Ajoûtai-je quel- que chofe de faux? Si cela 2 2 timens. Or, il s'explique fur- Î EP eft, qu'on nie réfute ; car je ne cherche qu’à éclaircir la : vérité. « Le même Ebpicure déclare qu'il ne peut pas même concevoir qu'il y ait un autre bien que celui qui confifle dans le boire, dans lé manger; dans l’harmonie des [ons qui flatte l’oreille, & dans les vo= luptés obfcenes. Ne font-ce pas là fes propres termes, dit Ci- céron? An h@c ab eo non dicun- tur ? 2 En fuppofant qu’il foutenoit un tel dogme, devoit-on comp- ter pour quelque chofe les plus beaux difcours qu’il tenoit d’ail- leurs fur la vertu & fur l’hon- nêteté? On en jugeoit comme des livres qu'il avoit écrits fur la divinité. On étoit perfuadé que dans le fond il ne croyoit point de dieux. Cependant, il parloit dans ces livres du ref pect qu’on leur doit en termes magnifiques , pour mettrefes véritables fentimens & fa per fonne à couvert , & pour ne point s’attirer d’affaires de la part des Athéniens. Il avoit le même intérêt à couvrir un dog= me aufi révoltant que celui qui fait confifter le fouyerain bien dans la volupté. : Torquatus faifoit valoir ex- trêmement en faveur d'Epicure, dont il défendoit la doctrine, lendroit où ce Philofophe di- foit que l’on ne peut pas mener une vie agréable, fi elle n’eft fage , honnète & juite. Cicéron ne fe laifle point éblouir par un vain éclat de paroles, dont Epicure s’eflorçoit de couvrir 3» » 22 EP | a turpitude de fes dogmes. Il prouve fort au long que la fa- gefle, l'honnêteté, la juftice ne peuvent point s’allier avec le plaifir dans le fens qu'Épicure Jui donne , qui fait honte à la Philofophie , & qui déshonore la nature même. Îl demande à Torquatus , fi , lorfqu'il fera nommé conful, ce qui devoit bientôt arriver , il ofera , dans fa harangue devant le peuple ou dans le Sénat, déclarer qu’il entre en charge bien réfolu de - fe propofer la volupté pour fin & pour but dans toutes fes ac- tions ? Pourquoi ne l’ofera-t-il pas, finon parce qu’il fent bien qu'un tel langage eft infame? Épicure divifoit la philofo- phie en canonique, ou dialecti- que, en phyfique, & en mora- le; & au rapport de Diogene Laërce, il a plus écrit que pas un autre philofophe , & que Chryfippe même , qui fut nom- ié fon parafite , parce qu’il tà- choit de l’égaler dans fes com- pofitions, ne difant bien fou- vent que les mêmes chofesqu'E- picure avoit déjà traitées. À l'égard de l’ame, Epicure fou- tenoit qu'elle étoit compofée d'atomes & mortelle. EPICURE , Æpicurus, (a) E’rixvupos, l’un des accufateurs de Phocion. Aprèslamort de ce grand homme, Epicure &un de fes compagnons furent rencon- trés par fon fils, qui en fit la ven- geance telle qu’ils méritoient. À ‘ Ce) Plu, T, p.759 EP TS EPICURIENS , Epicurei, (b) E‘rmoupeis, nom d’une fecte cé- lebre de Philofophes, Les Epi- curiens furent ain{i nommés dE picure leur fondateur, On diftingue deux fortes d’E- picuriens, les rigides & les re- lâchés. La différence qu’il avoit entr eux étoirgrande. Ces derniers expliquoient fort mal les fentimens d'Epicure , & fai- foient un très - mauvais ufage de la doctrine de ce philofo- phe; car, fous prétexte qu'E- picure faifoit confifter le fou- verain bien dans la volupté, ces faux Epicuriens, au lieu de prendre la volupté dans le fens de leur maître , pour le plaifir que donne Îa pratique de 1a vertu & de l'honnêteté, ils la prenoient au contraire pour les infames plaifirs de la débauche. Les véritables Epicuriens ap pelloient ces indignes fecta- teurs, les Sophiftes de leur doc- trine. Parmi ces Sophiftes, Ca- tius, dont parlent Cicéron, Ho-' race & Quintilien, tient le pre- mier rang. Dans le fyftème des Epicu- riens, ces deux mots, monde & univers, aVoient une fignifica- tion différente. Par le monde ; ils entendoient les cieux & la terre avec tout ce qui y eftren- fermé. Par l'univers, ils enten- doient,nonfeulement les cieux êt la terre avec tout ce qui y eit renfermé , mais encore le vuide infini qu’ils fuppofoient () Plin, T. Ip. s. Roll, Hif. Anc. TL, VE pe 559 16 aie au-delà du monde. Car , ils croyoient le monde plein & Himité; mais au-delà ils fuppo- Soient des efpaces infinis ; & abfolument vuides. Auff ils par- tageoient toute la nature, tout l'univers , en deux parties, les corps & le vuide. Omnis ut et igitur per fe natura duabus Confiffit rebus , quæ corpora funt inane. Cette diftinttion eft nécefTai- re pour entendre le fyftême des Epicuriens. Car , ils fuppo- foient comme un principe cer- tain , que fans le vuide il ne pouvoit ÿ avoir aucun mouve- ment dans le monde, ni même aucune production. Quæ, ft non effet inane , Non tam follicito motu privata carerent » Quam genita omnino nulla ratione | fente Undique materies quoniam flipata file Sélon-lés Epicuriens, c’eft le concours fortuit des atomes qui a forméle monde, EPICYDE , Epicydes, (4) E’xsmuduc, Athénien., fils d'Eu- phémide. Comme toute l’Afie étoir près de fondre fur laGre- ce , on s’aflembla à Athènes pour nommer un général, Ja- mais il n'avoit.été plus nécef- (ay Tit, Liv. L. XXIV. c. 8. Plut, T. #. p. 114. Roll, Hift, Anc, Tom, IL, p, 498, 199. (e) Fi, Liv. L, XXIV, c, 6, d feq. Er faire d'en choifir un quipât dignement remplir cette place que dans la conjoncture préfenz . te. Les plus expérimentés ê&cles plus habiles, effrayés de la grandeur dü danger , avoient pris le parti de ne pointfe pré: fenter. Epicyde avoit quelqué talent pour la parole ,;. mais d’ailleurs homme fans mérite, décrié pour fon peu de coura+ ge, & encore plus pour fon avarice. Cependant, onappré- hendoit que dans l'affemblée les ! fuffrages ne lui fuflent favorai bles. Thémittocle, qui fçavoir que dans un grand calme prefa que tour marinier eft propre à conduire un vaifleau; mais que dans un rems d'orage & de tem- pète, les pilotes les plus habi+ les ne le: font pas encoreaflez, comprit que la Républiqueétoit perdue , fi l’én nommoit pour général Epicyde , dont l'ame vénale donnoit tout lieu dé craindre qu'il ne fût poinr à _ l'épreuve de l’or des Perfes. Ce grand homme qui fentoit bien que dans l'état où étaient les affaires , il étoit le feul capable de Commander, ne fit point dif- ficulté d’écarter fon compéris teur à force de préfens & de libéralités, & ayantainfitrouvé moyen de dédommmager l’amé bition d’Epicyde, en fatisfaifant fon avarice, il fe fit élire en fa place. EPICYDE, Æpicydes ;-(b } L. XXV. c, 27, 28. L, XXVI, c. 40. Roll. Hif, Anc.T, III, p. 297. & frire Hift, Rom, Tom, HE, p, 329. @. fire 2 LAPS E rinvd us, E P E’rwvduc, frere d'Hippocrate. Hs étoient nés à Carthage, & d’une mere Carthaginoïife, mais originaire de Syracufe, d’où leur ayeul avoit été exilé. Ayant été envoyés par Anni- bal, l'an 215 avant l'Ére Chré- tienne, vers Hiéronyme , tyran de Syracufe ,üls conclurent un traité avec ce Prince, & relte- rent enfuite auprès de lui, du confentement dé celui qui les avoit députés. Mais, Hiéro- nyme furtué quelque tems après, & Hippocrate & Epicyde fe : virent aufli-tôt abandonnés des -foldats qu'ils. commandéient ; cependant, pour n'être point fufpects.de vouloir exciter quel- ques troubles, & introduire . quelqué nouveauté, ils s’a- dreflerent premièrement aux Préteurs, qui les préfenterent enfuite au Sénat. [Ils repré- fenterent dans l'affemblée , que c'étoit Annibal qui les avoit envoyés vers Hiéronyme, fon ami & fon allié; que depuis qu'ils étoient arrivés en Sicile, ils navoient pu fe difpenfer d’obéir aux ordres d'un Prin-. ce à qui leur Général les avoit foumis; que leur deflein étoit de retourner auprès d'Annibal; mais que Les chemins n'étant pas libres, à caufe des trou- pes des Romains répandues dans toutes les parties de l'ifle, ils prioientle Sénat de leur don- ner une efcorte, afin qu'ils puffent pafler fûrement à Lo- cres en Italie; que par ce pe- tit fervice , ils feroient un grand plaifr à Annibal, & qu’il Zen, XVI, te 17 lèur en auroit une extrême obligations On ne fit aucune difficulté de leur accorder cé. qu’ils demandoïent. On étoit ravi de voir éloigner deux ca- pitaines expérimentés, dépour- vus de biens, & par cette rai- fon même, hardis & entrepre- nans. Mais, quoique Le deffein de Iles congédier fût approuvé dé tout lé monde, ils ne l’exé- cutérent cependant pas auf - Promptementqu'ils auroient dû. Pendant qu’on différoit de jour à autre de les faire partir, ces deux jeunes guerriers, accou- tumés à vivre parmi les foldats, s’attacherenit à décrier le Sé: nat & les Magittrets, par des acçcufations & des caloïnnies qu’ils répandoient, tantôt par mi les troupes, tantôt parmi les déferteurs , dont la plûpart étoient des foldats ou des ma- telots de la flotte Romaine, & quelquefois même parmi le pe= tit peuple. Quelque tems après, il fur queftion d’élire de nouveaux Préreurs. Le jour marqué pour cette élection étant venu, un inconnu, du bout de l’affem- blée s'avifa, contre l'attente de tout lé monde, de propofer Épicyde. Un fecond propofa Hippocrate. Une infinité de voix çonfufes répétérent en- fuite’ces deux roms: &il pa- roifloit que la multitude les écoutoit avec plaifir. Il eft à rémarquer que l’affemblée étoit compolée non feulement du peuple , mais encore d’une fou- le de foldats Fe plüpart 24. EP fervir deretraite aux uns & aux autres; de forte que du tems de _ Paufanias les malades avoient da liberté de mourir en ce lieu, & les femmes celle d'y accou- cher, Le bois d'Efculape étoit fermé par deux montagnes , dont Vune fe nommoit le mont Tit- thion, l’autre le mont Cynor- tion, au haût duquel il y avoit un temple d’Apollon Maléare : c’étoit le feul ancien édifice qui s’y fütconfervé; car, & la fon- taine que l’on voyoit alors, & la citerne même où tomboient les eaux du ciel, c’étoient des Ouvrages modernes qu_Antonin avoit fait conftruire, Voici mainténant ce que la ville d'Epidaure contenoit de plus remarquable ; première- ment, un temple d'Efculape, où l’on voyoit deux belles {ta- tues de marbre de Pâros, l'une du dieu, l’autre d'Epioné qu'ils difoient avoirété fa femme: ces flarues étoient dans un lieu dé- couvert. Plus avant dans la ville il y avoit un temple de Bac. chus», & un bois confacré à Diane, où la déefle étoit re- préfentée en chaflérefle. On trouvoit aufli un temple de Vé- nus; Car, pour celui qui étoit du côté du port, & fur le haut d'un promontoire quiregardoit läméèr, on dit que c’étoir à Ju- non qu'il étoit confacré, Dans la citadelle il y avoit une très- belle ftatue de Minerve en bois , c'eft ce qu’ils appel- (a) Strab. pag, 368, Prolem, L, UT, c, 16, Pauf, pag. 204, 208, Plin, Tom... -PAB: 194 loïent la Minerve Cifléa. On ne convient pas du nom moderne de la ville d'Epidau- re. Niger croit que c'eft Pigia- da, & Sophien veut que ce foit Cheronifi. [ls font d'accord , parce que Pigiada & Chero- nifi font la même chofe, felon . quelques-uns. EPIDAURE, Epidaurus, (a) E‘rid'æupoc, autre ville du Pélo- ponnèle, qui étoir fituée fur le golfe ArgoliquedanslaLaconie, felon Ptolémée, ou dans le païs des Eleuthérolacons, c’eft-à- dire, des Lacoriens libres, fe- lon Paufanias. C’eft celle-là qui : Étoit furnommée Liméra, au - rapport dé Pline, & de Strabon: qui cite Artémidore. Strabon ajoûte qu Apollodore fait cetre villé voifine de Cythere, & quil prétend qu’à caufe de la commodité de fon port, appel- lé en Grec Limen, elle prit le furnom de Liménéra , qu'on prononça dans la fuite Liméra par abréviation. D’autres l’ont expliqué aro rob xslur, parce quelle avoit beaucoup de prai- ries. Étienne de Byzance dit que quelques uns la nommoient A'ruvpæ. Peut-être , dit Ortélius, étoit-ce par corfuption d’une lettre én uné autre, l'A des Grecs & leur L ayant peu dé différénce À À ; mais, il femble confondre les deux Epidaures de la Laconie, attribuant à une même ville le furnom de Liméra, + : E P le culte d'Efculape, & le fur- nom d'Épitaurus , que Strabon & Pline diftinguent , & parta- gent entre deux villes de même nom. Il y aapparence qu'Étien- ne de Byzance avoit fait deux articles différens, qu'Hermo- laüs a mis en un. La conjectu- re d'Ortélius fur le change- ment de 4 en À , & de Eiméra en Æmera, n’eft pasapprouvée de Berkelius, qui juge qne ce dernier nom étoit pris du fang “qui couloit perpétuellement fur les autelsd'Efculape. Quoi quil en foit, cet article d'Étienne de Byzance eft prefque copié par Euftathe fur le fecond livre de lfliade. On y trouve, aufli- bien que dans Étienne de Byzance , qu'outre les fur- noms de Liméra & d'Ærméra, elle avoit aufli celui de MilifGa. Ella eft auffi nommée Epidauria “par Strabon, au fentiment d'Or- télius ; mais, on croit que Stra- bon nomme ainfi le territoire de cette ville. 7 Quoi qu'il en foit, les habi- tans d'Epidaure fe difoient une colonie, non des Lacédémo- niens , mas des Epidauriens -du païs d'Argos, & ils racon- toient que les députés envoyés par ces peuples vers Efculape dans l’ifle de Cos, ayant abordé en cette contrée de la Laco- nie, avoient été aveftis en fonge de s’y établir ; que même un ferpent qu’ils menoientavec eux, fortit du vaifleau & alla fe cacher dans une caverne fur le bord de la mer ; prodige qui, joint aux apparitions qu'ils “> E P #< “avoient eves en fonge, les dé- termina à bâtir (à une ville à la- quelle ils donnerent auf le nom d'Epidaure ; & à l’endroit où le ferpent fe cacha, ils ele- verent à Ffculape deuxautels, qui dutems de Paufanias étoient couverts d’oliviers fauvages que la terre avoit produits à l’entour. Deux ftades plusloin, fur la droite,;onvoyoit ce qu'ils appelloient le marais d’ino; c'étoit un marais de peu d'é- tendue , mais fort profond. Tous les ans à la fête d’[no, ils jettoientdans ce marais des mor- ceaux de pâte ; fi cette pate /al- loit au fond, ils en tiroient-un bon augure, & un mauvais, fi elle revenoit fur l’eau. Sur le chemin qui conduifoit de Boée à Epidaure, & dans le territoire même des Epidau- riens, ontrouvoit un temple de Diane furnommée Limnatis, La ville d'Epidaure étoit bâtie fur une hauteur & fort peu éloignée de la mer. Tout ce quon y voyoit de beau, c'étoitun tem- pie de Vénus, un temple d'Ef- culape où. Le dieu étoit en maf- bre & debout, & dans la cita- delle un temple de Minerve. Vers le portil y avoit un tem-' ple de Jupiter fauveur, & au bas de la ville un promontoire qui avançoit dans la mer, &quils nommoient Minoa. Le bafñn, auquel il fervoit d’abri, n'avoit rien dé particulier & n’éroit pas différent des autres qüi 1e voyoient, le long. des côtes de la Laconie. Onremarquoit feu- ‘lement que le rivage de certe 26. Pr rade étoit plein de petits caïl- Ïoux d’une beauté fingulière , foit pour la figure, foit pour les couleurs. Platon, Grégoras & Cédrè- ne, aufli-bien que les Grecs du moyen âge, nomment cette Epi- daure Monobafa , ou Monom- bafia. Le nom moderne eft Mal- vafa. EPIDAURIENS, Epidaurii, E’rid'aÿpor , étoient les habitans des villes du nom d’Epidaure. Foyez Epidaure. ÉPIDAURIES, Epidauria , Eridoupie, (a) étoient des fêtes que l'on célébroit à Athènes, ‘félon Philoftrate. IL en eff auf parlé dans Paufanias. Mais, on ne trouve aucun veltige de ces . fêtes dans les Auteurs plus an- ciens. C'eft pourquoi , Meurfius n'en fait aucune mention dans - fon traité intitulé Grecia Fe- Flata. . EPIDAURUS, Epidaurus , E rid'aupoc , héros qui donna fon nom à la ville & au païs d'E- pidaure. Voyez Epidaure , ville de l’Argolide. ee - EPIDELIUM, Epidelium , Er lier, (&) lieu maritime de Îa Laconie, felon Paufanias. C’Étoit un village cConfacré à Apollon, aux frontières du ter- ritoire de la ville de Boée, Son nom venait d’une petite ftatue, qui avoit, dit-on, été la pre- mière dédiée. à Délos. Méno- phanes, ayant faccagé Délos, Caÿ Panf. P- 133. Antiq. explig par D Bern. de Montf. Tom, LH, p.216, (5) Pauf. p.207. (c) Myth. par. M, l’Abb, Ban, Tom, @ [eq EP “un incrédule jetta dans la met cette ftatue, qui fut portée par les fots fur le rivage en cet en- droit. Paufanias n'oublie pas de marquer la punition de l’impie, Ce lieu étoit à deux cens fta- des d’Epidaure , furnommée Liméra. . EPIDELIUS, ÆEpidelius, (c) furnom d'Apollon.Apollon Epi- délius étoithonoré à Epidélium. Voyez Epidélium. EPIDÉMIURGES , ÆEpide- miurg , E‘ridmurovpyet, (d) ma- giftrats, que les Corinthiens envoyoient chaque année à Po- tidée , pour gouverner certe -ville:- EPIDICAZOMENOS , (e) Epidicazomenos , E ridmatoueroc » titre d'une pièce Grecque. Nous allons jouer , dit Térence dans le prologue du Phormion, une pièce nouvelle que les Grecs appellent Epidicazoménos, & que nous appellons Phormion, parce qu'un parafite ainfi nom- mé y joue le principal rôle, & que c'eit fur lui que roule toute l'intrigue. Donat, ou plutôt celui qui l'a abrégé, accufe Térence de s'être trompé, & il aflure qu'il devoit écrire Epidicayomenen, arce , dit-il, que lafifle pour laquelle on plaide eft appellée ÆEpidicazomene. Mais, outre qu'il eit ridicule d’accufer Térence, Scipion & Lélius de n’ayoir pas fçu le titre de la pièce Grecaue IV, p.204. ..(d) Fhucyd. p.37, 28. Ce) Terent, Phorim, Prolog. y, fe . “qu'ils traduifoient, ce bon doc- teur s’eft trompé lui-même fort ‘groffièrement, quand il a cru que les Grecs appelloïent Epi- dicazomenon, la fille pour la- quelle on plaidoit; car ,iln’y a tien de moins vrai.Ceux quiont quelque ufage de la langue Grecque. fçavent fortbien que émdimaestær c EmidinaComers » ne font jamais dits que du Juge ‘ qui prononce, où de la partie qui plaide, & qui demande, & que la fille pour laquelle on plaidoit, & qui étroit le fujec ‘du procès , n'étoit nullementap- pellée Epidicazomené,mais Epi- dicos & Epicleros & Epicleri- tis. Epidicazomenos eft donc Ja véritable leçon, & c’eft com- me nous dirions e demandeur en Juflice. C’eft Phormiôn qui fait afligner Antiphon pour. le faire condamner à époufer Phanium, comme fon plus proche parent. EPIDIUS [C:}, C. Epidius, (a) rhéteur, qui fit nn ouvrage, ‘où il rapportoit dés prodiges extraordinaires & incroyables. Quelques-uns le confondent avec ce Cornélius Epicadus, affranchi de Sylla, dont Suéto- ne fait mention. I eft fûr qu'il y avoit à Rome une famille de ce nom, qui a produit plufieurs célebres perfonnages, tel que ‘cét Epidius Marcellus,que Sué- tone allegue dans la vie de Cé- far, & qui éroit tribun du peu- ple ; un Epidius, Pan de I. C. 211. Quelques Hiftoriens en CD EPhhe Pepe 7 (&) Antiq. expl. par D. Bern. de Montf, Tom, IT, p. 1204 | ee L 7. nomment d’autres, comme Plu- tarque, Appien ;, Dion Cafius, line: : EPIDORPIS, Epidorpis, (P) E’ridopris, nom que les Grecs donnoient quelquefois à leur fouper. < EPIDOTE , Epidotes., Eri- d'érné furnomde Jupiter. Woyez Jupiter Epidote. e 11 y avoit un génie du nom d'Epidote révéré par les Lacé- 143 -démoniens. EPIÈS, Epies, divinité Égyp- tienne ; que l’on croit être la même chofe qu'Ofiris. EPIGÉE. Voyez Ebon. FPIGÉUS , E£pigeus, (c} E’reryec , capitaine Grec qui partit pour le fiege de Troye. Les Troyens bleflerent ce capi- taine qui étoit un des plus fa- -meux qu'euffentles Theflaliens, -& qui ayant malheureufement tué fon coufin-germain , avoit été-obligé de quitterla ville de Budie , où il règnoit avec beau- ‘coup de gloire, & de fe retirer en qualité de fuppliant auprès de Pélée & de Théris. Ceux-cicon- noiflant fes grandes qualités s lavoient donné à Achille pour l'accompagner à cette guerre, & pour combattre avec lui contre les Troyens. Epigéus s’étoit déjà faifi du corps de Sarpédon , lorfqu'Hettor Jui jetta une grofle pierre qui lui fendit la tête dans fon caïque. Epigéus tomba fur le corpsqu'il çc) Homer, Iliad, L. XV v. 570. &* fegs 28 EP entrainoit, & les ténebres de la mort l’envelopperent. EPIGIES, Episü, Era, (z) nom que l'on donnoit à une efpèce de nymphes.C'étoientles nymphes terreftres que l’on ap- pelloit ainfi , comme le défigne le nom lui-même. EPIGONES , Epigoni, (4) E’rryéror, terme qui veut dire. defcendans , fucceffleurs. Les Grecs ont donné ce nom aux enfans de ces feptbraves capi- taines qui affiégerent vainement la ville de Thcbes. Ces jeunes Princes, dix ans après certe première & malheureufe expé- dition, vengerent la mort & le déshonneur de leurs parens , fous la conduite d’Alcméon, fils d'Amphiaraus & d'Eryphyle. Ils frent un grand butin, emme- nerent l’aveugle Tiréfias, &en- voyerent fa fille Manto à Del- phes, pour y fervir dans le tem- ple d’Apollon. EPIGONES , Epigoni , {c) E’xryivo, nom qui fut donné à un Corps de troupes, du tems d'Alexandre le Grand. Pendant que ce Prince étoit à Sufe., il y vint trente mille jeunes hom- MES Perfans , & prefque tous de même Âge ; & on les nomma Epigones comme venant rele- ver les vieux foldats de leurs factions & de leurs longues fa- tigues. On les avoit tous choifis les plus forts & les mieux faits qu'on eût pu trouver dans la (4) Antiq. _Monif. Tom. I, p, 385. (4) Paut: Sicul. pag. 186, 187. Strab. pag. 325, EP Petfe , & on les avoit mis entre les mains des Gouvérneurs des … villes qu'Aléxandre avoit nous vellement bâties, ou de celles qu'il avoit conquifes. Ils les avoient dreflés aux exercices militaires, leur enfeignant tout ce qui étoit du métier de la guerre ; & ils étoient tous pro prement vêtus, & armés à la Macédonienne. [ls vinrentplan- ter leur camp devant la ville, où s'étant mis en bataille, ils paflerent en revue & firent l’e- xercice devant le Roi, qui en fut très-farisfait, & leur fit de grands biens dans la fuite.Mais, cene fut pas fans donner une grande jaloufie aux Macédo- niens. En effet, Alexandre, Voyant qu'ils étoient las & en- nuyés. de la longueur de la guerre, & quil leur arrivoit fouvent aux aflemblées de s’em- porter en plaintes & en murmu- res, voulut former ces nouvel- les troupes pour les oppofer aux vicilles, & réprimer leur licence. a … Juftinrapporte cetévènement avec des circonftances bien di£ férentes. Alexandre, dit-il, permit à fes foldäts d'époufer les prifonnières qu'ils* entrete- noient. Îl s'imagina que s’ils avoient dans le camp une efpè- ce de foyers & de dieux domef- tiques , ils foupireroient moins après leur patrie, & que les plaifirs d’un ménage règlé leur expl. par D. Bern. de! {or 412. Ce) Juft. L. XIL. c. 4. Roll. Hif..Ancs Pa8, 556, 579, 627. Diod,|T, III, P: 784e E P adouciroient les fatigues de la guerre, [1 crut même que défor- mais il n’épuiferoit plus tant la Macédoine par de nouvelles recrues, fi les vieux foldats cé- doiïent leur place à leurs enfans, qui combartroient fous les mè- mes drapeaux à l'ombre def- quels ils auroient reçu le jour, & qui feroient d'autant plus propres au métier de la guerre, qu'ils en auroient fait l’appren- tiflage dès le berceau. Une fi fage coûtume pafla d'Alexandre à fes fuccefleurs. On deftinoit donc de certains fonds à l’en- tretien de ces enfans; on leur fournifloit des armes &des che- vaux dès qu’ils ayoient atteint l’âge de s’en fervir, & on me- furoit les récompenfes des pe- res au nombre de leurs fils. Quand ceux-là venoient à mou- rir , ceux-ci, tout pupilles qu’ils étoient, en recevoient la folde comme un falaire dû à leur en- fance guerrière. Ainfi, ces jeu- nes gens , accoûtumés dès leur bas-âge au péril & au travail, formoient un corps d'armée in- Vincible. [ls regardoient leur camp comme leur patrie, & al- loïent au combat fûrs de la vic- toire. On les appella Epigones, ajoûte Juftin. EPIGONUS, Epigonus, l'un des Auriges du Cirque. Voyez Auriges du Cirque. EPILÉNIE, danfe pantomi- me des Grecs , dans laquelle ils imitoient ce qui fe pafle dans l’action de fouler des raifins. EPILOGUE , Epilogus , E’xl- nov: , deemlaiirs {ur} OC 67e » E P 27 dico, je dis: C’eft, dans Pare oratoire, la conclufion ou der- nière partie d'un difcours ou d'un traité, laquelle contient ordinairement da récapitula- tion des principaux points ré- pandus & expofés dansle corps du difcours ou de l'ouvrage. Ce mot, dans la poëfie dra- matique, fignifioit chez les An- ciens ce qu’un des principaux acteurs adrefloit aux fpecta- teurs, lorfque la pièce étoit finie , & qui contenoit ordinai- rement quelques réflexions re- latives à cette même pièce, & au rôle qu'y avoit joué cet ac- teur, Parmi les Modernes ce nom & ce rôle font inconnus; mais, à l’'Epilogue des Anciens ilsont fubftirué l’ufage des petites piè- ces ou comédies qu’on fait fuc- céder auxpièces férieufes, afin, dit-on, de calmer les pañfions, & de diffiper les idées triftes que la tragédie auroit pu exciter. ‘Il eft douteux que cette prati- que foit bonne & mérite des éloges ; un Auteur ingénieux la compare à une gigue qu'on joueroit fur une orgue aprèsun fermon touchant, afin de ren- voyer l’audiroire dans le même état où il étoit venu. Mais, quoique l’Epilogue , confidéré fous ce rapport, foit affez in- conféquent, il eft appuyé fur la pratique des Anciens , dont l’e- xode, c’eft-à-dire , la fin, la fortie des pièces, exodium, étoit une farce pour efluyer les lar- mes qu'on avoit verfées pen= dant la repréfentation de la. 30: EP tragédie. Ut quidquid lacryma= ruih ac triflitiæ cepiffent ex tragi- cis affe&ibus, hujus fpettaculr ri- fus detergeret, dit le Scholiafte de Juvénal. - L’Epilogue n’a pas même toujours été d'ufage fur le. théa- tre des Anciens, ni à beaucoup près fi ancien que le prologue. L] eft vrarque plufieurs Auteurs ont confondu dans le drame Grec l'Épilogue avec ce qu’on nommoit exode, trompés par=. ce qu'Ariltote à défini celui-ci une partie qu'on récite lorfque le chœur à chanté pour la dernière fois ;: mais, ces deux chofes étoient en effet aufli différentes que le font nos grandes & nos petites pièces, l'exode étant une des parties de la tragédie, c’'eft— à-dire, la quatrième & dernière, . qui renfermoit la cataftrophe ou fe dénouement de l'intrigue, & répondoit à notre cinquième acte ; au lieu que l’Épilogue étoit un hors-d’œuvre , qui n’a- voit tout au plus que des rap- ports arbitraires & fort éloignés avec la tragédie, EPILYCUS, Epilycus , (a) Exlavxos, fut pere d’Ifandre, de qui naquit une fille qui fur matiée à Xanthippe, fils aîné de Péticlès. EPIMENE , Æpimenes , (b) Jun des gardes du corps d’A- lexandre le Grand, entra dans la conjuration d'Hermolaüs.Le jour marqué pour l'exécution du complot, le Roï pouffx la débauche jufqu'au lendemain, (a) Plat, T. I, p: 171, EE & fit beaucoup plus de carefles’ qu'à l'ordinaire aux conjurés… qui avoient fait la garde pen- dant la plus grande partie de la nuit. Epimene , foit que cest carefles l’euffent changé tout-à- coup , ou qu'il crût que les dieux. s’oppofoient à leur deffein, dé-: couvrir la conjuration à fon: frere Euryloque, à qui il n'a- voit pas voulu qu’on lacommus! niquât auparavant, & Euryloque fur le champ arrêra fon frere, & le mena au palais, où ayant éveillé les gardes, il leur dit qu'il s'agifloit d’une affaire qui concernoit la vie du Roi. L'heure indue à laquelle ils venoient, leur mine effrayée, & la grande triftefle de lun des deux donnerent l’allarme à Ptolémée & à Eéonatus , qui étoient de garde à la porte de la chambre ; deforte qu’ils les firent entrer promptement, & éveillerent le Roi encore tout -afloupi de la débauche. Mais, comme il eut peu-à-peu repris fes efprits, il leur demanda ce qu'il yavoir, &c aufh-tôtEurylo: que commença à dire que les dieux n'avoient pas tout-à-fait abandonné leur famille, pui que fon frere ayant projetré le plus grand de tous les crimes ; ils lui avoient fait la grace de s’en repentir , & qu'il venoit révéler lui-même au Roi la confpirationfaite contre fa per- fonne ; & qui avoit manqué d’être exécutée la-nuit de de- Vant; qu'au refte il ne s’imagis I: (6) Q:Curt, LE, VHS ç, 6, } neroït jamais les Auteurs d’un deflein fi exécrable. Et alors Epimene déduifit tout l’ordre de la conjuration, &c. déclara tous les complices. EPIMÉNIDE , Æpimenides , E’ruerldnc, (a) célebre Philofo- phé, qui paffe pour le feprième fage de la Grece, dans l'efprit de ceux qui ne mettent pas Pé- ‘riandre de ce nombre. Îl étoit Crérois , de la ville de Gnofie, ou de Phefte felon d’autres. Son pere fe nommoit Dofiade, ou, felon certains , Agéfarque, & fa mere Blafta. - On raconte qu'il fur envoyé un jour à la campagne par fon pere,pour y porter une brebis,& qu’en plein midi s'étant détourné du chemin , il entra dans un antre, où il s’endormit. Ce fommeil ajoûte-t-on, dura cin- quante-fept ans; d’autres le font moins long prefque de moitié. Quoi qu’il en foit, quand il fe fut éveillé, il fe mità chercher fa brebis, croyant qu’il avoit dormi que quelque tems. Mais, ne l'ayant pas trouvée, il re- - tourna au champ; & voyant que la face des chofes y étoit en- fièrement changée, & que le champ même avoit paflé au pou- Voir d’un autre, étonné & in- Certain il revint à la ville. Comme il voulut rentrer chez lui, on.lui demanda quiilétoit; & s'étant fait connoître quoi- qu'avec peine à un de fes fre- E P 37 res, il apprit de lui la vérité de ce qui éroit arrivé. Le lec- teur n’ajoûtera pas plus de foi à ce conte, qua tant d'autres que nous font les Anciens , & ui ne méritent pas plus de créance. Il peut y avoir quel- que chofe de vrai dans celui- ci; mais, il yade l’exagération dans le nombre des années. Epiménide avoit la réputa- tion d’être fort aimé des dieux & profondément fçavant dans les chofes divines, fur-touten ce qui regarde l'infpiration & les cérémonies les plus myfté- rieufes & les plus cachées. C’eft pourquoi, onl’appelloit de fon tems le nouveau Curete. Ce nom lui avoit été donné par les. peuples de Crete. Ils vouloient dire par-là qu’il étoit auffi fage & auf habile que les Curetes , les prêtres qui avoient gardé. Jupiter enfant. On l’appelloir auf le fils de la nymphe Balté. On nefçait point qui étoit cette nymphe; mais, Diogène Laërce écrit qu'Epiménide étoit fi aimé des nymphes, qu’elles lui don- nerent une drogue, qu'il con- fervoit dans la corne d’un bœuf, & dont une feule goutte le te- noit long - tems vigoureux & fain, & l'exemptoit de la né- ceflité de prendre aucune autre forte de nourriture. Toute la ville d'Athènes. fe trouvanttroublée par des crain- tes fuperititieufes . & par des (a) Lucian. Tom. I. p. 6r , 62. Suid.|c. 34. Strab. p: 479. Mém. de lAcad. T,l.-p. 1000. Diog. Laërt, p.77. & feg. | des Infcripr, & Bell. Lert, Tom. VI, p. Plut, Tom.l,p. 84. Paul. p. 26, 122, 164. T, VAL, p.31, 32, 123 181, 183. Cicer, de Divinat, L. 1, / 32 EP fpedres & des phantomes ,:on réfolut de faire venir de Crete Epiménide. Quand il fut arrivé à Athènes ,il fit amitié parti- culièré avec Solon, & lui fraya Je chemin pour publier fes loix, pour les faire récevoir au peu- ple; car il accoütuma les Âthé- niens à faire moins de dépenfe pour toutes les chofes qui re- gardoient la religion , & à être plus modérés dans leur deuil, en mêlant d’abord à leurs obfe- ques certains facrifices qu'il fubftitua à la place des coûtu- mes dures & barbares qui rè- gnoient auparavant, & auxquel- les la plûpart des femmes étoient particulièrement atta- chées ; mais, ce qui eft plus con- fidérable, par des propitiations, par des expiations & par des fondations de temples & de chapelles, il purifia & fanctifia fi bien la ville, qu’il la rendit: foumife & obéiffante à tout ce qui étoit jufte, & beaucoup plus fouple , plus docile & plus por- tée à vivre déformais en bonne intelligence & avec union. Ces propitiations d'Epiméni- de ont quelques traits de reflem- blance avec l’expiation des Hé- breux, comme elle ef décrite dans le feizième chapitre du Eévitique ; car, on écrit qu’il prit des brebis toutes blanches, & d’autres toutes noires, qu’il les mena dans le lieu de l’Aréo- page; & qu’en les laiffantaller, il ordonna à ceux qui les fui- voient, que par-tout ou elles fe coucheroient , ils les immolaf- fent fur le lieu même au Dieu qui y préfidoir ; ce qui fut exé- cuté, & à chaque endroit on élèvoitun autel, d’où vient que dans les bourgs 4e PAtrique on trouvoit béaucoup d’autels fans nom, anciens monumens de cette cérémonie. I fit bâtir aufli plufieurs chappelles & plu- fleurs temples; & entre autres, Contumeliz fanum 6 Impuden- tie. On conte auffi d’Epiménide, que voyant le port de Muny- chia, après lavoir confidéré Jong-tems ; il dir à ceux qui l’accompagnoient: Que les hom- mes font aveugles dr ignorans dans l'avenir} Si les Arheéniens [ça- voient tous les maux que ce liex caufera à leur ville, 1ls le mange- roient , pour aïnft dire, a belles dents. L'effet dé cette prédic- tion arriva, la 114.° Olympia- de, c’elt-à-dire, près de 270 ans après qu'elle eut été faite. Car ; Antipater contraignie alors les Athéniens de recevoir une garnifon dans la forterefle de Munychia. Les Athéniens, ravis d’admi- ration pour la vertu & pour la fageile d'Epiménide, voulurent le combler de préfens A neurs; mais > il les refufa, ne voulut qu’une feule boue de l’olivier facré qu'il emporta dans fon païs. Dans Platon, on rend ce té= moignage à ce Philofsphé, qu’il eut “plus d’efprit que tous les autres hommes, & qu'il prédit ‘a: guerre des Perfes plufieurs années avant qu'on penfât à en faire les préparatifs, Il avoit fait | EP Fait un traité de cinq mille vers de la génération des Curetes & des Corybantes ; fix mille vers fur Pexpédition de Jafon; un traité en profe du gouverne- ment & des facrifices de ceux de Crete ; quatre mille vers fur Minos & fur Rhadamante : un traité en vers fur lesexpiations. Il arriva à Athènes vers l'O- lympiade 46, Les Athéniens lui avoient envoyé Nicias, pour l'obliger à faire ce voyage. Ïl eft à remarquer que l'ufage . dés ouvrages en profe com- -mençoit à être commun dans la + Grece du tems d’'Epiménide , puilqu'il avoit compofé lui-mé- me , ainfi qu'on Vient de le dire, un traité en profe; & ce traité toit dans lPancienne dialecte des Crétois ; car, cette dialec- te étoit une dés marques à quoi Von diffinguoit les véritables ouvrages d’Epiménide de ceux qui lui éroient fupbofés, EPIMÉTHÉE, Epimetheus , Erunteuc, (a) frere de Pro- mêthée, étroit fils de Japet & de Clymène. Les Poëres ont feint que Prométhée avoir for=. mé les hommes prudens & in-. génieux ,.& qu'Epiméthée avoit fait lés imprudens & les ftupi- des, Les Mythologues difent que Prométhée ef l'efprit qui, prévoit l'avenir; & qu'Epimé- thée fignifie Pefprit qui re juge des chofes qu'après l'évè- nement. [rouvreus en Grec fi- gnifie prévoyant ; & Ep - (a) Ovid, Metam. L. I, ç. 12, Myth. par M, l'Abb, Ban, Tom. LL, p. 462: dr fie. . Ton. XVI, EP 33 tive ; qui confulte trop tard. Vulcain, par l’ordre de Ju- piter, ayant formé üne femme douée de routes fortes de perfec- tions , ce qui la fit appeller Pan- dore, les dieux là comblerent de préfens, & l’envoyerent à Prométhée , avec une boëte remplie de tous les maux. Ce Prince s’en étant défié, ne Vou- lut point la recevoir pour fa compagne; mais, Epiméthée, à qui elle fe préfenta, en fut fi charmé, quil l’époufa, & en eut Pyrrha, femme de Deuca- calion. I] voulut auff voir ce qui étoit dans la boëte fatale, & fur le champ il en fortit ce déluge de maux qui ont depuis ce tems-là inondé toute la ter- re. [I la referma promptement ; mais , il n'y eut que l’'efpérance qui n’eut pas le rèms de s'é- vader , & c’eft le feul bien qui refte aux hommes malheureux. - Quant à la métamorphofe d’Epithémée changé en finge, cet, felon Lucien, que ce Prince, étoit comme fon frere, un habile flatuaire, & imitoit en perfection la nature. M. le Clere prétend qu'Epimérhée eft Je même que Gog, dontie nom vêur dire brûlant: ce qui con vient, felon lui, à ce Prince, dont on à voulu marquer la pailion pour les femmes, par l'hifioire de Pandore. EPINICIES, Epinicia, fêtes que l’on célébroit en action de graces d’une victoire. Voyez I. pag. 199 [@ 40 E P Cérauniens , juiqu'au fleuve Achéloüs, étoit de 1700 ftades: & fa largeur, depuis l’extrêmi- té de Leucade jufqu'au mont Pindus, de 625 flades; c’eft-à- dire, que fa longuenr étoit de 212 mille $00 pas Romains, & fa largeur de foixante-dix-huit mille de ces mêmes pas. Mais, c'eft en y Comprenant l’Acar- name, l'Amphilochie, l’Atha- manie , la Dolopie, que d’autres Géographes retranchent de L'E- ire. ; L’Epire a été plus grande où -plus petite , felon que fes Rois heureux ou malheureux ont augmenté leur État, ou perdu de leurs conquêtes : elle ne confiftoit d'abord qu'en ces trois parties, la Chaonie , la Thefprotie, & la Moloffide. Quelques-uns y ajoûrentla Caf- Topiè; puis la Ceftrine, & le Pinde. Ptolémée lui donne plus .d'étendue, & y.joint l'Acarna- nié, l'Amphilochie, l'Athama- nie & la Dolopie. Euftathe dit, äprès Arrien, que l'Epire étoit abondante en - beftiaux & en pâturages, prin- Cipalèment fur les montagnes ui font entre la Macédoine & da Teflalie , aufommet defquel- les il y a des plaines aflez gran des arrofées d'eaux qui coulent fans cefle. On vantoit auf beaucoup les chiens de la Chao- nie , nommés Molofles dans - Athénée , & que l’on prétendoir £tre de la race du chien que Vulcain anima, & dontles Poë- +€s Ont feint que rien ne lui pouvoiréchapper, E P IT. Les Epirotes étoient braz ves & guerriers. Les Romains éprouverent & admirerent plus d’une fois le courage de cette nation. Leurs Rois fe difoient defcendus d'Eacus, roi de l'ifle d'Egine. Le premier dont la mémoire fe foit confervée, étoit Néoptoleme , fils d'Achille. On le connoît auffi fous le nom de Pyrrhus. Ce Prince, après la prile de Troye, fans fe mettre en peine de fon propre royau- me, la lheffalie, 2borda en Epire, & y fixa fa demeure, fuivant le confeil ou plutôt l'infpiration d'Hélénus. Comme Hermione ne ui avoit point donné d’enfans , il époufa An dromaque , dont il eut trois fils, Moloffus, Piélus , & Per- gamus le dernièr des trois. An- dromaque , après la mort de Pyrrhus, qui fuc tué à Delphes, fe remaria avec Hélénus ; qui eut d'elle un fils nommé Cettri nus; mais, Hélénus, en mourant, ayant difpofé du royaume en faveur de Moloflus, fils de Pyr- rhus ; Ceftrinus, aidé d’une troupe d'Epirotes de bonne vo- lonté , s'émpara de la contrée -qui étoit au- deflus du fleuve Thyamis. Pergamus alla cher- chér fortune en Afe. A l'écard de Piélus, il demeura en Epire, & c'eit à lui plurôr qu'à Mo= *loffus que Pyrrhus, fils d'Eaci- - das, & fes ancêtres rapportent leur origine. res Après les premiers Rois de cette branche, qui fonr Piélus & les prédécefleurs, ceux qui Îles fuivirentimmédiarement au E P nombre de treize où quatorze, devinrent fi barbares, & leur puiflance & leurs vies tombe- rent dans une telle 6obfcurité, qu'on n’en trouve aucun vefti- ge dans l'Hiftoire. Le premier dont elle fait mention, c’eit Tarrutas, qui ayant le premier orné fes villes de mœurs Grec- ques, fit refleurir les lettres & lesarts, établit des loix pleines d'humanité & de juftice , & fe rendit celebre. Tel eft le récit de Plurarque; mais, Juflin at- tribue cela, non à Tarrutas) mais à Arrybas fon petit fils, qui étoit fils d'Alcétas ! , & qui fut envoyé à Athènes pour y être inftruit, & dont il dirque, quanto doëtior* majoribus [uis , tanto € gratior populo fuit, Pri- nus itaque lepes 6 Senatum an- auofqne magiftratus, 6 reipublice formam compofuir ; & uta Pyrrho fedes, fic vita cultior populo ab Arryba flatuta. On trouvera furprenant que la couronne d’Epire fe foit maintenue dans la même famille, fi on confidere les révolutions auxquelles furent expofés tous lès États voifins. Le peu d’é- tendue du pouvoir fouverain en fut la caufe , fuivant la ré- flexion d’Afiftote. La royauté en Epire comme à Sparte, étoit reflerrée dans des bornes fort étroites ; les rois & les peuples fe Hoient pat des fermens mu- tuels,. à Paflaron. C'étoit le lieu où fe tenoit l’afflemblée des Epirotes. Les uns promet- toient de gouverner felon les loix , & les autres de mainte- ERP ‘AY nir & de défendre laurorité royale felon les mêmes loix. L’Epire avoit donc toujours été gouvernée par un feul Roï jufqu’au tems d’Alcétas [. Mais, la divifion s'étant mifeentre fes deux fils, Néoptoleme & Arym- bas, ils ne purent s’accorder qu'en partageant également le royaume. Quelque tems après, Alexandre, fils de Néoproleme, étant mort dans la Lucanie,, Olympias, qui craignoit Antipa- ter, fut obligée de venir en Epire , où Eacidas , fils d'Arym- bas lui rendit toute forte de bons offices , jufqu à l'aider de fes troupes pour faire la guerre à Aridée & aux Macédoniens , en dépit même des Epirotes qui refuferent de marcher fous tés enfeignes. Cependant, Olym- pias remporta la victoire ; maïs, elle fe montra fi cruelle & fi fan guinaire, non feulement en fai- fant mourir Afidée , mais en perfécutant à outrance les Ma: cédoniens , qu’il n'eft pas éton- nant fi Caflandre peu après lui fit payer la peine de fes cruau- tés. Îl eff certain que la haîne des Epirotes pour cette Prin- cefle les empêcha de fe fou- mettre d'abord à Eacidas: ils ne faifoient même que s’adoucif en fa faveur, lorfau'il fut en- core renverfé par Caflandre ; de forte qu’il fe vit obligé d’en venir aux mains avec Philippe, frere de ce Prince. Le combat fe donna auprès d'Œnsade ; Eacidas y fur bleffé & mourut de fes bleflures quelques jours après. Alors , les Epirotes re- 0 42 HP. : connurent Alcétas Il, qui étoit auf fis d'Arymbas , & frere aîné d'Eacidas ,mais d’unehu- . meur fi violente, que fon pere me Favoit jamais pu fouffrir. Dès le commencement de fon règne, il exerÇa tant.de cruau- tés contre fes fujets, qu’enfin, pouflés à bour,ils inveftirent fon palais, & Ie maflacrerent lui & fes enfans. - Les Epirotes mirent en fa place Pyrchus Il, fils d'Eaci- das, qui,;tout jeune encore, fans Expérience & mal affermi fur le trône , eut la guerre à foute- Hir contre Caflandre. Pyrrhus,, Voyant donc que les Macédo- fiens fe préparoient à venir envahir fes États, alla chercher du fecours en Égypte auprès de Prolémée, fils de Lagus. Ce Prince lui fit époufer Antigo-. ne, fille de Bérénice, & fœur de plulieurs autres enfans que Bérénice avoit eus de fon pre- mir mari; enfuite, il lui don- aa une flotte & de bonnes trou- pes pour l’établir dans fes États. Pyrrhus s'étant ainfi fortifié de alliance de Ptolémée ; tomba d'abord fur les Corcyréens ; il voyoit que leur ifle fituée vis-à- vis de l'Epire, pouvoir fervir de place d’armesà fes ennemis. Voulant donc leur ôter cette facilité de lui faire laguerre, il affiégea Gorcyre & la prir. Il pafle pour confiant que nul Prince de la Grece avant Iut,n’avoit porté la guerre chez les Romains; car , il n'eft pas mémévrai que Diomede ni les Atgiens-qui lavoient fuivi, EP aïent jamais attaqué Énée. Leg Athéniens auroient bien voulu conquérir la Sicile & encore plus lTtalie, maïs, ils en furent empêchés par l'échec qu'ils re- çurent à Syracufe. Pour Ale- xandre, fils de Néoptoleme, & de la même race que Pyr- thus, mais plus ancien que lui, il mourut , comme nous l’avons déjà dit, dans la Lucanie, avant que de pouvoir mefurer fes for- cés avec celles des Romains. Pyrrhus eft donc le premier des Grecs qui ait ofé embarquer des troupes, & pañler la mer Jonienne pour venir attaquer les Romains ; il y avoit été in-: vité par les Tarentins. Il eut plutôt mis à Ia voile que les Romains ne feurent fon deflein; & après fon débarquement,ilsne le crurent arrivé, que lorf- qu'au milieu ducombat, & au. fort de la mêlée, il vint avec. des troupes toutes fraîches fon- dre tout-a-coup fur eux, & les mit en défordre , comme gens quine s'y attendoient point ; en- core avoit-il fait provifon d’éléphans pour les lâcher con- tr'eux, & pour réparer par-la Pinégalité qu'il y avoitentre fon infanterie & la leur. = Malgré tant de préparatifs ; Pyrrhus fe vit obligé de pañler en Sicile. Les Carthaginois qui Y avoient fait une defcente ; faccageoient toutes les villes Grecques, & affiégeoient alors Syracufe,la feule quitint encore contr'eux. Pyrrhus, donc, in- formé de l’étar de cette ifle ; par des députés de Syracufe 7 DS -même, s’y rendit en diligence & ne fongea plus à TFarente, mi à toute cette côte d'Italie. Ï'ne fut pas plutôt arrivé de- vant Syracufe, qu'il en fit lever le fiege ; & enflé de ce fuccès, quoique les Carthaginois fuf- fent de tous les Barbates ceux Qui entendoient le mieux {a ma- rine , comme étant Phéniciens & originaires de Tyr, il réfo- lüt de les combattre fur leur. propre élément avec les feules forces de l'Épire. C’étoità lui une extrême hardiefle; car, long-tems même après la prife de Troye, les Épirotes ne con= noifloient pas la navigation, &-n'avoient pas même l’ufage du fel; Homère nous le témoi- gne quand-1l dit en parlant d'eux : ns C'eft un peuple fauvage, Jiignore du fel le falutaire ufage , EY jamais de la mer n a couru les = hazards. Auf Pyrrhus battu fut-il trop heureux de regagner Tarente avec le peu de vaiffleaux qui ävoient pu échapper à l’ennemi. Revenu:en Italie ; il eut enco- tea fortune contraire, de forte que prenant confeil de Pétat de fes affaires, il ne fon- gea plus qu'à dérober fa fuite aux Romains, qu'ilfçavoit bien n’être pas d'humeur à fe’con- tenter d’une demi-vittoire. * Après qu'ilfefât un peu re- is defes pertes, il déclara la guerre à Antigonus, fous pré- texte de-plufieurs-mécontente- + EP 43 mens, mais fur-tout parce qu'il avoit manqué de lefecourir du= rant fes guerres d'Italie. Dès le premier combat , il tailla en pièce l’armée de ce Prince, & non feulement fes troupes, mais un corps de Gaulois qu'ilavoit à fa folde , & il pourfuivit An- tigonus jufque dans les places qu'il tenoit le long de la mer. Cette victoire valut à Pyrrhus la haute Macédoife , & route la Theffalie. Peu s’en fallut mê- mé qu’il ne conquît la Macé- doïne entière ; mais, quoiqu'il fût plus capable qu'un autre de profiter des occafions , cepen- dant Cléonyme lui-en fr man- querüne belle, en lui perfua- dant de tourner fes armes du côté du Péloponnèfe. Pendant qu'il étroit occupé contre les Lacédémoniens , fur . lefquels il avoit déjà remporté une victoire, Antigonus , après avoir repris la plûpart des vil- lés de Macédoine, vint camper avec fon armée au milieu du Péloponnèfe ; il fe doutoit bien que Pyrrhus, après s'être ren- du maître de Sparte & d’une partie du païs , au lieu de re- tourner en Épire, ne manque- roit pas de fondre fur 1a Macé- doine’,; & il vouloit faire di- vérfion. Maïs ,: au moment qu'Antigonus fortit d’Argos pour s'approcher de Lacédémoa- ne, il vit Pyrrhus qui venoit à lui, de forte qu’ils ne furent pas long-tems fans fe joindre. Il y eut là ün grand Combat entre ces deux Princes; Pyrrhus eut Pavantage & pourfuivit les f 4 EC uyards jufques dans Argos ; mais , fes troupes s’érant dé- _Bandées, comme il arrive ences _ @ccafions , pendant que les ha- bitans combattent pour leurs dieux & pour leurs foyers , Pyrrhus abandonné des fiens , fut'bleflé mortellement à la té te ; on dit que ce fut d’une tuile qu'une femme lui avoit pre du haut de fa maifon. Voilà quel fut le :etme de la puiffance des Épirotes. * Depuis cette époque, il ne font guère connus que dans Phiftoire dés guerres des Ro- mains. L'an 101 avant l'Ére Chrétienne, ils envoyerent des députés au conful M. Acilius Glabrion, On étoit bien afluré, dit Fire-Live, que leur fidélité à l'égard des Romains , n'avoit pas êté bien fincère ; car, quoi- qu'ils n’euflent point donné de troupes à Antiochus, onles ac- cufoit de lui avoir fourni de Pargent ; & ils ne nioient pas eux-mêmes qu'ils ne lui euflent envoyé des ambafladeurs.Ainf, quand ils demanderent au con- ful qu'il leur fût permis de ref- ter dans l'alliance & dans l'a- mitié des Romains , ce Géné- ral leur répondit qu'il ne ça voit pas encore s’il devoit les méttre au rang des énnemis ou des alliés du peuple Romain ; que ce feroit au Sénat à en dé- cider; qu'illeur accordoit une treve de trois mois,pout aller à Rome lui rendre compte de Jeur conduite. Leurs ambaña- deurs, étant arrivés à Rome, s’attacherent plutôt à repré- Er fenter les hoftilités qu’ils n’a voient pas commifes , qu'à ré- pondre aux griefs qu'on leur objectoit. Aufli, le Sénat leur ré- pondit-il comme à des gens dont 1] n’aprouvoit pas l'apologie. Six ans après, comme le Préteur L. Anicius étoit campé aflez près de Paffaron , L. Emi- lius Paulns lui manda que le Sénat accordoit à l’armée le pillage des villes d'Epire qui avoient été dans leparti de Perfée, afin qu'il fe pré à ce deffein, qu'il eûr pu trou- bier s’il. l'eût ignoré. Après cette précaution, ilenvoya des Centurions dans toutes ces vil- les, pour dire aux habitans qu’ils venoient en retirer les garnifons ,afin.que les Epirotes fuflent libres, auffi bien que les. Macédoniens ; & en même tems il appella auprès de lui dix des principaux citoyens de chaque. ville, & les renvoya avec or= dre de faire porter dans le tré- for public tout l'or & l'argent des citoyéns. Alors, il envoya fes cohortes dans ces villes ; faifant partir celles qui alloient dans les plus éloignées ; les: premières , afin qu'au même tems ;. elles arrivaflent toutes dans celles qui leur avoientété deftinées, Les Tribuns & les Centurions étoient inftruits de ce qu'ils dévoient faire. Dèsle matin, tout l’or & tout l'argent furent mis à part; & à dix heu= rés on donna. aux foldats le fignal du pillage. Le butin fut fi confidérable., que de l’argene qu'on tira .de fa vente, & de / EP celle de cent cinquante mille prifonniers de toute efpèce, on en donna à chaque cavalier quatre cens deniers, & deux cens à chaque fantaflin, Après que ces villes, au nombre de foixanre-dix , eurent été pillées, On abattit leurs murailles. IH. Lorfque les Grecs s’é- tablirent dans l’'Épire, ils don- merent lieu à une divifion, par laquelle ils la confidéroient corime Grecque ou Barbare. [ls appellerent Épire Grecque , la partie de l’Epire où ils habi- toient, où ils avoient des co- lonies, & où ils étosent appel- és comme alliés & troupes au xiliaires. Îls nommerent Epire Barbare, la partie qu'ils n’a- Voient pu entamer, & que les anciens habitans avoient con- Tervée. On fçait qu’une pareille diftinétion fut faite par les Ro- mains dans la grande - Breta- gne. | L'Épire Barbare comprenoit la Chaonie , la Thefprotie, la Caffiopie & l’Almene, L'Épire Grecque renfermoit PACarnanie , l'Amphilochie,, PAthamanie, la Dolopie, & la Moloffide. L'Épire fait aujourd’hui par- tie de la Turquie d'Europe. Elle eft divifée en deux, la Chimère ou la Canina au nord, &PArta au midi. : Les Chroniqueurs ou Hifto- tiens du moyen âge, confon- dent fouvent les noms d’Alba- (a) Juft, L. XXVI. c, 1. nie & d'Epire , comprenant fouvent l’une dans l’autre : & ce qui eft remarquable, c'eft. que les Caftriots étant bornés à l’Albanie, Scanderberg pre- noitle titre de prince d’Évpire. EPIRI. (2) Dans un paface de Juftin, nous lifons Eprrornm guogue urbs ; mais, le texte eff indubitablement corrompu. Ii faut lire Eliorum urbs. Juitin avoit apparemment écrit Æpio— rum urbs, felon la judicieufe conjecture de M. Lefevre, qui aflure après le témoignage d’Ho. mère & de Denys d'Halicar- nafle , que les peuples du terri- toire d'Élide, & les habitans même de la ville, avoient été autrefois appellés Epios où Epeos; EPIRNUTIUS , Æpirnurius; furnom que Les Crétois donz noient à Jupiter. =-EPIROTES, Eprrote, Hre- poræt, les habitans de l’Epire. Voyz Epire. EPISCAPHIES , Epifcaphia, (b} fêtes que l’on célébroit à Rhodes; mais ,on ne fçait en Phonneur de quellé divinité. Ce moreft tiré de êr1, in, (ur, & de cxdqu, Jcapha, une bar- ue, EPISCÉNIES, Epifcenia, (c) étoient la fête des téntes à Sparte. Ce mot eft formé de xx, in, fous, SC oXure, téntorium, une tente. EPISCOPIA', Epifcopia, lieu de Thrace, fitué près de la {ce} Antiq. expl, par D, Bern, de (&) Antiq. expl. par D. Bern, dei Montf, Tom, Il, pag,216, “Montf. Tom, II, pag, 216 46 EP ville d'Aryre , felon Procope, qui en parle ainfi: » Au-delà » d’Atyre , eft un lieu nommé .» Epifcopia par les habitans, 5 qui n’avoit aucune fortifica- » tion, & étoit tout-à-fait ex- » poié aux courfes des enne- » mis. Juflinien le fit fortifier » d’une manière toute nouvel- » le. Le bâtiment s’avance hors » de l’enceinte de la muraille ; » & étant fort étroit au com- » mencement, il devient fort » large, & eft revêtu par les » deux bouts de deux tours, ce >» qui empêche les ennemis de » pouvoir approcher des mu- » railles. Les. portes ne font » pas àl'ordinaire au milieu des » Courtines , entre deux tours; » matsà cÔté,dans des enfonce- » mens qui les dérobent à la vue » des ennemis. « EPISCYTHISON,, Epifcy- thijon, E’ricuvticor, (a) c’eit-à- dire, faites commeun Scythe, comme nous dirions en Fran- çois Scyrhifez , où plutôt Scy- - thifons. C’étoitune forte de pro- verbe én ufage parmi ceux .de Sparte. Is s’en fervoient quand ils vouloient boire-fans mefure. C'éroit Cléomene qui avoit in- troduit ce proverbe parmi eux, depuis qu'il avoit appris des Scythes à boire avec excès: Le EPISTATE , Epiflates, (b) Érisaive, nom d'un Sénateur d'Athènes , qui étoit en femai- ne de -préfider: Ce: mot: vient de?ri, in, fur, & de ;crwy fume, (a) Herod, L, VI. c. Ba EP je fuis; ainfi Epiftare défigne celui qui préfidoir fur les au- tres, Les dix tribus d'Athènes for- mées. par Clifthènes, élifoient par an, chacune au fort, cin- quante citoyens ou Sénateurs qui entroient en fonction pour Fannée ; & compofoient le Sé- nat des Cinq cens. Les autres attendoient pour fuppléer, ou pour étre appellés à l'exercice actuel par l'élection de l’année fuivante. Chaque tribu avoit tour-à-tour la préféance, & la cédoit fucceflivement aux au- tres. : Les cinquante Sénateurs en . fonction: fe nommoient Pryta- nes. Le lieu particulier où ils s’aflembloient, s’appelloit Pry- tance; & le tems de leur exer- cice, ou de la Prytanie, duroir trente-cinq ou trente-fix jours, fuivant que ce terme-convenoit pour remplir le nombre des jours de l’année lunaire. : Pendant les trente-cing ou trente-fix jours de Pryranie, dix-des cinquante Prytanes rè- gnoient: par -femaine fous le nom de…Proëdres ; & celui des Proëdres qui dans le cours.de la femaine étoit en jour de pré- fider, s’appelloit Epittate. Des dix Proëdres de chaque femai- ne, il en reftoit, toujours trois que le fort n'appelloit point à place d'Ébiflate, parce que la femaine n'eft que-de fept jours. Celui, qui uné foisavoit. été (&) Mém, de l'Acad. des Infcript,. & ; Bell. Lett, Tom MU, pag. 62, dr fuite EP Epiftate, ne pouvoit jamais ef: pérer de l’être une feconde fois dans le refte de fa vie, quand même il auroit été appellé diffé- rentes fois à être Prytane. La raifon de cette exclufion étoit qu'il auroit pu fe laifler tenter de fatisfaire fa cupidité, &s’ar- ranger pour devenir le maître des grands biens dont il s’étoit vu dépofitaire.. Le jour de fa fonction , il avoit la clef du tréfor, des titres & des archi- ves de l'État, & du fceau de l République, ; Les particuliers qui avoient quelque affaire à pourfuivre au tribunal des Prytanes, s’adref- _ foient à un des officiers de leur tribu, pour obtenir audience par- devant celle qui étoit en fonction. Se Si quelque affaire importan- te furvenoit, l’Epiftate de jour indiquoit l’affemblée, &-le mo- tif, afin que chacun pût s’'inf- truire, & fe préparer à appor- ter un fuffrage raifonné. Après la difcuffion des fuffrages, l'E- piltate drefloit & prononçoit à haute & diftincte voix la loi formée fur la pluralité des fuffrages ; enfuite, chacun fe retiroit, & les Prytanes fe rendoïient au Prytanée , avec ceux qui avoient droit d'y man- ger aux dépens de la républi- que. ee Voyez Prytane, Prytanée, Proëdre ; car, tous ces mots for= ment un Enchaînement dont la | (2).Xenoph, p,:322, (è)-Kenoph, p. 270 E P L connoiffance eft néceflaire . entendre les auteurs qui nous parlent du gouvernement d’A- thènes. EPISTHENE, Æpiflhenes, (2) E riobérus ,natifde la ville d’Arm. phipolis, pañloit pour un ha bile capitaine. Îl vivoit du tems de Xénophon, & fut un des chefs des dix mille Grecs. Il y en a qui, au lieu d'E- Pifthène, aimeroient mieux lire Cliftene dans le texte de X£- nophon. EPISTHENE, Epifthènes, E'œotéme, (b) Capitaine , qui étoit de Mégalopolis, ou, com- me lifent d’autres, dAmphipo= lis. Aïnf,il pourroit bien être le: même que le précédent. D'ailleurs ; il éft compté au nombre des chefs des dix mille Grecs EPISTHENE, Epifihenes, E‘riolérye : (c) capitaine Olyn- thien, que l’on compte auffi au nombre des chefs des dix mille Grecs. L'Hiftoire nous a confervé un fait fingulier de cet Epifthe- ne. Îlaimoit beaucoup les jeu- nes gens. Un jour, en voyant. un d’une beauté charmante fur le point d’être mis à mort par le roi Seuthès, il -va trouver en diligence Xénophon, & le <onjure inftamment d'apporter du fecours à ce beau jeune hom- me. Xénophon fe rend fur le champ auprès de Seuthès, & le prie de fauvéer la vie au jeu | (ce) Xenoph,-p. 409 $ EP ee I lui fait connoître en même tems le caractère d’E- pifthene, & lui raconte comment il avoit levé autrefois une com- pagnie de foldats ,n'ayantégard qu'à la beauté de ceux qu'il choilifloit. Seuthès, adreflant là parole à Epifthene P’oudriez= vous, lui dit-il, wourir pour ce Jeune homme. Epifthene, pré fentantaufh-rôt le cou: Frappez, répondit-il, f£ ce Jeune homme le veut, & doit obtenir fa grace. _Seuthès demanda à celui-ci, s'il vouloit qu'Epifthene fût mis à mort en fa place. Le jeune homme n’y confentit point; mais ; il fupplia le Roi de leur faire grace à l’un & à l'autre. À ces mots, Epifthene fe jertant au cou du jeune homme: 7/ ef£ terms, dit-il à Seuthès, que vous entriey en lice avec moi, à qui l'aura, car je ne le quitterai pas, Seuthès fouriant laiffa Là cette affaire. EPISTTUS, Epifius, (a) c’elt-àa-dire, le domeftique, étoit un des furnoms de Jupiter. .- EPISTOMIUM , Epiflomium, {b} nom que les Anciens don- doient aux clefs des fontaines. EPISTOR.,, Epifior, E'oicleæn, (c) capitaine Troyen, qui périt ar le bras de Patrocle. EPISTROPHAUS, Epiffrophus, E &irTp0opoc » {d) fils d'fphitus &c petit-fils de Naubolus , partit (ay Antiqg. expl. par D, Bern. de Montf. Tom. fp,s 3 (#) Antiq. expl.-par D. Bern. de - Moutf. Tom, IIL pag, 131. ce) Homer, Iliad, L. XVI, v, 69$°e (3) Homer. Iljad. L, IL, v, 24, d eg. Montf. Tom, V,. E P pour le fiege de Froye à la crête. des peuples ‘de 14 Phocide. Schédius, fonfrere, partageoit avec lui l'autorité du comman- dément. : EPISTROPHUS, £Epiftrophus, Ealorpogoc, (e) l’un des Prin-. ces qui marcherent au fecours des Troyens, contre les Grecs. Îl commandoit avec Dius les Halizoniens, qui venoient de l'extrémité du Pont-Euxin. : EPISTROPHUS, Epiftrophus, E‘œlorpopes , (f} fils d'Evénus, & petit-fils du roi Sélépius, fut tué par Achille. | EPISTULA , (p)terme qui fe trouve fréquemment pour epiflo- la dans les infcriptions. fl y: avoit un fecrétaire ab epiflulis Latinis, c’eft-à-dire, pour les lettres Latines; & un autre 4h epiflulis Græcis, C'eft-à-dire, pour les lettres Grecques. EPISTYLE, Epiftyitum, c'eft ainfi que les Grecs nommoient ce qu’on appelle maintenant architrave ; c’eft-à-dire, la pierre ou la piece de bois qui pofe fur chapiteau des colom-: nes. Ce mot vient de E‘ol, 22, fur, & de orge, colomna 5. CO= lomne, parce que l’Epiftyle, où l'architrave eft au-defflus de la colomne. EPITALIUM , ÆEpitalium, (2} E'ciréner, ville du Péloponnèfe Ce Homer. Hiad: EL. IT, v. 363, 264 (f} Homer. Iliad, L. IL v. 190, 400. (g) Antiq, expl, par D. Bern. pe Pr 54 » 55e (2) Strab, p. 349. Kenoph, p. 492. dans E P dans l'Elide, Elle étoït fituée au paflage de PAlphée, c’eft- à-dire, près d'un endroit ou l’on peut pañler ce fleuve à pied. Strabon dit qu’elle eft nommée par Homère T hryœffa & Thruon du Thryon,&il explique Thryon par de l'Apue, qui eft la Gen fication de ce mot Gréc: il ob- ferve que tout ce païs en abon- de, fur-tout les rivieres, par- ticulièrement aux endroits où <lles font guéables. Peut-être auf, pouriuit ce Géographe, qu'Homère a entendu nommer le gué par lemot Thryon, & que par le mor Æpi, qui veut dire haut, élevé, il a voulu faire en- tendre {a fituation d'Epitalium, de même qu'il appelle dans un autre endroit Thryæfla une hau- te Colline. Etienne de Byzance mecce lieu dans la Triphylie; & Héfychius, dans l’Arcadie. Niger prétend que c’eft au- Jourd’hui Zunchio ; Mot qui ex- primé la fisnification de l'an- Cien nom. Polybe fairplufieuts fois men- tion d'Epitaliüm dans fon qua- trième livre; mais, il l’a oubliée dans la lifte des villes de la Triphylie, ce que Cafaubon attribue à la négligence des Copiftes, Xénophon fait auf Mention de cette ville. EPITAPHE, Epitaphium, (a) Eœrrégrer, infcription gravée, Où fuppofée devoir l'être fur . Untombeau, à la mémoire d’une perfonne défunte. Ce mot et formes du Grec | EP E'als in, & delire. r à j'enfevelis, Ü y aun ftyle par- ticulier pour les Épitaphes {ur-tout pour celles qui font conçues en Latin, qu'on nomme ftyle lapidaire. On donnoïit anciennement le nom d’Epitaphe aux vers que l’on chantoit en l'honneur des morts le jour de leurs obféques, & que l'on répétoit tous les ans à pareil jour, Il seit pris de= Puis. pour l'infcriprion que l’on met fur les tombeaux, tantôt en profe, tantôt en vers, pour conferver la mémoire des dé funs, & drefler un monument à leur gloire. Les Grecs met- toient fimplement le nom de Ce« Jui qui étoit mort avec ces Épi= thetes, bon-hotnme , ou bonne= ferme, bon-jour : ce qui donna Occalion à cette manière de Parler %phoror œcer, faire bon, pour dire faire mourir, Paufanias remarque que les Sicyoniens avoient coutume de ne mettre fur les tombeaux que le nom des perfonnes, avec le mot de falutation KATPE, On voit par les Épitäphes, x que les autres Grecs n'y fai= foient pas plus de façon, fi cé neit qu'ils ajoûtoient Île mot -XPHETOZ, & auf celui de HPOZY, quoique tous ceux pour qui ils le mettoient, ne fuflent pas des héros, Comme ce mot le fignifie. Les Athéniens mer: toient fimplement le nom du mort, Celui de fon pere, avec celui de fa tribu. Les Romains : C4) Ang. expl. par D. Bern, de Montf, T, V, p. 37, & friv. Tom. A. 2 +0 E P es Poëtes, n’a pu trouver en- core parmi tant de fiécles un feul Apologifte ? Bien différent de cet Écri- -vain, Théocrite n’ofre à l’ef- prit que des images agréables: il ne repréfente que des objets gracieux, & avec des idées & des expreflions enchanrerefles. Tel eft fon Épithalame d’Hé- lene, chef-d'œuvre en ce gen- re quon ne fçauroit trop louer. Après avoir donné des couron- nes d'hyacinthe auxfilles de La- cédémone qui chantent l'Hymé- née, Théocrite leur fait rele- ver en ces termes le bonheur de Ménélaüs, «Vous êtes ar- »_tivé à Sparte fous des autpi- » ces bien favorables; feul en-. » tre les demi-dieux, vous de- » venez lé gendre de Jupiter, » vous époufez Hélene! les » Graces l'accompagnent, les » Amours font dans fes yeux; ». elle étoit l’ornement de Spar- n te,comme le cyprès eff l'hon- _» neur des jardins.» Puis ve- vant à Hélene même : « Uni- » quement occupées de vous, »- nous allons, difent - elles, : » Vous cueillir une guirlande » de lotos; nous la fufpendrons » à un plane, & en votre hon- » neut nous y répandrons des » parfums. Sur l'écorce du pla- :» né; on gravera ces mots : » Honorex moi, je fuis l'arbre » d'Hélène.» S'adreflantenfuite aux deux époux ; « Puiffe Vé- » nus, ajoütent-elles, vous inf- » pirer une ardeur mutuelle & (43 Diod, Sicul.,. p, 203. E P - » dufable! Puifle Latone vous » accorder une heureufe poité- » rité, & Jupiter vous donner » des richefles que vous tranf- » mettiez à vos defcendans. » Ce poëme, au refte, a deux parties qui font bien marquées, & qui paroïflent eflentielles à tout Épithalame ; Fune qui com- prend les louanges des nou- veaux époux, l’autre qui ren- ferme des vœux pour leur profpérité. La première partie exige tout l’art du Poëte; car, il en faut infiniment pour donner des louanges, qui foient tout en- femble ingénieufes, naturelles, & convenables; & voilà fans doute pourquoi l’on dit fi fou- vent que l’Épithalame eft l’é- cueil des Poëtes. Les louanges feront ingénieufes, fi elles for- tent, pour ainfi dire, du fond même de la fition; naturelles, fi elles ne bleffent pas la vrai- femblance poëtique ; convena- bles, fi elles font accommodées felon les règles de cette vrai- femblance au fexe, à la naif- fance, à la dignité, au mérite perfonnel. _ Î en eft de même, à pro- portion, des vœux? ils doivent être naturels, ou fe renfermer dans la vraifémblance poëti- que ; & convenables, ou ne pas excéder la vraifemblance re- lative, fi Von peut s'exprimer ainfi avec M. l'Abbé Souchay. EPITHERSIDE, Epiherfides, Eribepaid' us, (a) héros, dont il _€ft parlé dans Diodore de Si- cile. C'étoit un des amis de Péntathle. EPITHETE, Epithetum, ter= me de Grammaire & de Rhé- torique, du Greé rœiteroc, ad- Jeélitius, accefforius, impofiritius, dont le neutre eft rer. On fous-entend *»1e,n0men; ainfi, cè mot ÆEpirhete, pris fubftanri- Vement, veut dire nom ajoûté. Nos peres, plus voifins de la fource, faifoient ce mot mafcu- lin; mais enfin les femmes & les perfonnes fans études, voyant ce mot terminé par un e muet, Pont fait du genre féminin, & cet ufage a prévalu. Le peuple abufe en plufieurs mots de ce que le muet eft fouvent le figne du genre féminin, fur-tout dans les adje@tifs , fzint, fainte ; époux, époufe ; ouvrier, ouvriè= rc > M. Pabbé Girard n’a point fait d’obfervation fur la diffé rence qu'il y a entre Épithete & adjectif. [1 femble que l’ad- jectif foit deftiné à marquer les propriètés phyfiques & commu nes des objets, & que l'Épi- thete défigne ce:qu'il y a de particulier & de diftinctif dans les perfonnes & dans les cho- fes, foit en bien, foit en mal: Louïs le Beoue, Phuilippele Har- di, Louis le Grand, &c. C’eften partiede la Hberté quenos pères prenoïent de donner des Épi- thètes aux perfonnes ; qu'eit venu Flufage des noms propres dé famille. - _. Quand le fimple adjectif, 2 A La ES aJOUtÉ à un:nom commun ou ÉE en appellatif, le fait devenir nom propre, alors cet adjectif eft une Épithere; zrbs, ville, eft un nom commun; mais, quand. on difoit magna urbs, on enten- ! doit la ville de Rome. Fous les adjectifs, qui font pris en un fens figuté, font des Épitheres ; la pale mort, une verte vieilleffe, &c. Les adjectifs patronymiques, c'eft-à-dire, tirés du nom du pere ou de quelqu’ündesayeux, font-des Épithetes; Telamonius : Ajax, Ajax fils de Télamon. ÎE en eft de même des adjectits tirés du nom de la patrie; c’eit ainfi que Pindare eft fouvent appellé le poëte Thébain, poetz Thebanus ; Dion Syracufanus, Dion de Syracufe , &c. Souvent les noms patronymiques font employés fubftantivement: par antonomafe , »wæra efoywr, per excellentiam. C’eft ainfi que par le philofophe-on entend Arifto- te, & par le poëte, on défigne omère; mais, alors PArlofophe & Poëte n'étant point joints à des noms propres, font pris fübftantivement, & par confé- quent ne font point des Épi- thetes. A On doit ufer avec art des Épithetes ou adjeétifs ; onne doit jamais ajoûter au fubftan- tif une idée accefloire, dépla- cée, vaine, qui ne dir rien de marqué. Les Épithetes doivent rendre: le difcours plus ener- .gique. M. de Fénélonne fe con- tenté pas de dire que l'Orateur, come le Poëte, doit employer des figures, des-1mages & des traits; _s$ EP \ il dit qui} doit employer des ft- gures ornées, des images vives, . 6 des traits hardis, fiyet le demande. = Les Épitheres quine fe pré- fentent pas naturellement, & qui font tirées de loin, rendent le difcours froid & ennuyeux. On ne doit jamais fe fervir d'Épithetes par ofléntation, on men doit faire ufage que pour appuyer fur les objets, fur lef- quels on veut arrêter l’atten- tion. EPITHRICADIES;, Epithri- cadia, (a) étoient des fêtes en Phonneur d’Apollon, felon Hé- fychius. 7 EPITIME , Æpitimus , (b) Exfrimos, grand ami de Démof- thène, comme en fait foi une lettre de cet Orateur. I l'é- crivit à Héracléodore en fa- veur de fon ami. EPITIMIUS, Epitimius, (c) Eœirimoc, natif de Pharfale ; fon cheval ayant été tué par mégarde aux jeux publics, d'un coup de javelot lancé par un athlete, Périclès paffa toute nne journée avec Protagoras, à examiner qui étroit, felon la droite raifon, le véritable au- teur de ce meurtre, Gu le ja- velot,ouceluiquil'avoitlance, où les agonothetes, c’eit-à-dire, les préfidens de ces jeux. EPITOGE ; c’étoit une efpè-. ce de manteau, queles Romains mettoient fur la toge, qui étoit leur habillement diftinctif. lorfque le (2) Antiq. expl. par D, Bern, de Montf, Tom. Il, p. 216, EP -EPITOME,, Epitome, abrégé ou réduction des principales matières d’un grand ouvrage, reflerrées dans un beaucoup moindre volume. On reproche fouvent aux auteurs d'Épirome, que leur travail occafionné la perte des originaux. Ainfi, on attribue à l’Épirome de Juitin, la perte de l'hiftoire univerfeille de Tro= gue Pompée; & à l’abrégé de Florus, celle d'une grande par= tie des décades de Tite-Live. EPITRITE, terme de poëfñe Latine. C'eft un pied compoié. de quatre fyllabes, trois lon- gues &.une breve. Les Grammairiens comptent quatre fortes d’Épitrites; le _premiereft compofé d’un jambe & d’un fpondée, comme /4/2- täntés; le fecond d’un trochée & d’un fpondée, comme côn- citaäti; le troifième d’un fpon- dée & d’uniambe ,comme côm- münicans ; & le quatrième d’un : fpondée & d’un trochée, com- me incäntaré. Épitrite étoit chez les Grecs le nom d'un rapport, appellé autrement raifon fefquitièrce , & qui eft celui de 3 à 4, ou de la quarte. C’étoit auffi le nom d’un des rhythmes de leur mufique, du- quél les deux tems étoient en tr'eux dans ce mêmerapport. EPITROPE, figure de Rhé- torique, appellée par les La- tins conceffio, par laquelle l'O (6) Demofth. p. 202. (a) Plu, T. I, p: 1720 | EP _rateur accorde quelque chofe qu'il poutroit nier, afin que par cette marque d’ impartial. té il puifle obtenir à fon tour qu'on lui accorde ce qu'il de- mande. + Aïnfi, M. Défpréaux a dit de Chapeläin par Épitrope : de 07 vante en lui la foi, l'hon- - neur, la probité; or on prile fa candeur, € fa civilité x Qu'il foit doux ,complaifant, off CIeUX, f ncere ; Or le veut, jy Jouferis, & fuis -prét Le me Éaires Mais, que pourur modele on porire es écrits, Qu'il foit le mieux renté de tous les beaux efprits ; Comme roi des Auteurs, qu'on léleve à l'empire, Ma bile alors s'échauffe 6 je brile d'écrire. : EPITYCHES, Epiryches, (a) nom que Denys d'Halicarnaffe femble donner à un promon- toire voifin de Prochita, dans la mer Thyrrene. Ortélius foupconne ce paflage d’être cor- rompu, & croit qu'il faut lire Pithecufe. EPITYCHES, ÆEpityches - pere de l’atlilete Eurychimus. EPIUM, Æpium, ou EPIUM, Foie, nom dune ville, Voyez Epéüm. (a) Dionyf.Halicarn-L.l, @°1rr. Le Lucian. T, I, p.751. rE so. EPIURUS, Epiurus, (b) E’æloupoc, aimoit une courtifanr ne, nommée Myrtale. EPIUS’, Æpius , athlete, dont Plutarque biâme ‘la vanité, & découvre la foibleffe. EPIXYÉS, Epixyes, (c) E’œgvus, feigneur de Perte, fatrape-de la Phrygie fapéreu- re, drefla un jour des embûches À he Il apoita quel- ques foldats Pifidiens pour le tuer ; quand il feroitarrivé dans la ville appellée Léontocépha- le, c’eft-à-dire, tête de Lion; mais, avant quil yarrivat, com me “ dormoit un jour dans fon logis fur l'heure de midi, on dit que la mere des dieux lui apparut en fonge , & lui dit: Thémiflocle, éloigne-toi de La tête de Lion, p@ur ne pas tomber en- tre les griffes du lion ; 6 pour prix de l’avis que Je te donne, je te demande pour mon efclave ta fille Mnéfiptoleme. Thémiftocle, s’éveillant en furfaut, & troublé de ce fon- ge, fit fes prieres à la déefle, quitta le grand chemin, prit un détour; & après avoir pañlé le lieu qui lui avoit été mar- qué , la nuit étant venue, il fe logea. Par hazard un des fom- miers qui portoient fa-tente, tomba dans l’eau, les efclaves étendirent les rapillèries pour les faire fécher. Les Pifidiens, quiétoient aux aguets, ne dif- tinguant pas bien au clair de Ja Tüne, que c'éroient des ta- (°) Plut, 1 gs à P+ 127 ; 69 - EP Pifleries qui féchoient, & les P'enant pour le pavillon de Thémiftocle, accoururent Pé- pée à la main, efpérant qu'ils le trouvercient dans fa tente: tout endormi; mais, dès qu'ils 1e furent approchés, & qu’ils Voulurent lever un coin de la tapiflerie, les gens de Thémit- tocle les chargerent vigoureu- fement & les prirent. Ayant donc échappé ce danger de cette manière, & ne pouvant aflez admirer l’âpparition de la déefle, il lui bâtit dans la ville de Magnéfie un temple, qu’il appella Ze temple de Dindymene, & lui confacra fa fille Mnéfip- “tolème, qu'il fit grande prê- trefle, EPIZÉLUS, Epixelus , (a) E &œi(moc, fils de Guphagoras, Étoit d'Athènes. Il ini arriva une chofe fingulière à la ba- taille de Marathon. Comme il combattoirvaillammént, & qu'il. faifoitle devoir d’un homme de Cœur, il perdit la vue fans avoir reçu aucune bleflure , fans avoir même été frappé, & demeura avengle tout le refte de fa vie. Hérodote dit lui avoir entendu dire, en parlant de fon aven- ture , qu’il lui fembla voir un Stand homme armé qui fe pré- fenta devant lui, & dont la bar- ‘be étoit fi longue qu’elle cou- vroit fon bouclier: que néan- soins il pafla ce fantôme, & qu'il alla tuer fon écuyer. EPODE, Epode , (b) efpèce C2) Herod. L. VI, c. 117. (3) Mém, de l'Acad, des Infcript, E P de poëfie des Grecs & des La- tins. Ce mot ce prend en plus d’une fignification. 1.9 On appelloit Epode chez les Grecs un affemblage de vers lyriques , ou la dernière tance qui dans'les odes, fe chantoientimmédiatementaprès deux autres ftances, nommées ftrophe & antiftrophe. Cestrois fortes de ftances fe répétoient ordinairement plufieurs fois fui- Vant ce même ordre, dans le cours d’une feule ode, & le nombre de ces répétitions rem- plifloit l'étendue de ce poëme. La ffrophe & l'antiftrophe con- tenoient toujours autantde vers l'une que Pautre, & pouvoient par conféquent fe chanter fur le même air. L’Épode, tantôt plus longue, tantôt plus courte, leur étoit rarement égale; elle devoit donc, pour l'ordinaire, fe chanter fur un air différent; elle terminoit le chant dé ce que les Grecs nommoient pé- riode, & de ce que nous pour- rions appeller vx couplet de trois flances, & elle en faifoit com- me la clôture; c'’eit aufli de cette circonftance que lui ve- noït fon nom, dérivé du verbe Ewoiv, chanter par deffus , chanter & la fin. Après avoir chanté le premier couplet de Pode, compofé de ces trois ftances, on chantoit le fecond, puis le troifième , & ainf des autres. Prefque toutes les odes de Pindare fourniflent des preux Bell, Lett. Tom, X, pag. 46, @ five & 245. d fui. + % . E P ves de ce que lon vient d’a- Vancer, 2.9 On donnoit le nom d'É- pode à un petit poème lyrique, compofé de plufieurs diftiques, dont les premiers vers éroienr autant d’iambes-trimetres, ou de fix pieds, & les derniers étoient plus courts, & feule- ment des iambes-dimetres on ‘de quatre pieds. De ce genre éroient les Épodes d’Archilo- que, c’eft-à-dire, ces pieces dans lefquelles ce Poëte faryri- que déchiroit impitoyablement Lycambe, Nécbulé fa fille, & plufieurs de fes parens diftin- gués par leur naiflance ou par leurs emplois. S'il en faut croire Vitorinus le Grammairien, c’éroit pro- prement lé petit vers qui s’ap- pelloit Épode, parce qu’il ter- minoit le fens du diftique, de même que l'Épodé dés odes en finiffoit le chant. Ce Grammai- rien ajoûte que chaque vers trimetre ne doit point fe faire entendre fans être fuivi du petit vers dimetre, qui en fait com- me la clôture & le complément. 3.2 Le Grammairien- poëte Térentianus attribue le nomd'É- pode à un demi-vers élégiaque, & Viétorinus [ui-même va juf- qu'à prodiguer cetré dénomi- nation au perit vers adonien, mis après trois vers faphiques, &t de plus à un petir poëme _compofé de plufieurs vers ado- miens rangés de fuite. (a) Juven, Satyr, 8, v. s7. Antiq. P28»: 409 ; 0: 67. 4% Enfin on a étendu la fi- gnification du mot Epode, jui- qu'à défigner par-là tout petit vers, mis à la fuite d’un ou de plufieurs grands; en ce fens le pentametre eft le vers Épode, après l’exametre qui eff Le pro- odique. Si Pon demandoît à préfene. ce que fignifient ces mots liker Epodon, titre que vorte le l- vre V. des odes d’Horace: on pourroit répondre que ce livre a pris ce nom de l'inégalité des vers, rangés de manière que chaque grand vers eft fuivi d’un petit, qui en eft le complément ou la clôture. Aïinfi, quand le livre V. des odes d'Horace ett intitulé Ziber Erodon, livre des Épodes, cela fignifie Jiber ver= fuum Epodon , livre de vers Epodes, livre où chaque grand vers de l’ode eft fuivi d’un pe- tit vers qui termine le fens, il faut cependant obferver que les huit dernières odes de ce livre ne font point du caractère Épo- dique des dix premières. EPOMÉE, Épomeus, colline ou montagne, appellée par d’au- tres Epopée. Voyez Epopée, EPOMXES, Epomis, terme Grec, que lon à traduit en Latin par fuperhumerale, & qui répond à l Hébreu Ephod. “EPONE, Epona , (a) la mc me qu’'Hippone déefle des che- vaux & des écuries. Voyez Hippone. On a découvert dans la Ca- expl, par D, Bern, de Montf, Tom, II, 62 E P riathie une inicription, qui eft ua vœu à Hercule & à Epone; cette Epone fe trouve encore avec une autre déefle dans une infcription trouvée à Pinobers près du Danube. EPONYMES, Eponymi, (a) E’œorvuo. On appelloit ainfi à fAithènes ceux qui avoient don- né leur nom aux tribus de nou- veille création. Quand on vou- Toit faire pafler quelque nou- velle loi, on l'afhchoit devant les ftatues des Eponymes, afin que chacun eût la liberté de Pexaminer & d’en dire fon fen- timent; cétoit un des régle- mens de Solon, comme nous Papprend Démofthène dans fon oraifon contre Leptine. Les villes de la province d’A- fie, dès la plus haute antiquité, marquoient la fuite des années par les noms des Éponymes, qu'elles infcrivoient dans leurs faites, fur les monumens, & dans les actes publics. Ces Épo- nymes, qui donnoient le nom à l’année, étoient différens en différentes villes ; dans les unes, c’étoient les miniftres de la re- ligion, prêtres, pontifes, & quelquefois les prêrrefes ; dans les autres, c’étoient les magif- trats civils, les ffrateges, les _archontes, &tc., qui donnoient _ le nom à l’année. Toutes ces dignités où magiftratures Épo- nymes étoient annuelles: & pour évicer la confufion dans l’ordre dés années, on avoit foin de (4) Pauf. p. 8,9: Plut, T, I. p. 318. Mém, de l'Acad. des Infcripr. & Bel, Leu, Ty AVUI, pres 153: EP marquer dans les faites, qué tel occupoit la dignité ou la magrifirature, pour la feconde; pour la troifième fois, &c. Les Éponymes de la ville de Sardes n’ont pas toujours été les mêmesofficiers; ilparoîtque fous les règnes de Tibere & de TFrajan, le proconful gouver< neur de la province étroit Épo- nyme ; fous prefque tous les. règnes fuivans jufqu'à Gallien, les années étoient marquées par la fuite des archonres ou des ftrateges. On trouve fur les médailles de cette villelestitres. de pontife ou d’afarque, lorf- que le magiftrat Éponyme étoit. élevé à la dignité de pontife ou d’'aftarque : “EI. AA KA AMAR AE NOV APSCTIE, MEÉTEHI-CTPA-ROP:OYET: THNIANOY. ACI APXS AE OM -LOTHOT: ACTAPX. KR MIOY. TT. ACT APX. A. Maïs, ces dignités nétoient point Éponymes à Sardes ; onies marquoit fur les inonnmens pour honorer le ma- giftrat qui en étoit décoré. EPOEÉE, Epopœus, (b) où Eropos, colline ou montagne, qui étoit fituée au milieu de l’ifle de Pichécufe. Ceux qui babiterent autrefois cette ifle, furent contraints de l’'abandon= net, à caufe d'un grand trem- Blement de terre & d’un incen- die, que’cauferent des torrens de flammes qui fortirent rout à coup de cette montagne, On (b) Strab, pag, 247 248, Plin, T. pag. 114 LE én vit encore fortir de nou- veaux, fous lé confulat de Lu- cius Martins & Sextus Julius, ainfi que fous l’empire d'Au- gufte, & fous ceux de Tite & de Domitien fon frere. L’an de Jefus-Chrift 1300, il s'yft un dernier embrafement, qui oblisea ceux qui en échappe- rent de fe retirer les uns à Bayes, & les autres dans l'ifle de Sainte-Marie. Cette monta- gne eft appellée aujourd’hui le mont Saint Julien. - Strabon ‘dit que ces irrup- tions de feux ont donné lieu à la fable d'imaginer que Typhon_ eft renverfé fous cette ifle. Pindare en parle dans ce fens à. Strabon ajoûte que fes eaux minérales font bonnes pour ceux qui font travaillés de la gra- velle. EPOPÉE, £popeus, (a) E‘romevc, Nautonnier, eft mis par Ovide au nombre de ceux qui prirent un jour Bacchus. EPOPÉE, ÆEpopeus, (b) E’moweic, fils d'Aloëus, & pe- tit-fils du Soleil, obtint le gou- vernement de l’Ephyrée, après la mort de Bunus. EPOPÉE, Zpopeus, (c) E'owœevc, vint de Theflalie à Sicyone; & après la mort de Corax, roi des Sicyoniens, ïl ‘s'empara du royaume. Ce fut, dit-on, fous fon règne qu’une armée ennemie entra pour la “première fois dans ce païs, qui juiques-1à n’ayoir jamais été Ça) Ovid, Metam, EL, IE, c, 10. () Paul. p.85,gx, EP 65 troublé par aucune guerre; voici quel fut le fujet de cel- le-ci. Antiope, fille de Nyctée, étoit alors célebre dans toute dla Grece pour fa rare beauté; même on la difoit fille, non de Nyétée, mais du fleuve Afope qui arrofoit lesterres des Pla- téens & des Thébaïins. Soit qu'Epopée l’eür demandée en mariage, Où quamoureux de cette princefle il voulût fatis- faire fa paflion à quelque prix que ce fût, le fait eft qu’il l’en- leva.. Les Thébains, bien ré- folus de venger cet affront, marcherent aufli-tôt contre lui; le combat fut fanglant. Nyctée y reçut une bleflure mortelle. Epopée remporta la viétoire, mais il fut bleflé auf. Nyctée, s'étant fait reporter à Thebes, & fentant fa fin approcher, laiffa Padminifiration du royau- me à fon frere Lycus, en le conjurant de venger fa mort, de combattre Epopée avec de plus grandes forces, & de pu- nir Antiope, fi elle tomboiït en- tre fes mains. Cependant, Epo- pée ne fongeoit qu'à rendre des attions de graces aux dieux pour le fuccès de fes armes, ët à bâtir un temple à Miner- ve. Quand le temple futachevé, il-pria la déefle de lui faire connoître par quelque figne fi la confécration lui en avoit été agréable, & l’on dit qu'in- continent après fa priere on vit le (c) Pauf, pag. 95,104. Myth, par M, Abb, Ban, F, VI,-p.137: 1380 64 EP unolivier devant la por te du temple; mais, peu de jours après, Epopée ne laiffa pas de mourir de fa bieflure, qu'il avoit négligée. Sa mort mit fin à la guerre; car, La- médon- qui lui fuccéda ; remit Antiope entre les mains de Lycus. On voyoit à Sicyone, près de la/porre que les Sicyoniens appelloient la porte facrée, ce temple de Minerve qui fut con- facré par Epopée, & qui, foit pour la grandeur, foit pour la magnificence, l’emportoit de beaucoup furtous les édifices de ce fiecle-là ; mais, le tems n’a- voit épargné que fa réputation au fiecle de Paufanias, car ce temple avoit été brûlé par le feu du ciel, & il nyavoitplus qu'un feul autel que la foudre n'eût pas endommagé, & qui fubfiftât dans le même état qu'il ‘étoit du tems d'Épopée. De- vant cet autel étoit la fépul- ture du héros; auprès de fon tombeau l’on avoit rangé les ftatues de ces dieux que l’on nommoit préfervateurs , aux quels les Sicyoniens faifoient des facrifices avec les mêmes cé- rémonies que les Grecs avoient accoutumé de pratiquer pour détourner d'eux les maux qu’ils : appréhendoïent. [l y avoit en- core dans le même lieu, un au- tre temple, que l’on difoitavoir été bâti auffi par Epopée en l’honneur de Diane & d'Apol- lon. EP EPOPÉE, ÆEnopeus., (a E’œuatvs, roi de lifle de Lef- bos, fut.pere de Nyctimene, que lon dit avoir été changée . en hibou. EPOPÉE, Epos;, Ewac: cet limitation, en récit, d'une ac- tion intereflanté & mémorable, Ainf., l'Épopée differe de l’hif- toire, qui raconte fans imiter; du poëme dramatique, qui peint en ation; du poëme didati-. que , qui eff un tiflu de précep= tes; des faites en vers, de l’a- pologue, du poëme paftoral, en-un mot de tout cé qui man- que d’unité, d'intérêt, ou de nébleife. Nous allons placer ici les réflexions d'un: habile homme fur ce que les regles qu'on a prefcrires à l’Épopée, ont d’ef fentielou d’arbitraire. Lesunes regardent-le choix du fujet, les autres la compofition. : 1 Du choix du fujet. Le P. le Boflu veut que le fijet du poëme Épique foit une vérité morale, préfentée fous le voile de l'allésorie; enforte qu'on n’invente la fable qu’a- près avoir choïfi la moralité, & quon ne choïfifle les perfon- ages qu'après avoir inventé la fable. Certe idée creufe, pré- fentée comme une regle géné rale, ne mérite pas même d’ê- tre comoattue. L'abbé Terraflon veut que fans avoir égard à la moralité, Ca) Myth, par M, l'Abb, Ban. Tom, T, VII, p.66, on Ep on prenne pour fujet de l'É- popée l'exécution d’un grand deflein,& en conféquenceil con- damne le fujet de l'Hiade, qu'il appelle une inaction. Mais, la colère d'Achille ne produit- elle pas fon effet, & l'effet le plus terrible , par l'inaction même de ce héros? ce net pas la prémiére fois qu’on à confondu, en poëfie, l’action avec le mouvement. IL n’y a point de regle ex- clufive fur le choix du fujet. Un voyage , une conquête ; une guerre civile, un devoir, un projet, une paflion, rien de tout cela ne fe reflemble , & tous ces fujers ont produit de beaux poëmes, Pourquoi? Parce qu’ils réuniflent les deux grands points qu’exige Horace: Fimportance & l’inrérêr, Pagrément & l’u- tilité. L'action d’un poëme eft une, lorfque du commencement à la fin, de l'entreprife à Péve- 2èment, c’eit toujours la même caufe qui tend au même effet, L2 colére d'Achille fatale aux Grecs, Ithaque délivrée par le retour d'Ulyfe, Pétabliflémenc des Troyens dans VAufonie , la liberté Romaine défendue par Pompée & fuccombant avec lui, toutes ces actions ont le caractère d'unité qui convient à l'Épopée ; & files Poëtes Pont altéré dans la compoñition >Celb le vice de l'art, non du fujet. Ces exemples ont fait re- Sardèr l'unité d’adtion comme une regle invariable ; cepen- ant, on a pris quelquefois Tom, XF EP és pour fujet d’un poëme Épique tout le cours de la vie d’un hom= me, Comme dans l’Achilléïde ; lHéracléïde, la Théféïde, &e. M: de la Motre prétend même que Punité de perfonnage fuit à l'Épopée, par la räifon, dit-il, quelle fuffit à l'intérêt ; mais c'eit-là ce quirefte à examiner. Quoi qu'il en foit, l'unité de lation n'en détermine ni la durée ni l'étendue. Ceux ; qui ont voulu [ui prefcrire un tems, n'ont pas fait attention qu'on peut franchir des années en un feul vers | & que les évenemens de quelques jours peuvent remplirun long poëme. Quant au nombre des incidens, on peut lesmultiplier fans crain: te, ils formeront un tout régu= lier, pourvu qu'ils naiffent les uns des autres, & qu’ils s’en- chaînent mutuellement. Aïnf, quoique Homère, pour éviter l2 confufion, n'ait pris pour fujer de l'Iliade que lincident de la colere d'Achille ; l’enle= vement d'Hélene vengé par Ja ruine de Troye n’en feroit pas moins une action unique , & telle que l’admer P'Épopée dans fa plus grande fimplicité. Une action vaite à l’avantas ge de la fécondité, d’où réful- te celui du choix; elle laifle à l’homme de goût & de génie la liberté de reculer dans len- foncement du tableau ce qui n’a tien d’intéreflant > & de préfenter fur les premiers plans les objets capables d’émouvoir lame. Si Homère avoit em braflé dans l’Hiade Penléve. 72 Dr l'expreflion fe fond avec la penfée, & ne faifant plus qu'un même corps avec elle, ne laifle 2 la réflexion que dés traits à rechercher & des contours à atrondir. Rien n’eft plus vif ni plus élégant que les feenés paf- -fionnées de racine; c'eft ainf qu'il les atravaillées. C’eft ainf _fans doute qu’avoit commencé : elui qui eft mort à vingt-feprt ans, & nous a laiflé la Phar- fale. L'harmonie & le coloris diffinguent fur-tout le ftyle de TÉpopée. Il y à deux fortes = d'harmonie dans le ftyle, l’har- mMonie contrainte, & l'harmonie Hbre ; l'harmonie contrainte , qui eft celle des vers, réfulte d’une divifion Symmétrique & d’une mefure régulière dans les fons. On fçait que l’exametre des Anciens étoit compofé de fix mefures à quatre tems ; c’eft d’après ce modele que fuppofant longues ou de deux tems toutes “les fyllabes de notre langue , on en à donné douze à notre yets alexandrin, Mais, comme notre langue, quoique moins dactilique que le Grec &le La- tin, ne laifle pas d'être mêlée de longues & de breves, & que le-choix en eff arbitraire dans les vers, ilarrive qu’un vers a deux, trois ,quatre, & jufqu'à buit tems de plus qu’un autte vers de la même mefure en ap- parence. Jé né vêux qie L& voir; [éupirèr Ët MOUTIr. EP | Traçit & pas tärdifs ün pénible filon. Ainfi,le mêlange des fyllabes breves & longues détruit dans nos vers la régularité de fame- fure; or, point de vers harmo- nieux fans ce mêlange ; d’où il fuit que l'harmonie &t la mefure font incompatibles dans nos vers. Le choix des fons y eft arbitraire; ce n’eft donc pas. encore ce choix qui rend nos vérs préferables à- la profe. Enfin, la rime , qui peut caufer un moment le plaifir de la fur- prife , ennuye & fatigue à la longue. Qu'eft ce donc qui peut nôus attacher à une forme de versqui n’a ni rhythme nimefu- re, & dont l'irrégulière fymmé= trié prive la penfée,lefentiment & l’expreflion des graces nobles de la liberté 2 La profe a fon harmonie: & celle-ci, que nous appellons li- bre , fe forme , non de telou de tel mêlange de fons régulière- ment divifés, maïs d’un mêlan- ge varié de fyllabes faciles, pleines & fonores ,tour-à-tour lentes & rapides, au gré de l'oreille, & dont les fufpenfions & les repos ne lui laiflent rien à fouhaiter. Là tous les nombres que l’oreille s’eft choïfis par prédilettion, dadtyle, fpon- dée, iambe, &c., fe fuccedenr & s’allient avec une variété qui : Fenchante & ne la fatigue ja= mais; la mefure précipitée ou foutenue, interrompue ou rem= plie, fuivantles mouvemens de Pame, laiffe au fentiment, d'in. EP telligence avec l'oreille , choi- fir & marquer lesdivifions ; c’eit la que le trimetre, le tétrame- tre, le pentametre.trouvent na- turellèement leur place ; car c'eft une affectation puérile que d’é- Viter dans la profe , la mefure d’unvers harmonieux, fi cen’eft peut-être celle du vers héroï- que, dont le retour continu eft trop familier à notre oreille, pour qu’elle ne foit pas éton- ,-née de trouver ce vers ifolé au milieu des divifionsirrégulières ‘de la pfofe. Le coloris du ftyle eft une fuite du coloris de lPimagina- tion ; & comme il en eft infépa- rable , nous avons cru devoir les réunir fous un même point de vue, Le fiyle de la tragédie eft Commun à toute la partie dra- matique de PÉpopée. *: Mais, la partie Epique per- met, exige même des peintures : plus fréquentes & plus vives ; Où ces peintures Pobier fous fes proprestraits, & on les appelle defcriptions ; où elles le préfentent revêtu de Couleurs étrangeres, & on les appelle images. Les defcriptions exigent non feulement une imagination vi- ve, forte & étendue, pour fai- firà la fois l'enfemble & les détails d’un tableau vafte, mais æncore un goût délicat & für pour choifir, & les tableaux , & les parties de chaque tableau -qui font dignes du poëme Hé- roïique. Le chaleur des defcrip- tions eft la partie brillante & réfentent E P 573 eut-être inimitable d'Homère; eft par-là qu'on a comparé fon génie à l’effien d’un char qui s’embrafe par fa rapidité, . . . . Cefeu, dit-on, n°a qu'a paroïtre dans les endroits où manque tout le refte, 6 fit-il environné d’ab- furdités, on ne le verra plus. C’eît par-là qu Homère a fait tantde fanatiques parmi les Sçavans, & tant d’enthoufialtes parmi les hommes de génie; c’eft par- là quon l’a regardé tantôt comme une fource intariflable où s’abreuvoient les Poëtes , » D, À quo ceu fonte perenni - Vatum pieriis ora rigantur aquis. Tantôt comme l'avoit repré- fenté le peintre Galathon, cujus vornitim alii poetæ adftantes abfor- bent. . Mais, ce n’eft point affez de bien peindre , il faut bien choi- fir ce qu’on peint; toute pein- ture vraie à fa beauté; mais, chaque beauté à fa place. Tout ce quieft bas, commun, inca- pable d’exciter la furprife , l'admiration, ou la curiofité d'un lecteur judicieux, eft dé- placé dans l'Épopée. 2 Il faut, dit-on, des peintu= res fimples & familières pour préparer l'imagination à fe prê- tèr-au merveilleux; oui, fans doute. Maïs , le fimple & le fa milier ont leur’intérêt & leur nobleffe. Le repas d'Henri IV, chez le folitaire de Gerfai,n’eft pas moins naturel que le repas d'Énée für la côte d'Afrique ; cependant, l’un eftintéreflanr ët Pautre ne l’eftpas. Pourquoi? 2 EP 7e. que l’un renferme les ‘idées accefloires d’une vie tran- quille & pure, & l’autre ne préfente que lPidée toute nue d'un repas de voyageurs. I refte à examiner la partie des images; furquoi on peut confulter Price d'image. EPOPS,, Epops, (a) nom que Fes Grecs donnoient à cet oi- feau que nous appellons Hupe. Férée, felon Ovide, futchangé en cet Rs - EPOPTES , Epoptæ, E mon- ai, (b) Pour de entendre ce mot , il faut fe rappeller qu'il y avoit à Athènes les grands & les petits myftères. Ceux qui avoient l'ambition d’y être ad- mis, commençoient par les pe- tits; & quand ils étoient reçus, ls étoientappe ellés myites, c’eft- à-dire, initiés ; & ils ne pou- voient entrer que dans le vefti- bule du temple, il leur falloit au moins un an pour être admis enfuite aux grands myftères ; alors ils entroient dans le tem- pile, on leur montroit toutes les chofes Saintes ,. hors quel- ques-unes qui étoient réfervées pour les Prêtres feuls, & alors 1} étoient appellés Æpoptes, c'eit-à-dire , Jufpeteurs. Ilétoit défendu de conférer en même tems ces deux qualités. Ü n'y eut que Démétrius, qui pañla par-deflus les loix, & qui dans le même jour fut fait initié 6c confrere, Mais, la débauche (a) Ovid. Meram. L. VI, c. 144 (b}-Plut, T.1. p.202, (c) Plwc, T. I. pag. goo. EP d’Alcibiade avoit déjà prévenu Démétrius, en faifant voir que l’infpection des chofes Saintes pouvoir fuivre de près linitia- tion. EPOPTIQUE ; Epoptica » Excrrixæ, (€) nom que l’on donnoit à Athènes aux grands myftères,aux myftères les. plus intimes. Woyez l'article précé= dent. EPORÉDIE, ÆEporedia, (d) E‘roped la , ile d'Italie, fituée en-deçà du PÔô par rapport à nous. Ptolémée la met dans le païs des Salaffiens. Pline dit que le pere Romain bâtit la ville d’Eporédie, par l'ordre des ora- cles Sibyllins ; & il ajoûte que les Gaulois nomment Eporédies les bons dompteursde chevaux. Strabon ne cette ville Eporaïdie, & en fait une colo- nie Ro Cette colonie fut fondée, ditil, pour fervir de boulevard conte les Salafiens ; mais, elle ne fit pas beaucoup de réfiftance, jufqu'a ce que cette nation eut été détruite. Les Notices de l’Empire nomment cette ville Eporizium. C’eft aujourd’hui ivrée, fur la rivière de Donia, en Piémont, dans le Canavez. EPORÉDORIX- , ÆEvoredo- rix ; (e) jeune Seigneur Éduéen, de grande naiflance & de grand crédit, Î pere au fervice de Céfar avec la cavalerie de fon pais. Te - ; où Viridu- L. c. 70. Prolem. L. HE, ce 1. Strab, pe 205. Vell: Paterc. EL. T1, c: 15. . (e) Cæf. de Bell, Gall. F. VIE, p. 308 ; (2) Plin, T, {.p. 174. Tacit, Hift, L, | & feg. EL mârus, qui l'égaloïit en autorité, mais non pas en noblefle, y palia auf avec lui. Céfar fut bien aile de les avoir tous deux auprès de lui, parce qu'il y avoit de grandes jaloufes entr'eux, Cependant, il fe ré- pand un faux bruit que ces deux sT A « 1 ; iilufires Seigneurs ont été maf- focrés par les Romains fous prétexte de trahifon, fans avoir feulement été ouis en leur dé- fenfe. Les Auteurs de ce faux Bruit fe propofoient de porter par-là les Éduens à la révolte. / Maïs, Eporédorix, averti dece qui fe pafloit, vient prompte- ment le découvrir à Céfar, & le prie d'y donner ordre, lui Teprélentant entre autres cho- des, qu'il craignoir que fonpaïs ne quität l'alliance Romaine fur cette faufle accufation. A cette nouvelle, Céfar, fans tarder plus long-tems, parravec quatre légions & toute fa cava- lérie. [1 avoit à péine fait un peu plus de fix lieues, qu'il dé- Couvre l’armée des Eduens, & la fait inveftir par fa cavalerie Pour rerarder fa marche, avec défenfe de tuer: perfonne. En- füite il commande à Eporédo- fix & à Viridumarus de fe mon- Ter aux premiers rangs & d’ap- -peller ceux deleur connoiffan- Ce, La fourberie étant décou- verte, toutlesfoldats tendirent “les mains à Céfar, & jetterent bas leurs armes. ; Maïs, Eporédorix & Viridu- marus ne furent pas conftam- -ment attachés au parti de Cé- far. Quelque tems après ; Us vintent le trouver pour obre- nir leur congé, fous prétexte de prévenir Litavicus, & de _raflurer leur païs, où il étoit allé avec toute la cavalerie de lennemi, pour l'émouvoir. Cé- far, pour ne témoigner aucune appréhenfion, ni donner fujet aux Eduens de fe plaindre ,ne les voulut point arrêter, quoi- qu'il vit bien que leur départ hâteroit même la révolte, qui ne lui étoit que trop con- nue. En effet, comme Eporédo- rix & Viridumarus paffoient à Noviodunum, où Céfar avoit enfermé les ôtages de toute la Gaule, avec une grande partie de fon bagage & de celui de l’armée, tous les deniers pu- blics;les provilions de bled, & les chevaux qu’il avoit en Efpagne & en Italie, pour fer- vir en cette guerre; ils appri= rent que Litavicus avoit été bien reçu dans Bibracte. Ils crurent donc qu'ils ne devoient pas laiffer échapper l’occafion qui fe préfentoit; & aprèsavoir fait main-bafle fur la garnifon de Noviodunum, & fur les marchands Romains qui étoient dans la ville, ils fe faifirent de Ja-place. Enfuite , ils partagent entr'euxleschevaux& largent, envoyent les ôtages fous bon- ne efcorte à Autun,pour les pré- fenter au Magiftrat , enlevenr fur des batteaux tout le bled qu’ils peuvent, & jettent le reite dans la rivière; & parce que la place étoit trop foible pour la garder, ils y mettent le feu à leur départ. Aprèscela, : 76 ÆE P ils font de nouvelles levées, difpofent des troupes lelongdu Heuve ; & répandent par-tout leur cavalerie pour couper les vivres aux Romains , & les obli- ger à fe retirer. Voilà comme Eporédorix & Viridumarus fu- rent les premiers à lever l’é- tendard de la révolte. Les fuites n’en furent pas ab- folument heureufes pour Epo- rédorix. Îl fut fait prifonnier dans un combat & emmené à Cé- far. H eft vrai que les commen- tateurs croyent que cet Eporé- dorix eft différent de l’autre. Quoi qu'il en foit , ‘il eft dit de celui qui tomba entre les mains des Romains, en qualité de prifonnier de guerre, qu'ilavoit Été général de l'armée des Eduens contre les Séquanois avant l’arrivée de Céfar dans les Gaules. J'obferverai encore que depuis qu’il a été pris, on trouve un autre Eporédorix en- tre les quatre chefs qui font chargés de la conduite de l’ar- mée générale des Gaulois , ar- mée qui fut envoyée au fecours d’Aléfie. Toutes ces difficultés difparoîtront peut-être , fi l'on fait attention. qu'Eporédorix avoit un frere, Je ne ferois pas éloigné de penfer que ce fut ce frere, qui fans doute s'appel- loit auffi Eporédorix , quel’on prit & emmena au général Ro- main, EPOSSOGNATUS , (2) ÆEpoffognatus, petit roi de Ga- E P latie. C'étoit le feul de tous les petits Rois du païs , qui fût de= meuré uniavec Eumene, & qui eut refufé de fecourir Antio- chus. Le conful Cn. Manlius étant arrivé fur les frontières des Toliftoboïens , peuple Ga late , envoya des ambaffadeurs à Epoflognatus. Les Ambaffa- deurs ne tarderent pas à venir le retrouver, & ils étoient ac- compagnés des députés de ce- petit Prince, qui venoient le prier de fa part de ne point attaquer les Toliftoboïens; qu'il iroit lui-mêmetrouver les chefs de-ce peuple, & leur perfuade- roit de fe foumettre. Le conful y confentitr, & quelque tems après ; les députés d'Epoffogna- tus revinrent apprendre à Cn. Manlius que leur maître étoit allé trouver les commandans des Gaulois, mais que fes re- montrances avoientétéinutiless qu’ils abandonnoiïent les bourgs fitués dans les plaines, pour fe retirer avec leurs femmes & leurs enfans fur le mont Olym- pe, avec tout ce qu'ils pou- voient emporter avec eux, _ dansledeffein d’oppofer à l’en- nemi la difficulté des lieux, leur courage & leurs armes. EPOTIDES, Eporides, (by Emwrides, Outre l’éperon que Pon mettoità la proue, on met- toit auffi aux vaifleaux de guer- re, ce que les Grecs appelloient les Epotides. Par le moyen des Epotides, dit Suidas , on‘atmoit Ce) Tir, Liv, L, XXX VIII, €, 18. | () Antiq. expl. par D, Bern, de - ÎM ontf, Tom, IV+ p.250. EP Æn guerre les vaifleaux de char- ge. On croit que ce font les Corinthiens qui ont inventé ces Epotides ; les Syracufains les imiterent enfuite ponr donner _ bataille aux Arhéniens ; voici comme ‘Thucydide en parle, » Les Sroitains mirent leur » floite en état, & râchetent » deremédier aux défauts de » leurs vaifleaux, qu'ilsavoient » reconnus dans le combat _» précédent, efpérant de com- » bartre enfuite avec plus d’a- » Vantage. Îl raccourcirenr les » proues de leurs vaifleaux , & » les firent plus fortes ; ils ajoù- » terent aux proues des Epo- » tides, & les aflurerenten de- » hors avec des folives, qui: » S’avançoient fur les côtés du » navire l’efpace d'environ fix » coudées pourlesafermirainfi » davantage ; & tout cela enla » même manière que les Co- » rinthiens avoient fait, lorf- » qu'ils voulurent attaquer les » Vaifleaux qui étoient à Nau- ». pacte. « fl paroît par ces pa- roles de Thucydide que les Epotidesétoient des poutres ou de grofles pièces de bois, qui s'ayvançoient aux deux côtés de la proue , pour empêcher les coups violens des éperons. L'É- tymologique s’eft trompé, lorf- qu'il a dit que les Epotides étoient fur la pouppe. On ne trouve point chez les Latinsde mot qui réponde à ces Époti- des des Grecs ; & on ne feait pas s'ils en ont jamais eu; à Cs Juven, Satyr, 6. v: 82: & Jea EP ia moins qu'on ne veuille prendre pour Épotides ces poutres ter- minées par une tête de bélier, que l’on remarque dans un com- “bat naval que donne D. Ber- nard de Montfaucon. ÉPOUVENTE , Timor, Doboc. fille de Mars & de Vénus. C'eft la même que la Peur. Voyez Peur. EPPIA , Eppia, (a ) dame Romaine; dont parle Juvénal. D’autres éditions portent Hip- pia. Cette dame , femme d’un Sénateur Romain, fuivit un vil athlete jufqu’à l’ifle de Pharos & juiqu'au Nil, c’eft-à-dire, jufqu'à Alexandrie en Egypte. Eppia, ne fe fouciant plus de fa maïfon, ni de fon mari,ni de fa fœur, n’eut aucun égard à fon païs, & par une horrible cruauté ; elle abandonna fes propres enfans, fans être tou- chée de leurs larmes. Mais, ce qu’il y a de plus étonnant, c'eit qu’elle eut la force de renon- cer à la comédie & au comé- dien Pâris. Cependant, quoi- qu'elle eût été éleyée dans l’a- bondance & les délices, &que durant fon enfance, elle eut couché dans un berceau enri- chi d’or, elle méprifa les in- commodités de la mer; auf avoit-elle méprifé de perdre fa réputation , dont la perte eff peu fenfible aux dames qui n’ai- ment que leurs plaifirs. Au ref- te, les flots impétueux de la mer Tyrrhène. *Lés vagues bruyantes” de l’Ionienne ;, ni 78 EP même les fréquens trajets de plufieurs mers ne l’efrayerent jamais. EPPIUS [M.], M. Eppius, (a) capitaine Romain, quipor- ta les armes contre Céfar.Ayant rencontré un jour ce Général fur le chemin d'Adrumete à Ürique, il lui demanda par- don, & Céfar le lui accorda. EPPONINE, £Epponina, femme de Julius Sabinus. Voyez Sabinus | Julius. | EPULÆ SACRIFICALES. (4) Le facrifice, chez les Ro- mains, étoit fuivi d’un feftin, qu'on nommoit Epule Sacrifica- les. Ce feftin étoir public &or- donné par les Sepremvirs ap- peillés Epulons, fi le fäcrifice étroit au nom du public; mais, s’il étoit fait par un particulier, le feftin étroit auffi particulier , & ceux qui faifoient ce facri- fice,mangeoient avec leurs amis la partie des victimes qu'ils avoientpartagée avecles dieux. EPULON , Æpulo, (c}) roi des Ifiriens, fe perça de fon épée, pour ne pas tomber vi- vant au pouvoir des Romains. Voyez Nefaium, ou Nefar- tiUM. : EPULON,, Epulo, (d) capi- taine Latin, qui reçut un coup mortel d'Achate , le fidele com- pagnond’Enée. EPULONS , Epulones ,(e) forte de Prêtres parmi les Ro- Ca) Hire. Panf. de Bell. Afric. p. 820. (b) Coûùr. des Rom, par M. Nicup. p: 226: (ce): Tit. Liv. L. XET. C. 17. (4) Virg. Æneid, L, XI, 459, E P mains. Les Pontifes ne pouvant vaquer à tous les facrifices qui fe faifoient à Rome, pour le nombre infini de dieux qui Y étoient honorés, inftituerent trois miniftres qu’ils appellerent Epulons, Triumviri Epulonum ; parce que leur fonction conff- toit à préparer les feftins facrés dans les jeux folemnels, com- me nous l’apprenons de Feftus, & à drefler les lits fur lefquels onfe plaçoit pour manger. Leur office étroit aufli de publier & de marquer le jour où ces re- pas devoient fe faire en lhon- neur des Dieux, de Jupiter & autres; d’avoir foin que rien n’y manquât , de recueillir les legs que des. particuliers fai- foient par dévotion pour ces repas facrés, & d’obligerles hé- ritiers à y fatisfaire , même par faifie de biens. Les Epulons avoient Le pri vilese de porter la robe bor« dée de pourpre ,commelesPon- tifes, ainfi que le dit Tite-Live, Le nombre de ces miniflres fut augmenté d'abord ‘de deux, f. puis encore de deux autres, &enfinjufqu'à dix dans le temis que Jules-Céfar étroit Pontife.. Voilà les Triumviri, les Quin- tumviri, les Sepremviri, & les Decemviri Epulonum.: dont il eft parlé dans l'hiftoire Ro- maine. Parmi les autres privileges (e) Myth. par M, l'Abb. Ban. Tom. Top. six, de.faiu. Antiq, expliq. par D, Bern, de Montf. Æom, II. pag, 44 239. LT. 1. p.297 ri accordés aux Epulons, le plus confidérable étoit de n'être point obligés de donner leurs filles pour être veltales, & ils avoient cela de commun avec d'autres miniftres , ainfi que nous l’apprenons d'Aulu-Gelle. Cet Auteur, parlant des filles Romaines qui pouvoient s’e- xempter d'être Veftales, dit : Sed am , cujus foror ad id [acri- ficium lefla fit | excufationem mereri aiunt, lremcujus pater fla- , men, aut augur, aut Quindecim- wir facris faciendis, aut qui Sep- ternvir Epulonum , &c. On connoïit par Tite-Live la date de la première inftitution ‘ des Epulons; elle arriva l’an 558 de la fondation de Rome, fous le confular de Lucius Fu- rius Purpuréo, & de M. Clau- dius Marcellus; enforte qu’on eft juftement furpris que Pom- ponius Lætus dife qu’onne peut pas découvtir l’'Epoque de cette première inftitution. EPULUM, Epulum, terme, qui, chez les Anciens, figni- foit un banquet, une fête fa- crée préparée pour les dieux. -On mettoit les ftatues des. dieux fur des coufins pofés fur des lits richemens décorés, & on leur fervoit un feflin comme fi elles euflent voulu manger. Toutes les viandes qu'on leur offroit tournoient , au profit des miniftres des: facrifices, qu'on appelloit pour cette raifon Epu- lons. Er 79 EPY;, Æpy,. Air, (2}-nom d’une ville de Grece, dont 51 eft fait mention dans Homère. Elle étroit fituée dans l’Elide, province du Péloponnèfe. $es habitans allerent au fiege de Troye fous la conduite de Nef tor. Homère donne à certe vil- le une épichete qui fignifie biea bârie. : Du tems de Strabon, on dou- toit s’il falloit prendre le no: d'Epy;, qui veutdire haut, pour un nom propre, où pour un nom adjectif. Il y en avoit qui €royoient qu’on ponvoit enten- dre par Epy un lieu d’Amphi- polis, appellé Margales ; mais, ce lieu neft pas naturellement fortifié, dit Strabon. [ y ena de cette efpèce, ajoûte-t-il, dans la Maciftie. Quiconque adopte ce fentiment, continue Strabon, prend Epy pour un nom de-ville, lequel nom ef tiré de la nature du lieu. EPYANAXA, ou Epvaxa, Epyanaxa, Epyaxa, E'rvoratas E’rudta, (b) femme de Syen- nélis, roi de Cilicie, vint un jour trouver Cyrus, & lui ap porta une srofle fomme d’ar- gent, dont ce Prince fe fervit fort utilement pour payer fon armée. EPYTIDE, Æpyiis, (c) canton. du Péloponnèfe dans PArcadie. Le fléeuvs Carnion yavoit-fafource. Pauimier ist Egytide , au lieu d'Epytide, & il en donne de fort bonnes ça) Homer, Iliad, L, If, v, 99, Strab. | (4) Xenph. P: 247: P: 349° (c) Fauf. p, 510: £a E P : failons, tirées de la fituation des lieux. EPYTIDES, Æpytide, (a) A'iovridæ, nom'que prirent les defcendans d'Epytus, roi des Mefléniens. EPYTIDES, Epytides,(b)nom que Virgile donne à Périphas, parce qu'il étoit fils d'Epytus. EPYTUS, Æpyrus, (c) A'rrurec, fils de Chrefphonte roi des Mefléniens. Les grands du royaume ayant pris Chref- phonte en averfion, parce qu'il favorifoit trop le peuple, le tuerent lui & fes enfans : le jeune Epytus qui étoit élevé chez Cypfélus fon ayeul ma- ternel fut le feul qui échappa à leur rage. Lorfqu'il fut en Âge de règner, les Arcadiens le menerent en Meflénie, où fecondé par les autres rois des Doriens, c’eft-à-dire, parles fils d'Ariftodeme, & par Cifus, fils de Téménus , il remonta fur le trône. Il ne fe vir pas plu- tôt le maître que pour venger la mort de fon pere & de fes freres, il en punit les auteurs, & trous ceux qui y ayoient eu quelque part. Enfuite, careffant les grands, libéral envers le peuple, affable à tout le monde, il s’acquit l’amour & l’eftime univerfelle de fes fujets, &fe rendit fi illuftre que fes defcen- dans firent gloire de quitter le nom d'Héraclides pour prendre celui d'Epytides. ee fils Glau- (4) Pauf, p. æar. @) Virg. Æneid, L, V,v,s47, 570. (c) Pauf. p, 220. de feg. Myth. M PAbb, Ban, Tom. VII, pag, 93, EP cus Ini fuccéda; imftateur des. vertus de fon pere envers lé publie & les particuliers, il le furpaffa de beaucoup en piété. EPYTUS, Æpytus, À ruTo6 , (d} l'aîné des fils d'Élatus , fuc- céda au royaume d’Ârcadie, ‘à Clitor fon oncle qui étoit mort fans enfans. Un jour qu’il étoit à la chaîñle, où il fembloit n’a- voir à craindre que des bêtes féroces, il fut piqué d’un fer- pent, & en mourur. On croit que cela atriva au mont Sépia, & qu'Epytus fut enterré là pare ce que Fon ne put tranfporter fon corps plus loin. I eut pour fucceffeur Aléus fils d’Aphidas. « Comme je fçavois, dit » Paufanias, qu'Homère en par- » lant des Arcadiens a fait » mention du tombeau d'Epy- » tus, jele confidératavec foin: » c’eft un petit tertre envi- » ronné d’une baluftrade de » pierres quitourne tout à l’en- » tour. Je crois qu'Homère ne » l’a vanté que parce qu'il » n'en aVoit point vu de plus » beau; de même qu’il compa- 7 re les danfes gravées par » Vulcain fur le bouclier d’A- » chille à celles que Dédale ‘» avoit inventées pour Ariad- » né, parce qu'ilne connoifloir » rien de plus parfait en ce ss) genre. » EPYTUS, Æpytus, Airurecs (e) fils d’Hippothoüs, fuccé- da à fon pere au royaume d’Ar (d) Paul, p.482, Myth. par M, l'Abb, Ban, Tom, VI, p. 343350 : 2 (e) Pauf, p, 462: çadie, E | cadie. Ce fur de fon tems qu’O- reite , fils d’Agamemnon, aver- ti par l’oracie de Delphes, quitta Mycenes pour fe tranf- planter en Arcadie. Epytus ayant eu la témérité d’entrer dans le temple de Neptune à antinée, contre la défenfe qui fubfiftoit encore du tems de: Paufanias [car les hommes ny entroient point, | il fut privé de la vue, & peu de tèems après il mourut, laiflant le royaume à fon fils Cypfélus. PRYFUS? Æpytus, Nirurocs (2) fut pere de Périphas, qui exerça la profeflion de héraut avec beaucoup de réputation; c'eit ce que nous apprend Ho- mère. Euftarhe conjecture de- R, qu'Epytus étoit auf lui mê- me héraut, & que fon fils Pé- riphas avoit fuivi la même pro- feflion, felon la coûtume de ce tems-là, car anciennement les enfans faifoient le: même métier que leurs peres, ce qui n’étoit peut-être pas trop mauvais pour les Etats. EPYTUS, Æoyius, A'imvroc ; (5) fils de Nilée, ou Nélée ; Athénien, étoit un des chefs d’une colonie qui entra dans Priene. Le texte de Paufanias, dit Egyptus, mais il faut lire Epytus, comme dans Strabon. E Q - EQUATEUR, que l’on ap- pelle auff Equinoxial , ou la ligne, eft un grand cercle de la_fphere, dont le diametre EQ gr coupe à angles droits l'axe du monde, & dont la circonféren- ce, également diftante du pole artique & de pole antarétique , détermine fur l’orizon les deux points du vrai orient & du vrai occident. sers 1: On l'appelle Equateur, parce qu'il coupe le globe ter reftre en deux parties égales: 2.° On lui donne le nom d’'Ea quinoxial, parce que le foleil fait l'équinoxe, forfqu'il y pale; c’elt-à-dire, qu'il égale le jour & la nuit dans toutes les par- ties du monde, 3° [l reçoit encore par ex= cellence le nom de ligne, com me étant le premier & le prin- cipal de tous les cercles que lon décrit fur le globe ter- reftre. Ufage de l'Equateur. 1.9 I] divife le globe terref. tre en deux parties écales, & ces deux parties font appel= lées hémifpheres, dont lun fe nomme féptentrional, & l’autre meridional & auftral. - 2.9 Î] marque à toutes les ré gions du globe le véritable orient & le véritable occident, c'elt-à-dire, ceux des équino= XeS. 3-°"H fert de fondement & de bafe, pour trouver & comp= ter les latitudes de tout ce qui eft fur la furface du globe ter- reître, étant le premier & prin- cipal parallele des latitudes : ces latitudes font la diffance --(a) Homer. Iliad. L. XVIL, v. 324. XI (#) Pauf. p, 400, Strab. F 633 Tom. XVI, 88 E Q -s’engagea mal-à-propos dans un défilé, dont il ne lui étoit plus pofhble de fe retirer. Get- te nouvelle, portée à Rome, y caufa une allarme univerfelle. L'état cricique où l'on fe trou- Voit, parut demander un Dic- tateur. Le choix tomba fur Quintins Cincinnatus. Ce gé- néral-& fon-maître de la ca- -vValérie partirent à la tête l’un des piétons & l’autre des ca- valiers, chacun réglant la mar- che de fa troupe, de façon qu'elle fûr en état de combar- tte, dès que l’occafion fe pré- fenteroir. [ls arriverent de nuit fur le mont Algide, & s’arré- terent dès qu'ils s’apperçurent qu'ils étoient près de l'ennemi. Le Didateur, à cheval, ft auffi-tôt le tour du camp des Eques ; &c après avoir examiné. quelle étroit fa forme & fon étendue, autant que les téne- Pres de la nuit pouvoient le Jui permettre, il fit ordonner aux foldats, par leurstribuns, de mettre leurs bagages en un tas , & d'aller avec leurs armes & leurs pièux reprendre leurs rangs, Chacun dans fa compa- gnié. Alors, il étendit toutes fes troupes autour du camp en- nemi, dans le même otdre qu’elles avoient gardé pendant leur marche, & leur comman- da de poufler en même tems de grands cris, quand il leur en -donneroït le fignal ; & à chaque foldat de creufer la terre devant lui &-d'y enfon- -cerfes pieux. Le tour fut exé- cuté-ponctuellement, Les cris des Romaïns percerent du camp des Eques dans celui du Con- ful,& cauferent autant d’effroi dans l’un, que de joie dans l’au- tre; car les foldats du Conful ne doutant point qu'il ne leur fût venu du fecours, fortirent en foule de leurs poftes, & commencerent à menacer cet ennemi qu’ils craignoient fi fort un moment auparavant. L. Mi- nucius, fecondant leur ardeur, leur dit qu’il étoit tems d'agir, & que ces cris annonçoient non feulement que les leurs étoient arrivés, mais qu'ils en étoient déjà aux mains avec les Eques; & qu'il étroit perfuadé que leur camp étoit déjà attaqué par de- hors. Aïnfi, il leur ordonna de prendre fur le champ leurs ar- mes & de le fuivre. Ils com- mencerent le combat de nuit, & par des cris, tels qu’on en ‘jette dans l’action, firent con- noître aux légions du Diétateur qu'ils étoient aux prifes. Déjà les Eques s’étoient mis en de- voir d'empêcher les ouvrages “que le Didateur faifoit faire pour les enfermer, lorfque lPattaque des ennemis intérieurs les força d'abandonner les tra- vailleurs, pour fe tourner du côté du Conful, & empêcher qu’il ne s'ouvrît un paflage au travers de leur camp; & par-là les affiégeans eurent la liberté, pendant tout lerefte de la nuit, d'achever leurs travaux , car Pennemifutoccupéjufqu'aujour avec les troupes du Conful. Dès que la lumière parut, les Eques reconnurent qu’ils étoient E Q inveftis par le Didtateur. Le Conful , avec fes feules troupes, étoit fuffifant pour les accabler, lorfque celles de Quintius Cin- cinnatus, ayant achevé leurs ouvrages, commencerent à leur tomber encore fur les bras, & à attaquer leurs lignes. Alors, incapables de réfifter à deux ennemis en même tems, & ef- pérant trouver dans les prieres un fecours que leurs courages me pouvoient plus leur pro- curer, ils fupplioient tantôt le iCtateur, tantôt le Conful de ne pas pouiler leur victoire juf- qu'à l'extinétion entière de leur nation, & de leur permettre de fe retirer fans armes dans leurs maifons. L. Minucius les Tenvoya au Diétateur , qui, dans fa jufte indignation, les Condamna à racheter leur vie par la perte de leur honneur. rl commença par fe faire ame ner chargés de chaînesles chefs, & leur déclara qu’il n’étoitpoint altéré du fang des Eques, mais que pour leur faire avouer par Une punition, dontils ne puñlent perdre le fouvenir, qu'ils fe _tenoient pour vaincus & domp- tés, 1ls pafleroient fous le joug, avant que de retourner dans leur païs.' Deux piques plan- ttes en terre, & traverfées par le haut d’une troifième, formerent le joug fous lequel il les fit pafler; après quoi il leur permit de s’en aller. _Les Êques ne fe tinrent pas néanmoins pour domptés, & ils ne tarderent pas à lé faire con- noître aux Romains ; car sais E 89 reprirent les _ dès l’année fuivante. Quelques trente ans après, ils envoyerent des am- baffadeurs à Rome, pouroffrir au Sénat,au nom de leur nation, une foumiflion entière, moyen- nant laquelle on les recevroitau nombre des alliés du peuple Romain. On fit avec eux un traité par lequel on leur ac- corda une treve de huit ans. Cette treve expirée., les Eques recommencerent léhrs hoftili- tés. Ces peuples, dit Tite-Live, fous l'an de Rome 449, renfer- mant leur infidélité dans le fond de leur cœur, étoient vérita- blement demeurés en repos pendant quelques années; mais, avant la défaite des Herniques, ils avoient fouvent, de con- cert avec eux, envoyé fous main du fecours aux Samnites : & même après la réduction en- tière des Herniques, fans plus garder de ménagement, toute Ja nation avoit levé le mafque, &t s'étoit déclarée contre la République. Enfin, les Romains, après leur accomodement avec les Samnites, leur ayant envoyé les Féciaux , pour leur deman- - der fatisfation:» Les Romains » Veulent nous éprouver, di- » rent-ils, & voir fi la crainte » de les avoir pour ennemis, » ne nous portera point à fouf- » frir qu'ils nous admettent au » nombre de leurs citoyens. » Maïs , l'exemple des Herni- » ques nous apprend ce que » nous devons'faire ; car, ceux » d’entr'eux quiont eu la li- » berté de choifir; n'ont pas ee) » balancé à préférer leurs loix » à la qualité de citoyens de > Rome: au lieu que ceux à > qui onn’a pas permis de fui- >» vre leur inclination , trou- > Veront leur peiné dans une » qualité qu'on les à forcés » d'accepter. « Le peuple Romain, informé -de ces-difcours, qu’on tenoit Ouvertement dans l’affemblée dés Eques , ordonna qu'on fit la guerre à cés peuples. Les deux Confuls , s'étant aufli-tôt mis en campagne, vinrent camper à quatre milles des ennemis. L'ar- mée des Eques , qui. depuis plufieurs années n’avoientpoint eu de guerre enleur nom, com- pofée de foldars fans expérien- ce & fans difcipline, & com- mandée par des Chefs auffi no- vices & aufli irréfolus que les foldats mêmes, fe trouva bien embarraflée du parti qu’elle avoit à prendre. Les uns veu- Tént qu'on donne bataille ; d’au- tres , que l’on fe renferme dans le camp. La plûpart craignent le ravage de leurs terres , ou Ja prife de leurs villes, dans lefquelles ils n’ont laiffé que de foibles garnifons. Enñn, après plufieurs projets auffi-tôt aban- donnés que propofés, préférant leur intérêt particulier au bien général de la nation, ils con- clurent, d'une commune voix, qu'à la première veille dela nuit, tous abändonneroient le camp; que chacun s’en iroitde fon côté ; & qu'ayanttranfporté leurs effets dans les villes, ils. $ y rénfermeroient eux-mêmes , & oppoferoient leurs murailles aux ennemis, Pendant que les Eques étoient difperfés dans la campagne, les Romains, auffi-tôe que le jour parut, fortirent de leur camp, & fe. rangerent en bataille. Mais , voyant que perfonne ne NO que Pp : venoit à leur rencontre , ils allerent de pied ferme an camp des ennemis. Comme ils n'ap- perçurent ni corps de garde devant les portes, ni fentinel- les autour des rétranchemens, & qu’ils n’entendirent point le bruit & le fracas qui fe font or- dinairement dans un camp, frap- pés d’un filence fi extraordinai- re , ils s’arrêterent, de peur de tomber dans quelque embufca- de. Devenus plus hardis, ils pafferent les foflés ; & trouvant le camp abandonné , ils fe mi- rent à fuivre les ennemis à la pifte. Mais, d’abord les traces que les ques avoient laifées après eux, en fe retirant dans leur païs par différens chemins, jettoient les Confuls dans l'in- certitude. Enfin , ayant dé- couvert. par leurs efpions les defleins des ennemis , ils pri- rent le parti d’artaquer leurs villes l’une après l'autre. Ils en prirent quarant-une d’aflaut dans l’efpacede cinquante jours, en raferent où en brûlerent la plus grande partie, & extermi- nerent prefque «entièrement toute Ja nation des Eques. Ges peuples reprirent enco- re les armes deux ans après Ne voyant qu'avec une peine infinie une colonie nouvelles EOQ - ment établie fur leurs terres, comme:une forterefle pour les tenir en bride , ils alierent l’at- taquer avec toutes leurs forces, mais ils furent repouffés par les feuls habitans de la colonie. Cependant , ce foulévement Caufa tant de terreur aux Ro- Mains, qui ne pouvoient feper- fuader que les Eques, après les défaites qu'ils avoient efluyées, euflent repris les armes, fans l’efpérance de quelque fecours confidérable , qu'ils nommerent C. Junius Bubulcus Ditateur, & le chargerent d’appaifer ces Mmouvemens. Ce Général étant AITIVÉ dans le païs avec M. Fitinnius, maître de la cava- lerie, dompta les rebelles dans Un premier combat. Depuis ce tems-là, les Eques ne confer- vérent de leur ancienne fortu- Dé qu'une fierté deftituée de for- ce & de valeur. Le Lecteur fera peut-être étonné d’où ces peuples , tant de fois vaincus , ont pu tirer des foldats pour remettre fi fouvent fur pied de nouvelles armées, Mais, comme les An- ciens n'en ont rien dit, quelle Taifon peut-on: en apporter, non de fimples conjectures , telles que chacun a la liberté den former fuivant fa façon de penfer? Ce qu'il y a de plus vraifemblable , c’eit qu'ils nérecommençoient fans doute laguerreque quand le paisavoit eu le temsde fe repeupler d’une nouvelle feunefle ; ou qu'ils ne tiroient pas toujours leurs trou- pes des mêmes cantons, quoi- 2 EC 98 que ce fût toujours la même nation qui fit la guerre, ou qu’il y avoit alors une mulritu- de infinie d'hommes libres dans ces heux, qui, à unpetit ñnom- bre de foldats près, que les Ro- mains. y entretenoient du tems de Tite-Live, auroient été en. ce tems-là abfolument déferts . fans les efclaves qu’on y en- voyoit pour cultiver la terre. Virgile nous repréfente les Eques comme des gens accoû- tumés à la chafle, qui culti- voient la terre tout armés, € qui navoient point de plus grand plaifir que de faire du butin & de vivre de ‘rapines. Cela ne s'accorde guère avec lidée d'équité que d’autres Auteurs en donnent. On pour- roit pourtant les concilier , en difant qu'ils ne pilloient que leurs ennemis après une juite déclaration de guerre. Leur païs eft encore plein de monra- gnes & de forêts. [lshabitoienr le long du Teverone, qui f- paroit leur païs en deux parties, Leurs villes & bourgs, à la droite du Téverone, ‘étoient Cliternium:, Carféoli, Valeria ou Varia, Colles, Treba. À 1a gauche de cette même rivière étoient Bola ,Bolæ , ou Volæ, Vitellia',-Corbio , ad Pidas, Alvidum, villa Neronis. Corneille, fur l'autorité du P. Lubin, dit que leurs villes étoient - celles. qu’on - appelle Albano , Paleftrine & Tivoli. Il y ajoûre celle de Corbion, fur l’autorité d’Étienne de By- zance, & c’eit la feule qui leur o2 E Q . ait appaftenu d’entre ces qua- très ; cat, Paleftrine, Prenefle,” & Tivoli, Tibur, appartenoient aux Latins, & non pas aux ques. Albano étoit auf aux Latins. C'éroit au refte du païs es Eques, que Rome s’en étant rendu maiîtrefle , fit con- duire des eaux par unaquéduc, nommé Aqua Claudia, qui al- .Joit du lac Simbrivius jufqu'à Rome, & par un autre, nommé Aqua Marcia. lis fe réunifloient au nord-oueft du mont Aflia- nus. EQUESTRE, Ægueltris , (4) l’un des furnoms que l’on don- noit à Junon. C'étoient les Éléens qui honoroient Junon Equeftre. EQUESTRE:- FF lPOrdre |, Equefler Ordo, fignifioit chez les Romains l'Ordre des Che- valiers. Voyez Chevaliers Ro- mains. EQUICOLES , Æquicole. Voyez ques. EQUICULANES, Æaquicu- dant, À'mobueror. Voyez ques. EQUICULES , Æquiculi. Voyez ques. EQUIMÉLIE, Æquimelium, (5) nom d’un lieu de Rome. C’eft comme qui diroitla place où étoit autrefois la maifon de Mélius. Voyez Mélius. EQUIRIES , Eguiria, (c) étoient à Rome des fêtes ainfi appellées de la courfe des che- vaux, qui fe faifoit ce jour-là ‘au champ de E . Elles fu= rent inftituées par Romulus , & fe célébroient le vingt-fix de fevrier. EQUITATION, ÆEguitatio, l'art de monter à cheval. Voyez Cheval. « EQUITÉ , Æaquitass (d) fut perfonnifiée chez les Ro mains ; mais, on n’eft pas bien für fi elle a jamais été déïfiée chezies Anciens. Nous latrou- vons fouvent fur les médailles & les pierres gravées, fous la forme d’une femme qui tient une balance. Une pierre gra- vée la repréfente tenant dune main une pique, & de l’autre une balance. La balance feule : eft un fymbole de lÉquité, qui fait tout avec poids & mefute -& rend à chacun ce qui lui ap- partient. Dans Vefpañen elle tient la balance & un petit bä- ton , au lieu de la pique. Dans Sévère , au lieu du bâton, elle a une corne d'abondance. L’É- quité revient fouvent dans d’au- tres médaïlles en quelqu’une de ces formes, Il y'en a qui confondent quelquefois l'Équité avec Af- trée & avec là Juftice; quel- quefois ils l’en diftinguent. Pindare donne trois filles à l'Équité , la Paix, Eunomie, & Dicé. D’autres la confondent encoreavec cette dernière, au fujet de laquelle nous avons un hymne fous le nom d’'Orphée, . Ca) Antiq. expl. par D. Bern. dej Montf. Tom. II. p. 230. Montf, Tom, I. p. 60. (6) Fit, Liv. L: IV, c 16. (d) Antiq. expl, par. D. Bern. de Montf. Tom, I. p. 350. Myth. par M: - €) Antig. expl, par D, Bern, de; l’Abb, Ban, T. V. p. 238 E Q & dans lequel l’auteur, quel qu’il foit , lui deftine l’encens. EQUITES SINGULERES. (z) On voit fur les monumens la figure d’un cheval qui fer- voit à ceux qu'on appelloit Equites fingulares , dont la felle defcendoit d’un côté & d’aurre, prefque jufqu'à rerre. Ces ca- valiers qu'on appelloit Sirgu- ares, fe tenoient à la gauche de l'Empereur dans les com- bats, & les Prétoriens à fa droite. Ils avoient leur porte- enfeigne particulier. On voit dans le Journal que D. Ber- nard de Montfaucon à donné de Pltalie , l’épitaphe d’un des cornetes de ces cavaliers, ÆEquitibus Singularibus fignifer. EQUITIUS [ L.}, L. Equi- fus , (b) fe donnant pour fils de Tib. Gracchus, fe préfenta aux Cenfeurs pour être inf _crit en cette qualité fur lerôle des citoyens Romains. Le cen- feur Métellus Numidicus fitré- fiftance, aflurant que Tib. Grac- chus n’avoit eu que trois fils, qui tous trois étoient morts, l'un en Sardaigne, dans le fer- vice, l’aurre à Prénefte, le dernier à Rome, & qu'il ne fouffriroit pas que l'éclat d’une fi illuftre famille fût terni par un mitérable impofteur. Le peu- ple idolâtre du nom des Grac- ques , & flatté de l’efpérance de le voir renaître, s'emporta avec violence : les pierres vo- lerent; le Cenfeur fut en dan- Ca) Antiq. expl. par D, Bern, de Monif. Tom, IV, pag. 75. EE Q 93 ger ; mais , il demeura = rebuter le faux Gracchus. Un tribun , dont Valere Maxime nous a laiflé ignorer le nom , foutenoit L. Equitius ; & il en- treprit de le faire reconnoître par Sempronia, fœurdesGrac- ques. Îl ft venir cette dame au milieu de l’affemblée,la ftmon- ter dans la tribune aux haran- gues, & là, en la préfence de ce peuple mutiné , il la fomma de reconnoître fon neveu, & de lui donner le baïfer en figne de parenté. Sempronia ft pa- roître en cette occafon une fermeté digne de fon nom & de fon rang , & malgré les cla- meurs de la multitude, elle ne témoigna que du mépris pour celui qui vouloit faufflement s’introduire dans fa famille, On ‘ne fçait pas comment cette af- faire finit. Il eft aflez vraifeme biable que le Coliegue de Mé- tellus Numidicus , qui étoit en même tems foncoufin-germain, mais qui ne lui reflembloit pas pour la conitance , permit à L. Equitius de prendre [a qua- lité qu’il prétendoit fur les rô4 les publics. Quoi qu'il en foit, l’an de Rome 652, & 100 ans avant l'Ére Chrétienne, L, Equitius fe mit fur les rangs pour de- mander le tribunat. Marius dans cette circonflancé agit en Conful. I ordonna à L. Equi- tius de fe défiiter de fa deman- de , & fur fon refus il le fit (ë) Valer. Max. pag. 127, 170. Roll, Hi, Roi, T, V. pag, 4424 & fuiv, 94 ER mettre en prifon. Maïs, lepeu- ple paflionné pour le nom que ce miférable ufurpoit, força la prifon, l'en arracha, & le nom- ma Tribun avec Saturnin. 1l ne jouit pas long-tems de cette charge ; 3 Cat; il fut maffac: ré le jour même qu'il en avoit pris pofleflion ; circonftance qui nous donne la date précife de cet évènement , parce que les ribuns entroient en exercice le dix de Décembre. ER ERANARQUE , Eranarcha, éroit chez les Grecs un officier public, dont la charge confif- toit à avoir l’infpection des aumônes &, des provifions fai- tes pour les pauvres. L’Eranarque étoit propre- ment l’adminiftrateur ou l’inren- dant des pauvres. Lorfque quelqu'un étoit réduit à la pau- vreté, où fait prifonnier, où qu’il avoit une fille à marier, êtne la pouvoit pourvoir, faute d'argent; L'Eranarque aflem- bloit les amis & les voifins de cette perfonne , & taxoit chacun pour contribuer ; felon fes moyens & fon état. Cer officier s ’appelloit Era- nätque du mot Grec £p&o , aumône, contribution; & #rx7, commandement, intendance. ERARIUM , Ærarium, étroit je tréfor de l'État fous les Em- pereurs Romains. Le remple de Saturñe , à Rome, où fe gardoit ce tréfor , ER $'appelloit pour cette raïfon Ærarium , du mot œs @TIS ? -cui- vre ; parce qu'il ny avoit pas eu d’autre monnoie à Rome que de ce métal, avantl'an 485 de fa fondation. Ge fut Augufte qui commen- ça l'Erarium, & il fut entretenu de ce que chacun y contribua volontairement ; mais, ces contributions ne fufnfant pas pour les befoins de Eee , le Vingtième des legs & des fuc- ee fut affigné à ce tréfor , : pourvu néanmoins que les hé= ritiers ou les légataires ne fuf- fent pas des proches parens, ou des pauvres. Ontira de la cohorte préto= rienne trois ofliciers , à qui on en confia la garde avec la qua- lité de Prafeti ærarii. ERAS , ras, H° PÈC (a) l’un des phiiofophes Cyniques , que l'empereur Vefpafien chafla de Rome. Mais , il y rentra furti- vement avec un de fes compa- gnons , nommé Diogene. Celui- ci vint dans le Théatre , & in vectiva outragenfement contre Tite, à l’occafion de fes amours avec Bérénice. On arréra ce téméraire, & on le battit de verges. Eras crut enêtre quitte ee la même peine, êcilimita linfolénce de Dioscse OÙ même ia furpañla. [ fut trom- pé dans fon attente. On le ju- gea plus criminel que fon ca- marade , de Vexemple duquel il n'avoit point profité, & il eut la têre tranchée. (3) Dio, Call. p. 752. Crév. Hift, des Emp, Tom. IL, pag: 3545 255e E R - ERASICLES , Eraficles, (2) E'paclunie , capitaine Athénien, dont parle Démofthène dans fa harangue contre Lacrirus. ERASINIDE , Ærafinides , E’caciwld ue, (b) capitaine Athé- nien. Xénophon le mer au nom- bre des dix Généraux que l’on fubititua à Alcibiade. Il fut en- fuite un des fix qui remporte- tent la viétoire contre Calli- _cratidas près des Arginufes. On fçait que les Athéniens con- damnerent" à mort ces fix Gé- néraux pour n’avoir pas enlevé lès corps de ceux qui étoient morts dans le combat. ERASINUS , Erafinus , (c) E’pusivos , fleuve du Péloponnèfe dans PArgolide. On l'appelloit auffi Arfinus, felon Strabon. On dit que ce fleuve avoit fa four- ce au marais de Stymphale en Arcadie, qu’il s’abforboit dans üngouffre, & qu'il fe remon- troit enfuite dans l’Argolide. Paufaniasaflure que l’on voyoit fortir de terre les eaux du fleu- ve Erafinus au pied du mont Chaon, qui étoit planté d’ar- bres fruitiers. Il ajoûte que les eaux de ce fleuve venoient du marais, ou, comme il l’appelle, du fleuve Stymphale , de la Même manière que ces canaux, formés par les eaux du golfe de Chalcis, pañloient auprès d'E- leufis , & alloient.fe décharger dans la mer, qui baignoient ce canton-là, À cette chûte d’eau que formoit l’Erafinus, on ho- : (a) Demofth. Orat. in Lacrit, p. 951. 5 noroïit Bacchus & le dieu Pan par des facrifices , & même on célébroit en l’honneur de Bac- chus une fête qu'on nommoit Tyrbé. Un jour , Cléomène de Sparte ayant confulté l’oracle , au: fujet d'Argos, il lui futrépondu qu'il préndroit cefte ville. Sur le champ ïl fit pafler fes trou- pes fur le bord de l’Erafinus, & lit un facrifice à ce fleuve. Mais, lorfqu’il vit que les entrailles ide la victime ne lui promettoienr point de bons fuccès du trajer de ce fleuve, il dit qu'ilen fça- voit bon gré à Erafinus , qui ne vouloit pas trahir les fiens, mais que pourtant les Argiens n'auroient pas fujet de fe ré- jouir. Aufli-tôt,11 leva fon camp, & il vinten Thyrée, où ayant immolé un taureau à la mer, il fit pafler fes troupes fur des vailleaux dans le païs de Ti- rynthe & de Nauplie. Les Ar -giens, ayant reçu cette nou- velle, allerent jufqu'à la mer. au-devant d'eux, pour les em- pêcher d'approcher , & quand. ils furent auprès de Tirynthe, en un lieu nommé Sipie , ils camperent vis-à-vis des Lacédé- moniens, & aflez proche de ieur armée. Ils he craignoient pas den vénir à une bataille , &-de combattre ouvertement , mais ils appréhendoient la furprite & les firatagêmes, parce que la réponfe que la Pythie avoir rendue , leur donnoit cette ap- CC) Strab. pag..275 , 27r , 2380. Pau, (ë] Xenoph. p. 442. Roll. Hif, Anc, [p.129 254;, 155:; 488. Herod. L. VI, Te I, p.513, © fuiv, Ce 764 dr feg. Plin, T,1,p.119, 194, 6 ER Se C’eft pourquoi, ils réfolurent d'écouter la trompet- te des ennemis, & de faire eux- mêmes toutes les chofes dont elle donneroit le fignal parmi les Lacédémoniens. Cléomène, ayant remarqué cela, commanda aux fiens qu’aulieu de fe mettre à table quand la trompette fon- neroit , 1ls priflent les armes, & {e tinflent prêts pour marcher contre les Argiens. Les Lacé- démoniens ayant obéi, fe jet- terent fur les Argiens qui di- noient, parce que la trompette avoit fonné le dîner, en tuerent fur le champ une grande par- tie, & un plus grand nombre encore dans la forêt d'Aroos, où ils s'étoient retirés comme en unafyle. C’eft de l'Erafinus qu'il faut entendre Ovide , lorfqu'il dit: Sic modo combibitur, tacito modo gurgite lapfus, Redditur Arsolicis ingens Erafi- NUS in aTvis. Ce dernier vers n’elt pas de Sénèque, comme Ortélius fem- ble le dire. Sénèque ne faitque l’emprunter d'Ovide. L'’Erafinus prend aujourd’hui le nom d’Erafino ; qui coule dans la Morée. (a) I y avoit dans l'Arcadie un autre fleuve du nom d’Era- finus près du rivage de Bura. Ty en avoitencore deuxautres du même nom, dont l’un eft fur- Ca) Strab. p. 371. {by Xenoph. p. 461. (c) Valer. Max. pag. 299, 300, Plut. | Tom, VI. p. 583, T. 1. p.go7. Plin. T1, 717, Tom, M, nommé Eretricus par Strabon, & l'autre étoit dans l’Atrique vers Brauron. ERASISTRATE,Erafiftratus, (b) E’paciorparoc, l’un des tren- te tyrans que ceux de Lacédé- _mone donnerent aux Athé- niens. ERASISTRATE, Ærafifira- tus, E’paciorparos, (c) célebre médecin, petit-fils d'Ariftote, fe fit fur-rout connoître êr efti- mer par la manière adroite dont il découvrit la caufé de la ma- ladie d’Antiochus Soter, fils de Séleucus,roide Syrie. Plus attentif & plus habile que tous les autres médecins , il examina & fuivit de près tous les fymptômes de la lan ueur , où étoit tombé le jeune Prince ; & après avoir tout re- marqué , il crut enfin être ve- nu à bout d'en trouver la vraie fource. Il jugea que fon mal n’étoit qu’un effet de l’amour ;' & il ne fe trompoit pas. Mais, il n'étoit pas fi aifé de décou- vrir l’objet qui caufoit une paf- fion d'autant plus violente , qu'elle demeuroitfecrete. Vou+ lant donc s'en aflurer, il paf- foit les journées entières dans la chambre du malade, & quand il y entroit quelque dame, il obfervoit attentivement ce qui fe pafloit fur le vifage du Prin< S, ce. Ïl remarqua que, par rap= . port à toutesles autres, il étoit toujours dans une fituationéga= pag. 202, 218, 278 ; 270, 404: Roit Hift. Anc. Tom. 1V, pag, 192, © f#ive le; ER le; mais,toutes les fois que Stra- tonice entroit,ou feule, où avec le Roi fon mari, le jeune Prin- cene manquoit pas de tomber dans tous les accidens qué dé- erit Sa»pho ; dit Plutarque ; & qui défignent une paflion vio- lente ; extinétion de Voix, rou- . Seur enflammée , nuage confus répandu fur les veux, fueur froide , prande inégaliré & dé- Tordre fenfible dans le poulx , & d’autres fymptômes pareils. Quand le médecin fe trouva feul avec fon malade, il fçut., pardes interrogations adroiïtes, tourner fi bien fon efprir, qu'il tira de lui fon fecret. Antio= chus avoua qu'il aimoit la reine Stratonice fa belle mere ; qu'il avoit fait tous fes efforts pour Vaincre fa paflion, mais tou- jours inutilement : qu'il s'étoit dit cent fois tout ce qu'on pou- Voit lui repréfenter dans une #elle conjon@ure , le refpect Pour un pere & un Roi dont . &l étoir tendrement aimé ser honte d’une pañion illicite & _(Centraire à toures-les règles de 1a bienféance & de l'honnêteté, la folie d’un deffein Pouvoir & ne devoit jamais Vouloir fatisfaires mais que fa raifon égarée , & occupée d'un feul objet, n’écoutoit rien; que Pour fé punir d’un défir invo- lontaite en un feñs, mais tou- jours criminel , il avoit réfolu de fe laiffer mourir peu à peu, €n négligeant le foin de fon COfPS, & en S’abflenant de prendre de la nourriture, Cétoit beaucoup que d'avoir don. XVI, quil ne. ER pénétré jufqu'à la fource du mal; maïs, le plus difficile ref toit à faire , qui étoit d'y ap= porter le reméde. Comment faire une telle propoñition à un pere & à un Roi? La premiere fois que Séjeucus demanda cor 1hent fe portoit {on fils, Era= filtrate lui répondit que fon mal Étoit fans remede, parce qu’il naifloit d’une paffon fecrete qui n’en avoit Point, aimant uné femme qu'il ne pouvoit avoir. Le pere, furpris & afigé de cette réponfe, demanda pour quoi il ne pouvoit avoir la ferme me quil aimoit. Puce que, dit le tiédecin, c'ejt La mienne : Ë> que je ne la lui donnérai PaSe Vous ne la céderez pas, repartit lePrince, pour fauver la vie à un fils que j'aime f£ tendrement À Efl=ce la l'amitié qne vous avez Pour moi P Seigneur, reprit lé médecin, merte-vous Pour nr mOrRent & ma place. Lui Céderiez= Vous Stratonice ? Er fr VOUS, Qué êtes pere, ne Confentiriez pas à lé faire pour un fils qui vous eft f Cher ; comment Pouvez = yous croire qu'ün autre Île fafle ? Ah; plit aux Dieux, s'écria Sélen=< CUS, que la guérifon de mon fils né dépendit que de mon confentements Je lui céderois de font mon cœtf, & Stratonice, € Permpire inême, ÆEhbien dit Erafifiräte ; Le remede fl entre vos mains > Cefl Strato= nice gw'il aime. Le père n'héfita Pa$ un moment, & obtint fans peine le confentement de fon époufe, Si l’on en croit Pline , Cetfa . Ute -merveilleufe, qui rendit _F04 ER = As, Cécrops qui lui fuccéda S Pandore, & Métion ; & quatre filles ,Procris, Créufe ; Chtho- nie &t Orithye. Boréas Thracien enleva fa fille Orithye, trois ans avant qu'Eumolpe inflituât les cérémonies de la déefle Cérès, dans Ja ville d'Eleufs. Ses autres filles demeurerent vierges. IIrègna cinquante ans. Cérès étant venue à Athènes = la quinzième année du règne de ce Prince, montra aux Athé- hiens à femer le bled , que Triptolème , fils de Céiée & de Néérée, fema dans lechamp de Rharie, proche d’Eleufis, -C'eft aufli fous le règne de ce Prince, que les marbres d'Aron- del placent l'enlèvement de Pro- ferpine , & l'inftitution des rmyitères Eleufiniens. .… Les Égyptiens fourenoient qu'Erechthée , roi d'Athènes, Étoit Égyprien d'origine ;: & voici, feion Diodoréde Sicile, ce qu'ils en racontoient. lls-di- Joient qu'une grande famine déflolant toute la térre,excepté l'Egypte, qui, du confentement de tout le monde, en futexémp- te par Ja bonté de fon terfoir, -Erechthée qui avoit déjà quel- que alliance avécles Athéniens, eur poria des bleds, & queles Athéniens-le firent roi, en re- connoïflance de ce bienfair. Ayant accepté ce titre, il leur enfeigna les facrifices de Cé.… rès , & établit à Eleufis les myftères de cetre déefe, tels qu’ils fe pratiquoient en Égyp- 1 te. Ceft ce qui avoit donné lieu de dire que Cérès étoit VE- 7 ER nue elle-même à Athènes, & de placer en ce tems-là la dé- converte des bleds, qui leur furent feulement apportés d'ail- leurs fous le nom & fous les aufpices de cette déefe. Les Athéniens convenoient eux- - mêmes du règne d’Erechthée;de cette famine , de la venue de Cérès & du préfent qu’elle leur fit; mais , de plus, ils avouoient que les facrifices, les myftères & toutes les cérémonies d Eleu- lis étoient parfaitement imités de ce quis’obfervoiten Égypte. Erechthée éft compté pour le fixième Prince qui aitoccupé le trône d'Athènes, dontil s’ém- ‘Pata au préjudice de Butès fon frere. On lui attribue une di- vifion de fes fujets en quatre clafles , les guerriers, les arti= fans , les laboureursiêr les pâs tres, Ce Prince ; après fa mort; fut placé au rang des dieux; & on lui érigeaà Athènes un beau témple, dont on peut voir la déféription fous l’article de “cerre ville. La fable, comme PHiftoire, donne quatre filles à Erechthée: mais, élle ajoûte que fes filles, par une fingulière bizarrerie , -S'engagerent par ferment à ne pas lurvivre les unes aux au- tes ; & que-fi l'une venoit à mourir, les autres s'ôteroient la vie. Sur ces entrefaites, Eu molpe déclara la guerre aux Athéniens, prétendant que l’At- tique appartenoit à fon pere ; mais , il fut vaincu dans le combat qui fe donna à cette occalion. Neptune fon peré-> 7 4 ER Pour ôter à Erechthée tout fu- Jet de joie pour cette victoire, demanda qu Othonée, la fille de ce Prince lui fût immolée k ce quifutexécuré. Ses fœurs fe donnerent la mort, & Erech- thée futtué d’un coup de fou- dre que lui lança Jupiter, à la Priere du même Neptune, ERECHTHÉE, Erechrhens : Epeyledc , chafleur que Miner- Ve prit foin d'élever, & qu’elle Htproclamer roi des Atiféniens. Idonna fon nom àia ville d’A- thènes, Or dit qu'il fçavoit ti- rer de l'arc avectant d’adrefe, qu'Alcon fon fils étant entouré d’ün dragon, il perça le monf- ire d'un coup de flethe fans blefler fon fils. ERECETHÉE , Erechthèus ; Ereyberc, nom que quelques- Un$ donnent à. Erickthonius , #01 d'Athènes: Voyez Erichtho= nius. ERECHTHÉIDE, Erechtheis, Epey0vic (a) nom d’unetribu de PAttique.Démoithène fait men- üon de cette tribu dans fa ha= fangue contre Midias, e ERECHTHIDES , Erechihi- de; nom donné aux defcendans : d'Erechthée, roi-d’Athènes. .— EREMBES , Erembr, E’reuGor, (4) peuples dont parle Ho- mère. Ce fontles Arabes Tro- Blodytes, fur les bords de la mer rouge, voilins de l'Égypte. h avoit même corrigé le vers d'Homère , GT au lieu de za! E psubous, dnavoitlu À pabas tes a) Demofth. Orat. in Midi. p, 614. : @) Homer, Odyf, L, 1V, v. 84: Strab, E R 10$ maïs, il n’eft nullement nécef- faire de corriger letexte , & de changer une lecon qui eft fort . ancienne € la feule vérirable. - Strabon l’a fort bien vu ; mais, il n’a pas feu la véritable origi- ne du nom, que Bochart a très- bien expliquée dans fon livre admirable de la géographie facrée. Car, il a fait voir que lArabie à été ainfi nommée du mot Hébreu Arab, noir; qu’au lieu d'Æran on dit Ereb, & que du mot Æreb, en Fe un m, On a fait Erembi, Les Erem- bes font les mêmes queles Ara- bes ; qui font bafannés. Au ref- te, quand Ménélaüs dir qu’il avoit été chez les Ethiopiens & chez les Arabes, ce n’eft pas pour dire qu’il avoit tiré de-ià de grandes richeffes: car, avant la guerre de Troye, ces peu ples étoient très-pauvres; c’eft feulement pour fe vanter qw'il avoit été fort loin. ERES , Ere, E'pal. (c) ville de PÂfie mineure dans l'Ionie. Elle reconnoifloit les Teiens pour. fes fondateurs ou pour fes maîtres. Elle étroit maritime & fortifiée. Il eft fait mention de cette ville dans Thucydide, de qui nous apprenons qu’elle fe laifla entraîner dans une révol- te parles häbitans de Chio. Le texte de Strabon lit Geres, & n’en fait qu’une petite ville. Le traducteur Latin a -lu Eres, Ere. ERESE , ou ERESSE, £refus, 12 23» 47 ; 42. Ce) Thuoyd, p, s6g, Strab: p. 644 Yo6 ER Ereflus; E'pesoc, F'prosoc , (a) ville de l'ifle de Lesbos, felon - plufieurs anciens Auteurs. Elle étoit fituée fur une colline vers Le rivage de la mer,à dix-huit #Hades du promontoire de Si- grium. Cette ville donna la naïflance à Théophraîfle & à Phanias, deux philofophes Pé- ripatéticiens, difciples d’A- riftote. Memnon, général de Darius, étant venu à Lesbos, sy rendit maître de plufieurs villes, & entr'autres de celle: d'Erefle. Niger dit que -c'eft aujourd'hui Fidonia ; mais , le P. Hardouin veut que ce foit Gérémia. ERESE, Erefus, E’pecoc, ville de l’ifle d’Ebufe, felon _Diodore de Sicile. Voyez Ebufe. ERÉSICHTHON , Erefich- thon, le même qu'Erifichthon. Voyez Erifichthon. ERESIES, Erefie , E’rpeclonr ()nom d’un lieu dont il eft - parlé dans l'hymne pour Apol- Jon , qu'on “attribue à Ho- mère. ERESSE, Ereffus.. Voyez Erefe. = ERETMÉE, Erermeus, (c} E’perutuc, jeune Phéacien, crès- “bien fait & erès difpos , fe pré- fenta pour un combat de courfe ue donna le roi Alcinoüs. “ERÉTRIAQUES, Eretrici, (d) ça) Strab, p. 618. Plin. T:1. p.288, ‘Freinsh. Suppl. in Q:Curt. LIT. c. 12. Thucyd, p. 183, 192» 570, 5714 (b) Homer, Hyimn.ïin Apoll, (c) Homer: Odyff Le VIIT, v: 112, (4) Strab, p, 393. Cicer de Orat, L, TS, 36, Mém. de PAcad, des In{ctipt, &-Bell, Leur, Tom, IV, p; 10, : ER Eretriaci, E’perpianol, nom d'une fete de Philofophes , dont on attribue la fondation à Méné- deme. On appella cette feéte la fete Erétriaque ; “parce qu’elle prit naiffance à Erétrie. Les Érétriaques , ain se les Mégariques fondés par Eu- clide ;-s’éloignoient peu du fy£ tême de Socrate & de Platon. Euclide. foutenoit que le bien capable de faire des heureux, éroitun bien unique, uniforme, toujours le même, toujours af- furé. Ménédeme plaçoit toutle bien de l’homme dans l'efprit, & dans cette partie de l’efprit qui a la vérité pour objet. On trouva trop de fubtilité dans ce bien unique, & trop de fpi- ritualité dans ce plaifir indé- pendant des fens. Peut-être aufli que cette droctrine parut furan- née. La fecte Mégarique fut du moins plus connue par fon amour pour la difpute , que par fes dogmes fur La morale, & la fete de Ménédeme s’éteignit infenfiblement. ERETRIE , Ererria, (ce) E’pérpiæ , ville confidérable de l'ifle d'Eubée, fituée fur PEuri- _pé, à l’oppofite du port de PAtrique, appellé Delphinium, qui n'en éroit éloigné que de quarante ftades. Cette ville étoit la plus grande de l’ifle Ce Strab. p. 293: 403» 446. & fege Plin. FL. I. p.211. Pauf. p.415. Pomp. Mel. p. 145. Prolém. L. HE c, 15. Tite : Liv, E. XXXII ©. 16, Corn:: Nep. in Miltiad. ©. 4 in Pauf,c.2. Plut. T.T. pag. 746, 747. Vell. Paterc. L, I. c, 4- Roll. Hift. Anc, Tom, Il, p.149 » 1629 163 55 Serbe RE / ER après celle de Chalcis. On la nomma d’abord Mélanéis & Arotrie. Elle fut fondée par les-Athéniens avant la guerre de Troye; & après cette guer- te, ils y envoyerent une nou- velle colonie fous la conduite d'Eclus. —— Cette ville, s'étant depuis fort accrue, fe trouva elle mé- me en état d'envoyer d'illuftres colonies dans la Macédoine. Ges colonies fonderent des villes aux environs du premon- toire de Pallene & du mont Athos. Erétrie avoit dans fa dépendance une ville nommée Tamynes & un temple d’Apol- Jon, bâti, dit-on, par Admete, près du détroit. Elle avoit auf un village appellé Amarynthus, qui n’en étoit éloigné que de fept ftades. L'ancienne ville fut tuinée par les Perfes, lorfque cès barbares ; comme dit Héro- dote, en envelopperent les ha- bitans par leur multitude, comme avec un filet. Du rems de Strabon, on en montroiten- core les fondemens , & on ap- pelloit ces ruines l’ancienne Erétrie. À Rien me prouve mieux quell fur autrefois la puiflance des Erétriens,qu’une colomne qu'ils avoient confacrée dans le tem- plé de Diane Amarynthie. L’inf tription portoit qu'ils avoient Conduit en pompe trois mille hommes pefamment armés,ayvec fix cens cavaliers & 60 chars. ls commandoient aux habitans des ifles d'Andros , de Ténédos, de Cée & de plufieurs autres. = ER 107 Leur fréquentufage de la lettre r, non feulementà la fin , mais au milieu des mots , les expofa plus d’une fois aux”railleries des comiques. L’eftime qu’on avoit cependant conçue pour leur ville, foit en rems depaïx, foit en tems de guerre, étoit telle, que plufieurs Philofophes voulurent y établir leur féjour, témoin Ménédeme qui y fonda une école, dont les difciples en furent appellés Philofophes Erétriaques. L'an 490 avant l'Ére Chré- tienne, Darius fit partir pour Ja Grece Dais & Artapherne, avec ordre de mettre au pilla- ge la ville d'Erétrié, d’en brû- ler toutes les maïifons & tous les temples , d’en faire prifon- niers tous les habitans , & de les lui envoyer; € pour cet effet, ilsc s'étoient munis d’un grand nombre de chaînes. Îls mirent à la voile avecune flot. te de cinq ou fix cens vaifleaux, & une armée de cinq cens mille hommes. Après s'être rendus maîtres fans peine desifles de la mer Égée, ils firent route vers Erétrie,qu'ilsemporterent,après un fièce de fept jours, par la trahifon de quelques-uns des principaux habitans , la rédui- firent en cendres, mirent aux fers tous ceux qu'ils y trouve- tent, & les envoyerent en Perfe. Darius, contre leur ar- tente, les traita avec bonté, & leur donna pour habitation un village du pais de Cifhie , qui n’étoit qu’à une journée de Su- fe ;où Apollon de Fyane trou- 108 ER. Va encore de leurs defcendans fix cens ans après. Dans le tems que Philippe de Macédoine regardoit l'Eu- bée comme fort propre par fa fituation à favorifer le deffein qu’il méditoit contre la Grece, Plutarque, maître d'Erétrie, VPune des principales villes de cette ifle, demanda du fecours aux Athéniens ; mais, l'ayant obtenu , il paya fesbienfaiteurs d'ingratitude ; il fe déclara pour leurs ennemis, & confpira ou- vertement contre ceux -qu'il avoit appellés. Phocion com- mandoit l’armée auxiliaire d’A- thènes. La perfidie imprévue ne le déconcérta point. [1 pour- fuivit fon entreprife , gagna une bataille contre Philippe, & chafla Plutaraue d’Erétrie, D'un aurre côté, les Erétriens furent chaflés de Porthmus, au- tre place de l’Éubée , par Phi- Hppe,_ dont ils avoient pris le parti comme de leur allié. Erétrie fut afiégée l'an 198 avant l’Ére Chrétienne , par trois flottes à la fois , dont l’u- ne étoit commandée par le roi Attale , une autre par le Rho- dien Agéfimbrote , & la troiliè- me, celle des Romains, par L.. Quintins. Ces trois flottes attaquoient Erétrie de toutes leurs forces ; car, elles avoient apporté avec elles toutes lés machines dont on fe fert pour battre les murailles d’une ville: & le païs leur fournifloit du bois en abondance pour les nouveaux ouvrages qu'il leur faudroït faire. Les habirans fe ER défendirent d’abord avec beats coup de courage; mais, voyant la plûpart des leurs accablés de fatigue & couverts de bleffu= res, & une partie des murail- les abattue , ils étoient affez portés d’eux mêmes à fe ren- dre. Mais, ils avoient chez eux une garnifon de Macédo- niens qu'ils n’appréhendoïent guère moins que les Romains 3 & d'ailleurs, Philoclès, Lieu- tenant de Philippe, leur man doit de Chalcis,qu'ils n’avoient qu'à tenir bon, & qu’il vien- droit à leur fecours affez- tôt pour fauver la ville. Certe efpérance qui foutenoit leur crainte, les ohliseade prolon: ger le fisge plus que leur in= tention & leurs forces neleleur permettoient. Maïs, quand ils virent qe Philoclès avoit été repouflé, & s’étoit retiré en défordre à Chalcis, d’oùilétoir parti, ils envoyerent aufli-tôt des Ambafladeurs à Attale,pour le prier de leur pardonner, & d’intercéder pour eux auprès du général Romain. Après cette démarche, pendant qu'ils fe. défendent plus mollement dans l'efpérance de la paix, & que négligant les autres parties de la ville, ils n’oppofent leurs troupes qu'à l'endroit du mur où l'on faithreche, L. Quintins la prit par efcalade, en l’at= taquant pendant la nuit, par le côté qu'on avoit laïffé fans défénfe. T'ous les habitans,avec leurs fémmes & leurs enfans, fe réfugierent dans la citadel« le, & peu dé tems après, fe ER teñdirent. Les vainqueurs n’y trouverent pas beaucoup d’or ni d'argent , mais des ftatues & des tableaux d’un travail an- tique, & d’autres ornemens, beaucoup plus qu'ils ne l’ef- péroïient par proportion aux au- tres effets, & à la grandeurde la place. On prétend que cette ville qui fubfifte encore aujourd’hui, fe nomme à préfent Rocho. ÆRÉTRIE, Ærerria , (a) E’pér pret ; Ville de Grece dans LR Theffilie, & pour parler pas jufte, dans la Phthiotide. tolémée lit Erétriesen pluriel. Cette ville fut détruite: par Philippe de Macédoine, lan 198 avant J. C. ERÉTRIENS, Eretrienfes , E perpleec, (2) les habitans d'É- - rétrie d'Eubée, Hérodote dit quils étoient Toniens. Foyez Érétrie. : ERÉTRIENS, Eretrienfes , Eperpiesé , colonie de l'ifle d'Eubée, établie dans la Baby- lonie. Philoftrate, dans la vie d'Apollonius de Tyanes, dit que ce fur Darius qui y mena cette colonie. Il femble à Or- télius que ce peuple étoit aux £nvirons d'Ecbatane. ERÉTUM, Ererum, (c) Homrvè, ville des Sabins dans. Ombrie, felon Strabon, Tite- Live, Étienne de Byzance & irgile. Le premier dit que ce lieu reffembloit plus à un vil- Ca) Strab. p.424. Prolem. EL, IF c. a3: Tir. Liv. L, KXXII. ce. 13 b) Herod, L. VIIL. c. 46: £) Strab, P: 2884 Tit Liv: E: Ill, C» Cé | ER 10 lage qu'à une ville. Elle étoit. a 107 ftades de la ville de Ro- me,felon Denys d'Halicarnafles & Antonin la mer à dix-huit milles. C’eft préfenrement Mon< te Rotondo dans la Sabine. L'an 2t1 avanc l’Ére Chré- tienne , on publia plufieurs pro- diges, & celui-ci entre autres ;. qu'il avoit plu des pierres à Érétum, Pour expier ces pro- diges, on immola les grandes victimes, & on ordonna une procefflion d’un jour pour tout le peuple, & des prieres publi- ques pendant neuf jours. EREUTHALION , Ereu- thalion , E'peutanlor , (d) écuyer d’Areithoüs , roi d’Arcadie, Prince qui n’avoit pour toutes armes , qu'une maflue armée de fer. Ce Prince, dans fa vieï- lefle, en fit préfent à Eréutha- Bon, qui, devenu plus fier & plus audacieux par fes riches dépouilles, défioittous les plus vaillans ; & les plus vaillans fai- fis de crainte , n’ofoient parot- tre devant lui. Un jour, Neftor, honteux & las de fes infultes, fe préfenta pour le combat, quoïque bien jeune alors. Aufh, Ereuthalion méprifa-til fa jeu- nefle. Mais, Neltor ne laïfla pas de l’attaquer avec tant d’auda- ce, qu'enfin Minerve fecondant fes efforts , il abattit à fes pieds: ce redoutable ennemi qui étoit d’une taille prodigieufe , & d'üne force proportionnée à fa 29, L. XXVI, c. 17 , 23. Virg, Æneid, EL. VI. v.wr11. (d) Homer. Iliad. L. IV, v. 319. E, VII, Ve 136 110 ER taille. À la vue de ce vaite corps étendu fur la terre, on étoit encore faifi de frayeur. EREUTHE, Æreuthe , dont il eft fait mention dans l’hymne à Apollon, qu'on attribue à Homère. ee ERGANÉ, Ergane, Epyc ns furnom de Minerve. Voyez Mi- nerve Ergané. ERGATIES, ÆErgatia, (a) fêtes que l'on célébroit à Spar- te en l'honneur d'Hercule & en mémoire de fes travaux. ERGAVICE , Ergavica, (b) E’pyacvixæ , ville des Celribe- riens dans l’Efpagne Tarrago- noife. On a, outre l'autorité de Prolémée, qui en parle, plu- fieurs médailles, entre autres, une d'Augufte avec ces mots : MUN. ERGAVICA ,; & une autre de Tibere avec ce mot: - ER GAVICA. Une ancienne infcription dans le recueil de : Gruter porte auf ce nom. M. CALP. M. LUPO FLAM. P. H. C. EX CONVEN. CÆSAR. ERCAVIC, C'eft-à-dire, Marco Calpurnio, Marci Filio, Lupo Flamini Pro- vincie Hifpanie Citerioris ex Conventu Cafarauguflano , Er- cavicenfi. Dans ce dernier mot, le C eft pour le G. Pline a rangé dans l’affem- (ay Antiq. expl. par D. Bern. de Montf. Tom. Il, p. 216, = * (8) Prolem, L. I, c. 6. Tit, Liv. L. XE,c, 49. Plin. T. I. p. 142. (ec) Prolem, L, IL. c, 6. - : EEK blée de Sarragoce [ ir Caæfar: augufiano Conventu, ] un pet- ple qu'il nomme Ergavicenfes. Îl ny a pas de doute que dans le paflage du quarantième li= vre de Tite-Tive , il ne faille ; lire Ergavica, au Leu d'Erga= via , qui y eft qualifiée noble & puiflante cité; ce qui con= vient mieux à Ergavice qu'à la petite ville d'Ergavie. C’eit le fentiment du fçavant Sigonius, & de Cellarius. Les Efpagnols riennnent que c’eft préfentement Alcanniza, à fept lieues de TFortofe. Mo- ralès l'approche davantage de Tolede , & croit que c’eft le lieu nommé à préfent Penna Efcritta ou Santaver. ERGAVIE , Ergavia, {c} E’pyœoutæ , ville de l’Efpagne Tarragonoife , felon Prolémée. C'eft, felon quelques moder- nes , Ygualada , en Catalogne. Îl-ne faut pas confondre cette ville avec celle dont il eft arlé dans l’article précédent. ERGENNA, Ergenna, (d} nom d’un harufpice , dont il eft fait mention dans une fatyre de Perfe. ERGINUS, Erginus ; (ce). E’pyivoc, fils de Cilyménus, roi d’Orchomene. Ce Prince ayant été tué pafles Thébains, avec qui il avoit pris querelle pour un fort léger fujet, Erginus l’aîné de fes fils, lui fuccéda ; (d) Perf. Satyr. 2. v. 26. te) Diod. Sicul, pag. 152, Pauf. page 567, 598» 599. Mém, de l’Acad. des Infcript, & Bell. Lett. T, IV, p. 506 TL, X, pe 347. Ô Juive ER | ‘& voulant venger la mort de fon pere, il leva une armée avec fes freres, vint attaquer les Thébains, les tailla en piè- ces, & ne mit les armes bas, qu'à condition qu'ils lui paie- roienttous les ans un tribut par manière de farisfaction. Ce Prince envoyoit donc chaque La A /\ . + année à Thèbes des commiflai- res pour exiger ce tribut; ce qu'ils faifoient en outrageant les habitans. Hercule réfolut de délivrer les Thébains de cette fervitude. En effet, ceux d’entre les Orchoméniens qui venoient de- mander le tribut, étant arrivés à Thebes pendant que ce Hé- ros y éroit, & ayant fait tou- tes fortes d’injures aux ci- toyens, il les mit hors de la ville, après {eur avoir coupé Jes extrémités du corps. Ergi- nus demanda le coupable ; & Créon, roi de Thebes , crai- gnant fa puiflänce, étoit près de le livrer. Mais, Hercule ayant perfuadé à de jeunes gens de fon âge de délivrer leur pa- trie ,. leur donna les armes qui étoient fufpendues dans les temples , & qui faifoient partie des dépouilles des ennemis que leurs ancêtres avoient confa- Crées aux Dieux ; car, il étoit impoffible de trouver dans tou- te la ville dés armes qui ne fuf- fenr pas confacrées; d’autant que les Orchoméniens avoient enlevé aux Thébains toutes les autres, afin de leur ôter toute fee de révolte. Hercule Jane appris qu'Érginus s'ap- ER TIT prochoiït avec fes troupes, l’ar- tendit dans un pañlage étroit, & rendant par-là leur grand nombre inutile, il tua Erginus même , & fit périr prefque tou- te fon armée avec lui. Telle eft latradition qu'a fuivie Diodore de Sicile. “3 : Selon Paufanias, Erginus ne fut point tué par Hercule : mais , voyant fes fujets réduits à la dernière extrêmité , il ft la paix avec Hercule. Enfuite | uniquement occupé du foin de rétablir fes affaires & de re- couvrerfonancienne opulence, ilfe trouva vieux fans avoir encore fongé à fe marier. En- fin, après avoir amaflé de grandes richefles , il voulur avoir des enfans, & dans ce dé- fix , il alla confulter loracle de Delphes. La Pythie lui répon- dit en termes énigmatiques, qu’il s’en avifoit bien tard, mais que cependant il pouvoit beau coup efpérer d’une jeune fem me. Conformément à cet ora- cle, il époufa une jeune per- fonne, & il en eut deuxfils, Trophonius & Agamede. Quel- ques-uns néanmoins ont cru que Trophonius étoit fils d’A- pollon. Pindare fait un éloge magni-. fique d’Erginus dans une defes odes. » Les épreuves, dit ce » Poëte, changerent autrefois » en admirationle méprisé&les » railleries que les femmes de » Lemnos faifoient du fils de » Clyménus fur fes cheveux » blancs. Vainqueur dans la » Carrière où l’on çourt armé Yi ER » detoutespièces, vous Voyez, » dit-il à Hypfpyle, en s’a- » vançantpour recevoir la cou- » tonne de fes mains, vous » voyez quel homme je fuis > dansla courfe ; la force de » mon bras & mon courage » égalent l'agilité de mes pieds. » Ne jugez “plus par les che-. » veux blancs, qui viennent » fouvent avant le tems aux » plus jeunes & aux plus ro- » buftes. « Cette circonftance des che: veux blancs, qui étoient ve- nus à Erginus dans le tems qu’il jouifloit encore de toute la vi- guéur de l’âge , donna lieu à ce proverbe : d'Erginus , pour dite des che- veux blancs qui cachent beau- coup de force & de courage. ERGINUS , Erginus, (a a) E’pyiv06 » célcbre Argonaute, qui partagea la fonction de pilote avec Liphys. [1 n’a pañlé fans doute pour être fils de Neptune, que parce qu ’ilétoit habile dans la navigation: Pendant le voya- ge de la Golchide, il fignala fon courage en plufieurs ren- contres. Îl difputa dans l'ifle de Lemnos , le prix de la courfe, & le remporta fur les fils même de Borée. IF yen. a beaucoup qui croient que cet Erginus eft le même que celui dont il eft parlé dans l’article précédent. ERGINUS , Erginus , (b) E pyiv0s x ni de Corinthe, Ca) Myth. par M. l’'Abb, Ban. Tom, pe 247. VI: p.286. Mém, de Acad, Re dc Bell, Letr. T, I1K, pag. 85. T Les cheveux blancs. ER : miais Syrien de nation , ayoït trois freres, dont l’un nomnié Diociès , étoirfoldat de la gara nifon de la ville. Erginus ayant volé avec fes deux autres fre res, del’ argent qui appartenoit au roi de Macédoine , ils fe retirerent enfemble à Sicyone, & mirent une partie de cetar=. gent entre les mains d'un bans quier qui fe nommoïr Egiasi Cela produifit une forte de fa miliarité entre Erginus & ce barquièr: Celui-cr1 avoir de grandes relations avec Aratuss qui en ce tems-là cherchoitune. occafon de s'emparer de la €Ë tadelle de Corinthes Un jour qu'Égias s’entrétenoit avec Era sinus, il ft tomber la conver- on un cette citadelle ée la garnifon qui y étoit. Erginus lui dit que comme il alloit fouvent pour voir fon frere, il avoit remarqué dans le côté le plus efcarpé, un petit fenrier taillé entravers dans'le roc, & qui conduifoit à | droit où Ja muraille du château éroit très: bafle. À ces MOIS ; Egias fe pre- nant à rire & à badiner, Jui dit: _ quUO1, MON ami, pour Ce peu d'arcent vous allez déranger toutes les affaires du Roï, lorfque vous pourrie? vendre une feule heure de votre tems des Jommes immenfes ? Sivous étiez pris, n6 vous -feroir-on pas mourir pour ce petit wol , comme fr vous aviez lie -vré la citadelle. Alors, Erginus riant aufh à fontour , lui PSS a fiv. (b) Plut. T. I. p, 1035. d° feq: Rolf ii Anc, T, IV. 283. @' fuiv, Le de fonder fur cela fon frere Dioclès, & lui dit qu’il ne fe foit pas beaucoup à fes autres freres. Peu de jours après il revinr, & fe chargea de conduire Ara- tus à l'endroit où la muraille n'avoit pas plus de quinze pieds de hauteur, & de lui aider à exécuter le refte de fon entre- prife avec fon frere Dioclès. Aratus, de fon côté, promit de leur donner foixante talens Al l'affaire réuffifloit ; f elle man- quoit, & qu’ils revinflent lui . & eux fains & faufs , il leur €ngagea fa foi & fa parole, qu'il leur donneroit à chacun une maïfon & un talent. Mais : comme il falloit que ces foixan- te talens fuflent dépofés chez le banquier pour la fûrere d’Er- ginus & de fon frere, & qu'A- Tatus ne Îles avoit pas, & ne Vouloïit pas les emprunter, de peur de donner du foupçon & d'éventer fon: entreprile, il prit la plus erande partie de fa Vaiflelle d’or & d'argent & les joyaux de fa femme, & les mit €n gage chez Egias pour toute la fomme. . L'entreprife , qui étoitfi dan- gereufe par elle-même , devint Encore plus dangereufe par une aute quePon commitpar igno- Tance dès le commencement. Technon , efclave d'Aratus, fut ENVOYÉ pour réconnoître la mu- raille avec Dioclès qu’il devoir Joindre. [Il né connoïfloit pas fon vifage,maisil croyoitavoir fa figure & fes traits fufifam- Mentempreints dans fon efprit, dom. XL E R 113 fur la peinture qu’Erginus lui én avoit faite , en lui difant qu'il étoit brun, qu'il avoit les cheveux frifés , & qu’il n’avoit point de barbe. Étant donc ar- Tivé au lieu où on lui avoit or donné de fe rendre, äl s'affr devantles portes de la ville, en: un endroit appellé Ornis, & là il attendoit Erginus , qui de=. voit venir avec {on frere [io clès. Par hazard, dans ce moment pañle par-là un autre frere d’Erginus & de Dioclès , qui avoit nom Denys, quine fça- voit rien du complot, avec le- quel ils n’avoient aucune intel- ligence , & qui refembloitpar- fairement à Dioclès. Technon ne l’eut pas plutôt apperçu, que frappé de cette reflemblan- ce, fur les enfeignes qu’on lui avoit données, il laborda,& lui demanda s’il ne connoifioit pas Erginus |, & s’il navoit pas avec lui quelque commerce, Denys répondit qu’il étoit fon frere. Sur ce mot de frere : Technon ne douta point qu’il ne parlât à Dioclès : & fans lui demander fon nom , & fans at- tendre d’autre indice fur lequel ilpôts’aflurer, il lui parla de. la trame avec Erginus, & lui fit fur céla beaucoup de quef- tions. Denys profita finemenr de fon erreur, répondit en avouant tout , comme s’il étoit du complot; & reprenant le chemin de la ville ,il y condui- foit doucement Technon en. s’éntreétenant avec. lui, fans lui donner le moindre ombrage. H Y20 ER : Théfée tua le fameux bandit Polypémon , furnommé Pro- cruite. ERINÉE , Erineus , Epweoc, (2) fleuve de Sicile, au rap- port de Thucydide. Ptolémée l'appelle Orinus. ERINNE, Erinna, dame Grecque , qui faïfoit fort bien des vers, vécut du tems de Sa- pho. ERINNYENS , Erinnyi, (b) E’oiwvo: , nom qu'Hérodote fem- ble donner à un peuple, chez qui il met un oracle. Ce fut fur la réponfe de cet oracle, que Pon bâtit un templeà Laius &à Œdipe. ERINNYS, ÆErinnys,, (c) E‘rwoç, furnom donné à Cérès. On voyoïit près de la ville de Thelpufe en Arcadie, un tem- ple de Cérès Erinnys ; felon Paufanias ; & cet Auteur, pour preuve de fon fentiment, cite un vers du poëte Antimaque,;où Cérès eft appellée Erinnys. Voici pourquoi elle fut ainfi fur- nommée. Dans le tems qu’elle cher- choit fa fille par le monde, Neéptune,épris de fabeauté,vou- lut avoir fes bonnes graces. La déeffe, pour éviter les pourfui- tes du Dieu, fe métamorpnofa en jument, & pañla quelque tems parmi les cavales d’On- cus. Neptune fe voyanttrompé, trompa la déefle à fon tour; il ER | prit la figure d’un cheval , & parVint à ce qu'il fouhaitoit. Cérès, au commencement, fe mit . fort en colère, mais enfuite elle s’appaifa, & l'on dit qu’el- le prenoit plaifir à s’aller baï- gner dans la rivière de Ladon. Cette aventure lui fit donner les furnoms d'Erinnys & de Lu- fia ; de premier à caufe du mot Grec,qui, dans le langage des Arcadiens, fignifioit être en fureur ; le fecond, parce qu’el- le s’étoit baignée dans le La- don. Les deux flatues qui re- préfentoient Cérès fous ces déux noms, étoientde bois, à la réferve du vifage, des mains @& des pieds, qui étoient de marbre de Paros. Cérès Erin- nys_ tenoit un flambeau de la main droite, & une corbeille de la gauche ; c’étoit une ffa- tue de neuf pieds de haut, celle de Cérès Lufia n’en avoit pas plus de fix. Le mot Ærinnys vient du verbe E'hwvyer, furere, être en fureur, être hors de foi. D’au- tres le tirent de Epic vou, dif- cordia mentis. : ERINNYS , Ærinnys, (d) Epwwc, nom d'une Furie , où plutôt nom commun aux trois Furies. C’étoient les Grecs qui leur donnoïent ce nom. El y avoit à Athènes, felon Paufa- nias, un temple de ces déefles que les Athéniens qualifioient (a) Thucyd. pe 552> 554. Ptolem. L.|V. pag. 46, 47. T, VIE. p. 294: AIT. c. 4. (b) Herod. L; IV$:c: 149. (d) Pauf. p. ç2. Virg. Æneid. L. IF. Vs 337 3 573: L. VII. v, 447, 570, Ovid. Kc) Pauf, pag. 404, 405. Mém, de | Metam. L, I, c. 0, L, IV, c6, PAcad, des Infcript. & Bell, Lett, Tom. ER féveres , & qu'Héfiode , dans fa théogonie , appelle du nom d'Erinnys. Efchyle eît le pre- mier,; ajoûte Paufanias, qui a eint qu’elles avoient les che- veux entrelacés de ferpens. Cette peinture a été imitée par les autres Poëtes. Voyez Fu- ries. : : ERIOCH » Erioch ; Efnoy : (a) roi des Eliciens, felon la Vulgate, ou Arioch, roi des Elyméens, felon le Syriaque. On trouve dans la Génèfe un Arioch, roi d'Ellafar, On ne connoît pasle païs des Eliciens, mais celui des Elyméens ou des Elamites , qui eff celui des an- ciens Perfes. L'Écriture nous dir que le combat entre Arphaxad roi des Medes, & Nabuchodo- nofor » toi d’Affyrie, fe donna . à Ragau , près de l'Euphrate & du Tigre , dans lacampagne d'Erioch, roi des Eliciens. ERIOPIS , Eriopis, E’nwrrir, (2) femme d’Oilée , felon Ho- mère. ERIPHYLE , Æriphyle, (c) E’rrpvau, fille de Talaüs & de Ylimaque , ou Lyfianafte, fur mariée à Amphiaraüs. Celui-ci, ayant prévu par l’art de la di- Vination,qu'il périroir à la guer- re de l'hebes,, refufoir de s’en- gager dans cette entreprife,& fe ténoit caché. Les chefs de l’ar- mée qu'on préparoit pour cette expédition, qui croyoient avoir C2) Judith: c.:r, v. 6, (ë) Homer. Iliad, L, XIE, v. 697. () Diod. Sicul, p, 186, 187. Pauf, P: 64,87, 320: 492, 607. Virg. Æneid. LVL v. 445. Myth, par M. lPAbb. ER Y27 befoïn de lui, firent tous leurs efforts pour découvrir le lieu où il s’étoit retiré ; mais, ilsne purent y réuflir; & Adrafte, fçachant qu'Eriphyle fafœur & femme d’'Amphiaraüs, étoit la feule qui en fût informée, lui donna un collier & un voile d’un grand prix. Cette Princef- fe, gagnée par un fi beau pré- fent, trahit fon époux; & Am- phiaraüs étant découvert, & ne pouvant fe difpenfer d’aller à l’expédition de Thebes, or- donna à fon fils de tuer famere Eriphyle, après qu’il auroit ap- pris la nouvelle de fa mort. I périt en effet peu de temsaprès, foit que la terre fe fût entrou- ‘verte pour l’engloutir, comme le difent Stace & Strabon, foi que pendant qu'il s’amufoit à confidérer le vol des oifeaux, pour en tirer des augures, il fût tombé dans un précipice avec fon chariot, où il perditla vie. Alcméon, informé du mal- heur de fon pere, exécutal’or- dre cruel qu’il en avoit reçu, & Ôtala vie à fa mere. Apité par les furies qui le pourfui- voient fans cefle, c’eft-à-dire , par les remords de fa confcien- ce, dont il ne pouvoit fe dék- vrer , il erra dans différens païs, & fe retira enfin dans la Pfophide , où Phégée fit la céré- monieide fon expiation, & lui Ban. Tom.:Vi. p.98. T. VIL. p..106, 206. dr fuiv. Mém. de lPAcad. dés Infcripr, & Bell, Lert, Tom, VII. page 215, @' f#iv, FR fit époufer Alphéfibée fa fille, à laquelle Alcméon donna le collier de fa mere; mais, Fayant tépudiée dans la fuite, pour époufer Callirhoé, fille d'A- chéloüs, il voulut aller rede- mander ce collier, pour le don- ner à fa nouvelle époufe ; & fes beaux freres lui ayant dreflé des embüches, le tuerenten chemin. Ce fatal collier fut remis entre les mains d'Aché- Jos, qui, pour faire finir tous les malheurs qu'il caufoit, or- donna qu'il fût confacré à Del- phes dans le temple d’Apollon. Pourle voile,on n’en fcaitautre chofe, finon ce qu'en dit Pau- fanias ; qu’il étoit dans le rem- pie de Gabales. Selonie même Paufanias, les habitans d’Amathonte , ville de FPifle de Chypre, fe vantoient de pofléder le collier d'Eriphy- Je, & afluroient qu'il étoitdans le temple de Vénus & d'Adonis, mais cet Auteur détruit cette tradition. Fa Aurefte, Paufanias dit que _ce collier fut donné à Eriphyle par Adrafte fon frere; Apollo- dore affure que cefutPolynice, . gendre d'Adraîte, & neveu de cette Princefle, qui lui donna & le collier &le voile ; & dans la fuite, car les compilateurs ne fe fouviennent pas toujours de ce qu’ils ont avancé, il dit que ce fut Therfandre , #ls du même Polynice, qui les lui avoit donnés. (a) Lucian. FT. p.866: ER Dans la defcription que Pau- fanias nous donne du coffre des Cypfélides , on lit entre autres chofes ce qui fuit: » Devant » la porte du palais, vous dif- » tinguez Eriphyle avec fon » collier ; elle eft debout, » ayant à côté d'elle fes filles, » Eurydice & Démonafle avec » le petit Alcméon, qui eftre- _» préfenté nu. On à oublié, » Alcmene, s’il eft vraicomme » le poëte Afins le dit, qu’elle » fût fille d'Amphiaraüs & » d’Eriphyle. Barton, lécuyer » d'Amphiaraüs , tient les rè- » nes de fes chevaux d’une » main, & une lance de l’autre. » Amphiaraüs a déjà un pied » fur fon char; il tient fon » épée nue, & tourné vers fa » femme ,on voit quil s’em- » porte contre elle, & que » peu s’en faut qu'ilne laper- ce. « ERAIS, Eris, Epe, (a) déeffe, qui, felon les Poëtes ; pour n'avoir pas été invitée aux noces de Pélée, jetta au milieu du feftin , une pomme qui donna lieu à une fi grande uerre à Troye. ERIS , Eris ; TER déefle 3 que l'on appelle aufi la Difcor- de. Voyez Difcorde. : ERISICHTHON, ÆErifich= thon, (b) Theffalien, fils de TFriopas, étoit un impie, qui avoit toujours méprifé les Dieux, & qui ne leur avoit jamais donné d'encens. On dit fea. Myth. par M, PAbb: Ban, Tom: (6) Ovid, Metam. L. VIT, c, 28, & VIT, p 74575 ER même qu'il coupa un bois qui étoit confacré à Cérès, & à qui l’antiquité avoit toujours potté du refpet. Il yavoit dans cette forêt un vieux chêne qui faifoit tout feul une autre forêt, 8 qui étoit toujours chargé de bouquets, de devifes, de ru- bans ,:& de quantité d’autres chofes, qui: donnoient aflez à Connoître qu’on y venoit faire des vœux, comme en un lieu faint & religieux. Quelquefois les Dryades venoient danfer fous fon ombre : &bienfouvent elles en mefuroient la groffeur en étendant les bras à l’entour, _&cfe tenant par la main lesunes les autres. Ce: chêne avoit en- Viron fept toifes de tour; &ïül ÿ avoit plus d'herbe fous fon tendue, que dans le refte de la forêt. Néanmoins, Erifich- thon ne le refpecta pas plus que les autres. Il commanda à fes gens d'abattre cet arbre fa- cré ; & voyant qu'ils appréhen- doient de lui obéir, & qu'ils n'ofoient toucher à ce chêne, 11 prit lui-même la cognée de Pun de fes ferviteurs, en pro- ‘nOnçant ces paroles impies : Que cet arbre, dit-il, foit chéri de Cérès, ou que ce foi Céres elle-même, il ne m'importe ; La té- te de l’un ow de l’autre touchera bientôt la terre, En même tems qu'il eut parlé, & qu'il eut le- VÉ la cognée, cet arbre trembla, & comme s’il eût appréhendé le Coup qui devoitle faire tomber, il en fortit une efpèce de gé- miffement, & fes. feuilles, fes Slands & fes branches en pâ- ER lirent comme de crainte. Quelqu'un ayant eu la har- diefle de retenir le bras d'Eri- fichthon , pour l'empêcher d'a- chever fon crime, il fe retour- na en furie vers celui qui le 123 retenoit, & quittant l'arbre pour cét homme, reçois, dit-il, la récompenfe de ta piété. Er en même tems il lui abattitla tère d’un coup de cognée, & puis il retourna à ce chêne; & par une infinité de coups, & par le fecours des cordes quil fit attacher au haut de ce chêne, enfin il abattit ce grand arbre quientraîna avec lui une par- tie de la forêt. Les Dryades afigées allerent trouver Cérès, pour lui demander la vengean- ce de l’impiété d'Erifichthon. Cette déefle , touchée de leur douleur & deleurs prieres,leur aëécorda ce qu’elles étoient ve- nues demander. Elle chercha donc auflitôt un fupplice qui fût aflez rigoureux pour chä- tier cetimpie, s’il eff vraiqu'il y en ait d'aflez rigoureux pour la punition de ceux qui mépri- fent la divinité. Ainfi, elle ré- folut de le faire mourir de faim, & elle commande fur le champ à cette dernière déefle , d’aller fe cacher dans les entrailles de ce facrilege, & de s'y rendre fi forte , que rien ne la puille vaincre , ni la chafler de fon: Corps. : Quoique la faim foit naturel- Jement ennemie de Cérès, elle obéirnéanmoins à fes volontés, & Le laifla emporter par le vent dans la maifon où elie avoit Y24 ER Ordre d’aller exercer fa puif- fance. Elle n’y fut pas plutôt entrée, qu’elle fe jetta dansle Et de ce facrilege ; & l'ayant trouvé endormi, çar il étoit Auit quand elle arriva, elle embraña ce miférable, elle fe Sliffa dans. fon fein, elle s’inf- pira dans lui-même ; & après avoir fatisfait aux commande- mens de la déefle, elle quitta <e païs fertile, & feretira dans fes déferts. Cependant, Erifich- thon qui étoit encore endormi, fonge qu'il à faim, demande à manger, remue la bouche, com- me fi véritablement il eût man- gé, exerce fon appétitavec des Viandes imaginaires, & avale & dévore l’air, en penfant man- ger quelque chofe. Mais, quand 3l fut réveillé, fon appétit ne fut pas moindre. Il trouva que Je fonge qu'il avoit eu, étoit un fonge véritable; une furieufe envie de manger lui brûle & lui dévore les entrailles. En même tems , il fait venir tout ce que Pair, la mer, & la terre peu- vent fournir pour degrands re- pas, & au milieu même des vian- des , il fe plaint toujours qu’il a faim. Quoique fa table en foit couverte, il ne laïffe pas d’en demander, & ce qui fufhroit pour une ville, & même pour un royaume, ne fufht pas pour un feul homme. Plus fon efto- mac reçoit de viande, plus il : en veut, plus il en délire, com- me la méèr engloutit tous les fleuves de la terre , fans tou- teéfois s’aflouvir de tant d'eaux qu'elle reçoir. Comme .le feu m'a jamais aflez de nourriture ; & qu’il devient plus dévorant par l'abondance de ce qu'on lui donne , ainfi la bouche du pro- phane Erifichthon prend la viande , & en demande en mê= me tems. fout ce qu’il mange, ne produit point d’antre effet _en lui qu’une nouvelle envie de manger, & fon eftomac toujours vuide, eft comme un gouffre fans fond , que l’on ne fçauroit remplir. Non feulement, il di- minua les biens qu'il avoit eus de fon pere, mais il les confu- ma entièrement, fans pouvoir appaifer fa faim; c’eft une ra- ge infatiable , qui lui demande toujours, & qu'il ne fçauroit contenter. Enfin, après avoir tout dévoré, il ne lui reftoit plus que fa fille, digne fans doute d’un autre pere; & Le mi- férable Erifichthonfutcontraint même de la vendre ,pour avoir de quoi manger. , _ Comme cette fille avoitété aimée de Neptune, elle obtint de ce Dieula vertu de fe rranf- former en diverfes figures. C’eft pourquoi, Erifichthon la ven- dit plufieurs fois & à plufeurs maîtres, de qui elle s’échappoit toujours, en fe changeant tan-. tôt en jument, tantôt en oifeau, tantôt en bœuf, tantôt en cerf; & par cetre rufe elle nourrif- foit fon pere , non pas toutefois felon fa faim & fon appétit. Mais, lorfque la force d’unfi grand mal eut épuifé tous les artifices qui lui fournifloient de la nourriture , & qu’on eût en- fin reconnu les louables trom= ER peries d’une fille fi pieufe ; le Mmiférable Erifichthon fut con- traint d’être lui-même fon ali- ment, fe mangea membre à membre, & nourrit fon corps enfe dévorant, Explication de cette Fable. [y a apparence qu'Erifich- thon fut un homme prodigue, un fameux goulu, qui fe ruina par des dépenfes exceflives, & qui enfin pour tout bien n'ayant plus qu’une feule fille, la prof- titua plufieurs fois pour avoir quelque chofe pour vivre.Mais, comme elle étroit fage & honnèê- te, l’on défigne par ces divers changemens, l’adrefle qu’elle avoit à conferver fa chafteté parmi la débauche & la diflolu- tion de fon pere; de forte que l’on pourroit dire que linten- tion de cette fable eft de mon- tret entre autres chofes, qu’une fille peut demeurer fage parmi . Ja honte & l'infamie de fa mai- fon, & que c’eft aflez pour la garder,que la volonté de bien vivre. De plus , on doit apprendre par le malheur d’Erifichthon, qu'il n’y a point de richefles que le luxe & la bonne chere ne dévorent , & qu'après s'être ruiné par le vice, on eft quel- quefois contraint,pour fubfiter, d'avoir recours au vice même & à toutes fortes de honteux moyens. Mais, puifqu'il fe trouve aujourd’hui un fi grand nombre d’Erifichthons, laiflons- là le fabuleux, &regardons.les Véritables, pour reconnoître ER 125 qu'il ef vrai qu'il n’y a point de fi.grands biens que la dé- bauche & les profafions ne puif fent bientôt difiper. Car, on fe corrige quelquefois mieux en regardant le vice d'autrui, que par de longues inftruétions. Aünfi, dans Paufanias, un ex: cellent mufcien obligeoit fes écoliers d'aller écouter un mau- vais joueur d'inftrumens, parce qu’en l’entendant jouer, ils con- cevoient de l’averfion pour les mauvaifes mefures, & les évi- toiént par ce moyen. Montagne dit là-deffus qu’un bon ÉCuyEr ne fe redrefle pas fi bien qu'un Procureur on un Vénitien à cheval. . L'on dit auffi que par cette faim d’'Erifichthon , l’on entend parler d’une maladie quon ap- pelle faim canine, que l’on ne {çauroit aflouvir, & que par les divers changemens de certe fille , l’on figure certe grande diverfité de viandes qu’il dévo- roït inutilement, puifqu’il ne. pouvoit fe rafafier. Mais, la fable a un but plus noble que de nous parler d’une maladie ‘du corps, dont elle ne peut donner le remede ; car, quand elle m'aura appris qu'il y a une maladie appellée faim canine, en ferai-je plus utile aux au- tres, & plus utile à moi-même, fi jen’y puis remédier ? Non, non, ce.n'efl pas-la le deffein de la fable, Qui veut mêler l’urile avec Le _délettable. Les Anciens ont donc voulu 726 E KR füire voir par cette fable que ceux qui méprifent Dieu & La religion, ne peuvent éviter de tomber dans des infortunes do- meftiques, car Erifichthoneft Fimage d'un impie; que leur maifon s'ouvre au déshonneur & à l'infamie , en même tems qu’elle s'ouvre à l’impiété ; que la plûpart des impies n'ont point d'autre Dieu que leur ventre, qu'ils ne fçauroient con- tenter ; qu'ils fe dévorenteux- mêmes comme fit Ben ; parceque c’eft fe tuer foi-même que de méconnoître Dieu; c’eft pourquor les Égyptiens, pour figurerun impie, repréfentoient un aveugle qui fe tuoit; que quoiqu’ils. foient. par - tout odieux , & qu'on les détefte par- tout, leurs actions, qu’on peut appeller leurs enfans, & à quoi ils donnent diverfes fa- ces, les font quelque tems fub- fifter, & qu'après tout, ils meu- rent de faim, comme le malheu- reux Erifichthon ; c'eft-à-dire, ce femble, que comme ils nattendent point d'autre vie que la préfente, ils en font tou- jours affamés , & en meurent encore affamés. Enfin, ‘comme limpiété .eft le plus grand de tous les crimes, l'on à feint u’Erifichthon 2 été puni du plus grand de tous les fuppli- ces; Car iln’ya point dé gen- re de mort plus efroyable & plus cruel que de mourir de faim. : te) Cæf. de Bell: Civil. L, HIT, », 641. (b) Tir. Liv. L, C. 14. (c) Antiq. expl. de ER ERTEHUS , £rihus, F'pito s dont il eft parlé dans l'hymne à Apollon, dont pluñeurs is Homère auteur. ERITIUS, £ritius, (a) nom que l’on Lonae à une machine de guerre. On lit dans le troi- fième livre des Commentaires de Céfar fur la guerre civile: Erat obje&lus portis Eritius. On croit que cette machine dé guerre étoit un tronc d'arbre, chargé de branches ,dontcha- cune fe terminoit en pointe; quand il n y en avoit point de naturelles, on y en inféroit d’autres, 7. que PEritius fût hériflé de pointes de toutes parts. fl paroît que l’on étroit dans l’ufage de placer cette ma- chine à quelque diftance devant. les portes du camp. Les Grecs l'appelloient Echinus , vivo; terme qui fignifie hériflon. L'E- ritius reflembloit en effet à cet animal, qui eft tout couvert d’épines. ERIZE , Eriza, @ ville lAfie propre. Tire-Live en mention, &il paroît qu'elle éroit fur les confins de la grande Phrygie, de la Pifidie & de la Galatie, à quelque diflance du fleuve Chaüs. Certe ville fur prife d’afflaut par les Romains: ; Pan 189 avant J. C. ERMAIS , Ermaïs , (c) avoit époufé Hylas. Nous avons un monuméntoù l'onlit: Aux dieux Manes G à la. mémoire éternelle. ÆErmaïs a fait anettre cette épita= par D. Bern, de optf, Tom, V. pag: 107: 108 ER phe à Jon très-cher époux Hylas, qui combattoit avec deux epées en courant dans unchariot. Il a com- battu fept fois, & à reçu une fois le prèfent de la baguette,comme une marque d'honneur, Sa même époufe * a dédié ce monument fous la mar- que de la hache. Cette hache fe voit repréfentée entre les der- nières paroles de l’épitaphe. ERMANDICA , ou ERMAN- TICÀA , ox FHELMANTICA , ou HERMANDICA ; (a) car cenom varie, felon les diférensexem- pläires outraduétions de Poly- be, ou dans Tite-Live, quia copié cet Auteur. Plufieurs fça- vans prétendent que c'eft la même chofe que Salmantica, aujourd'hui Salamanque. Cella- rius n'eft pas de ce fentiment. 1 prétend que la ville de la- quelle Polybe a voulu parler, étoir une ville des Vaccéens, où étoit auf Arbucala, que Polybe joint dans le même paf- fage , dont Tite-Live a fait Ar- bacala, & Ptolémée Abucela, ou Albocela; au lieu que, fe- lon le même Ptolémée, Sal- Mantica étoit dans le territoire des Vettons. : : ERMENSUL, où IRMENSU- LE, Ermenful, Irmenful, (b) ieu des anciens Saxons dans la Weftphalie ; il avoit untem- ple mapnifique fur la montagne d'Eresbourg, maintenanr Sradt- berg. La plûpart croient que _Cétoit l'idole de Mars, que ces (a) Tit, Liv, EL, XXI. C, Se ()-Antiq. expl. par D, Bern. de Montf, Tom, 11. P« 410. E R 127 peuples belliqueux adoroient, comme le protetteur de leur nation ; d'où eft venu le nom de Mersberg ou mont de Mars, que J’on a autrefois donné à la ville de Stadtberg. D'autres aps pellent ce faux dieu Hermenfut, &.difent que ce nom fignife ftatue de Hermès, ou de Mer- cure. Charlemagne ayant vain- cu les Saxons , abartit cette idole, & fit confacrer ce tem- ple au culte du vrai Dieu, lan 772: EROCHUS, Zrochus, (c) E'poxes, ville de Grece dans la Phocide, felon Paufanias.Hé- rodote la met quelque part vers le Céphife. Cette ville, comme bien d'autres, fur brûlée par les troupes de Xerxès; mais, elle fut rétablie depuis. Eïle fe reflentit auf beaucoup des malheurs de la guerrefacréeou Phocique. Elle fut dérruite de fond en comble, & n'eut tour au plus que la figure de village. EROCONOPES , Zroconoe- pes, À’epsxowrwres, (d) peuple imaginaire , dont parle Lucien. Cet Auteur lesrepréfentemon- tés fur de grands moucherons, & tous archers. Leur nom fi- -gnifie des moucherons Aëriens. EROCORDACES, Ærocor- daces, A'epoxopd axec, (e) autre peuple imaginaire, dont parle aufh Lucien. Les Erocordaces ne combattoient qu’à coups de trait, & étoient fort vaillans, 33: (4) Lucian. T. 1,-p.#19. Ce) Lucian. Tom, 1, p: 719 » 7204 | (c) Pauf, pag. 613. Herod, EL. VIII, C: 128 E R & de grand fervice , quoiïqu'ils : ne lançaffent que des raves; mais , elles étoient grandes & fortes , & rrempées dans dujus de mauve ; qui étoit.- parmi eux “un poifon mortel, & qui engen- droit aufh de la puanteur dans la bleffure. Le mot Ærocorda- ces veut dire fautant en Pair. EROMANTIE, Æromantia, Voyez Aëromanrie. EROPE ; Ærope, A'epemy. Voyez Ærope. EROPE , Æropus, (a) pere “d’un capitaine nommé Alexan- dre, & qui vivoit du tems d’A- lexandre le Grand. = EROPE , Æropus, (b) mon- tagne de Macédoine ,; felon Tite-Live. Entre cette monta- gne & le mont Afnaus, il y avoit une vallée où couloit le fleuve Aoùûs. Philippe, roi de Macédoine , alla fe camper fur le mont Erope, l’an 199 avant Jefus-Chrift. Ce Prince ne pla- ça qu’un petit nombre de foldats - aux endfoits déjà défendus par les rochers efcarpés qui les bor- doient, &fit creufer des foflés, & élever des paliffades ou des tours à ceux qui étoient moins inacceflibles. EROPUS, Æropus, À’époroc, {c) Pun des fils de Téménus. I s’enfuit d’Argos avec fes freres chez lesIliyriens ; d’où ils paf- ferent dans la Macédoine fupé- rieure. Ils s’engagerent à fer- vir le Roi du païs dans des tra- {ay Freinsh, Suppl, in Q. Curt, L. I. c. 13: & Tit. Liv: L, XXXIL, c. Ce) Herod, L, VIII, c 137. ER vaux mercénaires. De trois fre= res qu’ils étoient , l’un fe char- géa de mener paiître les che- vaux; un autre, les bœufs; & le plus jeune le menu bétail. EROPUS > Eropus, À én07m0€ 9: fils d'Erope & du dieu Mars. Voyez; Æropus. EROPUS , Eropus , ’époros roide Macédoine. Voyez Euro- us. EROPUS , Æropus, A’tporocs (d) officier de Pyrrhus, roi d'Épire. On dit que ce Prince fut fort afligé de la mort d’Ero- pus , qui lui avoit rendu de grands fervices. Ce n'étoit pas fa mort qui l’afligeoit, car il difoit qu’il avoit payé le tribut à la nature; mais il fe repro- choit & fe blâmoit d'avoir trop différé à lui marquer fa recon- noïflance , & d'avoir , par ces délais, perdu l’occafion de lui rendre les plaifirs qu’il en avoit reçus. Car il n’en eft pas des plaifirs comme des detres ; les dettes peuventtoujours fe payer aux héritiers des créanciers, mais les plaifirs,fionneles rend à leurs Auteurs pendant qu'ils font en vie, chagrinent & affli- gent dans la fuite celui qui les doit, s’il eft honnête homme, & qu'il ait de la juftice & de la énérofité. EROPUS,, Eropus ; A'épom06 à (e) certain capitaine, qui, fous l'an 208 avant Jefus - Chrilt , “s’étoit emparé de la ville de (d) Pluts T, I./5; 307. (e) Tit, Liv. L, XXVII, ç. 22 Le XXIX, c, 12, Lychnidum, ER Lychnidum, par la trahifon du Commandant de la citadelle & ‘de la garnifon, qu'il avoit cor- rompu. Il. s’étoit auffi rendu maître de plufieurs bourgs & Villages de la Daflarétie, &il tâchoit de foulever les Darda- niens. Cet Eropus eft fans dou- te le même que Tite-Live met ailleurs au nombre des Préteurs des Epirotes, avec lefquels Philippe , roi de Macédoine à S’abôucha à Phœnice, ville dÉ- pire. | EROS, £ros, E'tw:, eft le même que Cupidon. Voyez Cu= pidon. | EROS , Eros, Efpoc, (a) ef- clave de M. Antoine. Celui=ci, für de fa fidéliré , lui avoit fair Promettre qu’il le tueroit, dès qu’il lui en donneroit l’ordre: Après la bataille d’Atium >; M Antoine s'étant retiré à Ale- xandrie, appella Eros, & lui demanda lPaccompliflement de fa promefle ; Eros tira fon épée, la leva comme pour le frap- PET ; mais, tout d’un coup, dé- fournant la vue, il fe la pañla Au travers du corps, & tomba Mort aux pieds de fon maître. ‘ Antoine, admirant ce grand Courage ,; s'écria:: Généreux Eros, quelle louange ne mérites- tu point? Ce que tu n'as pas eu la force de faire fur moi, tu Pas fait fur toi! même > POur me montrer Mon devoir, & Pour me-donner l'exemple. En même tems, il fe plongea l'épée dans le ventre ) Ca) Plut. T. 1. p. CIS (#) Cicer, Orar. pro Q. Rofc. c. 18, (e) Cicer. ad Artic. L. XII, Epiit, 21. Zom. XPL, 26: E R : 129 & fe laiffa tomber à la renverfe fur un petit lit qui étroit rout| auprès; mais, la plaie ne fut Das. aflez grande pour lui caufer une prompte mort, & le fang. s'étant arrêté quand il fur cou ché, il revint un peu à lui; i4 Pria ceux qui étoient préfens de l’achever; mais, ils fortirent tous de la chambre, & le laif- ferent crier & fe débattre juf= qu'à ce que Cléopître lui en- voya fon fecrétaire Diomede, avec ordre de le faire porter dans le rombeau où elle étoir. Ï y mourut peu de tems après, Pan 30 avant J. C. EROS, £ros, E'hæs , (6) Co- médien , qui fut difciple de (SE Rofcius, pour lequel Cicéron fit un difcours. C’eft peut-être le même qui fuit. EROS , Eros, É joue, (c) dont parle Cicéron dans plufieurs de fes lettres à T. Pomponius Atticus. EROS > Eros, E pos, {a) fur nommé Vurius, étoit un afran- chi de Q. Turius. Après la mort de fon patron, ildétourna plufieurs effets de {a fucceffion, au préjudice des héritiers. Ci- céron, dans une de fes lettres à Cornificius, lui recommande fur-toutde ne pas fouffrir qu'E- ros Turius.détourne plus rien de cette fucceffion. EROS, Eros, Eu, l’un des Auriges du Cirque. Voyez Au- riges du Cirque. L. XV, Epift, 17e (d) Cicer, ad, Amic, L, XI, Æpif, I 50. ER . ron, fils & fuccefleur de Séfof tris. Ce Prince, étant devenu aveugle, apprit par un oracle de la ville de Bute, qu'il re- couvréroitlavue, enfelavant les yeux de l’urine d’une fem- me qui n’eût jamais connu d’au- tre homme que fon mari. Il voulut prémièrement éprouver fi l'urine de fa femme lui fervi- roit de rémede; & voyant qu'il n'en tiroit point de fecours, il fe fervit de celle des autres, & €nfin il récouvra la vue. Après cela, il fit aflembler dans une des villes de fon obéiffance toutes les femmes dont il avoir éprouvé l’urine , excepté celle qui avoit guéri; & quand el- les furent toutes enfemble , il les fit brûler dans cette ville 5 avec la ville même, & époufa celle dont il avoit reçu la gué- rifon. Les mots Ærythré Bolos , Veulent dire motte de terre rouge. : ERYTHRÉE [ la Mer. ], Erythræum Mare, (a) Ejulpa @drarre, C’elt la même chofe que la mer Rouge. On dir que cette mer fut ainfi appellée d’E- rythras, fils de Perfée &d'An- dromede, ‘qui règna dans ce païs. Strabon en allegue une autre railon ; il rapporte qu'un certain Perfe, . thras, étant pañlé dans une ifle de la mer Rouge, & voyant (a) Srrab, p, 779. Q. Curt. L. VII. LI ES ETES (3) Strab. pag. 633 > 644 , 645, Pauf. P. 372, 401« @ fege Plin. T. I. p. 270. rod. L, I, c, 18, 142, Ti, Liv, L, nommé Ory- | si qu’on pouvoit l’habiter commos dément, revint dans fon pais, & qu'ayant envoyé des colo: nies dans cette ifle & dans les autres de la mer , auffi-bien que fur les côtes maritimes , il donna fon nom à cette mer. Voyez; Mer Rouge. ERYTHRÉE, ox Ery- THRÉENNE, ÆErythrea, Îur- nom d’une Sibylle. La Sibylle Erythréenne étoir ainfi appel- lée de la ville d’Erythres en Ionie. Voyez Erythres. ERYTHRÉENS, Erythrei, E sutpaor, étoient les habitans des villes du nom d’Erythres. Voyez Erythres. ERYTHRES, Erythre, (b) Eputpul, ville de l’Âfie mineu=. ré, dans l'Ionie, étoit firuée fur le bord de 13 mer, au fond. de la prefqu’ifle de Clazomene, à l'Orient & à loppofñre de l'ifle de Chio. Les habitans, luivant leur tradition, vinrent autrefois de Crete avec Ery- thrus, fils de Rhadamanthe, le- quel Erythrus donna fon nomà la ville, Mais , avec le tems, il fe mêla parmi eux dés Lyciens, - des Cariens, & des Pamphy=. liens; des Lyciens ,à caufe-de leur ancienne confanguinité avec les Crétois, car ils étroient Originaires-de Crete, & def- cendoient de ces anciens Cré- tois qui quitterenr le païs avec Sarpédon; des Cariens, comme XXXVT. c. 43. L. XXXVIL. ©. vr, 27. L, XXXVIIL. -c. 30. L. XLIV. c, 28. Thucyd p, sé ; 566, Tacit. Annal. L, VI, c, 12, ER ayant été autrefois liés d’amitié avec Minos ; des Pamphyliens enhn, comme fortis aulli de race Grecque, c'eft-à-dire, de ces Grecs qui, après la prife de Troye, furent long-tems errans avec Calchas. À ces peuples fe J019niIt encoré un certain nom- bre d'hommes, que Cnopus, fils de Codrus , tira de chaque Ville d'Iorie, & qu'il fitentrer dans Erythres. C’eft ce qui a donrié lieu à Strabon de faire Cnopus fondateur de cette ville, & à Étienne de Byzance d’appeller Erythres Cnopupo- lise - y avoit à Erythres untem- ple d'Hercule , qui faifoit, dit Paufanias, beaucoup de plaifir Par fon antiquité. La ftatue du dieu n’étoit ni dans le goût de. celles d'Égine, ni même dans le goût de l’ancienne école d’A- thènes. Si elle refflembloit à quelque chofe , c'étoit aux fta- tues Égyptiennes, travaillées avec art. Le dieu étoit fur une efpèce de radeau, & les Ery- thréens difoient qu'il fut ap- porté ainfi de Tyren Phénicie Par mer. [ls ajoûtoient que le Tadéau entré dans la mer lo- MEnne, s'arrêta au promontoi- re de Junon, autrement dit le cap Meflate , parce qu’en allant d’Érythres à Chio, on le trou- VOit à moitié chemin. D’auff loin que ceux d’Erythres & de Chio apperçurent la ftatue du dieu 5 tous voulurent avoir l'honneur de la tirer à bord ; & Sy employerent de toutes leurs . Erythréen nom- ER 137 mé Phormion, pêcheur de fon métier, & qui avoit perdu la vue par une maladie, furaverti en fonge que fi les femmes d’E- rythres vouloient couper leurs cheveux, & que lon en fit. une corde, on ameneroit le radeau fans peine. Pas une Erythréenne ne fe mettant en devoir de déférer à ce fonce, des femmes de Thrace qui, quoique nées libres, fervoient à Erythres , facrifierent leur chevelure; par ce moyen, les Erythréens eurent la ftatue du Dieu en leur pofieffion ; &pour récompenfer le zele de ces Thraciennes , ils ordonnerent qu’elles féroient les feules fem- mes qui auroient la liberté d'en trer dans le temple d'Hercule. Ils montroient encore du tems de Paufanias cette corde faite de cheveux, & la confervoient foigneufement. A l'égard du pê- cheur , ils afluroient qu'il re- couvra la vue & qu'il jouit de ce bienfait le refte de fes jours. Il y avoit auffi à Ery- thres un temple de Minerve Poliade. Sa ftatue étoit de bois, d'une grandeur extraordinaire, aflife fur une efpèce de trône, &œ tenant une quenouille des deux mains; la déefie avoit fur la tête une couronne fur- montée de l'étoile polaire. Je .crois cette ftatue d’'Endœus, dit Paufanias ; j'en juge par plu- fieurs indices, mais fur-tout par la manière dont tout Pou- vrage_eft façonné, & encore plus par les Heures &les Graces de marbre blanc, qui étoient 138 ER expolées à Pair peu avant que Farrivafle à Erythres. Les Erythréens étoient divi- . fés en pluñeurs tribus, puifque Paufanias dir qu'ils avoient le bourg Chalcitis, qui avoit donné fon nom à leur troifième tribu. Ils étoient de trous les Grecs ceux qui revendiquoient avec le plus de chaleur Héro- phile , cette fameufe Sibylle ,. qui en prit le nom de Sibylle Érythrée. Elle vivoit , dit-on, du tems de la guerre de Troye, êt elle prédit aux Grecs la def- trution de cette ville. Lac- tance, qui cite Feneftella, rap- porte que le Sénat Romain en- Voya des députés à Erythres, Four recueillirles vers de cette Sibylle, & qu'ils en rapporte- rent plufieurs qui condamnoient la multiplicité des dieux, & qui difoient qu'il n'y en avoit qu'un, créateur du ciel & de la terre. Eufebe de Céfarée cire 27 Vers de cette même Sibylle Erythrée, qui parloient de Ja Fremière venue du fils de Dieu , pour s’unir à notre na- ture, & de la feconde pour juger le monde. Ces vers font des. Acroîtiches fur ces mots, Jefus Chriflus, dei filius , Serva- ior, Crux. C'eft felon la ver- fion Latine que Jean Portes a faite de la vie de Conftantin, écrite pas Eufebe de Céfarée. La ville d'Erythres à eu le droit de frapper des médail- les, & on en a entre attres 5 Ca) Tir. Liv. L, XXVIIT, c. 8. (&) Strab. pag: 404 ; 409, 432. Pauf. PF: 356, Plin. Tom, I, p.198. Thucyd, ER une frappée au coin de Valé- rien. Pline dit qu'Alexandre le Grand ordonna que l’on ouvrit un canal de fept mille cinqcens pas de longueur, pour ifoler le mont Mimas & Erythres. Strabonmetà Erythres un port, devant lequel étoient quatre ifles, nommées Æippi, c'eit-à- dire, les chevaux, Le P. Har- douin obferve que les relations des nouveaux voyageurs nom- ment ce lieu Gefmé, & que c'eft aujourd'hui un village: ERYTITHRES , Ærythre, E’pubpal, (a) ville de Grece dans l’Etolie, felon Tite-Live. C’eft la même ville qu'Etienne de Byzance donne à la Locri- de. Tite-Live dit qu'elle étoit près d’'Eupalium. Elle éroit auf voifine de Naupacte, qui appartint premièrement à un peuple nommé par les Latins Locri Ozolæ, & pafla enfuite au pouvoir des Etoliens. Etien- ne de Byzance dit toujours Erythra au fingulier. Ïl y a eu quelques autres vil- les du même nom, (/) une dans Ja Béotie, une autre dans la Theflalie, une autre dans la Locride, une autre dans la Li- bye. Strabon prétend que la ville d’Erythres d'Ionie étoit une colonie de celle d'Erythres de Béotie. ; ERYTHRÉUS., Erythreus , (c) c'eft-à-dire , le rouge, étoit le nom d'un cheval du Soleil, (e) Antiq. expl. par D, Bern. de Montf, Tom, I. p. 119, E R Ce nom d'Erythtéus fe prend du lever du Soleil, où les rayons font rougeätres; & de- là vient qu'Homère appelle l’Aurore pod'od'atrunoc , qui a les doigts de couleur derofe. Les doigts doivent être pris pour les rayons. : . ERYTARUS, Erythrus, (a) E ‘pufpoc, fils de Rhadamanthe, obtint de fon pere le royaume des Erythréens , qui furent ain- fi appellés de fon nom. Il donna auf fon nom à la ville d’Ery- thres en Ionie. Voyez l’Article de cette ville. ERYTHRUS, Erythrus, (b) Bvtocc, héros, qui étoit fils de Leucon & petit-fils d’Atha- mas; il donna fon nom à ‘la Ville d'Erythres en Béotie, dont ilne reftoit plus que des rui- nes du tems de Paufanias. ERYX, Eryxs pur, (cc) ville de Sicile, fituée fur une montagne de même nom. Elle étoit fameufe par un temple de énus, qui prit de-là le fur- nom d'Érycine, que les poëtes Latins lui ont donné. Solin dit: » [l y a en Sicile deux haures » montagnes, lEtna & l'Eryx; » la première eft confacrée à » Vulcain, & lautre à Vé- » nus.» Polybe place Eryx entre Drepanum & Palerme; la Ville étoit au fommet, & on y abordoit difficilement. Elle £toit déjà bien déchue, aufli- bien que fon temple, du tems (a) Diod. Sicul. p: 238: (8) Pau£. p. 386, pe S45- (c) Strab, pag. 272.273. S0lin. pag. : 80. Pomp, Mel, pag. +51, Diod. Suid.| . ER ‘139 de Strabon. Cependant, ce temple, ainfi qu'on l’a dit ci- deffus dans l’article d'Erycine, avoit été anciennement en gran- de vénération. Il étroit rempli de femmes que l'on confacroit au culte de la déefie ; & ce n'étoient pas feulement les ha- bitans du païs qui vouoient ainfi leurs femmes, c’étoient aufi les étrangers. On ne fe- ra pas furpris après cela qu’un temple de cette efpèce ne le cédât pas en richefles au tem- ple de Vénus qui étoit à Pa- phos ; c'eft ce qu'aflure Pau- fanias. Il y en a qui font hon- neur à Énée de la fondation du temple de Vénus Erycine ; mais, d'autres l’attribuent à Eryx, roi de Sicile, qui bâtir & la ville & le temple. La ville d'Eryx a fouvent été expofée aux malheurs qu'en- traine la guerre. La trahifon d’un de fes concitoyens fut cau- fe qu’elle tomba au pouvoir d’Imilcon, l’an 396 avant Jefus- Chrift. Elle fut prife depuis par lesRomains, fousla con- duite de L. Junius; & Amil- car l'ayant enfuite afhiégée, la reprit, & la défenditavec beau- coup de valeur, lorfque les ennemis tenterent de la [ui en- lever de nouveau. Lorfque Pyrrhus aborda en Sicile, Eryx pañloit pour la plus forte place que les Car thaginois euffent dans l'ifle. Ce p. 196, 422, 426. Paul: p. 492: Corn. Nep: in Amile, c. 1. Tacit, Annal. L. LV, c 43, Plat, Te I, pe 3975 392 3 428. 1io ER Prince réfolut de la forcer. Quand fon armée fut prête à donner l'affaut, il s’arma de toutes pièces; & s’avançant vers les murailles, il ft un vœu à Hercule, & lui promit un facrifice & des jeux pu- blics, pour honorer la valeur, ff dans certe journée, par dé grandes aétions, ilfe montroit aux Grecs de Sicile digne de fes ancêtres & de l’armée qu'il commandoit. En même tems, fait donner le fignal par les trompettes, fait écarter les bar- bares de la muraille à coups de trait , & les échelles étant plantées , il monte le premier. Là ileft affailli par une foule d’ennemis; mais, il chafle les uns de Fa muraille, ou les pré- cipite en bas, & à grands coups d'épée, il fait mordre la pout- fiere aux autres, & fe fait au- tour de lui unrempart de morts. Dans ce grand péril, il ne réçut pourtant pas la moindre bleflure ; car, il paroifloir fi terrible aux Barbares, qu'ils n’ofoïent foutenir fa vue; & en cette occafion, il pronva par fes grands exploits quHomère a bien jugé de la valeur, & qu'il en a parlé avec grande <onnoifance, quand il a fait voir que c’eit la feule de tou- tes les Vértus qui a des mou- vemens, des tranfports divi- nement infpirés, des faïllies de fureur, qui, élevent l’homme au-deflus de lui-même. _ _ LR La ville étant prife, Pyrrhus accomplit fon vœu; il fit un magnifique facrifice à Hercule, & donna le fpectacle de toutes fortes de jeux & de combats. T1 fortoit du mont Eryx un fleuve qui s'appelloit auffi de ce nom. Cette montagne eft aujourd'hui nommée Monte S. Juliano, où Monte di Trapani; & la ville, Trapani del Morte, pour la diftinguer de Frapant qui eft fur le rivage de la mer. H ne faut pas confondre la ville d'Eryx avec celle d'Ery- ce, de laquelle parle Etienne de Byzance, & qu’il met auf dans la Sicile. Éryx étoit au couchant de Pifle, au lieu qu'E< ryce étoit au midi oriental du lac des Paliques, à la fource dé la riviere Eryces, dont l'em= bouchure étroit entre le Symæ= thus & le Térias. ERYX, Æryx , E'ouÿ, (a) fils de Vénus & de Butès roi d'un canton de la Sicile. La naifflance d'Eryx fut caufe qu'une partie des Siciliens le choïfirent pour Roï. Il bârit fur une hauteur une ville con- dérable , à laquelle il donna fon nom; & au milieu de la citadelle, un temple qu'il dédia à fa mere, & qu'il enrichit d’un grand nombre de préfens magnifiques. Les honneurs que Vénus recut de fon fils, & la vénération que les peuples avoient pour elle, lui plûrent fi fort, qu’elle aima cetre ville Ca) Diod. Sicul. p. 160, 196. Virg. |l'Abb. Ban. T.- VII. pag. 56. Mém. de “Æneid. L, 1. v. 574 L. V, c. 24, 302. | l’Acad, des Infcript. & Bell, Lerr, Tom. & fer. Pauf, p. 191,285, Myth, par M, IL, Pe 25% T,IX, P: 186 ER Tür toutes les autres, & qu’elle Voulut même porter le furnom d'Erycine. Selon la vérité hiftorique , Éryx n'étoit pas fils de Vénus, mais d’une Sicilienne nom- mée Lycafte, à qui fa beauté mérita le nom de Vénus, ainfi qu'à plufieurs autres femmes dont parlent les Auteurs an- ciens. Eryx s’étoit fait une grande réputation dans le pugilat. Fier de fa force prodigieule, il dé- fioit au combat tous ceux qui paloient chez lui. Il en tua même plufieurs de la forte. Mais, ayant ofé fe mefurer avec Hercule même, il périt par là main de ce héros. Voici comme on raconte la chofe. Quand Hercule fut entré dans les terres de la domination d’E- 1ÿx, ce Prince l’envoya pro- Yoquer au combat. Les prix qu'ils fe propoferent l’un à l’au- tre, furent le fujer d’une dif- pute, Car,.Eryx ayant offert fon royaume pour prix de la victoire, Hercule lui propofa fes vaches. Eryx fe fâcha-d’a- bord de la comparaifon qu'Her- cule faifoir de fes vaches avec un royaume. Mais, Hercule lui ayant appris que s’il les perdoit, il perdroit l’efpérance de l’immorralité, Eryx accepta le parti; cependant, il fut vain- cu à la lutte, & fes États de- meurerent à Hercule, qui les remit entre les mains des habi- fans, & leur permit d'en re- (4) Pauf, p.40r, roi dé Sicanie. ER TAT cueillir les--fruits, jufqu’2 ce que quelqu'un de fes defcen- dans vint les redemander. Ce. la arriva dans la fuite; car, Doriée le Lacédémonien éranx venu en Sicile long-tems après Hercule , on luirendit ce païs, & ily bâur la ville d'Héraciée, ERMXS Eryxs Sirre, (a) Ce Prince; voyant {a fille Pfophis grofle, & ne pouvant la fouftrir dans fx maifon, l’envoya chez fon hôte & fon ami Lycortas, à Phévée, ville qui avant le rè- gne de Phégéus fé nommoir Erymanthe. Là Pfophis, grofte du fait d'Hercule, fe délivra de deux enfans, Echénhron & Promachus, qui dans la fuite donnerent à la ville de Phégée le nom de Pfophis leur mere. ERYX, Fryx, E'huë, (4? Pun-de ceux-que Perfée chan gea en rocher, en leur préfen- tant la tête de Médufe; moyen que ce héros ne mit en ufäge, que‘ quand il fe vit près de fuccomber fous fesennemis,dans Ja querelle qui lui fur fufcitée au fujet de fon mariage avée Andromèdes Eryx, voyant fes compagnons qui avoienc déjà fubi le fort qui lui étoit réfer- vé, dans une poflure de com- battans, fans cependant avancer ni feulement remuer les bras, commença à les blâmer, &°a leur. reprocher leur: lâcheté. « Non;-non, ieur dit-il, ce » n’eft point la force de {a tête » de Médufe qui vous. rend 1 () Ovid. Metam, L. V. C6: 142 TR » immobiles comme je vois, » c’eit votre crainte, c’elt vo- » tre lâcheté. Suivez-moi feu- » lement avec votre courage » ordinaire, & nous triomphe- » tons fans peine de ce jeune » prélomptueux, qui ne com- . » bat contre nous qu'avec des » armes enchantées.» Comme il voulut s’avancer ; vous euf- fiez dit que la terre l’avoit re- tenu par les pieds; c'étoit une - pierre immobile, & la ftarue d'un homme armé. ERYX; Eryx, É'ovr, (a) fut, felon Velleius Paterculus, le dernier des Archontés d’A- thènes , qui gouvernerent la République pendant dix ans. ERYX, FEryx, £'pue, (8) général Indien. Comme Ale- xandre le grand s’avançoit vers Ecbolime, il fut informé qu’E- ryx, avec Vingt mille hommes de guerre, s’étoit faifi d'un dé- troit qui étoit fur fa route ; c’eit pour quoi, il laïfla Le gros de fon armée à Cœnus, pour le conduire à petites journées ; & s'étant mis devant avec fes frondeurs & fes gens de trait, il donna la chafle aux ennemis, & ouvrit le paflage à fes trou- Se qui venoient après. Les ndiens, foit pour gagner les bonnes graces du vainqueur, ou qu'Eryx leur fût odieux, le tuerent comme il fuyoir, & porterent fa tête & fes armes à Alexandre : qui ne voulut ni _ punir ni récompenfer cette (a) Vell. Paterc. L. I, c. 8. {2}. Q. Curt. L, VII, ç, 12e fé) Joluc, 15, ve 52 action, pour ne point autorifer un fi dangereux exemple. | ES ÆESAAN, Efsan, (c) ville de la Paleftine , qui éroit fituée dans la tribu de Juda. ESACUS, Æfacus, Nico, (d) f1$ de Priam & de la nymphe Alyxothoé, avoit de l’averfion pour les villes & pour le grand monde ; la cour n’avoit point pour lui de délices ; il aimoit plusles champs & les folitudes que lepalais de fon pere; enfin, il ne manquoit ni d’efprit, ni de politefle, & fon cœur né: toit point infenfible à l'amour. Un jour, en fe promenanr, il vit la belle Hefpérie qui féchoit fes cheveux au foleil, fur le rivage du fleuve Cébreéné fon pere ; 1] ne Veut pas plutôt vue, qu'ilen devint amoureux: Mais, d'un autre côté, la nym- / phe ne l'eut pas plutôt apper- çu, qu’elle prit la fuite devant lui. Néanmoins, ce jeune Troyen ne laifla pas de la pour- fuivre , aufli léger par fon amour, qu'Hefpérie l’étoit par fa crainte. Mais, comme elle fuyoit aveuglément , & fans prendre garde où elle pañloir, lle marcha fur un ferpent qui étoit caché fous Pherbe; & ce ferpent qu'elle prefla, la mor- dit auflitôt au pied, & répan- dit fon venin par tout le corps de cette nymphe. -Aïinfi, en un même inftant, elle ceffa (d) Ovid. Metam. L. If. c. 10. Myth. par M. lPAbb. Ban. Tom, VII p, 284 T, VI, p, 75, & fin, | ES de Fe & de vivre; & Efa- cus qui la vit tomber, la trou- Va morte aufhitôt qu'il fut au- près d'elle. Il l’embrafle, il fe défefpere , il fe repent de l’a- voir fuivie. « Mais, dit-il, je > nappréhendois pas ce mal- _»heur, & je n’avois pas en- » vie de vaincre à des con- > ditions fi cruelles. Nous fom- » mes deux qui t’ayvons tuée, » le ferpent ta donné le coup, » & j'en ai donné l’occafion; » j'avoue toutefois que je fuis » le plus criminel. Mais, fi » jai été ton meurtrier, je » ferai aufi ton vengeur ; ma > inort ira te porter les con- » folations de la tienne. » Il n'eut pas plutôt parlé, qu'il monta fur une roche que l’eau avoit ronpée par deflous, & de-là il fe précipita dans la mer. Mais, Théris qui en eut Pitié, le reçut tout doucement, le revêtit de plumes , tandis qu'il flottoit encore fur l’eau, & ne lui permit pas de mou- tir; c'eft-à-dire , qu’elle le changea en plongeon. Îl ne fert de rien de quitter la cour & de chercher les fo- litüdes pour fe dépouiller des pañions, fi l’on ne fe dépouil- le de foi-même. Nous ferons dans les déferts ce que nous 4 + . Ü étions parmi le monde, fi nous Y portons nos anciennes incli- nations. Ce n’eft pas le lieu qui nous change , c’eft feule- ment la raifon, quand nous fa- Vons ]a mettre en ufage. Au- trement, nos tyrans nous fui- VIOnt par-tout, je veux dire PS 1 nos paflions, & le moindre cb- .jet les réveillera & leur don- néra de la force. Voilà, ce femble, ce que nous apprend la fable d'Efacus, qui préféroit le féjour de la campagne à ce- ui de Ja cour & de la ville, & qui néanmoins, comme Ovi- de le témoigne, avoit de lin clination à l'amour. Fn-effer, il n'eut pas plutôr vu Hefpéris, quil en devint amoureux, & que cet amour le perdit. On feint, au refte, qu'en le fuyant Hefpérie fur piquée par un ferpent, & qu’elle mou- rut de cetté piquure. Qu’ap- prendrons nous de cette mort, & quel bien tirerons nous du . malheur de cette nymphe? ÿ en a qui penfent qu'on vent apprendre par cette aventure aux filles & aux femmes à ne point fe laïfler cajoller par Les Grands ; que leurs carefles one toujours dangereufes, que quoi- qu'on les fuie, on ne laiffe pas de réveiller la médifance, qui eit figurée par le ferpent qui mord Hefpérie; car-fi la mé- difance ne laïfle-pas de parler quand elle n’a point d'occafon, que ne féra-t-elle pas quand on l’ifrite, c'eft-à-dire, quand on lui donne fujet de parler» Elle ne regarde pas fi une fille prend la fuite, elle regarde feulement celti qui pourfuit ; & comme elle donne un mauvais fens à toutes chofes , elle fair pafler une vertueufe fuite pour une feinte vicieufe. Elle fera croire que cette fuite fe fair d'intelligence avec celui qui \ T44 ES pourfuit; elle perfuadera cent autres chofes qui font aifément juger que la médifance eft un ferpent , dont les moindres piquures font mortelles à l’hon- neur des filles & des fémmes. Enfin, Efacus même périr dans la pourfuite de fon amour, pour montrer que de femblables paflions font ordinairement fu- néites aux Princes , & que fi elles ne touchent à leur vie, elles bleflent toujours leur loire. Apollodore dit qu'Efacus * étoit fils de Priam & d’Arisbe, fille de Mérops, fa première femme; que fon pere Jui fit époufer Stérope; que cetre Princefle étant morte fort jeu- ne, il en fut fi afhigé, qu'ii fe précipita dans la mer. Cet Au- teur ajoûte que Priam ayant répudié. Ârisbe , pour époufer Hécube, fille de Cifléus, Efa- cus, Voyant fa belle-meregroffe de fon fecond fils, avoit prédit à fon pere que cet enfant feroit un jour la caufe d’une guerre fanglante , qui cauferoit la rui- ne de Troye, & que fur cette prédiction, l'enfant fut expofé fur le mont [da. Fzetzès ajoûre qu'Efacus avoit dit à fon pere qu'il falloit faire mourir la mere & l'enfant qui venoit de naître ce jour-là; & que Priam, informé que Cilla, femme de Thimoëtes, étoit ce même jour accouchée d’un fils, il la ft mourir avec fon enfant, croÿant _par-là pouvoir éviter l'effet de Ca) Homer. Hymn, in Apoll, ES la prédiction. Servius, fr l'autorité d'Euphotion, conte la chofe-de la même manière: mais un ancien Poëre, cité par Cicéron, au premier livre de la divination, dit que ce fut l’oracle de Zélia, petite ville au pied du mont Îda, quiren< dit cette réponfe, en inter- prétation du fonge d'Hécube Paufanias, dans fes Phociques, prétend que c'étoit la Sibylle Hérophile qui avoit interprété ce fonge, & plufieurs autres Auteurs en donnent la gloire à. Cafflandre. Quoi qu'ilen foir, Apollodore nous apprend en- core qu'Efacus avoit appris à prédire l'avenir, de fon grand: pere Mérops. I! en laiifa ap- paremment les principes dans fa famille, puifque nous voyons que Caffandre & Hélénus l’exer- cerent dans la fuite. ESAGÉE y Æjagea, A'ideyie, (4) nom d’une montagne, dont il eft parlé dans l'hymne pour Apollon, qu’on attribue à Ho- mère. . ESAR, Æfar, on Esarus, Æfarus, (b) Heuve d'{ralie, au païs des Bruttiens. Il eft fair mention de ce fleuve dans Ovi- de.. C'eft aujourd’hui l'Efaro;, au royaume de Naples, dans la Calabre ultérieure. Il fort de l'Apennin, & fe perd dans la mer Tonienne, auprès de Crotone. - ESARUS, Æforus, Foy Eïar. C1. 3 {b) Ovid, Metam, É; XV: ESAU, ES. . ESAU, Efai, Eva, (a) fjs d'Ifaac & de Rebecca, naquit lan du monde 2168, & 1832 avant Jefus-Chrift. Lorfque le tems des couches de Rébecca fut arrivé, elle fe trouva grofle de deux jumeaux; & celui qui fortit le premier, étoit velu comme une peau ; ce qui lui fit donner le nom d'Efaü ,-com- me qui diroit un homme fait, un homme parfait. Quelques- uns dérivent le nom d’'Efaü, de l'Arabe Gefcha ou Geftheva | qui fignifie un cilice. Lorf- Qu'Efaü fur devenu grand, il S'exerça au labourage & à la chafle; & Ifaac fon pere avoit pour lui une tendrefle particu- lière , parce qu'il lui faifoir manger de fa chaffe. Lorfqu’é- : “tant Encore jeune il revenoit un jour de la chaffe abattu de travail & preffé d’une grande faim, il trouva que fon frere faifoir cuire des lentilles pour fon dîner. Elles lui parurent fi rouges & fi bonnes, que l'exrré- -me Envie qu'il eut d’en manger, ft qu'il le pria de les lui don- ner. Mais Jacob, qui vitavec quelle ardeur il les défiroit , lui dit qu'il ne les Ini donne toit qu'à condition qu’il Jui téderoit. fon- droit d’aîneffe. Efaü en demeura d'acord, & le lui promit avec ferment. De Jeunes gens de leur Âge fe moc- Querent de la fimplicité d'Efaü; & à caufe de cette couleur < : ES » r4s- rougé des lentilles, ils lui don: nerent le nom d’Édom, qui en Hébreu fignifie roux, &le païs où il s'établit depuis, confer- va ce nom. Mais, comme les : Grecs adouciflent Les noms, pour les rendre plus agréables, ils l’ont nommé Idumée, Efaï, âgé de quarante ans, époufa deux femmes Chana= néennes ; l’une nommée Judith, fille de Béérile Héthéen, & l’autre, Bafemath, fille d'Elon ; du même païs. Îl ne demanda point la permiffion à fon pere, & il ne la lui auroit jamais accordée, parce qu'il -n'ap= prouvoit pas qu’il s’ailiât avec. des étrangers. Néanmoins , comme-il ne vouloit point. f4- cher fon fils en lui comman- dant de renvoyer fes deux fem mes, il le fouffrit fans lui en parler. Cet homme fi jufte, qui étoit alors accablé de vieilléffe ; & -qui avoit même perdu la vue, fit venir Efau, & lui dit que ne -Pouvant plus voir la clarté du jour , ni fervir Dieu auf exac- tement qu'il avoit -accoûtumé, “ilvouloit, avant que de mourir, lui donner fa bénédidtion: qu'il s’en allât à la chañe, qu’il Jui apportât ce qu'il prendroit, ‘pour en-manger, & qu'enfuite 31} prieroit ieu-de- vouloir toujours être fon protecteur, puifqu’il ne pouvoit mieuxem- ployer le peù-de tems qui lui (2) Gene. c, 25. v. 24, dr frg. c. 26. 1 Judaïc. p. 26. Sr feg. Mém, de P'Acad. V: 34, 39. 0 av, y, 1, leg: c. 32. V. 3. | des Infcript, & Bell. Let, T, I, Pe 129 ARIANE LE Tom. XYL Ve Le ® feg, ©, 35. v. 7 Se 36 V, 2 D feque Jofeph, de Antiq. è € fuir, Ti VIII, P« 120. K 248 ET tems de notre Monarchie ? ETÉOCLE , Eteocles ; (a) Ersoxc , naquit de l’incefte d'Œdipe avec Jocafte fa mere, qu'il avoit époufée fans la con- noître , felon Diodore de Si- cile. Du même incefte naquit encore Polynice, avec deux fil- des, Antigone &lfmene, - Après la mort, ou, fi l’on vent, après la retraite d'Œdi- pe, fes deux fils Etéocle & Po- ‘lynice, convinrent de règner tour à tour. Diodore de Sicile dit que ces deux jeunes Prin- ces ; devenus grands, ayant appris l’opprobre de leur mai- fon ,enfermerentleur pere dans {on palais : après quoi, s'étant rendus maîtres du royaume, ils : Convinrent enfemble qu’ils rè- gneroient tour à tour chacun une année ; convention qui fut la fource de leur haîne & de la guerre qui, felon Paufanias, fut une des plus confidérables qu'il y ait eu parmi les Grecs, pendant les tems héroïques. Elle ft connue fous le nom de guer- -re de Thebes. - Les deuxfreres étant donc con- venus derègnerPunaprès l’autre, Etéocle > Qui étoit l’aîné , monfa fur Le trône le premier ; mais, Pannée étant expirée, il trouva tant d’appas à être le maître, qu'il ne voulut point céder fa place à fon frere, Polynice in- digné fe retira à Argos chez le roi Adrafte, qui lui fit épou- fer fa fille Argie, On dit même : (a) Diod, Sicul, p. 1865 , 186. Pauf. 192: pag, 324,551. Myth, par M. PAbb. Ban, Tom, V. ÿ. 206. T, VIL p. EE qu'Adrafle, pour lui marquef fon eftime, lui promit de le fai re rentrer dans fa patrie, & de le rétablir dans tous fes droits, Dans ce deflein, il envoya Ty- dée en embaflade chez Etéocle, pour lui parler du retour dé. fon frere. On raconte que Tydée , tombé dans une em- bufcade de cinquante hommes, qu'Etéocle , averti du fujet qui l’amenoit, avoit pofée fur fon chemin, les tua tous, & revint à Argos. Adrafte, apprenant cette trahifon , fe prépara à une expédition militaire , & en- gagea dans fon parti plufieurs célebres capitaines de ce rems- à. Mais, cette expédition fut très-malheureufe. Etéocle & Polynice fe tuerent l’un l’autre dans un combat fingulier. Tous les autres périrent aufi de dif férentes manières. Adrafte feul : eut le bonheur de fauver fa vie. Etéocle eut pour fuccefleur. fon fils de Laodamas, qui, jeu- ne encore, fut mis fous la tute= le de Créon de Ménœcée. Le récit que fait Euripide dans fes Phéniciennes, de la mort d'Eréocle & de Polynice, eit un des morceaux les plus travaillés des tragédies de ce Poëte, puifqu'il y peint le com- bat des deux freres avec les couleurs les plus vives & les plus vraies , & qu'il en met toutes les circonttances fous les yeux du fpectateur , avec une netteté & une précifion ad- > fuiv. Mém. de l'Acad, des Infcript, & Bell. Lerr. Tom, IL. P: 413 187310 fuiv. Te V, p. 119. d Jfuiv. - ? » 9 9 3 5» » 3 D) » Er mirables, En voici un abrégé. » Ftéocle & Polynice, dit Euripide , fe battirent d’abord avec la lance. Chacun d’eux examine attentivement les mouvemens de fon ennemi, pour rendre fes efforts inuti- les, & fe couvre avec foin de fon bouclier. Etéocle heur- te contre une pierre, qui l’o- blige de faire un pas en avant & de fe découvrir en partie. Polynice faifit l'occafion de fe préfente de le blefler, ni perce la cuifle avec fa Jance. Dans le rems même qu’il le frappe, il fe décou- .vre l’épaule ; Etéocle profite du moment, & lui enfonce fa lance dans Ja poitrine. Pour fe tirer del’embarras où le met cer accident, il fait hn pas en arrière , & prend une pierre avec laquelle il rompt là lance de Polynice par le milieu ; ainfi, comme ils n’ont plus de lance ni Pun ni Pautre . Je combat rede- vient égal entr’eux. Alors, ils mettent Pépée à la main, & fondent l’un fur l’autre. Leurs boucliers fe touchent, le combat s’échauffe, &ils fe chargent avec la plus grande fureur. Enfin , Etéocle s’avi- fe d’une rufe qui étoit en ufage parmi les Theffaliens, & qui lui étoit connue par le commerce qu l avoit avec ces peuples. Ïl change fon attaque , ül porte fon pied Sgaucheenarrière, , ayant tou- D » » » 3) » » » 3 3) 9 » Le] br] » » 5 2 ” D » 3» 3») » » » 1 ET: 249 jours foin de fe tenir bien couvert; &avançant fon pied droit, L pafle fon épée dans le corps de fon frere, & le traverfe depuis le Sombre jufqu’à l’'épine du dos. Poly- nice en recevant le coup penche fon corps en avant, & tombe fur la pouflière, qu'il teint de fon fang. Etéocle, qui fe croit afluré de la vic- toire , jette fon épée par ter- re , & court fur fon frere pour le dépouiller; ilnes’oc- cupe que de ce foin, & ne prend aucune précaution. C’eft ce qui caufe fa perte. Polynice, qui refpiroit enco- re , qui dans fa chûte n’a- voit point quitté fon épée, la lève, quoique d’une main foible , + plonge dans Île corps d’Etéocle , & lui perce le ie. On les voit étendus tous deux à côté VPun de l’au- tre , fans que la victoire fe foit déclarée pour lun des deux. « ETÉOCLE , Eteocles, (a) E‘reouas , Argien qui futun des chefs de la guerre de Thebes. Euripide en fait le portrait fui vant, » Cet autre, dit ce Poëte, A 7 po] > 2 T5 p» D 32 eft Etéocle , jeune héros, peu favorifé des biens de la for- tune, mais comblé d’honneuts dans lPArsolide: tellement défintéreflé dans les fervices qu'il rendoit à fa patrie , que jamais il ne put fe ré- ‘foudre à recevoir rien de fes amis même, dans la crainçe (a) Mych. par M. PAbb, Ban. Tom, VIL, p. 220. 2ç0 “ET : - » de corrompre tant foit peu fon integre équité, & de fe voir lié par les préfens, I haïfloit les méchans , & non PÉrat; & il diftinguoit la ré- publique de ceux qui la » rendoient odieufe en lagou- vernant mal. « ETÉOCLE , Æreocles, (a) F'recxdñc , Étoit fils d’une fille de Eeucon, & d'Andréus qui vint le premier s'établir dans le païs d Orchomene en Béotie. Mais, felon les Béotiens , il pafloit pour être fils du fleuve Céphifle ; & de- là vient que quelques Poëtes lui ont donné cette qualité. Etéocle, ayant fuccédé à fon pere, foufrit que le païs retint fon premier nom ; il établit feulement deux téibus, dont il nomma l’une la Céphifliade , & l’autre l’Etéo- clée. El donna à Halmus, fils de Sifyphe, un petit canton, où celui-ci bâtit quelques villages qui furent nommés les Hal- inons; mais , dans la fuite, ce nomrefta à un feul village. Les Béotiens difoient qu_E- téocle eft le premier qui fe foit avilé de facrifier aux Gra- ces; ils prétendoient qu'il en reconnoifloit trois ; mais, ils ignoroient les noms qu'il lui lut de leur impofer. ETÉOCLE, Ereocles, (b) Bien, Lacédémonien. Com- me Lyfandre ne tuoit.pas feu- Jement pour fes reflentimens particuliers, mais qu'il fervoit ÿ (a) Pauf. p. sos. Mém, de l'Acad. des Jofcript. & Bell. Lett. Tom. HI. p.xr. Co friv. T.IV,p. 5052 506: 5077, | + encore l'inimitié , la haine @& & l’avarice des amis qu'il avoit dans toutes les villes, & leur aidoit à les aflouvir par lamort de leurs ennemis: on vanta fort un mot que dit Etéocle à ce fajet; fçavoir, que la Grece ne pourroit fupporter deux Lyfandres. Théophraîfte écrit que ce même mot avoit déjà été dit d’Alci- biade par Archiftrate; mais, il ne lui convenoit pas fi bien; car, dans Alcibiade , ce qui déplaifoit le plus; c’étoit une grande infolence avec beau- coup de luxe & de vanité; au lieu que dans Lyfandre la ru- defle de fes mœurs & la cruauté rendoient fa puiflance terrible & infupportable. ETÉOCLE , Ereocles , (c) E’rsonnÿs, Ephore de Lacédé- mone , quirefufa à Antipater, gouverneur de Macédoine , cinquante enfans de la ville; qu’il lui demandoit pour Ôtages, ‘après la défaite d’Agis, roi de Sparte , latroifième année de la 112.2 Olympiade , 330 ans avant Jefus Chrift. Il lui allé- gua pour raifon de ce refus » que c’étoient de jeunes arbres qui devoient être bien cultivés, & qui ne profiteroient point, _s’ils étoienttranfportés ailleurs. Néanmoins, il lui offrit des vieillards , ou des femmes, au double; mais, ÂAntipater, n€ les voulant pas accepter, s’em- porta à des menaces qui né- tonnerent point Etéocle. Il ré- (&) Plut. F. 1. p.442: 444 E(e)Plut:- TL: p. 235 EL : pondit courageufement, que fi Antipater demandoit aux La- cédémoniens des chofes plus difficiles que la mort, il leur feroit plus aifé de mourir que de donner ce qu’il prétendoit. ETÉOCRETES, £teocretes, E’réckpures, (a) nom que Dio- dore de Sicile donne aux pre- . miers habitans de l’ifle de Cre- te. Ce mot fignifie de véritables Crétois, des Crétois indige- nes, Autochthones, c’eft-à- dire, originaires du pais, pés dans le païs. Le nom d’Etéo- cretes fut reftreint dans la fuite à un peuple particulier, dont 1l eft fait mention dans Homère. : Strabon place ce peuple dans la partie méridionale de l'ifle, & lui donne la petite ville de Prafos,où étoit un temple de Ju- piter. EÉTÉONE,, Ereonus , (b): E’reuroc, ville de Grece dans la Béotie,felon Homère. Ce Poëte la qualifie montagneufe, fans doute parce qu'elle étoit fituée dans les montagnes. Ses habi- _tans partirent pour Île fiege de Troye » ce qui prouve l’anti- quité de cette ville. Sitrabon dit qu'elle fut enfuite appellée Scarphe, & qu’elle étoit fituée dans le territoire des Parafo- piens ; ilajoûte cependant que d’autres la mettoient dans celui des Piatéens. Étienne de Byzance en fait une ville d'Eubée; mais, on (a) Diod. Sicul. pag. 230. Homer. Odyf. L. XIX. p, 176, Strab. pag.221 » 475: (ë) Homer, Iliad. L, II, v. 4. Strab. ÊE 5SE foupconne avec bien dela vrai- femblance , que c’eft une faute, & qu'il faut lire la Béotie, au lieu de l’'Eubée. D'ailleurs, Étienne de Byzance aflure , comme Strabon , que cette ville fe nommoit Scarphe de fon tems. ETÉONÉE , Eteoneus, (c) E’reovevs , un des principaux officiers de Ménélaüs, rai de Lacédémone, étoit fils de Boë- thus. Télémaque & Pififtrate étant venus à Lacédémone , & étant entrés , montés fur leurs chars, dans la cour du palais de Ménélaüs, Ftéonée va an- noncer leur arrivée au Prince; & s’approchant, illui dit:» Di- » vin Ménélaüs, deux étran- » gers viennent d'entrer dans » la cour; on les prendroit.ai- » fément tous deux pour les » fils du grand Jupiter. Or- » donnez fi nous irons dételer » leurs chars, ou fi nous les » prierons d'aller chercher aïl- » leurs des hôtes qui foient en » état de les recevoir. « Ménélaus , offenfé de ce dif cours, lui répondit: » Fils de » Boëthus, jufques-iéi vous ne » m'aviez pas paru dépourvu » de fens ; mais aujourd’hui je » vous trouve très-infenfé de » me venir faire une telle de- » mande. En vérité, jai eu, » grand befoin moi-même de » trouver de l'hofpitalité dans » tous les païs que j'ai traverfés 298; 408 ; 409. (c) Homer, Odyff, L. IV, ve 22. & eg: = 2S2 ET > pourrevenir dans mes États: » veuille le grand Jupiter que » je ne fois plus réduit à lé- » prouver, & que mes peines » foient finies. Allez donc 2 promptement recevoir ces » étrangers, & les amenez à » ma table. « : Sur le champ, Eréonée part fans répliquer , & il ordonne aux autres efclaves de le fui- vre. {ls détellenr les chevaux, qui étoient tout couverts de fueur, les font entrer dans de fuperbes écuries, & leur pro- diguent le froment mêlé avec la plus belle orge. Ils mettent les chars dans une remife dont l'éclat éblouiffoit les yeux; & enfuite ils conduifent les deux Princes dans les appartemens , ouils furent très-bien traités. ÉTERNITÉ, Ærernitas , (a) fut adorée comme une déefle dans l’antiquité.On la voit fou- vent figurée fur des médailles, mais en des, manières tres-dif- férentes. Dans une médaille de Tite, l'Éternité eft repréfentée en femme qui tient la tête du Soleilrayonnant, & celle de la Lune. Il n’eft rien qui repré- fente mieux l’Éternité que le Soleil, dont le cours ne de- voit jamais cefler , felon l’opi- nion de la plüpart des Payens. Dans une autre d’Adrien, la emme tient d’une main la tête du Soleil, & de l’autre celle de la Lune. Comme cette image eft affez commune, je croirois ET volontiers, dit D. Bernaxd de Montfaucon ; que c’étoit en cette manière qu'on repréfen= toit ordinairement la déefle Éternité , & que lesautres figu= res qui portent le nom d’Érer- nité fur les médailles, n’en font que des fymboles. Ce qui me confirme dans cette opinions pourfuit -il, eft que Rome Éternelle, dans une médaille du même Adrien, tient aufh la tête du Soleil rayonnant. Une autre médaille de Tite, donne une image de l’Érernité, fort différente de la précédente. Un Maïs Gradivus, c'eft-à-di- re, dans l'attitude d’un homme qui marche, porte de fa main gauche un trophée, & de la droite une pique , pour mar= quer que les victoires & les trophées de Tite étoient confa- crés à l'Éternité. Outre les figures de femmes qui portent à la main une tête du Soleil rayonnant avec l'inf- cription Ærernitas, on en voit deux dans les médailles de Fauftine Mere , avec la même infcription, qui ont à la main droite un globe , furlequel eft un oifeau rayonnant, quon croit être le phénix, mis pouf fymbole de l’'Éternité, à caufe qu'il fe renouvelle toujours, & arrive par ce moyent à l’im- mortalité, Son hiftoire paie pour fabuleufe ; ce qui n’empé- choït pas que les Payens , qui la regardoient comme vérita- (a) Antiq. expl. par D, Bern. de par M. P'Abb. Ban, Tom. V, p. 3153 Montf. Tom, 1. pag. 3312: 332. Myth. l216, ail ln déni di cn AE di: -dhitet God le ds de dif ET ble, n’en fifént un fymbole de l'Éternité:Dansune médaille de Carin, outre le phénix qui eft fur la main de la femme , il y en a un autre à fes pieds ; ils font tous deux fur un globe. Sur les médailles de l’impé- fatrice Fauftine , elle eft repré- fentée, tanrôt renant une main étendue , & un bâton ou fcep- tre dé l’autre; tantôt tenant un globe d’une main, & une pique de l’autre; quelquefois avec üne torche , d'autrefois elle tient le globe d’une main, & de Pautre elle fe couvre la tête d’un voile; ou elle tient le globe dé la gauche, & étend la droite. Cette infcription Æternitas {e mettoit ordinaire- ment après que l'Empereur ou lPimpératrice étoient morts, pour la confécration ou l’apo- théofe ; car, lés Romains déi- fioient aufh leurs Empereurs dés funts. On voit Fauftine Mere dans un revers, aflife fur un globe couvert d'étoiles; & dans un autre , montée fur un char tiré par deux éléphans, avec -Pinfcription Æfernitas; dans. une autre , montée fur un char tiré par deux lions, elle a comme Cybele une couronne mürale ou tourelée. Dans une de Fauftine la Fille, l'impéra- trice monte au ciel, & une femme aîlée tient une torche. On trouve encore Fauftine la Fille fur un globe , entre deux. femmes quife couvrent d’un Cay Myth: par M. PAbb. Ban. Tom. ET 253 voile, avec l’infcription Æterni- Las: : L'Éternité eft auffi défionéé dans une médaille de-l'Empe-, reur Philippe, par un éléphanr, fur lequel eft monté un petit garçon qui tient des fleches. On dit que l'éléphant eft pris pour fymbole de lÉrernité à: caufe de fa longue vie. Dans Pofthume , l'Empereur. eft couronné par Hercule, & cela-pour marquer la durée fu- ture de fon empire. L’infcrip- tion eit Æfernitas Aup. ETERNUMENT , Sternu- tementum, Sternutatio. (a) L’an- cienneré & l'étendue de la coûtume de faire des fouhaits en faveur de ceux qui Érer-- nuent , ont engagé les littéra= teurs à rechercher curieufe- ment, d’après l'exemple d’A- riftote, fi cet ufage tiroit fon origine de la religion, de la fuperftition, des raifons demo- rale ou de phyfique. Mais , toutes les recherches qu’on a faites à ce fujet, ne laiflent à défirer que la vérité où la vraifemblance. Il faudroit êtré aujourdhui bien habile pour deviner fi dans les com- mencemens l’on a regardé les Éternumens comme dangereux, ou comme amis de la nature ; chaque peuple a pu s’en for-. mer des idées différentes, puif- que les anciens médecins mé- mes ont été partagés; cepen- dant, ançcun d'eux n'a adopté Mém. de l'Acad. des Infcript, & Bell, 1. p. r4s , 146. Antiq. explig. par D,/{Lertt, Tom, IV, pag. 325. &: fuiv. Bern, de Montf, Tom, If, pag, 26$, f / { 254 ET le fyffême de Saint Clément d'Alexandrie , qui ne confidé- roit les Sternutations que com- me une marque d’intempérance & de molilefle ; c’eft un fyftème à lui tout feul. … Laiflant donc à part la caufe inconnue qui a pu porter les divers peuples à faluer un mouvement convulfif de la refpiration, qui n’arien de plus fingulier que la toux & le ho- ‘quêét, il fufhira de faire quel- - ques obfervations fur cetufage. On fçait d’abord que les Grecs avoient différentes for- mules de complimens pour fa- luer ceux qui éternuoient. La plus fimple & la plus commuue étoit celle de {li, vivez , com- me nous en affure Olympiodo- re dans fon commentaire fur le Phédon de Platon. C'eft préci- fément la même dont les Juifs fe fervent de tout tems dans les mêmes occafions , & le falve des Latins ; ils employoient auffi.celle de Zeu oo , Jupi- ter vous conferve. I paroît même d’après quelques monumens, qu’ils ne fe contentoient pas, comme nous, de former ces fouhaïits pour les autres , ou de les recevoir, mais qu'ils s’en faifoient eux-mêmes Papplica- tion, apparemment quand ils étoient feuls. Ces honnèêtetés faifoient auffi chez les Romains un des de- voirs de la vie civile, Srernu- tamentis falutemur ; ce font les paroles de Pline, & il ajoûte comme une chofe fingulière , que l’empereur Tibere, avec ET toute fa gravité, ne laifloit pas d'exiger cette marque d’atten- tion & de refpect de ceux de: fa fuite, même en voyage & dans fa litière ; ce .qui femble fuppofer que la vie libre de la campagne , ou les embarras du voyage les difpenfoient ordi- nairement, de certaines forma- lités attachées à la vie citadi- ne. Dans Pétrone, Giton, qui s’étoit caché fous un lit , s'étant découvert lui-même par un Éternument , Eumolpus lui adreffe aufli-tôtfon compliment, falvere Gitona Jubert ; &t dans Apulée femblable contre.-tems étant arrivé plufeurs fois au galant d’une femme qui avoit été obligé de fe retirer dans la garde-robe , le mari dans fa fimplicité, fuppofantque c’éroit fa femme , folito fermone falutem, ei precabatur, faifoit des vœux pour fa fanté, fuivant l’ufage. Ceux qui ont fuccédé aux Grecs & aux Romains dans les trois parties du monde, foit qu'ils aient reçu cette politeflé d'eux ou de leurs ancêtres, lont gardée religieufement jufqu'à ce jour fans aucuneex- ception, à la réferve peut-être de quelques Anabaptiftes ou Trembleurs d'Angleterre, qui ont étendu leur réforme cha- grine jufque fur cet acte de cir _vilité , comme fur un refte de fuperftition payenne; mais, cette exception,bien.loin d’in- firmer la règle, la confirme, & cette fingulariré affedtée ne doit être regardée que comme un entêtement bizarre , qui ne ET tire à aucune conféquence con- tre le confentement unanime du trefle du genre humain. Afin que rien n’y manque, il ne fera pas inutile d’ajoûter ici les fuffrages des habitans de l'extrémité de l'Afrique, & mè- me dunouveau monde , peuples certainement inconnus aux Grécs & aux Romains. Les relations du Monomotapa nous aflurent que quand le roi du païs éternue, rous ceux qui fe trouvent dans le lieu de fa ré- fidence,ou aux environs,en font informés dans le même inftant , où par certains fignaux, ou par certaines formules de prie- res qui fe font tout haur en fa faveur, & qui paflent fuccefli- vement de la cour à la ville, & de la ville dans les fauxbourgs, de manière que l’on n’entend re- tentir de tous côtés que des vœux folemnels pour la fanté ‘du Prince , & des efpèces de vive le Roi, qu'ils font obligés de dire hautement chacun dans leur langage. Maïs , ce qui pa- voit plus étonnant, c'eft que les - Efpagnols ont trouvé cette po- litefle érablie dans le nouveau monde , s’il en fautcroire l'hif- toire de la Conquête de la Flo- ride, dont l’auteur nous aflure que le Cacique de Guachoia ayant eternué en préfence de Soto , les Indiens de fa fuite s’inclinerent aufli-tôt devant lui, étendirent leurs bras, & Iui donnerent à leur manière les marques ordinaires de leurs refpeéts, priant le Soleil dele défendre, de l’éclairer, & d’ê- mnatürel , : ET DS. tre toujours avec lui. Ces exem- ples en difent beaucoup, & nous marquent aflez inrelligi= blement d’où cet ufage peutve- nir; que ce n’cit ni un effet de l'éducation, ni de l’imitation, ni de latradition, qu'il naît & our ainfi dire, aVecnous , & qu'il fort du fein même de la na tite. La fuperftition, qui fe ghfe par-tout , ne nianqua pas de s’introduire dans ce phénomene _& d'y trouver de grands myftères. Dans tout le corps du paganifme le plus ancien, chez les Égyptiens, chez les Grecs, chez les Ro- mains , C'étoituneefpèce de d1- vinité familiere , un oracle am-. bulant, qui, dans leurs préven- tions , les avertifloir en plu- fieurs rencontres du parti qu'ils devoient prendre, du bien ou du mal qui devoir leur arriver; les Auteurs font remplis de. faits qui juftifient clairement leur attention extrême là-defflus, & leur vaine crédulité. Xéno- hon harangue fes troupes ; un de fes foldats érernue précifé- ment comme il les exhortoit avec chaleur à prendre une ré- folution hazardeufe , mais qui lui paroïfloit néceflaire ; toute l'armée, d’un mouvementunani- me, adore Dieu, ditl'Hiftorien, & lui-même, faififlantl'occafion, conclut en habile homme, qu'ik falloit offrir fur le champ des facrifices d'aétions de graces: au dieu confervateur , qui les avoit déterminés par ce fignal à fuivre les confeils faluraires 556 ET de leür Général. Dans Homère, Pénélope fatiguée des afliduités importunes de fes amans , fait des imprécations contre eux & des vœux pour le retour d'U- 1yfe ; Télémaque l'inteérrompt par un dé ces Éternumens au- thentiques, qui ébranlent toute une maifon ; la Princefle s’aban- donne à des tranfports de joie, & fon confeil entrant dans fon fens, regarde cet accident com- me une aflurance infaillible de l'accompliflement de leurs fou- haits. Ce fameux démon de Socrate , qui lui marquoit pré- cifément le chemin qu’il devoit fuivre dans certains états am- bigus aflez fréquens dans l'ufa- ge de la vie, qui ne préfentent à droite & à gauche que des incertitudes ou des probabili- tés, ce démon prétendu, n’étoit ni un fylphe, ni un falamandre, ni un génie, ce n'étoit que l'É- ternument, sl en faut croire Polymnis chez Plutarque. - Mais, où ce fymptôme étoit particulièrement décifif, c’étoit dans le commerce des femmes & des jeunes gens. Dans Arif- ténète , Parthénis, jeune folle entêtée de l’objet de fa pañlion, après plufieurs combats & de longues irréfolutions , fe dé- termine enfin à expliquer fes fentimens par écrit à fon cher Sarpédon; elle éternué dans l'endroit de fa lettre le plus vif & le plus tendre; c’en eft aflez pour elle; cet incident lui tient lieu de réponfe, & lui fait juger que dans le même inf tant fon cher Adonis penfoir à +. ET elle fur le même ton, commet cette opération du cerveau, en concours avec l’idée d’uh fujet agréable, étoit une marque cer- itaine de l’union que la fympa- tie établit entre les cœurs. Par la même raïfon, les Poëtes Grecs & Latins difoient des jolies perfonnes, que les Amours avoient éternué à leur naiffance Après cela, il y avoit plu- fieurs obfervations à faire pour démèler les bons d’avec les mauvais. Quand la Lune étoit dans les fipgnes du Taureau, du Lion, de la Balance, du Ca= pricorne , ou des Poiflons, c’é= toit un bon augure ; dans les autres’, mauvais ; le matin , de- puis minuit jufqu'à midi, fa- cheux pronoftic ; favorable au contraire, depuis midi jufqu'à minuit; pernicieux en fofrtant : ‘du lit ou de là table; il falloit s’y remettre, & râcher , ou de dormir, ou deboire, ou de man- ger quelque chofe, pour chan- ger ou rompre les loix du mau- vais quart d'heure. fs tiroient auf de femblabies inductions des Éternumens fimples oure- doublés , de ceux qui fe fai- foient à droite & à gauche, an commencement ou au milieu de l'ouvrage , & de plufieurs au- tres circonftances dont le dé= tail feroit long & ennuyeux. Dans tous ces faits & toutes ces préventions, on ne peut pas nier qu’il n’y eût de la fo- lie & de la fuperitition ; il peut bien fe faire aufli que le menu peuple, rempli de ces préjugés, en mêloit quelques grains e (SE ET Les civilités & dans les vœux qu'il formoit en faveur de ceux qui éternuoient ; mais, c’étoit un abus populaire, dont les gens fenfés & les perfonnes rai- fonnables ne faifoient que rire, comme on le peut voir dans Cicéron , dans Séneque , & même dans les Auteurs comi- ques. ETES, Ætes, An, (4) Athénien, que Démofthène, -dans faharangue contre Nééra, qualifié Cériade. C'eft parce qu'il étoit de quelque bourg de lAttique, qui portoit ce nom. ETÉSIENS., Etrefie, forte de vents. Les Anciens don- noïent le nom d’Étéfiens, du terme Grec éryorc, qui fignifie anniverfaire, à des vents dont le fouffle fe faifoit fentir régu- lèrement chaque année, &ra- fraichifloit l'air pendant fix ou fept femaines, depuis ie folfti- ce d'été juïque dans Ja canicu-. le. Le règne des vents Étéfiens Étoit annoncé par ceux que l’on nommoit prodromes ou précur- feurs, durant quelques jours. Ces vents, mettant de la tem- pérature dans l’air pendant la faifon des chaleurs, la plus Commune opinion veut qu'ils fouMent de la bande du nord £ & c’eft ainfi que le vent de nord étant le traverfier des bouches du Nil, dont le cours _€n général eft du midi au fep- tentrion, les Anciens attri- buoient aux vents Étéfiens , (4) Demofth, Orat. in Neær, p. 867: Zoi, XVI. ou pendant Juin & Juiller, le re fluement des eaux du fleuve > qui pouvoit contribuer à fon débordement régulier dans la même faifon. Le rhumb de ce ventn'eift pas néanmoins telle- -ment fixé à cette région du mon- de, quil ne participe de plu fieurs autres ; & le nom d’Eté- fiens eft appliqué à des vents venant du couchant comme du feptentrion. C’eft pour cette railon que dans plufieurs Au teurs anciens, les Étéfiens font déclarés favorables fur la Mé. diterranée, à ceux qui font route d’occident en Orient ; & accufés d'être contrairespourla route oppolée. C’eft ainfi qu'on. peut entendre les vents Été- liens dans quelques endroits de Cicéron & de Tacite. Ariftote où l'auteur Grec, quel qu'il foit, du traité intitulé Ze Monde, dit formellement que les Éré- fiens tiennent également. du vent Gepupes comme de l’épéros ; & Diodore de Sicile étend la bande des vents Étéfiens juf= qu'au couchant d'été. Ontrou- vé même dans Pline & dans Strabon, d’après Pofdonius $ que des vents foufflant de l’eft font appellés Étéfiens : mais , 14 eit conftant qu'en cela ils s’é- cartent de l'idée la plus Sénéra- le-qu’on doit avoir des vents Étéfiens ; & certe communica- tion du nom d’Étéfiens à des : vents étrangers à la région ordinaire des Éréfiens, ne peut être admife ou autorifée, qu’au Z R 264, ÉT Altoria, nom, qui, dans les Auteurs.anciens, eft commun à . divers païs, tant de l’Afe que de l’Afrique. . Les Grecs nommoient en gé- néral Ethiopiens tous les peu- ples qui ont la peaü noire ou bafannée. On croit ordinaire- ment que l'Ethiopie eft défignée par le mot de Chus, dans quel- ques livres de l'Ancien Tefta- ment. M. Huet, dans fon traité de la fituation du Paradis Ter- reftre, le prouve contre le fça- vant Bochart qui l’avoit nié. Bochart prétend que £zd, dont il eft parlé dans lfaïe, eft l'E- thiopie des Grecs ; & que les Ethiopiens fontnommés Ludéens par Jérémie. Il en apporte di- verfes preuves qui ne font guè- re que des convenances peu dé- cifives. I: Il eft certain que les An- ciens ont donné quelquefois le nom d’Indiens aux peuples de lEthiopie : Ufque coloratis amnis devexus ab Indis , dit Virgile en parlant du Nil: Ultra Garamantas & Indos Proferet imperium , dit le même ailleurs, en par- ant d’Augufte qui avoit efedi- vement conquis quelques villes d’'Ethiopie, & obligé ces peu- ples à Jui demander La paix par des ambafladeurs. Élien met des Indiens auprès EE des Garamantes dans ta Libye, & en conférant ce paflage avec un autre d'Hérodote, on voit ; quil s’agit là de l'Ethiopie. Dans Procope, l'Ethiopie eft nommée Inde, & on pourroit montrer, par un grand nombre de paflages des anciens Hifto- tiens Ecciéfiaftiques, qu’on ne lui donnoit point alors d'autre BOIMm. On peut apporter plufeurs raifons de cette expreflion: 1.9 Lareflemblance qui étoit anciennement entre les Ethio- piens & plufieurs nations. Hé- rodote diftingue deux fortes d'Ethiopiens ; les uns Orien- taux, qui habitoienr au milieu. des Indes, & fervoient avec eux dans les trounes de Darius & de Xerxès ; les- autres Oc- cidentaux., qui demeuroient au midi & à l'occident de PEgyypte ; les uns & les autres étoient également. noirs, & différoient feulement par le langage &c la forme de leurs cheveux, les Ethiopiens d’A- frique les ayant extrêmement crépus comme les Nesres, au lieu que ceux de l'Inde les avoient noirs, longs & rudes commé du crin. 2.° L'origine des Ethiopiens voifins de l'Égypte; car les Indiens croyoient fur une an- cienne tradition , que les noirs ou Ethiopiens de l’inde avoient abandonné leur païs pour paf fer en Afrique, où ils avoient p: 9843 985. Tom. IT, p. 994: Mém. de} IV, p. 597. dr fuiv. Tom. V. pag. 318 Acad: des Infcript. & Bell, Lett. Tom: © fuiv. T. VI. p.97, T, VIE p, 81. Le pag. 104, T, Lil pag. p, 123, 124: T 5 ee EE. peuplé PEthiopie, après en avoir chañlé les Égyptiens : c’eft Jarchas, Philofophe Indien, qui Paflure à Apollonius dans Philoftrare , & ce Philofo- phe Pythagoricien en paroît fi perfuadé, que dans la fuite _il-parle aux Ethiopiens fur ce principe. Eufebe & George le Syncel- le, après d'anciens Hifioriens, font mention de cette migration des Ethiopiens, & en placent. le rems fous le règne d'Améno- phis, pere du fameux Séfofiris, c'eft-à- dire, dans les pre- miers tems héroïques de la Grece. Cette migration des Ethiopiens de l'Inde dans l’A- frique ; n'eft peut-être pas tout- ä-fait à rejetter; car, les Ethio- -piens où Abyfins different des Negres par leur langue, par leur chevelure , & même par la couleur de leur teint & les traits de leur vifage , quand On lès examine de près ; les Abyflins ont des cheveux, & non de la laine , & le teint brun - olivâtre avec des taches - noires, & non entièrement noir comme: les Negres. I eft vrai qu'aujourd'hui on ne trouve plus de véritables noirs dans la prefqu'ifle de linde, la feulé partie.de ce païs qui alt été connue des Grecs ; LUE outre que le témoignage d'Hérogote eft précis, les nou- velles découvertes nous ont appris que prefque toutes les iles méridionales de lInde font remplies de Noirs, ce qui a fait croire à de très-habiles LE 26$ gens, que ces Noirs à Tongs cheveux font les anciens & na- turels habitans de linde. Les Portugais donnent Île nom de Noirs aux Canarins, voifins de Goa, & il femble que les ancêtres de ces Cana= rins ont été de véritables Noirs, dontle mêlangé avec les Arabes & les Indiens blancs a-altéré la couleur. … Les Anciens, voyant donc que les Ethiopiens d’Afrique & plufieurs nations de l’inde fe reflembloïent dans un point auffi effentiel que cette noir- ceur radicale, qui, fe remar- quant dans les enfans quelques inftans après leur naïffance, ne peut être attribuée à l’ar- deur du foleil, & fçachant par une tradition confufe, que ces peuples avoient une.même ori- gine, ils confondirentc leurs noms, & les employerent pref- ue comme fynonymes , nom- mant Indiens les peuples de l'Ethiopie, ainfi que nous l’a- vons prouvé ci-deflus , & Ethiopiens les Noirs de l’Inde, ainfi que fait Hérodote qui les appelle A’méalou drarenéor Al Qirec. ÏF-paroît même, par un en- droit des Scholies d'Euftathe fur Denys de Charax, que lon avoit étendu cet ufage jufqu'à la haute Égypre, & qu'on lui donnoit quelquefois Le nom'd'In- de ,, aufüi-bien que celui d'E- thiopie qu'elle porte fouvent de l'aveu de tout le monde. I. L'Ethiopie, à ne confi- dérer que celle qui étoit ren- D LL fermée dans l'Afrique , étoit divifée par les Anciens én di- verfes manières, fuivant Héro- dote & plufieurs autres ;| elle étoit partagée en deux le long des côtes du golfe Arabique, & même au-delà. Une partie de la grande Péninfule de lA- rabie faifoit l'Ethiopie orien- tale, & ce qui eft entre ce golfe & le Nil, & par confé- quent en Égypte, formoit l’oc- cidentale. Pline divife auf les Ethiopiens en Orientaux &. Occidentaux ; mais, il les place tous dans l'Afrique ; & cite Homère comme garant de cette divifion. M, Huet allégue le même Poëte , & prétend que lorient & l'occident de l’Ethiopie fe doivent prendre, par rapport à la mer Rouge. Ce qui favorife le fentiment de M. Huer, c’eft que Séphora, femme de Moïfe, qui étoit de Madian, fur la mer Rouge , eft nommée ChufiteouEthiopienne. Pline remarque que VE- _thiopie fur d’abord nommée Æthéria. Héfychius dit A'epla; & comme, fuivant la remarque du P. Hardouin, cé nom a été auff donné à l'Égypte, peut- être leur étoit-il commun, lorfque les Égyptiens étoient les maîtres de l'Ethiopie. Pline ajoûte qu'elle fut enfuite ap- ellée Atlantia, & peu après Re » du nom d’Ethiops fils de Vulcain. L'efprit fabu- leux eft inépuifable ; & fi un païs a eu quatre ou cinq noms voilà quatre .ou cinq Princes dont il faut imaginer La naif- EE fance, la généalogie & lhif toire. Pline a fans doute pris des Grec le prétendu Ethiops fils de Vulcain. L’érymologie n’eft-elle pas plus naturelle, fi l’on obferve qu'Aïlw , mot Grec, veut dire brûler, & :QY le vifage, c’eft-à-dire ; vifage brûlé, ou noirci par les ardeurs du foleil. La divifion que Plorémée nous fournit eft préférable aux autres , parce que c'eft la plus diftinte, fa méthode n’admettant point de defcrip- tions coufufes, & quil a pro- fité de ceux qui avoient écrit ‘avant lui. Îi diftingue donc l'E thiopie entrois parties, qu'il traite en autant de chapitres. 1.° L’Ethiopie fous l'Égypte, : qui répond à peu près à la Nubie , à l’Abyfinie, & fous laquelle il faut ranger la Tro- glodytique des anciens, qui eft aujourd’hui la côte d'Abex. C’eft proprement à cette par- tie de l'Ethiopie , que l'on à donné le nom d’/ndia, dans l'antiquité. 2.0 L’ifle de Méroé, dontil eft traité amplement dans fon article particulier. 3.2 - L’Ethiopie intérieures Ce païs comprend tout ce qui étoit au midi du fleuve Niger; c’eft-à-dire aujourd'hui , du Sénégal & du Niger , & au cou- chant méridional de l’Abyffnie. Il appelle Barbarie une pro- vince dont Rapra étoit a capitale, qui répond aujour- d’hui au Zanguebar. Îl nomme Afanie, ce qui eft à préfent ET le royaume d'Adel; il met une place maritime nommée l'Hippodrome d’Ethiopie, vers l'endroit de ja Guinée, où eît préfentement Chriftianebourg.. _ Il n’a pas cru que les con- noiffances de fon tems fuflent aflez fûres pour en faire ufage plus loin que le promontoire _Praum, à l'oppofñite de lifle qu'il nomme Ménuthias , & qui eft le cap de Mofambique, Oppofé à l'ile de Madagafcar. if ne laifle pas de nommer quan- tité de nations , dont l’exiftence doit être d’autant plus fufpecte, que l’on n’en connoît rien que les noms , & quelques defcrip- uons fabuleufes & puériles. Ainfi,on peut regarder le Con- go & la Cafrerie, comme des pais abfolument inconnus aux Géographes Grecs & Romains ; il n'en eit pas de même de l'Ethiopie proprèment dite, qui étoit au midi de la haute “Égypte. Ce païs eft illuitre ans lantiquité, tant par la richefle de fon commerce, que par les guerres qu'il eut -avec les Égyptiens. C'eft ainfi qu'en parle M. Huet dans fon hiftoire du commerce & de la navigation des Anciens. IL Ces deux nations fe font long-tems difputé la primauté & l'antiquité. Les Ethiopiens Prétendoient être la plus an- cienne nation du monde, & avoir peuplé les premiers l'É- 8ypte par leurs colonies. fous la conduite d'Ofris, Les Égyp- tiens foutenoient au contraire que les Ethiopiens font fortis ET 267 d'eux; & cela femble confirmé par le témoignage de Moïfe. Ces différends ont produit en- tre eux plufieurs guerres, qui ont eu divers fuccès, & avant même la guerre de Troye. Les rois d'Égypte, Séfoftris & Rham- fés ,; dont le premier règna peu d'années après Salomon ;: & le fecond environ 50 ans après le remier , fe rendirent maîtres de l'Ethiopie, qui fecoua le joug bientôt après, & fe fépara entiè- rement de l'Égypte, fans yentre- tenir aucune correfpondance. Ptolémée Philadelphe ne négli- gea pas les avantages que lÉ- gypte pouvoitretirer del’Ethio- pie ; il y entra avec une armée, & fit mieux connoitre ce païs- qu'il ne l’avoit été jufqu’alors. Ï1 fit refleurir le commerce. La ville de Coptos fur le Nil étroit l'entrepôt, & comme le maga= fin de toutes les marchandifes, tant de celles qui venoient de l'occident par Alexandrie, pour pafler au levant, que de celles qui venoient de l'Ethiopie par le Nil ; & parce que les naviga- tions de la mer Rouge étoient plus difficiles & dangereufes vers le fond du golfe Arabi- que , que vers fon embouchure, Prolémée Philadelphe fit bâtir la ville de Bérénice, ainfi ap- pellée du nom de fa mere, furle bgrd de ce golfe, plus bas vers fonentrée , dans le païs des Tro- glodytes, pour y faire pañler les marchandifes de Coptos. “ Loix des Ethiopiens. Les Ethiopiens avoient plu- 268 ET | fieurs loïix fort différentes de celles des autres peuples, fur- tout pour ce qui regardoit l'é- letion des Rois. Les Prêtres choififfoient les plus honnêtes gens de leur corps , & les en- fermant comme dans un cercle, celui de ces derniers que pre- noit au hazard un des Prêtres, qui entroit dans le cercle en marchant & en fautant comme un Ægipan ou un Satyre , étoit déclaré Roi fur le champ, & tout le peuple l’adoroit com- me un homme chargé du gou- vérnement par la providence divine. Le nouvel élu commen- çoir à vivre de la manière qui lui éroit prefcrite par les loix. En toutes chofes, il fuivoit la coûtume du pais, ne puniflant _& ne récompenfant que felon lesrègles établies dès l’origine de nation. Î[l étoit défendu au Roi de fiire mourir aucun de fes fujets, quand même il auroit été déclaré en jugement digne du dernier. fupplice ; mais, il lui envoyoit un offi- cier, qui lui apportoit le fi- gnal de la mort; & aufi-tôt le criminel $’enfermoit dans’ fa maifon., & fe faifoit juffice à lui-même. [I ne lui étoit point permis de s'enfuir en des royau- mes voifins , & de chänger ainfi Ja peine de mort en un bannif- fement, comme cela fé prag- quoit chez les Grecs. On raconte à ce fujet, qu’un certain homme ayant vu cet ordre de mort, qui lui étoit envoyé de la part du Roi, & fongeant à s'enfuir hors de ÉT l'Ethiopie; fa mere, qui s’en doutoit , lui pafña fa ceinture autour du col, fans qu'il osût fe défendre, & l'étrangla ainf, de peur, difoit-elle, que fon fils ne procurât par fa fuite une plus grande honte à fa famille. Il y avoit quelque chofe encore de plus extraor- dinairé dans ce qui regardoit la mort des Rois, Les Prêtres qui fervoient à Méroé ; y avoient acquis un très - grand pouvoir. Ceux-ci, quand il leur en prenoit fantailie , ' dé- pêchoient un courier au Roi pour lui ordonner de mourif. Ïs lui faifoient dire que les dieux l’avoient ainfi réglé, “& que ce feroit un crime de violer un ordre qui venoit de leur part. Ils ajoûtoient plu- fieurs autres raifons qui fur- prenoïent aifément des hommes fimples, prévenus d'une an cienne coûtume, & qui na voient pas aflez de force d’ef- prit pour rélifter à ces com- mandemens injuiltes. En effets les premiers Rois s'éroient foumis à ces cruelles ordon- nances, fans aucune autre Con trainte que celle de leur pro- pre fuperitition. Ergamenès,, qui règnoit du tems de Prolé- mée fecond., & qui éroit inf- truit de la philofophie des “Grecs , fut Île premier qui ofa fecouer ce joug ridicules : ; Ayant pris une réfolurion vraiment digne d'un Roï, il s'en vint avec fon aèmée atta” quer la forterefle où éroit Fois le d'or des autrerois le temple Æthiopiens. [1 ft égorger tous. les Prêtres, & inftitua lui-me- me un culte nouveau. Les amis du Roi s'étoient fait une loi, qui fubfftoit encore du tems de Diodore de Sicile, quelque fingulière qu'elle für. Lorfque leur maître avoit perdu l'ufage de quel- qu'une des parties de fon corps, par maladie ou par quelque acci- dent, ils fe donnoient la même infirmité, croyant que c’étoic - une chofe honteufe, par exem- ple ,; de marcher droit à la fuite d'un Roi boiteux ; & il leur paroïfloit abfurde de ne pas partager avec lui les än- commodités corporelles, puif- que la fimple amitié nous obli- ge à prendre part à tous les biens & à rous les mauxqui arri- vent à nos amis. Îl étoit même fort:commun de les voir mou- rir avec leurs Rois, & üïls penfoient qu'il leur étroit glo- rieux de donner ce témoi- gnage d'une fidélité conftante. De-fà vient que chez les Ethio- piens, il éroit difficile de for- mer aucune entreprife contre le Roi, par l'attention que tous fes leur confervation commune. C’étoient-là les loix &les-coû- tumes des Ethiopiens qui de- Meuroient dans la capitale, & qui habitoient l'ile de Mé- rot, @& certe partie de l’Ethio- pie qui touchoit à l'Égypte. Funerailles des Ethiopiens. Les Ethiopiens ayoient des amis apportoient à. ET 269 cérémonies très-fingulières dans léurs funérailles. Après avoir falé les corps, ils les met- toient dans une niche de verre, qu'ils pofoient fur une colomne; de forte qu'on les voyoit à . découvert : c’eft ainfi que le rapporte Hérodote; mais, Cré- fias foutient qu'il fe trompe. Il dit qu'à la vérité on faloir les corps, mais qu'on ne les Voyoit point à nu dans une niche de verre. Car. comme ils avoient été altérés par le feu , où on lés avoit fait paf fer, ils ne pouvoient confer- ver la reflemblance du défunt, Mais, il foutient que l’on faifoit une ftatue d’or, qui le repré- fentoit, dans laquelle fon ca-- davre étoit renfermé; & que c’éroit cette ftatue que l’on pofoit dans une niche, & qu'on voyoit au travers du verre. Au refte , ce n’étoient que les plus riches que l’on enfeve- lifloit ainf. On faifoit faire des ftatues d'argent pour ceux “qui létoient moins ,. &..des ffatues de terre cuire pour les pauvres. À l'égard du verre, on en trouvoit abondamment en Ethiopie, & il n’y avoit per= fonne qui ne für en état d’en avoir. Hérodote dit que les plus pro« ‘ches parens du mort gardoient un an entier cette niche. de vetre dans leurs maifons , lux faifoient, durant certems-là , des facrifices, lui offroient les prémices de toutes chofes; & quand l’année étoit finie , is Ja tranfportoient aux environs 370 E T = de la ville, en quelque lieu où ils la plantoient. Des caraëières hiéroglyphiques chez les Ethiopiens. Ces fortes de lettres reflem- bloient, les unes à différentes efpèces d'animaux, d’autres aux extrémités du corps humain, d'autres à des inftrumens mé- chaniques. Aïnfi, ils compo- foienr leur écriture, non dun aflemblage de lettres & de mots, mais d'un arrangement de figu- res, dont un long ufage avoit gravé la fignification dans leur mémoire. En effet, s’ils repré- fentoient un milan, un croco- dile, un ferpent, ou quelque partie du corps humain, un œil, une main, un vifage, & d’autres chofes femblables ; c'eit que le milan , pat une métaphore naturelle , fignifie tout ce qui eft prompt & fubir, & qu’il vole le plus légèrement de tous les oifeaux, le croco- ‘dilé dénote toute forte de mé- chanceté ; l'œil marque un ob- fervateur de la juftice, & tout ce qui défend le corps. Entre les autres parties, la main droi- te avec les doigts étendus, ex- rime Pabondance des chofes néceflaires à la vie; la main gauche fermée indique l’éco- nomie & l’épargne. Îl en eft à peu près de même des autres parties du corps, aufli-bien que des inftrumens. Les Éthio- piens recherchant avec foin la fignification de chacune de ces figures, & fe l’imprimant dans Vefprit, par une longue applica- tion , connoïffoient d’abord cé qu’elles repréfentoient. Coftumes de quelques Éthiopiens Jauvages. Il y avoit plufieurs autres na tions Éthiopiennes, dont les unes cultivoient les deux côtés du Nil, avec les ifles qui étoient au milieu, les autres habitoient les provinces voifi= _nes de l'Arabie, d’autres étoient plus enfoncées dans l'Afrique. Prefque rous ces peuples, & entre autres , Ceux qui étoient nés le long du fleuve, avoient la peau noire , le nez camus & les cheveux crépus. Ils paroif- foient très-fauvages & très- féroces, & l’étoienr pourtant beaucoup moins par tempéra- ment, que par volonté & par af. fetation. Îls étoient fort fecs & fort brûlés; leurs ongles étoient toujours longs comme ceux des animaux ils ne con- noiffoient point l’humanité ; ils ne poufloient qu'un fon de voix aigu. Ne s’étudiant point du tout à rendre la vie plus dou- ce &- plus agréable, ils n'a- voient rien des mœurs ordinai= res. Quandils alloient au com- bat, les uns s’armoient de leurs boucliers; fairs de cuir de bœuf, & avoient en main de perites lances:; les autres por= toient des traits recourbés; d’autres fe fervoient d’arcs dont le boisétoit de lalongueur de quatre coudées, & qu'ils bandoient avec le pied. Quand ceux-ci navoient plus detraits, ils combattoient avec des maf- Lido btt heat tél ET fues. Is menoient les femmes àlaguerre, & les obligeoient de fervir dès qu'elles avoient un certain âge. Elles portoient ordinairement un anneau de cuivre pendu à leurs levres. _ Quelques-uns de ces peuples päfloientieur vie fanss’habiller, fe couvrant feulement de ce qu'ils trouvoient pour fe mettre à abri du foleil. Les uns cou- poient une queue de brebis, &t fe la paflfoient entre les cuifles, pour cacher leur nudité ; d'au- tres prenoient des peaux de leurs beftiaux. Il y en avoit qui s'entouroient la moitié du corps avec des efpèces de ceintures faites de cheveux, la nature du pais ne permettant pas aux brebis d’avoir de la laine. À l'égard de la nourriture, Îles uns vivoient d’un certain fruit qui croifloit fans culture dans les étangs & dans les lieux ma- récageux,; d’autres mangeoient les plus tendres rejettons des arbres, dont l’ombrage les ga- rantifloit de la chaleur du midi; quelques-uns femoient du fefa- me & du lotos. {1 y en avoitqui ne vivoient que de racines de rofeaux. La plûpart d’entr’eux S’exerçoientàtirer des oifeaux, & comme ïls manioient l'arc fort adroitement, cette chaf- fe remplifloit abondamment leurs befoins: Mais, la plus grande partie de ces peuples foutenoient leur vie avee le lard & la chair de leurs trou- peaux. Les Éthiopiens qui habi- toient au-deflus de Méroé, fai- ET os foïient des diftinétions remar- quables entreles Dieux. [ls di- foient que les uns étoient d’une. nature éternelle & incorrupti- ble , comme le Soleil, la Lune & l'Univers entier; que les autres, étant nésparmileshom- mes,s’étoient acquis les hon- neurs divins par leurs vertus, & par les biens qu'ils avoienc faits au monde. Îls révéroient fs, Pan, & fur-tout Jüpiter , & Hercule, dont ils préten- doient que le genre humain avoit reçu le plus de bienfaits. Quelques Ethiopiens , cepen- dant, croyoient qu'il n'y avoit point de dieux , & quand le foleil fe levoit, ils s’en- fuyoient dans leurs marais , en blafphémant contre lui com- me contre leur plus cruel en- nemi: : Ces Éthiopiens difroient encore des autres nations dans les honneurs qu’ils rendoient à leurs morts. Les uns jettoient leurs corps dans le fleuve,pen- fant que c’étoit la plus honora- ble fépulture qu'on püût leur donner. Les autres les gar- doient dans leurs maifons, en- fermés dans des niches de ver- re, croyant qu'il convenoit à des enfans d'avoir toujours de- vant les yeux le vifage de leurs -parens, êt à ceux qui furvi= voient, de conferver la mé- moire de leurs prédéceffeurs. D'autres renfermoient les corps morts dans des cercueils de terre cuite , & les entérroient “aux environs des temples. Ils regardoient comme le plus in- me ET violable dés fermens celui qui fe faifoit fur les morts. En certains païs, les Ethio- piens fauvages donnoient la royauté à celui d’entr'eux qui étoit le mieux fait, difant que les deux plus grands dons de la fortune étoient la Monarchie & la belle taille. Aïlleurs, ils la déféroient au pafteur le plus vigilant , comme à celui qui auxoitle plus de foin de fes fu- jets. D'autres choïififloient le plus riche, dans la penfée qu’il feroit plus en état de fecourir fes peuples. Il y en avoir d’au- tres qui prenoient pour Rois ceux quiétoient les plus forts, eftimant dignes de la première place, ceux qui éroient les plus capables de les défendre dans les combats. ee Il y avoit dans la Libye, & toutauprès du Nil, un très-beau païs, qui produifoit une grande quantité de fruits de toute efpè- ce. On y trouvoit un abri com- mode dans les grandes chaleurs, entre les plantes qui croifloient dans les marais. Les Africains êt les Ethiopiens étoient conti- nuellement en guerre pour fe difputer ceterrein. On yVoyoit un grand nombre d'éléphans , qui defcendoient de la haute Libye, attirés, felon quelques Auteurs, par la bonté des pâtu- rages. En effet, des deux côtés du fleuve , il y avoit de grands marais où croifloient toutes for- tes d'herbes, & fur-tout des rofeaux que ces animaux trou- voient fi bons, que quand ils en ayoïent une fois goûté, ils Fi demeuroient tonjours dans cét -endroit, où ils confommoientles vivres des habitans. [l n’eft pas étonnant , dit Diodore de Sici- le , que des pafteurs qui lo- geoient fous des tentes, & qui regardoient comme leur patrie le féjour le plus commode pour eux, vinflent fe rendre dans des marais qui attiroient des ani= maux mêmes ; chaflés par le manque d'eau & de pâturages, du milieu desterres , où le fo- leil brûle tout ce qui en fort. Quelques Auteurs difent que dans l'Ethiopie appellée fauva- ge, il naïifloit un nombre infini de ferpens d’une grandeur ex- traordinaire. [lS fe battoient contre les éléphans auprès des eaux dormantes. S'étant d'abord jettés fur eux avec impétuofiré, ils leur entortilloient les cuif- fes, & fi long-tems , que l’élé- phant engourdi & écumant tom- boit de lui-même , après quoi ils le dévoroient facilement, dans l’impuiflance où il étoit de fe relever. Mais , quand ils avoient manqué leur coup par quelque accident , & que les éléphans fuyoient vers le fleu- ve, ils ne quittoient jamais leur retraite pour les pourfuivre. Îls évitoient les lieux plars, & fe tenoient toujours au pied des montagnes, & dans des caver- nes aflez profondes ‘pour fufhre à la longueur de leur corps; la nature faifant connoître à tous les animaux ce qui leur eit pro pre. IV. Après tant de diverfes contrées, auxquelles on a dé- montré ET montré que le nom d’Ethiopie a été commun , il feroit difficile: de dire quelle eft celle où Lu- cien dit que laftronomie prit naiflance. Voici fes termes, tra- duits par M. d'Ablancourt. » Les » Ethiopiens, à ce qu'on dit, » font les premiers qui l'ont » découverte, à caufe que leur » ciel eft fans nuages, & qu'ils 7 n'éprouvent pas comme nous » le changement des. faifons. » Après avoir donc remarqué » les faces [phafes ] différentes » de la lune-, ils en voulurent »- chercher la caufe, & trou- » Vérent à la fin que cela ve- » noit des divers afpets du » foleil, dont elle empruntoit ».fa lumière. Ils étudierent en- » fuite le cours & la nature des » autres planetes, & teur don- > neérent des noms, pour les » difcerner & marquer leurs » diverfes influences. « Tous les Scavans s'accordent prefque à faire honneur de cette inVen- . ton aux Chaldéens ; &on pour- Toit aifément concilier ces deux fentimens. Lucien fournit encore deux : chofes remarquables ; 1.0 Que: les Ethiopiens adoroientle jour, Ce qui eft bien exprimé dans ce Vets d’un de nos Poëtes, qui tfanfporte aux Perfans ce qui Peut auffi convenir aux Ethio- piens : Où le Perfe efl. brélé de l’aftre qu'il adore. 2.2 L'autre obfervation de Lucien > eft que les Ethiopiens Tom. XVI, ET Dre font nommés par Homère irré= préhenfibles. Rien ne peut faire plus d'honneur à cette nation que l’idée que l'on a de la juf= tefle des épitheres d'Homère. I n’eft pas non plus fort aifé de dire dans quelle forte d’É- thiopie étroit roi le pere d’An«. dromede , laquelle fut délivrée par Perfée, qui revenoit de Libyé, où fonpere l’avoit en- voyé contre les Gorgones, V. L’Ethiopie moderne a des. bornes plus refferrées que l’ana cienne ; mais , les Géographes _ de notre tems ne s’accordent “pas mieux que les anciens , fur les païs que l’on doit nommer l'Ethiopie. Baudrand la diffin= gue en haute ou intérieure, où font l'Abyffinie , la Nubie, les Galles, & les autres États voi- fins ; & la baffle ou l’extérieu rieure , où font la Cafrerie, le Monomotapa , le Monoëmuoi: & le Zanguebar. On voit.que. Baudrand renverfeles idées des Anciens, en nommant extérieu« re la partie de l'Ethiopie qu'ils nommoient intérieure. D'autres donnent pour bornes à l’Ethios pie moderne la mer Rouge, la côte d’Ajan, & le Zanguebar à lorient ; le Monoëmugi & la: Gafrerie au midi; le Congo à: Poccident; la Nubie & l'Égyp- te au feptentrion. Aïnf, ils ÿ comprennent l'Abyffinie , &,- quelques vVaftes païs éloignés des côtes , & dontonne fçait que les noms de quelques TOYau+ mes. re ETHIOPIE , Ærhiopia , Aiuomia, nom qui a été donné 280 EE compofés par Abraham Berke- Hius, & publiés par les'foins de M. Gronovius. Cette édition ft préférable à la première. Quant à celle que le P. Lubin, religieux Ausuftin de Paris, promettoit ; quoiqu'annoncée depuis long-tems, elle n’a point encore paru. ETION , Ærion, (a) fameux peintre. Cicéron le met au mombre de ceux qui avoient beaucoup contribué à la per- fection de leur art. ETIS, Ets, He, (b) ville du Péloponnèfe dans la Laconie. Elle étoit fituée fur la baye de Boée. On dit qu’elle eut pour fondateur Énée, que la tempé- ze obligea de relâcher à cette baye, lorfqu'il vouloit aborder en Jtalie, Ce Prince lui donna le nom de fa fille Etias. ETLEVA, Enleva, (c) fem- me de Gentius, roi d'Illyrie, eut de cé Prince deux fils Scer- dilétus & Pleuratus. Elle tomba avec fes deux fils au pouvoir des Romains, l’an 168 avant J.C. T1 y à apparence que cette Prin- cefle eft la même que Tite-Live nomme ailleurs Etuta Voyez Etuta. Es ETNA, Æina, Aïrw , (4) montagne célebre & la plus haute de la Sicile , fituée à l’o- rient de cette ifle vers le bord de la mer, au-deffus de Catane. ce) Cicer, Brut. c. 35. (b) Pau, p. 206. Ce) Tic. Liv. L. XLIV, c. 32, (4) Prolem. L, IL. c. 4. Strab, P:248, 258,267. & feg. Juft. L, IV. c. r. Diod. Sieul, p. 259, Pomp. Mel, p, 152, Virg: ET Les Anciens avoient bâti fur cette montagne une chapelle en lhonneur de Vulcain, le dieu du feu. Voici ce qu’en dit Elien: » Sur l’Etna, monragne de Si- » cile, il ya untemple confacré » à Vulcain , & entouré de murs » & d'arbres facrés. On y gar- » de un feu perpétuel. Il y a » dans le bois & dans le temple » des chiens facrés , qui ca- » reflent & flattent ceux qui » viennent au temple & dans » le bois, avec la modeftie &la » décence requifés; maïs, sil » fe préfente quelque fcélérat, » ou un homme qui n’ait pas » les maïns pures, ils le mor- » dent & le déchirent. S’ilen » vient qui fe foientfouillés par » quelque action impudique, » ils ne font que les mettre en » fuite , & leur donner la » chafle. » res Un Hiftorien de Sicile dit qu'à deux cens pas plus bas que le fommet de l'Etna, on voit les reftes d’uné ancienne voûte de brique ; queles habi- tans de Catania & ceux des en- virons de la montagne, les nom- ment la tour du Philofophe, & qu'une ancienne tradition leur a appris qu'Empédocle avoitfait conftruire cétte voûte, Pour y pouvoir contempler à couvert les caufes des feux du mont Etna. Le même Hifto- Æneïd. L. III, v. s$4. dr feg. Paul, pe 208, 663. Plin. Tom. EF. p. 122, 162: Mém, de PAcad. des Infcripr, & Bell. Lett, Tom. IIL. pag, 134, 135. Tom IV p.419, T, XEV,-p, 222; 223 ET rien conjecture avec raifon que ce font les reftes du temple de Vulcain. Les Anciens fe fervoient des feux du mont Etna pour préfa- ger l'avenir ; car , ils jettoient dans le gouffre des cachets d’or ou d'argent, & toutes fortes de victimes. Si le feu les dévoroit, c'étoit bon figne ; s’il les re- Jéttoit en dehors , c’étoit un Mauvais préfage. Le mont Erna eft nommé par Pindare , Pythior , Klav dvpalæs colomne célefle, comme s’il fou- tenoit le ciel à caufe de fa hau- teur. - S - Quelques-uns ont cru que Deucalion & Pyrrha n’échap- Peréntau déluge, qu’en fe réfu- giant fur le mont Etna ; reftes confus de l'hiftoire de Noé, dont l'arche s'arrêta fur une des Montagnes d'Arménie. Le mont Etna a été de tout. tems fi célebre, que les poëtes Eatins ontnommé la Sicile Ætna Repna. Il paroît que les Anciens appelloient du nom général d'Étna , les diverfes montagnes -Contigues & inférieures , aux- quelles les Modernes ont donné des noms particuliers. Voici une defcription du mont Etna, tirée du troifième livre del'Enéide, traduction de: Ségrais. Maïs par tout ce rivage Tnceflamment d'Etna tonne le bruit affreux, à FR = > Tantôr Jufques au ciel il élance Jes feux ; ET 28x Et roule à gros bouillons, fur La cime enflammee , Un tourbillon épais de cendre & de fumée. - Tantôt du plus profond de fes gouffres ouverts; Furieux , il mugit, & vomit dans les airs Du mont étincelant les entrailles brillantes , Et les rochers fondus dans-fes grottes ardentes. On croit que par la foudre, autre- fois terraflés, Sous ce mont Encélade eft encore oppreflé 3 Qu’au moment qu’il refpire, ainft qu'une fournaife, . Par ce gouffre béant il exhale La braife ; : Et que l’ifle a l’entour tremble aux moindres efforts Que tente le géant pour mouvoir fon grand corps. ee 1.9 Lorfque les Aborigenes entrerent pour la première fois en Sicile, pour y fonder des co- lonies , l’éembrafement du mont Etna fut fi grand, qu’effrayés du péril , ils abandonnerent cette ifle & paflerent en Italie, pour s’y établir avec plus de fâreté. I femble , dit le fçavant P. Kircher , que ce fut ce qui donna lieu à la fable de l’enlè- - vement de Proferpine. 2.9 Après les Aborigenes vin- rent les Sicaniens, qui, étant V4 4 te DT épouvantés par les nouveaux tourbillons de feux , abandon- nerent la partie orientale de Pifle , & fe retirerent dans la plus occidentale. __3.° du rems des Afgonautes, il y eut un nouvel éembrafement. Orphée én a fait la defcription dans fes vers, 4.° Comme Énée aborda en Sicile, Virgile.en a pris pré- _ texte pour faire une belle pein- türe poëtique du mont Étna, dont nous avons donné ci-def- fus la traduction. s-° Lorfque les Grecs furent maîtres de la Sicile, c’eft-à- dire, depuis la deuxième Olym- piade jufqu'à la quatre-vingt- huitième , il y eut en tout ce tems-là trois embrafemens cé- Jebtes ; il y en eut. un entre autres qui caufa un extrême étonnement à Pythagore; & les Hiftoriens rapportent que du tems d’Hiéron , le philofophe Empédocle périr en obfervant de près: ce phénomene. 6. Sous les confuls Romains, il y eut quatre smbrafemens, comme on peut le recueillir des écrits de Diodore de Sicile, de Polybe & autres. . 7. Sous le règne de Jule Céfar, il y en eut un très-vio- lent, qui fut regardé comme un préfage de la mort de ce Dic- tateur. La mer enfut ft échauf- fée, que les poiffons y furent étouités , & que les vaifleaux qui étoient auxifles de Lipari, furent embrafés. La montagne futiquatre fois en feu dans l'ef- pace de vingt ans. LE 8.° Sous Caligula , 49 ans après J. C., le mont Erna devint fi furieux, que cet Empereur, qui étoit alors en Sicile, cher- cha ailleurs une retraite moins dangereufe.L’empereur Adrien, plus hardi que Caligula, vou-. lut confidérer ce prodige, & monta jufqu'à une certaine hau- teur pour le confidérer de plu près. À Le P. Kircher, qui fournit . ces dépails ; examina cette montagne en 1638. La hauteur de fon fommet, dit-il, prife dans fon axe , eft de trente mille pas, felon Maurolycus & Clavius ,- qui l'ont calculée géométriquement ,; & cette montagne entière occupe un terrein de foixante milles ou de cent, fuivant quelques autres. Le terroir d’alentour eft gras & fertile; &'il y a des vignos bles, des pâturages, des forêts de pins; de hêtres, & de fapinse Mais, le haut eft cou- vert de cendres mouvantes & de pierre de ponce ; on y trouve un enfoncement dont l'ouverture à douze milles de circuit. Ce goufre efroyable par les flanmes & la fümée qui fortent du fond & des côtés, avec un horrible mugiffement qui reflemblé au tonnerre, eft ce que les Naturalifies ap- -pellenten Latin le crater d'Etna. L'afpet en eft fi affreux, quil n'y a point d'homme, quelque hardi & déterminé qu'il puifle être, quine foir faifi d'horreur & qui ne recule à la vue de ce précipice infernal, Il ef des charbons de EE Vrailemblable que l'incendie perpétuel a accru cette monta- gne par les cendres qu'elle vo- mit; c'eit ce qu'on peut juger én confidérant des rochers Calcinés & couverts de cendres, &des cavernes parmi lefquelles 1l y en a d’aflez grandes Pour contenir trente milles hommes, & où l’on trouve pierre de ponce & des fcories de différen- tes matières minérales fondues. n Voit des tracés de grands. torrens de cette matière, que Les gens du pais nomment SCrarra , qui font comme les veltiges & les monumens des Stands ravages qu'a fait ce Métal fondu en coulant. Au foinmet , il ya de la cendre & de la neige, qui mettent dans un danger d'autant plus terrible Pour ceux qui s’en approchent fans précaution, qu’elles cou- rent des abîmes & des fon- drières qui percent jufqu'au fond de la montagne. La perte de ceux qui s'y font hazardés doit détourner les autres, & il en coûta prefque la vie au P. Mathieu Taveran, qui eut la curiofité d’obferver cette fournaife de trop près. I femble que tout le haut de la montagne n'eft compofé que d'une mafle de cendre, de Piêrre de ponce & de charbons de terre, entaflée & fufpen- due en quelques endroits en forme de voûte. Comme cette mafle reçôit intérieurement les éfprits minéraux , & eft exté- . FiGurement éxpoféeaux neiges, EE 283 à la pluie & au vent; il n'eit pas furprenant que cette mê= me matière brûlée s’empreigne de nouveau de ce qui la ren- doit combuftible & qu'elle re- commence à brûler. Cornélins Sévérus exprime cela admira= blement bien. Caætera materies guæcumque fe fertilis igni, Ut femel accenfa ef, moriturs nec reftat in illa Quod_repetat ; tantèm cinis fine femine terra ef. Hic femel atque iterum patiens 3 ac mille perhauftis Ignibus inflaurat vires. Le feu ; qui ne s'éteint jamais entièrement dans ces gouifres, & qui fe fait toujours remar= quer, ou par la chaleur, où par la fumée qui en fort ,.ne recom- mence à brûler qu’en de cer- tains tems, plus ou moins, à proportion del’amas de matière combuftible qui s’y rejoint, & plus long-rèms elle a été fans brûler , plus elle a recueilli de ces efprits qui la rendent in- flimmable, & plus grande eft la violence avec laquelle le feu pouife au-dehors des flammes, des cendres & dés pierres. L’o- rifice de la fournaife ou du crater , eft de 3080 pas, où mê- me de 3000 , felon les uns; (il a dans le Latin 30000 ;: 215 c'eft une faute d'impreflion } d’autres le font de 4000. Cette variété d'opinions vient de ce qu'elle eft tantôt plus grande, 284 ET tantôt plus petite; ce qui eft com. . munàtous les volcans. L’abîme de celui-ci eft fi profond, qu’on n'en fçauroit voir le bas. Des roches de figure pyramidale débordent des côtés, & quoi- que ces côtés foient paralleles, 3ls femblent pouttant fe rap- procher en bas par les règles dé loptique; ce qui a trompé _ plufieurs obfervateurs , qui ont œru que cette fournaife fe ter- mine enpointe vers le fond com- me ün four à chaux. Lé P, Kircher dit avoir remarqué au fond de ce gouffre une efpèce de montagne de la matière mi- mérale, autour de laquelle il a toujours obfervé un creux rem- pli d'une matière refplendif- fante, comme du métal fondu. Les côtés, par des conduits qui fe correfpondent, jettent en plufieurs endroits une fumée continuelle , qui, pendant la nuit, éft une flamme. Le gouf- fre n’eft jamais fans mugifle- mens , & 1l en fort dé tems en tems de fi horribles , que le mont en eft ébranlé. L'Etna eft fi élevé, que de deflus l’on peut découvrir toute la Sicile. & même les côtes d'Afrique, Forfque le rems eftférein. Mais, # par malheur quelque tem- pète venoit à ébranler la mon- tagne , ceux qui Sy trouve- roient alors feroient perdus , & ne tarderoient guère à être enfevelis fous les cendres & les neiges. On a obfervé que fi les foupiraux viennent à fe boucher avec le tèms ou par es fecouffes de la montagne, 1 ET : fa violence redouble , & fes feux cherchent une nouvelle iffue par la furface extérieure, C’eft alors que fe forment ces effroyables ouvertures & ces cavernes , parmi lefquelles il y en à qui pourroient contenir trente mille hommes. Il y a auf un lieu fouterrein & très-obf- cur, nommé par les Siciliens; la Grota de la Palumba, fi grand, fi profond, que ceux qui de- . meurent auprès du mont Etna, croient quil y a un che min par lequel on peut paf- fer fous lifle & fous la mer pour fe rendre aux ifles Eolien: nes. [I eft forti autrefois de ces cavernes desrivieres brûlantes, comme on peut juger, par.un conduit: rempli de ces roches brûlées, que les Siciliens nom fciarres. Ces torrens de feu s’é- tendent quelquefois jufqu’à dix: huit mille pas de longueur, fur un, deux, trois ou quatre mille de large ; comme les Hiftoriens le racontent; c’eft un digne fu- jet d’étonnement, que de penfer comment cette montagne peut fournir cette incroyable quan- tité de matière , & dans quel lieu font les fourneaux nécef- fairés pour la mettre en fufon. Les Siciliens d’aujourd’hut Pappellent monte Gibello, & les François le mont Gibel Ce ñom moderne eft un pléonafme, & ne fignifie autre chofe que le mont mont ; car, Gibel en Afa= be fignifie une montagne, & vient des Arabes ou Sarralins, qui ont poflédé la Sicile. ETNA, Æina, Er Ville de Sicile, (x) firuée prés de la montagne de même nom. En 1a76° Olympiade, Hiéron, ty- tan de Syracufe, ayant chaflé. les Catanéens de leur ville, y plaça de nouveaux habitans. Îl raflembla jufqu’à cinq mille hommes du Péloponnèfe, qu'il joignit à autant d'hommes du territoire de Syracufe, & il ‘changea le nom de Catane en celui d’Etna. Il leur diftribua au fort, non feulement les ter- res de Catane, mais encore de grands cantons voifins, & par- vint à peupler ces lieux de dix mille habitans. Mais, après la mort d'Hiéron , les anciens Catanéens revenant dans leur pas, chaflerent les habitans. Ceux-ci, leur cédant le terrein, fe retirerent à Innéfa , felon Strabon , & Ennéfie, felon Dio- dore de Sicile, & ils donnerent à cette ville le nom d’Etna, à caufe de celle dont on venoit de les chafler. Cette nouvelle Etna étoit à quatre-vingts fta- des de l’ancienne, c’eft-à-dire, de Carane. On y pañloit pour aller de Centurippe à Catane, & Quand on vouloit aller de ce dernier lieu fur le mont Etna. Elle fut prife par Denys, tyran de Syracufe,l’an 403 avant J.C. n lit Etnes en pluriel dans Prolémée. Cluvier , qui a comparé les diffances marquées par Strabon ê par les anciens ftinéraires, Juge quelle doit avoir été à (4) Diod. Sicul, p. 267,281, 398, ET 285 l'endroit où eft à préfent San -Nicolo l'Ârena, de Arenis ,mo- naftère de l’ordre de faint Be- noît , à douze milles de Cata- nia. ETNÉENS , Ætnet, Aîtriaîtis (5) étoient les habitans de 1a ville d’Etna. Pline les appelle Ætnenfes. Voyez Etna. : | ETNEUS , Æineus, (c) eft un des furnoms que l’on a don nés à Jupiter. ETŒMOCLE, £Eræmocles,(d) E’rouoxaÿe , philofophe Stoïcien. N'ayant pas été invité par Arif- ténete aux noces de fa fille,il lui envoya le billet fuivant pen- dant qu’on étoit à table : » Erœ- » mocle à Arifténete. Ma vie » paflée témoigne aflez com- » bien j'ai l’efprit éloigné dela » débauche ; car , importuné » tous les jours par de plus » grands feigneurs que toi, de » manger avec eux, je ne leur » ai jamais voulu accorder cet- | » te grace , à caufe du dére- » glement des feftins ; mais, » j'ai raifon de me plaindre de » ce que faifant profeflion d’a- » mitié avec moi depuis tant » d'années, tu as oublié de me » prier à la noce de ta fille ; » en quoi tu as d'autant plus, n de tort, que je fuis ton voi= » fin. Je n’en fuis donc pas fa- n° ché pour moi, mais pour toi, » comme une marque d'ingra- » titude. Car, du refte, je ne » mets pas ma félicité à faire » bonne chere , & fi je Paimois, çc) Antiq. expl. par D, Bern. de 402, Strab, p. 268, Prolem. L. III. c. à.| Montf. Tom. I. p (2) Strab. p.268. Plin, T. I, p. 163: AE (d) Lucian, T, I, p: 858 Gr eg. [Document text truncated for crawler view.]