Memoires pour servir a l'histoire des insectes
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• I
MEMOIRES
POUR SERVIR
A L’HISTOIRE
DES
INSECTE S.
Par M. DE R E AU MU R, de V Académie Royale
des Sciences , de la Société Royale de Londres , éf des
Académies de Petersbourg if de F Inflitut de Bologne,
Commandeur if Intendant de F Ordre royal if militaire
de Saint Louis. \ s •
TOME CINQUIEME.
Suite de rHîJîoire des Mouches à deux ailes, if l’Hifloire de pliifieurs
Mouches à quatre ailes , fçcivoir, des Mouches à Jcies
,
des Cigales, if des Abeilles.
A PAR I S,
de L’ I m P R I m' e R I e royale.
r
M. D C C X L.
1
JV PREFACE.
fl te l’cufle conniië affés tôt ; ce n’eft pas qü elle ait rien
de remarquable dans fa figure, elle eft même afles petite.
Mais il ell curieux defçavoir que le verd’ou el e vient,
fe nourrit dans les fleurs du bouillon blanc ; qu il fait de-
venir ces fleurs monrtrueures; qu’il produit dans leur ftfuc-
ture un changement pareil à celui que produit dans les
fleurs du Camedris , une efpéce de punaife dont il a ete
parlé dans le dernier Mémoire du Tome III. Enfin, ce ver
tipule empêche la fleur du bouillon blanc de s’ouvrir; elle
lui fait une boîte dans laquelle il refte renfermé , lorfqu il
a pris la forme de crifvlide , & jufques à ce qu il en forte
fous celle de mouche. C’efl; à M. Bernard de Julfieu
que j’ai dû les fleurs monftrueufes du bouillon blanc,
qui m’ont mis en état de faire des obfervations fur ces
tipules, comme je lui ai dû les fleurs monftrueufes du
Camedris.
Mais il n’eft nulle part auffi aifé de voir des vers tipules,
que dans les eaux qui croupilfent. Les bacquets qui ont été
tenus pleins d’eau pendant quelques lemaines, ont leurs
parois & leur fond remplis de flocons terreux qui font les
habitations que fe font faites des vers rouges qui doivent
devenir des tipules. Le même bacquet qui avoit des mil-
liers de ces vers, eft plein par la fuite des nymphes dans
le/queJles ils le font transformés, dont le corcelet eft orné
de chaque côté de bellesét fmguliérespennaches ; ces nym-
phes fe métamorphofent à la furfice de i’eau , comme
les nymphes des confins: elles deviennent des tipules,
dont la tête a des plumets qui le difputent en beauté
à ceux des nymphes. Dans les eaiLX croupies, on trouve
des vers blancs qui fe tiennent dans des eljjéces de glai-
res , & qui deviennent aulfi des tipules. D’autres tipules
• doivent leur origine à des vers d’une tranlparence qui ne
le cède gueres à celle de l’eau dans laquelle ils fe tiennent.
P RE' F ACE. V
Ils font encore fingulicrs par un grand crochet formé de
deux crochets Icmblables appliques l’un contre l’autre,
qu’ils portent en devant de la tete. Enfin, tant de petites
mouches làns trompe, que nous prenons fouvent pour
des confins, éc qu’on voit voler par nuées en l’air, qui y
ont des mouvements de vibration de haut en bas, font
ordinairement des tipules , dont celles de différentes
efpéces doivent leur origine à différentes efpcces de
vers.
Ce qu’il nous reftoit d’obfervations à rapporter fur les
mouches à deux ailes ^ fe trouve dans le fécond Mémoire ;
nous y faifbns d’abord connoître l’origine de celles qui
ont été appellées mouches de Saint Marc, & qui paroiffent
vers le temps de la fête de ce Saint. Les vers qui donnent
h plus connue & la plus commune des efpéces de ces
mouches , prennent leur accroiffement fous terre ; s’ils
avoient des jambes, ils reffembleroient à des chenilles
velues ; c’eft fous terre qu’ils fe métamorphofent en
nymphes. Les mouches qui fortent de ces nymphes,
n’ont rien de fort particulier à nous offrir. Le mâle qui
,
félon la réglé ordinaire, efl plus petit que la fémelle,
a cependant une tête beaucoup plus groffe que la tête
de celle-ci. Ce n’efl que pour ne pas laiffer ignorer d’où
viennent certaines mouches extrêmement petites & très-
communes, que nous parlons dans ce même Mémoire,
des vers qui fe nourriffent de miel, de compotes qui com-
mencent àfe gâter, délié de vin, de marc de raifin, & de
toute matière fucrée qui s’eft aigrie. Nous y parlons aufiî
de quelques efpéces de mouches qui viennent de vers qui
aiment les truflés. Mais nous y traitons plus volontiers de
vers dont nous euffions dû faire mention dans le qua-
trième Volume, auxquels la nature a afîigné un lieu bien
lîngulier pour prendre leur accroiffement. Dans le fond
• • •
a iij
. PREFACE.
de la bouelie du cerf, à ch.aque côté du larinx, il y U
deux buurfes'charniiës qui fcmblent n avoir été faites que
pour élever les vers dont nous voulons parler, ou lam
fe/queiles au moins ils ne pourroient croître. Les ceifs
n’ont pas de ces vers en toute faifon : le temps qui pré-
cédé & celui qui fuit de près la chute du bois, font
ceux où il leur eft plus ordinaire d’en avoir. C’efl appa-
remment ce qui a fait imaginer aux Cnaffeurs, que ces
vers étoient les agents que la nature employoitpour faire
tomber ce grand bois fi fblidement affujetti. Ils ont cru,
& ils croyent encore , qu ils quittent de concert le lieu
de leur nailîance, pour le rendre a la meule ou bafedes
perches ou du merrein , <5c pour la ronger. Nous avons
Tvm. IV. ùit ailleurs ’^ que d’autres vers, ceux qui font élever des
tumeurs fur le corps de ce grand animal , ont encore
'été chargés de cet ouvrage , de nous avons fait voir alors
qu’ils y font peu propres, & qu’auffi n’y fongent-ils pas.
Nous tâchons de détromper dans ce fécond Mémoire,
-ceux qui croiroient les vers de la gorge du cerf plus ca-
pables que ceux des tumeurs, de venir à bout d’un pareil
travail, parce qu’ils font munis d’efpéces de dents en cro-
'chets , qui manquent- aux autres. Nous faifbns voir que ces
^crochets qui ne font pas plus durs que la corne du cerf,
'ne peuvent agir qu’en piochant ; que , fiiffent - ils plus
durs, il leur faudroit un temps plus long peut-être que
celui de la vie du cerf, pour creufer jufques au centre une
maffe fi groffe & fi dure. Mais cette fauffe &. prétendue
merveille eft remplacée par beaucoup d’autres très-réelles
très -véritables. Ces vers doivent leur origine à une
O
mouche qui fçait , ou femble fçavoir, que pour perpétuer
fon èfpéce , elle doit entrer dans les narines du cerf, che-
miner tout le long de fon nés, fe rendre auprès dèibïi
golier; que là fe trouvent deux cavités charnues, deftinées
PREFACE. vij
à loffcr & à nourrir les vers auxquels elle fc prt'parc à
donner naiflancc; que ces vers parvenus à une grolTeur
afles conliclérable, Içauront «puis doivent abandonner
leur cavité charnue; que jrour Ibrtir tlu golier du cerf,
ils Içauront trouver la inêine route que leur mcrc a fçu
fuivre pour y arriver.
Malgré les deux Mémoires precedents , 6c ceux qui
rcmplilTent la plus grande jiartic du quatrième Volume,
je lailTe encore I hilloire des mouches a deux ailes, grof-
fièrement ébauchée. Je luis jjcrruadé que j ai obmis bien
des généralités que j’aurois dû y faire entrer, &, une in-
finité de détails curieux. Je commence pourtant dans le
troifiéme Mémoire de ce Volume-ci, à traiter des mou-
ches à quatre ailes. J’y en fais connoître un genre qui
cft très-bien caraétérilé par rinftrumcnt fingulier qu’on
trouve aux fémeiles , & aux feules fémellcs de toutes les
efpéces. J’appelle ces mouches des mouches à fcics. Elles
en ont deux dentelées comme les nôtres , <Sc qui ont des
perfeétions que nous n’avons pas imaginé de donner à
celles dont nous nous fervons ; aiilTi nos ouvriers ne doi-
vent-ils aucunement être comparés avec le maître qui a
inventé & exécuté ces feies, qui ne font pas feulement
admirables par leur extrême petitelfe. Les mouches qui
en font pourvues, viennent de ces vers que nous avons
nommés faulTes chenilles, parce que leur forme eft telle
qu’elle les a fait prendre pour de véritables chenilles par
•defçavants Naturaliltes. Ils ont des jambes, & en ont au
moins deux de plus que les chenilles qui en font les mieux
fournies, que celles qui en ont feize. LiC nombre des ef-
péces de ces faillies chenilles elf très- grand, la plûpart
ibnt raies; quelques-unes pourtant ont le corps tout hé-
rilTé d’épines d’une figure fingulicre, faites en T ou en Y.
Les diliérentes efpéces nous en offrent tle toutes couleurs.
™ PREFACE.
& de couleurs différemment combinées, fbit par rayes,
foit par taches. Ce qui eft plus fingulier, c eft que quel-
ques-unes font vêtues tout-à-fait différemmeiU dans dif-
férents temps de leur vie. De muer eft pour elles chan-
ger d’habits; il y en a que la dernière miië rend mécon-
noiffables. La fàuffe chenille qui jufques-là avoit ete rayée
ou tachetée de jaune & de noir, ou de quelque autre
couleur , après avoir quitté fà vieille peau , eft entièrement
blancheâtre. Ce qui eft encore plus remarquable, Sc plus
propre à faire méconnoître quelques fauffes chenilles,
c’eft que celles qui jufque-là avoient eu le corps couvert
d’épines, ou de tubercules chargés de poils, prennent
une dernière peau qui eft abfolument rafe. Entre ces
fauffes chenilles, il y en a plufieurs qui fe font remarquer
par leurs attitudes bifàrres, qui ont le corps contourné
en S, ôc qui tiennent fouvent leur derrière en l’air & plus
élevé que leur tête ; d’autres fe roulent en pain de bougie ;
d’autres fe roulent Amplement en cercle. Une de celles-ci
fe tient fur le chevre-feuille, & a une autre particularité;
quand on la prend le matin , elle fait fuinter de petites
gouttelettes d’eau de tous les endroits de fon corps.
Chaque fauffe chenille fe conftruit une coque dans
laquelle elle fe transforme en nymphe. Les unes les
font en terre & de terre, & les autres y filent des coques
purement de foye. Toutes les variétés & les adreffes qui
peuvent être employées dans les conftrudions des co-
ques de fbye,fembleroient avoir été épuifées par les che-
nilles ; néantmoins malgré tout ce qu elles nous ont fait
» rom. /. voir dans ce genre *, nous trouvons du nouveau Sc digne
d’être admiré , dans les coques de quelques fauffes che-
nilles ; elles s’en font deux dont l’une eft renfermée dans
l’autre. L’intérieure où l’infede eft logé eft d’un tiffu
&rre, mais mince Sc flexible. L’extérieure, celle qui fert
d’enveloppe
PREFACE. ix
d’cnvclopnc à la picmientc , cft i racau ; clic cO cepen-
dant bcauconp plnsfolitlc & très -canal, le <lc relPUnc-e.
Aufli cft-ellc formée \iniqiicmcnt c el])cccs de j^roKes
fibres, qui, par rapport aux fils de la coque intérieure,
font ce que les cordes crime raquette Ibnt j)ar raj)pcrt
aux fils d’une toile ordinaiic.
Toutes ces fauffes chenilles fc transforment en des
mouches à deux ailes, qui , pour ain(i due, ont un air
de famille, & dont toutes les femelles portent à leur der-
xiére deux Icics qu’elles ne montrent ejuc ejuand clics
Veulent les faire agir. Il n’cll aucun des inflrumcnts que
la nature a accordes aux infectes, cjui doive nousparoîtic
fait avec plus d’art. Ces fcics font appliquées 1 une con-
tre l’autre, & peuvent jouer alternativement. Leurs dents
font elles- memes dentelées. Enfin, ces infiruments, qui
font dès feies par leur tranchant , font des limes ou des
râpes par le plat. La fircc extérieure de chacune e(l ar-
mée de plufieurs rangs de longues dents. Ces excellents
infiruments ont été donnés à certaines mouches pour
les mettre en état de frire aifément des entailles dans le
bois de divers arbufles, comme ce !i^ du rofier, dans
ii étoit effentiel à leurs œufs d’être dépofés. II
îi’eft point de mouches moins farouches que celles-ci ;
il fembie que celui qui les a faites, ait voulu que nous
-puffions les obferver à notre aile, c’eft-à-dire , les admi-
rer pendant qu’elles font occupées à feier & à pondre.
Leurs œufs font oblongs , comme ceux de mille autres
infeétes, <Sc de même, n’ont pour enveloppe qu’une forte
membrane ; mais ils different des œufs plus connus par
une propriété bien finguliére, ils ont celle de pouvoir croî-
tre; de jour en jour, ils acquièrent des dimenfionsen tout
fens, jufquesàce que le petit ver foit prêt d’en fortir.
Le quatrième Mémoire nous montre combien on
Tme K f h
PREFACE.
frrnit faire Je progrès à l’Hiftoire naturelie, fi on pouvoir
établir Je bons Correfpon Jants Jans les Jifférentes parties
du MonJe. Les environs Je Paris ne noiirriflent point
de cio^alcs , & je n’en ai trouvé Jans aucun Jes pays ou
i’ai pû obferver à loifir les infeéles. Il ne in’étoit pas per-
mis cepen Jant J’ignorer fans regret , l’hiftoire J’un genre
Je mouches Jont les plus anciens Naturaliftes ont tait
mention, & qui font fi renommées pour leur chant. Une
place leur étoit Jûe Jans nos Mémoires. Les regrets que
je Jevois avoir Je ne me pas trouver Jans un p<^s agréa-
ble aux cigales , m'ont été ôtés par les foins oincieux oc
éclairés Je M. le Marquis Je Gaumont. Je ne crois pas que
i’eufTe été en état Je Jonner plus J’obfervations & plus
certaines fur ces grandes mouches, que j’en donne dans le
quatrième Mémoire , quand j aurois etc expom pendant
plufieurs mois Je differentes années, aetre fatigue demies
entendre chanter. Les Auteurs qui en ont parle , n en,
ont fait connoître que Jeux efpéces , &. nous en faifons
connoître trois. Entre les mouches a corps court de ce
pays, il n’y en a aucune qui approche Je la grandeur Jes
cigales Je la gra^e elpéce. Du bout antérieur de leur
tête, qui eft prelque coupé quarrément , & qui a autant
de groffeur que ce qui précédé , part une partie triangu-
laire qui fc replie en Jeflbus. C’eff Je i’extremite de
cette partie que fort une trompe contenuë Jans un
fourreau, ôc appliquée contre le Jeflbus du corcelet.
Cette trompe apprend que la cigale n’efl; pas faite pour
vivre uniquement Je rofée. Les dentelures qu’on peut
découvrir à Jeux Jes longues pièces dont elle efl com-
pofée , prouvent qu’elle eft capable Je pénétrer dans Jes
corps durs. Leur chant dont on a tant parlé , fuppofo
un grand nombre d’organes qui n’ont pas été afles
connus , ou au moins , qui n’ont pas été déaits ; ils
PREFACE. xi
n’ont été accordés qu’aux fculs males ; aufll les femel-
les font-elles parfaitement muettes. Ces organes font
placés près de i origine du ventre , en deflous <Sc lur les
côtés. Le fecours des figures <Sc peut-être de deferip-
tions aufll longues que celles dans lefquellcs nous nous
fbmmes engagés dans le Alcmoire dont il s agit , font
nécelTàires pour voir combien d appareil a etc employé
par la nature pour mettre la cigale mâle en état de for-
mer des fons qui peuvent nous déplaire , mais qui font
apparemment touchants pour fa fémelle. Deux cfjîcces
de timbales faites d’une membrane plus roide que le par-
chemin le plus fcc , Si. dont toute la convexité eft remplie
de plis qui fe touchent; ces deux timbales , dis- je , font
deftinées à rendre les fons; il y en a une placée de cha-
que côté dans l’intérieur du ventre. Quand l’air qu elles
ont agité , fort de la cellule de chaque timbale , il trouvé
une voûte platte, un volet écailleux qui le réfléchit dans
une grande cavité où il efl; modifié & rendu plus fbnore.
Cette cavité eft divifée en deux par une efpéce de cloifon.
Au fond de chacune des parties formées par cette divifion,
eft une membrane mince, fi liffe, fi tenduë, fi tranfjDarente
Si fi brillante, qu’elle paroît un miroir, Si que le nom lui
en a été donné même par les enfants. Ne fommes-nous
point un peu humiliés , quand apres nous être crus en,
tous points l’ouvrage par excellence du Créateur , nous
voyons que les parties qui ont été employées pour met-
tre le mâle d’une cigale en état de fe faire entendre par
fa fémelle , le difputent par leur nombre , par la fingula-
rité de leur matière & de leur ftrùélure , & par l’art avec
lequel elles font difpofées aux organes de notre voix!
La fémelle a à nous faire voir des merveilles d’un
autre genre; elle peut pondre quatre à cinq cens œufs;
elle f^it les foins qu’ils demandent d’elle , pour que les
b ij
PREFACE-
embryons qui y font contenus piiifrent éc{orre,& puifrenC
pai venir ’à être un jour des cigales. Ces œufs doivent a
peine paroître au jour pendant un inftant. Dès qu’ils font
fortis de fon corps, ils doivent être logés dans l’intérieur
de très-menues branches de boisfec & rempli de moelle:
là ils doivent être difpqfés par files, à l’abri de la pluye
& des injures de l’air. La circonftance d’un bois plein de
moelle étoit eficntielle ; la moelle eft peut-être la pre-
mière nourriture de l’infoéle qui fort de chaque œuf.
Les mouches dont nous avons parlé dans le Mémoire
précédent, font des entailles au bois verd auquel elles
confient leurs œufs; ils y peuvent & y doivent être expo-
fés aux imprelfions de l’air extérieur ; pour faire ces en-
tailles, il leur fiilloit des feies, & la nature en a donné
deux à chacune de ces mouches. Mais il ne fuffifoit pas
à la mere cigale de fendre le bois, elle devait le percer,
y creufer des trous. Auffi a- 1- elle été pourvûë d’une
tarière qui en peut creufer d’affés longs , car elle a plus
de cinq lignes de longueur. Elle la porte à fon derrière
cachée dans une couliffe où elle eft confervee par un
double étuy. Cette tarière n’eft pourtant pas feinblable
à celles dont nous nous fervons , elle eft un inftrument
double , elle eft compofée de deux pièces qui peuvent
jouer alternativement, mais fans s’écarter l’u ne de l’autre;
elles fe meiwent toujours parallèlement l’une à l’autre; &
cela, parce qu’elles font alfemblces avec la plus grande
précifion , à coulifle & à languette dans un fupport com-
mun. Ces deux pièces font deux limes dont chacune a
près de fa pointe, & feulement fur le côté extérieur, des
dentelures. Avec ces limes ou cette tarière, la cigale
creufo un trou qui a toute la longueur de 1 inftrument,
&quife dirige parallèlement à l’axe du brin de Irois, dès
qu il a atteint la moelle : clic y dépoi'c &. arrange 4èpt à
P RF F AC E.
huit œufs à la flic , plus ou moins. Près tic cc trou , clic
en perce enfuite un fccontl, jiour y placer a peu près c
même nombre troeufs ; <Sc ainfi , elle remplit un bnn tic
bois & liicceflivemcnt pluficurs brins, tics tious nccci-
ûires pour loger fes œufs. Si en fentlant en deux un t e
ces brins de bois on met à découvert pluficurs hles
d'œufs l'ordre avec Iccjiicl ils ]>aroiircnt arranges ne
fçaiiroii manquer de plaire. L'infede Ibrti de chaque
œuf après avoir pris de i'accroilTcmcnt , mais avant que
d'avoir grolfi à un point où l’entrce du trou le trouve-
roit trop petite pour le lailTer palTcr, quitte le lieu de fi
nailTance. Il ed muni de jambes dont les deux premières
font de bons indruments pour fouiller la terre, il s y en-
fonce , il fe rend fur les racines de quelque arbre. Il a une
trompe avec laquelle il tire de ces racines le fuc qui le
nourrit & le fait croître. Il rede ainfi caché fous terre juf-
ques à ce qu'il foit en état d'en fortir pour fubir la méta-
morphofe qui le fait paroitre aile , qui le rend cigale*
Le cinquième Mémoire éc tous ceux qui le diivent,
ne nous entretiennent que des abeilles. Leui Iiidoii e me-
ritoit d'être traitée avec plus d etenduë que celle du
commun des infeétes. On s attend , & peut-etre s attend-
on trop à la trouver remplie de faits furprenants , car il y
aura à rabattre des merveilles qu’on en a publiées. Il ne
faut pourtant que jetter les yeux fur 1 intérieur d une
ruche , pour être forcé d'en regarder les mouches com-
me des ouvrières incomparables. La cire de ces gateaux,
qui ne font qu'un affemblage de cellules d une figure fi
régulière, & le miel qui remplit ces mêmes cellules,
prouvent qu'elles fçavent des arts qui nous font inconnus.
AufTi , fi on s’en rapporte à un très grand nombre d’ Au-
teurs, qui, à l’envi, leur ont prodigué des éloges, elles
égalent ou furpaffent peut-être les hommes en intelligence
b iij
V P RE' F ACE.
* rn connoiflances; elles ont même des mœurs qui nous
doivent faire rougir des nôtres; car il ny a gueres e
vertus morales qui ne leur ayent été accordées. On croit
bien que ces éloges auront befoin d etre réduits a leur
iufte valeur. Les faits, même vrais, qui nous ont ete tranb
mis ne 1 etoient pas pour nous , ils demandoient a etre
examinés de nouveau; il falloir avoir des preuves de leur
réalité qu’on ne nous a pas données. Cet examen con-
duit à découvrir des merveilles certaines & ignorées , qui
remplacent ce qu’on en avoit dit de fabuleux. Le gou-
vernement des abeilles a été propofé comme le pairait
modèle d’un gouvernement monarchique. Nous cher-
chons dans le cinquième Mémoire , & le premier de leur
hiftoire , en quoi il conf de , quels en font les principes*
Nous nous y trouvons obligés de reconnoître que les
abeilles fe conduifent par rapport au bien de leur fociété .
Comme h l’unique motif de leurs aélions etoit celui c ui
fait agir les plus grands hommes & les plus vertueux ; elles
ne femblent travailler que pour leur poftérité ; leurs avan-
tages particuliers ne paroiflent entrer pour rien dans tout
ce qu’elles font. Après avoir décrit les formes des ruches
les plus favorables pour obferver ce qui fe paffe dans leur
intérieur , nous nous contentons de dire ce que nous
remettons à prouver dans d’autres Mémoires , que dans
chaque ruche , il y a en certains temps de l’année , trois
fortes de mouches , & dans les autres temps , feulement
deux fortes; des abeilles fans fexe, ou, qui ne contri-
buent en rien à la génération , des abeilles mâles , & enfin
des abeilles fémelles. Les premières font celles que tout
le monde connoît; leur nombre eft fans comparaifon
plus grand que celui des autres ; elles font uniquement
nées pour le travail ; tout celui de la ruche roule lür elles,
aufli les noiîimons-nous les ouvrières. Ce n’eft ordinal-
PRE' F ACE. XV
' rement cjiie pendant un ou deux mois qu on peut voir
des mâles dans une ruche ; dans celle qui en eft le plus
peuplée , il n’y en a pas autant de centaines qu’il y a
de milliers d’ouvrieres; ils font plus gros que celles-ci.
Pendant le cours de chaque année , fi on en excepte
peu de jours , on ne peut trouver dans chaque ruche
qu’une foule fénielle mais qui eft capable de multi-
plier fon petit peuple, au point que I habitation ou il
eft, ne fuflîfo plus pour le contenir. Sa fécondité eft pro-
digieufo. Telle fémelle peut dans un an devenir merc
de trente à quarante mille mouches , & peut - etre de
beaucoup plus. C’eft à elle foule que doivent le jour tou-
tes les ouvrières , les mâles &: le petit nombre de femelles
qui naiflent par ia fuite dans la ruche. Cette mere refte
prefque toujours dans l’intérieur du logement ; elle eft aifée
à reconnoître quand élle fo montre, fur-tout par la lon-
gueur de fon corps ; elle eft plus longue que les mâles
,
quoiqu’elle foit moins grolfo ; d’ailleurs , fos ailes font
courtes en comparaifon de celles des mâles & de celles
des ouvrières. C’eft cette mere que les Anciens ont ap-
peilée le roi des abeilles , & qui eft digne d’en être nom-
mée la reine. On ne nous en a pas impofé quand on
nous a parlé du refpeél que les autres mouches fomblent
avoir pour elle. Nous prouvons par un très-grand nom-
bre d’expériences éc d’obforvations fûres , que les abeilles
ordinaires font plus que de la refpeéler, qu’elles cher-
chent continuellement à lui être utiles , à lui rendre les
meilleurs offices; que fans ceffo elles lui offrent du miel,
elles la lèchent , elles la brolfont ; que quelque part où
elle aille, quelques-unes lui font cortege ; enfin , que la vie
de toutes leurs compagnes n’eft rien pour elles , en com-
paraifon de celle de la mere. Elle femble être l’ame de
toutes leurs adions. On verra que lorfque j’ai partagé un
P R E' F A CE.
r^Lm en deux ruches, les mouches de I une ou elles
ftoton en plus grand nombre, mais fans mere n ont pas
Saigné fairS le moindre travail; à peine ont-elles fonge a
vivre au jour le jour; elles fe font laiffé pér.r . pendant que
celles qui éloient dans une autre ruche avec la mere , y
ont travaillé, quoiqu’elles y fulfent en tres-petrt nombre.
Enfin, je prouve par des expériences incontellables , que
dès qu’on a ôté la reine à des abeilles qui s occupoient
fans relâche du matin au foir à faire des récoltes de eire
& (le miel, elles ne femblent plus fçavoir que les plantes
leur offrent des richelfes néceffaires. A peine fortent-elles
de leur ruche, & elles y retournent fans y rien apportei.
Tout travail celTe dans l’intérieur, on n’y conftruit pas .
une feule cellule de cire, on n’y achevé aucune de celles
qui étoient commencées. Qu on redonne une meie a
des abeilles tombées dans une inaSlion complette pour
avoir été privées de la leur, dans le moment on leui lend
l’adivité & l’ardeur pour l’ouvrage; les travaux de toutes
efpéces font repris. Les abeilles font non-feulement la-
borieufes quand elles ont parmi elles une mere féconde,
elles le font proportionnellement à fa fécondité. Quoi-
qu’elles ne contribuent en rien à la génération , quoi-
qu’elles ne foient deftinées qu’à être les nourrices des
vers qui éclofcnt des œufs pondus par la reine , 1 Auteur
de la Nature a voulu quelles s’intérelTalTent pour ces vers
qui, avec le temps, doivent devenir des abeilles, autant
que fi elles en étoient les véritables meres. C’eft la feule
efpérance de voir naître beaucoup d’abeilles qui les dé-
termine à multiplier le nombre des gâteaux de cire, <&.à
y mettre des provifions de miel. Dès que cette elpérance
leur ell ôtée, dès que leurs travaux ne peuvent être utiles
à leur poftérité, le foin de leur propre vie ne les touche
plus# çlles fe njettent en rifque évident de périr de faim;
elles
PREFACE. XV.;
elles ne ramaffent plus de miel , quand celui qu elles ic-
cueilleroient ne ferviioit qu’à les faire vivre.
Nous nous arrêtons d’abord dans lefixieme Mémoire,
à confidérer les parties extérieures des abeilles, dont la
plûpart peuvent être regardées comme des inftruments,
Vil cft effentiel de connoître pour entendre comment
elles viennent à bout de foire leurs récoltes, d’exécuter
des ouvrages fi finguliers. Elles font de la clafTe des mou-
ches qui ont une tromjîc <5c des dents. La ftruélure de Icui
trompe eft différente de celles de tant d autics dont nous
avons parlé dans les Volumes precedents. Poui expli-
quer tout l’art avec lequel elle cft faite , il a fallu nous
engager dans une affés longue clcicription , &. être aide
par les figures. Nous nous contenterons de dire que 1 a-
beille la tient ordinairement pliée en deux & comme
roulée; mais que quand elle veut, elle la déplié & 1 allonge.
C’eft avec fa trompe qu’elle enleve aux fleurs une liqueur
miellée que la nature a mife en réfèrve dans certaines glan-
des connues à préfent par les Botaniftes , mais qui 1 ont
été de tout temps par nos mouches. Nous prouvons que
cette trompe n’agit point à la manière des pompes,
comme il étoit naturel de penfer qu’elle agiffoit, & comme
on l’a fait agir jufqu’ici ; qu’elle eft une efpéce de langue
velue & très -longue, qui, en léchant, le charge dune
liqueur qu’elle fçait conduire jufques à une bouche qu’il
étoit très-important de connoître. Les dents font les outils
avec lefquels elles façonnent la cire ; leur forme mérite
d’être examinée. Nous ne difeutons pas encore dans ce
Mémoire fi les abeilles trouvent la cire toute faite à la
campagne*, fi elles n’ont qu’à la féparer des corps étran-
, gers avec lefquels elle eft mêlée , ou fi elles ont de plus
importantes préparations à donner à cette matière qui
doit fournir la cire , & que nous nommons matière à cire.
Tome V. • c
P RE' F ACE.
ou cire brute ; mais nous y fiiifons voir que c efl fur les
plantes, & feulement fur les fleurs des plantes, que les
abeilles la ramalfent. Sans avoir étudié la ftruélure des
fleurs , on a vû ceiit & cent fois dans celle d’un lys , des
filets jaunes, dans celle d’une tulipe, des filets bruns; &
on fçait que les premiers lailfent fur les doigts une poudre
jaune, & les autres une poudre brune. En langage de
Botanifte, ces filets font des étamines, & leurs poudres,
les poulTiéresdes étamines. Chaque grain de ces poulfie'
res a une figure conllante dans chaque cfpece de-plante.
Ce font fouvent des boules quelquefois bien fpheriques,
& quelquefois plus ou moins allongées. Ces poulfieres
font précieules pour les abeilles, éc elles le font pour nous,
puifqu’elles font la matière à cire, la cire brute; elles font
l’objet d’une des deux grandes récoltes que ces mouches
ont à faire. Une abeille qui efl fortie de fa ruche pour
aller en ramaffer , entre dans la fleur dont les étamines lui
ont paru le plus chargées de cespoufliéres, &depoufliércs
qui y tiennent moins. Nous n’avons pas dit encore que
fa partie antérieure , fon corcelct , fes jambes & plufieurs
endroits de fon corps , font chargés de poils dont la
plûpart ont une- forme qui mérite d’être vûe au mi-
crofeope. Chaque poil relfemble à une tige de plante
à qui des feuilles font attachées de deux côtés oppo-
fés, du haut en bas. Une portion d’une écaille de la mou-
che, garnie de poils, femble au microfeope, un gazon
bien fourni de jolies moulfes. Ces poils font pour les
abeilles , ce que les toifons font pour ceux qui ram.alfent
les paillettes d’or des rivières. L’abeille devient bientôt
toute poudrée d’une poudre jaune ou blandieâtre, ou '
d’une poudre d’une autre couleur , c’eft-à-dire , de celle
des pouffiéres des étamines de la fleur dans laquelle elle
s efl promenée. Les poils branchus arrêtent les pouffiéres.
PREFACE. xix
La mouche fc fçait couverte de cette poudre, & fçait la
ramafl'er. La penultiéinc partie de chacune de fcs iamhcs
ell faite en brolfc. Elle palfc fur Ibn corps les unes ou les
autres de ces brolfcs , & toutes ordinairement les unes
après les autres. Les broflès ictiennent un peu humides,
les pouffiéres qu’elles, ont enlevées, rabcillc les ralfcmblc
enfuite, les réunit en deux petits tas. La nature, ou j)lû-
tôt fon Auteur qui apourvû à tout, a ménagé une cavité
dans la fece extérieure de la troiliéme des ])artics de cha-
que jambe de la dernière paire. Cette cavité ell bordée
de gros poils, au moyen delquels elle ell unc,clj)écc de
corbeille propre à conlcrvcr ce qui lui éfl confié. C’efi:
dans cette cavité que les jambes de la féconde paire jror-
tent les poulhéres des étamines , qu’elles y en font un
petit tas, une mafic Iblide, en les prefi'ant les unes contre
les autres. L’abeille pafic d’une fleur à une autre pour y
continuer fa récolte , pour grolfir les deux petits amas de
cire brute ; elle parvient à rendre celui de chacune de fes
deux jambes égal à un grain de poivre , & d’une figure
un peu plus applatie. Afîes chargée de ces deux petites
pelotes , elle part alors & les porte à la ruche. Pour
faire fa récolte il ne lui fiiffit pas toujours de fe prome-
ner de fleur en fleur. Les poulhéres des étamines ne font
pas toûjours prêtes à tomljer.* Avant qued’être, pour ainfi
dire, à maturité, elles font renfermées dans des efpéces de
capfules appellées fommets , & elles ne paroilfent au jour
que quand ces capfules s’ouvrent. L’abeille n’ignore pas
que la matière dont elle a befoin , eft renfermée dans ces
•petites boîtes, elle faifit donc entre fes dents fuccelTi-
vement pliilietirs de ces capfules; quand celle qu’elle
tâte lui paroît propre à être entr’ouverte, elle la prefle
&. l’oblige à lailfer paroître fos poulhéres; les deux pre-
miércs jambes viennent les prendre, elles les donnent
c ïj
PREFACE.
aux Jeux fiiiv.mtes qui les portent aux Jeux Jemieres.
Pour continuer J’cxaminer les parties qui paroiiient
à l'extérieur Jes abeilles , au moins en certains temps
,
nous faifons connoître Jans le feptiéme Mémoire , 1 ap-
pareil avec lequel a été fait cet aiguillon reJoutable Jont
elles font armées. Ce qu’on appelle vulgairement l’aiguil- •
ion eft une pointe écailleufe extrêmement fine , & qui
cepênJant n’eft que l’étuy Je Jeux aiguillons, Je Jeux
JarJs beaucoup p us fins. L’un & 1 autre font Jeiitel^ fur
leur côté extérieur, & près Je leur pointe. Les blenures
faites par Jeux armes fi Jéliées, feroient peu acrainJre
pour nous; mais l’abeille les empoifonne & les renJ Dar-
là très- Jouloureufes. Dans fon intérieur , près Je la baie
Je l’aiguillon , elle a une veffie pleine J’une liqueur très-
tranfparente , mais cauftique. Une gouttelette Je cette
liqueur , quelque petite qu elle foit , fait naître Je la cha-
leur fur l’enJroit Je la langue où elle a été appliquée.
Quan J pour mieux éprouver l’effet Je cette liqueur, je
me fuis fait Jeux piquûres légères avec la pointe J’une pe-
tite épingle, j’ai renJu très-cuilante celle Je ces blefliires
Jans laquelle j’ai intro Juit un peu Je la liqueur venimeule
Je l’abeille. Un cana^ la porte Jans l’étiiy Jes JarJs , au
bout Juquel on en voit paroître Jes gouttes fucceffive-'
ment toutes les fois qu’on tient une abeille gênée entre
fes Joigts ; elle fait alors Jes tentatives inutiles pour pi-
quer, & comme fi elle piquoit , elle oblige Je la liqueur
venimeufe à fbrtir. Nous aimerions mieux ’aflurément
que les abeilles fuflent Jépourvûes Je cette arme ; mais
elle leur étoit néceflaire. Les fruits Je leurs travaux , leuf
cire &. leur miel , excitent les Jefirs Je beaucoup J’infeéles
aviJes & parefleux, contre lefquels elles ont à les Jéfen-
Jre. Elles ont à fe Jéfen Jre elles-mêmes contre J’autres in-
feétes voraces qui les mangent plus volontiers que ieuj* cire
PREFACE. xxj
& leur miel. Enfin il vient un temps où elles nous doivent
paroître extrêmement barbares , où du matin an loir elles
ne s’oceupent chés elles que de carnage ; & c’eft dans ce
temps lùr-tout que leur aiguillon leur cft néceflaire. Les
mâles font inutiles & même nuifibles dans la ruche après
un certain temps, après que la mere acté fécondée. Les
ouvrières qui avoient été leurs nourrices lorlqu’ils avoient
la forme de yer, qui depuis leur dernière transformation
avoient vécu avec eux en parfaite intelligence, leur décla-
rent la plus cruelle guerre, lorfquüs ne feroient que con-
fumer les provifions de la ruche fans y être bons à rien ;
elles les malfacrent; au bout de deux ou trois jours , il y
en a quelquefois plus de mille de tués, A il n’en relie pas
un feul dans la ruche. Les raifons que les abeilles ouvrières
pourroient alléguer pour leur jrftilication , nous font peu
connues ;• nous ignorons fur quels titres ell fondé leur
droit de vie & de mort fur les mâles ; il leur a été accordé
par la nature qui les a mifes en état de l’exercer. Les faux-
bourdons ou mâles font plus gros que les abeilles , mais
ils n’ont pas été armés d’un aiguillon ; celui qu’ont les
abeilles ordinaires leur donne une grande Eipériorité for
eux. Alfés fduvent des querelles s’élèvent entre les abeilles
ouvrières d’une même ruche ; alfés fouvent on en peut
voir deux auxprifes, qui, pofées ou plutôt couchées for
terre, font l’une contre l’autre tout ce que pourroient
faire deux adroits & courageux lutteurs; elles cherchent
réciproquement à fe piquer. Leurs corps font li bien
cuiralfés qu’il ell difficile à l’une & à l’autre de trouver
im endroit où elle puilfe faire pénétrer fon aiguillon dans
ie corps de fon adverfaire. C’en ell bientôt fait de celle
qui a été piquée,; la viélorieulè la lailfe bientôt expi-
rante fur la pouffiére. Quelquefois trois à quatre abeilles
ça attaquent une feule , fans en vouloir à fa vie ; elles
c ii;
PREFACE.
ceflènt de lui porter des coups’ dès qu elle a allonge là
trompe, & qu’elle y a dégorgé du miel que les attaquan-
tes vont fliccer tour à tour. C’eft à ce miel qu elles en
vouloient. Outre les adions particulières dont nous ve-
nons de parler, il y en a de générales. Quand les mouches
d’un effaim ont choiü inconfidérément pour fe loger,
line ruche déjà habitée par d’autres^ mouches , à peine
s’y font-elles introduites , qu’un combat meurtrier com-
mence. Celles qui ont le droit de la pofîelîion , s oppo-
lènt à l’invafion avec tout leur courage & toutes leurs
forces. D’inftant en inftant on voit fortir de la riiche
une mouche vidorieufe qui en emporte une morte , ou
une qui n’a plus qu’un refie de vie qui lui efl bientôt
ôté. Ces batailles ne finilTent qu’avec le jour, & coûtent
fbuvent la vie à plufieûrs milliers de mouches. Une abeille
qui laifTe Ibn aiguillon dans l’endroit oli elle a piqué, & il
arrive affés fouvent qu’elle l’y laifTe, fe fait à elle-même une
bleffure mortelle; ainfi,la vie de celle qui pique efl toujours
en rifque.Lamere efl armée d’un aiguillon plus grand que
celui des autres mouches, quoique quelques Anciens ayent
affuré le contraire, & que quelques dévifes les en fuppofent
privées. Alais comme il importoit qu’une vie auffi précieu-
iè que celle de la reine , ne fût pas auffi fouvent expofée
que celle des abeilles ordinaires, elle efl 'née avec un natu-
rel plus pacifique ; on peut la tenir entre fes doigts fans
qu’elle cherche à piquer. Nous finiffons ce Mémoire par
faire remarquer les différences qui font entre quelques-
unes des parties extérieures des trois fortes de mouches, &
qui y dévoient être. Les parties néceffaires pour ramaffer
la cire brute, par exemple , 6i pour façonner la cire même,
étoient inutiles à la mere d aux mâles fur qui aucun tra-
vail ne roule, & ils en font privés.
Le huitième Mémoire nous montre les abeilles occupées
t
P R E' F A C E. xxix
reine, que pour cent ou cent cinquante cellules ordinaires.
Elles cherchent fur-tout à la rendre folidç ; car d’ailleurs,
la forme qu’elles lui donnent n’a rien de fort agréable 6i
de recherché pour nous ; elle cfl; même fimple. Cette
cellule n’eft pas, comme les autres, faite à pans, elle eft
oblongue &. arrondie, ayant plus de diamètre que par-tout
ailleurs auprès de fa bafe, de-là elle devient de plus en
plus menuë jufques à fon ouverture. L’extérieur en eft
cependant orné d’une efpéce de guillochis. Une feule
reine a tant de mâles dans fa ruche, qu’elle fcmblc vivre au
milieu d’un très-nombreux ferrail ; cependant la manière
dont elle eft fécondée a été mife au rang des myftéres.
Comme elle fe tient prefquc conlTâmment dans l’intérieur
de fon habitation , on n’a pu parvenir à voir aucun ac-
couplement. Le trop grand nombre des mâles a même
fait penlèr quelle ne devoit pas s’accoupler. Des Anciens
& des Modernes ont cru que le feul office des mâles
étoit de répandre fur les œufs dépofés dans les cellules
,
une liqueur laiteufe & vivifiante , comme on penfe com-
munément que le font les mâles des poiffions iur les œufs
de leurs fémelles. Mais ce lentiment eft détruit dès qu’on
fçait que ce n’eft que pendant quelques femaines de cha-
que année que la mere abeille vit avec clés mâles , que
pendant neuf à dix mois il ne lui en refte pas un feul
,
quoiqu’elle ponde dans la plûpart de ces mois des œufs
féconds. Swammerdam à qui les mâles n’avoient pas
paru avoir des parties par lefquelles ils fe puffent joindre
avec la fémelle , a eu un fentiment qui femblera bien
étrange à ceux qui n’ont pas médité la fuite de merveilles
quefuppofe la génération des animaux. Il a penfé que
la vapeur, l’odeur que les mâles répandoient,fuffifbitpour
féconder la mere. Il faut avouer que le^grand nombre'
des mâles qui ont été accordés à cette mere , fait une
d iij
PREFACE,
difficulté connaérable contre l’accouplement; s’ils Soient
tnm nulfi ardents que le font ceux des autres infedes, la
fémelle en deviendroit à plaindre, elle ne trouverait
pas les moments de repos qui lui font eüentiels. Des
obfervations que j’ai faites fur des meres dont chacune a
été inife feule avec un mâle , lèvent la dfficulte. hiles
m’ont appris un renverfement d’ordre qui étoit nécef-
faire, dès qu’il avoit été réglé que chaque mere auroit a
fa difpofition tant de mâles. Ceux qm lui ont ete don-
nés font les plus froids, les plus indifferents de tous le$
mâles. C’efl à cette reine fi cherie par les ouvrières, ac-
coûtumée à être fervie & prévenuë en tout par celles-ci ;
ç’eft à cette reine , dis-^ , à faire fa cour au mâle qui lui
plaît, à le tirer de Ibn état de froideur par les agaceries.
Elle pouffe même fes carelfes jufques à ce que nous ap-
pellerions plus qu’indéccnce. Elle prend par rapport à fou
mâle la pofition dont font en poffelTion les males des
autres fémelles. Enfin , quoique je ne lois pas fur d avoir
vu un accouplement complet, j’ai vû au moins une efpéce
d’accouplement ; 6c quand il n’y auroit que ce que j ai
vû , c’en feroit alfés pour que tout fe palfât par rapport
à la fécondation des œufs des abeilles, comme par rap-
port à celle des ‘œufs des oileaux. Les accouplements de
ceux-ci font Ibuvent plus courts que ceux que la merc
abeille m’a montrés.
Nous avons demandé qu’on nous crût pour quelque
temps fur notre fimple témoignage , lorfque nous avons
affûré que chaque ruche n’a qu’une feule fémelle, excepté
pendant un petit nombre de jours où y nailfent des fé-
melles qui n’y doivent pas refter. Nous nous Ibmmesde
même contentés d’alTûrer qu’il vient un temps où tous les
mâles font ôté^ la mere , 6c qu’elle palfe neuf à dix mois
fans en. avoir un feul. Ces faits efl'entiels à l’iiiftoire des
PREFACE. xxx;
abeilles , & quelques auti-es , avoient belbin cl être éta-
blis par des preuves certaines que nous avons proinilcs,
& que nous donnons dans le dixitntc Mémoire. Pour
pouvoir certifier qu’il n’y a qu’une Iculc mère dans
une ruche pendant plus d’onze mois de l’année, fie
qu’il n’y a pas un mâle pendant plus de neuf à dix
mois, il faut abfblument en avoir examiné toutes les
mouches une à une, en difîci'cntcs Ihifbns de I année.
Je commence par indiquer divers moyens de faire paffer
les abeilles d’une ruche dans une autre, qui ne doivent
pas être ignorés par ceux qui foignent ces mouches ])Oiir
profiter du fruit de leurs travaux. Pendant que l’on oblige
les abeilles à déménager, on a des occafions de les voir
étalées , d’appercevoir les fémellcs & les mâles. Mais ce
qui peut mettre plus à portée de les examiner, c’efl que
j’enfeigne enfuite à faire entrer dans plufieurs bouteilles
d’un verre très-tranfpârent , toutes les abeilles d’une ruche.
Ces expédients ne fçauroient pourtant contenter quel-
qu’un auffi difficile fur les preuves des faits finguliers
qu’on le doit être. II lui reliera toujours des foupçons
tant qu’il n’aura pu examiner une à une, Ôc manier même
toutes les abeilles d’une ruche ; mais il femble que cela
ne fe puifTe bien faire que fur des abeilles mortes, qu’il
faille en venir à faire périr toutes les abeilles d’un giand
nombre de ruches, c’efl-à-dire, d’en faire périr dans plu-
fieurs mois , & faire périr même plufieurs ruches en cer-
tains mois. Il n’efl pas difficile au moyen du foufre , d’é-
touffer celles d’une ruche; mais ceux qui nient le plus
fermement l’ame des bêtes, fe réfoudroient avec peine
à^aire périr tant de milliers de machines trop admirables.
D’ailleurs ces expériences ne laifferoient pas d’être chères,
&n'ôteroientpas abfolument tout doute. Car par exemple,
quand on n’auroit trouvé qu’une feule merc au Printemps,
;• PRE'FACE.
& fans mâles, on n’en leroit pas en droit d afEriîier que
cette mere qui n’avoit pas de mâles , auroit pondu des
ceufs féconds. On ne peut être bien certain qu elle etoit
en état d’en donner, que quand on lui en a vu pondre
de tels au bout de quelques jours ou de quelques fe-
maines. Sans ôter la vie aux abeilles, il y a un expédient
auquel j’ai eu recours pour les examiner aulTi ailément
une à une, que li elles etoient vei itablement mortes,
de les manier les unes apres les autres , & de revoir^ par
la fuite ces mêmes mouches occupées de leurs diffé-
rents travaux. Après avoir oblerve e ue des abeilles , qui
,
pour être tombées dans 1 eau fembloient parfaitement
mortes , pouvoient être rameneesalavie,^lorlqu apres les
avoir léchées, on les chaufîbit; apres métré allure que
des abeilles tenues même fous 1 eau pendant plufieurs
heures comme mortes , pouvoient. etre ranimées , j ai
voulu faire en grand les expériences que j’avois faites en
petit. J’ai plongé des ruches fous l’eau; toutes leurs abeilles
y ont paru noyées, incapables de mouvement. On les a
pefohées enfuite avec des écumoires. Ainli toutes les
mouches d’une ruche, très-aélives quelques heures aupa-
ravant , ont été mifes par tas .ou étenduës fur une table.
Ce fpeélacle avoit quelque chofe de trille pour qui ne
fçavoit pas quelles en dévoient être les lliites, J’examinois
mes abeilles aulTi à l’ailé que je les eulTe examinées fi elles
culfent été véritablement mortes. Lorfqu’elles avoient
été toutes parcourues une à une, lorfqu’après avoir trou-
vé la mere, je m’étois afluré qu’il n’y en avoit qu’une,
& qu’il n’y avoit aucun mâle, je faifois changer la feene;
je faifois elTuyer les mouches, je les mettois dans cfcs
poudriers, ou dans des valés de crin que j’ai nommés
féchoirs, où j’achevois de les fécher; je les chaufFois
doucement , &. bientôt je les remettois en état de rentrer
dans
PREFACE. xTfxiü
dans iinc ruche, & d’y recommencer leurs travaux, .l’.ai
fiiit cette opération un très-grand nombre de fois,.
autant
Gu’il a été iiéccftairc pour m’inflruire des faits (jui de-
ra.andoicnt à être prouvés. Nous tiétaillons dans le Mé-‘
moire dont il s’agit, les moyens les plus fiirs d’en afTûrer
le fuccès, & les inconvénients qui l’ont quelquefois fait
mal tourner.
Nous retournons dans le onzième Mémoire à ces œufs
que nous avons vû déjiofer par la mcrc en difîèrcntcs
celluies. Ils ont chacun une figure oblonfrue & arrondie,
O w "
un peu plus groffepar un bout que jiar l’autre. Il n’y en
a ordinairenaent qu’un dans chaque cellule. Cependant
j’ai quelquefois obfervé deux, trois &; jufques à quatre
œufs dans la même; mais ceci n’arrive que lorfque les
ouvrières n’ont pu fullire à conftruire autant de cellules
que la fécondité de la mere en demandoit de vuides.
Qu.atre vers, & même deux, périroient dans un logement
qui par la fuite fera rempli par un feul. AufTi les abeilles
ouvrières ont-elles foin d’ôter les œufs furnumcraircs des
cellules où il s’en trouve. L’unique œuf qui doit relier,
efl: collé contre le fond & feulement p.ar Ibn petit bout.
Ce n’ell que p.ar ce bout qu’il touche la cellule. Un jour
ou deux après qu’il y a été pofé, un ver en fort. Il cil
bientôc l’objet des tendres Ibins des abeilles ouvrières.
Chaque jour &. à plufieurs reprifes, elles lui fournilTent
l’aliment qui lui efl néceffiire ; elles tiennent le fond de
fa. cellule couvert d’une couche d’une efjaéce de bouillie
blanche dont il fè nourrit ; cette bouillie lui l'ert même
d’un lit mollet fur lequel il efl roule en anneau. Dans
moins de fix à fept jours , il efl parvenu à fon dernier terme
d'accroiffement. Les abeilles qui connoifTent le temps où
il n’a plus befoin de nourriture, ceffent alors de lui en por-
ter . Le dernier des foins qu’elles prennent pour lui, c’efl de
Tome K ' ’
P R E' F A C B.
^urlr pourainfidire.laportedefacdiule. Elles mettent
rrom ercle de cire â fon ouverture Quanÿe couvercle
SSfé, leverqui iufque-là avoit étéeninaaion& roule,
fe déplie, s’étend & commence à travailler. Il tapi e de
foyeîes parois de fa loge ; il ne tarde gueres enfmte a fe
métamorphofer en nymphe. Plufieurs vers croilfent les
uns aprèsL autres dans la même cellule; on peut recon^
noître le nombre de ceux qu’il y a eu dans chaque cellule,
fi on fe donne la peine de féparer les mies des autres les
différentes toiles de foye dont elles font tapilîees. Les
vers qui doivent devenir des féraelles, font traites avec
plus de diftinaion ; chacun a fa cellule neuve, faite pour
lui, & qui ne fert qu’à lui. Enfin , environ 20 a 2 1 jours-
après que l’œuf a été collé contre le fond d une cellule,
une abeille eft en état de paroître au jour; apres s être
défaite de fes enveloppes de nymphe , elle fait ufage de
fes dents pour ronger la porte, le couvercle de cire qui
Y a été attaché; elle y fait une ouverture par où elle fort
encore humide. D officieufes mouches le piefentent fur
le champ pour l’effuyer avec leur trompe ; les ailes s affer-
miffent , & dès le même jour elle efl en état de fortir de
la ruche, & de s’acquitter par des récoltes de cire & de
miel , de ce qu elle doit à fes meres nourrices.
Après que la rude failbn eft paffée , le nombre des
abeilles fe multiplie journellement dans une ruche ; &
fouvent il s’y efl multiplié à un tel point vers la mi-Mai,
que l’habitation étant devenuë trop petite pour contenir
toutes les mouches , le meilleur parti qui leur relie à
prendre , c’eft de f'e partager. Dans un inflant uiie très-
grande troupe fe détermine à abandonner le lieu de fa
iiaiffance, pour aller chercher ailleurs un étahliffemcnt.
Cette colonie d’abeilles eft appellée un effaim. Le dou-
zième Mémoire traite de ce qui a rapport aux effaiiiKi
PREFACE. XXXV
de ce qtii précède & annonce leur l'ortie , de la manière
dont elle l'c fait, & de tout ce qui la fuit, juf(|ncs à ce que
la nouvelle république fe l'oit mile l'olidemcnt en état
de fe perpétuer. Quelque peu proportionné tepciulanl
que fût le grand nombre des abeilles à la capacité de
la ruche, il n’en fortiroit point d’clfaim 11 toutes les
mouches nouvellement nées étoient des ouvrières. Cel-
les-ci, qui doivent faire le gros de la colonie , veulent
avoir à leur tête une reine, & une reine féconde & qui ait
été fécondée. Elle feule peut alTûrcr la durée d’un nouvel
établilTement. Il a aulii été réglé que lorl'qu’un très-grand
nombre de mouches ordinaires léroicnt nces dans une
ruche, des mâles y naîtroient , <Sc que des fémelics y naî-
troient enfuite. Or dès qu’il y a des fémelics nées , &
qu’une de celles-ci ell en état de mettre au jour une nom-
breufe pollérité, c’en eft alTés pour déterminer un elfaim
à quitter même une ruche qui n’cft que médiocrement
peuplée. Le foir & pendant la nuit, des bourdonnements
plus forts que les ordinaires , fe font entendre dans une
ruche quelques jours avant le départ de l’clfaim. Il eft
quelquefois annoncé le matin du jour où il ne fe doit
faire que l’après-midi , par un figne moins équivoque &
plus digne d’être remarqué. Pendant qu’un temps ferein &
doux, & un Soleil brillant, invitent à fortir les abeilles des
différentes ruches , pendant qu’on en voit beaucoup ren-
trer avec des récoltes de cire brute dans des ruches mé-
diocrement peuplées , fi on obferve peu de mouvements
aux portes d’une ruche qui fourmille de mouches , fi peu
de celles qui arrivent, rapportent de la cire brute, on peut
compter que dans le fort de la chaleur du jour , il en for-
tira un effaim. Comme fi cette grande entreprife avoit
été décidée pendant la nuit , comme fi le moment où elle
doit être- e.xecutée avoit été déterminé, les mouches qui
• •
eij
PREFACE.
Snt atamlonner la ruche raprès-micli , ne dpenl
V ravailler pendant la matinée ; & celles qui y doivent
Ser, attendent pour s’occuper avec leur adivite mdi-
naire, que leurs compagnes foient parties. La refolu-
tion de partir dans le jour fcmble donc bien. déclarée;
mais je ne crois pas que le moment du départ ait de
même été fixé. Ce moment arrive quand la chaleui de-
vient plus confidérable, & fur-tout quand quelque ardent
rayon de Soleil agit fur la ruche. Alors dans un misant
des abeilles en fortent en foule ; elles rempiiffent 1 air
des environs; dans quelques fécondés, toutes celles qu.
doivent compofer 1 elTaim s’y trouvant répandues. Apres
avoir voltigé 6c tourbillonné pendant quelques minutes
au - delTus ' d’un arbre , elles le reuniffent autour d une
de les liranches. Quand elles y Ibnt devenues tranquil-
les , on les fait tomber dans une ruche ou ordinairement
elles lé trouvent bien. Les Anciens ont voulu que dans
un eflaim , outre le véritable roi, il fe trouvât fouvent
une mouche rebelle par qui la puiflance louveiaine etoit
difputée. Ils ont accordé au premier les qualités qui ren-
dent digne de regner; ils ont alfûré que fon extérieur ré-
pondoit au rang auquel il étoit defline. Ils nous peignent
au contraire la figure de la mouche qui s’ell révoltée,
comme très-hideufe & ignoble ; félon eux, la figure eft
l’image des mauvailes qualités de Ibn ame. Cette mou-
che indigne de l’empire fçait pourtant fé-duire quelques
abeilles ; mais bientôt elle ell punie de fa trahifon par les
autres, qui lui ôtent la vie. Le vrai auquel tout ceci doit
être réduit, c’efi que quelquefois plufieurs femelles nou-
vellement nées fc trouvent dans une ruche lorlqu’un eflaim
en part ; que quelquefois deux ou trois , ou même quatre
fémellcs s’y alfocient. Cependant le bien de la nouvelle
Ibciété demande qu’il ne lui en refte qu’une. Aufli une
PREFACE. xxxvij
feiile eft-elle confervée. En moins d’un jour ou ilcux les
furnumérairesfont mifesàmort. Celle qui demeure unique
louveraine eft la plus digne de i etre,non par des vci tus mo-
rales mais par une vertu phylique bien clicntielle u la icpu*
bliqiie naifTante, Elle eft la plus prête à pondre , & proba-
blement celle qui promet une ponte plus al)ondantc. Sou-
vent dès le premier ou le fécond jour, elle depofe des œufs
dans les alvéoles qui viennent cl ctre faits. C eft ce qu on
n’auroit pas dû attendre de celles qui ont été immolées au
bien public. Lorfque j’ai ouvert le corps de pluficurs de
celles-ci, je n’ai pu y appercevoir des œufs d une grofleur
fenfible. Les fémelles nouvellement nées qui font reliées
dans l’ancienne ruche, n’ont pas un fort ])lus heureux cjuc
les furnuméraires de l’eftaim; comme celles -ci elles font
mifes à mort. Il y a pourtant quelquefois deux ou trois jeu-
nes fémelles à qui la vie eft confervée, & cela quand la
ruche, comme il y en a quelques-unes , fournit deux ou
trois elfaims. ^
Il ne nous eft pas permis d’être indifférents pour des
mouches fi induftrieiiîés , & dont les travaux nous font fi
utiles. L’objet du treiziéme & dernier Mémoire, eft d’e-
xaminer les moyens de les multiplier, 6c d’en tirer le
meilleur parti qu’il eft polTible. Lorfque nous avons vu
où elles fe chargent de cire 6c de miel , nous avons dû
faire réflexion que la quantité de l’une 6c de i autre qu elles
recueillent ftir les fleurs, n’eft prefque rien en comparai-
fon de la quantité qu’elles font forcées d’y iailfer. Les
ouvrières nous manquent pour faire fiiie des récoltes
de fruits offerts par la nature avec une fi grande profu-
fion ; mais il ne nous eft pas aulfr facile de multiplier ces
ouvrières qui ne nous coûtent rien , qu’il l’eft de multi-
plier les vers à foye. Il y en a autant de ceux-ci qui devien-
nent des papillons fémelles , qu’il y en a qui deviennent
• • •
e iij
$ 9 ^ P RE’ F AC B.
Srmpillons mdles. On pourrait fonger à
mettre plus à profit le petit nombre des abeilles femelles
oui iiailfent chaque année dans chaque ruche. Mais ce
qui fe préfente de plus fur pour la multiplication des abeil-
les, c eft d’empêcher qu’il n’en périlTe chaque année,
•autant qu’il en périt. Une avidité mal entenduë a établi
en diverfes provinces , l’ufage de faire mourir celles qui
font parvenues à bien remplir leur logement de cire &
de miel. Il feroit aifé de proferire par un réglement, une
pratique barbare & fi oppofée à la multiplication de mou-
ches fi dignes d’être conlèrvées. Les Auteurs qui ont traité
des abeilles, nous ont appris quelles ont beaucoup d’enne-
mis qui les détruifent. Tels font dans le genre des quadru-
pèdes , les mulots & d’autres rats de jardin. Beaucoup d’oi-
-lêaux lesattrapentquand ils peuvent.Certainsinfedes ailés,
comme les guêpes & les frêlons, font aulTi redoutables pour
elles que les oiièaux ; on prétend même que les guêpes ne
permettent pas d’avoir des abeilles dans quelques-unes de
nos Iflesde l’Amérique, qu’elles les y exterminent toutes.
Une efpéce de poux s’attache fur elles , <& y vit lans les
abandonner. Elles font fujettes à diverfes maladies con-
tre lefquelles on n’a pas manqué de preferire des remèdes.
Mais tous leurs ennemis enlèmble, & toutes les maladies
dont elles peuvent être attaquées, même dans de belles
faifons , n’empêcheroient pas que le nombre des ruches
ne fe multipliât confidérablement chaque année , fi on
pouvoit les fauver pendant la fin de l’Automne , pendant
l’Hiver & le commencement du Printemps. C’eft alors
que les ruches entières périlfent, & qu’il en périt beau-
coup. Les deux grands fléaux des abeilles dans ces temps
fâcheux, font le froid de la faim. Nous prouvons que
quand on cherche à les mettre à l’abri de l’un , on les
livre fouvent a 1 autre. Tant qu’elles ne font qu’engourdies
PREFACE. xxxîx
de froid , elles peuvent vivre fans avoir bcfbîn de man-
ger ; mais un plus grand degré de froid leur ôtç la vie.
Si pendant fliiver on les tient dans un lieu trop doux
,
leurs provifions font trop - tôt confumccs, <Sc elles fe
trouvent réduites à mourir de fiiim. Mais l’air qui fe-
roit doux pour des ruches très - peuplées , eft trop froid
pour celles qui le font peu , il les fait périn Après avoir
examiné les inconvénients de l’une éc de l’autre crpéce,
& comment ils fe combinent par rapport aux différentes
ruches, nous preferivons les moyens qui nous ont fem-
blé les meilleurs pour conferver les abeilles pendant les
rudes faifons, & qui font fondés fur des expériences
qui paroiffent décifives. Des ruches très -peu peuplées,
& dont toutes les mouches feroient mortes avant la fin
de l’hiver, fi elles euffent été tenues dans un jardin &
même dans une chambre , ont été confervées , parce que
je les ai mifes chacune dans un tonneau où les unes
étoient entourées de terre, & les autres de menu foin
& ce qui a le plus contribué à fauver la vie à Ces abeilles
tenues affés chaudement , c’eft que je leur avois ménagé
une porte qui leur permettoit de fortir lorfque de beaux
jours les y invitoient. Enfin, plus nous mettrons les
abeilles à portée de faire de bonnes récoltes, & plus
nous en tirerons de parti , & nous travaillerons en mê-
me temps à leur confervation. Dans plufieurs paj s do
plaine , dès que les bleds font enlevés , les abeilles ne
trouvent plus ou prefque plus de fleurs , pendant que
d’autres pays fouvent voifins, arrofés de ruiffeaux 6c cou-
verts de bois , ont en abondance des fleurs de toutes efi
péces. De grands exemples nous excitent à cherclier à
mettre ces dernières fleurs à profit. Un ufage établi en.
E'gypte de tout temps 6c qui y fubfifte encore , eft d?
feire voyager des bateaux pleins de ruches le long des;
, PREFACE.
f . I. .lu Nil. En Grèce , on tranlportoit autrefois en
Suf l« lo'-lq*"^ n-avoient plus Je fleurs
^ Achue Un ufige f. fage a été connu dans beaucoup
d'àiures pays; & Ü » renoiivellé par le maître entendu
d’une Blanchiflerie de cire établie a quelques beues de
pèiiviersen Beauce. Quand les abeilles de lix a fept cens
..elles qu'il a en fo poirelTion , ne trouvent plus de quoi
Vciiper utilement autour de la Blanc iifferie ,1 les fait
tranfpirter, foit en Beauce. ioit fur les ifieres de l,a foret
d’Orléans, foit en Sologne, Iclonqiie lannee a ete plu-
vieufe ou fcche. Avec de pareds foins on parviendra a
iniiitiplicr les abeilles dîuis le Royaume, a leur faire faire
de plus abondantes récoltes de cire & de miel , que nous
partagerons, & aurons acquis, le droit de partager avec
elles. Nous finilfons par expliquer comment ceslortesde
partages doivent fe faire , & par dire quelque chofe des
différents miels & des différentes cires , & de la quantité
de l’un & de l’autre qu’on peut attendre de chaque ruche.
Indépendamment des utilités que nous retirons de ces
mouches, & des utilités encore plus grandes que nous en
pourrions retirer, leurs républiques font bien dignes d oc-
cuper un efprit philofophique ; elles lui fourniffent ma-
tière à bien des réffexions capables de l’étonner. Une feule
abeille eff l’ame de tout fbn peuple, elle met au jour
ciiaque année un nombre prodigieux de mouches, qui ne
femblent naître que pour la fei-vir, & pour la fervir avec
une aff'edion inconcevable. Quoique naturellement très-
laborieufes, dès que la mere leur manque, elle ne fçavent
plus ce que c’eft que de travailler. Alors faute de faire les
provifions ordinaires, elles felaiffent périr de faim. Mais
ont-elles une mere féconde , c’eft avec une aélivité fans
égale qu’elles exercent deux arts à nous inconnus, celui
de recueillir & préparer le miel , &. celui de faire de la
cire.
PREFACE. xlj
cire. Quand on étudie la manière dont elles mettent celle-
ci en œuvre, quand on voit quelle luppolc des connoif^
lances en géométrie fupéiieures à celles qu ont eues les
plus grands Géomètres de l’antiquité, l’admiration que
ces mouches font naître ne s’arrête pas ù elles. Si on ne
veut pas les regarder comme des êtres très-intelligents,
on eft forcé de reconnoître qu’elles ne peuvent être l’ou-
vrage que d’une intelligence infiniment parfaite &. infini-
ment puilTante. Bientôt l’admiration s’élève à celui qui leur
a donné l’être; mais bientôt on demande ])Ourquoi il lésa
fi admirablement infimités! Qu’étoit-il ncccffaire qu’elles
conduififlent leurs ouvrages lèlon les réglés de la plus
fublime géométrie! On eft tenté de penfer que la SagelTe
par excellence, a donné trop d’attention à de fimples
mouches. Ce n’eft que pour nous que nous voulons que
tout ait été fait. Nous ferions pardonnables de le penfer
avec un excès ele complaifànce, fi nous le penfions avec
afles de reconnoilTance. Mais les abeilles eulfent )U nous
ans des
ramafier du miel , quand elles l’auroient logé ci
-vafes plus grolfiérement conftruits, dans des cellules qui
n’eufl'ent point été des exagones à fond pyramidal. Nous
trouverions mieux notre compte par rapport à la cire, fi
les abeilles, au lieu de fçavoir l’employer en grandes géo- •
métrés , avoiem fçu en ramafier afles pour fournir à conl-
truire des cellules plus maflives.
Mais nous fommes bien éloignés d’être à portée d’en-
trevoir quelles perfeélions convenoient à chacun des êtres
qui entrent dans la compofition de l’univers, & quels-
rapports ils dévoient avoir entr’eux. Nous n’avons aucune
idée de 1 immenlité de cet univers dont il nous eft ailé de
reconnoître que notre terre n’eft qu’une particule, qu’une
eljjéce d’atome. Cet atome fur lequel nous avons été pla-
cés, pour avoir le rapport qu’il couvenoit qu’il eût ayee
Tems K , £
sTii ^ ^ E' F A C F. ^ ^ ^
ia totalité de l’ouvrage , demandoit à etre peuple d’une
infinité d’animaux entre lefquelsles uns, malgré leurpe-
titefie , font cependant des mondes pour d autres. Si 1 in-
feéle pour qui l’abeille en eft un, penlè, il fe juge mieux
fondé à croire les abeilles faites pour lui , que nous ne
le Ibmmes à les croire faites pour nous. S il connoit toutes
les perfedions de l’être qu’il habite, pour peu qu’il foit
difpofé à s’enorgueillir de la propre excellence , combien
cloit-il être flaté de ce qu’une créature fi merveilleufement
organifee, fi laborieufe, fi induftrieufè, fi habile, & pour la
eonlervation de laquelle les hommes prennent des foins,
s’il penfe, dis-je, que l’abeille a été faite pour lui.
Si l’ouvrier qui fait une montre , faifbit auffi les mé-
taux qui y entrent , il fçauroit de quelle neceffite il ell
de combiner entr’elles certaines matières de l’union def-
quelles il réfiilte un compofé qui eft du cuivre ; d’en com-
biner d’autres enfemble, ou les mêmes différemment,
mais de manière que leur affemblage foit du fer ou de
l’acier. L’Ouvrier de l’univers n’en a pas fimplement com-
biné les parties , il les a faites; le plan parfait fur lequel il
l’a formé, demandoit que dans cet univers il entrât une
particule qui eft notre terre, que cette particule pref-
qu’infiniment petite par rapport à l’immenfité du relie,
fût compofee de tout ce que nous y voyons, & de beau-
coup plus que nous n’y fçavons voir; qu’elle eût des
minéraux , des végétaux , des animaux ; & parmi ceux-
ci, qu’elle en eût d’auffi induftrieux que le font les abeil-
les. En un mot, chaque eftre n’eft ce qu’il eft, que parce
qu’il eft une partie néceffaire à la perfeéfion de l’ouvrage
total. Comment pourrions - nous avoir la plus légère
idee de l’infinité & de la néceffité de ces combinaifons,
nous qui ne fçavons pas celles qui doivent entrer dans un
fimple grain de terre commune l La fphere d’intciligenc*
. P RE' F A CE. xlii;
nous <i été accordée , ne s etend pas au - delà de la
première écorce de quelques-unes des parcelles de l’uni-
vers. Nous avons cependant à nous reprocher , de ne
pas donner afles notre attention au petit nombre de
ces eftres qui ne font pas au - delà de notre portée. Ce
que nous en pouvons voir eft plus que fumfant pour
remplir la mefiire d admiration dont nous fommes ca-
pables. Nous ne pouvons même fuffire à admirer tou-
tes les merveilles que nous offrent ces petits animaux
,
que le commun des hommes ne juge pas dignes de fes
regards , les infeéles.
Malgré l’étendue que nous venons de donner , & que
nous nous fommes crus en droit de donner à l’Hiftoire
des abeilles, parce qu’elles font de ceux avec qui nous
avons, pour ainfi dire, à vivre ,& qu’elles nous font d’une
grande utilité, nous avons apparemment laiffé ignorer
un grand nombre de faits curieux qu’elles nous ont ca-
chés. Il nous refte à parler de beaucoup de genres &
d’efpéces de mouches à quatre ailes , qui , n’ayant pas
trouvé de place d.ans ce cinquième volume , fo trouvent
renvoyés au fixiéme ; entre ces mouches differentes en
genres ou en efpéces, les unes vivent en fociété, comme
les abeilles , & les autres vivent folitaires. Si parmi les
unes & les autres il n’y en a pas qui s’occupent aéluel-
lement pour nous, comme le font les abeilles, il y en
a au moins qui peuvent nous donner des vues pour
nous faire entreprendre des ouvrages qui nous feroient
Utiles , qui nous enfeignent des manipulations auxquelles
nous ne fçavons pas avoir recours , comme nous le fe-
rons remarquer dans le temps. Enfin entre ces mouches
,
nous en trouverons qui femblent le difputer aux abeilles
en génie, en adreffe, en prévoyance, & en amour pour
leur poftérité, & qui ont à nous faire voir des fingularités ,,
r
T. P R E’ F A C E. ^
ts efpéces Je prodiges de tous autres genres que ceux
mie les abeilles nous ont montrés. ,
^ On peut être né avec un efprit qui fçait apprécier les
connoiffances, avec un efprit qui, avide den acquérir,
voudroit être inftruit des merveilles que la nature nous
ofire éc manquer du temps . nécelTaire pour les etudier
en détail dans de gros ouvrages. Ceux qui fe trouvent
dans ce cas nous fçauront peut-etre quelque gre de le-
tendue que nous avons donnée a cette Pieface. Nous
les avons eu en vue lorfque nous y avons raffenib e
les principaux, faits qui fe trouvent difperfes dans le
Volume ; nous avons cherché à les difpenfer de le lire.
Nous avons donné des elpéces d’extraits de fes diiierents
Mémoires, moins relferrés que ceux qui fe trouvent dans
les Préfaces des Volumes précédents. S’il n’étoit qiiellion
que de rapporter les faits qu on a ohferv es , s il n ctoit
pas néceffaire de prouver en même temps qu’on les a
bien vus, & de mettre en état de les revoir, on n’auroit
pas à craindre de rendre ennuyeux par leur longueur des
Volumes où il ne s’agit que de matières intéreffantes pai'
elles-mêmes. Mais on ne fatisferoit pas les efprits philo-
fophiques qui fçavent ne devoir admettre que les faits
dont la réalité a été prouvée iiiconteflviblcmcnt.
I-iA Vignette repréfente un Appentis fous lequel font placées des Ruches
vitrées de différentes formes. En cîeliors de l’Appentis, un homme couvcit
d’un camaih tient une Ruche renverfee dans laquelle il fait tomber les Abeife
d’un effaim qui s’étoit attaché à une branche aarbre. La Ruche qui cil pic5
du même homme, efl poféefur la terre, comme le fera Ccüe dont il cil
èsd qu’il aura reçu dedans les Abeilles de rcflaim.
MEMOIRES
POUR SERVIR
A L’HISTOIRE
DES INSECTES.
PREMIER MEMOIRE.
histoire
des tipules.
Histoire des Mouches appelIéesT^ii/cj,
luroit etc placée dans le dernier volume, s’il
Imt été poffible de l’y faire entrer, fans le
^^^dre d’une groffeur incommode; il finit nar
des confins, à la fuite de laquelle celle
des Tipules devort naturellement fe trouver- mais au
‘‘"'O-
I
VW
oq
Tom. 4*
A^eiïi. X 11 i».
//J*
^ PI. 2. fig.
S. & 9*
MEMOIRES POUR l’Histoire, .
^•Il.urs*rnt des mouches à deux ailes, que, au prem.e,
r.; r reffemblent fi fort auxeoufins , qu elles paroif-
rn7ê re de leur genre. Auffi des auteurs d hiftoire uatu-
m X Go S . &c. ont couforrdu les petites elpeces.
de"?!; avec les coufius. Mais S^and ou ^ s
font Vue clafe difl&ente de celle des autres. Ceux-ci
; Us Lrt pourvûs d’une, trompe qtu n eft ^
accompagnée de dents, mais qui ett munie de piuiieuw.
t Ue le rang de nosTailTeaux ; au lieu que les t. pûtes font
ÏÏa ftconde clafle générale des mouches a deux aUes:
la nature ne leur a point accorde de trompe ..elle ne leur
a donné qu’une bouche*, qui même napas de dents,
Auffi les tipules ne cherchent point a nous faire du mal
êc ne font pas en état de nous en faire,.
. ,
II eft heureux que nous n’ayons rien a craindre de ces.
mouches, car aux environs de Paris, le nombre de leurs,
efpeees furpaffe beaucoup celui des efpeces de toulins..
cLmunément elles font auffi fécondes, & quelques^
unes font confidérablement plus grand^ que ks efpeces
de ceux-ci. Mais les tipules &Ies coufîns fe reffemblent
par la forme du corps ; celui des unes , comme celui, des
Ltres , eft allongé ; les unes & les autres font de la fécondé
des claffes fubordonnées aux claffesgénérales. Ces infeétes.
fe reffemblent encore par la grandeur de leurs jambes,
la maniéré de les pofer , par la figure des ailes, & par la
forme du corcelet. , , j i
Tous les cou fins que je connois, ont ete dans leui,
premier état, des vers aquatiques, & ils n’ont quitté 1 eau
uue iorfqu’ils. font devenus ailés. Des tipules de, bien des
DES Insectes. L A4em. 3
«fpeces différentes, ont pris aufTilcur accroiffemcnt dans
tes eaux, fous la formede vers ; mais des tipules de beaucoup .
d’autres efpeces, ont été des vers qui fe font nourris fous
terre, ou fur des plantes. Nous commencerons par faire
connoître quelques efpeces de ceux qui ont été des vers
teneflres, & nous finirons par en faire -connoître des
efpeces de ceux qui ont été des vers aquatiques. Nom
n’avons garde au refte de nous propofer de décrire exa(5le-
ment toutes les efpeces de ces infeéîes qui naiffent fur terre,
& toutes celles qui naiffent dans l’eau ; nous croyons
qu’on aimera mieux que nous nous bornions à parler de
celles qui fe préfentent le plus fbuventà nos yeux, & de
celles qui offrent quelque particularité remarquable.
Nous venons de dire que les tipules différent des cou-
fins, en ce qu’elles n’ont point de trompe, & elles diffe-
rent des autres mouches de leur propre claffe, en ce
qu’elles ont la figure des coufins; elles en différent encore
par la conformation de leur bouche , & par fes accompa-
gnemens. La fente qui en fait l’ouverture extérieure*, eff * n. 2 . f.$.
dirigée de devant en arriére; elle n’a point une levre an- ^
térieure &fupérieure,& une pofîérieure& inférieure. Ses
levres font latérales *, elles jouent en quelque forte comme * / /
les deux mâchoires ou dents des chenilles; elles font arti-
culées au bout de la tefte. Quand on preffe le corceiet
,
on oblige la bouche à s’ouvrir; & on voit bientôtles deux
levres qui s’écartent l’une de l’autre , & qui laiffent apper-
cevoir des chairs entre lefquelles il n’y a qu’une fente.
En augmentant la preffion , on contraint ces dernières
chairs a s’écarter les unes des autres , comme on y avoit
contraint les prentiéres. Il femble que cette bouche ait
deux levres de chaque côté, une levre extérieure <Sc une
levre intérieure; on ne fçait pas même fi on ne lui en
doit j^as croire davantage, ou fi les plis & rcj)iis des cliairs
A ij
h, h.
*mss0
* /.
MEMOIRES POUR l’Histoire
, , \^ueTeft une autre plaque qui a quelque convexrt^^
PI. i.fîg. de laque» répond à celui de la plus grande plaque.
^ En un mot, fa ftrudure eft femblable à ceUe des ftig-
«Fig. quables?une de chaque côte*, qui tend en bgne joue,
vers la tache ou le ftigmate qui eft du meme cote . elle
femble pourtant fe terminer un peu avant que de 1 avoir
Fig. xo. Jès-gr nd nombre de branches *, qui toutes fe dirigent
bafe du cône formé par toutes ces branches. E es font
dcftinées à recevoir 1 air, & à le porter a la grande tracée
^
fl’où elles partent; je dis à le porter, car j ai conjedure
il y a long-temps, que cetoit leur feul ufage; que 1 air
avoit d’autres ouvertures pour fortir du corps de 1 inleéte,
6c que ces ouvertures , ou partie de ces ouvertures , etoient
même placées à fon bout poftérieur. Là font quatre ta-
» Fig. 6. ches circulaires *, brunes comme les ftigmates , mais
beaucoup plus petites. Ayant tenu fous f eau la partie
poftérieure du ver, j’ai vû fortir des bulles dair de ces
quatre petites taches, 6c je n’en ai vû fortir aucune des
* Tom. 4- grandes taches ou ftigmates. Ce que j ai rapporte ailleurs*
Mem. XII. j^ufàgc cju’ont huit { 3 etits trous ranges connue ceux
S 19- derrière des vers des tumeurs des bêtes
à cornes, confirme fort l’idée que nous avons prife de
l’ufage des quatre petits trous du bout poftérieur des vers
tipules.
Du côté du ventre, <& tout près du bout poftérieur, eit
^ Fig. 7 . a. l’ouverture * par laquelle le ver fait fortir les excremens,
pour les rejetter , il fiiit paroître au jour une portion du
reélum, longue de jftiis d’une ligne, & d’autres parties
charnues.
DES Insectes. /. Mem. 1
1
Ces vers fe tiennent fous terre; & toute terre qui n’ift
pas fujette à être trop fréquemment remuée , leur cfl
bonne; on les trouve fur-tout dans celle des j)rairies baffes
& humides, & il ne faut pas fouiller profondément pour
les y trouver; fouvent ils ne font pas éloignés d’un pouce
ou deux de fa furface. Je connois dans le Poitou de
grands cantons de marais defféchés, qui en certaines an-
nées , n’ont pas fourni l’herbe néceffaire pour nourrir les
beftiaux, à caufe du défordre que ces vers y avoient caufé;
dans les mêmes cantons , & dans les mêmes années , ils ont
fait beaucoup de tort à la récolte des bleds. Ces vers qui ha-
bitent foustewre, ne fçauroient pourtant manger les parties
des plantes qui s’élèvent au-deffus de fa furface ; & ce qui cft
plus remarquable, ils ne font pas faits pour vivre de racines.
Pour tout aliment , il ne faut que de la terre, & la meilleure
pour eux eft celle qui n’eft encore qu’un terreau. La terre
des marais dont je viens de parler, eft très noire, elle n’eft
prefque que du terreau , <Sc c’eft fans doute une des raifons
pour laquelle nos vers tipules s’y multiplient davantage
que dans d’autres pays. Les meres mouches connoiffent
la terre à laquelle elles doivent, par préférence, confier
leurs œufs , celle qui fournira une bonne nourriture aux
petits qui en doivent éclorre. Mais commentées vers qui
n en veulent point aux racines des plantes, font-ils donc
tant mal aux prés & aux bleds î M. Baron Médecin de
Liiçon, en m’informant dans une de fes lettres, des dé-
fordres faits par ces vers , & dont il avoit été témoin , m’en
indiquoit la véritable caufe, ce me femble. Ces" vers ne
fo tiennent pas tranquilles, ils changent de place, ils la-
bourent la terre qui eft auprès des racines; iis détachent
celles-ci, lesfoûlevent, & les expofent trop à eftre deffé-
chées, lorfque le Soleil devient ardent. Peut - être aufti
qu’ils en coupent plufieurs pour fe faire des chemins.
B ij
MEMOIRES POUR l’Histoire
Au refte, il n’y a aucun iieu de douter que la terre ne
fnit la vraye nourriture de ces vers. Les excrémens meme
nu’ils jettent, le prouvent; ils font encore de véritable
terre dont l’eftomach & les inteftms de 1 infede ont fçû
tirer ce qu elle contenoit de fucs nourriciers. J ai examiné
pendant l’hiver la terre qui rempliffoit des vafes dont toutes
les plantes avoient été arrachées dès 1 ete precedent ; &
i’ai vû quelquefois quelle étoit remplie de vers tipules.,
qui ont achevé de prendre leur aceroiffement au milieu
de cette terre, à laquelle il ne pouvoit relier que des frag-
mens de racines pourries. J’ai quelquefois trouvé de ces
vers dans des terres qui m’auroienc femb]^ trop fablon-
ncufes pour eux , telle que celle du bois de Boulogne:
mais quoique la terre qu’ils aiment le mieux foit celle qui
tient du terreau , ils peuvent vivre d une terre plus maigre.
Il ell alTés ordinaire aux vieux arbres de différentes
eljDCces, d’avoir des cavités dans des endroits ou leur bois
a été attaqué par la pourriture. Lorfque ces creux font
anciens, leur fond ell fouvent couvert dun terreau qui
relTemble à celui qui vient du fumier le mieux confume.
Les tipules de différentes efpeces vont volontiers faire leurs
ceufs dans les creux d’arbres pleins en partie d’un pareil
terreau. Dej)uis plufieurs années je fuis fûr de trouver,
quand je veux, dans les faifbns convenables, des vers <le
tipules dans des creux de quelques ormes de mon jardin de
Charenton. J’ai trouvé de même de ces fortes de vers dans
des creux de faules où l’eau pouvoit être retenue; mais je
n’en ai point trouvé dans les faules dont le centre de la tige
étoit pourri depuis le haut jufqu’aux racines; l’eauyavoit
un écoulement trop libre; la matière propre à nourrir
les vers, ne pouvoit conferver le degré d’humidité qui»
lui veulent. Les troncs des arbres d’une même efpece,
Sm’ont fourni des vers de plufieurs elpeces différentes d£
f
DES Insectes. /. Alem. i
f
ceux qui le transforment dans les plus grandes tipulcs
grifes , &. de ceux qui le transforment en tipules grilês de
médiocre grandeur. J’ai eu une efpcce de celles-ci * qui * PI.
m’eft venuë de ces vers de troncs d’arbres, dont chaque aile, ' • *
a troisà quatre taches brunes qui ne fe trouvent point fur
les ailes de beaucoup d’autres tipulcs , & dont les mâles ont
de jolies antennes à barbe de plume.
D’autres vers des creux des troncs d ormes & de làules,
fe font transformés dans les poudriers où je les ai renfer-
més , en une efjiece de tipules qui mérite que nous nous * pi. r. fî»,
arrêtions un inllant à la faire connoître; elle eft un peu ' 4 - 15» &
moins longue que la grande efpece grife; mais fes femelles
font plus grolfes que celles de l’autre eljjece. La forme
de leur corps * approche de celle du corps allongé de cer- *
taines guêpes, <& on fe prête d’autant plus volontiers à
cette relTemblance, qu’on y trou ve aulTi celle des couleurs.
Leur corps eft ceint alternativement de bandes noires & de
bandes d’un beau jaune qui tient de l’aurore. Le deffus du
corcelet eft noir, fes côtés & fon deffous font jaunes;
les jambes le font aufri;.la tête eft noire; chaque aile a une
teinte jaune fur fa moitié extérieure, & près de fon bout'
une tache brune. Nous avons déjà fait reprefenter en
grand* une antenne du mâle d’une de ces tipules, qui * Tom. 4^
eft une belle antenne à barbes.
Si nous voulions parcourir toutes les efpeces de tipules,
nous en pourrions trauver qui nous offri roient beaucoup
d’autres variétés de couleurs, quoique les efpeces les plus
communes, &, dont le nombre eft le plus grand, foienc
brunes ou grilatres. J ai,, par exemple, pris à Reaiirnur,
vers la fin de Septembre , beaucoup de tipules d’uns
très -petite efpece, dont les ailes font blanches ,& qui la
mroiffent fur - tout lorfqu’ellesTont pofées fur le corps..
.Ce corps, depuis fon origine jufqu’aux deux tiers de fa.
Jiiii;
,4. MEMOIRES POUR l;HISTOIRE
longueur, èft d un verd qui a moins de jaunatre que le
ritron & le refte eft d’un brun prefque noir. La teie
1 cet^e petite tipule, comme celle de quelques autres,
dont nous parlerons clans la fuite , a deux antennes fi
bien fournies de barbes , & de barbes fi longues , que
celles d’une des antennes rencontrent celles de autre, &
les croifent même. Ces deux antennes ne font enfemble
qu’une maire, qu’une efpece de gros bonnet de pliune.
fi peu proportionné à lapetitelfe de la tete , qu elle fem-
ble à peine le pouvoir porter. Je ne connois pas le ver
de cette tipule, j’ignore s’il efiterreftre ou aquatique. J ai
trouvé auffi à Reaunu.r, le long des allées , foit de chênes,
foit de ch,irmille,un grand nombre de Iipules aufli partes
que les précédentes, qui font toutes blanches.^
Nous n’avons pas beloin de dire que ces inlectes ne
palfent pas immédiatement de 1 état de ver à cciui de
mouches, qu’il y a pour eux un état moyen. Les vers de
tipules, pour parvenir à cet état moyen, fe défont de
leur peau comme les chenilles le défont de la leur pourde-
venir crifalides. L’in fecle tipule, après fa transformation,
pourroit aulfi être appelle une crilalidej nous le nomme*
rons pourtant une nymphe, parce que les parties exté-
rieures de la mouche y font plus ailees a reconnoitre
qu’elles ne le font dans les crifalides ordinaires; elles y font
iiéantmoins moins diftinélcs qu’elles ne le font dans les
nymphes de plufieurs autres infedes. Nous ne parlons
^Pi.2.fîg. aelueliement que des nymphes’^ de ces vers tipules, qui
1. 3.&3. yivent de terre ou de terreau. Leur couleur eft grifêtre;
c’eft à l’ordinaire en-delfous, du côté du ventre, que les
ailes & les antennes font ramenées, & que les jambes font
*Fi2.i.&3. pofées& arrangées près & à côté les unes des autres*. Ces
jambes, fur quelques nymphes, ne vont pas jufquà h
moitié du corps, <Sc ne vont guéres par-delà la moitié
/
D'ES Insectes. 1. Mem. i
j
t!e celui des nymphes, où elles vont le plus loin. Cepen-
dant les jambes des tipules devenues aîlces, font plus
longues proportionnellement à la longueur du corps,
que ne le font celles de beaucoup d’autres mouches,
qui , lorfqu’elles étoient en nymphes , avoient des jambes
dont le bout atteignoit le derrière. Mais l’Auteur de
tant de petits êtres animés, a juge convenable de replier
davantage les jambes des nymphes tipules. Chaque jam-
be*, après eftre defeendue alTez bas, fe plie dans une *PI.
de fes articulations, elle remonte enfuite pour fe rendre 7*
près de la tête; là elle feplie une fécondé fois dans une
autre articulation pour redefeendre. Si on étend la jambe
qui étoit ainfi pliée, on ne lui trouvera pas encore à
beaucoup près, la longueur qu’elle aura après la dernière
transformation ; c’ed que chaque jambe eft plilTée dans
l’étui qui la contient.
De la partie fupérieure & antérieure de la nymphe,
partent deux efpeces de cornes* plus longues fur les
nymphes de certaines efpeces, que fur celles de quelques
autres; elles font de même couleur & confiftance que le
refte de l’enveloppe extérieure, mais elles ne fervent à
couvrir aucune des parties propres à la mouche. Elles font
uniquement des parties de la nymphe, & des parties donc
i ufage ne fera pas difficile a deviner, fi on fe rajjpelle ce
que nous avons dit ailleurs * des coques dans lefquelles * Tome 4 ,
font renfèrmees les nymphes des vers à queue de rat, & Ttfon. x i.
des coques dans lefifueiles font renfermées les nymphes
des vers des oignons de Narciffe*. Nous avons vû que les * Tome 4^
premières de ces coques ont quatre cornes, &' que les
autres en ont feulement deux, & nous avons prouvé^* ^
qü elles font des tuyaux qui portent l’air aux ffigmates du
coicelet de la mouche en nymphe. L’analogie veut que
nous jugions que les cornes de nos nymphes de tipule.s>
I
,6 MEMOtRES POUR l’Histoire
„„ icmblable uûge; elles font, comme les autres
, PI > C e pofbcs lui- le corcelet. L’ouverture qui eft a leur bout
' S pourtant peu fenfible; à peine le microfeope y fa,t-,|
ddeouvrir u.le fente. Mais une ouverture bien petite,
iKUt fuffire à fournir d’air un infedle. Ces cornes font
fiilonnéestranfverlàlement, elles paroilTcnt faitesd anneaux
pofés les uns fur les autres. i • j i
Le corps du ver éioit liffe, au lieu que celui de I3
. nymphe elt tout hériffé de tubérofités, ôc de ventaWes
* F!g- 7 ' picfîuans *. Il y en a fur tous les anneaux , mais les çilte-
rieurs en font les mieux fournis. Il y en a plus aulfi du
côté du dos que du côté du ventre : à quoi fur- tout on
doit faire attention , c eft que tous ces picquans font in-
clinés vers le derrière; les uns font fimples, les autres
Ibnt fourchus, ou dilpolès en fourche. La nymphe n
a
point de jambes dont elle puifte fture ufage, il vient
cependant un temps où elle a befoin d’aller en avant;
c’eft alors que les picquans dont nous venons de parler,
lui fervent. Le ver s’eft transformé en nymphe fous terre,
fi la nymphe s y transformoit en mouche, outre que les
parties ele la mouche auroient peine à s’y affermir, c’ell
quelle ne feroit pas en état de percer ni de foûleverla
terre. La nymphe dont la métamorphofe eft prochaine,
fe pouffe fur fes picquans, pour s’élever peu-à-peu jufqua
la furface, & un peu au-deffus de la furface de la terre,
c’eft-à-dire, jufqu’à ce que fon corcelet en foit dehors. H
fe fait une fente à ce corcelet, par laquelle fort celui de la
tipule, qui tire fucceffivement toutes fes parties de leiif
fourreau , & qui laiffe fa dépouille dans le trou où elle eu
engagée en partie. Il eft ailé ele s’affûrer que les nymphes
peuvent faire uftige de leurs picquans pour marcher ; i[
on pofefur une table des nymphes, fur-tout de celles qu'
font prêtes à fe transformer, on les y voit fe traîner, 0^
plûtd
V
des Insectes. /. Mem. 17
filôtôt fepoufler en avant. y faire du chemin; on ne les
voit point aller en arriére; la direélion de leurs j)ic(|uans,
loin de leur aider, leur nuiroit, fi elles vouloicnt cheminer
en ce dernier fens.
Des efpeces de tipulcs grifes, & les tipulcs jaunes &
noires, dont j’ai parlé ci-dcfliis , n’ont paru chés moi avec
leurs aîles, que vers le commencement del’été, vers la mi-
juin , dans de grands poudriers où je les avois renfermées
avec de la terre, fous la forme de ver, dès la fin de l’automne
de l’année précédente. La terre n’eft plus pour elles un
aliment convenable, quand elfes font devenues mou-
ches; fins pourtant avoir pû voler fur les plantes propres
à leur fournir des fîtes qu’elles puilTent digérer, les tipules
jaunes & noires comme les guêpes*, cherchent à s’accou-
pler; le mâle ardent s’unifiôit à une femelle dans le pou-
drier* & ils voloient enfemble dans une prifon fi étroite,
fans fe féparer. Nous avons déjà dit que le mâle a le bout du
derrière plus gros qu’aucun autre endroit du corps. C’efl-
là auffi que font raffemblées les parties néceffaires pour faifir
le derrière de la femelle. Cette dernière, pour le prêter
aux carelfes du mâle, recourbe fon derrière en-haut, Sc
alors , malgré la pointe par laquelle il fe termine, le mâle
qui eft au-delTus d’elle, & qui a contourné fon corps *,
peut accrocher en-deflbus le dernier anneau de la femelle.
L’accouplement a quelquefois duré dans mes poudriers
pendant près de vingt- quatre heures de fuite, où s’il a
été interrompu, ce n’étoit que pour quelques inllants;
le mâle fe rejoignoit bientôt à la fémelle, dont il s’étoit
féparé.
Pour voir les parties dont le derrière du mâle a été
pourvu , on prelTera entre deux doigts le dernier anneau
,
pendant qu’on confidérera fon bout au travers d’une loupe.
Dè^ que la preflïon a un peu agi, le bout s’éntrouvre,
- Tm^ V. (-<
* PI. I . frg*
4.. (5c 1 6.
* Fig. 1 5*
* Fig. 15.^*
^ /.
* t.
^d.
O MEMOIRES POUR l’HISTOIRE
À parties qui étoicnt appliquées les unes contre fe
futres ^s’écartent les unes des autres. On en remarque
. PI , «s. 7o s quatre de chaque côté », qui partent d une ttge eom-
.sï’l.éf, ou au moins du même endro.t, & qu. compofent
• de chaque côté une efpece de bouquet. Lne de ces
nièces , l’extérieure *, eft grife , & ne femble que membia.
neufe elle eft concave, & fait la moitié d une efpece de
boîte deftinée à renfermer le relie. Des trois autres piec«.
l’une * eft un alTés long crochet ecailleux , delie & lermiut
par une pointe d’un brun-clair; ce qui précédé cette pomte
eft plusblancheâtre. La ifoifiéme & la quatrième pieee foni
en entier écailletifes & de couleur d ambre. La troifieme •
s’élargit, à mefure qu’elle s’éloigne de fon origine, elle
fe termine par une tête platte qui excede beaucoup fi
tige. Enfin, la quatrième «&. dernière pièce, eft une lame
faite en croiflant. Toutes ces pièces enfemble mettent le
mâle en état de bien tenir le derrière de la fémelle.
Du milieu de refpace qui eft entre les deux efpeces
de bouquets formés par les quatre pièces que nous venons
de décrire; du milieu de cet efpace, dis-je, sèieve un
* PI. 3. fig. petit corps * à peu-près cylindrique, de couleur d ambre,
& écailleux , qu on ne }>eut prendre que pour la partiequi
caraèlérife le mâle , ou pour l etui de cette partie. Ls
preflion oblige un fil très-délié , aulîi délié prefque'qu unffl
de foye d’araignée ou de ver à Ibye , à Ibrtir par fon bout
qui eft taillé en bec de plume : celui que j’ai fait paroître,
avoit quelquefois plus d’un pouce de longueur. Ce quf
BOUS avons dit ailleurs , en parlant de l’accouplement
papillons, peut faire foupçonner que ce fil eft la matière
propre à féconder les œufs. Près de la bafe de la partie
mâle, s’élèvent deux petits mammelons cylindriques; u®
peu plus loin, près du ventre, on peut oblèrYer oeu*
* houppes de poils roux. *
7 .
DES Insectes. /. Mem. 19
Nous avons déjà dit <jue le derrière de la femelle
^
le
termine en pointe; cette pointe eft formée par la réunion
de quatre pièces écailleuibs qui compofent deux efpcces
de pinces ^ d’inégale longueur; deux pièces égales ajjpli-
quées l’une contre 1 autre, & dont chacune le termine j)ar
une longue pointe, compofent la pince lupérieure*, ou
celle qui elt du côtédu dos ; & deux pinces plus courtes
dont les pointes font plus moulTes, & qui le terminent a
peu-prèsà la moitié de la longueur de la pince lupérieure,
forment la pince inférieure ou celle qui eft du cote du
ventre. C’ell: dans la fente, qui eft à l’origine de cette
dernière, où je crois que le mâle infère la petite partie
cylindrique , de laquelle fort une efpéce de fil.
Pour connoître les ufages auxquels font deftinées les
pinces dont nous venons de parler, il faut avoir obfervé
une tipule fémelle dans le temps où elle fait fes œufs ;
j’en ai vii, & aveeplailir, dans cette opération , foitdans
des prairies, foit dans des plattes-bandes de jardin. L’atti-
tude dans laquelle elle eft alors, ne fçauroit manquer de
paroître finguliére ; elle ne tient plus fon corps parallèle
au plan fur lequel elle eft pofée , qui eft la fituation ordi-
naire du corps de tous les infecfles, & de celui de tous
les quadrupèdes, & même de celui de tous les animaux,
fl on en excepte l’homme. Alors, dis- je, elle fe tient droite
& marche même de temps en temps lans faire foriir fon
corps de la diredîion verticale. Sa partie poftérieure, la
plus longue de fes pinces, lui fert comme d’une cinquième
jambe, ou au moins comme d’un point d’apjiui qui aide
aux deux jambes poftérieures à la Ibûtenir. Ces deux der-
nières jambes font les feules qui poleiit alors à terre, elles
font placées par de-là le dos afles en arriére; laquelle en
longue pince contribue d’autant mieux à foûtenir la tipu-
le, que la tipule l’enfonce en terre , & qu’elle a befoin de
C ij
• PI. 3.
.p,r,
Fig. 3 .p, n
Fig.
or*
* Fig. 1 O*
» PI. 3 • fîâ-
4 . r,r.
*fig. 6.
^Fig. 13.
* Fig. 1
1
& 1-2..
^ MEMOIRES POUR l’HISTOIRE
IVenfoDcer. C’eft'dans la terre qu'elle doit femer fes <a,&
ifsCde réfiftance à percer la terre, elle s y enfonce
rilément & elle s’y enfonce au moins jufqu a 1 origine
delà pince inférieure*: celle-ci eft le conduit dans lequel
les œufs palTent à mefure qu’ils fortent du corps . Qiiand
la tipule a lailTé un œuf, & peut-êtra deux ou trois, dam
le trou quelle vient de percer , & fur lequel elle s eft arre-
tée elle fait un pas en avant , elle perce un nouveau trou,
& ainfi elle continue fa ponte. Quoique fes jambes ante-
rieures ne pofent pas abrs à terre, elles ne laiffent pas
de l’aider, fur-tout dans les efforts qu elie a a faire pout
introduire dans la terre la queue compofee de deux pinces;
car les herbes donnent continuellement des appuis aux
premières jambes d’une tipule qui pond dans une prairie^
Ces appuis manquoient à une que je vis pondre fur une
platte-bande nouvellement labourée, mais aufli la terre y
étoit plus aifée à percer. ^ ^
Ce que la terre cache pendant l operation , peut etre
vù fi l’on preffe un ventre de tipule très-reinpli d œufs;
on contraint aiféraent les oeufs d’en fortir , & on les voit
paffer entre les deux branches de la pince inférœure. Il
eft aifé, d’imaginer que lorfque des mufcles preffent ces
rI/=*iiY tiranrlif><; l’une contre 1 autre auprès de leur origine,
elles forcent les œufs à aller vers leur pointe „ par une
méchanique femblable à celle qui fait qu un noyau de
cerife humide s’échappe d’entre les doigts.
^
Ces œufs * au, refte,,font très en état de réfifterab
preffion de la pince , ils réfifteroient meme àunepreffioft
plus forte ; chacun d’eux eft un petit, grain auflî noir qu uj
grain de poudre à canon, mais bien plus luifant.
un peu oblong*, & un peu recourbé en croiffuit.
fétnelles que j’al tenues dans des poudriers , ou
des Insectes. /. Mem, 21
n avoient point de terre , n’ont pas lailTél! y faire leurs œu s.
J’ai nésligé de compter le nombre de ceux que peut
donner chaque femelle; mais à en juger par la mamcrc
dont fon ventre eft rempli de grains û fins , elle en doit
pondre bien des centaines. t r >
Nous n’avons confidéré jufqu’ici que de grandes efpeccs.
de tipules , que celles dont les parties font les plus ailees
avoir; nous allons à préfent en faire connoître quelques
petites efpéces, & qui fous la forme de ver fe font nour-
ries fur terre d aliments differents de ceux des efjjeces
précédentes. Près de la fin de Septembre, jai fouvent
trouvé des bouzes de vache très-peuplées de petits vers * Pl. 4.. fi»
fans jambes , ronds & longs , 6 l dont les anneaux ont le 5 ^
luifant de l’écaille , quoiqu’ils ne foient que membraneux..
Une moitié de chacun de ces anneaux a une bande brune,
& le refte eft blancheâtre ou d’un blanc fale. La tête* de *r..
ces vers eft écailleufe, elle approche de la figure de celle
des vers aquatiques *, qui donnent des mouches axoreelet Tom.
armé. En-deffbus on en voit fortir deux barbillons fran-
gés * affés femblables à ceux de ces mêmes vers. Quatre *^ig. j. 6.
tuyaux cylindriques * font pofés près de leur derrière.
Les deux derniers font plus grands que les deux qui les.
précédent II n’eft pas douteux que ces quatre tuyaux ne.
foient quatre ftigmates. '
Quatre à cinq, jours après que j’eus, renfermé ces vers,
dans un poudrier avec de la bouze de vache , ils quittè-
rent leur peau , & devinrent des nymphes * femblables en *Fîg..7;&.8ft.
petit à cellesdes plus grandes tipules. Comme les nymphes
de celles-ci, elles avaient des anneaux hérifles d’épines, in-
clinés vers le. derrière. Auffi ces petites nymphes avoient.
feefoin d’être en eftat de s’élever à la furface de la bouze-
de vache, lorfque le temps de leur dernière transformation»
fetoit procloain ,, commfi nous avons vû que les autres^
G » • ^
-
S
* Pl. 4- %•
9 .& 10 *
__ MEMOIRES POUR lHiSTOIRE
nymphes s’élèvent dans un femblable temps a la furface
‘^"Ces'ïi^aes refterent à peine fous la forme de nymphe
pendant fept à huit jours, 6 c après avoir quitte leur der-
niére dépouille , ils devinrent de petites tipules , qui tien-
nent volontiers leurs ailes croifées fur leur corps. Ces ailes
font tachées de gris-brun, ce qui peut faire diftinguer cette
efpéce de tipule de beaucoup d autres.
Les champignons de prelque toutes les efpeces , font
fujets à être mangés par des vers , & il eft ordinaire a ceux de
quelques-unes den fourmiller; il fell aune grande efpece
commune dans les pays de bois , dont le chapiteau eft épais
Sc verd par delTous , & dont les morceaux qu on en détaché
ont des calTures qui deviennent bleues en peu de temps.
Les vers qu’on trouve le plus fouvent dans ces derniers
champignons , Sc dans beaucoup d autres , ont une teie
écailleufe A noire; leur corps eft tranfparent Sc d’un blanc
luifant. Je les ai fait repréfenter de grandeur naturelle,
groflis au microlcope,dans le quatrième volume, pl. 1 3.%.
7. 8. & 10. On y voit que le ver montre en certains temps,
des mammelons charnus qui lui tiennent lieu de jambes.
On y voit aufll qu’ils ont en-deflous du corps , des bou-
tonnières de crochets qui peuvent leur aider a le fixer & a
marcher. On fera plus aile de fçavoir ce que deviennent
ces fortes de vers qu’on peut trouver aifoment , que de
fçavoir ce que deviennent des infeèles beaucoup plus rares.'
Je fuis parvenu à en avoir qui fe font transformés en des
petites tipules qui n’ont rien de fort remarquable , & dont
: es ailes n’ont point de taches, mais feulement une teinte
de gris. Je dis que je fuis parvenu , parce que j'ai
bien des tentatives avant que de voir de ces petits infecles
fous leur dernière forme. Lorfqu’on met , comme j ai mit
d’abord, des champignons qui en font remplis^ dansi®
è
DES Insectes./. Mem. 2^
poudrier, les champignons s’y pourrifl'cnt. s’y difTolyent
en eau , & bientôt les vers l'ont noyés. 11 m’eft nicmc
arrivé de voir périr ceux quej’avois mis dans des poudriers
que i’avoiscu la précaution de remplir déterre en partie,
mais fur laquelle j’avois mis une trop grande quantité de
chair de champignons par rapport au volume de la terre;
celle-ci a été encore trop abbreuvée d’une eau corrompue.
Dans la fuite, j’ai feulement jette quelques petits morceaux
de champignon dans des poudriers prelquc rcmj)lis d une
terre fcche : les vers font entrés dans cette terre , ils s’y
font métamorphofés en nymphes , & ces nymphes à leur
tour le font métamorphofées en tipules.
Une efpécede champignons moins fucculens que celle
dont fe nourrilTeni les vers dont nous venons de parler
,
une elpéce de champignons prefque ligneux, en un mot,
un agaric du chêne fournit l’aliment nécelTaire à un ver
plus rare que les précédents , qui a plus de fingularités à
nous offrir, ôc qui fe transforme en une tipule. C’ell fur
des agarics qui avoient crû fur des chênes du Bois de Bou-
logne, & (dfés près de leurs racines , que j ’ai obfervé d’abord
J’efpéce de vers * que je veux faire connoître. Ils nepéné- * pi.
trent point dans la fubflance de la plante, ils le tiennent * *•
en deflbusde fonchapiteau. Ilsontune petite têtede figure
con liant e& comme écailleufe. D’ailleurs ils ont quelqu’air
de fangfues ; leur long corps eft pourtant rond comme
celui des vers de terre, & femble de même compofé d’un
grand nombre d’anneaux. Les plus longs de ces vers font
grilatres, les petits Si ceux de médiocre grandeur, font
blancs & très-tranfparents ; la peau des uns & des autres
ell toûjours humide , comme celle des limaces, & a de
même quelque chofe de gluant.
Ils n’ont point du tout de jambes , ils ne font que
tamper ; mais ils n’aiment pas à. ramper immédiatemenê
Tl
. è*
24 . MEMOIRES POUR l’Histoire
a^lWic, ni à avoir, en aucun temps, leur corps
LéÆafement appliqué deirus. Les endroits ou ils le tien-
nent en repos, & ceux où ils palTent lor qui- s von en
avant, ou qu’ils retournent en arriére , lont, poiu ainfi
4. fig. dire.tapilTés On y voit un enduit brillant qui lelTemble
fl fort à celui qui marque fur des murs les chemins que des
limaçons ou des limaces ont fui vis, que je crus quede petites
limaces avoient palTé & repalfé fur les premiers agarics
où je les oblervai. Une humeur vifqueufe qui humeae
le corps des limaces, & qui en fort continueilernent , s aN
tache aux endroits contre lelquels il s applique, & roime
des traces comme vernies, fans que la limace cherche a
les former; mais les enduits fur lefquels notre ver maiche,
& ceux fur le/quels il le repole , Ibnt un ouvrage dans
lequel il entre du delïein. Ils font faits d une liqueur
gluante que la bouche fournit. Quand le ver veut fe fixer
quelque part, il fait fortir cette liqueur de fa bouche; il
l’applique contre un des points de l’endroit qu il le pro-
pofe d’enduire; retirant enfuite-la tête en arriére, il file
cette liqueur gluante ; mais il ne la file pas en un fil tel
que celui des chenilles, ou que celui des araignées ; il la
file en efpéce de ruban , quelquefois aulTi large que ceux
que nous appelions des Nompareilles. Il couche enfuite
& applique ce ruban fur la place qu’il veut couvrir ; en
continuant ainfi de faire fortir à diverfes reprifes de la
liqueur gluante, en la filant en lames minces, en étendant
ces lames, & en le tournant & retournant de différents
côtés, il parvient à fe faire une efpéce de lit bien liffe,
beaucoup plus large & plus long que le volume de fon
corps ne le demande. Quand il veut relier long-temps
dans la place qu’il s’eft préparée, il en choifit une qui fe
trouve en quelqu’endroit où l’agaric ait des inégalités un
peu confidérables ; étant pofé dans l’enfoncement , il fe
fait
I
des Insectes./. Mem. 25
fait une tente d’une matière femblablc à celle de fon lit.
11 tire des lames de figure irrégulière, d’une élévation à
l’autre; ainfi il forme un toit tranlparent, mais capable
de dérober Ion corps aux grandes imprelfions de l’air qui
font à craindre pour lui, qui pourroient le trop dcfTc-
cher, car il a bcfoiti d’ctre toûjours luimide. Aufli quelque
doucement qu’on manie ces vers, fi on les tient un peu
de temps entre les doigts ou fur la main , on les fait périr,
ils s’y deflechent trop.
Ce ver veut que le chemin par où il pafle , foit tapiffe
,
comme le lieu où il fe repolè. Quand il lé prépare à alief
en avant, il fait Ibrtir de là bouche une goutte de liqueur
qu’il applique fur le premier endroit où il doit palfer;
élevant enfuite fa tête , il forme un ruban ou plûtôt une
lame mince de verni , dont la figure n’ell pas toûjours bien
régulière , & qu’il étend & colle en avant. C’eft en répé-
tant toûjours le même manège qu’il fe met en marche
,
& qu’il fait chemin , de forte qu’il ne palfe que fur des en-
droits bien lilTes & bien doux.
Je n’ai jamais trouvé plus de huit à dix de ces vers fur
les plus grands agarics, & fur ceux où j’en ai vû le plus.
Ces agarics étoient fains, ils ne paroilfoient entamés nulle
part; ils étoient humides, «& même très - abbreuvés d’eau ;
de Ibrte qu’il y a grande apparence que les vers fe nourrif-
fent de l’eau que l’agaric leur fournil. Ils Ibnt péris chés
moi fur les agarics que j’ai lailfé trop delfécher, & ont
vécu fur ceux que j’ai eu loin de tenir humides.
On prendroit volontiers pour deux yeux, deux taches
brunes , dont une fe trouve fur un des côtés de la tête du
ver,& l’autre fur l’autre côté; mais quand on examine de-
près ces taches avec une loupe , fur des vers jeunes & tranf-
parents , on reconnoît qu’elles font intérieures & faites en
arcades, dont la convexité ell tournée en devant. Ces
Tome V. . D
PI. 4-
,|4 MEMOIRES POUR lHISTOIRE
.. vers lont nrefquVuin Uiaphancs que le verre;
''"r, euTon irès-bien voir dans leur intcr.fur deux ira-
chées qui v<«t en ''8"^ “ troncti dans la fig.
,
Quoique le bout de celui-ci 1 ^rdin iire il v a
& qu’il le paroilTe de même dans 1 état ordinaire , il y a
fu de tels où il me fail'oit voir quatre cornes dom
deux étoient plus courtes que _
doute les quatre ftigmates pofteiieurs.
laquelle
il induit Ton chemin , eft grande , & ne peut etre que la
bouche. J’ai cru voir deux petits crochets qui accom-
pagnoient, & qui fe montroient dans le temps ou le ver
étendoit de la liqueur gluante en ruban; mais les parties
d’un inlêêle mol & afles petit , font difficiles a voir diuin-
dfement. , ,
Ce n’a été que vers la fin de Juillet, Sc dans le com-
mencement d’Août, que j’ai trouvé de ces vers. Quand
ils fe difpofent à fe métamorphofer , ils fé conftruil'ent
fig. une coque*. Ilsemployent à la compofer, lameme liqueur
vifqueufe dont ils enduifent les chemins ou ils veulent
paffer; mais ils ne donnent pas à fon extérieur le luifant
qu’ils donnent à ces chemins. Les dehors de la coque lont
raboteux, pleins de petites cavités de formé irrégulière,
que je ne puis comparer à rien de plus reffemblant qu a
celles des morilles. La figure de la coque tient de la coni-
que, à cela près que l’un & l’autre de fes bouts font arron-
dis. J’ai trouvé de ces coques toutes faites fur des agarics,
& d’autres ont été travail ées fous mes yeux. Le ver qui
en commence une, difpofe des filaments gluants autour
de l’efpace dans lequel il veut fè renfermer. Ces filaments
confidérablement plus gros que les fils les plus groffiers
des coques de chenilles, forment un rezeau à très- grandes
mailles & irrégulières, qui eft la charpente de la coque;
*Fig. Ij.
DES Insectes./. Mem. 27
les vuides de ces mailles doiNCiU cire remplis par tics
çlpcces de platpics de même maiicrc (jiic les lilamcnts.
J ai vaque le ver laiiroildans plulicurs mailles, des goultcs
aiim arrondies & aulFi tranri)arc«ucs que des gouiies d’eau,
mais qui avoient plus de conliaancc & (pu dévoient en
prendre encore davantage en fe dcfTcchant. Le maille-
ment quelles fouffrent alors fait perdre une partie do
leur rondeur a celles que le ver n a pas eu loin d ap-
platir. /- 1. 1. / » M
Quand il a donné à la coque toute la folidite qu elle
doit avoir , il n y relie pas long-temps fans fe métamor-
phofer ; il s’y défait de fa peau pour devenir une nymphe * * Pi. 4. fig
très-blanche, qui relfemble à celles des mouches tipulcs
par fefpéce de bolfe que forme le corcclet , mais qui a les
jambes plus dépliées. Les fiennes s’étendent tout du
long du ventre, & vont jufqu’au bout pollérieur. Ces
nymphes font fi tendres , qu’il ne faut pas fonger à les
prendre autrement qu’en les collant contre un doigt
mouillé. J’ai toûjours rendu contrefaites celles que j’ai
voulu manier avec deux doigts.
Je ne fçais pas précifément le temps que cet infeéle
palfé fous la forrne de nymphe, parce que j’ai négligé
d’écrire le jour où. il l’avoit prife ; mais ce temps n’eft pas
long, au bout de 1 2. à i 5. jours au plus, il fe défait des
enveloppes qui le tenoient emmailloté, éc il devient une
mouche* que j’ai placée parmi les tipules; comme celles- * Fig. i6.
ci,elleeft montée fur de hautes jambes. Son corps long ^ * 7 *
eft gris-brun. Son corcelet a un peu de jaunâtre. Ses
^ antennes * font d’une forme finguliére , elles font larges * Fig. 18.
& plates, quoiqu’elles fe terminent en pointe; elles font
faites par des articulations qui leur donnent un air de râpe.
On peut voir une de ces antennes reprélentée en grand
tom. pl. fig. 10. J’ai trouvé à ces mouches deux
Dij
-g MEMOIRES POUR L’HISTOIRë^
L, binons jaunâtres en devant de la tete ma.s ,e n a. pas
^;,Ce"dâns le temps, fileur pof.tion eto.t ptec.fement
ApT^avoir fait connoître affés defpéces de t.pule.
efpéces, qui fous leurs premières formes fous celles de
ver 6c de nymphe, ont vécu dans leau. Il y a de ces
dernières tipules, auffi grandes que les plus grandes tipules
qui ont été des vers terreftres. Je ne 1 affure que fur ce
que j’ai tiré de l’eau, 6c fur-tout de celle de la rivære de
Marne , des vers qui refïembloient parfaitement par leur
forme extérieure 6c par leurs couleurs , aux pl^^^ '^^ts
tipules qui vivent fous terre ; j’en ai pêché d’autres qui
lie difleroient des précédents , qu en ce que les rayons
charnus de leur derrière étoient plus longs que les rayons
du derrière des autres ; 6c j’en ai meme fait graver un
dans le quatrième tom. pl. 14. fig. 9* ^ tn^*s je ne fuis
parvenu à voir aucun de ces gros vers aquatiques fe
transformer, même en nymphe; ils ont péri dans les
baquets où je les ai mis, faute apparemment d’une eau
convenable.
II eft fouvent difHcile d’avoir for les infèéles des foites
d’obfcrvations auITi complettes qu’on les voudroit ; 6c gé-
néralement, il eft plus difficile d’avoir ces fuites d’obferva*
lions for les infeéles aquatiques, que fur les infoéles ter-
reftres. J’ai eu, par exemple, une tipule 6cfa nymphe, fans
être parvenu à voir le ver qui fe transforme dans cette
nymphe qui par elle-même mérite d’être connue. Elle eft
aftesgrandepour donner une tipule de médiocre grandeur.
Elle eft oblongue, ayant les jambes 6c les aîlcs arrangées 6c
repliées dans une aftes courte étendue. En un mot , elle
reflèmble afles aux nymphes les plus communes, dont elle
nedifîérequepar une particularité. De là partie fopérieurc
des Insectes./. Mem . 3 5
partie noflcrieurc. y peut dcpolbr& arrêter le petit grain. .
Cell de ces petits grains apportes luccelhvcmcnt , ô: dC-
poles les uns fur les autres, que fe forme un tuy.yi. 1^
tête n’abaiulonne pasabfolumcnt le petit grain apres qu li
a été mis en place, clic fe donne des mouvements vifs,
elle retourne en arriére, mais fur le champ elle fe rap-
proche du grain. Les deux bras ne font pas alors dans
finadion, il femble qu’ils s’approchent d^la tête pour
faifir le fil qui en fort, & l’appliquer fur le grain. Un ver
que je tirai un jour de Ion fourreau, <5c que je mis dans
un poudrier plein d’eau , dont le fond étoit couvert d une
terre que je croyois convenable, ne rcuffit point a fe
couvrir ; mais il me montra mieux qu’aucun autre que
i’aye vu en œuvre, les mouvements fcmblables àceuxd un
infede qui file, & l’efïét des fils. 11 forma à diverfes repri-
lès , & fucceflivement en différents endroits , de petites
lames de grains liés enfemble; mais que ce fût fon inten-
tion ou non , il ne parvint point à faire prendre une figure
courbe à ces lames , à s’en couvrir ; tout fon travail aboutit
à faire des lames plattes qui flottoient dans l’eau.
Chacun de ces vers fe transforme en nymphe dans
le tuyau même où il a achevé de prendre fon accroiffe-
ment. Par fa métamorphofe , l’infede perd fon crâne
écailleux, fes bras, fes cordons charnus, & enfin toutes
lès parties extérieures, comme les autres infedes perdent
lés leurs en pareil cas. Il devient une nymphe, dont les'
jambes & les ailes fe trouvent placées comme elles le font
fur les nymphes des tipules les plus communes; mais elle
diffère de celles-ci , par des ornements que la nature ne lui
•a pas accordés fans doute précifément pour la parer *. *PI. j.fig.
Lorfqu’après en avoir tiré une de fon logement, on la ^•^7-
confidéredans l’eau, où on la tient , on voit une très-groffe
pennaehe blanche & très-fournie * qui s’élève fur fia partie /?. ^
• E ij
,6 MEMOIRES POUR lHiSTOIRE^
antérieure & fupérieure . fur fon corcelet , & qur s etend
mimé fur ks côtés. Selon la pofttion dans laquelle eft 1
ft^é, & fdon que l’eau agitée agit fur lu., tantôt cette
pennache ne femble eftre qu’une greffe houppe faite de
fils ou de plumes d’une prodigieufe finefle , tantôt on
voit que ce qui n ’avoitparu qu’une feule houppe, eft com-
pi.5.6s.!n pofé de plufieurs plumets différents ‘.Quand on I obfcrve
Sans des temps où l’eau ne fait point elever ces plumets,
, , , on en trouve cinq ‘ de chaque côté du corcelet qui partent
tous d’un même centre ; c’eft-à-dire qu on trouve de
chaque côté cinq tiges qui jettent differentes branches
d’où partent des barbes ou poils extrêmement nns.
Chaque plumet reflemble aux antennes a barbes des
Fig.to.aja. coüfws. & plus encore aux antennes * de la tipule, dans
laquelle notre nymphe doit le transformer. Qu on ne
croyepas cependant fur cette reflemblance, qu elles font
les antennes de la mouche, leur nombre excede cinq fois
le nombre de celles-ci. Elles ne tirent pas leur origine
d’où les antennes doivent tirer la leur ; & enfin, ce qui
auroit difpenfé de toute autre preuve, ces plumets relient
attachés à la dépouille de la nymphe. A quoi lui fervent
donc toutes ces pennaches ! Il y a grande apparence'
qu’elles font à cette nymphe, ce que font les ouïes aux
poilfons. Ceux qui connoilfentles merveilles quel’Hiftoire
naturelle nous olFre , fçavent qu’il y a des efpéces de
poilfons ou d’animaux aquatiques qui n’ont pas leurs
ouïes cachées, qui les portent en dehors; Si il paroît
que notre infeéle, qui, tant qu’il eft ver, dcprefque pen-
dant tout le temps qu’il eft nymphe, fe tient fous l’eau,
doit avoir des ouïes équivalentes à celles des poilfons.
La partie poftérieure de la nymphe a aulli fa penna-
*Fig. 6,7& che*, mais elle eft fiite en éventail. A l’orii^ine de cette
8. A.
^ <•/ c,
'w.Av# , iixaio tlL ItUlC VU WVlJLclIl. JX J VIV WUtv
dernière, il y a deux crochets * dont i’iufeéle fe fert
des Insectes./. Mem. 57
apparemment pour fe retenir dans fa cellule, dans des
circonftances où l’agitation de l’eau l’cn pou rroit faire
fortir plus qu’il ne veut , car il en fort quelquefois en
partie. ^
Au refte, ces nymphes font très en état de le mou-
voir, elles font même très-vives. Quand on les tire de
leurs fourreaux & qu’on les met dans l’eau, on les y voit
s’agiter en tout fens <Sc fe tourmenter. Audi ont -clics
befoin d’être vigoureufes , quand le temps de leur der-
nière métamorphofe approche, & qui neft, je crois,
éloigné de celui de la première que de dix à douze jours
au plus. La nymphe vient alors à la furface de l’eau , elle
y nage , elle y change de place en failànt prendre a Ibn
corps différentes inflexions ; il y en a qui y reftent au
moins un jour entier avant qu’arrive le moment où elles
parviennent à changer d’état. Tout ce qui le palfe lorl-
qu’enfin la petite tipule fe dégage de Ibn fourreau de
nymphe pour devenir ailée, cil fi Icmblable à ce qui fe
palfe lorfque le coufm fe dégage du fien , qu’en expli-
quant comment fe fait la dernière transformation de celui-
ci *, nous avons alfés expliqué comment fe fait celle de * Tome 4^
celle-là. Nous redirons feulement encore une fois,
tous les plumets de la nymphe reftent à fa dépouille, ils
y paroilfent quelquefois défigurés, de forte que lorlqu’on
n’y regarde pas de près , & qu’on voit l’eau couverte de
ces dépouilles, comme elle l’eft en certains jours, on
croît que' le bout antérieur de chaque dépouille s’eft
moifi.
Les petites tipules* qui viennent de ces vers, relïem- 5.%
blent fi fort aux confins les plus communs, qu’on n’héfi-
teroit ])as à les prendre pour des confins, fi on n’étoit
averti qu’elles peuvent être un infeéle d’une autre clafl'e ;
& on ne reconnoît qu’elles font d’une autre claflTe, que
Ilj
sS Mémoires pour l Histoire
lorfqq après avoir examiné le cleffous de leur tête , on ny
trouve point de trompe, mais une bouche, du delTus de
laquelle partent les deux barbillons qui caradlérifént les
» PI. 5-6^ tipules. Les mâles * ont des antennes à plumes plus four-
10. nies de poils, Sc qui ont plus de volume que les plus
grandes & les plus belles de celles qui s’élèvent au deffusde
la tête des coufins; chaque aile a trois petites taches brunes.
D’autres tipules qui ne différent guéres des précédentes
en grandeur ni en forme, qui n’en différent que par de
trcs-légéres particularités, comme par quelques nuances
de couleur, par des antennes moins fournies de poils, &c.
ont été des vers aquatiques que nous devons faire con-
noîire , des vers blancs qui reffemblent aux vers rouges
des autres tipules par la tête, par les deux efpéces de
bras, par la forme du corps ; mais qui n’ont pas, près du
derrière , les quatre cordons charnus qui nous ont fait
donner aux autres le nom de vers polypes. Ce qu’ils
offrent de plus digne d’être remarqué, c’eft la matière
dans laquelle on les trouve. Chacun de ces vers eft logé
au milieu d’une plaque épaiffe & convexe par deffus,
d’une efpéce de gêlée, de la nature & de la confiftance
de laquelle ceux qui connoiffent le fray des grénouilles,
peuvent prendre une affés jufte idée. Le ver à tout âge
eü enveloppé de toutes parts de cette matière gluante &
tranfparente, elle n’eft pas même fi tranfparente qu’elle
ne le cache un peu. Chaque plaque a au moins huit à dix
lignes, & quelquefois un pouce de diamètre; quelques-
fois elles font écartées les unes des autres, & quelquefois
elles fe touchent. Dans certaines années , dans les mois
de Juin & de Juillet, j ai trouve beaucoup de ces plaques
de gelee liir le fond des baquets que je tenois pleins d’eau,
& quelquefois j en ai trouve contre les parois du baquet.
J’ignore fi le ver menue fournit cette quantité de matière
des Insectes./. Mcm. 39
gluante, à quoi clic peut lui être bonne, comment il le
nourrit au milieu de cette matière, fi 1 eau , qui peut-être le
filtre au travers, cft le (lui aliment qu’il lui faut. On pourroit
fôupçonner que cette matière cil celle-là même, dont il
a ètè enveloppé dès la nailTancc , lorlqu’il ctoit •ncore
contenu dans l’œuf ; que cette matière le développe &
vegete dans l’eau, ou, fi l’on veut, qu’elle cHpour lui une
forte de placenta e|ui lui fournit la nourriture. Tout cela
peut être foupçonné; mais je n’ai point fait d’oblcrvations
propres à nie conduire plus loin que le foupçon.
^ J’ai fouvent obfcrvé fur l’eau des baquets, de petites
plaques* d’une matière vifqueufe, fcmblable à une goutte
de fuif qui y feroit tombée. Elles étoient remplies d’œufs
oblongs. Il y a beaucoup d’apparence que c’ètoient des
nichées d’œufs de tipules. Mais font-ce des vers blancs ou
des vers rouges, qui fortent ries œufs des nichées de cette
efpéce î C’ell ce que divers accidents m’ont empêché
d’apprendre; ils ont empêché que les œufs des nichées
que j’ ’avois mifes dans des verres jileins d’eau, ne foient
venus à bien.
Dansdes plaques de matière gluante, femblables à celles
qui couvent les vers blancs , & même dans des plaques qui
étoient un peu au delTus de la furface de l’eau , qui s’étoit
abbaiflee, j’ai trouvé des nymphes de ces vers; mais je ne
crois pas que la nymphe relie long-temps au milieu de la
matière glaireufe. Je fçais au moins que ces nymphes
,
comme celles des vers rouges, fe tiennent-à la furface de
Icau pour s’y transformer, qu’elles y font dans un mou-
vement continuel. Elles n’ont point fur le corcelet de
pennaches femblables â celles des nymphes des vers rou-
ges; mais elles y ont deux cornes femblables à celles des
nymphes terreftres des tipules, à. elles les ont apparem-,
ment potir relpirer l’air.
* Pî. 6. fig.
16 ôi. i 8 .
.O Mê:moires pour l’Histoire
* On n'imagineroit pns combien on
un feul baquet plein d eau , & expofe
de est ouvrage apprendra combien ^
rentes claffes viennent sy rendre pour y faire leurs œuR
Il cft bien autrement facile de fuivre les mleiites qui y
naiffent , que de fuivre ceux qui nailfent dans de grandes
pféces d'elu. Avant que de finir ce Mémoire |e dois
Lois trouvée dans des baffins , fans avoir pu parvenir a
fçavoir quelle étoit la dernière forme fous laquellg el e
devoir paroître, & mes baquets mont mis en état de
l’aijprendre. Les vers dont je veux parler, fe transforment
* PI. 6.fig. en de très-petites tipules qui n’ont rien de fort ^mar-
12,1 5 <sci^. • niais pour eux, ils le font par leur forme, & elle
*Fig.4.&7. avoit excité ma curiofité. Chaque ver * eft auffi blanc &
aufîi tranfparent qu^un morceau de criftai , auili quand
il nage dans l’eau claire, il faut regarder dans des fens
favorables pour l’y appercevoir. D’ailleurs, lors meme que
le temps de fa metamorphofe efl proche , il n efl guere
plus grand qu’un ver de coufin , & il y a fouvent un air
roide; il fçait -tiéantmoins donner des coups de queue à
l’eau lorfqu’il veut changer de place. Ce qui le rend le plus
remarquable, c’efl un grand crochet* cui part du delTus
de fa tête, &. qu’il porte en devant, elle lui donne l’air
d’une efpéce de licorne à corne recourbée. Auprès de
cette corne , il y a de chaque côté une tache brune. A
quelque diftance de. la tête on voit en deflus, mais dans
^Pi. 6 .fig. l’intérieur, deux corps bruns * qui ont chacun la figure
7 * mOIC TïllK nCtltS
e.
J Vi V VI /V ^ vy A ^ O
Jun rein. Deux corps de même figure*, mais plus petits
& moins bruns , fe voyent auffi dans l’intérieur à peu de
diftance de l’extrémité poftérieure. Celle-ci fe termine par
des I N s E C T e s. /. Mcm. 41
Jeux cornes* charnues, dirigccslcloii la longueur du corps.
A l’origine des cornes, ell une nageoire d’une grande
tranfparence, tjui , lans Ibn attache , lcroit ovale. De celle
attache , partent des lignes qui , comme des rayons , fc diri-
gent vers différents endroits du contour de 1 oval. Il n eff;
pas befoin d’avertir que tout cela ne le voit qu’au moyen
d’une loupe; avec fon fecotirs , on fuit aulTi tout du long
du corps un vaifleau qui paroît être le canal des aliments,
& qui jîaffe entre les quatre efpcccs de reins.
Quand on ne s’en tient pas à conlidcrcr ce ver dans l’eau,
quand on chetjche à voir diftineffement la conformation
de toutes Tes parties, on parvient à découvrir que ce qu’on
prenoit pour un crochet fimplc , eff compolc de deux
crochets exactement ajjpliqués l’un contre l’autre, mais
qui peuvent s’écarter * l’un de l’autre toutes les fois que
l’infecte le veut. C’eft immédiatement fur la tête que
font artieulées deux pièces qui ont chacune une autre
articulation vers leur milieu; la partie qui eff par-delà
cette dernière articulation eff brune, & de confiftance de
corne. C’eft vers l’origine de ces deux crochets, qui enfem-
ble nen paroiflent faire qu’un, que la bouche eft placée;
a chaque côté de celle-ci , eft une main affés femblable à
celle qui eft au bout du bras des vers rouges, dont nous
avons parlé ci-devant; elle eft un peu applatie, 6c bordée
de gros poils, defpéces d’épines. Lorfqu’on prefTe le ver,
on fait fortir de là bouche un long corps, auquel je n’ofè-
rois clonner le nom de langue* ; par fa forme 6c fon volu-
me, il a 1 air d’un gros bout d’inteftin aveugle qui a affés
de roideur pour fe foûtenir.
J ai mis fouvent beaucoup de ces vers dans des pou-
driers très-tranfparens remplis de l’eau la plus claire, 6c j’ai
trouvé enfuite dans lepoudrier quantité de petits corps faits
comme des portions de tuyaux cylindriques. Je ne fçaisft
Tme V. V
* PI. 6. fig.
7-S> S-
^ ru
* c*
* Fig. 6.
* in*
* Fig. 6. /.
a 2 MEMOIRES POUR l’HISTOIRE
h fi^ïure de ieurs excréments , ou s .1 vient un temps
ou ces ve^s lé défont de ieurs inteftjns par parcel es.
C ell dans les mois de Juillet & d’Aout. que les vers
que je tenois dans des poudriers, fe font transformes en
. PI. 6. fig. nymphes. Ces nymphes* relTemblent pour arrangement
^ - 9- ^ la difpofition des jambes , a celles de plufieurs autres
=» c, c. tipules; mais elles ont deux efpeces de cornes qui s e e-
vent au delTus de leur tête, & qui partent du corcelet
beaucoup plus grandes, proportionnellement a la grandeur
de leur corps, que celles d’aucune nymphe tipule. Par
leur port elles ont quelqu air de celles des^nymphes des
confins; elles font plattes & menues à leur origine; elles
s’élargilTent enfuite, pour, après s etre encore rétrécies, fe
terminer prelque par une pointe. L inléifle nous apprend
allés pourquoi elles lui ont été données, en tenant pour
l’ordinaire leur extrémité au delTus de la furface de l’eau,
pendant que tout le relie de fon corps ell au deflbus &
comme droit. Ces efpéces de cornes examinées au mi-
* Fig. 1 1. crofeope*, femblent faites de grains tels que ceux du plus
beau chagrin, & mieux allignés. Il y a grande apparence que
*Fig. 7 .r,r. lesdeuxplus grands de ces corps en forme de rein*,quon
apperçoit dans le ver , ceux qui font les plus proches
de la tête, font par la fuite les deux cornes de la nymphe.
Elle a à fon derrière deux nageoires égales &. fembla-
* Fig. 10. blés*, qui ont la figure d’une feuille; elles font extréme-
O ment tranfparentes; elles ont un rebord épais par rapport
au relie, mais qui devient plus mince & plus étroit en
s’approchant du bout jufqu’auquel il ne parvient pas.
Dans leur intérieur, on voit plufieurs ramifications qui
partent de deux tiges, dont une efl plus confidérable que
l’autre.
Enfin l’infeéle après avoir vécu dix à douze jours en
J 3 S’ fe transforme en une petite efpéce de tipules*
des Insectes./. Aîcm. 45
dont les mâles ont des antennes à plumes, & les femelles
des antennes moins fîÿirnies de j){)ils. I^es unes ôv les
autres portent leurs ailes croilces lui le coi j)s, cjui les excede
en lon^^ueur. Du bout de celui du mâle Ibrtent deux
efpéces de lames garnies de j)oils, & au dclfous deux
elpcces de crochets * prefque droits, dont chacun cft *PI.
articulé, avec une plus groffe pièce; dans l’état ordinaire
lespointesdes crochets Ibnt tournées vers le ventre, & ils
forment un X , en fe croifant l’un I autre.
EXPLICATION DES FIGURES
DU PREMIER MÉMOIRE.
Planche Première.
Les Figures i , 2 & 3 repréfentent de grandeur naturelle
un ver de tijiule, de ceux qui vivent en terre ou dans le
terreau des trônes d’orme. Il y en a de bien plus grands
que celui qui eft repréfenié ici. Dans la figure i, il montre
fa tête /^autant qu’il peut la montrer ;& quelques-uns des
rayons charnus de fa partie poftérieure/?. Dans la figure 2,
où il eft plus raccourci , fa tête paroît moins , & il a entière-
ment caché les rayons charnus de fa partie poftéricure/?.
Dans la figure 3 , où il eft plus allongé que dans la pré-
cédente, les rayons charnus font plus à découvert & plus
écartés les uns des autres, que dans la figure i , 6c la tête
eft plus cachée que dans les deux autres figures.
La Figure 4 fait voir par-deflbus une tête de ver tipulc
, groflie au microfoope. a, a, bouts des deux antennes.
c , c
,
deux crochets écailleux que j’ai forcé le ver à me
montrer , en preflànt extrêmement les parties qui en
font voifines. l, / deux parties écailleufes courbées en
gouttière, dont le bord fupérieür eft dentelé, e
,
partie
Fi;
^ MEMOIRES POUR l’Histoire
font bruns. . tipule , 6l égale-
La Figure 5 ^ deflus d, l’anneau charnu
auquef tient la tête ecallieufe U & fous lequel elle le peut
cacher, a, a, les antennes. . , ^ ,
La Figure 6 repréfente en grand & vue de lace la
partie poltérieure du ver. r, o r, 0 O O ^ J™**
Sont les deux c, o qui font du côte du dos , font plus
courts que les autres. Il y a des vers qui ont ces fix rayons
charnus bien plus longs 6c plus 3.igus.f,f es eux gran s
lligmates. On voit au delTus quatre taches beaucoup p us
petites, qui probablement font dellinées adonner fortiea
: ’air que les grands lligmates fj, ont reçu, & qui a fait
fa route dans le corps de l’infede. n a r
Dans la Figure 7, le bout poftérieur du ver elt vu du
côté du ventre, a l’anus, qui n eft a découvert 6c vifible,
que quand les rayons rrrr^ s elevent vers le dos.
La Figure 8 ell celle d’un ver ouvert tout du long, &
tenu ouvert par des épingles, ti f, uf, les deux grolTes
trachées qui vont fe terminer près des lligmates
La Figure p repréfente très en grand un des lligmates
f, figure 6. qui ell écailleux, Sc qui a quélcju air d un plat
dont«ie fonc leroit relevé en bolfe; mais il ell compofe
de deux pièces dilférentes./, /,1a grande pièce circulaire
& inclinée comme le font les bords de certains plats, tn,
la fécondé pièce qui a quelque convexité.
La Figure i o montre en grand ce que le deffinateur
& moy avons cru avoir vû, un très -grand nombre de
petites trachées b, b, qui partent de la principale trachée
r, & qui vont aboutir au lligmate / f; elles fonnent une
clpéce d’antonnoir, dont la plaque de ce lligmate ell la baie.
des Insectes./. Mem. 45
La Figure 1 1 eft celle d’un ver de tipule pris dans un
trou de tronc de fhulc.
La Figure 12 eft celle de la nymphe dans laquelle
le ver précédent s’eft transforme, vûe du côté du ventre.
La Figure 1 3 montre du côté du dos la nymjdic de
la figure 12. Dans fune & l’autre de ces figures, q mar-
que la partie poftérieure de cette nymphe, & c, remar-
quent les deux cornes qui font à la partie antérieure.
La Figure 14. ell: celle de la tipule fémclle, qui étoit
renfermée fous les enveloppes de la nymphe des figures
précédentes.
La Figure i 5 montre la tipule fémelle de la fîgtirc
précédente, accouplée avec fon mâle.j^ la fémelle. w^Ie
mâle.
La Figure 1 6 fait voir le mâle féparément.
Planche II.
Les Figures i & 2 repréfentent dans fa grandeur na-
turelle, une nymphe des vers qui fe tiennent en terre fous
le gazon , & qui fe transforment dans des tipules d’une
grande efpéce. Dans la figure i , la nymphe eft vûe du
côté du ventre, & dans la figure 2, elle eft vûe du côté
du dos.
' La Figure 3 eft celle de la nymphe de la figure 2 groftîe.
c,c,ies cornes qui font les organes de la respiration, l,
les ailes entre le/quelles les fx jambes font afles diftinéfes.
La Figure 4, montre le bout poftérieur de la nymphe,
vu par-deflous , & extrêmement grofti. a, l’endroit où étoit
1 1 anus du ver. Toutes les tuberofités épineufes marquées;
£, ejôic. aident à la nymphe lorlqu’ellefe poulTe en avant..
La figure 5 fait voir par- delfiis , une portion plus courte;
du bout qui eft vû par deflous figure 4. '
La Figure 6 repréi'ente en .très grand une des cornes»
F * • •
“i
,6 MEMOIRES POUR lHISTO RE
de la figure^, d. bafede la corne, cc ion bout qu.femble
tob une fente dirigée dee,en e. Elle paroit entouree de
fibres tréinfverlâles. i i> j i
La Figure 7 eft celle d’une nymphe d un grand ver de
tipule terreftre, très-groflie. Cette nymphe n eft pas la mê-
me que celle des figures 1 , 2 & 3 ; on remarque aifement,
quelle a fes cornes c, c,plus petites que celles de la figure
3 quoique fon corps foitconfidérablement plus gros. Elle
a étédeflinée d’après une nymphe tirée de terre a la fin de
Septembre , 6c qui devoit devenir une grande tipule. On
a écarté les ailes 6c les jambes du corps, afin qu on puiffe
mieux voir comment ces dernières font plieeslorfqu elles
font cil place, connue elles y font dans la figure
une des ailes. î , n f les trois jambes qui fe trouvent
attachées au côté qui eft ici en viie. e, e, e, 6cc. épines
qui partent affes près de la fin de chaque anneau. ‘P)'p>
épines du bout poftérieur.
La Figure 8 repréfente la partie antérieure d’une mou-
che tipule, VLie avec une lentille d’un court foyer, a, a, les
antennes, un des yeux à rezeau. t, partie de la tête qui
eft allongée en trompe, b, d, deux barbes, qui fervent à
diftinguer les tipules de beaucoup d’autres mouches; elles
paflent fur la bouche, elles defeendent, 6c fe contournent
en delfous de la tête en d. 4 les ailes qui ont été coupées
6c relevées, m, le balancier, yj un des ftigmates.
Dans la Figure 9 on voit par defîus , 6c encore plus
grandie, la tête qui eft vue de côté dans la figure
les yeux à rezeau. t la portion de la tête allongée en trompe.
a, a, les antennes, bd, bd, les deux barbes, dont cha-
cune a été jettée vers le côté duquel elle part, pour mettre
la. bouche à découvert. î, l, levres charnues; la fente qui
les fépare eft celle de la bouche.
La Figure 10 montre par-deflbus la tête qui eft vue
des Insectes. 7 . Mem. ^ 47
par-delTus dans la figure précédente. 7,7, les yeux à rezeau.
b, b, les deux barbes, l, l, les deux levres, entre Iclquelles
la fente de la bouche ell très-marquée, e, e, deux petits
tubercules places au-deflous de la bouche.
La Figure 1 1 repréfente dans fa grandeur naturelle,
& ayant les ailes croilées l'ur le corps, une tipule fémelle
de la grande elpece , commune en Oèlobie dans les
prairies.
La Figure 1 2 reprelente en grand une aile de cette
tipule. On peut remarquer qu’à Ion origine elle eft très-
étroite dans la portion marquée / o.
La Figure 1 3 eft celle d’une portion d antenne de la
tipule précédente , vùe au microfeope. j), p, p, p
,
quatre
grands poils qui partent de chaque articulation. On voit
qu’elle a de plus une barbe de poils très courts.
Planche III.
La Figure i repréfente une tipule mâle de la grande
efpéce, de celles qui font communes en Septembre, q,
marque le bout poftérieur du corps, qui eft plus^gros que
ce qui le précédé, & coupé obliquement.
La Figure 2 eft celle de la tipule fémelle , dont on
vient de voir le mâle. La pointe p , r
,
qui termine fon
derrière eft compofée de deux pinces p , 6 l r, repréfen-
tées en grand dans les figures fui van tes, & dans des vues
propres à les faire mieux diftinguer.
La Figure 3 montre par le côté le bout poftérieur du
corps de la tipule fémelle. p, la longue pince, la plus aiguë,
& la fupérieuré. r, la pince inférieure, ])lus courte que
I autre & plus mouflfe. On a écarté ces deux pinces l’une
de l’autre pour faire voir les parties charnues qui font
entr elles. En eft l’anus.
La Figure ^ montre le bout poftérieur en grand &
.0 MEMOIRES POUR lHISTOIRE
fr defl-ous. Les deux branches qur compofent la
une liule & même pièce, comme elles te paroiffent dans
'“Dansla Ftgure 5, le bout poflérieur eil vù parMelTus;
les deux branches de la longue pince, y font tres-
écartées l’une de l’autre, & elles cachent prefqu entière-
ment les deux branches de la courte pmee-
,
La Figure 6 repréfente le bout pollerieur vn par-
(lelTous, comme dans la figure 4, mais avec une feule
de lés pinces, & la plus courte. Entre les branches r r,
de cette pince, on voit deux œufs e, e,* la pince leitales
conduire en terre.
nuuire en terre.
La Figure y reprélentc en grand le bout poiterieur
i mâle vû du côté du ventre, & dans un moment ou la
du mâle vû du côté du ventre, & dans un moment où la
prefîion a obligé toutes les parties <^ui y font contenues,
... ontrpc Ar à fp montrer. A A efnéces
de demi-coquilles prefque écailleuies , qui enfèmble coni-
poient une forte déboîté qui renferme toutes les autres
parties quand le derrière de la-tipule eft dans 1 état ou
on le voit dans la figure i. r^ deux pièces ècailleufes,
dont le bout plus gros que ce qui précède , forme une
tête plaite. £•_, c, deux elpéces de crochets, dont la
pointe eft brune, & écailleufe , &. dont la tige eft blanche.
d, d, deux pièces comme ècailleufes faites en croiflànt.
Toutes les pièces précédentes , fervent apparemment à
faifir le derrière de la fémelie. vi, partie du mâle , de la-
quelle fort une efpéce de fil. On trouve à fa bafe deux
mammelons ou appendices, qu’on n’a pas marqués par
des lettres, h, h, petites houppes de poils roux. En a, eft
l’anus.
Les Figures 8 & 9 font voir les mêmes parties , mais
dans
des I N s e C T e s. /. Menu 4p
dans des vues dittcrentcs, & celles d’un des cotés de la
fit^ure I ; aulîi les parties l'emblablcs font- elles dcfignces
par les mêmes lettres dans ces trois figuics. /, une des
lames cpii fait la moitié de la boite ou de 1 enveloppe des
autres parties. Elle efl vue en dedans j ou du cote concave,
fio'ure 8 ; elle efl vue par dcliors, ou du cote convexe,
figure () 't, pièce dont le bout eft plus gros que ce qui
précédé, e, un des crochets, d
,
un des cioifiants.
La Figure lo repréfente une tipule femelle dans 1 atti-
tude où elle fe met lorlqu’elie le difpofe a pondre. Celle-
ci commenceàpicquer en terre le bout de la longue pince
marquée p, ôip,p, figures 2, 3 , 4 & 5.
Les Figures 1 1 & 12 repréfentent un oeuf de tipule
très-grolfi. La figure 1 1 le fait voir du côté où il a une
cavité. La figure 12 le montre du côté oppofé à celui où
eft la cavité. ^ •
La Figure 1 3 fait voir trois œufs de tipule de grandeur
naturelle. Planche IV.
i ^ '
Les Figures i & 2 repréfentent chacune une tipule de
médiocre grandeur & de mêmeefpéce, mais de différent
fexe ; ia tipule de la figure i efl un mâle , & celle de là figure
2unefémelle; le grifâtre eft leur couleur dominante, mais
elles ont du jaunâtre à leurs jambes. Elles font nées chés
moy de vers trouvés dans le terreau tiré de faules, dont
une partie de l’intérieur étoit pourrie.
La Figure 3 montre groffi à une forte loupe un ver de
tipule qui n’a que fa grandeur naturelle dans la figure 4;
ces vers fe tiennent dans la bouze de vache, t
,
fa tête
ecailleufe. f, fa partie poftérieure où font les organes de
la refpiration.
La Figure j eft en très-grand celle de la tête du ver des
figures précédentes, &. de deux de fes anneaux. t,ia tête.
Tome K |
MEMOIRES POUR ^ î *11
^ ,.d e brune qui femble être un des yeux. ê/barb,llom
en ecrtains temps . fortent de la bouche.
’ La Figure 6 fait ioir en delTus la partie pofteneure do
ver précédent & extrêmement groffie. f,f, «, quatre
luvuix dbnt les deux a, u, font plus courts que les deux
{ieurs r , ,, marquent deux trachées qui fe rendent aux
L^Ftaire 7 eft celle de la nymphe dans laquelle fe
méumotphof/ le ver précédent dans la grandeur natu-
relie. La même nymphe eft groffie dans la hg .
Les Figures 9 & . o reprélentent en deux vues difle-
rentes, la petite tipulequi fort de la nymphe de a figure8.
La Figure i i eft celle d’un ver de tipule qui le tient ap.
pliqué contre le deflbusd un agaric du chêne; mais cette
figure le montre beaucoup plus grand qu il ne le devient.
La Fi^^ure i 2 repréfente une portion d un agaric du
chêne, dont le delTous a été mis en deftTus. a, bord de
cette portion d’agaric, u
,
ver de tipule dans fa grandeur
naturelle. Tout ce qui eft en blanc & marqué b, b, eft le
lit d'une bave luifante fur lequel il fe tient, h
,
&c.
diverfes feuilles de gramen , qui palfent au travers de l’aga-
ric; l'agaric en croiflant, renferme celles qui le touchent.
La Figure 1 5 eft celle d’une coque que le ver de la
figure 1 2 fe fait d’une liqueur gluante.
Les Figures 1 4. & 15 montrent en deux vues
rentes la nymphe dans laquelle le ver précédent fe trans-
forme, & la montrent plus grande que nature. Dans la
figure I 5 , où l’on voit le ventre, on voit la difpofition
des jambes qui s’étendent jufquau derrière; & la figij
1 4, dans laquelle elle eft vûe de côté , laiftTe voir la bofîe
b, qui eft fur le corcelet. Mais ce qu’on doit le plus remar-
quer dans cette figure, c’eft la pofition des antennesi
qui ' eft -différente de celle des antennes de la plûpart û®
DES Insectes. I* Mcw» 5.'^
nymphes; elles font l'ur le corceict. & celles des autres
nymphes font placées en partie lous le ventre. ^
La Figure 1 6 ell celle de la tipulc de la nymphe pre-
cedente vûe par-deffus; & la figure 1 7 eft celle de la meme
tipule vûe par-dcirous. ^
La Figure 1 8 eft celle de. la partie anterieure de la mouche
précédente, qui eft repréfentéc en très-grand.& vûe du coté
du ventre, a, a, les antennes dont la ftruélure eft parti-
culière. i, les yeux à rezeau. b, b, deux gros barbillons
au-deflus de la bouche.
Planche V.
La figure i eft celle dhin ver aquatique, & rouge, qui
fe transforme en une petite tipule.
La Figure 2 reprélente une lorte de grouppe de vers
rouges de i’efpéce du precedent , afltmbles autour d une
feuille qui eft dans l’eau ; ils font dans un mouvement
continuel & changent fouvent d’attitude.
La Figure 3 montre un ver rouge groftTi a la loupe.
b, un de lès deux bras, l, l , I , I
,
les quatre ligaments qui
nous ont déterminé à donner à ces vers le nom de polypes.
La Figure q fait voir en deftTus la partie poftérieure
très-groflie. f, f, deux corps oblongs, dont le bout eft
bordé de poils, & qui paroiftent être deftinés à porter
l’air dans le corps du ver, être deux ftigmates.
quatre corps en forme d’olive, qu’on peut encore loup-
çonner être des ftigmates.
La Figure 5 eft encore celle de la partie poftérieure du
ver, très-groflie , mais vûe en-deftTous. /, f, les deux ftigma-
tes. m, m, deux des corps en olive. /., l, l, l, les quatre
ligaments qu’on a négligé de donner à la figure précé-
dente, parce que c’eft la dernière qui fait voir leur origine.
Ces ligaments , 6c le ver lui-même , ont été repréfentés
très en grand dans le tome 4. pl. 14. fig. 1 2.
G i;
MEMOIRES POUR l’Histoire
’ Les Rp'ies 6 & 7 rcpréfen.ent en grand la nymphe
dam laq uelle fe transforme le ver polype ; elle a , dans une
& î'iune figure, la tête en bas. Dans a figure 6 , elle ell
fûe dû côté du ventre, & elle ell vûe du cote du dos
dans la figure 7. h, houppe qu’elle a à fa parue pofteneure.
f nemache qui orne Ibn corcelet. 1 , 1 , les ailes qu on a
^cLées du corps figure 7. La figure 6 fait voir le contour
''"Dam ks Figures'Ÿ& 9', îa même nymphe ell vûe de
côté La fic^ure o montre cinq efpéces de piuinets;?,^
Quand ceux des deux côtés fe relevent , & fe reuniffent fur
le corcelet , ils compofent enfembie la peniiache p, de la
La Figure lo eft celle de la tipule dans laquelle fe
transformela nymphe précédente, groffic au microfcope.
a. a, les antennes, b, b, les barbes.
La Figure 1 1 eft celle d’une nymphe d un ver tipule
blanc, qui n eft guère plus grand que le ver tipule de la
figure r ; aufti cette figure la groflit trcs-confiderablement.
Cette nymphe fe tient à la furface de 1 eau , & s y agite con-
tinuellement. a
,
une de fes ailes, i
,
fes jambes, qui font
finguliérement contournées, c^une des deux cornes avec
lefquelles elle refpire l’air. La mouche de cette nymphe
diftére peu de ce le de la nymphe des vers rouges.
«
Flanc HE VI.
La Figure i repréfente plus groffe que nature une
nymphe de ver aquatique, qui eft vue dans fa véritable
grandeur, figure 2 . L’une & l’autre figure la montrent
du côté du ventre. Cette nymphe eft toujours dans 1 eau.
if, long fil qui part du corcelet, & dont la nymphe
tient ordinairement le bout à la furface de l’eau; mais le
fil eft quelquefois plus contourné qu’il ne l’cft ici, félon
que l’eau agit deflus, pendant que la nymphe change
des Insectes./. Alem. 53
de place. Elle en cliange quand elle veut ; qua:ul elle
veut, elle fe met dans des pofitions differentes t!c telle
où eüeparoît dans les deux ligures. L’origine du lil efl liir
lecoreelet. La figure i fiiit voir des \to\\sp,p, fur les cotés
de cette nymplie, qui, pour être vifible.s, demandent à cire
grolfis par la loupe, aulii ne paioilîcnt“ils pas dans iafiguic
2. d
^
marque la dépouillé du ver que j ai trouve attaclice a
une de ces nymphes. La figure 2 n a point celte dépouillé,
mais elle a en c, une elpcce de crochet.
La Figure 3 eft celle de la tipule, dans laquelle fe trans-
forme la nymphe des figures précédentes. Elle a fur fes
aîles quelques taches brunes & opaques.
La Figure .p fait voir à peu-près dans là grandeur naturelle
un ver aquatique de tipule , fingulier par fa grande tranljaa-
rence, & parfefpéce de crochet qu’il porte en.devant de
la tête ; le même ver eft grolïï au microfeope dans la fig. 7.
La Figure 5 repréfente la partie antérieure du ver précé-
dent grolfie au microfeope. ù un des yeux. c,c d e, les deux
crochets qui , lorfqu’ils font appliqués l’un contre l’autre,
comme ils le font dans les figures i & 7, & comme ils le
font ordinairement, ne femblent être qu’un feul & unique
crochet, c d
,
bout d’un des crochets, brun & écailleux,
articulé ç.x\d, avec une partie blanche & moins dure, e
,
1 endroit où la partie ^ ^ fe trouve articulée. vî,in, clpéces
demains armées d’ongles ou de longues épines ,& pofées
à chaque côté de la bouche & un peu en delTous. \
La Figure 6 ne diffère de la figure 5, qu’en ce qu’une
partie ^ blanche & oblongue,& d’un volume confidérable,
fort de la bouche du ver. On oblige cette partie à paroître
lorfqu’on prelfe le corps, & fur-tout ])rès de la tête.
La Figure 7 montre le ver delà figure i groffi au mi-
crofeope. c, fon crochet qui femble fimple, quoique les
figures précédentes nous ayent appris qu’il eft double./,
un des yeux, r, r, e, e, quatre corps bruns chagrinés & faits
-, G iij
Pi.^.^(^.S4.Afc^.2. de l’ffi^t.cà^In^^c^ Tonv.â
-
Fuj.i
t
OES Insectes. II. Af€f7i. 5
5
SECOND MEMOIRE.
histoire
DES MOUCHES DE SJ MARC;
Et quelques Suppléments au neuvième p' au dowiiéme
Mémoire du quatrième Volume.
N OUS confervons aux mouches *, dont nous voulons + Pi. 7 %
parler dans ce Mémoire, le nom cju elles portent en
quelques Provinces du Royaume, en Poitou & en Tou-
raine, où on les a traitées avec une diftindion dont elles
ne l'ont pas trop dignes; car par elles-mêmes, elles n’ont
rien déplus propre à fe faire remarquer, qu’un très-grand
nombre d’efpéces de mouches auxquelles on ne s’eft pas
avilé d’impolêr un nom. Mais elles paroilTent des pre-
mières au Printemps; d’ailleurs, il eft probable qu il y a
u’année où vers la Fête de Saint Marc, vers la
, ou un peu plus tard , elles ont paru en prodi-
gieufe quantité ; & qu’elles ont caufé quelque mal , ou que
quelque mal du moins leur a été attribué dans cette même
année. Les payfansquifecroientlesmieuxinftruits.préten-
dent qu’elles étoient autrefois armées comme les guefpes ,
d’un aiguillon que Saint Marc leur a fait perdre.
En certaines. années j’ai entendu aceufer ces mouches
par ceux qui cultivent avec le plus de foin les arbres frui-
tiers, d’y avoir fait du tort, d’en avoir rongé les bouts des
boutons, & d’avoir fait périr les fleurs. Il eft vrai auflî
qu’on les voit fouvent fur les fleurs & fur les bourgeons
des arbres. Ce font des mouches de grandeur médiocre*, *
eu queU
mi-Avri
m
.A MEMOIRES POUR l’HISTO RE
plus petites que les groffes mouches bleues ; elfe
font Sc la leconde clalTe générale de ce le des mouches
. P, , J, qui ont une bouche * lans dents; mats elles pravent avec
l /' ” kur bouche exprimer du fuc des bourgeons & desfleuts
qui ne lont pas épanouies , & peut-etre y occafionner un
c eiréchement qui les fait périr. /i l i
Leur bouche, comme celle des tipules, eft au bout de
la tête , Si fa fente fe trouve de même entre deux levres
latérales faites en efpéce de coquilles, & couvrent
d’autres levres plus charnues; en un mot, la Itruclurede
leur bouche relfemble beaucoup a celle de la bouche des
tipules , & elle eft de même recouverte en certains temps
par deux barbillons, chacun defquels eft attaché à un de
i'es côtés; ils font moins longs proportionnellement que
ceux des tipules.
Les antennes * de ces mouches font peu longues, &
n’ont d’ailleurs rien de fingulier ; elles font à grains.
Mais il eft à remarquer que le mâle * a une tête beaucoup
* Fig. 12. plus groife que celle de la fémelle *. Les yeux à rezeau
du mâle, font aufti beaucoup plus gros que ceux de la
fémelle, Si ce font eux qui rendent fa tête groife, par
rapport à celle de l’autre. Dans plufieurs efpéces de ces
mouches , ces'yeiix font noirs. Quoiqu’ils couvrent pref-
que tout le delTus de la tête du mâle, qu’ils s’y touchent
* Fig. I J. prefque vers le derrière , là même il y a une petite grappe*
compofée de trois petits yeux lilfes &difpofés triangulaire-
ment , qui s’élève au-delfus des yeux à rezeau.
Ces mouches portent ordinairement leurs ailes de ma-
nière qu’une des deux couvre l’autre prefqu’en entier»
celle-ci ne paroît qu’auprès de Ion origine & à Ion extré-
mité. Elles font aulfi longues ou un peu plus longues .
que le corps , aulTi le cachent elles à nos yeux. Quand on ^
Fig. II. a mis à découvert celui du mâle *, on ne balance p'as ^ ''
plâcef
* Fig. I 1 &
12 . ûj a.
* Fig. 1
1
DES Insectes. IL Metn. 57
placer cette mouche clans la clafTe de celles à corps
long; fa forme a cjuclque chofe de fingiilier, en ce que
l’anneau qui a le plus de diamètre, tient au corcelet, &
que les autres en ont de moins en moins à mefure qu’ils
s’approchent du bout poftérieur. D’ailleurs ce mâle paroît
une mouche alTés malfaitc , dont le corps raboteux n’a
pas unegrolfeur proportionnée à celle du corcelet ; celui
de quelques-uns eft extrêmement menu. On héfiteroit
davantage à placer la femelle * parmi les mouches à corps
long, le fien mieux façonné, plus lille & diltendu par les
ceufs, tient de la figure d’une olive applatie. Ces mou-
ches volent d’affés mauvaile graCe ; quand elles font en
l’air leur corps femble y être pendant, elles laiflent au
moins .pendre leurs jambes qui font alfés longues.
Je n’ai encore vu de ces mouches que de deux cou-
leurs. Les unes font noires & d’un très-beau noir , les
autres ont le corps & le corcelet rougeâtres; mais j’en ai
obfervé des unes & des autres, de grandeurs très-difie-
rentes, & qui font de différentes elpéces. Il y en a des
efpeces aulli petites que les petites efpéces de tipules &
que les coufins , & on ne les diftingue des unes & clés
autres , que quand on examine à la loupe la forme de leur
corps.
Des mouches connues même despayfans, commune
dans nos jardins, & qu’on aceufe d’y faire des defordres
ayoient de droit une place dans nos Mémoires, quoiqu
d ailleurs elles ayent peu de fingularités à nous offrir
au moins falloit-il faire fçavoir quelle eft leur origint
Elles viennent, comme les tipules, de vers * qui f
tiennent fous terre, qui s’y nourriffent d’une efpéce d
terreau ou de terre, & qui pourtant s’accommoden
dune matière, qui paroît contenir des fucs plus ailés
extraire. J ai vû en Oélobre de ces vers à milliers, â
Tome V, .H
* PL
i
Wi
.g MEMOIRES POUR L HISTOIRE
encore petits, dans des bouzes de vache médiocrement
Lîches . & pendant i’hyver J ai trouve des memes vers
Tous terre , dans le Bois de Boulogne. Si la faiion ou ; ai
rencontré des bouzes de vache peuplees de vers de cc
genre, étoit celle où leurs mouches parodient , il leroit
naturel de penfer que des meres avoient fait leurs œufs
fur ces excréments ; mais dans le mois d Oaobre, on ne
voit point les mouches dans lelquelles le transforment les
vers dont il s agit; d où il fuit qu’ils n avoient pu naître
dans des excréments dont un grand animal ne s’étoit
vui lé que depuis peu de jours ; qu’il faut penfer que ces
vers qui étoient (bus terre , ayant lénti que la matière qui
avoit été dépofée fur la furface, éciqui i avoit^humeélee,
étoit propre a leur fournir de la nourriture , s etoient ren»
dus au milieu de cette matière. Quand nous en ferons
à l’hidoire des Scarabés , elle nous apprendra qu’il y en
a quantité d’efpéces qui vont s’établir dans les bouzes de
vache fraîclies.
Ces vers qui fe doivent transformer dans les mouches
de Saint-Marc, Ibnt de la troifiéme clalfe, Sc iorfque nous
=* rom. 4, avons mis les vers en ordre, nous les avons placés* dans
feptiéme genre de cette clalïe. Ils ont une tête écail-
leufe, Sl font dépourvus de jambes. Ils ont d’ailleurs
beaucoup de relTemblance avec les chenilles , par la figure
de leur corps, & ils refifemblent à celles de certaines
efpcces, parce qu’ils font hérilTés de beaucoup de poils,
plus gros pourtant & plus écartés les uns des autres que
ceux des chenilles bien velues, éc tous inclinés vers le
derrière. i
Ils changent de peau comme les chenilles; j’ignore
combien ils en changent de fois; mais je fçais que Iorfque
j’en examinai vers la mi-Mars , que j’avois apportés de
Poitou à la fin d’Oétobre, <!x. que j’avois renfermés dans
des Insectes. IL Mem. 59
des poudriers avec la incnic bouzc tic vache, clans laquelle
ils avoient été trouves, je içais, dis-je, qu iis me pâturent
différents de ce qu’ils étoient avant l’hyver; nondcule-
ment ils étoient plus grands, ils étoient moins couverts
de poils, mais de poils plus gros. Ils avoient l'ur chaque
anne.au une ceinture compolée feulement de huit à dix
poils très-roides. Au rede leur couleur n’eft pas propre à
leur attirer nos regards , elle eft d’un gris-brun , & par-
tout à peu-près de la même nuance. La tête eft noire &
platte.
De crainte que les vers dont je m’étois fourni , ne fe
trouvaflent trop à l’étroit, & dans une matière trop
deflechée, vers la mi -Mars je mis les morceaux de
bouze de vache dans lefquels ils étoient , fur la terre hu-
mide qui rempliffoit une cloche de verre placée dans
une pofition contraire à celle où l’on met ordinaire-
ment les cloches. Au bout de deux jours tous étoient
entrés en terre , il n’en reftoit aucun dans les morceaux
de matière où ils avoient vécu jufque-là. Je négligeai
de remuer la terre dans laquelle iis s’étoiéiit introduits,
jufqu’au 22 avril, & pour peu que j’euffe difleré davan-
tage, je n’y euffe trouvé que des dépouilles ; j’y furpris
plufieurs des mouches dans lefquelles ils s’étoient trans-
formés, prêtes à fortir de terre. Plufieurs autres avoient
apparemment pris l’eftor dès les jours précédents; il n’en
reftoit plus que deux cachées fous la forme de nymphe,
& depuis j^ufieurs jours apparemment, il n’y en avoit plus
qui euflent celle de ver.
Mais je fuivis mieux une autre année, les vers da même
genre, que j’avois trouvés au milieu d’une terre fablon-
neufo, proche d’un pied de chêne du Bois de Boulogne,
au commencement de Février. Tous ceux que j’avois
apportés , fubirent leur première métamorphofe en quatre
H ij
/îo MEMOIRES POUR lHISTOIRE
de temps; depuis le 2 jul'quau 5 Mars incluf,,*.
Cr tous-diviuretu des nymphes, dont qu^lques-u„«
ft mnsformcre,.t en mouches le . 5 Avril, & les autre,
C'r parvenir à paroître nymphes , ces infeaes fe M.
de plufieurs e%éces fe défont de la leur en pareil et».
Celui qui travaille à fe métamorphofer, oblige lapeaude,
premiers anneaux à fe fendre fur la partie luperjeure du
• PI 7 fi. 2. corps». Des parties charnues s elevent dans inllant au-
delFus de la fate , & en s’y élevant contribuent a lag-
arandir. La partie antérieure de la nymphe paroit bientôt
. Fig. 3.2, !u jour, elle'^ fort par la fente. Le crâne » du ver qui tient
à la dépouille dont la nymphe veut fe tirer fe trouve
alors fous le ventre. La nymphe dégage enfuite fes aii^
neaux poftérieurs , elle le§ amene en devant , & les gonnant
& Douffant en arriére, elle y pouffe en meme temps la
. Fig. 2 ar dé^ille » ; elle l’oblige à i plilTer , & peu à peu elle
3.^. iaconduit jufqu’au bout de fon derrière ou elle eftreduitc
à un petit paefuet. zr i- '
Le nom de crifatide convient peut-etre auffi bien a
notre infedle métamorpliofé , que celui de nymphe que
nous venons de lui donner. Les ailes & les jambes appli-
»Fig.4&6. quées les unes contre les autres du côté du ventre *, dans
une étendue qui n’a pas la moitié de la longueur du corps,
n’y font guéres plus aifées à diftinguer qu elles le font
dans les crifalides ordinaires. D’ailleurs , ces cftlalides ou
nymphes n’ont rien de particulier. dans leur forme, u cc
n’eft qu’elles lémbleht boffues. Le corcelet de la mouche
«i' Fig. 5. .«. qui eftgroséc élevé, demande que l’endroit de la crifalide
où il eft placé, foit plus élevé que le refte.
Au refte, la manière dont lé fait la dernière transiof'
mation , la manière dont la mouclie brife fes enveloppa
des Insectes. IL Mem. 6i
ic s’en tire , n a rien qui mérite cl etre expliqué ; car tout
ce qui paffe alors reffemble parfaitement à ce que les pa-
pillons 6i d’autres mouches nous ont fait voir dans une
pareille circonlbnce. ^
Le relie de la vie de ces mouchesjie m a ofiert aucun
fait remarquable. Apres leur nailïance elles prennent
l’elTor, elles vont volontiers fe pofer fur les plantes , &.
fur-tout fur les arbres fruitiers. Les mâles fe joignent aux
fémelles , auxquelles ils relient unis des heures entières.
Pendant l’accouplement le mâle * ne fe tient point fur la
fémelle , le corps de l’un & celui de l’autre font^ fur une '
même ligne, ils femblentn’en faire qu’un. Les ailes de la .
fémelle recouvrent une partie de celles du mâle. Ces
deux mouches ainfi jointes enfemble , relTemblent à un
infeéle qui auroit une tête à chacun de fes bouts. Quel-
quefois la fémelle emporte en l’air le mâle qui ne veut
pas l’abandonner. Souvent aulfi on les prend fans les dé-
terminer à fe féparer. Le mâle a au-deflbus de fon der-
rière deux crochets * capables de bien faifir celui de la
fémelle, & qui ne font pas vifibles dans les temps ordinaires. ‘
11 introduit la partie propre à féconder les œufs * dans
une ouverture qui eft du côté du ventre de la fémelle *
afîes près de l’anus. Après que celle-ci a été fécondée
,
elle n’ell pas long -temps fans doute à faire fes œufs
qu’elledépofe, foit dans la terre, foit dans des excréments
de vache, & peut-être dans ceux de cheval, après quoi
elle périt. On ne voit guéres de ces mouches que pendant
trois femaines ou un mois.
La même raifon qui nous a engagé à parler des mou-
ches de Saint-Marc, nous détermine à dire ici quelque
choie d’une efpéce de mouches * beaucoup plus petites.
Elles font extrêmement communes, elles paroilTent dans
toutes les Saifons de l’année. Nous avons oublié de les
Hiij
* PL7. fig.
7 & 18. m .
* Fig. 13,
* m.
Fig.
PL 8.Ég-7<s
MEMOIRES POUR lHISTOIRE
Le connoiire dans le neuvième Mc-moire nous y fup.
olccrousdans celui ci; elles fie font que de vrais mou-
cherons; elles font plus petites que les plus petites tipujcs.
Lorique leurs ailes font ])olécs lur leur corps, a peine
font-dics auffi grods qu’une grolle tetyl epingle Avec
une loupe on s’aflure pourtant de la clafle a laquelle elles
» R 8.«8. appartiennent ; on reconnoît * qu’elles font de la pre-
ï J & 1
2
. jes clafles générales , qu elles n ont qu une trompe
affés lémblable à celle des mouches bleues de la viande,
& quelles font de la première des clalles lubordonnees à
Ja clafle générale, de celle des mouches a corps court.
Elles aiment refpécede lie de vin qui eftdepofee fur les
tonneaux d’où on tire le vin avec un robinet , elles aiment
Je marc de raifm qui s’aigrit, & en général elles aiment les
liqueurs qui ont été fucrées iorfqu elles viennent à s’aigrir.
Des pots où il y avoit eu du miel qui s’étoit aigri , parce
' qu’on n’avoit pas daigné le féparer des vers , des nymphes
de mouches miel , & de ces mêmes mouches qui avoient
péri , foit dedans , ibit delTus ce miel ; des compottes de
pommes de rambour qu’on avoit aufli laiflfé aigrir , m’ont
fourni des mille milliers des mouches dont je veux parler.
’i'Fig.S&io. Elles avoient crû fous la forme de vers’*', dans ces matières
aigries, & par la fuite elles y avoient paru avec des ailes.
Quand on découvroit le compottier de verre dans lequel
elles étoient nées, on voyoit des nuées de ces petites mou-
ches s’envoler.
Le corps & le corcelet de cette petite mouche font
jaunâtres. Ses yeux à rezeau font d’un rouge qui n’elt
pas d’une belle nuance, mais qui fait pourtant qu’on les
remarque plutôt qu’aucune des autres parties. Les ailes
qui ordinairement fe croifent fur le corps, ont des cou-
leurs d’iris. Inutilement ai-je cherché à voir les balanciers;
mais il y a plus d’apparence que leur petiteflfe a contribué
DES I N S E C T E S. //. 6 ^
à me les cacher, <]u’il ny cii a (juc la nioiithc en (oit
privée. Les aiucniics * ibnt à palette ovale Ôt plattc, ?!. S.fîg.
comme celles des mouches a foi me d abeilles. \ i Su 3 ..a,a,
Je n’ai pu m’alFurcr fi elles font vivipares ou ovij)arcs.
Quoi qu’il en foit, leurs vers font blancs & ont deux -•Fig.S&io.
crochets parallèles l’un à l’autre en devant de la tête. En
un mot ces vers font femblables, mais très en petit, aux
vers de la viande. Comme ceux-ci aufll, lorfqu’ils font
en état de fe transformer, ils fe font une coque de leur
jropre peau * dont ils fe détachent, fans en fortir. Le *Ffg.9&i3.
3out antérieur & fupérieur de la coque formée par cette
peau, eft un peu applati & terminé par deux cornes, * * Fig. 13.00
qui probablement font analogues à celles des autres co-
ques cornuës , éc à celles des crifalides cornues. Leur
couleur eft feuille-morte ou rnarron , elle eft femblabfe
à la couleur des coques des mouches de la viande; le
bout poftérieur de la coque a aufft deux efpéces de
cornes. *F>f'
Environ dix à douze jours après que l’infeéle s’eft
transformé pour la première fois , il eft çn état de pa-
roître avec des ailes ; il «détache la pièce qui couvroit
cette partie * de la coque que nous avons dit être ap- *Fig. 14. rf.
platie; il fouléve une pièce platte, au bout de laquelle
les cornes refteni ; enfin il fort aîié par cette ouverture.
Nous donnerons encore ici un Supplément à un autre
article du neuvième Mémoire du quatrième volume, à
l’article * où nous avons parlé des vers truffes ; nous avons .y 2,
décrit & fait repréfenter une efpéce de ver, qui comme
nous , eft friande de cette plante foûterraine ; mais nous
n’avons pu faire connoître la mouche de ce ver, toutes les
mouches que j’aurois dû avoir de ceux de cette efpéce
ayant péri chés moi avant que de s’être métamorpho-
fées pour la dernière fois. Nous avons eu depuis une
*
oiRES> POUR l’Histoire
* PI. 8.
I
* Fig. I &
* Fig. 2.
* Fig. 3.
. mtuchides truffés ». dont nous n avons pas eu le ver,
Zis feulement la coque, & cette coque dtfiero.t |e
crois . de celles que nous avions eues auparavant. Les
truffes font recherchées par plus dune, & meme par
plus de deux efpéces de vers qui fe transforment en des
mouches à deux ailes : les vers par lefquels elles font
ntr^nuées en hyver & en automne , ne font peut-etre pas
de f efpéce de ceux qui leur en veulent en été. M. le
Marquis de Gouvernet qui penfe que maigre une tres-
grancle naiffance , que quoique poffefleur de terres tres-
œnfidérables, on peut vivre fans etre dévoré par lamb.
tion, qu’on peut mener une vie douce tranquille, celle
d’un Philofophe, admirer les produélions de la Nature,
la forcer à étaler fes plus rares beautés dans les jardins
qu’on prend foi -même plaifir à cultiver; M. le Marquis
de Gouvernet , dis-je , me fit l’amitié de m’envoyer quel-
ques truffes qui lui étoient arrivées du Dauphiné vers le
commencement de Juillet, parce qu il y avoit remarque
des coques de vers. Au bout de douze à quinze jours, il
fortit de chacune des coques qui étoient bien condi-
2. tionnées, une mouche * qui» a quelque reffemblancc
avec celle qui dépofe fes œufs fur des excrements hu*
mains; fon corps comme le corps de celle -cy eft con-
tourné en deffous * , mais il eft moins velu. Cette mou-
che de la truffe a cependant des poils longs , gros
& roides , femés furie corps, le corcelet Sc la tête. La
couleur du corcelet Sc celle du corps, eft un rougeâtre
pointillé de brun. Ses antennes font à palette platteoc
ovale*, Sc par là cette mouche fe trouve d’un genre
différent de celui de la mouche à laquelle nous venons
de dire qu’elle reffemble. Elle eft, au refte, de la premiers
claffe générale des mouches à deux ailes ; elle a une
trompe charnue, & elle n’a point de dents.
des Insectes. //. ^5
Je fuis incertain tic la forme tic la coque a ou celte
mouche fort, & quelle s’elt faite lorlqu étant juctc a
paffer de l’état de ver à celui tle nymphe clic s cil déta-
chée de la peau du ver ; mon incertitude vient de ce
que les mêmes truffes me firent voir trois dpcccs de
coques différentes. Jen trouvai de Icmblahles a celles
des vers de la viande, mais plus petites que ce les tle
ces vers qui fe transforment en groffes mouches bleues.
J’y trouvai d’autres coques, mais très- petites , qui
avoient deux cornes placées comme le lont celles ( es
coques des vers à queue de rati le bout tle chacune t.e
ces coques avoit une forte de courte queue , ainfi le
ver qui le fait cette coque lemble tlevoir etie du g^cnie
de ceux à queue de rat. Je trouvai dans les memes
truffes une troifiéme efpéce de coque * qui n avoit point
de cornes à fa partie antérieure, <St qui avoit comme
deux mammelons, deux cornes très- courtes a fon bout
poftérieur Ces trois efpéces de coques prouvent au
moins, qu’au printemps & en été il y a trois differentes
efpéces de vers qui aiment les truffes, & qui fe tranf-
forment en trois efpéces différentes de mouches à deux
ailes. Quand je voulus examiner les coques d’ou etoient
forties des mouches, telles que celle qui eft reprélèntée
.fig. I & 2 , il s’en préfenta de vuides des trois elpéces , &
qui i’étoient apparemment lorfque je les renfermai dans
le poudrier, & celles qui étoient pleines ne contenoient
que des mouches mortes ôc défigurées.
Je profite de l’efpace qui refie à remplir dans la hui-
tième planche, pour faire paroître une mouche à deux
ailes & à corps long *, qu’on trouve fur les charmilles
dès qu’elles commencent à être couvertes de feuilles.
Les deffeins que nous avons fait faire en grand , de la
tête de cette mouche , montrent que la trompe qui en
Tome V. ’
I
PI. 8.
Fig. yc,Cé
* Figure 6.
* 'I-
*Fig. 15,
*PI. 8
l6.
Fig. 17
t, e, e, L
* t.
*e, e.
.5 MEMOIRES POUR L’Histoire
tt eft autrement conttruite que es ctifFerentes efpeces
r ompes de mouches à deux ailes dont nous avons
tl\é dais le tome iv. La trompe de celle - cy eil prdi-
fi. Lirement logée dans un long etui*, qui , tout du long
&en delTus, a une coulilTe qui la reçoit. & qui lui per-
met de fortir. Quand cette trompe efthors de fon etui.
& développée , on voit qu elle eft compofee de quatre
pièces ^ toutes d’une forte de corne, dont une * eft
plus longue & plus forte que les autres , de deux p us
Lurtes &très-fines*; &dune quatrième un peuplas
groffe & un peu plus longue que les deux precedentes,
mais plus mince & plus courte que la première.
La figure 8 nous donne aulfi le développement d une
trompe dont nous ne connoilTions pas allés la compofi-
tion , lorfque nous l’avons fait graver dans le quatrième
* Tom tome*. Nous nous fommes contentés alors de faire voir
pi que fon bout * eft fait en bec d’oifeau *; mais nous ferons
^ remarquer aduellement qu’en delfus, depuis l’origine de
cette trompe julc ue par-dela le tiers ôe pies de la moitié
* PI. s.fig. de fa longueur, il y a une coulilfe*; que dans cette cou-
* lifte font logées trois parties , dont une * plus confidérable
que les deux autres, peut être regardée comme une efpéce
* de langue , de fueçoir femblable au fueçoir de la trompe
*Tom. f.pl. de ces pucerons * qui Ibnt fi bien diltingues des autres,
zS.fig. /4. par la grandeur démefurée de la leur. Les deux parties
* f» /• plus courtes & plus déliées * qui accompagnent le grand
fueçoir, font el es-mêmes apparemment des fucçoirsplus
foibles qui aident au premier.
Le fupplément que je dois au douzième Mémoire du
quatrième volume, a pour objet une matière qui peut
paroître plus intéreftante que celles des fupplémenis que
nous venons de donner à d’autres Mémoires de ce meme
volume. Lorfque nous avons traité des mouches à deux
J 2
DES I N*S E C T E S. //. Mem. 67
aîlesqui ont la forme de bourdons, nous avons fait remar-
quer les endroits finguliersqu’achoili celui à qui Ibntdües
tant de mervcilleults produdions , ])our faire croître les
differentes efpcces de vers qui fe transforment en diffe-
rentes elpéces. de ees moue les ; nous avons admire les
mouelîcs qui. vont pereer la peau de nos grantles bêtes
à cornes, & celle des cerfs, pour femer leurs œufs dans
les chairs de ces animaux ; nous avons vû que de ehaejuc
œuf il fort un ver.*, qui fait élever une tumeur * dans * Tcm. 4.
la cavité de laquelle il croît , & du fond de laquelle il i'!’ ^
fçait fe conferver une communication avec 1 air extérieur. ,
Ces tumeurs paroiffent quelquefois en grand nombre fur /,
le corps d’un même cerf, auffi font elles connues des
Chaffeurs. Us les Içavent habitées par des vers qu’ils
appellent taons. La chûte du bois du cerf efl un phéno-
mène d’hiftoire naturelle tiès-fîngulier , dont les Chaffeurs
ont voulu rendre raifon. Quelques-uns penfènt qu’elle
efl l’ouvrage des vers ({ui font logés dans les tumeurs
charnues ; ils prétendent que dans un temps qui précédé
de peu celui de la chûte qu’ils veulent expliquer, ces
taons s’acheminent vers le bois, qu’ils parviennent à fa
bafe ou meule, & qu’ils rongent fûccefTivement le merrein
ou la perche de chaque corne, à l’endroit où la perche
fort de la meule ; que le bois qu’ils ont comme fcié par
le pied, efl obligé de tomber.
J’ai fuffifamment prouvé qu’heureufement pour les
cerfs, ces vers ne fçavent pas faire un pareil voyage; gros
comme ils le deviennent, s’il falloit que. ceux qui ont crû
dans des tumeurs placées fur le dos, fur les côtes, fur les
cuiffes & dans d’autres endroits éloignés de la tête, fe
rendiffent en marchant & toujours à couvert , près de
1 origine du bois , ils auroient à faire de cruelles diffcclions
dans les chairs pour s’ouvrir des chemins d’une largeur
lij
/
moires pour L’Histoire
Le Mémoire que nous venons de c.ier,
a appns que 1 q vj p^is tout fon
"aolmcnu qu’alor; ’1 Iggrandit louvercuie qui lui
accroiiicmeiii , ^ • ,;„„ avec lair extérieur; il en
h" une peX grande pour lui permettre de fortir,
tait une pui i o , , y^vaKe qu il ait a faire,
nar laaue e i tort que le icui wy 5 'i , '
K tA.ir„ »*v'“Xiür.é?;; î'JE
pkrre lied doue certains très-certain, que ces vcrsue
Snbuent aucunement à la chûte du hors du cerf.
^
Mais ils ne font prrs les feuls vers qu. doivent etre
nourris par les cerfs, jufqu’au temps de leur transforma-
?ion 11 y a une faifon où affés louvent I on en tromc
à chaque cerf beaucoup d’autres reunis enfemble. Lu
Chafleurs ont été apparemment les .premiers qui ayent
obfervé ce fait , & ils ont eu fouvent occafion de le revoir.
Quelques-uns d’eux croyent que les derniers vers fon
ceux des tumeurs , qui font arrivés à un rendez-vous com-
mun. Mais au moins prefque tous les Chaffeurs \e
que ce foient ces derniers vers qui songent le, bois
cerf, jufqu a ce qu ils foient parvenus a le faire tomber.
Etant réunis dans un même lieu , ils peuvent partir tous
à la fois pour aller de concert fe mettre à l ouvrage, «
ils ne font pas éloignés de l’endroit où on les veut aire
travailler; car ceux mêmes qui ont mis au plus loin en
droit où on les trouve , difent qu ils fe tiennent^ ans
col. Le chemin du col au-deiûis de la tete ne n
en comparaifon de celui qu’on fait faire aux
tumeurs. Enfin le temps où l’on trouve ces vers eu a P
près celui de la chûte du bois du cerf.
des Insectes. IL . ^9
Ccd aulli .ipparcmmciit l'ur ces railoiis ou plutôt iur
ISuthoriiï des Chafliurs . que les Auteurs modernes qu.
ont traite de lacliafledu cerf , attribuent a ces vers la chute
du bois feus le donner la peine de les conrultcr , on n a
Sd article du cerf dans le Diaionnaire de Trévoux
I l-on verra que l’on y rapporte comme un
le bois de cerf ne tombe que parce qu il cil Icic par ces
derniers vers. Lechemin du col à la tête ne lailTeroit pour-
tant pas encore de leur être difficile a faire , & on ne voi
pas à quelle fin ils entreprendroient d abbattre le bois . &
pas affés pour nier que des chofes le
faffent dans la nature, que de ne pas ^onnoitre le motit
pour lequel elles peuvent être faites. S A. S. M.^ le Prince
de Conty, à qui les p>ogrès des fciences font chers , a voulu
que je pufle avoir des raifons plus fortes pour detruire^uii
fentiment très- généralement reçu & très- enracine. Llle
eut la bonté de me faire dire le 4. Mars qu elle paftoit
pour la chaire dans l’intention de m’envoyer a tae ôc
tout le cof du cerf qui feroit pris. le Prince de Conty
ne manqua pas défaire couper le col par-dela la dernieie
vertehre à celui qui fut la malheureule vicfhme de cette
chalTe , 6c de faire enlever toute la peau ou nappe , 6c de
la laifler attachée au col. S. A. S. fçavoit que cette peau
pouvoit me fournir des oblervations. Enfin elle eut juf-
qu’à l’attention de m’envoyer le tout fur le champ. Les
chairs du col étoient encore chaudes lorfque je me mis
à les dilTequer. Ce fut inutilement que je cherchai des
vers entre es mufcles ou dans les mufcles^qu elles corri-
polbient. On m’avoit mal indiqué l’endrcDit ou )e lesdevois
chercher ; je me retournai d un aiitre cote , je forçai la
mâchoire inférieure pour découvrir jufqu au fond de la
bouche ; mais je n’y apperçûs point de vers : je ne les
I iij
»
l.q, q
*f
70 MEMOIRES POUR l’HISTOIRE
cherclio/s pas encore où on peut les trouver. Le véritable
endroit où il les faut chercher, eft pourtant peu éloigné
de la racine de la langue ; mais il eft caché quand on fé coii.
tente de regarder en dedans de la bouche. Pour appren-
dre à mettre cet endroit à découvert , & à le trouver dans le
^ nous devons dire que le palais du cerf fe détaché
de lui-même de la voûte oftTeufe, un peu par-delà lader-
niére des dents , pour aller lé joindre à la langue. Qu’on
Pi.9.fig. coupe tranfverfalement cette portion du palais * près de
' " l’endroit où elle commence à s’éloigner de la voûte olTeu-
fe, &. qu’on rejette fur la langue la partie qui a été
feparée du refte; alors on met en vue une cavité que cette
partie cachoit, & qu’elle fermoit d un cote ; celle par où
pafte l’air, qui par les narines & les deux conduits du nez
fe rend au pharinx : fi on regarde le palais , on remar-
que la fin de la cloifon ofTeufe* qui forme les deux con-
duits du nez *. L’ouverture de chaque conduit, ce quùl
eft bon de fçavoir pour la lùite, avoit un diamètre tel
qu’un de mes doigts entroit dedans làns y être gêné. Si
on tourne en/ùite les regards vers la racine de fa langue,
on apperçoit l’ouverture par laquelle palTe l’air que la
trachée artere porte dans les poulmons. C’eft près de cette
dernière ouverture, c’eft-à-dire, c’eft près du pharinx,
&
par conféquent de la racine de la langue, que lé tiennent
les vers dont nous parions. Je ne tardai pas à en voir dès
que j’eus coupé 6c abbaiffé la portion du palais * dont je
viens de parler. Trois à quatre qui étoient en marche, fe
préfentérent les premiers, 6c me conduifirent à en trouver
beaucoup d’autres. Je vis de chaque côté une fente oblon*
gue*, qui imitoit affés celle d’un œil, dont la paupière
eft plus d’à moitié, ou prefqu’entiérement abbaiftee; un
ver * qui fortoit d’une de ces fentes, la tenolt plus ou-
verte que n etoit l’autre. Quand après en avoir retiré le
/, /.
• c, c.
q q.
PF-
des Insectes. II . Alem . 71
ver, j’y introduifis le doigt, je reconnus quelle cioit
l’entrée d’une cavité remplie de vers qui y étoient amon-
cellés , que les vers étoient logés dans une el péce de bourle
de chair. Avant que d’en avoir fait fortir les vers, je dé-
gageai par dehors, c’eft-à-dire du côté de la trachée artère,
chacune de ces bourfes, des parties qui la pouvoient cou-
vrir. Leur groireur& leur figure me parurent celles d’un
ceuf ordinaire de poule. M. Winflow à qui je les fis voir
dans la fuite, les trouva placées à peu-près comme les
amygdales dans l’homme.
Ce font au relie de vrayes bourfes charnues ; quand
je les eus vu idées l’une & l’autre des vers dont elles etoient
remplies, je vis qu’on pouvoit, quand on le vouloit, rendre
leur ouverture circulaire, qu’elle iaiflbit palTer aifément
le plus gros doigt ; que lorfque la bourfe étoit vu idc , elle
avoit des plis, qui, comme ceux des bourfes ordinaires,
étoient dirigés de l’ouverture vers le fond. Enfin je recon-
nus que l’on pouvoit retourner ces efpéces de bourl'es,
c’elt à-dire, en ramener le fond en delTus des bords tîe
l’ouverture. Le relTort des bords, ou une efpéce de
fphinéler peut-être, tend à la rétrécir, à la rendre plus
longue que large. Malgré la largeur qui lui peut relier,
elle ne paroît qu’une fente, parce que la partie char-
nue * qui eft d’un côté , fait l’office de paupière pour la
couvrir.
Les vers que je trouvai dans ces bourlès, étoient de
grandeurs fort différentes, & par conléquent de différents
âges. Pendant que plufieurs avoient à peine la groffeur
d’une petite ficelle, quelques-uns * ne le cedoient en
aucune de leurs dimenfions , à ceux des vers du nez des
moutons dont nous avons .parlé ailleurs *. Ils leur reffem-
bloient aulfi par la forme; ils étoient, comme ceux-ci, de
la clafle des vers à tête de figure variable , & dépourvus
^ PI. 9. fîg*
l.pp.
* Fig. 2.
* Tome
Mem,- XJ J,
MEMOIRES POUR l’Histoire
U Ven tirai 64. à 6 5 des bourl'es ; mais pendant
f,e’irte rniaffois. il y en avolt qui le d.lperlo.au; j'e„
*1^ .. I /(/*; nli]s Délits , je crois que li je les
‘’‘“’lis be-ucoup liés plus petits , je crois que li je les
perdis be..uco J P ^1^
^"fF' 'nTiks^plus gros qu’en grandeur. Ils font blancs.
féf'SatKhetir eft leulen?ent altérée par tin grand nombre
de courtes épines rouffcâtres^^^ dont la mimie anieneiite
de couricb p hériffée *• En deflous, mais au
de ‘^l’jrquo “neau ^
• Fi,. 4. 01. bout de la des niotitons, qui tont
eTmble un angle, tantôt plus, tantôt moins ouvett «c
aTne font jamais parallèles l’un à antre. Le ver sc„
ÎS qu’il fe tire en avant. Les pointes qui les terminent
l’un & l’autre, font roidcs quoique très hnes, & elles le
font à un tel point, que les vers qui les enfonçoieni dans
ma main pour
douloiireulïs. Ils peuvent faire louffrn le cerf.lo Iqu ilsfe
tirent fur Tes chairs, pour peu qu elles foientlenfibles. Loi!
que i’en voulois détacher de ceux qui s y etoient crampon-
nés, iëprouvois quelquefois une refiftance qu i me failoit
craindre de les crever li je m’obftinois à les avoir de force.
Quand je les arrachois, il falloir arracher le morceau de
chair dans lequel les crochets étoient engages, ou le dé-
chirer. Leur bouche eft entre les deux crochets près de
kur origine ; ce nëll quën preflant fortement le corps
qu on parvient à la découvrir , qu’on appcrçoit une fente
qui eft entre deux efpéces de lèvres ou deux parties char-
nues, dont la fupérieure faille plus que l’inférieure. Eeu*
Fig. 2 & cornes courtes * , deux efpéces de mammelons charnus
4 ™ m. Ibnt placés fur la tete immédiatement au-deflus
chets. L’anneau d’où la tête fort , eft alfés large ;
fa jonélion avec l’anneau qui le fuit, il a de chaque
$
des Insectes. IL Mem. 79
font près des ouvertures intérieures du nez , ils s’y rendent ;
ils arrivent aux narines , ne le font pas apparemment
plus d’affaire de tomber à terre que s’en font les vers du
nez des moutons , &que s’en font les vers qui fortent des
tumeurs delà peau des bêtes à cornes & de celles des cerfs
mêmes. Les Piqueurs dilènt qu’ils voyent quelquefois des
cerfs cracher de ces vers. Ils pourroient bien le méprendre,
croire que des vers qui fortent du nez, fortent de la bou~
che; mais il peut le faire aiilTi que des vaiffeaux rompus
dans un cerf aux abois, inondent de lang les vers, & que
ceux-ci fe déterminent à s’échapper en confufion , que
quelques-uns jirennent alors la route de la bouche, quoi-
que la plus difficile Sl la moins fûre. •
Au relie, tout ce que je viens de dire n’ell fondé que
fur l’analogie , car je ne fuis pas même parvenu à avoir
cette mouche qui a été inllruite à choilir un lieu fi fin-
gulier pour y aller faire lès œufs. Les vers qui par leur
transformation auroient dû me donner des mouches de
fon efpéce , n’étoient pas encore à terme lorlique je les
tirai de leurs logements. Entre ceux que je trouvai au
premier çerf, il y en avoit pourtant quatre beaucoup
plus gros que les autres, & qui paroilfoient proche du
temps où ils fe dévoient métamorpholèr. Je les mis lépa-
rement dans un poudrier rempli à moitié de terre ; ils fe
traînèrent pendant deux à trois jours fur la terre, ils y
furent dans un mouvement continuel. Au bout de ce
temps deux des vers devenus bruns s’allongèrent & s’ap-
platirent, je jugeai avec raifon qu’ils étoient péris; mais
les deux autres , en changeant de couleur, conferverent
leur figure arrondie. Leur peau devint dure, en un mot
telle qu’ell celle des vers des tumeurs, & celle des vers
du nez des moutons, qui ont fubi leur première méta-
morphofe, qui fe font fait une coque de leur peau. La
. %. 6 .
g MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
nue * des vers du cerf reffembloit même à celle des
îers des tumeurs , en ce qu’elle étoit un peu concave du
côté du dos, & en ce que le côte du ventre avoit pris
une convexité qu’il n’a pas naturellement. Ces vers du
cerf fe transformèrent donc : leur peau devint une coque,
delaQuelle je m’attendois a voirfortir une mouche, mais
après l’avoir attendu inutilement pendant près de trois
inois, j’ouvris les deux coques, & je trouvai que les in-
{eéles étoient péris dans l’une &. dans 1 autre, lans avoir
iCClCb ClUiviit y f . / / U r P I*
pu parvenir à fubir leur derniere metamorphofe : 1 aliment
leur avoit été fouftrait trop tôt. J’ai heu defperer que
S. A. s. M.^ le Prince de Conty me mettra en état l’année
prochaine de rendre mes obfefvations plus complettes,
qu’elle voudra bien me j)rocurer encore des têtes decerfs,
dont quelqu’une me pourra fournir quelque ver qui fe
transformera dans une mouche qu’on doit avoir envie de
connoître , ôl qui eft fûrement de la claffe de celles qui
n’ont que deux ailes.
EXPLICATION^ DES FIGURES
DU SECOND MEMOIRE.
Planche VII.
L A Figure I repréfente un de ces vers qui deviennent
des mouches de Saint-Marc , groffi à la loupe ; on le peut
voir dans fa grandeur naturelle Tome 4. Mem. iv. p
14. fig. 8.
/ >
La Figure 2 fait voir une nymphe qui a commence a
fe tirer de la peau d’un ver femblable à celui de la figure i-
a, la tête du ver. ^ ^ le corcelet de la nymphe qui s’el^
au-deflus de la peau qui a été fendue. L’endroit ou »
* ^ fente
des Insectes.//. Mcm. 8
1
fente le termine, d
,
la partie tic la peau, hors de laquelle
le corps de la iiyinphc s cfl déjà tiic.
Dans la Figure 3 . la nymphe cft prête d’achever de
fortir de fa dépouille, qui eft piiiréc cn^d. a, la teie du
ver, €
,
celle de la nynip le.
. Les Figures 4 & 5 font celles de la nymphe de
grandeur naturelle on en voit le delïous d<ins |a ligure
4, & on en voit le deflus & le côté dans la ligure^ y.
Dans cette dernière ligure , le corcelet c la fait paroître
bolTue.
La Figure 6, eft la figure 5 groflic à la loupe.
Les Figures 7 & 8 font celles d’une mouche de
Saint-Marc fortie d’une des nymphes précédentes, Elle
eft de grandeur naturelle dans la figure 7, & grolfie
dans la figure 8. La mouche de ces deux figures eft une
fémelle. *
La Figure 9 fait voir la mouche qui eft le mâle de celle
delà figure 8 dans fa grandeur naturelle, ôc ayant les ailes
fur le corps.
La Figure 10 nous montre.la mouche de la figure 9
grolfie, & dont les ailes laiflent le corps à découvert.
La Figure 1 1 repréfente très en grand la mouche mâle
des figures 9 & 10, & vûe par-delTous. Uj a, les antennes.
b, b, deux barbillons, i, i, yeux à rezeau , qui font velus,
& beaucoup plus gros que ceux de la fémelle, aulfi la tête
de celle-ci eft plus petite que celle du mâle. /, 4 les ailes
coupées, m, m, les balanciers, cp, le corps dont les anneaux
diminuent de diamètre depuis le corcelet jufques en p.
La Figure 1 2 nous fait voir la mouche de Saint-Marc.
Tome V , L
O, MEMOIRES POUR lHISTOIRe
femelle grofTie dans la même proportion que le mâlel’eft
rknslafigure précédente, & de même par-deffous. içj
antennes, b, b, les barbillons, i, i, les yeux a rezeau./, fente
de la bouche, l, h, les ailes. m,m, les maillets ou balan.
ciers cp^ le corps dont les anneaux ont entr euxdespro.
portions' différentes de celles du corps du mâle, figure u.
La Figure 1 3 eft celle du bout du derrière du mâle
extrêmement groffi. c, c
,
deux crochets quon 1 oblige
de montrer lorfqu’on lui preffe le ventre , de avec lefquels
il faifit la fémelle. m, partie qui caraderile le male.
La Figure 14 fait voir par-deflTous le bout du corps
de la fémelle, très-groffi. En a, eft 1 anus ; & en u, eft la
fente deftinée à recevoir la partie propre au mâle.
La Figure 1 5 montre la tête du mâle groffie & vue
par-deffus, & la Figure 16 montre celle de là fémelle
groffie proportionnellement, & vûe du même côté. Les
mêmes lettres marquent les parties femblables de 1 une
& de fautre. a, a, les antennes, b j b
,
les barbes qui en
b font un coude pour revenir en deflbus. ï, ï
,
les yeux
à rezeau qui occupent tout le deflus de la tete du mâle,
& feulement une partie du deffus de celle de la femelle.
y les trois yeux liffes.
Les Figures 17 & 18 repréfentent des mouches de
Saint-Marc accouplées. Elles ne font vues qu’en demis
figure I 5 , <&; on les voit en deffus <& de côté figure lO-
le mâle.y'^ la fémelle.
La Figure 1 9 eft celle d’une jambe de mouche w
Saint-Marc, très-groffie. Le pied eft terminé
des pelottes femblables à celles des mouches de la viande*
e, deux épines.
DES Insectes.//. Ment,
Planche VIII.
Les Fi«’ures i & 2 font celles d’une meme mouche
fortie à la^’fin de Juillet de la coque d’un ver qui avoir
vécu d’une truffe de l’année; elle efl vûe par-deffus ligure
1 , &de côté figure 2.
La Figure 3 reprélente en grand une antenne de la
mouche précédente. C’eft une antenne a palette.
La Figure 4. montre dans fa grandeur naturelle une
coque de ver que j’ai trouvée dans les memes truffes qui
ont donné la mouche précédente , & cette coque efl
groffie dans la figure 5. On y voit deux cornes c, c,
& une queue propre à faire croire que cette coque
efl celle d’un ver à queue de rat , & par conféquent , qu’il
y a des vers de ce genre qui mangent les truffes.
La Figure 6 efl encore celle d’une coque de ver que
j’ai trouvée dans les mêmes truffes où étoient les coques
telles que celles de la figure précédente, b, bout antérieur
de la coque, q, q, deux efpéces de cornes qu’elle avoit
à fon bout poflérieur. Enfin , j’ai trouvé dans les mêmes
truffes des coques femblables à celles des vers de la vian-
de; & j’ignore fi c’eft de ces dernières, ou d’une telle
que celle de cette figure 6, que les mouches des figures
I & 2 font fbrties.
>
La Figure 7 fait voir dans fa grandeur naturelle une
très-petite mouche qui fe multiplie prodigieufement dans
les liqueurs fucrées qui fe font aigries.
La Figure 8 efl celle du ver de cette mouche, &
la figure 9 eelle de la coque que ce ver fe fait de fa
peau.
Lij
84 MEMOIRES POUR l’HISTOIRE
Dans les Figures lo, 1 1 , 12. , 13 & 14, les figures
1 , 2 & 3 paroiflent en grand.
La Figure 10 cft celle du ver de la figure 8.
Les Figures 1 1 & 1 2 font voir la mouche de la figure
7, qui a fes ailes croifées fur le corps dans la figure 1
qui les a écartées du corps dans la figure 12.
La Figure 1 3 efl celle de la coque que le ver des figures
7 & I O le fait de la propre peau, c ^ c
^
deux cornes qui font
à^la partie antérieure de la coque. deux autres cornes
qui font à la partie polterieure.
La Figure r4 eft celle de la coque précédente vue de
côté, ôc dans le temps où la mouche en elt Ibrtic. d, pièce
qui a été foûlevée par la mouche , & qui lui a lailTé une
ouverture qui lui a permis de fe tirer de fa prifon.
La Figure i 5 ell celle d’une mouche à corps long qu’on
trouve au printemps fur les charmilles.
La Figure 1 6 repréfente en grand ôc de côté la partie
antérieure de la mouche précédente. a_, a ^ les antennes
femblables à c'^lles des taons de quelques efpéces ; mais
la flruéîure de fa trompe ell différente de la ftruélure de
la le fourreau de la trompe, i, la trompe.
;t
La Figure 1 7 montre la trompe de la figure précédente
hors de fon étui , ôc toutes les parties qui la compofent.
l’étui de la trompe, les quatre parties dont la
trompe efl corapofée.
La Figure 1 8 repréfènte très en;grand la trompe d une
mouche qui eft gravée planche 8 . figures 1 1 , 1 2, 1 3 ^
du quatrième volume, & que j’ai appellée aftcs impropf^
ment mouche à tête en trompe. La ftrudlure du bout de
des Insectes.//. Mem - 8 >
cette tromiK r eft bien développée figure 1 4. Ce bout ell
fait en bec ! mais le relie de ce qui entre dans la llruélure de
cette trompe, n’y ell pas expliqué, & cette figure , 8 cil
faite pour lUpplécr à ce qui manque a celles que )c viens
de citer, t, bout de la trompe but en bec d oileau. e, ai-
guillon , langue ou efpcce de lueçoir analogue à celui des
pucerons à longue trompe accompagnements du • ;
fueçoir. g, coulifle dans laquelle fe loge le fueçoir avec V;
fes accompagnements.
Planche IX.
La Figure i reprelente une tête de cerf qui a ete pré-
parée ,& difpofée pour faire voir les bourfes charnues dans
lefquelles crdilfent les vers auxquels les Chalfeurs attri-
buent la chûte du bois. 7 n, la mâchoire inférieure qui a
été forcée, g f, la langue, qq, portion du palais, qui a
été coupée & détachée vers e de la voûte oueufe contre
laquelle elle étoit appliquée, oo, mâchoire lupérieure.
lel, partie de l’éminence offeufe qui divife en deux la
cavité du nez félon fa longueur, c, c
,
les deux conduits
qui fe rendent aux narines, x
,
ouverture qui donne paffage
à l’air pour entrer dans la trachée artere. p bf , pbp, les
fentes des deux bourfes. p p ,h. partie qui , comme une
paupière, recouvre l’ouverture de labourfe. u, ver qui fort
d’une des bourfes.
La Figure 2 efl celle d’un ver tel que celui marqué n,
figure I , un peu plus grand que nature, m ,m, fes cornes
charnues pofées au-deffous des crochets qu’on ne voit
point ici, parce qu’ils font recourbés en deffous.y^y^ les
ftigmates antérieurs, a, l’anus, b , portion du defnier anneau
au-delTous de laquelle font les ftigmates poftérieurs, éc
qui les cache aéluellement. L * • »
uj
(
Q< JVIEMOIRES POUR L HISTOIRE
Dans la Figure 3 , on fait voir en grand la portion
funérieure d un anneau pour montrer la poütioii, & l,
diredlion des épines dont il eft hériüé.
La Figure 4 montre la partie antérieure du vergroflic
à la loupe. O O les deux crochets écailleux, m, m, les cornes ,
charnues.
La Figure 5 repréfente le bout poftérieur du ver vû
de face a, appendice charnu qui eft du côté du ventre,
&
au bout duquel eft l’anus, r, les deux ftigmates poftérieurs.
n, partie du dernier anneau qui peut s’avancer comme
dans la figure 2 , ou davantage , qui peut s etendre & s ab-
baifler jufqu’à s’appliquer fur l’appendice a; alors elle
couvre les ftigmates r, r.
La -Figure 6 eft celle de la coque que le ver de la
figure i.fe fait de fa propre peau, lorfqu’il veut fe trans-
former.
I
J^l- P • 86^ .
'
2 ,. et e iHÛst. des Tn,s-eetes . Tottx. . ^
,
I
Fùj. ig
Sru^
DES Insectes. III. Mem. 87
TROISIEME MEMOIRE,
ET LE PREMIER
SUR LES MOUCHES
%
A QUATRE AISEES.
DES FAUSSES CHENILLES,
ET DES MOUCHES A SCIE, .
Dans lefquelles elles fe transforment.
L Es mouches à quatre ailes, pour l’iiiftoire defquelles
nous allons commencer à donner des Mémoires, ont
été diftribuées en quatre clafles générales, lorfque nous
avons cherché à mettre les mouches en ordre *. Nous * Tome 4.
avons compofé la première de ces claffes des mouches
qui n’ont qu’une trompe qui n’eft point accompagnée de
dents ; la fécondé des mouches qui ont une bouche fans
avoir des dents; la troifiéme des mouches qui ont une
bouche munie de dents ; & la quatrième des mouches qui
ont une trompe, Ôc qui, de plus, ont des dents. Quand nous
traiterons d’un genre de mouches à quatre ailes, nous ne
manquerons pas de dire à laquelle de ces clafles il appar-
tient ; mais nous n’avons pas cru devoir nous aflervir à
parler de fuite de tous les genres de la première claffe, ni
de meme de ceux qui appartiennent à chacune des trois
autres; nous avons penfé qu’on aimeroit mieux voir un
genre de mouche placé après celui auquel il reflemble par
quelque induftrie, ou par les Ibins qu’il prend fbit pour tes
ceufs, foit pour fes petits, que de trouver i’un auprès de
1
A‘h:n, III’
88 MEMOIRES POUR lHistoire
l’autre deux genres qui ne fe reflembleroient que parce
qu’ils auroient, ou n’auroient point de dents. On s écarte
du véritable ordre, quand on ne fuit pas cdui qui peut
faire prendre plus d’intérêt pour les connoiirances qu’on
veut faire acquérir; quand on en fuit un mieux lym-
métrifé & plus régulier en quelque forte , mais qui jette
plus de féchereffe dans l’ouvrage; il faut, s il elt polfi-
ble , faire naître le defir d’être inftruit à ceux qu on veut
inftruire.
On peut fe fouvenir que fous chacune des quatre
Tom. 4. clalfes générales, nous en avons placé trois autres qui,
quoiqu’elles ne clifïérent pas entr elles par des caraéléres
aulfr effentiels que ceux des premières, ont 1 avantage
d’avoir chacune un caraétére, qui, pour être apperçu,'
n’engage à aucun examen. Avant que nous ayons pris une
mouche, lorfqu’elle eft pofée, ou qu’elle vole afles près
de nous, nous, pouvons voir fi fon corps eft long, ou fi
fon corps eft court; fi fon corps eft bien appliqué contre
le corcelet, ou fi cC corps ne tient au corcelet que par
une efpéce de fil. Nous avons fait.une claflTe lubordonnée
des mouches qui ont le corps court ou en ellipfoïdetune
autre des mouches qui ont le corps long,; & une autre des
mouches dont le corps foit long , loit court, ne tient au
corcelet, &n’y paroît tenir que par un filet. Ils eft trouve
heureulement que nous pourrons traiter de fuite des dif-
férents genres de moufches qui appartiennent a chacune
de ces trois claffesfubordonnées, fans npus eloignertrop
de l’ordre dans lequel les faits les plus intereflants que
nous avons à rapporter , demandent que nous parlions
des différentes mouches à quatre ailes. Nous comnieij*
cerons par les mouches à corps court , à corps *
figure tient de rellipfoïde, ou de celle d’une olive. I
les mouches auxquelles nous avons donné le nftin ®
jnouchfis
--0
/
DES Insectes. ///. Mem. • 8
9
mouches à fcie, parce que toutes les fémclles de ce genre
en ont une faite avec un art admirable, Ibnt celles que
nous ferons paroître les premières.
Dès le fécond Mémoire du premier volume, lorfcpie
nous avons voulu fiiire connoître les principales variétés
qu’offre l’extérieur des chenilles, nous avons été obliges
de parler du genre de vers auquel nos mouches à Icie
doivent leur origine. Ces vers ont tant de reflemblance
avec les chenilles, que nous nous lommes trouvés alors
dans la nécefïité d’apprendre qu’ils en difîéroicnt effen-
tiellement , &en quoi ils en difiéroient, de crainte qu’on
ne prît pour des chenilles, des infeéfes qui nedoivenl point
fe transformer en papillons,, & qui doivent devenir des
mouches. Nous les avons appellés. fauffes chenilles *, *Tomei.
&ils ont été regardés comme de véritables chenilles par ^
de très habiles obfervateurs. Jungius a fait mention de ^ ^
trois efpéces de ces vers fous le nom de chenilles , dont
deux vivent des feuilles de grofelier, A d’une troifiéme,
qui vit de celles de l’ancolie. Goedaert dans fes obfèrva-
tions, 71 ° lettres a & b, 3. pris aufïï pour deux che-
nilles, deux fuiffes chenilles; quoiqu’elles euffent trompé
fon attente , quoiqu’au lieu des papillons qu’il croyoit en
devoir fortir, il en ‘eût vû fortir des mouches , ces deux
mouches ne le defabuferent point , A. n’ont point dèfaburé
fon fçavant Commentateur, Lifter. Ce dernier qui fçavoit
bien que les chenilles ne dévoient donner que des pa-
pillons, a cru que les deux mouches que Goedaert avoit
deftinées, étoient des ichneumons qui avoient vécu de
l’intérieur des deux chenilles; elles étoient néantmoins
les deux mouches dans lefquelles. s’étoient transformés
les deux vers que Goedaert avoit eu tort de croire des
chenilles.
11 eft vrai que ces vers ont des reffemblances avec
Totite V. . M
/
• PI. I O. fig.
I O i 2
.
PI. I ? fig-
I 2 cSc » 3 .
PI. ï -F-fi^^-^
PI. I 3 -fig-
1 Ôc Z.
^ Tom, /•
yi-S'fio- H-
ao MEMOIRES POUR lHiSTOIRE
L chenilles, capables d’en impofer. Leurcorps^ oblong
& fait comme celui de beaucoup de chenilles, cil couvert
d’une peau de la confiftance de celle des chenilles; furlj
)c ui de ceux de beaucoup d elpeces , on voit des cou.
eilrs différentes & différemment diftribuées comme fur
ia peau des chenilles razes. Le corps des uns comme celui
des autres , eft porté par des jambes de deux efpéces diflé-
rentes, par des jambes écailleufes^ par des jambes menv
braneules; mais les faufles chenilles ont bien plusdecelles-
ci que n en ont les chenilles. Les unes & les autres ont
un nombre égal de jambes écailleufes , hx. Les chenilles
les mieux pourvûes de jambes membraneufes en ont dix,
& les Luffes chenilles qui en ont le moins, en ont douze.
D’autres en ont quatorze, d’autres en ontTeize, & je ne
fçais fl quelques-unes n’en ont pas dix-huit. D’ailleurs, les
jambes membraneufes des faufles chenilles ne font point,
comme celles des chenilles, armées de crochets, ou de
crochets femblablement difpofés. Cette différence deflru-
dure a déjà été expliquée ailleurs
Mais avant que d’avoir examiné le nombre des jambes
membraneufes, & leur conformation, au premier coup
d’œil on peut très- bien s’aflurer fi l’infede qu’on voit
eft une chenille, ou s’il eft une faufle chenille, dès qu on
a fait une fois attention à la différence conftante quily
a entre ia figure de la tête des fauffes, & la figure de U
tête des véritables chenilles. Dans les differentes efpéces
de ces dernières, on trouve à la vérité des tetes différem-
ment conformées, déplus & de moins applaties, déplus
ou de moins allongées, de plus ou moins aiguës, de
reffendues par-deffus , &c. Mais la tête de toutes ou de
prefque toutes les faufles chenilles, eft faite fur le même
modèle, 6t fur un modèle fur lequel aucune tête decne-
nilie üâ été formée ; elle eft courte & arrondie , elle *
«
DES Insectes. IIL Menu 9
1
une forte de fphéricité *.*Si elle cft un peu apj)latic en *
devant , le crâne au moins efl Iphcricjue. Les têtes tics
fàulTes chenilles, & fur-tout les têtes qui font noires ou v
brunes, comme elles font pour la plûpart, rcflcmblent
aux têtes de Mores. La tête des faulfcs chenilles n’a de
chaque côté qu’un œil alTés gros pour être diftingué à la
vûe fimple, &la tête de la chenille a de chaque côté cinq
à fix yeux arrangés fur plus d’un demi - cercle , &. on
ne les apperçoit guéres fi on ne les cherche avec la
loupe. La llrudure de leur bouche rclTemble fi fort à
celle de la bouche des chenilles, qu’il fuffit d’avoir averti
de cette relfemblance. Elles ont aulfi des lligmates placés
comme ceux des chenilles , mais fouvent plus difficiles à
découvrir.
Le nombre des jambes qui varie dans des faulTes che-
nilles de différentes efpéces, fournit des caraéléres com-
modes pour les diftribuer en quatre ou au moins en trois
claffes ou genres premiers. On aura une claffe compofée.
de celles qui n’ont que i8 Jambes *. Une autre com- * pi. 14.^3.
de celles qui en ont 20 *. Une autre compofée
les qui en ont 22 *. Une quatrième claffe fera
compofée de celles qui ont 24. jambes ; car je crois avoir * %
obfervé ce nombre de jambes à quelques-unes , entr’autres pf. 1
3
à une fauffe chenille de l’alliaire , qui eft raze, &qui a tout
du long du dos une bande brune , & de chaque côté une
bande grife. Nous ne placerons pas pourtant les fauffes
chenilles dans cè Mémoire fuivant cette divifion ; nous,
ne nous propofons de rapporter que ce qu’elles nous ont
fait. voir déplus remarquable,, fans nous embarraffer de
parcourir toutes leurs efpéces, ce qui demanderoit peut-
être autant de volumes que nous en avons donné aux
chenilles, & qui feroit un ouvrage peu agréable.
Il y, en: a. beaucoup d!efpéces,.dont tout le corps eff
" M ij
az MEMOIRES POUÇ. lHiSTOIRE
d’une feule couleur. Il y en a des elpéces entièrement
blanches, d’autres entièrement noires , d’autres vertes; les
vertes même font les plus communes. D’autres font ar-
doitèes , d’autres d'un bleu qui approche de celui de 1»
fayeiice. Enfin, il y en a qui fur des fonds de différentes
couleurs, ont des rayes &des taches différemment colo-»
rèes <î^ différemment diftribuees, A. mefiue que nous
aurons occafion de parler de quelque efpéce de faulTes
chenilles , nous en aurons une de donner des exemples
de ces variétés.
Mais nous devons apprendre dès a prelent, que dans
certaines efpéces, chaque fauffe chenille eft fujette a une
variation de couleur tres-remarquable. Comme les che-
nilles, elles changent toutes de peau , elles quittent des
dépouilles très-complettes, êi plufieursfois dansleurvie,
comme l’a très-bien obfervé M. Vallifnieri; & elles s’en
défont de la manière dont nous avons expliqué ailleurs
que les chenilles fe défont de la leur. Les fauffes chenilles
de certaines efpéces , après leur dernière mue , après avoir
quitté la dernière des dépouilles qu’elles peuvent quitter
fans paroître transformées, font tout autrement colorées
qu elles l’étoient auparavant. Comme nous ne diftinguons
foLivent les uns des autres des inlèdtes qui ne different
qu’en eljaéce, que par la couleur de leur habillement,
pour ainfi dire, certaines fauffes chenilles deviennent
abfolument méconnoiffables après leur dernière mue.
Telle fauffe chenille qui auparavant avoit un habit, une
peau dont les couleurs étoient agréablement mêlees, fe
trouve enfuite couverte d’une peau d’une feule & unique
couleur , & différente des cou eurs qui paroient la peau
précédente. Dans leurs premiers âges, ces fauffes chenilles ,
ont des habillements recherchés, & dans leur âge de
.maturité, elles eu ont de fimples. Les feuilles du fure*'^
DES Insectes. IIL Mem. 93
& Je riiieble en nourriflent une *, dont le fond de lii cou- * PI. 1 0. fij.
leur eft verdâtre, mais qui a tout du long du dos une
large raye brune. Dans la muë cette faulTe chenille perd
fl raye brune, <Sc elle devient par tout d’un jaune-pâle,
tel que celui de quelques gommes.
Une faulTe chenille * grande comme une chenille de * PI. i j.
grandeur médiocre, qui vit fur la fcrophulaire, eft une de * 3 *
celles qui font remarquables ])ar cette fingularité; jufques
à ce qu’elle ait pris à peu-près tout fon accroilTement
,
le fond delà couleur de fa ])eau eft un gris-blanc qui tire
fur le gris de perle ; des taches d’un brun prefque noir
,
pofées aftes près les unes des autres, & bien alignées,
forment fur Ion corps des rayes qui vont de la tête au
derrière ; elle eft piquée de quantité de taches beaucoup
plus petites que les précédentes, & de chacune defquelles
part un poil noir. Toutes ces taches & .ces poils noirs
diftribués fur le fond d’un joli gris , font un effet agréa-
ble. Après fa dernière muë cette fauffe chenille * eft cou- * Fig. 14, &
verte d’une peau d’une couleur verdâtre, qui a une foibie * 5 *
teinte de couleur de chair. Cette fauffe chenille fe roule
volontiers en fpirale dès qu’on la touche*; elle eft de la * Fig. ij.
troifiéme claffe, elle à 22 jambes; fon quatrième anneau
eft le feul qui en foit dépourvû. Ses jambes membraneufes
font des mammelons dont le bout eft réfendu, & n’a point
de crochets.
Le changement de couleur n’eft pas le leul qui foit
remarquable après la muë, fur l’extérieur de ces chenilles,
& fur celui de beaucoup d’autres. Leur dernière peau
eft ridée, & de manière que leur corps paroît compofé
d’un prodigieux nombre d’anneaux ou de fibres annu-
laires*.
^ ^
La Lyfimachie m’a fourni un affés grand nombre de
fauffes chenilles à 2 2. jambes , qui, dans certaines pofitions,
Mii|
* Pî. I O. fig-
4.<5c 5.
^ PI. 12. fig.
7 (Sc 8; 13
ô ^ 14..
^ Fig. 7.
Fig.p &10.
Fig. 1 3
.
Fig, 145c
ï 5.
MEMOIRES POUR l’Histoire
paroifTcnt d’un gris-bleuâtre, & qui après avoir mué font
d’un verd-jauneâtre. • 1 .
Une fauffe chenille * qui fe nourrit des feuilles dg
grofelier, & qui a 22 jambes difpofces comme celles
de lefpéce précédente, avant fa dernière muë a le fond
de fa couleur d’un verd- céladon mêlé avec un peu de
jauneâtre ; les premiers & les derniers anneaux ont plus
de ce jauneâtre que les autres; elle a un grand nombre
de tubercules noirs qui la rendent comme chagrinée.
Dans la dernière muë elle perd tous ces tubercules. La
nouvelle peau dont elle eft couverte, eft lilfe &d un blanc
qui a une teinte de jaune , &. les deux premiers & les (leux
derniers anneaux font d un jaune piel'que citron.
D’autres fauffes chenilles deviennent encore plusmé-
connoilTables par leur dernier changement de peau , que
celles qui perdent des tubercules. Il y en a d’épineufes
& qui font ornées par la forêt d’épines qui les couvre;
car ces épines font pofées fur le corps fort proche les
unes des autres avec fymmétrie. Ces dernieres fauffes
chenilles font petites, auffi faut-il confidérer leurs épines
avec la loupe pour voir plus nettement leur figure, qui
eft digne d’être obfervée. J’ai trouvé plufieurs fois furie
chêne une de ces fauffes chenilles * à 22 jambes, dont
le corps eft légèrement lavé de verd. Les epines qui s en
élevent, font noires; chacune de ces épines fe termine par
une fourche *, près de fon bout elle fe divife en deux
branches , qui finiffent par une pointe déliée.
Sur le prunier fauvage , j’ai trouvé une autre fiuffe
chenille * que j’ai nourrie de feuilles de prunier franc,
dont le corps d’un verd affés foncé eft couvert d epines
blanches. Le bout fupérieur de la tige de chacune w.
CCS épines , jette deux branches * égales entr’elles , & aulli
longues ou plus longues chacune que la tige même ; ces.
DES Insectes. III. JMem. i o
i
fortes de coques cftpréciCement telle que nous venons de
la décrire. On n’a qu’à couper avec attention au moyen
d’un canif, une petite portion d’un des bouts de l’enve-
loppe extérieure qui felailTe couper comme une plume; pi.
la portion qu’on a détachée met à découvert la fécondé
enveloppe. Qu’on continue de couper des morceaux du -
même bout jufqu’à ce que celui de l’enveloppe inté-
rieure foit entièrement à nud , Sc jufqu’à ce qu’il le foit
par-delà l’endroit le plus renflé ; qu’on tire alors le bout
de la coque .intérieure, foit avec une épingle, foit avec
deux doigts d’une même main , pendant qu’avec les
doigtsde l’autre main on retient la coque extérieure; fans
employer une force lenfible, fans avoir befoin de rien
rompre ni de rien décoller, on fera Ibrtir de l’enveloppe
extérieure la coque intérieure *, celle qui renferme im-
médiatement la nymphe; & on reconnoîtra à n’en pou-
voir douter, que ces deux coques ne faifoient que le
toucher, qu’elles n’étoient nullement adhérentes l’une
à l’autre. C’eft alors qu’on pourra voir plus nettement
le rezeau de la coque extérieure'*', qui fe trouvant vuide,
n’a plus de corps opaque pofé vis-à-vis fes mailles. C’eft
alors auffi qu’on pourra mieux connoître quel eft fon
reffbrt , car après l’avoir prefqu’applatie , après avoir
amené deux côtés intérieurs Sc oppofés , à fe toucher,
on les verra reprendre leur première courbûre dès qu’on
les laiflera libres.
Fig. 7.
Fig. 8,
La faufle chenille n’a qu’une certaine provifion de ma-
tière à foye, l’œconomie avec laquelle elle l’empbye, eft
digne d’être remarquée. Elle a befoin que la coque ou
l’enveloppe extérieure foit capable d’une certaine rëfift-
tance. Or il eft évident que fi la même quantité de foye
qui eft mile en oeuvre pour faire avec de très-gros fils , avec
des elpéces.de petites cordes , -un rezeau très-clair * étoiî
N iii
102 MEMOIRES POUR L’HISTOIRE
employée à compolér un tiflii ferré , qui n’eiit pas de
niaiiles fenfibles, il faudroit que les fils de ce dernier
fulTent beaucoup plus fins .pour fufiire à remplir tous les
vuides des mailles. Alors les fils plus flexibles nauroient
pas la roideur qu’ont ceux qui compofent la coque à
rezeau, l’enveloppe extérieure feroit trop molle, A'Igjj
cette coque extérieure étant compofee de mailles faites
par des efpéces de petites cordes, eft néceffairemeni
raboteule; elle eft bien éloignée d avoir le poli que doit
avoir l’enveloppe immédiate des tendres parties de la
nymphe : aufli quand la faufle chenille a filé l’enve*
loppe qui la mettra en fureté , lorfqu’elle fera une nym-
plie, fous cette première -enveloppe, elle en file une
autre fur laquelle les parties de la nymphe pourront être
pofées comme fur un lit très-mol. L’intérieur de cette
féconde coque eft plus & plus lifté que le plus
beau fatin.
Il leur eft très-néceffaire de fe conftruire une coque
extérieure capable de réfifter aux dents de leurs enne-
mis; car M. Vallifnieri a oblérvé des fourmis qui cher-
choient ces fortes de coques , qui les rongeoient & qui
parvenoient quelquefois jufqu’à la miferable nymphe
qui y étoit renfermée, dont elles faifoient de bons
repas.
Nous devons faire connoître par préférence une faiilTe
PI. 14,. fig. chenille du rofier *, qui eft de celles qui fe conftruifent
I, 2 &3. jine double coque, parce que nous aurons beaucoup à
dire dans la fuite, de la mouche en laquelle elle fe trans*
forme. Cette faulTe chenille ÿft de celles qui fe font
remarquer ip^r leurà attitudes bizarres; elle ‘lient ordinal*
»Fig. I. rement la partie poftérieure de Ibn corps, élevée *,&foû'
vent contournée en S; quelquefois elle la tient contour*
’*'Fig. 2. liée eii-eiîibas Elle eft de la premiéiie clafte, de la cW
DES Insectes. 7 / 7 . Mem. 103
de celles à 1 8 jambes ; on fcroit fouvcm tenté de ne lui
en croire que 1 6, parce qu elle montre rarement les deux
pollérieures. Le quatrième anneau, le dixicrncéc le onzième
en font dépourvûs. Ses jambes écailleul'es font terminées pi. 14. fig.
par deux crochets au lieu que dans les chenilles , les 4 -
mêmes jambes n’ont qu’un feul croehet. Le fond de la
couleur du delTus du corps, eft un jaunâtre qui tire fur
le feuille-morte. Elle eft toute couverte de petits tuber-
cules noirs, de la plupart defquels il part un poil. Les
côtes & le deftôus du ventre, font d’un verd- moyen
entre le céladon & la couleur d’eau. Tout ce qui eft
verdâtre eft tranfparent, & permet de voir dans l’inté-
rieur les trachées & leurs ramifications. En deflbus, tout
du long du ventre, on apperçoit un vailfeau Semblable à
celui qui régné le long du dos , <Sc que nous avons
regardé comme le cœur des chenilles, & de bien d’autres
infedes , ou au moins comme leur principale artère. Le
vailfeau qui paroît fous le ventre de notre faulfe chenille,
a un mouvement, mais qui femble plus lent & plus foible
que celui de l’autre. Eft-ce que ce vailfeau lèroit le prin-
cipal tronc de veines î
Quand cette faulfe chenille a pris tout Ibn accroilîe-
ment , elle entre en terre pour s’y conftruire une double
coque, telle que celles que nous avons décrites ci-delfus.
Les coques laites en terre ont befoin d’être nettoyées des
grains de terre qui le font engagés dans le rezeau qui
forme l’enveloppe extérieure , lorfqu’on veyt voir bien
diftindement ce rezeau ; mais fi ces infedes font tenus
dan-s des poudriers où on leur refufe de la terre , ils ne s’en
bâtilfent pas moins le logement qui leur eft néceflàire
îour leur transformation. J’en ai eu qui fe le font fait Fig. c.f,
' ur des feuilles de rofier *. Les coques de ceux-ci étoient
nettes & propres. La coque extérieure eft d’un rougeâtre
^ PL ij.fig*
1 .
Fig. l6.
, 04 - MEMOIRES POUR l’Histoire
qui. tire fur le cannelle , & la coque intérieure eft d’une
couleur plus blancheâtre. ^ * o ,
La faulfe chenille du chevre- feuille , «beaucoup
d’autres faulTes chenilles entrent de même en terre , & s’y
conftruilént des coques conformes au modèle que nous
avons décrit.
Mais d’autres fauffes chenilles entrent en terre pour
s’y faire des coques plus femblables à celles que s’y font
des chenilles de plufieurs elpeces. Elles lient enleniblc
des grains de terre, elles en forment une mafTe creufej
dont l’extérieur eft prefque fphérique, & dentelles tapif.
fent l’intérieur d’une toile de foye *.
TToutes les coejues de pvire foye ou. les fkuiles cnemllcsfc
renferment, ne font pas aufti induftrieufement conflruitcs
que les coques des fauffes chenilles .du rofier, du chèvre-
feuille , &c. fous des écorces d’arbres , au bout d’une trace
de fciûre empilée, âc cela au milieu de 1 hyver , & quel-
quefois dans des creux d’arbres qui commençoient a fe
pourrir , j’ai trouvé des coques faites d une toile de foye
blanche, très-ferrée, mais mince, & par confequent flexible,
dans laquelle habitoit une fauffe chenille qui^ s y devoit
métamorphofer. Les coques défendues par 1 ecorce ou
par le bois, n’ont pas befoin d’avoir une enveloppe aulTi
forte que l’enveloppe de celles qui fe trouvent en terre,
& à peu de diftance de la furface ; elles ne font pas autant
en rifque d’être comprimées. Chaque forte d’indullrie
n’a été accordée qu’aux infeéles auxquels elle etoitiic-
ceflaire.
Quelques-unes de nos fauffes chenilles fefontdfis
coques encore plus foibles que les précédentes.
affés petite à 22 jambes, qui a une raye brune toutou
long du dos , que j’avois trouvée fur forme , &
vois renfermée dans un poudrier avec une feuille de cet
^ arbre»
DES Insectes. III. Mem. lo
j
•
arbre, le conllruilît lur cette feuille une coque *, dont * PI. lofig.
l’extérieur avoir le blanc, le iiiilknt & le raboteux d’une
écume épailfequi fe leroit dclféchéc; comme del’ccumc
de lavon, ou comme de l’écume de bave de limaçon, il
étoit plein de bulles ; mais rintérieur ctoit uni & com-
pare, & vifiblement compolé de fils blancs & luilants.
J’ai afles fait entendre que les faufles chenilles filent
comme les chenilles. La filière de celles-là eft placée
comme la filière de celles-ci; mais j’ai cru voir deux
filières, deux mammelonspofés l’un auprès de l’autre, qui
fournilToient des fils à une faulTe chenille du grofelier *. * Fig. y.
N’ayant point trouvé de terre, elle travailloit à réunir
enfemble des grains d’excréments fecs; je la troublai dans
fon opération , je brifai la coque qu’elle avoit commencée ;
elle fe remit à en faire une nouvelle fous mes yeux, dès
qu’elle eût été tirée hors de la ])rcmiére.
La faifon dans laquelle une faufie chenille s’eft fait
une coque , décide du temps qu’elle y reftera. J’en ai vû
telle en été qui eft fortie de la fienne fous la forme de
mouche , au bout de trois femaines & même plûtôt ; &
j’en ai eu d’autres, qui ne s’étant renfermées que vers la fin
d Août , & ayant été tenues dans mon cabinet , fe font
montrées encore avec leur première forme dans le mois
d Avril , lorfque j’ai eu ouvert leurs coques. J’ai déjà dit
qiie j’avois trouvé pendant l’hyver, des fauftes chenilles
dans des coques qu’elles s’étoient faites fous l’écorce de
certains arbres , ou plus avant dans l’intérieur de quelques
autres arbres. Toutes doivent devenir des nymphes pour
parvenir a être des mouches , & il fuit des oblervations
précédentes, qu’elles ne font jamais dans l’état de nymphe
pendant un temps fort long, que celles qui doivent pafler
1 automne & l’hyver dans des coques , l’y palTent fous leur-
forme de vers & fans prendre aucune nourriture. Cettç
Tome V .O
»PI. 13.
11. d, c
fig.
106 MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
longue abftinence de tout aliment ne nous paroîfra pas
noi^elle, les chenilles nous en ont donné affés d’exetn.
pies. Quand les faufles chenilles fe changent en nymphes,
la faifon eft favorable pour les amener bientôt à l’état de
mouches.
Enfin, la faufle chenille devient une nymphe, qui,
fans fortir de la coque, fe transforme enfuite en mouche.
Cette mouche eft de celles qui n ont point de trompe,
mais qui à chaque côté de la tête ont une forte dent*.
Ces deux, dents fe rencontrent l’une l’autre vers le milieu
de la bouche. Le premier ufage que la mouche en fait,
eft de les faire agir contre fa coque , de les employer pour
fe procurer une ouverture qui lui permette de fortir d’un
logement qui n’eft plus pour elle qu’une prifon. Les dents
viennent bientôt à bout de hacher des fils de foye, même
ceux qui, dans certaines coques, tiennent des grains de
terre réunis.
Les , mouches des différentes efpéces de faufles che-
nilles fe reffemblent toutes; elles ont, pour ainfi dire, un
air de famille, & elles l’ont à tel point qu’un obfervateur
qui a affés examiné une mouche d’une fauflê chenille
quelconque, pour avoir retenu l’image qu’il s’en eft faite,
eft. en état lorfqu’il voit pour la première fois une mou-
che qui fort d’une autre efpéce de fauffe chenille, delà
reconnoître pour une mouche de fauffe chenille, (|uoi«
qu’elle diffère de la première qu’il a vue par là couleur
& par d’autres circonftances. Je ne veux pas parier des
reffemblances effentielles qui font entr’eiles., comme de
celles de la ftruéliire de la bouche, qu’on ne peut voir
que quand on tient la mouche entre lès iloigts ; je veut
parler de celles qui le font lëniir au premier coupdccU)
& qui cependant ne font pas aifées à dccriie,
qu’eUcs réfulient.d’un cnfcmble de petites particularàes-
4
des I N s E C T E s. ///. AZ-f’W. Ï07
Toutes ont un air afles lourd, elles font peu fàrout^cs,
elles fe laiffent approcher , & même elles fe lailTcnt
prendre, elles femblent fottes. Nous verrons bientôt que
nous devons être contents de leur efpcce d’imbécillité.
Leurs ailes font croifées fur le corps qu elles débordent
un peu de toutes parts , &. au -deflus duquel elles ont un
peu de convexité. Ces aîles ne loi* j)as aufli lilTes, &
aulTi bien tendues que celles de beaucoup d’autres mou-
ches; elles ont de petites convexités, de petits enfonce-
ments, un air d’être mal détirées. Du relie, les variétés
qu’offrent les mouches qui viennent de fauffes chenilles
de différentes efpéces, font fouvent bien moins confi-
derables, & moins frappantes que celles qui font entre
les fauffes chenilles; & fi nous nous engagions à les dé-
tailler, on pourroit nous reprocher avec quelque raifon
de nous arrêter trop à des minuties. II nous fliffira de
dire que quelques-unes différent fenfiblement des autres
en couleur; les unes ont le corps jaune, d’autres l’ont
verdâtre, pendant que d’autres l’ont noir. Celui de quel-
ques-unes , entr’autres celui de la mouche de la fàufïe
chenille du chevre- feuille *, efl d’une couleur appro- *pi. 13.%.
chante de celle des abeilles. Les unes ont des aîles tranfjaa-
rentes, qui à peine laiffent appercevoir une légère teinte
de jauneâtre; la teinté noire ou la teinte bleuâtre des
aîles de quelques autres efl très-forte. Enfin, les nuances,
foit des couleurs du corps , foit de celles des aîles , va-
rient dans celles de ces mouches qui font de différentes
efpéces. Mais il y en a dans lefquelles elles ne font pas '
notablement différentes , quoique ces mouches vien-
nent de fauffes chenilles qui différent beaucoup entre
elles. Les unes ont le corps plus court, d’autres l ont plus
allongé. Ôn peut encore remarquer des différences dans
la flruéture de leurs antennes ; celles des unes font à
I
lo8 MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
* PI. is-fig- filets grainés *, celles des autres font en maflue *. Les
*9* antennes du mâle difiérent quelquefois de celles delà
* E'S- 9- femelle. La mouche mâle de la faulTe chenille du rofier,
* PI. I j.fig- a les fiennes bordées de poils *, pendant que celles de ia
mouche fémelle '•'.font lilfes. Mais celTons de nous arrêter
'•‘E’g'S- ^ petite 5 vantés, il vaut mieux faire confidcier
une partie qu’on nt)uve à toutes les femelles , qui ne
fçauroit manquer de paroître admirable , meme à ceux
qui fçavent le moins admirer , dès que fa ftruéfure leur
fera connue.
Les mouches fémelles de nos faufles chenilles font
ovipares; les œufs que pondent plufieurs efpéces de ces
mouches, & les feuls œufs que nous confidéreronsaélu^-
lement, demandoient à être logés dans des entailles faites
dans le bois, ou dans d’autres parties d’arbufles vivants.
La mouche a été pourvue d’un infiniment qui la met
en état de faire ces entailles. Cet infirument efi une véri-
table feie, qui ne diffère de celles dont nous nous fervons
pour couper le bois , qu’en ce qu’elle efi de corne , au
lieu que les noires font d’acier, & qu’en ce qu’elle efi faite
avec beaucoup plus d’art queles nôtres. Nos feies ordinaires
font des lames coupées quarrément, fur un des longs côtés
defquelles les bafes des dents font arrangées en ligne
droite ; mais on oblige la pointe de chaque dent à s’écar-
ter un peu de cette ligne, & à s’en écarter alternativement
dans un fens oppofé; je veux dire, que fi une dent s’in-
cline vers la droite, celle qui la fuit s’incline vers la
gauche, celle qui vient après la précédente, s’incline vers
la droite , & ainfi de fuite. Delà il arrive que les pointes
de la moitié des dents de la feie fe trouvent fur une ligne,
& les pointes des autres dents fur une autre ligne peu
difiante de la précédente. L’intervalle qui efi entre ces
deux lignes , efi ce qu’on appelle la voye de la feie. Les
4
s
DES Insectes. III. Mem. 1 09
parties du corps que l’on fcie, qui fc rencontrent dans cet
intervalle, dans la voye de l’inltrument, l’ont celles qui
doivent être réduites en grains , en Iciûre. On tient cette
voye d’autant plus étroite que la l'cie eft plus mince, &
qu’on veut moins perdre des partiesdu corps qu’on prétend
divifer. Quand les E'beniftcs ont à refendre en feuilles
minces, des bois précieux , iis y employent des fcies qui
ont très-peu de voye, au lieu que les Scieurs de long qui
fendent de gros arbres , qui en tirent des planches , ont
d’épailfes fcies, &dont la voye eîl confidérable. Les Icics
• de nos mouches étant extrêmement fines, n’ont pas befoin
d’avoir des dents beaucoup dévoyées; mais la manière
dont ces fcies doivent agir, demandoit que les baies des
dents ne fulfent pas placées, comme celles des nôtres, fur
une ligne droite. Le côté, ou au moins une grande partie
du côté fur lequel elles Ibnt rangées, ell un peu concave,
à peu-près comme l’efi le tranchant d’une faux *; la fcie * PI. ij, fig.
fe termine par une pointe, & nous verrons qu’elle devoit s*'/*^*
le terminer de la forte. Elle n’eft pourtant pas concave
dans toute fa longueur; les dents * les plus proches de
l’origine de la fcie, font pofées fur une ligne convexe;
de forte que le côté d’où partent les dents de la fcie, eft
contourné comme le font les lignes qui ont un de ces
points que les Géomètres appellent point d’inflexion , un
de ces points qui fépare une portion concave d’une por-
tion convexe.
Lorfque nous voulons qu’un feul homme puiffe faire
agir une fcie, <5c qu’il le puilTe d’une feule main, nous
mettons un manche à un des bouts de la fcie, fembiable
a peu-près à ceux des couteaux. La fcie de nos mouches
eft mile en mouvement , comme le font nos fcies à man-
che, Des tendons* prefque écailleux, attachés à fon ori- *Fig.io.r,*-.
gine, lui tiennent lieu d’un manche; des mufcles agilfent
Oiij
r
lïO MEMOIRES POUR L’HISTOIRE
. la pouffer en avant , & la retirer en arriére comme
Lit la main de l’ouvrier qui fait travailler la fcie à manche;
Mais la main ne fait agir à la fois qu’une de ces fortes de
fcie , & nous n’avons garde d oublier de dire , que quoique
nous n’ayons parlé encore que d’une fcie de notre mouche,
* PI. 1
5
. fig. elle en a deux égales * & femblables , qu elle met en mou-
\o.idt; a yei-nent en même temps. ^ , r •
Le fecret de faire agir plufieurs fcies a la lois ne nous
eft pas inconnu. Nos ouvriers, les Efbeniftes entr’aimes,
ont quelquefois deux ou trois feuilles de icie montées
fur un même chaflis ; l’E'benifte tenant ce chaffis à
deux mains , fait agir à la fois toutes les fcies qui y font
montées. Mais nos mouches font en ce genre quelque
choie que nous ne Içavons pas faire , les fcies du meme
chaffîs vont toutes dans le même fens , toutes font pr-
iées à la fois en avant ou en haut, 6c toutes font a la
fois ramenées en arriére ou en embas , au lieu que dans
le même temps où la mouche pouffe en avant une
de fes fcies , elle retire l’autre en arriére. Il ell encore
à remarquer que l’ouvrier qui employé plufieurs fcies a
la fois, les employé pour faire un nombre d’entailles égal
à Slui des fcies ,V lieu que les deux fcies de la mouche
travaillent en même temps à aggrandir la même entaille,
elles font l’office d’une fcie dont la voye feroit très-
grande. ^ » «• / ' j'
Ces deux foies étant très -minces, 6c deftinees a dé-
chirer des fibres ligneufes, ontbefoin d’être maintenues
pendant qu’elles font dans l’aétion , afin qu il ne jeui
arrive pas de fe courber ou de s’écarter l’une de l’autre-
La nature a prévû à tout ; le dos de chaque fcie eu loge
* Fig. 9. & tout du long dans une couliffe * formée par deux pièces
10. f r. écailleufes, comme l’eft fouvent la couliffe des larnes es
*Fig. 12. cr, couteaux à reffbrt. Ces deux pièces * deviennent de pu
I
DES Insectes. ///. Mem. ni
en plus étroites à mcfure qu’elles s’éloignent de leur bafe,
comme la figure des ides le dcmandoit. Elles font épailTcs,
& convexes en dehors ; elles ont de plus des cannelûres
dirigées comme celles des colomnes torfes ; elles font
affemblées par une ou plûtôt par plufieurs membranes * * ' î-
très-folides , capables pourtant de Ce pliflfer , ôc par con-
féquent , de permettre aux lames écailleufes * de former
une coulilfe un peu plus ou un peu moins large. M.
Vallifnieri n’a pas penfé que l’unique ulàge de ces mem-
branes fût de maintenir les lames écailleufes, il a obfervé
qu’elles fbrmoient deux canaux, dont il a cru l’un deftiné
à-conduire les œufs hors du corps de la mouche.
Les dents des feies de nos mouches font elles-mêmes
dentellées *. Chaque grande dent eft une fuite de dents * Fig. i r.
très- petites. Nous ne devons pas être furpris que les p/'
inllrumentsqui ont été accordés à des infeéles foient fupé- d, d, d.
rieurs aux nôtres, & plus travaillés, quand nous nous rap-
pelions de qui ils les tiennent.
Outre les particularités que nous avons remarquées ci-
delTus aux feies de cette mouche, & qui manquent aux
nôtres , elles en ont encore une qui ne doit pas être ou-
bliée. Chaque feie n’eft pas feulement une feie , elle eft
en même temps une râpe , ou une lime d’une ftrueflurc
unguliére. Les râpes ont des ulàges plus importants que
ceux de réduire en poudre du tabac ou du fucre ; elles:
ftrvent à applanir les furfaces trop raboteufes des corps
les pins durs, des pierres, des métaux. Les feies n’ont des
dents qu’à leur tranchant, pour ainfi dire, au lieu que les
râpes ont de longues <&. larges furfaces tout hériftées de
dents. Nous n’avons- point encore réuni dans le même
inftrument lafeie & la lime, ou la râpe, 5c l’une & faiitre
fe trouvent réunies dans chacun des inllruments qui ont
etc donnés ànosmiouehes pour entaiiier le bois. Outre
*PF. ij.fig
I i’P>r>p-
112 MEMOIRES POUR L’HlSTQtRE
ies dents qu’ils ont dilpofées comme celles des feies ordi.
naires, ils ont fur une de leurs larges faces, fur 1 exteiieure’*',
un nombre confiiderable de dents beaucoup plus fines, de
qui ne le cedent guéres aux autres en lonpieur, fi elles le
leur cedent; qui toutes font dirigées vers i’^igine de l’inf-
trument, & un peu inclinées vers les groffes dents delà
feie Chacune de ces dents longues & déliées a quelqu’air
de celles des peignes; de forte qu’il femble que plufieurs
peignes ont été appliqués les uns au-deflfous des autres
fur la furface extérieure de chaque fcie. Ces ditterentes
fuites de dents compofent une lime ou une râpe qui
eft aioûlée à la fcie ; mais une râpe ou une lime fort
difl'érente de celles qui jufqu’ici ont été taillées par nos
ouvriers. - _ , . a '
Quoique les mouches munies d un inftrument li Im-
gulier nefoient pas rares, quoiqu’il yen ait desefpeces,
éc même plufieurs efpéces, qui fe tiennent fur un des
arbuftes les plus communs dans nos jardins, fur le rofier;
cet inftrument conftruit avec tant d art, eft pourtant relie
inconnu jufqu’à ce que les yeux de M. Valifnieri ayent
fçû le voir. Dans un grand nombre d’obfervations cu-
rieufes que nous devons a ce célébré Auteur, il ny en 3
aucune peut-être qui lui ait autant ptû , &. dont il ait paru
faire autant de cas ; aufli a-t’il eu foin de décrire cette fcie i
furprenante, de la faire graver, & toutes les parties qui
entrent dans fa compofition ; de donner l’Hiftoire, de la
mouche à laquelle il l’a d’abord trouvée, & «la avec
une étendue & une élégance qui nous auroient aljure-
ment dégoûté de parler après lui d’un inftrument fi lin-
gulier, & de l’iifage que la mouche en fait,,fi nous n y
euffions été obligés par l’Hiftoire générale des faulles
chenilles & de leurs mouches , qui entre néceftTairement
dans iç plan de notre Ouvrage, Nous ne devons pas au
DES Insectes. ///. Mem. 1 1
5
refte, diffimuler que nous pcnlbns que ceux qui n’ont
pas lû encore dans M. Valliliiieri rHiftoire de la mouche
à fcie des rofiers, pourront l’y lire avec plaifir. Quoique
nous nous propofions de n’obmettre rien de ce que cette
Hiftoire a d’efFentiel, nous pourrons pafTcr fur quelques
détails qui plairont afl'ûrcment dans M. Valiifnieri. D’ail-
leurs, on trouvera des différences entre les figures de
la fcie que cet attentif Obfervateur a fait graver, de celles
que nous faifons paroître pour repréfenter un infini-
ment du mêine genre , mais des différences peu effen-
tielles pourtant. Les feies qu’il a fait repréfenter n’ont
point de dos, elles font dentellées fur les deux côtés
oppofés; M. Valiifnieri en a vû fans doute de telles, mais
celles que nous avons obfervées , ont un dos femblable
à celui des feies de nos ouvriers. Ses figures ont été prifes
d’après la fcie d’une mouche qui efi d’une efpéce diffé-
rente de la mouche dont nous avons fait deffiner la fcie en
grand, quoique l’uneéc l’autremouche viennent de fauffes
chenilles qui vivent fur le rofier.
On imagine bien qu’il faut avoir recours au microfeope,
ou au moins à des loupes très-fortes pour voir difiinéfe-
ment la compofition de la fcie de nos mouches. La vue
fimple fait néantmoins affés appercevoir cet infiniment,
pour faire naître le defir de le connoître mieux. Quand
on tient entre deux doigts une mouche qui vient de
quelque fauffe chenille, & une de celles qui ont le ven-
tre le plus gros, fi on lui preffe le ventre doucement, on
oblige deux efpéces de feuillets * courbés en coquille, *PI. i
dont l’origine efi à quelque diftance de fanus, de s’écarter * 5 - ô
l’un de l’autre, & de laiffer entr’eux une fente dans laquelle
on apperçoit une pointe plus brune que le refte. En pref-
fant davantage, on force le corps, dont on ne voyoit que
la pointe, de fe montrer en entier ; on contraint la fcie * Fis
Tome V. . P
I.fig.
a.
m.
114. MEMOIRES POUR l’Histoire
entière à paroître à découvert. Les deux lames courbes
qu’on a obligées de secarter, font faites pour la couvrir
dans les temps où elle doit être dans l’inadion.
Si la mouche dont on a prefle le corps , quoique de
même efpéce que la précédente, a le ventre moins renflé;
fi elle elt un mâle, la preffion ne fait point paroître de
fcie. Cet inftrument neft nécelfaije qu’à lafémelie.le
mâle ne l’a point. Maison oblige deux lames terminées
en pointe , & concaves vers l’anus, à fe féparer , & à laiflêr
voir que toutes deux enicmbie compolent une pince tres-
propre à faifir le derrière de la fémelle. L anus * alors ell
Dorté plus loin; à diftance égale de l’une & de l’autre
ame , paroît une partie charnue , dont chaque côté cft
fortifié par deux corps comme cartilagineux; chacun de
ceux-ci fe termine par une efpéce de court crochet* un
peu recourbé en dehors. Enfl e ces deux efpécesde cro-
chets , eft l’ouverture par laquelle doit fortir la partie propre
^ n I /a
Mais c’eft à la fémelle que nous devons nos regards,
c’eft elle que nous devons confidérer , & que nous ne
fçaurions manquer de voir avec plaifir pendant qu’elleell
occupée à pondre, & par conféquent à faire les entailles
dans lefquelles elle place fes œu fs. Il n’y a guéres de jar-
din où il n’y ait des rofiers, 6c il n’y a prefque point de
rofier dont les branches ne fervent chaque année à loger
un bon nombre d’œufs de nos mouches à fcîe. Les en-
droits des branches dans lefquels il y en a eu de dépoles,
font aifés àdiftinguerdu refte; ordinairement iis font plus
renflés que ce qui fuit, 6c que ce qui précédé ; ils font
courbés , 6c leur côté concave eft noirâtre; il paroît defle*
ché. Qu’on examine ces endroits noirâtres, & on y verrs
de petites fentes, au fond defquelles on trouvera quelflu^*
fois des œufs, on y verra au moins les places où il y en a eu*
I
DES Insectes, III. Man. 1 1 $
Si on eft curieux de voir une de nos mouciies à icic
occupée à pondre, c’eft donc fur-tout celles qui aiment
les rofiers, qu’il eft commode d’épier. On y en peut trou-
ver en difterentes faifons de l’année; j’y en ai vû au prin-
temps, vers la mi-May j’y en ai vû dans tout le mois
d’Août, & même dans les premiers jours de Septembre.
La mouche * que j’y ai oblervée le mieux, & un ])lus *
grand nombre de fois, a la tête 6c le corceict noirs. Le ‘
côté extérieur de chacune de fes ailes eft aufti bordé de
noir dans prefque toute fa longueur ; fon corps eft d’un
jaune qui tire fur l’orangé ; fes jambes font du même
jaune, elles ont feulement deux jarretières ou points noirs.
Quand dans de beaux jours , vers les dix heures du matin
,
enverra fur le rofier des mouches de cette ef])éce, ou de
quelqu’autre efpéce du même genre, qu’on s’attache à
les fuivre des yeux, 6c on parviendra aifément à avoir le
plaifir d’en obferver quelqu’une dans l’opération. Heureu-
fement, comme nous l’avons déjà dit, ces mouches font
lourdes, parefleufes 6c elles femblent ftupides ; ou pour
traiter mieux des mouches fi finguliéres par leur induftrie,
elles font très- peu farouches; elles le font moins qu’on
n’oferoit le defirer; pourvu qu’on ne faffe pas de grands
mouvements, on peut les regarder de tout auffi près qu’on
ie veut. Je les ai fouvent oblervées avec des loupes qui n’a-
voient pas trois à quatre lignes de foyer , fans les déranger
dans leur travail; 6c elles l’ont fouvent continué, quoique
pour les mieux voir, je déplaçaffe certaines branches,
mais à la vérité, je les déplaçois le plus doucement qu’il
m’étoit poffible. La mouche prête à pondre , fe promene
de branche en branche ^ elle en parcourt plufieurs avant
que de le déterminer pour une place; celle qu’elle choifit,
eft ordinairement à quelque diftance du bout de la bran-
che , mais pourtant beaucoup plus près de ce bout que de
PI. 14.. fij.
O.
Il6 MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
l’origine; la tête de la mouche eft alors tournée en ein-
bas. Quand la mouche s’eft arretée dans un lieu qui lui ^
paru convenable , elle recourbe un peu fon corps en
deflbus. Qu’on foit attentif dans ce moment, &. bientôt
on appercevra la pointe de la double fcie, delà Icie coni'
pofée de deux feuilles. Une plus longue portion de cette
feie , ne tardera pas à paroître ; dans un inftant , la mouehe
la fait fortir prefque toute entière de l’efpéce d’étui où
elle étoit renfermée <Sc couchée ; en la faifant fortir elle
la redrelTe, de façon qu’elle l’amene à être prefque per-
pendiculaire à la petite branche dans laquelle elle la veut
faire pénétrer. Ce n’eft que dans le moment où lafeiea
étémife dans la pofition convenable, qu’on la peut voir
toute entière, car fa pointe n’a pas plûtôt touché l’écorce
de la branche, qu’elle s’enfonce dedans. La mouche qui
eft cramponnée fur fes jambes, appuyé fon ventre fur la
bafe de l’inftrument, elle la prefle de toute fa force. Dans
ce premier inftant, elle n’agit fur i’inftrumentquepourle
piquer dans le bois, que pour y engager fa pointe, que
pour le mettre dans l’état où il doit être , pour que les
dents des Icies trouvent prife ; celles-ci peuvent bientôt
agir avec fuccès , bientôt une plus longue partie de l’inf-
trument fe cache dans le bois, il s’y enfonce de plus en
plus; enfin, en moinsd’une minute il parvient à y entrer
prefque tout entier. Le ventre de la mouche, qui d’abord
étoit éloigné de l’éeorce,de toute la longueur de la fcie,s en
approche jul'qu’à s’appliquer contre cette même écorce.
Pour voir tout ceci, on n’a befoin de donner aucun
fecours à fes yeux ; mais fi on leur donne celui d une
loupe forte , & fi on cherche à fe placer dans une pofition
favorable pour bien oblèrver tout ce qui fe palfe,^
parviendra aifément à voir que ce n’eft pas la fimple
fion de la mouche qui fait pénétrer l’inftrument dans te
DES Insectes. IIL Mem. 1 17
bois. On verra, & on verra avec plaifir le jeu alternatif
des deux fcies. On verra qu’il y en a une qui eft pouflTée
dedans le bois , pendant que l’autre eft retirée vers l’écorce ;
&on verra même que ce mouvement eft produit par celui
des tendons ou cartilages, auxquels chaque Icie eft aflii jcttie. ,
La mouche n’introduit pas fon inftrument dans la tige
du rofier précifément pour l’y introduire, & fimplement
pourfendre cette tige; elle l’y introduit pour y faire une
cavité propre à loger un .œuf afles gros , qu’elle veut y
laifter. Si on fait attention à la maniéré dont cet inftrument
doit agir pour pénétrer dans la tige , on verra pourquoi
il convenoit qu’il eut bien des particularités que n’ont
pas les inftruments que nous employons à des ufagcs
qui nous fémblent avoir du rapport avec celui que la
mouche fait du fien. Nos fcies pour fcier un morceau
de bois, foit de long, foit de travers, n’ont pas befoin
d’être pointues , elles peuvent mordre d’abord contre la
furface fur laquelle elles font appliquées; elles ne pour-
roient fervir qu’à faire dans le bois une coulifte égale
oar-tout. Mais ce n’étoit pas la figure qu’il convenoit que
a mouche donnât à' l’entaille qu’elle doit faire. Cette
entaille ne devoit pas être par -tout également large <Sc
également profonde ; l’œuf qui fera laifle dedans, doit
non - feulement y être reçu, il y doit être à couvert.
La mouche pour faire fon entaille, dirige fon inftrument
à peu-près comme un Chirurgien dirige fa lancette pour
ouvrir un vaifleau, elle l’enfonce d’abord prefque per-
pendiculairement , & l’en retire dans une direélion obli-
que. Les deux fcies de la mouche avoient donc befoiir
d’être pointues par le bout , ce qui n’eft pas néceflaire
aux nôtres. Il falloir que leurs bouts puflent s’introduire
dans l’écorce & dans les fibres ligneufes , comme s’y in-
troduifent des inftruments tranchants. Les dents des fcies
P ii|
4
,l8 MEMOIRES POUR l’HISTOIRE
font en état de couper \çs libres qu elles rencontrent; mais
ces deux fcies li prodigieulément minces, & qui ontcha,
cune une voye extrêmement étroite, n aurpient pû ouvrir
une cavité lliffilante. Üa face extérieure de chaque fcie
a été faite en râpe pour fuppléer à ce qui^ manque à la
voye & à l'épailleur des deux Icies . lorlqu une des fcics
ell retirée vers -l-écorce, les dents decliiient les libres
qu elles rencontrent. •
Nous âvoris clit'(juc ^Utind Is. moiiclîc veut cornnicnccr
à faire fortir fa fcie de 1 etui où elle eft ordinairement logée,
Si que quand elle l’applique contre 1 ecorce , elle tient Ion
corps, fon derrière recourbé vers la branche ; nous devons
ajoûter que dès que les fcies ont pénétré à une certaine
profondeur , que lorfqu’il s’agit moins de rendre l’entaÜle
plus profonde que de la rendre plus longue, la mouche
redrelTe fon corps , en le redrelTant elle l’appuye fur la fcie
dans l’inclinaifon propre à la faire avancer vers le derrière.
Après avoir admiré le jeu des fcies d une mouche
qu’on aobfervée avec une loupe; après avoir vû leurs pro-
grès , (Scies avoir vû pénétrer aulîi avant qu’elles le peuvent,
tout mouvement femble s’arrêter dans les tendons des
fcies, tout paroît en repos. Ce moment ell celui ou 1 en-
taille a été rendue telle qu’elle devoit être, celui où la
mouche fait fortir de fon corps l’œuf pour le mettre dans
la place qu’elle lui a préparée. Après un inflant de repos,
la mouche retire tout d’un coup de l’entaille la plus grande
partie de l’inllrument , elle n’y en lailTe que le bout , moins
du tiers de fa longueur; dans cet inftant même, il y a en-
core à obferver. J’ai vû alors une liqueur moulTeufe, une
liqueur pleine de bulles, telles que celles du favon, seie-
ver jufqu’au bord extérieur de l’entaille. J’ai vû memfi.
quelquefois des bulles pouffées au-delà du bord. Si on
entaille un rofiçr de quelque manière que ce foit, on»
DES Insectes. ///.- Mem. 1 19
convaincra aifément qu’en aucun temps , il ne fçauroit
fournir fur le champ une fi grande quantité de lèvemouf-
feufe , & les mois d’Août âc de Septembre l'ont de ceux où
il en donneroit le moins. Il j)aroîtra donc certain que cette
liqueur a été fournie par la mouche, qu’elle en arrofe fon
ceuf. Cette liqueur eft au moins gluante, & M. Vallifnieri,
a qui elle n’a pas échappé, croît que la mouche l’employc
pour efpalmer la playe faite au rofier, pour l’empccher
de le fermer. Il y a grande apparence qu’elle fert à con-
f€rverrœuf,& à empêcher les libres hachées fur lefquelles
il elî pofé , de fe corrompre trop vite.
Peu de temps après que la liqueur moulTeufe a paru,
la mouche achevé de tirer fa double feie de l’entaille, elle la
remet dans fon lieu ordinaire, mais ce n’ell paspour l’y lailfcr
long-temps. Bientôt la mouche fait un pas en avant , c’elî-
à-diie, en delcendant ; elle lailTe en arriére & en enhaut
l’entaille qu’elle a faite pour en creulèr une nouvelle tout
près de la précédente. Elle recommence alors la manœu-
vre que nous venons de décrire ; elle fait fortir fa double
feie; elle la pique aplomb, & elle en fait jouer chaque
feuille. Enfin, elle pond un œuf dans cette dernière en-
taille, Elle continue ainfi de faire de nouvelles entailles;-
de les mettre à la file les unes des autres *, & d’y en Pi-
mettre plus ou moins, aj)paremment félon qu’une plus
ou moins longue partie de la branche lui paroît propre
à recevoir fes œufs. Quelquefois il n’y a que trois à quatre
entailles à la file les unes des autres , êc j’en ai quelque-
fois compté jufqu’à 24,. La mouche fans avoir fini fa
ponte, quitte fbuvent la branche fur laquelle elle l’avoic
commencée ; elle pafîe fur une des plus proches, elle-
s y promène; elle en parcourt quelquefois plufieurs avanE
que de trouver un endroit à fon gré poury recommencer
fon opération.
N
MEMOIRES POUR L Histoire
hûcrronipues. Mais ce qu’il y a de plus remarquable, c’cft
qu’ils n’y femblcnt que colles; ils n y paroiilent aucune,
nient contenus dans des entailles. Quel ulage cette itiou<
t-lie fait-elle donc de fa fcie! Peut-être s’en fert-elle pour
faire une fente très-légére fur l’endroit de la côte où elle
applique fon œuf, & que cette fente toute légère qu’elle
eft , l'ufF.t pour fournir à l’œuf une humidité qui peut lui
êt/e nécelfaire. J’ai vû aulfi de ces mouches dans k
pofture où elles dévoient être pour faire des entailles*,
& je les y ai vues de bien près. Plufieurs faufles chenilles
du "rofelier entrèrent dans la terre du poudrier, où je les
avoîs renfermées au commencement de Septembre, pour
s’y faire des coques & s’y métamorphofer. Dans les pre-
miers jours d’Avril de l’année fuivante, je vis paroître dans
le poudrier les mouches de ces faufles chenilles. Quatre à
cinq jours après quelles y furent nées, j’en tirai deux du
3oudrier, une mouche mâle & une mouche fémelle. Je
CS mis dans un autre poudrier, dans lequel j’introduifis
une branche de grofelier, fans la cafler ni la détacher de
l’arbufte. La mouche fémelle parcourut une des feuilles,
palTa deflbus, &dès les premiers inftants, elle me montra
qu’elle cherchoit à y faire fes œufs. A peine un demi-
quart d’heure s’étoit écoulé , qu’elle avoit déjà com-
mencé fa ponte , & au bout d’un quart d’heure , elle
avoit pondu dix œufs oblongs qu’elle avoit placés fur la
partie la plus relevée d’une côte. Chaque fois que cette
mouche vouloit pondre un nouvel œuf, elle fe pofoit
comme fi elle eut voulu entailler la place dans laquelle
elle avoit envie de le mettre. Aucun œuf |)ourtant ne
s’eft trouvé logé même en partie dans une cavité fen-
fible. Les œufs que je voulus détacher étoient fi adhé-
rents , que je ne pus y parvenir fans les créver; &
loupe afles forte ne put me faire découvrir l’entaille qtn
DES Insectes. III. Alem. 1 27
pouvoit être bouchée par la peau de l’œuf (|ui y etoit
relié attachée.
Les mouches* tjui viennent des faufTcs chenilles * qui * r*!- >
paroifFent en grand nombre fur une feuille d’ofier dans ^ ^
des attitudes fi variées 6c fi bizarres, font encore de celles ""
qui ont le corps jaune; mais le côté extérieur de leurs
ailes n’a pas le bordé brun qu’a coté extérieur des ailes
des mouches précédentes. Elles ont une Icic, fur l’iilàge
de laquelle je luis encore j)ius cmbarrafîc que liir celui de
la feie des mouches du grofelicr. Elles ne choififTcnt pas
les côtes des feuilles pour y laifTcr leurs œufs , elles les
appliquent liir la feuille même *, où elles les arrangent pi
les uns auprès des autres, elles les y arrangent même en
recouvrement. Les œufs forment enlemble une jilaque.
J’ai eu beau découvrir les endroits cachés par des plaques
d’œufs, 6c y chercher des incifions , la loupe n’a pu m’y en
faire appercevoir. La matière gluante qui enduit les œufs,
fuffiroit-elle pour boucher ces incifions , 6c les empêcher
d’être vifiblesî Pour cela, il faut qu’elles foient bien petites;
d’ailleurs, l’endroit où elles font, s’il y en a, n’en jiaroît
pas fouffrir, fa couleur n’eft pas plus altérée que celle du
refte.
3
8 &
Il m’a été plus aifé de voir fur les œufs de ces dernières
mouches, que fur ceux d’aucunes autres, combien l’ac-
eroiffement qui fe fait dans ceux desfauffes chenilles, efl
confidérable. J’ai comparé de ces œufs , de chacun def-
quels l’infeéfe étoit prêt à lortir, avec d’autres allés nou-
vellement pondus ; les premiers avoient au moins un
volume double de celui des féconds. Ceux qui ne vien-
nent que d’être mis au jour, font oblongs, arrondis par
les deux bouts, blancs 6c tranfparents; ils n’ont pour en-
veloppe qu’une membrane mince 6c flexible. Au bout
de quelques jours, on voit dedans une portion jaunâtre.
128 MEMOIRES POUR lHISTOIRE
Ouand Üs font plus avancés, on y découvre deuxpoiifts
noirs qu’on juge être les yeux ; enfin , fi on les confidérevis,
à vis le orand jour , lorfqu ds font aues près d etie a ter«
me, on y apperçoit la fauffe chenille qui ma paru y être
pliée en deux; raccroifTement fubit fé fait dans les derniers
Celui qu’y prennent les vers de ces mouches, & ceux des
autres mouches à fcie, efl affûrément très-remarquable. La
coque de l’œuf, fon enveloppe, eft-elle une efpéce de pla-
centa qui s’abbreuve, qui s imbibe du fuc de la partie de
la ])lante fur laquelle elle efl pofée , & d’un fuc qui non-
lèulement la fait croître, mais qui fournit a laccroilTe-
ment de l’embrion quelle renferme. Un œuf qui a etc
dépofé dans la fente faite à une tige de rofier, y eM
grdïé en quelque forte! Doit -il s’approprier le fuc de
Parbufte comme l’œilleton d’un arbre, logé dans la fente
faite à l’écorce d’un autre arbre s’approprieroit^ le fuc de
cet arbre! Il femble quecela foit ainfi. A la vérité,les œufs
de quelques fauffes chenilles fe trouvent pofés immédiar
tement fur des feuilles où nous n’avons pu découvrir d’in-
cifion ; mais il ne s’enfuit pas de-la, que ces feuilles ne
luiflent pas fournir aux œufs au moins l’humidité quelles
aiffent tranfpirer. J’ai fait une expérience qui prouve dé-
cifivement qu’il efl efî'entiel à l’œuf que cette humidité
lui foit fournie par la feuille. J’ai gardé plufieurs fois dans
des poudriers des feuilles d’ofier , fur lefquelles il y âvoit
des œufs de ces fauffes chenilles. Les feuilles s’y font
defféchées , & les œufs s’y font defféchés de même , ce
qui efl arrivé à M. Bazin comme à moi. Des œufs ac
papillons qui auroient été laiffés fur une feuille qui f«
feroit defféchée, n’en auroient pas moins donne pouf
cela des chenilles J’ai pris enf uite le parti de mettre dans
l’eau le bout des feuilles fur lefquelles il y avoit des nichc^*
DES Insectes,///. AJem, 129
d’œufs de faufles chenilles. Les feuilles ont par ce moyen
confervé leur fraîcheur; auffi les œufs n ont-ils paru fouf-
frir aucunement. J’ai vû fbrtir des fuifles chenilles des
uns au bout de quatre à cinq jours, & des autres au bout
de fix à fept jours. Je crois avoir obfervé des plaques de
ces œufs * conipofées de deux couches, ce qui lèmble for- *PI. ii.fig
mer une grande difficulté fur la manière dont fenourriffent
les œufs de la féconde couche. Cependant fi la mouche les
entaffeainfi.il faut qu’elle lepuiffefaire fans inconvénient.
On doit penfer que l’humidité qui s’élève de la feuille,
parvient à la fécondé couche d’œufs, ou que les œufs de
la première couche fourniffient à ceux de la fécondé ce
qu’ils ont de trop d’humidité, <Scqui fuffit à ceux-ci.
Au refte, ce n’efl: pas un ouvrage difficile pour la faiiffe
chenille, dont toutes les ])arties font bien formées, que
celui de percer la membrane qui la renferme, & qui fait
la coque de l’œuf On la voit fortir , par l’ouverture qu’elle
y a faite, la tête la première. Peu après qu’elle efl née elle
mange; elle eft alors plus difficile qu’el e ne le fera dans
la fuite fur le choix des parties des feuilles. Cette fnifîe
chenille, qui, dans la fuite, n’épargnera pas les plus groffes
fibres des feuilles qu’elle aime , fe contente alors d’en dé-
tacher le parenchime. Quelques femaines fuffifent à celles
de plufieurs efpéces, pour prendre tout leur accroifîement,
pour être en état de fubir leur première métamorphofe;
auffi y a t-il au moins deux générations par an des mou-
ches à feie qui paroiffent au commencement du prin-
temps, comme de celles du rofier, de celles du grofelier &
de celles de l’ofier , & fans doute de beaucoup d’autres.
Les obferVations exaétesde M. Vailifnieri.nous appren-
nent que des fauffes chenilles forties d’œufs pondus de-
puis 1 ^ à I 5 jours, & vers le 6 May, étoient le 1 8 Juin
,
Tome V. . R
,,0 MEMOIRES POUR lHISTOIRE
(les mouches parfaites, des mouches en état d entailler le
rofier de pondre à leur tour.
EXPLICATIO N DES FIGURES
DU TROISIEME MEMO IRE.
Planche X.
Tj A Figure i repréfente une brandie de rofier, dans h
tige de laquelle une fiiuffe chenille s eft établie. En^paroîi
un tas de grains noirs , qui font les exciements que la fauffe
chenille y a apportes & entaffes. '
La Figure 2 eft celle de la tige de la hgure première,
qui a été fendue pour mettre à découvert l’intérieur du
tuyau, a b, la partie qui a été remplie d’excréments. /;o
la partie du tuyau qui eft vuide. la faufle chenille,
dont la tête eft cachée dans l’endroit qu elle eft occupée à
crcufcr.
La Figure 3 montre en fon entier la fauflè chenille
de la figure précédente , qui eft de la clafle de celles a
22 jambes, & d’un jaune blancheatre. Elle eft de celles
qui ont une petite tête; la fienne eft noire.
' La Fig. 4 fait voir plufieurs fauffes chenilles//i/&c>
en des pofitions ôc des attitudes differentes , occupées a
manger une feuille de grofelier. cd, cd, &c. les gro^es
côtes de la feuille qui ont été épargnées, pendant que ce
qui étoit entr’elles a été dévoré.
La Figure 5 eft celle d’une des fauflès chenilles de «
figure 4 , un peu plus allongée. ^ ^
.
La Figure 6 repréfente une mouche de l’efpéce d®
celles dans lefquelles les fauffes chenilles précédentes 1®
transforment.
DES Insectes. IIL Mem, L3
1
Dans la Figure 7, on voit la mouche de la figure 6,
dans l’attitude où elle eft lorfqu elle pond.
La Figure 8 montre une petite feuille de grofclier,
fur les côtes de laquelle des œufs ont été lailfés & arran-
gés à la file par une mouche telle que celle de la figure 7.
° Les Fio^urcs 9 & 1 o font celles de la même faufle che-
nille, qui vit fur le grolélier épineux. Elle efl roulée figure 9,
& étendue figure 10. Elle a 20 jambes. Son corps eft d’un
vert très-clair. ^ ^
La Figure 1 1 reprefente en c la coque que s etoit faite
une fauffe chenille de l’efpéce de celle des deux dernières
figures.
La Figure 1 2 efl celle d’une fauffe chenille qui s ac-
commode fort des feuilles du fureau , & de celles de
i’hieble. Elle a 22 jambes. Avant la muë, le deffus de fon
corps eft d’un brun-clair, & le refte d’un blanc-verdâtre;
quand elle a mué, elle eft par-tout verdâtre.
La Figure 1 3 fait voir une fauffe chenille qui eft prefque
noire , d’une couleur plus foncée que l’ardoifé. Dans le
mois d’Août , j’en ai trouvé un grand nombre de cette
efpéce fur le même pied d’ofeille. Dès que je touchois
les feuilles de ce pied, toutes fe laiffoient tomber. Elles
font entrées en terre pour fe métamorphofer. J’ignore fi
elles ont 22, ou feulement 20 jambes.
La Figure 14. eft celle de la mouche dans laquelle fe
transforme la fauffe chenille de la figure 1 3.
La Figure 1 5 repréfente une coque faite d’une efpéce
d’écume qui a pris confiftance, par une fauffe chenille
de l’orme qui eft des plus petites.
La Figure 16 eft celle de la mouche qui eft fortie ches
moy de la coque précédente,
La Figure 17 fait voir en grand la feie que la petite ,
mouche de la figure 1 6 porte à fon derrière. R ij
V
12 2 JVlEJVlOIRES POUR lHISTOIRE
Planche XI.
La Figure i repréfente une feuille d’aune qui eft ac-
tuellement rongee par quatre fauiles chenilles qui font
toutes dans des attitudes différentes. Celle de la fauffe
chenille marquée eft celle qui leur eft la plus ordinaire.
Elles ont chacune 20 jambes. Leur tête eft noire, leur
premier anneau eft jaune, & le refte jaunatie: les points
allignésfur les côtés, font noirs; le deffous du ventre a
d’un bout à l’autre une traînée de points noirs femblable
à une de celles des cotes.
La Figure 2 eft celle de la mouche dans laquelle s’elï
métamorphofée une des fauffes chenilles de la figure pré-
cédente. Elle a paru chés moy les derniers jours d’ Avril;
elle eft fortie alors de la terre où elle étoit entrée fous b
forme de fauffe chenille au commencement d’Odobre.
La Figure ^ foit voir une branche d’ofier, dont une
des feuilles eft , pour ainfi dire , bordée de faufles che-
nilles, dont les unes l’ont prefque mangée à moitié Ôc
tout du long , & dont Les autres font occupées à l’enta-
mer de l’autre côté. Pendant que ces fauffes chenilles
mangent , elles prennent , comme celles de la figure i , dif-
férentes attitudes toutes très-bizarres. Au bas de la tige,
il ne refte plus que la côte cccj&. quelques groffes fibres
y, f, f, &e. d’une feuille qui a été mangée par les faufles
chenilles.
La Fig. 4 eft celle d’une des faufles chen illcs de la figure J
un peu groflie & étendue. Elle a 20 jambes. Le fond delà
couleur de fon corps eft un verd-blancheâtre, fur lequel il
y a des rayes noires qui vont de la tête au derrière.
La Figure 5 eft celle d’une des mouches mâles, dansb
quelle une des faufles chenilles précédentes s’eft métamor*
phofée. La fémelle de la même mouclie eft repréfentéfi
DES Insectes. IIL Mem. r 3
3
de grandeur naturelle, & plus grande tjue nature, tome iv
.
pl. I O. fig. 7 & 8. Dans la figure plus grande que nature,
on a donné le_cara( 5 lére de la dil'pofition d’aîles propre aux
mouches à fcie. Quand les mouches des faufles chenilles
de l’ofier viennent de naître, leur corps efl d’un beau verd,
par la fuite il devient d’un verd-jaunâtre & même jaune.
Celles qui ont paffé l’hyver en terre dans des coques de
foye, ont paru au jour chés moy à la fin d’Avril.
La Figure 6 montre par-deflbus le mâle de la figure 5
,
ou un autre mâle de mouche à fcie. On n’y voit point au
bout du derrière, f, une fente pareille à cel e qu’on
voit au même endroit de la femelle , la fente où la feie
eft logée.
La Figure 7 fait voir le derrière du mâle de la figure 6 ,
grolfi , & dans un moment où la preifion a obligé à fe
montrer des parties, qui, dans l’état ordinaire font cachées.
1
, 1 , deux lames foiides & concaves qui font un étui à la
partie qui caraétérife le mâle, & qui lui fervent à faifir le
derrière de la femelle. a, l’anus qui eft par derrière la par-
tie qui caraétérife le mâle, m, m,h. partie propre au mâle,
ou fon fourreau immédiat.
Dans la Figure 8, paroît un tas d’œtifs laiffé fur une
feuille d’ofier par la mouche fémelle ; des fauftTes chenilles
femblables à celles de la figure 3 en doivent fortir.
La Figure 9 repréfentedes œufs femblables à ceux de la
nichée de la figure 8 , mais elle les repréferrte plus entalfés,
& même en recouvrement les uns fur les autres.
La Figure 10 fait voir dans fa grandeur naturelle la
mouche à fcie, qui vient d’une faufle chenille du faule,
quia été gravée, tome i. pl. i.fig. 18. Cette faulîe che-
nille a 20 jambes. Elle eft remarquable par fes couleurs,
& leur diftribution. Le fond de la couleur de la plus lon-
gue partie du corps eft; un bleu- verdâtre, un céladon plus
,,, MEMOIRES POUR l’Histoire
LlJuStre que l'ordinaire. , Les trois premiers anneaux font
d'un brun-tanné, & la partie poftérieure elldu meme brun.
Elle a outre cela diverfes lignes longitudinales, tiacees par
**^ïaFi'iire U fait voir en grand (Scpar-delTous, le bout
du corps d’une mouche à feie telle que celle de la figure
precedente. /, la fente où la feie ell logée.
^ DinslaFiff. i2,auffigroffiequelaprecedente,onvoitla
feie /; que la preffion des doigts a forcé de paroître au jour.
VÎT
La Figure i repréfente une feuille de poirier, fur la-
quelle font trois faiilTes chenilles du genre de celles que
j’ai appellées têtards. a^b,c, marquent ces trois faulles
chenilles. En p, le parenchime de la feuille a été
mangé par ces mfedes. r /r l -u
Les Figures 2 , 3 & 4 font celles d une faufle chenille
têtard très-groflie, &. vûe en differents temps, & en des leiis
différents. Dans la figure 2 , la faufle chenille ne montre
qu’un de fes côtés, <Sc fait voir fa tête & fes jambes. Dans
la figure 3.1a faufle chenille eft vûe par-defllis , ayant la
partie antérieure a b, renflée. Dans la figure 4, la faune
chenille eft vûe par-deflTous.
La Figure J repréfente la mouche dans lacjuelleietrâiis-
forme la chenille têtard de la figure i
. , r /r
La Figure 6 eft celle d une mouche venue d’une faulle
chenille têtard, qui avoit vécu fur le cerifier. Cette mou-
che eft alTés femblable à celle de la figure précédente, &
je ne fuis pas fûr qu’elle en diffère fpécifiquement. Elfô
font l’une & l’autre de la claflfe des mouches qui ont une
bouche &; des dents. ,
La Figure y fait voir par-delTus , <& dans la gran ef
naturelle, une faufle chenille épineufe du chene, qtn e
DES Insectes. III. Mem. 135
beaucoup groiïie dans la figure 8 , & qui y cfl vue par-
defTous 6: de côté. Cette fauflc chenille a 22 jambes.
Les Figures 9 & i o l'ont celles de deux éjiines de lâ
faufle chenille précédente.
La Figure 1 1 montre la fàufTe chenille de la figure 7,
dans le moment où elle achevé de fe tirer de fa dépouille.
d, dépouille qui a été prefquc pouflee fur les derniers an-
iicaux.
Dans la Figure 12, on voit la faune chenille de la
figure 7, mais qui a mué, <&: qui alors efl lifTe; en fe dé-
faifant de fa dépouille , elle s’eft défaite de fes épines.
La Figure 1 3 repréfente dans fa grandeur naturelle une
fauffe chenille épineufe à 22 jambes, qui vit de feuilles
de prunier. La même chenille eft beaucoup groffie dans la
figure 14.
La Figure 1 5 eft celle d’une des épines de la fauffe
chenille précédente , vûe au microfeope.
La Figure 1 6 eft celle de la mouche à feie , dans la-
quelle s’eft transformée la fauffe chenille de la figure i
Cette mouche n’a paru que dans le mois d’ Avril; elle a
paffé l’hyver dans fa coque ; fon corps eft jaune , & fes
ailes font teintes d’un brun un peu verdâtre.
La Figure 17 eft celle d’une faufle chenille de l’aune
qui eft parmi les fauffes chenilles, ce que font parmi les-
chenilles celles que j’ai appellées cloportes. Ses anneaux
s’emboîtent les uns dans les autres. Elle eft plus applatie
que ne le font les fauffes chenilles ordinaires; elle eft verte.
J’ai eu une autre fauffe chenille de l’aune, qui étoit blan-
che, Si couverte de poudre; mais fa figure étoit celle des^
fauffes chenilles ordinaires.
La Figure 18, eft la figure 17 groffie à la loupe.
Les Figures 19, 20 & 2 1 repréfentent la même fauftè
clienille, qui eft d’une des efpéces de celles qui vivent de
1^6 MEMOIRES POUR lHiSTOIRE
feuilles de rofier. Elle eft étendue dans la figure 1 9 ; niais
fon attitude la plus ordinaire, & qui eft finguliere,eft celle
de la figure 20, où elle eft roulée en barillet de bougie.
Elle eft encore roulée dans la figure 21 ; mais fon bout
poftérieur ne s*y éleve pas , comme il s eleve dans la figure
20. Elle a 22 jambes; le deftlis de fon corps eft d’un
beau verd, & chacun de fes côtés a une bande d’un verd-
jaunâtre. Obfervée à la loupe , elle paroît chagrinée. De
petits grains blancs comme ofleux, 6 c faits en lames poin-
tues, bordent le contour de chacun de lès anneaux.
Planche XIII.
La Figure i repréfente dans fa grandeur naturelle &
étendue une faufle chenille qui fe nourrit de feuilles de
chevre-feuille.
Dans la Figure 2 , la faufte chenille de la figure première
eft roulée, comme elle 1 eft ordinairement.
La Figure 3 eft celle de la tête de la faufle chenille
précédente , vue de face.
La Figure 4. montre une coque c attachée à une pe-
tite feuille de chevre-feuille. Elle eft de foye, & a ete faite
par une faufle chenille renfermée dans un poudrier où il
n’y avoit point de terre.
La Figure 5 eft celle d’une coque moins applatie que
la précédente , quoique faite par une fiuffe chenille de
même efpéce que ce le qui a fait l’autre coque.
La Figure 6 fait voir une moitié de la coque de h
figure y qui a été coupée tranfverfalement, afin qu’on en
pût tirer la nymphe qui y étoit renfermée. Le tiflu exté-
rieur eft différent du tiflu intérieur /. Chaque coque
entière eft compofée de deux coques , dont l’une eft mife
dans l’autre; mais cela fera mieux expliqué par les figures
de la planche 1 4. U
DES Insectes. ///. Mew. 137
La Figure 7 eft celle d’une nymphe tirée d’une des
coques précédentes, de la nymphe dans laquelle fc trans-,
forme la faulTe chenille des figures i 6c 2.
La Figure 8 rcpréfiente la mouche dans laquelle la
nymphe de la figure 7 s’eft métamorjihoféc. Elle a ici
les ailes écartées du corps, comme clic les a quaiKficlIe
fedilpofe à voler. Sa couleur approche de celle des mou-
ches à miel. Ces mouches font loi tics chésmoy de leurs
coques au commencement de Mai.
La Figure 9 montre très en grand, une des antennes
de la mouche précédente; elle elt de ces antennes que
nous avons nommées en mafiiic.
La Figure 10 repréfente encore une mouche d’une
faufle chenille du chevre- feuille; celle-ci a aéfuellement
fes ailes croilées fur le corps; c’efi: le mâle, 6c celle de la
figure 8 efl: la fénielle; fon corps eft plus long, plus effilé
que celui de l’autre.
^
La Figure 1 1 fait voir en grand 6c par-deffious, la tête
d une des mouches précédentes, d, d
,
les deux grandes
dents ou mâchoires , qui ont chacune trois dentelures ou
petites dents. Au-delTous eft la lèvre inférieure , figurée en
palette , de chaque côté de laquelle partent deux appen-
dices longuets.
Les Figures 1 2 6c 1 3 repréfentent la même faulTe che-
nille; elle eft étendue dans la figure 12, comme elle l’eft
quand. elle marche; 6c dans la figure 13 , elle eft roulée,
comme elle fe roule volontiers. Cette faulfe chenille vit
fur la fcrophulaire; elle 322 jambes.
Les Figures 1 4 6c i j font encore celles de la faulîe
chenille étendue & roulée , des figures 1 2 6c 13; mais les
nouvelles figures la repréfentent après la dernière mue.
La peau qu’elle a alors, n’a plus les couleurs 6c les taches
qu avoit la peau qu’elle a quittée.
Tome V. , S
0 MEMOIRES POUR
F^ure . 6 fait voir une des fauffes chendlcs pré-
utque dansfonétat naturel cft fermée de toutes pans;
on luU fait louveiture qui permet de voir la fauflfe che-.
L'a Figure .7 montre dans fa grandeur naturelle la
nvmpl.e qui eft grolf.e dans la figure . 8. Cette nymphe
àSirée^l’une œque femblable a
1 es Fio-ures i o & 20 reprefentent la mouche dans la-
qudle fe transforme la faulfe chenille des figures . a. , j,
& écartées du corps, figure ao Son corps eft plus lion-
fré que ne l’eft celui des mouches des fauffes chenilles les
âus ordinaires; il a quelque chofe de a forme de cdu.
le certaines guefpes. auquel il reffemble encore par la
couleur. Ses anneaux font jaunes & bordes de noir.
' La Figure 2 1 eft celle de la partie pofterieure du corps
de la fém'elle en grand. l’anus. 4 4 deux pièces qui com-
pofent letui de la feie./ la fcie. du
corps delà même mouche, grolfi ; mais dans un te^s
où, en preffant le ventre , on a oblige a /“F
' ties qui font ordinairement cachées, a, J'"'®'
hmel écailleufes , creufées en cuil ier qui font 1 « «
feie./yla fcie, ou, plus exaélement, les deux W "1 jes
i’une contre l’autre. d, prolongements e c ac
feies, qui font écailleux, & qui (ervent a “
alternativement, e, tendons qui peuvent ai er
Figure 23 fait voir en grand & de côté . lad^
fcie des figures précédentes./^., eft le dos ^
dans laquelle eft creufée une couiiffe qui mai
des Insectes. ///. Mcm. 1 3 9.
deiixfcies. //.eft une des fcics,<Sc la feule vifiblc dans ccttc
pofition , parce qii elle c(l immédiatement aj^pliqucc liir
fautre fcie qui lui eft égalé & icmblablc. d
,
])rolongc-
nient de la iciCy lcl|)ecc de mancbc qui fcit a la faite
jouer. Planche XIV.
Les Figures i & a font voir la même fauffe chenille
du rofier en deux pofturcs dilférchtes. Son corps eft j)lic
en/ & fa partie poltérieurc eft relevée dans la figure i ;
dans la figure 2, fa partie poftérieure eft feule recourbée
en deflbus. La branche de rofier qui pendoit en bas lorf-
quelle a été deflinée, fe trouve ici dans une femblablc
pofition.
Dans la Figure 5,011 a repréfenté la faufte chenille des
figurespréCédentesgroflie&ttllongée, comme elle l’eftlorf-
qu’elle marche, pour faire voir l’arrangement de les jambes.
La Figure 4. eft en grand celle d’une des jambes écail-
leufes de la faufte chenille, une des fix premières, deux
crochets par iefquels elle eft terminée.
La Figure 5 montre une feuille de rofier fur laquelle une
fauffe chenille s’étoit faite une coque, parce qu’elle n’avoit
point de terre dans laquelle elle pût entrer, o 1^ coque.
La Figure 6 fait voir une coque de ces fauffes che-
nilles, qui avoit été faite en terre; mais qui, après en
avoir été tirée, a été bien nettoyée, broffée & même
lavée. On a voulu montrer que la coque eft double
,
qu’une coque d’un tiflii plus mince & plus ferré, eft con-
tenue dans une coque d’un tiffu à groffes mailles <Sc roides.
a, a, partie de la coque extérieure. Le refte de cette coque
a été emporté avec un canif; ainfi la coque intérieure a
été mife à découvert en ù.
Sij
1^0 MEMOIRES POUR L HISTOIRE
La Fig. 7 eft celle de la coque intérieure qui a été tirée
hors de la portion de la coque extérieure a a, figure 6.
La Figure 8 eft la portion de la coque extérieure
qui eft aéîuellement vuide, parce que la coque de lafigure
7, en eft dehors.
La Figure 9 eft en grand , celle d’une portion du rezeau
de la coque extérieure.
La Figure 10 rej)réfente une des mouches qui fortent
des coques précédentes', de celles dans lerquelies les fauffcs
chenilles des figures'i cSc 2 fe transforment, après avoir paffé
par l’état de nymphe. Elle eft vûe par-deffus dans cette
figure , ayant les ailes croifées fur le corps.
Les Figures 1 1 & 1 2 repréfentent deux mouches de
même efpéce que la précédente, mais de différent fexe,
vues par-deffous. La figure 1 1 , qui eft celle de la femelle,
a txi f, une fente où la fcie eft logée; on ne voit point une
pareille fente à la figure 1 2 , qui eft celle de la mouche
mâle.
La Figure 1 3 montre dans fa grandeur naturelle une
branche de rofier , dans laquelle la mouche de la figure 1
1
a fait diverfes entailles, pour y loger autant d’œufs qu’elle
a fait d’entailles. Ces entailles font dilpofées fur une même
ligne entre o, &. p.
Dans la Figure iq-, une portion de la branche pré-
cédente eft groffie à la loupe ; les entailles y font plus
fcnfibles.
La Figure i 5 eft celle d’une portion de branche grolTie
au microfcope. Elle n’a que deux entailles e, e, mais dont
la direction <Sc la courbure eft mieux exprimée, & rendue
plus fenfible que dans les figures précédentes.
, La Figure 1 6 eft encore deffinée au microfcope, & fut
voir l’état où fe trouvent au bout de quelques jours , les
des Insectes. IIL Mem. 141
parties qui répondent à deux entailles, telles que celles e, e,
li"ure 1 5 , qui étoicnt récemment faites. On voit les deux
convexités qui fe font formées en e, e.
La figure 17, qui n’eft pas groffie confidérablcment,
fait voir une file d’entailles obfervées dans un temps
encore plus avancé que celles de la figure précédente.
Alors elles forment une file de demi -grains de cha-
pelet.
La Figure 18 a été vue avec un verre qui groflîlToic
autant que celui à l’aide duquel on a de/finé les figures
I c & 16. Dans la figure 1 8 , on a enlevé l’écorce peee,
& une mince feuille du bois qui recouvroit la partie d’une
branche de rofier qui avoit été entaillée ; ainfi , on a
mis à découvert la file de cellules-, dont on ne voit que
les fentes ou ouvertures dans les autres figures, dfc, cfd,
font deux de ces cellules, o, o, l’œuf que chacune d’elles
renferme. Aies fibres ligneufesqui ont été forcéès de pren-
dre de la convexité , pendant que l’œuf qu’elles couvrent,
a pris plus de volume.
Planche XV.
La’Figure 1 repréfente dans fa grandeur naturelle un
morceau de branche de rofier, dans lequel eftune entaille
offo, où des œufs font arrangés dans deux*"files ; la
mouche à feie qui a fait l’entaille & arrangé les œufs, eft
d’une efpéce différente de celle des figures i o , 1 1 &. 12,
planche 14. AA l^s deux, files d’œufs.
La Figure 2 efl; la figure i grolfie à la loupe.
Dans la Figure ^ , on n’a qu’une portion d’une des
figures j)récédentcs ; mais vue au travers d’un verre qui
grolfiffoit plus que celui dont on s’étoit fervi.pour la
figure 2. Ici on diftingue aifément les elpéces de boîtes
^ ^ • • •
S iij
\
t
t
142 MEMOIRES POUR L’HISTOIRË
li^neufes, dans chacune defquelles un
f, fix œufs pofés dans fix cellules. Plus les œufs grof,
fident,& plus ils font à découvert ; en croiffant/ ils obligent
i’entaiile à s ouvrir de plus en plus.
La Fi<^ure 4 repréfente en grand une antenne de là
mouche de la figure 1 2 , planche 1 4. De chaque côté
cette antenne eft bordée d’une frange de poils ad, al
La mouche à laquelle elle appartient, eft mâle
La Fio’ure 5 montre une autre antenne âülii ou plus
grolfie que celle de la figure precedente , rnais qui n 3
point la frange de poils qu a 1 autre. Elle eft 1 antenne de
la mouche de la figure 1 1 , planche 14, c’eft-à-dire, quelle
eft l’antenne de la femelle.
La Figure 6 eft celle d’une mouche qui fait les en-
tailles où elle loge fes œufs , dans les^ groffes côtes des
feuilles de rofier. Elle paroît ici occupée à faire entrer fa
feie. dans la côte d’une feuille nouvellement développée,
& qui eft encore pliée en deux. Cette mouche eft toute
noire , elle a feulement une partie- de chaque jambe jau-
nâtre. _ , v
La Figure y fait voir le derrière de la mouchera icie,
de la figure 1 1 planche 14, extrêmement groffi, & par-
deffous 4 4 deux lames creufes, qui enfemble fervenù
couvrir la feie , à lui faire une ’efpéce d’étui ; le bout de
chacune de ces lames , a un bordé noir & écailleux. Le
lefte eft ijaune , 6c a moins de confiftance.
La Figure 8 eft celle du bout poftérieur du corps de h
même mouche, qureft repréfenté dans la figure 7, mais qui
ici eft vu dans un temps différent, fçavoir, dans un moment,
où, en preftTant le ventre entre deux doigts, on force la
feie à fe montrer, /e, le, les deux pièces, qui dans
ieiTips ordinaires, couvrent la feie, 6c qui étant un pett
j)ES Insectes. IIL Mem. 145
écartées l’une de l’autre , la lailTent paroître. f, la fcie.
^ l’anus.
La Figure 9 montre la fcie marquée f, figure 8 , déta-
chée du ventre, extrêmement grolîie, à plat & de côté.
(t eft un des côtés de la coulifie, dans laquelle iedos de
la double fcie, ou les dos des deux fcies font logés./^,la
double fcie avec fes dents. Sur le plat de la même fcie,
font d’autres dents femblables à celles des peignes , expri-
mées plus en grand & plus nettement dans la figure 1 1.
Dans la Figure lo, on aféparé l’une de l’autre les deux
fcies, qui enlèmble compofènt la double fcie, c r, une
des pièces écailleufes, qui fait un des côtés de la coulilfe.
eafx, une des fcies qui a été tirée de fa coulifTe , & jettée
furie côté, l’autre fcie qui eft reftée en place, & qui
ell en partie dans fa coulifie. t, portion de la queue de la
fcie i-Xf portion de la queue de la fcie f.
La Figure 1 1 repréfente le bout, & une petite portion
d’une des fcies eaf, on vue avec un microfcope qui
groflit beaucoup. p^p,p, les dents femblables à celles d’un
peigne, diftribuées en autant de rangs qu’il y a de dents
fur le tranchant de la fcie ; la face où elles font , l’exté-
rieure a quelque convexité, d, d, d, d, les grandes dents
de la fcie , qui font elles-mêmes dentellées ; leurs den-
telûres font inclinées vers la pointe de la fcie.
La Figure 12 fait voir de face le dos de l’afTemblage
qui forme la coulifie. cr, cr, deux pièces écailleufes. On
ne voit qu’une de ces pièces , marquée par les mêmes
lettres dans les figures 9 & io.m,n, membranes qui tien-
nent afiemblées les parties écailleufes cxj, c 6 c qui leur
pennettent de s’écarter plus ou moins, b, b, bouquets de
poils, a, a, chairs qui tiennent aux pièces qui compofènt
« coulifie.
144 MEMOIRES POUR l’Histoire
La Figure 1 5 reprélèiite une des deux fcies qui a été
ôtée à une mouche d’une efpéce différente de celle des
rofiers , & fert à donner un exemple des variétés qu’on
peut trouver entre les fcies des différentes mouches. Sur
ie plat , ou plutôt fur le convexe de la dernière , on ne
découvre point de ces dents en peigne marquées
figure 1 1 . On voit auffi que les grandes dents faillent
moins J fortent moins de la fcie» que ne fortent celles de
la figure qui vient d’étre citée.
La Figure 1 4 n efl que celle d une portion de la figure
1 3 ; mais on voit mieux dans cette figure que dans la pré-
cédente , que les grandes dents d d d, font elles-mêmes
dentellées , & que leur dentelûre efl plus fine que celle des
dents de la figure 1 1
.
QUATRIEME
DES Insectes. IV. Mem. 145
(IV A TR I£ ME MEMOIRE.
SUR LES CIGALES;
ET SUR QUELQUES MOUCHES
de genres approchants du leur.
t -
L Es Cigales ne font pas de ces infedes qui ont refté
ignorés pendant une longue fuite de fiécles; elles ne
font pas de ceux qui n’ont pû être découverts que par des
Obfervateurs curieux & attentifs ; elles ont été connues
il y a long-temps. La groffeur de celles * qui font les plus
communes , les met à portée des yeux les moins accou-
tumés à s’arrêter fur de petits objets. D’ailleurs elles font
renommées pour leur chant. Cette elpéce de chant, ou de
bruit quelles font entendre vers le temps de la moiffon,
&qui ne plaît pas toujours, les a fait chercher par ceux
memes qui fe foucioient le moins de connoître les petits
animaux. Ils ont voulu fçavoir d’où venoit un bruit qui
les importunoit. Les pays chauds font ceux où elles le
plaifent. Dans le Royaume , je ne fçache pas qu’on les
connoilTe ailleurs que dans la Provence & dans le Lan-
guedoc. Mais comme on a par tout oui parler de leur
‘^{lant, dans plufieurs provinces où on ne trouve point de
‘^'gams, on en donne le nom à certaines efpéces de fau-
terelles , foit ailées , foit non ailées , qui font de grandes
^ '3'iteufes. Quelques - unes de ces provinces peuvent
pourtant avoir des cigales, mais qui n’y ont pas été obfer-
parce quelles y font rares. II y a quelques années
que M. du' Hamel m’apporta une dépouille bien com-
P ett^, 6c qui lui fembloit avoir été lailfée par un fearabé
l^ome K . X
PI.
I, 2,
1
6
. Gg.
5 ôi 6.
* PL 1
6
» fig.
1 .
Fig. 8 & 9
.
* Fig, I.
& 2 .
* Fig. 1 , 2,
5 & 6 .
146 MEMOIRES POUR L’HiSTOIRE
clans Tinflant où il s’étoit transformé. Il i’avoit trouvée
à fa terre de Nainvilliers, près dePetiviers en Beauce. Je
l’aflTurai qu’une cigale étoit fortie de cette dépouillé; que
cette dépouille apprenoit qu’il devoit trouver des cigales
dans la terre. Il y en chercha l année luivante , & il y
en trouva quelques- unes qu il ma données, & qui font
de l’efpéce des plus grandes cigales * de la Provence & du
Languedoc.
Ce n’ell pas parce que les cigales font des mouches à
corps court ou elliploide , que nous nous lommes déter-
minés à les placer à la fuite des mouches à feie; mais
parce qu’elles leur relfemblent par 1 induftrie avec la-
quelle elles mettent leurs œufs à couvert en fureté.
Elles font d’ailleurs bien autrement grandes que les mou-
ches à feie. Parmi les genres de mouches à corps court,
il n’y en a point dans le Royaume, dont les mouches ayent
le corps aulfi gros que celui des cigales des grandes elpé-
ces; le corps des cigales des petites elpeces*, eft encore
plus gros que celui des frelons, c efl-a-dire , que celui des
mouches que nous regardons comme fort grolfes.
Au premier coup d’œil, la forme de la cigale paroit
groffiére. La tête * n’eft j)as proportionnée avec les autres
parties, comme elle l’ell communément dans les autres
infeétes , & fur-tout dans les autres mouches. Elle eft
large & courte. Les deux yeux à rezeau * y font > |
un a
droite & l’autre à gauche , tout près de fon bout pofterieur.
Depuis la convexité d’un de ces yeux, jufqu’à celle de
l’autre , il y a une dillance égale au diamètre du corcelet
dans l’endroit où il eft le plus gros ; & la diftance depuis
le milieu du bout poftérieur de la tête jufqu au bout an
térieur, prife en deffus, n’eft au plus qu’égale au
celle qu’il y a entre les convexités des deux yeux : aulu
devant de la tête eft-il obtus-
DES Insectes. IV. Mem. 147
Les yeux à rezeau ont par leur figure oblongue, quel-
que relfemblance avec ceux des écrevifles , mais làns être
mobiles comme ces derniers dans leur orbite. Entre ces
yeux, qui font taillés à un nombre prodigieux de facettes,
car leur rezeau efi; extrêmement fin, il y en a trois* de *
ceux que nous avons nommés des yeux liflès, dilpofés '
triangulairement fur la tête.
Les mouches de ce genre font de celles qui ont un
corcelet compofé de deux, pièces, ou, fi l’on veut, qui
ont deux corcelets. La tête efi jointe & appliquée au
corcelet antérieur * par un col fi court, qu’il efi toûjours *
caché. Le corcelet antérieur peut jouer lur le pofiérieur * '
auquel il efi uni. Il peut fe mouvoir pour permettre à la
tête de defeendre un peu plus bas, C’efi encore de ce
que ces corcelets ont d’un côté à l’autre un diamètre à
peu près égal , & égal à celui de la tête, que la cigale paroît
alTés grofiiérement façonnée. II y a pourtant quelque
travail fur le corcelet antérieur, un triangle y efi fculpté,
fes côtés font gravés en creux ; on y voit aufii quelques
traits en creux parallèles aux côtés de ce triangle. Le
deiïiis du fécond corcelet efi ])lus lifle & plus luilànt; vers
le milieu de fon bout pofiérieur, il a pourtant un petit
cordon qui s’élève au-defflis du refie. Enfin , le bord de
fa partie fupérieure & poftérieure fe releve au-deflus d’un
fillon qui le précédé.
Les quatre ailes de la cigale font tranfparentes. Les
fupérieures * beaucoup plus grandes que les inférieures *, *
ont des nervures opaques, très-marquées, très-fortes &
tres-capables de foûtenirle tiflu mince qui remplit les inter-
cales qu’elles laiflent entr’elles. Ces deux aiflesfupérieures
lont attachées au fécond corcelet tout prèsde fa jonélion
avec le premier ; & les inférieures ont leur attache alTés
proche de la jonélion de ce corcelet avec le premier des
Tij
Pl. 16. fig.
Fig. I (Sc 6.
e e A» ^
* cc.
Fig. 6. 4 A
* 7nj ni*
8 MEMOIRES POUR l’HISTOIRE
.PI , 6 .%. eaux ducorps. Elles font toutesquatrepoféesentoil*
I. elles s’appliquent pourtant fur le corps , dont une portion
refte à découvert. .
Pour achever de décrire tout de luite ce que nous
offre la partie fupérieure de cette groffe mouche , nous
dirons qu on y compte huit anneaux , fi on veut mettre
au nombre des anneaux une parue oblongue & conique,
par laquelle le corps eft termine , qiioiqu elle ne foit pas
eompofée de deux pièces dans les femelles , coinme les
autres le font. Le premier anneau eft le plus large de tous;
le fécond plus étroit, left moins que le troiheme , le qua-
triéme , le cinquième & le fixicme ; mais le feptieme égale
pour le moins le fécond en largeur. D un cote a 1 autre,
fe diamètre des cinq premiers eft à peu - près égal , mais
celui du ftxiéme eft plus petit fenfiblement que le diamètre
de celui qui le précédé, & furpaffe le diamètre du fepiiéme
qui eft plus grand que celui du dernier anneau. Aullilc
" Fig- S- ^ cOTps du mâle & celui de la fémelle * fe terminent en
* Figure 2, pQjj^te; mais la pointe du corps de la femelle eft plus allon-
gée. Tous les anneaux font écailleux, ils n ont aucun poil
fenftble à la vue fimple ; ce n eft qu’autour des yeux a
rezeau & fur le deffous de la tête &. des corcelets , qu on
en découvre, fur-tout fi on les cherche avec une loupe.
Mais ce font les parties que peut montrer le délions
de la cigale , qui nous arrêteront le plus dans ce Mémoire.
Fig. 2 & C eft-là qu on peut voir fa trompe * ; c ’eft-là qu on peu
5 - voir fur les fémelles où eft pofé l’inftrument* avec lequel
Fig- 2./ gjjgj parviennent à percer les trous dans lefquels elles lo*
* Fig. 2.1/,!/. gent leurs œufs. Ceft- là enfin, quoii trouve aux males
les organes qui produifent cette efpéce de chant qui a tan^
fait célébrer la cigale. Heureufement que ces parties, 1
plus finguliéres de l’extérieur de ces mouches de
de l’autre fexe, peuvent être bien vues fur celles qui lo
DES Insectes. IV. Mem. 149
mortes; & que pour les étudier & les diflequcr à 1 aile,
il faudroit faire périr les cigales qu’on auroit vivantes;
car je me lliis trouvé engagé à écrire leur hilloire lans
en avoir jamais entendu chanter une, & fans en avoir
jamais polfedé une en vie. Je n’en ai pu découvrir aucune
dans les environs de Paris, ni dans les autres cantons du
Royaume où j’ai été à portée de faire des obl'ervations.
Les regrets que j’avois de ne pouvoir obl'erver vivant un
genre d’infectes, à qui une place étoit fi diic dans nos
Mémoires, ont celfé lorfque j’ai vû beaucoup d’babiles
gens fe prêter dans le Royaume, & hors du Royaume, à
me procurer des connoilfances que je défirois. Dans le
Languedoc, feu M. Lefèvre Médecin d’Uzez, qui a
communiqué à l’Académie beaucoup d’expériences qui
ont paru curieufes; feu M. Lefèvre, dis- je, m’a envoyé
des cigales telles qu’elles font en été , & m’en a envoyé
fous la forme qu’e les ont avant que de s’être métamor-
phofées. M. Sauvage fçavant Profeffeur en Médecine à
Montpellier , de la Société des Sciences de la même
Ville, a eu auffi attention de m’en procurer. M. Granger,
ce Voyageur fi plein de courage, à la mort duquel toutes
les parties del’Hiftoire Naturelle, <&la Botanique fur-tout,
ont tant perdu , m’a fait parvenir des cigales d’Egypte.
Mais les cigales fe trouvalfent-elles naturellement aux en-
virons de Paris, & y euffai-je employé un grand nombre
Qe perfonnes à m’en chercher , je n’en euffe pas été plus
fourni que je l’ai été de celles de toutes efpéces , & de l’un
oc de l’autre fexe , des environs d’Avignon , par les foins
00 M. le Marquis de Gaumont. Son penchant naturel le
porte à obliger , & fur-tout à obliger ceux qui , comme
lui, aiment les fciences; mais je me fais un plaifir de
penfer, & je le penfe fur de bonnes preuves, que fon
^tnitié pour moy lui fait faire bien au-delà de ce qu’il
rr* • • •
T U)
l'O MEMOIRES POUR L’HISTOIRE
feroit pour des Sçavantsqui ne lui feroient pas aufli atta-
chés que je le fuis. Il ne sert pas contenté de faire lui-
même les recherches & les obfervations que je lui avois
marqué défirer être faites; il a engagé pluheurs perfonnes
aie féconder, &entr’autres M. Alphons, qui, quoiqu’oc-
cupé journellement de bonnes œuvres , trouve du temps
pour étudier les infecfîes, Sc en a trouve affés pour me
fournir les obfervations que j’avois le plus d’envie d’avoir
par rapport aux cigales.
Apparemment que nous euffions pû nous difpenfer
de traiter des cigales, de faire graver des figures qui le-
préfentent celles de difiérentes efpéces & de difiéreiits
fexes, & leurs parties les plus remarquables, fi des cir-
conftances que nous ignorons n’euflent pas empêché
jufqu’à préfent M. Pontedera d’en publier l’hiftoire qu’il
avoit fait efpérer ,& qu’il avoit promis d’accompagner de
figures. Ce qu’il a rapporté de ces grofles mouches , dans
une lettre écrite à M. Sherard dans le mois d’Oélobre
1717, & imprimée enfuite à Padouë, prouve qu’il lésa
étudiées avec un foin & une attention qui n’ont pu man-
quer de lui faire faire beaucoup d’obfervations fûtes &
curieidès.
Arifiote & les anciens après lui , ont réduit les cigales
à deux efpéces, qui différent principalement par la gran-
deur ; il a nommé celles de la plus grande efpéce achew,
<Sc celles de la petite efpéce tettigonïœ. M. Pontedera, dans
la lettre que nous venons de citer, dit aiiffi qu’il ne con-
noît que deux fortes de cigales, des grandes & des petites;
mais qu’il connoît deux efpéces des unes & des autres.
Il a fait un ufage du nom d’efpéce, qu’on n’a pas coûtume
d’en faire lorlqu’il s’agit des animaux; les cigales de deux
fexes différents , le mâle &. la fémelle , font pour lui de
deux efpéces différentes. II s’efl cru autorifé apparenini^J'^
DES Insectes. IV. Mem. 1 5
1
à cette dénomination , parce que les Botanifles regardent
comme des efpécesde j)lantes difiérentes celles qu’ils di-
fent être d’un ièxe différent ; mais les fexes des plantes ne
font ni auffi iûrement connus, ni connus depuis aiiffi
long-temps que ceux des animaux, ce qui fait qu’on ne
feroit pas auffi hardi à affûrer de deux plantes qu’elles ne
diliérent qu’en fexe, qu’on l’eft à l’affûrer de deux ani-
maux. Quoi qu’il en foit, M. Pontedera convient qu’il ne
connoît réellement que les grandes cigales * qu’Ariftote pi. , 5. fig,
a nommées Achetés , & les petites qu’il a nommées
Tettigonies. A ces deux efpéces, j’en ai une troifiéme * p^'. 7.
à ajouter, qui eft d’une grandeur moyenne entre les
grandeurs des deux autres, qui en diffère encore j)ar
d’autres endroits. A en juger par la grandeur de la cigale
qu’Aldrovande a fait reprélenter pour une tettigonie, Ôc
par ce qu’il dit des lignes dorées qu’elle a fur le corps qu’il
confond avec le corcelet, fa tettigonie eft notre cigale de
l’efpéce moyenne *, &. la plus petite efpéce de cigales lui * Fig. 7.
*
auroit été inconnue.
Outre les différences de grandeur qui peuvent faire
aifément diftinguer trois efpéces de cigales les unes ^ des
autres, elles ont encore entr’elles des variétés de couleur
très-propres à les faire reconnoître. La grande efpéce eft
en deflus la plus brune des trois. Le corps & les corce-
Jets y font d’un brun luilànt prefque noir. Le premier
corcelet a pourtant un bordé d’un jaune-brun , tout au-
tour de fon contour poftérieur. Il a encore une ligne
droite du même jaune dirigée vers la tête, & qui ledivife
en deux également ; quelquefois on y apperçoit de plus,
deux ou trois points jaunâtres. Les parties du bord pofté-
tieur du fécond corcelet , qtii font plus relevées que le
•eue, font auffi jaunâtres. Le jaune domine bien autre-
*tiem fur les cigales de l’elpéce de moyenne grandeur *, * Fig. 7.
* PI. I 6
8 (Sc .9
¥
i'2 MEMOIRES POUR l’HISTOIRE
Le premier corcelet de celles-ci, a plus de jaune que de
brun ; le fécond corcelet a auffi bpucoup de jaune; il 3
deux taches de cette couleur pofées Tune contre l’autre
près de fon milieu, .qui ont quelque chofe de la figure
d’un X mal formé. Près de l’origine de chaque ado, il y
a encore une autre tache jaune , plus de la rnoitie de la
)artie lupérieure de chaque anneau eft jaunâtre. Enfin,
es ailes fupérieures font picquées de huit à dix points
d’un brun prefque noir, qu’on ne trouve point aux ailes
des cigales de la grande efpéce.
%. Les cigales de la troifiéme ou plus petite efpece *, font
appellécs cigalons, près d Avignon; elles ont moins de
jaune que celles de la fécondé, & plus que celles de h
première efpéce. Quelques-unes ont une teinte rougeâtre.
Tous les anneaux de leur corps , ont un étroit bordé jaune.
Quatre rayes jaunes un peu tortueufes , font couchées
fur le fécond corcelet à pei>pres parallèlement les unes
aux autres, & dirigées fuivant la longueur du corps. Il y
a beaucoup de jaunâtre fur le premier corcelet. Si' on
approche es ailes des cigales de cette petite efpece, de
celles des cigales eles deux premières efpeces, elles paroinent
laies en comparaifbn des autres ailes. On leur trouve une
teinte jaunâtre qui aide à faire briller le luifant argente des
premiers. A ces trois efpéces , il y en aura apparemment
encore d’autres à ajouter, lorfqu’on obfervera lés cigales de
différents pays avec une nouvelle attention. Le nombre des
efpéces de ces mouches ell: prefque déjà trop grand, pour
qu’on puiffe les diftinguer les unes des autres fimplement
par la grandeur; mais on pourra les caraélérifer par d au-
tres particularités qu’elles nous offrent ; les différences
ele couleurs, & les différentes diflributions des memes
couleurs , y peuvent feules fuffire.
Venons à confidérer par-deffous nos cigales que u®
‘ navons
DES I N S E C T E S. /F. Mem. I
Tl’avons encore fait voir qu’en deffus. Les plus brunes,
celles de lapins grande elpéce, ont le ventre d’une couleur
plus claire que celle du deiïus du corps; il cft d’un jaunâtre
taie & pâle, excepté près des bords, où l’on trouve encore
deux bandes brunes. Ces bandes font des portions des
•mêmes arcs écailleux, qui recouvrent ledeffus du cor])s;
>chacun de ces arcs * lé recourbe de chaque côté pour Pi. i6. %.
•venir finir fur le ventre, & pour y être alfemblé à une
tame écailleulé, comme ils le font eux -mêmes, mais
moins convexe. Elleeftprefqueplatte, plus épailfepour-
laiK version milieu que près de les bords; dans toute l'on
étendue, elle eftd’un jaunâtre pâle. Une de ces lames &
l’arc auquel elle eft jointe , forment enfemble un anneau
complet. •
Si on oblige le ventre de s’allonger, c’eft-à-dire, fi on
écarte les lames blancheâtres les unes des autres, autant
qu’elles peuvent s’écarter, on met à découvert les ftigma-
tes du corps. Il y en a deux * entre deux lames , un de *//,//, ôcc.
chaque côté , placé tout près de la jonébon d’une lame
avec l’arc écailleux qui lui correlpond.
^ Nous n’avons pas encore achevé la defeription de la
tete de la cigale, parce que nous n’avons pas encore parlé
de ce qu’on en voit en confidérant le delTous. Nous
savons pas même encore parlé de deux antennes * qui * Fîg. i &
pourroient échapper par leur petitelTe, elles n’ont que
quelques lignes de longueur. On peut pourtant les ap-
percevoir en ne voyant la tête que ])ar-defrus , mais il
aut la regarder par-defTous pour voir leur origine *. * Fig. 2,
Lhacune d’elles eft pofée alfés près d’un des yeux à re-
zeau , Sc part de delfous une petite lame cartilagineufe
^^'i fe trouve fur je contour qui fait la féparation de la
partie inférieure, Sc de la partie fupérieure. Une loupe
orte fait voir que- chaque antenne* eft compofée de. *Fie.3.
^ome K V '
ICA. MEMOIRES POUR l’Histoire
cinq à fix pièces articulées bout à bout , cx.. déliées tic pj^j,
en plus; celle de l’extrémité eft aufli iiiie qu’un cheveu,.
& celle de la bafe eft iénfiblement plus grolTe.
Du bout antérieur de la tête part une pièce de figure
PI. ,6. fi-, triangulaire *, qui fémble être une cfpéce de irès-giaud:
^ - y’» 1 • J ^ .J ^ J ^ ^
I. & P' niCDton ÿ cjui io, pli€ pour couvrir le deffous de la tete,&
qui s’étend plus loin. Sa bafe a une largeur égale à la-
t illance qui eft entre les yeux à rezeau,. &' la pointe va
bien par-delà la ligne dans laquelle Ibnt les attaches des-
deux premières jambes. Le milieu de cette piece ell re-
levé en bofle conique,. <Sc eft orne de cannelures iranl-
verlales. La baie de ce demi-cone fait le bout de la tète
vûe par-defliis. Le' fommet du cône le rend a la pointe
de la pièce triangulaire. C’eft.de la pointe de cette pièce
que fort la trompe au moyen de laquelle la cigale ell en-
état de prendre pour nourriture autre choie que la rofee
dont les anciens l’ont fait vivre. Avec la trom re elle peut
aller puilër dans les vailTeaux des feuilles A des branches,
des arbres,- le lue qui y eft contenu: Je trouve aulTi dans-
une lettre de M. Alphons, que lorfqu il lai filfoitune cigale
attachée à un arbre, il lui eft fouvent arrivé de tirer. avec
peine la trompe dont le bout étoit pique dans 1 écorce.
Avant fà transformation, avant que d!être mouche, ce
n’étoit que des racines des plantes qu’elle pouvoit tiret,
les aliments nécelTaires pour fon accroilTement,. comme
MOUS le élirons bientôt; alors cependant elle n’étoit pour-
vue que d’une trompe pareille à celle qu’elle a érantcigaie-
Il y a donc apparence que cette trompe,, qui kû a Eté
eonfervée dans là métamorphofe, doitlui.fervir à un ufsgf
femblable à celui auquel elle lui- a été néceflaire fous^a
première forme ; qu elle s en léit pour pomper la feve ^
branches ou des feuilles, comme elle senfer.voit aupa
Kivant pour pomper celle des racinesi.
4
des Insectes. 7K Mem . 1 5
j
Un corps délié & long *, une efpéce de gros fil ftni- Pl, 1 6. fîg.
ble partir de la pointe triangulaire ; il a à pcu-piès la
ffroflèur & la longueur d’une petite épingle. 11 cfl appli-
qué contre le fécond corcelct, & va par-delà l’endroit
où font articulées les jambes de la troifiénte paire. Ce
corps délié n’eft pas la trompe, i.l n’en eft <jue l’étui, 6c
ce n’eft pas du menton qu’il part comme les apparences
portent à le croire. Pour voir la véritable origine de ce
'ourreau de la trompe, & pour voir la trompe meme,
il faut faire violence à lefpéce de menton , le foûlever,
t4cher de Je redrelfer un peu*. Pour peu* qu’on le re- + Fig. 10 . p.
drefle, ce qui n’eft pas difficile, on oblige une partie de la
trompe * à paroître à découvert ; celle-ci tient réellement * r.
à la pointe du menton, aulfi le menton ne fçauroit être
foûlevé fans que la trompe le Ibit. Or , Jorfque la trompe
cft obligée de fuivre Je mouvement de la pointe du. men-
ton, il lui arrive fouvent de fe tirer de fon fourreau ; celui-
ci refte en arriére, parce que fon bout antérieur, ou fa bafe,
dl attachée fixement à des parties membraneufes qui fe
trouvent au-deftbus du menton, vis-à-vis fon milieu
,
mais auquel elles ne tiennent point. Ifour faire prendre
une idée encore plus nette de la pofition de la trompe,
& de celle de fon étui , ayons recours à une compa-
rtifon noble pour la cigale ; comparons le bout de fon
menton , au bout du nôtre , & les parties charnues ou
membraneufes qui font fous fon menton, à celles de notre
gorge. C’eft de ces parties charnues, analogues à celles de
uoUe gorge, que l’étui tire fon origine, 6c c’eft de la
pointe du menton que part la trompe. Quand celle-ci
s éloigné de l’endroit où elleeft ordinairement, fon four-
ne la fuit pas toujours, elle en fort, & c’eft à elle à
Avenir retrouver quand elle doit y être renfermée. 11 y *
* pourtant des circonftances où le fourreau peut fuivre la
Vij
i'5 MEMOIRES POU R L H I STOIRE
trompe, fçavoir , lorfque la cigale donne aux chairs d’où i{
part , un mouvement qui fait qu’elles accompagnent elles,
mêmes le menton. ^
* P!. . 6. fig. Le fourreau * eft une efpéce de goutnere, a laquelle il ne
paroît tout du long qu’une légère fente ; cette fente eft (ur.
la face qui efl en vue lorfqu’on regarde la cigale par.def.
fous. La gouttière efl affés folide,. faite en grande partie
de matières cartilagineufes ; elle peut fe reffcrrer au point
que la fente n’efl que le terme des deux bords oudevres
qui fe touchent ; '& elle peut s’ouvrir lorfqu’il en eft be-
foin pour laiîTer fortir la trompe. Ce fourreau eft plu}-
renflè qu’aiileurs auprès de fa bafe , delà il va en dimh
nuant de diamètre jufques un peu par-dela la pointe dit
menton *. Dans le refie de fa longueur il efl plus menu,
& a à peu -près par-tout le même diamètre, jufqua fou
bout qui efl drrondi. Une portion de la partie la plus ren-
û, b. fiée femhle avoir deux arpiculations* ; on y voit au moins
deux traits tranfverfaux plus enfoncés que le refte. Au-
deffous de cette même portion on doit remarquer des
cartilages bruns qui forment un ceintre en forme de go-
* g. det *. Ces cartilages peuvent etre compares a nos clavi-
cules ; c’efl fur l’efpéee de bec du godet que pofe une
partie de l’étui; le refie du contour du godqj, eft, pour
ainfi dire,, une menfonniére deîtinée à foûtenir le menton.
Quand on confidére le fourreau avec une forte loupe,
elle y. fait découvrir beaucoup de poils. Ceux de fon bout
fe font plus remarquer que les autres , parce qu’ils font
difpofés en rayons. On remarque auffi de chaque côte de
la fente, des poils qui y font dirigés perpendiculairement
& horizontalement, ils font deuxefpéces de franges, mais^
légèrement fournies.
• Nous venons de voir que lorfqu’on foûleve le niCT
ton, la partie de la trompe qui y tient, fe dégage o
des I N s e c T E S; 7 K. Mein. 1 57
feiirreau. Si on pafle une épingle fous ccttc partie tic la
trompe , & qu’avec cette épingle on la pouflc doucement
,
• & peu à peu en haut , on parviendra bientôt à dégager la
trompe toute entière, & dès qu’elle fera à découvert, on
verra aifément qu’elle eft compofée de trois filets * écail- * P'- ' 6. <^g-
leux, ou de nature de corne, égaux en longueur, <& de '
couleur de marron. Ces filets fe féparent fouvent d’eux-
niêmes lorfqu’on les fait fortir hors de la coulifle qui les
contenoit; mais s’ils font reliés unis, on les écarte les
uns des autres en les frottant all'és légèrement avec la
pointe de l’épingle. Quand on s’cll alfûré du nombre
des pièces qui entrent dans la compofition de cette trom-
pe, pour bien voir comment elles font difpofées les unes
par rapport aux autres, on doit tirer le plus doucement
qu’il ell polfibie une trompe hors de fon étui , afin dé
n’y caufer aucun dérangement. Elle paroît alors à peu^
près ronde & terminée par une pointe. Quand enfiiitef*
on vient à féparer les trois pièces les unes des autres, on -
reconnoît qu’entre deux de celles-ci *, (pue nous nom- * u
nierons les extérieures, ell renfermée la troifieme *, que * r.
nous appellerons l’intérieure. Cette dernière eft d’une
couleur un peu plus’^ claire que celle des autres. Les deux -
pièces extérieures font convexes par dehors, & plattes au
moins par la face. qui s’applique contre la pièce intérieure.
Si. on les examine au microfeope ou. avec une loupe
d’un court foyer,.on voit, que leur bout fe termine en
pointe arrondie, & faite à peu- près comme une cuillier’
oolongue, & que la convexité de cette pointe mouffe efi:>
nériflee de. dents très-proches les unes des autres, d’où ib
eu aifé de juger que ces deux pièces font deftinées à faire
des entailles aux plantes. La pièce intérieure a fon bout
terminé par une pointe fine ôc courbe.
• Outre, les trois pièces ^ dont . nous venons de parler
,
.
V li]
*PI. i6.
I 0 & ' J •
3-8 MEMOIRES POUR L’HISTOIRE
nous ne devons pas oublier d’en faire conncûtre une qua-
triéine *, qui ièmble appartenir à la trompe. Elle eft ce-
pendant très-courte &. part comme elle de la pointe du
menton;. elle s’appuye fur la trompe même. Elle eft plus
blancheâtre que les pièces qui corapofent la trompe, dcelle
n’a pas autant de conliftance, elle eft allés large a la baie,
mais elle s’étrécit infenfiblement pour le terminer par une
pointe fine. Nous en lailferions prendre une faufte idée,
fi nous la laiflions imaginer platte, elle eft pliée en gout-
tière. .le donnerois volontiers à cette pièce le nom de
langue de la cigale. Je fuis très-dirpolè à croire qu’elle
conduit dans le menton , lefuc qui lui eft apporté parla
trompe. Ce n’eft, au refte , que l’analogie qui veut que
je lui attribue cette fbnélion ; car je n ai jamais été à por-
tée. d’obferver une cigale pendant quelle fe fervoit de fa
trompe. J’ignore par la même raifon , fi la trompe eft
ecartee du fourreau pendant qu’elle agit, ou fi le fourreau
la foûtient alors, au moins en partie.
. Dans chaque efpéce de cigales, le mâle feul fçait chan-
ter. Cependant dans les pays où ces infetftfô font les plus
communs, on croit que c’eft la fémelle qui chante, du
moins le croit-on en Provence & en Languedoc, on y
prend le mâle pour la fémelle. C’eft une méprife qui ne
doit être reprochée ni au peuple ni même à des hommes
d’ailleurs éclairés , .puifque M. Malpighi avoue y être
tombé. Il avoué qu’il deflina d’abord l’inftrumentdôntla
fémelle eft pourvue pour percer les brins de bois dans lef-
quels elle veutdépofer les ceufs, pour la partie pr<q)reau
mâle , & deftinée à rendre les œufs féconds. Ceux qui ont
attribué le bruit que les cigales font entendre, à une agi-
tation prompte des ailes, accompagnée d’un frottement
des fupérieures contre les inferieures , ont donné dans
erreur plus groffiére. Les grillons & quelques fauterdles
/
N
DES Insectes.. IV. Mem. r59'
{es ont conduits à le pciüèr, Sc ils l’ont dit l'ans avoir con-
ficléré un mâle de cigale; car l’examen le plus léger, ce-
lui dont les gens de la campagne Ibnt capables, c’efl-à-
tlire,.une fimple inli)eclion, a l'uffi à ceux-ci pour leur
apprendre à dillinguer les cigales qui doivent être muet-
tes, de celles qui peuvent fe faire entendre; les paylàns le
fçavoient dès le temps d’Aldrovande, & l’ont Içû appa-
remment plûtôt.. .
Si on ne veut donner le nom de voix qu’à l’elju'cc
de bruit qui eft: produit par l’air cliafle hors des jKHil-
mons, Sc qui, à l’a Ibrtie du larinx , eft moditié par la
glotte, les inledfes n’ont point de voix. Mais li on croit
devoir donner plus d’étendue à ce mot, fi l’on veut con-
venir que tous les bruits, que tous- les Ions, au moyen-
defquelsdes animaux déterminent ceux de leur eipéce à'
certaines arftions, méritent le nom de voix-, alors nous
trouverons de la voix aux inleéles, bc les organes de celle
de la cigale nous paroîtront dignes d’être admirés, quoi-
qu’ils nefoient pas placés dans le gofier. C’eft lur le ven-^
tre qu’il les faut chercher ; e’eft dans la cavité qu-ils font;
logés.
Quoique k pofition de ces organes *, connus même * Pi i %.
des payfans, n’ait pu échapper à Ariftote,.6i à ceux qui,.^'
depuis lui-, ou plus exaélcment d’après lui ,. ont. parlé des
bgaies , M. Pontédéra alTÛFe avec rail'on ,. qu’il femble
iis ont été mal vus. IL eft certain , au moins, qu’ils ont-
sternal décrits, & qu’il y en a quelques-uns qui Ibnt'.
kfficiies à découvrir. Quand on obrerve du côté du ven--
l'e un mâle des cigales de la grande efpéce, on y remar-
que bientôt deux affés grandes plaques écaillculcs * qu’on *Fig.
î'e trouve- point aux. femelles *. Leur figure arrondi© *Fig. a.
approche de celle d’un demi-oval coujré fur Ibn petit axe;:
1^ Veux dire que chaque plaque a. un côté qui.eft en ligna
I
i6o MEMOIRES POUR L’Histoire
droite , & que le refte de fon contour eft arrondi. Ceft
par le côté qui eft en ligne droite , que chaque plaque ell
arrêtée fixement , fans aucune articulation , fur le fécond
corcelet , immédiatement au-deflous de 1 infertion de la
troifiémê paire de jambes , c’eft-à-dire, tout auprès de l’en-
droit où le lecond corcelet & le corps font joints enlenv
" ble. La largeur de chacune de ces piéces.eft plus grande
que celle de la moitié d^t ventre ; pofées à côté l’une de
Ifautre comme elles le font , non-feulement elles cachent
en entier la partie qui leur correfpond , mais elles font en-
core un peu en recouvrement l une fur 1 autre. Elles font
un peu plus longues que larges , elles atteignent prefque
le troifiémê anneau par leur bout arrondi.
Cependant c’eft au feul corcelet que tiennent ces deux
plaques , & quoiqu’elles y foient arrêtées à demeure, &
qu’elles n’y ayent point d articulation fenfible , on peut
*'PI. 17. fig. ies foûlever lorfqu’on leur fait violence elles tournent
alors fur la partie la plus proche de leur attache; fouvent
auffi , elles font obligées de céder un peu au mouvement
que fait le ventre, lorfqu’en fe pliant en deflbus, il sap-
•proche du corcelet. Mais pour empêcher que ces deux
pièces ne foieisttrop foûlevées , éc pour les faire retomber
* Fig. II. h. lorfqu’eiies l’ont été , il y a deux efpéces de chevilles
roides & faites en épine, dont chacune appuyé fur chaque
plaque qui s’élève ; c’eft de la cuifre de la cigale , ou e
la partie de la jambe qui efl unie au corcelet, que part
chaque cheville épineufe. ,
Si fans s’embarrafTer de la réfiftance des deux chevile|>
• Fig. 2 & 3. on foûleve les deux plaques’*' jufqu’à les renverlèr ur e
corcelet 4 fi on met à découvert les parties qu elles
client lorfqu’elles font dans leur pofition naturelle, on e
frappé de l’appareil qui fe préfente. On ne peut ou^^^
que tout ce qu’on voit n’ait été fait pour mettre h cig
^
S
DES Insectes. I\'. Mem, 1 6
1
en cWt de clianter. Quand on compare alors les j)arties qui
ont été difporées pour quelle pût chanter , pour ainfi
dire, du ventre, avec les organes de notre gofier, on juge
que les nôtres n ont pas été faits avec plus de foin que
ceux au moyen defquels la cigale rend des fbns qui ne
nous font pas toiljours agréables. On voit une cavité qui
a été pratiquée finguliércment dans la partie antérieure
du ventre. Le premier anneau a été couj)épourla former,
& le fécond a été rétréci. Le contour liipérieur de cette
cavité a un rebord ])lus fort & plus épais que ne le font
les anneaux : la forme de ce contour a même quelque
cliofe d’agréable, il cft arrondi fur les côtés, &; au milieu
du ventre il a une languette qui s’avance vers la tête
,
c’eft-à-dire, vers l’intérieur de la cavité. Cette cavité au
relie eft partagée en deux loges principales*. Un triangle *pi. ,7. {-g,
écailleux *, convexe du côté qui eft en vûe & très-iblide, ^ ^ 3. «i./n.
a été employé pour faire cette féparation. La baie* dç
ce triangle eft du côté du corcelet , & le fommet de l’angle
oppofé à la bafe, eft auprès de la languette dont nous
avons parlé, & placé fous elle. Sur ce même triangle s’é-
lève une arête qui va fe terminer à la languette même.
Cette arête fait la cloifon qui divife la cavité en deux
juiqu’au niveau des anneaux, ou à peu près.
Le fond de chacune des cellules formées par la divi-
lîon de la grande cavité, offre aux enfants qui prennent
des cigales , un fpeélacle .qui les amufe, & qui peut être
admiré par les hommes qui fçavent faire le meilleur
'^lage de leur raifon. Les enfants croyent voir un petit
titiroir * au fond de chaque cellule, taillé en demi-cer- * Fig. i &
parce qu’urr de les côtés eft terminé par un de ceux 3
, . ^dangle écailleux , & que le refte de circonférence
^ajufte fur le contour de la cavité. Quand une petite
8®ce du verre le plus mince & le plus tranfparent , ou
Tome V. . X
f
i62 M emoires pour l’Histoire
une petite lame du plus beau talc , feroit fertie au fond
de chacune de ces cellules , ce qu on y verroit ne paroi-
troit pas différent de ce qu’on y voit ; la membrane qui y
eft tendue, ne le cède en tranfparence , ni à aucun verre,
ni à aucun talc ; & li on la regarde obliquement , on
lui trouve toutes les belles couleurs de l’arc-en-ciel. 11
femble que la cigale ait deux fenêtres vitrées , par lef-
quelles on peut voir dans l’intérieur de fon corps. Mais
ces deux fenêtres font ordinairement fermées jiar deux
=* PI. 17. fig. volets, qui font les deux pièces écailleufes* qui couvrent
zScz-th » ja grande cavité. Lorfqu’on fçait que c’efl de deflbusces
volets, de deffous ces plaques écailleufes, que fortent les
fons que la cigale fait entendre , on comprend bien que
les deux loges & les membranes fi parfaitement tendues,
font deftinées à modifier les fons , à les rendre plus harmo-
nieux , fi ce n’efl pas pour nous , au moins pour la fémelle
par laquelle iis doivent être entendus, & pour laquelle ils
font formés. Nous avons fait remarquer les deux arrêts qui
empêchent les deux volets, les plaques écailleufes de s’é e-
ver trop; il y en a un auffi qui les empeche de defcendre
Fig. 3. c. dans la cavité ; c’efl une efpéce de petit chevalet * qui
part de l’extrémité du corcelet , & qui efl dirigé horizon-
talement jufqu’auprès de la bafe du triangle ecaiileux.Lî
ce chevalet fe replie à angle droit pour fe faire un pieu
qui porte fur la. bafe dont nous venons de parler, & qui
y efl fixé. Cette efpéce de chevalet fert auffi à retenir le
corps, à l’empêcher de s’écarter trop du corcelet, de le
relever trop en enhaut.
Le triangle écailleux ne partage en deux que la partie
poflérieurede la cavité. La partie antérieure de cette
5. cavité, efl remplie par une membrane très-blanche ,
qui, quoique mince, a delà confiflancc. Elle efl atW
par un de fes côtés à la bafe du triangle écailleux, «p
* Fig. 2 &
/
des Insectes. IV. Afem. 1 63
fon autre côté au bord poftériciir du corcclet. Enfin , les
(leux bouts font attaches aux parties folides de la cavité
qui leur répondent. Cette membrane n’cft pas tendue
comme le l'ont celles qui imitent de petites glaees ; elle
ne l’ell que quand le corps de la cigale le redrefife : mais
quand le corps le recourbe en embas, comme pour fe
rapprocher de la tête, alors cette membrane fe plilfe né-
celTairemeiit , & les plis qu elle forme font parallèles aux
anneaux. , / r •
Voilà, cefemble, alTésde parties employées pour taire
chanter une cigale; aulTi ell-ce par quelques-unes de celles
que nous venons de décrire, que plufieurs Auteurs ont
prétendu que leur chant étoit produit. Les uns ont voulu
que le frottement des anneaux contre les volets ou pla-
ques écailleutes , fût fuffilant pour faire le bruit dont il
s’agit, & cela quand le ventre s’approche du corcelet en fe
courbant en detfous , & s’en éloigne enfuite avec vitetfe
pour fe recourber de nouveau & fur le champ. Mais en
faifant faire foi-même ce jeu au corps d’une cigale morte,
il eft aifé de s’atfûrer qu’il ne produit prefque point de
frottement & nullement un frottement capable de faire
du bruit. D’autres ont regardé les deux petits miroirs
comme deux tambours qui rendoient les fons ; mais il
falloit trouver les baguettes propres à frapper fur ces tam-
bours, & on les chcrcheroit inutilement. D’autres enfin
,
ont jugé que la membrane blanche’*' qui occupe la partie * PI-
antérieure de la cavité , pouvoir, en fe pliant 6c le dépliant, ^ ^
fiire une forte de cri : cependant il ell facile de fe con-
vaincre que cette membrane eft trop humide 6c trop flé-
xible pour rendre des fons lorfqu’elle fe plie 6c le déplie.
Enfin, il eft très -certain que le chant de la cigale
^cll produit par aucune des parties que nous venons
d examiner, qu’il en demande beaucoup d’autres' plus
Xij
1 7. fig.
. //> /i*
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