scieee AI-readable full text Open interactive document viewer

Tertullien et Saint Augustin : oeuvres choisies

Tertuliano, Quinto Septimio Florente; Agustín, Santo, Obispo de Hipona, (0354-0430). De civitate Dei; Nisard, Désiré , dir

Abstract

Contiene: Apologétique de Tertullien ou Defense des chrétiens contre les gentils -- La cité de Dieu de Saint Augustin

Full text

> che 5 RE ni à Hi ê HS h ce EN de ARE rs AD sr ST = er + E ë ne ES on 8 fe 1e ea qe ÿ si DE EE 4 E FRANCE FR LLÉGE D E N a IE ia LE Æ 10 L ATI CE L ADU OQU n TR DÉL A L TERTULLIEN ET SAINT AUGUSTIN. ŒUVRES CHOISIES, F + PAL. TERRE ITS TT ÉRENETE EP ORS D Ram réel nur FRE. 0090000099000000000000000009009000000000909009909000699999029 NOTICE SUR TERTULLIEN. Tertullien ( Quintus Septimus Florens Ter- tullianus) naquit à Carthage vers le milieu du deuxième siècle. Il était fils d’un centurion des gardes proconsulaires. Il étudia toutes les scien- ces avec succès, et passait pour l’homme le plus éloquent de son temps. D'abord païen , il se con- vertit de bonne héure au christianisme; et, quoi- qu'il fût marié, ses talents et ses vertus le firent élever au sacerdoce. 11 composa plusieurs ouvrages utiles à l'Église, dont le plus célèbre est celui dont nous donnons * . la traduction. Son Apologétique n’est pas seule- mentun chef-d'œuvre d’éloquence, mais encore un grand acte de courage. Tertullien écrivait sous le règne de Sévère, et durant la cruelle per- sécution que ce prince exerça contre les chrétiens. C'est alors que souffrirent Origène, à Alexandrie ; Saturnin, Félicité, Perpétue, à Carthage ; l’évêque . Irénée, à Lyon; le pape Victor, à Rome. L'Apologétique a pour objet de défendre les chrétiens contre les gentils. Tertullien établit d’a- bord qu’on viole toutes lois divines et humaines dans le jugement’des chrétiens ; que tout ce qu’on leur reproche n’a pour garant que la renommée toujours suspecte ; que lescrimes qu’on leur impute ne sont pas croyables ; en un mot, que les persé- cuteurs des chrétiens ne connaissent ni la religion qu'ils persécutent, ni ceux qui la professent. Il oppose ensuite les vertus des chrétiens aux vices des païens, leur religion à l'idolâtrie; et finit en bravant la fureur de ses ennemis. Le style de Tertullien est dur, hérissé de locution; africaines , mais éxtraordinairement énergique. Balzac disait de lui : « Le style de Tertullien est de fer, mais « avouons qu'avec ce fer il. a forgé d’excellentes «armes. » : Cependant cet esprit si vigoureux et si ferme se laissa séduire aux rêveries de Montan. Cé Mon- tan était un fanatique qui jouait le prophète. EL prétendait que Dieu avait d’abord voulu sauver le monde par Moïse et les prophètes; mais que, ayant échoué dans ce dessein , il s’était incarné; et que, n'ayant pas encore réussi, il était descendu en lui, Montan, par le moyen du Saint-Esprit, et dans deux prophétesses, Priscilla et Maximilla, toutes deux femmes de distinction, qui avaient abandonné leurs maris pour suivré,ce nouveau sectaire. Tertullien Crut reconnaître en Montan le Paraclet. Son génie sévère et violent s’accom- modait de la rigueur de la secte des Montanistes, qui relevait excessivement la continence , défen- dait d'éviter le martyre, ordonnait plus de jeûnes, de veilles et de prières que l’Église catholique. Suivant saint Jérôme, la jalousie du clergé de Rome et quelques injustices qu'il eut à en essuyer, ont pu contribuer à sa défection. On ne connaît pas le temps de sa mort :on sait seulement qu'il se sépara même de la secte des Montanistes , et forma des conciliabules par- ticuliers. Ses sectateurs , nominés Tertullianistes, durèrent à Carthage encore deux cents ans, jus- qu'au temps de saint Augustin, qui les ramena dans le sein de l'Église. APOLOGÉTIQUE DE TERTULLIEN OU- DÉFENSE DES CHRÉTIENS CONTRE LES GENTILS. DID IS IIS. x Se RATS F. Puisqu'ilne vous est pas permis, magistrats de l'empire romain, d'admettre les chrétiens à plaider leur cause devant le tribunal où vous êtes assis, dans le lieu le plus éminent de la ville, pour dispenser la justice à tous, publiquement, solennellement ; puisque la crainte ou le respect humain, quand il s’agit des chrétiens, et des chrétiens seulement, vous fait déroger au droit commun, qui veut que tout accusé puisse répon- dre publiquement à son accusateur ; puisque en- fin, comme on l’a vu naguère, votre haine, in- capablederevenirsurdes jugements domestiques, ferme vos oreilles à toute défense judiciaire : que la vérité puisse du moins, à l’aide de l'écriture, parvenir, silencieuse et voilée, jusqu’à vous. Elle ne demande pas de grâce, parce qu'elle ne s’é- tonne pas de sa condition. Etrangère en ce monde, elle sait qu’on est exposé à rencontrer des enne- mis hors de son pays ; elle marche, les yeux levés vers le ciel, sa patrie et son espérance, sans at- tendre d’ailleurs ni crédit, ni gloire: elle ne sou- haite qu’une chose ici-bas, c’est qu'on ne la con- damne pas sans la connaître. Eh! que pourriez- vous appréhender pour vos lois, en permettant ici à la vérité de se défendre? Ne sont-elles pas Q. SEPT. FLOR. TERTULLIANI APOLOGETICUS ADVERSUS GENTES. — 2 0 — I. Si. non licet vobis, Romani imperii antistites, in aperla et edito, in ipso fere vertice civitatis præsidenti- bus ad judicandum, palam dispicere et coram examinare quid sit liquido in causa Christianorum; si ad hanc solam speciem auctoritas vestra de jusfitiæ diligentia in publico aut timet, auterubescit inquirere; si denique , quod pro- xime accidit, domesticis judiciis nimis operata sectæ hu- jus infestatio obstruit defensioni : liceat veritati.vel occulta via tacitarum litferarum ad aures vestras pervenire. Ni- hil de causa sua deprecatur, quia nec de conditione mira- tur. Scit se peregrinam in terris agere; inter extraneos fa- cile inimicos invenire; cæterum, genus, sedem, spem, ici souveraines et maîtresses? Est-ce que leur puissance se montrerait avec plus d'éclat, en condamnant la vérité sans l’entendre ? Mais, en la condamnant sans l’entendre, outre que ce se- rait une injustice odieuse, vous donneriez à penser que vous ne refusez de l’entendre que parce que vous ne pourriez plus la condamner, une fois que vous l’auriez entendue, Voilà notre premier grief, je veux dire cette haine injuste du nom chrétien. Votre ignorance même, qui semblerait devoir l’excuser, est précisément ce qui la prouve et la rend encore plus criante. Quoi de plus injuste, en effet, que de haïr ce qu’on ignore, quand même ce qu’on ignore serait en soi haïssable ? Car Ia haïne n’est légitime qu'autant qu’elle sait ce qu'elle haït. Le hasard peut bien faire que la chose qu’on haït soit haïssable; mais il ne sau- rait faire que cette haine soit juste. Puis donc que vous haïssez parce que vous ne connaissez pas ce que vous haïssez, pourquoi ne vous arriverait-il pas de haïr une chose qui ne mérite pas d’être haïe? De là je conclus, et que vous ne connaissez pas tant que‘vous haïssez, et que vous haïssez injustement tant que vous ne connaissez pas. En paraissant déposer pour vous, votre ignorance gratiam , dignitatem in cœlis habere. Unum gestit inter- dum, ne ignorata damnetur. Quid hic deperit lesibus in suo0 regno dominantibus, si audiatur? an hoc magis glo- riabitur potestas earum, quo etiam inauditam damnabunt veritatem? Cæterum inauditam si damnent , præter invi- diam iniquitatis, etiam suspicionem merebuntur alicujus conscientiæ, nolentes audire quod audilum damnare non possint. Hanc ifaque primam causa apud vos colloca- mus iniquitatis odii erga nomen Christianorum. Quamini- quitatem idem titulus et onerat et revincit quid videtur excusare, ignoranfia scilicet. Quid enim iniquius >, quam ut oderint homines quod ignorant, etiamsi res meretur odium ? tune etenim meretur ; CUM COgnoscifur an merea- tur. Vacante autem meriti notitia, unde adii justitia de- fenditur? quæ non de eventu, sed de conscientia probanda est. Cum ergo proptérea oderint homines , quia ignorant quale sit quod oderunt , cur non liceat ejusmodi illud esse quod non debeant odisse? ita utrumque ex alterütro re- darguimus, et ignorare illos dum oderunt, et injuste odisse dum ignorant. Tesiimonium ignorantiæ est quæ 6 TERTULLIEN. est un témoin qui, en effet, vous condamne. Fous ceux qui nous haïssent, faute de savoir qui nous sommes, cessent de nous haïr dès qu’ils commen- cent à nous connaître. Puis, ils deviennent chré- tiens; et ils le deviennent parce qu'ils nous connaissent. Alors ils commencent à détester ce qu’ils étaient et à professer cequ'’ils détestaient. Leur nombre s’est tellement multiplié, qu’on s’est ému contre nous : de là ces clameurs, que la ville est assiégée, que les campagnes, les châteaux, les îles regorgent de chrétiens ; que des person- nes de tout âge, de tout sexe, de toute condition, même du premier rang, eourent s’enrôler parmi eux. On s’attriste de cette défection comme d’une sorte de dépopulation. Et cependant on ne songe pasle moins du monde à s’enquérir s’il n’y aurait pas là quelque bien caché. On ne se permet pas d’être plus juste dans ses soupçons; on répugne à s’éclairer : dans cette occasion seule la curiosité humaine est endormie ; on se plaît à ignorer ce que d’autres sont ravis de connaître. Ah! en ju- geant, sans les connaître, ceux qui savent ce qu’ils ercient, vous méritez bien plus la censure d’Anacharsis que ceux qui jugeaient des musiciens sans l'être eux-mêmes. Vous vous complaisez dans votre ignorance, parce que c’est pour vous un parti pris que de haïr. Vous préjugez done que ce que vous ignorez est tel que, si vous le connaissiez, vous ne pourriez plus le haïr. Ce- pendant, en approfondissant la vérité, ou vous trouverez que votre haîne est injuste, et, en ce cas, votre devoir est d’y renoncer; ou vous dé- couvrirez qu’elle est fondée, et alors, loin que la connaissance de la vérité l’affaiblisse, elle ne la rendra que plus durable, en la rendant légitime. Mais enfin, dites-vous, de ce qu’un grand nom- bre d'hommes s’y convertissent, il ne s'ensuit iniquitatem dum excusat condemnat, eum omnes qui re- tro oderant quia jignorabant, simul desinunt ignorare, cessant et odisse, Ex his fiunt Christiani : utique de com- perto, et incipiunt odisse quod fuerant, et profiteri quod oderant, et sunt tanti quanti et denotamur. Obsessam vo- ciferantur civitatem ; in agris, in castellis, in insulis, Chris- tianos; omnem sexum, ætatem , conditionem , et jam di- gnitatem transgredi ad hoc nomen quasi detrimento moœ- *rent : nec tamen hoc ipso modo ad æstimationem alicujus latentis boni promovent animos : non licet rectius Suspi- cari, non libet propius experiri : hic tantum curiositas hu- mana forpescit : amant ignorare, cum alii gaudeant co- gnovisse. Quanto magis hos Anacharsis denotasset im- prudentes de prudentibus judicantes, quam immusicos de musicis? malunt nescire, quia jam oderunt : adeo quod nesCiunt, præjudicant id esse quod, si sciant , Odisse non poterant; quando si nullum odü debitum deprehendatur, Oplimum utique sit desinere injuste odisse : si vero de me- rito constet, non modo nihil odii detrahatur , Sed amplius acquiratur ad perseverantiam, etiam justitiæ Ipsius auc- lrifate. Sed non ideo, inquit , bonum , quia multos con- verfit; quantienim ad malum performantur ! quanti trans- 3 pas que le christianisme soit un bien. Que de gens embrassent tous les jours le vice! que de transfuges de la vertu! Personne ne le nie; mais aussi, parmi ceux-là même que le mal entraîne, où sont ceux qui osent le faire passer pour le bien? La nature a, en quelque sorte, infligé au mal la pâleur de la crainte ou la rougeur de la honte, Les méchants aiment les ténèbres : s’ils sont. surpris, ils tremblent ; si on les accuse, ils nient: si on les met à la question, ils n’avouent qu’à la dernière extrémité, ou même ils n’avouent pas: condamnés enfin, ils se désespèrent, ils s’adres- sent les plus vifs reproches, ils im putent au des-… tin ou à leur étoile ce que la fureur de la passion. leur a fait faire : tant ils répugnent à se recon. naître les auteurs du mal qu'ils avouent. A-t-0n. jamais rien vu de semblable parmi les chrétiens? Jamais un chrétien ne rougit, ne se repent, si ce n'est de n’avoir pas toujours été chrétien. Si on le dénonce comme tel, il en fait gloire ; si on l'accuse, il ne se défend pas; interrogé, il con- fesse hautement sa foi; condamné, il rend gré ces, Quelle étrange sorte de mal, qui n’a aucun des caractères du mal, ni crainte, ni honte, ni déguisements, ni repentir, ni regret! Quel mal dont le prétendu coupable se réjouit, dont l’ac- cusation fait l’objet de ses vœux, dont le châti. ment fait son bonheur ! Vous ne sauriez taxer de fanatisme ce que vous êtes convaincus d'ignorer, H. Enfin, s’il est certain que nous sommes coupables et très-coupables, pourquoi donc ne Sommes-nous pas traités comme les autres cou- pables? Les mêmes crimes appellent le méme. traitement. Les autres accusés peuvent se défen.… dre, ou par eux-mêmes, ou par le ministère d’un avocat; ils ont tous la liberté de contester et de répliquer, parce que la loi ne permet pas de con: fugæ in perversum ! Quis negat ? famen quod vere malum est, ne ipsi quidem quos rapit defendere pro bono au: dent : omne malum auttimore aut pudore natura perfu-« dit : denique malefici gestiunt latere, trepidant depre… hensi, negant accusati, ne torti quidem facile aut sempe confitentur, certe damnati mœrent : dinumerant in semet ipsos : mentis malæ impetus vel fato vel astris imputant ; … nolunt enim suum esse quod malum agnoscunt. Chris: tianus Vero quid simile? neminem pudet, neminem p®& nitet, nisi plane retro non fuisse : si denotatur, gloria: ur; si accusatur , non defendit : interrogatus, vel ultro confitetur; damnatus, gratias agit. Quid hoc mali est, quod naturalia mali non habet, timorem, pudorem\, {er: giversationem , pœnitentiam , deplorationem ? Quid hoc mali est, cujus reus gaudet? cujus accusatio votum est, - et pœna felicitas? Non potes dementiam dicere quod re Yinceris ignorare. IT. Si certum est denique nos nocentissimos esse, curä vobis ipsis aliter tractamur quam pares nostri, id est cæ teri nocentes ; Cum ejusdem noxietatis eadem tractatio de: berel intervenire ? Quodcumque dicimur cum alii dieu: fur, et proprio ore, et mercenaria advocalione utuntur a APOLOGÉTIQUE. ; damner un homme sans l'entendre et sans qu’il se soit défendu. Les chrétiens sont les seuls à qui il n’est pas permis de parler pour se justifier, pour défendre la vérité, pour prévenir un juge- ment inique. On n’attend pour nous condamner qu'une chose, qui suffit du reste à la haine publi. que : c’est qu'ils confessent leur nom. Quant à leur crime, on ne pense pas seulement à en in- former, tandis que s’il s’agit de tout autre cou- pable , il ne suffit pas qu'il s’avoue homicide, sacrilége, incestueux, ennemi de l’État (pour me _ servir des qualifications que nous donnent nos accusateurs) ; vous l'interrogez encore, ayant de prononcer, sur toutes les circonstances, la qua- lité du fait, le lieu, le temps, la manière, les témoins, les complices. Avec nous rien de sem- blable, et cependant il serait conséquent d’arra- cher également des chrétiens l’aveu des crimes qu'on leur impute : de combien d’enfants égor- gés ils ont goûté; combien d’incestes ils ont com- mis à la faveur des ténèbres; quels cuisiniers, quels chiens sont aü nombre des complices. Quelle gloire, en effet, pour un magistrat qui convain- crait un chrétien d’avoir déjà mangé sa part de - centenfants! Nous trouvons qu’on a même dé- fendu d'informer contre nous. Pline le Jeune, étant gouverneur de Bithynie, après avoir con- damné à mort quelques chrétiens, en avoir privé d’autres de leurs charges, effrayé néanmoins de leur multitude, consulta l'empereur Trajan sur la conduite qu’il avait à tenir dans la suite. Il expose, dans sa lettre, que tout ce qu'ila pu dé- couvrir des mystères des chrétiens, outre leur obstination à ne pas sacrifier, se réduit à ceci : Qu'ils s’assemblent avant le jour, pour chanter les louanges de Christ, leur Dieu, et pour entre- innocentiæ suæ commendationem : respondendi, alter- candi facultas patet; quando nec liceat indefensos et inau- ditos omnino damnari. Sed Christianis solis nihit permit- titur loqui quod causam purget, quod veritatem defendat, quod judicem non facial injustum ; sed illud solum expec- tatur quod odio publico necessarium est, confessio nomi- nis, non examinatio criminis : quando si de aliquo no- -Cenlecognoscitis, non statim confesso eo nomen homicidæ, vel sacrilegi, vel incesti, vel publici hostis (ut de nostris elogiis loquar) contenti sitis ad pronuntiandum, nisi et consequentia exigatis, qualitatem facti, locum, modum , tempus, Conscios, socios. De nobis nihil tale : eum æque extorqueri oporterel quodcumque falso jacta- tur; quot quisque jam infanticidia degustasset ; quot in- cesia Contenebrasset; qui coqui, qui canes affuissent. O quanta illius præsidis gloria, si eruisset aliquem qui centum jam infantes comedisset ! Afquin invenimus inquisitionen quoque in nos prohibitam. Plinius enim Secundus , Cum provinciam regeret, damnatis quibusdam Christianis ; qui- busdam gradu pulsis , ipsa tamen multitudine perturbatus, quid de cætero ageret consuluit tunc Trajanum impera. torem , allegans, præter obslinationem non sacrificandi, nihil aliud se de sacramentis eorum comperisse, quam cœtus antelucanes ad canendum Cbristo ut Deo ». Ct ad. tenir parmi eux une exacte discipline; qu’ils dé- fendent l’homicide, l’adultère, la fraude, la tra- hison, et généralement tous les crimes. Trajan répondit qu'il fallait s’abstenir de les rechercher, et les punir néanmoins quand ils seraient dénon- cés. Arrêt évidemment contradictoire! Trajan nous déclare innocents en défendant qu'on nous recherche, et nous déclare coupables en ordon- nant qu’on nous punisse ; il épargne et il sévit, il dissimule et il condamne. Quelle étrange incon- séquence! Si vous condamnez les chrétiens, pourquoi ne pas les rechercher? si vous ne les recherchez pas, pourquoi ne pas les absoudre ? Il y à dans toutes les provinces un détachement de soldats, chargé de rechercher les voleurs ; contre les criminels de lèse-majesté, contre les ennemis de l’État, tout homme est soldat, et la recherche s'étend aux complices et aux témoins. Les chrétiens sont les seuls qu’il ne soit pas permis de rechercher, quoiqu'il soit permis de les dénoncer : comme si la recherche pouvait produire autre chose que la dénonciation. Vous condamnez un chrétien dénoncé, quoique vous défendiez de le rechercher. Il est donc punissable, non parce qu'il est coupable, mais parce qu’il a été découvert. Vous violez toutes les formes de la procédure criminelle dans le jugement des chré- tiens ; vous torturez les autres accusés pour. les faire avouer, et les chrétiens pour les faire nier. Assurément, si le nom de chrétien était un crime, nous le nierions, et vous auriez raison de recou- rir à la torture pour nous forcer à l'avouer. Vous ne sauriez dire qu’il est inutile de tirer des chré- tiens l’aveu de leurs crimes, parce que la confes- sion du nom chrétien emporte celle. de tous les crimes; car vous-mêmes, quand un homicide confœderandam disciplinam : homicidium, adulterium , fraudem , perfidiam et cætera scelera prohibentes. Tune Trajanus rescripsit, hoc genus inquirendos quidem non esse, oblatos vero puniri oportere. O sententiam necessi- tate confusam! negat inquirendos, ut innocentes; et man- dat puniendos , ut nocentes : parcit, et sævit : dissimulaf, et animadvertit. Quid temetipsam censura circumvenis ? Si damnas, cur non et inquiris? Si non inquiris, cur non et absolvis? Latronibus vestigandis per univergas provin- cias militaris statio sortitur ; in reos majestatis et publi- cos hostes omnis homo miles est; ad socios, ad conscios usque inquisitio extenditur : solum Christianum inquiri non licet, offerri licet ; quasi aliud esset actura inquisitio, quam oblationem. Damnatis ergo oblatum, quem nemo voluit requisitum ; qui puto jam non ideo meruit pœnam quia nocens est, sed quia, non requirendus, inventus est. Itaque nec in illo ex forma malorum judicandorum agitis erga nos, quod cæteris negantibus adhibetis tormenta ad confitendum , solis Christianis ad negandum; cum si ma- lum esset, nos quidem negaremus , vos vero confiteri tor- mentis compelleretis. Neque enim ideo non putaretis re- quirenda quæstionibus scelera , quia certi essetis admitti ea ex nominis confessione, qui hodie de confesso homi- cida,, scientes. homicidium quid sit, nihilominus ordinem. 8 TERTULLIEN. avoue son crime, vous le forcez encore à en dé-, clarer les circonstances, quoique vous n’ignoriez. pas ce que c’est qu’un homicide. Vous renversez done toutes les règles de la justice, en contrai- gnant les chrétiens à nier qu'ils soient chrétiens , c’est-à-dire à nier avec leur nom tous les crimes que, selon vous, ce nom fait présumer. Serait-ce que vous ne voudriez pas voir périndes hommes que vous regardez comme des srélérats? Gar vous dites à ce Chrétien, c’est-à-dire à un homi- cide, à un sacrilége : Mie; et s’il persiste à con- fesser qu'il est chrétien, vous le faites déchirer. Or, si vous en usez tôut autrement à l'égard des autres accusés, vous nous jugez donc tout à fait innocents; car ce ne peut être que par la seule raison de cette innocence que vous ne voulez pas que nous persévérions dans un aveu que vous vous sentez forcés de condamner, non par jus- tice, mais par nécessité. Un homme crie : Je suis chrétien ; il dit ce qu’il est, et vous voulez enten. dre l'aveu du contraire. Vous êtes préposés pour tirer la vérité de la bouche dés accusés : pour- quoi sommes-nous donc les seuls que vous vou- liez forcer au mensonge? Vous me-demandez si je suis chrétien, et je réponds que je le suis : pour- quoi me torturez-vous pour me faire dire le contraire? J'avoue, et vous me torturez : que fériez-vous donc si je niais. Vous ne croyez pas facilement les autres quand ils nient ; pour nous, vous nous croyez aussitôt. Un tel renversement de l’ordre doit vous être suspect, et vous faire craindre qu'il n’y aît quelque force seérète qui vous fasse agir contre toutes les formes, contre la nature des jugements, contre les lois elles- mêmes ; car, sije ne me trompe, les lois ordon- pent de découvrir les coupables, et non de les cacher; de les condamner quand ils ont avoué, extorquetis admissi : quo perversius, cum præsumatis de sceleribus nostris ex nominis. confessione, cogitis tor- mentis de confessione decedere , ut negantes nomen , Da- riter utique negemus et, scelera de quibus ex confessione nominis præsumpseratis. Sed, opinor, non vultis nos pe- rire, quos pessimos creditis : sic enim soletis dicere ho- micidæ, Nega ; laniari jubere sacrilegum si confiteri per- severaverit. Si non ia agitis circa nos nocentes, ergo. nos innocentissimos judicatis , cum quasi innocentissimos non vullis in ea confessione pérseverare, quam necessitate, . non justitia damnandam a vobis sciatis. ociferatur homo, Christianus sum : quod est dicit : tu vis audire quod non est. Veritatis extorquendæ præsides, de nobis solis men- dacium elaboratis audire. Hoc sum, inquit, quod quæris an sim : quid me {orques in perversumP confiteor, et Lor- ques : quid faceres, si negarem? Plane aliis negantibus non facile fidem accommodatis : nobis, si negaverimus, Statim creditis. Suspecta sit vobis ista perversitas, ne qua vis lateat in occulto qnæ vos adversus formam, adversus naturam judicandi, contra ipsas quoque leges ministret, Nisi enim fallor, leges malos erui jubent, non abscondi; confessos damnari Præscribunt, non absolvi : hoc senatus et non de les absoudre. C’est ce que portent expressément les décrets du sénat et les édits des princes. Le pouvoir dont vous êtes les dépo sitaires n’est point tyrannique, il est humain. Il n'appartient qu'aux tyrans d'employer les tortu res comme peines. Chez vous, elles ne sont que. des moyens de parvenir à la découverte de Ja vérité. Servez-vous-en done, si vous le voulez: mais jusqu’à l’avéu seulement. Quand l’aveu les a prévenues, elles n’ont plus de lieu: ik ne reste qu'à prononcer, à faire subir au coupable Ja peine. qu'il a méritée, et non pas à l’y soustraire. En un mot, il n’est point de juge qui ait la pensée d'ap- soudre un coupable ; il sait qu'il ne lui est pa permis de le vouloir. Aussi, ne met-on aucun criminel à Fa question pour le forcer à hier. Et. un chrétien, côupable, selon vous, de tous les crimes, ennéimi des dieux, des empereurs, des lois, des mœurs, de la nature entière, vous le forcez à nier pour pouvoir l’absoudre ! C'est une manifeste prévarication. Vous voulez qu’il nie ce qui fait soncrime, pour le déclarerinnocent;et cela maloré lui, malgré ce qu'ila fait. Quelle étrange bizarrerie de ne pas voir qu’il est plus naturel de s’en rap: porter à un aveü volontaire qu’à un désaveu ar- raché par la violence! ou que celui qui nie par force peut bien ne le pas faire de bonne foi, et qu’il peut arriver qu'après avoir été renvoyé ab- sous, et chrétien comme auparavant, il ne se moque de votre crédule intolérance! Puis donc que vous en usez en tout avec nous tout autre: ment qu'avec les autres coupables, que vous n’exigez de nous qu’une chose, c’est-à-dire qué nous abjurions le nom de chrétien (nous l’abju… rons, säns doute, dès que nous faisons ce que font ceux qui ne sont pas chrétiens), vous sentez bien vous-mêmes que dès lors notre nom seul consulia, hoc principum mandata definiunt. Hoc impe: riüm cujus ministri estis, civilis, non {yrannica domina: tio est : apud tyrannos enim tormenta etiam pro pœna ad: bibentur; apud vos, soli quæstioni temperantur : vestrat… illis servale legem usque ad confessionem ; si confessione præveniantur, vacabunt : sententia opus est , debitopoœnæ nocens expungendus est, non eximendus : denique nemo. illum gestit absolvere : non licet hoc velle ; ideo nec cogi: tur quisquam negare. Christianum hominem omnium sue: lerum reum , deorum, imperatorum, legum, morum, naturæ totius inimicum existimas , et cogis. negare ut ab: solvas, quem non poteris solvere nisi hegavérit: prævari: caris in leges : vis ergo neget se nocentem , Ut eum facias innocentem ; et quidem invitum jam, nec de ‘præterilo reum? unde ista perversitas, ut etiamillud non recogitetis, sponte confesso magis credendum esse, quam per vim ne: ganti; vel ne, compulsus negare ; non ex fide negarit; et absolutus, ibidem post tribunal, de vestra rideat æmu: latione iterum Christianus ? Cum igitur inomnibus nos ali: ter disponitis quam cæteros nocentes, id unum confen- dendo, ut de eo nomine excludamur (excludimur enim, si facimus que faciunt non Christiani , intelligere poteslis = __ APOLOGÉTIQUE. q fait tout notre crime, qu'il est l'unique objet de votre haine: haine intolérante etaveugle, dont le premier effet est de vous empêcher de connaf- tre ce que vous ignorez sciemment. Aussi croyez- vous sur notre compte ce qui n’a jamais été prouvé, sans vouloir prendre aucune information, de peur de trouver des preuves du contraire. Vous aimez à conserver vos préjugés, pour pou- voir, sur notre seule confession, condamner un nom qui vous estodieux. C’est pour cela BE ’on nous met à la torture si nous confessons, qu’on nous condamne à la mort si nous persévérons , qu’on nous absout si nous nions, parce qu'on ne fait la guerre qu’à notre nom. Enfin, pourquoi, dans vos arrêts, ne nous condamnez-vous que comme chrétiens, et non pas comme homicides, comme incestueux, comme coupables, en un mot, de tous les crimes que vous nous imputez? Nous sommes les seuls dont vous sembliez rou- gir ou dédaigner, en nous condamnant, denom- mer les crimes. Mais si le nom de chrétien n est celui d’aueun crime, n'est-il pas contraire à toute raison de nous faire un crimc_ de ce nom seul? III. Que dis-je? La haine que la plupart ont pour ce nom les aveugle à tel point, que, même en louant un chrétien en tant qu'homme, ils ui fontun crime deson nom. C’est un homme de bien, dit-on, que Caïus Séius; mais c’est un chrétien. Je m ‘étonne, dit un autre ; qu'un homme aussi éclairé que Lucius se soit tout d’un coup fait chré- tien. Personne ne remarque que Caïus n’est ver- tueux, ni Luciusunhommeéclairé, que parcequ'ils sont chrétiens; ou qu'ils ne sont devenus chré- tiens que-parce que l’un était un homme éclairé, et Vautre un homme de bien. Nos ennemis lotent ce qu'ils connaissent, blâment ce qu’ils ne connais- non scelus aliquod in causa esse, sed nomen quod quædam ratio æmulæ operationis insequitur , hoc primum agens ut homines nolint scire pro certo quod se nescire pro certo sciunt : ideo et credunt de nobis quæ non probantur et no- Junt inquiri, ne probentur non esse quæ malunt credi esse, ut nomenillius æmulærationis inimicum, præsumplis non probatis criminibus, de sua sola confessione damnetur : ideo torquemur confitentes , et punimur perseverantes, et absolvimur negantes, quia nominis prælium est. Denique, quid de tabella recitatis illum Christianum, eur non et homicidam ? si homicida Christianus , cur non et incesius ? vel quodcumqne aliud esse non creditis?i in nobis solis pu- det aut piget ipsis nominibus scelerum pronunliare. Chris- tianus si nullius criminis nomen est, valde ineptum si so- lius nominis crimen est. ” IH. Quid? quod ita plerique clausis oculis in odium ejus impingunt, ut bonum alicui testimonium ferentes , admisceant nominis exprobrationem : Bonus vir Caius Seius, tantum quod Christianus.Item alius : Ego miror Lu- cium sapientem virum repente factum Christianum. Nemo retractat, ne ideo bonus Caius, et prudens Lucius, quia Christianus; aut ideo Christianus, quia prudens et bonus. Laudant quæ sciunt; vituperant quæ ignorant : et id quod sent pas, et gâtent le mérite de ce qu'ils savent par ce qu’ils ignorent ; tandis qu'il serait plus rai- sonnable de juger ce qu'on ne voitpas par cequ’on voit, que de condamner ce qu’on voit par ce qu’on ne voit pas. D’autres, croyant décrier des chré- tiens qu’ils connaissaient, avant leur conversion, pour des gens sans lois ni mœurs, ne s’aperçoi- vent pas qu'ils font leur éloge : tant la passion les aveugle. Quoi! dit-on, cette femme qui était si libre, si galante; ce jeune homme autrefois si joueur, si débauché: les voilà devenus chrétiens ! N'est-ce pas faire honneur de leur changement au nom qu'ils portent? Il s’en trouve qui sacrifient leurs propres intérêts à leur haine, qui aiment mieux se nuire que de transiger, même à leur avantage, avec un nom qui leur est odieux. Un mari, quoique forcé de n’être plus jaloux, ré— pudie une femme devenue chaste. Un père dés- hérite un fils désormais soumis, dont il souffrait auparavant les désordres. Un maitre chasse un esclave fidèle, qu'il avait traité jusque-là avec douceur. Plus on s’amende en devenant chrétien, plus on se rend odieux : tant la haine du nom chrétien l'emporte sur le bien dont il est le prin- cipe. C’est donc le nom, le nom seul qu’on dé- teste! Mais de quoi un mot peut-il être coupable? de quoi peut-on accuser un son qui frappe l’air, si ce n’est peut-être de choquer l'oreille, ou d’é- veiller dans l’esprit quelque idée de funeste pré- sage, d’injure ou d’impureté? Rien de tout cela dans le mot christianus, dérivé d’un mot grec qui signifie onction. Il signifie encore douceur, lorsqu'on le prononce peu correctement par une, comme vous le faites (car l'étymologie même de notre nom ne vous est pas bien connue). Ilest done vrai qu’on hait un nom innocent dans des hommes sciunt, eo quod ignorant, corrumpunt; cum sit justius occulta de manifestis præjudicare, quam manifesta de oc- cultis prædamnare. Alii, quos retro ante hoc nomen va- 5os, viles, improbos noverant, ex ipso denotant quo lau- dant : cæcitate odii in suffragium impingunt. Quæ mulier ! quam lasciva , quam festiva! Qui juvenis! quam lusius! quam amasius! Facti sunt Christiani. Ita nomen emenda- tioni imputatur. Nonnulli etiam de utilitatibus suis cum odio isto paciscuntur , contenti injuria, um ne domi ha- beant quod oderunt. Uxorem jam pudicam maritus jam non zelotypus ejecit : filium jam subjectum pater retro pa- tiens abdicavit : servum jam fidelem dominus olim mitis ab oculis relegavit. Ut quisque hoc nomineemendatur, of- fendit. Tanti non est bonum, quanti est odium Christia- norum. Nunc igitur, si nominis odiumest, quis nominum reatus ? quæ accusatio vocabulorum ? nisisi aut barbarum sonat aliqua vox nominis, auf infaustum, aut maledicum, aut impudicum? Christianus vero, quantum interpretatio est, de unctione deducitur. Sed et cum perperam aut Christianus pronuntiatur a Vohis (nam nec nominis cerla est notitia penes vos), de suavitate vel benignilate com- positum est. Oditur itaque in hominibus innocuis etiam nomen innocuum. At enim secta oditur in nomine utiqne 10 TERTULLIEN. innocents. C’est, dit-on, la secte qu’on baïit dans le nom de son auteur. Mais est-ce une chose nou- velle que les disciples prennent le nom de leur maitre? D'où vient le nom des platoniciens, des épicuriens, des pythagoriciens? Les stoïciens ont emprunté le leur du lieu de leurs écoles ; les médecins, d’Erasistrate; les grammairiens, d’À- ristarque ; les cuisiniers, d’Apicius. Voit-on qu’on leur fasse un crime d’avoir adopté, avec la doc- trine, le nom de son auteur? Sans doute si Pon prouve qu'une secte est pernicieuse, que son au- teur ne l’est pas moins, on prouvera que le nom est pernicieux, digne de haine, mais à cause de la secte et de l’auteur. C’est pour cela qu'avant de prendre en haine le nom de-chrétien, il con- venait de s’enquérir de la secte par l'auteur, ou de l'auteur par la secte. Mais ici, sans informa- tion , sans éclaircissement ni sur la secte ni sur l'auteur, on s'attaque au nom, on ne persécute que le nom; on condamne la secte et l’auteur sans établir leur culpabilité, et sur leur nom seul. IV. Après ces observations préliminaires, qui m'ont paru indispensables pour flétrir l'injustice de la haine publique dont nous sommes Pobjet, j'entreprends de prouver directement notre in- nocence, non-seulement en réfutant ce dont vous nous accusez, mais en rétorquant contre vous vos propres accusations ; afin que vous sachiez tous que les chrétiens ne commettent aueun des crimes qu'on leur impute, comme vous savez pertinemment que vous les commettez ; afin que vous rougissiez d’accuser, jenedis pas des hommes irréprochables, pendant que vous êtes vous-mé- mes l’opprobre de l'humanité, mais des hommes qui, comme chrétiens, sont à vos yeux coupables sui auctoris. Quid novi, si aliqua disciplina de magistro cosnomentum sectatoribus suis inducit? nonne philosophi de auctoribus suis nuncupantur, Platonici, Epicurei, Pythagorici? etiam a locis conventiculorum et stationum suarum, Stoïci, Academici ? æque medici ah Erasistrato, et grammatici ab Aristarcho, coqui etiam ab Apicio? nec famen quemquam offendit professio nominis cum institu- tione transmissi ab institutore. Plane si qui probavit ma- lam sectam, et ita malum et auc{orem ; is probabit et no- men malum, dignum odio de reatu sectæ et auctoris : ideoque anfe odium nominis compefebat prius de auctore sectam recognoscere, vel auctorem de secla. A nunc utriusque inquisilione et agnitione neglecta, nomen de- tinetur , nomen expugnatur : et ignotam sectam, ignotum et auctorem vox sola prædampat, quia nominantur ; non quia revincun{ur. IV. Atque adeo quasi præfatus hæc ad sugillandam odii erga nos publici iniquitatem, jam de causa innocentiæ con- sistam ; nec tantum refutabo quæ nobis objiciuntur, sed etiam in ipsos retorquebo qui cbjiciunt : ut ex hoc quoque Sciant omnes in Christianis non esse quæ in se non nes- ciunt esse; simul uti erubescant accusantes, non dico pes- simi oplimos, sed jam, ut volunt ; COmMpares suos, Res- de tous les crimes, et partant vos complices et vos pareils. Je discuterai done chacune des choses que vous nous accusez de faire en secret et que vous faites en publie, et pour lesquelies vous nous regardez comme les plus corrompus, les plus mé- prisables et les plus punissables de tous les hommes. Mais en vain la vérité aura-t-elle ré- pondu à tout par notre bouche, vous lui opposez l’autorité de vos lois, après lesquelles, dites-vous, il n’est pas permis d'examiner, et que la nécessité de l’obéissance vous force à préférer, malgré VOUS, à la vérité. Commençons par diseuter ce qui re- garde ces lois dont vous êtes les ministres. Lors- que vous prononcez durement, irrévocablement ; Il ne vous est pas permis d'étre chrétiens, ne vous montrez-vous pas injusteset souverainement iyranniques, en prétendant que cela ne nous est pas permis parce que telle est votre volonté, et non parce qu’en effet cela ne doit pas l’étre ? Si c’est au nom de la vérité que vous ne voulez pas que cela Soit permis, sans doute ce qui est mal doit être défendu, de même que tout ce qui est bien doit être permis. Si donc je réussis à prou- ver que la religion que proscrit votre loi est un bien, j’aurai prouvé que cette loi n’a pu la pros- crire, comme elle aurait droit de le faire si cé. tait un mal. Si votre loi s’est trompée, c’est qu'elle est l’œuvre de l’homme; car elle n’est point tombée du ciel. Doit-on s’étonner, en effet, qu'un législateur ait pu se tromper, et qu'il se soit réformé lui-même? Les Lacédémoniens n’ont- ils pas corrigé les lois de Lycurgue? et celui-ci ne. se fit-il pas justice de cet affront, en se condam- nant lui-même à mourir de faim dans le lieu de sa retraite? Et vous-mêmes, ne vous voit-on pas porter le flambeau de l'expérience dans les ténè- pondebimus ad singula quæ in occulto admittere dicimur, quæ palam adinveniuntur, in quibus scelesti, in quibus. vani, in quibus damnandi, inquibus irridendi deputa- mur. Sed quoniam, cum ad omnia occurrit veritas n0S- Wa, postremo legum obstruitur auctoritas adversus eam, ut aut nihil dicatur retractandum esse post leges, aut in- gratis necessitas obsequii præferatur veritati; de lesibus prius consistam vobiscum, ut cum tutoribus lesgum. Jam primum , cum dure definitis , dicendo, Non licet esse VOS, et hoc sine ullo retractatu humaniore præscribitis, vim. profitemini, et iniquam ex arce dominationem , si ideo negatis licere quia vultis, non quia debuit, non licere, Quod si quia non debet, ideo non vuitis licere, sine dubio id non debet licere quod male fit , etutique hoc ipso præ-. judicatur licere quod bene fit. Si bonum invenero esse, quod lex tua prohibuit, nonne ex illo præjudico prohi- bere eam non posse quod, si malum esset, jure prohibe- ref? Si lex tua erravit, puto ab homine concepta est : neque enim de cœælo ruit. Miramini hominem ant errare pofuisse in lege condenda , aut resipuisse in reprobanda ? Non enim et ipsius Lycurei leges a Lacedæmoniis emendafæ tantum auctori suo doloris incusserunt, ut in secessu inedia de semetipso judicarit ? Nonne et vos quotidie , experimentis # APOLOGÉTIQUE. 11 bres de l'antiquité, et chaque jour émonder, par des rescrits et des édits émanés des princes, l'immense et confuse forêt de vos lois? L’empe- reur Sévère, tout ennemi qu'il est des innova- tions, n'a-t-il pas naguère abrogé une loi réprou- vée par la raison, quelque vénérable qu’elle fût par son antiquité, la loi Papia, qui ordon- nait d’avoir des enfants avant le temps fixé pour le mariage par la loi Julia? Cette loi barbare, qui permettait au créancier de couper en MOrCeaux un débiteur insolvable, a été abolie d’un commun consentement par le peuple romain; et la peine de mort a été commuée en une peine infamante. Au lieu de répandre son sang, On à voulu qu’il fit rougir le front du banqueroutier, que là loi se contente à présent de punir par la confiscation de ses biens. Que de réformes il vous reste à faire dans une multitude de lois dont vous ne con- naissez pas les défauts, s’il est vrai que ce n’est ni leur ancienneté ni la dignité de leurs auteurs, mais l'équité seule, qui les rend respectables! car dès qu’elles sont reconnues injustes, on à droit de les condamner, ces mêmes lois qui nous eondamnent. Je dis injustes : je devrais dire in- ‘ sensées, quand nous veyons qu’elles punissent un nom, un mot. Si ce sont les actions qu’elles doivent atteindre et punir, pourquoi done, quand il s’agit de nous, les punissent-elles sur la seule confession de notre nom, tandis que quand il s’a- pit de tout autre accusé, elles ne les punissent.que sur la preuve du fait? Je suis incestueux : pour- quoi n’informe-t-on pas contre moi ? infanticide : que ne me met-on à la question ? coupable envers les dieux, envers les Césars : pourquoi ne pas entendre ma justification? Il n’y a point de loi qui défende d'examiner les preuves du crime illuminantibus tenebras antiquitatis, totam illam veterem et squalentem silvam legum novis principalium rescripto- rum et edictorum securibus rustatis et cæditis? Nonne va- nissimas Papias leses, quæ ante liberos suscipi cogunt quam Juliæ matrimonium contrahi, post tantæ auclorita- tis senectutem, heri Severus conslantissimus principum exclusit? Sed et judicatos retro in partes secari à creditori- . bus leses erant : consensu tamen publico crudelitas post- ea erasa ; est in pudoris notam capitis pœna conversa; bo- norum adhibita proscriptio suffundere maluit hominis sanguinem, quam effundere. Quot adhuc vobis repur- gandæ latent leges ! quas neque annorum numerus , neque conditorum dignitas commendat, sed æquitas sola; et ideo , cum iniquæ recognoscuntur, merito damnantur , li- cet damnent. Quomodo iniquas dicimus? imo si nomen puniunt, etiam stultas : si vero facta, cur in nobis de so- lo nomine puniunt facta quæ in aliis de admisso, non de nomine, probanda definiunt? Incestus sum, Cur non re- quirunt? infanticida, ur non extorquent? in deos, in Cæ- sares aliquid committo, cur non audior si quid habeo quo purger ? Nulla lex vetat discuti quod prohibet admilti : quia neque judex juste ulciscitur, nisi cognoscatadmissum esse quod non licet; neque civis fideliter legi obsequitur, qu’elle condamne ; il n'y a point de juge en droit de punir, s’il ne sait qu'un crime a été commis; il n’y a point de citoyen qui puisse observer la loi, s’il ne sait ce qu’elle punit. Ce n’est pas as- sez que la loi ait, pour ainsi dire, la conscience de son équité : il faut qu'elle la fasse connaître à ceux dont elle exige l’obéissance. Elle est sus— pecte quand elle ne veut pas qu'on l'examine; elle est tyrannique quand elle commande une obéissance aveugle. V. Pour remonter à l’origine des lois qui re- gardent la religion, un ancien décret défendait aux empereurs de consacrer aucune divinité sans l'approbation du sénat. M. Émilius l’a appris à l'occasion de son dieu Alburnus. Et il n’est pas indifférent pour notre cause de faire remarquer que, chez vous, c’est le caprice de l'homme qui décide de la divinité. Si le dieu ne plaît pas à l’homme, il ne sera point dieu; c'est l'homme qui doit être propice au dieu. Tibère , sous qui le nom chrétien est entré dans le siècle, rendit compte au sénat des preuves de sa divine origine, qu’il avait reçues de la Palestine, et les appuya de son suffrage. Le sénat, n'ayant point partagé le sen- timent de l’empereur, les rejeta. Mais Tibère persista, et menaça de son animadversion ceux qui accuseraient les chrétiens. Consultez vos an- nales, et vous verrez que Néron, sous qui la re- ligion chrétienne a commencé de paraître à Rome, est le premier qui ait tiré contre elle le glaive impérial, et sévi contre ses sectateurs avec une cruauté digne de lui. Mais nous tenons à honneur de l'avoir à la tête de nos persécuteurs; car qui connait Néron ne saurait douter que ce que Né- ron 2.condamné ne soit un grand bien. Domitien, qui avait hérité d’une partie de la cruauté de Né. ignorans quale sit quod ulciscitur. Nulla lex sibi soli cons- cientiam justitiæ suæ debet, sed eis à quibus obsequium expectat. Cæterum suspecta lex est quæ probari se non vult ; improba autem, si non probata dominetur.. Y. Ut de origine aliquid retractemus ejusmodi legum, velus erat decretum, Ne quis deus ab imperafore conse- craretur , nisi a senatu probatus. Scit M. Æmilius de deo suo Alburno. Facit et hoc ad causam nostram , quod apud vos de humano arbitratu divinitas pensitatur : nisi homini deus placuerit, deus non erit; homo jam deo propitius. esse debebit. Tiberius ergo , cujus tempore nomen Chris- tianum in sæculum intravit, annuntiata sibi ex Syria Pa- lestina quæ illic veritatem istius divinitatis revelarant de- tulit ad senatum cum prærogativa suffragii sui, Senafus , quia non ipse probayerat, respuit : Cæsar in sententia mansit, comminatus periculum accusatoribus Christiano- rum. Consulite commentarios vestros : illic reperielis pri- mum Neronem in hanc sectam cum maxime Romæ orien- tem Cæsariano gladio ferocisse. Sed tali dedicatore dam- niutionis nostræetiam gloriamur. Qui enim scit illum, in- telligere potest non nisi grande aliquod bonum a Nerone damnatum. Tentaverat et Domitianus, portio Neronis de crudelitate ; sed qua et homo, facile cœptum repressit, res- 12 ron, voulut suivre l'exemple de son prédéces- seur; mais comme il lui restait encore quelque. chose de l'homme, il s’arrêta bientôt, et rappela même ceux qu'il avait exilés. Voilà quels ont été dans tous les temps nos persécuteurs, des hom- mes injustes , impies, infâmes : vous-mêmes vous n'hésitez pas à les condamner, et vous réhabilitez ceux qu'ils ont condamnés. Au contraire, de tous les princes qui ont connu les lois divines et hu- maines, nommez-en un seul qui ait persécuté les chrétiens. Nous pouvons même en nommer un qui s'est déclaré leur protecteur, le sage Marc- Aurèle. Qu'on lise la lettre où il atteste que la soif cruelle qui désolait son armée en Germa- nie fut apaisée par la pluie que le ciel accorda aux prières des soldats chrétiens. S'il ne révoqua pas expressément les édits contre les chrétiens, du moins les rendit-il sans effet, en établissant des peines, même plus rigoureuses, contre leurs accusateurs. Qu'est-ce donc que ces lois, qui ne sont exécutées que par des princes impies, in- justes, infâmes, cruels, extravagants, insensés ; que Trajan a éludées en partie, en défendant de rechercher les chrétiens ; que n’ont jamais auto- risées ni un Adrien, qui voulait tout savoir; ni un Vespasien, le destructeur des Juifs; ni un An- tonin, ni un Vérus? Cependant c'était à des princes vertueux, vengeurs naturels du crime, à exterminer une secte de scélérats, et non pas à d'autres scélérats. VI. Que ces grands zélateurs des lois et des institutions de leurs pères me disent maintenant s'ils les ont respectées toutes, s’ils les ont tou jours observées scrupuleusement, s'ils n’ont pas laissé tomber en désuétude les règlements les plus sages et les plus nécessaires au maintien de l’ordre et litutis etiam quos relegaverat. Tales Semper nobis insecu- tores, injusti, impi, urpes, quos et ipsi damnare con- Suelis , a quibus damnatos restituere soliti estis. Cæterum de tot exinde principibus ad hodiernum, divinum huma- numque sapientibus , edite aliquem debellatorem Chrislia- horum. At nos e contrario edimus protectorem ; si litteræ Marci Aurelii grayissimi imperatoris requirantur, quibus illai Germanicam sitim Christianorum forte militum pre- cationibus impetrato imbri discussam contestatur : sicut non palam ab ejusmodi hominibus pœnam dimovit, ita alio modo palam dispersit, adjecta etiam a cusatoribus dampnatione, et quidem tetriore. Quales ergo leges istæ, quas adversus nos soli exsequuntur impii, injusti, furpes, truces, vani, dementes? quas Trajanus ex parte frustra- tusest, vetando inquiri Christianos ; quas nullus Hadria- AUS, quamquamn curiositatum omnium explorator ; nullus Vespasianus, quanquam Judæorum debellator; nullus Pius, nullus Verus impressit. Facilius utique pessimi ab Optimis quibusque, ut ab æmulis, quam a suis sociis era. dicandi jndicarentur. VE Nunc religiosissimi legum et pafernorum instiluto- rum protectores et culiores respondeant, velim, de sua fide et honore et obsequio érga majorum consulta, si a. nullo desciverunt? si in nullo exorbitaverunt? si non ne- TERTULLIEN, des mœurs. Que sont devenues ces lois si sévères, contre le luxe et l’ambition, qui ne permettaient . Pas que la dépense d’un repas se montät à plus de cent as; qui défendaient d’y servir plus d’une. volaille, encore n’était-il pas permis qu’elle fût grasse ; qui retranchaient du sénat un patricien possesseur de dix livres d'argent, comme con- vaincu par là d’une ambition démesurée; qui faisaient raser les théâtres à peine élevés, comme n'étant propres qu'à corrompre les mœurs ; qui ne Souffraient pas qu’on usurpât impunément les insignes des dignités et de la noblesse? Je vois à présent donner des repas nommés centenaires, parce qu'ils coûtent cent mille sesterces. Je vois. l'argent des mines converti en vaisselle, je ne dis pas chez des sénateurs, mais chez des affran-… chis, chez des esclaves encore tout flétris de leurs fers. Je vois qu’on multiplie les théâtres > qu’on les met à couvert des injures de l'air. Sans doute, c'était pour garantir du froid les membres déli- cats de voluptueux spectateurs, que les Lacé- démoniens inventèrent autrefois leurs pesants manteaux. Je vois les dames romaines s’habiller comme les prostituées, et ne pas rougir de se voir confondues avec l’approbre de leur sexe. Ces anciennes coutumes, qui maintenaient les femmes dans la modestie et la tempérance sont abolies. Autrefois les femmes ne portaient point d'or, à l'exception de l'anneau nuptial que leurs maris leur avaient mis au doigt. L'usage du. _ vin leur était si rigoureusement interdit, qu’une femme fut condaranée par sa famille à mourir. de faim pour avoir ouvert un cellier. Sous Ro- mulus, Mécénius tua impunément sa femme, qui n'avait fait que goûter du vin. Les femmes _ étaient obligées d’embrasser leurs parents, pour cessaria, el aptissima quæque disciplinæ oblitteraverunt. Quonam ïllæ leges abierunt, sumptum et ambitionem comprimentes? quæ centum æra non amplius in cœnant… subscribi jubebant, nec amplius quam unam inferri galli: nain, et eam non saginatam? quæ patricium, quod decem, pondo argenti habuïsset, pro magno:titulo ambitionis se: nafu summovebant? quæ theatra stuprandis moribus, orientia statim destruebant? quæ dignitatum ét honestorum natalium insignia non temere nec impune usurpari sine. bant? Video enim et centenarias cœnas a centenis jam ses- terliis dicendas , et in lances (parum est si senalorum, ét. non libertinorum, vel adhuc flagra rumpentium) argen- taria metalla producta. Video et theatra, nec singula satis esse, nec nuda : nam ne vel hieme voluptas impudica Fri geret, primi Lacedæmonii odium penulæ ludis excogitave: runt. Video et inter matronas atque prostibulas nullum de babitu discrimen relictum. Circa foœminas quidem etiam 2e illa majorum instituta ceciderunt, quæ modestiæ, quæ s0- brietati patrocinabantur ; cum aurum nulla norat, præter unico digito quem sponsus oppignerasset pronubo annulo; cum mulieres usque adeo vino abstinerent, ut matronam ob resignatos cellæ vinariæ loculos sui inedia necarint : sub Romulo vero quæ vinum aftigerat, impune a Mecenio marito trucidata est : idcirco et oscula propinquis offerre APOLOGÉTIQUE. 13 qu’on püt s'assurer par leur haleine si elles n’a- vaient pas enfreint cette défense. Qu'est deve- nue cette antique félicité du mariage, fondée sur la pureté des mœurs, qui en cimenta tel- lement l’harmonie, que pendant près de six cents ans il n’y eut pas un séul exemple de divorce ? Aujourd’hui tout le corps d’une femme plie sous le poids de l'or; et si elles embras- sent quelqu'un, ce n’est qu’en tremblant. Le divorce est le vœu et comme le fruit du mariage. Religieux observateurs des traditions de vos an- cêtres, qu'avez-vous fait de leurs sages ordon- nances sur le culte des dieux? Les consuls, con- formément au décret du sénat, avaient chassé Bacchus et ses mystères non-seulement de Rome, mais de l'Italie entière. Les consuls Pison et Ga- binius, qui cependant n'étaient pas chrétiens, avaient interdit l'entrée du Capitole, c’est-à-dire du palais des dieux, à Sérapis, à Isis, à Har- pocrate, à celui qu’on représente avec une tête de chien; ils avaient ordonné qu’on renversât leurs autels, pour arrêter les désordres qu’au- torisaient de vainesetinfâmessuperstitions. Vous, vous avez réintégré tous ces dieux dans leurs - sanctuaires, vous leur avez conféré les attributs de la souveraine majesté. Où est done votre re- ligion? où est le respect dû à vos pères? Vous les reniez par vos costumes, par vos goûts, par votre luxe, par vos sentiments, par votre lan: gage. Vous vantez sans cesse l’antiquité, et vous affectez ouvertement de rechercher en tout la nouveauté. Vous vous éloignez de plus en plus des sages institutions de vos pères; et si vous les imitez, ce n’est que dans ce qui ne devrait pas être imité. Je pourrai vous montrer ulté- rieurement que, semblables en ce point aux chrétiens, à qui vous en faites un crime, vous necessitas erat, utspiritu judicarentur. Ubi est illa felicitas Matrimoniorum de moribus utique prosperata, qua per annos ferme sexcentos ab Urbe condita nulla repudium do- mus scripsit ? Nunc in fœminis præ auro nullum leve est membrum; præ vino nullum liberum est osculum : repu- dium vero jam et votum est, quasi matrimonü fructus. Etiam circa ipsos deos vestros quæ prospecte decreverant patres vestri, iidem vos obsequentissimi rescidistis. Libe- r'um patrem cum mysferiis suis consules senatus auctoritate non modo urbe, sed universa Italia eliminaverunt ; Sera- pidem, et Isidem, el Harpocratem cum suo Cynocephalo, Capitolio prohibitos , id est, curia deorum pulsos , Piso et Gabinius coss. non utique Christian: , eVersis etiam aris eorum abdicaverunt, turpium etotiosarum Superstitionum vitia cohibentes. His vos restitutis summam majestatem contulistis. Ubi religio ? ubi venératio Mmajoribus debita a vobis? habitu , victu, instructu ; CEnSU, ipso denique ser- mone proavis renunliastis. Laudatis semper antiquos, sed nove de die vivitis. Per quod ostenditur, dum à bonis majorum institutis deceditis, ea vos retinere et Custodire quæ non debuistis, cum quæ debuistis non custoditis. Adhuc quod videmini fidelissime tueri a patribus traditum, in quo principaliter reos transgressionis Christianos desti- e _méprisez, vous négligez, vous abolissez le culte de vos propres divinités, quoique vous vous pi- quiez d’avoir hérité du zèle religieux et aveugle de vos pères, quoique vous ayez comme natu- ralisé parmi vous Sérapis et ses autels, Bacchus et ses fureurs. Mais je veux auparavant discuter les crimes secrets dont vous nous accusez, pour pouvoir nous justifier ensuite des crimes publics qu’on nous impute également. VIT. On dit que, dans nos mystères, nous égor- geons un enfant, que nous le mangeons, et qu'après cet abominable repas nous commet- tons des incestes avec nos sœurs et nos mères, lorsque des chiens, immondes entremetteurs de nos plaisirs, ont renversé les flambeaux, et qu’en nous délivrant de la lumière, ils nous ont af- franchis de la honte. On le dit toujours: mais 2 depuis si longtemps qu’on le dit, vous n’avez pas encore pris la peine de vous enquérir de la vérité, Si vous croyez ce qu’on dit, informez-en done ; ou si vous ne le faites pas, ne le croyez donc pas. Votre indifférence à cet égard prouve assez qu’il n’y a rien de réel dans ce qu’on nous impute , puisque vous n’osez vous en éclaircir. Loin de là : vous ordonnez au bourreau de nous torturer , pour nous forcer, non pas à avouer ce que nous faisons, mais à nier ce que nous sommes. La religion chrétienne, comme je l’ai déjà dit, a commencé sous Tibère. La vérité a été haïe ; dès qu’elle a paru. Autant d'étrangers, autant d’ennemis : les Juifs par jalousie, les soldats par besoin d’exaction, nos serviteurs par la ma- liguité naturelle de leur état. Tous les jours on nous assiége , tous les jours on nous trahit; bien Souvent on vient nous faire violence jusque dans nos assemblées. Eh bien! quelqu’un a:t-il jamais entendu les vagissements de cet enfant qu’on natis, studium dico deorum colendorum, quo maxime erravit antiquitas , licet Serapidi jam Romano aras restru- xerilis , licet Baccho jam Italico furias vestras immolaveri- tis, Suo loco ostendam proinde despici et negligi et destrui à Vobis adyersus majorum auctoritatem. Nunc enim ad illam occultorum facinorum infamiam respondebo, ut viam mihi ad manifestiora purgem. VII. Dicimur sceleratissimi de sacramento infanticidii, et pabulo inde, et post convivium incesto ; Quod eversores luminum canes, lenones scilicet, tenebras fum ef libidi- num impiarum inverecundiam procurent. Dicimur famen semper, nec Vos quod tamdiu dicimur, eruere curatis. Ergo aut eruite, si credilis; aut nolite credere, qui non eruistis. De vestra vobis dissimulatione præscribitur, non esse, quod nec ipsi audetis eruere. Longe aliud munus carnifici in Christianos imperatis, non ut dicant quæ fa- ciunt, sed ut negent quod sunt. Census istius disciplinæ, ut jam edidimus, a Tiberio est. Cum odio sui cœpit veri- tas simul atque apparuit inimica esse : tot hostes ejus quot extranei, et quidem proprie ex æmulatione Judæi, ex Concussione milites, ex natura ipsi etiam domestici nos- ti. Quotidie obsidemur, quotidie prodimur : in ipsis plu- rimum cœtibus et congregationibus nostris Opprimimur. 14 prétend que nous immolons? Qui a jamais fait voir au juge nos lèvres teintes de sang, comme celles des Cyclopes et des Sirènes? Avez-vous jamais remarqué dans vos femmes chrétiennes la trace immonde des infamies que vous nous imputez? Si quelqu'un avait été témoin de ces abominations, les aurait-il cachées? se serait-il laissé corrompre par les mêmes hommes qu’il traînait devant les tribunaux? Si, comme vous le dites, nous nous cachons toujours, quand ce que nous faisons a-t-il pu être découvert? Qui a pu le révéler? Les coupables mêmes? cela ne peut être. Le secret est ordonné dans tous les mystères. Il est inviolable dans ceux de Samothrace et d'Eleusis : il doit l'être, à plus forte raison, dans les nôtres, qui ne pour- raient être révélés sans attirer aussitôt la ven- geance des hommes , en attendant que celle de Dieu ait son tour. Si les chrétiens n’ont pu se trahir eux-mêmes, ils ont donc été‘trahis par des étrangers. Mais d’où les étrangers ont-ils pu avoir connaissance de nos mystères, puisque toutes les initiations , même celles des hommes pieux, écartent les profanes ? à moins qu’on ne dise que plus on est impie, moins on craint. Si c’est la renommée qui vous a instruits, chacun sait ce que c’est que la renommée. Votre poëte l’appelle le plus rapide de tous les fléaux. Pourquoi l’ap- pelle-t-il un fléau? est-ce à cause de sa vitesse? est-ce parce qu’elle rend les choses publiques, ou parce qu'elle est presque toujours menteuse ? Oui, la renommée est menteuse, même lorsqu’elle annonce la vérité, parce qu’elle l’altère toujours, soit en l'atténuant, soit en l’exagérant. Sa nature même est de ne vivre qu’autant qu’elle ment, de n’exister qu’autant qu’elle laisse la chose in- Quis unquam taliter vagienli infanti supervenit? quis cruenta, ut invenerat, Cyclopum et Sirenarum ora judici reservavit? quis vel in uxoribus aliqua immunda vesligia deprehendit ? quis talia facinora, cum invenisset, celavit, aut vendidit, ipsos trahens homines ? Si semper latemus, quando proditum est quod admitlimus? imo a quibus prodi potuit ? Ab ipsis enim reis. Non utique; cum vel ex forma omnibus mysteriis silentii fides debeatur. Samothra- cia et Eleusinia reticentur : quanto magis talia, quæ pro- dita interim etiam humanam animadversionem proyoca- bunt, dum divina servatur! Si ergo non ipsi proditores sui é sequitur ut extranei : et unde extraneis nolitia? cum sem. | per efiam piæ initiationes arceant profanos, et arbitris Caveant : nisi si impii minus metuunt. Natura famæ om- nibus nota est: veslrum est, « Fama malum, quo non « aliud velocius ullum.”» Cur malum fama? quia velox? quia index? an quia plurimum mendax ? quæ ne {une qui- dem cum aliquid veri affert, sine mendacii vitio est, de- trahens , adjiciens, demutans de veritate. Quid» quod ea illi conditio est, ut non, nisi cum mentitur, perseveret : et tamdiu vivit, quamdiu non probat : siquidem ubi pro- bavit cessat esse, et quasi officio nuntiandi functa, rem tradit, et exinde res tenetur, res nominatur : nec quisquam TERTULLIEN. certaine. Dès que la chose est constatée, la renom= mée se retire, comme si sa fonction de messagère « était remplie. Il ne reste plus qu’un fait, dont. on est sûr, et qu'on énonce positivement, Ainsi. l’on ne dira plus, par exemple, Le bruit court ë que telle chose est arrivée à Rome, que le gou-… vernement de telle province est échu à un tel Es. mais, Cette province est échue à un tel, celg… est arrivé à Rome. La renommée, nom de l'in. certitude, ne saurait se rencontrer là où est là. certitude, Qui donc en pourra croire la renom- mée? ce ne sera pas le sage, qui ne croit jamais” à ce qui est incertain. Quelque étendu que soit le cours de la renommée, quelque fondement, qu'elle paraisse avoir, il est clair qu’un seul. homme lui à donné naissance, que de là elle a passé de bouche en bouche, d'oreille en oreille, comme par autant de canaux. Mais l’obseurité. dé son origine est tellement dissimulée par l'éclat de son cours, que personne ne fait réflexion qu'elle a pu avoir le mensonge pour père : ce qui arrive tantôt par jalousie, tantôt par des soup: cons téméraires , tantôt par cette pente naturellé queles hommes ont en général pour le mensonge, Heureusement, il n’est rien que le temps ne dé- couvre à la longue : cela est passé en proverbe parmi vous. La nature a voulu que rien ne püt être longtemps caché, pas même ce qui a échappé à la renommée. VII. Cen’est donc pas sans raison que, depuis tant de temps, la renommée dépose contre les chrétiens. Voilà le seul accusateur que vous pro=. duisez contre nous, et qui jusqu’ici n’a pas en- core pu prouver ce qu'il publie depuis tant d’an nées, en tant de lieux et avec tant de succès. Mais j’en appelle à la nature contre ceux à qui'de dicit, verbi gratia, Hoc Romæ aiunt factum, aut, Fama est illum provinciam sortitum; sed, Sortitus est ille pro: vinciam, et, Hoc factum est Romæ. Fama > DOMEN incerti, locum non habet ubi certum est. An vero famæ credat, nisi inconsideratus ? quia sapiens non credit incerto. Ont. nium erit æstimare, quantacumque illa ambitione diffusa … sit, quanfacumque asseveratione constructa, quod ab uno aliquando principe exorta sit necesse est; exinde in tra duces linguarum et aurium scrpat : et ifa modici seminis vitium cætera rumoris obscurant, ut nemo recogitet ne pri mum illud os mendacium seminaverit; quod sæpe fit, aut … ingenio æmulationis, aut arbitrio Suspicionis, aut non … nova, sed ingenita quibusdam mentiendi voluptate. Bene … autem, quod omnia fempus revelat, testibus etiam vestris proverbiis atque sententiis, ex dispositione naturæ , quæ ita ordinavit ut nihil diu lateat, eliam quod fama non … distulit. VIT. Merito igitur fama tamdiu conscia sola est scele- rum Cbristianorum. Hanc indicem adversus nos profertis, quæ , quod aliquando jactavit, tantoque spatio in Opinio- nem Corroboravit, usque adhuc probare non valuit, Ut fidem naturæ ipsius appellem adversus eos qui talia cre- denda esse præsumunt, ecce proponimus horum facinorum APOLOGETIQUE. 15 tels bruits ne paraissent pas indisnes de foi, Je suppose que nous proposions, en effet, la vieéter- nelle comme récompense de ces forfaits : croyez pour un moment ce dogme incroyable. Mais je vous le demande, à vous qui le croyez, youdriez- vous de la récompense à cette condition? Oui, venez plonger le fer dans le sein de cet enfant, de cette créature innocente, qui n’a pu faire de mal à personne, et que tous regardent comme leur enfant commun: ou si ce barbare minis- tère est commis à un autre, venez voir mourir votre semblable presque avant qu’il ait connu la vie; soyez attentif au moment où s’échappera cette âme qui avait eu à peine le temps de s’u- nir au corps; recevez ce sang qui commençait à circuler dans les veines, trempez-y votre pain, rassasiez-vous. Remarquez, pendant le repas, remarquez avec soin la place de votre mère, celle de votre sœur, afin qu'il n’y ait pas de mé- prise dès que les chiens auront éteint les flam- beaux ; car ce serait un crime que de manquer à commettre un inceste. Initié de cette sorte aux mystères, vous êtes sûr de l’immortalité. Répon- dez-moi degrâce, voudriez-vous de l’immortalité à ce prix ? Non sans doute. Aussi ne sauriez-vous croire qu'elle soit à ce prix. Mais quand vous le croiriez, vous n’en voudriez pas ; et quand vous le voudriez, vous ne le pourriez pas. Comment done d’autres le pourraient-ils ‘si vous ne le pouvez pas? Et si d’autres le peuvent, comment ne le pourriez-vous pas comme eux ? Sommes- nous d’une autre nature que vous? Sommes-nous des cynocéphales ou des sciapodes ? Avons-nous les dents faites autrement que les vôtres? La na- ture nous a-t-elle conformés exprès pour l'in- ceste? Si vous croyez ces horreurs d’un homme, vous êtes capables de les commettre; car vous êtes hommes comme les chrétiens. Si vous êtes mercedem : vitam æternam repromittunt : credite interim; de hoc enim quæro, an et qui credideris, {anti habeas ad eam fali conscientia pervenire? Veni, demerge ferrum in infantem nullius inimicum , nullius reum , omnium filium : velsi alterius officium est, fu modo assiste morienti ho- mini antequam vixit; fugientem animam novam exspecta ; excipe rudem sanguinem, eo panem tuum satia : vescere libenter : interea discumbens dinumera loca ubi mater, ubi soror ; hofa diligenter, ut, cum tenebræ ceciderint caninæ : non erres; piaculum enim admiseris, nisi incestum fece- ris : talia initiatus et consignatus vivis in ævum. Cupio respondeas, si tanti æternitas? Aut si non , ideo nec cre- denda. Etiamsi credideris, nego te velle; etiamsi volueris, nego te passe. Cur ergo ali possint, si vos-non potestis ? cur non possilis , si ali possuut? Alia nos, Opinor, natura. Cynocephali aut Sciapodes? alii ordinesdentium ? aliiadin- cestam libidinem nervi? Qui ista credis de homine, potes et facere; homo es-et ipse , quod et Christianus : qui non potes facere, non debes credere; homo est enim et Chris- tianus, et quod et tu. Sed ignorantibus subjicitur, et im- poritur, Nihil enim {ale de Christianis asseverari sciebant ; incapables de les commettre, vous ne devez pas les croire; car un chrétien est homme comme vous. Mais on trompe, on surprend les simples : comme s'ils pouvaient ignorer ce qu’on dit des chrétiens ; comme s’ilsn'avaient pas le plus grand intérêt à setenir sur leurs gardes, à s'assurer de la vérité. D'ailleurs, l'usage est que tous ceux qui veulent se faire initier à des mystères ail- lent trouver lhiérophante, pour recevoir de lui ses instructions. Il leur dira done : « Il faut avoir un enfant qui ne sache pas encore ce que c’est que la mort, qui rie à la vue du couteau. Ayez du pain pour tremper dans le sang; ayez des flambeaux ;:ayez des chiens pour les renverser, avec un appât pour attirer ces chiens au delà de la corde qui les tiendra attachés : Surtout, ne manquez pas d'amener votremèreet votresœur, » Mais si elles ne voulaient pas venir, ou si le pos- tulant n’en avait pas? s’il était le seul chrétien de sa famille? On ne serait donc pas initié, si l'onn’avait ni sœur, ni mère? Mais quand même les nouveaux chrétiens n’auraient été prévenus de rien et se présenteraient sans défiance, du moins ils savent tout dans la suite : ils le souf- frent et ne s’en plaignent pas! Seraient-ils rete- nus par la crainte du châtiment? Mais ils sont sûrs, en nous dénonçant , detrouver qui les pro- tége. Après tout, ils préféreraient la mort à une pareille vie. Je veux que la crainte leur ferme la bouche : pourquoidone persévèrent-ils? car il est naturel de vouloir rompre un engagement qu’on n'eût jamais pris, si on l'eût connu avant de le prendre. IX. Pour répondre encore mieux à vos calom- nies, je vais prouver que vous commettez, partie en public, partie en secret, les crimes dont vous nous accusez; et c’est peut-être pour cela que Vous nous en croyez capables. En Afrique, on a observandum utique sibi, et omni vigilantia investigan- dum. Aïquin volentibus initiari moris est ; Opinor, prius patrem illum sacrorum adire; quæ præparanda sint de- scribere : tura ille, Infans tibi necessarius, adhuc tener, qui nesciat mortem, qui sub cultro tuo rideat; ifem panis, quo sanguinis jarulentiam colligas:; præterea candelabra et lucernæ , et canes aliqni, et offulæ, quæ illos ad ever. sionem luminum extendant : ante omnia cum matre ct sorore {ua venire debebis. Quid si noluerint? vel nullé fuerint? quid denique singulares Christiani? Non erit, Opinor, legitimus Christianus nisi frater aut filius. Quid nunc et si ista omnia ignaris præparantur? Certe postea Cognoscunt, et suslinent, et ignoscunt. Timent plecti, qui si proclament defendi merebuntur ; qui efiam ultro perire malint, quam sub tali conscientia vivere. Age nunc, ti. meant; cur etiam perseverant? Sequitur enim ne ultra ve- lis id te esse, quod si prius scisses non fuisses. IX. Hæc quo magis refutaverim, a vobis fieri ostendam partim in aperto et partim in occulto, per quod forsitan et de nobis credidistis. Infantes penes Africam Safurno im- molabantur palam usque ad proconsulatum Tiberii, qui 16 TERTULLIEN. immolé publiquement des enfants à Saturne, jusqu’au proconsulat de Tibère, qui fit attacher les prêtres de Saturne aux arbres mêmes qui cou: vraient le lieu de ces affreux sacrifices, comme à autant de croix votives. Je prends à témoin les soldats de mon pays, qui exécutèrent les or- dres du proconsul. Cependant ces détestables sa- crifices continuent encore en secret : tant il est vrai que les chrétiens ne sont pas les seuls qui vous bravent, qu'une habitude criminelle ne se déracine pas tout d’un coup, et que surtout un dieu ne saurait changer sa nature. Saturne, qui n’a pas épargné ses propres enfants, aurait-il épargné des enfants étrangers que leurs pères et leurs mères venaient d'eux-mêmes lui offrir, et qu'ils caressaient au moment où le prêtre levait sur eux le couteau, pour les empêcher de pleu- rer? Cependant quelle distance d’un parricide à un simple homicide! Les anciens Gaulois sa- crifiaient des hommes à Mercure. Je laisse à vos poëtes tragiques le soin de vous raconter les usa- ges de la Tauride, et je parle de Rome. Dans cette ville religieuse des pieux descendants d'É- née, n’adore-t-on pas un Jupiter, que, dans ses jeux mêmes, on abreuve de sang humain ? C’est, dites-vous, du sang d'hommes condamnés aux bêtes ; et vous entendez par là que ce ne sont pas, à proprement parler, des hommes. Que ce soit un sang vil, parce que c’est le sang des mé- chants, je le veux bien; mais toujours est-il que c’est du sang humain. Que ce Jupiter doit vous paraître chrétien , et vraiment fils unique de son père, du moins pour la cruauté! Mais puisqu'il importe peu qu’ontue un enfant pour honorer les dieux ou par quelque autre motif, puisque dans l’un et l’autre cas il y a homicide, à part toute- fois la différence du parricide et du simple ho- ipsos sacerdotes in eisdem arbèribus templi sui obumbra- tricibus scelerum, votivis crucibus exposuit, teste militia : patriæ nostræ, quæ idipsum munus illi proconsuli functa est. Sed et nunc in occulio perseveratur hoc sacrum faci- nus. Non soli vos contemnunt Christiani, nec ullum scelus in perpetuum eradicatur, aut mores suos aliquis deus mu- tat. Cum propriis fils Saturnus non pepercit, extraneis utique non parcendo perseverabat, quos quidem ipsi pa- rentes sui offerebant , et libentes respondebant, et infanti- bus blandiebantur, ne heymontesibpnolstentas. Ettamen multum homicidio parricidium differt. Major. ælas apud Gallos Mercurio prosecabatur. Remitto Tauricas fabulas theatris suis. Ecce in illa religiosissima urbe Æneadarum piorum est Jupiter quidam, quem ludis suis humano pro- luunt sanguine. Sed bestiarii, inquitis. Hoc opinor minus quam hominis : an hoc turpius, quod mali hominis? certe . tamen de homicidio fanditur. O Jovem Christianum, et solum patris filium de crudelitate! Sed quoniam de infan- ticidio nihil interest, sacro an arbitrio perpetretur, licet de parricidio intersit, convertar ad populum. Quot vultis ex his circumstantibus, et in Christianorum sanguinem hian- tibus, ex ipsis eliam vobis justissimis et severissimis in micide , je m'adresse maintenant au peuple. Com: bien d’entre vous, hommes altérés du sang des chrétiens , combien même de vos magistrats , sis équitables pour vous, si rigoureux contre nous, je pourrais confondre, par des reproches trop fon dés d’avoir Ôté la vie à leurs enfants au moment de leur naissance! Vous ajoutez encore à à cruauté par le genre de mort : vous les noyez, vous les faites mourir de faim ou de froid, vous les donnez à mahger aux chiens : ce serait une mort trop douce de périr paï le fer. Pour nous, à qui tout homicide est défendu, il nous est également défendu de détruire le fruit d’uné mère dans son sein, avant même que l’homme soit formé. C’est un homicide anticipé que d’em- pêcher la naissance ; car quelle différence y a-til entre s’opposer à la näissance d’une âmèé et l’ar- racher du corps qu’elle anime? L'homme est dans ce qui doit être un homme, de même que le fruit est dans son germe. Pour en venir à Ce repas de sang et de chair humaine, qui font fré: mir la nature, vous pouvez lire dans Hérodote, si je ne me tioipés qu’il y a des peuples qui, pour sceller les traités qu’ils font ensemble, seti rent du sang des veines du bras, etse le présenteil à boire les uns aux autres. Il s’est passé quelque chose de semblable dans la conjuration de Cati lina. On dit qu'il y a des Seythes qui mangent leurs parents après leur mort. Mais, sans cher- cher si loin, chez vous-mêmes, aujourd’hui, pour être nr aux mystères de Bellone, il faut avoir bu du sang qu’onse tire dela cuisse, et qu’on ‘recoit dans la main. Et ceux qui sont attaqué d épilepsie , ne les voit-on pas, pour se guérir, sucer avec avidité le sang des criminels égotgés dans l’arène? Ceux qui rnangent des animaux tués dans le même lieu ne se nourrissent-ils pas nos pr&sidibus, apud conscientias pulsem, qui natos si liberos enécent? Siquidem et de genere necis differt, utique crudelius in aqua spiritum extorquetis, aut frigori, él fami, et canibus exponitis; ferro enim mori ætas quoque. major optaverit. Nobis vero homicidio semel interdicto, eliam conceptum utero, dum adhuc sanguis’in hominem. deliberatur, dissolvere non licet. Homicidii festinatio esl prohibere nasci : nec refert natam quis eripiat anima, an nasCentem disturbet. Homo est et qui est futurus; etian fructus omnis jam in semine ést. De sanguinis pabulo: et ejusmodi tragicis ferculis legite necubi relatum sit (est apud Herodotuni , opinor) defusum brachiis sanguinem@r alterutro degustatur nationes quasdam fœderi comparasse, Nescio quid êt sub Catilina tale degustatum est. Aiuntë apud quosdam gentiles Scytharum defunctum quemqué à suis comedi. Longe excurro. Hodie istic Bellonæ sacralos Sanguis de femore proscissoin palmulam exceptus esui da tus signat. Item, illi qui munere in arera noxiorum jugl latorum sanguinem recentem avida siti comitiali morho medentes auferunt, ubi sunt? item, illi qui de arena ferinis obsoniis cœænant? qui de apro, qui ‘de cervo petunt? Apt ille quem cruentavit, colluctando detersil ; cervus ille 1 APOLOGETIQUE. de la chair de leurs semblables ? car ce sanglier s’est abreuvé du sang du malheureux qu'il a dé- chiré, ce cerf a expiré dans le sang d’un gla- diateur ; et dans le ventre des ours on voit encore palpiter les membres des hommes qu'ils ont dé- vorés. Vous vous nourrissez donc d’une chair nourrie de celle des hommes. En quoi, je vous le demande, vos repas diffèrent-ils des prétendus repas des chrétiens? Et ceux d’entre vous qui, par une brutalité exécrable, prennent leurs plaisirs dans les horreurs d’une impudicité monstrueuse, sont-ils moins criminels parce qu’ils dévorent les hommes sans les faire mourir? Leur infamie les rend-elle moins coupables du sanghumain, parce qu'ils se nourrissent d’un sang qui n’en est pas encore? Ce ne sont pas des enfants, ce sont des hommes qu'ils mangent. Rougissez done de vos préjugés contre les chrétiens, eux qui se sont même interdit dans leurs repas le sang des ani- maux , et qui, pour cette räison, s’abstiennent des bêtes étouffées ou mortes d’elles-mêmes , de peur de se souiller de quelque sang que ce soit, même de celui qui est resté dans le corps. En effet, le sang des animaux est un des moyens dont vous vous servez pour tenter la foi des chrétiens, tant _vous êtes convaincus qu'il leur est défendu de manger ce que vous leur présentez pour leur faire violer leur religion. Or, pouvez-vous vous persuader que les mêmes hommes qui {et vous n'en doutez pas) ont horreur du sang des ani- 17 s'ils refusent de sacrifier. Et certainement le bourreau chargé de les torturer ou de les met- tre à mort ne vous laissera pas manquer de sang. Vous nous accusez d'inceste : mais à qui l'inceste doit-il être mieux connu qu'à ceux qui en ont recu des leçons de Jupiter même? Nous lisons dans Ctésias que les Perses épousaient leurs mères. Les Macédoniens ne sont pas non plus hors de tout soupçon : témoin leur indécente équivoque, lorsqu’assistant, pour la première fois, à la représentation de la tragédie d'OEdipe, ils s’écrièrent avec ironie : "Ehœuve eîc vhv prepa. Et parmi vous, livrés aux désordres d’une luxure sans frein, voyez combien les méprises sont pro- pres à multiplier les incestes. Vous exposez vos enfants, vous les abandonnez à la compassion des étrangers qui passent, ou vous les émancipez pour les faire adopter à de meilleurs pères. La trace d’une famille, ainsi dispersée, doit nécessai- rement s’effacer ; et les erreurs, en se multipliant de génération en génération, multiplient et per- pétuent les incestes. Enfin, comme vous portez votre passion partout, chez vous, en voyage, au delà des mers, il doit arriver quelles fruits de votre incontinence , semés en tous lieux, incon- nus à vous-même, s’allient ensemble ou avec leurs auteurs sans soupçonner leur parenté. Quant ‘à nous, la chasteté la plus vigilante et la plus sévère nous garantit de ces erreurs ; et la pureté de nos mœurs, avant comme pendant le ma- maux soient altérés du sang de leurs sembla- | riage, nous met à l'abri de l'inceste. Il y en a ; y bles? à moins peut-être que vous n'ayez, par qui éloignent jusqu’à l’ombre du danger, en gar- expérience, trouvé celui-ci plus délicat. Que ne | dant la virginité jusqu’au tombeau, où ils arri- P ; joignez-vous le sang humain au feu et à l’en- cens, pour éprouver les chrétiens ? Vous les re- convaîtrez et vous les enverrez au supplice, s'ils consentent à goûter du sang humain, comme gladiatoris sanguine jacuit; ipsorum ursorum alvei appe- tuntur cruditantes adhuc de visceribus humanis : ructatur proinde ab homine caro pasta de homine. Hæc qui edilis, quantum abestis a conviviis Christianorum ! Minus autem et illi faciunt qui libidine fera humanis membris inhiant, quia vivos Vorant? minus hurnano sanguine ad spurcitiam consecrantur, quia futurum sanguinem Jambunt? Non edunt infantes plane, sed magis puberes. Erubescat error vester Christianis, qui ne animalium quidem sanguinem in epulis esculentis habemus ; qui propterea quoque suffo- catis et morticinis abstinemus, ne quo sanguine contami- nemur vel intra viscera sepulto. Denique inter tentamenta Christianorum, botulos etiam cruore distentos admovetis 5 certissimi scilicet illicitum esse penesillos, per quod exor- bilare eos vultis. Porro quale est, ut quos sanguinem pe- coris horrere confiditis ; humano inhiare credalis? nisi forte suaviorem eum experti; quem quidem et ipsum proinde examinatorem Christianorum adhiberi ut foculum eut acerram, oportebat; proinde enim probarentur sanguinem humanum appetendo, quemadmodum sacrificium res- puendo ; alioquin necandi si gustassent, quemadmodum si non immolassent : et utique non deesset vobis in auditione TERTULLIEN. vent vieillards et enfants tout ensemble. Si vous aviez pris garde que vous commettez les crimes dont vous nous accusez, vous auriez découvert en même temps que nous ne lescommettons pas : i Cuslodiarum et damnatione sanguis humanus. Proinde incesti qui magis, quam quos ipse Jupiter docuit? Persas cum suis matribus misceri Ctesias refert ; sed et Macedones Suspecti, quia cum primum Œdipum tragædiam audisseut, ridentes incesti dolorem, EAAYNE, dicebant, EIZ THN MHTEPA. Jam nunc recogitate quantum liceat erroribus ad incesla miscenda, suppedilante materias passivitate luxuriæ. In primis filios exponitis suscipiendos ab aliqua præfereunte misericordia extranea, vel adoptandos melio- ribus parentibus emancipatis. Alienati generis necesse est quandoque memoriam dissipari : et simul error impegerif, exinde jam tradux proficiet incesli serpente genere cum scelere. Tune deinde quocumque in loco, domi, peregre, trans freta comes est libido : cujus ubiqne saltus facile pos: sunt alicubi ignaris filios pangere, velut ex aliqua seminis Sparsione ; ut ifa sparsum genus per commercia humana Concurratin Mmemorias suas, neque eas cœfus incesti san- guinis agnoscat. Nos ab isto eventu diligentissima et fidelis- sima castitas sepsit; quantumque ab stupris et ab omni post matrimonium excessu, fantum et ab incesti casu tuti sumus, Quidam multo securiores totam vim bujus erroris virgine continentia depellunt, senes pueri. Si hæc in vobis 2 i8 avec: un peu d'attention, le contraste ne vous aurait pas échappé. Mais, par une contradiction qui n’est que trop ordinaire, vous ne VOYEZz pas ce qui est, et vous croyez voir ce qui n’est pas. C'est ceque je vous ferai sentir dans toute la suite de cette apologie. Venons à ce qui est public. X. Vous n’adorez pas nos dieux, dites-vous , et vous ne sacrifiez pas pour les empereurs. Sans doute nous n’offrons de sacrifices pour personne, puisque nous n’en offrons pas pour nous-mêmes. C'est, en un mot, que nous n’adorons pas vos dieux. Voilà pourquoi nous sommes poursuivis comme coupables de sacrilége et de lèse-majesté ; voilà le point capital de notre cause, ou plutôt la voilà tout entière. Elle est digne de toute l’at- tention d’un juge qui n’est point aveuglé par la prévention ou par l'injustice. L'une s’interdit la connaissance de la vérité; l'autre refuse de la voir. Nous avons cessé d’adorer vos dieux, de- puis que nous ayons reconnu qu'ils ne sont pas des dieux. Ainsi vous avez droit d'exiger de nous la preuve qu'ils nesont pas des dieux, et que par conséquent il n’y à pas lieu de les adorer, puis- que l’adoration n’est due qu’à la divinité; et les chrétiens seraient punissables s’ilétait certain que les dieux qu'ils n’adorent pas dans la persuasion qu'ils ne sont point dieux le fussent en effet. Mais, dites-vous , nous les tenons pour dieux : nous appelons de vous-mêmes à votre conscience, Qu'elle nous juge, qu’elle nous condamne, si elle peui nier que tous vos dieux ont été des hommes. Et si elle pouvait le nier, il serait facile de la confondre par les monuments de l'antiquité, qui vousen onttransmis la connaissance et qui subsis- tent encore ; par les villes où ils sont nés, par les pays où ils ont laissé des traces de leur sé- esse consideraretis, proinde in Christianis non esse per- ; spiceretis : idem oculi renuntiassent utrumque ; sed cæci- fatis duæ species facile concurrunt, ut qui non vident quæ sunt, et videre videantur quæ non sunt. Sic per omnia os- tendam. X. Nunc de manifestis. Deos, inquitis, non colitis, el pro imperatoribus sacrificia non impenditis. Sequitur, ut -eadem ratione pro aliis non sacrificemus, quia nec pro no- bis ipsis, semel deos non colendo : itaque sacrilegii et ma- jestatis rei convenimur. Summa hæc causa, imo lota est, etutique digna cognosci, sinon præsumptio aut iniquitas judicet : altera, quæ desperat ; altera, quæ recusat veri- tatem. Deos vestros colere desinimus, ex quo illos non esse cognoscimus. Hoc igitur exigere debetis, uli probe- mus non esse illos deos, et:idcirco non colendos, quia tune demum coli debuissent si dii fuissent : tunc et Christiani puniendi, si quos colerent quia putarentnon esse, consta- retillos deos esse. Sed nobis, inquitis, dii sunt. Appella- musel provocamus a vobis ad conscientiam vestram : illa nos judicet, illa nos damnet, si poterit negare omnes is- tos deos vestros homines fuisse. Si et ipsa inficias ierit, de * suis antiquifatuin instrumentis revincetur, de quibus eos Aidicit; testimoniumperhibentibus ad hodiernum , et civi- tatibus in quibus nai sunt, et regionibus in quibus aliquid ! TERTULLIEN. jour, où l’on montre même leurs tombeaux. Je n’entreprendrai pas de discuter ce qui regarde ce nombre innombrable de dieux, nouveaux, an- ciens, barbares, grecs, romains , étrangers , cap- tifs, adoptifs, particuliers, communs, mâles, femelles, de la campagne, de la ville, marins et guerriers. Il serait superflu même de les nom- mer, et je me bornerai à en parler en général: non pour vous apprendre ce que vous ne savez pas, mais paur vous rappeler ce que vous fei- gnez d’avoir oublié. Vous n'avez point de dieu avant Saturne : ilest l’auteur de ce que vous avez de meilleur et de plus connu en fait de divinités. . Ainsi, ce qui est certain du père, il faudra l’a- vouer des descendants. Or, ni Diodore de Sicile, ni Thallus, ni Cassius Sévérus , ni Cornélius Né: pos , ni aucun autre de ceux qui ont écritsur l’an- tiquité, ne parlent de Saturne que comme d’un homme. Si nous interrogeons les monuments , on ne saurait en trouver nulle part de plus authenti- ques qu'en Italie, où Saturne, après avoir par: couru le monde et s’être , en dernier lieu, arrêté dans l’Attique, fut reçu par Janus, ou Jané, comme le prononcent vos Saliens. Il laissa son nom à la montagne qu'il avait habitée, à la ville qu'il avait fondée et qui l’a conservé jusqu'à ce jour, à toute l'Italie enfin, qui perdit dès lors le nom d'OEnotrie. Il fut le premier qui donna des lois à cette contrée , et qui y fit battre monraie à son effigie. C’est pour cela qu’il préside aux tré- sors. Saturne est donc un homme : s’il est homme, il est fils d’un homme, et non pas du ciel et de la terre. Mais, comme ses parents étaient incon- nus, On a pu aisément voir en lui un fils du ciel et de la terre, qui, jusqu’à un certain point, peu- vent être regardés comme les auteurs communs operati vestigià reliquerunt, in quibus etiam sepulti de- monstrantur. Nec ego per singulos decurram, tot ac tan- tos, novos, veteres, barbaros, Græcos, Romanos, pere- grinos, captivos, adopfivos, proprios, communes, mas- culos, fœminas, rusticos, urbanos, nauticos, militares : otiosum est eliam titulos persequi ut colligam in compen- dium, et hoc non quo cognoscatis, sed recognoscatis ; certe enim oblitos agilis. Ante Saturnum deus penes vos nemo est: ab illo census totius, vel potioris, vel notioris divi- nitalis : itaque quod de origine consliterit, id et de poste- ritale conveniet. Saturnum itaque, quantum litteræ do- cent, neque Diodorus Græcus, aut Thallus, neque Cassius Severus, aut Cornelius Nepos , neque ullus commentator ejusmodi antiquitatum, aliud quam hominem promulgave- runt : Si quantum rerum argumenta, nusquam invenio fideliora, quam apud ipsam Italiam, in qua Saturnus, post multas expeditiones postque Attica hospitia, consedit exceptus ab Jano, vel Jane, ut Salii volunt: mons quem incoluerat, Saturnius dictus : civitas quam depalaverat, Saturnia usque nune est : tota denique Italia post Œno- triam, Saturnia cognominabatur : ab ipso primum tabulæ, etimagine signatus nummus , et indeærario præsidet. Ta: men Si homo Saturnus, utique ex homine : etquia ab ho- mine, non utique de cœlo et terra. Sed cujns parentes APOLOGÉTIQUE. du genre humain. N’est-on pas porté par respect à honorer le ciel et la terre des noms de père et de mère? N'avons-nous pas même coutume de dire de ceux que nous ne connaissons pas , et qui paraissent tout à coup devant nous, qu’ils sont tombés du ciel? C’est ce qui est arrivé à Saturne : en le voyant paraître tout à coup , on a dit qu’il était fils du ciel, comme on appelle vulgaire- ment enfants de la terre ceux dont on ignore l’o- rigine. Je pourrais dire que, dans ces temps re- culés où les hommes étaient encore grossiers, l’aspect d'un personnage inconnu devait naturel- lement les frapper, comme aurait pu faire l’appa- rition de quelque divinité, puisque aujourd’hui même, dans le siècle des lumières, leurs descen- dants mettent au nombredes dieux des hommes dont ; quelques jours auparavant, le deuil public attestait la mort. Ce peu de mots sur Saturne doit suffire. Nous démontrerons par le même argu- ment que Jupiter fut homme, puisqu'il était fils d’un homme, et que les essaims de dieux sortis de Saturne et de Jupiter furent, comme leurs auteurs, deshommes mortels. XI. Mais comme vous n’osez le nier, vous avez pris le parti d'assurer qu'ils furent faits dieux après leur mort. Examinons donc les rai- sons qu’on a pu avoir de les diviniser. IL faut d’abord que vous admettiez un dieu suprême, possédant en soi la divinité, et capable de là com- muniquer à des hommes; car ceux qui ne Fa- - vaient pas n’ont pu se la donner à eux-mêmes, et nul n’a pu la leur communiquer que celui qui la possédait en propre. En un mot, c’est une ab- surdité de prétendre qu'ils aient été faits dieux, s’iln'existe pas un. être capable de faire des dieux. Certainement, s’ils avaient pu se faire dieux eux- ignoti erant,, facile fuit eorum filium dici. quorum et omnes possumus videri : quis.enim non cœlum.et terram matrem. ac patrem, venerationis.et honoris gratia; appellet, vel ex consuetudine. humana. qua ignoli,. vel ex inopinato:appa- rentes , de cælo supervenisse dieuntur? proinde Saturno repentino ubique. cælitem. contigit dici;. nam et terræ filios. vulgus. vocat, quorum genus incertum est : taceo quod ita rudes adhuc homines agebant, ut cujuslibet novi viri aspectu quasi. divino. commoverentur ; cum hodie jam politi, quos ante paucos dies luctu publico mortuos sint confessi,.in deos consecrent. Satis jam de Saturno, licet paucis. Etiam Jovem ostendemus tam hominem quam ex homine , et deinceps totum: generis examen tam mortale, quam seminis-sui-par. XI. Et quoniam: sicut illos homines fuisse non audetis negare,, ila post mortem deos factos instituistis asseve- rare, Causas quæ hoc exegerint retractemus, In primis quidem necesse esi concedatis esse abiquem sublimiorem deum, et mancipem quemdam divinitatis ; quiex homini- bus deos, fecerit : nam neque sibi illi potuissent sumere divinitatem, quam non habebant; nec alius præstare eam non habentibus, nisi qui proprie possidebat. Cæterum si. nemo esset qui deos. faceret, frustra præsumitis deos fac- tos auferendo factorem : certe quidem si ipsi se facere po- ner upnernemnpenaeemnenr IL OO eee 0e PU) UE AIR EU LE RRERR que eerquu a eee ce eee RCE QE EE RC EE RE 19 mêmes, ils n’auraïent pas choisi la condition d'hommes; étant les maîtres de s’en procurer une meilleure. Si donc il existe un être capable de faire des dieux, je reviens aux raisons qu’il a pu avoir d'associer des hommes à sa divinité. Or, je n'en vois pas d’autre que son insuffisance per- sonneile pour remplir les fonctions diverses de la divinité. Maïs d’abord il était indigne de la na- ture souveraine de ce dieu d’avoir besoin du con- cours de quelqu'un , et surtout d’un mort. Pour- quoi n'avoir pas plutôt créé un dieu dès le com- mencement ? Encore je ne vois pas à quoi il aurait pu occuper ce nouveau dieu. Car que le monde existe par lui-même et n'ait point eu de commén- cement, comme l'enseigne Pythagore ; ou, comme le prétend Platon , qu’il ait eu un commencement et qu'il soit ouvrage d’un être supérieur , il est certain qu’il à été créé une fois pour toutes, ou qu'il a existé de tout temps tel qu'il est aujour- d’hui. Celui de qui émane toute perfection ne sau- rait être imparfait, ni avoir eu besoin du secours de Saturne et de ses enfants. Il faudrait être bien simple pour croire que la pluie, les astres, la lu- mière, letonnerre, ne sont pas aussi anciens que le monde; que la foudre, dont vous armez la main de Jupiter, ne l'ait pas faittrembler de touttemps ; que la terre ne produisait pas toute sorte de fruits avant Bacchus, Cérès et Minerve , et même avant le premier homme ; car rien de ce qui est néces- saire à la vie de l’homme n’a pu être postérieur à l’homme. On dit bien que les hommes ont dé- couvert différentes choses propres à son usage, mais non pas qu'ils les ont faites. Or, ce qu’on découvre existait auparavant, et doit étre attri- bué à celui qui Pa fait, non à celui qui l’a décou- vert. Au reste, si Bacchus a été fait dieu pour tuissent, nunquam homines fuissent, possidentes scilicet melioris conditionis potestatem. Igitur si esf quifaciatdeos, revertor ad causas examinandas faciendorum ex hominibus deorum : nec ullas invenio, nisi si ministeria et auxilia officiis divinis desideravit ille magnus deus. Primo, indi- gnum.est ut'alicujus opera indigeret, et quidem mortui, cum dignius ab initio deum aliquem fecisset qui mortui erat operam desideraturus. Sed nec operæ locum video : totum: enim hoc mundi corpus sive innatum et infectum: secundum Pythagoram.. sive natum.et factum secundum. Platonem ,:semel utique in ista constructione. dispositum et instructum et ordinatumcumomnirationis gubernaculo inventum est: imperfectum:non potuit esse, quod'perficit. omnia : nihil Saturnum:et Saturniam genterh: exspectabat. Vani erunt homines, nisi certi sint a primordio et pluvias de cœlo rnisse, et sidera radiasse, et lumina floruisse , et tonitrua mugisse, et ipsum Jovem quæ in manu ejns poni- tis fulmina timuisse ; item omneém frugemante Liberum, et Cererem, et Minervam, imo ante illum aliquem princi- pem hominem, de terra exuberasse,, quia nihil continendo et sustinendo hormini prospectum:post hominem potuit in- ferri Denique invenisse dicuntur necessaria ista vitæ, non instituisse : quod autem invenitur, fuit; et quod fit, non ejus deputabitur qui invenit, sed ejus qui inslituit : erat _ 2. 20 TERTULLIEN. avoir montré aux hommes l'usage de la vigne, on a Commis une grande injustice envers Lucul- lus, en ne lui décernant pas le même honneur pour avoir le premier transporté des cerisiers de Pont en Italie. Si donc tout était ordonné de telle sorte dès le commencement, que l’univers pouvait fonctionner de lui-même, qu’était-il besoin d’ap- peler l'humanité en aide à la divinité, pour assi: guer à des dieux secondaires des emplois et des fonctions qui étaient remplis sans eux et avant eux? Vous alléguez une autre raison : vous prétendez que l'apothéose est la récompense du mérite. Vous accorderez sans doute que ce dieu, créateur de dieux, est souverainement juste ; qu’il ne saurait prodiguer une telle récom- pense, ni la donner au hasard et sans fondement. Voyons doncsi vosdieux ont mérité d’être élevés au ciel, et non pas plutôt d’être précipités dans le Tartare, que vous regardez, quand il vous plaît de le croire et de l’affirmer , comme la pri- son des méchants. C’est là que sont plongés tous les enfants dénaturés, les incestueux, les adultères, les ravisseurs, les infâmes, les hommes cruels , les meurtriers, les voleurs, les fourbes, tous ceux, en un mot, qui ressemblent à quel- ‘qu'un de vos dieux; car il n’en est pas un seul qui n’ait donné l’exemple du crime ou du vice, -à moins que vous ne disiez qu'ils n’ont pas été des hommes. Mais, pour vous empêcher de le dire, ils portent des caractères qui ne permettent pas de croire qu'on en ait fait des dieux ; çar si -vous êtes établis pour punir ceux qui leur res- semblent, si tous les gens de bien fuient le com- -merce et jusqu’au contact des méchants et des :Imfâmes, et que votre dieu suprême ait associé de -epim antequam invenirelur. Cæterum si proplerea Liber -deus quod vitem demonstravit, male cum Lucullo actum est, qui primus cerasa ex Ponto ftaliæ promulgavit, quod -non st proplerea consecratus ut novæ frugis auctor, quia inventor et ostensor. Quamobrem si ab initio et instructa, et certis exercendorum officiorum suorum rationibus dis- pensata universitas constitit, vacat ex hac parte causa al- legendæ humanitatis in divinitatem, quia quas illis statio- nes et potestates distribuistis, tam fuerunt ab initio quam et fuissent eliamsi deos isios non creassetis. Sed converti: mini ad causam aliam, respondentes collationem divinita- lis meritorum remunerandorum fuisse rationem : el hinc conceditis, opinor, illam deum deificum justitia præcellere, qui nec temere, nec indigne, nec-prodigetantum præmium dispensarit. Volo igitur merita recensere, an ejusmodi sint ut illos in cœlum extulerint, et non potius in imum tarta- ‘rum merserint, quem carcerem poœnarum infernarum cum vultis aflirmatis : illue enim abstrudi solent impii quique in parenies ;.ef in sorores incesti, et maritarum adulteri = et virginum raptores , et puerorum contaminalores, et qui sœviunt, etqui oceidunt, et qui furantur, et qui decipiunt, et quicumique similes sunt alicujus dei vestri quem nemi- -nem integrum a crimine aut vitio probare poterilis, nisi bominem negaveritis. Atquin ut illos homines fuisse non -Possitis negare, etiam istæ-notæ :accedunt ; qu nec.dens tels hommes à sa majesté, pourquoi condamner. vous ceux dont vous adorez les collègues ? Votre justice condamne le ciel. Divinisez plutôt tous les grands scélérats : vous êtes sûrs de flatter vos dieux et de les honorer, en rendant un culte divin à leurs pareils. Mais abandonnons cette récrimination. Je suppose que vos dieux ont été des hommes vertueux et irréprochables. Cepen- dant combien n’avez-vous pas laissé dans les en- fers de personnages qui sont beaucoup au-dessus d'eux, un Socrate par sa sagesse, un Aristide par sa justice, un Thémistocle par sa valeur, un Alexandre par sa grandeur , un Polycrate par. son bonheur, un Crésus par ses richesses, un Démosthène par son éloquence! Nommez-moi un de vos dieux plus austère et plus sage que Caton, plus juste et plus brave que Scipion : plus grand que Pompée, plus heureux que Sylla, plus riche que Crassus, plus éloquent que Cicé. ron. Ce sont de tels hommes que votre dieu su- prême, à qui l'avenir ne pouvait être caché, a. rait dû attendre pour les associer à sadivinité. Il s’est trop hâté, ce me semble, de fermer le ciel, et il doit rougir maintenant d'entendre des âmes, assurément plus dignes de son choix, murmure contre lui dans l’oubli des énfers. XIT. Je finis sur ce point, En vous montrant ce que Sont vos dieux, je vous ferai voir, par une suite nécessaire, ce qu'ils ne sont pas. Or, quant à leurs personnes , je ne vois que les noms de quelques anciens morts, je n’entends que des fables, et ces fables m’expliquent votre culte, Quant à leurs simulacres , je vois que la matière est la même que celle de la vaisselle et des meu- bles ordinaires ; que souvent même, changeant postea factos credi permittunt. Si enim talibus vos punien: dis præsidetis; si commercium, colloquium , convictum malorum et turpium probi quique respuitis, horum autem pares deus ille majestatis suæ consortio ascivit, quid ergo damnatis quorum collesas adoratis ? suggillatio est in cxlo + vestra justitia : deos facile criminosissimos quosque, nt placealis dis vestris ; illorum est honor, consecratio co - æqualium. Sed, ut omittam hujus indignitatis retractatum, probi, et integri, et boni fuerint : quot tamen potiores viros apud inferos reliquistis! aliquem de sapientia Socratem, de justitia Aristide, de militia Themistoclem, de sublimitate Alexandrum, de felicitate Polycratem, de copia Crœsum, de eloquentia Demosthenem : quis ex illis dits vestris gra vior et sapientior Catone, justior et militarior Scipione? quis sublimior Pompeio, felicior Sylla, copiosior Crass0, eloquentior Tullio? quanto dignius istos deos ille assumer: dos expectasset, præscins utique potiorum! properavit,. opinor, et cœlum semel clusit, et nunc utique melioribus apud inferos mussitantibus erubescit. : XIT- Cesso jam de istis, ut qui sciam me ex ipsa veritate demonstra{urum quid non sint, cum ostendero quid sint. Quantum igitur de dis vestris, nomina solummodo video quorumdam veterum mortuorum , et fabulas audio , et sa: cra de fabulis recognosco : quantum autem de simulacris ipsis, nihil aliud deprehendo, quam materias sorores esse APOLOGÉTIQUE. 27 dème a rendu gloire à Ja Providence en serécriant d’admiration sur l’uniformité de leurs versions , et vous pouvez vous assurer de ce fait dans le livre qu’Aristée a écrit en grec à ce sujet. On voit encore aujourd’hui un exemplaire de ces livres, en langue hébraïque, dans le temple de Sérapis, où Ptolémée établit sa bibliothèque. Les Juifs ont la liberté de les lire publiquement, moyen- nant untribut : on a coutumed’aller les entendre le jour du sabbat. Quiconque ira, apprendra à conpaître Dieu ; et quiconque s’appliquera à le connaître, sera forcé de croire en lui. XIX. La haute antiquité de ces livres leur donne une autorité supérieure à celle de tous les autres. Chez vous, comme partout ailleurs, l’an- tiquité n’est pas moins respectable que la religion même. Or. les livres d’un seul des prophètes, qui sont comme un trésor où se gardent tous les mys- tères de la religion juive, -et par conséquent de la religion chrétienne ; ces livres, dis-je, devancent de plusieurs siècles ce que vous avez de plus antique : vos monuments, vos origines, vos dates, les sources les plus reculées de votre lan- gage, la plupart même des nations , les villes les plus fameuses, les histoires les plus vieilles, jus: qu'aux caractères de l'écriture, ces témoins et ces gardiens de toutes les choses humaines. Je n’en dis pas assez : ilssont antérieurs de plusieurs siècles à vos dieux, à vos temples, à vos oracles, à vos sacrifices. Si vous avez entendu parler de Moïse , ilest contemporain de l’Argien Inachus, antérieur de cent soixante-dix ans à Danaüs, un de vos plus anciens rois; d'environ mille ans à la ruine de Troie. Je pourrais aussi (et les au- torités ne me manqueraient pas) le faire pré- quos Menedemus quoque philosophus providentiæ vindex de sententiæ communione suspexit. Affirmavit hæc vobis eliam Aristæus : ita in Græcum stylum ex aperto monu- menta reliquit. Hodie apud Serapeum, Ptolemæi biblio- {hecæ cum ipsis Hebraicis litteris exhibentur. Sed et Judæi palam lectitant : vectigalis libertas vulso aditur sabbatis omnibus : qui adierit, inveniet Deum : qui etiam studue- rit intelligere, cogetur et credere. XIX. Primam insfrumentis istis auctoritatem summa antiquitas vindicat : apud vos quoque religionis est instar fidem de temporibus asserere. Omnes itaque substantias, ompesque materias, origines, ordines , venas velerani cu- jusque styli vesiri, gentes etiam plerasque , et urbes insi- gues, Canas memoriarum, ipsas denique effigies litterarum indices custodesque rerum , et pufo adhuc minus dicimus, ipsos, inquam, deos vestros, ipsa templa, et oracula, et sacra, unius interim Prophetæ scrinium sæculis vincit, in quo videtur thesaurus collocatus totius Ju- daici sacramenti, et inde eliam nosiri. Si quem audis- tis interim Moysem, Argivo Inacho pariter ætale est : quadringentis pene annis, nam et septem minus, Danaüm et ipsum apud vos:vetustissimum prævenit, mille circiter cladent Priami antecedit : possem etiam dicere quingentis amplius et Homerum, habens quos sequar : cæteri quoque Prophetæ, efsi Moysi posthumant, extremissimi tamen céder Homère de plus de cinq cents ans. Tous les autres prophètes sont postérieurs à Moïse ; et cependant les moins anciens d’entreeux devancent encore les plus anciens de vos sages , de vos lé- gislateurs et de vos historiens. La preuve de ce que je viens d'avancer n’est pas difficile, mais elle est immense et demanderait de longs calculs. Il faudrait compulser les archives des peuples les plus anciens, des Égyptiens, des Chaldéens ;: des Phéniciens ;il faudrait consulterles historiens indigènes de chacun de ces peuples, Manéthon d'Égypte, Bérose de Chaldée, Iromus de Phé- nicie, roi de Tyr, et ceux quiont écrit d’après eux , Ptolémée de Mendès, Ménandre d’Éphèse, Démétrius de Phalère, le roi Juba, Appion, Thallus et le Juif Josèphe, qui tantôt les suit, tantôt les combat, dans le livre qu’il nous a laissé sur les antiquités de son pays. Il faudrait aussi conférer les annales des Grecs, s'attacher à fixer les dates de chaque événement, pour former une chaîne des temps exa cte et lumineuse ; il faudrait feuilleter les histoires et les livres du monde en- tier, Nous avons déjà fait une partie de la preuve, en indiquant les sources d’où l’on peut la tirer. Nous nous en tiendrons là aujourd’hui, de peur ou de la tronquer en nous pressant, ou de nous écarter trop en voulant la mettre dans tout son jour. XX. Nous allons vous dédommager de ce dé- lai. Si nous ne prouvons pas, quant à présent, l'antiquité de nos Ecritures, nous ferons quelque chose de plus : nous allons prouver leur majesté. Si leur antiquité peut être douteuse, leur divinité ne le sera pas. La preuve ne se fera pas attendre, ni chercher ; nous l’avons sous les veux : c’est Le eorum non retrosiores deprehenduntur primoribus vestris Sapientibus, et legiferis, et historicis. Hæc quibus ordi- nibus probari possint, non tam difficile est nobis exponere, quam enorme ; nec arduum, sed interim longum : multis instrumentis cum digitorum supputariis gesliculis assiden- dum est : reseranda antiquissimarum etiam gentium ar- chiva, Ægyptiorum, Chaldæorum , Phœænicum : advocandi municipes eorum, per quos notitia subministrata est, ali- qui Manethon Ægyptius, et Berosus Chaldæus, sed et Jromus Phœnix Tyri rex ; sectatores quoque eorum , Mén- desius Ptolemæus, et Ménander Ephesius , et Demetrius Phalereus, et rex Juba, et Appion, et Thallüs, et qui istos aut probat aut revincit Judæus Josephus antiquita= tum Judaïicarum vernaeulus vindex : Græcoruim etiam censuales conferendi , et quæ quando sint gesta, ut con- catenaliones Lemporum aperiantur, per quæ luceant anna- lium numeri : peregrinandum est in historias et litteras orbis. Et tamen quasi partem jam probationis intulimus, cum per quæ probari possint aspersimus : verum differre præstat, ne vel minus persequamur festinando, vel diu- tius evagemur perséquendo. XX. Plus jam offerimus pro ista dilatione, majestatem Scripturarum, si non vetustatem : divinas probamus, si dubitatur antiquas: nec hoc tardius,aut aliande discendon : coram sept quæ docébunt, mundus, et sæculum, et exi- 28 TERTULLIEN. monde, le siècle, et les événements dont il est le théâtre, Ce qui arrive, ce que nous voyons tous les jours , a été prédit. I a été prédit que la terre engloutirait des villes ; que la mer submergerait des îles ; que des guerres étrangères et intestines ensanglanteraient |la_terre; que les royaumes s’en-trechoqueraient ; que la famine, la peste, des calamités publiques, désoleraient certains pays; que les bêtes féroces rendraient la plupart des montagnes inaccessibles ; que les petits se- raient élevés et les grands humiliés ; que la jus- tice deviendrait plus rare ; que l’iniquité se for- tifierait; que l’amour du bien irait s’affaiblissant ; que les saisons même et les éléments se déran- geraient ; que des monstres etdes prodiges trou- leraient l’ordre de la nature. Tandis que nous souffrons toutes ces épreuves, nous leslisons dans h0S Écritures ; et, en {es y reconnaissant, nous ne pouvons douter de la véracité des livres où el- les sont annoncées. L’accomplissement des pro- phéties est, ce me semble, un garant de leur di- vinité. Les prophéties déjà accomplies nous font croire à celles qui restent à s’accomplir. Les mé- mes bouches les ont prononcées, les mêmes mains les ont écrites, le même esprit les a dictées. I n'y a qu'un temps pour les prophètes : à leurs yeux toutest présent, tandis que les hommes ordinaires distinguent le temps à mesure qu'il s’écoule, séparant le présent de l'avenir, et le passé du présent. Or, je vous le demande, avons- nous tort de croire pour l'avenir ceux que nous avons trouvés si véridiques pour le présent et pour le passé? XXI. Comme nous venons de dire que notre religion a pour fondement les livres des Juifs, les “plus anciens qui existent, et que néanmoins on tus : quidquid agitur, prænuntiabatur : quidquid videtur, audiebatur : quod terræ vorant urbes, quodinsulas maria fraudant, quod externa atque interna bella dilaniant, quod regnis regna compulsant, quod fames et lues et locales quæque clades et frequentiæ pleraque montium vastant, quod humiles sublimitate, sublimes humilitate mutantur, quod justitia rarescil et iniquitas increbrescit, bonarum omnium disciplinarum cura torpescit, quod etiam officia temporum et elementorum munia exorbitant, quod et monstris et portentis naturalium forma turbatur, providen- ter scripta sunt : dum patimur, leguntur ; dum recognosci- -mus, probantur : idoneum, opinor, testimonium divinitatis verilas diviuationis. Hinc igitur apud nos futurorum quo- que fides tuta est, jam scilicel probatorum : quia cum illis quæ quotidie probantur prædicebantur, eædem voces s0- nant, eædem lilteræ notant, idem spiritus pulsat : unum tempus.est divinationi, futura præfandi : apud homines, si forte, distinguitur, dum expungitur : dum ex futuro præ- sens, dehine ex præsenti præteritum deputatur. Quid de- Hnquimus, oro vos, futura quoque credentes, qui jam didi- cimus illis per duos-gradus credere? XXI. Sed quoniam edidimus antiquissimis Judæorum instrumentis sectam istam esse suffultam, quam aliquanto novellam, ut Tiberiani temporis plerique sciunt, profiten- sait généralement qu’elle ne remonte pas au delà de l'empire de Tibère, ce que nous publions nous-mêmes, on nous accusera peut-être de chercher à répandre des opinions nouvelles et téméraires , à l’ombre d’une religion fameuse et. tolérée ; car il est certain que, indépendamment de lancienneté , l'abstinence de certaines vian- des, les fêtes, la cireoncision, ne nous sont point communes avec eux ; que nous ne portons pas lé même nom : Ce qui devrait être, si nous servions le même dieu. [l n’est pas jusqu’au peuple qui ne sache que le Christ a paru sur la terre comme un homme ordinaire, que les Juifs l'ont jugé tel; et de là on se croit fondé à croire que nous ado- rons un homme. Cependant nous n’avons garde : de rougir de Jésus-Christ, nous nous glorifions au contraire d’être perséeutés et condamnés pour Son nom ; ef, pourtant, nous avons de Dieu la même idée que les Juifs. Pour me faire entendre, il est nécessaire que j'entre dans quelques ex pli cations sur la divinité du Christ. Les Juifs seuls étaient agréables à Dieu, à cause de la justice et de la foi de leurs pères. De là l'éclat et la puissance de leur nation, de là ce privilége sin- gulier d'avoir eu Dieu même pour maître et pour guide. Mais, follement enflés des mérites de leurs pères, ils abandonnèrent sa loi et tombe- rent dans toute sorte de prévarications. Quand ils n’en conviendraient pas, l’état déplorable où ils sont aujourd’hui le prouverait assez. Disper- sés, vagabonds, bannis de leur patrie, ils se promènent sur la surface de la terre, sans avoir. ni dieu ni homme pour guide, sans qu’il leur soit permis de mettre le pied dans leur pays, même comme étrangers. Les saints oracles qui les menaçaient de ces malheurs leur annon- tibus nobis quoque; fortasse an hoc nomine de statu ejus retractetur, quasi sub umbraculo insignissimæ religionis, cerle licitæ, aliquid propriæ præsumptionis abscondat, vel quia præter ælatem neque de victus exceptionibus, neque de solemnitatibus dierum , neque de ipso signaculo Corporis, nèque de consortio nominis cum Judæis agimüs, quod utique oporteret si eidem Deo Manciparemur, Sed. et vulgus jam scit Christum, ut aliquem bominum, qua- lem Judæi judicaverunt, quo facilius quis nos hominis cultores existimaverit. Verum neque de Christo erubesci- mus, Cum Sub nomine ejus deputari et damnari juvat, neque de Deo aliter præsumimus. Necesse est igiur pauca de Christo, ut Deo. Tantum Judæis erat apud Deum gratia, ob insignem justiliam et fidem originalium aucto: rum : unde illis et generis magniludo et regni sublimitas floruit, et fanta felicitas, ut Dei vocibus ; de promerendo Deo et non offendendo præmonerentur. Sed quanta deli- querint, fiducia patrum inflati, deviantes ab disciplina in profanum modum, etsi ipsi non confiterentur, probarêt exitus hodiernus ipsorum : dispersi , palabundi, et cœli et Soli sui extorres vagantur per orbein sine homine, sine deo rege, quibus nec advenarum jure terram pafriam saltem vestigio salufare conceditur. Cum hæc illis sanctæ voces præminaren(ur, eædem semper omnes ingerebant APOLOGÉTIQUE. 9 caient aussi sans cesse que, dans les derniers temps, Dieu choisirait, entre tous les peuples et dans tous les lieux , des adorateurs plus fidèles, sur qui il transporterait sa grâce, majs une grâce plus abondante, et proportionnée à l’excellence de celui qui en serait la source. Il était prédit que l’auteur de cette grâce, le maitre qui vien- drait éclairer, réformer et conduire le genre humain, serait le Fils de Dieu : non pas un fils qui eût à rougir de sa naissance, qui dût le jour à l'inceste d’une sœur, à la faiblesse d’une fille, à l’adultère d’une épouse, à un père métamor- phosé en serpent, en taureau, en ojseau, en pluie d’or ( vous reconnaissez là votre Jupiter ). Le Fils de Dieu n’est pas même né d’un mariage: il a pris naissance dans le sein d’une vierge qui ne connaissait point d'homme. Je vais vous ex- pliquer sa nature, pour vous faire comprendre le mystère de sa nativité. J'ai déjà dit que Dieu a créé le monde par sa puissance, par sa sagesse et par sa parole. Vos philosophes même con- viennent que le monde est l'ouvrage dela parole, de la raison, Xoyos. C’est le sentiment de Zénon, qui appelle encore cette cause destin, dieu, âme de Jupiter, nécessité de toutes choses. Cléanthe, rassemblant tous ces attributs en un seul , en fait un esprit répandu dans toutes les parties de l’univers. Nous disons aussi que la propre substance de la parole, de la sagesse et de la puissance par laquelle Dieu a tout fait, est esprit: parole, quand il ordonne; sagesse, quand il dispose; puissance, quand il exécute. Nous avons appris que Dieu a proféré cet esprit, et en le proférant l’a engendré; que, pour cette raison, il est appelé Fils de Dieu, et Dieu même à fore uli sub extimis curriculis sæculi, ex omni jam gente, et populo, et loco cultores sibi allegeret Deus multo fide: liores, in -quos gratiam transferret, pleniorem quidem ob disciplinæ Auctoris capacitatem. Hujus igitur gratiæ dis- ciplinæque arbiter et magister, illuminator atque deductor generis humani Filius Dei annuntiabatur : non quidem ita genitus ut erubescat in filii nomine , aut de patris semine : non de sororis incesto, nec de stupro filiæ aut conjugis alienæ denm patrem passus est squamatum aut cornulum aut plumatum-amatorem , aut in aurum conversum ; Jovis enim ista sunt numina vestri : cæterum Dei Filius nullam de impudicitia habet matrem : etiam quam videtur habere, non nupserat. Sed prius substantiam edisseram, et ita nativitatis qualitas intelligetur, Jam ediximus Deum uni- versitatem hanc mundi verbo et ratione et virtute molitum. Apud vestros quoque sapientes, AOFON, id est, sermo- nem afque rationem, constat artificem videri universitalis : bunc enim Zeno determinat factilatorem, qui cunela in dispositione formaverit ; eumdem et fatum vocari, et deum, et animum Jovis, et necessitatem omnium rerum: Hæc Cleanthes in spiritum congerit, quem permeatorem uni- versitatis affirmat : et nos etiam sermoni afque rationi, itemque virtuti, per quæ omnia molitum Deum ediximus, propriam substantiam spiritum inscribimus, cui el sermo insit prænuntianti, et ratio adsit disponenti, et virtus cause de l'unité de substance ; car Dieu est es- prit. Lorsque le soleil darde un rayon, ce rayon est une portion d’un tout; le soleil est dans le rayon , puisque c'est un rayon du soleil; il ya, non pas division, mais expansion de substance. Ainsi, la parole est esprit de l'esprit, Dieu de Dieu. On peut comparer cette génération à celle de la lumière, qui naît de la lumière sans que le foyer, qui en est la source, perde , en se com- muniquant, la moindre dimivution de substance. Ainsi donc ce qui est sorti de Dieu est Dieu et Fils de Dieu (et les deux ne font qu’un), esprit de l’esprit, Dieu de Dieu : autre en propriété , non en nombre; en ordre, non en nature; sorti de son principe sans lavoir quitté. Ce rayon de Dieu, selon l’antique prédiction, est descendu dans une vierge, et s’est incarné dans son sein, d’où il est sorti Homme-Dieu. La chair unie à l'esprit se nourrit, croit, parle , enseigne, opère, et c’est le Christ. Acceptez pour le moment cette fable semblable aux vôtres, en attendant que je vous prouve la divinité du Christ. Ceux d’entre vous qui ont inventé des fables pour détruire la vérité que je vous annonce, savaient que le Christ devait venir. Les Juifs le savaient : c’est à eux que les prophètes l'avaient promis. Ils Pat- tendent même encore aujourd’hui; et le plus grand sujet de contestation entre eux et nous, c’est qu’ils prétendent qu’il n’est pas encore venu. Deux avénements du Christ sont marqués dans les prophètes : l’un, dans la bassesse de la condition humaine, il est accompli; l’autre, dans la splendeur de la majesté divine, il sera le signal de la consommation du siècle. Les Juifs, ne comprenant pasle premier, espèrent le second præsit perficienti. Hunc ex Deo prolatum didicimus, et prolatione generatum , et ideïrco Filium Dei, et Deum dictum ex unitate substantiæ; nam et Deus spiritus : et cum radius ex sole porrigitur, portio ex summa, sed sol erit in radio, quia solis est radius , nec separatur substan- tia, sed extenditur : ita de spiritu spiritus, et de deo Deus, ut lumen de lumine accensum : manet integra et indefecta materiæ matrix, etsi plures inde traduces qualitatum me- tueris : ita et quod de Deo profectum est, Deus est, et Dei Filius , et unus ambo : ia et de spiritu spiritus, et de Deo Deus : modulo alteram , non numero; gradu, nom statu fecit : et a matrice non recessit, sed excessit. Iste igitur Dei radius , ut retro semper prædicabatur, delapsus: ln virginem quamdam , et in utero ejus caro figuratus nas: citur homo Deo mixtus ; caro spiritu instrucla nutri{ur, adolescit ; affatur, docet, operatur, et Christus est. Re- cipite interim hanc fabulam, similis est vestris, dum ostendimus quomodo Christus probetur. Sciebant qui pe- nes vos fabulas ad destructionem veritatis istias æmulas præministraverunt; sciebant et Judæi venturum esse Christum; scilicet quibus Propbetæ loquebantur : nam -et nunc adventum ejusexpectant, nec alia magis inter nos et illos compulsatio est ; quam quod jam venisse non cre- dunt : duobus enim adventibus ejus significatis, primo, qui jam expunctus est in bamilitate conditionis humanæ ; 30 qui aété prédit en termes plus clairs, et ils croient qu'il est l'unique. L’aveuglement dont ils ont été punis à cause de leurs prévarications les a em- pêchés de comprendre le premier, qu’ils auraient cru s'ils l’eussent compris, et qui les aurait sauvés s'ils l’eussent cru. Ils lisent eux-mêmes dans Jeurs livres que Dieu, pour les châtier, leur a ôté l’esprit de sagesse et d'intelligénce, l'usage des yeux et des oreilles. L’abaissement de Jésus- Christ le faisant paraître aux Juifs comme un pur homme, ils prirent sa puissance pour celle d’un magicien. Par la vertu de sa parole, chas- sant les démons du corps des hommes , rendant la vue aux aveugles, guérissant les lépreux, ra- nimant les paralytiques , ressuscitant les morts, commandant en maître aux éléments, apaisant les tempêtes, marchant sur les eaux , il se mon- trait partout le Verbe éternel de Dieu, son pre- mier-né, toujours accompagné de sa sagesse et de sa puissance, et soutenu de son esprit. Mais les docteurs et les premiers d’entre les Juifs, ré- voltés contre sa doctrine, qui les confondait, furieux de voir le peuple courir en foule sur ses pas, le traînèrent devant Ponce Pilate, alors gouverneur de la Svrie pour les Romains, et le forcèrent, par leurs clameurs, à Le leur abandon- ner pour le crucifier. Lui-même il l'avait prédit. €e n’est pas assez: les prophètes l’avaient aussi prédit longtemps auparavant. Attaché à la croix, il rendit l’esprit avec la parole, et prévint la main du bourreau. A l’instant le ciel s’obscurcit en plein midi. Ceux qui ignoraient que ce phé- nomène avait été prédit pour la mort du Christ, le prirent pour une éclipse; plus tard, faute de pouvoir en découvrir la raison , on l’a nié; mais secundo, qui concludendo sæculo imminet in sublimitate divinitatis exsertæ, primum non intelligendo, secundum,, quem:manifestius prædicatum sperant, unum;existimave- runt : ne enim intelligerent pristinum, credituri si intel- lexissent, et consecuturi salutem. si.credidissent, meritum fuit: delictum eorum., Ipsi legunt ita scriptum : Mulctatos se sapientia et intelligentia;, et oculorum.et aurium. fruge. Quem: igitur solummodo:hominem præsumpserant de hu- militate, sequebatur uti magnum æstimarent de potestate, eum ille verbo dæmonia de hominibus excuteret, cæcos reluminaret, leprosos purgaret, paralyticos restringeret, mortuos denique verbo redderet. vitæ, elementa ipsa fa- mularet, compescens procellas, et:freta ingrediens:, osten- dens sese AOTON Dei, id est, Verbam illud primordiale, primogenitum, virtute et ratione comilatum, et spiritu fultum : gistri primoresque Jadæorum, ifa exasperantur, maxime quod:ad eum: ingens mullitudo deflecteret, ut postremo: oblatum: Pontio Pilato Syriam tunc ex parte Romana procuranti. violentia suffragiornmiin: crucem dedi. sibi ex- torserin£ : prædixerat: et ipse ita facturos. Parum hoc, si, non et Prophetæ retro: Et tamen suffixus spiritum. cum. verbo dimisit, prævento carnificisofficio. Eodem momento dies medium orbemsignante sole subducla:est : deliquium ad: doctrinam vero ejus quia revincebantur ma- = TERTULLIEN. vous le trouverez rapporté dans vos archives. Après qu’on eut détaché de la croix le corps du Christ, et qu’on l’eut déposé dans le sépulcre, les Juifs le firent garder avec soin par une troupe de soldats , dans la crainte que ses disciples ne l’enlevassent furtivement, et ne fissent accroire à des gens déjà prévenus qu'il était ressuscité le troisième jour, comme il l'avait prédit. Mais : tout à coup, le troisième jour, la terre tremble, la pierre œut fermait le sépulcre se soulève et se renverse , les gardes épouvantés s’enfuients et, avant qu'aucun des disciples ait paru, on ne trouve dans le sépulcre que les linceuls funérai- res. Cependant les principaux d’entre les Juifs, intéressés à supposer un crime pour détourner de la foi, pour retenir tributaire et sous leur. joug un peuple prêt à leur échapper, répandi- rent le bruit que le corps du Christ avait été enlevé par ses disciples. Le Christ ne se montra pas à la multitude, pour laisser les impies dans leur aveuglement, pour que la foi, destinée à de magnifiques récompenses, coûtât quelque chose à l'homme ; mais il demeura pendant quarante jours avec ses disciples dans la Galilée, contrée de la Judée, leur enseignant ce qu'ils devaient enseigner à leur tour. Ensuite, après leur avoir ordonné de prêcher son Évangile par toute Ja terre, il monta au ciel, environné d’une nué: qui le déroba à leurs yeux : ascension plus visi- ble que celle de Romulus, quelque digne de foi que vous paraisse votre Proculus, qui en fut le témoin oculaire. Pilate, chrétien dans le cœur, rendit compte à Tibère de tout ce que je viens de dire; et les empereurs eux-mêmes auraient cru * au Christ, s'ils n'étaient nécessaires au siècle, | utique putaverunt, qui. id quoque super. Christo prædi- : cafum-non.scierunt: ratione non deprehensa, negaverunt: | eb tamen.eum mundi casum relatum: in arcanis vestris ! habetis. Hune. Judæi detractum, et sepulcro conditum, . Mmagna.etiamumilitaris custodiæ:diligentia cincumsederunt, ne, quia prædixerat tertia: die resunrecturum. se a morte, discipuli furto amoliti cadaver fallerent suspectos:. Sed ecce die tertia , concussa repente terra, e£ mole revoluta quæ obsiruxeral, sepulerum, et cuslodia pavore-disjecta, aullis apparentibus: discipulis, mibil in sepulcro. repertum est, præterquam exuviæ sepuleri: : nihilominus, tamen primores, quorum infererat: et scelus: divulgare..et po: : pulum vectigalem.et famnlarem sibi et fide revocare:, sur: reptum.a discipulis jactitaverunt: nam,nec ille se in.vuleus eduxit, ne impi errore liberarentur, ut.et fides, non! me: diocri præmio destipata., difficultate constaret,; cum dis: . cipulis autem'quibusdamapud Galilæam Judææ regionem . ad quadraginta dies egit, docens eos quæ docerent: dehine ordinatis eis ad officium prædicandi per orbem, circum- : fusa nube in cœlum est.ereptus, multo melius quam.apud | vos asseverare de Romulis Proculi solent. Ea, omnia super, : Christo Pilatus, et.ipse jam pro sua, conscientia. Christia- :nus, Cæsari tune TLiberio. nuntiavit : sed et Cæsares cie: didissent super Christo , si aut Cæsares non. essent sæculo APOLOGÉTIQUE. : 31 ou s'ils pouvaient être à la fois empereurs et chrétiens. Les apôtres, fidèles à leur mission, se partagèrent l’univers ; et, après avoir beau- coup souffert des Juifs, dont la haine avait sur- vécu au Christ, avec le courage que donne la vérité, ils semèrent le sang chrétien à Rome dans la persécution de Néron. Nous vous produirons des témoins compétents de la divinité du Christ, ceux mêmes que vous adorez. Il vous paraîtra sans doute exorbitant que nous nous servions, pour vous faire croire les chrétiens, de ceux qui vous empêchent de les croire. Quoi qu’il en soit, voilà pour le moment l’histoire et la date de. notre religion, de son auteur et de notre nom. Qu'on ne cherche plus à nous déerier comme des imposteurs. Ilimplique contradiction qu’on puisse mentir en confessant sa religion ; car, en disant qu'on adore ce qu’on n’adore pas en effet, on renie l’objet de son culte : on abjure sa religion, en transportant ses adorations à une autre. Nous le disons hautement, nous le disons à la face du ciel et au milieu des tortures, le corps mis en pièces. et ruisselant de sang : Oui, nous adorons Dieu. par le Christ. Croyez-le un homme si vous voulez; pour nous, nous croyons que c’est par lui et en lui que Dieu veut être connu et adoré. Je répondrai aux Juifs qu'eux-mêmes ils ont appris d'un homme, c'est-à-dire de Moïse, à servir Dieu. Je répondrai aux Grecs qu'ils ont été initiés à la religion par Orphée dans la Piérie, par Musée à Athènes, par Mélampe à Argos, par Trophonius dans la Béotie. Je répondrai à vous- mêmes, Ô maîtres du monde: N'est-ce pas Numa Pompilius, qui n'était qu'un homme, qui a imposé aux Romains le joug de tant de génantes superstitions? Qu'il soit done permis, à plus necessarii, aut si et Christiani potuissent esse Cæsares : discipuli quoque diffusi per orbem, præcepto magistri Dei paruerunt, quiet ipsi a Judæis insequentibus multa per- pessi, utique pro fiduciarveritatis libenter, Romæ postremo per Neronis sævitiam sanguinem Christianum seminave- runt. Sed monstravimus vobis idoneos testes Christi, ipsos illos quos adoratis : multum est, si eos adhibeam nt cre- datis Christianis, propler quos non credilis Christianis : interim: hic est ordo nostræ institutionis : hunc edidimns et sectæ et nominis censum cum suo auctore : nemo jam infarmiam incutiat, nemo aliud existimet , quia nec fas est ulli de sua religione mentiri : eo enim quod aliud a se coli dicit, quam colit, negat quod colit, et culturam in alterum transfert, et transferendo jam non colit quod negawit. Dici- mus, ebpalam dicimus, et vobis torquentibus : lacerati et cruenti, Vociferamur, Deüm colimus per Christum : illum hominem putate : per eum et in eo se cognosei vult Deus et coli. Ut Judæis respondeamus, et ipsi Denm per hominem Moysem, colere didicerunt : ut Græcis occurram, Orpheus Pieriæ, Musæus Athenis, Melampus Argis, Trophonius Bœotiæ, initiationibus homines obligaverunt : ut ad vos quoque dominatores gentium aspiciam, homo fuit Pompi- lius Numa, qui Romanos operosissimis superstitionibus oneravit: licuerit.et Christocommentari divinitatem,, rem forte raison, au Christ, c’est-à-dire à Dieu lui- même , de révéler le mystère de sa nature : non pour dompter, pourhumaniserun peuple grossier et farouche par le culte d’une foule de divinités bizarres, mais pour initier à la connaissance de la vérité des hommes déjà civilisés, mais éblouis par leurs propres lumières. Examinez donc avec pous si le Christ est véritablement Dieu, si sa religion corrige et rend meilleurs ceux qui la connaissent. Car si cela est, il s'ensuit que toute autre religion qui lui est contraire est fausse, particulièrement celle qui, se cachant sous des images et des noms de morts, n’a pour preuve de sa divinité que quelques prétendus signes, prodiges ou oracles. XXII. Nous reconnaissons des substances spirituelles ; et le nom même:que nous leur don- nons n’est pas nouveau. Les philosophes savent qu’il y a des démons : Socrate n’attendait-il pas pour agir la réponse de son démon, qui, comme chacun sait, s'était attaché à lui dès l’enfance, et dont les suggestions tendaient toujours à le dé- tourner du bien? Les poëtes savent qu’il y a des démons ; le vulgaire même, le vulgaire ignorant le sait : ne l’entend-on pas, dans ses jurements et ses imprécations, employer, par une sorte d’instinct, les noms des démons et de Satan, le chef de ces esprits du mal? Platon reconnaît aussi des anges, et les magicienseux-mêmes ren- dent témoignage de l'existence des bons et des mauvais esprits. Mais comment, de quelques an- ges quisesont volontairement pervertis, est sortie la race plus perverse encore des démons, race réprouvée de Dieu avec ses auteurs et son chef ?. C'est ce qui est explicitement exposé dans les li- vres saints, Il suffira de parler de leurs opérations. propriam ; non qui rupices et adhuc feros homines mul- titudine tot numinum demerendorum attonitos efficiendo ad humanitatem temperaret, quod Numa; sed qui jam expolitos , et ipsa urbanitate deceptos, in agnitionem ve- ritatis ocularet. Quærite ergo, si vera est ista divinitas Christi : si ea est qua cognita ad bonum quis reformatur, sequitur ut falsa renuntietur quævis alia contraria com- perta, in primis illa quæ delitescens sub nominibus et imaginibus mortuorum, quibusdam signis et miraculis et oraculis fidem divinitatis operatur. XXII. Atque adeo dicimus esse substantias quasdam spiritales : nec nomen novum est. Sciunt dæmonas phi- losophi, Socrate ipso ad dæmonii arbitrium exspectante: : quidüi? cum et ipsi dæmonium adhæsisse a pueritia dica- tur, dehortatorium plane a bono : dæmonas sciunt poetæ : et jam vulgus indoctum in usum maledicti frequentat; nam et Satanam principem hujus mali generis, proinde de propria conscientia animæ eadem exsecramenti voce pronuntiat: Angelos quoque etiäm Plato non negavit : utriusque nominis testes esse vel Magi adsunt. Sed quo- modo de Angelis quibusdam sua sponte corruptis corrup- tior gens dæmonum evaserit damnata a Deo cum generis auctoribus, et cum eo quem diximus principe, apud Lit- teras sanctas ordine cognoscitur. Nunc de operatione 60e 82 Elles ne tendent qu'à perdre l'homme : aussi la ruine. du genre humain a-t-elle été le coup d'essai de leur malice. Ils suscitent au corps des maladies ou autres accidents fâcheux, ou tout à coup remplissent l'âme de troubles extraordi- paires. La subtilité de leur nature leur est d’un secours merveilleux pour agir sur l’uneet l’autre substance de l’homme. Invisibles et impalpables, ils ont un grand pouvoir ; car on ne les reconnait qu'aux maux qu'ils ont faits : soit, par exem- ple, qu’une secrète altération de l’air fasse tom- ber les fleurs, étouffe les germes ou corrompe les fruits, soit que, devenu infect, l'air exhale des vapeurs pestilentielles. C’est par des ressorts aussi cachés que les démons et les anges re- muentles âmes, les corrompent, leur Ôôtent l’usage de la raison, leur inspirent d’extravagantes pas- sions, et les remplissent de toute sorte d'illusions, dont la plustriomphante est de vous porter à les adorer, à offrir à leurs simulacres ces odeurs de graisse et de sang qui leur sont si agréa- bles. Mais ce qu’il y a de plus délicieux pour eux, c'est de détourner l’homme de la pensée du vrai Dieu par leurs prestiges et leurs oracles, dont je vais vous dévoiler le mensonge. Tout esprit a Pagilité de l'oiseau : c’est pourquoi les anges et les démons se transportent partout où ils veulent en un moment, Le monde entier n’est pour eux qu’un seul lieu; et il leur est aussi facile de sa- voir ce qui se passe en quelque lieu que ce soit, que de le publier. Leur agilité, parce que la na- ture de leur substance est inconnue, les fait re- garder comme des dieux. Ils veulent paraître les auteurs des choses qu’ils annoncent : ils le sont quelquefois du mal, jamais du bien. IIs ont même appris les desseins de Dieu, autrefois par la voix rum satis erit exponere. Operatio eorum est hominis ever- sio : sic malitia spiritalis a primordio auspicata est in hominis exitium : itaque corporibus quidem et valetudines infligunt, et aliquos casus acerbos , animæ vero repentinos etexlraordinarios per vim excessus : suppetitillis ad utram- que substantiam hominis adeundam subtilitas et tenuitas sua. Multum spiritalibas viribus licet, ut invisibiles et in- sensibiles in effectu potins quam in actu suo appareant, si poma, si fruges nescio quod auræ latens vitium in flore præ- cipitat, in germine exanimat, in pubertate convulnerat, ac si cæca ratione tenlatus aër pestilentes haustus suos otfun- dit. Eadem igilur obscuritate contagionis, aspiratio dæmo: num et Angelorum , mentis quoque corruptelas agit furori- bus et amentiis fœdis, ac sævis libidinibus, enm erroribus varis; quorum iste potissimus , quo deos istos captis et circumscriptis hominum mentibus commendat, ut etsihi pabula propria nidoris et sanguinis procuret simulacris imaginibus oblata. Et quæ illis accuratior pascua est, quam ut hominem à recogitatu veræ dignitatis avertant præstisiis falsæ divinationis ? quas et ipsas quomodo operentur, expediam Omnis spiritus ales : hoc et Angeli et dæmones igitur momento ubique sunt : totus orbis ilis locus unus est, quid ubi geratur tam facile sciunt quam enunliant: velocitas, divinitas creditur, quia sub- TERTULLIEN. de ses prophètes, aujourd’hui par la lecture qu'ils entendent faire des livres saints. C’est par ce lan ein qu'ils parviennent quelquefois à contrefaire” la Divinité en prédisant l'avenir. On sait d’ailleurs avec quelle adresse ils savent envelopper leurs oracles sous des mots ambigus, de manière quem leurs réponses s'accordent toujours avec l’événe- ment: Crésus et Pyrrhus peuvent vous l’appren- dre. Si la pythonisse sut à Delphes que Crésus faisait cuire une tortue avecun morceau d'agneau, c'estque le dieu, par la vertu dont j'ai parlé, s'était transporté au mêmeiostanten Lydie. Répandus“ dans l'air, portés sur les nues, voisins des as- tres, il leur est aisé de connaître les secrets de la température; et lorsqu'ils prédisent la pluie c’est qu'ils ont déjà commencé à la sentir Quelle obligation leur a-t-on, quand ils guéris sent les maladies? Is commencent par les donner, ils ordonnent ensuite des remèdesextraordinaires, souvent même contraires au mal, afin que là guérison en paraisse plus miraculeuse ; et l’on croit qu'ils ont guéri le mal, parce qu’ils ont cessé de nuire. À quoi bon continuer à énumérer les presti: ges de ces espritstrompeurs, ces fantômes sous là figure de Castor et de Pollux, l’eau qu'une ves: tale porte dans un crible, le navire qu’une autre tire avec sa ceinture, cette barbe qui, de noire qu'elle était, devient rousse incontinent? Quel était le but de tous ces prodiges? de faire adorer des pierres à la place du vrai Dieu. XXII. Or, siles magiciens font paraître les fantômes, s’ils évoquent les âmes des morts, s’ils font rendre des oracles à des enfants, à des. chèvres, à des tables ; s'ils trompent les yeux. en Charlatans adroîts, par des prodiges apparents: s'ils savent même envoyer des songes par le Sfaniia ignoratur : sic et auctores interdum videri volunt - eorum quæ annuntiant; et sunt plane malorum non: nunquain , bonorum tamen nunquam : dispositiones etian Dei, et tunc Prophetis concionantibus exceperunt , ef nunt lectionibus resonantibus carpunt : ila et hinc sumentes : quasdam temporum sortes, æmulantur divinitatem dum à furantur divinationem. In oraculis autem, quo ingeni0 ambiguitates temperent in eventus, sciunt Cræsi, sciunt Pyrrhi. Cæterum testudinem decoqui cum carnibus pecun… dis Pythius eo modo renuntiavit quo supra diximns : mor menfo apud Lydiam fuerat. Habent de incolatu aéris, et de vicinia siderum, et de commercio nubium cœlestes sa: pere paraluras, ut et pluvias quas jam sentiunt , repromit: tant. Benefici plane ef circa curas valetudinum : lædunt … enim primo, dehinc remedia præcipiunt, ad miraculum nova , sive Contraria, post quæ desinunt lædere , et curasse creduntur. Quid ergo de cæteris ingeniis, vel etiam viribus fallaciæ spirilalis edisseram? phantasmata Castorum , et aquam Cribro gestatam, et navem cingulo promotam, ef barbam actu irrufatam ; ut numina lapides crederentur, et Deus verus non quæreretur. XXIIE. Porro si et Magi phantasmata edunt , et jam de: functorum inelamant animas, si pueros in eloquium 6rà- Guli elidant, si multa cireulatoriis præstigiis ludunk, si et APOLOGÉTIQUE. 33 moyen des anges et des démons, avec lesquels ils ont fait un pacte, à plus forte raison ces es- prits malins feront-ils d'eux-mêmes et pour eux: mêmes ce qu'ils font pour des intérêts étrangers. Mais si vos dieux ne font rien de plus que les anges et les démons, où est donc la prééminence, la supériorité qui caractérise essentiellement la nature divine? Neserait-il pas plüs honorable pour eux qu’on crût que les démons cherchent à con- trefaire la divinité, que de croirequ'ils ne sont pas plus puissants que les démons? ou toute la diffé- rénce viendrait-élle des lieux, en sorte que ceux que vous reconnaissez pour dieux dans les temples cessent de l’être partout ailleurs? IL faudrait dire de même que ceux qui courent sur les tours des templesne sont pas fous comme ceux quicourent sur les toits de leurs voisins ; ceux qui se muti- lent ou qui se découpent les bras, comme ceux quise coupent la gorge. Des extravagances si sem blables n’annoncent-elles pas le même principe? Mais jusqu'ici ce ne sont que des paroles : voici ja démonstration, par le fait, que les dieux et les démons sontabsolument les mêmes. Qu’on amène devant vos tribunaux un homme qui soit reconnu pour possédé du démon, et qu'un chrétien, ‘quel qu’il soit, commande à l'esprit de parler : il confessera , et qu’il est véritablement démon , et qu'ailleurs il se dit faussement Dieu. Qu'on amène également quelqu'un de ceux qu'on croit agités par un dieu, qui aient aspiré la divinité avec la fumée des autels, qui rendent leurs ora- cles d’une voix rauque et haletante : oui, si cette vierge Célestis, qui prédit la pluie, si Esculape, inventeur de la médecine, qui a rendu la vie à Socordius; à Fhanatius, à Asclépiodore, destinés | somnia immittunt, habentes semel invitatorum Angelorum et dæmonum assistentem sibi potestatem , per quos et ca- præ et mensæ divinare consueverunt; quanto magis ea po- testas de suo arbitrio et pro suo negotio studeat tolis viri- bus operari quod alienæ præstat negotiationi, aut si eadem et Angeli et dæmones operantur quæ et dii vestri , ubi est ergo præcellentia divinitatis, quam utique superiorem omni potesfale credendum est? Non ergo dignius præsu- metur ipsos esse qui se deos faciant cum eadem edant quæ faciant deos credi, quam pares Angeliset dæmonibus deos esse? Locorum differentia distinguitur, opinor, ut a tem: plis deos æsfimetis, quos alibi deos non dicitis; ut aliter dementire videatur qui sacras furres pervolat, aliter qui tecta viciniæ transilit; et alia vis pronuntielur in eo qui genitalia vel lacertos, alia, qui sibi gulam prosecat. Com- par exitus furoris, et una ratio est instigationis. Sed hacte- nus verba ; jam hinc demonstratio reiipsius, qua ostende- mus unam esse utriusque nominis qualitatem. Edatur hic aliquis sub tribunalibus vestris, quem dæmone agi cons- tet; jussus a quolibet Christiano loqui spiritus ille, tam se dæmonem confitehbitur de vero, quam alibi deum de falso : œque producatur aliquis ex iis qui de deo pati exis- timantur, qui aris inhalantes numen de nidore concipiunt, qui ructando conantur, qui anhelando profantur ; ista ipsa Virvo Cœlestis pluviarum pollicitatrix, iste ipse Æscula- TERTULLIEN. à la perdre une seconde fois; si tous ces dieux, dis-je, n’osant mentir à un chrétien, ne confes- sent pas qu'ils sont des démons, répandez sur le lieu même le sang de ce téméraire chrétien. Quoi de plus manifeste et de plus sûr qu’une pareille preuve? La vérité est là sous vos yeux; vous pouvez la toucher. Forte de sa propre vertu, elle ne saurait vous être suspecte. Direz-vous qu’il y a là de la magie ou quelque autre pres- tige? mais vos yeux et vos oreilles vous démen- tent. Non, vous n'avez rien à opposer à l’évi- dence toute nue, pour ainsi dire, et sans art. Si d’un côté vos dieux sont véritablement dieux, pourquoi disent-ils faussement qu'ils sont des démons? Est-ce par déférence pour nous? leur divinité est donc soumise aux chrétiens. Eh ! quelle Divinité qui dépend des hommes, et, ce qui serait encore plus humiliant, de ses adver- saires! Si, d’an autre côté, ils sont anges ou démons, pourquoi se donnent-ils ailleurs pour des dieux ? Car, de même que ceux qui passent pour des dieux, s'ils l’étaient réellement, ne se diraient pas des démons, pour ne pas se dégrader eux-mêmes, ainsi ceux que vous reconnaissez positivement pour des démons ne se donneraient pas ailleurs pour des dieux, si ceux dont ils usur- pént lesnoms étaienteffectivement des dieux. Sans - doute, ils n’oseraient profaner la majesté de leurs maîtres : tant il est vrai que vos dieux ne sont rien moins que des dieux, puisque, s'ils étaient dieux, leur divinité ne serait ni usurpée par les démons, ni désavouée par eux-mêmes. Il y a Jà deux négations qui impliquentune affirmation, à laquelle vous ne sauriez échapper, et qui vous force à reconnaître que ni les uns ni les autres ne | pius medicinarum demonstrator, alia die morituris Socor- dio et Thanatio et Asclepiodoro vitæ subministrator ; nisi se dæmones confessi fuerint, Christiano mentiri non au- dentes, ibidem illius Christiani procacissimi sanguinem fundite. Quid isto opere manifestius ? quid hac probatione fidelius ? simplicitas verilatis in medio est; virtus illi sua assistit; nihil suspicari licebit : magia, aut aliqua ejus- modi fallacia fieri dicetis, si oculi vestri et aures permise- rin£ vobis ; quid autem injici potest adversus id quod 0s- tenditur nuda sinceritate ? Si altera parle vere dei sunt, Cur sese dæmonia mentiuntur? an ut nobis obsequantur ? jam ergo subjecta Christianis divinitas vestra : nec divi- nifas deputanda est, quæ snbdita est homini, et, si quid ad dedecus facit, æmulis suis. Sialtera parte dæmones sunt, vel Angeli, cur se alibi pro diis agere respondent ? nam sicut illi qui dii babentur dæmones se dicere noluis- sent, si vere dii essent, scilicet ne se de majestate depo- nerent : ita et isti, quos directo dæmonas nosfis, non auderent alibi pro diis agere, si aliqui omnino di essent quorum nominibus utuntur; vererentur enim abuti majes- tale superiorum sine dubio, et fimendorum. Adeo nulla est divinitas isla, quam tenetis : quia si esset, neque a dæmo- niis affectaretur neque a diis negaretur. Cum ergo utraque pars concurrit in confessionem deos esse negans, agnoscite unum genus ésse, id est, dæmonas. Verum utrobique jan* ai © 34 sont des dieux, mais qu'ils sont tous des démons. Cherchez donc ailleurs la divinité, puisque vos prétendus dieux ne sont évidemment que des. démons. Les chrétiens, après vous avoir convain- cus de la fausseté de vos dieux par vos dieux mê- mes, vous font découvrir par la même voieet par une conséquence implicite quel est le vrai Dieu, s’il est unique, si c’est celui que reconnaissent les chrétiens, s’il fauteroire en lui et l’adorer, comme la foi et les dogmes des chrétiens le prescrivent. Oui, que vos dieux vous disent qui est Jésus- Christ, sison histoire n’est qu’une fable, silui-même ilne fut qu'un homme ordinaire ou un magicien, si ses disciples ont enlevé son corps du tombeau, s’il est maintenant au rang des morts, ou s’il n’est pas plutôt dans le ciel; s’il ne doit pas en descendre sur les ruines du monde, au milieu des frémissementset des gémissements detous lesmor- tels, les chrétiens seuls exceptés, s'il ne doit pas en descendre ayec la majesté de celui qui est la puissance et l'esprit de Dieu, sa parole, sa sa- gesse, sa raison, son fils. Qu'ils rient avec vous de nos mystères ; qu’ils nient que le Christ, après la résurrection générale des âmes et des corps, jugera tous les hommes morts depuis le commen- cement du siècle; que, suivant Platon et les poë- tes, ils placentsur un tribunal Minos et Rhada- manthe; mais qu'au moins ils essayent d'effacer les marquesignominieuses de leurcondamnation ; qu'ils osent nier qu’ils sont des esprits immondes, ce qu'on n’est que trop fondé à induire de linfec- tion de leurs sacrifices et de l'impureté de leurs prêtres; qu’ils nient qu’ils doivent être condam- ués, à cause de leur méchanceté, au jour du juge- ment, avec leurs adorateurs et leurs ministres. deos quærite : quos enim sumpseratis, dæmonas esse : Cognoscitis. Eadem vero opera nostra ab eisdem diis ves- tis non tantum hoc delegentibus, quod neque ipsi di sint, neque ulli alii, etiam illud in continenti cognoscitis, qui sit vere Deus, et an ille, et an unicus, quem Christiani profitemur, et an ita credendus colendusque’, ut fides, ut disciplina disposita est Christianorum. Dicant ibidem : Ecquisille Christus cum sua fabula? si homo communis conditionis? si magus? si post mortem de sepulcro a dis- Cipulis surreptus? si nunc denique penes inferos? si non iu cœlis potius, et inde venturus cum totius mundi motu, cum horrore orbis, cum planctu omnium, sed non Chris- tianorum, ut Dei virtus , et Dei spiritus, et sermo , et sa- pientia, et ratio, et Dei filius? quodcumque ridetis, ri- deant et illi vobiscum : negent Christum omnem ab ævo animam restituto corpore judicaturum : dicant boc, pro tribunali,si forte, Minoen et Rhadamanthum secundum con- sensum Platonis et poetarum esse sortitos : suæ saltem . ignominiæ et damnationis notam refutent : renuant se im- mundos spiritus esse, quod vel ex pabulis eorum, san- guine , et fumo, et putidis rogis pecorum , el impuralissi- mis linguis ipSorum vatum intellisi debuit : renuant ob malitian prædamnatos se in eumdem judicii diem cum Omnibus culforibus et operatoribus suis. Atqui omnis TERTULLIEN. Le pouvoir que nous avons sur les démos nous vient du nom de Jésus-Christ, et des men naces que nous leur faisons de sa part et de cell de Dieu. Craignant le Christ en Dieu, et Dieu dans le Christ, ils sont soumis aux serviteurs de Diey et du Christ. Aussi, au moindre attouchement dé nos mains, au moindre souffle de notre bouche, : effrayés par la pensée et l’image du feu éternel, ils sortent du corps des hommes, pleins de rage et de douleur, honteux surtout de se voir bumi: liés en votre présence. Vous les croyez, lorsqu'ils vous trompent; croyez-les de même, lorsqu'ik vous disent la vérité. On ment bien par vanité,. mais jamais pour se déshonorer. Aussi sommes nous bien plus portés à croire ceux qui font des aveux conire eux-mêmes que ceux qui nient pour. leur propre intérêt. Les témoignages de vo. dieux font beaucoup de chrétiens, parce qu’on ne peut les croire sans croire au Christ. Oui, ik enflamment la foi à nos saintes Écritures, ik affermissent le fondement de notre espérance, Vous leur faites même, si je suis bien informé, des libations de sang, dont les chrétiens font les. frais : comment donc pourraient-ils se résoudre à perdre en vous des serviteurs si utiles, si zélés, s’exposer, en vous rendant chrétiens, à se voir un jour chassés par vous-mêmes, s’il leur était permis de mentir, quand un chrétien veut en votre présence tirer la vérité de leur bouche ? XXIV. En reconnaissant eux-mêmes qu'ils ne. sont pas dieux, et qu'il n’y a point d'autre diei que celui que nous adorons, vos prétendus dieux rendent un témoignage plus que suffisant pour nous disculper du crime d’impiété, surtout- en vers Ja religion romaine; car s’il est certain que fl ; hæc nostra in illos dominatio et potestas de nominatione Christi valet, et de commemoratione eorum quæ sibia Deo per arbitrum Christum imminentia exspectant. Chri- Stum timentes in Deo, et Deum in Christo, subjiciuntur ses vis Dei ét Christi : ila de contactu, deque afflatu nostro, con templationeet repræsentationeignisillius correpti, etiam de corporibus nostro imperio excedunt inviti et dolentes, et. vobis præsentibus erubescentes. Credite illis cam verum de se loquuntur, qui mentientibus creditis : nemo ad suum dedecus mentitur; quin potius ad honorem magis fides u proxima est adversus semetipsos confitentes, quam pro. semetipsis negantes. Hæc denique testimonia deorum ve: strorum Christianos facere consuerunt, quia plurimum illis credendo , in Christo Domino credimus : ipsi litte- rarum nostrarum fidem accendunt : ipsi spei nostræ fiden- tiam ædificant : colitis illos, quod sciam, etiam de sa- guine Christianorum : nollent ifaque vos, tam fructuo- sos, {am officiosos sibi amittere, vel ne a vobis quando- que an Cbristianis fugentur, si illis sub Christiano vo- lente vobis veritatem probare, mentiri liceret. XX{V. Omnis ista confessio illorum, qua se deos ne- gant esse, quaque non alium Deum respondent præter unum Cui nos mancipamur, satis idonea est ad depellen- dum crimen [æsæ maxime Romanæ religionis. Si enin vos dieux ne sont pas dieux, il est certain que votre religion n’est pas une religion ; et‘ par con- - séquent nous ne sommes point coupables dj irré- lision. Ce reproche, au contraire, retombe sur vous, qui adorez le mensonge, qui méprisez, qui persécutez la vraie religion du vrai Dieu, et qui par là vous rendez véritablement Ou pAbles d’une véritable impiété. Et quand il serait vrai que vos idoles fussent des dieux, ne Convenez- vous pas, avec tout le monde, qu'il ÿ en a un plus grand et plus puissant, Dieu des dieux, prince du monde, en quirésidela perfection de la puis- sance et de la majesté? car l’opinion la plus com- muse parmi vous sur la Divinité est que le sou- verain pouvoir est entre les mains d’un seul, qui partage ses fonctions avec plusieurs. Voilà pour- quoi Platon nous représente Jupiter accom- pagné, dans le ciel, d'une grande armée de dieux et de démons; et c'est pour cela que vous prétendez qu'il faut adorer avec Jupiter tous ceux qu’il a institués ses officiers et ses lieu- tenants. Cependant quel crime commet-on en ne voulant plaire qu’à lui, en attendant tout de jui, en refusant de communiquer à d’autres le nom de Dieu, à l’exemple de ceux qui, sur la terre, élévent leurs yeux au-dessus de toutes les “puissances pour ne voir que celle de l’empereur ? car c’est un crime capital d’appeler ou de souffrir qu’on appelle Césarun autre que César. Permettez à l'un d’adorer le vrai Dieu, à l’autre Jupiter; à Jun de lever des mains suppliantes vers le ciel, à l’autre vers l’autel de la Foi ; à celui-ci de comp- ter en priant, comme vous le supposez, les nuages qui passent, à celui-là les panneaux d’un lambris ; à l’un enfin, d'offrir sa vie à son Dieu, à l’autre d'offrir la vie d’un bouc. Prenez garde, en effet, de vous rendresuspects d’irréligionen ôtant non sunt dei pro certo, nec religio pro certo est. Si religlo non est, quia nec dei pro certo, nec nos pro cerlo rei su- mus Jæsæ religionis. At e contrario in vos exprobratio resultayit, qui mendacium colentes, veram religionem veri Dei non modo negligendo, quin insuper expugnando, in verum committitis crimen veræ irreligiositatis. Nam, ut constaret illos deos esse, nonne conceditis de æstimatione communi aliquem esse sublimiorem et potentiorem, velut principem mundi, perfectæ potentiæ ef majestatis? nam et sic plerique disponunt divinitatem, ut imperiumsummæ dominationis esse penes unum,, officia ejus penes multos velint, ut Plato Jovem magno in cœlo comifatum exer- citu describit deorum pariter et dæmonum, ifaque opor- ! tere et procurantes, et præfectos, et præsides pariter suscipi. Et tamen, quod facinus admittit qui magis ad Cæsarem promerendum et operam et spem suam trans- fert? nec appellationem Dei, ita ut Imperatoris, in alio quam principe confitetur ? cum capitaleessejudiceturalinm præter Cæsarem et dicere et audire? colat alius deum, alius Jovem; alius ad cœlum supplices manus tendat, alius ad aram Fidei; alius, sihoc putatis, nubes nnmeret orans, alius lacunaria : alins suam animam deo suo yoveat, alius hirci? Videte enim, ne et hoc ad irreligiositatis elogium APOLOGÉTIQUE. 55 aux hommes la liberté religieuse et en leur inter- disant le droit de se choisir un dieu , c’est-à-dire en ne me permettant pas d’adorer celui que je veux adorer, et en me contraignant d’adorer ce- lui que je ne veux pas adorer. Il n’est point de dieu qui puisse prendre plaisir à des hommages forcés : l’homme lui-même n’en voudrait pas. C’est pour cela que les Égyptiens ont toute liberté de se livrer à l’extravagance de leurs superstitions, jusqu’à mettre au rang des dieux des oiseaux et toutes sortes de bêtes, et à punir de mort qui- conque s’avise de tuer un de ces dieux de l'air, de la terre ou des eaux. Chaque province, chaque ville a son dieu particulier : la Syrie a Astarté, l'Arabie Dysarès, la Norique Bélénus, l'Afrique Célestis, la Mauritanie ses Rois. Je crois n'avoir nommé que des provinces romaines, et Cepen- dant leurs dieux ne sont pas les dieux des Ro- mains, puisqu'ils ne sont pas plus adorés à Rome que ceux des villes municipales de l'Italie. Car ces villes ont aussi leurs dieux particuliers : Del- ventinus est adoré à Casinum, Visidianus à Narnia, Ancaria à Asculum, Nursia à Volsinium, Valentia à Otriculum, Nortia à Sutrium; et les Falisques ont leur Junon, qui porte le nom de son père Curis. À nous seuls il est interdit d’a- voir une religion propre. Nous offensons les Romains, nous ne sommes plus regardés comme / Romains, parce que nous adorons un dieu que les Romains ne connaissent pas. Mais que l’hom- me le veuille ou ne le veuille pas, c'est pourtant le Dieu de tous, le Dieu de qui nous dépendons tous ; et chez vous il est permis d’adorer tout, excepté le vrai Dieu, comme s’il n’était pas plus juste que le Dieu de qui nous SÉDEURONS tous fût le Dieu de tous. XXV. Il me semble qu’il ne doit rester aucun concürrat , adimere libertatem religionis, et interdiceré optionem divinitatis, ut non liceat mihi colere quem ve- lim, sed cogar colere quem nolim. Nemo se ab invito coli volet ; ne homo quidem : atque ideo et Ægyptiis permissa est tam vanæ superstitionis potestas, avibus et bestiis consecrandis, et capite damnandis qui aliquem hujusmodi deum occiderint. Unicuique etiam provinciæ et civitati suus deus est, ut Syriæ Astartes, ut Arabiæ Disares, uf Noricis Belenus, ut Africæ Coœlestis, ut Mauritaniæ Re- guli sui. Romanas, ut opinor, provincias edidi, nec tamen Romanos deos earum, quia Romæ non magis coluntur, quam qui per ipsam quoque Italiam unicpal consecra- tione censentur, Casiniensium Delventinus, Narniensium Visidianus, Æsculanorum AncGaria, Volsiuienstum Nursia, Otriculanorum Valentia, Sutrinorum Nortia, Faliscorum, in honorem patris Curis, et accepit cognomen Juno. Sed nos soli arcemur a religionis proprietate : lædimus Roma= nos, nec Romani habemur, quia non Romanorum deum colimus. Bene quod omaium Deus est, cujus, velimus auf nolimus, omnes sumus. Sed apud vos quodvis colere jus est, præter Deum xerum ; quasi non hic mapgis omnium sit, CUjus omnes sumus. XXV. Satis mihi quidem videor probasse de falea et 3. 36 doute sur la fausseté de vos dieux et sur la vé- rité du nôtre, après tant de preuves fondées non-seulement sur la raison, mais sur le témoi- gnage même de vos prétendus dieux. Il serait donc inutile d’insister sur ce point; mais comme je viens de parler des Romains en particulier, je ne veux point décliner l’objection de ceux qui prétendent que c’est à cause de leur zèle pour la religion que les Romains se sont élevés à un si haut point de gloire et sont devenus les maitres de la terre; que la plus grande preuve que leurs dieux sont véritables, c’est que leurs plus reli- sieux adorateurs sont aussi le peuple le plus flo- rissant. Il est présumable, dans ce cas, que c'est aux dieux romains que vous êtes redevables de votre grandeur : à Sterculus, par exemple, à Mu- tunus, à Larentina. Car je ne saurais me per- suader que des dieux étrangers aient favorisé une nation étrangère au détriment de la leur, et qu’ils aient abandonné à des peuples d’outre- mer leur propre patrie, le sol où ils sont nés, où ils ont passé leur vie, où ils se sont illustrés, et où ils sont ensevelis. Mais peut-être Cybèle chérit-elle dans Rome le sang troyen, les des- cendants de ses compatriotes qu’elle défendit au- trefois contre les Grecs; peut-être a-t-elle voulu transporter son amour sur un peuple destiné à vainére un jour les vainqueurs de la Phrypie. Aussi a-t-elle donné de notre temps une preuve bien éclatante de sa divine protection à sa ville adoptive, lorsque, après la mort de Mare-Au- rèle, enlevé à la république le seize des calendes d'avril, à Sirmium, le très-vénérable chef des pré- tres dela déesse faisait néanmoins des libations de son sang le neuf des calendes du même mois, et vera divinitate, cum demonstravi quemadmodum probatio consistat, non modo disputationibus, nec argumentalioni- bus, sed ipsorum etiam festimoniis quos deos creditis, ut nihil jam ad hanc causam sit retractandum : quoniam famen Romani nominis proprie mentio occurrit, non omittam congressionem quam provocat illa præsumptio dicentium Romanos pro merito religiositatis diligentissimæ in tantum sublimitatis elatos ut orbem occuparint, et adeo deos esse ut præter cæteros floréant qui illis officium præter cæteros faciant. Scilicet isia merces a Romanis deis pro gratia expensa est; Sterculus, et Mutunus, et Larentina provexit imperium : peregrinos enim deos non putem extraneæ genti magis fautum voluisse, quam su’; et patrium solum, in quo nati, adulti, nobihitati, sepulti- que sunt, transfretanis dedisse. Viderit Cybele, si urbem Romanam ut memoriam Trojani generis adamavit, verna- culi sui scilicet adversus Achivorum arma protecti, si ad ultores transire prospexit , quos sciebat Græciam Phrygiæ debellatricem subacturos. Itaque majestatis suæ in Urbem collatæ grande documentum nostia etiam ælate proposuit, cum M. Aurelio apud Syrmium reipublicæ exempto die sexto decimo calendarum aprilium, Archigallus ille sanc- tissimus die nono calendarum earumdein, quo sanguinem impurum lacertos quoque castrando libabat, pro salute TERTULLIEN. ordonvait les prières ordinaires pour la santé dÿ défuutempereur. O courriers paresseux, Ô tardives dépêches, qui êtes eause que Cybèle n’a pasétéplus tôt instruite de la mort de l’empereur! En vérité les chrétiens riraient bien d’une pareille divinité, Parlons de Jupiter. Croyez-vous que ce die ait pu voir d'un œil indifférent son île de Crète ébranlée jusqu’en ses fondements par les fais: ceaux romains? qu'il ait oublié l’antre du mont Ida, et les danses des Corybantes, et l’odeur dé licieuse de sa nourrice? Le lieu de sa sépulture ne devait-il pas lui être plus cher que tous le capitoles?. et si la chose eût dépendu de lui n'eüt-il pas plutôt accordé l’empire du monde la terre qui couvrait ses cendres? Et Junon croyez-vous aussi qu'elle ait aidé la race d’ Énd à renverser Carthage, cette ville chérie, pourlæ quelle elle avait délaissé Samos, cette ville où étaient ses armes, où élait son char, et dont elle eût fait la capitale de l'univers, si le des: tin l’eût permis? Hélas! vainement fière de mars cher l'épouse et la sœur de Jupiter, elle ne pou: vait rien contre le destin : Jupiter lui-méme estm soumis au destin. Que faut-il même penser du destin, qui, en dépit de Junon, vous a livré Cars thage? Lui avez-vous jamais rendu les honneurs que vous rendez à une Larentina, la plus infâmen des prostituées ? Admettons encore que plusieurs de vos dieux aient été rois. Or, si ce sont euxÀ présent qui dispensent les royaumes, de qui te: paient-ils les leurs? Qui Jupiter et Saturne ado raient-ils? quelque Sterculus, apparemment? Mais Sterculus n’est pas plus ancien que Rome ses habitants. Quant à ceux de vos dieux qui n’ont pas été rois, il est certain que de leur temps Marci jam intercepti solita æque imperia mandavit. 0! nuntios tardos, o somniculosa diplomata, quorum vitio ex: cessumlimperatoris non ante Cybele cognovit. Næ dean talem riderent Christiani. Sed non statim et Jupiter Cre: tam suam Romanis fascibus concuti sineret, oblitus an-… trum illud Idæum, et æra Corybantia, ef jucundisss mum illic nutricis suæ odorem. Nonne omni capitolio ut ea potius orbi terra præcelleret quæ cineris Jovis texit? Vellet Juno Punicam urbem, posthabita Samo,, dilectam ab Æneada-… tumulum illum suum præposuisset, rum utique gente deleri? quod sciam, «hic illius arma,… « Hic currus fuit, hoc regnum dea gentibus esse, Si qua « fata sinant, jam tum tendiique fovetque : illa conjux Jovis et soror adversus fata non valuit : « fato stat Jupiter ipse : komani dicaverunt dedentibus sibi Carthaginem adversus plane: destinatum votumque Junonis, quantum prostitutissim® lupæ Larentinæ. Plures deos vestros regnasse certum est: igitur si conferendi imperii tenent potestatem, cum ipsi regnarent, à quibus acceperant eam gratiam ? quem C0: luerat Saturnus et Jupiter? aliquem, lam; sed Romæ postea cum indigenis : etiam si qui non regnarunt, tamen regnabatur ab aliis nondum cultoribus suis, ut qui nondum di habebantur : erg0 » misera » nec tantum tamen honoris fatis opinor, Sfercu= APOLOGÉTIQUE. ‘ 37 il y avait des rois qui ne leur rendaient point de culte, puisqu'ils n'étaient pas encore au rang des dieux. La dispensation des royaumes ne leur appartient donc pas, puisqu'il y avait des rois Jongtemps avant que la main de l’homme en eût fait des dieux. Mais qu’on est peu fondé à attri- buer à la reconnaissance des dieux la grandeur du nom romain, puisque le progrès du culte religieux n'a suivi que de loin celui de la puissance politi- que de Rome, alors même qu'elle n’était encore qu’un royaume! car, quoique vos superstitions remontent au temps de Numa, néanmoins vous n'aviez alors ni statues ni temples : la religion était frugale, les cérémonies pauvres ; il n’y avait point de Capitole, rival du ciel, mais des autels de gazon dressés au hasard, des vases d’argile, une fumée légère : le dieu ne se voyait nulle part, l’art des Grecs et des Tusques n’ayant pas encore rempli Rome de simulacres. La religion des Ro- mains n’a donc point précédé leur grandeur, et leur grandeur n’est done pas la récompense de leur religion. Et comment pourraient-ils devoir leur grandeur à la religion, eux qui ne se sont ac- crus, au contraire, que par l'irréligion ? En effet, les royaumes et les empires, si je ne me trompe, s’établissent par la guerre, s’agrandissent par les victoires. Or, la guerre et les victoires entraînent d'ordinaire la prise et la ruine des villes : ce qui ne saurait se faire sans que les dieux en souffrent. Les temples n’y sont pas plus épargnés que les remparts, lesang des prêtres coule mêlé avec ce- lui des autres habitants, et le vainqueur pille, sans distinction, les dieux et les hommes. Ainsi, chez les Romaïns , autant de trophées , autant de sacriléges ; autant de triomphes sur les hommes, autant de triomphes sur les dieux : de sorte qu’on peut compter par les simulacres des dieux aliorum est regnum dare, quia regnabatur multo ante quam isti dit inciderentur. Sed quam vanum est fasti- gium Romani nominis religiositalis meritis deputare, cum post imperium, sive adhuc regnum, auctis jam rebus religio profecerit : nam etsi a Numa concepta est curiositas superstitiosa, nondum ftamen aut simulacris aut templis res divina apud Romanos constabat, frugi religio, et pau- peres rilus, et nulla capitolia certantia cœlo, sed temera- ria de cespite altaria, ef vasa adhuc Samia, et nidor exi- lis, et deus ipse nusquam : nondum enim tune ingenia Græcorum atque Tuscorum fingendis simulacris Urbem inundaverant. Ergo non ante religiosi Romani quam magni : ideoque non ob hoc magni, quia relgiosi. Atqui quomodo ob religionem magni, quibus magnitudo de irre- ligiositate provenit? Ni fallor enim omne regnum vel im- perium bellis quæritur, efvictoriis propagatur; porro bella et victoriæ captis et eversis plurimum urbibus constant : id negotium sine deorum injuria non est; eædem strages mœænium et templorum; pares cædes civium et sacerdo- tum; nec dissimiles rapinæ sacrarum divitiarum, et pro- fanarum. Tot igitur sacrilegia Romanorum, quot trophæa : tot de deis, quot de gentibus, triumphi : tot manubiæ, le nombre de vos victoires. Et ces dieux consen- tiraient à recevoir les hommages de leurs enne- mis ! et ils auraient donné un empire éternel à ceux dont ils avaient à punir les outrages plutôt qu'à récompenser les adorations! C’est qu’on ne risque pas plus à outrager qu’on ne gagne à ado- rer des dieux qui ne sentent rien. Eh! comment, en effet, se persuader que la religion soit la source de la grandeur d’un peuple qui, comme nous l'avons fait voir, s’est agrandi à mesure qu’il l'of- fensait, ou l’a offensée à mesure qu’il s’agran- dissait? D'ailleurs, ces peuples vaincus, dont les royaumes , confondus dans l'empire romain, en font aujourd’hui la grandeur, n’avaient-ils pas aussi leurs religions? XXVIL Voyez donc si le dispensateur des royaumes ne serait pas plutôt cet être souverain de qui relèvent et la terre où sont les royaumes, et les hommes qui en sont les rois ; si ce n’est pas celui qui était avant tous les temps et qui a fait le siècle, ou le corps des temps, qui aurait réglé les vicissitudes des empires sur celles des temps dans le siècle; si, quand les cités tombent ou s'élèvent, ce n’est pas au gré de celui qui régnait sur le genre humain lorsqu'il n’y avait pas en- core de cités. Pourquoi chercher à vous tromper vous-mêmes ? Rome sauvage est plus ancienne que quelques-uns de vos dieux; elle avait des rois avant que le Capitole eût déployé sa vaste en- ceinte. Les Babyloniens ont précédé vos pontifes ; les Mèdes, vos quindécemvirs; les Égyptiens, vos saliens ; les Assyriens, vos luperques; les Amazones, vos vestales. Enfin, si c'étaient vos dieux qui dispensassent les royaumes, les con- tempteurs de toutes ces divinités impures que vous adorez, les Juifs n’auraient jamais dû for. mer un Corps de peuple et un royaume. Que dis« quot manent adhue simulacra captivoram deorum. Et ab hostibus ergo suis sustinent adorari, ét illis imperium. sine fine decernunt, quorum magis injurias quam adora- tiones remunerasse debuerant. Sed qui nihil sentiunt, tam impune læduntur, quam frustra colantur. Certe non potest fidei convenire , ut religionis meritis excrevisse vi- deantur qui, ut suggessimus, religionem aut lædendo creverunt, aut crescendo læserunt. Etiam illi quorum regna Conflata sunt in imperii Romani summam, cum ea amitterent, sine religionibus non fuerunt. XXVI. Videte igitur ne ille regna dispenset, cujus est et orbis qui regnatur ét homo ipse qui regnat : ne ille vi- ces dominationum ipsis temporibus in sæculo ordinaverit qui ante omne tempus fuit, et sæculum corpus tempornm fecit : ne ille civitates extollat aut deprimat, sub quo. fuit aliquando sine civilatibus gens hominum. Quid er- ratis? prior est quibusdam diis suis sylvestris Roma : ante regnavit quam fantum ambitum capitolii exstrueret : reSnaverunt et Babylonii ante Pontifices, et Medi ante Quindecimviros, et Ægyptii ante Salios, et Assyrii ante: Lupercos, et Amazenes ante virgines Vestales : postremo. si Romanæ religiones regna præstant, nunquam relire 38 je? vous avez vous-mêmes offert des victimes à leur dieu, des présents à leur temple ; vous avez honoré, pendant quelque temps, de votre alliance cette nation, qui n'eût jamais senti votre joug, si elle n’eüt mis le comble à ses prévarications par son attentat contre le Christ. XXVIL Nous nous sommes suffisamment justifiés du crime de lèse-divinité, en vous prou- vant que vos idoles ne sont rien moins que des dieux. Aussi, quand on nous presse de leur offrir des sacrifices , nous refusons de le faire, pour ne point dobér à notre conscience, qui Nous ap- prend ce que c’est que ces dieux à qui s'adressent vos hommages, qui nous dit que ce sont de vains simulacres, consacrés à de vains noms d'hommes. Mais il y en a parmi vous qui nous traitent d'in- sensés de mieux aimer renoncer à la vie qu'à notre entêtement, lorsque nous pourrions éviter la mort en sacrifiant extérieurement; ce qui ne nous empêcherait pas de penser toujours de même. Vous nous donnez là généreusement un assez bon conseil contre vous-mêmes ; mais nous reconnais- sons sans peine celui qui vous l'a suggéré, celui à qui tous les moyens sont bons, l’artifice ou la cruauté, pour triompher de notre constance. C’est cet esprit, ange et démon, qui, devenu notre en- nemi depuis sa révolte, et en vieux de la grâce que Dieu pous a faite, se glisse furtivement dans vos âmes, et de là nous fait une guerre occulte, en vous dictant, à votre insu , les jugements iniqués et barbares dont je me suis plaint au commen- cement de cette apologie. Car, quoiqueles démons et autres esprits de cette espèce nous soient sou- mis, cependant, semblables à de méchants escla- ves, ils sont à la fois craintifs et malveillants; car Judæa regnasset despectrix communium istarum divinita- tum, cujus et Deum victimis, et templum donis, et gen- tem fœderibus aliquandiu honorastis, nunquam domina- turi ejus, si non ultimo deliquissetin Christum. XX VIS. Satis hæc adversus intentationem Iæsæ divini- tatis, quo non videamur lædere eam quam ostendimius non esse. fgitur provocati ad sacrificandum obstruimus gradum pro fide conscientiæ nostræ, qua certi sumus ad quos ista pervenjant officia, sub imaginum prostitulione, et humanorum nominum consecratione. Sed .quidam de- menfiam existimant, quod cum possimus et sacrificare in præsenti, et ilæsi abire, manente apud animum pro- posito, obstinationem saluti præferamus. Datis scilicet consilium, quo vobis abutamur : sed agnoscimus unde falia sugg serantur, quis totum hoc agitet, et quomodo nunc astutia suadendi, nune durilia smviendi ad constantiam nostram dejiciendam operetur. Ille scilicet spiritus dæ- moniacæ el Angelicæ paraturæ, qui noster ob divortium æmulus, et ob Dei gratiam invidus, de mentibus vestris adversus nos præliatur, occulta inspiratione modulatis et subornatis ad omnem quam in primordio exorsi sumus et judicandi perversitatem et sæviendi iniquitatem : namlicet subjecta sit nobis tota vis dæmonum et ejusmodi spiritus, ._utnequam famen servi, metui nonnunquam contumaciam miscent, et lædere gesliunt quos alias verentur : odium TERTULLIEN. Ja crainte ne va pas sans la haine : aussi sont:ik toujours prêts à nuire à ceux qu’ils craignenf Condamnés irrévocablement , ils tächent à se con soler de leur condition désespérée par l'exercice. qu’ils peuvent faire de leur malice, tandis que lei supplice est encore suspendu. Toutefois, sitôt. qu’ils sentent notre présence, déconcertés et vain eus , ils rentrent dans leur néant : de loinils not attaquent, mais, de près, ils nous demande grâce. Ainsi lorsque, pareils à des esclaves qui. sous le poids des fers , dans les prisons ou dan les mines , se révoltent contre leurs maîtres, ik s’élancent contre nous avec d'autant plus de p ; fureur qu'ils sentent l'inégalité de leurs forc& nous leur résistons avec une constance écaleln nous nous attachons surtout, leur acharnement ; à ne pas nous laisser surprendre par l'endroit ot ils nous attaquent ; et nous ne triomphons jamak plus gloriensement de leurs efforts que lorsque nous mourons pour notre foi. XXVIIT. Mais c’est peu de dire qu’il est in- juste, il est déraisonnable de vouloir contraie dre un autre homme à rendre à la Divinité d& hommages que de lui-même il est assez intéresst SRE à lui rendre. N’aurait-il pas droit de répondre” Je ne veux pas que Jupiter me soil propice de quoi vous mélez-vous? Que Janus se fâche, qu'il me regarde de quel visage il voudra : que vous importe? C’est pour cela que les mêmes esprits vous ont suggéré de nous faire sacrifié pour les jours de l'empereur ; et vous vous croy® aussi obligés de nous y contraindre que nous ls sommes de vous résister au péril de notre vie Nous voilà donc arrivés au second chef dé l'accusation dont nous sommes l’objet, enim etiam timor spirat; præterque et despera{a condilio. eorum ex prædamnatione solatium reputat fruendeæ intés rin malignitatis de pœnæ mora : et tamen appreheni c'est-à. subiguntur, et conditioni suæ succidunt, et quos de loi ginquo oppugnant , de proximo obsecrant. Itaque cum vis vel metal rebellantium ‘ergastulornm, sive carcerum , rum, vel hoc genus pœnalis servitutis erampunt adxein sum nos, in quorum potestate sunf,, certi impares se ess et hoc magis perditi, ingrati resistimus ut æquales,t. repugnamus perseverantes in eo quod oppugpant, etili punquam magis detriumphamus, quam cum pro ie obstinatione damnamur. XXVIH. Quoniam autem facile iniquum sidéretil nam €. alias divinæ réi faciendæ libens animus indiciturs certe ineptum existimaretur, si quis ab alio cogeretur ad-h norem deorum, quos ultro sui causa placare deberet, nt beros homines invitos urgeri ad sacrificandum, præ manu esset jure libertatis dicere : Noïlo mihi Jovtl propitium : tu quis es? Me conveniat Janus iratus 6x qui velit fronte : quid tibi mecum est ? Formati eslis ab tisdem utique spiritibus, ut nos pro salute imperatoris sacrificarés cogatis : et imposita est tam vobis necessitas cogendi, quai nobis obligatio periclitandi. Ventum est igitur ad seu dun titulum læsæ augustioris majestatis : siquidem majof formidine, et callidiore timiditate Cæsarem observatis APOLOGÉTIQUE. 4c dire au crime de lèse-majesté, mais d’une ma- jesté plus auguste; car vous craignez plus lem- pereur que Jupiter, et vous servez avec plus de zèle les rois de la terre que le roi du ciel. Je me garderais bien de vous en blâmer, si en cela vous agissiez sciemment; car le dernier des vivants vaut mieux que quelque mort que ce soit. Mais ce n’est point là le motif qui vous fait agir : vous cédez à l'impression que fait sur vous la puissance visible d’un empereur. Vous craignez plus les hommes que les dieux ; et, par là, vous donnez la mesure de ce qu'il faut penser de votre religion. Vous hésiteriez moins à vous parjurer au mépris de tous vos dieux qu’au mépris du seul génie de César. XXIX. Qu'on établisse d’abord que ceux à qui vous sacrifiez peuvent conserver la vie aux em- pereurs ou à quelque autre homme. Si cela est constaté, qu’on nous traite en criminels. Mais quoi! si des esprits méchants, anges ou démons, sont capables de faire quelque bien ; si des êtres, perdus eux-mêmes, peuvent sauver; si des con- damnés peuvent absoudre; si, enfin, des morts (vous savez ce qui en est) peuvent protéger les vivants, qu’ils commencent done par garantir leurs statues, leurs images et leurs temples , qui, ce me semble, ne sauraient se passer des senti- nelles que leur donne l’empereur. Et ces statues, ces temples , la matière n’en est-elle pas tirée des mines impériales? Les temples ne dépendent-ils pas entièrement de la volonté des Césars? Plu- sieurs dieux ont éprouvé leur colère; d’autres, plus heureux, se sont ressentis de leur magnifi- sence et de leur faveur. Or, si les dieux relèvent des Césars, s’ils tiennent tout de leur grâce, comment concevoir qu'ils soient les arbitres de leur destinée? Comment un empereur devra-t-il quam ipsum de Olympo Jovem : et merito, si sciatis : quid enim? ex viventibus quilibet non mortuo potior ? sed nec hoG vos ratione focitis, potius quam respectu præ- sentaneæ potestatis : adeo et in isto irreligiosi erga deos vestros deprehendimini, cum plus timoris humano do- minio dicatis cilius : denique apud vos per omnes deos ; quam per unum genium Cæsaris pejeratur. XXIX: Constet igitur prius, si isti quibus sacrificatur, salutem imperatoribus vel euilibet homini impertiri pos- sunt, el ita nos crimini addicite. Si Angeli aut dæmones , substantia pessimi spiritus, beneficiam aliquod operantar, si perdili conservant, si damnati liberant, si denique, quod in conscientia vestra est, mortui vivos tuentur, jarn utique suas primo statuas et imagines et ædes tuerentur, quæ, ut opinor, Cæsarum milites excubiis suis salva præstant. Puto autem hæ ipsæ materiæ de metallis Cx- sarum veniunf , et tota templa de nutu Cæsaris constant : multi denique dii habuerunt Cæsarem iratum ; facitad cau- sam si el propitium ; cum illis aliquid liberalitatis ant privi legii confert : ita qui suntin Cæsaris potesfate, cujus’et toti Suni, quomodo habebunt salutem Cæsaris in potestate, uf eam præsfare posse videantur, quan facilius ipsi à Ca PT aux dieux sa conservation, puisque ce sont eux : au contraire, qui lui sont redevables de la leur ? C'est donc parce que nous n’abaissons pas les empereurs au-dessous de ce qui leur est soumis, qu’on nous accuse d’offenser la majesté impériale. Nous sommes coupables, parce que nous ne sa- vons pas nous jouer du salut de l’empereur en le plaçant dans des mains défaillantes, que la soudure retient à peine. Mais vous qui êtes si zélés pour la conservation de l’empereur, et qui la cherchez où elle n’est pas, vous la demandez à qui ne peut vous l’accorder, oubliant celui dont elle dépend, jusqu’à déclarer Ja guerre à ceux qui savent à qui il faut s'adresser, et qui par conséquent peuvent espérer de l’obtenir. XXX. Car nous invoquons, pour le salut des empereurs, le Dieu éternel, le vrai Dieu, le Dieu vivant, dont les empereurs eux-mêmes recher- chent la propitiation ; car ils savent qui leur a donné l'empire; ils savent, en tant qu'hommes, qui leur a donné la vie; ils sentent qu’iln’y a point d’autre dieu que ce Dieu souverain ; qu'ils ne re- lèvent que de-lui, qu'il est au-dessus d'eux, et qu'ils sont immédiatement aprés lui, avant et au-dessus de tous les dieux. En effet, s’ils sont au-dessus de tous les hommes vivants, à plus forte raison sont-ils au-dessus de ceux qui sont morts. En considérant les bornes de leur pouvoir, ils apprennent à connaître Dieu; en considérant qu'ils ne peuvent rien contre lui, ils compren- nent que c’est par lui qu'ils peuvent tout. Car que l’empereur déclare la guerre au ciel, qu'it entreprenne de le trainer captif à la suite de son char, de mettre des sentinelles dans le ciel, de rendre le ciel tributaire : c’est ce qui dépasse son pouvoir. Il n’est grand qu'autant qu'il se croit au-dessous du ciel; car il relève lui-même de sare Consequantur ? Ideo-ergo committimus in majestalem imperatorum, quia illos non subjicimus rebus suis? quia non ludimus de officio salutis ipsorum , qui eain non pu- tamus in manibus esse plumbatis? sed vos religiosi , qui eam quæritis ubi non est, petitis a quibus dari non po- test, præterito eo in cujus est potestate : insuper 605 de- bellatis quieam sciunt petere, quietiam possint impetrare, dum sciunt petere. XXX. Nos enim pro salute imperatorum Deum invôea- mus æternum, Deum verum, Deum vivum, quem etipsiim- peratores proprium Sibi præter cæteros malunt :SCIuñt quis illis dederitimperium; sciuntquahomines, quis et animam : sentiunt eum esse Deum solum , in cujus solius potestate Sunf, a quo sunt Secundi, post quémprimi, ante omnes et Super omnes déos : quidni? cüm supér omnes homines qui utique vivunt, et mortuis antistant, recogitanf quous- que vires imperii sui valeant, ét ita Deum infellisunt, adversus quém valere non possunt: per eum valere se cognoscunt. Cœlnm denique débellét impérator; cœlum Caplivum triumpho suo invebat; cœlo mittat excubias ; cœlo vectigalia imponat : non potest : ideo magnus est, quia cœlo minor est; illins enim est ipse, Cüjus ct cœlum 40 celui qui commande au ciel et à toute créature. C'est par lui qu'il est empereur, et qu'avant d’é-. tre empereur il est homme. Il tient sa puissance de celui dont il tient la vie. C’est à ce Dieu que nous adressons nos prières, les mains levées vers le ciel, parce qu’elles sont pures; la tête nue, parce que nous n'avons à rougir de rien; sans ministre qui nous dicte les paroles que nous de- vons dire, parce que c’est le cœur qui prie. C’est à ce Dieu que nous demandons pour tous les empereurs une longue vie, un règne tranquille, la sûreté dans leur palais, la valeur dans les armées, la fidélité dans le sénat, la vertu dans le peuple, la paix dans l'univers, enfin tout ce que peut souhaiter un homme et un empereur. Je ne puis demander tout cela qu’à celui de qui je suis assuré de l'obtenir, puisqu'il est le seul qui le puisse accorder, et que je suis le seul qui puisse espérer de l'obtenir, étant son servi- teur, le seul qui lui rende le culte qui lui est dû, prêt à mourir pour sa loi, fui offrant la victime la plas précieuse et la plus agréable à ses yeux, celle qu’il m'a demandée lui-même, une prière émanée d’un corps chaste et d’une âme innocente, sous l'inspiration de l’Esprit-Saint. Je ne lui of- fre pas quelques grains d’encens, des larmes tombées de l'écorce d’un arbre d'Arabie, une ou deux gouttes de vin, du sang d’un bœuf de rebut qui demande la mort; bien moins encore une conscience souillée. Aussi j’admire la conduite de vos prêtres corrompus, qui examinent plutôt les entrailles des animaux offerts en sacrifice, que le cœur de ceux qui les offrent. Pendant que nous prions ainsi, les mains étendues vers Dieu, déchirez-nous, si vous le voulez, avec des on- gles de fer; attachez-nous à des croix , jetez-nous dans les flammes, égorgez-nous avec le glaive, est et omnis creatura : inde est imperator, unde et homo antequam imperator : inde potestasilli, unde et spiritus. Illuc suspicientes Christiani manibus expansis, quia in- QOCUIS ; çapite nudo, quia non erubescimus ; ; denique sine monitore, quia de pectore, oramus pro omnibus impe- ratoribus, vitam illis prolixam , imperium securum , do- mum tutam, exercitus fortes , senatum fidelem, populum probum, orbem quietum , et quæcumque hominis ei Cæ- saris vota sunt : hæc ab alio orare non possum, quam a quo scio me consecuturum, quoniam ef ipse est qui so- lus præstat, et ego sum cui impetrare debetur ; famulus ejus, qui eum solus observo, qui propter disciplinam ejus uccidor; qui ei offero opimam et majorem hostiam, quam ipse mandavit, orationem de carne pudica, de anima in- nocenti, de Spiritu Sancto profecitam, non grana thuris upius assis, non Arabicæ arboris lacrymas, nec duas meri guttas, nec Sanguinem reprobi bovis mori optantis, et post omnia inquinamenta, eliam conscientiam spurcam : ut mirer, Cum hostiæ probantur penes vos a vitiosissimis sacerdotibus , cur præcordia potius victimarum quam ip- sorum sacrificantium examinantur ? Sic ita nos ad Deum expansos ungulæ fodiant, cruces suspendant, ignes lam- TERTULLIEN. livrez-nous aux bêtes : le chrétien qui prie prêt à endurer tous les supplices. Hâtez-vo. donc, magistrats zélés, hâtez-vous d’arrache la vie à des hommes qui la consacrent à pri. pour l’empereur, car nous sommes coupables (l plus grand des crimes : nous adorons Dieu et: he vérité, XXXI. Mais, direz-vous, nous sommes de hypocrites qui feignons de prier pour l'empe reur, dans la vue d'échapper au supplice. Enw rité, cette feinte nous est d’un grand SECOUIS avec vous surtout, qui êtes si portés à nous Jai prouver ce que nous voulons, Je dirai né moins à ceux d’entre vous qui sont persuadi que nous ne nous intéressons point au salutdi empereurs : Ouvrez nos livres, qui contiennef. la parole de Dieu même : nous ne les cachonÿi personne, et maintes circonstances ont dû faire passer en des mains étrangères. Vous}. verrez qu'il nous est ordonné de prier Dieu nor seulement pour ceux qui nous aiment, ma encore pour ceux qui nous haïssent; de souhaité du bien à ceux qui nous persécutent. Or, qi sont nos plus grands ennemis et nos plus cruek persécuteurs, sinon ceux dont nous sommes at cusés d’offenser la majesté? Vous verrez mémr dans ces livres que Dieu nous dit nommément… expressément : « Priez pour les rois, pour k princes et pour les puissances, afin que vo jouissiez d’une paix parfaite. » En effet, l'en: pire ne peut être ébranlé que tous ses membit ne le soient ; et nous-mêmes, quoique le peupk nous regarde comme en dehors de l'État, nou. nous trouvons enveloppés dans ses males XXXIT. Nous avons d’ailleurs une raison toit particulière de prier pour les empereurs, et müit pour l'empire romain tout entier, c’est que noi bant, gladii gultura detruncent, bestiæ insiliant ; paräll est ad omne supplicium ipse habitus orantis Christial. Hoc agile, boni præsides, extorquete animam Deo se plicantem pro imperatore. XXXI. Adulati nune sumus imperatori, et mentiti te quæ diximus , ad evadendam scilicet vim. Plane prof. ista fallacia : admittitis nos enim probare quodcunqh. defendimus. Qui ergo putaveris nihil nos de salute Cas rum curare, inspice Dei voces, Litteras nostras quasi que ipsi supprimimus, et plerique casus ad extranéh transferunt : scitote ex illis præceptum esse nobis, adt dundantiam benignitatis, etiam pro inimicis Deumorats et persecutoribus nostris bona precari : qui magis ininin et persecutores Christianorum , quam de quorum majestals convenimur in crimen? sed etiam nominatim afque ns nifeste : « Orate, inquit, pro regibus, et pro principill. « et potestatibus, ut omnia tranquilla sint vobis : » cul enim concutitur imperium, concussis etiam cæteris mel bris ejus, utique et nos, licet eue a turbis, in aliqu. loco casus invenimur. XXXII. Est et alia major necessitas nobis orandi ph imperatoribus, etiam pro 6mni statu imperii rebusqueRt APOLOGÉEIQUE. 1 gavons que la fin du monde, avec les calamités affreuses qui doivent en être les avant-coureurs , n’est retardée que par le cours de l'empire ro— iwain. En priant Dieu de nous épargner Je spec- tacle de cette catastrophe , nous demandons par conséquent que la durée de l'empire soit prolon- gée. Nous jurons, non par le génie des Césars, mais par leur salut, plus auguste que tous les gé- nies, qui ne sont que des démons. Nous respec- tons dans les empereurs le jugement de Dieu, qui les a établis pour gouverner les peuples. Nous savons qu'ils tiennent de la volonté de Dieu le pouvoir dont ils sont investis; nous demandons ja conservation de ce que Dieu lui-même a voulu, et c’est là pour nous un grand serment. Quant aux démons, c’est-à-dire aux génies, nous Îles conjurons pour les chasser du corps des hommes, et nous nous gardons de jurer par eux, et de leur déférer par là un honneur qui n’est dû qu'à Dieu. XXXHL Mais pourquoi parler davantage de nos sentiments de religion et de piété à l'égard de l’empereur? Ne sommes-nous pas obligés de res- pecter en lui l'élu de Notre Seigneur ? Je pourrais : même dire que l’empereur est plus à nous qu'à personne, puisque c'est notre Dieu qui l’a éta- bli. C’est pour cela que je contribue plus qu’un autre à sa conservation, non-seulement parce que je la demande à qui peut l’accorder, ou que je suis tel qu’il faut être pour l'obtenir, mais encore parce qu’en abaissant la majesté impé- riale au-dessous de la majesté divine, je dispose Dieu par là à être plus propice à l’empereur. Si je le place au-dessous de Dieu, c’est que je ne le crois pas égal à Dieu; car je ne l’appellerai point Dieu, ou parce que je ne sais pas mentir, ou parce que je le respecte trop pour me moquer manis, qui vim maximam universo orbi imminentem, ip- samque clausulam sæculi acerbitates horrendas comminan- tem, Romani imperii commeatu scimus retardari : ifaque nolumus experiri, et dum precamur differri, Romanæ diuturnitati favemus. Sed et juramus, sient non per genios Cæsarum , ita per salutem eorum , quæ est augustior om- nibus geniis : nescitis genios dæmonas dici, et inde dimi- nutiva voce dæmonia : nos judicium Dei suspicimus in imperatoribus, qui gentibus illos præfecit : id in eis scimus esse quod Deus voluit, ideoque et salvum volumus esse quod Deus voluit, et pro magno id juramento habemus : cæterum dæmonas, id est genios, adjurare consuevimus ut illos de hominibus exigamus , non dejerare ut illis ho- norem divinitatis conferamus: XXXIHE. Sed quid ego amplius de religione atque pie- tate Christiana in imperatorem ? quem necesse est Suspi- ciamus, ut eum quem Dominus noster elegit : et merito dixerim, Noster est magis Cæsar, a nosfro Deo constitu- tus. Jtaque ef in eo plus ego illi operor in salutem, quod non solum ab eo postulo eam qui potest præslare, aut quod talis postulo qui merear impetrare , sed étiam quod temperans majestatem Cæsaris infra Deum, magis illum de lui, ou parce que lui-même doit s’offenser de ce nom. Homme, il est de son intérêt de recon- naître que Dieu est au-dessus de lui; il doit fui suffire de porter le nom d’empereur. N'est-ce pas un grand nom que celui qu'on tient de Dieu? Dire qu’il est Dieu, c’est nier qu'il soitempereur, puisqu'il ne peut être empereur qu'autant qu'il est homme. C’est ce qu’on a soin de lui rappeler, en criant derrière son char de triomphe : Re- garde derrière toi, et souviens-loi que Îues homme. Quoi de plus propre à lui donner une haute idée de sa gloire, que cette précaution qu’on juge nécessaire, de le faire ressouvenir de ce qu'il est! Il serait moins grand si on l’appe- lait Dieu, parce que ce serait une fausseté. Ce qui: fait sa véritable grandeur, c’est d’avoir besoin qu’on lui rappelle qu'il n’est pas un dieu. XXXIV. Le fondateur de votre empire, Au- guste, n'a jamais voulu qu'on le nommät sei- gueur. C’est, en effet, un des noms de Dieu. Toutefois, je consens à donner à l’empereur le nom de seigneur, pourvu que ce ne soit pas dans le même sens que je le donne à Dieu; car je ne suis pas à l’empereur : je n’ai proprement qu'un seigneur, le Dieu tout-puissant, éternel, qui est aussi le seigneur de l’empereur. Aussi bien, comment le père de la patrie en serait-il le sei— oneur? Un nom, symbole de l'amour, n'est-il pas plus doux qu'un titre qui ne désigue que la puissance? Aussi les chefs de famille sont-ils plutôt appelés pères que seigneurs. Si le nom de seigneur ne convient pas à un empereur, COM- bien moins celui de dieu! Ce n’est qu'à la plus honteuse et la plus funeste flatterie qu’il appar- tient de le lui donner. C'est comme si vous trans- portiez le nom d’empereur de celui qui l'est réel- lement à un autre qui ne l’est pas. Ne craindriez- commendo Deo, cui soli subjicio. Subjicio autem cui non adæquo; non enim deum imperatorem dicam, vel quia mentiri nescio, vel quia illum deridere non audeo, vel quia nec ipse se deum volet dici : si homo sit, inferest homini Deo cedere : satis habet appellari imperalor : grande et hoc nomen est, quod a Deo tradilur : negat il- lum imperatorem , qui deum dicit : nisi homo sit, non est imperator : hominem se esse etiam triumphans in illo su- blimissimo curru admonetur ; suggerifur enim ei a {ergo, Respice post te, hominem te memento : ef utique hoc magis gaudet, tanta se gloria coruscare, ut illi admonitio conditionis suæ sit necessaria : minor erat, si tunc deus diceretur, quia non vere diceretur; major est, qui revo- "catur ne se deum existimet. XXXIV. Augustus, imperii formator, ne dominum qui- dem dici se volebat. Et hoc enim Dei est cognomen. Di- cam plane imperatorem dominüm: sed quando non cogor, ut dominum, Dei vice, dicam. Cæterumliber sumilli. Domi- nus enim meus unus est, Deusomnipotens, et æternns, idem qui et ipsius. Qui pater patriæ est, quomodo dominus est? Sed et gratius nomen est pietatis, quam potestatis. Eliam familiæ magis patres quam domini vocantur : tanfo abest 49 TERTULLIEN. vous pas d'attirer, par ce sanglant outrage, la vengeance de celui qui est véritablement empe- reur, noh-Seulement sur vous-même, mais en- core sur celui à qui vous auriez donné le nom d'empereur? Rendez à Dieu ce qui est à Dieu, si vous voulez que Dieu soit propice à l’empe- reur : Cessez de croire qu'il puisse y avoir un au- tre dieu que Dieu; cessez d’appeler dieu celui qui a besoin de Dieu. Que si, en donnant à un homme le nom de dieu, votre flatterie ne rougit pas de son mensonge, que du moins ellé en re- doute les suites. C’est porter malheur à un empereur que de l'appeler dieu avant son apo- théose. XXXV. Les chrétiens sont donc des ennemis de l'État, parce qu'ils rendent aux empereurs des honneurs qui ne sont ni vains ni téméraires $ parce que, faisant profession de la vraie religion, ils solennisent les fêtes des empereurs par de bonnes pensées et non par des orgies. Grande preuve de zèle, en effet, que d'allumer des feux et de dresser des tables dans les rues, d’y faire de grands festins, de convertir la ville en une immense taverne, de tremper de vin la poussière des rues, de courir par bandes, comme des for- cenés, au gré d’impudiques désirs. La joie publi- que ne Saurait-elle donc se manifester que par le mépris public de toute pudeur ? Ce qui serait in- décent un autre jour devient-il décent dans les jours consacrés au prince ? Faut-il, pour hono- | dant ce sont là des Romains, et, de tous les Ro- rer le prince, violer les lois dont il est l’auteur ? mains, Les plus violents accusateurs des chrétiens. La licence et le déréglement doivent-ils passer | Vous direz peut-être encore que les autres sont pour piété; et une occasion de dissolution » Pour | d’une fidélité qui semble s'accroître à proportion une fête religieuse? Oh ! que nous sommes vrai- de leur élévation ; que jamais il ne s’est trouvé ment dignes du dernier Supplice, de nous acquit- | de factieux, ni dans le sénat, pi dans l'ordre. ter de nos devoirs envers les empereurs, sans | équestre, ni dans les Camps, ni dans le palais. cesser d'être sobres, chastes et modestes! Pour quoi refuser, dans un jour. de fête, d’ombrager nos portes de lauriers, et d'allumer des lampes « en plein jour ? Quoi de plus honnête, en effet, de donner alors à sa maison l'air d’un lieu de prostitution? Voyons maintenant ce qu'on doit penser de la sincérité de vos démonstrations pour ceite Seconde majesté, qu’on nous accuse d’offen. ser par un second sacrilége, parce que nous ne Célébrons pas avee vous les fêtes des empereurs. d’une manière que réprouve à la fois la modes- tie, la bienséance et la pudeur. Voyons si ceux … qui nous refusent le nom de Romains, qui nous traitent d’ennemis des empereurs romains, ne seraient pas, par hasard, plus coupables que nous. Je me transporte à Rome, je demande à cette multitude qui remplit la vallée des sept collines, quel est le Romain dont la langue a jamais su épargner son empereur : le Tibre et le cirque peuvent en rendre témoignage. Si le voile qui couvre les cœurs était transparent, on y verrait, Sur un théâtre imaginaire, se succéder sans fin de nouveaux princes payant leur bienvenue par des largesses , et cela dans le temps même qu’on vous entend crier : Que Jupiter retranche de n0S années pour ajouter aux vôtres? Un chré- tien ne sait ni tenir ce langage, ni faireen se: cret des vœux pour un nouvel empereur. Le peuple, dites-vous, est toujours peuple. Cepen- ut imperator deus debeat dici , non modo turpissima , sed gaudia Cæsarum casti et sobrii et probi expungimus ? cur ef perniciosa adulatione : tanquam si habens imperatorem, | die læto non laureis postes obumbramus nec lucernis diem alterum appelles : nonne maximam et:inexorabilem offen- infringimus? honesta res est, solemnitate publica exi- Sam Contrahes ejus quem habuisti etiam ipsi Limendam | gente, induere domni tuæ babitum alicujus novi lupa: quem appellasti ? Esto religiosus in Deum, qui vis illum naris. Velim tamen in hac quoque religione secundæ ma- propitium imperatori : desine alium deum credere, atque | jestatis, de qua in secundüm sacrilegium convenimur ita et hunc deum dicére cui Deo Opus est. Si non de men- Christiani, non celebrando vobiscum solemnia Cæsarum, dacio erubescit adulatio, ejusmodi hominem deum appel- quo more celebrari nec modestia , neC Verecundia , nec pu lans, timeat sallem de infausto : maledictum est, ante | dicitia Permittunt, fidem et verilatem vestram demons: apotheosin deum Cæsarem nuncupare. trare, ne forte et isthic deferiores Christianis deprehen- XXXV. Propterea igitur publici hostes Christiani > Quia | dantur qui nos nolunt Romanos haberi, sed hostes prin- imperatoribus neque vanos, neque mentientes, neque te- cipum Romanorum. Ipsos Quirites, ipsam vernaculam merarios honores dicant, quia veræ religionis homines Septem collium plebem COnvenio, an alicui Cæsari suo efiam solemnia eorum, conscientia potius quam lascivia, parcat illa lingua Romana : testis est Tiberis, et schola celebrant. Grande videlicet officiam ! focos et thoros in bestiarum. Jam si pectoribus ad translucendum quamdam publicum educere, vicatim épulari, civitatem tabernæ specularem materiam natura obduxisset, Cujus non præ- habitu abolefacere, vino lutum cogere, Catervatim cCur- | cordia insculpta apparerent novi ac novi Cæsaris scenam sitare ad injurias, ad impudenlias, ad libidinis illecebras. congiario dividendo præsidentis ? etiam illa hora qua ac- Siccine éxprimitur publicum gaudium per publieum de- | clamant : D£ NosrRis ANNIS vit Jüuprrer AUGEAT ANNOS : decns ? Hæccine solemnes dies principum decent, quæ | hæc Christianus tam enuntiare non novit, quam de noyo alios dies non decent ? Qui observant disciplinam de Cæ- | Cæsare optare. Sed vulgus, inquis, ut vulgus. Tamen saris réspectu, bi éam propter Cæsarem deserent? ef ma- Romanï nec ulli magis depostulatores Christianorum quam lorum morum licentia pietas érit? occasio luxuriæ religio | vulgus. Plane cœtert ordines pro auctoritate religiosi ex deputabitur? © nos merito damnandos ! Cur enim vofa et | fide : nihil hosficum de ipso senatu , de equite, de castris, APOLOGÉTIQUE. D'où sont donc sortis les Cassius, les Niger, les Albinus? ceux qui assassinent leur prince entre deux lauriers ? ceux qui trouvent, en l’étranglant, . une oecasion de faire briller leur adresse gymnas- tique? ceux qui forcent le palais à main armée, plus audacieux que les Sigérius et les Parthénius? C’étaient, si je ne me trompe, des Romains, et non des chrétiens; car les chrétiens ne sont pas des Romains. Cependant, jusqu’au moment où leur rébellion sacrilége a éclaté, ils sacrifiaient pour le salut de l'empereur et juraient par son génie, les uns en public, les autres dans leur maisoh , et tous donnaient aux chrétiens le nom d’ennemis publics. Ceux quisont aujourd’hui con- nus pour avoir été complices ou partisans des dernières conspirations, restes échappés d’une pé- pinière de parricides, n'ombrageaient-ils pas leurs portes des lauriers les plus frais et les plus touffus? n’enfumaient-ils pasleurs vestibules des plus brillantes illuminations ? ne remplissaient- ils pas les places de lits superbes, non, à la véri- té, dans l'intention de prendre part à la joie publique, mais pour y rêver une autre solennité, pour lappeler de leurs vœux, faisant en quel- que sorte dans le secret de leur cœur Pinaugu- ration d’un nouveau prince et d’un nouvel avé- nement ? Sont-ils mieux intentionnés, ceux qui consultent les astrologues, les aruspices, les au- oures, les magiciens, sur la destinée de lempe- reur, recourant à des sciences inventées par des anges rebelles, mais réprouvées de Dieu, et dont les chrétiens ne se servent pas même dans les choses qui les regardent ? Et d’où peut venir cette curiosité de connaître la destinée d’un empereur, sinon d’un cœur qui médite, ou souhaite, ou de palatis ipsis spirat. Unde Cassii, et Nigri, et Albini ? unde qui inter duas lauros obsident Cæsarem? unde qui faucibus ejus exprimendis palæstricam exercent? unde qui armati palatium irrumpunt omnibus Siseriis atque Partheniis audaciores? de Romanis (nisi fallor ),id est, de non Chrislianis : atque adeo omnes illi, sub ipsa us- que impietatis eruptione, et sacra faciebant pro salute im- peratoris, ef genium ejus dejerabant, ali feris, alii intus ; ef utique publicorum hostium nomen Christianis dabant. Sed et qui nune scelestarum partium socii aut plausores quotidie revelantur, post vindemiam parricida- rum racematio superstes, quam recentissimis et ramo- sissimis laureis postes præstruebant! quam elatissimis et clarissimis lucernis vestibula nebulabant! quam cullissimis et superbissimis thoris forum sibi dividebant ! non u£ gau- dia publica celebrarent , sed ut vota propria jam edicerent in aliena solemnitate, et exemplum alque imaginem spei suæ inaugurarent, nomen principis in corde mutantes. Eadem officia dependunt et qui asfrologos, et aruspices, et augures , et magos de Cæsarum capite Consultant; quas artes ut ab Angelis desertoribus proditas, et a Deo inter- dictas, ne suis quidem causis adhibent Christiani, Cui autem opus est perscrutari super Cæsaris salute, nisi a quo aliquid adversus illam cogitatur vel optatur, auf post 43 espère, ou favorise quelque dessein contre la vie du prince? Car on ne tire pas l’horoscope de ses maîtres par le même motif qu’on tire celui des personnes qu’on aime : autre est la curiosité de l'amour, autre celle de la crainte. XXXVI. Si doncil est certain que ceux que vous appelez Romains, qui passent pour Romains, sonteonvaineus d’être les ennemis des empereurs, ne pourrait-il pas se faire que ceux qui passent pour leurs ennemis, à qui vous refusez le nom de Romains, fussent effectivement Romains et rien moins qu'ennemis? Tant il est vrai que la fidélité et le dévouement aux empereurs ne con- sistent pas dans ces démonstrations extérieures, qui ne servent qu'à déguiser la trahison, mais dans ces sentiments du cœur, dans cette bien- veillance à laquelle nous ne sommes pas moins obligés envers les empereurs qu'enverstoutautre homme. Car ce n’est pas seulement aux empe=— reurs que nous devons vouloir du bien. Nous faisons le bien sans acception des personnes, parce que nous je faisons pour nous, sans atten- dre ni louange ni récompense d'aucun homme, et dans la vue de plaire à Dieu seul, qui nous fait une loi d’aimer tous les hommes indistincte- ment. Nous sommes les mêmes pour lesempereurs que pour nos voisins, parce qu’il nous est géné ralement défendu de vouloir du mal à qui que ce soit, d’en faire, d’en dire, d’en penser même. Ce qui ne nous est pas perlhis contre l'empereur, pe l’est non plus contre personne; et ce qui ne l’est contre personne, l’est, sans doute, encore moins contre celui que Dieu a fait si grand. XXXVIL. Si, comme je l'ai dit, il nous est ordonné d'aimer nos ennemis, qui pourrions-nous illam speratur et sustinetur? non enim ea mente de charis consulitur, qua de dominis : aliter curiosa est sollicitudo sanguinis, aliter servitutis. - XXXVI Si hæc ita sunt, ut hostes deprehendantur qui Romani vocabantur, ur nos, qui hostes existimamur, Romani negamur? non possumus et Romani esse, et hos- tes non esse, cum hostes reperiantur qui Romani hahe- bautur? adeo pietas et religio ef fides imperatoribus debita non in hujusmodi officiis consistit quibus et hostilitas magis ad velamentum sui potest fungi, sed in üis moribus quibus civilitas tam verein imperatorem quam circa omnes vecesse habet exhiberi : neque enim hæc opera bonæ mentis solis imperatoribus debentur a nobis : nallum bo: num sub exceptione personarum administramus, quia nobis præstamus, qui non ab homine aut laudis aut pré- mii expensum captamus, sed a Deo exactore et remune- ratore indifferentis benignitalis : idem sumus imperatori- bus, quiet vicinis nostris : male enim velle, male facere, male dicere, male cogitare de quoquam ex æquo vela- mur; quodeumque non licef in imperaforem, id nec in quemquam ; quod in neminem , eo forsitan magis nec in ipsum qui per Deum ftantus est. XXX VI. Si inimicos, ut supra diximus, jubemur Gi- ligere, quem habemus odisse? Item, si læsi vicem referre 44 TERTULLIEN. haïr? S'il nous est défendu de nous venger de ceux qui nous offensent, pour ne pas nous rendre aussi coupables qu'eux, qui pourrions-nous offen- ser? Vous-mèmes, je vous en fais juges. Combien “de fois n’avez-vous pas exercé des cruautés contre les chrétiens, ou pour satisfaire votre haine, ou pour obéir aux lois? combien de fois, sans atten- dre vosordres, la populace, prévenue contrenous, nenousa-t-elle pas accablés de pierres et n’a-t-elle pas mis le feu à nos maisons? Dans la fureur des Bacchanales , on n’épargne pas même Îes morts : on viole le repos de la tombe, l'asile de la mort, pour en arracher les cadavres des chrétiens ; quoique déjà méconnaissables, quoique déjà cor- rompus, pour les mettre en pièces et en traîner les lambeaux par les rues. Cependant, avez-vous remarqué que nous ayons jamais cherché à nous venger de cet acharnement qui nous poursuit au delà du tombeau ? Une seule nuit avec quel- ques flambeaux, c'en serait assez, s’il nous était permis de rendre le mal pour le mal; mais à Dieu ne plaise qu’une religion divine ait recours au feu humain pour se venger, ou qu’ellese laisse abattre par des épreuves qui servent à en établir la vé- rité! Que si, au lieu de nous venger sourdement, nous voulions agir en ennemis déclarés , croyez- vous que le nombre et la force nous manquas- sent? Les Maures, les Marcomans, les Parthes : quelque nation que ce soit » Circonscrite après tout dans ses limites, est-elle plus nombreuse qu’une nation qui n’en a d’autres que l'univers ? Nous ne sommes que d'hier, et nous remplissons tout, vos villes, vos îles, vos châteaux, vos municipes, vos conseils, vos camps, vos tribus, vos décu- ries , le palais, le sénat, le forum : nous ne vous laissons que vos temples. Quelle guerre ne serions- prohibemur, ne de facto pares simus, quem possumus lædere? Nam de isto ipsi recognoscite. Quoties enim in Christianos desævitis, partim animis propriis, partim le- gibus obsequentes! quoties etiam » præteritis vobis, suo jure nos inimicum vulgus invadit lapidibus et incendiis! ipsis Bacchanalium furiis nec mortuis pareunt Christianis, quin illos de requie sepulturæ, de asylo quodam mortis, jam alios, jam nec totos , avellant , dissecent, distrahant! Quid tamen unquam denotastis de tam Conspiratis, de tam animatis ad mortem usque, pro injuria repensatum ? quando vel una nox pauculis faculis larsiter ultionis pos- set operari, si malum malo dispungi penes nos liceret, Sed absit ut aut igni humano vindicetur divina secla, aut doleat pati in quo probatur. Si enim et hostes exsertos, non fantum vindices occultos agere vellemus, deesset nobis vis numerorum et Copiarum? Plures nimirum Mauri, et Marcomanni, ipsique Parthi, vel quantæcum- que, unius tamen Joci et suorum finium, gentes, quam totius orbis. Hesterni Sumus, ef Vestra omnia implevi- mus, urbes, insulas, castella, Municipia, conciliabula, casfra ipsa, tribus, decurias, palatium, sepatum, forum : sola vobis relinquimus templa, Cui bello non idonei, non prompti fuissemus , etiam impares copiis, qui tam liben- ter trucidamur, si non apud istam disciplinam Magis 0c- nous pas capables d'entreprendre, quelle guerre, .n’accepterions-nous pas, même à forces inégales, nous qui nous laissons massacrer si volontiers, si ce n’était une de nos maximes qu’il vaut mieux être tué que de tuer? Sans même recourir aux armes , sans nous révolter, nous pourrions voW combattre, en nous bornant à nous séparer de Vous; Car si, étant en aussi grand nombre ; NOUS. nous séparions tout à coup de vous pour nous retirer dans quelque coin du monde , la pertede tant de citoyens, quels qu'ils soient à vos yeux, troublerait ou , pour mieux dire, punirait assé, vos prétentions à la domination universelle ; vous seriez épouvantés de votre solitude, du silence du monde, frappé d’immobilité et comme mort; vous chercheriez à qui commander ; il Vous reste: rait plus d’ennemis que de citoyens. À présent, las multitude des chrétiens fait que vos ennemis paraissent en petit nombre. Puis, qui vois délivrerait de ces ennemis cachés , aUSsi funestes à vos âmes qu’à vos corps, je veux dire des dé mons, que nous Chassons sans intérêt et sais récompense? Il suffirait, pour notre vengeance, de vous laisser à la merci de ces esprits immondes, Et vous , sans noustenir compte d’un aussi grand service, sans réfléchir que, loin de vous être nuisibles, nous vous sommes nécessaires, vous nous traitez en ennemis. Ï| est vrai que nous. sommes des ennemis, mais de l'erreur, et nulle: ment du genre humain. : XXX VI. El fallait donc traiter avec un peu plus de douceur et mettre au rang des factions licites une religion qui ne fait rien de tout ce qu’on appréhende des factions illicites. On n’a défendu celles-ci, si je ne me trompe, que dans Pintérét de la tranquillité publique, pour empêcher que cidi liceret quam occidere? Potuimus et inermes nec re- belles, sed tantummodo discordes, solius divortii invidia adversus Vos dimicasse. Si enim fanta vis bominum in aliquem orbis remoti sinum abrupissemus a vobis, sut … fudisset utique dominationem vestram tot qualiumcumque amissio civium,, imo etiam et ipsa destitutione punisset : procul dubio expavissetis ad solitudinem veslramn, ad 8j: lentium rerum , et sStuporem quemdam quasi mortui or bis : quæsissetis quibus imperaretis : plures hostes quan. cives vobis remansissent ; AUNC enim pauciores hostes ha betis præ multitudine Christianorum. Quis autem vos ab illis occultis et usquequaque vastantibus mentes et vale. tudines vestras hostibus raperet; a dæmoniorum incursi: bus dico, quæ de vobis sine præmio, sine mercede de: pellimus? Suffecisset hoc solum nostræ ultioni, quod Vacua exinde possessio immundis spirifibus pateret. Porro nec fanti præsidii compensationem Cogifantes, non. modo Ron molestum vobis genus, verum etiam necessarium, hostes jndicare maluislis, qui sumus plane ; NON generis humani tamen, sed poiius erroris. XXXVIIT. Proinde née paulo lenius inter licitas factio: … nes secfam istam deputari oportebat, à qua nihil tale committiltur quale de illicitis factionibus timeri solet. Nisi fallor enim, prohibendarum factionum causa de provi- APOLOGÉTIQUE. 45 la ville ne füt céchirée par des partis opposés, dont l'existence n'aurait pour résultat que de troubler les assemblées du peuple et du sénat, les spectacles même, surtout dans un temps où les hommes vendent jusqu'aux violences qu'ils rommettent. Pour nous, dont le cœur est fermé à l'amour de la gloire humaine et des honneurs, nous n’avons nul intérêt à former des partis, et rien n’est plus étranger à un chrétien que l’en- vie de gouverner : le monde, voilà notre répu- blique. Nous renonçonssans peine à vosspectacles : pleins de mépris pour tout ce qui s’y passe, nous pe les réprouvons pas moins que les superstitions d’où ils tirent leur origine. Nous n’avons rien de commun avec les folies du cirque, avec les impu- retés du théâtre, avec les cruautés de l'arène, avec les vains exercices des athlètes. On a permis aux épicuriens de se faire de la volupté l'idée qu'il leur a plu : si nous nous en faisons une autre idée, où est le crime? si nous faisons tort à quel- qu'un en renonçant à tout amusement, ce n’est qu'à nous-mêmes. Nous ne goûtons pas vos plai- sirs, comme , de votre côté, vous ne goûtez pas les nôtres : voilà tout. XXXIX. Je vais maintenant vous faire con- paître à quoi s'occupe la prétendue faction des chrétiens : après l’avoir justifiée du mal, il me reste à établir le bien qui est en elle. Unis par le lien d’une même foi, d’une même doctrine et d’une même espérance, nous ne faisons qu’un Corps. Nous nous assemblons pour prier Dieu : nous formons une sainte conjuration, pour lui faire une violence qui lui est agréable. Nous prions pour les empereurs, pour leurs ministres, pour les puissances, pour l’état présent du siècle, pour le repos et la durée du monde. Nous nous dentia constat modestiæ publicæ, ne civitas in partes scinderetur, quæ res facile comitia, concilia, curias, con- ciones, spectacula etiam, æmulis studiorum compulsa- tionibus inquietaret, cum jam et in quæstu habere cœ- pissent venalem et mercenariam homines violentiæ suæ operam. At enim nobis ab omni gloriæ et dignitatis ardore frigentibus nulla est necessitas cœtus, nec ulla magis res aliena quam publica : unam omnium rempublicam agno- scimus, mundum : æque spectaculis vestris in tantum renuntiamus in quantum originibus eorum , quas scimus de superstitione conceptas ; quin et ipsis rebus de quibus transiguntur pr&tersumus : nihil est nobis cum insania circi, cum impudicitia theatri, cum atrocitate arenæ , Cum xysti vanitate. Licuit Epicureis aliquam decernere volu- ptalis verilatem. Quo vos offendimus, si alias præsumi- mus voluptates? Si oblectari novisse nolumus, nostra injuria est; si forte, non vestra. Sed reprobamus quæ placent vobis, nec vos nostra delectant. XXXIX. Edam jam nunc ego ipse negolia Christianæ factionis, u£ qui mala refutaverim, bona ostendam, Cor- pus sumus de conscientia religionis , et disciplinæ uuifate, et spei fœdere. Coimus ad Deum , quasi manu facta pre- cationibus ambiamus. Hæ&c vis Deo grata est. Oramus etiam pro imperatoribus, pro ministris eorum ; aC potes- assemblons pour lire les saintes Écritures, où, suivant les circonstances , tantôt nous trouvons des avertissements pour l'avenir, tantôt nous- confrontons les événements qui viennent de se passer avec ce qui a été prédit. Cette sainte pa- role nourrit notre foi, relève notre espérance, affermit notre confiance, resserre la discipline en inculquant le précepte. C’est là que se font les exhortations et les corrections, que se prononcent les censures au nom de Dieu. Certains que nous sommes en sa présence, les jugements qui se rendent entre nous ont une grande autorité; et c’est un terrible préjugé pour le jugement futur, quand quelqu'un a mérité d’être retranché de la communion des prières, de nos assemblées et de toute participation aux choses saintes. Des vieil- lards président : ils parviennent à cet honneur, non par argent, mais par le témoignage d’une vertu éprouvée; car les choses de Dieu ne s’a- chètent pas; et si nous avons une espèce de tré- sor parmi nous, c’est un argent qu’on amasse sans déshonorer la religion et sans qu'il en soit le prix. Chacun y apporte une modique offrande an commencement de chaque mois, ou lorsqu'il le veut, et jamais sans qu'il le veuiile et qu’il le puisse; on n'y contraint personne : rien de plus libre que cette contribution. Ce trésor estun dépit de piété, qu'on ne dissipe pas en vaines débau- ches de table : il n’est employé qu’à nourrir ou enterrer les pauvres, à soulagerles orphelins sans bien, les serviteurs cassés de vieillesse, les mal- heureux qui ont fait naufrage. S’il y a des chré- tiens condamnés aux mines, relécués danslesîles, ou détenus dans les prisons uniquement pour la cause de Dieu, ils sont assistés par la religion qu'ils ont confessée. Il se trouve néanmoins des tatibus, pro statu sæculi, pro rerum quicte, pro mora finis. Coimus ad Litierarum divinarum commemoratio- nem, si quid præsentium temporum qualitas aut præ- monere cogit, aut recognoscere : certe fidem sanctis vo- cibus pascimus, spem erigimus , fiduciam figimus, disci- plinam præceptorum nihilominus inculcationibus densa- mus. Ibidem etiam exhortationes, castigationes, et cen- sura divina. Nam et judicatur magno cum pondere, ut apud certos de Dei conspectu; summumque futuri judicit præjudicium est, si quis ita deliquerit, ut a communica- tionéorationis, et conventus, et omnis sancti commercii relesetur. Præsident probati quique seniores, honorem istum non pretio , sed testimonio adepti; neque enim pre- tio ulla res Dei constat. Etiam si quod arcæ genus est, non dehonoraria summa quasi redemptæ relisionis con- gregatur : modicam unusquisque stipem menstrua die, vel cum velit, et si modo velit, et simodo possit, appo- nit: nam nemo compellitur, sed sponte confert. Hxe quasi deposila pietatis Sunt. Nam inde non epulis, nec po- faculis, nec ingratis voratrinis dispensatur, sed egenis alendis humandisque, et pueris ac puellis re ac parenti- bus destitutis, jamque domesticis senibus, item paufragis : etsi quiin metfallis, et si qui in insulis vel in custodiis , duntaxat ex causa Dei sectæ, alumni confessionis suæ 52 TERTULLIEN. comme nous, à ces épreuves auxquelles nous ne pouvons nous refuser sans Courir risque de la vie? Quel est, en effet, le philosophe qu'on ait forcé à sacrifier, à jurer par les dieux, à allumer inu- tilement dés lampes en plein midi ? Loin de là : ils détruisent ouvertement le culte de vos dieux, ils écrivent contre vos superstitions, et vous leur applaudissez. La plupart même se déchaînent contre les empereurs, et vous les approuvez; au lieu de les condamner aux bêtes, vous leur décernez des récompenses , vous leur élevez des Statues. Cela s'explique : ils portent le nom de philosophes, et non celui de chrétiens ; et lenom de philosophes ne met pas en fuite les démons. Que dis-je? les philosophes placent les démons au second rang après les dieux. Si mon dé- mon le permet, disait Socrate. Ce philosophe, qui du moins entrevoyait la vérité, puisqu'il niait la plurarité des dieux, ordonna cependant , sur le point de mourir, qu’on sacrifiât pour lui un coq à Esculape, sans doute pour honorer le père de ce dieu, Apollon, dont l’oracle l'avait déclaré le plus sage de tous les hommes, Cet in- faillible Apollon s’est montré bien inconsidéré, ce me semble, en s’avisant de rendre témoignage de Ja sagesse d’un homme qui niait l’existence des dieux! Plus une vérité est odieuse, plus celui qui n'en dissimule rien se fait détester. Mais un moyen sûr de plaire à ceux qui la per- sécutent, c’est de la déguiser et de l’altérer. Moyen connu des philosophes : ils affectent la vérité, et, en l’affectant, ils la corrompent, parce qu'ils ne se proposent pas d'autre fin que la gloire humaine, Les chrétiens, qui portent leurs regards plus haut, l’aiment nécessairement, et la profes- sent dans toute sa pureté. Les philosophes ne sont donc pas, comme vous le pensez, à compa- obeuntes periclitamur? quis enim philosophum sacrificare, aut dejerare , aut lucernas meridie vanas proslituere com- péllit? Quinimo et deos vestros palam destruunt, et super- stitiones vestras commentariis quoque accusant, laudan:- tibus vobis : plerique etiam in principes latrant, sustinen- tibus vobis, et facilius statuis et salariis remunerantur, quam ad bestias pronuntiantur. Sed merito; Philosophi _enim, non Christiani Cognominantur : nomen hoc Philo- sophorum dæmonia non fugat : quidni? cum secundum deos philosophi dæmonas deputent. Socratis vox est » Si dæmonium permittat. Idem et cum aliquid de veritate sa- piebat deos negans, Æsculapio tamen gallinacium prose- cari jam in fine jubebat : credo ob honorem patris ejus, quia Socratem Apollo sapientissimum omnium cecinit. O Apollinem inconsideratum ! Sapientiæ testimonium reddi- dit ei viro qui negabat deos esse. In quantum odium flagrat veritas, in fantum qui eam ex fide præstat, offendit : qui autem adulteral, hoc maxime nomine gratiam pangit apud insectalores veritatis. Philosophi affectant veritatem, et affectando Corrumpunt, ut qui gloriam captant. Christiani et necessario appetunt, et integre prœstant, ut qui saluti suæ curant. Adeo neque de scientia, neque de disciplina, rer aux chrétiens, Soit pour la doctrine, soit. pour les mœurs. Thalès, ce grand physicien, put-il répondre quelque chose de positif à Crésus sur la divinité? On sait qu’il éluda la question du roi de Lydie, en demandant du temps pour y penser. Chez les chrétiens, le dernier des arti sans connaît Dieu, le faitconnaître aux autres et satisfait à toutes vos questions sur l'auteur de l’u- nivers , tandis que Platon nous assure qu’il est bien difficile de le connaître , et encore plus, quand on croit le connaître, d’en expliquer là nature à tout le monde. Les philosophes préten- draient-ils nous le disputer pour la chasteté? Je lis dans l'arrêt de mort de Socrate, qu'il fut condamné, entre autres motifs, comme COrrup- teur des jeunes Athéniens : un chrétien sait que, même avec les femmes, la nature a des bornes infranchissables. La courtisane Phryné servait à apaiser les ardeurs amoureuses de Diogène; Speusippe, disciple de Platon, fut tué en flagrant délit d’adultère : un, chrétien n’est homme que pour sa femme. Démocrite se crevant les yeux parce qu'il ne pouvait voir une femme sans la convoiter, nise borner à la convoiter sans souffrir, publie assez son incontinence par la peine qu'il s'impose : un chrétien conserve ses yeux et ne voit pas les femmes, parce que son cœur est aveugle pour les appas de la volupté. Parlerai-je de l'humilité? Je vois Diogène fouler de ses pieds couverts de boue l’orgueil de l’ameublement de Platon, avec un autre orgueil : un chrétien ne connaît pas l’orgueil, même avee un pauvre, S'agit-il de modération ? Pythagore veut régner sur les Thuriens, Zénon sur les Priéniens : un chrétien ne brigue pas même l’édilité. Si je viens à l’écalité d'âme, Lycurgue se laisse mourir de ! faim, parce que les Lacédémoniens ont changé ut putatis, æquamur. Quid enim Thales ille princeps phy- sicorum sciscitanti Crœæso de divinitate certum renuntiavif, Commeatus deliberandi sæpe frustratus? Deum quilibet opifex Christianus et invenit, etostendit; et exinde totum quod in Deo quæritur, re quoque assignaf : licet Plafo af: firmet factitatorem universifatis » neque inveniri facilem, et inventum enarrari in omnes difficilem. Cæterum si de pudicitia provocemur, lego partem sententiæ Atticæ in Socratem ; corruptor adolescentium pronuntiatur : Chris: tianus ad sexum nec fœminæ mulat. Novi et Phrynen me- retricem Diogenis supra recumbentis ardori subantem; audio et quemdam Speusippum de Platonis schola in adul. terio periisse : Christianus uxori suæ soli masculus nas- citur. Democritus excæcando semetipsum, quod mulieres sine Concupiscentia aspicere non posset, et doleret si non esset potilus, incontinentiam emendatione profitetur : at Cbristianus salvis oculis fæminas non videt; animo adver- sus libidinem cæcus est. Si de probitate defendam, ecce . lutulentis pedibus Diogenes superbos Platonis toros alia Superbia deculcat? Christianus nec in pauperem superbit. Si de modestia certem, ecce Pythagoras apud Thurios, Zenon apud Prienenses tyrannidem affectant : Christia- APOLOGÉTIQUE quelque chose à ses lois : un chrétien bénit ce- Jui qui le condamne. Si je considère la bonne foi, Anaxagore nie un dépôt que des étrangers lui avaient confié : les hommes de tous les pays ren- dent témoignage à la fidélité des chrétiens. La sincérité? Aristote fait chasser honteu- sement son ami Hermias de la place qu'il oc- cupait : un chrétien rougirait d'humilier son ennemi. Le même Aristote flatte bassement Alexandre, pour le gouverner à sa guise; et Platon vend lâchement sa liberté à Denys, pour avoir une meilleure table. Aristippe dans la pour- pre, et sous le masque de la plus grande austé- rité, s’abandonne à la débauche. Hippias est tué au moment où il conspire contre sa patrie; ce qu’un chrétien n’a jamais tenté, même pour venger ses frères des traitements les plus inhu- mains. On dira, peut-être, qu’il s’en trouve aussi parmi nous qui s’écartent des règles dela morale :’ cela est vrai; mais qu’on ajoute donc aussi que nous les rayons aussitôt du nombre des chrétiens; tandis que vos philosophes, tout en démentant leurs paroles par leurs actions, conservent parmi vous le nom de sages, et les honneurs dus à ce beau nom. Et qu'y a-t-il de commun entre un philosophe et un chrétien, entre un disciple de la Grèce et un disciple du ciel, entre un homme dont le cœur ne bat que pour la gloire humaine et celui qui n’a d’autre ambition que celle de son salut, entre un homme qui parle en sage et un homme qui vit en sage, entre un homme qui détruit et un homme qui édifie? Comment pou- vez-vous mettre dans la même balance le parti- san et l'adversaire de l’erreur, le corrupteur et le vengeur de la vérité celui qui la dérobe et celui qui en est le dépositaire et le plus ancien possesseur ? nus vero nec ædilitatem. Si de animi æquitate congrediar, Lycurgus apocarteresin optavit, quod leges ejus Lacones emendassent : Christianus etiam damnatus gratias agit. Si de fide comparem, Anaxagoras deposifum denegavit hospitibus : Christianus et extra fidelis vocatur. Si de simplicitate consistam, Aristoteles familiarem suum Her- miam turpiter loco excedere fecit : Christianus nec ini- micum suum lædit. Idem Aristoteles tam turpiter Alexan- dro resendo potius adulatur, quam Plato Dionysio ven- tris gratia venditatur, Arislippus in purpura sub magna gravitatis superficie nepotatur; et Hippias, dum civitati insidias disponit, occiditur : hoc pro suis omni atrocitate dissipatis nemo unquam tentavit Christianus. Sed dicet aliquis etiam de nostris excedere quosdam a regula disci- plinæ. Desinunt tamen Christiani haberi penes nos. Philo- sophi vero illi cum talibus factis in nomine et in honore sapientiæ perseverant apud vos. Adeo, quid simil philo: sophus et Christianus? Græciæ discipulus, et Cœli? famæ pegoliator, et salutis? verborum, et factorum operator? rerum ædificator, et destructor? interpolalor erroris, et integrator veritatis ? furator ejus, et custos? XLVIL Adhuc enim mihi proficit antiquitas præstructa 53 XLVIT. Car l'antiquité des saintes Écritures, que j'ai établie plus haut, vous doit incliner à croire qu’elles sont comme le trésor commun d’où les sages, qui sont venus après elles, ont tiré ce qu’ils savaient; et si je ne craignais de trop grossir cet ouvrage, j'en entreprendrais la preuve. Quel est le poëte, quel est le sophiste, qui n’a puisé dans les prophètes? C’est dans cette source sacrée que les philosophes ont essayé d’étancher leur soif. C’est pour cela qu’on les compare aux chrétiens ; c’est même, je pense, à cause du rapport de leurs maximes avec les divines Écritures, que quelques États ont banni les philosophes de leur sein, tels que Thèbes, Sparte et Argos. Ces hommes , passionnés ee pour la gloire humaine ct pour léloquence, s’efforcèrent d'at- teindre à l'élévation de nos Écritures; et lorsqu'ils y rencontraient quelque chose qui pouvait servir à leurs vues, ils se l’appropriaient, et en faisaient l’usage que leur curiosité s'était proposé en l'y cherchant. Ne les regardant pas comme divines, ils ne se faisaient pas scrupule de les altérer : aussi-bien ils ne pouvaient avoir l'intelligence de bien des passages, voilés même pour les Juifs, à qui elles s’adressaient directement. La simpli- cité même de Ja vérité était un écueil pour des esprits subtils et pointilleux ; ils la méprisaient, à cause de sa nudité; et, en y mêlant leurs con- jectures, ils obscurcissaient ce qui était clair, Au lieu d'enseigner Dieu tel qu'ils l'avaient trouvé dans nos livres, ils disputèrent sur sa nature, sur ses attributs, sur le lieu de sa demeure. Les uns, tels que les platoniciens, prétendent que Dieu est incorporel ; les autres, tels que les stoïciens, soutiennent Je contraire. Suivant Épicure, Dieu est un composé d’atomes; suivant Pythagore, de nombres ; suivant Héraclite, de feu ; suivant divinæ litteraturæ, quo facile credatur thesaurum eam fuisse posteriori cuique sapientiæ. Et si non onus jam vo- luminis temperarem, excurrerem in hanc quoque proba- tionem. Quis poetarum, quis sophistarum, qui non de Prophefarum fonte potaverit? Inde igitur et philosophi sitim ingenii sui rigaverunt. fnde et a quibusdam quoque ejecta philosophia, a Thebanis dico, a Spartiatis et Argivis, dum ad nostra confaminantur. Sed homines gloriæ, ut diximus, et eloquentiæ solius libidinosi ; si quid in sanctis offenderunt digestis, exinde regestum pro instituto curio- sitatis ad propria verterunt, neque satis credentes divina esse, quo minus interpolarent, neque satis intelligentes ut adhuc tunc subnubila, etiam ipsis Judæis obumbrata, que- rum propria videbantur. Nam et si qua simplicitas erat veritatis, eo magis scrupulositas humana fidem aspernata nutabat, per quod in incertum miscuerunt etiam quod in- venerant certum. Inventum enim solummodo Deum, non utinvenerant disputaverunt : utet de qualitateet de natura ejus et de sede disceptent. Alii incorporalem asseverant, alii corporalem , qua Platonici et Stoïci : alii ex atomis, alii ex numeris, qua Epicurus et Pythagoras : alii ex igne, qua Herachto visum est : et Piatonici quidem curantem rerum ; 54 TERTULLIEN. les platoniciens, il prend soin de tout; suivant les épicuriens, il est toujours dans le repos et l'isaction; il est nul, pour ainsi dire, dans tout ce qui arrive aux hommes. Les stoïciens le sup- posent hors du monde, qu'il meut comme un potier tourne sa roue ; suivant les platoniciens, il est dans le monde qu’il régit comme un pilote dans le vaisseau qu'il gouverne. Ils ne sont pas moins partagés sur ce qui regarde le monde : il a été fait ou s’il ne l'a pas été, s’il doit finir ou s'il durera toujours. Ils ne s'accordent pas mieux sur la nature de l'âme, qui, selon ceux-ci, est divine et éternelle; selon ceux-là, dissoluble. Chacun, en un mot, a ajouté ou changé à sa fantaisie. Il ne faut pas s'étonner que l’imagina- tion des philosophes ait défiguré des livres aussi anciens, puisque des hommes sortis de leursécoles cnt dénaturé jusqu'aux nouveaux livres des chrétiens, en voulantles accommoder à leurs sys- tèmes ; et que d’un seul chemin ils ont fait une multitude de sentiers détournés, où l’on se perd. Ce que je dis en passant, de peur que le grand nombre de sectes qui divise les chrétiens ne four- nisse un nouveau prétexte de nous comparer aux philosophes, et qu'on ne prétende juger la vérité sur des interprétations contradictoires. Or, à tous ces corrupteurs de l'Évangile nous oppo- sons l'argument péremptoire de la prescription, ou, en d'autrestermes, nous disons que la seule vé- ritable religion est celle qui, enseignée par Jésus- Christ, nous à ététransmise par ses disciples, aux- quelstouslesnovateurs sont postérieurs. C’est dans la vérité même que, par lasuggestion desesprits de mensonge, ilsonttrouvédes matériaux pour élever leurs systèmes d'erreurs. Cesontcesespritsquiont corrompu notre salutaire doctrine par un alliage impur; ce sont eux qui ont inventé des fables à contra Epicurei otiosum et inexercitum,-et, utita dixerim, neminem humanis rebus; positum vero extra mundum Stoici, qui figuli modo extrinsecus torquat molem hanc; infra mundum Platonici, qui gubernatoris exemplo intra illud maneat, quod regat. Sic et de ipso mundo, natus in- natusve sit, decessurus mansurusve sit, variant. Sic et de animæ statu, quam alii divinam et æternam, alii dissolubi- lem contendunt, ut quis sensit, ita et intulit aut reformavit. Nec mirum si vetus instrumentum ingenia philosophorum interverterunt. Ex horum semine etiam nostram hanc no- vitiolam paraturam viri quidam suis opinionibus ad plilo- Sophicas sententias adulteraverunt, et de una via obliquos multoset inexplicabiles tramites sciderunt : quod ideo sug- gesserim, ne cui nota varietas sectæ hujus in hoc quoque nos philosophis adæquare videatur, et ex varietate defen- sionum judicet verifatem. Expedite autem præscibimus adulteris nostris, illam esse regulam verit is, quæ veniaf à Chisto, transmissa per comites ipsius, quibus aliquanto posteriores diversi isti commentatores probabuntur. Omnia adversus verilatem de ipsa veritate constructa sunt, ope- rantibus æmulationem istam spiritibus erroris. Ab iis adul. teria hujusmodi salutaris disciplinæ subornata : ab his RTE APPRENTI limitation de nos dogmes, pour affaiblir A croyance due à la vérité, ou se l’attirer à eux mêmes tout entière, soit en détournant de croire HAE LS D les chrétiens, par la raison qu’on ne peut pa croire les poëtes et les philosophes, soit en fai. sant même croire d'autant plus ceux-ci, qu'il ne sont pas chrétiens. Ainsi, préchons-nous le jugement futur de Dieu, on se moque de nous parce que les poëtes et les philosophes mette. aussi un tribunal dans les enfers. Menaçons-nou des feux souterrains qui sont destinés à la pu nition des coupables, on rit encore plus fort parce que la fable faitcoulerun fleuve de feu danse QE: le royaume de Pluton. Parlons-nous du paradis, … ce lieu de délices, préparé par Dieu même por les âmes des saints, et séparé de ce monde hab table par une portion de la zone de feu, now. trouvons les champs Elysées en possession del croyance générale. Or, qu'est-ce qui a pu don. ner aux poêëtes et aux philosophes l’idée de vérité qui ont tant d’analogie avec celles que nous fa sons profession de croire, sinon les mystères dé chrétiens? Cn ne peut échapper à ce dilemme ‘Ki nos mystères sont, comme plus anciens, la source des récits de vos poëtes et de vos philosophes ils doivent nécessairement paraître d'autant plus. croyables et plus certains, que vous croyez même. ce qui n’en est qu'une reproduction imparfaites… ou si vous dites que c’est dans leur imagination seule que les philosophes et les poètes ont puist tout cela, il faut ajouter que nos mystères sont l’image de choses qu'ils ont précédées; ce que est absurde : jamais l'ombre n’est avant le corps, ni la copie avant la chose qu'elle représente, XLVIII, Que quelque philosophe s’avise dé soutcnir, comme Eabérius le prétend, sur fi foi de Pythagore, qu'un mulet devient un. quædam etiam fabulæ immissæ, quæ de similitudine fidem. infirmarent veritatis, vel eam sibi potius evincerent, utquis… ideo non pulet Cbristianis credendum, quia nec poelisne philosophis ; vel ideo magis poetis et philosophis existime credendum, quia non Christianis. Ifaque ridemur Deum… prædicantes judicaturum; sic enim et poetæ et philosopli tribunal apud inferos ponunt : et gehennam si commies. mur, quæ est ignis arçani sub terranea ad poœnam thesais… rus, proinde decachinnamur; sic enim et Pyriphlegetoin apud mortuos amnis est : et si paradisum nominemus l0 Cum diviuæ amœænitatis recipiendis sanctorum spiritibus destinafum, maceria quadam igneæ illius zonæ a notilè… orbis cCommunis segregatum, Elysii campi fidem occupa verunt. Unde hæc, oro vos, philosophis aut poetis tail consimilia? non nisi de nostris sacramentis. Si de nosltis sacramen{is, ut de prioribus, ergo fideliora sunt nosli magisque credenda, quorum imagines quoque fidem inves niunt. Si de suis sensibus, jam ergo sacramenta nosi imagines posteriorum habebuntur, quod rerum forma noi sustinef : nunquam enim corpus umbra, aut veritaien » imago præcedit. : XLVIHX. Age jam, siquis philosophus affirme, ul ail APOLOGÉTIQUE. 55 homme, et qu'une femme devient une vipère; qu'il joigne toute la force de l’éloquence à celle du raisonnement pour établir son système; ne vous séduira-t-il pas, ne vous persuadera-t-il pas de vous abstenir de la chair des animaux, en vous faisant craindre de manger vos ancêtres en man- geant du bœuf? Mais qu’un chrétien assure que l'homme reprendra la figure de l’homme, que Caïus redeviendra Caïus, ce ne sera pas assez pour le peuple de le charger de coups, il prendra en- core des pierres pour l’assommer. Si, cependant, il y a quelque raison de croire au retour des âmes humaines dans des corps, pourquoi ne ren- treraient-elles pas dans les mêmes corps, puis- que la résurrection consiste proprement à rede- venir ce qu'on a été? Séparées du corps, les âmes ne sont plus ce qu’elles étaient; car elles n’ont pu devenir ce qu’elles n'étaient pas qu’en cessant d'être ce qu'elles étaient. J’apprêterais trop à rire et je perdrais trop de temps, si je vou- Jais m'amuser à examiner ici en quelle sorte de bête chacun doit être changé; mais nous travail- lerons mieux à notre apologie en faisant remar- quer qu’il est bien plus raisonnable de croire que chaque homme redeviendra ce qu’il avait été, que la même âme reprendra le même corps, quoique peut-être la figure ne soit pas absolu- ment la même. Comme c'est pour être jugé qu’on doit ressusciter, l’homme doit nécessairement redevenir ce qu’il était, pour recevoir de Dieu la récompense ou la peine qu’il aura méritée. Le corps doit done se représenter, et parce que l’âme ne peut sentir qu'autant qu'elle est unie à une matière qui la fixe, c’est-à-dire à la chair, et parce qu’elle a mérité dans le corps et avec le Laberius de sententia Pythagoræ, hominem fieri ex mulo, colubram ex muliere,-et in eam opinionem omnia argu- menta eloquii virtute distorserit; nonne consensum mo- yebit et. fidem infiget, eliam ab animalibus abstinendi? proptereaque persuasum quis habeat ne forte bubulam de aliquo proavo suo obsonet? At enim Christianus , si de ho- mine hominem, ipsumque de Caio Caium reducem re- promittat, lapidibus magis, nec saltem cæstibus, a populo exigetur. Si quæcumque ratio præest animarum huma- narum reéciprocandarum in corpora, Cur non in earmdem substantiam redeant, cum hoc sit reslitui, id esse quod fuerat? Jam non ipsæ sunt quæ fuerant, quia non potue- runt esse quod non erant, nisi desinant esse quod fuerant, Multis etiam jocis et otio opus erit si velimus ad hanc partem lascivire : quis in quam bestiam reformari videre- tur. Sed de nostra magis defensione, qui proponimus multo utique dignius credi, bominem ex homine reditu- rum, quemlibet pro quolibet, dum hominem : ut eadem qualitas animæ in eamdem restauretur conditionem , etsi non effigiem. Certe quia ratiorestitutionis destinatio judicii est, necessario idem ipse qui fuerat exhibebitur, ut boni seu contrarii meriti judicium a Deo referat. Ideoque repræ- seutabuntur et corpora : quia neque pati quidquam potest anima sola sine materia stabili, id est carne; et quod omuino Dei de judicio pati debent animæ, non sine carne corps le traitement qu’elle éprouvera en vertu du jugement de Dieu. Mais, dites-vous, comment un corps, réduit en poussière, peut-il redevenir ce qu’il était? O homme! jette les yeux sur toi- même, et tu croiras. Qu'étais-tu ayant que d’être? rien; car si tu avais été quelque chose, tu t’en souviendrais. Toi donc qui n'étais rien avant que d'être, et qui ne seras plus rien quand tu auras cessé d’être, pourquoi celui qui t'a tiré une pre- mière fois du néant par sa volonté ne pourrait-il pas t’en faire sortir une seconde fois, si une se- conde fois il le veut? Qu’y aurait-il de nouveau ? tu n'étais pas, ettues; tu ne seras plus, et tu seras encore. Dis-moi d’abord comment tu as été créé une première fois, puis tu pourras me de- mander comment tu le seras une seconde fois. Ne semble-t-il pas même que ta seconde existence doivecoûter moins de peine, après que la première n’arien coûté? Révoquerez-vous en doute la puis- sance de Dieu qui a tiré l’univers âu néant, des royaumes du vide et de la mort, qui a donné la vie à tout ce qui respire? Pour vous aider à croire, il vous a tracé plusieurs images de la résurrec— tion. Tour à tour la lumière succède aux ténèbres, et les ténèbres succèdent à la lumière; les astres s’éteignent et se rallument; les saisons finissent et recommencent; les fruits tombent et renais- sent; les semences se corrompent pour mieux fructifier : tout se perpétue par sa destruction, tout retrouve une nouvelle vie dans la mort. Et toi, homme, dont le nom est si grand, quand tu n'aurais appris ce que tu es que par l’oracle de Delphes, seigneur de tout ce qui meurt et de tout ce qui renaëit, toi seul en mourant tu périrais pour toujours. En quelque lieu que meruerunt, intra quam omnia egerunt. Sed quomodo, inquit, dissoluta materia exhiberi potest? Considera temet- ipsum, o homo, et fidem rei invenies. Recogifa quid fueris antequam esses : utique nihil; meminisses enim, si quid fuisses. Qui ergo nihil fueras priusquam esses, idem nihil factus cum esse desieris, cur non possis rursus esse denibilo, ejusdem ipsius Auctoris voluntate qui te vo- luif esse de nihilo, quid novi tibt eveniet ? qui non eras, factus es; cum iferum non eris, fies. Redde, si potes, ræ tionem qua factus es, et tunc require qua fies. Et tamen facilius utique fies quod fuisti aliquando, quia æque non difficile factus es quod nunquam füisti aliquando. Dubi- tabitur, credo, de Dei viribus, qui tantum corpus hoc mundi de eo quod non fuerat, non minus quam de morte vacationis et inanitatis, composuit, animatum Spiritu omnium animatore. Signatum et per ipsum humanæ re- surrectionis exemplum in testimonium vobis. Lux quotidie interfecta resplendet, et tenebræ pari vice decedendo suc- cedunt : sidera defuncta reviviscunt : tempora ubi finiun- tur, incipiunt : frucius consumuntur et redeunt : certe semina nonnisi corrapta et dissoluta fœcundius surgunt : omnia pereundo servantur ompnia de interitu reformantur. Tu, homo, tantum nomen, si intelligas te, vel de titulo Pythiæ discens, deminus omnium morientium et resur- gentium, ad hoc morieris ut pereas? Ubicumque resolu- 56 tu meures, quelle que soit la matière qui te dé- truise , qui t’engloutisse, qui te consume, qui t'anéantisse, elle rendra sa proie; car le maître de tout ce qui est l’est aussi du néant. Eh quoi direz-vous , il faudra donc toujours mourir, tou- jours renaître? Si le Seigneur de toutes choses l'avait ainsi réglé, il vous faudrait bien, bon gré mal gré, subir la loi de votre condition; mais il n’a rien réglé là-dessus que ce qu'il nous a lui-même appris. La même sagesse qui a composé Punivers, ce tout si bien assorti des éléments les plus di- vers et les plus opposés ; qui fait concourir à sa perfection le plein et le vide, les êtres animés et inanimés, ce qui tombe sous les sens et ce qui leur échappe, la lumière et les ténèbres, la vie et la mort; la même sagesse a uni deux pé- riodes de temps bien différentes : la première, qui a commencé avec le monde, dont nous fai- sons partie, et qui finira avec lui; la seconde, que nous attendons, et qui sera l'éternité même. Lors done que sera arrivé ce terme qui sépare le temps de l’éternité, la figure de ce monde, qui nous cache ce qui est au delà du siècle, s’éva- nouira, et, le rideau levé, l’éternité paraîtra. Alors tous les hommes ressusciteront pour rece- voir la récompense ou le châtiment de ce qu'ils auront fait de bien ou de mal en cette vie, pour être éternellement heureux ou éternellement malheureux. Ainsi, nous ne mourrons ni ne res- susciterons plus : redevenus ce que nous sommes à présent, nous ne changerons plus. Les adora- teurs du vrai Dieu, revêtus de la substance de l'éternité, seront pour toujours unis à Dieu ; les infidèles, et tous ceux qui n'auront pas trouvé grâce devant Dieu, seront condamnés à des tus fueris, quæcumque te maferia destruxerit, hauserit, aboleverit, in nibilum prodegerit, reddef te : ejus est ni- hilum ipsum, cujuset totum. Ergo, inquitis, Semper mo- xiendem erit, et semper resurgendum. Si ita rerum Do- minus destinasset, ingrafis experireris conditionis tuæ legem : at nunc non aliter desfinavit, quam prædicavit. Quæ ratio universitatem ex diversitate composuit, ut omnia æmulis substantiis sub unitate constarent, ex va- euo et solido, ex animali et inanimali, ex comprehensi- bili et incomprehensibili ,; ex luce et tenebris, ex ipsa vita el morte, eadem ævum quoque ita destinata ac distincta conditione conseruit, ut prima hæe pars ab exordio re- rum quam incolimus, temporali ætate ad finem defluat; sequens vero, quam expectamus, in infinitam æternitatem propagetur. Cum ergo finis et limes medius, qui inter- hiat, affuerit, ut etiam mundi ipsius species transferatur, æque temporalis, quæ illi dispositioni æternitalis aulæi vice oppansa est, tune restituetur omne hnmanum genus, ad expungendum quod in isto ævo boni seu mali meruit, et exin dependendum in immensam æternitalis perpetui- tatem. Ideoque nec mors jam, nec rursus ac rursus resur- rectio ; sed erimus iidem qui nunc, nec alii post; Dei qui- dem cultores apud Deum semper, superinduti substantia propria æfernitatis; profani vero, et qui non integre ad } TERTULLIEN. ! flammes éternelles, qui, par l'effet de la nature particulière qu’elles ont reçue de Dieu , auront la vertu de les rendre incorruptibles. Les philoso- phes même ont connu la différence de ce feu mystérieux d’avec le feu ordinaire. Celui-ci, qui sert aux usages de la vie temporelle, est tout autre que celui qui sert à la vengeance de Dieu, soit qu’il tombe du ciel en forme de foudre, soit qu'il s’élance du sein de la terre par le sommet des montagnes. Loin de consumer pour toujours ce qu’il brûle, il répare ce qu'il détruit. Ainsi, : les montagnes brülent et subsistent toujours ; et, parmi vous, un homme frappé de la foudre est assuré de n'être jamais consumé par le feu. Image de ce feu vengeur qui, comme l'arrêt qui l’aura allumé, durera autant que l'éternité, Si les montagnes brûlent , sans se consumer, que sera-ce des pécheurs et des ennemis de Dieu? XLIX. Ces dogmes, vous les traitez chez nous de visions; chez vos philosophes et vos poëtes, ce sont des connaissances sublimes. Ils sont tous des génies transcendants : pour nous, nous ne sommes que desidiots.Ils sont dignes de tout hon- neur; nous, nous ne méritons que le mépris, que la mort. Mais je veux que nos dogmes ne soient que faussetés et préjugés, ils n’en sont pas moins nécessaires; que ce soient des absurdités, ces absurdités ne laissent pas d’être utiles : car ceux ‘qui les croient se trouvent forcés de deve- nir meilleurs, tant par la crainte d’un supplice que par l'espérance d’une félicité éternelle. Il ne con- vient donc pas de traiter de faussetés et d’absur- dités des dogmes qu'il est utile de croire. On ne peut avoir aucune raison de condamner ce qui ne produit que du bien; et s'il y a préjugé, Deum, in pœnam æque jugis ignis, habentes ex ipsa na- fura ejus, divina scilicet, subministrationem incorrupti- bilitatis. Noverunt et philosophi diversitatem arcani et publiei ignis : ila longe alius est qui usui humano, alius qui judicio Dei apparet, sive de cœlo fulmina stringens, sive de terra per vertices montium eructans; non enim absumit quod exurit, sed dum erogat reparat : adeo ma- nent montes semper ardentes, et qui de cœlo tangitur salvus est, ut nullo jam igni decinerescat. Et hoc erif tes: timonium ignis æterni, hoc exemplum jugis judicü pœ: nam putrientis. Montesuruntur, et durant ; quid nocentes, et Dei hostes? XLIX. Hæc sunt quæ in nobis solis præsumptiones vo- cantur, in philosophis et poëtis summæ scientiæ et insi- gnia ingenia : illi prudentes, nos inepti : ülli honorandi, nos irridendi; imo, eo amplius, et puniendi. Falsa nune sint quæ tuemur, et merito præsumptiones, altamen ne- cessaria ; inepta, attamen utilia : siquidem meliores fieri coguntur qui eis credunt, metu æterni supplicü, et spe æterni refrigerii. Itaque non expedit falsa dici ,-nec inepta haberi, quæ expedit vera præsumi : nullo titulo damnari licet omnino quæ prosunt. In vobis. itaque præsumptio est hæc ipsa, quæ damnat utilia. Proinde nec inepta esse possunt : certe et si falsa, et inepta, nulli famen noxia; Fr nee een APOLOGÉTIQUE. 57 c'est de votre part, vous qui condamnez ce qui est utile. Quand même (ce qui ne peut être } ce seraient des faussetés et des absurdités, ces croyances ne font de mal à personne; et vous devriez par conséquent les ranger dans la classe de tant d’opinions vaines et fabuleuses, que personne ne vous défère, que vous ne punissez pas, parce qu’elles sont inoffensives. En sup- posant quelles méritent une punition, punis- sez-les, à la rigueur, par le ridicule, et non par le fer, le feu, les croix et les bêtes. Ce n’est pas seulement une populace stupide qui triom- phe de ces cruautés révoltantes, et qui nous in- sulte : il en est, parmi vous, qui cherchent à ga- gner par là la faveur du peuple, et qui se glori- fient de leur injustice, comme si le pouvoir que vous avez sur nous ne venait pas tout entier de nous-mêmes. Il est certain que si je suis chré- tien, c’est parce que je veux l'être : donc vous ne me condamnez que parce que je veux bien être condamné. Puisque vous n’avez de pouvoir sur moi qu'autant que je vous en donne , Ce n’est donc pas de vous, c'est de moi seul que vous tenez ce pouvoir, et c’est bien vainement que la populace triomphe de nous voir persécutés. C'est notre joie qu’elle nous dérobe à nous, qui ai- mons mieux être condamnés que d’être infidèles à Dieu; et nos ennemis-devraient s’affliger plu- tôt que se réjouir, puisque nous avons obtenu ce que nous désirions. L. Mais pourquoi done vous plaindre, nous direz-vous , de ce qu’on vous persécute, puisque vous n'êtes jamais si contents que lorsque vous souffrez? vous devez aimer ceux de qui vous viennent les souffrances. Sans doute nous aimons les souffrances ; mais comme on aime la guerre, où personne ne s'engage volontiers, à cause des nam ef multis alüs similia quibus nullas pœnas irrogatis , vanis et fabulosis, inaccusatis et impunitis, ut innoxiis. Sed in ejusmodi enim, si utique irrisu judicandum est, non gladiis, et ignibus, et crucibus, et bestiis : de qua iniquitate sæviliæ non modo cæcum hoc vulgus exultat et insultat, sed et quidam vestrum, quibus favor vulgi de iniquitate captatur, gloriantur : quasi non totum quod in nos potestis, nostrum sit arbitrium. Certe, si velim, cbristianus sum : tunc ergo me damnabis , si damnari ve- lim : cum vero quod in me potes, nisi velim, non potes, jam meæ voluntatis est quod potes, non tuæ potestatis. Proindé et vulgus vane de nosira vexatione saudet. Proinde enim nostrum est gaudium quod sibi vindicat, qui malu- mus dampnari quam a Deo excidere. Contra illi qui nos oderunt, dolere, non gaudere debebant, consecutis nobis quod elegimus. L. Ergo, inquitis, eur querimini quod vos insequamur, si pati vultis; cum diligere debeatis per quos patimini quod vultüis? Plane volumus pali, verum eo more quo et bellam nemo quidem libens patitur, cum et trepidare et periclitari sit necesse : tamen et præliatur omnibus viri- bus, ét vincens in prælio gaudet, qui de prælio querebatur, quia et gloriam consequitur et prædam. Prælium est no- alarmes et des périls, mais où l’on ne laisse pas de se battre vaillamment, où l’on se réjouit de la victoire après s'être plaint de la lutte, parce qu’on en sort chargé de gloire et de butin. Eh bien! c’est la guerre qu’on nous déclare lorsqu'on nous mène devant les tribunaux, où il nous faut combattre pour la vérité, au péril de notre vie; et cette guerre est suivie de la victoire, puisque nous obtenons ce qui faisait le prix du combat, c’est-à-dire la gloire de plaire à Dieu et la con- quête de la vie éternelle. Mais vous ne nous échappez pas, dites-vous. ILest vrai, nous perdons la vie, mais après avoir obtenu ce que nous vour- lions ; et par là notre captivité devient une déli- vrance, notre mort une victoire. Donnez-nous, tant que vous voudrez, des noms ridicules sur ce que vous nous attachez à des poteaux pour nous brûler avec des sarments : ce sont nos trophées, nos vêtements et notre char de triomphe. Nos vaincus ont bien raison de ne pas nous aimer : aussi nous traitent-ils de furieux et de désespé- rés. Cependant cette fureur et ce désespoir, quand ils sont produits par la passion de la gloire hu- maine et de la réputation, passent, parmi vous, pour des actions héroïques. Mucius Scévola se brûle la main sur un autel : quelle magnanimitél! Empédocle se précipite dans les flammes du mont Etna : quel courage! La fondatrice de Carthage préfère un bücher à un second mariage : quel prodige de chasteté! Régulus, plutôt que d’é- changer sa vie, la vie d’un seul homme, contre Ja délivrance d’une multitude d’ennemis prison- niers, souffre dans tout son corps des tourments inouïs : Ô courage admirable, qui fait d’un vain- cu un vainqueur, d’un captif un homme libre! Anaxarque, tandis qu’on le pilait comme une drogue dansun mortier, Frappe, disait-il, frappe bis, quod provacamur ad tribunalia, ut illic sub discri- mine capitis pro veritate certemus. Victoria est autem, pro quo certaveris obtinere. Ea victoria habet et gloriam placendi Deo , et prædam vivendi in æternum. Sed obdu- cimur. Certe cum obtinuimus : ergo vincimus cum occi- dimur : denique evadimus cum obducimur. Licet nunc Sarmentitios et Semaxios appelletis, quia ad stipilem di- midi axis revincti sarmentorum ambitu exurimur. Hic est habitus victoriæ nostræ : hæc palmata vestis : tali curru triumphamus : merito itaque victis non placemus. Propterea enim desperati et perditi existimamur. Sed hæc desperatio et perditio penes vos, in causa gloriæ et famæ, vexillum virtutis extollunt. Mutius dexteram suam libens in era reliquit : o sublimitas animi! Empedocles totum sese Catanensium Ætneis incendiis donavit:0 vigor mentis! Ali- qua Carthaginis conditrix rogo secundum matrimonium dedit : o præconium castitatis! Regulus, ne unus pro maul- tis hostibus viveret, tolo corpore cruces patitur : o virum fortem, et in captivilate victorem! Anaxarchus cum in exemplum ptisanæ pilo contunderetur : « Tunde, tunde, « aiebat, Anaxarchi follem, Anaxarchum enim non tun- « dis : » o philosophi magnanimitatem, qui de tali exitu suo etiam jocabatur ! Omitto eos qui cum gladio proprio, aliove 58 \ le fourreau d’Anaxarque; Anaxarque ne sent rien : quelle force d’àme dans ce philosophe de pou- voir plaisanter sur un pareil dénoûement de la vie! Je ne dis rien de ceux qui ont espéré de s’immor- taliser en se donnant la mort avec le fer, ou de quelque autre façon plus douce, pour venir à ceux dont vous célébrez la constance à souffrir lestour- ments. Une courtisane d'Athènes, après avoir lassé le bourreau, se coupa la langue avec ses dents et la cracha au visage du tyran, pour n’être point exposée à découvrir ses complices, dans le cas où, vaincue par la douleur, sa volonté défail- livait. Zénon d’Élée, interrogé par Denys à quoi servait la philosophie, Je méprise la mort, ré- pondit-il; et le tyran l'ayant condamné à être battu des verges jusqu'à ce qu'il se rétractât, il scella sa réponse de tout son sang et expira sous les coups. Dans la flagellation des jeunes Lacé- démoniens, que la présence et les exhortations de leurs parents rendaient encore plus cruelle, la mesure du sang répandu était celle de la gloire qu’on remportait dans ce genre de combat. Gloire légitime, parce qu’elle vient des hommes l'on ne la resarde ni commeun préjugé furieux, nicomme un entêtement de forcenés, qui fait mépriser la mort et les supplices les plus affreux. Pour la mériter, il est permis d’endurer pour la patrie, pour l'empire, pour l'amitié, ce qu'on ne nous permet pas d’endurer pour Dieu. Vous élevez des statues à toutes ces victimes de la gloire hu- maine; vous gravez leurs éloges sur le marbre et l’airain, pour immortaliser leur mémoire, et vous leur procurez, autant que la chose est pos- sible, une sorte de résurrection par ces monu- ments : tandis que le chrétien, qui espère obténir de Dieu une véritable résurrection en souffrant pour son nom, vous le traitez d'insensé. Conti- genere mortis mitiore de laude pepigerunt : ecce enim et tormentorum certamina coronantur a vobis. Atlica mere- trix, carnifice jam fatigato, postremo linguam suam co- mesam in faciem tyranni sævientis exspuit, ut exspueret et yocem , ne conjuratos confiteri posset , si etiam victa vo- luisset. Zeno Eleates, consultus a Dionysio, quidnam philosophia præstaret? cum respondisset, Contemptum mortis, flagellis tyranni subjectus, sententiam suam ad mortem usque signabat. Certe Laconum flagella sub ocu- lis etiam hortantiam propinquorum acerbata tantum ho- noris conferunt, quantum sanguinis fuderint. O gloriam licitam, quia humanam, cui nec præsumptio perdita , nec persuasio desperafa reputatur, in contemptu mortis et atrocitatis omnimodæ!, cui tantum pro patria, pro imperio, pro amicitia pati permissum est, quantum pro Deo non dicet! Et tamen illis omnibus et statuas defunditis, et imagines inscribitis, et titulos inciditis in æternitatem ; quantum de monimentis potestis scilicet, præstatis et ips quodammodo mortuis resurrectionem : hanc qui veram a Deo sperat, si pro Deo patiatur, insanus est. Sed hoc agite, boni præsides, meliores multo apud populum si TERTULLIEN. A M ne nuez donc, dignes magistrats, dont la cons … dération ne peut que s’accroître aux yeux du peuple, tant que vous lui immolerez des chrés tiens : condamnez-nous, crucifiez-nous, torturez # Le nous , broyez-nous : votre injastice est la preuve de notre innocence; et c’est pour cela que Dieu permet que nous soyons persécutés. Naguère une jeune chrétienne, que vous avez condamnée à être exposée dans un lieu infâme plutôt qu'a la fureur des lions, vous a forcés de reconnaitre que la perte de la chasteté est pour nous le plus grand des supplices, et plus terrible que la mort. même. Mais vos cruautés les plus raffinées ne servent de rien : c’est un attrait de plus que vous ajoutez à notre religion. Nous multiplions à me. sure que Vous nous moissonnez : le sang dés chrétiens est une semence. Plusieurs de vos phi losophes ont écrit des traités pour exhorter À souffrir. la douleur et la mort, comme l’a fait Ci. céron dans ses Tusculanes; Sénèque, dans son livre Des choses fortuites ; comme l’ont fait Dio- gène, Pyrrbon, Callinicus; mais ils n’ont pas convaincu autant de monde par leurs préceptes queles chrétiens n’en convertissentpar leurs exem ples. Cette obstination que vous nous reproche est l’éloquence qui a persuadé les hommes. Qui peut en être témoin sans en être ébranlé, sans en vouloir rechercher la cause? Quil’a recher: chée, sans s'être fait chrétien ; et qui est devenu … chrétien, sans désirer de souffrir, pour se rache- ter au prix de son sang de la servitude du péché, et rentrer en grâce avec Dieu? car il n'est point de péché que le martyre n’efface. C’est pour celà que nous bénissons vos arrêts. Étrange contradie- tion des jugements de Dieu et des jugements des hommes! tandis que vous nous condamnez, Dia. nous absout. illis Christianos immolaveritis, cruciate, torquete , dam- nate, atterite nos : probatio est enim innocentiæ nostré iniquitas vestra : ideo nos hæc pati Deus patitur : nam et proxime ad lenonem damnando Christianam , potius quan ad leonem, confessi estis labem pudicitiæ apud nos afro: ciorem omni pœna et omni morte repufari. Nec quidquam - tamen proficit exquisitior quæque credulitas vestra., ile: cebra est magis sectæ. Plures efficimur, quoties metimur a vobis : semen est sanguis Christianorum. Multi apud vos ad tolerantiam doloris et mortis hortantur, ut Cicero in Tusculanis, ut Seneca in Fortuitis, ut Diogenes, ut Pyrrhon, ut Callinicus; nec tamen tantos inveniunt verba discipulos, quantos Christiani factis docendo. Illa ipsa obstinatio quam exprobralis, magistra est. Quis enim n0) contemplatione ejus concutitur, ad requirendum quid in: us in re sit? Quis non ubi requisivit, accedit? ubi accessit, pali exoptat, ut Dei totam gratiam redimat, ut omnem veniam ab eo compensatione sanguinis sui éxpediat? om « nia énim huic operi delicia donantur, Inde est quod ibidem sententiis vestris gratias agimus. Ut est æmulatio divinæ rei et humanæ, cum damnamur a vobis, a Deo absolvimur. > D ET —— A NOTES SUR L’APOLOGÉTIQUE DE TERTULLIEN. 1. Romani imperi antistites. C’est aux magistrats de Carthage que Tertullien adresse son apologie. Les termes de civitas, præsides, proconsul , qu'il emploie souvent, ne permettent pas d’en douter. Quantomagis hos Anacharsis. Anacharsis , philoso- phe seythe, disciple de Solon, s'illustra à Athènes par son savoir et l’austérité de ses mœurs. Diogène Laërce a écrit sa vie. IT. Plinius enim Secundus, cum provinciam regeret. Nous possédons la lettre de Pline le Jeune, dont parle ici Tertullien, ainsi que la réponse de Trajan. Voy. Lettres de Pline le Jeune, X, 97 et 98. II. Coci etiam ab Apicio. I y a eu trois Romains de ce nom, à qui la gourmandise a fait une sorte de célébrité : le premier sous Sylla, le second sous Auguste et ‘Fibère, le troisième sous Trajan. Le second, le plus connu de tous, publia un traité de Opsoniis et condimentis, sive de arte coquinaria ; qui nous est parvenu. Après avoir fait des dépenses prodigieuses pour sa bouche, voyant qu'il nelui restait que deux centcinquante millelivres, ils’empoi- sonna, de peur de mourir de faîm. V. M. Æmilius de deo suo Alburno. K est probable que Tertullien fait allusion à un Marcus Æmilius dont parle Valère Maxime, comme d’un homme qui avait une dévotion singulière pour les divinités étrangères. Quant à son dieu Alburnus, on ne saif pas ce que c'était. Iilic reperietis primum Neronem in hanc sectam. Voy. Tacite, Annales, liv. XV, ch. 44. VI. Serapidem, et Isidem, et Harpocratem cum suo ‘ Cynocephalo. Sérapis était un dieu égyptien, que lon confondait avec Osiris. On le représentait la tête couverte d'un boisseau, pour figurer l'abondance dont ce dieu, considéré comme le soleil, était le père. Isis et Osiris étaient les deux principales divinités des Égyptiens. Harpocrate, fils d'Osiris et d'Isis, était le dieu du si- Jence. On le représentait sous la figure d’un jeune homme demi-nu , tenant d’une main une corne, et ayant un doigt sur la bouche. Le dieu à tête de chien, dont parle Tertullien sans le nommer, est Anwbis. Sa statue était toujours à la porte des temples, comme la garde d’Osiris et d’Isis. VIT. Fama, malum quo non. Vers de Virgile, IV, 174. VIII. Cynoccphali et Sciapodes. Les cynocéphales étaient des monstres qui avaient le corps d’un homme et Ja tête d’un chien, comme l'indique leur nom. Ils étaient nés de l’accouplement d’Anubis et d’Hécube métamor- phosée en chienne. Les Sciapodes , autrement Monoscèles, étaient un peu- ple fabuleux des Indes, selon quelques-uns, ou de Libye, selon d’autres. On les nommait Sciapodes (ombre des pieds }, parce que, étant couchés au soleil, ils se servaient de ieurs pieds comme d’un parasol. On les appelait aussi Monoscèles (qui n’a qu’une jambe ), parce qu’ils couraient sur une jambe avec une vitesse incroyable. IX. Remitio Tauricas fabulas. L'usage était, dans la Tauride (presqu'île située entre le Pont-Euxin et le Pa- lus-Méotide), de sacrifier à Diane tous les étrangers que leur mauvais destin amenait dans cette contrée. Nescio quid ei sub Catilina. Salluste et Dion Cassius : racontent que Catilina fit jurer ses complices sur les en- trailles d’un enfant qu'il avait égorgé, et qu'il mangea ensüite avec eux. : Minus humano sanguine ad spurcitiam. Caligule, dans un intervalle lucide, eut l'intention de faire noyer les inventeurs de ces impudicités détestables. Voy. Suétone, Vie de Caligula. X. Aut Thallus, neque Cassius Severus. Thallus, au- teur grec qui écrivit une histoire de Syrie, que nous ne connaissons que par les passages que plusieurs Pères de l'Église en ont cités. 11 s'accorde avec Phlégon, écrivain du temps d’Adrien, dont il nous reste quelques fragments, sur les ténèbres arrivées à la mort de Jésus-Christ. On connaît sous le nom de Cassius Severus unorateur du temps d’Auguste, qui eut quelque célébrité. XI. De felicitate Polycratem. Polycrate, tyran de Sa- mos vers l’an 532 avant J.C., passa pour le plus heureux homme de son temps. Tout lui réussissait, jusque-là que, ayant laissé tomber dans la mer une bague d’un grand prix, il Ja retrouva dans le ventre d’un poisson qu’on lui servit quelque jour après sur sa table. Toutefois il fit une fin malheureuse : Oronte, un des satrapes de Cam- byse, le surprit par ruse, et le fit pendre. XII. Qui Senecam aliquem pluribus et amarioribus de vestra superstilione perorantem probatis. Ce livre. de Sénèque, sur les superstilions païennes, est cité par. saint Augustin, livre VI de la Cité de Dieu. XII. Velim saltem Laïdem aut Phrynem. Lais, fa- meuse courtisane , née en Sicile, vint s’élablir à Corinthe, où sa beauté aitira Diogène, Aristippe, Démosthène, et beaucoup d’autres hommes célèbres. Elle vendait fort cher ses bonnes grâces : de là le proverbe : JZ n’est pas donné à tout le monde d'aller à Corinthe. Phryné, autre courtisane célèbre , qui fut la maîtresse de Praxitèle. Elle s'enrichit tant par sa prostitution, . qu’elle offrit de faire rebâtir Thèbes, pourvu qu’on y mit cette inscription : Alexandre a détruit Thèbes, et la courtisane Phryné l'a rebätie. : Cum de pædagogiis aulicis nescio quem synodi deum facitis. Tertullien fait allusion à Antinoüs, mignon d’Adrien. Après avoir pleuré sa mort comme un amant pleure celle d’une maîtresse, cet empereur lui éleva un temple, lui donna des prêtres, fit frapper des médailles en son honneur, etc. XIV. Nunc fœde subantem in sororem. Voy. Homère, Il, XIV, 312-399. XIX. Manethon æœgypüus, et Berosus chaldœus. Manéthon, prêtre égyptien, florissait du temps de PLo- lémée Philadelphe. Il avait écrit une histoire d'Égypte, souvent citée par Josèphe et d’autres auteurs anciens. NOTES SUR Bérose, prêtre du teinple de Bélus à Babylone, avait composé une Histoire de €Chaldée, dont on trouve quel- ques fragments dans Josèphe. XXI. Mullo melius quam apud vos asseverare de Ro- mulis Proculi solent. Quelques jours après la mort de Romulus, le peuple se souleva contre les sénateurs, les accusant d’avoir assassiné leur roi. Alors Julius Proculus, un des plus graves d’entre eux , se présenta devant le peu- ple, et lui dit que celui qu’il demandait était au rang des dieux ; que lui, Proculus, Pavait vu dans tout l'éclat de la divinité, et qu'il venait les assurer de sa part qu'il leur serait désormais plus utile dans le ciel qu’il ne l’avait été sur la terre. Ces paroles calmèrent la fureur du peuple, qui depuis honora Romulus comme un dieu. Trophonius Bæotiæ. L'’antre de Trophonius était un des oracles célèbres de la Grèce. Ce Trophonius passait pour fils d’Apollon. Les cérémonies qu’on observait en le consultant étaient si lugubres, qu’on s’en retournait or- dinairement frappé pour toute la vie d’une sorte de tris- tesse ; ce qui donna lieu à ce proverbe : 77 a vu l’antre de Trophonius, pour dire, à ne rit jamais, * XXII. Sciunt Pyrrhi. La pythonisse, consultée par Pyrrbus, roi d’'Épire, au sujet de la guerre qu’il faisait aux Romains, lui fit cette réponse ambiguë : Aio fe, Æacida, Romanos vincere posse. Et aquamcribro gestatam. Une vestale, nommée Tus- cia, faussement accusée d’avoir violé son vœu de chasteté, demanda qu’on lui permit de donner des preuves de son innocence ; et s'adressant à Vesta : « Déesse, dit-elle, si je 60 nai jamais porté sur Votre autel que des mains pures et innocentes, faites que je puise de l’eau avec ce crible, et que je la porte jusqu’à votre temple. » La déesse exauça, dit-on, la prière de la vestale, qui porta jusqu’au temple le crible plein d’eau, sans qu'il en tombât une goutte. Et navem cingulo promotam. Comme on transpor- TERTULLIEN. tait la statue de Cybèle à Rome par le Tibre, le navire s'arrêta tout à coup, sans qu’on püt le faire avancer, Une ASP) vestale, nommée Claudia, accusée du même crime quel précédente, s’offrit témérairement de faire avancer ce na." vire ; et, après avoir invoqué la déesse, elle prit sa cein- ture, l’attacha à la proue, et fit avancer le vaisseau sans aucun effort. Et barbam tactu irrufatam. Un jour que L. Domitius « revenait des champs, deux jeuneshommes lui apparurent, qui lui ordonnèrent d’aller dire au sénat que le peuple romain venait de remporter une grande victoire; et, pour … que le sénat crût à sa parole, ils lui touchèrent légèrement « Ja barbe, qui de noire qu’elle était devint couleur de cuivre: ce qui lui fit donner le surnom d’Ahénobarbus. Voy. Sué tone, Vie de Néron. XXIV. Ué Africæ Cœlestis. C’élait le nom de la grande déesse des Africains. Saint Augustin en parle dans la Gi4 de Dieu, liv. IF, ch. 4. | Sterculus, et Mutunus, et Larentina. Sterculus était le dieu du fumier : il présidait aux engrais, et passait pour avoir enseigné aux Romains Part de fumer les terres, Mutunus était le Priape des Romains, et Zarentina, une courlisane divinisée, qui paraît être la même que Larentia ou Laurentia. XXIX. Mulli denique dii habuerunt Cœsarem iratum. Caligula fit un jour ôter la tête aux statues des dieux, pour y mettre la sienne. Une fois il menaça le Jupiter Olympien de le renvoyer en Grèce, s’il continuait à lui donner des sujets de mécontentement. XLVIIT. Æt qui de cœlo tangitur, salvus est, ut nullo jam igni decinerescat. I] était défendu par les lois romaines de brûler les corps de ceux qui avaient été iués par le tonnerre. Hominem ita exanimatum cremari Jas non est: condi terra religio tradidit. (Pline, Hist, nat., 11, 55.) 00000009000000000080000000600000009000000000090000000000000D NOTICE SUR SAINT AUGUSTIN. Saint Augustin est, sans contredit, le plus il- lustre des Pères de l’Eglise latine; il dominait évidemment ses contemporains par la grandeur de son génie et par l’immensité de ses travaux : de sorte que, pour écrire sa vie, il faudrait faire l’histoire philosophique et religieuse des quatrième et cinquième siècles. Né à Tagaste, petite ville de Numidie, en Afrique, l’an 354, d'un père païen et d’une mère chrétienne, sainte Monique, il étudia d’abord dans sa ville natale, puis à Madaure et à Carthage, où il fit de grands progrès dans la philosophie et dans l’éloquence. Bien qu’il déplore. amèrement dans ses Confessions les égarements de sa jeu-' nesse , il ne faut pas croire cependant qu'il eût à se reprocher de honteux désordres. Dans le re- tour qu’il fait sur le passé, saint Augustin se juge au point de vue de la perfection chrétienne. A l’âge de vingt ans, il s’était attaché à une femme qu'il aima uniquement, et qu'il ne quitta qu’au moment de sa conversion : il en avait eu un fils nommé Adéodat, qui mourut jeune, et qui était né avec le génie de son père. Cependant, au milieu des plaisirs et de la dissipation dont il s’accuse , il sen- tait qu'il lui manquait quelque chose, et souhaitait ardemment de trouver la véritable sagesse. Il crut l’avoir rencontrée dans Ja secte des Mani- chéens, dont il partagea longtemps les erreurs. Il professa successivement la rhétorique à Carthage, à Rome et à Milan, où le préfet Symmaque l'avait envoyé. Dans cette dernière ville, il allait quel- quefois entendre saint ‘Ambroise qui excitait, à cette époque, une grande admiration. Touché de ses discours et des larmes de sa pieuse mère, il se convertit, et fut baptisé'à Milan le jour de Pä- ques de lannée'387. Il renonça dès lors à la pro- fession de rhéteur, et retourna à‘ Tagaste, où il distribua son bien aux pauvres, et se consacra en- tièrement à la gloire de la religion. Quelque temps après , il fut ordonné prêtre, malgré sa résistance, par Valère, évêque d'Hippone; et il devint lui- même évêque de cette ville en 395. Le reste de sa vie fut rempli de travaux et de vertus. Il combat- tit, soit par ses discours, soit par ses écrits, les hérésies qui déchiraient l'Église; instruisit son peuple par ses prédications , soulagea les pauvres, et maintint la discipline dans plusieurs conciles. Il mourut à Hippone, pendant le siége de cette ville par les Vandales, le 28 août 430, à l’âge de soixante-seize.ans. I} ne fit point de testament : parce que, dit Posidius , évêque de Calame, qui a écrit sa vie, cet homme de Dieu ne possédait Tien. La beauté de son génie a excité dans tous les temps une admiration universelle. Les protestants ne le vénèrent pas moins que ne le font les catho- liques. « L'Église, dit Luther, n’a point eu , de- puis les apôtres, de docteur plus éminent que saint Augustin. » On remarque, en effet, dans tous ses écrits un esprit vaste et pénétrant , une force de raisonnement incroyable, et une éloquence sin- gulièrement persuasive, quoique son style ne soit pas exempt du mauvais goût qui régnait alors. Il est de tous les Pères latins celui‘qui a Le plus écrit sur la philosophie. Sans tenir à aucune secte en parti- culier, il paraît avoir donné la préférence aux Pla- toniciens. Il nous reste à dire un mot de la Cité de Dieu, qui est, avec les Confessions , un des ouvrages les plus remarquables de saint Augustin. Il nous ap- prend lui-même qu’il Pentreprit pour répondre aux plaintes des païens, qui attribuaient les irrup- tions des Barbares et les malheurs de l'Empire à l’établissement de la religion chrétienne, et à la destruction des temples. Comme l'indique le titre de l’ouvrage, l’auteur oppose continuellement la sagesse humaine à la sagesse divine, Pamour du monde à l’amour de Dieu, la religion à la philoso- phie. On peut dire que ce livre ferme , en quelque sorte, les temps anciens, et, en achevant la consti- tution de l’Église, ouvre l’ère des temps modernes. > Cr ———— ES LA CITÉ DE DIEU DE SAINT AUGUSTIN. . LIVRE PREMIER. , Dessein de l'ouvrage. Je me suis souvenu de ta prière et de ma pro- messe, mon très-cher fils Marceliin, et ne veux pas tarder plus longtemps à défendre la cité de Dieu contre ceux qui ne craignent pas d’opposer leurs idoles à son divin fondateur. Cité glorieuse, soit qu'on la considère dans le cours des temps et dans le lieu de son pèlerinage, encore mêlée aux impies et vivant de la foi, ou dans l'état immuable du séjour éternel, qu’elle attend main- tenant avec patience, « jusqu'à ce que la justice soit convertieen jugement, » et où elle doitenfin ar- rivertriomphante par une dernière victoire, suivie d’une paix parfaite. L'entreprise est grande et dif- ficile, mais Dieu est mon aide. Eh ! qui n’aurait pas besoin de son secours pour faire comprendre aux esprits superbes ce que c’est que l'humilité, qui, en abaissant l’homme, l’élève infiniment au- dessus de toutes les grandeurs éphémères et chancelantes de la terre? élévation sans faste, qui n’est point une usurpation de la vanité hu- maine, mais un don de la grâce divine, comme SANCTI AURELIT AUGUSTINI DE CIVITATE DEI LIBRI VIGINTI DUO. -——ses—— LIBER PRIMUS. De suscepti operis consilio et argumento. Gloriosissimam civitatem Dei, sive in hoc temporum cursu, cum inter impios peregrinatur ex fide vivens , sive in illa stabilitate sedis æternæ, quam nunc exspectat per patientiam , quoadusque jusiitia convertatur in judicium, deinceps adeptura per excellentiam victoria ultima et pace perfecta, hoc opere a te instituto et mea promissione debito, defendere adversus eos qui Conditori eius deos suos præferunt , fili charissime Marcelline, suscepi. Magnum opus et arduum : sed Deus adjutor noster est. Nam scio quibus viribus opus sit, ut persuadeatur superbis quanta le roi et le fondateur de cette cité l’a révélé à son peuple, en disant : « Dieu résiste aux super- bes et donne sa grâce aux humbles, » Que dis- je? cet attribut, qui n’appartient qu’à Dieu, nous voyons l’homme, dans son orgueil, chercher à se l’approprier, et n’estimer rien tant que de s’en- tendre louer, comme le peuple romain, de savoir « pardonner à l’ennemi abattu qui se soumet, et dompter la résistance orgueilleuse. » Aussi, selon que mon sujet l’exigera ou le permettra, m'arrêterai-je à parler de cette cité de la terre, qui, tout en dominant sur les nations, ne laisse pas d’être elle-même esclave de la passion de dominer. CHAPITRE PREMIER. Des ennemis du nom de Jésus-Christ, qui, dans la dévastation de Rome, n'ont été épar- gnés par les barbares qu'à cause de Jésus- Christ. N'est-ce pas, en effet, de cette cité terrestre que s’élancent ces ennemis, contre l’attaque des- quels nous avons à défendre la cité divine ? Plu- sieurs d’entre eux, il est vrai, abjurant leur im- temporali mobilifate nutantia, non humano usurpata fa- situ , sed divina gratia donata celsitudo transcendat. Rex enim et conditor civitatis hujus, de qua loqui instituimus , in Scriptura populis suis sententiam divinæ legis aperuit, qua dictum est : Deus superbis resistit, humilibus au- tem dat gratiam. Hoc vero quod Dei est, superbæ quo- que animæ spiritus inflatus affectat, amatque sibi in lau- dibus dici, , Parcere subjectis, et debellare superbos. Unde etiam de terrena civitate , quæ cum dominari appe- tit, etsi populi serviant, ipsa ei dominandi libido domina- tur , non est prætereundum silentio quidquid dicere sus- cepti hujus operis ralio postulat, et facultas datur. CAPUT PRIMUM. De adversariis nominis Christi, quibus in vastatione Urbis propter Christum Barbari pepercerunt. Ex hac namque existunt inimici, adversus quos de- fendenda est Dei civitas : quorum tamen mulii, correcto impietatis errore, cives in ea fiunt satis idonei; multi vero sit virtus humilitatis, qua fit ut omnia terrena cacumina, | in eam tantis exardescunt ignibus odiorum, tamque ma- SAINT AUGUSTIN, 5 66 SAINT AUGUSTIN. piété, viennent grossir le nombre des serviteurs du vrai Dieu, et font oublier leurs erreurs pas- sées ; mais aussi combien n’en voit-on pas qui, dans leur haine aveugle, poussent l’ingratitude jusqu’à blasphémer le nom de notre divin Ré- dempteur, eux dont Ja bouche serait muette au-, jourd’'hui, s'ils n’eussent trouvé dans nos Sanc- tuaires un asile contre le glaive des barbares, et la remise d’une vie, que, dans leur orgueil, ils tournent aujourd’hui contre celui dontils la tien- : nent! Car ces ennemis du nom du Christ, ne sont-ce pas ces mêmes Romains que les barbares ont épargnés à cause du Christ? Les sépuleres des | martyrs et les basiliques des apôtres l'attestent, qui, dans cette désolation de Rome, ont aceueilli : tout ce qui venait s’y réfugier, fidèle ou infidèle ? Au dehors, l'ennemi se baignait, sans Scrupule, danslesang; mais là s’arrêtait la fureur du glaive; là des vainqueurs , désarmés par la pitié, ame-. naient ceux qu'ils voulaient sauver, pour les sous- | traire aux mains de ceux qui on ’éprouvaient pas la même commisération ; et ceux-ci, partout ailleurs farouches et impitoyable, dès qu'ils avaient tou- ché le seuil de ces lieux où leur était interdit ce | que le droit de la guerre leur permettait dans le reste de la ville, sentaient leur rage et leurs bras | défaillir. Ainsi beaucoup ont échappé à la mort, qui calomnient aujourd’hui les temps nouveaux, imputant au Christ les maux que Rome a souf- ferts, et n’attribuant qu’à leur destin la conserva- tion de leur vie, laquelle n’est pourtant l'effet que du respect que les barbares ont eu pour le nom du Christ. Cependant, s'ils pouvaient ren- trer un moment en eux-mêmes, ne reconnai- traient-ils-pas, dans les maux qu’ils ont endurés, la main de cette Providence qui se sert du fléau nifestis beneficiis Redemptoris ejus ingrati sunt, ut hodie eontra eam linguas non moverent, nisi, ferrum hostile fu- gientes , in sacratis ejus locis vitam, de qua superbiunt, invenirent, Annon etiam illi Romani Christi nomini infesti sunt, quibus propler Ch istum Barbari pepercerunt ? Tes- tantur hoc martyrum loca et basilicæ Apostolorum, quæ in illa vastatione Urbis ad se confugientes suos alienosque receperunt. Hucusque cruentus s&viebat inimicus ; ibi ac- * eipiebat limitem trucidatoris furor : illo ducebantur ‘a miserantibus hostibus quibus etiam extra ipsa loca pe- percerant, ne in eos incurrerent qui similem misericor- diam non habebant. Qui tamen etiam ipsi alibi truces at- que hostili more sævientes , posteaquam ad loca illa ve- niébant, ubi fuerat interdicttm quod alibi jure belli li- cuisset, tola feriendi refrenabatur immanitas, ét Capti- vandi cupiditas frangebatur. Sic evaserunt multi , qui nunc chrislianis temporibus detrahunt, et mala quæ illa -civitas pertulit Christo impulant ; bona vero quæ ii e0$, ut viverent, propter Christi honorem facta sunt, non im- putant Christo nostro, sed fato suo : cum potius debe- 1ent, Si quid. recti saperent, illa quæ ab hostibus aspera et “dura: perpessi sunt, illi divinæ providentiæ tribueré , uæ solet corruptos hominum mores bellis emendare at- que conterere; itémque vitam mortalium justam atque lau- de la guerre pour châtier les erimes des hommes, pour corriger leurs cœurs corrompus, et qui se plaît même quélquefoisè à exercer ici-bas les justes par les mêmes afflictions, pour les faire passer, ‘après cette épreuve, dans un monde meilleur, où les retenir encore sur la terre et les y faire servir à ses désseins mystérieux ? Et lorsque des barba- res, d’ailleurs cruels et sanguinaires, les ont épargnés au nom du Christ et contre toutes les lois de la guerre, soit dans les lieux profanes, soit dans les édifices consacrés à son nom, que les vainqueurs semblent avoir désignés aux vaincus, à cause de leur vaste enceinte, pour pouvoir say: ver plus de monde, n’en devraient-ils pas faire honneur aux temps chrétiens, en rendre grâces à Dieu; et, pour éviter un feu éternel, accourir sincèrement à son nom, dont plusieurs d’entre eux se sont mensongèrement servis pour éviter une mort temporelle ? Car ceux que vous voyæ insulter aujourd’hui avec tant d’insolence aux serviteurs du Christ, ce sont ceux-là même, an moins pour la plupart, que le glaive aurait mois. sonnés comme les autres, s’ils ne s'étaient cou- verts du titre de serviteurs du Christ. Et mainte- nant, Ô ingratitude de l’orgueil! à délire de l’impiété! dans l’égarement de leur cœur, ik courent au-devant des ténèbres éternelles, en s’'élevant contre ce nom sacré, dont ils s'étaient fait un asile pour sauver la j Don once de la lu mière temporelle ! CHAPITRE IL. Jamais les dieux des païens n'ont protégé les vaincus contre les vainqueurs. Bien des guerres ont eu lieu avant et depuislh fondation de Rome, Eh bien! qu'on ouvre l'his. dabilem talibus afflictionibus exercere, probatamque vel in meliora transferre, vel in his adhuc terris propter usus alios detinere: illud vero , quod eis vel ubicumque, proptet Christi nomen, vel in locis Christinomini dedicalissimiset amplissimis, ac pro largiore misericordia ad capacilaten multitudinis electis, præter bellorum morem truculenti Barbari pepercerunt, hoc tribuere temporibus christianis; binc Deo gratias agere, hinc ad ejus nomen veraciter eur: rere, ut effugiant pœnas ignis æterni; quod nomen multi eorum mendaciter usurparunt, ut effugerent pœnas pr& sentis exit. Nam quos vides petulanter et procaciter in: sultare servis Christi, sunt in-eis plurimi qui illum inter tum clademque non evasissent, nisi servos Christi se esse tinxissent. Elnunc ingrata superbia atque impiissima je sania ejus nomini resistunt corde perverso, ut sempiternis tenebris puniantur, ad quod nomen ore vel subdolo conf: gerunt, ut temporali luce fruerentur. CAPUT Il. Quod nulla unquam bellaita-gesta sunt, ut victores, propier deos eorumiquos vicerant, parcerent victis. Tot bella gesta conseripta sunt, vel ante conditam R- mam, vel ab ejus éxortu et iniperio : legant, et proferant LA CITÉ DE DIEU, LIVRE 1. 67 toire ; qu’on nous montre des étrangers, des en- nemis, maîtres d’une ville, épargnant ceux qui s'étaient réfugiés dans les temples de leurs dieux; qu’on nous montre un chef barbare donnant l’or- | dre, après la prise d’une ville, de faire grâce à : quiconque serait trouvé dans tel ou tel temple. Énée n’a-t-il pas vu Priam, « égorgé au pied des autels, éteindre de son sang les feux que lui- même avait consacrés ?» Diomède et Ulysse « n'ont-ils pas enlevé la statue de Pallas, après avoir égorgé ses gardes? n’ont-ils pas osé profa- ner deleurs mains sanglantes les bandelettes sa- crées dela chaste déesse? » Virgile, dira-t-on, ajoute que « de ce moment les Grecs sentirent leurs espérances s’évanouir ; » mais l’histoire dé- ment le poëte : car depuis les Grecs furent vain- queurs; depuis, ils mirent la ville de Troie à feu et à sang; depuis, ils égorgèrent Priam au pied des autels où il s'était réfugié. Et Troie ne pé- rit pas pour avoir perdu Minerve; car Minerve elle-même, pour périr, n’avait-elle rien perdu auparavant? Ses gardes peut-être? Oui, certes ; et, ses gardes morts, on put l’enlever. En effet , ce n’était pas la statue qui gardaitles hommes, -maisc'étaient les hommes quigardaient la.statue. Comment donc adorait-on comme gardienne de la patrie et des citoyens une déesse qui n’avait pas le pouvoir de garder ses propres gardes ? CHAPITRE III. {mprudence des Romains de s'être mis sous la sic ab alienigenis aliquam captam esse civitatem ; ut hos- tes qui ceperant, parcerent eis quos ad deorum suorum templa confugisse compererant ; aut aliquem ducem Bar- barorum præcepisse, ut irrupto oppido. nullus feriretur ; qui in:illo vel illo templo fuisset inventus.:Nonne vidit ÆÆneas. Priamu m per aras Sanguine fœdantem quos ipse sacraverät ignes ? Noune Diomedes et Ulysses , cæsis summæ custodibus arcis, Corripuere sacram effigiem, manibusque cruentis Virgineas ausi divæ contingere vittas? - Nec tamen quod sequitur verum est: Exüllo fluere, ac retro sublapsareferri Spes Danaüm. Postea quippe vicerunt, postea Trojam .ferro ignibusque deleverunt , postea confugientem ad aras Priamum obtrun- caverunt. Nec ideo Troja, perüt, quia Minervam perdidit. Quid enim prius ipsa Minerva perdiderat , ut periret? an forte custodes suos ? Hoc.sane verum est :illis quippe in- teremplis potuit auferri. Neque enimhomines a simula. cro, sed simulacrum ab hominibus servabalur, Quomodo ergo colebatur, ut patriam custodiret et cives , quæ suos non: valuit custodire custodes ? CAPUT. III. Quamimprudenter Romani deos penates, qui Trojam protection des dieux pénates, qui n'avaient pas eu le pouvoir de protéger Troie. Voilà donc à quels dieux les Romains s’applau- dissaient d’avoir confié le salut de Rome ! O aveu- glement vraiment digne Ge pitié! Et ils s'empor- tent contre nous quand nous parlons ainsi de leurs dieux, et ils ne s’emportent pas contre leurs poëtes. Loin de là : ils payent pour les appren- dre; et même ils ne croient pas trop faire pour ceux qui les leur enseignent, en leur assignant un salaire publie, en leur conférant les plus in- signes honneurs. Et cependant Virgile, qu'on fait lire de bonne heure aux enfants, afin que les vers de ce prince des poëtes se gravent pour toujours dans leur mémoire, suivant le mot d'Horace, « Un vase garde longtemps l’odeur de la première liqueur dont il a été imbu étant neuf »: Virgile, dis-je, nous représente la vindicative Junon disant à Éole, roi des vents, pour l’animer contreles Troyens : «Unenation qui m’est odieuse Bavigue en ce moment sur la mer Tyrrhénienne, portant en Italie Ilion et ses pénates vaincus. » Est- ce à ces pénates vaincus que la prudence conseil- lait de recommander Rome , pour qu’elle ne fût pas vaincue à son tour? Mais peut-être que Junon disait cela comme une femme en colère, qui ne sait ce qu’elle dit. Écoutons Énée lui-même, qui est tant de fois appelé pieux : « Panthus, fils d’Othrys, prêtre de Minerve et d’Apollon, ac- courait éperdu vers ma demeure, portant entre ses mains nos dieux vaincus. » Et.ces dieux qu'É- custodire non potuerant, sibi crediderunt profu- turos. Ecce qualibus diis Urbem Romani servandam se com- mendasse gaudebant. O nimium miserabilem errorem! Et nobis succensent, cum de diis eorum talia dicimus, nec succensent auctoribus suis , quos ut ediscerent, mercedem dederunt ; doctoresque ipsos insuper et salario publico et honoribus dignissimos habuerunt. Nempe apud Virgilium ; quem propterea parvuli legunt, ut videlicet poeta magnus omniumque præclarissimus atque.optimus teneris ebibi- tus animis non facile oblivione possit aboleri:; secundum illud Horati, Quo semel est imbuta recens.servabit odorem Testa diu : apud hunc ergo.Virgilium nempe Juno inducitur infesta Trojanis, Æolo ventorum regi adversus eos irritando di- cere : Gens inimica mihi Tyrrhenum navigat æquor , Ilium in Italiam portans, victosque penates. Ttane istis penatibus victis Romam, ne vinceretur , pru- dentes commendare debuerunt? Sed hæc Juno dicébat, velut irata mulier, quid loqueretur ignorans. Quid Æneas ipse pius folies appellatus? nonne ita narrat : Panthus Othryades, arcis Phœbique sacerdos , Sacra manu, victosque deos , parvumque nepotem Ipse trahit, Cursuque amens ad limina tendit? Nonne deos ipsos, quos viclos non dubitat dicere, sibi . 68 SAINT AUGUSTIN. née pe craint pas de dire vaincus, ne fait-il pas entendre qu'ils lui furent plutôt recommandés que lui-même ne le fut à ces dieux, lorsqu'il rapporte qu’'Hector lui dit : « Troie te confie son eulte et ses pénates ? » Si donc Virgile déclare que ces dieux furent vaincus, et que, pour échapper aux vainqueurs, n'importe comment, ils furent confiés à un homme, quelle folie n’est-ce pas que de croire qu'on ait fait sagement de mettre Rome sous leur protection, et de prétendre qu'elle n’eût pu être saccagée, si elle ne les eüt pas perdus? Que dis-je ? honorer et servir des dieux vaincus comme ‘ des patrons et des protecteurs, qu'est-ce, sinon faire fond sur des cautions insolvables? N'’est- il pas infiniment. plus raisonnable de croire que ces dieux auraient péri depuis longtemps, si Rome ne les eût protégés, autant qu'elle l’a pu, que des’imaginer que Rome n'’eût point été prise, sices dieux avaient continué de la protéger? Quine voit, après un moment d'examen, combien il est vain de se regarder comme invincible avec des défenseurs vaineus, et d'attribuer sa perte à la leur, lorsqu'il suffit pour périr d’avoir choisi des gardiens périssables? Croyons donc que lorsque les poëtes ont parlé ainsi des dieux, ce n'était point une fiction poétique, mais un aveu que la force de la vérité arrachaïit à leur raison. Mais ie traiterai ailleurs ce sujet plus à propos, et avec le développement qu'ilexige. Je reviens maintenant à Ces ingrats qui, par un blasphème exécrable, imputent au Christ les maux qu’ils ont attirés sur eux par leur perversité, sans daigner faire potius quam se illis perhihet commendatos, cum ei di- citur, Sacra suosque tibi commendat Troja penates? Si igitur Virgilius tales deos et viclos dicit, et, ut vel -victi quoquo modo evaderent, homini commendatos ; quæ dementia est existimare his tutoribus Romam sapien- ler fuisse commissam , et nisi eos amisisset, non potuisse vastari? Imo vero victos deos tanquam præsides ac de- fensores colere, quid est aliud quam tenere non numina bona, sed nomina mala? Quanto enim sapientius creditur, non Romam ad istam cladem non fuisse venturam, nisi prius illi perissent; sed illos potius olim fuisse perituros , misi eos, quantum poluisset, Roma servasset? Nam quis non, cum adverterit, videat, quanta sit vanitate præsum- ptum non posse vinci sub defensoribus victis, etideo perisse, quia custodes perdidit deos; cum vel sola potuerit esse causa pereundi , custodes habere voluisse perituros? Non itaque, cum de diis victis illa conscriberentur afque ca- nerentur, poetas libebat mentiri, sed cordatos homines cogebat veritas confileri. Verum ista opportunius alio loco diligenter copioseque tractanda sunt : nune quod institue- ram de ingratis bominibus dicere, parumper explicem, uf possum : qui ea mala, quæ pro suorum morum per- versitate merito patiuntur, blasphemantes Christo impu- tant; quod autemillis etiam talibus propter Christum par- £itur, nec dignantur attendere, et eas linguas adversus attention qu’ils ne doivent leur salut, tout pé: cheurs qu'ils sont, qu’à ce nom sacré, qu'ils in: sultent aujourd’hui avec une effronterie sacrilége, après l'avoir invoqué pour sauver leur vie, où après avoir lâchement gardé le silence dans ces agi. les d’où ils sont sortis sains et saufs, mais plus furieux que jamais, et pour s’élancer contre leur libérateur. CHAPITRE IV. Le temple de Junon ne sauva personne de ceux qui s’y réjugièrent après la prise de T. roîe, tandis que les basiliques des apôtres proté gèrent contre les barbares tous ceux qui vinrent y chercher un asile. Troie, disais-je, Troie, cette mère du peuple romain, ne put, dans les temples de ses dieux, défendre ses propres habitants contre le fer et lé feu des Grecs, qui adoraient les mêmes dieux. «Dans l'asile de Junon, Phénix et le cruel Ulysse veillaient à la garde du butin. C’est ]à que de toutes parts venaient s’entasser les richesses de Troie, ravies aux temples incendiés, les tables des dieux , les vases d’or pur, les voiles précieux. Une foule d’enfants et de femmes tremblantes se tenait debout à l’entour. » Ainsi le lieu consacré à une si grande déesse fut choisi pour servir, non de refuge, mais de prison aux vaincus Comparez maintenant cet asile dédié, non à à quelque obscure divinité, confondue dans la foule de la pièbe divine, mais à la sœur, à l’é- pouse de Jupiter, à la reine de tous les dieux: comparez-le, disje, aux monuments de no ejus nomen dementia sacrilegæ protervitatis exercent , QUE bus linguis usurpaverunt mendaciter ipsum nomen, ül viverent; vel quas linguas in locis ei sacratis metuendo presserunt, ut illic tuti atque muniti, ubi propter eum _illæsi ab hostibus fuerunt , inde in cum maledictis hosti- ; libus prosilirent. CAPUT IV. De asylo Junonis in Troja, quod neminem liberavita Græcis, el basilicis Apostolorum , quæ omnes ad'se confugientes a Barbaris defenderunt. Ipsa, ut dixi, Troja, mater populi Romani, sacratis in locis deorum suorum munire non potuit cives suos ab ignibus ferroque Græcorum, eosdem ipsos deos colen- lium : quin etiam, e Junonis asylo Custodes lecli, Phœnix et dirus Ulysses Prædam asservabant; huc undique Troia gaza Incensis erepta adytis, mensæque deorum, Crateresque auro solidi, caplivaque vestis Congeritur : pueri et pavidæ longo ordine matres Stant circum. Electus est videlicet locus tantæ deæ sacratus, non unde Captivos non licereteducere , sed ubi captivos liberet in- cludere. Compara nunc asylum illud, non cujuslibet dei gregalis , vel de turba plebis, sed Jovis ipsius sororis el Conjugis et reginæ omnium deorum , CUM memoriis n0S- LA CITÉ DE DIEU, LIVRE I. 59 apôtres. Là on apportait les dépouilles des dieux : dont on avait brülé les temples, non pour les rendre aux vaincus, mais pour les partager entre les vaingneurs; ici, tout objet même reconnu ailleurs pour appartenir à ces saints lieux y était rapporté religieusement avec honneur et respect. Là on perdait sa liberté; ici on la sauvait. Là les prisonniers étaient enchaïnés; ici ils étaient dé- livrés. Là des captifs étaient traînés par des en- nemis farouches, pour être remis entre les mains de leurs maîtres ; ici ils étaient conduits par des ennemis miséricordieux, pour êtremis en liberté. Là enfin, le temple de Junon avait été choisi par la cupidité et l’orgueil des Grecs, d’ailleurs - si polis: ici les basiliques du Christ, par la pitié et l’humilité des barbares, tout grossiers qu'ils sont : à moins qu’on ne prétende que les Grecs, dans leur victoire, ont respecté les temples de ces dieux qui leur étaient communs avecles vaincus, et qu’ils n’ont osé ni frapper ni faire prisonniers les malheureux Troyens qui s’y réfugiaient ; que le récit de Virgile estun mensonge poétique. Mais il faut renoncer à cette supposition : la description du poëte est un tableau fidèle de ce que des en- _nemis ont coutume de faire dans une ville prise d'assaut. CHAPITRE V. Témoignage de César sur ce qui se passe ordi- nairement dans la prise d'une ville. César, au rapport de Salluste, qui passe pour un historien très-véridique, César, dans son dis- cours au sénat sur Catilina et ses complices, ne dit-il pas que, dans une ville tombée au pouvoir trorum Apostolorum. IIluc incensis templis et diis erepta spolia portabantur , non reddenda victis, sed dividenda victoribus ; huc autem , et quod alibi ad ea loca comper- tum est pertinere, cum honore et obsequio religiosissi- mo reportatum est. Ibi amissa , hic servata libertias ; ibi clausa, hic interdicta captivitas ; ibi possidendi a dominan- tibus hostibus premebantur, huc liberandi a miserantibus ducebantur : postremo illud Junonis templum sibi elegerat avarilia etsuperbia levium Græcorum; istas Christi basi- licas misericordia et humilitas eliam immanium Barba- rorum. Nisi forte Græci quidem in illa sua victoria tem- plis deoram communium pepercerunt, atque illo confu- gientes miseros victosque Trojanos ferire vel captivare non ausi sunt; sed Virgilius, poetarum more, illa mentitus est. Imo vero morem hostium civitates-evertentium ille descripsit. CAPUT V. De generali consueludine hostium victas civitates evertentium, quid Cœsar senserit. Quem morem eliam Cæsar (sicut scribit Sallustius, nobilitaitæ veritatis historicus) sententia sua, quam de conjuratis in Senatu habuit, commemorare non. præter- mittit : « Rapi virgines, pueros; divelli liberos a paren- de l’ennemi, l'usage est « d'enlever les vierges, d’arracher les enfants des bras de leurs mères, d’attenter à l'honneur des femmes, de piller les temples et les maisons, de tuer, de brûler, enfin de remplir tout de cadavres, de sanget de deuil ? » S'il n’eût point parlé des temples, on pourrait - croire que d'ordinaire les vainqueurs épargnaient les demeures des dieux. Et ce qui est à remar- quer, c'est que les temples romains avaient à craindre ces profanations, non de vainqueurs étrangers, mais de Catilina et de ses partisans , c’est-à-dire de citoyens romains et des plus nobles d’entre les sénateurs. Mais on me répondra que c’étaient des citoyens pervers et parricides. CHAPITRE VI. Les Romains eux-mêmes n’ont jamos épargne les temples des villes qu'ils avaient prises. Mais à quoi bon chercher au loin des exem- ples parmi tant de peuples divers, qui, dans les guerres qu'ils se sont faites, n’ont jamais épar- gné les vaincus qui s'étaient réfugiés dans les temples de leurs dieux? Considérons seulement les Romains, ce peuple qu’on a loué surtout de savoir « pardonner à l’humble soumission et dompter la résistance orgueilleuse, » — « d’ai- mer mieux pardonner une injure que d’en tirer vengeance. » Lorsqu'ils ont pris et saccagé tant de villes considérables pour étendre leur empire, qu'on nous dise quels temples ils avaient cou- tume d’épargner, et de laisser pour asile aux vaincus? Leurs historiens auraient-ils oublié d’en faire mention? Mais quelle apparence que des « tum complexu , maitres familiarum pati quæ vicloribus « Collibuisset, fana atque domos spoliari, cædem , in- « cendia fieri; postremo armis., cadaveribus, cruore al- «que luctu omnia repleri. » Hic si fana tacuisset, deorum sedibus solere hostes parcere putaremus. Et hæc non ab alienigenis hostibns, sed a Catilina et sociis ejus, nobilis- simis senatoribus et Romanis civibus, Romana templa metuebant. Sed hi videlicet perditi et patriæ parricidæ. CAPUT VE. Quod nec Romani quidem ila ullas ceperint civitates, ut in templis ecr'um parcerent viclis. Quid ergo per multas gentes, quæ inter se bella ges- serunt et nusquam victis in deorum suorum sedibus pe- percerunt, noster sermo discurrat? Romanos ipsos vi- deamus : ipsos, inquam, recolamus respiciamusque Ro- manos, de quorum præcipua laude dictum est, Parcere subjectis, et debellare superbos : et quod accepta injuria ignoscere, quam persequi male- bant : quando tot tantasque urbes, ut late dominarentur , expugnalas captasque everterunt, legatur nobis quæ tem- pla excipere solebant, ut ad ea quisquis confugisset, li- beraretur. An illi facichant, et scriptores earumdem re- 70 SAINT AUGUSTIN. écrivains, si atténtifs à recueillir tout ce qui peut être matière à louange, eussent omis ce qu’il y a , de leur aveu , de plus recommandable, des actes de piété? Le grand Marcellüs, vain- queur de Syracuse, pleura, dit-on, sur le sort de cette ville superbe, qui bientôt ne devait plus être qu'un nom, et répandit des larmes sur la victime dont il allait répandre le sang. Que dis- je 2 il alla jusqu’à ordonner qu’on respectât l'hon- peur de l'ennemi. Avant de donner le signal de l'assaut, il porta défense expresse de faire vio- Jence à aueune personne libre. La ville, néan- moins, fut saccagée à l'ordinaire, et l’on ne lit nulle part qu’un capitaine si chaste et si clément ait ordonné qu’on épargnât ceux qui se réfugie- raient dans tel ou tel temple : ce que bien certai- nement les historiens n'auraient eu garde de passer sous silence, eux qui n’ont oublié ni ses larmes ni son édit en faveur de la chasteté. Fa- bius, celui qui détruisit Tarente, est loué pour s'être abstenu de voler les statues des dieux. Comme son secrétaire lui demandait ce qu'il voulait qu'on fit de ces statues, qui étaient en fort grand. nombre, il S’enquit de ce qu'elles étaient; et, ayant appris qu'il y en avait plu- sieurs de hauteur colossale et même qui étaient armées, « Laissons aux Tarentins, dit-il en plai- santant, leurs dieux irrités. » Or, puisque les historiens romains n’ont point omis les larmes ni la chaste compassion de Marcellus , ni la mo- dération spirituelle de Fabius, comment peut- on croire qu'ils eussent oublié un trait aussi remarquable que celui dont nous parlons, de | commander, en l'honneur de quelqu'un de rum gestarum ista reticebant ? Jtane vero, qui ea quæ Jaudarent maxime requirebant, ista præclarissima secun- dum ipsos pietatis indicia præterirent ? Egregius Romani nominis Marcus Marcellus, qui Syracusas , urbem orna- tissimam , cepit, refertur eam prius flevisse ruituram, et ante ejus sanguinem suas illi lacrymas effudisse. Gessit et euram pudicitiæ , étiam in hoste servandæ. Nam prius- quam oppidum victor jussisset invadi, constituit edicto, ne quis corpus liberum violaret. Eversa est tamen civitas more bellorum, nec uspiam legitur ab imperatore tam easto atque clement fuisse præceptum, ut quisquis ad illud vel illud templum fugisset, abiret illæsus. Quod uti- que nullo modo præterirelur , quando nec ejus fletus , n°c quod edixerat pro pudicitia minime violanda, potuit ta- ceri. Fabius, Tarentinæ urbis eversor, à simulacrorum deprædatione se abstinuisse laudatur. Nam cum ei scriba susgessisset quid de signis deorum, quæ multa capla fuerant, fieri juberet, continentiam suam etiam jocando condivit. Quæsivit enim cujusmodi essent : et cum ei non solum multa grandia , verum etiam renuntiarentur ar- mata, « Relinquamus , » inquit, « Tarentinis deos ira- tos. » Cum igitur nec illius fletum, nec hujus risum, nec illius castam misericordiam , nec hujus facetam ‘Gone tinentiam, Romanarum rerum "gestarum scriptores la- cere potuerint quando prætermitteretur , si aliquibus lominibus in honoïem cujuspiam deorum suorum sic leurs dieux, qu’on ne fit aucun mal à ceux qui se seraient réfugiés dans ses temples ? CHAPITRE Vi. Que les actes de cruauté qui ont éte commis dans Rome par les barbares doivent étre im:- putés aux lois de la querre ; que les actes de clémence doivent étre attribués à la puissance du nom de Jésus-Christ. Tout ce qui s’est commis d’atroce dans cette récente calamité de Rome, dévastation, meurtre, pillage, incendie, tout cela est une des suites ordinaires de la guerre. Mais ce qu'on à vu d’inusité et d’inoui , des barbares s’adoucissant au point de choisir de vastes basiliques pour mettre plus de monde à l'abri de leur férocité; d'ordonner qu’on n’y frappe personne, qu’on n’en arrache personne ; d’y conduire même les vaincus pour assurer leur liberté, et d’en faire un asile inviolable contre la cruauté et les droits de la victoire, C’est au nom du Christ, c’est à l'ère chrétienne qu’il faut en faire honneur. Qui ne le voit, est aveugle ; qui le voit et n’en loué pas Dieu, est ingrat; qui ne veut pas qu’on l'en loue, est insensé. A Dieu ne plaise qu'aucun homme sage en rapporte la gloire à des barba- res! Celui-là seul a jeté l'épouvante dans des âmes si farouches et si inhumäaines, celui-là seül les a contenues et si miraculeusement adoucies, qui a dit il y a si longtemps, par la bouche du prophète : « Je visiterai leurs iniquités avec la verge, etleurs péchés avec le fouet; maïs je n6 leur retirerai pas ma miséricorde. » pepereissent , ut in quoquam templo cædem vel captivita- tem fieri prohiberent ? CAPUT VH. Quod in eversione Urbis quæ aspere gesta sunt, de consuetudine acciderint belli; quæ vero clementer, de potentia provencerint nominis Christi. Quidquid ergo vastalionis, trucidationis, deprædatio: nis, Concremationis, afflictionis, in ista recentissima Ro: mana clade commissum est, fecit hoc consuetudo bello: rum. Quod aütem novo more factum est, quod inusitata rerum facie immanitas barbara tam mitis apparuit, ut amplissimæ basilicæ implendæ populo cui parceretur, eli: ‘serentur et decernérentur, ubi nemo feriretur, undenemo raperetur, quo Hberandi multi a miserantibus hostibus du- cerentur, unde captivandi ulli nec a crudelibus bostibusab- ducerentur; hoc Christi nomini, hoc christiano tempori tribuendum quisquis non videt, cæcus; quisquis videl nec laudat, ingratus ; quisquis laudanti reluctatur, insanus est. Absit ut prudens quisquam hoc feritati imputet Bar- barorum. Truculentissimas et sævissimas mentes ille ter- ruüit, ille frenavit, ille miräbiliter tempéravit, qui per prophetam tanto ante prædixit : Visifabo in virga int quitates eorum, et in Jlagellis peccata eorum ; Mise: ricordiam autlem meam non dispergam ab eis. LA CITE DE DIEU, LIVRE I. 77 « Ne craignez point ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l'âme, » si rien de tout ce que l’en- nemi peut faire aux corps de ceux qu’il a tués était capable de leur nuire pour lPautre vie? A moins qu'il ne se trouve un homme assez dérai- sonnable pour prétendre qu’on ne doit pas crain- dre, avantla mort, ceux qui peuvent tuer lecorps, mais qu'on doit les craindre après la mort, parce qu’ils peuvent empêcher qu’on ne donne la sépul- ture aux corps qu’ils ont tués. Jésus-Christ aurait done dit faussement : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ensuite ne peuvent plus rien, » s'ils peuvent encore faire tant de mal à des cadavres? Loin de nous de croire que ce qu’a dit la Vérité soit faux ! Il est dit, en effet, qu'ils font quelque chose au momentoüils tuent, parce que le corps vivant est sensible au coup qui le tue; mais qu'après ils ne peuvent plus rien, parce qu’un cadavre n’a pas de sentiment. II est donc. vrai que la terre n’a pas couvert les corps d’un grand nombre de chrétiens; mais personne n’en a pu retrancher aucun du ciel ni de la terre, que remplit toute de sa présence ce- lui qui sait comment il doit ressusciter ce qu'il a créé, Le Psalmiste dit bien : « [ls ont exposé les corps de vos serviteurs pour servir de pâture aux oiseaux du ciel et aux bêtes de la terre; ils ont répandu leur sang comme l’eau autour de Jéru- salem, et il n’était là personne pour les enseve- liri» Mais il parle ainsi pour exagérer plutôt la cruauté des vainqueurs que le malheur des vain- cus. Cela paraît dur et cruel aux hommes ; mais, «aux yeux de Dieu, la mort de ses saints est toujours précieuse. » Aussi tout le reste, c’est-à- _dire le soin des funérailles, le choix de la sépul- ture, la pompe des obsèques, tout cela est destiné modo diceret Veritas, Nolite timere eos qui cor pus occi- dunt, animam aulem non possunt occidere; si quid- quam obesset futuræ vitæ, quidquid inimici de corpori- bus occisorum facere Voluissent. Nisi forte quispiam sic absurdus est, ut contendat eos, qui corpus occidunt, non debere timeri ante mortem, ne corpus occidant , et timeri debere post mortem, ne corpus occisum sepeliri non si- nant. Falsum est ergo quod ait Christus, Qui corpus oc- cidunt, et postea non habent quid faciant; si habent tanta quæ de cadaveribus faciant. Absit ut falsum sit quod Veritas dixit. Dictum est enim aliquid eos facere cum occidunt, quia in corpore sensus est occidendo; postea vero nihil habere quod faciant, quia nullus sensus est in corpore occiso. Multa itaque corpora Christianorum terra non texit : sed nullum eorum quisquam a cœlo et terra separavit, quam totam implet præsentia sui, qui novit unde resuscitet quod creavit. Dicitur quidem in Psalmo, Posuerunt mortalia servorum tuorum escas volatilibus cœli, carnes sanctorum tuorum bestiis terræ : effuderunt sanguinem eorum, sicut aquam , in circuitu Jerusalem, et non erat qui sepeliret : sed magis ad exaggerandam crudelitatem eorum qui ista fece- runt, non ad eorum infelicitatem qui ista perpessi sunt. Quamvis enim hæc in conspectu hominum dura et dira RANCE STE À a pe et ee net D nt cr no CREER ER ARE ERES RER EEE RE EE Eee { plutôt à consoler les vivants qu'à soulager les morts. Si de riches funérailles profitaient à l’im- pie, une sépulture commune ou le défaut de sépulture nuirait à l'homme pieux. Cette foule de serviteurs qui suivait le corps de ce riche mort dans la pourpre, dont parle l'Évangile, compo- sait aux yeux des hommes de magnifiques obsè- ques; mais combien plus éclatantes étaient aux yeux de Dieu celles que firent les anges à ce pau- yre couvert d’ulcères ! Ils ne déposèrent pas son corps dans un tombeau de marbre, mais ils l’em- portèrent dans le sein d'Abraham. Cela fait rire ceux contre qui j'ai entrepris de défendre la Cité de Dieu ; et cependant leurs phi- losophes même ont fait profession de mépriser le soin de la sépulture, et souvent des armées en- tières , contentes de mourir pour la patrie-terres- tre, ne se sont pas souciées de ce que devien- draient leurs corps après la mort, et de quelles bêtes ils seraient la pâture. C’est ce qui a fait dire à un poëte ce mot généralement applaudi : « Le ciel couvre le corps de qui n’a point de tombeau. » Combien moins sont-ils fondés à insulter aux chrétiens de ce que leurs corps sont restés sans sépulture, puisqu'il a été promis aux chrétiens que leur chair, que tous leurs membres redeman- dés non-seulement à la terre, mais à tous les autres éléments auxquels ils se seraient mélés, surgiraient des abimes de la mort pour former. de nouveau un corps vivant ! CHAPITRE XIII. Pourquoi il faut ensevelir les corps des fidèles. Ce n’est pas néanmoins une raison d’abandon- ner avec mépris les corps de ceux qui sont morts, videaniur ; sed pretiosa in conspectu Domini mors sanc- torum ejus. Proinde omnia ista, id est, curatio funeris, conditio sepulturæ, pompa exsequiarum, magis sunt vi- vorum solatia, quam subsidia mortuorum. Si aliquid pro- dest impio sepullura pretiosa, oberit pio vilis aut nulla. Præclaras exsequias in conspectu hominum exhibuit pur- purato ill diviti turba famulorum ; sed multo clariores in conspectu Domini ulceroso illi pauperi mimsterium præ- buit Angelorum , qui eum non extulerunt in marmoreum tumulum, sed in Abrahæ gremium sustulerunt. Rident hæc illi contra quos defendendam suscepimus civitatem Dei. Verumtamen sepulturæ curam etiam eorum philosophi contempserunt :etsæpe universi exercitus, dum pro terrena patria morerentur, ubi postea jacerent, vel qui- bus bestiis esca fierent, non curarunt : licuitque de hac re poetis plausibiliter dicere.; Cœlo tegilur qui non habet urnam. Quanto minus debent de corporibus insepultis insultare Christianis, quibus et ipsius carnis et membrorum om- nium reformatio non solum ex terra, verum etiam ex aliorum elementorum secretissimo sinu, quo dilapsa ca- davera recesserunt, in temporis punclo reddenda et redin- tesranda promittitur? 78 surtout des justes et des fidèles, dont le Saint- Esprit a daigné se servir comme d'instruments et de vases pour toutes sortes de bonnes œuvres. Si la robe d’un père ou son anneau, ou tel autre objet semblable, est d'autant plus précieux pour ses enfants que sa mémoire leur est plus chère, à plus forte raison devons-nous prendre soin du corps, qui nous est bien plus étroitement uni qu'un vêtement quel qu’il soit, puisqu'il n’est pas seulement pour l’homme un ornement, un secours extérieur, mais qu’il fait même partie de sa nature. De là le zèle pieux avec lequel, aux anciens jours, on rendait aux restes des jus- tes les devoirs funèbres; de là la pompe de leurs obsèques , le soin de leur sépulture, et ces ordres qu'eux-mêmes, durant leur vie, donnaient à leurs enfants d’ensevelir ou de transporter leurs corps. Fobie est loué dans l’Écriture d’avoir enseveli les morts, et l'angetémoigneque c’est ce qui attirasur lui les grâces de Dieu. Notre-Seigneur lui-même, qui devait ressusciter le troisième jour, n’a pas laissé de relever et de vouloir qu’on publiât ‘comme-une bonne œuvre l'action de cette femme pieuse qui répandit sur lui un parfum précieux, eomme pour l’ensevelir par avance. L'Évangile parle aussi avec éloge de ceux qui reçurent son corps à la descente de la croix, et prirent soin de le couvrir d’un linceul et de l'ensevelir hono- rablement. Or ces exemples vénérables ne prou- vent pas que les cadavres conservent aucun sen- timent , mais ils font entendre que la providence de Dieu ne cesse pas de veiller sur les corps de ceux quisont.morts, et que ces devoirs de piété CAPUT XII. Que sil ratio sanctorum corpora sepeliendi. Nec ideo tamen contemnenda et abjicienda sunt corpora defunctorum, maximeque justofum afque fidelium , qui- -bus-tanquamorganis et vasis adomnia-bona opera sanctus “wsusest Spiritus. Si enim paterna vestis et annulus, ac si quid hujusmodi, tanto charius est posteris, quanto erga -parentes major affectus ; nullo modo: ipsa spernenda sunt -corpora, quæutique multo familiarius atque conjunctius , quam quælibet indamenta , gestamus. Hæc enim non ad -ornamentum vel adjütorium ;quod adhibetur extrinsecus, sed ad ipsam naturam hominis pertinent: Unde et antiquo- rum justorum funera officiosa pietate curata sunt, et ex- sequiæ celebratæ, et sepultura:provisa :‘ipsique dum vi- verent, de sepeliendis, vel etiam:transferendis suis Cor- poribus filiis mandaverunt : et Tobias sepeliendo mortuos Deum promeruisse, teste angelo, commendatur. Ipse quoque Dominus die tertio resurrecturus, religiosæ:mu- lieris bonum opus prædicat, prædicandumque commendat, quod unguentum pretiosam super membra ejus effuderit, atque hoc ad eum sepeliendum fecerit. Et laudabiliter commeémorantur in Evangelio qui corpus ejus de cruce -acceptum diligenter atque honorifice tegendum sepelien- dumque curarunt. Verum istæ auctoritates non hoc admo- “nent, quod insit ullus cadaveribus .sensus ; sed ad Dei providentiam, cui placent etiam talia pietatis officia, cor- PA 2 Re EEE RE te ga PE LE ee EEE ER QE rue Ré pt pe gt rép op ue RE ES SAINT AUGUSTIN. sr phreo Oe lui sont agréables, parce qu’ils sont un témoi- à gnage utile de la foi à la résurrection. Par fi nous apprenons encore combien doit être grande la rémunération des aumônes que nous faisons : à ceux qui ont la vie et le sentiment, si même. ces devoirs de charité, que nous rendons à dé corps inanimés , ne sont pas perdus devant Diey.… Il y a encore d’autres mystères cachés som ces ordres que les saints patriarches, remplis d'un. esprit prophétique, donnaient à leursenfants d'in humer leurs corps, ou de les transporter danser sépulcre de leurs pères ; mais ce n’est point icilé lieu de traiter cette matière, et ce quej'enaidi… doit suffire. Si donc la privation des choses né cessaires à la vie, comme la nourriture et le y tement, ne brise pas, toute pénible qu’elle est, Ja patience des bons, et, loin de déraciner h piété dans leurs cœurs, l'exerce et la féconde, combien est-il plus vrai de dire que, lorsque leurs corps ne reçoivent pas ces derniers offices de piété que l’on rend d'ordinaire aux morts, ch ne trouble pas leur repos dans leurs saintes à bienheureuses demeures ! Ainsi, quand ces pieux devoirs ont manqué aux cadavres des chrétiens dans la désolation de Rome ou de toute autre ville, ce n’est ni une faute de la part des vivants, qui n'ont pu s’en acquitter, ni une peine pourlé morts, qui n'ont pu sentir cette privation. CHAPITRE XIV. De la captivité et de ses consolalions. Mais des chrétiens ont été emmenés captifs! C'est sans doute un très-crand malheur, ik pora quoque mortuorum pertinere significant, propter fidem resurrectionis adstruendam. Ubictillud salubriterdiscitur, quanta possit esse remuneratio pro eleemosynis, quasi: ventibus .et sentientibus exhibemus, si neque. hoc api Deum-perit, quod exanimis hominum membris officii di ligentiæque persolvitur. Sunt quidem et alia, quæ sancli Patriarchæ de corporibus suis vel condendis vel transfe rendis.prophetico spiritu dicta intelligi voluerunt:n0n autem hic locus est, ut ea pertractemus, cum sufficiant ista quæ diximus. Sed siea quæ sustentandis viventibus sunt necessaria, sicut victus et amictus, quamvis in. gravi afflictione desint, non frangunt in bonis perferendi tolerandique virtutem, nec eradicant ex animo pietaten, sed. exercifatam faciunt fecundiorem :.quanto magis, cun desunt ea quæ curandis funeribus condendisque corpori bus defunctorum adbiberi solent, non efficiunt, miseros.in -oceultis piorum sedibus jam quietos? Ac per hoc, quando isla cadayeribus. Christianorum inilla magnæ urbis, sel -etiam aliorumoppidorum vastatione defuerunt; nec vivo rum culpa est, qui non potuerunt ista præbere, nec pæœna mortuorum, qui non possuntis(a sentire. GAPUT XIV. De captivitate, sanctorum,. quibus nunguam divint à solatia defuerunt. Sed multi, inquiant, Christiani etiam captivi ducti sun. Hocsane miserrimum est, si aliquo duci potuerunt ; ubi LA CITÉ DE DIEU, LIVRE f.. ont pu être emmenés quelque part où ils n'aient pu trouver leur Dieu. Mais nous trouvons encore, dans les saintes Ecritures, de grandes consolations contre une affliction de ce genre. Les trois en- fants de Babylone furent captifs, Daniel le fut aussi , ‘et d’autres prophètes ; et Dieu ne manqua pas de les consoler. Doit-on s'étonner que Dieu n'ait pas abandonné ses serviteurs sous la domi- nation de maîtres barbares, mais hommes après tout, lui qui n’abandonna pas un prophète dans le ventre même d'une bête ? Je sais que ceux à qui jai affaire aiment mieux rire que de croire ; et cépendant ils croient, sur la foi de leurs au- teurs, qu'Arion de Méthymne, le célèbre musi- cien, ayant été jeté dans la mer par les mate- lots du pavire qui le portait, fut conduit au ri- vace par un dauphin qui l’avait reçu sur son dos. Mais l’histoire du pr'ophète Jonas est plus incroya- ble. Oui, elle est plus incroyable, car elle est plus merveilleuse; et elle est plus merveilleuse, parce qu’elle est l'œuvre d’une main plus puis- sante. CHAPITRE XV. La piétéde Réqulus envers les dieux n'empécha pas les Carthaginoïs de le faire mourir. ‘On trouve aussi néanmoins, parmi les beaux traits de leurs hommes illustres, un célèbre exem- ple de captivité volontaire pour cause de religion. Régulus, général romain , avait été pris par les Carthaginois : ceux-ci, qui aimaient mieux re- couvrer leurs prisonniers que de retenir ceux des Romains, l’envoyèrent à Rome avec leurs ambas- sadeurs pour traitér de cet échange, après l’a- Deum suum non invenerunt. Sunt in Scripturis sanctis hujus etiam cladis magna solatia. Fuerant in captivitate tres pueri, fuit Daniel, fuerunt alii prophetæ : nec Deus defuit consolator. Sic ergo non deseruit fideles suos sub dominatione gentis, licet barbaræ, taämen bumanæ, qui prophetam non deseruit nec in visceribus belluæ. Hæc quoque illi, cum quibus agimus, malunt irridere, quam crédere : qui tamen in suis litteris credunt Arionem Me- thymnæum, nobilissimum citharistam, cum esset dejec- tus e navi, exceplum delphini dorso, et ad terras esse pervectum. Verum illud nostrum de Jona propheta incre- dibilius est. Pläne incredibilius, quia mirabilius ; et mira- bilius, quia potentius. CAPUT XV. De Regulo, in quo captivitatis, ob religionem etiam sponte tolerandæ, exstat exemplum : quod tamen illi deos colenti prodesse non potuit. Habent tamen isti de captivitate religionis causa etiam sponte toleranda et in suis præclaris viris nobilissimum exemplum. Marcus Attilius Regulus, imperator populi Romani, Captivus apud Carthaginienses fuit. Qui cum sibi mallent a Romanis suos reddi, quam eorum tencre Cap ‘tivos , ad hoc impetrandum etiam istum præcipue Regu- ‘um Cum Jegatis suis Romam miserunt prius , jurafione AUREL EU PIS DE e ALERTE LIRE EEE EP OS SRE —— " RARE RAR NL LL te A CS a Et pod a de ARE ed ere ee te ee een Je D ee 19 voir obligé par serment de revenir à Carthage, s'il ne réussissait pas à faire agréer leur proposi- tion. Régulus partit; mais, ne jugeant pas l’é- change avantageux à la république, il en dissuada le sénat : après quoi, sans y être forcé par ses concitoyens, mais volontairement et pour ne point manquer à son serment, il retourna chez l'ennemi. Les Carthaginois le firent périr dans d'affreux supplices, inventés exprès pour lui. On l'enferma dans un coffre étroit, intérieurement hérissé de clous aigus, où, contraint de se tenir debout, et ne pouvant s'appuyer d'aucun côté sans d’horribles souffrances , il mourut, faute de sommeil. C’est assurément avec raison qu'ils louent la vertu de cet homme, plus grande en- core que son malheur. Et cependant il avait juré par ces dieux dont le‘culte aujourd’hui dé- fendu est, dit-on, la cause descalamités du monde. Si donc ces dieux, qu'on honoraït en vue &un bonheur temporel, ont voulu où permis qu’un si religieux observateur de la foi jurée endurât un tel supplice, qu’auraient-ils pu faire de pis con- tre un parjure? Or, voici le dilemme que je pro- pose à nos adversaires. Tel était le respect de Régulus pour les dieux, qu'il croyait que son serment ne [ui permettait pas de rester dans sa patrie, ni de se retirer ailleurs ; mais que ce ser- ment l’obligeait à retourner chez ses plus cruels ennemis. S’il pensait que cette résolution düt tourner à son avantage pour cette vie, il se trom- pait certainement, puisqu'il la finit d’une ma-— nière si affreuse. II fit voir, par son exemple, que le culte des dieux ne sert de rien pour la fé- licité temporelle, puisque un homme qui était constrictum, si quod volebant minime peregisset, reditu- rum esse Carthaginem. Perrexif ille, afque in senatu con-' traria persuasit, quoniam non arbitrabatur utile esse Ro- maræ reipublicæ miutare captivos. Nec post hanc persua- sionem a suis ad hostes redire compulsus est; sed quia juraverat, id sponte complevit. At illi eum excogitalis at- que horrendis cruciatibus necaverunt. Inclusum quippe angusto ligno, ubi’sfare cogeretur, clavisque acutissimis undique confixo , ut sein nullam ejus partem sine pœnis atrocissimis inclinaret, etiam vigilando peremerunt. Me- rito certe laudant virtutem tam magna infelicitate majo- rem. Et per deos ille juraverat, quorum eultu prohibito, bas generi humano clades isti opinantur infligi. Qui ergo propterea colebantur, utistam vitam prosperam redderent, si verum juranti has irrogari pœnas seu voluerunt , seu permiserunt, quid pérjuro gravius irati facere potuerunt? ‘Sed eur non ratiocinationem meam potius ad utrumque concludam? Deos certe sic ille coluit, ut propter jurisju- randi fidem nec remaneret in patria, mec inde quolibet ire, sed ad suos acerrimos inimicos redire minime dubi- taret. Hoc si huic vitæ utile-existimabat, cujus tam hor- rendum exitum meruit, procul dubio fallebatur. Suo quippe docuit exemplo, nihil deos ad istam temporalem felicitatem suis prodesse cultoribus : quandoquidem ille eorum deditus cultui, et victus et captivus abductus , et quia noluit aliter quam per eos juraverat facere, novo ae 80 SAINT AUGUSTIN. si attaché à ce culte, fut vaincu, emmené captif, et, pour n'avoir pas voulu violer le serment qu’il avait fait par ces mêmes dieux, trouva la mort dans un supplice épouvantable et jusqu'alors in- connu. Que si la piété envers les dieux n'est ré- compensée qu'après cette vie, pourquoi calomnier le christianisme? Pourquoi dire que le malheur de Rome n’est venu que de ce qu’elle avait cessé de servir ses dieux, puisqu'elle aurait pu les ser- vir religieusement encore, et ne pas laisser pour cela d’être aussi affligée que Régulus? À moins qu’on ne s’aveugle au point de prétendre que tout un peuple qui sert les dieux ne saurait être mal- heureux, quoiqu’un seul individu puisse étre comme si la conservation d’un seul répugnait plus à la puissance de leurs dieux que la conser- vation de plusieurs. Car qu'est-ce qu'un peuple, sinon une collection d'individus ? Diront-ils que la vertu a pu rendre Régulus heureux, en dépit de sa captivité et de ses tour- ments ? Eh bien ! qu'ils cherchent donc cette vraie vertu, cette vertu capable de rendreégalement une république heureuse. Autre n’est pas le bonheur d’une république, autre le bonheur d'un homme; car qu'est-ce qu'une république, sinon une mul: titude d'hommes réunis par le lien d’une même volonté? C’est pourquoi je n'examine pas pour le moment quelle était la vertu de Régulus. Il suffit que nos adversaires soient forcés de recon- naître, dans uu exemple si éclatant, que l’on ne doit pas servir les dieux pour les biens du corps, pour les biens extérieurs et passagers, puisque Réoulus aima mieux en être privé, que d'offenser les dieux qu'il avait pris à témoin. Mais que peut-on attendre de gens qui se glorifient d’avoir prius inaudito nimiumque horribili supplici genere crucia- tus exstinctus est. Si autem deorum cultus post hanc vitam velut mercedem reddit felicitatem, cur calumnian- tur temporibus christianis, ideo dicentes Urbi accidisse illam calamitatem, quia deos suos colere destitit, cum potuerit etiam illos diligentissime colens tam infelix fieri, quam ille Regulus fuit? Nisi forte contra clarissimam veritatem tanta quisquam dementia miræ cæcitatis obni- titur, ut contendere audeat universam civitatem deos co- lentem infelicem esse non posse, unum vero hominem posse; quod videlicet potentia deorum suorum multos potius sit idonea conservare, quam singulos; cum multi- tudo constet ex singulis. Si‘autem dicunt M. Regulum etiam in illa captivitate illisque cruciatibus corporis, animi virtute beatum esse potuisse; virtus potius vera quæratur, qua heata possit esse et civitas. Neque enim aliunde béata civitas, aliunde homo : cum aliud civitas non sit, quam concors hominum multitudo. Quamobrem nondum interim disputo, qualis in Regulo virtus fuerit : sufficit nune, quod jisto nobilis- simo exemplo coguntur fateri, non propter corporis bona, vel earum rerum quæ extrinsecus homini accidunt, co- lendos deos; quandoquidem ille carere his omnibus ma- luit, quam deos per quos juravit offendere. Sed quid faciamus hominibus quigloriantur talem se habuisse civem, eu un telcitoyen, et qui appréhendent d’avoir une cité. qui lui ressemble? S'ils ne l’appréhendent pas, qu’ils avouent donc que ce qui est arrivéà Régulus peut arriver à une cité qui honorele dieux aussi religieusement que lui, et qu'ils ces: sent de calomnier le christianisme. En effet, puis que la question s'est élevée au sujet des chré tiens qui ont été emmenés captifs, je suis en droit de dire à ceux qui se moquent avec autant dim. pudence que de témérité d’une religion qui est le vrai chemin du salut : Considérez cet exemple, et taisez-vous. Car si l’on n’a point reprochéà leurs dieux qu'un de leurs plus scrupuleux ado: rateurs, pour ne pas leur manquer de foi, ait été exterminé de sa patrie, quoiqu'il n’en eût point privéd’autre, etqu’entre les mains de ses ennemis il ait épuisé, dans une longue agonie, tous les raf: finements d’une cruauté inouïe, à moins forte rai son doivent-ils faire un crime à la religion chré: tienne de la captivité de quelques fidèles, puisque les chrétiens vivent dans l'attente d’une patrie meilleure et plus sûre, « sachant qu'ils sont étran: gers et voyageurs sur cette terre. » : CHAPITRE XVI. La violence a-t-elle pu porter atteinte à la chas: teté des femmes chrétiennes ? On croit, sans doute, avoir trouvé une belle occasion de honnir les chrétiens, lorsque, pour exagérer le malheur de leur captivité, on ajoute que non-seulement des femmes mariées et des vierges destinées au mariage, mais des religieu: ses même, ont été violées. Ce qui pourrait s qualem timent habere civitatem? Quod si non timeni, tale ergo aliquid, quale accidit Regulo, etiam civitati {an diligenter, quam ille, deos colenti accidere potuisse fatean: tur, et christianis temporibus non calumnientur. Verum quia de illis Christianis orta quæstio est, qui etiam captivi ducti sunt; hoc intueantur et taceant, qui saluberrimæ religioni hinc impudenter atque imprudenter illudunt: quia si düs eorum probro non fuit, quod atlentissimus cultor illorum , dum eis jurisjurandi fidem servaret, patrià caruit, eum aliam non haberet, captivusque apud hostes per longam mortem supplicio novæ crudelitatis occisus est : mullo minus nomen criminandum est christianum in captivitate sacratorum suorum, qui supernam patrian veraci fide exspectantes , etiam in suis sedibus peregrinos se esse noverunt. CAPUT XVI, An stupris, que etiam sanctarum forte virginum est passa captivitas, contaminari potuerit viréus anim sine voluntatis assensu. Magnum sane crimen se putant objicere Christianis; cum eorum exaggerantes captivitatem, addunt etiam stupra commissa, non solum in aliena matrimonia xirgis nesque nupturas, sed etiam in quasdam sanctimoniales: [Document text truncated for crawler view.]