Tertullien et Saint Augustin : oeuvres choisies
Abstract
Contiene: Apologétique de Tertullien ou Defense des chrétiens contre les gentils -- La cité de Dieu de Saint Augustin
Full text
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CE
L
ADU
OQU
n
TR
DÉL
A
L
TERTULLIEN
ET
SAINT
AUGUSTIN.
ŒUVRES
CHOISIES,
F
+
PAL.
TERRE
ITS
TT
ÉRENETE
EP
ORS
D
Ram
réel
nur
FRE.
0090000099000000000000000009009000000000909009909000699999029
NOTICE
SUR
TERTULLIEN.
Tertullien
(
Quintus
Septimus
Florens
Ter-
tullianus)
naquit
à
Carthage
vers
le
milieu
du
deuxième
siècle.
Il
était
fils
d’un
centurion
des
gardes
proconsulaires.
Il
étudia
toutes
les
scien-
ces
avec
succès,
et
passait
pour
l’homme
le
plus
éloquent
de
son
temps.
D'abord
païen
,
il
se
con-
vertit
de
bonne
héure
au
christianisme;
et,
quoi-
qu'il
fût
marié,
ses
talents
et
ses
vertus
le
firent
élever
au
sacerdoce.
11
composa
plusieurs
ouvrages
utiles
à
l'Église,
dont
le
plus
célèbre
est
celui
dont
nous
donnons
*
.
la
traduction.
Son
Apologétique
n’est
pas
seule-
mentun
chef-d'œuvre
d’éloquence,
mais
encore
un
grand
acte
de
courage.
Tertullien
écrivait
sous
le
règne
de
Sévère,
et
durant
la
cruelle
per-
sécution
que
ce
prince
exerça
contre
les
chrétiens.
C'est
alors
que
souffrirent
Origène,
à
Alexandrie
;
Saturnin,
Félicité,
Perpétue,
à
Carthage
;
l’évêque
.
Irénée,
à
Lyon;
le
pape
Victor,
à
Rome.
L'Apologétique
a
pour
objet
de
défendre
les
chrétiens
contre
les
gentils.
Tertullien
établit
d’a-
bord
qu’on
viole
toutes
lois
divines
et
humaines
dans
le
jugement’des
chrétiens
;
que
tout
ce
qu’on
leur
reproche
n’a
pour
garant
que
la
renommée
toujours
suspecte
;
que
lescrimes
qu’on
leur
impute
ne
sont
pas
croyables
;
en
un
mot,
que
les
persé-
cuteurs
des
chrétiens
ne
connaissent
ni
la
religion
qu'ils
persécutent,
ni
ceux
qui
la
professent.
Il
oppose
ensuite
les
vertus
des
chrétiens
aux
vices
des
païens,
leur
religion
à
l'idolâtrie;
et
finit
en
bravant
la
fureur
de
ses
ennemis.
Le
style
de
Tertullien
est
dur,
hérissé
de
locution;
africaines
,
mais
éxtraordinairement
énergique.
Balzac
disait
de
lui
:
«
Le
style
de
Tertullien
est
de
fer,
mais
«
avouons
qu'avec
ce
fer
il.
a
forgé
d’excellentes
«armes.
»
:
Cependant
cet
esprit
si
vigoureux
et
si
ferme
se
laissa
séduire
aux
rêveries
de
Montan.
Cé
Mon-
tan
était
un
fanatique
qui
jouait
le
prophète.
EL
prétendait
que
Dieu
avait
d’abord
voulu
sauver
le
monde
par
Moïse
et
les
prophètes;
mais
que,
ayant
échoué
dans
ce
dessein
,
il
s’était
incarné;
et
que,
n'ayant
pas
encore
réussi,
il
était
descendu
en
lui,
Montan,
par
le
moyen
du
Saint-Esprit,
et
dans
deux
prophétesses,
Priscilla
et
Maximilla,
toutes
deux
femmes
de
distinction,
qui
avaient
abandonné
leurs
maris
pour
suivré,ce
nouveau
sectaire.
Tertullien
Crut
reconnaître
en
Montan
le
Paraclet.
Son
génie
sévère
et
violent
s’accom-
modait
de
la
rigueur
de
la
secte
des
Montanistes,
qui
relevait
excessivement
la
continence
,
défen-
dait
d'éviter
le
martyre,
ordonnait
plus
de
jeûnes,
de
veilles
et
de
prières
que
l’Église
catholique.
Suivant
saint
Jérôme,
la
jalousie
du
clergé
de
Rome
et
quelques
injustices
qu'il
eut
à
en
essuyer,
ont
pu
contribuer
à
sa
défection.
On
ne
connaît
pas
le
temps
de
sa
mort
:on
sait
seulement
qu'il
se
sépara
même
de
la
secte
des
Montanistes
,
et
forma
des
conciliabules
par-
ticuliers.
Ses
sectateurs
,
nominés
Tertullianistes,
durèrent
à
Carthage
encore
deux
cents
ans,
jus-
qu'au
temps
de
saint
Augustin,
qui
les
ramena
dans
le
sein
de
l'Église.
APOLOGÉTIQUE
DE
TERTULLIEN
OU-
DÉFENSE
DES
CHRÉTIENS
CONTRE
LES
GENTILS.
DID
IS
IIS.
x
Se
RATS
F.
Puisqu'ilne
vous
est
pas
permis,
magistrats
de
l'empire
romain,
d'admettre
les
chrétiens
à
plaider
leur
cause
devant
le
tribunal
où
vous
êtes
assis,
dans
le
lieu
le
plus
éminent
de
la
ville,
pour
dispenser
la
justice
à
tous,
publiquement,
solennellement
;
puisque
la
crainte
ou
le
respect
humain,
quand
il
s’agit
des
chrétiens,
et
des
chrétiens
seulement,
vous
fait
déroger
au
droit
commun,
qui
veut
que
tout
accusé
puisse
répon-
dre
publiquement
à
son
accusateur
;
puisque
en-
fin,
comme
on
l’a
vu
naguère,
votre
haine,
in-
capablederevenirsurdes
jugements
domestiques,
ferme
vos
oreilles
à
toute
défense
judiciaire
:
que
la
vérité
puisse
du
moins,
à
l’aide
de
l'écriture,
parvenir,
silencieuse
et
voilée,
jusqu’à
vous.
Elle
ne
demande
pas
de
grâce,
parce
qu'elle
ne
s’é-
tonne
pas
de
sa
condition.
Etrangère
en
ce
monde,
elle
sait
qu’on
est
exposé
à
rencontrer
des
enne-
mis
hors
de
son
pays
;
elle
marche,
les
yeux
levés
vers
le
ciel,
sa
patrie
et
son
espérance,
sans
at-
tendre
d’ailleurs
ni
crédit,
ni
gloire:
elle
ne
sou-
haite
qu’une
chose
ici-bas,
c’est
qu'on
ne
la
con-
damne
pas
sans
la
connaître.
Eh!
que
pourriez-
vous
appréhender
pour
vos
lois,
en
permettant
ici
à
la
vérité
de
se
défendre?
Ne
sont-elles
pas
Q.
SEPT.
FLOR.
TERTULLIANI
APOLOGETICUS
ADVERSUS
GENTES.
—
2
0
—
I.
Si.
non
licet
vobis,
Romani
imperii
antistites,
in
aperla
et
edito,
in
ipso
fere
vertice
civitatis
præsidenti-
bus
ad
judicandum,
palam
dispicere
et
coram
examinare
quid
sit
liquido
in
causa
Christianorum;
si
ad
hanc
solam
speciem
auctoritas
vestra
de
jusfitiæ
diligentia
in
publico
aut
timet,
auterubescit
inquirere;
si
denique
,
quod
pro-
xime
accidit,
domesticis
judiciis
nimis
operata
sectæ
hu-
jus
infestatio
obstruit
defensioni
:
liceat
veritati.vel
occulta
via
tacitarum
litferarum
ad
aures
vestras
pervenire.
Ni-
hil
de
causa
sua
deprecatur,
quia
nec
de
conditione
mira-
tur.
Scit
se
peregrinam
in
terris
agere;
inter
extraneos
fa-
cile
inimicos
invenire;
cæterum,
genus,
sedem,
spem,
ici
souveraines
et
maîtresses?
Est-ce
que
leur
puissance
se
montrerait
avec
plus
d'éclat,
en
condamnant
la
vérité
sans
l’entendre
?
Mais,
en
la
condamnant
sans
l’entendre,
outre
que
ce
se-
rait
une
injustice
odieuse,
vous
donneriez
à
penser
que
vous
ne
refusez
de
l’entendre
que
parce
que
vous
ne
pourriez
plus
la
condamner,
une
fois
que
vous
l’auriez
entendue,
Voilà
notre
premier
grief,
je
veux
dire
cette
haine
injuste
du
nom
chrétien.
Votre
ignorance
même,
qui
semblerait
devoir
l’excuser,
est
précisément
ce
qui
la
prouve
et
la
rend
encore
plus
criante.
Quoi
de
plus
injuste,
en
effet,
que
de
haïr
ce
qu’on
ignore,
quand
même
ce
qu’on
ignore
serait
en
soi
haïssable
?
Car
Ia
haïne
n’est
légitime
qu'autant
qu’elle
sait
ce
qu'elle
haït.
Le
hasard
peut
bien
faire
que
la
chose
qu’on
haït
soit
haïssable;
mais
il
ne
sau-
rait
faire
que
cette
haine
soit
juste.
Puis
donc
que
vous
haïssez
parce
que
vous
ne
connaissez
pas
ce
que
vous
haïssez,
pourquoi
ne
vous
arriverait-il
pas
de
haïr
une
chose
qui
ne
mérite
pas
d’être
haïe?
De
là
je
conclus,
et
que
vous
ne
connaissez
pas
tant
que‘vous
haïssez,
et
que
vous
haïssez
injustement
tant
que
vous
ne
connaissez
pas.
En
paraissant
déposer
pour
vous,
votre
ignorance
gratiam
,
dignitatem
in
cœlis
habere.
Unum
gestit
inter-
dum,
ne
ignorata
damnetur.
Quid
hic
deperit
lesibus
in
suo0
regno
dominantibus,
si
audiatur?
an
hoc
magis
glo-
riabitur
potestas
earum,
quo
etiam
inauditam
damnabunt
veritatem?
Cæterum
inauditam
si
damnent
,
præter
invi-
diam
iniquitatis,
etiam
suspicionem
merebuntur
alicujus
conscientiæ,
nolentes
audire
quod
audilum
damnare
non
possint.
Hanc
ifaque
primam
causa
apud
vos
colloca-
mus
iniquitatis
odii
erga
nomen
Christianorum.
Quamini-
quitatem
idem
titulus
et
onerat
et
revincit
quid
videtur
excusare,
ignoranfia
scilicet.
Quid
enim
iniquius
>,
quam
ut
oderint
homines
quod
ignorant,
etiamsi
res
meretur
odium
?
tune
etenim
meretur
;
CUM
COgnoscifur
an
merea-
tur.
Vacante
autem
meriti
notitia,
unde
adii
justitia
de-
fenditur?
quæ
non
de
eventu,
sed
de
conscientia
probanda
est.
Cum
ergo
proptérea
oderint
homines
,
quia
ignorant
quale
sit
quod
oderunt
,
cur
non
liceat
ejusmodi
illud
esse
quod
non
debeant
odisse?
ita
utrumque
ex
alterütro
re-
darguimus,
et
ignorare
illos
dum
oderunt,
et
injuste
odisse
dum
ignorant.
Tesiimonium
ignorantiæ
est
quæ
6
TERTULLIEN.
est
un
témoin
qui,
en
effet,
vous
condamne.
Fous
ceux
qui
nous
haïssent,
faute
de
savoir
qui
nous
sommes,
cessent
de
nous
haïr
dès
qu’ils
commen-
cent
à
nous
connaître.
Puis,
ils
deviennent
chré-
tiens;
et
ils
le
deviennent
parce
qu'ils
nous
connaissent.
Alors
ils
commencent
à
détester
ce
qu’ils
étaient
et
à
professer
cequ'’ils
détestaient.
Leur
nombre
s’est
tellement
multiplié,
qu’on
s’est
ému
contre
nous
:
de
là
ces
clameurs,
que
la
ville
est
assiégée,
que
les
campagnes,
les
châteaux,
les
îles
regorgent
de
chrétiens
;
que
des
person-
nes
de
tout
âge,
de
tout
sexe,
de
toute
condition,
même
du
premier
rang,
eourent
s’enrôler
parmi
eux.
On
s’attriste
de
cette
défection
comme
d’une
sorte
de
dépopulation.
Et
cependant
on
ne
songe
pasle
moins
du
monde
à
s’enquérir
s’il
n’y
aurait
pas
là
quelque
bien
caché.
On
ne
se
permet
pas
d’être
plus
juste
dans
ses
soupçons;
on
répugne
à
s’éclairer
:
dans
cette
occasion
seule
la
curiosité
humaine
est
endormie
;
on
se
plaît
à
ignorer
ce
que
d’autres
sont
ravis
de
connaître.
Ah!
en
ju-
geant,
sans
les
connaître,
ceux
qui
savent
ce
qu’ils
ercient,
vous
méritez
bien
plus
la
censure
d’Anacharsis
que
ceux
qui
jugeaient
des
musiciens
sans
l'être
eux-mêmes.
Vous
vous
complaisez
dans
votre
ignorance,
parce
que
c’est
pour
vous
un
parti
pris
que
de
haïr.
Vous
préjugez
done
que
ce
que
vous
ignorez
est
tel
que,
si
vous
le
connaissiez,
vous
ne
pourriez
plus
le
haïr.
Ce-
pendant,
en
approfondissant
la
vérité,
ou
vous
trouverez
que
votre
haîne
est
injuste,
et,
en
ce
cas,
votre
devoir
est
d’y
renoncer;
ou
vous
dé-
couvrirez
qu’elle
est
fondée,
et
alors,
loin
que
la
connaissance
de
la
vérité
l’affaiblisse,
elle
ne
la
rendra
que
plus
durable,
en
la
rendant
légitime.
Mais
enfin,
dites-vous,
de
ce
qu’un
grand
nom-
bre
d'hommes
s’y
convertissent,
il
ne
s'ensuit
iniquitatem
dum
excusat
condemnat,
eum
omnes
qui
re-
tro
oderant
quia
jignorabant,
simul
desinunt
ignorare,
cessant
et
odisse,
Ex
his
fiunt
Christiani
:
utique
de
com-
perto,
et
incipiunt
odisse
quod
fuerant,
et
profiteri
quod
oderant,
et
sunt
tanti
quanti
et
denotamur.
Obsessam
vo-
ciferantur
civitatem
;
in
agris,
in
castellis,
in
insulis,
Chris-
tianos;
omnem
sexum,
ætatem
,
conditionem
,
et
jam
di-
gnitatem
transgredi
ad
hoc
nomen
quasi
detrimento
moœ-
*rent
:
nec
tamen
hoc
ipso
modo
ad
æstimationem
alicujus
latentis
boni
promovent
animos
:
non
licet
rectius
Suspi-
cari,
non
libet
propius
experiri
:
hic
tantum
curiositas
hu-
mana
forpescit
:
amant
ignorare,
cum
alii
gaudeant
co-
gnovisse.
Quanto
magis
hos
Anacharsis
denotasset
im-
prudentes
de
prudentibus
judicantes,
quam
immusicos
de
musicis?
malunt
nescire,
quia
jam
oderunt
:
adeo
quod
nesCiunt,
præjudicant
id
esse
quod,
si
sciant
,
Odisse
non
poterant;
quando
si
nullum
odü
debitum
deprehendatur,
Oplimum
utique
sit
desinere
injuste
odisse
:
si
vero
de
me-
rito
constet,
non
modo
nihil
odii
detrahatur
,
Sed
amplius
acquiratur
ad
perseverantiam,
etiam
justitiæ
Ipsius
auc-
lrifate.
Sed
non
ideo,
inquit
,
bonum
,
quia
multos
con-
verfit;
quantienim
ad
malum
performantur
!
quanti
trans-
3
pas
que
le
christianisme
soit
un
bien.
Que
de
gens
embrassent
tous
les
jours
le
vice!
que
de
transfuges
de
la
vertu!
Personne
ne
le
nie;
mais
aussi,
parmi
ceux-là
même
que
le
mal
entraîne,
où
sont
ceux
qui
osent
le
faire
passer
pour
le
bien?
La
nature
a,
en
quelque
sorte,
infligé
au
mal
la
pâleur
de
la
crainte
ou
la
rougeur
de
la
honte,
Les
méchants
aiment
les
ténèbres
:
s’ils
sont.
surpris,
ils
tremblent
;
si
on
les
accuse,
ils
nient:
si
on
les
met
à
la
question,
ils
n’avouent
qu’à
la
dernière
extrémité,
ou
même
ils
n’avouent
pas:
condamnés
enfin,
ils
se
désespèrent,
ils
s’adres-
sent
les
plus
vifs
reproches,
ils
im
putent
au
des-…
tin
ou
à
leur
étoile
ce
que
la
fureur
de
la
passion.
leur
a
fait
faire
:
tant
ils
répugnent
à
se
recon.
naître
les
auteurs
du
mal
qu'ils
avouent.
A-t-0n.
jamais
rien
vu
de
semblable
parmi
les
chrétiens?
Jamais
un
chrétien
ne
rougit,
ne
se
repent,
si
ce
n'est
de
n’avoir
pas
toujours
été
chrétien.
Si
on
le
dénonce
comme
tel,
il
en
fait
gloire
;
si
on
l'accuse,
il
ne
se
défend
pas;
interrogé,
il
con-
fesse
hautement
sa
foi;
condamné,
il
rend
gré
ces,
Quelle
étrange
sorte
de
mal,
qui
n’a
aucun
des
caractères
du
mal,
ni
crainte,
ni
honte,
ni
déguisements,
ni
repentir,
ni
regret!
Quel
mal
dont
le
prétendu
coupable
se
réjouit,
dont
l’ac-
cusation
fait
l’objet
de
ses
vœux,
dont
le
châti.
ment
fait
son
bonheur
!
Vous
ne
sauriez
taxer
de
fanatisme
ce
que
vous
êtes
convaincus
d'ignorer,
H.
Enfin,
s’il
est
certain
que
nous
sommes
coupables
et
très-coupables,
pourquoi
donc
ne
Sommes-nous
pas
traités
comme
les
autres
cou-
pables?
Les
mêmes
crimes
appellent
le
méme.
traitement.
Les
autres
accusés
peuvent
se
défen.…
dre,
ou
par
eux-mêmes,
ou
par
le
ministère
d’un
avocat;
ils
ont
tous
la
liberté
de
contester
et
de
répliquer,
parce
que
la
loi
ne
permet
pas
de
con:
fugæ
in
perversum
!
Quis
negat
?
famen
quod
vere
malum
est,
ne
ipsi
quidem
quos
rapit
defendere
pro
bono
au:
dent
:
omne
malum
auttimore
aut
pudore
natura
perfu-«
dit
:
denique
malefici
gestiunt
latere,
trepidant
depre…
hensi,
negant
accusati,
ne
torti
quidem
facile
aut
sempe
confitentur,
certe
damnati
mœrent
:
dinumerant
in
semet
ipsos
:
mentis
malæ
impetus
vel
fato
vel
astris
imputant
;
…
nolunt
enim
suum
esse
quod
malum
agnoscunt.
Chris:
tianus
Vero
quid
simile?
neminem
pudet,
neminem
p®&
nitet,
nisi
plane
retro
non
fuisse
:
si
denotatur,
gloria:
ur;
si
accusatur
,
non
defendit
:
interrogatus,
vel
ultro
confitetur;
damnatus,
gratias
agit.
Quid
hoc
mali
est,
quod
naturalia
mali
non
habet,
timorem,
pudorem\,
{er:
giversationem
,
pœnitentiam
,
deplorationem
?
Quid
hoc
mali
est,
cujus
reus
gaudet?
cujus
accusatio
votum
est,
-
et
pœna
felicitas?
Non
potes
dementiam
dicere
quod
re
Yinceris
ignorare.
IT.
Si
certum
est
denique
nos
nocentissimos
esse,
curä
vobis
ipsis
aliter
tractamur
quam
pares
nostri,
id
est
cæ
teri
nocentes
;
Cum
ejusdem
noxietatis
eadem
tractatio
de:
berel
intervenire
?
Quodcumque
dicimur
cum
alii
dieu:
fur,
et
proprio
ore,
et
mercenaria
advocalione
utuntur
a
APOLOGÉTIQUE.
;
damner
un
homme
sans
l'entendre
et
sans
qu’il
se
soit
défendu.
Les
chrétiens
sont
les
seuls
à
qui
il
n’est
pas
permis
de
parler
pour
se
justifier,
pour
défendre
la
vérité,
pour
prévenir
un
juge-
ment
inique.
On
n’attend
pour
nous
condamner
qu'une
chose,
qui
suffit
du
reste
à
la
haine
publi.
que
:
c’est
qu'ils
confessent
leur
nom.
Quant
à
leur
crime,
on
ne
pense
pas
seulement
à
en
in-
former,
tandis
que
s’il
s’agit
de
tout
autre
cou-
pable
,
il
ne
suffit
pas
qu'il
s’avoue
homicide,
sacrilége,
incestueux,
ennemi
de
l’État
(pour
me
_
servir
des
qualifications
que
nous
donnent
nos
accusateurs)
;
vous
l'interrogez
encore,
ayant
de
prononcer,
sur
toutes
les
circonstances,
la
qua-
lité
du
fait,
le
lieu,
le
temps,
la
manière,
les
témoins,
les
complices.
Avec
nous
rien
de
sem-
blable,
et
cependant
il
serait
conséquent
d’arra-
cher
également
des
chrétiens
l’aveu
des
crimes
qu'on
leur
impute
:
de
combien
d’enfants
égor-
gés
ils
ont
goûté;
combien
d’incestes
ils
ont
com-
mis
à
la
faveur
des
ténèbres;
quels
cuisiniers,
quels
chiens
sont
aü
nombre
des
complices.
Quelle
gloire,
en
effet,
pour
un
magistrat
qui
convain-
crait
un
chrétien
d’avoir
déjà
mangé
sa
part
de
-
centenfants!
Nous
trouvons
qu’on
a
même
dé-
fendu
d'informer
contre
nous.
Pline
le
Jeune,
étant
gouverneur
de
Bithynie,
après
avoir
con-
damné
à
mort
quelques
chrétiens,
en
avoir
privé
d’autres
de
leurs
charges,
effrayé
néanmoins
de
leur
multitude,
consulta
l'empereur
Trajan
sur
la
conduite
qu’il
avait
à
tenir
dans
la
suite.
Il
expose,
dans
sa
lettre,
que
tout
ce
qu'ila
pu
dé-
couvrir
des
mystères
des
chrétiens,
outre
leur
obstination
à
ne
pas
sacrifier,
se
réduit
à
ceci
:
Qu'ils
s’assemblent
avant
le
jour,
pour
chanter
les
louanges
de
Christ,
leur
Dieu,
et
pour
entre-
innocentiæ
suæ
commendationem
:
respondendi,
alter-
candi
facultas
patet;
quando
nec
liceat
indefensos
et
inau-
ditos
omnino
damnari.
Sed
Christianis
solis
nihit
permit-
titur
loqui
quod
causam
purget,
quod
veritatem
defendat,
quod
judicem
non
facial
injustum
;
sed
illud
solum
expec-
tatur
quod
odio
publico
necessarium
est,
confessio
nomi-
nis,
non
examinatio
criminis
:
quando
si
de
aliquo
no-
-Cenlecognoscitis,
non
statim
confesso
eo
nomen
homicidæ,
vel
sacrilegi,
vel
incesti,
vel
publici
hostis
(ut
de
nostris
elogiis
loquar)
contenti
sitis
ad
pronuntiandum,
nisi
et
consequentia
exigatis,
qualitatem
facti,
locum,
modum
,
tempus,
Conscios,
socios.
De
nobis
nihil
tale
:
eum
æque
extorqueri
oporterel
quodcumque
falso
jacta-
tur;
quot
quisque
jam
infanticidia
degustasset
;
quot
in-
cesia
Contenebrasset;
qui
coqui,
qui
canes
affuissent.
O
quanta
illius
præsidis
gloria,
si
eruisset
aliquem
qui
centum
jam
infantes
comedisset
!
Afquin
invenimus
inquisitionen
quoque
in
nos
prohibitam.
Plinius
enim
Secundus
,
Cum
provinciam
regeret,
damnatis
quibusdam
Christianis
;
qui-
busdam
gradu
pulsis
,
ipsa
tamen
multitudine
perturbatus,
quid
de
cætero
ageret
consuluit
tunc
Trajanum
impera.
torem
,
allegans,
præter
obslinationem
non
sacrificandi,
nihil
aliud
se
de
sacramentis
eorum
comperisse,
quam
cœtus
antelucanes
ad
canendum
Cbristo
ut
Deo
».
Ct
ad.
tenir
parmi
eux
une
exacte
discipline;
qu’ils
dé-
fendent
l’homicide,
l’adultère,
la
fraude,
la
tra-
hison,
et
généralement
tous
les
crimes.
Trajan
répondit
qu'il
fallait
s’abstenir
de
les
rechercher,
et
les
punir
néanmoins
quand
ils
seraient
dénon-
cés.
Arrêt
évidemment
contradictoire!
Trajan
nous
déclare
innocents
en
défendant
qu'on
nous
recherche,
et
nous
déclare
coupables
en
ordon-
nant
qu’on
nous
punisse
;
il
épargne
et
il
sévit,
il
dissimule
et
il
condamne.
Quelle
étrange
incon-
séquence!
Si
vous
condamnez
les
chrétiens,
pourquoi
ne
pas
les
rechercher?
si
vous
ne
les
recherchez
pas,
pourquoi
ne
pas
les
absoudre
?
Il
y
à
dans
toutes
les
provinces
un
détachement
de
soldats,
chargé
de
rechercher
les
voleurs
;
contre
les
criminels
de
lèse-majesté,
contre
les
ennemis
de
l’État,
tout
homme
est
soldat,
et
la
recherche
s'étend
aux
complices
et
aux
témoins.
Les
chrétiens
sont
les
seuls
qu’il
ne
soit
pas
permis
de
rechercher,
quoiqu'il
soit
permis
de
les
dénoncer
:
comme
si
la
recherche
pouvait
produire
autre
chose
que
la
dénonciation.
Vous
condamnez
un
chrétien
dénoncé,
quoique
vous
défendiez
de
le
rechercher.
Il
est
donc
punissable,
non
parce
qu'il
est
coupable,
mais
parce
qu’il
a
été
découvert.
Vous
violez
toutes
les
formes
de
la
procédure
criminelle
dans
le
jugement
des
chré-
tiens
;
vous
torturez
les
autres
accusés
pour.
les
faire
avouer,
et
les
chrétiens
pour
les
faire
nier.
Assurément,
si
le
nom
de
chrétien
était
un
crime,
nous
le
nierions,
et
vous
auriez
raison
de
recou-
rir
à
la
torture
pour
nous
forcer
à
l'avouer.
Vous
ne
sauriez
dire
qu’il
est
inutile
de
tirer
des
chré-
tiens
l’aveu
de
leurs
crimes,
parce
que
la
confes-
sion
du
nom
chrétien
emporte
celle.
de
tous
les
crimes;
car
vous-mêmes,
quand
un
homicide
confœderandam
disciplinam
:
homicidium,
adulterium
,
fraudem
,
perfidiam
et
cætera
scelera
prohibentes.
Tune
Trajanus
rescripsit,
hoc
genus
inquirendos
quidem
non
esse,
oblatos
vero
puniri
oportere.
O
sententiam
necessi-
tate
confusam!
negat
inquirendos,
ut
innocentes;
et
man-
dat
puniendos
,
ut
nocentes
:
parcit,
et
sævit
:
dissimulaf,
et
animadvertit.
Quid
temetipsam
censura
circumvenis
?
Si
damnas,
cur
non
et
inquiris?
Si
non
inquiris,
cur
non
et
absolvis?
Latronibus
vestigandis
per
univergas
provin-
cias
militaris
statio
sortitur
;
in
reos
majestatis
et
publi-
cos
hostes
omnis
homo
miles
est;
ad
socios,
ad
conscios
usque
inquisitio
extenditur
:
solum
Christianum
inquiri
non
licet,
offerri
licet
;
quasi
aliud
esset
actura
inquisitio,
quam
oblationem.
Damnatis
ergo
oblatum,
quem
nemo
voluit
requisitum
;
qui
puto
jam
non
ideo
meruit
pœnam
quia
nocens
est,
sed
quia,
non
requirendus,
inventus
est.
Itaque
nec
in
illo
ex
forma
malorum
judicandorum
agitis
erga
nos,
quod
cæteris
negantibus
adhibetis
tormenta
ad
confitendum
,
solis
Christianis
ad
negandum;
cum
si
ma-
lum
esset,
nos
quidem
negaremus
,
vos
vero
confiteri
tor-
mentis
compelleretis.
Neque
enim
ideo
non
putaretis
re-
quirenda
quæstionibus
scelera
,
quia
certi
essetis
admitti
ea
ex
nominis
confessione,
qui
hodie
de
confesso
homi-
cida,,
scientes.
homicidium
quid
sit,
nihilominus
ordinem.
8
TERTULLIEN.
avoue
son
crime,
vous
le
forcez
encore
à
en
dé-,
clarer
les
circonstances,
quoique
vous
n’ignoriez.
pas
ce
que
c’est
qu’un
homicide.
Vous
renversez
done
toutes
les
règles
de
la
justice,
en
contrai-
gnant
les
chrétiens
à
nier
qu'ils
soient
chrétiens
,
c’est-à-dire
à
nier
avec
leur
nom
tous
les
crimes
que,
selon
vous,
ce
nom
fait
présumer.
Serait-ce
que
vous
ne
voudriez
pas
voir
périndes
hommes
que
vous
regardez
comme
des
srélérats?
Gar
vous
dites
à
ce
Chrétien,
c’est-à-dire
à
un
homi-
cide,
à
un
sacrilége
:
Mie;
et
s’il
persiste
à
con-
fesser
qu'il
est
chrétien,
vous
le
faites
déchirer.
Or,
si
vous
en
usez
tôut
autrement
à
l'égard
des
autres
accusés,
vous
nous
jugez
donc
tout
à
fait
innocents;
car
ce
ne
peut
être
que
par
la
seule
raison
de
cette
innocence
que
vous
ne
voulez
pas
que
nous
persévérions
dans
un
aveu
que
vous
vous
sentez
forcés
de
condamner,
non
par
jus-
tice,
mais
par
nécessité.
Un
homme
crie
:
Je
suis
chrétien
;
il
dit
ce
qu’il
est,
et
vous
voulez
enten.
dre
l'aveu
du
contraire.
Vous
êtes
préposés
pour
tirer
la
vérité
de
la
bouche
dés
accusés
:
pour-
quoi
sommes-nous
donc
les
seuls
que
vous
vou-
liez
forcer
au
mensonge?
Vous
me-demandez
si
je
suis
chrétien,
et
je
réponds
que
je
le
suis
:
pour-
quoi
me
torturez-vous
pour
me
faire
dire
le
contraire?
J'avoue,
et
vous
me
torturez
:
que
fériez-vous
donc
si
je
niais.
Vous
ne
croyez
pas
facilement
les
autres
quand
ils
nient
;
pour
nous,
vous
nous
croyez
aussitôt.
Un
tel
renversement
de
l’ordre
doit
vous
être
suspect,
et
vous
faire
craindre
qu'il
n’y
aît
quelque
force
seérète
qui
vous
fasse
agir
contre
toutes
les
formes,
contre
la
nature
des
jugements,
contre
les
lois
elles-
mêmes
;
car,
sije
ne
me
trompe,
les
lois
ordon-
pent
de
découvrir
les
coupables,
et
non
de
les
cacher;
de
les
condamner
quand
ils
ont
avoué,
extorquetis
admissi
:
quo
perversius,
cum
præsumatis
de
sceleribus
nostris
ex
nominis.
confessione,
cogitis
tor-
mentis
de
confessione
decedere
,
ut
negantes
nomen
,
Da-
riter
utique
negemus
et,
scelera
de
quibus
ex
confessione
nominis
præsumpseratis.
Sed,
opinor,
non
vultis
nos
pe-
rire,
quos
pessimos
creditis
:
sic
enim
soletis
dicere
ho-
micidæ,
Nega
;
laniari
jubere
sacrilegum
si
confiteri
per-
severaverit.
Si
non
ia
agitis
circa
nos
nocentes,
ergo.
nos
innocentissimos
judicatis
,
cum
quasi
innocentissimos
non
vullis
in
ea
confessione
pérseverare,
quam
necessitate,
.
non
justitia
damnandam
a
vobis
sciatis.
ociferatur
homo,
Christianus
sum
:
quod
est
dicit
:
tu
vis
audire
quod
non
est.
Veritatis
extorquendæ
præsides,
de
nobis
solis
men-
dacium
elaboratis
audire.
Hoc
sum,
inquit,
quod
quæris
an
sim
:
quid
me
{orques
in
perversumP
confiteor,
et
Lor-
ques
:
quid
faceres,
si
negarem?
Plane
aliis
negantibus
non
facile
fidem
accommodatis
:
nobis,
si
negaverimus,
Statim
creditis.
Suspecta
sit
vobis
ista
perversitas,
ne
qua
vis
lateat
in
occulto
qnæ
vos
adversus
formam,
adversus
naturam
judicandi,
contra
ipsas
quoque
leges
ministret,
Nisi
enim
fallor,
leges
malos
erui
jubent,
non
abscondi;
confessos
damnari
Præscribunt,
non
absolvi
:
hoc
senatus
et
non
de
les
absoudre.
C’est
ce
que
portent
expressément
les
décrets
du
sénat
et
les
édits
des
princes.
Le
pouvoir
dont
vous
êtes
les
dépo
sitaires
n’est
point
tyrannique,
il
est
humain.
Il
n'appartient
qu'aux
tyrans
d'employer
les
tortu
res
comme
peines.
Chez
vous,
elles
ne
sont
que.
des
moyens
de
parvenir
à
la
découverte
de
Ja
vérité.
Servez-vous-en
done,
si
vous
le
voulez:
mais
jusqu’à
l’avéu
seulement.
Quand
l’aveu
les
a
prévenues,
elles
n’ont
plus
de
lieu:
ik
ne
reste
qu'à
prononcer,
à
faire
subir
au
coupable
Ja
peine.
qu'il
a
méritée,
et
non
pas
à
l’y
soustraire.
En
un
mot,
il
n’est
point
de
juge
qui
ait
la
pensée
d'ap-
soudre
un
coupable
;
il
sait
qu'il
ne
lui
est
pa
permis
de
le
vouloir.
Aussi,
ne
met-on
aucun
criminel
à
Fa
question
pour
le
forcer
à
hier.
Et.
un
chrétien,
côupable,
selon
vous,
de
tous
les
crimes,
ennéimi
des
dieux,
des
empereurs,
des
lois,
des
mœurs,
de
la
nature
entière,
vous
le
forcez
à
nier
pour
pouvoir
l’absoudre
!
C'est
une
manifeste
prévarication.
Vous
voulez
qu’il
nie
ce
qui
fait
soncrime,
pour
le
déclarerinnocent;et
cela
maloré
lui,
malgré
ce
qu'ila
fait.
Quelle
étrange
bizarrerie
de
ne
pas
voir
qu’il
est
plus
naturel
de
s’en
rap:
porter
à
un
aveü
volontaire
qu’à
un
désaveu
ar-
raché
par
la
violence!
ou
que
celui
qui
nie
par
force
peut
bien
ne
le
pas
faire
de
bonne
foi,
et
qu’il
peut
arriver
qu'après
avoir
été
renvoyé
ab-
sous,
et
chrétien
comme
auparavant,
il
ne
se
moque
de
votre
crédule
intolérance!
Puis
donc
que
vous
en
usez
en
tout
avec
nous
tout
autre:
ment
qu'avec
les
autres
coupables,
que
vous
n’exigez
de
nous
qu’une
chose,
c’est-à-dire
qué
nous
abjurions
le
nom
de
chrétien
(nous
l’abju…
rons,
säns
doute,
dès
que
nous
faisons
ce
que
font
ceux
qui
ne
sont
pas
chrétiens),
vous
sentez
bien
vous-mêmes
que
dès
lors
notre
nom
seul
consulia,
hoc
principum
mandata
definiunt.
Hoc
impe:
riüm
cujus
ministri
estis,
civilis,
non
{yrannica
domina:
tio
est
:
apud
tyrannos
enim
tormenta
etiam
pro
pœna
ad:
bibentur;
apud
vos,
soli
quæstioni
temperantur
:
vestrat…
illis
servale
legem
usque
ad
confessionem
;
si
confessione
præveniantur,
vacabunt
:
sententia
opus
est
,
debitopoœnæ
nocens
expungendus
est,
non
eximendus
:
denique
nemo.
illum
gestit
absolvere
:
non
licet
hoc
velle
;
ideo
nec
cogi:
tur
quisquam
negare.
Christianum
hominem
omnium
sue:
lerum
reum
,
deorum,
imperatorum,
legum,
morum,
naturæ
totius
inimicum
existimas
,
et
cogis.
negare
ut
ab:
solvas,
quem
non
poteris
solvere
nisi
hegavérit:
prævari:
caris
in
leges
:
vis
ergo
neget
se
nocentem
,
Ut
eum
facias
innocentem
;
et
quidem
invitum
jam,
nec
de
‘præterilo
reum?
unde
ista
perversitas,
ut
etiamillud
non
recogitetis,
sponte
confesso
magis
credendum
esse,
quam
per
vim
ne:
ganti;
vel
ne,
compulsus
negare
;
non
ex
fide
negarit;
et
absolutus,
ibidem
post
tribunal,
de
vestra
rideat
æmu:
latione
iterum
Christianus
?
Cum
igitur
inomnibus
nos
ali:
ter
disponitis
quam
cæteros
nocentes,
id
unum
confen-
dendo,
ut
de
eo
nomine
excludamur
(excludimur
enim,
si
facimus
que
faciunt
non
Christiani
,
intelligere
poteslis
=
__
APOLOGÉTIQUE.
q
fait
tout
notre
crime,
qu'il
est
l'unique
objet
de
votre
haine:
haine
intolérante
etaveugle,
dont
le
premier
effet
est
de
vous
empêcher
de
connaf-
tre
ce
que
vous
ignorez
sciemment.
Aussi
croyez-
vous
sur
notre
compte
ce
qui
n’a
jamais
été
prouvé,
sans
vouloir
prendre
aucune
information,
de
peur
de
trouver
des
preuves
du
contraire.
Vous
aimez
à
conserver
vos
préjugés,
pour
pou-
voir,
sur
notre
seule
confession,
condamner
un
nom
qui
vous
estodieux.
C’est
pour
cela
BE
’on
nous
met
à
la
torture
si
nous
confessons,
qu’on
nous
condamne
à
la
mort
si
nous
persévérons
,
qu’on
nous
absout
si
nous
nions,
parce
qu'on
ne
fait
la
guerre
qu’à
notre
nom.
Enfin,
pourquoi,
dans
vos
arrêts,
ne
nous
condamnez-vous
que
comme
chrétiens,
et
non
pas
comme
homicides,
comme
incestueux,
comme
coupables,
en
un
mot,
de
tous
les
crimes
que
vous
nous
imputez?
Nous
sommes
les
seuls
dont
vous
sembliez
rou-
gir
ou
dédaigner,
en
nous
condamnant,
denom-
mer
les
crimes.
Mais
si
le
nom
de
chrétien
n
est
celui
d’aueun
crime,
n'est-il
pas
contraire
à
toute
raison
de
nous
faire
un
crimc_
de
ce
nom
seul?
III.
Que
dis-je?
La
haine
que
la
plupart
ont
pour
ce
nom
les
aveugle
à
tel
point,
que,
même
en
louant
un
chrétien
en
tant
qu'homme,
ils
ui
fontun
crime
deson
nom.
C’est
un
homme
de
bien,
dit-on,
que
Caïus
Séius;
mais
c’est
un
chrétien.
Je
m
‘étonne,
dit
un
autre
;
qu'un
homme
aussi
éclairé
que
Lucius
se
soit
tout
d’un
coup
fait
chré-
tien.
Personne
ne
remarque
que
Caïus
n’est
ver-
tueux,
ni
Luciusunhommeéclairé,
que
parcequ'ils
sont
chrétiens;
ou
qu'ils
ne
sont
devenus
chré-
tiens
que-parce
que
l’un
était
un
homme
éclairé,
et
Vautre
un
homme
de
bien.
Nos
ennemis
lotent
ce
qu'ils
connaissent,
blâment
ce
qu’ils
ne
connais-
non
scelus
aliquod
in
causa
esse,
sed
nomen
quod
quædam
ratio
æmulæ
operationis
insequitur
,
hoc
primum
agens
ut
homines
nolint
scire
pro
certo
quod
se
nescire
pro
certo
sciunt
:
ideo
et
credunt
de
nobis
quæ
non
probantur
et
no-
Junt
inquiri,
ne
probentur
non
esse
quæ
malunt
credi
esse,
ut
nomenillius
æmulærationis
inimicum,
præsumplis
non
probatis
criminibus,
de
sua
sola
confessione
damnetur
:
ideo
torquemur
confitentes
,
et
punimur
perseverantes,
et
absolvimur
negantes,
quia
nominis
prælium
est.
Denique,
quid
de
tabella
recitatis
illum
Christianum,
eur
non
et
homicidam
?
si
homicida
Christianus
,
cur
non
et
incesius
?
vel
quodcumqne
aliud
esse
non
creditis?i
in
nobis
solis
pu-
det
aut
piget
ipsis
nominibus
scelerum
pronunliare.
Chris-
tianus
si
nullius
criminis
nomen
est,
valde
ineptum
si
so-
lius
nominis
crimen
est.
”
IH.
Quid?
quod
ita
plerique
clausis
oculis
in
odium
ejus
impingunt,
ut
bonum
alicui
testimonium
ferentes
,
admisceant
nominis
exprobrationem
:
Bonus
vir
Caius
Seius,
tantum
quod
Christianus.Item
alius
:
Ego
miror
Lu-
cium
sapientem
virum
repente
factum
Christianum.
Nemo
retractat,
ne
ideo
bonus
Caius,
et
prudens
Lucius,
quia
Christianus;
aut
ideo
Christianus,
quia
prudens
et
bonus.
Laudant
quæ
sciunt;
vituperant
quæ
ignorant
:
et
id
quod
sent
pas,
et
gâtent
le
mérite
de
ce
qu'ils
savent
par
ce
qu’ils
ignorent
;
tandis
qu'il
serait
plus
rai-
sonnable
de
juger
ce
qu'on
ne
voitpas
par
cequ’on
voit,
que
de
condamner
ce
qu’on
voit
par
ce
qu’on
ne
voit
pas.
D’autres,
croyant
décrier
des
chré-
tiens
qu’ils
connaissaient,
avant
leur
conversion,
pour
des
gens
sans
lois
ni
mœurs,
ne
s’aperçoi-
vent
pas
qu'ils
font
leur
éloge
:
tant
la
passion
les
aveugle.
Quoi!
dit-on,
cette
femme
qui
était
si
libre,
si
galante;
ce
jeune
homme
autrefois
si
joueur,
si
débauché:
les
voilà
devenus
chrétiens
!
N'est-ce
pas
faire
honneur
de
leur
changement
au
nom
qu'ils
portent?
Il
s’en
trouve
qui
sacrifient
leurs
propres
intérêts
à
leur
haine,
qui
aiment
mieux
se
nuire
que
de
transiger,
même
à
leur
avantage,
avec
un
nom
qui
leur
est
odieux.
Un
mari,
quoique
forcé
de
n’être
plus
jaloux,
ré—
pudie
une
femme
devenue
chaste.
Un
père
dés-
hérite
un
fils
désormais
soumis,
dont
il
souffrait
auparavant
les
désordres.
Un
maitre
chasse
un
esclave
fidèle,
qu'il
avait
traité
jusque-là
avec
douceur.
Plus
on
s’amende
en
devenant
chrétien,
plus
on
se
rend
odieux
:
tant
la
haine
du
nom
chrétien
l'emporte
sur
le
bien
dont
il
est
le
prin-
cipe.
C’est
donc
le
nom,
le
nom
seul
qu’on
dé-
teste!
Mais
de
quoi
un
mot
peut-il
être
coupable?
de
quoi
peut-on
accuser
un
son
qui
frappe
l’air,
si
ce
n’est
peut-être
de
choquer
l'oreille,
ou
d’é-
veiller
dans
l’esprit
quelque
idée
de
funeste
pré-
sage,
d’injure
ou
d’impureté?
Rien
de
tout
cela
dans
le
mot
christianus,
dérivé
d’un
mot
grec
qui
signifie
onction.
Il
signifie
encore
douceur,
lorsqu'on
le
prononce
peu
correctement
par
une,
comme
vous
le
faites
(car
l'étymologie
même
de
notre
nom
ne
vous
est
pas
bien
connue).
Ilest
done
vrai
qu’on
hait
un
nom
innocent
dans
des
hommes
sciunt,
eo
quod
ignorant,
corrumpunt;
cum
sit
justius
occulta
de
manifestis
præjudicare,
quam
manifesta
de
oc-
cultis
prædamnare.
Alii,
quos
retro
ante
hoc
nomen
va-
5os,
viles,
improbos
noverant,
ex
ipso
denotant
quo
lau-
dant
:
cæcitate
odii
in
suffragium
impingunt.
Quæ
mulier
!
quam
lasciva
,
quam
festiva!
Qui
juvenis!
quam
lusius!
quam
amasius!
Facti
sunt
Christiani.
Ita
nomen
emenda-
tioni
imputatur.
Nonnulli
etiam
de
utilitatibus
suis
cum
odio
isto
paciscuntur
,
contenti
injuria,
um
ne
domi
ha-
beant
quod
oderunt.
Uxorem
jam
pudicam
maritus
jam
non
zelotypus
ejecit
:
filium
jam
subjectum
pater
retro
pa-
tiens
abdicavit
:
servum
jam
fidelem
dominus
olim
mitis
ab
oculis
relegavit.
Ut
quisque
hoc
nomineemendatur,
of-
fendit.
Tanti
non
est
bonum,
quanti
est
odium
Christia-
norum.
Nunc
igitur,
si
nominis
odiumest,
quis
nominum
reatus
?
quæ
accusatio
vocabulorum
?
nisisi
aut
barbarum
sonat
aliqua
vox
nominis,
auf
infaustum,
aut
maledicum,
aut
impudicum?
Christianus
vero,
quantum
interpretatio
est,
de
unctione
deducitur.
Sed
et
cum
perperam
aut
Christianus
pronuntiatur
a
Vohis
(nam
nec
nominis
cerla
est
notitia
penes
vos),
de
suavitate
vel
benignilate
com-
positum
est.
Oditur
itaque
in
hominibus
innocuis
etiam
nomen
innocuum.
At
enim
secta
oditur
in
nomine
utiqne
10
TERTULLIEN.
innocents.
C’est,
dit-on,
la
secte
qu’on
baïit
dans
le
nom
de
son
auteur.
Mais
est-ce
une
chose
nou-
velle
que
les
disciples
prennent
le
nom
de
leur
maitre?
D'où
vient
le
nom
des
platoniciens,
des
épicuriens,
des
pythagoriciens?
Les
stoïciens
ont
emprunté
le
leur
du
lieu
de
leurs
écoles
;
les
médecins,
d’Erasistrate;
les
grammairiens,
d’À-
ristarque
;
les
cuisiniers,
d’Apicius.
Voit-on
qu’on
leur
fasse
un
crime
d’avoir
adopté,
avec
la
doc-
trine,
le
nom
de
son
auteur?
Sans
doute
si
Pon
prouve
qu'une
secte
est
pernicieuse,
que
son
au-
teur
ne
l’est
pas
moins,
on
prouvera
que
le
nom
est
pernicieux,
digne
de
haine,
mais
à
cause
de
la
secte
et
de
l’auteur.
C’est
pour
cela
qu'avant
de
prendre
en
haine
le
nom
de-chrétien,
il
con-
venait
de
s’enquérir
de
la
secte
par
l'auteur,
ou
de
l'auteur
par
la
secte.
Mais
ici,
sans
informa-
tion
,
sans
éclaircissement
ni
sur
la
secte
ni
sur
l'auteur,
on
s'attaque
au
nom,
on
ne
persécute
que
le
nom;
on
condamne
la
secte
et
l’auteur
sans
établir
leur
culpabilité,
et
sur
leur
nom
seul.
IV.
Après
ces
observations
préliminaires,
qui
m'ont
paru
indispensables
pour
flétrir
l'injustice
de
la
haine
publique
dont
nous
sommes
Pobjet,
j'entreprends
de
prouver
directement
notre
in-
nocence,
non-seulement
en
réfutant
ce
dont
vous
nous
accusez,
mais
en
rétorquant
contre
vous
vos
propres
accusations
;
afin
que
vous
sachiez
tous
que
les
chrétiens
ne
commettent
aueun
des
crimes
qu'on
leur
impute,
comme
vous
savez
pertinemment
que
vous
les
commettez
;
afin
que
vous
rougissiez
d’accuser,
jenedis
pas
des
hommes
irréprochables,
pendant
que
vous
êtes
vous-mé-
mes
l’opprobre
de
l'humanité,
mais
des
hommes
qui,
comme
chrétiens,
sont
à
vos
yeux
coupables
sui
auctoris.
Quid
novi,
si
aliqua
disciplina
de
magistro
cosnomentum
sectatoribus
suis
inducit?
nonne
philosophi
de
auctoribus
suis
nuncupantur,
Platonici,
Epicurei,
Pythagorici?
etiam
a
locis
conventiculorum
et
stationum
suarum,
Stoïci,
Academici
?
æque
medici
ah
Erasistrato,
et
grammatici
ab
Aristarcho,
coqui
etiam
ab
Apicio?
nec
famen
quemquam
offendit
professio
nominis
cum
institu-
tione
transmissi
ab
institutore.
Plane
si
qui
probavit
ma-
lam
sectam,
et
ita
malum
et
auc{orem
;
is
probabit
et
no-
men
malum,
dignum
odio
de
reatu
sectæ
et
auctoris
:
ideoque
anfe
odium
nominis
compefebat
prius
de
auctore
sectam
recognoscere,
vel
auctorem
de
secla.
A
nunc
utriusque
inquisilione
et
agnitione
neglecta,
nomen
de-
tinetur
,
nomen
expugnatur
:
et
ignotam
sectam,
ignotum
et
auctorem
vox
sola
prædampat,
quia
nominantur
;
non
quia
revincun{ur.
IV.
Atque
adeo
quasi
præfatus
hæc
ad
sugillandam
odii
erga
nos
publici
iniquitatem,
jam
de
causa
innocentiæ
con-
sistam
;
nec
tantum
refutabo
quæ
nobis
objiciuntur,
sed
etiam
in
ipsos
retorquebo
qui
cbjiciunt
:
ut
ex
hoc
quoque
Sciant
omnes
in
Christianis
non
esse
quæ
in
se
non
nes-
ciunt
esse;
simul
uti
erubescant
accusantes,
non
dico
pes-
simi
oplimos,
sed
jam,
ut
volunt
;
COmMpares
suos,
Res-
de
tous
les
crimes,
et
partant
vos
complices
et
vos
pareils.
Je
discuterai
done
chacune
des
choses
que
vous
nous
accusez
de
faire
en
secret
et
que
vous
faites
en
publie,
et
pour
lesquelies
vous
nous
regardez
comme
les
plus
corrompus,
les
plus
mé-
prisables
et
les
plus
punissables
de
tous
les
hommes.
Mais
en
vain
la
vérité
aura-t-elle
ré-
pondu
à
tout
par
notre
bouche,
vous
lui
opposez
l’autorité
de
vos
lois,
après
lesquelles,
dites-vous,
il
n’est
pas
permis
d'examiner,
et
que
la
nécessité
de
l’obéissance
vous
force
à
préférer,
malgré
VOUS,
à
la
vérité.
Commençons
par
diseuter
ce
qui
re-
garde
ces
lois
dont
vous
êtes
les
ministres.
Lors-
que
vous
prononcez
durement,
irrévocablement
;
Il
ne
vous
est
pas
permis
d'étre
chrétiens,
ne
vous
montrez-vous
pas
injusteset
souverainement
iyranniques,
en
prétendant
que
cela
ne
nous
est
pas
permis
parce
que
telle
est
votre
volonté,
et
non
parce
qu’en
effet
cela
ne
doit
pas
l’étre
?
Si
c’est
au
nom
de
la
vérité
que
vous
ne
voulez
pas
que
cela
Soit
permis,
sans
doute
ce
qui
est
mal
doit
être
défendu,
de
même
que
tout
ce
qui
est
bien
doit
être
permis.
Si
donc
je
réussis
à
prou-
ver
que
la
religion
que
proscrit
votre
loi
est
un
bien,
j’aurai
prouvé
que
cette
loi
n’a
pu
la
pros-
crire,
comme
elle
aurait
droit
de
le
faire
si
cé.
tait
un
mal.
Si
votre
loi
s’est
trompée,
c’est
qu'elle
est
l’œuvre
de
l’homme;
car
elle
n’est
point
tombée
du
ciel.
Doit-on
s’étonner,
en
effet,
qu'un
législateur
ait
pu
se
tromper,
et
qu'il
se
soit
réformé
lui-même?
Les
Lacédémoniens
n’ont-
ils
pas
corrigé
les
lois
de
Lycurgue?
et
celui-ci
ne.
se
fit-il
pas
justice
de
cet
affront,
en
se
condam-
nant
lui-même
à
mourir
de
faim
dans
le
lieu
de
sa
retraite?
Et
vous-mêmes,
ne
vous
voit-on
pas
porter
le
flambeau
de
l'expérience
dans
les
ténè-
pondebimus
ad
singula
quæ
in
occulto
admittere
dicimur,
quæ
palam
adinveniuntur,
in
quibus
scelesti,
in
quibus.
vani,
in
quibus
damnandi,
inquibus
irridendi
deputa-
mur.
Sed
quoniam,
cum
ad
omnia
occurrit
veritas
n0S-
Wa,
postremo
legum
obstruitur
auctoritas
adversus
eam,
ut
aut
nihil
dicatur
retractandum
esse
post
leges,
aut
in-
gratis
necessitas
obsequii
præferatur
veritati;
de
lesibus
prius
consistam
vobiscum,
ut
cum
tutoribus
lesgum.
Jam
primum
,
cum
dure
definitis
,
dicendo,
Non
licet
esse
VOS,
et
hoc
sine
ullo
retractatu
humaniore
præscribitis,
vim.
profitemini,
et
iniquam
ex
arce
dominationem
,
si
ideo
negatis
licere
quia
vultis,
non
quia
debuit,
non
licere,
Quod
si
quia
non
debet,
ideo
non
vuitis
licere,
sine
dubio
id
non
debet
licere
quod
male
fit
,
etutique
hoc
ipso
præ-.
judicatur
licere
quod
bene
fit.
Si
bonum
invenero
esse,
quod
lex
tua
prohibuit,
nonne
ex
illo
præjudico
prohi-
bere
eam
non
posse
quod,
si
malum
esset,
jure
prohibe-
ref?
Si
lex
tua
erravit,
puto
ab
homine
concepta
est
:
neque
enim
de
cϾlo
ruit.
Miramini
hominem
ant
errare
pofuisse
in
lege
condenda
,
aut
resipuisse
in
reprobanda
?
Non
enim
et
ipsius
Lycurei
leges
a
Lacedæmoniis
emendafæ
tantum
auctori
suo
doloris
incusserunt,
ut
in
secessu
inedia
de
semetipso
judicarit
?
Nonne
et
vos
quotidie
,
experimentis
#
APOLOGÉTIQUE.
11
bres
de
l'antiquité,
et
chaque
jour
émonder,
par
des
rescrits
et
des
édits
émanés
des
princes,
l'immense
et
confuse
forêt
de
vos
lois?
L’empe-
reur
Sévère,
tout
ennemi
qu'il
est
des
innova-
tions,
n'a-t-il
pas
naguère
abrogé
une
loi
réprou-
vée
par
la
raison,
quelque
vénérable
qu’elle
fût
par
son
antiquité,
la
loi
Papia,
qui
ordon-
nait
d’avoir
des
enfants
avant
le
temps
fixé
pour
le
mariage
par
la
loi
Julia?
Cette
loi
barbare,
qui
permettait
au
créancier
de
couper
en
MOrCeaux
un
débiteur
insolvable,
a
été
abolie
d’un
commun
consentement
par
le
peuple
romain;
et
la
peine
de
mort
a
été
commuée
en
une
peine
infamante.
Au
lieu
de
répandre
son
sang,
On
à
voulu
qu’il
fit
rougir
le
front
du
banqueroutier,
que
là
loi
se
contente
à
présent
de
punir
par
la
confiscation
de
ses
biens.
Que
de
réformes
il
vous
reste
à
faire
dans
une
multitude
de
lois
dont
vous
ne
con-
naissez
pas
les
défauts,
s’il
est
vrai
que
ce
n’est
ni
leur
ancienneté
ni
la
dignité
de
leurs
auteurs,
mais
l'équité
seule,
qui
les
rend
respectables!
car
dès
qu’elles
sont
reconnues
injustes,
on
à
droit
de
les
condamner,
ces
mêmes
lois
qui
nous
eondamnent.
Je
dis
injustes
:
je
devrais
dire
in-
‘
sensées,
quand
nous
veyons
qu’elles
punissent
un
nom,
un
mot.
Si
ce
sont
les
actions
qu’elles
doivent
atteindre
et
punir,
pourquoi
done,
quand
il
s’agit
de
nous,
les
punissent-elles
sur
la
seule
confession
de
notre
nom,
tandis
que
quand
il
s’a-
pit
de
tout
autre
accusé,
elles
ne
les
punissent.que
sur
la
preuve
du
fait?
Je
suis
incestueux
:
pour-
quoi
n’informe-t-on
pas
contre
moi
?
infanticide
:
que
ne
me
met-on
à
la
question
?
coupable
envers
les
dieux,
envers
les
Césars
:
pourquoi
ne
pas
entendre
ma
justification?
Il
n’y
a
point
de
loi
qui
défende
d'examiner
les
preuves
du
crime
illuminantibus
tenebras
antiquitatis,
totam
illam
veterem
et
squalentem
silvam
legum
novis
principalium
rescripto-
rum
et
edictorum
securibus
rustatis
et
cæditis?
Nonne
va-
nissimas
Papias
leses,
quæ
ante
liberos
suscipi
cogunt
quam
Juliæ
matrimonium
contrahi,
post
tantæ
auclorita-
tis
senectutem,
heri
Severus
conslantissimus
principum
exclusit?
Sed
et
judicatos
retro
in
partes
secari
à
creditori-
.
bus
leses
erant
:
consensu
tamen
publico
crudelitas
post-
ea
erasa
;
est
in
pudoris
notam
capitis
pœna
conversa;
bo-
norum
adhibita
proscriptio
suffundere
maluit
hominis
sanguinem,
quam
effundere.
Quot
adhuc
vobis
repur-
gandæ
latent
leges
!
quas
neque
annorum
numerus
,
neque
conditorum
dignitas
commendat,
sed
æquitas
sola;
et
ideo
,
cum
iniquæ
recognoscuntur,
merito
damnantur
,
li-
cet
damnent.
Quomodo
iniquas
dicimus?
imo
si
nomen
puniunt,
etiam
stultas
:
si
vero
facta,
cur
in
nobis
de
so-
lo
nomine
puniunt
facta
quæ
in
aliis
de
admisso,
non
de
nomine,
probanda
definiunt?
Incestus
sum,
Cur
non
re-
quirunt?
infanticida,
ur
non
extorquent?
in
deos,
in
Cæ-
sares
aliquid
committo,
cur
non
audior
si
quid
habeo
quo
purger
?
Nulla
lex
vetat
discuti
quod
prohibet
admilti
:
quia
neque
judex
juste
ulciscitur,
nisi
cognoscatadmissum
esse
quod
non
licet;
neque
civis
fideliter
legi
obsequitur,
qu’elle
condamne
;
il
n'y
a
point
de
juge
en
droit
de
punir,
s’il
ne
sait
qu'un
crime
a
été
commis;
il
n’y
a
point
de
citoyen
qui
puisse
observer
la
loi,
s’il
ne
sait
ce
qu’elle
punit.
Ce
n’est
pas
as-
sez
que
la
loi
ait,
pour
ainsi
dire,
la
conscience
de
son
équité
:
il
faut
qu'elle
la
fasse
connaître
à
ceux
dont
elle
exige
l’obéissance.
Elle
est
sus—
pecte
quand
elle
ne
veut
pas
qu'on
l'examine;
elle
est
tyrannique
quand
elle
commande
une
obéissance
aveugle.
V.
Pour
remonter
à
l’origine
des
lois
qui
re-
gardent
la
religion,
un
ancien
décret
défendait
aux
empereurs
de
consacrer
aucune
divinité
sans
l'approbation
du
sénat.
M.
Émilius
l’a
appris
à
l'occasion
de
son
dieu
Alburnus.
Et
il
n’est
pas
indifférent
pour
notre
cause
de
faire
remarquer
que,
chez
vous,
c’est
le
caprice
de
l'homme
qui
décide
de
la
divinité.
Si
le
dieu
ne
plaît
pas
à
l’homme,
il
ne
sera
point
dieu;
c'est
l'homme
qui
doit
être
propice
au
dieu.
Tibère
,
sous
qui
le
nom
chrétien
est
entré
dans
le
siècle,
rendit
compte
au
sénat
des
preuves
de
sa
divine
origine,
qu’il
avait
reçues
de
la
Palestine,
et
les
appuya
de
son
suffrage.
Le
sénat,
n'ayant
point
partagé
le
sen-
timent
de
l’empereur,
les
rejeta.
Mais
Tibère
persista,
et
menaça
de
son
animadversion
ceux
qui
accuseraient
les
chrétiens.
Consultez
vos
an-
nales,
et
vous
verrez
que
Néron,
sous
qui
la
re-
ligion
chrétienne
a
commencé
de
paraître
à
Rome,
est
le
premier
qui
ait
tiré
contre
elle
le
glaive
impérial,
et
sévi
contre
ses
sectateurs
avec
une
cruauté
digne
de
lui.
Mais
nous
tenons
à
honneur
de
l'avoir
à
la
tête
de
nos
persécuteurs;
car
qui
connait
Néron
ne
saurait
douter
que
ce
que
Né-
ron
2.condamné
ne
soit
un
grand
bien.
Domitien,
qui
avait
hérité
d’une
partie
de
la
cruauté
de
Né.
ignorans
quale
sit
quod
ulciscitur.
Nulla
lex
sibi
soli
cons-
cientiam
justitiæ
suæ
debet,
sed
eis
à
quibus
obsequium
expectat.
Cæterum
suspecta
lex
est
quæ
probari
se
non
vult
;
improba
autem,
si
non
probata
dominetur..
Y.
Ut
de
origine
aliquid
retractemus
ejusmodi
legum,
velus
erat
decretum,
Ne
quis
deus
ab
imperafore
conse-
craretur
,
nisi
a
senatu
probatus.
Scit
M.
Æmilius
de
deo
suo
Alburno.
Facit
et
hoc
ad
causam
nostram
,
quod
apud
vos
de
humano
arbitratu
divinitas
pensitatur
:
nisi
homini
deus
placuerit,
deus
non
erit;
homo
jam
deo
propitius.
esse
debebit.
Tiberius
ergo
,
cujus
tempore
nomen
Chris-
tianum
in
sæculum
intravit,
annuntiata
sibi
ex
Syria
Pa-
lestina
quæ
illic
veritatem
istius
divinitatis
revelarant
de-
tulit
ad
senatum
cum
prærogativa
suffragii
sui,
Senafus
,
quia
non
ipse
probayerat,
respuit
:
Cæsar
in
sententia
mansit,
comminatus
periculum
accusatoribus
Christiano-
rum.
Consulite
commentarios
vestros
:
illic
reperielis
pri-
mum
Neronem
in
hanc
sectam
cum
maxime
Romæ
orien-
tem
Cæsariano
gladio
ferocisse.
Sed
tali
dedicatore
dam-
niutionis
nostræetiam
gloriamur.
Qui
enim
scit
illum,
in-
telligere
potest
non
nisi
grande
aliquod
bonum
a
Nerone
damnatum.
Tentaverat
et
Domitianus,
portio
Neronis
de
crudelitate
;
sed
qua
et
homo,
facile
cœptum
repressit,
res-
12
ron,
voulut
suivre
l'exemple
de
son
prédéces-
seur;
mais
comme
il
lui
restait
encore
quelque.
chose
de
l'homme,
il
s’arrêta
bientôt,
et
rappela
même
ceux
qu'il
avait
exilés.
Voilà
quels
ont
été
dans
tous
les
temps
nos
persécuteurs,
des
hom-
mes
injustes
,
impies,
infâmes
:
vous-mêmes
vous
n'hésitez
pas
à
les
condamner,
et
vous
réhabilitez
ceux
qu'ils
ont
condamnés.
Au
contraire,
de
tous
les
princes
qui
ont
connu
les
lois
divines
et
hu-
maines,
nommez-en
un
seul
qui
ait
persécuté
les
chrétiens.
Nous
pouvons
même
en
nommer
un
qui
s'est
déclaré
leur
protecteur,
le
sage
Marc-
Aurèle.
Qu'on
lise
la
lettre
où
il
atteste
que
la
soif
cruelle
qui
désolait
son
armée
en
Germa-
nie
fut
apaisée
par
la
pluie
que
le
ciel
accorda
aux
prières
des
soldats
chrétiens.
S'il
ne
révoqua
pas
expressément
les
édits
contre
les
chrétiens,
du
moins
les
rendit-il
sans
effet,
en
établissant
des
peines,
même
plus
rigoureuses,
contre
leurs
accusateurs.
Qu'est-ce
donc
que
ces
lois,
qui
ne
sont
exécutées
que
par
des
princes
impies,
in-
justes,
infâmes,
cruels,
extravagants,
insensés
;
que
Trajan
a
éludées
en
partie,
en
défendant
de
rechercher
les
chrétiens
;
que
n’ont
jamais
auto-
risées
ni
un
Adrien,
qui
voulait
tout
savoir;
ni
un
Vespasien,
le
destructeur
des
Juifs;
ni
un
An-
tonin,
ni
un
Vérus?
Cependant
c'était
à
des
princes
vertueux,
vengeurs
naturels
du
crime,
à
exterminer
une
secte
de
scélérats,
et
non
pas
à
d'autres
scélérats.
VI.
Que
ces
grands
zélateurs
des
lois
et
des
institutions
de
leurs
pères
me
disent
maintenant
s'ils
les
ont
respectées
toutes,
s’ils
les
ont
tou
jours
observées
scrupuleusement,
s'ils
n’ont
pas
laissé
tomber
en
désuétude
les
règlements
les
plus
sages
et
les
plus
nécessaires
au
maintien
de
l’ordre
et
litutis
etiam
quos
relegaverat.
Tales
Semper
nobis
insecu-
tores,
injusti,
impi,
urpes,
quos
et
ipsi
damnare
con-
Suelis
,
a
quibus
damnatos
restituere
soliti
estis.
Cæterum
de
tot
exinde
principibus
ad
hodiernum,
divinum
huma-
numque
sapientibus
,
edite
aliquem
debellatorem
Chrislia-
horum.
At
nos
e
contrario
edimus
protectorem
;
si
litteræ
Marci
Aurelii
grayissimi
imperatoris
requirantur,
quibus
illai
Germanicam
sitim
Christianorum
forte
militum
pre-
cationibus
impetrato
imbri
discussam
contestatur
:
sicut
non
palam
ab
ejusmodi
hominibus
pœnam
dimovit,
ita
alio
modo
palam
dispersit,
adjecta
etiam
a
cusatoribus
dampnatione,
et
quidem
tetriore.
Quales
ergo
leges
istæ,
quas
adversus
nos
soli
exsequuntur
impii,
injusti,
furpes,
truces,
vani,
dementes?
quas
Trajanus
ex
parte
frustra-
tusest,
vetando
inquiri
Christianos
;
quas
nullus
Hadria-
AUS,
quamquamn
curiositatum
omnium
explorator
;
nullus
Vespasianus,
quanquam
Judæorum
debellator;
nullus
Pius,
nullus
Verus
impressit.
Facilius
utique
pessimi
ab
Optimis
quibusque,
ut
ab
æmulis,
quam
a
suis
sociis
era.
dicandi
jndicarentur.
VE
Nunc
religiosissimi
legum
et
pafernorum
instiluto-
rum
protectores
et
culiores
respondeant,
velim,
de
sua
fide
et
honore
et
obsequio
érga
majorum
consulta,
si
a.
nullo
desciverunt?
si
in
nullo
exorbitaverunt?
si
non
ne-
TERTULLIEN,
des
mœurs.
Que
sont
devenues
ces
lois
si
sévères,
contre
le
luxe
et
l’ambition,
qui
ne
permettaient
.
Pas
que
la
dépense
d’un
repas
se
montät
à
plus
de
cent
as;
qui
défendaient
d’y
servir
plus
d’une.
volaille,
encore
n’était-il
pas
permis
qu’elle
fût
grasse
;
qui
retranchaient
du
sénat
un
patricien
possesseur
de
dix
livres
d'argent,
comme
con-
vaincu
par
là
d’une
ambition
démesurée;
qui
faisaient
raser
les
théâtres
à
peine
élevés,
comme
n'étant
propres
qu'à
corrompre
les
mœurs
;
qui
ne
Souffraient
pas
qu’on
usurpât
impunément
les
insignes
des
dignités
et
de
la
noblesse?
Je
vois
à
présent
donner
des
repas
nommés
centenaires,
parce
qu'ils
coûtent
cent
mille
sesterces.
Je
vois.
l'argent
des
mines
converti
en
vaisselle,
je
ne
dis
pas
chez
des
sénateurs,
mais
chez
des
affran-…
chis,
chez
des
esclaves
encore
tout
flétris
de
leurs
fers.
Je
vois
qu’on
multiplie
les
théâtres
>
qu’on
les
met
à
couvert
des
injures
de
l'air.
Sans
doute,
c'était
pour
garantir
du
froid
les
membres
déli-
cats
de
voluptueux
spectateurs,
que
les
Lacé-
démoniens
inventèrent
autrefois
leurs
pesants
manteaux.
Je
vois
les
dames
romaines
s’habiller
comme
les
prostituées,
et
ne
pas
rougir
de
se
voir
confondues
avec
l’approbre
de
leur
sexe.
Ces
anciennes
coutumes,
qui
maintenaient
les
femmes
dans
la
modestie
et
la
tempérance
sont
abolies.
Autrefois
les
femmes
ne
portaient
point
d'or,
à
l'exception
de
l'anneau
nuptial
que
leurs
maris
leur
avaient
mis
au
doigt.
L'usage
du.
_
vin
leur
était
si
rigoureusement
interdit,
qu’une
femme
fut
condaranée
par
sa
famille
à
mourir.
de
faim
pour
avoir
ouvert
un
cellier.
Sous
Ro-
mulus,
Mécénius
tua
impunément
sa
femme,
qui
n'avait
fait
que
goûter
du
vin.
Les
femmes
_
étaient
obligées
d’embrasser
leurs
parents,
pour
cessaria,
el
aptissima
quæque
disciplinæ
oblitteraverunt.
Quonam
ïllæ
leges
abierunt,
sumptum
et
ambitionem
comprimentes?
quæ
centum
æra
non
amplius
in
cœnant…
subscribi
jubebant,
nec
amplius
quam
unam
inferri
galli:
nain,
et
eam
non
saginatam?
quæ
patricium,
quod
decem,
pondo
argenti
habuïsset,
pro
magno:titulo
ambitionis
se:
nafu
summovebant?
quæ
theatra
stuprandis
moribus,
orientia
statim
destruebant?
quæ
dignitatum
ét
honestorum
natalium
insignia
non
temere
nec
impune
usurpari
sine.
bant?
Video
enim
et
centenarias
cœnas
a
centenis
jam
ses-
terliis
dicendas
,
et
in
lances
(parum
est
si
senalorum,
ét.
non
libertinorum,
vel
adhuc
flagra
rumpentium)
argen-
taria
metalla
producta.
Video
et
theatra,
nec
singula
satis
esse,
nec
nuda
:
nam
ne
vel
hieme
voluptas
impudica
Fri
geret,
primi
Lacedæmonii
odium
penulæ
ludis
excogitave:
runt.
Video
et
inter
matronas
atque
prostibulas
nullum
de
babitu
discrimen
relictum.
Circa
foœminas
quidem
etiam
2e
illa
majorum
instituta
ceciderunt,
quæ
modestiæ,
quæ
s0-
brietati
patrocinabantur
;
cum
aurum
nulla
norat,
præter
unico
digito
quem
sponsus
oppignerasset
pronubo
annulo;
cum
mulieres
usque
adeo
vino
abstinerent,
ut
matronam
ob
resignatos
cellæ
vinariæ
loculos
sui
inedia
necarint
:
sub
Romulo
vero
quæ
vinum
aftigerat,
impune
a
Mecenio
marito
trucidata
est
:
idcirco
et
oscula
propinquis
offerre
APOLOGÉTIQUE.
13
qu’on
püt
s'assurer
par
leur
haleine
si
elles
n’a-
vaient
pas
enfreint
cette
défense.
Qu'est
deve-
nue
cette
antique
félicité
du
mariage,
fondée
sur
la
pureté
des
mœurs,
qui
en
cimenta
tel-
lement
l’harmonie,
que
pendant
près
de
six
cents
ans
il
n’y
eut
pas
un
séul
exemple
de
divorce
?
Aujourd’hui
tout
le
corps
d’une
femme
plie
sous
le
poids
de
l'or;
et
si
elles
embras-
sent
quelqu'un,
ce
n’est
qu’en
tremblant.
Le
divorce
est
le
vœu
et
comme
le
fruit
du
mariage.
Religieux
observateurs
des
traditions
de
vos
an-
cêtres,
qu'avez-vous
fait
de
leurs
sages
ordon-
nances
sur
le
culte
des
dieux?
Les
consuls,
con-
formément
au
décret
du
sénat,
avaient
chassé
Bacchus
et
ses
mystères
non-seulement
de
Rome,
mais
de
l'Italie
entière.
Les
consuls
Pison
et
Ga-
binius,
qui
cependant
n'étaient
pas
chrétiens,
avaient
interdit
l'entrée
du
Capitole,
c’est-à-dire
du
palais
des
dieux,
à
Sérapis,
à
Isis,
à
Har-
pocrate,
à
celui
qu’on
représente
avec
une
tête
de
chien;
ils
avaient
ordonné
qu’on
renversât
leurs
autels,
pour
arrêter
les
désordres
qu’au-
torisaient
de
vainesetinfâmessuperstitions.
Vous,
vous
avez
réintégré
tous
ces
dieux
dans
leurs
-
sanctuaires,
vous
leur
avez
conféré
les
attributs
de
la
souveraine
majesté.
Où
est
done
votre
re-
ligion?
où
est
le
respect
dû
à
vos
pères?
Vous
les
reniez
par
vos
costumes,
par
vos
goûts,
par
votre
luxe,
par
vos
sentiments,
par
votre
lan:
gage.
Vous
vantez
sans
cesse
l’antiquité,
et
vous
affectez
ouvertement
de
rechercher
en
tout
la
nouveauté.
Vous
vous
éloignez
de
plus
en
plus
des
sages
institutions
de
vos
pères;
et
si
vous
les
imitez,
ce
n’est
que
dans
ce
qui
ne
devrait
pas
être
imité.
Je
pourrai
vous
montrer
ulté-
rieurement
que,
semblables
en
ce
point
aux
chrétiens,
à
qui
vous
en
faites
un
crime,
vous
necessitas
erat,
utspiritu
judicarentur.
Ubi
est
illa
felicitas
Matrimoniorum
de
moribus
utique
prosperata,
qua
per
annos
ferme
sexcentos
ab
Urbe
condita
nulla
repudium
do-
mus
scripsit
?
Nunc
in
fœminis
præ
auro
nullum
leve
est
membrum;
præ
vino
nullum
liberum
est
osculum
:
repu-
dium
vero
jam
et
votum
est,
quasi
matrimonü
fructus.
Etiam
circa
ipsos
deos
vestros
quæ
prospecte
decreverant
patres
vestri,
iidem
vos
obsequentissimi
rescidistis.
Libe-
r'um
patrem
cum
mysferiis
suis
consules
senatus
auctoritate
non
modo
urbe,
sed
universa
Italia
eliminaverunt
;
Sera-
pidem,
et
Isidem,
el
Harpocratem
cum
suo
Cynocephalo,
Capitolio
prohibitos
,
id
est,
curia
deorum
pulsos
,
Piso
et
Gabinius
coss.
non
utique
Christian:
,
eVersis
etiam
aris
eorum
abdicaverunt,
turpium
etotiosarum
Superstitionum
vitia
cohibentes.
His
vos
restitutis
summam
majestatem
contulistis.
Ubi
religio
?
ubi
venératio
Mmajoribus
debita
a
vobis?
habitu
,
victu,
instructu
;
CEnSU,
ipso
denique
ser-
mone
proavis
renunliastis.
Laudatis
semper
antiquos,
sed
nove
de
die
vivitis.
Per
quod
ostenditur,
dum
à
bonis
majorum
institutis
deceditis,
ea
vos
retinere
et
Custodire
quæ
non
debuistis,
cum
quæ
debuistis
non
custoditis.
Adhuc
quod
videmini
fidelissime
tueri
a
patribus
traditum,
in
quo
principaliter
reos
transgressionis
Christianos
desti-
e
_méprisez,
vous
négligez,
vous
abolissez
le
culte
de
vos
propres
divinités,
quoique
vous
vous
pi-
quiez
d’avoir
hérité
du
zèle
religieux
et
aveugle
de
vos
pères,
quoique
vous
ayez
comme
natu-
ralisé
parmi
vous
Sérapis
et
ses
autels,
Bacchus
et
ses
fureurs.
Mais
je
veux
auparavant
discuter
les
crimes
secrets
dont
vous nous
accusez,
pour
pouvoir
nous
justifier
ensuite
des
crimes
publics
qu’on
nous
impute
également.
VIT.
On
dit
que,
dans
nos
mystères,
nous
égor-
geons
un
enfant,
que
nous
le
mangeons,
et
qu'après
cet
abominable
repas
nous
commet-
tons
des
incestes
avec
nos
sœurs
et
nos
mères,
lorsque
des
chiens,
immondes
entremetteurs
de
nos
plaisirs,
ont
renversé
les
flambeaux,
et
qu’en
nous
délivrant
de
la
lumière,
ils
nous
ont
af-
franchis
de
la
honte.
On
le
dit
toujours:
mais
2
depuis
si
longtemps
qu’on
le
dit,
vous
n’avez
pas
encore
pris
la
peine
de
vous
enquérir
de
la
vérité,
Si
vous
croyez
ce
qu’on
dit,
informez-en
done
;
ou
si
vous
ne
le
faites
pas,
ne
le
croyez
donc
pas.
Votre
indifférence
à
cet
égard
prouve
assez
qu’il
n’y
a
rien
de
réel
dans
ce
qu’on
nous
impute
,
puisque
vous
n’osez
vous
en
éclaircir.
Loin
de
là
:
vous
ordonnez
au
bourreau
de
nous
torturer
,
pour
nous
forcer,
non
pas
à
avouer
ce
que
nous
faisons,
mais
à
nier
ce
que
nous
sommes.
La
religion
chrétienne,
comme
je
l’ai
déjà
dit,
a
commencé
sous
Tibère.
La
vérité
a
été
haïe
;
dès
qu’elle
a
paru.
Autant
d'étrangers,
autant
d’ennemis
:
les
Juifs
par
jalousie,
les
soldats
par
besoin
d’exaction,
nos
serviteurs
par
la
ma-
liguité
naturelle
de
leur
état.
Tous
les
jours
on
nous
assiége
,
tous
les
jours
on
nous
trahit;
bien
Souvent
on
vient
nous
faire
violence
jusque
dans
nos
assemblées.
Eh
bien!
quelqu’un
a:t-il
jamais
entendu
les
vagissements
de
cet
enfant
qu’on
natis,
studium
dico
deorum
colendorum,
quo
maxime
erravit
antiquitas
,
licet
Serapidi
jam
Romano
aras
restru-
xerilis
,
licet
Baccho
jam
Italico
furias
vestras
immolaveri-
tis,
Suo
loco
ostendam
proinde
despici
et
negligi
et
destrui
à
Vobis
adyersus
majorum
auctoritatem.
Nunc
enim
ad
illam
occultorum
facinorum
infamiam
respondebo,
ut
viam
mihi
ad
manifestiora
purgem.
VII.
Dicimur
sceleratissimi
de
sacramento
infanticidii,
et
pabulo
inde,
et
post
convivium
incesto
;
Quod
eversores
luminum
canes,
lenones
scilicet,
tenebras
fum
ef
libidi-
num
impiarum
inverecundiam
procurent.
Dicimur
famen
semper,
nec
Vos
quod
tamdiu
dicimur,
eruere
curatis.
Ergo
aut
eruite,
si
credilis;
aut
nolite
credere,
qui
non
eruistis.
De
vestra
vobis
dissimulatione
præscribitur,
non
esse,
quod
nec
ipsi
audetis
eruere.
Longe
aliud
munus
carnifici
in
Christianos
imperatis,
non
ut
dicant
quæ
fa-
ciunt,
sed
ut
negent
quod
sunt.
Census
istius
disciplinæ,
ut
jam
edidimus,
a
Tiberio
est.
Cum
odio
sui
cœpit
veri-
tas
simul
atque
apparuit
inimica
esse
:
tot
hostes
ejus
quot
extranei,
et
quidem
proprie
ex
æmulatione
Judæi,
ex
Concussione
milites,
ex
natura
ipsi
etiam
domestici
nos-
ti.
Quotidie
obsidemur,
quotidie
prodimur
:
in
ipsis
plu-
rimum
cœtibus
et
congregationibus
nostris
Opprimimur.
14
prétend
que
nous
immolons?
Qui
a
jamais
fait
voir
au
juge
nos
lèvres
teintes
de
sang,
comme
celles
des
Cyclopes
et
des
Sirènes?
Avez-vous
jamais
remarqué
dans
vos
femmes
chrétiennes
la
trace
immonde
des
infamies
que
vous
nous
imputez?
Si
quelqu'un
avait
été
témoin
de
ces
abominations,
les
aurait-il
cachées?
se
serait-il
laissé
corrompre
par
les
mêmes
hommes
qu’il
traînait
devant
les
tribunaux?
Si,
comme
vous
le
dites,
nous
nous
cachons
toujours,
quand
ce
que
nous
faisons
a-t-il
pu
être
découvert?
Qui
a
pu
le
révéler?
Les
coupables
mêmes?
cela
ne
peut
être.
Le
secret
est
ordonné
dans
tous
les
mystères.
Il
est
inviolable
dans
ceux
de
Samothrace
et
d'Eleusis
:
il
doit
l'être,
à
plus
forte
raison,
dans
les
nôtres,
qui
ne
pour-
raient
être
révélés
sans
attirer
aussitôt
la
ven-
geance
des
hommes
,
en
attendant
que
celle
de
Dieu
ait
son
tour.
Si
les
chrétiens
n’ont
pu
se
trahir
eux-mêmes,
ils
ont
donc
été‘trahis
par
des
étrangers.
Mais
d’où
les
étrangers
ont-ils
pu
avoir
connaissance
de
nos
mystères,
puisque
toutes
les
initiations
,
même
celles
des
hommes
pieux,
écartent
les
profanes
?
à
moins
qu’on
ne
dise
que
plus
on
est
impie,
moins
on
craint.
Si
c’est
la
renommée
qui
vous
a
instruits,
chacun
sait
ce
que
c’est
que
la
renommée.
Votre
poëte
l’appelle
le
plus
rapide
de
tous
les
fléaux.
Pourquoi
l’ap-
pelle-t-il
un
fléau?
est-ce
à
cause
de
sa
vitesse?
est-ce
parce
qu’elle
rend
les
choses
publiques,
ou
parce
qu'elle
est
presque
toujours
menteuse
?
Oui,
la
renommée
est
menteuse,
même
lorsqu’elle
annonce
la
vérité,
parce
qu’elle
l’altère
toujours,
soit
en
l'atténuant,
soit
en
l’exagérant.
Sa
nature
même
est
de
ne
vivre
qu’autant
qu’elle
ment,
de
n’exister
qu’autant
qu’elle
laisse
la
chose
in-
Quis
unquam
taliter
vagienli
infanti
supervenit?
quis
cruenta,
ut
invenerat,
Cyclopum
et
Sirenarum
ora
judici
reservavit?
quis
vel
in
uxoribus
aliqua
immunda
vesligia
deprehendit
?
quis
talia
facinora,
cum
invenisset,
celavit,
aut
vendidit,
ipsos
trahens
homines
?
Si
semper
latemus,
quando
proditum
est
quod
admitlimus?
imo
a
quibus
prodi
potuit
?
Ab
ipsis
enim
reis.
Non
utique;
cum
vel
ex
forma
omnibus
mysteriis
silentii
fides
debeatur.
Samothra-
cia
et
Eleusinia
reticentur
:
quanto
magis
talia,
quæ
pro-
dita
interim
etiam
humanam
animadversionem
proyoca-
bunt,
dum
divina
servatur!
Si
ergo
non
ipsi
proditores
sui
é
sequitur
ut
extranei
:
et
unde
extraneis
nolitia?
cum
sem.
|
per
efiam
piæ
initiationes
arceant
profanos,
et
arbitris
Caveant
:
nisi
si
impii
minus
metuunt.
Natura
famæ
om-
nibus
nota
est:
veslrum
est,
«
Fama
malum,
quo
non
«
aliud
velocius
ullum.”»
Cur
malum
fama?
quia
velox?
quia
index?
an
quia
plurimum
mendax
?
quæ
ne
{une
qui-
dem
cum
aliquid
veri
affert,
sine
mendacii
vitio
est,
de-
trahens
,
adjiciens,
demutans
de
veritate.
Quid»
quod
ea
illi
conditio
est,
ut
non,
nisi
cum
mentitur,
perseveret
:
et
tamdiu
vivit,
quamdiu
non
probat
:
siquidem
ubi
pro-
bavit
cessat
esse,
et
quasi
officio
nuntiandi
functa,
rem
tradit,
et
exinde
res
tenetur,
res
nominatur
:
nec
quisquam
TERTULLIEN.
certaine.
Dès
que
la
chose
est
constatée,
la
renom=
mée
se
retire,
comme
si
sa
fonction
de
messagère
«
était
remplie.
Il
ne
reste
plus
qu’un
fait,
dont.
on
est
sûr,
et
qu'on
énonce
positivement,
Ainsi.
l’on
ne
dira
plus,
par
exemple,
Le
bruit
court
ë
que
telle
chose
est
arrivée
à
Rome,
que
le
gou-…
vernement
de
telle
province
est
échu
à
un
tel
Es.
mais,
Cette
province
est
échue
à
un
tel,
celg…
est
arrivé
à
Rome.
La
renommée,
nom
de
l'in.
certitude,
ne
saurait
se
rencontrer
là
où
est
là.
certitude,
Qui
donc
en
pourra
croire
la
renom-
mée?
ce
ne
sera
pas
le
sage,
qui
ne
croit
jamais”
à
ce
qui
est
incertain.
Quelque
étendu
que
soit
le
cours
de
la
renommée,
quelque
fondement,
qu'elle
paraisse
avoir,
il
est
clair
qu’un
seul.
homme
lui
à
donné
naissance,
que
de
là
elle
a
passé
de
bouche
en
bouche,
d'oreille
en
oreille,
comme
par
autant
de
canaux.
Mais
l’obseurité.
dé
son
origine
est
tellement
dissimulée
par
l'éclat
de
son
cours,
que
personne
ne
fait
réflexion
qu'elle
a
pu
avoir
le
mensonge
pour
père
:
ce
qui
arrive
tantôt
par
jalousie,
tantôt
par
des
soup:
cons
téméraires
,
tantôt
par
cette
pente
naturellé
queles
hommes
ont
en
général
pour
le
mensonge,
Heureusement,
il
n’est
rien
que
le
temps
ne
dé-
couvre
à
la
longue
:
cela
est
passé
en
proverbe
parmi
vous.
La
nature
a
voulu
que
rien
ne
püt
être
longtemps
caché,
pas
même
ce
qui
a
échappé
à
la
renommée.
VII.
Cen’est
donc
pas
sans
raison
que,
depuis
tant
de
temps,
la
renommée
dépose
contre
les
chrétiens.
Voilà
le
seul
accusateur
que
vous
pro=.
duisez
contre
nous,
et
qui
jusqu’ici
n’a
pas
en-
core
pu
prouver
ce
qu'il
publie
depuis
tant
d’an
nées,
en
tant
de
lieux
et
avec
tant
de
succès.
Mais
j’en
appelle
à
la
nature
contre
ceux
à
qui'de
dicit,
verbi
gratia,
Hoc
Romæ
aiunt
factum,
aut,
Fama
est
illum
provinciam
sortitum;
sed,
Sortitus
est
ille
pro:
vinciam,
et,
Hoc
factum
est
Romæ.
Fama
>
DOMEN
incerti,
locum
non
habet
ubi
certum
est.
An
vero
famæ
credat,
nisi
inconsideratus
?
quia
sapiens
non
credit
incerto.
Ont.
nium
erit
æstimare,
quantacumque
illa
ambitione
diffusa
…
sit,
quanfacumque
asseveratione
constructa,
quod
ab
uno
aliquando
principe
exorta
sit
necesse
est;
exinde
in
tra
duces
linguarum
et
aurium
scrpat
:
et
ifa
modici
seminis
vitium
cætera
rumoris
obscurant,
ut
nemo
recogitet
ne
pri
mum
illud
os
mendacium
seminaverit;
quod
sæpe
fit,
aut
…
ingenio
æmulationis,
aut
arbitrio
Suspicionis,
aut
non
…
nova,
sed
ingenita
quibusdam
mentiendi
voluptate.
Bene
…
autem,
quod
omnia
fempus
revelat,
testibus
etiam
vestris
proverbiis
atque
sententiis,
ex
dispositione
naturæ
,
quæ
ita
ordinavit
ut
nihil
diu
lateat,
eliam
quod
fama
non
…
distulit.
VIT.
Merito
igitur
fama
tamdiu
conscia
sola
est
scele-
rum
Cbristianorum.
Hanc
indicem
adversus
nos
profertis,
quæ
,
quod
aliquando
jactavit,
tantoque
spatio
in
Opinio-
nem
Corroboravit,
usque
adhuc
probare
non
valuit,
Ut
fidem
naturæ
ipsius
appellem
adversus
eos
qui
talia
cre-
denda
esse
præsumunt,
ecce
proponimus
horum
facinorum
APOLOGETIQUE.
15
tels
bruits
ne
paraissent
pas
indisnes
de
foi,
Je
suppose
que
nous
proposions,
en
effet,
la
vieéter-
nelle
comme
récompense
de
ces
forfaits
:
croyez
pour
un
moment
ce
dogme
incroyable.
Mais
je
vous
le
demande,
à
vous
qui
le
croyez,
youdriez-
vous
de
la
récompense
à
cette
condition?
Oui,
venez
plonger
le
fer
dans
le
sein
de
cet
enfant,
de
cette
créature
innocente,
qui
n’a
pu
faire
de
mal
à
personne,
et
que
tous
regardent
comme
leur
enfant
commun:
ou
si
ce
barbare
minis-
tère
est
commis
à
un
autre,
venez
voir
mourir
votre
semblable
presque
avant
qu’il
ait
connu
la
vie;
soyez
attentif
au
moment
où
s’échappera
cette
âme
qui
avait
eu
à
peine
le
temps
de
s’u-
nir
au
corps;
recevez
ce
sang
qui
commençait
à
circuler
dans
les
veines,
trempez-y
votre
pain,
rassasiez-vous.
Remarquez,
pendant
le
repas,
remarquez
avec
soin
la
place
de
votre
mère,
celle
de
votre
sœur,
afin
qu'il
n’y
ait
pas
de
mé-
prise
dès
que
les
chiens
auront
éteint
les
flam-
beaux
;
car
ce
serait
un
crime
que
de
manquer
à
commettre
un
inceste.
Initié
de
cette
sorte
aux
mystères,
vous
êtes
sûr
de
l’immortalité.
Répon-
dez-moi
degrâce,
voudriez-vous
de
l’immortalité
à
ce
prix
?
Non
sans
doute.
Aussi
ne
sauriez-vous
croire
qu'elle
soit
à
ce
prix.
Mais
quand
vous
le
croiriez,
vous
n’en
voudriez
pas
;
et
quand
vous
le
voudriez,
vous
ne
le
pourriez
pas.
Comment
done
d’autres
le
pourraient-ils
‘si
vous
ne
le
pouvez
pas?
Et
si
d’autres
le
peuvent,
comment
ne
le
pourriez-vous
pas
comme
eux
?
Sommes-
nous
d’une
autre
nature
que
vous?
Sommes-nous
des
cynocéphales
ou
des
sciapodes
?
Avons-nous
les
dents
faites
autrement
que
les
vôtres?
La
na-
ture
nous
a-t-elle
conformés
exprès
pour
l'in-
ceste?
Si
vous
croyez
ces
horreurs
d’un
homme,
vous
êtes
capables
de
les
commettre;
car
vous
êtes
hommes
comme
les
chrétiens.
Si
vous
êtes
mercedem
:
vitam
æternam
repromittunt
:
credite
interim;
de
hoc
enim
quæro,
an
et
qui
credideris,
{anti
habeas
ad
eam
fali
conscientia
pervenire?
Veni,
demerge
ferrum
in
infantem
nullius
inimicum
,
nullius
reum
,
omnium
filium
:
velsi
alterius
officium
est,
fu
modo
assiste
morienti
ho-
mini
antequam
vixit;
fugientem
animam
novam
exspecta
;
excipe
rudem
sanguinem,
eo
panem
tuum
satia
:
vescere
libenter
:
interea
discumbens
dinumera
loca
ubi
mater,
ubi
soror
;
hofa
diligenter,
ut,
cum
tenebræ
ceciderint
caninæ
:
non
erres;
piaculum
enim
admiseris,
nisi
incestum
fece-
ris
:
talia
initiatus
et
consignatus
vivis
in
ævum.
Cupio
respondeas,
si
tanti
æternitas?
Aut
si
non
,
ideo
nec
cre-
denda.
Etiamsi
credideris,
nego
te
velle;
etiamsi
volueris,
nego
te
passe.
Cur
ergo
ali
possint,
si
vos-non
potestis
?
cur
non
possilis
,
si
ali
possuut?
Alia
nos,
Opinor,
natura.
Cynocephali
aut
Sciapodes?
alii
ordinesdentium
?
aliiadin-
cestam
libidinem
nervi?
Qui
ista
credis
de
homine,
potes
et
facere;
homo
es-et
ipse
,
quod
et
Christianus
:
qui
non
potes
facere,
non
debes
credere;
homo
est
enim
et
Chris-
tianus,
et
quod
et
tu.
Sed
ignorantibus
subjicitur,
et
im-
poritur,
Nihil
enim
{ale
de
Christianis
asseverari
sciebant
;
incapables
de
les
commettre,
vous
ne
devez
pas
les
croire;
car
un
chrétien
est
homme
comme
vous.
Mais
on
trompe,
on
surprend
les
simples
:
comme
s'ils
pouvaient
ignorer
ce
qu’on
dit
des
chrétiens
;
comme
s’ilsn'avaient
pas
le
plus
grand
intérêt
à
setenir
sur
leurs
gardes,
à
s'assurer
de
la
vérité.
D'ailleurs,
l'usage
est
que
tous
ceux
qui
veulent
se
faire
initier
à
des
mystères
ail-
lent
trouver
lhiérophante,
pour
recevoir
de
lui
ses
instructions.
Il
leur
dira
done
:
«
Il
faut
avoir
un
enfant
qui
ne
sache
pas
encore
ce
que
c’est
que
la
mort,
qui
rie
à
la
vue
du
couteau.
Ayez
du
pain
pour
tremper
dans
le
sang;
ayez
des
flambeaux
;:ayez
des
chiens
pour
les
renverser,
avec
un
appât
pour
attirer
ces
chiens
au
delà
de
la
corde
qui
les
tiendra
attachés
:
Surtout,
ne
manquez
pas
d'amener
votremèreet
votresœur,
»
Mais
si
elles
ne
voulaient
pas
venir,
ou
si
le
pos-
tulant
n’en
avait
pas?
s’il
était
le
seul
chrétien
de
sa
famille?
On
ne
serait
donc
pas
initié,
si
l'onn’avait
ni
sœur,
ni
mère?
Mais
quand
même
les
nouveaux
chrétiens
n’auraient
été
prévenus
de
rien
et
se
présenteraient
sans
défiance,
du
moins
ils
savent
tout
dans
la
suite
:
ils
le
souf-
frent
et
ne
s’en
plaignent
pas!
Seraient-ils
rete-
nus
par
la
crainte
du
châtiment?
Mais
ils
sont
sûrs,
en
nous
dénonçant
,
detrouver
qui
les
pro-
tége.
Après
tout,
ils
préféreraient
la
mort
à
une
pareille
vie.
Je
veux
que
la
crainte
leur
ferme
la
bouche
:
pourquoidone
persévèrent-ils?
car
il
est
naturel
de
vouloir
rompre
un
engagement
qu’on
n'eût
jamais
pris,
si
on
l'eût
connu
avant
de
le
prendre.
IX.
Pour
répondre
encore
mieux
à
vos
calom-
nies,
je
vais
prouver
que
vous
commettez,
partie
en
public,
partie
en
secret,
les
crimes
dont
vous
nous
accusez;
et
c’est
peut-être
pour
cela
que
Vous
nous
en
croyez
capables.
En
Afrique,
on
a
observandum
utique
sibi,
et
omni
vigilantia
investigan-
dum.
Aïquin
volentibus
initiari
moris
est
;
Opinor,
prius
patrem
illum
sacrorum
adire;
quæ
præparanda
sint
de-
scribere
:
tura
ille,
Infans
tibi
necessarius,
adhuc
tener,
qui
nesciat
mortem,
qui
sub
cultro
tuo
rideat;
ifem
panis,
quo
sanguinis
jarulentiam
colligas:;
præterea
candelabra
et
lucernæ
,
et
canes
aliqni,
et
offulæ,
quæ
illos
ad
ever.
sionem
luminum
extendant
:
ante
omnia
cum
matre
ct
sorore
{ua
venire
debebis.
Quid
si
noluerint?
vel
nullé
fuerint?
quid
denique
singulares
Christiani?
Non
erit,
Opinor,
legitimus
Christianus
nisi
frater
aut
filius.
Quid
nunc
et
si
ista
omnia
ignaris
præparantur?
Certe
postea
Cognoscunt,
et
suslinent,
et
ignoscunt.
Timent
plecti,
qui
si
proclament
defendi
merebuntur
;
qui
efiam
ultro
perire
malint,
quam
sub
tali
conscientia
vivere.
Age
nunc,
ti.
meant;
cur
etiam
perseverant?
Sequitur
enim
ne
ultra
ve-
lis
id
te
esse,
quod
si
prius
scisses
non
fuisses.
IX.
Hæc
quo
magis
refutaverim,
a
vobis
fieri
ostendam
partim
in
aperto
et
partim
in
occulto,
per
quod
forsitan
et
de
nobis
credidistis.
Infantes
penes
Africam
Safurno
im-
molabantur
palam
usque
ad
proconsulatum
Tiberii,
qui
16
TERTULLIEN.
immolé
publiquement
des
enfants
à
Saturne,
jusqu’au
proconsulat
de
Tibère,
qui
fit
attacher
les
prêtres
de
Saturne
aux
arbres
mêmes
qui
cou:
vraient
le
lieu
de
ces
affreux
sacrifices,
comme
à
autant
de
croix
votives.
Je
prends
à
témoin
les
soldats
de
mon
pays,
qui
exécutèrent
les
or-
dres
du
proconsul.
Cependant
ces
détestables
sa-
crifices
continuent
encore
en
secret
:
tant
il
est
vrai
que
les
chrétiens
ne
sont
pas
les
seuls
qui
vous
bravent,
qu'une
habitude
criminelle
ne
se
déracine
pas
tout
d’un
coup,
et
que
surtout
un
dieu
ne
saurait
changer
sa
nature.
Saturne,
qui
n’a
pas
épargné
ses
propres
enfants,
aurait-il
épargné
des
enfants
étrangers
que
leurs
pères
et
leurs
mères
venaient
d'eux-mêmes
lui
offrir,
et
qu'ils
caressaient
au
moment
où
le
prêtre
levait
sur
eux
le
couteau,
pour
les
empêcher
de
pleu-
rer?
Cependant
quelle
distance
d’un
parricide
à
un
simple
homicide!
Les
anciens
Gaulois
sa-
crifiaient
des
hommes
à
Mercure.
Je
laisse
à
vos
poëtes
tragiques
le
soin
de
vous
raconter
les
usa-
ges
de
la
Tauride,
et
je
parle
de
Rome.
Dans
cette
ville
religieuse
des
pieux
descendants
d'É-
née,
n’adore-t-on
pas
un
Jupiter,
que,
dans
ses
jeux
mêmes,
on
abreuve
de
sang
humain
?
C’est,
dites-vous,
du
sang
d'hommes
condamnés
aux
bêtes
;
et
vous
entendez
par
là
que
ce
ne
sont
pas,
à
proprement
parler,
des
hommes.
Que
ce
soit
un
sang
vil,
parce
que
c’est
le
sang
des
mé-
chants,
je
le
veux
bien;
mais
toujours
est-il
que
c’est
du
sang
humain.
Que
ce
Jupiter
doit
vous
paraître
chrétien
,
et
vraiment
fils
unique
de
son
père,
du
moins
pour
la
cruauté!
Mais
puisqu'il
importe
peu
qu’ontue
un
enfant
pour
honorer
les
dieux
ou
par
quelque
autre
motif,
puisque
dans
l’un
et
l’autre
cas
il
y
a
homicide,
à
part
toute-
fois
la
différence
du
parricide
et
du
simple
ho-
ipsos
sacerdotes
in
eisdem
arbèribus
templi
sui
obumbra-
tricibus
scelerum,
votivis
crucibus
exposuit,
teste
militia
:
patriæ
nostræ,
quæ
idipsum
munus
illi
proconsuli
functa
est.
Sed
et
nunc
in
occulio
perseveratur
hoc
sacrum
faci-
nus.
Non
soli
vos
contemnunt
Christiani,
nec
ullum
scelus
in
perpetuum
eradicatur,
aut
mores
suos
aliquis
deus
mu-
tat.
Cum
propriis
fils
Saturnus
non
pepercit,
extraneis
utique
non
parcendo
perseverabat,
quos
quidem
ipsi
pa-
rentes
sui
offerebant
,
et
libentes
respondebant,
et
infanti-
bus
blandiebantur,
ne
heymontesibpnolstentas.
Ettamen
multum
homicidio
parricidium
differt.
Major.
ælas
apud
Gallos
Mercurio
prosecabatur.
Remitto
Tauricas
fabulas
theatris
suis.
Ecce
in
illa
religiosissima
urbe
Æneadarum
piorum
est
Jupiter
quidam,
quem
ludis
suis
humano
pro-
luunt
sanguine.
Sed
bestiarii,
inquitis.
Hoc
opinor
minus
quam
hominis
:
an
hoc
turpius,
quod
mali
hominis?
certe
.
tamen
de
homicidio
fanditur.
O
Jovem
Christianum,
et
solum
patris
filium
de
crudelitate!
Sed
quoniam
de
infan-
ticidio
nihil
interest,
sacro
an
arbitrio
perpetretur,
licet
de
parricidio
intersit,
convertar
ad
populum.
Quot
vultis
ex
his
circumstantibus,
et
in
Christianorum
sanguinem
hian-
tibus,
ex
ipsis
eliam
vobis
justissimis
et
severissimis
in
micide
,
je
m'adresse
maintenant
au
peuple.
Com:
bien
d’entre
vous,
hommes
altérés
du
sang
des
chrétiens
,
combien
même
de
vos
magistrats
,
sis
équitables
pour
vous,
si
rigoureux
contre
nous,
je
pourrais
confondre,
par
des
reproches
trop
fon
dés
d’avoir
Ôté
la
vie
à
leurs
enfants
au
moment
de
leur
naissance!
Vous
ajoutez
encore
à
à
cruauté
par
le
genre
de
mort
:
vous
les
noyez,
vous
les
faites
mourir
de
faim
ou
de
froid,
vous
les
donnez
à
mahger
aux
chiens
:
ce
serait
une
mort
trop
douce
de
périr
paï
le
fer.
Pour
nous,
à
qui
tout
homicide
est
défendu,
il
nous
est
également
défendu
de
détruire
le
fruit
d’uné
mère
dans
son
sein,
avant
même
que
l’homme
soit
formé.
C’est
un
homicide
anticipé
que
d’em-
pêcher
la
naissance
;
car
quelle
différence
y
a-til
entre
s’opposer
à
la
näissance
d’une
âmèé
et
l’ar-
racher
du
corps
qu’elle
anime?
L'homme
est
dans
ce
qui
doit
être
un
homme,
de
même
que
le
fruit
est
dans
son
germe.
Pour
en
venir
à
Ce
repas
de
sang
et
de
chair
humaine,
qui
font
fré:
mir
la
nature,
vous
pouvez
lire
dans
Hérodote,
si
je
ne
me
tioipés
qu’il
y
a
des
peuples
qui,
pour
sceller
les
traités
qu’ils
font
ensemble,
seti
rent
du
sang
des
veines
du
bras,
etse
le
présenteil
à
boire
les
uns
aux
autres.
Il
s’est
passé
quelque
chose
de
semblable
dans
la
conjuration
de
Cati
lina.
On
dit
qu'il
y
a
des
Seythes
qui
mangent
leurs
parents
après
leur
mort.
Mais,
sans
cher-
cher
si
loin,
chez
vous-mêmes,
aujourd’hui,
pour
être
nr
aux
mystères
de
Bellone,
il
faut
avoir
bu
du
sang
qu’onse
tire
dela
cuisse,
et
qu’on
‘recoit
dans
la
main.
Et
ceux
qui
sont
attaqué
d
épilepsie
,
ne
les
voit-on
pas,
pour
se
guérir,
sucer
avec
avidité
le
sang
des
criminels
égotgés
dans
l’arène?
Ceux
qui
rnangent
des
animaux
tués
dans
le
même
lieu
ne
se
nourrissent-ils
pas
nos
pr&sidibus,
apud
conscientias
pulsem,
qui
natos
si
liberos
enécent?
Siquidem
et
de
genere
necis
differt,
utique
crudelius
in
aqua
spiritum
extorquetis,
aut
frigori,
él
fami,
et
canibus
exponitis;
ferro
enim
mori
ætas
quoque.
major
optaverit.
Nobis
vero
homicidio
semel
interdicto,
eliam
conceptum
utero,
dum
adhuc
sanguis’in
hominem.
deliberatur,
dissolvere
non
licet.
Homicidii
festinatio
esl
prohibere
nasci
:
nec
refert
natam
quis
eripiat
anima,
an
nasCentem
disturbet.
Homo
est
et
qui
est
futurus;
etian
fructus
omnis
jam
in
semine
ést.
De
sanguinis
pabulo:
et
ejusmodi
tragicis
ferculis
legite
necubi
relatum
sit
(est
apud
Herodotuni
,
opinor)
defusum
brachiis
sanguinem@r
alterutro
degustatur
nationes
quasdam
fœderi
comparasse,
Nescio
quid
êt
sub
Catilina
tale
degustatum
est.
Aiuntë
apud
quosdam
gentiles
Scytharum
defunctum
quemqué
à
suis
comedi.
Longe
excurro.
Hodie
istic
Bellonæ
sacralos
Sanguis
de
femore
proscissoin
palmulam
exceptus
esui
da
tus
signat.
Item,
illi
qui
munere
in
arera
noxiorum
jugl
latorum
sanguinem
recentem
avida
siti
comitiali
morho
medentes
auferunt,
ubi
sunt?
item,
illi
qui
de
arena
ferinis
obsoniis
cϾnant?
qui
de
apro,
qui
‘de
cervo
petunt?
Apt
ille
quem
cruentavit,
colluctando
detersil
;
cervus
ille
1
APOLOGETIQUE.
de
la
chair
de
leurs
semblables
?
car
ce
sanglier
s’est
abreuvé
du
sang
du
malheureux
qu'il
a
dé-
chiré,
ce
cerf
a
expiré
dans
le
sang
d’un
gla-
diateur
;
et
dans
le
ventre
des
ours
on
voit
encore
palpiter
les
membres
des
hommes
qu'ils
ont
dé-
vorés.
Vous
vous
nourrissez
donc
d’une
chair
nourrie
de
celle
des
hommes.
En
quoi,
je
vous
le
demande,
vos
repas
diffèrent-ils
des
prétendus
repas
des
chrétiens?
Et
ceux
d’entre
vous
qui,
par
une
brutalité
exécrable,
prennent
leurs
plaisirs
dans
les
horreurs
d’une
impudicité
monstrueuse,
sont-ils
moins
criminels
parce
qu’ils
dévorent
les
hommes
sans
les
faire
mourir?
Leur
infamie
les
rend-elle
moins
coupables
du
sanghumain,
parce
qu'ils
se
nourrissent
d’un
sang
qui
n’en
est
pas
encore?
Ce
ne
sont
pas
des
enfants,
ce
sont
des
hommes
qu'ils
mangent.
Rougissez
done
de
vos
préjugés
contre
les
chrétiens,
eux
qui
se
sont
même
interdit
dans
leurs
repas
le
sang
des
ani-
maux
,
et
qui,
pour
cette
räison,
s’abstiennent
des
bêtes
étouffées
ou
mortes
d’elles-mêmes
,
de
peur
de
se
souiller
de
quelque
sang
que
ce
soit,
même
de
celui
qui
est
resté
dans
le
corps.
En
effet,
le
sang
des
animaux
est
un
des
moyens
dont
vous
vous
servez
pour
tenter
la
foi
des
chrétiens,
tant
_vous
êtes
convaincus
qu'il
leur
est
défendu
de
manger
ce
que
vous
leur
présentez
pour
leur
faire
violer
leur
religion.
Or,
pouvez-vous
vous
persuader
que
les
mêmes
hommes
qui
{et
vous
n'en
doutez
pas)
ont
horreur
du
sang
des
ani-
17
s'ils
refusent
de
sacrifier.
Et
certainement
le
bourreau
chargé
de
les
torturer
ou
de
les
met-
tre
à
mort
ne
vous
laissera
pas
manquer
de
sang.
Vous
nous
accusez
d'inceste
:
mais
à
qui
l'inceste
doit-il
être
mieux
connu
qu'à
ceux
qui
en
ont
recu
des
leçons
de
Jupiter
même?
Nous
lisons
dans
Ctésias
que
les
Perses
épousaient
leurs
mères.
Les
Macédoniens
ne
sont
pas
non
plus
hors
de
tout
soupçon
:
témoin
leur
indécente
équivoque,
lorsqu’assistant,
pour
la
première
fois,
à
la
représentation
de
la
tragédie
d'OEdipe,
ils
s’écrièrent
avec
ironie
:
"Ehœuve
eîc
vhv
prepa.
Et
parmi
vous,
livrés
aux
désordres
d’une
luxure
sans
frein,
voyez
combien
les
méprises
sont
pro-
pres
à
multiplier
les
incestes.
Vous
exposez
vos
enfants,
vous
les
abandonnez
à
la
compassion
des
étrangers
qui
passent,
ou
vous
les
émancipez
pour
les
faire
adopter
à
de
meilleurs
pères.
La
trace
d’une
famille,
ainsi
dispersée,
doit
nécessai-
rement
s’effacer
;
et
les
erreurs,
en
se
multipliant
de
génération
en
génération,
multiplient
et
per-
pétuent
les
incestes.
Enfin,
comme
vous
portez
votre
passion
partout,
chez
vous,
en
voyage,
au
delà
des
mers,
il
doit
arriver
quelles
fruits
de
votre
incontinence
,
semés
en
tous
lieux,
incon-
nus
à
vous-même,
s’allient
ensemble
ou
avec
leurs
auteurs
sans
soupçonner
leur
parenté.
Quant
‘à
nous,
la
chasteté
la
plus
vigilante
et
la
plus
sévère
nous
garantit
de
ces
erreurs
;
et
la
pureté
de
nos
mœurs,
avant
comme
pendant
le
ma-
maux
soient
altérés
du
sang
de
leurs
sembla-
|
riage,
nous
met
à
l'abri
de
l'inceste.
Il
y
en
a
;
y
bles?
à
moins
peut-être
que
vous
n'ayez,
par
qui
éloignent
jusqu’à
l’ombre
du
danger,
en
gar-
expérience,
trouvé
celui-ci
plus
délicat.
Que
ne
|
dant
la
virginité
jusqu’au
tombeau,
où
ils
arri-
P
;
joignez-vous
le
sang
humain
au
feu
et
à
l’en-
cens,
pour
éprouver
les
chrétiens
?
Vous
les
re-
convaîtrez
et
vous
les
enverrez
au
supplice,
s'ils
consentent
à
goûter
du
sang
humain,
comme
gladiatoris
sanguine
jacuit;
ipsorum
ursorum
alvei
appe-
tuntur
cruditantes
adhuc
de
visceribus
humanis
:
ructatur
proinde
ab
homine
caro
pasta
de
homine.
Hæc
qui
edilis,
quantum
abestis
a
conviviis
Christianorum
!
Minus
autem
et
illi
faciunt
qui
libidine
fera
humanis
membris
inhiant,
quia
vivos
Vorant?
minus
hurnano
sanguine
ad
spurcitiam
consecrantur,
quia
futurum
sanguinem
Jambunt?
Non
edunt
infantes
plane,
sed
magis
puberes.
Erubescat
error
vester
Christianis,
qui
ne
animalium
quidem
sanguinem
in
epulis
esculentis
habemus
;
qui
propterea
quoque
suffo-
catis
et
morticinis
abstinemus,
ne
quo
sanguine
contami-
nemur
vel
intra
viscera
sepulto.
Denique
inter
tentamenta
Christianorum,
botulos
etiam
cruore
distentos
admovetis
5
certissimi
scilicet
illicitum
esse
penesillos,
per
quod
exor-
bilare
eos
vultis.
Porro
quale
est,
ut
quos
sanguinem
pe-
coris
horrere
confiditis
;
humano
inhiare
credalis?
nisi
forte
suaviorem
eum
experti;
quem
quidem
et
ipsum
proinde
examinatorem
Christianorum
adhiberi
ut
foculum
eut
acerram,
oportebat;
proinde
enim
probarentur
sanguinem
humanum
appetendo,
quemadmodum
sacrificium
res-
puendo
;
alioquin
necandi
si
gustassent,
quemadmodum
si
non
immolassent
:
et
utique
non
deesset
vobis
in
auditione
TERTULLIEN.
vent
vieillards
et
enfants
tout
ensemble.
Si
vous
aviez
pris
garde
que
vous
commettez
les
crimes
dont
vous
nous
accusez,
vous
auriez
découvert
en
même
temps
que
nous
ne
lescommettons
pas
:
i
Cuslodiarum
et
damnatione
sanguis
humanus.
Proinde
incesti
qui
magis,
quam
quos
ipse
Jupiter
docuit?
Persas
cum
suis
matribus
misceri
Ctesias
refert
;
sed
et
Macedones
Suspecti,
quia
cum
primum
Œdipum
tragædiam
audisseut,
ridentes
incesti
dolorem,
EAAYNE,
dicebant,
EIZ
THN
MHTEPA.
Jam
nunc
recogitate
quantum
liceat
erroribus
ad
incesla
miscenda,
suppedilante
materias
passivitate
luxuriæ.
In
primis
filios
exponitis
suscipiendos
ab
aliqua
præfereunte
misericordia
extranea,
vel
adoptandos
melio-
ribus
parentibus
emancipatis.
Alienati
generis
necesse
est
quandoque
memoriam
dissipari
:
et
simul
error
impegerif,
exinde
jam
tradux
proficiet
incesli
serpente
genere
cum
scelere.
Tune
deinde
quocumque
in
loco,
domi,
peregre,
trans
freta
comes
est
libido
:
cujus
ubiqne
saltus
facile
pos:
sunt
alicubi
ignaris
filios
pangere,
velut
ex
aliqua
seminis
Sparsione
;
ut
ifa
sparsum
genus
per
commercia
humana
Concurratin
Mmemorias
suas,
neque
eas
cœfus
incesti
san-
guinis
agnoscat.
Nos
ab
isto
eventu
diligentissima
et
fidelis-
sima
castitas
sepsit;
quantumque
ab
stupris
et
ab
omni
post
matrimonium
excessu,
fantum
et
ab
incesti
casu
tuti
sumus,
Quidam
multo
securiores
totam
vim
bujus
erroris
virgine
continentia
depellunt,
senes
pueri.
Si
hæc
in
vobis
2
i8
avec:
un
peu
d'attention,
le
contraste
ne
vous
aurait
pas
échappé.
Mais,
par
une
contradiction
qui
n’est
que
trop
ordinaire,
vous
ne
VOYEZz
pas
ce
qui
est,
et
vous
croyez
voir
ce
qui
n’est
pas.
C'est
ceque
je
vous
ferai
sentir
dans
toute
la
suite
de
cette
apologie.
Venons
à
ce
qui
est
public.
X.
Vous
n’adorez
pas
nos
dieux,
dites-vous
,
et
vous
ne
sacrifiez
pas
pour
les
empereurs.
Sans
doute
nous
n’offrons
de
sacrifices
pour
personne,
puisque
nous
n’en
offrons
pas
pour
nous-mêmes.
C'est,
en
un
mot,
que
nous
n’adorons
pas
vos
dieux.
Voilà
pourquoi
nous
sommes
poursuivis
comme
coupables
de
sacrilége
et
de
lèse-majesté
;
voilà
le
point
capital
de
notre
cause,
ou
plutôt
la
voilà
tout
entière.
Elle
est
digne
de
toute
l’at-
tention
d’un
juge
qui
n’est
point
aveuglé
par
la
prévention
ou
par
l'injustice.
L'une
s’interdit
la
connaissance
de
la
vérité;
l'autre
refuse
de
la
voir.
Nous
avons
cessé
d’adorer
vos
dieux,
de-
puis
que
nous
ayons
reconnu
qu'ils
ne
sont
pas
des
dieux.
Ainsi
vous
avez
droit
d'exiger
de
nous
la
preuve
qu'ils
nesont
pas
des
dieux,
et
que
par
conséquent
il
n’y
à
pas
lieu
de
les
adorer,
puis-
que
l’adoration
n’est
due
qu’à
la
divinité;
et
les
chrétiens
seraient
punissables
s’ilétait
certain
que
les
dieux
qu'ils
n’adorent
pas
dans
la
persuasion
qu'ils
ne
sont
point
dieux
le
fussent
en
effet.
Mais,
dites-vous
,
nous
les
tenons
pour
dieux
:
nous
appelons
de
vous-mêmes
à
votre
conscience,
Qu'elle
nous
juge,
qu’elle
nous
condamne,
si
elle
peui
nier
que
tous
vos
dieux
ont
été
des
hommes.
Et
si
elle
pouvait
le
nier,
il
serait
facile
de
la
confondre
par
les
monuments
de
l'antiquité,
qui
vousen
onttransmis
la
connaissance
et
qui
subsis-
tent
encore
;
par
les
villes
où
ils
sont
nés,
par
les
pays
où
ils
ont
laissé
des
traces
de
leur
sé-
esse
consideraretis,
proinde
in
Christianis
non
esse
per-
;
spiceretis
:
idem
oculi
renuntiassent
utrumque
;
sed
cæci-
fatis
duæ
species
facile
concurrunt,
ut
qui
non
vident
quæ
sunt,
et
videre
videantur
quæ
non
sunt.
Sic
per
omnia
os-
tendam.
X.
Nunc
de
manifestis.
Deos,
inquitis,
non
colitis,
el
pro
imperatoribus
sacrificia
non
impenditis.
Sequitur,
ut
-eadem
ratione
pro
aliis
non
sacrificemus,
quia
nec
pro
no-
bis
ipsis,
semel
deos
non
colendo
:
itaque
sacrilegii
et
ma-
jestatis
rei
convenimur.
Summa
hæc
causa,
imo
lota
est,
etutique
digna
cognosci,
sinon
præsumptio
aut
iniquitas
judicet
:
altera,
quæ
desperat
;
altera,
quæ
recusat
veri-
tatem.
Deos
vestros
colere
desinimus,
ex
quo
illos
non
esse
cognoscimus.
Hoc
igitur
exigere
debetis,
uli
probe-
mus
non
esse
illos
deos,
et:idcirco
non
colendos,
quia
tune
demum
coli
debuissent
si
dii
fuissent
:
tunc
et
Christiani
puniendi,
si
quos
colerent
quia
putarentnon
esse,
consta-
retillos
deos
esse.
Sed
nobis,
inquitis,
dii
sunt.
Appella-
musel
provocamus
a
vobis
ad
conscientiam
vestram
:
illa
nos
judicet,
illa
nos
damnet,
si
poterit
negare
omnes
is-
tos
deos
vestros
homines
fuisse.
Si
et
ipsa
inficias
ierit,
de
*
suis
antiquifatuin
instrumentis
revincetur,
de
quibus
eos
Aidicit;
testimoniumperhibentibus
ad
hodiernum
,
et
civi-
tatibus
in
quibus
nai
sunt,
et
regionibus
in
quibus
aliquid
!
TERTULLIEN.
jour,
où
l’on
montre
même
leurs
tombeaux.
Je
n’entreprendrai
pas
de
discuter
ce
qui
regarde
ce
nombre
innombrable
de
dieux,
nouveaux,
an-
ciens,
barbares,
grecs,
romains
,
étrangers
,
cap-
tifs,
adoptifs,
particuliers,
communs,
mâles,
femelles,
de
la
campagne,
de
la
ville,
marins
et
guerriers.
Il
serait
superflu
même
de
les
nom-
mer,
et
je
me
bornerai
à
en
parler
en
général:
non
pour
vous
apprendre
ce
que
vous
ne
savez
pas,
mais
paur
vous
rappeler
ce
que
vous
fei-
gnez
d’avoir
oublié.
Vous
n'avez
point
de
dieu
avant
Saturne
:
ilest
l’auteur
de
ce
que
vous
avez
de
meilleur
et
de
plus
connu
en
fait
de
divinités.
.
Ainsi,
ce
qui
est
certain
du
père,
il
faudra
l’a-
vouer
des
descendants.
Or,
ni
Diodore
de
Sicile,
ni
Thallus,
ni
Cassius
Sévérus
,
ni
Cornélius
Né:
pos
,
ni
aucun
autre
de
ceux
qui
ont
écritsur
l’an-
tiquité,
ne
parlent
de
Saturne
que
comme
d’un
homme.
Si
nous
interrogeons
les
monuments
,
on
ne
saurait
en
trouver
nulle
part
de
plus
authenti-
ques
qu'en
Italie,
où
Saturne,
après
avoir
par:
couru
le
monde
et
s’être
,
en
dernier
lieu,
arrêté
dans
l’Attique,
fut
reçu
par
Janus,
ou
Jané,
comme
le
prononcent
vos
Saliens.
Il
laissa
son
nom
à
la
montagne
qu'il
avait
habitée,
à
la
ville
qu'il
avait
fondée
et
qui
l’a
conservé
jusqu'à
ce
jour,
à
toute
l'Italie
enfin,
qui
perdit
dès
lors
le
nom
d'OEnotrie.
Il
fut
le
premier
qui
donna
des
lois
à
cette
contrée
,
et
qui
y
fit
battre
monraie
à
son
effigie.
C’est
pour
cela
qu’il
préside
aux
tré-
sors.
Saturne
est
donc
un
homme
:
s’il
est
homme,
il
est
fils
d’un
homme,
et
non
pas
du
ciel
et
de
la
terre.
Mais,
comme
ses
parents
étaient
incon-
nus,
On
a
pu
aisément
voir
en
lui
un
fils
du
ciel
et
de
la
terre,
qui,
jusqu’à
un
certain
point,
peu-
vent
être
regardés
comme
les
auteurs
communs
operati
vestigià
reliquerunt,
in
quibus
etiam
sepulti
de-
monstrantur.
Nec
ego
per
singulos
decurram,
tot
ac
tan-
tos,
novos,
veteres,
barbaros,
Græcos,
Romanos,
pere-
grinos,
captivos,
adopfivos,
proprios,
communes,
mas-
culos,
fœminas,
rusticos,
urbanos,
nauticos,
militares
:
otiosum
est
eliam
titulos
persequi
ut
colligam
in
compen-
dium,
et
hoc
non
quo
cognoscatis,
sed
recognoscatis
;
certe
enim
oblitos
agilis.
Ante
Saturnum
deus
penes
vos
nemo
est:
ab
illo
census
totius,
vel
potioris,
vel
notioris
divi-
nitalis
:
itaque
quod
de
origine
consliterit,
id
et
de
poste-
ritale
conveniet.
Saturnum
itaque,
quantum
litteræ
do-
cent,
neque
Diodorus
Græcus,
aut
Thallus,
neque
Cassius
Severus,
aut
Cornelius
Nepos
,
neque
ullus
commentator
ejusmodi
antiquitatum,
aliud
quam
hominem
promulgave-
runt
:
Si
quantum
rerum
argumenta,
nusquam
invenio
fideliora,
quam
apud
ipsam
Italiam,
in
qua
Saturnus,
post
multas
expeditiones
postque
Attica
hospitia,
consedit
exceptus
ab
Jano,
vel
Jane,
ut
Salii
volunt:
mons
quem
incoluerat,
Saturnius
dictus
:
civitas
quam
depalaverat,
Saturnia
usque
nune
est
:
tota
denique
Italia
post
Œno-
triam,
Saturnia
cognominabatur
:
ab
ipso
primum
tabulæ,
etimagine
signatus
nummus
,
et
indeærario
præsidet.
Ta:
men
Si
homo
Saturnus,
utique
ex
homine
:
etquia
ab
ho-
mine,
non
utique
de
cœlo
et
terra.
Sed
cujns
parentes
APOLOGÉTIQUE.
du
genre
humain.
N’est-on
pas
porté
par
respect
à
honorer
le
ciel
et
la
terre
des
noms
de
père
et
de
mère?
N'avons-nous
pas
même
coutume
de
dire
de
ceux
que
nous
ne
connaissons
pas
,
et
qui
paraissent
tout
à
coup
devant
nous,
qu’ils
sont
tombés
du
ciel?
C’est
ce
qui
est
arrivé
à
Saturne
:
en
le
voyant
paraître
tout
à
coup
,
on
a
dit
qu’il
était
fils
du
ciel,
comme
on
appelle
vulgaire-
ment
enfants
de
la
terre
ceux
dont
on
ignore
l’o-
rigine.
Je
pourrais
dire
que,
dans
ces
temps
re-
culés
où
les
hommes
étaient
encore
grossiers,
l’aspect
d'un
personnage
inconnu
devait
naturel-
lement
les
frapper,
comme
aurait
pu
faire
l’appa-
rition
de
quelque
divinité,
puisque
aujourd’hui
même,
dans
le
siècle
des
lumières,
leurs
descen-
dants
mettent
au
nombredes
dieux
des
hommes
dont
;
quelques
jours
auparavant,
le
deuil
public
attestait
la
mort.
Ce
peu
de
mots
sur
Saturne
doit
suffire.
Nous
démontrerons
par
le
même
argu-
ment
que
Jupiter
fut
homme,
puisqu'il
était
fils
d’un
homme,
et
que
les
essaims
de
dieux
sortis
de
Saturne
et
de
Jupiter
furent,
comme
leurs
auteurs,
deshommes
mortels.
XI.
Mais
comme
vous
n’osez
le
nier,
vous
avez
pris
le
parti
d'assurer
qu'ils
furent
faits
dieux
après
leur
mort.
Examinons
donc
les
rai-
sons
qu’on
a
pu
avoir
de
les
diviniser.
IL
faut
d’abord
que
vous
admettiez
un
dieu
suprême,
possédant
en
soi
la
divinité,
et
capable
de
là
com-
muniquer
à
des
hommes;
car
ceux
qui
ne
Fa-
-
vaient
pas
n’ont
pu
se
la
donner
à
eux-mêmes,
et
nul
n’a
pu
la
leur
communiquer
que
celui
qui
la
possédait
en
propre.
En
un
mot,
c’est
une
ab-
surdité
de
prétendre
qu'ils
aient
été
faits
dieux,
s’iln'existe
pas
un.
être
capable
de
faire
des
dieux.
Certainement,
s’ils
avaient
pu
se
faire
dieux
eux-
ignoti
erant,,
facile
fuit
eorum
filium
dici.
quorum
et
omnes
possumus
videri
:
quis.enim
non
cœlum.et
terram
matrem.
ac
patrem,
venerationis.et
honoris
gratia;
appellet,
vel
ex
consuetudine.
humana.
qua
ignoli,.
vel
ex
inopinato:appa-
rentes
,
de
cælo
supervenisse
dieuntur?
proinde
Saturno
repentino
ubique.
cælitem.
contigit
dici;.
nam
et
terræ
filios.
vulgus.
vocat,
quorum
genus
incertum
est
:
taceo
quod
ita
rudes
adhuc
homines
agebant,
ut
cujuslibet
novi
viri
aspectu
quasi.
divino.
commoverentur
;
cum
hodie
jam
politi,
quos
ante
paucos
dies
luctu
publico
mortuos
sint
confessi,.in
deos
consecrent.
Satis
jam
de
Saturno,
licet
paucis.
Etiam
Jovem
ostendemus
tam
hominem
quam
ex
homine
,
et
deinceps
totum:
generis
examen
tam
mortale,
quam
seminis-sui-par.
XI.
Et
quoniam:
sicut
illos
homines
fuisse
non
audetis
negare,,
ila
post
mortem
deos
factos
instituistis
asseve-
rare,
Causas
quæ
hoc
exegerint
retractemus,
In
primis
quidem
necesse
esi
concedatis
esse
abiquem
sublimiorem
deum,
et
mancipem
quemdam
divinitatis
;
quiex
homini-
bus
deos,
fecerit
:
nam
neque
sibi
illi
potuissent
sumere
divinitatem,
quam
non
habebant;
nec
alius
præstare
eam
non
habentibus,
nisi
qui
proprie
possidebat.
Cæterum
si.
nemo
esset
qui
deos.
faceret,
frustra
præsumitis
deos
fac-
tos
auferendo
factorem
:
certe
quidem
si
ipsi
se
facere
po-
ner
upnernemnpenaeemnenr
IL
OO
eee
0e
PU)
UE
AIR
EU
LE
RRERR
que
eerquu
a
eee
ce
eee
RCE
QE
EE
RC
EE
RE
19
mêmes,
ils
n’auraïent
pas
choisi
la
condition
d'hommes;
étant
les
maîtres
de
s’en
procurer
une
meilleure.
Si
donc
il
existe
un
être
capable
de
faire
des
dieux,
je
reviens
aux
raisons
qu’il
a
pu
avoir
d'associer
des
hommes
à
sa
divinité.
Or,
je
n'en
vois
pas
d’autre
que
son
insuffisance
per-
sonneile
pour
remplir
les
fonctions
diverses
de
la
divinité.
Maïs
d’abord
il
était
indigne
de
la
na-
ture
souveraine
de
ce
dieu
d’avoir
besoin
du
con-
cours
de
quelqu'un
,
et
surtout
d’un
mort.
Pour-
quoi
n'avoir
pas
plutôt
créé
un
dieu
dès
le
com-
mencement
?
Encore
je
ne
vois
pas
à
quoi
il
aurait
pu
occuper
ce
nouveau
dieu.
Car
que
le
monde
existe
par
lui-même
et
n'ait
point
eu
de
commén-
cement,
comme
l'enseigne
Pythagore
;
ou,
comme
le
prétend
Platon
,
qu’il
ait
eu
un
commencement
et
qu'il
soit
ouvrage
d’un
être
supérieur
,
il
est
certain
qu’il
à
été
créé
une
fois
pour
toutes,
ou
qu'il
a
existé
de
tout
temps
tel
qu'il
est
aujour-
d’hui.
Celui
de
qui
émane
toute
perfection
ne
sau-
rait
être
imparfait,
ni
avoir
eu
besoin
du
secours
de
Saturne
et
de
ses
enfants.
Il
faudrait
être
bien
simple
pour
croire
que
la
pluie,
les
astres,
la
lu-
mière,
letonnerre,
ne
sont
pas
aussi
anciens
que
le
monde;
que
la
foudre,
dont
vous
armez
la
main
de
Jupiter,
ne
l'ait
pas
faittrembler
de
touttemps
;
que
la
terre
ne
produisait
pas
toute
sorte
de
fruits
avant
Bacchus,
Cérès
et
Minerve
,
et
même
avant
le
premier
homme
;
car
rien
de
ce
qui
est
néces-
saire
à
la
vie
de
l’homme
n’a
pu
être
postérieur
à
l’homme.
On
dit
bien
que
les
hommes
ont
dé-
couvert
différentes
choses
propres
à
son
usage,
mais
non
pas
qu'ils
les
ont
faites.
Or,
ce
qu’on
découvre
existait
auparavant,
et
doit
étre
attri-
bué
à
celui
qui
Pa
fait,
non
à
celui
qui
l’a
décou-
vert.
Au
reste,
si
Bacchus
a
été
fait
dieu
pour
tuissent,
nunquam
homines
fuissent,
possidentes
scilicet
melioris
conditionis
potestatem.
Igitur
si
esf
quifaciatdeos,
revertor
ad
causas
examinandas
faciendorum
ex
hominibus
deorum
:
nec
ullas
invenio,
nisi
si
ministeria
et
auxilia
officiis
divinis
desideravit
ille
magnus
deus.
Primo,
indi-
gnum.est
ut'alicujus
opera
indigeret,
et
quidem
mortui,
cum
dignius
ab
initio
deum
aliquem
fecisset
qui
mortui
erat
operam
desideraturus.
Sed
nec
operæ
locum
video
:
totum:
enim
hoc
mundi
corpus
sive
innatum
et
infectum:
secundum
Pythagoram..
sive
natum.et
factum
secundum.
Platonem
,:semel
utique
in
ista
constructione.
dispositum
et
instructum
et
ordinatumcumomnirationis
gubernaculo
inventum
est:
imperfectum:non
potuit
esse,
quod'perficit.
omnia
:
nihil
Saturnum:et
Saturniam
genterh:
exspectabat.
Vani
erunt
homines,
nisi
certi
sint
a
primordio
et
pluvias
de
cœlo
rnisse,
et
sidera
radiasse,
et
lumina
floruisse
,
et
tonitrua
mugisse,
et
ipsum
Jovem
quæ
in
manu
ejns
poni-
tis
fulmina
timuisse
;
item
omneém
frugemante
Liberum,
et
Cererem,
et
Minervam,
imo
ante
illum
aliquem
princi-
pem
hominem,
de
terra
exuberasse,,
quia
nihil
continendo
et
sustinendo
hormini
prospectum:post
hominem
potuit
in-
ferri
Denique
invenisse
dicuntur
necessaria
ista
vitæ,
non
instituisse
:
quod
autem
invenitur,
fuit;
et
quod
fit,
non
ejus
deputabitur
qui
invenit,
sed
ejus
qui
inslituit
:
erat
_
2.
20
TERTULLIEN.
avoir
montré
aux
hommes
l'usage
de
la
vigne,
on
a
Commis
une
grande
injustice
envers
Lucul-
lus,
en
ne
lui
décernant
pas
le
même
honneur
pour
avoir
le
premier
transporté
des
cerisiers
de
Pont
en
Italie.
Si
donc
tout
était
ordonné
de
telle
sorte
dès
le
commencement,
que
l’univers
pouvait
fonctionner
de
lui-même,
qu’était-il
besoin
d’ap-
peler
l'humanité
en
aide
à
la
divinité,
pour
assi:
guer
à
des
dieux
secondaires
des
emplois
et
des
fonctions
qui
étaient
remplis
sans
eux
et
avant
eux?
Vous
alléguez
une
autre
raison
:
vous
prétendez
que
l'apothéose
est
la
récompense
du
mérite.
Vous
accorderez
sans
doute
que
ce
dieu,
créateur
de
dieux,
est
souverainement
juste
;
qu’il
ne
saurait
prodiguer
une
telle
récom-
pense,
ni
la
donner
au
hasard
et
sans
fondement.
Voyons
doncsi
vosdieux
ont
mérité
d’être
élevés
au
ciel,
et
non
pas
plutôt
d’être
précipités
dans
le
Tartare,
que
vous
regardez,
quand
il
vous
plaît
de
le
croire
et
de
l’affirmer
,
comme
la
pri-
son
des
méchants.
C’est
là
que
sont
plongés
tous
les
enfants
dénaturés,
les
incestueux,
les
adultères,
les
ravisseurs,
les
infâmes,
les
hommes
cruels
,
les
meurtriers,
les
voleurs,
les
fourbes,
tous
ceux,
en
un
mot,
qui
ressemblent
à
quel-
‘qu'un
de
vos
dieux;
car
il
n’en
est
pas
un
seul
qui
n’ait
donné
l’exemple
du
crime
ou
du
vice,
-à
moins
que
vous
ne
disiez
qu'ils
n’ont
pas
été
des
hommes.
Mais,
pour
vous
empêcher
de
le
dire,
ils
portent
des
caractères
qui
ne
permettent
pas
de
croire
qu'on
en
ait
fait
des
dieux
;
çar
si
-vous
êtes
établis
pour
punir
ceux
qui
leur
res-
semblent,
si
tous
les
gens
de
bien
fuient
le
com-
-merce
et
jusqu’au
contact
des
méchants
et
des
:Imfâmes,
et
que
votre
dieu
suprême
ait
associé
de
-epim
antequam
invenirelur.
Cæterum
si
proplerea
Liber
-deus
quod
vitem
demonstravit,
male
cum
Lucullo
actum
est,
qui
primus
cerasa
ex
Ponto
ftaliæ
promulgavit,
quod
-non
st
proplerea
consecratus
ut
novæ
frugis
auctor,
quia
inventor
et
ostensor.
Quamobrem
si
ab
initio
et
instructa,
et
certis
exercendorum
officiorum
suorum
rationibus
dis-
pensata
universitas
constitit,
vacat
ex
hac
parte
causa
al-
legendæ
humanitatis
in
divinitatem,
quia
quas
illis
statio-
nes
et
potestates
distribuistis,
tam
fuerunt
ab
initio
quam
et
fuissent
eliamsi
deos
isios
non
creassetis.
Sed
converti:
mini
ad
causam
aliam,
respondentes
collationem
divinita-
lis
meritorum
remunerandorum
fuisse
rationem
:
el
hinc
conceditis,
opinor,
illam
deum
deificum
justitia
præcellere,
qui
nec
temere,
nec
indigne,
nec-prodigetantum
præmium
dispensarit.
Volo
igitur
merita
recensere,
an
ejusmodi
sint
ut
illos
in
cœlum
extulerint,
et
non
potius
in
imum
tarta-
‘rum
merserint,
quem
carcerem
poœnarum
infernarum
cum
vultis
aflirmatis
:
illue
enim
abstrudi
solent
impii
quique
in
parenies
;.ef
in
sorores
incesti,
et
maritarum
adulteri
=
et
virginum
raptores
,
et
puerorum
contaminalores,
et
qui
sœviunt,
etqui
oceidunt,
et
qui
furantur,
et
qui
decipiunt,
et
quicumique
similes
sunt
alicujus
dei
vestri
quem
nemi-
-nem
integrum
a
crimine
aut
vitio
probare
poterilis,
nisi
bominem
negaveritis.
Atquin
ut
illos
homines
fuisse
non
-Possitis
negare,
etiam
istæ-notæ
:accedunt
;
qu
nec.dens
tels
hommes
à
sa
majesté,
pourquoi
condamner.
vous
ceux
dont
vous
adorez
les
collègues
?
Votre
justice
condamne
le
ciel.
Divinisez
plutôt
tous
les
grands
scélérats
:
vous
êtes
sûrs
de
flatter
vos
dieux
et
de
les
honorer,
en
rendant
un
culte
divin
à
leurs
pareils.
Mais
abandonnons
cette
récrimination.
Je
suppose
que
vos
dieux
ont
été
des
hommes
vertueux
et
irréprochables.
Cepen-
dant
combien
n’avez-vous
pas
laissé
dans
les
en-
fers
de
personnages
qui
sont
beaucoup
au-dessus
d'eux,
un
Socrate
par
sa
sagesse,
un
Aristide
par
sa
justice,
un
Thémistocle
par
sa
valeur,
un
Alexandre
par
sa
grandeur
,
un
Polycrate
par.
son
bonheur,
un
Crésus
par
ses
richesses,
un
Démosthène
par
son
éloquence!
Nommez-moi
un
de
vos
dieux
plus
austère
et
plus
sage
que
Caton,
plus
juste
et
plus
brave
que
Scipion
:
plus
grand
que
Pompée,
plus
heureux
que
Sylla,
plus
riche
que
Crassus,
plus
éloquent
que
Cicé.
ron.
Ce
sont
de
tels
hommes
que
votre
dieu
su-
prême,
à
qui
l'avenir
ne
pouvait
être
caché,
a.
rait
dû
attendre
pour
les
associer
à
sadivinité.
Il
s’est
trop
hâté,
ce
me
semble,
de
fermer
le
ciel,
et
il
doit
rougir
maintenant
d'entendre
des
âmes,
assurément
plus
dignes
de
son
choix,
murmure
contre
lui
dans
l’oubli
des
énfers.
XIT.
Je
finis
sur
ce
point,
En
vous
montrant
ce
que
Sont
vos
dieux,
je
vous
ferai
voir,
par
une
suite
nécessaire,
ce
qu'ils
ne
sont
pas.
Or,
quant
à
leurs
personnes
,
je
ne
vois
que
les
noms
de
quelques
anciens
morts,
je
n’entends
que
des
fables,
et
ces
fables
m’expliquent
votre
culte,
Quant
à
leurs
simulacres
,
je
vois
que
la
matière
est
la
même
que
celle
de
la
vaisselle
et
des
meu-
bles
ordinaires
;
que
souvent
même,
changeant
postea
factos
credi
permittunt.
Si
enim
talibus
vos
punien:
dis
præsidetis;
si
commercium,
colloquium
,
convictum
malorum
et
turpium
probi
quique
respuitis,
horum
autem
pares
deus
ille
majestatis
suæ
consortio
ascivit,
quid
ergo
damnatis
quorum
collesas
adoratis
?
suggillatio
est
in
cxlo
+
vestra
justitia
:
deos
facile
criminosissimos
quosque,
nt
placealis
dis
vestris
;
illorum
est
honor,
consecratio
co
-
æqualium.
Sed,
ut
omittam
hujus
indignitatis
retractatum,
probi,
et
integri,
et
boni
fuerint
:
quot
tamen
potiores
viros
apud
inferos
reliquistis!
aliquem
de
sapientia
Socratem,
de
justitia
Aristide,
de
militia
Themistoclem,
de
sublimitate
Alexandrum,
de
felicitate
Polycratem,
de
copia
Crœsum,
de
eloquentia
Demosthenem
:
quis
ex
illis
dits
vestris
gra
vior
et
sapientior
Catone,
justior
et
militarior
Scipione?
quis
sublimior
Pompeio,
felicior
Sylla,
copiosior
Crass0,
eloquentior
Tullio?
quanto
dignius
istos
deos
ille
assumer:
dos
expectasset,
præscins
utique
potiorum!
properavit,.
opinor,
et
cœlum
semel
clusit,
et
nunc
utique
melioribus
apud
inferos
mussitantibus
erubescit.
:
XIT-
Cesso
jam
de
istis,
ut
qui
sciam
me
ex
ipsa
veritate
demonstra{urum
quid
non
sint,
cum
ostendero
quid
sint.
Quantum
igitur
de
dis
vestris,
nomina
solummodo
video
quorumdam
veterum
mortuorum
,
et
fabulas
audio
,
et
sa:
cra
de
fabulis
recognosco
:
quantum
autem
de
simulacris
ipsis,
nihil
aliud
deprehendo,
quam
materias
sorores
esse
APOLOGÉTIQUE.
27
dème
a
rendu
gloire
à
Ja
Providence
en
serécriant
d’admiration
sur
l’uniformité
de
leurs
versions
,
et
vous
pouvez
vous
assurer
de
ce
fait
dans
le
livre
qu’Aristée
a
écrit
en
grec
à
ce
sujet.
On
voit
encore
aujourd’hui
un
exemplaire
de
ces
livres,
en
langue
hébraïque,
dans
le
temple
de
Sérapis,
où
Ptolémée
établit
sa
bibliothèque.
Les
Juifs
ont
la
liberté
de
les
lire
publiquement,
moyen-
nant
untribut
:
on
a
coutumed’aller
les
entendre
le
jour
du
sabbat.
Quiconque
ira,
apprendra
à
conpaître
Dieu
;
et
quiconque
s’appliquera
à
le
connaître,
sera
forcé
de
croire
en
lui.
XIX.
La
haute
antiquité
de
ces
livres
leur
donne
une
autorité
supérieure
à
celle
de
tous
les
autres.
Chez
vous,
comme
partout
ailleurs,
l’an-
tiquité
n’est
pas
moins
respectable
que
la
religion
même.
Or.
les
livres
d’un
seul
des
prophètes,
qui
sont
comme
un
trésor
où
se
gardent
tous
les
mys-
tères
de
la
religion
juive,
-et
par
conséquent
de
la
religion
chrétienne
;
ces
livres,
dis-je,
devancent
de
plusieurs
siècles
ce
que
vous
avez
de
plus
antique
:
vos
monuments,
vos
origines,
vos
dates,
les
sources
les
plus
reculées
de
votre
lan-
gage,
la
plupart
même
des
nations
,
les
villes
les
plus
fameuses,
les
histoires
les
plus
vieilles,
jus:
qu'aux
caractères
de
l'écriture,
ces
témoins
et
ces
gardiens
de
toutes
les
choses
humaines.
Je
n’en
dis
pas
assez
:
ilssont
antérieurs
de
plusieurs
siècles
à
vos
dieux,
à
vos
temples,
à
vos
oracles,
à
vos
sacrifices.
Si
vous
avez
entendu
parler
de
Moïse
,
ilest
contemporain
de
l’Argien
Inachus,
antérieur
de
cent
soixante-dix
ans
à
Danaüs,
un
de
vos
plus
anciens
rois;
d'environ
mille
ans
à
la
ruine
de
Troie.
Je
pourrais
aussi
(et
les
au-
torités
ne
me
manqueraient
pas)
le
faire
pré-
quos
Menedemus
quoque
philosophus
providentiæ
vindex
de
sententiæ
communione
suspexit.
Affirmavit
hæc
vobis
eliam
Aristæus
:
ita
in
Græcum
stylum
ex
aperto
monu-
menta
reliquit.
Hodie
apud
Serapeum,
Ptolemæi
biblio-
{hecæ
cum
ipsis
Hebraicis
litteris
exhibentur.
Sed
et
Judæi
palam
lectitant
:
vectigalis
libertas
vulso
aditur
sabbatis
omnibus
:
qui
adierit,
inveniet
Deum
:
qui
etiam
studue-
rit
intelligere,
cogetur
et
credere.
XIX.
Primam
insfrumentis
istis
auctoritatem
summa
antiquitas
vindicat
:
apud
vos
quoque
religionis
est
instar
fidem
de
temporibus
asserere.
Omnes
itaque
substantias,
ompesque
materias,
origines,
ordines
,
venas
velerani
cu-
jusque
styli
vesiri,
gentes
etiam
plerasque
,
et
urbes
insi-
gues,
Canas
memoriarum,
ipsas
denique
effigies
litterarum
indices
custodesque
rerum
,
et
pufo
adhuc
minus
dicimus,
ipsos,
inquam,
deos
vestros,
ipsa
templa,
et
oracula,
et
sacra,
unius
interim
Prophetæ
scrinium
sæculis
vincit,
in
quo
videtur
thesaurus
collocatus
totius
Ju-
daici
sacramenti,
et
inde
eliam
nosiri.
Si
quem
audis-
tis
interim
Moysem,
Argivo
Inacho
pariter
ætale
est
:
quadringentis
pene
annis,
nam
et
septem
minus,
Danaüm
et
ipsum
apud
vos:vetustissimum
prævenit,
mille
circiter
cladent
Priami
antecedit
:
possem
etiam
dicere
quingentis
amplius
et
Homerum,
habens
quos
sequar
:
cæteri
quoque
Prophetæ,
efsi
Moysi
posthumant,
extremissimi
tamen
céder
Homère
de
plus
de
cinq
cents
ans.
Tous
les
autres
prophètes
sont
postérieurs
à
Moïse
;
et
cependant
les
moins
anciens
d’entreeux
devancent
encore
les
plus
anciens
de
vos
sages
,
de
vos
lé-
gislateurs
et
de
vos
historiens.
La
preuve
de
ce
que
je
viens
d'avancer
n’est
pas
difficile,
mais
elle
est
immense
et
demanderait
de
longs
calculs.
Il
faudrait
compulser
les
archives
des
peuples
les
plus
anciens,
des
Égyptiens,
des
Chaldéens
;:
des
Phéniciens
;il
faudrait
consulterles
historiens
indigènes
de
chacun
de
ces
peuples,
Manéthon
d'Égypte,
Bérose
de
Chaldée,
Iromus
de
Phé-
nicie,
roi
de
Tyr,
et
ceux
quiont
écrit
d’après
eux
,
Ptolémée
de
Mendès,
Ménandre
d’Éphèse,
Démétrius
de
Phalère,
le
roi
Juba,
Appion,
Thallus
et
le
Juif
Josèphe,
qui
tantôt
les
suit,
tantôt
les
combat,
dans
le
livre
qu’il
nous
a
laissé
sur
les
antiquités
de
son
pays.
Il
faudrait
aussi
conférer
les
annales
des
Grecs,
s'attacher
à
fixer
les
dates
de
chaque
événement,
pour
former
une
chaîne
des
temps
exa
cte
et
lumineuse
;
il
faudrait
feuilleter
les
histoires
et
les
livres
du
monde
en-
tier,
Nous
avons
déjà
fait
une
partie
de
la
preuve,
en
indiquant
les
sources
d’où
l’on
peut
la
tirer.
Nous
nous
en
tiendrons
là
aujourd’hui,
de
peur
ou
de
la
tronquer
en
nous
pressant,
ou
de
nous
écarter
trop
en
voulant
la
mettre
dans
tout
son
jour.
XX.
Nous
allons
vous
dédommager
de
ce
dé-
lai.
Si
nous
ne
prouvons
pas,
quant
à
présent,
l'antiquité
de
nos
Ecritures,
nous
ferons
quelque
chose
de
plus
:
nous
allons
prouver
leur
majesté.
Si
leur
antiquité
peut
être
douteuse,
leur
divinité
ne
le
sera
pas.
La
preuve
ne
se
fera
pas
attendre,
ni
chercher
;
nous
l’avons
sous
les
veux
:
c’est
Le
eorum
non
retrosiores
deprehenduntur
primoribus
vestris
Sapientibus,
et
legiferis,
et
historicis.
Hæc
quibus
ordi-
nibus
probari
possint,
non
tam
difficile
est
nobis
exponere,
quam
enorme
;
nec
arduum,
sed
interim
longum
:
multis
instrumentis
cum
digitorum
supputariis
gesliculis
assiden-
dum
est
:
reseranda
antiquissimarum
etiam
gentium
ar-
chiva,
Ægyptiorum,
Chaldæorum
,
PhϾnicum
:
advocandi
municipes
eorum,
per
quos
notitia
subministrata
est,
ali-
qui
Manethon
Ægyptius,
et
Berosus
Chaldæus,
sed
et
Jromus
Phœnix
Tyri
rex
;
sectatores
quoque
eorum
,
Mén-
desius
Ptolemæus,
et
Ménander
Ephesius
,
et
Demetrius
Phalereus,
et
rex
Juba,
et
Appion,
et
Thallüs,
et
qui
istos
aut
probat
aut
revincit
Judæus
Josephus
antiquita=
tum
Judaïicarum
vernaeulus
vindex
:
Græcoruim
etiam
censuales
conferendi
,
et
quæ
quando
sint
gesta,
ut
con-
catenaliones
Lemporum
aperiantur,
per
quæ
luceant
anna-
lium
numeri
:
peregrinandum
est
in
historias
et
litteras
orbis.
Et
tamen
quasi
partem
jam
probationis
intulimus,
cum
per
quæ
probari
possint
aspersimus
:
verum
differre
præstat,
ne
vel
minus
persequamur
festinando,
vel
diu-
tius
evagemur
perséquendo.
XX.
Plus
jam
offerimus
pro
ista
dilatione,
majestatem
Scripturarum,
si
non
vetustatem
:
divinas
probamus,
si
dubitatur
antiquas:
nec
hoc
tardius,aut
aliande
discendon
:
coram
sept
quæ
docébunt,
mundus,
et
sæculum,
et
exi-
28
TERTULLIEN.
monde,
le
siècle,
et
les
événements
dont
il
est
le
théâtre,
Ce
qui
arrive,
ce
que
nous
voyons
tous
les
jours
,
a
été
prédit.
I
a
été
prédit
que
la
terre
engloutirait
des
villes
;
que
la
mer
submergerait
des
îles
;
que
des
guerres
étrangères
et
intestines
ensanglanteraient
|la_terre;
que
les
royaumes
s’en-trechoqueraient
;
que
la
famine,
la
peste,
des
calamités
publiques,
désoleraient
certains
pays;
que
les
bêtes
féroces
rendraient
la
plupart
des
montagnes
inaccessibles
;
que
les
petits
se-
raient
élevés
et
les
grands
humiliés
;
que
la
jus-
tice
deviendrait
plus
rare
;
que
l’iniquité
se
for-
tifierait;
que
l’amour
du
bien
irait
s’affaiblissant
;
que
les
saisons
même
et
les
éléments
se
déran-
geraient
;
que
des
monstres
etdes
prodiges
trou-
leraient
l’ordre
de
la
nature.
Tandis
que
nous
souffrons
toutes
ces
épreuves,
nous
leslisons
dans
h0S
Écritures
;
et,
en
{es
y
reconnaissant,
nous
ne
pouvons
douter
de
la
véracité
des
livres
où
el-
les
sont
annoncées.
L’accomplissement
des
pro-
phéties
est,
ce
me
semble,
un
garant
de
leur
di-
vinité.
Les
prophéties
déjà
accomplies
nous
font
croire
à
celles
qui
restent
à
s’accomplir.
Les
mé-
mes
bouches
les
ont
prononcées,
les
mêmes
mains
les
ont
écrites,
le
même
esprit
les
a
dictées.
I
n'y
a
qu'un
temps
pour
les
prophètes
:
à
leurs
yeux
toutest
présent,
tandis
que
les
hommes
ordinaires
distinguent
le
temps
à
mesure
qu'il
s’écoule,
séparant
le
présent
de
l'avenir,
et
le
passé
du
présent.
Or,
je
vous
le
demande,
avons-
nous
tort
de
croire
pour
l'avenir
ceux
que
nous
avons
trouvés
si
véridiques
pour
le
présent
et
pour
le
passé?
XXI.
Comme
nous
venons
de
dire
que
notre
religion
a
pour
fondement
les
livres
des
Juifs,
les
“plus
anciens
qui
existent,
et
que
néanmoins
on
tus
:
quidquid
agitur,
prænuntiabatur
:
quidquid
videtur,
audiebatur
:
quod
terræ
vorant
urbes,
quodinsulas
maria
fraudant,
quod
externa
atque
interna
bella
dilaniant,
quod
regnis
regna
compulsant,
quod
fames
et
lues
et
locales
quæque
clades
et
frequentiæ
pleraque
montium
vastant,
quod
humiles
sublimitate,
sublimes
humilitate
mutantur,
quod
justitia
rarescil
et
iniquitas
increbrescit,
bonarum
omnium
disciplinarum
cura
torpescit,
quod
etiam
officia
temporum
et
elementorum
munia
exorbitant,
quod
et
monstris
et
portentis
naturalium
forma
turbatur,
providen-
ter
scripta
sunt
:
dum
patimur,
leguntur
;
dum
recognosci-
-mus,
probantur
:
idoneum,
opinor,
testimonium
divinitatis
verilas
diviuationis.
Hinc
igitur
apud
nos
futurorum
quo-
que
fides
tuta
est,
jam
scilicel
probatorum
:
quia
cum
illis
quæ
quotidie
probantur
prædicebantur,
eædem
voces
s0-
nant,
eædem
lilteræ
notant,
idem
spiritus
pulsat
:
unum
tempus.est
divinationi,
futura
præfandi
:
apud
homines,
si
forte,
distinguitur,
dum
expungitur
:
dum
ex
futuro
præ-
sens,
dehine
ex
præsenti
præteritum
deputatur.
Quid
de-
Hnquimus,
oro
vos,
futura
quoque
credentes,
qui
jam
didi-
cimus
illis
per
duos-gradus
credere?
XXI.
Sed
quoniam
edidimus
antiquissimis
Judæorum
instrumentis
sectam
istam
esse
suffultam,
quam
aliquanto
novellam,
ut
Tiberiani
temporis
plerique
sciunt,
profiten-
sait
généralement
qu’elle
ne
remonte
pas
au
delà
de
l'empire
de
Tibère,
ce
que
nous
publions
nous-mêmes,
on
nous
accusera
peut-être
de
chercher
à
répandre
des
opinions
nouvelles
et
téméraires
,
à
l’ombre
d’une
religion
fameuse
et.
tolérée
;
car
il
est
certain
que,
indépendamment
de
lancienneté
,
l'abstinence
de
certaines
vian-
des,
les
fêtes,
la
cireoncision,
ne
nous
sont
point
communes
avec
eux
;
que
nous
ne
portons
pas
lé
même
nom
:
Ce
qui
devrait
être,
si
nous
servions
le
même
dieu.
[l
n’est
pas
jusqu’au
peuple
qui
ne
sache
que
le
Christ
a
paru
sur
la
terre
comme
un
homme
ordinaire,
que
les
Juifs
l'ont
jugé
tel;
et
de
là
on
se
croit
fondé
à
croire
que
nous
ado-
rons
un
homme.
Cependant
nous
n’avons
garde
:
de
rougir
de
Jésus-Christ,
nous
nous
glorifions
au
contraire
d’être
perséeutés
et
condamnés
pour
Son
nom
;
ef,
pourtant,
nous
avons
de
Dieu
la
même
idée
que
les
Juifs.
Pour
me
faire
entendre,
il
est
nécessaire
que
j'entre
dans
quelques
ex
pli
cations
sur
la
divinité
du
Christ.
Les
Juifs
seuls
étaient
agréables
à
Dieu,
à
cause
de
la
justice
et
de
la
foi
de
leurs
pères.
De
là
l'éclat
et
la
puissance
de
leur
nation,
de
là
ce
privilége
sin-
gulier
d'avoir
eu
Dieu
même
pour
maître
et
pour
guide.
Mais,
follement
enflés
des
mérites
de
leurs
pères,
ils
abandonnèrent
sa
loi
et
tombe-
rent
dans
toute
sorte
de
prévarications.
Quand
ils
n’en
conviendraient
pas,
l’état
déplorable
où
ils
sont
aujourd’hui
le
prouverait
assez.
Disper-
sés,
vagabonds,
bannis
de
leur
patrie,
ils
se
promènent
sur
la
surface
de
la
terre,
sans
avoir.
ni
dieu
ni
homme
pour
guide,
sans
qu’il
leur
soit
permis
de
mettre
le
pied
dans
leur
pays,
même
comme
étrangers.
Les
saints
oracles
qui
les
menaçaient
de
ces
malheurs
leur
annon-
tibus
nobis
quoque;
fortasse
an
hoc
nomine
de
statu
ejus
retractetur,
quasi
sub
umbraculo
insignissimæ
religionis,
cerle
licitæ,
aliquid
propriæ
præsumptionis
abscondat,
vel
quia
præter
ælatem
neque
de
victus
exceptionibus,
neque
de
solemnitatibus
dierum
,
neque
de
ipso
signaculo
Corporis,
nèque
de
consortio
nominis
cum
Judæis
agimüs,
quod
utique
oporteret
si
eidem
Deo
Manciparemur,
Sed.
et
vulgus
jam
scit
Christum,
ut
aliquem
bominum,
qua-
lem
Judæi
judicaverunt,
quo
facilius
quis
nos
hominis
cultores
existimaverit.
Verum
neque
de
Christo
erubesci-
mus,
Cum
Sub
nomine
ejus
deputari
et
damnari
juvat,
neque
de
Deo
aliter
præsumimus.
Necesse
est
igiur
pauca
de
Christo,
ut
Deo.
Tantum
Judæis
erat
apud
Deum
gratia,
ob
insignem
justiliam
et
fidem
originalium
aucto:
rum
:
unde
illis
et
generis
magniludo
et
regni
sublimitas
floruit,
et
fanta
felicitas,
ut
Dei
vocibus
;
de
promerendo
Deo
et
non
offendendo
præmonerentur.
Sed
quanta
deli-
querint,
fiducia
patrum
inflati,
deviantes
ab
disciplina
in
profanum
modum,
etsi
ipsi
non
confiterentur,
probarêt
exitus
hodiernus
ipsorum
:
dispersi
,
palabundi,
et
cœli
et
Soli
sui
extorres
vagantur
per
orbein
sine
homine,
sine
deo
rege,
quibus
nec
advenarum
jure
terram
pafriam
saltem
vestigio
salufare
conceditur.
Cum
hæc
illis
sanctæ
voces
præminaren(ur,
eædem
semper
omnes
ingerebant
APOLOGÉTIQUE.
9
caient
aussi
sans
cesse
que,
dans
les
derniers
temps,
Dieu
choisirait,
entre
tous
les
peuples
et
dans
tous
les
lieux
,
des
adorateurs
plus
fidèles,
sur
qui
il
transporterait
sa
grâce,
majs
une
grâce
plus
abondante,
et
proportionnée
à
l’excellence
de
celui
qui
en
serait
la
source.
Il
était
prédit
que
l’auteur
de
cette
grâce,
le
maitre
qui
vien-
drait
éclairer,
réformer
et
conduire
le
genre
humain,
serait
le
Fils
de
Dieu
:
non
pas
un
fils
qui
eût
à
rougir
de
sa
naissance,
qui
dût
le
jour
à
l'inceste
d’une
sœur,
à
la
faiblesse
d’une
fille,
à
l’adultère
d’une
épouse,
à
un
père
métamor-
phosé
en
serpent,
en
taureau,
en
ojseau,
en
pluie
d’or
(
vous
reconnaissez
là
votre
Jupiter
).
Le
Fils
de
Dieu
n’est
pas
même
né
d’un
mariage:
il
a
pris
naissance
dans
le
sein
d’une
vierge
qui
ne
connaissait
point
d'homme.
Je
vais
vous
ex-
pliquer
sa
nature,
pour
vous
faire
comprendre
le
mystère
de
sa
nativité.
J'ai
déjà
dit
que
Dieu
a
créé
le
monde
par
sa
puissance,
par
sa
sagesse
et
par
sa
parole.
Vos
philosophes
même
con-
viennent
que
le
monde
est
l'ouvrage
dela
parole,
de
la
raison,
Xoyos.
C’est
le
sentiment
de
Zénon,
qui
appelle
encore
cette
cause
destin,
dieu,
âme
de
Jupiter,
nécessité
de
toutes
choses.
Cléanthe,
rassemblant
tous
ces
attributs
en
un
seul
,
en
fait
un
esprit
répandu
dans
toutes
les
parties
de
l’univers.
Nous
disons
aussi
que
la
propre
substance
de
la
parole,
de
la
sagesse
et
de
la
puissance
par
laquelle
Dieu
a
tout
fait,
est
esprit:
parole,
quand
il
ordonne;
sagesse,
quand
il
dispose;
puissance,
quand
il
exécute.
Nous
avons
appris
que
Dieu
a
proféré
cet
esprit,
et
en
le
proférant
l’a
engendré;
que,
pour
cette
raison,
il
est
appelé
Fils
de
Dieu,
et
Dieu
même
à
fore
uli
sub
extimis
curriculis
sæculi,
ex
omni
jam
gente,
et
populo,
et
loco
cultores
sibi
allegeret
Deus
multo
fide:
liores,
in
-quos
gratiam
transferret,
pleniorem
quidem
ob
disciplinæ
Auctoris
capacitatem.
Hujus
igitur
gratiæ
dis-
ciplinæque
arbiter
et
magister,
illuminator
atque
deductor
generis
humani
Filius
Dei
annuntiabatur
:
non
quidem
ita
genitus
ut
erubescat
in
filii
nomine
,
aut
de
patris
semine
:
non
de
sororis
incesto,
nec
de
stupro
filiæ
aut
conjugis
alienæ
denm
patrem
passus
est
squamatum
aut
cornulum
aut
plumatum-amatorem
,
aut
in
aurum
conversum
;
Jovis
enim
ista
sunt
numina
vestri
:
cæterum
Dei
Filius
nullam
de
impudicitia
habet
matrem
:
etiam
quam
videtur
habere,
non
nupserat.
Sed
prius
substantiam
edisseram,
et
ita
nativitatis
qualitas
intelligetur,
Jam
ediximus
Deum
uni-
versitatem
hanc
mundi
verbo
et
ratione
et
virtute
molitum.
Apud
vestros
quoque
sapientes,
AOFON,
id
est,
sermo-
nem
afque
rationem,
constat
artificem
videri
universitalis
:
bunc
enim
Zeno
determinat
factilatorem,
qui
cunela
in
dispositione
formaverit
;
eumdem
et
fatum
vocari,
et
deum,
et
animum
Jovis,
et
necessitatem
omnium
rerum:
Hæc
Cleanthes
in
spiritum
congerit,
quem
permeatorem
uni-
versitatis
affirmat
:
et
nos
etiam
sermoni
afque
rationi,
itemque
virtuti,
per
quæ
omnia
molitum
Deum
ediximus,
propriam
substantiam
spiritum
inscribimus,
cui
el
sermo
insit
prænuntianti,
et
ratio
adsit
disponenti,
et
virtus
cause
de
l'unité
de
substance
;
car
Dieu
est
es-
prit.
Lorsque
le
soleil
darde
un
rayon,
ce
rayon
est
une
portion
d’un
tout;
le
soleil
est
dans
le
rayon
,
puisque
c'est
un
rayon
du
soleil;
il
ya,
non
pas
division,
mais
expansion
de
substance.
Ainsi,
la
parole
est
esprit
de
l'esprit,
Dieu
de
Dieu.
On
peut
comparer
cette
génération
à
celle
de
la
lumière,
qui
naît
de
la
lumière
sans
que
le
foyer,
qui
en
est
la
source,
perde
,
en
se
com-
muniquant,
la
moindre
dimivution
de
substance.
Ainsi
donc
ce
qui
est
sorti
de
Dieu
est
Dieu
et
Fils
de
Dieu
(et
les
deux
ne
font
qu’un),
esprit
de
l’esprit,
Dieu
de
Dieu
:
autre
en
propriété
,
non
en
nombre;
en
ordre,
non
en
nature;
sorti
de
son
principe
sans
lavoir
quitté.
Ce
rayon
de
Dieu,
selon
l’antique
prédiction,
est
descendu
dans
une
vierge,
et
s’est
incarné
dans
son
sein,
d’où
il
est
sorti
Homme-Dieu.
La
chair
unie
à
l'esprit
se
nourrit,
croit,
parle
,
enseigne,
opère,
et
c’est
le
Christ.
Acceptez
pour
le
moment
cette
fable
semblable
aux
vôtres,
en
attendant
que
je
vous
prouve
la
divinité
du
Christ.
Ceux
d’entre
vous
qui
ont
inventé
des
fables
pour
détruire
la
vérité
que
je
vous
annonce,
savaient
que
le
Christ
devait
venir.
Les
Juifs
le
savaient
:
c’est
à
eux
que
les
prophètes
l'avaient
promis.
Ils
Pat-
tendent
même
encore
aujourd’hui;
et
le
plus
grand
sujet
de
contestation
entre
eux
et
nous,
c’est
qu’ils
prétendent
qu’il
n’est
pas
encore
venu.
Deux
avénements
du
Christ
sont
marqués
dans
les
prophètes
:
l’un,
dans
la
bassesse
de
la
condition
humaine,
il
est
accompli;
l’autre,
dans
la
splendeur
de
la
majesté
divine,
il
sera
le
signal
de
la
consommation
du
siècle.
Les
Juifs,
ne
comprenant
pasle
premier,
espèrent
le
second
præsit
perficienti.
Hunc
ex
Deo
prolatum
didicimus,
et
prolatione
generatum
,
et
ideïrco
Filium
Dei,
et
Deum
dictum
ex
unitate
substantiæ;
nam
et
Deus
spiritus
:
et
cum
radius
ex
sole
porrigitur,
portio
ex
summa,
sed
sol
erit
in
radio,
quia
solis
est
radius
,
nec
separatur
substan-
tia,
sed
extenditur
:
ita
de
spiritu
spiritus,
et
de
deo
Deus,
ut
lumen
de
lumine
accensum
:
manet
integra
et
indefecta
materiæ
matrix,
etsi
plures
inde
traduces
qualitatum
me-
tueris
:
ita
et
quod
de
Deo
profectum
est,
Deus
est,
et
Dei
Filius
,
et
unus
ambo
:
ia
et
de
spiritu
spiritus,
et
de
Deo
Deus
:
modulo
alteram
,
non
numero;
gradu,
nom
statu
fecit
:
et
a
matrice
non
recessit,
sed
excessit.
Iste
igitur
Dei
radius
,
ut
retro
semper
prædicabatur,
delapsus:
ln
virginem
quamdam
,
et
in
utero
ejus
caro
figuratus
nas:
citur
homo
Deo
mixtus
;
caro
spiritu
instrucla
nutri{ur,
adolescit
;
affatur,
docet,
operatur,
et
Christus
est.
Re-
cipite
interim
hanc
fabulam,
similis
est
vestris,
dum
ostendimus
quomodo
Christus
probetur.
Sciebant
qui
pe-
nes
vos
fabulas
ad
destructionem
veritatis
istias
æmulas
præministraverunt;
sciebant
et
Judæi
venturum
esse
Christum;
scilicet
quibus
Propbetæ
loquebantur
:
nam
-et
nunc
adventum
ejusexpectant,
nec
alia
magis
inter
nos
et
illos
compulsatio
est
;
quam
quod
jam
venisse
non
cre-
dunt
:
duobus
enim
adventibus
ejus
significatis,
primo,
qui
jam
expunctus
est
in
bamilitate
conditionis
humanæ
;
30
qui
aété
prédit
en
termes
plus
clairs,
et
ils
croient
qu'il
est
l'unique.
L’aveuglement
dont
ils
ont
été
punis
à
cause
de
leurs
prévarications
les
a
em-
pêchés
de
comprendre
le
premier,
qu’ils
auraient
cru
s'ils
l’eussent
compris,
et
qui
les
aurait
sauvés
s'ils
l’eussent
cru.
Ils
lisent
eux-mêmes
dans
Jeurs
livres
que
Dieu,
pour
les
châtier,
leur
a
ôté
l’esprit
de
sagesse
et
d'intelligénce,
l'usage
des
yeux
et
des
oreilles.
L’abaissement
de
Jésus-
Christ
le
faisant
paraître
aux
Juifs
comme
un
pur
homme,
ils
prirent
sa
puissance
pour
celle
d’un
magicien.
Par
la
vertu
de
sa
parole,
chas-
sant
les
démons
du
corps
des
hommes
,
rendant
la
vue aux
aveugles,
guérissant
les
lépreux,
ra-
nimant
les
paralytiques
,
ressuscitant
les
morts,
commandant
en
maître
aux
éléments,
apaisant
les
tempêtes,
marchant
sur
les
eaux
,
il
se
mon-
trait
partout
le
Verbe
éternel
de
Dieu,
son
pre-
mier-né,
toujours
accompagné
de
sa
sagesse
et
de
sa
puissance,
et
soutenu
de
son
esprit.
Mais
les
docteurs
et
les
premiers
d’entre
les
Juifs,
ré-
voltés
contre
sa
doctrine,
qui
les
confondait,
furieux
de
voir
le
peuple
courir
en
foule
sur
ses
pas,
le
traînèrent
devant
Ponce
Pilate,
alors
gouverneur
de
la
Svrie
pour
les
Romains,
et le
forcèrent,
par
leurs
clameurs,
à
Le
leur
abandon-
ner
pour
le
crucifier.
Lui-même
il
l'avait
prédit.
€e
n’est
pas
assez:
les
prophètes
l’avaient
aussi
prédit
longtemps
auparavant.
Attaché
à
la
croix,
il
rendit
l’esprit
avec
la
parole,
et
prévint
la
main
du
bourreau.
A
l’instant
le
ciel
s’obscurcit
en
plein
midi.
Ceux
qui
ignoraient
que
ce
phé-
nomène
avait
été
prédit
pour
la
mort
du
Christ,
le
prirent
pour
une
éclipse;
plus
tard,
faute
de
pouvoir
en
découvrir
la
raison
,
on
l’a
nié;
mais
secundo,
qui
concludendo
sæculo
imminet
in
sublimitate
divinitatis
exsertæ,
primum
non
intelligendo,
secundum,,
quem:manifestius
prædicatum
sperant,
unum;existimave-
runt
:
ne
enim
intelligerent
pristinum,
credituri
si
intel-
lexissent,
et
consecuturi
salutem.
si.credidissent,
meritum
fuit:
delictum
eorum.,
Ipsi
legunt
ita
scriptum
:
Mulctatos
se
sapientia
et
intelligentia;,
et
oculorum.et
aurium.
fruge.
Quem:
igitur
solummodo:hominem
præsumpserant
de
hu-
militate,
sequebatur
uti
magnum
æstimarent
de
potestate,
eum
ille
verbo
dæmonia
de
hominibus
excuteret,
cæcos
reluminaret,
leprosos
purgaret,
paralyticos
restringeret,
mortuos
denique
verbo
redderet.
vitæ,
elementa
ipsa
fa-
mularet,
compescens
procellas,
et:freta
ingrediens:,
osten-
dens
sese
AOTON
Dei,
id
est,
Verbam
illud
primordiale,
primogenitum,
virtute
et
ratione
comilatum,
et
spiritu
fultum
:
gistri
primoresque
Jadæorum,
ifa
exasperantur,
maxime
quod:ad
eum:
ingens
mullitudo
deflecteret,
ut
postremo:
oblatum:
Pontio
Pilato
Syriam
tunc
ex
parte
Romana
procuranti.
violentia
suffragiornmiin:
crucem
dedi.
sibi
ex-
torserin£
:
prædixerat:
et
ipse
ita
facturos.
Parum
hoc,
si,
non
et
Prophetæ
retro:
Et
tamen
suffixus
spiritum.
cum.
verbo
dimisit,
prævento
carnificisofficio.
Eodem
momento
dies
medium
orbemsignante
sole
subducla:est
:
deliquium
ad:
doctrinam
vero
ejus
quia
revincebantur
ma-
=
TERTULLIEN.
vous
le
trouverez
rapporté
dans
vos
archives.
Après
qu’on
eut
détaché
de
la
croix
le
corps
du
Christ,
et
qu’on
l’eut
déposé
dans
le
sépulcre,
les
Juifs
le
firent
garder
avec
soin
par
une
troupe
de
soldats
,
dans
la
crainte
que
ses
disciples
ne
l’enlevassent
furtivement,
et
ne
fissent
accroire
à
des
gens
déjà
prévenus
qu'il
était
ressuscité
le
troisième
jour,
comme
il
l'avait
prédit.
Mais
:
tout
à
coup,
le
troisième
jour,
la
terre
tremble,
la
pierre
œut
fermait
le
sépulcre
se
soulève
et
se
renverse
,
les
gardes
épouvantés
s’enfuients
et,
avant
qu'aucun
des
disciples
ait
paru,
on
ne
trouve
dans
le
sépulcre
que
les
linceuls
funérai-
res.
Cependant
les
principaux
d’entre
les
Juifs,
intéressés
à
supposer
un
crime
pour
détourner
de
la
foi,
pour
retenir
tributaire
et
sous
leur.
joug
un
peuple
prêt
à
leur
échapper,
répandi-
rent
le
bruit
que
le
corps
du
Christ
avait
été
enlevé
par
ses
disciples.
Le
Christ
ne
se
montra
pas
à
la
multitude,
pour
laisser
les
impies
dans
leur
aveuglement,
pour
que
la
foi,
destinée
à
de
magnifiques
récompenses,
coûtât
quelque
chose
à
l'homme
;
mais
il
demeura
pendant
quarante
jours
avec
ses
disciples
dans
la
Galilée,
contrée
de
la
Judée,
leur
enseignant
ce
qu'ils
devaient
enseigner
à
leur
tour.
Ensuite,
après
leur
avoir
ordonné
de
prêcher
son
Évangile
par
toute
Ja
terre,
il
monta
au
ciel,
environné
d’une
nué:
qui
le
déroba
à
leurs
yeux
:
ascension
plus
visi-
ble
que
celle
de
Romulus,
quelque
digne
de
foi
que
vous
paraisse
votre
Proculus,
qui
en
fut
le
témoin
oculaire.
Pilate,
chrétien
dans
le
cœur,
rendit
compte
à
Tibère
de
tout
ce
que
je
viens
de
dire;
et
les
empereurs
eux-mêmes
auraient
cru
*
au
Christ,
s'ils
n'étaient
nécessaires
au
siècle,
|
utique
putaverunt,
qui.
id
quoque
super.
Christo
prædi-
:
cafum-non.scierunt:
ratione
non
deprehensa,
negaverunt:
|
eb
tamen.eum
mundi
casum
relatum:
in
arcanis
vestris
!
habetis.
Hune.
Judæi
detractum,
et
sepulcro
conditum,
.
Mmagna.etiamumilitaris
custodiæ:diligentia
cincumsederunt,
ne,
quia
prædixerat
tertia:
die
resunrecturum.
se
a
morte,
discipuli
furto
amoliti
cadaver
fallerent
suspectos:.
Sed
ecce
die
tertia
,
concussa
repente
terra,
e£
mole
revoluta
quæ
obsiruxeral,
sepulerum,
et
cuslodia
pavore-disjecta,
aullis
apparentibus:
discipulis,
mibil
in
sepulcro.
repertum
est,
præterquam
exuviæ
sepuleri:
:
nihilominus,
tamen
primores,
quorum
infererat:
et
scelus:
divulgare..et
po:
:
pulum
vectigalem.et
famnlarem
sibi
et
fide
revocare:,
sur:
reptum.a
discipulis
jactitaverunt:
nam,nec
ille
se
in.vuleus
eduxit,
ne
impi
errore
liberarentur,
ut.et
fides,
non!
me:
diocri
præmio
destipata.,
difficultate
constaret,;
cum
dis:
.
cipulis
autem'quibusdamapud
Galilæam
Judææ
regionem
.
ad
quadraginta
dies
egit,
docens
eos
quæ
docerent:
dehine
ordinatis
eis
ad
officium
prædicandi
per
orbem,
circum-
:
fusa
nube
in
cœlum
est.ereptus,
multo
melius
quam.apud
|
vos
asseverare
de
Romulis
Proculi
solent.
Ea,
omnia
super,
:
Christo
Pilatus,
et.ipse
jam
pro
sua,
conscientia.
Christia-
:nus,
Cæsari
tune
TLiberio.
nuntiavit
:
sed
et
Cæsares
cie:
didissent
super
Christo
,
si
aut
Cæsares
non.
essent
sæculo
APOLOGÉTIQUE.
:
31
ou
s'ils
pouvaient
être
à
la
fois
empereurs
et
chrétiens.
Les
apôtres,
fidèles
à
leur
mission,
se
partagèrent
l’univers
;
et,
après
avoir
beau-
coup
souffert
des
Juifs,
dont
la
haine
avait
sur-
vécu
au
Christ,
avec
le
courage
que
donne
la
vérité,
ils
semèrent
le
sang
chrétien
à
Rome
dans
la
persécution
de
Néron.
Nous
vous
produirons
des
témoins
compétents
de
la
divinité
du
Christ,
ceux
mêmes
que
vous
adorez.
Il
vous
paraîtra
sans
doute
exorbitant
que
nous nous
servions,
pour
vous
faire
croire
les
chrétiens,
de
ceux
qui
vous
empêchent
de
les
croire.
Quoi
qu’il
en
soit,
voilà
pour
le
moment
l’histoire
et
la
date
de.
notre
religion,
de
son
auteur
et
de
notre
nom.
Qu'on
ne
cherche
plus
à
nous
déerier
comme
des
imposteurs.
Ilimplique
contradiction
qu’on
puisse
mentir
en
confessant
sa
religion
;
car,
en
disant
qu'on
adore
ce
qu’on
n’adore
pas
en
effet,
on
renie
l’objet
de
son
culte
:
on
abjure
sa
religion,
en
transportant
ses
adorations
à
une
autre.
Nous
le
disons
hautement,
nous
le
disons
à
la
face
du
ciel
et
au
milieu
des
tortures,
le
corps
mis
en
pièces.
et
ruisselant
de
sang
:
Oui,
nous
adorons
Dieu.
par
le
Christ.
Croyez-le
un
homme
si
vous
voulez;
pour
nous,
nous
croyons
que
c’est
par
lui
et
en
lui
que
Dieu
veut
être
connu
et
adoré.
Je
répondrai
aux
Juifs
qu'eux-mêmes
ils
ont
appris
d'un
homme,
c'est-à-dire
de
Moïse,
à
servir
Dieu.
Je
répondrai
aux
Grecs
qu'ils
ont
été
initiés
à
la
religion
par
Orphée
dans
la
Piérie,
par
Musée
à
Athènes,
par
Mélampe
à
Argos,
par
Trophonius
dans
la
Béotie.
Je
répondrai
à
vous-
mêmes,
Ô
maîtres
du
monde:
N'est-ce
pas
Numa
Pompilius,
qui
n'était
qu'un
homme,
qui
a
imposé
aux
Romains
le
joug
de
tant
de
génantes
superstitions?
Qu'il
soit
done
permis,
à
plus
necessarii,
aut
si
et
Christiani
potuissent
esse
Cæsares
:
discipuli
quoque
diffusi
per
orbem,
præcepto
magistri
Dei
paruerunt,
quiet
ipsi
a
Judæis
insequentibus
multa
per-
pessi,
utique
pro
fiduciarveritatis
libenter,
Romæ
postremo
per
Neronis
sævitiam
sanguinem
Christianum
seminave-
runt.
Sed
monstravimus
vobis
idoneos
testes
Christi,
ipsos
illos
quos
adoratis
:
multum
est,
si
eos
adhibeam
nt
cre-
datis
Christianis,
propler
quos
non
credilis
Christianis
:
interim:
hic
est
ordo
nostræ
institutionis
:
hunc
edidimns
et
sectæ
et
nominis
censum
cum
suo
auctore
:
nemo
jam
infarmiam
incutiat,
nemo
aliud
existimet
,
quia
nec
fas
est
ulli
de
sua
religione
mentiri
:
eo
enim
quod
aliud
a
se
coli
dicit,
quam
colit,
negat
quod
colit,
et
culturam
in
alterum
transfert,
et
transferendo
jam
non
colit
quod
negawit.
Dici-
mus,
ebpalam
dicimus,
et
vobis
torquentibus
:
lacerati
et
cruenti,
Vociferamur,
Deüm
colimus
per
Christum
:
illum
hominem
putate
:
per
eum
et
in
eo
se
cognosei
vult
Deus
et
coli.
Ut
Judæis
respondeamus,
et
ipsi
Denm
per
hominem
Moysem,
colere
didicerunt
:
ut
Græcis
occurram,
Orpheus
Pieriæ,
Musæus
Athenis,
Melampus
Argis,
Trophonius
Bœotiæ,
initiationibus
homines
obligaverunt
:
ut
ad
vos
quoque
dominatores
gentium
aspiciam,
homo
fuit
Pompi-
lius
Numa,
qui
Romanos
operosissimis
superstitionibus
oneravit:
licuerit.et
Christocommentari
divinitatem,,
rem
forte
raison,
au
Christ,
c’est-à-dire
à
Dieu
lui-
même
,
de
révéler
le
mystère
de
sa
nature
:
non
pour
dompter,
pourhumaniserun
peuple
grossier
et
farouche
par
le
culte
d’une
foule
de
divinités
bizarres,
mais
pour
initier
à
la
connaissance
de
la
vérité
des
hommes
déjà
civilisés,
mais
éblouis
par
leurs
propres
lumières.
Examinez
donc
avec
pous
si
le
Christ
est
véritablement
Dieu,
si
sa
religion
corrige
et
rend
meilleurs
ceux
qui
la
connaissent.
Car
si
cela
est,
il
s'ensuit
que
toute
autre
religion
qui
lui
est
contraire
est
fausse,
particulièrement
celle
qui,
se
cachant
sous
des
images
et
des
noms
de
morts,
n’a
pour
preuve
de
sa
divinité
que
quelques
prétendus
signes,
prodiges
ou
oracles.
XXII.
Nous
reconnaissons
des
substances
spirituelles
;
et
le
nom
même:que
nous
leur
don-
nons
n’est
pas
nouveau.
Les
philosophes
savent
qu’il
y
a
des
démons
:
Socrate
n’attendait-il
pas
pour
agir
la
réponse
de
son
démon,
qui,
comme
chacun
sait,
s'était
attaché
à
lui
dès
l’enfance,
et
dont
les
suggestions
tendaient
toujours
à
le
dé-
tourner
du
bien?
Les
poëtes
savent
qu’il
y
a
des
démons
;
le
vulgaire
même,
le
vulgaire
ignorant
le
sait
:
ne
l’entend-on
pas,
dans
ses
jurements
et
ses
imprécations,
employer,
par
une
sorte
d’instinct,
les
noms
des
démons
et
de
Satan,
le
chef
de
ces
esprits
du
mal?
Platon
reconnaît
aussi
des
anges,
et
les
magicienseux-mêmes
ren-
dent
témoignage
de
l'existence
des
bons
et
des
mauvais
esprits.
Mais
comment,
de
quelques
an-
ges
quisesont
volontairement
pervertis,
est
sortie
la
race
plus
perverse
encore
des
démons,
race
réprouvée
de
Dieu
avec
ses
auteurs
et
son
chef
?.
C'est
ce
qui
est
explicitement
exposé
dans
les
li-
vres
saints,
Il
suffira
de
parler
de
leurs
opérations.
propriam
;
non
qui
rupices
et
adhuc
feros
homines
mul-
titudine
tot
numinum
demerendorum
attonitos
efficiendo
ad
humanitatem
temperaret,
quod
Numa;
sed
qui
jam
expolitos
,
et
ipsa
urbanitate
deceptos,
in
agnitionem
ve-
ritatis
ocularet.
Quærite
ergo,
si
vera
est
ista
divinitas
Christi
:
si
ea
est
qua
cognita
ad
bonum
quis
reformatur,
sequitur
ut
falsa
renuntietur
quævis
alia
contraria
com-
perta,
in
primis
illa
quæ
delitescens
sub
nominibus
et
imaginibus
mortuorum,
quibusdam
signis
et
miraculis
et
oraculis
fidem
divinitatis
operatur.
XXII.
Atque
adeo
dicimus
esse
substantias
quasdam
spiritales
:
nec
nomen
novum
est.
Sciunt
dæmonas
phi-
losophi,
Socrate
ipso
ad
dæmonii
arbitrium
exspectante:
:
quidüi?
cum
et
ipsi
dæmonium
adhæsisse
a
pueritia
dica-
tur,
dehortatorium
plane
a
bono
:
dæmonas
sciunt
poetæ
:
et
jam
vulgus
indoctum
in
usum
maledicti
frequentat;
nam
et
Satanam
principem
hujus
mali
generis,
proinde
de
propria
conscientia
animæ
eadem
exsecramenti
voce
pronuntiat:
Angelos
quoque
etiäm
Plato
non
negavit
:
utriusque
nominis
testes
esse
vel
Magi
adsunt.
Sed
quo-
modo
de
Angelis
quibusdam
sua
sponte
corruptis
corrup-
tior
gens
dæmonum
evaserit
damnata
a
Deo
cum
generis
auctoribus,
et
cum
eo
quem
diximus
principe,
apud
Lit-
teras
sanctas
ordine
cognoscitur.
Nunc
de
operatione
60e
82
Elles
ne
tendent
qu'à
perdre
l'homme
:
aussi
la
ruine.
du
genre
humain
a-t-elle
été
le
coup
d'essai
de
leur
malice.
Ils
suscitent
au
corps
des
maladies
ou
autres
accidents
fâcheux,
ou
tout
à
coup
remplissent
l'âme
de
troubles
extraordi-
paires.
La
subtilité
de
leur
nature
leur
est
d’un
secours
merveilleux
pour
agir
sur
l’uneet
l’autre
substance
de
l’homme.
Invisibles
et
impalpables,
ils
ont
un
grand
pouvoir
;
car
on
ne
les
reconnait
qu'aux
maux
qu'ils
ont
faits
:
soit,
par
exem-
ple,
qu’une
secrète
altération
de
l’air
fasse
tom-
ber
les
fleurs,
étouffe
les
germes
ou
corrompe
les
fruits,
soit
que,
devenu
infect,
l'air
exhale
des
vapeurs
pestilentielles.
C’est
par
des
ressorts
aussi
cachés
que
les
démons
et
les
anges
re-
muentles
âmes,
les
corrompent,
leur
Ôôtent
l’usage
de
la
raison,
leur
inspirent
d’extravagantes
pas-
sions,
et
les
remplissent
de
toute
sorte
d'illusions,
dont
la
plustriomphante
est
de
vous
porter
à
les
adorer,
à
offrir
à
leurs
simulacres
ces
odeurs
de
graisse
et
de
sang
qui
leur
sont
si
agréa-
bles.
Mais
ce
qu’il
y
a
de
plus
délicieux
pour
eux,
c'est
de
détourner
l’homme
de
la
pensée
du
vrai
Dieu
par
leurs
prestiges
et
leurs
oracles,
dont
je
vais
vous
dévoiler
le
mensonge.
Tout
esprit
a
Pagilité
de
l'oiseau
:
c’est
pourquoi
les
anges
et
les
démons
se
transportent
partout
où
ils
veulent
en
un
moment,
Le
monde
entier
n’est
pour
eux
qu’un
seul
lieu;
et
il
leur
est
aussi
facile
de
sa-
voir
ce
qui
se
passe
en
quelque
lieu
que
ce
soit,
que
de
le
publier.
Leur
agilité,
parce
que
la
na-
ture
de
leur
substance
est
inconnue,
les
fait
re-
garder
comme
des
dieux.
Ils
veulent
paraître
les
auteurs
des
choses
qu’ils
annoncent
:
ils
le
sont
quelquefois
du
mal,
jamais
du
bien.
IIs
ont
même
appris
les
desseins
de
Dieu,
autrefois
par
la
voix
rum
satis
erit
exponere.
Operatio
eorum
est
hominis
ever-
sio
:
sic
malitia
spiritalis
a
primordio
auspicata
est
in
hominis
exitium
:
itaque
corporibus
quidem
et
valetudines
infligunt,
et
aliquos
casus
acerbos
,
animæ
vero
repentinos
etexlraordinarios
per
vim
excessus
:
suppetitillis
ad
utram-
que
substantiam
hominis
adeundam
subtilitas
et
tenuitas
sua.
Multum
spiritalibas
viribus
licet,
ut
invisibiles
et
in-
sensibiles
in
effectu
potins
quam
in
actu
suo
appareant,
si
poma,
si
fruges
nescio
quod
auræ
latens
vitium
in
flore
præ-
cipitat,
in
germine
exanimat,
in
pubertate
convulnerat,
ac
si
cæca
ratione
tenlatus
aër
pestilentes
haustus
suos
otfun-
dit.
Eadem
igilur
obscuritate
contagionis,
aspiratio
dæmo:
num
et
Angelorum
,
mentis
quoque
corruptelas
agit
furori-
bus
et
amentiis
fœdis,
ac
sævis
libidinibus,
enm
erroribus
varis;
quorum
iste
potissimus
,
quo
deos
istos
captis
et
circumscriptis
hominum
mentibus
commendat,
ut
etsihi
pabula
propria
nidoris
et
sanguinis
procuret
simulacris
imaginibus
oblata.
Et
quæ
illis
accuratior
pascua
est,
quam
ut
hominem
à
recogitatu
veræ
dignitatis
avertant
præstisiis
falsæ
divinationis
?
quas
et
ipsas
quomodo
operentur,
expediam
Omnis
spiritus
ales
:
hoc
et
Angeli
et
dæmones
igitur
momento
ubique
sunt
:
totus
orbis
ilis
locus
unus
est,
quid
ubi
geratur
tam
facile
sciunt
quam
enunliant:
velocitas,
divinitas
creditur,
quia
sub-
TERTULLIEN.
de
ses
prophètes,
aujourd’hui
par
la
lecture
qu'ils
entendent
faire
des
livres
saints.
C’est
par
ce
lan
ein
qu'ils
parviennent
quelquefois
à
contrefaire”
la
Divinité
en
prédisant
l'avenir.
On
sait
d’ailleurs
avec
quelle
adresse
ils
savent
envelopper
leurs
oracles
sous
des
mots
ambigus,
de
manière
quem
leurs
réponses
s'accordent
toujours
avec
l’événe-
ment:
Crésus
et
Pyrrhus
peuvent
vous
l’appren-
dre.
Si
la
pythonisse
sut
à
Delphes
que
Crésus
faisait
cuire
une
tortue
avecun
morceau
d'agneau,
c'estque
le
dieu,
par
la
vertu
dont
j'ai
parlé,
s'était
transporté
au
mêmeiostanten
Lydie.
Répandus“
dans
l'air,
portés
sur
les
nues,
voisins
des
as-
tres,
il
leur
est
aisé
de
connaître
les
secrets
de
la
température;
et
lorsqu'ils
prédisent
la
pluie
c’est
qu'ils
ont
déjà
commencé
à
la
sentir
Quelle
obligation
leur
a-t-on,
quand
ils
guéris
sent
les
maladies?
Is
commencent
par
les
donner,
ils
ordonnent
ensuite
des
remèdesextraordinaires,
souvent
même
contraires
au
mal,
afin
que
là
guérison
en
paraisse
plus
miraculeuse
;
et
l’on
croit
qu'ils
ont
guéri
le
mal,
parce
qu’ils
ont
cessé
de
nuire.
À
quoi
bon
continuer
à
énumérer
les
presti:
ges
de
ces
espritstrompeurs,
ces
fantômes
sous
là
figure
de
Castor
et
de
Pollux,
l’eau
qu'une
ves:
tale
porte
dans
un
crible,
le
navire
qu’une
autre
tire
avec
sa
ceinture,
cette
barbe
qui,
de
noire
qu'elle
était,
devient
rousse
incontinent?
Quel
était
le
but
de
tous
ces
prodiges?
de
faire
adorer
des
pierres
à
la
place
du
vrai
Dieu.
XXII.
Or,
siles
magiciens
font
paraître
les
fantômes,
s’ils
évoquent
les
âmes
des
morts,
s’ils
font
rendre
des
oracles
à
des
enfants,
à
des.
chèvres,
à
des
tables
;
s'ils
trompent
les
yeux.
en
Charlatans
adroîts,
par
des
prodiges
apparents:
s'ils
savent
même
envoyer
des
songes
par
le
Sfaniia
ignoratur
:
sic
et
auctores
interdum
videri
volunt
-
eorum
quæ
annuntiant;
et
sunt
plane
malorum
non:
nunquain
,
bonorum
tamen
nunquam
:
dispositiones
etian
Dei,
et
tunc
Prophetis
concionantibus
exceperunt
,
ef
nunt
lectionibus
resonantibus
carpunt
:
ila
et
hinc
sumentes
:
quasdam
temporum
sortes,
æmulantur
divinitatem
dum
à
furantur
divinationem.
In
oraculis
autem,
quo
ingeni0
ambiguitates
temperent
in
eventus,
sciunt
Cræsi,
sciunt
Pyrrhi.
Cæterum
testudinem
decoqui
cum
carnibus
pecun…
dis
Pythius
eo
modo
renuntiavit
quo
supra
diximns
:
mor
menfo
apud
Lydiam
fuerat.
Habent
de
incolatu
aéris,
et
de
vicinia
siderum,
et
de
commercio
nubium
cœlestes
sa:
pere
paraluras,
ut
et
pluvias
quas
jam
sentiunt
,
repromit:
tant.
Benefici
plane
ef
circa
curas
valetudinum
:
lædunt
…
enim
primo,
dehinc
remedia
præcipiunt,
ad
miraculum
nova
,
sive
Contraria,
post
quæ
desinunt
lædere
,
et
curasse
creduntur.
Quid
ergo
de
cæteris
ingeniis,
vel
etiam
viribus
fallaciæ
spirilalis
edisseram?
phantasmata
Castorum
,
et
aquam
Cribro
gestatam,
et
navem
cingulo
promotam,
ef
barbam
actu
irrufatam
;
ut
numina
lapides
crederentur,
et
Deus
verus
non
quæreretur.
XXIIE.
Porro
si
et
Magi
phantasmata
edunt
,
et
jam
de:
functorum
inelamant
animas,
si
pueros
in
eloquium
6rà-
Guli
elidant,
si
multa
cireulatoriis
præstigiis
ludunk,
si
et
APOLOGÉTIQUE.
33
moyen
des
anges
et
des
démons,
avec
lesquels
ils
ont
fait
un
pacte,
à
plus
forte
raison
ces
es-
prits
malins
feront-ils
d'eux-mêmes
et
pour
eux:
mêmes
ce
qu'ils
font
pour
des
intérêts
étrangers.
Mais
si
vos
dieux
ne
font
rien
de
plus
que
les
anges
et
les
démons,
où
est
donc
la
prééminence,
la
supériorité
qui
caractérise
essentiellement
la
nature
divine?
Neserait-il
pas
plüs
honorable
pour
eux
qu’on
crût
que
les
démons
cherchent
à
con-
trefaire
la
divinité,
que
de
croirequ'ils
ne
sont
pas
plus
puissants
que
les
démons?
ou
toute
la
diffé-
rénce
viendrait-élle
des
lieux,
en
sorte
que
ceux
que
vous
reconnaissez
pour
dieux
dans
les
temples
cessent
de
l’être
partout
ailleurs?
IL
faudrait
dire
de
même
que
ceux
qui
courent
sur
les
tours
des
templesne
sont
pas
fous
comme
ceux
quicourent
sur
les
toits
de
leurs
voisins
;
ceux
qui
se
muti-
lent
ou
qui
se
découpent
les
bras,
comme
ceux
quise
coupent
la
gorge.
Des
extravagances
si
sem
blables
n’annoncent-elles
pas
le
même
principe?
Mais
jusqu'ici
ce
ne
sont
que
des
paroles
:
voici
ja
démonstration,
par
le
fait,
que
les
dieux
et
les
démons
sontabsolument
les
mêmes.
Qu’on
amène
devant
vos
tribunaux
un
homme
qui
soit
reconnu
pour
possédé
du
démon,
et
qu'un
chrétien,
‘quel
qu’il
soit,
commande
à
l'esprit
de
parler
:
il
confessera
,
et
qu’il
est
véritablement
démon
,
et
qu'ailleurs
il
se
dit
faussement
Dieu.
Qu'on
amène
également
quelqu'un
de
ceux
qu'on
croit
agités
par
un
dieu,
qui
aient
aspiré
la
divinité
avec
la
fumée
des
autels,
qui
rendent
leurs
ora-
cles
d’une
voix
rauque
et
haletante
:
oui,
si
cette
vierge
Célestis,
qui
prédit
la
pluie,
si
Esculape,
inventeur
de
la
médecine,
qui
a
rendu
la
vie
à
Socordius;
à
Fhanatius,
à
Asclépiodore,
destinés
|
somnia
immittunt,
habentes
semel
invitatorum
Angelorum
et
dæmonum
assistentem
sibi
potestatem
,
per
quos
et
ca-
præ
et
mensæ
divinare
consueverunt;
quanto
magis
ea
po-
testas
de
suo
arbitrio
et
pro
suo
negotio
studeat
tolis
viri-
bus
operari
quod
alienæ
præstat
negotiationi,
aut
si
eadem
et
Angeli
et
dæmones
operantur
quæ
et
dii
vestri
,
ubi
est
ergo
præcellentia
divinitatis,
quam
utique
superiorem
omni
potesfale
credendum
est?
Non
ergo
dignius
præsu-
metur
ipsos
esse
qui
se
deos
faciant
cum
eadem
edant
quæ
faciant
deos
credi,
quam
pares
Angeliset
dæmonibus
deos
esse?
Locorum
differentia
distinguitur,
opinor,
ut
a
tem:
plis
deos
æsfimetis,
quos
alibi
deos
non
dicitis;
ut
aliter
dementire
videatur
qui
sacras
furres
pervolat,
aliter
qui
tecta
viciniæ
transilit;
et
alia
vis
pronuntielur
in
eo
qui
genitalia
vel
lacertos,
alia,
qui
sibi
gulam
prosecat.
Com-
par
exitus
furoris,
et
una
ratio
est
instigationis.
Sed
hacte-
nus
verba
;
jam
hinc
demonstratio
reiipsius,
qua
ostende-
mus
unam
esse
utriusque
nominis
qualitatem.
Edatur
hic
aliquis
sub
tribunalibus
vestris,
quem
dæmone
agi
cons-
tet;
jussus
a
quolibet
Christiano
loqui
spiritus
ille,
tam
se
dæmonem
confitehbitur
de
vero,
quam
alibi
deum
de
falso
:
œque
producatur
aliquis
ex
iis
qui
de
deo
pati
exis-
timantur,
qui
aris
inhalantes
numen
de
nidore
concipiunt,
qui
ructando
conantur,
qui
anhelando
profantur
;
ista
ipsa
Virvo
Cœlestis
pluviarum
pollicitatrix,
iste
ipse
Æscula-
TERTULLIEN.
à
la
perdre
une
seconde
fois;
si
tous
ces
dieux,
dis-je,
n’osant
mentir
à
un
chrétien,
ne
confes-
sent
pas
qu'ils
sont
des
démons,
répandez
sur
le
lieu
même
le
sang
de
ce
téméraire
chrétien.
Quoi
de
plus
manifeste
et
de
plus
sûr
qu’une
pareille
preuve?
La
vérité
est
là
sous
vos
yeux;
vous
pouvez
la
toucher.
Forte
de
sa
propre
vertu,
elle
ne
saurait
vous
être
suspecte.
Direz-vous
qu’il
y
a
là
de
la
magie
ou
quelque
autre
pres-
tige?
mais
vos
yeux
et
vos
oreilles
vous
démen-
tent.
Non,
vous
n'avez
rien
à
opposer
à
l’évi-
dence
toute
nue,
pour
ainsi
dire,
et
sans
art.
Si
d’un
côté
vos
dieux
sont
véritablement
dieux,
pourquoi
disent-ils
faussement
qu'ils
sont
des
démons?
Est-ce
par
déférence
pour
nous?
leur
divinité
est
donc
soumise
aux
chrétiens.
Eh
!
quelle
Divinité
qui
dépend
des
hommes,
et,
ce
qui
serait
encore
plus
humiliant,
de
ses
adver-
saires!
Si,
d’an
autre
côté,
ils
sont
anges
ou
démons,
pourquoi
se
donnent-ils
ailleurs
pour
des
dieux
?
Car,
de
même
que
ceux
qui
passent
pour
des
dieux,
s'ils
l’étaient
réellement,
ne
se
diraient
pas
des
démons,
pour
ne
pas
se
dégrader
eux-mêmes,
ainsi
ceux
que
vous
reconnaissez
positivement
pour
des
démons
ne
se
donneraient
pas
ailleurs
pour
des
dieux,
si
ceux
dont
ils
usur-
pént
lesnoms
étaienteffectivement
des
dieux.
Sans
-
doute,
ils
n’oseraient
profaner
la
majesté
de
leurs
maîtres
:
tant
il
est
vrai
que
vos
dieux
ne
sont
rien
moins
que
des
dieux,
puisque,
s'ils
étaient
dieux,
leur
divinité
ne
serait
ni
usurpée
par
les
démons,
ni
désavouée
par
eux-mêmes.
Il
y
a
Jà
deux
négations
qui
impliquentune
affirmation,
à
laquelle
vous
ne
sauriez
échapper,
et
qui
vous
force
à
reconnaître
que
ni
les
uns
ni
les
autres
ne
|
pius
medicinarum
demonstrator,
alia
die
morituris
Socor-
dio
et
Thanatio
et
Asclepiodoro
vitæ
subministrator
;
nisi
se
dæmones
confessi
fuerint,
Christiano
mentiri
non
au-
dentes,
ibidem
illius
Christiani
procacissimi
sanguinem
fundite.
Quid
isto
opere
manifestius
?
quid
hac
probatione
fidelius
?
simplicitas
verilatis
in
medio
est;
virtus
illi
sua
assistit;
nihil
suspicari
licebit
:
magia,
aut
aliqua
ejus-
modi
fallacia
fieri
dicetis,
si
oculi
vestri
et
aures
permise-
rin£
vobis
;
quid
autem
injici
potest
adversus
id
quod
0s-
tenditur
nuda
sinceritate
?
Si
altera
parle
vere
dei
sunt,
Cur
sese
dæmonia
mentiuntur?
an
ut
nobis
obsequantur
?
jam
ergo
subjecta
Christianis
divinitas
vestra
:
nec
divi-
nifas
deputanda
est,
quæ
snbdita
est
homini,
et,
si
quid
ad
dedecus
facit,
æmulis
suis.
Sialtera
parte
dæmones
sunt,
vel
Angeli,
cur
se
alibi
pro
diis
agere
respondent
?
nam
sicut
illi
qui
dii
babentur
dæmones
se
dicere
noluis-
sent,
si
vere
dii
essent,
scilicet
ne
se
de
majestate
depo-
nerent
:
ita
et
isti,
quos
directo
dæmonas
nosfis,
non
auderent
alibi
pro
diis
agere,
si
aliqui
omnino
di
essent
quorum
nominibus
utuntur;
vererentur
enim
abuti
majes-
tale
superiorum
sine
dubio,
et
fimendorum.
Adeo
nulla
est
divinitas
isla,
quam
tenetis
:
quia
si
esset,
neque
a
dæmo-
niis
affectaretur
neque
a
diis
negaretur.
Cum
ergo
utraque
pars
concurrit
in
confessionem
deos
esse
negans,
agnoscite
unum
genus
ésse,
id
est,
dæmonas.
Verum
utrobique
jan*
ai
©
34
sont
des
dieux,
mais
qu'ils
sont
tous
des
démons.
Cherchez
donc
ailleurs
la
divinité,
puisque
vos
prétendus
dieux
ne
sont
évidemment
que
des.
démons.
Les
chrétiens,
après
vous
avoir
convain-
cus
de
la
fausseté
de
vos
dieux
par
vos
dieux
mê-
mes,
vous
font
découvrir
par
la
même
voieet
par
une
conséquence
implicite
quel
est
le
vrai
Dieu,
s’il
est
unique,
si
c’est
celui
que
reconnaissent
les
chrétiens,
s’il
fauteroire
en
lui
et
l’adorer,
comme
la
foi
et
les
dogmes
des
chrétiens
le
prescrivent.
Oui,
que
vos
dieux
vous
disent
qui
est
Jésus-
Christ,
sison
histoire
n’est
qu’une
fable,
silui-même
ilne
fut
qu'un
homme
ordinaire
ou
un
magicien,
si
ses
disciples
ont
enlevé
son
corps
du
tombeau,
s’il
est
maintenant
au
rang
des
morts,
ou
s’il
n’est
pas
plutôt
dans
le
ciel;
s’il
ne
doit
pas
en
descendre
sur
les
ruines
du
monde,
au
milieu
des
frémissementset
des
gémissements
detous
lesmor-
tels,
les
chrétiens
seuls
exceptés,
s'il
ne
doit
pas
en
descendre
ayec
la
majesté
de
celui
qui
est
la
puissance
et
l'esprit
de
Dieu,
sa
parole,
sa
sa-
gesse,
sa
raison,
son
fils.
Qu'ils
rient
avec
vous
de
nos
mystères
;
qu’ils
nient
que
le
Christ,
après
la
résurrection
générale
des
âmes
et
des
corps,
jugera
tous
les
hommes
morts
depuis
le
commen-
cement
du
siècle;
que,
suivant
Platon
et
les
poë-
tes,
ils
placentsur
un
tribunal
Minos
et
Rhada-
manthe;
mais
qu'au
moins
ils
essayent
d'effacer
les
marquesignominieuses
de
leurcondamnation
;
qu'ils
osent
nier
qu’ils
sont
des
esprits
immondes,
ce
qu'on
n’est
que
trop
fondé
à
induire
de
linfec-
tion
de
leurs
sacrifices
et
de
l'impureté
de
leurs
prêtres;
qu’ils
nient
qu’ils
doivent
être
condam-
ués,
à
cause
de
leur
méchanceté,
au
jour
du
juge-
ment,
avec
leurs
adorateurs
et
leurs
ministres.
deos
quærite
:
quos
enim
sumpseratis,
dæmonas
esse
:
Cognoscitis.
Eadem
vero
opera
nostra
ab
eisdem
diis
ves-
tis
non
tantum
hoc
delegentibus,
quod
neque
ipsi
di
sint,
neque
ulli
alii,
etiam
illud
in
continenti
cognoscitis,
qui
sit
vere
Deus,
et
an
ille,
et
an
unicus,
quem
Christiani
profitemur,
et
an
ita
credendus
colendusque’,
ut
fides,
ut
disciplina
disposita
est
Christianorum.
Dicant
ibidem
:
Ecquisille
Christus
cum
sua
fabula?
si
homo
communis
conditionis?
si
magus?
si
post
mortem
de
sepulcro
a
dis-
Cipulis
surreptus?
si
nunc
denique
penes
inferos?
si
non
iu
cœlis
potius,
et
inde
venturus
cum
totius
mundi
motu,
cum
horrore
orbis,
cum
planctu
omnium,
sed
non
Chris-
tianorum,
ut
Dei
virtus
,
et
Dei
spiritus,
et
sermo
,
et
sa-
pientia,
et
ratio,
et
Dei
filius?
quodcumque
ridetis,
ri-
deant
et
illi
vobiscum
:
negent
Christum
omnem
ab
ævo
animam
restituto
corpore
judicaturum
:
dicant
boc,
pro
tribunali,si
forte,
Minoen
et
Rhadamanthum
secundum
con-
sensum
Platonis
et
poetarum
esse
sortitos
:
suæ
saltem
.
ignominiæ
et
damnationis
notam
refutent
:
renuant
se
im-
mundos
spiritus
esse,
quod
vel
ex
pabulis
eorum,
san-
guine
,
et
fumo,
et
putidis
rogis
pecorum
,
el
impuralissi-
mis
linguis
ipSorum
vatum
intellisi
debuit
:
renuant
ob
malitian
prædamnatos
se
in
eumdem
judicii
diem
cum
Omnibus
culforibus
et
operatoribus
suis.
Atqui
omnis
TERTULLIEN.
Le
pouvoir
que
nous
avons
sur
les
démos
nous
vient
du
nom
de
Jésus-Christ,
et
des
men
naces
que
nous
leur
faisons
de
sa
part
et
de
cell
de
Dieu.
Craignant
le
Christ
en
Dieu,
et
Dieu
dans
le
Christ,
ils
sont
soumis
aux
serviteurs
de
Diey
et
du
Christ.
Aussi,
au
moindre
attouchement
dé
nos
mains,
au
moindre
souffle
de
notre
bouche,
:
effrayés
par
la
pensée
et
l’image
du
feu
éternel,
ils
sortent
du
corps
des
hommes,
pleins
de
rage
et
de
douleur,
honteux
surtout
de
se
voir
bumi:
liés
en
votre
présence.
Vous
les
croyez,
lorsqu'ils
vous
trompent;
croyez-les
de
même,
lorsqu'ik
vous
disent
la
vérité.
On
ment
bien
par
vanité,.
mais
jamais
pour
se
déshonorer.
Aussi
sommes
nous
bien
plus
portés
à
croire
ceux
qui
font
des
aveux
conire
eux-mêmes
que
ceux
qui
nient
pour.
leur
propre
intérêt.
Les
témoignages
de
vo.
dieux
font
beaucoup
de
chrétiens,
parce
qu’on
ne
peut
les
croire
sans
croire
au
Christ.
Oui,
ik
enflamment
la
foi
à
nos
saintes
Écritures,
ik
affermissent
le
fondement
de
notre
espérance,
Vous
leur
faites
même,
si
je
suis
bien
informé,
des
libations
de
sang,
dont
les
chrétiens
font
les.
frais
:
comment
donc
pourraient-ils
se
résoudre
à
perdre
en
vous
des
serviteurs
si
utiles,
si
zélés,
s’exposer,
en
vous
rendant
chrétiens,
à
se
voir
un
jour
chassés
par
vous-mêmes,
s’il
leur
était
permis
de
mentir,
quand
un
chrétien
veut
en
votre
présence
tirer
la
vérité
de
leur
bouche
?
XXIV.
En
reconnaissant
eux-mêmes
qu'ils
ne.
sont
pas
dieux,
et
qu'il
n’y
a
point
d'autre
diei
que
celui
que
nous
adorons,
vos
prétendus
dieux
rendent
un
témoignage
plus
que
suffisant
pour
nous
disculper
du
crime
d’impiété,
surtout-
en
vers
Ja
religion
romaine;
car
s’il
est
certain
que
fl
;
hæc
nostra
in
illos
dominatio
et
potestas
de
nominatione
Christi
valet,
et
de
commemoratione
eorum
quæ
sibia
Deo
per
arbitrum
Christum
imminentia
exspectant.
Chri-
Stum
timentes
in
Deo,
et
Deum
in
Christo,
subjiciuntur
ses
vis
Dei
ét
Christi
:
ila
de
contactu,
deque
afflatu
nostro,
con
templationeet
repræsentationeignisillius
correpti,
etiam
de
corporibus
nostro
imperio
excedunt
inviti
et
dolentes,
et.
vobis
præsentibus
erubescentes.
Credite
illis
cam
verum
de
se
loquuntur,
qui
mentientibus
creditis
:
nemo
ad
suum
dedecus
mentitur;
quin
potius
ad
honorem
magis
fides
u
proxima
est
adversus
semetipsos
confitentes,
quam
pro.
semetipsis
negantes.
Hæc
denique
testimonia
deorum
ve:
strorum
Christianos
facere
consuerunt,
quia
plurimum
illis
credendo
,
in
Christo
Domino
credimus
:
ipsi
litte-
rarum
nostrarum
fidem
accendunt
:
ipsi
spei
nostræ
fiden-
tiam
ædificant
:
colitis
illos,
quod
sciam,
etiam
de
sa-
guine
Christianorum
:
nollent
ifaque
vos,
tam
fructuo-
sos,
{am
officiosos
sibi
amittere,
vel
ne
a
vobis
quando-
que
an
Cbristianis
fugentur,
si
illis
sub
Christiano
vo-
lente
vobis
veritatem
probare,
mentiri
liceret.
XX{V.
Omnis
ista
confessio
illorum,
qua
se
deos
ne-
gant
esse,
quaque
non
alium
Deum
respondent
præter
unum
Cui
nos
mancipamur,
satis
idonea
est
ad
depellen-
dum
crimen
[æsæ
maxime
Romanæ
religionis.
Si
enin
vos
dieux
ne
sont
pas
dieux,
il
est
certain
que
votre
religion
n’est
pas
une
religion
;
et‘
par
con-
-
séquent
nous
ne
sommes
point
coupables
dj
irré-
lision.
Ce
reproche,
au
contraire,
retombe
sur
vous,
qui
adorez
le
mensonge,
qui
méprisez,
qui
persécutez
la
vraie
religion
du
vrai
Dieu,
et
qui
par
là
vous
rendez
véritablement
Ou
pAbles
d’une
véritable
impiété.
Et
quand
il
serait
vrai
que
vos
idoles
fussent
des
dieux,
ne
Convenez-
vous
pas,
avec
tout
le
monde,
qu'il
ÿ
en
a
un
plus
grand
et
plus
puissant,
Dieu
des
dieux,
prince
du
monde,
en
quirésidela
perfection
de
la
puis-
sance
et
de
la
majesté?
car
l’opinion
la
plus
com-
muse
parmi
vous
sur
la
Divinité
est
que
le
sou-
verain
pouvoir
est
entre
les
mains
d’un
seul,
qui
partage
ses
fonctions
avec
plusieurs.
Voilà
pour-
quoi
Platon
nous
représente
Jupiter
accom-
pagné,
dans
le
ciel,
d'une
grande
armée
de
dieux
et
de
démons;
et
c'est
pour
cela
que
vous
prétendez
qu'il
faut
adorer
avec
Jupiter
tous
ceux
qu’il
a
institués
ses
officiers
et
ses
lieu-
tenants.
Cependant
quel
crime
commet-on
en
ne
voulant
plaire
qu’à
lui,
en
attendant
tout
de
jui,
en
refusant
de
communiquer
à
d’autres
le
nom
de
Dieu,
à
l’exemple
de
ceux
qui,
sur
la
terre,
élévent
leurs
yeux
au-dessus
de
toutes
les
“puissances
pour
ne
voir
que
celle
de
l’empereur
?
car
c’est
un
crime
capital
d’appeler
ou
de
souffrir
qu’on
appelle
Césarun
autre
que
César.
Permettez
à
l'un
d’adorer
le
vrai
Dieu,
à
l’autre
Jupiter;
à
Jun
de
lever
des
mains
suppliantes
vers
le
ciel,
à
l’autre
vers
l’autel
de
la
Foi
;
à
celui-ci
de
comp-
ter
en
priant,
comme
vous
le
supposez,
les
nuages
qui
passent,
à
celui-là
les
panneaux
d’un
lambris
;
à
l’un
enfin,
d'offrir
sa
vie
à
son
Dieu,
à
l’autre
d'offrir
la
vie
d’un
bouc.
Prenez
garde,
en
effet,
de
vous
rendresuspects
d’irréligionen
ôtant
non
sunt
dei
pro
certo,
nec
religio
pro
certo
est.
Si
religlo
non
est,
quia
nec
dei
pro
certo,
nec
nos
pro
cerlo
rei
su-
mus
Jæsæ
religionis.
At
e
contrario
in
vos
exprobratio
resultayit,
qui
mendacium
colentes,
veram
religionem
veri
Dei
non
modo
negligendo,
quin
insuper
expugnando,
in
verum
committitis
crimen
veræ
irreligiositatis.
Nam,
ut
constaret
illos
deos
esse,
nonne
conceditis
de
æstimatione
communi
aliquem
esse
sublimiorem
et
potentiorem,
velut
principem
mundi,
perfectæ
potentiæ
ef
majestatis?
nam
et
sic
plerique
disponunt
divinitatem,
ut
imperiumsummæ
dominationis
esse
penes
unum,,
officia
ejus
penes
multos
velint,
ut
Plato
Jovem
magno
in
cœlo
comifatum
exer-
citu
describit
deorum
pariter
et
dæmonum,
ifaque
opor-
!
tere
et
procurantes,
et
præfectos,
et
præsides
pariter
suscipi.
Et
tamen,
quod
facinus
admittit
qui
magis
ad
Cæsarem
promerendum
et
operam
et
spem
suam
trans-
fert?
nec
appellationem
Dei,
ita
ut
Imperatoris,
in
alio
quam
principe
confitetur
?
cum
capitaleessejudiceturalinm
præter
Cæsarem
et
dicere
et
audire?
colat
alius
deum,
alius
Jovem;
alius
ad
cœlum
supplices
manus
tendat,
alius
ad
aram
Fidei;
alius,
sihoc
putatis,
nubes
nnmeret
orans,
alius
lacunaria
:
alins
suam
animam
deo
suo
yoveat,
alius
hirci?
Videte
enim,
ne
et
hoc
ad
irreligiositatis
elogium
APOLOGÉTIQUE.
55
aux
hommes
la
liberté
religieuse
et
en
leur
inter-
disant
le
droit
de
se
choisir
un
dieu
,
c’est-à-dire
en
ne
me
permettant
pas
d’adorer
celui
que
je
veux
adorer,
et
en
me
contraignant
d’adorer
ce-
lui
que
je
ne
veux
pas
adorer.
Il
n’est
point
de
dieu
qui
puisse
prendre
plaisir
à
des
hommages
forcés
:
l’homme
lui-même
n’en
voudrait
pas.
C’est
pour
cela
que
les
Égyptiens
ont
toute
liberté
de
se
livrer
à
l’extravagance
de
leurs
superstitions,
jusqu’à
mettre
au
rang
des
dieux
des
oiseaux
et
toutes
sortes
de
bêtes,
et
à
punir
de
mort
qui-
conque
s’avise
de
tuer
un
de
ces
dieux
de
l'air,
de
la
terre
ou
des
eaux.
Chaque
province,
chaque
ville
a
son
dieu
particulier
:
la
Syrie
a
Astarté,
l'Arabie
Dysarès,
la
Norique
Bélénus,
l'Afrique
Célestis,
la
Mauritanie
ses
Rois.
Je
crois
n'avoir
nommé
que
des
provinces
romaines,
et
Cepen-
dant
leurs
dieux
ne
sont
pas
les
dieux
des
Ro-
mains,
puisqu'ils
ne
sont
pas
plus
adorés
à
Rome
que
ceux
des
villes
municipales
de
l'Italie.
Car
ces
villes
ont
aussi
leurs
dieux
particuliers
:
Del-
ventinus
est
adoré
à
Casinum,
Visidianus
à
Narnia,
Ancaria
à
Asculum,
Nursia
à
Volsinium,
Valentia
à
Otriculum,
Nortia
à
Sutrium;
et
les
Falisques
ont
leur
Junon,
qui
porte
le
nom
de
son
père
Curis.
À
nous
seuls
il
est
interdit
d’a-
voir
une
religion
propre.
Nous
offensons
les
Romains,
nous
ne
sommes
plus
regardés
comme
/
Romains,
parce
que
nous
adorons
un
dieu
que
les
Romains
ne
connaissent
pas.
Mais
que
l’hom-
me
le
veuille
ou
ne
le
veuille
pas,
c'est
pourtant
le
Dieu
de
tous,
le
Dieu
de
qui
nous
dépendons
tous
;
et
chez
vous
il
est
permis
d’adorer
tout,
excepté
le
vrai
Dieu,
comme
s’il
n’était
pas
plus
juste
que
le
Dieu
de
qui
nous
SÉDEURONS
tous
fût
le
Dieu
de
tous.
XXV.
Il
me
semble
qu’il
ne
doit
rester
aucun
concürrat
,
adimere
libertatem
religionis,
et
interdiceré
optionem
divinitatis,
ut
non
liceat
mihi
colere
quem
ve-
lim,
sed
cogar
colere
quem
nolim.
Nemo
se
ab
invito
coli
volet
;
ne
homo
quidem
:
atque
ideo
et
Ægyptiis
permissa
est
tam
vanæ
superstitionis
potestas,
avibus
et
bestiis
consecrandis,
et
capite
damnandis
qui
aliquem
hujusmodi
deum
occiderint.
Unicuique
etiam
provinciæ
et
civitati
suus
deus
est,
ut
Syriæ
Astartes,
ut
Arabiæ
Disares,
uf
Noricis
Belenus,
ut
Africæ
Coœlestis,
ut
Mauritaniæ
Re-
guli
sui.
Romanas,
ut
opinor,
provincias
edidi,
nec
tamen
Romanos
deos
earum,
quia
Romæ
non
magis
coluntur,
quam
qui
per
ipsam
quoque
Italiam
unicpal
consecra-
tione
censentur,
Casiniensium
Delventinus,
Narniensium
Visidianus,
Æsculanorum
AncGaria,
Volsiuienstum
Nursia,
Otriculanorum
Valentia,
Sutrinorum
Nortia,
Faliscorum,
in
honorem
patris
Curis,
et
accepit
cognomen
Juno.
Sed
nos
soli
arcemur
a
religionis
proprietate
:
lædimus
Roma=
nos,
nec
Romani
habemur,
quia
non
Romanorum
deum
colimus.
Bene
quod
omaium
Deus
est,
cujus,
velimus
auf
nolimus,
omnes
sumus.
Sed
apud
vos
quodvis
colere
jus
est,
præter
Deum
xerum
;
quasi
non
hic
mapgis
omnium
sit,
CUjus
omnes
sumus.
XXV.
Satis
mihi
quidem
videor
probasse
de
falea
et
3.
36
doute
sur
la
fausseté
de
vos
dieux
et
sur
la
vé-
rité
du
nôtre,
après
tant
de
preuves
fondées
non-seulement
sur
la
raison,
mais
sur
le
témoi-
gnage
même
de
vos
prétendus
dieux.
Il
serait
donc
inutile
d’insister
sur
ce
point;
mais
comme
je
viens
de
parler
des
Romains
en
particulier,
je
ne
veux
point
décliner
l’objection
de
ceux
qui
prétendent
que
c’est
à
cause
de
leur
zèle
pour
la
religion
que
les
Romains
se
sont
élevés
à
un
si
haut
point
de
gloire
et
sont
devenus
les
maitres
de
la
terre;
que
la
plus
grande
preuve
que
leurs
dieux
sont
véritables,
c’est
que
leurs
plus
reli-
sieux
adorateurs
sont
aussi
le
peuple
le
plus
flo-
rissant.
Il
est
présumable,
dans
ce
cas,
que
c'est
aux
dieux
romains
que
vous
êtes
redevables
de
votre
grandeur
:
à
Sterculus,
par
exemple,
à
Mu-
tunus,
à
Larentina.
Car
je
ne
saurais
me
per-
suader
que
des
dieux
étrangers
aient
favorisé
une
nation
étrangère
au
détriment
de
la
leur,
et
qu’ils
aient
abandonné
à
des
peuples
d’outre-
mer
leur
propre
patrie,
le
sol
où
ils
sont
nés,
où
ils
ont
passé
leur
vie,
où
ils
se
sont
illustrés,
et
où
ils
sont
ensevelis.
Mais
peut-être
Cybèle
chérit-elle
dans
Rome
le
sang
troyen,
les
des-
cendants
de
ses
compatriotes
qu’elle
défendit
au-
trefois
contre
les
Grecs;
peut-être
a-t-elle
voulu
transporter
son
amour
sur
un
peuple
destiné
à
vainére
un
jour
les
vainqueurs
de
la
Phrypie.
Aussi
a-t-elle
donné
de
notre
temps
une
preuve
bien
éclatante
de
sa
divine
protection
à
sa
ville
adoptive,
lorsque,
après
la
mort
de
Mare-Au-
rèle,
enlevé
à
la
république
le
seize
des
calendes
d'avril,
à
Sirmium,
le
très-vénérable
chef
des
pré-
tres
dela
déesse
faisait
néanmoins
des
libations
de
son
sang
le
neuf
des
calendes
du
même
mois,
et
vera
divinitate,
cum
demonstravi
quemadmodum
probatio
consistat,
non
modo
disputationibus,
nec
argumentalioni-
bus,
sed
ipsorum
etiam
festimoniis
quos
deos
creditis,
ut
nihil
jam
ad
hanc
causam
sit
retractandum
:
quoniam
famen
Romani
nominis
proprie
mentio
occurrit,
non
omittam
congressionem
quam
provocat
illa
præsumptio
dicentium
Romanos
pro
merito
religiositatis
diligentissimæ
in
tantum
sublimitatis
elatos
ut
orbem
occuparint,
et
adeo
deos
esse
ut
præter
cæteros
floréant
qui
illis
officium
præter
cæteros
faciant.
Scilicet
isia
merces
a
Romanis
deis
pro
gratia
expensa
est;
Sterculus,
et
Mutunus,
et
Larentina
provexit
imperium
:
peregrinos
enim
deos
non
putem
extraneæ
genti
magis
fautum
voluisse,
quam
su’;
et
patrium
solum,
in
quo
nati,
adulti,
nobihitati,
sepulti-
que
sunt,
transfretanis
dedisse.
Viderit
Cybele,
si
urbem
Romanam
ut
memoriam
Trojani
generis
adamavit,
verna-
culi
sui
scilicet
adversus
Achivorum
arma
protecti,
si
ad
ultores
transire
prospexit
,
quos
sciebat
Græciam
Phrygiæ
debellatricem
subacturos.
Itaque
majestatis
suæ
in
Urbem
collatæ
grande
documentum
nostia
etiam
ælate
proposuit,
cum
M.
Aurelio
apud
Syrmium
reipublicæ
exempto
die
sexto
decimo
calendarum
aprilium,
Archigallus
ille
sanc-
tissimus
die
nono
calendarum
earumdein,
quo
sanguinem
impurum
lacertos
quoque
castrando
libabat,
pro
salute
TERTULLIEN.
ordonvait
les
prières
ordinaires
pour
la
santé
dÿ
défuutempereur.
O
courriers
paresseux,
Ô
tardives
dépêches,
qui
êtes
eause
que
Cybèle
n’a
pasétéplus
tôt
instruite
de
la
mort
de
l’empereur!
En
vérité
les
chrétiens
riraient
bien
d’une
pareille
divinité,
Parlons
de
Jupiter.
Croyez-vous
que
ce
die
ait
pu
voir
d'un
œil
indifférent
son
île
de
Crète
ébranlée
jusqu’en
ses
fondements
par
les
fais:
ceaux
romains?
qu'il
ait
oublié
l’antre
du
mont
Ida,
et
les
danses
des
Corybantes,
et
l’odeur
dé
licieuse
de
sa
nourrice?
Le
lieu
de
sa
sépulture
ne
devait-il
pas
lui
être
plus
cher
que
tous
le
capitoles?.
et
si
la
chose
eût
dépendu
de
lui
n'eüt-il
pas
plutôt
accordé
l’empire
du
monde
la
terre
qui
couvrait
ses
cendres?
Et
Junon
croyez-vous
aussi
qu'elle
ait
aidé
la
race
d’
Énd
à
renverser
Carthage,
cette
ville
chérie,
pourlæ
quelle
elle
avait
délaissé
Samos,
cette
ville
où
étaient
ses
armes,
où
élait
son
char,
et
dont
elle
eût
fait
la
capitale
de
l'univers,
si le
des:
tin
l’eût
permis?
Hélas!
vainement
fière
de
mars
cher
l'épouse
et
la
sœur
de
Jupiter,
elle
ne
pou:
vait
rien
contre
le
destin
:
Jupiter
lui-méme
estm
soumis
au
destin.
Que
faut-il
même
penser
du
destin,
qui,
en
dépit
de
Junon,
vous
a
livré
Cars
thage?
Lui
avez-vous
jamais
rendu
les
honneurs
que
vous
rendez
à
une
Larentina,
la
plus
infâmen
des
prostituées
?
Admettons
encore
que
plusieurs
de
vos
dieux
aient
été
rois.
Or,
si
ce
sont
euxÀ
présent
qui
dispensent
les
royaumes,
de
qui
te:
paient-ils
les
leurs?
Qui
Jupiter
et
Saturne
ado
raient-ils?
quelque
Sterculus,
apparemment?
Mais
Sterculus
n’est
pas
plus
ancien
que
Rome
ses
habitants.
Quant
à
ceux
de
vos
dieux
qui
n’ont
pas
été
rois,
il
est
certain
que
de
leur
temps
Marci
jam
intercepti
solita
æque
imperia
mandavit.
0!
nuntios
tardos,
o
somniculosa
diplomata,
quorum
vitio
ex:
cessumlimperatoris
non
ante
Cybele
cognovit.
Næ
dean
talem
riderent
Christiani.
Sed
non
statim
et
Jupiter
Cre:
tam
suam
Romanis
fascibus
concuti
sineret,
oblitus
an-…
trum
illud
Idæum,
et
æra
Corybantia,
ef
jucundisss
mum
illic
nutricis
suæ
odorem.
Nonne
omni
capitolio
ut
ea
potius
orbi
terra
præcelleret
quæ
cineris
Jovis
texit?
Vellet
Juno
Punicam
urbem,
posthabita
Samo,,
dilectam
ab
Æneada-…
tumulum
illum
suum
præposuisset,
rum
utique
gente
deleri?
quod
sciam,
«hic
illius
arma,…
«
Hic
currus
fuit,
hoc
regnum
dea
gentibus
esse,
Si
qua
«
fata
sinant,
jam
tum
tendiique
fovetque
:
illa
conjux
Jovis
et
soror
adversus
fata
non
valuit
:
«
fato
stat
Jupiter
ipse
:
komani
dicaverunt
dedentibus
sibi
Carthaginem
adversus
plane:
destinatum
votumque
Junonis,
quantum
prostitutissim®
lupæ
Larentinæ.
Plures
deos
vestros
regnasse
certum
est:
igitur
si
conferendi
imperii
tenent
potestatem,
cum
ipsi
regnarent,
à
quibus
acceperant
eam
gratiam
?
quem
C0:
luerat
Saturnus
et
Jupiter?
aliquem,
lam;
sed
Romæ
postea
cum
indigenis
:
etiam
si
qui
non
regnarunt,
tamen
regnabatur
ab
aliis
nondum
cultoribus
suis,
ut
qui
nondum
di
habebantur
:
erg0
»
misera
»
nec
tantum
tamen
honoris
fatis
opinor,
Sfercu=
APOLOGÉTIQUE.
‘
37
il
y
avait
des
rois
qui
ne
leur
rendaient
point
de
culte,
puisqu'ils
n'étaient
pas
encore
au
rang
des
dieux.
La
dispensation
des
royaumes
ne
leur
appartient
donc
pas,
puisqu'il
y
avait
des
rois
Jongtemps
avant
que
la
main
de
l’homme
en
eût
fait
des
dieux.
Mais
qu’on
est
peu
fondé
à
attri-
buer
à
la
reconnaissance
des
dieux
la
grandeur
du
nom
romain,
puisque
le
progrès
du
culte
religieux
n'a
suivi
que
de
loin
celui
de
la
puissance
politi-
que
de
Rome,
alors
même
qu'elle
n’était
encore
qu’un
royaume!
car,
quoique
vos
superstitions
remontent
au
temps
de
Numa,
néanmoins
vous
n'aviez
alors
ni
statues
ni
temples
:
la
religion
était
frugale,
les
cérémonies
pauvres
;
il
n’y
avait
point
de
Capitole,
rival
du
ciel,
mais
des
autels
de
gazon
dressés
au
hasard,
des
vases
d’argile,
une
fumée
légère
:
le
dieu
ne
se
voyait
nulle
part,
l’art
des
Grecs
et
des
Tusques
n’ayant
pas
encore
rempli
Rome
de
simulacres.
La
religion
des
Ro-
mains
n’a
donc
point
précédé
leur
grandeur,
et
leur
grandeur
n’est
done
pas
la
récompense
de
leur
religion.
Et
comment
pourraient-ils
devoir
leur
grandeur
à
la
religion,
eux
qui
ne
se
sont
ac-
crus,
au
contraire,
que
par
l'irréligion
?
En
effet,
les
royaumes
et
les
empires,
si
je
ne
me
trompe,
s’établissent
par
la
guerre,
s’agrandissent
par
les
victoires.
Or,
la
guerre
et
les
victoires
entraînent
d'ordinaire
la
prise
et
la
ruine
des
villes
:
ce
qui
ne
saurait
se
faire
sans
que
les
dieux
en
souffrent.
Les
temples
n’y
sont
pas
plus
épargnés
que
les
remparts,
lesang
des
prêtres
coule
mêlé
avec
ce-
lui
des
autres
habitants,
et
le
vainqueur
pille,
sans
distinction,
les
dieux
et
les
hommes.
Ainsi,
chez
les
Romaïns
,
autant
de
trophées
,
autant
de
sacriléges
;
autant
de
triomphes
sur
les
hommes,
autant
de
triomphes
sur
les
dieux
:
de
sorte
qu’on
peut
compter
par
les
simulacres
des
dieux
aliorum
est
regnum
dare,
quia
regnabatur
multo
ante
quam
isti
dit
inciderentur.
Sed
quam
vanum
est
fasti-
gium
Romani
nominis
religiositalis
meritis
deputare,
cum
post
imperium,
sive
adhuc
regnum,
auctis
jam
rebus
religio
profecerit
:
nam
etsi
a
Numa
concepta
est
curiositas
superstitiosa,
nondum
ftamen
aut
simulacris
aut
templis
res
divina
apud
Romanos
constabat,
frugi
religio,
et
pau-
peres
rilus,
et
nulla
capitolia
certantia
cœlo,
sed
temera-
ria
de
cespite
altaria,
ef
vasa
adhuc
Samia,
et
nidor
exi-
lis,
et
deus
ipse
nusquam
:
nondum
enim
tune
ingenia
Græcorum
atque
Tuscorum
fingendis
simulacris
Urbem
inundaverant.
Ergo
non
ante
religiosi
Romani
quam
magni
:
ideoque
non
ob
hoc
magni,
quia
relgiosi.
Atqui
quomodo
ob
religionem
magni,
quibus
magnitudo
de
irre-
ligiositate
provenit?
Ni
fallor
enim
omne
regnum
vel
im-
perium
bellis
quæritur,
efvictoriis
propagatur;
porro
bella
et
victoriæ
captis
et
eversis
plurimum
urbibus
constant
:
id
negotium
sine
deorum
injuria
non
est;
eædem
strages
mϾnium
et
templorum;
pares
cædes
civium
et
sacerdo-
tum;
nec
dissimiles
rapinæ
sacrarum
divitiarum,
et
pro-
fanarum.
Tot
igitur
sacrilegia
Romanorum,
quot
trophæa
:
tot
de
deis,
quot
de
gentibus,
triumphi
:
tot
manubiæ,
le
nombre
de
vos
victoires.
Et
ces
dieux
consen-
tiraient
à
recevoir
les
hommages
de
leurs
enne-
mis
!
et
ils
auraient
donné
un
empire
éternel
à
ceux
dont
ils
avaient
à
punir
les
outrages
plutôt
qu'à
récompenser
les
adorations!
C’est
qu’on
ne
risque
pas
plus
à
outrager
qu’on
ne
gagne
à
ado-
rer
des
dieux
qui
ne
sentent
rien.
Eh!
comment,
en
effet,
se
persuader
que
la
religion
soit
la
source
de
la
grandeur
d’un
peuple
qui,
comme
nous
l'avons
fait
voir,
s’est
agrandi
à
mesure
qu’il
l'of-
fensait,
ou
l’a
offensée
à
mesure
qu’il
s’agran-
dissait?
D'ailleurs,
ces
peuples
vaincus,
dont
les
royaumes
,
confondus
dans
l'empire
romain,
en
font
aujourd’hui
la
grandeur,
n’avaient-ils
pas
aussi
leurs
religions?
XXVIL
Voyez
donc
si
le
dispensateur
des
royaumes
ne
serait
pas
plutôt
cet
être
souverain
de
qui
relèvent
et
la
terre
où
sont
les
royaumes,
et
les
hommes
qui
en
sont
les
rois
;
si
ce
n’est
pas
celui
qui
était
avant
tous
les
temps
et
qui
a
fait
le
siècle,
ou
le
corps
des
temps,
qui
aurait
réglé
les
vicissitudes
des
empires
sur
celles
des
temps
dans
le
siècle;
si,
quand
les
cités
tombent
ou
s'élèvent,
ce
n’est
pas
au
gré
de
celui
qui
régnait
sur
le
genre
humain
lorsqu'il
n’y
avait
pas
en-
core
de
cités.
Pourquoi
chercher
à
vous
tromper
vous-mêmes
?
Rome
sauvage
est
plus
ancienne
que
quelques-uns
de
vos
dieux;
elle
avait
des
rois
avant
que
le
Capitole
eût
déployé
sa
vaste
en-
ceinte.
Les
Babyloniens
ont
précédé
vos
pontifes
;
les
Mèdes,
vos
quindécemvirs;
les
Égyptiens,
vos
saliens
;
les
Assyriens,
vos
luperques;
les
Amazones,
vos
vestales.
Enfin,
si
c'étaient
vos
dieux
qui
dispensassent
les
royaumes,
les
con-
tempteurs
de
toutes
ces
divinités
impures
que
vous
adorez,
les
Juifs
n’auraient
jamais
dû
for.
mer
un
Corps
de
peuple
et
un
royaume.
Que
dis«
quot
manent
adhue
simulacra
captivoram
deorum.
Et
ab
hostibus
ergo
suis
sustinent
adorari,
ét
illis
imperium.
sine
fine
decernunt,
quorum
magis
injurias
quam
adora-
tiones
remunerasse
debuerant.
Sed
qui
nihil
sentiunt,
tam
impune
læduntur,
quam
frustra
colantur.
Certe
non
potest
fidei
convenire
,
ut
religionis
meritis
excrevisse
vi-
deantur
qui,
ut
suggessimus,
religionem
aut
lædendo
creverunt,
aut
crescendo
læserunt.
Etiam
illi
quorum
regna
Conflata
sunt
in
imperii
Romani
summam,
cum
ea
amitterent,
sine
religionibus
non
fuerunt.
XXVI.
Videte
igitur
ne
ille
regna
dispenset,
cujus
est
et
orbis
qui
regnatur
ét
homo
ipse
qui
regnat
:
ne
ille
vi-
ces
dominationum
ipsis
temporibus
in
sæculo
ordinaverit
qui
ante
omne
tempus
fuit,
et
sæculum
corpus
tempornm
fecit
:
ne
ille
civitates
extollat
aut
deprimat,
sub
quo.
fuit
aliquando
sine
civilatibus
gens
hominum.
Quid
er-
ratis?
prior
est
quibusdam
diis
suis
sylvestris
Roma
:
ante
regnavit
quam
fantum
ambitum
capitolii
exstrueret
:
reSnaverunt
et
Babylonii
ante
Pontifices,
et
Medi
ante
Quindecimviros,
et
Ægyptii
ante
Salios,
et
Assyrii
ante:
Lupercos,
et
Amazenes
ante
virgines
Vestales
:
postremo.
si
Romanæ
religiones
regna
præstant,
nunquam
relire
38
je?
vous
avez
vous-mêmes
offert
des
victimes
à
leur
dieu,
des
présents
à
leur
temple
;
vous
avez
honoré,
pendant
quelque
temps,
de
votre
alliance
cette
nation,
qui
n'eût
jamais
senti
votre
joug,
si
elle
n’eüt
mis
le
comble
à
ses
prévarications
par
son
attentat
contre
le
Christ.
XXVIL
Nous
nous
sommes
suffisamment
justifiés
du
crime
de
lèse-divinité,
en
vous
prou-
vant
que
vos
idoles
ne
sont
rien
moins
que
des
dieux.
Aussi,
quand
on
nous
presse
de
leur
offrir
des
sacrifices
,
nous
refusons
de
le
faire,
pour
ne
point
dobér
à
notre
conscience,
qui
Nous
ap-
prend
ce
que
c’est
que
ces
dieux
à
qui
s'adressent
vos
hommages,
qui
nous
dit
que
ce
sont
de
vains
simulacres,
consacrés
à
de
vains
noms
d'hommes.
Mais
il
y
en
a
parmi
vous
qui
nous
traitent
d'in-
sensés
de
mieux
aimer
renoncer
à
la
vie
qu'à
notre
entêtement,
lorsque
nous
pourrions
éviter
la
mort
en
sacrifiant
extérieurement;
ce
qui
ne
nous
empêcherait
pas
de
penser
toujours
de
même.
Vous
nous
donnez
là
généreusement
un
assez
bon
conseil
contre
vous-mêmes
;
mais
nous
reconnais-
sons
sans
peine
celui
qui
vous
l'a
suggéré,
celui
à
qui
tous
les
moyens
sont
bons,
l’artifice
ou
la
cruauté,
pour
triompher
de
notre
constance.
C’est
cet
esprit,
ange
et
démon,
qui,
devenu
notre
en-
nemi
depuis
sa
révolte,
et
en
vieux
de
la
grâce
que
Dieu
pous
a
faite,
se
glisse
furtivement
dans
vos
âmes,
et
de
là
nous
fait
une
guerre
occulte,
en
vous
dictant,
à
votre
insu
,
les
jugements
iniqués
et
barbares
dont
je
me
suis
plaint
au
commen-
cement
de
cette
apologie.
Car,
quoiqueles
démons
et
autres
esprits
de
cette
espèce
nous
soient
sou-
mis,
cependant,
semblables
à
de
méchants
escla-
ves,
ils
sont
à
la
fois
craintifs
et
malveillants;
car
Judæa
regnasset
despectrix
communium
istarum
divinita-
tum,
cujus
et
Deum
victimis,
et
templum
donis,
et
gen-
tem
fœderibus
aliquandiu
honorastis,
nunquam
domina-
turi
ejus,
si
non
ultimo
deliquissetin
Christum.
XX
VIS.
Satis
hæc
adversus
intentationem
Iæsæ
divini-
tatis,
quo
non
videamur
lædere
eam
quam
ostendimius
non
esse.
fgitur
provocati
ad
sacrificandum
obstruimus
gradum
pro
fide
conscientiæ
nostræ,
qua
certi
sumus
ad
quos
ista
pervenjant
officia,
sub
imaginum
prostitulione,
et
humanorum
nominum
consecratione.
Sed
.quidam
de-
menfiam
existimant,
quod
cum
possimus
et
sacrificare
in
præsenti,
et
ilæsi
abire,
manente
apud
animum
pro-
posito,
obstinationem
saluti
præferamus.
Datis
scilicet
consilium,
quo
vobis
abutamur
:
sed
agnoscimus
unde
falia
sugg
serantur,
quis
totum
hoc
agitet,
et
quomodo
nunc
astutia
suadendi,
nune
durilia
smviendi
ad
constantiam
nostram
dejiciendam
operetur.
Ille
scilicet
spiritus
dæ-
moniacæ
el
Angelicæ
paraturæ,
qui
noster
ob
divortium
æmulus,
et ob
Dei
gratiam
invidus,
de
mentibus
vestris
adversus
nos
præliatur,
occulta
inspiratione
modulatis
et
subornatis
ad
omnem
quam
in
primordio
exorsi
sumus
et
judicandi
perversitatem
et
sæviendi
iniquitatem
:
namlicet
subjecta
sit
nobis
tota
vis
dæmonum
et
ejusmodi
spiritus,
._utnequam
famen
servi,
metui
nonnunquam
contumaciam
miscent,
et
lædere
gesliunt
quos
alias
verentur
:
odium
TERTULLIEN.
Ja
crainte
ne
va
pas
sans
la
haine
:
aussi
sont:ik
toujours
prêts
à
nuire
à
ceux
qu’ils
craignenf
Condamnés
irrévocablement
,
ils
tächent
à
se
con
soler
de
leur
condition
désespérée
par
l'exercice.
qu’ils
peuvent
faire
de
leur
malice,
tandis
que
lei
supplice
est
encore
suspendu.
Toutefois,
sitôt.
qu’ils
sentent
notre
présence,
déconcertés
et
vain
eus
,
ils
rentrent
dans
leur
néant
:
de
loinils
not
attaquent,
mais,
de
près,
ils
nous
demande
grâce.
Ainsi
lorsque,
pareils
à
des
esclaves
qui.
sous
le
poids
des
fers
,
dans
les
prisons
ou
dan
les
mines
,
se
révoltent
contre
leurs
maîtres,
ik
s’élancent
contre
nous
avec
d'autant
plus
de
p
;
fureur
qu'ils
sentent
l'inégalité
de
leurs
forc&
nous
leur
résistons
avec
une
constance
écaleln
nous
nous
attachons
surtout,
leur
acharnement
;
à
ne
pas
nous
laisser
surprendre
par
l'endroit
ot
ils
nous
attaquent
;
et
nous
ne
triomphons
jamak
plus
gloriensement
de
leurs
efforts
que
lorsque
nous
mourons
pour
notre
foi.
XXVIIT.
Mais
c’est
peu
de
dire
qu’il
est
in-
juste,
il
est
déraisonnable
de
vouloir
contraie
dre
un
autre
homme
à
rendre
à
la
Divinité
d&
hommages
que
de
lui-même
il
est
assez
intéresst
SRE
à
lui
rendre.
N’aurait-il
pas
droit
de
répondre”
Je
ne
veux
pas
que
Jupiter
me
soil
propice
de
quoi
vous
mélez-vous?
Que
Janus
se
fâche,
qu'il
me
regarde
de
quel
visage
il
voudra
:
que
vous
importe?
C’est
pour
cela
que
les
mêmes
esprits
vous
ont
suggéré
de
nous
faire
sacrifié
pour
les
jours
de
l'empereur
;
et
vous
vous
croy®
aussi
obligés
de
nous
y
contraindre
que
nous
ls
sommes
de
vous
résister
au
péril
de
notre
vie
Nous
voilà
donc
arrivés
au
second
chef
dé
l'accusation
dont
nous
sommes
l’objet,
enim
etiam
timor
spirat;
præterque
et
despera{a
condilio.
eorum
ex
prædamnatione
solatium
reputat
fruendeæ
intés
rin
malignitatis
de
pœnæ
mora
:
et
tamen
appreheni
c'est-à.
subiguntur,
et
conditioni
suæ
succidunt,
et
quos
de
loi
ginquo
oppugnant
,
de
proximo
obsecrant.
Itaque
cum
vis
vel
metal
rebellantium
‘ergastulornm,
sive
carcerum
,
rum,
vel
hoc
genus
pœnalis
servitutis
erampunt
adxein
sum
nos,
in
quorum
potestate
sunf,,
certi
impares
se
ess
et
hoc
magis
perditi,
ingrati
resistimus
ut
æquales,t.
repugnamus
perseverantes
in
eo
quod
oppugpant,
etili
punquam
magis
detriumphamus,
quam
cum
pro
ie
obstinatione
damnamur.
XXVIH.
Quoniam
autem
facile
iniquum
sidéretil
nam
€.
alias
divinæ
réi
faciendæ
libens
animus
indiciturs
certe
ineptum
existimaretur,
si
quis
ab
alio
cogeretur
ad-h
norem
deorum,
quos
ultro
sui
causa
placare
deberet,
nt
beros
homines
invitos
urgeri
ad
sacrificandum,
præ
manu
esset
jure
libertatis
dicere
:
Noïlo
mihi
Jovtl
propitium
:
tu
quis
es?
Me
conveniat
Janus
iratus
6x
qui
velit
fronte
:
quid
tibi
mecum
est
?
Formati
eslis
ab
tisdem
utique
spiritibus,
ut
nos
pro
salute
imperatoris
sacrificarés
cogatis
:
et
imposita
est
tam
vobis
necessitas
cogendi,
quai
nobis
obligatio
periclitandi.
Ventum
est
igitur
ad
seu
dun
titulum
læsæ
augustioris
majestatis
:
siquidem
majof
formidine,
et
callidiore
timiditate
Cæsarem
observatis
APOLOGÉTIQUE.
4c
dire
au
crime
de
lèse-majesté,
mais
d’une
ma-
jesté
plus
auguste;
car
vous
craignez
plus
lem-
pereur
que
Jupiter,
et
vous
servez
avec
plus
de
zèle
les
rois
de
la
terre
que
le
roi
du
ciel.
Je
me
garderais
bien
de
vous
en
blâmer,
si
en
cela
vous
agissiez
sciemment;
car
le
dernier
des
vivants
vaut
mieux
que
quelque
mort
que
ce
soit.
Mais
ce
n’est
point
là
le
motif
qui
vous
fait
agir
:
vous
cédez
à
l'impression
que
fait
sur
vous
la
puissance
visible
d’un
empereur.
Vous
craignez
plus
les
hommes
que
les
dieux
;
et,
par
là,
vous
donnez
la
mesure
de
ce
qu'il
faut
penser
de
votre
religion.
Vous
hésiteriez
moins
à
vous
parjurer
au
mépris
de
tous
vos
dieux
qu’au
mépris
du
seul
génie
de
César.
XXIX.
Qu'on
établisse
d’abord
que
ceux
à
qui
vous
sacrifiez
peuvent
conserver
la
vie
aux
em-
pereurs
ou
à
quelque
autre
homme.
Si
cela
est
constaté,
qu’on
nous
traite
en
criminels.
Mais
quoi!
si
des
esprits
méchants,
anges
ou
démons,
sont
capables
de
faire
quelque
bien
;
si
des
êtres,
perdus
eux-mêmes,
peuvent
sauver;
si
des
con-
damnés
peuvent
absoudre;
si,
enfin,
des
morts
(vous
savez
ce
qui
en
est)
peuvent
protéger
les
vivants,
qu’ils
commencent
done
par
garantir
leurs
statues,
leurs
images
et
leurs
temples
,
qui,
ce
me
semble,
ne
sauraient
se
passer
des
senti-
nelles
que
leur
donne
l’empereur.
Et
ces
statues,
ces
temples
,
la
matière
n’en
est-elle
pas
tirée
des
mines
impériales?
Les
temples
ne
dépendent-ils
pas
entièrement
de
la
volonté
des
Césars?
Plu-
sieurs
dieux
ont
éprouvé
leur
colère;
d’autres,
plus
heureux,
se
sont
ressentis
de
leur
magnifi-
sence
et
de
leur
faveur.
Or,
si
les
dieux
relèvent
des
Césars,
s’ils
tiennent
tout
de
leur
grâce,
comment
concevoir
qu'ils
soient
les
arbitres
de
leur
destinée?
Comment
un
empereur
devra-t-il
quam
ipsum
de
Olympo
Jovem
:
et
merito,
si
sciatis
:
quid
enim?
ex
viventibus
quilibet
non
mortuo
potior
?
sed
nec
hoG
vos
ratione
focitis,
potius
quam
respectu
præ-
sentaneæ
potestatis
:
adeo
et
in
isto
irreligiosi
erga
deos
vestros
deprehendimini,
cum
plus
timoris
humano
do-
minio
dicatis
cilius
:
denique
apud
vos
per
omnes
deos
;
quam
per
unum
genium
Cæsaris
pejeratur.
XXIX:
Constet
igitur
prius,
si
isti
quibus
sacrificatur,
salutem
imperatoribus
vel
euilibet
homini
impertiri
pos-
sunt,
el
ita
nos
crimini
addicite.
Si
Angeli
aut
dæmones
,
substantia
pessimi
spiritus,
beneficiam
aliquod
operantar,
si
perdili
conservant,
si
damnati
liberant,
si
denique,
quod
in
conscientia
vestra
est,
mortui
vivos
tuentur,
jarn
utique
suas
primo
statuas
et
imagines
et
ædes
tuerentur,
quæ,
ut
opinor,
Cæsarum
milites
excubiis
suis
salva
præstant.
Puto
autem
hæ
ipsæ
materiæ
de
metallis
Cx-
sarum
veniunf
,
et
tota
templa
de
nutu
Cæsaris
constant
:
multi
denique
dii
habuerunt
Cæsarem
iratum
;
facitad
cau-
sam
si
el
propitium
;
cum
illis
aliquid
liberalitatis
ant
privi
legii
confert
:
ita
qui
suntin
Cæsaris
potesfate,
cujus’et
toti
Suni,
quomodo
habebunt
salutem
Cæsaris
in
potestate,
uf
eam
præsfare
posse
videantur,
quan
facilius
ipsi
à
Ca
PT
aux
dieux
sa
conservation,
puisque
ce
sont
eux
:
au
contraire,
qui
lui
sont
redevables
de
la
leur
?
C'est
donc
parce
que
nous
n’abaissons
pas
les
empereurs
au-dessous
de
ce
qui
leur
est
soumis,
qu’on
nous
accuse
d’offenser
la
majesté
impériale.
Nous
sommes
coupables,
parce
que
nous
ne
sa-
vons
pas
nous
jouer
du
salut
de
l’empereur
en
le
plaçant
dans
des
mains
défaillantes,
que
la
soudure
retient
à
peine.
Mais
vous
qui
êtes
si
zélés
pour
la
conservation
de
l’empereur,
et
qui
la
cherchez
où
elle
n’est
pas,
vous
la
demandez
à
qui
ne
peut
vous
l’accorder,
oubliant
celui
dont
elle
dépend,
jusqu’à
déclarer
Ja
guerre
à
ceux
qui
savent
à
qui
il
faut
s'adresser,
et
qui
par
conséquent
peuvent
espérer
de
l’obtenir.
XXX.
Car
nous
invoquons,
pour
le
salut
des
empereurs,
le
Dieu
éternel,
le
vrai
Dieu,
le
Dieu
vivant,
dont
les
empereurs
eux-mêmes
recher-
chent
la
propitiation
;
car
ils
savent
qui
leur
a
donné
l'empire;
ils
savent,
en
tant
qu'hommes,
qui
leur
a
donné
la
vie;
ils
sentent
qu’iln’y
a
point
d’autre
dieu
que
ce
Dieu
souverain
;
qu'ils
ne
re-
lèvent
que
de-lui,
qu'il
est
au-dessus
d'eux,
et
qu'ils
sont
immédiatement
aprés
lui,
avant
et
au-dessus
de
tous
les
dieux.
En
effet,
s’ils
sont
au-dessus
de
tous
les
hommes
vivants,
à
plus
forte
raison
sont-ils
au-dessus
de
ceux
qui
sont
morts.
En
considérant
les
bornes
de
leur
pouvoir,
ils
apprennent
à
connaître
Dieu;
en
considérant
qu'ils
ne
peuvent
rien
contre
lui,
ils
compren-
nent
que
c’est
par
lui
qu'ils
peuvent
tout.
Car
que
l’empereur
déclare
la
guerre
au
ciel,
qu'it
entreprenne
de
le
trainer
captif
à
la
suite
de
son
char,
de
mettre
des
sentinelles
dans
le
ciel,
de
rendre
le
ciel
tributaire
:
c’est
ce
qui
dépasse
son
pouvoir.
Il
n’est
grand
qu'autant
qu'il
se
croit
au-dessous
du
ciel;
car
il
relève
lui-même
de
sare
Consequantur
?
Ideo-ergo
committimus
in
majestalem
imperatorum,
quia
illos
non
subjicimus
rebus
suis?
quia
non
ludimus
de
officio
salutis
ipsorum
,
qui
eain
non
pu-
tamus
in
manibus
esse
plumbatis?
sed
vos
religiosi
,
qui
eam
quæritis
ubi
non
est,
petitis
a
quibus
dari
non
po-
test,
præterito
eo
in
cujus
est
potestate
:
insuper
605
de-
bellatis
quieam
sciunt
petere,
quietiam
possint
impetrare,
dum
sciunt
petere.
XXX.
Nos
enim
pro
salute
imperatorum
Deum
invôea-
mus
æternum,
Deum
verum,
Deum
vivum,
quem
etipsiim-
peratores
proprium
Sibi
præter
cæteros
malunt
:SCIuñt
quis
illis
dederitimperium;
sciuntquahomines,
quis
et
animam
:
sentiunt
eum
esse
Deum
solum
,
in
cujus
solius
potestate
Sunf,
a
quo
sunt
Secundi,
post
quémprimi,
ante
omnes
et
Super
omnes
déos
:
quidni?
cüm
supér
omnes
homines
qui
utique
vivunt,
et
mortuis
antistant,
recogitanf
quous-
que
vires
imperii
sui
valeant,
ét
ita
Deum
infellisunt,
adversus
quém
valere
non
possunt:
per
eum
valere
se
cognoscunt.
Cœlnm
denique
débellét
impérator;
cœlum
Caplivum
triumpho
suo
invebat;
cœlo
mittat
excubias
;
cœlo
vectigalia
imponat
:
non
potest
:
ideo
magnus
est,
quia
cœlo
minor
est;
illins
enim
est
ipse,
Cüjus
ct
cœlum
40
celui
qui
commande
au
ciel
et
à
toute
créature.
C'est
par
lui
qu'il
est
empereur,
et
qu'avant
d’é-.
tre
empereur
il
est
homme.
Il
tient
sa
puissance
de
celui
dont
il
tient
la
vie.
C’est
à
ce
Dieu
que
nous
adressons
nos
prières,
les
mains
levées
vers
le
ciel,
parce
qu’elles
sont
pures;
la
tête
nue,
parce
que
nous
n'avons
à
rougir
de
rien;
sans
ministre
qui
nous
dicte
les
paroles
que
nous
de-
vons
dire,
parce
que
c’est
le
cœur
qui
prie.
C’est
à
ce
Dieu
que
nous
demandons
pour
tous
les
empereurs
une
longue
vie,
un
règne
tranquille,
la
sûreté
dans
leur
palais,
la
valeur
dans
les
armées,
la
fidélité
dans
le
sénat,
la
vertu
dans
le
peuple,
la
paix
dans
l'univers,
enfin
tout
ce
que
peut
souhaiter
un
homme
et
un
empereur.
Je
ne
puis
demander
tout
cela
qu’à
celui
de
qui
je
suis
assuré
de
l'obtenir,
puisqu'il
est
le
seul
qui
le
puisse
accorder,
et
que
je
suis
le
seul
qui
puisse
espérer
de
l'obtenir,
étant
son
servi-
teur,
le
seul
qui
lui
rende
le
culte
qui
lui
est
dû,
prêt
à
mourir
pour
sa
loi,
fui
offrant
la
victime
la
plas
précieuse
et
la
plus
agréable
à
ses
yeux,
celle
qu’il
m'a
demandée
lui-même,
une
prière
émanée
d’un
corps
chaste
et
d’une
âme
innocente,
sous
l'inspiration
de
l’Esprit-Saint.
Je
ne
lui
of-
fre
pas
quelques
grains
d’encens,
des
larmes
tombées
de
l'écorce
d’un
arbre
d'Arabie,
une
ou
deux
gouttes
de
vin,
du
sang
d’un
bœuf
de
rebut
qui
demande
la
mort;
bien
moins
encore
une
conscience
souillée.
Aussi
j’admire
la
conduite
de
vos
prêtres
corrompus,
qui
examinent
plutôt
les
entrailles
des
animaux
offerts
en
sacrifice,
que
le
cœur
de
ceux
qui
les
offrent.
Pendant
que
nous
prions
ainsi,
les
mains
étendues
vers
Dieu,
déchirez-nous,
si
vous
le
voulez,
avec
des
on-
gles
de
fer;
attachez-nous
à
des
croix
,
jetez-nous
dans
les
flammes,
égorgez-nous
avec
le
glaive,
est
et
omnis
creatura
:
inde
est
imperator,
unde
et
homo
antequam
imperator
:
inde
potestasilli,
unde
et
spiritus.
Illuc
suspicientes
Christiani
manibus
expansis,
quia
in-
QOCUIS
;
çapite
nudo,
quia
non
erubescimus
;
;
denique
sine
monitore,
quia
de
pectore,
oramus
pro
omnibus
impe-
ratoribus,
vitam
illis
prolixam
,
imperium
securum
,
do-
mum
tutam,
exercitus
fortes
,
senatum
fidelem,
populum
probum,
orbem
quietum
,
et
quæcumque
hominis
ei
Cæ-
saris
vota
sunt
:
hæc
ab
alio
orare
non
possum,
quam
a
quo
scio
me
consecuturum,
quoniam
ef
ipse
est
qui
so-
lus
præstat,
et
ego
sum
cui
impetrare
debetur
;
famulus
ejus,
qui
eum
solus
observo,
qui
propter
disciplinam
ejus
uccidor;
qui
ei
offero
opimam
et
majorem
hostiam,
quam
ipse
mandavit,
orationem
de
carne
pudica,
de
anima
in-
nocenti,
de
Spiritu
Sancto
profecitam,
non
grana
thuris
upius
assis,
non
Arabicæ
arboris
lacrymas,
nec
duas
meri
guttas,
nec
Sanguinem
reprobi
bovis
mori
optantis,
et
post
omnia
inquinamenta,
eliam
conscientiam
spurcam
:
ut
mirer,
Cum
hostiæ
probantur
penes
vos
a
vitiosissimis
sacerdotibus
,
cur
præcordia
potius
victimarum
quam
ip-
sorum
sacrificantium
examinantur
?
Sic
ita
nos
ad
Deum
expansos
ungulæ
fodiant,
cruces
suspendant,
ignes
lam-
TERTULLIEN.
livrez-nous
aux
bêtes
:
le
chrétien
qui
prie
prêt
à
endurer
tous
les
supplices.
Hâtez-vo.
donc,
magistrats
zélés,
hâtez-vous
d’arrache
la
vie
à
des
hommes
qui
la
consacrent
à
pri.
pour
l’empereur,
car
nous
sommes
coupables
(l
plus
grand
des
crimes
:
nous
adorons
Dieu
et:
he
vérité,
XXXI.
Mais,
direz-vous,
nous
sommes
de
hypocrites
qui
feignons
de
prier
pour
l'empe
reur,
dans
la
vue
d'échapper
au
supplice.
Enw
rité,
cette
feinte
nous
est
d’un
grand
SECOUIS
avec
vous
surtout,
qui
êtes
si
portés
à
nous
Jai
prouver
ce
que
nous
voulons,
Je
dirai
né
moins
à
ceux
d’entre
vous
qui
sont
persuadi
que
nous
ne
nous
intéressons
point
au
salutdi
empereurs
:
Ouvrez
nos
livres,
qui
contiennef.
la
parole
de
Dieu
même
:
nous
ne
les
cachonÿi
personne,
et
maintes
circonstances
ont
dû
faire
passer
en
des
mains
étrangères.
Vous}.
verrez
qu'il
nous
est
ordonné
de
prier
Dieu
nor
seulement
pour
ceux
qui
nous
aiment,
ma
encore
pour
ceux
qui
nous
haïssent;
de
souhaité
du
bien
à
ceux
qui
nous
persécutent.
Or,
qi
sont
nos
plus
grands
ennemis
et
nos
plus
cruek
persécuteurs,
sinon
ceux
dont
nous
sommes
at
cusés
d’offenser
la
majesté?
Vous
verrez
mémr
dans
ces
livres
que
Dieu
nous
dit
nommément…
expressément
:
«
Priez
pour
les
rois,
pour
k
princes
et
pour
les
puissances,
afin
que
vo
jouissiez
d’une
paix
parfaite.
»
En
effet,
l'en:
pire
ne
peut
être
ébranlé
que
tous
ses
membit
ne
le
soient
;
et
nous-mêmes,
quoique
le
peupk
nous
regarde
comme
en
dehors
de
l'État,
nou.
nous
trouvons
enveloppés
dans
ses
males
XXXIT.
Nous
avons
d’ailleurs
une
raison
toit
particulière
de
prier
pour
les
empereurs,
et
müit
pour
l'empire
romain
tout
entier,
c’est
que
noi
bant,
gladii
gultura
detruncent,
bestiæ
insiliant
;
paräll
est
ad
omne
supplicium
ipse
habitus
orantis
Christial.
Hoc
agile,
boni
præsides,
extorquete
animam
Deo
se
plicantem
pro
imperatore.
XXXI.
Adulati
nune
sumus
imperatori,
et
mentiti
te
quæ
diximus
,
ad
evadendam
scilicet
vim.
Plane
prof.
ista
fallacia
:
admittitis
nos
enim
probare
quodcunqh.
defendimus.
Qui
ergo
putaveris
nihil
nos
de
salute
Cas
rum
curare,
inspice
Dei
voces,
Litteras
nostras
quasi
que
ipsi
supprimimus,
et
plerique
casus
ad
extranéh
transferunt
:
scitote
ex
illis
præceptum
esse
nobis,
adt
dundantiam
benignitatis,
etiam
pro
inimicis
Deumorats
et
persecutoribus
nostris
bona
precari
:
qui
magis
ininin
et
persecutores
Christianorum
,
quam
de
quorum
majestals
convenimur
in
crimen?
sed
etiam
nominatim
afque
ns
nifeste
:
«
Orate,
inquit,
pro
regibus,
et
pro
principill.
«
et
potestatibus,
ut
omnia
tranquilla
sint
vobis
:
»
cul
enim
concutitur
imperium,
concussis
etiam
cæteris
mel
bris
ejus,
utique
et
nos,
licet
eue
a
turbis,
in
aliqu.
loco
casus
invenimur.
XXXII.
Est
et
alia
major
necessitas
nobis
orandi
ph
imperatoribus,
etiam
pro
6mni
statu
imperii
rebusqueRt
APOLOGÉEIQUE.
1
gavons
que
la
fin
du
monde,
avec
les
calamités
affreuses
qui
doivent
en
être
les
avant-coureurs
,
n’est
retardée
que
par
le
cours
de
l'empire
ro—
iwain.
En
priant
Dieu
de
nous
épargner
Je
spec-
tacle
de
cette
catastrophe
,
nous
demandons
par
conséquent
que
la
durée
de
l'empire
soit
prolon-
gée.
Nous
jurons,
non
par
le
génie
des
Césars,
mais
par
leur
salut,
plus
auguste
que
tous
les
gé-
nies,
qui
ne
sont
que
des
démons.
Nous
respec-
tons
dans
les
empereurs
le
jugement
de
Dieu,
qui
les
a
établis
pour
gouverner
les
peuples.
Nous
savons
qu'ils
tiennent
de
la
volonté
de
Dieu
le
pouvoir
dont
ils
sont
investis;
nous
demandons
ja
conservation
de
ce
que
Dieu
lui-même
a
voulu,
et
c’est
là
pour
nous
un
grand
serment.
Quant
aux
démons,
c’est-à-dire
aux
génies,
nous
Îles
conjurons
pour
les
chasser
du
corps
des
hommes,
et
nous
nous
gardons
de
jurer
par
eux,
et
de
leur
déférer
par
là
un
honneur
qui
n’est
dû
qu'à
Dieu.
XXXHL
Mais
pourquoi
parler
davantage
de
nos
sentiments
de
religion
et
de
piété
à
l'égard
de
l’empereur?
Ne
sommes-nous
pas
obligés
de
res-
pecter
en
lui
l'élu
de
Notre
Seigneur
?
Je
pourrais
:
même
dire
que
l’empereur
est
plus
à
nous
qu'à
personne,
puisque
c'est
notre
Dieu
qui
l’a
éta-
bli.
C’est
pour
cela
que
je
contribue
plus
qu’un
autre
à
sa
conservation,
non-seulement
parce
que
je
la
demande
à
qui
peut
l’accorder,
ou
que
je
suis
tel
qu’il
faut
être
pour
l'obtenir,
mais
encore
parce
qu’en
abaissant
la
majesté
impé-
riale
au-dessous
de
la
majesté
divine,
je
dispose
Dieu
par
là
à
être
plus
propice
à
l’empereur.
Si
je
le
place
au-dessous
de
Dieu,
c’est
que
je
ne
le
crois
pas
égal
à
Dieu;
car
je
ne
l’appellerai
point
Dieu,
ou
parce
que
je
ne
sais
pas
mentir,
ou
parce
que
je
le
respecte
trop
pour
me
moquer
manis,
qui
vim
maximam
universo
orbi
imminentem,
ip-
samque
clausulam
sæculi
acerbitates
horrendas
comminan-
tem,
Romani
imperii
commeatu
scimus
retardari
:
ifaque
nolumus
experiri,
et
dum
precamur
differri,
Romanæ
diuturnitati
favemus.
Sed
et
juramus,
sient
non
per
genios
Cæsarum
,
ita
per
salutem
eorum
,
quæ
est
augustior
om-
nibus
geniis
:
nescitis
genios
dæmonas
dici,
et
inde
dimi-
nutiva
voce
dæmonia
:
nos
judicium
Dei
suspicimus
in
imperatoribus,
qui
gentibus
illos
præfecit
:
id
in
eis
scimus
esse
quod
Deus
voluit,
ideoque
et
salvum
volumus
esse
quod
Deus
voluit,
et
pro
magno
id
juramento
habemus
:
cæterum
dæmonas,
id
est
genios,
adjurare
consuevimus
ut
illos
de
hominibus
exigamus
,
non
dejerare
ut
illis
ho-
norem
divinitatis
conferamus:
XXXIHE.
Sed
quid
ego
amplius
de
religione
atque
pie-
tate
Christiana
in
imperatorem
?
quem
necesse
est
Suspi-
ciamus,
ut
eum
quem
Dominus
noster
elegit
:
et
merito
dixerim,
Noster
est
magis
Cæsar,
a
nosfro
Deo
constitu-
tus.
Jtaque
ef
in
eo
plus
ego
illi
operor
in
salutem,
quod
non
solum
ab
eo
postulo
eam
qui
potest
præslare,
aut
quod
talis
postulo
qui
merear
impetrare
,
sed
étiam
quod
temperans
majestatem
Cæsaris
infra
Deum,
magis
illum
de
lui,
ou
parce
que
lui-même
doit
s’offenser
de
ce
nom.
Homme,
il
est
de
son
intérêt
de
recon-
naître
que
Dieu
est
au-dessus
de
lui;
il
doit
fui
suffire
de
porter
le
nom
d’empereur.
N'est-ce
pas
un
grand
nom
que
celui
qu'on
tient
de
Dieu?
Dire
qu’il
est
Dieu,
c’est
nier
qu'il
soitempereur,
puisqu'il
ne
peut
être
empereur
qu'autant
qu'il
est
homme.
C’est
ce
qu’on
a
soin
de
lui
rappeler,
en
criant
derrière
son
char
de
triomphe
:
Re-
garde
derrière
toi,
et
souviens-loi
que
Îues
homme.
Quoi
de
plus
propre
à
lui
donner
une
haute
idée
de
sa
gloire,
que
cette
précaution
qu’on
juge
nécessaire,
de
le
faire
ressouvenir
de
ce
qu'il
est!
Il
serait
moins
grand
si
on
l’appe-
lait
Dieu,
parce
que
ce
serait
une
fausseté.
Ce
qui:
fait
sa
véritable
grandeur,
c’est
d’avoir
besoin
qu’on
lui
rappelle
qu'il
n’est
pas
un
dieu.
XXXIV.
Le
fondateur
de
votre
empire,
Au-
guste,
n'a
jamais
voulu
qu'on
le
nommät
sei-
gueur.
C’est,
en
effet,
un
des
noms
de
Dieu.
Toutefois,
je
consens
à
donner
à
l’empereur
le
nom
de
seigneur,
pourvu
que
ce
ne
soit
pas
dans
le
même
sens
que
je
le
donne
à
Dieu;
car
je
ne
suis
pas
à
l’empereur
:
je
n’ai
proprement
qu'un
seigneur,
le
Dieu
tout-puissant,
éternel,
qui
est
aussi
le
seigneur
de
l’empereur.
Aussi
bien,
comment
le
père
de
la
patrie
en
serait-il
le
sei—
oneur?
Un
nom,
symbole
de
l'amour,
n'est-il
pas
plus
doux
qu'un
titre
qui
ne
désigue
que
la
puissance?
Aussi
les
chefs
de
famille
sont-ils
plutôt
appelés
pères
que
seigneurs.
Si
le
nom
de
seigneur
ne
convient
pas
à
un
empereur,
COM-
bien
moins
celui
de
dieu!
Ce
n’est
qu'à
la
plus
honteuse
et
la
plus
funeste
flatterie
qu’il
appar-
tient
de
le
lui
donner.
C'est
comme
si
vous
trans-
portiez
le
nom
d’empereur
de
celui
qui
l'est
réel-
lement
à
un
autre
qui
ne
l’est
pas.
Ne
craindriez-
commendo
Deo,
cui
soli
subjicio.
Subjicio
autem
cui
non
adæquo;
non
enim
deum
imperatorem
dicam,
vel
quia
mentiri
nescio,
vel
quia
illum
deridere
non
audeo,
vel
quia
nec
ipse
se
deum
volet
dici
:
si
homo
sit,
inferest
homini
Deo
cedere
:
satis
habet
appellari
imperalor
:
grande
et
hoc
nomen
est,
quod
a
Deo
tradilur
:
negat
il-
lum
imperatorem
,
qui
deum
dicit
:
nisi
homo
sit,
non
est
imperator
:
hominem
se
esse
etiam
triumphans
in
illo
su-
blimissimo
curru
admonetur
;
suggerifur
enim
ei
a
{ergo,
Respice
post
te,
hominem
te
memento
:
ef
utique
hoc
magis
gaudet,
tanta
se
gloria
coruscare,
ut
illi
admonitio
conditionis
suæ
sit
necessaria
:
minor
erat,
si
tunc
deus
diceretur,
quia
non
vere
diceretur;
major
est,
qui
revo-
"catur
ne
se
deum
existimet.
XXXIV.
Augustus,
imperii
formator,
ne
dominum
qui-
dem
dici
se
volebat.
Et
hoc
enim
Dei
est
cognomen.
Di-
cam
plane
imperatorem
dominüm:
sed
quando
non
cogor,
ut
dominum,
Dei
vice,
dicam.
Cæterumliber
sumilli.
Domi-
nus
enim
meus
unus
est,
Deusomnipotens,
et
æternns,
idem
qui
et
ipsius.
Qui
pater
patriæ
est,
quomodo
dominus
est?
Sed
et
gratius
nomen
est
pietatis,
quam
potestatis.
Eliam
familiæ
magis
patres
quam
domini
vocantur
:
tanfo
abest
49
TERTULLIEN.
vous
pas
d'attirer,
par
ce
sanglant outrage,
la
vengeance
de
celui
qui
est
véritablement
empe-
reur,
noh-Seulement
sur
vous-même,
mais
en-
core
sur
celui
à
qui
vous
auriez
donné
le
nom
d'empereur?
Rendez
à
Dieu
ce
qui
est
à
Dieu,
si
vous
voulez
que
Dieu
soit
propice
à
l’empe-
reur
:
Cessez
de
croire
qu'il
puisse
y
avoir
un
au-
tre
dieu
que
Dieu;
cessez
d’appeler
dieu
celui
qui
a
besoin
de
Dieu.
Que
si,
en
donnant
à
un
homme
le
nom
de
dieu,
votre
flatterie
ne
rougit
pas
de
son
mensonge,
que
du
moins
ellé
en
re-
doute
les
suites.
C’est
porter
malheur
à
un
empereur
que
de
l'appeler
dieu
avant
son
apo-
théose.
XXXV.
Les
chrétiens
sont
donc
des
ennemis
de
l'État,
parce
qu'ils
rendent
aux
empereurs
des
honneurs
qui
ne
sont
ni
vains
ni
téméraires
$
parce
que,
faisant
profession
de
la
vraie
religion,
ils
solennisent
les
fêtes
des
empereurs
par
de
bonnes
pensées
et
non
par
des
orgies.
Grande
preuve
de
zèle,
en
effet,
que
d'allumer
des
feux
et
de
dresser
des
tables
dans
les
rues,
d’y
faire
de
grands
festins,
de
convertir
la
ville
en
une
immense
taverne,
de
tremper
de
vin
la
poussière
des
rues,
de
courir
par
bandes,
comme
des
for-
cenés,
au
gré
d’impudiques
désirs.
La
joie
publi-
que
ne
Saurait-elle
donc
se
manifester
que
par
le
mépris
public
de
toute
pudeur
?
Ce
qui
serait
in-
décent
un
autre
jour
devient-il
décent
dans
les
jours
consacrés
au
prince
?
Faut-il,
pour
hono-
|
dant
ce
sont
là
des
Romains,
et,
de
tous
les
Ro-
rer
le
prince,
violer
les
lois
dont
il
est
l’auteur
?
mains,
Les
plus
violents
accusateurs
des
chrétiens.
La
licence
et
le
déréglement
doivent-ils
passer
|
Vous
direz
peut-être
encore
que
les
autres
sont
pour
piété;
et
une
occasion
de
dissolution
»
Pour
|
d’une
fidélité
qui
semble
s'accroître
à
proportion
une
fête
religieuse?
Oh
!
que
nous
sommes
vrai-
de
leur
élévation
;
que
jamais
il
ne
s’est
trouvé
ment
dignes
du
dernier
Supplice,
de
nous
acquit-
|
de
factieux,
ni
dans
le
sénat,
pi
dans
l'ordre.
ter
de
nos
devoirs
envers
les
empereurs,
sans
|
équestre,
ni
dans
les
Camps,
ni
dans
le
palais.
cesser
d'être
sobres,
chastes
et
modestes!
Pour
quoi
refuser,
dans
un
jour.
de
fête,
d’ombrager
nos
portes
de
lauriers,
et
d'allumer
des
lampes
«
en
plein
jour
?
Quoi
de
plus
honnête,
en
effet,
de
donner
alors
à
sa
maison
l'air
d’un
lieu
de
prostitution?
Voyons
maintenant
ce
qu'on
doit
penser
de
la
sincérité
de
vos
démonstrations
pour
ceite
Seconde
majesté,
qu’on
nous
accuse
d’offen.
ser
par
un
second
sacrilége,
parce
que
nous
ne
Célébrons
pas
avee
vous
les
fêtes
des
empereurs.
d’une
manière
que
réprouve
à
la
fois
la
modes-
tie,
la
bienséance
et
la
pudeur.
Voyons
si
ceux
…
qui
nous
refusent
le
nom
de
Romains,
qui
nous
traitent
d’ennemis
des
empereurs
romains,
ne
seraient
pas,
par
hasard,
plus
coupables
que
nous.
Je
me
transporte
à
Rome,
je
demande
à
cette
multitude
qui
remplit
la
vallée
des
sept
collines,
quel
est
le
Romain
dont
la
langue
a
jamais
su
épargner
son
empereur
:
le
Tibre
et
le
cirque
peuvent
en
rendre
témoignage.
Si
le
voile
qui
couvre
les
cœurs
était
transparent,
on
y
verrait,
Sur
un
théâtre
imaginaire,
se
succéder
sans
fin
de
nouveaux
princes
payant
leur
bienvenue
par
des
largesses
,
et
cela
dans
le
temps
même
qu’on
vous
entend
crier
:
Que
Jupiter
retranche
de
n0S
années
pour
ajouter
aux
vôtres?
Un
chré-
tien
ne
sait
ni
tenir
ce
langage,
ni
faireen
se:
cret
des
vœux
pour
un
nouvel
empereur.
Le
peuple,
dites-vous,
est
toujours
peuple.
Cepen-
ut
imperator
deus
debeat
dici
,
non
modo
turpissima
,
sed
gaudia
Cæsarum
casti
et
sobrii
et
probi
expungimus
?
cur
ef
perniciosa
adulatione
:
tanquam
si
habens
imperatorem,
|
die
læto
non
laureis
postes
obumbramus
nec
lucernis
diem
alterum
appelles
:
nonne
maximam
et:inexorabilem
offen-
infringimus?
honesta
res
est,
solemnitate
publica
exi-
Sam
Contrahes
ejus
quem
habuisti
etiam
ipsi
Limendam
|
gente,
induere
domni
tuæ
babitum
alicujus
novi
lupa:
quem
appellasti
?
Esto
religiosus
in
Deum,
qui
vis
illum
naris.
Velim
tamen
in
hac
quoque
religione
secundæ
ma-
propitium
imperatori
:
desine
alium
deum
credere,
atque
|
jestatis,
de
qua
in
secundüm
sacrilegium
convenimur
ita
et
hunc
deum
dicére
cui
Deo
Opus
est.
Si
non
de
men-
Christiani,
non
celebrando
vobiscum
solemnia
Cæsarum,
dacio
erubescit
adulatio,
ejusmodi
hominem
deum
appel-
quo
more
celebrari
nec
modestia
,
neC
Verecundia
,
nec
pu
lans,
timeat
sallem
de
infausto
:
maledictum
est,
ante
|
dicitia
Permittunt,
fidem
et
verilatem
vestram
demons:
apotheosin
deum
Cæsarem
nuncupare.
trare,
ne
forte
et
isthic
deferiores
Christianis
deprehen-
XXXV.
Propterea
igitur
publici
hostes
Christiani
>
Quia
|
dantur
qui
nos
nolunt
Romanos
haberi,
sed
hostes
prin-
imperatoribus
neque
vanos,
neque
mentientes,
neque
te-
cipum
Romanorum.
Ipsos
Quirites,
ipsam
vernaculam
merarios
honores
dicant,
quia
veræ
religionis
homines
Septem
collium
plebem
COnvenio,
an
alicui
Cæsari
suo
efiam
solemnia
eorum,
conscientia
potius
quam
lascivia,
parcat
illa
lingua
Romana
:
testis
est
Tiberis,
et
schola
celebrant.
Grande
videlicet
officiam
!
focos
et
thoros
in
bestiarum.
Jam
si
pectoribus
ad
translucendum
quamdam
publicum
educere,
vicatim
épulari,
civitatem
tabernæ
specularem
materiam
natura
obduxisset,
Cujus
non
præ-
habitu
abolefacere,
vino
lutum
cogere,
Catervatim
cCur-
|
cordia
insculpta
apparerent
novi
ac
novi
Cæsaris
scenam
sitare
ad
injurias,
ad
impudenlias,
ad
libidinis
illecebras.
congiario
dividendo
præsidentis
?
etiam
illa
hora
qua
ac-
Siccine
éxprimitur
publicum
gaudium
per
publieum
de-
|
clamant
:
D£
NosrRis
ANNIS
vit
Jüuprrer
AUGEAT
ANNOS
:
decns
?
Hæccine
solemnes
dies
principum
decent,
quæ
|
hæc
Christianus
tam
enuntiare
non
novit,
quam
de
noyo
alios
dies
non
decent
?
Qui
observant
disciplinam
de
Cæ-
|
Cæsare
optare.
Sed
vulgus,
inquis,
ut
vulgus.
Tamen
saris
réspectu,
bi
éam
propter
Cæsarem
deserent?
ef
ma-
Romanï
nec
ulli
magis
depostulatores
Christianorum
quam
lorum
morum
licentia
pietas
érit?
occasio
luxuriæ
religio
|
vulgus.
Plane
cœtert
ordines
pro
auctoritate
religiosi
ex
deputabitur?
©
nos
merito
damnandos
!
Cur
enim
vofa
et
|
fide
:
nihil
hosficum
de
ipso
senatu
,
de
equite,
de
castris,
APOLOGÉTIQUE.
D'où
sont
donc
sortis
les
Cassius,
les
Niger,
les
Albinus?
ceux
qui
assassinent
leur
prince
entre
deux
lauriers
?
ceux
qui
trouvent,
en
l’étranglant,
.
une
oecasion
de
faire
briller
leur
adresse
gymnas-
tique?
ceux
qui
forcent
le
palais
à
main
armée,
plus
audacieux
que
les
Sigérius
et
les
Parthénius?
C’étaient,
si
je
ne
me
trompe,
des
Romains,
et
non
des
chrétiens;
car
les
chrétiens
ne
sont
pas
des
Romains.
Cependant,
jusqu’au
moment
où
leur
rébellion
sacrilége
a
éclaté,
ils
sacrifiaient
pour
le
salut
de
l'empereur
et
juraient
par
son
génie,
les
uns
en
public,
les
autres
dans
leur
maisoh
,
et
tous
donnaient
aux
chrétiens
le
nom
d’ennemis
publics.
Ceux
quisont
aujourd’hui
con-
nus
pour
avoir
été
complices
ou
partisans
des
dernières
conspirations,
restes
échappés
d’une
pé-
pinière
de
parricides,
n'ombrageaient-ils
pas
leurs
portes
des
lauriers
les
plus
frais
et
les
plus
touffus?
n’enfumaient-ils
pasleurs
vestibules
des
plus
brillantes
illuminations
?
ne
remplissaient-
ils
pas
les
places
de
lits
superbes,
non,
à
la
véri-
té,
dans
l'intention
de
prendre
part
à
la
joie
publique,
mais
pour
y
rêver
une
autre
solennité,
pour
lappeler
de
leurs
vœux,
faisant
en
quel-
que
sorte
dans
le
secret
de
leur
cœur
Pinaugu-
ration
d’un
nouveau
prince
et
d’un
nouvel
avé-
nement
?
Sont-ils
mieux
intentionnés,
ceux
qui
consultent
les
astrologues,
les
aruspices,
les
au-
oures,
les
magiciens,
sur
la
destinée
de
lempe-
reur,
recourant
à
des
sciences
inventées
par
des
anges
rebelles,
mais
réprouvées
de
Dieu,
et
dont
les
chrétiens
ne
se
servent
pas
même
dans
les
choses
qui
les
regardent
?
Et
d’où
peut
venir
cette
curiosité
de
connaître
la
destinée
d’un
empereur,
sinon
d’un
cœur
qui
médite,
ou
souhaite,
ou
de
palatis
ipsis
spirat.
Unde
Cassii,
et
Nigri,
et
Albini
?
unde
qui
inter
duas
lauros
obsident
Cæsarem?
unde
qui
faucibus
ejus
exprimendis
palæstricam
exercent?
unde
qui
armati
palatium
irrumpunt
omnibus
Siseriis
atque
Partheniis
audaciores?
de
Romanis
(nisi
fallor
),id
est,
de
non
Chrislianis
:
atque
adeo
omnes
illi,
sub
ipsa
us-
que
impietatis
eruptione,
et
sacra
faciebant
pro
salute
im-
peratoris,
ef
genium
ejus
dejerabant,
ali
feris,
alii
intus
;
ef
utique
publicorum
hostium
nomen
Christianis
dabant.
Sed
et
qui
nune
scelestarum
partium
socii
aut
plausores
quotidie
revelantur,
post
vindemiam
parricida-
rum
racematio
superstes,
quam
recentissimis
et
ramo-
sissimis
laureis
postes
præstruebant!
quam
elatissimis
et
clarissimis
lucernis
vestibula
nebulabant!
quam
cullissimis
et
superbissimis
thoris
forum
sibi
dividebant
!
non
u£
gau-
dia
publica
celebrarent
,
sed
ut
vota
propria
jam
edicerent
in
aliena
solemnitate,
et
exemplum
alque
imaginem
spei
suæ
inaugurarent,
nomen
principis
in
corde
mutantes.
Eadem
officia
dependunt
et
qui
asfrologos,
et
aruspices,
et
augures
,
et
magos
de
Cæsarum
capite
Consultant;
quas
artes
ut
ab
Angelis
desertoribus
proditas,
et
a
Deo
inter-
dictas,
ne
suis
quidem
causis
adhibent
Christiani,
Cui
autem
opus
est
perscrutari
super
Cæsaris
salute,
nisi
a
quo
aliquid
adversus
illam
cogitatur
vel
optatur,
auf
post
43
espère,
ou
favorise
quelque
dessein
contre
la
vie
du
prince?
Car
on
ne
tire
pas
l’horoscope
de
ses
maîtres
par
le
même
motif
qu’on
tire
celui
des
personnes
qu’on
aime
:
autre
est
la
curiosité
de
l'amour,
autre
celle
de
la
crainte.
XXXVI.
Si
doncil
est
certain
que
ceux
que
vous
appelez
Romains,
qui
passent
pour
Romains,
sonteonvaineus
d’être
les
ennemis
des
empereurs,
ne
pourrait-il
pas
se
faire
que
ceux
qui
passent
pour
leurs
ennemis,
à
qui
vous
refusez
le
nom
de
Romains,
fussent
effectivement
Romains
et
rien
moins
qu'ennemis?
Tant
il
est
vrai
que
la
fidélité
et
le
dévouement
aux
empereurs
ne
con-
sistent
pas
dans
ces
démonstrations
extérieures,
qui
ne
servent
qu'à
déguiser
la
trahison,
mais
dans
ces
sentiments
du
cœur,
dans
cette
bien-
veillance
à
laquelle
nous
ne
sommes
pas
moins
obligés
envers
les
empereurs
qu'enverstoutautre
homme.
Car
ce
n’est
pas
seulement
aux
empe=—
reurs
que
nous
devons
vouloir
du
bien.
Nous
faisons
le
bien
sans
acception
des
personnes,
parce
que
nous
je
faisons
pour
nous,
sans
atten-
dre
ni
louange
ni
récompense
d'aucun
homme,
et
dans
la
vue
de
plaire
à
Dieu
seul,
qui
nous
fait
une
loi
d’aimer
tous
les
hommes
indistincte-
ment.
Nous
sommes
les
mêmes
pour
lesempereurs
que
pour
nos
voisins,
parce
qu’il
nous
est
géné
ralement
défendu
de
vouloir
du
mal
à
qui
que
ce
soit,
d’en
faire,
d’en
dire,
d’en
penser
même.
Ce
qui
ne
nous
est
pas
perlhis
contre
l'empereur,
pe
l’est
non
plus
contre
personne;
et
ce
qui
ne
l’est
contre
personne,
l’est,
sans
doute,
encore
moins
contre
celui
que
Dieu
a
fait
si
grand.
XXXVIL.
Si,
comme
je
l'ai
dit,
il
nous
est
ordonné
d'aimer
nos
ennemis,
qui
pourrions-nous
illam
speratur
et
sustinetur?
non
enim
ea
mente
de
charis
consulitur,
qua
de
dominis
:
aliter
curiosa
est
sollicitudo
sanguinis,
aliter
servitutis.
-
XXXVI
Si
hæc
ita
sunt,
ut
hostes
deprehendantur
qui
Romani
vocabantur,
ur
nos,
qui
hostes
existimamur,
Romani
negamur?
non
possumus
et
Romani
esse,
et
hos-
tes
non
esse,
cum
hostes
reperiantur
qui
Romani
hahe-
bautur?
adeo
pietas
et
religio
ef
fides
imperatoribus
debita
non
in
hujusmodi
officiis
consistit
quibus
et
hostilitas
magis
ad
velamentum
sui
potest
fungi,
sed
in
üis
moribus
quibus
civilitas
tam
verein
imperatorem
quam
circa
omnes
vecesse
habet
exhiberi
:
neque
enim
hæc
opera
bonæ
mentis
solis
imperatoribus
debentur
a
nobis
:
nallum
bo:
num
sub
exceptione
personarum
administramus,
quia
nobis
præstamus,
qui
non
ab
homine
aut
laudis
aut
pré-
mii
expensum
captamus,
sed
a
Deo
exactore
et
remune-
ratore
indifferentis
benignitalis
:
idem
sumus
imperatori-
bus,
quiet
vicinis
nostris
:
male
enim
velle,
male
facere,
male
dicere,
male
cogitare
de
quoquam
ex
æquo
vela-
mur;
quodeumque
non
licef
in
imperaforem,
id
nec
in
quemquam
;
quod
in
neminem
,
eo
forsitan
magis
nec
in
ipsum
qui
per
Deum
ftantus
est.
XXX
VI.
Si
inimicos,
ut
supra
diximus,
jubemur
Gi-
ligere,
quem
habemus
odisse?
Item,
si
læsi
vicem
referre
44
TERTULLIEN.
haïr?
S'il
nous
est
défendu
de
nous
venger
de
ceux
qui
nous
offensent,
pour
ne
pas
nous
rendre
aussi
coupables
qu'eux,
qui
pourrions-nous
offen-
ser?
Vous-mèmes,
je
vous
en
fais
juges.
Combien
“de
fois
n’avez-vous
pas
exercé
des
cruautés
contre
les
chrétiens,
ou
pour
satisfaire
votre
haine,
ou
pour
obéir
aux
lois?
combien
de
fois,
sans
atten-
dre
vosordres,
la
populace,
prévenue
contrenous,
nenousa-t-elle
pas
accablés
de
pierres
et
n’a-t-elle
pas
mis
le
feu
à
nos
maisons?
Dans
la
fureur
des
Bacchanales
,
on
n’épargne
pas
même
Îes
morts
:
on
viole
le
repos
de
la
tombe,
l'asile
de
la
mort,
pour
en
arracher
les
cadavres
des
chrétiens
;
quoique
déjà
méconnaissables,
quoique
déjà
cor-
rompus,
pour
les
mettre
en
pièces
et
en
traîner
les
lambeaux
par
les
rues.
Cependant,
avez-vous
remarqué
que
nous
ayons
jamais
cherché
à
nous
venger
de
cet
acharnement
qui
nous
poursuit
au
delà
du
tombeau
?
Une
seule
nuit
avec
quel-
ques
flambeaux,
c'en
serait
assez,
s’il
nous
était
permis
de
rendre
le
mal
pour
le
mal;
mais
à
Dieu
ne
plaise
qu’une
religion
divine
ait
recours
au
feu
humain
pour
se
venger,
ou
qu’ellese
laisse
abattre
par
des
épreuves
qui
servent
à
en
établir
la
vé-
rité!
Que
si,
au
lieu
de
nous
venger
sourdement,
nous
voulions
agir
en
ennemis
déclarés
,
croyez-
vous
que
le
nombre
et
la
force
nous
manquas-
sent?
Les
Maures,
les
Marcomans,
les
Parthes
:
quelque
nation
que
ce
soit
»
Circonscrite
après
tout
dans
ses
limites,
est-elle
plus
nombreuse
qu’une
nation
qui
n’en
a
d’autres
que
l'univers
?
Nous
ne
sommes
que
d'hier,
et
nous
remplissons
tout,
vos
villes,
vos
îles,
vos
châteaux,
vos
municipes,
vos
conseils,
vos
camps,
vos
tribus,
vos
décu-
ries
,
le
palais,
le
sénat,
le
forum
:
nous
ne
vous
laissons
que
vos
temples.
Quelle
guerre
ne
serions-
prohibemur,
ne
de
facto
pares
simus,
quem
possumus
lædere?
Nam
de
isto
ipsi
recognoscite.
Quoties
enim
in
Christianos
desævitis,
partim
animis
propriis,
partim
le-
gibus
obsequentes!
quoties
etiam
»
præteritis
vobis,
suo
jure
nos
inimicum
vulgus
invadit
lapidibus
et
incendiis!
ipsis
Bacchanalium
furiis
nec
mortuis
pareunt
Christianis,
quin
illos
de
requie
sepulturæ,
de
asylo
quodam
mortis,
jam
alios,
jam
nec
totos
,
avellant
,
dissecent,
distrahant!
Quid
tamen
unquam
denotastis
de
tam
Conspiratis,
de
tam
animatis
ad
mortem
usque,
pro
injuria
repensatum
?
quando
vel
una nox
pauculis
faculis
larsiter
ultionis
pos-
set
operari,
si
malum
malo
dispungi
penes
nos
liceret,
Sed
absit
ut
aut
igni
humano
vindicetur
divina
secla,
aut
doleat
pati
in
quo
probatur.
Si
enim
et
hostes
exsertos,
non
fantum
vindices
occultos
agere
vellemus,
deesset
nobis
vis
numerorum
et
Copiarum?
Plures
nimirum
Mauri,
et
Marcomanni,
ipsique
Parthi,
vel
quantæcum-
que,
unius
tamen
Joci
et
suorum
finium,
gentes,
quam
totius
orbis.
Hesterni
Sumus,
ef
Vestra
omnia
implevi-
mus,
urbes,
insulas,
castella,
Municipia,
conciliabula,
casfra
ipsa,
tribus,
decurias,
palatium,
sepatum,
forum
:
sola
vobis
relinquimus
templa,
Cui
bello
non
idonei,
non
prompti
fuissemus
,
etiam
impares
copiis,
qui
tam
liben-
ter
trucidamur,
si
non
apud
istam
disciplinam
Magis
0c-
nous
pas
capables
d'entreprendre,
quelle
guerre,
.n’accepterions-nous
pas,
même
à
forces
inégales,
nous
qui
nous
laissons
massacrer
si
volontiers,
si
ce
n’était
une
de
nos
maximes
qu’il
vaut
mieux
être
tué
que
de
tuer?
Sans
même
recourir
aux
armes
,
sans
nous
révolter,
nous
pourrions
voW
combattre,
en
nous
bornant
à
nous
séparer
de
Vous;
Car
si,
étant
en
aussi
grand
nombre
;
NOUS.
nous
séparions
tout
à
coup
de
vous
pour
nous
retirer
dans
quelque
coin
du
monde
,
la
pertede
tant
de
citoyens,
quels
qu'ils
soient
à
vos
yeux,
troublerait
ou
,
pour
mieux
dire,
punirait
assé,
vos
prétentions
à
la
domination
universelle
;
vous
seriez
épouvantés
de
votre
solitude,
du
silence
du
monde,
frappé
d’immobilité
et
comme
mort;
vous
chercheriez
à
qui
commander
;
il
Vous
reste:
rait
plus
d’ennemis
que
de
citoyens.
À
présent,
las
multitude
des
chrétiens
fait
que
vos
ennemis
paraissent
en
petit
nombre.
Puis,
qui
vois
délivrerait
de
ces
ennemis
cachés
,
aUSsi
funestes
à
vos
âmes
qu’à
vos
corps,
je
veux
dire
des
dé
mons,
que
nous
Chassons
sans
intérêt
et
sais
récompense?
Il
suffirait,
pour
notre
vengeance,
de
vous
laisser
à
la
merci
de
ces
esprits
immondes,
Et
vous
,
sans
noustenir
compte
d’un
aussi
grand
service,
sans
réfléchir
que,
loin
de
vous
être
nuisibles,
nous
vous
sommes
nécessaires,
vous
nous
traitez
en
ennemis.
Ï|
est
vrai
que
nous.
sommes
des
ennemis,
mais
de
l'erreur,
et
nulle:
ment
du
genre
humain.
:
XXX
VI.
El
fallait
donc
traiter
avec
un
peu
plus
de
douceur
et
mettre
au
rang
des
factions
licites
une
religion
qui
ne
fait
rien
de
tout
ce
qu’on
appréhende
des
factions
illicites.
On
n’a
défendu
celles-ci,
si
je
ne
me
trompe,
que
dans
Pintérét
de
la
tranquillité
publique,
pour
empêcher
que
cidi
liceret
quam
occidere?
Potuimus
et
inermes
nec
re-
belles,
sed
tantummodo
discordes,
solius
divortii
invidia
adversus
Vos
dimicasse.
Si
enim
fanta
vis
bominum
in
aliquem
orbis
remoti
sinum
abrupissemus
a
vobis,
sut
…
fudisset
utique
dominationem
vestram
tot
qualiumcumque
amissio
civium,,
imo
etiam
et
ipsa
destitutione
punisset
:
procul
dubio
expavissetis
ad
solitudinem
veslramn,
ad
8j:
lentium
rerum
,
et
sStuporem
quemdam
quasi
mortui
or
bis
:
quæsissetis
quibus
imperaretis
:
plures
hostes
quan.
cives
vobis
remansissent
;
AUNC
enim
pauciores
hostes
ha
betis
præ
multitudine
Christianorum.
Quis
autem
vos
ab
illis
occultis
et
usquequaque
vastantibus
mentes
et
vale.
tudines
vestras
hostibus
raperet;
a
dæmoniorum
incursi:
bus
dico,
quæ
de
vobis
sine
præmio,
sine
mercede
de:
pellimus?
Suffecisset
hoc
solum
nostræ
ultioni,
quod
Vacua
exinde
possessio
immundis
spirifibus
pateret.
Porro
nec
fanti
præsidii
compensationem
Cogifantes,
non.
modo
Ron
molestum
vobis
genus,
verum
etiam
necessarium,
hostes
jndicare
maluislis,
qui
sumus
plane
;
NON
generis
humani
tamen,
sed
poiius
erroris.
XXXVIIT.
Proinde
née
paulo
lenius
inter
licitas
factio:
…
nes
secfam
istam
deputari
oportebat,
à
qua
nihil
tale
committiltur
quale
de
illicitis
factionibus
timeri
solet.
Nisi
fallor
enim,
prohibendarum
factionum
causa
de
provi-
APOLOGÉTIQUE.
45
la
ville
ne
füt
céchirée
par des
partis
opposés,
dont
l'existence
n'aurait
pour
résultat
que
de
troubler
les
assemblées
du
peuple
et
du
sénat,
les
spectacles
même,
surtout
dans
un
temps
où
les
hommes
vendent
jusqu'aux
violences
qu'ils
rommettent.
Pour
nous,
dont
le
cœur
est
fermé
à
l'amour
de
la
gloire
humaine
et
des
honneurs,
nous
n’avons
nul
intérêt
à
former
des
partis,
et
rien
n’est
plus
étranger
à
un
chrétien
que
l’en-
vie
de
gouverner
:
le
monde,
voilà
notre
répu-
blique.
Nous
renonçonssans
peine
à
vosspectacles
:
pleins
de
mépris
pour
tout
ce
qui
s’y
passe,
nous
pe
les
réprouvons
pas
moins
que
les
superstitions
d’où
ils
tirent
leur
origine.
Nous
n’avons
rien
de
commun
avec
les
folies
du
cirque,
avec
les
impu-
retés
du
théâtre,
avec
les
cruautés
de
l'arène,
avec
les
vains
exercices
des
athlètes.
On
a
permis
aux
épicuriens
de
se
faire
de
la
volupté
l'idée
qu'il
leur
a
plu
:
si
nous
nous
en
faisons
une
autre
idée,
où
est
le
crime?
si
nous
faisons
tort
à
quel-
qu'un
en
renonçant
à
tout
amusement,
ce
n’est
qu'à
nous-mêmes.
Nous
ne
goûtons
pas
vos
plai-
sirs,
comme
,
de
votre
côté,
vous
ne
goûtez
pas
les
nôtres
:
voilà
tout.
XXXIX.
Je
vais
maintenant
vous
faire
con-
paître
à
quoi
s'occupe
la
prétendue
faction
des
chrétiens
:
après
l’avoir
justifiée
du
mal,
il
me
reste
à
établir
le
bien
qui
est
en
elle.
Unis
par
le
lien
d’une
même
foi,
d’une
même
doctrine
et
d’une
même
espérance,
nous
ne
faisons
qu’un
Corps.
Nous
nous
assemblons
pour
prier
Dieu
:
nous
formons
une
sainte
conjuration,
pour
lui
faire
une
violence
qui
lui
est
agréable.
Nous
prions
pour
les
empereurs,
pour
leurs
ministres,
pour
les
puissances,
pour
l’état
présent
du
siècle,
pour
le
repos
et
la
durée
du
monde.
Nous
nous
dentia
constat
modestiæ
publicæ,
ne
civitas
in
partes
scinderetur,
quæ
res
facile
comitia,
concilia,
curias,
con-
ciones,
spectacula
etiam,
æmulis
studiorum
compulsa-
tionibus
inquietaret,
cum
jam
et
in
quæstu
habere
cœ-
pissent
venalem
et
mercenariam
homines
violentiæ
suæ
operam.
At
enim
nobis
ab
omni
gloriæ
et
dignitatis
ardore
frigentibus
nulla
est
necessitas
cœtus,
nec
ulla
magis
res
aliena
quam
publica
:
unam
omnium
rempublicam
agno-
scimus,
mundum
:
æque
spectaculis
vestris
in
tantum
renuntiamus
in
quantum
originibus
eorum
,
quas
scimus
de
superstitione
conceptas
;
quin
et
ipsis
rebus
de
quibus
transiguntur
pr&tersumus
:
nihil
est
nobis
cum
insania
circi,
cum
impudicitia
theatri,
cum
atrocitate
arenæ
,
Cum
xysti
vanitate.
Licuit
Epicureis
aliquam
decernere
volu-
ptalis
verilatem.
Quo
vos
offendimus,
si
alias
præsumi-
mus
voluptates?
Si
oblectari
novisse
nolumus,
nostra
injuria
est;
si
forte,
non
vestra.
Sed
reprobamus
quæ
placent
vobis,
nec
vos
nostra
delectant.
XXXIX.
Edam
jam
nunc
ego
ipse
negolia
Christianæ
factionis,
u£
qui
mala
refutaverim,
bona
ostendam,
Cor-
pus
sumus
de
conscientia
religionis
,
et
disciplinæ
uuifate,
et
spei
fœdere.
Coimus
ad
Deum
,
quasi
manu
facta
pre-
cationibus
ambiamus.
Hæ&c
vis
Deo
grata
est.
Oramus
etiam
pro
imperatoribus,
pro
ministris
eorum
;
aC
potes-
assemblons
pour
lire
les
saintes
Écritures,
où,
suivant
les
circonstances
,
tantôt
nous
trouvons
des
avertissements
pour
l'avenir,
tantôt
nous-
confrontons
les
événements
qui
viennent
de
se
passer
avec
ce
qui
a
été
prédit.
Cette
sainte
pa-
role
nourrit
notre
foi,
relève
notre
espérance,
affermit
notre
confiance,
resserre
la
discipline
en
inculquant
le
précepte.
C’est
là
que
se
font
les
exhortations
et
les
corrections,
que
se
prononcent
les
censures
au
nom
de
Dieu.
Certains
que
nous
sommes
en
sa
présence,
les
jugements
qui
se
rendent
entre
nous
ont
une
grande
autorité;
et
c’est
un
terrible
préjugé
pour
le
jugement
futur,
quand
quelqu'un
a
mérité
d’être
retranché
de
la
communion
des
prières,
de
nos
assemblées
et
de
toute
participation
aux
choses
saintes.
Des
vieil-
lards
président
:
ils
parviennent
à
cet
honneur,
non
par
argent,
mais
par
le
témoignage
d’une
vertu
éprouvée;
car
les
choses
de
Dieu
ne
s’a-
chètent
pas;
et
si
nous
avons
une
espèce
de
tré-
sor
parmi
nous,
c’est
un
argent
qu’on
amasse
sans
déshonorer
la
religion
et
sans
qu'il
en
soit
le
prix.
Chacun
y
apporte
une
modique
offrande
an
commencement
de
chaque
mois,
ou
lorsqu'il
le
veut,
et
jamais
sans
qu'il
le
veuiile
et
qu’il
le
puisse;
on
n'y
contraint
personne
:
rien
de
plus
libre
que
cette
contribution.
Ce
trésor
estun
dépit
de
piété,
qu'on
ne
dissipe
pas
en
vaines
débau-
ches
de
table
:
il
n’est
employé
qu’à
nourrir
ou
enterrer
les
pauvres,
à
soulagerles
orphelins
sans
bien,
les
serviteurs
cassés
de
vieillesse,
les
mal-
heureux
qui
ont
fait
naufrage.
S’il
y
a
des
chré-
tiens
condamnés
aux
mines,
relécués
danslesîles,
ou
détenus
dans
les
prisons
uniquement
pour
la
cause
de
Dieu,
ils
sont
assistés
par
la
religion
qu'ils
ont
confessée.
Il
se
trouve
néanmoins
des
tatibus,
pro
statu
sæculi,
pro
rerum
quicte,
pro
mora
finis.
Coimus
ad
Litierarum
divinarum
commemoratio-
nem,
si
quid
præsentium
temporum
qualitas
aut
præ-
monere
cogit,
aut
recognoscere
:
certe
fidem
sanctis
vo-
cibus
pascimus,
spem
erigimus
,
fiduciam
figimus,
disci-
plinam
præceptorum
nihilominus
inculcationibus
densa-
mus.
Ibidem
etiam
exhortationes,
castigationes,
et
cen-
sura
divina.
Nam
et
judicatur
magno
cum
pondere,
ut
apud
certos
de
Dei
conspectu;
summumque
futuri
judicit
præjudicium
est,
si
quis
ita
deliquerit,
ut
a
communica-
tionéorationis,
et
conventus,
et
omnis
sancti
commercii
relesetur.
Præsident
probati
quique
seniores,
honorem
istum
non
pretio
,
sed
testimonio
adepti;
neque
enim
pre-
tio
ulla
res
Dei
constat.
Etiam
si
quod
arcæ
genus
est,
non
dehonoraria
summa
quasi
redemptæ
relisionis
con-
gregatur
:
modicam
unusquisque
stipem
menstrua
die,
vel
cum
velit,
et
si
modo
velit,
et
simodo
possit,
appo-
nit:
nam
nemo
compellitur,
sed
sponte
confert.
Hxe
quasi
deposila
pietatis
Sunt.
Nam
inde
non
epulis,
nec
po-
faculis,
nec
ingratis
voratrinis
dispensatur,
sed
egenis
alendis
humandisque,
et
pueris
ac
puellis
re
ac
parenti-
bus
destitutis,
jamque
domesticis
senibus,
item
paufragis
:
etsi
quiin
metfallis,
et
si
qui
in
insulis
vel
in
custodiis
,
duntaxat
ex
causa
Dei
sectæ,
alumni
confessionis
suæ
52
TERTULLIEN.
comme
nous,
à
ces
épreuves
auxquelles
nous
ne
pouvons
nous
refuser
sans
Courir
risque
de
la
vie?
Quel
est,
en
effet,
le
philosophe
qu'on
ait
forcé
à
sacrifier,
à
jurer
par
les
dieux,
à
allumer
inu-
tilement
dés
lampes
en
plein
midi
?
Loin
de
là
:
ils
détruisent
ouvertement
le
culte
de
vos
dieux,
ils
écrivent
contre
vos
superstitions,
et
vous
leur
applaudissez.
La
plupart
même
se
déchaînent
contre
les
empereurs,
et
vous
les
approuvez;
au
lieu
de
les
condamner
aux
bêtes,
vous
leur
décernez
des
récompenses
,
vous
leur
élevez
des
Statues.
Cela
s'explique
:
ils
portent
le
nom
de
philosophes,
et
non
celui
de
chrétiens
;
et
lenom
de
philosophes
ne
met
pas
en
fuite
les
démons.
Que
dis-je?
les
philosophes
placent
les
démons
au
second
rang
après
les
dieux.
Si
mon
dé-
mon
le
permet,
disait
Socrate.
Ce
philosophe,
qui
du
moins
entrevoyait
la
vérité,
puisqu'il
niait
la
plurarité
des
dieux,
ordonna
cependant
,
sur
le
point
de
mourir,
qu’on
sacrifiât
pour
lui
un
coq
à
Esculape,
sans
doute
pour
honorer
le
père
de
ce
dieu,
Apollon,
dont
l’oracle
l'avait
déclaré
le
plus
sage
de
tous
les
hommes,
Cet
in-
faillible
Apollon
s’est
montré
bien
inconsidéré,
ce
me
semble,
en
s’avisant
de
rendre
témoignage
de
Ja
sagesse
d’un
homme
qui
niait
l’existence
des
dieux!
Plus
une
vérité
est
odieuse,
plus
celui
qui
n'en
dissimule
rien
se
fait
détester.
Mais
un
moyen
sûr
de
plaire
à
ceux
qui
la
per-
sécutent,
c’est
de
la
déguiser
et
de
l’altérer.
Moyen
connu
des
philosophes
:
ils
affectent
la
vérité,
et,
en
l’affectant,
ils
la
corrompent,
parce
qu'ils
ne
se
proposent
pas
d'autre
fin
que
la
gloire
humaine,
Les
chrétiens,
qui
portent
leurs
regards
plus
haut,
l’aiment
nécessairement,
et
la
profes-
sent
dans
toute
sa
pureté.
Les
philosophes
ne
sont
donc
pas,
comme
vous
le
pensez,
à
compa-
obeuntes
periclitamur?
quis
enim
philosophum
sacrificare,
aut
dejerare
,
aut
lucernas
meridie
vanas
proslituere
com-
péllit?
Quinimo
et
deos
vestros
palam
destruunt,
et
super-
stitiones
vestras
commentariis
quoque
accusant,
laudan:-
tibus
vobis
:
plerique
etiam
in
principes
latrant,
sustinen-
tibus
vobis,
et
facilius
statuis
et
salariis
remunerantur,
quam
ad
bestias
pronuntiantur.
Sed
merito;
Philosophi
_enim,
non
Christiani
Cognominantur
:
nomen
hoc
Philo-
sophorum
dæmonia
non
fugat
:
quidni?
cum
secundum
deos
philosophi
dæmonas
deputent.
Socratis
vox
est
»
Si
dæmonium
permittat.
Idem
et
cum
aliquid
de
veritate
sa-
piebat
deos
negans,
Æsculapio
tamen
gallinacium
prose-
cari
jam
in
fine
jubebat
:
credo
ob
honorem
patris
ejus,
quia
Socratem
Apollo
sapientissimum
omnium
cecinit.
O
Apollinem
inconsideratum
!
Sapientiæ
testimonium
reddi-
dit
ei
viro
qui
negabat
deos
esse.
In
quantum
odium
flagrat
veritas,
in
fantum
qui
eam
ex
fide
præstat,
offendit
:
qui
autem
adulteral,
hoc
maxime
nomine
gratiam
pangit
apud
insectalores
veritatis.
Philosophi
affectant
veritatem,
et
affectando
Corrumpunt,
ut
qui
gloriam
captant.
Christiani
et
necessario
appetunt,
et
integre
prœstant,
ut
qui
saluti
suæ
curant.
Adeo
neque
de
scientia,
neque
de
disciplina,
rer
aux
chrétiens,
Soit
pour
la
doctrine,
soit.
pour
les
mœurs.
Thalès,
ce
grand
physicien,
put-il
répondre
quelque
chose
de
positif
à
Crésus
sur
la
divinité?
On
sait
qu’il
éluda
la
question
du
roi
de
Lydie,
en
demandant
du
temps
pour
y
penser.
Chez
les
chrétiens,
le
dernier
des
arti
sans
connaît
Dieu,
le
faitconnaître
aux
autres
et
satisfait
à
toutes
vos
questions
sur
l'auteur
de
l’u-
nivers
,
tandis
que
Platon
nous
assure
qu’il
est
bien
difficile
de
le
connaître
,
et
encore
plus,
quand
on
croit
le
connaître,
d’en
expliquer
là
nature
à
tout
le
monde.
Les
philosophes
préten-
draient-ils
nous
le
disputer
pour
la
chasteté?
Je
lis
dans
l'arrêt
de
mort
de
Socrate,
qu'il
fut
condamné,
entre
autres
motifs,
comme
COrrup-
teur
des
jeunes
Athéniens
:
un
chrétien
sait
que,
même
avec
les
femmes,
la
nature
a
des
bornes
infranchissables.
La
courtisane
Phryné
servait
à
apaiser
les
ardeurs
amoureuses
de
Diogène;
Speusippe,
disciple
de
Platon,
fut
tué
en
flagrant
délit
d’adultère
:
un,
chrétien
n’est
homme
que
pour
sa
femme.
Démocrite
se
crevant
les
yeux
parce
qu'il
ne
pouvait
voir
une
femme
sans
la
convoiter,
nise
borner
à
la
convoiter
sans
souffrir,
publie
assez
son
incontinence
par
la
peine
qu'il
s'impose
:
un
chrétien
conserve
ses
yeux
et
ne
voit
pas
les
femmes,
parce
que
son
cœur
est
aveugle
pour
les
appas
de
la
volupté.
Parlerai-je
de
l'humilité?
Je
vois
Diogène
fouler
de
ses
pieds
couverts
de
boue
l’orgueil
de
l’ameublement
de
Platon,
avec
un
autre
orgueil
:
un
chrétien
ne
connaît
pas
l’orgueil,
même
avee
un
pauvre,
S'agit-il
de
modération
?
Pythagore
veut
régner
sur
les
Thuriens,
Zénon
sur
les
Priéniens
:
un
chrétien
ne
brigue
pas
même
l’édilité.
Si
je
viens
à
l’écalité
d'âme,
Lycurgue
se
laisse
mourir
de
!
faim,
parce
que
les
Lacédémoniens
ont
changé
ut
putatis,
æquamur.
Quid
enim
Thales
ille
princeps
phy-
sicorum
sciscitanti
CrϾso
de
divinitate
certum
renuntiavif,
Commeatus
deliberandi
sæpe
frustratus?
Deum
quilibet
opifex
Christianus
et
invenit,
etostendit;
et
exinde
totum
quod
in
Deo
quæritur,
re
quoque
assignaf
:
licet
Plafo
af:
firmet
factitatorem
universifatis
»
neque
inveniri
facilem,
et
inventum
enarrari
in
omnes
difficilem.
Cæterum
si
de
pudicitia
provocemur,
lego
partem
sententiæ
Atticæ
in
Socratem
;
corruptor
adolescentium
pronuntiatur
:
Chris:
tianus
ad
sexum
nec
fœminæ
mulat.
Novi
et
Phrynen
me-
retricem
Diogenis
supra
recumbentis
ardori
subantem;
audio
et
quemdam
Speusippum
de
Platonis
schola
in
adul.
terio
periisse
:
Christianus
uxori
suæ
soli
masculus
nas-
citur.
Democritus
excæcando
semetipsum,
quod
mulieres
sine
Concupiscentia
aspicere
non
posset,
et
doleret
si
non
esset
potilus,
incontinentiam
emendatione
profitetur
:
at
Cbristianus
salvis
oculis
fæminas
non
videt;
animo
adver-
sus
libidinem
cæcus
est.
Si
de
probitate
defendam,
ecce
.
lutulentis
pedibus
Diogenes
superbos
Platonis
toros
alia
Superbia
deculcat?
Christianus
nec
in
pauperem
superbit.
Si
de
modestia
certem,
ecce
Pythagoras
apud
Thurios,
Zenon
apud
Prienenses
tyrannidem
affectant
:
Christia-
APOLOGÉTIQUE
quelque
chose
à
ses
lois
:
un
chrétien
bénit
ce-
Jui
qui
le
condamne.
Si
je
considère
la
bonne
foi,
Anaxagore
nie
un
dépôt
que
des
étrangers
lui
avaient
confié
:
les
hommes
de
tous
les
pays
ren-
dent
témoignage
à
la
fidélité
des
chrétiens.
La
sincérité?
Aristote
fait
chasser
honteu-
sement
son
ami
Hermias
de
la
place
qu'il
oc-
cupait
:
un
chrétien
rougirait
d'humilier
son
ennemi.
Le
même
Aristote
flatte
bassement
Alexandre,
pour
le
gouverner
à
sa
guise;
et
Platon
vend
lâchement
sa
liberté
à
Denys,
pour
avoir
une
meilleure
table.
Aristippe
dans
la
pour-
pre,
et
sous
le
masque
de
la
plus
grande
austé-
rité,
s’abandonne
à
la
débauche.
Hippias
est
tué
au
moment
où
il
conspire
contre
sa
patrie;
ce
qu’un
chrétien
n’a
jamais
tenté,
même
pour
venger
ses
frères
des
traitements
les
plus
inhu-
mains.
On
dira,
peut-être,
qu’il
s’en
trouve
aussi
parmi
nous
qui
s’écartent
des
règles
dela
morale
:’
cela
est
vrai;
mais
qu’on
ajoute
donc
aussi
que
nous
les
rayons
aussitôt
du
nombre
des
chrétiens;
tandis
que
vos
philosophes,
tout
en
démentant
leurs
paroles
par
leurs
actions,
conservent
parmi
vous
le
nom
de
sages,
et
les
honneurs
dus
à
ce
beau
nom.
Et
qu'y
a-t-il
de
commun
entre
un
philosophe
et
un
chrétien,
entre
un
disciple
de
la
Grèce
et
un
disciple
du
ciel,
entre
un
homme
dont
le
cœur
ne
bat
que
pour
la
gloire
humaine
et
celui
qui
n’a
d’autre
ambition
que
celle
de
son
salut,
entre
un
homme
qui
parle
en
sage
et
un
homme
qui
vit
en
sage,
entre
un
homme
qui
détruit
et
un
homme
qui
édifie?
Comment
pou-
vez-vous
mettre
dans
la
même
balance
le
parti-
san
et
l'adversaire
de
l’erreur,
le
corrupteur
et
le
vengeur
de
la
vérité
celui
qui
la
dérobe
et
celui
qui
en
est
le
dépositaire
et
le
plus
ancien
possesseur
?
nus
vero
nec
ædilitatem.
Si
de
animi
æquitate
congrediar,
Lycurgus
apocarteresin
optavit,
quod
leges
ejus
Lacones
emendassent
:
Christianus
etiam
damnatus
gratias
agit.
Si
de
fide
comparem,
Anaxagoras
deposifum
denegavit
hospitibus
:
Christianus
et
extra
fidelis
vocatur.
Si
de
simplicitate
consistam,
Aristoteles
familiarem
suum
Her-
miam
turpiter
loco
excedere
fecit
:
Christianus
nec
ini-
micum
suum
lædit.
Idem
Aristoteles
tam
turpiter
Alexan-
dro
resendo
potius
adulatur,
quam
Plato
Dionysio
ven-
tris
gratia
venditatur,
Arislippus
in
purpura
sub
magna
gravitatis
superficie
nepotatur;
et
Hippias,
dum
civitati
insidias
disponit,
occiditur
:
hoc
pro
suis
omni
atrocitate
dissipatis
nemo
unquam
tentavit
Christianus.
Sed
dicet
aliquis
etiam
de
nostris
excedere
quosdam
a
regula
disci-
plinæ.
Desinunt
tamen
Christiani
haberi
penes
nos.
Philo-
sophi
vero
illi
cum
talibus
factis
in
nomine
et
in
honore
sapientiæ
perseverant
apud
vos.
Adeo,
quid
simil
philo:
sophus
et
Christianus?
Græciæ
discipulus,
et
Cœli?
famæ
pegoliator,
et
salutis?
verborum,
et
factorum
operator?
rerum
ædificator,
et
destructor?
interpolalor
erroris,
et
integrator
veritatis
?
furator
ejus,
et
custos?
XLVIL
Adhuc
enim
mihi
proficit
antiquitas
præstructa
53
XLVIT.
Car
l'antiquité
des
saintes
Écritures,
que
j'ai
établie
plus
haut,
vous
doit
incliner
à
croire
qu’elles
sont
comme
le
trésor
commun
d’où
les
sages,
qui
sont
venus
après
elles,
ont
tiré
ce
qu’ils
savaient;
et
si
je
ne
craignais
de
trop
grossir
cet
ouvrage,
j'en
entreprendrais
la
preuve.
Quel
est
le
poëte,
quel
est
le
sophiste,
qui
n’a
puisé
dans
les
prophètes?
C’est
dans
cette
source
sacrée
que
les
philosophes
ont
essayé
d’étancher
leur
soif.
C’est
pour
cela
qu’on
les
compare
aux
chrétiens
;
c’est
même,
je
pense,
à
cause
du
rapport
de
leurs
maximes
avec
les
divines
Écritures,
que
quelques
États
ont
banni
les
philosophes
de
leur
sein,
tels
que
Thèbes,
Sparte
et
Argos.
Ces
hommes
,
passionnés
ee
pour
la
gloire
humaine
ct
pour
léloquence,
s’efforcèrent
d'at-
teindre
à
l'élévation
de
nos
Écritures;
et
lorsqu'ils
y
rencontraient
quelque
chose
qui
pouvait
servir
à
leurs
vues,
ils
se
l’appropriaient,
et
en
faisaient
l’usage
que
leur
curiosité
s'était
proposé
en
l'y
cherchant.
Ne
les
regardant
pas
comme
divines,
ils
ne
se
faisaient
pas
scrupule
de
les
altérer
:
aussi-bien
ils
ne
pouvaient
avoir
l'intelligence
de
bien
des
passages,
voilés
même
pour
les
Juifs,
à
qui
elles
s’adressaient
directement.
La
simpli-
cité
même
de
Ja
vérité
était
un
écueil
pour
des
esprits
subtils
et
pointilleux
;
ils
la
méprisaient,
à
cause
de
sa
nudité;
et,
en
y
mêlant
leurs
con-
jectures,
ils
obscurcissaient
ce
qui
était
clair,
Au
lieu
d'enseigner
Dieu
tel
qu'ils
l'avaient
trouvé
dans
nos
livres,
ils
disputèrent
sur
sa
nature,
sur
ses
attributs,
sur
le
lieu
de
sa
demeure.
Les
uns,
tels
que
les
platoniciens,
prétendent
que
Dieu
est
incorporel
;
les
autres,
tels
que
les
stoïciens,
soutiennent
Je
contraire.
Suivant
Épicure,
Dieu
est
un
composé
d’atomes;
suivant
Pythagore,
de
nombres
;
suivant
Héraclite,
de
feu
;
suivant
divinæ
litteraturæ,
quo
facile
credatur
thesaurum
eam
fuisse
posteriori
cuique
sapientiæ.
Et
si
non
onus
jam
vo-
luminis
temperarem,
excurrerem
in
hanc
quoque
proba-
tionem.
Quis
poetarum,
quis
sophistarum,
qui
non
de
Prophefarum
fonte
potaverit?
Inde
igitur
et
philosophi
sitim
ingenii
sui
rigaverunt.
fnde
et
a
quibusdam
quoque
ejecta
philosophia,
a
Thebanis
dico,
a
Spartiatis
et
Argivis,
dum
ad
nostra
confaminantur.
Sed
homines
gloriæ,
ut
diximus,
et
eloquentiæ
solius
libidinosi
;
si
quid
in
sanctis
offenderunt
digestis,
exinde
regestum
pro
instituto
curio-
sitatis
ad
propria
verterunt,
neque
satis
credentes
divina
esse,
quo
minus
interpolarent,
neque
satis
intelligentes
ut
adhuc
tunc
subnubila,
etiam
ipsis
Judæis
obumbrata,
que-
rum
propria
videbantur.
Nam
et
si
qua
simplicitas
erat
veritatis,
eo
magis
scrupulositas
humana
fidem
aspernata
nutabat,
per
quod
in
incertum
miscuerunt
etiam
quod
in-
venerant
certum.
Inventum
enim
solummodo
Deum,
non
utinvenerant
disputaverunt
:
utet
de
qualitateet
de
natura
ejus
et
de
sede
disceptent.
Alii
incorporalem
asseverant,
alii
corporalem
,
qua
Platonici
et
Stoïci
:
alii
ex
atomis,
alii
ex
numeris,
qua
Epicurus
et
Pythagoras
:
alii
ex
igne,
qua
Herachto
visum
est
:
et
Piatonici
quidem
curantem
rerum
;
54
TERTULLIEN.
les
platoniciens,
il
prend
soin
de
tout;
suivant
les
épicuriens,
il
est
toujours
dans
le
repos
et
l'isaction;
il
est
nul,
pour
ainsi
dire,
dans
tout
ce
qui
arrive
aux
hommes.
Les
stoïciens
le
sup-
posent
hors
du
monde,
qu'il
meut
comme
un
potier
tourne
sa
roue
;
suivant
les
platoniciens,
il
est
dans
le
monde
qu’il
régit
comme
un
pilote
dans
le
vaisseau
qu'il
gouverne.
Ils
ne
sont
pas
moins
partagés
sur
ce
qui
regarde
le
monde
:
il
a
été
fait
ou
s’il
ne
l'a
pas
été,
s’il
doit
finir
ou
s'il
durera
toujours.
Ils
ne
s'accordent
pas
mieux
sur
la
nature
de
l'âme,
qui,
selon
ceux-ci,
est
divine
et
éternelle;
selon
ceux-là,
dissoluble.
Chacun,
en
un
mot,
a
ajouté
ou
changé
à
sa
fantaisie.
Il
ne
faut
pas
s'étonner
que
l’imagina-
tion
des
philosophes
ait
défiguré
des
livres
aussi
anciens,
puisque
des
hommes
sortis
de
leursécoles
cnt
dénaturé
jusqu'aux
nouveaux
livres
des
chrétiens,
en
voulantles
accommoder
à
leurs
sys-
tèmes
;
et
que
d’un
seul
chemin
ils
ont
fait
une
multitude
de
sentiers
détournés,
où
l’on
se
perd.
Ce
que
je
dis
en
passant,
de
peur
que
le
grand
nombre
de
sectes
qui
divise
les
chrétiens
ne
four-
nisse
un
nouveau
prétexte
de
nous
comparer
aux
philosophes,
et
qu'on
ne
prétende
juger
la
vérité
sur
des
interprétations
contradictoires.
Or,
à
tous
ces
corrupteurs
de
l'Évangile
nous
oppo-
sons
l'argument
péremptoire
de
la
prescription,
ou,
en
d'autrestermes,
nous
disons
que
la
seule
vé-
ritable
religion
est celle
qui,
enseignée
par
Jésus-
Christ,
nous
à
ététransmise
par
ses
disciples,
aux-
quelstouslesnovateurs
sont
postérieurs.
C’est
dans
la
vérité
même
que,
par
lasuggestion
desesprits
de
mensonge,
ilsonttrouvédes
matériaux
pour
élever
leurs
systèmes
d'erreurs.
Cesontcesespritsquiont
corrompu
notre
salutaire
doctrine
par
un
alliage
impur;
ce
sont
eux
qui
ont
inventé
des
fables
à
contra
Epicurei
otiosum
et
inexercitum,-et,
utita
dixerim,
neminem
humanis
rebus;
positum
vero
extra
mundum
Stoici,
qui
figuli
modo
extrinsecus
torquat
molem
hanc;
infra
mundum
Platonici,
qui
gubernatoris
exemplo
intra
illud
maneat,
quod
regat.
Sic
et
de
ipso
mundo,
natus
in-
natusve
sit,
decessurus
mansurusve
sit,
variant.
Sic
et
de
animæ
statu,
quam
alii
divinam
et
æternam,
alii
dissolubi-
lem
contendunt,
ut
quis
sensit,
ita
et
intulit
aut
reformavit.
Nec
mirum
si
vetus
instrumentum
ingenia
philosophorum
interverterunt.
Ex
horum
semine
etiam
nostram
hanc
no-
vitiolam
paraturam
viri
quidam
suis
opinionibus
ad
plilo-
Sophicas
sententias
adulteraverunt,
et
de
una
via
obliquos
multoset
inexplicabiles
tramites
sciderunt
:
quod
ideo sug-
gesserim,
ne
cui
nota
varietas
sectæ
hujus
in
hoc
quoque
nos
philosophis
adæquare
videatur,
et
ex
varietate
defen-
sionum
judicet
verifatem.
Expedite
autem
præscibimus
adulteris
nostris,
illam
esse
regulam
verit
is,
quæ
veniaf
à
Chisto,
transmissa
per
comites
ipsius,
quibus
aliquanto
posteriores
diversi
isti
commentatores
probabuntur.
Omnia
adversus
verilatem
de
ipsa
veritate
constructa
sunt,
ope-
rantibus
æmulationem
istam
spiritibus
erroris.
Ab
iis
adul.
teria
hujusmodi
salutaris
disciplinæ
subornata
:
ab
his
RTE
APPRENTI
limitation
de
nos
dogmes,
pour
affaiblir
A
croyance
due
à
la
vérité,
ou
se
l’attirer
à
eux
mêmes
tout
entière,
soit
en
détournant
de
croire
HAE
LS
D
les
chrétiens,
par
la
raison
qu’on
ne
peut
pa
croire
les
poëtes
et
les
philosophes,
soit
en
fai.
sant
même
croire
d'autant
plus
ceux-ci,
qu'il
ne
sont
pas
chrétiens.
Ainsi,
préchons-nous
le
jugement
futur
de
Dieu,
on
se
moque
de
nous
parce
que
les
poëtes
et
les
philosophes
mette.
aussi
un
tribunal
dans
les
enfers.
Menaçons-nou
des
feux
souterrains
qui
sont
destinés
à
la
pu
nition
des
coupables,
on
rit
encore
plus
fort
parce
que
la
fable
faitcoulerun
fleuve
de
feu
danse
QE:
le
royaume
de
Pluton.
Parlons-nous
du
paradis,
…
ce
lieu
de
délices,
préparé
par
Dieu
même
por
les
âmes
des
saints,
et
séparé
de
ce
monde
hab
table
par
une
portion
de
la
zone
de
feu,
now.
trouvons
les
champs
Elysées
en
possession
del
croyance
générale.
Or,
qu'est-ce
qui
a
pu
don.
ner
aux
poêëtes
et
aux
philosophes
l’idée
de
vérité
qui
ont
tant
d’analogie
avec
celles
que
nous
fa
sons
profession
de
croire,
sinon
les
mystères
dé
chrétiens?
Cn
ne
peut
échapper
à
ce
dilemme
‘Ki
nos
mystères
sont,
comme
plus
anciens,
la
source
des
récits
de
vos
poëtes
et
de
vos
philosophes
ils
doivent
nécessairement
paraître
d'autant
plus.
croyables
et
plus
certains,
que
vous
croyez
même.
ce
qui
n’en
est
qu'une
reproduction
imparfaites…
ou
si
vous
dites
que
c’est
dans
leur
imagination
seule
que
les
philosophes
et
les
poètes
ont
puist
tout
cela,
il
faut
ajouter
que
nos
mystères
sont
l’image
de
choses
qu'ils
ont
précédées;
ce
que
est
absurde
:
jamais
l'ombre
n’est
avant
le
corps,
ni
la
copie
avant
la
chose
qu'elle
représente,
XLVIII,
Que
quelque
philosophe
s’avise
dé
soutcnir,
comme
Eabérius
le
prétend,
sur
fi
foi
de
Pythagore,
qu'un
mulet
devient
un.
quædam
etiam
fabulæ
immissæ,
quæ
de
similitudine
fidem.
infirmarent
veritatis,
vel
eam
sibi
potius
evincerent,
utquis…
ideo
non
pulet
Cbristianis
credendum,
quia
nec
poelisne
philosophis
;
vel
ideo
magis
poetis
et
philosophis
existime
credendum,
quia
non
Christianis.
Ifaque
ridemur
Deum…
prædicantes
judicaturum;
sic
enim
et
poetæ
et
philosopli
tribunal
apud
inferos
ponunt
:
et
gehennam
si
commies.
mur,
quæ
est
ignis
arçani
sub
terranea
ad
poœnam
thesais…
rus,
proinde
decachinnamur;
sic
enim
et
Pyriphlegetoin
apud
mortuos
amnis
est
:
et
si
paradisum
nominemus
l0
Cum
diviuæ
amϾnitatis
recipiendis
sanctorum
spiritibus
destinafum,
maceria
quadam
igneæ
illius
zonæ
a
notilè…
orbis
cCommunis
segregatum,
Elysii
campi
fidem
occupa
verunt.
Unde
hæc,
oro
vos,
philosophis
aut
poetis
tail
consimilia?
non
nisi
de
nostris
sacramentis.
Si
de
nosltis
sacramen{is,
ut
de
prioribus,
ergo
fideliora
sunt
nosli
magisque
credenda,
quorum
imagines
quoque
fidem
inves
niunt.
Si
de
suis
sensibus,
jam
ergo
sacramenta
nosi
imagines
posteriorum
habebuntur,
quod
rerum
forma
noi
sustinef
:
nunquam
enim
corpus
umbra,
aut
veritaien
»
imago
præcedit.
:
XLVIHX.
Age
jam,
siquis
philosophus
affirme,
ul
ail
APOLOGÉTIQUE.
55
homme,
et
qu'une
femme
devient
une
vipère;
qu'il
joigne
toute
la
force
de
l’éloquence
à
celle
du
raisonnement
pour
établir
son
système;
ne
vous
séduira-t-il
pas,
ne
vous
persuadera-t-il
pas
de
vous
abstenir
de
la
chair
des
animaux,
en
vous
faisant
craindre
de
manger
vos
ancêtres
en
man-
geant
du
bœuf?
Mais
qu’un
chrétien
assure
que
l'homme
reprendra
la
figure
de
l’homme,
que
Caïus
redeviendra
Caïus,
ce
ne
sera
pas
assez
pour
le
peuple
de
le
charger
de
coups,
il
prendra
en-
core
des
pierres
pour
l’assommer.
Si,
cependant,
il
y
a
quelque
raison
de
croire
au
retour
des
âmes
humaines
dans
des
corps,
pourquoi
ne
ren-
treraient-elles
pas
dans
les
mêmes
corps,
puis-
que
la
résurrection
consiste
proprement
à
rede-
venir
ce
qu'on
a
été?
Séparées
du
corps,
les
âmes
ne
sont
plus
ce
qu’elles
étaient;
car
elles
n’ont
pu
devenir
ce
qu’elles
n'étaient
pas
qu’en
cessant
d'être
ce
qu'elles
étaient.
J’apprêterais
trop
à
rire
et
je
perdrais
trop
de
temps,
si
je
vou-
Jais
m'amuser
à
examiner
ici
en
quelle
sorte
de
bête
chacun
doit
être
changé;
mais
nous
travail-
lerons
mieux
à
notre
apologie
en
faisant
remar-
quer
qu’il
est
bien
plus
raisonnable
de
croire
que
chaque
homme
redeviendra
ce
qu’il
avait
été,
que
la
même
âme
reprendra
le
même
corps,
quoique
peut-être
la
figure
ne
soit
pas
absolu-
ment
la
même.
Comme
c'est
pour
être
jugé
qu’on
doit
ressusciter,
l’homme
doit
nécessairement
redevenir
ce
qu’il
était,
pour
recevoir
de
Dieu
la
récompense
ou
la
peine
qu’il
aura
méritée.
Le
corps
doit
done
se
représenter,
et
parce
que
l’âme
ne
peut
sentir
qu'autant
qu'elle
est
unie
à
une
matière
qui
la
fixe,
c’est-à-dire
à
la
chair,
et
parce
qu’elle
a
mérité
dans
le
corps
et
avec
le
Laberius
de
sententia
Pythagoræ,
hominem
fieri
ex
mulo,
colubram
ex
muliere,-et
in
eam
opinionem
omnia
argu-
menta
eloquii
virtute
distorserit;
nonne
consensum
mo-
yebit
et.
fidem
infiget,
eliam
ab
animalibus
abstinendi?
proptereaque
persuasum
quis
habeat
ne
forte
bubulam
de
aliquo
proavo
suo
obsonet?
At
enim
Christianus
,
si
de
ho-
mine
hominem,
ipsumque
de
Caio
Caium
reducem
re-
promittat,
lapidibus
magis,
nec
saltem
cæstibus,
a
populo
exigetur.
Si
quæcumque
ratio
præest
animarum
huma-
narum
reéciprocandarum
in
corpora,
Cur
non
in
earmdem
substantiam
redeant,
cum
hoc
sit
reslitui,
id
esse
quod
fuerat?
Jam
non
ipsæ
sunt
quæ
fuerant,
quia
non
potue-
runt
esse
quod
non
erant,
nisi
desinant
esse
quod
fuerant,
Multis
etiam
jocis
et
otio
opus
erit
si
velimus
ad
hanc
partem
lascivire
:
quis
in
quam
bestiam
reformari
videre-
tur.
Sed
de
nostra
magis
defensione,
qui
proponimus
multo
utique
dignius
credi,
bominem
ex
homine
reditu-
rum,
quemlibet
pro
quolibet,
dum
hominem
:
ut
eadem
qualitas
animæ
in
eamdem
restauretur
conditionem
,
etsi
non
effigiem.
Certe
quia
ratiorestitutionis
destinatio
judicii
est,
necessario
idem
ipse
qui
fuerat
exhibebitur,
ut
boni
seu
contrarii
meriti
judicium
a
Deo
referat.
Ideoque
repræ-
seutabuntur
et
corpora
:
quia
neque
pati
quidquam
potest
anima
sola
sine
materia
stabili,
id
est
carne;
et
quod
omuino
Dei
de
judicio
pati
debent
animæ,
non
sine
carne
corps
le
traitement
qu’elle
éprouvera
en
vertu
du
jugement
de
Dieu.
Mais,
dites-vous,
comment
un
corps,
réduit
en
poussière,
peut-il
redevenir
ce
qu’il
était?
O
homme!
jette
les
yeux
sur
toi-
même,
et
tu
croiras.
Qu'étais-tu
ayant
que
d’être?
rien;
car
si
tu
avais
été
quelque
chose,
tu
t’en
souviendrais.
Toi
donc
qui
n'étais
rien
avant
que
d'être,
et
qui
ne
seras
plus
rien
quand
tu
auras
cessé
d’être,
pourquoi
celui
qui
t'a
tiré
une
pre-
mière
fois
du
néant
par
sa
volonté
ne
pourrait-il
pas
t’en
faire
sortir
une
seconde
fois,
si
une
se-
conde
fois
il
le
veut?
Qu’y
aurait-il
de
nouveau
?
tu
n'étais
pas,
ettues;
tu
ne
seras
plus,
et
tu
seras
encore.
Dis-moi
d’abord
comment
tu
as
été
créé
une
première
fois,
puis
tu
pourras
me
de-
mander
comment
tu
le
seras
une
seconde
fois.
Ne
semble-t-il
pas
même
que
ta
seconde
existence
doivecoûter
moins
de
peine,
après
que
la
première
n’arien
coûté?
Révoquerez-vous
en
doute
la
puis-
sance
de
Dieu
qui
a
tiré
l’univers
âu
néant,
des
royaumes
du
vide
et
de
la
mort,
qui
a
donné
la
vie
à
tout
ce
qui
respire?
Pour
vous
aider
à
croire,
il
vous
a
tracé
plusieurs
images
de
la
résurrec—
tion.
Tour
à
tour
la
lumière
succède
aux
ténèbres,
et
les
ténèbres
succèdent
à
la
lumière;
les
astres
s’éteignent
et
se
rallument;
les
saisons
finissent
et
recommencent;
les
fruits
tombent
et
renais-
sent;
les
semences
se
corrompent
pour
mieux
fructifier
:
tout
se
perpétue
par
sa
destruction,
tout
retrouve
une
nouvelle
vie
dans
la
mort.
Et
toi,
homme,
dont
le
nom
est
si
grand,
quand
tu
n'aurais
appris
ce
que
tu
es
que
par
l’oracle
de
Delphes,
seigneur
de
tout
ce
qui
meurt
et
de
tout
ce
qui
renaëit,
toi
seul
en
mourant
tu
périrais
pour
toujours.
En
quelque
lieu
que
meruerunt,
intra
quam
omnia
egerunt.
Sed
quomodo,
inquit,
dissoluta
materia
exhiberi
potest?
Considera
temet-
ipsum,
o
homo,
et
fidem
rei
invenies.
Recogifa
quid
fueris
antequam
esses
:
utique
nihil;
meminisses
enim,
si
quid
fuisses.
Qui
ergo
nihil
fueras
priusquam
esses,
idem
nihil
factus
cum
esse
desieris,
cur
non
possis
rursus
esse
denibilo,
ejusdem
ipsius
Auctoris
voluntate
qui
te
vo-
luif
esse
de
nihilo,
quid
novi
tibt
eveniet
?
qui
non
eras,
factus
es;
cum
iferum
non
eris,
fies.
Redde,
si
potes,
ræ
tionem
qua
factus
es,
et
tunc
require
qua
fies.
Et
tamen
facilius
utique
fies
quod
fuisti
aliquando,
quia
æque
non
difficile
factus
es
quod
nunquam
füisti
aliquando.
Dubi-
tabitur,
credo,
de
Dei
viribus,
qui
tantum
corpus
hoc
mundi
de
eo
quod
non
fuerat,
non
minus
quam
de
morte
vacationis
et
inanitatis,
composuit,
animatum
Spiritu
omnium
animatore.
Signatum
et
per
ipsum
humanæ
re-
surrectionis
exemplum
in
testimonium
vobis.
Lux
quotidie
interfecta
resplendet,
et
tenebræ
pari
vice
decedendo
suc-
cedunt
:
sidera
defuncta
reviviscunt
:
tempora
ubi
finiun-
tur,
incipiunt
:
frucius
consumuntur
et
redeunt
:
certe
semina
nonnisi
corrapta
et
dissoluta
fœcundius
surgunt
:
omnia
pereundo
servantur
ompnia
de
interitu
reformantur.
Tu,
homo,
tantum
nomen,
si
intelligas
te,
vel
de
titulo
Pythiæ
discens,
deminus
omnium
morientium
et
resur-
gentium,
ad
hoc
morieris
ut
pereas?
Ubicumque
resolu-
56
tu
meures,
quelle
que
soit
la
matière
qui
te
dé-
truise
,
qui
t’engloutisse,
qui
te
consume,
qui
t'anéantisse,
elle
rendra
sa
proie;
car
le
maître
de
tout
ce
qui
est
l’est
aussi
du
néant.
Eh
quoi
direz-vous
,
il
faudra
donc
toujours
mourir,
tou-
jours
renaître?
Si
le
Seigneur
de
toutes
choses
l'avait
ainsi
réglé,
il
vous
faudrait
bien,
bon
gré
mal
gré,
subir
la
loi
de
votre
condition;
mais
il
n’a
rien
réglé
là-dessus
que
ce
qu'il
nous
a
lui-même
appris.
La
même
sagesse
qui
a
composé
Punivers,
ce
tout
si
bien
assorti
des
éléments
les
plus
di-
vers
et
les
plus
opposés
;
qui
fait
concourir
à
sa
perfection
le
plein
et
le
vide,
les
êtres
animés
et
inanimés,
ce
qui
tombe
sous
les
sens
et
ce
qui
leur
échappe,
la
lumière
et
les
ténèbres,
la
vie
et
la
mort;
la
même
sagesse
a
uni
deux
pé-
riodes
de
temps
bien
différentes
:
la
première,
qui
a
commencé
avec
le
monde,
dont nous
fai-
sons
partie,
et
qui
finira
avec
lui;
la
seconde,
que
nous
attendons,
et
qui
sera
l'éternité
même.
Lors
done
que
sera
arrivé
ce
terme
qui
sépare
le
temps
de
l’éternité,
la
figure
de
ce
monde,
qui
nous
cache
ce
qui
est
au
delà
du
siècle,
s’éva-
nouira,
et,
le
rideau
levé,
l’éternité
paraîtra.
Alors
tous
les
hommes
ressusciteront
pour
rece-
voir
la
récompense
ou
le
châtiment
de
ce
qu'ils
auront
fait
de
bien
ou
de
mal
en
cette
vie,
pour
être
éternellement
heureux
ou
éternellement
malheureux.
Ainsi,
nous
ne
mourrons
ni
ne
res-
susciterons
plus
:
redevenus
ce
que
nous
sommes
à
présent,
nous
ne
changerons
plus.
Les
adora-
teurs
du
vrai
Dieu,
revêtus
de
la
substance
de
l'éternité,
seront
pour
toujours
unis
à
Dieu
;
les
infidèles,
et
tous
ceux
qui
n'auront
pas
trouvé
grâce
devant
Dieu,
seront
condamnés
à
des
tus
fueris,
quæcumque
te
maferia
destruxerit,
hauserit,
aboleverit,
in
nibilum
prodegerit,
reddef
te
:
ejus
est
ni-
hilum
ipsum,
cujuset
totum.
Ergo,
inquitis,
Semper
mo-
xiendem
erit,
et
semper
resurgendum.
Si
ita
rerum
Do-
minus
destinasset,
ingrafis
experireris
conditionis
tuæ
legem
:
at
nunc
non
aliter
desfinavit,
quam
prædicavit.
Quæ
ratio
universitatem
ex
diversitate
composuit,
ut
omnia
æmulis
substantiis
sub
unitate
constarent,
ex
va-
euo
et
solido,
ex
animali
et
inanimali,
ex
comprehensi-
bili
et
incomprehensibili
,;
ex
luce
et
tenebris,
ex
ipsa
vita
el
morte,
eadem
ævum
quoque
ita
destinata
ac
distincta
conditione
conseruit,
ut
prima
hæe
pars
ab
exordio
re-
rum
quam
incolimus,
temporali
ætate
ad
finem
defluat;
sequens
vero,
quam
expectamus,
in
infinitam
æternitatem
propagetur.
Cum
ergo
finis
et
limes
medius,
qui
inter-
hiat,
affuerit,
ut
etiam
mundi
ipsius
species
transferatur,
æque
temporalis,
quæ
illi
dispositioni
æternitalis
aulæi
vice
oppansa
est,
tune
restituetur
omne
hnmanum
genus,
ad
expungendum
quod
in
isto
ævo
boni
seu
mali
meruit,
et
exin
dependendum
in
immensam
æternitalis
perpetui-
tatem.
Ideoque
nec
mors
jam,
nec
rursus
ac
rursus
resur-
rectio
;
sed
erimus
iidem
qui
nunc,
nec
alii
post;
Dei
qui-
dem
cultores
apud
Deum
semper,
superinduti
substantia
propria
æfernitatis;
profani
vero,
et
qui
non
integre
ad
}
TERTULLIEN.
!
flammes
éternelles,
qui,
par
l'effet
de
la
nature
particulière
qu’elles
ont
reçue
de
Dieu
,
auront
la
vertu
de
les
rendre
incorruptibles.
Les
philoso-
phes
même
ont
connu
la
différence
de
ce
feu
mystérieux
d’avec
le
feu
ordinaire.
Celui-ci,
qui
sert
aux
usages
de
la
vie
temporelle,
est
tout
autre
que
celui
qui
sert
à
la
vengeance
de
Dieu,
soit
qu’il
tombe
du
ciel
en
forme
de
foudre,
soit
qu'il
s’élance
du
sein
de
la
terre
par
le
sommet
des
montagnes.
Loin
de
consumer
pour
toujours
ce
qu’il
brûle,
il
répare
ce
qu'il
détruit.
Ainsi,
:
les
montagnes
brülent
et
subsistent
toujours
;
et,
parmi
vous,
un
homme
frappé
de
la
foudre
est
assuré
de
n'être
jamais
consumé
par
le
feu.
Image
de
ce
feu
vengeur
qui,
comme
l'arrêt
qui
l’aura
allumé,
durera
autant
que
l'éternité,
Si
les
montagnes
brûlent
,
sans
se
consumer,
que
sera-ce
des
pécheurs
et
des
ennemis
de
Dieu?
XLIX.
Ces
dogmes,
vous
les
traitez
chez
nous
de
visions;
chez
vos
philosophes
et
vos
poëtes,
ce
sont
des
connaissances
sublimes.
Ils
sont
tous
des
génies
transcendants
:
pour
nous,
nous
ne
sommes
que
desidiots.Ils
sont
dignes
de
tout
hon-
neur;
nous,
nous
ne
méritons
que
le
mépris,
que
la
mort.
Mais
je
veux
que
nos
dogmes
ne
soient
que
faussetés
et
préjugés,
ils
n’en
sont
pas
moins
nécessaires;
que
ce
soient
des
absurdités,
ces
absurdités
ne
laissent
pas
d’être
utiles
:
car
ceux
‘qui
les
croient
se
trouvent
forcés
de
deve-
nir
meilleurs,
tant
par
la
crainte
d’un
supplice
que
par
l'espérance
d’une
félicité
éternelle.
Il
ne
con-
vient
donc
pas
de
traiter
de
faussetés
et
d’absur-
dités
des
dogmes
qu'il
est
utile
de
croire.
On
ne
peut
avoir
aucune
raison
de
condamner
ce
qui
ne
produit
que
du
bien;
et
s'il
y
a
préjugé,
Deum,
in
pœnam
æque
jugis
ignis,
habentes
ex
ipsa
na-
fura
ejus,
divina
scilicet,
subministrationem
incorrupti-
bilitatis.
Noverunt
et
philosophi
diversitatem
arcani
et
publiei
ignis
:
ila
longe
alius
est
qui
usui
humano,
alius
qui
judicio
Dei
apparet,
sive
de
cœlo
fulmina
stringens,
sive
de
terra
per
vertices
montium
eructans;
non
enim
absumit
quod
exurit,
sed
dum
erogat
reparat
:
adeo
ma-
nent
montes
semper
ardentes,
et
qui
de
cœlo
tangitur
salvus
est,
ut
nullo
jam
igni
decinerescat.
Et
hoc
erif
tes:
timonium
ignis
æterni,
hoc
exemplum
jugis
judicü
pœ:
nam
putrientis.
Montesuruntur,
et
durant
;
quid
nocentes,
et
Dei
hostes?
XLIX.
Hæc
sunt
quæ
in
nobis
solis
præsumptiones
vo-
cantur,
in
philosophis
et
poëtis
summæ
scientiæ
et
insi-
gnia
ingenia
:
illi
prudentes,
nos
inepti
:
ülli
honorandi,
nos
irridendi;
imo,
eo
amplius,
et
puniendi.
Falsa
nune
sint
quæ
tuemur,
et
merito
præsumptiones,
altamen
ne-
cessaria
;
inepta,
attamen
utilia
:
siquidem
meliores
fieri
coguntur
qui
eis
credunt,
metu
æterni
supplicü,
et
spe
æterni
refrigerii.
Itaque
non
expedit
falsa
dici
,-nec
inepta
haberi,
quæ
expedit
vera
præsumi
:
nullo
titulo
damnari
licet
omnino
quæ
prosunt.
In
vobis.
itaque
præsumptio
est
hæc
ipsa,
quæ
damnat
utilia.
Proinde
nec
inepta
esse
possunt
:
certe
et
si
falsa,
et
inepta,
nulli
famen
noxia;
Fr
nee
een
APOLOGÉTIQUE.
57
c'est
de
votre
part,
vous
qui
condamnez
ce
qui
est
utile.
Quand
même
(ce
qui
ne
peut
être
}
ce
seraient
des
faussetés
et
des
absurdités,
ces
croyances
ne
font
de
mal
à
personne;
et
vous
devriez
par
conséquent
les
ranger
dans
la
classe
de
tant
d’opinions
vaines
et
fabuleuses,
que
personne
ne
vous
défère,
que
vous
ne
punissez
pas,
parce
qu’elles
sont
inoffensives.
En
sup-
posant
quelles
méritent
une
punition,
punis-
sez-les,
à
la
rigueur,
par
le
ridicule,
et
non
par
le
fer,
le
feu,
les
croix
et
les
bêtes.
Ce
n’est
pas
seulement
une
populace
stupide
qui
triom-
phe
de
ces
cruautés
révoltantes,
et
qui
nous
in-
sulte
:
il
en
est,
parmi
vous,
qui
cherchent
à
ga-
gner
par
là
la
faveur
du
peuple,
et
qui
se
glori-
fient
de
leur
injustice,
comme
si
le
pouvoir
que
vous
avez
sur
nous
ne
venait
pas
tout
entier
de
nous-mêmes.
Il
est
certain
que
si
je
suis
chré-
tien,
c’est
parce
que
je
veux
l'être
:
donc
vous
ne
me
condamnez
que
parce
que
je
veux
bien
être
condamné.
Puisque
vous
n’avez
de
pouvoir
sur
moi
qu'autant
que
je
vous
en
donne
,
Ce
n’est
donc
pas
de
vous,
c'est
de
moi
seul
que
vous
tenez
ce
pouvoir,
et
c’est
bien
vainement
que
la
populace
triomphe
de
nous
voir
persécutés.
C'est
notre
joie
qu’elle
nous
dérobe
à
nous,
qui
ai-
mons
mieux
être
condamnés
que
d’être
infidèles
à
Dieu;
et
nos
ennemis-devraient
s’affliger
plu-
tôt
que
se
réjouir,
puisque
nous
avons
obtenu
ce
que
nous
désirions.
L.
Mais
pourquoi
done
vous
plaindre,
nous
direz-vous
,
de
ce
qu’on
vous
persécute,
puisque
vous
n'êtes
jamais
si
contents
que
lorsque
vous
souffrez?
vous
devez
aimer
ceux
de
qui
vous
viennent
les
souffrances.
Sans
doute
nous
aimons
les
souffrances
;
mais
comme
on
aime
la
guerre,
où
personne
ne
s'engage
volontiers,
à
cause
des
nam
ef
multis
alüs
similia
quibus
nullas
pœnas
irrogatis
,
vanis
et
fabulosis,
inaccusatis
et
impunitis,
ut
innoxiis.
Sed
in
ejusmodi
enim,
si
utique
irrisu
judicandum
est,
non
gladiis,
et
ignibus,
et
crucibus,
et
bestiis
:
de
qua
iniquitate
sæviliæ
non
modo
cæcum
hoc
vulgus
exultat
et
insultat,
sed
et
quidam
vestrum,
quibus
favor
vulgi
de
iniquitate
captatur,
gloriantur
:
quasi
non
totum
quod
in
nos
potestis,
nostrum
sit
arbitrium.
Certe,
si
velim,
cbristianus
sum
:
tunc
ergo
me
damnabis
,
si
damnari
ve-
lim
:
cum
vero
quod
in
me
potes,
nisi
velim,
non
potes,
jam
meæ
voluntatis
est
quod
potes,
non
tuæ
potestatis.
Proindé
et
vulgus
vane
de
nosira
vexatione
saudet.
Proinde
enim
nostrum
est
gaudium
quod
sibi
vindicat,
qui
malu-
mus
dampnari
quam
a
Deo
excidere.
Contra
illi
qui
nos
oderunt,
dolere,
non
gaudere
debebant,
consecutis
nobis
quod
elegimus.
L.
Ergo,
inquitis,
eur
querimini
quod
vos
insequamur,
si
pati
vultis;
cum
diligere
debeatis
per
quos
patimini
quod
vultüis?
Plane
volumus
pali,
verum
eo
more
quo
et
bellam
nemo
quidem
libens
patitur,
cum
et
trepidare
et
periclitari
sit
necesse
:
tamen
et
præliatur
omnibus
viri-
bus,
ét
vincens
in
prælio
gaudet,
qui
de
prælio
querebatur,
quia
et
gloriam
consequitur
et
prædam.
Prælium
est
no-
alarmes
et
des
périls,
mais
où
l’on
ne
laisse
pas
de
se
battre
vaillamment,
où
l’on
se
réjouit
de
la
victoire
après
s'être
plaint
de
la
lutte,
parce
qu’on
en
sort
chargé
de
gloire
et
de
butin.
Eh
bien!
c’est
la
guerre
qu’on
nous
déclare
lorsqu'on
nous
mène
devant
les
tribunaux,
où
il
nous
faut
combattre
pour
la
vérité,
au
péril
de
notre
vie;
et
cette
guerre
est
suivie
de
la
victoire,
puisque
nous
obtenons
ce
qui
faisait
le
prix
du
combat,
c’est-à-dire
la
gloire
de
plaire
à
Dieu
et
la
con-
quête
de
la
vie
éternelle.
Mais
vous
ne
nous
échappez
pas,
dites-vous.
ILest
vrai,
nous
perdons
la
vie,
mais
après
avoir
obtenu
ce
que
nous
vour-
lions
;
et
par
là
notre
captivité
devient
une
déli-
vrance,
notre
mort
une
victoire.
Donnez-nous,
tant
que
vous
voudrez,
des
noms
ridicules
sur
ce
que
vous
nous
attachez
à
des
poteaux
pour
nous
brûler
avec
des
sarments
:
ce
sont
nos
trophées,
nos
vêtements
et
notre
char
de
triomphe.
Nos
vaincus
ont
bien
raison
de
ne
pas
nous
aimer
:
aussi
nous
traitent-ils
de
furieux
et
de
désespé-
rés.
Cependant
cette
fureur
et
ce
désespoir,
quand
ils
sont
produits
par
la
passion
de
la
gloire
hu-
maine
et
de
la
réputation,
passent,
parmi
vous,
pour
des
actions
héroïques.
Mucius
Scévola
se
brûle
la
main
sur
un
autel
:
quelle
magnanimitél!
Empédocle
se
précipite
dans
les
flammes
du
mont
Etna
:
quel
courage!
La
fondatrice
de
Carthage
préfère
un
bücher
à
un
second
mariage
:
quel
prodige
de
chasteté!
Régulus,
plutôt
que
d’é-
changer
sa
vie,
la
vie
d’un
seul
homme,
contre
Ja
délivrance
d’une
multitude
d’ennemis
prison-
niers,
souffre
dans
tout
son
corps
des
tourments
inouïs
:
Ô
courage
admirable,
qui
fait
d’un
vain-
cu
un
vainqueur,
d’un
captif
un
homme
libre!
Anaxarque,
tandis
qu’on
le
pilait
comme
une
drogue
dansun
mortier,
Frappe,
disait-il,
frappe
bis,
quod
provacamur
ad
tribunalia,
ut
illic
sub
discri-
mine
capitis
pro
veritate
certemus.
Victoria
est
autem,
pro
quo
certaveris
obtinere.
Ea
victoria
habet
et
gloriam
placendi
Deo
,
et
prædam
vivendi
in
æternum.
Sed
obdu-
cimur.
Certe
cum
obtinuimus
:
ergo
vincimus
cum
occi-
dimur
:
denique
evadimus
cum
obducimur.
Licet
nunc
Sarmentitios
et
Semaxios
appelletis,
quia
ad
stipilem
di-
midi
axis
revincti
sarmentorum
ambitu
exurimur.
Hic
est
habitus
victoriæ
nostræ
:
hæc
palmata
vestis
:
tali
curru
triumphamus
:
merito
itaque
victis
non
placemus.
Propterea
enim
desperati
et
perditi
existimamur.
Sed
hæc
desperatio
et
perditio
penes
vos,
in
causa
gloriæ
et
famæ,
vexillum
virtutis
extollunt.
Mutius
dexteram
suam
libens
in
era
reliquit
:
o
sublimitas
animi!
Empedocles
totum
sese
Catanensium
Ætneis
incendiis
donavit:0
vigor
mentis!
Ali-
qua
Carthaginis
conditrix
rogo
secundum
matrimonium
dedit
:
o
præconium
castitatis!
Regulus,
ne
unus
pro
maul-
tis
hostibus
viveret,
tolo
corpore
cruces
patitur
:
o
virum
fortem,
et
in
captivilate
victorem!
Anaxarchus
cum
in
exemplum
ptisanæ
pilo
contunderetur
:
«
Tunde,
tunde,
«
aiebat,
Anaxarchi
follem,
Anaxarchum
enim
non
tun-
«
dis
:
»
o
philosophi
magnanimitatem,
qui
de
tali
exitu
suo
etiam
jocabatur
!
Omitto
eos
qui
cum
gladio
proprio,
aliove
58
\
le
fourreau
d’Anaxarque;
Anaxarque
ne
sent
rien
:
quelle
force
d’àme
dans
ce
philosophe
de
pou-
voir
plaisanter
sur
un
pareil
dénoûement
de
la
vie!
Je
ne
dis
rien
de
ceux
qui
ont
espéré
de
s’immor-
taliser
en
se
donnant
la
mort
avec
le
fer,
ou
de
quelque
autre
façon
plus
douce,
pour
venir
à
ceux
dont
vous
célébrez
la
constance
à
souffrir
lestour-
ments.
Une
courtisane
d'Athènes,
après
avoir
lassé
le
bourreau,
se
coupa
la
langue
avec
ses
dents
et
la
cracha
au
visage
du
tyran,
pour
n’être
point
exposée
à
découvrir
ses
complices,
dans
le
cas
où,
vaincue
par
la
douleur,
sa
volonté
défail-
livait.
Zénon
d’Élée,
interrogé
par
Denys
à
quoi
servait
la
philosophie,
Je
méprise
la
mort,
ré-
pondit-il;
et
le
tyran
l'ayant
condamné
à
être
battu
des
verges
jusqu'à
ce
qu'il
se
rétractât,
il
scella
sa
réponse
de
tout
son
sang
et
expira
sous
les
coups.
Dans
la
flagellation
des
jeunes
Lacé-
démoniens,
que
la
présence
et
les
exhortations
de
leurs
parents
rendaient
encore
plus
cruelle,
la
mesure
du
sang
répandu
était
celle
de
la
gloire
qu’on
remportait
dans
ce
genre
de
combat.
Gloire
légitime,
parce
qu’elle
vient
des
hommes
l'on
ne
la
resarde
ni
commeun
préjugé
furieux,
nicomme
un
entêtement
de
forcenés,
qui
fait
mépriser
la
mort
et
les
supplices
les
plus
affreux.
Pour
la
mériter,
il
est
permis
d’endurer
pour
la
patrie,
pour
l'empire,
pour
l'amitié,
ce
qu'on
ne
nous
permet
pas
d’endurer
pour
Dieu.
Vous
élevez
des
statues
à
toutes
ces
victimes
de
la
gloire
hu-
maine;
vous
gravez
leurs
éloges
sur
le
marbre
et
l’airain,
pour
immortaliser
leur
mémoire,
et
vous
leur
procurez,
autant
que
la
chose
est
pos-
sible,
une
sorte
de
résurrection
par
ces
monu-
ments
:
tandis
que
le
chrétien,
qui
espère
obténir
de
Dieu
une
véritable
résurrection
en
souffrant
pour
son
nom,
vous
le
traitez
d'insensé.
Conti-
genere
mortis
mitiore
de
laude
pepigerunt
:
ecce
enim
et
tormentorum
certamina
coronantur
a
vobis.
Atlica
mere-
trix,
carnifice
jam
fatigato,
postremo
linguam
suam
co-
mesam
in
faciem
tyranni
sævientis
exspuit,
ut
exspueret
et
yocem
,
ne
conjuratos
confiteri
posset
,
si
etiam
victa
vo-
luisset.
Zeno
Eleates,
consultus
a
Dionysio,
quidnam
philosophia
præstaret?
cum
respondisset,
Contemptum
mortis,
flagellis
tyranni
subjectus,
sententiam
suam
ad
mortem
usque
signabat.
Certe
Laconum
flagella
sub
ocu-
lis
etiam
hortantiam
propinquorum
acerbata
tantum
ho-
noris
conferunt,
quantum
sanguinis
fuderint.
O
gloriam
licitam,
quia
humanam,
cui
nec
præsumptio
perdita
,
nec
persuasio
desperafa
reputatur,
in
contemptu
mortis
et
atrocitatis
omnimodæ!,
cui
tantum
pro
patria,
pro
imperio,
pro
amicitia
pati
permissum
est,
quantum
pro
Deo
non
dicet!
Et
tamen
illis
omnibus
et
statuas
defunditis,
et
imagines
inscribitis,
et
titulos
inciditis
in
æternitatem
;
quantum
de
monimentis
potestis
scilicet,
præstatis
et
ips
quodammodo
mortuis
resurrectionem
:
hanc
qui
veram
a
Deo
sperat,
si
pro
Deo
patiatur,
insanus
est.
Sed
hoc
agite,
boni
præsides,
meliores
multo
apud
populum
si
TERTULLIEN.
A
M
ne
nuez
donc,
dignes
magistrats,
dont
la
cons
…
dération
ne
peut
que
s’accroître
aux
yeux
du
peuple,
tant
que
vous
lui
immolerez
des
chrés
tiens
:
condamnez-nous,
crucifiez-nous,
torturez
#
Le
nous
,
broyez-nous
:
votre
injastice
est
la
preuve
de
notre
innocence;
et
c’est
pour
cela
que
Dieu
permet
que
nous
soyons
persécutés.
Naguère
une
jeune
chrétienne,
que
vous
avez
condamnée
à
être
exposée
dans
un
lieu
infâme
plutôt
qu'a
la
fureur
des
lions,
vous
a
forcés
de
reconnaitre
que
la
perte
de
la
chasteté
est
pour
nous
le
plus
grand
des
supplices,
et
plus
terrible
que
la
mort.
même.
Mais
vos
cruautés
les
plus
raffinées
ne
servent
de
rien
:
c’est
un
attrait
de
plus
que
vous
ajoutez
à
notre
religion.
Nous
multiplions
à
me.
sure
que
Vous
nous
moissonnez
:
le
sang
dés
chrétiens
est
une
semence.
Plusieurs
de
vos
phi
losophes
ont
écrit
des
traités
pour
exhorter
À
souffrir.
la
douleur
et
la
mort,
comme
l’a
fait
Ci.
céron
dans
ses
Tusculanes;
Sénèque,
dans
son
livre
Des
choses
fortuites
;
comme
l’ont
fait
Dio-
gène,
Pyrrbon,
Callinicus;
mais
ils
n’ont
pas
convaincu
autant
de
monde
par
leurs
préceptes
queles
chrétiens
n’en
convertissentpar
leurs
exem
ples.
Cette
obstination
que
vous
nous
reproche
est
l’éloquence
qui
a
persuadé
les
hommes.
Qui
peut
en
être
témoin
sans
en
être
ébranlé,
sans
en
vouloir
rechercher
la
cause?
Quil’a
recher:
chée,
sans
s'être
fait
chrétien
;
et
qui
est
devenu
…
chrétien,
sans
désirer
de
souffrir,
pour
se
rache-
ter
au
prix
de
son
sang
de
la
servitude
du
péché,
et
rentrer
en
grâce
avec
Dieu?
car
il
n'est
point
de
péché
que
le
martyre
n’efface.
C’est
pour
celà
que
nous
bénissons
vos
arrêts.
Étrange
contradie-
tion
des
jugements
de
Dieu
et
des
jugements
des
hommes!
tandis
que
vous
nous
condamnez,
Dia.
nous
absout.
illis
Christianos
immolaveritis,
cruciate,
torquete
,
dam-
nate,
atterite
nos
:
probatio
est
enim
innocentiæ
nostré
iniquitas
vestra
:
ideo
nos
hæc
pati
Deus
patitur
:
nam
et
proxime
ad
lenonem
damnando
Christianam
,
potius
quan
ad
leonem,
confessi
estis
labem
pudicitiæ
apud
nos
afro:
ciorem
omni
pœna
et
omni
morte
repufari.
Nec
quidquam
-
tamen
proficit
exquisitior
quæque
credulitas
vestra.,
ile:
cebra
est
magis
sectæ.
Plures
efficimur,
quoties
metimur
a
vobis
:
semen
est
sanguis
Christianorum.
Multi
apud
vos
ad
tolerantiam
doloris
et
mortis
hortantur,
ut
Cicero
in
Tusculanis,
ut
Seneca
in
Fortuitis,
ut
Diogenes,
ut
Pyrrhon,
ut
Callinicus;
nec
tamen
tantos
inveniunt
verba
discipulos,
quantos
Christiani
factis
docendo.
Illa
ipsa
obstinatio
quam
exprobralis,
magistra
est.
Quis
enim
n0)
contemplatione
ejus
concutitur,
ad
requirendum
quid
in:
us
in
re
sit?
Quis
non
ubi
requisivit,
accedit?
ubi
accessit,
pali
exoptat,
ut
Dei
totam
gratiam
redimat,
ut
omnem
veniam
ab
eo
compensatione
sanguinis
sui
éxpediat?
om
«
nia
énim
huic
operi
delicia
donantur,
Inde
est
quod
ibidem
sententiis
vestris
gratias
agimus.
Ut
est
æmulatio
divinæ
rei
et
humanæ,
cum
damnamur
a
vobis,
a
Deo
absolvimur.
>
D
ET
——
A
NOTES
SUR
L’APOLOGÉTIQUE
DE
TERTULLIEN.
1.
Romani
imperi
antistites.
C’est
aux
magistrats
de
Carthage
que
Tertullien
adresse
son
apologie.
Les
termes
de
civitas,
præsides,
proconsul
,
qu'il
emploie
souvent,
ne
permettent
pas
d’en
douter.
Quantomagis
hos
Anacharsis.
Anacharsis
,
philoso-
phe
seythe,
disciple
de
Solon,
s'illustra
à
Athènes
par
son
savoir
et
l’austérité
de
ses
mœurs.
Diogène
Laërce
a
écrit
sa
vie.
IT.
Plinius
enim
Secundus,
cum
provinciam
regeret.
Nous
possédons
la
lettre
de
Pline
le
Jeune,
dont
parle
ici
Tertullien,
ainsi
que
la
réponse
de
Trajan.
Voy.
Lettres
de
Pline
le
Jeune,
X,
97
et
98.
II.
Coci
etiam
ab
Apicio.
I
y
a
eu
trois
Romains
de
ce
nom,
à
qui
la
gourmandise
a
fait
une
sorte
de
célébrité
:
le
premier
sous
Sylla,
le
second
sous
Auguste
et
‘Fibère,
le
troisième
sous
Trajan.
Le
second,
le
plus
connu
de
tous,
publia
un
traité
de
Opsoniis
et
condimentis,
sive
de
arte
coquinaria
;
qui
nous
est
parvenu.
Après
avoir
fait
des
dépenses
prodigieuses
pour
sa
bouche,
voyant
qu'il
nelui
restait
que
deux
centcinquante
millelivres,
ils’empoi-
sonna,
de
peur
de
mourir
de
faîm.
V.
M.
Æmilius
de
deo
suo
Alburno.
K
est
probable
que
Tertullien
fait
allusion
à
un
Marcus
Æmilius
dont
parle
Valère
Maxime,
comme
d’un
homme
qui
avait
une
dévotion
singulière
pour
les
divinités
étrangères.
Quant
à
son
dieu
Alburnus,
on
ne
saif
pas
ce
que
c'était.
Iilic
reperietis
primum
Neronem
in
hanc
sectam.
Voy.
Tacite,
Annales,
liv.
XV,
ch.
44.
VI.
Serapidem,
et
Isidem,
et
Harpocratem
cum
suo
‘
Cynocephalo.
Sérapis
était
un
dieu
égyptien,
que
lon
confondait
avec
Osiris.
On
le
représentait
la
tête
couverte
d'un
boisseau,
pour
figurer
l'abondance
dont
ce
dieu,
considéré
comme
le
soleil,
était
le
père.
Isis
et
Osiris
étaient
les
deux
principales
divinités
des
Égyptiens.
Harpocrate,
fils
d'Osiris
et
d'Isis,
était
le
dieu
du
si-
Jence.
On
le
représentait
sous
la
figure
d’un
jeune
homme
demi-nu
,
tenant
d’une
main
une
corne,
et
ayant
un
doigt
sur
la
bouche.
Le
dieu
à
tête
de
chien,
dont
parle
Tertullien
sans
le
nommer,
est
Anwbis.
Sa
statue
était
toujours
à
la
porte
des
temples,
comme
la
garde
d’Osiris
et
d’Isis.
VIT.
Fama,
malum
quo
non.
Vers
de
Virgile,
IV,
174.
VIII.
Cynoccphali
et
Sciapodes.
Les
cynocéphales
étaient
des
monstres
qui
avaient
le
corps
d’un
homme
et
Ja
tête
d’un
chien,
comme
l'indique
leur
nom.
Ils
étaient
nés
de
l’accouplement
d’Anubis
et
d’Hécube
métamor-
phosée
en
chienne.
Les
Sciapodes
,
autrement
Monoscèles,
étaient
un
peu-
ple
fabuleux
des
Indes,
selon
quelques-uns,
ou
de
Libye,
selon
d’autres.
On
les
nommait
Sciapodes
(ombre
des
pieds
},
parce
que,
étant
couchés
au
soleil,
ils
se
servaient
de
ieurs
pieds
comme
d’un
parasol.
On
les
appelait
aussi
Monoscèles
(qui
n’a
qu’une
jambe
),
parce
qu’ils
couraient
sur
une
jambe
avec
une
vitesse
incroyable.
IX.
Remitio
Tauricas
fabulas.
L'usage
était,
dans
la
Tauride
(presqu'île
située
entre
le
Pont-Euxin
et
le
Pa-
lus-Méotide),
de
sacrifier
à
Diane
tous
les
étrangers
que
leur
mauvais
destin
amenait
dans
cette
contrée.
Nescio
quid
ei
sub
Catilina.
Salluste
et
Dion
Cassius
:
racontent
que
Catilina
fit
jurer
ses
complices
sur
les
en-
trailles
d’un
enfant
qu'il
avait
égorgé,
et
qu'il
mangea
ensüite
avec
eux.
:
Minus
humano
sanguine
ad
spurcitiam.
Caligule,
dans
un
intervalle
lucide,
eut
l'intention
de
faire
noyer
les
inventeurs
de
ces
impudicités
détestables.
Voy.
Suétone,
Vie
de
Caligula.
X.
Aut
Thallus,
neque
Cassius
Severus.
Thallus,
au-
teur
grec
qui
écrivit
une
histoire
de
Syrie,
que
nous
ne
connaissons
que
par
les
passages
que
plusieurs
Pères
de
l'Église
en
ont
cités.
11
s'accorde
avec
Phlégon,
écrivain
du
temps
d’Adrien,
dont
il
nous
reste
quelques
fragments,
sur
les
ténèbres
arrivées
à
la
mort
de
Jésus-Christ.
On
connaît
sous
le
nom
de
Cassius
Severus
unorateur
du
temps
d’Auguste,
qui
eut
quelque
célébrité.
XI.
De
felicitate
Polycratem.
Polycrate,
tyran
de
Sa-
mos
vers
l’an
532
avant
J.C.,
passa
pour
le
plus
heureux
homme
de
son
temps.
Tout
lui
réussissait,
jusque-là
que,
ayant
laissé
tomber
dans
la
mer
une
bague
d’un
grand
prix,
il
Ja
retrouva
dans
le
ventre
d’un
poisson
qu’on
lui
servit
quelque
jour
après
sur
sa
table.
Toutefois
il
fit
une
fin
malheureuse
:
Oronte,
un
des
satrapes
de
Cam-
byse,
le
surprit
par
ruse,
et
le
fit
pendre.
XII.
Qui
Senecam
aliquem
pluribus
et
amarioribus
de
vestra
superstilione
perorantem
probatis.
Ce
livre.
de
Sénèque,
sur
les
superstilions
païennes,
est
cité
par.
saint
Augustin,
livre
VI
de
la
Cité
de
Dieu.
XII.
Velim
saltem
Laïdem
aut
Phrynem.
Lais,
fa-
meuse
courtisane
,
née
en
Sicile,
vint
s’élablir
à
Corinthe,
où
sa
beauté
aitira
Diogène,
Aristippe,
Démosthène,
et
beaucoup
d’autres
hommes
célèbres.
Elle
vendait
fort
cher
ses
bonnes
grâces
:
de
là
le
proverbe
:
JZ
n’est
pas
donné
à
tout
le
monde
d'aller
à
Corinthe.
Phryné,
autre
courtisane
célèbre
,
qui
fut
la
maîtresse
de
Praxitèle.
Elle
s'enrichit
tant
par
sa
prostitution,
.
qu’elle
offrit
de
faire
rebâtir
Thèbes,
pourvu
qu’on
y
mit
cette
inscription
:
Alexandre
a
détruit
Thèbes,
et
la
courtisane
Phryné
l'a
rebätie.
:
Cum
de
pædagogiis
aulicis
nescio
quem
synodi
deum
facitis.
Tertullien
fait
allusion
à
Antinoüs,
mignon
d’Adrien.
Après
avoir
pleuré
sa
mort
comme
un
amant
pleure
celle
d’une
maîtresse,
cet
empereur
lui
éleva
un
temple,
lui
donna
des
prêtres,
fit
frapper
des
médailles
en
son
honneur,
etc.
XIV.
Nunc
fœde
subantem
in
sororem.
Voy.
Homère,
Il,
XIV,
312-399.
XIX.
Manethon
æœgypüus,
et
Berosus
chaldœus.
Manéthon,
prêtre
égyptien,
florissait
du
temps
de
PLo-
lémée
Philadelphe.
Il
avait
écrit
une
histoire
d'Égypte,
souvent
citée
par
Josèphe
et
d’autres
auteurs
anciens.
NOTES
SUR
Bérose,
prêtre
du
teinple
de
Bélus
à
Babylone,
avait
composé
une
Histoire
de
€Chaldée,
dont
on
trouve
quel-
ques
fragments
dans
Josèphe.
XXI.
Mullo
melius
quam
apud
vos
asseverare
de
Ro-
mulis
Proculi
solent.
Quelques
jours
après
la
mort
de
Romulus,
le
peuple
se
souleva
contre
les
sénateurs,
les
accusant
d’avoir
assassiné
leur
roi.
Alors
Julius
Proculus,
un
des
plus
graves
d’entre
eux
,
se
présenta
devant
le
peu-
ple,
et
lui
dit
que
celui
qu’il
demandait
était
au
rang
des
dieux
;
que
lui,
Proculus,
Pavait
vu
dans
tout
l'éclat
de
la
divinité,
et
qu'il
venait
les
assurer
de
sa
part
qu'il
leur
serait
désormais
plus
utile
dans
le
ciel
qu’il
ne
l’avait
été
sur
la
terre.
Ces
paroles
calmèrent
la
fureur
du
peuple,
qui
depuis
honora
Romulus
comme
un
dieu.
Trophonius
Bæotiæ.
L'’antre
de
Trophonius
était
un
des
oracles
célèbres
de
la
Grèce.
Ce
Trophonius
passait
pour
fils
d’Apollon.
Les
cérémonies
qu’on
observait
en
le
consultant
étaient
si
lugubres,
qu’on
s’en
retournait
or-
dinairement
frappé
pour
toute
la
vie
d’une
sorte
de
tris-
tesse
;
ce
qui
donna
lieu
à
ce
proverbe
:
77
a
vu
l’antre
de
Trophonius,
pour
dire,
à
ne
rit
jamais,
*
XXII.
Sciunt
Pyrrhi.
La
pythonisse,
consultée
par
Pyrrbus,
roi
d’'Épire,
au
sujet
de
la
guerre
qu’il
faisait
aux
Romains,
lui
fit
cette
réponse
ambiguë
:
Aio
fe,
Æacida,
Romanos
vincere
posse.
Et
aquamcribro
gestatam.
Une
vestale,
nommée
Tus-
cia,
faussement
accusée
d’avoir
violé
son
vœu
de
chasteté,
demanda
qu’on
lui
permit
de
donner
des
preuves
de
son
innocence
;
et
s'adressant
à
Vesta
:
«
Déesse,
dit-elle,
si
je
60
nai
jamais
porté
sur
Votre
autel
que
des
mains
pures
et
innocentes,
faites
que
je
puise
de
l’eau
avec
ce
crible,
et
que
je
la
porte
jusqu’à
votre
temple.
»
La
déesse
exauça,
dit-on,
la
prière
de
la
vestale,
qui
porta
jusqu’au
temple
le
crible
plein
d’eau,
sans
qu'il
en
tombât
une
goutte.
Et
navem
cingulo
promotam.
Comme
on
transpor-
TERTULLIEN.
tait
la
statue
de
Cybèle
à
Rome
par
le
Tibre,
le
navire
s'arrêta
tout
à
coup,
sans
qu’on
püt
le
faire
avancer,
Une
ASP)
vestale,
nommée
Claudia,
accusée
du
même
crime
quel
précédente,
s’offrit
témérairement
de
faire
avancer
ce
na."
vire
;
et,
après
avoir
invoqué
la
déesse,
elle
prit
sa
cein-
ture,
l’attacha
à
la
proue,
et
fit
avancer
le
vaisseau
sans
aucun
effort.
Et
barbam
tactu
irrufatam.
Un
jour
que
L.
Domitius
«
revenait
des
champs,
deux
jeuneshommes
lui
apparurent,
qui
lui
ordonnèrent
d’aller
dire
au
sénat
que
le
peuple
romain
venait
de
remporter
une
grande
victoire;
et,
pour
…
que
le
sénat
crût
à
sa
parole,
ils
lui
touchèrent
légèrement
«
Ja
barbe,
qui
de
noire
qu’elle
était
devint
couleur
de
cuivre:
ce
qui
lui
fit
donner
le
surnom
d’Ahénobarbus.
Voy.
Sué
tone,
Vie
de
Néron.
XXIV.
Ué
Africæ
Cœlestis.
C’élait
le
nom
de
la
grande
déesse
des
Africains.
Saint
Augustin
en
parle
dans
la
Gi4
de
Dieu,
liv.
IF,
ch.
4.
|
Sterculus,
et
Mutunus,
et
Larentina.
Sterculus
était
le
dieu
du
fumier
:
il
présidait
aux
engrais,
et
passait
pour
avoir
enseigné
aux
Romains
Part
de
fumer
les
terres,
Mutunus
était
le
Priape
des
Romains,
et
Zarentina,
une
courlisane
divinisée,
qui
paraît
être
la
même
que
Larentia
ou
Laurentia.
XXIX.
Mulli
denique
dii
habuerunt
Cœsarem
iratum.
Caligula
fit
un
jour
ôter
la
tête
aux
statues
des
dieux,
pour
y
mettre
la
sienne.
Une
fois
il
menaça
le
Jupiter
Olympien
de
le
renvoyer
en
Grèce,
s’il
continuait
à
lui
donner
des
sujets
de
mécontentement.
XLVIIT.
Æt
qui
de
cœlo
tangitur,
salvus
est,
ut
nullo
jam
igni
decinerescat.
I]
était
défendu
par
les
lois
romaines
de
brûler
les
corps
de
ceux
qui
avaient
été
iués
par
le
tonnerre.
Hominem
ita
exanimatum
cremari
Jas
non
est:
condi
terra
religio
tradidit.
(Pline,
Hist,
nat.,
11,
55.)
00000009000000000080000000600000009000000000090000000000000D
NOTICE
SUR
SAINT
AUGUSTIN.
Saint
Augustin
est,
sans
contredit,
le
plus
il-
lustre
des
Pères
de
l’Eglise
latine;
il
dominait
évidemment
ses
contemporains
par
la
grandeur
de
son
génie
et
par
l’immensité
de
ses
travaux
:
de
sorte
que,
pour
écrire
sa
vie,
il
faudrait
faire
l’histoire
philosophique
et
religieuse
des
quatrième
et
cinquième
siècles.
Né
à
Tagaste,
petite
ville
de
Numidie,
en
Afrique,
l’an
354,
d'un
père
païen
et
d’une
mère
chrétienne,
sainte
Monique,
il
étudia
d’abord
dans
sa
ville
natale,
puis
à
Madaure
et
à
Carthage,
où
il
fit
de
grands
progrès
dans
la
philosophie
et
dans
l’éloquence.
Bien
qu’il
déplore.
amèrement
dans
ses
Confessions
les
égarements
de
sa
jeu-'
nesse
,
il
ne
faut
pas
croire
cependant
qu'il
eût
à
se
reprocher
de
honteux
désordres.
Dans
le
re-
tour
qu’il
fait
sur
le
passé,
saint
Augustin
se
juge
au
point
de
vue
de
la
perfection
chrétienne.
A
l’âge
de
vingt
ans,
il
s’était
attaché
à
une
femme
qu'il
aima
uniquement,
et
qu'il
ne
quitta
qu’au
moment
de
sa
conversion
:
il
en
avait
eu
un
fils
nommé
Adéodat,
qui
mourut
jeune,
et
qui
était
né
avec
le
génie
de
son
père.
Cependant,
au
milieu
des
plaisirs
et
de
la
dissipation
dont
il
s’accuse
,
il
sen-
tait
qu'il
lui
manquait
quelque
chose,
et
souhaitait
ardemment
de
trouver
la
véritable
sagesse.
Il
crut
l’avoir
rencontrée
dans
Ja
secte
des
Mani-
chéens,
dont
il
partagea
longtemps
les
erreurs.
Il
professa
successivement
la
rhétorique
à
Carthage,
à
Rome
et
à
Milan,
où
le
préfet
Symmaque
l'avait
envoyé.
Dans
cette
dernière
ville,
il
allait
quel-
quefois
entendre
saint
‘Ambroise
qui
excitait,
à
cette
époque,
une
grande
admiration.
Touché
de
ses
discours
et
des
larmes
de
sa
pieuse
mère,
il
se
convertit,
et
fut
baptisé'à
Milan
le
jour
de
Pä-
ques
de
lannée'387.
Il
renonça
dès
lors
à
la
pro-
fession
de
rhéteur,
et
retourna
à‘
Tagaste,
où
il
distribua
son
bien
aux
pauvres,
et
se
consacra
en-
tièrement
à
la
gloire
de
la
religion.
Quelque
temps
après
,
il
fut
ordonné
prêtre,
malgré
sa
résistance,
par
Valère,
évêque
d'Hippone;
et
il
devint
lui-
même
évêque
de
cette
ville
en
395.
Le
reste
de
sa
vie
fut
rempli
de
travaux
et
de
vertus.
Il
combat-
tit,
soit
par
ses
discours,
soit
par
ses
écrits,
les
hérésies
qui
déchiraient
l'Église;
instruisit
son
peuple
par
ses
prédications
,
soulagea
les
pauvres,
et
maintint
la
discipline
dans
plusieurs
conciles.
Il
mourut
à
Hippone,
pendant
le
siége
de
cette
ville
par
les
Vandales,
le
28
août
430,
à
l’âge
de
soixante-seize.ans.
I}
ne
fit
point
de
testament
:
parce
que,
dit
Posidius
,
évêque
de
Calame,
qui
a
écrit
sa
vie,
cet
homme
de
Dieu
ne
possédait
Tien.
La
beauté
de
son
génie
a
excité
dans
tous
les
temps
une
admiration
universelle.
Les
protestants
ne
le
vénèrent
pas
moins
que
ne
le
font
les
catho-
liques.
«
L'Église,
dit
Luther,
n’a
point
eu
,
de-
puis
les
apôtres,
de
docteur
plus
éminent
que
saint
Augustin.
»
On
remarque,
en
effet,
dans
tous
ses
écrits
un
esprit
vaste
et
pénétrant
,
une
force
de
raisonnement
incroyable,
et
une
éloquence
sin-
gulièrement
persuasive,
quoique
son
style
ne
soit
pas
exempt
du
mauvais
goût
qui
régnait
alors.
Il
est
de
tous
les
Pères
latins
celui‘qui
a
Le
plus
écrit
sur
la
philosophie.
Sans
tenir
à
aucune
secte
en
parti-
culier,
il
paraît
avoir
donné
la
préférence
aux
Pla-
toniciens.
Il
nous
reste
à
dire
un
mot
de
la
Cité
de
Dieu,
qui
est,
avec
les
Confessions
,
un
des
ouvrages
les
plus
remarquables
de
saint
Augustin.
Il
nous
ap-
prend
lui-même
qu’il
Pentreprit
pour
répondre
aux
plaintes
des
païens,
qui
attribuaient
les
irrup-
tions
des
Barbares
et
les
malheurs
de
l'Empire
à
l’établissement
de
la
religion
chrétienne,
et
à
la
destruction
des
temples.
Comme
l'indique
le
titre
de
l’ouvrage,
l’auteur
oppose
continuellement
la
sagesse
humaine
à
la
sagesse
divine,
Pamour
du
monde
à
l’amour
de
Dieu,
la
religion
à
la
philoso-
phie.
On
peut
dire
que
ce
livre
ferme
,
en
quelque
sorte,
les
temps
anciens,
et,
en
achevant
la
consti-
tution
de
l’Église,
ouvre
l’ère
des
temps
modernes.
>
Cr
————
ES
LA
CITÉ
DE
DIEU
DE
SAINT
AUGUSTIN.
.
LIVRE
PREMIER.
,
Dessein
de
l'ouvrage.
Je
me
suis
souvenu
de
ta
prière
et
de
ma
pro-
messe,
mon
très-cher
fils
Marceliin,
et
ne
veux
pas
tarder
plus
longtemps
à
défendre
la
cité
de
Dieu
contre
ceux
qui
ne
craignent
pas
d’opposer
leurs
idoles
à
son
divin
fondateur.
Cité
glorieuse,
soit
qu'on
la
considère
dans
le
cours
des
temps
et
dans
le
lieu
de
son
pèlerinage,
encore
mêlée
aux
impies
et
vivant
de
la
foi,
ou
dans
l'état
immuable
du
séjour
éternel,
qu’elle
attend
main-
tenant
avec
patience,
«
jusqu'à
ce
que
la
justice
soit
convertieen
jugement,
»
et
où
elle
doitenfin
ar-
rivertriomphante
par
une
dernière
victoire,
suivie
d’une
paix
parfaite.
L'entreprise
est
grande
et
dif-
ficile,
mais
Dieu
est
mon
aide.
Eh
!
qui
n’aurait
pas
besoin
de
son
secours
pour
faire
comprendre
aux
esprits
superbes
ce
que
c’est
que
l'humilité,
qui,
en
abaissant
l’homme,
l’élève
infiniment
au-
dessus
de
toutes
les
grandeurs
éphémères
et
chancelantes
de
la
terre?
élévation
sans
faste,
qui
n’est
point
une
usurpation
de
la
vanité
hu-
maine,
mais
un
don
de
la
grâce
divine,
comme
SANCTI
AURELIT
AUGUSTINI
DE
CIVITATE
DEI
LIBRI
VIGINTI
DUO.
-——ses——
LIBER
PRIMUS.
De
suscepti
operis
consilio
et
argumento.
Gloriosissimam
civitatem
Dei,
sive
in
hoc
temporum
cursu,
cum
inter
impios
peregrinatur
ex
fide
vivens
,
sive
in
illa
stabilitate
sedis
æternæ,
quam
nunc
exspectat
per
patientiam
,
quoadusque
jusiitia
convertatur
in
judicium,
deinceps
adeptura
per
excellentiam
victoria
ultima
et
pace
perfecta,
hoc
opere
a
te
instituto
et
mea
promissione
debito,
defendere
adversus
eos
qui
Conditori
eius
deos
suos
præferunt
,
fili
charissime
Marcelline,
suscepi.
Magnum
opus
et
arduum
:
sed
Deus
adjutor
noster
est.
Nam
scio
quibus
viribus
opus
sit,
ut
persuadeatur
superbis
quanta
le
roi
et
le
fondateur
de
cette
cité
l’a
révélé
à
son
peuple,
en
disant
:
«
Dieu
résiste
aux
super-
bes
et
donne
sa
grâce
aux
humbles,
»
Que
dis-
je?
cet
attribut,
qui
n’appartient
qu’à
Dieu,
nous
voyons
l’homme,
dans
son
orgueil,
chercher
à
se
l’approprier,
et
n’estimer
rien
tant
que
de
s’en-
tendre
louer,
comme
le
peuple
romain,
de
savoir
«
pardonner
à
l’ennemi
abattu
qui
se
soumet,
et
dompter
la
résistance
orgueilleuse.
»
Aussi,
selon
que
mon
sujet
l’exigera
ou
le
permettra,
m'arrêterai-je
à
parler
de
cette
cité
de
la
terre,
qui,
tout
en
dominant
sur
les
nations,
ne
laisse
pas
d’être
elle-même
esclave
de
la
passion
de
dominer.
CHAPITRE
PREMIER.
Des
ennemis
du
nom
de
Jésus-Christ,
qui,
dans
la
dévastation
de
Rome,
n'ont
été
épar-
gnés
par
les
barbares
qu'à
cause
de
Jésus-
Christ.
N'est-ce
pas,
en
effet,
de
cette
cité
terrestre
que
s’élancent
ces
ennemis,
contre
l’attaque
des-
quels
nous
avons
à
défendre
la
cité
divine
?
Plu-
sieurs
d’entre
eux,
il
est
vrai,
abjurant
leur
im-
temporali
mobilifate
nutantia,
non
humano
usurpata
fa-
situ
,
sed
divina
gratia
donata
celsitudo
transcendat.
Rex
enim
et
conditor
civitatis
hujus,
de
qua
loqui
instituimus
,
in
Scriptura
populis
suis
sententiam
divinæ
legis
aperuit,
qua
dictum
est
:
Deus
superbis
resistit,
humilibus
au-
tem
dat
gratiam.
Hoc
vero
quod
Dei
est,
superbæ
quo-
que
animæ
spiritus
inflatus
affectat,
amatque
sibi
in
lau-
dibus
dici,
,
Parcere
subjectis,
et
debellare
superbos.
Unde
etiam
de
terrena
civitate
,
quæ
cum
dominari
appe-
tit,
etsi
populi
serviant,
ipsa
ei
dominandi
libido
domina-
tur
,
non
est
prætereundum
silentio
quidquid
dicere
sus-
cepti
hujus
operis
ralio
postulat,
et
facultas
datur.
CAPUT
PRIMUM.
De
adversariis
nominis
Christi,
quibus
in
vastatione
Urbis
propter
Christum
Barbari
pepercerunt.
Ex
hac
namque
existunt
inimici,
adversus
quos
de-
fendenda
est
Dei
civitas
:
quorum
tamen
mulii,
correcto
impietatis
errore,
cives
in
ea
fiunt
satis
idonei;
multi
vero
sit
virtus
humilitatis,
qua
fit
ut
omnia
terrena
cacumina,
|
in
eam
tantis
exardescunt
ignibus
odiorum,
tamque
ma-
SAINT
AUGUSTIN,
5
66
SAINT
AUGUSTIN.
piété,
viennent
grossir
le
nombre
des
serviteurs
du
vrai
Dieu,
et
font
oublier
leurs
erreurs
pas-
sées
;
mais
aussi
combien
n’en
voit-on
pas
qui,
dans
leur
haine
aveugle,
poussent
l’ingratitude
jusqu’à
blasphémer
le
nom
de
notre
divin
Ré-
dempteur,
eux
dont
Ja
bouche
serait
muette
au-,
jourd’'hui,
s'ils
n’eussent
trouvé
dans
nos
Sanc-
tuaires
un
asile
contre
le
glaive
des
barbares,
et
la
remise
d’une
vie,
que,
dans
leur
orgueil,
ils
tournent
aujourd’hui
contre
celui
dontils
la
tien-
:
nent!
Car
ces
ennemis
du
nom
du
Christ,
ne
sont-ce
pas
ces
mêmes
Romains
que
les
barbares
ont
épargnés
à
cause
du
Christ?
Les
sépuleres
des
|
martyrs
et
les
basiliques
des
apôtres
l'attestent,
qui,
dans
cette
désolation
de
Rome,
ont
aceueilli
:
tout
ce
qui
venait
s’y
réfugier,
fidèle
ou
infidèle
?
Au
dehors,
l'ennemi
se
baignait,
sans
Scrupule,
danslesang;
mais
là
s’arrêtait
la
fureur
du
glaive;
là
des
vainqueurs
,
désarmés
par
la
pitié,
ame-.
naient
ceux
qu'ils
voulaient
sauver,
pour
les
sous-
|
traire
aux
mains
de
ceux
qui
on
’éprouvaient
pas
la
même
commisération
;
et
ceux-ci,
partout
ailleurs
farouches
et
impitoyable,
dès
qu'ils
avaient
tou-
ché
le
seuil
de
ces
lieux
où
leur
était
interdit
ce
|
que
le
droit
de
la
guerre
leur
permettait
dans
le
reste
de
la
ville,
sentaient
leur
rage
et
leurs
bras
|
défaillir.
Ainsi
beaucoup
ont
échappé
à
la
mort,
qui
calomnient
aujourd’hui
les
temps
nouveaux,
imputant
au
Christ
les
maux
que
Rome
a
souf-
ferts,
et
n’attribuant
qu’à
leur
destin
la
conserva-
tion
de
leur
vie,
laquelle
n’est
pourtant
l'effet
que
du
respect
que
les
barbares
ont
eu
pour
le
nom
du
Christ.
Cependant,
s'ils
pouvaient
ren-
trer
un
moment
en
eux-mêmes,
ne
reconnai-
traient-ils-pas,
dans
les
maux
qu’ils
ont
endurés,
la
main
de
cette
Providence
qui
se
sert
du
fléau
nifestis
beneficiis
Redemptoris
ejus
ingrati
sunt,
ut
hodie
eontra
eam
linguas
non
moverent,
nisi,
ferrum
hostile
fu-
gientes
,
in
sacratis
ejus
locis
vitam,
de
qua
superbiunt,
invenirent,
Annon
etiam
illi
Romani
Christi
nomini
infesti
sunt,
quibus
propler
Ch
istum
Barbari
pepercerunt
?
Tes-
tantur
hoc
martyrum
loca
et
basilicæ
Apostolorum,
quæ
in
illa
vastatione
Urbis
ad
se
confugientes
suos
alienosque
receperunt.
Hucusque
cruentus
s&viebat
inimicus
;
ibi
ac-
*
eipiebat
limitem
trucidatoris
furor
:
illo
ducebantur
‘a
miserantibus
hostibus
quibus
etiam
extra
ipsa
loca
pe-
percerant,
ne
in
eos
incurrerent
qui
similem
misericor-
diam
non
habebant.
Qui
tamen
etiam
ipsi
alibi
truces
at-
que
hostili
more
sævientes
,
posteaquam
ad
loca
illa
ve-
niébant,
ubi
fuerat
interdicttm
quod
alibi
jure
belli
li-
cuisset,
tola
feriendi
refrenabatur
immanitas,
ét
Capti-
vandi
cupiditas
frangebatur.
Sic
evaserunt
multi
,
qui
nunc
chrislianis
temporibus
detrahunt,
et
mala
quæ
illa
-civitas
pertulit
Christo
impulant
;
bona
vero
quæ
ii
e0$,
ut
viverent,
propter
Christi
honorem
facta
sunt,
non
im-
putant
Christo
nostro,
sed
fato
suo
:
cum
potius
debe-
1ent,
Si
quid.
recti
saperent,
illa
quæ
ab
hostibus
aspera
et
“dura:
perpessi
sunt,
illi
divinæ
providentiæ
tribueré
,
uæ
solet
corruptos
hominum
mores
bellis
emendare
at-
que
conterere;
itémque
vitam
mortalium
justam
atque
lau-
de
la
guerre
pour
châtier
les
erimes
des
hommes,
pour
corriger
leurs
cœurs
corrompus,
et
qui
se
plaît
même
quélquefoisè
à
exercer
ici-bas
les
justes
par
les
mêmes
afflictions,
pour
les
faire
passer,
‘après
cette
épreuve,
dans
un
monde
meilleur,
où
les
retenir
encore
sur
la
terre
et
les
y
faire
servir
à
ses
désseins
mystérieux
?
Et
lorsque
des
barba-
res,
d’ailleurs
cruels
et
sanguinaires,
les
ont
épargnés
au
nom
du
Christ
et
contre
toutes
les
lois
de
la
guerre,
soit
dans
les
lieux
profanes,
soit
dans
les
édifices
consacrés
à
son
nom,
que
les
vainqueurs
semblent
avoir
désignés
aux
vaincus,
à
cause
de
leur
vaste
enceinte,
pour
pouvoir
say:
ver
plus
de
monde,
n’en
devraient-ils
pas
faire
honneur
aux
temps
chrétiens,
en
rendre
grâces
à
Dieu;
et,
pour
éviter
un
feu
éternel,
accourir
sincèrement
à
son
nom,
dont
plusieurs
d’entre
eux
se
sont
mensongèrement
servis
pour
éviter
une
mort
temporelle
?
Car
ceux
que
vous
voyæ
insulter
aujourd’hui
avec
tant
d’insolence
aux
serviteurs
du
Christ,
ce
sont
ceux-là
même,
an
moins
pour
la
plupart,
que
le
glaive
aurait
mois.
sonnés
comme
les
autres,
s’ils
ne
s'étaient
cou-
verts
du
titre
de
serviteurs
du
Christ.
Et
mainte-
nant,
Ô
ingratitude
de
l’orgueil!
à
délire
de
l’impiété!
dans
l’égarement
de
leur
cœur,
ik
courent
au-devant
des
ténèbres
éternelles,
en
s’'élevant
contre
ce
nom
sacré,
dont
ils
s'étaient
fait
un
asile
pour
sauver
la
j
Don
once
de
la
lu
mière
temporelle
!
CHAPITRE
IL.
Jamais
les
dieux
des
païens
n'ont
protégé
les
vaincus
contre
les
vainqueurs.
Bien
des
guerres
ont
eu
lieu
avant
et
depuislh
fondation
de
Rome,
Eh
bien!
qu'on
ouvre
l'his.
dabilem
talibus
afflictionibus
exercere,
probatamque
vel
in
meliora
transferre,
vel
in
his
adhuc
terris
propter
usus
alios
detinere:
illud
vero
,
quod
eis
vel
ubicumque,
proptet
Christi
nomen,
vel
in
locis
Christinomini
dedicalissimiset
amplissimis,
ac
pro
largiore
misericordia
ad
capacilaten
multitudinis
electis,
præter
bellorum
morem
truculenti
Barbari
pepercerunt,
hoc
tribuere
temporibus
christianis;
binc
Deo
gratias
agere,
hinc
ad
ejus
nomen
veraciter
eur:
rere,
ut
effugiant
pœnas
ignis
æterni;
quod
nomen
multi
eorum
mendaciter
usurparunt,
ut
effugerent
pœnas
pr&
sentis
exit.
Nam
quos
vides
petulanter
et
procaciter
in:
sultare
servis
Christi,
sunt
in-eis
plurimi
qui
illum
inter
tum
clademque
non
evasissent,
nisi
servos
Christi
se
esse
tinxissent.
Elnunc
ingrata
superbia
atque
impiissima
je
sania
ejus
nomini
resistunt
corde
perverso,
ut
sempiternis
tenebris
puniantur,
ad
quod
nomen
ore
vel
subdolo
conf:
gerunt,
ut
temporali
luce
fruerentur.
CAPUT
Il.
Quod
nulla
unquam
bellaita-gesta
sunt,
ut
victores,
propier
deos
eorumiquos
vicerant,
parcerent
victis.
Tot
bella
gesta
conseripta
sunt,
vel
ante
conditam
R-
mam,
vel
ab
ejus
éxortu
et
iniperio
:
legant,
et
proferant
LA
CITÉ
DE
DIEU,
LIVRE
1.
67
toire
;
qu’on
nous
montre
des
étrangers,
des
en-
nemis,
maîtres
d’une
ville,
épargnant
ceux
qui
s'étaient
réfugiés
dans
les
temples
de
leurs
dieux;
qu’on
nous
montre
un
chef
barbare
donnant
l’or-
|
dre,
après
la
prise
d’une
ville,
de
faire
grâce
à
:
quiconque
serait
trouvé
dans
tel
ou
tel
temple.
Énée
n’a-t-il
pas
vu
Priam,
«
égorgé
au
pied
des
autels,
éteindre
de
son
sang
les
feux
que
lui-
même
avait
consacrés
?»
Diomède
et
Ulysse
«
n'ont-ils
pas
enlevé
la
statue
de
Pallas,
après
avoir
égorgé
ses
gardes?
n’ont-ils
pas
osé
profa-
ner
deleurs
mains
sanglantes
les
bandelettes
sa-
crées
dela
chaste
déesse?
»
Virgile,
dira-t-on,
ajoute
que
«
de
ce
moment
les
Grecs
sentirent
leurs
espérances
s’évanouir
;
»
mais
l’histoire
dé-
ment
le
poëte
:
car
depuis
les
Grecs
furent
vain-
queurs;
depuis,
ils
mirent
la
ville
de
Troie
à
feu
et
à
sang;
depuis,
ils
égorgèrent
Priam
au
pied
des
autels
où
il
s'était
réfugié.
Et
Troie
ne
pé-
rit
pas
pour
avoir
perdu
Minerve;
car
Minerve
elle-même,
pour
périr,
n’avait-elle
rien
perdu
auparavant?
Ses
gardes
peut-être?
Oui,
certes
;
et,
ses
gardes
morts,
on
put
l’enlever.
En
effet
,
ce
n’était
pas
la
statue
qui
gardaitles
hommes,
-maisc'étaient
les
hommes
quigardaient
la.statue.
Comment
donc
adorait-on
comme
gardienne
de
la
patrie
et
des
citoyens
une
déesse
qui
n’avait
pas
le
pouvoir
de
garder
ses
propres
gardes
?
CHAPITRE
III.
{mprudence
des
Romains
de
s'être
mis
sous
la
sic
ab
alienigenis
aliquam
captam
esse
civitatem
;
ut
hos-
tes
qui
ceperant,
parcerent
eis
quos
ad
deorum
suorum
templa
confugisse
compererant
;
aut
aliquem
ducem
Bar-
barorum
præcepisse,
ut
irrupto
oppido.
nullus
feriretur
;
qui
in:illo
vel
illo
templo
fuisset
inventus.:Nonne
vidit
ÆÆneas.
Priamu
m
per
aras
Sanguine
fœdantem
quos
ipse
sacraverät
ignes
?
Noune
Diomedes
et
Ulysses
,
cæsis
summæ
custodibus
arcis,
Corripuere
sacram
effigiem,
manibusque
cruentis
Virgineas
ausi
divæ
contingere
vittas?
-
Nec
tamen
quod
sequitur
verum
est:
Exüllo
fluere,
ac
retro
sublapsareferri
Spes
Danaüm.
Postea
quippe
vicerunt,
postea
Trojam
.ferro
ignibusque
deleverunt
,
postea
confugientem
ad
aras
Priamum
obtrun-
caverunt.
Nec
ideo
Troja,
perüt,
quia
Minervam
perdidit.
Quid
enim
prius
ipsa
Minerva
perdiderat
,
ut
periret?
an
forte
custodes
suos
?
Hoc.sane
verum
est
:illis
quippe
in-
teremplis
potuit
auferri.
Neque
enimhomines
a
simula.
cro,
sed
simulacrum
ab
hominibus
servabalur,
Quomodo
ergo
colebatur,
ut
patriam
custodiret
et
cives
,
quæ
suos
non:
valuit
custodire
custodes
?
CAPUT.
III.
Quamimprudenter
Romani
deos
penates,
qui
Trojam
protection
des
dieux
pénates,
qui
n'avaient
pas
eu
le
pouvoir
de
protéger
Troie.
Voilà
donc
à
quels
dieux
les
Romains
s’applau-
dissaient
d’avoir
confié
le
salut
de
Rome
!
O
aveu-
glement
vraiment
digne
Ge
pitié!
Et
ils
s'empor-
tent
contre
nous
quand
nous
parlons
ainsi
de
leurs
dieux,
et
ils
ne
s’emportent
pas
contre
leurs
poëtes.
Loin
de
là
:
ils
payent
pour
les
appren-
dre;
et
même
ils
ne
croient
pas
trop
faire
pour
ceux
qui
les
leur
enseignent,
en
leur
assignant
un
salaire
publie,
en
leur
conférant
les
plus
in-
signes
honneurs.
Et
cependant
Virgile,
qu'on
fait
lire
de
bonne
heure
aux
enfants,
afin
que
les
vers
de
ce
prince
des
poëtes
se
gravent
pour
toujours
dans
leur
mémoire,
suivant
le
mot
d'Horace,
«
Un
vase
garde
longtemps
l’odeur
de
la
première
liqueur
dont
il
a
été
imbu
étant
neuf
»:
Virgile,
dis-je,
nous
représente
la
vindicative
Junon
disant
à
Éole,
roi
des
vents,
pour
l’animer
contreles
Troyens
:
«Unenation
qui
m’est
odieuse
Bavigue
en
ce
moment
sur
la
mer
Tyrrhénienne,
portant
en
Italie
Ilion
et
ses
pénates
vaincus.
»
Est-
ce
à
ces
pénates
vaincus
que
la
prudence
conseil-
lait
de
recommander
Rome
,
pour
qu’elle
ne
fût
pas
vaincue
à
son
tour?
Mais
peut-être
que
Junon
disait
cela
comme
une
femme
en
colère,
qui
ne
sait
ce
qu’elle
dit.
Écoutons
Énée
lui-même,
qui
est
tant
de
fois
appelé
pieux
:
«
Panthus,
fils
d’Othrys,
prêtre
de
Minerve
et
d’Apollon,
ac-
courait
éperdu
vers
ma
demeure,
portant
entre
ses
mains
nos
dieux
vaincus.
»
Et.ces
dieux
qu'É-
custodire
non
potuerant,
sibi
crediderunt
profu-
turos.
Ecce
qualibus
diis
Urbem
Romani
servandam
se
com-
mendasse
gaudebant.
O
nimium
miserabilem
errorem!
Et
nobis
succensent,
cum
de
diis
eorum
talia
dicimus,
nec
succensent
auctoribus
suis
,
quos
ut
ediscerent,
mercedem
dederunt
;
doctoresque
ipsos
insuper
et
salario
publico
et
honoribus
dignissimos
habuerunt.
Nempe
apud
Virgilium
;
quem
propterea
parvuli
legunt,
ut
videlicet
poeta
magnus
omniumque
præclarissimus
atque.optimus
teneris
ebibi-
tus
animis
non
facile
oblivione
possit
aboleri:;
secundum
illud
Horati,
Quo
semel
est
imbuta
recens.servabit
odorem
Testa
diu
:
apud
hunc
ergo.Virgilium
nempe
Juno
inducitur
infesta
Trojanis,
Æolo
ventorum
regi
adversus
eos
irritando
di-
cere
:
Gens
inimica
mihi
Tyrrhenum
navigat
æquor
,
Ilium
in
Italiam
portans,
victosque
penates.
Ttane
istis
penatibus
victis
Romam,
ne
vinceretur
,
pru-
dentes
commendare
debuerunt?
Sed
hæc
Juno
dicébat,
velut
irata
mulier,
quid
loqueretur
ignorans.
Quid
Æneas
ipse
pius
folies
appellatus?
nonne
ita
narrat
:
Panthus
Othryades,
arcis
Phœbique
sacerdos
,
Sacra
manu,
victosque
deos
,
parvumque
nepotem
Ipse
trahit,
Cursuque
amens
ad
limina
tendit?
Nonne
deos
ipsos,
quos
viclos
non
dubitat
dicere,
sibi
.
68
SAINT
AUGUSTIN.
née
pe
craint
pas
de
dire
vaincus,
ne
fait-il
pas
entendre
qu'ils
lui
furent
plutôt
recommandés
que
lui-même
ne
le
fut
à
ces
dieux,
lorsqu'il
rapporte
qu’'Hector
lui
dit
:
«
Troie
te
confie
son
eulte
et
ses
pénates
?
»
Si
donc
Virgile
déclare
que
ces
dieux
furent
vaincus,
et
que,
pour
échapper
aux
vainqueurs,
n'importe
comment,
ils
furent
confiés
à
un
homme,
quelle
folie
n’est-ce
pas
que
de
croire
qu'on
ait
fait
sagement
de
mettre
Rome
sous
leur
protection,
et
de
prétendre
qu'elle
n’eût
pu
être
saccagée,
si
elle
ne
les
eüt
pas
perdus?
Que
dis-je
?
honorer
et
servir
des
dieux
vaincus
comme
‘
des
patrons
et
des
protecteurs,
qu'est-ce,
sinon
faire
fond
sur
des
cautions
insolvables?
N'’est-
il
pas
infiniment.
plus
raisonnable
de
croire
que
ces
dieux
auraient
péri
depuis
longtemps,
si
Rome
ne
les
eût
protégés,
autant
qu'elle
l’a
pu,
que
des’imaginer
que
Rome
n'’eût
point
été
prise,
sices
dieux
avaient
continué
de
la
protéger?
Quine
voit,
après
un
moment
d'examen,
combien
il
est
vain
de
se
regarder
comme
invincible
avec
des
défenseurs
vaineus,
et
d'attribuer
sa
perte
à
la
leur,
lorsqu'il
suffit
pour
périr
d’avoir
choisi
des
gardiens
périssables?
Croyons
donc
que
lorsque
les
poëtes
ont
parlé
ainsi
des
dieux,
ce
n'était
point
une
fiction
poétique,
mais
un
aveu
que
la
force
de
la
vérité
arrachaïit
à
leur
raison.
Mais
ie
traiterai
ailleurs
ce
sujet
plus
à
propos,
et
avec
le
développement
qu'ilexige.
Je
reviens
maintenant
à
Ces
ingrats
qui,
par
un
blasphème
exécrable,
imputent
au
Christ
les
maux
qu’ils
ont
attirés
sur
eux
par
leur
perversité,
sans
daigner
faire
potius
quam
se
illis
perhihet
commendatos,
cum
ei
di-
citur,
Sacra
suosque
tibi
commendat
Troja
penates?
Si
igitur
Virgilius
tales
deos
et
viclos
dicit,
et,
ut
vel
-victi
quoquo
modo
evaderent,
homini
commendatos
;
quæ
dementia
est
existimare
his
tutoribus
Romam
sapien-
ler
fuisse
commissam
,
et
nisi
eos
amisisset,
non
potuisse
vastari?
Imo
vero
victos
deos
tanquam
præsides
ac
de-
fensores
colere,
quid
est
aliud
quam
tenere
non
numina
bona,
sed
nomina
mala?
Quanto
enim
sapientius
creditur,
non
Romam
ad
istam
cladem
non
fuisse
venturam,
nisi
prius
illi
perissent;
sed
illos
potius
olim
fuisse
perituros
,
misi
eos,
quantum
poluisset,
Roma
servasset?
Nam
quis
non,
cum
adverterit,
videat,
quanta
sit
vanitate
præsum-
ptum
non
posse
vinci
sub
defensoribus
victis,
etideo
perisse,
quia
custodes
perdidit
deos;
cum
vel
sola
potuerit
esse
causa
pereundi
,
custodes
habere
voluisse
perituros?
Non
itaque,
cum
de
diis
victis
illa
conscriberentur
afque
ca-
nerentur,
poetas
libebat
mentiri,
sed
cordatos
homines
cogebat
veritas
confileri.
Verum
ista
opportunius
alio
loco
diligenter
copioseque
tractanda
sunt
:
nune
quod
institue-
ram
de
ingratis
bominibus
dicere,
parumper
explicem,
uf
possum
:
qui
ea
mala,
quæ
pro
suorum
morum
per-
versitate
merito
patiuntur,
blasphemantes
Christo
impu-
tant;
quod
autemillis
etiam
talibus
propter
Christum
par-
£itur,
nec
dignantur
attendere,
et
eas
linguas
adversus
attention
qu’ils
ne
doivent
leur
salut,
tout
pé:
cheurs
qu'ils
sont,
qu’à
ce
nom
sacré,
qu'ils
in:
sultent
aujourd’hui
avec
une
effronterie
sacrilége,
après
l'avoir
invoqué
pour
sauver
leur
vie,
où
après
avoir
lâchement
gardé
le
silence
dans
ces
agi.
les
d’où
ils
sont
sortis
sains
et
saufs,
mais
plus
furieux
que
jamais,
et
pour
s’élancer
contre
leur
libérateur.
CHAPITRE
IV.
Le
temple
de
Junon
ne
sauva
personne
de
ceux
qui
s’y
réjugièrent
après
la
prise
de
T.
roîe,
tandis
que
les
basiliques
des
apôtres
proté
gèrent
contre
les
barbares
tous
ceux
qui
vinrent
y
chercher
un
asile.
Troie,
disais-je,
Troie,
cette
mère
du
peuple
romain,
ne
put,
dans
les
temples
de
ses
dieux,
défendre
ses
propres
habitants
contre
le
fer
et
lé
feu
des
Grecs,
qui
adoraient
les
mêmes
dieux.
«Dans
l'asile
de
Junon,
Phénix
et
le
cruel
Ulysse
veillaient
à
la
garde
du
butin.
C’est
]à
que
de
toutes
parts
venaient
s’entasser
les
richesses
de
Troie,
ravies
aux
temples
incendiés,
les
tables
des
dieux
,
les
vases
d’or
pur,
les
voiles
précieux.
Une
foule
d’enfants
et
de
femmes
tremblantes
se
tenait
debout
à
l’entour.
»
Ainsi
le
lieu
consacré
à
une
si
grande
déesse
fut
choisi
pour
servir,
non
de
refuge,
mais
de
prison
aux
vaincus
Comparez
maintenant
cet
asile
dédié,
non
à
à
quelque
obscure
divinité,
confondue
dans
la
foule
de
la
pièbe
divine,
mais
à
la
sœur,
à
l’é-
pouse
de
Jupiter,
à
la
reine
de
tous
les
dieux:
comparez-le,
disje,
aux
monuments
de
no
ejus
nomen
dementia
sacrilegæ
protervitatis
exercent
,
QUE
bus
linguis
usurpaverunt
mendaciter
ipsum
nomen,
ül
viverent;
vel
quas
linguas
in
locis
ei
sacratis
metuendo
presserunt,
ut
illic
tuti
atque
muniti,
ubi
propter
eum
_illæsi
ab
hostibus
fuerunt
,
inde
in
cum
maledictis
hosti-
;
libus
prosilirent.
CAPUT
IV.
De
asylo
Junonis
in
Troja,
quod
neminem
liberavita
Græcis,
el
basilicis
Apostolorum
,
quæ
omnes
ad'se
confugientes
a
Barbaris
defenderunt.
Ipsa,
ut
dixi,
Troja,
mater
populi
Romani,
sacratis
in
locis
deorum
suorum
munire
non
potuit
cives
suos
ab
ignibus
ferroque
Græcorum,
eosdem
ipsos
deos
colen-
lium
:
quin
etiam,
e
Junonis
asylo
Custodes
lecli,
Phœnix
et
dirus
Ulysses
Prædam
asservabant;
huc
undique
Troia
gaza
Incensis
erepta
adytis,
mensæque
deorum,
Crateresque
auro
solidi,
caplivaque
vestis
Congeritur
:
pueri
et
pavidæ
longo
ordine
matres
Stant
circum.
Electus
est
videlicet
locus
tantæ
deæ
sacratus,
non
unde
Captivos
non
licereteducere
,
sed
ubi
captivos
liberet
in-
cludere.
Compara
nunc
asylum
illud,
non
cujuslibet
dei
gregalis
,
vel
de
turba
plebis,
sed
Jovis
ipsius
sororis
el
Conjugis
et
reginæ
omnium
deorum
,
CUM
memoriis
n0S-
LA
CITÉ
DE
DIEU,
LIVRE
I.
59
apôtres.
Là
on
apportait
les
dépouilles
des
dieux
:
dont
on
avait
brülé
les
temples,
non
pour
les
rendre
aux
vaincus,
mais pour
les
partager
entre
les
vaingneurs;
ici,
tout
objet
même
reconnu
ailleurs
pour
appartenir
à
ces
saints
lieux
y
était
rapporté
religieusement
avec
honneur
et
respect.
Là
on
perdait
sa
liberté;
ici
on
la
sauvait.
Là
les
prisonniers
étaient
enchaïnés;
ici
ils
étaient
dé-
livrés.
Là
des
captifs
étaient
traînés
par
des
en-
nemis
farouches,
pour
être
remis
entre
les
mains
de
leurs
maîtres
;
ici
ils
étaient
conduits
par
des
ennemis
miséricordieux,
pour
êtremis
en
liberté.
Là
enfin,
le
temple
de
Junon
avait
été
choisi
par
la
cupidité
et
l’orgueil
des
Grecs,
d’ailleurs
-
si
polis:
ici
les
basiliques
du
Christ,
par
la
pitié
et
l’humilité
des
barbares,
tout
grossiers
qu'ils
sont
:
à
moins
qu’on
ne
prétende
que
les
Grecs,
dans
leur
victoire,
ont
respecté
les
temples
de
ces
dieux
qui
leur
étaient
communs
avecles
vaincus,
et
qu’ils
n’ont
osé
ni
frapper
ni
faire
prisonniers
les
malheureux
Troyens
qui
s’y
réfugiaient
;
que
le
récit
de
Virgile
estun
mensonge
poétique.
Mais
il
faut
renoncer
à
cette
supposition
:
la
description
du
poëte
est
un
tableau
fidèle
de
ce
que
des
en-
_nemis
ont
coutume
de
faire
dans
une
ville
prise
d'assaut.
CHAPITRE
V.
Témoignage
de
César
sur
ce
qui
se
passe
ordi-
nairement
dans
la
prise
d'une
ville.
César,
au
rapport
de
Salluste,
qui
passe
pour
un
historien
très-véridique,
César,
dans
son
dis-
cours
au
sénat
sur
Catilina
et
ses
complices,
ne
dit-il
pas
que,
dans
une
ville
tombée
au
pouvoir
trorum
Apostolorum.
IIluc
incensis
templis
et
diis
erepta
spolia
portabantur
,
non
reddenda
victis,
sed
dividenda
victoribus
;
huc
autem
,
et
quod
alibi
ad
ea
loca
comper-
tum
est
pertinere,
cum
honore
et
obsequio
religiosissi-
mo
reportatum
est.
Ibi
amissa
,
hic
servata
libertias
;
ibi
clausa,
hic
interdicta
captivitas
;
ibi
possidendi
a
dominan-
tibus
hostibus
premebantur,
huc
liberandi
a
miserantibus
ducebantur
:
postremo
illud
Junonis
templum
sibi
elegerat
avarilia
etsuperbia
levium
Græcorum;
istas
Christi
basi-
licas
misericordia
et
humilitas
eliam
immanium
Barba-
rorum.
Nisi
forte
Græci
quidem
in
illa
sua
victoria
tem-
plis
deoram
communium
pepercerunt,
atque
illo
confu-
gientes
miseros
victosque
Trojanos
ferire
vel
captivare
non
ausi
sunt;
sed
Virgilius,
poetarum
more,
illa
mentitus
est.
Imo
vero
morem
hostium
civitates-evertentium
ille
descripsit.
CAPUT
V.
De
generali
consueludine
hostium
victas
civitates
evertentium,
quid
Cœsar
senserit.
Quem
morem
eliam
Cæsar
(sicut
scribit
Sallustius,
nobilitaitæ
veritatis
historicus)
sententia
sua,
quam
de
conjuratis
in
Senatu
habuit,
commemorare
non.
præter-
mittit
:
«
Rapi
virgines,
pueros;
divelli
liberos
a
paren-
de
l’ennemi,
l'usage
est
«
d'enlever
les
vierges,
d’arracher
les
enfants
des
bras
de
leurs
mères,
d’attenter
à
l'honneur
des
femmes,
de
piller
les
temples
et
les
maisons,
de
tuer,
de
brûler,
enfin
de
remplir
tout
de
cadavres,
de
sanget
de
deuil
?
»
S'il
n’eût
point
parlé
des
temples,
on
pourrait
-
croire
que
d'ordinaire
les
vainqueurs
épargnaient
les
demeures
des
dieux.
Et
ce
qui
est
à
remar-
quer,
c'est
que
les
temples
romains
avaient
à
craindre
ces
profanations,
non
de
vainqueurs
étrangers,
mais
de
Catilina
et
de
ses
partisans
,
c’est-à-dire
de
citoyens
romains
et
des
plus
nobles
d’entre
les
sénateurs.
Mais
on
me
répondra
que
c’étaient
des
citoyens
pervers
et
parricides.
CHAPITRE
VI.
Les
Romains
eux-mêmes
n’ont
jamos
épargne
les
temples
des
villes
qu'ils
avaient
prises.
Mais
à
quoi
bon
chercher
au
loin
des
exem-
ples
parmi
tant
de
peuples
divers,
qui,
dans
les
guerres
qu'ils
se
sont
faites,
n’ont
jamais
épar-
gné
les
vaincus
qui
s'étaient
réfugiés
dans
les
temples
de
leurs
dieux?
Considérons
seulement
les
Romains,
ce
peuple
qu’on
a
loué
surtout
de
savoir
«
pardonner
à
l’humble
soumission
et
dompter
la
résistance
orgueilleuse,
»
—
«
d’ai-
mer
mieux
pardonner
une
injure
que
d’en
tirer
vengeance.
»
Lorsqu'ils
ont
pris
et
saccagé
tant
de
villes
considérables
pour
étendre
leur
empire,
qu'on
nous
dise
quels
temples
ils
avaient
cou-
tume
d’épargner,
et
de
laisser
pour
asile
aux
vaincus?
Leurs
historiens
auraient-ils
oublié
d’en
faire
mention?
Mais
quelle
apparence
que
des
«
tum
complexu
,
maitres
familiarum
pati
quæ
vicloribus
«
Collibuisset,
fana
atque
domos
spoliari,
cædem
,
in-
«
cendia
fieri;
postremo
armis.,
cadaveribus,
cruore
al-
«que
luctu
omnia
repleri.
»
Hic
si
fana
tacuisset,
deorum
sedibus
solere
hostes
parcere
putaremus.
Et
hæc
non
ab
alienigenis
hostibns,
sed
a
Catilina
et
sociis
ejus,
nobilis-
simis
senatoribus
et
Romanis
civibus,
Romana
templa
metuebant.
Sed
hi
videlicet
perditi
et
patriæ
parricidæ.
CAPUT
VE.
Quod
nec
Romani
quidem
ila
ullas
ceperint
civitates,
ut
in
templis
ecr'um
parcerent
viclis.
Quid
ergo
per
multas
gentes,
quæ
inter
se
bella
ges-
serunt
et
nusquam
victis
in
deorum
suorum
sedibus
pe-
percerunt,
noster
sermo
discurrat?
Romanos
ipsos
vi-
deamus
:
ipsos,
inquam,
recolamus
respiciamusque
Ro-
manos,
de
quorum
præcipua
laude
dictum
est,
Parcere
subjectis,
et
debellare
superbos
:
et
quod
accepta
injuria
ignoscere,
quam
persequi
male-
bant
:
quando
tot
tantasque
urbes,
ut
late
dominarentur
,
expugnalas
captasque
everterunt,
legatur
nobis
quæ
tem-
pla
excipere
solebant,
ut
ad
ea
quisquis
confugisset,
li-
beraretur.
An
illi
facichant,
et
scriptores
earumdem
re-
70
SAINT
AUGUSTIN.
écrivains,
si
atténtifs
à
recueillir
tout
ce
qui
peut
être
matière
à
louange,
eussent
omis
ce
qu’il
y
a
,
de
leur
aveu
,
de
plus
recommandable,
des
actes
de
piété?
Le
grand
Marcellüs,
vain-
queur
de
Syracuse,
pleura,
dit-on,
sur
le
sort
de
cette
ville
superbe,
qui
bientôt
ne
devait
plus
être
qu'un
nom,
et
répandit
des
larmes
sur
la
victime
dont
il
allait
répandre
le
sang.
Que
dis-
je
2
il
alla
jusqu’à
ordonner
qu’on
respectât
l'hon-
peur
de
l'ennemi.
Avant
de
donner
le
signal
de
l'assaut,
il
porta
défense
expresse
de
faire
vio-
Jence
à
aueune
personne
libre.
La
ville,
néan-
moins,
fut
saccagée
à
l'ordinaire,
et
l’on
ne
lit
nulle
part
qu’un
capitaine
si
chaste
et
si
clément
ait
ordonné
qu’on
épargnât
ceux
qui
se
réfugie-
raient
dans
tel
ou
tel
temple
:
ce
que
bien
certai-
nement
les
historiens
n'auraient
eu
garde
de
passer
sous
silence,
eux
qui
n’ont
oublié
ni
ses
larmes
ni
son
édit
en
faveur
de
la
chasteté.
Fa-
bius,
celui
qui
détruisit
Tarente,
est
loué
pour
s'être
abstenu
de
voler
les
statues
des
dieux.
Comme
son
secrétaire
lui
demandait
ce
qu'il
voulait
qu'on
fit
de
ces
statues,
qui
étaient
en
fort
grand.
nombre,
il
S’enquit
de
ce
qu'elles
étaient;
et,
ayant
appris
qu'il
y
en
avait
plu-
sieurs
de
hauteur
colossale
et
même
qui
étaient
armées,
«
Laissons
aux
Tarentins,
dit-il
en
plai-
santant,
leurs
dieux
irrités.
»
Or,
puisque
les
historiens
romains
n’ont
point
omis
les
larmes
ni
la
chaste
compassion
de
Marcellus
,
ni
la
mo-
dération
spirituelle
de
Fabius,
comment
peut-
on
croire
qu'ils
eussent
oublié
un
trait
aussi
remarquable
que
celui
dont
nous
parlons,
de
|
commander,
en
l'honneur
de
quelqu'un
de
rum
gestarum
ista
reticebant
?
Jtane
vero,
qui
ea
quæ
Jaudarent
maxime
requirebant,
ista
præclarissima
secun-
dum
ipsos
pietatis
indicia
præterirent
?
Egregius
Romani
nominis
Marcus
Marcellus,
qui
Syracusas
,
urbem
orna-
tissimam
,
cepit,
refertur
eam
prius
flevisse
ruituram,
et
ante
ejus
sanguinem
suas
illi
lacrymas
effudisse.
Gessit
et
euram
pudicitiæ
,
étiam
in
hoste
servandæ.
Nam
prius-
quam
oppidum
victor
jussisset
invadi,
constituit
edicto,
ne
quis
corpus
liberum
violaret.
Eversa
est
tamen
civitas
more
bellorum,
nec
uspiam
legitur
ab
imperatore
tam
easto
atque
clement
fuisse
præceptum,
ut
quisquis
ad
illud
vel
illud
templum
fugisset,
abiret
illæsus.
Quod
uti-
que
nullo
modo
præterirelur
,
quando
nec
ejus
fletus
,
n°c
quod
edixerat
pro
pudicitia
minime
violanda,
potuit
ta-
ceri.
Fabius,
Tarentinæ
urbis
eversor,
à
simulacrorum
deprædatione
se
abstinuisse
laudatur.
Nam
cum
ei
scriba
susgessisset
quid
de
signis
deorum,
quæ
multa
capla
fuerant,
fieri
juberet,
continentiam
suam
etiam
jocando
condivit.
Quæsivit
enim
cujusmodi
essent
:
et
cum
ei
non
solum
multa
grandia
,
verum
etiam
renuntiarentur
ar-
mata,
«
Relinquamus
,
»
inquit,
«
Tarentinis
deos
ira-
tos.
»
Cum
igitur
nec
illius
fletum,
nec
hujus
risum,
nec
illius
castam
misericordiam
,
nec
hujus
facetam
‘Gone
tinentiam,
Romanarum
rerum
"gestarum
scriptores
la-
cere
potuerint
quando
prætermitteretur
,
si
aliquibus
lominibus
in
honoïem
cujuspiam
deorum
suorum
sic
leurs
dieux,
qu’on
ne
fit
aucun
mal
à
ceux
qui
se
seraient
réfugiés
dans
ses
temples
?
CHAPITRE
Vi.
Que
les
actes
de
cruauté
qui
ont
éte
commis
dans
Rome
par
les
barbares
doivent
étre
im:-
putés
aux
lois
de
la
querre
;
que
les
actes
de
clémence
doivent
étre
attribués
à
la
puissance
du
nom
de
Jésus-Christ.
Tout
ce
qui
s’est
commis
d’atroce
dans
cette
récente
calamité
de
Rome,
dévastation,
meurtre,
pillage,
incendie,
tout
cela
est
une
des
suites
ordinaires
de
la
guerre.
Mais
ce
qu'on
à
vu
d’inusité
et
d’inoui
,
des
barbares
s’adoucissant
au
point
de
choisir
de
vastes
basiliques
pour
mettre
plus
de
monde
à
l'abri
de
leur
férocité;
d'ordonner
qu’on
n’y
frappe
personne,
qu’on
n’en
arrache
personne
;
d’y
conduire
même
les
vaincus
pour
assurer
leur
liberté,
et
d’en
faire
un
asile
inviolable
contre
la
cruauté
et
les
droits
de
la
victoire,
C’est
au
nom
du
Christ,
c’est
à
l'ère
chrétienne
qu’il
faut
en
faire
honneur.
Qui
ne
le
voit,
est
aveugle
;
qui
le
voit
et
n’en
loué
pas
Dieu,
est
ingrat;
qui
ne
veut
pas
qu’on
l'en
loue,
est
insensé.
A
Dieu
ne
plaise
qu'aucun
homme
sage
en
rapporte
la
gloire
à
des
barba-
res!
Celui-là
seul
a
jeté
l'épouvante
dans
des
âmes
si
farouches
et
si
inhumäaines,
celui-là
seül
les
a
contenues
et
si
miraculeusement
adoucies,
qui
a
dit
il
y
a
si
longtemps,
par
la
bouche
du
prophète
:
«
Je
visiterai
leurs
iniquités
avec
la
verge,
etleurs
péchés
avec
le
fouet;
maïs
je
n6
leur
retirerai
pas
ma
miséricorde.
»
pepereissent
,
ut
in
quoquam
templo
cædem
vel
captivita-
tem
fieri
prohiberent
?
CAPUT
VH.
Quod
in
eversione
Urbis
quæ
aspere
gesta
sunt,
de
consuetudine
acciderint
belli;
quæ
vero
clementer,
de
potentia
provencerint
nominis
Christi.
Quidquid
ergo
vastalionis,
trucidationis,
deprædatio:
nis,
Concremationis,
afflictionis,
in
ista
recentissima
Ro:
mana
clade
commissum
est,
fecit
hoc
consuetudo
bello:
rum.
Quod
aütem
novo
more
factum
est,
quod
inusitata
rerum
facie
immanitas
barbara
tam
mitis
apparuit,
ut
amplissimæ
basilicæ
implendæ
populo
cui
parceretur,
eli:
‘serentur
et
decernérentur,
ubi
nemo
feriretur,
undenemo
raperetur,
quo
Hberandi
multi
a
miserantibus
hostibus
du-
cerentur,
unde
captivandi
ulli
nec
a
crudelibus
bostibusab-
ducerentur;
hoc
Christi
nomini,
hoc
christiano
tempori
tribuendum
quisquis
non
videt,
cæcus;
quisquis
videl
nec
laudat,
ingratus
;
quisquis
laudanti
reluctatur,
insanus
est.
Absit
ut
prudens
quisquam
hoc
feritati
imputet
Bar-
barorum.
Truculentissimas
et
sævissimas
mentes
ille
ter-
ruüit,
ille
frenavit,
ille
miräbiliter
tempéravit,
qui
per
prophetam
tanto
ante
prædixit
:
Visifabo
in
virga
int
quitates
eorum,
et
in
Jlagellis
peccata
eorum
;
Mise:
ricordiam
autlem
meam
non
dispergam
ab
eis.
LA
CITE
DE
DIEU,
LIVRE
I.
77
«
Ne
craignez
point
ceux
qui
tuent
le
corps
et
ne
peuvent
tuer
l'âme,
»
si
rien
de
tout
ce
que
l’en-
nemi
peut
faire
aux
corps
de
ceux
qu’il
a
tués
était
capable
de
leur
nuire
pour
lPautre
vie?
A
moins
qu'il
ne
se
trouve
un
homme
assez
dérai-
sonnable
pour
prétendre
qu’on
ne
doit
pas
crain-
dre,
avantla
mort,
ceux
qui
peuvent
tuer
lecorps,
mais
qu'on
doit
les
craindre
après
la
mort,
parce
qu’ils
peuvent
empêcher
qu’on
ne
donne
la
sépul-
ture
aux
corps
qu’ils
ont
tués.
Jésus-Christ
aurait
done
dit
faussement
:
«
Ne
craignez
pas
ceux
qui
tuent
le
corps
et
qui
ensuite
ne
peuvent
plus
rien,
»
s'ils
peuvent
encore
faire
tant
de
mal
à
des
cadavres?
Loin
de
nous
de
croire
que
ce
qu’a
dit
la
Vérité
soit
faux
!
Il
est
dit,
en
effet,
qu'ils
font
quelque
chose
au
momentoüils
tuent,
parce
que
le
corps
vivant
est
sensible
au
coup
qui
le
tue;
mais
qu'après
ils
ne
peuvent
plus
rien,
parce
qu’un
cadavre
n’a
pas
de
sentiment.
II
est
donc.
vrai
que
la
terre
n’a
pas
couvert
les
corps
d’un
grand
nombre
de
chrétiens;
mais
personne
n’en
a
pu
retrancher
aucun
du
ciel
ni
de
la
terre,
que
remplit
toute
de
sa
présence
ce-
lui
qui
sait
comment
il
doit
ressusciter
ce
qu'il
a
créé,
Le
Psalmiste
dit
bien
:
«
[ls
ont
exposé
les
corps
de
vos
serviteurs
pour
servir
de
pâture
aux
oiseaux
du
ciel
et
aux
bêtes
de
la
terre;
ils
ont
répandu
leur
sang
comme
l’eau
autour
de
Jéru-
salem,
et
il
n’était
là
personne
pour
les
enseve-
liri»
Mais
il
parle
ainsi
pour
exagérer
plutôt
la
cruauté
des
vainqueurs
que
le
malheur
des
vain-
cus.
Cela
paraît
dur
et
cruel
aux
hommes
;
mais,
«aux
yeux
de
Dieu,
la
mort
de
ses
saints
est
toujours
précieuse.
»
Aussi
tout
le
reste,
c’est-à-
_dire
le
soin
des
funérailles,
le
choix
de
la
sépul-
ture,
la
pompe
des
obsèques,
tout
cela
est
destiné
modo
diceret
Veritas,
Nolite
timere
eos
qui
cor
pus
occi-
dunt,
animam
aulem
non
possunt
occidere;
si
quid-
quam
obesset
futuræ
vitæ,
quidquid
inimici
de
corpori-
bus
occisorum
facere
Voluissent.
Nisi
forte
quispiam
sic
absurdus
est,
ut
contendat
eos,
qui
corpus
occidunt,
non
debere
timeri
ante
mortem,
ne
corpus
occidant
,
et
timeri
debere
post
mortem,
ne
corpus
occisum
sepeliri
non
si-
nant.
Falsum
est
ergo
quod
ait
Christus,
Qui
corpus
oc-
cidunt,
et
postea
non
habent
quid
faciant;
si
habent
tanta
quæ
de
cadaveribus
faciant.
Absit
ut
falsum
sit
quod
Veritas
dixit.
Dictum
est
enim
aliquid
eos
facere
cum
occidunt,
quia
in
corpore
sensus
est
occidendo;
postea
vero
nihil
habere
quod
faciant,
quia
nullus
sensus
est
in
corpore
occiso.
Multa
itaque
corpora
Christianorum
terra
non
texit
:
sed
nullum
eorum
quisquam
a
cœlo
et
terra
separavit,
quam
totam
implet
præsentia
sui,
qui
novit
unde
resuscitet
quod
creavit.
Dicitur
quidem
in
Psalmo,
Posuerunt
mortalia
servorum
tuorum
escas
volatilibus
cœli,
carnes
sanctorum
tuorum
bestiis
terræ
:
effuderunt
sanguinem
eorum,
sicut
aquam
,
in
circuitu
Jerusalem,
et
non
erat
qui
sepeliret
:
sed
magis
ad
exaggerandam
crudelitatem
eorum
qui
ista
fece-
runt,
non
ad
eorum
infelicitatem
qui
ista
perpessi
sunt.
Quamvis
enim
hæc
in
conspectu
hominum
dura
et
dira
RANCE
STE
À
a
pe
et
ee
net
D
nt
cr
no
CREER
ER
ARE
ERES
RER
EEE
RE
EE
Eee
{
plutôt
à
consoler
les
vivants
qu'à
soulager
les
morts.
Si
de
riches
funérailles
profitaient
à
l’im-
pie,
une
sépulture
commune
ou
le
défaut
de
sépulture
nuirait
à
l'homme
pieux.
Cette
foule
de
serviteurs
qui
suivait
le
corps
de
ce
riche
mort
dans
la
pourpre,
dont
parle
l'Évangile,
compo-
sait
aux
yeux
des
hommes
de
magnifiques
obsè-
ques;
mais
combien
plus
éclatantes
étaient
aux
yeux
de
Dieu
celles
que
firent
les
anges
à
ce
pau-
yre
couvert
d’ulcères
!
Ils
ne
déposèrent
pas
son
corps
dans
un
tombeau
de
marbre,
mais
ils
l’em-
portèrent
dans
le
sein
d'Abraham.
Cela
fait
rire
ceux
contre
qui
j'ai
entrepris
de
défendre
la
Cité
de
Dieu
;
et
cependant
leurs
phi-
losophes
même
ont
fait
profession
de
mépriser
le
soin
de
la
sépulture,
et
souvent
des
armées
en-
tières
,
contentes
de
mourir
pour
la
patrie-terres-
tre,
ne
se
sont
pas
souciées
de
ce
que
devien-
draient
leurs
corps
après
la
mort,
et
de
quelles
bêtes
ils
seraient
la
pâture.
C’est
ce
qui
a
fait
dire
à
un
poëte
ce
mot
généralement
applaudi
:
«
Le
ciel
couvre
le
corps
de
qui
n’a
point
de
tombeau.
»
Combien
moins
sont-ils
fondés
à
insulter
aux
chrétiens
de
ce
que
leurs
corps
sont
restés
sans
sépulture,
puisqu'il
a
été
promis
aux
chrétiens
que
leur
chair,
que
tous
leurs
membres
redeman-
dés
non-seulement
à
la
terre,
mais
à
tous
les
autres
éléments
auxquels
ils
se
seraient
mélés,
surgiraient
des
abimes
de
la
mort
pour
former.
de
nouveau
un
corps
vivant
!
CHAPITRE
XIII.
Pourquoi
il
faut
ensevelir
les
corps
des
fidèles.
Ce
n’est
pas
néanmoins
une
raison
d’abandon-
ner
avec
mépris
les
corps
de
ceux
qui
sont
morts,
videaniur
;
sed
pretiosa
in
conspectu
Domini
mors
sanc-
torum
ejus.
Proinde
omnia
ista,
id
est,
curatio
funeris,
conditio
sepulturæ,
pompa
exsequiarum,
magis
sunt
vi-
vorum
solatia,
quam
subsidia
mortuorum.
Si
aliquid
pro-
dest
impio
sepullura
pretiosa,
oberit
pio
vilis
aut
nulla.
Præclaras
exsequias
in
conspectu
hominum
exhibuit
pur-
purato
ill
diviti
turba
famulorum
;
sed
multo
clariores
in
conspectu
Domini
ulceroso
illi
pauperi
mimsterium
præ-
buit
Angelorum
,
qui
eum
non
extulerunt
in
marmoreum
tumulum,
sed
in
Abrahæ
gremium
sustulerunt.
Rident
hæc
illi
contra
quos
defendendam
suscepimus
civitatem
Dei.
Verumtamen
sepulturæ
curam
etiam
eorum
philosophi
contempserunt
:etsæpe
universi
exercitus,
dum
pro
terrena
patria
morerentur,
ubi
postea
jacerent,
vel
qui-
bus
bestiis
esca
fierent,
non
curarunt
:
licuitque
de
hac
re
poetis
plausibiliter
dicere.;
Cœlo
tegilur
qui
non
habet
urnam.
Quanto
minus
debent
de
corporibus
insepultis
insultare
Christianis,
quibus
et
ipsius
carnis
et
membrorum
om-
nium
reformatio
non
solum
ex
terra,
verum
etiam
ex
aliorum
elementorum
secretissimo
sinu,
quo
dilapsa
ca-
davera
recesserunt,
in
temporis
punclo
reddenda
et
redin-
tesranda
promittitur?
78
surtout
des
justes
et
des
fidèles,
dont
le
Saint-
Esprit
a
daigné
se
servir
comme
d'instruments
et
de
vases
pour
toutes
sortes
de
bonnes
œuvres.
Si
la
robe d’un
père
ou
son
anneau,
ou
tel
autre
objet
semblable,
est
d'autant
plus
précieux
pour
ses
enfants
que
sa
mémoire
leur
est
plus
chère,
à
plus
forte
raison
devons-nous
prendre
soin
du
corps,
qui
nous
est
bien
plus
étroitement
uni
qu'un
vêtement
quel
qu’il
soit,
puisqu'il
n’est
pas
seulement
pour
l’homme
un
ornement,
un
secours
extérieur,
mais
qu’il
fait
même
partie
de
sa
nature.
De
là
le
zèle
pieux
avec
lequel,
aux
anciens
jours,
on
rendait
aux
restes
des
jus-
tes
les
devoirs
funèbres;
de
là
la
pompe
de
leurs
obsèques
,
le
soin
de
leur
sépulture,
et
ces
ordres
qu'eux-mêmes,
durant
leur
vie,
donnaient
à
leurs
enfants
d’ensevelir
ou
de
transporter
leurs
corps.
Fobie
est
loué
dans
l’Écriture
d’avoir
enseveli
les
morts,
et
l'angetémoigneque
c’est
ce
qui
attirasur
lui
les
grâces
de
Dieu.
Notre-Seigneur
lui-même,
qui
devait
ressusciter
le
troisième
jour,
n’a
pas
laissé
de
relever
et
de
vouloir
qu’on
publiât
‘comme-une
bonne
œuvre
l'action
de
cette
femme
pieuse
qui
répandit
sur
lui
un
parfum
précieux,
eomme
pour
l’ensevelir
par
avance.
L'Évangile
parle
aussi
avec
éloge
de
ceux
qui
reçurent
son
corps
à
la
descente
de
la
croix,
et
prirent
soin
de
le
couvrir
d’un
linceul
et
de
l'ensevelir
hono-
rablement.
Or
ces
exemples
vénérables
ne
prou-
vent
pas
que
les
cadavres
conservent
aucun
sen-
timent
,
mais
ils
font
entendre
que
la
providence
de
Dieu
ne
cesse
pas
de
veiller
sur
les
corps
de
ceux
quisont.morts,
et
que
ces
devoirs
de
piété
CAPUT
XII.
Que
sil
ratio
sanctorum
corpora
sepeliendi.
Nec
ideo
tamen
contemnenda
et
abjicienda
sunt
corpora
defunctorum,
maximeque
justofum
afque
fidelium
,
qui-
-bus-tanquamorganis
et
vasis
adomnia-bona
opera
sanctus
“wsusest
Spiritus.
Si
enim
paterna
vestis
et
annulus,
ac
si
quid
hujusmodi,
tanto
charius
est
posteris,
quanto
erga
-parentes
major
affectus
;
nullo
modo:
ipsa
spernenda
sunt
-corpora,
quæutique
multo
familiarius
atque
conjunctius
,
quam
quælibet
indamenta
,
gestamus.
Hæc
enim
non
ad
-ornamentum
vel
adjütorium
;quod
adhibetur
extrinsecus,
sed
ad
ipsam
naturam
hominis
pertinent:
Unde
et
antiquo-
rum
justorum
funera
officiosa
pietate
curata
sunt,
et
ex-
sequiæ
celebratæ,
et
sepultura:provisa
:‘ipsique
dum
vi-
verent,
de
sepeliendis,
vel
etiam:transferendis
suis
Cor-
poribus
filiis
mandaverunt
:
et
Tobias
sepeliendo
mortuos
Deum
promeruisse,
teste
angelo,
commendatur.
Ipse
quoque
Dominus
die
tertio
resurrecturus,
religiosæ:mu-
lieris
bonum
opus
prædicat,
prædicandumque
commendat,
quod
unguentum
pretiosam
super
membra
ejus
effuderit,
atque
hoc
ad
eum
sepeliendum
fecerit.
Et
laudabiliter
commeémorantur
in
Evangelio
qui
corpus
ejus
de
cruce
-acceptum
diligenter
atque
honorifice
tegendum
sepelien-
dumque
curarunt.
Verum
istæ
auctoritates
non
hoc
admo-
“nent,
quod
insit
ullus
cadaveribus
.sensus
;
sed
ad
Dei
providentiam,
cui
placent
etiam
talia
pietatis
officia,
cor-
PA
2
Re
EEE
RE
te
ga
PE
LE
ee
EEE
ER
QE
rue
Ré
pt
pe
gt
rép
op
ue
RE
ES
SAINT
AUGUSTIN.
sr
phreo
Oe
lui
sont
agréables,
parce
qu’ils
sont
un
témoi-
à
gnage
utile
de
la
foi
à
la
résurrection.
Par
fi
nous
apprenons
encore
combien
doit
être
grande
la
rémunération
des
aumônes
que
nous
faisons
:
à
ceux
qui
ont
la
vie
et
le
sentiment,
si
même.
ces
devoirs
de
charité,
que
nous
rendons
à
dé
corps
inanimés
,
ne
sont
pas
perdus
devant
Diey.…
Il
y
a
encore
d’autres
mystères
cachés
som
ces
ordres
que
les
saints
patriarches,
remplis
d'un.
esprit
prophétique,
donnaient
à
leursenfants
d'in
humer
leurs
corps,
ou
de
les
transporter
danser
sépulcre
de
leurs
pères
;
mais
ce
n’est
point
icilé
lieu
de
traiter
cette
matière,
et
ce
quej'enaidi…
doit
suffire.
Si
donc
la
privation
des
choses
né
cessaires
à
la
vie,
comme
la
nourriture
et
le
y
tement,
ne
brise
pas,
toute
pénible
qu’elle
est,
Ja
patience
des
bons,
et,
loin
de
déraciner
h
piété
dans
leurs
cœurs,
l'exerce
et
la
féconde,
combien
est-il
plus
vrai
de
dire
que,
lorsque
leurs
corps
ne
reçoivent
pas
ces
derniers
offices
de
piété
que
l’on
rend
d'ordinaire
aux
morts,
ch
ne
trouble
pas
leur
repos
dans
leurs
saintes
à
bienheureuses
demeures
!
Ainsi,
quand
ces
pieux
devoirs
ont
manqué
aux
cadavres
des
chrétiens
dans
la
désolation
de
Rome
ou
de
toute
autre
ville,
ce
n’est
ni
une
faute
de
la
part
des
vivants,
qui
n'ont
pu
s’en
acquitter,
ni
une
peine
pourlé
morts,
qui
n'ont
pu
sentir
cette
privation.
CHAPITRE
XIV.
De
la
captivité
et
de
ses
consolalions.
Mais
des
chrétiens
ont
été
emmenés
captifs!
C'est
sans
doute
un
très-crand
malheur,
ik
pora
quoque
mortuorum
pertinere
significant,
propter
fidem
resurrectionis
adstruendam.
Ubictillud
salubriterdiscitur,
quanta
possit
esse
remuneratio
pro
eleemosynis,
quasi:
ventibus
.et
sentientibus
exhibemus,
si
neque.
hoc
api
Deum-perit,
quod
exanimis
hominum
membris
officii
di
ligentiæque
persolvitur.
Sunt
quidem
et
alia,
quæ
sancli
Patriarchæ
de
corporibus
suis
vel
condendis
vel
transfe
rendis.prophetico
spiritu
dicta
intelligi
voluerunt:n0n
autem
hic
locus
est,
ut
ea
pertractemus,
cum
sufficiant
ista
quæ
diximus.
Sed
siea
quæ
sustentandis
viventibus
sunt
necessaria,
sicut
victus
et
amictus,
quamvis
in.
gravi
afflictione
desint,
non
frangunt
in
bonis
perferendi
tolerandique
virtutem,
nec
eradicant
ex
animo
pietaten,
sed.
exercifatam
faciunt
fecundiorem
:.quanto
magis,
cun
desunt
ea
quæ
curandis
funeribus
condendisque
corpori
bus
defunctorum
adbiberi
solent,
non
efficiunt,
miseros.in
-oceultis
piorum
sedibus
jam
quietos?
Ac
per
hoc,
quando
isla
cadayeribus.
Christianorum
inilla
magnæ
urbis,
sel
-etiam
aliorumoppidorum
vastatione
defuerunt;
nec
vivo
rum
culpa
est,
qui
non
potuerunt
ista
præbere,
nec
pæœna
mortuorum,
qui
non
possuntis(a
sentire.
GAPUT
XIV.
De
captivitate,
sanctorum,.
quibus
nunguam
divint
à
solatia
defuerunt.
Sed
multi,
inquiant,
Christiani
etiam
captivi
ducti
sun.
Hocsane
miserrimum
est,
si
aliquo
duci
potuerunt
;
ubi
LA
CITÉ
DE
DIEU,
LIVRE
f..
ont
pu
être
emmenés
quelque
part
où
ils
n'aient
pu
trouver
leur
Dieu.
Mais
nous
trouvons
encore,
dans
les
saintes
Ecritures,
de
grandes
consolations
contre
une
affliction
de
ce
genre.
Les
trois
en-
fants
de
Babylone
furent
captifs,
Daniel
le
fut
aussi
,
‘et
d’autres
prophètes
;
et
Dieu
ne
manqua
pas
de
les
consoler.
Doit-on
s'étonner
que
Dieu
n'ait
pas
abandonné
ses
serviteurs
sous
la
domi-
nation
de
maîtres
barbares,
mais
hommes
après
tout,
lui
qui
n’abandonna
pas
un
prophète
dans
le
ventre
même
d'une
bête
?
Je
sais
que
ceux
à
qui
jai
affaire
aiment
mieux
rire
que
de
croire
;
et
cépendant
ils
croient,
sur
la
foi
de
leurs
au-
teurs,
qu'Arion
de
Méthymne,
le
célèbre
musi-
cien,
ayant
été
jeté
dans
la
mer
par
les
mate-
lots
du
pavire
qui
le
portait,
fut
conduit
au
ri-
vace
par
un
dauphin
qui
l’avait
reçu
sur
son
dos.
Mais
l’histoire
du
pr'ophète
Jonas
est
plus
incroya-
ble.
Oui,
elle
est
plus
incroyable,
car
elle
est
plus
merveilleuse;
et
elle
est
plus
merveilleuse,
parce
qu’elle
est
l'œuvre
d’une
main
plus
puis-
sante.
CHAPITRE
XV.
La
piétéde
Réqulus
envers
les
dieux
n'empécha
pas
les
Carthaginoïs
de
le
faire
mourir.
‘On
trouve
aussi
néanmoins,
parmi
les
beaux
traits
de
leurs
hommes
illustres,
un
célèbre
exem-
ple
de
captivité
volontaire
pour
cause
de
religion.
Régulus,
général
romain
,
avait
été
pris
par
les
Carthaginois
:
ceux-ci,
qui
aimaient
mieux
re-
couvrer
leurs
prisonniers
que
de
retenir
ceux
des
Romains,
l’envoyèrent
à
Rome
avec
leurs
ambas-
sadeurs
pour
traitér
de
cet
échange,
après
l’a-
Deum
suum
non
invenerunt.
Sunt
in
Scripturis
sanctis
hujus
etiam
cladis
magna
solatia.
Fuerant
in
captivitate
tres
pueri,
fuit
Daniel,
fuerunt
alii
prophetæ
:
nec
Deus
defuit
consolator.
Sic
ergo
non
deseruit
fideles
suos
sub
dominatione
gentis,
licet
barbaræ,
taämen
bumanæ,
qui
prophetam
non
deseruit
nec
in
visceribus
belluæ.
Hæc
quoque
illi,
cum
quibus
agimus,
malunt
irridere,
quam
crédere
:
qui
tamen
in
suis
litteris
credunt
Arionem
Me-
thymnæum,
nobilissimum
citharistam,
cum
esset
dejec-
tus
e
navi,
exceplum
delphini
dorso,
et
ad
terras
esse
pervectum.
Verum
illud
nostrum
de
Jona
propheta
incre-
dibilius
est.
Pläne
incredibilius,
quia
mirabilius
;
et
mira-
bilius,
quia
potentius.
CAPUT
XV.
De
Regulo,
in
quo
captivitatis,
ob
religionem
etiam
sponte
tolerandæ,
exstat
exemplum
:
quod
tamen
illi
deos
colenti
prodesse
non
potuit.
Habent
tamen
isti
de
captivitate
religionis
causa
etiam
sponte
toleranda
et
in
suis
præclaris
viris
nobilissimum
exemplum.
Marcus
Attilius
Regulus,
imperator
populi
Romani,
Captivus
apud
Carthaginienses
fuit.
Qui
cum
sibi
mallent
a
Romanis
suos
reddi,
quam
eorum
tencre
Cap
‘tivos
,
ad
hoc
impetrandum
etiam
istum
præcipue
Regu-
‘um
Cum
Jegatis
suis
Romam
miserunt
prius
,
jurafione
AUREL
EU
PIS
DE
e
ALERTE
LIRE
EEE
EP
OS
SRE
——
"
RARE
RAR
NL
LL
te
A
CS
a
Et
pod
a
de
ARE
ed
ere
ee
te
ee
een
Je
D
ee
19
voir
obligé
par
serment
de
revenir
à
Carthage,
s'il
ne
réussissait
pas
à
faire
agréer
leur
proposi-
tion.
Régulus
partit;
mais,
ne
jugeant
pas
l’é-
change
avantageux
à
la
république,
il
en
dissuada
le
sénat
:
après
quoi,
sans
y
être
forcé
par
ses
concitoyens,
mais
volontairement
et
pour
ne
point
manquer
à
son
serment,
il
retourna
chez
l'ennemi.
Les
Carthaginois
le
firent
périr
dans
d'affreux
supplices,
inventés
exprès
pour
lui.
On
l'enferma
dans
un
coffre
étroit,
intérieurement
hérissé
de
clous
aigus,
où,
contraint
de
se
tenir
debout,
et
ne
pouvant
s'appuyer
d'aucun
côté
sans
d’horribles
souffrances
,
il
mourut,
faute
de
sommeil.
C’est
assurément
avec
raison
qu'ils
louent
la
vertu
de
cet
homme,
plus
grande
en-
core
que
son
malheur.
Et
cependant
il
avait
juré
par
ces
dieux
dont
le‘culte
aujourd’hui
dé-
fendu
est,
dit-on,
la
cause
descalamités
du
monde.
Si
donc
ces
dieux,
qu'on
honoraït
en
vue
&un
bonheur
temporel,
ont
voulu
où
permis
qu’un
si
religieux
observateur
de
la
foi
jurée
endurât
un
tel
supplice,
qu’auraient-ils
pu
faire
de
pis
con-
tre
un
parjure?
Or,
voici
le
dilemme
que
je
pro-
pose
à
nos
adversaires.
Tel
était
le
respect
de
Régulus
pour
les
dieux,
qu'il
croyait
que
son
serment
ne
[ui
permettait
pas
de
rester
dans
sa
patrie,
ni
de
se
retirer
ailleurs
;
mais
que
ce
ser-
ment
l’obligeait
à
retourner
chez
ses
plus
cruels
ennemis.
S’il
pensait
que
cette
résolution
düt
tourner
à
son
avantage
pour
cette
vie,
il
se
trom-
pait
certainement,
puisqu'il
la
finit
d’une
ma-—
nière
si
affreuse.
II
fit
voir,
par
son
exemple,
que
le
culte
des
dieux
ne
sert
de
rien
pour
la
fé-
licité
temporelle,
puisque
un
homme
qui
était
constrictum,
si
quod
volebant
minime
peregisset,
reditu-
rum
esse
Carthaginem.
Perrexif
ille,
afque
in
senatu
con-'
traria
persuasit,
quoniam
non
arbitrabatur
utile
esse
Ro-
maræ
reipublicæ
miutare
captivos.
Nec
post
hanc
persua-
sionem
a
suis
ad
hostes
redire
compulsus
est;
sed
quia
juraverat,
id
sponte
complevit.
At
illi
eum
excogitalis
at-
que
horrendis
cruciatibus
necaverunt.
Inclusum
quippe
angusto
ligno,
ubi’sfare
cogeretur,
clavisque
acutissimis
undique
confixo
,
ut
sein
nullam
ejus
partem
sine
pœnis
atrocissimis
inclinaret,
etiam
vigilando
peremerunt.
Me-
rito
certe
laudant
virtutem
tam
magna
infelicitate
majo-
rem.
Et
per
deos
ille
juraverat,
quorum
eultu
prohibito,
bas
generi
humano
clades
isti
opinantur
infligi.
Qui
ergo
propterea
colebantur,
utistam
vitam
prosperam
redderent,
si
verum
juranti
has
irrogari
pœnas
seu
voluerunt
,
seu
permiserunt,
quid
pérjuro
gravius
irati
facere
potuerunt?
‘Sed
eur
non
ratiocinationem
meam
potius
ad
utrumque
concludam?
Deos
certe
sic
ille
coluit,
ut
propter
jurisju-
randi
fidem
nec
remaneret
in
patria,
mec
inde
quolibet
ire,
sed
ad
suos
acerrimos
inimicos
redire
minime
dubi-
taret.
Hoc
si
huic
vitæ
utile-existimabat,
cujus
tam
hor-
rendum
exitum
meruit,
procul
dubio
fallebatur.
Suo
quippe
docuit
exemplo,
nihil
deos
ad
istam
temporalem
felicitatem
suis
prodesse
cultoribus
:
quandoquidem
ille
eorum
deditus
cultui,
et
victus
et
captivus
abductus
,
et
quia
noluit
aliter
quam
per
eos
juraverat
facere,
novo
ae
80
SAINT
AUGUSTIN.
si
attaché
à
ce
culte,
fut
vaincu,
emmené
captif,
et,
pour
n'avoir
pas
voulu
violer
le
serment
qu’il
avait
fait
par
ces
mêmes
dieux,
trouva
la
mort
dans
un
supplice
épouvantable
et
jusqu'alors
in-
connu.
Que
si
la
piété
envers
les
dieux
n'est
ré-
compensée
qu'après
cette
vie,
pourquoi
calomnier
le
christianisme?
Pourquoi
dire
que
le
malheur
de
Rome
n’est
venu
que
de
ce
qu’elle
avait
cessé
de
servir
ses
dieux,
puisqu'elle
aurait
pu
les
ser-
vir
religieusement
encore,
et
ne
pas
laisser
pour
cela
d’être
aussi
affligée
que
Régulus?
À
moins
qu’on
ne
s’aveugle
au
point
de
prétendre
que
tout
un
peuple
qui
sert
les
dieux
ne
saurait
être
mal-
heureux,
quoiqu’un
seul
individu
puisse
étre
comme
si
la
conservation
d’un
seul
répugnait
plus
à
la
puissance
de
leurs
dieux
que
la
conser-
vation
de
plusieurs.
Car
qu'est-ce
qu'un
peuple,
sinon
une
collection
d'individus
?
Diront-ils
que
la
vertu
a
pu
rendre
Régulus
heureux,
en
dépit
de
sa
captivité
et
de
ses
tour-
ments
?
Eh
bien
!
qu'ils
cherchent
donc
cette
vraie
vertu,
cette
vertu
capable
de
rendreégalement
une
république
heureuse.
Autre
n’est
pas
le
bonheur
d’une
république,
autre
le
bonheur
d'un
homme;
car
qu'est-ce
qu'une
république,
sinon
une
mul:
titude
d'hommes
réunis
par
le
lien
d’une
même
volonté?
C’est
pourquoi
je
n'examine
pas
pour
le
moment
quelle
était
la
vertu
de
Régulus.
Il
suffit
que
nos
adversaires
soient
forcés
de
recon-
naître,
dans
uu
exemple
si
éclatant,
que
l’on
ne
doit
pas
servir
les
dieux
pour
les
biens
du
corps,
pour
les
biens
extérieurs
et
passagers,
puisque
Réoulus
aima
mieux
en
être
privé,
que
d'offenser
les
dieux
qu'il
avait
pris
à
témoin.
Mais
que
peut-on
attendre
de
gens
qui
se
glorifient
d’avoir
prius
inaudito
nimiumque
horribili
supplici
genere
crucia-
tus
exstinctus
est.
Si
autem
deorum
cultus
post
hanc
vitam
velut
mercedem
reddit
felicitatem,
cur
calumnian-
tur
temporibus
christianis,
ideo
dicentes
Urbi
accidisse
illam
calamitatem,
quia
deos
suos
colere
destitit,
cum
potuerit
etiam
illos
diligentissime
colens
tam
infelix
fieri,
quam
ille
Regulus
fuit?
Nisi
forte
contra
clarissimam
veritatem
tanta
quisquam
dementia
miræ
cæcitatis
obni-
titur,
ut
contendere
audeat
universam
civitatem
deos
co-
lentem
infelicem
esse
non
posse,
unum
vero
hominem
posse;
quod
videlicet
potentia
deorum
suorum
multos
potius
sit
idonea
conservare,
quam
singulos;
cum
multi-
tudo
constet
ex
singulis.
Si‘autem
dicunt
M.
Regulum
etiam
in
illa
captivitate
illisque
cruciatibus
corporis,
animi
virtute
beatum
esse
potuisse;
virtus
potius
vera
quæratur,
qua
heata
possit
esse
et
civitas.
Neque
enim
aliunde
béata
civitas,
aliunde
homo
:
cum
aliud
civitas
non
sit,
quam
concors
hominum
multitudo.
Quamobrem
nondum
interim
disputo,
qualis
in
Regulo
virtus
fuerit
:
sufficit
nune,
quod
jisto
nobilis-
simo
exemplo
coguntur
fateri,
non
propter
corporis
bona,
vel
earum
rerum
quæ
extrinsecus
homini
accidunt,
co-
lendos
deos;
quandoquidem
ille
carere
his
omnibus
ma-
luit,
quam
deos
per
quos
juravit
offendere.
Sed
quid
faciamus
hominibus
quigloriantur
talem
se
habuisse
civem,
eu
un
telcitoyen,
et
qui
appréhendent
d’avoir
une
cité.
qui
lui
ressemble?
S'ils
ne
l’appréhendent
pas,
qu’ils
avouent
donc
que
ce
qui
est
arrivéà
Régulus
peut
arriver
à
une
cité
qui
honorele
dieux
aussi
religieusement
que
lui,
et
qu'ils
ces:
sent
de
calomnier
le
christianisme.
En
effet,
puis
que
la
question
s'est
élevée
au
sujet
des
chré
tiens
qui
ont
été
emmenés
captifs,
je
suis
en
droit
de
dire
à
ceux
qui
se
moquent
avec
autant
dim.
pudence
que
de
témérité
d’une
religion
qui
est
le
vrai
chemin
du
salut
:
Considérez
cet
exemple,
et
taisez-vous.
Car
si
l’on
n’a
point
reprochéà
leurs
dieux
qu'un
de
leurs
plus
scrupuleux
ado:
rateurs,
pour
ne
pas
leur
manquer
de
foi,
ait
été
exterminé
de
sa
patrie,
quoiqu'il
n’en
eût
point
privéd’autre,
etqu’entre
les
mains
de
ses
ennemis
il
ait
épuisé,
dans
une
longue
agonie,
tous
les
raf:
finements
d’une
cruauté
inouïe,
à
moins
forte
rai
son
doivent-ils
faire
un
crime
à
la
religion
chré:
tienne
de
la
captivité
de
quelques
fidèles,
puisque
les
chrétiens
vivent
dans
l'attente
d’une
patrie
meilleure
et
plus
sûre,
«
sachant
qu'ils
sont
étran:
gers
et
voyageurs
sur
cette
terre.
»
:
CHAPITRE
XVI.
La
violence
a-t-elle
pu
porter
atteinte
à
la
chas:
teté
des
femmes
chrétiennes
?
On
croit,
sans
doute,
avoir
trouvé
une
belle
occasion
de
honnir
les
chrétiens,
lorsque,
pour
exagérer
le
malheur
de
leur
captivité,
on
ajoute
que
non-seulement
des
femmes
mariées
et
des
vierges
destinées
au
mariage,
mais
des
religieu:
ses
même,
ont
été
violées.
Ce
qui
pourrait
s
qualem
timent
habere
civitatem?
Quod
si
non
timeni,
tale
ergo
aliquid,
quale
accidit
Regulo,
etiam
civitati
{an
diligenter,
quam
ille,
deos
colenti
accidere
potuisse
fatean:
tur,
et
christianis
temporibus
non
calumnientur.
Verum
quia
de
illis
Christianis
orta
quæstio
est,
qui
etiam
captivi
ducti
sunt;
hoc
intueantur
et
taceant,
qui
saluberrimæ
religioni
hinc
impudenter
atque
imprudenter
illudunt:
quia
si
düs
eorum
probro
non
fuit,
quod
atlentissimus
cultor
illorum
,
dum
eis
jurisjurandi
fidem
servaret,
patrià
caruit,
eum
aliam
non
haberet,
captivusque
apud
hostes
per
longam
mortem
supplicio
novæ
crudelitatis
occisus
est
:
mullo
minus
nomen
criminandum
est
christianum
in
captivitate
sacratorum
suorum,
qui
supernam
patrian
veraci
fide
exspectantes
,
etiam
in
suis
sedibus
peregrinos
se
esse
noverunt.
CAPUT
XVI,
An
stupris,
que
etiam
sanctarum
forte
virginum
est
passa
captivitas,
contaminari
potuerit
viréus
anim
sine
voluntatis
assensu.
Magnum
sane
crimen
se
putant
objicere
Christianis;
cum
eorum
exaggerantes
captivitatem,
addunt
etiam
stupra
commissa,
non
solum
in
aliena
matrimonia
xirgis
nesque
nupturas,
sed
etiam
in
quasdam
sanctimoniales:
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