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Supplément au Traité de la conservation des grains : contenant plusieurs nouvelles expériences une méthode plus simple de conserver les grains que celle qui a été publiée an 1754 ...

Duhamel Du Monceau, Henri-Louis, 1700-1782

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BjMaP'f Bi&jkRtâ SUPPLÉMENT AU TRAITÉ DE LA CONSERVATION DES GRAINSi CONTENANT Plusieurs nouvelles Expériences; une Méthode plus fimple de conferver les Grains que celle qui aété publiée en 1754-; &des Figures en taille-douce. PatM. DUHAMEL DU MONCEAU ,de l'Académie Royale des Sciences ;de la Société Royale de Londres ;des Académies de Petersbourg ,de Palerme &de l'InJUtut de Boulogne ;Honoraire de la Société à’Edimbourg,& de l'Académie de Marine • AJfocié àplujieurs Sociétés d'Agriculture Infpe- £îeur Général de la Marine. AVEC PLUSIEURS Mémoires d’Agriculture, adrelTés àl’Auteur. APARIS, Chez H.L. Guérin &L. F. Delatour , rue S. Jacques, àS. Thomas d’Aquin, M. DCC. LXV. Aviç Approbation Privilège du Roi. AVANT-PROPOS. On ajufqu’à préfent exagéré le produit des Terres àgrains relativement àla confommation des habitants. Les recherches que j’ai faites àce fujet me font croire qu’une bonne récolte peut nourrir la France pendant 14 mois ; d’autres eftiment quelle pourroit s’étendre jufqu’à 18;mais tout le monde regarde comme une exagération outrée ,de croire que le grain de la récolte d’une année puiffe fuffire àla fubfiftance de la France pendant trois ans. Je conviens que nos calculs font fondés fur des données trop incertaines , pour qu’on puiffe les regarder comme rigou.reufement exaéies ; mais quand on fe donne la peine de réfléchir fur les caufes de la variation du prix des grains ;on AVANT-?RO?OS. voit d’un côté que quand les moiffons ne réuffiffent pas ,la cherté des grains fe répand partout, ou qu’au moins leur prix augmente çonfidérablement 5ce qui prouve que la quantité des grains que l’on recueille en France ,n’eft pas auffi confidérable que quelques -uns fe le font imaginé. D’autre part, quand l’inconftance des faifons ne trompe pas l’efpérance des Laboureurs ,&que plufieurs bonnes récoltes fe fuccedent ,les grains tombent àun prix trop modique pour que le Cultivateur puiffe fatisfaire aux frais de l’exploitation de fes terres ;d’où l’on doit conclure que , dans ces circonftances ,la terre produit plus que les habitants ne peuvent confommer. Je ne me livrerai point ,pour le pr.éfent ,à des recherches plus précifes :ces çonfidérations générales fuffifent pour établir que' les bonnes am ÂFANT-PROPOS. V tiëes pouvant eompenfer les maüvaifes ,la fomme des grains récoltés Jfuffit abondartiment àla nourriture de tous les habitants du Royaume :cette conféquence devroit nous raffurer contre lacrainte des famines. Le moyen de s’en garantir eft fimple ;il ne faut point le chercher dans des chofes très-compliquées ;il ne faut point s’occuper de fpécülations ,ni avoir recours àdes réglements ôc àde nouvelles loix :tout fe réduit àavoir un peu de prévoyance ,& àfentir que quand on atrop d’une denrée pour la confommation d’une année ,il faut en conferver pour des temps où elle manquera infailliblement. Ne s’occuperat-on jamais que du préfent ?Maintenant que l’on eft dans l’abondance de grains ,refufera-t-on de convenir qu’une fage prévoyance nous peut difpenfer d’avoir recours àdes expédients forcés >& aiij xij AFANT-TROPOS: nir une grande quantité de grains. Mais j’ai trouvé le moyen de dimi-^ nuer confidérablement cet emplacement ;puifque dans une caiffe de 12 pieds de côtés, on peut renfermer autant de grains qu on en met ordinairement dans un grenier qui auroit idSo pieds quartés de fuperficie. MM. les Direéleurs du grand Séminaire de S. Sulpice àParis ont renfermé ,&confervent depuis trois ans 13 à14 muids de bled dans une caiffe qui n’a que 12, pieds de longueur^ 9pieds de largeur ,&7pieds de hauteur ; cette même quantité de grain auToit exigé un grenier de' 840 pieds quarrés de fuperficie ,fi on l’eût voulu conferver félon la méthode ordinaire. Dans la Maifon de S. Charles , près de la barrière de S. Lazare , on a* fait conftruire cinq caiffes qui ,toutes enfemble ,ont 40 pieds de longueur^ iz de largeur,, JF^JVT-PROPOS. xiij (Bc 97de hauteur ;elles contiennent 45^0 pieds-cubes de grain, ce qui fait environ loo inuids; Cette même quantité de grain qui n’occupe dans ces cinq caiffes qu’un emplacement de 480 pieds quarrés de fuperficie ,auroit exigé ,en fuivant l’ufage ordinaire , un grenier de l’étendue de 35'oo pieds quarrés. Je pourrois citer bien d’autres exemples ;mais ceux que je viens de rapporter^ fuffifent pour établir inconteftableinent, qu’au moyen de ces caiffes ou greniers clos ,on peut faire tenir une grande quantité de grain dans un petit efpace. Et il ne faut pas croire que la conhruêtion de ces greniers foit bien difpendieufe :les cinq caiffes de S. Charles qui font faites de planches épaiffes de Chêne, affemblées àrainures, &retenues avec de bonnes nioifes auflî de Chêne ,foutenues fur des dez de pierre de taille ,&de fortes fo-? .xiv AVANT-?ROPos, îives qui en fupportent le fond ; en un mot ,ces caiffes qui contiennent loo muids, n’ont coûté à Paris que 2700^ *. On peut encore en diminuer les frais ,en employant àcette conftruétion des bois plus communs que le Chêne. Il n’y a point de Maifon Religieufe ,d’Hôpital ,de Château où l’on ne trouve un irez -dechaulTée fec ,ou un lieu voûté par-delTous ,propre àétablir de pareilles caiffes ,plus ou moins grandes fuivant la quantité de grain qu’on auroit deffein de conferver. Je fuis perfuadé que dans beaucoup de Provinces, une caiffe capable de contenir 2^ muids, ne coûteroitpas plus de 300 livres ; ainfi je croîs avoir folidement levé la première difficulté. II. Difficulté. Il ya-peu à’an-' *Dans les Provinces on donne un écu par muid de Bled de loyer; ainfî pour loger cent muids, il en coûceroîc cent écus. En fiippofant que les caifles de 6* Charles euflent coûté mille écus ,ce qui n’eft pas , l'intérêt de cette femme ne feroit que iJolivres. AFANT-PROPOS. XTJ nées ou les grainsJoient defacile confervation :les bleds récoltés dans les années humides font toujours difpofés as’’ échauffer &àfe corrompre :en 17(^5 ,quand on avoit fini de remuer le grain déun grenier ,il commençoit àséchauffer vers le bout qu^on avoit remué en premier lieu; ces travaux occafionnent des frais confidérables qui deviennent très -à charge 5quand on ade grands ma^ gafins :le propriétaire ne peut pas avoir continuellement lesyeuxfurfes ouvriers :ceux-ci exécutent mal leur ouvrage; legrain s'échauffe,il prend me mauvaife odeur; &après avoir fait bien desfrais &pris beaucoup de peines ,on efifouventforcé de vendre fes grains àplus bas prix qu'on ne les avoit achetés. Je conviens que tout cela peut arriver en fuivant la méthode ordinaire ;mais on ne courra aucuu de ces rifques quand on voudra adopter ma méthode, qui confifte xvj AFANT-PROFOS, àfaire paffer lés grains par une étuve :cefl par ce moyen que je fuis parvenu àconferver auffi ailement ceux qui avoient été récoltés dans des aimés humides, & moiffonnés dans un temps pluvieux, en 17^3 &1754, que ceux de lamoiffon de \’j62 qui étoient très-fecs ,&fort aifés àconferver; j’ai aduellement du froment de chaque année, àcompter depuis 175' 8jufqu’à préfent ,qui fe trouve dans le meilleur état qifon puilTe defirer, fans qu’il ait été ni remué ,ni criblé ;en un mot , on n’a donné aucun foin àces grains depuis le moment qu’ils ont été renfermés dans mes greniers clos. Les uns font plus gros, plus hauts en couleur ,plus nets dé mauvaifes graines que les autres ,fuivant que les années ont été plus ou moins favorables à cette efpece de grain ;mais aucuns ne fe font échauffés >aucuns n’ont P'yîJVT-P ROP0s. xv'ij n’ont contradé de mauvaife odeur jtous font en état de faire de bon pain. Et qu’on ne croye pas que je me reftreigne àne rapporter ici que mes propres fuccès ;je peux citer plufieurs opérations faites en grand &en divers lieux :par exemple ,à Geneve ,àLyon ,ou un Procèsverbal qui yaété fait juridiquement ,par ordre de M. Bertin ; conftate les bons effets de l’étuve. On peut encore voir àParis ,dans la maifon de S. Charles^ des grains de la récolte de qui, après avoir été étuvés ,ont été mis dans un grenier ordinaire àcinq pieds d’épaiffeur ;cent muids de grains très-humides de la récolte de i7(Î4 renfermés dans des caiffes ;des grains de 17^2 &de i7<^3 queM. l’Abbé de Maubourg, Théologal de Sens ,&Adminiftrateur de l’Hotel-Dieu de la meme ville ,afait étuver ,&qu’il Sivnj AVANT-VROPOS. conferve dans des greniers clos pour la provifion de cet Hôpital ; M. Borel ,Lieutenant -Général de BeauvaiSj qui >après des expériences en petit ,s’eft déterminé àfaire conftruire une étuve &un grenier clos pour conferver les grains de fes redevances ,&Cy &c. Peut-on fe refufer àTévidence de faits démontrés vrais par tant d’opérations exécutées en grand? Car ,qu’on yfaffe attention , nous ne nous livrons point àde fimplesfpéculations ;nous ne prér fentons ici que des faits. III. DiFFicuLTÉ. Les Rats ,les Souris, &" les OifeauxJe nourrijfent de nos grains ;les Infectes les dévorent. J’avoue qu’en fuivant la méthode ordinaire ,on ne peut parvenir ,malgré beaucoup de foins &de dépenfe ,qu’à diminuer la rapine des Infeèles dont une grande partie renfermée dans le grain même ne peut être em- AyANT-PROPOS. xix \ portée par le crible; car, qu’on ne s’y trompe pas, non-feulement la Chenille des grains fe tient exadement renfermée dans chaque grain où elle s’eft logée , jufqu’à ce quelle fe foit métamorphofée en Papillon ;mais beaucoup d’autres ïnfeâes ,le Charanfon même ,prennent leur entier accroilfement dans l’intérieur du grain ;ce qui fait que , quoiqu’on en ait beaucoup emporté par l’opération du crible de fil de fer ,s’il furvient quelques chaleurs ,on en voit reparoître au bout de quelques jours une iramenfe quantité d’autres. On m’a écrit de Chartres ,& de plufieurs autres endroits abondants en grains ,qu’on yeft défolé par les Infeéles. Un particulier du pays de Caux m’a mandé qu’au commencement de Septembre 17<5’4 3il avoit déjà perdu le quart du grain qu’il avoir récolté en :vA? AVANT-VROTOS, I7<5’3 jpar la quantité prodigîeu» fe de fauffes teignes qui s’y é» toient attachées. Le défordre des Infedtes eft quelquefois fi terrible ,qu’il influe fur les difettes :je me rappelle une année où le grain étoit àbon marché jcomme il yavoir eu confécutivementplufieurs bonnes récoltes ,chacun avoir confervé fes grains, quelques-uns même profitant du bas prix en avoient acheté; il vint enfuite une mauvaife récolte qui n’alloit pas à une demi-année ,cependant les grains n’augmenterent pas de prix, parce que les Infedes s’y étant mis ;chacun s’empreffoit de vendre fon bled àbas prix ,pour ne pas perdre tout ;&les greniers fe vuiderent ainfi entièrement. La récolte fuivante ayant encore été mauvaife ,on éprouva une grande famine. Comme on paffoit fubitement de l’abondance àla difette AVANT-PROPOS, xxj on imagina d’abord qu’on receloit les grains ;&Ton ordonna des vifites dans les greniers ,qu’on trouva abfolument vuides ;la BeaulTe fi abondante en grains fut obligée de fe pourvoir de grains à la Halle de Paris ,&d’acheter ceux que le Miniftère avoit tirés de l’Etranger. Quant àmoi ,je n’ai jamais éprouvé le moindre dommage de la part d’aucune efpece d’Infeéte. En échauffant mon étuve plus que je ne l’avois fait précédemment , pour ôter au grain l’humidité qui le fait fermenter Jje fuis parvenu àfaire périr ,non-feulement tous les Infedles ,mais même tous leurs œufs; de forte que les grains que j’ai enfuite renfermés dans mes greniers exaêlement clos , ont été abfolument àl’abri des défordres que les infedes caufoient dans les greniers ordinaires. Par des Expériences que j’ai xxviij AVANT-PROPOS. n’ai prefque pas éprouvé de diminution fur les bleds de la récolté de 17(52. Ils étoient trèsfecs, &je ne les étuvois que pour faire piérir les infe(5les. Sur les grains de ^le déchet en niefure s’eft trouvé de -5— ,&en poids deÿg :quelquefois la diminution en poids aété de :enfin j’ai étuvé avec tout le foin poffible du bled de 17(53 qui étoit extrêmement humide ;il aperdu de fon poids. Au refte ,ce déchet n’eft pas réel, puifqu’on retrouve en pain ,beaucoup plus qu’on n’a perdu fur le grain ;d’ailleurs l’augmentation du prix des grains étuvés excede toujours de beaucoup les frais de l’étuve & le déchet ,foit en poids foit en mefure. Je crois avoir mérité la confiance du Public par les foins que j’ai pris &les dépenfes que j’ai faites jufqu’à préfent ,pour parvenir à AVANT-?RO?OS. xxix trouver une méthode fimple de conferver les Grains. Si cependant on me foupçonnoit encore de quelque exagération ,on peut aller vérifier les faits dans la Maifon de Saint Charles ,dans celle du grand Séminaire de Saint Sulpice; àSens^ àDenainvilliers, C’efl; après de femblables perquifitions ,que M. TAbbé de Maubourg ,M. le Préfîdent de Méfiai ,M. Borelj M. le Prieur de l’Abbaye de Sainte Genevieve de Provins ,6cc ,fe font déterminés àfuivre notre méthode. L’objet efl: des plus intérelfants ;il s’agit de l’aliment le plus commun &le plus néceffaire àla vie. Il faut opter :fi l’on continue àfuivre l’ancien ufage ,on verra ,fur-tout dans les années humides ,les grains fe détruire par la fermentation^ou devenir la proie des infeâes ,malgré tous les foins que l’on pourroit fe donner ^&les 9CXX JFA NT-PROPOS. dépenfes que l’on pourroit faire. On évitera tous ces inconvénients ,en abandonnant l’ancienne routine qui eft vicieufe ,pour fuivre la nouvelle méthode qui eft fîmple :le fuccès en eft certain ;elle met tout Propriétaire en état de conferver les grains qu’il amaffe dans les années d’abondance :cette fage prévoyance nous mettra àl’abri des famines ; car le moyen le plus efficace de prévenir les trop grandes chertés eft de favorifer l’Agriculture ,& d’avoir des magafins où l’on puiffe trouver àpropos ce que l’inconftance des faifons refufe quelquefois aux travaux du Laboureur. Extrait des Regijîres de PAca~. demie Royale des Sciences. Du 30 Mars 176^, IViEffieurs DE Jussieu &Guettard qui avoient été nommés pour examiner un Ouvrage de M. Duhamel du Monceau ,intitulé :Supplément au Traité de la Confervation des Grains , avec de nouvelles Expériences fur cette matière ib'c. en ayant fait leur Rapport, l’Académie ajugé cet Ouvrage digne de l’impreffion :en foi de quoi j’ai ligné le préfent Certificat. AParis, le 30 Mars lyéy. Signé , Grandjean de Fouchv, Secr.perp. de VAcad. R. des Sc. Côneliions <& Addition. PAGS 17 ,ligne lo , Charançon, CalanJe ; lifez :Charanfon ,Calendre ,&aînfi -partout ailleurs. Page 37 ,ligne i, de Serre ;lifez :de Gers j &aînji par-tout ou l'on arépété ce Nom, Page 49 ,ligne 4,dans la note au bas de la page^ Chasseneuble 3lifez :Chasseneuie. Page 67. Il efl dit que ,pour chauffer l’étuve de Vaugirardjon employoit deux minots &demi de charbon, ilfaut entendre que cette mefure de minot n’eft pas celle du Charbonnier , mais celle du Froment qui ne contient que trois boilTeaux ;au lieu que le minot de charbon contient huit boilTeaux. Le prix du minot de charbon eft de 40 fols ;&àla mefure du, minot de bled ,il ne revient qu’à 15fols. SUPPLÉMENT SUPPLÉMENT AU TRAITÉ DE LA CONSERVATION DES GRAINS; Avec de nouvelles Expériences fur cette matière. En l’année lyjy ,me trouvant dans un Port où il étoit arrivé des Grains par Mer qui avoient contrafté de l’humidité dans le tranfport , &une odeur défagréable ,je fus frappé des peines &des dépenfes qui devenoient indifpenfables pour rétablir ces grains &les rendre propres, foit àfaire du pain paffablement bon ,foit pour les mettre en état detre confetvés. Dès ce moment A 2Supplément au Traité je formai le delTein de faire des recherches fur Je deflechement des grains, &je réfolusdene rien épargner pour trouver tin moyen de les conferver plus facilement ,&avec moins de dépenfe que par la méthode qu’on fuit ordinairement Comme nos terres font fituées auprès de Péthiviers ,fur les confins de la Beaufle &du Gâtinois, Province abondante en grains, j’éîois inftruitde toutes les précautions que l’on prend ordinairement pour conferver les grains,& j’efpérois en trouver de meilleures. Aufîi-tôt que je fus de retour de ma tournée d’Tnfpefteur delà Marine, je mis la main àl’ceuvre.Cette recherche m’a mené bien plus loin que je ne penfois -, mais je ne regretterai jamais ni mes peines ,ni mes dépenfes ,fi mon travail peut devenir utile au Public. Je me fuis trouvé en état en 1745*, de rendre compte àl’Académie de mes premières tentatives ;&après avoir continué mes recherches ,j’ai fait imprimer peu de temps après un Traité fur la Confervation des Grains , donc il aété fait «ne fécondé édition de la' Confervation des Grains. 3 en 1754. Comme depuis ce temps j’ai confervé mes grains fuivant cette méthode ,j’ai eu occafion de faire plufieurs obfervations ,dont je crois devoir aujourd’hui faire part ati Public ,comme un fupplément ou une addition àmon premier ouvrage. Mon but efl: toujours le même qu’il écoit quand j’ai commencé mes recherches fur la confervation des grains :favoir ,1°, de conferver les grains dans le plus petit efpace pofuble :2°, de les mettre en état d’être confervés dans un lieu exaftement fermé,fans craindre qu’ils yéprouvent aucune fermentation ,ni qu'ils s’y échauffent &fe corrompent :3°, de difpenfer ceux qui ont des grains d’être fréquemment obligés de les remuer ôc de les paffer au crible ;4°, de n’avoir point àcraindre la rapine des rats, des fouris ,des oifeaux ,ni celle des infedes. Supplément au Traité ARTI CLEL. Moyens defaire tenir beaucoup de Grains dans un petit efpace* J’ai dit dans le Traité de la Confervation des Grains ,que dans un de nos greniers qui a8o pieds de longueur fur 21 pieds de largeur, ce qui fait i(58 opieds quarre's de fuperficie, en retranchant feulement trois pieds dans tout le pourtour ,pour le trottoir &le talus du tas de grains, &un petit efpace vuide pour avoir la liberté de remuer le grain dépofé à18 pouces d’épaiffeur ,il n’y en pourroit tenir que 1725 pieds-cubes; &que cette quantité de grains pourroit être renfermée dans une caiffe cubique qui auroit douze pieds de côtés. D’après cette remarque que l’on peut voir en détail dans mon Traité de la Confervation des Grains , Melfieurs du Séminaire de Saint Sulpice, qui n’avoient point alfez d’emplacement pour loger la quantité de 14 à15 muids de grain qu’ils vouloïent conferver dans leur raaifon àe la Confen'ation des Gfains. f de Paris ,ont fait établir dans une affez petite chambre au-deflus d’une voûte ,une caifle de bois de neuf pieds de largeur, douze de longueur, &près de fept de hauteür ,dans laquelle ils ont pu renfermer -13 muids de grain, qui s’y eft très-bien confervé :nous en parlerons dans la fuite ;il fuffit d’avoir rappelle ici ce que nous avons déjà démontré dans le Traité de la Confervation des Grains ;favoir ,qu’au moyen de pareils greniers ,on peut faire tenir beaucoup de grains dans un petit efpace. Ce que j’ai àajouter ici ,c’eft 1°, que je regarde comme plus con-^ venable de faire deux cailTes de 10 pieds de côté fur huit pieds de hauteur, qu’une feule de 12 pieds fur toutes les faces :2°, qu’il eft fort indifférent que les cailTes foient quarrées ou rondes. Je me fuis très-bien trouvé d’avoir renfermé du grain dans des cuves qui avoient fervi àmettre du vin. Dans les pays de vignoble, on en trouve quelquefois àacheter de hazard qui coûtent moins que celles qu’on feroit faire :3°, qu’on peut 12 Supplément au Traité ordinaires ,les grains nouveaux, qu’à l’épaifleur d’un pied ou de dixhuit pouces ,fuivant que les années ont été plus ou moins humides. C’eft auffi pour éviter que les grains ne s’échauffent, que dans les années humides on remue &on crible continuellement les grains. Après la récolte de i'j6^,àpeine avoit-on achevé de remuer le grain d’un grenier, que l’on étoit obligé de recommencer àle remuer, parce que pendairt qu’on achevoit cette opération àun bout du grenier ,il commençoit àcontrafter de la chaleur au bout oppofé qui avoit été remué en premier lieu. Les grains n’exigent pas tous les ans un travail auffi pénible :ceux de la récolte de lyén, ont été très-aifés àconferver ;mais ces grains d’excellente qualité fe feroient échauffés ,fi ,peu de temps après la moiffon ,on les avoit renfermés dans les greniers de confervation exaftement clos ;il fuit delà ,que pour conferver les grains par cette méthode ,il eft indifpenfable de les faire deffécher avant de les renfermer. de la Confer^ation des Grains. 1 3 ]’ai penfé que je pourrois yparvenir par deux moyens différents :l’un, en faifant paffer de l’air nouveau dans l’intérieur de mes greniers ;l’autre , en faifant deffécher les grains dans une étuve ,avant de les renfermer dans mes greniers de confervation. Article IV.' Du rafratchijfement des Grains par. un renouvellement d’air. On sait que l’air fe charge de beaucoup d’humidité. Les linges qui fortent de l’eau acquièrent un certain degré de fécherefle lorfqu’on les expofe au vent ,quoique l’air foit humide ;mais le vent les defféche parfaitemeiit quand l’air cff fec. Après tout ,que fait-on quand on remue les grains àla pelle pour les rafraîchir ?on fait paffer fucceflivement &peu-à-peu tout le grain d’un lieu dans un autre ,en lui faifant traverfer une maffe d’air qui fe charge d’une partie de l’humidité du grain. Il m’a paru beaucoup plus commode de faire paffer beaucoup d’air au tra- 14 Supplément au Traité vers d’une maffe de grains que je voulois deflecher ;l’air étant plus mobile que le grain ,il eft plus aifé de le mouvoir. J’ai donc imaginé d’exciter un vent confidérable par le moyen des foufflets ,&de faire paffer cet air au travers de la maffe du grain que je voulois conferver. Pour commencer par une petite expérience], je prisune demi-queue A (PL I.Jig. I), jauge d’Orléans;;je la fis défoncer par un bout, &je la fis pofer par l’autre bout fur des chantiers B. J’ajuftai enfuite àcinq pouces du fond d’en bas un double fond de grillage, fur lequel j’étendis une toile de gros canevas ;enfuite je remplis la futaille de grain humide, dont je connoilTois le poids, &je fis aboutir ,entre les deux fonds ,la tuyere d’un fouffiet d’orgue C,que je fis agir pendant plufieurs jours, après lefquels je fis pefer mon grain, que je trouvai avoir diminué de poids 5ce qui me fit conclure qu’il avoit perdu une partie de fon humidité. Mais cette opération étoit longue &pénible ;d’ailleurs il falloit s’afllirer fi l’air pourroit traverfer une colonne de grains it la Covfervation des Grains. 15; beaucoup plus épaifle. Des expérien-» ces dont on trouve le détail dans le Traité de la Confervation des Grains, me firent connoître que dans un vaiffeau rempli de grains ,les efpaces remplis d’air font àceux occupés par le grain ,comme un efl: àfept. Je conviens que les réfulrats doivent varier fuivant que les grains font plus ou moins gros ,&plus ou moins entaffés ;mais il fuffit d’avoir prouvé par mes expériences, qu’il refte affez d’efipace vuide entre les grains, pour que l’air en puiflè traverfer une colonne affez épaiffe :en effet, j’ai éprouvé que l’air de mon foufflet traverfoit une colonne de grains renfermée dans un tuyau de 10 pieds de hauteur; bien entendu qu’il falloit augmenter la force qui faifoit agir le foufflet, àmefure qu’on rendoit la colonne plus épaiffe. Encouragé par ces expériences, je fis emplir comble ,de bon froment parfaitement nettoyé ,que je jugeois exempt d’infeftes ,&qui étoit de deux ans de récolte ,un petit grenier qui contenoit p4 pieds-cubes. Jufqu’à la fin de Juillet, on éventa, l6 Supplément au Traité pendant une demi-journée, de quinze jours en quinze jours ,cette malTe de grains avec le foufBet de M. Hales ; enfuite on fe contenta, dans le reliant du cours de la première année , de l’éventer tous les mois pendant une demi-journée :quand on vouloit faire jouer les’ foufflets ,on ouvroit les petites trappes pratiquées au fond fupérieur du grenier ;6c on les fermoit auffi-tôt qu’on avoit ceUé d’éventer le grain :toutes les fois qu’on faifoit jouer les foufflets, l’air interpofé entre les grains de froment fe renouvelloit environ 300 fois. La fécondé année étant palfée, on ne faifoit plus jouer les foufflets que 3ou 4fois par an ,&cela a fuffi pour mettre le grain en état de fe conferver très-fain pendant huit années. Au bout de ce temps ,il aété vendu àPéthiviers plus cher que le plus beau bled du marché. Le fuccès de cette première expérience me détermina àtenter ,fi ,au lieu de bled vieux &fec ,je pourrois parvenir àconferver du bled nouveau récolté dans l’année 175'J ,qui fut fort humide, Heureufement que pendant de la Confervatïon des Grains. 1 7 dant Tannée 175 d, il régna prefque toujours un vent de nord frais &fec; &comme le foufflet étoit mû par le vent ,on faifoit tourner prefque tous les jours le moulin. Le grain fe deflécha ;il perdit même une légère odeur qu’il avoir contraftée avant d’être renfermé dans mon grenier. Je fuis cependant perfuadé qu’il fe feroic gâté ,s’il yavoir eu de longs calmes pendant Tannée 1755, ou fi elle avoir été fort humide. Le bon effet du renouvellement de Tair dans les greniers de confervation, cft confirmé par l’expérience de M. de Chateauvieux ,dont j’ai déjà dit quelque chofe. Il m’écrivit qufil venoit de remplir de froment un petit grenier, &qu’il yavoir ajufté le foufflet de M. Hales ;je lui répondis qu’à moins que fon grain ne fût fort 'fec, il s’y échaufferoit 5il me répliqua qu’il croyoit fon grain affez fec pour n’avoir point àcraindre de fermentation. Cependant ce même grain s’échauffa ,&il fallut faire agir fréquemment les foufïlets pour le rafraîchir ;il parvint ainfi àle conferver,. mais ce ne fut pas fans frais confidé^ B 38Supplément au Traité râbles. Il fe rappella que je lui avois dit que je doutois que fou grain fût alfez fec pour être confervé dans un grenier clos, où Ton étoit obligé de faire agir les foufflets àbras :pour reconnoître (i fon grain contenoit effeftivement de l’iiumidité ,il prit du même grain qui avoir été confervé à l’ordinaire dans les greniers ;il en pefa une petite quantité ,qu’il mit dans une étuve ;&il me fit favoir qu’il avoir aflez perdu de fon poids pour juger qu’il contenoit fuffifamment d’eau pour s’échauffer comme il avoir fait. Quoi qu’il en foit ,M. de Chateauvieüx étant parvenu à rafraîchir ce grain &àle conferver, cela doit faire conclure le bon effet que produit le vent des foufflets. Si cette épreuve avoir été faite par d’autres que par M. de Chateauvieüx,le grain auroit été probablement perdu. Le grain qui aété renfermé dans le grenier du Séminaire de S. Sulpice ne s’eft point échauffé; &on apeu fait jouer les foufflets, parce que ce grain avoit trois ans de récolte, Sc qu’ayant été bien entretenu pendant cet intervalle, il s’étoit maintenu fort fec, de la Confervatïon des Grains, Ï1 eftrare àla vérité que Ton fe trouve dans des circonftances auffi hcureufes. Pour réduire PefFet des foufflets à leur jufte valeur ,je crois pouvoir conclure ,8c des expériences que je viens de rapporter ,&de plufieurs autres dont il feroit fuperflu de parler ;I®, que le vent produit par les foufflets defîeche les grains ;qu’on peut les conferver par ce moyen , étant même aflez chargés d’humidité ;mais que pour yparvenir,il faut éventer fréquemment ,ce qui occalionne des frais confidérables quand on ne peut faire agir les foufflets qu’à force de bras ;&lorfqu’on les fait Ijouer par un moulin àvent, on a tout lieu de craindre de longs calmes. fl 11 efl: vrai qu’on feroit àl’abri de cette’ crainte ,fi l’on pouvoit faire jouer les si foufflets par le moyen de l’eau ;mais §il efl: rare qu’on fe trouve dans une' |i pofition àpouvoir difpofer d’un cou- 'î\ rant d’eau ,ôc àpouvoir en même- •temps placer fes greniers dans un lieu fec. Cette raifon m’a déterminé àfaire paiïer mes grains par une étuve ,avant ;de les renfermer dans mes greniers.- Bij 20 Supplément au Traité Article V. Du dejféchement des^ Grains par le moyen de l’Etuve. Ayant reconnu par les expériences que je viens de rapporter ,qu’il elt bien difficile de conferver les grains humides par le feul fecours du vent des foufflets ;&fachant d’un autre côté par mes premières expériences que j’avois fait en petit ,qu’on pouivoit parvenir àdefféclier les grains humides dans les étuves ,fans altérer leur qualité ,je pris le parti de les faire deffécher artificiellement dans une étuve avant de les renfermer dans des greniers clos. Il reffoit àfavoir jfi cette opération ne cauferoit pas trop de dépenfe ,&s’il ne feroit pas trop embarraffant de la faire en grand; pour m’en alTurer, jefis conftruire dans l’intérieur d’un bâtiment un corps d’étuve Jen moilon, crépi en dehors 8c en dedans ;la voûte étoit de briques; cette étuve avoit neuf pieds en quarré dans œuvre ,8c quatorze pieds de hauteur fous clef ;elle elî de la Confervatîon des Grains. 2'^ établie au rez-de-chauflec ,de forte que le deffus de la voûte eli: immédiatement au-deflbus du plancher d’un grenier qui forme le premier étage du bâtiment. Comme dans les établilfements qu’on fait pour une première fois ; on court rifque de fe méprendre ,je ne fis garnir de tuyaux (comme je l’ai expliqué dans le Traité de la Confervaüon des Grains) qu’un des côtés de l’intérieur de cette étuve, remettant à en faire garnir l’autre partie quand j’aurois éprouvé l’efiTet des tuyaux que j’avois imaginés. Les tuyaux ayant bien réuffi, j’étois fur le point de faire établir les autres fur le même principe, lorfque M. Maréchal ,Direfteur des fortifications du Languedoc ,m’apprit que M. Intieri ,Italien ,avoit fait faire une étuve très différente de la mienne, &qu’elle étoit compofée de tablettes inclinées fur lefquelles le grain s’arrangeoit de lui-même à3 pouces ou 3Yd’épaiffeur, au lieu que la mienne étoitgarnie de tuyaux verticaux. Je me difpenferai de m’étendre fur la defcription de ces étu- aS Supplément au Traité ont entamés, des tuyaux dans lefquels ils fe. logent ,&ils en fortent prefque tout leur corps pour ronger tanrôt un grain, tantôt un autre de ceux qu’ils ont liés avec leur foie. Ces vers, lorfqu’ils font parvenus àleur grandeur,fe métamorphofent en chryfalides d’où fortent les papillons dont nous avons parlé.Voilà le cercle de la vie de ces infeâes qui ,quand ils font en grand nombre ,forment fur toute l’étendue d’un tas de grains des croûtes de 3à4pouces d’épaiffeur ;car ces infeéles n’occupent jamais que le delfus du tas. En remuant le grain de ces greniers, on détruit cette croûte, &on mêle avec le grain les fauffes-teignes qui yexiftoient en grand nombre. Mais ces infedes favent s’en dégager, ils -regagnent la fuperficie du tas ;au bout de cinq ou fix jours on apperçoit fur la fuperficie du tas de grains un nombre infini de filets foyeux ,&bientôt il fe forme une nouvelle croûte femblable àcelle qu’on avoit détruite :c’ell: ce qui afait croire àplufieurs,qu’en remuant les grains ,on ne fait qu’augmenter le dommage ,&qu’il vaut mieux lailfer de la Confervation des Grains, lÿ fubfifter la première croûte que de la détruire ,parce qu’inceffamment il s’en forme une nouvelle. Je n’entreprendrai point d’infirmer ce fentiment ;je ferai feulement remarquer qu’une croûte de 3pouces d’épaiffeur étendue fur toute la fuperficie d’une malfe de grains répandus àl’ordinaire dans la capacité d’un grenier fait un déchet confidérable, fur-tout fl le grain n’y efi: qu’à 18 pouces d’épaiffeur ;puifqu’une couche de 3pouces d’épaiffeur en fait la fixieme partie. Cette confidération m’a fait regarder comme impraticable de laiifer les grains fans les remuer ;comme auflfi de répandre de la chaux en poudre fur toute la fuperficie des tas de grains, pour contribuer àformer cette croûte qu’on croit avantageufe. J’avoue que, comme je croyois que cette méthode devoit occafionner un déchet trèsconfidérabîe, j’ai négligé d’en faire ufage; d’ailleurs, quand les grainsfont humides, on ne peut pas fe difpenfer de les remuer. Quoi qu’il en foit, j’ai fait fur la fauffe-teigne plufieurs expériences qu'il eft bon de rapporter ici. Ciij. 5OSupplément au Traité Je crus d’abord que je préviendrois que ces infeftes ne fiffent la croûte dont jé viens de parler, fi je couvrois la totalité du tas d’une couche de foin ;&je difois; Comme les faulTes-teignes n’occupent que la fuperficie d’un tas ;cette fuperficie fe trouvant couverte par le foin ,il efi: probable qu’elles ne pourront fubfifter. Mais il en arriva tout autrement ;le foin produifit une chaleur qui favorifa fans doute la multiplication de ces infedes jcar il s’y en trouva en beaucoup plus grande quantité dans le tas couvert de foin q'ue dans les autres. Jepenfe bien que dans le temps de la ponte, les papillons n’auroient pas pu aller dépofer leurs oeufs fur le froment couvert de foin ; mais avant cette métamorphofe ,ils avoient déjà fait un défordre confidérable. le n’abandonnai cependant pas l’idée de couvrir la fuperficie d’un tas de grain où il fe trouveroit beaucoup de ces infeftes ;&je me propofai de voir ce qu’ils deviendroient dans un de mes greniers exaâement fermés, où j’en renfermerois àdelfein un fort grand nombre. Dans cette de la Confervatiôn des Grains43 1 vue, je fis ramaffer dans nos greniers ordinaires'les croûtes qui étoient formées par les fauffes-teignes ;je les fis rompre avec les mains &paiTer au crible :après quoi je remplis entièrement de ce grain mêlé de quantité de faulTes-teignes &de leurs œufs , un de mes nouveaux greniers que je fis fermer exaâement. Comme je n’avois pas voulu étuver ce grain pour ne point faire mourir les infeftes , j’ajuftai un foufflet àce grenier ,pour rafraîchir de temps en temps le grain &prévenir la fermentation. Quoique j’eulfe eu la précaution de choifir du grain fort vieux &fortfec, je chargeai un homme de faire jouer les foufflets pendant une demi-journée, de quinze jours en quinze jours, durant les mois de Janvier, Février, Mars, Avril, Mai &Juin, &une demi-journée feulement tous les mois, pendant le refte de l’année. 11 ne parut aucun infede jufqu’au commencement de Juin que les chaleurs commencèrent àfe faire fentir un peu vivement 3mais alors celui que j’avois chargé du foin de ce grain fut étonné de voir fortir par les foupiraux du fond fupérieur du Civ ' 52 Supplément au Traité grenier ,qifil tenoit ouverts pouï donner iffue àl’air des foufflets , Une prodigieufe quantité de vers. Comme j’étois alors àla campagne , il m’avertit de venir voir ce grenier , croyant que tout étoit perdu ,&qu’il' falloir fur le champ vuider ce grenier. Je fus eifeftivement étonne de voir fortir autant de vers qu’il fort de fourmis d’une fourmilliere que l’on ouvre avec un bâton. Mais je ne penfai pas pour cela qu’il fallût vuider ce grenier. Cette quantité de grains étoit confacrée àfaire une expérience ;&je jugeai qu’il étoit plus à-propos de le perdre que de l’interrompre. Je recommandai feulement àcelui qui en avoir foin de fermer les foupiraux ,&de continuer àfâire jouer les foufflets pendant une demijournée tous les 15jours, comme je le lui avois ordonné en premier lieu. Vers la fin d’Août, on ne voyoit plus fortir de vers ;&il ne s’en montra plus pendant l’efpace de deux ans que le grain eft.refté dans ce petit grenier ;le grain qu’on en droit par les foupiraux étoit frais &en bon état. Je le fis vuider la troifieme année :il de la Confervatlon des Grains. 33 s’étoit formé fur la fiiperficre du grain une croûte de trois àquatre lignes d’épailfeur, le refte étoit en bon état. Après l’avoir fait palfer au crible, il fe trouva un peu de déchet, parce que les vers, avant de mourir, avoient attaqué plufieurs grains ;mais le relie fut bien vendu ;on ne pouvoir lui reprocher que d’avoir contrafté une petite odeur de ces infeéles ;mais les Boulangers ne la redoutent point, parce qu’elle ne fe fait point fentir dans le pain. Quelques faulTes-teignes n’avoient pas pu fe dégager du grain &gagner le delï'us du tas ;d’autres s’y étoient métamorpliofées. en chryfalides ,& quelques-unes qui étoient devenues papillons ,étoient mortes fans avoir pu ni s’accoupler ,ni pondre leurs oeufs, de forte que cette çrodigieufe quantité de faulTes-teignes^que j’avois renfermée dans ce grenier ,yétoit morte dès la première génération. Je vais faire connoitre de quelle importance il étoit de m’alTurer de ce fait. Melîieurs du Séminaire de Saint Sulpice avoient fait faire, comme je l’ai dit, un très-beau grenier félon 54 Supplément au Traité ma méthode ;ils avoient rempli ce grenier avec du froment de trois ans, bien fec &bien criblé ,mais qui n’avoit pas été étuvé. Je les prévins que ,malgré toute l’attention qu’ils avoient apportée ànettoyer leur grain ,j’étois prefque alluré qu’ils y avoient enfermé ou des infeftes ou leurs œufs, ôc que fi cela étoit, ilsn’attendroient pas long-temps àyen voir paroître. En effet, l’été fuivant, on vit fortir quantité de vers de ce grenier. M. l’Econome me le fitfavoir, &il me confulta fur le parti qu’il devoit prendre :ma réponfe fut de lui détailler l’expérience que je viens de rapporter. En conféquence, il prit le parti de laiffer fon grain dans le grenier ;&il lui eft arrivé comme àmoi, de ne plus voir de vers dans la fécondé année. Ces expériences prouvent que la faulTe-teigne périt néceffairement dans de pareils greniers quand elle eh parvenue au terme de fa métamorphofe j mais auffnque jufqu’à ce temps, elle ne laiffe pas de confommer une certaine quantité de grain ,qu’il feroit bon de ne pas perdre ;j’efpere en fournir les moyens. de la Confervation des Grains. 5ÿ §. 2. De la Chenille des Grains. La chenille des grains fe métajnorphofe en papillon, auffi-tôt que la chaleur devient un peu confidérable ;alors ces papillons fortent des greniers ,le foir après le foleil couché ,ils vont àla campagne s’établir fur les épis, ils s’y accouplent, ils ydépofent leurs œufs en trèsgrand nombre, puifqu’une feule femelle en pond 70 à80. Ce papillon , ennemi de la lumière fe retire avant le lever du foleil, &il fe cache fi bien qu’on n’en peut découvrir aucun pendant tout le jour; après quoi ils reparoilfent le foir ,comme je l’ai dit, au coucher du foleil. Les œufs éclofent ,&il en fort une fi petite chenille qu’elle eft prefque imperceptible ;ce petit ver fait s’introduire dans le grain ;il s’y nourrit de la farine ;il ygroffit ;il s’y métamorphofe en chryfalide ;fouvent il eft en cet état quand on monte les grains dans les greniers ;peu de temps après ces chryfalides devenues des papillons forlent des grains ,ils s’accouplent ,& 35Supplément au Traité pondent fur les tas de ;grain car alors ces papillons agiffent comme s’ils avoient connoilfance qu’il n’y aplus d’épis àla campagne. Et comme chaque année il yatrois ou quatre générations de ces infectes ,cette prodigieufe fécondité produit plus de chenilles qu’il n’en faut pour dévorer tous les grains. J’étois en Angoumois dans une année où le temps de la moilTon étoit fort chaud &très-fec :nous fîmes renfermer dans des barriques exaftement fermées ,du grain nouveau * qui avoir été expofé au foleil. Le grain ne s’y corrompit pas ,&le défordre que les infeftes yfirent fe borna aux grains qu’on avoit rapportés de la campagne ,parce que les papillons n’avoient pas encore pu s’accoupler &pondre. Ce moyen ne vaut rien ;car comme il faudroit renfermer le grain aulfi-tôt après la moiffon ,il en très-rare qu’il foit alors aflez fec pour ne point fermenter. Je reçois dans ce moment le détail des expériences de M. ide Monta- *Chez M. Taponat Gentilhomme ,dont la terre eft iîtuée auprès' de la Rochefoucaulf. de la Confervation des Grains, tEMBERT DE Serke, Major de la Citadelle d’Angoulême ,qui viennent bien àl’appui de ce que je viens d’avancer. «J’avois renfermé cette année, dit »M. DE Serre ,du froment dans «quatre tonneaux :il yen aeu un «où le grain s’eft confervé très-fain ; «un autre qui étoit rempli de ce qu’on «appelle dans l’Angoumois du bled «rouget, s’étoit échauffé àun pied «& demi d’épaiffeur ;deux autres qui «étoient remplis de bled barbu,ont été «prefque entièrement gâtés ;enfin un «boucaut qui avoit été rempli de bled «de Mars, s’efl: très-bien confervé «. Ces variétés dépendent toutes du degré de féchereffe oùétoient ces grains : j’ignore combien de temps M. de Serre ,aconfervé fon grain ainfî renfermé. Quoi qu’il en foit, le vrai moyen de conferver les grains dans l’Angoumois, ainfi que dans les autres provinces infeciées de la chenille, ell le même que celui que nous propoferons ici pout détruire les fauffesteignes Sc les charançons. ^ Je n’infifterai pas plus long-temps fur l’hifloire de cet infeéle connu en '44 Supplément au Traité reftent cachés, &ils en fortent dans la fuite. J’ai dit dans le Traité de la Confervation des Grains, que j’avois ren- •fermé des charançons dans un grenier bien clos, que je faifois éventer très-fréquemment ,&que cet înfede s’y étoit peu multiplié ,problablement àcaufe que la grande fraîcheur de ce grain n’étoit pas favorable àfa multiplication ;mais ces charançons n’y étoient pas morts :il falloit donc imaginer un nouveau moyen de les détruire entièrement. §. 4.Moyen de faire périr tous les Infeéles qui dévorent les Grains. Le premier moyen qui fe préfenta àmon efprit fut de parfumer les grains avec la vapeur du foufre , non pas comme on l’a propofé pluJieurs fois ,en brûlant le foufre même dans les greniers ;car cette vapeur qui efl très-légere s’élevant au haut du plancher ,les infedes qui font dans le grain n’en foulFrent nullement :peut-être yauroit il quelque avantage àfaite ufage de cette fumi- de la ConfervatioU des Grains. 45: gation après avoir beaucoup remué les grains, parce qu’alors quantité de vers &de charançons grimpent le long des murailles jufqu’au plancheiv Pour faire périr les infedes qui reftent dans les grains ,j’ai fait mettre des tonnes (PI. I.fig. 2), dont le fond étoit de grillage ,fur des fourneaux dans lefquels je faifois brûler du foufre dont la vapeur fubtile &légère tra~ iVerfoitlegrain dont ces tonnes étoient remplies. On trouvoit quantité d’infedes morts ;&comme rien n’eft fi contraire àla fermentation que la vapeur du foufre ,je comptois que le grain en feroit plus aifé àconfervér. Mais cette vapeur donne au bled une couleur de blanc terne, telle que celle du grain qui aété mouillé &qu’on afais fécher par art ,ce qui déplaît aux acquéreurs ;&le plus grand inconvénient eft qu’il contrade une odeur dédéfagréable qui ne fe diffipe jamais ; quoiqu’elle ne foit plus fenfible dans le pain ,c’eft toujours un grand inconvénient pour la vente :enfin comme la vapeur du foufre fait un obftacle àla fermention ,la pâte de la farine, de ce grain foufré leve difficilement.. 4(> Supplément au Traité Ces différentes raifons m’ontfait abandonner l’ufage de cette fumigation. .II faut fe rappeller que je me fuis affuré par des expériences répétées : 1°, qu’on peut conferver très-aifément dans des greniers clos les grains vieux, fort fecs, &exempts d’infeftes, pourvu qu’on les rafraîchiffe de temps en temps par le vent des foufflets. 2°, On peut voir dans le Traité de la Confervation des Grains, qu’ayant mis dans un grenier du charançon mêlé avec du froment ,&qu’ayant fait jouer très-fouvent les foufflets , ces charançons s’y étoient peu multipliés pendant deux ans que ce grain avoir été ainfi renfermé ,mais ils n’y avoient pas péri. 3°, On vient de lire quelques expériences, qui prouvent que les fauffes-teignes périlfent dans de pareils greniers ,quand ces infedes font dans la circonllance de leur métamorphofe :on trouve dans l’hiftoire de l’infefte de l’Angoumois plufieurs expériences qui prouvent qu’on peut le détruire par la chaleur des fours, 4°j On avu aufli qu’avec le fecours de la Confervation des Grains. 4T ides foufBets ,on pouvoir très-facilement conferver du grain nouveau , après lui avoir fait éprouver dans les étuves que nous avons décrites, 50 à 60 degrés de chaleur. .5®, Qu’on pouvoir fe palfer de faire jouer les foufflets quand le grain avoir été defîeché avec foin ,&qu’on lui avoir fait éprouver 70375 degrés de chaleur :ce degré de chaleur elf donc fuffifant pour diffiper l’humidité qui pourroit le faire fermenter. Elle ne fuffit cependant pas pour mettre le grain àcouvert de l’attaque des infeftes. Je me fuis propofé d’eifayer, fi en faifant fubir au grain un plus fort degré de chaleur, je parviendrois àfaire périr toutes fortes d’infeftes, &même leurs œufs, &àles en rendre pour toujours exempts , pourvu qu’on les tienne dans des greniers affez exaâementfermés pour que les infeétes du voifinage ne puiffent s’y introduire. J’ai commencé par m’alTurer que du grain écuvé à515 &même 100 degrés du thermomètre de Monfieur de Reaumur n’en étoit point altéré , &qu’on en pouvoit faire de bonpain ; 48 Supplément au Traité enfuite j’ai mis au centré de mon étu^ ve des œufs de poule &des charançons vivants ,que j’avois renfermés dans un nouet de mouffeline :la chaleur de l’étuve ayant été portée àyy degrés du thermomètre,- les œufs de poule fe trouvèrent durcis, &les charançons moururent icependant comme toutes les parties de l’étuve ne s’échauffent point également, & comme les infeéles qui fe trouvent au centre des tuyaux ne reçoivent pas un degré de chaleur auffi conlidérable que ceux qui ne font pas recouverts d’une couche épaiffe de grain, je crois que pour détruire ces infeftes ,il faut pouffer la chaleur de l’étuve à85ou ÿo degrés. Je dirai ,en paffant, que j’ai femé le ij Mai, 24 grains de froment pris au hazard ,&qui avoient éprouvé dans l’étuve po degrés de chaleur :au bout de ly jours ,il en leva 18 ;& quelques jours après, il en parut trois autres. Ayant répété' la même expérience ,il parut 18 pieds de froment au bout de 20 jours :ceux qui n’avoient point été étuvés ,fortoient de terre au bout de 8jours. Je conviens que de la Confervation des Grains. 4^ que les grains étuves ,que j’avois femés 5pouvoient s’être trouvés dans un endroit de l’étuve où ils n’avoicnt pas fubi la plus vive chaleur; mais ,comme je l’ai dit ,ils avoient été pris au hazard dans un tas de grains qui fortoit de l’étuve. Quand même on n’auroit pas fait du pain avec du grain étuvé àpo degrés du thermomètre ,les expériences que je viens de rapporter fuffifent pour prouver que ce degré de chaleur n’en altéré pas la qualité. Ces faits préliminaires, étant bien établis, je vais rapporter d’autres expériences qui jetteront un grand joue fur l’objet préfent. Article VII L Expériences faites fur VEtuve^ §. I, Expériencesfaites àVaugirard'^^ M. Paris du Vernay qui avoic fait eonftruire des étuves en Flandre PVoyez les expériences bien imaginées ,8C très-foigneufement exécutées par M. de Montalemeert de Gers ,Major de la Citadelle d’Angoulême ,celles de M'**. de Chasseneu— BLE ,de M. Marahtin ,&c. rapportées dans fflift, rinfefte de l’Angoumois ,page 177^ yOSupplément au Traité .& àMont-Saint-Pere, &qui avoit confervé très-long-temps les grains qui y avoient été étuvés, incité uniquement par l’amour du bien public, .& voulant faire connoîcre le bon effet que pouvoient produire les étuves pour la confervation des grains ,fit exécuter àVaugirard, dans le magafln de i'École-Militaire ,une étuve àtablettes :c’eft dans cette étuve qu’on a fait les expériences que nous allons rapporter. Elles ont été exécutées en préfence de plufîeurs témoins, entr’autres, M. Machurin, Commiffaire 'au Châtelet de Paris, ancien de la Halle, le fieur le Comte ,Gardennàgafin ,Sc le fieur Maliffet ,Régiffeur des magafins du Roi, reconnu pour être très-connoiffeur en grains :M. du Vernay yvenoit fouvent ,&j’y affiftois le plus fréquemment qu’il m’étoit poffible. I. Expérience. Le 8Avril ij62, àtrois heures après-midi ,on mit dans l’ptuve jo feticrs ,mefure de Paris, de bled froment de la récolte de ij6i. Ce bled étoit beau &marpliapd Jon l’avoit tiré de Rebet en de la Confervation des Grains, j* i' Brie ;chaque fetier pefoit 232 liv. y compris le fac. La chaleur extérieure de Fait, étoit àid degrés au-deffus de zéro ;mais comme Fétuve avoit été précédemment chauffée ,le thermomètre fe troLivoit être dans Fétuve àtrente degrés. On yintroduifit les réchauds allumés ;&à11heures le thermomètre étant monté à73 degrés ,il rompit :on tira le grain de Fétuve» Kemarque. Je dirai une fois pour toutes les expériences que je vais rapporter ,que les trois ou quatre premiers fetiers qu’on tiroit de Fétuve Javoient très-peu contraélé de chaleur, parce que cette étuve étant garnie de tablettes ,le grain qui étoit contenu dans le gros tuyau du milieu ne pouvoit prefque point recevoir de chaleur, pendant que le grain qui étoit fur les tablettes étoit fort chaud. On remarqua que le grain de cette étuvée n’avoit diminué ni en poids ni en mefure ;&que quoiqu’il eût éprouvé 73 degrés de chaleur ,il s’en falloic beaucoup qu’il ne fût fec j 5*2 Supplément au Traité ce qui venoit de ce que l’étuve étoît trop récemment bâtie ,Ôc que la chaleur réduifoit en vapeurs l’eau des mortiers qui ,fe portant fur le grain , lui fourniffoient au moins autant d’humidité qu’il en pouvoit perdre. .. On ne peut donc conclure autre chofe de cette expérience ,linon qu’on avoir employé 50 à60 livres de charbon pour faire monter la liqueur du thermomètre à73 degrés , dans l’efpace de fept àhuit heures. IL Expérience. Le i(5 Juin 176'2, qn pefa 44 facs de coutil, leur poids le trouva être de 102 livres ;on les remplit du même froment qu’on avoit déjà ernployé pour l’étuvée précédente ,&l’on fe fervit du même minot pour lès mefurer ;on pefa ces 44 fetiers :les uns pefoient 233 livres , d’autres 234: les 44 fetiers faifoient le poids de I02pi livres, fur quoi, déduftion faite de 102 livres pour celui des facs, il refloit en bled io18p livres quand on le mit dans l’étuve; comme elle avoit été chauffée auparavant, le thermomètre étoit alors à 37 degrés au-deffus de zéro :un ré- de là Conferi'ation des Grains. ^^ chaud de charbon allumé fît montef le thermomètre en trois heures &-î; à6^degrés. Les chofes reftefent eiï cet état pendant la nuit entière ;& le lendemain àfix heures du matiil la liqueur du thermomètre étoit tombée 338 degrés. Ce fut alors qu’on entra dans l’étuve, &que l’on mit fur les tablettes des petits facs de papier dans lefquels il yavoir des charanfons vivants , des vers de fauffe-teigné ,&de leurs papillons ;on mit encore fur le grain, des tablettes des mêmes infedes renfermées dans des fioles de verre. Sur le champ, on mit dans î’étüvè im nouveau réchaud rempli de charbon allumé ,qui, en deux heures detemps, fit monter la liqueur du thermomètre à63 degrés ;enfuite' ayant retiré les facs où étoient renfermés les infedes ,on les trouva morts &delTéchés. Comme les vers qui étoient dans les fioles n’étoient pas entièrement fecs, on les remit fur les tablettes avec un autre fac de papier rempli de criblures dans lefquelles il y avoir des vers &des charanfons. .Tout aufïi-tôt on plaça dans l’étuve 6o Supplément au Traité. des criblures ,&ils yparoiffoieni; morts &defféchés. Cependant pour m’affurer s’il n’y en avoir pas encore quelques-uns de vivants ,je laiffai le chaudron &les criblures hors de l’étuve jufqu’au lendemain ,&aucun de ces infeftes ne parut en vie. Ces criblures, ainfî que les facs, répandoient une odeur de corne brûlée ,d’où l’on peut dire que les infectes avoient été grillés ;nonobftant ces diverfes expériences ,j’ai fait encore charger l’étuve avec du grain de la récolte de 17Ù1 jqui fe trouvoit très-rerapli d’infedües ,8c fur-tout de charanfons :quoiqu on eût pouifé la chaleur de l’étuve jufqu’à 77 ôc même 81 degrés du thermomètre, on apperçut en vuidant enfuite les facs dans le grenier, quelques charanfons encore .vivants ,&même quelques vers ;après avoir criblé le grain ,on reconnut encore plus pofitivement que la chaleur de l’étuve n’avoit pas étouffé tous les infedes ;ce qui m’étonna, après les expériences quenaus avions faites précédemment :enfin après avoir fait plufieurs autres étuvéesj nous remarquâmes que dans de Id Confervatton des Grains. 6i ks trois ou quatre premiers facs qui fortoient prefque froids de î’étuve àtablettes, il yavoit beaucoup d’infedes en vie ,on vit allez clairement que les infedes qui fe fentoient incommodés de la chaleur de l’étuve, fe retiroicnc en grand nombre dans le tuyau du milieu, &dans la gouttière de décharge où la chaleur étoit très-foible :il pouvoit aulïi s’en réfugier dans les tuyaux des côtés, mais en petit nombre ;car ayant tiré trois à quatre feptiers de froment pour les mettre àpart Sc les faire repalTer à l’étuve, on ne trouvoit prefque plus de charanfons dans le grain que Ton tiroit enfuite de l’étuve ;&palTant ce grain au crible, on yappercevoiC beaucoup de charanfons morts. Il faut convenir que c’eft un inconvénient très-confidérable de l’étuve àtablettes ,qu’il yait des en-; droits où la chaleur fe fait peu fenr tir ;c’eft ce défaut qui m’a princi^ paiement déterminé àdétruire celle où j’avois fait établir des tablettes , quoique d’ailleurs elle fût très-bien conflruite :j’y ai fubftitué des tuyaux. IMalgré les dçfauts que nous çroyons 62 Supplément au Traité devoir reprocher àl’étuve àtablettes, le grain que l’on retiroit de l’étuve de Vaugirard avoir perdu l’odeur défagréable qu’il avoir avant que d’y pafler ;&lorfqu’il fut réfroidi,les connoilTeurs en grains ,lui trouvèrent la bonne odeur du bled nouveau. On fait qu’on eflime d’autant plus les grains ,qu’ils pefent davantage :àmafle égale ,par exemple, on eftime plus le froment qui pefera 23 5livres le fetier ,que celui qui ne peferoit que 230 livres ;quand il pefe 240 livres ,on le juge de trèsbonne qualité :nous voulûmes favoir file fetier du grain que nous faifions étuver augmentoit ou perdoit de fon poids par cette opération. En conféquence ,on fit pefer 10 fetiers de froment ,&chacun pefoit net 232 livres ;on laiffa l’étuve remplie de grain pendant 22 heures, la chaleur étant portée àpo degrés du thermomètre :au fortir de l’étuve, &le grain étant encore tout chaud ,on en fit pefer 10 fetiers ,qui fe trouvèrent du poids de 234 livres :le poids de chacun des fetiers avoir donc augmenté de deux livres ?Cette expér de la Confervation des Grains. 6^ rience fut répétée, la chaleur de Fétuve étant portée àpj degrés :les lo fetiers de froment qui ,avant, d’entrer à l’étuve ,pefoient chacun 235' livres ,après yavoir refté 22 heures furentrepefés ,&fe trouvèrent du poids de 237 livres. Comme les grains continuent àfe deffécher après leur fortie de l’étuve jufqu’à ce qu’ils foient entièrement -refroidis, nous répétâmes les mêmes expériences ,avec cette différence , que nous ne faifions pefer les grains étuvés que 24 heures après les avoir retirés del’étuve': nous avons reconnu que les grains qui ,avant d’entrer dans l’étuve ,ne pefoient que 235'j ou 235 livres lé fetier ,pefoient , après avoir été étuvçs &refroidis, 240 ou 242 livres :ce qui contribue à prouver le bon effet de l’étuve. On avu par les expériences que nous venons de rapporter, &on le verra encore dans la fuite ,que la diminution de mefure que le vendeur éprouve fur les grains qu’il fait paffer àl’étuve, eft peu confidérable. En effet ,il faut que le grain foit bien Euraide pour qu’on puiffe perdre un ^4 Supplément au Traité quarantième fur la mefure. Or ,en fuppofant que le prix des grains foit à2.0 livres le fetier ,cette légère perte de mefure ne fera que de dix fols ;àquoi ajoutant un fol &même deux fols pour la dépenfe du bois ou du charbon qui fe confume dans l’étuve ,le prix de ce grain fera encore chargé de 12 fols. J’ai fait vendre au marché des grains étuvés :les Boulangers qui le connoiflbient ,n’ont fait aucune difficulté dé l’acheter 1 8 &20 fols plus cher que celui qui n’avoit pas palTé àl’étuve ,parce qu’ils favoient, par leur propre expé-^ rience, que leur farine rendroit plus de pain que celle des grains qui n’avoient point fubi la même opération. Mais ce qui eft encore bien plus important ,c’eft que j’avois les moyens de conferver mes grains fans les remuer, &fans craindre de déchet caufé foit parles rats, les fouris, ou les infeéles, &c. C’eftce que nous allons voir par l’expérience fui-5 vante. §• de la Confèreation des Grains. 6^ §. ^.ld,xpERiENCE (^ui prouve que VÈtu~ ve efl un excellent moyen pour rendre les Grains plusfaciles àconferver ,lors même qiiils font trèschargés àéhu-, midité. JEfis acheter au marché, peu de temps après la moiflbn ,du froment tellement humide ,qu’il avoit déjà produit des germes d’une ligne de longueur. Je le fis étuver avec foin: on voyoit fortir par les ouvertures du haut de l’étuve une fumée épailfe qu’on pouvoit comparer àla vapeur de l’eau bouillante ;celle-là répandoit une odeur femblable àcelle du fumier de pigeon. Ce grain ayant été bien étuvé ,avoit entièrement perdu la mauvaife odeur qu’il portoit avant d’avoir été mis àl’étuve; je l’ai confervé pendant quatre ans, avec autant de facilité que du grain qui auroit été récolté dans une année feche. Les connoifîeurs le trouvoient fatisfaifant àla main &àl’odorat; ils qe lui reprochoient que d’être pf'âle de couleur, comme font tous les bleds qui ont été mouillés :ce grain cependant n’étoit pas bon ;car 66 Supplément au Traité «juand on le mâchoit, on lui trouvoit de ramertiime ,&quand on en faifok du pain, la pâte levoit mal &s’afFaiffoit. Je le fis vendre àun prix audelTous de celui du petit bled ,& j’ordonnai qu’on en déclarât le défaut àcelui qui en fut l’acquéreur , ôc qui ne laifla pas d’en tirer parti , en le mêlant avec du grain nouveau dont il faifoit le levain. f Remarque. Cette expérience fait voir que l’étuve n’avoit pas pû rétablir dans ce grain la qualité qu’il avoit perdue par la germination ;mais aufii elle fait connoître qu’elle lui avoit fait perdre fa mauvaife odeur, &qu’elle l'avoit rendu très-aifé àêtre confervé. Il n’eft point hors de propos de dire ici que j’ai étuvé du îeigle avec le même fuccès que le froment. On afait àVaugirard plus de 20 étuvées de froment ,dont je crois qu’il feroit fuperflu de parler ;je remarquerai feulement que quand cette étuve fut parfaitement feche ,&biéfi échaufiPée ,on étuvoit 48 àyo fetiers de froment par une chaleur de de la Confervation des Grains. 6j 8^ou 5)0 degrés du thermomètre 5xpour lefquels on confommoit deux minots &demi de charbon ,àquarante fols le minot pris au port, mais qui coûte bien moins àl’Ecole Militaire. Je vais donner un détail fommaire des expériences faites àS. Charles , FauxbourgSaintDenis, fous les yeux de M. Malisset ,dont on connoît l’intelligence Sc la capacité. §. 3. Expériencesfaites àla Maifon de Saint Charles. Cette maifon qui appartient aux Prêtres Millionnaires de S. Lazare, eft fituée au-delfus de la barrière de Saint Denis ;elle eft depuis plufieurs années employée àconfervec des grains ;maintenant elle eft remplie de ceux qui appartiennent au Loi ,fous la. direélion de M. MaxissET. Comme je defirois de voir établir àParis une étuve àtuyaux , àportée d’être vue de toutes les perfonnes qui ayant deffein d’en faire conftruire de pareilles, venoient chez moi àParis, yoir le modèle de celle ^8 Supplément au Traité que nous avons fait bâtir àDenainvilJiers;M. Trudaine &M. deCour- , TEILLE ,ayant confenti qu’on fît cet etabliffement dans Ja inaifon de Saint Charles ,j’engageai le Frere Berlingat ,Architefte de cette maifon ,àfe charger de faire conftruire cette étu- ,ve. Je lui remis les plans de la mienîie ,fur lefquels il en fit exécuter une avec beaucoup d’intelligence :il eli cependant fâcheux qu’on l’ait conftruite d’une fi petite proportion, qu’à peine peutelle contenir un muid de grain ;ce qui rend les opérations bien longues, quand il s’agit d’étuverune grande quantité de grains. Ceux de la récolte de 17^3, ont été fort humides &difficiles àconferver. On a fait deflecher par le moyen de cette étuve 3000 fetiers de cette récolte de 13763 &environ 300 de celle de 11764, que M. Malisset n’a pas hé^ ïité àfaire entalTer dans un. grenier de i cette maifon ,àprès de 5pieds d’éi paiffeur. Comme M. Malisset n’a1 voit point alors fait conftruire des greniers de confervation fermés femblables aux miens, je crains fort qu’à la longue Je charattfçn &la faulfe-tex- ; de la Confervation des Grains. 6^ gne ne pénètrent dans ce grain étuve, &qu’ils n’y paffent des autres greniers qui font dans la même rnaifon ;mais jufqu’à préfent on n’y en apperçoit prcfque point. Je vais détailler feulement fept de ces étuvées; elles fuffiront pour indiquer la marche qu’on afuivie pour les autres : on afait depuis conftruire dans la maifon de Saint Charles cinq caiffes ,qui contiennent environ quatre-vingt muids de grain étuvé; ces grains yferont àl’abri des infedcs du voilînage. La PREMIERE ÊTuvÉE ,füt faite dans le mois de Mars avec du froment de la récolte de 1753 :le thermomètre étoit dans l’étuve à27 degrés ;on la chargea de neuf feptiers lix boilfeaux ,pefant enfemble 22op livres. La chaleur de l’étuve fut portée à82 degrés :le grain après yavoir relié depuis le ii Mars à midi ,îufqu’au 12à5heures du foir , ce qui fait 3oheures ,fut mefuré ;& il fournit ,après avoir été refroidi , neuf fetiers un boilfcau |qui pefoient 2140 livres :ainli le déchet étoit de quatre boilfeaux ou de foixante-neuf livres pefant. -J 6Supplément au Traité les avions laifTés plus long-temps dans ce four ,ils s’y feroient rompus. Le vernis du thermomètre de M. Tillet avoit bouilli ,&il s’étoit élevé au haut du tube quelques gouttes d’efprit-de-vindécoloré.Cependant cette fille montroit fi peu d’impatience de fortir du four ,que nous fûmes obligés de lui ordonner plufieurs fois d’en fortir :elle yauroit certainement péri fi elle' avoit été contrainte d’y relier un temps confidérable. 11 me femble que cette expérience finguHere, prouve que pour parvenir âfaire périr les infeftes ,il ne fuffit pas de donner une chaleur vive, mais qu’il la faut foutenir au même degré pendant quelque-temps. Comme nous délirions trouver un moyen moins difpendieux &moins embarraflant que l’étuve ,il nous vint dans l’idée d’éprouver Felfet des étuves des Amydonniers, &des tourailles des Braffeurs. M. Mallisset voulut bien fe charger d’y exécuter les expériences fuivantes. Les étuves des Amydonniers ne font autre chofe qu’un cabinet auîour duquel il yades tablettes ^fur ài la Confervatîon des Grains. 77 lefquelles ils arrangent!eur amydon; au milieu efl: un poêle qu’on allume affez vivement pour échauffer cette étuve. La touraille dont fe fervent les Braffeurs pour deffécher leur grain germé ,efl: une pyramide tronquée Sc renverfée, au .petit bout de laquelle efl: adapté un fourneau qui fe termine par une tour qui s’élève àune cer^* taine hauteur dans l’axe de la pyramide. Ala bafe de cette pyramide 'qui efl: tournée vers le haut, efl: un plancher de grillage ,fur lequel on étend une toile de crin qui fupporte le grain que l’on veut deffécher ;voici le détail &le réfultat de nos expériences. Le 28 Avril i76'3 ,àhuit heures du foir, on mit dans l’étuve du fleur Poulet, Marchand Amydonnier, flx fetiers de bled ,pefant enfemble 1482 livres :on les arrofa avec 62 livres d’eau ,ce qui faifoit en total le poids de 1544 livres :on retira ce grain le 50 du niéme mois, àflx 4 heures du matin ;on avoit confommé, pour chauffer l’étuve 3240 livres pefant de bois. Ces flx fetiers ,au fortir Giij 78 Suppléinent au Traité de l’étuve, ne pefoient plus que 13 75"; livres ;par conféquent ,le déchet avoir été de jdp livres ,fur quoi défalquant les 62 livres d’eau qu’oii avoit ajouté Jle poids du bled étoit diminué de 107 livres. Le même jour, 28 Avril, àneuf heures du foir ,il aété mis dans l’étuve du fieur Briard, Marchand Amydonnier ,fix fetiers de bled, pefant enfemble 1482 livres ;ce grain aété retiré de l’étuve le 3odu même mois, vers fept heures du matin ;il s’efl trouvé pefer 1380 livres ,ce qui forme un déchet de 102 livres. Le 2p du mêmemois,à6heures |du matin ,il fut mis dans l’étuve du heur | le Cocq, Marchand Amydonnier, fix | fetiers de bled ,pefant enfemble | 1476 livres ;on les retira le 3oàhuit | heures du matin 5ils fe trouvèrent | pefer 1421 livres jainfi le déchet p' étoit de y5livres. Le 2p du même mois, àfept heu- [ res du matin ,on mit dans la touraille j, du fieur Santere ,Marchand Braffeur, ! douze fetiers de bled, pefant enfem- ; ble 2p5'(5 livres :on les aretirés le ; même jour àquatre heures après mi- de la Confervation des GraitiÉ. di rieur poids étoit de 2.6^1 :ainfi le déchet étoit de 3oy livres. On a employé environ trois falourdes pour delTéclier ce grain. Nous avons rapporté dans notre' Hijîoire de Vinfeële de VAngoumois , pîulieurs expériences qui font voir qu’on peut également deÏÏecher les grains dans des fours de Boulanger. II ell donc poffible d’employer différents moyens pour donner cette importante préparation au froment ;mais je ne crois pas qu’il yen ait de . préférable ànotre étuve. Les fours des Boulangers ne peuvent contenir qu’une petite quantité de grain ,ôc d’ailleurs ,il yefl: chauffé inégalement 5de forte que celui qui touche' aux parois du four,, efl quelquefois grillé :les étuves des Amydonniers , peuvent tout au plus contenir fix îétiers ,&il faut yarranger le grain avec la main fur les tablettes :pour les en retirer ,c’eft la même opération qui efl longue &pénible ,8c qu’on ne pourroit exécuter fi l’on chauflFoit auffi vivement ces étuves que nous chauffons les nôtres ,où il feroit bien difficile d’entrer pour Giv So Supplément au Traité fournir du bois au poêle :enfin,. la touraille des Braffeurs chauffe trèsinégalement :le grain qui eft auprès de la toile de crin grilleroit, &celui du deffus ne feroit pas fuffifamment chauffé, fi Ton n’avoit pas continuellement foin de le remuer àla pelle. Enfin, l’objet qu’il s’agit de remplir eft de deffécher affez les grains pour qu’ils ne fermentent point dans nos greniers exaftement fermés, &de les chauffer au point de faire périr les infeftes &leurs œufs :au refte ,chacun eft libre d’employer le moyen qu’il jugera le plus convenable pour parvenir àremplir ces conditions. Je vais donner le détail des expériences que nous avons fait exécuter àDenainvilliers. Expériences qui ont été faites au Château de Denainvilliers ,près Péthipiers en Gâtinois. Depuis 173 J,je n’ai point ceffé de faire étuver les grains de toutes mes redevances ;car je ne fais rien valoir par mes mains :dans notre province, tout eft affermé en argent. àe la. Confervatîon des Grains. 8ï Tant que i’'ai eu des tonnes, cuves ou grandes caiflês exaftement fermées, je les ai remplies de grain étuvé :j'en ai aftùellement environ deux àtroiscents fetiers ainfi renfermés ,entre lefquels il yadu grain de fept ans , &de toutes les années fuivantes, jufqu’en qui n’ont jamais été ni remués ni éventés, &qui font tous en très-bon état, n’ayant nullement fermenté ,ni été attaqués par aucun infefle. Gomme je n’ai pas une fuffifante quantité de ces petits greniers exaftement fermés pour pouvoir renfermer tous mes grains, j’ai environ cinq-cents fetiers de bled étuvé ,que j’ai confervé dans des greniers ordinaires ;mais je les yai mis àune plus grande épailTeur qu’on ne met ordinairement les grains qui ne font pas étuvés. Comme ces greniers font ouverts ,&par conféquent acceffibles aux infeéles du voifinage ,mes grains n’en font pas abfolument exempts : cette raifon m’a engagé àles faire cribler de fois àautre ,mais de loin àloin :ces grains ont été bien plus faciles àconferver que ceux qui n’avoient pas palTés par l’étuve :il n’y a Sa Supplément au Traité aucune comparaifon entre le petîc dommage que les infeftes ont fait dans mes greniers, &le défordre confidérable qu’ils ont caufé dans les grains de mon frere qui n’ont pas été étu- .vés. Je n’ajouterai àces réflexions générales que le détail de deux expériences qui ont été faites au même château, avec beaucoup d’exaditude, pour parvenir àconnoître encore mieux les effets de l’étuve. I. Expérience. Le 20 Odobre '1754, le thermomètre étant le matin à4degrés au-deflfus de zéro ,&le baromètre à27 pouces 8lignes, le ciel ferein &l’air fec ,on achoifî du froment de la récolte de 17153 , qui étoit humide ,dur àla main , &qui avoit une odeur défagréable. Comme je n’avois pas alors de grain qui eût ces défauts,j’en avoisfait acheter d’un Fermier fur le pied de loliv. lefetier, rendu àDenainvilliers. Le même jour ,je fis mefurer avec tout le foin poffible 46 mines de ce grain ,mefure de Péthiviers ,dont il faut 3mines pour faire un fac de ce pays ,qui contient un fetier de Paris. de la Confervatïon des Grains. Ces^ô mines pefoient exa(Sement,non compris les facs, 3711 livres 8onces ; àmefure qu’on pefoit ce grain, ort le verfôit dans un des côtés de l’étuve qui pourroit contenir près de 50 mines ;mais on n’en voulut mettre que qd, afin d’éviter les fraélions de mines ,&encore pour prévenir qu’il ne fe renverfât quelque peu de grain ,ce qui auroit troublé l’exactitude de l’expérience :le feu ayant été allumé àfept heures du matin , on l’entretint jufqu’à trois heures après-midi &la chaleur de l’étuve fut portée à84 degrés du thermomètre de M. de Réaumur. Le 24 an rnatin, on retira cegram de l’étuve, en prenant toutes les précautions nécelTaires pour qu’il ne s’en perdît point :il étoit encore chaud; on le mefura ;puis Payant pefé, on en trouva 46 mines &3litrons qui pefoient 2livres 4onces :ce grain étoit tellement humide qu’il mouilloit les mains ;l’humidité du grain qui avoir été raréfiée par la chaleur &non dilGpée ,avoir augmenté de trois litrons le mefurage. Le poids net de ce grain fe trouva §4 Supplément au Traité être de 3675 livres 12 onces ;de forte qu’il avoit perdu 34 livres 12 onces de fon humidité. Le 25" Oéiobre ,on remit ce même grain dans l’étuve :le feu fut allumé àfept heures du matin, &continué jufqu’à fix heures du foir :la chaleur fut portée jufqu’à 104 degrés du thermomètre. On le retira de l’étuve le 27 ;&après l’avoir lailTé refroidir , il fut mefuré &pefé de nouveau :il ne s’en trouva que 44 mines 24litrons ,dont le poids étoit 3^13 livres 12 onces :ainfi àcette fécondé étuvée, il avoit perdu 63 livres de plus que dans la première étuvée, & 5)7 livres 12 onces, de ce qu’il pefoit avant d’avoir été mis pour la première fois dans l’étuve ;ce qui, relativement àfon premier poids ,qui étoit 3711 livres, fait àpemprès^ fur la totalité. Ce grain, après avoir fubi cette opération, étoit croquant fous la dent ,il avoit entièrement perdu fa mauvaife odeur ;&,comme d’ailleurs il étoit net de mauvaifes graines, les Fermiers connoilTeurs en grain m’aflurerent qu’il pourroit être vendu entre 12 &13. livres le fetier, f de la. Confervation des Grains. 8^ ce qui auroit fait environ 2livres 10 fols de bénéfice par fetier ;&pour le mettre en cet état ,il ne m’avoiü pas dépenfé yfols par fetier. IL Expérience. Pour faire cette fécondé expérience ,on amefuré exaftement 23 mines du même grain, qui fe trouvèrent pefer en total 1855 livres ^;on le mit dans l’étuve le 7 Oétobre lydq. ;on alluma le feu à fept heures du matin, après avoir fait monter le thermomètre jufqu’à 519 degrés ;&àquatre heures après-, midi, pendant que le grain étoit trèschaud ,&que le feu brûloit encore dans le poêle, on le retira de l’étuve. Après l’avoir mefuré, on trouva le même nombre de mines comme quand on l’avoit mis àl’étuve ,6c même un peu plus d’un litron audelà. Ainfi, la chaleur, de même que dans la première expérience,avoir fait renfler le grain ;ce grain ayant été aufifi pefé fur le champ ,il s’en trouva 1847 livres ;donc il avoir perdu 91 livres de fon premier poids :cependant ce grain étoit fi humide que les mains en revoient mouillées j 5? 2Supplément au Traité !» Paris, Pourra, Muriau ,Dubié & !»Chapuy, Syndic &Maîtres-Gardes 33 de la Communauté des Maîtres Bous’iangers de cettt ville préfents ;& 33 après leur déclaration qu’ils ne re- *3 connoilToient àce bled aucune maua3vaifc qualité qu’eût pu produire Pé33tuve où il avoir été féché ,ni fon 33féjour dans l’encaiflement où il étoit 33 relié àl’épailTeur de lix pieds pen33dant quinze mois fans être remué; 33 qu’ils l’ellimoient au contraire être »3en très-bon état :Nous en ayant 03 fait mefurer fix ânées, qui ont pefé 33 net àla balance des greniers ipi3 33 livres ,poids de marc ;&les facs 33 cachetés fur leurs liens ,nous les 33 avons fait voiturer àdeux des «moulins qui font fur le Rhône, en «delfous de la ville ,lefquels deux «moulins appartiennent au fufdis 03 Hôpital ;favoir, p56 ÿlivres àchar s3cun de ces moulins. «Nous nous fommes rendus en33 fuite aux greniers àbled dudit Hô33 pital ,où nous avons fait mefurer 33 pareille quantité de fix ânées, qui 30 ont pefé ,àune Romaine àl’ufage 83 defdits greniers, 17^3 livres net. de la Cotifervation des Grains. 3»poids de marc ,que nous avons fait «pareillement cacheter &voiturer «aux mêmes moulins ;fâvoir, Sp6 ^ aslivres àchacun ,afin de faire ,fui- »vant les ordres &les intentions du «Miniftre, une épreuve qui pût éta- «blir, par comparaifon avec les bleds «non étuves ,les avantages qui peu- «ventréfulter de la méthode de defle- »cher les grains, qui apour objet »de les eonferver fans frais. «Le même jour, nous nous fom- »mes tranfportés àces moulins, où. «nous étant partagés ,moitié dans «l’iin, moitié dans l’autre, ainfî que «les Meûniers de Paris ,&les Syndic «& Maîtres-Gardes Boulangers qui «s’y étoient aulfi rendus ,nous avons «fait charger en même-temps le bled «defleché ^&,comme nous l’avons «dit, par égale portion, dans les «trémies des deux moulins jenfuite »toutes nos montres ayant été accor- »dées àla même heure ,l’on adonné «le mouvement aux deux moulins, «lorfqu’elles marquoient trois heures «trois minutes du foir. «Pendant que la mouture de ce 514 Supplément au Traité 95 bled étuvé fe faifoit ,nous avons , 95 3différentes fois, requis lesMaîtres95 Gardes Boulangers &autres àce *5 connoiffeurs ,qui étoient préfents, 95 de Fexaminer &de nous dire ce 95 qu’ils en penfoient, àcaufe du def95 féchement ,&de la confervation 95 dans les caiffcs. 95 Sur quoi ils ont perfifté àdire qu’ils 95 n’y trouvoient ni mauvais goût ,ni 95 mauvaife odeur ;qu’au furplus , 95 avant de fe décider, il falloir atten95 dre le temps où le pain ,que l’on fe 9»propofoit d’en faire,fortiroit du four, 95 parlaraifon que, quelque peu conlî95 dérable que fût la mauvaife odeur ou «autre mauvaife qualité qu’eût cono5trafl:é le bled, elle fe manifefteroit «alors fûrement, &que la couleur du a5pain prouveroit pour le relie. 95 La mouture ayant été faite , »5nous avons fait lier &cacheter les »5facs dans lefquels on afait renfer- «mer la farine ;enfuite nous avons «procédé àla mouture des fix ânées «du bled non étuvé, en obfervant 95 les mêmes chofes que pour l’autre ; »<Sc les trémies étant remplies,, les de la Confervation des Grains, pf »mouîins mis en mouvement àcinq s> heures dix minutes n,')La mouture aété faite en préfence des Commijfaires chargés de fuivre ces Expériences ,«la farine qui 03 en ell produite, ayant été mifedans 03 des facs qui ont été pareillement ca03 chetés ;nous avons renvoyé le tout 03 aux greniers dé l’Hopital de la Cha03 riré, après toutefois, avoir mis des 03 marques diftinétives fur chacune de 03 ces quatre parties de farine. 03 Le10du même moisdeDécembrê, 33nous nous fommes tranfportés aux 33 greniers fufdits de i’Hôpital de la 03 Charité, où après avoir reconnu les 03 facs qui renfermoient les quatre dif03 férentes parties de moutures ,pour 03 éviter la confufion dans les opéraos dons qui reftoient àfaire ;&pour 33 en tenir note avec plus de netteté 33 &de célérité ,nous avons contreosmarqué les facs, favoir, N». I, Ceux qui contenoient le bled étuvé. N°. 2. idem. Ceux du bled étuvé. N°. 5. Ceux du bled non étuvé, N°. q. idem. Ceux du bled non étuvé. wNous propofant d’employer dans p6Supplément au Traité »la fuite du préfent Procès-Verbal !»ces indications, pour défigner les 03 quatre différentes parties. 03 Et les ayant fait pefer àla même 03 Romaine, nous avons reconnu que: Le N®. I. étuvé pefoit net, poids de marc ^livres Le N°. 2. Idem .... , .935) ^ Le N®. 3. non étuvé. 877 5 Le N®. 4. Idem ,.... .882 J 03 Enfuite nous avons fait vuider le o3Numéro ibled étuvé,dans lagrande 03 trémie du bluteau ordinaire dumê- »>me Hôpital ,lequel eft compofé de o’cinq grands cylindres formés avec 03 de la gaze ;Sc ayant fermés les por03 tes qui ferment lapiece où eft la tré03 mie, ôc celle où eft le bluteau, l’on 03 en aremis les clefs audit fleur Mon- »3long ,&l’on afait mettre le blu03 teau en mouvement par le moyen 03 d’un grand timpan placé àl’exté03 rieur du bâtiment ,&dans lequel 03 un homme en marchant agit par osfon poids.. 03 Ayant reconnu enfuite que toute oola partie étoit blutée ,&féparée oopar cette opération, favoir, en faosrine ,reprin ,ôc fon, nous avons fait âe la ‘Confervation des Grains. 97 «fait pefer le tout àla même Rornai- «ne, &nous avons reconnu que : La Farine pefoit net. Spi iliv.-v Le Reprin 166 |>S>47 |li>. Le Son Sÿ -s J «Nous avons procédé de la même «maniéré àFégard de la partie, Nu- «méro 2, bled étuvé. La Farine apefé net. 67',' |liv. ") Le Reprin ijji r i liv.’ Le Son ....... loi -J »Ainfi que pour la partie, Nu- «méro 3,bled non étuvé; La Farine apefé net. 641 liv.'» Le Reprin n5i |V887 fliv. LcSon 83 IJ «Et huit heures du foir étant fon- »nées ,nous n’avons pu efpérer de sîfaire dans le reliant de la journée «palTer au bluteau la partie, Nuojméro Nous nous fommes con3> tentés de la faire charger dans la *trémie ,de fermer exaftement les 3>portes; &comme nous l’avons prap’tiqué aux trois opérations précédena>tes ,d’en remettre les clefs audit «heur Monlong. »>Lc lendemain, ii Oélobre, dès I ^8 Supplément au Traité »les cinq heures du matin, on avoît 05 mis en mouvement le bluteau ;& prêtant arrivés àhuit heures, nous 05 avons trouvé que toute la partie 05 étoit blutée ,bayant mife dans les oofacs pour en reconnoître le poids : 05N®. 4. Bled non étuvé. La Farine apefé net. 638 liy.'\ LaReprin 1^7?î-poiiliv’. Le Son. ....... loy ^J 05 Après avoir cacheté les facs de 05 cette partie, ainlî que nous l’avions 05 fait àl’égard des trois autres, nous 05 avons fait mettre le tout enfemble 05 pour être réfervé jufqu’au jour qu’il o5conviendroit de prendre pour les ao opérations nécelfaires, pour en faire 50 du pain. 05 Nous avons enfuite comparé le 05 poids que ces quatre parties diffé- ?5 rentes avoient, avant d’être mifes 05 au bluteau, avec celui qu’elles ont 05 donné après en être forties :nous 05 avons reconnu les différences ci’- 05 après : N*^. I. apefé avant le bluteau pqy Jlivres :après 947 1:différence en plus ,2~livres. '2. Avant \livres :après de la Confervatîon des Grains, pc? J^livres :différence en moins ^ livres. N®. 3. Avant 877 ^livres :après .887 1livres :différence en plus lo ^ livres. N®. 4. Avant 882 livres :après poi -J livres :différence en plus ip ~ livres. o:>Ces différences, principalement »celles des deux dernieres parties , S) nous ayant caufé de la furprife , 35 vu l’attention particulière que nous 35 avions eue en faifant pefer avant que 35 de charger le bluteau ,nous avons 35 recherché, mais inutilement ,d’où 35 elles procédoient ;feulement ,à 35 l’égard de la partie N°. 4,nous 35 avons remarqué que, comme elle a 35reflé toute la nuit dans le bluteau, 35quiefl: conftruit dans une piece au 35 rez-de-chauffée ,qui n’a point de 35 voûte par-deffous, Sc qui efl: ens5vironnée ,de deux de fes côtés , 35 d’un terrein plus élevé que fon pa- »vé ,de dix-huit pouces environ , 35 elle apu contraéler affez d’humi35dité pour occafionner cette diffé- »5rence. 35 Le 13 du même mois de Décemlij roo Supplément au Traité ?jbr.e ,nous nous fommes tranfpor03 tés dans la Boulangerie du même wHôpital àtrois heures de relevée , sop.our faire préparer le levain nécef03 faire pour ces quatre parties de fa^ ojrine ,dont nous nous fommes proa3pofé de faire du pain le lendemainâ 03 &cette opération faite, ainfi que »toutes celles dont nous avons parlé, 03 &dont nous parlerons, en préfence 03 de deux Meûniers de Paris ,&des O? Maîtres-Gardes Boulangers, a été 03 finie àneuf heures du foir. Et après 03 avoir cacheté tous les pétrins & o3autres uftenciles qui contenoient le ojilevain, nous nous fommes retirés. 03 La journée du 14a été employée, O? depuis fix heures du matin ,àfaire 03 du pain de ces quatre parties de 03 farines féparément ,obfervant de 03 les diftinguer àchaque opération O? différente ,par les Numéros refpec03 tifs ;&les dernieres cuittes étant O? faites àfept heures du foir ,nous 03 avons renfermé dans un grand en03trepôt attenant la Boulangerie les »? quatre parties de pain féparées les 03 unes des autres nous avons remis sm lendemain àles faire pefer pour de la Ùonferi>atidn des Grains, io'î »attendre que toutes les cuittes fuf-^ sîfent àun même degré de refrôi-difsjfement ;obfervant ,fur les pains faits avec le bled étuvé ,que nous »en avons fait rompre au fortir du »four ,&qu’il n’a été reconnu aucun mauvais effet de l’étuve &de l’en- »caiffement. ^Le 15' ,ceux qui avoient aflifté =3 aux différentes opérations ,étant Marrivés àfept heures du matin, on a Mcompté &pefé àla même Romaine »tous les pains qu’avoient produit les «quatre parties de farine ;&leur nom- »bre s’étant trouvé conforme àl’é- »tat que nous en avions fait la veille, æils ont pefé :favoir. N”. I. en 82 pains, pio'-j-q N°. 2. en 76 pains. piS J N°. 3. en 75 pains. 8^3 -f 1 N°. 4. en 69 pains. 842 J étuvé 183Sliv,' non étuvé lôpj fliv. 05 Enfuite ayant pris un pain de cha- »cun des 4Numéros, nous les avons 05 fait couper-, pour que les Meûniers 05 de Paris &les Syndic 8cMaîtres05 Gardes Boulangers donnaffent leur 05 avis ;i^, fur la maniéré dont les 05 quatre fortes de pain avoient réuffi s»â la fabrication j2°, fur la blan;- Iiij 'îoS Supplément au 'Traité cette farine ,lorfqu’on FempIoyÊ pour en faire du pain ,eft toujours grofle ,&la pâte qui en réfulte eft toujours matte ,&elle fe fond lors de fon apprêt ,faute de foutien :ce mauvais effet provient de l’humidité qui aété contraélée par le bled lors delà récolte :cette pâté eft difficile àla cuiflbn, &elle ne bouffe pas dans le four ;le pain conferve toujours une fraîcheur préjudiciable qui le rend fujct àmollir: ce pain aune blancheur qui flatte àla vue ;mais il aun goût fade &douceâtre au manger :on préfume que le pain de bled non étuvé n’eft pas bien noürriûant, attendu que la pâte en eft vèule ,lâche &boit peu d’eau. Le bled non étuvé eft très-fujet à la fermentation; il occupe beaucoup de place ,&il demandebeaucoup de travail ;on ne peut le mettre tout au plus qu’àdix -huit pouces de hauteur ,&il faut le remuer au moins tous les dix jours; encore n’eft-on pas sûr d’en empêcher la fermentation ,ni de le garantir des infeftes ; outre cela ,le bled non étuvé produit en pain cuit huit livres de moins de la Confervation des Grains. lo^ ipar fetier ,àmefure égaie ,que lorfqu’ïl aété étuvé ,ce qui fait une perte de 1800 livres fur 3000 fetiers ,en fuppofant le pain àun fol fix deniers la livre. Bled étuvé. La farine de bled étuvé fe conferve très-facilement ,attendu fa fécherelfe qui la rend aifée àtravailler : la pâte en eft légère ôc bien foutenante ,lors de fon apprêt ;cette pâte bouffe bien dans le four 5la cuiffon en eft aifée ,ôc plus prompte d’un dixième que celle du bled non étuvé :le pain conferve toujours une féchereffe avantageufe qui l’empêcbe de fe moifir :il paroît grisâtre àl’oeil ;mais il aun goût de noifette qui le rend agréable au manger ;cela fait conclure que ce pain eft bien nourriftant, attendu que la pâte adu corps, &boit bien l’eau. Il eft facile de procurer au pain de bled étuvé une blancheur égale àcelle du bled non étuvé ;ôc de diminuer le déchet du moulage : il fuffit pour cela de jetter cinq livres d’eau fur 100 livres de bledg iio Supplément au Traité vingt -quatre heures avant de le donner àmoudre ;^par ce moyen, le pain qui en provient efl: aufîi blanc que celui qui n’a pas été étuvé ;&il conferve un goût agréable au manger ,parce que cette eau ainfi répandue fur le bled efl bien meilleure que celle qui en aété retirée en le faifant palier àl’étuve ;ce qui devient fenfible par la mauvaife odeur des vapeurs humides qui fortent de l’étuve. L'es frais que l’on fait pour étuver les bleds ,font d’un trèspetit objet : on aétuvé àSaint Charles 3000 fetiers de bled de la récolte de 176^3 > la dépenfe n’a monté qu’à 2400 livres, ycompris la braife &le charbon confumés ,la main d’oeuvre ,ôc le déchet occafionné par l’étuve; mais il yaeu un avantage confîdérable fur l’emplacement ,attendu que ce bled aété mis à4pieds ôc demi de hauteur dans les couches, fans aucune crainte pour la fermentation ; au lieu que de pareil grain non étuvé n’étoit dans les greniers qu’à l’épaiffeur de 18 ou 20 pouces. Il ya eu aufQ une grande économie, fur la de la Confervation des Grains. 11 1 snain d’œuvre ;car on s’eft contenté, même pendant les plus grandes chaleurs, deremuerle grain étuvéune fois tous les deux mois ,ce gui afufïi pour le conferver en très -bon état j au lieu qu’on étoit obligé de remuer tous les huit jours les grains non étuvés. Outre cela, fuivant l’état de produit détaillé ci-devant ,le bled étuvé donne par chaque fetier huit livres de pain de plus que celui qui ne l’ell; pas :cet excédent ,àraifon de Ifol 6deniers la livre ,monte pour les ;30oo fetiers à1800 livres, comme nous allons le faire voir. Economie procuréepar réciive des ' pieds. Moins d’emplacemenc &de maind’œuvre pour 300 600 1. V1400 U Produit en pain de >« 8liv. de plus par fetier JàIfol 6den. .la livre, .•1800I, 800 U „,-fPour la braife ou le A* Depenfe Lcharbon, &la main- / pour etuver Jd,<j.^vre., , . lîool. J.i8o< jooofeners \C de Bled. Bigj 600 1.^ Bénéfice. .•••., 600 1« On compte encore que l’on peut fe procurer une plus grande écono- fïi2 Supplément au Trahi mie en renfermant le bled étuve dans des cailî'es ;puîfqu’on fait qu’il s’y conferve en bon état fans avoir befoin d’être travaillé. Les cinq caiffes * qui ont été conftruites dans les magafins de Saint Charles ,ne font revenues qu’à 2700 livres :elles font conftruites de bon bois de chêne ,de dix -huit lignes d’épaifléur, &de grandeur àcontenir chacune 300 fetiers de bled ,mefure de Paris ,& du poids de 240 livres :ces cinq caiffes occupent très -peu de terrein , relativement àla quantité de 1500 fetiers ou 125 muids de bled qu’elles contiennent. Nota. Ces grains n’ont été étuvés qu’après avoir refté un temps afîez confîdérable au grenier, pendant lequel ils ont été fréquemment remués , &criblés plufîeurs fois ;ce qui leur avoit fait alTurément perdreune partie de l’humidité qu’ils avoient au fortir de la grange :cette circonftance doit rendre les effets de l’étuve moins confidérabl.es. Ces cinq CaifTes ont 40 pieds de longueur;^ lia pieds de largeur >?fde hauteur. §• 3^ de la Confervation des Grains, 113! 3. Expérience fur vingt-quatre fetiers de bled froment de 6^1 ces bleds étaient de différentes Provinces .• favoir ,de Picardie ,de Normandie , de la France ,Gr de la Brie ;ils étaient tous gonflés par L'humidité, attendu la trop grande abondance des pluies furvenues pendant la récolte. Bled étuvée. Poids du Setier après avoir été étuvé. ;.117 I, Produit en Farines des 4fortes, i Sons des 3fortes .. Déchet Poids égal. ,-.. 7 217 1. Il eft àobferver que le poids du bled eft porté ici ,après un mois de refroidiftement ,&après avoir été criblé convenablement pour être mis à la mouture :la fécherefle acquife par l’étuve, occafionne un déchet d’un quarante-cinquieme environ àla mefurè ,<&; un quarante-quatrieme de poids de moins ;mais on en eft bien dédommagé par l’amélioration du grain qui fe trouve alors, aihfi que les farines qui en proviennent, d’une féchereflTe parfaite ,Si d’une conferva.-!r tion affurée K îl4 Supplément au Traité Le bled étuve fe trie aifément fouS la meule ;la divifion des farines & des fons fe fait aifément &exaftement ,&la mouture fe fait un tiers plus promptement. La farine eft d’un beau blanc ,jauneclair. Bled non étuvé. Poids du Setier mefûre de Paris. '• .ixi 1. Produit en Farines des 4fortes, j Produit en Iflues des 3fortes. .î6J Déchet ^ Poids égal .ï.;1. Le bled non étuvç eft difficile àla mouture ,àcaufc de fon humidité , &il fe met en pâte fous la meule ;il faut un tiers de temps de plus pour le moudre que le grain étuvé ,parce que le moulin s’engrappe ,6c quelque foin que l’on prenne ,la farine eft toujours molle &grofle ,&la féparation des farines &des fons fe fait trèsdifficilement ;delà, il arrive que îa farine eft très-fujette àfermenter, &les fons encore plus ,attendu qu’il yrefte une humidité tiede qui en occafionne la fermentation &le dépériffement total :les gruaux font mous, &la farine n’a point cette fécherelTe de la Confervatîon des Grains, lif f^üi fe trouve dans les gruaux ordinaires 3&quelque précaution que l’on prenne ,il refte toujours de la farine adhérente auxfons, ce qui occafionne de la perte dans les produits, tant pour la quantité que pour la qualité ;cette farine efl: d’un blanc terne; Bledétuvé. Produit en Pain. Poids de la Farine .164 U Poids de l’eau 103 Poids du Pain en pâte. 267 Poids après la cuiffon "23^ Déchet de fabrication &cuiffon .;3ï1« Le pain de bled étuvé efl: un tiers moins de temps dans le four pour parvenir au jufle degré de cuiffon. Ala fortie du four ,il fe deffeche àl’air &devient bientôt raflis ,fa.ns être fujet àmoifir :ce pain àun bon goût de noifette ,&il efl plus nourriffant que celui du bled non étuvé. Bled non étuvé. Produit en Pain. Poidsde la Farine ...... Poids de l’eau ........ Poids du Pain en pâte ...• ... Kij 1^0 L 510 250 'i 16Supplément au Traité Poids après la cuifTon ...... 214 Déchet de fabrication &cuiffon ..36 h Le pain de bled non étuvé eft mat &pâteux ,parce qu’il conferve dans le four fon huile &fon gras ;il faut par cette raifon le laiffer un tiers de temps de plus dans le four pour l’empêcher de devenir trop mou à l’air, fans quoi il feroit fujet àfe mollir très-promptement. Ce pain aun goût fade &douceâtre 5il abien moins de fubftance que celui de bled étuvé. Tous, ces défauts occafîonnent une perte au moins d’un lixieme. Il eft aifé de voir qu’en étuvant les bleds, on les rend plus aifés àlà mouture ,qui fe fait un tiers plus promptement. Il en eft de même pour la cuilTon ,attendu le degré de fécherelfe acquife précédemment par la chaleur de l’étuve ;par cette raifon les farines boivent plus d’eau, la pâte fe delfeche moins dans le four, &il fe trouve conféquemment moins de déchet de cuilTon ,&un produit plus fort en pain cuit. de la Confervatîon des Grains, j17 §. 4. Moyens de conferver les Farines. On ne tranfporte point de grains dans les Colonies; parce que les moulins yfont tous employés au travail du fucre, &qu’on auroit peine àen deftfner quelques -uns pour moudre les grains. D’ailleurs ,les farines encombrent beaucoup moins les bâtiments , que ne feroiént les grains. Onmoût les grains enFrance;.on les blutte pour en retirer la farine ,qu’on enferme dans des barriques revêtues intérieurement de papier ;on les yfoule le plus qu’il efl polîible ;enfuite onenfonce ces barriques comme celles qui contiennent du liquide ;3c c’eft en cet état qu’on les tranfporte aux Ifles fous le nom de farine de minot. Les meilleures fe tirent de Néraç., Clairac, &c. On en fait auffi quelquefois de bonnes dans le Poitou. Comme les Münitionnaîres avoient reçu des reproches de minots de Poitou qui étoient arrivés gâtés ,ils eurent àcœur de prouver àM. Rouillé ,alors Miniftre de la Marine ,le defir qu’ils avoient de fournir de bon minot ;ils lui préfenterent àcet effet, ^2Mémoires d’Agriculture. s’il avoit été enfeméncé fuivant l’ari'^ cîerine méthode. La récôlte de cette expérience a été de 6charges une pànale :c’eft plus de 24 pour i.Si cette terre avoit été femée fuivant l’ancien ufage ,on ÿauroit répandu unecharge 4panales de bled qüi aurôient produit vfaifémblablement 6pour i,fi la faifon eût été favorable-, &qui auroient donné 8charges 4panales de bledj mais dans cette hypothefe, il convieritdecomparerlaquantitédefeferaencé répandue aiiifi que la récolte. Produit dé l’anciênne niéthode sch. 4pan. A' défalquer pourles feraencesIch. -'4 pan. Produit net . . ..,.' 7ch. Produit de la nouvelle méth. .6ch, 1pan. Adéfalquer pour les femences .•• 2pan. ; Produit net •••-S ch., 8. pan, | .Suivant: cette, fuppofition ,l’ancienne méthode auroit produit une charge une panale Sc demie de plus que la .nouvelle ,&l’on auroit épargnés douze écus que l’on'a dépenfés pour faire arracher l’herbe des rangées ,: rt&;.pour le labour àbras donné aux .plates -bandes '-i mais il en Mémoires d’Agriculture. àuroit coûté deux écus pour les farciages ordinaires, &8liv. de plus pour la moiffon ;il n’y adonc que 22 livres de perte fur les frais, &une charge une panale 7fur la récolte. Cependant il eft bon de remarquer t1°, qu’on avoit pOulfé trop loin la foulîraélion des femences , &qu’on auroit dû en répandre plus du double, moyennantquoi la récolte auroit été certainement plus abondante :2°, que les femences avoient été trop recouvertes fur la plus grande partie du champ ,ce quî aretardé la maturité des plantes qui ont produit beaucoup de bled retrait, &dont le déchet au criblage aété confidérable. Les femences qui n’avoient été recouvertes que d’un demipouce ou un, pouce,, de terre, ont mûri 8’. jours plutôt, ont produit beaucoup plus de grain,& de meilleure qualité que celles qui avoient été recouvertes de 2pouces. On doit obferver en troifieme lieu que li ce champ avoit; été femé; fuivânt l’ancien ufage ,il ne feroit point difpofé àêtre enfemencé cette année-, comme il le fera. On elpere d’en obtenir une réEiij Mémoires à'Agriculture, coite plus abondante ,&on fe propcH fe d’y former de larges plate -bandes, &des planches garnies de 6rangées ;on fe propofe encore de labourer les plate -bandes avec la charrue. Exp ÉK IENcE,N°. 13. Elle fut exécutée fur une pièce de terre de 170 cannes quarrées, fituée entre deux taillis veryle haut d’une gorge. Cette terre ell: d’alTez bonne qualité^c’eft un mélange de glaife &de fable; elle cli plutôt forte que légère, pierreufe ,garnie aux deux bouts de rochers recouverts de quelques pouces de terre ;elle ’n’a pas été fumée depuis long-temps :elle fut enfemencée, commele champ de l’expérience précédente,à la quantité de îemence près; on en répandit plus du double fur celle-ci ,proportionnément àl’efpace &àla qualité du terreiri: ;on employa pour les femailles 2picotins Jde bled blanc. Ce bled leva à merveille :peu après les femailles, les rangées étoient très-bien fournies de plantes vigoureufes ;les lapins les broutèrent pehdant l’hyver, de préférence au feigle^voifin, .de maniera Mémoifes £Agriculture . qu’au commencement de Mars ,il fembloit que ce bled commençoit à peine àlever ;les plantes, pouflerent enfuite avec aflez de vigueur, mais elles mûrirent fort tard -, beaucoup de petits tuyaux de côté étoient entièrement verds lors de la moilTon ;leurs épis, quoique longs n’âvoient point de grain. Une partie de ce bled aété retrait; le déchet au criblage aété confîdérable. Malgré ^accident occafionné par les lapins"^ ,cette expérience a produit Ppanales 3picotins de bled; c’eft environ 16 pour un :le grain aété inférieur enqualité àcelui de rancienne méthode ;mais cette différence n’a pas été bien confidérable. On auroit femé fur cette terre, fuivant l’ancien ufage, 6picotins ,qui auroient pu produire 4panales 4picotins, en donnant épour un. Quoique la faifon ait été très-favorable aux bleds, il n’y apas d’apparence que cette terre eût produit davantage ;il femble que l’on peut faire une comparaifon jufte fuivant cette fuppoûtion. Produit de l’ancienne méthode .4pan. 4pic. Adiftraire pour les lèmences .. .... 6pic. Produit net ^pan. 6pic. Eiv Mémoires d'Agriculture, Produit de la nouvelle méth. ypan. 3pic, Adifltaire poutr les femences. ..^pic. | Produit net ;....5pan. -i de pic. La nouvelle méthode aproduit une panale 2picotins ide plus que n’auroit fait rancienne ,ce qui vaut au-delà d’un quart déplus ;les frais extraordinaires ont confommé la moitié de cet avantage ;mais cette terre fera enfemencée de nouveau cette année ;elle ne le feroit pas fi elle avoir été enfemencée fuivant l’ancienne pratique. Expérience, N°. 14. Cette expérience .fut exécutée fur une piece de terre forte, compofée de glaife &de gravier, de moyenne qualité, de 2cannes de largeur, &de 85) de longueur ;elle avoit reçu 4labours 3les mottes avoient été brifées avec un rouleau après le troifîeme &le qpatrieme labour :elle fut enfemencée le 20 Oftobre àtrois traits du femoir à3focs ;on forma 3planches de 3rangées chacune, placées à7pouces de diftance les unes des autres ;on donna aux plates-bandes 233 pieds de largeur. On employa Mémoires d’Agriculture. J 7 pour femer cette piece de terre rpicotin Ide bled blaiic. Les plate-bandes furent labourées àbras vers la fin d’Avril ,la terre étant très-feche ;les pluies ne furvinrent qu’environ 1 5 jours après. On arracha l’herbe des rangées le 17 Mai ;le produit de cette expérience aété de 3panales 4picotins ;c’efi: près de 23 pour un. . Si l’on .avoit feiné cette terre fuivant l’ancienne méthode, on yauroit répandu 7picotins de bled, qui auraient pu produire 3panales 4picotins ,en rendant 4pour un ;ce font les meilleures récoltes de cette terre : le defllis &le defîbus de l’efpace occupé par l’expérience avoit produit à peine deux &demi pour un l’année précédente. Produit de l’ancienne méth. .3pan. 4pic. Adiftraire pour les feinences .... 7pic. Produit net pan.' jpic. Produit de la nouvelle méth. jpan. 4pic. Adiftraire pour les fem pic. ÿ Produit net 3pan. zpic. -1La nouvelle méthode aproduit 5; picotins ^de plus que n’auroit fait, l’ancienne ;ce qui vaut plus d’un, cinquième en fus» J8Mémoires cfAgriculture. Cette terre fera enfemencée de nouveau cette année ;elle produira vraifemblablement davantage qu’elle n’a fait. On avoitpouifé trop loin la fouftfaftion des femences ;on auroit dû répandre 2 picotinSj& femer ioou 1 2 jours plutôt. On fe propofe de laboûrer les plate-bandes avec une charrue; le labour àbras abforbe en partie le produit d’une terre femée en planches lorfqu’elle n’eft pas de bonne qualité. B,xperi£NC£: faite aux environs de Digne, vers Ze 23 OSlobre. N°. ip. L’espace fur lequel elle fut exécutée, contient environ joo cannes: on en aarraché les vieilles fouches depuis quelques années. Le vulgaire nomme un pareil terrein petit grefe. Cette terre ell: légère &garnie de petits cailloux plats ;elle n’eft point fertile ;jufqu’à préfent on ne l’a eftimée propre qu’à être plantée en vigne &en plein ;elle, eft fituée àmi-côte au-levant;c’eft pour la troifieme fois confécutive que cette terre aété enfemencée avec le femoir :elle avoit reçu deux labours àbras depuis la Mémoires £Agriculture. moiffon ;on avoir répandu environ 20 charges de fumier d’écurie fur la partie du terrein qui paroiiToit la plus maigre. Cette expérience fut exécutée en notre abfence, fous la conduite d’un ancien domeftique ,auquel nous avions expreffément recommandé de bien fournir les rangées de femence , &de la faire recouvrir dé 2pouces de terre au plus. On fe fervit du petit femoir àbras, &de quelques petites bêches pour former les rangées 3à 3, à8ou 10 pouces de diftance les unes des autres :on donna aux platebandes ipied &demi &jufqu’à 2 pieds de largeur. Aquelques défauts dé fymmétrie près ,les opérations furent afl'ez bien exécutées. On répandit pour les femences une panale & un picotin de bled blanc. V"ers le quinze d’Avril, quoique la terre fût très-fcche, le milieu de l’entre-deux des rangées fut égratigné à i ou 2pouces de profondeur avec une efpece de petit farcloir ;l’Ouvrier piquoit cet inftrument en terre ,ôc le tirant àlui il égratignoit d’un feuî trait environ un pied &demi de. terre- 6oMémoires déAgriculture. en longueur, (On exécute cette opération avec beaucoup de célérité lorfque la terre efl: légère &humide) : les platebandes furent tout de fuite profondément labourées àbras. Cette expérience aproduit 2charges 6panales de très-beau bled &très -pur ; c’eft plus de 23 pour un. Si cette terre avoir été enfemencée fuivant l’ancienne pratique ,on yauroit répandu deux panales un picotin de bled ,car on eft dans l’ufage de femer clair les terres de cette qualité. En fuppofant que la faifon eût été favorable ,ces femences auroient pu produire une charge 7panales ; ce qui auroit donné 8pour un. Plufieurs pièces de terre de meme qualité bien fumées, lltuées au-deffus, audelTous &àcôté de notre champ d’expérience ,n’ont produit que 7pour un par leurs meilleures récoltes ,depuis 10 ou 12 années ;elles n’ont même donné le plus fouvent que 4,J ou 6pour un :c’ell: faire pencher l’avantage en-.favéur de l’ancienne méthode que de comparer fon produit fur le pied de 8pour un avec celui de la nouvelle. Mémoires d’Agriculture. 6l Produit de l’ancienne méthode ., . •ich. 7pan. Adiftraire pour les (ëmençes .2pan, ipic. Produit net ...,ich. 4pan. 7pic. Produit de la nouvelle méthode ... ..2ch. 6pan. Adiftraire pour les femences .1pan. ipic* Produit net .... 2ch. 4pan. 7pic. Malgré cette faveur accordée àTan* cienne méthode ,la nouvelle aproduit deux cinquièmes de plus. La beauté du grain recueilli en augmente encore le prix, fur lequel on trouve amplement às’indemnifer des frais des labours àbras donnés aux platesbandes &aux rangées. Al’égard des frais extraordinaires faits lors des femailles ,ils fe trouvent compehfés par ce qu’il en acoûté de moins pour faire la moiffon ;ainfi le bénéfice des deux cinquièmes relie franc au propriétaire. Mais ce n’elt pas tout; cette terre fera enfemencée cette année pour la quatrième fois confécutive ; on n’auroit eu garde de l’enfemencer deux années de fuite, lorfqu’elle étoit cultivée fuivant l’ancienne pratique. '68 Mémoires d’Agriculture. tivé fuivant Fancien ufage. Les pîa-^ te -bandes de cette terre préfentenc un bon &prcffond guéret qui doit vraifemblablement procurer une abondante récolte pour Tannée fuivante. Ala vérité l’opération de défoncer nous acoûté cher ;on n’arrache pas des roches fans dépenfe ;les frais ont abforbé les 3quarts de la récolte. Mais cette terre auroit été en jachères cette année ,fi elle avoit été cultivée fuivant l’ancien ufage, elle n’auroit rien produit :en la cultivant fuivant les nouveaux principes ,elle nous afourni de quoi nous indemnifer de la réparation que nous y avons faite, &par-delfus ,nous avons profité d’un quart de la récolte. Si la faifon avoit été favorable , le produit de ce champ, auroit dédommagé cette année ,nonfeulement des frais dudéfoncement fait au printemps ,mais de plus il auroit payé d’avance ceux qui relient àfaire l’année prochaine fur les efpaces qui étoient occupés par les rangées. On doit conclure que la nouvelle méthode eft une fource de richelfes, même pour les Cultivateurs dont les Mémoires £Agriculture: 6^ terres font malheureüfement, comme les nôtres ,remplies d’obftacles. Les obligations dont la Provence fera redevable envers M. Duhamel feront immenfes ,&bien au-delà de toute expreflion :on verra avec furprife 5en moins de 2ans,, que ce que nous avançons n’eft point exagéré. On verra auffi par les réfultats de l’expérience N®, 3,que l’on peut encore, outre la récolte en bled, fe procurer plufieurs récoltes en légumes fur les champs établis en planc-h. doubles. Ex'périence, N®, 2. La terre de ce champ eft graveleufe &de mauvaife qualité ;l’étendue fur laquelle l’expérience fut exécutée ,eft de idoo toifes quarrées : elle fut enfemencée en planches doubles comme la précédente, mais quelques jours plus tard ,vers le 15 Novembre :il avoit plu abondamment les jours précédents la terre étoit telle- . ment hurriide qu’on l’auroit pétrie comme du mortier :vers le milieU' du champ ,il ne fut pas polfible de faire ufage du femoir à3focs ;les 70 Mémoires cCAgriculture. planches furent formées avec beaucoup de difficulté àl’aide d’.u.n petit fémoir àbras &de la charrue ordinaire. Les circonftances &la mauvaife qualité du terrein déterminèrent àrépandre fur les planches au- ,tant de femence qu’on en auroit employée fuivant l’ancien ufage ;on répandit 3panales ibled ,&malgré cette précaution les rangées furent très-peu' fournies de plantes. | Les plate -bandes furent défonj cées de la même maniéré que celles de l’expérience précédente ,&pour les mêmes motifs. Cette opération fut faite àla fin d’Avril &au commencement de Mai ;les plantes des rangées en profitèrent peu ,parce qu’elle fut exécutée trop tard. Cette expérience aproduit une charge 8panales de bled très-pur. Une .pareille étendue du même champ ,terrein de même qualité , avoit été enfemencée les 8&9Oftobre, fuivant l’ufage ordinaire ;la terre étoit au degré d’humidité convenable ;on avoit répandu pour les femailles 7panales un huitième de grain ,qui ont produit 2charges 8; panales Mémoires d’’Agriculture^ ’jl Prodiiitçle l’ancienne méthode zch. Span. | Adiftraire pour les femences .7pan. | Produit net. .....,zch. ipan. f Produit de la nouvelle méthode ich. 8pan. Adiftraire pour les femences. .3pan, f Produit net ich. 4-pan. i L’ancienne méthode aproduit 6 panaies |de plus que la nouvelle, ce qui fait près d’un tiers de plus ;mais le bled de l’ancienne méthode étoit rempli de mauvaifes graines. En évaluant en argent les deux récoltes , l’avantage de l’ancienne méthode fur la nouvelle ,feroit réduit au quart ou environ. Cette terre ,de même que celle de l’expérience précédente, aété difpofée de façon qu’elle donnera vraifemblablement une récolte plus abondante l’année prochaine ; elle ne produiroit rien helle avoit été cultivée àl’ordittaire. 'On acependant lieu de préfumer que la nouvelle méthode auroit produit autant que l’ancienne ,fi les femailles avoient été faites dans le ùiême temps ou dans des circonftances aulfi favorables, 72 Mémoires Agriculture'^ Expérience, N°. 3. Légumes. Pour ue pas multiplier les êtres fans néceffité ,nous défignons fous un feul numéro toutes les expériences faites en légumes ,fur des terres qui ne font point arro'fables :elles ont été exécutées fur les plate -bandes des expériences' N°. i&N®. 2. dans les mois de Mars ,d’Avril ,de Mai ,d’Août ,fuivant que chaque efpece de légume l’exigeoit. On forma ,àbras ,des rangées fimples fur les parties de ces^ platebandes qui n-étoient pas eoüvertes de pierres ; ourépandit les femences, tantôt avec la main ,&tantôt avec de petits femoirs ,fuivant la qualité du légume» Pois chiches. Quoique dévaftés par les pies , ils ont produit dix pour un. Carottes. Elles ont très-bien réuffi :le 2t Septembre, elles avoient un pied de longueur ,&11lignes de diamètre près du collet, Choux, Mémoires d'Agriculture, 75-; Choux Pommés. Ils ont beaucoup grandi ;mais il yen aeu très-peu de bons ,ce qu’on attribue àla mauvaife qualité du plant. Haricots quarantains ,blancs rouges. Ils n’ont prefque rien produit',’ fok parce que le terrein ne leur efl: point analogue, foit faute d’arrofage. Haricots noirs, nommés vulgairement Banettes. Ces haricots font d’un blanc fale ; ils ont une tache noire dans l’endroit où le grain efl attaché àla colfe qui efl longue &prefque ronde ;ils font d’un plus grand prix que le bled. Ils furent femés en divers jours , du premier au quinze Mai ;on leur donna un labour vers la Saint-Jean ; ils parvinrent àla plus grande beauté :on comptoit fur des bouquets de 3 plantes, jufqu’à lùo eoffes ,dont plufieurs renfermoient 14 grains. Ils jaunirent tout-à-coup vers le 8Août j ils furent cueillis avant le 25: &ils ont produit 40 pour un. M£M, aQ >7^Mémoires d’Agriculture. Si ces légumes n’avoient point éprouvé d’accident, ilsauroientvraifemblàblement fait des produdions Extraordinaires :on n’a pas pu reconpoître la véritable caufe de leur défaftre. Navets, Sur les pètites plate-bandes des expériences N^. i&2, fituées dans le milieu des planches, on forma à ïa fin d’Août des rangées uniques en navets ,àl’aide d’un petit femoir percé de quatre trous d’une ligne de diamètre :la terre étoit alors trèsfeche ,la pluie n’étant furvenue que dix jours aprè^; les navets paroiflent très-clair-femés, Expérience, N'’. 4. Plate-hanies Bâtardes. Sur une terre légère &pierreufe, on traça deux bandes égales en qualité &en étendue ;on les enfemença le II Novembre, l’une füivant l’ancien ufage ,l’autre avec un petit femoir &la charrue ordinaire. On forma fur cette derniere 5rangées à7, Mémoires d'jJgriculture, 7^ pouces de diflance les unes des autres ;on ne répandit point de femence dans la lîxieme raie ,&ainfi de fuite fur l’étendue de cette expérience :par cette maniéré d’opérer ,on forma cinq rangées fur chaque planche, &on donna àla plate-bande, 14. pouces de largeur feulement ;(c’elî àces petits efpaces que nous avons donné le nom de plate -bandes bâtardes ,àcaufe qu’ils ne font pas deflinés àrecevoir des labours ,mais feulement àfaciliter les farclages, lors même que les bleds ont parfaitement formé leur épi );on répandit par cette expérience un tiers moins de femence que fur la bande, qu’on enfcmença fuivant l’ancien ufage. Vers le 15Mai &àla fin de Juin , l’on arracha l’herbe des rangées & des plate -bandes ,fans fouler les plantes ;ce qu’on n’auroit pu faire li cette terre avoir été femée en plein, bien moins encore fuivant l’anciea ufage. Le temps qu’on employa àces deux opérations revient àneuf heures de travail pour 100 toifes de terrein ,ce qui n’eft pas confidérable. L’expérience aproduit du bled Gij Mémoires étJgriculiure. très-pur ,&un quatorzième de plus que la bande fernée fuivant rancien nfage ;celui de cette derniere eft .fourni de mauvaifes graines ,&vaut çi livres de moins par charge. L’avantage de la nouvelle méthode fur l’ancienne ,confifle donc en un tiers de femence écononiifé ,& ,en un quatorzième d’augmentation fur la récolte; ce qui, joint àla plus value du bled ,vaut au-delà d’un cinquième de bénéfice. Cette pratique eft très-facile àfuivre ;elle aura vraifemblablement des partifans lorfqu’elle fera connue, ^Expérience, N®. 5. Méteïl. Tout le monde fait que le feigle mûrit avant le bled. Lorsqu’on moiffonne le méteil produit par ces deux efpeces de grains ,on eft obligé ,ou de couper le feigle trop mûr ,ou le bled encore verd. Le defir de remédier àces inconvénients ,&quelques obfervations que nous avons faites fur les divers effets que produit le plus PU le moins de terre dont on Mémoires ^Agricultures 77 S'ecouvre les femences ,nous ont déterminés àfaire l’expérience fuivante.- Sur une bande de terre médiocrement forte ,on forma alternativement ,&au nombre de huit ,une rangée de feigle &une de froment ou bled rouge, àl’aide d’un bêchoir' &de deux petits femoirs ;on eut foin de garnir abondamment de femence toutes les rangées ;le froment fut^ recouvert d’environ un demi-poucé de terre ;le feigle de 4ou ppouces : le froment leva trèsbien ;le feigle parut clair-femé. On acoupé ce méteil au degré de' maturité convenable :de ces deiix: produrions ,le feigle étoit un peuplus mûr que le bled; mars cette différence étoit peu fenfible, &beau-' coup moindre que celle que l’on remarquoit fur les méteils femés àl’ordinaire. Au moyen d’un femoir àtrois focs, on pourroit fe conformer en grand à cette pratique. En ce cas ,on ajufte-* roit les focs ,de maniere-que ceux des côtés piqueroient àcinq pouces de profondeur., tandis que celui du milieu deftiné àenterrer le bled, ne Giij • §4 Mémoires à' Agriculture'^ rience fur un fi mauvais terrein ,femble annoncer que les prairies artificielles peuvent réufiir par -tout , pourvu que le fol ait de la profondeur &qu’il ne foit pas dans un plan trop incliné :on continuera cellerci , &on formera les rangées àtrois pieds de diftance les unes des autres. L’expérience faite àVarages avec des plants de fainfoin ,n’a pas réulfi ; les plants étoient vieux &verreux: il yen a la moitié qui fontlanguiffants; ceux qui étoient bons ,ont très-bien repris. Expériences faites aux environs de Digne par divers Particuliers ^fur des terres enfemencées en plein avec un petit femoir. N°. ir.. • M. DE Rochas, Confeiller duRoi àla Sénéchauflee de Digne ,fit femer en plein une bande de terre fituée dans une vigne plantée en oulieres ,• le même jour ,on fema les bandes voifines fuivaht Fufage ordinaire. •Il naus aafiuré que les avantages Mémoires d'Agriculture. 8^ de la nouvelle méthode lui avoienc paru fi évidents qu’il avoit cru devoir fe difpenfer de prendre un réfultat de fon expérience ,fur laquelle il avoit certainement recueilli plus de grain Sc plus de paille, que fur les bandes femées àl’ordinaire ;&qu’à l’avenir il fuivroit la nouvelle pra^* tique. N°. 12. M. Maurel ,Cultivateur zélé 8c intelligent ,fit exécuter deux expériences fur des terreins différents ;il n’a pas cru en devoir prendre le réfultat ;mais comme il afait faire un femoir ,il yalieu de croire qu’il eft content de fon effai. N°. 13. Jean Mayenc ,Vigneron ,afait des expériences fur deux champs de différente qualité -, dont l’étendue efl: d’environ 1000 toifes quarrées; c’étoit tout ce qu’il avoit àfemer :il a épargné la moitié des femences qu’il auroit employées fuivant l’ancien ufage ;on n’a pu l’engager àfemer un petit efpace ,fuivant l’ufage or- S6Mémoires Agriculture. dinaire :il répondoit qu’il favoit foq métier ,&que la récolte de fes voifins prouveroit s’il avoit bien ou mal fait. La récolte de ce Vigneron aexcédé d’un quart celle de fes voifins , en ycomprenant la femence économifée :il eft abfolument déterminé àfemer en planches. Ce Cultivateur intelligent &fon fils ,ont exécuté ou dirigé toutes les expériences qui ont été faites aux environs de Digne ;elles ont réuffi par leurs foins :ils drelfent bien les planches &les prés artificiels. On voit par tous les réfultats cidelfus 5que la nouvelle méthode auroit remporté fur l’ancienne une viéloire complette ,fi l’expérience du N°. 2avoit été exécutée dans des circonftances plus favorables. Heureux ceux dont les terres ne ’font pas difpofées fur un plan trop incliné ni trop remplies de pierres &de roches ;ils en doubleront certainement le produit en les cultivant en planches ;ils l’augmenteront d’un cinquième ou d’un feptieme ,en les enfemençant en plein avec le fe- Mémoires d"Agriculture. 87 imoîn Nous ne pourrons pas jouir fîtôt des mêmes avantages jpour nous les procurer ,il faudra que nous réformions la fituation &la nature de la plus grande partie de nos terres. Ces opérations longues 8c difpendieufeSj nous obligerontàmarcher lentement dans la nouvelle carrière: nous en prévenons les perfonnes qui poLirroient penfer que nous confeilîons aux autres de fuivre en grand des pratiques auxquelles nous ne nous conformons qu’en petit. L’intérêt fingulier que M. Duhamel prend àtout ce qui adu rapport avec la nouvelle méthode, nous engage àlui rendre mot pour mot les mêmes chofes que nous avons détaillées àM. DE LA Tour, Intendant, 6c àMM. les Procureurs du Pays ,fans quoi nous aurions fupprimé quantité d’articles ,ainfî que nous fupprimons le plan des planches doubles que nous avons envoyé àces Seigneurs , pour leur faciliter l’intelligence des trois premières expériences. Il efl certain que cette Province efl une de celles du Royaume où la nouvelle méthode procureroit les 88 Mémoires déAgriculture. plus grands avantages. On ymanque de grains ;&on emploie annuellement près de deux millions, &peutêtre davantage ,pour en acheter des Africains, des Anglois, &c. Comme ces fommes ne rentrent plus dans le Royaume, que ne devroit-on pas faire pour en empêcher la fortie ?M. Duhamel en aindiqué les moyens; mais le préjugé de la routine eft ici plus puiffant qu’ailleurs ;il faudra des îiecles pour le détruire, fi nos fages Miniftres ne prennent des mefurcs efficaces àce fujet. Objection contre la nouvelle méthode. La nouvelle méthode ne fauroit, dit-on ,réuffir fur les terres de cette Province ;les grains femés fuivant les principes établis par M. Duhamel, mûriffent plus tard que ceux qui ont été femés fuivant l’ancienne pratique. L’Auteur lui-même en convient; & cet inconvénient nous priveroit fouvent d’une partie de nos récoltes. Réponfe. Lorfque les femences répandues fuivant les nouveaux principes, n’ont pas Mémoires £Agriculture: Sp pas été trop recouvertes, elles lèvent Sc mûriffent dans le même temps que celles qui ont été femées fuivant Tancien ufage :c’eft un fait démontré par des expériences répétées en divers cantons de cette Province. Cette obfervation apeut-être échappé àl’Auteur de la nouvelle méthode. Comme nous ne pouvons placer ici toutes les objedions faites dans cette Province contre la nouvelle méthode, ni les réponfes que nous y avons oppofées ,nous les renvoyons àune autre occafion; elles pourroient contribuer àdonner une idée du lo^ càl &de la routine du pays. §• 4Réfultat des Expériences faites eni'j6^ ^ par le même M. G^ss^x-dv. Ces Expériences ont été exécutées àLaval, à'Varages près de Barjols, &aux environs de Digne, en automne ryéj, &au printemps lyéq ;elles ont été exécutées avec de petits femoirs àbras ,&avec la charrue ordinaire; quelques-unes avec la bêcher nous avons jugé néceflaire pour le MeM, D^AGRty H jiO Mémoires dl'Agriculture. bien de l’Agriculture de démontref àceux dont les terres fe refufent à l’ufage des charrues àfemoirs ,ou qui font dans l’impuiffance d’a:cheter des inftrnments de prix ,qu’on peut fe fervir avec confiance des petits femoirs. Experijences faitesfur des terres éta~ blies en planches doubles ,fir lefquelles on acombiné les diverfes Cultures pro~ pofées par M. Duetxmel, N°. I. Ce champ aété défigné dans le Journal de 17153 par le même numéro ;il eft planté &entouré d’arbres de diverfes efpeces ;fon étendue eft de 2^00 toifes ;la terre en eft forte &d’affez bonne qualité ;elle eft corapofée de glaife ,plutôt rouge que noire, mélangée d’un peu de gravier ,qui abonde en pierres àfufil: il yanéanmoins une petite partie dont le fol eft fablonneux. Cette terre fut beaucoup mieux préparée qu’elle ne l’avoit été l’année précédente. J’ai dit dans le Journal de 1753, qu’une partie de mes champs en expérience ,étoit remplie de ro- Mémoires £Agriculture'. ijî cbes fur lefquelles il n’y avoit que quelques pouces de terre, que j’avois fait défoncer les plate -bandes pour en rendre la culture praticable avec la charrue, lorfque les rangées étoienc fur pied. Après la moiffon ,ayant fait enlever les pierres &les roches ,je fis, dans des temps convenables, donner aux plate -bandes ,trois cultu-' res avec la charrue ;on paiïa le rouleau fur la terre après le dernier labour. Au mois d’Août ,on avoit amélioré environ la quatrième partie du champ ,en Imûlant par tas des émondures &des nranches d’arbres ,comme aufll des fourneaux conftruits avec des mottes du guéret. Ce champ fut enfemencé en planches doubles, du 28 Septembre au 4 Oftobre ;on répandit de la femence dans la première ,la fécondé &la troifieme raie ,àmefure que le Laboureur les formok ;on n’en répandit point dans la quatrième. On fema fucceflivement la cinquième ,la fîxiemc &la feptieme ,• on ne fema pas la huitième :le Laboureur ne la formok que pour recouvrir la feptieme. Par cette maniéré d’opérer on Hij 92 Mémoires déAgriculture. : forma fur chaque efpace d’envîron S pieds 2pouces en largeur ,une planj che à6rangées ,divifée dans le mii lieu de la planche par une petite ; plate-bande de 14 pouces en lar- | geur ,&on donna àla grande platei bande environ 4pieds 8pouces (a). On employa pour enfemencer ce champ, 124 livres de bled,- chaque livre de 1(5 onces ,poids de table. .En Février &en Mars ,on donna un' labour àbras aux petites platesbandes ,de 4ou ypouces de pro- ; fondeur; Vers le même temps, je fis défoncer les grandes plate -bandes ,comme celles de l’année précédente', à un pied -de profondeur ,&jufqu’à trois pieds dans les endroits où il y avoit de grandes roches àtirer. Les Ouvriers avoient ordre de bêcher très-près des rangées, d’en approcher (a) Les fiiccès des cultures combinées ,& le defir de faciliter toutes les opérations (jui leur font relatives ,nous ont déterminé ,l’automne dernier ,àprendre un efpace de 10 pieds \en largeur pour former la planche double &fes plate -bandes. On adonné environ deux pieds en largeur àla petite plate-bande , &près de 6pieds àla grande. Mémoires d’Agriculture, à2pouces de diftance &de couper, Is terre perpendiculairemenc prèsd’el Ies. Pour n’être pas obligé de veiller continuellement aux opérations de mes Ouvriers ,&pour n’être pas la dupe de leur infidélité ,j’imaginai une fonde qui n’efl: autre chofe qu’un bcàton ,au bout duquel eft une longue pointe de fer anemblée par une douille,Araide de cetinftrument, j’ap» percevois facilement fi la terre avoit été coupée pèrpendiculairement auprès des rangées ,fi l’on avoit arraché les roches qui étoient plus près d’un pied de lafuperficie du terrein ;fi l’on avoit brifé les mottes avant que d'applanir la terre ;enfin fi l’on avoit picqué par-tout ,au moins àun pied de profondeur ,félon que j’en étois convenu ,&fuivant la mefure que chaque Ouvrier portoit marquée fur le manche de fa bêche. Comme chacun d’eux occupoit un porte féparé ,aucun ne pouvoit rejetter fur un autre:, l’ouvrage fraudé. Je vifitois ces travaux une fois par jour ,ou tous les 2ou 3jours, &je vérifiois avec ma fonde ,fi chacun d’eux avoit exécuté mes ordres. Enfin, quoique je n’aie 'loo Mémoires d'Agriculture, légumes &en grains du printemps, exécutées en rangées, uniques fur les grandes plate-bandes des trois expériences précédentes. La terre avoit été bien préparée ,&on n’a point donné d’arrofage àces diverfes produélions. Pommes de terre. Le 17 Février ,je plantai 8livres 8 onces de pommes de terre ,fur un terrein glaifeux &un peu humide, amélioré, partie avec dû fumier de pigeon, partie avec du terreau de balfecour. On donna une culture àces racines au commencement de Juin, 6c une autre vers la mi-Août. La rangée d’environ 30 toifes en longueur ,aproduit 43 livres de poihmes de terre ,très-petites en général. La féchereffe avoit vraifemblablement été la caufe du mauvais fuccès de cette expérience. On n’a pas rernarqué de différence fenfible iur l’effet des deux engrais employés. Pais, Le 2p Février, on afemé des pois nains fur un terrein glaifeux ,&fur un Mémoires d’/lgriculture. lot fablonneuxjon les aaméliorés comme le précédent, &cultivés au commencement de Juin :ces légumes ont produit environ 15pour un :ils avoient été beaucoup endommagés par les lapins ou autres animaux. La diverfité des fols &celle des engrais ifont pas produit de différence fenfible. Carottes,. Le 29 Février &le 15Mars, on a femé des carottes jaunes fur un terrein glaifeux ,8cfur un fablonneux ,fans engrais :On adonné deux labours vers la mi-Juin 8cvers la irsi-Août. La rangée de 45 toifes en longueur aproduit 123 livres de très-bonnes carottes; les plus groffes avoient 15 lignes de diamètre vers la mi-Août, 8c près de 2pouces àla fin de Septembre. Ces racines ,femées en divers temps, ont pareillement réufli ,àl’exception de celles qui fe font trouvées fous les mûriers. Le 17 Mars, on afait une pareille expérience fur un terrein graveleux : les racines ont bien levé ;mais elles ont été petites &raboteufes. Le 31,autre expérience fur un liij 102 Mémoires d'Agriculture, terrein glaifenx oùl’on avoit répandit du fumier de pigeon; peu de racines ont levé: on ne peut vraifemblablementattribuer ce mauvais fuccès qu’au défaut de pluies. Caramboche, (a) La Caramboche donne des productions immenfes: elle efl parfaite pour engraiffer la volaille &les pigeons ; elle fert nuffi àfaire du pain ,des gâteaux ,de la foupe. La culture de cette plante efl: très-commune dans plufieurs contrées de l’Afrique &de l’Afie ;elle efl àpeine connue en Provence ^il n’en efl fait aucune mention dans les traités de Culture des terres ,ni dans les Diélionnaires. Quelques Cultivateurs de cette Province affuroient qu’un fol gras &humide étoit feul capable de fournir à la végétation decette plante ,ôc qu’elle exigeoit des arrofages. Les notions qu’ils ont données fur la maniéré de l’élever ,nous ayant paru peu fondées en principes :nous nous déterminâmes d’apprendre ,par le fe- (a) La Caramboche efl le grand Mil afemencesblanches :Milmm arundînaceumfmine alba. Mémoires d'Agricuttufe, Î6^ cours de diverfes expériences, dans quel temps la caramboche devoir être femée, le fol ,fengrais, &les cultures qu’elle exigeoit fous notre climat. Le 21 ,le 24 ,le 2p Février &le 16Mars, je fis femer &recouvrir trèslégérement de la caramboche fur différents fols qui avoient reçu divers engrais. Il n’a levé qu’une feule plante très-chétive fur l’expérience du 16 Mars àpeine encore eft-elle parvenue àun pied de hauteur. Le 31Mars ,trois expériences en caramboche ;l’une ,fur un fol graveleux &pauvre ;l’autre, fur un bon fol fablonneux &un peu humide ;la troifieme ,fur un fol très-fec où la glaife &le gravier paroilfent être dans une affez jufte proportion :on avoit incorporé du fumier de pigeon fur ces trois fols. La caramboche n’a pas levé fur le fol graveleux ;quelques plantes ont levé fur les deux autres fols ;elles fe font élevées àJou 6pieds de hauteur ,ont produit des épis de 5 ou 6pouces de longueur &d’environ 3pouces de diamètre ,bien fournis 1104 Mémoires d’Agriculture. de grain de bonne qualité ,&fupérieur àcelui que nous avions tiré de Naples de Remanie :les épis récoltés fur le fol fec de glaife &de gravier ,ont été plus précoces &de meilleure qualité que ceux du fol fablonneux &humide. On avoit donné le premier labour àces plantes vers la fin de Juin ,&le fécond en Août. Vers le ly Avril, on fema, en mon abfence ,de la caramboche dans un potager ,fec &très-chaud par fa fituation ,on l’on avoit incorporé du fumier de cochon,- elle leva très-bien,- les plantes poulferent vigoureufement jufqu’à ypieds de hauteur ; mais le fol ayant peu de profondeur, elles fécherent malgré le fecours des cultures. Vers le 30 Avril, autre expérience fur un potager arrofable,- même engrais que fur le précédent :les plantes levèrent très-bien &grandirent beaucoup,- elles furent arroféesj point de culture,- les épis ont été plus tardifs &moindres en qualité. &en grandeur que ceux de l’expérience du 31Mars fur le terrein fec de glaife &de gravier. Mémoires d’Agriculture. ioy Huit ou dix Cultivateurs de ma eonnoiffance ont fait des expériences en caramboche affez conlîdérables , fur des terres arrofables ;celles qui ont été exécutées de trop bonne heure ,ont eu le même fort que les miennes ,elles n’ont pas levé. Nous avons vu chez un Gentilhomme de nos voifins une expérience en grand de cette même plante :elles étoient parvenues à7ou 8pieds de hauteur, mais elles ont péri faute d’arrofage, ainli il n’a abfolument rien recueilli. De tous ces Cultivateurs un feul en arécolté 7ou 8épis de bonne qualité. Vefce. Les premiers jours de Mars, on a femé de la vefce. La récolte en aété modique ;ce légume n’a pas réuffi cette année dans notre canton. Soyeufés (a). Le léMarSjOnafemé desfoyeufes fur un terrein glaifeux &humide :elles n’ont pas levé ;celles qui avoient été (à) La Soyeufe eft du genre des Afocins1 cette plante fournit une elpece de ouate. ïo5 Mémoires d'Agriculture. femées en Oftobre avoient eu le même fort ;j’en ignore la caufe ,& la maniéré d’élever cette plante. Sarrajîn. Le ip MarSjOna femédubled noir; les plantes parvinrent àun pied {de hauteur ;en Juillet ,elles promettoient quelque fuccès-, mais un bœuf échappé en fit la moiffon ,&nous a empêché de connoître fi ,fous notre climat 5l’on pouvoir femer cette plante en Mars. Mais, Le 20 Mars, on afemé du bled de Turquie fur un terrein glaifeux ,& que l’on avoir oublié de fumer ;on lui avoir donné des cultures au commencement de Juin &vers la miAoût. Il n’a pas réulTi ;il acependant produit quelques épis très-bons; mais comme il aété récolté en notre •abfence ,nous n’avons pu favoir fi ces épis avoient été produits par les plantes auxquelles nous avions coupé les panicules des fleurs mâles avant que les étamines fuflent épanouies, fuivant l’opinion de M. Aimen,, ûd- Mémoires d’Agriculture. 107 ture des Terres. Tom. III. pag. l88. & contre Tufage du pays. Oignons, Les 27 &3oMars, on aplanté des oignons blancs ,pour ainfi. dire ,aux quatre coins des champs en expérience ,pour connoître lequel de ces différents fols leur feroit Te plus analogue. On répandit par-tout, excepté en un feul endroit ,du fumier de pigeon, Vers la mi-Juin ,on adonné une culture àces légumes :ils ont réufli par-tout ,principalement fur le terrein non-fumé ;le défaut de pluie aoccafionné vraifemblablement cet effet particulier. Les oignonsn’ont pas cependant groffi àl’ordinaire ,àcaufe de la féchereffe ;mais ils ont été excellents au goût âc de trèsbonne cuite. J’ai fait nombre de fautes dans ces expériences :plufîeurs ont été exécutées de trop bonne heure ;d’autres, àcaufe de mon abfence ,ont été cultivées trop tard ,• la féchereffe aété extraordinaire pendant le printemps &l’été ,&leur afait un tort infini. Malgré tous ces inconvénients ,ûl’on lo8 Mémoires d’agriculture. avoit formé fur toutes les plate-bandes ,une rangée unique en oignons ou en carottes ,quoique la récolte en ait été modique ,ces produétions m’auroient indemnifé amplement des frais de la culture ordinaire. Si l’on veut bien fairei quelques réflexions fur la difpofition des planches doubles ,on appercevra que les légumes ne peuvent préjudicier au froment ;que les cultures que l’on donne aux plate-bandes ,rempliffent fouvent trois objets àla fois, & que la combinaifon de la culture des légumes avec celle du froment ,procure une économie confidérable fur l’étendue du terrein qu’il faudroit prendre fur un champ féparé pour élever les légumes &les grains du printemps ,&fur les labours &les engrais qu’il faudroit yemployer. Nous mettrons dans la fuite les avantages de cette pratique dans un plus grand jour. N°. y. Expérience faite àTrémoy, La furface de cette piece de terre Mémoires d’Agriculture. lop eft d’environ looo /toifes quarrées ; elle eft de mauvaife qualité. Du 6 au 7Oftobre, elle fut enfemencée en aveine &en vefce ;on forma alternativement une rangée de l’une ôc une rangée de l’autre ,àl’aide de deux -femoirs ;le femeur attachoit tour àtour àfa bandoulière ,celui des deux qui lui devenoit inutile :on employa pour les femences 50 livres 10 onces d’aveine ,19 livres de vefce; on en auroit répandu 4. ou yfois autant ,fuivant l’ancien ufage :1a récolte aété de 2400 livres de bon fourrage. Ce on lesUne pareille expérience exécutée àDigne, atrès-bienréuffi, on yavoit répandu une plus grande quantité de femence. Expérience. No. 6. Prés artificiels àVarages. Les derniers jours de Février ,je formai en luzerne deux prés artificiels, fuivant les réglés prefcrites par M. DE ChatsAVYiEux. (Cuit, des Terr. produit elt bien modique; mais avoit pouffé trop loin l’épargne fur femences. Ii 6Mémoires d'Agriculture. Expérience. N°. p. Prés artificiels. Au commencement de Mars 1763, j’avois formé (fuivant la méthode de Al. DE Chateauvieux )une rangée de luzerne de 20 toifes de longueur fur un terrein maigre &très-fec , rempli d’éclats de pierre. Cette luzerne àété coupée en 1764, le 20 Mai, le 22 Juin, &le 3iJuillet; le gibier avoir dévoré les deux tiers de la troificme récolte ,&il a continué fes ravages au point qu’on n’a pu faire que ces trois coupes ,qui ont produit 6^pefant de fourrage très-fec. Un journal de Faucheur ,qu’on eftime ici de 800 toifes quarrées, porteroit idoo toifes de rangées; &comme vingt toifes ont produit dy pefant, cent toifes auroient donnéjnj ; &idoo toifes de rangées auroient produit 5200 pefant de fourrage. Les meilleures prairies arrofables n’en donnent pas autant ;les récoltes ordinaires des prés naturels font de 3 à4milliers de fourrage ,bien infé- Mémoires d’Agriculture. ii’f rieur àcelui des prés artificiels. Dès la fécondé année le produit de cette luzerne paroît confidérable fur' un pareil terrein ,quand même on n’auroit aucun égard au domma* ge fait par le gibier qui avraifemblablement mangé le tiers de la récolte. On n’a donné que trois cultures aux plate-bandes. Exi’£jii£jvcEs exécutées par divers^ Particuliers. Quelques amateurs de Barjols j de Varages ,de Digne ,font des expériences depuisquelques années ; mais les uns ont négligé d’en marquer les réfultats ,foit par éconorrjio ou par parefle; d’autres. nous ont donné des détails un peuconfus :une feule nous aparu mériter d’être rapportée. Jean Mayenc ,Vigneron de Digne ,fema vers la Saint-Michel ,partie en plein, partie en planches, une étendue de 700 toifes avec 58livres 8onces de froment ;il arecueilli , femence prélevée ,1025) livres 8onces de bled très-pur &de meilleure qualité que celui de fon voifinage. ïï8 Mémoires d'Agriculture. Ce Vigneron m’a afîuré que', fui-- Vant toute apparence ,il n’auroit récolté net, que 576 livres de froment, s’il avoit füivi l’ancienne méthode j fa préfomption eft fondée fur la récolte de fes voilins ,dont les terres font de même qualité que la lienne. Son exemple en aconverti plulieurs dont il adirigé lui-même les opérations ;il yatrois ou quatre ans qu’il aentièrement abandonné la routine. Observations fur le temps Gf la ma-: niere de défoncer &” de cultiver les terres établies en planches. Au moyen de quelques petits effais particuliers ,que j’ai faits fur le temps &la maniéré de défoncer & de cultiver les plate -bandes ,fai obfervé ,1° ,qu’on peut dans notre pays faire ces opérations pendant l’hiver, pourvu que la terre ne foit pas trop humide ,ni glacée au point qu’on ne pût l’ouvrir près des plantes fansles endommager.-les défoncements &les cultures faites en Décembre & en Janvier favorifent ,àpeu-près, autant la végétation des rangées ,que Mémoires ^Agrîcuîfure. ïjÿ> celles qu’on exécute en Février &en' Mars. 2^, Dans le canton de Barjols , ces opérations ne produifent point fur les plantes un effet fenfible àla vue Jlorfqu’elles ne font pas faitesavant le mois d’Avril ,&avant le lO ou le 15du même mois ,dans les environs de Digne. 5°, On doit approcher des rangées àdeux ou trois pouces de diftance près ,&couper la terre perpendiculairement auprès d’elles, pour que les plantes en retirent un plus grand profit :pour s’affurer de la fidélité des Ouvriers fur l’exécution de ce point effentiel ,il faut vérifier avec une fonde fi l’ouvrage aété bien fait. 4°, Pour être plutôt indemnifé des frais d’un défoncement on doit faire le premier dans une année de jachere ,après avoir établi en automne des planches en aveine , ou en froment ,fi la terre efl bonne, y®, Lorfqu’un champ efl rempli de roches de deux àtrois pieds de largeur, ou lorfqu’elles font tellement jointes les unes aux autres qu’on ne puiffe tirer les unes fans détacher les autres ,pour lors on ne doit pas défoncer en plate -bandes un pareil terrein. l2rO Mémoires d’Agriculture. Récapitulation ,&* Kéflexions fur les avantages de la nouvelle méthode. Les champs cultivés en planches doubles ,ont donné annuellement la même récolte qu’ils donnoient de deux en deux ans ,fuivant la routine. Les légumes récoltés fur les plate -bandes de ces champs ,fans le fecours de l’arrofage, &fans préjudicier au froment ,auroient indemnifé des frais de la culture ordinaire ül’on avoir pu en femer par-tout, ainli qu’on le pratiquera àl’avenir. On n’a pas eu recours àdes inftruments bien compofés ;les femences ont été répandues avec des femoirs qui Coûtent trente fols (a):la nouvelle méthode eft donc parfaitement àla portée de l’indigent. Un pré artificiel ,établi fur un terrein fec &maigre ,aproduit plus de fourrage dès la fécondé année ,que les meilleures pfairies arrofables, mal- (a) Ces petits inftrutnents coûtent ilivres 5fols ,munis de leur modérateur ;il n’en eft aucun qui ne foit propre àfemer trois ou quatre graines différentes ;on les perce de plufîeurs trous proportionnés àla grolTeur des femences auxquelles on les deftine. Mémoires d"' Agriculture. lat gré les ravages exceffifs faits par le gibier ;ce fourrage eft infiniment fupérieur en qualité àcelui des prés ordinaires. Les grands avantages de la nou^ velle méthode fur l’ancienne ,fembleroient être contrebalancés par ce qu’il en apu coûter pour faire défoncer plufieurs'de nos champs, fi l’on ne confidéroit que les deux premières récoltes des années de jachère ,qui deviennent des années de rapport au moyen de la nouvelle pratique ,indemnifent amplement de cette dépenfe ,qui feroit rentrée dès la première année,s’il n’y avoit pas eu des roches àtirer. Suivant l’ancienne méthode ,au contraire, on afouvent de la peine àfe dédommager des frais du défoncement ,par l’augmentation du produit de quatre ou cinq récoltes qu’on n’obtient que dans le cours de huit ou dix ans ,à moins qu’on ne couvre la terre de fumier, ce qui change entièrement la thefe. . Je conviendrai cependant que c’elî un inconvénient que d’être obligé de défoncer les terres garnies de roMsM. £>’AgJ{, L '122 Mémoires Agriculture. ches, pour pouvoir les cultiver en planches ;mais de ce mal il en réfultera un bien :les défoncements fourniront le moyen de faire gagner du pain aux pauvres Ouvriers que l’on yemploiera, &le prétexte fouvent Ipécieux de lui en procurer ne pourra plus autorifer les défrichements. Les Partifans de cette pratique pernicieufe voudront bien permettre que je leur préfente ici des remontrances patriotiques. Défricheurs impitoyables ,Propriétaires, ou Fermiers, de quelque etatiSc de quelque condition que vous foyez ,permettez que je vous parle ici avec cette fermeté qu’infpire le defir de coopérer au bien :malgré les défenfes de notre Eoi, &les Arrêts rendus &renouvellés par fes Cours Souveraines ,vous ne pouvez vous lalfer de dévalter les collines par des défrichements contraires au bien de l’Etat ,en général ,peu lucratifs pour vous pour le temps préfent ,&funeftes pour l’avenir *. Êm- *Une côte efcarpée étant défrichée ,la terre eft emportée par les pluies :conferyez-y le bois, .elle fera employée utilement. Mémoires i'Agriculture. 123 ployez mieux vos foins &votre argent ;profitez des leçons que vous donne, dans la culture des terres, un. Citoyen dont les jours font marqués par les ouvrages utiles qu’il ne ceffe de publier ;établiffez une partie de vos terres en planches Sc en prés artificiels ,faites défoncer celles que les roches vous empêchent de mettre en bon état de culture avec la charrue; je vous afîure, après des expériences répétées ,que vous trouverez plus de profit àcette pratique ,qu’à celle des défrichements ,&que vous travaillerez utilement pour vous ,pour vos enfants, pour les pauvres Sc pour l’Etat, AD D ITIO N. On lit ce qui fuit dans le voyage de l’Amérique Méridionale ,fait en 1735', par Don George Juan, &Don Antonio de Ulloa ,imprimé àAmfterdam en 1732. «Dans la Jurifdic- »tion d’Otobalo,Province de Quito, »la maniéré de femer le froment & aj l’orge n’eft pas la même que dans ades autres ;car au lieu de répandre ade grain en le femant comme on faiç ï24 Mémoires d'Agriculture. 35 ailleurs, ils divifent un champ la3>bouré en carreaux ,chaque carsureau formé par deux filions tirés en Mpente &àquelque diflanee l’un de 35 l’autre :dans ces filions ,ils font des 35 trous à un pied, de diflanee Fun de «l’autre ils infèrent dans chaque 35 trou cinq àfix grains de femence. 35 Cette méthode eft un peu longue; 35 mais le Propriétaire en eft ample35 ment dédommagé par l’abondance 35 de la récolte ,qui lui rend ordinai^ 35 rement cent ou cent cinquante pour ?5 UO 35 . Mémoires £Agriculturel I2^ IDÉE GÉNÉRALE Des occupations de plufieursSociété' s Royales déAgriculture. H/ APLUPART des Sociétés d’Agri» cultLire établies dans les diflFérentes Généralités du Ro5faurne, fe font fait un devoir d’adreffer àM. Bértin un tableau de leurs travaux. M. Parent* Secrétaire du Comité général d’Agriculture, en afait un Extrait qu’il ala àce Comité; ce qui amis ceux qui le compofentjà portée de connoître Fémulation qui régné dans ces Sociétés, de fentir le bien qui en réfulte ,&d’appercevoir les avantages réels qui en réfulteront dans la fuite. Voici lesraifons qui m’ont engagé àanalyfer encore cet Extrait ,&àle publier. Le Public impatient de jouir, ne fait pas attention que les progrès des nouveaux établilfements doivent être lents :il feroit imprudent àune Compagnie de publier des chofes qu’elle n’auroit fait qu’entrevoir :l’ardeur au travail ne fuffit pas ;il faut prendre 1^2 Mémoires d’Agriculture, percevoir que les Membres dé cette' Société s'occupent férieufement de l’objet defonInftkution,&qu’ils étendent leursvues fur toutes les parties de^ l’Agriculture. Nous nous bornerons àrapporter deux expériences qui ont été faites fur le chaufournage des bleds :l’une eft de Madame l’Abbesse DE LA Trinité, qui afait paffer au four un boiffeau raz de froment ; ce boilfeau adiminué d’un feizieme , il afourni au moulin un demi-boiffeau de fon, un boilfeau raz de farine, &aproduit 32livres pefant de pain blanc. La même quantité de bled, non chaufourné ,adonné deux tiers de boilfeau de fon ,un boilfeau comble de farine, &: g6livres pefant de pain blanc :le pain fait avec le bled chaufourné étoit un peu moins blanc que celui qui avoit été fait avec le bled ordinaire. L’autre expérience aété faite par M. Denis :il en réfulte que ie bled diminue dans cette opération d’un feizieme par boilfeau; que le chaufournage n’y caufe aucune altération; qu’il donne autant de pain que celui qui n’a pas été chaufourné. M, Denis en ayant confervé depuis Mémoires à!Agriculture. 153 l’année derniere ,n’a point remarqué qu’il s’y foit attaché aucun infefte. L’expérience de M. Denis efi: plus conforme aux nôtres ,que celle de Madame l’Abbesse de la Trinité; mais nous aurions déliré que ces expériences euffent été faites avec plus de précaution ;qu’on eût fixé la chaleur du four par un thermomètre ; qu’on eût marqué combien de temps le grain arefté dans le four; enfin ^ qu’on eût établi la diminution en poids &non pas en mefure. M. deMagneville s’eftfervi utilement du femoir àcylindre. Si les moyens que propofe M. de Boisandré, &qui ne font pas venus ànotre connoiflance ,pour détruire la fougere ,font confirmés par l’expérience, &qu’ils foient de facile exécution, l’Agriculture en retirera un grand avantage. On ne peut trop louer le deffein que cette Société aformé de s’inftruire des différentes méthodes de cultiver la terre qui font en ufage dans toute l’étendue de la Généralité de Caen, Si toutes les Sociétés d’Agriculture fe procuroient de pareils Me-, I^4 Mémoires êéÂgricluture, moires, on pourroit ,en les raffemblantj connoître les bonnes pratiques établies dans certaines Provinces ,& par ce moyen fe trouver en état de les tranfporter dans d’autres. Article IV. Société de Rouen. La Société d’Agriculture de Rouen s’eft occupée fans relâche & avec fuccès ,de tous les objets qui peuvent favorifer l’Agriculture; mais comme le relevé de fes conférences, les projets propofés ,& en partie exécutés dans les campagnes ,les invi- | tarions aux Cultivateurs d’embralfer ! des pratiques d’Agriculture qu’elle a' reconnu être les plus avantageufes, ; ont déjà fait la matière d’un volume ; que cette Société apubliée ,&d’un ; fécond qu’elle fe propofe de mettre j incelfamment au jour :nous devons nous borner ici àinviter les amateurs d’Agriculture ,de profiter des bonnes inflruétions qu’on trouve dans ces Mémoires ,&,fur-tout des expofés que la Société fait des ufages contraires aux progrès de la bonne Agriculture. Mémoires d'^Agriculture. 13 y Article V. Société de Soiljons. MM. DU Bureau de Laon ont fait beaucoup d’expériences fur l’ufage qu’on peut faire de la houille pour fertiliferles terres. Comme il fe trouve beaucoup de houillieres dans les environs de Laon ,ils font dans le cas de faire ufage de cet engrais, dont on ne peut pas jouir dans beaucoup d’autres Provinces. Plufieurs Membres de ce Bureau ont imaginé des femoirs dont ils font un bon ufage ;mais les Payfans ne font pas dans le goût de les adopter. On aétabli une afîez grande quantité de prairies artificielles, àquoi efl: favorable l’ufage de la houille: quelques-uns voudroient fubftituer ces prairies aux vaines pâtures qui donnent beaucoup moins d’herbe ,&qui occupent beaucoup de terrein. Le bled deSmyrne ou bled-de-miracle trouve des partifans dans cette Société :il yalieu de croire que les terres où l’on afemé de ce grain , font affezfubftancieufespourle nourrir. 1^6 Mémoires d’^Agriculture. Cette Compagnie aaiifli tourné fes vues fur le bétail :elle aengagé un Fermier àfaire venir des bêtes Flandrines ;un autre afuivi fon exemple , &ils fe propofent de former leurs troupeaux de ces bêtes àgrand corfage, qui depuis 176^3 yréuffiffent bien. On afoigneufement examiné les maladies des bêtes àcornes, Sc cherché les remedes qui peuvent les guérir. Les moulins font d’une nécelfité abfolue ;les moulins àl’eau font bien préférables àceux que le vent fait mouvoir. Malheureufement ,comme on eft obligé de retenir l’eau des petites rivières ,les prés voifms font inondés,&forment des marais inutiles. Un membre de cette Société d’ Agriculture a imaginé des expédients au moyen defquels il prétend remédier àcet inconvénient :nous ne pouvons ; rien dire de fes idées fur cela ,parce que nous n’en avons point connoif- | fance. ^ L’entretien des forêts eft certaine- \ ment un objet bien utile :un membre : de cette Société, très au fait de cette | matière ,remarque que le befoin | qu’on ! Mémoires d'Agriculture. i qu’on ade bois àbrûler, fait qu’on met tous les bois en taillis, &que les futaies deviennent chaque jour de plus rares en plus rares. Pour remédier àcet inconvénient, il propofe de former des forêts de bois blanc deftinées au chauffage &entretenues en taillis : ce moyen qui fournira du bois àbrûler ,lui fait efpérer qu’on fa déterminera àlaiffer croître en futaies les bois de bonne effence. On voit par le court expofé que nous venons de faire, que cette Société s’occupe d’objets très-utiles ,& que les Membres qui la compofent , opèrent par eux-mêmes pour donner l’exemple aux Cultivateurs ,ou qu’ils emploient tous les moyens poffibles pour exciter leur émulation. Article V1, Société de Bourges. La Société de Bourges avoulu éviter de fe livrer d’abord àdes raifonnements vagues ,parce qu’elle ne croit p^s qu’on puifle affervir la na-’ ture àdes fyftêmes. Elle adonc cru qu’il étoit préliminairement indifMsm. dAgr, M 138 Mémoires d'Agriculture. penfable de chercher àconnoître les différentes natures de terreins de toute rétendue du Berry ,de s’inftruire de leurs différents degrés de bonté, de connoître àpeu près la variété de leur mélange ,pour opérer convenablement ;de favoir les diverfes produétions des terres ,&les pratiques locales de leur culture. Ce font ces connoiffances préliminaires qui font occupée prefque entièrement jufqu’à préfent. Cependant elle ala fatisfaction d’avoir déjà fait connoître l’avantage des prairies artificielles ,qui étoient auffi ignorées que néceffaires dans cette Province, Ces difpofitions font certainement très-bonnes ;mais il faut avant tout , que les prétendus droits de vaine pâ. ture ne viennent pas les déconcerter : il eft du droit naturel que chacun foit maître de fon bien ,&d’une bonne police de ne pas interdire aux Propriétaires les moyens de tirer de leurs champs fix fois plus d’herhes qu’ils n’enavoient obtenu jufqu’à préfent. Mémoires déAgriculture. Article VII. Société déAlençon. Cette Société acommencé par s’occuper de prendre connoiffance en gros ,de la nature des terreins, de leurs produftions ,&des pratiques en ufage dans différents cantons de fa Généralité. Après ces notions préliminaires, elle s’eft attachée àdes objets plus précis ,&il lui aparu avantageux d’enclore les terres de fofles pour faciliter l'écoulement des eaux quand elles font trop abondantes, & retrouver dans le curage de ces foffës les engrais que les eaux yauroient entraînés. On aéprouvé qu’on étoit amplement dédommagé àla récolte, des frais qu’avoientoccafionnésle curage de ces foffés, &le tranfport de ce qu’on en enlevoit dans les champs enfemencés. La Société s’efl: enfuite occupée des bêtes àlaine :elle defireroit que le Roi fît venir, &diftribuer dans la Province des béliers de bonne race. On diftingue maintenant dans ce pays trois efpeces de brebis &béliers , 1^0 Mémoires i'Agriculture. &trois efpeces de laine :fi les Fermiers vouloient ,en attendant des béliers étrangers ,s’attacher àne multiplier quela meilleure efpece du pays, les laines en deviendroient de meilleure qualité ,• mais la Société remarque que les pâturages de la Province ne font pas affez gras pour la nourriture des grandes bêtes. Elle aexaminé &difcuté avec une attention trèsparticuliere toutes les caufes qui s’oppofentà la multiplication des bêtes à laine. Les Mémoires qui ont été dreffés fur cette matière ,font contradictoires fur plufieurs points ;ce qui •donne lieu àdes difcuffions intéreffantes ,mais que nousne ferons qu’indiquer. La Société penfe que pour parvenir àperfeâionner l’Agriculture ,il faudroit que les Propriétaires habitalfent la Campagne ,&filfent valoir par eux-mêmes leurs biens :elle propofe les moyens qui lui femblent les meilleurs pour procurer àlaProvince ce grand avantage. Elle achargé M. Badoire ,un de fes membres ,de faire des recherches fur la façon de labourer les terres; Mémoires Agriculture. 14 r cet objet eft fi important ,que quoique cet Amateur ait très-bien rempli fon objet ,on auroit defiré que pluiîeurs autres membres de la Société fe fufTent auffi chargés de faire de pareilles recherches en différents cantons. Les maladies des beftiaux ,les engrais ,les arbres fruitiers propres à donner du Cidre, font des objets qui ont auffi mérité l’attention de la Société. Cette Compagnie prétend avoir éprouvé que rien n’eft meilleur pour bien engraiffer la volaille ,que de mêler tous les jours dans leur mangeaille le poids d’unliard de graine de Jufquiame. Elle a, outre cela, commencé diverfes recherches ,qui ne font pas encore portées à leur perfeftion ,foit fur la décadence des Haras ,foit fur celle de l’Agriculture :ce qu’ils ont cammencé àce fujet,dontnous avons eu la communication, nousperfuade qu’elle remplira bien ces objets :mais pour parvenir àen tirer tout le fruit poffible ,il faudroit réformer des coutumes ôi des ufages, ou plutôt des 148 Mémoires à'‘Agriculture. cette Société ne négligera rien pour conftater avec tout le foin polîible les faits dont on s’empreffe de lui faire part, Article X. Société de Montbrijon, Le Bureau de Montbrison qui a communiqué plufîeurs Mémoires àla Société de Lyon ,en aenvoyé un très -bon ,dans lequel on décrit la fkuation des terres de la plaine du Forez, les caufes~qui les rendent de médiocre fertilité, &où l’on préfente les moyens d’y remédier. Cette plaine dont les terres retiennent l’eau ,demanderoit d’être traverfée par beaucoup de folfés, ôc qu’on travaillât à faire enforte d’élever le milieu des pièces ,pour que les eaux pulfent fe rendre dans ces folfés. On fait voir comment les labours qui yfont mal exécutés ,peuvent être mieux faits. Les engrais abfolumentnécelTaires en ces fortes de terres, manquent prefque entièrement ;mais pour faire de bons labours ,&fe procurer des engrais 3il faut avoir des prés artificiels. Mémoires d’Agriculture: êc ces prairies devroient être clofes au moins de fofTés &de haies toutes ces chofes exigent des dépenfes qui font au déffus des forces de la trèsmédiocre fortune des Habitants ,qui litués dans un pays mal fain ,font d’une complexion trop foible pour exécuter àbras des travaux confidérâbles. Il eft allez bien démontré que plufieurs Provinces font maintenant plus peuplées qu’elles ne l’étoient autrefois ;mais le Bureau de Montbrifon eft en état de prouver que la plaine du Forez eft prodigieufement dépeuplée :lesraifons en font expofées dans le Mémoire, où. l’on voit un tableau attendriflant de cette petite Province qui eft dans l’oppreftion, &où, pour augmenter le défaut de culture ,on eft expofé àêtre augmenté àla Taille ,quand on laboure avec des bœufs ,ce qui réduit l’Habitant àn’employer àces travaux pénibles que de foibles vaches ;en un mot ,les caufes de la décadence de la culture font bien expofées dans ce Mémoire, que l’on conclut par un détail des moyens d’y remédier ;mais c’eft au Miniftere àexaminer s’il eft poftible d’en faire ufage. î^6 Mémoires d'Agriculture, Article XI. Société de la Rochelle. L’usage de ce Pays eft de labourer par billons :des Membres de la Société yont fiibftitué des planches de 4à5pieds de largeur ,féparées par des filions de 2pieds. On yarépandu peu de femence ;mais on afait des farclages bien exafts en Mars, &la récolte aété dix fois plus abondante, que dans les champs ordinaires. Pour répandre la femence avec plus de précifion, on aemployé avec beaucoup de fuccès un femoir imaginé par un des Membres de la Société. On aétabli en quelques endroits la culture du Safran •, Sc ce n’a pas été fans fuccès. On afemé dans un journal de terre un huitième de boifleau de graine de Colza :la récolte aété de 48 boifleaux qui ont donné beaucoup d'huile. La Société afait veuir àfes frais des Peupliers d’Italie , &elle fe propofe d’en fournir du plant àceux qui délireront en faire ufage ;il feroit àdefirer qu’on fe propofât la multiplication d’une efpece Mémoires iAgriculture^ l^i d’arbre plus utile. On aéprouvé de paffer des grains dans des fours chauds, &cela aréuffi; mais la Société penfe que cette opération ed: trop erabarraffante pour qu’elle foit adoptée. Elle s’eft fort occupée d’étudier les maladies des beftiaux ,& les remedes qu’on peut employer dans leurs maladies jelle defireroit qu’on lui facilitât le moyen de pouvoir répandre du fel marin dans les terres; parce qu’elle juge que cet engrais détruiroit le grillon-taupe ,&d’autres infeftes qui endommagent les grains. Al’égard des défrichements ,cette Société penfe très-fagement ,qu’il faut commencer àmettre en bonne culture les terres qui font en valeur depuis long-temps ,avant de fonger àen défricher de nouvelles. Enfin cette même Société acommencé à prendre connoiffance de la nature des différentes terres qui font dans fon arrondiffement ,&des produftions qu’elles ont coutume de faire. Voilà des commencements de recherches qui donnent lieu d’efpérer qu’elles mèneront par la fuite àdes découvertes utiles. ïja Mémoires d’Agriculture. Nous ne parlons ici que de ces onze Sociétés: fans doute que les autres, ainfi que leurs Bureaux ,ont déjà travaillé auffi utilement. Nous fommes, par exemple ,informés que le zele de la Société d’Agriculture de Beauvais ne cede en rien àcelui des autres. On aréulfi dans ce pays àfaire de belles teintures en grand , avec de la Garance verte :on afait des tentatives ,&on n’a point épargné la dépenfe pour rétablir la culture du Lin dans une vallée qui en produifoit autrefois d’une excellente qualité. M. Borel ,un de fes dignes Membres ,afait conftruire une étuve & des greniers clos, fuivant nos principes. On afait encore des tentatives pour yfabriquer des étoffes de laine dont le débit eft avantageux. Les Sociétés de Bretagne ont inftruit le Public de leurs travaux ;&fi je ne fais pas ici mention de ceux de plulieurs autres Sociétés ou Bureaux d’Agriculture ,c’efl que je n’ai point été informé de ce qu’ils ont fait :il ne m’^eft parvenu aucun de leurs Mémoires, FIN, TABLE DES ARTICLES Et des Matières contenus dans les Mémoires d’Agriculture. Article I. Extrait des Lettres de plufteursAgriculteurs , page^^ §. I. De M.Meynadieïv :Comparaifon des terres femées en planches &en plein, ibid, §. 2. De M. Delbene :Avantages des champs femés en planches ,7 §. 3.. De M. Nonan :Sur la culture des Luzernes, 8 §. 4. De M. Blanchet :Sur le Sarclage ;fur le Trefle cultivé par rangées ,p §. J. De M. DE ViLLiERS :Sur l’avantage de planter par rangées 5. ibid. §. 6.De M. DE iA Morliere le fils :Avantages de la Luzerne en ,planches :la Chaux en lait eft un J, TABLE bon amendement pour les Cîienevieres, page lo §. 7. De M. DE Trollv ;Supériorité du rapport des terres femées par planches fur celles femées en plein :Rateau de fon invention pour donner un léger labour entre les rangées de froment :Du Semoir ,il §. 8. De M. Beuté :Ses expériencesf ur le Semoir ,12 §. p. De M. DE LA Mure :Sur les mauvais labours que l’on fait dans le Forez :la culture des Pommes de terre fuivant la nouvelle méthode atrès-bien réuflî :Il afait purger fes moutons pendant l’Hiver ,ce qui les agarantis de la clavelée :Des bons effets du Semoir :Sur une maladie qui fait périr les bêtes àlaine dans le Forez, ibid. §. lo.DeM. deVallefleur :Il témoigne fa fatisfaélion d’avoir femé du Froment &des Luzernes par rangées ,14 §. II. Du fleur Terrier ,Fermier en Bourgogne ,&qui ypratique avec fuccès la nouvelle Culture , ibid. DES MATIERES. lyj’ §. 12. DeM. Vanduffel ;Comment il efl: parvenu àamender fes terres ,qui jufques-là étoientreftées en friche :Ufage des cendres de fougere pour fuppléer aux engrais; L’ajonc peut être utilement employé pour protéger la tige des jeunes arbres contre la dent des animaux, &auffi pour les garantir de la trop grande ardeur du foleil ,page 1 8 §. 13.De M. DE Meziekes :Succès de 30 Arpents femés en froment avec le Semoir de M, Duhamel , §. 14. De M. Poivre rMoyen dont il s’eft fervi pour redreffer fes bleds verfés ,20 §. 15. De M. Dalmas :Il obferve qu’il ne faut répandre le fumier .que quand la paille eft bien pourrie ,21 De M. DE Bouvet qui aretiré quinze boifleaux de froment pour fept livres pelant de ce grain qu’il avoit femé félon la nouvelle méthode ,ibid. §. 1(5. De M. DE JouvANCE :Il annonce fes vues pour établir des prés artificiels ,22 'î;6 table §.17. De plufieurs Perfonnes quî ont imaginé ou perfectionné des Semoirs ,page 22 §. 18. De M. LE Roy :Sur la maniéré de cultiver les terres dans l’Evêché de Leon ,2^ §. ip. De M. France :Moyens 'qu’il a.employés pour établir des Prés artificiels dans fes terres dont le fol eft très -ingrat ,ibid. Art. II. Détail des Opérations de Culture ,faites en Provence ,félon la nouvelle Méthode par M. Gassendy, 2p §. I. Réfultat de fes Expériences de l’année 1760, g6 §. 2. Réfultat de fes Expériences de l’année 1761 ,4^' Expériences faites aux environs de Digne ^5^ §. 3. Réfultat de fes Expériences de l’année 17(52 ,63: Expériences fur des Champs établies en planches àfix rangées , ibid. Autres fur des Légumes ,72 Autres fur Plafe-bandes bâtardes , Autres fur le Méteil t 74 7^ DES MATIERES. 157 Engrais artificiels ,page 78 Expériences faites aux environs de Digne , fur des planches àtrois rangées^ 7p Autres fur l’Aveine ,8 1 Autres fur la Tremois ou Vefce , 82 Autres fur les Prés artificiels ,83 Autres Expériences faites aux environs de Digne ;par MM. de Roches, Maurel ,&Jean Mayenne ,Vigneron ,84 Objeéfion contre la nouvelle Méthode :Réponfe àcette Objecjeélion ,'88 §. 4. Réfultat des Expriences faites par M. Gassendy en 1763, 89 Terres établies en planches doubles ,90 Sur les Légumes &Grains du Printemps ,pp Sur les Pommes de terre, 100 Sur les Carottes, loi; Sur la Caramboche ,ou Grand Mil , 102 Sur la Vefce, 10^ Sur hSoyeufe , (efpece i’jlpocin) ibii. Sur le Sarrafin ôc le Maïs ,106 144 précis des fix volumes de fon Traité de laCuî» lure des Terres )1761, tvol. in ~ir figures, Les Tomes V&Vï du Traité dé la Culture desTèrres, zvol. in-ii, ... 61.lo-fi Traité de la Confervation des Grains :nouvelle édition ,avec I7Î4. .•31» Hiftoire d’un Infeéle qui dévore les Grains de l’Angoumois ;avec les moyens de le détruire,.yit12, jÇgztw. ....2I. lof. Moyens de conferver la fanté auséEquipages dés Vaifleaux :avec la maniéré de purifier l’ait des Salles de.s Hôpitaux; &une Defcription de i’Hôpital de S. Louis, .2I. loC Défenfe de plufîeurs Ouvrages liir l’Agriculture ,&principalement du Traité de la Culture des Terres ,&des Eléments d’Agriculture de M. Duhamel ;contre M. de la Salle, Auteur d’un Traité d’Agriculture ;par M, d£ iAMarre, i’] 6•), broché. 2 ^ ^