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Introduction familière a la connoissance de la nature. Tome prémier

Berquin, M. (Arnaud), (1747-1791); Regnault Warrin, J. J

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ŒUVRES COMPLÈTES D FE BÉRQUIN. TOME DIX-HUITIÈME Zom.1T AMAANNSSS À ASS MONTE ES Ne | 4 PRE F À OF: jusqu'ici partagé le plaisir que je cher chois à procurer à leur jeune famille, Cette considération m'engage à le présenter séparement à mes pelits amis. De cette manière, ils pourront profiter d’un ouvrage utile; et leurs parens n’au_ font point de reproches à me faire d’avoir négligé leur propre amusement dans un livre où ils mavoient pas droit d’attendre que je m'en fusse occupé , comme je continuerai de m'en occuper dans les autres volumes. J’ose me flatter que les mères, sur-tout, pourront prendre quelque intérêt à l’Ami de l Adolescence, par l’idée qui m'est venue d'y introduire parmi les personnages une jeune femme dont l'éducation a fété négligée, mais qui, douée d’un esprit solide et pénétrant, profite des instructions adressées à sa fille ; pour en orner elle-même son esprit, et acquérir des connoissances qu’on P=RÉ MA CE. 5 avoit cru trop long-temps étrangères à son sexe, Le soin que je prends de chercher à plaire à toutes les classes de mes lecteurs me fait espérer qu'ils me pardonneront les retards qu'ils ont quelquefois éprouvés, et ceux qui, malgré moi, pourroient encore de temps en temps survenir. Je les supplie de considérer qu'aucun langage n’est peut-être si difficile à tenir que celui de l'enfance ; que les moindres détails de style me coûtent beaucoup de travaux ; qu'un intervalle de quinze jours entre chaque volume me suffiroit pour répondre avec la ponctualité la plus rigoureuse à mes engagemens, si je n’ytenois que par un nœud de servitude; enfin, que je suis le premier à souffrir, lorsque le volume ne peut paroître au jour marqué puisque le succès de Pouvrage en est ralenti. Tout ce que je peux leur pro À 3 6. PRÉFACE. mettre, c’est de men occuper tout en= tier. J'y trouve un encouragement assez doux pour.mon cœur, lorsque je me représente, dans la génération qui s'élève, des milliers d’êtres attachés peut-être pour la vie à mon souvenir par des sentimens, 4 de bienveillance et d’ amitié. = INTRODUCTION FAMILIÈRE A LA CONN OISSANCE DE LA NATURE. Novs voic done enfin arrivées à Iæ. ‘campagne, ma chère Charlotte ; et, puis=. que nous sommes si bien disposées à. faire ensemble de petites. promenades. pour fortifier notre santé «par un exercice. agréable, j'ai pensé qu'il seroit facile de les faire servir également à étendre nos. Connaissances. Il n’est pas un seul objet. sur la terre. qui ne puisse offrir autant: d'instruction que d'agrément, lorsqu'on. sait l’examiner ayec soin ;.6t je suis per=. suadée que nous sentirons bientôt, par: n0s observarions, que rien n’a été fait em. Yen dans la nature. 8 INTRODUCTION Henri, votre frère, n’estencore qu'un . bien petit garcon, il est vrai; mais il est plein d'intelligence, et doué d’une heureuse mémoire, J'espère qu’il sera en état de comprendre beaucoup de choses dont nous aurons occasion de parler. C’est. pourquoi j'ai le projet de le mettre de la partie. Oh! je meurs d'envie de le voir aujourd’hui. Il vient de quitter les pe miers habillemens de l'enfance, et j'ose croire qu’il est déjà tout fier de cette métamorphose. Mais qui vient donc à nous? Votre servante, monsieur! Comment, c'est vous, Henri? Comme vous voilà leste et pimpant! Je ne pouvois deviner que étoit ce petit-maïtre que je voyois s’'avancer d'un air si délibéré. Maintenant que vous êtes habillé comme un homme, je me flatte que vous commencez à imaginer que vous en êtes un en effet, Mais, quoique vous sachiez déjà lire assez joliment, fouetter une toupie, et pousser | une balle, je vous assure qu’il vous reste encore beaucoup de choses à apprendre. Je serai charmée de vous faire part de YAMILIÉÈRE, etc. 9 fout ce que je sais. Nous allons, votre sœur et moi, faire un petit tour de pro— menade dans les champs. Seriez-vous fàché de venir avec nous ? Bon! Je vois à votre mine que vous ne demandez pas Mieux, n'est-ce pas ? Vous voussouvenez, mes chers enfan que, dans notre petite course d'hier à soir, je vous fis observer une grande va— riété de plantes et defleurs. Je vous montrai les troupeaux qui couvroient les pâturages, et les oiseaux qui voltigeoient de branche en branche sur les buissons. Fe vous dis lé nom de tout ce qui frappoit nos regards. Mais il y a un plus grand nombre de choses agréables à connoître à leur snjet, Mon dessein est de commencer à vous en instruire aujourd'hui tout €h nous promenant.. Charlotte va se dis— poser à cette expédition ; ainsi prenez votre chapeau, mon petit Henri. Nous irons d’abord dans.la prairie ; Où je suis sûre qu'il se présentera bientôt quelqua chose digne de notre curiosité, ù RE ———— ESA RSR ALERT TE. E x bien! mes petits amis, qu’en ditesvous ? N'est-ce pas un endroit charmant? Quel air de fraîcheur on yrespire! comme l'herbe en est épaisse et verdoyante ! et de combien de jolies fleurs elle est'émailléel Je n’ai pas besoin de vous dire quel est Pusage de cette herbe, qu'on appelle ordinairement gazon; vous àvez vu si souvent les vaches, les chevaux et les. brebis s’en repaître! Mais ils fie la mangent pas toute sur la prairie ; on leur ré. serve certains quartiers pour le pâturage; et on les éloigne des autres aussitôt que | l'herbe commence à grandir. Elle n’at- | teint Sa parfaite maturité qu'au mois de | juin ; ce que l’on reconnoit par la couleur jaune qu’elle prend: Alors'les faucheurs la coupent avec un instrument de fer recourbé, qu’on nomme une faulx. En: suite viennent des faneurs qui la, tournent | et la retournent avec des fourches de bois ; F ÉASFPRAIRIE: IF eh l’étalant sur la terre pour la faire sécher au soleil. Elle prend alors le nom de foin. Dès que le foin a perdu toute son humidité, et qu'il n’y a plus de danger qu'it s'échauffe, on le ramasse avec desrâteaux $ et on l'emporte, sur des charriots, dans la cour dela ferme, ‘où il est entassé en grands moñceaux, qu’on appelle meules. : C'est de ces meules énormes que l’on tre le foin pour le lier en milliers de bottes, et le donner aux chevaux que l’on tient dans l'écurie. Il sert aussi dans l’hi- . Ver à nourrir les troupeaux; car alors il ÿ a bien peu de gazon pour eux sur la terre, et encore moins lorsqu'elle est cou_ verte de neige. Tout cela vient de petites graines qui ne sont pas plus grosses que des têtes dépingles; et les graines sont venues des fleurs que vous pouvez remarquer à présent à l'extrémité de la tige. Dans une prairie où l’on fauchele foin, il se détache toujours un grand nombre ‘de graines, qui ;: l'année suivante, pro= duisent le gazon : mais si l'on veut faire Ane prairie dans une pièce de terre neuve, : 12 LA PRAÏRIÉ. | il fautrecucillirles graines pour les settiefl Ces jolies fleurs dont vous venez dél faire un bouquet , Charlotte, viennent ésalement de graines qui se. trouvoient! mêlées parmi celles du foin, Voilà des boutons d’or, des coquelicots et des mari! gucrites de prés. Ces fleurs sont bonnes pour les troupeaux, et servent à donna un goûb agréable au gazon. Il y en a! même qui sont médicinales, c’est-à-dire bonnes à composer des remèdes pour unt} in finité de maladies auxquelles nous som mes su jets. ê Ne pensez-vous pas, Henri, que le! gazon, dont la douce verdure embelli. tant les campagnes, est én même temps) une production bien utile? Je suis sûre! que les pauvres troupeaux le diroient en. core mieux que nous, s’ils étoient en étail de parler. Ils n’ont pas de cuisinier pour! préparer leurs repas; ils ne peuvent pas! même faire comprendre ce qui leur est nécessaire. Mais Dieu a su pourvoir À! leurs besoins. Vous voyez que leur nour-, riture s'étend sous leurs pieds , ef qu "ils! : n'on. (2 re eee RER ER RAT RP 13 mont qu’à se baisser pour la prendre. Si. en coûte à l’homme des soins légers pour la faire venir, c'est bien le moins qu’il donne quelques-uns de ces momens à ces utiles animaux, dont les uns lui épar— guent tant de fatioues, et dont les antres le vêtissent de leur laine ; et le nourrissent de leur chair. Tome I. B 20 LE CHAMP plus conrtes et plus menues que celles. du froment. La farine en est excellente, cuite avec du lait. | Je vous ferois venir Veau à la bouche, si je vous parlois du riz que lon pré-. parc aussi avec du lait. Mais croiriez-vous qu'il à besoin d’être presque couvert | d'eau pour croître et pour mürir ? Dans les pays où la terre n’est pas propre à produire du grain, les pauvres | habitans sont réduits à se nourrir de | fruits, de racines, de gèteaux de pom- | imes-de-terre, ou d’une pète de marrons | cuits au four. On est même quelquefois | obligé, dans les pays les plus fertiles, : d’avoir recours à ces tristes alimens »>lors- | qu'il survient des années de stérilité, | Deux bons citoyens , MM: Parmentier | et Cadet de Vaux, ont enseigné la meilleure manière de les préparer, Quelles graces, mes enfans, nous devons rendre à Dieu , nous quin’avonsja- | mais éprouvé ces cruels besoius ! J ’espère que vous serez touchés de cette réflexion, et que vous vous férez un devoir de ne k DE BL É. 27 jamais gaspiller ee qui feroit la Joie de tant de malheureux. Les micttes même que vous laissez tomber, si elles étoient ramassées , pourroient fournir un bon repas à un petit oiseau, et le: rendre joyeux pour toute la journée. Comme il s'empresscroit de les partager entre ses petits, qui ouvrentinutilement leurs becs, tandis que leurs parens volent au loin pour leur chercher quelque nourriture ? J’étois bien fAchée hier au soir contre vous, Henri, lorsque vous faisiez des boulettes de pain pour les jeter à votre ‘sœur. J’ose croire que vous ne le ferez “plus ; Maintenant que je vous ai fait connoïtre le prix de ce présent inestimable du ciel. J'ai vu des personnes qui avoient prodigalement pâté du pain pendant leur enfance » pleurer dans un âge avancé faute d’en avoir un morceau. LA VEGNE, Vous avez bu quelquefois du vin de Champagne et de Bourgogne, sans vous. embarrasser de la manière dont il'se faisoit. Entrons dans ce vignoble. Eh bien, Henri! croiriez-vous jamais que c’est de | ces petites souches tortues que. nous | vient la douce ‘liqueur qui nous fait tant | de plais dans, nos repas? Vous con-| noissez le raisin ? Voyez déjà la grappe qui commence à, se former. Ges peines qui ne-sont encore que du verjus, s’en | fleront peu à peu, et seront mûrs vers le, milieu de l'automne. Vous en verrez la! à récolte , qu’on appelle vendange; maïs! je suis bien aise, en attendant, vous. en donner une res Dès le matin, les vendangeuses se ré | pandent dans ” vigne ; coupent Je rai-. sin, et en remplissent leurs paniers. Un L'A V IGN E. 23 homme vient les prendre À mesure qu'ils sont pleins , et va les jeter dans de larges demi-tonneaux , placés sur une charrette pour les recevoir, ét les porter à un endroit où des hommes foulent les grappes sous leurs pieds. On recueille la liqueur qui découle du pressoir, et on la verse dans de grandes cuves ou de petits tonneaux, où elle se purifie d’ellemême, en fermentant, Jusqu'à ce qu’elle devienne bonne à boire. Le temps des vendanges est un temps continuel de plaisirs et de fêtes. El faut entendre, pendant le travail, les chansons rustiques des vendangeuses. Il faut les voir à la fin de la journée danser gaîment dans la cour , et les maîtres se mêler souvent à leurs repas et à leurs danses, Tout y respire un air de joie et d'mnocente liberté. Le vin, pris avec modération, est très-bon pour l'estomac, et le fortifie ; mais, lorsqu'on en boït avec excès, il produit des vapeurs qui troublent la 24 LA VIGNE. raison, et rabaissent l’homme au niveau de la brute stupide. Vous avez vu quelquefois des ivrognes; et vous vous souvenez encore de la juste horreur qu'ils vous ont inspirée, LES | LES LEGUMES ÊT LES HERBAGES. Vo UDRIFZ-VOUS me suivre poux Voir ce qui croît dans le champ voisin ? Je crois que ce sont des navets. En effet, je ne: me suis pas trompée. Cette racine, Jorsqu'’elle est cuite avec du mouton, fait, comme vous le savez , d’excellens Tagoûts. On en sème une grande quantité chaque année pour notre table; on en donne, aussi aux vaches pour ménager le foin , et paree que d’ailleurs elle leur fait porter une grande abon=— dance de lait, Les pommes-de-terre, les raves , les oignons, les radis, les carottes , les panais, et plusieurs autres lésumes que VOUS connoïssez à merveille ; Croissent, Comme les navets, sous terre. D’autres ; tels que les artichaux > les pois , les Tome I, C & 26 LES LÉGUMES. fèves, leslentillesetles haricots, croissent au-dessus. Vous en cultivez vous-mêmes dans votre petit jardin ; ainsi ce seroit plutôt à moi de recevoir vos instructions sur ce chapitre. Je crois aussi n'avoir rien à vous apprendre sur les herbages et les plantes qui viennent dans le potager, comme Îles choux, les choux-fleurs , les asperges, les laitues, la chicorée, les melons , ‘les concombres, les citrouilles, et une infinité d'herbes agréables au goût , et trèsbonnes pour la santé. Tout cela se cultive sous vos yeux; et, par les questions que ! je vous ai déjà entendu faire à Mathunn, je vous suppose complètement instruit sur cet article. Fe LE CHANVRE ET LE LIN. Vovs Z-V ous là-bas ces deux grandes Pièces de terre couvertes d’une si belle verdure ? T/une est du chanvre, l’autre : du lin. Les tiges de ces plantes , après qu'elles ont été battues et bien préparées , forment la filasse que vous avez vu filer à la vieille Suzon. Ee fl de chanvre sert à faire le linge de corps. et de ménage. Le fil de lin, qui est d'une plus belle qualité, se réserve pour la toile de batiste. On l'emploie aussi pour faire de la dentelle et du filet. Votre fourreau, Charlotte * Votre chemise et vos manchettes , Henri, croissoient autrefois dans les champs. J’oubliois de. vous dire que la flasse de chanvre sert encore pour toute espèce ‘de cables, de cordes et de ficelles. 2 On a essayé, en quelques endroits : : G 2 28 LE CHANVREET LE LIN. . de tirer parti de ces vilaines ortick qui piquent si bien les passans ; et l’on en. fait un fil grossier, mais très-fort , qui Pourroit servir à faire des toiles communes, LE COTON. À U défaut de ces plantes , on cultive le Coton dans quelques îles de l'Amérique, et. sur-tout dans les grandes Indes, C'est d'abord un duvetlécer, qui entoure les graines d’un arbre, appelé arbre à coton. Le fruit qui les renferme en plusieurs petites loges, est à-peu-près de la gros seur d’une noix, ets’ouvre en mürissant. Alors on les cueille ; et le coton, séparé des graines et du fruit, devient, après quelques préparations, cette espèce de filasse douce et blanche , dont vous m'a vez vu mettre quelquefois de petits tam. pons dans mes oreilles et dans mon écrin. La partie la plus grossière se file en gros. brins pour les mêches de nos lampes: etde nos bougies, Le reste, filé en brins. Presque aussi déliés que vos cheveux ,. s'emploie pour la fabrique des basins des mousselines et des toiles de coton. Ga. 86 LES ARBRES, etc, . Un autre avantage de ces arbres, ©esf | qu'ils croissent d'eux-mêmes, sans demander aucun soin, et qu’ils nous donnent pour rien Vaspect de leur belle verdure, et la fraicheur de leur ombragc. | Voyez comme les petits oiseaux se re posent en chantant sur leurs branches! combien ils doivent être. contens la nuit de trouver un abri sous leurs feuilles!. Nous-mêmes, ! ‘si une pluie abondante venoit à tomber, ne serions - nous, p#. 1 bienheureux de nous y mettre à cou vert ? pourvu cependant qu'il n’y eût pas! d'apparence d'orage ; car, dans les orages, | des arbres attirent quelquefois le ner + qui rend alors leur approche très=| n gereu se. . Lorsqu' il y a plusieurs arbres rassem:| tés sur une vaste étendue de.terrain;! set endroit s'appelle bois, ou forêt.:Sil “et endroit est fermé de murailles, et Iépend d'un château, on l’appelle pare: | Les bosquets ou bocages sont de AS Jorêtse. fre DE _ LES! LES BOIS TAILLIS. CES mêmes arbres dont nous venons de parler, lorsqu'on les Coupe avant qu'ils Soient parvenus À leur hauteur naturelle, forment ce qu’on appelle ün bois taillis. Ge sont ordinairement les rejetons qui poussent sur les vieilles racines dans une forêt que l’on vient d'abattre. On les coupe après cinq ou sept ans, les uns pour le chauffage ; les autres pour servir d'échalas à la vigne, ou pour faire les cercles des cuves et des tonneaux. Cette récolte, qui peut se faire de cinq en cinq. ans, s'appelle coupe réglée, Tome. D LE VERGER. Ouvre ces arbres, 1l en est d’autres nommés arbres fruitiers. Je parieros | avec confiance que nous aurons plus de | plaisir encore à nous en entretenir. Entrons dans le verger. Voilà les fruits | qui grossissent. Ce seroit vous faire 1n- | jure que de vouloir vous les faire connoître. Si petits que vous soyez, je pense que personne au monde ne distingue mieux que vous les poires, les pommes; les pêches, les cerises, les prunes, les | abricots et les bruguons. Les arbres, | LA LS étendus en éventail contre la muraille, | s'appellent, comme vous savez, espa- | liers; et les autres, arbres à plein vent. | Les premiers rapportent plus sûrement, | et de plus beaux fruits, parce que dans les gelées on peut les couvrir avec des ; nattes de paille, et que la muraille, | échauffée par le soleil, avance leur ma- ! turité. Les seconds passent pour avoit LE VERGER, 39 leur fruit d’un goût plus fin et plus délicat: Nous aurons, J'espère, beaucoup de fruit cette année. Ne souhaiteriez vous pas, Henri, qu'il fût déjà mur. Patience; il le sera bientôt, et vous em mangerez tant qu'il vous plaira dans le temps. Maïs gardez-vous bien dy tou cher tant qu’il est vert; car il vous ren= droit malade peut-être pourtoute l’année. Vous vous rappelez, mes chers amis , combien les arbres À fruit paroïissoien£ beaux, il ÿ a trois semaines, lorsqu'ils étoient en: pleine fleur. Les fleurs sont Maintenant passées, et les fruits crois sent à la place. Ils deviendront plus gros de jour en jour, Jusqu'à ce que la chaleur du soleil les colore et les müûrisse s et älors ils seront bons À cueillir. Les pommes et les poires peuvent se garder dans leur état naturel pendant tout l’hiver; mais les autres fruits tour nent bientôt en pourriture, et il faudroif renoncer à en manger après leursaison , Si lon n’avoit trouvé le moyen de les €onserver, en les faïsant sécher au four, D 2 45 LE VERGER. ouen les mettant dans de leau-de-vie, ou enfin en les faisanthouillir avec.un sirop composé d’eau.et de sucre. C’est de cette dernière facon que lon. fait les, marmelades et les gelées. qu'on trouve si bonnes dans liver, et sur-tout dansles maladies. ILy a quelques fruits renfermés. eñ de dures coquilles, comme les noix, les amandes, les noisettes, les châtaignes, etc, Vous les connoissez aussi bien que: les arbres qui les portent: mais vous ne connoissez pas un autre arbre de la même espèce, parce qu'il ne vient pas dans ce pays. C’est Le cocotier: IL: est très-haut et fort droit, sans branches ni feuillages autour:de sa tige. Seulement, vers le sommet, il pousse une douzaine de feuilles très-larges, dont les Indiens se servent pour couvrir leurs maisons , pOur faire des nattes, et pour d’autres usages, Entre les feuilles et Pextrémité de.sa pointe, il sort quelqnes rameaux .de. la grosseur de mon bras > auxquels.on. fait une incision , et qui répandent , par cette blessure, une-liqueur très-agréable, dont ORNE PRET PO TS DRRES . Ce ace ne en qe GT AT TE PNR era OR CES RS M LE VERGER. 4T on fait l’arack. Ces rameaux portent une grosse grappe ou paquet de cocos, at nombre de dix à douze. Cet arbre rapporte trois. fois l’année: etson fruit, dont vous avez goûté l’autre jour, est aussi gros-que la tête d’un homme. I] en est dont le fruit n’est pas. plus gros que votre poing, et qui sert à faire les cuillers à punch pour les pau. vres. R= Il y à aussi une espèce d'amande, appelée cacao, qui vient dans les Indes. occidentales , et au midi de P'Amérique. L'arbre qui le produit, ressemble .un peu à notre cerisier. Chaque cosse renferme une vingtaine de ces amandes de k grosseur d’une fêve, dont on fait le chocolat, avec d’autres ingrédiens. Le meilleur cacao nous vient de Caraque + dont il-porte le nom, | D 3 qe LES. PÉPINITÈRES ET LA GREFFE. L,rs arbres ont généralement trois ma mères de se reproduire, par lés graines, pepins, ou noyaux cachés dans l’inté-" rieur de leur fruit, par les pétits rejetons pris sur leurs vieilles racines ; ou par les boutures coupées de leurs branches, et plantées en terre pour sy enraciner. L'endroit où l’on rassemble ces élèves, la douce espérance du jardin, s’ap= pelle pépinière. C’est comme un col: lége pour les enfans des arbres , où l’on veille sur leur croissance, et où l’on s’é— tudie à les préserver de mauvais penchans. Les jeunes arbres, qu’on nomme sauvageons, ne porteroient que de mauvais fruits si l’on n’avoit soin de les greffer. Voici comme on sy prend. On coupe LES PÉPINIÈRES, etc. 43 d’abord le haut de leur tige pour les empêcher de élever davantage ; puis, un PEU au-dessous, des deux côtés , On fait une petite incision à l'écorce ; et, dans ceite ouverture, on glisse un bourgeon Pris d’un autre arbre avec une petite Parle de son écorce pour remplir le. vide qu’on à fait dans celle du sauva— 8e0n. On les lie étroitement ensemble, et lon recouvre la blessure de mousse, Pour empêcher lair dy pénétrer. Le bourseon, recevant sa nourriture de l’ar— bre, s'unit avec lui , Et il pousse bientôt des branches, qui, en s'étendant de tous côtés , forment la tête de l'arbre, et portent des fruits exquis. Gette opération » lune des plus curieuses du Jardinage, se varie de plusieur: -Manières. J'aurai soin de parler à Mathurin pour le prier, lorsqu'il en sera temps, de la faire sous vos yeux, LES PRE LR. Cuartorre > Si vous n'êtes pas fatiguée, nous irons voir nos fleurs. Pour Henri, cest un homme; et il lui siéroit mat de se plaindre. Je pense même qu'il seroit en état de se tenir sur ses | pieds du matin au soir. Venez, monET ELEC 5 EST ed RTE NTI MDN PRE EEE SR neo aa sieur, prenez la clé du jardin, et ouvrez | la porte. Voici, je crois, l'endroit le plus agréable que nous ayons Jamais vu. Quel est l’objet qui va d’abord cap tiver nos regards ? Que sais-je ? I] se. trouve ici une si grande variété de beautés, que l’on hésite à laquelle donner la préférence. Vous admiriez les fleurs des champs; mais celles-ci Les surpassent en« core. Regardez ces tulipes, ces girulées, ces œillets, ces jonquilles, ces jacinthes _@E ces renoncules, La blancheur de ce MR ET LES FLEURS. 45 lys, ou de cette tubéreuse, efface celle de la plus belle batiste, Prenez la plus petite fleur; en la: regardant de près, vous la trouverez aussi jolie et aussi cuneuse que les plus grandes. N'oublions Pas, sur-tout, la modeste violette, la première fille: du printemps. Charlotte’, cücillez-moi, je vous prie, une de ces roses à cent feuilles: C'est bien avec raison que, pour son doux parfum et sa couleur brillante, on la nomme la reine des: fleurs. J'oignez-y quelques brins de lilas, de jasmin, de muguet et de chèvrefeuille. Quel agréable mélange de douces odeurs dans un si petit bouquet Je ne vous permettrai pas d'en cueillir davantage: ce seroit. une pitié de les gâter. Le jardinier nous en a apporté ce matin Pour parer notre appartement. Elles se consérveront par la fraîcheur de l'eau qui baigne leurs tiges, au lieu que la chaleur de vos mains les auroit bien< tot fanées…. “Avez-vous pris garde que chaque fleur 8 des feuilles différentes de celles des # 52 ÉES MINES. espèces de sel, qu'il est inutile de vous nommer encore. Je ne vous parlerai que du sel commun. En quelques endroits le sel de ces mines est si dur, qu’on peut le tailler comme du merbre, et en faire des statues. Ce qu'il y a de singulier, c’est que le feu le fait fondre encore plus promptement que l’eau. Le sel nous vient: plus. communément de l’eau de mer qu’on fait entrer dans une espèce de bassin peu profond , et qu'on laisse évaporer au soleil. Quand Peau est toute évaporée, le sel reste en croûte dans ces bassins, qu'on appelle salines, LES MINES DE MÉTAUX. Jr ne vous ai pas dit la moitié des ri chesses qui se trouvent dans les entrailles de la terre; on en tire l’or, Vargent, le cuivre, le Re Te plomb et V'étain. C’ est ce qu'on appelle métaux. Regardez ma montre, elle est d'or, ainsi que les louis, les doubles louis et les demi-louis. On peut battre l'or, et: l'étendre en feuilles plus minces que du papier. L’espagnolette de ‘mes croisées, les sculptüres de mon salon, les chenets de mon foyer, ne sont pas d’or, quoique vous ayez pu lPimaginer. On na fait “re les couvrir de ces feuilles d’or lé— gtres. L’or est le plus précieux de tous les métaux. L'argent, a À l'or ; est cependant très estimé. Cet écu et ces etites pièces de monnoies sont d'argent, On l'emploie aussi pour les ets = E 3 Pt. LES MENES. la vaisselle plate, et une infinité d’autres ustensiles; dont les gens riches font usage. L'argent, couvert d’une feuille d'or, s'appelle vermeil. Le cuivre sert à faire les sous, les Hards ; et-toute la basse monnoie. On l’emploie aussi ordinairement pour faire | nos poélons, nos casseroles, et nos chaudières. Mais l'usage en seroit très -dangereux, si l’on n’avoit la précaution dé les doubler d'étain en-dedans. Le fer est le métal le plus commun, mais le plus utile, La plupart des instru mens dont.on se sert pour la culture de la terre, et pour les différens métiers, sont de fer. L’acier est une espèce de fer rafiné et purifié dans la trempe, par le mélange de quelques ingrédiens. Les | couteaux, les ciseaux, les rasoirs, les aiguilles ; sont d'acier. Le plomb est aussi d’un très—crand usage. Vous savez combien il est pesant. On en fait des réservoirs pour contenir Veau, des tuyaux pour l’amener des sources, des gouttières pour ramasser la en RETENIR TETE EITTE éd don LÉ oéoit ain ts joe dx à ar at h disss pd LES MINES, 55 pluie qui dégoutte des toits, et la conduire hors de la maison. On en fait aussi des poids pour les balances , les tournebroches et les horloges. L’étain est un métal blanchâtre plus mou que l'argent, mais plus dur que le plomb. Il sert à faire des bassins, des écuelles , des assiettes et des cuillers pour les gens qui n’ont pas le moyen d’en avoir. d'argent. He Hier Tous ces différens métaux se trouvent en mines dans la terre. On y trouve aussi ce qu'on appelle les demi-métaux, tels: que le vif-arsent dont on couvre le derrière des miroirs, le zinc, l’antimoine, etc., que lon mêle avec les méfaux, pour en faire des métaux com— posés, comme le laiton, le bronze, etc: Caen LES MINES DE PIERRES PRÉCIEUSES C’rsr encore dans la terre que lon trouve les pierres précieuses , telles que le diamant qui est Proprement sans couleur ,le rubis qui est rouge , l’émeraude qui est-verte , le Saphir qui est bleu, Je ne vous parle que des principales, parce que le détail en seroit trop long. Elles ne paroïssent point si brillantes lorsqu'on les tire de la mine. Il faut autant de patience que de travail pour Îles tailler et les polir. Regardez les diamans de cette bague ; vous voyez qu'ils sont taillés à plusieurs facettes : c’est afin que la lumière , se réfléchissant d’un plus grand nombre de points, leur donne plus d'éclat. Il est une espèce de caillou que l’on taille aussi en {orme de diamant, pour == Su ee RS A TT eur CPS VU ES LES MINES. 4 en garnir des boucles et des -coHiers 5 mais il est bien loin d’avoir le même leu. On le reconnoit à sa transparence plus terne ; c’est ce qu'on appelle pierres fausses. - Vous voyez, mes amis > qu'il n’est pas une seule chose qui ne puisse servir À satisfaire agréablement notre curiosité , lorsqu'on sait l'examiner avec attention. Quelle folie de se plaindre de n'avoir rien pour se divertir, forsqu’on peut trouver de Pamusement dans tous les Gbjets de la nature ! Mais si vous n'êtes, Pas fatigués, je pense que vous devez avoir faim ; et je crains que notre dîner ne se refroidisse; Ainsi hâtons-nous de Sagner là maïson. Je vous en ai dit assez Pour occuper votre mémoire jusqu’à deMain ; où je me propose de faire avec Vous Une aûtre promenade. a ÊES BŒURS. Boxsour, Charlotte; je ne vous attendois pas de si bonne heure. Je me flatte, par cet empressement ; que mes instructions d'hier vous furent agréables. Avezvous vu Henri ce matin ? Allons voir s’il est levé. — Comment, petit. paresseux, n'avez vous pas de honte d’être encore au lit ? La matinée est charmante. Votre sœur et moi, nous voulons en profter pour faire une petite promenade. Si vous desirez être de la partie, il n’y a pas de temps à perdre. — Fort bien, vous voilà prêt. Faites voire prière, et partons — Ne vois-je pas là-bas la laitière qui trait les vaches? Comme ces pauvres animaux paroissent joyeux, en paissant dans la verte prairie | J'imagine que Pherbe leur est aussi agréable que des confitures le seroient pour vous. Voyez de quels bons vêtemens ils sont pourvus! | LES BŒUFS. 5g Comme ils ne peuvent pas s’en faire euxmêmes, la nature leur en a donné qu'ils portent sur le dos dès leur naissance , et qui grandissent avec eux. Tousles taureaux ont quatre pieds; c’est ce qu'on appelle quadrupèdes. Ils ne se tiennent point debout. Cette posture grotesque, avec quatre jambes, leur seroit en même temps incommode, parce que leur nourriture est attachée à la terre, et qu'ils seroient à tout moment obligés de se baisser pour la prendre; ce qui les fatigueroit terriblement. D’un autre côté, S'ils navoient que deux jambes, ils ne pourroïent guère mouvoir leurs corps, beaucoup plus pesans que les nôtres. Vous voyez de quelle dure corne leurs pieds sont armés. Sans cette chaussure naturelle, ils seroient bientôt déchirés jusqu'au sang. Les grandes cornes pointues qu'ils ont sur la tête leur servent de défense contre ceux qui voudroient les attaquer. Savez-vous de quelle grande utilité sont pour noue les vaches et les bœus © Bo LES 8œure, : Je vais vous Je dire. Ne courez pas, | Henri : VOYeZ comme votre sœur est attentive. see \ Les vaches, ainsi que vousle voyez, donnent du lait en grande quantité, A sert à faire la crême, le beurre et le fromage. On le met, pour cela, ee dans de grandes jattes. Quelques heures Ë après, la crème Épaissie s'élève au-dessus | ‘On retire cette couche avec de grandes | cuillers, et il s’en forme bientôt ne seconde, que l’on retire de même. Lorsqu'on l'a toute recueillie; on la met dans une espèce de petit {onneau, qu’on appelle baratte, on la remue fortement avec. un battoir passé dans le trou du tonneau, Jusqu'à ce qu'à force de s'é- ‘Paissir elle devienne du beurre. Le reste est du lait de beurre, qui est très = bon Pour les enfans. Le fromage mou et toutes les autres espèces de fromage se font également avec le lait. Je vous menerai quelque jour dans la laiterie, pour être témoins de ces différentes Piéparätions. Remerquez TT PE A NO SN EP NN LES BŒUFS. 6x Remarquez bien ce superbe taureau; t'est le bœuf le plus vigoureux de la troupe, et le père de tous ces petits veaux qui teltoient. encore leurs mères il y a quelques jours, et qui commencent à : Présent à paître auprès d’elles. Mais d’où vient ce nuage de poussière sur le orand chemin ? Ah! c’est un troupeau de bœufs qui passe. N’en soyez point efravée , Charlotte. Remarquez comme ils souffrent patiemment qu’on les pousse à coups d'aisuillon. Un seul homme suffit à les gouverner, tant ils sont dociles! Il va les conduire au marché ; où les bouchers les attendent pour les acheter. Lorsqu'ils seront tués, leur chair sera vendue à nos cuisinières pour notre diner: et leurs peaux seront vendues aux fanneurs : Qui en feront du cuir ; NÉCeSsaire aux Cordonniers pour les souliers et les bottes, taux selliers pour les selles, Les brides ét les harnois, Leurs cornes même ne AoUS seront pas inutiles : on en fera des Peignes et des lanternes. . Il est des pays où les bœufs n’ont rien Tome, FE & t É LÉ CHE VAT. . perdit bientôt la selle, et fut renversé contre une pierré, qui lui fracassa tout le crâne. Le cheval n'étoit pourtant pas VICIÈUX, lorsqu'il avoit un cavalier habile sur son dos. Tout le mal venoit de ce que le petit insensé ne savoit pas le conduire, - Ces deux grands chevaux rebondis, d'une faille haute, ét d’üne superbe Ch= colure, sont destinés’ pour le carrosse. Ils sb plus forts, mais imoins légers que Pautre. Ceux ; avec leurs jambes velues , et leur crin négligé, sont des chevaux de charrette. F] Y à une autre espèce de chevaux très-fins et très -Iévers. Ils poïtent leurs maîtres à la chasse , Ou sont réservés pour les courses ; mais ils sont très coûteux à entrétenir. £ Nous né saurions faire À pied ün Tong Voyage, parce que nos jambes seroient bientot fatignées;, ‘au lieu que sur le dos d'un chéval nous Pouvons parcourir bien des lieues, et voir nos amis qui vivent: à une certaine distance de notre maison. Ilest aussi fort agréable d'aller en voiture. Vous le savez bien. Mais ces plaisirs, nous | LE CHEVAL. 69 ñe pourrions pas nous les procurer sans les chevaux. Comment nous passer aussi de Teur secours dans une infinité d’autres circonstances ? I] seroit excessivement pénible pout les hommes les plus vigoureux de faire ce que les chevaux ordinaires font avec facilité. Le pauvrelaboureur, quisuit tout Le long du jour sa charrue , est bien fatigué le soir lorsqu'il rentre dans sa chaumière. Que seroit-ce donc s’il étoit obligé. de la traîner lui-même à travers son champ, sur une terre dure et rabolfeuse ? Comment les voituriers seroientils en état de tirer ces grands fourgons et ces lourdes charrettes qu’ils conduisent, sils ny employoient la force des chevaux? Puisqu’ils nous rendent desigrands services, ne devons-nous pas les bien trai= ter? Je crois que le moins que nous puIs= sions faire , est de leur donner dans lejour une bonne nourriture, et une écurie bien close la nuit. Gardons-nous, sur-tout, d’imiter ces personnes barbares qui les poussent trop rudement à la course, qui Îcur donnent des coups de fouet et d’épe» 70 = LE CHEvir. Ton, Jusqu'à ce qu'ils soient prêts à mou. tir. Cependant de pareilles cruautés sont exercées chaque jour. Souvenez — vous bien, Henr; » qu'il est également cruel et insensé d'agir de cette manière, à ; l'ANE. Vorraun pauvre âne. T1 fait une figure bien triste auprès d’une aussi belle créa ture que le cheval. Ne le méprisez pour tant pas à cause de sa mine. Ilaun grand mérite, je vous assure. I] est aussi patient qu'officieux, et il n’en coûte que bien Peu pour le nourrir. Il se contente de quelques chardons qu'il broute le long deschemins, ou même de quelques feuilles sèches et d'un peu de son. I] ne deMande ni écurie pour le loger, ni pale= frenier pour le panser; en sorte que les pauvres gens qui ne-Sont pas en état de ourrir un cheval peuvent avoir un âne. Il tirera fort bien sa petite charrette, ou Portera sa paire de paniers. Il ne dédai-- 8neTa pas même de prêter son dos à un famoneur. N’avez - vous pas vu de ces _ petits Savoyards aux dents blanches etla fe noircie, grimpés sur un Âne avec 72 + L'ANE, des sacs de suie, qu’ils portent aux teir: turiers ? : Je ne dois pas oublier de vous dire que le laït d’ânesse est un dés meilleurs remtdes pour les maladies de poitrine. Ja Vu des personnes si: foibles > qu'on ls croyo’t condamnées À mourir, reprendié à vue dil leur santé ; Pour.en avoir bu le matin pendant quelque temps. Ne se toit-il pas affreux de traiter avec inhumenité des animaux si utiles? Je nepardor “erai, je crois, de ma vie, à un petit polisson que j’ai-vu tourmenter une de ces pauvres créatures de la manière la plus cruelle, sl T LE CHIEN: vous voir, je vous assure, Vous êtes un brave et fidèle compagnon. Voyez comme il remue sa queue et comme il frétille. Il nous regarde d’un air si joyeux, que lon croiroit démêler un sourire sur sa physionomie. Dans le temps où nous sommes au lit, et-profondément endormis, Médor fait sentinelle, et ne permct pas aux voleurs d'approcher de la maison. Lorsque votre papa est à la chasse, Médor court d’un côté et d'autre à travetsles champs, et fait lever Le gibier pour que votre papa le tire, Quoiqu'il soit très J'ome Z, G A. ÉE-CHIEN, Sourageux, et qu'il exposât sa vie pour défendre son maître, si on osoit l’attaquer, il est d’un si bon naturel, qu’il laisse les petits enfans Jouer avec lui, sans les mordre, pourvu cependant qu’ils ne lui fassent pas de mal. - Le brave Médor né demande d'autre récompense de ses services que de petites caresses, une légère nourriture , et la permission de nous accompagner quel quefois dans nos promenades. I] mérite bien notre attachement par celui qu'il nous témoigne. Je suis sûre que ; pour tous les trésors de l'univers > il né pourroit consentir à nous quitter, quand un prince, en personne, viendroit chetcher à le séduire. EE CERF. Vourezvous traverser Île petit parc , en retournant À la maison ? J ’en at heureusement la clé. Voyez, Henri, cé beau cerf avec ses cornes rameuses: N’ admirez-vous pas sa taille léoère et son air noble et fier ? Voyez ee. ces petits faons qui bondissent. Si leste que Vous soyez, je parie que vous ne pour« riez jamais cabrioler comme eux. Cette espèce d'animaux n’est entretenue que par ceux qui ont des parcs fermés de hautes murailles. Ils aiment trop l'indépendance , pour s'arrêter dans les champs comme les vaches et les brebis. Les srands seigneurs prennent souvent plétsir à à chasser le cerf. Ils le lâchent du parc , et détachent à ses trousses une meute nombreuse de chiens. Leurs aboiemens furieux, les cris etle son du cor des piqueurs qui lés suident:, Le saiG z 76 LE CERF. sissent d’une telle épouvantse , qu'ils se sauvent devant eux de toute la vitesse de ses jambes agiles. Les chasseurs ; montés sur des chevaux dressés à cet exercice, se mêlent aussi à la poursuite ; et ils sont #i animés dans leur course , qu'ils sautent au-dessus des haies et à travers les fossés pour lPatteindre. Il les conduit quelquefois dans un circuit immense : Mais enfin ses jambes fatiguées refusent de le porter plus loin. On le voit haletant de lassitude et de frayeur, s'arrêter tout-à-coup, ét menacer de ses cornes les chiens dont il est assaillh, Après un long combat, ceux-ci le déchirent jusqu'à ce qu'il meure. Je suppose qu’il y à du plaisir à le Suivre et à voir la légéreté de sa course; inais je pense qu'il faudroit laisser la Pauvre créature retourner dans sa demeure, pour la dédommager de la terreur qu’elle doit avoir éprouvée, et la payer de l’amusement qu'elle à procuré, Ces mêmes Personnes s'amusent aussi quelquefois à chasser le lièvre, Ellen RS AE RS dan de à téfiiaèn sttfis ct LE CERF. Zrhe} vont dans les champs avec leurs chiens , qui découvrent bientôt son gite, quelque adroït qu’il soit à se cacher. Lorsqu'il se voit en danger d’être saisi, il s'élance et court avec toute la lévéreté dont il est pourvu, pratiquant dans sa fuite plusieurs ruses pourse sauver, Mais toutes ses ruses sont inutiles. Il succombe eufin d'épuisement, et subit le même sort que le cerf, ou périt sous les traits du chasseur. Je ne sais quel est le plaisir de la chasse, Henri; mais je souffrirois tant pour la pauvre petite bête effarouchée , que ce sentiment détruiroit toute ma jouissance. Il me semble que j’aurois encore plus de joie d’en sauver un de sa détresse. Maintenant allons prendre notre déjeûner. Je crois. que cette promenade Vous le fera trouver bon. Il n’est rien comme l'air et l'exercice pour aiguiser l'appétit. L'ÉLÉPHANT. L'éréprant est le plus grand des ahimaux qui vivent sur la terre. Sa force est prodigiense, mais son naturel est très-doux ; et il se laisse aisément gouerner par la voix de l’homme. I porte sur le museau une grande masse de chair, qu’on appelle trompe, parce qu’elle est creuse et alongée comme une trompette. T1 l'étend et la recourbe de mille manières » et s’en sert comme d'une espèce de main pour prendre sa nourriture, et la porter à sa gueule. Ti la manie avec tant d'adresse > qu'il parVient à déboucher une bouteille, et à ramasser à terre la moindre pièce de monnoic. Elle est assez forte pour soulever de grosses pierres ; @t déraciner les arbres. Nous lisons dans l'histoire que c'étoit autrefois l'usage d'employer les élé- 832 LÉLÉPHANT. phans dans les batailles. Ils portoient sur. Îcur dos de petites tours de bois remplies : de soldats, qui, de cette hauteur, lançoient au loin des traits et des javelots. Quand le combat s’'animoit , l'éléphant, harcelé par l'ennemi , entroit en fureur, enfoncçoit les rangs , et écrasoit sous ses pieds tous ceux qui osoient lui disputer le passage. Voudriez-vous monter sur un éléphant, Henri? Certes, vous y feriez une aussi belle figure que la poupée de Charlotte sur un grand cheval. Les dents de Véléphant ont quelquefois plus de dix pieds de longueur. Ce sont elles qui nous fournissent tout l’ivoire employé à faire quelques -uns de VOS Joujoux , vos peignes , le manche de votre couteau, et une infinité d’autres ustensiles, LE CHAMEAU. ? Le chameau est une autre grande créa ture. Nous n’en avons point dans ce Pays, si ce n’est ceux que lon y amène à dessein de les montrer dans lesrues pour de l'argent, : Au milieu des contrées où vivent les chameaux, il y à de vastes déserts sablonneux , où l’on ne trouve ni-une hôtellerie pour se reposer, ni même un atbre pour se mettre à l’abri des traits brülans du soleil. Gependant les marChands sont dans la nécessité de tra Verser ces sables arides, pour porter les Marchandises qu’ils veulent vendre d’une contrée à l’autre. Il leur seroit impossible de traîner eux-mêmes de si lourdes charges; et les chevaux dont ils pourroient faire usage seroient réduits à périr de soif, Parce qu’on ne trouve point d’eau sur la route, Le chameau se charge des 84 LE CHAME AU. fardeaux les plus pesans , les porte avec autant de patience que de légcreté, et ne demande point de rafraîchissement dans sa marche. Lorsqu'il est parvenu au terme du voyage, il s'age: nouille de lui-même, afin que son maître pisse atteindre à la hauteur de son dos pour le décharger. Je pourrois vous dire des choses étonnantes d’une quantité d'autres animaux ; mais j’espère que vous aurez assez ‘de Curiosité pour vous instruire un jour, dans des livres d'histoire naturelle , de tout. ce quiles concerne, LE (OO RS DRE RENE LA POUTE. S 1 vous avez fini de déjeûner , et que vous ne sentiez pas de fatigue, nous irons dans la basse-cour. Prenons clracun une poignée de grain :Je suis sûre que nous serons bien venus. Voyez quelle nombreuse couvée de Poussins a cette poule blanche. Elle prend autant de soin d'eux, que la femme la plus tendre de ses enfans. Henri, ne cherchez point à attraper les petits poulets; elle voleroit sur vous. Hier encore , ils étoient dans la coquille. Flle avoit posé ses œufs dans un panier, au coin de la volière. Elle les a couvés pendant trois semaines , et ne les à quittés qu'un moment à la dérobée pour manger,de peur qu'ils ne périssent defroid s'ils étoient privés de la chaleur qu'elle leur communique. Aussitôt qu'ils ont été assez forts , ils ont rompu la coquille, Tome FE, H 86 LA POULE et sont sortis d'eux-mêmes. Elle leur apprend déjà à fouiller du bec dans la terre, Pour y chercher du grain et des Vermisseaux. Lorsqu'elle craint que quelqu'un nait envie de leur faire mal, elle sélance sur Ini avec la fureur et le Courage d’un lion. Pauvre poule, que vas-tu devenir ? Voyez-vous cet oiseau de proie qui la guette ? Oh l-comme cette tendre mère est effrayée! Les petits poussins se couchent sur le dos, attendant À tout moment d’être emportés dans les serres de leur ennemi. Leur mère court autour d'eux dans des angoisses mortelles; car il est trop fort pour qu’elle puisse le combattre. Allez, Henri, appelez Thomas, et dites - lui d'accourir tout de suite avec son fusil. Va, ma pauvre poule, lépervier n’aura pas tes petits. Main: tenant que nous lavons chassé, viens chercher le grain quenous avons apporté pour ta famille. Nous avons besoin d'œufs ; Charlotte: voyez s’il y en a dans le poulailler, Bon! Vous en avez trois; is sont pondus d’au- LÀ POULE. ë7 jourd’hui : il n’y a pas encore de poulets vivans dans la coquille ; mais si nous les laissions quelque temps sous la poule, il viendroit un poulet dans chacun. Toute espèce de volailles et d'oiseaux vient aussi d'œufs plus ou moins gros, suivant la grosseur de Panimal qui les produit. I est possible de faire éclore les œufs dans des fours ; et j'ai lu que c’étoit l'usage ordinaire en Egypte. Aussitôë que les jeunes poussins sortent de leur coquille, ils sont mis sous la tutelle d'une poule, qui, ayant été dréssée à cet emploi, les conduit et les élève, becquetant pour eux avec la même tendresse que si elle étoit leur véritable mère. Certainement c’est une chose très - curieuse; mais je suis bien loin d'approuver ces procédés contre nature. Nous pouvons bien avoir un nombre suffisant de poulets par la méthode naturelle, si nous leur donnons les Soins qu'ils demandent. Je suis ravie de Savoir qu’on a voulu essayer en ce pays. de faire naître les poulets dans des fours, ét qu'on a rejeté ce moyen. ÉEZ 06 LA POULE: | Il y a une autre coutume aussi bizarre, F4 mais qui Cependant est très-commune parmi nous; c’est de mettre des œufs de cannes couver sous une poule. Vous auriez peine à concevoir la détresse que cela occasionne à cette seconde mère, Fgnorant l'échange qui à été fait, elle Suppose qu’elle a couvé ses propres petits; car elle na pas assez d'intelligence Pour réfléchir sur cet objet. C’est pourquoi lorsqu'elle voit les cannetons se plonger dans l'eau, suivant leur instinct, elle est saisie Pour eux des craintes les plus vives, tremblant qu’ils ne se noient, Cependant elle n’ose les suivre , parce quelle ne sait Pas nager. Vous auriez Pitié de la Pauvre bête, en la voyant courir autour de la marre, appelant ses nourrissons, ef remplissant l'air de ses plaintes. Il est fâcheux d’être obligé de tuer les pauvres poulets; mais, comme je vous Pai dit au sujet des bœufs et des moutons, si nous les laissions tous vivre, ils mourroient de faim, ou nousréduiroient au LA POULE, 89 même danger, en mangeant tout legrain de nos provisions ; en sorte que nous aurions plus ni pain ni viande pour soutenir notre vie. Mais nous prendrons soin de les-bien nourrir, de ne pas les tourmenter, et de lés fairesouffrir en les tuant, le moins qu’il nous sera possible, - Jene pourrois jamais me résoudre à égorgor de mes mains une créature vivante ; je plains , sans les condamner ; CEUX qui, _ Par état, sont forcés d'exécuter cette cruelle Opération. Les poules ont les pattes armées d’ongles très-pointus, pour pouvoir fouiller dans le fimier, et devant la porte des granges, où elles trouvent toujours une provision suffisante de grain. Leurs pieds Onf aussi plusieurs jointures; en sorte qu'en dormant la nuit, elles se tiennent fortement accrochées aux juchoïrs; ce qui les empêche de tomber pendant leur sommeil. Les cogs, leurs maris, ont autant de Courage que de beauté, de force et d'orgueil, [ls combattent quelquefois'entre K 3 LE PAON, LE COQ-D'INDE, LE FAISAN LE PIGEON. Î Érorenoxs de notre esprit de si tristes images, pour reposer nos regards Sur ce paon majestueux. Avez-vous vu jamais une plus brillante parure ? Avec quel orgueil il étale en forme de roue sa queue étoilée ! On diroit que le soleil se plait à la faire étinceler des plus riches conleurs. Une de ses plumes est tombée à terre, Examinez-laibien : plus vous la regarderez de près, plus elle vous paraitra admirable. Ses pieds ne sont pas , à beaucoup près, si beaux ; tant il est vrai qu'on ne possède jamais tous Îles avantapes. ee La chair du paon est assez bonne à manver. Elle servoit même autrefois dans 94 LE PAON, LE COQ-D'INDE, efc, les festins d'appareil de la chevalerie. Mais qui pourroit se résoudre à égorger un si bel oiseau ? Ne soyez pas effrayé de ce cog-d’Inde, Henri. Il l’a lair fanfaron, mais il ne possède en effet que très-peu de courage, Marchez à lui sans crainte > il furra devant vous. Une taille haute, vous le Voyez, n’annonce pas toujours un grand cœur. Cet oiseau nous vient de l'Inde ; mais il s’est fort bien naturalisé dans ce pays, et sa chair est d’un très - bon goût. Ne croiriez-vous pas que l’on a peint et doréle plumage de ces faisans dela Chine? Ils sont moins beaux que le paon, mais ils sont plus variés. Voyez aussi quelle diversité de couleurs dans ces pigeons. Les plumes de tous ces oiseaux nous servent pour mille embellissemens dans notre parure. Et ; usqu’à celle du hibou , il n’en est point qui ne soient dignes d’occuper n9s regards , d’exciter notre admiration , et de satisfaire notre curiosités za LE CYCNE. L'OÏE, LE CANARD. Prenez garde , Henri. N’approchez pas tant du bord du canal. Venez à mon côté. Bon ! .donnez-moi la main. Nous sommes assez près pour être à à portée de voir ce cygne superbe. Comme il navigue majestueusement sur les eaux, sans en troubler la surface! Voyez-le déployer de temps en temps ses ailes argentées , et plonger son cou long et recourbé! Voyez sa compagne, avec quelle fierté elle conduit sa naissante famille! Ses petits ne sont, encore que d'un griscendré ; mais bientôt l’œil sera ébloui de la blancheur de leur plumage. Cette pauvre oie, qui ressemble tant au cygne pour . la forme, est bien loin d’avoir sa grace et sa beauté. Elle ne fait que criailler d’une voix rauque et glapissante , else dandiner niaisement dans sa 96 LE CYGNE, lourde allure. Gardons-nous toutefois de la mépriser, pour n’avoir pas les avan tages extérieurs de sa rivale. Le cygne m'a rien à nous fournir que son duvet pour nos houpes à poudrer, nos manchons, la garniture de nos robes et de nos pelisses. L'oie , au contraire ,nous donne sa chair pour nos repas, et nous lui sommes en quelque sorte redevables de tous les Bvres de science et d'agrément que nous Hsons ;‘puisqu’avant d’être imprimés, ils ont d’abord été écrits avec des plumes tirées de ses ailes. Regardez à présent cette canne, suivie de sa jeune couvée dé cännetons. Où courent-ils donc ainsi d’un air si empressé? Bon l‘les voilà tous dans l’eau. Voyez avec quelle assurance ils ÿ plongent. Vous auriez, j'imagine , une belle frayeur à leur place. Lé cygne, l’oie, et le canard, sont amphibies, c'est-à-dire qu'ils peuvent vivre dans l’eau et sur la terre. Remarquez, j8 vous prie, leurs pattes. Vous verrez que toutes les parties en sont liées ensemble par L'OIE, LE CANARD, 07 par une mince membrane. Il en est de. même de tous les oiseaux d’eau. Ils lés emploient comme ces rames dont vous avez vu les bateliers se servir pour con duire leur chaloupe. ver Tome I. J- LES OISEAUX DE PASSAGE, Tv est plusieurs espèces d'oiseaux , appelés oiseaux de passage, tels que les grues , les canards sauvages, les pluviers, les bécasses, les hirondelles, etc., qui ne résident pas constamment dans un même endroit, mais qui vont de pays en pays, cherchant un climat favorable, suivant les différentes saisons de l’année, Ils se réunissent tous ensemble en un certain jour marqué, et prennent leur vol en même temps. Plusieurs traversent les mers, et volent jusqu’à trois cents lieues ; ce que l’on auroit de la peine à croire, sans Le témoignage répété de plusieurs voyageurs dignes de foi. OISEAUX ÉTRANGERS. Jr ne finirois pas de la journée, si j'en _treprenois de vous peindre les oiseaux qui vivent dans ce pays. Que seroït-ce donc, si je voulois vous entretenir de tous ceux que l’on a reconnus sur les différentes parties de l’univers ? II est des livres fort amusans, où l’on à fait leur histoire , et où vous pourrez les voir représentés avec leurs couleurs naturelles. En attendant que vous soyez en état de lire ces ouvrages avec fruit , je me borne à vous parler de deux oiseaux seule— ment, et je choisirai le plus petit et le plus grand de toute l’espèce , le colibri et lautruche, nr LE COLIBRI. À;à nature semble avoir pris plaisir à former la taille élégante du colibri , et à rassembler sur son plumage les plus belles couleurs, dont elle a peint celui des autres oiseaux. Les nuances en sont si délicates et si bien mélangées , que son coloris semble varier À chaque nouVeau coup-d'œil. Sa queue est composée de neuf plumes qui vont s’alongeant en éventail ; et les deux dernières sont deux fois plus longues que tout son corps. Le mâle porte sur sa tête une petite huppe, où sont réunies toutes les teintes qui brilJent sur ses aïles. Ses Yeux sont noirs, et étincellent de vivacité. Son bec, de la grosseur dune aiguille, est long et un peu courbé. Sa langue , qu'il en fait sortir bien au-dehors, lui sert à pomper, jusqu'au fond du calice des fleurs 1 rosée qui les baigne, ou à gober les petits LÉ COLIBRtI. TÔT insectes qui s’y réfugient. Il se nourrit aussi de la poussière de fleurs d'orange, de citron et de grenade, qu'il recueille: en voltigeant comme un papillon, pres= que toujours sans S'y reposèr. Son vol est si rapide, qu’on entend cet oiseaw plutôt qu'on ne le voit. Le mouvement de ses ailes produit un bourdonnement pareil à celui des grosses mouches. Il se . balance comme elles dans l'air ; et paroît quelquefois y rester immobile. Dans les contrées où les fleurs n’ont qu'une saisoh , on dit qu’à la fin de leur règne il se tapit sur la branche d’un arbre, et y reste dans un état d’engour-« dissement -jusqu'à leur retour. Mais, dans les pays où les fleurs se succèdent, sans cesse on à le plaisir de le voir toute: Vannée. Il aime à suspendre son nid aux ra Meaux des orangers, qui ue plient certainement pas sous la charse: Ces nids, dont la forme est celle d’une demrcoque d'œuf, sont construits avec de petits brins d'herbe sèche, et. tapissés. d'une espèce Là 108 L’AUTR UC HE. cent des picrres avec une extrême roi deur. Les autruches sont d’un naturel trèsSauvage. Cependant, à force de soin, on vient à bout de les apprivoiser , et de les monter comme un chéval. On à vu une jeune autruche porter deux nègres à la Yois sur son dos, avec plus de rapidité que le plus léger courreur des courses de Vincennes. Les plumes d’autruche se blanchissent et se tetsnent en diverses cotleurs. On les prépare pour sérvir de parure à 14. coiffure des femmes , aux chapeaux des militaires , et aux casques des acteurs sur le théâtre ; comme aussi pour ornei f'impérial des lits, les dais d'église. Les plumes des mâles sont les plus estimées, parce qu’elles sont plus larges, plus épaisses , et qu’elles prennent mieux là couleur que celles des femelles. Les plus grisâtres qu’elles ont sous le ventre fournissent 6e qu'on appelle le petit-gnis, dont les fourreurs font dés garaitures de robes et de manchons. LES NIDS D'OISEAUX. Rrcardez entre ces arbres, Charlotte. N'est-ce pas. le petit Eubin ane je Vois venir à notre rencontre ?. Oh! cest bien lui : je le reconnois à ses gambeades. IL me paroît, à cette allure, qu'il à des nou= velles ag Deals à nous annoncer. [l porte clou. chose. Qu'avez-vous donc là, mon enfant ? Un nid d'oiseau ? fi! comment dérober & ces pauvres créa türes ce qui leur a coûté tant dè peine et de travail! Les petits, dites - VOUS, sen étoient déjà envolés. À la bonne heure. Henri, prenez doucement ce nid dans votre main , et regardez-leavec attention. Je vous dirai comment les oiseaux l'ont construit. Deux d’entre eux sont convenus de Vivre ensemble ; car sils né peuvent pas s'exprimer comme nous, ils savent fort bien se faire entendre l’un à l’autre. Ils onË prévu que le printemps leur donnes - Z'ome I, TO: LES. NIDS toit des petits; et leur premier soin a été de leur bâtir d'avance une jolie habitation. Après avoir cherché sur les arbres ou dans les buissons l'endroit le plus propre à s'établir, ils ont commencé Védifice par le dehors, entrelacant avec leurs becs des brins de bois et de paille, et remplissant tous les vides avec de Ja mousse et du crin ramassés dans la campagne. Ensuite ils ont tapissé l'intérieur de légers flocons de laine, de duvet, de glumes et de coton. La femelle a Donc ses œufs sur ce lit douillet, et pendant quelques jours les a tenus constamment réchauffés de la douce chaleur de ses ailes, tandis que le mâle lanimoit par ses caresses dans des soins si tendres, ou que , perché sur une branche voisine, il la réjouissoit de ses plus jolies chansons. Enfin les petits sont éclos. Aussitôt leurs parens pleins de joie se sont empressés de leur aller chercher de la nourriture , et sont revenus en la broyant dans leur bec. Les petits, cHtendant le bruit “de leurs ailes, ont soulevé la tête, se D'OISEAUX. Y1f sont mis à crier tous à l’envi: chirp, chirp ; comme pour dire : à moi, à moi. Aucun, graces à Dieu, n’en a manqué. Afin de les garantir de la fraicheur des nuits, la mère a continué de les couvrir de ses plumes, et dès Pau rore le père a volé leur chercher une nouvelle nourriture. Ainsi se sont comportés ces tendres parens, jusqu'à ce qu'ils aient vu les petits en état de se soutenir sur leurs ailes. Alors ils les ont instruits à voltiger de branche en branche, puis à se hasarder un peu dans les airs. Enfin, ils leur ont fait prendre l'essor, pour leur indiquer les endroits où ils trouveroient leur subsistance. C'est là que leurs soins ont cessé. Leurs enfans n’en avoient plus besoin : ils sont déjà aussi habiles qu'eux - mêmes. Vous les verrez l’année prochsine construire aussi des nids à leur tour, et faire pour leur jeune famille ce que leurs parens viennent de faire pour eux. Je sens toujours de l'indignation-contre ceux qui vont lâchement dérober des K 2 T2 LES NIDS nids d'oiseaux, lorsque je pense combien de voyages ont faits ces pauvres créatures pour rassembler tous les matériaux qui leur étoient nécessaires, et quelle a dû être la difficulté de leur travail, sans autres instrumers pour bâtir, que leurs becs et leurs pattes. Nous n’aimerions pas à être chassés d’une bonne maison bien close et bien commode, quoique peu d’entre nous eussent l'adresse d'en construire. Les fer- ‘ miers , il est vrai, se trouvent dans la nécessité de détruire autant qu'ils peuvent quelques espèces d'oiseaux qui dévorent leurs récoltes. D'ailleurs, il ne manque point d'oiseaux de proie, tels que les éperviers et les milans, pour leur faire ure rude guerre. Ainsi je pense qu’ils ont assez d’ennemis , Sans les petits garçons. Pour moi, je ferois volontiers le sacrifice d’une partie de mes fruits pour les payer de leur musique ; et je ne vou- : drois pas tuer ce mérle joyeux qui chante si gaiement dans le verger, même quand il devroit mañger toutes mes cerises, D'OISEÉÂUX. 113 Vous avez un serin de Canarie dans votre cage, Charlotte; j'espère que vous aurez soin de le tenir propre et de le bien nourrir, Il n’a jamais connu le prix de la liberté ; ainsi il n’éprouve point le regret de lavoir perdue: Au contraire, si vous lui donniez la: volée, il mourroit peut-être de faim, faute de la nourriture quil aime. De plus, il ne ee pas résister aux rigueurs de Phiver, ‘parce qu'il est d’une espèce qu'on a transporice d’un pays beaucoup plus chaud que le nôtre. Mais si vous Le un pauvre oiSeau accoutumé à voler dans les bois, à sautiller de branche en branche, à gazouiller dans l'épaisseur des buissons, il commenceroit d'abord à se tourmenter!,, à se frapper la tête contre les barreaux de la cage. Enfin, lorsqu'il verroit qu'il ne peut sortir, 1l 1roit se tapir tristement dans un coins il refuseroit de manger et de boire, jusqu’à ce que la faim et la soif l’y obligeassent à la dernière extrémités etil mourroit peut-être avant que d'avoir pu s’accoutumer à sa prison. K 3 114 LES NIDS, etc, J'ai connu un petit garcon, très-bon enfant d'ailleurs, mais qui aimoit tant les oiseaux, qu'il se servoit de tous les MOYENS pour en avoir. .Un jour il venoit de leur tendre des lacets et: de leur dresser des lrappes , lorsqu'on vint le chercher de la ville de la part de sa maman; il partit aussitôt, oubliant, dans Pétourderie de son âge, d'aller défaire ses pièges , ou d’en parler à personne dans la * maison, Il ne revint qu'au bout de huit jours; et la première nouvelle qu'il ap- “prit fut qu'un pauvre roitelet avoit clé malheureusement écrasé sous une trappe, et qu’une fauvette s'étoit cassé la jambe dans les nœuds d’un lacet. Dites-mor, je vous prie, mon cher Henri > Si VOUS r’auriez pas eu bien de la douleur , à Sa place, d'avoir fait souffrir une fin cruelle à deux si gentilles créatures , qui, loin de lui avoir fait aucun mal ,avoient peutêtre cent fois réjoui ses yeux par la légérété de leur vol , ou charmé ses oreilles par la douceur de leur ramage ? mms rene ass ob ca re Meta Srerteh LES PAPFLLONS, LES CHENILLES ET LES VERS À SOIF. Apnès c quoi oc courez-Vous si vites Henri ? Oh! c’est un papillon ! Vous Vavez attrapé : ? Ne serrez pas vos doigts, de peur de blesser la délicate et fêle créature. Vous croyez peut-être avoir: pris un petit oiseau qui n’a fait que voltiger toute sa vie ? Non, non, il n’en est pas ainsi. Tel que vous le voyez, si leste et si brillant, il n’y a que peu de jours qu’il rampoit à terre sous la forme d'une chenille hideuse. En voici une. Regardez-la de tous vos yeux. Ne découvrez-vOuS sur son Corps rien qui res= semble à des ailes ? Non, sans doute. Eh bien! cependant, elle viendra papillonrier un jour autour de cette fleur sur laquelle vous la voyez se traîner st pesamment Sue hui. On compte plusieurs espèces de che 116 LES PAPILLONS, nilless mais Je ne vous parlerai que des vers à sole’, parce que c’est l'espèce dont lhistoire est la plus :curieuse et la plus intéressante pour nous. Les vers à soie ; avant leur naissance, sont renfermés en de petits œufs, que Von conserve dans-un lieu sec jusqu’au retour du Printemps. Alors on les expose à une chaleur douce, et l’on en voit sortir de petifs vérs grisätres que l’on met soudain sur des feuilles d'un arbre qu'on appelle mürrer, qu'ils aiment de préférence pour leur nourriture. fls grossissent fort vîte 3 Car, aussitôt qu’ils sont nés, ils se mettent d’un grand. appétit à manver de ces fetulles, etils èén mangent tout le long de la journée, Au bout de neuf à dix jours leur peau se détache de leur corps, et its paroissent beaucoup moins hideux avec leur robe nouvelle, ls en changent trois fois encore, de sept jours en scpt jours ; et À la dernière ; ce sont de jolis vers très-blancs, à peu= près de la longueur et de la grosseur de lun de ves doigts. Ils commencent bien- LES CHENILLES,e{C. 117 tôt à devenir jaunâtres et transparens , leur corps grossit et se ramasse , et ils céssent absolument de manger. C'est Île temps où 1ls se disposent à se mettre à _ l'ouvrage. Ils grimpent le long des petits _ buns de genet ou de bruyère qu’on plante autour d'eux en forme d'arcade, et attichent d’abord de tous -côtés des soies qu'ils filent un peu grosses pour y suspendre leur coque. Ils en forment l’exiérieur avec une espèce de bourre qu’on nomme fleuret; puis, au-dessous de cette enveloppe grossière, ils commencent leur Yéritable coque, en appliquant des fils plus déliés à cette bourre qu'ils foulent continuellement avec leur tête, pour donner à l’intérieur de leur édifice une” forme ronde et de la capacité d'un œuf de pigeon. Dès le premier jour, ils se dérobent entièrement à l'œil, sous l’é— paisseur de leur travail ; maïs la besogne v’est pas encore de. Il leur ut. UE où deux jours de plus pour terminer én dedans leur ouvrage. Le dernier tissu qui les environne immédiatement est le A4 LES PAPILLONS, Je vais en mettre ici une goutte. À pprochez-vous, et voyez. Doucement, Henri; ce n'est pas tout d’être philosophe, il faut encore Ôtre poli. Laissez regarder votre sœur la première. À votre tour, maintenant. Eh bien! ne découvrezvous pas une multitude de petits animaux qui s’agitent avec une extrême vivacité ? Vous Voÿez, par cet exemple, qu'une recherche attentive peut nous faire pénétrer chaque jour de nouvelles merveilles. Quand notre vie seroit cent fois plus long0e , nous ne viendrions jamais à hout de découvrir tout ce qui est digne de notre curiosité. Que dit votre frère, Charlotte ? qu'il souhaïteroit que ses yeux fussent des microscopes ? Hélas! mon cher enfant, vous ne savez guère ce que vous desirez. Si vos vœux étoient aceomplis, vous verriez, il est vrai, des choses très - surprenantes ; Mais aussi ce que vous revardez maintenant avec plaisir deviendroit pour vous un objet de désont et d'horreur. Un hom-. me vous paroitroit si grand que vous ne LES CHENILLES,e{C. 125 pourriez voir à la fois qu’une partie de sa taille : un bœuf vous sembleroit plus haut qu'une colline : vous prendriez un ruisseau pour une rivière, un chat pour un tigre, une souris pOur UN OUTS: VOUS seriez continuellement exposé à des méprisesridicules ou dangereuses. Croyez-moi, contentez-vous de ce que vos yeux peuvent vous faire aisément reconnoître,:ce qui vous estutile ou nuisible; aidéz-vous des instrumens inventés pour suppléer à leur-foiblesse dans les objets de pure cumosités et sur-tout restez convaincus, à l'exemple de Frédéric et de Maurice, que l’homme ‘est bien comme il est, pour jouir de tout le bonheur qu'il peut goûter sur la terre: E A: T-É.R RE. E NTREZ, entrez, Henri. Approchervous; Charlotte. J'ai de grandes choses à vous expliquer aujourd’hui, Regardez ce globe. Savez-vous quel est son usage ? Oh! non, J'imagine. Eh bien! le croirLez=vous ? si petit qu'ilsoit , il représente toute la terre. Lorsque vous ctiez plus jeunes encore, Vous pensiez peut-être que le monde ne s’'étendoit pas au-delà de la ville quevous habitez, et que vous aviez vu tous les hommes et toutes les femmes qui le peus plent. A présent vous êtes un peu mieux instruits > Car je crois vous avoir dit qu'il ÿ a des millions et des millions d’autres créatures semblables à nous. En vous Promenant dans la ville, vons ‘avez été surpris de la multitude d'habitans qui se Pressent en foule le long des rues, comme EA TERRE. 127 des abeilles dans une ruche , aussi nom— breux et aussi affairés. Ce n’est pourtant que la moindre partie de ceux/qui cou vrent la face de la terre. La terre est un globe énorme : celui que nous avons sous les yeux-n’en est qu'une espèce de miniature. Vous y voyez une infinilé de lignes droites ou tortueuses, tracées sur toute sa rondeur, et peintes les unes en rouge, les autres en jaune ou en vert, etc. C’est pour distinguer les divers états, comme les haies dans les champs distinguent les posses-— sions des divers particuliers. I] n'étoit pas plus possible de retracer entièrement toutes les parties de la terre sur ce globe, qu'il ne l'étoit au peintre de faire entrer toute la grandeur du visage de votre maman sur le tableau que je porte à mon bracelet. Vous voyez cependant que le portrait lui ressemble; et. on auroit pu le faire encore plus petit. On pourroit de même, en réduisant ces lignes ; les retracer sûr une orange ; en les réduisant un peu plus ; sur un abriN 128 ELA TERRr. : ot; et toujours ainsi en diminuant, sur une prune, une cerise, un grain de raisin.. Allons plus loin encore. Voici 1m . pois. Vous VOYeZ combien il est plus petit que le globe? Cependantnous pourri0ns; avec autant d'adresse que ce gra VEUT qui grava Plusiéurs mots sur un grain de millet > fivurer en raccourci sur le pois ces Srandes places jaunes vertes et rouges, qu’on appelle France > Anoleterre, Allemagne, etc, assez bien pour Montrer quels sont les Cohtours de ces -Paÿs, et leur situation l’un par rapport À Fautre. De la même manière que ce pois ressembleroit au globe, le globle ressemble à celui delà terre. La surface dé la terre n’est pas unie comme celle de ce globe, Elle est hérissce de hauteurs, de collines et de montagnes. Mais, quoiqu'elles nous paroissent -très-élevées, et qu’elles le soient effectivément pour d'aussi petites créatures que nous Je sommes, elles w’altèrent pas plus. LA TERRE, 129 l rondeur de la terre, que des grains de sable posés sur ce globe n’en pourroient altérer la rondeur. C’est pourquoi nous disons toujours qu’elle est ronde, sie ces Hégalités ; A MER. Four ce que nous appelons le monde n’est pas composé d’une matière solide comme le sol que nous foulons à nos pieds. Entre les différentes parties de la terre, il y a des places creuses et remplies d’eau. Les plus grandes que vous Voyez répandues çà et là sur le globe sont appelées océans ou mers. fl yena de moins étendues, qu'on appelle lacs où étangs. Elles ont cela de commun, qu’elles sont toujours renfermées entre les mêmes bords. Il y en a d’autres, au contraire , tels que les ruisseaux , les rivières et les fleuves, qui changent sans cesse de rivage , c’est-à-dire qu'ils ont un écoulement qui leur fait successivement parcourir différens pays. Ce ne sont d’abord que des sources, des fontaines ou des flets d’eau qui jaillissent de la terre. Sitôt qu'ils commencent à prendre un certain ‘cours, on les appelle ruisseaux. Ces ruis- L À MER. 137 seaux, dans leur route, se réunissentavee d'autres ruisseaux. et forment alors ce qu'on appelle une rivière. Les rivières, en continuant de courir, recoivent dans leur sein d’autres rivrières ou ruisseaux, et vont se décharger dans les fleuves qui vont à leur tour se décharger dans lämer. Vous voyez que la plus grande partie du globe est occupée par les eaux. Supposons que Henri aille déterrer une fourmillière et la porte sur ce globe. Elle pourroit servir à représenter les peuplades qui habitent la terre. Comme il n'y a de Veau qu’en peinture sur le carton, les fourmis scroient libres d’aller par le chemin qu’elles voudroient. Mais si ces endroits étoient creusés à une grande profondeur, et qu'ils formassent des rivières et des mer$ véritables, comment pourroient-elles aller à travers ces grands espaces d’eau ? Il en est de même à notre égard. Nous n’anrions jamais pu atteindre les lieux dont la mer nous sépare, si l'imagination et Fimdusirie né tolent venues à notre seCOtirs, : 192 LA MER. Je me plais à imaginer que c’est À des enfans, Peut-être, que nous devons la première idée de la navigation. Le premier, qui, en jouant sur le rivage, vit uue écorce d'arbre flotter sur un ruisseau, prit un long bâton pour l'arrêter au Passage. En cherchant À l’attraper, il vit que l'écorce ne s’enfoncçoit dans l’eau qRe par une certaine pression. - Lorsqu'il s'en fut saisi, il mit des cail: loux, de lherbe, tant que Pécorce put € porter sans couler à fond. F] la suivit D-Mmoment.des. yeux, et. courut plein de Joie chercher son Papa, pour le rendre témoin de cette nouveauté. Celui-ci, en se promenant le lendemain, trouva un | arbre énorme, dont le tronc étoit creusé | par les ans. 1] le dépouilla de ses bran_chages et de ses racines, et le jeta dans Veau, où il le vit se soutenir à merveille. Peu à peu il eut le courage d’y entrer. A près quelques essais le long du rivage, il imagina , avec l’aide de deux perches -Pour, se diriger. de traverser le ruisseau. Cette écorce ne résista pas long-temps aux L À ME B. 133 aux secousses qu’elle essuyoit. en abordant sur la plage. Elle se° fendit, et le Pauvre navisateur courut risque de se noyer. Il comprit alors qu'il lui falloit un bateau plus solide, et il se mit à creuser Le tronc d’un arbre dépouillé de son écorce, pour naviguer avec plus de Sûreté. Dans le même temps, sans doute , à la vue.de quelques branchages flottans sur les ondes, on eut l’idée de lier plusieurs pièces de bois ensemble pour en former ce qu'on appelle un radeau, Comme ces trains de bois qu'on amène sur la rivière à Paris, En les comparant lun avec l’autre, on vit que le tronc d'arbre étoit trop petit pour un homme et son équipage, et que la moindre vaue, en s’élevant sur le radeau, mouilloit toute la cargaison. On chercha le Moyen de réunir les avantages de lun ét dé l’autre: en évitant les inconvéniens auxquels chacun étoit sujet; et, comme les arts et. les. instrumens s’étoient perfectionnés dans. cet intervalle, on imagina de dégrossir les pièces de bois. qui , Tome I.