Les juifs, rois de l'époque : histoire de la féodalité financière
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LES JUIFS, ROIS D ' E L'ÉPOQ UE HISTO1RE DE LA FÉODALITÉ FINANCIÉRE PAR A. TOUSSENEL La spéeulation legitime consiste It acheter au meilleur marché possible , pour revendre le plus cher possible.... C'est l'áme du commerce. ( Sylvain Dumon, ministre des travaus publica.) Les financiera soutiennent l'État comme la corde sotttient le pendu. (Montesquieu.) La maison de mon pére est une maison de priére , ot vous en avez fait une caverne de voleurs. (Jésus chassant les marchands du Temple.) Mercure, dieu de l'éloquenee, du eommeree et des voleurs- CMythologie. ) TOME PREMIER PARIS GABRIEL DE GONET , LIBRAIRE-EDITEUR RUE DES REAUX — Al'TS , 6 4847
LES JUIFS, ROIS DE L'ÉPOQUE. INTRODUCTION. J'appelle, comme le peuple, de ce nom méprisé de juif, tout trafiquant d'espèces, tout parasite improductif, vivant de la substance et du travail d'autrui. Juif, usurier, trafiquant, sont pour moi synonymes. Beaucoup m'ont fait un crime d'avoir cloué le nom d'un peuple encore vivant, comme étiquette à une profession infime. Je réponds qu'il ne dépend pas du bon plaisir de l'écrivain d'altérer la valeur d'une expression consacrée par l'usage, et que je n'ai pu trouver, dans ma langue nationale, de , meilleur nom que celui de juif , pour désigner ceux que j'ai voulu flétrir. On m'a dit aussi que j'aurais pu traiter avec plus de respect un peuple qui a fait de. si grandes choses, un peuple, dans le sein duquel Dieu s'est plu si longtemps à choisir ses élus. Je ne sais pas les grandes choses qu'a faites le peuple juif , n'ayant jamais lu `son histoire que dans un livre où il n'est parlé que d'adultère et d'inceste , de
LI LES JUIFS, ROIS DE L'ÉPOQUE. boucheries et de guerres sauvages; où tout nom qu on révère est souillé d'infamie; où toute grande fortune débute invariablement par la fraude et par la trahison; où les rois, qu'on nomme saints , font assassiner les maris pour leur voler leurs femmes; où les femmes qu'on nomme saintes entrent dans le lit des généraux ennemis pour leur trancher la tête. Je ne décerne pas le titre de grand peuple à une horde d'usuriers et de lépreux, à charge à toute l'humanité depuis le commencement des siècles, et qui traîne par tout le globe sa haine des autres peuples et son incorrigible orgueil. Race toujours vaincue, châtiée, asservie , en témoignage de la protection toute spéciale du Créateur, et toujours regrettant l'esclavage et les oignons de l'Égypte, et toujours prête à retourner au culte du veau d'or, malgré les signes de la colère de Dieu. Demandez un peu à ces Juifs , qui gagnent avec nous cent millions en un an , s'ils tiennent excessivement à revoir les murs tant pleurés de Sion ! Je n'appelle pas peuple de Dieu, le peuple qui met impitoyablement à mort tous les prophètes inspirés de l'esprit saint, qui crucifie le Rédempteur des hommes, et l'insulte sur sa croix. Si tant d'élus de Dieu sont sortis du sein de la nation juive, c'est qu'il est naturel que la protestation des victimes s'élève, plus fréquemment qu'ailleurs , des abîmes de l'iniquité. Pour moi, comme pour tous les hommes sensés chez lesquels les préjugés de l'histoire n'ont pas abruti la raison , le peuple qui a fait les grandes cho-
INTKODUCTION. lli ses consignées dans les livres juifs, doit s'appeler le peuple de Satan, non le peuple de Dieu : et le Dieu du peuple juif n'est autre, en effet, que Satan... Qui pose au milieu des éclairs, et marche accompagné d'un cortége d'anges exterminateurs. Satan , le dieu des armées, le dieu du carnage, le dieu méchant, le dieu jaloux, le dieu inique qui punit la femme de Loth du crime de ses filles , qui commande à Abraham le meurtre de son fils. Le vrai Dieu, le Dieu de l'Évangile, celui qui se révèle par l'amour, celui qui a mis au coeur du père la tendresse paternelle , n'a jamais commandé á un père d'égorger son enfant; car cet abominable crime serait une offense à sa loi. l Von , le Dieu de l'Évangile, qui a prescrit aux hommes de s'aimer comme des frères, et dont la sainte loi est gravée dans nos coeurs à tous, n'est pas le même qui a dicté au sombre législateur du Sinaï l'exécrable formule cil pour oeil, dent pour dent, et qui ordonne à ses fidèles d'exterminer sans pitié tous ceux qui ne prononcent pas purement siboleth. Et si le peuple juif était véritablement le peuple de Dieu, il n'eût pas mis à mort le fils de Dieu; il ne continuerait pas d'exploiter, par le parasitisme et l'usure, tous les travailleurs que le Christ a voulu racheter, et qui sont la milice de Dieu; et Dieu ne l'eût pas marqué du cachet d'anathème en lui infligeant la lèpre , comme il a infligé la ladrerie au pourceau. De par la Charité, la Raison et la Foi, anathème à toutes les religions impies qui disent Dieu méchant i
IV LES JUIFS, ROIS DE L'ÉPOQUE. car ces religions-là sont de l'invention des hommes inspirés de l'esprit de Satan et qui ont fait leur Dieu. à leur image; et l'impiété du dogme peut se mesurer à l'inhumanité de ses sectaires. Or, quel peuple a été plus sanguinaire dans ses vengeances, plus persévérant dans sa haine et dans son mépris pour le reste de l'humanité que le Juif? Où que vive cette race, je défie qu'on me la montre occupée à une fonction utile ou productive, occupée à autre chose qu'à gruger et dépouiller la nation qui l'a reçue dans son sein (France , Russie, Pologne, Portugal, Allemagne). Et qui dit Juif, dit protestant, sachez-le. L'Anglais, le Hollandais , le Génevois, qui apprennent à lire la volonté de Dieu dans le même livre que le Juif, professent pour les lois de l'équité et les droits des travailleurs le même mépris que le Juif. Il y a même dispute entre ces races pour savoir à laquelle revient le prix de l'avarice et de la cupidité. A Genève , on prétend qu'un Génevois vaut six Juifs. Et, circonstance bien singulière et bien caractéristique, l'amour de l'or chez toutes ces races est proportionnel à l'intolérance et au fanatisme religieux. Le talmudiste de Francfort , le vieux Juif de sang usuraire, le circoncis , n'est pas plus fervemment attaché à la lettre de la Bible et au culte du veau d'or que le puritain de Genève, dont les ancêtres ont fait brûler Servet, que le méthodiste d'Angleterre, que te piétiste d'Allemagne. Ce sont tous enfants d'un même père, et à qui le dieu d'Israël a promis un jour, en la personne de Jacob , la
INTRODUCTION. V propriété de la terre, à l'exclusion de tous les autres L peuples. Et toutes cessectes sont également ardentes à poursuivre l'exécution de la promesse de Dieu, toutes également orgueilleuses et ennemies de l'étranger. qu'elles nomment Philistin, travailleur, et elles composent à elles toutes une immense congrégation de vampires dont les estomacs sont aux banques des grandes capitales, et les suçoirs partout. Les travailleurs qui s'exténuent et meurent à la peine , sur zi les trois quarts de la superficie du globe , travaillent pour enrichir quelques milliers de nababs fainéants de Juda, d'Amsterdam et de Londres. Tout l'or qui se tire par la mine ou par la charrue des entrailles de la terre est attiré, par une puissance d'aspiration invincible, dans les coffre-forts de l'Anglais, du Génevois, du Juif, races aristocratiques qui ont fait voeu de paresse et d'oisiveté, et s'entendent pour vivre du labeur et de la production d'autrui. Et les milliards ont beau s'entasser dans leurs caves, et leurs caves déborder, ils trouvent qu'elles ne sont jamais assez pleines, et ils inventent pour les remplir des commerces de poisons. Ainsi le veut le Dieu qu'on adore .ti dans la Bible , le même qui permet au puritain Hollandais de cracher à la figure du Christ pour soutirer au ''" Japonais quelques milliers d'écus ! Oh ! ce devait être un austère liseur de la Bible que ce Hollandais qui, sur le reproche qu'on lui adressait de vendre aux ennemis de sa patrie des munitions de guerre, répondit qu'on lui montrât le chemin des enfers , et qu'il irait vendre sur-le-champ de la poudre aux damnés....
XII Les JUIFS, ROIS DE L'ÉPOQUE. n'en reconnaissant aucun en secret, et croyant toute fourberie louable , quand il s'agit de tromper ceux qui ne pratiquent pas sa religion. Elle n'affiche pas ses principes , mais on les connaît assez. « Un tort plus grand chez cette nation, est de s'adonner exclusivement au trafic , à l'usure et aux dépurations mercantiles , selon le tableau de Londres, tableau qui ne nous apprend que ce que chacun sait. « Tout gouvernement qui tient aux bonnes moeurs, devrait y astreindre les Juifs, les obliger au travail productif , ne les admettre qu'en proportion d'un centième pour le vice, une famille marchande pour cent familles agricoles et manufacturières ; mais notre siècle philosophe admet inconsidérément des légions de Juifs , tous parasites , marchands , usuriers , etc. « Lorsqu'on aura reconnu (et cela ne tardera guère) que la science politique doit s'attacher à réduire le nombre des marchands , pour les amener à la concurrence véridique et solidaire , on aura peine à concevoir l'impéritie de cette philosophie qui appelle. à son secours une race tout improductive , mercantile et patriarcale , pour raffiner les fraudes commerciales déjà intolérables. » (Nouveau monde, p. 421, 2 e édit. ) Je ne vois véritablement pas d'objection sérieuse à opposer à ces considérations de sage politique. L'illustre réformateur qui condamne ici le peuple juif comme coupable de parasitisme, n'était pas, que je sache , un homme à préjugés. C'était le profond penseur dont l'impitoyable logique a porté bas le commerce anarchique, et dénoncé aux États européens ; quarante ans à l'avance , l'avénement de la féodalité mercantile et le règne de Juda. Et remarquez que les gouvernements de Russie et de Prusse, gouvernements peu suspects d'utopisme, ont été amenés tout récemfit
INTRODUCTION. XIII ment, par la force naturelle des choses, à appliquer à leurs sujets israélites les principes de politique exposés dans les lignes qui précèdent. L'empereur Nicolas, qui a fondé en faveur des Juifs de ses États un grand nombre d'institutions spéciales , et qu'on ne saurait accuser de mauvais vouloir pour cette race, l'empereur Ni colas , qui lui a donné toute facilité pour sortir de l'état d'abjection oit elle est tombée par l'exercice de l'usure et d'autres métiers dégradants, vient d'ordonner par un récent ukase ( juillet 7 846 ), « qu'avant le er janvier 1850, les Juifs eussent à choisir une profession dans la catégorie des professions honorables spécifiées en tête dudit ukase. A partir de la même époque, les Juifs devront aussi renoncer à leur costume , afin qu'ils ne forment plus une nation dans la nation. De nombreuses immunités sont accordées en outre aux Israélites qui se décideraient à embrasser la profession agricole. » L'empereur Nicolas ne veut plus que les Juifs soient une nation dans la nation russe, et en cela il a parfaitement raison. L'empereur Nicolas , qui prend ici la défense du travailleur russe contre l'usurier parasite, contre l'oisif , contre l'improductif, me parait beaucoup plus avancé dans la voie du progrès véritable que M. Odilon-Barrot, qui ne veut pas retirer des mains des spéculateurs le monopole des assurances. Au lieu de nous élever sottement contre la tyrannie de l'autocrate , acceptons de bon coeur l'exemple de sagesse et de vraie philanthropie qu'il nous donne. Les Juifs sont une nation dans la nation française,
xlV LES JUIFS, ROIS DE L'ÉPOQUE. quoi qu'ils fassent et qu'ils disent, et ils y seront la, nation conquérante et dominatrice avant peu. Que les aveugles et les vendus qui ne voient pas ou ne veulent pas voir ces choses, ne me fassent donc pas un crime d'avoir la vue plus perçante et la fibre nationale plus irritable qu'eux. Je viens de prouver que si je me trompe, je me trompe du moins en bonne compagnie. Avant d'en finir avec ce titre volé de peuple de Dieu, que je cite une dernière phrase de Fourier , phrase extraite d'un manuscrit inédit que ses héritiers paresseux ont oublié de faire tirer à cent mille exemplaires : « - Les Grecs.... ont été véritablement le peuple de Dieu , tandis que les Juifs , qui s'arrogent le titre de peuple de Dieu , ont été le véritable peuple de -l'enfer, une vile dont les annales présentent saris cesse le crime à nu et dans toute sa laideur , jusque dans la personne du plus sage de leurs rois; et sans qu'il soit resté d'eux aucun monument dans les sciences ou les arts, aucun acte qui puisse excuser le tort (l'avoir tendu continuellement à la Barbarie, quand ils étaient libres, et continuellement au Patriarcat quand ils ont été asservis. » On sait maintenant si l'on tenait à le savoir, les causes de l'aversion raisonnée que l'auteur de ce livre a vouée aux enfants d'Israël, et qui l'ont jusqu'ici empêché d'unir dans sa pensée ces deux mots de Juif et de citoyen français, et qui font arriver le sarcasme de l'indignation et de la colère à ses lèvres, à l'idée que des marchands de lorgnettes ou d'espèces, arrivés on ne sait d'où, puissent être appelés à faire les lois de son pa ys ,
INTRODUCTION. XV quand les plus glorieux enfants de la Franee des hommes ayant nom Béranger, Fourier, Lamennais , ne sont pas même appelés , faute d'argent à choisir ^ leurs représentants. Mais personne ici ne comprend )k donc qu'aussi longtemps que le privilége de l'électorat et de l'éligibilité relèvera de l'or seul, il nous sera impossible à nous autres Français, peuple noble et ennemi du trafic , de soutenir la lutte avec le juif sur le terrain de la représentation nationale ! Poussez tr,' jusqu'à ses dernières conséquences ce système de la représentation exclusive de l'or, haussez, haussez le cens , et vous allez voir que les Juifs de nation feront les majorités parlementaires partout. Un Juif citoyen qnr français! L'accouplement de ces deux noms me parait ¡¡^, monstrueux. Mais le plus riche de tous les Juifs de 4^.. 04, l'époque doit sa fortune à Waterloo !, Oui, leur fortune à tous , à ces banquiers cosmopolites , date de nos revers et de notre écrasement ! « Trêve de malédictions, nous crie encore une bonne âme , une âme charitable , abusée par une interprétation trop naïve de la loi de Moïse. Cette loi que vous dénigrez si méchamment , socialistes ingrats, cette loi est la seule qui ait proclamé l'aboli-. Lion de la propriété et des dettes au bout d'un certain temps. » Aboli la propriété! comment cela? Entendonsnous. La loi juive dit, en effet, que la propriété vendue fait retour à ses possesseurs primitifs au bout de cinquante ans, et que tous les sept ans les esclaves seront affranchis, et que les pauvres récolteront les
XVI LES JUIFS, ROIS DE L'ÉPOQUE. fruits de la terre; mais loin de trouver là sujet de m'extasier comme vous , sur le libéralisme de la loi juive, j'y lis au contraire le fait qui condamne Israël.... J'y vois d'abord la propriété du sol inféodée à une tribu, à une famille de propriétaires par la grâce de Dieu, une variété de l'espèce lord anglais. Ensuite , cette seule raison que la propriété immomobilière devait faire retour aux possesseurs primitifs après un certain temps de jouissance , m'explique pourquoi le Juif ne voulut jamais de la propriété! On connaît l'invincible répulsion du Juif pour le travail des champs , répulsion qui ne l'empêchera pas d'envahir d'ici à vingt-cinq ans la propriété des trois quarts du sol de la Lorraine et de l'Alsace. Le Juif n'est jamais que campé sur le sol qu'il habite. Il ne veut pas s'y attacher par les liens de la propriété, parce qu'il sait que ces liens gêneraient ses allures , l'empêcheraient de courir là où le trafic l'appelle. Ce manteau de la patrie pesait sur ses épaules, et il s'est débarrassé du vêtement incommode. Le trafiquant anglais, américain, hollandais ne tient pas plus au sol que le trafiquant juif. Quant à votre prétendue abolition des dettes tous les sept ans, que signifie, je vous demande, une abolition de dettes quelconques pour des usuriers qui ne prêtent que sur gages et à la petite semaine ? Hélas vous vous êtes laissé séduire par les faux philanthropes, ma bonne àme, et vous avez cru aussi que c'était la misère et la persécution qui avaient forcé le Juif à se réfugier dans l'usure et le mercantilisme. Illusion
dE INTRODUCTION. XVII et sottise, entendez—vous ; illusion , charlatanisme et duperie ! Le Juif est scellé par sa foi religieuse au brocantage et à tous les métiers dégradants dont le czar Nicolas tente de le libérer. « Qui travaille déroge, » ceci est la vraie foi du Talmud. « Le travail, c'est la douleur, » dit le Dieu inhumain à l'Adam juif. « Le travail, c'est le bonheur, la santé , la richesse , » dit le Dieu bon à tous les hommes. Voyez les musulmans; ils n'ont pas à reprocher comme nous aux Juifs le supplice de leur Rédempteur, et cependant aucun peuple chrétien n'a jamais professé pour les Juifs autant de mépris que l'Arabe et le Turc. Pourquoi cela? Parce que le Juif n'a jamais voulu exercer nulle part que le trafic et l'usure. Je vous répète qu'il n'y a pas d'alliance possible entre cette race—là et nous, chrétiens; et la preuve , c'est que la plupart des Juifs distingués de ce temps abjurent le judaïsme. Que maintenant le peuple juif , qui relève du même Dieu que l'Anglais , ait produit de brillantes individualités dans les arts, la poésie, la science, ce fait-là n'est pas contestable. Oui , je sais que ces derniers temps ont vu surgir de glorieux noms d'artistes de la lignée d'Israël ; mais combien m'en citerait—on dans le nombre qui n'aient pas à leur gloire quelque tache d'argent! Que ce peuple ait été doué de puissantes facultés organisatrices, je le nie encore moins; mais je dis que sa responsabilité s'aggrave du faux emploi qu'il I b
XVIII LES JUIFS, ROIS DE L'ÉPOQUE. a fait de ces facultés supérieures. Les vautours aussi sont de grands oiseaux , et qui planent haut dans les airs, et que nous admirons quelquefois dans leur vol , ce qui ne nous empêche pas de n'avoir que répulsion et dégoût pour ces déprédateurs immondes qui se repaissent de la chair des cadavres. Donc ce n'est pas moi qui, dans la première édition de ce livre , ai semblé demander pardon à mon public d'avoir mis la race juive en cause dans une attaque à la féodalité d'argent. Je laisse la responsabilité de l'acte de contrition et des exéuses à messieurs les directeurs de la librairie sociétaire, mes premiers éditeurs, qui n'avaient pas lu peut-être aussi attentivement que moi les lignes de leur maître que je me suis permis de leur citer. Et plût au ciel que l'école sociétaire, aujourd'hui si puissante , n'eût pas à reprocher à ses chefs de plus graves infidélités ? Vous me demandez donc, messieurs de la librairie sociétaire, plus d'égards et de respects pour la grande nation juive , dont les pauvres enfants impriment vos journaux et vos livres.... Des égards et des respects, dites-vous, pour les prétendues infortunes de ces vils croupiers d'agio. tage dont le parasitisme avide prélève chaque année sur le travail de nos frères en douleur des tributs de plusieurs milliards , sans compter le tribut de la prostitution , le tribut du suicide et celui de la faim. De la pitié pour ces fainéants repus qui nous font jeter à la tête par leurs insolents valets de plume, que la misère est le lot fatal des masses ,et qu'il n'y a pas place pour l'enfant
u âl INTRODUCTION. XIX du pauvre au banquet de la vie. Oh! non pas, s'il vous plaît , non pas, messieurs les démocrates pacifiques , le sort de ceux qu'on exploite et qui souffrent m'a ra tant pris de pitié au coeur, qu'il ne m'en est pas resté comme à vous pour ceux qui les exploitent, pour ces io hauts et puissants seigneurs du capital, vos candidats vénérés. Paix aux travailleurs de toutes les nations, )1. gions et de tous les drapeaux, guerre aux banquiers cosmopolites , guerre aux Juifs monopoleurs ! ! Et vous, qui vous proclamez humanitairés, ne travaillez pas à éteindre au coeur de la nation française la dernière étincelle de charité qui l'échauffe , son noble mépris du négoce et sa haine des peuples bourreaux.... Mais plutôt bénissez la suprême Providence d'avoir voulu que la féodalité mercantile eût pour premiers parrains des enfants d'Israël, des fils non dégénérés de ces Pharisiens et de ces Scribes qui mirent en croix le Christ, pour que le monde chrétien reconnût l'infâme à la souillure de son nom ! d'accord , paix et fraternité ! Mais guerre aussi, et ^t• guerre impitoyable aux parasites de toutes les reli-
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LES JUIFS , ROIS DE L'ÉPOQÚE. HISTOIRE DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. BUT DE L'OUVRAGE. Il est dans la vie des nations, comme dans celle des individus, des époques critiques où il semblerait que le sang se fige au coeur; des temps d'arrêt terribles où toutes les conquêtes du passé peuvent se perdre par une faute ; où l'usurpation, provoquée par l'inertie générale et l'engourdissement des esprits , s'assied sur les institutions avilies et se consolide pour des siècles. La nation française est arrivée à l'une de ces époques fatales. L'impuissance parlementaire est manifeste : on la dirait passée à l'état chronique depuis peu. La Chambre des députés, représentation trop fidèle du pays, morcelée, fractionnée comme lui, vote les lois par tronçons ; les mots de système et d'unité lui font peur. Si quelque misérable question de portefeuille ou de I 1
$ DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. que l'infanticide, cette dernière raison de l'abrutissement et de la misère de l'espèce humaine, a gagné , depuis 1830 , en France, SOIXANTE ET ONZE pour CENT ! La royauté du juif se reconnaît à ce que le juif est en possession de tous les priviléges qui formaient autrefois l'apanage de la royauté. Le privilége de battre monnaie était jadis un de ces droits réguliers. Qui bat monnaie aujourd'hui, sinon le juif? Le roi prête bien son effigie au métal, mais c'est tout. Il n'en peut augmenter ni diminuer la valeur. C'est le juif qui fixe cette valeur au moyen de l'agio, une industrie à lui, une industrie monopolisée comme les autres , et qui donne à celui qui la tient le monopole de la vente et de l'affinage des métaux précieux'. Qui perçoit l'impôt sur le sel, sinon le juif? la dîme du travail des populations, sinon le juif, créancier du capital de la dette nationale ? La charte dit bien que le roi nomme aux emplois publics, fait les traités, commande les armées; mais c'est faux. Le roi peut bien nommer aux fonctions d'officier et de juge, à des emplois dont les titulaires jouissent d'un traitement de douze cents à trois mille francs ; mais tous les emplois élevés ou lucratifs de la finance ' J'ai vu plus d'une fois, vu do mes yeux , s'élancer de la cour d'un hôtel de la rue Laffitte, au trot pénible de six" vigoureux chevaux de poste, une lourde et massive voiture on destination de Naples. Construite pour cette destination exclusive , la voiture contenait dans ses doubles fonds une somme de quatre millions en or, louis , guinées et lingots. Chacun de ses voyages, qui se renouvelaient, me disait-on , plusieurs fois dans l'année, -rapportait à l'expéditeur un bénéfice de deux ou trois cent mille francs,
A QUELS SIGNES SE RECONNAÎT LA ROYAUTÉ DES JUIFS. 9 et de l'administration, voire ceux de la magistrature, sont à la nomination du juif. C'est le juif qui distribue les recettes générales à ses pieux serviteurs et qui destitue les receveurs généraux qui le gênént. C'est lui qui donne à M. Émile Pereire et à M. Enfantin des places de trente mille francs et -des bénéfices de cinq cent mille francs à deux millions sur la venté des actions de ses chemins de fer. Le juif, possesseur exclusif de l'administration des transports par tout le royaume, aura bientôt à lui plus d'employés que l'État. Le roi ne fait pas les traités. Je défie le roi et les chambres de faire un traité d'alliance douanière, un traité de coton, de houille et de fer dont les juifs ne veuillent pas. Anzin n'a pas voulu de la réunion de la Belgique à la France , et cette réunion n'eut pas lieu. Je demande si un roi bien maître de sa volonté et qui commanderait véritablement les armées, aurait laissé une heure à la tête de l'armée d'Afrique, d'une armée de cent mille hommes, ce sabreur incapable et brutal qui n'a jamais su que riposter par des insultes aux humbles dépêches des ministres du roi; et reconnaître , par de nouveaux outrages , les faveurs inouïes dont la main du roi l'a comblé ? Et la justice non plus ne se rend pas au nom du roi, mais au nom du juif, roi par le capital. Si les coalitions du capital échappent à la loi, c'est que le capital est plus puissant que la loi, c'est que le capital seul est inviolable et sacré. Que l'équipage du roi renverse un malheureux, le blesse, la loi viendra au secours du blessé, si la générosité de la liste civile ne devance pas la sollicitude de la loi. Que le juif
10 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. jonche de cadavres les voies de circulation dont il a le monopole, la loi se rangera pour laisser passer l'impunité du juif. Avant que la loi eût concédé les chemins de fer au juif, tout voyageur pouvait circuler librement sur la grande route , sur le pavé du roi. Depuis que toutes les voies de communication , railways , canaux , rivières , sont au juif , nul n'y peut plus passer sans lui payer tribut. Qui tient le monopole de la banque et celui des transports, les deux bras du commerce? Le juif. Qui a le monopole de l'or et du mercure ? Un juif. Qui tiendra bientôt le monopole de la houille, des sels et des tabacs? Le même juif. Qui a le monopole des annonces? Les saint-simo- niens, valets du juif. Qui a le monopole de l'impression des journaux? Un juif que le ministère public accuse de frauder le timbre. Si l'air pouvait s'accaparer et se vendre , il y aurait un juif pour l'accaparer demain. Qui règne dans les chambres, du roi qui n'a pu obtenir en quinze ans une misérable dotation de cinq cent mille francs pour lainé de ses fils, ou du juif, à qui la chambre de 1843 voulut un jour allouer d'un seul vote un bénéfice de trois à quatre cent millions'? Un Allemand écrivait naguère : « Il y a quinze ans que le roi Louis-Philippe sert de paratonnerre révolutionnaire à ces marchands d'écus qui règnent et affaire de la ligne du Nord , où la chambre livrait gratis la voie tAñstruite des deniers de l'État.
A QUELS SIGNES SE REMNNAîT LA ROYAUTÉ, DES JUIFS• 11 gouvernent en France.. Eh bien! qu'on fasse entendre à tous ces bourgeois gorgés -d'or, qu'ils gagne.- raient seulement demi pour cent à échanger leur roi constitutionnel contre un président de république, l'échange aurait lieu dès demain. » Cet Allemand-là connaissait bien la France. Mais citons quelques faits importants du jour, pour faire voir à tous où les choses en sont venues. Esquissons à larges traits la politique de nos gouvernants, au dedans et au dehors ; suivons l'action du juif dans toutes les péripéties de cette politique de la peur, et établissons la toute-puissance de l'aristocratie financière avant d'aborder son histoire. Politi qu e extérieure. Quand nos ministres ont fait semblant, dans ces dernières années , de craindre que la guerre n'éclatât entre l'Angleterre et la yrance , à propos d'une question de Taïti ou du Maroc , ils affectaient une terreur qui n'était pas dans leur âme. S'ils ont fait tonner leurs innocents canons des Invalides, à l'occasion du bienheureux traité de paix conclu avec Abder-Rah- mann, croyez qu'ils n'ont pas voulu autre chose que se rendre intéressants auprès du haut commerce; ils savaient parfaitement que la guerre n'aurait pas lieu, car le juif n'y joue pas. Le juif joue á la paix, c'est-à-dire à la hausse, et voilà pourquoi la paix européenne dure depuis quinze ans. Vainement l'empereur Nicolas , que ses instincts de chef barbare poussent invinciblement à la conguète et à la guerre, a-t-il essayé dix fois de rallu-
2 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. mer la conflagration universelle, en soufflant sur les cendres éteintes des vieilles coalitions; ses efforts ont échoué. Les juifs l'ont tenu en bride; les juifs ont mis l'autocrate au ban de toutes les bourses européennes; et lorsque en dernier lieu, sous prétexte d'une gracieuse visite à la reine Victoria , l'empereur de toutes les Russies est venu requérir l'assistance des banquiers de Rotterdam et de Londres, l'empereur de toutes les Russies s'est vu tourner le dos. Et ne remercions pas le juif de la paix qu'il nous donne; s'il avait intérêt à ce que la guerre se fit, la guerre se ferait. Autre garantie du maintien de la paix. Les actionnaires des chemins de fer anglais ont la majorité dans la chambre des communes de Londres ; ils l'ont également dans la chambre des députés, à Paris. Or, ces spéculateurs tout-puissants ont des millions engagés dans les chemins français, comme dans ceux de leur patrie, et la guerre leur porterait un préjudice énorme. Donc elle n'aura pas lieu. Et puis il y a en Angleterre six millions d'Irlandais affamés et trois millions de chartistes, qui font que l'Angleterre ne saurait de longtemps déclarer la guerre à la France. On dit que la reine Christine , à qui l'ambassadeur anglais de Madrid voulait faire des remontrances à propos du mariage de l'infante Luisa avec le duc de Montpensier, l'interrompit brusquement dès les premiers mots, en disant : « Ce mariage est décidé, et il aura lieu tel jour. » Cette princesse a parlé en digne souveraine qui ne s'effraye pas plus qu'il ne convient de la mauvaise humeur de l'Angleterre. L'Angleterre
A QUELS SIGLES SE RECONNAÎT LA ROYAUTÉ DES JUIFS. 4 3 ne fera plus peur désormais à quiconque osera la regarder en face. Mais je dis plus : tous les motifs d'une guerre sainte seraient là pour la France , qu'on ne se battrait pas. Les Anglais bombarderaient Saint-Jean d'Acre et Beirouth , et menaceraient d'arracher Alexandrie et Suez à Méhémet-Ali; les Russes descendraient le Bosphore, qu'on ne se battrait pas , par la simple raison que la direction des affaires de France appartient aux marchands, et que ces marchands auront toujours soin de la remettre aux mains des trembleurs et des vieillards, saçhant bien que la vieillesse est hostile à tout ce qui s'appelle le mouvement et l'idée, et que l'oreille se fait dure à quatre-vingts ans aux mots de patrie et d'honneur ! Si les Anglais bombardaient Saint-Jean d'Acre en vue de nos escadres, nos ministres , j'en suis sûr, ordonneraient à nos escadres de rentrer à Toulon , pour laisser aux Anglais la mer libre. Si les Anglais forçaient le pacha d'egypte , le poignard sur la gorge, à leur abandonner Alexandrie et Suez; s'ils mettaient en même temps la main sur l'isthme d'Amérique , la France laisserait faire ; et le Journal des Débats, feuille anglaise qui s'imprime à Paris et dont les rédacteurs s'appellent John , trouverait de charmantes raisons avec des expressions nouvelles, pour nous démontrer que la France n'a qu'à gagner à ces accaparements de l'Angleterre, où le Journal des Débats ne voit que des triomphes de la civilisation sur la barbarie. Et en attendant l'événement, le Journal des Débats, qui a mission expresse d'endormir l'opinion publique sur les envahissements de l'Angleterre et sur les concessions du gouvernement français, conti-
14 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. nuerait de railler très-agréablement les publicistes ' naïfs qui oseraient accuser la politique britannique de convoitise insatiable et de duplicité. Ce qui n'empêchera pas que demain ou après l'Angleterre ne prenne Suez; car l'acte de cession est depuis longtemps préparé; et il ne faut plus, pour forcer la signature, qu'une circonstance favorable que des agents habiles peuvent faire naître à toute heure. Un des plus jolis mots politiques du Journal des Débats, le journal officiel des juifs, est celui que lui a inspiré la lecture du traité de paix avec l'empereur du Maroc. La France, qui a été provoquée et qui a vaincu à Tanger, à Mogador, à Isly, s'est laissé condamner, comme on sait, à payer tous les frais de la guerre et à faire amende honorable de ses triomphes aux pieds des ministres anglais. Pour justifier cette abnégation déplorable, le Journal des Débats a dit que la France était assez riche pour payer sa gloire. Assez riche pour payer sa gloire ! Mais la gloire des armes se paye avec le sang et le travail des enfants du peuple; et ce sang et ce travail ne doivent pas se dépenser en pure perte. Le lendemain de la bataille d'Isly, Abd-el-Nader trouvait asile, comme devant, dans les États du vaincu, et quelques mois après, la guerre d'Algérie, qu'on croyait terminée, recommençait de plus belle, et le gouverneur général de la colonie demandait à la, métropole un renfort de douze mille hommes et je ne sais pas combien de millions de plus. Mêmes sottises, mêmes lâchetés partout. Lâchetés, j'ai dit le mot, car c'est la peur, rien que la peur qui a signé pour la France au traité de Maroc. Et s'ils
A QUELS SIGNES SE RECONNAÎT LA ROYAUTÉ DES JUIFS. 15 n'avaient pas eu peur d'inquiéter l'Angleterre, ils auraient bien laissé le chef de l'armée victorieuse dicter les conditions de la paix; ils n'auraient pas remis cette charge à un consul anglais. La France de la restauration avait mené à fin les deux expéditions d'Alger et d'Espagne, malgré le gouvernement anglais et contre le gouvernement anglais. La France de la restauration avait aidé la puissance égyptienne à s'établir, pour créer un contre-poids à la puissance britannique dans la Méditerranée. L'Angleterre a pris rudement sa revanche contre nous depuis 1 1530; elle a substitué son influence à la nôtre, en Espagne ; elle a détaché la Syrie des possessions du pacha d'Égypte, et presque anéanti la marine égyptienne. L'Angleterre a refusé de reconnaître la légitimité de notre domination en Algérie. Depuis seize ans que nous occupons l'Algérie, le consul anglais de cette résidence n'a pas encore trouvé le moment d'exhi-- ber son exequatur à l'autorité française. L'Angleterre veut Suez , la clef des mers de l'Inde, comme elle veut Panama , comme elle veut la garde de tous les détroits qui commandent les grandes routes commerciales du globe. C'est pour cela qu'elle ne veut laisser à Méhémet-Ali ni repos ni trêve avant que le vieillard ait consenti à lui livrer son passage , comme il lui a livré déjà ses ports et ses vaisseaux. Le gouvernement français est disposé à regarder se consommer cette spoliation l'arme au bras, plutôt que de rompre la paix chère au coeur d'Israël. On sait que l'Angleterre entretient sur tous les points du globe des missionnaires de discordes, chargés de débiter des Bibles et des drogues et surtout d'en-
16 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. traver les établissements des puissances rivales. Quand l'un de ces missionnaires a réussi quelque part à ameuter contre nos troupes des populations paisibles et à faire couler le sang de nos soldats, l'Angleterre ne permet pas que les représentants de la France dérangent son agent dans son oeuvre , ou bien, s'il y a empêchement, elle exige que le gouvernement français indemnise de ses deniers l'émissaire empêché. La France s'incline et paye, paye toujours , honte ou gloire. 11 n'y avait dans tout l'arsenal de Toulon , au moment de l'expédition du Maroc, ni canot, ni grand mât pour vaisseau de haut bord... Mais le ministère trouve moyen de fournir une subvention de douze mille francs par mois sur les fonds du matériel de la marine à un journal bien pensant! On disait qu'ils avaient décidé l'expédition de Madagascar en vue de reprendre la grande île et les projets de Colbert. Je n'ai jamais cru à ces projets; ils n'avaient décidé l'expédition que sur le papier et pour avoir un prétexte de dépenses extraordinaires, un moyen de grossir les chiffres et de Masquer les vraies causes du déficit du budget maritime. Subterfuge inexcusable, car la chambre a toujours eu assez de patriotisme pour dépasser, dans sa générosité, les demandes du ministre de la marine. Notre commerce maritime est en voie de complète décadence, pendant que le chiffre de nos exportations augmente. Dans le commerce général de la France, qui met en mouvement une valeur de deux milliards et plus, représentée par trois millions de tonneaux, les importations et les exportations par navires étran--
A QUELS SIGNES SE RECONNAÎT LA ROYAUTÉ DES JUIFS. 47 gers figurent pour plus des deux tiers , et cependant la marine française est investie du monopole du transport des denrées coloniales et de l'approvisionnement de nos colonies. La France , qui a vue sur trois mers et qui semble avoir été placée à l'extrémité occidentale de l'ancien continent pour servir d'entrepôt au commerce de l'Europe avec l'Amérique; la France, arrosée par de nombreux fleuves qui courent dans toutes les directions et pénètrent partout dans l'intérieur des terres; la France, un des pays les plus fertiles et les mieux cultivés du monde , se laisse enlever successivement tous les avantages d'une position exceptionnelle admirable. Avant peu , si l'on n'y prend garde, Anvers et Trieste auront dépossédé Marseille et le Havre de l'approvisionnement du marché central européen. Le commerce du Havre se plaignait, il n'y a pas longtemps, de n'avoir pas vu sortir un seul navire de ses chantiers de construction en deux ans. Mais le 5 pour 100 a dépassé cent vingt, et les actions de chemins de fer se placent avec avantage; la nation, absorbée par la fureur du jeu et de l'agiotage, n'a plus de coeur aux choses de la patrie. L'impôt rentre, et le juif parasite bâtit sur cet impôt des fortunes fabuleuses... Que voulez-vous de plus? Et non ! la guerre n'est pas à craindre , et il n'est besoin que d'un seul argument pour en démontrer l'impossibilité évidente. La chambre des représentants a voté une indemnité à Pritchard, pour dire qu'elle tenait moins de compte de la vie des soldats français que des intérêts de boutique des trafiquants anglais. Une nation qui proclame une pareille politique, qui 2
24 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. soixante millions, si vous aimez mieux, pour l'intérêt de vos soixante millions pendant quarante ans; quand les embranchements de Calais, de Dunkerque, de Boulogne, vous auront remboursée à eux seuls, par leur péage, le montant de cette première avance, je vous la rembourserai une fois de plus ! Je vous payerai le prix de votre matériel à dire d'estimation. » La maison Rothschild, qui a rendu tant de serviées au gouvernement actuel, ne pouvait pas le laisser dans l'embarras pour si peu, pour une soixantaine de millions , une misère. La maison Rothschild , qui possède parfaitement ses quatre règles et qui sait sa bourse comme si elle l'avait faite , a dû se dire qu'il lui serait facile, à de telles conditions, d'émettre avantageusement ses promesses d'actions; et qu'en bornant ses profits à un simple bénéfice de 100 à 200 pour 100 sur ces promesses, elle se trouverait dispensée de débourser pour l'opération un centime. En conséquence , la compagnie avait daigné accepter les offres du gouvernement, et l'affaire allait s'arranger quand la chambre des députés s'avisa de proposer quelques modifications au projet. La chambre demandait que le prix du matériel ne fût pas remboursé au concessionnaire après l'expiration du bail. C'est alors que le juif, ayant laissé entrevoir qu'il consentirait à passer par ces impitoyables exigences , le Journal des Débats versa d'abondantes larmes sur l'imprudence et la générosité de l'enfant d'Israël. Il est évident pour tous les gens sensés, écrivait le Journal des Débats en juillet 1843 , que M. de Rothschild sollicite le privilége de se ruiner! 11 n'y avait guère , en effet , g ur cette affaire , que deux ou trois cent millions à gagner.
A QUELS SIGNES SE RECONNAtT LA ROYAUTÉ DES JUIFS. 25 Je n'exagère rien ici; je prends les chiffres d'évaluation de la compagnie elle-même. Dans le principe, l'ingénieur de la compagnie , un Anglais , avait fixé à dix millions le chiffre du revenu net de la ligne du Nord. Ce chiffre était déjà suffisamment raisonnable pour l'intérêt d'une avance de soixante millions; mais les discussions qui ont eu lieu devant les journaux et devant les chambres, les comparaisons faites avec les revenus d'autres lignes moins favorables, et les données de la statistique, ont apporté depuis des révéL lations instructives qui ont poussé une infinité de mauvaises langues à conclure que l'Anglais s'était trompé en moins dans ses évaluations , et que la compagnie avait surfait, suivant l'antique et loyal usage du commerce, demandant énormément pour qu'il lui fût accordé beaucoup. L'ingénieur anglais, dont la religion a été éclairée par les révélations de la tribune et de la presse , a donc porté le revenu brut de la ligne du Nord à vingt-huit millions. Or, comme il avait été admis par l'expérience, jusqu'à ce jour, que les frais généraux et dépenses d'entretien absorbaient la moitié à peu près des revenus bruts des chemins de fer, c'est à quatorze millions que l'ingénieur de la compagnie Rothschild a évalué le revenu net annuel du chemin de fer du Nord. M. le baron Dupin a parfaitement démontré néanmoins « que ce chiffre était de beaucoup inférieur à celui que donnait la résultante de toutes les comparaisons avec les lignes exploitées depuis dix ans; il a fixé le revenu net de la ligne du Nord au minimum de quinze millions. C'est un chiffre que nous pouvons prendre en toute sécurité, d'autant que l'expérience a démontré déjà ( chemins de Rouen et
26 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. d'Orléans) , que les frais d'entretien et le prix des machines diminuaient chaque année, tandis que le nombre des voyageurs, c'est—à—dire le retenu normal, augmentait. Récapitulons. Le gouvernement débourse : 1° Pour la construction de la voie, indemnités , etc. . . . 100 millions 1. 2° Pour la perte d'intérêt de son capital déboursé , l'intérêt de cent millions à 4 pour 100 pendant quarante ans , et abstraction faite des intérêts composés, ci. . . • • . 160 3° Pour l'abandon des revenus de la ligne du Nord , à quinze millions par an pendant quarante ans , ci. . . . . . • 600 4° Enfin pour remboursement du matériel à dire d'experts, à fin de bail , ci. . . • . . 40 Total. . . 900 millions. Un petit capital de NEUF CENT MILLIONS sacrifié par l'État, dans quel but, pour quel résultat grandiose?... Pour devenir possesseur et administrateur exclusif de la ligne du Nord dans quarante ans d'ici ! Neuf cent millions qui ne seront représentés au bout de ces quarante ans que par la propriété même du chemin de fer, valant cent quarante millions, le matériel y compris; plus par l'économie des intérêts Ce chiffre s'est bien enflé depuis.
A QUELS SIGNES SE RECONNAÎT LA ROYAUTÉ DES JUIFS. 27 qu'on n'aura pas payés pendant quarante ans pour soixante millions avancés par la compagnie, c'est-à- dire une somme de quatre-vingt-seize millions, à raison de deux millions quatre cent mille francs par an. Quatre-vingt-seize et cent quarante, DEUX CENT TRENTE-SI:X millions pour NEUF CENTS! Le gouvernement abandonne un revenu net annuel de quinze millions pour ne pas s'imposer un surcroît de dépense annuelle de deux millions quatre cent mille francs, un bénéfice qui lui donnait le moyen de rentrer immédiatement dans ses déboursés de construction, d'acquisition et de terrassement. Et tout cela, sous prétexte que le trésor est à sec. Admirable recette, pour en combler le vide, que de le frustrer d'une rentrée de six cent millions et plus ! Je demande si les tribunaux laisseraient la libre disposition de sa fortune au fils de famille qui l'administrerait comme le gouvernement actuel administre la fortune publique. Or, il n'y eut que deux ou trois journaux clans la presse parisienne, le National et la Phalange entre autres , qui osèrent dénoncer à l'opinion publique ce gaspillage honteux du trésor, et ces scandales de prodigalité néronienne. Et quand nous écrivions dans la dernière de ces feuilles que la sottise et l'ignorance ministérielles, parvenues à cette puissance, constituaient une véritable félonie ; quand nous adjurions tous nos confrères de la presse de se croiser avec nous contre les juifs, quelques-uns des écrivains de la presse libérale n'ont pas craint de nous traiter de clabazuleurs obscurs , et la presse co o - 1 24
28 DE LA FÉODALIT É FINANCIÈRE. servatricc nous a rangés au rang des émeutiers. L'organe officiel de la banque, le Journal des Débats, écrivait de son style le plus éloquent et le plus lamentable, que la cause de l'association était perdue en France, si la chambre avait le malheur de se laisser entraîner par de mesquines considérations d'économie financière. L'État ne pouvait trop faire pour encourager les compagnies sérieuses, au dire du Journal des Débats !... De l'association et des compagnies sérieuses ! L'État se chargeant de toutes les dépenses des chemins de fer, et renonçant pendant quarante ans à tous les bénéfices de l'exploitation, c'est là ce que les professeurs d'économie politique du Journal des Débats appellent l'association. Les agioteurs qui spéculent sur des promesses d'action et qui commencent à prélever, par le moyen du jeu, sur la bourse des actionnaires, toutes les sommes qu'ils auront à verser pour la fourniture des rails et du matériel; voilà ce que les Débats appellent des compagnies sérieuses. Jamais on ne tortura aussi impudemment les mots pour leur faire dire le contraire de ce qu'ils signifient. Et l'écrivain de la feuille mercantile qui a soutenu avec le plus d'ardeur les intérêts des juifs dans la question des chemins de fer; celui qui s'est acharné le plus vigoureusemnt à démontrer l'impuissance de l'État , en matière de travaux publics , appartenait, di s ait-on, au corps royal des mines. C'était le même qui . avait publié, quelques années auparavant, les meilleurs pages qu'on ait jamais écrites en faveur de l'exécution de tous les grands travaux d'utilité publique par l'État. Que voulez-vous? on ne devient pas député et ministre à demeurer fidèle à ses convictions.
AQU ELS SIGNES SE RECONNAÎT LA ROYAUTÉ DES JUIFS. 29 Je ne sais pas s'il y aura palinodie de tout ce monde-là vers le bien , comme il y a eu palinodie vers le mal; mais je veux qu'avant vingt ans les fils de tous ces traîtres, écrivains, députés, ministres, qui auront vendu la France aux juifs, dans les mauvais jours où nous sommes, soient réduits à changer de nom. Car le crime de gaspillage et de prodigalité des deniers du trésor est prouvé. Les juifs , les juifs euxmêmes ont déclaré qu'on leur faisait le marché trop beau , et que leur délicatesse ne leur permettait. pas d'abuser de l'incapacité ministérielle, et d'accepter des conditions léonines. Les juifs consentent à des réductions de douze années dans la durée du bail (vingt-huit ans pour quarante, ligne de Bordeaux ). Une semblable réduction pour la ligne du Nord eût fait un petit rabais de cent quatre-vingt millions, douze fois quinze millions ! Ils renoncent à la clause du remboursement du matériel après l'expiration du bail. Ci, pour le chemin de fer du Nord, un second rabais de quarante millions, sinon plus. C'est-à-dire que la compagnie Rothschild, dans l'affaire du nord, aurait pu sans se compromettre et en se contentant des mêmes bénéfices que les compagnies de Bordeaux, Vierzon et Avignon, qui font de brillantes affaires..., rabattre de trois à quatre cent millions sur le chiffre de ses premières prétentions. Je demande de quel nom qualifier les ministres coupables d'une transaction conçue en de tels termes, qu'elle laisse à un adjudicataire généreux le droit de renoncer à des espérances de bénéfices de trois à quatre cent millions sur une seule affaire !
30 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE; Et je vous dis maintenant que la compagnie Rothschild ne s'arrêtera pas à ce misérable chiffre dans sa générosité. Je vous dis que cette compagnie imprudente et novice qui sollicitait, il y a deux ans, le privilége de se ruiner, persévérera dans ses folles entreprises, en dépit des avertissements des Débats; et qu'après avoir renoncé au remboursement du matériel, elle est capable de proposer au gouvernement de lui rembourser les cent millions que la construction de la voie a coûté à celui-ci, ne demandant au gouvernement français, en échange de tant de sacrifices, qu'un peu de gratitude... , avec une prolongation de bail d'une vingtaine d'années'. Je viens d'esquisser l'historique abrégé, mais fidèle, des projets de concession de tous-les chemins de fer... , ' Ceci était écrit trois ans avant l'adjudication du chemin de fer du Nord. M. de Rothschild a renoncé à la clause du remboursement du matériel. M. de Rothschild a consenti à rembourser à l'État tous les millions que la construction de la voie a coûtés. M. de Rothschild a consenti à un rabais de cinquante ans sur soixante-quinze pour le bail de l'embranchement de Creil à Saint-Quentin; il a dépassé dans sa générosité jusqu'à nos prévisions; et, le jour de l'adjudication , les actions de cinq cents francs ont monté à huit ,cents, c'est-à-dire que M. de Rothschild, possesseur de quarante mille actions, dit-on , a pu réaliser ce jour-là un bénéfice de douze millions pour lui seul.... Et le Journal des Débats, qui écrivait, en 484 . 3 , que M. de Rothschild sollicitait le privilége de se ruiner, quand l'affaire présentait deux cent millions de plus, au minimum , à gagner, le Journal des Débats écrivait, en novembre 1 845 , que les actions de cinq cents francs étaient encore de beaucoup au-dessous de leur valeur à quatre-vingts. Et le Journal des Débats, notez bien , était un des forts actionnaires du Nord. Dans quel siècle et sous quel régime vivons-nous, mon Dieu! que la loi puisse • rester désarmée en présence d'aussi incroyables roueries , et qu'il n'y ait pour les flétrir que le mépris des honnêtes gens! Où est le temps oit Colbert instituait la fameuse chambre de justice et forçait les agioteurs et les juifs de son époque à rendre gorge de cent dix millions?
A QUELS SIGNES SE RECONNAÎT LA ROYAUTÉ DES JUIFS. M ab uno disce omnes. On a pu voir, par cet exposé rapide, comment se traitent les questions de finances en ces temps d'énervement et de sénilité politique. Ce sera jusqu'au bout le même spectacle, toujours et partout le pouvoir courant au-devant du servage et se rapetissant à plaisir, pour mieux passer sous les Fourches- Caudines de la féodalité nouvelle. Rachat des actions de jouissance. Cette troisième question n'est pas moins curieuse et moins instructive que les deux qui précèdent : même sottise d'une part., même rapacité de l'autre. Mercure a endormi tous les Argus de la fortune publique. Le gouvernement de la Restauration aimait peu les banquiers, qui le lui rendaient bien, et ce fut son malheur. Mais ce gouvernement avait compris qu'il lui serait impossible de se passer du concours des banquiers dans ses projets de réédifications aristocratiques. En conséquence , il les appela à lui et les haronisa. Et l'on eut des barons Rothschild et des comtes Lap... , comme on avait déjà des comtes Pourt... et des comtes Vig.... M. Jacques Laffitte , l'ami du peuple, fut le bras droit de M. de Villèle dans l'affaire de la conversion et dans celle d'Haïti. Le gouvernement de la Restauration était parfaitement disposé à faire bon marché de la fortune publique aux traitants. C'était à cet égard le vrai cousin-germain du gouvernement actuel. Ce gouvernement ayant donc à construire des canaux en 1821 et en 1 822 , comme celui-ci des chemins de fer, s'adressa aux marchands d'espèces et leur dit : « J'ai besoin de cent vingt-huit millions, voyez un
32 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. peu à me les procurer, je payerai généreusement le service. « D'abord je vous servirai l'intérêt à 5 1 /2 et à 6. « Ensuite, je vous rembourserai en quarante-cinq ans, au moyen d'une prime d'amortissement ou annuité de 1 1/2 pour 100 sur le capital de cent vingthuit millions; une prime qui sera toujours la même jusqu'au jour du remboursement complet; si bien que cette prime représentera, à la dernière année, un intérêt de 50 pour 100 du capital restant à rembourser. Tout cela, prime et intérêt à 5 1/2 et à 6 , calculé de manière à équivaloir à un intérêt net de 8 pour 100. Je vous accorderai, de plus, à titre de supplément d'amortissement, l'excédant des revenus de mes canaux sur l'annuité à payer, s'il arrive jamais que ces revenus me donnent un intérêt de plus de 8 pour '100 de mon capital. « Je m'engage à vous livrer les canaux à époque fixe; si je ne tiens pas fidèlement ma promesse, je vous servirai en indemnité une augmentation d'intérêt de 2 pour '100, jusqu'au jour de la livraison. « Et vous, capitalistes et spéculateurs, juifs, Hollandais , Génevois , vous serez les maîtres de fixer, selon votre bon plaisir, les tarifs des droits de navigation sur mes canaux; et moi, l'État, moi le représentant et le défenseur-né des intérêts généraux du pays, je n'aurai pas ce droit; je ne pourrai toucher èc ces tarifs sans votre permission. « Ce n'est pas tout : quand je vous aurai complétement remboursé vos cent vingt-huit millions, capital, intérêts, prime, surprime; quand vous ne serez plus pour rien dans l'affaire..., je vous donnerai la jouis-
3 A QUELS SIGNES SE RECONNAÎT LA ROYAUTÉ DES JUIFS. 33 sance de la moitié du revenu de tous ces canaux ; des uns , et les meilleurs , pendant QUATRE-VINGT-DIX-NEUF ans, des autres pendant quarante. » Voilà ce qu'on appelle, en argot de finance, la superbe affaire des canaux de 1821-22. Les juifs de la Restauration , qui avaient le caractère accommodant comme ceux de notre époque, souscrivirent gracieusement à la proposition du gouvernement : ils commencèrent par emprunter à cinq l'argent qu'ils prêtèrent à huit, au moyen de la création de cent vingt-huit mille actions de mille francs , représentant les cent vingt-huit millions à fournir à l'État; et ils portèrent d'emblée le chiffre de ces actions à douze cents francs , à l'aide d'un système de prime et de tirage au sort éminemment ingénieux. La loterie n'était pas encore abolie sous ce règne. Cela ne suffisait pas : il s'agissait de réaliser l'avenir, de donner immédiatement un corps, une valeur commerciale à cette éventualité de droit de partage et de jouissance qui ne devait courir que dans quarantecinq ans (à partir de 1867 ). Pour ce faire, les compagnies financières, c'est-à-dire les compagnies qui avaient soumissionné l'emprunt, créèrent ce fonds devenu si célèbre sous le nom d'actions de jouissance, cent soixante-huit mille morceaux de papier cotés en ce `moment à cent vingt ou cent quarante francs à la Bourse. Ces cent soixante-huit mille actions de jouissance représentent donc le droit de partage que les compagnies auront un jour dans les revenus des canaux de 1821-22. Il y a des actions de jouissance attachées à chaque canal : celles du canal du Rhône au Rhin, pour lequel le I 3
4 0 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. tinentale a cédé devant celui des maîtres de forges et des propriétaires de houilles , dans la question de l'union belge. Le concessionnaire du chemin de fer du Nord s'appelle le baron Rothschild, le roi de la finance , un juif baronisé par un roi très-chrétien. Celui de la voie d'Avignon àMarseille, Rothschild ou Talabot; --- d'Alais à Nîmes , Rothschild; -- de Versailles, rive droite, Rothschild ; -- de Saint-Germain , Rothschild; — de Saint-Quentin, Rothschild; —• de Versailles, rive gauche , Fould ; -- de Rouen à Paris, Anglo-Français; -- de Tours à Bordeaux, Anglais; -- d'Orléans à Paris, d'Orléans à Vierzon, des coalisés de toutes les nations, juifs et Génevois en majorité. Le tiers de la rente 5 pour 100 est à Genève; et c'est pour cela, je le répète, qu'elle est inviolable et sacrée. Ainsi la haute banque, la banque cosmopolite domine tout; partout sont en saillie les intérêts des juifs. Ainsi les énormes bénéfices prélevés sur la richesse française, sur le travail du laboureur et de l'artisan français, ne profitent pas même en entier à des spéculateurs français. Quand l'émigration victorieuse prit, en '1 815 , sa revanche de 93, et frappa la France révolutionnaire d'une indemnité de révolution d'un milliard, il y eut au moins une compensation au sacrifice : d'abord la France s'était saisie par force des biens des émigrés; une indemnité était due à ceux-ci Ensuite l'interdit qui pesait sur les biens nationaux fut levé, et la conscience des détenteurs rassurée; ce qui fit que la propriété immobilière haussa immédiatement de va-
A QUELS SIGNES SE RECONNAÎT LA ROYAUTÉ DES JUIFS. 41 leur, et que le chiffre de l'indemnité fut diminué d'autant. Mais les juifs n'avaient pas été spoliés par une révolution , quand le gouvernement actuel leur a distribué la curée des chemins de fer; et les législateurs de '1842 ont été bien autrement magnifiques envers les juifs que ceux de 1825 envers les émigrés , puisque sur la seule ligne du Nord ils laissaient au concessionnaire un demi-milliard à gagner. Calculez les centaines de millions que les lignes à construire encore coûteront au trésor, ajoutez à la somme ce que le gouvernement aurait pu gagner s'il avait gardé pour lui les bénéfices qu'il a abandonnés à la spéculation cosmopolite, vous arriverez à des chiffres fabuleux. Qui paye à l'agiotage toutes ces primes de centaines de millions? — Le travailleur, le peuple. Qui pâtit de l'ignorance et de la lâcheté du pouvoir? -- Le peuple. Mais que leur fait, je vous le demande, à ces Anglais, à ces Génevois, à ces juifs , à tous ces étrangers , que la France soit saignée à blanc? Pourtant Dieu sait combien était facile la solution de chacune de ces questions financières, sucres, conversion, canaux et chemins de fer, et combien d'exemples étaient là pour indiquer la voie à suivre. Pour la conversion , il s'agissait d'oser, et rien de plus. Pour les canaux et les chemins de fer, il y avait la théorie du monopole exclusif de l'État, théorie justifiée par l'exemple des États-Unis, de la Belgique et de la France elle-même. Je veux démontrer, à la fin de ce volume , que le
112 DE LA FÉODALITÉ I'INANCIÈRE. gouvernement, en s'emparant du monopole de la vente et de la fabrication du sucre, avec indemnité préalable , peut réduire de moitié le prix de cette denrée; en doubler ou en tripler la consommation ; en doubler ou en tripler le revenu fiscal. Et j'ajoute, dès ce moment, que cette solution est la seule qui puisse concilier les immenses intérêts de politique nationale et de politique chrétienne engagés dans la question. Mais quand une' nation tout entière en est arrivée à ce degré de cécité intellectuelle, que ses ministres n'ont pas honte de présenter à ses mandataires des projets de loi comme ceux que je viens d'exposer, aucune démonstration n'est facile. Il faut d'habiles ménagements et de longs détours pour faire entrer la vérité dans les cerveaux malades ; et il est presque aussi dangereux d'avoir trop raison que d'avoir tort avec eux. • Je craindrais donc pour le moment d'avoir trop raison contre mon pays, si j'entrais au coeur de ces questions de chemins de fer, de conversion et autres. Je sais bien qu'il n'existe pas d'objection spécieuse contre la conversion, contre l'attribution du monopole des canaux et des chemins de fer à l'État; je sais encore que le pays accepterait avec reconnaissance une loi sur les sucres qui débuterait par apporter une immense réduction dans le prix de la denrée, en même temps qu'un accroissement notable dans les revenus du trésor. Mais il y a mieux que des arguments contre le monopole de l'État : il y a des préjugés; il y a la sottise du peuple et son ignorance fanatique, et la mauvaise foi de ceux qui le mènent et qui lui crient qu'il est moins dangereux de se laisser empoisonner par l'industrie
A QUELS SIGNES SE RECONNAÎT LA ROYAUTÉ DES JUIFS. 43 anarchique , que d'accroître les moyens d'influence du pouvoir. Il y a aussi _la couardise de l'autorité, qui tremble sous la férule des gros marchands députés et des empoisonneurs patentés qui votent, cette autorité qui n'ose pas dire au peuple : cc Notre cause est la même : levons–nous et marchons contre l'ennemi commun. » Enfin il y aurait encore, contre les conséquences annoncées du monopole du sucre , cette objection, toutepuissante et terrible parmi nous , que ce serait trop beau ! Car je veux augmenter de soixante à quatre– vingts millions, entendez bien , le revenu de l'impôt du sucre et supprimer, par contre-coup , l'impôt du sel. Trouvez donc , en ce pays, des gens sensés qui veuillent prendre au sérieux de pareilles utopies! Les gens sensés sont ceux qui pensaient , en 1 843 , que M. de Rothschild sollicitait le privilége de se ruiner. Nous qui ne redoutions pas une pareille catastrophe, et qui disions pourquoi, nous étions des utopistes, des émeutiers, des fous. Voilà pourtant que ces utopistes , que ces clabctucleurs obscurs ont gagné à la France, rien que pour le chemin de fer du Nord, une économie de trois cent millions en minimum , trois cent millions, que les gens sensés des Débats voulaient prendre à la France, et que nous lui avons gardés. Je disais donc que le peuple français a horreur du grandiose et du beau en fait de réformes financières ou sociales. Ses .mandataires, il est vrai, lui ont ménagé jusqu'ici les améliorations avec tant de prudence, que ce n'est pas de sa faute si tout changement trop brusque de régime lui fait peur. Les vieux édifices replâtrés lui vont mieux que les édifices neufs. 11 s'ir-
DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. itera , ce peuple aveugle, s'il apprend qu'on veuille c faire rendre gorge aux traitants qui le saignent; il s'enflammera d'un beau zèle, en revanche, pour des rognures de cent écus, appliquées aux émoluments déjà insuffisants de l'officier ou du juge. Je sais un des Colberts de ce temps-ci , un économiste de la haute école, qui est devenu ministre des finances avec ça. Or, ces préjugés funestes, cette défiance du pouvoir que les marchands entretiennent activement dans l'esprit de la masse par leur presse menteuse, sont les obstacles les plus terribles à l'esprit de progrès. Je dis qu'il est impossible d'obtenir une réforme quelconque, financière ou politique, quelque peu importante, aussi longtemps que le pouvoir et le peuple se regarderont en ennemis. Voilà pourquoi je veux essayer de démontrer au pouvoir et au peuple le danger et l'absurdité de leurs mutuelles défiances , avant d'aborder la discussion d'aucune question politique ou financière. Quand j'aurai établi, dans toute son évidence, cette vérité palpable, que l'État, c'est nous; •--- que ses intérêts et sa bourse sont les nôtres ; — que les champions du pouvoir et ceux du peuple sont des troupes amies qui se combattent dans les ténèbres ; -- que la féodalité financière profite seule de ces collisions ; -- alors il me sera facile d'arriver à la preuve de la légitimité du monopole gouvernemental qui tuera la féodalité financière. Et de ce principe découleront d'elles-mêmes de nombreuses conséquences , fécondes en solutions heureuses pour toutes les questions de l'époque; et ces solutions s'adapteront aussi aisément à la question des sucres qu'à celle des canaux , des rentes , des 11Ú /À
A QUELS SIGNES SE RECONNAÎT LA ROYAUTÉ DES JUIFS. 45 1e unions douanières, qu'à toutes les questions financières , en un mot , qui portent dans leurs flancs le es sort des libertés nationales, quoiqu'elles semblent, au premier abord, n'etre gonflées que de chiffres. J'ai dit la toute-puissance de la féodalité d'argent lt^ et la vassalité du pouvoir. Passons à l'examen des causes qui ont amené cette situation honteuse : je ^- veux parler de la scission qui existe entre la royauté Is et le peuple. lt s, Il@ E!l ile
46 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. CHAPITRE II. g elsalon entre la royauté et le peuple. — Origine des déllanees populaires. — Théorie du gouvernement-ulcère. I1 est facile de pousser à la vengeance un peuple ignorant et qui souffre ; le sentiment de la haine contre la royauté est généralement plus tenace dans le coeur des populations que l'amour. Diderot a écrit que l'histoire des rois était le martyrologe des nations; et les meneurs du peuple, qui connaissaient Diderot 'et qui ne connaissaient pas l'histoire , ont répété à ce peuple les oracles du fougueux encyclopédiste. Après Diderot sont venus les économistes, qui ont publié que les gouvernements étaient les ennemis-nés des peuples. Le peuple qui souffre est toujours disposé à considérer comme ses amis tous ceux qui veulent changer le régime sous lequel il vit. Le peuple avait adopté, dès avant 89, cette doctrine fatale; et, de ce que, les gouvernementsétaient les ennemis-nés des peuples, il avait conclu logiquement que les peuples sont d'autant plus heureux que l'action du gouvernement est plus faible, que le pouvoir est plus désarmé. Si le peuple pouvait lire dans sa propre condition, dans les faits quotidiens de sa vie de travailleur, il saurait aujourd'hui ce que lui coûte sa foi dans de semblables dogmes. Ces dogmes constituent ce qu'on appelle la théorie
L'ANGLETERRE. 1l? du gouvernement-ulcé y e, une théorie dont l'adoption a fait plus de mal à la France que tous les revers et toutes les catastrophes qui l'ont assaillie en ces cinquante années. Il importe de rechercher l'origine de cette hérésie. La théorie du gouvernement-ulcère est anglaise de naissance , puisqu'elle vient des économistes. L'Angleterre est le foyer de tous les faux principes , de toutes les révolutions, de toutes les hérésies. Voyons le rôle que joue cette puissance dans le drame de l'histoire moderne, et essayons de caractériser son influence néfaste. L'Angleterre. L'Angleterre est l'impure Babel, est la grande boutique où se préparent et se débitent avec un égal succès les doctrines et les drogues vénéneuses : et l'esprit de feu qui brûle les Peaux rouges, et l'opium qui empoisonne les Chinois, et les principes qui font s'armer citoyens contre citoyens, peuples contre peuples, races contre races. L'hérésie du gouvernement-ulcère allant droit à l'abolition de la royauté, l'aristocratie de sang, qui règne et gouverne en Angleterre , avait un intérêt puissant à ce qu'elle s'implantât solidement dans le royaume de France, où la haine de l'Angleterre était comme une tradition héréditaire de la vieille monarchie. Aussi cette théorie a--t.-elle parfaitement réussi parmi nous. Des économistes anglais, qui la produisirent d'abord sous le patronage vénéré de leur fausse science , elle passa chez les encyclopédistes français.
48 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. Les philosophes du dernier siècle , affiliés à cette secte , lui donnèrent le poli et l'éclat de leur style, et parvinrent à la faire entrer, à coups d'épigrammes , dans la monnaie courante des idées de l'époque. Quand cette théorie eut dit son dernier mot et fait son 21 janvier, on put croire qu'elle avait été tuée par l'expérience du même coup que la royauté. Malheureusement, l'impopularité du gouvernement de la Restauration permit à l'école libérale d'exhumer l'hérésie mortelle des ruines de 93, et de la réhabiliter auprès d'une nation généreuse, impatiente de se débarrasser d'un pouvoir qui lui rappelait, par son origine, le jour de ses revers. La théorie du gouvernement-ulcère s'incrusta donc de nouveau dans les esprits, à la faveur d'un louable sentiment de fierté nationale. Les économistes français, les libéraux , les philanthropes inféodés à l'idée anglaise comme les encyclopédistes dont ils n'étaient que la mauvaise queue , aidèrent aux ravages du mal en propageant leur absurde doctrine du laisser-faire qui tendait à l'annihilation de l'autorité. Les écrivains radicaux, qui déclament contre tous les pouvoirs, avancent l'oeuvre de démolition chaque jour. Le succès éphémère de la doctrine saint-simonienne, qui suivit de près la révolution de 1 830 et qui essaya de réhabiliter le pouvoir, ne parvint pas même à enrayer un moment la marche de l'opinion. Et tout ce monde-là a si bien travaillé de la voix et de la plume , que l'opinion publique est complétement égarée aujourd'hui sur le compte du pouvoir. Peut-.être même faudrait-il, aller fouiller dans les archives du pur radicalisme, pour retrouver quelques
L'ANGLETERRE. 49 idées raisonnables sur la mission providentielle du gouvernement. Le peuple français et ses représentants en sont arrivés à ce degré d'aveuglement, qu'ils adoptent la proposition funeste au pays, mais répressive de l'influence de l'autorité centrale, de préférence à la proposition utile et nationale , mais susceptible de servir les intérêts du gouvernement. De par MM. Adam Sinidt, Jean-Baptiste Say et leurs continuateurs, la fonction du pouvoir dans l'État a été assimilée à celle du chat dans la maison privée. On a écrit que le gouvernement était un mal nécessaire, un ennemi qu'on était forcé d'entretenir, pour se débarrasser d'un autre ennemi plus dangereux, l'anarchie. La comparaison est boiteuse , car l'animal domestique a été beaucoup mieux traité que le pouvoir. On ne lui a pas ôté sa liberté ni ses griffes, c'est-à-dire ses moyens d'action : tandis que le pouvoir aujourd'hui ne peut ni se défendre, ni défendre le peuple. La politique anglaise n'a pas eu d'auxiliaires plus dévoués, plus funestes à nos intérêts nationaux que ces économistes français, copistes et plagiaires de Malthus, qui n'ont jamais écrit qu'en faveur des privilégiés de la naissance et du sort. Bonaparte savait les liens secrets qui unissaient la cause de l'Angleterre à celle des idéologues, et il chassa ceux-ci de l'Institut comme indignes. C'est M. Guizot, le protestant, qui a rétabli à l'Institut la section des moralistes et des économistes. C'était dans l'ordre, M. Guizot avait appartenu à la coterie de madame de Staël; M. Guizot est l'homme de l'Angleterre et de l'entente cordiale. On est de sa religion avant d'être de son pays. L'Angleterre, qui a vécu de la prohibition aussi long- 4
56 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. digieuses; elle s'en sert consciencieusement pour soudoyer partout les troubles et les révolutions. La guerre nourrit le monopole , le monopole nourrit la guerre. Que la guerre ou le monopole cesse, le colosse de la puissance anglaise, véritable colosse d'or aux pieds de boue, s'écroule au même instant. Là est tout le secret de la politique britannique, si secret il y a. L'Anglais obéit aux instincts de sa nature et aux exig . ences de sa position ; c'est un peuple de proie, comme j'ai dit, qui est forcé de tuer pour vivre, et à qui il serait souverainement absurde d'aller demander une politique loyale et généreuse , parce que ce serait lui demander un suicide. La politique de la Grande-Bre- tagne doit être impitoyable comme la faim son mobile, et c'est justice à rendre aux hommes de sang gouvernemental qui dirigent les destinées de cet État, qu'ils comprennent admirablement les besoins de leur patrie ! Trouvez-moi un homme d'État de ce temps-ci, je ne dis pas en France, où il ne s'en fait plus , mais en Russie , en Autriche , qui aille à la cheville de leur sir Robert Peel. Alors , c'est aux peuples prévenus de s'entendre, pour s'isoler du fléau et pour tenir en quarantaine ces flibustiers affamés. D'ailleurs l'aristocratie anglaise ne se cache nullement de ses nécessités gouvernementales. L'aristocratie anglaise affiche au contraire le seul caractère de grandeur qui convienne à sa politique infernale , si admirablement décrite par l'auteur du Paradis perdu, un poète anglais. Cette politique, c'est l'insolence et l'avidité de Rome unies à la fourbe cruauté de Carthage. Elle ne se met pas en peine de savoir ce que dira l'Eu-
L'ANGLETERRE. 57 rope de ses meurtres et de ses spoliations. On accuse la politique britannique de rouerie; c'est de cynisme plutôt qu'on devrait dire. Il n'y a plus que les prédestinés et les niais qui aient droit de parler de la perfidie d'Albion. La flotte de Danemark gène la liberté des mouvements de l'Angleterre dans la Baltique : un amiral anglais brûle la flotte de Copenhague; c'est toujours une puissance maritime de moins. L'Angleterre n'attend jamais la déclaration de guerre pour courir sus aux navires français ou espagnols. 11 lui faut, pour la réalisation de ses projets d'accaparement du commerce universel, la possession de tous les détroits , de tous les points qui commandent les grandes routes commerciales du globe ; elle enlève Gibraltar à l'Espagne , Malte et Maurice à la France , le Cap et Ceylan , aux Hollandais , Aden sur la mer Rouge aux Arabes; et elle fait, de ces possessions volées, des citadelles imprenables qui donnent d'abord l'empire de la mer à ses flottes, et qui sont ensuite autant de foyers de contrebande, d'où les marchandises anglaises inonderont les continents voisins. Et malheur aux navires des États amis qui prétendraient protéger leur industrie nationale contre la contrebande britannique, ils seront coulés sans pitié '. Le vice-roi d'Égypte, ai-je dit, fort de l'appui du gouvernement français de la Restauration, avait fondé quelque semblant d'État, de puissance maritime. Il avait affranchi le chemin de la Mecque des incursions de l'Arabe du désert, et les populations de la Syrie de ' Affaire du brick espagnol el Rayo, 1844.
58 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. la sanglante oppression des Turcs. Mais le rétablissement de l'ordre où que ce soit, mais la résurrection d'un peuple , sont des menaces de mort pour l'intérêt anglais. Viennent les journées de Juillet qui coupent court à la politique anti-britannique de la Restauration. Alors le cabinet de Londres profite des embarras révolutionnaires et de la pusillanimité du cabinet français pour anéantir l'oeuvre civilisatrice de Méhémet-Ali. Une flotte anglaise bombarde Beyrout et Saint-Jean d'Acre, en vue de nos escadres impassibles. La révolte éclate de toutes parts dans les États du vice-roi, qui, réduit à merci et trahi par ses alliés, abandonne ses conquêtes et sa flotte; et les populations chrétiennes du Liban, arrachées à la protection séculaire de la France, sont restituées aux exactions des pachas turcs et au glaive de l'Albanais. C'est l'intérêt impitoyable de l'aristocratie britannique qui exige qu'il en soit ainsi. Le commerce anglais ne veut pas que les clefs de l'isthme de Suez, dont il convoite la possession exclusive, soient aux mains d'un souverain puissant. Et puis à quoi bon tant de raisons. La flotte d'Alexandrie gênait l'Angleterre dans la Méditerranée, comme celle de Copenhague la gênait dans la Baltique ; elle s'en est débarrassée. La prospérité de Lahore , oeuvre d'un autre Mébémet-Ali, Rundjet-Sing, a duré moins encore que celle de l'Égypte. La compagnie des Indes sait que ses vastes domaines , peuplés de leurs cent cinquante millions d'esclaves, lui échapperont du jour où la misère et l'anarchie cesseront d'y régner, et elle ne veut pas souffrir de mauvais exemple auprès d'elle. Elle s'est emparée des États de Rundjet-Sing.
L'ANGLETERRE. 59 11 y a de l'autre côté de l'Atlantique, au détroit des deux Amériques , un second isthme destiné , comme celui de Suez, à servir un jour de principale voie dt communication maritime entre les habitants des deux grandes divisions du globe. En conséquence , l'Angle-- terre a dû travailler à s'assurer la possession de l'isthme américain. Du temps que l'Espagne était maîtresse de l'Amérique du Sud, l'Angleterre s'était fait concéder par cette puissance le droit de faire du bois sur un point isolé de la côte. Elle a fondé sur ce point, à Balise, un petit établissement. Puis, quand la colonie espagnole , affranchie du joug de la métropole , a prié l'Angleterre de déguerpir, celle-ci lui a répondu , en lui montrant les dents, qu'elle tenait ses droits du gouvernement précédent, et qu'elle n'avait point à traiter avec le gouvernement nouveau. L'Angleterre a acquis depuis, du reste, des droits incontestables à la possession de Balise et de toute la côte des Mosquitos. Un auguste souverain du pays lui en a vendu la propriété par acte authentique. On se trompe, quand on s'imagine que l'Angleterre s'est emparée par l'astuce et par la violence de tous les États qu'elle possède dans les cinq parties du monde, elles les a tous achetés à l'amiable , demandez plutôt aux vendeurs ; la preuve, c'est qu'elle paye des rentes viagères à une multitude de souverains indiens qui lui ont cédé leurs droits, à commencer par le grand Mogol , le successeur d'Aureng-Zeb. Au surplus, de quelque paru que lui viennent ses droits sur l'isthme de Panama, ce n'est pas elle qui sera embarrassée pour les faire valoir. Elle avait naguère bloqué le port de Saint-Jean de Nicaragua. Suivant les règles invariables de la poé-
60 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. t ique anglaise, le blocus du port est le premier acte du drame qui se termine par l'occupation définitive du pays. L'aristocratie anglaise n'a pas même besoin de se justifier de ces spoliations et de ces iniquités dans l'opinion publique. L'opinion de ses nationaux est pour elle. Les Anglais de toutes les classes sont persuadés que l'Angleterre a droit d'aubaine sur toutes les mers et sur tous les continents. Des navigateurs avaient découvert en ces dernières années, sur la côte orientale d'Afrique, une île d'Ichaboë, où gisait une couche de puissant engrais déposé là par les oiseaux de mer de l'époque antédiluvienne. Aussitôt les journaux anglais de prescrire à leur gouvernement de mettre la main sur le précieux dépôt. Le Sun écrit : L'Angleterre ne doit pas laisser d'autres nations s'emparer de cette île; si nous n'en prenons pas possession, d'autres s'en empareront. Loyauté , probité, sont des mots vides de sens dans la langue politique des lords ; la fidélité aux traités est duperie, la trahison habileté. L'Angleterre est en paix avec la Bussie , et les Anglais fournissent des armes et de la poudre aux Circassiens pour guerroyer contre la Russie. La France et l'Angleterre ont serré les noeuds de l'entente cordiale, mais pendant que les souverains des deux États se festoient, se visitent, les lords soudoient ostensiblement la résistance d'Abd-el- Kader, suscitent le Maroc contre la France , cherchent à soulever les noirs de nos Antilles, et dressent leurs révérends Pritchards à japper contre nous. L'Angleterre est en paix avec la malheureuse Espagne; c'est elle néanmoins qui solde le chef de l'insurrection de
L'ANGLETERRE. 61 la Granja , qui donne à Espartero les quatre millions de réaux dont il a besoin pour aller bombarder Barcelone , Barcelone la capitale industrielle de l'Espagne, cette cité rebelle qui est cause que la Péninsule n'est pas encore inféodée à l'Angleterre par un autre traité de Méthuen , un traité de coton. Périsse Barcelone! Les Anglais , forcés de se retirer de Madrid pendant cette guerre de l'indépendance qui sauva la Grande— Bretagne de sa ruine, brûlèrent la plus belle des manufactures de la ville, pour lui faire leurs adieux. Il faut bien que l'industrie anglaise vive! Je ne sache pas qu'aucune autre nation ait pesé sur le monde d'un poids aussi écrasant que la nation anglaise , ait coûté à l'humanité autant de larmes , ait motivé autant d'accusations contre la justice de Dieu. Le Normand , le plus féroce de tous les barbares, a fait croire à l'existence de l'ogre. L'Europe continentale du moyen âge n'était pas éloignée de prendre les guerres civiles de l'Angleterre pour les convulsions d'un peuple de damnés. La croyance générale était au xv e siècle, que Dieu seul pouvait quelque chose contre cette engeance de Satan. Un des plus grands rois de l'Angleterre, le même qui a doté sa patrie d'une religion, et qui s'en est fait pape, le roi Henri VIII prit cinq femmes et en fit assassiner trois par la main du bourreau. Les persécutions religieuses ordonnées par la vierge Élisabeth et par le puritain Cromwell, dépassent en raffinements d'atroce cruauté, tout ce que l'histoire des empereurs de Rome et de Stamboul nous avait laissé de plus édifiant dans le genre. Un des plus honnêtes écrivains de la Grande-Bretagne,
62 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. Malthus, effrayé du problème de l'exubérance de population , déclare positivement que la société peut refuser à l'enfant le droit de vivre. Ses disciples vont plus loin et développent sa thèse. Ils demandent en plaisantant qu'on décerne des récompenses nationales aux mères qui ont bien mérité de la patrie , en immolant le fruit de leurs entrailles; ils veulent que l'on dépose les restes des tendres victimes dans de somptueux cimetières patriotiques , où ces mères lacédémoniennes puissent venir respirer l'âme de leurs enfants dans le parfum des roses !... Cette théorie de la prime à l'infanticide, a obtenu quelques succès près de la population des districts manufacturiers d'Angleterre. Beaucoup de mères, dans ces pays—là, allaitent leurs enfants avec du laudanum , pour se débarrasser de leurs caresses importunes, et le procédé, assure-t-on, réussit à merveille. On trouve des potions calmantes, selon la formule, toutes préparées chez les pharmaciens d'outre Manche. Laissez faire nos économistes de France, et ils en arriveront bientôt à de semblables théories. Il ne se dit pas une sottise en Angleterre qui ne trouve son écho chez nous. Cette misère des prolétaires anglais, entassés dans les bagnes industriels , est donc bien affreuse , bien horrible, qu'elle parvienne à éteindre jusque dans le coeur de la femme le sentiment de l'amour maternel? -- Oli. ! oui, bien affreuse, bien horrible; prêtez l'oreille aux récits touchants de Dickens... Mais que voulez— vous, il faut que cela soit ainsi pour qu'un lord d'Angleterre porte à son doigt, dans une cérémonie publique, un diamant d'un million, et que tous ceux de
ne ..., L'ANGLETERRE. 63 sa caste puissent s'écrier dans un accès de frénésie orgueilleuse : La vigne ne croit pas en Angleterre , et nous buvons le vin de toutes les nations ! Le vin de toutes les nations, c'est vrai; et aussi le sang et les sueurs de la nation anglaise, milords , car c'est la misère de vos vassaux qui fait votre richesse; c'est leur entassement dans les cités qui augmente le prix de toutes les denrées alimentaires que vous seuls produisez, milords , et qui diminue par la concurrence des bras le prix de tous les objets de luxe que vous seuls consommez, milords I C'est pour vous seuls, milords, que l'enfant est attaché chaque jour, pendant seize heures, au service d'une machine aux poumons de fer qui ne se fatigue jamais; attaché seize heures I... un enfant, une pauvre créature humaine pour qui sa faiblesse devrait inspirer pitié I C'est pour vous, milords, que le fouet du contre-maître est attentif à corriger la paresse de cet enfant qui succombe au sommeil. Les souffrances de ces malheureux sont si vives, qu'elles attendrirent un jour le coeur de lord Ashley, un homme pieux. Lord Ashley intercéda auprès de ses collègues pour obtenir une loi qui réduisit de deux heures le travail des enfants dans les manufactures. C'était tout simplement demander à l'Angleterre qu'elle signât son arrêt de mort. La motion de lord Ashley fut rejetée sur un discours fort sensé de sir RobertPeel, le premier ministre, qui démontra péremptoirement que le moindre témoignage de pitié , que le moindre adoucissement apporté aux souffrances de l'enfant, mettrait infailliblement l'Angleterre à deux doigts de sa perte. L'orateur disait vrai, la machine est le coeur de l'Angleterre, et cette machine ne peut cesser de
6!t DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. battre un seul instant sans que l'asphyxie de l'État ne s'ensuive. Les destinées de la Grande—Bretagne n'ont jamais tenu qu'à un fil. Du reste, aucun orateur, dans ce débat, ne songea à nier les tortures que subissait l'enfant dans les fabriques. Ce n'était pas là l'important. Les lords anglais, à l'exemple des patriciens de Rome, ont supprimé dans ces derniers temps la petite culture qui occupait trop de bras, et ils l'ont remplacée par la grande culture , les prairies , les pâturages : Pascua, pascua... Le marquis de Statford a chassé de ses domaines vingt mille paysans qui y trouvaient à vivre, et les a remplacés par des troupeaux de moutons qui coûtent moins de frais de logement et qui rapportent plus. Ce système adopté d'enthousiasme, par un grand nombre de lords et par MM. les économistes, partisans du revenu net, a douloureusement augmenté la misère des classes manufacturières, en rejetant dans les villes des masses de travailleurs ruraux qui sont venus offrir leur travail au rabais, en concurrence des industriels. Mais la mesure a accru les revenus des grands seigneurs terriens, en réduisant leurs dépenses. C'était là l'essentiel. Qu'importe ensuite que le pavé des villes soit foulé par quelques milliers de meurt de faim de plus ? Des hommes religieux que ces lords !... et de zélés propagateurs de la Bible , et qui croiraient offenserDieu de travailler le dimanche, et qui ne souffrent pas qu'on maltraite les créatures du Seigneur, les chevaux, par exemple. 11 est vrai que les chevaux que la loi anglaise déclare inviolables , appartiennent à l'aristocratie, et que les enfants qui travaillent seize heures
L'ANGLETERRE. 65 °,pf par jour dans les manufactures ne sont pas de sang noble. il est défendu de frapper un cheval en Angle- :, terre , mais on y peut tuer un homme à coups de poing; même les journaux annoncent à l'avance ces tueries. Les mineurs du comté de Newcastle étaient las, l'autre année, de travailler nuit et jour pour enrichir leurs maîtres , des ingrats qui ne leur laissent pas même de quoi vivre en retour de leurs peines; ils eurent l'audace de demander, comme les ouvriers de Lyon, à vivre en travaillant, c'est-à-dire qu'ils exigèrent une augmentation de salaire. La prétention était étrange , anarchique surtout. Le marquis de Londonderry, révolté de tant d'impudence , fulmina aussitôt un ukase paternel qui défendit à tous les débitants de ses villes et de ses bourgs, de rien vendre aux insurgés jusqu'à ce qu'ils fussent rentrés dans le devoir. Ah! que Voltaire et Montesquieu savaient bien ce qu'ils faisaient, quand ils allaient en Angleterre pour voir des hommes libres' ! 11 n'y a que cette Grande- Bretagne protestante pour produire des Hudson-Lowe et des maîtres philanthropes qui interdisent à leurs serfs le boire et le manger ! Et l'on espère que ces lords, si durs, si impitoyables à ceux de leur nation, se relâcheront pour les étrangers de leur infernal égoïsme. Folie ! déception ! Mais ouvrez donc les yeux à la lumière du jour, et regardez : « Le 11 juillet 4 846 , est mort le hussard Frédérie John White par les effets mortels d'une cruelle et barbare flagellation qu'il a reçue le 45 juin dernier, clans la caserne de cavalerie , à Heston. (Verdict du jury.) t 5
72 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. à Cobden. L'aristocratie anglaise est déjà menacée par ce côté de sa nuit du 4 août. Seulement , ` ce que nos économistes ignares ne veulent pas ou ne peuvent pas comprendre , c'est que nous autres du peuple, nous n'avons point à prendre cause dans ces batailles entre l'aristocratie • de comptoir et l'aristocratie de naissance. La ligue a obtenu la libre importation , soit ! cela veut dire que la coalition des grands propriétaires a amené pavillon devant celle des grands capitalistes, des grands industriels; mais cela ne veut pas dire que la coalition des capitalistes ait amené pavillon devant la coalition des travailleurs. Or, toute la question est ici. Le lendemain du jour où ils votaient des millions et des statues à Cobden , les manufacturiers anglais réduisaient le taux des salaires de leurs ouvriers. Jamais mystification ne fut aussi complète. Cependant il est pour l'établissement anglais tout entier un péril bien autrement imminent, inévitable surtout. L'Angleterre, en tuant le travail chez tous les peuples, pour faire de ceux-ci des consommateurs, c'est-à- dire des tributaires de son industrie , a tué la richesse de ces peuples. Elle a tari conséquemment les sources de la consommation elle-même ; d'où cette conséquence , qu'il faut qu'elle périsse de faim tôt ou tard , au milieu de ses monceaux de richesses manufacturées. Et le jour de l'événement n'est pas loin; car tous les progrès de la science mécanique, toutes les alliances douanières nous en rapprochent. Et ce jour-là sera l'ère de l'affranchissement des travailleurs et des esclaves dans tous les pays du monde; et les prolétaires des deux côtés de la Manche se tendront une
l^C L'ANGLETERRE. 73 main désormais amie et fraternelle , et le souvenir des vieilles discordes des deux peuples s'éteindra dans la joie de l'émancipation commune : voilà pourquoi j'appelle ce jour—là de tous mes voeux. La France a reçu mission de Dieu d'émanciper tous les peuples, même l'anglais. D'après tout ce qui vient d'être dit, il devrait suffire en France qu'un principe de réforme politique ou commerciale fût reconnu provenir de la Grande-Bre- tagne, pour être à l'instant même, et rien que sur l'étiquette , repoussé et honni. Cette répulsion serait d'autant plus rationnelle, que jamais l'Angleterre n'a commis la sottise de s'appliquer à elle-même les théories qu'elle débite aux autres nations. C'est l'Angleterre qui a émis par le monde les idées les plus larges de liberté commerciale, et il n'y a pas de nation qui ait plus abusé qu'elle de la protection douanière et de la prohibition. Elle n'a jamais réclamé l'abolition des tarifs que pour les objets manufacturés sur lesquels les industries étrangères ne pouvaient soutenir la concurrence avec la sienne. Tout ce que nous faisons mieux que les Anglais, est prohibé chez eux, et il n'y a qu'à consulter le texte de leur législation des céréales , pour savoir à quoi s'en tenir sur la sincérité de leur libéralisme commercial. S'ils sortent aujourd'hui de leur fort; c'est la faim qui les en a chassés, soyons-en bien certains , et défions-nous de ces dégrèvements forcés de tarifs que sir Robert Peel a menacé de déchaîner contre toutes les indu-
74 DE LA FÉODALITÉ 'FINANCIÈRE. stries des nations continentales. Quand les Anglais prononcent les mots de liberté ou de concurrence, nos oreilles doivent toujours entendre monopole et accaparement. Leur liberté commerciale, c'est la guerre à coups de machines et à coups de capitaux; comme ils ont dix fois autant de machines et de capitaux que nous, ils sont sûrs de la victoire, et voilà pourquoi ils demandent la bataille. Inutile d'ajouter que, sur cette question comme sur les autres, les économistes de l'Institut sont pour eux. C'est pour cela que j'ai si longuement insisté sur l'origine de la théorie du gouvernement--ulcère, si chère à la nation française. Il est plus que probable que si les philosophes et les hommes d'État qui nous ont gouvernés pendant cinquante ans, avaient dit à ce sujet toute la vérité au pays, lui démontrant, preuve en main, que l'aristocratie anglaise n'avait semé les idées antimonarchiques en France , que pour nous donner de l'occupation chez nous, et afin de profiter de nos embarras intérieurs pour s'emparer de la domination des mers et du commerce du globe; il est probable, dis- , je, que les sympathies du peuple se fussent rapprochées bien plus promptement de la royauté en France ; et cet accord de la royauté et du peuple eût rendu rapides et faciles toutes les tentatives d'améliorations générales; car, encore une fois, la royauté n'a rien à craindre de ces améliorations , et la prospérité des travailleurs est au contraire la meilleure garantie de sa stabilité. J'ai dit l'origine (le la théorie du rjouuvernement-ulcère. J'essayerai de démontrer dans le prochain chapitre, à l'aide de preuves tirées de notre propre histoire , que
L'ANGLETERRE 75 les progrès des libertés populaires en France ont suivi constamment une marche parallèle à celle de l'autorité royale , et qu'il n'est pas une des victoires remportées par le principe monarchique qui n'ait profité directement au peuple. La solidarité de ces deux intérêts est même si intime dans l'histoire de France, qu'il est vrai de dire que l'histoire des misères et des prospérités de la nation française n'est que la copie de l'histoire de la bonne fortune et des mauvais jours de ses rois.
76 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. CH A PITRE III. Marche parallèle des libertés populaires et des conquètes de la royauté en France. -- Solidarité des deux intérêts monarchique et démocratique. Je ne connais pas d'histoire qui donne d'aussi éclatants démentis que la nôtre au principe hérétique et absurde , que les gouvernements sont les ennemis-nés des peuples. Il faut que les professeurs de l'Université qui nous forment soient de bien terribles démolisseurs de vérités, pour que l'enfant qui sort à vingt ans de leurs mains ne soit pas pénétré, jusqu'à la moelle des os, de l'évidence de cet axiome contraire : que l'intérêt du peuple a toujours été solidaire de l'intérêt de la royauté en France. Il faut chez la masse de la population française, ou une bien profonde ignorance de sa propre histoire , ou un grand fonds d'ingratitude , pour expliquer le nombre des prosélytes que le dogme insensé des économistes a recrutés dans son sein. Les encyclopédistes qui ont assassiné Louis XVI, en écrivant que l'histoire des rois était le martyrologe des nations, étaient plus anglais que francais. C'étaient des réformateurs animés d'une philanthropie sincère, je le sais , mais qui voulaient détruire l'autorité monarchique en même temps que l'autorité religieuse , et qui s'étaient faits protestants en politique , parce que l'histoire de Cromwell et de
fl' 1, SOLIDARITÉ DES INTÉRÊTS MONARCH. ET DÉMOCRAT. 77 Luther leur avait dit que le protestantisme était la plus formidable machine de guerre qu'on pût employer dans ce double but. Le mensonge odieux de Diderot se débitait dans le même temps et dans les mêmes lieux que la Pucelle de Voltaire, ce livre infâme, que son auteur composa pour flatter l'orgueil de l'aristocratie britannique , et pour lui immoler la plus touchante et la plus noble héroïne de notre histoire nationale. Voltaire comprenait l'histoire de France, comme il a compris celle de Rome, quand il a fait, dans une de ses plus médiocres tragédies, un tyran de César, de César l'homme du peuple, l'ennemi mortel de l'aristocratie, et quand il a transformé en jacobins et en sans-culottes les Cassius et les Brutus, c'est-à-dire les chefs de l'aristocratie romaine, les Polignacs et les d'Épernons de ce temps-là. Il n'y a pas aujourd'hui , dans nos colléges de province , un élève de sixième qui ne soit en état de faire la leçon sur ce texte à Voltaire. Mais Voltaire a rendu à la cause de la liberté et de l'humanité tant et de si grands services , qu'il faut bien l'excuser de l'avoir trahie une fois. Il aimait peu les juifs et ne les estimait guère plus. Suivons donc dans notre histoire le développement parallèle et synchronique de la puissance monarchique et des libertés populaires , en prenant soin de ne nous arrêter qu'aux stations principales. Le grand empereur Charlemagne , protecteur de l'Église, des savants et des clercs, chasse de son palais les fils de ses leudes qui ne profitent pas des leçons qu'il leur fait donner, et distribue les emplois
78 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. aux enfants du peuple qui font preuve de capacité. La nation commence à respirer à l'abri de son sceptre puissant , les lettrés que l'empereur attire à sa cour de tous les coins de l'Europe, et notamment de l'Irlande , s'appliquent à tirer les peuples de leur barbarie. Les sciences et les arts, éléments primordiaux de toute émancipation des industrieux , jettent déjà une faible lueur sous ce règne. Charlemagne mort, l'échafaudage de ses institutions s'écroule avec lui. Le pouvoir royal tombe en quenouille, dans les mains de ses faibles successeurs, et aussitôt la féodalité nobiliaire s'organise. Et voilà, par la mort seule d'un chef , la nation française vouée pour huit siècles à la tyrannie de la féodalité. Avec la grande royauté de Charlemagne sont morts les droits du peuple. Car les héritiers du puissant empereur, n'ayant plus le poignet assez fort pour comprimer comme lui l'essor des nationalités diverses, que la victoire avait brisées et tordues sous son joug, la vaste monarchie carlovingienne se désagrége et se dissout. Les Normands profitent de la confusion générale pour . s'insinuer au coeur de nos provinces par toutes les artères fluviales; et le peuple des campagnes, obligé de recourir à la protection des comtes contre les invasions des forbans do la Baltique, aide de ses propres mains à bâtir ces châteaux forts où le despotisme féodal doit s'asseoir pour huit siècles. Ces pirates normands de qui l'invasion eut de si fâcheuses conséquences pour les libertés de l'Europe entière, font bien souche, n'est-ce pas , à ces lords anglais dont la tyrannie pèse si lourdement aujourd'hui. sur l'humanité. Les fils n'ont pas dégénéré des pères ,
SOLIDARITÉ DES INTÉRÊTS MONARCH. ET DÉMOCRAT. 79 ce sont toujours comme autrefois les avides tyrans de la mer; la race gauloise heureusement a la fibre plus chatouilleuse que la race saxonne et la race irlandaise, à l'endroit el e la liberté ; elle a jeté par-dessus bord toutes ses vieilles castes, franque et normande , dans la dernière tempête. Reste la juive.... L'autorité royale annihilée pendant toute la durée de la seconde race par celle des grands vassaux , reprend-elle un moment le dessus à l'avénement des Capets , de ces chefs de nation choisis pour leur vaillance, et de qui le patrimoine forme à peu près tout ce qui s'appelle encore la France.... aussitôt résurgissent de toutes parts les éléments de nos libertés communales. Le souvenir de ces premiers actes d'affranchissement du peuple se trouve indissolublement uni dans l'histoire nationale, aux noms glorieux de ces rois d'épopée, dont la mémoire nous est chère, Louis VI, Philippe-Auguste, saint Louis, des héros au bras fort, que la fortune ne semble abandonner quelquefois sur les champs de bataille , que pour faire briller d'un plus beau lustre leur courage de fer et leur magnanimité 1. Dans ce temps-là , le peuple comprend admirablement que la cause de la royauté est la sienne. Le peuple , le roi , le clergé lui-même s'appuient l'un sur l'autre et se prêtent mutuellement secours et assis tance. Ils se liguent fréquemment pour renverser l'ennemi commun, le seigneur, le Puiset qui tient assiégées les avenues de la capitale de la France, ou le La maison royale de France a eu trente-sept de ses princes tués ou faits prisonniers sur le champ de bataille, et parmi ces derniers trois rois : Louis IX, Jean II, François P r . Le duc d'Aunnale a eu le droit'de dire : Jamais prince de ma race n'a recula.
80 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. Burchard (Montmorency) qui pille l'abbaye de Saint- Denis où est déposée l'oriflamme nationale. Ils envoient aussi ce gentilhomme aux croisades, et ils profitent de son absence pour lui faire rendre gorge. Durant cette longue période d'anarchie et de calamités, qui s'appelle la guerre de cent ans, à partir du désastre de Crécy jusqu'aux triomphes de Jeanne d'Arc, la misère des populations est au comble. C'est que les rois de ces temps-là s'appellent Jean II et Charles VI, l'un prisonnier de l'Anglais, l'autre atteint de démence. C'est qu'un roi d'Angleterre , aidé du traître Bourguignon, s'assied sur le trône de France. Enfin, Dieu prend en pitié la France et les infortunes de son peuple ; il suscite une vierge inspirée pour expulser l'ennemi de ce sol qui le supportait avec peine ; et le lendemain du triomphe, quand la royauté a repris terre, les libertés des communes se relèvent avec elle. L'alliance du peuple et du roi se resserre plus intimement que jamais sous Louis XI, qui livre à l'échafaud les nobles, les traîtres qui conspirent avec l'étranger, Saint-Pol et d'Armagnac , cependant qu'il choisit pour ministres son barbier et son médecin. Sous ce règne , le trône et la commune se partagent publiquement les conquêtes faites sur la féodalité. Les bourgeois de Rouen rentrent dans leur droit de garder eux-mêmes leur ville ; Bordeaux est affranchi de la suzeraineté de Toulouse. La noblesse , qui a longtemps soldé les historiens de France , comme les patriciens de Rome ont soldé Tite-Live, la noblesse a eu ses raisons pour faire de ce Louis XI, un monstre, une hyène altérée de sang humain. Mais les historiens ^ T 9 d
'gç ill. r,a SOLIDARITÉ DES INTÉRÊTS MOKA! CH. ET DÉMOCRAT. 81 du peuple ont réhabilité sa mémoire , et ils ont eu raison, à leur tour, d'en faire un de nos plus grands princes. La fusion des deux intérêts monarchique et démocratique, s'opère plus intimement encore sous Richelieu, ce rude faucheur de gentilhommerie. A chacun des coups dont il frappe cette féodalité menaçante , cette éternelle ennemie de la royauté et du peuple, il seinhie qu'on voie jaillir de la terre de France les libertés et la richesse , comme on voit l'herbe des prairies renaître plus verdoyante et plus épaisse, lorsque la faux du laboureur a débarrassé le sol des herbes parasites. Ne m'interrompez pas ici pour m'accuser de piller Barrère , l'Anacréon de la guillotine ; je ne fais pas l'apologie de l'échafaud, je rends compte d'un fait que je n'analyse pas. La question de la moralité des moyens est ici hors de cause. Eh ! mon Dieu, la guerre, cette série de boucheries atroces et insensées qu'on appelle la guerre , est assurément la plus stupide et la plus injustifiable des folies de l'humanité; et je crois fermement que , dans deux cents ans d'ici, nos neveux auront pour les héros des champs de bataille la même répulsion que nous aujourd'hui pour les anthropophages; et pourtant nos pères ont chanté le Te Deum pour les victoires d'Iéna et d'Austerlitz, et nous le chanterions encore , sans trop d'amertume, je suppose, pour une revanche de Waterloo. Prenez alors que j'ai chanté le Te Deum en l'honneur du triomphe de la royauté sur l'aristocratie, en l'honneur du grand cardinal qui créa la puissance maritime de la France , qui chassa pour jamais l'Anglais du continent, en détruisant la Rochelle protestante, et qui n'eut pas à 6
88 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. cités que les encyclopédistes et les dramaturges ont. passées sous silence. De même en 92 , quand l'explosion du 10 août éclata, quand vinrent les journées de septembre, l'armée de la coalition européenne était entrée en Lorraine et n'était plus qu'à soixante lieues de Paris. Quand Danton et les siens frappèrent ces coups terribles pour lancer la révolution en avant , pour surexciter toutes les ardeurs de l'esprit national contre les traîtres, l'ennemi menaçait la capitale , et je ne vois pas pourquoi le peuple de Paris, qui croit encore aujourd'hui à l'empoisonnement de l'eau des fontaines, en temps de choléra, n'aurait pas ajouté foi au bruit d'une secrète alliance entre les traîtres du dehors (les émigrés) et les traîtres du dedans. Ces émigrés qui figuraient dans les rangs de l'ennemi ne s'étaient-ils pas vantés , devant les princes alliés , de ramener le peuple français à la raison en six semaines? Ne comparaient-ils pas ce peuple à une meute de chiens en faute qui s'empresseraient de rentrer dans le devoir, à la vue du fouet de leurs maîtres? Pour moi qui suis du peuple et qui ne le renie pas, je trouve une excuse à sa fureur, quand elle s'abat sur les insolents et les traîtres; et, je le répète, le véritable amour de la liberté et de la France peut fournir d'amples excuses à la plupart des excès de la révolution. Vous parlez de sang versé par le peuple; mais le peuple, qui venait d« rompre ses fers, n'avait qu'un jour pour se venger d'une oppression de huit siècles ! Mais je voudrais bien voir si l'ambition et le fanatisme religieux ou boutiquier ont les mains moins rouges que la démocratie en délire.
SOLIDARITÉ . DES INTÉRÊTS MONARCH. ET DÉMOCRAT. 89 Le règne de Louis XIV a été l'apogée de la royauté en France. Depuis, le prestige et la popularité du pouvoir ont toujours été déclinant jusqu'aux jours de la Convention et de l'Empire. Des successeurs du grand roi , le premier, le régent d'Orléans s'allie (quelques— uns disent, se vend) à l'Angleterre; il prend pour favori un cardinal Dubois, honte de la pourpre romaine. Le second se fait battre par les Anglais, perd l'Amérique du Nord et l'Inde et nos vaisseaux, et signe le fatal traité de 1763 , une deuxième édition du traité de Brétigny. Tous deux semblent prendre à tâche d'avilir la majesté royale par leurs débauches infâmes et leurs moeurs dissolues. Alors le mépris légitime du peuple pour ses chefs fait en peu de temps des progrès si rapides, que toutes les vertus et les intentions les plus louables du malheureux Louis XVI sont impuissantes plus tard à conjurer l'explosion des colères nationales amassées contre la royauté. C'est ici, comme toujours, le juste qui subit le martyre, en expiation du crime des méchants. 11 n'y a pas, paradoxe à soutenir, qu'après Louis XIV, c'est le gouvernement de la Convention qui a le mieux compris la mission du pouvoir. La Convention a assis le principe de l'unité gouvernementale sur une base inébranlable. C'est elle qui a écrit l'Unité et l'Indivisibilité sur le frontispice de nos lois; elle qui a aboli les douanes intérieures et fondu les provinces; elle qui a uniformisé la législation et les mesures. Comme Richelieu, Louis XIV et Catherine de Médicis, la Convention a poursuivi éc outrance et anéanti l'aristocratie et le fédéralisme. L'Angleterre a soldé contre la_ Convention toutes les puissances européennes, et la
90 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. Conventio n a improvisé les armées et les armes , les généraux et la victoire, et elle s'est superbement imposée à l'Europe vaincue. Quand la jeune République traite avec les vieilles monarchies écrasées, et que les représentants de l'Autriche déclarent reconnaître l'État nouveau : u La République française , dit son négociateur, n'a pas besoin qu'on la reconnaisse, elle est comme le soleil , elle luit aux yeux de tous. » La Convention a fait surgir du sein des classes populaires des myriades de héros. Sa misère ne l'a pas empêchée de faire au talent et à la capacité la plus belle part d'influence qu'on leur eût encore faite. Elle a éteint la guerre civile et reporté la guerre extérieure sur le territoire ennemi. Le patriotisme et le génie de la Convention ont lavé sa mémoire de bien des accusations injustes. Elle a vaincu, c'est déjà beaucoup pour la justification des moyens qu'elle a employés pour vaincre; car ce comité de salut public, qui avait la Vendée et les fédérés à soumettre, Lyon et Toulon à reprendre, l'Europe tout entière à combattre, ce comité de salut public n'était pas non plus sur des roses. Et puis je trouve que les taches du sang versé pour la liberté s'effacent vite. 11 faut dire maintenant , à la gloire éternelle de la Convention, qu'aucune assemblée nationale n'a été aussi loin qu'elle dans la justice et la charité chrétienne , car c'est la seule assemblée qui ait songé à proclamer le droit au travail, droit sacré et imprescriptible de l'homme I. ' Je ne veux pas oublier de mentionner que l'immortel Turgot, dans l'édit de1776 , avait précédemment formulé ce principe , et que l'honneur de l'initiative revient au ministre de Louis XVI, et peut-être même à ce prince que le peuple a immolé par la main du bourreau. Turgot
SOLIDARITÉ DES INTÉRETS MONARCIi. ET DÉMOCRAT. 91 La reconnaissance solennelle du droit de .l'homme, au travail, est le plus magnifique monument de charité législative que les sociétés humaine aient encore bâti. Je prends le mot de charité dans l'acception su blime que lui a donnée le Christ : l'amour du genre humain. La reconnaissance du droit au travail pour tous, c'est l'abolition du paupérisme, du prolétariat, du salaire, de la concurrence anarchique. C'est l'ordre à la place du chaos , la liberté à la place de l'oppression, le droit à la place du fait, l'association à la place de la lutte entre toutes les forces actives de la société.... Comme nous avons rétrogradé depuis I Voilà les résultats qu'obtiennent les pouvoirs forts et bien d'autres encore, comme la vente des biens du clergé , cette mesure juste et légitime décrétée par la Constituante , qui a triplé la richesse territoriale de 1 la France et fait arriver un si grand nombre de prolétaires à la propriété. Je demande si le peuple serait bien venu à se plaindre aujourd'hui des abus de pouvoir commis par la Convention. Cependant la Convention n'a pu faire jouir le peuple disait dans le préambule de cet édit : « Dieu, en donnant à l'homme des besoins , en lui rendant nécessaire la ressource du travail , a fait du droit de travailler la propriété de tout homme , et cette propriété est la première, la plus sacrée et la plus inviolable de toutes. » C'est le même ministre qui a écrit : « Il faut connaître les vrais principes, lors même qu'on est obligé de s'en écarter, afin de savoir, du moins précisément, à quel point on s'en écarte; afin de ne s'en écarter qu'autant .exactement que la nécessité l'exige; aGn de ne pas ,' du moins, suivre les conséquences d'un préjugé qu'on craint de renverser, comme on suivrait celle d'un principe dont la vérité serait reconnue. » ( Mémoire sur les prêts d'argent..) Et Louis XVI disait souvent : « Il n'y a que M. Turgot et moi qui aimions sincèrement le peuple. n•
92 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. du droit sacré qu'elle lui avait reconnu , parce qu'il n'est pas au pouvoir de la démocratie non constituée de se maintenir et d'achever ses oeuvres. La démocratie ne peut se constituer et se mouvoir qu'à l'aide du pivot de la monarchie. 11 y a longtemps que les États-Unis d'Amérique seraient constitués en monarchie , s'ils avaient dans leur voisinage de puissants rivaux à combattre. La mobilité même de la démocratie lui fait besoin de l'appui d'un principe et d'une autorité moins mobiles qu'elle. Or, la Convention en copiant l'Angleterre, en faisant tomber sous la hache du bourreau une tête royale , pour la jeter aux rois absolus de l'Europe , comme un gage de défi , la Convention avait brisé l'ancien talisman du bonheur de la France , l'union du pouvoir et du peuple. La fortune du pays faillit s'abîmer dans le déluge de calamités qui suivit cette sanglante rupture. La nation entière eut longtemps comme un vague sentiment que la vengeance de Dieu pesait sur elle, pour l'attentat qu'elle avait laissé commettre en son nom, et il fallut que les fils innocents expiassent rudement le crime de leurs pères. La France est monarchique. Avant de retrouver son principe de vie , la royauté , elle eut à subir le despotisme de l'anarchie d'abord, et après, par l'enchaînement naturel des choses, le despotisme du sabre. Et le soldat couronné qui lui rendit ce principe dut le retremper préalablement dans le sang de huit millions d'hommes. Le mérite personnel, le dévouement et la capacité, seuls titres de noblesse du peuple , furent reconnus sous le pouvoir fort de l'Empire. Mais le triomphateur, pris de la folie césarienne au plus haut de sa gloire ,
SOLIDARITÉ DES INTÉRÊTS MONARCH. ET DÉMOCRAT. 93 méconnut le principe de sa puissance. ll crut avoir besoin, pour soutenir son trône, d'enter sa dynastie démocratique sur la plus vieille souche des. monar'- chies européennes absolues. Il se fit une cour de comtes et de ducs comme les autres souverains il ambitionna tous les trônes, comme s'il eût voulu se faire pardonner son origine révolutionnaire , à force de grandeur et de gloire. Alors le peuple, qui vit l'orgueil de l'homme percer dans les actes du. chef, se désaffectionna de lui, et l'ambitieux se trouva seul aux jours de l'infortune. Je demande qu'on me pardonne si je ne me sens pas le courage d'encenser plus ardemment la mémoire du héros qu'ont maudit tant de mères, et par qui l'Anglais victorieux a campé deux fois en un an sur les -places de Paris. Mais il aima le peuple et la France, et l'histoire de l'Empereur ne peut nous faire oublier celle du premier consul, la plus magnifique page certainement de notre histoire nationale. Depuis la Convention et depuis 1814 , le prestige du pouvoir n'a fait que s'affaiblir parmi nous; car le peuple, à dater de cette époque , a dû peu de choses à sesrois, si ce n'est la tranquillité depuis 1830. Mais la tranquillité par la compression et l'engourdissement n'est pas l'ordre normal, ni la paix, ni la prospérité publique. La nation chez laquelle la progression du crime court quatre fois plus vite que celle de la population, n'est pas une nation heureuse. Aussi la popularité n'a-t-elle pu revenir au nom de Napoléon lui-même, qu'après qu'il , n'était plus. Nous n'aurions pas ressuscité sa gloire, si nous avions eu à la craindre.
DÉ LA FÉODALITÉ I'INANCtERL. Hélas! le châtiment cruel infligé par la Providence à la génération de 93 n'a pas profité à la génération actuelle, et ne l'a pas détournée de la voie de perdition. C'est de notre temps, au contraire, que la manie du régicide s'est développée avec le plus de fureur. Le personnel des assassins, Dieu merci, a eu tout ce qu'il fallait pour dégoûter du crime, et j'espère que l'épidémie s'est calmée pour longtemps'. Le régicide n'est, après tout , que la conclusion logique et fatale de la croyance a, l'antagonisme-né des gouvernements et des peuples , au dogme des économistes à qui le gouvernement français paye des auditeurs et une chaire publique pour propager leur science. Les autres symptômes du virus révolutionnaire que les docteurs de l'économisme ont inoculé à la nation française , se révèlent par l'accroissement du nombre des délits constatés par la statistique criminelle, par le succès scandaleux de ces journaux qui ne sont que les annales du crime , par l'état de nos prisons qui crèvent partout d'embonpoint. Incroyable folie que cette fureur du régicide et des révolutions chez nous , en France , dans un pays écrasé, torturé, avili par la féodalité d'argent , et qui n'aura bientôt plus que le despotisme monarchique pour bouclier contre le despotisme du capital! Sans doute, il est des gouvernements inhumains par essence, des gouvernements dont les intérêts sont fatalement hostiles à ceux des gouvernés. Ce sont les gouvernements de castes, ceux de Rome, avant Au- ^;r ' J'imprimais cette phrase en 4845; les symptômes de la maladie n'étaient upparer ment qu'étouffés.
SOLIDARITÉ DES INTÉRÊTS MONARCII. ET bí,MOCRAT. 95 guste; ceux de Sparte, de Venise , d'Angleterre , les oligarchies et les aristocraties , républicaines ou non, affublées ou non affublées d'un vain semblant de royauté, comme l'aristocratie anglaise. Sous ce régime de castes , en effet, il n'y a pas de peuple; ou bien le peuple est une chose qui s'appelle indifféreriirnent l'ilote, l'esclave, le serf, le manant, l'Irlandais. C'est une race vaincue qui doit son travail et son . sang à la (i[ race victorieuse , jusqu'à la consommation des siècles. Pourquoi s'est-elle laissé vaincre ! Vice victis!... Ainsi disaient aux Romains les barbares Gaulois qui prirent Rome, et plus tard aux Gaulois les barbares du Rhin, les Francs qui asservirent les Gaules! r ce victis! quand par hasard cette race asservie se révolte pour réclamer ses droits, ou simplement pour demander du pain et du travail, les délégués de la classe victorieuse lui répondent par l'apologue insolent de Ménénius Agrippa : « Nous. le sénat romain, les patriciens, ou les lords d'Angleterre , ou les magnifiques seigneurs de Venise , nous sommes l'estomac du corps social, dont la fonction est de digérer la substance du travail public....—Vous , le peuple, les manants, vous &es les jambes et les bras condamnés au travail et á la peine et chargés par Dieu d'alimenter nos loisirs. Travaillez donc et bénissez-nous , au lieu de vous révolter et de vous plaindre ; car si nous n'avions pas la bonté de digérer pour vous, vos muscles s'énerveraient bien vite, et vous seriez privés par là de l'avantage de continuer à vous exténuer pour nous 1 . » ' Les banquiers philanthropes et helvétiens , dont lú réputation de
96 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. Quand ces arguments-là, qui font le bonheur de Tite-Live , de M. Rollin et de tous les professeurs d'humanités, ne réussissent pas sur le peuple , alors les patriciens proclament la loi martiale, et l'on mitraille le peuple qui se tait, et tout est dit. Ah! ils n'ont pas de pain ( se mettre sous la dent, eh bien! on leur donnera de la baïonnette dans le ventre. (Paroles d'un conservateur modéré de 1834.) Dans ces pays d'oligarchie , pays privilégiés de la souffrance, il n'y a pas de nation , je le répète. L'histoire nationale est celle des familles patriciennes. La cruauté, la cupidité, le mépris de toutes les lois divines et humaines, l'insolence et la morgue sont les caractères saillants du despotisme de caste. Les patriciens de Rome nourrissent les murènes de leurs viviers avec de la viande d'esclave, parce que le savant gastronome Hirrius ou un autre a découvert que cette nourriture avait la propriété d'engraisser en peu de temps les murènes et de raffiner leur chair.... Qu'y a-t-il à dire à cela? Les plus vertueux de l'époque n'enseignent-ils pas des principes analogues? Le vertueux Caton, entre autres, ce type vénéré de la moralité antique, n'a-t-il pas proclamé et mis en pratique ce précepte d'économie domestique et agricole : qu'il faut se défaire de son esclave, aussitôt qu'il est vieux '. Les Romains les plus charitables se débarrassaient de ces vieux esclaves en les exposant sur une île déserte dú `Libre où ils mouraient de faim. Jules César, l'homme vertu et de probité est le plus solidement assise , ne donnent pas d'autre mission aux journaux qu'ils subventionnent, que de paraphraser chaque jour l'apologue de Ménénius. ' « Vendat senem servum.... et bovem. » (Cato, de Re rustica.)
SOLIDARITÉ DES INTÉRÊTS MONARC$, ET DÉMOCRAT. 97 du peuple et l'ennemi de l'aristocratie, fut le premier qui arracha du cirque les gladiateurs et les esclaves condamnés à périr sous la dent des lions et des tigres, et qui les enrôla dans ses troupes. Il traitait avec la même humanité les prisonniers de guerre, ce qui rallia à sa fortune tant de dévouements incroyables. Une de ses légions formée de soldats gaulois, la légion Alauda, contribua puissamment au succès de la bataille de Pharsale. Ce qui n'empêche pas que toutes les apologies des philosophes ne soient pour le vertueux Caton et tous leurs anathèmes pour César, ét que Voltaire n'ait jugé à propos de faire assassiner le vainqueur de Pompée sur notre scène, comme tyran. Les Spartiates, ennemis de l'oisiveté et très-chers aussi aux moralistes, s'exercent à tuer des ilotes à. coups de flèches , pour s'entretenir la main , , et ils les enivrent de temps à autre, pour inspirer à leurs enfants le dégoût de l'ivresse. Les lords anglais , plus philanthropes et plus vertueux que les Spartiates, le dimanche surtout, les lords anglais ne tuent pas leurs Irlandais; ils se ,contentent de les laisser mourir d'une maladie singulière : « une maladie dont les symptômes disparaissent aussitôt qu'on donne à manger au malade, » dit un écrivain anglais dans un rapport sur la détresse des classes laborieuses en Irlande 1 . Toutefois, comme les ' Il n'y a pas de joùr où les journaux anglais , qui décrivent si complaisamment les magnificences de la toilette du marquis de Westminster, et qui donnent le nom de ses diamants, n'enregistrent un peu plus loin plusieurs cas d'individus morts de faim (death from starvation). Puis après, ils nient la famine. Quand Auguste avait bu, la Pologne était ivre,,.. 7
DE LA FÉODALIT É riNANCI$EE. CHAPITRE IV. Conséquence» de l'affaiblissemen t de l'autorité. L'affaiblissement de l'autorité amène l'abandon du faible, du travailleur. Quand le capital n'a plus d'obstacles à redouter de la part de l'autorité, protectrice providentielle et naturelle du travailleur, le capital spolie sans pitié le travail et lé talent de leurs droits, ou bien il les rémunère à son bon plaisir. Ce bon plaisir est devenu la loi des transactions industrielles. Le capitaliste a mis le pied sur la gorge au consommateur et au producteur. li les a odieusement rançonnés tous les deux. Il a acheté trois francs ce qui en valait six, et vendu six francs ce qui en valait trois. La concurrence exterminatrice, engendrée par l' anarchie , a réduit les salaires de l'artisan au-dessous du minimum suffisant à assurer la nourriture de celui-ci. Les travailleurs ont poussé eux-mêmes à cette réduction en se faisant concurrence entre eux, et ils ont eu à subir en même temps la concurrence des maîtr"es. Celle des machines est venue donner à l'ouvrier le coup de grâce. Tous les progrès de l'industrie et de la science, qui devraient être un bienfait pour l'humanité en général en activant les ressources de la production et en allégeant le travail de l'homme , se sont convertis pour le travailleur en instruments d'oppression et de 404
CONSÉQUENCES DE L'AFFAIBLISSEMENT DE L'AUTORITÉ. 105 ruine. Les machines pacifiques sont devenues des machines de guerre entre les mains des capitalistes, qui s ' en sont servis pour écraser leurs malheureux concurrents; et le monopole de l'industrie lucrative s'est constitué entre les mains des riches. Les progrès du morcellement et de l'usure ont marché de pair avec ces empiétements du capital que le frein de la loi n'arrêtait plus; car c'était la liberté, la libre concurrence prêchée par les économistes qui engendrait le monopole et ses suites. Une effroyable et progressive indigence s'est étendue sur les districts manufacturiers, et comme un voile funèbre a intercepté les derniers rayons de sentiment religieux qui réchauffaient encore l'espérance du pauvre et soutenaient son courage en ses afflictions. Au spectacle des iniquités dont il était victime , et que Dieu et le gouvernement toléraient sur la terre, le travailleur s'est pris à douter de la justice de Dieu et de celle des rois, et il s'est rué dans son désespoir contre les autels et les trônes qui ne le protégeaient pas. L'insuffisance du salaire a rendu le travail répugnant, et chassant l'artisan de l'atelier, l'a jeté sur la voie publique et l'a livré à toutes les suggestions du vice. Alors le gouvernement et les riches ont élargi leurs prisons et augmenté leurs armées pour résister à la nouvelle invasion des barbares. Des prisons et des soldats, dont il faut prendre les dépenses d'entretien sur le travail du peuple ! c'est tout ce que les savants et les hommes d'État ont su imaginer pour prévenir l'explosion des besoins révolutionnaires, engendrés par la misère,"le désespoir et la démoralisation des classes laborieuses.
106 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. Des prisons ! quand il y a des malheureux qui sollicitent comme une grâce d'y être admis jusqu'à la fin de leur misérable existence, pour être sûrs d'un grabat et d'une nourriture de chaque jour ! Le gouvernement et les riches ont aussi conseillé l'usage des caisses d'épargne à ceux qui demandaient de l'ouvrage et du pain. Ils ont envoyé des livres de sagesse aux pauvres filles qui ne savent pas lire , pour arrêter les progrès de la prostitution qui ruisselle sur le pavé des grandes villes. Et comme les désordres et les intempéries des saisons amènent quelquefois à leur suite une épidémie désastreuse qui décime les populations, ainsi l'anarchie commerciale, et les folies des gouvernés , et la pusillanimité honteuse des gouvernants, ont amené le fléau de la féodalité industrielle et financière, l'un des plus ignobles fléaux qui puissent affliger les nations.
OHIGIN.E ET AVL`NEM1tENT DE L A FÉODALITÉ. 4 0 7 •t CH A PITR E V. rroda3Ete industrielle. — Son — eem garogrê g . — tito;n enrtactá-re. Les jours de la féodalité financière sont donc venus. La France subit aujourd'hui le joug de cette puissance et il n'y a pas d'au.re gouvernement que la banque , je qu'à le répète pour la dixième fois. } Le roi , les chambres n'existent 'à. la condition de servir ses exigences et ses caprices. On a écrit -.:pendant dix ans que le roi Louis--Philipre t liait sa l , couronne d'une demi-douzaine de banquiers en péril de suspension de payements. Le haut banquier et le haut industriel sont assez partisans des révolutions, quand leurs spéculations financières tournent mal. lis vident volontiers en ce cas leurs ateliers sur la place publique , pour, le cas de leur déconfiture arrivant , pouvoir mettre leurs pertes de jeu sur le compte de leur patriotisme, et faire endosser par la révolution triomphante leurs traites protestées. Quand ils se sont posés de la sorte en victimes, il n'est pas rare de voir, et le roi qu'ils ont fait et le peuple qu'ils mènent, se cotiser pour venir au secours de ces débiteurs en retard. Et pendant que, grâce à ces libéralités calomniées, l'industriel se refait, et que son escarcelle de mendiant se métamorphose en comptoir général , les assasssns, chauffés par les prédications de la presse et des If
108 DE LA FÉODALITÉ FINANCiÈRE. clubs , préparent contre la personne du chef de l'État leurs machines infernales et interdisent au roi les rues de sa cité. A l'homme de Bourse, au parasite, la popularité et l'or ! Au roi , à l'homme de peine de la nation, les balles parricides et les malédictions du peuple ! La devise gouvernementale du parti des banquiers et des moitiés de receveurs généraux du Nord est celle-ci : Le roi reçoit des balles et ne gouverne pas. Un petit journal intitulé la Chronique, qui vivait en 1846, écrivait que la royauté financière de M. de Rothschild était de beaucoup préférable à la royauté officielle du roi Louis-Philippe, par la raison que le juif n'avait pas de balles à parer. M. Guizot et M. Thiers sont de grands orateurs et des historiens distingués qui ont écrit de nombreux volumes sur les choses du passé. Ces deux hommes d'État sont assis depuis quinze ans au gouvernail des affaires. Eh ! bien, je pose en fait, que si on leur eût demandé il y a deux ans sous quel régime ils vivaient, et quelle puissance ils servaient à deux genoux, ils ne l'auraient pas dit. Car cette puissance dont ils exécutaient les ordres avec tant de souplesse , cette féodalité industrielle dont ils ne sont que les humbles esclaves, ils ne la connaissaient pas; ,ils ne savaient pas même le nom de l'idole qu'ils encensaient. Il a fallu pour leur oúvrir les yeux, l'entrée de la secte saint-simonienne dans les hauts conseils de Juda. M. Guizot et M. Thiers ministres, ont compté bien longtemps treize mille francs tous les mois à l'organe officiel de la coterie régnante, sans que la témérité leur soit venue de s'informer à quels maîtres le pouvoir soldait ce tribut de la peur. Je pardonne à ces deux mi-
, t.. . )1, ORIGINE ET AVÈNEMENT DE LA FÉODALITÉ. 109 nistres tout le bien qu'ils n'ont pas fait depuis quinze ans, car il ne dépendait peut-être pas d'eux de mieux faire. Ils ont vu des ennemis là où il n'y en avait pas ; ils ont vu les eaux calmes là où miroitaient les écueils. Pilotes aveugles qui ne connaissaient pas la mer sur laquelle ils voguaient, il est peu surprenant qu'ils n'aient pas amené leur esquif à bon port. Quand les Argonautes s'en furent à la conquête de la toison d'or, ils prirent pour pilote Lyncée , dont la vue était si perçante qu'il découvrait les écueils cachés au plus profond des eaux. Et comment ne pas pardonner à M. Guizot et à M. Thiers leur impuissance . et leurs tâtonnements d'aveugles, quand cette aristocratie des écus, qui régne et gouverne de fait et qui dispose de toutes les forces vives de l'État, ignorait elle-même son pouvoir hier encore et ne savait pas qu'elle était constituée? On dit qu'il a fallu toute l'éloquence des renégats de la femme libre , lesquels comptent dans leur bande bon nombre d'enfants d'Israël, pour faire comprendre au roi des juifs l'étendue de sa puissance et la portée de cette salutation du Père : «Sire tous les revenus de ce pays sont à vous.... et aussi nos coeurs et nos plumes. » La féodalité industrielle est constituée : elle tient en ce moment le pouvoir et elle le tient pour longtemps , si la sottise publique lui prête vie. La féodalité industrielle. La féodalité industrielle est une forme de gouvernement prévue et définie , qui a ses conditions et ses
t 10 DÉ LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. raisons d'être , comme la féodalité nobiliaire. t'est une tyrannie que les États sont amenés à subir par la force naturelle des choses , en telles circonstances données. Elle a son caractère distinct et ses institutions spéciales. La féodalité industrielle naît de l'épuisement financier des États, comme la féodalité nobiliaire de l'asservissement de la race vaincue à la rce conquérante. Montesquieu a oublié de la définir, et de nous apprendre sur quelles bases elle repose. Un homme qui avait plus de génie que Montesquieu a eu soin de réparer cet oubli. Je ne le nommerai pas, de peur qu'on ne m'appelle fouriériste; il a été plus malheureux que la prophétesse Cassandre; car on n'a pas cru à ses prédictions, même après que ses prédictions s'étaient réalisées. Il y a quarante-trois ans aujourd'hui que cet homme annonçait pour le temps où nous sommes la venue de la féodalité industrielle , à laquelle il a donné le nom qu'elle porte. On était alors aux beaux jours du traité d'Amiens. Le prophète, qui remplissait alors les hautes fonctions de commis chez un négociant lyonnais, ne s'abandonnait pas aux illusions du Consulat et de la paix. Il annonça, au contraire, la reprise prochaine des hostilités générales et une con'l giration universelle, en comparaison de laquelle les g uerres qui venaient de finir ne devaient être regardées que comme des jeux d'enfants. Il déduisait aussi dans une brochure qui frappa le premier consul, les conséquences financières de ce nouveau branle-bas européen. L'incendie se ralluma en effet quelques mois après
ORIGINE ET AVÈNEMENT lll, LA FÉODALITÉ. 97^1 ?dt la prédiction et s'éteignit au jour dit. Ses ravages iicw avaient duré le temps nécessaire pour obérer tous les États et les livrer aux juifs. L'invasion du fléau s'est faite à répoque assignée pour son apparition. Si la féodalité industrielle ne se trouve encore qu'à l'état rudimentaire en certaines contrées privilégiées de l'Europe, elle est arrivée en France à l'état de développement parfait. Elle a pris pied chez les diverses nations belligéqu. raites, à la suite des guerres de l'Empire, quand les Immenses levées d'hommes que consommaient ces luttes gigantesques eurent forcé tous les gouvernements à recourir aux emprunts nationaux. On peut prendre la fatale année de I 81 5 pour l'ère de la . nouvelle puissance, bien que, dès avant cette époque, la coalition des banquiers et des accapareurs de froment eût déjà fait échouer la campagne de Moscou.... Moscou et Waterloo, voilà les dates que l'in--s tervention du juif dans nos affaires nationales nous rappelle. Et ces dates sont caractéristiques. Comme le gui parasite qui fleurit l'hiver au milieu du deuil de la nature et pendant que le givre est aux branches du chêne sur lequel il s'est implanté, la féodalité financière s'épanouit dans tout son éclat aux jours d'adversité des nations sur lesquelles elle a prise. Sa fortune se fait de la détresse publique. À cette époque de /1815, la France, accablée plutôt que _vaincue , succombait sous les efforts de la coalition de toutes les puissances européennes. Condamnée par le sort des armes à payer une indemnité de guerre d'un milliard cinq cent millions , elle devait r
112 DE LA FÉODALITÉ FINANCIËRE. devenir la proie des traitants cosmopolites qui se liguèrent pour exploiter sa détresse. Alors commença à se constituer ce comité de la haute finance, qui fut plus tard le conseil des dix et qui s'adjugea le monopole présent et futur de tous les emprunts nationaux. La France emprunta à un taux onéreux , car les fonds étaient à cinquante. Le calme fut à peine rétabli en Europe , et 1a France rassise de ses ébranlements, que la Restauration s'abandonna ouvertement à ses tendances contrerévolutionnaires. La politique intérieure de la Restauration ayant été pour beaucoup dans "la rapidité des progrès de la féodalité financière, il est nécessaire de l'examiner rapidement - et sous ce point de vue exclusif. Politique de la Restauration à l'intérieur. L'idée fixe de la Restauration, l'idée qui la perdit, fut de reconstituer l'ancien régime, chose aussi facile, à peu près, que de faire remonter un fleuve vers sa. source. La loi électorale est la véritable charte de la liberté chez tous les peuples; la Restauration fit une loi électorale qui fixa le cens d'éligibilité à mille francs , et qui accorda à tous les électeurs payant ce cens le droit de voter deux fois. Jamais le droit de l'argent n'avait été reconnu par la loi d'une manière aussi insolente. Il s'agissait après cela de concentrer entre les mains des amis du pouvoir les moyens d'arriver à la richesse représentée par cette contribution de mille francs. Il s'agissait, en un mot , de reconstituer une aristocratie
ORIGINES ET AVÈNEMENT DE LA FÉODALITÉ. 113 en faisant pleuvoir sur les nouveaux privilégiés, comme équivalent de la franchise des terres nobles d'autrefois, toutes les faveurs du pouvoir et toutes les largesses du budget. Dans ce but, on rédigea d'abord la fameuse loi financière ou des douanes de 1821--22. Ces lois prohibaient presque toutes les provenances de l'étranger, qui, par voie de représailles,- frappa un impôt quasi-prohibitif sur la plupart des produits de notre sol. La nouvelle loi financière, par exemple, protégeait l'industrie des grands propriétaires fonciers, éleveurs de bétail, par une prime indirecte de cinquante-cinq francs par tête de boeuf -élevé en France, en frappant chaque tête cle bétail -étranger d'un impôt direct de cinquante-cinq francs. On n'aurait pas osé rendre à ces grands propriétaires l'immunité du sol; on la remplaça habilement, en leur accordant sur l'impôt national, sur le budget, une prime magnifique pour tous les produits de ce sol; on trouvait moyen par là de leur rembourser leur impôt. II était difficile d'éluder avec plus d'adresse le principe de la proportionnalité des charges écrite en tête de la loi fondamentale du royaume. Les fabricants de fer, les propriétaires de forêts, d'usines, de. houillères, les grands manufacturiers, les raffineurs, tous les industriels, en un mot, dont l'industrie exigeait la possession de vastes capitaux, furent admis à jouir de priviléges analogues. Ces belles réformes, bien entendu, ne s'opéraient qu'au nom des intérêts de l'industrie nationale , du fer national, de la viande nationale. Au moyen des droits d'entrée exorbitants frappés sur les produits similaires de l'étranger, on attribua aux industries privilégiées le monopole du marché intérieur. Quant aux autres 8
1 120 DE .LA FÉODALITÉ FIí ANCiÈaE. mais la Restauration sortait de la voie financière, elle rétrogradait ouvertement vers 1760, elle appelait au ministère des noms de l'OEil-de-bœuf. 11 y eut lutte entre les deux orgueils. Et la maison des Bourbons de la branche aînée se brisa contre la maison de MT. tels et tels, marchands d'espèces, fabricants de cassonade et de chandelle, appuyés par la presse et par les ouvriers qu'on expulsa des ateliers. La révolution de juillet , c'est la victoire d' li s-- tings de la féodal r ité financière. De ce jour-là , celleci a commencé à se clouter un peu de sa. puissance. Cette révolution de juillet a renversé de fond en comble l'échafaudage des tentatives contre-révolution- naires de la Restauration. La. noblesse y a perdu ses derniers priviléges et ses dernières espérances. `ion bagage est tombé tout entier dans les mains des vainqueurs. Le peuple n'y a rien gagné en droits , ni en bienêtre; les tarifs sur le vin et la viande n'ont pas été abaissés , loin de là. Mais la France y a énormément perdu en influence; car, dès le lendemain de la chute de Charles X, elle a été obligée de renoncer à l'alliance de la Russie et de se jeter dans les bras de l'Angleterre, sa mortelle ennemie. La royauté... Le roi a été assassiné six fois , et sa clémence n'a pas encore lassé la rage des assassins. Il y a dans l'histoire de ces quinze dernières années deux faits qui disent ce qu'est devenue la royauté en France. Aux premiers jours du gouvernement, la .Belgique s'offrit au fils du roi : c'était la réunion à la France. Î
^. OEi1GINE ET AypEIVIENT DE LA FÊODALITÊ. 121 La Belgique est un pays de manufactures de draps et de toiles, de houillc3 et de fonte. Angers, Elbeuf, Rouen et Lille eussent beaucoup perdu a cette réunion. L'offre du peuple belge est refusée. En 1 843 , treize ans après cet échec, le roi des Français, d'accord avec le roi des Belges, essaye de renouer au moins l'alliance commerciale avec la Belgique, ne voulant pas, dit-il, voir à sa frontière des douaniers prussiens. Les drapiers d'Elbeuf et de Roubaix, les fabricants de fer, les éleveurs de boeufs , se constituent à cette nouvelle en petite convention et menacent le gouvernement de lui retirer leur protection , s'il ne retire pas son projet. Le gouvernement du roi a reculé. Nous avons vu les conséquences de la politique de la Restauration , dans ses rapports avec les progrès de la féodalité financière. Achevons l'histoire des développements de celle-ci depuis 1830. Au bruit de la chute de ce trône dont la réédification avait coûté tant de sang et tant de milliards à l'Europe , la peur prit de nouveau les Puissances. Toutes armèrent, toutes furent de nouveau contraintes de recourir aux enfants d'Israël. Quand les emprunts eurent été contractés au taux de quatre-vingts, le comité des dix qui se les était adjugés tous, décida qu'il n'y aurait pas de guerre, qu'il ne fournirait pas d'argent à ceux qui voudraient guerroyer. Alors les fonds remontèrent jusqu'a cent vingt, et les bénéfices réalisés en quelques années , souvent en quelques mois par les
122 DE LA FÉODALITÉ 1 q N NCIÈRE. préteurs, atteignirent des chiffres fabuleux. Le ministère Laffitte et celui du I" mars , les deux pires ministères du gouvernement de juillet, sont aussi les deux époques que , les joueurs à coup sûr se rappellent avec le plus d'attendrissement. Il s'est fait en ce temps , à ee qu'il parait, d'admirables coups de Bourse. La pèche des écus ressemble à celle des goujons qui réussit mieux par l'eau trouble. Si bien que le juif a frappé tous les États d'une nouvelle hypothèque et d'une hypoth è que que ces États ne rembourseront jamais avec leurs revenus. L'Europe est inféodée à la domination d'Israël. Cette domination universelle que tant de conquérants ont rêvée, les juifs l'ont en leurs mains. Le dieu de Juda a tenu parole aux prophètes et donné la victoire aux fils de Machabée. Jérusalem a imposé le tribut à tous les empires. La première part du revenu public de tous les États, le produit le plus clair du travail de tous les travailleurs , passe dans la bourse des juifs sous le nom d'intérêts de la dette nationale. Et notez bien que pas un juif n'a fait œuvre utile de ses mains, depuis le commencement du monde. Saint-Simon et Juda. Cependant, jusqu'en ces dernières.années, la constitution de la féodalité d'argent n'était pas encore chose de notoriété publique. On en parlait vaguement, mais on ignorait les noms propres. Le juif prenait bien, le juif accaparait bien tout ce qu'il trouvait sous sa main à accaparer et à prendre, emprunts nationaux ou chemins de fer; mais il ne faisait, en agissant ainsi,
ORIGINE ET AVÈNEMENT DE LA FÉODALITÉ. 123 qu'obéir pour ainsi dire aux impulsions de son instinct natif. Il accaparait sans se rendre compte; il n'avait conscience ni de ses actes , ni de sa valeur, ni de la force politique de son levier d'accaparement. La théorie, le système , le lien du but commun, manquaient à ces praticiens exercés, à ces tireurs de bourse subtils; les théoriciens leur sont venus. Les débris dispersés de la tribu de Saint-Simon se sont réunis aux débris dispersés de la tribu de Juda, et ces deux grands débris, pour se consoler entre eux, se sont adjugé le partage des dépouilles du monde civilisé, de la France surtout, la crème des vaches à lait, comme dit le juif. L'alliance était d'autant plus naturelle que l'Église saint-simonienne comptait parmi ses fidèles bon nombre de circoncis. On sait le principe sacramentel de la foi saintsimonienne : à chacun selon sa capacité, à chaque capacité selon ses oeuvres. Le rôle indigne que jouent aujourd'hui les apôtres de cette doctrine ne me fera pas être injuste à leur égard , ni méconnaître les services immenses par eux rendus à la cause du progrès. Même mon esprit ne recule pas devant les conséquences extrêmes de leurs théories sur l'héritage. Ils proclamaient cet héritage une grande iniquité, qui nous dit qu'ils n'avaient pas raison, et que leur principe que nous déclarons aujourd'hui révolutionnaire et subversif de toute société , ne sera pas sanctionné demain par l'assentiment universel des sages et écrit dans la loi; car enfin il y a des abus, et des abus odieux et révoltants dans la loi d'hérédité d'aujourd'hui. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple.... le sort m'aura donné pour père un Marceau, un Laplace, un héros qui aura versé
DE LA FÉODALITÉ FINANCIL;RE. pour son pays jusqu'à la dernière goutte de son sang, un savant qui aura consacré au service de l'humanité tout ce qu'il avait reçu du ciel d'intelligence et de génie. Il in eurt, et parce que le but supérieur que ce héros ou que ce savant poursuivait , l'aura coinplétement absorbé pendant sa vie, l'aura détourné du soin de ses affaires personnelles, des affaires de famille, moi, son fils, je ne serai rien, rien que l'héritier d'un nom difficile à porter -- tandis que le fils de l'épicier contemporain de mon père, d'un crétin dont toute l'existence se sera perdue dans les détails d'un négoce infime, et par cela même que cet épicier n'aura jamais songé áà son pays, héritera de cet inutile citoyen le droit de faire des lois, le droit de me représenter, moi , dans les conseils de la nation ! Et vous appelez cela de l'équité, messieurs les partisans de l'hérédité quand même, et vous faites condamner par vos tribunaux, sous prétexte d'outrage à la morale publique, ceux que révoltent d'aussi criantes sottises. Condamnez tant que vous voudrez , moi j'absous , moi je trouve que le fils du riche devrait s'estimer assez heureux déjà de recevoir, eu récompense de la peine qu'il s'est donnée de naître, le droit de commander le travail d'autrui , et de consommer sans produire.... Et puis si vous vouliez sérieusement attacher à votre dogme de l'hérita g e le privilége de l'inviolabilité éternelle, vous auriez dû ne pas commencer par vous vanter, comme d'une superbe conquête révolutionnaire , de l'auto-da-fé de la nuit du 4 août, où furent brûlés tous les titres de noblesse, autant de priviléges que les tribunaux d'autrefois déclaraient aussi inviolables. Vous deviez respecter l'hérédité des charges, celle de la pairie, celle 124 i
r, ORIGINE ET AVÈNEMENT DE LA FÉODALITÉ. 125 de la royauté que vous avez brisée dix fois depuis un demi-siècle; car sachez bien qu'au fond tous ces priviléges sont les mên-tes , et que la transmission héréditaire d'une charge de justice, c'est-à-dire du privilége d'appliquer la loi, n'a rien de plus monstrueux que la transmission héréditaire . du privilége de faire cette loi, ou de choisir ceux qui la font. Quant à l'émancipation de la femme, j'avoue encore que je suis de ceux qui, loin de rodouter cette grande mesure de réparation et d'équité , l'appellent de tous leurs voeux, n'étant pas chose démontrée pour moi, que la femme affranchie profiterait de sa liberté pour se jeter à notre tête, comme le supposent si complaisamment tant de vieilles barbes du parlement et d'ailleurs. J'ai de plus le malheur de considérer comme infâmes tous ces marchés légaux qui se passent par-devant notaire, et qu'on appelle mariages de raison ou de convenance; marchés infâmes où des mères sans coeur vendent la chair de leurs filles. à des vieux, pour un peu d'or ou pour des titres; unions illégitimes, s'il en fut, aux yeux de Dieu, car Dieu ne consacre que celles dont l'amour est le lien. - Plût au ciel que la France n'eût à reprocher aux apôtres de la foi saint-simonienne que de pareils méfaits, des méfaits d'utopie! Mais il y a autre chose que leurs utopies à réprimer et à flétrir, il y a leur pacte ignoble avec la boutique, et leur apostasie C'est chose facile que de formuler un principe. Celui des saint-simoniens n'avait rien de bien hardi, rien de bien effrayant pour personne. A chacun selon ses capacités ^ a chaque capacité selon ses oeuvres. Si le monde n'est pas régi conformément à. cette loi so-
1 i 2G DE LA FÉODALIT£ FINANCIÈRE. ciale , au moins beaucoup désirent-ils qu'il puisse en être ainsi : le difficile est toujours d'appliquer. Le difficile dans l'espèce était de décider qui serait l'appréciateur de la capacité, le distributeur des récompenses proportionnées à la capacité. On sait la façon cavalière dont l'école tranche ce noeud gordien. Le peuple acclame au plus digne. Le plus digne, c'est le plus beau, le plus éloquent, le mieux fait pour captiver les coeurs par ses charmes vainqueurs, comme le duc de Guise de la Ilenriacle; c'est l'individu, en un mot, qui porte le plus visiblement imprimé sur sa face le cachet de l'élection divine. Le Père , l'acclamé, commence par choisir tous les grands dignitaires de l'État; il est rare qu'on ne trouve pas en pareille circonstance des amis disposés à vous servir d'Atlas, à partager avec vous le poids des affaires publiques; ces amis élisent le reste des fonctionnaires, et voilà la machine sociale organisée de la base jusqu'au faîte; ce n'était pas plus difficile que ça. Alors il y eut un homme semblable aux immortels et nominé Enfantin, non moins célèbre par la puissance de ses effets de queue au noble jeu de billard, que par la fréquence et la distinction de ses parolis à la chasse , et qui , sur la foi de quelques créatures charmantes et sa modestie aidant , se posa comme possédant au grand complet le physique de l'emploi pivotai , et se fit acclamer le .Père en petit comité. Et comme on était au lendemain des glorieuses, et que Paris n'avait pas eu le temps de cuver sa révolution en trois jours; comme l'effervescence bouillonnait encore au fond de beaucoup de têtes , cet homme eut des adeptes, voire des séïdes de l'un et de l'autre sexe,
ORIGINE ET AV)F:NEMENT DE LA FÉODALITÉ. 127 et son espoir s'enfla démesurément avec le chiffre d'iceux; et bientôt le mirage perfide de l'illusion lui fit entrevoir dans un avenir tout proche sa royauté paternelle officiellement installée au vieux trône des Bourbons; royauté de droit divin , celle-là, car elle devait se conquérir par la seule puissance du regard. cc Aux Tuileries dans trois mois, » disait cet homme dans ses rêves de vertige !.... cc Aux Tuileries dans six semaines,» répétait l'infidèle écho de la rue Monsigny, et il y eut même parmi les disciples des impatients qui trouvèrent ce terme de l'entrée en jouissance un peu bien reculé; si bien que le Père, cédant à la contagion de l'impatience, adressa, par la voie du Globe, à la reine Amélie l'épître devenue fameuse, où la royauté du 7 août était invitée , de la façon la plus civile et la plus charitable, à déguerpir du château royal pour faire place à une autre. te malheur voulut que le ministère public prît ombrage de ces prétentions ; que le candidat du bon Dieu, que l'élu du favoritisme fût mandé à la barre d'un tribunal, et que le coup de son regard manquât complétement sur ses juges, lesquels le condamnèrent, lui et les siens, à la prison et à l'amende. Je n'ai pas besoin de rappeler comment, à la suite de cette condamnation , les disciples déroutés se dispersèrent par le globe , les uns à la recherche de la femme libre , les autres à la recherche d'un emploi de quinze cents francs. Le Père , qui avait été ridicule devant ses juges et qui vit bien que la sentence de ceux-ci avait tué dans l'opinion sa puissance de fascinateur comprit aussitôt la nécessité de r. ecourir à un autre moyen pour
'4S '128 DE LA FÉODALITÉ rINANCIÉRE. rentrer en possession des Tuileries. Le château des Tuileries joue dans l'épopée saint-simonienne le même rôle que la terre d'Italie dans l'histoire des pérégrinations d'Énée, cette terre qui se lève tous les •matins à l'horizon et qu'on n'aborde jamais. Itaiam.! Italiam! Le Père se tourna du côté de l'or, et résolut d'opérer exclusivement désormais par la puissance attractive du métal. Charles Fourier et Saint-Simon avaient dit comment se fonde la féodalité financière. Le Père décida de la fonder. Les éléments de la nouvelle puissance étaient là dans la main des juifs , tout prêts à fonctionner; il ne s'agissait que de relier les diverses .pièces de la machine et de lui donner l'impulsion. Le Père se dit : Je serai l'âme qui animera cette machine, » et la chose se fit. Certes , il y avait de la cervelle sous ce front magnifique, et je commence à me rendre compte d.e l'influence qui fit tant d'esprits distingués dociles à l'autorité de cet homme. Je commence à m'expliquer que de grands penseurs , que d'habiles écrivains ayant nom jean llaynaud , Pierre Leroux. , Abel Transon , Moïse Retouret , Michel Chevalier, Ch. Duveyrier et tant d'autres, aient pu accepter avec autant d'abnégation les commandements de cet homme, même ceux qui prescrivaient le jeûne rigoureux d'amour. Pour arriver à gouverner par l'or, à se faire le distributeur des emplois et des grâces , il fallait commencer par se réhabiliter dans l'opinion, par effacer la tache du ver,Oict de la cour d'assises , par donner des gages aux puissances du capital qu'on avait jadis effrayées. Il fut en conséquence décidé en conseil de
ORIGINE ET AVÉNEMENT DE LA FÉODALITÉ. 1.29 l'ordre , que les plus compromis se retireraient momentanément de la scène politique et chercheraient á attacher leur nom à d'utiles entreprises. La justice et l'opinion sont indulgentes dans ce temps-ci aux demi-dieux et aux souverains détrônés ; la concurrence a été si forte pour ces emplois depuis une cinquantaine d'années, qu'on ne sait plus soi-même ce qu'on peut devenir. L'autorité ne crut pas devoir tenir la main à l'exécution de la sentence de la cour d'assises, et faire languir ses prisonniers dans les fers. M. Michel Chevalier commença par se faire donner pour l'Amérique du Nord une mission importante dont il se tira glorieusement, pendant que M. Charles Duveyrier popularisait son nom sur nos diverses scènes dramatiques, et que MM. Lambert etFournel essayaient de reprendre vers les parages du Nil les travaux gigantesques des Pharaons et des Ptolémées. De son côté, le Père acceptait avec humilité, pour mieux dissimuler ses projets, les modestes fonctions de membre d'une commission scientifique algérienne. D'autres avaient trouvé un asile dans le sein de la presse quotidienne où ils tenaient une place honorable. Bref , six ans après la sentence , la doctrine était représentée aux Débats par MM. Michel Chevalier, Adolphe Guéroult et Fournel,. au National par les Pereyre, au Courrier Français par M. Émile Barrault : j'en passe et des meilleurs ; M. Charles Duveyrier trouvait dans les loisirs que lui laissait le culte de Thalie , le temps de rédiger, pour des revues et des journaux quotidiens, des articles remarquables. Dès la fin de 1838, le public oublieux avait perdu le souvenir de Ménilmontant et des prédications de la rue Monsigny ; il né restait plus de l'école t 9
232 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. La loi actuelle et les hommes de la boutique ont pesé la bourse des hommes à idée; et la sentant moins lourde que la leur, ils ont dit à ceux-ci : u Nous vous défendons d'entrer en lutte avec nous, car nous allons débiter notre marchandise à perte , jusqu'à ce que nous vous ayons ruinés ou que nous vous ayons contraints de nous abandonner le monopole de la publicité. » Abusa-t-on jamais plus brutalement du droit du capital? Et le gouvernement, les députés, les magistrats, ont toléré cette usurpation sans mot dire, bien que le procédé d'usurpation fût vicié d'un caractère d'immoralité profonde ; car, pour arriver à l'accaparement de la publicité, la presse industrielle a été obligée de débiter ses produits au-dessous du prix de revient. Or, toute industrie qui débite ses produits audessous du prix de revient, et qui ne rétribue pas les travailleurs qu'elle emploie sur le produit de leur travail, est une industrie immorale, parce qu'elle force les travailleurs à recourir pour vivre, au vol et à la fraude. Il est incroyable que les législateurs n'aient pas compris encore que vendre un objet au-dessous de son prix de revient, c'est commettre un vol réel à l'égard de tous ceux qui sont détenteurs du même objet, et que ce vol doit être plus sévèrement puni que tous les autres, puisqu'il entraîne fatalement à sa suite les faillites et les catastrophes commerciales et les suspensions de travaux , toutes calamités qui se résument en aggravation de misères pour les travailleurs. La vente au-dessous du prix de revient, est l'arme que les gros capitalistes emploient pour ruiner les
n LES AUXILIAIRES DU COMMERCÉ. 23S petits qui leur font concurrence. C'est par ce moyen que les entreprises de messageries qui desservent encore aujourd'hui les principales villes de France, ont accaparé le monopole des transports. En baissant leurs prix d'une manière exagérée, en transportant les voyageurs à perte, elles ont ruiné les compagnies qui n'avaient pas, comme elles disent, les reins aussi forts qu'elles; et quand elles ont eu conquis le monopole, elles se sont indemnisées sur le public de leurs sacrifices antérieurs. Cette concurrence est tout bonnement une guerre brutale dans laquelle la victoire est acquise d'avance aux plus gros capitaux. Toutes les fraudes commerciales , sans exception , en sont la conséquence. Ainsi, les petits trafiquants dans l'impossibilité de soutenir la lutte contre les marchands en gros, sont obligés, s'ils ne veulent fermer boutique, de dénaturer et de falsifier leurs produits. Jamais un pouvoir qui aurait le sentiment de sa mission, ne devrait tolérer l'existence d'une industrie qui débite ses produits au-dessous du prix de revient., car toute industrie placée dans cette position, ne peut échapper , à la banqueroute, je le répète, que par la fraude ou par le monopole. L'annonce est d'ailleurs de ces arbres qui peuvent se juger à leurs fruits. Je veux la voir périr avant peu sous l'explosion de l'indignation universelle des honnêtes gens. Elle a débuté par le scandale et la police correctionnelle. On sait le rôle qu'elle a joué dans les ravages de cette fièvre de spéculations désastreuses qui signala le cours des années 1837 et 1838, et qui nous est revenue en ces dernières années, grâce au système de
2311 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. ^S^t^.e' concession des lignes de chemins de fer adopté par le 00° gouvernement. L'annonce est coupable d'un plus grand oeter crime à nos yeux, c'est d'avoir enfanté les faiseurs, ) le' et d'avoir mis l'influence politique aux mains d'agio- ^^ e' Leurs de bas étage, sur le concours desquels les pre- len fo1,ce' miers hommes d'État de notre époque sont contraints ^ ^ i)sioe de s'appuyer. Elle a décuplé la puissance et encouragé 'J jies p p encouragé ,;,,,^^^ les prétentions désordonnées de l'aristocratie finan- 'h e ,,oli cière. Elle est pour beaucoup dans cette position de le vassalité où l'État se trouve placé vis-à-vis des hauts ép°iic°1' barons de la Banque. Le souvenir de l'annonce se mariera dans l'histoire 01 à celui des beaux jours de l'agiotage et des orgies de la Bourse, à celui des prouesses des chevaliers du lansquenet, au souvenir de ces temps honteux où un agent de change pouvait gagner soixante mille francs °°°'nf par mois à inscrire des paris ! ^ESa':'. Et le pouvoir est destiné à payer cher un jour sa ï;xï2 coupable tolérance, à l'égard de cette industrie illégitime. En sacrifiant les journaux sérieux, les journaux ane voués au culte d'un principe quelconque, pour assurer la fortune des journaux industriels , il n'a fait que se créer des maîtres avec lesquels il faudra bien qu'il au compte tôt ou tard; et les exigences des monopoleurs jc de la presse seront proportionnelles aux chiffres de leurs abonnés. L'annonce a engendré le feuilleton-roman qui a donné le monopole de la publicité, aux spéculateurs capables de payer un roman cent mille francs. Le feuilleton-roman a tué la librairie et la littérature. Eu effet, ces journaux qui sont forcés de cultiver l'abonné pour l'annonce ne peuvent pas chercher
LES AUXILIAIRES DU COMMERCE. 235 à instruire et à moraliser le peuple, parce qu'il y a plus d'abonnés à gagner en flattant les préjugés du pays et en servant ses passions, qu'en l'éclairant sur ses intérêts véritables. Or, le journal à annonces est tenu de se baisser jusqu'au niveau de la masse, au lieu de forcer la masse de s'élever jusqu'à lui. Ce n'est pas ainsi que procèdent la foi et le dévouement à l'idée, ces nobles éléments du progrès que le pouvoir sacrifie. Une autre fâcheuse conséquence de l'avénement de la presse à bon marché a été la ruine de la presse départementale`, plus impartiale et plus consciencieuse que sa soeur de Paris. La presse de province, obligée de baisser ses prix par suite de la concurrence des journaux de la capitale qui se débitent à perte , et ne pouvant trouver comme ceux-ci des ressources dans l'annonce, a été condamnée à vivre de subventions et de sacrifices, comme la partie la plus honorable de la presse parisienne. Alors la question des annonces judiciaires est devenue pour la presse départementale une question de vie ou de mort, et l'administration a déloyalement exploité sa détresse. Le journal politique a trouvé encore ici d'immenses avantages en raison de sa liberté d'allures, sur le journal scientifique, sur la revue hebdomadaire ou mensuelle , qui se consacrent exclusivement au développement de tel ou tel principe religieux ou social. Ces journaux , ces revues, qui n'ont jamais pu avoir la pensée de prospérer par l'annonce, ces recueils qui ne pouvaient vivre que par l'abonnement, n'en ont pas moins été obligés de baisser leurs prix d'abonnement, par suite de la réduction du prix des journaux qui ne vivent que de l'annonce. Et comme le plus
236 DE LA FÉODALITÉ FINANCIIRX. souvent ces prix d'abonnement qu'il a fallu baisser encore, avaient été déjà réduits au minimum par le dévouement et le désintéressement des fondateurs, il s'en est suivi que les hommes de progrès, que les hommes d'intelligence ont dû renoncer à leur oeuvre, ou bien se condamner à des sacrifices au-dessus de leurs forces. C'est-à-dire que le triomphe du journalisme industriel, veillé à la propagation du rob anlisyphililigue et au succès du nafé d'Arabie, a pour corollaire obligé la ruine du journal sérieux , voué à l'enseignement des idées religieuses , politiques ou sociales. Cette position d'infériorité désastreuse que le triomphe de la presse mercantile fait à la presse à idées, est la plus cruelle condamnation de la législation qui régit la publicité en France. Si nous avions un gouvernement véritable , une administration qui sût ou qui voulût oser, demain , toutes les anomalies monstrueuses que je viens de signaler cesseraient. Demain il serait écrit dans la loi qu'il ne peut pas y avoir promiscuité entre la publicité des idées et la réclame industrielle ---- que le journal destiné à l'enseignement du peuple, ne doit pas continuer à faire l'office de la grosse caisse du marchand de vulnéraire suisse... Et cette loi réduirait le cautionnement des neuf dixièmes , exigerait la signature de tous les articles du journal, abolirait le timbre, réduirait les frais de poste, et reléguerait l'annonce industrielle à sa place dans des feuilles ad hoc qui payeraient tribut à l'État pour l'annonce des marchandises comme pour celle des ventes judiciaires. Immunité à la propagation de l'idée qui peut éclai-
1 C;IT 1I' LES AUXILIAIRES DU COMMERCE. 237 rer les hommes et les rendre meilleurs, voilà le principe libéral qui doit dominer la matière ; mais que d'aucune façon, l'industrialisme qui bénéficie et spécule , ne puisse profiter du privilége accordé aux intérêts supérieurs de la pensée. Plus de promiscuité par conséquent entre l'idée et le trafic, entre le journal et l'annonce. Plus de promiscuité, pour que le journal rentre dans les conditions normales de sa nature, pour que sa fortune et celle de ses écrivains n'aient plus d'autres bases que la supériorité de talent et Futilité de la publication. Plus de promiscuité , pour que la Quotidienne ne soit plus forcée d'annoncer les chansons de Béranger, ni le Charivari les oeuvres de M. de Girardin; pour que le Constitutionnel, que M. Eugène Sue a retiré de la tombe , n'insulte plus dans son premier Paris aux théories professées dans le feuilleton sauveur par M. Eugène Sue ! Mais le gouvernement tremble à l'idée de l'émancipation de la presse. Ce n'est pas lui qui devrait trembler pourtant, mais bien plutôt ces hauts et puissants seigneurs du journalisme qui le tiennent à la chaîne et qui lui vendent leur protection si cher. Car le premier effet de cette émancipation serait de l'affranchir, lui d'abord, d'un joug humiliant ; et l'opinion publique n'aurait plus à déplorer des scandales comme ceux dont nous sommes les témoins chaque jour. Par exemple, le cabinet du 29 octobre n'aurait pas été condamné à confier les fonctions éminentes de commissaire royal près le Théâtre-Français à un M. Buloz , personnage non lettré et non français , qui a attribué la tragédie de Cinna à Racine.., et cela parce que ce M. Buloz portait deux Revues ci sa ceinture!...
238 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. La presse gouvernementale. Non-seulement le gouvernement n'a rien à redouter de l'émancipation de la presse, mais aucun parti n'est en meilleure position que le gouvernement pour régner par la presse émancipée; et des ministres qui disposent du búdget, qui payent un si grand nombre de fonctionnaires publics , ne sont pas excusables de n'avoir jamais travaillé à rallier à la défense du pouvoir les écrivains les plus célèbres et les plus populaires du pays ; car tous les hommes puissants par l'intelligence sont les défenseurs nés des pouvoirs intelligents, de l'autorité et de l'ordre. Mais pour rallier à soi ces hautes individualités , ces plumes populaires , il faut avoir le courage de dire tout haut à la tribune ce qu'on veut et où l'on va; et ce n'est pas avec des déclamations hypocrites contre l'essor des passions mauvaises qu'on peut espérer de séduire les esprits généreux et de les attacher de coeur à la cause du gouvernement. Hommes du pouvoir, qui vous êtes élevés par l'éloquence et le savoir aux premiers postes de l'État , ouvrez largement au talent la carrière des emplois et des honneurs , afin que les plus capables puissent s'élever comme vous. Faites la part belle au savant, au poète , à l'orateur, à l'artiste, pour que toutes ces supériorités légitimes unissent leur influence à la vôtre; pour que toutes ces forces de l'intelligence , rayons ternes et froids aujourd'hui qu'ils sont disséminés sur la surface du pays, se condensent et s'unissent dans la sphère du pouvoir, en un éclatant foyer de lumière et de vie. Parlez de liberté , de charité , de gloire , à cette nation si facile à
LES AUXILIAIRES DU COMMERCE. 239 gouverner , quand on sait la prendre par le coeur; exposez vos moyens pratiques d'améliorations sociales , pour que le peuple soit certain que vous vous occupez sérieusement de son sort. Essayez d'entrer dans cette voie, et appelez à vous ; vous verrez s'il manque d'esprits généreux pour répondre à votre appel , et si cette nation est aussi _ingouvernable que vous le prétendez... Mais au lieu de cela, voici que j'entends M. Thiers, un ex-président de conseil, un personnage cinq à six fois consulaire, qui nous dit : qu'un journal ministériel ne doit être qu'un poteau... Et M. Duchâtel , un ministre de l'intérieur, qui définit l'écrivain gouvernemental le plus habile : celui qui s'entend le mieux à développer le côté inutile des questions ! Alors il a bien fallu que la malheureuse presse gouvernementale finit par se conformer en tout lieu au programme tracé par la main de M. Thiers et de M. Duchâtel. Car il y a une presse gouvernementale et j'ai quelques raisons pour l'a:fl'irmer, ayant tenu dix ans ma place dans cette presse , et connaissant à fond le personnel de ses écrivains , parmi lesquels plusieurs sont de ma création. La presse gouvernementale est subventionnée sur le budget de la marine, dit-on, d'abord et ensuite sur ce fameux million de fonds secrets que le ministère reçoit chaque année des deux chambres , comme témoignage de confiance et de bonne amitié, mais à charge néanmoins par le ministère, est-il écrit dans l'acte de donation , de protéger la société contre l'explosion des passions mauvaises qui
VI 0 DF. LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. fermentent dans l'ombre. M. le comte Duchâtel, ministre de l'intérieur , ayant eu un jour la singulière audace de nier l'existence de la presse gouvernementale à la tribune, je me vis forcé , à mon grand regret, de lui infliger un démenti public et solennel sous lequel il s'est incliné. J'aime à espérer que la leçon lui sera profitable pour l'avenir et lui fera comprendre l'obligation de renoncer à sa honteuse tactique qui n'en a jamais imposé à personne. Le chiffre de la subvention s'est élevé quelquefois à des sommes énormes, notamment sous le ministère du 11 octobre, qui entretenait richement soixante-dix journaux à la fois. Je sais une feuille de province dont on m'offrit la rédaction dans les temps , et à laquelle le ministre des fonds secrets allouait une rétribution mensuelle de cinq mille francs. Dans le procès du Globe, il fut prouvé que le caissier de cette feuille recevait cinq mille francs par mois d'une main généreuse et inconnue de la rue de Grenelle. Si le concours du Globe, journal insulteur à quinze cents abonnés et à petit format était payé soixante mille francs en 'J 845 , on peut calculer par approximation le chiffre du subside accordé aux journaux de grand format l'Époque et les Débats, en retour de leur bienveillance désintéressée. Dans le temps que les Débats en étaient encore au petit format , sous le 15 avril , j'entendais dire tous les jours au cabinet du ministre , que le concours de ce journal coûtait douze mille francs par mois au ministère, et dans cette somme n'était pas compris un appoint de mille francs par mois pour le fils de la maison. Je suppose que cet état de choses un peu mesquin a dû s'améliorer depuis. M. Thiers est un ministre , à la main large en fait de
LES AUXILIAIRES DU COMMERCE. 241 subvention aux journaux protecteurs. C'est lui qui a inventé de complicité avec M. de Rémusat le payement des subventions en billets de banque, dans le but d'affranchir les écrivains ralliés d'une formalité compromettante , et qui les gênait cruellement. 11 faut savoir que . les écrivains, avant l'avénement du 1 er mars, étaient soldés au moyen de mandats sur la caisse Gérin qu'ils étaient tenus de signer, ce qui faisait preuve de leur dépendance. Le payement en billets de banque que le chef du cabinet vous remet de sa propre nain a l'avantage, en dissimulant tout nom propre, de permettre à la vertu de s'humaniser. La loi sur les annonces judiciaires qui a permis au ministre de la justice de faire de cette source de revenus un monopole pour la presse bien pensante, a considérablement allégé depuis quelques années la charge de la subvention de la presse ministérielle. Je n'oserais pas affirmer qu'il y eût maintenant, en dehors de la presse parisienne , plus ; d'une dizaine de feuilles directement entretenues par le caissier des fonds secrets. J'ai longtemps tenu ma place , comme j'ai dit, dans cette presse gouvernementale subventionnée , tout le temps que la cause de l'ordre et du pouvoir a été mise en question et que les ministres ont pu alléguer les difficultés de la situation et l'émeute pour excuse de leur inertie. Car c'est une de mes faiblesses, d'attendre tout pour la cause démocratique, du ralliement du pouvoir et du peuple , de n'attendre rien ou presque rien du peuple seul. J'ai renoncé généreusement aux riches sinécures, à la faveur ministérielle, aux mollesses du far niente, le jour où il m'a 1 16
248 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. intérêts. L'écrivain ministériel n'eut pas la présence d'esprit de souffleter son adversaire sur l'une et l'autre joue, à l'heure même, et de déposer trente-deux francs sur le comptoir du greffier. A Lille, j'avais été remplacé par un rédacteur de la Glaneuse; à Toulouse, quelques années plus tard, je remplaçais à la rédaction de la feuille ministérielle la France méridionale, un ex-rédacteur de la Tribune; et quand j'abdiquai définitivement le titre d'écrivain ministériel , on me donna pour successeur, à ce dernier journal, un jeune étuviste en déconfiture, fort peu versé dans l'étude des matières politiques et sociales, mais très-fort sur le violon. Veut-on avoir une idée de la facilité des moeurs et de la légèreté du ton de la presse gouvernementale? quelques traits suffiront. Un membre du bureau de l'Esprit public ayant donné un jour sa démission , sous prétexte de dégoût des sinécures (la scène se passait sous le 15 avril) , l'ami du ministre prit la peine de se déranger de son travail pour venir demander à l'écrivain scrupuleux la permission de faire tirer son portrait à un nombre considérable d'exemplaires.... désireux qu'il était, disait-il, de conserver à la postérité les traits et la physionomie d'une espèce primitive que tout le monde croyait depuis longtemps perdue. C'est sous ce même ministère du 15 avril qu'eut lieu une mystification amusante qui fit à son auteur un honneur infini : deux écrivains d'une feuille ultradoctrinaire, deux séides fougueux de M. Guizot d'avant la coalition, vendus á M. Molé, sans le savoir et sans le vouloir.... vendus et non payés par le négocia-
LES AUXILIAIRES DU COMMERCE. 249 teur qui prit sur lui de conclure le marché, et qui garda fidèlement le secret et la somme. La mystification valut plus tard force plaisanteries aux victimes (quorum pars....) , plus le titre d'ingrats. J'ai voulu faire ces confidences au public , d'abord pour lui montrer l'incurie profonde qui règne dans les conseils du pouvoir, et aussi pour détruire dans son esprit ce soupçon qui est si bien dans les moeurs de l'époque, que ce volume pourrait bien n'être que l'explosion des ressentiments de mon amour-propre froissé et de mon ambition déçue. Hélas ! non , je ne suis pas de ces valets de plume cassés aux gages qui mendient le pamphlet à la main, et personne n'a moins que moi le droit de se plaindre de l'ingratitude du pouvoir. Attaché dans un intervalle de cinq à six ans aux cabinets de cinq à six ministres, j'ai pu, sans même tendre la main, m'emparer des plus douces et des plus riches sinécures; et ces sinécures étaient encore à ma disposition quand j'écrivais ces lignes, et quelques amis m'ont blâmé de ne pas les avoir acceptées. M. le maréchal Bugeaud, l'homme le plus puissant de ce pays , m'a fait donner des places malgré moi pour m'attacher à sa fortune , et j'ai renoncé à tout ce brillant avenir par le simple motif que, depuis que j'ai atteint l'âge de raison , le goût des soldats m'a passé. Ainsi la presse ministérielle en général , et à quelques rares et brillantes exceptions près, n'est qu'une seconde édition pas toujours corrigée du Journal des Débats, et ce Journal des Débats est l'organe de l'intérêt exclusif de la haute banque. Le gouvernement emploie donc toutes les influences morales et maté-
250 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. rielles dont il dispose pour favoriser les envahissements de l'élément financier. 11 travaille consciencieusement à river les fers du pouvoir' et ceux du peuple, et il ne lui est pas encore venu à la pensée de changer la thèse de terrain et de faire développer par soixante journaux à la fois le principe sauveur : que les intérêts du pouvoir sont les mêmes que ceux du peuple, et que le peuple et le pouvoir ont les mêmes ennemis. Beaucoup de nous se sont offerts , je parle des écrivains les plus dévoués de la presse gouvernementale, pour mener la bataille , mais toujours les ministres ont rejeté nos offres. La peur de se compromettre avec les hautes puissances financières a toujours apporté à leur bon vouloir d'invincibles obstacles. Et pourtant ce qu'on n'osait entreprendre sur une grande échelle, notez bien , on nous le laissait tenter dans toutes les localités importantes où l'on croyait notre énergie utile. Si toute la presse ministérielle s'était faite plus démocratique que la presse radicale, ce qui n'était pas difficile, ce que je faisais, moi , le pouvoir aurait bien peu d'ennemis aujourd'hui dans les rangs du peuple ; et les banquiers, au lieu d'être ses maîtres, et ses maîtres impérieux, seraient ses trèshumbles valets. Résumons cette dissertation, dont le lecteur est prié d'excuser la longueur. La publicité est inféodée à l'annonce. Le marchand, le notaire et l'avoué, qui sont les distributeurs de l'annonce, sont les vrais maîtres de la publicité. Ce sont des valets de juifs qui font l'opinion publique de la France.
LES AUXILIAIRES DU COMMERCE. 251 Le cabaret. Il est une autre industrie parasite , une industrie commerciale que j'aurais tort de ne pas faire figurer sur la liste des puissances auxiliaires du commerce, car elle joue un rôle important dans le mouvement de la machine représentative : c'est l'industrie du cabaret, un des grands leviers de l'élection. Je ne sais pas le chiffre de l'impôt que le cabaret prélève sur les salaires de l'ouvrier en France. Ce doit être quelque chose d'effrayant et de colossal. Le cabaret s'emplit comme le forum, de la désertion de l'atelier. Sa prospérité, comme celle de toutes i ' les industries parasites qui ont le gui pour emblème, est en raison inverse de la prospérité du pays. Le temps de l'élection, c'est-à-dire le temps des agitations politiques, est pour le cabaret l'époque des pluies d'or. Le cabaret est une lèpre qui s'attache comme la vermine aux populations misérables. Plus cette misère augmente, plus la splendeur du cabaret s'accroît. Les cabarets de l'Irlande s'appellent des palais (gin palace). L'esprit de feu y coule par des robinets de métal étincelant, de magnifiques tonneaux cerclés de cuivre poli, étiquetés et rangés dans un ordre admirable. C'est là que le travailleur malheureux vient s'étourdir sur les conséquences de la réduction de son salaire, et chercher l'oubli momentané de ses souffrances, l'oubli de l'avenir de sa femme et de sa fille. La prospérité du cabaret dit la dépravation des moeurs, le dégoût du travail et de la famille, l'abandon
252 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. du ménage. J'affirme hardiment, sans avoir comparé les chiffres, que la progression du nombre des cabarets marche parallèlement à celle des délits et des enfants trouvés. Le cabaret est la terreur de la mère de famille active et laborieuse. C'est dans le cabaret que se préparent et que se débitent les mixtures falsifiées qui empoisonnent le peuple, sous le nom menteur de vin ou d'alcool. Je n'ai jamais été surpris que les populations des grandes villes aient attribué les ravages du choléra aux maléfices de leurs fournisseurs de liquide; au contraire. Il y a solidarité intime d'intérêts pécuniaires entre le cabaret et le journal politique. C'est le cabaret qui fait la fortune du journal politique, et réciproquement. C'est pour fainéantiser, pour boire, et pour lire ou entendre lire le journal , qu'on va au cabaret. Le cabaret, l'estaminet et le café lui-même, qui n'est qu'un cabaret bourgeois, sont les théâtres où les orateurs se préparent aux luttes de la tribune. Il y a de ces théâtres-là jusque dans les derniers villages de la France aujourd'hui. C'est au cabaret que se traitent les grandes affaires d'élection , de conseil municipal , de garde nationale et autres. Je sais beaucoup de localités où les cabarets sont affermés par les candidats de la chambre, pendant toute la durée des opérations électorales. On y mange et on y boit gratis , au compte des concurrents. Il y a eu à Châlons-sur-Saône , sous la Restauration, une élection qui coûta une quarantaine de mille francs à chacun des deux candidats. En Angleterre , pays plus avancé que le nôtre en matière de gouvernement représentatif, le chiffre de ces dépenses s'est quelquefois élevé à un million. De là une
LES AUXILIAIRES DU COMMERCE. 253 des raisons qui doivent attiédir les esprits à l'endroit de toute réforme électorale, qui ne porterait que sur l'abaissement du cens. Quand le cens électoral sera descendu à cent francs , c'est le cabaret qui sera le maître absolu de l'élection. Je n'aspire pas ardemment après ce résultat. Le pouvoir est un instrument dont le maniement ne s'apprend pas en un jour, et je n'aime pas à voir les armes à feu aux mains de ceux qui ne savent pas s'en servir. Le cabaret est déjà une puissance aujourd'hui, et une puissance respectable. Un banquier philanthrope, M. François Delessert, était député du sixième arrondissement de París avant 'i 837. Le sixième arrondissement de Paris, rue Saint- Martin, rue du Grand-Hurleur, rue aux Ours, est un des quartiers les plus industrieux de la cité. L'ouvrier y fourmille , les cabarets aussi. M. François Delessert ayant coopéré activement à l'établissement des caisses d'épargne, établissements destinés á recevoir les économies des ouvriers, les nombreux électeurs marchands de vin du sixième, furieux de la concurrence, décidèrent que leur vertueux député avait trahi leurs intéréis les plus chers et démérité dans leur estime, et ils le destituèrent du mandat de confiance dont ils l'avaient précédemment investi. Dois-je dire que leur nouveau choix se fixa sur M. Arago; non pas, hélas! sur M. Arago, l'illustre astronome, mais sur M. Arago, l'orateur qui prenait alors la parole dans les banquets patriotiques. M. Arago, tribun ? oh! c'est encore là un des crimes impardonnables de cette abominable anarchie sociale dans le sein de laquelle nous vivons, de détourner fatalement de leur voie naturelle les plus
25h DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. nobles intelligences et les plus magnifiques talents. Voilà un homme que Dieu certainement avait marqué du doigt pour qu'il fit de grandes choses, pour qu'il fût le prince de la science; car Dieu avait donné à cet homme et le génie qui conçoit et l'éloquence qui vulgarise, et jusqu'à la majesté des traits et la puissance physique qui séduisent les masses. Il lui avait également mis au coeur un sentiment ardent de sympathie pour les classes laborieuses; la mission que cet homme favorisé avait reçue de la nature , était évidemment de traduire en applications populaires toutes les découvertes de la science, et de personnifier en quelque sorte le progrès bienfaiteur auprès de ces populations qui souffrent et qui ont si grand besoin de l'aide du génie. Mais la puissance des préjugés et les traditions d'une étroite et stérile politique ont faussé l'essor de cette brillante nature, et égaré les pas du savant dès sa première entrée dans la carrière. Et l'illustre astronome, le ministre-né du progrès pacifique, n'a pas tardé à descendre des hauteurs de la science pour déclamer contre le pouvoir, au nom des prétendus intérêts du peuple , et pour se faire orateur de banquet , agitateur à la suite. Mais qui donc , mon Dieu! défendra le pouvoir, si l'astronome à qui ses études spéciales doivent donner une si haute idée de l'ordre, si des hommes de cette trempe, créés et mis au monde pour comprendre et glorifier le pouvoir, lèvent la main sur lui ! Je viens de donner, à l'occasion de M. Delessert, un des fondateurs de la caisse d'épargne de Paris, une preuve de la puissance politique du cabaret : j'en citerai une seconde. En 1831, quand l'Europe abso-
LES AUXILIAIRES DU COMMERCE. 255 lutiste, effrayée de la triple explosion révolutionnaire de Paris , de Varsovie et de Bruxelles , armait en toute hâte; quand la France avait besoin de toutes ses ressources financières pour s'armer à son tour et parer aux éventualités d'une coalition nouvelle, M. Laffitte eut l'idée de réduire d'un tiers l'impôt sur les boissons. Le moment n'était pas bien choisi peut-être pour réduire les revenus du trésor; mais enfin il y avait moyen de faire que la réduction proposée, une réduction de quarante millions, profitât au producteur (le vigneron}, ou au consommateur (le peuple). Or, la réduction ne porta que sur le droit de débit, c'est-à-dire ne profita qu'à l'intermédiaire , au cabaretier. La petite consommation n'en fut aucunement allégée , parce que les plus fortes réductions sont insensibles pour l'ouvrier qui n'achète qu'au détail, au canon, au petit verre. Alors la consommation demeurant stationnaire, la production ne fut pas activée. On compte dans la capitale de la France plus de vingt mille électeurs, et dans ce nombre près de deux mille marchands de vin, limonadiers, débitants de liquides. Ainsi, les puissantes industries qui exercent la plus large part d'influence sur l'opinion, et par conséquent sur les conseils du pouvoir, sont des industries parasites , vivant de la détresse ou de la fortune du travailleur, et inféodées au capital. Et le pouvoir et le peuple demeurent désarmés sous les coups de cette coalition formidable qui fait l'opinion. On sait maintenant pourquoi nul n'ose attaquer la haute banque, et pourquoi, au contraire, toutes les
256 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. attaques de la politique révolutionnaire convergent vers la royauté. Alors il devient nécessaire de démontrer à l'opinion publique la sottise des préjugés qui la mènent, et pour la faire revenir, s'il se peut, de ses absurdes préventions contre l'autorité, il faut la forcer de reconnaître : Ql 1° Que le peuple français, soi-disant affranchi par la révolution de 89 du joug de la féodalité nobiliaire , ^f n'a fait que changer de maîtres. 2° En second lieu, que ces nouveaux maîtres s'appellent les banquiers, et que l'autorité royale, loin de pouvoir porter préjudice aux libertés populaires , 11 est au contraire aujourd'hui le seul contre-poids capable de faire équilibre à la puissance d'écrasement 1}10 dont le coffre-fort est armé contre les libertés populaires; 11` et qu'enfin la fausse idée démocratique, qui Ic'.°'` s'est acharnée jusqu'ici à démanteler la royauté et ils à la démonétiser dans l'opinion publique, n'a fait que 1^' travailler pour le compte de l'aristocratie financière, t en nous faisant perdre peu à peu tout le prix des cha conquêtes de 89, et du sang versé par nos pères. Pour arriver à cette démonstration, faisons poser devant nous les priviléges de l'ancien et du nouveau l^^ régime. Comparons les priviléges d'autrefois avec ceux d'aujourd'hui, et voyons qui a profité des bénéfices des deux révolutions.
LES ANCIENS El' LES NOUVEAUX PRIVILÉGES. '257 CHAPITRE IX. Les anciens et les nouveaux priviléges. Quels étaient ces anciens priviléges dont nos pères eurent si grandement raison de se plaindre et de se débarrasser ? J'en énumère quelques-uns que je trouve formulés dans les plaintes des écrivains du dernier siècle. Les gentilshommes ne payaient pas l'impôt foncier; ils avaient dans leurs terres le droit de basse et moyenne justice; Ils rançonnaient le voyageur et le marchand par leurs droits arbitraires de péage ; fis possédaient le privilége de la chasse; Le privilége du duel; Le privilége des grades dans l'armée et de certaines charges au parlement et à la cour. Quelques autres droits insolents qualifiés de droits du seigneur, et dont ils n'usaient plus avant 89, s'ils en usèrent jamais. On se plaignait encore des coutumes, des lettres de cachet, de la tyrannie qui pesait sur la pensée; on disait que la fortune de l'État était livrée aux traitants décorés du nom de fermiers généraux; on criait fort contre la dîme, les aides, les gabelles, les commis, contre les douanes intérieures, la corvée, contre les corporations de métiers, les maîtrises et 17
264 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. sur les canaux construits avec l'argent de l'État, c'està-dire avec l'argent du peuple. Elles perçoivent tes produits des chemins de fer construits par l'État avec l'argent du peuple. Toutes les voies de communication payent tribut à la caste financière ; on ne peut plus même passer sur les ponts des grandes villes comme Paris, Lyon , Rouen, sans être obligé d'acquitter le péage imposé par la féodalité nouvelle. Les nobles d'autrefois n'ont jamais rançonné les voyageurs avec la même âpreté que les administrations propriétaires des canaux du Loing et de Briare , qui ont chassé du marché de la capitale les houilles de Saint- Étienne, les vins de l'Auvergne et les fers du Berry. Les nobles d'autrefois n'ont jamais traité les manants avec plus de morgue et d'insolence que le juif du chemin de fer ne traite le voyageur aujourd'hui. Eh bien , est-ce encore la royauté ou la haute banque , la banque des juifs , qui a accaparé ici l'héritage des priviléges de l'ancien régime renversé par nos pères? Privilége de la chasse. Il est pour moi une chose bien prouvée en ce monde, c'est que s'il dépendait de l'aristocratie financière de se faire octroyer le privilége de la chasse, elle en serait investie dès demain. La dernière loi sur la chasse, qui contient quelques dispositions utiles contre le braconnage, ne dissimule pas assez ses tendances vers le retour aux priviléges aristocratiques. Lors de la discussion de cette loi à la chambre des pairs, un honorable membre, un M. d'Oherlin, je crois, demanda
•, IES ANCIENS ET LES NOUVEAUX PRIVILÈGES. 265 que le droit de port d'armes ne pût être accordé qu'à l'individu propriétaire de dix hectares de terrain, au minimum ; et le port d'armes, notez bien, n'est pas encore le droit de chasse. Comme le territoire français ne contient que cinquante-deux millions d'hectares , et que ces cinquante-deux millions d'hectares sont divisés en onze millions de parcelles, l'adoption de la proposition de M. d'Oberlin eût réduit du premier coup la liste des capables du port d'armes à quelque cent mille citoyens. On sait aussi, et l'expérience le prouve chaque jour, que nul n'est plus jaloux de tout ce qui ressemble à un privilége que le nouvel enrichi, et la dernière loi a fait évidemment du droit de chasse une espèce de privilége pour les riches. T'espère cependant que la nouvelle noblesse tiendra moins que l'ancienne à ce droit exclusif de la chasse qui demande, pour s'exercer princièrement, la propriété de vastes immeubles et un appareil dispendieux de piqueurs et de meutes. La propriété immobilière rapporte peu et notre noblesse calcule. Elle cherchera rarement pour ses capitaux ce genre de placement. Elle aimera mieux accaparer le monopole de la chasse dans les forêts de l'État ; ou bien encore, elle se fera concéder gratis le droit de chasse dans les terres de la couronne. On ne refuse pas des galanteries de si minime importance aux capitalistes éminents qui font les élections. Qui est-ce qui a profité encore de l'abolition du privilège exclusif du droit de chasse ravi à la noblesse par la révolution de 89, sinon les hommes d'argent Y
266 DE L A FÉODALITÉ FINANCIÈRE. a^^^^1'tE afa, I; c sa^' ani ne 11c, arie chol, cb; nee I)'a^Il^u ^jIP1C1P cer^cs ^^ ^ • jrPP, Cf rtC^^111112 (^ cuili^ ga^ntr r' ^Ijcs et arr sn u n Li ^ d u Pr t alen ^ j our cl illus t tr e s. cau S ^OCI 1e^: vL ^u Privilége du duel. 11 est assez puéril, je le sais, de rappeler le privilége du duel, à propos des priviléges ravis à l'ancienne noblesse. Mais c'est un fait assez curieux à constater néanmoins , que le privilége du duel lui-. même, c'est-à-dire le droit de tirer par soi-même réparation d'un outrage personnel, soit devenu un privilége de l'argent. Aujourd'hui, quand un jury a absous le prévenu sur le fait d'homicide , la cour ne laisse pas que de le condamnerpour le fait des dommages causés à la famille de la victime. La cour condamne le duelliste à l'amende, et elle prononce la contrainte par corps à défaut de payement; c'est-à-dire qu'il faut être capitaliste pour avoir le droit de tirer vengeance d'un affront que la loi vous laisse à punir, puisqu'elle ne le punit pas elle-même. La responsabilité pécuniaire et correctionnelle qui frappe les témoins interdit plus directement encore le droit de vengeance à l'homme de coeur qui n'a pas de fortune. Cet homme de coeur n'éprouvera aucun scrupule à prier un ami de lui. prêter sa vie; mais il n'osera jamais lui emprunter sa bourse ni sa liberté. Du privilége de s g r a de s. L'ancienne noblesse avait le privilége des grades dans l'armée et des charges aux parlements. J'ai démontré précédemment que les grades dans les armes savantes, tout aussi bien que la plupart des emplois de l'ordre administratif qui exigent le diplôme
,!. LES ANCIENS ET LES NOUVEAUX PRLVIL$GES. 267 d'avocat, étaient devenus le privilége des jeunes gens appartenant à des familles riches, du moins aisées. L'enfant du peuple, qui est forcément exclu des armes savantes par le haut prix des études préliminaires , ne peut donc conquérir ses grades que dans les autres armes, et encore seulement par son courage sur les champs de bataille. Or, quand on ne se bat pas, toute chance d'avancement lui est pour ainsi dire ravie. D'ailleurs, cette carrière militaire que l'enfant du peuple ne choisit pas, mais qu'on lui impose, est pleine de privations et de déboires pour l'officier sans fortune ; car le traitement affecté aux grades subalternes de l'armée ne donne pas littéralement de quoi vivre. Ceux qui défendent le sol ne sont pas mieux récompensés par la gratitude nationale que ceux qui le cultivent. Un agent de change qui sait se tenir doit gagner dans une seule matinée , au jeu des effets publics et à inscrire des paris de joueurs, autant et plus d'argent qu'un lieutenant d'infanterie ou de cavalerie en un an. L'insuffisance des émoluments éloigne également du parquet et de la magistrature les jeunes gens de talent. Tout ce qui a de l'éloquence et de l'avenir aujourd'hui va au barreau, qui rétribue richement ses illustrations, et qui en fait des députés et des ministres. Tous ces talents sont perdus pour la meilleure cause , pour le ministère public, organe de la vindicte sociale. La société se laisse vaincre en générosité par les plaideurs et les empoisonneuses. Singulière société , qui donne la popularité, la fortune et le pouvoir aux protecteurs du crime , et qui n'accorde qu' n peu de froide estime au magistrat laborieux qui
26S DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. travaille à purger cette société de tous ses éléments i mpurs Tous les postes importants de la magistrature sont donc par le seul fait de l'insuffisance des émoluments, inféodés à la fortune, et les hautes dignités sont trop souvent la récompense du vote politique. Tous les jours les anciens services sont méconnus et sacrifiés aux exigences du népotisme et aux combinaisons de majorité parlementaire ; une première présidence de cour est mise à l'encan du vote. L'une des plus illustres notabilités oratoires de ce temps , un jurisconsulte éminent, M. Romiguières, conseiller à la cour suprême, n'a pu être nommé, il y a quelques années, premier président à la cour royale de Toulouse, parce que le gouvernement avait peur d'indisposer par ce choix , revêtu de la sanction de tous les magistrats et de l'opinion publique, peur d'indisposer un avocat e sans talent, un député aux opinions ondoyantes, et qui ne se trouvait pas suffisamment rétribué de ses mérites, d'être monté, en dix ans, du grade de méchant avocat à celui de premier président de cour royale L'hérédité des charges dans les anciennes familles parlementaires, en compensation de ses abus, imposait du moins à l'héritier présomptif d'une charge de conseiller des moeurs et une tenue sévères , en harmonie avec le caractère de ses fonctions futures ; et là où manquait le talent se retrouvaient toujours les traditions de l'honneur, de l'indépendance et de la dignité magistrale. Aujourd'hui, il faut bien le reconnaître, en dépit du principe de l'inamovibilité, c'est le plus souvent le dévouement dii député ou de l'o-
..^,. • LES ANCIENS El' LES NOUVEAUX N1iVILÉGES. 269 rateur politique qui mène aux premières positions de la magistrature; et la carrière du ministère public n'est plus, comme les autres, qu'une lice ouverte à l'ambition politique. Le parquet, pour beaucoup, n'est qu'un échelon pour monter à la députation. Quelques pauvres jeunes gens de province, sans famille, se hasardent encore en cette triste carrière, dans l'espérance chimérique de quelque brillante union matrimoniale. Ils ne savent pas que la robe du magistrat, ainsi que l'habit brodé du sous-préfet, a perdu tout prestige ; et que nos filles de banquiers, dociles aux exemples des riches héritières d'Albion , ne se mésallient plus avec des magistrats ! Ainsi ce prétendu droit d'admissibilité aux grades de l'armée et aux fonctions de la magistrature qu'on nous disait avoir été conquis à l'enfant du peuple par. nos révolutions, n'est qu'une illusion et un leurre ; et c'est l'argent, toujours l'argent, l'argent tout seul qui confère les grades militaires et les charges de conseiller. Les droit s du seigneur. J'ai bien entendu dire à l'Opéra-Comique que les seigneurs d'autrefois s'arrogeaient d'étranges droits sur la personne de leurs vassales le jour même de leurs noces. Tant que la femme demeurera vassale, l'homme s'arrogera toujours d'étranges droits sur elle. Je ne sais si ces droits-là se sont jamais exercés ailleurs que sur la scène de l'Opéra-Comique, en vertu d'un contrat librement accepté; irais ce que je sais positive-. ment, ce (lue tout le monde sait comme moi, c'est que
•)70 DE LA. FíoOALI.TÉ. FINANCIÈRE. ces droits du seigneur s'exercent odieusement aujourd'hui; c'est que les chefs d'industrie, les hauts barons de la féodalité nouvelle n'attendent pas même le jour des noces, pas même le jour de la nubilité, pour prélever sur leurs vassales un infamant tribut. Je sais que l'emploi accordé dans l'atelier au père, à la mère ou au frère, n'est, la moitié du temps, que le prix des complaisances de la fille ou de la soeur. Les mineurs de l'Angleterre se plaignent que leurs chefs d'ateliers les volent sur leurs salaires et sur leur nourriture, et qu'en outre, leurs femmes et leurs filles sont forcées de se prostituer à ces maîtres exigeants, pour qu'ils continuent leur bienveillance aux maris et aux pères. Les ferrancliniers de Lyon etle.siletiers deLille font entendre les mêmes plaintes. Quelquefois ces malheureux subissent l'ignominie en silence, et le père se contente _de maudire la beauté de sa fille , qui la prédestine aux plaisirs de l'opulent. Quelquefois même la mère, dégradée par les secousses d'une misère trop longue, s'habitue à placer une espérance honteuse sur les quinze ans et sur les attraits de sa fille. Un des plus honorables négociants du chef-lieu du Nord, un chef d'industrie, a écrit une fois dans un journal de la localité, que si quelque plume courageuse osait entreprendre la publication des Mystères de Lille, elle aurait à révéler d'abominables scènes d'inceste et de promiscuité.... peut-être, les pères et les frères se hâtant de prendre les devants sur les chefs d'ateliers
LES ANCIENS ET LES NOUVEAUX PRIVILÉGES. 27t Les fermiers généraux. On déclamait vivement au dernier siècle contre les fermiers généraux, surtout les philosophes qui mangeaient à leur table. C'était un concert universel de vertueuse indignation contre le luxe insolent , les rapines et l'immoralité des traitants. Je crois à la réalité des griefs et à la sincérité des accusateurs. Mais est-il bien possible qu'il y ait eu une époque où les Turcarets et les Mondors aient affiché plus de luxe , plus de morgue, plus de ridicules qu'aujourd'hui ! Qui avait donné, je vous prie, à ce nouveau marquis de la rue Grange-Batelière, cette élégante livrée azur, et ce fringant équipage, et la haute surintendance des coulisses de l'Académie royale ? un peu de bonheur dans le placement des vins de Malaga, un peu d'habileté surtout dans la négociation des emprunts espagnols qui firent perdre à la Belgique et à la France une centaine de millions. J'ai déjà dit que le journal le Globe avait cité un jour l'exemple de cette scandaleuse opulence pour démontrer à l'ouvrier que la voie de la fortune était toujours ouverte à la bonne conduite et au zèle. Voyez ces chevaux magnifiques qui s'arrêtent d'euxmêmes à la porte du café de Paris , les Porcherons de la jeunesse dorée de l'époque. Ils voiturent le Richelieu des coulisses, un séducteur hors d'âge, dont la haute cravate encadre glorieusement la mâle et noble face. C'est la pâte pectorale qui lui a fait ces loisirs, qui l'a fait régner en sultan sur Terpsichore et sur Melpomène. C'est la pâte pectorale qui a fait de cet homme un 17*
DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. homme politique de la haute volée. S'il n'est pas député ou directeur général des beaux-arts, c'est qu'un jour qu'il haranguait son troupeau d'électeurs, le mot de France pectorale arriva sur ses lèvres à la place de celui de France électorale qu'il voulait prononcer, et il n'a sollicité depuis aucune candidature. Ce jeune seigneur, orné d'un transparent bleu tendre, qui descend avec lui du somptueux équipage, est un lion édenté de la loge infernale , un courtier de banquier anglais , le même qui a représenté une fois, avec tant de succès, le personnage de la Vertu poursuivant le Crime dans le drame G.... et. Ce juif si laid et si riche , chez qui les quadruples se vannent comme le blé dans la grange, a prié un jour un artiste éminent de lui faire son portrait, avec le nez de M. le duc Decazes. Un écrivain mercantile de haut titre qui tenait essentiellement à gagner les bonnes grâces du roi de la finance, intitula un jour le baron juif : le Dieu des grosses épaulettes de la finance du monde ( textuel). On n'abandonne plus, comme autrefois , les revenus publics aux fermiers généraux qui étaient des amodiateurs de certains impôts; on dénoue avec amour les cordons du trésor national pour que le juif y puise à pleines mains. On emprunte de l'argent à gros intérêts aux banquiers , pour le leur reprêter gratis. On concède ou du moins on veut concéder des chemins de fer du Nord tout construits, quand les chemins de fer d'Orléans et de Rouen, que les concessionnaires ont construits eux-mëmes, gagnent cent pour cent i Ce n'est plus , comme autrefois , de l'abandon et de la négligence de la part du gouvernement; c'est du servilisme rampant, c'est la prodigalité de la peur. Aux temps 272
LES ANCIENS ET LES NOUVEAUX PRI,ILÉGES. 273 de la régence, au moins, le pouvoir n'affichait pas des moeurs puritaines et austères, comme les banquiers philanthropes d'aujourd'hui, et le vice marchait le front levé , s'embarrassant moins de cheminer droit que de chanceler avec grâce. Le cardinal Dubois, vendu à l'Angleterre, avouait tout haut ses sympathies pour les héros et les héroïnes de coulisses, et ne déclamait pas d'une voix hypocrite contre les passions mauvaises, pour se faire continuer dictateur. Or, les banquiers ont réduit de moitié le chiffre de la liste civile du roi, après 1830, en même temps qu'ils décuplaient le leur. Donc , ce n'est pas le roi qui s'est enrichi des dépouilles du pays. lide% et eabeil.es. 11 me semble que les droits réunis et l'exercice ont remplacé avec avantage les aides et les gabelles. Le sel coûte aujourd'hui cinquante centimes le kilo; son prix de revient est d'un centime, c'est-à-dire qu'on le paye cinquante fois sa valeur. Le peuple -des campagnes peut à peine en faire usage pour sa nourriture; il •lui est interdit de s'en servir pour l'alimentation de son bétail. Le sel que la nature a semé à pleines mains - sur les côtes de la France , qu'elle a déposé en blocs inépuisables dans les profondeurs de son sol; le sel qui est le meilleur des spécifiques contre les épizooties en même temps que le premier élément de l'élève du bétail; le sel qui devrait coûter un ou deux centimes. le kilogramme tout au plus, est une denrée de luxe ! 11 faut qu'il rapporte ses soixante millions à l'État, ni plus ni moins. Si yous songiez à. le réduire, les juifs } 18
28U DE LA FÉODALITÉ FINA.1 CItliF,. servage industriel, c'est que le seigneur est tenu de protéger le serf et de lui fournir les instruments de travail, le capital, la terre; tandis que le manufacturier peut se débarrasser de son travailleur et le jeter sur l'île du Tibre quand il n'a plus à en tirer parti. Le noble, comme le monarque, comme le colon même des Antilles, accorde une retraite à l'ancien serviteur; le haut baron industriel le renvoie à la charité publique, à la charge du budget des États , conformément aux principes de la saine morale antique, professée par le vertueux Caton. Cependant, ne nous y trompons pas, quand la féodalité financière sera plus parfaitement constituée, c'est-à-dire lorsque les chefs de la nouvelle caste comprendront mieux leur puissance, ils se diront qu'il y a imprudence grave à eux d'abandonner tant d'anciens serviteurs aux suggestions de la misère. Dès qu'ils reconnaîtront que cette misère, qui engendre les révolutions , ne menace plus qu'eux seuls , ils s'entendront pour en prévenir les explosions, pour accorder une retraite aux infirmités et à la vieillesse, et ils feront pour leurs serfs ce que la noblesse faisait jadis pour les siens, ce que le planteur des colonies fait aujourd'hui pour ses noirs. Il existe dans la société actuelle quelques germes de ces institutions de garantisme. Quelques hauts industriels , plus prévoyants que leurs confrères, ont songé à établir entre les travailleurs et les maîtres quelques liens de solidarité. Dans l'usine d'Anzin, par exemple, les enfants sont déjà instruits, les malades soignés, les infirmes nourris aux frais de la société. J'ai vu d'honnêtes gens, des préfets fort capables même, s'extasier
POE,llIQUE 1) N IHCIïANDS. 281 te` ant ce résultat magnifique de l'esprit de philanthropie. J'auraisvoulu partager l'enthousiasme de tout ce monde ; mais, pour m'amener là, il aurait fallu qu'on me prouvât d'abord que le magnifique résultat de l'esprit de philanthropie n'était pas le manifique résultat d'un calcul fort sensé de la part de M .- M. les administrateurs de l'usine modèle, un ingénieux procédé de concurrence, pour retenir à Anzin, tout en les payant un peu moins cher qu'ailleurs, des travailleurs spéciaux. que des établissements rivaux auraient pu leur débaucher, car Anzin paye moins cher ses ouvriers que les usines voisines, au moyen de sa philanthropie qui séduit l'ouvrier et l'attache d ses maures. Une autre considération me défend encore d'être aussi facile à l'éloge ; c'est que l'adoption générale, par les hauts industriels, du système de prévoyance philanthropique pratiqué à Anzin, déciderait immédiatement l'installation de la féodalité industrielle, un régime où le travailleur, réduit à l'état de bête de somme bien nourrie, perd bientôt sa dignité d'homme, et accepte le joug du capital pour un temps indéterminé. Ou sait que la situation du noir s'est incomparablement améliorée dans les États du sud de l'Union, depuis que les philanthropes de ce pays se livrent à l'élève de l'espèce pour lavente. Je doute que la race se soulève de longtempsdans ces États philanthropiques, où le noir ,^ égar ds et sa femelle sont traités avec les mêmes gar s et dans le même Lut que l'étalon et la poulinière du haras, Les bons apôtres de Saint-Simon, qui dirigent les affaires de la féodalité, n'ont pas manqué d'appliquer aux employés de leurs administrations de chemins de fer les mêmes principes de garantisme et
282 DE LA FÉODALITÉ FINÁNCIERE. de solidarité. Les journaux de l'école libérale, et les économistes, et les badauds, ont poussé à ce sujet des cris d'allégresse vers le ciel. Cet établissement d'Anzin, dont il est si souvent. question dans cet ouvrage, et dont la prospérité coke si cher à la France, peut donner, par son administration actuelle, une idée de ce que sera un jour le gouvernement de la féodalité financière. Les affaires de la société sont gérées par six administrateurs à vie, qui ne relèvent que d'eux-mêmes, et qui nomment le directeur et les nouveaux membres du conseil, en cas de décès ou de retraite de l'un d'eux. Ils ne rendent compte de leurs décisions àpersonne. Les actionnaires n'ont le droit de se défaire de leurs actions qu'après en avoir reçu l'autorisation du conseil des six, qui les achète, si le prix lui convient. Ce régime vénitien, armé du système protecteur, a maintenu l'établissement d'Anzin dans les voies d'une prospérité merveilleuse. Le sol d'Anzin, titre primitif des actions, fut émis, il y a cent vingt-cinq ans, sous la régence, au prix de deux mille quatre cents livres. Ce même sol d'Anzin vaut aujourd'hui près de deux millions de francs. Mais je parierais bien que le prix de la journée du mineur n'a pas varié, à moins qu'il n'ait baissé. Les actions d'Anzin appartiennent, pour les deux tiers ou les trois quarts , à la famille Périer, qui a aussi la manie de posséder, dans toutes les grandes villes de France, les emplacements où l'on doit bâtir des quartiers neufs ou de nouveaux ports, à Paris Boule rouge ), au Havre et partout. Il était une fois un des membres les moins fortunés de cette opulente famille qu'on avait fait directeur de
POLITIQUE DES MARCHANDS. l'établissement d'Anzin, mais qui , au bout de quelques mois d'exercice , avait été reconnu inférieur à son emploi. Alors on le pria poliment de céder sa place à un autre plus fort. Comme il fallait pourtant bien récompenser la bonne volonté dont il avait fait preuve à défaut de génie administratif, on lui donna une préfecture de première classe. C'était toujours assez bon pour la France, si ça ne valait rien pour Anzin. Depuis que ce livre a été écrit, la prospérité d'Anzin a été troublée par des grèves d'un caractère menaçant. On ne peut pas demeurer prophète deux ans de suite avec ces hauts barons. Le mépris de l'intelligence et de la fonction publique est de ton sous le régime de la féodalité d'argent. Demandez-vous à ces hauts barons de la finance une loi qui protége la propriété littéraire, la propriété de l'intelligence , ce don qui vient de Dieu en ligne droite : « Une loi pour protéger la propriété des romanciers et des poètes ! vous répondront-ils avec dédain. Et à quoi bon , s'il vous plaît, prendre les intérêts de gens de cette espèce ? Comment cela ! C'est à nous qu'on demande de protéger des socialistes, des rêveurs , un tas de paresseux qui nous traitent de conservateurs-bornes, et qui veulent traduire les notaires sur la scène , après les avoir outragés dans leurs livres immoraux ! Allons donc, est-ce que nous faisons des vers, nous autres ? est-ce que la société a besoin de lire Jocelyn ou les Mystères de Paris? Point ! point ! que la contrefaçon les ruine, ces écrivains maudits, le plus tôt sera le mieux... Qui les force après 'tout
Qll ^Ql^^a1,`, pQ `,^l . 01 1 ^'^ u o alap oladbQSlo l'eCl^1li de0 a R,lïs ^ Too' les r^;1is, osl es ^ ,. lo ^ ^^ lu ^i,,iur tiu ^ , ^.^'í^i0^ l úi^^ ,,, rr mi( Ie111 ^C+,e ^: llue^ulop^e,^ c'est ( 11 E s i ^l^oilres Tous les >T, buis 19, s o Se reDi'oiü , blesse; cur ^oG ^o6'Í r^81e111e^i riCul'u couC111u,1I, l politique ilE f 1 aCe, ^l1llâl 011tf?pQUrS O r, il Ps l^s ir^lerêl, r ' ' ^ pCe ^ n^ l ' os plu s à l+ ^ a Puis se I, F; ^^^ 264 DE LA FfiODALITÉ FINANCIÈRE. d'écrire? Pour nous, nous n'imprimons que des billets de banque, et la loi punit de mort le contrefacteur..., la loi protége également, contre la contrefaçon, l'enseigne du Chat botté et le rob antisyphilitique! peu nous importe le reste, la société n'a rien à exiger de plus. » Quand je vous répète que ce sont des banquiers et non des écrivains, comme on le dit quelquefois, qui ont fait la révolution de juillet. Cependant le roi de Prusse, le roi de Danemark et la reine d'Angleterre, qui n'ont pas pour les penseurs le même mépris que les hauts barons de la banque, ont déclaré, il y a longtemps, qu'ils étaient prêts à sanctionner de leur adhésion toute mesure ayant pour objet la garantie de la propriété littéraire dans leurs États respectifs ; et M. Guizot lui-même, qui est mi grand écrivain , a introduit une clause favorable à la propriété littéraire dans le récent traité conclu avec la Sardaigne. Espérons. • La politique extérieure, sous le rèzne des marchands, 11 est naturel que le culte exclusif des intérêts d'argent se reflète dans la politique du dehors comme dans les faits quotidiens de la vie du peuple. Par la raison que les juifs n'ont point de patrie, le pays où ils règnent ne peut avoir de système arrêté, de politique nationale, c'est-à-dire qui s'appuie sur les sympathies de la nation. C'est pour cela qu'il n'y a plus en France de politique nationale; il y en a une en Russie et une autre en Angleterre. Dans ces contrées-là le peuple sait ce que veut
PUL1'r[QUE DES MARCHANDS. le chef de l'État ou le pouvoir dominant; il s'associe à la politique gouvernementale; et le gouvernement , fort de l'adhésion du sentiment national, pousse avec ardeur à l'accomplissement de ses vues ambitieuses. 'fous les Russes veulent Constantinople avec le czar ; tous les Anglais, whigs ou torys, veulent l'isthme de Suez et la Chine avec sir Robert Peel ou lord Palmerston. Nous ne savons pas même, nous autres, ce Glue veut notre gouvernement nominal, par la raison que ce gouvernement n'a pas même le droit d'avoir une volonté. Mais ce qu'il y a de fâcheux pour lui, c'est qu'il est responsable de tout le mal que font ses maîtres. Tous les ministres qui se succèdent au pouvoir depuis 1840, s'injurient vainement les uns les autres, en se renvoyant les accusations d'incurie et de faiblesse ; car tous s'agitent dans le même cercle, tous sont également condamnés par une puissance supérieure à pousser à la roue du système de l'abaissement continu. M. Guizot, qui a créé ce mot pour flétrir la politique de M. Molé, son rival, a droit de prendre place, ainsi que M. Thiers, parmi les plus intrépides souteneurs du système par lui si rudement qualifié. Or, il est facile de prouver en quelques pages que les intérêts des juifs qui règnent et gouvernent en France, ne permettent pas au gouvernement du roi, pas plus à M. Molé qu'à M. Guizot, d'adopter un système de politique nationale. Et d'abord, quelles soit les alliances naturelles de la France, c'est-a.-dire les alliances sur lesquelles puisse se baser la politique française ! 1,es alliant-os naturelles (le la France sont celle
2 86 DE LA FÉ0DALITÈ FINANCIÈRE. avec l'Allemagne , la Belgique , la Hollande , la Suisse, le Piémont et l'Espagne. Tous ces pays sont à nous, en effet, par leurs intérêts mercantiles et par leurs sympathies pour la politique de la paix. Tous ces pays ont également à redouter les tendances belliqueuses et usurpatrices de la Russie et de l'Angleterre. Si la France voulait se faire le pivot du système pacifique et progressif, tous les États intermédiaires se hâteraient de se faire les satellites du nouveau centre d'attraction. Alors la France, armée de cette alliance et de ce contre-poids imposant, serait assez puissante pour parler désormais à la Russie et à l'Angleterre le langage qui convient à la France, et pour reprendre im-- médiatement son rôle d'arbitre suprême des destinées du' monde. Elle contiendrait sans peine par sa force d'inertie les velléités conquérantes de la Russie qui veut le Bosphore, et les empiétements de l'Angleterre qui. veut l'isthme de Suez. Elle pourrait opposer, quand elle le jugerait convenable, chacune de ces deux politiques à l'autre, et les neutraliser. Puisqu'il en est ainsi, empressons-nous donc de conclure cette alliance précieuse avec l'Allemagne, l'Espagne, le Piémont, la Belgique. Eh I mon Dieu, le gouvernement du roi n'a jamais demandé mieux , et M. Molé et M. Guizot ont essayé bien des fois de nouer l'alliance ; mais il y a une petite difficulté à la chose, je l'ai déjà signalée dix fois dans le cours de cet écrit : c'est que les hauts barons de la fabrique française ne peuvent pas donner les mains à cet arrangement et signer au traité ; et ce sont ces messieurs qui font les lois au palais du Luxembourg comme au palais Bourbon.
POLITIQUE DES MARCHANDS. 281 Car, pour arriver à conclure un traité avec le Zollverein , avec la Belgique, le Piémont et la Suisse , il faut débuter par raser cette ceinture de douanes qui tient la France isolée de ses voisins; il faut procéder à la réforme de ces tarifs de 1822, qui ont forcé toutes les nations européennes de se coaliser contre nos industries; pour faire cesser l'effet, en un mot, il faut supprimer la cause. Supprimons donc cette douane et ces tarifs, non pas immédiatement, non pas demain , mais réduisons-les de manière à les faire disparaître peu à peu d'une manière insensible. D'autant mieux que voici la Belgiqu e , un riche débouché de quatre millions d'habitants, vers lequel nos rivières et nos canaux conduisent; la Belgique qui a besoin de nos vins, de nos eaux-de-vie, de nos savons, de nos huiles , de nos soieries , de nos articles de nouveautés et de modes; Et qui nous offre en retour ses houilles, dont la concurrence va faire baisser le prix du combustible trop cher pour le pauvre, et apporter un peu de répit à la dévastation de nos forêts; Ses fers, dont le bon marché va apporter une amélioration importante dans la condition du cultivateur, du constructeur, dans le prix de revient des chemins de fer. Ceci n'est encore que le côté des avantages commerciaux de l'alliance avec la Belgique; ces avantages sont bien autrement importants sous le rapport politique. L'alliance intime avec la Belgique agrandit démesurément l'influence de la France en Europe. Anvers et toutes les citadelles que l'ennemi bâtit en 1815 avec notre or, cessent d'être armées contre
288 DE LA nODALITE E1NANCIÈRI:. la France; elles nous reviennent, au contraire, et, îol en définitive , la coalition victorieuse de '1 815 a travaillé pour nous. Traitons donc avec la Belgique. L'intérêt de sept millions de cultivateurs qui vivent a de la culture de la vigne , Lyon , Paris , Bordeaux , 1 Marseille, des millions de laboureurs et d'ouvriers de ! cités populeuses réclament à grands cris le traité.... Alors le roi. , qui prend en considération les besoins de la nation et les intérêts de la grandeur de la France ordonne à ses ministres de présenter aux chambres un projet d'alliance douanière avec la Belgique. Le roi dit que si ce traité ne se fait pas, la Belgique sera forcée de contracter alliance avec la Prusse, et que la frontière de son royaume sera gardée par des uniformes prussiens. p Eh! nous nous soucions bien de la couleur des d' uniformes qui gardent les frontières du royaume , répondent en formidable concert' d'indignation toutes les voix des hauts manufacturiers qui vivent du système protecteur. Périssent toutes les alliances et u tous les intérêts politiques, avant que nous laissions et réduire d'un huitième le revenu des houillères d'Anzin la et des mines de Fourchambault , et des fabriques di d'Elbeuf et de Roubaix. Qui sait où le torrent s'ar- 1a. rêterait, si nous lâchions la bonde aux réductions de 9U tarifs par le traité avec la Belgique. Point de traité, f1é, les intérêts de l'industrie nationale avant tout! a Et lés journaux chargés de transmettre au roi les ordres des hauts barons de l'industrie nationale, lui pe ont signifié l'injonction de retirer au plus vite le malencontreux projet d'alliance belge. Et le ministère, voyant se former contre le gouvernemen t une petite lt
POLITEQUE DES MARCHANDS. `189 convention 'industrielle, s'est empressé de souscrire aux exigences de ses seigneurs et maîtres. Que le gouvernement présente un projet de traité avec la Prusse rhénane, la Bavière , Bade, la Suisse, le Piémont, la situation étant la même , les mêmes intérêts vont faire entendre les mêmes menaces. Car tous . ces pays fournissent en abondance le bétail qui fait faute à notre agriculture, par suite du morcellement de la propriété, du déboisement des montagnes, et du prix exorbitant du sel; et ils sont bien forcés (le nous offrir ce bétail, en échange de nos exportations, de nos alcools, de nos vins, de nos soieries, de nos bronzes. Or, vous avez entendu M. le maréchal Bugeaud s'écrier, dans l'exaltation de son patriotisme, qu'il considérerait l'invasion des bestiaux d'Allemagne comme une calamité aussi funeste pour la France qu'une nouvelle invasion de Cosaques. Vainement objecterez -vous à M. le maréchal Bugeaud, qui a la prétention d'être un habile homme de guerre, que les trois quarts de la population des villes et des campagnes, en France, sont condamnées, par la rigueur du système protecteur actuel, à renoncer à l'usage de la viande de boucherie, à.se rabattre sur la viande de charcuterie; ce qui fait que dequis cinquante ans la taille moyenne des conscrits français a décru de deux centimètres; si bien qu'à Paris, à Lyon et à Rouen, dans les villes où les listes de conscription renferment le plus de noms propres, la population rie peut plus fournir son contingent annuel de recrues. --- Vainement lui ferez-vous observer encore que ceux qui justifient de la taille ne valent guère mieux que leurs malheureux frères, puisque sur l'armée de quatre- 19
)y(i DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. comptoirs que rien ne protége contre les dangers toujours présents de la révolution ou de l'émeute, au sein d'une population inflammable. Leur sécurité ne sera pleine et entière que lorsqu'une ceinture de bastilles garantira leur puissance et leurs offres-forts contre toute nouvelle tentative révolutionnaire. Oh! s'il y avait moyen de profiter de ces menaces dont la question d'Orient vient d'assombrir l'atmosphère politique, pour mettre à exécution le projet sauveur ! S'il y avait moyen de détourner l'opinion du pays de la question d'Orient, de transporter le danger des rives du golfe Arabique aux bords du Rhin, de faire accroire à ce peuple crédule et bouillant que ses ennemis sont en Allemagne et non en Angleterre! -- Et vite , les Tyrtées des Débats, chantez la Marseillaise ! M. Thiers , évoquez les souvenirs de l'Empire, et chauffez par vos journaux, le patriotisme du peuple; faites revenir de Sainte-Hélène les restes de l'Empereur, et qu'à la faveur de la surprise générale de l'opinion, le gouvernement emporte ses bastilles... Les Tyrtées des Débats ont chanté la Marseillaise , M. Thiers a chauffé le patriotisme du peuple, et le tour a été fait. Nous sommes bien venus, vraiment, à parler, le front bas, des fanfaronnades de M. Thiers et de la perte de l'influence française en Syrie ou en Égypte, à des gens qui ne sont pas Français, et qui n'ont pas leurs comptoirs en Syrie ou en Égypte , et qui ont gagné à ce simulacre de bouderie et à ces fanfaronnades, une enceinte de bastilles pour la ville des émeutes. Cernes, la partie a été bien jouée, et M. Thiers, s'il n'a pas été trompé le premier, est .un compère ^
POLITIQUE DES MARCHANDS. 297 habile. Mais aujourd'hui que le tour est fait,. que la France a demandé pardon aux puissances de ce qu'elles l'avaient chassée de leurs congas; aujourd'hui qu'il n'y a plus pour les mystifiés que l'excuse de leur bonne foi et de leur innocence, combien ceux qui, comme l'auteur de cet écrit, n'ont pas été dupes de la mystification , et qui ont combattu avec énergie le désastreux projet, combien ceux-là n'ont-ils pas le droit de se féliciter de leur perspicacité! Il y a eu encore une autre considération non moins importante pour les banquiers qui ont voté les fortifications de Paris c'était d'entraîner le trésor dans de folles dépenses, pour le forcer plus tard de crier misère, et le réduire à l'impossibilité de tenter aucune grande entreprise d'utilité publique. Et, en effet, le gouvernement a été heureux dans ces dernières années de pouvoir arguer de la pénurie du trésor, pour abandonner aux hauts barons de la banque toutes les lignes de chemins de fer que réclamait leur rapacité insatiable. Et voilà les ressorts secrets de la politique extérieure du gouvernement d'aujourd'hui ! Parlez donc de marcher à la conquête d'un système d'alliance continentale pacifique avec de pareils éléments ! Parlez donc d'alliance naturelle avec l'Allemagne à des gens qui ont tourné contre l'Allemagne en même temps que contre la nation française , le front des fortifications de Paris ! Et pourquoi ces banquiers prendraient-ils si fort à coeur les intérêts de la France ? les trois quarts d'entre eux ne sont pas même Français; car c'est là, remarquons-le bien , un caractère de la féodalité financière
•)9g DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE. d'entrainer fatalement les nations qu'elle régit hors des voies de la nationalité. Paris n'est qu'un des comptoirs, qu'un des siéger principaux de la féodalité financière. La véritable patrie des financiers, c'est Genève. f FIN DU TOME PREMIER.
T ABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS LE 'TOME PREMIER. BUT DE L'OUVRAGE. Page 4 CHAPITRE PREMIER. A quels signes se reconnaît la royauté des juifs. 7 Politique extérieure. 4 4 La politique du dedans.—Folies ministérielles. --- La France saignée à blanc 18 Question des sucres 19 Chemins de fer 22 Le chemin de fer du Nord 22 De l'association et des compagnies sérieuses 28 Rachat des actions de jouissance 31 CHAP. II. Scission entre la royauté et le peuple. Origine des défiances populaires. — Théorie du gouvernement-ulcère.. 46 L'Angleterre.. 47 CHAP. III. Marche parallèle des libertés populaires et des conquêtes de la royauté en France. -- Solidarité des deux intérêts monarchique et démocratique 76 CHAP. IV. Conséquences de l'affaiblissement de l'autorité... 104 CHAP. V. La féodalité industrielle. — Son origine.— Ses progrès — Son caractère. 4 07 La féodalité industrielle. - 109 Politique de la Restauration à l'intérieur 112 Saint-Simon et Juda.... 122 Un oubli de Montesquieu 4 33 CHAP. VI. Mensonges de la charte 444 CHAP. VII. Moyens d'accaparements de la fortune publique 4 47 Le commerce 4 47 Définition du commerce 449 Ce que doit être le commerce, et par quelles mains il doit être exercé 4 52
300 TAI3Lr DES MAVÈRES. Ce qu'est le commerce Page Banque Usure.. 1166\, Faillite.. 170 Droit de vol en détail, 175 Privilége de l'incarcérabilité 1 $0 Le négociant et le cultivateur q 81 CHAP. VIII. Les auxiliaires du commerce 189 L'avoué 189 L'avocat.. 191 Le notaire 00 La presse 212 Entraves fiscales 2 1 i 7 La presse gouvernementale 238 Le cabaret ')51 CHAP. IX.. Les anciens et les nouveaux priviléges `'?>57 Immunités des terres nobles 258 Privilége de basse et moyenne justice 262 Droits arbitraires de péage 263 Privilége de la chasse 264 Privilége du duel 266 • Du privilége des grades , 266 Les droits du seigneur 269 Les fermiers généraux. 271 Aides et gabelles. 273 Douanes intérieures 275 Maîtrises et jurandes ?'Î') CHAP. X. L'aristocratie financière , seule responsable ,le la poli- tique du dedans et de celle du dehors 279 La politique extérieure sous le règne (les marchands 284 1 6 FIN DE LA TAB[.I? DES MATIÈRES,