Des illusions du coeur dans toutes sortes d'états et de conditions ; Tome premier
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DES ILLUSIONS de 29 34 10, 0 DU CŒUR : DANS TOUTES SORTES DÉTATS ET.-D E CONDITIONS. : SECONDE E’DITION. Par le R, Pere JEAN CRO1ISET, de La Compagnie de ÉES US TOME PREMIER, A LYON, Chez les FRERES BRUVYSET, tué Met: cière, au Soleil & à la Cr d’or. DCCXLVATL Avec Arai Privilège dn Roy.
AR KR Àn E4 es. Y « DES ILLUSIONS DU CŒUR DANS TOUTES. SORTES D'ÉTATS ET DE CONDITIONS. Pétebrge sg des dde PARAGRAPHE PREMIER. Des Ilufions du Cœur en general, "ILLUSION n'eft À pro- ES ON S 4 erreur, qui naît d’une faufle parence,& qui prévient l'efprit. en l'ébloüiffant, C'eft un artifice de lefprit ou du Cœur pour faire pareitre ce qui i prement parler qu'une
4 DES ÎLLUSSroNs n'eft pas, ou autrement qu'il weft. L'optique fait paroïtre aux yeux mille agréables illufions dans les lunettes polyedres ou à facettes; & notre imagination femble fe joüer de notre crédulité dans les fonges, par cent grotefques illufions. Tout ce quia du brillant , imapofe , tout.ce qui paroît neuf, furprend. On dit ordinairement que la:vie neft qu'un fonge , parce que tout n'y eft prefque qu'illufion. Toutes les illufions ne font pas dans l'efprit ; le cœur {e © Srend aifément aux faufles apparences ; tout ce qui plaît, lui impofe ; tout ce qui flatte la cupidité , Finclination , lamour propre , le naturel , lui paroït plaufible ; & il veut que tout ce qui Jui eft agréable , foit vrai. Comme il a un penchant naturel à me Dés bp pRe ee ne
DU CoœEUR: tout ce qui flatte les fens , il fe défie peu du leurre ; les pañions dont il eft le fiége, & dont il devient fi fouvent l’efclave , lui impofent ; elles lui perfuadent à leur gré ce qui les flatte, & le déterminent, fans attendre que la raifon dife fon avis. De:là cette contrarieté d'opinions , & de fentimens fur le même objet ; de-là cette opiniâtreté impérieufe dans un fiécle , où rien ne regne tant que l’entètement, & les préjugés ; delà ces erfeurs , & ces pitoyables égaremens dans la Foi & dans la Morale ; de-là cette monftrueufe multiplicité de Religions dans le monde ; delà enfin la corruption des mœurs prefque par tout. L'amour propre eft la fource feconde des illufions du cœur & celles-ci le font des erreurs A üij
52 Des IzLzusrons s'égare , & on aime le fentier n LA qui nous a Cparé, 4 Le cœur a fes préventions auffi-bien que l’efprit ; mais les. préventions du cœur font toujours abfoluës , & opiniâtres ; elles fe refléntent trop de l’orgüeil de leur fource, pour ;jamais: ceder. On peut dire que les préventions de l'efprit feul, ne viennent que d'un nuage qui ne fort pas de fon fond, & ainfi il ne faut qu'an rayon du foleil pour le difliper , & lui fais re voir clair, en lui faifant appercevoir ce qui lui avoit fait prendre le change. Il n’en eft pas de même des préventions du cœur : la fource de l'erreur , & de l’entêtement , fe trouve dans le cœur même; ceft l’aamour propre , c'eft linclination,
DU Cour. 13 c’eft la paflion feule qui fait le choix, En autre déliberation que celle de l'amour propre. Les préventions du cœur en préoccupant l’efprit, fafcinent la raifon : & de-là, l’entêtement, cn fait de Religion; & de Motale, Qu'on rappelle ici le fouveair de toutes les héréfies qui fe ont répanduës dans l'Univers dès la naifflance de l'Eglife ; que chacun rappelle même la plüpart des erreurs où il a donné : {oit dans les mœurs , foit dans la conduite de fes propres affaires : nul qui ne découvre que - c'eft aux he , aux illufions du cœur qu'il doit fes bevüës, & fes travers. Un peu plus de défiance de tout ce qui flatte Pamour propre, la cupidité,le penchant ; un peu moins de confiance en fes propres lu-
34 DES ILLUSIoNs miéres ; moins de précipitation dans le choix, plus de rmaturité dans le jugement , nous éparneroient bien des repentirs. Il eft de la fagefle d’être en garde contre tout ce qui charme en ébloüiffant; c’eft le propre des illufons du cœur de ne rien propofer à lefprit qui ne lui plaile , qui ne l'enchante ; & la rufe , pour ainfi parler, c’eft d'empêcher l'ombre de défiance ; & de déliberation ; & voilà ce qui a fait dire, que lefprit eft d'ordinaire la duppe du cœur. On convient que l’efprit peut donner dans l’erreur,& fe tromper de bonne foi ; fes lumiéres font naturellement trop. bornées, pour être exempt de ce ! . défaut ; mais pourvû que le cœur nait point de part au jugement, la maladie n'eft pas
DU Cour, IS. incurable, La reflexion , une nouvelle lumiére , une bonne raifon peuvent aïfément faire appercevoir l'erreur , en découvrant le faux du préjugé. Mais quand c’eft le cœus qui a eu part à la détermination, il a trop d'empire fur lefprit, pour ne pas foûtenir fon ouvrage : il en eft de ces illufions du cœur, comme de ces preftiges qui font des illufions par {ortilege. Ceux dont les yeux ne font pas fafcinés, ont beau fe récrier contre la pitoyable crédulité po- | pulaire: on reparde en pitié ceux qui découvrent la fafcination ; &telle eft Paveugle opiniàtreté des gens de parti, & de toutes les Scétes ; on peut dire le même. avec proportion, du déreglement dans les mœurs , & de tous les travers dans l’ef Quels on donne étourdiment
x6 Des ILrusrons durant la vie; quand on s’eft livré volontairement à un mauvais guide , on s'égare, & on aime fon égarement. L'efprit peut à la faveur de quelques lueurs de raifon, avoir quelques legers foupcons fur l'irregularité du parti qu'il a pris; mais il fe raflure bien-tôt,quand c'eft le cœur qui l'a déterminé, ê& que pu lautorife. Qu'on fe recrie tant qu'on voudra contre une morale fi incommode, & qui trouble la tranquille poffeffion des droits injuftes de l'amour propre: ces reflexions font vrayes , «elles {ont folides , elles font juftes ; & nul qui du moins à ce der. nier moment de la vie où l’on juge fainement de toutes chofes , ne convienne qu’on penfe jufte & qu’on dit vrai. Durant la vie, dès que la paf fion ae one ent ssh
DU Cour. 17 fion & l'amour propre regnent dans le cœur , la verité n’a plus. que de foibles lueurs , qu'on traite ordinairement de petiteffes d’efprit, de vains préjugez de foibleffe 5-tout concourt à füivre l'erreur , &A la foûtenir effrontément ; alors les doutes , la crainte, les perplexitez , foibles reftes d’une raifon captive , s'éteignent | & une pitoyable fécurité s'établit dans le cœur dans lefprit, | Se de Quoi de plus infenfé, de plus extravagant , & Au dût davantage revolter l’e prit, n’eût-il eu: que la plus legere teinture de _raïifon , que cette monftrueue multiplicité de Dieux de toute efpece qui à infatug l'efprit des ommes de toute condition , de tout état » durant tant de fié- 0me I, B
18 Des ÎLrzuüsrons cles. La raïfon naturelle n’étoit pas éteinte ; il y avoit même des gens d'efprit parmi les Payens ; plufieurs fe faifoient honneur du nom de Philofophe ; c’eft a-dire , des gens habiles dans la recherche des cau- {es naturelles , & dans la fciences des beaux Ârts ; cependant futil jamais , & peut-il être une plus grofliere , une plus infigne & plus pitoyable folie que celle des Payens; plus bêtes que les. vils animaux à qui ils offroient de lencens ,peuvent-ils pañler pour des hommes raifünnables > Les Egyptiens, peuples d’ailleurs ingénieux , adoroient des crocodiles , des chats, des oignons ÿ & à quel.excès de fuperftitions ; & d'imbécilité les Romains ce peuple. fi induftrieux:, fi -fpirie tuel , on peut même ajoûter 84 dans le gouvernement fi habi 2 2 00 io > 2 ne ge pe en à de
DU CœuR, 19 le; n’a-til pas porté lidolâtrie, & le culte d’un tas monftrueux de chimériques divinités : tous ces égaremens affreux , font l'ouvrage de l'empire du cœur fur lefprit. C'ef le libertinage,c’eft la corruption du cœur ,qui ont en. fanté l'idolâtrie, & qui l'ont foûtenue , autorifée aux dépens du bon fens. Il meût pas été difficile de découvrir limbécilité, Pimpieté , le ridicule même de ce chimérique fantome de Religion ; rien n'étoit plus aifé que d’appercevoir, de fentir le faux, le ridicule même d'une illufon fi pitoyable , fi groffiere ; mais € cœur corrompu avoit, pour ainf dire , fubjugué l'efbrit , & éteint toutes fes lumiéres ; Ja raifon captive avoit cedé fa pla- - ce à la pafion ; & les paffions n'ayant plus de frein , elles Bij
so DES ILLUSIONS n’eurent bientôt plus de borë | nes.Le débordement des mœurs: , eft toûjours univerfel, quand chacun vit au.gré de fes défirse Graces au Ciel , nous vivons , dans un fiécle trop fpirituel, , trop poli, jose que les illufions « du cœur foient fi grofliéres De + | la verité elles ne font guéres moins générales , mais elles \ font , fi j'ofe ainfi m'exprimer ; plus civilifées ; auflt communes. dans tous les. âges , dans toutes. les conditions , & dans tous les. états, elles fe reffentent par tout \ du goût , & de la-délicatelle de | nôtre fiécle ce ne font plus de | ces illufions monftrueules qui revoltent lefprit le plus épais > ou qui font roupir l'impiétôs même : ce font des erreurs la plûpart en fait de morale , infs pirces.&c autorifées par lamous | Propre ; conformes, à. l’inclinas
DU Coeur 2 tion, au naturel, enfantées toû: Jours par quelque paflion , & finguliérement par la paflion dominante ; qui ne fe préfen: tent jamais à l’efprit fans lui plaire ; ce font des illufions, il eft vrai, mais que lecœur autorife , que l'exemple accredite, & que l'efprit adopte fans défian. ce, parce qu’elles font toûjours flateufes & conformes À nos défirs, Le fang froid fi neceffaire dans la délibération, ne fe trou- ve guéres plus aujourd’hui dans le choix ; l'imagination fervilement livrée aux faillies du cœur , fixe fans déliberer le parti qu'on veut prendre, On époufe une opinion prefque fans la connoître. Rien n’eft plus décifif que l'amour propre ; on perfevere dans l'erreur tant que. l'illufion fubfifte, & elle
#8 Des ILLUsroNs raifonnant d’un {ens raflis ne {es condamme ; fa conduite cependant les autorife. D'où vient cette pitoyable contrarieté entre les mœurs & la morale dans le même homme. C'eft que quoique les lumiéres de l'efprit ne foient pas éteintes, elles font bien affoiblies par les noires fumées que les paflions excitent ; le cœur ayant aflujetti la raifon, rien ne fe fait plus qu'au gré de fes défirs. Les paflions repnent impérieufement aujourd’hui dans le monde ; & on peut dire qu’elles font le grand mobile de tous les projets. Tous les fyftèmes À qu'on fe fait, chacun dans fa profeffion , roulent & portent | tous fur linterêt, l'ambition , le plaifir, & la cupidité. Dès que le cœur a pris fon parti, la. Religion, la probité , la raifon
DU Cour xs même ne {ont plus confultées ; il fufit que l'amour propre y applaudifé s tout cit favelfe, tout eft bon fens. Les exemples fi communs de tant de revers de fortune qui font tous les jours tant de mal. heureux,ne rendent pas les gens du monde plus citconfpe&s , plus avifez , plus défiants , plus fages , tant que les illufions du Cœur fubfftent ; chacun croit ‘être plus heureux dans fon état, chacun efpére d’être privilegié dans fon choix: eft-ce la Religion , la prudence, eft-ce la raifon même qui font naître cette opinion > fur quoi porte ce Jugement ? hélas, elles n’ont Point été confultées, auffi n’ontelles point cu de part la détermination ; c’eft Le cœur feul, C'eft la paffion , c’eft la cupidité Qi ont choif la fn & les | C ii
30 Des ILzLzuwusrons moyens , c'eft fur elles que porte tout le fyftême. Les illufions du cœur lont formé , il {e {oûùtient tant que les illufions fubfiftent ? faut-il être farpris fi de fi vaines , de fi faufles lueurs venant à s’éteindre , tout le fy£ tème fe dément 3 & voila la fource la plus ordinaire de la plûpart de ces triftes révolutions de fortune dans les familles, En vain fe-plaint - on de fon fort, en vain fe récrie-t-on contre l’injuftice, la malignité, contre l’infidelité du monde; en vain fe répand-on en plaintes contre la mauvaife foi, contre la jaloufie de fes concurrents : qu'on fe récrie plûtôt contre la précipitation inconfiderée, avec quoi on a pris fon parti : contre des préjugez féduifans , dont il falloit fe défier , & aufquels on
DU Coeur, 31 s'eft livré en aveugle ; qu’on fe récrie contre la paflion dominante à laquelle on seft laiflé entraîner en efclave ; en un mot , qu'on fe récrie contre fon Propre cœur, dont on a été Ja duppe en donnant aveuglément dans {es illufons. Rien ne peut mieux nous faire fentir combien on doit être en garde contre lesillufions du Cœur dans le monde » que de confiderer de fang froid le leurre féduifant dont chaque paffion fe {ert en Particulier , pour nous faire donner étourdiment dans l'illufon. LES L'interêt eft aujourd'hui à Proprement parler, la paflion | dominante dans le monde , du moins y eft-elle la plus univerelle ; une Paflion qui n’a point C ii]
34 DES ILLUSIONS quelque interèt pour objet, eft une chimére ; & un cœur fans eupidité , fans paflion , eft encore plus rare ; le défir de la gloire , l'amour des biens & des richefles , naïflent avec nous. - Einterêt n’eft pas feulement le vice du petit peuple ; nulle condition qui n’en foit infectée;il eft moins dépuife, il fe montre plus grofliérement chez les pauvres ; mais il n'eft pas moins âpre , ni moins avide chez les gens aïfez. On péfe tout, on mefure tout aujoutd'hui par linterêt, & il n’eft peut - être point de mefure moins jufte. Le cœur dont il eft comme le fils aîné, lui donne un empire fi abfolu fur lefprit ; que rien ne fçauroit arré-: ter, ni émoufler fa pointe ; tout céde aujourd'hui à l'interèt. Cependant peu de pañlion plus
DU Cour, 33 aveugle ; peu qui fafcine l'efprit de plus de flateufes illufions ; peu aufli qui caufe tant de repentirs. A la verité la feduction eft captieufe. La paflion d'interêt ne prefente rien qui n’ébloüiffe , qui ne prenne ; & peu de gens qui n'y foient pris, Efperance prochaine d’une grande fortune ; fuccés jamais douteux; mefures efficaces contre tous les évenemens , tout concourt pouf rendre lilfufion plus plaufble , _ & moins fufpeéte ; tels font les aitifices fmpofans que cette impérieufe paflion met en œuvre pour venir à fes fins. L’amour propre , l'ambition, toutes les paflions applaudiffent, & concourent à nourrir des défirs qu’elles adoptent ; on s'embarque fans peur fur une mer pleine d'écusils, fameufe en tem
34 Des ILrusIoNs pêtes , & encore plus par les naufrages ; rien n'arrête tant l'illufionen fait d'interêt aveuole , & enhardit. La cupidité fert pour ainfi dire , de pafñfeport , & de fauve garde ; & parlà ,combien peu de gens arrivent heureufement au port. Ce qui rend cette illufion du cœur en fait d'interêt plus ébloüiffante, & plus efficace, c'eft lexemple de certaines fortunes fubites , & inefperées , ui par où on ne fçait quels refri cachez tirent certaines gens de la foule du peuple , & Jes font monter jufqu’a la condition des grands , & dont les richefles rapidement accumulées femblent faire oublier pour quelque tems , la médiocrité de leur premiere condition, & l’ob- {curité de leur naiflance. Mais outre que ces efpeces de phé-
pu Coeur. 3$ ‘noménes font rares , & durent ‘peu , lillufion qui eft inféparable de l'amour exceflif des richefles, ébotiit alors, il eft vrai ; Mais rend - elle plus heureux ceux que ces phénomenes ébloüifent > en verité le monde & la fortune , à qui les connoît bien,ne valent pastant d’empref- ‘ fement. Les fortunes élevées enyvrent la vanité des uns, & les abjectes revoltent la vanité des autres. Mais quoi de plus vain , & quoi de moins folide que tout ce qu'opere cette machine > beaucoup de mouvemens, encore plus de foins, & d’inquictudes ; eût-on le fort de réüflir : le fuccès même n’eft au fond qu'uneillufion , & c'eft ainfi qu'on penfe toûjours à la fin de la vie, Voit - on beaucoup de ces hautes fortunes qui vieilliffene
36 Des ILLUSIONS long-temps dans les familles où elles font nées ? combien peu qui pañlent la feconde génération ? encore moins qui foûtiennent jufques-là tout lPéclat qui a ébloii les gens fimples. Combien de ces brillantes & fubites fortunes , qui font femblables à des éclairs accompagnez du fracas du tonnerre ? tout s'éteint bien - tôt avec le bruit, Falloit - il faire tant de frais , & fe donner tant de peines, pour donner au public une fcene de fi peu de durée2ce font cependant ces fortunes ar. tificielles , & paflageres qui enchantent, & qui irrirent Îla cu- _pidité ; mais qui ne font au fond que des illufons qui féduifent. On ne parle point ici de cette avarice fordide, qui eft moins &ne paflion qu’une maladie, & qui eft plus une foiblefle d’ef-
DU Cour, 37 prit, qu'une illufion du cœur. Certainement quelle plus pitoyable folie, & quoi de plus rifible , que de voir un homme indigent au milieu de la plus grande abondance ; & qui ne fonge qu'à accumuler tréfors fur tréfors, tandis qu’il fe laife prefque mourir de faim ; l'infatiable avidité des richeffes, empêche les avares d’en joiir, L'il lüfion dans cette maladie d’ef. prit, c’eft de déguifer l'avarice Ous le nom d'œconomie , & de s'imaginer que ceft prudence de fe refufer même le neceffai- *€, tandis qu’on pourroit joüir de toutes les commodités de la vie, On ne prétend parler ici que de lillufion_ inféparable de ce defir immoderé dacquerir , de cette paflion avide , infatiable & inquicte qui ne confulte que
46 DES ILLUSIONS femblent donner je ne fçai quel air de diftintion & de noblefle ; & bien des gens fans qualité simaginent que c'eft fe donner du relief, & faire perdre de vuë l’obfcurité de leur naïffance, en menant une vie molle , & paffant leurs jours dans une fuperbe oifiveté. Les femmes fur tout regardent cette vie oïifive, comme un titre de nobleffe ; le foin de leur famille, & de leur domeftique quelque indifpenfable qu'il foit à une femme chrétienne , eft regardé aujourd'hui . comme incompatible avec ces grands airs que fe donne une femme du monde ; elle croiroit -savilir, & fe mettre au niveau . de fes domeftiques , fi elle partageoïit avec eux le {foin de fes enfans, Le tems qu'elle met
RON Cor tir. 47 a s'ajufter, À { parer , ne lui lille pas le loifir de faire fa prie- + SON Cœur & par conféquent On efprit ne font occupés que du plan qu’elle s'eft fait des Vains amufemens » des divertif. femens qui doivent remplir fa journée. Les aflemblées des gens oififs, le jeu, les parties de plaifir, les fpectacles font tou. te {on OCCupation , & fervent à Charmer les ennuis inféparables de Ja vie molle. Mais cette fem- ME toute mondaine qu’elle eft, ignore - t-elle qu’elle eft chrétienne >? nullement, elle aflifte quelquefois au Salut , elle fre Quente les Sacremens, on la Voit à la Melle ; cependant une vie molle, fütelle jamais une vie chrétienne > & une naïiflance moins obfcure, une terre ti. trées, quelques revenus de plus, difpenfent-ils des devoirs cffen-
g Des [ILLusronNs ricls de Religion? voila l'effet des illufons. | Ce qu'il y a de plus furprepant dans cette vie d'oifiveté . c'eft que la confcience foit muette ; les remords font bannis de cette region des plaifirs, la joye y règne, on ne craint rien, on y:cft tranquille ; mais qui laflure >: ceft lillufion. Quand la paflion domine Île cœur , fon prémier effet eft d’aveugler Pefprit, & de lui ôter le plus facile ufage de fes lumieres, Une fimple teinture de notre Religion, la moindre connoifance de la Morale de PE- vangile, fuffiroient pour defiller des yeux de ces perfonnes mondaines, & leur faire appercevoir les triftes fuites d’une vie fi peu chrétienne ; mais quand le cœur s'eft livré aux maximes du monde , il fafcine bien-tôt l'efprit.. Quel
DU Cour, 49 Quel mal y a-til, quand on €ft d’une naiflance diftinguée , Quand on à du bien , Quand on 8 un rang, quand on figure ans le monde s quel mal y atil de pañer fes jours dans une OuCe oifiveté ,& de charmer les ennuis d'un trop long loifir, par le jeu, par le bal, & par tes ? tel eft Je langage des parti- {ans de Ja vie molle, Et quoi on ne voit point de: mal À mener Une vie que l'Evangile condamne ; que Jefus-Chrift reprouve , 8 que tous les Saints ont re- Sardée comme cette voye lar- 8€, & commode qui conduit à & Mort! & voilà ce que produit l'illufion du cœur; & ce ta cette même ilufon , qui ‘ra que bien des gens fe re- *Hléront peut-être contre cette Morale ; 6n fa regardera com- One I, E
s° DEs ILLUSIONS me trop fevere ; on en trouve de plus mitigée , il eft vrai ; &c comme dans cette diverfité d’opinions en fait de Morale , ce n'eft guere que le cœur qu'on confulte , la décifion flatte trop l'amour propre , pour n'être pas applaudie, ; tant que lillufon erfévere , tous les fufrages fe réüniflent en faveur de la Morale mitigée , & la vie molle refte en paiñble, pofñleflion de tous fes droits. | ir a On peut dire.que ce qu'on appelle mode parmi les gens du beau monde, eft.un rafnement de l'efprit , fafciné par les illufions du cœur , qu'une. fotte va nité domine, & qu'un. défir in- | quiet de fe diftinguer ne fçau: roit laiffer, en repos. Nulle. paf: fion qui. fe. jouë, plus. habile: t 4
D U Cour, SI ment de Ja legereté du genie des femmes de ce fiécle. Chaque année c’eft changement de ICE ; on diroit qu'elles joüent fans ceffé Ia Comedie fur le théâtre du grand monde ; ‘où elles font autant (de différens perfonnages , qu'elles changent d'habillemens. | | Ifvt que Jcs femmes foient bien perfuadées qu'elles man- Quent d'un mérite réel, puif. qu'elles naifènt > Pour ainfi di- LC, avecun fi 8rand'attrait pour Rpature » & que la plus ‘orande partie déleur vie fe paife à sa. jufter. Cependant Comme rien D'Eft plus vain QUE ce tas d'a- Juffcmens ; elles craignent avec n S’accoûturne à tout ce ui Ba qu'un éclat artificiel, & à
s2 Des ILLUSIONS après quelque tems, tout ce briljan s’efface ; mais la fotte vanité ne s'éteint pas. Dès qu'une mode commence à vieillir, on a grand foin de luien fubftituer une nouvelle. Toutes les paffions font fécondes en expédiens , & la paflion de briller lus que toute autre ; ét de-là cette bizarre fucceflion de nouvelles modes, toutes plus extraordinaires , toutes plus vaines, & qui toutes démontrent vifiblement , combien on fent von a peu de vertu , & de VÉ- ritable mérite, quand pour bril- : Jer , pour primer dans le monde , on convient qu'on a befoin d'un éclat , d’un relief étrangers 2 2° Parmi le peuple, l'orgueil … n’eft qu'une fotte vanité qui 1€ nourrit de fon propre fonds , &
. DU CœŒUur ‘#3 dont la fphere eft fort bornée, Mais parmi les gens de qualité, la vanité n'eft pas feulement Une trop bonne opinion de foimême , c’eft un orgueil préfomptneux, ceft une ambition ; c'eft une paflion dereglée qu’on a pour la gloire , & pour la fortune , qui ne fe nourrit que de chimeriques projets , que de faftueufes prééminences, Nol le borne à fes defirs ; & nul de {es defirs qui ne foit en même tems fon Mplice Un homme ambitieux ne croit pas être à fa place , tant qu'il fe voit au ni. veau de fes égaux ;il ne voit qu'avec chagrin ceux qui font au deflus de lui, & il eft inquiet, tant qu'il voit qu’il peut monter plus haut, ou qu'il peut faire une plus grande fortune ; l’obfcurité: de fon nom Importu- Ne ; le bruit que font les autres E ii
A / Des -ÏIELUSIONS dans le monde l’étourdit, & leur éclat lui fait mal aux yeux, Com: me rien ne peut raflafer fon ambition ; ne pouvant pas briller , il court après fon ombre ; nulle pañlion plus turbulente, qui bouleverfe tout , & qui fért de fupplice à ceux mêmes qui en font tourmentez. Et voilà l'effet ordinaire des illufons d'un cœur rempli d’orgueil ,& d’un efprit que ces mêmes illufions ne repaiflent plus que de _chimeres, Rien n'eft plus ennemi de notre repos ; on peut même dire, & de nos véritables interèts, que l'ambition qu'on a de furpafler les autres en mérite , & en gloire. On court toute la vie ‘après du vent ,,& on ne fe repaît .que de vains phantomes. Les illufions du cœur n'ont point d'autre objet ; & elles ne RO ee 2 2 DE) » +
DU Cour: %ÿ$ produifent point d'autre fruir: Weft-ce qu'a de folide un Srand nom , qui fouvent ne por: te fur rien ; une dignité fans mérite ; une haute place , qui ne fert quelque fois qu'à faire voir de plus’ loin des défauts qui décrient ;& qui dans un rang inferieur , &-moins élevé, mauroient pas parû ? quelle autre gloire retirent de leurs im- Menfes travaux , ceux qu'une fortune ébloüiflante a fi fort élevez fur leurs égaux , fi ce n'eft de faire plus de bruit en tombant de plus haut > Peu de perfonnes de diftinction qui n'écoutent avec com- Plaifance un compliment flateur, plein de loüanges excef. lives , que le faifeur ie parfaitement être faufles, & que celui &qui on les donne, fent bien ne Pas mériter, Cependant on s'en | ii]
€g2 DEs ILLUSIONS fion de piété , fuflent de ce caradere. Chofe étrange : cet état mêmeneft pas exempt des illu: fons du cœur ; cependant on s’en défie moins , & de-là vient qu'elles y regnent tranquillement , & qu’elles canonifent ceux qu’elles mafquent. Quelque féduifante que foit une vie libertine , & licencicu- {e ; quelque progrès que fafle tous les jours dans le monde la corruption des mœurs, quel que contagieux ; qu'en foit le mauvais exemple, la piété chrétienne n'y perd jamais rien de fa pureté, de fon éclat, ni de Les droits. Que le monde par fes preftiges , & par fes charmes; infâtuë l'efprit foible de bien des gens, & corrompe le cœur par le poifon de fes pernicieu- {es maximes ; tout le monde n€
\ DU CoEuR, 63 {e laifle pas entraîner au torrent ; la Morale de PEvangile fubfftcra toûjours dans toute {a vigueur ; la raifon ne s'éteint Point ; & le bon fens fera de tous les fiécles, Qu'un tas de jeunes étouris donnent impudemment dans un libertinage de mœurs ; Que des femmes mondaines , embitionnent de primer pat Une outrée mondanité , & fe affent un. pitoyable honneur de n'être pas dévotes , laiffant ans le doute fielles font mémes chrétiennes. Que des gens Même de quelque nom , & qui figurent dans le monde, n’ayent Qu'une teinture , qu'une furface de Religion, & regardent 2. dévotion comme la Reli. Sion du petit peuple ; tous ces _ Pernicieux . exemples aujourd'hui fi multipliez, & qui font
6e DEs ILLUSIONS gémir tous les gens de bien, n'empêchent pas que la véritable dévotion ne fe trouve , ne fleurifle même dans ce fiécle, Dieu y a de fidéles ferviteurs ; il y a de la vraye , & de la folide piété dans tous les états il y a de la droiture , de la probité ilya de la Religion dans toutes les conditions ; il y a; graces au Seigneur , de véritables dévots dans ce fiécle; mais toutes les perfonnes qui en font profeffion ,ne font pas à l'abri des illufons , qui font prendre le change bien des gens. On fe défic peu de ce qui plait, de ce qui flatte l'amour propre. On fe perfuade aïfément qu’on eft dévot , quand on en a la réputation. Dans cette flateufe opinion , on s’étudie à en avoir les dehors, fans fe mettre en peine d'en avoir les vertus ; fans quoi
DU Coeur. 65 quoi cependant ce qu’on appelle dévotion , n’eft qu'une pitoyable hypocrific, LL Pour peu qu’on ait de Reli. gion , on fent que la dévotion eft une qualité refpectable, & jui fait honneur, Le feul bon Ans autorife cette idée ; & ceux : mêmes qui ne font pas dévots, Ont contraints de rendre intérieurement cette juflice À la Vraye pièté ; c'eft un tribut que Perfonne ne lui refufe, Mais on Peut dire, qu'il n’eft peut-être rien , où il foit plus aifé de don. ner dans les illufions du CŒur , Qu'en fait de dévotion, bien des &Ens s’y méprennent, & nulle entreprife peutêtre , où l'ef- Ptit foit plus aifément la duppe: U cœur, On veut avoir l'honneur, & Tome I; |
6 DeEs-ILLUSIONS les priviléges qui accompanent. Ja dévotion » fans en avoir Te fond. Pourvû qu'on en ae les dehors , qui impofent au public, & la réputation qui flatte ; on fe met peu en peine d'en avoir le mérite & l'efprit. Une dévotion humble ; reguliére & mortifiée. gêne trop, l'amour propre » pour: être du goût de ces dévots fenfuels ,: & artificiels. Toute dévotion d'après VEvangile, c'eft: à-dire » pure >» {olide., intérieure , pañe chez eux pour une dévotion outréc» auftére , & farouche. L'amour propre par le moyen des illufions du cœur, fait un {yftef . me de dévotion commode, qui n’a rien de gênant » qui concilié, les paflions avec. la Morale de PEvangile; & c’eft ce faux fyeme que tant des gensadoptent » &e qui trouye.aujourdhul PAF: Le 4 d? à
ns A A EE LE. tétons DU Coeur: 67 mi les dévots tant de partifans. En effet la dévotion aifée eft ejourd'hui la plus à la mode, fur tout chez les femmes y &C chez les perfonnes de quelque diftincion ; chez les uns, c’eft une dévotion de bien - féance ; & de raifon; chez les autres, C'eft une dévotion d'humeur, & de naturel. Pour peu qu'on ait d'éducation , & de bonfens , Ona en horreur tous ces vices Sroffiers , ce déreglement dans é$ mœurs, qui décrient , un Tevers de fortune , une mort IMprévüëé d'un .parent , d'un Mi, un dégoût même du monde; font de ces occafions . falu. taires que le Ciel ménage pour le falut ; heureux ceux qui {çavent les mettre. à.profit,. pour {e défabufer du monde, & pour Prendre le parti de la dévotion: Plufieurs font aflez fages. pour ij
68 DEs IrLusrons prendre ce parti; mais en de: venant dévots, tous ne font pas un divorce abfolu avec le monde ; fi on n’en fuit pas toutes les maximes ,on croit pouvoir en juflifier plufieurs. On convient qu'il y a un monde reprouvé , dont les mœurs font généralement décriées ; mais il ya un monde plus refervé, & plus poli, quine déroge point à la dévotion, Sur ce principe que l'amour propre fait valoir , & que fes illufions autorifent 5. on devient dévot, fans cefler d'être mondain. On prend le parti de la dévotion , mais d’une dévotion commode ; qui fçait l’art d’accorder toutes les douceurs de ja vie avec-les rigueurs falutaires de la Morale delEvangile 5 a fur le-fpécieux pretexte qu’ume dévotion auftere fait tort à
Du CoEUR, 69 la vertu,& rebute ; l'amour pro- Pre apprend le fecret de l’humanifer , en la dépoiïüillant de cette délicatefle de confciencequi naît avec la véritable dévotion de ces innocentes ri. gueurs dont elle fe nourrit, & de cent petits facrifices qui l’'accompagnent ; fecret inconnu à tous les Saints ; & fi contraire à Fefprit de l'Evangile. Ce fecret cependant à la faveur des illufions du cœur, a fait fortune dans le monde. Quel nombre de dévots de ce caractere dans toutes les conditions , & dans tous les états » Pourvä qu’on fçache un peu parler de Dieu d’un ton doucereux & enthoufiafmé ; pourvû qu'on ait reguliérement quelques pratiques de dévotion , & qu’un air dévotieux ferye de. décoration à la perfon-
70 DES ILzusroNs DE ; la reputation de dévot eft bien-tôt établie, Mais f la perfonne dévote par tous les faffra- 868 » à cependant les paflions encore aufli vives , & quelque fois même plus , que ceux qui ne font pas dévots ; fenfible juf. qu'à la délicatefle fur le point d'honneur, la moindre impolitelle la bleffe ; fi elle ne fe refu- + aucune des douceurs de la vic ÿ Momerie en fait de dévo- Un , pure hypocrifie. Les femmes fur tout excel lent dans ce qu'on appelle de- Yotion .aifée, : Leur délicatelle S’éfarouche au feul nom de Mortification ; [e\ facrifice de quelques fuperfluitez en fait de luxe ; quelques actes de. Religion aflez fuperficiels ; des entretiens fouvent trop fréquens, ordinairement aflez inutiles - avec un Directeur , quelques
… :U.CoEUR, 71 apparitions moins rares à l’'Eplife , &.{emblables montres de dévotions , font fouvent tont le fond & le. mérite de celle des dévotes de ce caractere. L’illufion eft vifble ; car les feuls dehors de dévotion peuvent impofer au public, ils peuvent même, tranquilifer , amufer, & Contenter une vertu fuperficielle ; mais nulle véritable dévotion qui ne foit intérieure, & Par conféquent humble, mortifiée , LS pure, & fans Bride jdn po 4 La véritable dévotion, c’eft Un amour de Dieu genereux Par deflus toutes chofes, dont le cœur embrafé , n’a d'autre défir que celui .de lui plaire, prêt & déterminé efficacement, à lui facrifier tout ce qui lui déplaît. D:.jà ce divorce nniver« {el ayec:les flatueufes maximes . D"
7g DES ILLUSIONS de Religion, on a en horreuf toutes ces irréligieufes mome- _ries. Bien des gens fervent Dieu de bonne foi, & condamnent cette alternative comique de mondanité & de dévotion, de vains plaifirs , & de pratiques religieufes ; mais fi elles n’ont pas foin de mortifier leurs fens , leur volonté , & leurs paflions, leur dévotion doit leur être fufpe@e ; lillufion eft d'autant plus maligne , qu'on sen défie moins LR L'état Religieux n’eéloigne pas féulement des dangers du falut , il eft encore l'école de la perfection. Que de fecours, que de moyens pour arriver en peu de tems à une faintete émi- ‘ nente! détachement généreux detous les biens de la terre,
DU CoEuRr. 79 dont ils connoïiflent le vuide & le néant ; divorce éternel avec les vanitez du fiécle , & les plaifits empoifonnez d'un monde enchanteur , qui ne fçait faire que des malheureux & des ef claves. Ajoûtez à tous ces privilèges de la profeflion Religieufe les vertus qui en font lornement. Aufterité de vie ; facrifice de la propre volonté ; - Union avec Dieu peu interrom- Puë ; exercices de piété continuels : doit-on être furpris fi . Dieu répand fi abondamment dans les ames religieufes, ces douceurs fpirituelles qui font des avant - goûts de la félicité des Bienheureux. Il n'eft pas furprenant qu’on ait vü dès la naïiflance de l'E- glife , cette nation d'Elûs, fe multiplier fi prodigieufement dans le monde chrétien ; & G üi]
So Des IzLzusrows donner au Ciel autant de Saints, que tous ces Monafteres fi nombreux avoient prefque d'éleves, | Graces au Seigneur , le nom bre des fiécles na point affoibl ces faintes colonies de vrais Prédeftinez. L'état Religieux prefque de même âge que l'E- glife,na point vieilli, la ferveur y Tegne , & la vertu y brille avec plus d'éclat que jamais dans tous ces Ordres Religieux , qui par la fainteté de leur Inftitut, par leur édifiante regularité , par l'auftérité de leur vie ; par leur infigne piété , autant que par leur fçavoir , & par leur zéle , font un fi grand honneur à la Religion, & font un des plus beaux ofrnemens de l'Eglife, Cependant quoique la fainteté de létat Religieux , ke
DU Cour. SE mette à l'abri des illufions du cœur ; ceux qui vivent dans cet état doivent fe défier des artifices , & de la féduétion de l’amour propre ; cette indomptable paflion n’épargne pas même le Sanctuaire ; & elle ne meurt jamais avant nous, +44 On auroit tort de mettre au nombre des illufions du cœur , h fotte & ridicule ambition qui fait briguer les Supérioritez dans les familles Religieufess Outre qu'il eft rare qu’une vanité fi déplacée fe trouve dans des Communautez, qui felon Pefprit de leur Inftitut , doivent être comme l’afile de lPhumilité ; cette ambition fous un froc, tient plus d’une imbécillité d’efprit, & d’une enflure du cœur, que d’une fimple illufion pale:
Sr DESs IÎILLUsIoNs gere. En effet quelle preuve : plus vifible d’un petit génie, & d’un fujet encore plus petit, que de mandier des fuffrages qu’on ne doit donner qu’au mérite; & que la brigue démontre qu’on n'a pas. Quand on n’a qu'une enflure de cœur, pour remplir une grande place ,on y laifle bien-tôt un grand vuide ; il faut avoüer que lorgiieil ne paroît nulle part une paflion plus méprifable ,que dans un Religieux ambitieux. Il eft vrai qu’on tâche de fuppléer au manque de mérite pat bien des artifices ; on fait joüer bien des reflorts. Si les fentiers en plaine font trop à découvert, on va par bien des foûterrains. Brigues , cabales , fufrages mandiez , follicitations de parti, promefles tentantes 5 tout eft mis en œuvre pour at= ee
DU CoœuRr: 87 river à fes fins ; & quelle eft la fin de tout ce manége > bien des chagrins durant la vie ; & que de cuifans régrets à l'heure de la mort ? On convient que toute cette ambition , & ces indignes manœuvres font pitié ; &-qu’elles ne feroient nulle part plus odicufes , plus pitoyables, que fi elles fe trouvoient dans cette Portion du troupeau de Jefus- Chrift ,où lon ne doit ambitionner que les dernicres places, & où le mérite tire tout fon éclat de l'humilité. C’eft aufli Cette vertu qui y caractcrife tous les grands hommes ; fans elle les plus beaux génies ne font Pour parler ainf , que des feux follets, On a certainement bien peu de vertu, & encore moins de mérite, quand on ne peut devoir qu'à la brigue , une dif
84 DES ILLUSIONS tindion , une préference fi frivole ; l'illufion dans ce cas, eft lus dans l’efprit & dans la volonté de ceux qui donnent leurs fuffrages, que dans celui qui les a mandiez pour être elû. Combien de grands hommes dans les Communautez Religieufes qui m'ont jamais pû fe refoudre à accepter la moindre Superiorité > Ce refus fi édifaut, les rendoit encore plus dignes de ces premières places ; au lieu que ceux qui Îles briguent , prouvent évidemment ar leurs intrigues ; combien ils font indignes de ces premiers rangs. Non , ce n'eft point là proprement effet d’une fimple illufion du, cœur ; elle a toujours quelque chofe d'ébloüiffant ; ce ne peut être que l'eFet de la fotte ambition, d'un génie extrêmement bot: “=
DU CoEukx, 85 né; d’une imbécillité d’efprit qui approche de la folie. Rien n’eff Plus honteux, dit Salvien, que d'être fans mérite dans un haut rang ; © quefl-ce qu'une dignité dans une perfonne indigne , finon un habit précieux dans La bouë, on Jor le corps d'un gueux, #44 Les illufions du cœur dans l'état Religieux , font plus à craindre dans les fujets qui ont d’ailleurs quelque mérite , & qui pañlent pour avoir de la vertu. À l'abri de la réputation leur amour propre peut faire joüer bien des reflorts , & mettre en œuvre tous fes artifices pour arriver à fes fins. Des mœurs irréprochables , une ‘conduite d’ailleurs affez reguliére ; un naturel doux & 2 _ pliant ; une humeur aifée &
86 Des Izrusrons complaifante ; une modeftie de naturel , des maniéres honnétes , & obligeantes ; tout cela donne un certain mérite qui m'eft pas inconnu au fujet; & a moins que la vertu ne foit bien épurée , & qu'on ne foit fans celle en garde contre. les illufions du cœur, toutes ces belles qualitez un peu trop naturelles , peuvent fervir de piège, À l'égard des Religieux vifiblement imparfaits : les illufions du cœur font toujours trop grofliéres , pour éblotiir dans les autres ; ce font des illufions fines | délicates qui fe parent toûjours d’un motif {pé- Cieux qui ébloüit ; & comme es perfonnes de ce caractere , Ont d'ordinaire affez bonne Opinion d’elles-mêmes., elles fe défilent peu de leurs fentimens,
2 RL ES LS a mie Es PDU COEUR, 87 & encore moins des rufes de leur amour propre , & de fes illufions. Je motif fpécieux de la gloire de Dieu , fert fouvent de prétexte pour étayer la notre; la vûë du bien public n'exclut guére l'interêt particulier. On fe flatte de chercher Dieu; & on fe trouve toujours foi-même. Toutes ces dévotieufes idées fervent d'ordinaire. par l’artifice des illufions du cœur , à autori- {er les fupercheries de l'amour propre ; nulle part où cette ar- - tificieufe paffion fçache mieux Mafquer pour venir à fes fins, que dans cet état! L'indifference pour toutes fortes d'emplois , & de lieux, doit caractérifer en partie, toutes les perfonnes Religieufes ; labnégation de foi - même , & le renoncement à {a propre. vez
94 DEs Irzusrows ce; fans quoi l’état Religieux ne feroit qu'un extérieur menteur, & pour ainfi parler, une pieufe momerie, On s'engage folemnellement Par vœu aux pieds des Autels, à mener le refte de fes jours , une vie pénitente, auftére même felon lefprit de fon Inftitut; & lon prend Dieu à temoin de la fincerité de fon facrifice, Qui ne voit l’obligation indifpenfable qu'on contracte volontairement pour toujours , de vivre en véritable Religieux ? savife-t-on de Protefter de nullité d’un contrat fi folemnel , revêtu de toutes les formalités morales PE Civiles ? quelles claufes dérogatives ou refolutoires à quelles explications pour modifier Ja Loi, pour en mitiger la {évéritt, pour en reftraindte l’obli-
DU Cour 0$ gation , la généralité, & la durée ? tout le contrat fubfifte en {on entier felon toute fa forme & teneur ; & ce fera fur les obligations ‘äindifpenfables qu’on s'eft impofces par ce contrat de religion , qu'une perfonne Religicufe fera jugée un jour par le Souverain Juge ; reclamerat-on contre l'arrêt, fera-t-on valoir alors toutes ces benignes interprétations de la Loi ? toutes ces habituelles préventions. que l'on a pour {oi - même 2 & toutes ces difpenfes dont on seft prévalu , {eront-elles homologuées dans ce tribunal ? Qui ne croiroit que toutes ces verités, font hors des atteintes de la chicane de lefprit» cela devroit être ainfi ; mais par malheur, elles ne font pas hors dés atteintes des illufions du cœur , & des fo-
Des ILLUusroNs phifmes de lamour propres L'emploi de Superieur d’une Communauté , eft un titre d'honneur ; mais c’eft un titre onereux , & il n’en eft pas moins. une charge ; on peut dire, & il eft vrai, que la prééminence du rang, doit être une rééminence d'exemple. La _fagefle , &.la douceur du gouvernement , demandent beaucoup. d’indulgence. pour les inferieurs, mais peu. pour la perfonne de celui qui gouverne. Les exemples font plus efficaces que les leçons. On peut écouter avec refpeét , avec docilité même , un. Supérieur ; mais. on eft toujours plus porté à l’imiter ,qu’à le croire;l’exemple.eft une leçon muette, mais convainquante ,, & fans replique. Le Supérieur marche le premier ;, & on.le fuir, L'âge Cn
DU Cour. 97 L'âge , les emplois univerfellement parlant, ne furent jamais de legitimes droits de dif. penfe ; ce n'eft qu'aux illufions du cœur qu'on doit ces prétendus titres d’immunité, Eft-on plus ancien dans la Communauté > on doit être plus faint, & plus parfait, & par conféquent plus mortifié, plus régulier, & d'un plus grand exemple. Qu'un jeune homme qui n'a que quelques années d'étude, {oit peu {çavant , on efpére qu'il de deviendra ; mais qu'une per- {onne qui a vieilli dans les études , ignore les prémiers principes des fciences , rien n'eft plus ignominieux. L'état Reli- Bieux eft une école de perfec- ‘tion , d'huimilité, de pénitence ; quelle honte d'y avoir étudié toute fa vie » & d’y avoir Tome f£ ;
98 DEs ILLUSIONS fait peu de progrès. On convient que lâge, & les infirmités peuvent legitimement difpenfer de certains exercices ; mais un fond de morttification , & de regularité fe fait toujours jour à travers la caducité de l'äge, & les infirmités, La prééminence du rang , ou des emplois , n’eft pas un plus legitime titre de difpenfe. Vous ne pouvez pas être à la téte d'une Communauté Relicieufe , fans vous difpenfér de lobfervation de plufieurs de vos Regles, difoit faint Bernard ; /oyez toufe vôtre vie inferieur 3 UNE EXAC- te & édifiante regularité vous rendra plus refpectable, & vous fera plus refpecter , que la Superiorité d’une place qui ne fert fouvent qu'à faire connoître à plus de gens combien vous en êtes peu digne , en mettant
DU, CoEURs 99 dans un plus grand jour vôtre peu de merite, & bien des défauts. | Vous ne pouvez pas prêcher, fans vous difpenfer de la vie répuliére ; ne prêchez point, ce, fera un Prédicateur de moins; & vous ferez plus de bien par une vie humble , Édifiante , & exemplaire , que par une éloquence fleurie , & une expofition pompeufe d’une motale qué vôtre. conduite: dément , & que vôtre exemple détruit. On fait toujours une {otte figure quelque part qu’on fit, quand on dément fà profon , par fa conduite , & Qu'on ne vit pas felon les obli- Bations de fon état. Il n’y a que les illufions da cœur qui rendent cette difformité moins hi. deufe durant la vie , Mais il aut avoüer qu à la mg lorf: 1}
xoo : DES ILLUSIONS que le charme de liliufion tombe , on en juge bién autrements | | Chofe étrange, nul qui ne voye en pitié le ridicule contrafte que fait la morale pratique d’un Prédicateur peu, deyot , & peu exemplaire , AVEC la morale étudiée qu'il débite en Chaire ; il n'y a que lui feul qui s'applaudiffe de bien joüer ra tôle ; tout ce qu'il y gagne alors, ceft de pafñler pour un “habile Comédien. - ee ét “ Undes effets des mieux marqués des illufions du cœur ; C'eft la pitoyable {écurité dans laquelle vivent quelques fois des perfonnes qui joignent à la profeflion Religieufe , un rafinement de: délicatefle qui’ va jufqu'à la fenfualité, Boiflons dé- $+
. DU:COEUR. 10 licates, liqueurs exquifes , élixirs récieux , eaux. de prix; font: ce là toujours, des meubles-de chambre , inconnus à des geris qui, devroient. par leur état, en ignorer le nom, & encore plus l'ufage >... asian -C'eft certainement grand pitié de voir quelques fois des perfonnes aflez regulieres d’ailleurs , & affez exemplaires , qui par une illufion peu pardonndt ble , croyent pieufement que leur fanté eft aflez précieufe, & même trop .neceflaire-, pour d'avoir pas befoin de ces douceurs, & de ces petits foulagemens , qu’elles regardent comme des fecours dûs à leur chere perfonne. Les perfonnes de - ce caracére femblent nourrir leur délicateffe ; fous le pretexte que la gloire de Dieu;efk attachée à leur confervation ; & Lie
30% Dés ILLUSIONS & de-là ces fingülarites , qui font d'un fi mauvais exemple dans une Commünauté Religieufe ; & qu'on peut appeller un mal contagieux ; car les imparfaits font charmés de pou’ voir imiter fans fcrupule , ceux qu'ils ont droit de {e propofer our modéles ; & de-là naît le relâchement. On eftime, on loïie aifémnent les vertus ; mais oh imite encore plus aifément les défauts, Ce qui prouve en tout ceci l'empire qu'ont les illufions du cœur fur l’efprit, ’eft la tranquilité de confcience de ces perfonnes fi immortifices, dans une profeflion qui doit fe nourrit de moïtification. L'illufion faute aux yeux , & elles ny voyent rien qui ne foit licite. Élles ne fe refufent aucune des douceurs de la vie; à petit bruits
pu CoEUR, 103 Opulence délicieufe ; artificieufe prévoyance qui met à couvert des traits de la pauvreté ; reflources füres , triftes fruits peut-être des fonctions du miniftère ;-abondances, délicatefle , commodités de la vie, qu'on mauroit peut-être. pas euës , fi l’on füt refté dans le monde ! chofe étrange , diloit le celebre Hugues de S. Victor , ceux qui font le plus à leur aife dans lé monde , fe font Religieux pour y mener une vie pauvre & mortifiée ; & ceux qui à peine auroient eu dequoi vivie bien petitement dans le monde, ne font.pas plütôt dans la Religion, qu'ils veulent y vivre délicieufement. Uf bi fiunt divites laboriofi , ibi fint pauperes delicati. _ I eft étonnant de voir ce que peut l'illufion du cœur , fur les J üi]
10 DEs ILLUsroNs C'eft fur ce même principe , que les illufions du cœur font tant de progrès. Ce ne font plus des ajuftemens féculiers qui occupent; c’eft une propreté affedtée, & trop mondaine, qui fupplée au luxe auquel on a renonce. Il peut y avoir autant de vanité dans la propreté trop recherchée d’une guimpe, que dans une coëffure de prix. Un air précieux, & étudié, un langage affe@te, fient mal à une Religieufe ; une humeur trop enjoüée, fur tout avec les per- {onnes du monde , ne lui fied pas mieux. Fûton voilée : on croit fe dédommager par un ton de voix doucereux; on veut paroître avoir de l’efprit par des expreflions recherchées. Si l’af. feétation n’eft pas dans l’habit, clle peut être idans les manie, res Une religicufe fimplicité,
DU CoEuUR. rit pañle quelquefois pour être un peu trop roturiére; Bon Dieu : combien les illufions du cœur, fe joïient de toutes fortes de perfonnes , dès qu’on ne s’en défie point , & ce qu'ilya de plus furprenant , c’eft que ceux qui crient le plus contre lesillufions du cœur , en font eux - mêmes fouvent les dupes. Ce qu'il y a de vrai, c'eft que ces défauts ne font pas feulement legers , ils font encore rares. La piété & la ferveur re- ‘gnent dans ces aziles de l’innocence, mais qui ne font pas tou- Jours des aziles contre les illufions , plus leur objet paroît innocent ; plus on doit fe défendre de la féduétion , & du charme. L'air du monde pañle à travers les grilles; des féances trop fréquentes , ou trop longues au Parloir , ne peuvent
rr2 Des ILLusronNs que laffer,& affoiblir même une dévotion encore naïiffante ; & il y a danger que quand une Religieufe fe plaît fi fortau Parloir, elle ne s’ennuye un peu trop dans fon Monaftère, ou du moins à fon Oratoire. de Une muëtte, & fecrete ja- Joufie n'eft pas toujours étrangere dans le cœur même des perfonnes vertueufes 3 & à moins d’une vertu des plus épurées, & d’une défiance continuelle des illufions du cœur, il eft rare que des gens d’un méme rang, & à peu près d'un même merite , fe defendent toute leur vie de cette délicate paffion. Parmi les gens du monde , Ja jaloufie eft une paffion de Pame qui porte à envier maligne- | ment mme
pu COEUR. 113 ment la gloire , ou. le bonheur d'autrui ; & elle eft d'autant plus cdieufe , qu’elle n'a pour principe , & pour objet de fa haine, & de fon chagrin, que ‘le mérite , qu’elle n'a pas, & qu’elle trouve dans les autres. Cette pañlion n’a pas befoin des charmes & des enchantemens. des illufions du cœur ; elle fe montre effrontément par tout , fans mafque ; elle ne rougit de, rien, aufli n’eft-elle que la paffion des ames bafles; & elle n’a qu’à fe montrer pour infpirer le mépris , & l'horreur, _. Ilyaune jaloufie plus diffimulée , plus délicate , plus fine, qui ne s’en prend qu’à des ames. plus nobles , & à des cœurs bien nés, & ce n’eft que par les preftiges des illufions., que cette jaloufie fait fortune; les bonnes mœurs , la dévotion , la. profet- Tome LI, K
114 DES ILLUSIONS fion même religieufe , n’en font pas toujoursexemptes ; elle peut {e gliffer imperceptiblement jufques dans le lieu faint. On eft perfuadé qu’une perfonne à de belles qualités, qu’elle a de la vertu, & même du mérite ;on lui rend cette juftice , quoi qu'un peu froidement. Mais on trouve à dire à fon air trop ferieux ; on trou- ve fon exacte regularité trop fcrupuleufe , & peu complaifante ; on critique fes manicres peu polies ; on blâme même juiqu'à fa dévotion , qui leur femble avoir quelque chofe de trop âpre , & de trop auftére ; tout ceci fe dit fans aigreur. Mais eft-ce la pure charité qui fait que parmi tant de bons endroits , on releve ces minucies 2 n'y a-t-il pasa craindre que cette pieufe cenfure ne foit l'effet
py COEUR. 115$ d’une fecrette jaloufie ,déguifée par l'illufion ? On n'ignore pas, que quelque folidement dévote que foit une perfonne , elle n’eft jamais fans defaut ; maïs c’en eft un toujours malin , de les relever au milieu de tant de belles qualités , dont l'éclat devroit faire perdre de vûë toutes ces ombres. Ce n’eft que quand trop de lumiére fait mal aux yeux malades , qu'on ne les arrête que fur ce qui eft obfcur. On a beau fe diffimuler à foi - méme , ce tempérament d’eflime pour les autres ; lillufon du cœur fait appeller cela chez les dévots, équité, zéle, fincerité, droiture ; ceux qui rafinent moins fur les artifices de amour propre , apellent cela baffle jaloufie , & ils difent vrai. Ne feroit-ce point de la mé- K i]
116 DES ILrusrons me fource que pourroit venit une certaine , & involontaire alienation du cœur & de l’efprit, un, je ne fçai quel petit refroidifflement ; ou pour par- Jer plus jufte, cette efpece d’'indifference qui peut fe trouver parmi des perfonnes de vertu, & de mérite, que la fainteté des états quoique diférents entreux, doit s'unir par des liens indiflolubles de la plus parfaite charité ; & qui Étant tous les ouvriers du même Pere de famille , & travaillant tous À cultiver le même champ; ne doivent avoir tous que les mêmes vüës. S'il plaît au Pere de famille de donner le fataire à ceux qui ne font vepus travaiHer. à fa vigne , qu'à k troifiéme , qu'à Îa fixiéme ou même à l’onziéme heu- 4e qu'à ceux qui y font
pu Cour, F17 venus dès le grand matin ; il ne fait tort à perfonne ; cette égalité de falaire ne déxoge rien au mérite des prémicrs venus. L’ancienneté a toujours été , & fera toujours un droit de prééminence. En effet quoi de plus refpe“table que tous ces Ordres Religieux qui depuis tant de fiécles , donnent au Ciel tant de Saints , rendent fans celle depuis fi long - tems des fervices fi im- Portans au public ; & ne ceflene de donner à PEpglife , & à tout le monde Chrétien, de fi grands hommes ? Ceux que le Seigneur D'a fufcités qu'après eux, ont eu lavantage de leurs bons exemples ; mais & les cadets, & les aînés n'ayant tous que le: même Pere ‘ils ne doivent avoir entreux que le même. Cœur , & le même efprit. L'u-
18 DES ILLUsrIoNs nion , & l'affection doivent être univerfelles , & la bonne intelligence réciproque ; la diverfité de fentimens , n’en doit pas être une de volonté. Quel effet plus odieux , & plus marqué ne feroit-ce pas des pitoyables illufions du cœur ; fi une indigne ; & baffe jaloufie fe gliffoit jamais parmi des enfans bien nés, du même Pere; une noble & fainte émulation eft loïiable ; maïs la jaloufie eft toujours une baffe , une indigne & une odieufe paffon , qui naît toujours des illufions du cœur. LA RS De toutes les illufions du cœur, il n’en eft point , ce femble, de plus éfrontée , de plus opiniâtre , & lon peut ajouter , qui faffe plus de mal, que cel- Je qu'on peut appeller Ja mala-
DU COEUR 115 die de certains beaux efprits, qui ne font pas dévots dans le monde , aufli-bien que dans l’état Religieux , ces hardis cen- {eurs de la fimple , & ingénuë piété , font un mal irréparable, & d'autant plus à craindre , qu’on le craint moins. Gens d'ordinaire d'un génie fupérieur, à qui un fecret fond d’orgueil , donne toujours un afcendant für tous les autres , & qui s'arrogent hardiment le droit de décider fur toutes les plus faintes pratiques de dévotion ; & comme ils n’en ont ni l’ufage, ni Pefprit, ils blafphèment, comme dit faint Jude, contre tout ce qu'ils ignorent. Peu s’en faut qu'une dévotion tendre, & affedueufe, ne pale chez eux, pour foibleffe d’efprit, pour petitefle de génie. où du moins pour molleile de
726 Des ILiusrows re être de même âge que l'Eglife ; combien de gens aujourd'hui dans le monde enfans de la même Eglife, femblent ne plus connoître cette fainte pratique de dévotion; ou du moins, en ont-ils perdu lufage. On fe met à table , & on en fort , tout comme d’une partie de jeu , ou de la comédie. Dans combien de familles la Priére du Soir &: du Matin n’eft-elle que pour les enfans , qui en ceci comme en bien d’autres chofes , fuivent bientôt le mauvais exemple de leur pere. # La Salutation Angelique , communément lA4ve Maria, eft une priére qu'on fait trois fois le jour au fon de la cloche, le matin, à midi, & le foir ; & à laquelle les Souverains Pontifes ont attaché de grandes Indulgences, Cette fiédifiante pratis î LU
DU Cour, 127 que de piété,regne dans tous les païs où la Religion fleurit ; regne-t-elle beaucoup aujourd’hui dans ce qu’on appelle le grand monde ? on laifle au peuple & aux dévots , ces actes de Religion ; qui ont nourri la religion,& la piété de nos Peres, Une femme du monde croiroit faire reffouvenir qu’elle eft d'une baffle naïflance , fi elle difoit l'Awgelus 3 une perfonne de qualité craindroit d’apprèter à rire à l’aflemblee , fi elle s’ac- Jo publiquement de ces ortes de devoirs de Religion ; on diroit qu’on rougit aujoutd'hui de paroître Chrétien dans le monde ; du moins ne crainton rien tant , que d'y pañler pour dévot sun nouvel ufage ; un nouveau goût ont pris la place de ces anciennes prati- L üi
128 DEs ILLUsroNs ques chrétiennes. La fcene à changé furle théâtre du monde; on veut être Chrêtien , ce femble , fans le paroître ; maïs qu'it eft à craindre , que tous ces anciens actes de Religion venant à difparoître , on n’entrevoye plus en bien des gens, qu'une ombre de Religion. I n’y a que l'héréfie qui ofe attaquer de front la Religion, en faifant tous fes efforts pour en ébranler les fondemens. L'efprit du monde par la fafcination des illufions du cœur, ne s’en prend qua ce qui nourrit , pour ainfi dire , cette Religion, qu’à ce qui la rend plus vive; tels que font ces exercices de piété qui femblent avoir vieilli aujourd'hui dansle beau monde ; mais qu'il eft à craindre que cette nourriture étant fup- _primée ; il ne refte plus dans ce
DU CoEUR,. 129 beau monde, qu'un fquelette de Religion, | app ES pEEEHEEEE PARAGRAPHE IV. Des Ilufions du Cœur qui peu. vent fe trouver dans l'état E cclefiaftique. ‘ETAT ou Ordre Ecclé: fiaftique qui s'appelle autrement le Clergé , et né avec PEglife. Ce n’eft pas cependant de fa feule ancienneté qu'il tire fon éclat , fon mérite & la prérogative du rang. La fainteté, & la perfection de l'etat, le rendent, pour ainfi dire, encore plus illuftre , & plus refpectable , que le rang éminent qu’il tient dans l'Eglife ; & fi tous les Fidéles font les oiiailles de Jefus - Chrift ,les Ecclé-
130 DES ILzrzuwsrons fiaftiques en font les Pafteurs la plôpart, & les guides, Ce que les Lévites étoient - dans lancienne Loi , les Eccléfiaftiques Le font avec bien plus de dignité , & d’éclat dans la nouvelle, Autant que nos facrés Myftéres font au - deflus des fimples cérémonies de la Synagogue , autant nos Prêtres font au-deflus des Sacrificateurs Hebreux. Nul état plus privilegié , nul état plus faint que l'état Eccléfiaftique. Ceux qui Pont embrafé, bre fépares du peuple par un choix fpécial du Seigneur; deftinés par préference au fervice de fes Autels ; fes prémiers Officiers , dont l’unique emploi doit être de le fervir , & de le glorifier continuellement fur la terre, comme les Anges le glorifient fans cefle dans le Ciel ; & ceft pour cela
Bu COEUR, : +135 que tous leurs jours font des Feries , C’eft -à-dire , des jours de Fètes. Enfin c’eft ici la portion . favorite du troupeau de Jefus- Chrift, & pour ainfi dire, les aînés de fa famille, Certainement létat Eccléfaftique étant un état fi faint, & fi parfait, il devroit être à l'abri, ce femble, desillufions du cœur ; cela feroit fans doute , fi l'amour propre refpectoit les gens d’E- glife. Le commerce du monde tend bien des piéges, à qui ne s'en défie point ; il eft bien à craindre que par ce commerce lefprit Eccléfiaftique ne fe familiarife un peu trop avec lefprit du monde. L'air du monde eft contagieux ; c’eft la régiondes plaifirs , elle eft pleine de dangers, fur-tout pour des gens qui ne doivent y être que
132. DES Erusions comme des étrangers, & qui font profeflion felon leur état, de condamner fes maximes. Le monde moral, & civil eft proprement la région des paflions ; Pamour propre fur tout y regne defpotiquement ; & l’on peut dire que tout eft illufon dans le grand monde ; nulle paflion qui n'y fafle fortune. La vanité y prime; la cupidité y domine ; l'ambition n’y a point de bornes ; le luxe y brille ; la fenfualite s'y nourrit de tout à peu de frais. L'Ame y ef ingénieufe par Partifice des illufions du cœur ,aà juitifier fes paflions ; elles y font trop apprivoifées, pour qu'elles éfarouchent per fonnes ; & elles font trop communes , & trop familiéres , pour qu’on s’en défie ; aufli y paroife fent-elles la plüpart fans mafque ; & pour ainf dire , à vifa-
DU CoEuUR. 133 ge découvert ; & voilà la resion cependant, où font obligez d’habiter les perfonnes Ec ckfiaftiques. Il eft aifé de comprendre combien leféjour dans cette terre étrangére eft à craindre, fur tout pour des gens dont les mœurs , les loix , les ufages , & l’état font fi contraires aux mœurs ,aux maximes , aux ufages , on peut même ajoûter , au langage des habitans. En effet , c’éft dans cette région où regne la mondanité ; où la Morale de Jefus Chrift eft fi peu connuë , ou du moins fi peu goûtée ; & où l’innocence trouve tant d’écueils. Combien de préfervatifs , bon Dieu : à prendre contre un air fi contagieux ! quel courage, & quelle grandeur d'ame pour ne {e Jaïfler pas entraîner au torrent ?
534 DEs Izrusronws de combien de précautions n'y a-til pas à prendre dans un païs ennemi , de quelle vigilance , & de quelle réfolution n’a-ton pas befoin pour fe défendre de la contagion , de la dangereufe féduction de tant de mauvais exemples: Ce ne font pas là cependant les plus grands dangers que les gens d’Eplife ayent à craindre, ce femble dans le commerce avec les gens du monde; les Eccléfiaftiques en connoiflent affez le vuide, &ils en ignorent Encore moins la malignité ; ce dont ils ont le plus à fe défier , & contre quoi ils doivent être le plus en garde , ce font les illufions de leur propre cœur , qui neft que trop d’intelligence avec lefprit, & les maximes du monde, On diroit que toute la précaution fe réduit À vou-
RO ER TE DU) COEUR 135 loir éviter ce qu'il y a de plus criant , & de plus groffier dans la licence outrée , & le déreglement des Séculiers Laïques. Mais on n’eft pas fi fcrupuleux ; on garde même plus de ménagement , on a une condefcendance plus polie pour Pefprit du monde ; on condamne à la verite , fes excès : mais on s’accommode aflez de fa morale; fur tout quand lamour propre par fes illufions , l’a purgée de tout ce qui révolte les honnètes gens ; & que par fes enchantemens , peu s’en faut qu’il ne la fafle paroître chrétienne, Chofe étrange ! l'artifice eft groflier ; cependant combien de gens donnent de plein gré dans Je piège : LS de On convient de l'excellen-
142 Des ÎILLUsioNs On peut dire que la vie molle feroit toujours plus de progrès parmi les gens d'Eglife qui auroient de gros revenus , & qui feroient par-là plus à leur aife ; que chez les gens du mon: de quelque aifez qu’ils foient. Nulle condition parmi les Séculiers Laïques , quelque :bril- Jante qu’elle foit, qui n'ait , pour ainfi parler, fes décours. L’abondance dans une famille ; ne difpenfe pas des foins, & ne met pas à l'abri des inquiétudes. Le prefent a fes déboires, & combien d’accidens fâcheux à craindre pour lPavenir ; & voilà ce qui altere fouvent la tranquillité, & les douceurs de la vie molle des gens du monde ; un homme d'Eglife fûr de fon revenu, na rien qui vienne inquiéter fon oifiveté & fa vie molle ; au contraire , tout la nourrit,
DU CoEur 143 Mais n'a-t-il pas des devoirs à remplir ; une édification à donner ; & fur combien de chefs eft-il comptable & envers Dieu , & envers les hommes, {oit par rapport à la fainteté, & aux devoirs de fon état ; foit par rapport aux revenus de fon benefice , dont les charges ne confiftent pas toutes à payer des penfons ? certainement il faut que les illufons {oient bien puiflantes , pour mener tranquillement , & fans remords , une vie molle dans un état chargé de tant de devoirs, & où tout crie à la réforme. On ne prétend pas qu’un Eccléfiaftique mene une vie aufli folitaire , ni aufli pénitente w’un Chartreux ; fon état peut le difpenfer de la retraite , fans le difpenfer de la vie mortifice ; la mortification & la pénitence
fonnes d'Eglife _ #44 DES ILLusronws peuvent lui être encore plus neceflaires, qu'aux plus auftéres Religieux ; ceux-ci font par leur état à l'abri de bien des dangers , aufquels font expofez ceux qui font obligez de vivre parmi les-gens du monde ; mais qui peur pen les. perde mener une vie reguliére, exemplaire & édifiante 2 ils y font obligez par leur état. Se Nulle part ce femble où les illufions du cœur puiflent dominer avec plus de fécurité, & regner plus tranquillement , & avec plus d'empire , que dans l'ufage qu’on fait des biens d'E- glife. Les enchantemens de ces illufons font d’autant plus féduifans fur cet article, que tout femble concourir à les colorer, Décence
DU Cœur, T4$ Décence du rang ; prérogativos de l'état ; dignité de la per= fonne , du beneñce ÿ paralopif me Captieux ; benignes interprétations de Ja Loi, Doéteurs indulgens ; Cafuiftes mitigés ; Direéteurs commodes ; & par -deflus tout , amour propre éloquent qui fçait habilement fai. re valoir fes droits ; tout concourt à rendre plaufible lillue fion, & à favorifer les priviléges fuppofés , & les prétentions de ceux qui font les plus riches en biens d'Eglife, ns On peut dire que lufage peu ‘canonique , ce femble , que quelques-uns font de ces biens n'allarme: plus la confcience , on sy eft apprivoifé ; la probité même dont les plus riches Beneficiers font profeflion, ne réclame point contre l'abus; peu s’en faut qu'il ne foit adop- Tome I, N
146 DEs ILLusions té , comme un point de police Eccléfiaftique. Au refte la profeffion ingenuë qu'on fait ici, d’être autant éloigné de la Morale févere, que de la relâchée, doit raflurer tous ceux qui cherchent de bonne foi la verité, perfuadés qu'on ne dira rien d’outré, rien qui ne foit d’après ceux qui nous doivent fervir à tous de modeles, On n’en appelle de tout ce qu'on va dire ,qu'au tribunal de la droite raifon, & de la pure Morale de l'Evangile ; on ne veut d’autres Juges, que les Eccléfiaftiques mêmes , qui y font les plus intereflés ; & onne fe propofe, que de découvrir la fubtilité maligne des illufions du cœur , qui par de fophiftiques raifonnemens, ne tendent qu'à ébloir , & à faire taire la confcience,
Du CoEur. 147 Rien n’cft plus jufte, ni méme plus conforme à l’efprit de nôtre Religion , que de vouloir que les Miniftres de l'Eglife ayent dequoi fubfifter honaétement , chacun felon fon range L'ancienne Loy s'accorde parfaitement {ur ce point , avec la nouvelle ; & le Seigneur qui avoit ordonné que les Lévites dans l'Ancien T'eftament , euffens leurs revenus fixes 5 veut auffi que dans l'Eglife les Miniftres des Autels , ayent les leurs ; & c’eft à quoi par un c£ prit de Religion , ont largement pourvû le zéle & la charité des Fidéles. : ” | À la verité en pourvoyant aux befoins de la vie de fes Mini. tres ,on a toujours exigé d'eux le défintereflement. Saint Paul étant à Milet, y fit venir tous les Miniftres de N ij
348 Des ILLusroNs lEglife qui étoient à Ephefe ; & après leur avoir fait en abregé le portrait d’un digne Miniftre du Seigneur, dont l’innocence des mœurs , & la vie doit être une cenfure publique de tous les vices ; un modéle de toutes les vertus , & une preuve vifible des véritez qu’il prêche : il veut bien, malgré fa profonde humilité fe propofer lui-même pour exemple du parfait défintereflement qui doit caratérifer tous les Miniftres de lEglife: Argemtum © aurum aut vellem, ditil, #41. lus concupèvi , ficut. ipli feitis : Je n'ai eu envie ni de argent, nide l'or; ni des vêtemens de perfonne , comme vous {çavez vous-mêmes ; Qvoriam ad na que mihi opus érant ; € his quivmécum. funt , miviflraverunt mans Île: car) ces mains - 6
DU (CoEuUR 459 m'ont. fourni à moi, & à ceux qui font avec moi , tout :ce qui a été neceflaire. Tels étoient les Miniftres de l'Eglife de ces heureux jours ; on n’en exige pas tant aujourd’hui de ceux de ces derniers fiécles. | Dans la fuite des tems, le nombre des Fidéles ayant augmente au point que nous le voyons aujourd'hui ; & les travaux des Pafteurs s'étant multipliez avec la Bergerie ; il a été jufte de pourvoir à leurs befoins particuliers, pour qu'ils euflent le moyen de pourvoir eux-mê- mes aux befoins de leur troupeau; & voilà ce que les Fideles oft fait abondamment par leurs pieufes largefles , en dottant richement les Eglifes, pour y faire avec dignité le Service Divin, en fondant tant de Prieurez , & de fi riches Ab-: N ii}
50 DEzEs ILrusrons bayes ; & en rendant le Clergée cpulent en Benefices, & en re- VENUS, : Qui ne voit que la fin ,& le motif de tous ces pieux & magnifiques dons, a été un pur motif de piété & de Religion ; & que PEglife ma accepté ces legs pieux, & toutes ces amples donations, que felon lintention des Bienfacteurs, & conformément à la deftination qu’ils en ont faite ; & que c'eft fous les mêmes obligations ; quecette même Eglife,les diftribuë aux Beneficiers, I eft vrai que les Pauvres ne font pas exclus de ces pieux Bien - faits ; on peut dire qu'ils font lescoheritiers de ces grands biens , conjointement avec l’'E- glife 5 ils ont leurs droits fur tous ces amples revenus ; & comme on ne fcauroit fans in-
pu CoEur Y$r _juftice priver les Beneficiers de ” leurs revenus ; on ne peut aufli fans crime refufer aux Pauvres les foulagemens qu'ils ont droit d'attendre des riches revenus du Benefice. On convient que ceux qui pofedent des Benefices font maîtres des fruits ; mais à titre oncreux. Il eft jufte qu’ils prelevent ce qui eft neceflaire pour leur honnête entretien ; jais on va voir, quel ufage ils font indifpenfablement obligez de faire du furplus ; & sil peut yavoir quelque jufte pretexte de fruftrer les Eglifes dépendantes de leurs Benefices , & les Pauvres , de leurs droits, pour avoir dequoi vivre fplendidement ; dequoi jotier gros jeu ; dequoi nourrir plufieurs chevaux , & une meute de chiens de chafle. C'eft ici où N üi] ÿ
pit DES LILUSIONS fus - Chrifts & de cet horrible principe ; naifloient toutes les erreurs impies » qui anéantif- {oient toute la Religion Chrétienne. Saint Irenée, Tertullien , Clement d'Alexandrie ;, Origene , faint Epiphane , & tous les faints Peres fe {ont élevez contre cette Secte monftrucufe , & Pont, pour ainfi dire, pulverifée par leurs fçavants Ecrits; clle fe divifa bien-tôt dès fa fource en autant de ruif- {eaux bourbeux , que leurs fonges creux forgerent de chimerese É Ce qu'il y a de fingulier,c'eft que ce mot de Gnoitiques , fi- … gnifie fçavans , éclairés , gens qui avoient des Jumiéres furnaturelles , & qui étoient les feuls qui euffent le vrais fens des Écritures , & des faints Livres ; auffi regardoient-ils les Catho+
DAT COEUR 253 liques en pitié, & comme des gens fimples, & groffiers, qui deftitués de cette fublime intelligence ; expliquoient les Livres facrés d’une maniére baf- {e, & trop litterale ; eux feuls prétendoient avoir la clef des divines Ecritures , & de la Religion. Il faut avouër que l'homme _eft capable de bien des extravagances , lorfque livré à fes paflions , ilen eft devenu lef clave , & le joüet ; & que l’efprit humain s'égare pitoyablement , quand faiciné par les illufions d'un cœur naturellement oroueilleux, & corrompu par le libertinage , il n’a d’autre guide , & ne fuit d’autres lumiéres , que celles de ces mêmes illufions. N’avons-nous pas vû de nos jours le fanatique Quietifme , fi juftement décrié &
256 Des ILLUSIONS condamné , par les défordres nfames , & les fentimens héterodoxes qu'on cachoit fous le nom fpécieux d’Oraifon de Quictude. On doit ajoûter ici une réflexion qui fuit naturellement de celles qu’on vient de faire. Nulle héreñe jufqu'ici , qui _ m'ait prétendu que fon efprit particulier poflede feul la fcience de la Religion, & lintelligence de l'Ecriture, parce qu'il n'y a point d'Hérefiarque qui ne fe vante d’avoir été infpire ; & delà vient que tous les Héretiques regardent tous les Catholiques depuis même les Apôtres, comme des gens fimples & grofliers , qui errent tous dans la Foi par ignorance. Eux feuls prétendent être fçavans ; & n'avoir befoin que de leur propre efprit , pour découvrir chacun
D'U C'OE u'R: 257 chacun le véritable fens de l'E- Criture ; & {ur cette bonne opi- Dion que tous les Sectaires ont de leur cfprit particulier , & fur cette pitoïable confianceen leurs -P'opres lumicres , cn peut dire que tous les Héretiques peuvent être appellés en ce fens Gnoftiques , & ils le font en effet, Ce leurre, ou pour mieux dire ; cetté ‘charlatanerie €- toit neceffaire pour impofer ; quelque douce , quelque ac- Ceminodante que foit la motale qu'on prêche, il faut du Merveilleux |, ou du brillant Pour faire illufñon à l'efprit , Quand il s'agit de faire changer e Religion ; il eft vrai que quand le nouvel Evangile flatte l'amour propre & la cupidité , On croit aifément in{piré celui Qui en a fait le premier la dé COuverte ; çar je ne fçai sil fe Ome Z, : 'é
253 DES ILLUSIONS rrouveroit beaucoup de dupes # fi au lieu d'un Carême le nouvel Evangile en ordonnoit fix 5 & fi le Chef de Secte, qui oblieroit tous les Miniftres, & les Prédicans à garder le célibat ». & tous les Seétaires à porter le cilice”, pañeroit généralement our un nouvel Apôtre envoyé de Dieu pour reformer lEgli- . fe. Mais quand l'erreur favori- {e les paffions , & la fenfualité » ceux qui la prêchent font des” oracles ; & c'eft par ces pitoya= " bles illufions , que toutes les hérefes ont fait en peu detems tant de progrès. ‘1 1e Sr Se 1 4 Saint Auguftin parle d'un rand nombre d'Héretiques qui non feulement fe yantoient d'E- M tre fort clairvoyans mais qui. vouloient qu'on les crût par
DU Cœur 3259 ticuliérement éciairez de Dicu, Saint Irence à remarqué Ja même chofe : ils s'appellent eux-mêmes , dit-il , fpirituels ; ils nous traitent de grofliers , & d'ignorans ; ils ne s'épargnent Pas les loïanges ; ils fe nom- _Ment les parfaits, & les élûs de Dieu. | Saint Bernard n'en fait pas Un moins jufte cara@ére : ils veulent faire croire, dit.il » Que leur doctrine eft toute celcfte, qu'ils penétrent dans Les Myf téres les plus cachez, & pour _ainfi dire, dans la nuit la plus - Profonde de la fagefle de Dieu ; Que chacun dans fa Sedte eft Parvenu au comble de la faintcté, es Saint Gregoire fait dire À tous les Chefs de Sectes, ce que dit Eliphas dans le Livre de Job : on m'a découvert des fe- | v à
160 DES ILLUSIONS crets particuliers ; & j'ai entenr “du dans un fonge certains petits mots qui m'ont découvert des myftères. Montanus publioit fes erreurs En Docteur infpirée M Arrius, dit faint Athanafe, avoit n Je front & limpudence de pur blier que Cétoit de Dieu même qu'il avoit appris la Sagelle-» dont fa doétrine impie étoit une « belle preuve. ; Quelle folie quelle pitoya à ble illufon, dit S, Ambroife, de à Chef Souverain qui la gouvei pe fous la direction de L'E(pri Saint. Et faint Auguftin dans fon Epitre 50: Ceux qui font, hors du Coros de l'Eglife, dira ne fçauroient recevoir le Saints Efprit; &t c'eft d'eux; ajoûte-ti > Cod À qu'il eft écrit : ceux qu g:1&
DU Cour, 26% patent des autres, font des hommes tout corporels, que l'Ef prit éclaire point. En verité, quel fanatifme plus vifible, & Plus oroffier que la fanfaronnade de tous ces Héretiques qui {e difent tous illuminés , & qui fe parent du nom pompeux de Sçavans , de parfaits, & quel- Qques-uns même d’Evangeliques, comme font les Proteftans , qui font les grands ennemis de la Dodrine facrée & de la morale de PEvangile : s'ils fe donnent ce titre, comme ils le difent eux-mêmes ,. parce que dans la Secte chacun a la liberté d’entendre, d'interpréter , & d’expliquer l'Evangile felon fon propre efprit particulier, & à fa maniere , fans avoir égard À Ja. Tradition des Peres de PEolife , ni à l'autorité même de leurs Pafteurs ; non feulement cha.
26% DEs ILLUSIONS cun d'eux a fa Foi, & fa Religion particuliére , ou pour mieux dire ce qui eft vrai, n'en a point du tout ; mais il n’y à jamais eu d'Héretique qui nait pû prendre le titre d'Evangeliques ; & en effet plufieurs des anciens Héretiques l'ont pris 5 & cette viñble dénomination , n'eft pas de Pinvention des {euls Proteftans & Luthériens , & Calviniftes ; ils la doivent aux anciens Héretiques leurs ayeux, ; Il fe préfente ici une refléxion qui démontre encore bien {enfiblement , combien les illufions du cœur aveuglent pitoyablement tous les Sectaires, De toute cette nuée d’Héretiques » qui fe font répandus fur la terre depuis les premiers jours de JEglife, nuls qui ne fe olorifient d'être éclairez finguliére-
»: "+ FF PIN pliée DU Cour. 263 ment de Pefprit de Dieu ; nuls qui ne prétendent avoir la verité en Partage. Cependant il ._1'eft point de Seûes qui ne foient eflentiellement oppofées. entre elles dans la Foi ; elles S'anathematifent mutuellement les unes les autres. Les Arriens ne fe contenterent pas de crier , & de difputermême avec aigreur contre les Hérefies qui infectoient déja le Chriftianifme , ils employerent même la force & la cruauté contre les Novatiens, & les Meletiens. Neftorius ne déclame Pas avec fureur contre les feuls. Apollinariftes , il veut extermiher encore toutes les Sectes differentes de la fienne, Purgez la terre, Seigneur des Héretiques qui la troublent, dit cet Hérefiarque à l'Empereur , & Je vous aflure la pofleflion du
2760 DES ILLUSIONS par le nombre de fes Seétateurs, Les Novatiens Héretiques du troifiéme fiécle , eurent pour Chef le Prêtre Novatien , l'homme le plus ambitieux, & le plus intriguant qui fût peutêtre jamais. Etant à Rome , il ñe fe promit rien moins que le fouvérain Pontificat. Le faint Pape Corneille fuccefleur de faint Fabien , ayant été mis fur la Chaire de faint Pierre , après que le faint Siége eut vacqué plus d'un an, par les intrigues de lPambitieux Novatien , celuici pout fe venger , voulut ajoûter l'hérefie au fchifme , & foûtint qu'il ne falloit point recevoir’ à pénitence, ceux qui après le Baptème étoient tombés , dans quelque pechés ; il publia plufieurs autres erreurs , & (E2 vit bientôt à la cète de plus
DU:CoEURr: 27Y fieurs difciples ,. qu'on nomma Novatiens ; & qui prirent aufli le nom:de Cathares , où Purs ; pour fignifier :qu'ils avoient feuls la pureté dela Foi & de la Morale de l'Evangile. L'Hérefiarque Manès, dont l'hérefe a eu tant de Sectateurs, & a fubfifté fi long - tems, étoit un vil ‘efclave nommé Curbi- Cus, qui après la mort d’une Veuve qui lavoit acheté, & qui lui trouvant de Pefprit, le fit inftruire dans les Sciences qui S'enfeignoient en Perfe ; fe vo- Yant affranchi , changea de Rom, de peur qu'on ne lui re- Prochât fa prémiére condition ; Prit celui de Manès, qui felon Quelques-uns fignifie vafe , s’attribuant à lui-même ce que le Sauveur avoit dit de faint Paul < Que c’étoit un vale d’éledion.. Ayant commencé de débiter PA
aÿx Des ILLUsroN‘S mille extravagances en fait dé Religion, fe voyant écouté, ce: fuccès l'enhardit , à fe faire Chef de See ; & il eut bientôt des difciples ; qu'on nomma de fon nom Manichéens, Il fe qualifia d'abord d’Apôtre de Je- {us-Chrift, & fe diloit le Saint- Efprit que le Sauveur avoit promis. Il enfeignoit qu'il y avoit deux Principes, l'un bon & lautre mauvais ;que du mauvais procedoit le corps , & toutes les créatures corporelles ; & condamnant le mariage, il autori- | {oit toutes fortes d’ordures’, && d'impuretés ; & ceft principalement ce qui mit en vogue fa. Secte, Saint Leon dit, Que le démon qui regne dans toutes Les Hérefies ; a bâti une forteref]e > G établi fon trône dans celle. dé Manës , où il regnoit., non par wné feule forte. d'erreur. mais PM
Du :C OÉUR,(T 273% tontes les Zmpiètés ; @'-les folies dont. 1 'efhrit bursain. cf capables: Car tout ce. que des Païens. ont. de. _ Profane ;les Juifs d'avengle, à € charnel,, les fécrets de la ma. Lie. d'illicité ; 7 les héiclies de facrilége s4-coulé dans Lx S'eéfe: des Manichtens’ comme dans un cloaque, Cet :infame Hérefiarque ayant Promis au Roi de Perfe qu'il gueriroit fon fils ÿ le Pere renvoya tous les Mede. cins qui lui. auroient pû rendre fanté, &.le malade mourut fur l'heure, Cet Enchanteur sé. tant fauvé fat pris, & le Roi le fit écorcher vif, & expofer- {on cadavre aux bêtes, Où à rematqué qué la plûpart des erreurs des Héretiques de ces derniers tems;fonttirées de cet Hérefiarque, -Perfonne n'ignore que ce-fut & l'ambition demefuré de Do-
ag Des ILLUSIONS nat’, foûtenu par le manége af” tificieux d’une Dame puiffante nommée Eucille qu'on doit ce malheureux Schifme qui défola’ fi long-tems l'Eglife d'Afrique Donat Evêque des Cafes- Noi- res,veut être Evêque dé Carthageà la place deCecilien canoniquement élû,& reconnu par toutes les Eglifes Catholiques , feul & legitime Evèque de: Carthage. Mais que ne peut pas une violente paflion! Donat fait jotier tant de reflorts, & met en mouvement tant de machines ; qu'il remuë toute. Europe pour fatisfaire. fon ambitions Condamné par plufieurs Conciles , & par le Souverain Pontife , il ajoûte par dépit, lhérefie au fchifme ; & devient le Chef d’un parti, contre lequel tant de faints Peres , & de cclebres Dodteurs de l'Eglifg ®
DU Cour 17ÿ ent écrit; les Donatiftes Le voyant enfin reduits à un petit nombre de Sectaires , ils prirent le Patti d'avancer ce paradoxe étrange , refflource. ordinaire des Héreriques : que la véritable Eglife étoit périe par tout, & qu'elle étoit reftée feulement dans le parti qu’ils avoient en Affrique. Leurs erreurs devinrent tous les jouts plus gro£ ficres , & fe multipliérent tous les jours. Ils avoient en horreur le divin Sacrifice ,& les Sa Cremens de PEglife Catholique , & ils fouloient aux pieds la divine Euchariftie ; pillant , & profanant les Evlifes, & les Vafes facrés ; tels ont été les ayeuls, & les modéles des Hé. retiques de nos derniers fiécles, Les paflions qui donnent naif. fance à tous les Schifines, & à toutes fes H£refies | peuvent
276 Des rusions avoir des motifs, & des objets differents ; maïs leurs effets fe reflemblent ; elles conviennent toutes fur tout , par leur déchaînement contre l'Eglife Catholique , & en particulier, contre le Pape quien eft le Chef vifible. Elles ont beau avoir des erreurs differentes , & s’anathematifer entre elles ; nulle qui n'ait été ennemie du faint Sié- e , & du Vicaire de Jefus- Chrift. C'eft l'ouvrage favori desillufions du cœur, qui caractérife en general toutes les Hérefies. 5 6e Ée + <e La
Du CoEUR 277 Serenade PARAGRAPHE VL De lArianifine., ÉRENE eft une des Hérefies qui a fubfifté le plus long-tems, par la protection de quelques Empereurs , fe linondation des peuples arbares du Septentrion à de- Mi Payens, & par l’afinité des Crreurs des Arriens avec celles des Juifs, & avec les fuperftitions d’un refte d’Idolitres. Arrius natif de Lybie, d'une Naïflance obfcure , mais d’un génie vif, hardi , & turbulent, d’un orgueil, & d’une ambition fans mefure ; ne trouvant pas dequoi fe fatisfaire en {on païs , ille quitta, & vint à Alexandrie , qu'il regardoit
>78 Des ILLUSIONS comme un théâtre où il poutroit faire fortune. Il s'attacha d’abord au Schifmatique Meletius. qui y avoit un grand parti; mais celui-ci fit peu de cas de ce nouveau venu , & ne voulat point de fes fervices. Arrius crut qu'il trouveroit mieux fon compte à gagner les bonnes graces du faint Patriarche Pierre, qui étoit en finguliére veneration par fa haute piété, & pour cela comme il avoit de l'efprit , il fçut fi bien couvrir fon ambition d’une apparence de vertu ; qu'il impofa bien - tôt à tout le monde ; le Patriarche y fut pris , & le Clergé donna dans les pièges de cet hypocrite , qui fçut fi bien {oûtenir fon perfonnage de dévot , que quoi que le faint Patriarche enfuite d'une vifon qu'il avoit euë ; eût recommandé
EE —_— Du Cour 279 qu'on ne le promût jamais aux Ordres facrés ; Achilias fon fuccefleur ; le fit Prêtre , & lui donna le foin d’une des prin- Cipales Eglifes d'Alexandrie, Ârrins qui joignoit À cet air modefte & étudié, & aux déhors trompeurs d'une véritable piété , une clequence qui plaifoit , fe fit une grande réputation, , & gagna bien-tôt la Confiance des honnêtes gens & du peuple. … ; Rien ne pouvoit fatter da- Vantage fon orgueil , & fon ambition , aufli futelle déslors fans mefure, La bien-veillance que le Patriarche lui témoi- 8hoit , augmentoit la bonne Opinion qu'il. avoit.de pi dc tendumérite ; de forte qu'il ne €fut pas que ‘perfonne dans Alexandrie pôt, lui difputer le iége Patriarchal ; ne.croyant
396 DES ÎLLU STONS ue garderoit ce Livre. Outre Jes blafphèmes que cet Ecrit contenoit contre Jefus-Chrift ; Arrius pour gagner les Libertins, & fur tout les femmes ; l'avoit compofé d'un ftile moû ;, & enjoüé, dans .un penre de petits vers, qu'un certain mé chant Poëte Candiot nommé Sotades , avoit inventé en langue Jonique, pour exprimer ; & pour chanter dans la chaleur de la débauche , dit PHiftorien de l'Arianifme , les plus abomiinables impuretés. Et voilà Ka véritable époque de {a naiflance de l’hérefie Arrienne. : C'éft la paffion violente d'un orgueil infenfé , & d'une am° Bition fans mefure’, accompaghée de la licence, & du déreolement dans les mœuts, qui 4 donné naïflance à l’Arianifmes Nalle héreñe qui vienne d'uñ
DU Coeur, 287 Autre fond ÿ C’eft originairement le cœur, ce font les paf "onS qui conçoivent & qui enfantes toutes: les Sectes ; l’ef. prit corrompu ie le cœur ne ait que prêter fes fubtilités , 8 es fervices ; le cœur leur donne Naiflance , & leur éducation , pour ainfi parler , eft confiée À lefprit, . Comme on ne s’eft propofé dans cet Ouvrage que de démontrer,que c’eft proprement des ilufions du cœur que viennent toutes Îles hérefies, on laifle aux Ziftoriens à rapporter les pro-. grès qu’ellés ont eu, & la mal. eureufe fin qu’elles ont faite, L'Eplife Catholique , Apoftoli- Que, & Romaine les voit toutes naîtres, & celle les voit tou tes moutir. L’Arianifme eut le! Même fort qu'ont toutes es Sec tes, Cette impie hérefe fabfif.
9% DEs ILLUSIONS ta longtems, par les moyens & les artifices dont l'enfer fe fert d'ordinaire pour foûtenir foutes. les Sectes. Protection aveugle des Princes , paffions. violentes-d'orgueil , d'ambition > de cupidité , d'interêt, inttiques artificieufes , fourberies infignes , parjures réiterés, noires calomnies , féditions , guerres civiles, cruautés.: tout fut mis en œuvre pour étayer une hérefie , que Je Démon avoit tant d'interêt de perpetuer- La funefte &. horrible mort de. l'Héretique Ârrius, épouventæ fes Sectaires , les couvrit de. confufion , mais ne les convertit point. Comme on n'époufe: les erreurs d’un Chef de Secte ». que.parce qu'elles flattent les. paffons.; {on autorité. n’eft plus: Je motif de la créance des Sectaires, Qu'Arrius meure de la. même
ne DUR COEUR. 289 même mort que Judas ; Jes. riens NEN (ont pas moins obf. nez dans leur hérefie ; l'obfi. Pation Opiniâtre des Héreti- QUes ; ne vient jamais d'une Prétenduë découverte de Ja veité ; l'étude & Ja fpéculation , ont hors de leur fphere ; on sen repofe aveuglément fur Ja NE OÙ mauvaife foi de l'Héréfiarque ÿ ce font les illufons ù cœur, [a Pafion qui trouve 9n compte dans lhéreñie , qui rendent Opiniâtres tous les Sec- Lire > auf ton vû que les befs des Sectes ont eu beau Convertir , & fe retracter s Es Se“taires ont Opiniâtrément Perfifté dans l'erreur, Que les illufons du cœur s'éteignent , Me Les paflions fojient dom. Ptées, on verra bien - tôt tous les érctiques défabufez &: COnvertis, Tome 7, Bb
290 DES ILLUSIONS PARAGRAPHE VIL Du Wifileffme. O N peut dire que Wiclef acté le premier Maître » & comme le Chef des Héretiues de ces derniers fiécles. étoit Anglois, & Docteur dans la celebre Univerfité d'Oxford» où il enfeignoit avec quelque réputation ; COMME il affecoit de faire renaître certaines opis pions des anciens Philofophes » qu'il débitoit comme de nouvelles découvertes dans Îles Sciences inconnuËs » difoit - il» avant lui, à tous les SçavanS) il fut bien-tôt fuivi d'un grañ nombre de jeunes Bacheliers » ui admiroïent Ja fubtilité de fon genie. Le nombre de céÿ
DOUCDE EE ot jeunes admirateurs picqua fa vanité | & l'enhardit à-ambi- tionner Ja. Principalité du Col. 8e de Cantorber: » fondé des Puis peu À Oxford par PArchevyê. Vêque Simon Langham, Se vo. Yant exclu d’une place qu'il croyoit dûë à {on prétendu mérite, il crut Pouvoir s'en dédomma. B9t En obtenant l'Evêché de Vi- 80fne ; mais fà brigue ne réüffit Pas mieux ; cet Evêché lui fut refu{é par le Pape Gregoire XI, iclef en Conçuüt tant de cha. Stin , & une fi grande haine Contre le faint Siége , & contre tout l'Ordre Eccléfiaftique + . QUE bien qu'il fût Curé de Lut-. trword dans le Diocefe de Lin. Colne , il refolut Pour s'en ven. £er de mettre tout en œuvre Pour anéantir, sil pouvoit , toute fautorité, & Ja Puiflance de l'Eglife, Car que n'ofe pas le Bb i]
92 DES ILLUSIONS depit d'un ambitieux humilié ? _ Quelque chimerique que füt ce deflein ; Wiclef, crut que le tems lui étoit favorable pour ÿ reuflir. Il commença pat déclamer artificieufement {ous un fpécieux prétexte de zéle contre la vie peu reguliére de plufeurs Eccléfiaftiques ; & bientôt après contre tout le Clergé Séculier & Régulier ; ëc même contre le faint Siège. | Se voyant écouté » & même applaudi ; car la médifance la plus maligne ; les invectives les plus outrées ; & les déclamations vehémentes Contre les gens d'Eglife ; {ont ordinaire* ment du goût de la multitude 5 fur tout quand on crie fort contre leurs grands revenus : Wiclef crut que le tems lui étoit favorable pour faire réüflir fon entreprifc. Il avança d'abord
DU Cœur 129$ certaines Ptopofitions fcandaleufes qui tendoient au renverfement de l'Etat Eccléfiaftique , & {ur tout de l'autorité du Pa- Pe ; car le dépit & la vengean- Ce Contre Gregoire XI. pour lui avoir refufé PEvêché de Vi- 8orne , furent toujours Je prémier mobile de toutes fes dé. marches , & Je prémier principe de fes erreurs. : Jugeant du füccès de fon eflein par Ja difpofition où il Voyoit le peuple, & même les srands , qui murmuroient tou- Jours contre les grands biens que pofledoient les Gens d'E- £life ; il ofa avancer que lEoli- € Romaine n’eft point Chef des autres Eglifes ; que le Pape & les Archevêques, & les Evé- ‘lues ; n'ont nul avantage fur les fimples Prêtres ; que le Cler- 8 > ni les Moines, felon la Loi Bb iij
294 DEs ILLUSIONS de Dieu, ne peuvent pofeder aucuns biens temporels 5 ê& que les Princes , & les Seigueurs Laïques , font obligés de les dépoüiller de tout ce qu'ils poffedent. Il eft aifé de comprendre combien cette fauf fe dorine , quelque grofficre qu'elle fut, trouva de puiffans partifans, £a cupidité ÿ trouvoit trop fon compte » pouf welle ne fût pas applaudie 3 elle le fut , & pour donner plus de relief à fes erreurs par {on exemple ; cet hypocrite contrer ft le pauvre Evangelique ; € marchant nuds pieds ; mais il 1€ affa bien tôt de {amomerie. Le Pape Gregoire X I pet après fon arrivée à Rome, ave" ti de cet horrible {candale » écrivit à lUniverfité d'Oxford ; à l'Archevèque de Cantorberi» & à lEvèque de Londres , Of*
DU CoEuR, 295 donnant qu'on fit le procès à lHretique Wiclef, & il en- VOYa En même-tems un autre Bref au Roi d'Angleterre , où il lavertifloit que les erreurs d'un tel homme, n'étoient pas moins dangereufes à l'Etat qu’à l'Eolife. Mais ces Brefs n’arriverent qu'après la mort du Roi Edouard , & au commencement du regne du jeune Roi Richard IL, qui n’étoit pas encore en état d'agir par lui-même. Wiclef avoit eu l’adrefle de gagner le Duc de Lancaftre , Henri Pércin Grand Maréchal d'Angleterre , & finguliérement la Princeffe de Galles Mere du Jeune Roi , laquelle setoit fi ouvertement déclarée pour lui, qu'elle envoya dire aux deux Prelats, qu'ils fe gardaffent bien de rien faire contre ce faint Homme, Bb ïiij
_302 DEs ILLUSIONS &e les excés qu'a produit la paf fion de vengeance d'un Curé devenu Héreliarque ; & les illu- : fions du cœur de tous ceux qui prirent fon parti pouflés par plufieurs autres paffions. On 2 tiré.un nombre prodijeux d'erreurs ; toutes plus groffiéres des écrits de Wiclef, qui furent condamnées folemnellement par le Concile géneral de Conftance. Le Roi R{- chard ; publia fa Déclaration contre Wiclef, & les Wiclefftes; tout ce qu'il y eut ‘d'honnèêtes gens {e foumirent à la condamtion de cet Hérefiarque ; qui s'étant caché , mourut {ubitement deux ans après fans s'être retraté, lorfqu'il fe préparoif à prêcher deux heures après contre faint Thomas de Cantorberi, le jour de fa Fète. Le corps de cemalheureux Héretis
D'U Cor ur 303 que fut deterré, & fes os brûlez par j'Arrêt du Concile, &. Par l'ordre du Roi qui n’ou- - blia rien pour exterminer cette Sete, Ce qu'il ya de plus furprenant, c’eft que tous les Héretiques qui font venus depuis Wiclef jufqu’à prefent , ayent pris de ce vil Hérefiarque les erteurs , & le plan de leurs SectCs ; aufli ont-elles eu le mê- Me efprit , & les mêmes fuites : Même déchaînement furieux Contre le Pape , & le faint Sié- 8€ ; mêmes revoltes contre VE, Tat ; mêmes foulevemens des Peuples ; mêmes cruautez ; mé- Mes guerres civiles ; mêmes Crreurs ; même deftruction de la Religion Chrétienne & dans 1e dogme & dans la morale - Enfin mêmes impiétez , mêmes facrileges & à l'égard des Saints,
304 DEs [ILLUSIONS & à l'égard de nos Eglifes ; on diroit que le Wicleffme a éte comme un grand fleuve d’où font forti plufieurs grandes riviéres , qui ont toutes groll dans leurs cours par les ruif- {eaux , & dont l'eau eft toujours … plus trouble & plus bourbeu- … {e ; mais qui vont tous enfin (e” perdte dans la mer. C'eft ce qu'on verra dans les réflexions fuivantes, be bhphepdisbEeR | PARAGRAPHE VIII. Du Lutheranifme. L n'y eut jamais Hérefie plus vifiblement louvragé de toutes les paflions & plus fenfiblement le funefte € dés illufions du cœur, que #. Lutheranifme, Sa naifenee ji e
DU Cour, 305$ {és proorès ; ce qui les nourrit, “Puis plus de deux fiécles ; - Out porte un caradére d’illufion fi Marqué , que rien ne démontre plus l'empire des paf. fions fur Je bon fens | & la rai. fn, que la durée de cette Secte,. Dans le Commencement du {ciziéme fiécle, PEglife Catholique joüifloit d'une profonde Paix ; & routes les Puiflänces de l'Europe reconnoifloient l’autotité fuprême du Vicaire de Jefüs-Chrift, & tenoient la Foi du faint Siéce ; lor{que l'Enfer jaloux, & impatient d'une fi heureufe tranquilité , fi avanta- £eufe à tous les Fidéles , fufcita le plus Pernicieux de tous les {chifines , qui fe forma prefque “out à coup, {ous le plus leger de tous les Prétextes, La paf fon de jaloufie > fut la bluette: one I, Cc
306 DEs ILLUSIONS qui alluma ce furieux embraiement qui dure encore. Luther né à Jflebe dans le Comté de Mansfeld en Alle-. magne , ayant Êté envoyé pour * étudier à Érford , il y fut Ma tre ès Arts à l’âge de vingt-an$» après fon cours de Philofophies Un jour quil fe promenoit hors de la ville, la foudre tua {on . Compagnon à (es côtez , & il fut fi touché de cet accident, qui fit vœu de fe faire Religieux 5 en cffet il entra dans l'Ordre des Hermites de faint Augu” tin, à l’âge de vingt deux ans » & deux ans après ; il. fut fait Prêtre. Comme il avoit de let prit ; beaucoup de feu , & encor re plus d'ambition , il fe diftin”, gua dans la Philofophie qu'of lui fit enfeigner aux jeun Religieux de {on Ordre à Wir temberg , où.le Duc de Sa36
DU Cour. 307 avoit fondé Une Univerfité fort celebre, Y 4yant recû quelque Hémssaprés le Bobnec de Docteur, il y fut fair Profeffeur ; & aifant valoir fon feu d’efprit , * Srande memoire & fon élo- Quence naturelle » il s’y fit une féputation qui lui gagna l'efti. Me du Duc de Saxe » Qui avoit Oft à cœur que fon Univerfiré brille, & qu’elle eût des Pro. fleurs habiles. 8, “ither y enfeigna avec éclar, & il prècha même dans les Egli(es avec plus d’éloquence que d’onction ; car il n'eut ja- Maïs beaucoup de pieté ; quoi He fa vie ne fût pas fcandaleu- € tant qu'il refta dans le Cloÿtre, A la verité il ne pouvoir Ouffir les Théolopiens Schoaftiques , foit que la portée de °n efprit ne pât Pas aller fi haut ; {oit que la morale qu'ils Ce ij
108 DES ILLUSIONS enfeignent , gênat trop fes paf fions , qui ne furent jamais fort mortifices, Et il commença dès l'année 1516. à faire connoître . fon mauvais fond , en combattant les Théologiens Scholaftiques , les faints Peres, & fur tout l’Ange de l'Ecole faint Thomas, par des Thefes pu bliques, fur Je franc-arbitre » fur le mérite des bonnes œuvres, & fur la Tradition , CE qui fit juger à plufieurs que PU- niverfité pourroit bien nouftrif dans Luther un ion furieux ; même une vipere: L'an, 1517. le Pape Lcon X ayant accordé des Indulgences À ceux qui voudroient bien. contribuer par leurs aumônes ? à la bâtie de la magnifiqué Bañlique de faint Pierre à me ; commencé. par le Papi Jules IL {on Predecefleur » il
| DU Cour 305 donna la commiflion de les: publier , aux Peres de l'Ordre de faint Dominique, Les Au- Buflins qui étoient en ufage d'avoir cette commiflion en llemagne , fouffiirent impatiemment, que les Peres Doz Mminicains leurseuflent été fubrogés ; Luther {ur tout , dont les Paflions prenoient aifément feu En toute occafion , cria plus haut que tous les autres contre cette préference ;, foit que fon cœur fût déja corrompu , & que fa foi par conféquent , fût déja affoiblie ; il s'offrit À précher contre ces Quêteurs, & à vanger le tort qu'il prétendoit qu'on faifoit à fon Ordre. Ses Superieurs le lui ayant permis, il faifit une fi belle occafion pour fatisfaire en même tems, & fon orgueil & fa jaloufie, Il monte en Chaire | & fe
310 DEs ILLUSIONS jaiffant emporter à fon impétuofité naturelle , il déclame avec un feu que la paflion allumoit toujours plus, non feulement contre l’exaction un peu trop avide , peut-être des Quéteurs ; mais contre les Prédicateurs Dominicains ; & comme la pañlion {ans frein, dans un cœur orgueilleux , & fougueux n'a plus de bornes, Luther s'échappa bientôt à déclamer contre les Indulgences mêmes: CE | Le Prédicateur Auguftin fit grand bruit ; le feu, léloquence naturelle avec quoi il préchoit , la réputation qu'il s'etoit déja faite, & la hardiefle impofante avec quoi il parloit, Jui attirerent tous les jours plus de monde. À Luther fier de ce premier
Re cé cm de de ‘il s’engagea jufqu’à les , Du CoEur 317 fuccès , ne garda guére plus de mefure, Il] déclama avec une ‘ violence Extrême contre tous ces nouveaux Quêteurs, & contre un des plus faints, & des plus refpectables Ordres Reli- Sicux de l'Eglife. On releva bien des Propolitions dignes de Cenfure , dans fes difcours : CE“ Pendant [a querelle s'échauffà x & devint bientôt publique par des déclamations » par des The- ES, & par des Livres écrits de Part & d'autre. Luther avança d'abord des propofitions douteufes ; puis fe HER ne ; outenir ans des fens condamnés ; en A comme la paflion eft une A bête feroce qui devient tou- Jours plus furieufe quand on la Pique de plus près ; Luther fe VOyant menacé, leva tout à fait le mafque | & fut excomImunié,
318. DES, ÎLrus1oNS cherit «encore fur les erreurs de fon Maître. Le ét Mais Particle qui tenoit le plus au cœur de Luther, étoit la profcription des vœux Monaltiques , & du célibat des perfonnes d'Eglife. Il compofa pour cela un Traité , oùi déclare éfrontément que les vœux des Religieux, & celui du célibat des Eccléfiaftiques » font nuls, comme directement contraires à la liberté des -en- fans de Dieu ; ce qui ayant où” vert Ja.norts au ivertinage ; of vit en peu de tems en Allemage » les Monaftères d’hommes , & de filles dépeuplés , paf le nombre de celles qui quitte rent le: voile pour prendre UP mari; & de ceux qui quitterent le. froc , pour avoir une femm? | |
DU: COEUR. 319: Etc’eftici l'article favori de la prétenduë Reforme de tous les Héretiques de ces derniers tems, A la verité le prétendu Reformateur. Luther , Moine de- Puis dix - neuf ans, voulut en donner l'exemple, IL quitte tout-à-fait l’habit de Religieux ; & ayant débauché une Religiéufe nommée. Catherine de Bore ; J'époufe. publiquement , & n'oublie rien pour rendre céébresfes nôces. Le fecond. article de la prétenduë reforme, fur lequel cet crefiarque comptoit beau- Coup , &:qui en effet rendit bien-tôt cette Secte puiffante , fut de donner au pillage à tous les Princes Séculiers , les biens des Monaftéres, & tous les biens d'Eplife. L'amorce étoit trop du goût de la cupidité, pour Dd üij
330: Des ILLUSIONS ne pas faire embrafler une Secse fi lucrative. Peu de grands Seigneurs , peu de Princes oberés , qui ne fe fiflent Lutheriéns. | La Religion Catholique étoit très - floriffante dans la Suede ; : & dans le Danemarc , pendant que le fchifime & lPhérefie Lutherienne faifoient de fi grands progrès en Allemagne ; mais la. morale du nouvel EÉvangile , fi commode à tout le monde, ëc fi avantageufe aux Princes & aux grands Seigneurs ; NE tarda pas de s'introduire dans le Nord» & dans la Livonie: ; ‘Guftave Roi de Suede s'etant fort cendetté durant la guerre qu'il avoit eu à foutenir contre les Danois , trouvoif fon épargne épuifée , & ne {ongeoit qu'aux MOYENS de la remplir, Son Secretaire qui duraBf
DU CoEur. 32y fon féjour en ‘Allemagne , ÿ avoit pris l'air corrompu de la nouvelle Religion , lui remontra, que pour remettre bientôt fes finances , il mavoit qu'à füivre PEvangile de Luther , que plufieurs Princes d’Allemagne goûtoient fort, & qui de- Venoit tous les jours plus à Ia Mode; que felon ce nouvel Evan- 8ile , il pourra rétinir à fon Do- Maine la _plus grande partie des iens que les Eccléfiaftiques, & les Religieux poffédoient , & que diftribuant l'autre partie de ces grands biens, aux grands Seigneurs de fon Royaume , ils fuivroient tous comme lui x Un Evangile fi avantageux pour Curs interêts , & d’ailleurs très- Commode à la nature. On ne délibera pas long -tems , Guflave fut bien - tôt Lutherien ; toute Ja Suede ne tarda
322 Des ILLUSIONS as À devenir Lutherienne- Il en fut à peu près de même dansle Danemark ; où Chriftierne LIL qui avoit grand bex: foin d'argent , trouva une ref fource aifée dans. le nouvel Évangile. Le Peuple embraffa d'autant plus volontiers la Re-. ligion du Prince ; qu'elle le dif penfoit de la Morale auftére de: l'Evangile de Jefus- Chrift ; 85 que les plus libertins ÿ trouvoient: leur compte. 1 Ce fut par le même motif » pour ne pas dire ; pat le mêmeefprit de vertige ; & de licence dans les mœurs ; que le Palatinat , les Duchés de: Luneboursg , Brunfvic, de Mecxelbourg , de Pomeranie ; les Archevèchés de Bremen, & de Magdebourg ; les Villes de Vifmar, de Hambourg , & -de Roftoch , & la Prufle, que tous
pu,.CoruR, 323 ces Princes jufqu’alors. fi attachés à la véritable Religion Catholique , fi zelés, depuis fi long-tems, fi dévoiiés au faint Siège ; tous, ces vaftes païs où la Religion Catholique , Apoftolique, & Romaine avoit feuri depuis tant de fiécles , abjurerent la véritable Religion de Jefus-Chrift , pour. embraffer le Lutheranifme. Ceft là l'époque de cette déplorable révolation , où la paflion eft fi mar. quée, Se de : Ada verité un Evansile de nouvelle création , dont la doctrine , & la morale étoient l’ou- Vrage des paflions , & qui flattoient fi ouvertement les fens, & lamour propre , ne pou- Voient pas manquer de trouver ientôt un grand nombre de
324 DEs [LLUSIONS partifans , &C de faire fortune: Un Evangile qui enrichit les Princes , & les grands Seigneurs obérés , en leur livrant tous ces grands biens que la piété des Fidéles avoit confacrés au Seigneur ; & en autorifant le libertinage , pouvoit-il n'être pas bien reçû ? Car voilà proprer ment les points fixes fur quoi porte la prétenduë reformation de tous ces Sectaires : biens d'E- glife pillés, abftinence , jeûnes abolis , Prêtres , & Moines mariés , confeflion profcrite ; efprit . particulier feul arbitre , feul juge de la foi, Voilà les découvertes qu'a fait Luther en fait de Religion , voilà en quoi confifte toute la prétenduë Réforme; voilà le précis du nouvel Evangile. Arrius avoit le fien ; Wiclef , Jean Hus, & Luther ont voulu avoir le leur , & Cal-
. , DU COUR 315$ vin à l'exemple des Hérefiarques fes prédécefleurs, a pris aufli , comme on verra bien-tôt le nom impofant de Réformateur , & d’Évangelifte. En bonne foi, quiconque a une teinture de Religion , un refte de bon fens, ne prendra - t-il pas tout cet étalage de grands mots Pour une vraye comédie. Certainement fi ce phantome de Religion, fice leurre de Réforme toute rifible qu'elle €ft ,n’avoit impofé qu'aux fimples,on n’en feroit pas fi fur- Pris 5ce titre fpécieux de réforme fi accommodante d’ailleurs, & fi aifée, eft un appas tentant pour de petits génies ; Mais que des gens d’efprit , des perfonnes mêmes de diftinction ayent donné de plein gré dans € piége : rien ne prouve mieux ce que peuvent les illufions du
326 DEs ILLUSIONS cœur , fur un efprit qui n’eft pas broüillé avec les paflions. . Îleft vraique ce phantome de Religion devint prefque des fa naillance , un gouvernement. purement civil , & politique ; &c pour parler plus jufte,une pure Anarchie ,oùil n'ya point de Chef, où en fait de Religion; chacun vit à fa fantailie, n'ayant point d’autres loix que celles de {es propres pañlions ; ni d'autre regle de foi, que fon propre fens, & fa tête. A peine le nouvel Hérefiatque eut parû , qu'il ne fut plus queftion de créance , mais de liberté que donnoit le nouve Evangile , & de propre interête La nouvelle Sete ne s'établit d’abord que par la licence des mœurs ; & elle ne fe foutint que par les armes. Il y eut bien du fang répandu ; & les ligues»
pu Coeur. 327 les guerres civiles les batailles fanglantes furent les prémiers fruits du nouvel Evangile. + Une inondation de Païfans, & du petit Peuple qui avoient Pour cri de guerre : Liberté de VEvangile de Luther, fit d’a- ‘bord bien du dégat. Les nouveaux Princes Lucheriens ; prirent bien - tôt les armes pour l'établiffement du nouvel Evan- £ile, Diettes tumultueufes de Vorme , de Nuremberg , de Ratisbonne , de Spire , fouleve- Mens des Peuples ; toute VAI. lemagne en combuftion ; ligues €ntre les Princes Lutheriens ; traités extorqués par force , de | l'Empereur ; & tout cela du vi- Vant même de Luther , furent les grandes converfions que fit “a nouvelle Réligion , & les Miracles , pour ainfi parler , qui { firent à la naïflance du Lu « Le
ll Des ILLUSIONS æheranifme. Il étoit né à Wildehauflen en Suille , fur la fin du quinzième fiécle.… Cétoit un jeune homme naturellement impétueux » hardi & plein de feu, qui après avoir pris une legere teinture des lettres humaines à Bafle, &t à Berne, prit le parti des armes, & fervit: quelque terms dans les troupes des Cantons. Etant devenu Chanoiïne à Conftance ; &C enfuite Curé à Zurich , il fé réentit bientôt de Sêtre atta=! ché à une profeflion qui oblige au célibat, duquel il ne pour voit s’accommoder » comme il la luimème avoiié dans fes Ouvrages. Auf il n'eut pa plûtôt lü les Ecrits de Luther qu'il fut enchanté de la doétri-” ne , & de la morale du nouveék Evangile. Il commence par en faire l'éloge dans ja converti
DU CoEur:: 3; $ tion , & dans des entretiens Particuliers, Voyant que fes Paroifliens n’étoient point effarouchés des nouveaux dog- Mes ; il s’enhardit à Jes pré: cher publiquement , en décla- Mant contre le prétendu rel4- chement de l'Eglife, & l’autotité du faint Siège , & pour donner lui-même Pexemple de k Réforme » il fe maria, Ce début lui ayant réüffi, if S'ennuya de n'être que copifte il voulut être Auteur. Jufquesà il n'avoit que prêché FEvan- Sile de Luther ; il crut qu'il Pouvoit bien aufli devenir à fon four Evangelifte, & par-là Chef © parti. Sûr des difpoñtions de fes Paroifliens, & des Haltans de Bafle, & de Zurich d'il avoit déja infedtés de fes teurs ; il leva le mafque ; & Mitant la conduite de Luther £
336 DES ILLusrONS 5 déclama effrontément contre les Indulgences , contre Pinterceflion &c jinvocation des Saints ; & finguliérement con+ tre le célibat des Prêtres, & les vœux Monaftiques ; contre: labftinence des viandes & les : nes, contre la. Jurifdition: des Prélats., &c Îles Loix Eccléfiaftiques. Jufquesjà Zuingle convenoit aflez avec Luther » mais par cette conformité avec l'Hérefiarque Allemand , Zuingle n'étoit que Chef de parté En fecohd ; c'eft ce qui le fit re” foudre à former une nouvelle: Secte. Luther n’a jamais voulu abo-! lir la Melle, &ila toujours crû la préfence réelle de Jefus Chrift dans le faint Sacrement # Zuingle.à l'exemple de Wiclef» eut le front, & l'impieté de rier opiniitrément e or Ence
BU Coeur 337 fence réelle dans la divine Euchariftie , & d'abolir la Meffe, Luther donnoit tout À la grace en fait de falut ; Zuingle fui- Vant l'erreur des Pélagiens , donnoit tout au libre-arbitre , indépendamment de Ja grace ; Jufques-là qu'il croyoit que Caton , Socrate , Scipion, Sencque, “lercule même, Thefée , & les autres Héros du Paganifme , Étoient fauvés , & avoient gagné € Ciel, par leurs belles actions, © par leurs feules vertus morales, Tant il eft vrai » Que quand PRerre en matiére de foi, & par les illufions du cœur livré à {es Pafions , il m’eft point d’extralagance dont on ne foit capable » & qu'on n’adopte, pour de- Venir Chef, & Auteur d’une Nouvelle Sete, | La jaloufie fe mit bien - tt “tre ces deux Chef de Paftie Tome EL, Ff
338 Des ILLUSIONS Luther étoit puiflant en Allemagne ; Zuingle p'oublia rien our le devenir En Suifle. Le pillage des biens d’Eglile, livrez à la cupidité des Laïques » & une morale jifée , accommo” dante ; qui déchargeoit de tout ce que la Morale de Jefus- Chrift a d'auftére ; & de génant ; une morale qui flattoit toutes les paflions, avoient rétlr fi au prémier » Pémulation uivit de près la jaloufie, Zuinge fe fervit du même artifice » | des mêmes moyens pour 47 crediter fon nouvel Évangile & il y Léuffit. Il s'étoit précau" fionné contre les foudres Varican » EN déclamant en ricux dès le commencement de fon apoftafie contre Île papes & l'autorité du S: Siége ; caf c'e toujours là , la préface Ge tou” ces Alcorans 5 nu pérefiaf
DU Cour, 339 Que qui ne débute volonticrs Par cent blafphémes contre Je Vicaire de Jefus - Chrift , Chef Vifible de fon Eplife. Toutes ces Manœuvres ayant réiifli au Curé apoftat, il vit bien - tôt Prefque fout Île Canton de Zurich deveau Héretique, SET Ées Mais comme toutes les hé- Tefes doivent Jeur naiflance AUX paflions ; nulle prefque qui NE doive fon établiflement, . COmme on 2 déja dit, au bras éculier » & à la force des ares, Comme Jes Catholiques , & fr tout Les Réligieux de faint ; 9Minique , & de faint Fran "I ; s'oppoferent vigoureufe- Ment À-toutes ces erreurs , le _ Sénat de Zurich Entreprit pat de Confeil de Zuingle , Chef du FF ij
340 DES ILLUSIONS parti, de convoquer une Affemblée génerale l'an 1523 pOur y juger de ce différent en fait de dodrine. L'Evèque de Confgance , dans le Diocéfe duquel étoit Zurich , eut beau leur défendre de commettre cet horrible attentat contre l'autorité de l'Eglife ; Zuingle &t {es Partifans fe trouvant les plus forts » VAfemblée , fut convoquée» Comme elle n'étoit composée que de gens ignorans ; dont la lpart fçavoient À peine Jeuë Catéchifme; & prefque tous fatcinez déja par les nouvelles € reurs , le parti de Zuingle pré valut aifément par le nom re des Sectaires. Il y fut ordonné” à la pluralité des voix ; que nouvel Evangile de Zuingle {eroit reçû dans tout Je Canto de Zurich ; & peu de terms après ; ON brifa les Images »
DU CoEUR. 34r fenverfa les Autels, on fe faifit des biens d'Eglife en faveur des Notables , & des Magiftrats , & On abolit toutes les cérémonies de l'Eplife Romaine, Cependant les Evêques de Bâle, de Conftance ,& de Laufane , indignez d’un procedé fi criant, & fi irrégulier , firent En forte qu’on tint une Affemle géncralé de tous les Cantons à Bâle. Zuingle qui ne fe Entoit pas fort pour la difpute , n'étant habile que pour inlnuer l'erreur, fans fçavoir la Cfendre , n'eut garde de sy trouver ; il y envoya Oecolam- Pade le plus habile des Sectai- IS , qui y fut confondu ; & Fimpie doctrine de l'Hérefiar- Que y fut condamnée par un ecret folemnel, Il ne reftoit * Plus de reffource au Curé apoflat, que dans le foulevement Ff iüij
342 Des ILLUSIONS _ du peuple, il y eut recours ; &c il y réüflit, Ceux de Berne de concert avec ceux de Zurich réfuferent de fe foumettre au Decret ; & par les intrigues de cet Hérefiarque , convoquerent de leur propre autorité , une autre Aflemblée. Les Catholiques ne voulurent pas s’y trou“ ver ,parce qu'il s'agifloit d’une affaire déja jugée. Zuinglesy trouvant le plus fort, fit recevoir fon nouvel Evangile, que ceux de Bâle embraflerent bien-tôt après. Et ainfi les Cantons de Zurich, de Bernés de Bâle , & de Schafhoufe tous Zuivgliens , fe liguerent € femble contre les Cantons Ca” tholiques , à qui ils firent plufieurs infultes , pour les obliger à fuivre leur exemple, & à pren dre le même parti. Les infultes des Zuinglien$
pu CoEur. 343 augmentant tous les jours , les Cantons Catholiques furent obligez de fe défendre. La guerre fut bien-tôt déclarée; C'eft toujours le prémier fruit de toutes les hérefies. De forte que l'an 1531. huit ans de- Puis que Zuingle avoit com- Hence de fe faire Chef de parti, on en vint à une bataille. _ Elle fc très-funefte aux Proteftans ; toute leur armée fut taileen piéces. Zuingle ce nouvel Evangelifle , Chef de la houvelle Scéte , qui étoit foldat avant.que d’être Cure , y voulut Payer, de fa perfonne. Il étcit Un des prémiers Officiers. Com- Me il étoit plus propre à être foldae , qu'homme d’Eglife , il Combatit avec bravoure ; & il füttué à la tête du Bataillon Qu'il .commandoit. Telle fut l malheureufe fin de ce Prêtre FF üij
350 DEs ILLUSIONS fie originale ; Calvin: n’en € pas le prémier auteur ; il n'eft que le copifte, pour ainfi dire» de prefque tous les Hérefiätques fes prédecelfeurs ; & fa Secte n'eft qu'un ramas de leurs principales erreurs tant de fois Éondamnées.Calvin y en a ajoùté quelques nouvelles ; mais Parrangement & l’æconomis ‘font de fa façon ; & en ce {enss on peut dire que le Code de 4 nouvelle croyance eft fon otf vragce Quoique le nouvel Evangile de tous ces Hérefiarques » foit différent ; comme toutes les hé” refies naiflent du même fond’ ceft-à-dire , des illufons u cœur, & des pailions ; elles onf toutes. plufieurs traits reffem” blans ; & toutes à peu près même objét, les mêmes artifices & le même langage.
Du COEUR 351 Déchaïînement furieux contre le Pape , que Calvin à l'exemple des Vaudois , des Zuingliens , & de Luther , appelle l’Ante - Chrift ; foible écours contre Îles foudres du Vatican, que tous les Héreti- Ques déteftent. Déclamations Continuelles contre Je célibat des Prêtres, & les vœux Monaftiques ; cet article eft le dogme favori, & le point ca- Pital de la Doctrine des Sectes Héretiques des derniers fiécles, C'eft par où a commencé Ja prétenduë réformation. Invectives Continuciles contre le prétendu relâchement de la Morale atholique ; jargon ufé de tous les Chefs de parti ; & en mèê- Me temps profcription de lab- Unence des viandes, des jeü- Rés, du carême ; des quatreferps » & des plus faintes pra-
352 DES ILLUSIONS tiques de pénitence , fi ordinaires aux véritables Fidéles. de tous les temps 5 cette pro cription eft un des dogmes des plus cheris , & des mieux obfervés de la morale févere du nouvel Evangile. Touchant la Doctrine: point de Sacrement de Pénitences point de Confeflion ; c'eft enco” , re ici un des principaux articles de la prétenduë réforme Calvi pienne , qui ; COMME l’on voit» eft bien commode , &t met oft au large la fenfualité, & l'amour propre , En les délivrant tous ces liens: la Doctrine Calvinifme applanit bien d'au” tres difficultez touchant le dogme. mi” Selon ce nouvel Evangile ? il nya plus de libre arbitfé? tout fe fait par néceflité. Tou - grace eft toujours, viétorieu pe
DU COUR 353 & effentiellement efficace , cle: €mporte la volonté de l’hom- Me par une néceflité abfoluë ; uther, & Calvin ne connoif {ent point d'autre liberté. De- 1 la damnation inévitable, Quoique l’homme puifle faire, Par le manque de cette grace, Que Dieu ne donne felon eux qu'à ceux qu'il a prédeftines de toute éternité, & pour qui | feuls Jefus-Chrift eft mort ; del'inutilité de l’aumêne , des Oancs œuvres, & de la péni-. fence, comme ne frvant de tien pour le falut ; puifque fen l'Evangile de ces Hérefiardes, ceux que Dieu à créez: Pour Je Ciel, feront fauvez ÿ A. Ceux que Dieu a créez pour: étre damnés , le feront néce{laifment, quoi qu'ils faflent, Secet horrible fyftême , il eft Vut clair que le célibat, les Tome Gg
354 DES ILLUSIONS | nes, labftinence des viahñdes , les bonnes œuvres » toutes les mortifications ; & les pratiques des plus grandes V6r7 tus que l'Evangile de Jefus- Chrift nous confeille:, où nous ordonne ; & dont les Apôtres ) & tous les véritables Fidéles nous ont donné l'exemple 5 tout cela feroit à pure perte? auffi le nouvel Évangile dé tous ces Fléreliarques le pror _ crit, comme étant de nul M rite. Selon Calvin; le Purgatoif£ eft fabuleux ; la juftification d fait par la foi feule ; la juue de Jefus Chrift imputée au* feuls prédeftinés ; il réduit 1e Sacremens à deux aufquels ? ôte la vertu de conférer la gore ce. Il fait confifter la foi qu 4 juitifie » dans une préten uë | certitude qu'on (era fauve 5
DU CoEUR 3$fs Prétend que les Commandemens de Dieu font impoflibles. Il condamne le culte fi reli- &ieux des Saints ; & À l'exemple des Iconoclaftes , le culte des aintes Images. toutes ces erreurs que Calvin a tirées des Hérefiar- Ques {es Prédecefleurs , pour en faire là plus ‘grande partie de fon Inftitution , celles qu'il y * ajoûtées du fien, font ; que a foi eft toïjours mêlée de doute, & d'incredulité ; que la foi & la grace ne fe peuvent Jamais perdre ; que le Pere Eter- Mel n’engendre pas continuelle- Ment fon Fils ; que Jefus-Chrift n'a rien mérité à l'égard du Jûgement de Dieu ; que Dieu 4 crée la plüpart des hom- Mes: pour les damner , paï- _ que cela lui plaît ainfi ; & q P C£la avant même que de pré- Ge
g Des ILLusIONS voir leurs crimes. Comme Calvin n'étoit rien moins qu'ufl habile Théologien ; on neft pas furpris » fi ce qu'il donne de fon fond, fait pitié , & révolte tout homme tant {oit peu taifonnable. Son Inftitution qui, eft à proprement parler {on gclui de {a Sete ; meft qu'us. alla de ces groffières ; &t pitoya” bles erreurs, qu'il a tirées des Vaudois, de Wiclef, de Jean Hus, de Luther, & de ‘Zuinr gl 5 Calvin n'en’ eft que Compilateur 5 eft ce-en quoi eft auteur , c'eft d’avoir raflensr blé dans une Secte , toutes 1° plus grofliéres Erreurs des Sectes dans cet affemblage d'hérefies reconnoître ja véritable Relr ion +: Qu’efr-ce qu'illafion >". cenen €ft pasici. uné des.p fblese
PT RTE TS LE RL OS D si DU Cour 357 Pour ce qui regarde la divihe Euchariftie ; c’eft là le point Capital en quoi l’hérefie de Calvin eft différente de celle de Luther, qui a toujours crû la préfence réelle du Corps & du Sang de Jefus-Chrift dans ladorable Euchariftie s & il y a grande apparence que Calvin ne l’auroit jamais nice , fi voulant être Chef d’une Sete particuliére, Luther eûr penfé au. trement ; la conjecture eft bien fondée ; cependant Calvin. n’eft Pas le premier auteur de cette Erreur , qui cara“térife aujour- C’hui le Calvinifme. Dans le onzième fiécle Be- Tanger Archidiacre d'Angers ifant fes études à Chartres. avoit fait aflés connoître par {es fentimens particuliers. fur la: Of , combien il avoit lefprit- Sâté. IL étoit encore Ecolier ,.
358 DES ILLUSIONS œil commença à dogmati er {ur PEuchariftie 5 & fut le premier qui ofa dire que le Sacrement de l’Autel , n'étoit que la figure du Corps, & du Sang de Jefas-Chrift. Cette opinion inouie jufqu’alors fit horreur» _ & revolta tout le monde ; il n€ fut pas plütôt déferé, qu'il fut condamné comme Héretique » dans toute la Chrêtienté. Il fe - tint d’abord fur ce fujet 8. grand nombre de Concile Ayant été cité dans celui qu {e tint à Tours, il Y comparut 5 & ayant reconnt fon erreuf ? il fe retracta ; & s’'obligea avec ferment de tenir toute fa vie la doctrine de PEglife touchant RE: réalité du Corps & dau San de Jefus-Chrift dans le Sacré” ment de l’Euchariftie. 1! renou” vella ce ferment, & figna profeflion de Foi qui lui uf
Du Cour: 359 propofée aux Conciles de Tours, de Rome , de Poitiers o de Bourdeaux , par laquelle après avoir retracté toutes fes erreurs , il reconnoît & confef. fe que le pain , & le vin après la confécration , font le vrai Corps, & le vrai Sang de Jefus-Chrift , réellement, en verité, &en fubftance, & non Pas en fioure. Il mourut dans de bons fentimens l'an 1088. dans fIfle de faint Côme proche de Tours. L'horreur que tout le monde avoit euë d’une Erreur fi impie , & fi inouie Jufqu’alors , fit qu’elle n'eût Point de fuite ; car {a retractactation fit d’abord revenir ceux Qui avoient pû donner dans un piége fi pitoyable, & fi grof: ICr,
366 Des ILLUSIONS d'Angrogne , & de Freïflinieres furent bien-tôt infectées de cette pitoyable contagion , qui ayant été portée dans le Diocéfe d'Albi en Languedoc , y caufa bien des troubles pendant près d’un fiécle. On ignore en quelle année arriva la fin malheureufe du Bourgeois Prédicant ; fes erreurs qui ne confiftoient , comme on a dit, qu’à nier les principaux articles de la Foi, & à condamner Îles plus anciennes , & les plus faintes pratiques de PEglile » auroient été éteintes depuis long-tens , fi elles n'euflent été renouvellées par Îles Calviniftes, s Comme la Sete des Vaudois, n'étoit qu'un ramas indigefte de toutes fortes d'erreurs c'eft proprement Calvin qui leur a donné quelque ordre nn © sms
DU, COEUR: 367 dans fon Inftitution ; & l’on . peut dire que les erreurs des Vaudois , ont été comme le canevas du Calvinifme. Les Vaudois d’aprefent que l'on nom-, me Barbets , ne doivent être regardés que comme Calviniftes. Les Vaudois furent d’abord condamnés par le Pape Lucius HI. lan 1182. par le Pape Innocent IIl.en 1212. & trois ans après , par le Concile de Latran, & ils y furent notez dans le Canon qu’on y fit contre les Héretiques, Bucer propofa aux Vaudois En 1530. de s'unir aux Suifles Zuingliens , dans une même croyance ; mais il ne put pas téüflir, Farel en vint à bout fix ans après ; & les Zuingliens ne tarderent pas à devenir par raifon d'interêt, Calviniftes, Tant H h üij
368 Des IzLusrows ileft vrai qué quand on n’eft plus dans le fein de lEglife Catholique, Apoftolique & Romaine , quand on a perdu la Foi, toutes les Sectes font indifferentes aux Sectaires ; & pourvû qu'ils ne foient pas Catholiques , peu leur importe d'être Vaudois , Calviniftes » Wiclefiftes , Lutheriens , où Zuingliens ; & l’on a vü deux Sectes de ces derniers fiécles ; oppofées entre elles dans le point de foi le plus effentiel» être prêtes de s'unir dans le même créance , pour être tou” tes deux de la Religion dugrand Guftave , fi celebre alors par fes victoires en Allemagne» fur la puiflance duquel , ces deux Sectes comptoient. - En bonne foi, faut-il d’autre preuve, d'autre démonftration pour découvrir l'erreur »
DO Cour. 369 Que cette affinité, ces alliances dans ce cahos de Sectes depuis tant de fiécles > certainement rien n’eft plus vifible à quiconque a des yeux, que c'eft la Paflion d'interêt, d'orgueil , de dépit , & le libertinage qui Ont donné naïiflance à toutes les Sectes ; & que la pitoyable opiniâtreté des Sectaires dans l’'hétefie, eft le pur effet des illufions du cœur qui fafcinent l’ef. Prit, dr de Le Lutheranifme regnoit en Ilemagne, & le Zuinglianifme en Suifle , lorfque Calvin Parut fur les rangs. [l étoit de oyon de baffe naïffance , mais d'un efprit vif, hardi, & natutellement fort ambitieux. Son Oncle Richard Calvin Maître rrurier à Paris voulut bien fe
- 3790 Des ÎLLusrons charger de l'éducation de fon neveu ; il lui fit faire fes Humanitez au College de la Marche ; & fon cours de Philo{ophie au College de Montaigu: Ïl avoit été pourvû dès l’âge d’onze ans de la Chapelle de Nôtre - Dame de la Genife en l'Eglife de Noyon ; & avoit obtenu à dix-huit ans un autre BE- nefice. Ses parens aimerent mieux qu'il étudiât en Droit qu’en Theologic; & ils l'envoye’ rent pour cela à Orleans , & en faite A'Bourges , pour y étudier en Droit fous le celebre Jurifconfulte Alciat. Calvin avoit obtenu la Cure de Marteville , qu'il permut® bien - tôt après , avec celle de Pont-Levêque, près de Noyon? mais l’état Ecclefiaftique n’étoit pas de fon goût , ayant 1 ! mœurs peu reguliéres, Il avoit
DU Cour 371 déja pris à Paris quelque teinture de lhérefie , qui lui avoit été infpirée par fon allié Robert Olivetan Lutherien ; mais ce füt à Bourges qu'il acheva de fe gâter & le cœur & l’ef. Prit, par la grande communication qu'il eut avec Melchior Wolmar Allemand , & Profef. {eur de la langue Grecque, qui étoit Lutherien , quoi qu'il contrefit encore le Catholique. , Wolmar ayant reconnu dans alvin une grande difpofition à être un jour bon Proteftant, ui enfeigna tout ce qu’il avoit 2Ppris des dogmes de Luther, & de Zuingle. Comme Calvin n'étoit pas héologien , & que fes mœurs Étoient déja corrompuës, il goû- & fort la do&rine , & la mora- € du nouvel Evangile ; & y “tant initié , il fut bien aife
2 Des ILLusiows d'aller faire l'apprentiffage de fes prêches , dans les Villages & Bourgs voifins, &t fur tout à Lignieres, où le Seigneur du lieu prenoit plaifir à l'entendre débiter des dogmes, & une mo” rale qu’il goûtoit fort. Cependant fon pere étant mort, il retourna à Noyon our v recueillir fa fucceflion 5 y & comme elle n'étoit pas fort grande , il ne fit point de fcrupule de vendre fes deux Benefices à deux Eccléfiaftiques » qui m'en firent pas plus que Jui de les acheter argent com ptant. Dès que la foi eft éteinte, la confcience fe tait. CaÏ- vin étant venu à Paris, où l'hérefie de Luther avoit déja bien fait des progrès , il n'oublia rien pour fe faire quelque ré* putation parmi les Seétairese Mais comme on y faifoit bon-
DU CoEUR, 373 ne, & briéve juftice de tous les Prècheurs de nouveautés; ayant appris que Je Lieutenant Criminel le faifoit chercher , il prit la fuite , & {e retira à .Angoulême ; de-là il fit un voyage en Allemagne » Pour y conferer avec les Docteurs Lutheriens ; & ce fut là qu'Erafme l'ayant. entendu parler fur les points de Religion , comme un jeune homme temeraire , & prélom. Ptueux , qui n'ayant aucune teinture de Théologie , avoit lefprit & le cœur gâté , & n'avoit que fes paflions pour guide , dit à Bucer qui le lui avoit préfenté à Strafbourg : Je vois En ce jeune homme naître une dangereufe pefte, qui fera un Jour bien du defordre dans l'E- glife. Calvin ayant appris que le Patron qu'il avoit trouvé à Angoulême étoit revenu de
374 Des Ir£UsronNs fon égarement , & s’étoit converti , en alla chercher d’autres à Poitiers ; mais voyant qu'on y pourfuivoit les Héretiques , il fe fauva à Bafle. Là fe voyant appuyé , & mème applaudi par la fureur avec quoi: il déclamoit contre le Pape, & l’'Eglife Catholique , Apoftolique , & Romaine , l'envie lui vint de fe faire Chef de parti; & en pillant la plûpart des erreurs detous les Héretiques qui lavoient précedé , & en y ajoûtant de nouvelles, il crut qu'il pourroit former une nouvelle Secte , & en devenir le Patriarche. C'eft felon cette idée qu'il compofa fon Inftitution, qu'il nommoit fon Evangile , & qui n'eft qu'une pitoyable rapfodie des erreurs des Vaudois , des Wiclefiftes, des Huflites, des Lutheriens, & dés Zuingliens.
Du CoEur 375 Comme il avoit remarqué ce qui flattoit le plus le liberti. nage & la cupidité du public, & ce qui étoit le plus du goût des Grands & du Peuple , il en fit la doëtrine & la morale de fa nouvelle Religion ; & par là, fa Secte fut bien-tôt À la mode, Elle trouva de puiflants partifans à la Cour. Calvin ne fe Croyant pas en füreté à la Cour de Ferrare , quoi qu'il eût per- Vérti Ja Duchefle Renée de _ France, qui lui fit faire quelnee Prêches dans fon cabinet ; 4€ retira à Geneve, où Guil- + lume Farel lui perfuada de s'y Établir, pour partager avec lui : € gouvérnement de la nou velle Eglife qu'il y avoit fondée, Farel retint pour Jui le minif. ere de la Prédication ; & Cal- Vin fe chargea d'y enfcioner la Théologie qu'il n'avoir jamais "Étudiée, ?
382 Des ILLUSIONS Jebre apoftat refugié , après avoir figuré quelque terms dans cette République , y devint fufect ; on le foupçonna & of craignit qu'il ne voulüt rentrer dans l'Eglife. Ayant été accufé de quelques crimes vrais , OÙ faux , on lui fit fon procès ; & 1] fut condamné à avoir la tête tranchée, ce qui fut execu té. On croit que Dieu Jui fit la grace _ de fe convertir à la mort 5 qu'il fit fur l'échafaut l'abjura” tion publique de l'hérefie. Ces deux infortunés pre” miers héros du Calvinifme , furent bientôt remplacés P2° quelques auttes qui avoient de l'efprit , mais dont les mœurs métoient pas moins cofrom" uës. Marlorat Lorraïn de nation » étoit un Moine apoftat qui vint {e refugier à Geneve: Calvin
DU CoEuR,. 383 en fit un des premiers Apôtres de fa Secte ; il l'envoya au fameux Colloque de Poify ; mais peu de tems après il fat pendu à Roïen pour fes crimes, Pierre Vermille Florentin fut encore un des premiers Apôtres du Calvinifme , cétoit un apoftat de l'Ordre des Cha noines Reguliers de faint Auguftin, qui prit le furnom de Martyr ; il étoit homme d’ef. prit, que Calvin eftimoit beaucoup, fur tout après qu’il eut époufé une Religieufe qu'il avoit débauchée. Sa créance en fait de Religion, répondoit à fes mœurs ; car en moins de deux ans, il avoit été Lutherien , puis Zuinglien, & enfin il s’étoit fait Calvinifte » CC qui fait croire qu'il n’avoit point de Relioion, Jean de l'Epine Moine apof-
334 DEs IELUSIONS tat, qui après s'être tenu caché quelque tems, depuis qu'il eut fauté les murailles de fon Monaftère pour prendre une femme , quoi qu'il fût Religieux Profés ; s'étant refugié auprès de Calvin qui en faifoit grand cas, devint Miniftre ; & fut choifi pour affifter au fameux Colloque de Poifly ; accompaoné de Jean Malo, qui de Prétre habitué dans la Paroifle de ‘faint André des Ârcs , s'étoit fait Calvinifte pour fe marier » 8 s'étoit venu refugier à Gr neve , où Calvin l’avoit fait Miniftre. Mais de tous ces celebres difciples de Calvin, les pre miers Héros du Calvinifme » qui furent tous choifis pour 2° fifter au fameux Colloque de Poifly , pour y foatenir les inte” rêts de la Secte, le plus see
DU Coeur. 385$ de tous , & qui étoit comme Je Chef de cette troupe choife de Proteftans , étoit Theodore de Beze. Il étoit de Vezelay en Bourgogne ; d’un efprit vif, enjoiüé , & pol s il fçavoit un peu de Philofophie , & il avoit étudié en Droit ; mais il excel. loit en poëfie. Voilà ce qu'il y avoit de bon en lui ; car pour les mœurs, de l'aveu de tous les Hiftoriens , quelques-uns même Proteftans , elles étoient des plus corrompuës. Liber. tin fans pudeur ; impie fans Ménagement ; profanateur de tout ce qu'il ya de plus faint, Par de bafles railleries qni tiennent de l’Athéïfine ; d’un naturel fanguinaire , & violent e toujours prêt à infpirer les plus Noirs attentats , diflolu , & plonge dans les plus honteufes dé- Uches ; comme il ne paroît: Tome I, K k
386 Des ILLUSIONS ue trop dans fes poëlies tou jours remplies de faletés € d’ordures ; qu'il appelle les divertiffemens de fa jeunefle ; &c {ur tout dans cet horrible Epigramme, OÙ En faifant le pottrait de fa maîtrefle , qu'il nomme Candida, il a l’'éfronterie de fe vanter des plus noirs ; des plus execrables de tous les crimes. Ayant été cité à comparoître au Parlement , pouf rendre compte de cette infame Poëlie ; il fe cacha pour évite? le fupplice du feu ; ë aprés avoir vendu fon Prieuré de Longjumeau , & quelques at tres petits Benefices ; il s'enfuit À Geneve avec fa Candida , qui étoit la femme d'un Tailleur de Paris, qu'il avoit débauch£e» & qu'il époufa à Geneve du vivant de fon mari, commen” çant ainfi pat un adultere PH° ER
re DU Cour. blic , fa nouvelle Réforme , {elon lefprit de la Sete Calvi. hienne. | Voilà quel étoit ce Théodore de Beze, fi eftimé & fi vanté chez les Proteftans ; voilà quel Étoit cet ami intime de Calvin , fon. confeil., fon’ oracle ;ÿ cet homme fi diflolu , fisimpie, & au fentiment même de plufieurs Proteftans , cet homme fans Religion , qui pañoit pour athée; ce fut cependant celui que Calvin éleva au Miniftere , Maloré loppofition des autres Miniftres qui ne vouloient Point avoir pour Collegue un homme f ignorant , & fi dé- Crié pour fes débauches & pour ‘es poëfies infames. Cependant C'eft cet homme que Calvin, Qui étoit tout-puiflant À Gene- Ve , fit députer en fa place au Colloque de Poifly , qu'il dei. | KK i]
388 Dés ILLUSTONS na fon Succelleur , & qui En effet lui fucceda dans fa charge & dans fon crédit à Geneve ; où après avoir tenu la Chaire de cet Hérefarque plus de quarante ans , en qualité d'Evangelifte &c de confondateur de Îa nouvelle Secte , il mourut comme ilavoit vêcu. Et voilà quels ont été les Héros , & les prémiers Apôtres du Calvinifme. Calvin ne furvêcut pas long” tems au digne choix qu'il avoit fait de fon Succefleur. Il y avoit long - tems , qu'il étoit devenu trifte, chagrin, mélancolique » hypocondriaque ; infuportable à {es meilleurs amis , & à lui-mMC-- me. Enfin après de longues ficheufes maladies ;° de mille remords au trifte fouvenir des maux qu'il avoit caufez à l'E: olife par fon malheureux hit: me , & par fa Secte Héretique à
D u C OE U R: 3 89 il mourut à Geneve Âgé de cinquante fix ans , haï de bien des gens, fans être regretté de perfonne. | | Théodore de Beze , & quelques Ecrivains Huguenots après lui, difent qu'il expira paifiblement ; les autres au contraire, & même plufieurs Proteftans , affürent qu’il mourut en defef. peré , maudiflant fa vie, & fes Écrits , & éfrayant ceux qui étoient préfents , par fes blaf. phémes. Quoi qu'il en foit , ce qu'il y a de certain, c’eft que jamais homme n'eut plus de fujet à l'heure de la mort , de frémir au fouvenir des maux infinis qu'il avoit caufez , dans tout l'Univers ; & de l'incendie affreux qu'il avoit allumé par fon hérefie. Le fchifine établi; Papoftafie autorifée ; le libertinage canonife ; le facrile- KK iij
390 Des: ILLUs1oNS5 ge » Pimpiété , la profanation de tout ce qu'il y ade plus faint, & de plus Le féditions, guerres civiles , revoltes , défolations : on a vû tout cela renatre à la naiflance de la nouvelle Secte. Voilà l'ouvrage de l'Hérefiarque ;a-t-ileu fujet de mourir en paix , & comme dit Théodore de Beze , d’expirer paifiblement, Bon Dieu! quel fond de réfléxion pour ceux qui.lui furvivent : & qui ne voit par la feule lumiere de la raifon que toutes ces Sectes tumultueufes, fi bruyantes, font l'ouvrage des illufions du cœur & des paflions ? dede Le Calvinifme a eu la même naiffance que toutes les autres Settes Héretiques ; & il ne se établi que par les mêmes voye®
DU CoEUR 39r les mêmes artifices, & les mêmes fecours. Les pañlions les plus vicieufes l’ont mis au monde ; &ilne s’y eft établi, que par la force des armes, le libertinage, & le fang répandu. On peut dire que toutes les hérefes naiflent toutes fous la même conftellation ; elles ont Jeur cours à peu près femblables; & elles font toutes la même fin. L'Eglife Catholique, Apoftolique , & Romaine les Voit toutes naître , comme on a dit, & elles les voit toutes mourir. L’Arianifme a défolé la plus grande partie de l'Univers par la protection des Rois, & des Empereurs, par {es violences , & fes malins artifices durant trois ou quatre cens ans ; & l'Arianifme a été enfeveli fous fes propres ruiness Le Neftorianifme , les Mani- K & üij
398 Des ILIUSIONS {int & de faux. Loin de nous défier d’une opinion qui flatte les paflions , & les fens, on eft charmé que l'exemple la rende plaufble , & nous retenons nos erreurs , parce qu'elles font autorifées par l'exemple des autres. Qu'on fe laïffe éblotir, qu'on prenne le change par’ une pré= vention ; qu'on foit dans letreur par entètement , par inte= rêt, par ignorance dans ce qui eft purement civil , dans ce qui n’eft pas de grande conféquence: c'eft un défaut ; on eft blamable de s'être. trop livré à fon propre fens ; on devoit fe défier de fes propres lumiéres ; on devoit s'éclaircir ; mais qu’en fait de Religion, & par conféquent quand il sagit du falut éternel , on marche. obftinément par un fentier où tant de voix
DU CoEUR, 399 crient qu’on s’égare, & difent hautement que la voye où l'on cft conduit , méne certainemenc au précipice ; ne feroit-ce pas le comble de la folie de vouloir opiniâtrément perféverer dans cette voye , fans vouloir s’'éclaircir ; fans vouloir li. re feulement ce qui peut deffiller les yeux ; & faire appercevoir l'erreur , où l’oneft, fans vouloir examiner de {ens froid , ce qui peut difliper lillufion qui ebloüit , qui aveugle » fi les reflexions qu'on va faire, & qui portent toutes fur des faits, nous font découvrir la verité : fe fçaura-t-on mauvais gré , de les avoir faites On ne demande ici, ni fpéculation , ni étude ; on s’en rapporte aux feules lumMiéres de Ja raifon , & du bon fens ; on veut que chacun agif- {ant de bonne foi, & fans pré=
400 DES ILLUSIONS jugez , foit juge ici de fa propre caule, La controverfe n’eft point admife dans ce tribunal ,ce n’eft que fur des faits non conteftés , que le feul bon fens plaide ; pourroit-on raifonnablement refufer d’afifter à ce plaidoyé ? la caufe confifte à fçavoir , f la véritable & feule Eglife de Je- {us-Chrift.,eft dans les Sectes Lutherienne , Zuinglienne , où Calvinienne ; ou fi elle ne fe trouve que dans la feule Eglife Catholique, Apoltolique ; (d Romaine, & qu'elle {eule foit cette Arche , hors de laquelle tout homme perit. On a fait voir que comme toutes les hérefies viennent des illufons du cœur ; nulle Secte qui ne repaifle d'illufions {es Sectaires ; & ceft par cet enchantement que toutes les SEC- tes fe peuplent , & que les Sectaires = : “à s Ne
D & Coeur, 40 taires per{éverent opiniâtrément dans l'erreur. On convient qu’il faudroit fonger d’abord à guérir le cœur , comme la fource la plus ordinaire des illufions de lefprit ; on efpére cependant que ce fera ici l’efprit qui avec la grace du Seigneur , fera cette cure ; & que quelques férieufes. réflexions à quiconque {çait faire ufage de fa raifon , découvriront viliblement où eft la véri: table Eglife; & qu’elles diflipe: _ront le charme , & le fanatifme. de ces illufions, qui repréfen. tent comme la véritable Religion, ce qui n’eft qu’une réelle , & pure fingerie. Il eft évident, & il eft cer: tain de toute certitude, que l’'E+ glife que Jefus-Chrift a lui même formée , à laquelle il.a: donne des Loix, à laquelle il a: pref- Crit une doctrine & une mora- Tome LI, LL
402 DES ILLUSIONS lc conformes à fon Evangile il eft certain que cette Églife eft la feule véritable Eglife » que les Apôtres ont annoncée » & établie par tout l'Univers > malgré la fureur des Payens> & la malignité, & le chagrin - de l'héreñie. Il eft aife de {çavoir quels font les dogmes de cette Religion, & quelle eft fa morale ; l'Evangile de Jefus- Chriften eft le fommaire & le précis. Ces dogmes depuis dixhuit fiécles n'ont point varié » cette morale n'a jamais été alterée. Des lâches , & impat- © faits Chrétiens, fe font que” quefois récriez contre la feverité de cette morale ; quelques autres contre la fublimité de ces dogmes ; les Héretiques ont abboyé, fe font revoltez » fe font feparez de la bergerie; quelquesuns même des Fide
: DU CoEUR 403 les fe font relâchez dans les mœurs, & n'ont pas fait honneur à la morale de l'Evangile. Mais cet Evangile de Jefus- Chrift fubffte on Ë il eft toujours le même, conformément à cet Oracle : le Ciel & la terre paflegont , mais pour mes paroles, 1Ë ne pafleront point : Cœlum © terra tranfibunt ; verba autem mea non preteribunt. La verité des dogmes , & la pureté de la morale de lEvangile de Jefus-Chrift , qui eft celui de lEglife Catholique , Apoftolique & Romaine, ont été évidemment & invinciblement démontrées par tout ce qu'il y a eu de grands Saints, de fcavans Docteurs, & de génies fuperieurs dans le monde, depuis les Apôtres ; on ne fe propofe ici que de faire voir , & LIij
404 DES ILEUSIONS fentir à quiconque fçait faire ufage de fa raifon , la pitoyable illufion, & Perreur vifñible de toutes les Sectes Héretiques 5 & cela par le portrait d’après nature, & le caractére particulier de tous leurs Chefs ; & par les voyes , les goyens » les fecours & les artifices avec quoi toutes ces Seètes. {e font établies ; & finguliérement par ce! pitoyable leurre d'une prétenr duë Réforme , qui à été Fappa* trompeur , & ébloüiffant , qui 4 impofé aux fimples, aux 1gn07 rans , & même à des gens d’elprit, qui cfclaves de leur amours ropre ; n'ont pas été fâches d'être trompes. On ne 16. propole ici que de reduire €ñ réflexions , tout ce qu'on à” 5. des différentes Sectes:
pu Cœur. 405$ de On a vû ce qui a donné naiffance à toutes les Sectes Héretiques. Ce ne font pas certainement des miracles , ni des évenemens merveilleux qui ayent été au deffus des forces de la nature. Onne croi pas faire tort à la memoire d’un Wiclef , d'un Luther , d'un Zuingle & de Calvin , en ne les, croyant pas des faifeurs de miracles , & des Thaumaturges de leurs fieécles ; leurs Secta. teurs mêmes prendroient avec raifon la chofe , pour une moquerie , fi on donnoit ce titre à leurs Chefs ; cependant nous voyons que les miracles font neceflaires pour prouver la Mif fion de tous ceux que Dieu choifit pour des entreprifes extraordinaires, fur tout en fait de Religion.
406 DES ILLUSIONS Que de miracles n'opére pas Moïle envoyé par le Seigneur » pour donner au peuple la Loi & la Religion du vrai Dieu? Jefus-Chrift Jui-même qui auroit bien pû fans le fecours des miracles établir fa Religion , 4 jugé que les miracles étoient neceflaires pour perfuader aux hommes que fa Religion quelue fupérieure qu'elle fut à 2 portée de l'efprit humain , quelque auftére ; & incommode aux fens qu'en fut la morale » étoit toute divine, & la feule où l’on peut faire fon falut. C'eft pour cela même que Dieu a accordé le don des miracles aux Apôtres, ë&t À tous ces hommes Apoftoliques qu'il a choifi pour porter la lumiere de la Foi, & {on Evangile aux peuples qui étoient dans Pign0" rance de fa Loi. Saint François _ 2 su déteste lits > éd ll Le, + 0 - in ele en M EE AU ln Gui
PPves Es DU CoEuUR 407 Xavier, ce nouveau Thaumaturge dans ces derniers tems, & prefque de nos jours , en eft une preuve bien vifible. Que de miracles ce nouvel Apôtre n’a pas operé chez ces peuples barbares, à qui il eft allé prêcher l'Evangile ? miracles fi vifibles , & fi frappans, que les Proteftans mêmes n'ont pü s'infcrire en faux contre ces faits miraculeux , qui ont eû autant de témoins qu’il y avoit d’habitans dans ces contrées du nouveau monde ; & de la verité defquels un des plus fameux Voyageurs du fiécle pale , rend un témoignage , que les Calviniftes ne fçauroient recufer. Cependant cet Apôtre des Indes, & du Japon faint François Xavier étoit Catholique ; & ik n'a fait ces miracles que pour prouver la verité , la faintete &