scieee AI-readable full text Open interactive document viewer

Histoire des troubles de l'Amérique anglaise

Soulés, François, 1748-1809

Full text

{' HIST OIRE DES TROUBLES DE L’AMÉRIQUE ANGLAISE. histoire DES TROUBLES DE L’AMÉRIQUE ANGLAISE , Ecritefur les Mémoires les plus authentiques ; Dédiée ASA MAJESTÉ TRES-CHRETIENNE» Par François SOÛLÉS. TOME PREMIER. Avec des Cartes, Tros TyriuJîjuc tnïhi nu.Uo diferimine agetur. ViRG. Æneid. lib. I. APARIS, Chez Buisson, Libraire ,Hôtel de MefgrignyJ rue des Poitevins ,N°. 13. 1787. 2Hijloire des Troubles de la légiflature font ,pour-ainfi-dire ,dépendantes de la troifième ;&: ,quelques fages que fuient les mefures du Miniftère, il lui eft impoffible de les mettre àexécution fans le concours du peuple ou de ceux qui le rcprcfentent. Le Roi d’Angleterre peut ,àla vérité ,faire la paix quand bon lui femblej il ameme le dioit de déclarer la guerre :mais il eft obligé de demander àCes Communes l’argent dont il abefoin , iSc elles ont le droit de le lui refufer. Ceft une vérité que l’on ne fauroit révoquer en doute jce s’il s’eft trouvé des Princes allez heureux pour réuffir en agiflant d’une manière contraire aux Loix de l’Empire, on en avu àqui il en acoûté la Couronne ,&d’autres qui ont meme perdu la vie. Ils ont néanmoins plufieurs prérogatives indépendantes du peuple jmais elles tendent toutes àfaire le bien. On leur oppofe de fortes barrières lorfqu’ils font enclins àfaire le mal. 11 eft probable qu’un Gouvernement qui lemble navoir eu vue que la félicité publique napas etc fonde fur l’injutHce; il le ferait pourtant ,fi une partie du peuple avoir droit de changer les loix ,dîm pofeu les taxes ,en un mot ,de régir toutes les affaires de l’Etat ,&que 1autre fut obligée d’obéir fans connoiffance de caufe. 11 eft inutile que le Leéleur remonte jufqu’à l’origine de la de rAmérique Anglaije.3 Conftitution Anglicane ,&qu’il fâche fi dans fou inftitution chaque individu avoie droit au Gouvernement de l'Etar ,ou feulement ceux quipoffédoient une certaine étendue de terre. Il luifuffit de favoir que cela devoit être ,quon n’a pu avec Juftice former fort établiffemcnt fans l’une ou l’autre de ces méthodes ,&c que ,fi l’on aerré en quelque point, il n’eft jamais trop tard de corriger fes erreurs. Ce n’eft point ici une alfercion vague ou calculée pour fervir de bafe àun fyftême faux, mais une vérité évidente :un peuple ne fauroit être libre à moins qu’il n’ait part au Gouvernement , 8c il ne fauroit yavoir part que par un droit perfonnel ou par un droit de propriété. Nous n’examinerons pas laquelle de ces deux formes d’inftiturion eft la meilleure. L’une 8c l’autre ont leurs inconvéniens. Quand les hommes font allez corrompus pour méprifer les préceptes de leur confcience ,ils trouvent toujours moyen d’éluder ceux de la juftice. Suivant la première , un homme àla tête d’une famille nombreufe , auroit peut-être allez d’influence pour commander les voix ;&fuivant la dernière ,l’opulence d'un particulier le rendrait toujours capable de devenir piaffant. La première méthode me paraît pourtant préférable ,parce que chaque individu trouverait en Az 4lüjlolre des Troubles lui-même un rempart contre l’opprefliou ,ou cîei moins on ne pourrait l’opprimer qu’avec fon confentement. Si c’eft cette méthode que l’on afuivie dans l’établiffement du Gouvernement Britannique ,il ell vilible que le nombre de voix a dû s’accroître avec le nombre d’individus, &que chaque Anglais ,en nailïant ,formoit un nouveau Membre du Corps Politique. Si, au contraire, on achoifi celle des terres ,il eft clair que l’acquifition d’une terre fuffifante ,achetée ou défrichée fous la domination de la Grande-Bretagne, donnoit àl’acquéreur le droit d’avoir part au Gouverment ,àmoins quelle ne fût fituée dans un pays conquis. Lors donc que plusieurs aventuriers Anglais quittèrent leur patrie, fous les aufpices du Gouvernement Britannique ,pour aller dans un nouveau monde défricher des terres incultes, en devenant pofTelfeius d’un certain nombre d’arpens, ils acquirent le droit d’appartenir au Corps Politique' &li d’abord ils n’ont pas penfé àen jouir, ou plutôt s’ils ne l’ont pas jugé àpropos, il eft fort inconféquent de conclure qu’ils yaient renoncé ,&de vouloir ,pour cette raifon ,les en priver. Cela me paraît auffî injufte, qu’un tuteur qui refuferoità un jeune homme l’héritage de fes pères i, parce que celui-ci, durant un certain nombre d’années ,lui en aurait laide la jouifîance. Je me fuis un peu étendu là-deffus ,parce que de VAmérique Anghùfe. j c’eft précifément l’origine des querelles qui fubfiftèrent entre la Grande-Bretagne &fes Colonies. Les Anglais prétendent qu’en quittant leur patrie » les habitans du nouveau inonde ont renoncé àfes privilèges ;&ces derniers au contraire foutiennent que leurs ancêtres, en prenant le nom de Colons, n’ont point abdiqué les droits d’Anglais. Je fais que laConftitntion d’Angleterre n’eft plus conforme àcette primitive inftitution donc je viens de parler ;je doute même qu’elle le fût jamais : mais je fuis certain qu’elle le devoir être ,&cela me fuffit. Lorfque ,par l’ignorance de nos ancêtres, il s’eft glifté des erreurs confidérables dans les inftiunions les plus elfentielles au bonheur de la vie, il elt du devoir des defeendans plus éclairés de les réformer. Je ne veux pas infirmerici que la forme de Gouvernement dont j’ai fait mention foit la meilleure ,&c que tous les peuples de la terre doivent l’adopter; mais j’entends feulement que ,fuivant la Conftitution aétuelle de la Grande- Bretagne ,fou origine adû être telle que je l’ai décrite. Que l’on m’allègue tant que l’on voudra que tel Comte envoie tant de Membres au Parlement ,tandis que tel autre ,infiniment plus grand , nen envoie que la moitié :je répondrai que c’eft un abus, qui s’eft gliflé dans le Gouvernement ,& AJ 6Hijloïre des Troubles qu’il eft inapoffible que ce foit-là le but de l’inftitution. Il pourroit néanmoins fe faire que le droit de repiéfenter en Parlement fût originairement fondé fur la richeffe du pays ;il pourroit fe frire qu’on eue accordé àchaque Comté le droit d’envoyer plus ou moins de Membres au Parlement ,en raifon de ce qu’il contribuoit plus ou moins aux charges de l’Etat. Quoi qu’il en foit ,il eft toujours vifible que l’émigration des Colons Anglais ,pourvu qu’ils fourniffent aux dépenfes du Gouvernement ,n’étoit pas dans le cas de les priver du droit de repréfenter ,&que fans cette repréfentation les Membres du Parlement Britannique n'étaient pas plus autorifés àles impofer qu’à impofer les TuJ'caroras &les Algonquins ,puifqu’iis n’avoient dans le nouveau monde ni droit perfonnel ni droit de propriété. D’après cela, il eft naturel de conclure que les prétentions des Anglais n’étoient nullement fondées ,&que la guerre d’Amérique fut peut-être la plus injufte que Ton eûtjamais entreprife. Examinons àpréfent jlifta: aquel point elle éroit conforme àla faine poi itique. Si les habira'ns des Ifles Britanniques avoient fouffert que leurs Colons envoyaflént des Repréfentans au Parlement ,ces derniers ,polfefleurs d’un continent immenfe ,feroient bientôt devenus plus nombreux que les Repréfentans du peu- de VAmérique Anglaïfe 7 pie Anglais ,&par une majorité confidérable auraient toujours gouverné les affaires de l’Etat : le pouvoir de l’Angleterre aurait été anéanti , la Grande-Bretagne, femblable àces vieux troncs dont on ne fait cas qu’à caufe des belles branches qu’ils ont produites ,aurait pour lors emprunté tout fon éclat de fes immenfes Colonies ,&le petit nombre de fes Sénateurs aurait été ,pourainfi-dire ,éclipfé dans la foule des Repréfentans de l’Amérique. 11 étoit donc fort peu politique de fouffrir qu’ils fuffent aggrégés au Corps Britannique ;mais il netoit pas pour cela néceffaire cle vouloir les forcer àune obéiflance aveugle :bien plus ,cela étoit auflfi contraire àla faine politique qu’à la droite raifon. Il paraît que le feul moyen qui reftoit aux Anglais de conferver leurs Colonies ,après quelles furent devenues fi confidérables ,étoit d’établir chez elles leur même forme de Gouvernement , d’y former un Sénat comme celui de la Grande- Bretagne', &de fe réferver feulement le droit d’y envoyer un Vice-Roi. L’on dira peut-être qu’il Aérait guère poflible cle former une Chambre de Pairs dans un pays où il n’y avoit point de Nobleffe. Où il yades hommes, il eft toujours facile de faire des Seigneurs. Le manque de Nobles , loin de détruire mon fyftême ,fourniffoit au contraire au Rai d’Angleterre des moyens fuis de A4 * <> Hijloirc des Troubles xéuflir dans ce nouvel établiflement ,8c chaque perfonne anoblie auroic été une créature entièrement dévouée àIon fervice. Le peuple, fous le mafque de la liberté, fe feroit fournis fans murmurer, aux taxes qu’on lui aurait impofées \8c les Communes ,jouiflant déjà d’un pouvoir allez grand ,n’auroient fongé qu’à plaire àun Souverain dont elles auraient toujours eu quelques faveurs àefpérer :d’ailleurs les Pairs &le Vice-Roi auraient fervi de contre-poids àleur pouvoir jun habile Miniftère fe feroit confervé une majorité dans leur Parlement ,&infenfiblement l’Amérique ,comme l’Irlande ,fe ferait accoutumée au joug de la Grande -Bretagne. 11 eft étonnant que les Anglais aient agi d’une manière fi violente envers les Colonies. On ne peut attribuer ces mefures qu’à l’efprit de parti. Il n’arrive ,hélas !que trop fouvent ,que les Minières les plus prudeus facrifîent àleur propre rdîentiment les vrais intérêts de leur patrie. On n’a pas encore oublié ces fameufes révolutions qui ont agité l’Empire Britannique. On fe rappelle fans doute encore des W'higs &des Tories ,noms qui ont pris naiflince fous le règne malheureux de Charles I. Ces derniers font profeffion dette fort attachés àleur Souverain ,& paroifîent plutôt enclins àfavorifer les prérogatives de la Couronne qu’à maintenir la liberté du peu- de l’Amérique Anglalfe. <$ pie. Les Whigs ,au contraire ,fans faire cas de la Royauté, font profeffion de foutenir les Loix de l’Etat ,&font aufifi prêts àdétrôner un Roi qui' vife au pouvoir abfolu ,qu’à défendre un Prince patriote. Ce font les Whigs qui ,en 1648 ,firent trancher la tête àCharles I}&ce font aufii ces Whigs qui ,en 1714, s’oppofèrent àla reftauration de la famille de Stuart ,pour placer fur le trône celle de Rrunfwick. Les prédéceffeurs de George III connoiflbient trop bien le pouvoir de ce parti pour le négliger ;&,jufqu’à fou avènement au Trône, les Whigs furent toujours traités avec beaucoup d’égards. L’on peut même voir qu’à la mort de George II ,fou grand-père ,le fameux Pitt, depuis Mylord Chatham ,étoit àla têre de l’Adminiftration. Cependant fi les Whigs écoient refpeétés ,ils n’étoient pas moins craints. On les regardoit comme des turbulens ,toujours prêts à s’oppofer aux mefures de leur Souverain. D’ail, leurs ils avoient trop fait fentir àGeorge II les fervices qu’ils avoient rendus àfa famille, &ce Prince ,fatigué de leur hauteur ,avoit réfolu de ne plus fe fervir de leur miniftère. Les Tories n’ayant point réuffi dans deux rébellions qu’ils excitèrent pour replacer le Prétendant fur le trône ,avoient tâché de s’infinuer dans i’efprit du Prince régnant &leurs principes , IO Hijloire des Troubles qui tendent àfàvorifer les prérogatives de la couronne ,n’avoient pas manqué de leur gagner fes bonnes grâces. L’éducation même de George III , petit-fils de George II ,alors Prince de Galles , était confiée àun Tory des plus zélés ;&c’eft à lui qu’on attribue le préfent fyftême de Gouvernement. M. Pitt ne devoit donc fa place de premier Miniftre qu’à la guerre dans laquelle l’Angleterre fe trouvoit pour lors engagée avec la France, tant parce qu’il étoit fort en état de la conduire ,que parce que le peuple ,dont il étoit l’idole ,fournilToit avec zèle ce qu’il lui plaifoit de demander pour les dépenfes de l’Etat. Quelle que fût la façon de penfer de George II , foit par crainte ou par reconnoiflance ,il eut beaucoup de ménagement pour les Whigs durant fon règne ;mais il n’en fut pas de même fous Celui de fon petit-fils ;&,bientôt après fon avènement au trône, il fe fit dans le Gouvernement un grand changement en faveur des Tories. L’on vit paroître àla tête de FAdminiftration Mylord Bute ,Ecolîais de nation. Ce Miniftre , àce que l’on prétend, avoit un pouvoir abfolu fur l’efprit de fon Elève ,&fur celui de la Princelfe de Galles fa mère :en un mot, on ne tarda pas às’appercevoir que c’étoit lui qui tenoit les rênes du Gouvernement. Les Whigs qui reftoient encore dans le Minif- II de l'Amérique Anglaife. tère jvoyant que leur crédit étoit pour-ainfi-dire anéanti, abandonnèrent d’eux-mêmes des emplois qu’on n’auroit pas tardé àleur ôter ,&firent place àdes créatures du nouveau Miniftre. Le peuple ne vit cependant pas ,fans murmures ,le coup porté à(on idole. La gloire que M. Pitt s’étoitacquife durant fon adminiftration ,étoit encore trop récente pour qu’on l’eût fitôt oubliée; &,quoique laNation eût été ,pour-ainfi-dire ,accablée fous le poids des taxes qu’avoient exigées les dépenfes de la guerre ,elle avoit payé avec plaifir fous un Miniftre qu’elle croyoit entièrement dévoué àfa patrie. Mylord Bute s’apperçut bien que fa fituation étoit des plus critiques, &qu’il lui feroit impoffible de continuer la guerre, les efprirs étant ainfi préoccupés. Il s’attendoit àune oppofition confidérable de la part des IVhigs dans les deux Chambres du Parlement ,Bc il avoit tout àcraindre de la fureur du peuple :car celui-ci, qui n’avoit jamais fenti fon fardeau fous le Miniftère d’un Whigï commença àfaire entendre fes plaintes fous celui d’un Tory. La moindre faute, le moindre malheur étoit capable de le perdre. Il fe hâta donc de faire la paix ,s’imaginant par-là affermir fon règne ;mais cette politique ne lui fervit de rien. La populace ,excitée par les écrits &les difcours de fes adverfaires ,fe plaignit hautement I !gHiJIoire des Troubles écoient les plus animés contre les mefures du Gouvernementj&avoient peine aretenir leur reflentiment. Les Boftoniens ne tardèrent pas a faire paraître leur mécontentement. Dans une de leurs aflfemblées il fut réfolu d’encourager, leurs anciennes manufactures ,&d’en former de nouvelles ;de ne plus tirer de l'Etranger les marchandifes qu’ils pourraient avoir des autres Colonies ,&d’éviter les dépenfes fuperflues dans les funérailles &c les habillemens. Ils ne s’en tinrent pas la. Ils écrivirent une lettre circulaire a toutes les autres Affemblées de l’Amérique Septentrionale ,dans laquelle ils fe plaignoient hautement des derniers actes du Parlement ,&invitoient toutes les Colonies àfe reunir entr elles pour en empêcher l’execution. Ils leur confeilloient en même tems des’adrefler toutes enfemble au Gouvernement pour en obtenir la révocation. Dans cette lettre ils s’étendoient beaucoup fur leurs droics naturels comme hommes ,&fur ceux de la nation Britannique ,dont ils fe difoient membres. Pour donner plus de clarté àce que nous dirons par la fuite ,il paraît néceffaire d’expliquer ce quctoient les Alfemblées. La forme de Gouvernement établie dans toute 1Amérique Anglaife étoit fondée fur les principes de laconftitution Britannique, Chaque province avoir un Gouverneur nommé par le Roi 3&ce dernier des 19 de rAmérique Anglaifc. Confeillers nommés par une Affemblée que l’on pouvoir proprement appeller Chambre des Com» munes ,puifque les Membres qui la compofoienc croient élus par le peuple. Le pouvoir du Gouverneur dans fa province étoit égal àcelui de Vice-Roi. Il alïembloit cous les ans les repréfentans du peuple ,prorogeoir ou caifoic àfon gré leur affemblée ,fuivant les inftruélions qu’il recevoir de la Cour de Londres ,à-peu-près de la meme manière que le Roi d’Angleterre proroge fon Parlement. Au premier coup-d’œil, cette divifîon de Gouvernemens femble devoir aflurer à la Grande-Bretagne la pofleflîon tranquille de fes Colonies jmais après un férieux examen,, on ne manque pas de s’appercevoir de la foible autorité des Gouverneurs. Toujours accompagnés d’un confeil ordinairement dévoué àPAffemblée donc il tient fon exiftence ,ils ne peuvent agir que fuivant la volonté du peuple. Les Nobles ,que leur prodigalité ,ou le defir des honneurs ,rendent prefque toujours dçpendans de la Couronne, &qui ont tant d’influence fur le peuple en Angleterre ,ne pouvoienr point ici aflîfter le Gouvernement. Les Membres des Affemblées ,tous bons propriétaires au-defTus du befoin ,&ignorant le luxe des Cours ,étoient en trop grand nombre pour être aifément corrompus. Toute l’autorité du Gouvernement réfîdoit donc effectivement Br io Hijlolre des Troubles. 1768. dans le peuple, &le pouvoir des Gouverneurs n’étoit qu’imaginaire tant qu’il n’en écoit pas foutenu. Le Miniftère Anglais ne tarda pas às’appercevoir de cette vérité ,quand il adopta des mefures défagréablcs aux Colons ,&ces derniers obéirent avec exactitude àtoutes les recommandations de leurs AfTemblees ,fans avoir egard aux ordonnances des Gouverneurs. Après cette explication, il ne paroît plus fî extraordinaire que cette révolution de l’Amérique ait été conduite avec tant d’ordre 5mais ce qui femble étrange ,c’eft que des Colonies dont les intérêts ,la religion ,les mœurs &les coutumes font fi différentes ,fe foient toutes réunies pour s’oppofer aux mefures du Gouvernement Britannique. Il eft probable que la connoiflance qu’elles eurent des vues clu Miniftere ,qui etoient de les forcer àl’obéillance ,en femant entr’elles la divifion ,contribua plus que toute autre chofe à cette réunion. C’eft ce dont nous aurons occafion de parler plus au long dans la fuite } revenons àprefent ala province de ^dafïachufet. Mylord Shellnirne, depuis Marquis de Lanfdov/n ,un des Secrétaires d’Etat, informé des procédés des Eoftoniens ,écrivit une lettre au Gouverneur de la Province ,pleine d’inveftives, fur la conduite de l’Affemblée ,&que ce dernier, 1I de l'Amérique Aiiglaife. fuivant fes ordres ,lue en préfence de ceux qui la 176s. compofoient. Cette lettre caufa la plus grande fermentation dans les efprits. L’Affemblée devint furieufe :fes membres accufèrent le Gouverneur davoir donne de fauffes -informations au Miniftère ,&nom- 1 nièrent un comité, qui alla ,1e prier de délivrer nue copie de la lettre de Mylord Shelburne ,&de celles qu’il avoir écrites lui -même au fujet de l’Affemblée. Ces requetes ayant etc relufees ,ris écrivirent une lettre au Secrétaire dEcat, dans laquelle ils lui firent un long détail de leur conduite ,&s’efforcèrent de la juftifier aux dépens de celle du Gouverneur, aux fauffes informations duquel ils attribuèrent la raauvaife opinion du Miniftre. Ils écrivirent auffi àla plupart des Secrétaires d’Etat, pour fe plaindre des derniers actes du Parlement, qu’ils repréfentèrent comme contraires à[leurs droits &privilèges ,fai- 'fant cependant les plus grandes proteftations de loyauté, Mylord Hillsboroug ,qui ,peu de tems apres , fut fait Secrétaire d’Etat pour le département des Colonies ,envoya .une lettre circulaire aux Gouverneurs des Provinces ,qui avoient reçu celle des Boftoniens ,dont voici la fubftance. Sa Majefté défapprouvoit fore les mefures de leur Affemblée ,regardoit Uur lettre comme dan- B3 XzBifioire des Troubles 1768. gereufe, fa&ieufe }tendant àenflammer le peuple &àformer une combinaifon illicite pour s’op* pofer àrautorité du Parlement ,8cdétruire les principes delà Conftitution. Sa Majefté comptant enfuite fur PafFeétion des Alfemblées ,efpéroir qu’elles traiteroient avec mépris des mefures calculées pour troubler le repos public. M. Bernard ,alors Gouverneur de la Province de Malfachufet ,reçut des dépêches qui contenoient à-peu-près la même chofe, &condamnoient fortement la lettre circulaire des Boftoniens. Entre autres accufations 3Sa Majefté difoit qu’ils s’étoient départis de cette efprit de prudence 8cde refpeét dû àla Conftitution que cette Aflemblée avoir fait paroître au commencement de la Seflion. On inféroit de -là que leur dernière réfolution croit l’ouvrage de quelques perfonnes féditieufes ,qui avoient profité de l’abfence de la plupart des repréfentans du peuple; Enfin Sa Majefté conclut ,en enjoignant àla nouvelle Alfemblée d’aunuller la réfolution qui avoit donné lieu àla lettre circulaire ,&de défavouer des procédés fi téméraires. Le Gouverneur fit part de fes dépêches aux Membres de l’Aflemblée ,&les pria de s’y conformer ,leur difant en même-tems qu’en cas de refus il avoit des ordres de Sa Majefté que fon devoir l’obligeroit d’exécuter. Là-defllis ceux -ci de ?Amérique Ànglaife. 2.J lui demandèrent copie des ordres dont il avoir 17SS, parlé, &de plufieurs papiers qu’il avoit fait pafler au Confeil. Il donna copie du refte de la lettre de Mylord Hillsborough ,contenant les inftruétions qu’il avoit reçues en cas de défobéilfance ,qui étoient de ca/Ter l’Ad'emblée ,& d’envoyer un mémoire de leurs procédés ,pour être préfenté au Parlement. Les Membres relièrent fept àhuit jours fans répondre ,après quoi le Gouverneur les fomroa de le faire \mais ils demandèrent permiflïon d’aller confulrer leurs Conftituans. Cette permifdon leur ayant été refufée ,on propofa la queftiou d’annuller la réfolution de la dernière Ademblée j mais elle fut rejettée par une majorité de quatrevingt-douze voix contre dix-fepr. Ils firent enfuite réponfe àMylord Hillsborough ,&au Gouverneur. Dans ces réponfes ils s’efforcent de juftifier la conduite de la dernière' Alfemblée ,ainfi que la leur. Ils difent que la réfolution pour la lettre circulaire ,bien loin d’avoir été obtenue par fupercherie ,avoit été approuvée par la plupart des Repréfentans ,&• que les accufations du Secrétaire d’Etat étoient mal fondées :ils foutiennent que leur conduite eft conforme aux loix ,&c que les fujets ont droit d’expofer au Roi leurs griefs tous enfemble ,ou féparément. Us font voir qu’il R4 14 Hijlotre des Troubles 1768. eft: ridicule d’annuller une refolution déjà mife ===== en exécution ;que la lettre circulaire avoir été non-feulement envoyée ,mais même que plufieurs Provinces yavoient répondu ;que la lettre &la réponfe avoit été publiées dans les gazettes , de forte qu'il ferait néceflaire non-feulement d’abroger la refolution ,mais aufli les letties ,&que l’une &l’autre de ces mefures étoient également inutiles. Dans leur réponfe au Sécrétaire d’Etat ,ils s’expriment fort librement fur la nature de fa requête, &repréfentent qu’il efttout-à-fait contraire aux loix de l’Empire de commander àune Affemblée libre fous peine de caflation ,d’annuller fes réfoluti'ons ,àplus forte raifon celles d’une Aflemblée antérieure. Ils fe plaignent hautement de la bafleiïe &de la méchanceté de ceux qui ont perfuadé àSa Mqjefté qu’un aéte légitimé ,&dont le but. cfl: d’expofer leurs foulfrances ,eft inflammatoire ,&tend àformer des combinaifons féditieufes pour s’oppofer à l’autorité du Parlement. Ils tout en même tems les plus grandes proteftations de loyauté ,&fe récrient contre les derniers aétes du Parlement. Ils préparèrent enfuite une requête au Roi pour le prier de changer le tir Gouverneur ,dont ils fe plaîgnoient amèrement jmais avant quils y enflent mis la dernière main ,l’Aflemblée fot calice. . de lyAmérique Anglaife. 15 Les lettres circulaires que le Secrétaire d’Etat x avoit écrites aux autres Colonies ,meurent pas plus de fuccès que celle qu’il avoir envoyée à Bofton. Elles firent réponfe àcelles de la province de Maflachufet ,approuvèrent hautement la conduite de leur Afïemblée ,&promirent de féconder fes mefures. Plufieurs d’entr’elles écrivirent même au Secrétaire dEtat ,pour lui té— leur approbation de la conduite des Boftoniens ,&firent des remarques fort févères fur fa lettre. La plupart prirent en mèmetems la réfolution de ne plus recevoir de marchandifes d’Angleterre ,excepté celles quelles avoient commandées pour la faifon fuivante , &celles dont elles 11e pouvoient abfolument fe palfer ,jufqu’à ce que les derniers aétes fuffent révoqués. (Le 10 Juin.) Quelque tems avant la caifation de l’Afiemblce ,il yeut un grand tumulte àBofron. Les commis de la douane s’emparèrent d’un vaiffeau qui appartenoit àun des principaux Négocians de cette ville ,parce qu’il ne s’étoit pas, conformé aux dernières loix. Auffî-tôt qu’ils l’eurent faifi ,ils firent ligne àun vaifieau de guerre qui étoit dans la baie;, &le Capitaine envoya fes chaloupes pleines de gens armés qui coupèrent les amarres du navire marchand ,&le conduifirent près de fon bâtiment. Ld-^clTus la populace îS Hijloire des Troubles 1768. s’étant attroupée, fit pleuvoir une grêle de pierres ~fur les Compris ,rompit leurs épées ,&les traita fort mal. Les plus mutins coururent même chez ces Officiers &brifèrenc toutes les vitres de leurs maifons ,après quoi ils traînèrent la chaloupe du Receveur fur la Commune ,&la réduilirent en cendres. Les Commis ne fe trouvant plus en fureté dans la ville, fe réfugièrent àbord du vaifl'eau de guerre ,d’où ils payèrent dans un petit fort appelle le Château Guillaume ,bâti fur une des Illes qu’il yadans la baie, &reprirent leurs fonctions. Cependant les Bourgeois s’afiemblèrent ,s’écrièrent qu’on vouloir les priver de leurs droits , &préfentèrent une requête au Gouverneur ,pour le prier d’ordonner au vaifi'eau de guerre de fortir du port. Les animofîtés augmentèrent de jour en jour. Bientôt ils ne mirent plus de bornes àleur licence ;ils traitèrent le Gouvernement Britannique avec le dernier mépris ,&n’en parlèrent plus qu’avec aigreur. Le bruit que leur requête n’avoit point été préfentée au Roi ,6cla faille du bâtiment qui appartenoic àun Repréfentant de la ville de Bofton ,contribuèrent autant qu’autre chofe àirriter les efprits, qui n’étoient déjà que trop portés àla violence. Telle étoit la fituation des affaires ,quand on de l’Amérique Anglaife 27 apprit qu’il venoit des troupes pour appuyer les r mefures du Miniftère. L’approche du plus cruel ennemi n’auroit pas caufé une plus grande alarme dans Bofton que certe nouvelle. Les bourgeois fe rendirent aufli -tôt àFaneuil-Hall ,où ils élurent des Commiffaires ,pour demander au Gouverneur fur quel fondement il avoir répandu qu’o’n attendoit des troupes dans la ville ,&le prier en meme tems de convoquer au plus vite une Affemblée générale. Le Gouverneur leur répondit que ce qu’il favoit au fùjet des troupes ne lui venoit pas de la part du Gouvernement ,&qu’il lui étoit impoffible de convoquer une Affemblée fans ordre du Roi. Un Comité qu’ils avoient déjà choifi pour l’infpedion de leurs affaires ,après un long détail de violations de droits &de privilèges, fit plufieurs propofitions qui furent approuvées d’un confentement unanime ,&entre autres chofes il fut arreté ,qu’il étoit contraire aux loix de l’Etat de maintenir une armée dans le Royaume en tems de paix fans le confentement du Parlement.' Tel étoit alors le' nom que les Américains donnoient àleurs Affèmblées. Cette affection étoit fondée fur un afte dit Roi Guillaume ,qui recommande en meme tems la fréquente convocation du Parlement. Sur ces 1.770' 34 Jîijloire des Troubles Mais le 5Mars il yeue une affaire plus férieufe. Deux foldats ayant eu querelle avec des bourgeois ,ces derniers crièrent au fccours ,& bientôt une foule de Boftoniens pourfuivirenc les premiers jufqu’à leurs cafernes ,où ils les accablèrent d’injures ,&les menacèrent de les enfevelir fous les ruines. Les foldats, en grand nombre ,armés de fabres &de bayonnettes ,firent une fortie fur cette populace infolente ,& la repouffèrent vigoureufement jmais la plus grande partie de la ville étant alarmée par le •fou du toefin ,obligea bientôt les troupes àfe retirer. La nouvelle de ce défordre étant parvenue au Capitaine Prefton ,alors Officier de garde, il courut àfou pofte ,&fit mettre les foldats fous les armes. Cela n’intimida nullement les mutins jils avancèrent avec intrépidité fur la troupe ,&frappant leurs bâtons l’un contre l’autre ,ils les défièrent au combat dans les termes les plus injurieux. Quelques-uns d’eux eurent même l’audace de jetter des pierres & de la neige ,&de donner un coup de bâton finie bras au Capitaine Prefton. Les foldats furieux de fe voir ainfi infultés * firent feu ,àce que l'on dit ,fans avoir reçu d’ordres ,&la populace fe difperfa. Les Officiers qui fe trouvoient dans la ville s’efforcèrent auffi-tôt de joindre leurs diffèrens corps ;mai* de FAmérique Ânglaife. ^ quelquesuns d’eux furent fort maltraités. Il y en eut un ,entr’autres ,qui eut fon épée calfée , &qui fut dangereufemeut blelfé. Cependant on battoic la générale de part & d’autre ,&les bourgeois' retournèrent bientôt en plus grand nombre ,dans le deflein d’alfommer le Capitaine Prefton ik fes foldats 3mais le Lieutenant-Gouverneur leur perfuada ,non fuis peine, de fe retifer ,en les alfurant qu’on examinerait la conduite de ce Capitaine. Le Confeil s’aflembla fut le champ ,&il fut réfolu d’arrêter M. Prefton ,&huit foldats qui avoient tiré. Cet Officier entendant ce qui fe paffoit , alla lui-même fe rendre prifonnier au -Cherif. On lui fit enfuire fon procès ,&il fut honorablement déchargé. Les chofes relièrent à-peu- près dans le même état l’année 1771 &177a. Les animofités entre la Grande-Bretagne & les Colonies augmentoienp néanmoins de jour en jour. Ces dernières obfervoientinviolablement les réfolutions qu’elles avoient ptifes, &la province de Maflachufeten particulier faififfoit toutes les occafions d’infulter directement ou indireétementle parti de la Cour. Ces infultes étoient d’autant pins dangereufes ,qu’elles étôient faites avec délibération ,&approuvées de leurs affemblées. Au mois de Mats 1773 ,le Comité élu par la ville de Bofton ,pria le Miniftre Benjamin Cz 1773 Hijloifc des Troubles Church de faire une harangue le 5du même mois ,fur le danger qu’il yavoir de maintenir une armée en rems de paix ,dans un pays libre ;&en mémoire, dit-il, du malfacre horrible commis par un détachement du vingt-neu- vième Régiment le 5Mars au foir de l’année 177°. M. Church ayant accédé àla demande du Comité, il yeut aulfi-tôc nue •Afiemblée aFaneidl-Hall (1), où le choix qu’on avoir fait du Doéteur fut univerfellemenc approuvé. On lui députa fur le champ des CommifTaires pour lui dire que c’écoit le defir de l’Affemblée ,qu’il ht fa harangue àune heure moins un quart dans une des plus grandes Eglifes qu’on lui nomma. Ail tems marqué il s’y trouva un fi grand concours de peuple ,tant de Bofto.11 que des villes des environs ,qu’on fut oblige de faire encrer l’Orateur par la fenêtre. Son difcours fut univerfellement applaudi ,8c 011 le pria d’en donner copie ,afin de le faire imprimer. Sur le foir ,les erifans de la liberté s’affemblèrent dans l’endroit où la malheureufe affaire écoit arrivée ,&attachèrent àun balcon une lanterne tranfparente. (1)Salle de Paacuil ,efpèce d’Hôtel-de-ville. de VAmérique Anglaîfe. '37' Le front de cette lanterne repréfefttoit les ef- 1773. fets funeftes d’une armée en garnifon dans une ===== ville libre. Adroite étoit peinte l’Amérique éplorée fur un fiege lugubre ,jettant de trilles regards fur les fpeélateurs ,avec cette infeription : Voye\ mes fils 1àgauche etoit un monument élevé àla mémoire des infortunés qui avoient été tués en 1770; un peu plus loin, a1EU du balcon ;on voyoit les vers fuivans fur du papier mnfparent 1 Ï773- g8Hi/loire des Troubles Can fl t/tou ,fpectator,view this crimfon'dfcene j And not reflelt what thefe fad portraits mean ? Or can thy Jlaughter’d brethrens guiltlcfs gore Revenge ,from ycar t.o year ,in vain implore ? Ask not wherc Prejlon or his butchers are , Bue ask who brought thofe bloody viciims here. Neverfor instruments forfake the caufe , Norfpare the wretch who woxddfubvert the laws. That ruthlefs fiendwho ,for atrifiing hire , Would murderfeorcs ,orfit atown on fire , Compard with him who would aland enflave , Appears an inconfiderable knave. And shall the firfi adorn the fatal très , Whi/e ,pomper"dand carefs’d ,the laft goesfreé ? Forbid it thou ,whofe eyes no bribes can blind 3 Norfear can influence ,norfavour bind. Thy juflice drove one murd’rerto defpair ; And shall anumber live in riot here ? Live !and appear to glory in the crimes IVh'tch hand deftruMion down to future times ! Yes ,ye shall live ;but live like brandcd Cain , In daily dread ofbeing nightly flain ; And when the anxious fcene on earth is o'er, Your names shallflink ’till time shall be no more. 59 de l’Amérique Anglaife. Spectateur ,en voyant cette fcène fanglante , As-tu donc oublié ce qu’elle repréfente ? Tes frères égorgés demandent-ils en vain Que leur fang innocent foit vengé de ta main ’ Des bouchers de Prefton contemple les vidâmes ; Mais cherche en même-tems l’auteur de tant de crimes Confidcre la caufe &non point l’inftrument ; N’épargne pas des lois l’infradeur infolent , L'efclave 'malheureux qu’un modique falaire , Rend barbare aflalfin ,ou vil incendiaire , N’elt en comparaifon d’un fuperbe tyran Qu’un petit criminel ,qu’un gueux du lecond rang. Verra-t-on le premier au haut d’une potence , Tandis qu’à ce dernier tout fait la révérence ? Otoi que les préfens ,la crainte ou la faveur Ne peuvent ébranler ,arme ton bras vengeur ! Déjà d’un meurtrier, effet de tajufticc. Le fbmbre défelpoir à caufé le fupplice 5 Et verra-t-011 ici nombre de fcélérats Vivre &s’enorgueillir de leurs alfalTinats ? Vous vivrez ;mais toujours dans la crainte terrible D’être tous égorgés dans une nuit horrible , Puis ,après votre mort ,de la pbftarité Vos noms feront maudits jufqu’à l’éternité. C4 >773 - 1773 '4o HiftoirS des Troubles Aneuf heures &un quart ,tems précis de ;la fcène fanglante ,toutes ces figures furent ôtées, &les cloches firent entendre un fon lugubre jufqu’à dix. Cette fccne s’obierva avec beaucoup de décence &de folemnité. Le 7Juin, l’AtTemblée pafla plufieurs réfolutions violentes. 11 fut déterminé de préfenter une requête au Roi ,pour le prier de changer le Chevalier Hutchinfon ,Gouverneur de la province , qui avoir fuccédé àM. Bernard &André Olivier , Lieutenant-Gouverneur. Le crime dont on les accufoit ,étoit d’être la caufe des troubles qu’il yavoir alors dans les Colonies ,&d’avoir ,par de fatifies informations ,engagé le Miniftère àpourfuivre des mefures fi préjudiciables aux habitans. Les Colons étoient d’autant plus irrités contre eux, qu’ils avoient en leur poffeflion des preuves authentiques. Plufieurs lettres que le Gouverneur avoir écrites àLondres ,dans lefquelles il les repréfentoit comme une bande de féditieux , étoient tombées entre leurs mains ;&ces lettres ayant été lues en pleine Alïemblée, avoient produit la réfolution de préfenter la requête. 'de VAmérique Anglaife. 4l CHAPITRE IL CjEs troubles croient cependant peu confidérables ,en comparaifon de ceux qui dévoient les fuivre. Les Américains obfervoienc fermement la réfolution qu’ils avoient prife de ne plus tirer de marchandifes d’Angleterre ;mais il leur étoit d’autant plus facile de s’y conformer, qu’ils avoient encore chez eux toutes les denrées dont ils avoient befoin. Les Négocians avoient pourvu àl’avenir ,en. demandant àleurs correfpondans des marchandifes pour deux ou trois ans avant que cette refolution fût adoptée. Si le Minifière Anglais avoir eu la patience d’attendre que ces marchandifes fuflènc confommées ,il eft probable que la néceflité auroit naturellement forcé les Colons àfe départir de leur delfein ,&que fort peu d’entre eux auroient eu la confiance de renoncer aux aifances de la vie ,pour la procurer àune poftérité incertaine. L’intérêt de la patrie auroit infenfiblement cédé àl’intérêt particulier , le Moi n’auroit pas manqué de prévaloir ,& cette affociation ferûic tombée d’elle-même. L’enthoufîafme n’a jamais pu être détruit que par lui* même. Les perfécutions n’ont fait que lui s775 41 .TUJloire des Troubles donner de nouvelles forces ,&un martyr a toujours produit vingt profclytes. Il yanéanmoins des gens fort inftruirs delà façon de penfer des Américains ,&entr’autres, deux hommes du premier mérite, &pour l’opinion defquels nous avons les plus grands égards ,qui font perfuadés que les Colons auraient eu a(Tez de confiance pour perfcvérer dans leurs l'éfolutions ,&que les privations de toute efpèce ,la mifere &la mort même, n'auraient pas été capables de les ébranler. Cette opinion eft ,fans doute ,fondée fur les preuves qu’ils donnèrent enfuite de leur attachement àla caufe de la liberté ,&fur la patience avec laquelle ils fouffrirent toutes fortes de maux pour parvenir àleurs fins jmais les circonftances &les pallions ont beaucoup d’influence fur les actions des hommes ,&tel eft: timide ,chancelant 8c incertain avant d’entreprendre une affaire féîieufe ,ou de commencer une guerre ouverte avec fon Gouvernement, qui devient ferme, intrépide &opiniâtre ,lorfqu’il aune fois fait les premiers pas. Quoi qu’il en foit ,les Anglais auraient dû clfayer cette méthode ,8e ne point soppofer directement aux réfolutions des Colonies. Tout au contraire ,aufli-tôt que le Miniftère en fut informé ,il prit des mefures qui paroiffent réellement ridicules ,&fit palTcr en de VAmérique Anglalfe. 45 Amérique des charges confidérables de thé , comme s’il eût été poflible défaire acheter aux Colons une marchandife dont ils avoient réfolu de ne point fe fervir. 11 eft vifible qu’il s’imaginoit que cet efprit d’oppofition s’affoibliroit peu-à-peu ,&que le befoin les feroit renoncer àleur aflociation ;mais il n’étoit pas tems , lorfque les efprits étoient ainli échauffés ,de vouloir les contredire d’une manière lî ouverte. Les Américains ,fans faire réflexion qu’ils avoient la liberté d’acheter ,ou de ne point acheter le thé qu’on leur envoyoit, regardèrent cet envoi comme un grand affront ,&ordonnèrent aux Négocians àqui il étoit adrefle, de ne point le recevoir ;mais de le renvoyer à Londres ,fans fouffrir qu’on le’ débarquât. Le nom de thé leur devint auflî défagréable que celui de tyran ,&ils ne l’entendoient jamais prononcer ,fans trembler pour la perte de leur liberté. Telle étoit la difpofition des Colonies ,quand trois navires chargés de cette marchandife, arrivèrent dans Bofton adrelfés àM. Rotch. Des Commiflaires vinrent auffî-tôt lui lignifier de la part de l’Aflemblée ,de renvoyer ces vailfeaux , &de demander un acquit au Receveur de la douane. Ils lui accordèrent deux jours pour remplir cet objet, àl’expiration defquels étant informes par 177 5• <50 WJlolre des Trouble^ '1774. fouffrarices, elle fut rejettée. Cette requête contenoit auffi une déclaration de leurs prétentions. No«s ne délirons, difent -ils, que les privilèges d’Anglais :il ell du devoir de cette Aifemblée de les maintenir jc’eft pourquoi nous ferons tous nos efforts pour parvenir àces fins ,fans préjudice néanmoins aux prérogatives de la Couronne , que nous foutiendrons toujours avec la plus grande loyauté, tant quelles nes’écarterontpointdes juftes bornes. Le Gouverneur écrivit, quelque tems après, une lettre au Confeil ,pour l’informer des raifons qui l’avoient obligé àrejetter la requête qu’ils lui avoient préfentée :il dit qu’il lui ctoic impoflîble de recevoir une requête remplie d’inveéfives contre fes prédécelfeurs ,qui avoient été examinés par le Confeil du Roi ,&trouvés im nocens. La ville de Bofton ,Capitale de la province de Maffachufet ,où les Repréfentans du peuple avoient coutume de s’alfembler ,ayant encouru la difgrace de fon Souverain ,fut auiÏÏ privée de ce privilège ,&Salem ,ville fituée àfix lieues de -là ,fut choili pour liège de TAifemblée. La première chofe qui fe palïa dans 1AlTemblee de Salem ,fut d’approuver la réfolutiota d’élire des Comités dans toutes les Colonies. Après avoir donné les raifons de leur approbation ,les Mem* de VAmérique Anglaije. r c£ 'bres élurent effectivement cinq perfounes entre celles qui s’étoient le plus oppofées aux mefûtes du Gouvernement ,comme Commiftàires ,pour repréfenter cette province j&ils votèrent e'nfuire la fomme de cinq cens livres fterling (i) pour ces Commiffaires, afin qu’ils puffent s’acquitter avec honneur de la charge qu’on leur avoit confiée. M. Gage ,àqui ces procédés ne pouvoient. qu’être défagréables ,refufa de donner fon confentement àleur dernière réfolution ,ce qui les engagea àrecommander aux villes &aux villages de la province de lever la fomme de cinq cens livres fterling par égales portions ,&fuivant. le plan des dernières taxes. Cette recommandation eut alors toute la force de loi. Après avoir agi de cette manière ,ils prévirent que la caffation de l’Affemblée n’étoit pas fort éloignée ;c’eft pourquoi ils réfolurent ,avant que cela arrivât , de donner au peuple un témoignage public de leurs fentimens ,&de lui prefcrire les règles de fa conduite. Ils préparèrent donc une efpèce de manifefte, dans lequel ils exprimoient leur façon de penfer fur l’état aduel des affaires. Il yalong-tems ,dirent-ils ,que nous & toute 1Amérique gemifions fous les coups redotl- (i)Environ nooo livres tournois. D> 5iHiJIoire des Troubles blés d’un pouvoir arbitraire, &que nous faifons es--- —d’inutiles efforts pour nous yfouftraire. Nos plaintes n’ont pas été écoutées ,nos requêtes ont etc méprifées ,&les cris qu’une cruelle marâtre nous forçoir de pouffer, loin d’exciter fa pitié, n’ont fait que redoubler le poids de nos maux. Il elf vifible que le deifein dé la Grande-Bre- tagne eft d’abolir entièrement la conflitlition des Colonies ,&d’en réduire les habitans àl’état d’efclavage. Ils recommandèrent enfuite àtonte la province de s’abftenir de thé ,&,autant qu’il ferait poffible ,de toute marchandife venant des Indes Orientales ,ou des Ifles Britanniques, jufqu’à ce que les nouveaux aèfes du Parlement fuflént entièrement révoqués. Afin que ces mefures puffent plus aifément s’exécuter ,ils exhortèrent les Colons àencourager toutes les manufactures de l’Amérique. Quoique les Commiffaires ,prépofés pour traiter cette affaire ,s’efforçaffent de la conduire avec le plus grand fecret ,le Gouverneur en fut informé ,&le jour qu’ils firent leur rapport àl’Alfemblée ,il envoya fon Secrétaire pour la cafTer :celui-ci trouvant les portes fermées ,fit informer l’Orateur qu’il avoit un meffage du Gouverneurs &qu’il fouhaitoit d’être admis afin de le faire connoître. L’Orateur répondit quelque rems après, qu’il avoit infhuit la Chat»’ 'de VAmérique Ànglaife. 55 bre de la corn million dont il étoic chargé ,& que les Membres avoient donné ordre de tenir les portes fermées. Là-delfus le Secrétaire fit lire fur l’efcalier une proclamation qui calfoit l’Affemblée. Telle fut rilïue des querelles entre lès habitans de Maflfachufet &fes Gouverneurs ,&la dernière Affemblée qu’il yeut dans cette province fous les aufpices du Gouvernement Britannique. Le lendemain, les Négocians &autres habitans de Salem préfentèrent une requête trèspathétique au Gouverneur. Cette ville ,comme nous l’avons dit plus haut, étoit pour lors Capitale de la province au lieu de Bofton ;conféquemment l’Alfemblée ,la douane ,&,autant qu’il étoit polfible, le commerce de cette dernière, avoient été tranfportés àSalem ;de forte que les habitans poflfédoient déjà une partie de ces dépouilles ,qui ,àce que le Miniftre s’imaginoit , dévoient avoir tant d’influence fur leur conduite , &faire naître entre les gagnans &les perdans des jaloufies &des animofités incurables. La turbulente Capitale ainfi abandonnée àelle-même , après avoir réfléchi fur l’état déplorable où elle étoit réduite ,ne manqueroit pas ,àce qu’il prétendoit ,de retourner dans le devoir ,&d’avouer fes torts, foutes ces conjectures étoient cependan D3 1774-' 54Tlïfloire des Troubles 1774. fauffes ,&l’on peut voir, par ce qui fuir »quels étoieut les fentimens dos Salémois. C’eft avec la plus grande douleur, dirent-ils au Chevalier Gage, que nous réftéchiflbns fur les calamités publiques en général ;mais les maux qui font prêts d’accabler nos confrères de Bofton ne fauroienr manquer d’exciter plus particulièrement notre pitié, &nous efpérons que votre Excellence fera tous fes efforts pour les empêcher de fuccomber. En fermant le port de cette ville on s’imagine ,fans doute, que le commerce prendra fou cours vers la nôtre ,&que nous aurons par conféqusnc tout leprofit ;mais la nature, dans la formation de nos ports ,ne nous permet pas de devenir rivaux de cette Capitale. Quand il en feroit autrement, continuèrent-ils ,il faudrait que nous n’eufïïons aucune idée de juftice ,&que nous biffions dépourvus de tout fendaient d’humanité,, fi nous pouvions entretenir la penfée d’élever nos fortunes fur les ruines de celles de nos compatriotes. Cette requête eft remarquable par la NoblefTe des fentimens qu’elle contient. Le Gouverneur yeft traité avec le plus grand refpeéfc, ils mettent leur efpérance en lui ,tant àcaufe du caractère bienfaifant qu’il s’étoit acquis ,que de fa conduite dans un Gouvernement antérieur. Ils font paraître le plus grand attachement pour la Grande-Bre- de l’Amérique Anglaïfc. 55 tagne ,le plus profond chagrin àcaufe des dif- T putes malheureufes qui fubfiftent entre elle &fes eufans ,&témoignent le defir le plus ardent d’en venir àune lieureufe réconciliation.- Ils affûtent que ,pour parvenir àcette fin ,ils font prêts a faire les plus grands facrifices ,autant que cela fera conforme àla dignité de fujets de la Grande- Bretagne (1 )• Le Gouverneur efpéroit que les Négocions fe feraient transportés àSalem ,pour ycontinuer (1)Les Minières d’Angleterre &leurs partifans ont dit que ,dès le commencement de ces difputes ,les Colons avoient formé le projet de devenir indépettdâns ;maris tout nous démontre le contraire. S’ils avoient agi avec plus de politique ,&ne s’étoient point lailîé guider par la violence &l’efprit de parti ;s’ils avoient prêté l’oreille aux perfonnes bien infimités des véritables fentimens des Américains ,il eft probable que l’Amérique feroie encore unie avec la Grande-Bretagne :mais il efl: vifible que le plan du Miniflère étoit d’aflujettir les Colonies au Gouvernement Britannique ,comme je l’ai déjà remarqué au commencement de cet Ouvrage ,au rifque même de les perdre. Il yavoit certainement parmi les Colons quelques efprits entreprenans , qui auroîent été charmés de voir l’Amérique indépendante ; mais leur nombre étoit petit en comparaison de ceux qui n’avoient jamais penfé-à établir une République ,- ou qui même ne defiroient pas de nouvelle forme de Gouvernement. On peut voir que la déclaration d'indépendance ne fut que le rcfultat de l'opiniâtretédes Minières. Hijloire des Troubles 5774. leur commerce ,&auraient ,par ce moyen ,en» ~'gagé la Capitale àune plus prompte fotimiffionj mais il fut trompé dans fon attente. Les Négocians avoient fans doute leurs raifons pour ne pas eu venir àune guerre ouverte avec le Gouvernement jmais il eft évident qu’ils ne fe conformoient pas de bon cœur aux nouveaux réglemens. Le Chevalier Gage penfo.it peut-être que les partifans du Miniftère étoient plus confidérablej qu’ils ne l’étoient effe&ivement ,&c’eft ce qui l’engageoit àpourfuivre fes mefures avec tant d’ardeur. Il ne tarda cependant pas àêtre convaincu du contraire jcar ceux-ci ,dans une Affemblée des Bourgeois de Bofton ,ayant elTayé de faire quelques propofitions pour le paiement du thé qui avoit été détruit ,&pour abolir le Comité decorrefpondance, fe trouvèrent éclipfés par une grande majorité, &n’eurent d’autre reffource que de protefter contre les procédés du corps -de-ville. Le Miniftère perfîftoit toujours dans les mêmes réfolutions ,&vouloir contraindre les Américains àfe foumettre àl’autorité du Parlement Britannique ;mefure qui aurait certainement augmenté le pouvoir de la Couronne ,mais qu’il lui étoit alors impolîible de mettre en exécution ,tous les Colons étant réunis pour s’y oppofer. On pré- de l’Amérique Anglaise 57 paroit pendant ce rems-là en Angleterre ,une nouvelle forme de Gouvernement pour la Province de Maiïàchufet ,&il étoit queftion de pafler un a<5te pour autorifer le Roi amaintenir une Armée en Amérique. Aufli-tôt que cette nouvelle parvint àBofton , elle fut fur le champ répandue par tout le Continent ,&remplit les habitans d’indignation. Ceux qui étoient modères ,ou qui paroilïoienc chancelans ,devinrent alors zèles .la relolution de fermer entièrement leurs ports ,&de rompre tout commerce avec la Grande-Bretagne ,fut regardée comme nécelfaire ,&fut univerfellement adoptée. On ne voyoit qu’Aflemblées dans toutes les Colonies ,on n’entendoit parler que de réfolutions violentes. Il fe fit à-peu-près dans le même tems une foufeription pour le foulagement des Boftoniens ,&chaque province ycontribua libéralement. Ces derniers reçurent aufïï des lettres, non -feulement de toutes les provinces ,mais même d’un grand nombre de villes &de villages ,remplies de fentimens de tendrefle 6c de fympathie. Ils étoient comblés de louanges à caufe de leur conduite pafTée ,&on les exhortoit ,par les follicitations les plus prefTantes ,à perfévérer dans cette vertu ,qui étoit la caufe de leurs maux. Oi} pouvoir alors divifer le peuple de l’Amé- 1 j8Hijloire des Troubles x774. rique en trois grandes clafTes ,par rapport aux opi- *== nions politiques. La première étoit pour en venir aux extrémités ,&ceiïer fur le champ tout commerce avec la Grande-Bretagne ,fans eifayer auparavant des mefures plus modérées ,&meme fans avoir le fentiment général des Colonies fur une affaire de cette importance :elle defiroit ,il eft vrai, un Congrès général ;mais elle 11e vouloir lui lailfer autre chofe àfaire que de continuer les violences qu’elle auroit commencées. La fécondé, quoique moins nombreufe ,n’étoit pas moins refpectable :elle étoit, àla vérité , plus modérée }mais elle 11'en étoit pas moins ferme. Ceux qui la compofoient vouloient, avant d’adopter des mefures violentes ,effayer des moyens plus doux. Ils fouhaitoienc qu’on s’adreflat encore une fois àla Grande-Bre- tagne ,&qu’on exposât clairement 'au Roi les snaux dont ils fe plaignoient ,&les droits auxquels ils prétendoient. Cela ,difoient-ils ,ne peut fe faire que par le moyen d’un Congrès général jcar autrement on prétendra que c’eft l’aétion de quelques perfonnes mal intentionnées * ou de quelque Colonie particulière» La troifième étoit composée des amis du Mi* mftre, ou de ceux qui ne défappronyoîsr.T pas abfolument fes mefdres 5mais leur‘.nombre.fepic de FAmérique Anglaifc. 59 fi peu confidérable ,qu’on avoir peine àles dif- 1774» tinsuer dans la, foule. O, Les plus violens ,qui 11’eurent pas la patience d’attendre l’affemblée d’un Congrès ,prirent d’autres réfolutions. Le Comité de eorrefpondance àBofton fit une affociation, qu’il nomma ligue &alliance folemnel'le, par laquelle tous les foufcriptetirs s’engageoient devant Dieu & devant les hommes ,de rompre tout commerce avec la Grande-Bretagne depuis le dernier jour du mois d’Août fuivant, jufqu’à ce que l’aéle pour la condamnation du port de Bofton Si les nouvelles loix fulTent révoqués ,8c jufqu’à ce que la province de Maffachiffetfût rétablie dans fes droits. Ils firent aulïï ferment de n’acheter aucune marchandife quelconque ,qui arriverait après le tems marqué ,&de rompre tout commerce avec ceux qui introduiraient le moindre article. Ils renoncèrent enfuite àtoute correfpondance avec ceux qui refuferoient de figner cette affociation ou de s’engager par des obligations femblables ,&les menacèrent d’expofer leurs noms au public. La nouvelle de cette affociation 8c une lettre du Comité de Bofton ,furent répandues avec la promptitude ordinaire, &le peuple ,non-feu- lement de la Nouvelle-Angleterre ,mais même des autres provinces ,entra dans, cette nouvelle G6Tlijloïre des Troubles 17741 P^us dattgeteufe ,c’eft que ce ncroit point une —Mon d’une Noblefle turbulente &opprimée s qu’il eft facile d’appaifer en gagnant quelquesuns des Chefs. Ce n’étoit point non plus une combiuaifon de Marchands ou cle Négociais , qui ,plus attentifs àleur intérêt particulier qu a celui du public ,auroienr pu être corrompus ,oit défunts par la diftribution de quelques comrniffions ,ou de quelques contrats :au contraire ,la plus grande oppofition aux mefures du Gouvernement étoit alors de la part des proprietaires. Dans l’Amérique Anglaife ,les terres font divifécs en pentes portions ?8cprocurent aceux qui les pofsèdent, cette médiocrité de condition füfiSfaiite pdür produire des hommes forts &des efprits vigoureux 5mais rarement ces fuperfluites fi fatales aux nations les plus policées. ;Les .propriétaires Américains font à-peu-près cfe que font àujourd’hui nos Fermiers Français ,avec cette différence ,que les terres qu ils cultivent leur appartiennent ,&qu’ils jouiflent du droit ineftimable de fo taxer euxmêmes parle moyeii de leurs Repréfenrans. Ce n’eil donc pâs fans raifori qu’ils font fgrands amateurs de la liberté) Ce corps croit trop nombreux .pour être corrompu, &trop hardi pour être meprife fuis danger. *' de l’Amérique Anglaife. 67 Iî eft vrai que le Gouverneur reçut des adrefles de quelques personnes qui fe difoient attachées au Gouvernement ,&défapprouvoienc la conduite de leurs confrères -, mais ces perfonnes necompofoienrpasla centième partie de la Nation, &leurs adrefles ne fervoient qu’à induire le Miniftère en erreur ,en lui faifant croire qu’il avoit beaucoup de partifans. Cependant la ville de Bofton étoit dans un état déplorable. Quelques grandes que fuffent les contributions des Colonies pour la foulager ,il. cft vifible que ,dans une ville qui contenoit plus de vingt mille habitans ,qui n’avoienr d’autres moyens de fubfîfter que le commerce ,le raritfement de cette" grandefource devôit caufer bien de la misère. Les riches même n’en, étaient pas exempts ;car leurs richeffes confiftant en quais ,magasins ,hangards ,&différentes fortes de machines ,deftinces au commerce dans un grand pott ,elles n’étoient pour lors d’aucune va-- leur. Ils fotifFroient néanmoins les maux .dont ils étaient accablés Avec une confiance admirable. Il eft vrai que la pitié des autres Colons ,&la tendreffe avtJo laquelle ils en étoient craicés ,ne contribuoient pas peu àles fortifier dans leur réfolution. ' .:,b.'. Gm : Les- Mâbitans de la ville de Marblèhead ,leurs mfiffsG^ui étoient du nombre de ceux qui delà 2 68 Hijloire des Troubles 1774. voient le plus profiter de leur ruine ,au lieu de fe prévaloir de leur malheur ,firent paraître un exemple de généralité peu commun. Ils offrirent aux Boftoniens leurs magafins &leurs quais ,promirent d’aflîfter au chargement &au déchargement de leurs marchandifes j&de faire toutes leurs affaires àMarblehead ans exiger la moindre récompenfe jmais ils les exhortèrent en mèmetems àperfevérer dans cette patience &dans cette réfolution qui les avaient toujours cara&érifés. Peu après l’arrivée du Général Gage dans fon Gouvernement ,deux régimens d’infanterie , &un détachement d’artillerie avec du canon , avoient débarqués ,&étoient campés fur la Commune de Bofton. Ces troupes furent peu-à-peu renforcées par plufieurs régimens d’Irlande ,de la Nouvelle York, d’Halifax &de Quebec.il eft aifé de concevoir que l’arrivée &la pofition de ces troupes n’éroient pas fort agréables aux Colons. Le mécontentement augmenta bien plus ,quand ils virent une garde placée fur l’ifthme qui joint la prefqrie-ifle au Continent. La caufe ,ou le prétexte de çette garde ,étoit pour empecher la defertion des foldats. .- . Ce procédé ne fervit qu’à faire voir aux.Bofroniens le fecours qu’ils; pouvôient attendre en cas de befoyi ;car le bruit s’étant répandu par de VAmérique Ânglaife, 6cj hafard ,ou peut-être avec detTein 5qu’un Régiment pofté fur l’ifthme de Bofton ,avoit coupé toute communication entre la ville &la campagne ,afin de forcer les bourgeois ,par famine ,à fe foumettre aux conditions qui leur feroient propofées ,un nombre confidérable des habitans du Comté de Worcejter prit les armes. Ils envoyèrent enfuite deux meflagers àBoflon , pour s’informer fi ce bruit étoit bien fondé. Ceux-ci avoient ordre d’apprendre aux citoyens que ,fi cela étoit véritable ,il yavoit plufieurs milliers d’hommes armés ,prêts à voler à leur fecoms ,8c de les avertir que ,quand même ils feroient difpofés àrenoncer àleur liberté ,le refie de la province ne fe croiroit nullement lié par cette renonciation. Ils ajoutèrent que , par les derniers aéles du Parlement ,leur charte étoit entièrement annullée ,que la liaifon qui fubfiftoit entre la Grande-Bretagne 8c les Colonies ,étoit tout -à-fait rompue ,8c que conféquemment ces dernières étoient en liberté de fe concerter enfemble fur les moyens les plus propres âleur fureté commune. De toutes les bévues du Miniftère Anglais > il nyen apoint qui foit plus groflîère sni qui marque plus l’efprit de parti que celle dont il fut coupable dans un teins auffi critique.. Il femble que fon deflein étoit de pouffer les Co- E3 *774 7®Hljloire des Troubles _Ions about ,&de les forcer àadopter des me* =ftires violentes. Ou avoit toujours reproché au peuple de la province de Maflachufet, de s’attacher plus aux formes extérieures qu’à l’efprit de la Religion , &leurs ennemis les honoraient de l’épithète d’hypocrites. Quand ce reproche aurait été bien fondé ,le Gouvernement civil n’a rien àfaite avec les confciences jil doit fe contenter des apparences. Le MiniAère Anglais ,dans un teins où les Colonies étoient fut le point de fe révolter, par une politique inouie ,fit publier un Êdit pour l’encouragement de la piété 8c de la vertu ,&la punition dit vice ,de l’impiété &de Thypocrijîe. Le Peuple prit cet édit pour un libelle ,&cette infulte augmenta confidérablement la rage ,qui nétoit déjà que trop grande. Le Général Gage reçut avec les nouvelles loix,qui arrivèrent au commencement d’Août, une lifte de trente Confeillers ,qui ,fuivant les nouveaux règlenteris ,étoient nommés par le Roi d’une manière contraire àla charte de la province ,qui porte qu’ils doivent être choifis par les Repréfenrans du peuple dans chaque AlFemblée. Vingtquatre de ces Confeillers acceptèrent leurs places. Ce' nombre ctoit fuffifant pour faire les affaires du Gouvernement; de VAmérique AnglAfe 71 jufqu’à ce que la place des autres fût remplie I774_ par une nouvelle nomination de la Cour de — Londres ;mais leur autorité ne fut pas de longue durée. La patience du peuple ctoic pour lors épuifée. Il devint de jour en jour plus audacieux ,&tout avoir l’apparence de guerre. Dans les Comtés de Berkshire Sc de Worceftcr en particulier ,on 11’entendoit parler que d’acheter des armes ,de fe procurer des munitions ,de couler des balles ,&de tous ces autres préparatifs qui démontrent une réfiftance déterminée. Tous ceux qui acceptèrent des places fous la nouvelle forme de Gouvernement , ou qui fe préparèrent à s’acquitter des fondions de leurs charges ,furent déclarés traîtres àla patrie, &menacés des conféquences que méritoit un nom aufli infâme. Les habitans du Connedicut ,Colonie qui tient àcelle de Malfachiifet ,confidérant le fort de leurs voifins comme le prélude de ce qui devoit leur arriver, montrèrent encore plus de violence qu’eux. Les nouveaux Juges ne furent en aucun endroit capables de s’acquitter de leurs fondions. Les grands &les petits Junes refusèrent unanimement de prêter ferment, &de commencer aucune affaire. Pour rendre ce que je viens de dire plus in- E4 7zHijloire des Troubles .. telligible ,il faut obferver que la jultice n’eft pas adminiftrée ,fuivanc la Conftitution de la Grande-Bretagne ,de thème qu’en France. Chez nous ce font les Juges qui ,dans les affaires criminelles, condamnent ou abfolvent après avoir écouté les raifons pour &contre. Chez les Anglais au contraire ,le pouvoir des Juges eft trèslimité ,&c’eft àtort qu’ils prennent ce nom, puifqu’ils n’ont pas le droit de juger. Toute la fonction des Juges dans les affaires eft d’interroger les témoins ,&de donner leur opinion de la caufe àce qu’ils appellent un Jury. Les petits Juries font compofés de douze perfonnes à-peu-près de même condition que celle que l’on examine ,&font préfens àtoutes les dépolirions des témoins :après l’examen , les perfonnes ainfi jurées fe confulrent enfemble, &c prononcent l’accufé coupable ou innocent. Ce dernier ,avant qu’on inftruife fon procès ,a droit de refufer le premier petit Jury , fans donner aucune raifon de fon refus ;&enfuite , pourvu qu’il donne des raifons probables ,il peut refufer chaque individu dont un autre Jury eft compofé. Les perfonnes ainfi jurées doivent être toutes d’accord pour la condamnation ou l’abfolution de l’accufé ;&fi l’une d’entr’elles eft d’un avis différent ,l’affaire demeure en fufpens jufqu’à ce que toutes les opi~ de VAmérique Anglaifc. 73 nions foi en 1; réunies. Cette fufpenfion ne peut 1774. cependant pas durer long-tems ,car les Jurés ==3 ne fortent pas de la Cour que l’affaire ne foie décidée ,&dans cet intervalle il 11e peuvent ni boire ni manger. Si l’accufé eft étranger , la moitié des Jurés eft compofée d’étrangers , fi on peut les trouver ,&l’autre moitié d’Anglais. •J Les grands Juries ,fuivant certains Auteurs , peuvent être compcrfés de vingt-quatre perfonnes 3mais ce nombre n’eft pas abfolument néceiTaire, il fufiit qu’il yen ait douze :d’autres foutiennent qu’il ne faut pas plus de vingttrois ,ni moins de treize perfonnes }pour former un grand Jury. Ce font ces Juries qui écoutent les plaintes ,&c décident d’après cela s’il eft àpropos ou non d’inftruire le procès de l’accufé. Pburvu qu’il s’en trouve douze en fa- 1veur du plaignant ,on inftruit le procès de l’accufé. Quelqu’équitable que paroiffe cette manière d’adminiftrer la juftice ,elle anéanmoins fes inconvéniens. L’ignorance des Jurés afouvent frit périr l’innocent &abfotis le coupable 3mais il vaut mieux avoir àcombattre l’ignorance que 1injuftice de fes Juges. Les affaires civiles fe traitent à-peu-près de la même manière. Revenons àpréfent aux affaires de l’Auiéri- 74 Hiftoire des Troubles 1774. que. Tout le inonde refufant detic Jury ,il ss===== croît impoffible aux Juges de faire aucune affaire :les Clercs de la Cour avoient cependant fournie plufieurs perfonnes de comparaître , &de prêter ferment ;mais cette aéfcion fut regardée comme un crime fi enorme ,qu ils furent obligés de faire un aveu public de leur repentir dans les Papiers de nouvelles ,&non-feu- lement de déclarer qu’ils nagiraient jamais de cette manière, mais meme de direqu ils navoient pas bien confidéré ce qu’ils avoient fait ,&que fi leurs compatriotes avoient allez de bonté pour leur pardonner la faute qu ils avoient commife ,ils ne fe la pardonneraient jamais àeuxmêmes. AHarrington ,&dans quelques autres places , la populace s’affembla en fi grand nombre ,& remplit tellement les Cours de Juftice &leurs avenues, que ni les Juges ni leurs officiers ne purent entrer y&quand le Cherif (1) leur commanda de faire place ala Cour ,ils firent rcponfe qu’ils ne connoifïoient point de Cour ni d’établidement indépendant des anciennes coutumes de leur pays ,&qu’ils ne fe foumectroient àaucun autre àquelque prix que ce fût. _____ (1)Chérifeft à-peu-près ce. qu’eft en France Grand- Prévôt, de VAmérique Anglaife. 7S Les nouveaux Confeillers furent encore plus 17-/4. malheureux: leurs maifons ayant été invefties par r— « a ia foule ,iis fe trouvèrent réduits àrenoncer de bon gré àleurs charges ,ou àfouffrir toute la fureur d’une populace irritée, La plupart fe fou* tinrent àla première condition :quelques-uns furent afifez heureux pour fe trouver alors à Bofton ,&d’autres s’y réfugièrent ,quoique avec le plus grand danger ,après avoir échappé aux pourfuites de la populace ,qui ,fe trouvant fruftrée de fa vengeance ,menaça de détruire leurs maifons &tout ce qui leur appartenoit. L’ancienne forme de gouvernement étant abolie par un a6te de Parlement ,&la nouvelle rejettée par le peuple ,il n’y en avoir plps pour lors dans la province ,&les habitans le tconvoient réduits àcet état d’anarchie dans-lequel 011 fuppofe qu'croient les hommes dans les tems les plus reculés. L’ordre cependant qui fe conferva parmi le peuple ,* eft réellement digne d’admiration ,& fera toujours une preuve des plus convaincantes de l’efficacité .d’une longue habitude ,& d’une foumiflion confiante aux loix. Excepté i’oppoiition au nouveau gouvernement ,.& les excès qui en réfultèrent en attaquant &infultant ceux qui en croient les partifans,il n'y 1774' g2. Hijlo'ire des Troubles L’aéte qui rendoit aux Canadiens leurs anciennes loix ,fut reçu ,il eft vrai ,avec beaucoup de joie de 1* parc de la Nobleiïe ,qu’il rétabliffoit dans lia première autorité ;mais le peuple en general en fut tres-mccontent. Cependant l’efprit de fubordination qui règne avec plus de force dans les pays où l’on profefle la Religion Catholique Romaine', les empêcha d’en venir àune guerre ouverte avec le Gouvernement* Ils ne témoignèrent leur mécontentement qu’en refufant de combattre contre les Colons Anglais , Ôc en leur permettant de marcher librement dans leur pays. J’ai cru devoir faite cette difgreflîon ,pour informer le Leéteur de la nature de l’ade de Quebec ,dont les Colonies fe plaignent daus toutes leurs Alfemblées avec tant d’amertume. Après toutes ces réfolutions ,les habitans du Comté de Suffolk firent une recommandation,' qui eut pour lors force de loi ,aux collecteurs des taxes &autres Receveurs de l’argent public ,de ne pas le délivrer ,fuivaut la coutume ,au Tréforier ,mais de le retenir entre leurs mains ,jufqu’i ce que le Gouvernement civil de la province fut rétabli félon fon ancienne forme ,ou jufqn’à ce eue le Congrès Provincial en ordonnât autrement :car ,outre le Congrès Général ,qu’on appelloit aufli le Congrès du Continent ,&qui de FAmérique Angïalfei 85 devoir s’aflembler au commencement du mois 1 de Septembre ,chaque province avoir un Congrès qu’on appelloit provincial ,&qui n’étoit autre choie que l’Affemblée ordinaire fous un autre nom. Après cette recommandation *ils déclarèrent que ,malgré les infulces répétées de la Grande- Bretagne auxquelles ils étoient fort fenfibles ,ils n’agiroienc cependant que fur la défenlrve ,tant: que cette conduite fero:t conforme àla iaifou & àleur propre fureté. Il conclurent enfin ,en exhortant les habirans à11e pas s’abandonner àleur reflentiment ,à éviter le tumulte &le défordre , &,par une rclîftance ferme &courageufe ,ëc une confiance inébranlable ^àconvaincre leurs ennemis ,que dans une conteftation fi importante , dans une caufe fi folemnelle 3leur conduite fe râtelle ,qu’elle méritera l’approbation des fages & l’admiration des gens libres &courageux de tous les ficelés &de tous les pays. Le 3Septembre des Commiflaires de fAd'emblée ptéfentèrent au Gouverneur une remontrance nu fujet des fortifications qu’il faifoit conftruire fur l’ifthme de Bofton. Ils commencèrent par déclarer que ,quoiqu’ils fe trouvaffent léfés pat les derniers a&es du Parlement ,&qu’ils fuffent tefolus ,avec l’affîftance du Ciel ,de ne jamais s’y foumettre ,ils n’avoient aucune intention de F1 $4 Eîjloire des Trùubles .commencer la guerre avec les Troupes de Sa Majefté. Ils attribuèrent le mécontentement du peuple aux Fortifications de Tifthme, àla faine de la poudre ,au canon pointé contre eux ,&aux infultes que les foldats faifoient aux paflàgers ,à quoi ,dirent-ils ,ils étoient encouragés par les Officiers. Ils finirent cette remontrance ,en afliirant que rien n’étoit capable de procurer la paix &la tranquillité àla province, que la ceflation de tous ces maux. Le Gouverneur fit réponfe qu’il n’avoit nullement deflein dempeclrer aucune petfonne dentrer dans Bofton ,&d’en fortir quand bon lui fembleroit ;qu’il ne fouftriroit pas que les troupes qui étoient fous fou commandement infultafienc les fujets de Sa Majefté ;mais qu’il étoit de fon devoir de prévenir la furprife. Il les a(Tu ta qu’on ne feroit aucun ufage du canon ,àmoins que leurs hoftilités ne rendiftènt ce parti néceffaire- Avant que les affaires fuflent dans un état fi critique ,M. Gage ,par l’avis du nouveau Con* feil ,avoir donné des ordres pour la convocation de l’Aftemblée Générale de la province ,qui devoit fe tenir au commencement d’Oétobre ;mais les évènemens qui fuivirent ,le mécontentement qui régnoit par-tout ,la réfignatioti d’un fi grand nombre de Confeillers qui ne lailfoit aux autres de l'Amérique Anglaife. £5 que très-peu de pouvoir, le portèrent àcoiitreder774* mander ces ordres par une proclamation ,&àr'M1~ remettre l’Alfemblée àuntems plus favorable. Les Colons fournirent que cette proclamation était contraire aux loix ,&procédèrent àl’éleétion des Repréfentans ,fans yavoir aucun, egard. Les nouveaux Membres ,luivant les ordres donnés ,fe rendirent àSalem ,où ayant attendu un jour fans voir paraître le Gouverneur ,ils fe déclarèrent eux -mêmes Congrès Provincial. M. Hancock ,qui. étoit fi contraire au parti du Gouverneur ,fut élu Préfident ,&on décida que l’Aflemblée fe tiendrait àConcord , ville fituée àenviron fept lieues dô Bofton. Ils commencèrent ptir envoyer des Commilfaires au Gouverneur ,pour juftitier leur conduite. Ils repréfenrèrent que l’état déplorable de la Colpnie avoit rendu l’Alfemblée des Repréfentans du Peuple abfolument néceflaire pour favoir leurs opinions ,, &pour concerter fur les mefures les plus propres àprévenir la ruine qui la mena» coit ,&àpourvoir àfan falur. Ils dirent que la rigueur de ladite au fujet du port de Rofton , étoit encore augmentée par la manière dont on l’exécutoit. Ils fe plaignirent du nombre de troupes qui arrivoient tous les jours dans la Capitale ,des batteries formidables que l’on éle- Fj S6 Hijlotre des Troubles 1774. voit fur l’ifthtne de Bofton ,ce qui tendoit à rs~=r: mettre en danger la vie ,la liberté 5&les biens non-feulement des Boftoniens ,mais des habitais de toute la Province. Enfin ils prièrent le Gouverneur de cefier fes opérations fur l’ifthme, Sc de rétablir ce porte àfon état naturel. Le Général ,qui ne vouloir pas reconnoître la légitimité de leur AlTemblée ,ne favt>it d'abord s’il devoir leur répondre jcependant la néceflité des tems prévalut. Il fit paraître la plus grande indignation de ce qu’on pouvoir avoir l’idée que des troupes Anglaifes vouludent attenter àla vie ,àla liberté ,ou s’emparer des biens de qui que ce fût ,linon de ceux qui étoient ennemis déclarés, »La Grande-Bretagne, »dit-il ,ne fauroit concevoir le noir deflèin »dç réduire ,de gaieté de cœur ,aucun peuple .» dans l’efclavage. Malgré la manière avec la- »quelle les troupes font traitées ,quoiqu’on »leur refufe tout ce qui eft nécelïaire àleur js conferyation ,elles n’ont pas encore témoigné »le reïTentiment que l’on devrait juftement at- 3> tendre d’une conduire aufiï indigne. »Il mit enfuite devant les yeux des Députés du Congrès, que ,tandis qu’ils fe plaignoient d’altération dans leur chartre par les aftes du Parlement , ils agifloient eux-mèmes d’une manière contraire dvèttç chartre ,en s’afTemblant malgré le G<hv» de VAmérique Anglaifc. S7 verneur. Il finit ,en les avertiffant fie prendre garde aux écueils qui les environnoient ,&de fe dcfifter de leurs procédés. Les affaires étoient alors fi embrouillées ,que tous les partifans du Gouvernement ,pour éviter la fureur du peuple ,avoient été obligés de prendre refuge dans Bofton. Les Chefs de la douane ,ainfi que leurs Commis ,avoient auflî jugé convenable d’abandonner leurs quartiers à Salem ,8c de tranfporter l’appareil d’une douane dans une place àlaquelle un a£te de Parlement avoit interdit tout commerce. C’eft ainfi que d’un côté les nouveaux aêtes ,&de l’autre la réfiflance du peuple ,contribuoient àanéantir toute apparence de Gouvernement de Légiflation ,& de réglemens pour le commerce. Al’approche de l’hiver ,le Général ordonna qu’on bâtît des cafernes de bois pour éviter ces dilfentions que l’animofité des habitans 8c des foldats ne manquerait pas de caufer ,fi ces derniers étoient logés chez les bourgeois ;mais ce projet fut fortement combattu. Les Elus &les Comités ordonnèrent aux ouvriers de quitter cet ouvrage ,quoiqu’il fe fît aux dépens du Roi j 8c ce ne fut qu’avec la plus grande difficulté que le Général fe procura ces logemens. Il eut encore moins de fuccès lorfqu’il voulut fe procurer des couvertures. Aucun marchand de f4 J774* SS Hijîolre des Troubles j774. New-York jd’où il avoit delïein de les tirer } "1 -ne voulut en fournir. Ils dirent tous qu’ils ne vendraient aucune marchandife aux ennemis de leur patrie. Tout tendoit àaugmenter les fotipçons ,la défiance ,&les animalités entre la Grande-Bre- tagne &fes Colonies. Les Boftoniens croient , ou ,du moins ,prétendoient être dans des alarmes continuelles. Ils fe trouvoient environnés de foldats qu’ils haïfloiént ,&qui ,de leur côté , les déteftoienr. Les foldats fe regardoient comme au milieu des ennemis ,&avoient autant àcraindre du dedans que diU dehors. Chaque parti faifoit les plus belles proteftations du inonde ,& paroiflfoit également méfiant. Une nouvelle circonftance contribua encore plus àaugmenter le mécontentement des bourgeois. U11 détachement de matelots des vailïeaux de guerre qui étoient dans le port ,débarqua pendant la nuit ,&encloua tous les canons dans une des principales batteries de la ville. Cependant les Membres du Congrès Provincial continuoient toujours leurs féances. Les réfolutions qu’ils prenoient ayant toute l’efficacité de loix par l’obéiffance du peuple ,ils paroiffoiçnt efïèétivement avoir fondé une qfpèce de nouveau Gouvernement. Sous le nom de recommandation 3ils réglèrent la milice &les fonds de VAmérique Anglaije. $$ publics jfirent acheter des armes ,&alignèrent *774? un jour pour rendre grâce au Ciel de l’union qui fubfiftoit entre les Colonies. Toutes ces méfures engagèrent le Général Gage àpublier une proclamation ,dans laquelle ,quoiqu indirectement ,il les accufoit de trahifon &de rébellion. Par cette proclamation il croît défendu aux habitans de la Province de fe conformer aux requêtes ,recommandations ,direétions 8c refolutions de cette Alfemblée illicite. 5®WJloïre des Troubles 1774*. t*na.mèÊHMi—"''1«—". ‘L-*1 , 1"' ,. "" .ii 1""”1~-1-- CHAPITRÉ III* Pendant que ces chofes fe paffoient dans la province de Maffachufet ,les douze autres Colonies, comprenant toute l’étendue de pays depuis la Nouvelle Etoffe jufqua la Géorgie ,nommoient des Députés pour lé Congrès Général qui fe tint àPhiladelphie le 5Septembre. Tels étoient les effets des mefures que l’on avoit prifes de réduire l’Amérique en la divifant. La connoiffance des intentions du Miniftère fit que douze Colonies ,qui fe querelloient fouvenr , touchant leurs limites &une infinité d’autres raifons ,&dont la Religion ,les mœurs, & les coutumes étoient fi differentes ,réfolurent de s’affembler àune Diète générale ,&commencèrent alors àfentit leur importance par cette réunion. Plufieufs d’entr’elles avoient donné des inftruébions àleurs Députés avant qu’ils partiffent pour le Congrès. Dans ces inftruétions ,les Colons faifoient les plus grandes proteftations de loyauté &de fidélité au Roi, d’affe&ion pour la Grande -Bretagne ,&de reconnoiffance pour les bienfaits qu’ils en avoient rejus. Ils défa- ! de l*Amérique Anglaife. *>!' vouoient entièrement toute idée d’indépendance l77A r ou de réparation ,reconnoiiîoient les prérogarives de la Couronne, &déclaroient qu’ils feraient toujours prêts àexpofer leur vie &leurs biens pour les maintenir ,tant quelles feraient conformes àla Conftitution de l’Empire. •Les débats du Congrès furent très-fecrets ,& il n’a encore paru que ce que les Membres ont jugé àpropos d’apprendre au Public. Le nombre des Députés montoit àcinquante -un ,qui repréfentoient les Colonies de JSfeuiv Uampshire Jde Majfachufet de likodcAJlani &des Plantations de la Providence ,du Connecticut de la Nouvelle York ,de la Nouvelle Jerfcy , de Penfylvanie ,des Pays-Bas de la Delaware ,de Maryland 3de la Virginie ,de la Caroline Septentrionale ,&de la Méridionale. Le premier aéce public du Congrès fut unè déclaration qui parut le- 1 7 Septembre ,par laquelle les Membres de cette Alfemblée approuvoient la conduite des habitans de Maflachufet. Ils exprimoient ,dans les termes les plus pathétiques ,combien ils étoient fenfibles. aux fouffrances de leurs compatriotes dans cette province. Ils louoient la fagelfe &le courage avec lequel ils seraient oppofés aux mefures du Minirtère ,approuvoient les réfolutions propofées par le Comté de Suffolk ,&recommandoienc Hifioire des Troubles 1774.011c prodigué leur trefor &expofe leur vie pour ===== la conquête de cette province. Après avoir ainfi çxpofc leurs choies Sc leut3 griefs, les Membres du Congres declartrent que le moyen le plus efficace ,le plus court ,&c le plus paifible pour obtenir juftice ,c’étoit de ne plus faire venir de marchandées oe la Grande-' Bretagne ,&de n’y rien tranfporter de l’Amérique. Ils firent donc une convention entre eux, -qu’ils s’engagèrent tous d’obferver ,ainfi que leurs Conftituans. Le premier article de cette Convention contient une réfolution de ne plus recevoir de marchandées des Mes Britanniques après le 1Dé- cembre ,d’interdire coure encrée au thé des Indes Orientales de quelque partie du monde qu’on puille le tranfporter ,de ne plus fie fiervir des denrées des Mes Occidentales appartenant àl’Angleterre, de 11e plus tirer de vin de Madeire , ni d’indigo de l’étranger. Le fécond, une promeffe de difeontinuer le commerce de Nègres, de ne plus louer de vaiffeaux ,ni vendre de marchandées àceux qui ctoient engagés dans ce commerce'. Le troifième contient une réfolution de difconcinuer abfolument l’txfage du rhé ,&de toutes marchandées Anglaifes au mois de Mars de de l'Amérique Ânglaîfe.yy l’année fuivanre ,excepté de celles dont nous 1774. parlerons àl’article dixième. —a L’article quatrième fixe le rems de la ceiïation de tranfporter les marchandifes des Colonies en Europe au 10 Septembre de l’année 1775 ,après quoi fi les aêtes de Parlement dont nous avons parlé ne Pont pas révoqués ,il ne fera plus permis que de tranfporter du riz. Le cinquième exhorte les Négociaus Anglais àne point embarquer de marchandifes pour les Colonies en violation de cette alïociation ,fous peine d’être àl’avenir privés de tout commerce avec elles. Le dixième avertit les Armateurs de navires de donner ordre àleurs Capitaines de ne point recevoir il bord les marchandifes prohibées. Le feptième effc une recommandation aux habitans d’augmenter le nombre de leurs moutons autant que cela fera polfible. Le but du huitième eft d’encourager la frugalité ,P'économie ,&l’induftrie ;de faire fleurir l’agriculture ,les arts ,&les inanufaéttires jde défendre les appareils pompeux, les jeux ,8c les divertiiïemens jde diminuer la dépende des funérailles jde difcontinuer la coutume de donner des gants &des écharpes ,&de ne porter pour marque de deuil autre chofe qu’un crêpe ou un ruban, G2 ioo THjloire des Troubles 1774- Le neuvième ordonne aux Marchands de l'Amérique de vendre leurs denrées aux prix ordinaires ,fans profiter de la ficuacion des affaires. Le dixième article femble ,en quelque forte , adoucir la rigueur du premier ,&permet aux Négocians de tirer des marchandifes pendant deux mois de plus ,fi cela leur eft agréable ,à condition, cependant, qu’ils feront obligés de délivrer toutes celles qui arriveront depuis le mois de Décembre jufqu’au mois de Février, entre les mains des Cornmifiaires de la place où elles arriveront. Ces marchandifes dévoient enfuite être vendues fous leur infpeéKon ,&les profits être employés au foulagement des Boftoniens. Tout ce qui arriverait après ce tems-là devoir être renvoyé fans le débarquer, &même fans le dépaqueter. Les trois articles fuivans regardent la nomination des Commiffaires pour empêcher la violation des articles précédons ,&pour publier les noms des infracteurs dans la gazette, comme ennemis de leur patrie. Ils fervent aufîi à régler la vente de leurs manufaétures ,&c àempêcher qu’on ne profite de la rareté des denrées. Par le quatorzième &dernier article ,toute Colonie ou Province qui refufera d’entrer dans la grande AlTociation ,ou qui ,par la fuite , ÏÔIde 1‘Amérique Anglaifc. violera cette convention ,eft déclarée ennemie 1774* de la liberté de l’Amérique ,&tout commerce avec elle eft abfolument interdit. Les .Membres 4Ll Congrès liguèrent tons certe Aflbciation ,&• les articles ci -deftiis furent unanimement approuvés. Ils réfoiurent enfuite que le Congrès Général s’aflèmblcroit au même endroit le 10 Mai fuivant ,àmoins qu’ils ne fuirent délivrés des maux dont ils fe plaisnoient ,&ils recommandèrent àtoufeS' les Colonies de choifir des Députés le plutôt poffible. Ils rendirent après cela grâce ,au nom de leurs Conflituans ,àtdus ces nobles avocats de la liberté ,qui avoient ,en Angleterre ,défendu avec tant de générofité ,quoique fans fuccès , la caufe de l’Amérique ,tant en Parlement que hors du Parlement. Ils dreftèrent enfuite une requête au Roi, un mémoire au peuple de la Grande-Bretagne , une lettre circulaire aux Colonies ,&une autre aux hàbitans du Canada. La requête au Roi eft une énumération de leurs griefs ;ils fe plaignent de ce qu’on •maintient une armée dansles Colonies en tems de paix ,fans le c'onfentement de leurs Aflemblées ; de ce que certe armée &une force maritime font employées pour exiger le paiement des taxes jcle ce. que les Commandans &les Briga- G3 ioz THJîoire des Troubles î774- dlers-Généraux ont un pouvoir abfolu en Amé- "==='" rique >&de ce que le Général en chef cle l’armée eft ,en tems de paix ,nommé Gouverneur d’une Colonie, lis difent que les appointemens des gens en place font conlidérablement augmentés., &que les places fe multiplient tous les jours ;que les Juges de l’Amirauté ont le pouvoir de, prendre leurs appointemens fur les effets qu’ils condamneront ,&les Commis de la douane celui d’enfoncer les portes &d’entrer dans les maifons des particuliers fans l’autorité du Magiftrat civil jque les Juges dépendent entièrement ale la Couronne ,tant pour leur falatrq quç pour la durée de leurs commiffions ;que les Confeillers font fur le même pied ;que le^ humbles requêtes du peuple ont été inutiles ; que leurs Agens ont été maltraités ;que leurs Alïémbl;ées ont été :pl^fieurs fois &injuriedement calfées ,&que leur commerce a. été chargé d’impôts inutiles, Ils, rappellent enfuite tous les aétes de Parlement pâlies pendant le. règne de George' III pour lever un revenu en Amérique, &pour étendre le pouvoir des Cours cle l'Amirauté. au-delà, des bornes. Ils ajoutent (pie, par ce jvfçiyen ,on les ;a! dépouillés de leUçs ..biens , on les a:privés plulieurs fois du Jugement par des Juriss, fuivaint leur ancienne coutume-, cm afait cles'confifcaûoirs énormes pour de -très- lé- de rAmérique Anglaife. 103 «ères offenfes, &demandé caution àdes pro- 1774* priétaires avant que de leur permettre de dre leurs droits. Ils fe déchaînent contre Fade qui .remet en vigueur un Statut d’Henri Vli.1 ,peu favorable aux Colons ,&contre un autre du Roi régnant , par lequel les habitans des Colonies font ,en d-ifferens cas ,privés du jugement de leurs Pairs. Ils parlent enfuite des trois derniers actes par. rapport àRofion ,aux provinces de Maifacluifet &de Quebec ,&de l’acte pour maintenir une année dans l’Amérique Septentrionale. .Cette requête contient ,cependant ,les plus grandes proteftations de fidélité 8c d’attache-* ment au Souverain, d’amour &de. refpe.ct pour l’Etat. Ils arcribuenc leurs fentimen's -à’ la liberté dont ils ont hérité de leurs ancêtres ,&au Gouvernement fous lequel ils font nés ,&difenc que la néceliité feule les aforcés àles déclarer. Us fe promettent en même tems un accueil favorable de "la part d’un Souverain ,dont.’ i’illuftre Famille doit fa couronne àde fembiabl.es principes. Ils afiurent que c’.cfl du malheureux fyf-r iteme adopté depuis la conclulion cio la guerre de 1750 ,que procèdent les daogerse,';les jalon-- fies, &les animofit.es des deux nations, &ils défient leurs ennemis les plus invétérés de prouver, que les querelles qui fubfiftent entre les- Cor C4 ïe>4 Êijloire des Troubles 1774. lonies &la Grande-Bretagne exiftoient avant ce ficems ^ou qu’elles provinrent d’autres caufes. Ils proteftent qu’ils ne demandent que la paix &la liberté; qu’ils n’ont aucune envie de diminuer les prérogatives de la Couronne, &qu’ils' ne défirent aucun nouveau privilège. Ils difenc qu’ils s’efforceront toujours de maintenir l’autorité royale ,&de conferver l’union entre eux &l’Angleterre. Ils prennent enfuite àtémoin l’Etre fuprème ,devant qui les cœurs de fes créatures font àdécouvert ,que leurs confeils 11’ont en d’autre influence que la crainte de la ruine qui les menace. Enfin ,ils concluent ,en implorant Sa Majeifé au nom de toute l’Amérique, &T en la priant par tout ce qu’il yade plus facré , de ne pas fouffrir, pour fa propre gloire, qui ne peut confifter qu’à rendre fes fujets heureux, & àmaintenir l’union entre eux ,pour l’intérêt de fa Famille qui dépend de fou attachement aux principes qui l’ont mife fur le Trône ,pour la fureté &le bien-être de fes Etats qui font menacés des plus grandes calamités ,comme père bienfaifant de tous fes peuples unis par les mêmes loix ,la même fidélité ,la même foi, &le même fang ,quoique demeurant dans des pays différens, de ne pas foutfrir que cette union, cimentée par tant de liens ,foit rompue dans l’efpérance de quelques avantages incertains, & Je VAmérique Angla'tje. 105 qui, en cas qu’on les obtienne ,ne pourront 1774. jamais compenfer les maux que caufera cette r~~==î acquifition. Cecte requête fut lignée de tous les Membres du Congrès. Dans leur mémoire au peuple de la Grande* Bretagne ,ils donnent les plus grandes louanges àleurs ancêtres communs ;mais loin de parler en faveur des Anglais de ce liècle, ils les accu* fent, au contraire, d’être honteufetnent dégénérés. Ils difent qu’étant nés avec les mêmes droits ,la même liberté ,&la meme forme de Gouvernement qui leur aété tranfmife par les mêmes ancêtres ,&confirmée par les traités les plus folemnels ,il n’elt pas furprenant qu ils refit fent d’abandonner ces avantages àdes gens (les Miniftres )dont les prétentions n’ont aucun fondement, &qui les perfécutent, afin de pouvoir affujettir avec plus de facilité les habitans des üles Britanniques ,lorfqu’ils feront maîtres de 1Amérique. Ils font enfuite les plaintes ordinaires ,. prétendent qu’ils font opprimés, infultés ,faulïemeiit accufés ,&que ce qu’ils fe doivent àeuxmêmes &à leur poftérité ,àl’intérêt des Anglais ,&au bien-être de l’Empire ,les engage à s’adrelfer àces derniers fur ce fujet important. Après une répétition des griefs dont il eft fait mention dans la requête au Rqî ,ils rappellent io(î llijloire des Troubles 1774’ l’état heureux de l’Empire 3avant la eonclufioii ”tle la guerre de 175(1 ,Sc les avantages que les Anglais tiroient alors du fyftême adopté poulie Gouvernement des Colonies; avantages qu’ils leur accordoient de bon cœur, parce que ce fyftême étoit conforme àla Conftitution. Us ajoutent qu’ils regardoient la Grande-Bretagne comme leur mère ,&qu’ils étoient heureux de pouvoir contribuer àfa prwfpérité &àfa grandeur. Us en appellent àfes habitans ,pour rendre témoignage de leur fidélité &de leur attachement aux intérêts communs de l'Etat. Ils les font fouvenir de ce qu’ils firent dans la guerre de 17 5 6, Nous nous foraines embarqués, difent-ils ,,fans craindre ni les maladies, ni la mort ,pour aller dans des climats mal-fains , afin d’avancer lefuccès de vos armes. Vous avez vous-même' reconnu notre zèle; vous nous avez rembourfé des fournies confidcrables que nous avions ,de votre propre aveu ,avancées au-delà de notre part, &même de nos forces. 11s demandent ,après cela ,àquoi ils cloi? vent attribuer ce changement foudain de la part du Gouvernement, &ce fyftême d’efelavage préparé depuis le commencement de la paix’, teins d’où ils datent les taxes impofées fur les Colonies. Us aiTurent que, bien loin d’être employé pour le bien de l’un ou de l’autre pays ,cet de l’Amérique Ânglaife. xoj argent: aété prodigué àdes favoris, &àdes 1774* créatures du Miniftre. Ils proteftent qu'ils ont de tout teins été ,&feront toujours prêts acontribuer àtout ce qui fera néceflaire ponr le fourien de leur Gouvernement; &que quand le bcfoin de l’Etat l’exigera, ils fourniront avec niaiiir ,comme ils ont fait ci-devant ,leur quote-part d’hommes &d’argent. Ils examinent enfuite le fyftême du Miniftre pour les réduire clans lefclavage, &dcduifent les conféquences qui s’enfuivront en cas qu’il miffifle. Ils font voit que cela ne fer vira qu’à augmenter les dettes de la nation, &àdiminuer le commerce. Ils s’efforcent avec art de rendre cette caufe celle de la Grande-Bretagne , ainfi que la leur ,en démontrant que le fiiccès du Miniftère ferait auffi funefte àla liberté des, Bretons qu’à celle des Américains. Eft-ce qu’un Miniftre ,demandent-ils ,avec les armées qui auront fervi ànous mettre dans l’efclavage ,ne peut pas de mème.aflujettir les Anglais? Vousdirez peut-être ,continuent-ils1 ,que vous ceff'erez de payer ces années,; mais l’Amérique ainfi ré-, duite ,fera plus que fuffifante pour fournir au, Miniftère des troupes &de l’argent pour eu, former de nouvelles; &11’efpérez point qu’après nous avoir rendus efciaves, nous refu fions dpi vous réduire àla même condition. En un moQ x14Hijloire des Troubles 1774- Ils déclarent qu’ils n’exigent pas qu’ils commencent des hoftilites contre leur Souverain commun ;mais qu’ils les prient feulement de confulcer leur propre gloire &leur bien-être , &de ne point fouffrir que la crainte les fade devenir les mftrumens de la cruauté <x dudefr potifme dun Miniftère infâme. Ils concluent ,en les informant que le Congrès avoic réfolu, d’un confentement unanime, de regarder la violation des droits des Cana- O diens comme celle des Colonies J: 'qu’ils -feront invités àleur -alfociacion ,dont le but' eft de s’affurer de leurs droits &de leurs privilèges , &d’établir une union durable avec, la Grande- Bretagne ,fondée fur les principes ci -devant mentionnés. Dans badrede aux. Colonies, ils déclarent que, fuivant leur devoir ,ils ont examiné avec, délibération ,juftice &impartialité les catjfes des troubles préfens ,la conduite de la Grande-Bre- tagne ,8c celle de l’Amérique ;&,qu’après cet examen ,ils font, réduits âl’alternative défagtéable ,ou de fe taire 8c d’abandonner l’innocence, ou de cenfurer publiquement la conduit? de ceux qu’ils ,voudroient refpe cter, Ils préfèrent cependant le bien-être de ..leur, patrie àtoute autre coqfi dératjpn. Après avoir fait une récapitulation de tous les de l'Amérique Anglaife,jx? a.<5les du Parlement, depuis 1764, ils demandent la raifon des holtilicés commifes contre Bofton &la Province de Maffachufec', tandis que les autres Provinces 11e s’étoient pas moins oppolees au pouvoir du Miniftcre ,&qu’elles demeuraient dans la tranquillité. Cette conduite , difenc-iîs ,elt remplie dartifice ,&il efi: aifé de voir quel en elt le but. Par-là le Miniftre s’imagine irriter la Province de MalFaehufet , &la forcera commettre des violences qui pourront déplaire au relie des Colonies ,on engager le Peuple Anglais àapprouver fes cruelles mefures ,&la vengeance qu’il médite. Si ,au Contraire ,l’efpric pacifique de cette Province 11e produit pas l’effet déliré ,il efpère que les autres Colonies feront tellemenf imimidées, qu’elles abandonneront la caufe commune ,&,par leur" défunion ,deviendront une conquête facile. Ils Font, une répétition des motifs de l’adte de Quebec ,s’étendent enfirire fur l’importance de leur canimiflion t&montrent de quelle manière ils seif font acquittés* Ils prétendent que lés procédés de là Grande- Bretagne auroient autorifé d’autres mellirés de leur part ;mais qu’ils ont été bien-aifes de maintenir la réputation des Colonies qui fe font toujours fignalees par leur attachement au Souverain j&qu ils ont voulu témoigner leur loyauté, Ha IbUijîoirs des Troubles i?74- quoiqu’ils fuflent menacés des plus grands dan-, ~gers. C’eft pourquoi ils difenc qu’ils font réfolus de préfenter encore une fois àSa Majefté les humbles requêtes de fes fidèles fujets de l’Amérique. L’afFection ,ajoutent-ils ,que nous avons pour la Nation dont nous tirons notre origine , nous donne lieu d’efpérer qu’elle ales mêmes égards pour nous. Nous defirons avec ardeur que les liens qui nous unifient ,ne foient jamais rompus ,&c’efl: ce qui nous aengagés àadopter des mefures modérées. Ils promettent de ne pas commencer les hoftilités ,&de demeurer fur la défenfive ,àmoins que l’inattention &la négligence du Peuple 'Anglais ne permettent àleurs cruels ennemis de £e fervir des forces de l’Etat pour pourfuivre leur fyftême tyrannique. Us difent qu’ils ont dioifi une méthode d’oppofition qui laide im chemin ouvert àla réconciliation ,&qu’ils font toujours prêts àfaire la paix avec leurs concitoyens de la Grande -Bretagne. Ils déplorent la aieceflité abfolue qui les force àune interruption de commerce ,ce qui ne peut être que trèsprejudiciable aux habitans des Mes Britanniques^ mais ils efpèrent que ceux-ci ne les accuferont pas de mauvaife intention ,s’ils font réflexion qu’ils font eux-mêmes fujets àces inconvéniéns. Ils ajoutent que les Violences du Miniftère de VAmérique Anglaîfe. j\j ont caufé dans l’Etat des convulfions auxquelles 1774,' ils ne pouvolent s’attendre, &qu’ils combattent ~ pour cette liberté tant de fois l’objet des contentions de leurs ancêtres. Us concluent ,en obfervant que les Anglais auront bientôt une occafion de déclarer leurs fentimens au fujet de leur caufe ,qu’ils mettent leur confiance dans la piété &la générofité qui les ont toujours diftingués ,&qu’ils ne peuvent fe perfuader que les défenfeurs de la vraie Religion &des droits du genre-humain ,veuillent prendre les armes contre leurs Concitoyens Proreftans en faveur de leurs ennemis fecrets ,dont les intrigues depuis plufieurs années ,n’ont d’autre but que de fapper les fondemens de la liberté civile &religieufe. Ces aites publics étant palfés ,les Membres mirent fin àla féance le 16 Octobre ,après avoir continué leurs conférences pendant cinquantedeux jours. Les Tories ont fait leurs efforts pour déprifer ces ailes du Congrès ,&les Whigs en ont parléavec enthoufiafme. Il paroîtquefi l’on examine,fans partialité ,la conduite des Membres de cette Alfemhlée ,l’énergie &la force de leurs écrits ,l’adreffe avec laquelle ils flattent les pallions de ceux à qui ils parlent ,on ne pourra s’empêcher d’a- H3 fïp B'ijïoïre des Troubles. ^774. vouer qu’elle étoit compofép de gens fages Sè "éclairés. Pendant que ces chofes Te paüoient en Amérique, le Peuple de. la Grande-Bretagne étoit dans Une efpèce de léthargie. Depuis fix àJfept .•ans que ces disputes avoient commencé, ou avoir tant écrit pour &: contre les mefures du 'Miniftère 3que le..iujet étoit épuifé ,&le -peuple fatigué. D'ailleurs les penfiounaires de la Cour' ayoient tellement embrouillé la matière, que les. moins éclairés nefavoienc plus diftinguer .«le quel côté étoit la juftice, Le Minifine ,par le moyen des .places qu’il avoir fagement di ftribuées.aux cadets .de Nobleffe, avoir attiré dans fon parti leurs frères .aînés. Les particuliers dont le bien -être dépendoit des Seigneurs ,étoient forcés d’approuver publiquement •_.|es, njefurps du Gouvernement, Ceux qui dépén- -doiènt des .Membres des Communes ,dont la plupart étoient auffi dévoués au Miniftère ,Te ;trouvaient obligés de Élire la meme cliofe. Les :gens .modérés ,défefpérant de pouvoir réfifter au •torrent ,fè contentoient d’être 'fpeéfateurs oilifs, -En;un mot ,l’on n’entêndoit quequelques Sénateurs que le Miniftère. avoir irrités ,ou qu’il n’avoit ;,pas jugé àpropos de corrompre. Tput le inonde attendait cependant aven impatience l’éleéHon d’un Nouveau Parlement. Cette de PAmérique Aaglaife. 119 élection ,qui fe fait ordinairement tous les fept 1774. ans, n’avoit point été faite depuis près de fix==i= ans. Le Miniftère s’apperçut bien que le rems de la durée du préfent Parlement écoit alors trop court pour mettre fes projets en exécution. Quelques mefutes qu il eut adoptées ,elles pouvoient être défaites par un autre Parlement. Il étoit fur d’ailleurs que le parti de l’Oppofition feroit tous fes efforts pour gagner le dellus , &,quelque grand que fût le nombre des parïifans de la Cour, le parti adverfe n’étoit pas méprifable. Attendre jufqu’au rems ordinaire de l’éleAion, c’éroir donner loifir àles adverfaires de gagner les électeurs ,&d’avoir, par-là 1111 avantage égal àfes parti fans. Outre cela, bien des Anglais auroient pu ,avant ce rems-là ,sappercevoir de fon deffein ,&abandonner un parti qu’ils avoient embraffe de bonne-foi ,comme le plus jufte. Il profita du pouvoir qu’a le Roi de caffer fon Parlement ,&après cette caffation ,il fit fur le champ procéder àl’éleébion d’un nouveau. Par ce moyeu ,les Membres de l’Oppofition qui ne s’attendoient nullement àcette manœuvre ,11’eurent pas le rems de folliçiter les voix des électeurs \au lieu que les amis du Mi* niftre, informés de fon deffein ,avoient travaillé H4 ij.o Hijloire des Troubles '1774. àCe concilier les efprits. Maigre cela, plulîeurs' 1des anciens Membres perdirent leurs places 5 mais la majorité fe trouva toujours du côte de la Cour. Le Miniftère ainfi vidtorieux commença à fuivre avec vigueur fon plan ,qui croit de foumettre les Colonies à1autorité de la Grande- Bretagne. Pour cet effet, le 30 Novembre, le Roi informa fon Parlement, que le même efprit de défobéiflànce prévaloir dans la province de Malfacliufet, &demanda fon affiftance pour ramener ces féditieux dans le devoir. Mylord Chktham ,que l’on n’avoir point vu depuis pîufieurs années air Parlement ,vint alors dans la Chambre des Pairs, ou il fit un long difeours en faveur des Américains ,qui finit par ces paroles remarquables :Si les Minières continuent de donner ainji de mauvais confeils au Roi ,je ne dis point qu’ils foient capables d’aliéner l’affection de fes fujets ;mais je fuis perfuadé que la Couronne ne vaudra plus bientôt la peine d’être portée. Je ne dis point que le Roi foit trahi jmais je foutiens que le Royaume eft ruiné. La préïence de ce grand homme fit quelque impreffion fur les efprits ;mais il avoit perdu beaucoup de fi popularité ,&d’ailleurs le parti de la Cour étoit trop puiffant pour qu’on pût yréfifter, Cela n’empêcha pas ,cependant ,qu’il de rAmérique Anglalfe. ni' lie proposât un bill de réconciliation; mais il 1774. fuc rejette par une majorité de folxante-une voix contre trente-deux. Dans cette divifion ,le Duc de Cumberland ,frère du Roi ,vota pour la Minorité ,ou contre le Gouvernement. Le Miftiftère produifît ,quelque rems apres une efquifïe des mefures qu’il avoit deffein de fuivre ,qui étoient ,d’envoyer une force confidérable en Amérique ,d’arrêter le commerce des Colonies avec l’étranger ,&de leur interdire la pêche fur le Banc de Newfound/and (x) jufqua ce qu’elles rentralfent dans le devoir. •La requête du Congrès fut, quelque tems après, préfenté au Roi par l’Agent des Colonies ;mais elle rie fut pas mieux accueillie que celles qui l’avoient précédée. On fuivit le même plan ,&par une conféquence néceflaire ,les Colons furent déclarés rebelles par un a£te de Parlement. Plufieurs circonftances engageoient les Miniftres àprécipiter cette déclaration. Les Whigs ,qui, comme nous l’avons dit plus haut, avoient donné la Couronne d’Angleterre àla maifon de Brunfwick ,&c l’avoient protégée contre les efforts des partifans des Stuart* ,reprochoient toujours aux Tories les rebellions qu’ils avoient excitées. Ils fe plaignoient amère- (1)Terre-Neuve, ïxz ffîjlolrc des Troubles 1774. meut de ce que les anciens ennemis du Roi —écoient àla tête du Gouvernement, tandis que les fervkeurs zélés ,cens qui ;avoient expofé leurs formées &leur vie pour le foutien délit famills ,étaient indignement négligés. Ces plaintes netoient pas fans fondement j&quoique les rebellions ,excitées par les Tories , fufient plutôt dignes de louanges que de blâme dans l’opinion des gens éclairés ,puisqu'elles prouvoient leur attachement àla caule qu’ils nvoient embraflee ,ce fouveuir 11e pouvait être que cîéfagréable aux héritiers de George I. Les Américains étant déclarés rebelles ,leurs partifans devenaient ennemis du Roi, &étoient lujets au même reproche qu’ils faifoient àleurs adverfaires. ; Le .Miniftère s’afliiroit ,par ce moyen ,de la laveur dir Princp ,qui, après cette déclaration, av.oit befoin de Ion afiîftance ,&de celle de fes partifaus :en un mot ,la brèche entre, les Whigs .& la famille régnante étoit encore plus confidérable que celle qu’il’ yavait eu entre les Taries. Cette politique d’un Etoffaisdcvoit certainement,affermir l'autorité. de ces derniers ,& ruiner le crédit des premiers ,qui ne pourraient jamais le recouvrer, àmoins -qu’il n’y eut une révolution dans l’Empire, -La conquête de l’A- mérique rendrait ceux-là àjamais chers à-leur de tAmérique Anglaife. Lay Souverain» 6cfa perte augmenterait la haine du 1774^ Monarque contre ceux-ci ,que leurs adverfaires === accufoient d’être les promoteurs de la rébellion - y de forte que, quelque fût févènement de cette guerre ,les Tories ne pouvoient qu’acquérir une augmentation de pouvoir. Tandis que ces chofes fe palïoient en Angleterre, les affaires devenoient de plus en plus critiques en Amérique. Les réfolutions du Congrès avoient ralfuré les timides, &diflîpé les doutes des circonfpeéts- Ces réfolutions étoient devenues le fymbole des Colonies ,&tout le monde obéilfoit avec zèle aux recommandations de cette -Affemblée. L’unanimité qui régnoit partout le Continent étoit étonnante jles .Alfemblées de villes ou de provinces ,les Juges ,les Junes , tenoient le même langage, &toutes leurs actions tendoient au même but. C’étoit une chofe étrange de voir les habitans de paysriches , -accoutumés au luxe &aux fuperfluités de la vie, renoncer tout d’un coup àces charmes féduifans , 6cfe contenter <$u 'fimple néceflaire. Il n’étoit pas moins digne d’admiration de voir le négociant abandonner les -avantages du commerce , le fermier fouffrir patiemment la perte des fruits de ftjn induR- rie ,le matelot ,&une infinité de perfonnes dépendantes du commerce ,réfigner, fans murmure ,les moyens de leur fubfiftance. j.oBijloire des Troubles *77 S* ignominieux, &que le renfort de troupes que l’on attendoit ne confirmoit que trop ce qu ils avoient avancé. C’eft pourquoi ils fupplierent la milice en général ,&les Minute-men en particulier ,dans des conjonctures auffi critiques ,de n’épargner ni tems ,ni peine ,ni argent ,pour fe perfectionner dans 1art militaire. On ell , fans doute ,furpris de voit ici une nouvelle efpèce de foldats appellés Minute-men. Ce terme, compofé de deux mots Anglais ,dont le premier fignifie minute ,&le fécond hommes., veut dire hommes àla minute. Par Minute-men ils entendoient un certain nombre de miliciens choifis ,qui dévoient fe tenir prêts amarcher àla première alarme, &leur activité prouva, par la fuite ,qu’ils méritoient ce nom. Us paifèrent enfuite plufieurs réfolutions pour rencoiiragement des fabriques d’armes àfeu & de bayomiettes ,&renouvellètent les défeufes qu’avoient faites leurs prcdcceffeurs ,de fournit aux troupes de Bolton les chofes neceflaires au fervice militaire. 11 arriva à-peu-près dans ce temslà une lettre du Secrétaire d’Etat ,pour le département des Colonies ,qui circula dans toutes les provinces. Elle défendoit ,fous peine dencourir la difgrace du Roi ,d’élire de nouveaux Dtputes pour le Congrès Général jmais elle ne fut dau- 4 de FAmérique Ànglaife.135 cime utilité ,&l’on procéda par-tout aux éiec- 1775. tions ,même dans la province de la Nouvelle- “ York. Cependant tout étoic fort tranquille àBofton. Les recommandations du Congrès contribuoienc autant àcette tranquillité que les vailTeaux de guerre ,dont le port étoit plein ,&les troupes portées dans la ville. Ce calme étoit ,néanmoins ,très-précaire. La patience des deux partis étoit, pour-ainfi-dire àbout, les efprits ploient violemment agités ,&la moindre étincelle ponvoit produire un incendie. M. Gage ayant appris qu’il yavoir àSalem plufieurs pièces de canon de fonte ,envoya , le z6Février ,un détachement aux ordres d’un Lieutenant-Colonel ,dans un bateau de tranfport ,pour s’en faille ,&c les apporter à Bofton. Les troupes débarquèrent àMarblehead , &s’avancèrent vers Salem 3mais elles n’y trouvèrent point de canons. S’imaginant qu’on les avoit fait fortir de la ville àla nouvelle de leur approche ,elles réfolurent de marcher plus avant dans la campagne, dans l’efpérance de les atteindre. Dans cette pourfuite elles arrivèrent àune petite riviere ,fur laquelle il yavoit un pontlevis ,que les payfans ,aflembics en grand nombre fur la rive oppofée ,levèrent auffi -tôt pour I2 131Hijioire des Troubles 1775- les empêcher de paffet. Lofficier leur oïdonna ^"'^de bailler le pont ", mais ils refufèrent abfolumenc d’obéir, difant que ce netoit pas un grand-che- min ,&qu’il n’avoir pas droit de palier par-là. Car, jusqu'au dernier moment, les Colons tinrent le langage de la paix ,&fondèrent leur oppofition fur les loix. Là-deffus l’Officier voulut le fervir d’une chaloupe qui ctoic de fon côté ,afin de prendre polfellion du pont 3mais plufieurs villageois ,qui fe trouvoient du même côté de la rivière ,sappercevnnt cle fon intention ,fautcient fur-le-champ dans la chaloupe ,&la percèrent à coups de haches. Ceci occafionna quelques coups de poing entr’eux &les foldats. Un Français fera d’abord furpris de voir des foldats ,armés de toutes pièces ,fe battre àcoups de poing 3mais il celfera de l’être ,quand il fera réflexion que la forme du Gouvernement Britannique eft bien différente de celle de France. Chez nous ,un ordre du Roi oblige le fujet àprêter fes effets pour, le fervice de l’Etat ;chez les Anglais , le Roi ,même en payant ,n’a pas droit de fe Ic-r- vir des effets d’un particulier ,àmoins que celuici ne le lui permette. La chaloupe appartenant aux payfans ,ils avoient ,fans doute ,droit cle la détruire ,&fi l’Officier avoit fait tirer ,on étoit dans le cas de lui faire fon procès. Il paroît d’ailleurs que le Général avoit donné ordre d’éviter la de PAmérique Anglaife i3.3 violence; car le Miniftère auroit été bien-aife *77$+ que les Américains eulfent commis les premières hoftiiités ,afin d’avoir un prétexte plaufibîe aux yeux des Anglais de les attaquer, àmain’ armée. Le Commandant des troupes étoit cependant rtfolu àpalier ,&les autres aufli réfolus às’oppofer àl'on partage. Un Eccléfuftique qui étoic préfent empêcha l’effufion de fang ,&c fit voir à l’Officier les conféquences funeftes qui s’enfuivroient s’il faifoit ufage de la force. S’appercevant enfin que le principal objet de ce dernierétoit le point-d’honneur, qui ne lui permettoit pas de retourner ,&qu’il étoit trop tard pour continuer fa marche, il perfuadaaux payfans de bailler le pont. Les troupes en prirent auffi-tôt polïeffion , &le Lieutenant Colonel s’étant avancé avec un détachement un peu plus avanrdans la campagne, retourna prefque auffi-tôt àbord du bateau de tranfport. Telle fut la fin de cette première expédition. . 11 elî: vifible que la paix de l’Empire ne tenoit plus qu’à un fil bien foible ,8c que la moindre violence de la part des troupes étoit capable de le rompre. Depuis l’aéte de Parlement ,qui pri— voit les Colonies de leurs Chartres ,&qui exemptoit le militaire des cours de juftice de l’Amérique ,les foldats étoient regardés comme autant 1.5 llifîoire des Tr oubles J77 5‘de tyrans ,&leurs moindres mouvemens ex- :citaient la plus grande jaloufie. La réfi (tance des villageois avoir ,d’un autrè côté ,irrité ces derniers 5car ,depuis ce tems-là ,ils vécurent plus mal que jamais avec les Boftoniens. Le tems s’approchoit où des maux beaucoup plus grands dévoient faire oublier toutes ces petites querelles. Le Colons avoient amaffié une quantité confidérable d’armes &de munitions dans Concord ,ville fituée àenviron fept lieues de Bofton ,où fe tenoit alors le Congrès Provincial. Le Général détacha les Grenadiers &l’Infanterie légère jfous le commandement du Lieutenant-Colonel Smith &du Major Pitcairn , pour s’en rendre maîtres. Quelques-uns prétendent que le but de cette expédition étoit de fe faille de MM. Hancock &Adams ,ces grands défenfeurs de la liberté ,qui firent par la fuite tant de bruit. Ce détachement compofé d'environ neuf cens hommes s'embarqua dans des chaloupes la nuit du 18au 19 Avril, &ayant remonté pendant quelque tems Charles River (rivière Charles) ,débarqua àune place appellée Phips’s Farm (ferme de Phips) ,d’où il marcha en grand filence vers Concord. Plufieurs officiers àcheval examinoient en. de l'Amérique Anglaifc. 135 mt-me teins les chemins, &fe faififloient de 1775* tous ceux qu’ils rencontraient. Malgré toutes ces . ' précautions ,le bruit de plufieurs coups de canon &le fou descloches leur découvrirent que l’alarme étoit déjà dans le pays. Les habitans commencèrent effectivement às’aflembler dans les villes &dans les villages d’alentour avant le point du jour. Les canons qu’ils avoient entendus étoient placés de diftance en diftance ,afin de donner l’alarme ,de forte qu’en fort peu da tems toute la province pouvoit être avertie de fon danger. ' Les troupes arrivèrent àLexington àcinq heures du matin ,où elles trouvèrent une compagnie de milice fous les armes dans une prairie près du grand chemin. Là-deffus un officier de l’avant-garde s’approcha ,en difant :Retirez-vous 3 rebelles ;mettez bus les armes h&retirez-vous. Les foldats le joignirent auffi-tôt en pouffant des cris de vive le Roi. Il yeut d’abord quelques coups de tirés irrégulièrement ,qui furent fuivis d’une décharge générale ,qui tua huit miliciens &en blelfa plufieurs autres. Voilà le premier fang qu’il yeut de répandu dans cette guerre. Chaque parti prit enfuite beaucoup de peine pour prouver qu’il n’étoit pas l’agreffeur 3chofe de peu de conféquence ,puif- I4 ïi6Hiftoire- des Troubles 17-7 S-que les affaires en écoieut àun point où il falloir qu’elles fe décidaient àla pointe de l’épée. Ueft néanmoins reconnu depuis, de manière àn’en pouvoir plus douter ,que ce furent les Anglais, qui attaquèrent les Américains ,&que le Major Pitcairn donna le fignal en tirant le premier coup de pifiolet, „Après cette affaire ,M. Smith continua fa, marche vers Concord, &envoya fix compagnies d’infanterie légère ,pour s’emparer de deux ponts au-delà de la ville ,dans le deffein ,peutêtre, d’empêcher que les munitions n’en for-, ti lient ,pu de prévenir la fuite de /ceux qu’il avoir ordre d’arrêter ,fi toutefois il avoir de pareils ordres. Un corps de milice, poffé fur une. hauteur dans le chemin ,fe retira àleur approche, &pafïa fur l’un des ponts ,donc les troupes, prirent aufïi-côc après polfediou. Pendant ce temslà le reffedu détachement, arrivé dans Concord, commença às’acquitter de fa commiffion ,en ençlouant trois canons de fer ,décruifint quelques fufils &c affûts ,&jçttant dans la rivière quelques barils de farine ,de poudre àcanon, &de ballçs. Sur ces entrefaites les miliciens qui s’étaient retirés de la hauteur, appercevant plufeurs feux dans la ville ,retournèrent vers le pont qu’ils veuoiçnt de palfer ,&qui était dans. de l’Amérique Anglaije. 157 leur chemin. Là-deffus l’infanterie légère fe retira 1775* du côté de Concord ,&leva le pont. Les miliciens s’avancèrent toujours ,évitant néanmoins toute apparence d’hoftilité ,&faifanc femblant de vouloir palier comme d’autres voyageurs. Alors les foldats firent feu ,&tuèrent deux hommes. Les miliciens firent aufiî feu de leur côté, &il yeut une efcarmouche dans laquelle les premiers eurent le délions, &furent obligés de fe retirer ,ayant plufieurs hommes de tués &de bielles ,un Lieutenant &quelques foldats de faits prifonniers. Tour le pays, fut bientôt en alarme ,6;les Anglais fe trouvèrent attaqués de tous côtés. Les efcarmouches fe fuccédèrent les unes aux autres , &c le feu continua tout le long du jour. Depuis Concord jufqu’à Lexington ,marche d’environ deux lieues ,les troupes furent terriblement harralfées, nonfeulement par la milice qui les ppurfuivoit, mais par ceux qui étaient dans les maifons, derrière les murailles &les haies ;tout le chemin étant bordé de gens armés. Heureufement pour les Anglais ,le Général prévoyant le danger du fervice ,avoir ,de grand matin ,détaché Mylord Percy àla tête de feize compagnies d’infanterie, &d’un corps de foldats dp marine ,avec deux pièces de campagne ,pour fyutcnir Iç Lieutenant-Colonel Smith. Ces trou.» 138Hijloire des Troubles S-pes arrivèrent àLexington au moment où ce dernier retournoit de Concord. Cette circonftance fut d’autant plus fortunée ,que le premier détachement n’avoit plus de munitions ;mais en fuppolant que les munitions ne lui euftent pas manqué ,fa perte paroiftoit inévitable ,étant encore àcinq lieues de Bofton ,&entouré d’ennemis ,il aurait infailliblement été taillé en pièces ,ou fait prifonnier. Ce fecours ,&fur-tout le canon ,donna au premier détachement le rems de reprendre haleine àLexington ,chofe dont il avoir grand befoin ,&les pièces de campagne empêchèrent les Américains d’avancer li près 5mais auflitot que les troupes reprirent leur marche ,ils recommencèrent àles haraller, &le danger augmentoit continuellement ,le nombre des ennemis devenant de plus en plus confidérable. Enfin elles arri.èrent fur le foirà Charles-Tciv 1,d’où elles paffèrent fur-le-champ àBofton ,fous la ,proteétion de l’artillerie d’un vaifleau de guerre. Elles croient dans le dernier épuifemenr ,ayant fait ce jourdà plus de dix lieues. Après une aétion qui dura depuis le matin jufqu’au foir ,il eft naturel de s’imaginer que le carnage devoit être grand de part &: d’autre; il ne fut cependant pas confidérable :ce qui doit être attribué àce que les Américains ,dans de l'Amérique Anglaife. i;<) le commencement ,aéraient qu’eu petit noru- “177 5' bre ,&àla bonne conduite de Mylord Petcy , qui ,àfan arrivée, pofta les troupes fi avantageufement ,&fe fervit fi àpropos des pièces de campagne ,qu’il ne leur permît pas de le fuivre de fi près. Une retraite de cinq lieues ,faite avec tant d’ordre &fi peu de perte ,clans un pays couvert ,où chaque haie &chaque builTon offrait des ennemis cachés ,fera toujours honneur àce Seigneur, fi l’on confidère, outre cela, que le nombre de ceux qui le pourfuivoient ,déjà deux fois plus grand que fa petite armée ,s’augmentoit àchaque inftant ,&que fes troupes éroient extrêmement fatiguées. Les Anglais eurent foixante-cinq hommes de tués ,¢ quatre-vingt-fix de blefles. Entre ces derniers étoient M. Smith ,un autre Lieutenant-Colonel ,&plufieurs Officiers. Deux Lieutenans ,&environ vingt -cinq foldats ,furent faits prifonniers. Les Américains 11’eurent que cinquante hommes de tués ,&foixante de bleffiés ,en comptant ceux qui étoient tombés pat le premier feu. Il yavoir dans cette aéfcion environ deux mille hommes des meilleures troupes d’Angleterre ; &,quoique le nombre des Américains qui les attaqua ,fut beaucoup plus grand ,il eft vifible que c’écoit mal-à-propos qu’on accufoit ces '24I Hifloire des Troubles 1775. vents contraires fur les côtes d’Angleterre, 8c “tellement tourmentés par des tempêtes ,que la plupart de leurs cochons &de leurs moutons moururent, de forte qu’on 11e voyoit dans la Manche que les carcalfes flottantes de ces animaux :une grande partie des légumes fut auflï gâtée. Leur condition ne fut pas plus agréable quand ils s’approchèrent du Nouveau-Monde j car les vents périodiques ,ayant alors commencé àfouftler ,les empêchèrent de gagner les côtes du Continent ,&les jettèrent dans les ifles où plufieurs arrivèrent dans un trille état :d’autres , qui avoient gagné les côtes avec beaucoup de difficultés, furent pris, ou par les corfaires Américains ,ou dans les ports &criques où ils s’étoient mis àl’abri du mauvais tems. Le petit nombre qui arriva àBofton avoir battu les mers pendant trois ou quatre mois ,&c conféquemment leur cargaifon étoit fort endommagée. Le Miniftère ,après avoir fait déclarer les Américains rebelles ,avoit une autre relfource pour décourager les Membres de l’Oppofnion. Il faifoit remplir les Papiers nouvelles par fes écrivains, de prétendus complots, de confpirations formées ,de trahifon ,8cde mille autres chofes de cette nature. Les uns difoient qu’on avoit intercepté plufieurs lettres de quelques-unes des principales perfonnes du royaume ,écrites aux Membres du Congrès jd’autres ,que la Tour de l’Amérique Anglaife. feroic bientôt remplie de cespromoteurs de la 1775; Rébellion ;on alloit meme jufqu adécrire quelques Sénateurs ,qui ,àce que l’on prétendoit , n’oferoient plus paraître au Parlement. La Cour ne s’en tint pas àces infinuations ;il fut un jour annoncé dans la gazette, qu’un appelle M. Sayre, Américain de naifïance ,&alors Banquier àLondres ,avoir été envoyé àla Tour par le Secrétaire d’Etat ,pour crime de lèze-Majefté. On croyoit d’abord que le crime dont M. Sayre éroit accufé ,c’étoit d’avoir fait des remifes d’argent en Amérique, ou d’avoir correfpondu avec les rebelles; mais on ne fut pas peu furpris quand on fut la nature de l’offenfe dont il croit accufé. Un Officier aux gardes qu’il recevoir chez lui avec beaucoup de bonté ,&àqui il avoit donné plufieurs fois àdîner, déclara au Comte de Rochford que M. Sayre avoit formé le defTein de fe faifir de la perfonne du Roi dans fon paffage àla Chambre des Pairs ,de le mener enfuite àla Tour ,&de renverfer toute la forme du Gouvernement. Les moyens dont il devoir fe fervir pour exécuter ce projet ,étoienr de distribuer une fomme d’argent àquelques fergens des gardes afin de les corrompre ;&ceux-ci dévoient àleur tour corrompre une partie de leurs foldats , avec lefquels ,en préfence de plus de 20,000 perfonnes' qui font toujours affemblées ce jour-là , Q* 244 Hijloire des Troubles 1775 'ils auraient conduit le Roi àla Tour. Les gardes de la Tour ,fuivant le rapport de l’accufateur ,feroient corrompus de la meme manière. Quelque abfurde que fût un pareil deifein ,Je Secrétaire d’Etat affeéta d’y ajouter foi ,fit faifir le Banquier &tous fes papiers, &après l’avoir confronté avec l’Officier ,l’envoya fur le champ àla Tour. Une pareille accufation en France fe ferait terminée par la mort de l’accufateur ou de l’accufé ; mais ce qu’il yade fingulier ,c’eft que ni l’un ni l’autre ne fut puni. M. Sayre fut peu de tems après reconnu innocent ,&le Secrétaire d’Etat condamné àlui payer la fomme de 20,000 livres tournois ,ôc 011 n’entendit plus parler de l’Officier ;preuve évidente que ceci lierait qu’un tour du Miniftre ,afin d’infpirer de la terreur. Al’ouverture du Parlement qui fe fit le 25 Octobre ,le Roi vint ,comme àl’ordinaire , débiter une courte harangue àcette Affiemblée , dont le but eft toujours qu’il lui faut de l’argent pour fournir aux dépenfes de l’Etat. Il fe plaignit de 1efprit de rébellion qui régnoit dans les Colonies, expofa fes intentions de forcer les rebelles à rentrer dans le devoir ,déclarant pourtant qu’il étoit prêt àleur pardonner dès qu’ils reconnoitroient leur erreur parla des Hanovriens qu’il avoit envoyés dans les garnifons de Gibraltar &de Mahon ,afin de fe fervir des troupes de VAmérique Anglatfe. 145' Ànglaifes dans le Nouveau-Monde, &finit en i77 S« difant que ,fuivant les apparences des affaires de l’Europe ,5cles affurances qu’il avoir reçues des différentes Puilfances de cette partie du monde , les mefiires quiferoient adoptées par le Parlement 51e feroient interrompues par aucune Puilfance étrangère. Cette harangue 11e fut pas du goût du parti de l’Oppofition. Il yeut des débats terribles dans les deux Chambres ,au fujet de la réponfe qu'on y devoit faire. .Le projet fur-tout d’envoyer des troupes étrangères dans une partie des dominations de la Grande Bretagne ,fans le confentement du Parlement ,fut déclaré contraire aux loix de l’Empire; mais toutes ces difputes nefervirent qu’à faire voir dans la Chambre des Pairs l’éloquence du Duc de Richmond ,du Marquis de Rockiiigham ,&de plufieurs autres Seigneurs refpeétables ;&dans la Chambre des Communes ,celle deM. Burke &de M. Fox. Le parti de ces Meilleurs étoit trop petit pour s’oppofer à celui du Miniftère ,qui ,dans une divifion ,avoit toujours deux voies contre une. Enfin la harangue du R.oi fut approuvée ,&on lui fit la réponfe la plus gracieufe. Les Communes dirent qu’elles étoient prêtes àfacrifier leur vie &leurs fortunes pour le fervice de Sa Majefté ,ôc pour l’aider à foumettre fes fujets rebelles. Q?.. 146 Jîiftoirc des Troubles fa 77 S* Dix-neuf Pairs procédèrent cependant contré 'cette réponfe ,&alignèrent les raifons fuivànces comme les caufes de leur proteftaeion :«parce que »la guerre eft injade ,contraire àla faine politique ; »que l’exécution en eft très-dangereufe ,&c lescon- 5) fcquences funeftes ». Ils condamnèrent dans les termes les plus forts la conduite du Miniftère , pour avoir rejette les requêtes des Colonies ,& paru douter de leur loyauté. Ils dirent qu’il étoit de la plus grande abfurdité de ne point croire leurs propres fujets ,&d’ajouter foi aux ennemis naturels de l’Empire, voulant dire les Français ;que ces derniers regardoient avec plailir les forces de la Grande-Bretagne capables ,étant réunies ,de porter la terreur au milieu de leurs dominations, s’entre-détruire; que chaque évènement étoit une viétoire pour eux ;que les hôpitaux mêmes remplis de blelfés étoienc pour eux des triomphes journaliers ,&d’autant plus grands, qu’ils ne rifquoient ni hommes ni argent. Ils cenfurèrent le delîein d’employer des troupes étrangères dans le fervice Britannique, comme difgracieux <Se dangereux ,&finirent par ces mots :c’eft pourquoi nous ne pouvons donner notre confentement àune réponfe capable de tromper Sa Majejlé,&de faire croire au Public que cette Chambre aune confiance entitre en des Minifircs qui ont induit le Parle- de VAmérique Anglaife. H? nient en erreur ,déshonoré la Nation ,perdu i les Colonies 3&qui nous ont plongés dans une = guerre civile tout-a-fait contraire ànos interets les plus chers 3&fur les principes les plus injujles jrépandant inutilement le fmg de milliers de nos compatriotes. Cette proteftation nempêcha pas le Miniftre de déclarer quelque tems après ,au Parlement, qu’il aurait befoin pour l’annee prochaine de vingt-huit mille matelots ,&de cinquante-cinq mille hommes pour le fervice de terre ,&que la dépenfe de ces derniers monterait aplus de 44,000,000 liv. tournois. Il yeut là-delTus encore de furieux débats jmais quand on en vint ala divilion des voix ,le Miniftre l’emporta par une majorité de plus de deux contre une. Il fe fit alors un changement dans plufieurs départemens du Miniftère ;&,entr autres ,My* lord George Germaine ,depuis Vicomte Sackville ,fut fait Secrétaire d’Etat pour les Colonies ,au lieu du Comte de Darmouth ,qui fut nommé Garde des Sceaux. Quoique le parti de l’Oppofition fut prefque toujours fur detre accablé par la grande .majorité qui étoit du côté du Gouvernement ,&c quit n’eût encore obtenu aucune de fes demandes r le Duc de Richmond propofa dans la Chambre des Pairs ,qu’il étoit convenable d’examiner M< Q4 Hifloire des Troubles l7~JS' Penn. Les raifons que ce Seigneur &fes amis avancèrent pour foutenir cette propofition , parurent fi juftes ,que le parti adverfe ,malgré fa répugnance àun pareil projet ,fut après quelques mauvais argumens ,obligé de céder àl’évidence ;6c en conféquence M. Penn parut dans la Chambre haute ,pour yfubir un examen. Ce gentilhomme étoit peut-être la perfonné la plus capable de donner toutes les informations néceffaires au fujet de 1état 8c de la difpofition des Colonies. Il connoifloit prefque tous les Membres du Congrès ,avoit été Gouverneur de la Penfylvanie, réfidoit dans la ville où fe tenoit cette Aflèmblée ,&avoit eu toutes les occasions ,par le moyen de fes amis &de fes connoilfances ,de favoir la façon de penfer des Celons. Cetoit d’ailleurs un homme de beaucoup de jugement, 8c incapable de vouloir favorifer l’indépendance des Colonies, puifqu un pareil évènement n’auroit fait que diminuer fa fortune ,&les privilèges de fa famille. Nous mettrons ici devant les yeux de nos Leéteurs la partie la plus intérelïanre de cet examen ,qui fe fit par demandes 8c par réponfes. M. Penn nia abfolument que le Congrès eûc formé aucun delfein d’indépendance. Il déclara que les Membres de cette Affemblée avoient été élus d’une manière légitime ;que cetoit des de l’Amérique Anglaife. 249 gens refpe&ables ,capables de découvrir les fen- 1 rimens des Colons ,&qu’ils avoient en effet découvert les fentimens cle leurs Conftituans ; que chaque province vouloir être gouvernée par fes propres décidons ;que les Américains ne faifoient la guerre que pour la défenfe de ce qu’ils croyoient leur liberté ;que l’efprit de réfiftance étoit général ,8cqu’ils s’imaginoient être capables de maintenir leurs droits contre les armes de la Grande-Bretagne; que la Penfylvanie feule contenoit environ foixantemille hommes en état de porter les armes ;que vingt mille d’entre eux s’étoient déjà engagés àfervir fans paie ,&qu’ils avoient été armés 8cincor- porés avant fon départ. • Lorfqu’on lui demanda quelle forte de gens étoient ces volontaires ,il répondit qu’ils croient les perfonnes les plus riches de l’endroit. 11 ajouta qu’on avoit levé depuis quatre mille cinq cens Minute-men dans la province, qui dévoient recevoir la paie aufli -tôt qu’on auroit befoin de leurs fervices ;que les Colons avoient des moyens &des matériaux en abondance pour fondre des canons de fer ;qu’on fondoit des canons de fonte àPhiladelphie ,&qu’on yfaifoit d’autres armes en perfeétion ;que' les Colonies étoient fort mécontentes de l’accueil qu avoient eu leurs requêtes précédentes ;mais 15 oIiifloire des Troubles: 1775 Vqu’elles comptaient beaucoup fur celle qu’il c==r= avoit apportée ;qu’011 la regardoit comme le fymbole de la paix ,&que fes amis l’avoient félicité de ce qu’il en étoit le porteur 5qu’il étoic àcraindre qu’elles ne iilfent des alliances avec des Puiffimces étrangères ,&,qu’une fois ces alliances formées ,il feroit après cela difficile de les rompre. On lui demanda encore fi les habitans des différentes provinces étaient alors dans un état de liberté ?Il répondit qu’ils croyaient l’être. Si les plus opulens d’entre le peuple ne préféroient pas un état de liberté fous le Gouvernement Britannique àcelle dont il jouiffoient alors? Il dit qu’ils préféroient le Gouvernement Anglais àtout autre 5pourvu que leurs droits demeuralfent entiers ,&que , nonobftant leur réfolution de foutenir le parti du Congrès ,ils defiroient fe réconcilier avec la Grande-Bretagne. Il ajouta }que fi la requête qu’il apportait étoit rejettée ,les gens les plus fenfés de Philadelphie étaient d’avis qu’il 11’y avoit plus aucun moyen de réconciliation. Le relfe de l’examen roule fur l’aébe du timbre ,& d’autres aétes du Parlement ci-devant mentionnés. Il ne faut pas oublier pourtant qu’un des Miniftres lui demanda le degré de fuboudination que les Colonies vouloient reconnoître; àquoi il répondit ,qu’il croyoit quelles reconnoxcroient de VAmérique Anglaïfe. 2j l l’autorité impériale de la Grande-Bretagne ,mais 1775! non point en fait de taxes. Ce qu’il yade plus remarquable ,c’efl: que depuis l’arrivée de M. Penn ,aucun des Secré-r taires d’Etat n’avoit daigné s’informer de la fituation des affaires en Amérique ,&que ,fans le Duc de Richmond, il feroit probablement retourné fans avoir eu audience. Cela prouve bien que les Minières apparens avoient un plan tracé, qu’ils étoient obligés de fuivre aveuglément. C’eft ce qui leur fut reproché dans les termes les plusfévères par les Whigs ,qui dirent qu’ils agiffoient comme des machines ,fans avoir la liberté d’examiner la juftice, la convenance ôc les conféquences des mefures qu’ils fuivoient. Après l’examen ,le Duc de Richmond donna fon avis àla Chambre ,&dit ,que la requête du Congrès pouvoir fervir de fondement àla conciliation des malheureufes querelles qui fubfîftoient entre la Grande-Bretagne &l’Amérique. Cette proportion fut admirablement bien foutenue par ce Seigneur &fes amis. Ils démontrèrent la néceflité d’une réconciliation àtous égards ,foit par rapport àla fituation même de l’Angleterre, l'oit par rapport àcelle des Colonies, ou des Puiffances étrangères :ils dirent qu’il n’y avoir rien à efpérer de cette guerre que carnage ,déflation ,une augmentation de dépenfe ,une dirai- 2c3Hijloire des Troubles A-peu- près dans ce tems-là M. Burke propofk dans la Chambre des Communes quon examinât îvî Delancey ,homme de conhderation ,àNew-York, &qui avoit été obligé de paffer en Angleterre ,parce qu’il défapprouvoit les mefures du Congres 3mais cette propofirron fut rejettée :fur quoi les patriotes ,pour fe moquer de cette opiniâtreté àrefufer toute information ,proposèrent qu’il falloir en venir àla réfolution fuivante :»Qu’il eft inutile àcette »Chambre d’ètre informée de l’état aétuel des „Colonies ,de la difpofition de leurs habitans, »&des effets probables de fade prêt àpaffer, ,, cette Chambre étant déjà fuffifamment inftruite „de toutes ces chofes. »Je ne vois pas ce qui pouvoir donner lieu àce refus de la part du Miniftère ,fi non qu’il ne vouloir pas qu’on sût la vérité :car M. Delancey étant d’un parti contraire àcelui du Congrès, n’auroit certainement rien dit en faveur de cette Affemblée ,que ce qui étoit véritable. Tout homme impartial pouvoir aifément voir que les vues du Miniftre étoient d’étendre les prérogatives de la Couronne aux dépens de la liberté du i'ujet. Ce qui fe palfa en Irlande ,ne laiffe aucun doute fur ce que je viens d’avancer. Le Vice-Roi de ce Royaume envoya àla Chambre des Communes un écrit ligné de fa main , de l'Amérique Jnglaïfe.2.59 pour la prier ,au nom du Roi ,d'accorder quatre 177 5» mille hommes au Gouvernement pour le fervice de l’Amérique ,difanc en même-rems aux Membres de cette Aflemblée ,que pendant Pabfeuce de ces troupes ,ils ceflferoient de pourvoir àleur dépenfe ,&que ,comme l’Irlande fe trouvetoit par ce moyen, fort affoiblie ,s’ils le jugeoient àpropos ,Sa Majefté remplaceroit ces foldats avec un nombre égal de troupes étrangères Proteftantes ,qui ne feroient point non plus àla folde des Irlandais. Il n’y arien de plus clair ,que le but de cette propofition étoit de fapper les fonde* mens de la Conftitution ,en introduifant dans ce royaume des étrangers ,fans confulter le Parlement de la Grande-Bretagne ;car quoi déplus abfurda que de payer pour huit mille hommes , tandis qu’on n’en aque quatre? Ne pouvoit-pnpas auffi-bien envoyer les troupes étrangères en Amérique ,&laiffer les Irlandais chez eux ?Quelque grande que fût l’influence du Miniftre ,cetre tentative ne lui réuflrt cependant pas. Les Communes d’Irlande accordèrent les quatre mille hommes qu’on leur demandent jmais refufèrent de recevoir des foldats étrangers. Elle lui caufa auffi beaucoup d’embarras dans le Parlement de la Grande-Bre- tagne }car le 15Février 1776 ,M. Townshend fe plaignit de la conduite du Vice-Roi ,dans la Chambre des Communes ,en ces termes :«Le R1 16o Biftoire des Troubles 177*)'» Comte d'Harcourt ,Vice -Roi d’Irlande sen "»violation des privilèges ,&en dérogation à »l’honneur &àl’autorité de cette Chambre ,a »envoyé ,le 13Novembre ,àla Chambre des »Communes d’Irlande ,un meffage ligné de fa »main àcet effet ». Il en lut enfuite le contenu $ après quoi il propofa qu’on choisît des Commitfaites pourexaminer cette affaire ,&en faire enfuite leur rapport àla Chambre. Cette propofition , quoique fort bien foutenue par les Membres de l’Oppofition ,eut le même fort que celles qui l’avoient précédée ,c’eft-à-dire quelle fut rejettée par une grande majorité. Malgré toutes cesdéfaites, Meflîeurs delà minorité ne fe rebutoientpas. Apeine avoient-ils perdu un pofte ,qu’ils en attaquoient un autre avec une nouvelle ardeur. Quelques jours après ,M. Fox , avec fon éloquence ordinaire ,propofa qu’il étoit néceflaire d’élire un Comité pour examiner les caufes du mauvais fuccès des armes de Sa Majêfté en Amérique ,&de la défection des Canadiens. Il dit qu’il n’avoicpas deflein défaire une récapitulation des caufes de la malheureufe guerre d’Amérique }qu’il ne vouloir pas remonter àla fource d’où ces caufes tiraient leur origine jqu’il éviterait de direla moindre chofe fur un fyftême dont le but étoit évidemment de renverfer la forme du Gouvernement libre de l’Empire Britannique ,parce de l'Amérique Anglalfe. 2<jî qfie ces affermons pourraient être difputees }mais qu’il expoferoit àl’attention de la Chambre ,des •faits connus &inconteftables. Il ajouta qu’il ne parlerait pas de la juftice ou de 1injuftice des projets du Miniftère ;qu’au contraire ,il vouloir bien accorder pour le moment qu’ils fuffent parfaitement juftes :mais apres avoir fait toutes ces concédions ,il déclara que c’était fon intention d’examiner les moyens que les Miniftrés avoienc employés pour rendre efficaces les réfolutions qu ils avoient prifes. Il dit qu’il avoir deffein de faire fon examen depuis l’année 1774 >te1®5ou ^es uétes coercitifs avoient commence. Il fonda la juftelfe de i fa ptopofition fur les aflurances tepetees, &la certitude qu’il yavoir quelque part de la maiirvaife conduite ,de l’incapacité ou de la négligence jde qu il falloit que les fautes dont on fe plaignoic ,&lesconféquences qui en réfulroienr, fulTent attribuées aux Miniftrés ,ou.aux Coramaiv dans des forces de Sa Majefté. Il démontra qu’il n’y avoir point d’alternative-, que les premiers avoient formé des projets qui n’étoient point praticables ;ou fi. ces projets S’étoient ,qu’ils navoient point fourni les moyens de les mettre en exécution }ou que les derniers avoient fait de grandes fautes ,&étoient conféquernment incapables de s’acquitter de leur commiffion.. Dans l’une ou l’autre de ces polir- R3 lui Eijloire des Troubles 3775* rions, continua-t-il, il eft àpropos de favpir ~~ qui eft coupable ;ou, s’ils le font tous, il eft abfolumenc néceflaire ,avant qu’il foit trop tard, de que la Nation devienne la viétime de leur mauvaife conduite ,&de leur incapacité ,que cette Chambre foie entièrement informée de ce dont il s’agit, alin de trouver les moyens de remédier au mal, quand eile faura que les uns étoient aufii peu capables de former des plans d’opérations ,que les autres de les exécuter. Il ajouta ,que comme il avoit abandonné tout autre fujet de difpuçe pour Amplifier la question préfente, il efpéroic que tour Membre indépendant ferait de fon avis, &foiltiendroit fa propofition. Il ne voyoit pas ,continua-t-il ,quelle raifon on pouvoic alléguer pour refufer d’y donner fon approbation :car fi les Miniftres lieraient pas des plus coupables ,ils embraiferoient avec le plus grand plaifir une occafion de juftifie.r leur conduire ,&de faire voir au Public que les difgraces &les malheurs de la Nation, 6c le mauvais emploi des femmes immenfes qu’elle avoit généreufement fournies ,n’étoienr point le réfulrat de leur ignorance, ni de leur incapacité, ou de leur manque d’intégrité. Il foutint que la juftice publique exigeoit un pareil examen; que ceux qui avoient été accufcs, avoient droit de- de VAmérique Anghùfe. 163 tre entendus ,&de défendre leur calife 3que , tenir cachées les informations nécelfaires 'à leur juftification ,c’étoit faire une infulte ala Nation ,&commettre un acte dinjuftice envers des particuliers jqu’il n’y avoir que les coupables qui puflent defirer d’éviter cet examen »& qu’aucun des Officiers de Sa Majefte ,tant fur terre que fur mer ,n’etoic affine de conferver fon honneur un feul moment ,fi fa réputation étoit ainfi facrifiée pour cacher ,protéger ,ou pallier l’ignorance ,les bévues ,&1incapacité des autres. M. Fox entra enfuite dans le détail des mefures que l’on avoir pnfes ,pour forcer les Américains àfe foumettre àl’autorité de la Grande- Bretagne yil peignit avec les couleurs les plus frappantes ,&mit fous le point de vue le plus clair ,pour me fervir de fes propres expreffions la folie du Cabinet 6’ l’ignorance des Gens en place. 11 fit voir que les plans d’opérations avoient été formés avec incapacité ,&exécutés avec peu de conduite 3&finit en reprochant àla majorité des Membres cet acquief- .cernent honteux 6c fervile aux volontés des Miniftres 3acquiefcement ,ajouta-t-il ,qui navoir jamais auparavant déshonoré les Conieils de la Grande-Bretagne ,ni peut-être daucune autre Nation. R4‘ 3. mj. Hiflolrc des Troubles 5* Le parti de la Cour fe trouva fort embarrallé “dans ce débat. Les Mini(1res 6c leurs Avocats n’étaient pas d’accord entr’eux dans leur défenfe. Les uns fe rejertoient fur les Officiers inférieurs ; d’autres avouaient franchement qu’il étoit vrai qu’on avoir fait peu de chofc ,qu’on avoir foutenu de grandes perces ,&qu’on avoir commis des fautes confidérables ;mais tout cela devoir être attribué aux Américains ,&non pas aux Miniftres. Un jour viendrait où les rebelles paieraient cher leur opiniâtreté. Cette forme de défenfe eft vraiment rifible. D’autres difoient que les Colons avaient abufé de la clémence de la Grande-Bretagne ,&du defir que cette dernière avoir d’en venir àune réconciliation ;que taudis qu’elle retenoit la rigueur de fes châtitimens ,&qu’elle s’efforçoic de rétablir l’harmonie, la rébellion avoir acquis plus de force , &les Rebelles s’étoient préparés àla guerre ;que par ce moyen ,on avoir perdu une année en négociations inutiles ;mais que cela ferait toujours honneur àla Nation Britannique ,en convaincant l’univers de la douceur, de la patience ,& de la juftice de fan Gouvernement ,taudis que, d’un autre côté ,les Rebelles incorrigibles qui s’y oppofoient ,feraient àjamais couverts d’infamie. D’autres prétendirent que ce n’étoit pas le da f' Amérique Anglalfe. 2<j 5 rems défaire 1111 pareil examen; qu’il falloit at- i?7S* tendre jufqua la fin de la guerre ;que plufieurs des Officiers ,que l’on vouloir examiner ,étoient alors hors du royaume ,&s’efforcoient ,par leur conduite ,de remédier aux maux donc on fe plaignoit ,&de faire oublier les fautes qu’ils avoient pu commettre. D’autres furent tout-à-fait du fentiment des Membres de l’Oppofition ,&blâmèrent fortement les mefures que l’on avoir jufqu’ici fuivies ;mais parurent fort fatisfahs de ce qu’on avoit changé de fyftème, &fe promirent les conféquences les plus heureufes de la vigueur avec laquelle on avoit réfolu d’agir contre l’A- mérique. La difpute continua avec chaleur jufqua près de trois heures du matin ,on en vint alors àla divifion des voix ,&il s’en trouva cent quatre pour la propofition de M. Fox ,&deux cens quarante pour le parti contraire. Il yeut encore d’autres débats par rapport aux traités avec les Princes Allemands ,qui s’étoient engagés àfournir des troupes ;mais la majorité fe trouva toujours pour la Cour. Le Miniftre pour le département de la guerre avertit la Chambre à-peu-près dans ce tems-là , qu’il demanderoit bientôt une fournie de 10,000,000 tournois, pour défrayer les dépenfes extraordinaires des forces de terre ,depuis le s> i66 Hijloïrc des Troubles 1775* Mars 177 5,jufqu’au 31Janvier 1776. Unefomme '“fi confidérable ,dépenfée en fi peu de tems ,parut extraordinaire aux Membres de l’Oppofidon. Ils attaquèrent de nouveau les Miniftres avec la plus grande fureur, &parurent pour un tems les accabler fous la folidité de leurs argumens. Iis examinèrent les Journaux de la Chambre, &firent voir que ni la glorieufe campagne de 1704 ,qui avoir fauve l’Empire d’Allemagne, ni celle de 1760 ,qui avoir acquis àl’Angleterre le vafte Continent de l’Amérique Septentrionale, n’avoit tant coûté que la honteufe compagne de Eoflon en 1775. Ils s’efforcèrent de prouver par différens calculs que le maintien d’une miférable armée de huit mille cinq cens hommes ,enfermés dans Bofton ,&qui motiroient prefque de faim *’ avoit ,en moins d’un an ,coûté àla Nation à raifon de 2,100 livtournois par homme. Ils demandèrent comment il feroir pollible de faire fubfiller une armée de cinquante mille hommes en Amérique au même taux ,fans compter la dépenfe qu’exigeoit la marine. Toutes les figures de rhétorique furent mifes en ufage pour peindre avec les plus vives cou™ leurs le règne glorieux de la Reine Anne ,les victoires du grand Malborough ,&les fuccès de la guerre de 1756. Les murs delà Chambre retentirent des noms fameux des Godoiphins & de l'Amérique Ànglaife.2^7 des Pi tes, tandis que toute la force du ridicule, i &les ironies les plus piquantes croient employées pour faire le contrafte de ce qui étoic arrivé du te ms de ces grands hommes ,avec ce qui, fe palToit alors. Blenheim &Schellenbourg .furent mis en çomparaifon avec Lexington ëc Bunker’s-Hill ,&la rivière Myftic avec le Danube. Les Miniftres ,voyant que les mauvaifes raifons qu’ils alléguoient ne faifoient qu’augmenter la force du torrent, au lieu de la diminuer, fe rejettèrent àla fin fur la fanction du Parlement. Ils dirent qu’ils avoient agi ,depuis le commencement de cette difput'e ,non-feulement avec la concurrence ,mais même avec l’approbation du Parlement ;qu’ils ne l’avoient pas -cherchée ,mais qu’ils l’avoient trouvée ;que cc- -toit -un legs de leurs prédécelfeurs ,&dont le Parlement étoit déjà en pofieflion quand ils furent appelles au Miniftèreq que, quand il plairoit àcette Affemblée de changer de con- ,duite &d’opinion ,ou d’abandonner les mefures qu’elle avoir jufqu’ici fuivies, ils. étoient prêts à aequiefeer àtout ce quelle jugeroit àpropos; mais que tant qu’ils anroienr la confiance &l’approbation de la majorité de cette Afiemblee ,ils n’abandonneroient jamais le dépôt qui leur avoit été confié ,&continueraient de faire leur devoir 274 Hijloire des Troubles 1776. cette année-là extrêmement doux ,&ne pro- !J~T~==duifit aucun des effets qu’ils defiroient. L’arrivée de la harangue du Roi àfon Parlement ,&la nouvelle de l’accueil que l’on avcic fait àla requête du Congres ,excitèrent en même-tems la plus grande fureur ,&ou dit que la harangue fut publiquement brûlée dans le camp* Les Colons acette occalion y changèrent leurs drapeaux rouges ,&en prirent d’autres avec treize raies ,comme une marque du nombre 6c de l’union des Colonies. . Les corfaires Américains ,quoique petits 8c méprifables ,devenoient cependant plus nombreux de jour en jour ,&n’avoient pas mal réufli contre les vaiifeaux de tranfport &de provifions. Entre autres prifes ,ils en firent une qui fut de la dernière importance pour leurs opérations militaires. Ce fut un bateau de tranfport ,qui s’étoic écarté de la flotte ,dans lequel il yavoir ,outre un grand mortier d’une nouvelle confttu&ion ,plufieurs pièces de canon de fonte ,un nombre prodigieux darmes &de munitions ,avec toutes fortes d’outils 8c de machines néceffaires àun camp. L’inaétion dans laquelle les deux armees avoient relié pendant quelques mois ,fut inter- de l’ Amérique Anglaife<. 17$ rompue au commencement de Mars. Le Congrès 1 7 ayant reçu avis de ce qui fe pafloit en Angle- = terre ,&des troupes Allemandes prifes àla iolde de la Grande Bretagne ,donna ordre au Général Washington de faire de vigoureux efforts pour s’emparer de la ville de Bolion ,afin d’être en liberté de s’oppofer aux nouveaux dangers qui menaçoient les Colonies. En conféquence ,la nuit du deux au trois ,les Américains ouvrirent une batterie àun endroit appelle Pkipp’s- Farm ,d’où ils commencèrent àcanoniser 8c àbombarder la ville; ce qu’ils continuèrent plufleurs nuits de fuiue. Pendant que l’attention de la garnifon étoit occupée de ce côté-là ,on ne fut pas peu furpris de voir paraître ,le cinq au marin ,des ouvrages confidérables de l’autre côté, fur la hauteur de Dorchefter. Ces ouvrages avoient été faits la nuit du quatre ,8c on y ouvrit bientôt une batterie de canons de vingtquatre ,8c une batterie àbombes. Plufieurs Officiers Anglais ont avoué que la promptitude avec laqiielle les Colons travailloient ,étoit extraordinaire ,&que l’apparence foudaine & inattendue de leurs travaux avoir quelque reffemblance àl’enchantement ,&àces adions merveilleufes dont les Romans Orientaux font remplis. La filiation de l’armée devint alors fort cri- S3. a7C> îïijloim des Troubles 5- tique. Les nouveaux ouvrages ,&ceux qui feroient indubitablement élevés fur les collines voifines ,commanderoient entièrement la ville, une partie du port &du rivage, rendraient une retraite dangereufe ,&la communication entre les troupes poftées fur Pifthme de Bofton &le corps de l’armée extrêmement difficile. Dans ces circonftances ,il n’y avoir point d’autre parti àprendre ,que d’abandonner la ville ,ou de déloger les ennemis de leurs retranchemens ,&de détruire leurs ouvrages. Le Général Howc adopta la dernière réfolution ,& prit les mefures nécelfaires pour faire embarquer le même foir cinq régimens ,avec les troupes légères &les grenadiers. Une terrible tempête, qui s’éleva fut le foir ,l’empêcha cependant d’accomplir fon delie in ,prévint probablement la perte d’une partie de fon armée. , îl lierait pas fnrprenant que le Chevalier Hcv/e voulût hafarder beaucoup ,avant de fe foumettre àl’indignité d’abandonner la ville. L’honneur de la Nation îrt le fien propre y étoient intérelïes. Il commandbit des forces que l’on avoir déclarées en plein Parlement capables de parcourir toute l’Amérique :les troupes de Bofton étoient les meilleures troupes d’Angleterre ,&elles avoient une artillerie formi- de rAmérique Anglaïfe. a77 dable. Il étoit donc fort humiliant d’abandonner 177 5* une ville qui avoir été la caufe de la guerre , " àune milice peu difeiplinée ,&que les ioldats avoient toujours méprifee. Quoi qu il en foit , ces braves gens étoient tellement environnes , que leur courage ne pouvoit être ici daucune utilité ,&n’auroit peut-être fervi qu’à avancer leur ruine. Le Général étoit néanmoins réfolti ,&le jour d’après la tempête on fe prépara pour la meme expédition ;mais on s’apperçut que les Américains avoient élevé de nouveaux ouvrages ,& les avoient fi bien fortifiés, quil croit impoffible de les forcer. Le féal parti qu’il yavoir à prendre ,étoit donc d’abandonner la ville s6c de faire embarquer les troupes ,1artillerie &les provifions. Cette reflburce n’écoit pas même fans danser &fans difficulté. Ce quil yacie iingulier, c’eft que les Américains continuèrent fort tranquilles dans leurs retranchemens ,&ne firent pas le moindre mouvement pour empêcher l’embarquement ,ni même pour haralfer l’arrière -garde. 11 eft àcroire quil yavoir un accord fecrec entre les deux Généraux ,&que M. Washington s’offrit de ne pas inquiéter les Anglais ,àcondition que ces derniers ne détruiroient point la ville. Les Minières defavoue- •rent cependant ,dans les deux Chambres ,qu il S* 2. 7SHijioire des Troubles 177 S•yeue eu aucun traité avec les rebelles ;mais on attribue ce défaveu àleur orgueil :car on avoir place dans les maifons des matières conabuftibles ,afin d’y mettre le feu en cas de befoin ,&l’on allure que les élus eurent permiffion de fortir ,&de conférer avec M. Washington fur ce fujer. Malgré cette convention ,l’embarquement ne put fe faire fans défordre &fans perte ,quoique l’on employât dix jours pour cela. Quinze mille familles attachées au Gouvernement ,&qui ,par leur conduite paflTée, avoienc encouru ladifgrace de leurs compatriotes ,ne fervirent qu’à embarra lier les bateaux detranfport. Les Officiers, qui s’imaginoient palier l’hiver àBofton ,avoient acheté beaucoup d’effets pour rendre leur fituatiou moins défagréable :ils ne purent trouver asen défaire ;&le Général fouffrit qu’ils les emportaflent avec eux ,penfimt qu’il eût été cruel de les leur faire abandonner. Les foldats étoient continuellement de fervice ,&les voitures de la ville étoient la plupart employées par les habitans qui vouloient la quitter. Tout le monde avoitfes embarras particuliers; les malades, les bleffes &les femmes augmentoient le trouble &la confufion ;cetoit une fcèrie pitoyable. Le Chevalier Howe fit paroître dans cette fituation malheureufe beaucoup de VAmérique Anglaife. 279 <de fermeté &de patience. Il yeut bien des murmures. Le défaut de provifions ,&les mauvais fuccès ,engendrent toujours du mécontentement dans une armée }le mécontentement le commu- 1 nique aifément ,&devient eu peu de temsgeneral. Il yavoit des jaloufies entre le matelots &les foldats, les uns attribuant leurs fouffrances aux autres. Le voyage d’Halifax qu’ils entreprenoient ,etoic alors des plus critiques. Cette côte en tout tenus dangereufe ,l’éroit encore plus dans cette faifon fujette aux tempêtes ,&le nombre de navires qui montoit àcent cinquante ,augmentoit les difficultés. Il étoit auffi àcraindre que les grands vents de Nord-Eft ,qui prévalent dans ce tems de l’année ne les jettaflent dans les ides ;Si ils n’avoient pas affez de provifions pour un pareil paffage. Pour comble de maux ,le pays où ils alloient étoit flérile ,&peu capable de leur fournir ces rafraîchiffemens dont ils avoient fi grand befoin. Il étoit d’ailleurs fort defagreable aux foldats de penfer ,qu’après ce long voyage, quelque heureux qu’il fut ,ils étoient fort éloignés du lieu de leur deflination. Ils alloient a l’extrémité fepténtrionale du Continent ,&1en- droit où ils avoient befoin étoit ala méridionale ,ou au moins entre les deux. La neceflite n’a point de loi ,les regrets furent inutiles. S4 iSo Hijloire des Troubles -, 1776. Comme l'arrière-garde s'embarquait ,le Gé« néral Washington entra dans la ville ,tambour battant ;&,dans tout le triomphe de la victoire, il fut reçu par les habitans qui reftoient, &ceux qui avoienc abandonné la ville du rems du Général Howe ,avec toutes les dcmonftrations de joie imaginables, &avec toutes les marques de reconnoilîance qu’il eft poflible de témoigner àun libérateur. L’Alîèmblée de la province lui fît aufli des remercîmens. Sa réponfe fur modérée ,&convenable àfon état. Les Royaliftes avoient été obligés de laifîTer derrière eux une artillerie çonfidérable ,&beaucoup de provilious. Le canon ,qui croit àBunker s* Hill ,&fur l’ifthme de Bofton ,n'avoit pu être emporté. Le rems ne leur avoir pas permis de le détruire, Us en jettèrent àla vérité quelques pièces dans la rivière ,ainfî que quelques mortiers ; mais les bourgeois les repêchèrent peu de tems après. Telle fut la fîn du fîège de Ballon. La Colonie de Maflachufet fe trouva par ce moyen délivrée des horreurs de la guerre ,&en liberté d’adopter toutes les mefures qu’il lui plairoir pour fa propre fureté. La flatte parut encore fut l’horifon pendant plus de huit jours ;mais en revanche leur paflagç d’flalifax fut plus court &plus fortuné qu’on avoic de riAmérique Anglaifc, î.S s Jieu de l’efpérer. L’Amiral laiiïa plufieurs vaif- 1776. féaux de guerre pour protéger les navires qui arri- ~r' veroient d’Angleterre jmais ,malgré cette précaution ,la grande étendue de la baie ,&le nombre de petites ides &de criques ,qui offraient un afyle aux corfaires Américains ,firent que ces derniers eurent une ample récolte, &prirent plufieurs bâtinrens qui étoient encore dans l’ignorance que la ville eût changé de maîtres. Comme plufieurs mouvemens des Américains, &particulièrem eut les portes qu’ils occupoient dans les illes voifines du château Guillaume ,démontraient un deffein d’attaquer cette f'orrereffe ,& que par ce moyen, ils auraient été capables de bloquer tous les vailfeaux de guerre clans le port , &d’empêcher d’ailleurs que la ville 11e fût attaquée par mer ,le Général Howe jugea àpropos de faire fauter les fortifications qu’il yavoir dans l’ifîe avantTon départ, Le jour même que le Général Washington prie poffeflion de la capitale de Maflachufet ,il avoir détaché plufieurs régimens pour la Nouvelle-York, craignant que les ennemis n’euiïeut quelque defiein fur cette Colonie, Les troupes du Roi 11’éroient néanmoins guère enétat de former aucune entreprife. L’armée du Chevalier Hovce n’étoic pas de plus de neuf mille hommes ,capables de s’acquitter du feryiee ,&,outre cela elle n’avoir iSzJfïijloirc des Troubles. 177 point de provifions. Les effets des Boftoniens ,qui "l’avoient accompagné àHalifax ,yfurent vendus , &l’argent employé pour le fervice public. Les bourgeois fufpeéts, qui avoient mieux aimé refter que de s’expofer àperdre leurs biens ,ou peutêtre la vie fur une mer orageufe jfurent examinés ,&ceux que l’on trouva coupables furent condamnés comme traîtres àla patrie ,&leurs biens furent confifqués. On procéda de même envers les abfens. Rien cependant n’occupa plus les habitans de Bofton ,&ceux de la province en général, que le defir de mettre cetre ville en état de défenfe ,& d’empêcher, s’il étoit poffîble ,une répétition de ces maux qu’ils avoient foufferts. Pour cet effet ils travaillèrent avec beaucoup de diligence àfortifier la ville &le port. Ils firent venir des Ingénieurs pour ordonner les ouvrages ,&chaque habitant confacra deux jours par femaine au travail. Pendant que ces chofes fe paffoient dans la Nouvelle-Angleterre ,Arnold continuoit le blocus de Quebec avec beaucoup de difficulté. Les renforts n’arrivoienr que lentement ,&les Canadiens , qui font fort inconftans ,étoient découragés ,& coramençoient àl’abandonner. Il paroît 'que le Congrès n’avoit pas encore allez de reflources pour ménager tant d’affaires en même-tems. Les Américains qui joignirent le Général eurent beau- de VAmérique Anglaife. 285 coup àfouffrir dans leur marche ;mais ils endu- 1 ment toutes ces fouffrances avec leur confiance accoutumée. M. Carleton de fou côté tâchoit de tromper tous les efforts des Colons. La vigilance avec laquelle il faifoit garder la ville ,ne lui lailfoic rien a appréhender d’une furprife ,&il étoit préparé contre la force. Les habitans étant privés de l’affiftance de la campagne ,eptouvoient pourtant bien des maux. Comme la faifon approchoit ou les fecours d'Angleterre dévoient arriver ,les Américains devinrent plus aétifs dans leurs operations ,&renouvellèrentle liège. Us ouvrirent des batteries ,& envoyèrent plufieurs brûlots pour détruire les navires qui étoient dans le port jmais toutes cesentreprifes n’eurent aucun effet, quoiqu elles fuffent conduites avec beaucoup d’habileté. Ils avoient deffein de prendre la ville par efcalade pendant que l’attention de la garnifou ferait attirée du côté du feu. Les échelles furent toutes prêtes, &les foldats fous les armes pendant plufieurs jours ,pour profiter du moment favorable en cas de la réulîîte des brûlots. Quoiqu’ils n’euffent pas tout le fuccès defiré, ils brûlèrent néanmoins une partie des fauxbourgs ;mais il paraît que cette çirconftance fut avantageufe aux alfiégés :car les ïnaifons que l’on fut obligé dabattre pour arrêter 2<)o Iîifloire des Troubla 6. villes. Cette place eft au Nord du Saint-Laurent 3 —&prend fou nom de trois branches de rivières , qui le déchargent dans ce grand fleuve. Les Colons continuèrent leur retraite jufqu’d ce qu’ils furent arrivés fur les bords de la rivière Sorti ,qui tombe dans le fleuve Saint-Laurent à environ cinquante lieues de Quebec ,ou ils lurent joints par les renforts ,qui navaient pu marcher àleur fecours ;mais ils étaient alors découragés; &,pour comble de maux 3la petite vérole iaifoit rage dans leur armée. Ces circonltauces fâcheufes n’eurent aucune influence fur le courage &fur 1intrépidité de leurs Commandans. Ils formèrent la réfolution hardie de furprendre les Royalties àTrois-Ri- vières. Les troupes Anglaifes, &celles de Brunfwick croient alors féparées. Il yen avoir un corps àTrois-Rivières ,fous le commandement du Brigadier-Général Fl’azcr, &un autre àbord des tranfports ,fous celui du Brigadier- General Nefbic ,àquelque diftaiice du premier. Mais le gros de l’armée étoit on plulieurs divifions dans la route de Quebec ,les uns àterre ,les autres l'ur l’eati ,fous le commandement des Généraux Carleton, Burgoyne ,Philips, 8c Reidefel. La diftance de la Sorel àTrois-Rivières eft d’environ feize lieues ,&il falloit palfer plulieurs vaifleaux armés 3&des bateaux de cranfpcrr ,pleins de de l'Amérique Anglaife.19 X foKiats ,qui étoient au-deflus de cette dernière 17 place. Malgré routes ces difficultés ,environ deux mille hommes, fous le commandement du Général-Major Thompfon, s’embarquèrent àSorel fur cinquante bateaux; &,rafant la côte méridionale du lac -Saint-Pierre 5où le fleuve Saint- Laurent eft extrêmement large, arrivèrent àNi- Colette, doit ils descendirent dans le fleuve pendant la nuit, &paflerent de l’autre côté, dans l’intention de furprendre les troupes de M. Fraser. Trois-Rivières doit plutôt être conlidéré comme un long bourg, que comme une ville régulière. Le deffein des Américains avoit été de O l’attaquer ,avant le jour ,aux deux extrémités en même tems; &, s’ils avoient réuflî, de détruire tous les vaifleattX' qui étoient auprès du rivage. Il falloir trop de circonftances réunies pour la réuflî te de ce projet. Ccroit une de ces entfeprifes hardies ,qui peuvent devenir fort utiles, mais que rien ne fauroit jultiher que des aftaires défefpérées. Ils arrivèrent une heure trop tard; &quoiqu’ils paflalfent les vaiffeaux armés fans être apperçus ,ils furent néanmoins découverts en débarquant ,&l’alarme fut donnée. Le terrein. où ils prirent terre étoit fort mauvais ; ce qui ,joint àd’autres difficultés ,les mit bien-, T2 *9 2Hiflffire des Troubles 1776. toc en défordre. D'ailleurs M. Frazer croit prêt aies recevoir ;il avoir fait débarquer plufieurs canons de fix, qui firent beaucoup d’effet parmi eux. Pendant qu’ils étoient ainfî attaqués de front , M. Nesbit, qui étoit plus haut fur la rivière , débarqua fes troupes ,&les prit parderrière. Dans cette pofition ,une retraite paroilfoit même impoHIble. Les troupes du Brigadier Nesbit gardoient la rivière pour les empêcher de regagner leurs bateaux ,tandis que celles de Frazer les pourfuivoient avec leur artillerie. Ils marchèrent entre ces deux feux pendant l’efpace de plufieurs milles ,àtravers un marais fangeux , avec la plus grande difficulté, &dans la dernière détreffe. Ala fin ,les Anglais furent fatigués de les pourfuivre ,&c les bois leur offrirent un abri. Les deux principaux Officiers ,& deux cens hommes de leur détachement furent faits prifonniers. La perte des Royalties ne fut pas confidérable. Les Américains ,après leur défaite ,ne reparurent plus en force dans le Canada. Toute l’armée étant arrivée àTrois-Rivières ,les troupes s’avancèrent avec la plus grande diligence par terre &par eau. Quand la flotte parut devant Sorel ,elle trouva que les Américains avoient abandonné la place quelques heures auparavant. de. l’Amérique Ànglaife. détruit les batteries ,&emporté leur artillerie &177^. les provifions. Un détachement confidérable dé- —- barqua ici fous le commandement du Lieutenant-Général Burgoyne, &eut ordre de marcher le long de 'la Rivière Sorel jufqu’à Saint-Jean , tandis que la flotte ,avec le refte de 1armee , la remonta jufqu’à Longueuil, place du paflage de l’Ifle de Montréal àla prairie fur le Continent. On découvrit ici que la ville de Montreal &toute l’ifle, croient abandonnées. Les Colon# les avoit évacuées la veille. L’armée fut aufli-rot débarquée fur le Continent ,&,marchant par la prairie ,traverfa la prefqu’ifle formée par le fleuve Saint-Laurent &la rivière Sorel ,afin de joindre Burgoyne au fort Saint-Jean ,ou or» croyoit que les Américains auraient fait une forte réfiftance. Cet Officier, après avoir fuivi fa marche le Ions de ‘la Sorel ,arriva -devant Saint-Jean le îS Juin au foir. Il trouva lesbâtimens en flammes, &tout ce que les Colons n’avoient pu emporter, détruit. Ils eu avoient fait de même' àChàmblée ,&avoient brûlé tousles vaiffeanx- qu’ils n’avoient 'pu traîner jufqu’au lac Champlain ,où ils s’embarquèrent fur le champ pour Crcwn-Point. Quoique' leur fuite fut précipitée ,il n’efluyèrerit cependant aucune perte , &le Général Sullivan, qui commandoit la re-j T5 *5>4 Hlftoire des Troubles '1776. traite ,reçut enfuire des remercîmens du Con- '"‘grès, pour' avoir fauvée l’armée dans un rems où elle étoit dans le plus grand péril. Telle fut la fin de l'expédition du Canada. Les Anglais emportèrent tout ce qui fe trouvoit devant eux jufqu ace qu’ils furent arrivés 311 lac- Ghamplain *, mais là leur armée, vidorieufe fut obligée de s’arrêter :car ,comme les Américains étaient maîtres de ce lac, il étoit dmpoffible qu'elle s’avançât vers le midi ,àmoins que d’avoir un nombre de vailleaux fuffifant pour faire tête àceux des'ennemis. Cette opération demandoit du rems &du travail :car ,quoiqu’on eût envoyé lix vailleaux armés de la Grande-Bretagne pour cet effet, les chûtes de Chamblée rendoient les moyens de les conduire au lac Champlain extrêmement difficiles. Il falloir, d’ailleurs faire confiante un grand nombre d’autres bateaux ,tant pour fervir de traufports que de convoi. Laiffons-les conftmire leurs vaiffeaux ,&tranfportons-npus pendant ce. teràs-là ,-dans la rivière du Cap-Tears où nous avons laiffé M. Martin, Gouverneur de la Caroline Septentrionale. , Quoique ce Gouverneur eût été .obligé, de quitter de-liège de fon Gouvernement., il avoit toujours le même zèle pour le fetvi.ce ,&faifoit les mêmes efforts pour fogmectre la Caroline. de l’Amérique Anglalfe. *95 ïl avoit d’autant plus d’efpoir de fucces ,quil *77^* favoit qu’une efeadre de vaideaux, de guette 3 fous la conduite du Chevalier Parker ,avec fepe régi mens ,commandes par Mylord Conrwailis, devoir être partie d’Irlande au commencement de l’année ,&que la Caroline Septentrional^ ferait le premier objet de cet armement. Il étoit; informé d’ailleurs que le Général Clinton ,aveç un autre détachement, étoit en marche pour les joindre au Cap-Fear. Mais ,outre toutes ces fifpérances ,il s’était lié avec une bande de brigands ,qu’on appelle Régulateurs ,gens ennemis de tout gouvernement &de toute fubordination ,qui habitent les derrières des Colonies, J1 avoit aufli armé les Ecolfais nouvellement arrivés dans la Colonie pour ytrouver 4?setabliflemens ,&avec ces forces il fe croyoit en état de réduire les infurgens fans avoir befoin d’autre fecours de la Grande-Bretagne. ï-es JEcoflais ne manquent pas de bravoure ,&Ie? Régulateurs ,par leur manière de vivre ,qui reflemble un peu àcelle des Sauvages leurs volfins ,paroilfoient capables d’endurer ies fatigues de la guerre. Le Gouverneur lit diftribuer plufieurs commiflions parmi eux ,&npmma M. Macdonald leur Général. Il fit au® publier un Manifefte, commandant àtoute pçrfonne bien affeétionnée T4 Bijloire des Troubles •I77(î. de joindre l’étendard du Roi ,que le Général *==Macdonald avoit planté vers le milieu de Février. Auffî-tôt que le Brigadier -Général Moore apprit qu’ils commençoienr às’a Remblet àune place appellée Crofs-Creek .il fe mit àla tc-te des Régimens de Provinciaux qu’il commandoit, &de la milice qu’il put trouver ,&marcha àla hâte avec quelques pièces de canon ,pour aller àleur rencontre. Quand il fut àquelques milles deux ,voyant qu ils etoient beaucoup fupérieurs en nombre ,il prit poileffion d’un polie avantageux ,appelle Rockftsk-Bridge ylit des retraitchemens ,&le mit en état de défenfe. Après avoir été quelques jours dans cette pofition ,où il recevoir continuellement des renforts ,il apprit que Macdonald s’approchoit àla tête de fou armée. Celui -ci envoya une lettre àMoore , contenant le Manifefte du Gouverneur ,dans laquelle il lui recommanda de joindre l’étendard du Roi ,lui &fes troupes ,le lendemain àune heute marquée ,ou qu’il ferait dans la néceffité de les regarder comme ennemis. Le Brigadier-Général favoit que les miliciens ètoient en marche de tous côtés ,pour venir à fon lecours ;il traîna la négociation en longueur, dans l'sfpérance d’entourer Macdonald ;mais dans fa dernière réponfe ,il die sque lui &fes de VAmérique Anglalfc. 'lyj Officiers fe croyoient engagés dans la caufe la 1776. plus glorieufe &la plus honorable de l’univers ,== la défenfe de la liberté du genre-humain. Il accufa les Ecoffiiis d’ingratitude ,&les fît fouveuir de la tendreffe avec laquelle ils avoient été reçus des Colons. Il reprocha au Général Macdonald , ôc àquelques-uns de fes Officiers ,leur manque de foi ,puisqu'ils avoient fait ferment qu’ils n’étoient venus dans le pays ,que pour voir leurs amis ,fans avoir de(Tein de fe mêler des-affaires publiques. Il leur envoya enfuite ,pour contrequarrer le Manifefte de M. Martin, un a£te dit Congrès ,&leur dit que ,s’ils vouloient le ligner ,ils feroient reçus comme amis ;mais qu’ils pouvoient s’attendre au traitement contraire ,s’ils refufoienr de le faire. Macdonald s’apperçut du danger où il étoir d’être entouré ;&,quittant foudainement fou pofte ,il s’efforça avec beaucoup d'habileté ,par des marches forcées ,&en paffant plufieurs rivières ,de fe retirer de ce mauvais pas. Les Américains le pourfuivirent néanmoins de It près ,&s’emparèrent des paffages avec tant de promptitude ,qu’il fe trouva àla fin dans la néceffité d’en venir aux mains avec le Colonel Cafwell ,qui ,avec un corps de milice &de Minute-men d’environ mille hommes ,avoir pris poffefîion d’une place appellée Moor'es-Creek - *9^ Hijlolre des Troubles 17l^' Bridge ,où il seroit retranché. Les Royaliftes étoient beaucoup fupérieurs en nombre ,ayant une armée d’environ deux mille combattans. Les Ecofiais commencèrent l’attaque avec leur impétuofité ordinaire ;mais Macleod ,leur fécond Commandant ,&quelques-uns des plus braves Officiers ,ayant été tués àla première décharge ,ils furent tout d’un coup découragés , &prirent la fuite avec précipitation ,abandonnant leur Général &leurs principaux Officiers , qui furent tous faits prifonniers. Cette victoire ne donna pas peu de vanité aux habitaus de la Caroline. Ils venoient de montrer qtie leur Colonie n’étoit pas fi foible qu’on fe l’imaginoit ,puifqu’en moins de dix jours, ils avoient été capables de lever plus de dix mille hommes; mais ce qui augmentait leur conten - tement, c’efi qu’avec une force inférieure, ils avoient défait des Européens ,qui avoient pour eux un fouverain mépris. Si ces gens -là n’avoient pas pris les armes avant l’arrivée des troupes d’Irlande ,il eft plus que probable qu’un pareil fonlèvement aurait pu réduire cette Colonie ;mais alors entièrement découragés ,leurs Chefs envoyés dans différentes prifons ,. &euxmêmes dépouillés de leurs armes ,&veillés de près ,ils ne purent par ha fuite ,être d’aucun fervice. de l’Amérique Anglaife. ZS>S> Le Congrès envoya ,au mois de Mars ,une i efcadre de cinq frégates ,fous la conduite de M. Hopkins ,aux ides de Bahama ,où il enleva l'artillerie &les provifious de guerre de la Providence ,la plus confidérable de ces ides. Il ne trouva pourtant point de poudre ,parce que le Gouverneur l’avoit fait tranfporcer àbord d'un petit vaideau la veille de fon débarquement. Il emmena le Gouverneur &plufieurs autres Officiers prifonniers. Il fit aufii plufieurs prifes dans fon retour ,&rencontra une frégate Anglaife , avec un allège ,qu’il attaqua. La frcgate sechappa avec peine ,après un long combat jmais l’allège fut pris. 1 Pendant ce tems-ià ,Mylord Dunmore croit toujours fur les côtes de la Virginie ,ou il refta pne grande partie de l’année, avec fes fugitifs. CerteColonie étant alors bien gardée, les mallieureuxquis’étoient mis fous faproteélton, mouroient prefque. de faim ,&foudroient d’ailleurs routes fortes de misères. La chaleur du climat ,le manque de bonne eau, la malpropreté, &la mauvaife odeur de ces petits vaideaux ,dans lefquels ils croient enrades ,occafionnèrent des fièvres putrides ,qui en emportèrent un grand nombre. Les nègres fur-tout, fouffrirent confidérablemenr de cette maladie. Enfin ,après diyerfes.. aventures ,après avoir été éludés de place -0Ê Hijloirc des 'Troubles 1776. d’autant plus qu’il n’y avoir pas de canons pour »=foutenir fes croupes. 11 ne reftoit plus alors au Chevalier Clinton qu’une feule refïource ,c’étoic d’attaquer la batterie qui étoic fur la pointe d’Haddrel ,en débarquant àtrois milles dc-là :c’eft pourquoi il demanda au Chef-d’efcadre quelques frégates pour favorifer cette attaque ,en coupant la communication entre cetce batterie &le corps de l’armée ennemie ;mais elles échouèrent toutes , en voulant fe rendre àleurs différens portes ;de forte que ce dernier moyen devint aullî impraticable. Le iS M. Parker ordonna l’attaque, &la galiote commença dès le matin àjetter des bombes dans le fort ,tandis que le refte de l’efcadre s’approchoit. Environ fur les onze heures ,les vaiffeaux de guerre le Briftol &l’Expériment ,les frégates l’ Active &la Solebay ,fe placèrent visà-vis du fort ,&commencèrent une furieufe canonnade. Le Sphynx ,l’Aétéon ,&la Syrène eurent ordre de prendre porte entre le bout de l’iile tk. Charles-Town ,en partie pour enfiler les ouvrages du fort ;en partie pour couper la communication entre l’ifle &le continent ,ce qui aurait conféquemment empêché la retraite de la garnifon ,&le partage du fecours qu’on aurait pu lui envoyer jen partie aurtx pour que les vailleaux de VAmérique Anglaife. 307 employés àl’attaque ne fuflfent nullement inter- 1 rompus ,foit par des brûlots ou autrement ;&en partie pour favorifer l’attaque du Chevalier Clinton fur la batterie d’Haddrel. Ce delfein ne réuflit cependant pas 5par la mal-adrefle des pilotes , qui firent échouer les frégates fur les bancs qui font dans la rivière. 11 efl vrai que le Sphynx &la Syrène fe dégagèrent avec beaucoup de difficulté ; mais il étoit trop tard ,&elles étoient d’ailleurs fi fort endommagées ,qu’elles ne purent être d'aucun fervice. L’Aétéou ne pouvant fe débarralfer fut brûlé le lendemain par l’équipage ,de peur que les provifions qui étoient àbord ne tombaflent entre les mains des ennemis. Le feu roulant de deux navires de cinquante canons ,&de deux frégates de vingt-huit, étoit capable d’ébranler la fermeté de l’ennemi le plus brave ,&d’intimider les foldats les plus aguerris. Cependant la garnifon du fort fe comporta avec beaucoup de courage ,&répondit à ce feu continuel ,par un feu qui 11’étoit pas moins terrible. Les matelots Anglais ,de la bravoure defquels on ne fauroit difputer, &qui portent même le courage jufqu’à la témérité ,ne furent nullement épouvantés de ce rugiflement d’artillerie qui les foudroyoit. Us relièrent fermes à leurs canons ,&firent feu avec autant de fangftoid ,que s’il 11’y avoir pas eu de danger dans le V4 -oS Ihjlôïre des Troubles 1776. feivice. En conféquence ,le carnage fai épouih—vanrable ,&les navires furent, pour-ainfi-dire, écrafés. Les cables du vailfeau du Chevalier Parker ayant été coupés par les boulets, il demeura durant quelque teins expofe atout le feu du fort ,de forte qu’il fut prefque mis en pièces. On dit même que le tillac fut une fois fi bien balayé ,qu’il ne reftoic plus que le Chefd’efeadre feul ,les autres étant ou tués ,ou emportés dans la cale ,pour yfaire panfer leurs blelTures. Le Capitaine ,dont le nom mérite d’être tranfmis àla poilérité àcaufe de fon courage ,M. Morris ,après avoir reçu plufieurs blelTures ,refufa de quitter fon polie, jufquace qu’il eût le bras emporté ;cet homme courageux mourut quelque rems apres. Le Capitaine de YExpériment perdit aufli un bras ,6c fut tellement bielle ,qu’on dcfel'péra d’abord de fa vie. Les fortifications du fort étant très-balles ,& Elites de terre &de palmetto ,ou palmier nain , l’artillerie Anglaife ne lïr pas autant d’impreffion quelle aurait dû faire. D’ailleurs on croit que les navires de guerre étaient mouillés àune trop grande diftance de la place ,pour pouvoir faire l’effet déliré. On dit pourtant que le feu cefla une fois pendant un teins confidérable ,de forte qu’on croyoit que le fort étoit abandonné ;mais de rAmériqut Ânglaife. 5»? les Américains difent de leur côté ,qu’il ne fut j jamais abandonné ,&que la caufe du filence de leurs batceries ,c’efl: qu’ils n’avoient plus de poudre ,&qu’ils furent obligés d’attendre qu’il leur en vînt du continent. Cette relation parole véritable ,&le feu des navires retarda encore davantage l’arrivée de cette poudre. L’aéïion continua jufqu’au foir j&,àdix heures ,le Chevalier voyant qu’il n’y avoit point d’efpoir de fuccès »retira fes vailfeaux ,après un combat d’environ neut heures. Le Brijïol eut cent onze hommes de tues &de blelfes ,Sc l’Expé riment foixante-dix-neuf. Les frégates fouffrirent moins ,parce que les Américains sattachoient aux gros vailfeaux. Le Colonel Moultrie ,qui commandoir dans le fort ,ainfi que toute la garnifon ,reçurent beaucoup de louanges du Général Lee ,&de leurs compatriotes ,àcaufe de leur courage. Au commencement de l’attaque ,le bâton du pavillon fut emporté par un boulet de canon ,le lieur Jafper ,fergent des Grenadiers ,fauta immédiatement fur la greve ,par une des embrafures ,releva le pavillon ,&remontant hardiment le parapet àtravers une grêle de boulets , l’attacha avec beaucoup de fang -froid ,àun autre bâton. Le Préfident de la Colonie ,nour récompenfer V1 '3 if lilfloirc des T'r ouïtes Ï776. fa bravoure ,lui fie préfent d’une épée le lende- *t~main de la bataille. Un autre -agent ,nommé Macdonald ,ayant été mortellement b1e(Te d’un coup de canon ,s’écria :»Je meurs pour unecaufe «bien glorieufc ;mais j’efper&cju’elle ne mourra «pas avec moi »Tous les héros dont l’hiitoiie nous fait mention ,pouvoient-ils avoir des fenrimens plus relevés ? de PAmérique Angïalje'. g11' CHAPITRE VII. LE Congrès étoic cependant occupe afonder les difpofitions du peuple ,&àle préparer ala déclaration d’indépendance. 11 avoir envoyé un Manifefte àtoutes les Colonies ,dans lequel il faifoir un détail des raifons qui rendraient neceffaire le projet de fupprimer entièrement l’autorité de la Grande-Bretagne. Il fit voir que les Colonies étoient exclues de la protection de la Couronne ,&que toutes les forces des Ides Britanniques ,aidées d’auxiliaires Allemands , étoient employées pour les détruire. C’eft pourquoi le 30 Mai ,il prit la refolutionfuivante :«Qu’il foit recommandé aux Al- »femblées refpeétives ,&aux Conventions des- »Etats-Unis ,où il n’y apoint encore de Gouvernement fuffifant d’établi pour tranfiger les affai- «res , d’adopter la forme de Gouvernement qui «pourra ,fuivant l’opinion des Repréfentans du «peuple, le plus contribuer au bonheur &àla «sûreté de leurs Conftituans en particulier ,&de »toute l’Amérique en général ». Il nomma auili un Comité de trois perfonnes pour préparer un préambule àla réfolution crdeifus ,&MM. John Adams ,Rutledge ,& V4 31iïïiftoirc dii Troubles 177(3. R. H. Lee ,furent choifis Membres de c® Conriré. En conféqiiein'è ,le 15 du même mois ,le Congrès Général japrès avoir conliuéré l’efcjiiilTe du tambuie qui avoir été taie parle Comité ,y donna !' eonfüntement. Ce préambule étoit conçu en cos termes : »Comme Sa Majefté Britannique ,de concert ))avec les Prs &ies Communes de la Grande- 3J Bretagne ,aspar un acte du Parlement, exclu 33 les habituas des Etats-Unis de la protection de mit Couronne ,&comme elle n’a point lait de v(vernie aux humbles requêtes des Colonies ail 1» fujrt de-, griefdont elles fe plaignent ,&àla vuen: mde qu'elies font de fe réconcilier avec la *3 Grande Bretagne ,&qu’il 11’y apas lien de croire 33 q;t'le veuille en faire ;mais qu’au contraire , *3 toutes les forces de l’Empire, aidées ds mercé- 33 naires ALematfis ,font employées pour la ruine 33 du Loin peuple de ces Colonies ;&comme ilpa- 33 rok abfolunrent incompatible àla droite rai Ion , 33 &dux confciences des habiransde ces Colonies , 33- de -prêter ferment ,ou de faire des promelfes «de fourenir- 4ëGouvernement ’de la- Grande* s» Bretagne, &qü’il'oft néceflâire que tout exet> ïrcîcë dautorité ;lotis ledit Gouvernement:, foie H'edtièrement 'fiipprimé 5 '8c' que ‘-'le Guitverne- «ment fous l’autorité du peuple dé ces Coin- de TAmérique Anglaife. 31î „n;es sfa(Te tous fes efforts pour la couférvacion 1776. „de la paix aadedans ,de la vertu &àa bon ==*= »ordre ,ainfi que pour la defenfe de fa vie ,de „fa liberté ,&de fes biens contre les hoftilités , »les invafious ,le pillage ,&les cruautés de fes »ennemis ,nous avons réfol ti qu’il foit recom- »mandé ,&rc. » Il ordonna enfuite que le préambule ,&la réfolurion du 1ofuffenc publiés. La Penfylvanie &Maryland s’opposèrent cependant fortement àcette publication ;&quoique ces Provinces defiraffent avec ardeur le foulagement de leurs maux, elles ne pouvoient penfer fans horreur àrompre entièrement avec l’Angleterre. Leurs Députés déclarèrent que la réfolution d’indépendance étoit une affaire de trop grande importance pour qu’ils décidaient finalement fur ce fujec ,&demandèrent permiffion de confulter leurs Conftituans. Ceux qui s’oppofoient àl’indépendante ,difoient que la réparation de la Grande-Bretagne ferait accompagnée de bien des inconvéniens tils s’éfforçoient de prouver la néceffité d’un Souverain commun pour gouverner tant de petites Républiques ,qui n’etoient pas fouvent d’accord éntr’élles. Us faifoiént voir d’ailleurs les avantages politiques qu’il yavoir àtirer de l’ancienne union. *. Les autres ,de leur côte ,foiitenoient que la 3 1 4Wftoin des Troubles n77 ^ liberté étoit le premier bien ,&que fans elle tous les autres avantages n’étoient d’aucune valeur. Ils demandoient ce qu’ils avoient àefpérer s’ils fe foumettoient àune grande armée compofée d’étrangers ,d’Anglais ,de Sauvages , &même de leurs propres efclaves yils ajoutoient ,qu’au moment où ils fe foumettroienr ils feraient àla merci de leurs ennemis. Pourquoi ,continuoient -ils ,avons -nous pris les armes ?Si c’eft pour conferver nocre liberté ,les mettre bas avant derre parvenus àce but , c’efl: avouer que notre première ré fi flance à la tyrannie du Miniftère étoit une rébellion fans caufe. Que nous offre-t-on aujourd’hui ?Quelle fatisfaétion nous donne-t-on ?On nous promet de nous pardonner ,&voilà tour. Avons-nous donc rélifté au pouvoir du defpotifme ,pour en obtenir pardon? Avons-nous pu, dans le principe, être coupables d’une pareille abfurdité ,ou avons-nous àpréfent ia lâcheté de nous foumettre àde telles conditions ?Qu’avons-nous donc afrire ,lî la Grande-Bretagne eft fourde atoutes nos prières ,&fi elle nous abandonne au pillage, àmoins que nous ne devenions fes efclaves? Comment obtiendrons-nous l’objet de notre réfiftance ?Par la guerre -feulement ,répondoient-ils jil n’y aque la, .guerre qui puifte conferver nos privilèges. Mais ,ajoutoient-ils. de l'Amérique Anglalfe.?iS tant que nous reconnoîtrons les prétentions de 1776. la Grande-Bretagne ,nos Confeils &c nos Gc- =- néraux manqueront dautorité }la guerre que nous ferons fera conféquemment irrégulière , foible ,&fans la moindre apparence de fucces j nous donnerons des ordres que perfonne ne fêta tenu d’obéir jil fe formera des confpirations & des rebellions ,que perfonne naura droit de punir 5d’ailleurs tant que nous nous regarderons comme fujets ,aucune Puiffance étrangère ne nous donnera du fecours contre les machinations de l’Angleterre &de fes Allies. Ce neft pas nous, continuoient-ils ,qui rompons l’union j elle eft déjà rompue par un aéte du Parlement Britannique, &,ainlî abandonnes, toutes les loix divines &humaines non-feulement permettent, mais même exigent que nous choififfions les moyens les plus propres ànotre fureté. Le 2.0 ,les Membres du Congrès s’afTemblèrent en Comité ,pour examiner encore une fois l’état des Colonies jmais il n’y eut rien de déterminé. Ils prirent néanmoins plufieurs réfolutions au fujet des fonds publics ,&du paiement des dettes de l’Etar. Enfin ,apres differens débats &différens .ajournemens ,un Comité de toute la Chambre en vint ,1e10 Juin ,a cette déclaration ,«que ces Colonies-Unies font »& ont droit d’être des Etats libres de indepen- }iz Eijloire des Troubles 177 6. milice fans expérience, &peu difciplinée ,qui “avoir cté levée àla hâte; qu’elles manquaient cl Officiers expérimentes ,&que les munitions n’étoient pas fore abondantes. Le Général &l’Amiral croient auflî Comniiffaires pour rétablir la paix ,&avoient le pouvoir d’accorder des pardons àceux qui mérite - roient la faveur du Roi jde forte que d’une main ils portoienr l’olivier, &de l’autre le fer &le feu. Le Chevalier Hovve ,après avoir relié deux mois àHalifax ,en attendant les fecours d’Angleterre ,commença às'impatienter. Il eft vrai que fa ficuation n’étoit pas agréable. Il fe trouvoit dans un pays peu capable de lui fournir les provisions donc il avoit befoin ,&où il n’y avoir pas même de place pour loger les foldacs; car ces derniers relièrent àbord pendant tout ce tems-là. C’eft pourquoi ,fans attendre l’arrivée de fon frère ,&des renforts qu’il lui amenoic, il partit d’Halifax avec l’Amiral Shuldam ,8c route la flotte ,le i.o Juin ,8c arriva vers, la fin du mois àSandy-Hook. Ce promontoire eft fitué àl’entrée de ce confluent de criques, de rades 8c de baies ,formé par les jfles 'de la Nouvelle-York, des fitats, &de L(mg»IJland „ par le continent des deux côtés, &parla rivière Rareton ,8c celle du Nord ou d’Hudfou. Dans leur partage ,iis furent joints par fis de l'Amérique Anglaife. 323 bateaux de tranfport ,chargés de montagnards 1776. Ecoflais ,qui avoient été féparés de la grande flotte de Myiord Howe :d’autres tombèrent cependant entre les mains des corfaires Américains ,qui prirent quatre cens cinquante foldats dans différens navires. *Le Chevalier trouva l’ifle de la Nouvelle-York extrêmement bien fortiiiée, &défendue par une artillerie formidable dans les endroits où il étoîc poilible de débarquer. L’étendue de Long-ÏJlani ne permettoit pas qu’elle fut fi bien gardée 3 mais elle étoit néanmoins en état de défenfe , &il yavoir un camp àl’extrémité la plus voilure de la Nouvelle-York. Les Colons avoient, outre cela ,élevé des ouvrages fur les endroits les plus acceflibles de la côte ,&pris pofTeffion de tous les partages qu’il yavait dans fille. L’ifle des Etats, ou St uen-IJland ,étant de moindre importance, les Américains n’y avoient pas fait attention. Le Général jugea àpropos d’y débarquer pour attendre fon frère 3ce qu’il fit fans oppofition ,àla grande fatisfa&ion de Ceux des habitans qui étoient du parti du Gouvernement ,qui avoient beaucoup foijffért Acatife de leur loyauté. Les troupes furent diftribuées dans les villages ,où elles trouvèrent abondance de rafraïchiflemens ,chofe dont elles avoient befoin. ASandy’rHook ,le Gouverneur Tryon -a voit X2 324Hijloire des Troubles 177 joint le Chevalier avec plulieurs perfonnes qui setoienc réfugiées avec lui àbord d*un vaifieau, &l’avoir informé de l'état &de la difpolition de la province ,ainiî que des forces de l’ennemi. AStaten-ljland,il fut aullî joint par environ foixante Royaliftes de la Nouveüe-Jerfey , qui vinrent pour prendre les armes en faveur du Gouvernement. Il incorpora ,outre cela , deux cens miliciens dans cette petite ifle ,ce qui donna lieu de croire que ,lorfque l’armée ferait en état de marcher dans le pays pour protéger les fujets bien affectionnés ,le nombre de ceux qui la joindraient ferait fi grand ,qu’il ferait impoflible aux Républicains de réfifter. Cette efperance fut néanmoins trompée, comme nous le verrons dans la fuite. L’Amiral Howe parut devant Halifax, environ quinze jours après le départ de fon frère. Il fît aufli -tôt voile pour Staten-Ijland 3où il arriva le i,4 Juillet. Son premier foin fut d’envoyer àterre une lettre circulaire ,adrefféeàtous les anciens (Gouverneurs des Colonies ,dans laquelle il les informoit des pouvoirs dont il étoit revêtu ,&les prioit de les tendre aufli, publics qu’il étbiqpodible pour l'information'. du, peuple. Cette lettre contenait aufli une déclaration , par laquelle il inftruifoit les Colons que le Gouvernement -l’avoit autorifé, aiufi que fon frère , de VAmérique Anglaife. $ij daccorder des pardons àceux qui,- ayant oublié 1776. leur fidélité ,s’étoient joints avec les fujets rebelles de Sa Majefté Britannique ,pourvu qu’ils renrraflent dans le devoir. Dans cette déclaration il montroit, outre cela, le droit qu’il avoit de donner la paix àtelle ou telle colonie ,province ,ville ,ou autre place, qui reconnoîtroit fon erreur 5&qu’en conféquence elle cefTetoit d’être fujette aux derniers aétésdu Parlement. II prometroit auffi d’avoir beaucoup d’égards pour les perfonnes qui contribueroient àrétablir la tranquillité publique. Ces papiers ayant été envoyés au Congrès par M. Washington, furent auffitôt publiés dans tous les Papiers de nouvelles, avec une préface de cette Alfèmblée. Dans cette préface, il eft dit , que la déclaration des Commiffaires aété publiée ,afin de faire voir au Peuple des Etats- Unis la nature de leur commiffion ,&les termes de réconciliation ,dans l’attente defquels il avoit fi long-tems été anurfé par la Cour de Londres ; que le petit nombre qui avoit encore quelque efpérance dans la juftice &la modération de cette Cour ,pouvoir alors être convaincu qu’il n’y avoit que la valeur des Américains qui fût capable de conferver leur liberté. Mylord Howe envoya ,outre cela, plufieurs lettres àterre ,&eutr’autres une ,adreflee a X3 326 Hiftoire des Troubles \-j-j 6.G Washington ,Ecuyer ,que ce Général ^refufa de recevoir ,parce qu’on ne faifoit pas mention du rang qu’il tenoit dans le fervice des Etats-Unis. Le Congrès approuva hautement cette conduite ,&ordonna qu’à l’avenir leurs Officiers ne reçurent aucune lettre , ou autres papiers des ennemis ,àmoins que l’adrefle ne lit mention de leur qualités. Ala fin M. Paterfon ,Aicle .Major-Général , fut envoyé àla Nouvelle-York par le Chevalier Kowe, avec une lettre adrefîeeà G. Washington, O3 Ecuyer ,&c. &c. &c. Ce Général le reçue avec la plus grande politelïe,& ne voulut pas même qu’on lui bandât les yeux pour palier par les fortifications, comme cela s’obferve d’ordinaire. M. Paterfon lui dir que les deux Coinmilfaires étoient extrêmement fâchés des difficultés qui s’étoient élevées ail fujec de l’adrelfe d'une lettre ,l’aifura qu’ils avoient beaucoup d’eftime pour fa perfonne, &qu’ils n’a voient pas deffiein de manquer au refpeét dû àfon rang •il ajoura qu’il efpéroit que les &entera ne laifferoieuc plus aucun empêchement àleur correfpondance. M. Washington répliqua qu’une lettre adrelfée àune perfonne en place au fujet des affaires publiques ,devoir indiquer fa qualité, qu’aurrement on pourroir la regarder comme une lettre particulière ;qu’il croit vrai que les &utera renfermaient tout , de l’Amérique Anglaife.317 mais qu’on pouvoir auffi les interpréter de la I77^j manière qu’on vouloir ,&qu’il ne recevrait pas — une lettre qui lui étoit adreffée comme àun particulier, touchant les affaires de l’Etat. lis eurent enfuite une longue conférence au fujet des prifonniers de part &d’autre ,&des plaintes réciproques qui avoient été faîtes de leur mauvais traitement. L’Aide-Major- Général parla auffi de l’étendue des pouvoirs des deux frèées , &témoigna qu’ils feraient trcs-charmés de rétablir l’harmonie. Il dit enfuite qu’il efpéroit que cette vilxte ferait le premier pas vers la paix. On lui fit réponfe ,entre autres chofes ,qu’il paroiffoit que l’autorité des Commiffaires ne s’écendoit qu’à accorder des pardons ;que ceux qui n’avoient point commis de crime ,n’avoient pas befoin de pardon ,&que les Colons nefaifoient que défendre des droits inconteftables. Le Général reçut M. Paterfon avec toute la parade militaire ,&la plus grande politeffe fut obfervéede part &d’autre. Quelque tems avant l’arrivée de la flotte ,les Républicains avoient découvert des complots àla Nouvelle- York &àAlbany ,en faveur du Gouvernement Britannique. Il yeut plufieurs exécutions àce fujet :un grand nombre des confpirateurs fut mis en prifon ;&d’autres ,abandonnant leurs maifons ,dans la crainte d’être X4 3i S Hijlûin des Troubles 1776’ punis jfurent condamnés comme ennemis de leur ==s patrie ,&leurs biens furent confifqués. La déclaration d’indépendance avoir alors été publiée clans toutes les Colonies ,&on l’avoit reçue avec les plus grandes démonllra rions de joie. Tant de confiance àla veille d’une invafion ,marquoit ,ou beaucoup de préemption ,ou une connoiffance parfaite des relTources du pays ,ou une certitude de recevoir du fecours des Puiffances étrangères. La première divifion d’Hellois &des troupes Anglaifes lit voile pour Halifax ,de même que Mylord Howe ,ignorant le départ du Chevalier. Par ce moyen ,le mois d’Août éroit confîdétablement avancé ,avant qu’elle arrivât à Statenîjland. Les deux frères furent joints àpeu-près dans le même-tems par le Chevalier Parker &le Général Clinton ,&par plusieurs autres Rcgimens ,venant de la Floride &des Antilles. Toutes les forces étant alors raffemblées ,excepté la moitié des HefTois ,que l’on n’attendoit pas de û-tôt ,il fut réfolu d’attaquer Long - JJland ;cetce entreprife parodiant plus pratiquable qu’une attaque fur la Nouvelle-York ,8c cette ifle étant capable par elle-même de faire fubhiler une armée. La flotte ayant pris des mefures nécefîaires de l’Amérique Anglaife. ;19 pour 'couvrir la defcente ,l’armée débarqua le 1 2?. Août ,fans oppofition ,auprès d’Utrecht & de Gravefend au Sud-Oued: de l’ide ,&près de la partie la plus étroite du canal qui la fépare de StatenJJland. Le Général Putnam étoit alors campé àune place appellée Brook-Lyn jfur la côte fepreutrionale ,ayant àgauche ce qu’ils appellent la Rivière de l’Eft ,qui fépare Long- 1 flan d de la Nouvelle-York ;àfa droite un terrein marécageux, qui s’étendoit jufqu’à Gowan’s-Cove ,& derrière lui la Baie &l’ifle du Gouverneur (Governor’s-lfland). Ses ouvrages mefuroient la largeur d’une petite prefqu’ille. Les armées étoient féparées par une chaîne de montagnes couvertes de bois ,qui prennent de l’Orient à l’Occident ,&font appellées par les gens du pays ,les Hauteurs de Guana. Pour aller droit àl’ennemi ,les Anglais étoient obligés de pafler par un village nommé Fiat-Bush où commençoient ces montagnes ,&: près duquel étoit un paflàge des plus importans. Dans fa marche, l’armée avoir la côte feprentrionale de l’ifle àfa gauche ,la méridionale àfa droite ,&Flat-Busfi étoit prefque au centre. M. Putnam avoit envoyé plufieurs détachemens fur les hauteurs , pour garder les paflages \&,fi les Officiers employés àce fervice ,avoient été habiles & 33° Hijloire des Troubles. 171 6•vigilans ,il auroit été très -difficile aux Anglais de pénétrer, L’aîle gauche ,qui setendoit jufqu ala côte , étoit commandée par le Général Grant ;les Heffois ,aux ordres du Général Heifter ,croient au centre $(k le gros de l’armée ,fous le commandement de M. Clinton }de Mylord Percy , &c de Mylord Cormvallis ,tournant àdroite , s’avança fur la côte méridionale ,jufqu’à un endroit qu’on appelle Fiat-Land. Tout étant préparé pour forcer les hauteurs , &marcher vers les lignes de l’ennemi, M. Clinron ,àla tète de l’avant-garde ,qui étoit compofée de l'infanterie légère ,des grenadiers, &c des chevaux légers, &Mylord Cornwallis ,avec le corps de réferve ,foutenu de quatorze pièces de canon ,commencèrent leur marche le 16 au foir ;&,après avoir paffé par cette partie du pays qu’on appelle les New-Lots 3arrivèrent fur le grand-chemin de Bedford àla Jamaïque ,qui croife les montagnes ,où ,tournant àgauche vers la première de ces places ,ils prirent poflelîion d’un palfage important ,qui ,par la négligence des Généraux Américains ,n’étoit pas gardé. Mylord Percy ,avec le grq^ de l’armée ,&dix pièces de campagne ,fuivoit l’avant -garde à une certaine diftance 3&le chemin étant ainfi ouvert ,toutes les troupes payèrent les hauteurs de rAmérique Anglâlfe. Î3 1 fans brait &filas oppofition ,&defcendireht par l77^f la ville de Bedford dans le plat pays ,qui étoit entre les montagnes &les lignes du General Putnam. L’adion commença de bonne heure le matin du 17 àFiat-Bush ,où étoient les HefTois, &. fur la côte feptentrionale, où commandoit M. Grant. 11 yeut pendant quelques heures un feu continuel d’artillerie &de moufqueteriebien foutenu départ &d’autre. En mème-tems les vaiffeaux firent plusieurs mouvemens àla gauche ,&attaquèrent une batterie àRed-Hook ,non-feulement pour attirer Pattention de l’aîle droite de l’armée des Américains ,qui étoit engagée avec le Général Grant , mais pour les empêcher de s’appercevoir du danger où eroit leur gauche &leur arrière-garde. Ceux qui étoient oppofés aux HefTois furent les premiers informés de la marche de 1armee Anglaife ,&conféquemment du danger où ils fe trouvoient d’être entoures. Ceft pourquoi ris commencèrent àfe retirer en bon ordre avec leur artillerie, afin de regagner leur camp; mais il croit déjà trop tard ;ils furent interceptés par les Anglais ,qui les attaquèrent avec furie ,&les firent retourner dans les bois ,ou ils retrouvèrent les HelTois ,&furent tantôt chaffés par l’infanterie légère ,&tantôt par les dragons. Dans ces circonfhnccs dcfefpérées ,entourés de prefque toute 538 Hijloiie des Troubles G- „de confulter avec qui bon lui femblera ,8c »d’informer enfuite les Miniftres du réfultat de «ces conférences ,qui ,pourvu que les Colonies „fe foumecrent ,pourront faire ou ne pas faire , „félon qu’ils jugeront àpropos ,des changemens „dans les inftruclions qu’ils ont données au diffé- „rens Gouverneurs ,ou propofer au Parlement la „révocation des aétes dont on fe plaint jvotre „Comité acru que les effets d’un tel pouvoir „font trop précaires pour que l’Amérique puiffe «compter là-defTus ,fi même elle étoit encore „dans fon état de dépendance ». Il n’y eut plus alors d’elpoir de réconciliation , &les deux frères pouffèrent la guerre avec vigueur. L’armée Royale n’étant plus féparée de la Nouvelle-York que parla rivière de l’Eft ,les troupes croient impatientes de la traverfer. Elles fe portèrent enconféquence le long de la côte, &élevèrent des batteries pour répondre àcelles des Républicains. Une flotte de plus de trois cens voiles ,ycompris les tranfports ,couvrait la furface des eaux ,tandis que les vaifleaux de guerre tournant autour de l’ifle ,la menaçoient de tous côtés ,&étoient continuellement engagés avec quelques-unes des batteries qui la défendoient. Les petites ifles ,qui font entre les deux rivages ,étoient des objets perpétuels de conteftation ,jufqua ce qu’enfii* dz VAmérique Anglùfe. ?39 les Royaliftes ,àl’aide des vailîeaux &d’une i artillerie bien fervie ,s’emparèrent de celles qui croient néceflaires àleurs opérations futures. Ainfi il yeut pendant pluiieurs jours une furieufe canonnade ,de lotte que les Républicains ,qui venoient d’échapper au plus grand danger ,eurent àpeine le rems de revenir de leurs appréhenfions. Tout étant enfin prêt pour une defcente ,les vailfeaux de guerre firent plufieurs mouvemens dans la rivière du Nord ,pour attirer l’attention de l’ennemi de ce côté-là. D’autres endroits étoient également menacés ,&les Américains fe trouvoient dans la plus grande incertitude de la place que l’on avoit deflein d’attaquer. Comme les Anglais s’étoient emparés de Tille de Montrefor ,près d’Hell-Gau (ou Porte d’Enfer ),8c y avoient élevé une batterie, pour en faire taire une que les Républicains avoient àHoarn s-Hook jil paroilfoit qu’ils avoient delfein de débarquer de ce côté-là ,environ au centre de Tille de la Nouvelle-York. ïi (Le a5Septembre.) Pendant que les Américains étoient dans cette incertitude ,la première divifion de l’armée ,fous le commandement" de MM. Clinton ,Cornwallis ,Vaughan ,Leflie & Donop ,s’embarqua dans la baie de New-Fown , j40 Ilijloire des Troubles 1776. qui s’enfonce fort avant dans Long-IJland, où elle ne pouvoit point être vue de l’ennemi. Ces Officiers ayant enfuite la protection de cinq vailfeaux de guerre ,quand ils entrèrent dans la rivière , s’avancèrent vers la baie de Kepp ,où étant moins attendus que dans aucune autre place ,les préparatifs netoient point fi confidérâbles pour s’oppofer àleur defcente. Il yavoir néanmoins des for* tilîcations &des troupes ;mais le feu continuel des navires leur fit bientôt abandonner leurs ouvrages j&les Anglais débarquèrent fans oppofitioii. Les Américains quittèrent auffi-tôt la ville capitale &leurs poftes de ce côté-la ,&fe retirèrent vers la partie feptentrionale ,où étoit leur principale force. Ils abandonnèrent quelques pièces d’artillerie, un peu de provifions &de bagage. Il yeut différentes efcarmouches ,dans lesquelles ils eurent plufieurs hommes de tués &de faits priibnniers. Leur conduite fit voir qu’ils n’avoient pas encore oublié leur dernier échec’, & leurs gazettes mêmes avouèrent que plufieurs régimens s’étoient mal comportés. Les Anglais prirent alors polfeffion de New- York (1),&campèrent vers le centre de (1) La province de la Nouvelle-York eft en partie fur de l'Amérique Angtaifc. ,r3! 4'1 l’iüe ,ayant leur droite àHoarns- Hook vers la rivière de l’Eft ,&leur gauche près de-Æ/oo- .1 ming -Baie vers la rivière du Nord ,occupant de cette manière toute la largeur de lifle , qui eft d’environ une demi-lieue. Sa longueur eft de cinq lieues &un quart. Les Américains' etoierit bien fortifiés àla partie fepcentrionale de la Nouvelle-York ,où ils avoienc élevé des Ouvragés confidérables ,fur -tout àKing's-Bndge (Pont- Royal) ,par le moyen defquels ils gardoiént lent communication ouverte avec le continent, ou il yavoit auflî des fortifications :redoutables ,de forte que ce paflage patoifloit atoute epieuve. Leurs premières lignes étoient fur les hauteurs d’Harlem. Le paflage de Macgowan &les hauteurs de Morris 3étoient entr elles &King s- Bridge ,&pouvoient être défendues contre une force fupérieure. Dans cette pofition des deux armées,.les efcarmouches furent fréquentes ,& quelques petits fuccès de la part des Colons le continent ,&en partie compofée d’ifles ,dont la plus confidérable s'appelle la Nouvelle-York. La capitale de cette iflc porte auflî le même nom ;c'eft pourquoi ,pour empêcher que l’ifle ne fût confondue avec-la capitale ,flous avons jugé àpropos d’appcller cette dernière comme les Anglais, New-York. 34i JUJloire des Troubles 177^* les firent peu-à-peu recouvrer leur première con- 'fiance. Le 10 Septembre ,environ cinq jours après que le Chevalier Hove fe fut rendu maître de Neiv-York ,quelques incendiaires ,qui étoient reftés exprès dans la ville ,profitant d’un tems fec &d’un vent frais ,ymirent le feu en plu— fieurs endroits àminuit ,afin qu’elle ne fut d’aucune utilité aux vainqueurs Près d’un tiers de cette belle ville fut réduit en cendres; elle auroit été entièrement confumée ,fans la promptitude avec laquelle les Soldats &les Matelots lui portèrent du fecours. Plufieurs dçs malheureux , que l’enthoufiafme de la liberté avoir excité àcette adtion ,ayant été découverts ,furent jettés dans les flammes qu’ils avoient allumées. Le Général voyant qu’il étoit très-dangereux d’attaquer les Américains du côté de la Nouvelie- York ,forma enfin un plan d’opérations pour les obliger àquitter leurpofition ,ou pour les mettre dans le plus grand danger ,s’ils s’obftiuoient à la garder. Il fit embarquer le 1 1 O&obre la plus grande partie de l’armée dans des bateaux plats , ôc entreprit de la faire pafler par Hcll-Gate ,paffage qui forme une communication avec la rivière de l’Eft ,qu’on appelle le Sound }&qui eft extrêmement dangereux ;mais qui lui réufiit. Les de VAmérique Ariglaïfe. 343 troupes débarquèrent àFrog’s-Neckjpres de W^ejl- i77^» Cliejler 3ville fituée fur cette partie du continent de la Nouvelle-York ,qui joint àla province de Conneéticur. Mylord Percy refta avec trois brigades dans les lignes d’Harlem ,pour couvrir New-York. Plufieurs Officiers expérimentés penfent que M. Washington devoit alors l’attaquer ,&qu’il fît une grande faute en manquant cette occafion. Il faut obferver cependant que la flotte qui entourait cette petite ille ,qui n’a qu’une demi-lieue de large , aurait été capable de protéger les Anglais-, Cette flotte leur fut de la plus grande utilité dans le cours de cette campagne ,&contribua plus qu’autre chofe au fuccès de leurs opérations. L’armée fut obligée de refter quelques jours i Frog’s-Neck ,pour attendre l’arrivée des provifions ,&d’un renfort que l’on tirait de Staten- JJland.Elle marcha enfuite par Pelham s-Manor, àla Nouvelle-Rochelle ,qui eft fituée fur la côte du Sound. Le Chevalier fut ici joint par quelques chevaux-légers ,venant d’Irlande ,par la fécondé drvifion d’Heflois ,commandée par le Général Knyphaufen ,&par un régiment de Waldeckers. *Le but de cette expédition étoit de couper k communication entre le Général Washington Y4 544 Hijloire des Troubles. *77 ^. &les Colonies qui font àl’Eft ;&fi ,cette mavnœuvre n’étoit pas capable de l’engager àune bataille ,de l’enfermer dans fes fortifications ,à l’extrémité feptentrionale de la Nouvelle-York. Les Royaliftes étoienc déjà maîtres de la grande route du Conneéticut &de Bofton ,fur la côte j mais pour gagner l’autre, il falloir s’avancer vers les Whüe-Plains ,montagnes remplies de pierres , qui conduifent àun pays encore plus efcarpé ,& plus difficile. Il fut néanmoins réfolu de marcher , &on laiffia les Hefibis àla Nouvelle-Rochelle , avec le Régiment de Waldeck, afin deconferver les communications ,&de recevoir les provifions qu’on yattendoit. M. Washington s’apperçut du danger où il alloit fe trouver. Il vit bien que ,s'il conrinuoit dans fa pofition ,il feroir àla fin forcé de confier le fort de l’Amérique àl’évènement incertain d’une bataille. Il avoir d’ailleurs tout lieu d’appréhender une défaite ,&,en ce cas ,il n’y avoit plus de retraite. Ses troupes étoienc en fort mauvais état ,&découragées :le manque de fel &d’autres provifions, joint àla févérité du fervice ,avoit caufé beaucoup de maladies. Il fit donc un grand mouvement ,&forma une ligne de petits camps détaches ,qui occupoient toutes les hauteurs > detmis lacolline de Valentiue> ,'qifi eft auprès de Kings-Bridgej jufqu’aux ÏFhae- Plains ,&juf- de l’Amérique Anglaife. J45 qu’à l’aûtre grande route du Conneéticat. Dans 177^* cette pôfition ,il faifoit face àtoute la ligne de l’armée ennemie ,ayant devant lui la rivière de Brun* ,8c, 1quelque diftance parderrière 5celle du Nord. Par ce moyen ,le chemin étott ouvert pour faire palier fon bagage &fes provifions , dans le pays élevé. Il lailTa garnifon 'dans le fort Washington ,dans les lignes d’Harlem ,&a King’s-Bridge. Cette pofition fit que le Chevalier Howe savança avec beaucoup de précaution ,&fort lentement. Cela n’empêcha pas cependant que plufieuts partis Américains ne paffalTent la ri- •vière de Brunx ,afin de le halrallèr dans fa marche. Lorfque les Anglais furent près des Whlte- Plains , les Colons quittèrent leurs Camps détachés ,&joignirent leur gauche ,qui étôiqfur ces hauteurs ,où ils campèrent en face des Oniie-. mis. ' ': Le aSOétobre ,tout étant préparé pour engager M. Washington à-u ne bataille, 1armée Anglaise marcha de grand matin en deux Colonnes vers les Whitc-Plains. Sur les onze heures les troupes légères iSc les chalîéurs Heficus 5ayant •obligé les polies avancés des ennemis de regagner .leurs lignes ,l’armée fe forma ,ayant fur fa droite la route de Mamoroneçk ,àenviron un quart de 34^ MJloire des Troubles .T--.1 ^eue du centre, &fa gauche vers la rivière de Brunx ,a-peu-près àla même diftance du camp. Des partis Américains étoient en poffelTion d’un pofte avantageux ,féparc de leur grande armée par la rivière de Brunx ,&qui en couvrent la droite. Ceux qui occupoienr ce pofte avoient aufli de front cette même rivière ,qui , par le moyen d’un détour ,les défendoit de la gauche de l’armée Anglaife. Comme ce pofte étoitde la dernière importance au Général Howe pour attaquer les ennemis en flanc ,il détacha M. Leflie ,àla tête d’une brigade ,&le Colonel Donop avec les grenadiers HelTois ,pour les déloger. Avant cette attaque le Colonel Rail avoit reçu ordre de palier la Brunx avec un corps d’Heffois ,&de prendre une pofirion d’où il pût incommoder les ennemis en flanc ,tandis qu’ils feraient engagés avec les autres troupes ,dont nous avons parlé. Ceux-ci ,après avoir pafl'é la riviefe' avec difficulté ,fe formèrent fous le feu des Américains ,montèrent enfuite àleurs retranchemens ,&les chaflerent de leurs our. vrages. Ce combat continua neanmoins jufqu’au fuir , 8c ne fut pas mal foutenu de la part des Républicains. Ce pofte étant gagné ,les grenadiers Heflbis eurent ordre de s’avancer fur les hauteurs de /’ Amérique Anglaife, 547 àune portée de canon des retranchemens des *77^* Américains ,&deux autres brigades campèrent derrière eux pour les foutenir. La droite &le centre de l’armée gardèrent le terrein où les troupes s’étoient formées. Dans cette pofition , elles palpèrent la nuit dans l’intention d’attaquer les retranchemens de l’ennemi le lendemain marin. 'ï Anffi tôt que le jour parut, on découvrit que M. Washington avoir reculé fou camp pendant ja nuit ,&en avoir conhdcrablement fortifié les lignes. Cela fut caufe qu’on différa l’attaque ,& qu’on attendit des renforts. Lorsqu'ils furent arrivés ,le Chevalier Howe fe prépara encore une fois àattaquer l’ennemi ,le dernier, jour du mois d’Oétobre de grand matin ;mais une pluie continuelle ,qui tomba durant toute la nuit &toute la matinée ,empêcha que ce dédain ne fût mis eii exécution. De fon côté le Général Américàin ,qui n’avoit nullement deflein de rifquer une bataille, tant qu’il ferait poflible de l’éviter, &qui, comme un autre Fabius ,regardoit les délais comme autant de victoires ;qui favoit d’ailleurs que les efcarmouchesjdans lefquelles il n’avoit rien àcraindre, étoient plus propres à, aguerrir fes foldats qu’une aétion générale ,dans laquelle il pouvoir tout perdre ,décampa la nuit du xNovembre ,après j54 Hijloïre des Troubles fondé fur les principes qui lui paroîcront les plus convenables àfa sûreté &àûtfélicité. La prudence nous dit ,àla vérité ,qu’on ne doit pas changer, pour des caufes légères &paftagères, des Gouvernemens qui ont été long-rems établis; &l’expérience même nous démontre , que les hommes font plutôt difpofés àfouffrir tant que les maux font fupportables ,que de fe faire juftice ,en abolifiant les formes de Gouvernement auxquelles ils font accoutumés ;mais quand une longue fuite d’abus &d’ufurpations, tendant invariablement au même but ,prouve que l’on adetfein de les réduire fous un pouvoir defpotique ,c’eft leur droit ,ii eft même de leur devoir ,de rejetter un pareil Gouvernement ,&de créer de nouveaux gardiens de leur sûreté. Tels ont été les maux de ces Colonies, telle aété leur patience ,&telle eft àprefent la nécellité qui les oblige àchanger leur ancienne forme de Gouvernement. L’h ftoire du préfent Roi de la Grande-Bretagne ,eft une hiftoire d’injures répétées ,de d’ufurpations qui ont toutes pour objet de réduire ces Provinces fous le Gouvernement le plus defpotique. Pour preuve de ce que nous avançons ,qu’un monde impartial examine les faits fuivans : 11 arèfiîfé de donner fon confentement aux de FAmérique Anglaife. j55 lois les plus falutaires &les plus néceflaires au bien public. ïl adéfendu àfes Gouverneurs de palier des loix dont la néceffité étoic des plus prenantes , dmoins qu’ils n’euffent auparavant obtenu fon confentement ,de forte que les affaires font demeurées en fufpens ,&durant cette fufpenfion il les aentièrement négligées. OO Il arefufé de palier d’autres loix pour le bienêtre de différentes grandes Provinces ,àmoins que leurs habitans ne renonçai! eut au droit de représentation dans la légijlature ;droit ineftimable ,&qui n’eft formidable qu’aux tyrans. Il aconvoqué des Corps légiflatifs dans des endroits inaccoutumés, dcfagréables ,&éloignés de leurs archives publiques, dans la feule vue de les obliger ,àforce de vexations ,àfe conformer àfes meliires. Il afouvenr diffous les Chambres d’Alïemblées ,parce qu’elles s’oppofoieut avec courage àfes invafions fur les droits du peuple. 11 arefufé pendant long-tems ,après une pareille diffolution ,d’en convoquer d’autres ;de forte que ,par ce moyen ,l’exertice du pouvoir légillatif ,qui ne fauroit être anéanti ,eft retourné entre les mains du peuple ;l’Etat demeurant pendant ce tems-là expofé aux invafions du dehors ,&àdes couvulfions au-dedans, Zi 2 35 6Uijloire des Troubles Ils’eft efforcé d’empêcher la population de ces Colonies ,en mettant des obftacles àl’exécution des loix qui leur permettoienc de naturalifer les étrangers ,en rcfufaut d’en paffer d’autres pour encourager leur émigration, &en augmentant les conditions luivant lefquelles ils pouvoient obtenir des terres. lia gênél’adminiftration de la Juftice, en refufant fon confentemenc àdes Loix pour établir une autorité judiciaire. Il arendu les Juges entièrement dépendans de fa volonté, quant àla jouiflance de leurs charges , &le paiement de leurs appointemens. Il acréé un nombre infini de nouveaux emplois ,&envoyé ici des effaims d’Officiers pour tourmenter le peuple ,&dévorer fa fubftance. Il aentretenu parmi nous ,en teins de paix , des armées fur pied, fans le confentement de nos corps légiflatifs. 11 aafteété de rendre le pouvoir militaire indépendant de l’autorité civile ,&même fupérieur à elle. Il aformé une combinaifon avec d’autres performes pour nous foumettre àune Jurifdiétion étrangère ànotre Conftitution ,&qui n’eft point reconnue par nos loix, en donnant fon confentement àleurs prétendus aêtes de légiflation ; Pour loger des corps confidérables de troupes parmi nous ; de rAmérique Anglaife. 357 Pour les protéger par des procédures illufoires , contre les châtimens des aiïaffinats qu'ils pourroienc commettre dans ces Colonies 3 Pour interrompre notre commerce avec toutes les parties du Monde 3 Pour impofer des taxes fans notre confentement ; Pour nous priver ,en plusieurs occaftons ,des avantages de la procédure par des Jurés ; Pour nous tranfporter au-delà des mers pour y être jugés fur des délits prétendus. Pour abolir dans une province voifine le fyftême libre des Loix Anglaifes ,yétablir un Gouvernement arbitraire ,&en reculer les limites ,la rendant par-là un exemple 8cun infiniment capable d’introduire le même pouvoir abfolu dans ces Colonies 3 Pour nous priver de nos chartres ,abolir nos excellentes loix ,&altérer entièrement la forme de notre Gouvernement j Pour fufpendre notre légiflation ,&fe déclarer revêtus de l’autorité de faire des loix pour nous dans tous les cas. Il aabdiqué le Gouvernement de ces Etats en nous déclarant hors de fa protection ,&en faifant la guerre contre nous. Il apillé nos mers ,ravagé nos côtes ,brûlé nos villes, &maffacté nos compatriotes. Z5 358Uifloire des Troullts Et maintenant il tranfporte de grandes armées de mercenaires étrangers ,pour accomplir l’ouvrage de la mort ,de la déidlation ,&de la tyrannie, déjà commencé par des aétes de cruauté & de perfidie, dont on trouve àpeine des exemples dans les fîècles les plus barbares ,&qui font rcutà-fait indignes du Chef d’une Nation civilifée. Il aforcé nos compatriotes ,pris fur la hautemer ,àporter les armes contre leur patrie ,àdevenir les bourreaux de leurs amis &de leurs confrères ,ou àpérir eux-mêmes par leurs mains. Il aexcité parmi nous des foulèvemens domeftiques, &s’eft efforcé de déchaîner contre les habitans de nos frontières les fauvages inhumains &fans pitié ,dont la manière de faire la guerre efl fi barbare ,qu’ils n’épargnent ni âge ,ni fexe, ni condition. Achaque époque de cet oppreffions nous avons préienté les plus humbles requêtes ,afin d’obtenir du foulagernent ànos maux ;mais on n’a répondu ànos pétitions réitérées que par des injures répétées. Un Prince ,donc le caraflereelf ainfi marque par routes les aélions qui peuvent défigner un tyran ,eft incapable de gouverner une Nation libre. Nous n’avons point non plus manqué d’égards pour nos compatriotes de la Grande-Bretagne ; nous les avons avertis de tems en tems des tenta-: de l’Amérique Anglaifc. 3^9 tîves de leur Gouvernement ,pour exercer, fur nous une jurifdidiqn illégitime •, nous leur avons rappelle les circonftances de notre émigration 8c de nos établilTemens dans ce pays ci >nous en avons appellé àleur juftice &àleur magnanimité ;8c nous les avons conjurés ,par les liens du fang qui nous unifloient ,de défavouer ces ufurpations qui interromproient indubitablement notre commerce ôc notre correfpondance avec eux :mais ils ont aufti été fourds àla: voix de la juftice &de la parenté. Il faut donc que nous nous foumettions ala néceffité de déclarer notre réparation ,&que nous les regardions déformais ainfi que nous regardons le refte du genrehumain ,comme ennemis dans la guerre, &comme amis dans la paix. En conféquence ,Nous ,les Repréfentans des Etats-Unis de l’Amérique ,aftemblés en Congres, prenant àtémoin de la droiture de nos intentions le Juge fupréme de l’univers, publions &déclarons folemnellemenr ,au nqm &par l’autorité du bon peuple de ces Colonies ,que ces Provinces-Unies font ,&ont droit d’être ,des Etats libres &indépendans 5qu’elles font abfoptes de la fidélité qu’elles dévoient àSa Majeftc Britannique j que toute liaifon entr’elles &la Grande-Bretagne eft ik doit être rompue ;&que ,comme Etats indépendans ,elles ont pouvoir de déelarer la guerre Sc de faire la paix ,de former des alliances ,d’eta- Z4 j£»o Hifloire des Troubles blir un commercejen un mot ,de f.iire tout ce que les autres Etats indépendans ont dtoit de faire ; &pour le loutien de cette déclaration ,comptant d’ailleurs fur la protection de la Divine Providence ;nous engageons mutuellement nos vies , nosiu-r mes ¬re honneur facré. PAR O.x RE DU CONGRES, Signé , Jean- Hancock ,Préfident. J t te(lé jCharles Thompson ,Secrétaire. Noms des Membres du Congrès 3au tems de la Déclaration d’indépendance, fJosi AH Bartlet. NtW-Hampshire. .'William Whipple. CMatthew Thornto n. Majfachufets~Bay. Î Samuel Adams. John Adams. Robert Treatpaine. Elbridge Gerry. Rhodc-JJland, ., Stephen Hopkins. William Ellery. Connecticut, ,. Nouvelle -York, CRoger Sherman. JGmuhl Huntington. yWilliam Williams. (.Oliver Wolcot. .William Floyd. "Philip Livingston, JFrancis Lewis. Lewis Morris. de VAmérique Anglaife. }6i Nouvelle -Jerfey. .« Penfylvanie. Delcnvare. . . "RiCHARdS TOCKTON. kJOHN WlTHERSPOON. 'Francis Hopkinson. JJohn Hart. .Abraham Clark. «Robert Morris. Benjamin Rush. [Benjamin Franklin. IJohn Morton. ^George Clymer. ]James SmiTh. (George Taylor. James Wilson. •.George Ross. ÇCæsar Rodney. ‘^George Read. •Samuel Chasse. ^William Paca.' fThomas Stone. ^Charles Carroll de Carrollton. ^George Wythe. iRichard Heniiy Lee. 'Thomas Jefferson. 'Benjamin Harrison. IThomas Nelson jun. Francis Lightfoot Lee. .Carter Braxton. (William FIooper. Caroline Septentr. .< Joseph Hews. CJoHN P£NN. Maryland. Virginie. 5tiï. Caroline Méridien.<n llijloirc des Troubles Edward Rutledge. Thomas Hhyward, jun. Thomas Lynch ,juh. Arthur Middleton. Géorgie. . 'Button G'-TTNNETT. *Liman Hall. ^George Walton. de ŸAmérique Anglaife. Extrait d’une Lettre du Lieutenant- Général Clinton yàMylord George Germain ,écrite de Long-Ifland ,dans la Province de la Caroline Méridionale. _A_Vant l’arrivée de votre Lettre, mon deflein étoit (comme votre Grandeur adéjà pu le voir) de partir pour la Baie de Chefapeak ;mais ayant reçu avis que les ouvrages que les rebelles avoient élevés fur Lille de Sullivan 3qui eft la clef du port de Charles-Town 3étoient imparfaits ,cela mengagea àconfentir àla propofition que me fit le Chef-d’efcadre Parker ,d’elfayer denlever cette fortereffe par un coup-de- main :je croyois en même tems qu’il pourroit senfuivre des conféquences immédiates qui feraient d’un grand avantage au fervice de Sa Majefté. Je dis immédiates yMylord ,car je nai jamais eii delfein d’aller plus loin que Lille de Sullivan , fans une certitude morale de fuccès rapide. Nous partîmes donc du Cap-Fear le 31 Mai, ayant cet objet en vue ,&àquelques lieues de Charles - Town ynous fûmes joints par le Ranger }vailfeau de guerre ,&les autres bateaux de tranfport appartenant àcette flotte. Je reçus par l’un deux '170 îlijloire des Troubles 3&c'. Je ferai ces fignaux quand j’aurai fait taire les batteries ,quand même je ne ferais pas difpofé à débarquer. Fin du Tomepremier. TABLE DES MATIÈRES De l’HiJloire des Troubles de TAmérique Anglaife . INTRODUCTION. Pages. XPLICATION du Gouvernement Britannique }r Whigs &Tories ,8 Mylord Bute àla tête des affaires depuis l’avènement de George III 3io Caufe de Tajfoiblijj'ement du parti des Whigs j15 Vues du Minijlre 314 CHAPITRE I. 16 17 ibid. 18 19 ibid.' Acle du timbre 3 Révocation de cet acle , Autres acles odieux aux Colonies 3 Résolution de TAfemblée de Majfachufet 3 Ce qu’étoient les AJfemblées des Colonies , Lettre circulaire des Bojloniens ,Aa z TABLE 57 Pages. Lettre circulaire au Secrétaire d’Etat ,11 Tumulte de Boflon au fujet de la faifle d’un navire ,xj Alarme des Bojloniens au fujet des troupes AnglaifcSj 27 .Recommandation défaire provifon d’armes , xS Effets des réfolutions des Colonies ,31 Trois bourgeois de tués par les troupes ,34 Conféquence de cette affaire }36 CHAPITRE II. Mativaïfe politique du Min'flère 341 Thé envoyé à Bojlon 43 Conféquences de cette mefitre 544 Réfolution des Virginiens 347 Leur AJjemblée cajjee ,ibid. Aflemblée de Philadelphie ,48 Le Général Gage envoyé àBoflon ,49 Siège de l’A flemblée de Maflachufet changé ,50 ‘Réfolutions de l’Ajf emblée de cette province ,51 Sa caflation 55 Requête des habitons de Salem 354 Soufcription pour les Boflonicns ,57 Ligue &alliance folemnelle ,59 Proclamation du Général Gage pour la ligue ,60 Effet de cette Proclamation jibid. Aflèmblée de Philadelphie fans le confenternent du Gouverneurj DES MATIÈRES. m- Pages* Réfolution de cette Ajfemblée yïbitl. Ajfemblée de Williamsbourg ,64 Généralité des habitans de Marblehead ,67 Habitans du Comté de Worcejîer en armes 36? Explication des Junes ,<71 Nouveaux Juges pourfuivis par la populace 37) Etat d‘Anarchie des Colonies 3îDici. Fortification Jur l’fihme de Bofion y7^ Saifie des munitions àCambridge 3&c. ibid. Habitans du Connecticut en armes 37B Cadets du Gouverneur quittent le fervice 3ibicr. AJJ'emblée des Députes du Comtéde Suffôlk 3& leurs réfolutions 379 Acte de Quebec Ba Ajfemblée de la Province de Maffachufet malgré le Gouverneur 385 Cafernes 3.87 Canons encloués 388 CHAPITRÉ III. Congrès Général v9° Acte du Congrès 391 Requête au Roi 3.101 Mémoire au peuple de la Grande-Bretagne 3105 Adrejfe aux Canadiens 3.110 Adrejfe aux Colonies ,114 Nouveau Parlement en. Angleterre *}9 Aa3 374 TABLE Fages. Mylord Chatham 3no Mefures du Minifièrepourréduire les Colonies m Requête dit Congrès rcjettée ibid. Mcfures des Colonies pourje procurer des munitions j124 Rhode Ifland 3126 Ntw-Harnpshirc , 127 Affemb'lée de la Nouvelle-York ,129 Congrès Provincial dans la Province de Alaffachufet jibid. Affaires de Concord 6’ de Lexington , 134 Blocus de Boflon 314 1 Banque de billets ,142 Al. Gage déclaré incapable defervirla Colonie de Maffachufet 3145 Préparatifs des Colonies 144 Capitulation du Chevalier Gage avec les Boftoniens ,145 Toutes les mains inutiles quittent New-York3148 Prife de Crown-Point &de Ticondéroga ,ibid. Arrivée des Généraux Howe jBourgoyne & Clinton 3150 Etabliffcment d'un nouveau Gouvernement dans la province de Maffachufet ,151 Américains déclarés rebelles ,152 Affaire de Bunker sBill 3155 Effets de l’acle de Québec j16} DESMATIËRES. 37î Pagerjl Manïfejle du Congrès 316$ Officiers. M. Washington déclaré Général en chef jI(a7 Situation de Bojlon 3170 Expédition de Schuyler &de Montgomery 317r Défaite de Carleton Sde Maclean 3174 Prife du fort Saint-Jean ,175 Prife de Montréal ,177 Expédition d'Arnold 3179 Siège de Quebec ,i8é> Tentative de prendre Quebec par efcalade 31Sp Montgomery tué 31i>° Arnold bleffié 3151 Siège de Quebec changé en blocus 3154 CHAPITRE IV. Troubles de la Virginie 3196 MylordDunmoreJe retire abord d'unvaïffeau de guerre 32°5 Di/putes entre lui &VAffemblée 3106 Refus du Gouverneur de retourner àWilliams- 'bourg 32°S Refus de l'Affiemblée d’aller àbord 3z1 1 Fin de la Seffion 3ibid. Mylord Dunmore repouffé en voulant détruire la ville d’Hampton 31î Loix militaires 3il/* Aa4 TABLE a6 Nègres affranchis Pagw. 216 Bataille du GrandrPont 32lS Plan de Conelly 312.0 La ville de Norfolk réduite en cendres Affaires des deux CaroUnes iz 5 Le Général Gage quitte Bojlon }227 Le Chevalier IIowc Général en chef3227 L’armée devant Bojlon fait un nouvel engagement ,22S Ville de Falmouthprefque détruite ,229 Lettre de marque Gde repréfailles 230 Confédération propofée parle Docteur Franchliru 231 Réfolutionspour le commerce %*3* Réponfe àl’Edit du Roi 323? CHAPITRÉ V. Conduite du Minfere delà Grande-Bretagne a235 Requête de la ville de Londres 23 <J Réfolutions des Magiftrats 2'37 M. Penn arrive en Angleterre avec une requête du Congrès Général 3238 239 Négociations pour des troupes.} Provif'ons achetées pour l’armée de Bofon 240 Mauvaisfucces de lenvoi de ces provifons ,242 Bruits de complots de trahifon ,£- 245 M.Sayre envoyé àla Tour 3244 DES MATIÈRES. 377 Pages. Proteflation de dix-neuf Pairs y240 Troupes &matelots demandéspar le Minifierc,247 Changemens dans plufieurs départemens ,ibicl. Examen de M. Pcnn dans la Chambre haute 324S Propofuion du Duc de Richmond y 251 Acte pour interdire tout commerce avec les Colonies j257 Propojition d’examiner M. Delancey y25S Manœuvres du Vice-Roi d’Irlande y259 M. Foxpropofe d’examiner les caufes du mauvais fitcces des armées du Roi 3160 Débats au fujet des femmes demandéespar le Minifre j26G Propoftion du Duc de Grafton yidÿ CHAPITRE VI. Etat des troupes dans Bojlon 271 Tentative du Général pour obtenir des provifions y272 Corfaires Américains y274 Attaque de Bofion y275 Evacuation de Bofion y*77 Voyage d’Halifax 3179 Qiiebec ,282 Arrivée des troupes d’Angleterre y284 Fuite des Colons ,285 Conduite du Général Carleton _> 37 $TABLE; Affaire des Cadres j P.lgCJ. 287 Tentative defurprendre les Royalties àTrois- Rivières ;190 Mauvais J'uccès 3291 Colons continuent la retraite s*5?3 Lac Champlain ,25?4 Caroline Septentrionale , ibid. Macdonald y2- 5) 5 Défaite de ce dernierpar Moore 52 Efcadre d’Hopkins 2-9 9 Mauvais fucccs.de Mylord Dun/nore 3ibid. Arrivée du Chevalier Parker au Cap Fear 3301 Général-Major Lee ,302 Attaque de Sulivan s-Ifand 5306 Défaite du Chevalier Parker , 308 CHAPITRE VIL Déclaration d’indépendance ,317 Vues du Minflère dans la Campagne de 1776 318 le Genêt al Howe quitte Halifax 3322 Débarque àStaten-IJland 3323 Arrivée de Mylord Howe àStaten-IJland , 324 Lettre circulaire de Mylord Ho •c,ibid. Cette lettre publiée par le Congrès 3325 Le Général Washington refuje une lettre de Mylord Hove.M. Patterfon vient le trouver dans fon camp 3326 DES MATIÈRES. 379 Pag:s.. Complots découverts en faveur du Gouvernement Britannique. 317 Attaque de Long-IJland ,318 Défaite des Américains 3331 M. Sulivan envoyé au Congrès j 3 5<5 Conférence d’un Comité du Congrès avec Mylord Howej337 Attaque de la Nouvelle-York ;prife del’ifle ,34o .Les Colons mettent le feu àNew-York y342. Le Chevalier Howe débarquefur le Continent , 343 M. Washingtonfe retire àNorth-Caflle ,,34s Prife des forts Washington &Lee ,349 Les Anglais parcourent les Jerfeys 350 Prife de Rhode-Jfand par le Chevalier Clinton ,351 Déclaration d’indépendance , 353 Lettre du Chevalier Clinton àMylord G. Germaine ,363 Lettre du Chevalier Parkerau Général Clinton 370 Fin de la Table. UNIVERSIDAD DE SEVILLA 600705276 26^