Histoire des troubles de l'Amérique anglaise. T. 2
Full text
# H -,-u
* V'
t
HISTOIRE DES TROUBLES DE L’AMÉRIQUE ANGLAISE.
f 0
HISTOIRE DES TROUBLES DE L’AMÉRIQUE ANGLAISE , écritefur les Mémoires les plus authentiques s Dédiée ASAMAJESTÉTRÈS-CHRÉTIEMNE5 Par François SOÛLÉS. TOME SECOND. Avec des Cartes. Tros Tyriufque mihi nullo difcrimine agetur. Vieg. Æneid. I.ib. I. \ APARIS, Chez Buisson, Libraire, Hôtel de Mefgrigny rue des Poitevins ,N°. 13. «ur-mirn ' —*•. ii i llif mt 1787-
âH/JIoire des Troubles'. !77<?. devoir alors combattre fur un nouvel élément ,& remplir la place d’Amiral. Le Général Carieton s’embarqua auffi àbord de la flotte anglaife ,&s’avança dans le lac Champlain. Le xi Oétobre ,il découvrit la flotte américaine très-avantageufement portée ,&formant une forte ligne pour défendre le partage entre l’île de Yali- Cour ,&le continent àl’Queft. Arnold avoir placé fes vaiflèaux avec tant d’art &de jugement derrière l’île» qu’il n’y eut qu’un accident qui découvrit leur pofition.L’efcadre du Général Carieton ,fans cette découverte ,les auroit laifles derrière :évènement qui auroit eu fans doute des fuites funeftes pour lui. Il yeut pour lors un combat furieux ,qui con - tinua pendant plufieurs heures ,&fut également bien foutenu des deux côtés. Le vent, en cette occafion, étoit en faveur des Américains )car le navire l’inflexible, &plufieurs autres bâtimens de force ,ne purent être d’aucun fervice ;mais ,malgré cela, les Anglais eurent toujours la fupériorité, ce qui prouve que les Républicains firent des prodiges de valeur pour pouvoir réfifter àune force fi confidérable. Ils perdirent néanmoins dans cette aéfcion le plus grand de leurs vairteaùx ,qui fut brûlé ,•Sc une gondole de trois ou quatre canons fut coulée à fond ,d’où on peut juger du dommage que reçut le refte de la flotte.
de l’Amérique Anglalfe, f Le Brigadier-Général Arnold voyant qu'il étoit ïmpolfible de faire face àune force fx formidable , réfolut de profiter de Fobfcurité de la nuit ,&de fauver le relie de fon armée fous le canon de Crdwn- Point. Il exécuta ce deflein avec beaucoup d’habileté ,&la fortune fembla d’abord le favorifer jcar , le lendemain matin, les Anglais l’avoient perdu de vue :mais ces derniers ayant continué la pourfuire pendant deux jours, &le vent fe déclarant enfuite en leur faveur ,atteignirent les fuyards àquelques lieues de Crown-Point, le i),àmidi. Le combat fut alors renouvellé avec beaucoup de fureur ,&continua deux heures. Pendant ce teins? là ,les vaifléaux ,qui étoient les plus avancés , pafsèrent Crown -Peint avec la plus grande diligence ,&fe fauvèrent àTiconderoga; mais deux galères, &cinq gondoles, qui relièrent avec Arnold ,firent une réfiftance défefpérée. Dans cette aétion ,la galère le Washington ,où étoit le Brigadier-Général Waterbourg ,qui tenoit le fécond rang dans cette armée ,mit pavillon bas ,&fe rendit. M. Arnold s’appercevant enfin qu’il étoit impoffible de réfifter àune flotte fi fupérieurè àla fermé ,dont les canons étoient beaucoup plus forts que ceux qu’il avoit àbord ,qui étoit commandée par des Officiers très-expérimentés \&étant d’ailleurs mal fécondé de la plupart de fes Capitaines , réfolut néanmoins, dans cette extrémité, de ne point A4 177
'3 Hijlâire des Troubles *77 ^. foüflïïr que fes gens fufleiit faits plafonniers1 ,ni que fes vaiflèaux tombaifeitt entre les mains des ennemis. Il exécuta ce cleffein avec beaucoup de fermeté &d’adreflê ,&échoua la galère qu’il montoit ,8c les cinq gondoles ,de manière àpouvoir débarquer les troupes en sûreté. Il fit enfuite fauter les bâti* mens en dépit des Anglais, qui firent tous leurs efforts pour l’empêcher d’exécuter fa réfolution. Cette défaite ,loin de nuire au Brigadier -Gé- néral dans l’efprit de fes compatriotes ,augmenta , au contraire, fa réputation. Us dirent qu’il s’étoit non -feulement comporté en brave fôlclat, mais même en habile marin; que les Amiraux les plus ,expérimentés n’àuroient, pu trouver plus de reffources que lui ,par la dextérité de fes manœuvres-, de fes évolutions ,8c du choix de fes portes ,pour .cômpenfer le défautde force; que, lorfque fes vailîèaux étoient, pourainli dire ,en pièces ,il ordonna la retraite avec la même fermeté qu’il avoir combattu ,&,avec autant de jugement que d’habileté, empêcha que fes troupes ne tombalfent entré les mains des ennemis. Ils fe glorifièrent furtotit de l’attention dangereufe qu’il donna àun point d’honneur, en gardant fon‘pavillon haut, & reliant àbord de' fa galère, jufqu’à ce quelle fût én flammes, de peut que l’ennemi ne l’eût abordée &mis bas. C’eft ainfi que les Anglais recouvrèrent la pof-
de l'Amérique Angklfe. .9 felFron du lac Champlain, &détruifirent prefque ï77gm toute la flotte américaine. Les Colons ,après cette défaite, mirent le feu aux maifons ,&aux provilions qu’ils ne purent emporter de Crown -Point , évacuèrent la place, &fe retirèrent vers leur grande année àTiconderoga. Le Général Carleton prit poffeffioii des ruines , où il fut, peu de tems après, joint par l’armée. Comme il refta dans ce pofte jufqu ala fin du mois , &qu’il envoya de forts détachemens des deux côtés du lac pour faire des reconnoiffances ;que plusieurs vaifleaux vinrent jufqu’à la portée du canon de Ticonderoga pour examiner le canal ,&en fonder la profondeur ;il n’y apoint de doute qu’il n’eût delfein d’attaquer cette dernière place ;mais la force des ouvrages, la difficulté des approches, &le maintien des Américains ,dont il ignoroit le nombre, l’empêchèrent d’exécuter ce projet. Il étoit évident que cette place ne pouvoir être forcée dans fon état préfent ,fans une perte conlidérable de la part des affiégeans, tandis que l’avantage qu’ils en retireraient aurait été de peu de conféquence. La faifon étoit alors trop avancée pour palier le lac George ,&il aurait été fort imprudent d’expofer l’armée aux dangers d’une campagne d’hiver dans des pays marécageux ,&des déferts affreux. Comme Uétoit impoffible de garder le fort de Ticonderoga durant l’hiver, tout ce que l’on
io Hijloire des Troubles *11 6-pouvoir efpérer du plus grand fuccès ,c’étoît de réduire des ouvrages que la nature autant que l’art avoit rendus inacceiïibles ,&de prendre quelques pièces de canon. Cela n’auroit été d’aucune utilité ; car les Américains pouvoient les rétablir ,&replacer une nouvelle artillerie avant que l’armée anglaife eût été en état de les interrompre ,la campagne Clivante. Si ,au contraire, la défenfe de la place étok obftinée ,quand même M. Carleton eût réuiîi àla fin ,fon armée auroit été tellement affoiblie, que tout efpoir de fuccès auroit été perdu pour le printems prochain. D’ailleurs il paroifToit impoffible de garder une communication ouverte avec le Canada :chofe abfolument néceflfaire pour la fubfiftance des troupes. Le Général Anglais jugea donc àpropos de s’en retourner vers le Canada ,où il mit fes foldats en quartiers d’hiver. Vers le midi ,on avu que l’armée du Général Howe avoit parcouru les Jerfeys ,&qu il nyavoit que la rivière Delavare qui eût retardé fes progrès » Sc empêché la prife de Philadelphie. Le Général Washington n’avoit plus avec lui qu’environ trois mille hommes. C’étoit tout ce qui reftoit d’une armée qui ,àl’ouverture de la campagne, étoit forte de vingt -cinq mille hommes. Le rems de leur engagement étant expiré ,il ne fut pas poffible de retenir des troupes découragées, peu accoutumées àla fubordination &a
IX de l’Amérique Anglaife. raie longue abfence cle leurs familles &de leur pays. Ces forces croient trop peu confidérables pour infpiter aux Américains un efprit de confiance. Le feecmrs qu’ils pouvoient efpérer de nouvelles levées éroit trop éloigné, &trop précaire, pour leur donner beaucoup de confolation. Dans cet état de découragement la prife du Général Lee fembla ruiner toutes leurs efpérances. Cet Officier ,àla tête des troupes qu’il put aiTerribler, étant en marche pour joindre M. Washington, qui étoit alors occuppé, avec la milice de la Penfylvanie ,àprotéger les rives de la Délaware , fe crut tellement en sûreté àcaufe de la diftance des cantonnemens des ennemis ,qu’il fixa fon quartier loin de fon armée, &ne garda avec lui que fort peu de gardes. Undes habitans ayant communiqué cette fituation au Colonel Harcourt, qui commandoit les chevaux légers ,&étoit alors àla tête d’un petit détachement, pour obferver les mouvemens de ce corps ,ce Colonel fe conduifit avec tant d’adreffe &d’aétivité qu’il pafia les gardes des ennemis , 'faifit fans bruit les fentinelles ,força les quartiers du Général ,&l’enleva ,quoique cette partie du pays fut en fa faveur, &qu’il yeût plusieurs patrouilles &plufieurs poftes fur fon paflage. La prife d’un Officier, dans d’autres circonf* tances ,auroit été alfez indifférente ;mais dans un tems où les Américains manquoienr de difcipline
12. H/Jloire des Troubles ,77<>- &de bons Officiers, la perte d’un Général.fi entreprenant &li expérimenté ,étoit de la dernière importance ,&d’autant plus fâcheufe ,qu’il n’y avoit point lieu d’efpérer qu’elle fut bientôt réparée. Les courtifans firent paraître autant de joie à cette occafion ,que les Républains de découragement. Il eft vrai que l’animofité &l’inimitié perfonnelles entre les premiers &M. Lee ,étoient plutôt la caufe. de leur allégrefle que .le bien public , comme on le verra dans la fuite. L’efprit tyrannique des Tories leur fait traiter avec la dernière rigueur tous ceux qui s’oppofent à .leurs clelfeins ,quand ils ont le malheur d’être en leur pouvoir. Lee, qui s’étoit oppofé aux mefures des Miniftres ,ne tarda point' àéprouver leur ref- .fentiment.il fut mis en prifon ,&gardé avec toute la rigueur &la jaloufie d’un prifonnier d’Etat, cou- ,.pable des plus grands crimes. Le Général Howe .reçut ordre de ne point l’échanger, &le cartel., qui étoit alors. établi entre lui& le Général/Washington pour l’échange des prifonniers ,fut rompu, .Ce dernier, qui n’avoit point en fon pouvoir d’üfficier d’un rang égal à M. Lee, offiit, en fa place, fix Officiers de l’état major ,ayant deffiein de compenfer l’inégalité du rang par le nombre. En cas que ..cette offre ffitrefufée ,il infifta que le prifonnier fût traité avec tous les égards dûs àfa qualité ,fuivant
de tAmérique Anglaife. 13 îes coutumes établies chez les nations civilifées :r77<r. coutumes que les Américains avoient exactement fuivies pat rapport au traitement des Officiers Anglais ,jufqu’à ce que l’occafion fe préfentât de faire un échange égal. Le Général Howe fit réponfe, que, comme M. Lee étoit déferrent du fervice de fa Majefté Britannique ,il ne devoit pas être confidéré comme prifonnier de guerre ,&qu’il ne pouvoir point être compris dans les conditions du cartel, ni en rece- . voir aucun bénéfice. J’ai déjà dit, que M. Lee étoit Anglais. Au commencement des troubles de l’Amérique ,il avoitréfignéfa demi-folde ,&s’étoit retiré au-delà des mers. Je lailfe au Leéteur àjuger s’il étoit déferteur ou non. Quoi qu’il en foit, M. Washington traita ces raifonnemens avec beaucoup d’indignation ,&le Congrès réfolut d’ufer de reprefailles envers les prifonniers anglais. Le Colonel Campbell ,qui avoir jufqu’ici joui de toute la liberté poffibledans laville deBofton, fut mis au cachot ,&traité avec une rigueur égale au bon traitement qu’il avoir jufqu’alors éprouvé. Les Officiers ,qui étoient dans les Provinces méridionales furent auffi remis en captivité ,&privés de plufieurs privilèges qui auparavant avoient rendu leur condition moins défagréable. Le Congrès déclara, outre cela, que par la fuite, leur traitement ferait réglé par celui du Général Lee, &que
'14 Hi(loirs des 'Troubles 1776- leurs perfonnes feraient refponfables de ce qui arriverait àce dernier. Ce n’étoit pas le feul exemple de fermeté que cette Affemblée eût donné. Au milieu des dangers qui l’environnoient ,loin d’être intimidée ,elle ne fit aucune ouverture de paix. Les Anglais ,de leur côté ,n’en firent point non plus. Les Républicains fe préparèrent donc àrenouveller la guerre, &à réparer avec toute la diligence polïible leurs forces difperfées. Ils étoient alors convaincus de l'inefficacité d’engager des armées pour peu de terris ,qui pouvoient ,àla vérité ,fervir àrepoufTer une invafionfoudaine, mais qui étoient incapables deréfifter aux efforts continuels d’un ennemi puiffant, affilié ,de troupes réglées. Il n’y avoir point lieu d’efpérer qu’avec des foldats changés tous les ans, il fût polïible dé faire face à des vétérans y&leur fituation préfente leur offrait un exemple frappant de l’état de foibleflè ,où ils étoient dans le cas de fe trouver, pendant le tems nécelfaire' àl’établiffement d’une nouvelle armée. Pour prévenir cet inconvénient , auquel il étoit pour lors impoffible de remédier ,ils donnèrent des ordres vers le milieu du mois de Septembre, pour lever quatre-vingt-huit bataillons, &pourengager des foldats pour le tems delà guerre. Le Congrès donna ici une nouvelle preuve de fa fagelfe ,en taxant chaque province avec une exactitude admirable relativement àfes moyens. Les
de VAmérique Anglaîfe. 1 5 provinces de Maflâchufet 8c de Virginie furent 177*- taxées àquinze bataillons chacune ;celle de Penfylvanie ,àdouze ;la Caroline feptentrionale devoit en fournir neuf; Mariland &Conne&icut, huit chacune; la Nouvelle Yorck&les Jerfeys, àcaufe de leur mauvaife lituation, ne furent taxées qu’à quatre bataillons. La libéralité de cette Alfemblée fut aulïi égale au befoin, &àla néceffité ,qu’il yavoit de former une armée avec toute la diligence polîible. Outre vingt dollars d’engagement ,chaque foldat ,ou fon héritier, fi le premier étoit tué dans une aftion, devoit avoir àla fin de la guerre une certaine étendue de terres. Les portions étaient depuis cinq cens arpens, (part d’un Colonel )jufqu’à cent cinquante ,(part d’un Sous-Lieutenant ). Les parcs des fimples foldats ,&des Officiers fubalternes , étoient de cent arpens. Comme le foldat elt ordinairement imprudent &prodigue, le Congrès, pour empêcher qu’il ne vendît pour peu de chofe ces récompenfes dues à la bravoure 8c au courage ,&que les gens rufés ne profitalTent de fa mauvaife conduite ,rendit ces terres inaliénables. .... Afin d’encourager leurs troupes par terre 8c par mer ,les Américains avoient palfé un décret par lequel tous ceux quiferoient bleflés en bataille, dévoient recevoir la moitié de leur paye leur vie
'î'2-H/Jloire des Troubles i-p6. eurent le même fort, ainfi qu’un célèbre infini- 77 ment folaire fait par Rittenhoufe,, que l’on regardoit comme le plus beau ,&le meilleur de l’uni- • vers. Ce qui fut encore fatal àla caufe du Roi d’Angleterre ,c’eft que fes Minières n’exécutoient aucune des promeffes qu’ils faifoient aux Américains. Environ un mois apfèsla prife de la Nouvelle York, les habitans de cette province préfentèrent une requête àMilord Howe,8e dion frère le Général ,Commiflàires envoyés pour rétablir la paix. 1 Cette requête étoit lignée de MM. Daniel Horfemanden, Olivier de Lancy, 8c de neuf cens quarante-fix perfonnes ,qui déclaroient pat-là leur - loyauté ,8c reconnoifloient la fuprématie dé la ’ Grande-Bretagne fur les Colonies. En conféquence, les fupplians demandoient que cette Colonie fût remife dans la paix du Roi, &fous fa prote&ion, fuivant les déclarations faites par fes Commiffaires. Lés habitans de Queen s-County préfentèrent auili une requête àce fujet; mais on n’y fit point du tout attention j&ces provinces ne forent point rétablies dans leurs anciens droits ,quoiqu’elles- * eulfent levé un corps de troupes pour l'eferv-ice du Roi ,établi une forte milice pour la défendecom- mune, &donné plulieurs autres marquesde leur attachement aux-Royaiiftes.
de ?Amérique Anglaife. 1$ Xa foliation critique où fe trquvoit alors Philadelphie ,qu’une gelée de deux ou trois jours aurcit rendu acceffible aux forces des ennemis ,obligea le Congrès àquitter cette place, pourie retirer à Baltimore dans la province de Maryland. Les diffentions qui regnoient entre les Membres de ,cette Afiemblée n’écoient point d’une nature moins: alarmante que les dangers du dehors. Nous avons déjà dit que la déclaration dindépendance avoir été forrement'oppofée à Philadelphie ,non-feulement pat les Tories ,mais même par un grand nombre de .ceux qui avoient montré le plus de violence contre les prétentions de la Grande-Bretagne, Quoique la majorité en faveur de cette réfoltv rion fût confidérable dans toutes les Colonies ,copendant cela ne diminuoit en rien 1aigreur de ceux qui s’y étoient oppofés ;entre lefquels il yavoit un grand nombre de Quakers ,ou Trembleurs; Cette fecte eft nombreufe dans la province de Penfylvanie ;&les mécontens ,oubliant pour le préfeut leur ancienne animofoé ,&la canfe de leurs querelles ,fe réunirent aux Royaliftes, &formèrent, par ce moyen ,un parti formidable. —r" ' .* En conféquence de ces diflentions, &du mauvais fuccès des Républicains dans la dernière campagne ,M. Galloway ,la famille des Allens ,Sc d’autres perfonnes de diftindion des provinces de Penfylvanie &des Jerfeys ,dont quelques -uns B4 1776.
14 Hiftoiredcs Troubles 177 6. avoient été Membres du Congrès, vinrent àla Nouvelle York ,&fe préfentèrent aux Commiflaires pour profiter du pardon général qui étoit offert. Ils s’imaginoient, fans doute, fuivant l’état des affaires, retourner dans peu en triomphe. Ces fugitifs ne furent néanmoins pas fi incommodes aux Républicains ,après leur départ ,que les Royaliftes qui reftèrent fur les lieux, dont le nombre étoit fi grand, qu’ils empêchèrent d’abord que l’ordre pour fortifier la ville de Philadelphie ne fût mis en exécution Cette faétion au Siège de l’Empire obligea le Général Washington ,tout faible qu’il étoit ,à détacher trois régimens ,fous le commandement de Milord Stirling ,pour rendre éfKcace la réfolution de fortifier la ville. Cette conduite décifive eut tout l’effet déliré jl’oppofition celfa ,quoiqu’enfuite le deffèin de fortifier Philadelphie fût abandonné ,comme étant impraticable. C’étoit alors que le Chevalier Howe auroir dû paffer la Delaware ,fa préfence auroit permis aux amis du Gouvernement d’agir avec vigueur, & empêché les nouvelles levées des Républicains. Les Membres du Congrès étoient divifésj M. Washington n’avoit pas plus de trois ou quatre mille hommes de troupes réglées \&,cette petite armée une fois difperfée, il n’auroit guère été poffible d’en former une autre capable de s’oppofer aux K
dé l’Amérique Anglaife. a5 Anglais la campagne fuivante. D’ailleurs il aurait, 177^ par ce moyen ,coupé la communication entre les Colonies Méridionales &les Septentrionales ;& il yavoit tout lieu de croire que, dans l’état de découragement où étoient les Américains ,plufieurs Colonies fe feraient foumifes au pouvoir Britannique. L’on dira peut-être que le Général Anglais n’avoit point de bateaux 5mais ,en remontant vers la fource dé la Delaware ,on trouve^ plulîeurs endroits où on peut la paflèr fans beaucoup de difficulté.' Il yavoit, outre cela, fur fes rives allez de bois pour faire des radeaux ;&nous avons des exemples où une armée apaflé des rivières beaucoup plus difficiles ,quoiqu’il yeût eu des troupes’ formidables pour s’oppofer àfon paffiige. La négligence de cette occalîon doit être regardée comme' la première caufe de tous lès malheurs qui arrivèrent enfuite aux Royaliftes ,&conféquemment de la perte des Colonnes. Le Général Howe s’imagina ,faiis doute ,qu’il ferait allez tems de paffer la Delaware ,lorfqu’elle feroit couverte de glace, c’eft pourquoi ,en attendant la gelée ,il mit fes troupes en quartier d’hiver. Il forma une chaîne de poftes depuis la ville' de Bruhfwick, fur le Rariton, jufqu ala Delaware ; de forte qu’il occupoit toutes les villes ,poftes ,& villages ,qui' s’étendoient le long de cette ligne , ,& avoit ,oujre cela ,poffieffion des rive? de la De-
i6 Mifloired.es Troubles , *77e-laware l’efpace de plufieurs milles :par Ce môyert le front de fon armée avoir la perfpedive de la Penfylvanie. Les affaires étoient dans une telle fltuation qu’il paroiffoit prefque impoffible d’empêcher les progrès dès Anglais ,ou de relever le courage abattu ,&de réparer .la fôibleife des Américains. Dans cet état de défefpoir ,un coup hardi qui ,dans le principe , promettoit plus d’éclat que d’effet, fut, par la fuite,' capable de changer toute la fortune de la guerre. Telle eft l’incertitude des affaires du genre humain,, dans lefquelles les plus petits évènemens font quelquefois fuffifans pour produire les effets les plus extraordinaires. Le Colonel Rail étoit pofté avec une brigade d’Heffois ,un parti de chevaux légers anglais ,& cinquante chaffeurs ,le tout montant àquatorze' ou quinze cens hommes ,àTrenton ,ville fi tuéefur les rives de la Delaware. Le Colonel Doilop é'toit avec pne autre brigade àBorden-Town , quelques milles plus bas ,le long de cette rivière , &àenviron fept lieues, de Philadelphie il :jp en avoit un autre corps. Ces. troupes ,en partie par la., connoiffan.ee qu’elles avoient de la faibleffe des ennemis ,&en partie par le mépris qu’elles entre-, renoient des Américains ,fe croyoient aufli en sûreté que fi elles avoient été en garnifon en tems de paix, 11 eft probable que cette fécurité contribuoic
de FAmérique Anglaife. 17 àce relâchement de difcipline dont jai parlé plus haut. Il eft certain toutefois que les Ofhciers Allemands ne s’attendoient nullement àune furprife ,, &c’eft cette confiance ,qui n’eft jamais excufable dans le voifinage d’un ennemi ,quelque forte que foit la fituation ,qui produit les effets fuivans. Le Général Washington, avec fa vigilance ordinaire ,profita de ces cirçonftances. Il voyoit le danger auquel Philadelphie &toute la province alloient être expofées auffi-tôt que la riviere Delaivare feroit couverte de glace fi les ennemis reftoient maîtres, de la rive oppofée ,tandis qp’il etoit incapable de, leur réfifter en pleine campagne. Pour éloigner ce danger, il réfolut de battre leurs quartiers ;&, pour remédier au manque de force ,il réunit fes, troupes ,dans le deffein d’attaquer féparément ces différens corps ,auxquels il n’étoit pas capable de faire face, lorfqu’ils étoient raffemblés.' Si fou deffein ne réuffiffoit qu’à demi ,c’étoit au moins fuffifant pourobliger les ennemis àrelferrer leurs cantonnemens. &.à quitter le voifinage de Philadelphie ,lorfqu’ils s’appercevroient que la rivière, n’étoit pas une barrière, fuffifante pour couvrir leurs quartiers; &, par ce moyen, cette capitale, qui était alors l’objet de fon attention ,feroit en sûreté, Pour exécuter ce projet M. Washington prit les, mefures nécefiaires pour aiTembler.- fes. forces ,.qui 177<,
2.8 Uijloire des Troubles iT7<i. étoient principalement compofées de décachemens de milice de la Virginie ,&de la Penfylvanie. Elles étoient en trois divifions ,&dévoient arriver àleur rendez-vous fur le bord de la rivière Delaware la nuit du 24 au 25Décembre ,avec autant de filence &de diligence qu’il feroit pollïble. Deux de ces divifions étoient aux ordres des Généraux Erwing &Cadwallader; le premier dévoie palier la rivière àenviron un mille de Trenton ,8c l’autre un peu plus bas vers Bordtn-Town. La plus grande divifion d’environ deux mille cinq cens hommes ,pourvus d’un train d’artillerie do vingt petits canons de fonte ,étoit commandée par le Général Washington en perfonne ,accompagné des Généraux Sullivan &Green. , Avec ce corps ,il arriva au pafiage de M’ken-' ky’s ,environ neuf milles au-defTus de Trenton , au terris marqué ,efpérant de pouvoir palier fes troupes &fon artillerie avant minuit. Par ce moyen, il auroit été fort facile de gagner cette place avant le jour ,&de furprendre la brigade de Rail ;mais la rivière étoit fi remplie de ‘pièces de glace que ce ne fur qu’avec la plus grande difficulté que les bateaux purent arriver àl’autre bord;, 8ccela ,joint an froid exceffif qu’il faifoit alors, retarda tellement les opérations des Républicains ,qu’il étoit près de quatre heures quand ils arrivèrent de l’autre côté. Ils ne furent pas moins incommodés dans leur marche
de'FAmérique Anglaife. ip par un orage de neige &de grêle ;ce qui rendit le 177S- chemin fi gliflânt, qu’ils eurent peine «à parvenir à“ la place de leur dpftination fur les huit heures. Les troupes ,après avoir traverfé la rivière ,fe formèrent auffi-tôt en deux divifions ,dont 1’uue , tournant àdroite ,prit la balle route vers Trenton , tandis que l’autre ,commandée par M. Washington, marcha par la haute. Quoique le jour fût déjà fort avancé ,les Heflbis n’eurent aucune connaiffance de leur approche, que lorfque la divifion du Général attaqua un de leurs portes àquelque distance de la ville ,tandis que l’autre chaflôit de fort côté les piquets de l’ennemi. Le régiment de Rail ,ayant été détaché pour Secourir le parti qui avoit été le premier attaqué , fut mis en défordre par la retraite de ce parti ,& obligé de rejoindre le corps d’armée. Le Colonel Rail chargea alors les Américains avec impëtuofité ; mais étant mortellement bielle au commencement de l’action ,fes troupes furent mifes en déroute , &abandonnèrent leur artillerie ,qui confiftoit en fix pièces de campagne. Se trouvant entourées, (elles elfayèrent de gagner Prince -Town ;mais cette mefure étant impraticable ,les régimens de Rail., deLosberg&de Knyphaufen, fe rendirent priSonniers de guerre.1Comme la route de Trenton àBorden-Town le long de la rivière étoit la plus éloignée des ennemis ,les chevaux légers ,les chaf-
JO Hijloire des Troubles feurs ,&un grand nombre de fantaflins ,s’échappèrent par là. La perte des Heflôis, tués ou bleliés, ne fut que de trente ou quarante ,&lé nombre de prifonniers étoit de neuf cens dix-huit. Celle des Américains étoit fi petite ,quelle ne vaut pas la peine d’être rapportée. C’eft ainfi que le projet du Général Washington fut ,en partie ,couronné de fuccès ;car les deux autres clivifions, fous Enving &CadrVallader, trouvèrent la rivière ft remplie de glace à l’endroit où elles dévoient la palïèr ,qu’elles né purent exécuter leur defïèin. Sans cela ,fi le premier ,fuivaut les inftruétions qu’il avoir reçues, avoit pris pofïèffiort du pont fitué àla crique de Trenton, aucun de ceux qui fe réfugièrent àBorden-Town n’aurôit pu échapf per ;mais fi le projet avoit été exécuté dans toute fon étendue ,&que les trois divifiofts fe futient réunies après l’affaire de Trenton, il ëft probable quelles auraient balayé tous les poftès dés Anglais le long de la rivière Delaware. Le manque de fuccès des Généraux EfWirig & Cadwàllader empêcha M. Washington de cônfinuer fes progrès. Les forces qu’il avoit avec lui n’étoient pas môme capables de garder la ville dè Trenton :car il yavoit un corps d’infanterie légère àPrînce-Town qui n’eft qu’à quelques milles dé cette ville, &s’il avoir été joint par la brigade dé Donop ,ou d’autres troupes des cantonneinens lei
de l'Amérique Anglaife. 3 1 pins voifms ,cette force autoit pu détruire fa petite 177*. armée. C’eft pourquoi il repaffa la rivière le même foir avec fes prifonniers ,leur artillerie ôc leurs drapeaux ;&cette vue excita dans Philadelphie, la plus grande joie imaginable ,&fut un jour de triomphe pour les Américains. Ce petit fuccès releva confidérablement le coulage deces -derniers. Les hommes ont ordinairement plus peur de ceux qu’ils ne connoilïènt pas que de ceux qu’ils ont coutume de fréquenter :la différence d’habits, d’armes, de couleur, de barbe, de cheveux ,de fourcils, &de coutumes ,ont fouvent eu des effets extraordinaires fur des armées fort braves. &bien difciplinées. Jufqu’ici les Hellois avoient paru terribles aux Américains, &la prife de toute une brigade paroifloit tellement incroyable, que pendant môme qu’ils entroient dans Philadelphie ,on difputoit de l’authenticité de cette nouvelle dans plufieurs quartiers de la ville, &on traitoit le tout de fiétion. Le charme étoit cependant pâlie ,&les Heffois n’étoient plus alors formidables. Washington fut aulf-tôt renforcé par plufieurs régimens de la Virginie ,de Maryland , &de la Pen’fylvanie ,qui ,avec ceux qu’il avoir déjà ,- fe diftinguèrent beaucoup clans la campagne d’hiver, Lafurprife de Trentou n’excita pas moins d’étonnement dans les quartiers des Anglais ,&de leurs
38' Hijloitsdcs Troubles lil r. le Général Mercer ,de la Virginie, qui étbit fort eftimé ,&qui fut beaucoup regretté. Ceux qui ont lu l’hiftoire de cette guerre avec attention ,ont dû s’appercevoir que les pertes des Américains étoient ordinairement plus grandes que celles des Anglais. L’ignorance de l’art militaire , le défaut d’expérience ,de jugement, de conduite &d’habitude ,feraient des caufes fuffifantes pour produire de tels effets ;mais il ya,outre cela , une autre raifon fatisfaifante ÿon peut attribuer le nombre des morts àce qu’ils ne chargeoient pas bien leurs fufils :circonfiance qui efl des plus fatales à une armée, &àlaquelle il efl: des plus difficiles de remédier parmi de nouvelles troupes, puifque les vétérans font eux -mêmes fouvent coupables de cette faute dans la chaleur de l’aétion. On peur ajouter , que les Colons ayant des armes de différentes fortes ,&telles qu’ils pouvoient les trouver ,il étoit impoffible que les balles fiiffent propres pour tous les calibres. . Ce mouvement rapide &inattendu du Général Américain rappela fur-le-champ Mylord Cornwallis de la rivière Delaware ;car il avoir alors de juftes craintes pour les magafîns de Brunfwick. Les Républicains ,n’ayant point deflein d’en venir àune aftion générale ,&contens de leurs avantages préfens ,pafsèrent la rivière Mülftone. fans rien tenter de plus. Dans peu de jours ,cependant ,ils par-
de l'Amérique Anglalfe. ?l ) coururent les deux Jerfeys ,&s’étendirent le long vg* du Rariton ,jufqu’au comté d’Efiex ,où ayant pris polfeflîon des Villes Newark ,Élifabeth &Woodbridge, ils étoient ,par ce moyen ,maîtres de h «fcte*oppofée à111e des Etats. Ils prirent leurs poftes avec tant de jugement s&les fortifièrent avec tant d’habileté ,qu’il fut impoffible de lés déloger. L’armée royale ne retint que les deux poftes dé Brunfwick &d’Amboy 5le premier fitué àquelques milles de la mer ,le long du Rariton \&le dernier » fur une langue de terre àfou embouchure ,ayant communication avec la Nouvelle-York par mer. C’eft ainfi que, par quelques adions hardies & bien concertées, Philadelphie fut mifeen surete jla Penfylvanie délivrée du danger qui la menaçoit; les Jerfeys, pour ainfi dire, recouvrés -, &une armée fupérieure, &jufqu’ici vidorieufe, réduite àagir fur la défenfive ,Se renfermée même dans des bornes très-étroites; Ce changement foudain de la plus grande foiblelTe àun état formidable, releva beaucoup la réputation deM. Washington comme Général-, tant en Europe qu’en Amérique. Il eft vrai que fa conduite précédente ,&e ce qu’il afait depuis ,ferveur àconfirmer cerre opinion ,&à donner fandion au furndm qui lui aété depuis accordé ,de Fabius Américain. Les Généraux Anglais avoienr, àla vérité , commis des fautes }mais ce changement foudain C4
‘qb Hijioife des Troubles 1776. doit plutôt être attribué aun concours d’évènemens. heureux, dont le Général Américain fut profiter ,qu’au défaut de pénétration :dans les premiers. Les Membres de l’Oppofition avoient prédit ,dès le commencement ,ce qui arrivoit alors :ils avoient repréfenté, comme on apu voir , l’étendue immenfe de ce continent entremêlé de terres incultes ,dé pays fauvages ,&de nations civilifées ;l’étendue de la côte &les déferts impénétrables ,qui étpient fur les derrières. ,offrant toujours un afyle sûr aux Républicains en cas de malheur. Ajoutez àcela le nombre infini de portes ïnaccertîbles ,&de barrières naturelles ,formées par les bois ,les montagnes ,les rivières ,les lacs êc les marais ;&il faudra avouer que toutes ces circonftances étoient feules capables de protéger les Américains contre une armée beaucoup fupérieure ,&contre les meilleures troupes. Durant l’hiver &le printems fuiv.ant ,les troupes de Mylord Çornwallis furent fort refferrées àBrunfwick &: àAm'boy ,&eurent beaucoup àfouffrir àcaufe de la févérité du fervice. 11 yeut plufieurs efcarmouches ,qui ne fervoient qu’à affaiblir les Anglais ,&àenhardir les Américains :en un mot ,les premiers furent àla fin obligés d’acheter auprix du fang le fourage & les provifions qu’ils prirent dans les Jerfeys. Ils s'aperçurent alors des fuites funeftes de la
de l'Amérique Angîoife. 4 ï licence des foldats dans ces deux provinces ;car 1 aufil -tôt que la fortune fut changée, œque ceux qui avoient foulfett furent en état de fe venge« , les Tories fe réunirent aux Whigs contre les Bretons ,&devinrent leurs plus cruels ennemis. Ceux qui n’étoient pas en état de porter les armes , devinrent efpiohs ,de forte qu il nétoit point polïïble àl’armée royale de faire la moindre démarche fans être découverte. C’eft ainfi. que 1ar- mée anglaife perdit les fruits dune campagne vidoneufe ,pour avoir négligé de palier la Delaware en çems .& lieux ,&pour avoir eu une idée trop défavantageufe de fes ennemis. Nous avons déjà parlé du mauvais fuccès qu’avoient eu les Emiflaires des îles Britanniques dans leurs efforts pour exciter àla guerre les Régulateurs &les Sauvages qui habitent les derrières des Colonies ;nous avons auffi fait mention des plaintes des Virginiens, &du mauvais effet qu’avoit eu dans toute l’Amérique le fyftême de Mylord Dunmore ,d’armer les nègres contre leurs maîtres : tour cela 11e fut pas capable de décourager les Àgens Anglais chez les Indiens. Ils ne perdirent point l’efpérance de leur perfuader d’attaquer les Colonies Méridionales par derrière. Ces Sauvages ,toujours avides de préfens &de dépouilles ,&auffi prêts àoublier qu’à figner un traité ,rompirent
4J- Hijloire des Troubles }776-enfin l’alliance qu’ils avoient faite avec les Colons ; 8c devirent tout-d’un-coup leurs ennemis. On leur fit entendre qu’une armée anglaife dé--1 barqueroit dans la Floride Occidentale j&, après avoir pénétré àtravers les pays de Creek ,Chickefaw &de Cherokee ,où elle feroit renforcée par les guerriers de ces nations ,elle devoir envahir la Virginie &les Carolines ,tandis qu’une autre armée formidable attaquerait les côtes par terre & par mer. M. Stuart ,qui étoit le principal Agent , envoya aulli une lettre circulaire àtous les Tories qui demeuraient fur les derrières ,8c àtous ceux qui vouloient éviter la fureur des Indiens ,par laquelle il leur commandoit de fe préparer àjoindre les troupes du Roi ,d’amener avec eux leurs chevaux &leur bétail ,&d’apporter leurs provifions , promettant en même tems qu’ils feraient payés pour tout ce qu’ils apporteraient. Il leur confeilla aulli, pour leur propre sûreté ,&afin qu’ils fulfent distingués des ennemis de Sa Majefté Britannique, de figner un papier ,par lequel ils déclaraient leur fidélité. Ce plan étoit fi plaufible ,&avoir tant d'apparence de fuccès ,qu’il eut beaucoup d’effet fur les Indiens ,&les difpofa même àformer une alliance contre les Colonies. Les Six Nations, qui avoient promis de demeurer
de VAmérique Anglaife. 45 neutres ,commencèrent les hofhlites jmais leurs ! Chefs défavouèrent enfuite ces procédés. Les Creek- Indiens ,qui font les plus violens ,attaquèrent les Colonies Méridionales avec leur barbarie accoutumée ,mais s’appercevant bientôt après ,que le fecours prétendu n’arrivoit point ,avec une prévoyance fort peu commune àces Sauvages, ils s’arrêtèrent tout court ,fe repentirent de ce qu’ils ayoient fait. Dans les circonftances préfentes ,les Colons les excusèrent volontiers. Lorfque les Cherokees demandèrent enfuite leur affiftance ,.ils firent réponfe ,qu’ils s’étoient tiré une épine du pied ,&qu’ils pouvoient la garder ,fi bon leur fembloit. Ces derniers tombèrent ,néanmoins ,fur les Colonies voifines avec la dernière furie, portant par-tout le fer &le feu, balafrant &tuant les Colons ,ou détruifant leurs plantations. Ils furent pourtant bientôt arrêtés ,&payèrent cher leur cruauté. Ils éprouvèrent alors qu’ils 11’étoient plus auffi formidables qu’autrefois ,Sc que les Colons étoient plus forts. Ils furent défaits par la milice de la Virginie &des Carolines ,&pourfuivis jufque dans leur pays ,où leurs villes furent démolies ,leur grain détruit ,&plufieurs de leurs guerriers tués, jufqu’à ce qu’enfin ceux qui échappèrent, fuient obligés d’accepter les conditions que les vainqueurs voulurent propofec.
"*f4Hijloiïe des Troubles 'Ht- Cette guerre Indienne eut un mauvais effet pour la caufe royale jcar non-feulement ceux qui étoient bien affectionnés défapprouvèrent cette mefure » mais même les Tories les plus zélés fe joignirent alors aux Républicains ,&blâmèrent les cruautés qu’elle avoir caufées. Rien n’étoit capable d’ébranler la fermeté des Membres du Congrès jcar c’étoit au milieu des dangers de la guerre ,&dans un teins où la fortune fembloit contr’eux, peu après la prife de Long- JJland &de New-York ,lorfqu’une armée formidable par terre &par mer portoit par-tout la terreur &l’effroi, qu’ils lignèrent le traité remarquable d’une union perpétuelle entre les Treize- Colonies. Ce traité contient un fyftême de règles &de lois pour leur Gouvernement dans les affaires publiques, 8cpar rapport àchacune d’elles ,foit en teins de paix ,foit en tems de guerre ,&c s’étend même àleur commerce avec les Puifïànces étrangères. Il fut publié fous le nom d’Articles d’Alliance & d’Union entre les Treize-Provinces ,&adepuis reçu la ratification de chaque Colonie. Tel étoit en général l’état des affaires en Amérique àla fin de l’année 177(3.
de l’Amérique Anglaife* 45; CHAPITRE IX. LEPeuple Anglais, àcette époque, étoit dans 177 6* une efpèce de létargie. Les mécontens n’ofFroient ” que des plaintes ,&les Tories ne s’en foucioient guère. La diftance du fiège de la guerre en rendoit les effets moins intéreffans; car les meurtres, les cruautés &les malheurs ,qui feraient dans le cas de faire la plus grande imprellion fur le cœur humain lorfqu’ils arrivent près de nous, ne touchent que foiblernent quand ils fe pafTent àdeux ou trois mille milles. Les dépenfes de la guerre n’étoient que peu fenties, &la plupart des hommes penfent tarement àdûs conféquences éloignées. Le. Miniftère ,comme nous l’avons déjà dit Ç avoit une majorité confidérable dans les deux Chambres du Parlement ;par oe moyen ,il fe trouvoit capable de continuer la guerre avec vigueur ,&de défier le pouvoir de l’Oppofition. Plufieurs des ifles Occidentales fouffroient cepen* -dant beaucoup ,&les provifions yfurent extrêmement rares, Ln un mot ,on ne craignoit rien moins qu’une famine. Comme une partie de la garnifon ,de la Jamaïque avoit été envoyée en Amérique , les nègres de cette: ifle crurent que c^toit une occafion favorable de recouvrer leur liberté. Us
'4<î Hijloire des Troubles 1776.formèrent donc le delTein d’aflàfîiner tous les blancs,' &ils n’attendoient ,pour l’exécuter ,que le départ d’une flotte de cent vingt vaifleaux marchands, qui étoit alors dans le pays. Le complot fut découvert ,&les vaifTeaux furent retenus pendant un mois ;afin d’en empêh cher les effets. Cette roefure nécefîaire àla sûreté de l’ifle fut néanmoins fort pernicieufe aux négociai ,&donna le tems aux eorfaires Américains de fe préparer àintercepter la flotte ÿde forte que plûfieurs riches vaifleaux tombèrent entre les mains de ces derniers. Le commerce des autre’s jfles fut auflsL beaucoup interrompu, &la perte des Anglais ,dans l’année 1776 ,montait àbeaucoup plus d’un million fterling. Les Français &les Efpagnols recevoient favor rablcment les Républicains ,&les prifes de ces derniers^ furent pendant quelques tems: vendues publiquement dans ces deux royaumes mais fut des représentations de la Cour de Londres on obr ferva un peu plus de décorum ,, &On les vendit plus feorètement. La majefié du Peuple Anglais fouffrit alors: une éclipfe ,de fon orgueil fut bien puni ;mais il falloir: céder àla néceflité. Dans les Colonies Français, les Américains yétoient reçus àbras ouverts, de ytrouvoient une proteélion affûtée contre leurs ennemis. On dit même qu’il yavoir plufieurs cor»»
de ÜAmérique Angtaïfe. 47 faites français àla Martinique ,avec des commif- J_ 77^ fions du Congrès. Les arméniens confidérables que l’on faifoit en France &en Efpagne donnèrent, cependant „ l’alarrne aux Miniftres anglais, &ils commencèrent le 15 Octobre, àmettre feizc gros vaifTeaux de guerre en commiflion ,outre ceux qui yétoient déjà. Il yeut auiïi un édit du Roi pour rappeler rous les matelots qui étoient dans le fervice étranger ,pour mettre un embargo fur toutes les proviens de la Grande-Bretagne &d’Irlande ,&un autre pour ordonner un jeûne général. Dans ces cireouftances défagréables ,la Nation Britannique fut alarmée par un danger d’une nouvelle nature., Un enthoufiafte, connu communétnenr fous le nom de John the painter > ou Jean le peintre ,avait formé la réfoludon de mettre Te feu au# magafins royaux de Plimouth 8cde Potfmouth j&àtous les principaux ports de l'Angleterre. ..,,.; .. Cet homme extraordinaire, dont le vrai nom était Jacques Aitken „étoit né àEdinbourg en Ij'àfpfïe. Il étoit peintre déprofeflion, &avoir voyagé prèfque par toure la, Grande-Bretagne. Le manque d’argent dans fes ddférens pèlerinages l’avoir fouvent obligé d’avoir recours àdes moyens peu honnêtes. Quandil ne pouvoir point trouver d’ouvrage, il sadrelfoit aux Officiers ARecruteurs ,voloic fur
54 Mifloîre des Troubles 17761 Pourcela, ajoutoit-il, il faut examiner les griefs des ~Colonies ,la conduite des Minières ,&les raifons pourquoi le commerce des îles Britanniques fut laide aux repréiailles dès Américains dans un tems où leurs pêcheurs &leurs matelots étant empêchés de fnivre leurs occupations paifibles, rfavoient point d’autre alternative que d’avoir recours au pillage ,&de fe déchaîner fur le commerce de la Grande -Bretagne. Il concluoit enfin avec la déclaration Clivante ; Nous regarderions avec honte &avec horreur tout événement qui tendrait àabattre le courage dune grande partie des Sujets de l’Empire Britannique ; àlesfoumettre ,fans condition ,àquelque Puijfance quelconque ;àles priver de leur liberté avec l’aide de mercenaires étrangers ,&àles rendre bas & Jerviles. Dans les excès &les abus qui font arrivés dans le cours de ces difputes ,nous fommes ,néanmoins ,obligés de refpecler les principes des Amed ricairisf Nos intentions nefont pas de les détruire ,mais de les gouverner car,quoique leurs principes dif - r Jerent en quelque chofe des nôtres ,ils ont ,cepcné dant 3une telle reffemblance avec ceux quifervent de fondement àla meilleure partie de notre Gouvernement ,qu’on ne fauroit, fans injufi.ee,former la penfée de les anéantir dans aucune Province 3fous la domination de Sci Majejlé. D’ailleurs 'des chofes
T7?£. de l’Amérique Anglaifi- 55 'de cette nature auroient des fuitesjunejles ,&établiraient des exemples dangereux ala liberté de ce Royaume. * Dans la Chambre haute, le Marquis de Rockingham fit une proportion à-peu-près fcmblable , touchant l’adrelfe. Les débats furent longs tk intéreflans. Le difeours du Roi ,qui eft toujours regardé comme celui du Miniftre ,yfut traité avec la dernière rigueur &le plus grand mépris. . On demanda où les Américains avoient trouvé ces puillans Chefs auxquels ils ûbéilfoient avec tanp de foumilîion ,&qui les gouvernoient d’une manière fr defpotique ?Ils n’avoient point de Seigneurs parmi eux. Il 11’y avoit point de Nation dans le monde en polfeffion cl’une II vafee étendue de pays / &de tant de biens ,ou qui avoit un hgrand cornmerce avec le relie de l’univers, où les fortunes fulfent plus égales. M. Hancock n’étoit qu’un bon &honnête négociant de Bofton. Il n’avoit point de prééminence fur fes confrères ,ni d’autorité fur le peuple ,avant les troubles préfens. M. Washington avoit une fortune indépendante, &reifcmbloit à nos Gentilshommes de campagne qui font Capables de pratiquer chez eux l’hofpitalité ,&de fe faire refpeder par leurs tenanciers &leurs voifîns ,mais qui font inconnus dans le relie du monde. D’autres, qui étaient àpréfeut Membres du Congrès, ou dans le feryiee des Colonies ,feraient encore reliés D4
56' Hijloire des Troubles *77 6. dans une plus grande obfcurité. Par quel enchantement, donc, pouvoir-il fe faire que ces hommes, que l’on repréfentoit comme de violens Républicains , qui avoient en horreur les coutumes établies dans les autres parties du inonde, qui étoient ennemis de toute autorité &de toute fubordination ,par quel enchantement, difoit-on, pouvoit-il fe flaire qu’ils enflent tout d’un coup changé de nature ,&ce qui étoit encore plus fort, furmonté leurs préjugés au point de fe foumettre entièrement àun petit nombre de defpotes inconnus ? La réponfe ,ajoutoit-on ,étoit fort claire. C’eft que cette affertion étoir fauffe ,&en même tems nabfurde, qu’elle ne méritoit pas d’être réfutée. Les Américains avoient été forcés, parl’opprelïion , àmaintenir leurs droits, &àla fin ,par la perfévérance des Miniftres dans leurs procédés injLiftes, à les défendre àmain armée. Dans cette fituation , réduits àla dernière relTource dont la nature humaine eft capable ,le danger commun les avoir mis dans la néceiîîté ,où tous les peuples cle la terre & même les nations les plus fauvages fe trouvent en pareil cas ,d’élire des Chefs pour conduire leurs affaires &commander leurs armées. Ces Chefs ,continuoit-on ,n’ont point plus de pouvoir qu’il ne plaît au peuple de leur confier. Les Repréfentans des Affemblées provinciales font élus tous les ans. Le Congrès Général eft de même
de rAmérique Angiaife. "57 diffous au bout d’une année. Le pouvoir retourne ijj_ donc au peuple, qui le redonne, comme bon lui femble ,aux perfonnes qu’il juge les plus propres j de forte que ces fuppofés tyrans que l’on repréfente comme foulant aux pieds toutes les lois, gouver- •nant les Colons avec une verge de fer, &un defpotifme àpeine connu dans les plus anciens Gouvermens de cette nature ,ne font dautres perfonnes que les ferviteurs du peuple, choifis par lui, & qu’il peur changer àfon gré. Comment donc le Miniftre a-t-il ofé infulter le Parlement &Sa Ma- 'jefté avec des abfurdités &c des faufletés de cette efpèce ? Dans la même intention, difoient les Membres de l’Oppofition ,d’en impofer au public ,&dirriter la Nation ,les Miniftres &leurs 1artifans avancent que les Américains ont rejeté avec mépris les termes d’accommodement qu on leur aofferts. Cela eft aufiî faux que tout le refte. Les Commiffaires n’avoient d’autres pouvoirs que doffrir des pardons 5de forte que les termes que les Colons n’ont point voulu accepter, ne font autre chofc que 'cîes offres de pardon. Les Miniftres fwoient bien qu’ils n’accepteroient jamais ces conditions jmais leur deffein étoit de les mettre au défefpoir ,&de les obliger àavoir recours àla force :cependant ils déclaraient au peuple ,qu’on avoir offert des conditions équitables aux Américains, &que ceux-ci les
58Sijloire des Troubla 177 avoient rejetées avec hauteur. Leurs vues étoient d’irriter les Anglais contre leurs concitoyens du Nouveau-Monde, &de forcer ces derniers àune foumiffion aveugle. Comme dans le difcours du Roi il yavoit :qu’aucun peuple ne jouilToit d’une plus grande félicité , ou ne vivoit fous Un Gouvernement plus doux , que les Colonies révoltées, 8c que leurs progrès dans les arts &les fciences ,le. nombre de leurs habitans ,leur puilîance &leurs forces ,tant par terre que par mer, étoient des preuves de cette aflertion ,les Membres dé l’Oppolltion prirent delà occafion de blâmer les Miniftres. Pourquoi , dirent-ils, ces Colonies ont -elles été forcées àfe révolter? Cette puilfance, cette grandeur, qui étoient en partie la nôtre, &dont l’hiftoire fournit àpeine un exemple ,dévoient être attribuées au fyftême jufte 8c équitable des lois anglaifes ,&c du Gouvernement Britannique. Pourquoi s’eft -on écarte de ce lyftême fage 8c admirable dont les eftets étoient hfurprenans ?On nous allègue ,continuoient-ils, que le but des mefures préfentes eft de redonner la paix 8c la liberté àl’Amérique. Pourquoi en a-1-on interrompu la jouilTance ?En vaudront -elles clavantagè ,lorfqu’elles feront offertes au bout de la baïonnette? Pourquoi a-t-on détruit cette belle fabrique qui avoit été l’ouvrage de tant de fiècles ,afin de rétablir ,lepée àla main,
de l'Amérique Anglaife. 59 ce que la prudence &un Gouvernement fage fem- }Jlil bloient avoir fixé pour toujours ? Cette partie du difcours où il étoit dit que les" autres Puiilances de l’Europe avoient les intentions les plus pacifiques ,fut aufli blâmée. Comment eft-il poflible, s’éçrioient-ils, que lés Miniftres ofent nous avancer de telles faillietés?T. oute 1Europe arme àpréfent avec la plus grande diligence. Cela annonce-t-il la paix? D’ailleurs leurs propres aétions coiitredifent leurs paroles. Au tems même où ils font ces aflurances des . bonnes intentions de leurs voifins ,la Nation eft en confufion, &; le commerce ruiné par la levée foudaine des matelots que l’on force de fervir fur les vaifteaux de guerre. Leur conduite paroit ici dans tout fon jour ,&Ce voil trompeur qui a jufqu’ici couvert leurs avions ,eft àla .fin levé. Ya-t-il rien de plus ridicule ,continuoient-ils , &même de plus, impertinent ,que de dire que nous ferons tons unanimes àpourfiiivre les réfolutions préfentes ?Eft-ce donc parce qu elles ont produit tous les maux que nous avons prévus & prédits? En nous. oppofant àces projets funeftes » nous lavons donrié les raifons de n’otrè conduite ; nous en avons prév.u .les fuites ;&tous les maux que nous avons annoncés ,font arrivés. Il n’y a point de prophétie qui ait été plus èxaétement accomplie. Maintenant ,que l’Empire eft divifé *
6o Hijloire des Troubles l’Amérique perdue ,la Nation en confufion &r menacée des plus grands dangers dit dehors ,les Miniftres ,nous difent, avec un air de plaifanterie , qu’ils efpèrent que nous ferons tous unanimes à fuivre ces mefures dangereufes qui font la caufe de nos malheurs. Non ,ajoutoiént-ils ,rien ne peut fau ver ce royaume qu’en rappelant fur-le-champ les armées qui font en Amérique, en révoquant les lois pénales palfées contre les Colons, &en leur rendant leurs Chartres Scieurs privilèges. Cette conduite aura plus' d’effet qu’aucune autre chofe fur les coutumes &fur l’affeétion des Américains &fera peut-être capable de réunir cet empire divifé. Mais fl les pertes qu’ils ont fouffertes ,les cruautés qu’ils ont éprouvées ,la; connoiflance de leur force, &l’expérience des douceurs qu’il ya àcommander ,Ont allez d’influence fur l’efpric des Américains pour leur faire; refufer ces moyens d’accomodemeut ÿhnous fommes réduits àcette malheureufe fituatiou ,nous' n’Uvdns plus d’autre alternative que d.e reconnoftré fur-le-champ leur indépendance yde en faifaiit aye'C ;eux •un •traité d’alliance &de commerce ,deConfervet la petite partie qu’il"- eft encore* polïibie de'1retenir deces avantages glorieux que notre iô'rgiteil ,notre injuftice, ¬re folie ,nous onrfait perdre. * r•11 ne fert de-fièny difoieqt-ils ,' ije penferace que nous éciéns auci'efois, oueà'ce que nous avons
de f’Amérique Anglaïfœ. 'Si perdu jil vaut mieux nous conformer ànotre con- 177g; dition préfente ,de peur qu’elle ne devienne pire. L’imprudence &les mauvais confeils ont ordinairement leurs punitions. Il faut donc que nous nous foumettions àce châtiment que nous 11’avons que trop mérité ,quelque défagréable qu’il puilfe être. Plus nous perfifterons dans notre opiniâtreté ,plus notre punition fera grande ,de elle fera bientôt fans bornes. ,, ’ Les Membres de l’Oppoftion affuroient aüflî que fi les Miniflres perfiftoient dans leurs folles réfolutions, toute laMaifon deBourbonfe joindrait bientôt aux Américains ,&ne tarderait point à déclarer la guerre. Le Roi de Portugal, que la Nation étoit obligée d’allifter ,fe trouvoit déjà menacé 5&Ci les Anglais étoient allez lâches que de facrifier leur Allié au danger préfent ,&de fe rendre parrla, méprifables àtoute l’Europe ,cela ne pourrait leur être d’aucun fervice, parce que la conduite de la France &de l’Efpagne, la nature de leurs préparatifs &les fecours qu’ils donnoient déjà aux Américains montraient clairement le parti qu’ils avoient réfolu de prendre dans ces malheureufes querelles. Sommes-nous donc en état,,difoienr-ils de faire tête aux forces réunies de la Maifon de Bourbon , &des Américains ,tandis qu’avec le fecours des, Auxiliaires Allemands nous n’étions pas même
€i 71gloire des Troubles i77*. capables de réduire ces derniers? La force de la Nation eft àpréfent en Amérique ,&en quelque forte àla merci de nos ennemis. Ell-ce àpréfent le teins ,avec une dette énorme, lorfque le revenu de l’Empire diminue, que nos rpffources font, pour ainfi dire ,épuifées ,nos confeils divifés ,& nos Colons irrités au dernier degré ,de nous engager dans une nouvelle guerre? Dans une fituarion fi terrible, ajoutoient-ils ,le meilleur parti eft de fe réconcilier au plutôt avec les Colonies, à quelques conditions que ce foit. Quoique la perte de l’Amérique foit pénible &douleureufe \ce n’eft point ,cependant ,le dernier des malheurs ,mais fi 5au lieu de rechercher fon amitié ,nous fouffrons quelle s’allie avec nos ennemis naturels, peut-être que cela anéantira notre exiftence comme Nation. Les Membres de l’Oppofirion blâmèrent les adrefles des deux Chambres ,en difant que c’étoit fouferire fervilement aux panégyriques mal fondés ,que les Miniftres avoient fait dire au Roi fur leur conduite ,&plonger la Nation dans une ruine inévitable. Ils ajoutèrent qu’il étoit indigne de donner fanélion en Parlement àun nombre de fauffetés ,calculées pour amufer ,tromper ,ou enflammer le peuple. Ils foutinrent, au contraire, que le changement qu’ils offroient de faire à ces adreftes donneroit le tems au Parlement de s’informer diligemment de l’état de la Nation
de l’Amérique Anglaife. G5 de remonter àla fource des malheurs prefens ,& de chercher les moyens déviter les dangers dont ils étoient environnés de tous les côtés. D’autre part les Partifans du Miniftre défendoient le difcours de Sa Majefté àtous égards. Ils en vanroient la vérité ,la prudence, la juflice ,& la magnanimité. Ils afluroient qu’il étoit conforme, àla fainte politique ,&rempli de la plus grande tendreffe ,&du défir le plus ardent qu Elle avoir pour ie bonheur ,la profpérité ,&la liberté de tous les fujets de l’Empire, en, quelqu’endroit du monde qu’ils fulTent fi tués. Ils rejetèrent le changement àladreffe ,parce qu’il tendoit à engager le Parlement dans des matières qui n’avoient point de rapport aux affaires préfentes : ci Si les Miniftres ,difoient-ils ,ont négligé leur »devoir ;s’ils fe font laiffé tromper ,ou s’ils ont »trompé le Parlement }il yaura un rems conve- »nable pour examiner tout cela :mais mainte- »liant ,il n’eft point queftion de cette affaire :il »s’agit feulement de favoir fi nous voulons aban- «donner tous les avantages que nous tirons de »nos Colonies ,avantages auxquels les fommes 55 que nous avons dépenfées ,&le fang que nous >5 avons répandu ,tant pour leur fondement que 'J pour leur défenfe ,notjs donnent des droits in- 55 conteftables ,&,en nous foumettrmt aux irv «fuites des Américains ,épuifcr àla fois Eî 1776.
•jo Jîijloire des Troubles 1777. d’incapacité &de menfonges ,premièrement ; ~~~ parce cpi’il n’avoir pas une force maritime fuffi* fante pour faire tête àla Maifon de Bourbon ,& qu’il avoit affûté le contraire àla Nation. Ils dirent que les fournies qu’on avoit votées pour l’entretien de la marine ,étoient énormes ,puifqu’elles montoientàplus de huit cens feize millions tournois ,&qu’ils ne favoient pas àquoi on avoit pu employer cet argent ,fi non àde mauvais ufages. Les dépenfes des forces de terre étoient à-peu- près auif confidérables ,&furent accordées quelque tems après ,fans aucun débat ;enfuite le Parlement ajourna jufqu’au 11 Janvier de l’année drivante. Ala rentrée du Parlement ,la première affaire de cette Affemblée ,fut d’accorder des lettres de marque &de repréfailles aux Capitaines des vaiffeaux marchands ,pour les autorifer àprendre les vaiifeaux qüi apparrenoient aux Colonies -Unies. Le Miniftre fit le même jour ,dans la Chambre des Communes ,une propofition pour donner au Roi le pouvoir de faifir ,&de faire emprifonner ,les perfonnes accufées ou foupçonnées de trahifon en Amérique ,ou d’être pirates fur les hautes mers. Il foutint fa propofition, en difant que, «depuis »le commencement des troubles des Colonies, on 3j avoit fait plufieurs prifonniers qui étoient cou- »pables des crimes ci-devant mentionnés }qu’il y.
de l’Amérique Anglaifi. 71 », en avoit d’autres ,également coupables, qu on 11e q777- ,5 pouvoir prendre, faute de preuves fuffifantes j 3,qu’on avoit toujours eu coutume ,dans les tems »de révolte ou de danger, de donner au Souverain „lepouvoir d’arrêter les perfonnes fufpe&es. »Il ajouta qu’il 11e prétendoit pourtant pas dire ,, qu’il yeût àpréfent aucune nécellité de confier „aux Miniftres un tel pouvoir en général ,deft *> pourquoi il ne demandoit pas qu’011 le leur ac- »cordât dans toute fon étendue ;mais ,fuivant les „lois a&uelles, continuoit-il, il n’étoit pas permis »de fe faifir même de l’homme le plusfufped-. »Il yavoit d’ailleurs un autre inconvénient, c’étoit >5 que le Roi ne pouvoit faire mettre les rebelles , wou les pirates ,que dans les prifons ordinaires : »chofe qui devenoit impraticable. Il étoit nécef- »faire, dans les cirœnftances préfentes, que »Sa Majefté eût le droit de les traiter comme pri- »fonniers de guerre, jufqu’à ce qu’on pût procéder s3 criminellement contr’eux». Le bill, que le premier Miniftre avoit deffein de faire paffer ,fut donc lu ,pour la première fois ,ce jour-là, 6Février, &011 en remit la fécondé ledure au 1odu même mois. Il eft vifible que le Roi acquétoit par-là un pouvoir prefqu’abfolu, puifqu’il avoir droit de faire arrêter ,fur de fimples foupçons , ceux qui ne lui plaifoient pas ,&de les retenir en E4
-j-£ WJloire des Troubles 'iiyi. prifon fans caution, ou fans examen ,jufqu ar.c que bon lui fembleroit. Il eft vrai qu’il yavoit dans le bill une claufe qui autorifoit un certain nombre du Confeil privé àpermettre que les prifonniers donnaffent caution, ou fuilent examinés \mais on fait fort bien que les gens ,qui compofent ce Confeil ,font la plupart dévoués au Prince. M. Dunning, l'tm des plus fameux Avocats d’Angleterre ,fit paraître le plus grand étonnement de ce qu’une affaire de cette importance ,un acte , qui tendoit àfapper les fondemens de la Conftitution Britannique, &àdétruire la loi de YHabcas corpus ,feul rempart du peuple pour fa sûreté ,&le maintien de fes droits, fût propofé fi foudainement. Il dit qu’il étoit extraordinaire qu’on précipitât tellement les chofes, &qu’on en fixât la fécondé lecture dans trois ou quatre jours. Il ajouta qu’il étoit choqué ,&alarmé en même tems ,de voir qu’un bill ,qui devoir fufpendre toutes les fondions des anciennes lois ,fût offert de cette manière ,& qu’on voulût profiter de l’abfence d’un grand nombre de Membres ,afin de le paffer, pour me fervir de fon expreffion ,comme une marchandife de contrebande. Le peuple ,continua-t-il, va abandonner les fondemens de fes droits ,fans en être informé, Sc fans que nous ayons même le tems de le confuker. Voyant enfuite que la Chambre alloit
de l’Amérique Anglaife. 73 &divifer au fujet de la fécondé leétnre, &que le ^ Miniftre l'emporterait, il propofa que le bill ut imprimé ,ce qui fut accoidé. L’alarme que cette propofition avoir exciree , lappella quelques-uns de ceux qui s’étoient depuis quelque rems abfentés. Les débats furent longs , intérelfans &animés ,&fort fouvent remplis des farcafmes les plus piquans. Les Membres de l’Oppofition foutinrent que, de l’aveu même du Miniftre ,le bill etoit tout-a-lait inutile ;car, comme il n’y avoir point de rébellion dans l’intérieur du Royaume ,ni de guerre avec l’étranger ,il n’étoit point nécelfaire de donner au Souverain de tels pouvoirs. Une guerre même avec l’étranger ne pouvoir pas juftifier de pareilles me- Lires, àmoins qu’on ne fût menacé d’une invalion, &qu’il n’y eût lieu d’appréhender qu’elle fût encouragée par quelque faéfcion dans le Royaume. C’étoit une réfolution qu’on ne devoir prendre qu’à la dernière extrémité ,&lorfque la Conftiturion de l’Empire ,&la liberté du peuple ,feroit dans le plus grand danger. Le pouvoir de Dictateur étoit un couteau àdeux tranchans ,dont on ne devoit pas faire un jeu. La Couronne avoir déjà tellement pafté les bornes qu’on lui avoir préfentes au rems de la révolution, que les vrais Patriotes iavoient lieu d’en être alarmés. Il étoit donc fort
74 Hif.aircdes Troubla .f 77?-, imprudent de la mettre roue àla fois au-deffûs dsg iois &de toute contrainte. Ce bill, ajourèrent-ils, ne poitrroit produire que de mauvais effets ,il ne ferviroir qu’à augmenter les animofités entre les Américains &les Anglais , 6c ne laifferoit plus aucune efpérance de réconciliation jfous prétexte de repréfailles ,il donnerait lieu aux injures perfonnelles &aux cruautés les plus horribles de part Sc d’autre. Il s’étendoit nonfeulement aux vailfeaux de guerre, mais même aux navires marchands. Mais ,continuèrent-ils ,, ce n’eft point pour l’Amérique que ce bill àété fait, c’efl bien plutôt pour notre pauvre patrie. Les Miuiftres qui ont en vue le defpotifme le plus abfolu , 6c qui ne font pas encore affez hardis pour lever le mafque ,couvrent ici la peau du lion de celle du renard ,&fuppléent au manque de courage par la raie. Ils veulent faire palier fous un faux titre ,& introduifent fous un préambule trompeur, compliqué &ambigu, un bill inlîdieux, qui ne tend àrien moins qu’à fapper les fondemens de notre liberté, tandis qu’ils amufent le peuple par des contes de haute mer ,d’Américains &de pirares. Dans le même deffein, pour effayer jufqu’où leur influence peuc s’étendre, dans une mefure de cette nature, ils fixent la durée de cet acte àune année :
de TAmérique AngUife. 75 mais qui ne voir pas que ceux qui ont été capables de fe faire accorder un pouvoir de Dictateur fans aucune nécefiité ,font également en état de le rendre perpétuel ,fans même donner de prétexte ?Le peuple eft cependant amiifé par le nom fpécieux d’une loi pour punir les rebelles de l’Amérique jcirconftance qui lui eft fi indifférente ,que la plus grande partie de ceux qui le compofent ne fe donnera pas même la peine de la lire ;tandis que tout Sujet des îles britanniques ,réfidant dans les Indes Orientales ou Occidentales ,dans les provinces du Nouveau- Monde, qui ne font point en guerre, fur les côtes d’Afrique ,&,en un mot ,tous ceux qui font obligés d’aller fur mer, feront compris dans cette loi extraordinaire. Ceux même que leur fauté fait paffer de Douvres àCalais ,afin de vifirer le continent, ceux qui feront des parties de plaiilr par eau ,ne feront pas plus àl’abri j&il fuffira , pour être proferit ,d’avoir paffé les bornes que la mer nous preferit. Que les Anglais qui habitent au centre de l’ile, &qui n’ont jamais vu la mer, ajoutoientils ,ne fe croient pas plus en sûreté. Ils trouveront bientôt àleurs dépens jufqu’où les Avocats fubtils de la Couronne peuvent porter leur génie inventif. Il n’y arien qui foit plus ingénieux que l’ambition &l’efprit de vengeance. Ces hommes 1777.
76 Hijloire des Troubles 1777- innocens peuvent Te trouver tout-d’un-coup faifs* Se arrachés du fein de leurs familles ,tranfportés dans les montagnes d’EcofTe ,fur les roches de Gibraltar, fur les côtes brûlantes d’Afrique, dans les cachots les plus empeftés des marais du Bengale ,ou dans tout autre lieu de ce vafte Empire, où l’on jugera àpropos d’établir des prifons. Us pourront yrelier durant la continuation de ce bill ,fans aucune poffibilité de l’interpofition des lois ,du fecours &des avis de leurs amis. Afon expiration ,pourvu toutefois qu’il ne foit pas renouvelle ,&que ces malheureux n’aient pas perdu la vie par les horreurs de leur captivité ,Sc la puanteur de leurs cachots, ils feront, àla vérité, en droit de retourner dans leur patrie jils auront peut-être envie de favoir pourquoi ils ont été mis en prifon ,&bannis de leur pays. La réporjfe çft toute prête :pour trahifon. Se fentaut innocens , ils s’efforceront alors d’avoir recours aux lois de l’Empire ,&de demander juftice ,&déferont leurs accufateurs de prouver ce qu’ils avancent y mais les Emilïaires des Miniftres ,ceux mêmes qui les avoient enlevés àce qu’ils .ont de plus cher , leur riront au nez, en difant, qu’il n’y apoint de preuve ,mais qu’ils ont été arrêtés fur des foupçons. Voilà la farisfaélion que ces malheureux pourront recevoir pour toutes les injures qu’ils auront fouffortes. L’Angleterre relfemblera pour
cta FArnénque'AnglaiJ'e, 77 tors aux royaumes les plus defporiques; &nos Miniftres feront auifi arbitraires que ceux de Portugal &d’Efpagne. il yeut encore des argumens fans nombre pour faire voir la mauvaife intention du Miniftère. D’un autre côté ,le bill fut défendu avec chaleur ,&les argumens ne manquèrent point àceux qui entreprirent fa défenfe. Les Membres de l’Oppofition eurérit cependant allez dinfluence dans cette occafon, pour yfaire un changement qui étoit de la plus grande importance àla sûreté du peuple. C’étoir ,qu’il ne devoit avoir rapport qu’aux prisonniers qui écoient dans les Colonies ,ou fur la haute mer, au teins que les oflènfes dont ils etoienr accufés avoient été commifes. 1 Le 3odu mois de Mai ,Mylord Chatham ; dont les talens font fi connus ,&dont l’influence avoir autrefois été fi grande en Parlement ,vint encore dans cette Aflemblée, malgré fes infirmités, &fit une proposition en faveur des Américains ,pour radier de rétablir la paix entre la Grande-Bretagne &les Colonies 3mais fes efforts n’eurent aucun effet ,&fa propofition fut rejetée par une majorité confidérable ,quatre-vingt-dix- neuf voix contre vingt-huit. Le 6Juin, le Roi prorogea le Parlement ,après lui avoir fait des remercîemens de l’arrachement qu’il avoir pour fa Perfonne ,&de la généralité
7$ Hijloire des Troubles .avec' laquelle il avoir accordé des fommes confi durables que la néceflîté l’avoir obligé de demander pour le fervice de l’année préfente. Le difcours de Sa Majefté Britannique finiiloit ainfi :J’efpère , qu’avec le fecours de la Providence ,les forces que vous m’avez confiées ,tant par terre que par mer , feront capables de mettre fin ,dans le cours de cette campagne ,àla rébellion de l’Amérique ,&de rétablir cette obéilfance ,que tous les Sujets d’un Etat libre doivent àl’autorité des lois. CHAPITRE X. Tandisque ces chofes fe pafîoient en Angleterre ,le Général Howe ,&fon frère l’Amiral ,ouvrirent la campagne en Amérique. Dans un pays entrecoupé de rivières fpacieufes, leur -marine leur donnoit un grand avantage fur les Républicains. Ils avoient aulîi form,é plufieurs régimens de provinciaux &de réfugiés Anglais ,Irlandais ou Ecoifais , qui fe trouvoient dans le Nouveau -Monde :de forte que leur armée étoit réellement formidable. Le Chevalier Howe ayant diftribué fes nouvelles troupes dans les places cle garnifon, fut, par ce moyen ,capable de paraître en campagne avec de plus grandes forces. Les Américains ,de leur côté , avoient élevé des moulins ,&établi leurs priuci-
de l’Amérique Anglaife. 79 paux magafins dans un terrein efcarpé &montagneui, qu’on appelle le Manoir de Courtland. La " force naturelle de cet endroit, le voifinage de la rivière du Nord ,&fa fituation convenable par rapport au fiège de la guerre ,les avoient engagés àn’épargner ni peine ,ni argent pour les remplir Je toutes fortes de provifions de bouche &de guerre. Une place appellée Peek’s-Kill , àenviron cinquante milles de New -York , fur la rivière du Nord, fervoit, comme de port, au Manoir de Courtland, &les provifions paifoient ordinairement par-là. Le Chevalier ,voyant qu’il étoit ,pour ainfi dire ,impollible d’attaquer avec avantage le Manoir de Courtland ,réfolut de tomber foudaiiiement fur Peek’s-Kill 3s’imaginant queles Colons yavoient un grand dépôt. Le Colonel Bird lut chargé de cette expédition avec un détachement de cinq cens hommes ,&s’avança fur la rivière du Nord ,fous la protection d’une frégate ,&de plulieurs vailléaux armés. Al’approche des Anglais ,les Américains 11e fa trouvant pas en état de défendre la place, 8c voyant d’ailleurs qu’il étoit impollible de rien fauver, mirent le feu àleurs magafins, 8cprirent polie àdeux milles de-là ,près d’un pallàge qui commandoit l’entrée des montagnes ,&couvrait OJ un chemin qui conduifoit àquelques -uns des 1777.
Si» Bïjioirc des Troubles 1177 au Général Washington ,parce qu’elles étoïenf elles-mêmes menacées d’une invafion du côté du Canada ,&qu’on craignoit même que la ville de Jjûfton ne fût attaquée par les Royalifles de Rhode- JJland. Ce délai ,qui venoit ,ou de la faute des Minilires ,ou que l’on doit peut-être attribuer aux vents contraires jdonna le tems àM. Washington de recevoir des renforts. Le beau tems excita les Américains às’engager avec plus d’ardeur ;& ceux qu’une campagne d’hiver avoit épouvantés , devinrent plus hardis àl’approche de l’été. Le Général Washington ,fe trouvant alors allez fort, quitta ,vers la fin de Mai ,fa pofition dans le voisinage de Morris-Town &s’avançant àquelques milles de Brunfwick ,prit polîelîion d’un pays naturellement fort, le long de Middlc-Brook,C’efl: de ce feul mouvement que dépend une grande partie des autres évènemens de la guerre dans les Jerfeys. Le Général tira de cette fituation tous les avantages dont elle étoit capable :fon camp, s’étendant le long des montagnes ,étoit bien fortifié ,8c couvert d’artillerie. D’ailleurs les approches étoient très-difficiles àl’ennemi ,au lieu qu’il voyoit àdécouvert le camp des Anglais ,&les pays voifîns. Il paraît que le deffein des Miniftres de la Grande-Bretagne, étoit de fe rendre maîtres de Philadelphie dans le cours de cette campagne^
'de tAmérique Anglaîfe.%j 's'imaginant que, cette place une fois tombée, les autres Colonies fe rendroient adrfcrction. Le Confeil étoit ,cependant ,divife quant au plan. Les uns croyoient qu’il étoit plus convenable que le Général Howe pafsât par les Jerfeys, 6c s’avançât vers la rivière Delaware, offrant toujours bataille au Général Américain ;6c que ,fi ce dernier fe retiroit devant lui ,&évitoit une adion décifive ,comme il yavoit tout lieu de fe 1ima- giner ,il traversât cette rivière en préfence des ennemis. Les autres au contraire difoient, qu’il étoit très dangereux de traverfer une rivière telle que la Delaware, couverte de bateaux armés, & pleine de petites îles bien fortifiées ,avec une armée de front &des partis ennemis par derrière *. ils ajoutoient que, fi cette entreprife étoit fans fuccès, c’étoit ruiner la caufe du Roi dans le Nouveau-Monde :ils étoienr d’avis, qu’on devoit plutôt tâcher de réunir les forces maritimes avec celles de terre ,&faire coopérer les premières avec les dernières. Dans ce delfêin ils confeilloient de faire embarquer les troupes ,Sc d’entrer dans la Delaware ,ou dans la baie de Chefapeak ,parce qu’aiors on pourroit aifément les faire débarquer fur la rive oppofée ,fans courir aucun rifque. Ce paffage par mer étoit ,àla vérité ,un peu long ;mais c’étoit le plus sûr. D’ailleurs il offrait beaucoup d’avantages :premièrement il étoit facile F4 *777-
JfS Hijloire des Troubles V777. d’approcher de Philadelphie ,&de s’en renclrë maître :outre cela les trois provinces floriflàntes de Penfylvanie ,de Virginie &de Maryland, feraient continuellement expofées ,àcaufe des belles baies &des grandes rivières dont elles font entrecoupées, àla force combinée de l’armée &de la flotte. Dans cette irréfolution du confeil ,il femble qu’on donna ordre au Chevalier Plowe de tenter d’engager le Général Washington àune bataille, &de pénétrer par les Jerfeys jufqu’à Philadelphie 5mais ,cependant, on lui permettoit de prendre l’autre parti, fi le premier fe trouvoit impraticable ;&, comme on le verra dans la fuite, ce Général adopta la dernière tnefure. Tel étoit le plan de la campagne pour l’armée du Midi ,tandis qu’une autre armée formidable devoit attaquer la Nouvelle Angleterre <Sc la Nouvelle York du côté du Canada }&l’on avu que le fuccès quelle avoir eu ,la campagne précédente ,fur les lacs, laifloit ces provinces tout ouvertes. La conduite de cette expédition avoir été confiée au Général Burgoyne, qui, àce que l’on dit, étoit l’auteur du plan. Cette armée devoit aufli être fécondée par d’autres détachemens dans le haut Canada, qui dévoient palier par Ofwego, &fe rendre àla rivière Mohawk., Les Miniftres avoient conçu les plus grandes efpérances de ce plan ,&ce 11’étoit pas fans raifon. Il eft certain que fi le Général Howq
de l'Amérique Angtaifi. *9 ii’avoit point fait embarquer fes troupes ,&avoit q77 'r- _ coopéré avec le Général Burgoyne ,ces deux Généraux auraient pu fe rendre maîtres de la rivière du Nord ,établir une communication entre les deux armées, &auraient coupé toute communication entre les Colonies méridionales &les feptentrionales. Les Miniftres firent certainement une faute en permettant au Général llove de quitter le voifinage de la rivière du Nord, dans un tems ou il aurait dû faciliter les opérations du Lieutenant- Général Burgoyne }mais ,comme ils avoient la plus grande opinion de l’habileté &du courage de ce Général ,ils ne s’imaginoient pas qu il aurait profité de cette permiffion, au rifque de perdre l’armée du Canada. On lui impute davoir ete jaloux des progrès rapides de cette petite arrnee jcar, comme il avoit eu plufieurs occafions de détruire les forces des Américains ,la première, après l’action de Long-Ifland, en 1776 ,la fécondé, àla fin de la campagne ,en palïànt la Delaware ,fes ennemis ,&les partifans zélés de la caufe du Frai ,l’accufoient ,de lenteur &de négligence ;tandis qu’ils vantoient l’activité deM. Burgoyne. M. Howe avoit auffi lieu de craindre que ce dernier ne fût fait Général en chef, encas qu’il parvînt jufqu àAlbany, car Ticonderoga, &les autres forts qui forment la barrière entre le Canada &les provinces de la
<éj© Hijîoire des Troubles *771>Nouvelle Angleterre ,avoient été emportés aveô tant de rapidité ,que M. Eurgoyne éroit alors le Général favori àla Cour de Londres ,tandis quoi® ire parloit pas trop bien du Chevalier Howe. Les Ecrivains, en faveur des Miniftres, l’acçabloient même de farcafmes &de réflexions malicieufes 'dans les papiers de nouvelles. Les tentes &les équipages étant arrivés d’Angleterre ,avec uncorps de troupes d’Anfpach, &un grand nombre de recrues ;au commencement de Juin ,le Chevalier Horve entra aufli -tôt en campagne ,&marcha àtravers les Jerfeys ,pour elfayer s’il n’étoit pas pofîible de pénétrer par-là jufqu’à Philadelphie jmais ilétoit trop tard :les Américains ëtoient en état de défenfe •, l’année de M. Washington avoit reçu des renforts considérables ,& occupoit des polies prefque inacceffibles jplufîeurs «corps de la Nouvelle Angleterre ,fous le commandement des Généraux Gates ,Parfons &Arnold » ' s’avançoient jufqu’aux rives de la rivière du Nord v &étoient toujours prêts àla paffer ,&àfecourit leurs partifans dans les Jerfeys ,lorfque l’occa/îon le demandoit jen même tems la milice des Jerfeys s’afîèmbla avec beaucoup d’ardeur ;de forte que , «quelque pofition que prît l’armée Anglaife, elle étoit veillée ,&auffi-tôt entourée d’ennemis. On dit que M. Howe fit tout ce qu’il put pouf engager M. Washington àquitter fon polie avats-
de VAmérique Anglaise. î> fameux ;il pou11 ades detachemens ,&fit' des mou- JélUlL, vernens comme s’il avoir eu deflein de palier la Delaware ,&de 1attaquer par derrière jmais le Général Américain ,qui n’avoit aucune envie de rifquer une bataille, ne fe laiila point prendre à ces amorces. Le Général Anglais fit alors avancer ïoute fou armée en face de celle de l’ennemi ,8c relia quatre jours dans cette poftion pour examiner la iltuation des polies ,efpérant que les deux armées ,étant fi près l’une de l’autre ,le hafard , l’impatience, ou quelque faute, pourrait occalionner une aétion générale \mais tout cela neut aucun effet. Le Général Washington connoilfoit trop bien les avantages de fa foliation pour la quitter ,&avoit trop de prudence pour confier le fort de l’Amérique àl’évènement incertain d’une bataille. Le Chevalier Howe voyant qu’il étoit impoflîble de l’engager àquitter fon camp ,&l qu il étoit très-dangereux de l’attaquer dans fes retranchemens ,réfolut. enfin de faire embarquer fes troupes ,&de prendre la routé de la Chefapeak. Il voulut ,cependant ,faire une nouvelle tentative pour attirer le Général Américain. Si elle réuffilfoit, elle lui épargnoit la peine &l'embarras d’un long voyage par mer ,fi ,au contraire ,elle ne rénllilloit pas ,elle ne retardoit en rien l’embarquement. Dans ce deflein il lit une retraite précipitée avec toute fon armée vers Amboy ,comme
'<? ï‘ Hijîoire des Tfoublié *777- s’il avoit eu quelques appréhendons des ennemis! Cette démarche eut l’effet qu’il en attendoir. Il fut aulïi -tôt pourfuivi par de gros détachemens de troupes réglées ,&de la milice des Jerfeys ,fous le commandement des Généraux Maxwel ,Sterling Sc Convay. Quelques petits avantages gagnés par les Américains ,redoublèrent leur ardeur pour la pourfuite ;&le Chevalier Howe ,pour leur faire croire que la fuite étoit réelle, fit, jeter le pont qu’il avoit fait conftruire pour le palfage de la Delaware , fur le canal qui fépare Staten-IJland du continent. Le bagage &c les autres équipages de l’armée furent tranfportés dans cette ifle j&il yfit même pafîer plufieurs corps de troupes ,tenant en même teins tout prêt pour le paflage de la grande armée.On voit que, fi le premier deilèin de M. Howe ne réulîlffoit pas, ces mefures ne retardoient en rien le fécond ,dont les Américains n’avoient aucune idée. Tout concourait àfaire croire aux Américains que les Anglais étoient convaincus de leur fupériorité , &que leur retraite étoit occafionnée par la crainte. Le Général Washington lui-même, malgré toute fa précaution &fa pénétration ,yfur trompé ,& quittant fes polies dans les montagnes ,s’avança jufqu aQuibble -Town ,pour être plus àportée d’aflifter fes partis avancés. Le Général Anglais ne perdit point de tems ,& s’efforça fur-le-champ de profiter des circonftances.
'de VAmérique Anglaife. b$ Ï1 fit donc retourner fon armee pat differentes routes, &avec beaucoup de diligence. Il avoir trois objets en vue le premier etoit de futprendte quelques partis avances }le fécond ,dobliger M. Washington àrecevoir bataille, s’il pouvoit le joindre àQuibble-Town ;&c le troifième ,de prendre l’ennemi àrevers ,de fe faifir de quelques palfages dans les montagnes ,ce qui l’auroit forcé àabandonner ces poftes inacceffibles ,qui lui avoient jufqu’ici été fi utiles. Mylord Cornwallis étoit chargé de l’exécution de ce dernier delTein. Après avoir difperfé quelques piquets ,il joignit enfin Mylord Sterling, qui, avec un détachement de trois milles hommes ,bien pofté &couvert d’artillerie, fembloit déterminé àlui difputer le palPage. Les Anglais &les Heffois attaquèrent avec furie : les Américains fe défendirent d’abord avec courage, mais furent enfuite regonfles avec perte ,&c obligés d’abandonner trois pièces de campagne, &de fe retirer dans les bois. Le Général Washington ,s’appercevant de fon erreur, la répara avec beaucoup de diligence, &„ quittant aufli--tôt les plaines ,regagna fon premier camp dans les montagnes. Prévoyant en même tems le deflein de Mylord Cornwallis ,il s’aflura de tous les paflàges $car ,Ci les Anglais en avoient pris polfeffion, fa fituation auroit été dés plus critiques ,&il auroit été obligé de changer de poiition.
94! Hijïoire des Troubles î777. Le Chevalier, voyant que le Général Américain étoit trop prudent pour vouloir rifquer une bataille 9' trouvant d’ailleurs qu’il étoit dangereux ,Sc qu’il yaurait eu même de la folie àpalier la Delaware, Sc àpénétrer àtravers un pays ennemi ,en biffant 'des forces li confidérables derrière lui ,retourna vers Amboy ,&fit palfer fon armée fur Staten- Jjîand ,d’où elle devoir s’embarquer pour la Chefapeak. Quand les Anglais furent embarqués ,tout le continent de l’Amérique fut dans l’alarme ,parce qu’on ne favoit fur quelle place ils avoient delfein de tomber. On craignoit pour Bofton ,la rivière du Nord ,ou la Delaware ,la baie de Chefapealc ,& meme pour Charles-Town. Le Général Washington, fuivant les avis qu’il recevoir de différens quartiers ,donnoit des ordres de fortifier telle ou telle place, félon qu’il la croyoit menacée. Il effc certain que le Chevalier avoir un avantage fur le Général Américain, en procédant ainfi par nier j. car ce dernier lie pouvoit favoir fur-le-champ où la tempête devoir fondre. Il étoit donc obligé de garder fa pofition ,&l’armée royale devoir faire quelque progrès avant qu’il fût en état de lui rélifter. D’ailleurs il n’étoit pas probable qu’en pareil cas ,il fut en état de choifir fes poftes ,comme il avoit fait jufqu’alors, &d’éviter une aétion géJ, nérale.
de l*Amérique Anglaife. 'pf •Pendant ce voyage des Royaliftes ,leS'Amédtyi-ji tains vengèrent la furprife du General Lee ,par une aventure à-peu-pres femblable ,ôc des plus hardies. Le Colonel Barton ,avec plufieurs Officiers 8c volontaires ,pafsèrent pendant la nuit à Rhode-IJiand;&,malgré la longueur du paffiage par eau ,évitèrent les vailfeaux de guerre Anglais * dont cette ifle étoit entourée ,&condtiifirent leur entreprife avec tant de filence, de hardieffie 8c d’habileté, qu’ils furprirent le Général Prefcot dans fon quartier ,&l’emmenèrent ,lui &fon Aidede-Camp ,prifonniers. Cette furprife caufa beaucoup de joie aux Américains ,8c ne donna pas peu de chagrin àleurs ennemis. Le Général Prefcot avoit d’autant plus fujet d’être mortifié de fon malheur ,que ,peu auparavant ,il avoit offert une récompenfe àceux qui prendraient M. Arnold ,comme fi cet Officier avoit été un malfaiteur :infulte que le Général Américain avoit refende ,en offrant un moindre prix pour la perfonne de M. Prefcot. Le Congrès, quelque tenus avant ces divers évènemens ,avoir jugé àpropos d’augmenter l’intérêt de la fomme ,qu’il avoit réfolu d’emprunter au nom des Etats -Unis ,de quatre àfix pour cent. Les Membres de cette Aflèmblée votèrent auffi un monument en honneur du Général Warren, qui avoit été tué daus l’affaire de Bunkcr’s- Hïllt8c mj 1
ïffll Hijloire des Troubles ï777- àl’envi les tins des autres, &avoient peur de fa voir furpafîer par leurs compagnons. L’infanterie légère ,les chafîèurs ,les grenadiers ,&les gardes fondant fur les Républicains avec furie ,les repoufsèrent ,malgré la valeur avec laquelle ils fe défendoient, &les poufsèrent dans le bois qu’ils avoient derrière eux. Une partie de l’aile droite, qui n’avoit point été rompue, prit cependant une forte pofition, &foutiut encore pendant quelque rems les efforts de toute l’armée ennemie ; mais cesbraves foldats furent enfin obligés da céder au nombre. Les Anglais continuèrent la pourfuite, &s’enfoncèrent plus avant dans les bois ;mais ils furent bientôt arrêtés par un corps d’Américains qui n’avoient point encore été engagés, &qui croient avantageufement poilés. Il yeut alors un combat des plus furieux ,& ce pofte fut fi bien défendu qu’il ne put être forcé avant la nuit. Les ténèbres ,l’ignorance du terrein , &l’incertitude de la fituation du Général Knyphaufen, joint àl’extrême fatigue d’une longue marche ,&d’une aéfcion des plus vives ,empêcha les Anglais de pourfuivre leurs avantages pour le M, Knyphaufen ,après avoir amufé les ennemis toute la journée ,par la crainte d’une attaque qu’il n’avoit point defièin de faire ,pafià enfin la rivière fur le foir ,quand il s’apperçut que les
de VAmérique Anglalfe. 1°5 Américains croient attaques adroite. Il emporta jp777-_ ies retranchenteus ,Se prit la batterie qui couvrait le gué de Chad. Dans ce cents -là ,quelques Royaliftes ,qui seraient engagés trop avant dans les bois ,s’étant préfentés ,jetèrent les Républicains dans une telle confternation ,qu’ils prirent aulîi-tôt la fuite , s’imaginant être entoures d’ennentis. La nuit empêcha le Général Knyphaitfen de continuer la pourfuite ,&fut des plus favorables aux Américains j car il eft probable que ,fl le jour avoir continué quelque rems ,ils auraient été entièrement défaits , Les régimens de Virginie ,&tout le corps dartillerie combattirent avec courage ,&montrèrent dans le danger, un degré de valeur, de fermeté , &de réfolution ,qui aurait fait honneur àdes vétérans. D’autres corps fe comportèrent fort mal. Ils eurent dans cette bataille trois cens hommes de tués ,fix cens de blelfés ,&quatre cens de faits plafonniers. Ils perdirent auffi dix pièces de campagne de bronze. La perte de l’armée Royale ne fut pas fi. grande ;elle n’eut qu’environ cent hommes de tués ,&quatre cens de bielles. M. Washington fe retira d’abord àChefter ,& le lendemain àPhiladelphie. L’armée viétorieufe relia cette nuit-là dans le champ de bataille. La guerre d’Amérique émit alors devenue fi incérelfante dans toute l’Europe, qu’elle avoit attiré G4
104 Hijioire des Troubles *t?7. un grand nombre d’étrangers de differens côtes' qui avoient pâlie dans le nouveau-monde ,ou pour chercher de la gloire ,ou pour acquérir de l’expérience dans l’art militaire. Entr’autres ,le Marquis de la Fayette, jeune Français de la première NoblelTe, &cl’une fortune confîdérable ,avoir acheté &équipé une frégate , l’avoir enfuite chargée de provifions de guerre ,& étoit venu luimême, avec plufieuts de fes amis , au fervice des Américains. Ce jeune Seigneur fervoit alors dans cette armée, &reçut un coup de feu àla jambe dans cette aétion. Le Baron Saint- Ovary ,autre volontaire Français ,fur peu de rems après fait prifonnier ,&ie Général de Coudray eut le malheur d’être noyé dans la rivière Schuylkill ,en la paflant àla hâte ,pour être préfent à l’aélion. M. la Roche de Fermoy étoit un des Membres du Confeil de guerre, qui avoir figné la réfolurion d’abandonner Ticonderoga. Le fameux Polaski, noble Polonais ,commandoit un détachement de chevaux légers dans l’armée américaine j Sc le Comte Grabouskie, autre Polonais ,étoit dans le fervice d’Angleterre ,&fut tué à-peu-près dans le même teros ,fur la rivière du Nord ,en donnant des preuves de fon intrépidité &: de la valeur. Malgré la vidoire de l’armée anglaife ,&la fuite, précipitée des Républicains ,le Chevalier Howe s’avança avec beaucoup de précaution. Le
de FAmérique A, CT &lAfi. ïo 5 Généra) "Washjgton fatfoit ,de Ton cote ,les plus grands efforts pour reparer fa défaite. Les Lovaliftes étoienr poftés dans le voifmage de Concord &iVJshe-Towrij &un détachement s’étant rendu maître de Wilmington ,ils yétablirent leurs hôpitaux. Comme M. Hov/e faifoit un mouvement vers Goshen, il reçut avis que l’armée américaine avoit quitté Philadelphie ,&étoit avancée fur la route de Lancafter. Là-deffus ,il prit toutes les mefures néceflaires pour les engager àune bataille j&011 allure qu’il aurait été impoftible àM. Washington de l’éviter ,fans une pluie qui furyint ,&qui dura vingt-quatre heures fans interruption. Il fe fit enfuite pendant plufieurs jours des mouvemens de part &d’autre ,le Général Américain tâchant d’éviter un engagement ,&le Général Anglais faifant fes efforts pour le forcer àune bataille. Sut ces entrefaites, ce dernier fut informé que le Général Wayne ,àla téte de quinze cens hommes , étoit pofté dans les bois àquelque diftance de l’aile gauche de fon armée ,pour exécuter ,fans doute , quelque projet. Il détacha auflî-tôt le Général Major Grey avec deux régimens &: de l’Infanterie légère, afin de le furprendre pendant la nuit. M. Grey prit les plus grandes précautions pour empêcher qu’il n’y eût un coup de fufil de tiré , &ordonna, dit-on, aux foldats d’ôter les pierres I
ï0(3 Hijloirc des Troubles- *?77~de leurs fufils, ne voulant fe fervir que de la baron* nette. II furprit les piquets &les polies avancés fans bruit àenviron une heure du matin ;&les troupes étant enfuite guidées par les feux des ennemis, entrèrent dans le camp, 8cfirent un carnage horrible ,malïacrant tout ce qu’elles trouvèrent devant elles. II yeut plus de trois cens hommes de tués &de bielles ,8cun grand nombre de faits prifonniers. L’obfcurité de la nuit fimva le relie; mais ils perdirent leurs armes &leur bagage. Comme ils ne firent prefque point de réfiltance , puifqu’ils étoient couchés au moment de Fat* taque ,la perte des Anglais ne mérite pas d’être citée. Ils n’eurent qu’un Capitaine &trois foldats de tués ,&environ autant de bielles. Le Chevalier voyant qu’il ne pouvait engager M. Washington àaccepter le combat ,prit les mefures nécelfaires pour faire palier la rivière Schuylkill àfou armée, &s’avança, le 16 Septembre, àGerman-Town. Mylord Cornwallis prit le lendemain poffeffion de Philadelphie. C’eft îiinfi que cette grande ville ,la capitale cl’une Colonie brillante, &le liège de ce Congrès général qui donnoit des Ioix àtoute FAmérique Septentrionale ,fut prife fans oppofition. Le Congrès ,à l’approche de Mylord Cornwallis, fe retirai Trenton, &enfuite àla ville d’York, où il reprit fes féances.
de VAmérique Angîatfe. 107 Auffi-tôt que l’Amiral Howe ,frère du Cheva- 1777-' lier ,fur informé du fuccès de l’armée anglaife ,il prit des mefures pour conduire la flotte dans la Delaware ,non-feulement afin d’être en état de coopérer avec les forces de terre ,mais aufli afin de fournir àl’armée les proyifions ,&c les autres chofes dont elle avoir befoin. Le voyage fut ennuyeux Sc dangereux ,&il falloir avoir beaucoup d’habileté pour conduire un fi grand nombre de vaifleaux ,fans qu’il yen eût de perdu. Comme le pafiàge jufqu’à Philadelphie n’étoit pas encore libre ,la flotte mouilla fur la rive occidentale , entre Rcedy-JJland &New- Çajlle. Quand les Anglais eurent pris polFeflîon de Philadelphie ,leur premier foin fut d’élever dés batteries pour commander la rivière ,afin de couper toute correfpondance entre les vaifleaux américains &leur armée ,&de garantir la ville d’une attaque par eau. On ne fut pas long-tems x s’appercevoir de la néceflité de ce travail ;car le lendemain de l’arrivée des troupes Anglaifes ,une frégate américaine de trente-deux canons ,appelée la Delaware, mouilla àenviron cinq cens pas des batteries qu’on élevoit, 6c, avec l’afliflance d’une autre frégate &de plufieurs autres vaifleaux de moindre force ,fit un feu terrible fur la ville. Il fçmble néanmoins que le Capitaine fe conduifit fort imprudemmentjcar, àla mer baiflante, la
’ï o8 Hijtoire des Troubles Hllu Delaware échoua ,&ou ne put plus la relever; Là-defTus les grenadiers des ennemis amenèrent leurs pièces de campagne, &dirigèrent leur feu avec tant d’effet ,qu’ils obligèrent la Delaware à mettre pavillon bas j&elle fut prife par un détachement de ce corps. Les autres vaifTeaux furent obligés de fe retirer avec la perte d’un polacre , qui fut mis àla côte. Les Américains avoient confirait un grandnombre de machines pour rendre le pafTage impraticable de la rivière Delaware àPhiladelphie. Dans ce defïein ils avoient élevé des ouvrages &des batteries fur une petite ifle plate, ou plutôt fur un banc de fable &de fange ,qui s’étoit formé dans la Delaware où elle fe joint àla Schuylkill ,&qu’on appelloit Mud-IJland. Sur la rive oppofée ,du côté de la Nouvelle Jerfey ,àun endroit appellé Red-Barik , ils avoient aufiî confirait un fort &une redoute bien couverte d’artillerie. Dans le canal navigable &profond entre ces batteries, ils avoient coulé plufieurs rangées de grandes machines qu’ils appelloient ,àcaufe de leur reffemblance ,chevauxde-frife. Cetoient de grofTes poutres liées enfemble ,qui pointoient dans des directions différentes ,&dont les extrémités étoient garnies de fer. Ces poutres étoient fi pefantes &fi fortes , &elles étoient coulées dans des endroits fi profonds ,qu’il étoit de la dernière difficulté de les
de t*Amérique Ânglaîfe. loy lever, &quelles éroient des plus dangereufes 1777." aux vaiffeaux. D’ailleurs on ne pouvoir ni eiïàyer de les lever, ni de s’ouvrir un palTage, avant d’être maître des deux rives. A,trois milles plus bas, ils avoient coulé d’autres maclrines de certe efpèce ,&éroient occupés àla conftrudion d’ouvrages confidérables pour les protéger. Ces ouvrages, quoiqu’encore imparfaits , 1 éroient cependant pourvus d’artillerie ,&commandoient la rivière du côté des Jerfeys àun endroit appelle Billing’s -Point. Ils étoient aufîi foutenus de plufteurs galères, de deux batteries flottantes ,d’un grand nombre de .bateaux ,& de quelques brûlots. En un mot ,il paraifloit impoflible de pouvoir remonter la Delaware ,furtout lorfqu’on confidère combien il eft difficile àune flotte de naviguer dans les bornes étroites d’une rivière. • M. Hammond, Capitaine du Roebuck ,qui étoit arrivé dans la Delaware avec quelques autres vaiiïèaux de guerre avant Mylord Howe ,repréfenta au Général ,qu’il étoit àpropos de déloger les ennemis de Billing’s-Point. Là-deflus, celui-fi- détacha deux, régimens fous le commandement du( Colonel Stirling pour ce fervice. Ce détachement, ayant paflé la rivière le Ier Oétobre àChefier foi/s. la proteétion des vaiflèaux ,s’approcha des Américains jmais ceux-ci, foit que la place ne fut pas
ÏI0 Hïjloirc des Troubles 1777- tenable ,ou que lents forces ne fuflènt pas allez confidérables pour la défendre, ne furent pas plutôt informés de l’approche des ennemis ,qu’ils entlouèrenr leurs canons, mirait le feu aux cafèrnes, Sc abandonnèrent la place avec précipitation. Cà fnccès ,&l’ardeur des officiers &des matelots , fendirent le Capitaine Hamiiiond capable de rem~ plir fon objet. Malgré l’oppolition dès galères & des batteries flottantes, il leva avec beaucoup dé difficulté plufieurs chevaux de-frife ,&ouvrit urt paffiage, étroit àla vérité, &dangereux pour les vaillèaux, àtravers cette première barrière. Il paroît que les croupes des Etats-Unis ,après serre donné beaucoup de peiné pour conftruire des ouvragés & faire des retranchemens ,après avoir clioifî dans toutes les occafions lespoftes lespluS avantageux, ne les défendoient pas avec autant de courage qu’elles? avoient montré de jugement dans leur choix, ou d’induftrie dans' leurs travaux. Sans-cela la prife de Philadelphie aurait coûté bien cher aux An-' glais. LeChevalierenvoyaun autre régiment, àChejlcr , ala rencontre du premier détachement, qui devoir le joindre fur la route ,afin qu’ils efeortaffent en~ femble un grand convoi dèprovilions pour le catiip'è Lâ grande armée étoit toujours àGerman-Town , village fort long ,àenviron quatre lièues de Philadelphie ,&qui ,s’étendant des deux côtés de la'
ÏTÎ de VAmérique Anglatfe. grande route vers le Nord, forme une rue de deux 1777- milles de longueur. La ligne du camp traverfoit German-Town àangles droits environ au centre! l’aîle gauche s’étendant depuis la partie occidentale du village jufqu’à la. rivière Schuylkill. Le front de cette aile étoit couvert par"; les chadèurs Allemands ,&celui de l’aîle droite par, un bataillon d’infanterie légère ,&les chalfeurs de la Reine j ^régiment Anglais &un autre bataillon d’infanterie légère couvraient l’entrée du village ;Mylorcl Cornwallis étoit àPhiladelphie ayeç quatre bataillons de grenadiers }&nous avons déjà dit qu’il y. avoit trois régimens àChejler. Les Américains étoient campés àla crique do Skippach, àenviron cinq lieues de Gernia/i-Town^ où ils avoient reçu des renforts, Informés de l’affaiblilfement de l’armée Royale par les détachement qui étoient àChejler &àPhiladelphie ,ils formèrent un delfein auquel les Anglais ne s’attendoient nullement ,&qui parut s’écarter de la précaution ordinaire du Général Washington* Au lieu d’éviter, fuivant leur coutume, tout ce qui pouvoir conduire àune aétion ,ils quittèrent leur pofte avantageux, àlix heures du foir, & marchèrent toute la nuit pour furprendre Sc atta-, quer les Royaliftes dans leur camp àGerman- Town. Le 4Oétobre àtrois heùres du matin, ils furent découverts par les patrouilles des ennemis .
ïïS Hijîoife des Tï'ûubleS' 1777. après l’autre ,pour mettre le feu àTÂugufta. Ce navire prit feu ,peu de tems après ,durant lad-ion :ce qui obligea les autres àfe retirer avec la plus grande précipitation ,pour éviter les effets de l’explofion. Dans cette extrémité ,la Merlin fut atiflî évacuée ;&ce ne fut qu’avec bien de la peine qu’on fauva la plus grande partie de l’équipage de YÀuguJla :le fécond Lieutenant ,le Chapelain , &un bon nombre de matelots périrent dans les flammes. Le mauvais fuccès de cette entreprife ne découragea pas les Généraux Anglais :ils prirent d’autres mefures ,&firent tous les préparatifs néceflaires pour réuiïïr. De leur côté ,les Républicains connoiflant de quel avantage il leur étoit d’empêcher la communication de la flotte &de l’armée, 11’épargnèrent rien pour mettre ces forts en écat de défenfe. Le Chevalier Hov/e fît porter du canon dans une petite ifle appellée Province- TJland ,où on éleva des batteries qui incommodèrent terriblement Les Américains dans Mud-IJland. Le 15No- vembre, tout étant difpofe pour l’attaque, les vaifleaux de guerre 1’Jfis &le Somcrfet entrèrent dans le canal de l’Eft, pour attaquer les ouvrages de front ;plufreurs frégates s’approchèrent d’un nouveau fort du côté des Jerfeys ,près de la crique Manto &deux autres bâtimens ,avec des pièces de vingt-quatre ,pafsèrent fucceflivement le canal
de rAmérique Angloife. 119 étroit dit côté occidental ,derrière Hog -IJÎand :^ chofe qui fut de la dernière importance ,parce que ces deux vaifleaux &les batteries de Provincc- IJland envoient les principaux ouvrages de Mud- Ifland. Les fortifications n’étoient pas couftdérables de ce côté là ,parce que les Américains ne croyoient pas qu’il fût poilible àdes vaifleaux de paflèv pair ce canal étroit, d’autant plus qu’il n’y avoit prefque pas d’eau ;mais ,par une fatalité qu’ils n’avoient point prévue ,les eaux contrariées depuis long teins par les chevaux de frife ,du côté oriental ,s’étoient ralfemblées par le canal de Hog -IJIand,C’eft ce qui avoit permis aux Anglais d’y faire palier ces deux vaifleaux qui tournèrent le fort Mifflin ,Sc prirent les batteries àrevers. Une furieufe canonnade commença alors de part &d’autre ,&dura jufqu’au foir. Enfin les Américains ne pouvant fe défendre plus long rems contr’une force fi redoutable ,s’appercevanc que les Anglais faifoient des préparatifs pour forcer les ouvrages le lendemain matin ,&voyant qu’ils n’étoient plus tenables , mirent le feu àleurs provifions ,&fe retirèrent pendant la nuit. Deux jours après ,Mylord Cornwallis paffa avec un détachement, de Chéjler àBillïng*s-Point3 où il fut joint par un corps de troupes de New- York. Il s’avança enfuite àRed-Bank}qui fut* abandonné àfon approche ,les Républicains laifi- H4
14.0 Hijîoire des Troubles *77 7- fane dernière eux leur artillerie ,grand nombre de boulets &de provifions. Leurs vaifleaux, étant alors fans protection des deux côtés de la rivière ,dévoient tôt ou tard tomber entre les mains des ennemis. Plufieurs de leurs galères ,pour éviter cette difgrace ,profitant de l’obfcutité de la nuit ,pafsètent les batteries de Philadelphie ,&remontèrent la rivière ;mais les Anglais ,s’en étant apperçus ,équipèrent la frégate dont ils s’étoient emparés, &prirent les mefures nécelïàires pour empêcher les autres de palier. Dans cette extrémité les Colons ymirent le feu , Se en brûlèrent dix-fept. Malgré tous ces avantages, la faifon étant fi avancée, tout ce que le Chevalier Howe put faire, fut de trouver un pafiage pour de petits bateaux de tranfport :ce qui fut néanmoins très-utile àl’armée. Le Général Washington ,ayant été pendant ce tems-là renforcé par quatre mille hommes de l’armée du Nord ,s’avança ,àquatorze milles de Philadelphie, àun endroit appellé White-Marsh > où il campa dans une forte pofition ,ayant àfa droite la crique de Wajjdhichen ,&devant lui Sandy -Run. Ce mouvement femblant indiquer quelque delîein ,le Général Idowe s’imagina que les renforts rengageraient ,peut-être ,àhafarder une bataille pour le recouvrement de Philadelphie. Comme cetoit tout ce qu’il défiroit lui-même ,il
de VAmérique Anglaife. 11 1 {ortic de cette ville le 4Décembre au fuir ,&prit pofte àChejlnut-Hill le lendemain matin ,en lace de la droite des Américains. Voyant qu’ils ne pouvoient point être attaqués de ce côté-là, il changea fa poiîtion vers le centre &la gauche. Il yeut quelques petites efcarmouches; après quoi, étant convaicu qu’il n’y avoit pas moyen de les engager à une bataille ,&fou armée ayant beaucoup àfouffrir de la rigueur de la faifon ,car fes foldats n’avoient point pris de tentes avec eux, il retourna, le 8,àPhiladelphie, pour yétablir fes quartiers d’hiver. M.Washington quitta alors fon camp de White- Marsh, &prit pofte àValley-Forge fur la Schuylkill ,àenviron cinq lieues de Philadelphie. Rien ne montre plus l’influence que ce Général avoit fur fes foldats que davoir pu les engager àpalier l’hiver dans des barraques, ôc àen fupporter toutes les rigueurs en pleine campagne. Cette circonftance démontrait auffi que les Américains étoient prêts à tout fouflfrir, plutôt que de fe foumetrre àla force. Telle fut l’ilïue de la campagne fur la Delaware } campagne qui devoit donner àpenfer aux Miniflres de la Grande-Bretagne, &leur frire voir,' que la conquête de l’Amérique étoit impraticable ;car leurs armées avoient été viétorieufes par -tout, excepté àRed-Bank;Sc cependant tout ce quelles avoient obtenu par tant de fuccès répétés ,étoit la
ïïi lïiftolït des Troubles 1777. conquête de Philadelphie ,tandis que les Amérî- ~cains reftoient toujours maîtres des pays d’alentour. Ils pouvoient voir ,outre cela ,que ,quoique ces derniers fullent toujours en état d’attaquer l’armée royale quand ils le jugeoient àpropos, les Généraux Anglais netoient point capables de les engager àune bataille fans leur confentement. Ces réflexions donnèrent beaucoup de chagrin aux habitans de la Grande-Bretagne ,&ils commencèrent alors à. défefpérer de conquérir les Colonies. CHAPITRE XL très avoir raconté ce qui fe palloit au Midi , il faut àpréfent tourner les yeux vers le Nord, où le Général Burgoyne commandoit une armée d’environ dix-mille hommes bien équippés, démunis d’une artillerie formidable. Ce Général ,efpérant d’‘être joinc par un grand nombre de Canadiens , avoit pris avec lui des armes ,des pravifions ,& bien d’autres chofes ,pour les armer. Il avoir aufli engagé les' Indiens àprendre parti contre les Co- Ions, &nattendoit pas peu de fuccès de cette mefure ,connoiflànt la crainte qu’infpiroient ces Sauvages dans les pays civilifés. Pour juftifier cette démarche, qui faifoit horreur aux perfonnes impartiales de la Grande-Bretagne ,qui connoilîcnt
de tAmérique A&glaije. 123 3a barbarie &l’inhumanité avec laquelle ces peuples •font la guerre, il bit, quelle étoit abfolument nécelTaire, &qu’il n’y avoic point de milieu 3qu’il falloir choifir l’amitié des Indiens ,où s’expofer à leur inimitié ,puifqu ils éroient fortement fol licites par le Congrès de prendre parti pour les Républicains. Le Général Burgoyne étoit fécondé par d’excol- Jens Officiers, &, entr’autres ,par le Général-Major Phillips ,qui avoir fervi avec honneur en Allemagne, par MM. Frazer, Powel &Hamiltoti, le Baron Reidefel &le Brigadier-Général Speclit. Ses troupes étoient bien difciplinées ,&en bon état. Le Colonel Saint-Leger ,àla tête de huit cens hommes ,ayant avec lui le Chevalier Johnfon , né en Amérique, &qui abeaucoup de pouvoir fur les Indiens ,conduifoit une autre expédition fur la rivière Mohawlc. il fut joint quelque tems après par un gros corps de Sauvages ,dont les Officiers étoient Anglais &Américains ;&la garde du Canada fut lailfée àune force d’environ quatre •mille hommes. L’armée étant enfin arrivée àla rivière Bouquet fur la côte occidentale du lac Champlain ,le Général Burgoyne alîembla un Congrès des Chefs Indiens ,8c ,fuivaut la coutume de ces peuples , leur donna une fête de guerre, le 21 Juin. Il leur
124 Hijloire des Troubles 1777. fit enflure un difcours pour exciter leur ardeur ~dans la caufe commune ,&pour empêcher les effets de leur férocité naturelle. Il leur dit qu’il falloir épargner les vieillards ,les femmes ,les enfans &leS prifonniers ,&ne tuer que ceux qu’ils trouveraient les armes àla main -, qu’il leur permettoit de balafrer ceux qu’ils avoient tués eu bataille ;mais qu’ils dévoient regarder les blefles & même les mourans comme facrés ,&que ,fous quelque prétexte que ce fût ,il ne leur permettrait point de les afïàffiner. Il leur promit une compenfation pour les prifonniers ,&les avertit qu’il leur ferait rendre compte de ceux qu’ils tueraient de fang-froid. Ces inftruébions adoucirent en quelque forte leur férocité, mais ne furent pas capables d’empêcher bien des cruautés. M. Burgoyne publia peu après un manifefte pour jetter la crainte &la terreur dans Pefprit des Américains. Il repréfenta le nombre de Sauvages qu’il avoir àfou fervice, &rappella aux Colons les effets terribles de la rage de ces barbares. Il déploya les forces de terre &de mer ,que le Gouvernement Britanique étoit prêt àfaire fondre fur l’Amérique. Hpeignit avec les couleurs les plus hideufes la conduire des nouveaux Gourverneurs &du Congrès ,&les accufa d’injuftice, de cruauté ,de perfécution ,&de tyrannie. Il offrit de l’encouragement &de l’emploi àceux qui contribueraient
de l’Amérique Ànglaife. 115' Ifauver leur .patrie de l’efclavage ,Sc arétablir dans les Colonies le Gouvernement légitime. Il promit de protégée ceux qui relieraient tranquillement dans leurs habitations ,&menaça de toutes les horreurs de la guerre ceux qui continueraient dans la rébellion. L’armée sétant arrêtée très -peu de teins à Crown-Point pour établir des magalîns &des hôpitaux, travailla de concert avec les forces maritimes, dans le delfein d’inveftir Ticonderoga. Cette forterefle eft fituée fur la côte occidentale du lac Champlain ,àquelques milles de ce pallâge étroit , par lequel les eaux du lac George tombent dans le premier. Elle eft bâtie fur un angle qui eft environné d’eau &de rochers ,excepté d’un côté ;Sc de ce côté elle eft couverte d’un marais fangeux , &de lignes de circonvallation, faites par les Français du teins qu’ils étoient maîtres de ce pofte.. Les Américains avoient ajouté d’autres ouvrages &un fort àces lignes. Ils avoient, outre cela, d’autres forts àla gauche, vers le lac George, &de nouveaux ouvrages àla droite de ces lignes. Al’Eft du palfage étroit ,Sc vis-à-vis de Ticonderoga, ils s’étoienr donné beaucoup de peine àfortifier une colline élevée ,qu’ils appelèrent Mont Indépendance. Sur le fommet de ce mont ils avoient élevé des fortifications ,qui reafermoient des caferaes ,&les avoient bien rau- 1777-
lié Hijloire des Troubles I71Z\ nies dartillerie. Le pied du mont qui toachoit les* eaux du lac àl’Occident étoit couvert de retranchemens ,&une batterie dans le milieu de la colline défendoit ces ouvrages. Avec leur induftrie ordinaire }ils avoient joint ces deux forts par un pont de communication jetté fur le pallàge. Ce pont, comme la plupart de tous leurs ouvrages, avoit coûté beaucoup de travail &de rems. Il étoit foutenu de vingt-deux gros pieux enfoncés dans l'eau àdiftances égales, &le vide qu’il yavoit entre ces pieux ,étoit rempli par des radeaux d’environ cinquante pieds de long &douze de large , bien joints enfemble par de gros verroux &de grandes chaînes j&ainlî attachés aux pieux. Du côté du lac Champlain ,le pont étoit défendu par une barré compofée de plufieurs pièces de bois unies enfemble par des doubles chaînes d’un pouce &demi de grofleur ,de forte que ,par ce moyen, ils avoient une communication facile entre les deux forts, &coupoient tout pallage par eau du côté du Nord. Malgré la force apparente de Ticonderoga ,ce fort eft entièrement commandé par un mont appelé Sugar-Hill ;ce qui fit que les Républicains tinrent confeil pour favoir fi on devoit fortifier cette dernière place \mais leurs ouvrages étoient déjà trop étendus pour la petirelTè de la garnifon. Ils efpéroient d’ailleurs que la difficulté d'en ap-
de r'Amérique Anglaife. 117 piocher ,&l’inégalité de fa furface empêcheraient 1777- les ennemis de profiter de fa iîruation. Il feroit difficile de dire exactement le nombre de foldats qui compofoienr la garnifon de ces deux forts jil paroît par la lettre du Général Saint-Clair au Congrès, Sc les réfolutions du Confeil de guerre, qu’il n’étoit que de trois mille hommes ,ycompris neufcens miliciens, dont l’engagement devoir expirer dans peu, qu’ils étoient mal habillés, &: encore pins mal armés ,manquant fur-tout de baïonnettes ,armes fi néceflàires dans la défenfc des lignes &des retranchemens. Dans un détail des affaires de la campagne > envoyé du Bureau de la guerre de la province de Maffachufet aux Miniftres Plénipotentiaires des Etats-Unis àla Cour de France ,on fait monter les forces de Saint-Clair àcinq mille hommes bien équipés &bien armés, Il faut néanmoins remarquer que l’on yparle avec beaucoup d’amertume de la conduite de ce Général, comme il avoir luimême fait auparavant clans une lettre qu'il écrivit au Congrès, touchant la conduite de deux de fes régi'mehs. D’ailleurs il eft probable que ,dans une relation de leurs affaires, publiée pour opérer fur les fentimens d’un peuple dont ils avoientdépï reçu des bienfaits effentiels ,&dont ils en artendoienc de plus grands, ils feront tomber le blâme fur un malljeureux Officier, plutôt que davouer la fai-
X34 lîifioirc des Troubles *777 .Septentrionales comme une chofe des plus faciles.' En Angleterre, les Tories étoient dans la plus grande joie ,&les Américains étoient même perdus de réputation dans l’efprit des Whigs. Tout ce que leurs ennemis leur avoient reproché ,de n’étre que des poltrons &des gens pufillanimes , commençoit alors àêtre cru ,&z leurs amis avoient peur qu’une plus longue réfiftance ne fervît qu’à rendre les termes de leur foumilTion plus durs. Tels étoient les effets de la perte des deux grandes clefs de l’Amérique Septentrionale ,Ticonderoga &les lacs. Le Général Burgoyne refta quelques jours à Skcnesborough pour attendre l’arrivée des rentes, du bagage, &des provilïons. Pendant ce tems-là, rien netoit épargné pour ouvrir des chemins afin de s’avancer vers l’ennemi du côté du fort Anne. Les Anglais levoient àla crique Wood les arbres ,les pierres, &les autres obftacles que l’ennemi avoit mis \&c tâchoient de faire un palTage pour les bateaux. ATiconderoga ils étoient aulïi occupés à tranfporter, par terre, dans le lac George, plufieurs bateaux armés, &des provifions de bouche. En tin mot, il yavoit dans l’armée de M. Burgoyne la plus grande émulation :chofe abfolument necefiaire pour venir àbout de tous leurs travaux , pour furmonter les difficultés qu’ils avoient à coinbattre.
de l'Amérique Anglaife. 13 5 Le Général Schuyler était au fort Edward fur la rivière du Nord où il s’efforçoit daflembler la milice, &avoit été joint par Saint-Clair avec les débris de fon armée, qui avoit pris un long détour dans les bois ,où il. avoit fouffert confidérablement du mauvais tems, des mauvais chemins, &du manque de provifions. 11 yavoit auffi plufieurs autres fuyards d’arrivés 3mais ils avoient autant befoin d’armes , &de munitions ,que de 'courage pour sen 1er- vir. Quoique la diftance du fort Anne au fort Edward ne fût pas confidérable, cependant le pays eft naturellement fi fauvagé ,&les Américains avoient mais tant d’art àen augmenter les difficultés naturelles ,que le progrès de l’armée Anglaife étoit fort lent ,&demandoit beaucoup de travail. Il eft àpeine croyable que des troupes aétives ,élevées d’ailleurs par leurs fuccès, &n’ayant point d’ennemis pour les arrêter ,n’aient été capables de faire qu’un mille, ou deux, par jour. Rien cependant n’eft plus vrai ,quelqu’extraordinaire que cela paroilfe. Outre que le pays eft défert ,de prefque impraticable ,les Colons avoient coupé de gros arbres des deux côtés de la route, dont les branches fe joignoient enfemble, 8cécoient entrelacées, de forte que les Anglais écoient obligés de lever ces difficultés dans les endroits où ils 11e pouvoient point prendre d’autre direction. Ajoutez àcela , I4 >777-
13Hijloirc des Troubles 1777 ~fft10 ^es routes éroient fi. interrompues de criques & de marais ,qu’ils n’eurent pas moins de quarante ponts àcontraire, outre plufieurs aréparer, 8c l’un d’euxd’une demi-lieu ,fur un marais. Les Républicains étoient trop faibles, trop découragés &probablement trop effrayés des Indiens, pour augmenter les difficultés. Il yavoir ,àla vérité , tous les jours quelques efcarmouches ;mais ils étoient continuellement battus. En retournant par la rivière du Sud àTiconderoga ,le Général Burgoyne auroit évité la plupart de ces difficultés ;car alors il aurait pu embarqua: fon armée fur le lac George ,Sc de-là procéder vers le fort du même nom ,qui eft fitué àfa fource ,d’où il yaun grand-chemin qui conduit au fort Edward. Il s’imagina ,&peut-être avec l'aifon, qu’arrêter des troupes au milieu de la victoire, c’éroit donner le teins aux ennemis de revenir de leur terreur panique ,&réfroidir l’ardeur des vainqueurs. D’ailleurs il s’attendoit àtrouver de la réfiftance au fort George ;au lieu ,qu’en marchant direébement ,comme il faifoit ,il avoir efpoir que la garnifon ,craignant d’être entourée ,abandonnerait ce polie fans combattre. Le 30 Juillet, àl’approche des Royalties ,les Républicains abandonnèrent le fort Edward ,8c fe retirèrent àSaratoga. Il eft plus aifé de concevoir, que d’exprimer, l’cnthoufiafme de l’armée
de rAmérique Anglaife. 137 &du Général àleur arrivée fur la rivière du Nord , qui étoit depuis lî long-rems l’objet de leurs délits. Comme les ennemis, félon que M. Burgoyne 1avoit prévu, avoient quitté le fort George, 8c brûlé leurs vaideaux ,le lac étant alors libre, les Anglais avoienr déjà tranfporté àce pofte grand nombre de provifions de guerre 8c de bouche de ficonderoga. Le Général employa aufli-tôt fes troupes a tranfporter ces objets avec de 1artillerie ,&des bateaux, fur la rivière ,pour fervir aux opérations futures. Rien ne fauroit égaler l’étonnement &la terreur que la perte de Ticonderoga excita dans les provinces de la Nouvelle Angleterre. Le manifefte de M. Burgoyne, qui augmentoit le nombre & le pouvoir des Indiens ,contribuoit peut-être plus que toute autre cliofe àceseffets. Il eft cependant bien remarquable qu’au milieu de tous ces dangers, elles ne montrèrent point la moindre difpolition àfe foumettre. Les Gouverneurs ,ainfi que le Congrès ,agirent, au contraire, avec fermeté ,8c prirent des réfolutions vigoureufes pour arrêter les progrès de l’ennemi. M. Arnold fut envoyé furie-champ au fecours de Schuyler, avec un train d’artillerie. Afon arrivée il retira l’armée de Saratoga, &prit pofte àStill-Water,qui eft fxtué entre cette première place ,&l’embouchure de la rivière Moha\yk,où elle fe décharge dans la rivière duNord,
5777. 1 3 8Hjjloire des Troubles Ce mouvement étoit ,afin d’être plus àportée de s’oppofer au Colonel Saint-Leger ,qui s’avançoit par la Mohawk. Ses forces s’augmentèrent de jour en jour; àquoi les outrages des Sauvages ne contribuèrent pas peu; car ,malgré les défenfes du Général Anglais ,ces barbares étoienr trop enclins àla cruauté., pour pouvoir être contenus. Amis , ou ennemis, devenoient la proie de leur férocité. Entr’autres excès ,le meurtre de Mademoifelle Macrea, qui arriva peu de tems après, remplit tout le monde d’horreur. Chaque circonftance de cette aétion abominable fervoit àen augmenter la noirceur. Cette Dame étoir dans l’innocence de la jeunefïè, &d’une beauté parfaite. Son père étoit attaché àla caufe du Roi, &le jour de fa mort, elle devoit époufer un Officier Anglais. Les Républicains prirent de-là occafion de noircir les Royali (les. Les cruautés de ces Sauvages ,&la caufe dans laquelle ils étoient engagés, furent mifes fous le même point de vue. En déteftant l’armée qui acceptoit de pareils Alliés ,ils condamnoient en même tems le Gouvernement qui fe fervoit dè tels auxiliaires dans une guerre civile ;s’efforçant par-là, non point de foumettre ,mais d’exterminer un peuple, qu’ils prétendoient refpeéter ,&vouloir ramener dans le devoir. Le Général Gates ,pendant ce tems-Ià ,étoit occupé àaggraver, par des écrits, les atrocités
de VAmérique Anglaife. 139 des Indiens, &àexciter le relTentiment du peuple. Par ce moyen, les avantages que M. Burgoyne efpéroit tirer de leuraffiftance, furent contrebalancés, ou plutôt la préfence de ces barbares produisit un effet contraire àcelui qu’il en attendoit. Les Habitans des provinces voifmes de l’armée n’eurent plus d’autre choix que celui d’avoir recours aux armes. Chaque particulier apperçut alors la nécelïité ou il étoit de devenir foldat pour un tems, non-feulement pour fa propre fureté ,mais encore pour la défenfe &la protedion de ceux qui lui étoient plus chers que la vie. Ainfi il fortit des foldats en abondance des bois, des montagnes ,&des marais ,qui font ,dans ce pays-là ,remplis de plantations &de villages. Les Américains reprirent courage 3&,lorfque leurs troupes réglées étoient ,pour ainfi dire ,anéanties ,leur milice produiiit des forcés beaucoup plus grandes &plus formidables. En même tems les Anglais commencèrent à éprouver des difficultés ,qui augmentèrent àmefure qu’ils s’avancèrent ,jufqu’à ce qu’à la lin elles devinrent infurmontables. Depuis le 30 Juillet, jufqu’à la mi-Août, ils furent continuellement employés àapporter des bateaux 8cdes provilïons ,du fort Saint-George à la rivière du Nord, diltance d’environ lîx lieues. Les chemins étoient ft mauvais ,8cil tomba tant de pluie pendant ce tems-là ,qu’après les plus grands 1777-
14°Hijloîre des Troubles *777 .efforts ,durant quinze jours de fuite, il n’y avoitpas de provifions pour plus de dix jours dans les magafuis, ni plus de dix bateaux dans la rivière. Tandis qu’ils luttoient contre ces difficultés, ils reçurent avis que le Général Saint-Leger conduifoit fes opérations contre le fort Stanwix. Le Général vit qu’un mouvement rapide dans une conjoncture fi critique feroit de la dernière importance. Si les Américains remontoient la Mohawk, &que Saint-Leger réufsît ,ils fe trouveraient entre deux feux ,ou ,en tous cas ,l’armée Anglaife feroit entr’eux &Albany, de forte qu’ils auraient été forcés d’en venir aux mains, ou de palier la rivière, &de fe retirer dans les provinces de la Nouvelle Angleterre, fituées de ce côté-là. Si, au contraire, ils abandonnoient le fort Stanwix àfon fort ,&fe retiraient vers Albany ,le pays des Mohawks demeurait tout ouvert ,&la jon&ion avec Saint- Leger établie. La nécelïité de ce mouvement étoit évidente ;mais la difficulté était de l’exécuter. Il n’étoit point praticable de maintenir une communication avec le fort George durant tout le tems d’une marche 11 étendue ,&tandis que la diltance des troupes augmentoit tous les jours. L’armée étoit trop faible pour former une chaîne de polies d’une telle longueur ;des efcorces continuelles pour chaque convoi auraient encore été plus incommodes ;&l’ennemi [étoit capable ,à
dé l'Amérique Anglaife. ï'41* tous momens ,de rompre' la ligne de communication. Il falloir donc, ou trouver d’autres rellburces, ou abandonner ce projet. Le Général Burgoyne étoir informé que les Républicains recevoient beaucoup de bétail de la Nouvelle Angleterre ,qui ,après avoir palfé la rivière Conneélicut ,prenoit la route de Manchelter ,&d’Arlington, &étoit dépofé àun, petit village ,appelle Benington ,jufqu’à ce que leur armée en eût befoin. Benington eft fttué entre les fourches de la rivière Hoficlc ,avant qu’elle prenne ce nom ,&àenviron fix lieues &demie àl’Eft de la Hudfon. Us avaient ,outre cela ,dans cet endroit un dépôt de toutes fortes de provilions de guerre &de bouche ,8c, ce qui aurait été d’un grand fervice aux Royaliftes ,un nombre confidérable de charrions ,dont ceux-ci avoient grand befoin. Cette place étoit gardée par un corps de milice, dont le nombre varioit tous les jours. Laprife de ce village aurait levé toutes les difficultés qui arrêtoient les opérations des Anglais ,Sc les auraient mis en état de continuer leur marche fans délai. M. Burgoyne réfolm donc de tâcher de furprendre la place ,* &c confia l’exécution de cette entreprife au Lieutenant-Colonel Baum ,Allemand de nation. 1La force deftinée àce fervice étoit de cinq cens hommes. Pour faciliter cette opération, 8c être àportée de
*4fc Ittjloire des Troubles Ï777. profiter du fuccès ,l’armée prit pofte fur la rive ~Orientale de la Hudfon, prefque vis-à-vis Saratoga, où elle fit palier plufieurs détachemens par le moyen d’iin pont de radeaux. En même teins un corps de grenadiers de Brunfwick ,d’infanterie légère ,8c de chaftèurs ,fous le commandement du Lieutenant-Colonel Breyman ,fe pofta àBattenkill pour foutenir Baum ,s’il étoit néceffaire. Celui-ci, dans fa marche ,rencontra un convoi de bétail 8c de provifions, qu’il prit fans difficulté, &l’envoya au camp. Le défaut de voitures 8c de chevaux, joint aux mauvais chemins, le retarda cependant fi fort ,que les Américains furent informés de fou deffein ,&eurent le tems de fe préparer àle recevoir. Afon approche du village ,il apprit que les ennemis étoient en trop grand nombre pour être attaqués avec fuccès ,&fe pofta avantageufement près des moulins de Santcoick ,dans un endroit qu’on appelle la crique Walloon, àenviron quatre milles de Bennington. Il envoya enfuite avis au Général de fa fituation. M. Breyman reçut auffitôt ordre de joindre Baum jmais la bonne fortune des Anglais commença pour lors àchanger. Breyman fut tellement retardé par le mauvais tems %les mauvais chemins ,&la difficulté de traîner fon artillerie dans un pays prefque impraticable ,qu'il fut deux jours àfaire huit lieues ,quoiqu’il fit les .plus grands efforts.
'de rAmérique Anglaife. 14? Le Général Scarke ,qui commandoit la milice L777- Américaine àBenington, refolut de ne point attendre la jonébion des deux partis ,&avança le matin du i£ Août, tandis que Breyman étok embarrade dans la route, pour attaquer Baum dans fes retranchemens. Le Colonel fe défendit courageufement jmais fes petits ouvrages furent enfin emportés de tous côtés ,&deux pièces de canon qu’il avoir avec lui tombèrent entre les mains des ennemis. La plupart des Indiens de des Canadiens fe réfugièrent dans les bois. Les dragons Allemands ,n’ayant plus de munitions, M. Baum les mena àla charge ,l’épée àla main ;mais ils furent bientôt obligés de céder au nombre ,&fe rendirent priionniers de guerre ,le brave Lieutenant-Colonel ayant été bielle dans ce dernier effort. Breyman ,qui n’avoir pas la moindre connoiffance de cette adbion ,arriva ,près de la même place ,àenviron quatre heures du foir ,où ,au lieu de trouver fes amis, il fe vit attaqué de tous côtés. Malgré la fatigue de fes troupes ,elles fe comportèrent avec vigueur ,&délogèrent les Américains de deux ou trois portes. Elles furent néanmoins àla fin obligées de fe retirer du mieux quelles purent, après avoir tiré toutes leurs munitions ,laiifant derrière elles deux pièces d’artillarie. L’obfcurité fiivorifa leur retraite, fans quoi elles au-
i.\6 Uljloirc des Troubles 1778- fans nombre, &tous les grands Orateurs des deux partis firent ufage de leurs talens pour défendre , ou cenfurer Mylord George Germaine. M. Fox montra, ce jour-là, encore plus d’éloquence qu’à l’ordinaire ,&fes amis le foutinrent avec vigueur. D’un autre côté,, les Partifans du Miniftre , n’omirent rien pour prouver que le plan de l’expédition du Canada étoit un plan fage ,nécelTaire &praticable. Ils dirent que Mylord George Germaine avoir fait tout ce qui dépencloit d’un habile Miniftre pour le frire réuffîr jils foutinrent que les ordres du Général Burgoyne, pour s’avancer jufqu’à Albany, n’étoient pas péremptoires. Ils ajoutèrent que, quelquabfoliies que paroilfent des infitruérions, elles laillent toujours une grande latitude àla diferétion des Officiers qui conduifent les expéditions. Enfin après une variété d’argumens de part &d’autre, toutes les réfolutions que M. Fox avoit propofées furent rejettées. Le 5Mai ,le Roi envoya un inertage aux Commîmes pour les prier de voter un Bill de crédit, cela donna lieu aux Patriotes d’attaquer de nouveau les Minifixes ;ils avoient alors un autre fujet de plainte jils favoient que la Flotte du Comte d’EP taing ,compofée de douze vairteaux de ligne , avoir fait voile de Toulon vers le commencement d’Avril. On fuppofoit naturellement que le Comte étoit allé en Amérique, &, comme il netoit point
de l’Amérique Jnglaife. '47 foie pour l’intercepter ,ou pour le combattre àfou arrivée, ils craignoienr ,avec raifort, que les forces de terre Sc de mer ,que la Nation avoir dans le Nouveau-Monde ,ne tombaient entre les mains des Français &des Américains. 11 yavoit, outre cela ,plulieurs circonftances qui fervoient àaggra- .ver la négligence des Miniftres jcar les préparatifs néceflaires pour équiper la Flotte de Toulon , avoient été fi long-tems àfaire ,que toutes les Cours de l’Europe n’ignoroient rien àce fujer. On 11’ avoit pas même caché en France l’objet de fa delHnarion. Tandis que ces grands arméniens le faifoient àToulon ,dirent les Membres de l’Oppofition ,&qu’ils partoient pour le Nouveau- Monde ,l’Amirauté &les Miniftres étoient occuppés àPorrsmouth, àdonner une revue des forces maritimes au Roi. Pour comble de difgrace, ils étoient àla campagne quand la nouvelle du départ du Comte d’Eftaing arriva jon ne put les raftembler fur-le-champ ,pour tenir Confeil ,& pour envoyer des ordres, de forte que, pendant ce tems-là, le vent, qui étoit bon pour les Indes Occidentales ,changea jils s’opposèrent donc fortement àce que le meiïàge du Roi fût porté au. comité des aides ;ils dirent que ce feroit le comble de la folie d’accorder une fomme illimitée àdes Miniftres il peu capables de dépenfer le revenu Q+
24'S Hijloire des ‘Troubles 1778. public avec économie ou efficacité; que tant que les affaires feraient commifes àcie pareilles gens , c’était le devoir du Parlement de veiller aux intérêts de la Nation ;qu’ils tiendraient continuellement leurs féances, &voteraient de tems en teins, fuivant les befoins de l’Etat. Il fera néceflàire , * ajoutèrent-ils, que la Chambre fait d’abord informée de ces befoins ;que les fomtnes foient fpécifiées ,&que l’on mette fur la table des documens authentiques de la manière dont elles font dépenfées ,avant que nous accordions la moindre chofe àdes hommes auffi indignes. Se peut-il trouver une punition allez grande pour des gens qui ,afin d’avoir le titre de Miniftre ,ou ,ce qui eft encore *pis ,pour le plus vil des motifs ,celui du lucre , entreprennent de conduire les affaires d’une grande Nation dans les circonftances les plus critiques , tandis que leur ignorance &leur pareffe les rendent incapables de remplir leur devoir? L’incapacité, continuèrent-ils ,eft auffi injurieufe que la plus noire trahifon. Qu’importe-t-il au public ,que ce foit par trahifon ,ou fimplement par ftupidité , que ,faute d’avoir une Efcadre àGibraltar, on ait permis au Comte d’Eftaing de fortir des limites étroites de la Méditerranée ,pour porter la ruine &la défolation ànos armées fur le continent de l’Amérique ,&de-là ,le fer &le feu ànos Mes .Occidentales ?Les calamités de la Nationen feront-
de l’Amérique Anglaifc. *4? elles diminuées ,lorfqu’elle apprendra que celt feulement àcaufe de l'imbécillité des Miniftres , que nos côtes ont été pillées pendant l’été, que différentes parties du Royaume ont été dahs de continuelles alarmes d’une invafion ,que Ion commerce eft détruit ,&fon crédit ruiné ?En fera-t- elle plus fatisfaite ,quand elle faura que c’eft'par la même caufe qu’ils affemblèrent une milice fans armes ,&l’envoyèrent enfuite camper fans tentes &fans bagage? Aquelque caufe que l’on attribue les évènemens dont nous venons de faire mention , il eft certain que c’cft une conviction parfaite de leufincapacité qui aproduit le refait de la France, &les infinités que l’on afaites ànotre pavillon dans les ports d’Efpagne. Il n’y aqu’une pareille perfuafîon qui ait pu enhardir cesPuiffances ànous faire des affronts de cette nature. Un des Patriotes finit fon difeours par l’exclamation fuivante :«où eft donc le feu qui ani- 55 moit autrefois l’Angleterre ?Qu’eft devenue cette 55 fageffe qui avoit coutume d’accompagner fes J5 Confeils ?Où font ces terreurs quelle infpiroit »5 àceux qui ofoient l’infulter ?Hélas !la Grande $> Bretagne eft trahie, la fourberie &la corruption 55 s’efforcent àl’envi deffeduer fa ruine &fa difgrace>5. Les Miniftres fe défendirent du mieux qu’ils fuirent ,fur tous les points. Ils dirent qu’on ne
±5 aHijloirt des Troubles *773. pouvoir point détacher l’Efcadre pour fuivre ie Comte d’Eftaing, avant d’être sût de fa deftinarion ; que, fi la Flotte avoir fait voile pour l’Amérique , .ils efpéroient cjue Mylord Howe ferait capable d’empêcher qu’il frappât aucun coup d’importance 5 mais qu’au pis-aller, l’Amiral Byron avec Ion Efcadre ,arriverait alfez àtems fur la cote, pour venger les infultes qu’011 yauroit pu faire. Mylord George Germaine avoua que les apparences étoienc contre les Miniftres 5mais il dit qu’on ne devoir pas juger fur des apparences, &que, li toutes les cîrconftances étoient connues ,les chofes auroient , peut-être ,un différent afpeéfc. Quant àmoi,ajouta-t-il ,je fuis prêt àfubir un examen ,&je fou- .»Faite qu’on punifïe ceux qui font coupables. A farrivée des dépêches, j’ai pris les mefures les plus promptes pour convoquer unConfeil, 6ej’ai fait hplus grande diligence pour envoyer fes ordres à Spithead. Il ferait àfouhaiter que les affaires prifTent une tournure plus heureufe. On ne doit pas àpréfent ,envier le titre de Miniftre ,&fi quelque perfonne habile adeffein de fervir fa Patrie , &de prendre ma place, je la lui réfignerai de bon cœur. Cependant la néceffité des tems prévalut , ôc, après quelques autres argumens, le bill de crédit fut accordé. L’arrivée du Général Burgoyne de l’Amérique , «cita de nouvelles difputes au fujet de l’expédition
MjtfÉi&ygF de l'Amérique ÆQpaiJe. 15r du Canada. Ce Général s’apperçnt bientôt quil , n’étoit plus favori de la Cour. On lui refufa accès auprès du Roi ,&il éprouva toutes ces marques de difgrace que les courtifans entendent li bien. II demanda qu’on fît une enquête de fa conduite ; mais les Officiers Généraux dirent que, dans fa ütuation préfente., ils n’en pouvoient pas prendre1 connoiffance ,parce qu’il étoit prifonnier fur fa parole. Piqué de ce refus ,M. Burgoyne dit qu’il vouloit palier au Confeil de guerre :ce qui lui fur refufé fur les mêmes principes. Il déclara alors qu’il n’avoit plus d’autre 'relîburce que d’avoir recours au Parlement ,pour qu’on examinât publiquement fa conduite; mais la propofition que M. Viner fit àce fujer, fut rejettée. Un des Membres ayant, cependant ,propofé ,quelque tems après ,une adreffe au Roi ,pour empêcher la prorogation du Parlement ,àcaufe du danger où étoit la Nation , le Général Burgoyne prit occafion de cette circonftance pour faire éclater fon reffientiment contre les Miniftres. Il cenfura fans réferve la conduite que l’on avoir tenue depuis la déclaration de la Cour de France. Il dit qu’on avoit négligé d’exciter le courage de la Nation par quelque coup declat. Il fera difficile, ajouta-il, àceux qui font les plus verfés dans l’Hiftoire ,de nous citer des exemples, où, après une alarme ,le courage s’eft ranimé par l’inadion. On ne peur attendre de
i$x Hïfiélfa des Troubles- 1778. grands efforts d’un Gouvernement qui fait paraître de la crainte ,des appréhendons &de la confufion au commmencement d’une entrëprife. Le but de ce difours étoit de prouver q_ue la préfence du Parlement étoit néceflàire pour infpirer la confiance du Peuple. Si les Mini(très ,continua-t-il ,fe refufent àcette propofition ,ils fe rendront coupables de s’oppofer au vœu de lia Nation, àla vertu publique &aux moyens les plus efficaces de fauver leur patrie. Ce difcours attira une réplique fort févère de la part de Mylord George Germaine. Après avoir donné les raifons ordinaires contre la propofition , il attaqua particulièrement M. Burgoyne. Il eft fur- •prenant ,dit-il ,qu’un homme,qui s’eft déjà fi bien conduit ,vienne ici nous donner des avis ;&que , Jorfqu’il eft abfolument mort àtout emploi civil &militaire ,lorsqu’il n’a pas le droit de parler ,& encore moins celui de voter dans cette Chambre , il veuille condamner les mefures du Gouvernement. Il tourna enfuite en ridicule la demande que ce Général avait faite, qu’on inftruisît fon procès. Il favoit bien, ajouta-t-il, qu’il étoit impoffiblc qu’on le jugeât ;il étoit prifonnier fur fit parole ,8c conféquemment il ne pouvoit point agir pour luimême. M. Burgoyne parut fort indigné de ce difcours ; il accufa les Miniftres de vouloir le priver de les
de l’Amérique Ângtaife. A5} droits comme homme, comme cicoyen &comme >77s- foldat. Il dit que la capitulation n’étoit pas rompue ,que le Congrès ,fur des jaloulîes mal fondées ,&encore plus fur fa méfiance de la bonne foi du Miniftère Britannique ,en avoir feulement fufpendu l’exécution ,jufqu ace quelle fût formellement ratifiée par le Gouvernement ;qu’il n’étcit lié par aucune autre condition que celle de ne point fervir en Amérique, &que fa parole ne l’engageoxt àrien ,finon àretourner quand le Congrès l’exigeroit. Il ajouta que' quelques Membres du Congrès voûtaient lui faire promettre de ne pas voter en Parlement contre l’Amérique, lorfqu’il avoit demandé permiffion de revenir, mais qu’il avoir rejetté cette propofition avec dédain 5 que pour lors toute l'Alfemblée lui avoit dit quelle fouhaitoit qu’il allât au Parlement ,&qir’il s'y acquittât de fou devoir, certaine que, par la connoilfance qu’il avoir des affaires ,il ne manquerait pas de faire tous fes efforts pour accélérer la paix àdes conditions raifonnables. Enfin l’Orateur décida en faveur du Général Burgoyne, &dit qu’il avoit droit de prendre fa place en Parlement; mais la propofition ,pour empêcher la prorogation du Parlement, fut rejecréè. Pendant que les Communes étoient engagées dans ces difputes violentes, la Chambre des Pairs n’éroir pas moins agitée. Encr autres chofes, le Duc
254 lüjloirc des Troubles llll:. de Richmond propofa qu’on préfentât une adiellc au Roi pour le prier de recirer des ports 6e des territoires des Etats-Unis, tous les vailîeaux de guerre &les armées de la Grande -Bretagne ,& qu’on en difposât de la meilleure manière poiTible pour la défenfe du relie de l’Empire. Il yeut aullt plufieurs propofitions pour fervir àl’examen de la Marine ;mais elles furent toutes rejettées. Cette fameufe enquête de l’état de la Nation ,fut enfin terminée dans la Chambre des Pairs, le 7Avril, &fervit àdécouvrir que ,dans tous les départemens du Miniftère ,il yavoit eu des erreurs &de la négligence ;mais elle n’obtint pas l’objet où vifoient les Membres de l’Oppofition ,qui étoit de faire faire un changement dans le'Miniftère. Le Duc de Richmond qui mit fin àl’enquête, Et un difcours allez long dans lequel ,encr’autres cliofes ,il dit que ,quoi que le crédit de ce pouvoir, qu’il vouloit diminuer, eût empêché cette enquête d’avoir tout le fuccès qu’il aurait défilé , cependant il en réfuirait de grands avantages. On connoilfoit l’état de l’armée, celui de la marine & les dépenfes qn’avoit carrfées. la guerre d’Amérique. Après avoir formé des conclurions de tour ce qu’il avoit avancé, il propofa l’adrelfe fuivante au Roi :te Nous penfons qu’il ell de notre devoir , »en offrant àSa-Majefté le trille ,mais trop véri- »table tableau de l’état de les dominations ,d’ex-
de rAmérique Anglaife. 155 »primer notre indignation de la conduite cfe fes 177*- 33 Minières qui en font les caufes ;qui ,en abu- 35 fant de fa confiance ,ont obfcurci le luftre de fa 33 Couronne ;qui ,par leurs mauvais confeils ,ont 35 démembré l’Empire ,prodigué le tréfor public , ndiminué le crédit de la Nation ,fait tort au 33 commerce de fes Royaumes ,déshonoré fes 33 armes ,&affaibli fes forces maritimes ,qui s» étoient la gloire &le rempart de fes Etats ;qui , »3 en différant d’accommoder les querelles qu’ils 33 ^voient excitées parmi fes peuples ,ont foufferc 15 qu’il fe formât une alliance entre fes Sujets , s> &fes anciens rivaux de la Grande-Bretagne , 33 &qui n’ont pris aucune mefure pour contre- 3> balancer une Union li funefte ;que ,dans ces 33 tems. de calamités ,ils mettent leur dernier 33 efpoir en la bonté 'de Sa Majefté ,qu’ils font »perfuaclés qu’il lui plaira d’examiner les prin~ 33 cipes politiques quiantdonné lieu àcette révo- 33 lution ,depuis laquelle ils ont le bonheur d’être 33 gouvernés par des Princes de fan illuftre Fa- 33 mille yde faire attention àla conduire de fes »ptédéceffeurs ,depuis cette époque ,qui avoir waugmenté la profpérité, la puilfauce, les domi- 13 nations &la réputation de fa 'Couronne &de *fes Peuples ;de fe rappeller les çirconftanees de 33 fon avènement au Trône, lorfqu’elle prit polfef- 11 üon d’im héritage iï glorieux;, &qu’elle dévoie
i.Gt Hijloire des Troubles î? 78-&fur la Delaware. Dans toutes ces expéditions ; ainfi que dans celles qui furent entreptifes àRhodc- JJlandj les Américains fouffrirent confidérablement :vaifleaux ,bateaux ,maifons ,églifes ,provisions de toutes efpèces, publiques ou particulières, tout devint la proie des flammes que la fureur des Anglais avoir allumées. Plufxeurs Officiers attribuèrent néanmoins ces défordres àla licence &àla rage des foldats, &déclarèrent qu’ils étoient toutà-fait contraires aux ordres qu’ils avoient donnés $ mais ils n’en étoient pas moins refponfables de leur inexécution. Il yeut des prifonniers de tués de fang-froid ,des habitans paifibles d’enlevés de leurs demeures ,afin de les échanger comme prifonniers de guerre ;en un mot ,on vit toutes les horreurs d’une guerre civile fous tous les différens afpe&s. Les ravages que caufa autrefois dans l’Amérique méridionale la cupidité de ces Boucaniers infatiables, furent renovellés dans la Septentrionale, par la vengeance Sc la rage des Anglais. Cependant le Congrès &le Général Washington n’omettoient rien pour faire les préparatifs d’une campagne vigoureufe, tandis qu’ils annonçoient au Peuple que ce feroit probablement la dernière ,& qu’ils efpéroient chalTer entièrement les ennemis de 1Amérique. M. Washington, après avoir éprouvé la patience de fon armée qui avoit paffié tout l’hiver dans des barraques ,retrancha le bagage
de l’Amérique Anglaifc. a65 inutile des Officiers &des foldats ,ne leur laifTa 1778^ que ce qui étoit abfolument néceflaire, tk fit toutes les réformes poflibles ,afin de rendre ion armée plus agile. Le Congrès, de fort côté, excita les jeunes gens riches àlever un corps de Cavalerie légère pour fervir àleurs dépens ,durant la campagne ,leur offrant tous les honneurs 8ctoutes les diftindions néceffaires pour les engager àla difcipline de la vie militaire, de forte qu’on vitfe former ,en un clin-d’œil ,plufieurs Compagnies de volontaires bien équipées ,8cqui n’avoient rien coûté àl’Etat. Le Gouverneur Tryon ayant ,vers le milieu d’Avril »reçu àNew-York copie du plan conciliatoire ,tel qu’il avoir été lu pour la première fois dans la Chambre des Communes,fit ufage de tous les moyens poflibles, pour le faire circuler dans les Colonies. Lorfque l’Armée Anglaife fut informée des mesures du Miniftère Britannique, elle fit paraître le .plus grand étonnement, &la plus grande indignation. Laréfiftance que les Anglais avoient éprouvée. les pertes qu’ils avoient faites ,&la déclaration d’indépendance, avoient excité l’animofité des foidats. Ils regardoient alors l’Amérique comme un objet de conquête, &ils. ne s’attendoient àterminer la Guerre que par la foumiflion entière des Etats-Unis. Les vingt mille hommes de renfort *U 4-
26*4 Hijloire des Troubles 2778. qu’on leur avoir promis au commencement de la campagne, ne contribuoienr pas peu àaugmenter leurs efpérances, &àles perfuader même de la réuûïte de l’entreprife. Quelle fut donc leur furprife, lprfqu’au lieu de ces renforts formidables, ils virent paroîrre un bill des plus humilians? Si les Anglais témoignèrent du mécontentement ,on peut juger de la rage &de la confternation d.es Américains réfugiés qui faifoient alors' partie des forces Britanniques. Victimes de leurs opinions politiques, ces malheureux perdoient àlà ‘fois, tout efpoir de jamais retourner dans leur Patrie ,&ce qui ne les cliagrinoit peut-être pas moins, tout moyen de pouvoir fatisfaire leur reflèritiment. Leurs biens alloient devenir la proie de ceux qu’ils avoient été accoutumés de regarder comme lès plus vils des hommes ,tandis que ,dénués 'de toutes rellources, ils dévoient attendre leur fubfîftance des bontés précaires d’une Nation qui, quoique généreufe, àla vérité, fe trouvoit alors trop èmbarralfée de fes propres dettes pour pouvoir leur être dun grand fervice. Les bills 11e devoiént cependant produire aucun des effets qu’on en efpéroit )mais le manque des renforts attendus ,&les proportions humiliantes qu’ils contenoient, avoient découragé 1Armee. La manière dont le Gouverneur Tryonavoir fait circuler ces papiers, fut reprêfentée par les Américains comme une tentative infi-
de l’Amérique Anglaife. i£$ dieufe pour divifer le Peuple &le Congres. Afin de témoigner le peu de cas qu’il en faifoic ,il les fit imprimer dans toutes les Gazettes. Le Général Washington, enréponfe auGouverneur Tryon, qui lui avoit fait palier plulleurs copies dubill conciliatoirejpour être diftribuées parmi fes officiers &fes foldats, lui envoya dans la lettre qu’il lui écrivit, 'une Gazette Américaine ,où le bill fe trouvoit imprimé, ainfi que les réfolutions du Congrès âce fujet. Le GouverneurTrumbull fit réponfe, àune lettre qu’il avoit reçue de M. Tryon pourjle même objet, que des propoiitions de paix fe faifoieut ordinaire- ’ment de l’autorité fuprême d’une Nation à1auto- rité fuprême de l’autre ,&qu’il ne fe rappelloit aucun exemple où l’on fe fût adrefle au Peuple en général. Il yavoit dans 'cette réponfe ces paroles remarquables :«il yaeu un teins ou cette de- »marche de notre ancienne Mère-Patrie auroit été »acceptée avec joie &reconnoiiïance jmais ce »tems, Monfieur ,eft paffé fans retour. Les refus >> répétés de nos fincères &humbles requêtes ,le »commencement des hoftilités ,l’inhumanité qui »amarqué les progrès de la Guerre, devotre part, »dans toutes les circsnftances ,l’infolence que »vous donne chaque petit avantage ,les cruautés »que vous avez exercées fur les malheureux que »la fortune de la Guerre afait tomber encre vos
z66 Hifioire des Troubles »77^« »mains, font des barrières infurmontables àl’idée »même de jamais faire la paix avec la Grande- »Bretagne ,àaucune aurre condition que celle de j» l’indépendance la plus parfaite Sc la plus ab~ »» folue. Toute l’Amérique eft, je crois, réfolue »de terminer la Guerre àcette condition ,avant »de s’allier avec l’Angleterre. Alors cette dernière •s nous trouvera, peut-être, des amis aulli aflfec- 39 donnés que nous fommes àpréfent ennémis »déterminés ,&retirera plus d’avantages de cette 3> amitié que les plus grands zélateurs n’ont droit »d’attendre de la conquête la plus abfolue j». LeCongrès déclara, le iz Avril, que, quiconque miroir la préfomption de frire un traité particulier,ou unaccommodementféparé avec les Commiflàires de la Grande-Bretagne ,il devoir être regardé comme l’ennemi des Etats-Unis, que les Etats ne pouvoient entrer en négociations avec aucun defdits Commiffaires ,àmoins que ,pour préliminaire, ils ne reti— raffent leurs flottes &leurs armées ,ou ne reconïiuflent en termes formels l’indépendance de l’Amérique, &que, comme le delTèin de leurs ennemis étoit de les tromper ,en leur faifant croire qu’ils n’étoient point en danger, chaque Etat devoir s’efforcer de faire entrer les troupes en campagne le plutôt poflîble, &qu’il falloit que la milice fe tînt toujours prête àagir fuivant les circonftances :toutes ces réfolmiojîs furent unanimement approuvées
de VAmérique Anglaifc. iSy Le iMai ,M. Silas Deane arriva de Paris à*778.' la ville d’York où le Congrès cenoit fes féances , depuis la prife de Philadelphie ,avec des dépêches qui fervoient àconfirmer la réparation de l’Amérique avec l’Angleterre. Il éroit parti de France fur une frégate de Roi ,de vingt-huit canons, équipée exprès, &apportoit une copie des traités de commerce &d’alliance entre la France &les Etats-Unis. Lepremier avoic été ligné le 5oJanvier, &le fécond 11’étoit daté que du 6Février. M. Deane apportoit auffi d’autres nouvelles fort agréables, ainfi que tout ce qui avoir rapport àla négociation de ce dernier traité &àfa conclulion. Les Américains firent paraître, àcetteoccafion, les plus grandes démonftrations de joie, &le Congrès publia fur le champ une gazette pour annoncer au Peuplecet heureux"évènement. Dans cette gazette ,il donnoit un fommaire de tout ce qui étoit arrivé ,8c des articles les plus flatteurs du traité ;il louoit l’équité ôc la généralité du Roi de France, il annonçoitque l’Efpagne fe joindrait bientôt acette dernièrePuilfance, &que 'leurs forces réunies défendraient lacaufe de l’Amérique, qu’il comptoit beaucoup fur.l’amitié de plusieurs autres Nations, &qu’en général, le refte de TEurope étoit bien difpofé àl’égard des Etats- Unis. Le 8,le Chevalier Henri Clinton arriva àPhiladelphie pour prendre le commandement de l’Ar-
iiSS Hifioire des Troubles . ^778. mée àla place du Général Howe qui retourna eu Angleterre ,au grand regret des officiers 8cdes foldats dont il étoit fort aimé. Au commencement de Juin, les trois Commilïaires de la Grande- Bretagne, pour rétablir la paix, le Comte de Car- Me,M. Eden &le Gouverneur Johnftone arrivèrent dans la rivière Delaware. Le Chevalier Clinton joignoir auffi àla qualité de Général en chefdes armées de Sa Majefté Britannique, celle de Commiflaire pour la paix. Ces envoyés dépêchèrent fur le champ le doéteur Fergufon, leur fecrétaire, porteur des derniers aétes du Parlement &d’une copie •de leur commiffion, avec une lettre auPréfident du Congrès jmais le Général Washington ayant refufé de lui donner un paffie-port, ils furent obliges d’envoyer leurs dépêches par la polie. Les Anglais offioient beaucoup plus dans le bill concilïatoire,que les Américains navoient demandé ail commencement des difputesj mais il étoit alors trop tard. Les Commiffaires annonçoieut qu’ils étoient prêts àconfentir àune fufpenfion d’armes par terre 8cpar mer }àrenouveller l’ancienne correspondance &les bénéfices communs du droit de naturalifation }àdonner au commerce toute la liberté que les intérêts refpectifs des deux parties demandoient; àaccorder qu’on ne tiendrait point d’armée -fur pied dans les dilférens Etats ,fans le confententent du Congrès général 3ou de leurs Aflemblées
de ÜAmérique Ânglatje. iGp particulières jàconcouru' aux mefures calculées pour acquitter les dettes du Congrès, &àaugmenter la valeur de fes billets jàperpétuer 1union commune par une dépuration réciproque d’un ou de plufieurs agens qui auraient le privilège de (léger &de voter dans le Parlement Britannique ,ainfi que ceux de la Grande-Bretagne, d’avoir une place &une voix dans les ÂlFemblées des provinces où ils feraient députés pour veiller aux intérêts de ceux qui les députeraient •, en un mot àétablir le pouvoir des Corps légiûatifs clans chaque Etat particulier, de fixer fou revenu ,fes établiilèmens civils &militaires ,&àexercer une liberté entière de légifla- i don &de gouvernement intérieur ,de forte que les Colonies Britanniques de l’Amérique feptentrionale, agiUant de concert avec l’Angleterre, en rems de paix &de guerre ,fous un fouverain commun , jouiraient àperpétuité de tous les privilèges polfibles qui pouvoient s’accorder fans demembrer l’Empire 8c finis divifer fes forces. Comme dans la lettre que les Commilia; tes avoient écrite au Congrès, ils faifoient ufage de ces exprelïions en parlant de la France ;«l’inter- «pofinon infidieufe d’une puiflance qui, depuis »lerablilTement des Colonies ne fut guidée que »par des motifs 'd’inimitié envers elle &: l’An- »gleterre, &, nonobftantla date prétendue, ou la »» forme préfente des offres de la France »}anffi-
%-jo Hijloire des Troubles 1778. tôt qu’on en vint àces mots ,la le&ure fut inter- *rompue ,&un des Membres du Congrès propofa qu’il ne falloit pas en lire davantage, àcaufe des expreftions offenfantes àSa Majefté Très-Chrétienne. Cette propofition qui fe fit le x3Juin, fut ajournée jufqu’au lundi fuivant, 15du même mois, &de-là jufqu’au i6,quand il fut abfolument décidé àla pluralité des voix, de ne point continuerla leûure de la lettre des Commiffâires ,mais d’examiner les autres papiers qui l’accompagnoient. Le 17 ,M. Laurens ,Préfident du Congrès ,fit la réponfefuivante aux Cornmiliaires de la Grande- Bretagne. te J’ai reçu la lettre de vos Excellences, du 9 «courant, avec les autres papiers, &les ai mis »devant leCongrès.Il n’y aque le défir d’empêcher »une plus grande effufion de fang, qui puiftè »avoir engagé les Membres de cette aflemblée à »lire un papier qui contenoit des exprefiions fi in~ »jurieufes àSa Majefté Très-Chrétienne, le grand «&bon allié de ces Etats ,ou àexaminer des »propofitions fi dérogatoires àl’honneur d’une i> Nation indépendante. Les aétes du Parlement »> Britannique ,lacommiflion de votre Souverain , »&: votre propre lettre, fuppofent que le Peuple »de ces Etats eft Sujet du Roi de la Grande-Bre- ptagne ,&font fondés fur une idée de dépen- »dance, ce qui eft tout-à-fajt inadmilfible. Je
de V'Amérique Anglaife. 27 s «> fuis autorifé ,oune cela, d’informer vos Excel- >77*- »lences que le Congrès eft enclin àla paix ,mal- *> gré les prétendons injuftes qui ont été l’origine »de cette guerre &la cruelle manière avec laquelle nelle aété conduite. C’eft pourquoi il fera prêt à >» entamer un traité de paix &de commerce qui »n’eft -point incompatible avec les traités qui »> fubfiftent déjà ,quand le Roi d’Angleterre mon- »trera une difpofition fincère pour remplir cet »objer. La preuve la plus folide qu’il puilfe donner »> de cette difpofition ,c’eft de reconnoître formel- »lement l’indépendance de ces Etats, ou de rap- »peller fes flottes &fes armées ». Cette réponfe avoir été lue auparavant en plein Congrès ,&c approuvée unanimement. Certe Affemblée approuva auflî la conduite du Général Washington, pour avoir refufé un pâlie -port au doéteur Fergufon. Les Commiflaires ,n’ayant pas réufti dans l’objet de leur million avec le Congrès général ,prirent le parti de s’adrelfer au Peuple. Il yeut pour lors une guerre ouverte dans les papiers de nouvelles ,dans laquelle plufieurs Ecrivains habiles des deux partis firent briller leurs talens ,les Commiflaires acculant le Congrès ,&celui -ci dormant les raifons de fa conduite. L’évacuation de Philadelphie ,que les Anglais firent avant même que M. Laurens eût rendu réponfe aux Cofnmiflàires, netoit guerre capable de
Hijloire des Troubles mencement de radfci®n. L’obfeurité de la nuit mit fin aux opérations militaires. Le Général Clinton fe retira dans le plus grand filence vers les dix figures du foir, laiflànt les bleiles fur le champ de bataille avec une lettre de recommandation pour le Général Washington. Les Anglais ,fuivant leur propre relation, eurent trois cens hommes de tués fans compter les bleffés \mais le Général Washington dit que fes foldats enterrèrent douze cens Anglais. La perte des Américains ne fut pas fi confia dérable. Il paroît par la relation du Général Américain,' que fon intention étoit d’attaquer les Anglais lorsqu'ils quitteraient le voifinage de Freehold ,& qu’étant averti, àcinq heures du matin, qu’ils étoient en mouvement, il donna ordre àM. Lee d’attaquer l’arrière-garde ,l’affurant qu’il ferait toute la diligence poffible pour le foutenir ;mais qu’après avoir fait cinq milles, il trouva la divifion de Lee qui fe retirait en défordre fans avoir fait la moindre réfiftance ,excepté un fimple détachement qui avoir repoulfé les Chevaux-légers. L’arrière-garde de cette divifion étoit pourfuivie de près 5mais ilia rallia &arrêtâtes progrès des ennemis ,ce qui lui donna le rems détablir des batteries ,&de recevoir des renforts ;l’a&ion refta pour lors en balance. Les Anglais fe trouvant ainfi arrêtés de front ,tentèrent de tourner fa gauche }mais ils
de l’Amérique Ailglaife. 2.79 furent vigoureufement repoulïes. Ils firent enfuite J773 - la même tentative fur fa droite où ils rieurent pas plus de fuccès, ce qui les obligea de fe retirer audelà dudéfilé où ils avoientfaitla première attaque. Le Général Washington ajoute qu’il emporta tous fes bleflfés ,excepté quatre officiers &quarante foldats. Il donne beaucoup d’éloges àfes troupes & dit que lorfqu’elles furent revenues de leur première furprife ,cccafionnée par la retraite de Lee , il étoit impoffible de furpafler leur courage. La nature du pays rendit une plus longue pourfuite inutile, &M. Washington fit marcher fon armée vers la rivière du Nord, laiflant feulement quelques troupes légères pour obferver les mouvemens des Anglais. Ces derniers regrettèrent beaucoup la perte de M. Monkton ,Colonel des grenadiers ;ce brave homme étoit fingulièrement malheureux ;il fut bielle dans toutes les aéhions où il fe trouva, &on le lailfa une fois pour mort fur le champ de bataille :du côté des Américains ,les plus regrettés ,furent le Colonel Bonnet &le Major Dickenfon. Le Congrès fit des remerciemens àtoute Tannée &en particulier au Général Washington. Uaffeéta même de regarder cette action commeune bataille, &les conféquences qui s’enfuivirent comme une viétoire remportée fur la grande Armée Anglaife. Le Général Clinton gagna le 30 Juin les hau- S4
iSo Eijloii'e des TroubleJ 1778. teurs de Navefinlc dans le voifinage de Sandy~ lîook. La flotte, après avoir été retenue par des calmes dans la Delav/are ,étoit arrivée, la veille ,à cette dernière place. L’hiver précédent, Sandy- //ooXavoitété déchiré du continent par une violente fecoufle de la mer, &formoit alors une Ifle. Cet accident pouvoir être fatal àl’armée deM. Clinton, fi la flotte ne s’y étoit pas trouvée dans ce moment critique. Mylord Howe fit conftruire un pont de bateaux avec tant de diligence ,que toutes les troupes pafsèrent le 5Juillet dans cette nouvelle Ifle, &furent de-là conduites àNew-York. Ainli fe termina cette longue retraite de douze jours qui fit beaucoup d’honneur au Général Clinton, puifqu’il remplit fon objet fans perdre aucune partie de fies équipages. Le Général Washington avoir réprimandé fortement M. Lee, lorfqu’il l’avoit rencontré fe retirant avec fa divifion. Celaproduifit deux lettres fort piquantes de la part de ce dernier qui fut mis aux arrêts, &une réponfe de M. Washington le jour même de la bataille. Lee demanda un confeil de guerre qui fut accordé fur le champ &ouvert le 4Juillet àBrunfwik. Il étoit accufé, «d’avoir dé- >5 fobéi àfes ordres, en n’attaquant pas l’ennemi le v2SJuin ,de manque de conduite ,en faifant une »retraite honteufe, inutile &fans ordre &de »manque de refpeéfc au Général en chef, en lui
de rAménqut Anglaife. iSi j» écrivant les deux lettres dont nous venons de »parler ». Leréfultat de ce confeil de guerre, fut que le Général .Lee fut trouvé coupable, <Se condamné àêtre fupendu pendant un an du fervice des Etats-Unis. .Tandis que l’Armée Anglaife luttoit contre ces difficultés, elle étoit menacée d’un danger bien plus grand, &auquel elle ne s’attendoit pas. Deux jours après que Mylord Flowe eut conduit les troupes àNew-York ,il apprit par les navires qui étoient en croifière que la flotte de M. le Comte d’Eltaing avoitparu fur la côte de Virginie ,le jour même que les troupes avoientpaffié àSaniy-îiook. Si le Général Français avoit rencontré les bateaux de tranfport, dans la rivière Delaware ou dans leur paflage, comme ils n:'étoient efcortés que par deux vaiffieaux de ligne &quelques frégates ,il eft certain qu’il s’en feroit facilement rendu maître.Le fort de l’armée dépendoit tellement de la sûreté de la flotte que la perte de l’une entraînoitnécelfairement celle de l’autre; car les troupes nauraient point alors pu palier àNew-York,&fe feraient trouvé environnées d’un côté par l’Armée Américaine ,& de l’autre par la flotte Françaife. Dans cette pofition, incapables de recevoir aucun fecours, elles auraient peut-être renouvellé la cataftrophe de Saratoga. Le mauvais tems avoit beaucoup retardé le Comte,
?. S%Hijloire des Troubles Sllb, d’Eftaing clans fon paflage ,&c’eft àcette circonftanceque l’Armée Anglaife doit fon falut. Quoique le danger fût diminué, il n’étoit cependant pas diflipé, car quatre jours après que Mylord Howe eut été informé de l’arrivée de la Botte Françaife, le Comte d’Eftaing parut foudainement àla hauteur de Sandy -Hook , en préfence de la flotte Anglaife. Son Efcadre étoit compoiee de douze vaifleaux de ligne ,dont un de quatre -vingt -dix canons, un de quatre -vingt , "fc de foixante -quatorze ,&quatre de foixanteqtiatre, outre trois grandes frégates jMylord Howe avoir àfes ordres ,fix vaifleaux de foixante-quatre canons ,trois de cinquante ,&deux de quarante , outre plufleurs frégates &chaloupes. Ses vaifleaux avoient été longtems en mer &n’étoient pas en trop bon état, fl eft vrai que Mylord Howe paflè pour un des plus habiles marins d’Angleterre ,&que la mer eft depuis longtems l’élément de la Nation Britannique. Quoique la Aorte Anglaife fût inférieure àcelle de France, elle avoir néanmoins l’avantage de la pofition ,&il n’étoit guère poffible de l’attaquer ]elle étoit en poflëfllon du port formé par Sandy-Hook ,dont l’entrée eft couverte d’une barre ou il n’y aqu’un paflàge fort étroit pour parvenir àNew-York le Comte d’Eftaing ,dont l'intrépidité eft reconnue de toute l’Europe, avoit d’abord
de FAmérique Anglaife. î.8$ formé le projet de forcer ce paflage ,&d’attaquer l’Efcadre Anglaife dans le port. Il s’approcha en conféquence de San.dy-B.ookjmais après avoir examiné la lituation de l’ennemi ,il trouva qu’il étoit rrop avantageufement pofté, &qu’en forçant ce paffage ,il couroit rifque de faire échouer fes plus gros navires. Les officiers Anglais font eux-mêmes divifés àce fujet. Les uns difent qu’il étoit impoffible que les gros vaiffeaux puffient paffer armés par cet endroit, &les autres foutiennent que la choie étoit poffible, Si la flotte avoit pu' pénétrer au-delà de la barre, il eft certain que Mylord Howe auroit été en grand danger, &que, malgré fon habileté, il n’aiiroit pas été capable de réfifteraux forces fupérieutes des Français. Quoi qu’il en foit, le Comte jugea que l’entreprife n’étoit point praticable ,&mouilla a environ quatre milles de Sandy-Hook dans levoifinage delà ville de Shrewsbury. Lorfqu’il s’agir de combattre les Français, les Anglais s’enrôlent toujours avecbeaucoup d’ardeur: élevés dans les principes qu’un de leurs navires en peut battre deux français ,ils s’imaginent courir à une viétoire affurée. Tous les matelots des tranfports s’offrirent fur le champ comme volontaires. Onen fit paffer mille fur la flotte Royale jmais ceux qui commandoient les vaiffeaux marchands, eurent bien de la peine àen retenir un nombre fuffifant pour les garder ,tant étoit grand le défir qu’ils
Hijloire des Troubles *778-témoignoient d'avoir une bataille avec les Français.' Plufieurs fe cachèrent même dans les chaloupes , &tâchèrent de palier avec leurs camarades ,malgré les défendes qu’on leur avoir faites. Les maîtres & contre-maîtres des navires marchands prièrent infLmment qu’onles employât, &fe placèrent aux canons avec les fimples matelots ;d’autres mirent en mer avec des petits bateaux pour obferver les mouvemens des Français ,ou rendre différens fervices. Un de ces maîtres donna un exemple vraiment patriotique &qui mérite d’ètre tranfmis àla poftérité; il offrit noblement de convertir fon vaiffeau ,qui étoit toute fa fortune, en brûlot, &de le conduire lui-même au milieu de la flotte Françaife, fans exiger aucune récompenfe ou aucun dédommagement. Les troupes de terre ne le cédèrent en rien aux matelots ;l’infanterie légère &les grenadiers qui étoient àpeine repofés de leur fatigue des Jerfeys, fe difputèrent tellement l’honneur de fervir comme foldats de marine abord des vaiffeaux de ligne, qu’on fut obligé de les faire tirer au fort. Il faut, cependant avouer que la popularité de l’Amiral & la grande confiance que l’on avoit en lui ,ne contribuèrent pas peu à ce zèle. La flotte Françaife étoit occupée ,pendant ce tems-là, àembarquerde l’eau &des provilions, & bloquoit enmême tems celle d’Angleterre. Elle relia
de VAmérique Anglaïfel i8f onze jours dans cette pofition ,pendant lefquels ,1778. «Ile prit plufieurs navires qui venoient àSandy- Hooh. 11 paroiffoit dur àdes gens qui ,depuis plufieurs années ,avoient donné des loix àl’Océan , de fe voir bloqués dans leurs propres ports. Ils attendoient donc l’arrivée de l’Amiral Byron avec la dernière impatience. Le Comte d’Eftaing ,après avoir ravitaillé fon Efcadre, fit voile pour Rhode-JJland. Aufli -tôt que les Anglais l’apperçurent lever l’ancre, ils s’imaginèrent qu’il alloit efiayer de palier la barre,' parce que la marée étoit fort haute ce jour-là. Ils firent donc les préparatifs néceffaires pour le recevoir ,&réfolurent de fe battre en défefpérés. Le départ du Comte fut ce qui put arriver de plus fortuné aux Anglais •car fi la flotte de l’Amiral Byron que l’on attendoit de jour en jour ,étoit arrivée entière, ou en partie fur ces côtes, pendant que le Général Français s’y trouvoit, elle feroit infailliblement tombée entre fes mains, fans faire de réfiftance, tant elle avoir fouffert du mauvais tems. L’Efcadre de Byron avoir, dans le principe, été mal équipée ,parce que le premier Lord de l’Amirauté , malgré tous fes beaux difcours auParlement, n’avoit pas aflëz de navires prêts ;elle avoir, outre cela, effnyé de grands coups de vent dans la traverfée 8c avoit même été féparée plufieurs fois. Après un paflage long &ennuyeux, elle arriva enfin fur dif-
z8£Hifioire des Troubles j778. féïentes côtes de l’ Amérique, dans la plus grande "détrefie ,clivii.ee ,démâtée ,&autrement endommagée, ayant ,outre cela, nombre de malades à bord. Depuis le zi Juillet jufqu’au 30 ,plufiturs vaiileaux arrivèrent de différens endroits àSandy- Uook ,le Renown de cinquante canons, le liaifonable de foixante-quatre ,le Centurion de cinquante, &le Cornwal de foixante-quatorze ,qui avoitété féparé de l’Amiral Byron. Il eft impofïïble d’exprimer la joie que firent paraître les Anglais à l’arrivée de ces renforts 5elle prouve qu’ils écoienc pleinement convaincus du danger quils avoient couru. Par un coup de bonne fortune ,le Cornwal avoit beaucoup moins fouffert qu’aucun autre navire. Le projet de furprendre la Flotte &l’Armée Anglaifes dans la Delaware ,ou dans les environs de cette rivière, qui avoit été formé àParis, & concerté entre les Miniftres de France &les Députés des Etats-Unis ,étoit le plus beau qu’on pût imaginer. En cas de réuflite il anéantilfoit le ppuvoir Britannique dans le Nouveau-Monde, donnoit l’indépendance àl’Amérique, &la paix a l’Europe. Différentes circonftances ayant empêché ce premier plan d’avoir fan effet ,le fécond étoit de s’emparer de Rhode-IJland. Pour remplir cet objet, le Général Sullivan avoit aflemblé un corps de troupes dans le voilinage de Providence, pouf
Hijloïrc des Troubles î.87 envahir Fille du côté du Nord, tandis que le Comte - 1 .778'' d’Ellaing devoit entrer dans le port de New-Port, vers l’extrémité méridionale ,détruire les vaifleaux Ik attaquer les ouvrages qui font du côté de la mer. Par ce moyen les troupes Anglaifes fe feroient trouvées entre deux feux. Le 29 Juillet, la flotte Françaife bloqua tous les palPages qui font entre Rhode-Ijland,les autres petites Ules &le Continent ,&qui ont des communications plus ou moins navigables avec la terre ferme. La plus grande diviflon mouilla àla hauteur de Brenton, en déhors de la pointe, àenviron cinq milles de New-Port :deux vaifleaux de ligne remontèrent le paflage deNaraganfet, &ancrèrent près de l’extrémité feptentrionale de Fille de Conanicut, tandis que quelques frégates entrèrent dans celui de Seconnet, où les Anglais avoient une corvette de Roi ,&deux galères, qu’ils firent fauter àleur approche. Le Général-Major Pigot, qui commandoit à Rhode -IJland ,fit toutes les difpofitions néceffaires pour s’oppofer aux defleins des Français. Il retira les troupes &l’artillerie de Fille Conanicut ;les polies avancés eurent ordre de fe tenir prêts àjoindre le corps d’armée au premier lignai $ il fortifia les ouvrages du côté de la mer ,&les matelots des différens bâtimens qui avoient été détruits, furent placés àl’artillerie j. on coula dans
294 Hijloire des Troubles 1778. Pigot avoir aufîi élevé de nouvelles batteries pour répondre àcelles des Américains. Sa plus grande appréhenfion étoir que le Comte d’Eftaing ne débarquât un corps de troupes dans la prefqu Ifle, &n’attaquât la ville du coté de la metj ce qui auroit expofé fes troupes àêtre prifes par derrière tandis quelles feraient aflaillies par les Américains de front &enflanc. L’arrivée de Mylord Howe, & le départ des Français changèrent la face des affaires. Les Américains des provinces feptentrionales fe plaignirent hautement de la retraite du Comte d’Effaing. Ils dirent qu’on les avoir engagés dans une expédition de beaucoup de cfépenfe, de fatigue &de danger, fur des aflurances cl’une coopération effective de la part de la flotte Françaife ;que fur ces promeiïcs ils avaient commis leuts perfonnes fur une ifle où ,fans la protection de forces maritimes ,ils pouvoient être enveloppés; que dans cette fmiation ils avaient d’abord été laides ,pourune vaine pourfuice, &enfuite abandonnés au moment où ils avoient completté leurs ouvrages. Si le Comte d’Eftaing n’eût pas été contrarié par cette tempête, fi ,comme il avoir lieu de l’efpérer , àcaufe de la fupénorité de fa flotte ,il eût défait l’Amiral Howe ,&qu’il fût enfuite rentré àRhode- IJland3après cette vi&oire, il yauroit été reçu avec enthoufiafme.
de VAmérique Anglaife. *9 5 Ces craintes &ces mécontentemens firent que jjjS- les volontaires de la Nouvelle Angleterre &du Conneéticut, qui compofoient la moitié de 1Ar- mée, abandonnèrent le Général Sullivan. Par cetta défeétion ,fes forces fe trouvèrent inférieures à celles de la garnifon. Dans ces circonftances malheureufes ,M. Sullivan montra beaucoup de prudence &d’habileté ,&fit une retraite qui aurait fait honneur àun Général plus expérimenté. Les troupes qui réitèrent avec lui, fe conduihrent auffi avec beaucoup de courage. Ayant fait partir fon bagage &fa grofi'e artillerie, le 16 Août, il quitta fes lignes le z9,&, quoiqu’il fût vigoureufement pourftiivi &attaqué de toutes parts, par les ennemis, lorfqu’ils en trouvoient l’occafion ,il prit fi bien fes mefures, qu’il gagna l’extrémité feptentrionale de PIfle , fans avoir elfuyé de grandes pertes. La nuit du 30, fon Armée palfa fans interruption fur le Continent, par la voie de Briftol &d’Hoylands -Ferries. La retraite de Sullivan avoit été faite fort àpropos \ car peu de tems après, le Général Clinton arriva de New-York yavec des forces qui croient capables de détruire fon armée ,fi elle avoit encore été dans l’Ifle. Lejour que les Américains abandonnèrent Rhode- IJlandy Mylord Howe entra dans la baye de Bofton, où il trouva que le Comte d’Eftaing étoit T4
‘ic)'S Hijioire des Troubles ï7?s. arrivé avant lui; il fut un peu déconcerté, parce qu’il s’imaginoit le devancer &profiter des défaltres que lui avoir caufés la tempête. Il fit des reconnoiffances de fa pofition; mais il trouva, qu’elle étoit prife avec tant de jugement ,8c que le Comte étoit fi bien couvert dans la rade de Nantuket par les batteries qu’il avoir élevées fur les Mes &fur les pointes qui l’environnoient ,qu’il ne jugea pas à propos de l’attaquer. .Mylord Howe, voyant qu’il n’y avoir rien àfaire àBofton, revint àNew-York ,où il laifla le commandement de la flotte àl’Amiral Gambier &retourna en Europe.
de ?Amérique Anglaife. î.97 PIÈCES Qui ont rapport ala Capitulation du Général Burgoyne avec le Général * Gates. ,:=«^ N°. I. Au Général-Major GATES., le 13Octobre 1777. T/F. Lieutenant-Général Burgoyne aenvie d’envoyer un Officier de l’Etat-Major avec un melTage au Général-Major Gates ,touchant des affaires de la dernière importance aux deux armées. Tl délire favoir àquelle heure le Général Gates pourra le recevoir demain matin. Réponfe au Lieutenant-Général BURGO YNE. Au camp de Saratoga ,à9heures dufolr , le 13Octobre 1777 . JL EGénéral-Major Gates recevra l’Officier du Lieutenant -Général Burgoyne au polie avancé de l’armée des Etats-Unis demain, àdix heures du matin ,d’où il fera conduit au quartier dit Général,
Hijloire des Troubla N°. II. M. KINGST0Ndélivra le mejfage fuivant au, Général-Major GATES tle 14 Octobre. .Après deux a&ions, le Lieutenant -Général Eurgoyne eft refté quelques jours dans fa pofition préfente ,déterminé àtenter une troifième bataille contre quelques forces que vous publiez amener contre lui. Ilefl informé de la fupériorité de votre armée en fait de nombre, &des difpofitions que vous avez Elites pour intercepter fes convois, &rendre la retraite une fcène de carnage des deux côtés. Dans cette datation, il eft pouffé par des motifs d’humanité, &fe croit juftifîé par des principes établis ,&des exemples antérieurs, àépargner le ftmg de fes braves foldats, àdes conditions honorables. Si le Général -Major Gates fe trouve difpofé àtraiter d’après ces principes ,le Lieutenant- Général Burgoynepropofe une fufpenfion d’armes , pendant le rems néceiîaire pour communiquer les articles préliminaires auxquels lui &toute fon armée font réfol us defe tenir, dans quelque extrémité qu’ils puiffent fe trouver.
de L’Amérique Anghûfe. 299 N°. I I I. Propofuions de M. GATES3avec les réponfcs de M. BURG 0 YNE. T. T, estroupes du Général Burgoyne ,étant extrêmement affaiblies par des défaites répétées , par les déferrions ,les maladies ,&c. ,leurs provifions épuifées, leurs chevaux, tentes &: bagage ou pris, ou détruits, leur retraite impoffible ,&leur camp invefti ,11e doivent attendre d’autres conditions que celles de fe rendre prifonnieres de guerre. Réponfe. L’Armée du Lieutenant- Général Burgoyne ,quelque réduite quelle puilfe être , n’admettra jamais que fa retraite elt impollible, tant que les foldats qui la compofent auront des armes. II. Les Officiers &les foldats peuvent garderie bagage qui leur appartient. Les Généraux des Etats-Unis ne permettent jamais que les particuliers l'oient pillés. III. Les troupes de Son Excellence le Lieutenant-Général Burgoyne feront conduites par les chemins les plus convenables ,àla Nouvelle Angleterre, leurs marches feront faciles, &elles auront abondance de provifions fur la route.
$oe Hijloire des Troubles Réponfe. Cet article eft déterminé par la première propofition du Général Burgoyne, qui eft ci-jointe. IV. Les Officiers feront libres fur leur parole ,pourront garder leurs épées ,&feront traités avec la libéralité ordinaire d’Europe, tant qu’ils continueront, par leur conduite, de la mériter; mais ceux qui feront pris ,après avoir manqué à leur parole, comme l’ont déjà Lit plufieurs Officiers Anglais, doivent s’attendre àêtre emprifonnés. Réponfe. CoHmhil n’y adans cette année aucun Officier capable de manquer àfa parole, cet article n’a pas befoin de réponfe. V. Toutesles provifions de bouche &: de guerre ,armes ,artillerie ,charriots ,chevaux ,Scc. feront délivrés àdes Commiffaires choilis pour cet effet. Réponfe. D’ac cord,les armes exceptées. VI. Ces articles étant lignés, les troupes, fous le commandement de Son Excellence le Lieutenant-Général Burgoyne, feront allemblées dans leur camp, où elles mettront bas les armes ,ôc on les conduira enfuite vers la rivière, pour marcher vers Bennington.
de l'Amérique Anglaife, ’} oi Réponfe. Cet article eft inadmiffible ;même àla dernière extrémité. Cette armée ,plutôt que de confentir àmettre bas les armes dans fon camp, eft déterminée àfondre fur l’ennemi ,&àne point recevoir de quartier. VII. La fufpenfion d’armes continuera jufqu’au coucher du foleil ,pour recevoir la réponfe du Général Burgoyne. Signé lionatioGates. 'Au camp de Saratoga , le 14Octobre 1777. N°. IV. Le Major KINGSTON alla trouver tAide-Major- Général de M. Gates au coucher du foleil } &délivra le mejfagefuivant : SIle Général Gates n’a pas deiïein d’abandonner l’article VI, le traité n’a plus lieu. Tous les foldats de l’armée fouffriront plutôt la mort que de fe foumettre àcet article. La fufpenfion d’armes finira ce foir.
mjloirc des Troubla N°. V. '5 6» Proportions du Lieutenant-Général BuRGOYNE^ avec les Réponfes du Général-Major Gates. Les réponfes ci -jointes étant données aux proportions du Général-Major Gates ,il relie au Lieutenant -Général Burgoyne, &àl’armée fous fon commandement, de propofer les articles fuiyans : LLes troupes fortiront de leur camp avec les honneurs de la guerre ,&l’artillerie des re~ rranchemens, qui fera laiffée àune certaine place allignée. Réponfe. Les troupes fortiront de leur camp avec leshonneurs de la guerre &l’artillerie des retranchemens ,marcheront jufqu’au bord de la rivière ,où le vieux fort étoit lîtué, &yhuileront leur artillerie &leurs armes. IX. Onaccordera aux troupes un palTâge libre pour la Grande-Bretagne ,àcondition qu’elles ne ïerviront plus en Amérique durant les troubles, & on affignera un port pour l’entrée des tranfports qui viendront les prendre quand le Général Howe l’ordonnera. Réponfe. D’ accorpjle port de Bolion.'
’dt l’Amérique Anglaife. '3 0 5 III. S’il yavoit un cartel ,par lequel cette armée, ou une partie des troupes qui la compofent p11 fient être échangées ,l’article précédent feroic nul ,autant que l’échange pourrait avoir lieu. Réponfe. D’accord. IV. Tousles Officiers retiendront leurs voitures, leurs chevaux, &autre bétail. Le bagage ne fera point vifité ,fur la parole d’honneur du Lieutenant -Général Burgoyne, qu’il n’y apoint d’effets publics. M. Gates prendra conféquemment les mefures néceflaires pour l’obfervation de cej; article. Réponfe. D’accord. Y. Dans la marche, les Officiers ne feront pas féparés de leurs foldats y&dans les quartiers , les Officiers feront logés fuivant leur rang ,&ne feront point empêchés de faire l’appel ,&les autres çhofes néceffiaires àla régularité. Réponfe. D’a ccord; félon que les circonf-t tances le permettront. VI. Il yadans l’armée différens corps compofés de matelots ,d’ouvriers ,de routiers ,de compagnies indépendantes ,&d’autres perfonnes ;le Général Burgoyne s’attend que tous ces gens-là, de
$iaIiyloire des Troubles raine ,qui feront nommés par le Lieutenant-Gé- néral Burgoyne ,pour porter des dépêches aux Chevaliers Howe &Carleton ,&anffi en Anrie- *O terre, par la voie de New-York ;&: le Général- Major Gates engage la foi publique que ces dépêches ne feront point ouvertes. Ces Officiers pourront partir auffi-tôt qu’ils auront reçu leurs dépêches ,voyager par la route la plus courte ,& de la manière la plus expéditive. XI. Pen£> Anrle féjour des troupes dans la province de Mafiàchufet ,les Officiers feront fur leur parole d’honneur, &auront droit de porter l’épée. XII. Siles troupes du Général Burgoyne troiivoient qu’il fût néceflaire d’envoyer chercher leurs habits ,ou leur bagage ,au Canada ,elles auront la permiilion de le faire ,&on leur accordera les paife-ports nécefiaires pour cela. - XIII. Ces articles doivent être mutuellement donnés &échangés demain àneuf heures du matin ,&les troupes ,fous le commandement du Lieutenant-Général Burgoyne, fortir de leurs retranchemens ,àtrois heurs après midi. Signé Horatîo Gates. Au camp de Saratoga , kl 6Octoire J777. (Fraie Copie. )
de l'Amérique Anglaife. $11- Pour, prévenir tons les doutes qui pourroient s’élever de ce que le Lieutenant-Général Burgoyne n’a pas ligné le traité ci-deilus ,le Général Gates déclare que fa fignature yeft aulFi pleinement comprife que fi elle avoir été fpécifiquement mentionnée. SignéHoratio Gates. Extrait d'une lettre de Mylord George GerMAI N E, depuis Vicomte Sa CK VI LLE, au Général CARLETO N,en date du 1 6 Mars 1777 ,àWhiteba.lL Ordres donnés au Général Burgoyne. MAlettre du il Août 1776 étoit confiée au foin du Capitaine Le Maître, un de vos Aides-de- camp. Après avoir été trois fois dans le golfe Saint- Laurent ,il eut la mortification de trouver qu il étoit impoifible d’aller jufqu’à Quebec ;ceft pourquoi il retourna en Angleterre avec mes dépêches , que je juge cependant àpropos de vous envoyer par la première occafion ,quoique cet accident ait empêché quelles ne vous parvinrent dans le rems déliré. Elles vous informeront, que c’étoit dès ce tems là le .bon plaifir du Roi ,que vous retournaflîez à Quebec aufli-tôt que vous auriez chalfé les Rebelles du Canada ,8cque vous prifiiez avec vous une V4
'5 1£ïlijloire des Troubles partie dé votre armée ,fuffifante ,félon votre jugement ,pour défendre cette province \que vous détachaffiez le Lieutenant-Général Burgoyne ,ou tout autre Officier que vousjugeriez plus àpropos , avec le relie des troupes ;&que vous ordonnalliez àl’Officier ainfi décaché de marcher avec toute la diligence pojjlble pour joindre le Général Howe , &cle fe mettre fous fon commandement. Dans le defléin de fupprimer la Rébellion le plutôt poilîble ,il eft très -nécelfaire que la jonction des deux armées fe falfe avec la plus grande célérité ;c’ell pourquoi ,comme la sûreté &le bon gouvernement du Canada demandent abfolumént votre préfence dans ce pays-là ,c’eft la détermination du Roi de laifler environ trois mille hommes fous votre commandement, pour la défenfe Sc les différais fervices de cette province ,& d’employer le relie de votre année dans deux expéditions yl’une fous le commandement du Lieutenant-Général Burgoyne, qui doit forcer un palfage àAlbany; &l’autre fous le commandement du Lieutenant-Colonel St. Leger ,qui doit faire une diverlion fur la rivière Mohawk. Comme ce plan ne fauroit Être exécuté avec avantage fans l’aflîllance des Canadiens Sc des Indiens, Sa Majellé vous recommande très-forte- ment de joindre aux deux armées un nombre fuffifant de ces gens-là ;&je fuis charmé d’ap-
de V.Amérique Jnglalfe. 3ï3 prendre que votre influence eft fi grande parmi eux ,qu’il n’y apoint lieu d’appréhender que vous trouviez de la difficulté àremplir les vues oe Sa Majefté. Afin qu’il n’y ait point de tems perdu pour commencer ces entreprifes importantes ,le Général Burgoyne areçu ordre de faire fur-le-champ voile pour Quebec ;&,afin que les opérations préméditées puiffent être mûrement confidérées ,&enfuite exécutées de la meilleure manière poflible , pour qu’elles réufliflfent ,il ades inftruétions de fe confulter avec vous fur ce fujet, &de former & d’ajufter le plan de la manière que vous jugerez de concert la plus convenable au fervice de Sa Majeflé. Il faut auffi que je vous informe, qu’auffi -tôt que vous aurez pleinement réglé tout touchant ces expéditions ,&le Roi compte fut votre zèle pour que vous fafliez autant de diligence que la nature des chofes le permettra, c’eft le plaifir de Sa Majefté que vous reteniez pour le fervice du Canada :- Le huitième régiment ,déduifant cent hommes pour l’expédition fur la rivière Mohawk qfi* Compagnies du vingt-neuvième &du trente -&-unième régiment. ..... S 1356
3 i 4tiijloirc des Troublés De l'autrepart. îj5® Compagnies du trentequatrième, déduifunt cent .hommes pour l’expédition fur la Mohawk34g Onze Compagnies de la Grande -Bre- tagne 6iS Détachemens des deux Brigades. ... 300 Détachemens des troupes Allemandes. 650 Royal Highland Emigrans 500 377 ° "Vous concluerez naturellement que cet arrangement pour le Canada, n’a point été fait fuis pefer mûrement le fervice qu’il yaura àfaire. Sa Majelté aconfidéré non feulement les différentes garnifons &les différens polies qu’il faudra que vous mainteniez :favoir, Quebec, Chaudière, les Paroifles mal affectionnées du Point Levi ,de Montréal &les pofles entre cette ville &Ofwegatche, Trois-Rivières, Saint-Jean, Sele-aux-Noix, la Prairie, Vergère, &quelques autres Villes fur la côte méridionale du Saint-Laurent ,vis-à-vis l’Ille de Montréal ,avec les pofles de communication jufqu’à Saint-Jean; mais elle aauflt jugé. que plulieurs opérations qui fe feront dans différentes parties de l’Amérique ,doivent attirer l’attention des Rebelles aux différentes fcènes d’aéfcion ,&raffûter le Canada contre toutes les attaques du dehors; &qu’il n’y apoint de vraifemblance que la
de l’Amérique Anglaife. 51$ paix qui règne au dedans foit interrompue, ou que, ii elle eft interrompue, elle tarde àêtre rétablie par l’influence que vous avez fur fes habitans ;c’efl: pourquoi elle compte que trois mille hommes feront fuffifans pour répondre àtous les befoins. C’efl: aufli le bon plaifir de Sa Majefté que vous mettiez fous le commandement du Lieutenant- Général Burgoyne : Les Grenadiers &l’Infanterie légère de l’armée ,excepté le huitième Régiment &le vingt -quatrième ,&les corps avancés, fous le commandement du Brigadier Général Frafer ,.... 156$ La première Brigade, Compagnies du neuvième, du vingt- &- unième & du quarante-feptième Régiment, déduifant cinquante hommes de chaque corps pour le Canada, ?4 Seconde Brigade ,Compagnies du vingtième, cinquante -troilième & foixanre-deuxième Régiment, dédub fant cinquante hommes de chaque corps pour le Canada ,1154. Toutes les troupes Allemandes, excepté les Chaflèurs d’Hainau, &undétachement de lîx cens cinquante hommes. 3x17 L’Artillerie, excepté ce qui fera néceffaite pour la défenfe du Canada. 7173 avec autant de Canadiens 6cd’indiens que vous
31<? Jîijloitt des Troubles jugerez néceffaires pour le fervice; &après lin avoir fourni ,de la manière la plus complexe ,de l’artillerie, des provilions de bouche &de guerre , &c les autres articles néceffaires pour fon expédition, &l’avoir affuré de toute l’alliftance que vous pourrez donner ou procurer ,vous lui donnerez ordre de palier le lac Champlain 3&de-là, par les plus grands efforts des forces qui feront fous fon commandement ,de faire toute diligence vers Albany ,&de fe mettre fous le commandement du Chevalier Howe. De la connoiffmce qu’a Sa Majefté des grands préparatifs que vous fîtes l’année dernière pour vous affurer du commandement des lacs, &de l’attention que vous donnâtes àcette partie du fervice durant l’hiver, elle alieu de croire que tout fera prêt pour que le Général Burgoyne paffe les lacs aulîî-tôt que vous &lui aurez arrangé le plan de l’expédition. C’eftauffile bon plaifir du Roi, que vous mettiez fous le commandement du Colonel Saint-Léger.. Un détachement de cent hommes du huitième Régiment ,&un autre du trente -quatrième zoo Du Régiment du Chevalier John Johnfon de la Nouvelle-York 133 333
de l’Amérique Anglaife. 31 7 Ci-contre •*333 Des ChalTeurs d’Hainau 34z <>7 5 avec un nombre fufKfant de Canadiens &d’Iiv- Viens ;&,après lui avoir fourni de l’artillerie, des provisions de bouche &de guerre ,&les autres articles nécefiaires pour fon expédition ,&l’avoir alluré de tous les fecours qu’il fera en votre pouvoir de dominer ou de procurer, vous devez lui donner ordre de marcher vers la rivière Mohawk ,de defcendre enfuite vers Albany,ôc de fe mettre fous le commandement du Chevalier Howe. J’écrirai d’ici au Chevalier Howe par le premier paquebot; mais vous vous efforcerez, nonobftanr, de l’informer de cette mefure le plus promptement poffible ;&vous donnerez des inftruétions au Lieutenant -Général Burgoyne, &au Lieutenant- Colonel Saint -Léger ,de ne point négliger l’occafion de faire la même chofe ,afin qu’ils paillent recevoir des ordres du Chevalier Howe. Vous les informerez en même tems ,que ,jufqu’à ce qu’ils reçoivent des ordres du Chevalier. Howe ,c’eft le bon plaifir de Sa Majefté qu’ils agilTent Clivant les circonftances ,&de la manière qu’ils jugeront la plus propre àfaire impreflion fur les rebelles, &àles ramener dans le devoir; mais qu’en s'acquittant de cette commiffion. Us ne doivent
$*8 Hifloire des Troubles point perdre dç vue la jonction quils 'doiventfaits avec le Chevalier Howe, qui cfi leur principal objet. En cas que le Lieutenant- Général Burgoyne & le Lieutenant-Colonel Saint -Léger viennent à mourir ,ou deviennent ,pat maladies ,incapables d’exécuter ces grands objets, vous nommerez en leurs places l’Officier, ou les Officiers que vous jugerez les plus capables de remplacer ceux que la fagelTe de Sa Majefté achoilîs pour conduire ces entreprifes. Lettre du GénéralBurgoyne au Chevalier HOtu Eenvoyée àla Baie de Chcfapcak3en date du 6Août 1777. Au camp devant le fort Edward» JVC ON5IHBR, Jereçus hier le duplicata de votre lettre du 1 7 Juillet ,&j’en obferverai exactement le contenu. J'ai rencontré bien des difficultés dans ma marche depuis Skenesborough3le pays étant naturellement mauvais ,les chemins interrompus ,les ponts caffés, &ayant l’ennemi devant moi ,qui s’eft néanmoins retiré de pofte en pofte, avec beaucoup de perte tant en tués que blefTés Si prifonniers. De notre côté ,il n’y aque les Provinciaux de les Indiens
de l’Amérique Anglaife. 31 9 qui aient donné ;&iis n’ont point du tout fouffert , finon que quelques-uns d’eux furent bielles. Je fuis pleinement fatisfait de l’ardeur de l’armée ;&les conféquences qui s’en font fuivies ont jultifié ma perfévérance ,en préféranrcette route-ci àla route plus commode par Ticonderoga &le lac Gorge , qui m’auroit occafîonné un mouvement rétrograde. La garnifon du fort George ,en danger d’être entourée par ma marche direéte vers la rivière d’Hudfon ,abandonna le fort ,comme je m’y étois attendu ,&brûla les vailïèaux deftinés pour la défenfe du lac. C’eft pourquoi le premier embarquement de Ticonderoga ,que j’avois fait tenir tout prêt ,paffa le lac le jour que je pris polfelfion de cette communication importante par terre, &les bateaux quianroient été nécelfaires pour les troupes ,fi j’ayois pris l’autre route ,furent employés àtranfporter les provilîonSj ce qui accéléra nos mouvemens. J’ai, cependant ,été forcé ,malgré mon impatience , d’employer un tems confidérable pour palfer l’artillerie yles provifions &les bateaux ,fur un terreiu de plus de quatorze milles ,011 la rivière eft enterrée javec un petit nombre de chevaux de de charriots, par rapport aux travaux. Votre Excellence verra auffi la néceffité de fortifier quelques polies dans une communication fi longue. J’efpère, néanmoins, être bientôt capable d’avancer vers
Hifioire des Troublei Meffetge du Général Buugo YNE,: Xj ECapitaine Campbell dit qu’il avoir ordre de M. Burgoyne d’informer Son Excellence le Chevalier Clinton qu’il ne lui reftoit pas plus de cinq mille hommes >que les conféquences de la bataille du 19Septembre ,avoient été une perte de cinq à (ix cens hommes ;que les ennemis n’étoient qu’à un mille de lui jqu’il ne favoit pas exactement quel étoie leur nombre ,mais qu’il croyoit qu’ils avoient douze àquatorze mille hommes :qu’il yavoir , outre cela ,un corps conlîdérable derrière lui ,& qu’il défiroit recevoir les ordres du Chevalier , favoir ,s’il devoir attaquer ,ou faire une retraite par les lacs ;qu’il n’avoit des provifions que jufqu’au io Oéfcobre, &qu’il n’auroit pas abandonné fa communication avec Ticonderoga, s’il ne s’étoic pas attendu àlà coopération d’une autre armée à .Albany - yqu’il fouhaitoit avoir une réponfe pofitive de M. Clinton ,favoir ,s’il pouvoir ouvrir la communication jufqu’à Albany? quand il yferait ?& s’il pouvait de-là tenir la communication ouverte avec New-York ?que ,s’il ne recevoir pas de fes îîouvelles avant le iz,il fe retirerait. ?»wït
'it l’Amérique Anglaife. W 'Le Capitaine Camp BELL fut renvoyé,le 6, avec le Mejfagefuivant. N-».*Treçu aucune inftruétion du Général en chef au fujet de l’armée dit Nord ,&ignorant même fes intentions touchant les opérations de cette arméé ,linon qu’il fouhaiteroit qu’elle arrivât àAlbany, le Chevalier Clinton ne fauroit préfumer de donner des ordres au General Burgoyné. Le Général Burgoyné ne pouvoitpoint fuppofer que M. Clinton eût la moindre idée de pénétrer jufqu a Albany avec le peu de troupes dont il afait mention dans.fa dernière lertre.il vient d’entreprendre ce qu’il avoir promis par cette lettre :il s’en faut de beaucoup qu’il foit fur de fuccès ;mais il efpère au moins que ce qu’il fait fera utile au Général Burgoyné ; ce Général lui ayant mandé que même la menace d’une attaque lui ferait avantageufe. Mémoire donné au Chevalier Clinton par le Lieutenant-Général TR Y ON. Larivière d’Hudfon eft navigable pour ün navire de cinquante canons jufqu’à la maifori du jtige Livingfton ,àenviron cinquante milles au-delfous d’Albany ;&de-là pour une frégate jufqu aquatorze milles de cette ville t&de-là jufqu aAlbany X*
3iS Hiftou'c des Troubles pour de petits vaiflëaux qui ne tirent pas plus de huit pieds d'eau. Il n’y aguère de rifque dette incommodé dans le paflage, puifque la rivière a un mille de largeur Jîlqu atrente -cinq milles d’Albany ,&un demi -mille jufqu’à quatorze milles de cecte place. S’il étoit déterminé de faire avancer l’armée, il faudrait fe procurer autant de -petits vaiflèaux 8cde corvettes qu’il ferait poflîble. .11 n’y apoint de fort fur les rives delà rivière d’Hudfou au-delà des montagnes. Le Général Clinton envoya ,le SOctobre^ un autre meffage au Général BuRG oYN% avec la lettre fuivante. Aufort Montgomery, .N™syvoici ,.&il n’y aàpréfent que Gates entre nous. Je fouhaite Sincèrement que le petit fuccès que nous avons eu puiflè faciliter vos opérations. Enréponfe àvotre lettre du 28 Septembre, qui ni aété remife par le Capitaine Campbell, je dirai feulement que je ne faurois préfumer d’ordonner, ni meme de donner des avis pour des •raifoqs. évidentes, Je vous fouhaite fincèrement toutes fortes de, fuccès.
4eVAmérique Anglaife. .3*• 9 ‘JLc Capitaine Scott arrivai le 9Octobre, avec la lettre du Général BURGO Y NE,dont M. Campbell avoït apporté le duplicata. Au 'Lieutenant-Général BURGOYNE, Au fort Montgomery ,le 10 Oïlolre 1777^ Mon cher Générai. j *J’ai reçu vos lettres du 27 &du 2SSeptembre. Vous connoifiez mon zèle jmais il faut queje vous renvoie àma lettre du 1opaffé ;c’èft-là où je m’en .tiens. Les Rebelles n’ont plus un canon dans les montagnes ,&le Chevalier James Wallace, &fon Elcadre, commandent beaucoup au-delà. Je n’ofe préfumer d’ordonner, ni même de donner des confeils. Signé H. Cunton. ,Ex TRAl Td’une lettre du Chevalier CLI NTON au Général HOTVE,en date du 15 Octobre. - *f"’ a1donné ordre qu’on préparât des provifions pour cinq mille hommes dans de petits vaüTeaux , afin de pjufferjufqu aAlbany ,fi cela étoit néceffaire &praticable. Je viens anlfi d’ordonner aux feptièrne, vingt-fixième ,cinquante-deuxième & foixante-troifieme régiment, aux grenadiers ,&à
Sfjci ffljloire des Troubles l’infanterie légère, àun détachement du foixantfl Sc onzième régiment &aux volontaires d’York, de s’embarquer, fous le commandement du Lieutenant-Général Vaughan ,&de remonter la rivière, fous l’efcorte du Chevalier Wallace ,avec les galères, &d’opérer de la manière qui pourra être la plus utile àl’armée du Général Burgoyne. On vient de me donner avis qu’ils ont pafle les chevaux-de- frife ,&que le vent eft bon. Signé Clinton. OR£> RESdonnés au Général VAXJ GHA H. Remonter la rivière d’Hudfon, s’informer de la lituation du Général Burgoyne ,affilier fes opérations i&même le joindre fi ce Général le déliroit. Extrait d'une lettre du Chevalier CLINTON au Général EOWR Xjes Capitaines Scott, &Campbell, qui m’avoient été envoyés par le Général Burgoyne ,furent mis àrerre. Samedi au foir, près de Powkeeppy. Je me flatte qu’ils ont àpréfent joint cé Général. Ils ont ordre de lui dire, que s’il eft décidé ,en apprenant le fuccès que nous avons eu ,de pouffer pour Àlbany ,nous ferons tous nos efforts pour établir une communication avec lui.
â& ls'Amérique Anglaife. '3 3î '/Extrait d'une lettre du Chevalier H0Jf'E 3 en date du 8Octobre 3àGerman-Town. ONSIEUR, J’eus l’honneur de recevoir hier plufieurs lettres de vous ,par l’arrivée de Mylord Hov/e dans la rivière. L’ennemi eft retiré àla crique Peclcony. Putnam doit le joindre avec deux brigades. (Mac; Dougall, avec fa brigade dqPcek’s-Kill , étoit dans l’aébion. )Les Colons afïèmblent àpréfent toute leur milice pour rifquer ,àce qu’ils difent ,une troifième bataille, plutôt que de nous laifïer la pofleffion de Philadelphie. Que ce foit-là leur intention ,on non ,il faut que je vous prie de ne point perdre de tems àfaire embarquer le feptième ,le yingt-fixième &le foixante-troifîème régiment, avec deux bataillons d’Anfpach-, &, aufli-tôt que vous aurez des bateaux de tranfport pour le dix-feptième régiment de dragons ,vous aurez la bonté de nous l’envoyer aulïi ,gardant le détachement dç ce régiment ,qui fut laide à King’s-Bridge quand nous fîmes voile de New* Yçrk. En attendant ,ayez la complaifance de faire embarquer autant des troupes ci deflus mentionnées que les bateaux de tranfport que vous avez pourront en contenir jôt vous vous adrellèrez au Chef-d’EC
'5 %Hijloire des Troubles cadre pour uir convoi ,afin quelles puifïènt faire voile au premier bon vent pour la Delaware ,fans attendre le refte que je vous ait dit de m’envoyer. Vous enverrez toutes les recrues, les foldats guéris qui appartiennent aux corps qui font ici, & ceux qui arrivèrent avec le Général Pattifon ,par le premier convoi ,les yaifleaux dans lefquels ils font arrivés étant ,àce que je crois ,capables de les tranfporter ici. Vous aurez aulîi la complaifance de donner le commandement des troupes du premier convoi au Chevalier T. Wiifon }&le Général Pattifon viendra par le môme convoi. Signé WHowE. AGerman-Town jle 9Octobre 1777. on cher Monsieur, Dans la croyance que vous aurez peut-être .remonté la rivière du Nord ,quand cette lettre ,& celle que je vous écrivis hier, vous parviendront, je vous prie cependant de ne point perdre de tems .àm’envoyer les renforts dont j’ai parlé clans ma première, àmoins que vous ne foyez àla veille de
de FAmérique Ânglaifc. '3 33’ faire quelque coup d’importance. Dans ce cas-ld vous fumez votre plan ,pourvu que vous jugiez qu’il paille s’exécuter en peu de jours. Je ne ferais pas li preflant ,li nous n’avions pas grand befoin de troupes dans la crife préfente. Comme je ferai probablement retenu ici durant’ Fhiver ,je vous prie de ne pas me croire déraifonnable, lorfque je délire que vous gardiez votre commandement àNew-York. C’eft une place de fi grande importance, que votre préfence yfera abfolument néceflaire. Signé \V. Hofe. • EXTRAIT d’une lettre du Lieutenant-Général FAU GHAN au Chevalier CLINTON}en date du 19 Octobre on cher Générai, 1 1 paraît difficile de recevoir des nouvelles de M. Burgoyne. Les Capitaines Scott &Campbell viennent de retourner, n’ayant pu parvenir jusqu'au camp :j’ai encore envoyé un melfager cç matin. Putnam pal!avis-à-vis de nous hier aufoir avec fes troupes ,&environ cinquante charriots,
2^4 JTifîoire des Troubles Nous fommes àquarante-cinq milles d’Albany; les pilotes 11e voulant rien prendre fur leur compte, s’ils vont plus loin. C’eft pourquoi il faut que je relie ici jufqu’à ce que nous recevions des nouvelles du Lieutenant-Général Burgoyne ,ou des ordres de vous ,comme il ne feroit pas prudent de débarquer ,fitués comme nous fommes. Signé VAuGHAK. Pi S. Jean Rômer nous informa qu’un de fes voifins avoir rencontré un meiïager du Général Burgoyne ,qui lui avait dit de venir vers la flotte , £c denous apprendre que ce Général étoit àSaratoga entouré de l’armée ennemie jque ,le io,le Général des Piebelles l’avoit attaqué dans fes retranchemens. Nous voyons les fentinelles de Putnara ; elles ne font pas àun demi-mille de nous. Vu. ii OSÎobre 1777. JVf ONSIEDR, Depuis que vous êtes parti, j’ai reçu une lettre du Général en chef ,par laquelle il me mande qu’il agrand befoin de troupes. C’eft: pourquoi ,comme vous dites qu’il eft fort difficile de correfpondre avec le Général Burgoyne ;que vous
de VAmérique Anglaiji. 335 lie pouvez obtenir aucune information certaine de fa fimation ,&que vous n’avez point cl’efpérance de pouvoir rien faire en fa faveur ,je fuis obligé de vous commander de retourner au plus vite à New-York ,parce que le Général en chef fait particulièrement mention du feptième ,vingtième &foixante-troifième régiment. Signé Cl j *
'342' Hijloire des Troubles cas feulement, armer des bâtimens de guerre, & les entretenir aulïi long-tems que le danger flibellera ,ou jufqu ace que les Etats-Unis allemblés en Congrès en aient décidé autrement. VII. Lorfqu’un des Etats lèvera des troupes de terre pour la défenfe commune ,tous les officiers du grade de Colonel ,&au-deiîous ,feront nommés par la Légiflature de l’Etat qui les aura levés , ou de la manière que ledit Etat l’ordonnera ;& toutes les vacances de ces emplois feront remplies par l’Etat qui aura fait la première nomination. VIII. Toutes les dépendes de la guerre &toutes celles qui fe feront pour la défenfe commune on le bien général ,&qui feront allouées par les Etats-Unis aiTemblés en Congrès, feront tirées d’un tréfor commun ,auquel il fera fourni par les difFérens Etats ,en proportion de la valeur de toutes les terres qui ,dans chaque Etat ,feront concédées àune perfonne en particulier ,ou qui auront été arpentées &bornées par une perfonne en particulier (1) ;&ces terres ,ainfi que les bâ- (1) Lorfque l’on veut obtenir en Amérique une propriété <lans les terreins vacans ,l’on s’adrelTc àl’Arpenteur général, qui fait arpenter &borner la partie demandée; après quoi, il faut recourir àla Légiflature pouravoir la concefîion ;mais comme il peut arriver qu’on néglige de la demander, &que, cependant, on jouifle déjà ,l’article ci-deflus prévoit le cas.
de l’Amérique Anglatfe. 545* tïmens qui yauront été conftruits ,ou autres améliorations qui yauront été faites, feront eftimés de la manière que les Etats -Unis aflemblés en Congrès l’ordonneront &le régleront dans la fuite des rems. Les taxes pour payer cette contribution feront impofées &. levées fous l’autorité &par les ordres desLégiflatures des diffèrens Etats; dans les tems fixés par les Etats -Unis aflemblés en Congrès. IX. Les Etats-Unis allfemblés en Congrès auront feuls &exclufivement le droit &le pouvoir de décider de la paix &de la guerre ,excepté dans les cas mentionnés au fixième article ,d’envoyer des AmbafTadeurs &d’en recevoir, de conclure des traités &des alliances ;mais ils ne pourront conclure aucun traité de commerce qui empêche la puiflànce légiflatrice des Etats refpeétifs de mettre fur les étrangers tels impôts ou droits auxquels le peuple du pays fera fujet ,ni de défendre l’exportation ou l’importation de telle efpèce de marchandées ou de denrées que ce foit. Les Etats-Unis aflemblés en Congrès auront suffi feuls &exclufivement le droit &le pouvoir d’établir les règles ,d’après lefquelles on décidera, dans tous les cas, la légitimité des prifes fur terre &fcumct toutes les terres, tant concédées que Amplement arpentées &bornées ,au paiement des importions. Y4
î'44 Hijloire des Troubles &fur mer ,la manière donc les prifes frites par les forces de terre ou de mer au fervice des Etats- Unis devront être partagées, &l’emploi qui en fera fait ;d’accorder des lettres de marque ou de repréfailles en tems de paix, d’inftituer des Tribunaux pour le jugement des pirateries &des félonies commifes en haute mer, &d’établir auffi des Cours pour recevoir &juger définitivement les appels dans tous les cas de prifes ;mais aucun membre du Congrès ne pourra être nommé juge d’aucune defdites Cours. Les Etats-Unis alfemblés en Congrès jugeront aulîî en dernier reflôrc toutes les difeallions ,querelles &différens déjà fubliftans ,ou qui pourroient s’élever dans la fuite entre deux ou plufieurs Etats, concernant les limites ,la jurifdiétion ou tout autre objet que ce foit ,&cette autorité fera toujours exercée de la manière fuivante. Toutes les fois que la Puilfance légiflatrice ou exécutrice , ou bien un Agent légal de quelqu’un des Etats en difeuffion avec un autre Etat ,préfentera au Congrès une pétition expofitive de la queftion , &par laquelle on demandera audience ,il fera donné ,par ordre du Congrès ,communication de la pétition àla Puilfance légillatrice ou exécutrice de l’autre Etat ,&il fera alfigné un jour aux parties pour comparaître par leurs Agens légitimes , àqui pour lors il fera ordonné de nommer, d’un
de l’Amérique Anglaife. 545 'commun confentement ,des Commiflàires ou des juges pour former une Cour ,a1effet dentendre &de juger la qtieftion ;mais fi ces Agens ne saccordeur pas pour faire ce choix ,le Congrès nommera trois perfonnes de chacun des Etats-Unis, chacune des parties alternativement ,en commençant par la partie demandereffe ,effacera un nom de cette lifte ,jufqu’à ce quelle foit réduite a treize Sujets ;&fur ce nombre on n’en tirera au fort jamais moins de fept &jamais plus de neuf. félon qtie le Congrès l’ordonnera. Les Sujets donc les noms auront été ainfi tirés ,ou cinq d’entr’eux , feront Commiflàires ou juges pour entendre & juger définitivement la difcuffion, &ce fera toujours la pluralité des juges préfens àla caufe, qui déterminera le jugement. Si l’une ou l’autre partie négligeoit de comparoître au jour affigné ,fans donner des raifons que le Congrès jugeât valables ,ou fi étant préfente , elle refufoit de prendre la lifte des juges &dy faire fon choix ,le Congrès procédera toujours a nommer trois perfonnes de chaque Etat ;le fecretaire du Congrès, au lieu &place de la partie abfente ou refufanre, effacera les noms, &le jugement &la lenrence de la Cour nommée, comme il aété dit ci-devant, feront définitifs. Si quelqu une des parties refufe de fe foumettre a1autorité de cette cour ,ou de comparoure ou de fe défendre.
Hijloirt des Troubles ce ilonobftant la Cour procédera àprononcer la feurence ou le jugement qui feront également définitifs 'f le jugement ou la fentence &toutes les autres procédures feront, dans tous les cas, tranfmis au Congrès ,&dépofés parmi fes aêtes pour la sûreté des parties intereflees. Mais tout Gammilfaire, avant de prendre féance pour juger ,prêtera ,entre les mains de l’un des juges de la Cour fuprême ou fupérieure de l’Etat , dans l'étendue duquel la caufe devra être inftruire , le ferment «d’entendre &juger la queftion avec impartialité, fincérité &attention ,tk félon fes 5? lumières, fans faveur, affedtion, ni efpoir de »récompenfes >j. Aucun Etat ne pourra non plus ,en vertu d’un tel jugement, être privé d’aucune partie de fou territoire, au profit des Etats-Unis. S’il furvenoit quelques conteftations pour dsoic prétendu fur des terres par des particuliers ,en vertu de concédions différentes ,données par deux ou plufieurs Etats dont les jurifdiétions ,.à l’égard de ces terres ,enflent été déjà déterminées ,&que leftlires concédions fu lient réclamées, comme ayant été faites avant la fixation de jurifdiétion ;fur la pétition préfentée par l’une ou l’autre des parties au Congrès des Etats-Unis ,ces conteftations feront jugées ,autant que faire fe pourra ,de la manière ci-devant prefcrire pour juger les difcuf-
de l'Amérique Ànglaife. 347 fions de jiu'ifdiélion territoriale entre les différons Etats. Les Etats-Unis, afièmblés en Congrès, auront auffi feuls ,&exclufivemenr,le droit &le pouvoir de fixer le titre &la valeur des monnaies frappées fous leur autorité ou fous celle des Etats relpectifs ;de déterminer les étalons des poids &mefures dans toute l'étendue des Etats-Unis jde régler le commerce &de diriger toute efpèce d’affaires avec les Indiens qui ne feront Membres d’aucun des Etats ,pourvu que le droit légiflatif de chacun des Etats ,dans fes propres limites ,n’en éprouve aucune violation ni infraction }d’établir &de régler les polies d’un Etat àun autre, dans tome l’étendue des Etats-Unis ,&de percevoir fur les lettres ou papiers circulant pat cette voie, une taxe fuffifante pour fournir aux frais de cet établifièment jde nommer tous les officiers des troupes, de terre au fervice des Etats-Unis, excepté les officiers des régimens }de nommer tous les officiers des forces navales, &de donner les commiffîons àtous les officiers quelconques au fervice des Etats-Unis jde faire des réglemens pour l’adminiftration &la difeipline defdites farces de terre &de mer, &de diriger ôc ordonner leurs opérations. Les Etats-Unis ,afiemblés en Congrès ,auront le pouvoir de nommer un Comité qui fiégera pen-
34S Bifiolre des Troubles dant les vacances du Congrès ,s’intitulera Comité des Etats ,&fera compofé d’un Délégué de chaque Etat; &de nommer tels autres Comités & officiers civils qu’ils jugeront néceflaires pour conduire les affaires Générales des Etats-Unis fous O leurs ordres ;de nommer un de leurs Membres pour préfider le Congrès ,pourvu que perfonne ne puiffe remplir la charge de Prélident plus d'un an dans l’efpace de trois années ;de déterminer Iss fommes d'argent qui devront être levées pour le fervice des Etats-Unis ;d’ordonner la deftinarion de ces fommes ,&de les appliquer au paiement des aépenfes publiques ;d’emprunter de l’argent, ou de mettre en circulation des billets de crédit fur les Etats-Unis ,en envoyant tous les fix mois aux Etats refpectifs un compte des fommes d’argent ,ainli empruntées ou miles en circulation par billets ;de faire conftruire &armer des vaiffeaux; de déterminer le nombre des troupes de terre que chaque Etat devra entretenir ,&de faire en conféquence àchaque Etat la réquifition pour fournir fon contingent ,le tout àproportion du nombre des habitons blancs de chaque Etat :ces réquificions feront obligatoires ,Sc fur leur vu, la Légiflamre de chacun des Etats nommera les officiers de régiment ,lèvera les hommes &les habillera, armera &équipera comme des foldats doivent l’être ,aux dépens des' Etats-Unis :les officiers &
de l'Amérique Anglaife. 349 foldats ainfi armés, habillés &équipés marcheront au lieu déligné ,&dans le rems fixé par les Etats- Unis alfemblés en Congrès :mais fi les Etats-Unis aflemblés en Congrès ,jugent àpropos, d’après la confidération de certaines circonftances, que quelqu’un des Etats ne lève point d’hommes ,ou en lève moins que ion contingent, &qu’un autre Etat en lève plus que le lien ,le nombre excédent fera levé, pourvu d’officiers, habillé, armé &équipé de la même manière que le contingent de cet Etat, àmoins que la Légiflature ne juge qu’un tel excédent ne peut pas être fourni avec sûreté pour lui ÿ auquel cas elle lèvera, pourvoira d’officiers, armera, habillera &équipera feulement la portion de cet excédent ,qu’elle jugera pouvoir fournir, fans expofer la sûreté de fon état refpe&if3&les officiers &foldats ,ainfi armés ,habillés &équipés, marcheront an lieu défigné &dans le rems fixé par les Etat-Unis aflemblés en Congrès. Les Etats-Unis alfemblés en Congrès ne s’engageront jamais dans aucune guerre, ne donneront point de lettres de marque ou de repréfailles en rems de paix ,ne concluront aucuns traités ou alliances ,ne feront point fabriquer de monnoie , ôc n’en fixeront point la valeur jils ne détermineront point les fommes &les dépenfes néceflaires pour la défenfe &le bien des Etats •Unis ,ou à'aucuns d’entt’eux ;ils ne mettront point de bil-
35° Hijloire des Troubles lets en circulation ,n’emprunteront point d’argent fur le crédit des Etats-Unis, n’ordonneront point de deftination ou d’emploi d’argent, ne ftatueront point fur le nombre de bâtimens de guerre àconftruire ou àacheter ,ni fur la quantité de troupes de terre ou de mer àlever; enfin ils ne nommeront point de Général en chef de terre ou de mer ,que la délibération ne pâlie àl’avis de neuf des Etats :&aucune autre queftion ,de quelque nature qu’elle fuir ,excepté l’ajournement d’un jour au lendemain, ne fera décidée que par les fuffrages de la pluralité des Etats-Unis afl'emblés en Congrès. Les Etats Unis aliénables en Congrès pourront s’ajourner au tenus qu’ils voudront dans l’année , &au lieu qu’ils jugeront àpropos dans l’étenduè des Etats-Unis ,pourvu que l’ajournement ne foit jamais pour un rems plus long que fix mois ;& ils publieront mois par mois le journal de leurs aêtes &délibérations ,àl’exception des parties relatives aux traités ,aux alliances ou aux opérations militaires ,qu’ils jugeront devoir tenir fecrètes :les avis par oui &par non ,des Délégués de chaque Etat, fur quelques queltions que ce foit, feront infcrits dans le journal ,lorfque quelque Délégué le requerra; &il fera délivré aux Délégués d’un des Etats ,ou àquelqu’un de ces Délégués en particulier ,fur leur réquifition ,une
de rAmérique Anglaife. 351 copie dudit journal ,àl’exception des parties eideflusexceptées ,pour être préfentée aux Légiflatutes des diffërens Etats. X. Le Comité des Etats ou neuf de fes Membres ,feront autorifés ,pendant les vacances du Congrès ,àexercer tel de fes pouvoirs que les Etats-Unis aflèmblés en Congrès jugeront àpropos ,du confentement de neuf des Etats, de leur confier 5mais il 11e fera délégué audit Comité aucun pouvoir ,pour l’exercice duquel la voix de neuf Etats foit exigée dans les Etats-Unis affemblés en Congrès par les articles de confédération. XL Le Canada ,fur la fimple accelîion àcette confédération ,&fa jonction aux mefures des Etats-Unis ,fera admis dans cette union ,& rendu participant de tous fes avantages )mais il n’y fera admis aucune autre colonie ,àmoins que cette admiJlîon ne fuir .confentie par neuf Etats. XII. Tous les billets mis en circulation ,tout l’argent emprunté ,&c toutes les dettes contraélées par &fous l’autorité du Congrès, avant l’Aflemblée des Etats-Unis en conféquence de la préfente confédération ,feront réputés &confidérés comme une charge defdirs Etats, pour le paiement &l’acquittementMe laquelle lefdirs Etats-Unis
pages 73 77 35$ TABLE Debats àce fujet 3 Mylai'd Chatham vient, au Parlement 3 CHAPITRE X, Le Chevalier Howe ouvre la campagne 37S Attaque de Peek’s-Kill379 Les Anglais mettent le jeu àDanbury 381 Les Américains pourfuivent les Anglais 3ibid. Le Colonel Meigs fait une defeente fur Long- Ifl'.uid ,84 Mylord Cornwallis entre en campagne 385 Mouvement du Général Washington ,SS Plan des Miniftres ;opinions divifées 388 Faute des Mmijlres 3§9 Feinte du Chevalier Howe 391 Les Anglais s'embarquent pour la Çhefapeak }94 Surprife du Général Prefeott , 95 Les Anglais quittent Sandy-Hook3c )6 Ils arrivent àla rivière d'Elk 398 Le Général Washington retourne àPhiladelphie 3 ibid. Bataille de Brandywine 3ioa Sioprije du Général Waine310S Brife de Philadelphie 3ibid. Forts fur la rivière Delaware3107 Affaires de German-Town ,j1 1 Attaque de Mud-IJland &de Red-Bank a1x4
DESMATIÈRES. 359 Défaite des Heffois pages 1 1 G Prife de Mud-IJland &de Red-Bank , ï1 9 DArmée Anglafe retourne àPhiladelphie en quartier d’hiver3&les Américains campent àValleyforge, 110 CHAPITRE XL Armée du Canada 3122 le Général Burgoynepublie un manifejle 3124 Prife de Ticonderoga qui fut évacué 3129 Poufuite des Américains 3130 Défaite du Colonel Francis 3132 Succès rapides de Burgoyne 3133 Le Général Schuy1er s’efforce d’affembler la milice 3 >3 5 Prife dufort Edward313 G Terreur des provinces de la Nouvelle Angleterre 3 *37 M. Arnold vient aufecours de Schuy1er3ibid. Difficultés des Anglais 3139 Défaite du Colonel Baurn, 143 Défaite du Lieutenant-Colonel Breyman 3144 Siège du fort Stanwick 3ibid. Défaite du Général Harkimer3145 Sortie du Colonel Willet 314G Conduite du Colonel Saint-Léger 314S Conduite des Indiens 3ï49 Les Anglais lèvent le Jiége du fort Stanwick 3ibid, Z4
,*o TABLE Fautes du Général Burgoyne , pages 15 ' Bataille de Saratoga, 155 Mauvaife conduite du Général Burgoyne 3154 Expédition du Général Lincoln ,157 Le Général Burgoyne diminue la ration de jcs fioldats 3158 Défaite d'une partie de l’Année Anglaife ,159 Expédition du Chevalier Clinton fur la rivière du Nord, 167 Forts Montgomery &Clinton pris d’affaut3168 Conduite des Anglais , 169 L’Armée du Général Burgoyne met has les armes 3 ibid, 'chapitre XII. Situation du Peuple Anglais ,170 Conduite de la Cour de France 3171 Etat des affaires en Angleterres174 Difcours du Roi , 176 Réponfe du Parlement3177 Débats du Parlement 3180 Déclaration du Minifire de la Marine 3184 Propofition de AI. Fox , rS7 Autrepropofition 3dont le refus occafiorina de grands débats 3189 La nouvelle de la prife du Général Burgoyne arrive mAngleterre tiiyx
DES MATIÈRES. 361 Mylord G. Germaine eft fort blâmé au fujet de l’expédition du Canada 3pages 199 <CHAPITRE XIII. lettres des Minières des États -Unis àMylord North, aufujet des Prifonniers Américains , 197 les Minijlres lèvent des troupes par foufeription , 199 Ils apprennent le traité de commerce entre la. France &les États-Unis ,201 Grands débats au fujet des troupes levées parfoufeription ,2.03 CHAPITRE XIY. Defcription de la conftitution britannique y205 Enquête de l’état de la Nation ,210 Propoftion de M. Burke au fujet des Sauvages , 212 (Plan de réconciliation propofépar Mylord North , 218 Mylord North déclare fis intentions au fujet des Colonies y2.1 2 Éjfets de cette déclaration ,224 M. Fox informe la Chambre du traité de commerce -entre la France &les États-Unis , 228 lettre du Général Gates au Comte de Thanet ,230 'Débat au fijet de cette lettre ,, 233
TABLE \6l CHAPITRE XV; Déclaration du Marquis de Noailles ypages 13£ .Le traité de commerce étoitfondéJur lajujlice &fur la faine politique y237 Myiord North préfente le refera du Marquis de Noailles àla Chambre des Communes 258 Adrejfe au Roi , amendement propoféy240 Débats du Parlement 24?. Arrivée du Général Burgoyncyibid. Requête de ce Général, 250 .Le Duc de Richmond metfin àVenquête de l’état de la Nation 3254 Myiord Chatam y256 Le Roi proroge fin Parlement y257 CHAPITRE XVI. Etat des deux Armées y259 Dfpute au fujet de la Capitulation de Burgoyne y 260 Le Gouverneur Tryon fait circuler ce plan conciliataire, 16} Réponfe du Gouverneur Trumbull y265 Déclaration du Congrès y Le Chevalier Clinton ygénéral en chef, 267 Arrivée des Commifjaires y.168
DES MATIERES. 3^3 Débats du Congrès au fujet de la lettre des Commiff aires ,pages 269 Réfolution du Congrès ,27C3 Evacuation de Philadelphie ,271 Retraite des Jerfeys , 274 Le Général Clinton arrive fans perte àSandy- Hook, 280 Lettre entre Washington &' Lee ,confeil de guerre3 28 1 Arrivée du Comte d’Efaing, ibid. Il paroît devant Sandy-Hook, 282 Le Comte d’Efaing va à Rhode-Ifland ,285 Blocus de Rhode-Ifland ,387 Mylord Howe parait devant Rhode-Ifland, le Comte d’Efiaing va àfa rencontre ,290 Tempête ,fes fuites ,291 Le Comte d’Efaing fait voilepour Bofon ,295 Plaintes des Américains ,294 Pièces qui ont rapport àla capitulation du Général Burgoyne ,297 Ordres donnés au Général Burgoyne,31 1 Lettre du Général Burgoyne au Chevalier Howe 3iS Differentes Lettres des“Chevaliers Clinton & Howe ,&c.,321 Articles de Confédération &d’Union perpétuelle entre les États~Unis ,336' Fin de la Table,
S64 ADDITION ET CORRECTIONS. Page 20, lig. 17, différer avec, l/fq mécontenter. —27, lig. 6,produit, life^ produifit. -—G3,lig. 8, fainte politique, life\ faine politique. —149 ,lig. 24 ,Mefïàges ,hfe\ Meffaliages. ——23 1 , lig. 2,éroient ,lifc\ étoit. :—138, lig. ai?, attaques qui étoient ,/i/èç attaque qui étoit. «—110, lig. 21 ,après le mot, White- Marsh y -ajoutez eu note ce qui fuit : L’Armée Américaine ,après la prife de Philadelphie , s'étoit retirée àdix ou àonze lieues de cette place. Cet éloignement laifloit les Anglais maîtres d’une grande éten- 'due de pays :leurs déprédations excitèrent les plaintes du Peuple. Il fut dit qu’il étoit inutile de payer une armée qui n’étoit point en état de protéger les habicans. Le Congrès, craignant la défeâion, crut qu’il valoit mieux rifquer une bataille ,que de s’expofer àêtre abandonné. C’eft pourquoi il donna ordre au Général Washington de combatre àfont hafard. Cet ordre étoit certainement fort •imprudent, puifquc le Général Américain n’avoit pas alors plus de dix mille.hommes mal armés &mal 'vêtus ,tandis .que les Anglais avoient une armée de quatorze mille hommes extrêmement bien équipée. M. Washington, qui regardent tous les ordres du Congrès comme des lois, veut-
>{>5 lut s’acquitter de fa commiflion, fans cependant trop cxpofer les troupes. Il s’imagina d’ailleurs qu'en refferrant les Anglais dans Philadelphie, &en leur coupant les fourrages <Sc les vivres qu’ils tiroienr de la campagne ,tandis que les forts de Mud-ljland&i de Red-Bank empêchoient leur flotte de leur fournir des provifions ,ils feroient obligés d’évacuer la place. Il devint donc néceffaire de trouver une pofitioa avantageufe. En conféqucnce ,plufieurs Officiers eurent ordre de faire des rcconnoiflanccs du pays, Ale Brigadier Général du Portail crut que White -Marsh, àquatre lieues de Philadelphie, offroit ce que l’on cherchoit. Cet Officier ne jugeoic cependant pas ce porte inataquable ;mais comme il étoit en partie couvert de bois ,&que les défauts étoient difficiles àdécouvrir du dehors ,il penfa que les Anglais n'oferoient point l’attaquer, &on avu qu’ils ne le firent point. Lorfquc les Anglais fe furent emparés de Mud~ Ijland , il devint inutile cte refter dans cette polïtion, d’autant plus que l'hiver ne permectoit plus les opérations militaires. Voilà les raifons pour lefquellcs le Général Washington s’écoit avancé àWhitc~Marsh.
s