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Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique, ordonné par le roi d'Angleterre, pour faire des découvertes dans l'hémisphère nord, pour déterminer la position & l'étendue de la côte ouest de l'Amérique septentrionale, sa distance de l'Asie, & résoudre la question du passage au Nord, exécuté sous la direction des Capitaines Cook, Clerke et Gore sur les vaisseaux la résolution et la découuerte en 1776, 1777, 1778, 1779 & 1780... Tome second

Cook, James (1728-1779); Clerke, Charles (1741-1779); Gore, John, m. 1790

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t i W 1 f jJHÜP**' .’*,"• •'•'•* ' • '“ • Vf- .s \ ffjM*wi, • " m \*k - wjij< IM':' .--•m , i «ra w3ML%/r . " r $:l iHk w., i m TROISIÈME VOYAGE DE COOK, O U VOYAGE A L’OCÉAN PACIFIQUE, ORDONNÉ PAR LE ROI D’ANGLETERRE . 4 Troisi e m e V o y a g e “îrrstc gardées à droite par pluficurs autres qui avoicnt i/7 7. différentes armes. Un Naturel, portant fur une Juillet, perche un pigeon en vie, terminoit la procelîion compofée d’environ deux cents cinquante per- fonnes. Je chargeai Ornai de demander au Chef, où l’on portoit les ignames avec tant d’appareil : le Chef ne fe fouciant pas de fatisfaire notre curio- lité , deux ou trois d’entre nous fuivirent la pro- ceflion contre fon gré. Les Infulaircs s’arrêtèrent devant le Moral ou le Fiatooka ( a ) d’une niaifon , fituée fur une petite montagne éloi- gnée d’un quart de mille du lieu où ils fe raf- fcmblercnt d’abord. Ils y dépoferent les igna- mes , dont ils formèrent deux tas ; mais j’ignore quelle étoit leur intention. Comme notre pré- fence fembloit les gêner , nous les quittâmes , & nous retournâmes auprès de Poulaho, qui nous dit de nous promener dans les environs, parce qu’il y auroit un cntr’aélc de quelque durée. Nous nous éloignâmes peu , & notre promenade ne fut pas longue ; nous craignions de perdre une panie de la cérémonie. Lorfque nous rejoi- gnîmes le Roi , il m’engagea h ordonner aux ( ‘i ) C’eft le Fiatooka. dont M, Andcrlbn a parlé. Voyez Toin. I. pag. 469. I) E C O O K. 5 Matelots de ne pas fortir du canot; il ajout que chaque choie ferait bientôt Taboo , lî l’on 1777. rencontrait dans la campagne quelques-uns de juillet, mes gens ou des Tiens ; qu’on les rcnverferoit à coups de malTucs , & môme qu’ils fcroicnt 1 Ma- taccl , c’elt-à-dire , tués. Il m’avertit aulii que nous ne pouvions pas nous trouver parmi les Aétcurs de la cérémonie , mais qu’on nous mc- neroit dans un lieu d’où nous verrions tout ce qui le pallèroit. Notre vêtement foumit à Pou- lalio un premier prétexte pour nous exclure ; il dit que li nous voulions aififter à la cérémonie , il faudrait avoir la partie llipérieure du corps dé- couverte jufqu’à la poitrine, ôter nos chapeaux & délier nos cheveux. Ornai répondit qu’il fe confor- meroit aux ulàges du pays , & il commença à Te déshabiller. Le Prince imagina enfuite d’autres prétextes, & Ornai fut exclus aufli-bien que nous. Cette délcnfe ne me convenoit pas trop , & je m’éloignai pour quelques momens, afin de dé- couvrir ce que vouloient faire les Infulaires. J’up- perçus peu de monde dans la campagne , excepté les hommes vêtus pour la cérémonie; quelques- uns d’entr’eux portoient des bâtons d’environ quatre pieds de longueur, au-dcllbus defqucls ctoiont attachés deux ou trois morceaux de bois, de la grollètir du pouce , & longs d’un demi- 6 T r o i s i e m 10 Voyage 1777. Juillet. pied : ils alloicnt au Moral , dont je partais tout- à-l’heurc. Je pris le meme chemin, & je fus arrêté plulieurs fois par leurs cris de Taboo ; je continuai cependant ma route, fans trop m’oc- cuper de leurs cris, jufqu’au moment où je vis le Moral & les Infulaires qui étoient affis de- vant la façade : on me prelïïi alors très-vivement de rétrograder; & ignorant quelles feroient les fuites de mon refus , je revins fur mes pas. j’a- vois obfervé que les Naturels , chargés, des bâ- tons de quatre pieds , dépaflbient le Moral ou le temple ; je crus , d’après cette circonftance , qu’il fe pafloit derrière cet édifice, des choies qui méritoient ' d’être examinées : je formai le projet de m’y rendre par un détour; mais je fus fi bien furveillé par trois hommes, que je ne pus exécuter mon deflèin. Cherchant à tromper ces léntinelles, je retournai au Malaee , où j’avois laiiïè le Roi, & je m’évadai une fécondé fois ; mais je rencontrai bientôt mes trois hommes, enforte qu’ils me parurent chargés d’épier tous mes mouvemens. Je ne fis aucune attention à leur démarche ou à leur propos , & je ne tardai pas à appercevoir le principal Fiatooka ou Moral du Roi que j’ai déjà décrit, (a) Une ( a } Voyez Tom. I. pag. 471. D K C O O K'. 7 multitude d’Infulaires ctoient affis devant cet édi- lice; c’étoient les Naturels que j’avois vu dépaflèr 1 777. l’autre Moral , placé h peu de diftancc de celui-ci. juillet. Comme je pouvois les obfcrver de la plantation du Roi , je m’y rendis , à la grande fatisfaétion de ceux qui m’accompagnoient. Des que j’y fus entré , je racontai ce que j’a- vois vu , à ceux de nos Meilleurs qui s’y trou- voient, & nous nous plaçâmes de maniéré à bien examiner la fuite de la cérémonie. Le nombre des Naturels , qui occupoient le Fiatooka , con- tinua pendant quelque temps à augmenter; ils quittèrent enfin leurs (loges , & ils fe mirent en marche ; ils marchoient en couple , l’un après l’antre. Les deux Naturels qui formoient un couple , portoient entr’eux, fur leurs épaules, un des butons dont j’ai parlé : on nous dit que les petits morceaux de bois attachés au milieu , étoient des ignames; il efl vraifemblable que les Naturels emploient des morceaux de bois , pour emblèmes de ces racines. Le fécond de chaque couple plaçoit communément une de fes mains au milieu du bâton , comme fi cet appui eût été néceilàire pour l'empêcher de rompre fous le poids; ils afieétoient aullï de marcher courbés, comme s’ils enflent été accablés par la pefan- tcur d’un fardeau. Nous comptâmes cent huit A 4 8 Troisième Voyage couples; les hommes qui les compofbicnt, étoient 1777. tous, ou la plupart, d’un rang dillingué. Us Juillet, vinrent très -près de la haie, derrière laquelle nous nous trouvions, & nous les vîmes fort à notre aile. Lorlqu’ils eurent tous défilé devant nous , nous retournâmes à la maifon de Poulaho. Ce Prince fortoit; on ne nous permit pas de le fuivre, & on nous mena fur le champ à l’endroit qu’on nous deitinoit, c’dl-à-dire, derrière une palifîàde, voifine de la prairie du Fiatookà , où l’on avoit depofé les ignames le matin. Comme nous n’étions pas les lculs exclus de la cérémo- nie, & qu’on fouffroit à peine que nous la rc- gardafllons en cachette, il arriva près de nous un allez grand nombre d’infulaires : j’obfervai que les enclos des environs étoient d’ailleurs remplis de monde. Mais on avoit pris tous les foins ima- ginables, pour nous mafquer la vue; non-fculc- ment on avoit réparé les palilîàdes dans la mati- née , on en avoit élevé prefque par-tout de nou- velles, d’une fi grande élévation, qu’un homme de la plus haute taille ne pouvoir voir par-delfus. Nous ne craignîmes pas de faire des trous dans la haie avec nos couteaux; & de cette maniéré, nous obfcrvâmes allez bien tout ce qui le pallbit de l’autre côté. de Cook. ç> Lorfque nous nous portâmes derrière la haie , deux ou trois cents perfonnes étaient aflifes fur 17 77- l’herbe, près de l’extrémité du fentier, qui dé- Juillet, bouchoit dans la prairie du Moral ; d’autres , en plus grand nombre , ne tardèrent pas à les venir joindre. Nous vîmes auflï arriver des hommes portant de petits bâtons , & des branches ou des feuilles de cocotier : dès qu’ils parurent , un vieillard s’allit au milieu du chemin, & les re- gardant en face, il prononça un long difeours fur un ton férieux. Il le retira enfuite , & les In- fulaires, dont je viens de parler, s’avancèrent vers le centre de la prairie , & élevèrent un petit han- gar. Quand ils eurent achevé cet ouvrage, ils s’accroupirent un moment; ils fe relevèrent, & ils allèrent fe placer parmi le rertc de la troupe, Bientôt après , le fils de Poulaho entra , précédé de quatre ou cinq Infulaircs ; il s’alîit avec fon cortege , derrière le hangar un peu de côté. Douze ou quatorze femmes du premier rang fe montrèrent; elles marchoient lentement deux à deux, & elles portoient une pièce étroite d’étofle blanche, de deux ou trois verges de longueur, étendue dans l’intervalle qui féparoit les deux perfonnes de chaque couple. Elles s’approchè- rent du Prince ; elles s’accroupirent devant lui ; &, ayant mis autour de fon corps quelques- 10 T R 0 I S I E M E V 0 Y A G E t~ unes des pièces d’étofte quelles apportaient , 1777. elles fe relevèrent : elles le retirèrent dans le Juillet, même ordre, & elles s’alîircnt à une certaine d illance fur la gauche. Poulaho lui-même parut , précédé de quatre hommes qui marchoienc deux- à deux, & qui s’affirent à environ vingt pas, & à la gauche de fon fils. Le jeune Prince quitta alors fia première place , il alla s’alîèoir avec l’on efeorte lous le hangar; & un nombre confidé- rable d’autres Infulaires s’affirent lur l’herbe, de- vant le Pavillon Royal. Le Prince regardoit le peuple, & avoit le dos tourné au Moral. Trois compagnies de dix ou douze hommes chacune , fortirent l’une après l’autre du milieu du grouppc le plus nombreux ; & , courant avec précipitation au côté oppofé de la prairie, elles s’alîirent du- rant quelques fécondés ; elles retourneront enfui- te , de la même manière , à leur première place. Deux hommes , qui tenoient un petit rameau vert à la main , lé levèrent & s’approchèrent du Prince ; ils s’affirent quelques fécondes , à trois reptiles difl'érentes , à mefurc qu’ils avancèrent , & ils fe retirèrent dans le même ordre : nous obfervames qu’ils pencheront leurs rameaux les uns vers les autres , tant qu’ils furent aflis. Peu de temps après, un troifieme & un quatrième Infulaires répétèrent cette cérémonie. DH C O O K. Il La grande proceffion que j’avois vu fe mettre — en marche de l’autre Moral , arriva à cette épo- 1777. que. Si l’on juge du détour qu’elle fit, par le juillet, temps qu’elle employa, il dut être coniidérable. Dès que les hommes qui la compofoient eurent atteint la prairie , ils s’avanceront à droite du hangar. Après s’être profternés fur le gazon» ils dépotèrent leurs prétendus fardeaux ( les bâ- tons dont j’ai déjà' parlé) & ils regardèrent le Prince. Ils fe relevèrent , ils fe retireront dans le même ordre, enjoignant leurs mains, qu’ils te- noient devant eux de l’air le plus furieux , & ils s’aflirent fur les bords de la feene. Tandis que cette bande nombreufe défiloit, & dépofoit fus bâtons , trois hommes , atiis fous le hangar avec le Prince , prononceront des phratès d’un ton langoureux. Ils garderont un iilence profond du- rant quelque temps; enfuite un homme aills au front de la prairie , commença un difcours , ou une prière , pendant laquelle il alla , à plufieurs reprîtes , brifer un des bâtons apportes par ceux qui étoient venus en procetlion. Lorfqu’il eut fini , la troupe atfife devant le hangar, fe té- para pour former une haie , à travers laquelle le Prince & là fuite pallcrcnt ; & l’atlcmblce fe difpcrtà. Quelques-uns d’entre nous , fatisfaits de ce ra Troisième Voyage qu’ils avoient déjà vu , retournèrent aux vaif- 1 777 ' féaux; mais, comme je ne voulois perdre aucune Juillet, occafion de m’inilruire des inftitucions politiques &religieufes de ce peuple, je demeurai à Mooa , avec deux ou trois de mes Officiers, afin d’être témoin de la fête qui ne devoir fe terminer que le lendemain. Les petits morceaux de bois, & les bâtons apportés fur la prairie, par ceux qui étoient venus en proceffion , fe trouvant aban- donnés , j’allai les examiner , quand il n’y eue plus de foule. Je ne trouvai que des morceaux de bois , attachés au milieu des bâtons , ainii que je l’ai déjà dit. Cependant les Naturels placés près de nous , nous avoient répété plufieurs ibis que c’étoient de jeunes ignames , & quelques- uns de nos Meilleurs , comptant fur cette atîèr- tion , ne vouloient pas eu croire leurs yeux. Puif- que ce n’étoit pas des ignames , il cil clair que les Naturels ne purent nous les donner que pour les emblèmes de ces racines, & que nous les comprîmes mal. On fervit notre fouper à fept heures; il fut compofé de poiiîbns & d’ignames. Il ne tenoît qu’à nous de manger du porc, mais nous ne voulûmes pas tuer un gros cochon , que le Roi nous avoit donné pour ce repas. Le Roi foupa avec nous , il but une très -grande quantité i.) é Cook. 13 d’eau-de-vie & de vin , & il alla fe coucher à — demi-ivre. Nous pafsâmes la nuit dans la même 1 777. inaifon que lui , & quelques perfonnes de la Juillet, faite. Les l'nfulaires s’cvcillerent à une ou deux heu- res du matin , ils caufercnr environ une heure , & ils dormirent de nôuvcau. Excepté Poulaho , ils le levèrent à la pointe du jour , & je ne fais où ils allèrent. Bientôt après , une des femmes qui accompagnoicnt ordinairement le Prince, en- tra , & demanda où il étoit. Je le lui montrai ; elle s’aflît fur le champ près de lui, & elle le mit à le Maccr , ainii que M. Andcrfon avoir vu Maccr Futtafiiihc; elle lui frappoit douce- ment fur les cuillès , avec les poings fermés. Cette opération dellinée à prolonger le fommeil du Roi, eut un effet contraire; mais, quoiqu’il ne dormît pas, il fe tint couché. Nous allâmes, Ornai & moi, faire une vilito au. jeune Prince , qui nous avoir quittés dès le grand matin; car il 11e logeoit pas avec le Roi, & il occupoit une niailon particulière à quelque dilhmce de celle de fou pere. Nous le trouvâ- mes environné de petits garçons ou de jeunes gens de l'on âge , allis devant lui. Une vieille femme & un homme d’un âge avancé , qui l'em- bloient prendre foin de lui , étoient allis par- 20 T ROI S lï M- E V 0 y A G E nous nous levâmes tous brufquement au lignai 1777. qu’on nous donna ; nous courûmes durant un Juillet, moment à gauche , & nous nous afsîmcs le dos tourné au Prince & aux Infulaircs qui occupoîcnt le hangar. On me dit de ne pas regarder der- rière moi : toutefois, malgré la défend* des Na- turels & le fouvenir de l’accident arrivé à la femme de Loch, je détournai le vil âge pour voir ce qui le palliait. Le Prince regardoit le Moral ; mais la dernière évolution avoit placé tant de monde entre lui & moi, que je ne pus appercevoir ce qu’on faifoit au hangar. On m’ai- liira enfuitc, que ce fut le moment où l’on re- vêtit le Prince de l’honneur fuprême de manger avec l'on pere, & qu’on fervit au Roi & a fou fils un morceau d’igname grillée, je le crois d’au- tant plus, qu’on nous avoit annoncé d’avance, que cela devoit arriver durant la cérémonie , & que d’ailleurs les Infulaircs rcgardoicnc d’un au- tre côté ; ce qu’ils font toujours lorfque leur Monarque mange quelque choie. Peu de temps après, nous nous retournâmes tous en face du hangar , & nous formâmes un cercle devant le Prince, laiflant entre nous & lui un grand cfpacc libre. Quelques hommes s’approchèrent alors de nous , deux à deux ; ils portoient fur leurs épaules de gros bâtons ou 21 3) E C 0 O K. des perches ; ils firent un bruit auquel on peut donner le nom de chant, & ils agitèrent leurs 1777. mains à inclure qu’ils s’avancèrent. Lorfqu’ils lu- Juillet, reut près de nous , ils remueront leurs jambes avec beaucoup d’agilité, de manière qu’ils eu- rent l’air de marcher très-vite fans faire un feul pas : trois ou quatre Infuïaires le levèrent ici du milieu de la foule , ils teuoienç à la main de gros bâtons, & ils coururent vers ceux dont je viens de parler. Les premiers jetteront à. l’inllant leurs bâtons & ils s’enfuirent; les trois ou qua- tre hommes fondirent fur les bâtons , qu’ils frap- pèrent vigoureufement , & ils rcpafïcrent à leurs places; mais, en s’éloignant, ils propoferent le défi qui précédé leurs combats de lutte , & des champions d’une haute raille arrivèrent bientôt du même côté , en réitérant le cartel. Le côté oppol'é détacha prefquc au même inilant des guerriers qui vinrent leur répondre. Les deux troupes paradèrent autour de l’olplanade pendant quelques minutes, & elles fe retirèrent chacune vers leur bande. Il y eut des combats de lutte & de pugilat, qui dureront une demi-heure : deux hommes suffirent alors devant le Prince, & prononcèrent des difeours que je crus adrelles h Futtafaihc. La Fête ctoit terminée , & l’afièm- blée le difperfa. B 3 2 2 T ROISIE M E V 0 V A G 3 Je m’approchai pour voir les différons paniers; 1777. on ne m’avoic pas permis jufqu’ici de latisfaire juillet, ma curiofité , parce que , difoit-on , tout étoit taboo. Je ne trouvai que des paniers vides, &, s’ils étoient cenl'és contenir quelque choie, ce ne pouvoir être qu’ai 1 égor iq ucmen t ; excepte les poiiïbns, ce qu’on avoir étalé durant la cérémo- nie, fut aufli emblématique. Nous nous efforçâmes en vain de découvrir l’objet de cette cérémonie en général, qui cil appellée natche , & de fcs différentes parties. On ne répondit gu ères à nos quellions que ta- boo , mot qui s’applique à beaucoup d’autres cho- fes , comme je l’ai obfervé plus haut. Comme le Roi nous avoic dit dix jours auparavant, que les Infulaires lui apporteraient des ignames, qu’il mangerait avec fon lils; comme il avoir indi- qué d’avance quelques détails de la Fête, nous jugeâmes fur lés propos & fur ce que nous vî- mes , que le Prince , en qualité d’héritier pré- fomptif de la Couronne, venoit de jurer ou de promettre folemnellement de ne jamais abandon- ner fon perc , & de lui fournir toujours les di- vers articles défignés par leurs emblèmes. Cette conjecture cil d’autant plus vraifemblable , que les principaux perfonnages de rifle affilièrent à la cérémonie. Quoi qu’il en foit, tout fe pafïà de Cook, 23 avec un appareil myltérieux , & le lieu & les — — détails de la fcene prouvent allez que la Religion 1777. y joua un grand rôle. Les Infulaires ne s’étoient Juillet, point récrié jufqu’alors contre notre vêtement ou nos maniérés ; ils voulurent cette fois nous obli- ger à nous découvrir jufqu’à la ceinture , à dé- lier nos cheveux , à les laitier ilotter fur nos épaules, à nous alïèoir, comme eux, les jambes croifées, à prendre quelquefois la polture la plus humble , à bailler les yeux & à joindre nos mains. L’alîemblée entière fe fournit à ce céré- monial d’un air pénétré; enfin tout le monde fut exclus, excepté les Afteurs & les Infulaires d’un rang diftingué : d’après ces diverfes circonf- tances, je fus perfuadé qu’ils croyoicnt agir fous l’inlpeftioti immédiate d’un Etre fuprême. La natchc , dont je viens de faire la deferip- tion , peut être regardée comme purement figu- rative. La petite quantité d’ignames que nous vîmes le premier jour , ne luppofoit pas une contribution générale , & on nous lailïà entendre que c’étoit une portion confacrée h YOtooa ou à la Divinité. On nous apprit que, dans trois mois , on célébrerait à la même occafion , une Fête encore plus folemnelle & plus importante ; qu’alors on étalerait les tributs de Tongataboo , celui de Hapace , de Vavaoo , & de toutes les B 4 24 Troisième V o y. a g b autres Ifles; & qu’afin de rendre la cérémonie l 777' plws augufte, on facrifieroic des victimes humai- Juillet, nés choifies parmi le bas-peuple : ainli, la fu- perllition & la llupide ignorance influent d’une maniéré terrible fur les mœurs du peuple le plus humain •& le plus bienfailànt de la terre ! Nous demandâmes la raifon de ces meurtres barbares. On fe contenta de nous répondre , qu’ils étoienc neceflaires à la natche , & que la Divinité exter- minerait sûrement le Roi , fi on ne le confor- moit pas à l’ulàgc. La nuit approchoit lorfque l’alïcmbléc fe dif- perla , & comme nous étions allez loin des vaif- lèaux & que nous avions une navigation dilli- cile à faire , nous partîmes bien vite de Mooa. Quand je pris congé de Poulaho , il me prellà beaucoup de , demeurer à terre jufqu’au lende- main, & pour’m’y déterminer, il me dit que je verrois une cérémonie funèbre. La femme de Mareewagee, c’cll- à-dire, la belle-mere du Roi, étoit morte depuis peu , & la natche avoir obligé de porter fôn corps dans une pirogue qui mouilloit dans la Lagune. Poulaho promit de m’accompagner à Eooa , dès qu’il aurait rendu les derniers devoirs à là belle-mere , & de s’y rendre après moi, fi je ne l’attendois pas. Ses propos me firent comprendre, que fins la mort !) E C 0 O IC. £?5 de ccttc femme , la plupart des Chefs feroient - venus avec moi à Eooa , où il paroît qu’ils ont 1777. tous des poflèflions. J’aurois volontiers attendu Juillet, le Roi , li la marée n’eût pas été favorable pour débouquer les pafTes ; d’ailleurs le vent orageux, depuis plufieurs jours, s’écoit afïoibli & fixé, & en laiflant échapper cette occafion , notre départ pouvoir être renvoyé à quinze jours : ce qui acheva de me déterminer , nous fûmes que la cérémonie funèbre dureroit cinq jours, & c’é- toit trop long-temps pour nous, qui mouillions dans un endroit où l’appareillage ne dépendoît pas de nous. J’alïïirai néanmoins le Roi, que ii nous ne mettions pas à la voile ,• je viendrois le revoir le lendemain. Nous le quittâmes • ainli , & nous arrivâmes aux vailïèaux fur les huit heu- res du loir. J’ai oublié de dire , qu’Omaï affilia aux céré- monies du fécond jour; mais nous ne nous trou- vâmes pas enfemble , & même je ne fus qu’il y croit, que lorfque la Fête fut terminée. Il m’ap- prit cnluite , que le Roi s’étant apperçu de mon évafion , envoya plufieurs émifl’iircs Fun après l’autre , auxquels il recommanda de me ramener: vraifemblablemcnt ces meflàgers ne furent pas ad- mis à l’endroit où j’écois, car je n’en vis aucun. Poulaho inllruit que j’avois enfin découvert mes v .6 Troisième Voyage épaules comme les acteurs de la cérémonie , per- 1777. mit à Ornai d’y alïifter également , fous la con- Juillec. dition de prendre le coitumc ulîté en cette occa- fion. On exigeoit d’Omaï qu’il fe conformât à un ufage de fa patrie , & il confcntic volontiers à ce qu’on defiroit ; on lui donna un habit con- venable , & il arriva vêtu de la meme manière que les Naturels. Il eit probable qu’on nous avoit d’abord exclus, parce qu’on s’attendoit h un re- fus de notre part fur ces préliminaires. Au moment où je me rendis à Mon a , pour obferver la natche , j’y fis conduire les che- vaux, le taureau, la vache & les chèvres que je me propofois de laifièr dans l’Hle ; je crus qu’ils feraient plus en sûreté fous les yeux des Chefs , que dans un lieu qui devoit être défert durant notre abfence. Outre les quadrupèdes , dont je viens de parler , j’enrichis Mooa d’un verrat , & de trois jeunes truies , de la race d’ Angleterre. Les Naturels, prévoyant que ces individus amé- lioreraient beaucoup leurs cochons qui ne font pas gros , montrèrent un grand delir de les avoir. Fécnou obtint aufii de moi deux lapins, un mâle & une femelle : on nous dit , avant notre dé- part, qu’ils avoient déjà produit. Si nos qua- drupèdes fe multiplient , ce dont je fuis bien perfuadé , ces Mes auront l'ait une acquificion n h C o o k. 0-7 importante, & rifle de Tongataboo n’étant pas — — — montueufe, les habitans tireront de grands le- 1777* cours des chevaux. Juillet. Nous appareillâmes de Tongataboo le 10, h ro. huit heures du matin , & à l’aide d’un vent ferme du Sud-Efl , nous traversâmes le canal , qui le trouve entre les petites Ides , appellées Makka- hoa & Monooafai : celui qu’on rencontre entre la dernière Me & Pangimodoo , ell beaucoup moins large. La marée nous fut très-favorable , jufqu’au moment où nous atteignîmes le travers du chenal qui mené à la Lagune , où le flot de l’Elt rencontre celui de l’Ouefh Cette rencon- tre, jointe h la profondeur de la Lagune, & aux bas-fonds qui font à fon entrée , produifent dans les vagues beaucoup de clapotage & de gouffres. D’autres choies accroifïcnt encore le péril , car la profondeur de la mer , dans le canal , excedc la longueur d’un cable : il n’y a point de mouil- lage , excepté près des rochers , où nous trouvâ- mes quarante & quarante-cinq brades , fond de fable brun ; & ici même un bâtiment feroit tou- » jours expofé aux gouffres que forment les vagues. J’avois réfolu de jetter l’ancre , dès que nous au- rions débouqué les pâlies , & de defeendre de nouveau à Tongataboo , afin d’afliller à la céré- monie llinebre donc on m’avoic parlé ; mais, ne s8 Troisième Voyage et**-*^ voulant pas laifîcr les vaifîcaux dans une poil- 1 77/'* tion, où je ne les croyois point en sûreté , je Juillet, renonçai à mon projet. Nous continuâmes à ma- nœuvrer au vent ', lâns avancer ou reculer d’un pied, jufqu’à l’ influant de la marée haute. A cette époque , nous vînmes à bout de nous jctter dans l’efpace , ou la marée de l’Eil exerce ion aétion ; nous comptions y avoir le juflant très-bon pour notre route , mais fa force fut fl peu conlidéra- ble , qu’en tout autre temps nous ne l’aurions pas remarqué. Nous reconnûmes que la plus grande partie de l’eau , qui fe porte dans la lagu- ne , vient du Nord-Oued , & fe retire par le meme côté. Voyant , à cinq heures de l’après- dîner , que nous ne pouvions gagner la haute mer avant la nuit , je mouillai fous la côte de Tongataboo par quarante-cinq brades, & à en- viron deux encablures du récif qui borde cette partie de rifle. La Découverte mouilla aufli der- rière nous; mais elle dériva fur les bancs de fa- ble , avant que ion ancre eût pris fond , & , à minuit, elle iè trouvoit encore dans une forte de danger. U. Nous demeurâmes à l’ancre jufqu’à ii heures du lendemain ; nous appareillâmes alors pour marcher h FEU ; mais il était dix heures du loir avant que nous eu liions doublé l’extrémité D E C O 0 K. 29 orientale de fille, & avant que nous puflîons met- t tre le cap. fur Mldddbourg ou Eooa , (comme 1777* l’appellent les habitans du pays) où nous inouil- Juillet. Mmes à huit heures du matin du 1 2 , par qua- 1 2. rante bradés fond de fable , entremêlé de pointes de corail. Les extrémités de l’Ille fe prolon- geoicnt du Nord 40' 1 Eit , au Sud as 1 * Ouell; la haute terre d 'Eooa , nous relloit au Sud 45 e1 Effc , & Tongataboo du Nord 70 e ' Ouell , au Nord i9 (1 Ouell: : nous étions a environ un demi- mille de la côte , & à-peu-près à l’endroit que j’occupai en 1773, & que je nommai la Rade Angloife. Nous fûmes à peine mouillés, que Taoofa, l’un des Chefs du pays , & plulicurs autres Na- turels vinrent nous voir; ils femblerent fe réjouir beaucoup de notre arrivée. Taoolà Ça) avoit été mon Tayn 0 ( Ami) quand je relâchai ici durant mon fécond Voyage ; ainiî, nous nous connoif- fions bien. Je delcendis à terre avec' lui , pour chercher de l’eau douce ; car c’étoit fur-tout pour remplir mes futailles que j’abordois à Eooa. On (a) Le Capitaine Cook ne donne, dans la Rela- tion de fon fécond Voyage, que le nom de T ioony eu Chef qu’il rencontra ici, V oy ci le tome I , page 19a de l'original. »6‘ T R 0 I S I E 1V1 K V O V A G fi je reçus le prêtent du Chef le lendemain : il. 1777. fut compofé de deux, paquets d’ignames & de juillet, fruits qu’il me parut avoir raiïèmblés , en exi- i é>. géant des Naturels une forte de contribution. La plupart des habitans s’étoicnc réunis à l’endroit où l’on m’offrit les fruits & les ignames ; & , ainfi que nous l’avions déjà éprouvé fur les au- tres Illcs , lorfquc la foule fe trouvoit noinbrcu- fc , nous eûmes bien de la peine à contenir leurs 1 difpofitions au vol. Afin . de . nous arnufer , on nous donna le Ipectaclc de divers combats de bâtons , de lutte & de pugilat. Des femmes pri- rent parc aux deux derniers. Le Chef vouloir terminer la iete par le 'Bornai', ou la danfe de nuit; mais un accident: imprévu lit manquer cette partie du fpeéhicle , ou du moins nous empêcha d’y affilier : l’un de mes gens fe promenant à . quelque diiiancc du lieu do la fcenc, fut envi- ronné par vingt ou trente Infulaires , qui le ren- verlérent par terre, & le dépouillèrent île tout, même de l'es habits. Dès que j’en fus inflruit, je faifis deux pirogues & un gros cochon , & j’enjoignis à Taoofi de me rendre les habits, & do livrer les coupables. Il parut très-allligé de la violence de fes compatriotes, & il lit fur-lc- champ les démarches que je deiirois. Cette af- faire alarma tellement l’allèniblée , que la plupart 1 D E C OO K. 3 7 ' des Naturels s’enfuirent. Ils revinrent néanmoins, ssstss ïorfqu’ils s’apperçurent que je n’cmployois pas 1777. d’autres moyens de vengeance. On me livra juillet, bientôt un des coupables , & on me rendit une chetnife & une paire de culottes. Le relie de ce qu’avoient pris les voleurs, n’étant pas arrivé à l’entrée de la nuit, je fus obligé de quitter la côte , pour me rendre à bord ; la mer étoit lî grolîè que les canots eurent bien de la peine à forcir de la crique , quoiqu’on vît encore un peu clair. Je débarquai de nouveau le 17, avec un pré- 17. font pour Taoofa , je voulois le remercier de celui qu’il m’avoit fait. Comme il étoit de bonne heure, je trouvai peu de mpndc fur la côte; & les Infulaircs , que j’y vis , montraient de la crainte. Je chargeai Ornai de les alfurer que nous 11e méditions aucune entreprifo contre eux. Afin de ne point leur laillcr de doutes fur la fineérité de cette promellè , je relâchai les pirogues que j’avois failles , je rendis la liberté au coupable qu’ils m’avoient livré, & ils reprirent leur gaieté ordinaire. Ils formèrent tout de fuite un grand cercle , dont le Chef & les principaux pcrlbn- nages de rifle liiilbient partie. On m’apporta alors le relie des habits de celui de mes gens qu’on avoit dépouillé ; mais ils écoicnt en lam- beaux , & ils ne valoient pas la peine d’être sis= conduits à bord. Taoofa partagea avec trois ou i777- quatre Chefs, ce que je lui donnai; il ne ré- Juillet. fcrva qu’une petite portion pour lui. Ils avoicnc peu compté lur un auffi riche prélènt , & l’un des Chefs , vieillard d’une figure refpeétablc , me dit que nous ayant donné fi peu de chofe, & ayant maltraité une perfonne de l’équipage , ils ne méritoient pas cette preuve de bienveillance. Je demeurai parmi eus juf qu’au moment oi'i iis eurent achevé leur bowl de Isa va; &, après leur avoir payé la valeur du cochon , dont je m’étois emparé la veille, je retournai à bord accom- pagné de Taoofa , & de l’un des domdliqucs de Poulaho , h qui je remis un morceau de fer en barre, en lui enjoignant de le porter au Roi, comme une dernière marque de mon eitime & de ma rcconnoiOânce. Nous appareillâmes bientôt; à l’aide d’une brife légère du Sud-Eft, nous gouvemâmes au large : Taoofa & un petit nombre d’autres In- fulaircs, qui fe trouvoient fur mon bord , nous quittèrent à cette époque. En relevant l’ancre , nous nous apperçînnes que les rochers avoicnc beaucoup endommagé le cable ; & on ne doit pas compter fur le fond de cette rade. Nous Centimes d’ailleurs qu’elle cil expofée à une houle prodigieufe du Sud-OudL D E C O O K. 39 Nous étions en mer depuis peu de temps , lorfque nous vîmes une pirogue h voile qui ar- 1 7 / 7 * riva de Tongataboo , & qui gagna la crique Juillet, devant laquelle nous avions mouillé. Quelques heures après , une petite embarcation , montée par quatre hommes, le rendit à la hanche de mon vaillèau : il faifoit peu de vent, & nous étions peu éloignés de la côte. Les ïnfulaires nous dirent que la pirogue à voile, venant de Tongataboo , avoit apporté un ordre aux habi- tons à’Eooa, de nous fournir un certain nombre de cochons; & que le Roi & d’autres Chefs ar- riveraient dans deux jours : ils m’exhorterent à retourner h notre dernier mouillage, je n’avois aucune raifon de douter de ce qu’ils me difoient; deux d’entr’eux étoient venus de 'Tongataboo fur la pirogue il voile, & ils ne s’étoienc appro- chés de nous , qu’alin de nous donner cet avis. Cependant , comme nous nous trouvions hors des terres , je crus devoir d’autant moins retour- ner fur mes* pas , que nous comptions avoir h bord allez de provifions, jufqu’à notre arrivée à O-Taïti. Indépendamment de ce que je reçus en prélent de Taoola, nous achetâmes à Eooa des ignames, que nous payâmes fur-tout avec de petits clous; nous y augmentâmes confidérable- tnent aufli notre fupplémcnt de cochons; mais 40 T rouie m e Voyage nous en aurions obtenu un bien plus grand nombre , fi les Chefs de Tongmaboo , proprié- taires de la plupart des richcflcs de fille , avoient été avec nous. Les quatre ïnfulaires, s’apperce- vant de l’inutilité de leurs inltances , nous quit- tèrent à l’entrée de la nuit ; d’autres , qui étoient venus fur deux, pirogues , & qui nous avoient apporté des noix de cocos & des Shaddecks, qu’ils échangèrent contre des bagatelles , nous quittèrent auflï. Les Naturels avoient un fi grand delir de t'c procurer encore quelques-unes de nos marchandiics , qu’ils fuivircut nos vaillèaux en mer, & qu’ils prolongèrent les échanges jufqu’au dernier infiaut. DE C O O K. 41 ag= a == ss=;aai” CHAPITRE X. Avantages que nous procura notre fêjour aux Ijles des Amis. Remarques fur les articles les plus propres aux échanges avec les Naturels . Rafraîchi]) "cm en s qu'un peut s'y procurer. Nombre des Ijles leurs noms. Les . ; If es de Kcppcl & de Bolcawen en dépendent. Remarques fur Vavaoo, Hamoa, Fecjcc. Voyages de long; cours que les Naturels font fur leurs pi- rogues. Combien il cjl difficile d'obtenir des informations exactes. Détails fur la perforine des bifilaires de l'un & de l'autre fexe , fur la couleur de leur peau , leurs maladies , leur caractère ; de quelle maniéré ils portent leurs cheveux ; pi- qnetures de leur corps ; habits & orne- mens dont ils Je parent propreté per - formelle. N ou s quittâmes ainfi les T (le s des Amis , & z az arez leurs habitans, après une relâche d’environ trois l 777’ mois, pendant Icfquels nous vécûmes clans l’a- Juillet, initié la plus cordiale avec les Infiuluires. Leur 42 Troisième V o v a g e ~ extrême difpofition au vol , trop f'ouvcnt cncou- 7* ragée par la négligence de nos équipages , pro- fit* duilit , il eft vrai, des querelles paffàgeres; mais ces querelles n’eurent jamais de fuites funeftes. Je m’occupai conftamment du foin de prévenir une brouilleric générale , & je crois que peu d’hommes fur les deux vaiüèaux, partirent fans regret. Le temps que je paflài ici, ne fut pas mal employé. Nous confommâmes une très-pe- tite quantité de nos provifions de mer : les pro- ductions du pays nous fuffirent à-peu-près, & nous y prîmes même un fupplémcnt de vivres, alTez confidérable pour gagner Q-Tmti , où j’é- tois sûr de trouver beaucoup de rafraîcliidèmens. Je fus bien-aile d’ailleurs d’avoir une occafion d’améliorer le fort de ce bon peuple , en lui laiftànt des animaux utiles ; j’ajouterai que les quadrupèdes , deftinés pour O-Taïti , reprirent des forces dans les pâturages de J'ongataboo : en un mot, nous tirâmes une multitude d’avan- tages de notre féjour aux Ijles des Amis. Rien ne troubla nos plaifirs; & la pourfuice du grand objet de notre voyage , n’en fouflrit pas , car la faifon de marcher au Nord , ctoic pailèe , comme je l’ai déjà dit, lorfquc je pris la réfolution de gagner ces terres. Outre l’utilité immédiate dont cette relâche I) F, C 0 0 K. 43 fut pour lions, & pour les habitans des J'jîes des rrrrrr Amis , les Navigateurs Européens, qui feront la .1777. même route, profiteront des connoiflànces que Juillet, j’ai acquifes fur la Géographie de cette partie de l’Océan Pacifique; & les Lcétcurs Philofo- plies, qui aiment à étudier la nature humaine, dans tous les degrés de la civilifation , & qui fe plaifent à recueillir des faits exaéts fur les habi- tudes, les ufages, les arts, la religion, le gou- vernement & la langue des peuplades qui habi- tent les contrées lointaines du globe , nouvelle- ment découvertes, jugeront peut-être inftruéUfs & amufans les détails que je puis leur donner, touchant les Infulaircs de cet Archipel. Je vais expofer, avec une fidélité fcrupuleufe, les re- marques que j’ai faites. Les articles les plus propres aux échanges avec les Naturels, font en général les meubles, les outils & les inilrumens de 1 er. Ils recherchent beaucoup les grandes & les petites haches, les clous de fiche , ou les clous d’uné moindre grof- feur, les râpes, les limes & les couteaux. Ils ettiment aulfi beaucoup les étoiles rouges, les toiles blanches ou de couleur ; les miroirs ik les grains de verre : les grains bleus obtiennent la préférence fur tous les autres , & les blancs font ceux dont ils font le moins de cas. On nous 44 T R O 1 S I E M 15 V O Y A Ci 15 donnoit un cochon pour un collier de grains de i/77. verre* bleus. Il faut obfervcr que les choies pu- j aille t. renient agréables , feront quelquefois plus ou moins recherchées. Lorfque nous abordâmes à Annamooka , pour la première fois , les Natu- rels vouloient à peine échanger leurs fruits con- tre des grains de verre bleus ; mais Féenou étant arrivé , ce perfonnage important les mit h la mo- de, & ils acquirent la valeur dont je parfois tout- à-l’hcure. Avec les articles que je viens d’indiquer, on obtiendra tous, les rafraîchilïèmens que produi- fent ces Mes, c’eft-à-dire , des cochons, des vo- lailles , du poilfon , des ignames , du fruit à pain , des bananes, des noix de cocos, des cannes de fucre, & en général , les diverfes proviiions qu’of- frent Q-Taïti , ou les autres Mes de la Société. Les ignames des J/les des Amis font excellen- tes, &, quand elles fe trouvent à leur point de maturité , elles fe gardent très-bien à la mer; mais le porc, le fruit à pain, & les bananes, d’une allez bonne qualité d’ailleurs , ne valent pas les mêmes articles tirés à' Q-Taïti, & des Terres des environs. L’eau parfaitement douce, dont les vaifîèaux ont fi grand bclbin , dans les longs voyages , cil rare litt ces terres : on en trouve, il dt vrai. I) K C O O K. 45 fur chacune; mais en trop petite quantité, ou - — - — en des lieux trop incommodes pour les Naviga- 1777. teurs. Cependant , comme les Jfles des Amis juillet, offrent des provifions, & fur-tout des noix de cocos en abondance, les vaiflèaux, dont les équi- pages n’auront pas trop de délicacefîè , pourront iê contenter de l’eau qu’on y rencontre. Tandis que nous mouillions au-deflous de lût 00 , à no- tre retour de Ilapaee , quelques-uns des Habi- tans de Kao nous apprirent qu’il y a dans leur Ifle , un ruiflçau qui defeend des montagnes , & qui porte fes eaux h la mer, au côté Sud-Oued:, c’cfl-à-dirc , au côté qui cil en face de Toofoa. Il eft aifé de reconnoître Toofoa à fon éléva- tion, ainft qu’au volcan conîidérablc, dont j’ai déjà parlé , & dont nous vîmes toujours forcir de la flamme & ,de la fumée. Ces détail* fur le ruif- leau de Kao font d’autant plus intéreflàns , que, félon le rapport des Naturels, cette partie de la côte préfente un mouillage. On nous aflüra que la pierre noire , qui fert à ces peuplades de ha- ches & d’autres outils , vient de Toofoa. Il faut comprendre , fous la dénomination gé- nérale à'Ijlcs des Amis , non-feulement le grouppc de Ilapaee , que j’ai vilité , mais aufli toutes les terres découvertes au Nord à-peti-prés au même Méridien, & d’autres qu’aucun Navigateur 5 -2 T u o i s ï e m e Voyage Hanioa , Favaoo & Fecjce , dont on nous i?77- parla beaucoup , font les Ifles les plus confidéra- Juillet. blés de ces environs qu’on nous ait indiquées. On nous les reprélenta comme plus grandes que Tongataboo . Je préfume que ces terres n’ont été apperçues d’aucun Européen : Taitnan mar- que , il ell vrai , fur fa Carte , une Me à l’en- droit où je fuppofe Vavao , c’eft-à-dire , par en- viron ip d de latitude-Sud ; (a) mais il donne & 494 de l’original. Le Capitaine Wallis dit que ccs deux Mes font élevées ; mais il obferve que l’une n la forme d 'un pain de fucrc , d’où l’on peut conclura qu’elle a plus d’élévation que l’autre , & qu’elle rel~ femble beaucoup à Iiao. En comparant les détails donnés par Poulaho au Capitaine Cook , avec la Journal du Capitaine Wallis, il paroît sûr que i’Ifle Bofcawen ell l’Ule Kootahee , & l’ille Kepptl , l’Jflc» Neeoatabootaboo. La derniere eft une des Terres éten- dues , marquées dans la lifte précédente. Le Lcéteur, averti déjà que les Navigateurs écrivent , d’une ma- niéré très-différente , les mots prononcés par les Na- turels , jugera que Kottejeea & Kootahee , font la même lile. (a) M. Dalrymple & Campbell , qui ont imprimé les Journaux du Voyage de Tafman, ne difent pas qu’il ait vu cette Ifle. La Carte à laquelle renvoie le Capitaine Cook, eft vraifcmblablement celle qu’on trouve dans la Colleélion des Voyages de Dalrym- ple., où la route de Talman eft indiquée d’une U E C 0 O K. . 53 peu d’étendue à cette terre ; au-lieu que Va- rr r- —- y üoo , félon le témoignage unanime de nos Amis l’j'jj. de Tongataboo , eft plus grande que cette der- Juillet, niere Ille, & a de hautes montagnes. J’y ferais allé , & j’aurois accompagné Féenou lorfqu’il s’y rendit de Hapaee , s’il ne m’avoit pas découra- gé , en me difiint faufE'ment qu’elle eft peu con- fidérable, & même qu’on n’y trouve point de havre. Poulaho , c’eft-à-dire , le Roi , m’aflùra bientôt qu’elle eft grande , qu’elle offre non-feu- lement toutes les produéHons de Tongataboo , mais qu’elle a l’avantage particulier de pofféder un ruiflèau d’eau douce & un havre auffi. beau que celui de la Métropole des J/les des Amis. Cl propofa de me fervir de guide , Il je voulois faire le voyage ; il en vint jufqu’à me dire , que je pourrais le tuer , fi tout ce qu’il m’affuroit lfétoit pas vrai. Scs aflèrtions ne me laifferent aucun doute, & je fus convaincu que Féenou, par des vues d’intérêt , avoit cherché à m’induire en erreur. Hamoa , qui dépend aufll de Tongataboo , gît au Nord-Oueft de Vavao , h deux jours de navigation. Si je crois tout ce qu’on m’en a dit, ’ï manière exa&e. On y voit plufieurs petits Mots fur le parage dont il eft ici queftion. . ; j - D 3 54 Troisième Voyage r elle eft la plus grande des IJÎes des Amis , elle 1 777 • a des havres & de la bonne eau, & on y trouve Juillet, en abondance chacune des productions de ces terres ; Poulaho y réfide fouvent. Il paroît que les habitans font très-eftimés à Tongataboo , car on nous apprit que les chants & les danfes exé- cutés devant nous, étoient copiés fur les leurs, & nous vîmes quelques maifons , qu’on nous atlîira avoir été bâties fur le modèle des maifons de Ilamoa. M. Anderfon , qui làifoit des recher- ches continuelles fur les langues des peuples de la mer du Sud , recueillit les trois mots fuivans du dialecte de Ilaniao. Tnmolao , Ça) un homme , Chef du pays. Tûmaety , une femme qui a de l’autorité dans l’Ifle. Salle , un homme du peuple. (æ) On a vu, dans plufieurs dos notes précéden- tes, des extraits des Lettres édifiantes & curitufes , tjui prouvent la conformité- des ufages des habitans des Mes Carolines , avec les coutumes que le Capi- taine Cook a trouvées fur des Mes de la Mer Pacifi- que du Sud , très-éloignées les unes des autres. Cette reflemblance toutefois 1 aille encore des doutes fur l’identité d’origine des peuplades de ces Terres ; car cm peut dire , avec raifon , que le développement i'eul des facultés de k nature humaine, introduit les D 13 C O 0 K. 55 D’après les inftruétions qu’on nous a don- nées, Feejee gît au Nord-Ouelt-quart-Oueft de 1777. . Juillet. mêmes ufages chez des peuples féparés par un grand efpace , & qu’on obferve les memes habitudes dans tous les fiecles, & dans toutes les parties du globe, parmi les hommes qui font au même degré de ci- vilifationi le Leéteur cependant n’appliquera peut- être pas cette remarque à la conformité dont on parle ici , s’il veut bien faifir la diftin&ion que je vais faire. Les ufages fondés fur des befoins communs à toute l’efpece humaine , & bornés à l’application des méthodes qui peuvent fatisfaire ces befoins . ne fup- pofent pas, malgré leur conformité, que ceux qui les fuivent fe font imités , les uns les autres , ou qu’ils tirent leur origine de la même fouehe ; car l’homme a par-tout la même fagacité, & les moyens de fatisfaire un befoin particulier , font en petit nom- bre, fur-tout dans les pays également incultes. Ainfi, les Tribus les plus éloignées, celles, par exemple, de la Terre de Feu , & celles qui habitent les Hles fituées à l’Eft du Kamtfchatku , peuvent produire du feu de la même maniéré, en frottant deux bâtons, fans donner lieu de croire que l’une a imité l’au- tre, ou tiré cette invention d’une fource commune. Il n’en efl: pas ainfi des ufages qui ne tirent point leur origine d’un principe général de la nature hu- maine , 6c qui ne doivent leur établiflement qu’aux fantaifies 6c aux modes infiniment variées des diver- fes peuplades. Les coutumes des Infulaires de la par- tie feptentrionale & de la partie méridionale de la Mer Pacifique , d’après Jcfquelles nous avons jugé D 4 T R O I S I F, M R V O Y A fi 55 5 f > st Tongataboo, h trois jours de navigation. On i//7 nous en parla comme d’uue terre élevée, mais que les différentes Tribus viennent de la même lou- che , l'ont évidemment de la derniere efpece. Puif- qtie les Mabitans de Mangcca & ceux des Nouvelles Philippines , pour donner des marques de rcfpeêt à un homme ou à une femme , frottent fa main fur leurs vifages , il eft clair qu’ils ont appris à la même école cette maniéré de faluer. Si les efprits trop li- vrés au lcepticifme , ne fe rendent point, j’ajouterai qu’il me paroît difficile de ne pas convenir de l’i- dentité de race, dans le cas prélent; qu’à la preuve, tirée de la conformité des ufages, on peut en join- dre ici une nouvelle , encore plus înconteftable , celle de la conformité des idiomes. Le Capitaine Cook nous apprend que le mot de Tamoloa lignifie un Chef, à Hamoa , l’une des IHes des Amis , & on voit dans les Lettres édifiantes & curictifes , que les Habitons des Mes Cantines appellent du même nom les prin- cipaux du pays. Deux notes inférées plus haut of- frent des paffages du Pere Cantova , où ce Million- naire parle des Tamoles de ces dernières Mes; il emploie ce terme au moins douze fois dans le cours de quelques pages. Je vais tranlcrirc un paflage a'b- folumcnt décifif, qui rend fiiperflue toute autre cita- ùon. « L’autorité du Gouvernement fe partage en- .1 tre plufieurs Familles Nobles, dont les Chefs s’ap- » pellcnt Tamoles. Il y a outre cela dans chaque Pro- » vince un principal Tantale , auquel tous les au- i> tics font fournis. » Lettres édifiantes & curitujes , loin. XV , pag. 31 î. I) E C O <ï K. 57 très- fertile , où il y a beaucoup de cochons, de chiens , de volailles , & toutes les efpeces de 1777. fruits & de racines qu’on trouve dans ces para- Juillet, ges : on nous afliira qu’elle eft beaucoup plus étendue que Tongataboo , dont elle ne dépend pas , ainfi que les autres Illes de cet Archi- pel; que Feejee & Tongataboo font louvent en guerre. Plulieurs cireonflances nous firent con- noître que les habitans de Tongataboo redou- tent beaucoup les Infulaires de Feejee : pour ex- primer le lentiment de leur infériorité, ils avoient coutume de plier leur corps en avant , & de le couvrir de leurs mains le vifage : il ne faut pas s’étonner de l’effroi qu’infpiroieut les Naturels de Feejee , car la dextérité avec laquelle ils manient l’arc & la fronde , les rend redouta- bles , & comme ils mangent , "à l’exemple des Zélandois , les guerriers qu’ils tuent dans les batailles, cet ufage abominable, ajoute encore à la frayeur de leurs voifins. Les 1 Iabitans de Tongataboo , qui les accnfoient d’étre canniba- les , ne les ont point calomniés ; car plulieurs perfonnes de Feejee que nous interrogeâmes , convinrent du fait. Puifquc je parle des Antropophagcs , je de- mande à ceux qui foutiennenc que le défaut de fubfiitances a déterminé les premiers Cannibales 58 T lt O I S I E 1VI E V O Y A G F. à manger de la chair humaine , ce qui a décor- 1777. miné les habitans de Feejee h conferver ccd ufage Juillet, au milieu de l’abondance. Les Inlulaires de Ton- gcitaboo , qui , fins douce par crainte , s’effor- cent de vivre en paix avec leurs farouches voi- fins, les détellent beaucoup : cependant ils vont quelquefois les combattre , & ils rapportent du pays ennemi des trophées de plumes rouges, qu’on trouve en grande quantité à Feejee , & qui font très-ellimées aux IJles des Amis , ainfi que je l’ai dit tant de fois. Lorfque les deux Mes font en paix, la communication entre les deux terres ell allez vive ; il paroît qu’elles fe connoillènt de- puis peu; autrement , Feejee ayant beaucoup de chiens , ce quadrupède fe leroit répandu plutôt h Tmgataboo , & aux Mes des environs , oit j’en laillài les premiers couples en 1773. Les Naturels de Feejee , que nous rencontrâmes ici , étoient d’une couleur plus foncée , que celle des habitans des Jjles des Amis en général ; l’un d’eux avoir l’oreille fendue, & le lobe lî alongé, qu’il touchoit prcfque les épaules ; Angularité que j’avois oblervée fur d’autres Mes de la mer du Sud dans mon fécond voyage. Il me parut qu’on avoit pour eux beaucoup d’égards ; au relie , la vivacité de leur cfprit ne contribuoic peut-être pas moins h ce bon accueil , que la DE C 0 O IC. 5P puifîùnce & la cruauté de leur Nation. Leur pé- nétration eft bien fupéricurc h celle des Naturels 1777. de Tongataboo , fi j’en juge par quelques-uns de Juillet, leurs ouvrages méchaniques que nous apperçû- mes; ils ont des mafliies & des piques lculptées de la maniéré la plus adroite , des étoffes en compartimens , d’un deflein exaét, des nattes dont les couleurs font nuancées avec goût, & enfin des pots de terre & d’autres meubles , qui annon- cent de très-habiles ouvriers. J’ai dit que Feejee gît à trois jours de naviga- tion de Tongataboo : ces peuplades n’ont d’au- tre méthode de mefurer la diftance d’une Me à l’autre , que par le temps dont elles ont befoin pour faire la traverféc fur une de leurs pirogues. Voulant déterminer avec une forte de précifion , l’efpace que peuvent parcourir leurs embarcations par un vent modéré , dans un intervalle fixe , j’allai h bord d’un de ces petits bâtimens qui étoit fous voile , & après diveries expériences du Lock , je reconnus qu’en ferrant le vent par une jolie brife , elles font fept nœuds ou fept "milles en une heure. J’en conclus qu’elles par- courent fept ou huit milles par heure , avec les brifes qui fouillent ordinairement fur ces parages. Mais la longueur d’un jour ne doit pas être ici comptée de vingt-quatre heures 5 car, en parlant 6o T R O I S I E 1VI E V 0 Y A ( i E • L_ .ra d’un jour de navigation , ils comprennent feule- X777- ment l’intervalle. qui fe trouve du matin au foir, Juillet, c’elt-à-dirc , dix ou douze heures au plus : ainfi , deux jours de voile délignent l’intervalle qu’il y a du matin du premier jour au foir du fécond. Ils fe guident fur le Soleil pendant le jour , & fur les étoiles pendant la nuit : lorfque l’obfeu- rité de l’atmolphere leur ôte ce moyen de direc- tion , les points d’où viennent les vents & les vagues leur fervent de bouflolc. Si le vent & les vagues changent de route au moment où le ciel efl: nébuleux , (ce qui n’arrive guères qu’alors , dans les parages qui font le théâtre du vent alifé) ils s’égarent , ils manquent fouvent le port où ils allaient , & on n’en entend plus parler. Le Lcéteur fe fouvient de ce que nous avons dit des Compatriotes d’Omaï jettes à ÏFatceoo , par les courons & les tempêtes , & il paraît que les équipages, dont on ne reçoit plus de nouvelles, ne périflènt pas toujours. De tous les havres & de tous les mouillages que j’ai rencontrés parmi ces Mes, celui de Ton- gatnboo cft fuis comparaifon le meilleur , non- feulement parce qu’il efl très-fùr , mais à raifon de fon étendue & de la bonté de fou fond. Les dangers que nous courûmes en y entrant du côté du Nord, doivent fervir de leçon , & j’exhorte de Cook. 6i les Navigateurs h ne pas eflàyer cette route avec - un vaiilèau lourd : l’autre paflàge par lequel nous 1777. fortunes , eil beaucoup plus facile & beaucoup Juillet, plus fûr. Ceux qui voudront entrer par le canal de l’Eft , doivent gouverner fur la pointe Nord- Eft de rifle , & longer la côte leptentrionale , en la laiflùnt , ainfi que les petites Ifles à ftribord , jufqu’à ce qu’ils aient atteint le travers de la pointe orientale de l’entrée dans la lagune , & côtoyer cnfuite le récif des petites Mes ; en pre- nant cette route , ils pafleront entre Makkahaœ & Manooafai , ou la quatrième & la cinquième des Mes qu’on voit à la hauteur de la pointe Quel!: de la lagune : on peut aulîi pafler entre la troifieme & la quatrième Ifles , c’eil-à-dire , entre Pangimodoo & Mononafai ; mais ce ca- nal cil biqn plus étroit que l’autre. La marée ell très-forte dans tous les deux ; le flot vient du Nord-Ouefl: , comme je l’ai déjà obfervé , & l’Ebbe fuit la même direction ; mais je parlerai ailleurs des marées. Dès qu’on efl: au milieu de l’un des deux canaux , il faut ferrer la côte de Tongataboo , & mouiller entre cette terre & Pangimodoo , devant une crique qui mena à la lagune où les canots peuvent entrer à mi-flot. Si Tongataboo a le meilleur havre , Anna- mooka offre la meilleure eau, qu’on ne peut pas « 68 T r o i s i e me Voyage — — - maladies cutanées. Nous vîmes à Hapaee ûn, 1777. homme & un petit garçon, & 11 Annamooka , Juillet, un enfant d’une blancheur parfaite. On a trouvé de pareils individus chez tous les peuples noirs ; mais je préfume que leur couleur eft plutôt une maladie , qu’un phénomène de la nature. A tout prendre néanmoins , il y a peu de dé- feftuofités ou de difformités naturelles parmi eux : nous en rencontrâmes deux ou trois qui avoient les pieds tournés en-dedans, & quelques-uns af- fligés d’une forte de cécité, occafionnéc par un vice de la cornée. Ils font fujets h d’autres mala- dies : les dartres, qüi femblent nffcétcr la moitié des Infulaires , & qui laiflènt après elles des ta- ches blanchâtres & ferpentines, font la maladie la plus commune ; mais elle eft moins grave qu’une fécondé très-fréquente , laquelle fe mani- fefte fur toutes les parties du corps, en larges ulcérés qui ont de grofiès bordures blanches , & qui jettent une matière légère & claire. Nous vîmes quelques-uns de ces ulcérés très-virulens ; & les Naturels , qui en avoient fur le vifage , infpiroient le dégoût. Nous en vîmes pluüeurs de guéris , ou fur le point de l’être ; mais dans ces cas, les malades avoient perdu le nez, • ou ils en avoient perdu la plus grande partie. Comme nous lavions , de maniéré h n’en pouvoir « n e C o o k. f>9 douter, (a) que les habitans des IJles des Amis TTm écoient lujets à cette maladie dégoûtante, avant 1777. mon fécond Voyage, & que les Naturels en con- Juillet, venoient; malgré la conformité des fymptômes, elle ne peut être l’effet du virus vénérien , à moins qu’on ne fuppofe que nous n’avons pas apporté ici la maladie vénérienne en 1773, Il eft sûr que nous l’y avons trouvée en 1777; car, peu de jours après notre arrivée, quelques-uns de mes gens la prirent; & je fentis avec regret,, que je m’étois en vain donné , lors de- ma pre- mière relâche, tous les foins poiïiSles , pour pré- venir l’introdu&ion d’une calamité auffi terrible. Ce qui eft extraordinaire , les Naturels ne fem- blent pas s’en occuper beaucoup , & irons vîmes peu de traces de fes effets deftruéHfs ; vraifem- blablement le climat & leur régime affoiblifîènt fon venin. Il y a deux autres maladies répandues aux Ifles des Amis : la première eft une enflure coriace qui affeéle les jambes & les bras, & le* groflît extrêmement dans toute leur longueur, mais qui n’a rien de douloureux; la fécondé eft (a) Voyez le fécond Voyage du Capitaine Cook, ( tome II , page 20 de l’original. ) M. Cook y parle d’un homme affligé de cette maladie , qu’il rencontra • à Annarnooka en 1773* yo Troisième Voyage une tumeur de la, même efpece , qui vient aux 1 777- tefticules, & qui furpaflè quelquefois la groffèur Juillet, des deux poings. On peut d’ailleurs regarder comme des hommes très-laius, les liabitans de ces contrées : nous n’avons pas rencontré , du- rant notre féjour, une l’eule pcrfonne détenue chez elle, pour caufe de maladie. Au contraire, leur force & leur aftivité font, à tous égards, proportionnées à la vigueur de leurs mufcles ; & ils déploient tellement l’une & l’autre dans leurs occupations habituelles , & dans leurs amufe- niens , qu’ils font , k coup sûr , peu fujets aux maladies nombreufes , qui réiultenc de l’indo- lence , ou d’une manière de vivre contraire èi la Nature. Leur contenance cft gtacieufe & leur démar- che ferme ; ces avantages leur paroiflènt fi natu- rels & fi nécefiâircs , qu’en nous voyant tomber fouvent fur les racines des arbres , ou les inéga- lités du terrein, ils ripient de notre mal-adrellè, plus que de, toute autre choie. Leurs phyfionomies expriment à un point re- marquable la douceur & l’extrême bonté de leur caraétere ; on n’y apperçoit pas le moindre trait de cette aigreur farouche , qu’on remarque fur le vifiige des peuples qui vivent encore dans un état de barbarie. Leur maintien efl: 11 calme , ils ont d s Cook. tant d’empire fur leurs paffions , & tant de fer- r .~ meté dans leur conduite, qu’ils femblent afTujettis 1777. dès l’enfance aux prohibitions les plus féveres; Juillet, mais ils ont d’ailleurs de la franchife & de la gaieté, quoiqu’ils prennent quelquefois fous les yeux de leurs Chefs une forte de gravité & un air férieux, qui leur donnent de la roideur, de de la mauvaife grâce & de la réferve. L’accueil amical qu’ont reçu tous les Naviga- teurs , montre allez les difpofitions pacifiques des Naturels des IJles des Amis. Loin, d’attaquer les étrangers ouvertement ou clandéftinement , h l’exemple de la plupart des habitans de ces mers» on n’a pas à leur reprocher la plus légère marque d’inimitié ; ils ont au contraire , à l’exemple des peuples civilifés, cherché à établir des commu- nications par des échanges, c’eil-à-dire , par le feul moyen qui réunit les différentes nations. Ils font fi habiles dans les échanges (ils les appel- lent Fukatou) que nous jugeâmes d’abord qu’ils s’étoient formés , en' commerçant avec les Ifles voifines ; mais nous nous affurâmes enfuite qu’ils ne font point de trafic, ou qu’ils en font un très-peu confidérable , excepté avec Feejee , d’où ils tirent des plumes rouges , & un petit nombre d’articles que j’ai indiqués plus haut. Il n’y a 'peut-être pas fur le globe de peuplade qui mette E 4 72 Troisième Voyage - plus d’honnêteté , & moins de défiance dans le 1777. commerce. Nous ne courions aucun rifque à leur Juillet, permettre d’examiner nos marchandiles , & de les manier en détail, & ils comptoienc également fur notre bonne foi. Si l’acheteur ou le vendeur fe repentoient du marché , on fe rendoit récipro- quement, d’un commun accord, & d’une ma- niéré enjouée, ce qu’on avoit reçu. En un mot, ils femblcnt réunir la plupart des bonnes qualités qui font honneur à l’homme , celles que l’induf- trie, la candeur, la perfévérance, l’affabilité; & peut-être des vertus moins communes, que la brièveté de notre. féjour ne nous a pas permis d’obferver. Le penchant au vol , univerfel & très-vif dans les deux fexes , & parmi les individus de tous les âges , cil' le foui défaut que nous leur connoif- fions, J’obfcrvcrai toutefois que cette partie dé- feftueufe de leur conduite , fembloit ne regarder que nous ; car j’ai lieu de croire qu’ils ne fe vo- lent pas entr’eux plus fouvent, peut-être pas aufl: fréquemment qu’en d’autres pays, où les larcins de quelquos perfonnes corrompues, ne nuifent point h la réputation du corps du peuple en gé- néral. Il faut avoir beaucoup d’indulgence pour les tentations & les foibleflès de ces pauvres In- fulaircs de la Mer Pacifique, à qui nous inlpirotîs » E C O 0 lî. 73 les defirs les plus ardens , en leur montrant des objets nouveaux , dont Futilité ou la beauté faf- 1 777. cinent leurs efprits. Le vol , parmi les nations ci- Juillet, vilifées & éclairées, annonce un caraétere fouillé par la baflèlîè , par une cupidité qui méprife les réglés de la juflice ; par cette pareflè qui produit l’extrême indigence , & qui néglige les moyens honnêtes de s’en affranchir. Mais ori ne doit pas juger auffi févérement les vols commis par les Naturels des 'Ifles des Amis , & des autres Ter- res où nous avons abordé : ils paroiflènt réfulter d’une curiofité , ou d’un defir très-preflant de pofféder des chofes qui étoient abfolument nou- velles pour eux, & qui appartcnoient à des étran- gers très-différens de leur propre race. Si des hommes auffi fupérieurs à nous en apparence, que nous le fournies à eux, arrivoient parmi nous avec des richeflès auffi féduifantes que le font les nôtres , pour des peuplades étrangères aux arts , eft-il sûr que nos principes de juflice fuffiroient pour contenir la plupart des individus de notre nation? La caufe de leur penchant au vol, que je viens d’indiquer, paroît d’autant plus vraie, qu’ils volent tout indifféremment dès la première vue, avant de fonger , le moins du monde, à fe fervir de leur proie d’une manière utile : il n’en eft pas de même parmi nous ; le dernier de nos 74 Troisième Voyage s » voleurs ne voudroit pas rifquer fa réputation, ou 1777. s’expofer au châtiment, fans favoii* d’avance l’u- Juillet. fage qu’il fera des chofes dérobées. Au refte , la difpofition au vol de ces Infulaires, très-défagréa- ble & très-incommode d’ailleurs, nous fournit un moyen de connoître la vivacité de leur intelli- gence; car ils commettoient les petits larcins avec beaucoup de dextérité, & les vols plus capitaux, avec une fuite & des combinaifons proportion- nées à l’importance des objets. J’en ai donné une preuve frappante, en racontant, qu’ils efïàyerent d’enlever en plein jour une des ancres de la Dé- couverte. Leur chevelure cft en général liiîè, épaiflè & forte ; celle d’un petit nombre d’entr’eux boucle naturellement. Elle eft noire, prefquc fans excep- tion ; mais la plupart des hommes , & quelques- unes des femmes la peignent en brun ou en pourpre , & quelquefois en orangé. Ils produi- fent la première couleur , en y mettant une forte d’enduit de corail brûlé, mêlé avec de l’eau; la fécondé , en y appliquant des rapures d’un -bois . rougeâtre , délayées également dans de l’eau ; & la troifieme, en la parfemant, je crois, d’une poudre tirée du fouchet des Indes. Lorfque j’abordai fur ces Iflcs pour la pre- mière fois, je crus que les hommes & les femmes DE C O O Iï. *r£ étoient dans l’ufage de porter leurs cheveux = r=: courts; mais notre relâche ayant été plus longue 1777. cette fois, j’ai vu beaucoup de cheveux longs. Juillet. Leurs modes, en ce point, font fi variées, qu’il eft difficile d’indiquer celle qui cft la plus répan- due. Quelques-uns les portent coupés à l’un des côtés de la tète , tandis que la portion du côté oppofé a toute là longueur; ceux-ci les ont cou- pés ' près , & peut-être raies dans un endroit ; ceux-là ont la tète rafe , excepté une feule touf- fe , qu’ils laiflènt ordinairement près de l’oreille : d’autres les laiflènt prendre toute leur croifiànce, fans y toucher. Les femmes, en général, portent leurs cheveux courts ; les hommes fe coupent la barbe, & les deux fexes s’arrachent les poils fous les aiflèlles; j’ai déjà décrit de quelle maniéré. Les hommes ont des piquetures d’un bleu foncé, depuis le milieu du ventre jufqn’à mi-euiflès. Ils produifent ces piquetures , avec un infiniment d’os, rempli de dents : après avoir plongé les dents dans le fuc du Doecdoce , ils les impri- ment dans la peau, 'à l’aide d’un morceau de bois , & il en réfulte des points 'ineffaçables, lis tracent ainfi des lignes & des figures fi variées & fi bien difpofées, qu’elles ont quelquefois de l’élégance. Les femmes ne fe tatouent que l’in- térieur des mains. Le Roi n’eff point aflujetti à ?6 Troisième Vovage r- " cette coutume, il n’eft pas obligé non plus de 1777. fe faire, dans les temps de deuil, ces blefiiires. Juillet* dont je parlerai tout-à-l’heurc. Les hommes font tous circoncis , ou plutôt fupercis , car on leur coupe feulement un petit morceau de la partie fupérieure du prépuce ; ce qui l’empêche de recouvrir jamais le gland. Ils ne veulent pas autre chofe; ils difent que la pro- preté leur a diflé cette opération. L’habillement des femmes eft le même que celui des hommes; il eft compofé d’une pièce d’étoffe , ou d’une natte , ( plus ordinairement de la première) large d’environ deux verges, & de deux & demie de longueur, & toujours allez long pour faire un tour & demi fur les reins, où il eft arrêté par une ceinture ou une corde. Il eft double fur le devant , & il tombe comme un jupon , jufqu’au milieu de la jambe. La par- tie , qui eft au-deffus des reins , offre plufieurs plis; cnfortc que fi on la développe dans toute fon étendue , il y a allez d’étoffes pour envelop- per & couvrir les épaules, qui relient prefque toujours nues. Tel elt , pour la forme , le vête- ment général des deux fexes. Les Infulaires, d’un rang diftingué , portent feuls de grandes* pièces d’étoffes , & de belles nattes. Le bas-peuple s’ha- bille de pièces plus petites, & très-fouvent , il no « e Coq ic. 77 porte qu’un pagne de feuilles de plantes , ou le — Mciro , qui eft un morceau d’étoffe étroit, ou 1777- une natte refiemblant à une ceinture : ils paffent Juillet, le Maro entre leurs cuiffes, & ils en couvrent leurs reins. Il paroît deftiné principalement aux hommes. Ils ont divers habits pour leurs grands Haivas ou fêtes; mais la forme eft toujours la même ; & les vêtemens les plus riches font plus ou moins garnis de plumes rouges. Je n’ai pu favoir à quelle occafion les Chefs mettent leurs chapeaux de plumes rouges. Les hommes & les femmes ont quelquefois de petits bonnets com- pofés de différentes matières , pour fe garantir le vifage du Soleil. La parure des deux fexes eft auffi la même. Les ornetnens les plus communs , font des col- liers du fruit du Pandanus , ou de diverfes fleurs odoriférantes ; on leur donne , dans le pays , le nom général de Kahulla. Les Natu- rels fufpendent quelquefois fur leur poitrine , de petites coquilles , l’aile & les os de la cuifîè des oifeaux , des dents de requins , &c. Ils portent fouvent , h la partie fupérieure du bras , une na-* cre de perle bien polie , ou un anneau de la meme fubftance fculpté ; ils ont d’ailleurs des bagues d’écaille de tortues, & des bracelets. Les lobes de leurs oreilles , font percés en 84 T RO I S I E M E VOYAGE -r* grands portent un morceau de bois fixé rranfver- 1777. falemcni, afin de le preffer contre terre avec le juillet, pied , d’une maniéré plus aifée : quoique leur largeur ne foit pas de plus de deux h quatre pouces, c’cfl le feul infiniment dont ils fe fer- vent pour fouiller & planter un terrein qui ren- ferme un grand nombre d’arpens. Les planta- tions de bananiers & d’ignames , fe trouvent rangées de maniéré qu’on apperçoit des lignes régulières & complettcs , de quelque côté qu’on jette les yeux*. Les cocotiers & les arbres à pain , font dif- perfés fins aucun ordre ; & ils ne femblent point donner de peine, lorfqu’ils ont atteint une cer- taine hauteur. On peut dire la môme chofc d’un autre grand arbre qui produit une multitude de greffes noix arrondies & comprimées , appellécs JLeefe-e , & d’un arbre plus petit qui porte une noix' ovale , avec deux ou trois amandes trian- gulaires, coriaces & infipides, celui-ci efl appelïé Mabba , & les Naturels le plantent fouvent au- tour de leurs maifons. En général , le Kappe forme des plantations aflèz vafles, mais irrégulières. Les Mawhahas font entre-mclés parmi d’autres productions , ainfi que le Jeejee & les ignames. J’ai remarqué fré- quemment des ignames dans les intervalles des be Cook. 85 bananiers. Les cannes de fucre occupent ordi- nairement peu de terrein , & elles ne font .pas 1777. clair-femées. Le mûrier papier dont les Naturels Juillet, tirent leurs étoffes , eft planté fans ordre , mais ils lui laiffent l’efpace néceflaire à fa croiflàuce , & ils ont foin de nettoyer fes environs. Loftan- danus eft la feule plante qu’ils cultivent d’ail- leurs pour leurs manufactures.; les différons pieds font communément rangés fur une ligne très- ferrée , aux bords des champs mis en culture. Le p and amis ’ cultivé , leur paroît fi fupérieur à celui qui vient naturellement , qu’ils lui donnent un nom particulier , d’où il réfulte qu’ils con- noiffent très-bien les améliorations que produit la culture. Il faut obferver que cette peuplade qui mon- tre beaucoup de goût & d’efprit en pluficurs chofes, en montre peu dans la conftruélion de fes nmifons; au relie, l’exécution en eft moins défeftueufe que la forme. Celles du bas-peuple font de pauvres cabanes très-petites , & elles ga- , ramifient à peine de la rigueur du temps. Celles des bifilaires d’un rang diftingué, font plus gran- des & mieux abritées , mais elles devroient être meilleures. Une maifon de moyenne grandeur, a environ trente pieds de long, vingt de large & douze de hauteur ; c eft , à proprement parler, F 3 1 84 T r o x s i e M e Voyage ~ grands portent un morceau de bois fixé tranfver- 7. fixlemcnt, afin de le prefièr contre terre avec le et. pied , d’une maniéré pins aifée : quoique leur largeur ne foie pas de plus de deux h quatre pouces, c’eft le feul infiniment dont ils fe fer- vent pour fouiller & planter un terrein qui ren- ferme un grand nombre d’arpens. Les planta- tions de bananiers & d’ignames , fe trouvent rangées de maniéré qu’on apperçoit des lignes régulières & complexes, de quelque côté qu’on jette les yeux*. Les cocotiers & les arbres ît pain , font dif- perfés (ans aucun ordre ; & ils ne femblent point donner de peine, lorfqu’ils ont atteint une cer- taine hauteur. Ou peut dire la même chofe d’un autre grand arbre qui produit une multitude de greffes noix arrondies & comprimées, appellées Eeefee , & d’un arbre plus petit qui porte une noix ovale , avec deux ou trois amandes trian- gulaires, coriaces & infipides, celui-ci efi appelle Mabba , & les Naturels le plantent fouvent au- tour de leurs maifons. En général , le Kappa forme des plantations afièz vafics , mais irrégulières. Les Mawhahas font entre-môlés parmi d’autres productions ? ainii que le Jccjec & les ignames. J’ai remarqué fré- quemment des ignames dans les intervalles des I)E C O O K. , 87 La lifte de leurs meubles n’eft pas longue ; ils ; onjt un bowl ou deux, dans lefquels ils font la x 777. Kay a , un petit nombre de gourdes , des co- Juillet, ques de cocos , de petites efcabelles de bois , qui leur fervent de couffins , & quelquefois une ef- cabelle plus grande fur laquelle s’affied le Chef ou le maître de la nmifon. La feule raifon plaufible que je puiflè donner de leur dédain , pour les ornemens de l’architec- ture de leurs chaumières , c’eft qu’ils aiment paf- fionnément à fe tenir en plein air. Ils ne mangent guères dans leurs maifons ; ils y couchent , ils s’y retirent lorfque le temps cft mauvais, & c’eft tout l’ufage qu’ils femblent en faire. Le bas-peuple, qui paffe une grande partie de fa vie autour des Chefs, n’y va ordinairement que dans le dernier cas. Leurs l’oins & leur dextérité pour ce qui a rapport à Farchiteéture navale , fi je peux em- ployer ce nom , e&cufent la négligence que je viens de leur reprocher. La relation de mon fé- cond Voyage, (V) donne la defeription de leurs (a) Vol. I, pag. axs & 2,16 de l’original. Si l’on compare les détails donnés ici par le Capitaine Cook , avec ce que Cantova nous dit des pirogues des JJ - les Carolines , on appercevra encore une grande con- formité fur ce point. Voyez les lettres édifiantes & curieufes , pag. 286. F 4 88 Troisième Voyage pirogues , & de leur maniéré de les conftruire 1777. ou de les manœuvrer, j’y renvoie les Lecteurs. Juillet. Des haches de cette pierre noire & polie, qu’on trouve en abondance h Toofoa , des dents de requin fixées fur de petits- manches qui tien- nent lieu de arriérés , des limes compolees de la peau grolfiere d’une cfpcce de poillbn, atta- chées à des morceaux applatis de bois , plus min- ces d’un côté que de l’autre , & garnis auifi d’un manche , font les feuls outils dont ils le fervent pour conftruire leurs pirogues. Ces embarca- tions , qui font les plus parfaits de leurs ouvrages méchaniques , leur coûtent beaucoup de temps & de travail; & on 11c doit pas s’étonner s’ils en , prennent tant de foin. Ils les conftruifcnt & ils les gardent fous des hangars ; & , lorfqu’ils les lailîcnt fur la côte , ils couvrent la partie fupé- rieure de feuilles de cocotiers , afin de la garan- tir du folcil. Si j’en excepte diverfes coquilles , qui leur tiennent lieu de couteaux, ils n’emploient jamais d’autres outils. Au relie , ils ne doivent fentir la foiblclfe & l’incommodité de leurs inftrumcns , que dans la conftrucHon des pirogues , ou la fa- brique de quelques-unes de leurs armes; car il 4 ne font guères d’ailleurs que des meubles de pê- che & des cordaercs. de Cook. . 89 Ils tirent leurs cordages des fibres de la goufiè de cocos ; ces fibres n’ont que neuf ou dix pieds 1777. .de long, mais ils les joignent l’une à l’autre en Juillet, les tordant; ils en font ainfi des ficelles de l’é- pailfeur d’une plume , & d’une très-grande lon- gueur , qu’ils roulent en pelottes , & qu’ils réu- nifient enfuite , pour avoir de gros cordages. Leurs lignes de pêche font aufii fortes & aufii •unies , que les meilleures des nôtres. De grands & de petits hameçons forment le refie de leur attirail de pêche ; les derniers font en entier de nacre de perle ; mais les premiers font feulement recouverts de cette matière. La pointe des uns & des autres cfi ordinairement d’écaille de tor- tue ; celle des petits efi fimplc , & celle des grands barbelée. Ils prennent avec les grands , des bonites & des albicores; pour cela, ils adap- tent à un rofeau de bambou , de douze ou qua- . torze pieds de long , l’hameçon fufpendu à une ligne de la même longueur. Le bambou efi afiïi- jetti par upe piece de bois entaillée , poféc à l’arriére de la pirogue, &, à mefure que l’em- barcation s’avance, elle traîne fur la furface de la mer , fans autre appât , qu’une toufic de lin qui fc trouve près de la pointe. Ils pofièdent aufii une multitude de petites feines , dont quel- ques-unes font d’une texture très-délicate; ils s’en 90 Troisième Voyage — . fervent pour pêcher dans les trous des récifs , au 1777- moment du reflux. Juillet. Leurs autres ouvrages méchaniqucs font fur- tout des flûtes de rofeau compofées , des flûtes Amples , des armes de guerre , & ces cfcabellcs qui leur tiennent lieu de couflins. Les flûtes com- pofées 0111; huit, neuf ou dix rofeaux placés pa- rallèlement, mais dans une progrefflon qui n’clt pas régulière; car les plus longs font quelque- fois au milieu, & il y en a plufleurs de la même longueur. Je n’en ai vu aucun qui donnât plus de fix notes ; ils paroiflènt incapables d’en tirer une mufique dont nos oreilles puifiènt diftinguer les divers fons. (a) Les flûtes Amples font des •morceaux de bambou , fermés aux deux bouts , & garnis de Ax trous , deux defqucls font voifins des extrémités; en jouant, ils ne font ulàgc que de deux des trous du milieu, & de l’un de ceux de l’extrémité. Ils bouchent la narine gauche avec le pouce de la main gauche ; & , avec la narine droite , ils fouillent dans le trou de l’ex- trémité : ils mettent le doigt du milieu de la main gauche , fur le premier trou de la gauche , (<z) On trouve, dans le fécond Voyage de Cook, vol. I , pag. aai de l’original , planche XXI , une ligure de cette flûte de rofeau compofée. de Cooic. 91 & l’index de la droite , fur le trou inférieur de — — ce côté : ainfi , avec trois notes feulement , ils 1777. produifent une mufique fimple & agréable, qu’ils Juillet, varient beaucoup plus qu’on ne le croiroit , vu l’imperfeélion de leur inftrument. Ils ne paroif- fent pas goûter notre mufique , qui eft fi com- pliquée ; & cela vient peut-être de l’habitude d’entendre la leur , qui eft compofée de fi peu de notes. Au refte , ils trouvent du plaifir à des chants plus groffiers encore que les leurs ; car nous remarquâmes qu’ils écoutoient avec intérêt ceux de nos deux Zélandois , lcfquels poufloient des fons forts , qui n’avoient rien de mélodieux ou de mufical. Les armes qu’ils fabriquent , font des maflùes de différentes cfpeces , dont la fculpturc eft très- longue, des piques & des dards. Ils ont des arcs & des fléchés , qui femblent deftinés feulement h leurs plaifirs , à la chaflè des oifeaux , par exem- ple, & non pas à tuer leurs ennemis. Les efca- belles ont à-peu-près deux pieds de long, quatre ou cinq pouces d’élévation , & environ quatre pouces de largeur ; elles fe courbent dans le mi- lieu , & elles portent fur quatre forts jambages , qui ont des pieds circulaires : elles font d’un feu! morceau de bois noir ou brun, bien poli & in- crufté d’ivoire. Ils incruftent également d’ivoire, 92 Troisième Voyage rr=s les manches de leurs chaffe-mouchcs , qu’ils iculp- i?77. tent d’ailleurs. Ils font avec de l’os , de petites Juillet, figures d’hommes, d’oifeaux, & d’autres chofes; travail qui doit erre difficile , car ils n’emploient qu’une dent de requin. Les ignames , les bananes , & les noix de co- cos , forment la plus grande partie des végétaux dont ils fe nourriflènt; les cochons, les volailles, les poiffons, & les coquillages de toute efpcce, font les principaux articles de leurs nourritures animales , mais le bas -peuple mange des rats. L’igname , la banane , le fruit à pain , le poiflbp & les coquillages deviennent leur reflource habi- tuelle aux diverfes époques de l’année ; les co- chons , les volailles & les tortues parodient être des friandifes extraordinaires réfervées pour les Chefs. L’intervalle entre les faifons des végétaux, doit être quelquefois confidérable; car ils prépa- rent une forte de pain fie banane , qu’ils tiennent en réferve : pour cela , ils dépofent les fruits fous terre , avant qu'ils foient mûrs , & ils les y laiffent jufqu’au moment de la fermentation ; ils les en tirent alors , & ils en font de petites hou- les li aigres & de fi mativaife qualité , qu’ils pré- féraient fouvent notre pain , quand même il écoit un peu moifi. En général , ils cuifent leurs alimens au four, DE C O 0 IC. f>3 de la même maniéré qu’à O-Taïti , & ils ont —— —— l'art de tirer de quelques fruits , différons mets 1777. que la plupart d’entre nous jugèrent très-bons. Juillet. Je ne les ai jamais vu faire ufage d’aucune efpece de fauiïè, ou boire à leur repas autre chofe que de l’eau , ou du jus de cocos : ils 11e boivenc la Kava que le matin. Leur cuifine ou leur ma- niéré de manger font mal-propres ; en général , ils pofent leurs alimens fur la première feuille qu’ils rencontrent, quelque fale qu’elle foit; mais les nourritures deftinées aux Chefs , fe mettent communément fur des feuilles vertes de bana- niers. Quand le Roi fàifoit un repas , il étoic fervi par trois ou quatre perfonnes ; l’une décou- poit; une fécondé divifoit en bouchées les gros morceaux ; & d’autres étoient prêtes à offrir les noix de cocos , & les diverfes chofes dont il pauvoit avoir befoin. Je n’ai jamais rencontré de nombreux convives dînant cnfemblc , ou man- geant à la même portion : lors même qu’ils pa- roiffeiit réunis pour un repas, on divife les mets en grolîcs portions , deftinées à un certain nom- bre; ces groftès portions fe fous-divifent, enforte qu’il eft rare de trouver plus de deux ou trois Naturels qui mangent cnfeinble. J’ai déjà dit que les femmes ne font point exclues des repas des hommes ; mais il y a des dalles d’Infulaires qui ioo Troisième Voyage — dureraient cinq jours, & que chacun des prin- 1777. cîpaux perfonnages de l’Ifle y affifleroit- Juillct. La durée & l’univcrfiilité de leurs deuils, an- noncent qu’ils regardent la mort comme un très- grand mal : ce qu’ils font pour l’éloigner , le prouve d’ailleurs. Lorfque j’abordai fur ces Iflcs, en 1773 , je m’apperçus qu’il manquoit aux Na- turels, un des petits doigts de la main, & fou- vent tous les deux : on ne me rendit pas alors un compte latisfaifant de cette mutilation ; (V) mais on m’apprit cette fois , qu’ils fe coupent les petits doigts, lorfqu’ils ont une maladie grave, & qu’ils le croient en danger de mourir : ils fup- pofent que la Divinité, touchée de ce (àcrifice leur rendra la fanté. Ils font l’amputation avec une hache de pierre. Nous en vîmes à peine un fur dix qui ne fût pas mutilé de cette manière : ces petits doigts de moins produiront un clfet défàgréable , fur-tout quand ils les coupent fi près , 'qu’ils enlèvent une partie de l’os de la main, ce qui arrive quelquefois. ( 7 /) (<z) Voyez le fécond Voyage de Cook, tome I, page îî 2, de l’original. (Zi) J’ajouterai ici, d’après l’autorité du Capitaine King, qu’il eft très-commun de voir le bas-peuple fe couper une des jointures du petit doigt , lorfque les Chefs dont ils dépendent font malades. 101 J) F. C O O IC. En voyant avec quelle rigueur ils pratiquent — quelques-unes de leurs cérémonies funèbres ou 1777. religieufes., on eft tenté de croire qu’ils cher- Juillet, client à affiner leur bonheur au-delà du tom- beau , mais ils n’ont guères en vue que des cho- fes purement temporelles; car ils femblent avoir peu d’idée des cMtimens d’une autre vie , à la fuite des fautes commiles dans ce monde. Ils pen- fent néanmoins qu’ils méritent d’étre punis fur la terre, & ils n’oublient rien de ce qui peut mériter la bienveillance de leur Dieu. Ils don- nent le nom de Kallafootonga à l’Auteur Su- prême de la plupart des choies; ils difent que c’eft une femme ; qu’elle réfide au Ciel ; qu’elle dirige le tonnerre , les vents & la pluie , & en général toutes les variations du temps; ils imagi- nent que , lorsqu'elle eft fâchée contre eux , les récoltes font mauvaifes ; que la foudre détruit une multitude de corps; que les hommes font en proie à la maladie & h la mort, aufli-bien que les cochons & les autres animaux ; & que , li la colere de Kallafootonga diminue , tout rentre dans l’ordre naturel : il paroît qu’ils comp- tent beaucoup fur l’efficacité de leurs efforts pour l’appaifcr. Ils admettent plulieurs Dieux inférieurs à Kallafootonga ; ils nous parleront en parti- culier de Toofooa-Boolootoo , ou du Dieu des 102 T R 0 I S I E M E V O Y A G E •zzzzzz nuages & de la brume , de Tallet eboo , & de quel- *777- ques-uns qui habitent les Cieux. Celui qui oc- Juillet. cupe le premier rang & qui a le plus d’autorité, eit chargé du gouvernement de la mer & de fes productions ; ils l’appellent Futtofaihe , ou, comme ils prononcent quelquefois, Footafooa ; ils difent qu’il cil de l’efpece mâle, & qu’il a une femme nommée Fy k aoa-Kaj ce a ; ils croient qu’il y a dans l’Océan, comme au Ciel, plu- fleurs Potentats inférieurs, tel que Vahaa-Fo- nooa , Tareeava , Mattaha , Evaroo , &c. Toutes les files de ce grouppc n’adoptent pas cependant le même fyftême religieux ; car le Dieu Suprême de Hapaec , par exemple, cil appelle Alo-alo , & il y a des Mes qui adorent deux ou trois Divinités particulières. Au relie, ils lé forment des idées très-abfurdes fur la puif- fance & les attributs de ces Etres fupérieurs, qui, félon leur croyance , prolongent feulement julqu’à la mort, les foins qu’ils prennent des hommes. Toutefois .ils ont des principes fàins fur la fpirituulité & l’immortalité de Pâme. Ils lui don- nent le nom de vie, ou de principe vivant, ou ce qui eft plus conforme à leur fyllêmc général de mythologie, à'Otona , c’eft-n-dirc, d’une Di- vinité , ou d'un Etre invilihlc. Ils croient qu’im- médiatement après le trépas , les âmes des Chefs D E C O O K. 103 il leparent de leur corps , & qu’elles vont dans un endroit appellé Boolootoo , où elles rencon- 1777. trent le Dieu Gooleho. Il paraît que ce Gooleho Juillet, efl la mort perfonnifiéc ; car ils avoient coutume de nous dire : “ Vous & les hommes de Feejee „ vous êtes fournis à la puiflànce & h l’autorité „ de Gooleho. „ J’obierverai qu’en nous allociant ainfi à une peuplade qu’ils redoutent, ils vou- loient nous faire un compliment , & reconuoître notre fupériorité. Perfonne n’a jamais vu le pays de Gooleho , qui cil le rendez-vous général de tous les morts; nous jugeâmes cependant qu’ils le placent à l’Oucil de Feejee ; que ceux qui y arrivent une fois , vivent à jamais , on pour me fervir de leurs expreffions , qu’ils ne, font plus fournis à la mort; & qu’ils y trouvent en abon- dance, celles des productions de leur pays, qu’ils aiment le mieux. Quant aux âmes des dalles in- férieures du peuple , elles fubiflènt une forte de tranfmigration , ou s’il faut me iervir de leur lai> gage , elles font mangées par un oileau appellé Loata , qui voltige autour des cimetières. Je crois pouvoir aiïurer qu’ils n’adorent aucun ouvrage de leurs mains , ou aucune partie vifiblc de la création. Ils n’ofFrcnt pas h leurs Dieux, comme les O-Taïtiens , des cochons , des chiens & des fruits , à moins que ce, ne foit d’une G 4 io4 ' Trojsiëme Voyage manière emblématique; car nous n’apperçûmes 1777* rien de pareil dans leurs Morais, ; mais il m’eft Juillet, démontré qu’ils leur offrent des facriliccs humains. Leurs Morais ou Fiatookas ( on leur donne ces deux noms & fur-tout le dernier) fervent en même-temps de Cimetières & de Temples, ainfi qu’aux Mes de la Société , & en diverfes par- ties du globe. Quelques-uns nous parurent deili- nés feulement aux fépuküres ; ils écoient petits, & inférieurs aux autres à cous égards. # Nous ne pouvons parler que de la forme gé- nérale du Gouvernement des IJles des Amis. II règne parmi eux une lubordination qui reiïèmble au fyffêrae féodal de nos Ancêtres ; au refte , j’avoue que je ne connois pas même impar- faitement les fous - divifions de l’autorité, les parties intégrantes de fadminifl: ration , & l’en- chaînement de ces parties d’où réfultc un corps politique. Quelques Infulaires m’ont dit que le pouvoir du Roi oit illimité, & qu’il eit le maî- tre de la propriété & de la vie de lès fujets; mais le petit nombre d’obfervations qui fe font offertes h nous fur ce point , font plus contraires que favorables h l’idée d’un Gouvernement def- potique. Marecvvagee, le vieux Toobou & Fée- nou agiffoient comme de petits Souverains , & ils traverfoient fréquemment les mefurcs du Roi, X) F, C O O K. 105 dont ils cxcitoicnr. les plaintes. La Cour de ces — — — — deux Chefs, les plus puiflàns du pays, étoitaufli 1777. brillance que celle du Monarque : nous comptions Juillet, après eux Féenou & le fils de Mareewagee. Si les Grands Perfonnages ne font pas fournis au pouvoir domeftique du Roi , il nous fut démon- tré aïïèz fouvent , que la propriété & la sûreté perfonnelle du bas-peuple font à la merci des Chefs dont ils dépendent. Il y a à Tongataboo une multitude de Dif- trifts; nous apprîmes les noms de plus de trente. Chacun de ces Cantons a nn Chef particulier, qui termine les différends , & qui rend la jufti- ce ; mais il nous a été impoffible de connoître , avec quelque précifion , l’étendue de leur pou- voir, ou les règles qu’ils fuivent, pour propor- tionner les chûtimens aux délits. La plupart de ces Chefs ont , dans les autres Iflcs , des Domai- nes, d’où ils tirent des fubfides. Nous favoiis du moins, que le Roi reçoit de Tongataboo , h certaines époques, le produit de fes Domai- nes éloignés. Cette Ifle cfi fa réfidencc princi- pale, & elle paroît être aufli celle de tous les Perfonnages d’importance , des Iflcs des Amis. Les Naturels l’appellent ordinairement la Terre des Chefs , & ils nomment les Iflcs fubordon- nées , les Terres des Serviteurs. io6 Troisième Voyage = 3 = Le bas-peuple ne fe contente pas de donner 1777- à ces Chefs le titre de Seigneurs de la Terre; Juillet. Us les appellent en outre Seigneurs du Soleil & du Firmament. Les Membres de la Famille du Roi prennent le nom de Futtafaihe , c’cft-à-dirc celui d’un de leurs Dieux, qui cil vraifcmblable- ment leur protecteur , & peut-être leur Ancêtre commun. Toutefois le Souverain 11 ’a d’autre titre que celui de Tooce-Tonga. Les Naturels gardent en préfencc de leurs Chefs & fur-tout du Roi , une décence vraiment admirable. Lorfquc le Monarque s’alfied chez lui , ou en dehors de Ta maifon , tous les gens de là fuite s’afleoient en même-temps, & for- ment un cercle devant lui ; mais ils ne manquent jamais de laiflèr entre le Prince & eux , un cf- pace libre , que perfonne n’ofe traverler fans avoir une afliiire particulière. On ne peut non plus palier ou s’afïèoir, derrière lui, & même près de lui, qu’avec l'on ordre ou là permilfion; & , comme on nous accorda fouvent ce privilè- ge, il n’elt pas befoin de citer d’autres preuves, du refpcét que nous leur infpirions. Lorfqu’un des Naturels veut parler au Roi, il s’approche & il s’alficd aux pieds du Souverain ; il s’expli- que en peu de mots, & quand il a reçu une réponfe , il va reprendre fa place dans le cercle. i) io C o o ic. 107 Mais fi le Roi parle à l’un de les fujets, celui-ci — répond de l’endroit où il fe trouve & fans le 1777. lever, à moins qu’on ne lui commande quelque Juillet, chofe ; dans ce cas , il quitte fa place , pour aller s’alfeoir aux pieds du Chef, les jambes croifécs : ils font fi habitués à cette pofiure , que toute au- tre maniéré de s’allèoir leur clt défagréable. (ri) Celui qui parlerait ici debout au Roi , ferait réputé auffi greffier que les hommes parmi nous, qui fe tiendraient allis & le chapeau fur la tête , en adrefiànt la parole h leur Supérieur , placé debout & découvert. Aucune des Nations du monde les plus civi- lifées , ne femblc furpaflèr celle-ci dans le bon ordre de fes aflèmblées , dans l’empreficment avec lequel elle obéit à fes Chefs , dans l’harmo- nie qui régné parmi toutes les dalles du peuple, & qui les dirige, comme fi elles ne formoient qu’un feul homme ,' mené par des principes invariables. On efi: frappé fur-tout de cette ré- gularité de conduite, lorfque les Chefs haran- guent une troupe d’Infulaires , ce qui arrive fou- vent : l’auditoire garde le plus profond filence, (//) Cette maniéré de s’alTeoir elt particulière aux hommes; lorfque les femmes font affifes, elles ont toujours les jambes jettées un peu fur le coté. Nous devons cette remarque au Capitaine King. io8 Troisième Voyage — — durant le difcours , il prête une attention , qu’on 1 777' ne trouve pas dans nos Sénats où l’on agite les Juillet, qucllions les plus intéreilàntcs & les plus férieu- fes. Quel que fût le l'ujet d’un difcours, nous n’avons jamais vu l’un des auditeurs montrer de l’ennui ou du déplaifir, ou rien qui annonçât le defir de s’oppofer à la volonté de celui qui avoit le droit de donner des ordres. Telle eft même la force de ces Loix verbales , fi je puis les uppeller ainfi , qu’un des Chefs fut étonné de ce qu’on avoit agi contre de pareils ordres, dans une occa- fion où il me parut que le délinquant n’avoit pu en être informé allez tôt pour s’y foumettre. (ri) Quelques-uns des Chefs les plus puiffîms le difpntent au Roi, en ce qui regarde l’étendue des domaines; mais la dignité de l’on rang, & les marques de relpeél qu’il reçoit des diverfes dalles du peuple , le mettent bien au-dellùs d’eux : en vertu d’un privilège particulier de là fouveraincté , il n’a point le corps piqueté; il n’eft pas circoncis, comme le font fus lujets; quand il le montre en public , tous ceux qu’il {a) Cantova nous apprend que les Naturels des Ijles Caroline.! , font aufli fournis aux ordres du Ta- mole. “ Ils reçoivent fes ordres avec le plus profond « refpeft. Ses paroles font autant d’oracles qu’on rtS- *> vere. » Lettres édifiantes &• curieufes , t, IV , p. 311. n e Cook. *09 rencontre doivent s’affeoir , jufqu’à ce qu’il aie ----- - paiïe ; les Naturels ne peuvent fe tenir dans un 1777. endroit qui fe trouve au-defliis de fa tête , il faut Juillet, au contraire qu’ils viennent fe mettre fous les pieds. On ne peut rien imaginer de plus relpec- tueux , que le cérémonial obfervé envers le Sou- verain , & les autres grands perfonnages de ces Illes. Ceux qui veulent faire leur cour , s’ac- croupifîènt devant le Chef, ils pofent leur tête fous la plante de fes pieds ; & , après avoir tou- ché d’ailleurs fes pieds avec le dedans & le re- vers des doigts des deux mains , ils fe lèvent & ils fe retirent. Il paraît que le Roi ne peut re- buter aucun de ceux qui viennent lui rendre cet hommage appellé Moe-Moea ; car le bas-peuple s’avifa fouvent d’ufer de ce trille droit, lorfque le Roi mnrehoit; le Prince alors étoit toujours contraint de s’arrêter , & de tendre un de fes pieds par derrière, jufqu’h ce que le courtilan eût achevé la cérémonie. De pareils hommages- doivent incommoder beaucoup un homme auflï lourd & aiilfi pefant que Poulaho ; & je l’ai vu quelquefois faire un détour, pour éviter les In- fulaires qui arrivoient près de lui , ou pour ga- gner un endroit où il put s’alïèoir à fon aife. Il y a des occafions , où les mains qui ont touché les pieds du Roi , deviennent inutiles pour quelque i 16 T R Ü 1 S 1 E 1VI E V 0 Y A G Iî nous ne pûmes favoir que les détails généalogi- 1 777. ques, dont je viens de parler. La mere, & une Juillet, des filles, réfidoient h Vavaoo ; le fils appellé Latooliboolo , & une fécondé fille nommée Moungoula-Kaippa , dcmeuroicnc à Tonga fa* boo; la troifiemc fille dîna avec moi le ai Juin, comme je l’ai raconté plus haut. Le lcéteur le fouvient que le Roi ne voulut point manger de- vant elle ; que la Princcflè n’eut pas la même réferve ; que Poulaho lui toucha le pied , & lui rendit d’ailleurs les hommages qu’il recevoir des autres Infulaires. Nous n’avons jamais eu occa- iion de lui voir donner ces marques de rcfpeft à Latooliboolo , mais nous l’avons vu interrompre ion repas , & faire éloigner les alimens , lorf- que Latooliboolo venoit le trouver. Latooli- boolo cnvahifToit à la fantailie les propriétés des vaiflèaux du Roi; cependant, à la cérémonie ap- pelle Natche , il n’eut que le rang des Chefs ordinaires. Scs compatriotes le croyoient fou, & plulieurs de les aétious annonçoient de la dé- mence. On me montra à Eooa beaucoup de ter- res qui lui appartenoient ; je rencontrai un jour ion fils encore enfant, il portait Je même titre que le pere. Le fils du plus grand Prince de l’Eu- rope , n’eft pas plus careflé , de n’eil pas fervi avec plus de complaifance que l’étoic cet enfant. 117 DE C O O K. La langue des Ifles des Amis a la plus grande affinité avec les idiomes de la Nouvelle-Zélan- l 777- de , de IVateeoo & de Mangeea , & par con- Juillet, féquent avec celui d 'O-Taûi & des Ifles de la Société. Elle emploie, en bien des occafions, les mêmes mots que le dialecte de l’Ifle des Co- cos , ainfi qu’on le voit par le vocabulaire qu’en ont rapporté le Maire & Schouten. (a) La pro- nonciation différé fouvent beaucoup , il efi: vrai , de celle de la Nouvelle-Zélande & düO-Taïti; mais il y a un plus grand nombre de mots exac- tement les mêmes, ou fi peu altérés-, qu’on ( a ) Ce Vocabulaire fe trouVe à la fia du fécond volume de la colleûkm des Voyages de Dalrymplej l’équipage de Tafman voulut employer les mots de ce Vocabulaire en parlant aux Naturels A' sim Jlcr- clam ou de Tongataboo , & il ne put fe faire enten- dre. Cette remarque eft digne d’attention ; elle mon- tre que pour établir l’affinité , ou le défaut d’affinité des langues des différentes Ifles de la Mer Pacifi- que, on doit faire valoir avec réferve les argumens tirés des faits rapportés dans les Journaux des Na~ vigateurs , dont la relâche a été auffi courte que celle de Tafman, & même dans ceux de la plupart des Navigateurs qui l’ont fuivi. Perfonne n’ofera dira qu’un Naturel de l’Ifle des Cocos , 6c un habitant de Tongataboo , ne s'entendraient pas. Quelques-uns des mots de l’idiome de l’Ifle de Horn, autre terre découverte par Schouten, appartiennent auffi au dia- le ûe de Tongataboo. Voyez la colleftion deDalrympIe» H 3 1 I f i T K 0 I S I Iï M E V O Y A G F. — explique d’une maniéré làrisfaifantc leur origine 1777. commune. L’idiôme des Ifles des Amis cil; allez Juillet, riche, pour énoncer toutes les idées des Infu- laires; &nous avons eu des preuves multipliées, qu’il s’adapte aifément au chant ou au récitatif; qu’il cil même allez harmonieux dans la con- verfation. Ses élémens font peu nombreux , fi nous pouvons en juger d’après nos foiblcs con- noilîànces ; & quelques - unes de fcs réglés fe trouvent conformes à celles des idiomes perfec- tionnées : nous y obfervâmes , par exemple , les différais degrés de comparaifon dont fe fert le Latin ; mais nous n’y apperçûmes pas de variétés dans les terminaifons des Noms & des Verbes, Nous fournies venus à bout de recueillir trois ou quatre cents mots ; & , parmi ces mots , il y en .a qui expriment les nombres jufqu’à cent mille : les Naturels ne- comptent jamais par-delà ce terme. 11 paroît qu’ils en font incapables, car nous obfervâmes qu’arrivés à‘ ce point, ils fe fervent ordinairement d’un mot qui défigne un nombre indéfini. Je publierai ici un petit voca- bulaire tiré d’un recueil beaucoup plus étendu; j’ajouterai fur une fécondé colonne , les termes O-Taïtiens qui ont la même lignification. Je dé- montrerai ainfi , d’une maniéré fenfiblc , que l'i- diome des Ifles des Amis , & celui à'O-Taïti , 1) E C O O K. J [J font des dialectes de la môme langue ; & j’indi- — querai, en même-temps, les lettres particulières 1 777 - dont l’addition, l’omifiion, ou l’altération pro- Juillet, dnifent les différences qu’on y remarque. Il faut obferver toutefois qu’il doit fe gliffcr de grandes erreurs , dans les vocabulaires de cette efpece. Les idées des Infulaircs , qui nous ont appris ces mots, étoient fi différentes des nôtres, que nous avions bien de la peine à leur défi- gner l’objet de nos recherches. En fuppolant que nous y avions toujours réulfi , il eft clair qu’oit doit mal lavoir un idiome , qu’on a appris d’un maître qui né connoifloit pas un feul mot de la langue de fon écolier. Indépendamment de ces difficultés , il relloit toujours pour nous une fource féconde de méprifes ; car il nous était impoffible de faifir exaétement le vrai fon d’un mot, que nous n’avions jamais entendu. J’ajou- terai que la prononciation des Infulaircs cil , en général, fi peu diftinéte, qu’il arrivoit rarement h deux d’entre nous , écrivant le même mot prononcé par la même perfonne , de faire ufage des mêmes voyelles , pour le peindre. Il y a plus encore ; nous ne nous trouvions pas d’accord fut les éonfonnes, dont les fons prêtent moins h l’équivoque. L’expérience nous fit voir d’ail- eurs, que nous altérions, d’une maniéré bizarre, H 4 120 Troisième V o y a c b quelques-uns des mots les plus ordinaires; parce 1777* que les Naturels avoient entrepris de nous imiter. Juillet, ou parce que nous les avions mal compris. Ainfi, nous nous fervions tous du mot Cheeto , pour défigner un voleur , & le véritable terme ne ref- fembloit point du tout à celui-là. La méprife vint d’une autre , dans laquelle nous étions tom- bés à la Nouvelle-Zélande ; quoique le terme de Kaeehaa , employé par les Zélandois pour défigner un vol , foit abfolumcnt le même que celui du dialecte des J/les des Amis , nous avions entendu à la Nouvelle-Zélande , Tek te , & nou#lc prononçâmes ainfi à Tongataboo. Les babitans de cette derniere Ific voulant imiter notre prononciation , le plus qu’il leur étoic pol- fible , fabriquèrent le mot Cheeto , que nous adoptâmes d’abord comme le véritable mot de leur langue. On n’a rien négligé de ce qui de- voir rendre un peu correétc , la Table fuivante. François. Langue des Langue Ijîes des Ami s* d 'O-Taiïu Le foleil. Le feu. Le tonnerre. La pluie. Le vent. lulaa. Evaa. Eafoi. Eahoi. Fatoore. Pateere. Ooha. Eooa, Matangce. Mataee. ï 21 b b Cook. François. Langues des Ijles des Amis '» Langue d 'O-Ta'iti, Chaud, Mafanna. Mahatma. Les nuages. Ao. Eao. Terre. Avy. Evy. Dormir. Mohe. Moe. Un homme. Tangata. T a ata. Une femme. Vefaine. Wahcine . Une jeune fille. Taheine. Toonea. Un domeftique ou une pcrfonne des derniers rangs. Tooa. Toutou ouTeott' L’aurore ou le point du jour. Aho. Aou . Les cheveux. Fooroo. Eroroo. La langue. Elelo. Ererol L’oreille. Tareenga. Tarée a. La barbe. Koomoo. Ooma. La mer. Tahee. Taca. Un canot ou une pirogue. Wakkct . Evaa. Noir. Oole. Ere. Rouge. Goola. Oora oora. Une lance ou une pique. Tao. Tao. Un parent. Motooa . Madooa. Qu’elt-ce là? Kohaeea ? Tahaeea? 1777 , juillet. lia T R O I S 1 E M K V O V A G R 1777 . Juillet. t, . Langue clos rrançois. , . . Jjlcs des Amis. Langue cl 'O-Tuïti. Tenir ferme. Eflùyer ou nettoyer Amou. Mou. quelque chofe. Horoo. Horace. Se lever. Pleurer ou verfer Etoo. A100. des larmes. Tangec. T uec. Manger ou marcher. Eky. Ey. Oui. Ai. Ai. Non. Kacc. Ace. Vous. Koe. Oc. Moi. Ou. Wou. . Dix. Otigofooroo. Ah 00 roo. Avant de quitter ces Ides , je vais rapporter les Obfervations Aftronomiques & nautiques, que nous avons laites durant notre féjour. Je remarquerai d’abord que la différence de longitude entre Annamooka & Tongataboo , eff un peu moindre que ne l’annoncent la Carte & le Journal de mon fécond Voyage. Une er- reur fi légère a pu s’introduire d’autant plus aifé- jiiént, que nous prîmes les longitudes des deux terres, fans rapporter l’une à celle de l’autre. Leur éloignement fc trouve déterminé aujour- d'hui, avec un degré de précifion qui écarte be Cook. 123 toute erreur. Pour en être convaincu, il Mit de as * '-= jetter les yeux fur la Table que voici : \ 777 - La latitude de notre Obfer- Juillet, vatoire à Tongataboo , fut , d’après le réfultat moyen de plufieurs Obfemtions, de ... . ai d 8' 19" Sud. La longitude , par un milieu de 131 fuites d’obfervations de la lune , qui formèrent plus de mille diftançes obfervées entre la lune , le foleil & les étoiles , fut de 1 84 e1 55' i8" EU. La différence de longitude indiquée par le garde-temps, entre le point où fc trouvoit notre obfervatoire , h Tonga- taboo , & celui où il étoit à Annamooka , fut de o d 1 6 / o li Ainfi la longitude à' Anna- mooka eft de 1 85 d n ; 1 8" Eft. La longitude de cette Ifle, indiquée par le garde-temps , eft , félon le mouvement jour- nalier qu’il avoit à Gréenwich. 1 86 d 1 2 ; 27" - Selon le mouvement journa- lier qu’il avoit ù la Nouvelle- Zélande .....i84 d 37' Q ° 124 T a o i s i e m b V o y a g k ==r=a Sa latitude cil de 20 e1 15' ï? 77 * On obfervera qu’à Tongataboo , notre obfer- Juillet. vatoire fe trouvoit près du milieu du côté fep- tcntrional de l’Iilc , & qu’à Annamooka , il croit au côté occidental. La Carte achèvera d éclaircir ce point. Le 1 Juillet, à midi, la montre marine rc- tardoit fur le temps moyen de Greenwich , de 12 11 34 ; 33" a; & fon retard journalier furie mouvement moyen , étoit , à cette époque , de 1' 783 par jour : les longitudes que nous déterminerons par le garde-temps , feront défor- mais calculées d’après ce retard journalier; & nous fuppoferons que la vraie longitude de Tonga- îaboo , à l’Eft de Gréenwich , cil de 1 ihp 1 55 ' 1 8", ou de i2 d 19' 41" 2. Selon le réfultat moyen de plufieurs Obferva- tions, l’extrémité méridionale de l’aiguille ai- mantée inclinoit à Lcfooga , l’une des Iilcs 11 a- paee, de 3ô J 33/ A Tongataboo de 39 l| 1 1 , La déclinaifon de l’aimant fut obfervée à bord , fur la côte d’ Annamooka , de g 0 / n ,/ , ^ A l’ancre par le travers de Kotoo , entre Annamooka & llapace , de ^ lA «cf k DE C O O K. 1*5 A l’ancre par le travers de Lefooga , de io d 1 1 ' 40" A 'Tongataboo h bord, de 9 d 44 y 5" | A Tongataboo furlacôte, de 10 <i 12. 1 58" Je ne puis expliquer pourquoi la déclinaifon à Annamooka fit aux environs , eft moindre d’une quantité fi conltdérable , que dans les deux autres endroits dont je viens de parler. Je dirai feule- ment que nies obfervations font exaéles , & que la déclinaifon devroit être plus grande h Anna- mooka. , puifqu’on l’a trouvée en effet plus forte au Nord, au Sud, fi l’Eft & à l’Oueft de cette terre. Au refte , la même Bouffole a donné fou- vent des écarts encore plus marqués ; fit fi je cite cet exemple, c’eft parce que je fuis perfuadé qu’il finit en attribuer la caufe , quelle qu’elle foit, au local, fit non pas aux aiguilles; carM.Ikyly a obfervé une pareille variation , fit même celle qu’il a remarquée exccdc la mienne. Les marées font plus fortes fur ces Ifles, que fur aucune autre des terres fituées en-dedans des Tropiques , dont j’ai fait la découverte. La mer cft haute à Annamooka , fur les fix heures, à l’époque des pleines fit des nouvelles Lunes; clic y monte d’environ fix pieds. La mer cft haute dans le havre de Tongataboo , h fix heures cinquante minutes , aux pleines & aux nouvelles 1777. juillet. 13a Troisième Voyage t lendemain à la pointe du jour, j’attaquai le côté 17 77. Nord-Oueft ou fous le vent de l’Iflc; & comme Août, nous faifions le tour de fa partie méridionale ou o. Sud-Oueft, nous la vîmes environnée par-tout d’un récif de rocher de corail qui s’étcudoit eu quelques endroits à un mille de terre , & fou- mife à Faétion d’un refïïtc élevé. Quelques per- fonnes de l’équipage crurent appercevoir une autre terre au Sud de celle-ci ; mais cette nou- ; velle terre étant au vent , je ne pus m’occuper de la vérification de leur conjeéture. En nous approchant , nous découvrîmes en différentes parties de la côte , des Infulaires qui fe prqjne- noient, ou qui couroient le long du rivage; dès que nous eûmes atteint le côté fous le vent, nous les vîmes bientôt lancer à la mer deux pirogues conduites par douze hommes qui ra- moient vers nous. Je diminuai de voiles afin de donner aux pi- rogues le temps de nous joindre , & au Mafter le loifir de chercher un mouillage. A un demi- mille du récif la fonde rapporta de quarante h trente-cinq braflès, fond de beau fable : plus près , le fond étoit parfemé de rochers de corail. Les deux pirogues s’étant avancées à une portée de piflolct du vaifièau, elles s’arrêtèrent; Ornât employa ici toute fon éloquence , ainfi qu’il D E C O O K. Î33 l'avoir toujours fait en des oceafions pareilles, - pour engager les Infulaires a venir à la hanche x 777. du vailîêau ; fes follicitations & fes carelîes ne Août, purent les y déterminer : ils ne cellèrent de nous montrer la côte avec leurs pagaies & de nous inviter à y defeendre ; plusieurs de leurs Com- patriotes placés fur la greve , agitoient quelque chofe de blanc , & nous jugeâmes qu’ils nous invitoienc auflî à débarquer. Nous aurions pu mouiller , car il fe trouvoit un bon ancrage en- dehors du récif, & en-dedans , une ouverture fans reflac , par laquelle les pirogues étoient for- tics, & où il y avoit plus d’eau qu’il n’en falloit pour nos canots , s’il n’y en avoit pas allez pour la Réfolution & la Découverte ; mais je ne crus pas devoir m’expofer h perdre l’avantage d’un vent favorable , afin d’examiner une Ille qui me paroilfoit de peu d’importance. Nous n’a- vions pas befoin de rafraîchilfemens , & notre arrivée aux Mes de la Société ayant déjà été fi retardée par des contretemps imprévus , je vpu- lois éviter tout ce qui pourrait prolonger ce délai : m’appercevant donc que les Infulaires ne s’approcheroient pas de nous davantage, je les, quittai &je marchai au Nord. Ils m’apprirent le nom de leur Me , à laquelle ils donnoient le nom de ToobouaL ï S 134 Troisième Voyage — Elle gît par 23 d 25' de latitude Sud, & 1777. 2io d 37' de longitude orientale. Sa plus grande Août, étendue n’cxcede pas cinq ou fix milles, non compris le récif. Le récif de la bande Nord- Ôueft fe montre en morceaux détachés, entre lefqucls la mer femble fe brifer fur la côte. Cette terre, malgré Ht petiteflè, offre des collines d’une élévation confidérablc. : on voit au pied des colli- nes une bordure étroite qui en fait le tour; le fol de cette bordure eft applati , & il fe termine vers la mer par une grevé de fable. Les collines font couvertes de gazon ou d’autres herbages , fi j’en excepte un petit nombre de rochers efearpés, dont les fommets font ornés de touffes d’arbres: les plantations font plus nombrciifes dans quel- ques-unes des vallées , la bordure y eil: revêtue par - tout d’arbres d’une haute taille & d’une grande force , parmi lefqucls nous n’avons pu diftinguer que des cocotiers & des éioa. D’après le témoignage des Infulaires qui montoient les deux pirogues dont j’ai parlé , cette Me a des cochons & des volailles, & elle produit les fruits & les racines qu’on rencontre fur les autres files de cette partie de k mer du Sud. ' En caufont avec les Infulaires, qui s’appro- chèrent de nous, nous reconnûmes que les habi- tons de Toobouai , parlent la langue d "O-Taïti; I) E • C O O K. I35 d’où je conclus , fans craindre de me tromper , qu’ils viennent de là meme Nation. Ceux que 1777. nous apperçûmes dans les pirogues, étoient forts Août. & robuftes ; leur peau avoir la couleur du cui- vre; leur chevelure étoit noire & liflè; quelques- uns la portoient nouée en touffes au fommet de la tête , & d’autres la laifloient flotter fur les épaules ; leurs vifages nous parurent ronds & pleins , mais peu applatis, & leur phylionomie 1 annonçoit une forte de férocité naturelle ; un* pagne étroit qui envcloppoit leurs reins, & qui, paflanr entre les cuiflès, voiloit les parties que cache la pudeur, compofoit tout leur vêtement: plufieurs de ceux que nous vîmes aflèmblés fur la greve , avoient une cfpece d’habit blanc , qui leur couvrait le corps en entier : nous ne remar- quâmes d’autres parures , que des coquilles de perles fufpenducs fur la poitrine. L’un d’eux fouilla conftamment dans une grade conque à la- quelle étoit fixé un rofeau d’environ deux pieds de longueur : il n’en tira d’abord qu’un feul ton, mais il en fit bientôt une force d’inflxument de indique, & il -répéta fans celle deux ou trois notes qui étoient de la même force, je ne fais pas ce qu’annonçoit cette conque ; mais je n’ai jamais e^jervé •qu’elle annonçât la paix. Les phoques me parurent avoir trente pieds I 4 136 Troisième Voyage ... " " U-— - de long, & deux pieds au-deflus de la furface 1777. de l’eau. L’avant fe projettoit un peu en faillie, Août, & il étoic coupé par une entuiilure horizontale, qui fembloit repréfenter la gueule de quelque animal : l’arriéré s’élevoit par une courbure lé- gère en diminuant peu-à-peu de largeur, jufqu’à la hauteur de deux ou trois pieds, & il étoic fculpté par-tout , ainfi que la partie fupérieure des côtés ; le relie des côtés qui avoit une direc- tion perpendiculaire , fe trouvoit incruilé de co- quilles blanches & plates , difpofées en demi- cercles concentriques , la courbure tournée vers le haut. La première de ces embarcations portoit fept hommes, & la fécondé huit; les Infulaires les manœuvroient avec de petites pagaies , donc les pales étoient prefque ronds ; elles avoient chacune un balancier d’une allez grande lon- gueur; elles marchoient quelquefois li voilines l’une de l’autre , qu’elles fembloient former un feul canot, muni de deux balanciers. Les ra- meurs fe tournoient quelquefois vers l’arriere, & ils alloicnt de ce bord fins rcvircr. Lorfqu’ils nous virent décidés h partir , ils fe tinrent de- bout, & ils prononcèrent tous enfemblc quel- ques paroles d’un ton très-haut; mais j’ignore fi cette efpcce de chant indiquoit leur^bienvcil- lance ou leur inimitié; il ell sûr toutefois, qu’ils I)E C 0 O K. I37 n’avoient point d’armes, & que nous ne dé- couvrîmes pas avec nos lunettes, que les na- 1777. turels qui nous regardoient du rivage , fuflènt Août, armés. En m’éloignant de cette Iflc , dont la décou- verte pourra procurer quelques avantages aux navigateurs , je mis le cap au Nord à l’aide d’un vent frais de l’Eft-quart-Sud-Efl: , & le lendc- 12. 4 main 12, à la pointe du jour, nous apperçûmes l’Ifle Maitea. O-Taïti fe montra bientôt après ; cette derniere Ifle fe prolongeoit à Midi du Sud-Oueft-quart-Ouefl: , h rOueft-Nord-Oucft , & la pointe d 'Oheitepeha notis refloit dans l’Oueft à environ quatre lieues. Je gouvernai fur la baie dont je viens de parler, je voulois y met- tre à l’ancre , afin de tirer des rafraîchiflèmens de la bande Sud-Eft de l’Ifle , avant d’aller à Matavai , où je comptois fur-tout embarquer des vivres. Nous eûmes un vent frais de la par- tie de l’Eft jufqu’à deux heures de l’après-midi ; nous nous trouvions, à cette époque, h environ une lieue de la baie, & le vent -qui s’éteignit tout-à-coup , fut remplacé alternativement par de légers foufijes de vents qui venoient de tous les points du compas , & par des calmes. Cette tran- quillité de l’atmofphere dura près de deux heu- res ; des rafales fubites de FEft , accompagnées 138 T R 0 I S I, E M E V O V A G S de pluie , furvinrcnt cnfuite ; elles nous por- l 777' terent devant la Baie, où une brile de terre Août, rendit inutiles nos manœuvres pour gagner le mouillage. Du moment où nous approchâmes de Fille, plulieurs pirogues , conduites chacune par deux ou trois hommes, prirent la route des vailleaux; mais comme ces lnfulaircs croient des dalles in- férieures , Ornai ne fit point attention à eux. Les Naturels ne le regarderait pas avec plus d’era- preflement, & ils ne fcmblerent pas même s’ap- pcrcevoir qu’il fût un de leurs compatriotes ; ils lui parlèrent néanmoins quelque temps. Enfin nous vîmes arriver un Chef, appelle Ootee que j’avois connu autrefois; il étoit beau-frere d’Omaî, & il fe trouvoit par halitrd dans cette partie de Fille : trois ou quatre perfonnes, qui toutes avoient connu Ornai , avant qu'il s’embar- quât fur le bâtiment du Capitaine Fumeaux , Faccompagnoient. Leur entrevue n'eut rien de faillible ou de remarquable ; ils montreront , au contraire, une indilférence parfaite, jufqn’à ce qu’Omaï ayant amené Ion beau-frere dans la grand’chambre , ouvrit la caillé qui renlermoit fes plumes rouges & lui en donna quelques-unes. Les Naturels, qui étaient fur le pont, apprirent cette grande nouvelle , & les allaites changeront DE C O O K. I39 tout de fuite de face ; Ootee qui vouloir à peine parler à Omaï , le fupplia de permettre qu’ils fuflènt Tayos x Ça) & qu’ils changeaient de nom. Ornai accepta cet honneur ; & , pour témoi- gner fa reconnoilîànce , il fit un préfent de plu- mes rouges a Ootee , qui envoya chercher k terre un cochon qu’il deffinoit h fon nouvel Ami. Chacun de nous 'fentit que ce u’étoit pas Omaï, mais fes richefies , qu’aimoient les Infu- laires : s’il n’eût point étalé devant eux fes plu- mes rouges , qui font les chofes les plus cffi- mécs dans Fille , je crois qu’ils ne lui auraient pas même donné une noix de cocos. C’efl: ainlï que fe pafla la première entrevue d’Omaï avec lès compatriotes; j’avoue que je m’y étois atten- du , mais j’efpérois toujours qu’avec les tréfors dont la libéralité de fes amis d 'Angleterre IV voit chargé , il deviendrait un perlonnage im- portant; que les Chefs les plus diftingués des diverfes Mes de la Société le rcfpcélcroient & lui feraient leur çour. Cela ferait fûrement arri- vé , s’il avoir mis quelque prudence dans fa con- duite ; mais il fut loin de mériter cet éloge ; je fuis fâché de dire qu’il fit trop peu d’attention aux avis multipliés de ceux qui lui vouloient du 1777. Août. (d) Amis, * 140 Troisième Voyage r ss ss bien , & qu’il fe laiflà duper par tons les frip- l 777 - pons du pays. Août. Les Naturels avec lefquels nous causâmes , durant cette journée, nous apprirent que deux vaifièaux avoient relâché , à deux reprifes diffé- rentes, dans la baie à'Ohcitepcha , depuis mon départ en 1774; & qu’ils en avoient reçu des animaux pareils à ceux qui fe trouvoient fur mon bord. Des recherches ultérieures me firent connoître que ces bâtimens étrangers leur avoient laiflé des cochons , des chiens , des chèvres , un taureau , & le mâle d’un autre quadrupède , dont nous 11e pûmes deviner l’efpece , fur la def- cription imparfaite qu’on nous en donna. Ils nous dirent que ces vaifièaux étoient venus d’un port appelle Reema; nous conjecturâmes qu’il s’a- giffoit de Lima , Capitale du Pérou , & que les bâtimens étoient Efpagnols. On nous informa auffi , que les étrangers avoient confirait une maifon, durant leur première relâche, & qu’ils avoient laiflé dans rifle quatre hommes; lavoir, deux Prêtres , un Domeftique , & une quatrième perfonne, appelléc Mateema , qui fut fouvent l’objet de la converfacion ; qu’ils avoient em- mené quatre des Naturels ; que les deux bâti- mens étoient revenus environ dix mois après; qu’ils avoient ramené deux des O-Ttû'tiens , les de Cook. 141 deux autres étoient morts à Lima ; qu’au bout — ; " d’un féjour de peu de durée, ils embarquèrent 1777. leurs compatriotes; mais que la maifon bâtie par Août, eux fubfiftoit encore. Les. amis d’Omnï publièrent dans rifle qu’il y avoit des plumes rouges à bord de nos vaiflèaux, & cette importante nouvelle excita les defirs de tout le monde : le lendemain, dès le point du ' 13. jour, nous fûmes environnés d’une multitude de pirogues , remplies d’Infulaires , qui apportoiene au marché des cochons & des fruits. Une quan- tité de plumes auffi peu confidérabie , que celle qu’on tire d’une méfange , nous procura d’abord un cochon du poids de quarante ou cinquante livres ; mais prefque tous les hommes des vai(- feaux , ayant en propre , une pacotille quelcon- que de cette marchandife précieufe , fit valeur diminua de cent pour cent avant la nuit. Après cette diminution de prix , les échanges conti- nuoient néanmoins à nous être fort avantageux , & les plumes rouges l’emportèrent toujours fur chacun des autres articles. Quelques-uns des Na- turels ne vouloient échanger un cochon que con- tre une hache ; mais les clous , les grains de verre, & les bagatelles de cette efpece, qui . avoient une fi grande vogue , dans nos voyages antérieurs, étoient alors fi méprifés, qu’ils atti- 244 Troisième Voyage =£= & des grains de verre : ils ne recherchoient pas l 777' les plumes rouges d’une maniéré aufii emprelfée H bte ' que les O-Taïtiens. La Kèfolution fe trouvant infeftée par les rats , je la fis conduire à trente verges de la côte , aufii près que la profondeur de l’eau le permit , & en attachant des hanfieres aux arbres , on ouvrit à ces animaux un fentier par où ils pouvoient fe fauver à .terre. On dit que cette expédient a réufli quelquefois; mais je crois que nous nous débarrafsâmes de peu de rats , ii même nous nous en débarrafsâmes d’un feul. Nous reçûmes la vifite de Maheine , Chef de 2 . Tille , le 2 dans la matinée. Il s’approcha des vaifïèaux avec beaucoup de précaution , & il fal - lut le preflèr long-temps pour le déterminer à venir à bord : il nous regardait comme les amis des O-Taïtiens , & il croyoit vraiferablablement que nous lui ferions du mal ; car ces peuplades ne comprennent pas qu’on puiflè être amis d’une tribu, fans époufer fa querelle contre une tribu ennemie. Sa femme qui l’accompagnoit , étoit foeur d’Oamo, l’un des Chefs èCO-Taïti , dont on nous avoit raconté la mort. Je leur donnai à l’un & à l’autre les chofes auxquelles ils me femblerent devoir mettre le plus de prix , & ils s’en retournèrent après avoir pâlie une demi- heure fur la Kèfolution . Us revinrent bientôt de Cook. 245 pour m’offrir un gros cochon , en retom* de mon préfent; mais je leur en fis un fécond qui valoir 1777. au moins ce qu’ils m’apporterenc. Ils allèrent fi bre< enfuice voir le Capitaine Clerke. Ce Chef qui , à l’aide d’un petit nombre de partifans, s’étoit rendu, à quelques égards indé- pendant à'O-Taïii , avoir quarante a cinquante ans; fii tête étoit chauve, ce qui n’arrive guères à cet âge dans les Mes de la mer du Sud. Il p or- toit une efpece de turban , & il fembloit hon- teux de n’avoir point de cheveux ; mais j’ignore s’il rougiffoit d’avoir la tête chauve , ou s’il nous jugeoit pleins de mépris pour les têtes dénuées de cheveux. J’adopterois volontiers la d'erniere fuppofition ; car les Miliaires nous r./pient vu rafer la chevelure de l’an de leurs compatriotes que nous furprîmes commettant un vol. Ils en conclurent , félon toute apparence , q. . nous infligions ce châtiment, aux vc'kilrs, fit un ou deux de nos Meilleurs qui avaient peu de che- veux, furent violemment foupçonnés d’être des tetos. (V) Le foir , nous montâmes h cheval , Ornai & moi , & nous fîmes une promenade le long de la côte , vers la partie de l’Eft. Notre cortege Q-3 (a) Des Voleurs ou des Frippoas. 246 Troisième Voyage — - ne fut pas nombreux ; Oinaï avoir défendit aux 1777. Naturels de nous fuivre, & la plupart d’entr’eux 8 bie * obéirent : la crainte de nous déplaire l’emporta fur leur curiofité. Towha avoir amené fa flotte dans ce havre ; & , quoique les hoftilités n’euf- fent duré que peu de jours, on appercevoit par- tout les traces de fes dévaftations. Les arbres étoient dépouillés de leurs fruits, & toutes les maifons du voifinage avoient été abattues , ou réduites en cendres. Nous employâmes deux ou trois jours , à ti- rer de la calle nos tonneaux de liqueurs fortes & nous en goudronnâmes les fonds , afin de les 6 . garantir de la piquure des infectes. Le 6 , au matin , on remorqua la Réfohition dans le cou- rant; je voulois appareiller le jour fuivant, mais un accident , qui me donna beaucoup d’inquié- tude , ne le permit pas. Nous avions envoyé nos chevres à terre , où nous les laiffîons paître pen- dant le jour : deux de nos gens les gardoient, & cependant les Naturels parvinrent à en voler une. La perte n’eût pas été bien importante, fi je n’avois pas eu le deflèin d’enrichir d’autres Iflcs de cette efpece de quadrupède ; mais comme je tenois beaucoup à ce projet, il étoit indifpcnfa- ble d’employer tous les moyens polfibles pour obtenir la reflitution de la chevre. Nous apprîmes i) e Cook. 24 7 le lendemain, qu’on l’avoit conduite à l’habi- --- tation du Chef Maheine, qui fe trouvoit alors 1777. au havre de Parowroah. Deux vieillards me 8 bre - propoferent de fervir de guides à ceux de mes y. gens que je voudrais y envoyer. J’ordonnai à un détachement de monter un canot , & d’aller dire à Maheine , que je me vengerais , s’il ne livroit pas tout de fuite la chevre & le voleur. Ce Chef m’avoit fupplié la veille de lui don- ner deux chevres ; mais , ne pouvant le fatisfaire qu’aux dépens des autres Ifles , qui n’auroienc peut-être plus d’occafion de fe procurer une race d’animaux aulïï utiles, & Tachant d’ailleurs qu’il y en avoit déjà à Eimeo , je lui refufai ce qu’il me demandoit : cependant , pour lui montrer que je defirois féconder fes vues à cet égard, je chargeai Tidooa , Chef O-Taïtien, qui étoit préfent, de prier O-Too, de ma part, d’envoyer deux chevres à Maheine , & afin que ma follici- tation eût plus de fuccès, je lui remis une grofle touffe de plumes rouges , de la valeur des deux chevres , en lui recommandant de la donner au Roi. Je crus que cet arrangement fatisferoit Ma- heine , & tous les Chefs de l’Ifle ; mais l’événe- ment m’apprit que je m’étois trompé. Je ne penfois pas que les Naturels euflènt la hardiefiè de voler une fécondé chevre , tandis que Q4 248 Troisième Voyage je prenois des mefures pour recouvrer la pre- 1777. raiere ; & on mena paître notre petit troupeau 8 bre ‘ comme à l’ordinaire : le foir , lorfque nos gens l’embarquerent pour le ramener à bord , les In- fulaires enlevèrent une chevre fans être décou- verts. Nous nous en apperçûmes tout de fuite : on n’avoit pas eu afiez de temps pour la con- duire bien loin , & je crus que je la recouvre- rais Ihns peine. Dix ou douze des habicans du pays , qui prirent différentes routes , partirent bientôt après, afin de la chercher ôc de nous la rendre; aucun d’eux ne vouloir convenir qu’on l’eût volée; ils s’efforçoient, au contraire, de nous pcifuader quelle s’étoit égarée dans les bois. J’avoue que j’en fus d’abord convaincu , mais voyant qu’aucun des émifîàires ne revenoit , je reconnus bientôt mon erreur : les Infulaires cher- cheront à nvaniufer julqu’à ce que leur proie ne fût plus îi portée de nous. Sur ces. entrefaites, mon canot arriva avec l’autre chevre , & l’un des hommes qui l’avoipnt dérobée ; c’ell la première fois qu’on me livrait un voleur fur ces Ifles. 8. Je m’apperçus , le 8 , que la plupart des Infu- laires, établis autour de nous, s’étoient éloignés; qu’ils avoient emporté un corps expofé fur un Toopapaoo , qui fe trouvoit en face des vaif- feaux , & que Maheine lui-même s’étoit retiré à DE C 0 G IC. 241) l’autre extrémité de l’Ifle. Il paroifloit clair que les Infulaires avoient réfolu de voler ce que je n’avois pas voulu leur donner; que s’ils avoient rendu une des chevres , ils étoicnt décidés h gar- der la fécondé , qui étoit une femelle pleine. Je réfolus , de mon côté , de ne pas la laifïèr entre leurs mains, je m’adreffai donc aux deux vieil- lards qui me procurèrent la reftitution de la pre- mière ; ils me dirent que la chevre avoir été con- duite à Watea , diflxicl du côté méridional de rifle , par Hamoa , Chef de ce canton ; qu’on me la rendrait , fi je voulois y envoyer du mon- de. Ils me propoferent de nouveau de fervir de guides dans rintérieur du pays à ceux de mes gens que je chargerais de la commiffion , mais on m’informa qu’on pouvoir achever en un jour ce voyage par mer , & je détachai 3VI. Roberts & M. Shuttleworth fur le cauot; j’ordonnai que l’un d’eux fe tint à bord , tandis que l’autre fe- rait le refte du chemin par terre avec les guides , & deux ou trois de nos foldats de marine , fl l’embarcation ne pouvoir arriver jufqu’à la réfi- dence de Hamoa. Mon détachement revint fort tard dans la foi- rée ; il s’étoit approché de la côte autant que les rochers & les bas-fonds le permirent. M. Shutt- leworth , fuivi de deux foldats de marine & de 1 777 - gbre. 250 Troisième Voyage ; l’un des guides, débarqua & fc rendit par terre 1777 ' à JVatea; il atteignit la maifon de Hamoa , où 8 bre ‘ les habitans du canton l’amuferent quelque temps , en lui difant qu’on avoit envoyé du inonde après la chevre , & qu’on la rameneroit bientôt ; niais 011 ne la ramena point, & la nuit l’obligea à re- gagner le canot. J’avqis beaucoup de regret alors de m’être trop avancé ; je ne pouvois reculer fans me com- promettre & fans donner aux habitans des Ifles où je voulois encore aborder, lieu de croire qu’on nous voloit impunément. Je confultai Ornai & les deux vieillards fur ce que je devois faire ; ils me confeillerent tout de fuite de pénétrer avec mon détachement dans l’intérieur du pays , & de tuer tous les Infulaircs que je rencontre- rois. Je ne m’avilai point d’adopter ce confeil fanguinaire ; mais je réfolus de traverfer Eimeo à 'la tête d’une troupe aflèz nombreule , pour 9. exercer une forte de vengeance , & , le lende- main à la pointe du jour, je partis avec trente- cinq de mes gens , l’un des vieillards , Omaï & trois ou quatre perfonnes de fa fuite. J’ordonnai en même-temps au Lieutenant Williamfon d’ar- mer trois canots , & de venir me trouver h la partie occidentale de l’Iile. Dès rinllant où je débarquai avec mon déta- I) E C O 0 1C. 251 chôment, le petit nombre d’Infulaires qui fe trou- " * • voient encore dans notre voifinage , s’enfuirent 1 777. devant nous. Le premier homme que nous ren- 8 bre * contrâmes , fut en danger de perdre la vie ; car Omaï l’eut h peine apperçu , qu’il me demanda s’il lui tirerait un coup de fufil , tant il droit per- fuadé que je defeendois dans l’Ifle pour faire ce qu’il m’avoit confeillé. J’ordonnai bien vite à Omaï & à notre guide de déclarer aux Infulai- . res, que mon intention n’étoit pas de bleflèr, & beaucoup moins de tuer un feul des Naturels. Cette heureufe nouvelle fe répandit avec la rapi- dité de l’éclair; elle arrêta la fuite des habitans, & aucun d’eux ne quitta plus la maifon ou n’in- terrompit fon travail. Lorfque nous commençâmes h monter la chaîne de collines , nous fûmes que la chevre avoit pris cette route , & nous comprîmes qu’elle n’étoit pas encore de l’autre côté : nous marchâmes dans un profond filence , afin de furprendre les Infu- laires qui Femmenoient ; mais , quand nous eûmes atteint la derniere des plantations, qui fe trouve dans la partie fupérieure des collines , les habi- tans du canton nous dirent qu’en effet la chevre y avoit été la première nuit , & que Hamoa Fa- voit conduite le lendemain à Watea. Nous tra- versâmes les collines, & nous ne recommençâmes 252 Troisième Voyage ===== nos recherches, qu’au moment où nous décou- 1777* vrîmes ÏVa'tea. Quelques perfonnes nous mon- 8 bre< trerent la maifon de Hamoa , en nous afliirant que la chcvre y étoit : je me crus sûr de la ravoir immédiatement après; &, ce qui me fur- prit beaucoup , les Infulaires que nous rencontrâ- mes autour de la maifon , déclarèrent qu’ils ne l’avoient jamais vue , & qu’ils n’en avoient pas entendu parler; Hamoa déclara la même chofe. En approchant de la bourgade , je vis plu- sieurs hommes qui entroient dans les bois ou qui en fortoienc avec des maiiues & des faifeeaux de dards , & Ornai ayant voulu les fuivre , on lui jetta des pierres. Je jugeai qu’ils avoient fongé d’abord à m’arrêter d,e force, mais qu’ils avoient renoncé à leur projet , après avoir reconnu que mon détachement étoit trop nombreux ; je le crus fur-tout, quand je m’apperçus que les ha- bitations étoi'ent détaxes. Je raflèmblai un petit nombre d’înfulaires , & j chargeai Ornai de leur expofer l’abfurdité de leurs démarches , de leur dire, qu’un témoin fur lequel je pouvois comp- ter , m’avoit inftruit de tout ; qu’ils avoient la chevre, que je la redemandais, & que fi on ne me la rendoit pas, je brûlerais leurs maifons & leurs pirogues : malgré l’éloquence d’Omaï & la mienne , ils continuèrent à foucenir que je me de Cook. 253 trompois. Je fis mettre le feu h fix ou huit mai- fons, qui furent confirmées par les flammes, ainfi 1 y~~, que deux ou trois pirogues de guerre amarrées 8 bre - près de là : j’allai enlliite joindre les canots éloi- nés de nous d’environ fept ou huit milles : che- min faifant, nous brillâmes fix autres pirogues de guerre finis que perîbnnc s’y oppofât; au con- traire , plufieurs gens du pays nous aidèrent , vraifemblablement par crainte , plutôt que de bonne volonté. Omaï, qui marchoit un peu en avant, vint me dire, que les Naturels s’affèm- bloient en foule, afin de nous attaquer. Nous étions prêts à les recevoir ; mais , au-lieu de rencontrer des ennemis rangés en bataille , je ne vis que des fupplians; ils dépoferent des bana- niers à mes pieds, & ils me conjureront d’épar- gner une pirogue que j’allois trouver. Je leur ac- cordai, de bon cœur, ce qu’ils demandoient. Enfin , à quatre heures de l’après-midi , nous atteignîmes les canots qui nous attcndoient à Wharr circule , difiriét appartenant à Tiarataboo- noue. Ce Chef, ainfi que les principaux du can- ton , s’étoient réfugiés fur les collines ; mais ils - étaient les amis d’O-Too, & je ne touchai pas h leurs propriétés. Après nous être repofés en- viron une heure ici , nous partîmes pour les vaif- feaux, où nous arrivâmes à huit heures du foiiv ndü Troisième Voyage ~ & qu’il réfidoit à Ulietea. Il n’avoit jamais été 1777. que Régent durant la minorité de Taireetareea, gbre. Y Earee-rahic aéluel; mais il ne quitta ' la Ré- gence, que lorfqu’il s’y vit forcé. Opoony & Towha, fes deux fils, furent les premiers qui me rendirent vifite; ils arrivèrent fur mon bord, avant que les vaiflèaux fuflènt amarrés , & ils m’apporterent un prêtent. 13, Le lendemain 13, tous les Infulaircs de quel- que importance arriveront aux vaiflèaux ; c’étoit ce que je defirois , car je voulois nfoceuper tout de fuite de l’établiflèmcnt d’Omai , & je crus que l’occafion étoit fiivorable. Il paroifîoit déli- rer alors de s’établir à Ulietea , & fi nous avions pu nous accorder fur les moyens d’exécuter ce projet, je l’aurois adopté. Les Naturels de Bo- labola , conquérons de l’Ifle, y avoient dépouillé fon pere de quelques terres. J’étois perfuadé que je viendrais h bout d’en obtenir la reflitution , fans employer la violence : il falloir pour cela qu’il vécût en bonne intelligence avec ceux qui fe trouvoient les Maîtres de l’Ifle ; mais il étoit un patriote trop zélé pour s’impofer de la mo- dération , & trop confiant pour imaginer que je ne le rétablirais pas de force dans fes biens. Je fends qu’il étoit impoffible de l’établir à Ulie- tea , & que Huait eine lui couvenoit mieux. Je D E C 0 0 £. nCl nie décidai à tirer parti de la préfencc des Chefs , & à Ibllicitcr en ià faveur la permiffion dont il x avoit befoin. * .Les Inlulaires nous avoient occupés toute la matinée , & , au premier moment de loifir , je me difpofai à faire une vifite en forme à Tairee- tareea , à qui je voulois parler de cette affaire. Ornai s’habilla très-proprement , & il prépara un magnifique préfent qu’il deftinoit au Chef, & un fécond qu’il vouloir offrir à VEatooa. De- puis que nous l’avions féparé de la troupe de frippons qui l’environnèrent: à O-Taïti , il s’étoit conduit avec prudence , & de maniéré à mériter l’efHme & l’amitié de tons ceux qui le virent. Notre débarquement rappella à terre la plupart des Naturels qui s’étoient rendus aux vaifleaux ; &, après s’être réunis à ceux qui fe trouvoient fur la côte., ils fe raffemblerent dans une grande maifon. Le concours du peilplc fut très-nom- breux : nous n’avions jamais- vu fur aucune de ces Ifles, tant de perfonnages importans des deux fexes. Le gros du peuple, en général, paroifibit plus robufie , Se d’un teint plus blanc , que les O-Taïtiens', & proportionnellement h l’étendue de l’Ifle , il y avoit plus d’hommes qui fem- bloient riches & revêtus d’une forte d’autorité. La plupart de ceux-ci avoient un embonpoint R 3 2.62 Tiioisjt m e Voyage suffi conildérable que les Chefs de IVateeo. Je 1 777 • ne voulois commencer ma négociation qu’après 8 bfe ‘ l’arrivée de YEaree-tahie , & nous attendîmes Tairec -Tareea ; mais, en le voyant, je jugeai que cette précaution étoit inutile, car il n’avoic pas plus de huit à dix ans. Omaï , qui fe tenoit h quelque diftance du Prince & de ceux qui l’entouroient , offrit d’abord au Dieu, des plu- mes rouges , des étoffes , &c. il fit enfuite une fécondé offrande, qui devoit être préfentée h YEatooa par le Chef, &, après celle-ci, il dis- tribua plufîeurs touffes de plumes rouges : cha- que article fut placé devant l’un des affifians , que je pris pour un Prêtre , & accompagné d’un difcours ou d’une priere , prononcé par un des amis d’Omaï , près duquel il étoit affis , & au- quel il fouilla la plupart des phrafes : il eut foin de ne pas oublier fes amis d ’ Angleterre , non plus que ceux qui Tavoient ramené fain & faüf. Il ne celîà de faire mention de l’ Earee-rahie. no Pretane , (a) du Lord Sandwich , de Toote & de Tatee. (b~) Quand il eut achevé fes of- frandes & fes prières, le Prêtre prit un h un les divers articles qu’on avoit dépofés devant lui, (a) Du Roi d’Angleterre. (b) De Cook & de Clerke. DE C O 0 IC. 0 .G 3 & , après line courte priera , il les envoya nu Moral. Ornai nous dit que, li cet édifice n’eût 1777. pas été auffi éloigné , il les y aurait portés lui- 8 bre * niêrae. Dès que ces cérémonies religieufes furent ter- minées, Qmaï s’affit près de moi, & nous en- trâmes en négociation. Je fis d’abord mon pré- fent au jeune Roi, qui m’en fit un de fon côté; l’un & l’autre furent allez magnifiques. Nous convînmes enfuite de la maniera dont les Infulai- res trafiqueraient avec mes équipages , & j’eus foin d’expofer les fuites fâchcufes qu’entraîne- raient les larcins , fi les gens du pays s’avifoient de me voler , ainfi que durant mes premières re- lâches. Enfin je parlai aux Chefs afïèmblés, de l’établiflement de mon Ami. Omaï leur dit : „ que nous l’avions conduit dans notre patrie, „ où il avoit été fort accueilli du grand Roi & „ de fes Earees ; qu’on l’avoit traité avec beau- „ coup d’égard, & qu’on lui avoit donné tou- 3, tes les marques poffibles d’attachement , pen- „ dant fon féjonr en Angleterre ; qu’on avoic ,, eu la bonté de le ramener aux Ifles de la So- „ ciété ; qu’il arrivoit, riche d’une foule de tré- „ fors , qui feraient très-utiles à fes compatrio- 3, tes; qu’outre les deux chevaux qu’il devoir „ garder dans fon habitation , nous avions laifle R 4 264 Troisième Voyage - r „ h O-Taïti plufieurs animaux précieux , & 1 777. „ d’une efpcce nouvelle, qui fe multiplieraient B bre ' „ & le répandraient bientôt fur toutes les Ifles ,, des environs. Il leur déclara que, pour prix „ de mes fervices, je demandois, avec in dan ce, „ qu’on lui accordât un terrein , qu’on lui per- „ mît d’y bâtir une maifon, & d’y cultiver les „ productions néceflàires à fa fubfiftance & à „ celle de fes domelliques. Il ajouta que fi je „ n’obtenois pas à Iiuaheine , gratuitement ou „ par échange , ce que je follicitois , j’étois dé- „ cidé a le conduire à Ulietea. „ J’aurois peut-être fait un difeours meilleur que celui dont je viens de parler ; mais Omaï n’ou- blia aucun des points importans, fur lefquels je lui avois recommandé d’infiiler. Le morceau re- latif au projet, où il me fuppofoit de le conduire à Ulietea , parut obtenir l’approbation de tous les Chefs, & j’en devinai bientôt la raifon. Ornai, ainli que je l’ai déjà oblcrvé, fe flattoit vaine- ment que j’emploierois la force , pour le rétablir à Ulietea dans les biens de fou pere ; il l’avoit dit, fans mon aveu, à quelques perfonnes de l’aflèmblée. Les Chefs imaginèrent tout de fuite, que je me propofois d’attaquer Ulietea , & que je les aiderais à chafièr de cette Ifle les Naturels de Eolabola. Il étoit donc néccflaire de les D E C 0 0 IC. 2(j5 détromper : je leur déclarai en effet, d’une ma- niere pofitive, que je ne les aiderais pas dans 1777. une entreprifp de cette efpece, que même je ne 8 bre * la fouffrirois point, tant que je me trouverais dans leurs parages ; & que , fi Ornai fe fixoit à Ulie- iea , je l’y établirais d’une manière amicale , & fans faire la guerre a la peuplade de Bolabola. Cette déclaration changea les idées du Con- feil. L’un des Chefs 111e répondit fur-le-champ , „ que je pouvois difpofer de l’Ifle entière de „ Huaheine , & de tout ce qu’elle renferme; „ que j’étois le maître d’en donner à mon Ami, „ la portion que je voudrais. „ Sa réponfe fit un grand plaifir à Qmaï qui, femblablc au refie de fes compatriotes, ne fonge guères qu’au mo- ment aétuei; il crut, fans doute, que je ferais très-libéral, & que je lui accorderais une vafte étendue de terrain. Je réfléchis qu’en m’offrant ce qu’il ne convenoit pas d’accepter , on ne m’oflroit rien du tout; & je voulus non-feule- ment qu’on défignât le local , mais la quantité précife de terrain dont jouirait mon Ami. On envoya chercher quelques-uns des Chefs, qui avoient déjà quitté l’aflèmblée , & , après une délibération qui fut courte , ils fouferivirent à ma demande, d’une voix unanime : ils me .cé- dèrent à l’inftant un terrain contigu à la maifon , 266 Troisième Voyage où le tenoic le confeil : fon étendue, le long de 1777. côte du havre , étoit d’environ deux cents B bre * verges , & fa profondeur , qui alloit jufqu au pied de la colline , qui en renfermoit même une partie , fe trouvoit un peu plus confidérable. Après cet arrangement qui fatisfit les Infulai- rcs , Omaï & moi , j’ordonnai de drefièr une tente & les obfervatoires fur la côte , où j’éta- blis un polie. Les charpentiers des deux vaif- feaux conftruifirenc une petite maifon , dans la- quelle mon ami devoir renfermer fes tréfors : nous lui créâmes de plus un jardin ; nous y plantâmes des Shaddecks , des lèps de vigne des pommes de pin , des melons , & les graines de plulîeurs autres végétaux : avant de quitter l’Ille , j’eus le plaifir de voir réulïïr chacune des parues de fa plantation. Omaï commença alors à s’occuper férieufe- ttent de fes intérêts; il fe repentit beaucoup d’a- voir été li prodigue à O-Taïti. Il trouva à Hua- heine un frère, une fœur, & un beau-frere; car fa fœur étoit mariée : mais ils ne le pillèrent pas , ainfi que l’avoient fait fes autres parens , dont j’ai parlé. Toutefois je m’apperçus h regret, que s’ils étoient trop honnêtes pour le trom- per , ils étoient trop peu confidérés dans fille , pour lui rendre des fervices elîèntiels : dénués » B C 0 0 K. 267 d’autorité ou de crédit , ils ne pouvoient pro- — téger fa perfonne ou Tes biens; &, dans cct 1777. état d’abandon , il me parut courir de grands rif- b brc - ques d’être dépouillé de ce qu’il avoir obtenu de nous , lorfqu’il ne nous aurait plus auprès de lui. Je penfois que Tes Compatriotes ne le maltraite- raient pas , tant qu’il (croit à portée de réclamer nos fecours ; mais j’avois des inquiétudes bien fondées fur l’avenir. Un individu plus opulent que fes voifins , eft sûr d’exciter l’envie d’une multitude d’hommes qui défirent le rabaiiïèr à leur niveau. Mais dans les pays où la civilifation , les Loix & la Reli- gion ont de l’empire , les riches ont toute forte de motifs de fécurité : les richeflès s’y trouvant difperfées dans une foule de mains , un fimple particulier ne craint pas que les pauvres fe réu- nifient contre lui , de préférence aux autres , dont la fortune eft également un objet de ja- loufie. La pofition d’Omaï fe trouvoit bien dif- férente; il alloit vivre dans une contrée, où l’on ne connoît guères d’autre principe des aérions morales , que l’impulfion immédiate des defirs & des fantaifies : il alloit être le feul riche de la peuplade , & c’eft là fur-tout ce qui le met- toit en danger. Un hafard heureux l’ayant lié avec nous, il rapportoit un amas de richcflès, «68 Troisième Vo.ïag e qu'aucun de fcs Compatriotes ne pouvoir f«* 1 777- donner, & que chacun d’eux envioit : il étoit ybre. ( j onc yen naturel de les croire difpofés à fe réunir pour le dépouiller. Afin de prévenir ce malheur , s’il étoit poflî- blc , je lui confeillai de donner quelques-unes de fes richeflès à deux ou trois des principaux Chefs ; je lui dis que la reconnoiflance les exci- terait peut-être à le prendre fous leur protec- tion, & h le garantir des inj uffices des autres. Il promit de fuivre mon confeil , & j’eus la fatif- faftion de voir, avant mon départ, qu’il l’avoit : fuivi : ne comptant pas trop néanmoins fur les effets de la reconnoiflance , je voulus employer un moyen plus impofant, celui de la terreur. Je ne laiflài échapper aucune occafion d’avertir les Infulaires, que je me propofois de revenir dans l’Ifle , après une abfence de la durée ordinaire ; que s’ils attentoient à la propriété ou à la per-, fonne de mon Ami, je me vengerais impitoya- blement de tous ceux qui lui auraient fait du mal. Selon toute apparence cette menace fervira beaucoup à contenir les Naturels; car les di- verfes relâches que nous avons faites aux Ifles. (, h la Société , leur perfuadent que nos vaif- féaux doivent revenir à certaines époques; & tant qu’ils auront cette idée , que j’eus foin 1)E C 0 O K. C(5 9 d'entretenir, Ornai peut efpérer de jouir en paix de fa fortune & de fa plantation. Tandis que nous étions dans ce havre , on porta à' terre le relie du bifcuic qui étoit dans la lbute aux vivres, afin d’en ôter la vermine qui le dévoroit. On ne peut imaginer à quel point les blattes infelloient mon vaiflêau. Le dommage qu’elles nous cauferent fut très - confidérable , & nous employâmes vainement toute forte de moyens pour les détruire. Ces blattes ne firent d’abord que nous incommoder, & habitués aux ravages que produifent les infeâes , nous y finies peu d’attention ; mais elles ctoient devenues pour nous une véritable calamité, & elles ravageoient prcfque tout ce qui fe trouvoit h bord. Les co- mellibles expofés à l’air, durant quelques minu- tes , en étoient couverts ; elles y creufoient bien- tôt des trous comme on en voit dans une ruche à miel. Elles mangeoicnt en particulier les oi- fcaux que nous avions empaillés , & que nous confondons comme des curiofités ; ce qui étoit plus fâcheux encore , elles fembloient aimer l’en- cre avec pâlfion , en forte que l’écriture des éti- quettes attachées h nos divers échantillons , étoit complètement rongée ; la fermeté feule de la reliure pouvoir conferver les livres, en empê- chant ces animalcules déprédateurs de fe gliflèr 1777 - gbrc. eyd Troisième V o v a g e Les détails relatifs à Omaï, intéreflèront peut- être une clafle nombreufe de lcfteurs, & je crois devoir dire tout ce qui peut expofer d’une ma- niéré làtisfàifante dans quel état nous le laifsâmes. Ï1 avoit pris à O-Taïti quatre ou cinq toutous ; il gardoit d’ailleurs fes deux jeunes gens de la Nouvelle-Zélande ; fon lrere & quelques autres de fes parens le joignirent à Huaheine ; en forte que fa famille fe trouvoit déjà compofée de huit ou dix perfonnes , fi toutefois on peut donner le nom de famille à un ménage où il n’y avoit pas une femme, & où vraifcmblablement il n’y en aura jamais , à moins qu’il ne devienne moins volage : il ne paroifioit point du tout difpofé au mariage. La maifon que nous lui bâtîmes , avoit vingt- quatre pieds de long fur dix-huit de large & dix de hauteur; nous y employâmes les bois des pi- rogues détruites par nous à Eimeo ; on y mit le moins de clous qu’il fut poifible , afin que l’ap- pas du fer n’excitât point les Naturels à la dé- valler. Il fut décidé qu’immédiatement après no- tre départ, il en bâtiroit une plus grande fur le modèle des habitations du pays; que, pour met- tre en sûreté celle que nous avions confiruite nous-mêmes, il la couvriroit avec l’une des ex- trémités de la nouvelle. Quelques-uns des Chefs de Cook. 477 promirent de l’aider, & fi l’édifice projette oc- cupe le terrain qu’indiquoit fon plan, il n’y en aura guères dans l’Ifle de plus étendues. Un moufquet , une bayonette & une giberne , un fufil de chafle , deux paires de pifbolets , & deux ou trois fabres.ou coutelas, conipofoient fon arlenal ; il fut enchanté d’avoir ces armes, & en les lui donnant, je ne fongeai qu’à lui faire plaifir ; car j’étois perfuadé qu’il ferait plus heu- reux , fi nous ne lui laiffions point d’armes à feu , ou d’armes européennes d’aucune efpece. En effet, cet attirail de guerre entre les mains d’un homme dont la prudence m’eft fufpeéte , doit plu- tôt accroître fes dangers qu’établir fa lupériorité fur fes compatriotes. Lorfqu’il eut conduit à terre les diverfes chofes qui lui apparten oient , & qu’il les eut placées dans là maifon , il donna à dîner deux ou crois fois à la plupart des Officiers de la Réfolution & de la Découverte : fa table nous offrit en abondance les meilleures produc- tions de l’Ille. Avant d’appareiller, je gravai Finfcription fui- vante en dehors de lit maifon. Georgius tertius , Rex , 2 Novembres , 1777- Nave Ké f olmion ’ J ac ' C°°k > P r - { Difcovery , Car. Clerke , pr. S 3 i?77- fibre. 2“o Troisième V o y a c> e Le 2 Novembre , h quatre heures du foir , je profitai d’une brife qui s’éleva dans la partie de l'Eft, & je forcis du havre. La plupart de nos Amis demeurèrent à bord jufqu’au moment où les vaiflèaux lurent fous voile ; & afin de fa- tisfaire leur curiofité, j’ordonnai de tirer cinq coups de canon. Ils nous firent tous leurs der- niers adieux , excepté Omaï qui nous accom- pagna quelque temps en mer. L’hanfiere amarrée fur la côte , fut coupée par les rochers au mo- ment de l’appareillage ; ceux qui travailloient aux manœuvres , ne sàippercevant pas qu’elle étoit rompue , abandonnèrent la partie qui fe trouvoic fur la greve , & il fallut l’envoyer cher- cher par un canot. Ornai s’en alla dans ce canot , après avoir embrafl’é tendrement chacun des Of- ficiers. Il montra du courage jufqu’à Titillant où il s’approcha de moi ; mais il elïïiya en vain de lé contenir , il verfa un torrent de larmes , & M, King, qui commandoit le canot, le vit pleu- rer durant toute la route. Je fongeois avec un extrême plaifir , que je Tavois ramené fain & fauf dans Tille où nous le prîmes autrefois : mais telle cil la bizarre delli- née des chofes humaines , que nous le laifsâmes vraifcmblablemcnt dans une pofition moins heu- retife , que celle oit il fe trouvoic avant de nous DE C O O IC. 37 ÿ avoir connus. Je ne dis pas qu’accoutumé aux - douceurs de la vie civilifée , il fera malheureux 1777. de ne plus les goûter ; j’établis mes conjéftures 9 bre - fur un fcul point ; les avantages qu’il a tirés de nous , ont mis fa fécurité perfonnelle dans une fituation plus périlleufe. Ayant été très-careffe ert Angleterre , il avoit oublié fa condition primi- tive ; il ne penfa jamais quelle impreffion fe- roient fur fes compatriotes fes connoifïïmces & fes richeflcs : cependant les lumières de ion ef- prit & fes tréfors pouvoient feuls afiùrer fon crédit , & il ne devoit pas fonder fur d’autres moyens fon élévation & fon bonheur. Il paraît même qu’il connoifloit mal le caraétere des habi- tans des Kles de la Société , ou qu’il avoit perdu de vue , à bien des égards , leurs coutumes ; autrement il aurait fenti qu’il lui feroit d’une difficulté extrême de parvenir à un rang diftin- gué , dans un pays où le mérite perfonnel n’a peut-être jamais fait fortir un individu d’une claffie inférieure pour le porter à une claflè plus relevée. Les diffin&ions & le pouvoir qui en eft la fuite , femblent être fondés ici fur le rang; les Infulaires font fournis h ce préjugé d’une ma- . niere fi opiniâtre & fi aveugle , qu’un homme qui n’a pas reçu le jour dans les familles privilé- giées , fera sûrement méprifé & haï, s’il veut S 4 a$’o Troisième Voyage s’arroger une forte d’empire. Les compatriotes 1777. d’Omaï n’oferent pas trop montrer leur difpofi- 9 bre - tion pour lui, tant que nous fûmes parmi eux; nous jugeâmes toutefois qu’il leur infpiroit ce fendaient de haine & de mépris. Une adminiilra- tion convenable des tréfors qu’il rapportoit à! An- gleterre , & les connoiflànces que lui avoient procuré fes voyages , lui offraient des moyens de former des liaifons très-utiles ; mais on a vu que , fcmblable aux enfans , il diflipa fes richef- fes , fans s’occuper de fes intérêts. Sa tête fe trouvoit remplie de projets qui paroilîènt nobles au premier coup-d’œil , & dont la réflexion ne tarde pas à dévoiler la baflèfle : il montra , dès le commencement, le defir de fe venger, plutôt que celui de devenir un grand perfonnage : au refte , la paillon de la vengeance cil ordinaire aux Ifles de la Société , & on peut l’exçufer en cela. Son pere poiïedoit des biens coniidéra- blesa Ulietea, lorfque cette Ifle fut conquife par les guerriers de Bolabola ,• il vint , ainfi qu’une multitude de proferits , chercher un afyle à Huaheine , où il mourut & où il lai (la Omnï . & d’autres enfans , qui furent réduits à la mifere & à la dépendance. Omaï étoit donc pauvre & délaiflè lorfque le Capitaine Furneaux le prit fiu’ fon vaifîèau pour l’amener en Europe. J’ignore I) E C O O K. O y I fi, d’après l’accueil qu’il avoit reçu en Angle- - terre , il comptoir qu’on lui fournirait sûrement i des fecours contre les ennemis de fon pere & ç de fa patrie, ou s’il imaginoit que fon courage & la fuperiorité de fes connoiflànces , fuffiroient pour chafler les conquérans A'Ulietea; mais, du moment où nous partîmes de Londres , il ne ceiTà de parler de fes projets contre les tyrans de Bolabola ; il ne voulut pas écouter les remon- trances que nous lui fîmes fur une réfolucion fi folle; il entroit en colere , lorfque nous lui don- nions, pour fon avantage, des avis plus modérés & plus raifonnables. Infatué de fon grand pro- jet, il affeétoit de croire que les guerriers de Bolabola abandonneraient fille à'UUetea , dès qu’ils apprendraient fon arrivée à O-Taïti. Ses illufions néanmoins diminuèrent durant notre na- vigation, & lorfque nous abordâmes aux J/les des Amis , il étoit fi inquiet fur les difpofitions de fes compatriotes à fon égard , qu’il fongea à s’établir à Tongataboo , fous la protcélion de Féenou, comme je l’ai dit ailleurs. Il y difiipa làns aucune nécefîité, une partie de fes tréfors ; & , ainfi que je l’ai raconté plus haut , il ne fut pas moins imprudent à Tiarraboo , où il ne pouvoit chercher des amis , puifqu’il ne vouîoît point y demeurer : il continua fes prodigalités ü'ù’a T R O I S I E ill E V O Y A C. E à Mat aval , jufqu’à l’inllant où j’y mis fin; & il forma desliaifons fi peu convenables, qu’O-Too, difpofé d’abord à le protéger , témoigna haute- ment fon dédain pour lui. Cependant il aurait encore pu recouvrer les bonnes grâces du Roi ; il aurait pu s’établir avantageufement à O-Taïti , où il avoit pafle autrefois plufieurs années , & où il étoit fort confidéré de Towha , qui lui fit prêtent d’une double pirogue , c’ell-à-dire, d’une chofe très-précieufe. En s’établifiànt fur cette Ille, fon élévation aurait rencontré moins d’obf- tacles ; car un étranger parvient plus aifément , qu’un Naturel du pays , h jouer un rôle au-deffus de fa naiflànce. Mais il fut toujours indécis, & je crois qu’il n’auroit point voulu fe fixer à Huaheine , fi je ne lui avois pas déclaré nette- ment, que je n’emploierois jamais la force pour lui rendre les biens de fon pere. Les Naviga- teurs , qui aborderont par la fuite fur ces Mes nous apprendront s’il aura mieux employé le relie de fes richeflès , lefquelles , malgré fes pro- fufions , étoient encore confidérables', & fi les foins que j’ai pris pour qu’il vécût tranquille, auront eu du fuccès. Les Commandans des vaif- feaux qui fe trouveront dans ces parages , recher- cheront fans doute avec intérêt , ce qu’ell devenu le pauvre Ornai : il énonçoit d’une maniéré trop o zs C o o ic. ouverte fon antipathie comte les habitans de Bolabola , & il a fur-tout à craindre les fuites de fon indiierétion ; les Naturels de Bolabola , entraînés par la jaloufie , s’efforceront de le ren- dre odieux à ceux de Huaheine ; ils eu vien- dront d’autant mieux à bout, qu’ils font aujour- d’hui en paix' avec cette demiere lile , & que plufteurs d’entr’eux y demeurent. Leur inimitié étoit cependant la choie qu’il lui eût été plus facile d’éviter; non-feulement il ne leur infpiroit aucune averfion, mais celui que nous trouvâmes h Tiarraboo , & qui y jouoit le rôle d’un Am- bailàdeur, d’un Prêtre ou d’un Dieu, propofa formellement de le rétablir dans les biens qui avoient appartenu à fon pere. Il ne voulut ja- mais accepter ce fervice , & il fe montra réfolu jufqu’à notre départ, de iaillr la première occa- fion qui s’offrirait , & de fe venger par une ba- taille. Je conjefture que fa cotte de maille ne contribuoit pas peu à fon ardeur guerriere ; il fe croyoit invincible avec fa cuiraffe & fes armes h feu. Quels que fuffent les défauts; d’Omaï, ils fe trouvoient plus que contre-balancés par fon ex- trême bonté , & par la docilité de fon caractère. Je n’ai guères eu occafion de nie fâcher au fujet de fa conduite en général ; fon cœur reconnoif- fant fut toujours pénétré des bontés qu’on a eues 284 Troisième Voyage •--ts pour lui en Angleterre , & il n’oubliera jamais 1777. ceux qui l’ont honoré de leur protection & de y bre - leur amitié pendant fon féjour à Londres. Il étoit doué d’une allez grande pénétration , mais il ne s’appliquoit pas, & il n’avoit point cette confiance qui fuit les mêmes idées; ainfi, fes connoiïïànces étoient fuperlicielles & imparfaites h bien des égards. Il obfervoit peu : il vit aux IJles des Amis une foule d’arts utiles & d’ainu- femens agréables , qu’il aurait pu porter dans fa patrie , où vraifemblablement on les adopterait volontiers , puifqu’ils font fi analogues aux habi- tudes des Naturels des IJles de la Société ; mais je 11e me fuis pas apperçu qu’il ait fait le moin- dre effort pour s’en inffruire. Cette efpece d’in- différence , je l’avoue , eff le défaut caraélérif- . tiqué de lès compatriotes. Ils ont reçu à diverfes reprifes, depuis dix ans , la vifite des Naviga- teurs européens; je n’ai pas découvert toutefois, qu’ils aient cflayé le moins du monde de profiter de ce commerce, & jufqu’ici ils ne nous ont copié en rien. Il eff. donc difficile qu’Omaï vienne h bout d’introduire parmi eux un grand nombre de nos 'arts & de nos coutumes, ou qu’il per- fectionne beaucoup les ulages & les méthodes auxquels ces peuplades font accoutumées depuis fi long-temps : je fuis perfuadé néanmoins , r> e Cook. 285 qu’il cultivera les arbres fruitiers & les "végétaux que nous avons plantés, & que les J/les de la ijjy. Société lui auront, en ce point, des obligations pbrc. e demie lies; mais le plus grand avantage qu’elles femblent devoir tirer de fes voyages , réfultera des quadrupèdes nouveaux que nous y avons laides , & que vraifemblablement elles n’auroient jamais obtenus , s’il 11’étoit pas venu en Angle- terre. Lorfque ces animaux fe feront multipliés , 1 O-Taïti & les Ijles de la Société , égaleront, fi elles ne furpaflènt pas , les relâches célébrés , par l’abondance des provifions. Le retour d’Omaï , & les preuves féduilàntes qu’il offroit de notre libéralité, excitèrent un grand nombre d’infulaires à me demander la permidion de me fuivre h Pretane. (a) J’eus foin de dé- clarer, dans toutes les occafions, que je ne fouf- crirois point à ces demandes. Omaï toutefois, qui mettoit un grand prix à être cité comme le feul homme qui eût fait un long voyage, crai- gnoit que je ne confentidè à donner à .d’autres les moyens de lui difputer ce mérite, & il me dit fouvent, que Mylord Sandwich lui avoir pro- mis, qu’aucun des Naturels des Ifles de la So- ciété ne viendrait en Angleterre . (a) En Angleterre. 29^ Troisième Voyage ~::zrz qui fe levèrent pour me demander là grâce, dès 1777. qu’elles me virent; comme il étoit important de y bic> prévenir de pareilles déferrions, je les accueillis fort mal , & je leur ordonnai de fe retirer ; elles fondirent en larmes , & elles s’en allèrent. Paha , Chef du diftriét , arriva ; il m’offrit un bananier & un cochon-de-lait en ligne de jpaix. Je refufaj fon cadeau , & je lui enjoignis de fortir de ma préfence. Après avoir embarqué le déferteur fur le premier canot qui atteignit le rivage, je re- tournai aux vaiUcaux. Notre correfpondance avec les Infulaire's fe rétablit. Le foldat fe contenta de dire , pour fa j unification , que les Naturels l’a- voieilt débauché : cela pouvoir être vrai , car les deux femmes dont j’ai parlé, étoient venues fur mon bord la veille de la défertion; je recon- nus d’ailleurs qu’il avoit quitté fon polie peu de minutes avant l’heure où 011 devoit le relever, & le châtiment que je lui infligeai ne fut pas ri- goureux. Quoique nous fuflions fépnrés d’Omaï, nous pouvions encore en recevoir des nouvelles. Je lui avois recommandé de m’inftruire de ce qui fe paflèroit : quinze jours après notre arrivée ù Ulietea , il m’envoya deux de fe s gens : j’appris avec une extrême plailir, que fes compatriotes le laifloient en paix; que tout alloit bien, mais n . e Cook.. 293 que fa chevre étoit moite en faifant fes petits; — • il me prioit de lui en envoyer une autre, & .1777. deux haches. , Je fus . bien-aile d’avoir une ; nou- *>bre. velle pcçafîon dette utile à mon Ami, & le 18, 18. je renvoyai fes deux meffitgers qui lui portèrent les haches, & deux chevreau^, l’un mâle- & l’autre femelle, que je pris parmi les quadrupè- des qui relloient h bord de la Découverte. ; , . Le 19, j’écrivis les intlruttions que le Capi- i£>- taine Clerke devoir fuivre , s’il venoit à fe fépa- rer de moi après notre départ des Mes de la, So- ciété; il ne fera pas inutile de les- rapporter ici. * ? Inflru&ions données par le Capitaine Cook , commandant la Corvette de Sa Majeflé, la. Résolution , au Capitaine Clerke commandant h Sloop la Découverte. , „ Les Mes de la Société fe trouvant fort „ éloignées de la côte feptentrionale de YAmé- „ rique , notre traverfée fera longue; nous en „ ferons une partie au milieu de l’hiver , c’eft-à- „ dire, h une époque où il faut s’attendre à des „ orages & à un mauvais temps qui peuvent „ féparer. les vailfeaux , & vous devez prendre 3 , tous les foins imaginables pour prévenir cette T , réparation; mais fi nous nous féparons, malgré T 3 2p4 Troisième V o y âge », tous nos efforts pour marcher de conferve , 1 777 • j> vous me chercherez d’abord à l’endroit où vous i) hic ' „ m’aurez vu pour la derniere fois; & fi vous ne „ m’appercevez pas après cinq jours de recher- „ ches , vous marcherez vers la côte de la Nou- „ y elle Albion , félon les infiructions des Lords „ de l’Amirauté dont vous avez déjà reçu une „ copie : vous tâcherez d’atteindre la côte SA- „ mérique par le quarante-cinquieme degré de „ latitude. „ Vous ferez une croifiere de dix jours par tr ce parallèle, & à une diftance convenable de „ la terre ; fi vous ne me voyez point après cette „ croifiere , vous relâcherez dans le premier ha- », vre que vous rencontrerez à cette hauteur ou », plus au Nord ; vous y embarquerez du bois „ & de l’eau , & vous y prendrez des rafraîchif- ,, femens. „ Tandis que vous ferez dans le havre , vous „ aurez foin d’entretenir des vigies ; vous choi- „ firez pour cela une ftation aulfi voifine de la s, côte qu’il fera pofiîble, afin que vous foyez » plus fur de m’appercevûir loffqué je paraîtrai « au large. „ Si je lie vous ai pas rejoint lé premier « Avril , vous appareillerez & vous marcherez „ au Nord jufqu’au cinquante-fixieme degré de ue Cook.- *95 „ latitude ; vous ferez une croifiere à cette hau- „ teur & à une difltance convenable de la côte, 1777. ,, dont vous ne vous éloignerez jamais de plus 9 bre> „ de quinze lieues , & vous m’attendrez jufqu’au „, dix Mai. „ Si je ne fuis pas arrivé à cette époque, 5 , vous continuerez à marcher au Nord , & vous „ chercherez un paffàge dans la mer atlantique „ par la baie de Hudfon ou celle de Baffin , „ conformément aux inftruétions de l’Amirauté „ dont je parfois tout-à-l’heure. , . 0 „ Si vous 11e rencontrez point de pafîàge par ,, l’une de ces baies, ou par une autre entrée, „ il feroit dangereux, vu la laifon de l’année, „ de vous tenir dans les hautes latitudes , & „ vous gagnerez le havre de Saint-Pierre & „ Saint-Paul au Kamtfckatka , afin d’y ra- „ fraîchir votre équipage & d’y palier l’hiver. „ Si ce port ne vous offrait pas les rafraî- „ chiflèmens dont vous auriez befoin, je vous „ lailîe le maître de choifir la relâche que vous „ voudrez ; feulement , avarit de partir , vous au- „ rez foin d’inllruire le Gouverneur par écrit, „ de l’endroit où vous^ comptez vous rendre, & „ vous lui recommanderez de me remettre, ce ,, papier à mon arrivée. Dans ce dernier cas, „ vous retournerez au port S. Pierre & S. Paul . T 4 296 Troisième Voyage » au printemps, & vous tâcherez d’y être le )> dix Mai, ou même plutôt. „ Si vous ne recevez pas de moi, au prin- „ temps 1779, des meflâges ou des ordres, qui „ vous autorifent à vous écarter des infractions „ de l’Amirauté , vous réglerez fur ces inftruc- „ tions , vos opérations ultérieures. . „ Vous vous occuperez d’ailleurs des divers „ points énoncés dans ces infractions , dont „ nous 11e nous fouîmes point encore occupés, „ ou qui 11e contrarient point les ordres que je „ vous donne ici; & en cas que la maladie ou „ un accident quelconque , vous mette hors d’é- „ rat d’exécuter ces ordres & ceux de l’Amirau- „ té , vous 11e manquerez pas d’en charger votre „ premier Lieutenant, à qui j’enjoins de remplir „ fa commiffion le mieux qu’il lui fera poflible. Signé. par moi, à bord de la Réfolution h U liste a , le 18 Novembre. J. Cook. Tandis que nous étions amarrés h la côte, nous 1 mîmes les vaiflèaux à la bande, nous en frottâmes les fonds des deux côtés, & nous y plaçâmes quelques feuilles d’étain, après avoir ôté le vieux doublage. L’ingénieux M. Pelham , Secrétaire du Bureau des Vivres , m’avoit donné ces feuilles, en me priant d’examiner, fi elles » e Cook. 297 produiraient le même effet que des feuilles de : — — cuivre. , 1777. J’appris le 24 au matin , l’évafion d’un Mids- 9 bre - hipman & d’un matelot de la Découverte. Les 24. Naturels nous dirent bientôt après , que les dé- ferteurs s’étojent enfuis fur une pirogue la veille à l’entrée de la nuit , & qu’ils étpient à l’autre extrémité de J’Ifle. Le Midshipman ayant té- moigné, fouvent le défit; de palier fa vie fur ces terres , il paroifïoit clair que lui & fon camarade formoientrle projet de ne pas revenir, & le Ca- pitaine Clerke alla à leur pourfiiite avec deux canots armés , & un détachement de foldats de Marine. Sa démarche n’eut point de fuccès , car , il fut de retour le foir , fans avoir appris aucune nouvelle sure des deux déferteurs : il jugea que les Naturels cachoient le Midshipman & le ma- telot ; qu’ils l’avoient arnufé toute la journée avec des menfonges, & qu’ils lui avoient indi- qué malignement des endroits où il ne devoit pas retrouver fes deux hommes. Nous filmes, en effet, le lendemain, que les déferteurs étoient à Otaha. Ces deux hommes n’étoient pas les feuls de nos équipages qui euiïènt envie de s’é- tablir fur ces Ifles fortunées ; & , afin de conte- nir de femblables déferrions, il devenoit indif- penfable d’employer tous mes moyens. Voulant *298 Troisième Voyage ggjs s d’ailleurs montrer aux Naturels que je mettois 1777* un grand intérêt au retour des déferteurs, je re- 9 bre> folus d’aller les chercher moi-même ; j’avois ob- fervé en bien des occafions, que les Infulaires s’avifoient rarement de me tromper. «5. Je partis en effet , le 25 au matin avec deux canots armés. Le Chef de l'Idc me fervit de guide , & je marchai fur fes pas : nous ne nous arrêtâmes qu’au moment où nous eûmes atteint le milieu du côté oriental de Otaha ; nous dé- barquâmes alors, & Oreo détacha en avant un homme, auquel il enjoignit de faifir les défer- teurs & de les tenir aux arrêts jufqu’h ce que nos canots fuflènt arrivés. Mais, quand nous ar- rivâmes à l’endroit- où nous comptions les trou- ver, on nous dit qu’ils avoient quitté l’Ide, & paffé la veille à Bolabola. Je 11e crus pas de- voir les y fuivre , & je retournai aux vaiffeaux , bien décidé h faire ulàge d’un expédient qui me parut propre à contraindre les Naturels à rame- ner le Midshipman & le matelot. Durant la nuit, nous obfervâmes, M. Bayly, M. King & moi , une immerfion du troifieme fatellite de Ju- piter : elle eut lieu félon l’obfervation de M. Bayly, à a 1 ' 37' 54"! Selon celle de M. Iving , ha 37 24 >du matin. Selon la mienne h 2 37 44 DE - C OO K. 299 M. Bayly & M. King , obfervereiu avec une — lunette achromatique de Dollbnd, de trois pieds .1777. & demi de foyer, & de la plus grande force. 9 brc - J’obfërvai avec un télefcopc de réflexion grégo- rien , de deux pieds , confirait par M. Bird. Le Chef, fou fils , fa fille & fon gendre , a vinrent des la pointe du jour à bord de la Ré- folution. Je réfolus de tenir aux arrêts les trois derniers , jufqu’à ce qu’on me ramenât les deux déferteurs. D’après ce plan , le Capitaine Clerke les invita à paflèr fur fon vaiflèau, & dès qu’ils y furent il les cmprifbnna dans fa chambre. Oreo croit auprès de moi lorfqu’il en apprit la nou- velle : croyant qu’on avoit arrêté fa famille fans que je le fuflè , & , par conféquent , fans mon aveu, il m’en avertit tout de fuite. Je lui' répon- dis que j’avois ordonné moi- même cet empri- fonnement : il commença b craindre pour lui, & fes regards annoncèrent le plus grand trouble ; mais je né tardai pas à le tranquillifer fur ce point; je lui' dis qu’il poüvoit quitter le vaiflèau quand il le voudroit , & prendre les” mefurcs les plus propres h nous rendre nos déferteurs ; que s’il réiiffiffoit, on mettrait en liberté fes amis détenus fur la Découverte , & que s’il ne réuf- fiiïoit pas, je les emmenerois avec moi. J’ajou- tai, que lui & pluficurs de fes Sujets, avoîent 3oo Troisième Voyage g=s=: eu la hardïefîè de faciliter l’évafion de mes deux l 777‘ hommes; qu’ils cherclioient de plus à en débau- 9 bre ’ cher d’autres, & que j’avois droit de tout en- treprendre pour mettre fin à de pareils délits. Nous vînmes à bout d’expliquer aux Infulaires les motifs qui me déterminoient, & cette expli- cation parut diminuer la frayeur que je leur avois infpirée d’abord ; mais s’ils furent plus tranquilles fur leur sûreté , ils continuèrent h avoir de vives inquiétudes fur celle de leurs pri- fonniers. Un grand nombre d’entr’eux conduifi- rent leurs pirogues fous l’arricre de la Décou- verte , & ils y déplorèrent , en longues & bruyantes exclamations , la captivité de leurs compatriotes. On entendoit de tous côtés le cri de Vo'èdooa! nom de la fille du Chef; les fem- mes du pays fembloient fe difputer à l’envi la fatisfaélion de lui donner des marques d’intérêt, plus expreflîves encore que les lamies & les cris, & elles ne manqueront pas de fe faire à la tête des blelïures terribles. Oreo lui- même eut part h ces lamentations inutiles ; mais il s’occupa tout de fuite des moyens de nous rendre les Déferteurs. Il expédia une pirogue à Bolabola; il avertit Opoony, Sou- verain de cette Iflc, de ce qui étoit arrivé; il le pria d’arrêter les deux fugitifs , & de les DE Cook. 301 renvoyer. Le Meflàger , qui n’étoit rien moins — que le pere de Pootoë , gendre d’Oreo, vint 1777. prendre mes ordres avant de partir. Je lui en- 9 bre * joignis expreflement de ne pas revenir fans les Déferteurs, & de dire de ma part, à Opoony, d’envoyer des pirogues à leur fuite , s’ils avoient quitté Bolabola ; car je prefumois qu’ils ne demeureroient pas long -temps dans le même endroit. Les Infulaires s’intéreflbient fi vivement à la liberté du fils, de la fille & du gendre d’Oreo, qu’ils ne voulurent pas la faire dépendre du re- tour de nos Déferteurs, ou leur impatience fut fi vive , qu’ils méditèrent un complot , dont les fuites' auraient été plus funelles encore pour eux , fi nous n’étions pas venus à bout de l’é- touffer. J’obfcrvai fur les cinq ou fix heures du foir , que toutes leurs pirogues , qui fe trou- voient dans le havre , ou aux environs , com- mençoient à s’enfuir, comme fi la frayeur fe fût répandue dans le pays. J’étois à terre, & je fis vainement des recherches pour découvrir la caufe de cette alarme. L’équipage de la Découverte m’avertit , par des cris , que les Naturels avoient arrêté le Capitaine Clerke & M. Gore, qui fe promenoient h quelque diffance des Vaifîèaux. Etonné de la hardieflè de ces repréfailles , qui 308 Troisième Voyage - - mon premier & de mon fécond voyage. (V) I//7- Pour expliquer comment fa iànté fe fortifioit en Déc. vieilliflànt , je fuppolài que, durant là Régence, il avoit trop bu d 'ava, & qu’étant fimple parti- culier, il en buvoit moins. {a) Le Capitaine Cook avoit vi^Oree, en 1769, lorfqu’il commandoit VErtdéavour , & il l’avoit vu enfuite deux fois , en 177a , durant fon fécond voyage. I) E C O O. K. 309 < - x^ r ^ =~ gg. _. a. CHAPITRE VIII. Arrivée à Bolabola. Entrevue avec le Roi Opoony. Raifons qui me déterminent à acheter l'ancre de M. de Bougainville . Départ des If es de la Société. Détails fur Bolabola. Hifoire de la conquête d ' Otaha & i’Ulietea. Terreurs qu'infpirent les Ha- bituas de Bolabola. Animaux que nous laifsâmes dans cette ÏJle , ainfi qu'à Ulie- tea. Supplément de vivres que nous y em- barquâmes , Pi maniéré dont nous falâ- mes des cochons. Obfervations relatives à O-Taïti Pi aux IJles de la Société. Obfer- vations afronomiques & nautiques fur ces Terres. Dès que nous fûmes hors du Havre, nous rrrr: nous éloignâmes d 'Ulietea , & nous primes la 1 777. route de Bolabola. Je voulois aborder h cette Déc. Iüe , afin d’acheter du Roi Opoony , l’une des ancres que M. de Bougainville perdit à O-Tàïti ; les O-Taïtiens qui la relevèrent , après le départ des François , l’avoient envoyé en préfent à ce Monarque. Si je defirois de l’obtenir, ce n’étoic V 3 3io Troisième Voyage pas que nous en enflions bcfoin pour les Vaif- 17“^. féaux; mais ayant donné ou vendu toutes les ha- Déc. elles & les autres outils de fer que nous avions apportés ïï Angleterre , il ne nous refloit plus de moyens de faire des échanges avec les peu- plades que nous rencontrerions. Les Serruriers .employoient depuis quelque temps la provifion de fer que nous avions à bord, à fabriquer les articles les plus propres à ce commerce ; & ces tranfmutations , jointes au fervice de la Réfolu- tion & de la Découverte , en avoient déjà con- sommé une grande partie. Je crus que l’ancre de M. de Bougainville. nous tiendrait lieu de fer en barres , & que je déterminerais Opoony à me la céder. Oreo & fix ou huit Infulaires d 'Ulietea, paflerent fur nos Vaifièaux à Bolabola. En gé- néral , la plupart des Naturels , fi j’en excepte le Chef, nous auraient fuivi de bon cœur en An- gleterre. Nous trouvant au coucher du Soleil, par le travers de la pointe Sud de Bolabola , nous diminuâmes de voiles , & nous courûmes 8. de petites bordées durant la nuit. Le 8 , à la pointe du jour, nous c Rayâmes de gagner le Ha-; vre , qui gît au côté Occidental de rifle : le vent étoit foiblc , & ce ne fut qu’à neuf heu- res , que je me vis alfez près , pour faire fonder D « C O 0 K', 31 1 l’entrée ; je voulois conduire les Vaifîèaux en- dedans, & y relâcher un jour ou deux. 1 777- Le Mafîer chargé de cette commifflon me Déc. dit, à fon retour, que le fond étoit de roche à l’entrée du Havre , mais qu’on trouvoit un bon mouillage en-dedans ; que la fonde y rapportoic vingt-trois & vingt-cinq bradés ; que le canal avoit un tiers de mille de large , & que les Vaifîèaux pouvoient y tourner. D’après ce rap- port , nous entreprîmes d’y conduire la Réfolu- tion & la Découverte ; mais la matée & le vent nous étoient contraires , & lorfque nous eûmes fait deux ou trois bordées , je reconnus que nous n’en viendrions à bout qu’au moment du flot. Je renonçai au projet de mener nos deux Bâtimens dans le Havre : les canots étoient prêts; j’en pris un , dans lequel je reçus Oreo & fes compa- triotes , & les Rameurs nous portèrent fur la côte. Nous débarquâmes à l’endroit que nous indi- quèrent les Naturels, & on 11 e tarda pas. à me préfenter Èt Opoony , qui étoit environné d’une foule nombreufe. Je n’avois point de temps h perdre, &, dès que je me fus conformé au cé- rémonial du pays , je le priai de me donner l’ancre : j’eus foins de lui montrer ce que je lui donnerois de mon côté. Mon préfent confiftoit en une robe-de-chambre de toile, une chemife, V.4 3 ï a Troisième Voyage rr sss quelques fichus de gaze , un miroir , des grains ^777 • de verre, d’autres bagatelles & fix haches; la Dec. vue t | es haches produifit une acclamation uni- verfclle parmi les Infulaires. Opoony voulut abfoluinent attendre qu’on m’eût livré l’ancre , pour recevoir ces diverlès choies; & je ne con- cevois pas trop les motifs de fon refus. Il or- donna h trois de les gens de nie mener à l’endroit où étoit l’ancre , & de me la livrer. Il cfpéroit , à ce que je compris, que je leur remettrais le prix de l’échange. Ces trois hommes me con- duilirent à une Ifle fituée an côté feptentrional de l’entrée du havre ; l’ancre n’étoit ni auffi grande, ni auffi entière que je l’imaginois. Je reconnus à la marque, qu’elle avoit pefé fept cents au forcir de la forge; l’organeau, une par- tie de la verge, & les deux pattes manquoient. Je fends alors pourquoi Opoony n’avoit pas ter- miné tout de fuite notre marché; il imagiuoit fans douce que mon préfent excédoit trop la valeur de l’ancre , & que je lui reprocherais de m’avoir trompé. Quoi qu’il en foit , je pris l’an- cre & j’envoyai au Roi chacun des articles que je lui avois promis. Ma négociation ainfi termi- née , je retournai à bord , & quand on eut re- monté les canots , nous nous éloignâmes de Bol aboi a , & nous marchâmes au Nord. D E C 0 O K. 313 Tandis qu’on remontoit les canots , quelques- — — uns des Naturels arrivèrent fur trois ou quatre 1777. pirogues; ils dirent qu’ils venoient voir nos vaii- Déc. léaux ; ils nous apportèrent un petit nombre de noix de cocos , & un cochon - de - lait , le feul que nous nous procurâmes fur cette Ifle. Je fuis pcrfuadé cependant , que fi nous avions attendu jufqu’au lendemain , on nous aurait fourni des pro vidons en abondance, & je crois que les Na- turels eurent bien du regret de nous voir partir fitôt ; mais comme nous avions déjà beaucoup de cochons & de fruits , & fort peu de moyens d’en obtenir davantage , rien 11e m’engageoit à différer la fuite de notre voyage. Le havre de Bolabola , appcllé Oteavanooa , & fitué au côté occidental de rifle , eft un des plus étendus que j’aie jamais rencontré ; quoique nous n’ayons pas pénétré dans l’intérieur, j’ai eu la fatisfaétion du moins de le faire reconnoître par le Ma fier , & je puis aflhrer les Navigateurs que le mouillage y eft très-bon. Ça) La montagne élevée & à double pic , qu’on ( a ) Voyez un plan de l’Ifle de Bolabola , dans la Colleéfion de Hawkefworth, tome II , page 149 de l’original. Cette Colleélion n’offre pas de plan particulier du Havre , mais fa pofaion y eft mar- quée d’une maniéré très-diffinfte. 314 Troisième Voyage ===== voit au milieu de l’Ille , nous parut ftérile au 1777. côté oriental; mais au côté occidental, elle of- Déc. f re ^05 arbres & des arbrilTeaux , môme dans les endroits les plus efcarpés. Les terrcins bas qui l’environnent près de la mer, font couverts de cocotiers & d’arbres à pain , ainfi que les autres Mes de cet océan ; & les nombreux Illets qui la bordent en-dedans du récif, ajoutent à fes productions végétales & à fa population. Bolabola 11’a que huit lieues de tour; &, lorfqu’on fonge à ce peu d’étendue , on ell étonné que fes habitans aient entrepris & achevé la conquête d 'Ulietea & à'Otaha ; car la gran- deur de la première de ces deux Mes , ell au moins double. J’avois beaucoup entendu parler, dans mes voyages , de la guerre qui a produit une révolution fi mémorable. Le réfultat de nos recherches peut amufer le lefteur , & je vais l’inférer ici comme une efquilfe de l’hiffoire de nos Amis de cette partie du monde. (V) Les Mes contiguës d 'Ulietea & à'Otaha , vé- curent long-temps amies , ou , félon l’exprelïïon des Naturels , elles fe regardèrent long - temps ( a ) On doit à M. Anderfon ces détails , ainfi que beaucoup d’autres fur les peuplades de la Mer du Sud. DE C 0 O K. 315 comme deux freres , que des vues d’intérêt ne pouvoient défunir. Elles formèrent auffi avec 1777. Huaheine , des liaifons d’amitié qui furent moins Déc. intimes : Otaha cependant eut la perfidie de fe liguer avec Bolabola pour attaquer Ulietea. Les habitans SUlietea , appelleront à leur fe- cours les habitans de Huaheine. Les guerriers de Bolabola étoient encouragés par une Prêtreflè ou plutôt par une Prophéteflè , qui leur annon- çoit la viftoire : pour ne pas leur laifièr de dou- tes fur la certitude de fa prédiction , elle dit que fi on envoyoit un d’entr’eux dans un endroit de la mer qu’elle défigna , il verrait s’élever une pierre 'du fein des flots. L’un d’eux prie en effet une pirogue , & fc rendit au lieu indiqué ; il cfîaya de plonger dans la mer pour reconnoître où étoit la pierre ; mais il fut h peine fous l’eau , qu’il fut rejette brufquement à la furface avec la pierre â fa main. Les Naturels , étonnés de ce prodige , dépoferent religieufement la pierre dans la maifon de YËatooa , & on la conferve h Bo- labola , afin d’attefter que la femme étoit infpi- rée par le Dieu. Ne doutant plus du fuccès, l’efcadre de Bolabola alla chercher les pirogues d 'Ulietea & de Huaheine. Celles-ci fe trouvant jointes les unes aux autres, par de groflès cor- des , le combat fut long , & malgré la prédiétiou 5 16 Troisième Voyage & le miracle, les Infulaires de Bolabola au- 1777. roient vraifemblablement été battus, fi la marine Déc. à'Qtaha n’étoit pas arrivée au moment de la crife. Ce renfort décida le fort de la journée. Les Naturels de Bolabola défirent l’ennemi & tuèrent beaucoup de monde : profitant de la vic- toire, ils envahirent Huaheine qu’ils favoient mal défendue , & dont la plupart des guerriers croient abfens. Ils fe rendirent maîtres de rifle, & un grand nombre des habitons fe réfugièrent à O-Taïti, où ils racontèrent leurs délabres : ceux de leurs compatriotes ou des Naturels d 'Ullete.11 qu’ils rencontrèrent, attendris par le récit des cruautés du vainqueur, leur donnèrent quelques fecours ; mais ils ne purent équiper que dix pi- rogues de guerre. Quoique leur force fut fi peu confidérable , ils concerteront leur plan d’une maniéré fage , ils débarquèrent à Huaheine pen- dant une nuit obfcure ; & , tombant à l’impro- vilic fur les vainqueurs , ils en tuerent la plupart & obligèrent le relie à fe fauver. Ils reprirent ainfi Fille de Huaheine , qui , depuis cette époque , ne reconnoît pour Souverain , que fes propres Chefs. Immédiatement après la défaite des efeadres réunies OCUlietea & de Huaheine , les habitons d 'Otaha demandèrent aux Naturels de Bolabola , leurs alliés , à être admis au » a C o o ic. 317 partage de la conquête ; ils eflùyerent un refus & — — ils rompirent l’alliance : il y eut une guerre , 1777* & l’Ifle 'XOtaha , ainil que celle d 'Ulietea , Déc. furent fubjuguées. L’une & l’autre fe trouvent aujourd’hui foumifcs h Bolabola ; les Chefs qui y commandent , font des députés d’Opoony. Pour réduire les deux Ifles , les guerriers de Bo- labola livrèrent cinq batailles , dans lefquclles il y eut une multitude d’hommes tués. Tels font les détails que nous reçûmes des gens du pays. J’ai remarqué plus d’une fois, que ces peuplades no fixent pas d’une maniéré exaéte , les dates des événemens un peu anciens. Quoique la guerre dont je viens de parler , foit très -moderne , nous fûmes réduits à calculer l’époque de fon commencement & de fa fin , d’après des circonfiances accefloires que nous obfervâmes nous-mêmes; les Naturels ne nous dirent rien de précis fur ce point. La conquête d '"Ulietea , qui termina la guerre , fut achevée avant la relâche que je fis aux Mes de la So- ciété , en 17159, & il y a lieu de croire que la paix venoit d’être rétablie ; car nous apperçûmes alors des tracés bien récentes des hoftilités com- mifes fur cette Ifle. (d) L’âge de Teereetareea, (rt) On en parle dans la ColleéHon de HawkeG- worli. Vol. II, pag. 136 de l’original. 324 Troisième Voyage pierre, leur fimplicité eft fi grande , qu’ils croient 177 7. leur provifion de cet article inépuifable ; car ils Déc. ne nous en demandèrent jamais de nouveaux : ils changèrent néanmoins quelquefois des fruits con- tre des clous d’une moindre groffeur. Les cou- teaux étoient forts eftimés à Ulietea; & dans chacune de ces Ifles, les herminettes & les peti- tes haches , l’emportèrent fur les autres articles. Quant aux objets de parure , leur fantaifie eft auftï mobile que celle des Nations polies de Y Eu- rope , & la chofe qui plaît à leur imagination , lorfquc la mode lui donne du prix, eft rejettée lorfqu’il s’établit une mode nouvelle; mais nos outils de fer font d’une utilité fi frappante , qu’on peut aflurer, fans craindre de fe tromper, qu’ils continueront toujours à les eftimer beaucoup, & qu’ils feront très h plaindre, fi, dépourvus des matières premières , ou ignorant l’art de les fa- briquer, ils ceflènt de recevoir des cargaifons de ceux de nos outils qui leur font devenus nécef- faires à bien des égards. Quoique O-Taïti ne foit pas , à proprement parler, au nombre des terres que j’ai appellées JJlss de la Société , en 1769 , elle eft habitée par la même race d’hommes , & la tribu qui y eft éta- blie, a le même icaraétere & les mêmes mœurs, que les tribus des environs. Ce fut un bonheur de Cook. 325 pour nous de découvrir, cette Ifle principale avant les autres; l’accueil amical & liofpitalier 1777* que nous y reçûmes , nous a déterminés , dans Déc. nos différentes courfes fur cette partie de l’Océan pacifique , h y faire des relâches plus longues. La multiplicité de nos relâches nous a fourni plus d’occafions d’étudier les produirions & les mœurs de fes habitans, que nous n’en avons eu d’ob- ferver les Ifles & les peuplades d’alentour. Au refte, nous connoiffons allez bien les demieres, pour afTürer que tout ce que nous avons dit d 'O-Taïti leur eft applicable avec de très-légers changemens. Nos premières Relations n’ont décrit que trop en détail les fcenes de plaifîr & de débauche qui rendent O-Taïti un féjour fi agréable à la plu- part de ceux qui fe trouvent ti bord des vaiffèaux, & lors même que j’aurois quelques traits à ajou- ter à cette efquillè déjà tracée d’une maniéré aftez exaéte , j’héfiterois à peindre dans mon Journal des mœurs licencieufes propres feulement à ex- citer le'dégoût des lecteurs qui cherchent à s’inf- truire; mais il y a quelques points des inf lit li- rions domeftiqucs , politiques & religieufes de ces peuplades , qu’on connoît d’une maniéré très- imparfaite encore, après tous nos voyages. Le récit inféré plus haut de ce qui nous eft arrivé, X n A 0 3î6 T r oisi s m r Voyage = y jettera probablement une forte de jour, & on 1777* trouvera, dans le Chapitre fuivanc, des remar- iée. ques de M, Anderfon, qui contribueront h les éclaircir. Au milieu des recherches moins importantes, dont nous nous occupâmes fur ces Mes , nous ne perdîmes pas de vue les grands objets cle notre voyage, & nous ne laifsâmes échapper aucune occafion de faire des obfervations agronomiques & nautiquesi La table que voici en offre le réfnltat. Incîinaifon k* ei1. Latitude Longitude Ddclinalfon de l’aiguille P Olfltc MtUavai , Sud. orientale. de l’aimant, nimantde. à O-Taïù ., .. 17c! icj 1 ^ 11 aiocl ai' zS 11 5<l34 / E. 19c! 1 a n Havre Owherre , , à ihtahcinc . . . 16 41 £ 2 oS J Z 24 J I3IE. îS 1* Havre Ohama- neno , à Vlietea 16 45 5 20 S 15 22 6 19 E. 29 y Les longitudes de ces trois lieux ont été con- clues par un milieu entre 145 fuites d’obferva- tions, faites h terre fur différais points de la côte , & rapportées à chacune des Hâtions , par îc moyen du garde-temps. Comme la pofition de ces trois lieux avoit été déterminée très-exac- tement dans mes deux premiers Voyages , mon principal objet dans ces obfervations, étoit de de Cook. 327 découvrir fur quel degré de précifion on pou- voit compter, en employant un réfultat moyen 1777. entre tous ceux qu’auroit donnés un certain Déc, nombre d’obfervations de la Lune. J’ai penfé que noiis pourrions en juger par le plus ou le moins d’accord qui fe trouveroit entre notre nouveau réfultat , & celui qui avoit été conclu des obfervations que nous avions faites fur les mêmes lieux, en 1769, & par lefquelles nous avions fixé la longitude de la pointe Matavai de rifle $ 0 -Taïti, «1 aio d 27' 30". .On voit que notre nouvelle détermination ne différé de l’ancienne, que de s'a"; & peut-être aucune autre méthode n’eut donné deux réfultats plus conformes entr’eux. Sans prétendre décider la- quelle de ces déterminations approche le plus de la vraie pofition , je ferai ufage de notre dernier réfultat , c’eft-à-dire, que je fuppoferai que la ppinte 'Matavai d’O - Taïti , eft pur uo d 2,2' 28", ou, ce qui revient au même, que le havre de Ohamaneno dans l’Ifle à'Ulie- tea , efl par 2o8 d 25' 22"; & c’eft d’après cette longitude de départ , que je calculerai , pour la fuite, celles que nous conclurons par le moyen du garde-temps , en comptant que fon retard journalier fur le moyen mouvement du Soleil , eft usuellement de 1", 69 , ainfi X 4 3*8 Troisième Voyage que nous l’avons déterminé par un milieu en- l 777 ' tre toutes les obfervations que nous avons faites- Dec, à ces Ides , pour connoître la marche de cette montre. A notre arrivée h O-Taiti , l’erreur, fur la longitude donnée par le garde-temps, étoit: En calculant d’après fon mouve- ment journalier conflaté à Gréen- wich i d i8' 58" D’après fon mouvement journa- lier conclu des obfervations de Ton- gataboo , de . ... o d 1 40* Nous fîmes auffi quelques obfervations fur les marées , fur- tout à O -T ait i & h Ulietea : nous voulions déterminer leur plus grande élévation fur la première de ces Mes. Durant mon fécond Voyage , M. Wales crut avoir découvert , que les flots y montoienc par-delà le point que j’a- vois trouvé en 1769 ; mais nous nous affûtâmes cette fois , que cette différence n’avoit plus lieu , c’eff-à-dire, que la marée s’élevoit feulement de iT ou 14 pouces aü plus. Nous obfervâmes que la marée cil haute à midi dans les quadra- tures aufli-bicn qu’à l’époque des pleines & des nouvelles Lunes, D E C O 0 K. 325) '< La Table fuivante des obfervations faites h rtrrrr: Ulietea , fervira de preuve. I 777 * Déc. Novembre, Elévation Jour la Mer elt étale Temps moyen de perpendi- d« mois, .de à la haute mer. culaire. Pouces. 6 . ni, I5 m 12 1 * 20 m u h -f* CO 3 5 ? 5 7 - 11 40 I 00 12 20 5 •> o 8. 11 35 12 50 12 12 5 » 0 9 - 11 40 I 16 12 28 5 •> 5 xo. 1 1 2 5 I 10 ' 12 18 6 , 5 lit 12 00 I 40 12 20 5 "> 0 12. 11 00 I °5 12 02 5 •> 7 * 3 - 9 30 II 40 10 35 8, 0 14. n 10 12 5 ° 12 00 8, 0 15 - 9 20 II 3 ° 10 25 9 » 0 1 6 . 10 00 12 00 11 00 9 » 0 i 7 * 10 45 12 i 5 1 1 3 ° 8, 5 18. 10 25 12 10 11 18 9 s 0 19» 1 1 00 I 00 12 00 8, 0 20. 11 30 fi 00 12 45 7 s 0 ai. 11 00 I 00 12 00 8, 0 02 . 11 30 I 07 12 18 8, 0 »$• 11 00 I 3 ° 12 45 6 , 5 24. 11 3 ° I 40 12 35 5 s 5 * 5 - 1 r 40 I 5 o 12 45 4 s 7 a 6 . 11 QO I 30 12 15 5 s 2 330 T roisieme Voyage - — — j’ai achevé ce que j’avois à dire fur ces Ifles, 1777. qui jouent un rôle fi brillant dans la lifte de nos Pce. découvertes; mais le Lecteur me permettra d’in- terrompre, un moment la fuite de mon Journal , & de lui faire lire des remarques que je dois à M. Auderfon. DE C O O IC. 331 CHAPITRE IX. Les détails fur O-Taïti font encore impar- faits. Vents dominant dans le parage de cette IJle. Beauté du Pays. Culture. Re- marques fur les curioptés naturelles du Pays ; fur la perfonne des Naturels ; fur leurs maladies ; fur leur caraElere ; fur leur amour pour le plaipr ,* fur leur lan- gue ; fur la Chirurgie & la Médecine qu'ils pratiquent. Leur régime diététique . Effets de <TAva. Epoques de leur repas , & maniéré de manger. Liaifons avec les femmes, Circoncipon. Syfême Religieux. Idées fur l'ame & fur une vie future. Su- perpitions diverfes. Traditions far la créa- tion. Légende hiporique. Honneurs qu'on rend au Roi. DipinSlion des rangs. Châ- timens des crimes. Particularités des Jfles voipnes. Noms de leurs Dieux. Noms des Jfles fréquentées par les Naturels des Jfles de la Société. Etendue de leur Navigation. Djr 0 “ I l paraît d’abord fuperfiu de rien ajoti- „ ter aux détails qu’on trouve fur O-Taïti , 1777. „ dans les relations du Capitaine Wallis & de Déc. 332 Troisième Voyage — „ M. de Bougainville , & dans le premier & le * 777 * 55 fécond Voyage de M. Cook : on elt tenté de Déc. „ croire qu’on ne peut guères aujourd’hui que „ répéter les mêmes olifer varions , mais je fuis „ loin de penfer ainfi. Malgré la defcriptiotî „ exaétc du pays , & des ulages les plus ordi- „ naires des habitans, dont nous fonnnes rede- „ vables aux Navigateurs que je viens de citer, s, & fur-tout à M. Cook, je ne craindrai pas de „ dire qu’il relie un grand nombre de points „ dont on n’a pas parlé ; qu’on a fait quelques „ méprifes rectifiées depuis par des récherches „ poltérieures , & que même à préfeu t , nous „ n’avons aucune idée de diverfes inllitutions ,, très-importantes de cette peuplade. Nos relâ- ,, ches ont été fréquentes mais paflàgcres ; la .»> plupart de ceux qui fe trouvoient à bord des „ vailïèaux, ne fe foucioient pas de recueillir a, des ohfervations, ou d’autres qui s’en occu- ,, poient, n’étoient pas en état de dillinguer une „ remarque utile , d’une remarque oifeufe , & 5, nous avions tous , quoique à un degré diffé- 55 rent , le défavantage inléparable d’une con- 35 noiflànce imparfaite de la langue des Naturels, 35 qui feuls pouvoient nous inftruire. Quelques •55 Efpagnols ont réfidé à O-Taïti , plus long- » temps qu’aucun autre Européen , & il leur ü e Cook. 333 « a été moins difficile de furmonter ce dernier „ obftacle : s’ils ont profité de leurs moyens, 1 777. „ ils fie font infiruits d’une maniéré complette Déc. „ de tout ce qui a rapport aux inftitutions & „ aux Ufàgcs de cette contrée , & leur rela- „ tion offrirait vraifcmblablement des détails plus „ exacts & plus authentiques , que ceux dont „ nous avons acquis la connoillànce après bien „ des efforts;. mais, comme il eft très-incertain , „ pour ne pas dire très-improbable, que YEf~ „ pagne nous apprenne quelque chofe là-deflus, „ j’ai raflcmblé les informations nouvelles, rela- „ tives à O-Taïti & aux Ifles voifines, que je „ fuis venu h bout d’obtenir d’Omai , tandis „ qu’il étoit à bord de la Réfolutlon , ou des „ Naturels avec qui j’ai converfé à terre. „ Le vent eft fixé, la plus grande partie de „, l’année, entre l’Eft-Sud-Eft & l’Eft-Nord-Eft; ,, c’eft le véritable vent alifé, auquel les Naturels „ donnent le nom de Maaraee; il fouille quel- „ quefois avec beaucoup de force. Dans ce der- „ nier cas , l’atmofphere eft fiouvent nébuleufie., „ & il tombe de la pluie ; mais lorfqu’il eft plus ,, modéré, le ciel eft clair & ferein. Si le ven; 9, prend davantage de la partie du Sud, s’il de- „ vient Sud-Eft ou Sud- Sud -Eft, il eft plus doux & accompagné d’une mer tranquille, & 340 Troisième Voyage „ nion, que parce que nous commencions à 1777. „ oublier la taille & la phyfionomie des habitans Déc. „ de la Métropole des Ifles des Amis. Les „ O-Taitiens, cependant, nous parurent fupé- „ rieurs à bien des égards ; nous leur trouvâmes „ tous les agrémens & toute la délicateffè de „ traits qui diflinguent les perfonnes du iexe, „ dans un grand nombre de contrées de la terre : „ la barbe que les hommes portent longue , & „ leur chevelure, qui n’eft pas coupée fi près „ qu’à Tongataboo , produifoieht un autre con- „ trafic , & il nous fembla , dans toutes les oc- „ cafions , qu’ils montroient plus de timidité & „ de légèreté de caraétere. On n’appcrçoit pas „ à O-Taïti ces formes nerveufes, qui font fi „ communes parmi les Naturels des Ifles des „ Amis , & qui font la fuite d’un exercice très- „ prolongé. Cette Terre étant beaucoup plus „ fertile, fes habitans mènent une vie plus in- „ dolente, & ils offrent cet embonpoint & cette „ douceur de la peau qui les rapprochent peut- „ être davantage des idées que nous avons de k } , beauté , mais qui ne contribuent pas à em- „ bellir leur figure, puifqu’il en réfulte une forte 5, de langueur dans leurs mouvemens : nous fîmes „ fur-tout cette remarque, en voyant leurs com- 9 , bats de lutte (St de pugilat, qui paroiflènt de DE C O O IC. 34I » foibles efforts d’enfans, fi 011 les compare à 55 la vigueur des mêmes combats exécutés aux 1777. 55 Ifles des Amis. Déc. „ Les O-Taitiens efHmant les avantages exté- 55 rieurs , recourent à plufieurs moyens pour les 55 augmenter : ils font accoutumés , fur -tout 55 parmi les Erreoes ou les Célibataires d’un s, certain rang , de fc foumettre à une opération 5, médicinale , afin de blanchir leur peau : pour 5, cela ils pafiènt un mois ou deux fans, fortir „ de leurs maifons ; durant cet intervalle , ils » portent une quantité confidérable d’étoffes , „ & ils ne mangent que du fruit à pain , au- „ quel ils attribuent la propriété de blanchir le „ corps. Ils femblent croire auffi que leur em- „ bonpoint & la couleur de leur peau, dépen- „ dent d’ailleurs des diverfes nourritures qu’ils „ prennent habituellement ; le changement des „ faifons les oblige en eflet à changer leur ré- „ gime félon les différentes époques de l’année. „ Les nourritures végétales forment au moins „ les neuf dixièmes de leur régime ordinaire. „ Je penfe que le Malice en particulier , ou le „ fruit à pain fermenté , dont ils font ufage „ dans prelque chacun de leurs repas , les relû- „ çhe , & produit autour d’eux une fraîcheur „ très-fenfible , qu’on n’apperçoit pas eu nous Y 3 3^.2 Troisième Voyage — — „ qui vivons de nourritures animales ; & s’ils 1 777. „ ont fi peu de maladies, il faut peut-être l’at- Déc. „ tribuer au degré de température dans lequel „ ils fe trouvent prefque toujours. „ Ils ne comptent que cinq ou fix maladies „ qu’on puific appeller chroniques ou nationa- „ les, parmi lefquelles je ne dois pas oublier , „ l’hydropifie & la fefai , ou ces enflures (ans „ douleur , que nous avions trouvé fi commu- „ nés à Tongatàboo. Il s’agit ici de l’époque „ qui précédé l’arrivée des Européens , car nous „ les avons infectés d’une maladie nouvelle, qui „ équivaut feule à toutes les autres , & qui eft „ prefque univerfelle aujourd’hui : il paraît „ qu’ils ne favent pas la guérir d’une maniéré „ efficace. Les Prêtres la traitent quelquefois „ avec des compofitions de fimples : mais, de „ leur aveu , ils ne la guériflènt jamais parfaite- „ ment ; ils conviennent néanmoins , que dans „ un petit nombre de cas, la nature, fans le „ fecours d’un Médecin détruit le fatal virus , „ & opéré une guérifon complette. Ils difent „ qu’un homme infecté communique fouvent là „ maladie aux perfonnes qui vivent dans la „ même maifon ; que ces perfonnes la pren- ,, lient en mangeant dans les mêmes vafes que » le malade , & même en les touchant ; qu’alors de Cook. 343 5, elles meurent fouvent , tandis que celui-là », guérit; mais ce dernier fait me paraît difficile 1777. », à croire, & s’il eft vrai, c’eft avec des modi- Déc. », fications dont on ne nous a pas parlé. „ Leur conduite dans toutes les occafions , », annonce beaucoup de françhife & un carac- „ tere généreux. Néanmoins Omaï , que fes », préventions pour les Ifles de la Société, dif- „ pofoit à cacher les défauts de fes compatrio- „ tes, nous a avertis fouvent, que les O-Taïtiens „ font quelquefois cruels envers leurs ennemis. „ Ils les tourmentent, nous difoic-il, de propos „ délibéré ; ils leur enlèvent de petits morceaux „ de chair en différentes parties du corps ; ils „ leur arrachent les yeux , ils leur coupent lo „ nez , & enfin ils les tuent & ils leur ouvrent „ le ventre : mais ces cruautés n’ont lieu qu’en „ certaines occafions. Si la gaieté eft l’indice „ d’une ame en paix , on doit fuppofer que leur „ vie eft rarement fouillée par des crimes ; je „ crois cependant qu’il faut plutôt attribuer leur „ difpofition à la joie, à leurs fenfations, qui, „ malgré leur vivacité , ne parodient jamais du- „ râbles ; car , lorfqu’il leur ftirvenoit des mal- „ heurs ,, je ne les ai jamais vu affeétés d’une „ maniéré pénible , après les premiers rnomens ,, de crife. Le chagrin ne fillonne point leur y 4 344 Troisième Voyage „ front; l’approche de la mort ne femble pas „ même altérer leur bonheur. J’ai obfervé des „ malades prêts à rendre le dernier foupir, ou „ des guerriers qui fe préparoient au combat, „ & je n’ai pas remarque que la mélancolie ou „ des réflexions trilles , repandiflent des nuages „ fur leur phylionomie. „ Ils ne s’occupent que des chofes propres b „ leur donner du plaifir & de la joie. Le but „ de leurs amufemens eft toujours d’accroître „ la force de leur penchant amoureux ; ils ai- „ ment paflionnémenc à chanter , & le plaifir J „ ell auflî l’objet de leurs chanfcns : mais , „ comme on eft bientôt raflàfié des jouiflànces „ charnelles ininterrompues, ils varient les fujets „ de ces chants , & ils fe plailent à célébrer „ leurs triomphes h la guerre , leurs travaux du- „ rant la paix , leurs voyages fur les terres voi- „ fines & les aventures dont ils ont été les té~ „ moins, les beautés de leur Me, & fes avanta- 5, ges fur les pays des environs , ou ceux de „ quelques cantons à'O-Taïti , fur des diftriéts „ moins favorifés. La mufique a pour eux beau- „ coup de charmes ; & , quoiqu’ils montraf- „ fent une forte de dégoût pour nos compofi- „ tions favantes , les fons mélodieux que produis „ foie chacun de nos inftrumens en particulier. n f, C o o ic. 345 „ approchant davantage de la fimplicité des leurs, „ les ravidoient toujours de plaifir. 1777. „ Ils connoiflènt les impreiïions voluptueufes Déc. j, qui réfukent de certains exercices du corps, „ & qui chaflènt quelquefois le trouble & le „ chagrin de l’atne , avec autant de fuccès que „ la mufique. Je puis citer lh-defllis un fait re- „ marquable , qui s’etl pafle fous mes yeux. Me „ promenant un jour aux environs de la pointe „ Mat aval , où fe trouvoient nos tentes, je vis „ un homme qui ramoit dans fa pirogue , de la „ maniéré du monde la plus rapide ; & comme „ il jettoit d’ailleurs autour de lui des regards „ emprcffés, il attira mon attention. J’imaginai „ d’abord qu’il avoit commis un vol & qu’on „ le pourfuivoit; mais, après l’avoir examiné „ quelque temps , je m’apperçus qu’il s’amufoit. „ Il s’éloigna de la côte ; il fe rendit à l’endroit „ où commence la houle , & épiant avec foin la „ première vague de la levée , il fit force de ni- „ mes devant cette vague, jufqu’h ce qu’il put „ en éprouver le mouvement , & qu’elle eût „ allez de vigueur pour conduire l’embarcation „ fans la renverfer ; il fe tint immobile alors,- & „ il fut porté par la lame qui le débarqua fur la „ greve : il vuida tout de fuite fa pirogue , & s-, il alla chercher une autre houle. Je jugeai 34*5 Troisième Voyage « Qu’il goûcoic un plaifir inexprimable h être i/77- „ promené il 'vite & fi doucement fur les flots; Déc. „ quoiqu’il fût h peu de diftance de nos tentes „ & de la Réf oint ion & de la Découverte , il „ ne fit pas la moindre attention aux troupes „ nombreufes de fes compatriotes, qui s’étoient „ raflèmblés pour voir des objets aufll extraordi- „ naires pour eux , que nos vaiflèaux & notre „ camp. Tandis que je l’obfervois , deux ou „ trois Infulaires vinrent me joindre ; ils femble- „ rent partager fon bonheur , & ils lui annonce- „ rent toujours par des cris, l’apparence d’une „ houle favorable : car ayant le dos tourné & „ cherchant la lame du côté où elle n’étoic pas, „ il la manquoit quelquefois. Ils me dirent que cet exercice, appellé Ehororoe , dans la lan- „ gue du pays , eft très-commun parmi eux. Ils „ ont vrailemblableinent plufieurs amufemens de „ cette efpece, qui leur procurent au moins au- „ tant de plaifir, que nous en donne l’exercice „ du patin, le fcul de nos jeux, dont les effets „ puifîènt être comparés aux effets que je viens „ de décrire. „ La langue d’O - Taï'ti , radicalement la „ même que celles de la Nouvelle-Zélande & „ des IJJes clés Amis , n’a pas leur prononcia- „ tien gutturale , & elle manque de quelques? I> E C O O IC. n,|^ „ unes des confônnes qui abondent dans les „ deux derniers dialeftes. Les recueils de mots 1777. „ que nous avons déjà donnés , montrent allez Déc. „ en quoi confifte principalement cette diffé- „ rence , & ils prouvent qu’elle a pris la dou- „ ceur & la mollefïè des habitans. J’avois raflèm- „ blé, durant le fécond Voyage de M. Cook, „ un long Vocabulaire , (V) d’après lequel je „ me fuis trouvé plus en état de comparer ce „ dialecte au dialeéte des autres Ifles : durant „ celui-ci , je n’ai laifle échapper aucune oc- „ cafion de m’inftruire davantage fur l’idiome „ SO-Taïti ; j’ai eu pour cela de longues con- „ verfations avec Ornai , avant d’arriver aux Mes „ de la Société , & j’ai fréquenté les Naturels, „ pendant nos relâches, le plus que j’ai pu. Cet », idiome efh rempli d’exprelïïous figurées très- „ belles; & fi on le connoifioit parfaitement, „ je fuis perfuadé qu’on le mettroit au ni- veau des langues dont on eflime le plus la ( a ) Voyez le Vocabulaire , à la fin du fécond Voyage de Cook. L’infatigable M. Anderfon y a fait un grand nombre de corrodions 8c d’additions; mais ce qu’on pourroit ajouter ici aux divers recueils de mots déjà publiés fur la langue ÜO-Taïti,\ne fe- roit d’aucune utilité réelle. 1 T R O I S I E M E V O Y A G E m hardiefte & l’énergie des images. Ainfi les. l 777’ 55 O-Taitiens, pour exprimer avec emphafe les ^ c -' c ’ „ idées qu’ils fe forment de la mort , dilént que ,, Vaine va dans les ténèbres , ou plutôt dans „ la nuit. Lorfque vous avez l’air de douter „ qu’une telle femme fait leur mere , ils vous „ répondent fur-le-cbamp avec furprife , oui , „ cefî la mere qui m’a porté dans fon fein. „ Une de leurs tournures répond précifément à „ cette tournure des Livres faints : Les en- „ tr ailles font émues de douleur : ils s’en fer- „ vent toujours , quand ils éprouvent des affee- „ tions morales qui les tourmentent : ils fuppo- „ fent que le fiege de la douleur caufée par les „ chagrins, les defirs inquiets & les diverfes af- „ feétions de l’ame eft dans les entrailles , & ils „ fuppofent de plus que c’eft le fiege de toutes „ les opérations de l’efprit. Leur langue admet „ ces inverfions de mots , qui placent le latin & „ le grec bien au-deflùs de la plupart de nos „ langues modernes de l’ Europe, fi imparfaites, „ que , pour prévenir les ambiguités , elles font ,, réduites à arranger fervilement les mots les „ uns après les autres. Elle eft fi riche , qu’elle „ a plus de vingt termes pour défigner le fruit „ h pain dans fes différons états ; elle en a au- ,5 tant pour la racine de Tara , & environ dix de Cook. 349 5 , pour la noix de cocos. J’ajouterai, qu’outre le dialecte ordinaire , les O-Taïtiens ont une dan- .1777. ,, gue , qu’on peut appeller la Langue plain- Déc. 5 , tive , & qui forme toujours des efpeces de „ fiances ou un récitatif. „ Leurs Arts font en petit nombre & bien {impies; néanmoins, fi on doit les en croire, „ ils font avec fuccès des opérations de chirur- „ gie, que nous n’avons pas encore pu imiter, „ malgré nos connoiflànces étendues lur ces rna- „ tieres. Ils environnent d’écliflès les os fraclu- „ rés-, & fi une parfic de l’os s’efl: détachée, „ ils inlerent- dans le vuide un morceau de bois „ taillé comme la partie de l’os qui manque : „ cinq ou fix jours après, le Rapaoo ou le Chi- „ rurgien , examine la bleflure , & il trouve le „ bois qui commence à fe recouvrir de chair; „ ils ajoutent qu’en général, ce bois efl cntié- „ rement couvert de chair le douzième jour , „ qu’alors le malade a repris des forces, qu’il „ fe baigne & qu’il ne tarde pas à guérir. Nous „ n’ignorons pas que les blefiùres fe guérifiènt „ fur des balles de plomb , & quelquefois , mais ,, rarement, fur d’autres corps étrangers; mais „ je doute d’autant plus de l’opération dont je ,, viens de parler, qu’en d’autres occafions , j’ai ,, vu les O-Taïtiens bien loin d’une fi grande 356 T a o i s i s si e Voyage === „ leur vie domeftique , des ufiiges très-bizarres, l 777‘ ,, Les femmes éprouvent non-feulement la mor- •^ cc * „ tification de manger feules , & dans une partie ,, de la maifon éloignée de celle où mangent „ les hommes; mais, ce qui efl bien plus étrange „ encore , on ne leur donne aucune portion des „ mets délicats : elles n’ofent goûter ni d’un „ poilîbn de l’efpece du thon, qui eft fort ef- „ timé , ni de quelques-unes des meilleures ba- „ naues , & on permet rarement le porc même „ à celles des claflcs fupérieures. Les petites „ filles & les petits garçons prennent aufii leur ,, repas -féparément. En général , les femmes j, apprêtent les chofes dont elles fe nourriflènt; „ car les hommes les laiflèroient mourir de „ faim , plutôt que de leur rendre ce fervice. „ Il y a ici , & dans 1 plufieurs de leurs coutu- P , mes relatives à leurs repas, quelque chofe de ,, myftérieux , que nous n’avons jamais pu bien „ comprendre. Lorfque nous en demandions la ,, raifon , on ne nous répondoic rien , finon que 3 , cela étoît jufee & indilpcnfable. „ Ce qui a d’ailleurs rapport aûx femmes, „ n’eft point obfcur ; leurs liaifons avec les „ hommes n’offrent fur-tout rien de caché. Sj „ un jeune homme & une jeune femme habi- 3 , tout enfemblc , le jeune homme donne au DE C 0 O IC. 357 v pere de la fille , quelques-unes des chofcs ré- — "— „ putées néceflàires dans le pays, telles que des 1777. „ cochons, des étoffes & des pirogues; la quan- Déc. „ tité de ces chofes cil proportionnée au temps „ qu’il paflè avec fa maîtreflè : fi le pere croit „ qu’011 ne l’a pas payé , il 11e craint pas de re- „ prendre fa fille , & de la livrer à un autre qui „ fera peut-être plus libéral : l’homme, de fon „ côté , peut toujours former un nouveau choix. „ Si fa maîtreflè devient greffe, il efl le maître „ de tuer l’enfant , & de continuer fes liaifons „ avec la mere , ou de l’abandonner ; mais s’il „ adopte l’enfant, & s’il ne lui ôte pas la vie, „ il eft cenfé marié , & il garde communément „ fa femme le refie de fes jours. Aux yeux des „ O-Taïtiens, ce n’efl pas un crime de prendre „ une concubine plus jeune, & de l’établir dans „ fa maifon ; il eft toutefois bien plus commun „ de les voir changer de femmes , & c’efl une ,, chofe fi ordinaire, qu’ils en parlent d’un ton „ fort léger. Les Erroes font des Infulaires des „ claflès fupérienres, qui joignant h une humeur ,, volage , des moyens de fe procurer de nou- „ velles femmes, voyagent d’un canton h l’autre „ ou fur les Ifles voifines , & qui ne fe livrant „ pas à un attachement particulier, n’adoptent „ guères la maniéré de vivre plus fédentaire & 2 3 358 T r o i s i e me Voyage plus tranquille dont je viens de parler. Cette 1 777. „ vie licencieufe cft fi analogue à leur difpofi- Déc. „ tion , que les plus jolis hommes & les plus „ jolies femmes paflènt ordinairement leur jcu- „ nefle dans une débauche qui déshonorerait „ les peuplades les plus fauvages , mais qui ré- „ volte fur-tout au milieu d’une nation , qui of- „ fre, à d’autres égards, des indices sûrs d’amé- „ uité & de tendreflè. (a) Lorfqu’une femme ( a ) Je crois avoir prouvé d’une maniéré fatisfai- fante, dans les notes inférées plus haut, que les Ules Carolin.es font habitées par une peuplade de cette na-. tion , que le Capitaine Cook a trouvé répandue fi loin fur l’Océan Pacifique du Sud. Les Ules des .Larrons on les Ules Marianes giflent encore plus au Nord que les Ifles Carolines , mais à peu de diftan- ce ; on conjeélure , au premier coup-d’œil , que les Infulaires de ce grouppe viennent de la même race ; & en lifant l’hiftoire du Pere le Gobien, cette con- jeélure paroît une vérité. La Société des Erroes efl ce qu’il y a de plus fingulier dans les mœurs d'O-Taïti; or le Pere le Gobien nous apprend qu’il exifte une pareille Société aux Ules des Larrons. Il dit : Les Urritoes font parmi eux les jeunes gens qui vivent avec des maîtrcjfes , fans vouloir s'engager dans les liens du mariage. Parce qu’on trouve aux Ules des Larrons , comme à O-Taïti , des jeunes gens qui vivent avec des maîtrcjfes fins vouloir s'engager dans les liens du mariage , on ne pourroit pas en conclure que les de Cook. 359 5 , Erreoe accouche, on applique à la bouche 1. 1 „ & au nez de l’enfanc un morceau d’étoffe 1777. „ mouillée qui le fuffoque. Déc. mœurs de ces Mes ont de la reffemblance ; mais les jeunes gens des Mes des Larrons & d’O-Taïti, qui mènent une vie fi licencieufe , formant une affocia- tion féparée, défignée par un nom particulier, & ce nom étant, le même dans les deux pays , cette con- formité extraordinaire jointe à celle du langage , fem- ble prouver , d’une maniéré inconteftable , que les deux peuplades viennent de la même Tribu. On fait que le dialeéte d’O-Taïti adoucit la prononciation de fes mots ; & il faut obferver qu’en retranchant une feule lettre-, (la confonne T ) le mot Urritoes des Mes des Larrons reffemble beaucoup aux Arreoys ( félon l’orthographe de la Colleélion de Hawkef- worth), ou aux Erreoes , (félon l’orthographe de M. Anderfon.) Cette conformité de fon, feul moyen de comparaifon entre deux langues parlées , efl fi frappante , qu’on peut y voir le même mot , fans s’expofer aux railleries des Critiques féveres. Il efl aifé de donner d’autres preuves pareilles, tirées de l’affinité du langage , en citant des mots d’un ufage très-fréquent. Le Gobien ajoute que les Habitans des Mes des Larrons adorent leurs morts fous le nom d ’Anitis, Si on ôte la confonne n , il refie un mot qui reffemble beaucoup à celui d’Ea- tooes , très-commun dans les Voyages du Capitaine Cook, où il fignifie une Divinité. Il n’eft pas inutile de remarquer, que l’objet défigné aux Mes des Lar- rons par le mot Aniti , efl appelle Tahutup aux Mes Z 4 3 <io Troisième Vovage == „ Les femmes contribuant beaucoup aux ngrc- l 777‘ mens de cette vie de plaifir , on cil furpris Déc. Caroline* , où l’on adore au fit les Chefs après leur mort (Voyez les Observations du Pere Cantova, dans les Lettres édifiantes & curieufcs , tome XV, page 309 & 310;) & qu’en adouciiïant ou retran- chant les deux lettres d’un fon fort , qui font au commencement & à la fin de ce dernier mot , la prononciation de 1 ’Ahutu des lfies Carolines , de Y A nui des Ifles des Larrons , & de YEatooa des Mes de la Mer Pacifique du Sud, fe rapproche tel- lement qu’on y apperçoit une origine commune. Le Gobien nous apprend d’ailleurs que les Infulaircs des Mariants donnent à leurs Chefs le nom de Ch ti- mor ris ou de Chamoris. En adouciiïant le Ch pour en faire un 7 ', & en changeant en l le fon aigre de r, (licence antorifée par une multitude d’exemples dans les Vocabulaires de ces différentes Mes) on a le Tamole des Mes Carolines , & le Tamolao ou le Ta- maha des Ijles des Amis. Si ces exemples tirés de l’affinité du langage., pa- roiffent en trop petit nombre , des traits remarqua- bles de conformité dans les coutumes & les inltitu- tions , achèveront de diffiper les doutes qui refte- roient aux Lefteurs difficiles. 1°. Le Capitaine Cook a obfervé aux Mes de la Société & à celles des Amis , trois dalles diftinftes ; les Nobles, le moyen état, & le bas-peuple ou les domeltiques. Le Gobien dit exprelTément qu’on remarque la même divifion aux ] lies des Larrons : il y a trois états parmi les Inftt- i.iires ; la NoùleJJ'e , le moyen & le menu. 2°. Une I) F. C 0 0 K. $6t „ qu’outre les humiliations dont on les accable, „ en ce qui a rapport aux alimens, & h la manière 1 77 7. Déc. multitude de faits rapportés dans les Voyages de M. Cook , prouvent que les Habitans des Mes de la Société font très-fournis à leur Chef. Le Gobien allure > qu’il en eft de même aux Mes des Larrons. La Noblejfe efi d’une fierté incroyable , 6* tient le peu- ple dans un abaijfement qu'on ne pourrait imaginer en Europe. 3 0 . Le Capitaine Cook a décrit fort en dé- tail les amufemens des ïnfulaires de IHateeoo , des Mes des Amis , tk des Mes de la Société , & l’on peut comparer fes deferiptions à ce partage de le Gobien : les Habitans des Ifies des Larrons fe diver- tirent à danfer , courir , fauter, lutter, pour s’exercer 6 ’ éprouver leurs forces Ils prennent grand plaifir à raconter les aventures de leurs ancêtres , & réciter les vers de leurs Poètes. 4 0 . On a vu que les femmes jouent un grand rôle dans les amufemens des Mes où M. Cook a abordé , & le Gobien dit des femmes des Mes des Larrons ; elles fe mettent doutât ou treize en rond , debout , fans fe remuer. Dans cette attitude , elles chantent les vers fabuleux de leurs Poètes , avec un agrément & une juflejfc qui plaîroit en Europe. L’accord de leurs voix efi admirable , & ne cede en rien à la mufique concertée. Elles ont dans les mains de petites coquilles , dont elles fe fervent avec beaucoup de précifion. Elles foutiennent leurs voix & animent leurs chants avec une a f lion fi vive , 6> des gefies fi exprejffs , quelles charment ceux qui les voient & que les entendent. 3°. On lit dans le premier Voyage de M. Cook, tome II, page 235 de la Colleâion *de 3 (fe T Iî. 0 I S I £ M E V O V A G E „ de les prendre , elles foienr. traitées fouvent i/77- „ avec une dureté ou plutôt une brutalité qui Déc. Hawkefworth, que les Naturels des Ides de la So- ciété dépofent , autour des endroits où ils enterrent leurs morts , des guirlandes du fruit du palmier 8t des feuilles de cocos, aind que d’autres chofes con- lacrées particuliérement aux cérémonies funèbres , & qu’ils placent à peu de didance des provifions & de l’eau : les Naturels des Ides des Larrons font , dit le Pere Gobien , quelques repas autour du tombeau , car on en élève toujours un fur le lieu oh le corps efl en- terré , ou dans le voifinage ; on le charge de fleurs , de branches de palmiers , de coquillages & de tout ce qu'ils ont de plus précieux. 6 °. Les O-Taïtiens (voyez la Colleélion de Hawkefworth , tome II , page 13 6 de l’original ) n’enterrent pas les crânes des Chefs avec le rede des os , mais ils les dépofent dans des boîtes deftinées à cet ufage. On retrouve encore aux Ides des Larrons cette coutume bizarre; car le Go- bien dit expreffétnent qu'ils gardent les crânes en leurs maifons , qu’ils mettent ces crânes dans de petites corbeilles , & que ces Chefs morts font les Anitis auxquels les Prêtres adredent des prières. 7°. Le Ca- pitaine Cook, en parlant du corps embaumé de Tee, oblerve que les O-Taïtiens font ufage d’huile de cocos , & d’autres ingrédiens , pour frotter les corps des défunts; le Gobien dit que les Habitans des Ides des Larrons ont le même ufage : d'autres frottent les morts d'huile odoriférante. 8°. Les O-Taïtiens croient à l’immortalité de l’ame ; ils croient de plus qu’il y a dans l’autre monde deux endroits qui ont une forte » E C 0 O K. 363 femble exclure la plus légère affeftion. Rien = =: „ toutefois n’eft plus ordinaire que de les voir 1 777 ' Déc. d’analogie avec notre paradis & notre enfer , mais ils ne fuppofent pas que les aélions de cette vie in- fluent en rien fur l’état futur. (Voyez la Colleétion de Hawkefworth , tom. II, page 239 & 140 de l’o- riginal.) On retrouve cette doârine dans les détails inférés plus haut , (tome II , page 83) fur les opi- nions religieufes des Habitans des Mes des Amis. Les Habitans des Mes des Larrons ont le même fyf- tême ; ils font perfuadés , dit le Gobien , de l'immor- talité de l’arne ; ils rcconnoiffent même un paradis & un enfer, dont ils fe forment des idées ajfe £ bigarres; ce n’efl point , félon eux, la vertu ni le crime qui con- duit dans ces lieux-là ; les bonnes ou les mauvaifes allions n’y fervent de rien. 9°. Je terminerai cette longue lifte par une autre conformité plus finguliere encore. On a vu , Livre I , Chap. VII , page 173 de ce troifieme Voyage, que félon les Habitans de la Nouvelle-Zélande , l’homme qui a été tué & mangé par l’ennetni , eft condamné à un feu éternel, tan- dis que les âmes de tous ceux qui meurent de mort naturelle , montent à la demeure des Dieux. Les Na- turels des Mes Larrones ont auffi cette idée ; félon le Gobien , fi on a le malheur de mourir de mort vio- lente , on a l’enfer pour partage. Des rapports fi frappans ne peuvent être l’effet du hafard : lorfqu’on les ajoute à l’affinité dans l'idiome des diverfes peuplades , dont j’ai cité des exemples au commencement de cette note , on paroît autorifé à conclure que les Habitans des Mes découvertes 364 Troisième Voyage „ impitoyablement battues par les hommes; & 1777 - 3 , il eft difficile d’expliquer ces violences , à Dde. „ moins qu’elles ne foient l’effet de la jaloufie , „ qui , de l’aveu des O-Taïtiens ., tourmente „ quelquefois les deux fexes. J’adopterois cette „ explication volontiers; car, en bien des occa- „ lions , j’ai trouvé les femmes plus fenfibles „ aux charmes de la figure, qu’à des vues d’iti- „ tércts ; mais je dois avouer que même alors „ elles parodient à peine fufceptibles de ces fen- „ timens délicats que produit une tendreffe mu- „ tuclle , & qu’il y a moins d’amour platonique „ à O-Taïti , que dans aucun autre pays du ,, monde. „ Des idées de propreté firent imaginer aux „ O-Taïtiens l’amputation ou l’incifion du pré- „ puce , & ils ont , dans leur langue , une par le Capitaine Cook dans l’Océan Pacifique du Sud, & ceux que les Espagnols ont trouvés aux Mes des Larrons ou aux Mariants , dans rhcmifphere feptentrial , ont tiré leur langue , leurs ufages &. leurs opinions d’une fource commune , & qu’on peut les regarder comme des Tribus difperfées d’une même Nation. Voyez l’Hiftoire des Mes Mariants, par le Pere le Gobien Liv. II, ou l’Extrait de cet Ouvrage, dans YHiJioire des Navigations aux Terres Aujlrales, tome II, pages 452-512. de Cook. 3 65 s, épithete injurieufe , pour ceux qui n’obfervent 55 pas cetulàge. Lorfqu’il y a, dans un dillricl , 1 777. 3s cinq ou fix petits garçons d’un âge convenu- Déc. s, ble, le pere de l’un d’eux va en avertir le 3, Tahoua , ou l’un des Savans du pays ; le Ta- 35 hdua, fuivi d’un domeltique, mène les petits 33 garçons au fommet d’une colline; après avoir s, donné à l’un d’eux une attitude propre à l’opé- 3, ration, il introduit un morceau de bois au- „ deflbus du prépuce , & il lui dit de regarder „ de tel côté , une chofe bien curieufe : tandis „ que le jeune homme eif occupé d’un autre ob- „ jet, le Prêtre coupe , avec une dent de requin , „ & ordinairement d’un feul coup , le prépuce „ établi fur le morceau de bois ; il fépare en- „ fuite , ou plutôt il replie en arriéré les parties „ divifées, & ayant bandé la plaie, il fait la „ même opération au relie des jeunes gens. Les „ nouveaux circoncis fe baignent cinq jours après ; . „ on ôte leurs bandages & on nettoie leur plaie; „ le dixième jour ils fe baignent de nouveau , & „ ils fe portent bien ; mais la partie où s’ell faite ,, l’incifion, offre encore une grollèur, & le Ta- ,, houa , toujours fuivi d’un domeftique , mène ,, une fécondé fois les petits garçons fur la col- „ line , y allume du feu , & il place le pré- „ puce entre deux pierres chaudes , il le preffè . 37 2 T' ii oisieme Voyage „ Ils font perfuadés que . la pratique exaéle de 1 777. „ leurs devoirs religieux , leur procure toute forte Déc. „ d’avantages temporels ; & comme ils affûtent , „ que faction puiflànte & vivifiante de fefprit j, de Dieu eft répandue par-tout, on ne doit « pas s’étonner s’ils ont une foule d’idées fu- „ perftideufes fur fes opérations. Ils difent que 3, les morts lubites, & tous les autres accidens, 3, font l’efFet de l’action immédiate de quelque >3 Divinité. Si un homme fe heurte contre une „ pierre, & fe bleflè l’orteil, ils attribuent la s, meurtriffure à XEatooa ; en forte que, félon 33 leur mythologie, ils marchent réellement fur >, une terre enchantée. Ils trefiàillent pendant la 3, nuit, lorfqu’ils approchent d’un Toop'apaoo , 3,' où foqt êxpofés les morts , ainfi que les hom- 3, mes ignorans & fuperflitieux de nos contrées' 33 de l'Europe , redoutent les Efprits , à la vue 3> d’un Cimetiere. Ils croient aùffi aux fonges, s, qu’ils prennent pour des avis de leur Dieu, ou des Efprits de leurs Amis défunts, & ils 3, fuppofent le don de prédire l’avenir à ceux 33 qui ont des rêves; au relie, ils n’àttribuent ,5 qu’à quelques perfonnes ce don de prophétie. „ Omaï prétendoit l’avoir ; il nous dit le 26 Juil- „ lec 1776, que famé de fon pere l’avoit averü 3, en fonge, qu’il defeendroit à terre dans trois de Cook, 373 a jours; niais il ne put triompher à l’occafion — - „ de la prophétie , car nous n’arrivâmes à Téné- 1777. „ rlff'e que le premier Août. La réputation de Déc. 3 , ceux qui ont des longes approche beaucoup ,, de celle de leurs Prêtres & de leurs Prêtreifes „ infpirés , auxquels ils ajoutent une foi aveugle , „ & dont ils fuivent les dédiions , toutes les fois „ qu’ils forment un projet important. Opoony j, refpeéte beaucoup la Prêtreflè qui lui perfuada ,, d’envahir Ulietea , & il ne va jamais à la guerre „ fans la confulter. Ils adoptent de plus , à qucl- „ ques égards , notre vicüle doétrine de l’in- ,, fluence des Planètes , du moins ils règlent , en „ certains cas , leurs délibérations publiques fur „ les afpeéts de la Lune : par exemple, ils en- 3, treprennent une guerre , & ils comptent fur „ des fuccès , lorfque cette Planete eft couchée „ horizontalement , ou fort inclinée dans fa par- „ tie convexe , après fon renouvellement. „ Leur fyftême fur la création de l’univers, „ eft embrouillé, obfcur.& extravagant, comme „ on l’imagine bien. Ils difent qu’une Déeflë „ ayant un bloc ou une malle de terre fufpen- „ due à une corde , la lança loin d’elle , & „ en répandit aux environs des morceaux, tels „ qu ’O-Taïti & les Ides voifines, dont les di- „ vers habitans viennent d’un homme & d’une Aa 3 3/4 Troisième V o-v ace „ femme établis à Q-Taïtu II ne s’agit cepen- ï 777 • n dant que de la création immédiate de leur Dde. „ contrée; car ils admettent une création uni- 11 verfelle antérieure à celle-ci , & ils croient à ii l’exiftcnce de pluficurs terres qu’ils ne cou- „ noi lient que par tradition ; mais leurs idées ii s’arrêtent à Tatooma & à Tapuppa , pierres ii & rochers mâle & femelle , qui forment le „ noyau du globe, ou qui foutiennent l’allem- „ blage de terre & d’eau jette à fa iurface. Ta- ii tooma & Tapuppa produifirent Totorroi qui ,, fut tué & décompofé en terre , & enfuite „ O-Taïa & Or oo , qui sepouferent &, qui don- „ lieront d’abord nailïànce h une terre, & cn- „ fuite à une race de Dieux. O-Taïa fut tué, „ & Or oo i qui étoit de l’efpece femelle , époulà „ un'Dieu, fon fils, appelle Teerraa, à qui „ elle ordonna de créer de nouvelles terres , les „ animaux & les différentes efpeces de comclli- „ blés, qu’on trouve fur le Globe, ainfi que le ,, firmament, foutenupar des hommes, appelles „ Tseferei. Les taches qu’on obfcrve dans la Lune, font, à leurs yeux, des bocages d’une „ forte d’arbres qui croifioient jadis à O-Taïtl ; „ ces arbres ayant été détruits par un accident, „ leurs fcmences furent portées dans la Lune „ par des colombes. D R C 00 K. U( J „ Ils ont d’ailleurs une multitude de légendes „ religieufes & hiltoriques ; l’une des dernières 1777. „ a rapport à l’ufagc de manger de la chair hu- Déc. „ maine, & je vais en donner le précis. Deux ,, hommes, appelles Taheeai , feul nom qu’ils „ emploient pour défigner des Cannibales , vi- „ voient à O-Taïti il y a bien long-temps : on „ ne ilivoit pas d’où ils l'ortoieut , ni comment: „ ils étoient arrivés dans rifle. Ils habitoient les ,, montagnes qu’ils avoient coutume de quitter „ pour venir tuer les gens du pays ; ils man- „ geoient enfuite les hommes qu’ils maflàcroient, „ & ils arrêtoient les progrès de la population. „ Deux freres réfolurent de détruire ces monf- „ très formidables , & ils imaginèrent un flrata- „ gême qui leur réulfit. Us habitoient auili les „ montagnes, un peu au-delfus des Taheeai , „ & ils occupoient un pofle , d’où ils pouvoient ,, leur parler fans trop expofer leurs jours. Us „ les invitèrent à un repas que les Taheeai ac- „ cepterent de bon cœur ; ayant fait chauffer „ des pierres, ils les mirent dans da-îlfahee , & „ ils dirent à l’un des Taheeai d’ouvrir la bou- „ chc : le Taheeai ouvrit 1 a bouche ; on y 1 ailla „ tomber un de ces morceaux de Mahee & on „ y verla de l’eau, laquelle, en fe mêlant avec „ la pierre chaude, produifit un bouillonnement Aa 4 3/6 Troisième Voyage » qui tua le nionftre quelque temps après. Les I 777- „ deux itérés voulurent engager l’autre à faire la „ même choie ; mais le fécond Cannibale , frappé „ du bouillonnement de l’cftomac de fon cama- „ rade, les remercia; on Faillira que le Maliec „ cto'ic excellent , & que ce bouillonnement „ pailèroit bien vite , & il fut 11 crédule , qu’il „ ouvrit la bouche & fubit le fort du premier. „ Les Naturels alors les coupèrent en morceaux, „ qu’ils enterrerent, & ils donnèrent, par recon- „ noiflànce , le gouvernement de l’Iile aux deux „ freres. Les Taheeais réfidoient dans le diftriét „ appelle fVhapaneeoo , & on y trouve encore „ aujourd’hui un arbre à pain, qui, dit-on, leur „ appartenoît. Une femme qui vivo.it avec eux, „ avoit deux dents d’une grolfèur prodigieufe, „ après leur mort , elle alla s’établir h O-Taha ; „ & les Infulaires la mirent au nombre de leurs „ déellès, lorfqu’elle eut rendu le dernier foupir. „ Elle ne mangeoit pas de la chair humaine „ comme fes deux époux; mais, d’après la gran- „ deur de fes dents, on donne le nom de Ta- „ heeai à tout animal qui a un afpect farouche „ ou de larges crocs. „ On doit avouer que cette Hifloire a la vrai- „ fembîance de celle d’Hercule , déti'uifant FMy- „ dre , ou des Tueurs de Géants , dont parlent I)E C O O K. 'r~7 ,, les Romanciers des derniers liecles ; mais j’y - — — ~ ,, trouve aulfi peu de moralité, que dans la plu- 177“. „ part des vieilles fables de la même efpece, Déc. „ reçues comme des vérités par des peuples igno- „ rans, dont la cîvilifâtion peut être comparée , „ à quelques égards , h la civilifation des Natu- „ rels des Mes de la Société. Elle eft d’ailleurs „ heureufement imaginée , car elle exprime l’a- „ verfion & l’horreur qu’infpirent ici les Canni- „ baies. Plufieurs raifons feroient croire cepen- dant que les Habitans de ces Ides mangeoient „ jadis de la chair humaine. J’interrogeai Ornai „ fur ce point ; il foutint de la maniéré la plus „ pofitive, que je me trompois , mais il me „ conta un fait dont il avoit été témoin , & qui „ confirme prefque cette opinion. Un grand nom- „ bre de fes parons & de fes alliés furent tues à „ l’époque où la peuplade de Bolabola battit „ celle de Hualieine. Un homme de fa famille „ eue enfuite occafion de fe venger; il battit à „ fon tour les Infulaires de Bolabola , & cou- „ pant un morceau de la cuifle de l’un de fes „ ennemis, il le rôtit, & il le mangea. M.Cook „ a» raconté plus haut , qu’on offre au Roi un „ œil du malheureux qu’on facrifie aux Dieux, „ & nous n’avons pu nous empêcher de voir „• dans cet ufage les relies d’une coutume qui 3?d T ROIS I E 1VI E V ü V A (.ï S !• « étoit, jadis, beaucoup plus étendue, & dont 1777. „ cette cérémonie emblématique rappelle le fou- Déc. „ venir. „ Le Iloi cil inverti du Maro , il préfide aux „ facrifices humains; & il paroît que ce font là „ les privilèges dirtinclifs de fi Souveraineté. Il „ faut peut-être y ajouter celui de former d’une „ conque , qui produit un fon très-éclatant. Dès „ qu’il donne ce fignal, tous fes fujets font obli- „ gés de lui apporter des comeftibles de diffé- „ rentes efpeccs , en proportion de leurs facultés. „ Son nom feul leur infpire un refpeét, qui va „ jufqu’à l’extravagance , & il les rend quelque- ,, fois cruels. Lorfqu’on le revêt du fymbole de „ la Royauté , s’il y a dans la langue des mots qui „ aient de la refièmblance avec celui de Maro , ,, on les change , & on en fubftitue d’autres : ,, l’homme qui a enfuite la hardiefle de ne pas ,, fe foumettre au changement, & de continuer „ à fe lervir des mots proferits, ert fur-lc-champ „ mis à mort, avec toute fit famille. On traite „ d’une maniéré auflî barbare ceux qui s’avifent „ d’appeller un animal , du nom du Prince. D’a- „ près cet ufage, Ornai fut toujours indigné de „ voir que les Anglois donnent, à des chevaux „ ou à des chiens , les noms d’un Prince , ou „ d’une Princeflè, Au rertc , tandis que les i) iï C o o k. «70 ,, O-Taïticns puniflèpt de mort quiconque cm- ,, ploie légèrement le nom de leur Souverain , 1777. ,, ils fe contentent de confifquer les terres & les Déc. ,, cabanes de ceux qui outragent fon admiuif- ,, tration, „ Le Roi a, dans chaque Didrift, des mai- „ fous qui lui appartiennent; & il n’entre jamais „ dans la maifon d’un de fes fujets. Si un acci- „ dent l’oblige à s’écarter de cette réglé, 011 „ bride la maifon qu’il a honorée de fa préfence , „ ainfî que tous les meubles qu’elle renferme. „ Non-feulement fes fujets fe découvrent devant „ lui, jufqu’à la ceinture; mais lorfqu’il eftquel- „ que part, on drefiè, dans les environs, un po- „ teau , garni d’une piece d’étoffe , auquel ils „ rendent les mêmes honneurs. Les Naturels des „ deux fexes fe découvrent également jufqu’h la „ ceinture, devant fes freres; mais les femmes „ feules fe découvrent devant les femmes du fang „ Royal. En un mot, ils portent jufqu’à la fu- „ perdition, leur relpefè pour le Roi, & fa per- „ fonne ed prefquc dictée à leurs yeux. Il doit „ peut-être , à ces préjugés , la poflèdion ti-an- „ quille de les Domaines. Les Naturels du Dif- „ triefc de Tiarraboo conviennent qu’il a droit „ aux mêmes honneurs parmi eux, quoique leur 3, Chef particulier leur parodié plus puiffant , 30o Troisième V o y a c; e J 777’ Déc. „ quoiqu’ils le fuppofenc héritier du Gouverne- „ ment de l’Ifle, en cas de l’extinction de la f'a- „ mille Royale actuelle. Il eft allez vraifemblable „ que Waheia-Dooa deviendroit en effet Souve- ,, rain de toute la contrée; car outre Tiarra - „ boo , il cil le maître de plulieurs dïflricts „ d 'Opooreenoo. Ses Domaines égalent prefque, „ en étendue, ceux d’O-Too, & la portion de „ rifle , à laquelle il diète des Loix , eft d’ail- „ leurs la plus peuplée & la plus fertile. Ses ,, fujets ont donné des preuves de leur fupério- ,, rité; ils ont remporté des victoires fréquentes „ fur ceux à'O-Taïti-nooe ; & ils affeétent de „ parler de leurs voifins, comme d’une troupe „ de Guerriers méprilàbles, qu’il lcroit aifé de „ battre fi leur Chef vouloir déclarer la guerre. „ Après YEre-de-Hoi & fa famille, vien- „ nent les Erees ou les Chefs , revêtus de „ quelque pouvoir, enfuite les Manohoone ou „ les Valîaux , & les Teous ou Toutous , c’eft-à- „ dire, les Domeftiques , ou plutôt les Fèfclavcs. „ Les hommes de chacune de ces claflès fc „ lient, fclon l’inftitution primitive, avec des „ femmes de leur Tribu ; mais s’ils ont des pri- ,, vautés avec des femmes d’un rang inférieur, „ & s’il réfulte un enfant de ce commerce, on „ laifle la vie à l’enfant , qui prend le rang de DE Cook. g8ï « Ton pere , à moins qu’il ne doive le jour à n un Eree ; car on le rue dans ce dernier cas. 1 777. su Si une femme de condition fe lie avec un Déc. 55 homme d’une clafle inférieure , on- tue lès cn- 3, fans; & on mer à mort le Tenu , qui eft fur- „ pris dans une intrigue avec une femme du 3, fang Royal. Le fils de YEree-de-Hoi fuc- „ cede aux titres & aux honneurs de fon pere , „ dès le moment de fa naiffance ; fi le Roi meurt ,3 fins enfans , le Gouvernement palïè à fon frere. „ Dans les autres familles , les biens pallènt tou- „ jours au fils aîné ; mais il cil obligé de four- „ uir a l’entretien de fes freres & de fes fœurs, „ à qui on accorde une portion de fes domaines. „ Des ruifièaux ou de petites collines , qui „ en bien des endroits fe prolongent dans la „ mer , fervent ordinairement de bornes aux di- „ vers cantons d 'O-Taïti. De groffes pierres „ marquent les Domaines particuliers : le dé- „ rangement d’une de ces pierres produit des „ querelles , qui fe décident par les armes : cha- „ que parti met alors fes amis en campagne: „ mais fi l’on porte fes plaintes à YErce-de- „ Iloi , le Roi termine le différend à l’amiable. „ Toutefois le délit dont il eft ici quefiion , n’eii pas commun , & une longue pofïèfîion , fem- „ ble afliirer les propriétés des O - Taüiens ^ Sti‘) T R O I S I R M E V O V A G E 177 /. Déc. » des environs. Ils ont le teint plus brun , la „ phyfionomie plus farouche , & leur corps „ n’eft pas piqueté de la même maniéré. J’ai „ appris qu’à Mataecva , & fur quelques-unes „ des terres dont je viens de publier la lifte , „ les hommes font dans l’ufage de donner leurs „ filles aux étrangers qui arrivent parmi eux : „ mais que la jeune femme & l’étranger doi- 3 , vent coucher, enlemble cinq nuits , fans fe „ permettre aucune liberté. Le fixieme jour , à „ l’entrée de la nuit, le perc de la jeune femme „ offre des alimens à fon hôte , & il dit à fa „ fille , qu’elle doit traiter l’étranger comme fon s, mari. Celui-ci ne peut témoigner aucun dé- ,, goût , lors même que la femme deflinée à „ partager là couche ell très-défagréable ; car „ ou regarderait fit répugnance comme une in* „ fuite, qui ne fe pardonne point , & on la „ punirait de mort. Quarante hommes de Bola- „ bola , que la curiofité avoit amenés, fur une „ pirogue , jufqu’à Mataeeva , en firent la „ trille expérience ; l’un d’eux ayant montré in- „ diferétement du dégoût pour la femme qui lui „ échut en partage , il fut entendu d’un petit „ garçon, qui alla tout de fuite en informer le „ pere de la jeune perfonne. Les Habitans de „ l’Iûe fondirent fur les étrangers; ceux-ci, qui. n e C o o k. 381; * avoient toute la valeur de leur Nation, tuèrent „ trois fois plus de monde qu’ils n’en avoient 1777. „ eux-mêmes ; cependant accablés par le nom- Déc. „ bre , ils périrent fur le champ de bataille, „ excepté cinq. Les cinq qui échappèrent au „ carnage , fe cachèrent dans les bois , & tandis „ que le vainqueur enterroit fes morts , ils vin- „ rent à bout de gagner l’intérieur de quelques „ maifons , où ils volèrent des provifions , qu’ils „ portèrent à bord d’une embarcation. Ils mi- „ rent enfuite en mer , & ils paflèrent devant „ Mataia , où ils ne voulurent pas relâcher, „ & ils arrivèrent à Eimeo. On les jugea néan- „ moins dignes de blâme dans leur patrie; car une „ pirogue de Mataeeva ayant abordé à Bol aboi a „ peu de temps après , la peuplade , loin de „ venger la mort de fes compatriotes , reconnut „ qu’ils avoient mérité de perdre la vie , & elle „ accueillit les Mataevens d’une maniéré amicale. „ La navigation des Naturels SO-Taïti & „ des Iiles de la Société ,. ne s’étend pas au? „ jourd’hui au-delà de ces terres baflès. Il paroît „ que M. de Bougainville Ça') leur attribue „ mal-à-propos des voyages beaucoup plus longs ; (a) Voyez fon Voyage autour du Monde , pag. 228; il dit que ces Infulaires font quelquefois des navi- gations de plus de trois cents lieues. Bb 3 3S>o T a o i s i e ri e Voyage „ car on me citoit , comme une efpcce de pro- J 777 ‘ 1 , dige , qu’une pirogue chafiee à'O-Taïti par Déc. „ i a tempête , eût abordé à Moopeha , ou à „ Flfle de Huwe , terre qui eft cependant très- „ voifine , & fous le vent. Ils ne connoiflènt „ sûrement les autres Ifles éloignées que par tra- „ dition ; des Naturels de ces Mes , jettés fur „ leurs côtes , leur en ont appris l’exiftence, 3 , les noms, la pofition , & le nombre de jour# „ qu’ils avoient pafles en mer. Ainfi, on peut „ fuppofer que les Infulaires de Watceoo , inf- „ fruits par les Voyageurs , fur lefquels j’ai », donné plus haut des détails, ont ajouté h leur „ Catalogue O-Taïti , les Mes voifines, & même o, d’autres, dont ces Voyageurs avoient entendu », parler. J’expliquerois encore par-là l’inftrac- „ tion fi étendue & fi variée , que M. Cook & „ les Obfervateurs qui étoient à bord de 1 \En- „ deavour , ( a ) trouvèrent à Tupia. Je fuis „ loin de l’accufer de charlatanerie ; niais fi, „ comme il le difoit , il n’avoit jamais été à „ Oheterea , puifqu’il parvint à y conduire le „ vaifièau fi directement , je préfume qu’il avoit „ recueilli de la même maniéré des information» „ fur le giflèment de cette terre. „ ( a ) Colle&ion de Hawiefworth , Volume II, page 178 de l’original. I) E C 0 O K. 39* '4 !gB8ga e g^agaBBie=B aa*^S^iiataBaeagBa|BMegaeag»; C II A P I T R E X. Suite du Voyage après notre départ des IJles de la Société. Découverte de l'Ifle de Noël. Po fit ion des VaiJJeaux fur la Côte. Canots envoyés à terre. Grand nombre de tortues que nous y prenons. Obfervation d'une éclipfe de Soleil. Détreffe de deux Mate- lots qui s'égarèrent dans l'intérieur de F JJle. Infer iption laiffée dans une bouteille . Defcription de Flfle. Remarques far le fol; fur les arbres & les plantes ; fur les oifeaux ; fur F étendue de cette Terre ; fur fa forme ; fur fa pofition. Mouillage. E n quittant Rolabola , je mis le Cap au trrrrr: Nord, & je ferrai le vent, qui fouilloic entre le 1 777- Nord-Eft & l’Eft; car nous ne l’eûmes prefque Déc. jamais au Sud de l’Eft , qu’après avoir pafîe la ligne , & atteint les latitudes feptentrionales. Audi la route qui nous menoit à notre but fut toujours à l’Oued du Nord , & quelquefois Nord-Oued feulement. Les dix-lept mois qui s’étoient écoulés de- puis notre dépare à' Angleterre , n’avoient pas Bb 4 39 - T r o i s i s m z Voyage été mal employés ; niais je fentois que notre 1 777. voyage 11c Mbit que commencer , relativement Déc. au principal objet de mes inftruétions, & je crus devoir redoubler d’efforts & d’attention fur tout ce qui pouvoit affiner notre confervation & le fuccès de notre entreprife. J’avois examiné l’état de nos munitions durant nos dernieres relâches , & dès que je fus hors du grouppe de la So- ciété , & que j’eus dépaffé les parages , où fe -trouvent les découvertes do ma première & de ma fécondé expédition , j’ordonnai l’inventaire des approvilionnemens du Maître d’Equipage & du Charpentier , afin de connoître bien en détail la quantité & la qualité de chaque article , & d’en régler l’ufage de la maniéré la plus con- venable. Durant mes relâches aux Ifles de la Société , je ne perdis aucune occafion de dematidèr aux Naturels, s’il y a des Mes au Nord ou au Nord- Oueit de leur grouppe; mais je ne m’apperçus pas qu’ils en connufiènt une feule. Nous ne dé- couvrîmes rien qui annonçât le voifinage d’une terre , jufqu’au moment où nous atteignîmes le huitième degré de latitude Sud. A cette épo- que , nous commençâmes à voir des boubies, des oifeaux du tropique , des frégates, des hi- rondelles de mer & d’autres efpeces d’oifeaux : de Cook. 393 Notre longitude étoic de 205 e1 Eft. Mendana — découvrit en 1568, durant fa première expédi- 1777. tion , (a) une Ille qu’il nomme Ijle de Jefus , Déc. par 6 A 45 7 de latitude Sud, à quatorze cents cinquante lieues de Callao , c’eft-à-dire à 2oo d de longitude Eli: du Méridien de Greenwich. Nous traversâmes cette latitude , près de cent lieues à FElt de la longitude dont je viens de « parler , & nous y rencontrâmes un grand nom- bre d’oifeaux des efpeccs que je citois tout-à- l’heure ; on fait qu’il eft rare de les voir s’éloi- gner beaucoup de la terre. Nous coupâmes l’équateur par 203'' 15' Eft, la nuit du 22 au 23. La déclinaifon de l’aimant 22. a étoit de 6 d 30' Eft. Le 24 , une demi-heure après la pointe du 24. jour , nous découvrîmes une terre dans le Nord- Eft-quart-Eft , un demi-rumb à l’Eft. Nous re- connûmes, en nous approchant, que c’étoit une des Ifles bafles , fi communes dans cet océan, c’eft-à-dire , une bordure étroite de terre , qui renfermoit une lagune d’eau de mer. Nous ap- perçûmes quelques cocotiers en deux ou trois endroits , mais , en général , elle paroiffoit très- ( a ) Voyez la Colleflion de Dalrymphe en An- glois , Vol. I , pag. 45. ro 394 Troisième Voyage - — ftérile : h midi , elle fe prolongeoic du Nord-Eft- l 777- quart-Eft au Sud-quart-Sud-Ell un demi-rumb- Eéc. Eli , h la diftance d’environ quatre milles. Le vent fou '11 oit de F EÜr-Sud-Efl , en iorte que nous fûmes obligés de courir de petites bordées pour atteindre le côté fous le vent ou le côté occiden- tal , où nous eûmes de quarante à vingt & qua- torze brades d’eau, fond de joli fable. La fonde rapporta cette dernière profondeur, à environ un demi-mille des brifans, & la plus grande a envi- ron un mille. Ayant trouvé des fondes , je rél'o- lus de mouiller, afin de me procurer des tortues. Cette terre fembloit devoir en fournir , & elle n’étoit pas habitée. Nous jettâmes l’ancre en effet par trente brades, & l’un de mes canots alla voir fi le débarquement étoit praticable, ce dont je doutois; car la mer produifoit un relîac terrible fur toute la côte. L’Odicicr, que j’avois chargé de cette commifiion, me dit, h fon retour, qu’il n’avoit point apperçu d’endroit où un canot pût débarquer , mais que les bas-fonds en-dehors des brifans, offraient une quantité confidérable de poidons. 25 . Le 25 , à la pointe du jour , deux canots, l’un de la Rcfolution , & l’autre de la Décou- verte , allèrent examiner de nouveau, s’il n’y avoit point de lieu propre au débarquement : un » e Cook. 395 troifierae & un quatrième établirent , en même- — — temps leurs grappins près de la côte, ils pêche- 1 777. rent, & ils revinrent, fur les huit heures, avec Déc. pliis de deux cents livres de poilïons. Encouragé par ce fuccès , je les renvoyai h la pêche après le déjeûner. Je pris moi-même un cinquième ca- not , j’examinai la côte , & j’ellàyai de débar- quer, mais le débarquement étoit impraticable. Les deux premiers canots, qui étoient partis avec le même deflèin, revinrent h midi : le Ma fie ?' , qui commandoit celui de la Réfolution , me rapporta, qu’à environ une lieue & demie au Nord , la côte offrait une coupure & un canal dans la Lagune , que par conféquent on pour- rait y débarquer , & qu’en travers de cette en- trée , il avoit trouvé les mêmes fondes qu’à l’en- droit où nous mouillions. D’après fon rapport, les vaillèaux levèrent l’ancre , & ayant couru deux ou trois bordées , nous mouillâmes de nouveau par vingt brades , fond de joli fable bran , de- vant une petite Ifle qui gît à l’ouvert de la La- gune , de chaque côté de laquelle il y a un ca- nal qui mene à la Lagune , & qui eft acceffiblc feulement aux canots. La Lagune elle-même a très-peu de profondeur. Le 26 au matin , j’ordonnai au Capitaine Clerke 26'. d’envoyer un canot & un Officier à la rive Sud- 3$>6 T r o i s i e m e Voyage — Eli de la Lagune , & d’y faire chercher des tor- 1 777- tues. Nous prîmes enfuite un autre canot , M. King Déc. & moi, & je réfolus de gagner la partie Nord- Ell. Je me propofois d’aller jufqu’à l’extrémité la plus orientale, mais le vent fouffloit avec trop de force , & nous fûmes contraints de débarquer plus fous le vent , à une batture fablonneufe , où nous prîmes une tortue, la feule que nous vîmes. En marchant dans l’eau , nous atteignîmes une Ifle , où je n’apperçus qu’un petit nombre d’oi- feaux ; je la quittai bientôt pour me rendre à la terre qui borde la mer au Nord-Oucft , & j’y lai liai M. King , qui vouloir obferver la hauteur méridienne du Soleil. Je la trouvai plus ftérile encore que celle que je venois de quitter ; en longeant la côte , je rencontrai cinq tortues près du rivage , je ne pus en prendre qu’une , & n’en découvrant point d’autres , je revins a bord : M. King y arriva bientôt après , fans en avoir rencontré une feule. Nous ne défelpérâmes ce- pendant pas de nous en procurer; car quelques- uns des Officiers du Capitaine Clerke , qui dé- barquèrent fur la terre au Sud du canal qui dé- bouche dans la Lagune , n’avoient pas été fi mal- heureux , & ils en avoieut rapporté plufieurs. Le 27, au matin, la pinnaflè & le grand ca- not, commandés par M. King, allèrent à la partie DE C O O K. 3 Sud-Eft de rifle, en -dedans de la Lagune , & le petit canot fe rendit au Nord , où j’avois 1777. été la veille; quelques-uns des gens du Capitaine Déc. Clerke avoient paiïc la nuit h terre , & ils avoient eu le bonheur de tourner quarante h cinquante tortues, que nous ne tardâmes pas à recevoir à bord. Les hommes que j’avois envoyés au Nord, revinrent l’après-midi avec fix autres : je les ren- voyai de nouveau , & ils fe tinrent dans cette partie de Fille , jufqu’au moment de notre appa- reillage ; ils eurent , en général , beaucoup de fuccès. Le 28, je débarquai avec M. Bayly, fur Fille 28. limée entre les deux canaux de la Lagune ; nous voulions préparer les télefeopes , afin d’obferver l’éclipfe de Soleil , qui devoir avoir lieu bientôt. Cette obfervation ne contribua pas peu à me faire mouiller ici. M. Iüng revint à midi, & il apporta huit tortues ; il en laiflà fur la greve lept , qui dévoient être ramenées par l’autre ca- not , dont l’équipage en cherchoit de nouvelles : le foir , j’envoyai de l’eau & des vivres à ceux de nos gens qui étoient à terre ; M. Williamfon alla les furvciller en place de M. King , qui de- meura h bord pour obferver l’éclipfe. M. Williamfon nous envoya le lendemain deux ap. canots , chargés de tortues ; il me pria en même- DE C O 0 K. 489 Ides de la Société , que nous trouvâmes à Wa- teeoo\ avoient été jettes fur cette Terre long-: I 77^’ temps après l’époque où leurs compatriotes ac- Février, quirent la connoifîànce du fer ; il eft vraifembla- ble qu’ils n’avoient point d’échantillons de ce métal, quand ils furent recueillis de la maniéré que j’ai indiquée plus haut ; mais il eft aifé de concevoir, qu’ils décrivirent niîèz bien la nature & l’ufage de ce métal à la Nation qui leur pro- digua des foins fi hofpitaliers. Les habitans de JVateeoo ont pu communiquer aux habitans de Pille de Hervey , le defir de pofféder du fer, defir que nous montrèrent ces derniers, durant nos courtes entrevues avec eux. Ces laits expliquent allez , comment la con- noiflànce du fer s’ell répandue fur les Mes de l’Océan Pacifique , qui n’ont jamais eu de com- munication immédiate avec les Européens; & il eft aifé de croire , que par-tout où l’on aura parlé de l’exiftence de ce métal , & que par-tout où « Si par hafard un vaifleau étranger laide dans leurs 3> Ides , quelques vieux morceaux de fer , ils appar- 3) tiennent de droit aux Tantales, qui en font faire » des outils , le mieux qu’il eft poffible. Ces outils « font un fond dont le Tamole tire un revenu con- » fidérable , car il les donne à louage, & ce louage » fe paie aflez cher , page 3 14. » 49° Troisième Voy a g e - l’on en aura laille des morceaux, les 'Naturels 1778. s’empreOcTonc de s’en procurer une quantité con- Février. fidérable. L’application de ces remarques au point que nous examinons , n’efl: pas difficile. Les In- fulaires à'Atooi & de Onecheow , ont pu tirer la connoiflance de ce métal des Illes intermédiai- res, limées entre leurs pays & les Illes des Lar- rons , qui ont prefque toujours été fréquentés par les Efpagnols , depuis le Voyage de Magel- lan ; fi l’éloignement des Mes des Larrons , laide des doutes fur cette explication , ne trouve- t-on pas au vent , le valle continent de V Amé- rique , où les Efpagnols font établis depuis plus de deux fiecles , & durant cette période , les cô- tes des Illes Sandwich n’ont-elles pas du rece- voir fréquemment des débris de naufrage? Il pa- raîtra finement vraiiemblable , que des débris contenant du fer, ont été portés de temps en temps par le vent alifé de l’Eft , aux Mes difpcr- fées fur cet immenfe Océan. La diflance d 'Atooi h f Amérique , îi’elt pas une objeétion folide ; & quand elle aurait plus de force , elle ne dé- truirait pas ma fuppolîtion : des vaifièaux Efpa- gnols traverlent l’Océan Pacifique toutes les an- nées, & il cil clair, qu’outre la perte d’un mât & de fes garnitures, des tonneaux environnés de cercles de fer , & beaucoup d’autres chofes dans de Cook. 491 lefquelles il y a des morceaux de ce métal , peu- vent être jettes à la mer ou tomber dans les flots 1778. pendant une fi longue traverfée-, & aborder en- Février, fuite fur quelque Terre. Mais ce que je viens de dire n’ell pas une Ample conjeéture ; un de mes gens vit dans une maifon de JVymoa , des bois de lapin ; ils étoient mangés de ver , & on lui dit , qu’ils avoient été apportés fur la côte par les vagues; de plus, les Naturels de cette Me* nous déclarèrent expreffement , que les échantil- lons de fer peu confidérables que nous .trouvâ- mes parmi eux , leur étoient venus de l’Eft. Après cette digreflion , ( fi toutefois on peut appellcr une digreflion, les détails dans lefquels je viens d’entref ) je reprends la fuite des ob- fervations que nous fîmes durant notre féjour à Atooi , & je vais parler des pirogues de cette Ifle. Leur longueur cft en général de vingt-qua- tre pieds ; une feule pièce de bois , ou un tronc d’arbre, creufé d’un pouce ou d’un pouce & demi, & terminé en pointe à chaque extrémité, en compofe le fond. Les flancs préfentent trois planches , chacune d’environ un pouce d’épaif- feur , aj uftées & liées au fond d’une manière très-exaéle. Les extrémités de l’avant & de bar- rière font un peu élevées , affilées & taillées à- peu-près en coin, avec cette différence, qu’elles 49- Troisième V o '/ace 1 s’applatiflènt brufquement, de maniéré que les 1778. planches qui forment les côtés, font appliquées Février, l’une contre l’autre fur toute leur furface, l’ef- pace d’au moins un pied. Au reite , le delfèin de M. Webber donnera une idée plus exacte de leur conilruction , que je ne pourrais la donner ici. Comme elles n’ont pas plus de quinze ou dix-huit pouces de largeur, celles qui vont feules ( car ils en amarrent quelquefois deux enfemble , ainfi que fur les autres Illes ) ont des balanciers d’une forme & d’une difpofition fi judicieufcs, que je n’en avois jamais vu d’aufii heureufement imaginés : ils les manœuvrent avec des pagayes pareilles à celles que nous avions rencontrées ordinairement. Quelques-unes ont une voile trian- gulaire, légère, femblable aux voiles des Mes des Amis , enverguée à un mât & à un boute- hors : les cordes employées dans leurs embarca- tions , & les cordes plus petites dont ils fe fer- vent dans leurs pêches, font fortes & bien faites. Ce que nous avons vu de leur agriculture, annonce qu’ils ne font pas novices dans cet art. J’ai déjà parlé d’une de leurs vallées, qui clt une plantation continue de tara , & d’un petit nombre d’arbres à fruits , dont ils paroifient prendre des foins extrêmes. Les champs de pa- tates & les carreaux plantés de cannes de lucre DE C 0 0 K. 493 ou de bananiers , qu’on trouve fur les terreins plus élevés, offrent une difpofition auffi régu- 1778. liere ; 011 y apperçoit toujours une figure géo- Février, métrique , & ordinairement un quarré ou un reftangle : mais aucune de ces plantations n’eil environnée d’une clôture , à moins qu’on ne veuille regarder comme des clôtures, des fof- fés qu’on voit dans les terreins bas : au refie , il eft probable que ces folles fervent à conduire de l’eau autour de la racine du taro : il faut peut-être attribuer h l’adreflè du cultivateur au- tant qu’à la fertilité du fol, la richefiè des ré- coltes & la bonne qualité de ces productions , auxquelles la terre convient mieux qu’aux ar- bres à pain & aux cocotiers. Le peu d’arbres à pain & de cocotiers qui frappèrent nos re- gards , ne venoient pas trop bien , & on ne doit pas être furpris s’ils aiment mieux s’occuper d’au- tres fruits, dont la culture exige plus de tra- vaux. Quoique les Infulaires d 'Atooi femblent très -habiles en ce qui a rapport à l’économie rurale, nous jugeâmes à l’afpeét de l’Ifle qu’elle eft fulceptible d’une culture beaucoup plus éten- due , & qu’elle nourrirait une population au moins trois fois auffi nombreufe ; car la plus grande partie du terrein qui eft aujourd’hui en friche , paroît offrir un fol auffi bon que celui 494 T u o i s î e ivi e Voyage ,c — des difiriets cultivés. Nous pouvons conclure 1778. que, par une caufe dont notre courte relâche Février, parmi eux 11e nous a pas permis de nous inl- truire , ils ne fe multiplient pas dans la propor- tion qui ieroit nécciîtiire pour mettre en valeur l’Ifle entière. Je n’y ai vu aucun Chef de quelque impor- tance ; mais , de l’aveu des Naturels , il y en a pluficurs qui réfident à Atool , & toutes les dallés fe proflernent devant eux ; cette marque de fomnifïïon équivaut au Moe Moca , qu’on donne aux Chefs des ]Jl,es des Amis , & elle cil appellée ici Ilamoea ou Moe : j’ignore s’ils craignirent d’abord de fe montrer, ou s’ils étoient abfens ; mais , après que j’eus quitté Fille , l’un de ces grands perfonnages parut, & il fit une vi- fite au Capitaine Clerke , à bord dé la Decou- verte : A arriva fur une double pirogue , & ainfi que le Roi des JJles des Amis , il n’eut aucun égard pour les petites pirogues qui fe trouvè- rent fur l’on chemin ; il les heurta ou il les ren- verfa fans chercher le moins du monde à les évi- ter : ce n’etoit pas aux pauvres malheureux qui montoient les embarcations, à éviter la double pirogue ; car étant contrains de fe tenir couchés jufqu’h ce que le Chef fût loin d’eux , ils ne pouvoient manœuvrer. Les gens de fa fuite le de Cooic. 495 biffèrent dans le vaiffèau , & ils l’établirent fur le paflè- avant. Lorfqu’il y fut, les foins qu’ils 1778. prirent de lui, ne finirent pas encore; ils fe ran- Février, gèrent autour de lui , en fe donnant la main les uns aux autres, &, excepté le Capitaine Clerke, ils ne permirent h perforine d’en approcher. Il étoit jeune & couvert d’étoffes de la tête aux pieds ; une jeune femme que nous prîmes pour fon époufe , Faccompagnoit ; il s’appelloit Ta- mahano. Le Capitaine Clerke lui fit des préfens, & il en reçut une jatte de bois foutenue par deux petits hommes, dont la fculpture, relativement au deflcin & à l’exécution , annonçoit une forte de talent. Les Infulaires nous dirent, qu’elle avoir été fouvent remplie de kava ou d 'avci , félon la prononciation des O-Taïtiens ; ils préparent & ils boivent cette liqueur de la même maniéré que fur les autres Ifles de l’Océan Pacifique. Le Ca- pitaine Clerke ne put déterminer le Chef ni à defeendre dans les chambres, ni à quitter l’en- droit où on l’avoit placé d’abord. Lorfqu’il eut pâlie une heure fur la Découverte , il fut re- porté dans fit pirogue ; il retourna h la côte , & les gens du pays qu’il rencontra en chemin, lui rendirent les honneurs qu’ils lui avoient rendu quand il étoit venu près de nous. Plusieurs mef- fitgers arrivèrent le lendemain ; on invitait le 496 Troisième Voyage £==== Capitaine Clerlte à aller dans l’Iile , & on l’aver- 1778. tifioic que le Chef fe difpofoic h lui offrir un Février, préfent confidérable ; mais, emprefîe de remet- tre en mer & de me rejoindre , il ne crut pas devoir accepter l’invitation. Nous avons vu les Naturels fi peu de temps , & notre entrevue a été fi imparfaite , que nous ne pouvons expofer, d’une maniéré exaéte, la forme de gouvernement établie dans l’Iflc ; mais , en général , les coutumes d 'Atooi reflèmblent finguliérem'ent à celles des autres terres de l’O- céan Pacifique où nous avons abordé ; les hom- mages en particulier qu’on y rend aux Chefs, font abfolument les mêmes. Il elt probable que les guerres 11e font pas moins fréquentes à Atcoi , qu’aux Ifies de la Société & aux Ifles des Amis: on peut , en effet , le conjeélurcr d’après la mul- titude de leurs armes , & le bon état dans lequel lions les trouvâmes : ce qu’ils dirent eux -mê- mes , nous le prouve d’une maniéré plus dircéle encore; nous comprîmes qu’ils font la guerre à leurs voifins de Oneeheow & Oreehoua , & que les divers diftriéts de l’Ifle fe battent aufîi entr’eux. Cette caufe efi: prefque la feule que nous puiffions afîiguer de la foiblefïè de la po- pulation en proportion de l’étendue du terrein fufceptible de culture. epen- d il Cook. 49f Indépendamment de leurs piques ou lances , r — qui font d’un très -beau bois couleur de cha- 17 taigne, bien poli, & dont quelques-unes ont Fév une extrémité barbelée & l’autre applatie , ils fe fervent d’une arme que nous n’avions jamais ren- contrée auparavant , & qu’aucun Navigateur n’a trouvée parmi les Naturels de la mer du Sud. Elle refièmble un peu à un poignard; elle efl: d’environ un pied & demi de longueur , terminée en pointe à l’une des extrémités, & quelquefois aux deux : on l’affujettit fur la main avec un cor- don : ils en font ufage lorfqu’ils fe battent corps- à-corps , & elle ell très-propre à poignarder un ennemi. Quelques-unes de leurs dagues peuvent être appellécs de doubles poignards; le manche de celles-ci ell; au milieu, & il donne plus de moyens de frapper de différens côtés. Ils ont aulïï des arcs & des traits ; mais comme nous en vîmes peu , & qu’ils étoient très-foibles , on peut prefque alïùrer qu’ils ne les emploient ja- mais dans les batailles. Le couteau ou la feie dont j’ai parlé plus haut , & avec lequel ils dé- pècent les morts , peut aulfi être mis au nombre de leurs armes ; car il leur fert à porter des coups d’eftoc ou de taille , lorfqu’ils fe battent de très -près : c’ell un petit inftrument de bois applati , d’une forme oblongue , d’un pied de Tome IL li 504 Troisième Voyage de Cooic. — — d’ Amérique aux Mes des Larrons , ayant à 1778. peine aflèz de vivres & d'eau pour ne pas mourir Février, de faim & de foif; ils y auraient trouvé des vi- vres en abondance , & dans un mois d’une navi- gation sûre , ils auraient atteint la partie de la Californie , que le gallion de Manille elt obligé de reconnoître ; s’ils n’avoient pas rencontré le gallion , ils auraient pu retourner, bien radoubés îi la côte d 'Amérique , après une abfence de deux mois. Enfin , combien le Lord Anfon fe ferait cru heureux , & de combien de fatigues & de peines il fe ferait affranchi , s’il eût fu qu’il y avoit à mi-chemin entre X Amérique & Tinian , un grouppe d’Ifles en état de fournir à tous fes befoins 1 L’élégant Hiftorien de fou Voyage en aurait fait une defeription plus agréa- ble que celle dont je viens de donner l’efquiflè. Fin du Tome fécond. 5°5 aBaacrag£g«BimOTre-a»it^im<auaa«»i^^ TABLE £>£S CHAPITRES CONTENUS DANS CE VOLUME. SUITE DU LIVRE SECOND. Chap. IX. Defcription d'une grande Fête , appellée Natche, relative au Fils du Roi. Procédions & autres cérémonies qui eu- rent lieu le premier jour. Nuit pajf'ée dans la Maifon du Roi. Continuation de la Fête le lendemain. Conjectures fur fort objet. Départ de Tongataboo & arrivée à Eooa. Defcription de cette Ifle , & récit de .ce qui nous y arriva. Page i Chap. X. Avantages que mus procura notre féjour aux IJlcs des Amis. Remarques fur les articles les plus propres aux échanges avec les Naturels. Rafraîchiffemens qiÂon peut s'y procurer. Nombre des IJles & leurs noms. Les IJles de Keppel & de Bofcawen en dépendent. Remarques fur Vavaoo, Hatnoa, Feejee. Voyages de long cours que les Naturels font fur leurs pi- rogues. Combien il efî difficile d'obtenir des informations exactes. Détails fur la perforine des Infulaires de l'un Cf de $o6 T A B !i E l'autre [exe, fur la couleur de leur peau, leurs maladies, leur caractère ; de quelle maniéré ils portent leurs cheveux ; pi- que turcs de leur corps ; habits & orne- riens dont ils fe parent ; propreté per- fora elle. 41 Chap. XI. Occupations des femmes des Ifles des Amis; occupations des hommes; agri- culture; conf ritclïon des maifons ; outils, cordages & inftrumens de pêche; infini- mens de mufiqtte ; armes , nourriture & maniéré d'apprêter les alimens; amufe- mens ; Mariages ; Cérémonies funèbres ; Divinités du Pays ; idées fur l'ame & fur une autre vie. Temples ; Gouvernement ; hommages qu'on rend au Roi. Détails fur la Famille Roy ale. Remarques fur la Lan- gue, & petit Vocabulaire de cet idiome. Ôbfervations nautiques & autres. 8o LIVRE III. Relâche â O-Taiti & aux Ifles de la Société ; fuite du Ployage jufjiâà notre arrivée fur la cote à" 1 Amérique. Chap. I. Qbfervation d'une éclipfe de lune. Découverte de fl fie Toobouai. Sa fitua - tion,fon étendue & fon afpeSî; entrevues avec les Habitans ; defertption de leur figure , de leurs vête mens & de leurs des Chapitres. 507 pirogues. Arrivée à Oheitepeha , l'une des baies ^’O-Taïti. De quelle maniéré Omaï eft reçu; imprudence de Jd conduite. Dé- tails fur les Vaijfeaux Efpagnols qui ont relâché deux fois à O-Taïti. Entrevue avec le Chef du diflriB ^’Oheiccpeha. L'Olla ou le Dieu de Bolabola : fou qui contrefait le Prophète. Arrivée dans la baie de Ma- tavai. 1 27 Chai». II. Entrevue avec Q-Too , Roi dO- Taïci. Conduite imprudente d'Omaï. Nos occupations à terre. Débarquement de nos quadrupèdes D’Europe. Détails fur un des Naturels qui avoit fait le voyage de Li- ma. Détails fur (Edidee. Révolte d'Ei- mco. Guerre contre cette Ifle réfolue dans un ConJ'eil des Chefs. Sacrifice humain qui eut lieu à cette occafion. Defcription particulière des Cérémonies pratiquées au grand Morai oh l'on offrit la vic- time. Autres coutumes barbares de ce Peuple. 15!? Ciiap. III. Conférence avec Towha. Defcrip- tion de quelques Heevas. Omaï & (Ecli- dee nous donnent à dîner. Feux d’artifice . Magnifique prêfent d'étoffes qu'on nous fait. Maniéré de conferver les cadavres des Chefs. Un autre facrifice humain . Promenade à cheval. Soins d'O-Too pour mus fournir des provifions & empêcher les vols. Quadrupèdes que je lui donne. Etary & les Députés d'un Chef du pays obtiennent une audience. Combat Emulé de \ joS Ta » t, e deux pirogues de guerre. Force navale de ces IJles ; comment elles font la guerre. 192 Chap. IV. Le jour de notre appareillage fixé. O-Taïti fait fa paix avec Eimeo. Débats fur ce point. La conduite d'O-Too efl blâ- mée. Cérémonies pratiquées an Morai en cette occafion , & décrites par M. King. Remarques fur cas Cérémonies. Trait d'ar- tifice de la part d'Q-Too. Otnaï obtient une pirogue de guerre. Réflexions fur fa con- duite. Préfent que m'offre O-Too pour le Roi de la Grande-Bretagne, & ce qu'il me chargea de dire à Sa Majefté. ObJ'erva- tions fur les échanges que nous finies , ffi fur la manière dont nous fûmes reçus à O-Taïti. Détails fur les voyages qu'y ont fait les Efpagnols : ce qu'ils ont imaginé pour donner mauvaife opinion des Anal ois. Combien il efl à defirer qu'on ne forme point d' établi jfemens à O-Taïti. Jaloufîe qu'un autre Voyageur infpire à Omaï. 2 1 4 Chap. V. Arrivée à Eimeo. On y trouve deux havres. Defcription de ces deux ha- vres. Nous recevons une vifite de Maheine , Chef de l'IJle. Defcription de fa perfonne. Les bif ilaires nous volent une chevre ; ils la renvoient enfuit e avec le Voleur. Vol d'une autre chevre que les Naturels ont foin de cacher. Mefures que je pris à cette occafion. Expédition militaire dans l'IJle. Nous brûlons des maifons & des pirogues. On nous rend la chevre , & la paix fie : rétablit . Détails fur l'IJle , &c. 241 o e s Chapitres. 509 Chap. VI. Arrivée à Huaheine. Confeil des Chefs. Préfens & difcours d'Omaï aux Chefs du Pays. Son établijfement dans cette ïfle efl décidé. Nous lui bâtijfons une maifon & nous lui formons un jar- din. Remarques fur l'état ou il Je trou - voit. Mefures que nous prenons pour le mettre en sûreté. Dégât fait par les blat- tes à bord de nos Vaiffeaux. V oleür décou- vert & puni. Feux d'artifice. Animaux que nous laifsâmes à Omaï. Obfervations fur fa Famille. Ses Armes. Infor iption que nous mîmes fur fa maifon. Sa conduite lors de notre départ. Obfervations géné- rales fur fa conduite & fon caractère. Détails fur les deux jeunes gens qu'il avait pris à la Nouvelle-Zélande. 258 Chap. VII. Arrivée à Ulietea. Obfervations aftronomiques. Un Soldat de Marine dé- fer te , & les bifilaires le ramènent. Je reçois des nouvelles d'Omaï. InftruEtions que je donne au Capitaine Clerke. Autre défertion d'un Midshipman & d'un Mate- lot. Trois des principaux Perfonnages de l'Ifle emprifonnés à cette occafon. Décou- verte d'un complot des Naturels , qui for- maient le projet de m'arrêter , ainji que le Capitaine Clerke. On me ramené les deux Déferteurs , & je rends la liberté aux Gens du Pays , que je tenais en prifon. Les deux Vaiffeaux appareillent. Rafraî- chiffemens que nous prîmes à Uljetea. Etat d.e cette Ifle , comparé à l'état oit nous l'a- rn 1 A Ti L F, rions trouvée autrefois. Détails fur un de fes Rois qui fut détrôné , & fur le der- nier Régent de Huaheine. 287 Cm ap. VIII. Arrivée à Bolabola. Entrevue avec le Roi Opoot/y. Raifons qui me dé- terminent à acheter l'ancre de M. de Bougainville. Départ des l/les de la So- ciété. Détails fur Bolabola. Hifloire de la conquête i’Otaha es? i’Ulietea. Terreurs qu'infpirent les Hahitans de Bolabola. Ani- maux que nous laifsâmes dans cette JJle , ainfi qu'à Ulietea. Supplément de vivres que nous y embarquâmes , & maniéré dont nous falâmes des cochons. Obferva- tions relatives à O-Taïti S? aux JJles de la Société. Obfervations agronomiques & nautiques fur ces Terres. 309 Chap. IX. Les détails fur O-Taïti font encore imparfaits. Verts dominons dans le pa- rage de cette JJle. Beauté du Pays. Cul- ture. Remarques fur les curiofités natu- relles du Pays ; fur la per forme des Na- turels ; fur leurs maladies ; fur leur ca- raBere ; fur leur amour pour le plaifir ; fur leur langue ; fur la Chirurgie & la Médecine qu'ils pratiquent. Leur régime diététique. Effets de /’Ava. Epoques de leur repas , es? maniéré de manger. Liaifons avec les femmes. Circoncifion. Syflême Religieux. Idées fur l'ame & fur une vie future. Superfitions diverfes. Traditions fur la création. Légende hiflorique. Hon- neurs qu'on rend au Roi. DiJîinBion des » E S C H A 1 * [ T il E S. 51 1 rangs. Châtimens des crimes. Particu- larités des IJles voijines. Noms de leurs Dieux. Noms des IJles fréquentées par les Naturels des IJles de la Société. Etendue de leur Navigation. 331 Chai\ X. Suite du Voyage après notre dé- part des IJles de la Société. Découverte de PIJie de Nocl. P 0 fit ion des Vaijfeaux fur la Cote. Canots envoyés à terre . Grand nombre de tortues que nous y prenons. Ob- fervation d'une éclipj'e de Soleil. DétreJJe de deux Matelots qui s'égarèrent dans l'intérieur de l'IJle. Infcription laijfée dans une bouteille. Defcription de l'IJle. Remar- ques fur le fol ; Jur les arbres & les plan- tes ,• fur les oifeaux ; fur l'étendue de cette Terre ; Jur fa forme ; fur fa pofition. Mouillage. 391 Ch ap. XI. Découverte de quelques If es. Ob- fervations fur les Naturels d'htooï qui arrivèrent aux vaif'eaux , & fur leur conduite au moment oh ils Je rendirent auprès de mus. L'un d'eux eft tué. Précau- tions pour empêcher les équipages de com- muniquer avec les femmes. Nous trouvons une aiguade. Réception qu'on nous fait à notre débarquement. Excurfion dans l'in- térieur du Pays. Nous allons voir un Mo- ral. Defcription de cet édifice. Tombeaux des Chefs. On y dépofe les corps des viSti- mes facri fiées aux Dieux. Reconnoifance d'une autre IJle appellèe Oneeheow. Céré- monies exécutées par quelques-uns des 512 Table des Chapitres. Naturels qui viennent aux Vaijjeaux. Raifons de croire qu'ils font Cannibales. Un Détachement envoyé à terre y pajfe deux nuits. Récit de ce qui Je pajfa lors du débarquement : les Vaijjeaux s'é- loignent de ces IJles & marchent au Nord. 409 Ciiap. XII. R option des IJles dont je viens de parler. Noms que leur donnent les Infu- laircs. Je les ai appelléès I/les Sandwich. Dejcription d' Atooi. Remarques fur le fol ^ le climat , les productions végétales , les oijeaux , les poijfons , les animaux domef- tiqaes , la perjonne des Naturels , leur car aEter e , leurs habits , leurs ornement , leurs habitations , leur régime diététique , leur maniéré d' apprêter les alimens , leurs amufemens , leurs Manufactures , leurs outils , la connoijfance qu'ils ont du fer , leurs pirogues & leur Agriculture. Dé- tails fur un de leurs Chefs. Armes dont ils fe fervent. Ufages conformes à ceux de Tongataboo êi 'de Ô-Taïti. La Langue des IJles Sandwich eft la même que celle des IJles des Amis & de la Société : comment la même Nation s'ejl répandue fur toute la Mer Pacifique. Avantages qu'on peut tirer de la pofition des IJles Sandwich. 456 Fin de la Table des Chapitres. ) I