De Coco Chanel à L'Allure de Chanel de Paul Morand (1976). Approximation à l'étude, égérie et muse de la mode et des lettrer
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1 1. Introduction L’allure de Chanel est la dernière œuvre de Paul Morand (1888-1976), publiée en 1976 1 , l’année de sa mort, et des années après celle de la grande couturière. Morand y reproduit les conversations qu’il avait maintenues avec Gabrielle Chanel (1883-1971) en 1946, réfugiée alors en Suisse. Tout au long de cette œuvre, Paul Morand retrace le parcours de vie issu de ses propos exprimés à la première personne. Il en résulte un portrait de ses amitiés et de son caractère que Morand utilise pour reconstruire une intéressante fresque biographique de l’artiste et une radiographie de son époque 2 . C’est dans ce cadre d’histoire littéraire que nous avons fixé le double objectif de notre Mémoire de Fin d’Étude : établir à partir de l’écriture par omission de Paul Morand, et d’autre biographies, le caractère mythomane de Chanel et d’approfondir la portée de la vie de cette figure féminine représentante d’une époque, icône de la femme libérée et un mythe toujours à résoudre. Nous avons choisi L’allure de Chanel (Morand, 1976) comme axe central de notre étude. En effet, ce texte est bien plus qu’une simple biographie de l’artiste: l’œuvre rassemble une conversation entre deux amis intimes qui sont en même temps deux personnages ayant joué un rôle important pendant les dernières années de la Belle époque 3 , la Première Guerre mondiale, les Années folles, la période d’entre deuxguerres et la Seconde Guerre mondiale. Pendant plus d’un demi-siècle, Chanel et Morand ont partagé le succès, le même cercle d’amis et ce moment de l’histoire du début du XXe siècle. Cette relation d’amitié et les conversations en résultant justifient le choix de cette base textuelle à partir de laquelle nous comparerons d’autres biographies (Coco Chanel, L’irrégulière ou mon itinéraire Chanel, Edmonde Charles-Roux (1974 et 2007), Gabrielle Chanel, un parfum de mystère, Isabelle Fiemeyer (2004) et Dans le lit 1 L’édition originale (1976) a paru aux éditions Hermann, illustrée par une série de photos d’Henri Cartier-Bresson consacrées à Coco Chanel (Morand, 1976: 11-14) et la dernière à Paul Morand embrassant son chat, réalisée par Robert Capa (Morand, 1976: 122). En 1996, une nouvelle édition illustrée par Lagerfeld a été publiée. Pour notre part, nous avons utilisé l’édition de poche de 2009, parue aux éditions Gallimard. 2 Voir Annexe 2. Dans cette annexe on trouve les notices des principaux personnages mentionnés dans notre texte. Ces personnages composent cette radiographie de l’époque. 3 L’expression « Belle époque » naît en 1919, juste après la Grande Guerre, pour désigner une époque glorieuse passée en comparaison avec l’instabilité sociale, politique et économique que vivait l’Europe après le conflit et qui s’étend de 1870, après la guerre franco-prussienne, jusqu’à 1914, le début de la Première Guerre mondiale. Morand compare la Belle époque à une promenade « dans le Musée Grévin, égaré parmi des figures de cire » (Larousse, 2005 : 102). LAROUSSE (n. c.) : Belle époque. Disponible sur: https://www.larousse.fr/archives/histoire_de_france/page/102.
2 de l’ennemi, Coco Chanel sous l’Occupation, Hal Vaughan (2012). Ce corpus permettra de comprendre en partie pourquoi Chanel est devenue une légende vivante par ses créations, par ce qu’elle symbolisait, et par sa façon de raconter sa vie à ses biographes, et en particulier à Paul Morand (1976). Chanel lui confie ses souvenirs afin de faire de lui son biographe : Morand appuiera toujours la version de la modiste, une version qui s’éloigne souvent de la réalité. Tout au long de sa vie, Chanel a su créer une légende d’elle-même, en refusant de parler de ses vraies origines et en modifiant ce qu’elle souhaite. La modiste ne se limite pas à cacher ses origines, mais jusqu’au jour de sa mort elle demeurera une mythomane. Cet élément de son caractère implique qu’elle soit encore aujourd’hui une légende vivante. Notre procédure se développera sur trois parties et une conclusion. Dans la première partie de notre étude, nous aborderons la figure de Paul Morand dans sa double facette d’écrivain et d’ami intime de Coco. À travers sa vie et ses œuvres, nous pourrons connaître la première moitié du siècle, la Belle époque et les Années folles. Cela permettra de comprendre les commencements de Chanel et les débuts de son mythe, mais aussi la place de Morand dans son époque et la relation qui existait entre lui et la modiste, et qui rend L’allure de Chanel (Morand, 1976) si particulière. Dans une deuxième partie, une fois que nous aurons cerné l’influence de Morand dans la vie de Chanel, nous reconstruirons une biographie de l’artiste à partir du corpus établi : Charles-Roux (1974 et 2007), Morand (2009 [1976]), Fiemeyer (2004) et Vaughan (2012). Dans la troisième partie de notre analyse, nous étudierons une série d’épisodes saillants de sa vie (l’enfance de l’artiste, son séjour à Vichy, la première rencontre avec Balsan, les licenciements de ses employées et son rôle pendant l’Occupation nazie) et son histoire racontées dans L’allure de Chanel (Morand, 1976) que nous comparerons avec le récit qui en est fait dans les autres biographies choisies. Nous pourrons apporter des éclaircissements concernant le mythe de Chanel, commenter l’écriture par omission de Morand, et de cette façon, aborder le traitement de Coco Chanel dans la littérature.
3 En 1916, Paul Morand et Coco Chanel s’incorporent au même groupe d’amis de Misia Sert, « […] grâce aux Berthelot et fréquente aussi le groupe des amis de Cocteau, rencontre Georges Auric et Darius Milhaud » (Collomb, 1992 : XLII). Cette même année, Chanel devient la meilleure amie de Misia Sert, la reine de Paris, qui l’introduit dans l’élite parisienne. À partir de là, ces deux personnages, qui avaient connu la Belle époque, prennent part aux changements qui sont en train de se produire à la fin de la Grande Guerre et surtout après le conflit, pendant les célèbres Années folles 4 caractérisées par le goût de vivre et de se libérer pour oublier les ténèbres de la guerre. Paul Morand dans ses œuvres montre aussi l’influence des États-Unis dans la société française pendant cette même période : le jazz, le goût pour l’art noir, la modernité et le cosmopolitisme. La mode et la société changent alors complétement. C’est le temps de la libération des corps des femmes et Coco Chanel ne restera pas indifférente à cette tâche. Les femmes se décident à rompre les conventions sociales et l’un des exemples en est la garçonne 5 , nouveau modèle de femme qui apparaît pendant ces années, influencé par le style de Coco Chanel. Si Chanel et Morand représentent les Années folles, ils ne sont pas les seuls. Paris, épicentre culturel et artistique du temps, accueille une élite composée, entre autres, par André Gide, le génie de Marcel Proust -tous deux amis de Morand-, le surréalisme de Salvador Dali, ami intime de la modiste, le théâtre de Cocteau pour lequel Chanel crée des costumes, les Ballets Suédois de Paul Claudel et Marius Milhaud, la musique d’Erik Satie ainsi que les peintures de Picasso. Ils font tous partie de l’entourage de Chanel et de Morand, au même titre que le salon parisien de Madame de Noailles ou celui du comte de Beaumont lesquels facilitent les rencontres de tous ces artistes. Nous nous arrêterons en première instance à la figure de Paul Morand afin de cerner le rôle de cet auteur à son époque et la relation qui existait entre lui et Gabrielle 4 « Les années suivant l’armistice de 1918. Ces Années folles, que l'on appelait naïvement l'après-guerre et qui n'étaient qu'un entracte aux couleurs de Paul Morand, de Van Dongen et de René Clair ». CNRTL (n. c.) : Années folles. Disponible sur : https://www.cnrtl.fr/definition/folles//1. 5 « Terme né pendant les Années Folles, et qui désigne un nouveau modèle de femme. C’est une époque de recherche et de lutte pour l’émancipation des femmes, et pour l’égalité des sexes. Le style garçonne naît aussi à Paris, impulsé par Coco Chanel, qui en devient le prototype: il s’agit d’une femme aux cheveux courts, de figure androgyne, qui s’habille d’une manière différente. Les créations de Chanel deviennent le symbole même de ce style. C’est une question de mode, aussi une façon d’être et d’agir marquée par la liberté (d’action, de mouvement, de sexualité) » (Vigarello, 2005 : [s.p.]).
4 Chanel. De cette façon, nous pourrons analyser et comprendre la signification de L’allure de Chanel (Morand, 1976) et le mode dont y sont tracés le portrait de Coco Chanel et le reflet de son temps. 2. Paul Morand: vie et œuvre Paul Morand est né en 1888, à Paris, au sein d’une famille bourgeoise. Son père, Eugène-Édouard Morand, était diplomate, peintre et auteur 6 dramatique, directeur de l’École des Arts Décoratifs de Paris (1908-1925). Le petit Paul grandira à Paris dans un milieu d’artistes (écrivains, musiciens, et gens du théâtre). Dans ce sens, son enfance concorde avec l’effervescence de la Belle époque. Pendant ces années, Paris rayonne comme « la capitale des spectacles, des beaux-arts, une capitale artistique hautement cosmopolite » (Lejeune, 2017 : 10). C’est le temps de la naissance de l’Art moderne et du développement de l’automobile permettant à la France d’entrer dans un « petit capitalisme industriel » (Lejeune, 2017 : 5). Pendant ces années, la société en général s’imprègne d’une « intense foi dans le progrès » (Lejeune, 2017 : 3), et le petit commerce ouvre une voie d’ascension sociale. Pourtant, ce sera loin de Paris et de la France que Morand passera la plupart de sa jeunesse. Il fait ses études à Oxford où il a connu « des poètes Élizabéthains et des romantiques anglais du XVIIIe siècle ainsi que des modernes » (Collomb, 1992 : XXXVIII). Il a pour précepteur Jean Giraudoux, un diplômé en Sciences politiques qui deviendra pendant la période d’entre-deux-guerres le plus grand dramaturge de la scène française. Les premières compositions de Paul Morand datent de 1909, notamment des poèmes comme Le seuil méditation sur l’amour et la mort, œuvre longtemps inédite (Collomb, 1992 : XXXVIII). Il commence à rédiger ses premiers essais comme Les Masques à la cour d’Angleterre sur le théâtre anglais du XVIIe siècle ainsi que des publications dans certaines revues comme The Oxford Magazine (Collomb, 1992 : XXXVIII). Cette même année 1909, après avoir visité la Belgique et la Hollande, il s’incorpore au « 36e régiment d’infanterie, cantonné à Caen » (Collomb, 1992 : 6 « Eugène-Édouard Morand fait représenter à la Comédie-Française une pièce en un acte, Raymonde, tirée d’un roman d’André Theuriet. Il publie aussi un roman satirique : Le Roman de Paris, avec une préface du grand comédien Constant Coquelin » (Collomb, 1992 : XXXIII).
5 XXXVIII) pour un service de deux ans. En 1913, il commence à travailler à l’ambassade de France à Londres et à fréquenter les milieux mondains. Pendant la Première Guerre mondiale, il travaille comme Secrétaire général du cabinet du ministre des Affaires étrangères 7 . Il y rencontre Philippe Berthelot qui, en 1915, « est directeur du cabinet de Briand, ministre des Affaires étrangères. Il y sera l’ami et le soutien des écrivains du Quai d’Orsay ; Claudel, Giraudoux, Léger et Morand » (Collomb, 1992 : XLI). Quoique diplomate de second rang (Jeannesson, 2012 : 58), Paul Morand restera un diplomate écrivain qui imprègne ses œuvres d’une certaine vision politique et surtout des voyages attachés à sa fonction. Dans ce sens il appartient à la tradition d’écrivains diplomates qui combinent l’histoire de la diplomatie, les voyages et la littérature (Rondeau, 2011). La combinaison du diplomate voyageur et du littérateur (Meltz, 2012 : 72-75) et celle du cosmopolitisme et du « vitalisme » (Knebush, 2016 : 897) développent chez Morand, la vision hybride de la vie et de l’histoire que la fiction inscrit dans ses œuvres telles que Ouvert la nuit (1922), Venises (1971), et dans son Allure de Chanel (1976). Il faut rappeler, enfin, qu’au-delà de sa carrière diplomatique, depuis son enfance, il considère avoir « l’habitude de l’étranger » (Chancel, 1988 :16), et se définira lors de sa réception à l’Académie comme un « amant de la grand’route » (Morand, 1969 : 3). C’est pendant la Grande Guerre qu’il se lie avec les plus grandes figures littéraires et culturelles de la société parisienne : Marcel Proust, Jean Cocteau, Serge Diaghilev, les musiciens du groupe du Six, Misia Sert, entre autres. Cercle d’amis, évoqué précédemment, et qu’il partagera avec sa chère Coco, à partir de 1916 (Collomb, 1992 : XLII). Vers 1918, il rencontre Marie Laurencin avec laquelle il maintiendra une proche amitié. Une année plus tard, il obtient sa nomination à Rome, « ville morne et sans pittoresque » (Collomb, 1992 : XLII) et en 1918, il est muté à Madrid où il demeurera dix-huit mois (Collomb, 1992 : XLII). 7 « Le nouveau gouvernement de la Troisième République (1870-1940) est dirigé par René Viviani (1914) en 1917, Clemenceau redevient président du Conseil et instaure une dictature de fait ». LAROUSSE (n. c.) : Troisième République. Disponible sur : https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/III_e_R%C3%A9publique/140713.
6 Après son séjour à Madrid, il publie sa première œuvre, en 1919, Lampes à arc, un recueil de poèmes qui le consacre, selon Giraudoux, comme « un poeta minor avec le sens de la poesia minor de l’époque. Au plus haut degré » (Collomb, 1992 : XLIII). Plus tard, il s’impose comme écrivain de nouvelles et de romans. En 1920, après un bref voyage à Budapest, Morand publie son second recueil de poèmes, Feuilles de Température. Il passe le réveillon chez Gabrielle Chanel, à Paris, rue Chambon (Collomb, 1992 : XLIV). En 1921, il publie Tendres Stocks, recueil composé par trois nouvelles préfacées par Marcel Proust. Cette œuvre regorge de l’influence des séjours de notre auteur à Londres où se déroulent les histoires de trois femmes inconformistes, Clarisse, Delphine et Aurore. Une année plus tard, « Morand est traduit devant le conseil de discipline du ministère des Affaires étrangères, présidé par Poincaré. Il sera placé en non-activité pour dix ans » (Collomb, 1992 : XLV). À cette même date, il compose d’autres nouvelles, notamment, Ouvert la nuit et en 1923, paraît son premier grand succès, Fermé la nuit, couronnée par le prix de la Renaissance 8 . En 1924, après un voyage en Dalmatie, en Grèce, et à Moscou, Morand publiera un autre de ses romans à succès, intitulé Lewis et Irène 9 (Collomb, 1922 : XLVI). Ce couple protagoniste en rappelle un autre formé précisément par Chanel et Boy que Morand connaissait très bien. Sur l’exemplaire personnel de Chanel, Morand porte une dédicace éloquente : « À Coco Chanel, ce Lewis qui rappelle un peu Boy Capel » (Charles-Roux, 2007 : 84). On constate le lien étroit entre Chanel et Morand, dans la vie, et dans la création. Au cours de cette année, Morand compose La fleur double. À partir de 1925, il décide de passer par les États-Unis et d’entreprendre un véritable tour du monde, et déclarera : « En 1925, chacun sa drogue. J’avais pour stupéfiant le voyage » (Collomb, 1992 : XLVII). Cette année-là, il publie L’Europe galante. Chronique du XXe siècle, en 1926, La mort de l’amour, et simultanément il termine le manuscrit de Bouddha vivant. 8 Le jury était présidé par Colette femme de lettres française très admirée par Gabrielle. Chanel affirme : « les deux seules femmes écrivains qui m’ont plu c’est Madame de Noailles et Colette […]. J’aime Colette, avec ses pieds d’apôtre et son accent » (Morand, 2009 : 198). 9 Selon Thibault (1992 : 43), Lewis et Irène (1924), L’Homme pressé (1941) et Hécate et ses chiens (1954) constituent trois phases dans l’évolution du roman de Morand.
7 En 1927, à Paris, Morand épouse Hélène Soutzo et ils visitent de nombreuses destinations « Antilles, Guadeloupe, La Martinique, l’île de la Trinité, Haïti, Jamaïque, La Havane, Nouvelle Orléans, Floride, New York… » (Collomb, 1992 : XLIX). Cette même année, il publie L’innocente à Paris ou la jolie fille de Perth. En janvier 1928, Morand voyage en Afrique, et quelques mois plus tard, paraît Magie noire narrant l’influence du monde noir sur la société occidentale et le goût pour le jazz (Charles- Roux, 2007 : 223). En 1930, après un voyage à Montreux, à Séville et à Madrid, il publie À la frégate et achève la série des Chroniques du XXe siècle. Deux années plus tard, il participera au tournage de Don Quichotte dans les studios de Nice (Collomb, 1992 : LI) et sera aussi réintégré au ministère des Affaires étrangères. En 1933, Morand signe Londres et Rococo. En 1935, Pierre Laval désigne Morand « délégué de l’Exposition de 1937, […] placé à la disposition du ministère du Commerce » (Collomb, 1992 : LII). En 1936, il fait un long voyage au Moyen-Orient (Égypte, Arabie, Yémen, Irak, Syrie) et publie Les Extravagants. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, il arrive à Londres « à la tête de la mission française de guerre économique » (Collomb, 1992 : LIII). En 1940, Morand y reste sous les ordres du gouvernement de Vichy pour « maintenir un contact officieux avec le gouvernement anglais » (Collomb, 1992 : LIII). En août de cette même année, de retour en France, à Vichy, il rédige L’Homme pressé, publié en 1941. En 1942, Laval le nomme « à la tête de la Commission de censure cinématographique » (Collomb, 1992 : LV). Un an plus tard, l’auteur est envoyé à Bucarest comme « ministre plénipotentiaire de 1ère classe » (Collomb, 1992 : LVI). En 1945, il devient ambassadeur de Vichy à Berne. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, sa collaboration avec le gouvernement de Vichy lui vaut une décennie d’exil en Suisse. C’est là que Chanel et Morand se rencontrent. Au cours de ces années, il poursuit sa carrière littéraire. Il publie Le Flagellant de Séville (1949), Hécate et ses chiens (1954) et Fin de siècle (1955). En 1955, les Morand se réinstallent à Paris (Collomb, 1992 : LVIII).
8 En 1957, Morand est à nouveau touché par la polémique de sa candidature à l’Académie française 10 . Sa collaboration avec le gouvernement de Vichy lui vaudra la désapprobation de Charles de Gaulle, président de la République depuis 1959. Il faudra attendre 1968 pour qu’il soit, enfin, élu à l’Académie. En 1976, il publie sa dernière œuvre L’allure de Chanel, rédigée à partir des conversations qu’il avait maintenues avec Coco Chanel en 1946. Elle vivait alors une sorte d’exil, à Saint-Moritz (Collomb, 1992 : LXIII), Morand meurt en juillet de cette même année. Rappelons que Paul Morand a toujours vécu entouré d’intellectuels, d’écrivains et d’artistes et qu’il fréquentera le tout Paris, en 1916, à partir de sa brève liaison avec Misia Sert qui connaît bien Vuillard, Proust, Bonnard, Toulouse-Lautrec, Renoir et Diaghilev « l’ami le plus charmant » (Morand, 2009 : 120). Cette même Misia « boudeuse, artificieuse, géniale dans la perfidie, raffinée dans la cruauté » (Morand, 2009 : 113) apparaît dans la vie de Chanel qu’elle bouleversera. Leur amitié inclut vite Paul Morand qui est alors un personnage à la mode, et une sorte de symbole de la période d’entre-guerres (1919-1939). D’ailleurs, la lecture de ses œuvres est finalement une lecture du siècle et de ses inquiétudes. Et dans ce sens, il faut souligner la place et la présence des femmes dans sa création, « dans presque tous ses livres […] elles ont une place privilégiée par rapport aux hommes » (Guitard-Auviste, 1988 : 108). C’est bien le cas dès son premier recueil de nouvelles, Tendres Stocks (1921), dont Clarisse, Delphine et Aurore sont les protagonistes, jusqu’à son dernier texte L’allure de Chanel (1976). À travers ses œuvres, il lance donc un regard sur les femmes et créera des protagonistes. Ce ne sera pourtant pas le cas de Coco Chanel qui n’est pas une invention de Paul Morand, mais en partie une fabrication de la protagoniste qui ajoutera de la fiction et des oublis au récit de sa vie que Morand reprend au fil de leur entretien. Notre propos illustrera cette idée de l’omission et de la fiction dans le personnage de Coco Chanel. 10 « Il avait été candidat au fauteuil de Jules Cambon en novembre 1936 mais battu par l’amiral Lacaze » (Collomb, 1992 : 52).
15 Ces années-là la France vit une situation très instable. Le Front populaire 17 accède au pouvoir et les grèves des ouvriers se multiplient. Chanel n’y échappe pas et ses trois cent employées de la maison 31 de la rue Cambon revendiquent des congés payés et des contrats de travail. Chanel en est offensée et les licencie toutes. Or, elle devra les réembaucher pour présenter sa nouvelle collection. La Seconde Guerre mondiale éclate alors : Chanel ferme sa maison de couture, quitte Paris et se réfugie à Corbère (Occitanie), chez les Palasse. Pendant le conflit, comme plusieurs de ses amis, tel Paul Morand, Chanel aurait collaboré avec le gouvernement de Vichy. La libération de son neveu André, prisonnier des Allemands, en est la cause essentielle. Elle essaiera sa vie durant d’éliminer toutes les preuves l’associant à Vichy (Vaughan, 2012 : 277-278). Nous reviendrons sur cet aspect. Après la guerre, elle vit pendant huit ans en Suisse. Mais ce n’est pas un exil « […] mot qu’elle ne prononcera jamais et qui, d’ailleurs, ne serait pas exact puisqu’il n’a jamais été question de véritable exil » (Fiemeyer, 2004 : 131). Le 5 février 1954, Coco Chanel avait soixante et onze ans, et face au succès grandissant de Christian Dior, elle décida de rouvrir sa maison de couture, au 31 de la rue Cambon, et de présenter une nouvelle collection. C’est le retour de la légende Chanel qui s’impose comme la créatrice d’un style basé sur l’élégance et la commodité. Cette collection est un succès et la consécration du tailleur en tweed Chanel. Gabrielle Chanel, seule, a consacré les dernières années de sa vie à travailler à son empire. Elle incarne une légende vivante : son parfum siège au musée d’Art moderne de New York, et Broadway crée Coco (1969) une comédie musicale basée sur sa biographie. Sa vie professionnelle et sa réapparition supposent une victoire de la femme et un succès de la muse que les mots de Stanley Marcus illustrent de la façon suivante (Fiemeyer, 2004 : 141) : À la grande innovatrice qui a libéré la silhouette féminine, qui a créé une mode reflétant la simplicité du XXe siècle, qui a donné une image de respectabilité aux bijoux fantaisie, qui a été la première couturière à lancer un parfum, qui n’a jamais craint d’être 17 « Le Front populaire, en France, la coalition des partis de gauche qui remporta les élections législatives de 1936 et entreprit de grandes réformes sociales ». CNRTL (n. c.) : Front Populaire. Disponible sur : https://www.cnrtl.fr/definition/academie9/populaire.
16 copiée, qui eut le courage, comme un ancien champion, de revenir en 1954… Gabrielle Chanel meurt le 10 janvier 1971 à Paris, à l’hôtel Ritz. 4. Traitement de « Coco Chanel » dans la littérature: le mythe de Chanel à partir de l’écriture par omission de L’allure de Chanel (Morand, 1976) En 1976, quelques mois avant de mourir, Paul Morand publie L’allure de Chanel. Comme il déclare dans la préface, c’est pour satisfaire le désir de Pierre Berès : « je voulus faire partager ma nostalgie à Pierre Berès: il me supplia de les faire dactylographier » (Morand, 2009 : 16). Dans cette préface, il raconte à la première personne le début de son amitié avec Chanel. Il décrit son caractère et explique que, pour lui, Chanel était « le volcan d’Auvergne » (Morand, 2009 : 15). Sa personnalité puisait ses origines dans la solitude de son enfance : « tout en elle remontait du fond de son enfance contrarié » (Morand, 2009 : 13). Enfance marquée par la pauvreté qui réveille en elle, le désir de triomphe et de vengeance « qui n’abandonnera jamais Chanel » (Morand, 2009 : 12). Même si cette biographie est racontée à la première personne, Paul Morand ne prend pas la distance nécessaire pour décrire la vie de Chanel. En raison de la grande amitié existante entre eux, il la protège toujours, et de ce fait il contribue à la création de la légende qu’elle voulait construire elle-même. Leur union constitue la raison essentielle pour laquelle Morand ne révèle pas la véritable histoire de Chanel. Pour la mettre en lumière, L’allure de Chanel (Morand, 1976) sera la base de notre étude. Le caractère mythomane de la couturière y est reflété par le choix de l’auteur de protéger sa légende. En 1976, il existait déjà plusieurs biographies notables de la modiste comme Les années Chanel de Pierre Galante et Philippe Orsini (1972) ou L’irrégulière ou mon itinéraire Chanel d’Edmonde Charles-Roux (1974). D’autres titres suivront (voir Annexe 1). Ces œuvres fournissent des données authentiques sur la vie de l’artiste, comme par exemple l’histoire réelle de son enfance. Cela fait que l’omission dans l’écriture de Morand soit indéniable et qu’elle se base sur sa réaffirmation de la version de sa chère Coco.
17 Aujourd’hui il est su que la biographie de Charles-Roux a été manipulée par Chanel. Vaughan l’affirme : « Charles-Roux a fini par apprendre qu’elle avait été bernée, manipulée par Chanel et son avocat, René de Chambrun » (Vaughan, 2012 : 13). L’écriture par omission de son ami l’écrivain, les manipulations, et l’invention d’histoires de la part de la couturière montrent sa mythomanie et son désir de masquer le vrai et de « vivre cachée » (Charles-Roux, 1974: 313). Pour cerner les ombres et les lumières de la biographie de Chanel, nous partirons du texte de Morand (2009 [1976]) et nous aborderons certaines données biographiques que Chanel ne voulait pas rendre publiques. Nous mettrons en valeur le décalage entre la biographie factuelle et le récit d’une vie fictionnalisée. Dans ce sens, nous comparerons une série de périodes de sa vie (l’enfance, le séjour à Vichy, sa rencontre avec Balsan, les ouvrières licenciées et l’Occupation nazie), entre la biographie de Morand (2009) et celles de notre corpus (Charles-Roux, 1974 et 2007; Fiemeyer, 2004 ; Hal Vaughan, 2012). À la fin de notre analyse, nous pourrons constater que la légende de Chanel repose sur ses créations et sur le mystère qui entoure sa vie auquel elle a collaboré, « […] énigme qu’elle sut être aux yeux de tous ceux qui l’ont approchée c’est l’épuisant labeur auquel elle s’est astreinte pour masquer ses origines » (Charles-Roux, 1974 : 18). Nous commencerons par l’enfance de l’artiste. Pendant cette période elle a traversé des situations qui la bouleverseront pour toujours. À l’âge de six ans, elle connaît une solitude totale qu’elle avouera : « je n’ai jamais trouvé que la solitude » (Morand, 2009 : 17). Dans les premiers chapitres de L’allure de Chanel (2009), Morand rapporte les propos de son amie sur cette enfance du désarroi, en utilisant des événements qui s’écartent de la réalité, relevant souvent de la fiction. C’est le cas de ses premières déclarations sur sa petite enfance (Morand, 2009 : 17) : « À six ans, je suis déjà seule. Ma mère vient de mourir. Mon père me dépose, comme un fardeau, chez mes tantes et repart aussitôt vers une Amérique d’où il ne reviendra jamais ». Pas un seul mot ne s’approche de la réalité de son histoire. D’un autre côté, rappelons que sa mère meurt en 1895, et que son père a abandonné Chanel et ses quatre frères dans un orphelinat. Or, l’histoire qu’elle raconte sur ses tantes et Mont- Dore a été « fabriquée » par son imagination.
18 L’une des figures cruciales dans le tempérament de Chanel est sans doute celle de son père. En ce qui le concerne, elle a toujours modifié son histoire réelle. L’artiste a retracé un départ imaginaire pour l’Amérique (Fieyemer, 2004 : 17). Cette autre invention de Chanel naît des désirs les plus profonds de son cœur. Elle refuse un père colporteur et préfère justifier son abandon à partir du rêve américain et d’un père libre, qui fascinait Chanel. Cette autre version était pour l’artiste moins miséreuse et plus édifiante. Cette même version de son enfance revient dans le recueil de Morand (2009 : 21) lorsque Chanel raconte l’arrivée chez ses tantes, c’est-à-dire le moment de l’abandon du père : Nous voilà arrivés chez mes tantes, mon père et moi, à la tombée de la nuit. Nous sommes en grand deuil. Ma mère vient de mourir. Mes deux sœurs ont été mises au couvent. Moi, la plus raisonnable, je suis confiée à ces tantes à la mode de Bretagne, cousines germaniques de ma mère. Bien que Chanel masque une partie de sa réalité, toutefois, certaines de ses déclarations renvoient directement à l’histoire réelle. C’est ainsi que Morand (2009 : 64) traduit les mots de Chanel : Seulement aujourd’hui je comprends que l’austérité des teintes sombres, le respect des couleurs empruntées à la nature ambiante, la coupe presque monacale de mes vêtements d’été en alpaga. De mes habits d’hiver en cheviot, que tout ce puritanisme dont les élégantes allaient raffoler, venait du Mont-Dore. Dans cet extrait, la couturière réfléchit sur l’influence de Mont-Dore et de ses tantes fictives. Le puritanisme évoqué et la référence à l’ambiance sombre renvoient à sa période chez les sœurs. Précisément, Chanel remplace les sœurs par ses tantes frivoles dans lesquelles elle réfugie cette enfance. Elle ne parlera pas des sept années au couvent. À ce sujet, Vaughan (2012 : 18) est clair : « Aucun de ses biographes ne l’a jamais interrogée pour savoir ce qu’à douze ans la jeune fille pensait de la vie au couvent. Elle n’évoque pas son séjour à l’orphelinat, les longues années de discipline catholique le dur labeur la vie frugale ».
19 L’ironie ne manque pas à Paul Morand lorsqu’il explique le caractère mythomane de Chanel. Ainsi, pour montrer comment la couturière forge sa propre légende, il fait des réflexions sur certains événements de la vie de l’artiste. Notamment, elle raconte son arrivée, accompagnée par son père, chez ses tantes qui lui offrent des œufs. Or, la petite Coco refuse d’en manger, et malgré sa faim, elle ment assurant qu’elle ne les aime pas. Son mensonge durera et « Pendant les dix ans qu’elle va passer à Mont Dore, la petite Coco s’enfoncera dans son premier mensonge, dans son entêtement, jusqu’à ce que se concrétise enfin la légende indiscutée-cette première légende sera suivie de tant d’autres !» (Morand, 2009 : 22). L’affirmation de Morand révèle qu’il connaît bien le caractère affabulateur de Chanel. Un autre épisode remanié par Chanel concerne le récit de son séjour à Vichy qu’elle décrit comme suit : « il arrivait que mes tantes m’envoyassent l’été à Vichy, chez mon grand-père, Vichy c’était une féerie » (Morand, 2009 : 36-37). Or, Chanel réinvente la réalité: pour elle, c’est la meilleure solution pour expliquer la raison de son séjour à Vichy. Elle n’en dit pas davantage de Moulins, où elle habitait avec sa tante Adrienne, ni de ses performances au café La Rotonde. Or, concernant sa tante Adrienne et elle-même, Chanel raconte des épisodes proches de la réalité. Voici comment elle développe l’une de ces scènes dans les mots de Morand (2009 : 33) : Une autre de mes tantes, sœur de mon père beaucoup plus jeune que les autres, venait parfois à la maison ravissante, avec ses cheveux longs. -Nous allons prendre le thé, disais-je. -Le thé ? Où as-tu vu qu’on prend le thé ? (…) -Qu’est-ce que tu appelles les grandes dames? -Ce sont « les milieux aristocratiques » ? -Qui nous y emmènerait? Dans cet extrait, Chanel fait clairement référence à Maud Mazuel chez qui « les thés étaient des goûters » (Charles-Roux, 1974 : 145). Grâce à leur amitié, Chanel et Adrienne entrent dans les cercles aristocratiques de Maud, au retour de Vichy. Pour conclure la période de son enfance, il faut remarquer qu’en 2016 apparaît une nouvelle biographie de l’artiste, L'Enfance de Chanel, Enquête et Découvertes d’Henri Ponchon qui défend la version de Chanel. Il affirme qu’effectivement elle a vécu à Thiers (Auvergne-Rhône-Alpes) avec sa tante jusqu’à
20 l’âge de dix-huit ans. Selon lui, Charles-Roux, sa première biographe, avait inventé les origines de l’artiste pour L’irrégulière où mon itinéraire Chanel (1974) et qui deviendra la biographie de référence (Ponchon, 2016 : 119). Ponchon explique que l’histoire retracée par Charles-Roux est considérée comme la plus réelle malgré les dissymétries en regard de la vie de Chanel. De la même façon qu’elle avait remanié certains éléments biographiques de son enfance et de son séjour à Vichy, Chanel trouve un nouvel artifice pour raconter la première rencontre avec Balsan. En effet, dans L’allure de Chanel (Morand, 2009 : 38), elle utilise des initiales : « dans un thé où je fus emmenée par les miens, je fis connaissance d’un jeune homme, M. B., il possédait une écurie de courses ». Evidemment, pour ne pas contredire ses propres mots, ni éveiller des soupçons, Chanel ne pouvait pas expliquer qu’elle avait connu Balsan et d’autres officiers, dans le café La Rotonde. Dans un autre chapitre, La rue Cambon (Morand, 2009: 55), elle mentionnera de nouveau Balsan (encore avec les initiales) pour exprimer ses sensations comme femme indépendante. Car elle n’était plus une femme entretenue. Charles-Roux (1974 : 153-213) intitule Entreteneurs et entretenues l’un des chapitres de sa biographie qui correspond à la période pendant laquelle Chanel vivait chez Balsan, Un jour, je rencontrai M. B. -Il paraît que tu travailles ? me dit-il ironiquement. Capel ne peut donc pas t’entretenir ? Pouvoir répondre à ces jeunes oisifs, à ces éleveurs de cocottes 18 : « je ne dois rien à personne », quelle joie ! J’étais mon maître, je ne dépendais que de mois. De la même manière, Chanel décrit à Morand ses premiers moments à Paris et les débuts de sa liaison avec Boy. Pour raconter cet épisode, elle ne ment pas, mais elle ne raconte pas toute la vérité puisque comme Charles-Roux signale, « tout pour elle était plus important que la vérité » (Charles-Roux, 1974 : 40). Elle décrit simplement comment elle emménage chez lui. Elle ne cite pas Balsan qui à cette époque lui laisse « son rez-de-chaussée du 160, boulevard Malesherbes […]» (Charles-Roux, 1974 : 189). Or, son aide, dès ses débuts à Vichy, puis à Royallieu, et plus tard, à Paris, sera 18 « Femme de mœurs légères richement entretenue ». CNRTL (n. c.) : Cocotte. Disponible sur: https://www.cnrtl.fr/definition/cocotte.
21 essentiel pour universaliser le talent caché de Coco Chanel et qu’elle se fasse accepter par les élites du temps. Dans ce sens, Morand est formel sur la peur du rejet que l’artiste ressentait : « Chanel a une peur infantile d’abandonner le monde de ses rêves et d’être confrontée aux réalités de l’existence » (Vaughan, 2012 : 278). Ceci l’avait toujours poussé à se battre pour triompher, pour ne pas tomber dans l’oubli et dans la médiocrité. Cependant, même si sa carrière professionnelle avait atteint la gloire, elle avait eu des difficultés pour entrer dans le grand monde : « Chanel n’est pas encore acceptée par l’élite de la société française» (Vaughan, 2012 : 55). Même à la fin de sa carrière, elle avait du mal à profiter de la reconnaissance qu’elle méritait. Certes « En Amérique, Coco Chanel est déjà un mythe de son vivant, mais c’est de la France qu’elle continue, inlassablement, depuis l’enfance et l’abandon par son père à attendre une reconnaissance » (Fiemeyer, 2004 : 142). Tout au long des chapitres suivants, Misia (Morand, 2009: 93-103), Diaghilev (Morand, 2009: 119-127), Madame de Chevigné (Morand, 2009: 128-135), Picasso (Morand, 2009: 136-140), Forain (Morand, 2009 : 141-145), Stravinsky (Morand, 2009: 179-185), Chanel fait des réflexions, propose des descriptions de ces amitiés. Or, dans ces pages, Chanel ne parle pas clairement de sa liaison avec Dimitri Pavlovitch, un personnage qui a marqué sa vie et ses créations. Elle affirme simplement que « les princes du sang m’ont toujours fait immensément pitié […] tout occidental doit avoir succombé au « charme slave » (Morand, 2009 : 116). L’artiste déclare son goût pour les slaves, pourtant Pavlovitch qu’elle a connu en 1920 n’est pas cité. Parmi les dissymétries entre la réalité et les fictions de Coco Chanel, il faut citer l’épisode de 1936 des licenciements de ses employées en grève. Voici ce qu’elle explique à Morand (2009 : 177): -Quelles sont vos revendications ? Êtes-vous mal payées ? -Non. -Que demandez-vous ? -Nous ne voyons pas assez Mademoiselle. Il n’y a que les mannequins qui la voient. C’était la grève de l’amour, la grève de la faim du cœur.
22 -Je veux faire quelque chose pour vous, dis-je alors au personnel. Je vous donne ma maison. Pour sa part, Charles-Roux (1974 : 525) offre une autre description de cet épisode : Elle commença par opposer une fin de non-recevoir aux exigences les plus modestes : salaire hebdomadaire, congés payés, horaires contrôlés, contrats de travail. À cela Gabrielle répondit par le licenciement de trois cent ouvrières…qui ne bougèrent point. Comme ces citations le montrent, l’artiste avait ses propres versions pour tous les épisodes de sa vie. Dans ce cas particulier, nous pouvons remarquer aussi le caractère égocentrique de la couturière qui déclare même que la participation aux grèves de ses employées se devait à leur volonté de connaître Mademoiselle Chanel et de partager plus de temps avec elle (Morand, 2009 : 177). Toutefois, Charles-Roux (1974 : 525) défend une autre version: l’artiste considérait cette situation intolérable. Au début de la Seconde Guerre mondiale, Chanel se venge : elle licencie toutes ses salariées (Vaughan, 2012 : 143) et ferme sa maison de couture. L’autre épisode incontournable qui offre des versions et des visions différentes entre le réel et le récit qu’en fait Chanel concerne son rôle pendant l’Occupation nazie au début de la Seconde Guerre mondiale. Ses commentaires sont rares, dans la vie et dans les textes et c’est le silence qui enveloppe cette période de collaboration. Pourtant, des documents existent et montrent que « Dès 1941, l’Abwehr 19 inscrit Gabrielle Chanel dans ses registres berlinois sous le nom d’Agent F-7124 » (Vaughan, 2012 : 192). Charles-Roux cache l’identité de Dincklage sous les initiales « Von D. » (Charles-Roux, 1974 : 548) et utilise son surnom « Spatz » (Charles-Roux, 1974 : 543). Cependant, d’autres biographies racontent ouvertement la relation de Chanel avec l’Allemagne nazie : c’est le cas de Vaughan, Dans le lit de l’ennemi, Coco Chanel sous l’Occupation (2012). Mais les faits racontés en 1946 par Chanel sont aussi repris par Morand (2009 : 15) qui se souvient avoir entendu « des condamnations sans appel, […] des soirées entières, dans cet hôtel de Saint Moritz où je la retrouvais, pendant l’hiver 19 Abwehr (1920-1945) : «Directement subordonnée à l'instance militaire suprême du IIIe Reich, disposant d'agents dans le monde entier et possédant ses propres unités spéciales l'Abwehr prit une part capitale à la préparation politico-stratégique des campagnes de la Wehrmacht. L’Abwehr recherchait aussi le renseignement politique et militaire à l'étranger au profit du commandement ». LAROUSSE (n. c.) : Abwehr. Disponible sur : https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Abwehr/103876.
23 1946, chômeuse, désœuvrée, pour la première fois, rongeant son mors ». À la fin de la guerre, l’artiste sera poursuivie : « En 1946, Serre souhaite interroger Chanel, démarche dont il reste une trace, celle de l’ordonnance du juge d’instruction qui enquêtait sur son ami, le mystérieux Louis de Vaufreland » (Vaughan, 2012 : 260). Cette situation était parfaitement connue de Morand. À partir de la biographie de Vaughan (2012), la réalité de Chanel pendant la Seconde Guerre mondiale sera révélée. Mais pour comprendre son rôle, il faut introduire deux éléments nouveaux : les influences antisémites vécues depuis son enfance et son attachement à son neveu André Palasse. Gabrielle Chanel est influencée depuis son enfance par des idées antisémites présentes dans l’orphelinat qu’elle fréquentait. En effet « à la fin du dix-neuvième siècle les institutions catholiques, telle Aubazine, endoctrinent les jeunes catholiques dans la haine du juif » (Vaughan, 2012 : 18). Plus tard, ses liaisons amoureuses provoquent la consolidation de ces idées. C’est le cas du duc de Westminster qui « […] renforce son antipathie pour les juifs » (Vaughan, 2012 : 64) et l’enveloppe de « ses célèbres diatribes antisémites » (Vaughan, 2012 : 144). Mais c’est aussi celui de Paul Iribe qui fait que l’artiste s’intéresse à la politique : « Avant lui, aucun homme n’avait réussi à éveiller la conscience politique de Chanel » (Vaughan, 2012 : 116). Vaughan (2012 : 115) décrit un épisode de sa relation avec Iribe lorsqu’il représente Chanel dans l’hebdomadaire ultranationaliste Le Témoin, sous les traits de la Marianne, c’est-à-dire, la France, et Hitler soulevant son corps et la protégeant des juifs. Cette influence antisémite se complète par la volonté de libérer son neveu des nazis. Quand Julia Berthe, la sœur aînée de Chanel, se suicide en 1910, son fils André a six ans. Chanel et Boy Capel décident alors de s’occuper désormais de lui. Fiemeyer (2004 : 53) est formelle : Un enfant va naître à Moulins, le 29 novembre, un garçon auquel on donne pour prénoms André et Marcel, et qu’un homme reconnaît, sans être assurément le père, un certain Antoine Palasse […] André Palasse, que Coco élèvera à la mort de sa sœur et pour lequel elle tentera l’impossible pendant la Seconde Guerre mondiale, pourrait bien être son fils naturel.
24 Cette citation révèle une nouvelle énigme toujours irrésolue. Selon certains biographes comme Fiemeyer (2004), Coco Chanel pourrait être la mère de cet enfant qu’elle adorait. Sa vie durant elle s’occupe de lui et de ses enfants. À sa mort, on trouva dans son sac leurs photos « […] l’une d’André Palasse, l’autre des deux fils de Gabrielle Labrunie, les petits-fils d’André» (Fiemeyer, 2004 : 66). Néanmoins, aucune preuve n’existe pour démontrer que Palasse était son fils naturel. Cela contribue au mystère de Coco Chanel que les biographies et les recherches existantes n’ont pas réussi à éclairer dans sa totalité. Quoiqu’il en soit, des faits avérés permettent de mieux comprendre les motifs qui ont provoqué que Chanel aide les nazis. Le 11 juin 1940 Chanel quitte Paris et se réfugie à Corbère (près des Pyrénées) chez les Palasse. Son neveu André, mobilisé au début du conflit, faisait partie des millions de soldats prisonniers des Allemands. Cela brisa le cœur de Chanel, et elle décida d’aller à Vichy « le siège du pouvoir dans la zone non occupée » (Vaughan, 2012 : 169) à la recherche d’aide. Son avocat, René de Chambrun, occupait un rôle de premier ordre dans les aventures de Chanel pendant l’Occupation. Grâce à lui, Chanel rencontre Pierre Laval et sa fille Josée, épouse de Chambrun. Plus tard, Chanel arrive à Paris, où selon ses déclarations, elle rencontre Dincklage, connu comme Splatz. Il n’était pas un simple militaire : après sa participation dans la Grande Guerre, il est recruté pour le compte de la république de Weimar. Il deviendra diplomate, chargé de créer un réseau d’espionnage en France pour les Allemands. En 1941 « il est reçu par Hitler […] il devient un personnage important et influent au sein du renseignement militaire allemand » (Vaughan, 2012 : 189). Cet homme sera sa dernière histoire d’amour, et le jalon qui favorise les rapports entre Chanel et les chefs nazis de Paris et Berlin. Ce lien réel contredit le récit qu’établit sa protagoniste selon laquelle: « la curieuse histoire mettant en scène un général militaire qui aurait reconnu une Chanel désespérée dans le hall du Ritz et lui aurait offert spontanément d’y loger semblerait n’être qu’une nouvelle affabulation de la créatrice » (Vaughan, 2012 : 177). La première rencontre entre Chanel et Dicklange reste inconnue. Or, selon Chanel, elle l’aurait rencontré au Ritz à son arrivée à Paris. À cette époque, la liste des civiles autorisés à rester au Ritz était limitée et Chanel y figurait. Alors que « les parisiens affamés cherchent de la nourriture et des rebuts dans les ordures, septembre 1942 » (Vaughan, 2012 : 180), Chanel jouissait des privilèges nazis, entre
31 7. Annexe 1: principales biographies de Coco Chanel 21 : OUVRAGES : CASSATI, Sandro (2009) : Coco Chanel : pour l’amour des femmes. Saint-Victor-d'Épine, City éditions. CHARLES-ROUX, Edmonde (1979) : Le temps Chanel. Paris, Chêne-Grasset. DEBORDES, Jaqueline (2004) : Coco Chanel: la grande mademoiselle : en Auvergne et en Bourbonnais. Olliergues, Éditions de la Montmarie. DELAY, Claude (1983) : Chanel solitaire. Paris, Gallimard. FIEMEYER, Isabelle (2011): Chanel intime. Paris, Flammarion. GALANTE, Pierre et ORSINI, Philippe (1972) : Les années Chanel. Mercure de France : Paris- Match. GIDEL, Henry (1999) : Coco Chanel. Paris, Flammarion. HAEDRICH, Marcel (1971) : Coco Chanel secrète. Paris, R. Laffont. HAEDRICH, Marcel (1987) : Coco Chanel. Paris, P. Belfond. LEBRUN, Jean (2016) : Notre Chanel. Paris, Pluriel. LELIEVRE, Marie-Dominique (2013) : Chanel et Co : les amis de Coco. Paris, Denoël. LEMAYRE, Jean (1987) : Chanel. Paris, Flammarion. MONTALEMBERT, Catherine de (2009) : Coco Chanel, une icône. Paris, Aubanel. PICARDIE, Justine (2010) : Chanel : sa vie. Paris, Steidl. PONCHON, Henri (2016) : L'enfance de Chanel: enquête et découvertes. Saint-Pourçain-sur- Sioule, Bleu autour. VILMORIN, Louise de (1999) : Mémoires de Coco. Paris, Le promeneur. WEISSMAN, Elisabeth (2007) : Coco Chanel. Paris, Éditions En gros caractères. CINEMA : DUGUAY, Christian (2008): Coco Chanel. Royaume-Uni. 21 Les biographies étudiées dans notre corpus sont reprises dans les « Références bibliographiques ».
32 FONTAINE, Anne (2009): Coco avant Chanel. France. KAKZENDER, Georges (1981) : Chanel solitaire. Royaume-Uni. KOUNEN, Jan (2009): Coco Chanel et Igor Stravinsky. France. PRIGENT, Loïc (2005) : Signé Chanel. France. 8. Annexe 2 : Index nominum des principaux personnages BALSAN, Etienne (1878-1953): « […] héritier d’une riche famille d’industriels du textile qui fournissait les uniformes de l’armée française » (Vaughan, 2012 : 21) et première liaison amoureuse de Chanel. BATE, Vera (1883-1948) : « […] ex-madame Lombardi, et proche de la famille royale britannique et de Churchill » (Fiemeyer, 2004 : 125). BEAUX, Ernest (1881-1961) : « […] russe exilé qui fournissait la cour de Russie » (Vaughan, 2012 : 47). Il est le créateur du parfum Nº5. Il rencontre Coco Chanel par le biais de Dimitri Pavlovitch (Vaughan, 2012 : 47). BERES, Pierre (1913-2008) : « Expert d'art, libraire, éditeur, collectionneur et mécène » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Pierre Berès. Disponible sur : https://data.bnf.fr/fr/13578961/pierre_beres/. BERNHARDT, Sarah (1844-1923) : « Actrice, directrice de théâtre et auteur dramatique » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Sara Bernhardt. Disponible sur : https://data.bnf.fr/fr/11891564/sarah_bernhardt/. BERTHELOT, Philippe (1866-1934) : « Diplomate, directeur des affaires politiques au ministère des Affaires étrangères (1914), puis ambassadeur de France à Washington, D. C. Philippe Berthelot » (notice de personne, BNF). Rajoutons que le Quai d’Orsay réunit « […] à la troisième République, […] un ensemble unique de poètes, de dramaturges ou de romanciers [...]. Dominés par la haute figure de Paul Claudel, ils comptent au premier rang Alexis Léger, Jean Giraudoux et Paul Morand » (Dollot, 1957 : 6). BONNARD, Pierre (1867-1947) : « Peintre membre du groupe des Nabis. Misia devient son amie et sa muse, (notice de personne, Musée d’Orsay). MUSÉE D’ORSAY (n. c.) :
33 Pierre Bonnard. Disponible sur : https://www.museeorsay.fr/fr/evenements/expositions/hors-les-murs/presentation-detaillee/article/edouardvuillard-1868-1940-4205.html?print=1&. CAPA, Robert (1913-1954) : « Photographe de guerre, fondateur de l'agence Magnum avec Henri Cartier Bresson » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Robert Capa. Disponible sur : https://data.bnf.fr/fr/11895059/robert_capa/. CAPEL, Arthur (1881-1919) : Joueur anglais de polo, la première grande histoire d’amour de Coco Chanel. Leur liaison dura neuf ans, et ce malgré son mariage avec Diana Lister (Fiemeyer, 2004 : 59). CARTIER BRESSON, Henri (1908-2004) : Photographe (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Henri Cartier Bresson. Disponible sur : http://editions.bnf.fr/de-qui-sagit-il- henri-cartier-bresson. CHAMBRUN, René de (1906-2002): « Docteur en droit et en lettres, diplômé de l'Institut d'études politiques. Avocat spécialisé en droit international et président de la Compagnie des Cristalleries de Baccarat (1960-1992) (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : René de Chambrun. Disponible sur : https://data.bnf.fr/fr/11895960/rene_de_chambrun/. CHARLES-ROUX, Edmonde : (1920-2019) : « Écrivain et journaliste. Membre de l'académie Goncourt (depuis 1983). Épouse de Gaston Defferre (1910-1986) » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Edmonde Charles-Roux. Disponible sur : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb11896165v. CHASNEL, Antoinette (1887-1919): Sœur cadette de Coco Chanel. Elle aide Chanel à lancer ses premières boutiques. Elle meurt de la grippe espagnole (Vaughan, 2012 : 37). CHASNEL, Julia-Berthe (1882-1910): Sœur aînée de Coco Chanel (Charles-Roux, 1974: 60). CHURCHILL, Winston (1874-1965) : Homme d'État britannique et écrivain, ami de Westminter et « un ami fidèle de la modiste » (Vaughan, 2012 : 67).
34 CLAUDEL, Paul (1868-1955) : « Poète, dramaturge, ambassadeur de France au Japon (1921-1927) et membre de l’Académie française » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Paul Claudel. Disponible sur : https://data.bnf.fr/fr/11896956/paul_claudel/. COCTEAU, Jean (1889-1963) : « Il devient un personnage à la mode du Tout-Paris et des salons fréquentés par Marcel Proust ou par la comtesse de Noailles. Son œuvre est très influencée par Le Sacre du printemps de Stravinski. Placé sous le signe de l’Avantgarde, ce créateur infatigable et iconoclaste, collabora avec les grands créateurs de son temps » (notice de personne, Académie Française). ACADEMIE FRANÇAISE (n. c.) : Jean Cocteau. Disponible sur : http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/jeancocteau. COLETTE, Sidonie-Gabrielle (1873-1954) : « Épouse d'Henry Gauthier-Villars, dit Willy, puis d'Henri de Jouvenel, enfin de Maurice Goudeket. Signe Colette Willy jusqu'en 1923, puis Colette à partir de cette date » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Sidonie-Gabrielle Colette Disponible sur : https://data.bnf.fr/en/atelier/11929807/colette/. DALI, Salvador (1904-1989) : « Peintre et sculpteur catalan. Il marqua de sa personnalité le surréalisme en peinture comme au cinéma » (notice de personne, Larousse). LAROUSSE (n. c.): Salvador Dalí. Disponible sur: https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Salvador_Dal%C3%AD/115489. Il participe aussi au monde de la mode et collabore avec Coco Chanel et Elsa Schiaparelli (Vaughan, 2012 : 135). DEUVILLE, Adrienne (1882- 1956): Née à Saintes, sœur d’Albert Chanel, du même âge de Coco Chanel (Charles-Roux, 1974 : 66). DIAGHILEV, Serge (1872-1929 : Artiste « […] devenu un véritable entrepreneur d'art, montant chaque année, de 1909 à 1929, à Paris puis à Londres, New York ou Monte- Carlo, de somptueux spectacles chorégraphiques, musicaux et picturaux bientôt connus sous le nom de Ballets russes de Diaghilev, représentations qui regroupent les meilleurs chorégraphes, un compositeurs (Stravinski, Satie, Milhaud), écrivains (Cocteau), peintres (Picasso) et couturières (Gabrielle Chanel) de l’époque. Ils se sont dissous après la mort de Diaghilev en 1929 » (notice de personne, Universalis).
35 ENCYCLOPEDIE UNIVERSALIS (n. c.) : Serge de Diaghilev. Disponible sur : https://www.universalis.fr/encyclopedie/serge-de-diaghilev/. DIOR, Christian (1905-1957) : « Couturier, créateur de costumes de scène. Fondateur de la firme Christian Dior » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Christian Dior. Disponible sur : https://data.bnf.fr/fr/11964181/christian_dior/. DORZIART, Gabrielle (1881-1979) : Pseudonyme de Gabrielle Sigrist-Moppert, actrice de théâtre et de cinéma « parue au théâtre de Sarah Bernhardt, aussi de Jean Cocteau sous la direction de l’auteur. Entre 1922 et 1962, Dorziart a interprété une soixantaine de films » (Charles-Roux, 1974 : 208). DOUCET, Jacques (1853-1929) : « Couturier français, collectionneur d'art, bibliophile, mécène. Sa bibliothèque, d'art et de littérature, donnée à l'Université de Paris, a été répartie entre l'Institut d'art et d'archéologie (Bibliothèque d'art et d'archéologie) et la Bibliothèque Sainte-Geneviève » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Jacques Doucet. Disponible sur : https://data.bnf.fr/fr/12395393/jacques_doucet/. GIDE, Paul Guillaume André (1869-1951) : « L’un des grands écrivains français du XXe siècle. Nobélisé, il marqua les esprits par son refus d’entrer à l’Académie Française. Créateur de La Nouvelle Revue Française » (Rakotoarison, 2013 : [s. p.]). GIRAUDOUX, Jean (1882-1944) : « Écrivain diplomate, chef des services de presse du Quai d’Orsay, grand dramaturge français qui est «devenu un familier des Morand après avoir été le répétiteur occasionnel du jeune Paul, l’introduit avant 1914, dans le milieu des écrivains et des journalistes qu’il fréquentait » (Collomb, 1992 : XII). GREIG, Robert (1879-1958) : Acteur (notice de personne, BNF). BNF (n. c.): Cinecomoedia. Disponible sur: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k76512430/f6.item.r=%22Robert%20Greig%22 GROSVENOR, Hugh (1879-1953): Duc de Westminster. « Grâce aux voyages que Chanel fait avec Westminster en Ecosse, elle découvre le tweet qu’elle utilisera pour ses tailleurs » (notice de personne, Inside Chanel). INSIDE CHANEL (n. c.) : Gabrielle Chanel. Disponible sur : http://inside.chanel.com/es/chanel-goes-west.
36 GROUPE DES SIX (1916 et 1923) : « Le critique littéraire, Henri Collet définit dans Comœdia (16 et 23 janvier 1920), par analogie avec les Cinq russes, les Six français, le groupe de jeunes amis compositeurs formé par G. Auric, L. Durey, A. Honegger, D. Milhaud, F. Poulenc et G. Tailleferre » (notice de personne, Larousse). LAROUSSE (n. c.) : Groupe des Six. Disponible sur : https://www.larousse.fr/encyclopedie/musdico/Groupe_des_six/168002. IRIBE, Paul (1883-1935) : « dessinateur célèbre qui collabora avant la Première Guerre mondiale à de nombreux journaux humoristiques ; collaborateur, en Amérique, du metteur en scène Cecil B. de Mille ; créateur de modèles pour la haute couture fondateur et directeur du journal satirique Le Témoin » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Paul Iribe. Disponible sur: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5742198g/f13.image. LAGERFELD, Karl (1933-2019) : « Couturier, photographe et décorateur » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Karl Lagerfeld. Disponible sur: https://data.bnf.fr/fr/12056634/karl_lagerfeld/. LARBAUD, Valéry (1881-1957): Écrivain français aux œuvres caractérisées par son goût pour les femmes et les voyages, « entre ses œuvres les plus connues nous trouvons Fermina Marquez ou A. O. Barnabooth » (notice de personne, LAROUSSE). LAROUSSE (n. c.) : Valéry Larbaud. Disponible sur : https://www.larousse.fr/encyclopedie/litterature/Larbaud/174727. LAURENCIN, Marie (1883-1956) : « Peintre française. Elle s’impose dans les milieux artistiques d’Apollinaire avec qui elle entretient une liaison amoureuse » (notice de personne, Larousse). LAROUSSE (n. c.) : Marie Laurencin. Disponible sur : https://www.larousse.fr/encyclopedie/peinture/Laurencin/152913. LAVAL, Pierre (1883-1945) : « Homme politique français, avocat, spécialisé dans la défense des organisations syndicales, et violent anticommuniste » (notice de personne, Larousse). LAROUSSE (n. c.) : Pierre Laval. Disponible sur : https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Pierre_Laval/129053. LAVIN, Jeanne (1864- 1946) : « Couturière française. Elle créa un style particulier, fait de goût et de mesure. La maison Jeanne Lanvin, fondée en 1889, a pris Lanvin pour
37 raison sociale en 1959 » (notice de personne, Larousse). LAROUSSE (n. c.) : Jeanne Lavin. Disponible sur https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Lanvin/128767. LEGER, Alexis (1887-1975) : « Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères entre 1933 et 1940 après Philippe Berthelot » (notice de personne, Larousse). LAROUSSE (n. c.) : Alexis Léger. Disponible sur : https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Saint-John_Perse/142437. LELONG, Lucien (1889-1958) : « Couturier » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Lucien Lelong. Disponible sur : https://data.bnf.fr/fr/14808094/lucien_lelong/. LIFAR, Serge (1905-1986) : « Danseur et chorégraphe » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Serge Lifar. Disponible sur : https://data.bnf.fr/fr/11913014/serge_lifar/. MARAIS, Jean (1913-1998) : « Acteur de théâtre et de cinéma, chanteur et sculpteur. Pseudonyme de Jean Alfred Villain-Marais » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Jean Marais. Disponible sur : https://data.bnf.fr/fr/11914354/jean_marais/. MOLYNEUX, Edward (1891-1974) : « Couturier, costumier, parfumeur » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Edward Molyneux. Disponible sur : https://data.bnf.fr/fr/15036840/edward_molyneux/. PALASSE, André (1904-1981) : Fils de Julia Berthe, sœur de Coco Chanel (Fiemeyer, 2004 : 53). PAVLOVITCH, Dimitri (1891-1942) : « Fils du grand-duc Paul de Russie, membre de la famille Romanov » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Dimitri Pavlovitch, Dimitri. Disponible sur : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb14978303h. PICASSO, Pablo (1881-1973) : « Peintre, sculpteur, graveur et céramiste » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Pablo Picasso. Disponible sur: https://data.bnf.fr/fr/11919660/pablo_picasso/. Il a passé la plupart de sa vie en France. Il fut un grand ami de Chanel qui lui dédie ces mots : « J’ignore si c’est un génie ; il est difficile de dire que quelqu’un qu’on fréquente est un génie ; mais je suis certaine qu’il se situe quelque part sur cette chaîne invisible qui lie, à travers les siècles, les génies les uns aux autres » (Morand, 2009 : 136).
38 POIRET, Paul (1879-1944) : « Couturier français. Dès l'ouverture de sa propre maison, en 1906, il libère la silhouette féminine de l'étranglement du corset » (notice de personne, Larousse). LAROUSSE (n. c.) : Paul Poiret. Disponible sur : https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Poiret/138558. PROUST, Marcel (1871-1922) : « Considéré par l’Académie française, le génie littéraire du XXe siècle. Il deviendra un ami proche de Paul Morand, d’ailleurs Proust éprouva dès leur première rencontre, en 1915, une immédiate sympathie pour son jeune admirateur, diplomate plein d’avenir, dont la vie brillante et les succès mondains étaient ceux-là même auxquels il avait personnellement renoncé pour écrire son œuvre. Proust encouragera le jeune écrivain à publier et lui fit l’insigne faveur d’une préface pour son premier recueil, Tendres Stocks » (Collomb, 1992 : XII). RABATE, Lucienne (1885-1960): « Créatrice de mode. Elle devient amie de grands personnages de l’époque comme Jean Cocteau, Philippe Berthelot ou Léon Blum » (Charles-Roux, 1974 : 190). RADIGUET, Raymond (1902-1923) : « Écrivain. Il tenta de retrouver la rigueur classique dans ses romans psychologiques, le Diable au corps et le Bal du comte d'Orgel » (notice de personne, Larousse). LAROUSSE (n. c.) : Raymond Radiguet. Disponible sur: https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Radiguet/140159. REVERDY, Pierre (1889-1960) : « Poète et écrivain. Fondateur et directeur du mensuel Nord-Sud » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Pierre Reverdy. Disponible sur : https://data.bnf.fr/fr/11921653/pierre_reverdy/. ROCHAS, Marcel (1905-1955) : « Couturier et parfumeur » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Marcel Rochas. Disponible sur : https://data.bnf.fr/fr/14928021/marcel_rochas/. SATIE, Erik (1866-1925) : « Compositeur et pianiste, créateur du Groupe des Six, il travaille avec Cocteau à la composition du ballet Parade (1917), créé au théâtre du Châtelet sur un argument de Cocteau, et des décors et costumes de Picasso » (notice de personne, Larousse). LAROUSSE (n. c.) : Erik Satie. Disponible sur : https://www.larousse.fr/encyclopedie/musdico/Satie/170015.
39 SCHIAPARELLI, Elsa (1890-1973) : « Couturière, créatrice de la maison de couture éponyme (1927-1954) ». Il existera une forte concurrence entre Chanel et Schiaparelli dans les années 1930 -1950 (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Elsa Schiaparelli. Disponible sur : https://data.bnf.fr/fr/11968443/elsa_schiaparelli/. SERRE, Roger (19 ??): Juge d’instruction chargé d’interroger Chanel deux ans après la Libération. (Vaughan, 2012 : 260). SERT, José María (1874-1945) : « Peintre muraliste et lithographe. Fut aussi décorateur pour les Ballets russes et pour divers théâtres parisiens » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Jose Maria Sert. Disponible sur : https://data.bnf.fr/fr/13322046/jose_maria_sert/. SERT, Misia [Marie Sophie Olga Zenaïde Godebska] (1872-1950) : « pianiste, installée en France (à partir de 1880). Fille de Cyprien Godebski (sculpteur). Elle épouse successivement de 1893 à 1904, Thaddée Natanson (1868-1951) co-fondateur de La Revue blanche de 1905 à 1909 ; l'homme d'affaires Alfred Edwards (1856-1914) ; puis de 1920 à 1927 le peintre José María Sert, (1874-1945) » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.): Misia Sert. Disponible sur: https://data.bnf.fr/fr/11943853/misia_sert/. SOREL, Cécile (1873 -1966) : « Actrice de théâtre, sociétaire de la Comédie française (1903-1933). Épouse du comte Guillaume de Ségur-Lamoigno » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Cécile Sorel. Disponible sur : https://data.bnf.fr/fr/13008216/cecile_sorel/. SOUTZO, Hélène (1879-1975) : « Épouse de Paul Morand (mariée en 1927, elle acquiert ainsi la nationalité française). D'origine roumaine, née Hélène Chrisoveloni, elle avait épousé en premières noces le prince Dimitri Soutzo » (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Hélène Morand. Disponible sur : https://data.bnf.fr/fr/14808622/helene_morand/. STRAVINSKY, Igor (1882-1971) : « Compositeur russe, naturalisé français, puis américain. Par sa présence sur deux continents, il fut pendant toute la première moitié du XXe siècle, l'un des protagonistes de la modernité en musique » (notice de personne, Larousse). LAROUSSE (n. c.) : Igor Stravinsky. Disponible sur : https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Igor_Fedorovitch_Stravinski/145324.
40 SWANSON, Gloria (1897-1983): Actrice (notice de personne, BNF). BNF (n. c.) : Gloria Swanson. Disponible sur : https://data.bnf.fr/fr/11925813/gloria_swanson/. VAUFRELAND, Louis de (n. c.) : « Personnalité sulfureuse de Paris. C’est cet homme, qui se dit baron, qui va présenter à Chanel un officier allemand du haut rang, le colonel Neubauer » (Vaughan, 2012 : 188). VIONNET, Madeleine (1876-1975) : « Couturière. Sa maison de couture a été en activité entre 1912 et 1940, mais ses idées (coupe en biais appliquée à tout le vêtement, savantes combinaisons de drapés et de panneaux libres) se sont perpétuées » (notice de personne, Larousse). LAROUSSE (n. c.) : Madelaine Vionnet. Disponible sur : https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Vionnet/149095. VUILLARD, Édouard (1868-1940) : « Fondateur du mouvement Nabi, il devient portraitiste de Misia Sert » (notice de personne, Musée d’Orsay). MUSÉE D’ORSAY (n. c.) : Édouard Vuillard. Disponible sur : https://www.museeorsay.fr/fr/evenements/expositions/hors-les-murs/presentation-detaillee/article/edouardvuillard-1868-1940-4205.html?print=1&. WERTHEIMER, Pierre (1888-1965) : Membre des Wertheimer, famille juive qui avait laissé après la Grande Guerre le contrôle de la Société de Parfums Chanel aux mains de Félix Amiot qui « la détiendra en fiducie pour le compte des Wertheimer » (Vaughan, 2012 : 205) jusqu’après la Seconde Guerre mondiale. WORTH, Charles Frederick (1825-1895) : « Qualifié de père de la haute couture, il crée en effet, en 1868, la première Chambre syndicale de la confection et de la couture » (Billaut, 2017 [s. p.]).