scieee AI-readable full text Open interactive document viewer

Oeuvres complètes

Horacio Flaco, Quinto, 0065-0008 a.J.C.; Juvenal, Decio Junio; Persio Flaco, Aulo, 0034-0062; Sulpicia; Galo, Gayo Cornelio; Catulo, Cayo Valerio; Propercio, Sexto Aurelio; Tibulo, Albio; Fedro

Full text

PHARES ae ee HR He ARE 2e ETES Re nt D je AE erese rs 5 Free A SE < É TS Shen HR Rs a en 7 Le ER SE de à ES ar LR: PA HORACE, JUVENAL, PERSE, SULPICIA, TURNUS, CATULLE, PROPERCE, GALLUS ET MAXIMIEN, TIBULLE, PHÈDRE, SYRUS. ŒUVRES COMPLÈTES. = ds è nou st OEUVRES COMPLÈTES D'OR DE JUVÉNAL. DE PERSE, DE SULPICIA, DE TURNUS, DE GATULEE, DE PROPERCE, DE GALLUS ET MAXIMIEN, DE TIBUI LE, DE PHÈDRE ET DE SYRUS AVEC LA TRADUCTION EN FRANÇAIS PURLIÉES _ D NISARD. Sous | DIRECTION DE M. PROFESSEUR D'ÉLOQUENCE LATINE AU COLLÉGE DE FRANCE D) Dati dis ce d RER Le UT OT ABS AE PS S 165 vs TEA Cp A AS 7: A 4 à f ” 7 ‘én re + 37 \? dl LEE Serre Ca L TE rresS ARE + CARE ES at É RÉ PRET À > £, LT Cu ER PARIS, J. J. DUBOCHET, LE CHEVALIER ET COMP., ÉDITEURS RUE RICHELIEU, N° 60. GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, PALAIS-NATIONAL, 215, ET RUE RICHELIEU, 10 re 18 50. 2e, PS “ ep Sr RIRES te SOSCOSCOSCSCDCDcocoscocococcscsccssecesscssscece D'HORACE ET DE VIRGILE. Au déclin de la, république, presque au: débat des guerres civiles d'où sortit l'empire, naissaient ensemble ; ou peus’en faut, dans une égale obseu- rité, deux enfants appelés à être un jour, par leur génie, la principale décoration du gouvernement impérial; deux poëtes dont les vers impérissables devaient survivre bien des siècles à la Rome de marbre qu'Auguste se vanta de laisser après lui; dont la gloire, croissant d'âge en âge, devait effacer, dans la po-térité, les grandeurs qu'ils avaient chan- tées et parmi lesquelles l'histoire négligea longtemps de les compter ; ces héritiers detoutesles grâces an- . tiques , qui ont tant ajouté à l'héritage , et auxquels il a été doñné de servir de précurseurs, de précep- teurs à l'imagination moderne. Des circonstances toutes pareilles, qu'on croirait disposées par quel- que providence poétique, les préparèrent de loin à ce grand rôle, et, quand il en fut temps, les ame- nèrent sur l'éclatant théâtre où ils ne se doutaient guère, où nul n'eût pu penser qu’ils allaient le com- mencer ensemble. Les fables de la mythologie, aux- quelles eux-mêmes quelquefois, avant leurs ingé- nieux et élégants panégyristes, les Politien et les Pontanus !, ont emprunté l'expression allégorique de cette haute fortune littéraire, n’ont rien, dans leur merveilleux consacré , qui nésoit plus ordinaire que le simple récit de ces circonstances Virgile et Horace ne devaient lejour , le premier, qu'à un très-petit propriétaire des environs de Man- toue; le second, encore moins favorisé du sort, qu'à un affranchi de Vénuse, en Appulie, vivant d'un bien et d’un emploi également médiocres. Mais , nous le savons du père d'Horace et nous pou- vons l'affirmer de celui de Virgile, jamais pères ne ‘Hor., Od., I, vu, 153 LL, 1v, 9 sqq. — Ponfan., Uran. H; Politian., Mant., etc, se montrèrent plus jaloux de-développer l'heureux naturel de leurs enfants par une éducation libérale £ ‘üt cette éducation n'ennoblir en eux que leur âme et les laisser d'ailleurs à l'humilité de leur condition première. Avec nos idées d'aujourd'hui fort aristo- cratiques , je le crains, sur la convenance de mesu- rer exactement à Chacun, selon le rang qui l'attend dans la société et même la profession qu'il y doit exercer, sa part d'éducation, les pères de nos deux grands poëtes se fussent contentés , Pour leurs fils, de l'honneur d'étudier, dans les petites écoles de Mantoue et de Vénuse, avec les nobles fils des cen- turions , les éléments d'une science assurément fort applicable et alors très en crédit, les éléments du caleul ?, Ils eurent l'ambition de Les faire participer, quoi qu'en pussent penser et dire les utilitaires du temps ?, aux inutilités d’une culture plus intellec- tuelle et plus morale. Ils s’épuisèrent en sacrifices pour que ces jeunes gens, de si belle espérance, ne manquassent point à leur avenir, pour qu'ils pussent aller chercher hors de leur ville natale, à Crémone, à Milan et à Naples, à Rome et à Athe- nes ; les leçons de maîtres dignes d'eux, et, comme s'ils eussent été de race équéstre ou Patricienne, perdre savemment leur temps à acquérir, par l'é- tude des lettres grecques, cet amour du vrai, du | beau et de l’honnête, qui est bien pourtant de quel que usage dans la vie, même pour qui n’en doit pas tirer, comme ils firent, des trésors de poésie. Cependant Virgile, après avoir parcouru le cercle entier des connaïssances permises alors à sa curio. sité, après avoir hésité plus d’une fois entre sa voca. tion littéraire et ses penchants philosophiques, après avoir essayé tour à tour de la poésie familière et da ! Hor., Sat., I, vi, 72 sqq.; ad Pison., 325 844. ?Hor., S'al., 1, vi, 83 sq. vi D'HORACE la poésie sérieuse , de limitation de Catulle et de Lu- erèce, dont la gloire récente le préoccupait, avaitenfin rencontré le genre, à peu près nouveau à Rome, où devait éclater son originalité; et, sous l'inspira- tion des muses champêtres qui l’ava'ent doué de si gracieux et si délicats agréments, rendu , on le sup- pose, à ses foyers rustiques, il préludait, sur les bords du Mineïus et dans la campagne d’Andès, aux scènes de ses. Bucoliques, aux leçons de ses Géorgi- ques; peut-être rêvait-il déjà un temps où, plus bardk , il échangerait ses pipeaux contre la trompette de l'épopée. Pour Horace, à cette époque , beureux habitant d'Athènes, je m'imagine qu'il y vivait comme son condisciple, le fils de Cicéron :, et en général comme cette colonie de jeunes gens distin- gués que Rome y entretenait, studieusement et joyeusement tout ensemble ; que, déjà éclectique dans sa philosophie comme dans ses mœurs, il en- tremélait ses promenades, sous les graves ombrages de l'Académie, de visites au jardin d'Épicure ; que ses premiers essais, si dès lors il s'essayait aux vers, expression naïve, plus que naïve probablement, de son goût pour les plaisirs et les saillies de son esprit caustique , laissaient percer quelques lueurs de cette facile et aimable sagesse qu'il professa depuis avec tant. de charme et sous tant de formes , la chantant iyriquement dans ses odes, oubienen développant, en discutant les principes dans l'abandon, familie- rement poétique, de ces entretiens que nous nom- nons ses suires et ses épitres. Tandis que, inconnus l'un à l'autre, Virgile et Horace oubliaient , dans ces loisirs, avec la liberté de leur âge, les grands événements qui tenaient lunivers partagé entre Pompée et César , entre les meurtriers du dictateur et son héritier, le flot de Ja guerre civile les emporta eux-mêmes, mais pour les jeter ensemble au port qu'ils ne devaient plus quit- ter. Il n'est pas peu honorable pour Horace, que Bru- {us , Cachant dans les écoles d'Athènes, sous une apparence de curiosité philosophique, ses projets de guerre contre les triumvirs, et y recrutant, parmi les auditeurs de Théomneste et de Cratippe, des vengeurs à la république ?, ait jeté les yeux sur ‘un si jeune homme, et que, tout fils d'affranchi qu'il était, I lui ait confié le commandement d’une de ces légions qui succombèrent , dans les champs de Phi- lipoes, à la fortune bien plus qu'au bras victorieux d'Octave. Cet honneur qui lui fit des envieux etqu'il porta plus dignement, j'aime à le penser, qu’on ne le suppose d'après des vers qui ne sont point du tout aveu de sentiments tim des, qu’on n’avoue point, mais un souvenir enjoué de ses anciennes épreuves, ‘ Cic., Epist. ad Alt., XII, 24, 27; XIII, 1, 24: XV, 45, 15, 26. Cf. ad Fam. XVL, 21. 2Plut., Brut, XXVTHIT, mais une allusion maligne aux échecs militaires des poëtes lyriques ses prédécesseurs, cet honneur , on croit qu'il le paya de la perte de son chétif patri- moine * confisqué au profit des vétérans, précisé- ment quand Virgile était chassé par eux de ce champ paternel qui s'était tronvé trop voisin de Crc- mone. Par suite de cette commune disgrâce, ils se rencontrèrent à Rome, où le tribun de Brutus, ra- mené par une amnistie, était réduit à exercer , dans les bureaux de la questure, les modestes fonctions de scribe, où l'exilé de Mantoue, recueilli aux envi- rons dans la petite maison des champs d’un de ses maitres, le philosophe Syron ?, venait réclamer de la pitié des maîtres du monde la restitution de son petit domaine. Tout les rapprochait, tout dut con- spirer à les unir : même détresse, convenance des caractères, conformité du goût et du talent, admi- ration mutuelle pour ces vers, leur passe-temps au- trefois, maintenant leur consolation et leur espoir ; ces vers, audacieux enfants de la pauvreté, qui, osant s’exposer au grand jour et solliciter pour leurs auteurs, leur concilièrent bientôt les plus illustres patronages, et les firent arriver, entretant de rivaux surpris et consternés, non-seulement à cette hon- nête aisance dont se fût contentée leur ambition , mais à ce qu'ils n'avaient ni souhaité ni cherché, au comble de la faveur. C'étaient des courtisans de nouvelle espèce que ces deux hommes qui, simples de cœur comme de manières, sans cupidité et sans intrigue, se refu- saient à la richesse, aux emplois, au crédir , à toutes les servitudes, ne voulaient que la médiocrité, avec le croit d’en jouir selon leur goût dans un champé- ire et studieux asile ; que le palais, que fà ville n’ar- rétaient guère, qu'on ne gardait pas bien long- temps, qu'on ne rappelait pas si vite, qu'il fallait disputer au plaisir de vivre chez eux et pour eux. Avec cet esprit de réserve et d'indépendance, ils n en faisaient que mieux leur chemin auprès de Mé- cène qui, lui-même gouvernant l'état par ses seuls Conseils, se gardait soigneusement des embarras Ofcrels du pouvoir, et, vivant parmi les affaires en simple particulier, se faisait dans Rome comme une lointaine retraite ?. [Is n’en plaisaient que plus à Au- suste, qui se délassait volontiers du magnifique en- nui de la grandeur impériale dans la simplicité de son intérieur. Autant ils s'étaient convenus l'un à l’autre, autant ils se trouvèrent convenir à ce mi- nistre, à ce prince, que le sort avait faits leurs pa: trons , et dontils firent leurs amis. Ils s’est conservé d'intéressants témoignages d'ane amitié qui rapprochait des furtunes si diverses, et dont l’histoire des lettres n'offrirait point un second “Hor., Epist., U, 11, 49 CRETE 2Virg., Cataiect., X. STaoit., Ann., XIV, 55. ET DE VIRGILE, exemple. Louis XIV, il est vrai, payait les grands poëtes qui illustraient son règne par des égards dé- licats, d’un prix bien au-dessus même des marques de sa munificence : mais admit-il jamais Racine ou Despréaux à ce commerce intime et familier qui se révèle dans les débris de la correspondance d’Au- gusteavec Virgile et Horace ? Cette correspon- dance, aussi active qu'affectueuse, que n’interrom- paient ni les affaires, ni les voyages, venait les chercher dans leurs champs et parmi leurs livres, non-seulement de Rome, mais des provinces éloi- gnées, où de grands intérêts appelaient l'empereur. Il s'y informait, avec un bienveillant intérêt, de leurs travaux. Tantôt, et cela au plus fort de la guerre des Cantabres, lorsque retentissaient autour du camp romain ces chants barbares que nous avons encore, Auguste trouvait le temps de demander à Virgile des nouvelles de son Enéide commencée, suppliant, menaçant sur le ton de l'amitié, pour que le poëte, qui s’y refusait respectueusement, lui en fit connaître quelque chose? Tantôt il se plaignait à Horace de ne pointrencontrer son nom parmi ceux des heureux core peRte anale noÈt adres- sait ses épêtres. « Sachez, lui mandait-il, que jes suis fâché contre vous de ce que, dans les ouvrages de ce genre, ce n'est point avec moi que vous causez de préférence. Avez-vous peur de vous faire tort auprès de la pos- térité, en y laissant paraître que vous êtes mon ami ? » : _[rasci me tibi scito, quod non in plerisque ejus- modi scriptis mecum potissimum loquaris. An wve- reris ne apud posteros infame tibi sit, quodvidearis familiaris nobis esse 5? D'autres fois il lui écrivait : « Usez des droits que vous avez sur moi, comme si vous étiez devenu mon commensal ; et vous le seriez, je le voulais, si votre santé eût permis que nous vécussions ensemble de cette manière. » Sume tibi aliquid juris apud me , tanquam si con- victor mihi fueris : quoniam id usus mihi tecum esse volui, si per valétudinem tuam fieri potuis- set 7. « Notre cher Septimius pourra vous dire, comme d’autres, quel souvenir je conserve de vous. L'oc- casion s’est offerte de m’exprimer devant lui snr votre compte. Si vous avez cru devoir mépriser mon amitié , je ne vous paie point du même mépris. » Tui qualem habeam memoriam poteris ex Septi- mio quoquenoStro udire; nam incidit, utillo coram feret a me lui mentio. houe enim Si tu Superbus lHMuê, de Orat. XLI, 28. *Donat., Virg. Fit, — Macrob., Sat,, 1, 24, &Snet., Horal. Vit. + [hid. , OL: — Glaudian., Epist. ad Olybr., VIH amiciliam nostram sprevisté, ideo nos quoque àv0v- TEpopoyouuèy À, Lettres charmantes , en vérité, où les rangs sont intervertis, où les rôles sont a où c’est l’em- pereur qui ou. le poëte! Ainsi traités par leur souverain, et quel souverain | l'homme devant qui s'inclinait l'univers, Virgile et Horace ne sont-ils pas moins coupables qu'on ne le dit quelquefois de ne lui avoir pas assez ménagé des louanges qui n'é- taient pas sans quelque vérité, sans quelque utilité surtout, qui avaient leur raison politique; de lui avoir rendu, dans leurs vers, un culte qui pouvait s’autoriser des usages du temps, se justifier par de publiques et d'officielles apothéoses ? Et tous ces hommages, si respectueux et si tendres , au déposi- taire de sa puissance, au dispensateur de ses bien- faits, ce vœu de partager ses dangers dans les com- bats, ceite protestation de ne point survivre au trépas dont le menace la maladie, tout cela ne trou- ve-t-il pas son apologie, son explication, dans la re- commandation dernière de Mécène à Auguste : « Soüvenez-vous d'Horace comme de moi-même ? » _Horatii Flacci, ut mei esto memor?; surtout dans Ja mort du poëte qui, dégageant la foi de ses vers, suivit de si près au tombean son bienfaiteur. Ne rabaissons pas si facilement de si grands esprits, de si nobles cœurs, au niveau commun dela com- plaisance et de la flatterie, et, dans ces hyperboles mêmes qu'imposent à la louange contemporaine des convenances dont la postérité n’est pas toujours un bonjuge, sachons discerner, quand elle s’y rencon- tre, l'expression sincère de la reconnaissance, du dévouement, de l'amitié. C'était une situation bien favorable au génie que celle qui, plaçant Virgile et Horace au-dessus des soins ordinaires de la fortune, de l'ambition des succès vulgaires, du besoin de complaire aux fan- taisies de la modeet aux exigences descoteries , leur permit de rechercher seulement, sans trouble im- portun , sans vain empressement , dans le recueille- ment de la solitude, la durable gloire qui s'obtient par la poursuite des vraies et pures beautés littérai- res. Familiers de la grandeur, mais en même temps fidèles amants de la nature, hantant les palais et plus souvent les bois, ils furent élevés sans emphase et simplesavec dignité; ils eurent des pensées et un langage propres à charmer toutes les conditions , à intéresser toujours l'humanité. Leur goût, qui par- ticipait à la modération de leur caractère, leur fit rencontrer, sans effort, ce sage milieu qui préserve de tout excès le style aussi bien que la conduite, les retint dans ces étroites et utiles limites, bientôt franchies après eux, et même de leur temps, par la recherche ambitieuse de l'effet. 4 Suet., 2 id. Hora!. Pit. Vyil Il y a pour les littératures un moment , moment tardif et court, où les langues polies, assonplies par l'exercice, se prêtent à l'expression la plus vive | et la plus juste de conceptionselles-mêmes élaborées par le long travail des esprits. Il en était ainsi de la littérature latine, quand Virgile et Horace vinrent cueillir, sur ce rameau autrefois détaché du vieux tronc homérique, ét que deux siècles de culture avaient accoutumé au ciel et à la terre du Latium, les fruits mürs enfin de la poésie. Tout ce que l'é- popée de Nævius et d'Ennius, la tragédie de Paca- vius et d'Attius, la comédie de Plaute et de Térence, la satire de Lucilius, les efforts de poëtes de tous : genres, avaient accumulé, dans le trésor poétique des Romains , d'acceptions fortes, de nuances déli- cates, d’'analogies naturelles, de tours élégants, de mouvements heureux, d'images frappantes, d’har- monieuses combinaisons de paroles, cette précision de formes, cet art de composition, soupçonnés, ren- contrés par la facile inspiration de Lucrèce, cher- chés et trouvés par le savant travail de Catulle, toût cela, grâce à l'opportunité de leur venue, leur échut en partage et entra dans la composition de leur gé- nie, à peu près comme, dans le même temps, les divers pouvoirs de la constitution républicaine se ras- semblaient dans la seule main et formaient l’absolue puissance de leur impérial protecteur. Qu’on me permette de compléter la comparaison, en faisant remarquer que ces deux royautés, pro- duites à la fois par une double anarchie, dans un temps où la faiblesse de l’état d’une part, de l’autre le trop facile usage de formes poétiques devenues la propriété commune, favorisaient toutes les entre- prises de l'ambition politique, toutes les prétentions de la médiocrité littéraire; que ces deux royautés, dis-je, également nécessaires et inévitables, se res- semblaient encore par un soin égal à se cacher sous des dehors modestes. Auguste ne paraissait pas plus indifférent à la domination vers laquelle il s’avançait par un progrès constant et sûr , que Virgile et Ho- race à cette primauté qu'on se disputait autour d'eux, et qu'ils s’assuraient loin de ces rivalités bruyantes , par tout ce que la patience et le travail peuvent ajouter au génie. Ils se firent ainsi, soit mo- destie réelle, soit conscience de leur valeur, (etles plus simples se doutent toujours un peu de ce qu'ils valent), une place tout à fait à part parmi les poëles de leur âge, et au moment où, l'éloquence ayant comme péri dans la ruine de la vie publique, la poé- sie était restée le premier intérêt de la société ro- maine. Quelques années auparavant, Catulle et Lu- crèce s'apercevaient à peine à côté de Cicéron. Maintenant les héritiers du grand orateur, les Mes- sala, les Pollion, disparaissaient à leur tour, devant cette gloire poétique dont ils avaient protésé les humbles débuts. D'HORACE Gette gloire, de bonne heure sans rivale. s'isola de plus en plus en traversant les siècles : par eile seule, un dernier et mystérieux rayon de l’antique poésie pénétra dans les ténèbres du moyen âge; par elle se rallurma , chez les modernes , le flambeau de ces lettres qu’on a longtemps honorées du nom , au- jourd'hui décrié, de lettres classiques, de celles dont les monuments, conformes aux grandes et im- muables règles de l'art, semblent appelés, par un consentement universel, à en offrir la perpétuelle leçon. Telle est, telle du moins a été jusqu’à présent la destinée de ce petit nombre de pages, sauvées avec les grands noms de leurs auteurs du naufrage des temps, et devenues, pendant des siècles, non-seule- ment l'inspiration des esprits d'élite, mais la com- mune nourriture de tous les esprits ordinaires. Ho- race, comme pour expier , pour racheter les empor- tements de son orgueil lyrique, disait modestement à son livre d'épêtres, trop pressé de se produire : « Prends garde, tu ne plairas pas toujours; tu ne seras pas toujours jeune. Un temps viendra où, né- gligé de Rome, relégué dans ses faubourgs, ta vieil- lesse bégayante enseignera aux petits enfants les éié- ments du langage, » Carus eris Romæ, donec te deserat ætas.. Hoc quoque te manet, ut pueros elementa docentem Occupet extremis in vicis balba senectus :. Gette menace badine s’est accomplie bien glorieu sement pour le poëte qui se l'était à lui-même adres- sée, et pour celui qu'il nous faut toujours lui associer. Ils ont eu véritablement le privilége d'apprendre à toutes les générations , non pas précisément à lire, mais à sentir et à penser, ils ont, s’il est permis de détourner à un usage profane une sainte parole, illu- miné deleur pure lumièretouteintelligence venant en ce monde. Leurs vers, appris dès l'enfance, et gardés comme en dépôt, revenaient, par intervalles , char- mer d’un souvenir de poésie les prosaïques travaux de Pâge mûr, et, à âge où tout s’oublie, la mémoire défaillante se ranimait pour les redire encore, pour s’en enchanter une dernière fois, Comme on boit d'un vin vieux qui rajeunit les sens?. N'était-ce là qu’une superstition de collége? Ceux-. là ne le croiront pas, qui auront pénétré par l'étude dans le secret de la perfection infinie dont ils ont marqué leurs œuvres, œuvres courtes et pleines de sens, où les idées sont si justes et les sentiments si vrais. Horace n’a rien prescrit aux autres , dans son Art poétique, qu'il n'eñt auparavant pratiqué, et Virgile avec lui. Chez eux, même respect de la lan- gue, même souci de l'enrichir par des emprunts dis- 1 Hor. Epist., 1, xx, 10 sqq. ? Volt., Éptire à Horace. ET DE VIRGILE, crels ; même art à tirer parti des mots, à les renou- veler par la place, par le voisinage, par d'adroites _ alliances ; même sobriété dans le choix des détails , même harmonie dans la disposition de l’ensemble ; une hardiesse contenue, une parure modeste, une variété sans bigarrure et sans désordre, une régu- larité qui se cache sous un air d’aisance et d'abandon, une précision exempte de sécheresse, qui ne mar- que pas si scrupuleusement les contours , qu’ellen’y laisse, à dessein , un peu dece vague qui favorise la rêverie, quelque chose d’inachevé qu'aime à com- pléter l'imagination. Tous ces mérites, et ce ne sont pas les seuls, leur sont communs, quelque diffé- rence que mettent entre eux leur humeur, le tour de leur génie, le caractère des genres auxquels ils se sont appliqués. | Une telle perfection. ils ne latenaient pas tout en- tière des Grecs qui, venus les premiers, avaient dû enlever Jes grâces naïîves, négligées, familières, le libre et abondant naturel de l'inspiration sponta- née, ne laissant à leurs successeurs d’autre gloire que “celle de choisir parmi leurs inventions ; de les ordonner, de les polir, de les revêtir de. formes d'un. travail plus raffiné, qui leur donnât à Rome une _ originalité nouvelle, et chez ces nations, issues de Rome, et initiées par elle, souvent par elle seule, aux lettres antiques, une seconde vie. Je répète prosaïquement ce qui a été dit par un très-ingé- nieux critique, en vers, que son amitié m'a rendus propres. La muse des Latins, c'est de la Grèce encore; Son miel est pris des fleurs que l’autre fit éclore. N'ayant pas eu du ciel, par des dons aussi beaux, Grappes en plein soleil, vendange à pleins coteaux : - Cettemuse, moins prompte et plus indusfrieuse 5 ‘Travailla le nectar dans sa fraude pieuse , Le scella dans l'amphore, et là, sans plus l'ouvrir, Jusque sous neuf consuls lui permit de mürir. Le nectar, condensant ses vertus enfermées , À propos redoubla de douceurs consommées , Prit une saveur propre, un goût délicieux, Digne:en tout du festin des pontifes des dieux. Et ceux qui du Taygète absents on d'Érymanthe, Ne peuvent, thyrse en main ét couronnés d'acanthe, En pas harmonieux, dès l'aube, y vendanger, -Se rabattent-plus bas, à ce prochain verger, Où le maître leur sert la liqueur enrichie Dans sa coupe facile et toujours rafrafchie.. 1. Si nos deux poëtes redisaient les Grecs , ils le fai- saient assurément avec plus de liberté que les au- tres écrivains de leur temps, à en juger par les accès de bonne et de mauvaise humeur que donnait a Horace le sot bétail” des imitateurs. Ils ne parlent l'un et l’autre que d'échapper à cette servile compa- gnie, que d'éviter le sentier battu où elle se presse : ‘M, Salnte-Beuve , Pensées d’'Août, page 185. #’La Fontaine, Épttre@ Huet. IX que d'aller chercher loin d'elle quelque désert qu'ils se représentent sous des images déjà merveilleuse ment exprimées par Lucrèce!, et il y a quelques années heureusement rassemblées dans des vers que j'emprunterai encore, pour varier cette disserta- tion , à la muse, hélas! éteinte et oubliée d’un an- cien ami. Retraite impésétrable et simple, Où l'on ne voit, de toutes parts, Ni-la trace de l'homme empreinte, Ni le sillon poudreux des chars ; Monts inconnus , forêts sauvages , Fleuves sans nom, secrets rivages , Remplis d'un silence éternel; Source limpide-et solitaire Où l'oiseau seul se désaltère En quittant les plaines du ciel 2. Écartons cette poésie et cherchons à nous rendre compte de l'originalité dont se piquent Virgile et Horace. Ils la mettent à introduire dans la littéra- ture latine quelque chose qu’on ne se soit pas en- core avisé d'emprunter aux Grecs, comme la pastorale, les préceptes ruraux de Théocrite et d'Hésiode, ces premiers auteurs des Bucoliques et des nes comme les mètres d’Archiloque, d'Alcée, de Sapho, d’autres encore desquels dé- coule la ‘double inspiration lyrique et satirique , si bien louée par Politien , chez le poëte de Vénuse, lorsqu'il l'a comparé, das lui-même, par une image spirituellement continuée, à une dhéilte ou- vrière du plus doux miel, mais armée, pour sa dé- fense, pour sa vengeance, d’un cruel aiguillon : Hinc venusina favos dulci jucunda susurro Carpsit apis, sed acu ferit frritata cruento. L'originalité consiste encore , pour Virgile et Ho: rate, à renouveler leurs emprunts par le mélange des modèles. et surtout par la nouveauté des su- jets. Ils nc. comme notre André Chénier, à faire des vers antiques sur des pensers nouveau. Je n'imagine point ce système, je le trouve tout en- tier, mais moins méthodiquement exposé, dans quelques vers d'Horace : « J'ai osé, avant tous, porter mes pas dans une | route libre encore. Mes pieds n’y ont point foulé de traces étrangères. Qui croit en soi, guide les autres et vole en tête de l’essaim. Le premier j'ai montré au Latium les jambes de Paros,, fidèle aux nombres et à l'esprit d’Archiloque , non à ses pensées , à ses paroles qui poursuivaient Lycambe. Ne m’honore point d’un moindre laurier, pour avoir trop res- pecté la-mesure et l’artifice de ses vers. Le mètre d’Archiloque se mélange chez moï de celui de la 4 Lucret., de Nat.rer., IV, 1 sqq. —Virg., Georg. I, 8; sqq-, 291 sqq. — Horat. Epist., T, ur, 10; sq4. ; XIX, 20, etc. 2 Charles Loyson , Ode à Manszoni, en 1820. X mâle Sapho, de celui d’Alcée; l'ordre, les idées diffèrent : il ne s'agit plus de noircir, dans des poëmes infamants, un beau-père, d'y trésser le la- cet fatal d'une épouse. Ce poëte, dont aucune bou- che encore n'avait répété les accents, je l'ai redit sur la lyre latine, je l'aï rendu populaire à Rome. Apporter des choses nouvelles, occuper les yeux, courir dans les mains de nobles et délicats lecteurs, voilà où je mets ma gloire {! » Quels étaient les sujets originaux qui se produi- saient sous ces formes dérobées avec tant de discer- nement et d'adresse à la muse grecque? Il serait long de le dire, si leur variété ne pouvait se rame- ner à un seul, la peinture, l’expression de Rome elle-même. Cette vie pastorale et agricole que Vir- gile se complaisait à peindre, c'était celle des an- ciens soldats, des anciens citoyens de Rome, avant que le luxe n'eût changé ses champs en inutiles jardins, et que la guerre civile, son complice, n'eût commencé autour d'elle le désert qui bien- tôt l'investit. Le poëte ne dessinait point un paysa- ge, sans montrer à l'horizon la ville maîtresse du monde, dont ses héros champêtres s'entre- tiennent ayec une naïve curiosité, comme d’une lointaine merveille, Urbem quam dicunt Romam… C'était à Rome encore, à son passé, à son pré- sent, à la puissance et à la gloire dont avait hérité l'empire, qu'abontissaient les perspectives fabu- leuses et historiques, ouvertes dans l’Énéide. Les vieilles vertus , l'antique religion de Rome, que des lois, mal secondées par les mœurs, des solennités sans foi, s’efforçaient de ranimer ; la réparation des longues misères dont l'avait affligée l'anarchie par un despotisme modéré et tutélaire; les victoires qui, effaçant la honte de récentes défaites, recu- laient , assuraient ses frontières, et semblaient ga- vantir la perpétuité de sa domination, voilà aussi ce que célébrait Horace dans des odes magnifiques, auxquelles il ne manque, comme aux poëmes de Virgile, qu'une inspiration plus indépendante de la politique du prince, plus* exclusivement nationale et romaine. Rome dépouille, dans les autres ouvrages d'Ho- race, sa majesté historique, et s'y montre avec la familiarité de ses habitudes journalières. Ce ne sont plus les grandes scènes du Capitole et du Forum, mais le train ordinaire de la vie, le menu détail des intérêts et des affaires, le pêle-mêle des vices et des ridicules de la foule, les embarras, le tumulte, la scène changeante de la rue, où le poëte, faute de mieux, aime à rêver, ne le pouvant faire dans ses bois de la Sabine , quelque dérangé qu'il y soit par les fâcheux que lui attire le bruit de sa faveur. Il nous permet, à nous lecteurs, de nous y promener avec lui, et nous montre tout ce qui s’y passe, ? Horat, Epist., , xx, 21-54. n D'HORACE. Voilà la grande ville qui s'éveille, et les bouti- ques qui s'ouvrent , et les chars qui commencent à rouler. Passe, avec son convoi de bêtes de somme et d'ouvriers, l'entrepreneur de bâtiments qui s’en va travailler à la ruine de quelque riche fatigué de l'être; passent aussi les équipages de ce chasseur, qui rapportera le soir, en grand appareil, un san- glier acheté au marché; des clients se rendent en toute hâte au lever de leur patron; des plaideurs courent assiéger la porte de jurisconsultes fameux ; des troupes d'enfants, d'un pas plus calme, se di- rigent vers les écoles, portant, sous le bras gauche, avec leurs tablettes, la bourse à jetons, qui sert à leurs études industrielles. Cependant il y a déjà foule au quartier de Janus, où se négocie l'argent ; aux tribunaux où disputent, à grand renfort d'avo- cats, de témoins, de cautions, le prêteur et l’em- prunteur ; dans les marchés où se vendent à la criée les meubles et les hardes des débiteurs insolvables. Un noble Romain, un homme du moins qui porte une toge blanche, fend la presse du petit peuple en tuniques brunes. C’est un candidat aux honneurs que donne l'élection : il est accompagné de son es- clave nomenclateur qui lui désigne ceux dont le suffrage compte, ceux dont il faut savoir le nom, . dont il faut presser la main, à travers tous les ob- stacles, quand une file de charroïs et trois enterre- ments, avec leurs noirs licteurs, se disputeraient le pavé. Arrive l'heure où l’on se repose du travail de la matinée : c’est celle où s'arrachent au sommeil les hommes de plaisir pour aller montrer çà et là leurs grâces efféminées ; d’autres, plus mâles, font parade, au Champ-de-Mars, de leur force et de leur adresse, de grandes dames, en cours de visites, circulent dans des litières, escortées d’un nom- breux domestique; un parvenu, hier esclave, au- jourd'hui grand personnage, se donne des airs, en marchant, et semble manquer de place pour son importance ; un poëte poursuit de ses vers un pas-. sant résigné et distrait, un philosophe expose à la vénération publique et à la risée des enfants sa barbe stoïcienne, toute sa philosophie; des ama- teurs de littérature lisent furtivement aux étalages des libraires les ouvrages nouveaux, Le soir venu, tandis que les gens de bon ton se rendent , précédés de flambeaux , à quelque invitation, sur les places, des bateleurs, des devins, convoquent autour d'eux un grossier public, auquel Horace se mêle sans fa- çon, avant d'aller manger ses légumes, quand il n’est pas attendu chez Mécène. Voilà quelques-uns des mille tableaux qui s'offrent en chemin à notre promeneur, et que nous rencontrons dans ses vers, trouvant que c'était à Rome à peu près comme chez nous. D’autres jours, jours fériés, il court où court tout le monde, aux gladiateurs, aux pantomimes, ET DE VIRGILE. à ce qui reste des jeux de la scène bruyamment in- terrompus par une multitude brutale qui a des _ yeux et point d'oreilles; qui ne veut plus de Varius ni de Fundanius ; qui réclame à grands cris, au plus bel endroit de leurs pièces, un ours ou des lut- teurs; qui, si le goût plus délicat des chevaliers s’a- vise de lui résister, est toute prête à décider la ques- tion à coups de poing; spectateurs vraiment curieux, que le satirique regarde avec beaucoup d'attention et qui l’intéressent plus que le spectacle. Toute la société romaine lui donne de même Ja comédie, une comédie très-divertissagte dont il ne manque pas de nous faire part; car, comme son maître, le vieux Lucilius, il dit tout à ses livres, ses amis, ses confidents, fidis sodalibus. Que de personnages ÿ jouent un rôle, et sous leur propre nom, avec leurs traits véritables, ces libertins fa- meux, coureurs d'illustres et périlleuses aventures, ou qui se déshonorent et se ruinent plus modeste- ment, plus sûrement en mauvaise compagnie; ces amateurs de bonne chère, qui ont fait de l’art de manger une théorie, une philosophie; qui se croient les vrais disciples, les représentants légitimes de la doctrine d'Epicure; ces donneurs d'excellents di- ners qu’ils gàtent par leurs ridicules, en s’y servant! eux-mêmes; ces parasites, bouffons complaisants, qui font à la table de leur rot l’histoire et l'éloge des morceaux, et les suivent à d’autres tables en qua- lité d'ombres; ces dissipateurs en lutte avec d'im- menses fortunes dont ils viennent à bout par toutes sortes de profusions , par des constructions insen- sées, par la coûteuse manie des raretés, des anti- quités, quelquefois par les dépenses qu’entraîne la fantaisie de devenir homme d'état; ces cupides, fu- turs avares , qui courent à la fortune par toutes les voies, honnêtes ou non, qu’enrichissent ou la ferme des revenus publics, ou lintendance des grandes propriétés, ou les profits de la guerre, ou les rapi- nes de l’usure, ou la chasse aux héritages des céli- bataires et aux dots des veuves, et qui, en posses- sion, à force d'intrigues et de bassesses, de l’objet de leur convoitise, se retirent, Se reposent dans les habitudes d'une lésine sordide, parfumant leur tête avec l'huile de leur lampe, et se refusant toutes cho- ses jusqu’à leur dernière tisane ; ces poëtes, car le satirique accorde naturellement une attention par- ticulière à la littérature, ces poëtes ivres dès le ma- tin, échevelés, hérissés, pour contrefaire l'inspira- tion, laborieux plagiaires des écrits que garde la bibliothèque palatine, assidus concurrents aux cou- ronnes qui s’y distribuent, en commerce réglé de compliments flatteurs avec leurs confrères qu'ils ja- lousent et qu’ils détestent; et le peuple des connais- seurs , des jugeurs, le peuple grammairien, avec ses bureaux d'esprit, ses cabales, ses admirations 1 Molière, le Misanthrope, act. LE, se, y. XI de commande, ses dénigrements convenus, tous ses mouvements pour faire et défaire les réputations ; bien d’autres acteurs encore que j'oublie, mais que nous retrouverons, héros d’anecdotes piquantes, qu'Horace conte à merveille, et-qui nous offrent comme un supplément à ces journaux, à ces feuil- letons de Rome récemment retrouvés, rendus au jour, par une spirituelle érudition?. L'originalité des sujets traités par Virgile et Ho- race, ne tient-elle, comme je l'ai dit, qu’à ce qui les domine, à ce qui permet de les rassembler sous un même point de vue, à l’expression, ou grave, ou familière de l’histoire de Rome, de la vie romaine ? Elle tient encore à ce qui s’y trouve de particulier, de personnel aux deux poëtes. Il y a entre eux, à cet égard, quelque différence. Ils représentent les deux directions entre lesquelles se partage toute poésie, soit que le poëte se renferme en lui-même, ramène tout à lui-même ; soit que, sortant de sa per- sonnalité, se répandant au dehors, il expose, il ra- conte, il fasse agir et parler, bien libre d’ailleurs, dans ses compositions didactiques, épiques, drama- tiques, de se montrer, s’il lui plaît, ou du moins de se laisser apercevoir. Cette seconde manière est celle de Virgile qui s’efface de ses ouvrages, mais anime, passionne de sa sensibilité les personnages qu'il y met en scène, que dis-je? tous les objets de la na- ture qui s'offrent à ses pinceaux, et répand sur tous ses tableaux la tristesse mélancolique de son âme. L'autre façon appartient à Horace, qui ne perd ja- mais de vue ce qui le touche, alors même qu'il pa- rait s’en distraire , et qui eùt pu dire de sa poésie ce qu'il a dit, d’après Aristippe, de sa morale : . Mihi res, non me rebus subjungere conor 2. Horace chante ses amours et ses amitiés, lesplaï- sirs, la richesse, les vertus de sa libre médiocrité, le pouvoir de qui il la tient et qui la protége, la phi- losophie qui l’y attache: il étudie dans les mœurs de ses contemporains ce qu'il convient de suivre ou plus souvent d'éviter; enfin il recommande aux au- tres les principes de conduite qu'il s’est faits, et dont il se trouve bien, regrettant seulement de ne leur pas être toujours fidèle. Telles sont, en sub- stance, ses odes, ses salires, ses épilres, morceaux fort divers, et pourtant identiques, qui ont tous pour terme commun cette morale pratique à laquelle l'amenaient de concert la lecture des philosophes, l'observation du monde, l'expérience de ses pro- pres faiblesses ; car il ne s’épargne pas plus que les autres, il se reprend sans cesse pour se corriger, sans cesse, comme l’a dit si bien d'elle madame de Sévigné, il travaille à son âme, pour se rendre meil- 1 Des journaux chez les Romains, par J.-Y. Le Cierc Hor., Epist., 1, 1,49. XI] leur, et par }à plus heureux. Et ce travail de tous les jours s'exprime, se traduit le plus souvent dans des vers d'allures diverses, selon le caprice du poëte; des vers qui s’élancent au ciel comme sur les ailes de Pindare, ou posent familièrement leurs pieds sur la terre. «… Ne crois pas qu’au lit ou sous le portique, ma pensée reste oisive et me fasse faute. — Ceci se- rait mieux; de cette sorte, je vivrai plus sagement, plus heureusement ; je me rendrai plus cher à mes amis; cet homme n’a pas bien agi; me laisserai-je jamais aller à rien faire de semblable? — Voilà ce que je roule en mon esprit, Ce que je murmure en- tre mes dents, et, quand je suis de loisir, je m'a- muse à le mettre sur le papier‘. » La morale d'Horace a encouru le blâme qui s’at- tache au système même sur lequel elle repose, ce- Jui de l'intérêt bien entendu. Cette morale n'oblige pas, elle conseille ; la vertu n’est pas son but, mais son moyen; et qu'est-ce pour elle que la vertu ? En quoi consiste-t-elle? Moins dans la recherche du bien que dans la fuite du mal, dans un calcul de prudence, à l’aide duquel on se fraie, entre les ex- cès contraires, une route mitoyenne, qui reste en- core bien large et bien commode; elle n’enseigne pas le sacrifice, mais, au contraire, l'usage des D'HORACE ET DE VIRGILE. morale dont Horace s’est rendu l'interprète ; mais il est juste d'ajouter, à la décharge de notre poëte, que l’autre morale, la pure morale du devoir, quand la religion n’aide pas à la porter, est un fardeau bien lourd pour la commune faiblesse, surtout chez les nations vieillies et dans ces temps de fatigue qui suivent les longues agitations politiques. Quand Brutus vaincu se décourage, et la renonce, il faut savoir gré à un des moindres soldats échappés de sa défaite de se consacrer à détourner du vice, à ra- mener vers la vertu, même par des motifs intéres- sés. Qui ne l'en remercierait comme Voltaire? qui ne lui dirait s’il savait aussi bien dire : Avec toi l'on apprend à souffrir l'indigence, A jouir sagement d'une honnête opulence, À vivre avec soi-même, à servir ses amis, A se moquer un peu de ses sots ennemis , A sortir d'un vie ou triste, ou fortunée, En rendant grâce aux dieux de nous l'avoir donnée *. Vous traitez d’égoïste la morale d'Horace. Fort bien, si vous ne donnez à ce mot que son sens phi- Josophique, si vous n’en flétrissez pas le caractère d’un poëte qui n’avait rien de la sécheresse de sa doctrine, dont les convictions étaient si honnêtes, si aimables, si heureusement persuasives. Après biens de la vie ; elle n'a rien à dire à ceux qui sont | cela je conviendrai volontiers avec vous, pour ache- complétement dépourvus de ces biens; seulement | ver mon parallèle, qu'il y à un plus grand détache- on apprend d'elle à se contenter, dans le partage, de la plus faible part. À force de concentrer n05 pensées dans la considération de notre bien-être, elle risque fort de nous faire peut de ce qui pourrait le compromettre, y compris ce que réclament de notre dévouement la société, la patrie, les besoins et les maux de nos semblables. Tout cela a été dit, et fort bien dit, et avec quelque vérité, contre la 1Sa£ T; 4v, 108-159. ment de soi-même , un amour plus tendre de Phu- manité, plus de larmes sur ses souffrances, chez celui qui s'est comme caractérisé lui-même par cet admirable vers : Sunt lacrymæ rerum et mentem mortalia tangunt ?. : Épttre à Horace. 1Virg, 4En., L 462. H. PATIN. cessosscses DOCSSSSSScocoSeco0Cc000S09ccO0000600 ODES. ——20m O Q © ns LIVRE PREMIER. ODE I. A MÉCÈNE, — Descendant des rois, toi dont l'appui faitmon bonheur et ma gloire, Mécène, on voit des hom- mes qui mettent leur ambition à se couvrir de la poussière d’un cirque; et, quand leur roue brülante a évité la borne, une fois la palme ob- tenue, Jupiter lui-même n’est plus au-dessus d'eux. L'un est heureux si la faveur d’un peu- ple inconstant s'empresse de l'élever aux hon- neurs suprêmes; l’autre, s’il entasse dans ses greniers toutes les moissons de la Libye. Tel se contente de cultiver le champ de ses pères; et tous les trésors d’Attale ne l’arracheraient pas à sa charrue, pour aller, matelot tremblant, traverser le plus humble détroit sur le meilleur oi CARMEN I. AD MÆCENATEM. Mæcenas, atavis edile regibus O et præsidium , et dulce decus meum ! Sunt quos curriculo pulverem Olympicum Gollepisse juvat; metaque fervidis Evitata rotis , palmaque nobilis = Terrarum dominos evehit ad Deos : Hunc, si mobilium turba Quiritium Gertat tergeminis {ollere honoribus - um , si proprio condidit horreo Quidquid de Libycis verritur areis. Gaudentem patrios findere sareulo Agros, Attalicis conditionibus Nunquain dimoyeas , ut trabe Cypria nn navire, Que le vent d'Afrique vienne à lutter | contre. les flots, le marchand effrayé vante le | repos et les champs voisins de sa petite ville; j mais bientôt, mdocile à souffrir le joug de la pauvreté, il radoube ses vaisseaux maltraités | par la tempête. Tel ne hait pas une coupe de vieux Massique, et dérobera volontiers aux af- | faires une partie du jour, couché à l'ombre | d’un vert feuillage, ou à la source paisible d’une | fontaine sacrée. À d’autres il faut les camps, le son de la trompette mêlé à celui du clairon, et les combats détestés des mères, Le chasseur, | oubliant sa jeune épouse, atiend sous un cie | glacé que sa meute fidèle ait senti la biche, ou que le sanglier se lance à travers ses toiles. Moi, la couronne de lierre qui orne le front des poëtes me rapproche des dieux : le frais !’ombrage des bois, les danses légères des nym- Myrtoum pavidus nauta secet mare. Luctantem Ieariis fluctibus A fricum Mercator metuens , otium et oppidi Laudat rura sui : mox reficit rates Quassas , indocilis pauperiem pati. Est qui nec veteris pocula Massici, Nec partem solido demere de die Spernit, nunc viridi membra sub arbuto Stratus ; nunc ad aquæ lene caput sacræ. Multos castra juvant, et lituo tubæ Permixtus sonitus, bellaque matribus Detestata. Manet sub Jove frigido Venator, teneræ conjugis immemor, Seu visa est catulis cerva fidelibus, Seu rupit teretes Marsus aper plagas. Me doctarum ederæ præmia frontium Dis miscent superis ; me gelidum némus, 4 sit 2 phes avec les Saiyres, me séparent de la foule, pourvu qu'Euterpe n’impose point silence à sa double flûte, et que Polymnie ne refuse pas d'accorder le luth de Lesbos. Que Mécène me compte parmi les maîtres de la lyre, et ma tête ira toucher le ciel. À AUGUSTE, Assez longtemps le père des dieux et des hommes a fait tomber sur la terre et la neige et la grêle; assez longtemps sa main étince- Jante a foudroyé les temples, et rempli Rome de terreur. Les peuples ont tremblé; ils ont craint le retour deces temps de colère et de pro- diges, où Pyrrha vit avec épouvante Protée chasser les troupeaux de Neptune sur le som- met des montagnes, les poissons s'arrêter dans les branches de l’orme où avait reposé le nid de là colombe, et les daims tremblants nager sur les eaux qui couvraient la terre. Nous avons vu le Tibre, ramenant avec fu- reur du rivage de la mer ses vagues limo- neuses, venir renverser un tombeau royal et le Nympharumque leves cum Satyris chori Secernunt populo ; si neque tibias Euterpe cohibet, nec Polyhymnia Lesboum refugit tendere barbiton. Quod si me lyricis vatibus inseris, Sublimi feriam sidera vertice. CARMEN. 3H. AD AUGUSTUM CÆSAREM. Jam satis terris nivis atque diræ Grandinis misit Pater, et rubente Dextera sacras jaculatus arces Terruit urbem : Terruit gentes, grave ne rediret Sæcalum Pyrrhæ, nova monstra questæ, Omne quum Proteus pecus egit altos Visere montes ; Piscium et summa genus hæsit ulmo, Nota quæ sedes fuerat columbis 5 Et-superjecto payvidæ natarunt Æquore damæ. Vidimus flavum Tiberim , retortis Litore Etrusco violenter undis, Îre dejectum monumenta Regis, Templaque Vestæ ; Iiæ dum se nimiüm querenti 2 HORACE. temple de Vesta; quand, urop sensible aux larmes d’une épouse, il osa, sans l’aveu de Ju- piter, lui promettre une vengeance, et mena- cer Rome de ses flots. Tu sauras que nous avons aiguisé contre nous le fer qui n'aurait dû frapper que les Parthes ; tu sauras nos com- bats impies, jeunesse si peu nombreuse, grâce aux fureurs de tes pères ! Quel dieu le peuple appellera-t-il au secours de l'empire qui menace ruine? Comment les | vierges saintes de Vesta pourront-elles fléchir la Déesse, qui ferme l'oreille à leurs prières? A qui Jupiter donnera-t-il d’expier nos crimes ? Viens, il est temps, viens dans une brillante nuée, prophétique Apollon! Ou toi, descends parmi nous, Vénus au doux sourire, autour de qui voligent les Jeux et les Amours! Ou toi, père des Romains, jette un regard sur ta race oubliée : tes jeux cruels n'ont-ils pas duré {rOp longtemps, dieu terrible, qui n’aimes que le cri des batailles, l'éclat des armes, etle regard fa- rouche du Marse sur son ennemi sanglant ? Mais si c’est toi, dieu ailé, fils de la divine Maïa, qui, sous les traits d’un jeune héros, daignes recevoir ici-bas le nom de vengeur de César, ah! démeure longtemps sur la terre Jactat ullorem, vagus et sinistra . Labitur ripa, Joye non probante ;ü- XOrIus àMnis, Audiet cives acuisse ferram ; Quo praves Persæ melius perirent ; Audiet pugnas vitio parentum Rara juventus. Quem vocet Divum populus ruentis Imperi rebus ? prece qua fatigent Viroines sanctæ minus audientem Carmina Vestam ? Gui dabit partes scelus expiandi Jupiter? Tandem venias, precamur, Nube candentes humeros amictus Augur Apollo: ‘Sive {u mavis, Eryeina ridens, Quam Jocus circumvolat et Cupido ; _Sive neplectum genus et nepetes Respicis auctor, Heu ! nimis lonpo saliate ludo, Quem juvat clamor, galeæque leves, Acer et Marsi peditis cruentumn Vultus in hostem : Sive mutala juvenem figura Ales in terris imitaris, almæ Filius Maiæ , patiens Yoeari Cæsaris ultor : Serus in cœlum rédeas, diuque 45 ODES. pour le bonheur des Romains, et, à la vue de nos crimes, ne fuis pas indigné dans les cieux ! ci, plutôt, jouis de glorieux triomphes ; ici, qu'ilte soit doux d’être appelé le Père etle Chef de la patrie ; et que le coursier du Mède ne foule pas impunément la terre où tu commandes, César! ODE III. AU VAISSEAU DE VIRGILE. Puissent la déesse adorée en Chypre, et les frères d'Hélène, ces astres radieux , le Servir de guides ; puisse le roi des Vents les enchaîner tous, et ne livrer tes voiles qu'à celui de l'Apu- lie, Ô vaisseau à qui j'ai confié Virgile ! Tu me dois mon ami ; dépose-le sain et sauf au rivage de l'Attique, et conserve, je t'en supplie , la plus chère moitié de moi-même. Gelui-là fut sans doute armé d’un triple bron- ze, qui le premier osa livrer aux flots menaçants une barque fragile, défier le choc impétueux des vents qui se heurtent, et les sinistres Hyades, et la furie du Notus, ce puissant domivateur des mers, qu’il soulève ou calme à son gré. 5 celui qui vit d'un otil impassibleles monstres de l'abime , et la mer gonflée de courroux, et les écueils tristement fameux de l'Épire ? En vain les dieux, dans leur sagesse, ont séparé les mondes par la barrière de l'Océan ; des vaisseaux sacriléges osent la violer. L’au- dace humaine aspire à tout, et se jette dans une lutte impie contre les lois divines. L’audace de Prométhée ravit le feu du ciel, pour le donner aux nations; et, après ce larcin fatal, l'hor- rible Maigreur, les Fièvres brülantes, une ar- mée de fléaux inconnus s’abattit sur la terre ; la Mort, jusque-là si lente et si tardive , précipita ses pas. Sur des ailes que la nature n’a point données à l'homme, Dédale tente le chemin des airs : le bras d’Hercule à forcé l’Achéron. Rien ne. paraît impossible aux mortels : leur dé- mence attaque le ciel même; et nos crimes ne permettent pas à Jupiter de déposer sa foudre ODE IV. A SEXTIUS. A Ve L'hiver s’adoucit par l’agréable retour du Sous quel aspect la Mort eût-elle pu l’étonner, | printemps et des Zéphyrs ; les machines arra- Lætus intersis populo Quirini ; Neve Le nostris vitiis iniquum Ocior aura < Tollat; hic magnos polius triumphos Hic ames dici Pater atque Princeps: Neu sinas Medos equitare inultos , Te duce, Cæsar. CARMEN I. AD NAVIM VEHENTEM VIRGILIUM ATHENAS. Sic te Diva potens Cypri, Sic fratres Helenæ , lucida sidera , Ventorumque regat pater, _Obstrictis aliis præter lapyga, Navis, quæ tibi creditum Debes Viroilium , finibus Atticis Reddas incolumem, pwecor, EL serves animæ dimidium meæ. [li robur et æs triplex Girca pectus erat, qui fragilem truci Gommisit pelago ratem Primus, nec timuit præcipitem Africum Decertantem Aquilonibus, Nec tristes Hyadas , nec rabiem Noti, Quo non arbiter Hadriæ Major, tollere seu ponere vult freta. Quem mortis timuit gradum, Qui siceis oculis monstra natantia, | | Qui vidit mare turgidum , et Infames scopulos Acroccraunia ? Nequidquam Deus abscidit Prudens Oceano dissociabili Terras, si tamen impiæ Non tangenda rates transiliunt-vada. Audax omnia perpeti Gens humana ruit per vetitum nefas. Audax Japeti genus Ignem fraude mala gentibus intulit. Post ignem ætheria domo Subductum , Macies et nova Febrium Terris incubuit cohors : Semotique prius tarda necessitas Leli corripuit gradum. Expertus vacuum Dædalus aera Pennis non homini datis. Perrupit Acheronta Herculeus labor. Nil mortalibus arduum est : Cœlum ipsum petimus stultitia ; neque Per nostrum patimur scelus Iracunda Jovem ponere fulimina. CARMEN IV. AD L. SEXTIUM, Selvitur acris hiems prata vice veris et Favoni, Trabuntque siccas machinæ carinas; 19 4 “hent les navires au sable du rivage; le trou- peau quitte avec joie son étable, et le labou- reur son foyer; le givre ne blanchit plus les prairies. À la clarté de la lune qui se balance sur l'horizon, Vénus conduit le chœur des Nymphes et des Grâces : leurs pieds lévers frappen. la terre en cadence, tandis que l'ar- dent Vulcain embrase les noirs ateliers des Cyclopes. Mélons à nos cheveux parfumés le myrte vert et les fleurs que les chauds rayons du so- leil font éclore : immolons au dieu Faune, à Pombre des bois sacrés, une jeune brebis, ou, s’Hlaime mieux, un chevreau. La Mort heurte indifféremment à la chau- mière du pauvre et au palais des rois. Heureux Sextius, la vie es courte, et ne nous permet pas un long espoir : bientôt pèsera sur toi la nuit des mânes et des royaumes vides de Plu- ton. Arrivé là, tu ne pourras plus tirer au sort la royauté des festins, ni contempler avec amour le tendre Lycidas, que nos jeunes Romains dé- vorent des yeux, et dont la beauté troublera bientôt le cœur des jeunes filles. ODE V. A PYRRHA. Quel tendre adolescent, couvert de parfums Ac neque jam stabulis gaudet pecus, aut arator Ipnt; Nec prata canis albicant pruinis. Fam Gytherea choros ducit Venus, imminente Luna : Junctæque Nymphis Gratiæ decentes Alterno terram quatiunt pede, dum graves Gyclopum Vulcanus ardens urit-officinas. Nunc decet aut viridi nitidum caput impedire myrto, Aut flore, terræ quem ferunt solutæ. Nunc et in umbrosis Fauno decet immolare lucis, Seu poscat agna, sive malit hædo. Pallida mors æquo pulsat pede pauperum tabernas , Regumque turres. O beate Sexti, Vitæ summa brevis spem nos vetat inchoare longam. Jam te premet nox, fabulæque Manes, Et domus exilis Plutonia : quo simul mearis ; Nee regna vini sortiere talis, Nec tenerum Lycidan mirabere, quo calet juventus Nune omnis, et mox virgines tepebunt, CARMEN V. AD PYRRHAM. Quis mulla gracilis te puer in rosa Perfusus liquidis urget odoribus Grato, Pyrrha , sub antro? Gui flavam relisas comam HORACE. et de roses, te presse, à Pyrrha, sous cette grotte voluptueuse? Est-ce pour lui que tu re- lèves tes blonds cheveux, gracieuse et simple fille ? Ah ! que de larmes lui coûteront la foi tra- hie et son bonheur perdu, quand il verra, tris- tement surpris, les noïrs orages troubler cette mer aujourd hui si calme, où il vogue crédule à tes paroles dorées, heureux de l'espoir que tu seras toujours fidèle, toujours aimante, et sans se douter combien les vents sont trompeurs ! Malheur à ceux que ton éclat perfide a sé- duits ! Pour moi, échappé du naufrage, j'ai sus- pendu au temple de Neptune un tableau votif et mes vêtements humides. ODE VI. A AGRIPPA, C'est à Varius de célébrer ton âme intrépide et tes victoires ; au cygne de la poésie épique, de chanter tout ce que nos armées et nos flottes ont fait de grand sous tes ordres : un Homère seul doit dire tes actions, et la colère de l'in- flexible Achille, et les courses lointaines du rusé Ulysse, et la sanglante maison de Pélops; su- jets trop puissants pour mon faible génie. Ma lyre a peur des combats : la muse qui l'inspire et le respect me défendent de flétrir, Simplex munditiis! Heu, quoties fidem Mutatosque Deos flebit, et aspera Nigris æquora ventis Emirabitur insolens , Qui nunc te fruitur credulus aurea ; Qui semper vacuam, semper armabilem Sperat, nescrus auræ Fallacis! Miseri quibus Intentata nites ! Me tabula sacer Votiva paries indicat uvida Suspendisse potenti Vestimenta maris Deo. CARMEN Vi. AD AGRIPPAM. Scriberis Vario fortis et hostium Victor, Mæonit carminis aliti, Quam rem cumque ferox navibus, aut equis, Miles te duce pesserit. Nos, Agrippa, neque hæc dicere, nec gravem Pelidæ stomachum cedere nescii, Nce cursus duplicis per mare Ülixei, Nec sæyam Pelopis domum Gonamur, tenues grandia : dum pudor, Imbellisque Ivræ Musa potens vetat ODES. en y touchant, les lauriers de César et les tiens. Qui peindra dignement Mars revêtu d’a- cier, Mérion tout poudreux aux champs de - Troie, Diomède, avec l'appui de Pallas, luttant contre les dieux? = Moi, je chante les festins, les combats où la jeune fille menace un amant d’un ongle peu re- doutable; je chante, libre aujourd'hui, amou- reux demain, toujours fidèle à mon humeur lévère. ODE VII. A PEANCUS. D’autres vanteront Mitylène, Rhodes, Éphèse, Corinthe, assise entre deux mers, ‘hèbes,, i- lusirée par Bacchus, Delphes par Arollon, ou ia vallée délicieuse de Tempé. H en est dont l'unique affaire est de chanter dans un hymne éternel la ville de la chaste Pallas et de se parer Je front d'un olivier banal : d'autres, en l'hon- neur de Junon, célèbrent Argos et ses cour- siers, Mycène et ses richesses. Pour moi, l’aus- ière Lacédémone, les fertiles campagnes de Larisse, me touchent moins que la grotte où PAlbunée résonne, les cascades de l’Anio, le Fois sacré de Tibur, et ses jardins arrosés de mobiles ruisseaux. w: Laudes eprepti Cæsaris , et Luas Gulpa deterere ingeni. Quis Martem tunica tectum adamantina Digne scripseri(? aut pulvere Froio Nigram Mérionen ? aut ope Palladis Tydiden Superis parem ? Nos convivia , nos prælia virginum Seclis in juvenes unguibus acrium Cantamus vacui, sive quid urimur Non præter solitum leves, CARMEN VIL. AD MUNATIUM PLANCUM. Laudabunt alit claram Rhodon, aut Mitylenen. Aut Epheson, bimarisve Corinthi Moœnia, vel Baccho Thebas , vel Apolline De!'phos Insignes ; aut Thessala Tempe. Sunt, quibus unum opus est, intactæ Palladis arces Garmine perpetuo celebrare, et Undique decerptam fronti præponere olivam. Plurimus in Junonis honorem Aptum dicit equis Argos , ditesque Mycenas. Me nec tam patiens Lacædemon, Nec tam Larissæ percussit campus opimæ , Quam domus Albuneæ resonantis, & Le Notus n’enfante pas d’éternels orages ; souvent il chasse les nuées dont le ciel est obs- Curci : de même, Ô Plancus, si tu es sage, 1! faut chasser la tristesse et oublier dans le vin les agitations de la vie ; que tu sois retenu sous la tente, au milieu des camps, ou sous les épais ombrages de Tibur. Vois Teucer : obligé de fuir son père et Salamine, il ceint d’un ra- meau de peuplier ses tempes humides de vin : et comme ses Compagnons paraissaient tristes et abattus : « La Fortune sera moins cruelle que mon père, leur dit-il; où elle voudra nous conduire nous irons, mes amis ! Ne désespérez de rien : Teucer est votre chef ; vous êtes sous les aus- pices de Teucér. Apollon l'a promis, croyez- le, nous trouverons sur une terre nouvelle une autre Salamine. Vous avez subi avec moi de plus rudes épreuves : buvons, pour noyer le Chagrin ; demain nous reprendrons nos courses sur la vaste mer.» ODE VIH. A LYDIE. Lydie, au nom de tous les dieux, dis-moi, je l’en conjure, pourquoi, par ton fatal amour, Et præceps Anio , ac-Tiburni lucus, et uda Mobilibus pomaria rivis. Albus ut obseuro deterget nubila cælo Sæpe Notus, neque parturit imbres Perpetuos : sic tu sapiens finire memento Tristitiam vitæque labores: Molli , Plance, mero : seu te fulgentia signis Castra tenent., seu densa tenebit Tiburis umbra tui. Teucer Salamina patremque Quum fugeret, tamen uda Lyæo Tempora populea fertur vinxisse corona , Sic tristes affatus amicos : Quo nos cumque feret melior Fortuna parente, Ibimus , o socii comitesque. Nil desperandum Teucro duce.et auspice Teucro : Certus enim promisit Apollo. Ambiguam tellure nova Salamina futuram. 0 fortes , pejoraque passi Mecum sæpe vii, nune vino pellite curas Cras ingens iterabimus æquor. CARMEN VII, AD LYDIAM. Lydia die, per omnes Te Deos oro, Sybarin eur properas amande 6 HORACE. t’empresser de perdre Sybaris ? Pourquoi fuit- ; toucher à ton vieux vin. Abandonne le reste aux il aujourd’hui le champ de Mars , dont ilbravait | dieux : ils feront tomber les vents qui se com- la poussière et le soleil? Pourquoine le voit- | battent sur une mer orageuse, et la tempête on plus, en habit de guerre, au milieu des | cessera de tourmenter les grands cyprès et les jeunes Romains de son âge, dompter avec le | vieux ormes. mors un coursier gaulois ? El craint les eaux du | | fit chaque jour que le destin t’accorde. Aujour- Tibre, et se garde avec horreur de l’huile des athlètes, comme du venin de la vipère. Où sont les armes pesantes dont il chargeait son bras, le disque, le javelot, qu'il était fier de lancer au delà du but? Pourquoi se tient-il caché, comme autrefois Achille, aux approches des tristes funérailles de Troie, de peur que l’ha- bit de son sexe ne l’entrainât au milieu du çar- nage et des bataillons troyens ? ODE IX. A UN AMI. Vois comme une neige épaisse blanchit la cime élevée du Soracte; les arbres fatigués fléchissent sous le poids desfrimas ; etles eaux, saisies par une âpre gelée, ont suspendu leur cours. un large feu dans ton foyer, et ne crains pas de Perdere? cur apricum Oderit campum , patiens pulveris atque solis? Cur neque militaris Inter æquales equitat ; Gallica nec lupatis Temperat ora renis ? Gur timet flavum Tiberim tangere? cur olivum Sanguine viperino Gautius vitat ? neque jam livida gestat armis Brachia, sæpe disco, Sæpe trans finem jaculo nobilis expelilo? Quid latet, ut marinæ Filium dicunt Thetidis sub lacrimosa Trojæ Funera, ne virilis Gultus in cædem et Lycias proriperet calervas? : CARMEN IX. AD THALIARCHUM. Vides ut alta stet nive candidum Soracle, nec jam sustineant onus Silvæ laborantes, geluque Flumina constiterint acuto. Dissolve frigus, ligna super foco Large reponens ; atque benignius Deprome quadrimum Sabina, O Thaliarche, merum diota. Ne t'inquiète pas du lendemain ; mets à pro- d’hui jeune et beau , tandis que la vieillesse cha- grine est encore loin de toi, ne méprise ni les danses ni les amours : aujourd’hui les prome- nades au Champ-de-Mars et sous les portiques, les mystérieux rendez-vous, le doux murmure des entretiens du soir, le rire charmant qui tra- hit la jeune fille dans le coin obscur où elle se cache , et les gages d'amour ravis à un bras où à une main doucement rebelle. ODE X. À MERCURE. Dieu de l'éloquence, petit-fils d'Atlas, toi qui sus adoucir, par le charme de la parole et des arts, les mœurs farouches des premiers <> | hommes ; je te chante, 6 Mercure, messager de Chasse le froid, cher Thaliarque, fais-nous Olympe, père de la lyre, dieu rusé, dont rien n'arrête les joyeux larcins ! Permitte Divis cetera : qui simul Stravere ventos æquore fervido Depræliantes, nec cupressi, Nee veteres agitantur orni. Quid sit futurum cras, fuge quærere . et Quem Fors dierum eumque dabit, lucro Adpone : nec dulces amores Sperne, puer, neque tu choreas; Done virenti canities abest Morosa. Nunc etcampus, etareæ , Lenesque sub noctem susurri Gomposita repetantur hora : . Nunc et latentis proditor intimo Gratus puellæ risus ab angulo, Pignusque dereptum lacertis, Autdigito male pertinaci. CARMEN X. AD MERCURIUM. Mercuri, facunde nepos Atlantis, Qui feros cultus hominum recentum Voce formasti catus , et decoræ More palestræ: Te canam , magni Jovis et Deorum Nuntium, curvæque Ivræ parentenr, 6 ODES. ei Encore enfant , tu avais dérobé les génisses | à fui: cueille la fleur du jour et ne crois pas W’Apollon: cRends-les-moi!» disait-il d’une voix | au lendemain. menaçante ; tout à coup son carquois disparaît, et le dieu ne put s'empêcher de rire, Sous ta conduite, l'opulent Priam sortit d’Ilion avec ses trésors , et, trompant la vigilance des Atrides, | ODE XII. | traversa les feux thessaliens et le camp ennemi Quel héros, quel demi-dieu va célébrer ta À AUGUSTE. de Troie. lyre ou ta flûte sonore, 6 Clio? Quel dieu dont Tu déposes les âmes pieuses dans les de- | l'écho se plaise à répéter le nom sur les verts meures fortunées, et ta verge d’or rassemble | S0mmets de l’Hélicon ou sur le Pinde, on sur ? o TAN , . l’essaim léger des ombres; ministre aimé de | lHœ@mus couvert de neige, et d'où l'on vit les A x 0 PA 4 5 tous les dieux, au ciel et dans les enfers. forêts descendre à la voix d’Orphée, quand le | fils de Calliope, inspiré par sa mère, suspen- ODE XI | dait les fleuves impétueux., les vents rapides, et que la puissante harmonie de ses accoras animait les chênes ? Suivant l'usage antique, chantons d’abord Ne cherche pas à savoir, malgré les dieux, | Jupiter, le roi des dieux et des hommes, le quel terme ils ont fixé à mes jours et aux tiens, | maitre absolu de la terre et des flots, qui gou- i.Cuconoé; et ne le demande plus aux calculs | verne le monde et le cours varié des saisons: des astrologues. Qu'il vaut bien mieux attendre | rieh n’est au-dessus de lui, rien ne lui res- el se soumettre au sort! Que Jupiter ajoute | semble, rien ne le supplée. Après lui, mais de encore à tes années, ou qu’il borne leur cours | loin, Pallas occupe la première place. | A LEUCONOË. à cet hiver orageux qui fatigue les flots contre | Salut, intrépide Bacchus, et toi, chaste leurs barrières de rochers ; sois sage, filtre tes ! Diane, redoutable aux monstres des forêts, vins, et mesure l'espoir à la courte durée de la | et toi, Phébus, dieu terrible, aux flèches inévi- vie. Tandis que nous parlons, le temps jaloux | tables! Callidum , quidquid placuit, jocoso CARMEN XH. Condere furto. | Te, boves olim nisi reddidisses AD AUGUSTUM. Per delum amotas, RUE minaci Quem virum aut heroa lyra vel aeri Voce dum terret, viduus pharetra Tibia sumes celebrare , Clio ? Rusit Apollo. Quem Deum , cujus recinet jocosa Quin et Atridas , duce te, superbos, Nomen imago , Ilio dives Priamus relicto, Aut in umbrosis Heliconis oris, Thessalosque ignes et iniqua Trojæ Aut super Pindo, gelidove in Hæmo, Gastra fefellit. Unde vocalem temere insecutæ Tu pias lœtis animas reponis Orphea sylvæ , Sedibus , virgaque levem coerces Arte malerna rapidos morantem Aurea {urbam , superis Deorum Fluminum lapsus celeresque ventos, Gratus et imis. Blandum et auritas fidibus canoris Ducere quercus ? CARMEN XI. Quid prius dicam solitis Parents Laudibus ? qui res hominum ac Decrum, Qui mare ac terras, variisque mundum Temperat horis ? AD EEUCONOEN. Tu ne quæsieris , scire nefas, quem mihi, quem tibi Unde nil-majus generatur ipso, Finem Di dederint , Leuconoe ; nec Babylonios Nec viget quidquam simile aut secundum : Tentaris numeros : ut melius, quicquid erit, pali! Proximos illi tamen occupait Seu plures hiemes , seu tribuit Jupiter ultimam , Pallas honores. Quæ nunc oppositis debilitat pumicibus mare Prælis audax, neque te silebo, Tyrrhenum , sapias, vina liques, et spatio Lrevi : Liber; et sævis inimica Virgo Spem longam reseces. Dum loquimur, fugerit invida Belluis ; nec te, metuende certa Æas Garpe diem, quam minimum credula postero. Phæœbe sagitta. n HOBACE. Je veux chanter Alcide et les deux fils de Ï éda : à l'un, la gloire du ceste; à Pautre, celie des coursiers. Dès que leur blanche étoile a brille aux yeux des matelots, l'onde soulevée retombe au pied des rochers, les vents se tai- sent, les nuées fuient, et la vague menaçante rentre, à leur commandement, dans le sein des mers. Chanteraï-je, aprèseux, Romulus, et lerègne paisible de Numa, et l’orgueil brisé de Tarquin, et l'héroïsme de Caton mourant? Mais Répulus, Scaurus, Paul-Émile, noble cœur, qui dédaigna de vivre après la victoire d’Annibal, à vous les chants de gloire et de reconnaissance du poëte ; à vous aussi, Fabricius, Camille, rude et aus- tère Curius , héros formés à la dure école de la pauvreté, sous l’humble 1oit et dans le modeste héritage de vos pères ! Elle croît de jour en jour, comme un jeune arbre par le lent progrès des années, Ja gloire ce Marcellus : lastre des Jules brille entre tous, comme la lune porn les feux que son éclat fait pâlir. Père:et conservateur . genre humain, fils de Saturne, c'est à toi que les destins ont confié Dicam et Alciden , puerosque Ledæ, Hunc equis, illum superare pugnis Nobilem : quorum simul alba nautis Stella refulsit, Defluit saxis agitatus humor ; Goncidunt venti, fugiuntque nubes ; Et minax, nam sic voluere, ponto Unda recumbit. Romulum post hos prius, an quietum Pompili regnum memorem, an superbos Tarquini fasces, dubito , an Gatonis ee Nobile letrnr = Regulum, et Scauros, animæque magnæ Prodigum Paullum ; superante Pœno, Gratus insigni referam Camena, Fabriciumque. Hune, etincomtis Gurium capillis Utilem bello tulit, et Camillum , Saæva pauperlas et avitus apto Gum lare fundus. Grescit ; oceulto velut arbor ævo, Fama Marcelli : micat inter omnes Julium sidus, velut inter ignes Luna minores. Gentis humanæ pater atque custos ; : Orte Saturno, tibi cura magni Gesaris fatis data, tu secundo Gæsare reones. Ille , seu Parthos Latio immipenles ? la grandeur de César : que César soït ton se- cond sur la terre! Quand il aura dompté le Parthe qui ose menacer l'Italie, et le Scythe, et l’Indien, voisins des lieux où naït l’Aurore, soumis à toi seul, que ses lois fassent le bon- heur du monde : toi, sur ton char tonnant, tu ébranleras lOlympe, et tu lanceras contre l'impie tes foudres vengeurs! ODE XIIL. A LYDIE. Ah! Lydie, cesse de louer devant moi Téle- phe au cou de rose, Télèphe au bras d'ivoire! Je sens alors la colère #rondéer dans mon cœur ; mon esprit se trouble ; je rougis, je pälis; une larme furtive roule sur ma joue et trahit les feux secrets dont je suis lentement dévoré. O douleur! quand je vois tes blanches épaules honteusement meurtries par lui, dans la colère de l'ivresse; tes lèvres, où sa dent à imprimé des mar ‘ques cruelles de son amour ! Non,situ veux m'écouter, ne te fie pas au bar bare dont -les baisers déchirent cetie bouche délicieuse, où Vénus a répandu ses plus doux parfums, Egerit justo domitos triumpho, Sive subjectos Orientis oræ Seras et Indos, … Te minor latum reget æquus orbem : Tu gravi curru quaties Olympum ; Tu parum castlis inimica mittes Fulmina lucis. 7 - CARMEN XHL AD LYDIAM. Cum tu , Lydia, Telephi Cervicem roseam , cerea Telephi Laudas brachia, væ ! meum Fervens difficili bile tumet jecur. Tunc nec mens mihi, neccolor Gerta sede manet: humor et in penas Furtim labitur, arguens Quam lentis penitus macerer ignibus. Üror, seu tib1 candidos Turparunt humeros immodicæ mero Rixæ ; sive puèr furens Impressit memorem dente labris nolain, Non , si me satis audias. - Speres perpetuum , dulcia barbare Lædentem oscula, quæ Venus Quinta parle sui nectaris imbuit. Felices ter et amplius, 47: ODES. 9 Heureux, trois fois heureux. ceux qu'unit un lien indissoluble, que de tristes querelles n'ar- rachent pas l'un à l'autre, et que la mort seule vient trop tôt séparer ! ODE XIV. A LA RÉPUBLIQUE. O vaisseau ! de nouveaux orages vont te re- porter sur les mers. Ah! que fais-tu? Demeure fortement attaché au port. Ne vois-tu pas tes flancs dépouillés de rames, ton mât demi-brisé par le vent, tes antennes qui gémissent? Sans cordages, pourras-tu soutenir l'effort redoublé des vagues ? Pas une de tes voiles qui ne soit en lambeaux ; pas un dieu que tu puisses invoquer dans une nouvelle détresse! Jadis pin alter, noble fils des forêts, ne vante pas une vaine origine et un vain nom: les peintures de Ja poupe ne rassurent point le pilote effrayé. Si tu ne veux étre. le jouet des vents, prends } garde! O toi, objet naguère de ma douleur in- quiète, aujourd’ hui de mes vœux et de mes soucis , évite les brillants récifs des Cyclades! Quos irrupta tenet copula, nec malis Divulsus querimoniis Suprema citius solvet amor die ! CARMEN XIV. AD REMPUBLICAM. O avis, referent in mare te novi Fluctus ? O quid agis ? fortiter occupa Portum. Nonne vides, ut Nudum remipio latus , Et malus celeri saucius Africo Antennæque gemant? ac sine funibus Vix durare carinæ Possint imperiosius Æquor ? Non tibi sunt integra lintea , Non Di, quositerum pressa voces malo ; Quamvis Pontica pinus, Silvæ filia nobilis , Jactes et genus, et nomen inutile. Nil pictis timidus navila puppibus Fidit, Tu, nisi ventis Debes ludibrium , cave. Nuper sollicitum quæ mihi twdium , Nunc desiderium curaque non levis, Interfusa nitentes Vites æquora Gycladas, ODE XV. PRÉDICTION DE NÉRÉE. L’hôte perfide de Ménélas, le ravisseur d'Hé- lène, la traînait avec lui de mers en mers, quand Nérée fit peser sur les vents un fatal re- pos, pour annoncer les terribles secrets de l'avenir. « Malheur à toi! celle que tu conduis à lion, toute la Grèce en armes viendra la redeman- der,‘après avoir juré de briser des nœuds im- pies et le sceptre antique de Priam. Dieux ! quels flots de sueur inondent les combattants et les coursiers ! Quel vent de mort tu soulèves contre fa race de Bardanus! Déjà Pallas ap- prête son casque, son égide, son char et sa fu- leur. » En vain, fier de l'appui de Vénus , (U par- fumeras ta chevelure, tu charmeras les femmes par tes chants voluptueux et les lâches accords de ta lyre : en vain, couché dans les bras d'Hé- lène, tu fuiras les T javelots , les flèches du Grétois, le bruit des batailles, et la pour- suite impétueuse d’Ajax : un jour, mais trop tard, hélas! tu traîneras dans la"poussière et dans Je sang tes cheveux adultères. » Ne vois-tu pas derrière toi Ulysse, le CARMEN XV. NEREI VATICINIUM DE EXCIDIO TROJÆ. Pastor quum fraheret per freta navibus Idæis Helenen perfidus hospilan s Ingrato celeres obruit otio Ventos, ut caneret fera Nereus fata. « Mala ducis avi domum, Quam multo repetet Græcia milite Conjurata tuas rumpere nuptias, Etregnum Priami vetus. Eheu , quantus equis, quantus adest viris Sudor! quanta moves funera Dardanæ Gentil! Jam galeam Pallas et æpida Currusque et rabiem parat. Nequidquam, Veneris præsidio ferox , Pectes cæsariem , grataque feminis Imbelli cithara carmina divides Nequidquam thalamo graves Hastas , et calami spicula Gnossii Vitabis , strepitumque, et celerem sequi Ajacem; tamen , heu! serus adulieros Crines pulvere collines. Non Laertiaden , exitium tuæ Gentis; non Pylium Nestora respicis? Urgent impavidi te Salaminius 9 WI 10 HORACE. fléau de ta patrie? Ne vois-tu pas Nestor qui te presse, et l'intrépide Teucer, et Sthénélus, aussi brave qu'habile à diriger un char? Tu connaîtras aussi Mérion. Mais voici le fils de Tydée, plus terrible encore que son père, qui brüle de t’attemdre! Et toi, comme le cerf ou- blie le pâturage pour fuir le loup qu'il aperçoit au Join dans le vallon, tu fuis haletant, éperdu. Est-ce là ce que tu avais promis à ton Hé- lène ? » La colère d'Achille reculera le jour fatal à Mion et aux Troyennes.: mais les temps sont marqués ; encore quelques hivers, et le feu des Grecs dévorera les palais de Pergame, » ODE XVI. PALINODIE. O toi, d'une mère si belle, fille plus belle encore , je t'abandonne mes coupables iambes : ordonne, et qu'ils .soient consumés par la flamme, ou enseyelis dans les flots. Non, Cybèle, non, dans leurs sanctuaires , | Bacchus et Apollon n’agitent pas le cœur du prêtre mspiré, comme la sombre colère; elle secoue l'âme, telle que les coups redoublés du Teucer ; te Sthenelus sciens Pugnæ, sive opus est imperitare equis, Non auriga piger. Merionen quoque Nosces. Ecce furit te reperire atrox Tydides, melior patre : Quem tu, cervus uti vallis in altera Visum parte lupum graminis immemor, Sublini fugies mollis anhelitu : Non hoc pollicitus tuæ. Iracunda diem proferet Kio Matronisque Phrygum classis Achillei : Post certas hiemes uret Achaicus Ignis Pergameas domos. CARMEN XVI. PALINODIA. O matre pulera filia pulerior, Quem criminosis cunque voles modum Pones iambis ; sive flamma : Sive mari libet Hadriano. Non Dindymene , non adytis qualit Mentem sacerdotum incola Pythius, Non Liber æque, non acnta Sic geminant Corybantes æra $ Tristes ut iræ : quas neque Norieus corybante sur l’airain sonore : rien ne l'inu mide, ni le fer, ni la flamme, ni la mer féconde en naufrages, ni Jupiter lui-même avec les ter- ribles éclats de son tonnerre. On dit que Pro- méthée , forcé d'ajouter au limon primitif une parcelle de chacun des animaux , mit dans notre sein l'aveugle furie du lion. La colère préci- pita Thyeste dans un abime de malheurs: c'est par elle que tant de villes superbes ont péri, et que le vainqueur fit passer sur leurs murs le soc insolent de la charrue. Apaise ton âme irritée : moi aussi, au temps heureux de la jeunesse, je connus cette fièvre, et je fus entraîné dans mon délire à de san- glants iambes. Aujourd'hui je veux faire succé- der la paix à la guerre : ces vers injurieux, je les rétracte; mais rends-moi ton cœur, et re- deviens mon amie, ODE XVITF. A TYNDARIS. Souvent le léger Faune abandonne le mont Lycée pour le riant séjour de Eucrétile; ïl vient défendre mes chèvres des vents pluvieux et des ardeurs de l'été. La compagne vaga- e Deterret ensis, nec mare naufragum, Nec sœvus ignis,, nec tremendo Jupiter ipse ruens tumuliu. Fertur Prometheus , addere principi Limo coactus particulam undique Desectam, et insani leonis … Vim stomacho apposuisse nostro. Iræ Thyesten exitio pravi Stravere, et altis urbibus ulümæ Stetere causæ , cur perirent Funditus , imprimeretque muris - Hostile aratrum exercitus insolens. Gompesce mentem : me quoque pectoris Tentavit in dulei juventa Fervor, et in celeres iambos Misit furentem : nunc ego mitibus Mutare quæro tristia, dum mihi Fias recantatis amica Opprobriis, animumque reddas. CARMEN XVI. AD TYNDARIDEM. Velox amœænum sæpe Lucretilem Mutat Lycæo Faunus, et igneam Defendit æstatem capellis. Usque meis pluviosque ventos. ODES. ODE. XXXII. À SA LYRE. Écoute... si jamais, dans mes loisirs, j'ai joué avec toi sous l'ombrage, fais entendre, ô ma lyre, un chant romain qui vive plus d’un jour ! Tes cordes ont frémi d’abord sous les doigts d’Alcée ; dans les camps, au milieu des armes, sur son vaisseau battu par la tempête, il chantait Bacchus et les Muses, Vénus et l’en- fant qui l'accompagnetoujours, Lycus aux yeux noirs et à la noire chevelure. O lyre, gloire d'Apollon, toi, dont la douce harmonie charme les banquets de Jupiter et les douleurs de homme, réponds à ma voix pieuse qui t’ap- pelle! ODE XXXHI. À TIBULLE. Ne sois pas si triste, Albius, au souvenir des rigueurs de Glycère. Faut-il Soupirer d’éter- nelles élégies, parce qu'un plus jeune t'a éclipsé aux yeux de l'infidèle? La charmante Eycoris brûle pour Cyrus; Cyrus l'évite et penche vers Pholoé quile repousse; on verra plutôt la che- CARMEN XXXII. AD LYRAM. Poscimur : si quid vacui sub umbra Lusimus tecum, quod et hune in annum Vivat, et plures, age, die latinum : Barbite, cormen, Lesbio primum modulate civi — Qui ferox bello, tamen inter arma , Sive jactatam religarat udo Litiore navim, - Liberum et Musas, Veneremque, et illi Semper hærentem puerum canebat, Et Lycum , nigris oculis nigroque Crine decorum., 0 decus Phœbi, et dapibns supremi Grata lestudo Jovis, o laborum Dulce lenimen, mihi cunque salve_ Rite vocanti. CARMEN XXXHII. AD ALBIUM TIBULLUM. AÏbi , ne doleas plus nimio, memor Immitis Glyceræ, neu miserabiles Decantes elegos , cur tibi junior Læsa præniteat fide. Insignem tenui fronte Lycorida Gyri torret amor » Gyrus in asperam 17 vre unie au loup que Pholoé à cet indigne amant. Vénus, dans ses jeux cruels, se plait à retenir sous un joug d’airain les cœurs et les esprits les plus divers. Ainsi, quand on m’of- frait un amour digne de moi, je chérissais les chaines de l’affranchie Mvyrtale , plus irritable que les flots de l'Adriatique creusant les golfes de la Calabre. ODE XXXIY. PALINODIE, Égaré dans les voies d’une folle sagesse, je népligeais les dieux et j'évitais leurs autels : au- jourd’hui forcé de tourner ma voile, jereprents la route que j'avais abandonnée. Car j'ai vu Ju- piter, dont les feux n’étincellent jamais qu'à tra- vers les nuages, pousser dans un ciel pur son char aïlé et ses coursiers tonnants. La masse de la terre, les fleuves errants, le Styx, l’horrible séjour de l’odieux Ténare , l’Atlas qui borne le monde, én ont tressailli. Les dieux élèvent ce qui rampe, abaissent ce qui s'élève, changent l'obscurité en gloire : voyez la Fortune arracher avec un Cri terrible cette couronne qu'elle va poser en se jouant sur une autre tête. Peclinat Pholoen ; sed prius Appulis Jungentur capreæ lupis, Quam turpi Pholoe peccet adultero. Sic visum Veneri : cui placet impares Formas atque animos sub juga ahenea Sævo mittere cum joco. Ipsum me melior quum peteret Venus Grata detinuit compede Myrtale Libertina, fretis acrior Hadriæ Curvantis Galabros sinus. ? CARMEN XXXIV. Parcus Deorum cultor et infrequens , Jnsanientis dum sapientiæ Gonsultus erro, nunc retrorsum Vela dare , atque iterare cursus Cogor relictos : namque Diespiler Igni corusco nubila dividens Plerumque, per purum tonantes Egit equos volucremque CUrrUM, Quo bruta tellus, et vaga flumina, Quo Styx, et invisi borrida Tænari Sedes, Atlanteusque finis Concutitur. Valet ima summis Mutare , et insignem attenuat Deus , Obscura promens : hine apicem rapaz Fortuna cum stridere acuto Sustulit, hie posuisse gaudet, 56 : 3 48 ODE XXXV. A LA FORTUNE. (à) doc qui aimes et protéges Antium, toi dont la main peut élever sur le trône le dernier des mortels, ou changer en funérailles d’or- gueilleux triomphes , c’est toi que le pauvre la- boureur assiége de ses vœux inquiets ; toi, sou- veraine des mers, qu'implore le matelot quiose défier l'abîme ; toi que redoutent et le Dace in- dompté, et le Scythe nomade, et les villes , et le$ peuples , et le fier habitant du Latium, et les mères des rois barbares, et les tyrans sous la pourpre : ils tremblent que ton pied dédaigneux ne fasse écrouler l'édifice de leur grandeur, qu'un peuple révolté ne coure aux armes, n'appelle aux armes les citoyens trop long- temps paisibles , et ne brise leur pouvoir. Devant toi marche l'inexorable Nécessité, dont les mains de bronze portent les énormes clous , les coins de la torture, le croc terrible et le Blob fondu. L'Espérance te suit ; et, COu- verte d’un voile blanc, la Fidélité si rare ose t'accompagner lorsque, _dans ta colère, tu dé- sertes sous des vêtements funèbres le seuil des puissants. Mais la courtisane parjure etle vul- gare infidèle se retirent, les faux amis s’écou- GARMEN XXXV, AD FORTUNAM. O Diva, gratum queæ regis Antium, Præsens vel imo tollere de gradu Mortale corpus , vel superbos Vertere funeribus triumphos : Te pauper ambit sollicita prece Ruris colonus; te dominam æquoris, Daue Bithyna lacessit Carpathium pelagus carina. Te Dacus asper, te profugi Scythæ. : Urbesque , gentesque, et Latium ferox, Repumque matres barbarorun, et Purpurei metuunt {yranni, Injurioso ne pede proruas Stantem columnam , neu populus frequens Ad arma be ad arma Goncitet , imperiumque frangat. Te semper anteit sæva Necessitas, Clavos trabales et cuneos manu Gestans 2hena; nec severus Uncus abest, liquidumque plumbum. Te Spes et albo rara Fides colit Velata panno : nec comitem abnegat, Utcunque mutata potentes Veste domos inimica linquis. At vulgus infidum et meretrix retro HORACE. lent, quand les tonneaux sont vidés jusqu'à la lie, et ils se gardent bien de partager le joug du malheur. César va marcher contre les Bretons , aux extrémités du monde; veille sur lui, veille sur ce jeune essaim de guerriers qui doit faire trembler Orient et la Mer Rouge. Hélas ! nous voudrions cacher le sang de nos frères et nos honteuses blessures! O siècle de fer! devant quel crime as-tu reculé ? que n’a pas violé ta fu- reur impie? De quel sacrilége la crainte des dieux a-t-elle détourné la main des soldats? Quel autelont-ils épargné? O Fortune, retrempe nos plaives émoussés, mais qu'ils se tournent contre les Parthes et les Arabes. ODE XXXVI, SUR LE RETOUR DE NUMIDA. Je veux offrir de l’encens-et des vers, je veux immoler la victime promise aux dieux protec- teurs de Numida. Il est revenu sain et sauf du fond de l'Hespérie; le voilà qui prodigue ses embrassements à ses amis, et surtout àson cher Lamia : il n’oublie pas qu'ils ont passé leur en- fance sous un même souverneur, et qu'ils ont pris ensemble la robe virile. Perjura cedit : diffugiunt cadis Cum face siccatis amici Ferre jugum pariter dolosi. Serves iturum Gæsarem in ultimos Orbis Britannos , et juvenum recens Examen Eois timendum Partibus, Oceanoque rubro. Eheu . et sceleris pudet : Fratrumque ! Quid nos, dura, refugimus as ? quid na D Liquimus? unde manum juventus Metu Deorum continuit? quibus Pepercit aris? O utinam nova Incude diffinpas retusumin Massagetas Arabasque ferrumi CARMEN XXXVL. AD PLOTIOM NUMIDAM. Et ture et fidibus juvat Piacare et vituli sanguine debito Custodes Numidæ Deos, Qui nunc, Hesperia sospes die ultma Cane multa sodalibus . : Nulli plura tamen,, dividit-oscula Quam dulei e - memoôr Aclæ non alio-rege puertiæ, Mutatæque simul topæ. 2) ODES. 19 . Marquons ce jour parmi les jours heureux ; qu'on n'épargne pas les amphores ; comme des Saliens , ne laissons point de repos à nos pieds. Avec sa coupe de Thrace, que l’intrépide Dama- lis défie Bassus, et que Bassus lui tienne téte. Des roses, de l’ache toujours verte, des lis éphémères ! Tous les regards humides de vo- lupté reposent sur Damalis ; ses bras S’entrela- cent autour de Numida plus étroitement que le lierre amoureux ; rien ne pourrait l'en séparer. ODE XXX VII. À SES AMIS, retombe dans une réalité pleine de ierreurs ; elle fuit, elle vole loin de Plialie, et César la presse sur Îes mers comme lépervier une fai- ble colombe, ou comme le rapide chasseur un lièvre à travers les neiges dela Thessalie : César veut enchainer ce monstre fatal. Mais, jalouse d’une plus noble fin, elle voitle glaive sans pâlir; elle ne gagne point à force de voiles un rivage inconnu: le front serein ; elle ose visiter son palais en deuil ; elle ose ma- nier d’affreux reptiles, et en faire couler le noir poison dans ses veines ; plus fière que jamais de mourir libre, reine détrônée et toujours su- perbe, elle défie nos vaisseaux de l'emmener pour lorgueilleux triomphe qui se prépare. ODE XXXVIII. À SON ESCLAVE, Esclave, je hais les apprêts fastueux des Per- éure ses ; les courorines enjacées de 1illeul me déplai- espérances et l'enivrement de sa fortune, avec sent; épargné-toi de chercher où se trouve en- un infâme troupeau d'esclaves flétris et mutil és, | Core la rose tardive, et que ton zèle inutile rêvait follement la chute du Capitole et les fu- _n'ajoute rien au simple myrte. Le myrte sied nérailles delem ire, Rêve détruitavec sa flotte! bien à ton front quand tu remplis ma coupe, Elle voit à peine un seul de ses vaisseaux échap- | et au mien, quand je bois sous l'ombrage épais per aux flammes; son âme, exallée par le vin, | de ma treille. C'est maintenant qu'il faut boire, amis ; maintenant qu'il faut d'un pied joyeux frapper la terre, maintenant qu'il faut couvrir de mets . Splendides les tables consacrées aux dieux. Na- guère on n'osoil lirer le vieux Cécube du cellier paternel, quand une reine, dans le délire de ses Cressa ne careat pulcra dies nota : | Neu promtæ modus amphoræ, | Neu morem in Salium sit requies pedum : Neu multi Damalis meri Bassum Threicia vincat amystide :: Neu desint epulis rosæ, Neu visax apium , neu breve lilium. Onines in Damalin putres Deponent oculos: nee Damaïis novo Divelletur adultero, Laseivis hederis ambitiosior. Gæsar, ab Italia solantem Bemis adurgens ; accipiter velut Molles columbas, aut leporem citus -Venator in campis nivalis Hæmoniæ ; daret ut catenis Fatale MOonstrum : quæ generosius Perire quærens , nec muliebriter Expavit ensem , nec latentes Classe cita reparavit oras. Ausa et jacentem viscre QUARU Vultu sereno , fortis et asperas CARMEN XXXVIE. Traclare serpentes , ut atrtum AD SODALES. Gorpore combiberet renenum ; Deliberata morte ferocior ; Sœvis Liburnis scilicet invidens Privata deducisuperbo Nor bumilismulier triumpho. Nunc est bibendum , nune pede libero Pulsanda tellus ; nune Saliaribus > Ornare pulvinar Deorum Tempus erat dapibus, Sodates. Antehac nefas depromere Cæcubuin CARMEN XXXVIH. Gellis avitis, duim Capitolio Re ee AD PUERCNM. Regina dementes ruinas, Funus et Tmperio parabat : Persicos odi , puer, adparatus ; Gontaminato cum grese turpium Displicent nexæ philyra Coronæ ; Morbo virorum , quidlibet impotens Sperare, fortunaque dulci Ebria : sed minuit furorem Mitte sectari, rosa quo locorum Sera moretur. Simplici myrto nihil adlabores Vix una sospes navis ab ignibus: Sedulus curæ ; neque Le ministrum Mentemque Iymphataim Mareotico Dedecet myrtus, neque ine sub arta Redegit in verostimores Vite bibentem. 8 RE EU RE 20 HORACE. SOCHOSO000000000090999088000000060006098889888 LIVRE DEUXIÈME. ODE i. À POLLION, Tu veux raconter les troubles civils que vit naître le consulat de Métellus., les causes, les ue les vicissitudes de la guerre, les Poux. de. Ja Fortune, les funestes amitiés des che. nos armes teintes d’un sang qui n'est pas encore expié : périlleux sujets, où tu mar- | ches sur des feux recouverts d'une cendre trompeuse | Que ta sombre Melpomène se {aise un mo- ment sur nos théâtres ; et, quand tu auras tracé le tableau des malheurs publics, reprends avec le cothurne athénien tes chants sublimes, Ô Pollion ! noble appui de l'accusé en deuil, oracle du sénat, toi que la Dalmatie vaincue a cou- ronné d’un immortel laurier. CARMEN L.. AD ASINIOM POLLIONENT. = Motum ex Metello coule civicum., Bellique causas, et vitia et modos Ludumque Kortané our. Principum amicitias , et arma Nondum expiatis uncta cruoribus, Periculosæ plenum opus aleæ, Tractas, et incedis per ignes Suppositos cineri doloso: Paullum severæ Musa tragædiæ Desit theatris : mox, ubi publicas Res ordinaris, grande munus Gecropio repetes cothurno, Insigne mæstis præsidium reis, Et consulenti Pollio curiæ, Gui laurus æternos honores Dalmatico peperit triumpho. Déjà mes oreilles frémissent du son mena- çant de la trompette; déjà les clairons réson- nent ; déjà l'éclat des armes effraie le coursier qui veut fuir, et fait par le cavalier. J'entends la voix de ces srands capitaines, souillés d’une glorieuse poussière ; je vois tout l'univers sou- mis , excepté l’âme imflexible de Caton. Junon et tous les dieux amis de PAfrique, qui étaient sortis impuissants de leur terre non vengée, y ont ramené les petits-fils des vain- queurs pour les immoler aux mânes de J ugur- tha, Quelle plaine , engraissée du sang romain, n'atieste, par ses tombeaux, nos guerres im- pies, et la ruine de l’Oceident qui a retenti jusque chez les Mèdes ? Quel abîme, quel fleuve, ignorent nos lugubres combats? Quelle mer n’a pas été rougie de notre sang ? Quelle terre ne s’en est pas abreuvée? - Jam nunc minaci murmure cornuum Perstringis aures : jam litui strepunt : Jam fulgor armorum fugaces Terret equos equitumque vultus. Audire magnos jam videor duces Non indecoro pulyere sordidos ,… Et cuncta terrarum subacta Præter atrocem-animum Catonis. Juno et Deorum quisquis amicior Afris inulla cesseratimpotens … Tellure , victorum nepotes Rettulit inferias Jugurthæ. Quis non Latino sanguine pinguior Campus sepulcris impia prælia Testatur, auditumque Medis Hesperiæ sonitum ruinæ? Qui gurges, aut quæ flumina lugubris Ignara belli ? quod mare Dauniæ Non decoloravere cædes ? Quæ caret ora cruore nostro? ODES. 21 Mais où vas-tu, Muse téméraire? Ne quitte pas les jeux pour les bymnes funèbres du vieil- lard de Céos; viens avec moi, sous une grotte voluptueuse, essayer de plus doux accords. ODE I. À SALLUSTE. Cher Salluste, ennemi des trésors enfouis dans une terre avare, tu le sais, l'argent n’a par lui-même aucun éclat : un sage emploi en fait tout le prix. L'avenir saura que Proculéius eut pour ses frères un cœur paternel; son nom vivra d'âge en âge, et la Renommée le portera sur son aile infatisable. Commande à tes désirs, et ton empire sera plus vaste que si tu joignois la Libye au rivage lointain de Gadès, que si les deux Carthages étaient soumises à tes lois. Cruel à lui-même, lhydropique irrite son mal en le flattant; la soif le dévore tant qu il en nourrit le principe ES dans ses veines, et que l'humeur BONNE son Corps languissant ét pâle. . Phraate est remonté sur le trône de Cyrus; mais la vertu, qui dément la foule, le retranche dunombre des heureux : elle réforme lelangage Sed ne , relictis, us: procax > Jocis ; Ceæ a Hu nœnix ? Mecum Dionæo sub antro CARMEN HE. AD CRISPUM SALLUSTIUM. Nullus argento color estavaris Abdito terris, inimice lamnæ, Grispe Sallueti > Disi temperato Splendeat usu. Vivet extento Proculeius ævo Notus in fratres animi paterni : Ilum aget penna metuente solvi Fama superstes. Latius regnes ayidum domando. Spiritum , quam si Libyam remotis Gadibus jungas,, et uterque Pœnus Serviat uni. Grescit indulgens sibi dirus Lydrops, Nec sitim pellit, nisi causa morbi Fugerit venis, et aquosus albo Corpoie languor. Redditum Gyri solio Phraaten Dissidens plebi numero beatorum Eximit Virtus, populumque falsis Dedocet uti menteur du vulgaire; elle assure fe sceptre, le diadème et la vraie gloire à celui-là seul qui voit d’un ceil impassible des monceaux d’or. ODE NT. A DELLIUS, Souviens-toi de conserver dans les revers une àme toujours égale, et, dans la prospérité , ne t’enivre pas d’un fol orgueil, à Dellius ! Tu dois mourir, que ta vie se soit écoulée dans la tristesse, ou que, les jours de fête, couché à écart sur le gazon, tu aies trouvé le bonheur au fond d’une coupe de vieux Falerne. Où le pin élancé et le pâle peuplier aiment à marier leur ombre hospitalière ; où l'onde fugi- tive, pressée dans un lit sinueux, s’échappe avec un doux murmure, fais apporter le vin, les parfums, les roses si tôt flétries, tandis que {a fortune, ton âge et le noir fuseau des trois Sœurs le permettent encore, - Il faudra quitter ces parcs immenses, Ce pa- laïs , Cette maison de campagne que baignent les eaux dorées du Tibre ; il faudra les quitter, et ces richesses accumulées seront la proie d’un héritier. Riche ou pauvre, et sans autre abri Vocibus ; regnum et diadema tutum Deferens uni propriamque laurum, Quisquis ingentes oculo irretorto sue acer vos. CARMEN ire AD 0. DELLIUM. IEquam memento rebus in arduis Servare mentem , non secus in bonis Ab insolenti temperatam Lætitia, moriture Delli, Seu mæstus omni tempore vixeris, Seu te in remoto gramine per dies Festos reclinatum bearis Interiore nota Falerni. Qua pinusingens albaque populus Umbram hespitalem consociare amant Ramis, et obliquo laborat Lympha fupax trepidare rivo, Huc vina, et unguenta, et nimium brevis Flores amænos ferre jube rosæ, Dum res et ætas et Sororum Fila trium patiuntur atra, Cedes coemtis saltibus et domo, Villaque , flavus quam Tiberis lavit; Cedes , et exstructis in altum : Divitiis polietur hæres. 20 2 que le ciel ; issu de l'antique Inachus, ou du dernier des citoyens, peu importe | victimes dé- vouges à l'inexorable Pluton, la Mort nous chasse tous vers le même abîme : le sort de tous est agité dans son urne; tôt ou tard il doit en sortir, et nous embarquer pour l'éter- nel exil. = ODE IV. À XANTHIAS. Ne rougis pas d'aimer ton esclave , Ô Xan- thias! on a vu la blanche Briséis toucher le cœur de linflexible Achille ; Tecmesse , la cap- tive d’Ajax, séduire son maître par sa beauté ; Atride , au milieu de son triomphe, brûler pour une vierge prisonnière, quand les bataillons barbares furent tombés sous les coups victo- rieux d'Achille, et que le trépas d’ffector eut rendu plus facile aux Grecs fatigués la ruine d’Ilion. Sais-tu si la blonde Phyllis n’a pas de nobles parents qui seraient l'orgueil de leur gendre? Sans doute, elle pleure une naissance royale et la rigueur de ses dieux. Non, celle que tu aimes n’est pas d'un sang avili : si fidèle, si Divesne prisco natus ab Inacho, Nilinterest, an pauperet infima De gente sub divo moreris, Victima nil miserantis Orci. Omnes eodem cogimur : omniun Versatur urna serius ocius Sors exitura, et nos in æternum Exsilium impositura cÿmbæ. - CARMEN 1. AD XANTHIAM PHOCEUM. Ne sit ancille tibi amor pudori, Xanthia Phoceu ! Prius insolentem Serva Briseis niveo colore Movit Achillem : Movit À jacem Telamone natum Forma captivæ dominum Tecmessæ : Arsit Atrides medioin triumpho Virgine rap{a, Barbaræ postquam cecidere turmæ Thessalo victore, et ademtus Hector Tradidit fessis leviora {olli Pergama Graïis. Nescias, an te generum beat: Phyllidis flavæ decorent parents : Repium certe genuset Penates Moæret iniquos. Crede non illam tib1 de-scelesta HORACE. | désintéressée, elle n'a pu naître d’une mère | dont elle aurait à rougir. Si je loue ses bras, son visage et sa jambe | faite au tour, mon cœur n'yest pour rien; ne va pas soupçonner un ami dont le Temps s’est hâté de clore le huitième lustre. ODE V. - À UN AMI. ‘Fa génisse n’est pas encore en état de plover sa tête sous le joug, de partager les travaux d’une compagne, et de soutenir le choc amou- reux du taureau. Sa pensée ne dépasse point le vert pâturage ; tout son bonheur est de sou- lager dans les eaux du fleuve la chaleur qui laccable, et de jouer sous les saules humides avec les enfants du troupeau. Ne cueille pas là grappe encore verte; at- tends , l’automne va la mürir et nuancer le noir raisin de sa couleur de pourpre. Bientôt Lalagée te cherchera d'elle-même, car le Temps court malgré nous et lui apporte les années qu’il te ravit dans sa fuite. Bientôt, d’un œil moins timide, elle provoquera l'amour, plus chérie que ne le furent jamais Chloris et la Plebe dilectam ; neque sic fidelem., Sic lucro aversam , potuisse nasci Matre pudenda. Brachia et vultum teretesque suras - Integer laudo : fupe suspicari, Gujus octavumtrepidavit ætas = Chaudere lustruns. CARMEN V. Nondum subacta ferre jugum valet Cervice, nondum munia comparis = Æquare, nectauri ruentis In Venerem tolerare pondus; Girca virentes est animus tuæ Campos juvencæ , ounc fluviis pravem Solantis æstum, nuncin udo Ludere cum vitulis salieto Prægestientis. Tolle cupidinem Emmitis uvæ : jam tibi lividos Distinguet Aucturnus racemos : Purpuréo varius colore. Jam te sequetur; currit enim ferox Ætas; etili, quos tibi démserit, Adponet annos : jam proterva Fronte petet Lalage maritum Pilecta, quantum non Pholoe fugax, 47 ODES. 2 coquette Pholoé; plus blanche que les purs et | | teaux d’Aulon, chers à Bacchus, n’oht rien à doux rayons de la lune sur le miroir des eaux ; | envier aux raisins de Falerne. plus belle que le beau Gygès, dont la cheve- | Viens avec moi; ces beaux lieux , ces beu- Jure flottante et les traits délicats, au milieu | reuses collines nous appellent : à, un jour, tu d'un chœur de jeunes filles, trompent les | arroseras de larmes la cendre chaude encore yeux les plus clairvoyants. du poëte qui fut ton ami. ODE VI. | ODE VIL IME. 5 À SEPTIME A POMPÉE. ‘Toi qui me suivrais aux colonnes d'Hercule, | chez le Cantabre indocile au joug des Romains, | Sous les étendards de Brutus, nous avons vu au milieu des Syrtes barbares où bouillonne | Souvent la mort de bien près, cher Pompée; sans cesse l'onde africaine, cher Septime, | mais enfin te voilà rendu, citoyen paisible, au fassent les dieux que F ibur, cette colonie | foyer de tes pères et au beau ciel de Fftalie. d'Argos, soit l'asile de ma vieillesse, le térmé | Que de fois, ô mon premier ami, nous avons de mes fatigues, et sur terre, et sur mér, et | trompé l'ennui d'un long jour, la coupe en dans les camps! : main, les cheveux luisantdes parfums de Syrie, Si les Parques ennemies m'en loignent, et la tête couronnée de fleurs ! Nous étions en- j'irai sur les bords du Galèse, fleuve aimé des | semble à Philippes; et je l'avoue à ma honte, brebis à la riche toison; j'irai dans les cam- | Pour mieux fuir, je laissai là mon bouclier, pagnes où régnait le lacédémonien Phalanthe. | quand la valeur fut écrasée, etque nos braves Aucun lieu | au monde ne me sourit comme ce | eurent mordu la poussière. À travers les enne- coin de terre, où le miel ne le cède pas à celni | Mis, Mercure m’enleva tout tremblant dans un de l'Hymette, où la verte olive le dispute à épais nuage ; el toi, ressaisi par le flot des celle de Vénafre, où le ciel envoie de tièdes hi- | guerres civiles , tu fus entrainé de nouveau sur vers et un long printemps, où les fertiles co- | Une Mer orageuse. Non Chloris; . sic . nitens s. Ver ubi longum tepidasque præbet Ut pura nocturno renidet =: Jupiter brumas; et amicus Aulon Fertili Baccho cRen Falernis - Invidet AVIS Ille te mecum locus et beatæ Æ Postulant arces : ibi tu. calentem Debita sparges lacrima favillam Vatis amici. Mire sagaces falleret-hospites … =. Discrimen obscürum solutis Crinibus , ambiguoque vultu. CARMEN VE. GARMEN VIH. AD SEPTIMIUM. : EIUM. Septimi, Gades’aditure mecum, et D ONPLREM Gantabrum indoctum juga ferre nostra, et Barbaras Syrtes, ubi Maura semper Æstuat unda : Fibur , Argeo positum colono, Sit meæ sedes utinam senectæ ! Sit modus lasso mariset viarum Müälitiæque! Ünde si Parcæ prohibent iniquæ, Dulce pelliiis ovibus Galæsi Flumen et repnata petam Laconi Rura Phalantho. Ille terrarum mihi præter omnes Angulus ridet, ubi non Hymietto Mella decédunt, viridique certat -Bacca Venafro ; O sæpe mecum tempus in ultimum Deducte, Bruto militiæ duce, Quis te redonavit Quirilem Dis patriis taloque cælo, Pompei ; meorum prime sodalium ? Cum quo morantem sæpe diem mero Fregi, coronatus nitentes Malobathro Syrio capillos. Tecum Philippos et celerem fugam Senst, relicta non bene parmula ; Quum fracta Virtus, ét minaces Turpe solum tetigere mento. Sed me per hostes Mercurius celer Denso paventem sustulit aere : = 2 Te rursus in bellum résorbens _ mo te 24 Immole à Jupiter la victime que tu lui dois, et viens à l'ombre de mon laurier te reposer de tes longues campagnes ; n'épargne pas le Vin qui t'est destiné, bois à pleme coupe l'oubli du malheur. Que ces larges coquilles te versent leurs parfums ; que l’on se hâte de nous tres- ser lache humide et le myrte; que Vénus dé- signe le roi du festin! Je veux fêter Bacchus comme un Thrace : il est doux de s’oublier un moment, quand on retrouve un ami, ODE VII. À BARINE. Si une seule fois, Barine, tu avais été punie de tes parjures , si une de tes dents était deve- nue noire, un de tes ongles difforme, je te croirais. Mais à peine as-tu lié par un serment cette tête perfide, tu nous parais encore plus belle, et tous les jeunes Romains n’ont des yeux que pour toi. … Barine se trouve bien de tromper, en les in- Voquant, et les cendres de sa mère, et les as- tres silencieux de la nuit, et le ciel, et les dieux éxempts de la froide mort. Vénus elle- même en rit, avec les RHRnReS trop faciles. et | Unda fretis tulit hu. Ergo obligatam redde Jovi dapem, Longaque fessum militia latus Depone sub lauru mea, nec Parce cadis tibi déstinatis. Oblivioso levia Massico Giboria exple ; funde capacibus Unguenta de conchis. Quis udo Deproperare apio coronas, Guratve myrto? quem Venus arbitrum Dicet bibendi ? Non ego sanius Bacchabor Edonis : recepto Dulce mihi furere est amico. CARMEN VIII. AD BARINEN. Ulla si juris tibi pejerati Pœnua , Barine, nocuisset unquam ; Dent. si nigro . vel uno Turtes unpui ; Crederem. Sed tu simul obligasti Perfidum votis caput , enitescis Pulehrior multo, juvenumque prodis Publica cura. Expedit matris cineres opertos Fallere, et toto taciturna noctis Signa cum cœlo, gelidaque Divos Morte carentes, HORACE. le cruel Amour, qu ne cesse d’aiguiser ses fle. -ches ardentes sur une pierre ensanglantée. C’est pour toi que toute la jeunesse grandit, c'est pour te donner de nouveaux esclaves; et les premiers, en dépit de mille menaces, ne peuvent fuir le palais de leur perfide souve- raine. C’est toi que redoutent pour un fils et la mère et le vieillard économe. Malheureuse la jeune fille nouvellement mariée ! elle tremble que ton souffle ne lui enlève son époux. ODE IX. À VALGIUS, Les pluies ne désolent pas toujours les cam- pagnes; la mer Caspienne n’est pas tourmen- tée par d’éternelles tempêtes ; on ne voit pas toute l’année les champs d'Arménie engourdis sous la neige, les chênes du mont Gargan fati- gués par l’aquilon, et lormeau veuf de son feuillage : et toi , cher Valgius, tu poursuis de tes chants plaintifs lombre de Mystès; tou- jours, que l'étoile du soir se lève, ou qu’elle fuie le char rapide du soleil, l'objet de ton amour est devant toi. Maisle vieux Nestor ne pleura point toute sa Ridet hoc, inquam, Venus ipsa; rident Simplices Nymphæ , ferus et Gupido, Semper ardentes acuens sagittas Gote crnenta, Adde, quod pubes tibi crescit omnis Servitus crescit nova ; nec priores Impiæ tectum dominæ relinquunt -Sæpe minati. Te suis matres mefuunt juvencis; Te senes parci, miseræque nuper Virgines nuptæ, tua ne retardet Aura maritos. CARMEN IX. AD VALGIUM. Non semper imbres nubibus hispidos Manant in agros ; aut mare Caspium Vexant inæquales procellæ Usque; nec Armenüs in oris, Amice Valgi, stat olacies iners Menses per omnes ; aut Aquilonibus Querceta Gargani laborant, Et foliis viduantur orni. Tu semperurges flebilibus modis Mysten ademtum ; nec tibi Vespero Surgente decedunt ameres, Nec rapidum fugiente Solem, At non ter ævo functus amabilem = F2 OBES. vie aimable Antiloque; et le jeune Troïle ne coûta des larmes éternelles ni à sa mère, ni à ses sœurs. Mets un terme à des regrets sans courage; chantons plutôt les nouveaux tro- phées de César : le Niphate-indocile et le fleuve des Mèdes, ajoutés à nos conquêtes, roulent des flots moins superbes ; et le Gélon retient son coursier dans les bornes étroites que Rome lui prescrit. ODE x. A LICINIUS. Pour vivre heureux , Licinius , n’affronte pas toujours la haute mer, ou, dans la crainte de 25 Une âme fortement trempée espère dans le malheur, et craint dans la prospérité un char- gement de fortune. Jupiter chasse les sombres - hivers, Jupiter les ramène. Mal aujourd'hui, nous serons mieux demain. L’arc d'Apollon n'est pas toujours tendu, ct sa lyre réveille parfois la Muse endormie. Dans les revers, montre-toi ferme et coura- : geux : sache aussi replier tes voiles enflées par un vent trop favorable. ODE XI. A Q. HIRPINUS. Ne te mets pas en peine, Quinctius, de péné- la tempête, ne serre pas de trop près les écueils | trer les desseins du belliqueux Cantabre et du du rivage. Celui qui aime la médiocrité, plus précieuse que l'or, ne cherche pas le repos sous le misé- rable toit d’une chaumière, et, sobre en ses désirs, fuit les palais que l’on envie. Le chêne altier est plus souvent battu par l'orage; les hautes tours s’écroutent avec plus de fracas, et c’est la cime des monts que va frapper la foudre. Ploravit omnes Antilochum senex Annos; nec impubem parentes Troïlon, aut Phrysiæ sorores Flevere semper. Desine mollium Tandem querelaru et potius nova _— -Gantemus August trophæa Gæsaris, et rigidum Niphaten, Medumque flamen , gentibus addilum Victis, minores volvere vortices : Intraque præscriptum Gelonos Exiguis equitare campis. CARMEN X. AD LICINIUM. Rectius vives, Licini, neque altum Semper urgendo , neque, dum procellas Gautus horrescis, nimium premendo Litus iniquum. Auream quisquis mediocritatem Diligit, tutus caret obsoteti Sordibus tecti, caret invidenda Sobrius aula. Sæpius ventis agitatur ingens Pinus, et celsæ graviore casu Decidunt turres ; feriuntque summos Fuimina montes, Sperat infestis, metuit secundis | Scythe, dont la mer Adriatique nous sépare. | À quoi bon tant de tourmenis pour une vie qui | demande si peu? * ee : | La Jeunesse et les Grâces fuient loin de nous ; | les rides et les cheveux blancs chassent les Joyeux Amours et le facile Sommeil, Les fleurs : du printemps se fanent, et la lune ne brille pas | toujours du même éclat. Pourquoi fatiguer | éternels projets un esprit débile ? Viens sous Alteram sortem bene præparatum Pectus. Infermes hiemes reducit - Jupiter, idem Submovet. Non, si male nunc, et olim Sic erit : quondam cithara tacentem -Suscitat Musam, neque semper arcum Fendit Apollo. Rebus angustis animosus atque Fortis adpare : sapienter idem Contrahes vento nimium secundo Furgida vela. CARMEN XI. AD QUINCTIUM HIRPINUM. Quid bellicosus Cantaber, et Scythes, Hirpine Quineli, cogitet Hadria Divisus abjecto , remittas Quærere; nec trepides in usum Poscentis ævi pauca. Fupgit retro Levis Juventas, et Decor ; arida Pellente lascivos Amores Ganitie facilemque Somnum. Non semper idem floribus est honor Vernis; neque uno Luna rubens nitst Vultu : quid æternis minorem Gonsiliis animum fatigas® = A : ce haut platane, ou à l'ombre de ce pin; À, nonchalamment couchés , et nos cheveux blancs couronnés de roses, buvons, tandis qu'il en est temps encore : Bacchus dissipé les soucis rongeurs. ce Esclave, fais rafraichir le brûlant Falerne dans le ruisseau qui coule près de nous. Et toi, cours frapper à la porte mystérieuse de Lyda: dis-lui de se hâter, qu’elle vienne avec sa lyre d'ivoire , les cheveux simplement noués, à la manière des filles de Sparte. ODE XII. À MÉCÈNE. Non, ma lyre voluptueuse ne saurait chanter les longues guerres de la farouche Numance, ni le terrible Annibal, ni la mer de Sicile rou- gie du sang carthaginoïis ; elle ne saurait chan- ter les Lapithes sanglants, ni l'ivresse furieuse d'Hylée, ni les fils de la Terre domptés par Hercule, race audacieuse qui fit trembler le séjour étincelant du vieux Saturne. Mieux que moi, Mécène, tu diras dans ta prose historique les combats de César, et les rois, naguère menaçants, conduits, la tête bais- sée , dans les rues de Rome. Cur non sub alla vel platano,, vel hac Pinu jacentes sic temere, et rosa Ganos odorati capillos, Dum litet, Assyriaque nardo Potamus uncti ? Dissipat Evius Guras edaces. Quis puer ocius Restinguet ardentis Falerni Pocula prætereunte Iympha? Quis devium scortum eliciet domo Lyden? eburna, dicage, cum lyra Maturetin comptum Lacænæ More comam religata nodum. CARMEN XII. AD MÆCENATEM. Nolis longa feræ bella Numaniiæ, Nec durum Hannibalem, nec Siculum mare Paœno purpureum sanguine, mollibus Aptari citharæ modis : Nec sævos Lapithas, et nimiumi mero Hylœum , domitosve Herculea manu Telluris juvenes, unde periculum Fulgens contremuit domus Saturni veteris. Tuque pedestribus Dices historiis prælia Gæsaris , Mæcenas , melius, ductaque per vias HORACE. Ma muse ne veut chanter que la douce voix deLicymnie, ses yeux vifs etbrillants, son cœur fidèle qui répond si bien à ton amour. Que sa parole enjouée a de grâces! Qu'on aime à la voir, dans les jours consacrés à Diane, se mêler aux danses, les mains entrelacées aux mains de ses riantes Compagnes! Voudrais-tu, pour tous les biens de l'opu- lent Achémène, pour les richesses dela fertile Phrygie, pour tous les trésors des Arabes, cé- der un seul cheveu de Licymnie, quand elle abandonne son cou à tes brülantes caresses, quand elle refuse avec une douce rigueur le baiser qu’elle aime mieux laisser ravir, et qu'une autre fois elle ravit la première ? ODE XIIL. CONTRE UN ARBRE DONT LA CHUTE AVAIT FAILLI L'ÉCRASER. Oui, c’est dans un jour néfaste qu'une main sacrilége La planté, arbre fatal, pour le mal- heur de la race future et l’opprobre du hameau ! Sans doute il avait étranglé son père, et le sang d’un hôte ésorgé dans l'ombre avait souillé son foyer ; sans doute il avait manié les poisons Repum colla minantium. Me dulces dominæ Musa Licymniæ Cantus , me voluit dicere lucidum Fulgentes oculos , et bene mutuis Fidum pectus amoribus : Quam nec ferre pedem dedecuit choris., Nec certare joco, nec dare brachia Ludentem nitidis virginibus , sacro Dianæ celebris die. Num {u , quæ tenuit dives Achæmenes, Aut pinguis Phrygiæ Mygdonias opes, Permutare velis crine Licymniæ, Plenas aut Arabum domos, Dum flagrantia detorquet ad oscula Cervicem ; aut facili sævitia nepat, Quæ poscente magis gaudeat eript, Interdum rapere occupet ? CARMEN XI IN ARBOREM. Ille et nefasto te posuit die, Quicunque primum , et sacrilega manu Produxit , arbos , in nepotum Pérniciem , opprobriumque pagr. Hlum et parentis crediderim sui Fregisse cervicem , et pencetralia ü de la Colchide, et commis toutes les horreurs imaginables, celui qui va placé dans mon champ, bois maudit, pour tomber un jour sur la tête innocente de ton maitre! Nul ne prévoit tous les dangers dont chaque instant le menace. Le pilote africain redoute le Bosphore, et, au delà, les piéges du destin lui sont cachés. Nos soldats craignent la flèche du Parthe et sa fuite rapide ; le Parthe craint les fers et la pesante épée du Romain. Mais, tou- jours imprévue, la mort à surpris et surprendra les hommes. Que j'ai été près de voir les sombres royau- mes de Proserpine, le tribunal d'Eaque, l'asile réservé aux âmes pieuses, Sapho se plaignant sur le luth éolien des jeunes filles de Lesbos, ettoi, Alcée, aux sons plus mâles de ta lyred’or, chantant la mer et ses périls, l'exil et ses dou- leurs, la guerre et ses rudes travaux ! Les ombres vous écoutent l’un et l’autre dans un reh- gieux silence; mais au récitenivrant des batailles ODES. et destyrans expulsés, les rangs se pressent, et lepeuple dés mânes prête uneoreille plus avide. Qui s’étonnerait? Le monstre aux cent têles, immobile et muet, baisse ses noires oreilles, et - Sparsisse nocturno cruore Hospitis; ille venena Colcha, Et quidquid usquam concipiturnefas Tractavit, agro qui statuit meo -Tetriste lignum, tecaducum - In domini caput immerentis. Quid quisque vitet, nunquam homini salis Cautum est in horas. Navita Bosporum Pœnus perhorrescit, neque ultra Gæca timet aliunde fata ; Miles sapittas et celerem fugam Parthi; catenas Parthus et [talum Robur : sed improvisa leti Vis rapuit rapielque gentes. Quam pæne furvæ regna Proserpinæ , Etjudicantem vidimus Æacum , Sedesque discretas piorum , et Æoliis fidibus querentem. Sappho puellis de popularibus; Et te sonantem plenius aureo, Alcæe , plectro. dura avis. Dura fugæ mala , dura belli! Utrumque sacro digna silentio Mirantur Umbræ dicere; sed magis Pugnas et exactos tyrannos- Densum humeris bibit aure vulous. Quid mirum ? ubi illis carminibus stupens Demittit atras bellua centiceps Aures, et intorti capillis PF les serpents enlacés aux cheveux des Eumé- nides tressaillent de plaisir. Prométhée, Tan- tale, cette douce harmonie trompe vos dou- leurs ; Orion lui-même ne songe plus à pour- suivre les lions et les lvnx timides. _ ODE XIV. À POSTUME. Postume, cher Postume, hélas ! les années s’écoulent, et nos prières ne peuvent retarder les rides, et la vieillesse qui nous presse, et linflexible mort : non, quand tu offrirais tous les jours trois hécatombes au dieu sans pitié qui enchaîne Titye et le triple géryon de ces tristes ondes que nous passerons tous, nous qui vi- vons sur cette terre, rois ou pauvres labou- reurs ! En vain fuirons-nous la sanglante Bellone et les flots rugissants de l'Adriatique; en vain, pendant l'automne, éviterons-nous le souffle empoisonné du midi; il faut visiter un jour les eaux lentes ét paresseuses du noir Cocyte, et la race infâme de Danaüs, et Sisyphe condam- né à d’éternels travaux. Adieu terres, palus, Eumenidum recreantur angues; Quin et Prometheus et Pelopis parens Dulci laborum deeipitur sono : Nec eurat Orion leones, Aut timidos agitarelyneas. - CARMEN XIV. AD POSTUMUM. | Eheu! fugaces, Postume, Postume, - Labuntur anni : nec Pietas moram Rugis et instanti Senectæ Adferet , imdomitæque Morti; Non, si trecenis , quotquot eunt dics, Amice , places inlacrimabilem Plutona tauris, qui ter amplum Geryonen Tityonque tristi Compescit unda, scilicet omnibus, - Quicunque terræ munere vescimur, Enaviganda, sive reges, : Sive inopes erimus coloni. Frustra cruento Marte carebimus, Fraclisque rauci fluctibus Hadriæ ; Frustra per auctumnos nocentem Corporibus metuemus Austrum : Visendus ater flumine Janguido Cocytus errans; et Danai genus. lufame, damnatusque longi Sisyphus Æolides laboris. | 20 D] adieu l épouse bien-aimée! De tous ces arbres que ta main cultive, odieux cyprès suivra seul son maître d'un jour. Un héritier plus sage boira le cécube que tu gardes sous cent clefs, et fera ruisseler sur les dalles de marbre ce vin qu’envierait la table des pontifes. ODE XV. CONTRE LE LUXE DU SIÈCLE. Bientôt nos immenses palais laisseront à péine quelques arpents à la charrue, et de toutes paris on verra s'étendre des viviers plus spacieux que le lac Lucrin. Le platane solitaire usurpera la place de l’ormeau ; lemyrte, la vio- lette, tous les trésors de l’odorat, parfumeront ia plaine où l'olivier enrichissait l'ancien posses- seur, et le feuillage épais du laurier repoussera les traits brülants du soleil. Il n’en était pas ainsi sous Romulus, sous laustère Caton, sous la discipline des, vieux | Romains : les citoyens étaient pauvres, et la | république opulente ; un simple particulier n’é- Jevait pas de vastes et profonds portiques pour recevoir la fraicheur ; et , sans permettre à un Romain de dédaigner la chaumière qu'il tenait Linquenda tellus, et domus, et placens Uxor : neque harum , quas colis , arborum Te, præter invisas cupressus, Ulla brevem dommum sequetur. Absumet hæres Cæcuba dignior Servata centurn clavibus : et mero Tinget pavimentum superbum Pontificum potiore cœnis. CARMEN XV. Jam pauca aratro jugera regiæ Moles relinquent : undique latius Extenta visentur Lucrino Stagna lacu ; platanusque cælebs Evincet ulmos : {um violaria, et Myrtus, et omnis copia narium, Spargent olivetis odorem Fertilibus domino priori : Tum spissa ramis laurea fervidos Excludet ictus. Non ita Romuli Præscriptum et intonsi Catonis. Auspiciis, veterumque norma, Privatus illis census erat brevis : Commune magnum : vulla decempedis Metata privatisopacam Portcus excipichat Arcton : 28 HORACE. du sort, les lois réservaient le marbre pour embellir, aux frais de l’état, les temples des dieux et Les monuments publics. ODE XVI. À GROSPAUS. C'est le repos que demande aux dieux le ma- noirs nuages ont caché la lune, et que ses guides fidèles ne brillent plus à ses yeux. Le repos | le repos ! c’est le vœu de la Thrace bel- liqueuse , le vœu du Mède au brillant carquois; c'est un bien, Ô Grosphus ! que ni la pourpre, mi les diamants, ni l'or, ne sauraient payer. Non, les trésors des rois, les licteurs consu- laires , n’écartent point les troubles malheureux de l'âme et les soucis qui voltigent autour des ! Jambris dorés. sa table frugale, briller la salière de ses aïeux ; celui dont le paisible sommeil n'estagité ni par la crainte, ni par un désir sordide ! Pourquoi, projets ? Pourquoi chercher des terres échauf- | fées par un autre soleil? En fuyant sa pans Nec fortuitum spernere cespitem Leges sinebant, oppida publico Sumtu jubentes et Deorum Templa novo decorare saxo. GARMEN XVI. “AD GROSPHUM. Otium Divos rogat in patenti - Prensus Ægao, simul atra nubes Gondidit lunam , neque certa fulgent. Sidera nautis; * Otium bello furiosa Thrace; Otium Medi pharetra decort, Grosphe, non gemmis , neque purpura ve- nale | neque auro. Non enim gazæ , neque consularis Submovet lictor miseros tumultus Mentis, et Guras laqueata cireum Tecta volantes. Vivitur parvo bene, cui paternum Splendet in mensa tenui salinum ; Nec leves somnos Timor, aut Gupido Sordidus aufert, “Quid brevi fortes jaculamur ævo Multa? quid terras alio calentes Sole mutamus ? patriæ quis exsui > telot surpris au milieu des mers, quand de. Heureux à peu de frais celui qui voit, sur: dans une vie si courte, lancer tant de pénibles É É À : ; Ë ODES. se fuit-on soi-même ? Enfant du vice, le cha- grin monte avec nous sur les vaisseaux armés d’airain ; il suit les escadrons dans la plaine, plus léger que le cerf, plus léger que l'Eurus chassant les nuages. Si le présent nous rit, ne songeons pas à l'avenir. Est-il sombre? il le faut doucement égayer Point de bonheur sans mélange : une mort prématurée enlève Achille couvert de gloire ; Tithon languit dans une éternelle vieil- lesse, et peut-être le destin va m'offrir ce qu’il t'aura refusé. Autour de toi mugissent cent troupeaux, cent sénisses de Sicile ; à ton char hennit l’ar- dente cavale, et la double pourpre de Tyr brille sur tes vêtements : moi, j'ai recu du sort des faveurs moins trompeuses , un humble hé- ritage, une étincelle de ce feu qui animait les muses de la Grèce, et le don de mépriser les jaloux. 3 = ODEXNIT. > 62 A OMÉCÈNE MALADES à - Pourquoi me déchirer l'âme de tes plaintes ? Non, tu ne mourras pas avant moi ; les dieux 29 soutien! Ah! si un Coup prématuré m’enlevait la plus chère moitié de mon âme, que ferais-je sur la terre, le cœur vide, et me survivant à demi? Le même jour nous emportera tous les deux. Je l'ai juré, je le jure encore, dès que tu me montreras le chemin, nous irons, oui, nous irons ensemble au but du dernier voyage. Ni le souffle enflammé de la Chimère, mi les cent bras de Gyas, rien ne pourra nous sépa- rer : ainsi l'ont voulu les Parques et la puis- sante Thémis. Que je sois né sous le signe de la Balance, ou du formidable Scorpion, si fatal à notre première heure , ou sous le Capricorne, tyran des flots d'Hespérie, un merveilleux accord unit nos deux étoiles. L’astre étincelant de Ju- piter Va déjà sauvé de l’influence maligne de Saturne : il suspendit le vol rapide de la mort, et un peuple immense fit retentir trois fois le théâtre de cris d’allégresse. Moi, je périssais écrasé par un arbre, si Faune, qui veille sur “les favoris de Mercure, n’eût détourné le coup avec sa Mam., Immole les victimes, élève le temple que tu as promis aux dieux : un humble agneau sera m'entendront , -Ô Mécène, ma gloire et mon | mon offrande. Se quoque fupit ? Scandilæralas vitiosa naves Gura, nec turmas equitum relinquit Ocivr cervis , et agente nimbos Ocior Euro. Lætus in præsensanimus quod ultra est Oderit curare, et amara lento Temperet risu. Nihil est ab omni Parte beatum. Abstulit clarum cita mors Achillem, Longa Filhonum minuit senectus : Et mibi forsan , {ibi quod negarit, Porriget Hora. Te greges centum Siculæque circum Mugiunt vaccæ ; tibi tollit hinnitum Apta quadrigis equa ; te bis Afro Maurice tinctæ : Vestiunt lanæ : mihi parva rura , ct - Spiritum Grair tenuem Camenæ Parca non mendax dedit, et malignum = rnere vulgus.… - GARMEN XVII. AD MÆCENATEM. Gur me querelis exanimas tuis ? Nec Dis amicum est, nec mihi, {e prius Obire, Mæcenas, mearum Grande decus columenque rerum: Ah! te meæ si partem animæ rapit Maturior vis, quid moror altera ? Nec carus æque, nec superstes Integer. Ille dies utramque Ducet ruinam. Non ego pertidum Dixi sacramentum : ibimus , ibimus, Utcunque præcedes , Supremum Carpere iter comites parati. Me nec Ghimæræ spiritus igneæ , Nee, si resurgat centimanus Gyas, * Divellet unquam. Sic potenti Justitiæ placitumque Parcis. Seu Libra, seu me Scorpius adspicit Formidolosus , pars violentior Natalis horæ, seu tyrannus Hesperiæ Capricornus undæ ; Utrumque nostrum incredibili modo Consentit astrum. Te Jovis impio Tutela Saturno refulgens Eripuit, volucrisque Fati Tardavit alas, quum populus frequens Lætum theatris ter crepuit sonum : Me truncus illapsus cerebro Sustulerat, nisi Faunus ictum Dextra levasset, Mercurialium Gustos virorum. Reddere victimas Ædemque votivam memento : Nos humilem feriemus agnam, 52 50 HORACE. ODE XVI. Ft cependant le riche a sa place marquée chez Pluton : voilà le palais qu’il est certain d’habiter un jour ! Que prétends-tu ? Fa terre s'ouvre également pour le fils des rois et pour le pauvre; et l'or de l'artificieux Prométhée n'a pu séduire le nocher du fleuve infernal. | C'est lui qui retient l'orgueilleux Tantale etsa race impie; invoqué ou non, il connaît Île vœu du pauvre, et il vient le délivrer de son CONTRE LA CEUPIDITÉ. Ni livoire ni l'or ne brillent dans ma mai- son; les poutres de l'Hymette n’y chargent point des colonnes taillées au fond de l'Afrique; je n’ai pas, héritier inconnu, envahi le palais | d’un nouvel Attale; de nobles clientes ne filent point pour moi la pourpre de Laconie. La Ivre 2 _ - fardeau. et une veine féconde, voilà mes biens : pauvre, mais recherché du riche, je ne demande rien ODE XIX. de plus aux dieux ; je ne fatigue pas un ami À ous. puissant de mes prières, et ma terre de Sa- bine suffit à mon bonheur, J'ai vu Bacchus, oui, races futures, je l'ai vn Le jour chasse le jour, la lune nouvelle se | sur des rochers sauvages : il enseignait de hâte vers son déclin : et toi, à la veille de mou- | nouveaux chants , el les Nymphes l'écoutaien, rir, tu fais scier des marbres; tu oublies la | et les Satyres aux pieds de chèvre dressaient tombe , et tu élèves un palais ; à étroit sur le | leurs oreilles. Evoé! mon âme frémit encore de continent, tu forces la mer qui mugit près de | terreur; plein de ta divinité, mon sein palpite Baies à reculer son rivase. Homme ‘avide, on | et se trouble : grâce, Evoë! grâce, ton thyrse te voit tous les jours arracher les bornes du | pesant n'épouvante, Champ voisin, et sauter par-dessus les limites | Je puis chanter les fougues des Ménades, les de tes clients: chassés par toi, la femme et le | fontaines de vin, les Lies ruisseaux de fait, mari emportent dans leur sein leurs dieux pa- | et le miel qui Lombe du creux. des chênes; je ternels et leurs enfants à demi nus, PFpuis chanter, 6 Bacchus! ia couronne de ton Etuxor, et vir, sordidosque natos. Nulla certior tamen Rapacis Orci fine destinata Aula divitem manet Ierum. Quid ultra tendis? Æqua tellus_ Pauperi recluditur Repumque pueris : nec satelles Orci Callidum Promethea. Revexitauro captus. Hie superbum Tantalum, atque Tantali Genus coercet; hie levare functum Pauperem laberibus - Vocatus alque non vrocatus audit. CARMEN XIX. IN BACCHUM. CARMEN XVUHI. | | . * Bacchum in remotis carmina rupibus Non ebur, neque aureum Mea renidet in domo lacunar; Non trabes Hymettiæ Premunt columnas ultima recisas Africa ; neque Attali Jpnotus bæres repiam occupavi ; Nec Laconicas mihi Trahunt honestæ purpuras clientæ, At fides et ingeni Benigna vena est ; pauperemque dives ‘ Me petit. Nihil supra Deos lacesso ; nec potentem amicum Largiora ie Satis beatus unicis Sabinis. Truditur dies die, Novæque perpunt interire Lunæ. Tu secanda marmora Locas sub ipsum funus, et sepuleri Immemor, struis domos ; Marisque Baïis obstrepentis urges Submoyere litora, Parum locuples continente ripa. Quid ? quod usque proximos Revellis agriterminos, et ultra Limites clientium * Salis avarus; pellitur paternos In sinu ferens Deos Vidi docentem , { credite posteri! Nymphasque discentes, et aures Capripedum Satyrorum acutas. Evo ! receñti mens trepidat metu, Plenoque Bacchi pectore turbidum Lætatur. Evoel parce, Liber, Parce, gravi metuende thyrso! fas pervicaces est mihi Thyadas, Vinique fontem, lactis etuberes Cantare rivos , atque truncis Lapsa cavis iterare mella : Fas et beatæ conjugis additum 415 ODES. oi heureuse épouse placée parmi les astres, la chute terrible de la maison de Penthée, et le châtiment du roi Lycurgue. Tu domptes les fleuves, tu domptes les mers de l'Asie : dieu du vin , sur les monts solitaires, tu bondis avec les bacchantes, et tu enlaces à leur chevelure les serpents dociles sous ta main. Quand la cohorte impie des géants escaladaïit le palais de ton père, sous la forme d’un lion, tu fis reculer Rhétus devant tes griffes et ta gueule effroyable. Fu n'étais fait, disait-on, que pour les danses, les jeux et le plaisir ; on te eroyoit inhabile aux combats : mais tu étais à la fo’s le dieu de la paix et de la guerre. À la vue des cornes d’or qui paraient ton front, Cerbère oublia sa fureur; sa queue ca- ressa doucement la terre ; et, à ton départ, sa triple gueule lécha tes pieds et tes genoux. ODE XX. A HÉCRNE Se = D une aile passante eti inconnue, poète, je Stellis honore bus Penthei Disjecta non Es ruina , Thracis et exitium Lycurpi. Tu flectis amnes, tu mare barbarun : Tu separatis uvidus in jupis Nodo coerces viperino Bistonidum sine fraude crines. Ta, quum parentis repna per arduum Cohors Gigantum scanderet impia , Rhætum retorsisti , leonis Unguibus Doria mala : Quamquam , choreis aptior et jocis Ludoque dictus , non sat idoneus Pugnæ ferebaris ; sed idem Pacis eras mediusque belli. . Te vidit insons Cerberus aureo Gornu decorum , leniter atterens Gaudam ; et recedentis trilingui Ore pedes tetigitque crura. à CARMEN XX. ee AD MACENATEM. non tenui ferar m'élancerai dans les cieux; sous une forme nouvelle, je vais quitter la terre, et, vainqueur de l'envie, planer au-dessus du séjour des hommes. Non, je ne mourrai pas, Mécène, moi, rejeton d’une pauvre famille, moi que tu ap- pelles ton ami ; non, je ne serai pas retenu par l’onde infernale ! Déjà s’étend sur mes jambes une peau plus rude; ma tête devient celle d’un brillant oiseau, et un léser duvet couvre mes mains et mes épaules. Bientôt, plus rapide que le fils de Dédale, cygne mélodieux, je verrai les rivages mupis- sanis du Bosphore, les syrtes de Gétulie, les plaines glacées par l’Aquilon. L’habitant de la Golchide, le Dace qui feint de braver nos cohortes, le Gélon aux confins du monde, con- naîtront mes chants: je les apprendrai à la docte Ibérie et au peuple qui boit les eaux “A Rhône. Point de vaines funérailles, de chants ue | bres, de honteux gémissements! Retiens tes - plaintes, et épargne-moi les honneurs super- flus d’un tombeau. Penna biformis per liquidum æthera Vates : neque in terris morabor Lonpius : invidiaque major Urbes relinquam. Non epo pauperum Sanguis parentum , non ego, quem vocas Dilecte, Mæcenas, obibo, Nec Stygia cohibebor unda. Jam jam residunt cruribus asperæ Pelles ; et album mutor in alitem Superne ; nascunturque leves Per digitos humerosque plume. Jam Dædalco ocior Icaro Visam gementis litera Bospori,, Syrtesque Gætulas canorus Ales Hyperboreosque campos, Me Cholchus , et qui dissimulat metum Marsæ cohortis Dacus , et ultimi Noscent Geloni : me +. Discet Iber, Rhodanique potor, Absint inani funere næniæ, Luctusque turpes et querimoniæ : Compesce clamorem , ac sepuleri Mitte superyacuos honores. ee PRET LD GT mnceenmmenet as HLORACE. SOCSCO0S00006900000080009000800666000008660888 LIVRE TROISIÈME. ODE I. Loin d'ici, loin de moi le profane vulgaire ! Et vous, faites silence : je chante aux jeunes Romaines et aux jeunes Romains des vers que l'oreille de l'homme n’a pas encore entendus. froupeaux soumis, les peuples tremblent devant les rois; les rois eux-mêmes tremblent sous la main de Jupiter, vainqueur des géants, et dont le sourcil ébranle le monde. | Que l’un étende au loin ses plants d’arbris- seaux; que l’autre, fier de sa naissance, des- cende au Champ-de-Mars briguer les honneurs; que celui-ci oppose à un rival ses vertus et sa renommée: celui-là, le nombre de ses clients : la Mort égale tous les hommes ; elle tire au ha- sard les noms illustres, les noms obscurs, pêle-mêle agités dans son urne immense. CARMEN L. Odi profanum vulgus et arceo; Favete linguis : carmina non prius Audita Musarum sacerdos Virginibus puerisque canto. Regum timendorum in proprios greges, Reges in ipsos imperium est Jovis, Glari giganteo triumpho, Guncta supercilio moventis. Est, ut viro vir latius ordinet Arbusta sulcis; hic generosior Descendat in Gampum pelitor ; Moribus hic meliorque fama Contendat ; iili turba clientium Sit major : æqua lege Necessitas Sortitur insignes et imos ; ï Omne capax movet urna nomen, Destrictus ensis cui super impia L'impie qui voit suspendu sur sa tête un glaive nu ne peut savourer les mets exquis de la Sicile ; le chant des oiseaux , les sos de la lyre ne lui rendront pas le sommeil ,-ce doux sommeil qui ne dédaigne ni humble toit du laboureur, ni la rive ombragée, ni le vallon où se jouent les zéphyrs. Au sage qui borne ses besoins, peu importent le courroux des flots, l’orageux coucher de l’Arcture, ou le lever terrible du chevreau; peu | importe si la grêle a battu les vignes, si la terre ment à ses promesses , si les arbres du verger accusent où les pluies, ou les feux dévorants de la canicule, ou les rigueurs de I hiver, Les poissons sentent la merresserrée par des môles immenses; là, chaque jour, entrepre- neurs et esclaves précipitent dans l’abîme d'é- normes blocs sous les yeux d’un maître dégoüté de la terre : mais partout la crainte et les me- Gervice pendet, non Siculæ dapes Dulcem elaborabunt saporem, Non avium citharæque cantus Somnum reducent. Somnus agrestium Lenis virorum non humiles domos Fastidit , umbrosamve ripam, Non Zephyris agitata Tempe. Desiderantem quod satis est, neque Tumultuosum sollicitat mare, Nec sævus Arcturi cadentis Impetus, aut orientis Hædi : Non verberatæ grandine vineæ, Fundusve mendax, arbore nunc aquas Culpante, nunc torrentia agros Sidera , nunc hiemes iniquas. Contracta pisces æquora sentiunt Jactis in altum molibus ; huc frequens CGæmenta demittit redemtor Cum famulis, dominusque terra 36 ODES. naces le poursuivent, le noir chagrin vogue sur son navire, il monte en croupe avec lui. Ah! si les marbres de Phrygie, si l'éclat éblouissant de la pourpre , si le vin de Falerne, si les parfums d’Achémène ne peuvent calmer nos douleurs, pourquoi voudrais-je irriter l’en- vie, en m’élevant sur de hautes colonnes un palais d’un goût plus nouveau ? Pourquoi chan- gerais-je ma vallée sabine pour le tourment des richesses ? -ODE IT. AUX ROMAINS. Que le jeune Romain, endurci par une disci- pline sévère, apprenne à supporter gaiment les privations et la fatigue; que, la lance en main, Cavalier redoutable, il presse le Mède mdompté ; qu'il vive au milieu des alarmes , €t sans autre abri que le ciel. À sa vue, du haut des remparts assiégés , que l'épouse du roi en- nemi,, que sa fille à la veille de l’hymen tremble ct soupire : « Dieux! dira-t-elle, puisse mon #1 e> patrie. La mort poursuit le fuyard, et n'épar- gne pas le dos et les jarrets du lâche. La vertu brille environnée d’honneurs éter - nels, au-dessus des mépris et des affronts : ce | m'est pas le vent de la faveur populaire qui lui donne ou lui enlève les faisceaux. La vertu ou- vre le ciel aux hommes dignes de limmortalité ; elle leur fraie des routes mconnues , et son aile fuit avec dédain la fange où rampe le vulgaire. Il est aussi pour le silence fidèle un prix as- suré : je ne veux pas coucher sous le même toit, ni monter sur le même navire, avec celui dont la bouche a divulgué les mystères de Cé- rès. Jupiter outragé frappe souvent du même Coup l’innocent et le coupable : rarement la Peine, au pied boiteux , manque d’atteindre le crime qui fuit devant elle. | | ODE I. APOTHÉOSE DE ROMULUS. L'homme juste et ferme en ses desseins ne Chancelle jamais dans la vertu ; rien ne l'ébranle, royal époux ne pas défier ce lion terrible, que | ni les fureurs d’un peuple qui lui commande le la soif du sang entraîne au milieu du carnage!» ILest doux, il est beau de mourir pour sa Fastidiosus : sed Timor et Minæ Scandunt eodem , quo dominus : neque Decedit ærata triremi, et Post equitem sedet atra Cura. Quod si dolentem nec Phrygius lapis , Nec purpurarum sidere clarior Delenit usus, nec Falerna Vitis , Achæmeniumye costum : Gur invidendis postibus et novo Sublime ritu moliar atrium ? Gur valle permutem Sabina Divitias operosiores ? CARMEN I. Anguslam , amici , pauperiem pati Robustus acri militia puer Gondiscat ; et Parthos feroces Vexet eques metuendus hasta : Vitamque sub divo et trepidis agat In rebus. Illum ex mœnibus hosticis Matrona bellantis tyranni Prospiciens , et adulta virgo, Suspiret : eheu ! ne rudis agminum Sponsus lacessat repius asperum Tactr leonem , quem cruenta Per medias rapit ira cædes. . Dulce et decorum est pro patria mori : | mal, ni le resard menaçant du despote, ni | l’Auster, roi turbulent des mers orageuses, ni qe ee Se, Mors et fugacem persequitur virum , Nec parcit imbellis juventæ Poplitibus timidove tergo. Virtus , repulsæ nescia sordidæ , Intaminatis fulget honoribus, Nec sumit, aut-ponit secures Arbitrio popularis auræ. Virtus, recludens immeritis mori Gœlum , negata tentat iter via ; Cœtusque vulgares et udam Spernit humum fugiente penna. Est et fideli tuta silentio Merces : vetabo, qui Gereris sacrum Volgarit arcanæ, sub fsdem . Sit trabibus, fragilemve mecum Solvat phaselon. Sæpe Diespiter Neplectus incesto addidit integrum : Raro antecedentem scelestum Deseruit pede Pœna claudo. GARMEN HI. Justum ac tenacem propositi virum 3 Non civium ardor prava jubentium : Non vultus instantis tyranni Mente quatit solida , neque Auster # Dux inquieti turbidus Hadriæ , Nec fulminantis magna Jovis manus : > : 54 la main foudroyante de Jupiter : que le monde brisé s'écroule, ses ruines le frapperont sans l'émouvoir. a Ainsi Pollux et l'infatigable Hercule ont tou- ché le seuil des demeures étoilées où Auguste, assis auprès d'eux , mouille de nectar ses lèvres divines. Ainsi, Bacchus, les tigres ont irainé ton char et courbé sous le joug leur tête indo- cile : ainsi Romulus a fui l’Achéron, sur les coursiers de Mars, grâce aux paroles de paix que Junon fit entendre au conseil des dieux : femme étrangère, t'ont réduit en cendres. Du jour où Laomédon refusa le salaire promis aux dieux, la chaste Minerve et moi nous t’avions condamné, avec ton peuple et ton roi perfide. Un hôte mfâme ne brille plus aux yeux d’une reine adultère ; la maison parjure de Priam ne voit plus l'effort obstiné des Grecs se briser contre le bras d'Hector ; et cette guerre, que prolongeaient nos discordes, est à jamais éteinte. «Je dépose ma haine: ce fils qu'une mère troÿenne m'avait rendu odieux, je.le rends à Mars. Que le séjour de la lumière s’ouvre pour lui, jy Consens ; qu'il y boive le nectar et vienne Si fractus illabatur orbis, Impavidum ferient ruinæ. Hac arte Pollux et vagus Hercules Enisus, arces attigit igneas : Quos inter Augustus recumbens Purpureo bibit ore nectar. Hac te merentem, Bacche pater, tu Vexere tigres ; indocili jugum Gollo trahentes. Hac Quirinus Martis equis Acheronta fupit, Gratum eloquuta consiliantibus Junone Divis:« Iliôn, Hion Fatalis incestusque judex Et mulier peregrina vertit In pulverem ; ex quo destituit Deos Mercede pacta Laomedon , mibi Castæque damnatum Minervæ Cum. populo et duce fraudalento. Jam nec Lacænæ splendet adulteræ Famosus hospes ; nec Priami domus Perjura pugnaces Achivos Hectoreis opibus refrinpi : Nostrisque ductum seditionibus Bellum resedit. Protinus et graves Iras , et invisum nepotem, Troia quem peperit sacerdos, Marti redonabo : illum ego Incidas Inire sedes, ducere nectaris HORACE. en paix sasseoir parmi les dieux. Pourvu qu'entre Hion et Rome gronde une mer im- mense ; que partout les Froyens soient heureux et régnent dans leur exil. Pourvu que les trou- peaux bondissent sur la tombe de Priam, et que la bête sauvage y cache impunément ses petits ; que le Capitole brille sur une base iné- branlable, et que Rome altière dicte ses lois aux Mèdes vaincus. Qu’elle étende au loin son nom redouté , du détroit qui sépare l'Europe et | l'Afrique, aux champs que fécondent les eaux. « ion ! Hion ! un juge impur et maudit, une | débordées du Nil; plus grande, en méprisant l'or enfoui dans les entrailles de-la terre où il devrait rester, que si, d’une main avide et sa- |enilége, elle l'entassait pour de profanes besoins. Que son aigle aille toucher les bornes du monde, et plane avec orgueil des climats que le soleil dévore, à ceux que l'hiver attriste d’é- ternels brouillards. « Mais j'impose aux fils belliqueux de Romu- lus cette loi : que jamais, par audace ou par une aveugle piété, ils ne pensent à relever les murs de leur ancienne patrie. Troie, renaissant sous de lugubres auspices, verrait renaître tous ses malheurs : moi-même j'y conduirais | mes bataillons victorieux, moi, l'épouse et la Succos , et adscribi quielis Ordinibus patiar Deorum; Dum longus inter sæviat Hion Romamque pontus : qualibet exsules In parte repnanto beat, Dum Priami Paridisque busto Insultet armentum , € catulos feræ Gelent inultæ ? stet Capitolium Fulgens, trium phatisque possit Roma ferox dare jura Medis ; Horrenda late nomen in ultimas Extendat horas , qua medius liquor Secernit Europen ab Afro, Qua tumidus rigat arva Nilus ; Âurum irrepertum , et sic melius situm Quum lerra celat, spernere fortior , Quam cogere humanos In usus : Omne sacrum rapiente dextra. Quicunque mundo terminus obstitit : Hunc tangat armis, Visere gesliens, Qua parte debacchentur ignes, Qua nebulæ plüuviqué rores. Sed bellicosis fata Quiritibus Hac lege dito , ne nimium pis Rebusque fidèntes, avitæ ee. Tecta velint reparare Trojæ. Trojæ renascens alite Jugubri Fortuna tristi clade iterabitur, ? D ODES. sœur de Jupiter. Düt Apollon Fenvironner trois fois de remparts d’airain, trois fois elle tombe- rait sous mes Grecs; trois fois la veuve captive pleurerait son époux et ses enfants. » Mais de tels sujets ne conviennent pas à une lyre enjouée : Muse téméraire, où vas-tu ? cesse de redire les entretiens des dieux, et d’en ra- baisser la grandeur par la faiblesse de tes ac- cents. ODE IV. A CALLIOPE. Descends du ciel, reine des Muses, ô Cal- liope ! dis sur la flûte, ou sur la Iyre d'Apollon, un chant immortel, ou, si tu l’aimes mieux, donne l'essor à ta voix brillante, L’entendez- vous ? suis-je le jouet d’un heureux délire? Oui, je l'entends, je m'égare dans les bois sacrés, sous l ombrage où se e les fais ruisseaux et le zéphyr. Dans mon enfance, un jour que je m étais endormi, las de mes jeux , sur le côté du Vultur quise prolonge hors de la Pouille, ma patrie, =: des colombes mystérieuses vinrent me couvrir d’un vert feuillage. À l'étonnement de tous Ceux qui habitent et le nid escarpé d’Achéron- ! Ducente victrices catervas Conjuge meJovis et sorore. Ter siresurgat murus aheneus , Auctore Phæbo ; ter pereat ie Excisus Argivis; ler-uxor. re Gapta virum puerosque si. » Non hæc jocosæ conveniunt Igræ : Quo Musa tendis? Desine pervicax Referre sermones Deorum., et Magna modis tenuare parvis: CARMEN IV. : AD _CAELIOPEN. : Descende cœlo, et dic. de de. Regina Lu. Calliope melos : Seu voce nunc mavis acufa, Seu fidibus citharaque Phæœbi.…. Auditis?.… Insania?.. A Érrare ee Tudor. ; AM& æ Re Quos et aquæ uno et auræ. Me fabulosæ, Vulture in Appulo, Altricis re. limen Apuliæ, Ludo fatigatumque somno Fronde nova puerum palumbes Texere : . an me |udit amabilis iiruni quod foret omnibus, Quicunque celsæ nidum Acherontiæs ; + 50 tia, et la forét de Bantium, et le fertile vallon de Férente je dormais en sûreté au milieu des ours et des vipères, sans autre abri que des branches de myrte et de laurier : les dieux seuls inspiraient tant d'audace à un enfant. Muses, vous veillez sur moi quand je gravis les sentiers montueux du Sabinum , et quand m'appelle le frais séjour de Préneste, ou les collines de Tibur, ou le rivage de Baies. Ami de vos chastes fontaines et de vds chœurs mé- lodieux , j'ai vu sain et sauf le désastre de Phi- lippes , la chute d'un arbre maudit, et les ro- chers de Palinure battus par les flots. Avec vous , je braverai la fureur du Bosphore, et les sables brülants de la Syrie ; je verraïle sauvage Breton, le Concanien qui boit avec délices le sang du cheval, le Gélon armé de son carquois, le fleuve lointain de la Scythie; et tje ie verrai sans péril. Quand César ramène de no$. 1. ses - _gions. fatiguées de vaincre, et qu'il aspire lui- même au repos, c'est vous qui charmez ses loi- sirs dans vos paisibles retraites, vous qui lui donnez des conseils de clémence ; Muses di- vines, et qui vous applaudissez de les avoir donnés. Sallusque Bantinos , et arvum Pingue tenent humilis Ferenti : Ut tuto ab atris corpore viperis Dormirem et is ut Me sacra Non sine Dis animosus nine. — Vester, Gamenæ, vestér in arduos Tollor Si. a mihi frigidum Præneste, seu Tibur supinum ; Seu liqaids placuere Baie. Vestris amicum fontibus et choris, Non me Philippis versa acies retro, Devota non exstinxit arbor, NecSicula Palinurus unda. Utcunque mecum vos eritis , Hibens Insanientem navita Bosporum. è Tentäbo.; et arentes arenas - Eitoris Assyrii viator. Visam Britannos hospitibus’ feros, Et Iætum equino sanguine É cine Visam pharetratos Gelonos Et Scythicum inviolatus amnem. Vos Cæsarem altum, militia simul Fessas cohortes abdidit oppidis , Finire quærentem nee Pierio recreatis antro : Vos lene consilium et dstie= æ dites Gaudetis almæ. Scimusut i impios 42 42 jamais sa flèche n'a manqué le cerf qui fuit éperdu dans la plaine, ni son épieu le sanglier caché sous d’épais halliers. ODE XIII. À LA FONTAINE DE BANDUSIE, Fontaine de Bandusie, plus claire que le cristal, digne des libations d’un vin pur, de- main je t'offre avec des fleurs un jeune che- vreau ; son front où l’on voit poindre les pre- mières cornes, s'apprête aux amours et aux combats ; mais en. vain : l'animal pétulant rou- gira tes eaux limpides. Les feux de l’ardente Canicule ne sauraient t’effleurer; tu procures aux bœufs fatigués du joug et aux troupeaux errants une délicieuse fraicheur. Et toi aussi, Bandusie, tu seras une fontaine célèbre; je chanterai le chêne vert pen- - ché sur la grotte d’où jaillissent tes eaux mur- Hiurantes. ODE XIV. SUR LE RETOUR D'AUGUSTE, HORACE, sa vie des lauriers cueillis sur les pas d’'Her. cule, César, revient parmi nous, vainqueur de l'Espagne. Que celle dont le plus grand cles époux fait la gloire aille s'acquitter envers les dieux ; suivez-la , le front ceint de pieusés ban- delettes, sœur duhéros, et vous, mères dont les fils sont de retour. Pour vous, qui pleurez si jeunes un ‘époux Ou un père, épargnéz-nous de sinistres paroles. ; ” Ce jour est pour moi un vrai jour'de fête: il bannit de sombres pensées : je necraindrai plus la guerre civile et le fer des assassins , César n’a pas quitté la terre. Va, jeune esclave, chercher des parfums, des couronnes, ct de ce vin qui a vu la guerre des Marses, s'il en est échappé une amphore aux bandes de Spartacus. Dis à la chanteuse Nééra qu'elle se hâte de nouer ses cheveux par- fumés de myrte. Si son odieux portier veut te faire attendre, reviens. Une tête qui blan- chit n'aime plus le bruit et les querelles ; j’au- rais été moins patient, dans la chaleur de l’âge, sous le consulat de Plancus. Romains, celui que l’on disait avoir payé de | Pugientes agilato grege cervos jaculari, et Geler alto latitantem fruticeto excipere aprum. CARMEN XIII. AD FONTEM BA NDUSIUM. 0 fons Bandusiæ , splendidior vitro, Dulci digne mero , non sine floribus, Gras donaberis hædo, Gui frons turgida cornibus : Primis et Venerem et prælia destinat Frustra ; nam gelidos inficiet tihi Rubro sanguine riyos Laseivi soboles gregis. Te flagrantis atrox hora Caniculæ Nescit tangere : tu frigus amabile Fessis vomere tauris Præbes , et pecori vapo. Fies nobilium tu quoque fontium , Me dicente cavis impositam ilicem Saxis, unde loquaces Lymphæ desiliunt tuæ. CARMEN XIV. IN AUGUSTI EX HISPANIA REDITUM. Hereulis ritu , modo dictus, o Plebs, Morte venalem petiisse laurum , Gæsar Hispana repetit Penates Victor ab ora. Unico gaudens mulier marito Prodeat, justis operata Divis, Etsoror clara ducis , et decoræ Supplice vitta Virginum matres , jJuvenumque nuper Sospitum. Vos, o pueri, et puellæ Jam virum expertæ, male ominatis Parcite verbis, Hic dies vere mihi festus atras Eximet curas : ego nec tumultum, Nec mori per vim metuam , tenente Cæsare terras. ee [, pete unguentum, puer, et coronas Et cadum Marsi memorem duelli, Spartacum si qua potuit vagantem Fallere testa. Dic et argutæ properet Neæræ Myrrheum nodo cohibere crinem ; Si per invisum mora janitorem Fiet , abito. Lenit slbescens animos capillus Litium et rixæ Cupidos protervæ. Non ego hoc ferrem calidus Juyenta , = Consule Planco. 28 ODE XV. À CHLORIS. __ Femme du pauvre Ibycus, mets enfin un terme à tes débauches et à tes infàmes tra- vaux ; quandlamortt'appelle, cesse de jouer au milieu des jeunes filles, sombre nuage parmi de blanches étoiles. Ce qui sied à Pholoéne te sied plus, Chloris : que ta fille, comme une bacchante agitée par le bruit des timbales, force la maison des jeunes Romains; qu'elle se joue autour de Nothus comme la biche amoureuse ; toi, vieille et ridée, file la laine de Lucérie; laisse pour les fuseaux , et la lyre , et les roses, et les joyeux festins où l'on vide les tonneaux jusqu’à la lie. ODE XVI. °A MÉCÈNE. 1e Une tour d’airain, des portes de fer, d'énor- mes chiens veillant sans relâche, semblaient garantir Danaé des tentatives nocturnes de ses amants; mais Jupiter et Vénus se rirent du gardien tremblant de cette beauté captive : le chemin devait être sûr et facile pour un dieu CARMEN XV. AD CHLORIN: Uxor pauperis Ibyei , Tandem nequitiæ fige modum tuæ, Famosisque laboribus : Maturo propior desine funeri Inter ludere virgines, Et stellis nebulam spargere candidis. Nen, si quid Pholoen satis ; Ette , Chlori, decet; filia rectius Expugnat juyenum domos, Pulso Thyas uti concita tympano. Hlam copit amor Nothi Lascivæ similem ludere capreæ : Te lanæ prope nobilem Tonsæ Euceriam, non citharæ , decent, Nec flos purpureus rosæ, - Nec poti vetulam fæce tenus cadi. — GARMEN XVI. AD MÆCENATEM. Inclusam Danaen turris ahenea, Robustæque fores , et vigilum canum Tristes excubiæ munierant satis Nocturnis ab adulteris: Si on Acrisium , virginis abditæ Gustodem pavidum + upiter et Venus ODES. 43 changé en or. L'or se ghsse à travers les gardes, et, plus puissant que la foudre, il perce les ro- chers. Si la maison d’Amphiaraüs a péri, c’est l'or qui la plongea dans l'abime; avee For, & roi de Macédoine ouvrait les portes.des villes, et minait la puissance des rois ses rivaux; l'or enchaîne les plus farouches corsaires. Mais avec la fortune croissent les souciset la soif d'acquérir. Mécène, l'honneur des cheva- liers , j'ai toujours craint d'élever la tête et d’at- tirer les repards. Plus on se refuse, plus les dieux nous accordent. Transfuge du parti des riches, je passe joyeux et nu dans le camp de ceux qui ne désirent rien : plus libre et plus fier avec le peu que je possède, que-si j'entas- sais dans mes greniers toutes les moissons de linfatigable À pulien, pauvre au milieu de mes richesses. Un ruisseau limpide, un bois de quelques arpents, des moissons fidèles , me font un sort plus heureux que celui d’un opulent proconsul _de la fertile Afrique. Ce n’est-pas pour moi que les abeilles de la Calabre déposent leur miel, que le vin de Formies vieillit dans l'am- phore, que les brebis de la Gaule nourrissent Risissent : foreenim tutum iler et patens Converso in pretium Deo. Aurum per mediosire satellites, : Et perrumpere amat saxa potentius Ictu fulmineo : concidit auguris Argivi domus, ob lucrum Demersa exitio : diffidit urbium. - Portas vir Macedo, et subruit æmulos Reges muneribus : munera navium Sævos illaqueant duces. Crescentem sequitur cura pecuniam, Majorumque fames. Jure perhorrui Late conspicuum tollere verlicem, Mæcenas, equitum decus. Quanto quisque sibi plura negaverit, Ab Dis plura.feret. Nileupientium Nudus castra peto, et transfuga divitum Partes linquere gestio, Contemtæ dominus splendidior rei. Quam si, quidquid arat impiger Appulus, Occultare meis dicerer horréïs:, Magnas inter opes-inops. Puræ rivus aquæ, silvaque Jugerum Paucorum , et sepetis certa fidesmeæ, Fulgentem imperio fertilis Africæ Fallit sorte beatior.… : Quamquam nec Galabræ-mella feruntapes Nec Læstrygonia Bacchus in amphora = Languescit mihi, nec pinguia Gallicis 44 leurs épaisses ioisons ; mais j ‘ignore les tour- ments de la pauvreté, et si je voulais davan- tage, Mécène, tu me le donnerais. En reserrant mes désirs, je sais mieux éten- dre mon humble revenu que si je réunissais au royaume de Crésus les plaines de là Phrygie. Tout désirer, c’est manquer de tout : heureux à qui, d’une main économe, les dieux ont ac- cordé le nécessaire ! ODE XVIL A ÆLIUS LAMIA. Noble rejeton de l'antique Lamus (car c'est de lui que les premiers Lamias ont üré leur nom , et nos fidèles annales font remonter votre race à ce fondateur de Formies, dont l'empire s’étendit sur les rives marécageuses du Liris); Ælius, demain un violent orage , venu du cou- chant, jonchera les bois de feuilles et le rivage d algues inutiles, ou la corneille centenaire qui annonce la pluie m’aura trompé. Mets à couvert ton bois sec, ilen est temps encore : de- main tu offriras au dieu du foyer un vin pur et un porc de deux mois, au milieu de tes ser- viteurs libres pour un jour de leurs travaux. Grescunt vellera pascuis ; Imporluna tamen Paupertes abest ; Nec, si plura velim, tu dare deneges. Gontracto melius parva cupidine Vectigalia porrigam , Quam si Mygdoniis reonum Alyattei Gampis continuem. Multa petentibus Desunt multa. Bene est, cui Deus obtulit Parca , on satis est, manu. CARMEN XVIL AD ÆLIUM LAMIAM. Æli, vetusto nobilis ab Lamo, Quando et priores hine Lamias ferunt Denominatos, et nepotum Per memores genus-omne fastos : Auctore ab illo ducis originem, Qui Formiarum mœænia dicitur Princeps , et iunantem Maricæ Liloribus tenuisse Lirim , Late tyrannus : cras foliis nemus Multis et alga litus inulili Demissa tempestas ab Euro Sternet, aquæ nisi fallit augur Annosa cornix. Dum potis, aridum Gompone lignum : cras Genium mero Gurabis et porco bimestri , - | HORAC E. ODE XVIII. À FAUNE. Faune, amant des Nymphes fugitives, visite en dieu clément mon humble domaine , et que ton passage soit heureux pour tes jeunes élèves de mes étables : tous les ans je t'immole un chevreau , la coupe chère à Vénuste verse des flots de vin, et l’encens fume sur ton autel an- tique. Quand les nones de décembre ramènent ta fête, les troupeaux se jouent sur l'herbe touf- fue ; tout le village serépand dans les prés, avec le bœuf oisif; le loup se mêle aux agneaux, sans les effrayer ; ; les bois sèment leurs feuil- les sur ton passage; et le visneron frappe d’un pied joyeux cette terre, qu ‘il à souvent maudite. ODE XIX. A TÉLÈPHE. Tu nous parles du temps qui sépare Inachus de Codrus, mort pour sa patrie, et des füs d'Eaque, et des combats livrés sous les murs Gum famulis operum solutis. CARMEN XVIII. AD FAUNUM. Faune, Nympbarum fugientum amator, Per meos fines et aprica rura Lenis incedas ; abeasque parvis. Æquus alumnis:: Si tener pleno cadit hædus anno, - Larga nec desunt Veneris sodali Vina crateræ , vetus ara multo Fumat odore. Ludit herboso pecus omne campo, Quum tibi Nonæ redeunt Decembres : Festus in pratis vacat otioso. Cum bove pagus : Inter audaces lupus errat agnos : Spargitagrestes tibi silva frondes : Gaudet invisam pepulisse fossor Ter pede terram. CARMEN XIX. AD TELEPHUM. Quantura distet ab Inacho Codrus, pro patriauon timidus mor, Narras, cl genus Æaci, ODES. sacrés d’Hion ; mais à quel prix aurons-nous le vin de Chio ? Qui fera chauffer nos bains? A quelle heure, et chez qui trouverons-nous bonne table et bon feu? Tu n’en dis rien, Télèphe. Verse pour la lune nouvelle, esclave : verse pour la nuit; verse pour l'augure Muréna! On peut remplir trois ou neuf fois les coupes : le poëte, amant des neuf sœurs, dans son délire videra neuf fois la sienne; mais les Grâces demi-nues ont peur des querelles, et défendent aller au-delà de trois. Je veux perdre la raison. Où sont les flûtes de Bérécynthe? Que fait ce hauthois suspendu près de la lyre muette? Jehais les mains pares- seuses : semez des roses. Que le bruit de nos folies éveille le jaloux Lycus, et la jeune voisine, simal unie à ce vieil époux. Ta noire chevelure, ô Télèphe, tes yeux doux et brillants comme l'étoile du sor, attirent l'amoureuse Rhodé; et moi je languis, je brûle pour ma Glycère. ODE XX. # PYRRHUS: = Ne: vois-tu pas, Pvr us, le danger de ravir Et pugnata sacro bella sub Ilio : Quo Ghium pretio cadum Mercemur, quis aquam temperet ignibus, Quo præbente domum et quota Pelignis carean frisoribus , taces. Da Lunæ propere novæ, Da noctis mediæ, da, puer , auguris Murenæ : tribus, aut novem Miscentur cyathis pocula commodis. Qui Musas amat impares, Lernos ter cyathos adionitus petet Vates, tres prohibet supra Rixarum metuens tangere Gratia, Nudis juncta sororibus. Insanire juvat, cur Berecynthiæ Cessant flamina tibiæ ? Gur pendet tacita fistula cum Jyra ? Parcentes epo dexteras Odi : sparge rosas : audiat invidus Dementem strepitum Lycus, Et vicina seni non habilis Lyco. Spissa te nitidum coma, Puro te similem , Telephe, Vespero, Tempestiva petit Rhode: Me lentus Glyceræ torret amor meæ. CARMEN XX. AD PYRRHUM. Non vides, quanto moveas periclo, Fa 45 à ma lionne de Gétulie ses petits? Bientôt, tu fuiras tremblantune lutte inégale, quand, à tra- vers la foule des chasseurs, elle viendra te dis- puter le beau Néarque : combat terrible, à qui de vous deux doit rester cette proie! Et pen- dant que tu prépares tes flèches rapides, qu’elle aiguise ses dents redoutables, on dit que le juge du combat foule la palme sous ses pieds nus, et_abandonne au souffle caressant du zéphyr les cheveux parfumés qui flottent sur ses épau- les : tel fut Nirée, ou Ganymède ravi aux hu- mides vallons de l'Ida. ODE XXI. à SON AMPHORE. Amphore chérie, née comme moi sous lecon- sul Manlius, que tu portes dans ton sem la tris- tesse ou les jeux, les querelles, lesfolles amours, ou le facile sommeil ; tu conserves un Massique de choix, digne de paraître en un si beau jour. Viens, Conte l'ordonne, viens lui verser ta vieille liqueur : tout imbu qu'il est des maximes de Socrate, ne crois pas que son austérité te Pyrrhe, Gætulæ catulos leænæ ? Dura post paullo fugies inaudax Prælia raptor : Quum per obstantes juvenum catervas Ibit insignem repetens Nearchum, Grande certamen, tibi præda cedat Major , an illi. Interim, dum tu celeres sagitlas Promis, hæc dentes acuit timendos ; Arbiter pugnæ posuisse nudo Sub pede palmam Fertur , et leni recreare vento Sparsum odoratis bumerum capillis ; Qualis aut Nireus fuit, aut aquosa Raeptus di Ida. CARMEN XXI. AD AMPHORAM. O nata mecum consule Manlio , Seu tu querelas , sive geris jocos , Seu rixam et insanos amores ; - Seu facilem , pia testa, somnum, Quocunque lectum nomine Massicum Servas , moveri digna bono die; Descende, Corvino jubente Prue languidiora vina. Nonille, quamquam Socraticis madet Smet Le negliget horridus : 19 46 dédaigne; on sat que ie bon vin réchauffait souvent la vertu du vieux Caton. Tu fais aux caractères les plus rigides une douce violence: tu dévoilés, en te jouant, les soucis et les secrètes pensées du sage; tu ré- veilles dans un cœur abattu l'espérance et la force ; avec toi, le pauvre lève la tête, et ne craint plus nila colère des rois ni les épées. Que la riante Vénus, les Grâces toujours unies, et le dieu du plaisir te fassent durer, à lxelarté des flambeaux, jusqu’à l'heure où Phé- bus revient chasser les étoiles. ODE XXIT. À DIANE. Gardienne des bois et des montagnes, vierge qui, trois fois invoquée, exauces la jeune épouse dans les douleurs de l’enfantement, et la dérobes à la mort, triple déesse, jeteconsacre le pin qui domine mon toit champêtre : tous les ans je t'offrirai, sous son feuillage, un jeune sanglier qui déjà cherche à frapper d’un coup D Hque. ODE XXIIL. _ PHIDYLÉ. Quand la lune renaît, lève au ciel tes mains Narratur et prisei Gatonis Sæpe mero caluisse virtus. Tu lene tormentum ingenio admoves Pleramque duro : tu sapientium Guras et arcanum jocoso Consilium retegis Lyæo : Tu spem reducis mentibus anxiis Viresque ; et addis cornua paupert Post te neque iratos trementi Regum apices, nequemilitum arma. Te Liber, et, silæta aderit, Venus, Sepnesque nodumsolvere Gratiæ , Vivæque producent lucernæ, Dum rediens fugat astra Phœbus. CARMEN XXII. AD DIANAM. Montium custos nemorumque , Virpo, Quæ laborantes utero puellas Ter vocata audis, adimisque leto , Diva triformis : Immimens vilæ tua pinus esto, Quam per exaetos ego lætus annos Verris obliquum meditantis ictum Sanguine donem. CARMEN XXI. AD PHIDYLEN. Gœlo supinas si tuleris manus | | REA LIL LOU Le D LA 209 SEE PO AL Le LUI TE RG IP sets ENT ur} Eee HORACE. suppliantes, bonne Phidylé, offre aux dieux Larés de l’encens, une truie avide, et des fruits de l’année; et ta vigne féconde ne sentira pas le souffle mortel de l'Auster, ni tes moissons la nielle stérile, nites jeunes agneaux la lourde haleine de la saison des fruits. Laisse la victime choisie qui paît sur lAlgide, au dessous des neiges, entre les chênes et les yeuses, où qui srandit dans les pâturages al- bains, tendre de son sang la hache des pontifes. Tu n'as pas besoin d’égorger tant de brebis pour fléchir les humbles dieux que tu Couronnes de romarin et de myrte. Si une main pure a touché l'autel, orge sacré et le sel pétillant apaiseront les Lares irrités mieux que là plus riche offrande. ODE XXIV. CONTRE LES VICES DU SIÈCLE. Avec des richesses plus g Grandes que les tré- sors encore intacts de l'Arabie et de l'Inde, quand tu envahirais de tes vastes constructions les mers de Tyrrhène et d’Apulie, si linflexi- ble destin appuie sur ton front superbe sa man de fer, tu ne pourras dégager ton âme de Nascente Luna, rustica Phidyle , Si ture placaris et horna Fruge Lares , avidaque porca; Nec pestilentem sentiet Africum Fecunda vitis, nec sterilem seges Rubiginem , aut dulces alumni : Pomifero grave tempus anno. Nam, quæ nivali pascitur Algido Devota quercus interetilices, : Aut creseit Albanis in herbis, Victima, pontificum secures Cervice tinget. Te nihil attinet Tentare multa cæde bidentium Parvos coronantem marino Rore Deos fragilique myrto. Immunis aram ci tetipit manus, Non sumtuosa blandior hostia 3 Mollivit aversos Penates Farre pio et sakiente mica. CARMEN XXIV. Intactis opulentior Thesauris Arabum.et divitis Indiæ, Cæmentis licet occupes Tyrrhenum omne luis et mare Apulicum, Si figit adamantinos Summis verticibus dira Necessitas Clavos, non animum métu, = ODES. la crainte, ni tes pieds des filets de la mort. Plus heureux, dans ses déserts, le Scythe qui traîne sur un chariot sa demeure errante ! Plus heureux le Gète sauvage! Leurs champs sans limites produisent une libre et commune moisson : ils ne cultivent qu’un an le même sol; la tâche de l’un remplie, un autre lui succède et le fait jouir de ses travaux. Là, l'épouse nou- _ velle est Couce à l'enfant qui n’a plus sa mère ; là, point de femme richement dotée qui com- mande à un mari, etle menace de ses amants. La plus belle dot, c’est la vertu des parents, l'horreur de Padultère, un chaste respect de l'alliance jurée : l'infidélité est un crime, et la mort en est le prix. O toi, qui veux étouffer nos guerres impies et nos fureurs civiles, si tu désires qu'on lise un jour sur tes statues : Au père de la patrie! ose mettre un frein à la licesce indomptée. Ta gloire est sûre dans F avenir ; Car, hélas! notre œil jaloux hait la vertu vivante, et nos l'appellent quand elle n’est plus. . À quoi bon ces plaintes amères, si - bache ne coupe le mal dans sa racine? Que peuvent Non morlis laqueis expedies caput. Campestres melius Scythæ, Quorum plaustra vagas rite trahunt domos, Vivunt et ripidi Getæ; Emmetata quibus jugera liberas Fruges et Gererem ferunt, Nec cultura placet ne annua : Defunctumque laboribus Aquali recreat sorte VICaTIUS. {lice matre carentibus Privignis mulier temperat IDROCERS : Nec dotata regit virum Conjux, nec nitido fidit adultero : Dos est magna parentium Virtus, et metuens alterius viri Gerto fœdere caslitas, Et peccare nefas , aut pretium emori. _O quisquis volet impias Gædes et rabiem tollere civicam, Si quæret Pater Urbium Subseribi statuis, RER audeat Refrenare licentiams, > Clarus postgenitis, quatenus , heu nefas! Virtutem incolumem odimus, ” Sublatam ex oculis quærimus invidi. Quid tristes querimoniæ, Si non supplicio culpa reciditur À 2 Quid leges, sine moribus Le Vanæ, proficiunt, sineque fervidis Pars die caloribus ne rompre sem tete ie émet ee nee eme és - emmener: md 47 de vaines lois, sans les mœurs; si rien n’arrête lavidité du marchand, ni les feux de la zone torride, ni les barrières de neige et de glace; si l’art du matelot triomphe des mers en furie; si la pauvreté, devenue le plus grand des oppro- bres, ordonne de tout faire, de tout souffrir, et abandonne Vâpre sentier de la vertu? : Portons au Capitole, où nous appellent les cris et les applaudissements de la foule, ou, dans la mer voisine, jetons ces perles, ces dia- mants, cet or inutile, principe de tous nos maux. Si notre repentir est sincère, il faut étouffer le germe de nos honteuses passions, et, par des goûts plus mâles, retremper nos âmes amollies. Le jeune Romam chancelle sur un coursier; la chasse lui fait peur ; le cerceau des Grecs et les dés proscrits par la loi, voilà les jeux où il excelle. Et cependant un père sans foi trompe son associé, son hôte, son ami, et le dépouille pour-hâter la fortune de cet indigne héritier : chaque jour accroit ses infâmes ri- chesses; mais, au milieu de ses trésors, je ne sais quel vide se fait toujours sentir. Mundi, nec Boreæ finitimum latus, Duratæque solo nives , Mercatorem abigunt ? horrida callidi Vincunt æquora navitæ ? Magnum pauperies opprobrium jubet Quidvis et facere et patr, Virtutisque viam deserit arduæ ? Vel nos in Capitolium , Quo clamor vocatet {urba fsventium, Vel nos in mare proximum Gemmas, et lapides, aurum et joutile j Summi materiem mali, Mitiamus, scelerum si bene pœnitet. Eradeuda eupidinis Pravi sunt elementa : Mentes asperioribus Formandæ studiis. Neseit equo rudis Iærere ingenuus puer, Venurique timet ; ludere doctior, Seu Græco jubeas trocho, Seu malis vetita legibus alea : Quum perjura patris fides Consortem socium fallat et hospitem < Indignoque pecuniam Hæredi properet. Scilicet improbæ Creseunt-divitiæ : tamen Gurtæ nescio quid semper abest rei. et teneræ nimis 6? s ODE XXV. A BACCHUS. Oùm'’entraîne, Ô Bacchus, ton souffle divin ? Dans quel bois, sous quel antre désert m'em- porte l'essor d’un esprit nouveau? Quels rochers entendront ma voix élever la gloire éternelle de César au-dessus des astres, et l'introduire au conseil de Jupiter ? Tout sera sublime, tout sera nouveau dans mes chants. Telle, au sommet des monts, la Bacchante à son réveil, immobile, éperdue, découvre au loin l'Hèbre glacé, la Thrace couverte de neige, et le Rhodope que foule un pied barbare. Oh! dans mes courses vagabondes, que j'aime la rive escarpée et le bois solitaire ! Dieu des Naïades, dieu des Bac- chantes, dontlebras puissant déracine les hauts frênes, rien de faible et de vulgaire, rien de mortel ne sortira de ma bouche! C’est un doux péril, à Bacchus, de suivre le dieu qui se cou- ronne de pampres verts. ODE XXVI. À VÉNUS. Je plaisais naguère aux jeunes filles; et j'ai CARMEN XXV. AD BACCHUM: Quo me, Bacche, rapis tui Plenum ? Quæ nemora, aut quos agor in specus, Yelox mente nova ? Quibus Antris egrepii Cæsaris audiar Æternum meditans decus Stellis inserere et consilio Jovis ? Dicam insigne, recens , adhuc Indictum ore alio. Non secus in jugis Exsommis stupet Evias , Hebrum prospiciens, et nive candidam Thracen, ac pede,barbaro Lustratam Rhodopen, Ut mihi devio Ripas et vacuum nemus Mirari libet ! O Naïadum potens, Baccharamque valentium Proceras manibus vertere fraxinos : Nil parvum aut humili modo, Nil mortale loquar. Dulce periculum est, 0 Lenæe ! sequi Deum Cingentem viridi tempora pampino. CARMEN XXVI. AD VENEREM. Vixi puellis nuper idoneus, 48 HORACE. servi, non sans gloire, sous les drapeaux de f'a- mour. Aujourd'hui je consacre à Vénus mes armes et le luth qui a fini ses campagnes; je les suspends à sa gauche, aux murs de son temple : qu’on y attache aussi les flambeaux, les leviers, et les haches, quimenaçaient les portes fermées. Déesse, qui tiens sous ton empire Pîle for- tunée de Chypre, et Memphis où l’on ne vit ja- mais les neiges de la Thrace, reine des amours, touche seulement de ton fouet divin l'altière Chloé. ODE XX VII. À GALATÉE. Que l'impie ait pour présage le cri répété de la frésaie, une lice pleine, une louve rousse descendant des coteaux de Lanuvie, ou la fe- melle du renard avec ses petits; et qu'un serpent interrompe son voyage, en passant comme une flèche devant ses chevaux épou- vantés. Mais, si je crains pour un ami, avant que l'oiseau précurseur del’orageregagne l'eau dormante des marais, vigilant augure, mes vœux appelleront de l'Orient un corbeau favo- rable. Et militavi non sine gloria : Nune arma defunctumque bello Barbiton hic paries habebit, Lævum marinæ qui Veneris latus Custodit. Hic, hic ponite lucida Funalia , et vectes, et arcus Oppositis foribus minaces. O quæ beatam, Diva, tenes Cyprum, et Memphin carentem Sithonia nive, Regina, sublimi flagella Tange Ghloen semel arrogantem. CARMEN XXVIT. AD GALATEAM. Impios parræ recinentis omen Ducat , et prægnans canis, aut ab agro Rava decurrens lupa Lanuvino Fetaque vulpes; Rumpat et serpens iter institutum, Si per obliquum similis sagittæ Terruit wannos. Ego cui timebo, Providus auspex, Antequam stantes repetat paludes Imbrium divina avis imminentum, Oscinem corvum prece suscitabo Solis ab ortu. DER ES RP PRE PI ENT NET NS PE TE EL ee PO CCS TERRES PTT TE | | È | AE FRERES ODES. 49 Sois heureuse, à Galatée, en quelque lieu que tu veuilles l'être; vis, sans m’oublier; et que ni la Corneiïile errante, ni le sinistre pivert ne s'oppose à ton départ. Vois cependant de quelle tempête nous menace le coucher d’Orion : je connais les vagues noires de l'Adriatique, et la sérénité perfide du zéphyr. Que les femmes, les enfants de nos ennemis, éprouvent seuls les sourdes secousses de l’Autan qui s'élève, et le mugissement d’une mer ténébreuse qui fait trembler ses rivages! Ainsi la blanche Europe osa se confier au taureau trompeur ; mais bientôt, au milieu des écueils et des monstres qui peuplent labîme, l'audacieuse pâlit. Naguère, dans les prairies, elle cherchait des fleurs pour tresserlacouronne promise aux Nymphes; et, à la faible lueur des étoiles, elle ne voit plus que le ciel et les eaux. À peine a-t-elle touché la Crète aux cent villes: « OÔ mon père! s’écrie-t-elle, nom Chéri mé- prisé par ta fille! Doux et pieux devoirs, que: j'ai trahis dans mon délire! D’où viens-je? Où suis-je ? C’est trop peu d’une mort pour une fille coupable. Veillé-je quand je pleure ma honte ? Qu pure encore, suis-je le jouet d’une vaine il- Sis licet felix, ubicunque mavis, Et memor nostri , Galatea, vivas : Teque nec lævus vetetire picus, Nec vaga cornix. Sed vides, quanto trepidet tumultu Pronus Orion. Ego , quid sit ater, Hadriæ, novi , sinus, et quid albus Peccet Iapyx. Hostium uxores puerique cæcos. Sentiant motus orientis Austri, et Æquoris nigri fremitum , et trementes Verbere ripas. Sie et Europe niveum doloso Credidit taurolatus, et scatentem Belluis pontum, mediasque fraudes Palluit audax. Nuper in pratis studiosa florum , et Debitæ Nymphis opifex coronæ, Nocte sublustri nihil astra præter Vidit et undas. Quæ simul centum tetigit potentem Oppidis Creten : Pater o, relietum Filiæ nomen, pietasque, dixit, Vieta furore ! Unde? quo veni? Levis una mors est Virginum culpæ. Vigilansne ploro Turpe commissum ? an vitiis carentem Ludit imago Vana, quæ porta fugiens eburna en Re ne ne D lusion, d’un songe échappé à ja porte d'ivorre? Valait-il mieux iraverser la mer immense, que de cueillir les fleurs nouvelles? « Ah! si dans ce moment on livrait cet infime taureau à ma colère ! Je trouverais la force de le mettre en pièces, de briser les cornes du monstre que jai trop aimé. Sans pudeur, j'a fui les dieux paternels ; sans pudeur, j'hésite à mourir ! © dieux, s’il en est qui m’ertendent, que ne suis-je erranteet nue au milieu des lions ! Avant qu'une hideuse maigreur ait flétri mes joues, et desséché cette faible proie belle en- core, je veux être la pâture des tigres. « Misérable Europe! ton père absent te crie : que tardes-tu à mourir ? Cet arbre, cette cein- ture qui heureusement ne t’a pas quittée, peur vent terminer ta vie; ou si la mort l'appelle sur la pointe aiguë de ces écueils, va, élance-toi dans la tempête : à moins que tu n’aimes mieux, fille des roïs, tourner les fuscaux pour une maîtresse étrangère, et servir de concubine à son époux ! » -Vénuslécoutaitavec un perfidesourire, ayam près d'elle son fils, appuyé sur son arc détendu. Lorsqu'elle se fut assez jouée de sa douleur : Somnium ducit? Meliusne fluctus Ire per tongos fuit, an recentes Carpere flores ? Si quis infamem mihi nunc juvencum Dedat iratæ , laccrare ferro, et Frangere enitar modo mul{um amati Cornua monstri ! Impudens liquipatrios Penates : Impudens Orcum moror ! o Deorum Si quis hæc audis, utinam inter errem Nuda leones! Antequam turpis macies decentes Occupet malas teneræque succus Defluat predæ, speciosa quære Pascere tigres. Vilis Europe, pater urget absens, Quid mori cessas ? Potes hac ab orno Pendulum zona bence te sequuta Lædere collum. Sive te rupes et acuta leto Saxa delectant , age, te procellæ Crede veloci ; nisi herile mavis Carpere pensum , Regius sanguis, dominæque {radi Barbaræ pellex. Aderat querenti Perfidum ridens Venus, et remisse Filius arcu. Mox, ubi lusit : Abstineto, Dixit, irarum calidæque rix® ; 70 FRS 50 « Europe, lui dit-elle, retiens ces cris et ces transports de colère, quand l’odieux taureau te livrera ses cornes, pour les briser. Tu ne sais pas être l'épouse du grand Jupiter? Apaise tes sanglots; apprends à soutenir ta haute fortune : une des paies du monde tedevra son nom. » ODE XX VIIL A LYDÉ. Que ! faire de mieux, le jour consacré à Nep- tune? Allons, Lydé, tire le Cécube caché au fond du cellier, et force ta sagesse dans ses re- tranchements. Œu-vois le soleil qui décline ; et, comme si les heures suspendaient leur vol, tu crains d’arracher à son repos une vieille am- phore du consulat de Bibulus, Nous chanterons tour à tour, moi, Neptune et les vertes chevelures des Néréides, toi, sur ta lyre d'ivoire, Latone et les flèches rapides de Diane : nos derniers chants seront pour la déesse qui règne à Gnide, aux brillantes Cycla- des, et qui vole à Paphos sur un char attelé de cygnes. La Nuit nesera pas non plus oubliée. Quum tibi invisus laceranda reddet Cornua taurus. Uxor invicti Jovis esse nescis : Mitte singultus : bene ferre magnam Disce fortunam : tua sectus orbis Nomina ducet. CARMEN XXVHI. AD LYDEN. Festo quid potius die Neptuni faciam ? prome reconditun , Lyde strenua, Gæcubum, Manet adhibe vim sue Inclinare meridiem Sentis : ac veluti stet volucris dies, Parcis deripere horreo Cessautem Bibulis Consulis amphoram : Nos cantabimus invicem Neptunum , et virides Nereïdum comas . Fu curva recines lyra Latonam , et celeris spicula Cynthiæ : Summo carmine, quæ Gnidon Fulgentesquetenet Cycladas, et Paphon Junetis visit oloribus : Dicetur merita Nox quoque nænia. pi NC CURSEUR Re | HORACE. ODE XXIX. A MÉCÈNE. Descendant des rois d'Étrurie, Mécène, de- puis longtemps je te réserve une amphore de vieux vin, avec des roses et des parfums pour tes cheveux. Viens, que rien ne te retienne : faut-il contempler toujours l’humide Tibur, les coteaux d’Esule, et les monts du parricide Télégone? Quitte les ennuis de l’opulence, et ce palais dont le faite s’élève jusqu’au nues ; laisse admirer à d’autres la fumée, le luxe, le fracas de l'heureuse Rome. Le changement amuse quelquefois les riches; et sous l’humble toit du pauvre, un repas frugal, sans pourpre ni tapis, déride leur frontsoucieux. Déjà le père d’Andromède montre ses feux étincelants, Procyon fait sentir ses fureurs, le Lion rugit, et le Soleil à ramené les jours arides. Déjà le pâtre, avec son troupeau langwssant, cherche fatigué l'ombre, les ruisseaux, les buis- sons du sauvage Sylvain; et les vents dorment sur la rive silencieuse. Toi, cependant, tu médites les moyens d’as- CARMEN XXIX. AD MÆCENATEM. Tyrrhena resum progenies, fibi Non ante verso lene merum cado Cum flore, Mæcenas, rosarum , et Pressa tuis balanus capillis Jam dudum apud me est, Eripe te moræ: Ne semper udum Tibur, et Æsulæ Declive contempleris He, et. Telegoni juga parricide, ee Fastidiosam desere copiam , et Molem propinquam RUE arduis : Omitte mirari beatæ Fumum et opes strepitumque Rome. - Plerumque gratæ divitibus vices, Mundæque parvo sub lare pauperum Cœnæ , sine aulæis et ostro, Sollicitam explicuere frontem. Jam clarus occullum Andromedæ pater Oslendit ignem ; jam Procyon furit, Etstella vesani Leonis, Sole dies referente siccos. Jam pastor umbras cum grege lanpuido Rivumque fessus quærit, et horridi Dumeta Silvani : caretque Ripa vagis taciturna ventis. Tu, civitatem quis deceat stalus, Curas , Urbi sollicitus times à 26 ODES. surer le bonheur de Rome ; ta pensée inquiète veut pénétrer les projets des Sères, des Bac- triens domptés par Cyrus, et des peuples du Tanaïs déchirés par la discorde. La prudence des dieux couvre l'avenir d’une nuit profonde, et rit du mortel qui s’agite dans ces ténèbres, Songe à régler le présent avec sagesse : le reste suit son Cours comme le fleuve qui, tantôt ren- fermé dans son lit, s’écoule paisiblement vers la mer de Toscane, tantôt, avec un fracas que répète l'écho des monts et des forêts voisines, roule les pierres, les arbres déracinés, les trou- peaux, les maisons, lorsque les torrents ont ir- rité ses eaux tranquilles. Celui-là seul est heureux et maître de lui-même, qui chaque soir peut se dire : j'ai vécu! Demain, que Jupiter charge le ciel de noirs nuages où qu il léclaire d’un soleil pur, le passé n’est plus à à lui; il ne peut changer ni détruire ce qu'une fois l'heure fugitive à emporté. La fortune se complaît dans le mal, et obs- tinée à ses jeux bizarres , elle va portant son incertaine faveur, aujourd’ hui chez moi, demain Chez un autre. Je l'accueille à mon foyer; si elle déploie ses ailes rapides, je lui rends ses dons, et, m’enveloppant de ma vertu, j épouse sans dot une honnête pauvreté. Que Quid Seres , et repnata Cyro Bactra parent , Tanaisque discors. Prudens futuri temporis exitum Galiginosa nocte premit Deus; Rideique , si mortalis ultra Fas Cepide Quod adest, memento Componere æquus : cætera fluminis Ritu feruntur , nunc medio alveo Gum pace delabentis Etruscum In mare, nune lapides adesos ; Stirpesque raptas, et pecus, el domos Volventis una , non sine monlium Glamore vicinæque silvæ, Quum fera diluvies quietos {rritat amnes. Ille potens sui, Lætusque deget, cui licet in din Dixisse, Vixi ; cras vel atra Nube polum Pater ogcupalo , Velsole puro : non amen irritum, Quodcunque retro est, efficiet : ; neque Diffinget, infectumque reddet, Quod fugienssemel hora oi Fortuna sævo læta negolio, et Ludum insolentem ludere pertinax, Transmutat incertos honores Nunc mihi, nunç ali benisna Laudo manentem : si celeres quatit Pennas > rESigno quæ dedit, et mea “+ d’autres, si fa tempête mupit dans les mâts. descendent à à de misérables prières, et compo- sent avec les dieux, pour que leur richesses naillent pas grossir celles de l’avare Océan. Moi, je me confie à une simple barque, et à travers les flots tumultueux, Pollux et les vents me poussent au rivage. ODE XXX. ÉPILOGUE. J'ai achevé un mouvement plus durable que le bronze, plus élevé queles royales pyramides : rien ne saurait le détruire, ni Ja pluie qui ronge, ni le fougeux Aquilon, ni linnombrable série des années, ni la fuite des temps. Je ne mourrai pas toutentier, et la meilleure partie de moi-même évitera la Parque. Ma gloire toujours nouvelle grandira dans l'avenir, tant _qu’au Capitole monterà le pond avec la vierge silencieuse, Sur les bords de l’Auñde impétueux, “dans Fe arides ( campagnes où Daunus régna sur des peuples rustiques, on dira qu ant mon humble naissance, le premier je transportai dans la poésie latine le mètre éolien. Prends un légitime orgueil, à Melpomène, et viens couron- ner ma tête du laurier d’Apollon. Virtute me involvo, probamque Pauperiem sine dote quæro. Non est meum, si mugiat Africis Malus procellis, ad miseras preces Decurrere ; et votis pacisei, Ne Gypriæ Tyriæque merces Addant avaro divitias mari. Tunc me, biremis præsidio scaphæ Tutum, per Æpæos tumultus Aura feret, geminusque Pollux. CARMEN XXX. Exepi monumentum ære perennius, Regalique situ pyramidum altius ; Quod non imber edax , non Aquilo impotens Possit diruere , aut innumerabilis Aunorum series, et fuga temporum. Non emnis moriar; multaque pars mei Vitabit Libitinam. Usque ego postera Creseam laude recens , dum Gapitolium Scandet cum tacita Virgine pontifex, Dicar, qua violens obstrepit Aufidus, Et qua pauper aquæ Daunus pers Reguavit populorum , ex humili potens, Princeps Æolium carmen ad Italos Deduxisse modos. Sume superbiam Quæsitam meritis, et mibi Delphica … Lauro cinge olsue ; Melpomene , comam. 4 16 ë? HORACE. CDODOOCOCOOODOSODODOOOOOODODO0O0DD0000000000000980 LIVRE QUATRIÈME. ODE I. A VÉNUS. Après une longue trève, Ô Vénus, tu me dé- clares de nouveau la guerre! Grâce, je t’en sup- plie, grâce! Je ne suis plus ce que j'étais sous le règne de l’aimable Cinara; je vais compter dix lustres; n’essaie plus, mère cruelle des tendres amours, de courber sous ton joug au- trefois si doux un cœur devenu rebelle! Va où appellent les vœux passionnés de la jeunesse ; transporte, sur l'aile de tescygnes éblouissants, les plaisirs et la volupté dans la demeure de Maxime, si tu cherches un cœur fait pour l’a- mour. Noble, beau, éloquent, appui de l'accusé en deuil, jeune et orné de milletalents, Maxime portera au loin tes étendards ;et quand, malgré CARMEN I. AD VENEREM. Intermissa, Venus, diu Rursus bella moves. Parce, precor , precor! Non sum, qualis eram bonæ Sub regno Ginaræ. Desine, dulcium Mater sæva Cupidinum, Girea lustra decem flectere mollibus Ja durum imperis. Abi, Quo blandæ juvenum te revocant preces. Tempestivius in domum Paulli, purpureis ales oloribus, Commissabere Maximi, Si torrere jecur quæris idoneuim. Namque et nobilis, et decens, Et pro sollicitis non tacitus reis, Et centum puer artium, Late signa feret militiæ tuæ : l'or et les présents de ses rivaux, il jouira de leur défaite, il t’élèvera près du lac Albain une statue de marbre sous un dôme de citronnier. Là, tu respireras des flots d’encens; et, pour charmer tes oreilles, la Iyre, la flûte phrygienne, le hautbois uniront leurs sons mélodieux. Là, deux fois le jour, un chœur d’adolescents et de jeunes vierges chantera tes louanges, et de leurs pieds d’albâtre, ils frapperont la terre en ca- dence. ee Pour moi, adieu les amants, les femmes, le crédule espoir d’un tendre retour; adieu les combats du vin, et les fleurs nouvelles dont j'aimais à couronner ma tête. ! Mais, hélas! pourquoi, Ligurmus, pourquoi ces larmes fur- tives qui coulent sur ma joue? Pourquoi, au milieu de mon discours, ma voix expire-t-elle dans le silence de l'embarras? La nuit, dans Et quandoque potentior Largis muneribus riserit æmuli, Albanos prope te lacus Ponet marmoream sub trabe citrea. Elie plurima naribus Duces tura, lyræque et Berecyntiæ Delectabere tibiæ Mixtis carminibus, non sine fistula ; Ilic bis pueri die Numen cumteneris virginibus tuum Laudantes, pede candido In morem Salium ter quatient humum. - Me nec fæmina , nec puer Jam, nec spes animi credula mutui, Nec certare juvatmero, Nec vincire novis tempora floribus. Sed eur, heu! Ligurine, cur Manat rara meas lacrima per genas? Gur facunda parum decoro Inter verba cadit lingua silentio ? 36 ODES. mes songes, C est toi quejetiens embrassé: toi, que je poursuis sur les gazons du Champ-de- Mars, cruel, et dans les eaux du Tibre ! ODE IL. A JULES ANTOINE. Vouloir épaler Pindare, c’est, comme le fils de Dédale, s'élever sur des ailes de cire, pour donner son nom au cristal des mers. Tel qu'un torrent , grossi par les orages, franchit ses rives et se précipite du haut des mon- tagnes, ainsi bouillonne, ainsi déborde à flots immenses et profonds le génie de Pindare. À lui la couronne d’Apollon, soit que, dans ses au- dacieux dithyrambes, il déroule un nouveau langage, une harmonie désordonnée : soit qu’il chante les’ dieux et les “enfants des dieux, ces héros, dont le bras vengeur fit tomber les Centaureset les flammes de la terrible Chimère ; soit qu'il célèbre l'athlète où le coursier que la | victoire a ramenés de l’Élide, chargés de palmes immortelles, et qu'il leur élève un monument plus durable que cent statues ; soit qu'il pleure Nocturnis epo somniis Jam captum tenco, jam volucrem sequor Te per gramina Marti Gampi, te per aquas , dure, volubiles. CARMEN AD JULUM ANTONIUM. Pindarum quisquis studet æmulari, Jule , ceratis ope Dædalea Mititur pennis, vitreo daturus Nomina ponto. Monte decurrens velut amnis , imbres Que super notas aluere ripas, Fervet , immensusque ruit profundo Pindarus ore : Laurea donandus Apollinari , Seu per audaces nova dithyrambos Verba devolvit, numerisque fer{ur Lege solutis : $Seu Deos , regesve canit ; Deorum Sanguinem , per quos cecidere justa Morte Gentauri, cecidit tremendæ Flamma Chimæræ : Sive , quos Elea domum reducit Palma cœlestes | pugilemve equumy: Dicit, et centum potiore signis Munere donat . Flebili sponsæ juvenemve raptum Ba DTA À PC du a ad ae LAS le jeune époux ravi à son épouse désolée, et qu'élevant jusqu’au ciel sa force, son cou- rage, ses vertus de l’âge d'or, il le dérobe à la nuit infernale. Un souffle visoureux sou- tient le cygne de Dircé, quand il s’élance dans le séjour des nuages ; et moi, semblable à l'a- beille, qui va recueuiant à force de travail les sucs parfumés du thym, le long des bois et des ruisseaux de Tibur, humble poëte, je compose des vers laborieux. C'est à toi, Jules-Antoine, de chanter César sur ta lyre puissante, lorsque, le front cou- ronné de lauriers , il traînera au Capitole les fa- rouches Sicambres ; César, le plus beau présent que les dieux aient fait à la terre, et le plus beau qu'ils lui feront jamais, quandils nous ra- mèneraient à l’âge d’or. C’est à toi de chanter nos joursdefête, Rome dans les jeux,etle Forum veuf de procès , au retour si longtemps désiré d’Auguste. Moi-même alors, si ma voix peut se faire entendre, je la joindrai aux acclamations de là foule : «O jour fortuné ! douce lumière ! » Ë m'écrirai-} e, heureux deretrouver César.Et pen- dant la marche triomphale : « Victoire! triom- phe !» répéterons-nous mille fois, avec Romeen- Plorat , et vires animumque wmoresque Aureos educit in astra , nigroque [nvidet Orco. Multa Direœæum levat aura cyenum, Tendit, Anfoni, quoties in altos Nubium tractus : ego, apis Matinæ More modoque, Grata carpentis thyma per laborem Plurimum , cirea nemus uvidique Tiburis ripas, operosa parvus Garmina fingo. Goncines majore poeta plectro Gæsarem , quandoque trahet feroces Per sacrum clivum , merita decorus Fronde , Sicambros : Quo nihil mojus meliusve terris Fata donavere , bonique Divi, Nec dabunt, quamvis redeant in aurum Tenpora priscum. Concines lætosque dies , et Urbis Publicum Iudum , super impetrato Fortis Augusti reditu , forumque Litibus orbum. Tum meæ (si quid loquar audiendum } Vocis accedet bona pars : et, o sol Pulcher , o laudande, canam, recepto Cesare felix. Tuque dum procedis, lo triumphe, Non semel dicemus, lo triumpbe, t 54 tière ; «Victoire ! » Et nous offrirons aux dieux propices des flots d’encens. Dix taureaux, dix génisses, voilà l'hommage que tu leur dois ; moi, je leur destine une jeune veau, qui déjà séparé de sa mère, grandit au milieu de gras pâturages, pour acquitter mes Vœux. Ses cornes imitent les feux recourbés de la lune, à son troisième lever ;son front est marqué d’une blanche étoile, le reste Uu corps est fauve. ODE HI. A MELPOMYÈNE. O Melpomène, celuique turegardes à sanais- sance d’un œil favorable n'ira point, vigou- reux athlète, s’illustrer aux combats de l’Isthme; de rapides coursiers ne l'emporteront pas dans la carrière olympique, et la victoire ne le mon- trera pas au Capitole, le front couronné de laurier pour avoir terrassé l'orgueil menaçant des rois ; mais inspirés au bord des ruisseaux qui arrosent Tibur, et sous l'épais ombrage des forêts, ses chants le rendront célèbre. Rome, la reme des cités, a daigné m'accorder une place dans Paimable chœur des poëtes; et Givitas omnis, dabimusque Divis Tura benignis. Te decem tauri, totidemque vaccæ; Me tener solvet vitulus, relicta Matre , qui largis juvenescit herbis In mea vota, Fronte curvatos imitatus ignes Tertium lunæ referentis ortum, Qua notam duxit, niveus videri, Gætera fulvus. CARMEN I. AD MELPOMENEM. Quem tu, Melpomene, semel Nascentem placido lumine videris, Hlum non labor Isthmius Clarabit pugilem , non equus impiver Gurru ducet Achaico Victorem, neque res bellica Deliis Ornatum foliis ducem, Quod repgum tumidas contuderit minas, Ostendet Gapitolio : Sed quæ Tibur aquæ fertile præfluunt, Êt spissæ nemorum comæ, Fingent Æolio carmine nobilem. Romæ principis urbium Pignatur soboles inter amabile: HORACE. déjà l'envie se lasse de me déchirer. O toi, qui modères le doux frémissement de ma lyre, ô toi, qui donnerais la voix du cygne aux muets habitants des eaux, muse, simes concitoyens se disent en me montrant : voilà le maître de la lyre latine ! c'est à toi seule que je le dois; c’est par toi que je respire et que je plais, si toute- fois j'ai le don de plaire. ODE IV. À DRUSUS. Tel que l'aigle, ministre de la foudre, à qui le roi des dieux accorda l'empire sur le peuple er- rant des oiseaux, pour avoir enlevé le blond Ganymède : un jour sa jeunesse et la vigueur de sa race le poussèrent hors du nid, ignorant la peine et le péril, et, dans un ciel pur, soulevé par les zéphyrs, il essaya tremblant, ses premières ailes: bientôt, d’un vol impé- tueux, il s’abattit sur les bergeries épouvan- tées; aujourd’hui l'amour des combats et la faim le précipitent sur le serpent qui se re- dresse contre lui; ou, tel_ un lionceau, que sa mère a repoussé de ses fauves mamelles , ap- Vatum ponere me choros ; Et jam dente minus mordeor invido. O, testudinis aureæ Dulcem quæ strepitum, Pieri, temperas : O , mutis quoque piscibus Donatura cyeni, si libeat, sonum! Totum muneris hoc tui est, Quod monstror digito prætereuntium Romanæ fidicen Iyræ : Eee Quod spiro et placeo, si places, tuum est. CARMEN IV. DRUSI LAUDES. Qualem ministrum fulminis alitem, Gui rex Deorum repnum inaves vagas Permisit, expertus fidelem Jupiter in Ganymede flavo, Olim juventas et patrius vigor Nido laborum propulit inseium ; Vernique, jam nimbis remotis, Insolitos docuere nisus Venti paventem; mox in ovilia Demisit hostem vividus impetus ; Nunc in reluctantes dracones Egit amor dapis atque pugnæ Qualemve lætis caprea pascuis Ententa , fulvæ matris ab ubere 44 ODES. paraît, au milieu des joies du pâturage, à la chèvre qui doit périr sous sa dent naissante ; tel Drusus, portant la guerre au pied des Alpes rhétiennes, apparut aux Vindéliciens, àce peu- ple de tout temps armé de la hache des Ama- zones, par une coutume dont je n'ai point re- cherché l’origine, tout savoir n’étant donné à personne. Ces hordes, longtemps et au loin victorieuses, vaineues à leur tour par le génie d’un jeune héros, sentirent ce que pouvait une grande âme, un grand caractère nourri à une divine école, ce que pouvait l'amour paternel d'Auguste sur les enfants des Nérons. Des héros naissent les héros; dansletaureau, dans le coursier, respire l'ardeur de leurs pères; et l'aigle belliqueux n'engendre pas la timide colombe. Mais l'éducation développe ces ger- mes féconds ; une sage culture fortifie l'âme; où elle manque, les vices déshonorent le De heureux naturel. O Rome! que ne dois-tu pas : aux Nérons? | Témoin le fleuve Métaure et Asdrubal VainCu;. témoin ce beau jour où les ténèbres qui cou- vraient le Latium se dissipèrent, c où la Victoire nous sourit pour la première fois, depuis que le terrible Annibal volait à travers l'Italie, Jam lacte depulsum leonem, Dente novo peritura , vidit : Videre Rbætis bella sub Alpibus Drusum gerentem Vindelici : quibus Mos unde deductus peromne Tempus Amazonia securi Dextras obarmet, quéerere distuli: Necscire fas est omnia : sed diu Eateque victrices catervæ, - Gonsiliis juvenis revictæ, Sensere , quid mens rite , quid indoles Nutrita faustis sub penetralibus ; Posset, quid Angusti paternus In pueros animus Nerones. Fortes creantur fortibus et bonis : Est in juvencis, est in equis, patrum Virtus : neque imbellem feroces Progenerant ‘aquilæ columbam. Doctrina sed sim promovet msitam, Rectique cultus pectora roborant . Utcunque defecere mores, Dedecorant bene nata culpæ. Quid debeas ; o Roma , Neronibus, Testis Metaurtm find, et Hasdrubal Devictus, et pulcher Fbats Ille de Latio tenebris, Qui primus alma risit adorea, Dirus per urbes Afer ut Italas, Geu flamma per {ædas , vel Eu 5h comme l'incendie dans une forêt, ou comme l'Eurus déchaïîné sur les flots de la Sicile. Dès-lors nos légions marchèrent de succès en succès , et les temples, dévastés par la fu- reur impie des Carthaginois , virent relever leurs dieux. Enfin le perfide Annibal s’écria : « Cerfs timides, proie des loups ravisseurs , nous allons provoquer ceux à qui notre plus beau triomphe serait d'échapper et de nous soustraire! Ce peuple, sorti des cendres d’Ilion, et qui, longtemps ballotté sur toutes les mers, transporta dans l’Ausonie ses enfants, ses vicil- lards et ses dieux, pareil au chêne que la hache impitoyable a dépouillé dans les noires forêts de l'Algide, malgré ses pertes, malgré ses bles- sures, tire du fer même une nouvelle vigueur. L'hydre, multipliant ses têtes abattues, renais- sait moins terrible sous la massue d’Hercule, indigné de se voir vaincu; jamais Thèbes ni _Colchos n’enfantèrent des monstres plus redou- neue nee innee ee ne dE SS RE NN RSI I RER EEE tables. Plongé dans Fabime, il reparaît plus brillant ; terrassé dans la lutte, il se relève cou vert de gloire, terrasse son vainqueur, et livre des combats dontles mères parlerontlongtemps. Non, je n’enverrai plus è à Carthage d’orgueil- es nouvelles; c'en est fait, c’en est fait! Per Siculas equitavit undas. Post hocsecundis usque laboribus Romana pubes crevit , et impio Vastata Pœnorum tumultu Fana Deos habuere rectos : Dixitque tandem perfidus Hannibal : « Gervi, luporum præda rapacium , Sectamur ultro , quos opimus Fallere et effugere est triumphus. Gens, quæ, cremato fortis ab Ilio Jactata Tuscis æquoribus sacra , Natosque maturosque patres, Pertulit Ausonias ad urbes, Duris ut ilex tonsa bipennibus Nigræ feraci frondis in Aloïido, Per damna, per cædes, ipso Ducit opes animumque ferro. Non Hydra secto corpore firmior Vinci dolentem crevit in Herculem ; Monstrumvye submisere Golchi Majus, Echioniæve Thebæ. Merses profundo, pulchrior evenit : Luctere ,multa proruetintegrum Cum laude victorem , geretque Prælia conjugibus loquenda. Carthagini jam non épo nuntios Mittam superbos : occidit, oceidit Spes omnis et fortuna nostri Nominis, Hasdrubale interemto. 72 56 tout mon espoir et ma fortune sont tombés avee Asdrubal. Rien n’est impossible au bras des Nérons : Jupiter les entoure de sa faveur; et leur prudente activité les dirige à travers les hasards de la guerre. » ODE V. À AUGUSTE. Toi, dont la naissance est un bienfait des dieux, protecteur des enfants de Romulus, ton absence a duré trop longtemps; ce n'est point là le prompt retour que tu promis à lau- guste assemblée des sénateurs : reviens, digne chef de Fempire , rends la lumière à ta patrie ; comme au printemps, dès que tes regards ont brillé sur le peuple, les jours deviennent plus beaux et le soleil plus éclatant. De même qu'une mère soupire après son fils que les vents ja- Joux retiennent depuis une longue année loin de la maison paternelle, au-delà des mers de Carpathos; demême qu'elle ne cesse de l'appeler par ses vœux, ses offrandes et ses prières, sans pouvoir détacher ses yeux du rivage : ainsi, tourmentée de regrets fidèles, la patrie rede- mande César. - Grâce à toi, le bœuf se promène en sureté dans ses prairies; Cérès et l'heureuse abon- Nil Claudiæ non perficient manus : Quas et benigno numine Jupiter Defendit, et curæ sagaces Expediunt per acuta bell. » CARMEN V. AD AUGUSTUM. - Divis orte bonis, optime Romulæ Gustos gentis, abes jam nimium diu : Maturum reditum pollicitus Patrum Sanete concilio, redi. Lucem redde tuæ, Dux bone, patriæ : Instar Veris enim vultus ubi tuus Affulsit, populo grattor it dies, Et soles melius nitent. Ut mater juvenem, quem Notus invide Flatu Garpathii trans maris æquora Gunctantem spatio longius annuo Dulci detinet a domo, Votis ominibusque et precibus vocat Gurvo nec faciem litore demovet : Sic desideriis icta fidelibus Quærit patria Cæsarem. Tutus bos etenim prata perambulat ; Nutrit rura Geres, almaque Faustitas; Pacatu®D volitant per mare navitæ ; HORACE. dance fécondent nos campagnes ; les vaisseaux volent en paix sur toutes les mers; la bonne foi s’alarme d’un soupçon; l’adultère ne souille plus l'honneur des familles ; les mœurs et les lois ont étouffé de scandaleux désordres ; la mère retrouve avec orgueil dans son enfant les traits d’un époux; là peine s'attache aux pas du crime. Qui redouterait le Parthe, oule Scythe glacé, oulés hordes sauvages qu’enfante la Germanie, ou les rébellions du farouche Ibérien, tant que César respire? Nous passons le jour sur nos co- teaux, mariant la vigne aux arbres solitaires ; et, le soir nous revenons gaiement à nos coupes. Alors, dieu des Romains, nous ne t'épargnons ni les prières ni les libations d’un vin pur. Nos tables sont tes autels , et ton nom se mêle àceux des Pénates, comme, dans la Grèce reconnais- sante, les noms de Castor et d'Hercule. Oh! puisses-tu donner à l'Italie de longs jours de fête ! disons-nous avant le repas du matin; di- sons-nous le soir , entre les bras de Bacchus, quand le soleil disparaît sous l'Océan. ODE VI. À APOLLON. C'est toique j'invoque, dieu puissant, qui fis Culpari metuit Fides; Nallis polluitur casta domus stupris ; Mos et lex maculosum edomuit nefas; Laudantur simili prole puerperæ; : Culpam pœna premit comes. Quis Parthum paveat ? quis gelidum Scythen ? Quis, Germania quos horrida parturit . Fetus , incolumi Cæsare ? quis feræ Bellum curet [beriæ ? Gondit quisque diem collibus:in suis, Et vitem viduas ducit ad arbores : Hince ad vina redit Iætus,, et alteris Te mensis adhibet Deum : Te multa prece, te prosequitur mero Defuso pateris; et Laribus tuum Miscet numen, uti Græcia Castoris Et magnimemor Herculis. Longas o utinam , Dux bone, ferias Præstes Hesperiæ ! dicimus integro Sicci mane die, dicimus uvidi, Cum Sol Oceano subest. CARMEN VI. AD APOLLINEM. Dive, quem proles Niobea maguæ LEE ST Ds sentir ta colère aux enfants de lorgueilleuse Niobé, à limpudique Titye, au fier Achille près de renverser le superbe Ilion ; Achille, si redoutable pour d’autres, trop fable pour toi. En vain, fils de la reine des mers, il ébran- lait de sa lance puissante les tours de Pergame. Comme un pin blessé par la hache, ou comme un cyprès déraciné par les vents, il tomba, couvrant au loin la terre, et son front reposa sur la poussière troyenne. Ce n’est pas lu qu’on aurait vu s’enfermer dans les flancs du cheval, vœu imposteur fait à Minerve, pour sur- prendre les Troyens au milieu de leurs fêtes insensées, et la cour de Priam au milieu des danses. Mais : à la clarté du jour , terrible aux vaincus, Ô horreur! il eut étouffé dans les _ flammes des Grecs et les enfants au berceau et ceux que recélait encore le sein maternel, si, désarmé par tes prières et celles de l’aimable Vénus , le père des dieux n’eût accordé au fils d’Anchise des murs : sous de meilleurs auspices, =. Dieu de la lyre, qui inspiras ke muses de la Grèce, toi qui baignas ta chevelure dans les eaux du Xanthe, brillant Apollon , soutiens la gloire des muses latines. Apollon m’a donné le Vindicem linguæ , Tityosque raptor Sensit, et Trojæ prope victor altæ Phthius Achilles, - Gæteris major, tibi miles impar : Filius quamquam Thetidos marinæ Dardanas turres quateret tremenda Cuspide pugnax. Ille, mordaci velut icta ferro Pious , aut impulsa cupressus Euro, Procidit late. posuitque collum in Pulvere Teucro. Ille, non inclusus equo , Minervæ Sacra mentito, male feriatos Troas, et Iætam Priami choreis Falleret aulam : - Sedpalam captis gravis, heu nefas! heu ! Nescios fari pueros Achivis Ureret flammis, etiam latentes Matris in alvo : Ni, tuis victus Venerisque gratæ Vocibus , Divum Pater adnuisset Rebus /ÆÆneæ potiore ductos Alite muros. Doctor Argivæ fidicen Thaliæ , Phæbe, qui Xantho lavis amne crines, Dauniæ defende decus Camenæ , Levis Agyeu. Spiritum Phœbus mihi, Phœbus artem ee ODES. ù1 génie; Apollon m'a donné art des vers et le nom de poëte. Vous que protége la déesse : Délos dont la flèche inévitable arrête le Iynx et les cerfs dans leur fuite, jeunes Romaines, et vous, jeunes Romains, rejetons des plus nobles fa- milles, observez le rhythme de Lesbos qui ré- sonne sous mes doigts, quand, selon les rits antiques, vous chanterez le fils de Latone, et lastre des nuits qui féconde les moissons et entraîne les mois fugiuts dans sa course rapide. Un jour vous direz à vos époux : « Au re- tour des fêtes séculaires, j'ai chanté l'hymne qui appelle la faveur des dieux, docile aux leçons d’'Horace, le prêtre des muses. ODE VII. A MANLIUS TORQUATUS. Les neiges ont disparu ; les champs repren- nent leur verdure et les arbres leur feuillage : la terre change de face, et les fleuves débordés rentrent paisiblement dans leur lit : déjà les Nymphes osent former des danses avec les Grà- ces demi-nues. Songez à la mort, nous disent l’année qui s’écoule, et les heures qui empor- Carminis , nomenque dedit poetæ. Virginum primæ , puerique claris Patribus orti, Deliæ tutela Deæ , fugaces Lyncas et cervos cohibentis arcu, Lesbium servate pedem, meique Pollicis ictum; Rite Latonæ puerum canentes, Rite crescentem face Noctilucam, Prosperam frugum , celeremque pronos Volvere menses. Nupta jam dices : ego Dis amicum, Sæculo festas referente luces , Reddidi carmen, docilis modorum Vatis Horati. CARMEN VIH. AD TORQUATUM. Diffugere nives : redeunt jam gramina campis, Arboribusque comæ : Mutat terra vices : et decrescentia ripas Flumina prætereunt : Gratia cum Nymphis geminisque Sororibus audet Ducere nuda choros. Immortalia ne speres, monet Annus, et almum Quæ rapit Hora diem. 8 ÿ8 tent nos plus beaux jours. Les zéphyrs adou- cissent les frimas ; l'été chasse le printemps, dès que l'automne chargé de fruits répand ses trésors, et bientôt l'hiver revient engourdir la nature. Mais, dans leur cours rapide, les mois ne cessent de réparer leurs pertes; nous, une fois descendus auprès du pieux Énée , du puis- sant Tullus, nous ne sommes plus qu’ombre et poussière, Qui sait siles dieux ajouteront à la somme de nos joursle jour de demain? Ce que tu auras : donné au plaisir échappera seul aux mains avides d’un héritier. Quand tu ne seras plus, et que Minos aura prononcé ton arrêt suprême, Ô Torquatus, ni ta noblesse, ni ton éloquence, nites vertus ne te rendront à la vie. Diane elle- même n’a pu délivrer des infernales ténèbres le chaste Hippolyte ; le bras de Thésée n’a pu rompre les fers de son ami Pirithoüs. ODE VIT. A CENSORINUS. Jedonnerais volontiers àmes amisdes coupes, des bronzes précieux ; je leur donnerais de ces trépieds qui furent chez les Grecs le prix du courage (et tu ne serais pas, Censorinus, le plus Frigora miteseunt Zephyris : Ver proterit Æstas Interitura, simul Pomifer Auctumus feuges effuderit : et mox Bruma recurrit iners. Damnatamen celeres reparant cœlestia lunæ ; Nos, ubi decidimus, Quo pius Æneas, quo dives Tullus et Ancus, Pulvis et umbra sumus. Quis seit, an adjiciant hodiernæ crastina summæ Tempora Di superi? = Guncta manus avidas fugient bæredis, amico Quæ dederis animo. Quum semel occideris, et de te splendida Minos Feceritarbitria; Non, Torquate, genus, non te facundia ) non te Restituet pietas : Infernis neque enimtenebris Diana pudicum Liberat Hippolytum ; Nec Lethæa valet Theseus abrum pere caro Vincula Pirithoo. CARMEN VIH. AD CENSORINUM: Donarem paleras, pralaque commodus Geusorine ; meis æra sodalibus ; Donarem {ripodas, præmia fortiumn HORACGE. mal partagé), si je possédais les chefs-d'œuvre de Parrhasius et de Scopas, dont le génie Crée, avec du marbre ou des couleurs , tantôt un homme, tantôt un dieu. Mais je n’en ai pas le pouvoir ; et d'ailleurs ta fortune et ton goût ont déjà prévenu tes désirs. Fu aimes les vers , je puis te donner des vers, et te dire la valeur d'un tel présent. Niles marbres chargés d'inscriptions pu- bliques , où revivent et respirent après leur mort les grands capitaines ; nila fuite précipitée d’'Annibal, et ses menaces rejetées sur Car- thage; ni cette perfide cité réduite en cendre ; ne proclument avec plus d'éclat que la muse d’Ennius les louanges du héros qui mérita de joindre à son nom celui de l'Afrique domptée. Oui, si les livres se taisent, la vertu perd sa ré- compense. Que serait le fils de Mars et d'Ilia, si un silence jaloux eût étouffé sa mémoire? C’est le génie, c’est la faveur et la voix puissante des poëtes qui dérobent Eacus au fleuve infernal ét qui le divinisent dans les iles fortunées. Tu ne mourras point ! disent les muses au héros: et les muses lui ouvrent le ciel. Ainsi l'infatisable Hercule est assis selon ses désirs, au banquet de Jupiter; l’astre étincelant des fils de Tyn- Graiorum ; neque tu pessima munerum Ferres, divite me scilicet artium : Quas aut Parrhasius protulit ; aut Scopas, Hic saxo, liquidis ille coloribus Sollers-nunc hominem ponere, nune Deutn. Sed non hæc mihi vis : nec tibi talium Res est aut animus deliciarum egens. Gaudes carminibus, carmina possumus Donare , et pretium dicere muneris. Non incisa notis marmora publicis , Per quæ spiritus et vita redit bonie Post mortem ducibus ; non celeres fugæ Rejectæque retrorsum Hannibalis minæ, Non incendia Carthaginis impiæ , Ejus, qui domita nomen ab: Africa Lucratus rediit, clarius indicant Laudes, quam Calabræ Pierides : neque, Si chartæ sileant, quod bene feceris ; Mercedem tuleris. Quid foret [liæ Mavortisque puer , si taciturnitas Obstaret meritis invida Romuli? Ereptum Stypis fluctibus Æacum Virtus, et favor, et lingua potentium Vatum divitibus consecrat insulis. Dignum laude virum Musa vetat mori: Cœlo Musa beat. Sic Jovis interest Optatis epulis impiger Hercules: Clarum Tyndaridæ sidus ab infimis ODES. dare sauve de l’abîime les vaisseaux battus par la tempête; et Bacchus, couronné de pam- pres verts, exauce les vœux des mortels. ODE IX. A LOLLIUS. Ne crois pas qu'ils périront jamais ces vers que, par un art nouveau ; poëte né surles bords du bruyant Aufide, je marie aux sons de la lyre. Sile chantre < Méonie occupe le premier rang, il n’a fait oublier ni Pindare ni Simonide, ni la muse menaçante d’Alcée, ni le sublime Stésichore. Le temps respecta les jeux d’Ana- créon ; l’âme de Sapho respire encore dans ses vers, et les feux qu’elle confiait à sa 7 pesont pas éteints. Hélène n’est pas la seule qui brûla d’une flam- me adultère, séduite par une belle chevelure, des vêtements tissus d’or, un faste royal et un brillant cortége. Teucer n’est pas le premier qui sut manier Parc des Crétois ; [lion soutint plus d’un siége; Sthénélus et le grand Idomé- née ne livrèrent pas seuls des combats dignes d’être chantés par les muses ; avant le fier Hec- Quasses eripiunt æquoribus rates : Ornatus viridi tempora pampino Liber vota bonos ducit ad exitus. CARMEN IX. AD LOELIUM. : Ne forte credas interitura,, quæ Longe sonantem natus ad Aufidum Non ante vulgatas per artes Verba loquor socianda chordis. Non si priores Mæonius tenet Sedes Homerus, Pindaricæ latent, Ceæque, et Alcæi minaces, Stesichorique graves Camenæ : Nec, si quid olim lusit Anacreon, Delevit ætas ; spiratadhuc amor, Vivuntque commissi calores Æoliæ fidibus puellæ. Non sola comtos arsit adulteri Crines , et aurum vestibus illitum Mirata, repalesque cultus Et comites, Helene Lacæna : Primusve Teucer tela Cydonio Direxit arcu : non semel Ilios Vexata : non pugnavit ingens Idomeneus Sthenelusve solus Dicenda Musis prælia : non ferox Hector, vel acer Deiphobus graves Excepit ictus pro pudicis 59 F tor et le bouillant Déiphobe, d’autres avaient reçu le coup mortel pour la défense de leurs chastes épouses et de leurs enfants ; une foule de héros vécurent avant Agamemnon; mais , sans éveiller ni regrets ni souvenir, tous sont ensevelis dans une nuit profonde : il leur à man- qué un poëte. Le génie inconnu diffère peu de la nullité obscure. Ton nom survivra dans mes chants Ô Lollius; je ne souffrirai pas que l'oubli dé- vore impunément tes travaux. Ame forte et éclairée, à l'épreuve de la bonne et de la mau- vaise fortune, vengeur de la fraude, insensible à l'or qui attire tout àsoi, tu exerces un con- sulat, non d’une année, mais éternel comme la vertu , toi, dont l’inflexible équité préfère tou- jours l’honnête à l’utile, repousse avec mépris les dons du coupable, et sort victorieuse de tous les périls qui Passiégent. La richesse n’est pas le vrai bonheur : le nom d’heureux appartient | à celui qui sait faire des présents du ciel un noble usage et souffrir courageusement [a pau- vreté, à celui qui craint le déshonneur plus que la mort, et qui ne craindrait pas de mourir pour ses amis Ou sa patrie. Conjugibus puerisque primus. Vixere fortes ante Aypamemnona Multi : sed omnes illacrimabiles Urgentur , ignotique longa Nocte, carent quia vate sacro. Paullum sepultæ distat inertiæ Gelata virtus. Non epo te meis Chartis inornatum silebo, Totve tuos patiarlabores - Impune , Lolli, carpere lividas Gbliviones. Est animus tibi Rerumque prudens, et secundis Temporibus dubiisque rectus ; Vindex avaræ fraudis , et ahstinens Ducentis ad se cuncta pecuniæ ; Consulque non unius anni ; Sed quoties honus alque fidus Judex honestum prætulit utili , ct Rejecit alto dona nocentium Vuliu , et per-obstantes catervas Explicuit sua victor arma. Non possidentem multa vocaveris Recte beatum : rectius occupat Nomen beati , qui Deorum Muneribus sapienter uti, Duramque callet pauperiem pali; Pejusque leto flagitium timet ; Non ille pro caris amicis Aut patria timidus perire. pa 60 ODE X. À LIGURINUS. O toi, cruel encore. et fier des présents de Vénus, quand un duvet inattendu viendra hu- milier ton orgueil, quand la chevelure qui flotte sur les épaules sera tombée, quand ce teint, plus vermeil que la rose, aura disparu sous une barbe épaisse : « Hélas, diras-tu en te voyant dans un miroir si différent de toi-même, que n'ai-je autrefois pensé comme aujourd’hui ! f où que ne puis-je aujourd'hui retrouver la ! fraîcheur de ma jeunesse ! » ODE XI. A PHYELIS. Je conserve une amphore de vin d’Albe qui touche à sa dixième année ; j'ai dans mon jar- din, Phyllis, de l’ache pour tresser des couron- nes, ctlelierre, dont tu aimes le brillant feuil- lage dans tes cheveux, y croît en abondance. L'éclat des coupes réjouit ma demeure: l'autel, entouré de chastes verveines, ne demande plus que le sang d’un agneau ; tout s’agite et s’em- presse; ÿarçons et jeunes filles vont et viennent CARMEN X. AD LIGURINUM. G crudelis adhuc, et Veneris muneribus potens, Insperata tuæ quum veniet pluma superbiæ Et, quæ nunc humeris involitant , deciderint comæ Nunc et, qui color est puniceæ flore prior rosæ, Mutatus Ligurinum in faciem verterit hispidam : Dices , heu? quoties te in speculo videris alterum , « Quæ mens esthodie, cur eadem non puero fuit? Vel cur his animis incolumes non redeunt genæ ?» CARMEN XI. AD PHYLLIDEM. Est mihi nonum superantis annum Plenus Aibani cadus : est in horto, Phylli, nectendis apium coronis : - Est hederæ vis Multa, qua crines religata fulges. Ridet argento domus : ara castis Vincta verbenis, avet immolato Spargier apno. Guncta festinat manus : huc et illuc Gursitant mixtæ pueris puellæ ; Sordidum flammæ trepidant rotantes Vertice fumum. Ut tamen noris ; Quibus advoceris HORACE. en Courant; la flamme péullante chasse vers le toit des tourbillons de noire fumée. Sais-tu à quelle fête je te convie ? il s’agit de célébrer les Ides d'avril qui partagentle mois consacré à Vénus, fille de la mer ; jour solen- nel pour moi, et plus saint que le jour de ma naissance, puisque c’est de lui que Mécène, mon cher Mécène, compte les années qui s'accumulent sur sa tête, Félèphe, que tu désires , n’est pas né pour toi ; jeune, voluptueuse et riche, une autre s’est emparée de lui, et le retient dans un doux es- clavage. L’exemple de Phaéton foudroyé, de Bellérophon que Pégase, impatient du frem d’un mortel, rejeta sur la terre, doit réprimer des espérances trop ambitieuses. Ne regarde pas au-dessus de toi; et, tremblant d'élever . trop haut ton espoir, ne cherche que ton égal, Viens, ô mes dernières amours! car après toi je ne brülerai pour aucune autre ; apprends des airs que me répétera ta voix adorée : les chants adoucissent les noirs chagrins, ODE XII. = SR Compagnons du printemps, déjà les vents de Thrace aplanissent les mers et enflent la voile Gaudiis , Idus tibi sunt apendæ, Qui dies mensem Veneris marinæ Findit Aprilem : Jure solemnis mihi, sanctiorque Pæne natali proprio, quod ex hac Luce Mæcenas meus adfluentes Ordinatannos. : Telephum , quem tu petis, occupait, Non tuæ sortis juvenem , puella Dives et lasciva,, tenetque grata Compede vinctum. Terret ambustus Phaeton avaras Spes , etexemplum grave præbet ales Pegasus, terrenum equitem gravatus - Bellerophontem ; Semper ut te digna sequare, et ultra. Quam licet sperare nefas putando : Disparem vites. Age jam meorum Finis amorum, Non enim posthac alia calebo Femina, condisce modos , amanda Voce quos reddas: minuenturatræ Carmine curæ. CARMEN XIL. AD VIRGILIUM. Jam Veris conutes, quæ mare temperant, LE LIVRE DES ÉPODES. 67 que, ni le faisan d’lonie, neflatteront mon pa- | Quand Médée, au milieu des Argonautes , lais mieux que Polive cueillie sur mes rameaux | eut remarqué lé beau Jason, pour qu'il pût les plus fertiles, que loseille des prairies et | Soumettre au joug les taureaux indomptés , elle la mauve rafraichissante, que l'agneau tué aux | le frotta de ce suc; elle en imprégna les dons fêtes du dieu Terme, ou le chevreau arraché à | Vengeurs qu’elle offrit à sa rivale, avant de fuir la dent du loup. Au milieu darepas, quel plai- | sur les ailes de son dragon. Non, jamais les sir de voir les brebis rassasiées accourir à la | feux de la Canicule W'ÉMDTASR CIE ainsi la bergerie , les bœufs traîner d’un cou languis- | Pouille altérée; et la robe du Centaure fut sant le soc renversé, et un essaim d'esclaves, | moins brülante sur les épaules d'Hercule. richesse de la maison qui les vitnaître , se pres- | Tu ris, Mécène! ah! si un jour la fantaisie ser autour de là flamme brillante du foyer! » te prend de goûter un tel poison, que ta mai- Après ce beau discours, déjà tout résolu de | tresse oppose sa main à tes baisers, et se ré- vivre en campagnard, l'usurier Alphius fit ren- | fugie à l'extrémité de ta couche! trer tous ses fonds le jour des ides : il cher- che à les replacer aux calendes. ODE IV. ODE HI. CONTRE L'AFFRANCHI MÉNAS. A MÉCÈNE, } route l antipathie que la nature à mise entre Si jamais un fils a de ses mains impies étran- | le loup et l'agneau, je l'éprouve pour toi, dont olé son Vieux père, qu’ on le condamne à a Man- les flancs sont encore noirs des Coups d'étriviè- ger de l'ail plutôt qu'à boire de la ciguë O | res, et les jambes meurtries par les entraves. moissonneurs |... estomacs de fer! Quel poison | En vain tu relèves la tête, fier de ton or : la me déchire les entrailles ? Le sang de vipère a- | fortune ne change pas la naissance. Vois-tu, t-il assaisonné ce mets perfide? Canidie la- | lorsque tu balaïes la voie sacrée avec ta robe de t-elle apprêté? | six aunes, les passants détourner la tête avec Hiems ad hoc vertat mare; Num viperinus his cruor Non Afra avis descendat in ventrem meum, Incoctus herbis me fefellit? an malas Non attagen Ionicus Ganidia tractavit dapes ? Jucundior, quam lecta de pinguissimis Ut Argonautas præter omnes candidum Oliva ramis ‘arborum ; Medea mirata est ducem, Aut herba lapathi prata amantis , et gravi Igoota tauris illigaturum juga Malvæ salubres corpori ; _ Perunxit hoc Jasonem : Vel agna festis cæsa Terminalibus, Hoc delibuüs ulla donis pellicem, Vel hædus ereptus lupo. Serpente fugit alite. Has inter epulas, ut juvat pastas oves Nec tantus unquam siderum insedit vapor Siticulosæ Apuliæ : Nec munus humeris efficacis Hereulis Inarsit æstuosius. At, si quid unquam tale concupiveris, Jocose Mœcenas , precor Manum puella savio opponat tuo, Extrema etin sponda cubet. Videre properantes domum ! Videre fessos vomerem inversum boves Gollo trahentes languido ; Positosque vernas, ditis examen domus, Gircum renidentes Lares ! » Hæc ubi locutus fænerator Alphius, Jamjam futurus rusticus , Omnem redepit idibus pecuniam , Quærit calendis ponere. CARMEN IV. Lupis et agnis quanta sortito obtipit, Tecum mihi discordia est, Ibericis peruste funibus latus, Et crura dura compede. Licet superbus ambules pecunia, Fortuna non mutat genus. Videsne , Sacram meliente (e viam Cum bis ter ulnarum toga, Ut ora vertat huc et huceuntium ÿ ee CARMEN I. AD MÆCENATEM. Parentis olim si quis impra manu Senile puttur fregerit , Edat cicutis allium nocentius. Ô dura messorumiilia! Quid hoc veneni sævit in præcordiis ? ee —————— — —— — 68 indignation ? « Le voilà, disent-ils, ce miséra- ble, déchiré par le fouet des triumvirs, jus- qu'à enrouer le crieur; et il laboure mille ar- pents à Falerne! et ses chevaux fatiguent la voie Appienne ! ct, noble chevalier, au mépris de la loi d'Othon, il prend les premières pla- ces au théâtre! Pourquoi donc envoyer tant de vaisseaux de guerre contre des pirates et des eselaves., s’il est, lui, tribun des soldats! » CONTRE CANIBIE» « Ah! par tous les dieux qui gouvernent la terre et le genre humain, pourquoi tous ces apprêts? pourquoi ces farouches regards que vous lancez sur moi? Et toi, par tes enfants, si jamais Lucine t’assista dans un enfantement véritable, par ce vain ornement de pourpre, par Jupiter que tu outrages, pourquoi, je te supplie, m’envisager avec les yeux d’une ma- râtre, ou d’une bôte féroce que le chasseur a blessée? » Ainsise plaignait l'enfant d'une voix trem- Liberrima indignatio ? « Sectus flagellis hic Triumviralibus, Præconis ad fastidium , Arat Falerni mille fundi jugera , Et Appiam mannis terit; Sedilibusque magnus in primis eques, Othone contemio, sedet. Quid adtinet tot ora navium gravi Rostrata duci pondere Gontra latrones aîque servilem manum, Hoc, hoc tribuno militum ? » CARMEN Y. IN CANIDIAM VENEFICAM. « At ,o Deorum quidquid in cælo regit Terras et humanum penus | Quid iste fert tumultus? aut quid omnium Vultus in unum me (ruces? Per hiberos , te, si vocata partubus Lucina veris adfuit, Per hoc inane purpuræ decus precor, Per improbaturum hæc Jovem, Quid ut noverca me intueris ; aut uti Pctita ferro bellua ? » Ut hæc tremente questus ore constitit Insignibus raptis puer, Impube corpus, quale posset impia Mollire Thracum pectora ; | HORACE. blante; on lui arrache sa robe, on le dépouille: ce corps délicateüt attendrile cœur impitoyable d’un Thrace. Canidie, les cheveux épars et en- trelacés de vipères, ordonne de bräler dans un feu magique le figuier sauvage arraché sur les tombeaux, le cyprès funèbre, les plumes et les œufs de la chouette trempés dans le sang du crapaud, les herbes que produisent Colchos et l’Ibérie féconde en poisons, et des os ravis à la gueule d’une chienne affamée. Cependant Sapana, larobe retroussée, arrose toutela maison deseaux del’Averne:ses cheveux se dressent comme les dards du hérisson marin, comme les soies du sanglier lancé par une meute Véia, que leremords n’arrêta jamais, creuse pé- niblement la terreavecunlourdhoyau, en gémis: sant sous l'effort : c’est là qu'enseveli jusqu’au menton, comme le nageur dont la tête apparait - au-dessus de l’eau, l'enfant doit lentement mou- rir, à la vue des viandes deux ou trois fois renou- velées devant lui, dans le cours d’une éternelle journée; et quandses prunelles, fixées sur les mets interdits, seseront enfin éteintes, sa moelle et son foie desséchés composeront un breuvage d'amour. Folia était présente : du moins l'oi- Canidia, brevibus implicata viperis Crines et incomtum caput, Jubet sepuleris caprificos erutas, Jubet cupressus funebres , Etuncta turpis ova ranæ sanguine, Plumamque nocturnæ strigis, Herbasque , quas Iolcos atque Iberia Mitüt, venenorum ferax, Et ossa ab ore raptajejunæ camis, Flammis aduri Golchicis. Atexpedita Sagana per totam domum Spargens Avernales aquas, Horreteapillis, ut marinus, asperis, Echinus., aut currens aper. Abacta nulla Veia conscientia Ligonibus duris hamum Exbauriebat, ingemens laboribus, Quo posset infossus puer.… Longo die bis terque mutatæ dapis Inemori spectaculo : Quum promineret ore , quantum exstant aqua Suspensa mento corpora : Exsucta uti medulla, et aridum jecur Amoris esset poculum : Interminato quum semel fixæ cibo Intabuissent pupule. Non defuisse maseulæ libidinis Ariminensem Foliam, Et otiosa ercdidit Neapolis, 45 LE LIVRE DES ÉPODES. sive Parthénope et les cités voisines l'ont pen- sé; Folia dé Rimini, cemonstre de débauche, dont les magiques accents détachent du eïel la lune et les étoiles. Alors, de ses dents livides rongeant ses on- gles difformes, que n’osa point dire Canidie? « O fidèles témoins de mes œuvres, nuit, et toi, Diane, quientoures de silence nos sacrés mystères, venez, venez maintenant, tournez contre la demeure de mon ennemi votre puis- sance et votre colère! À l'heure où les bôtes sauvages, retirées dans l’épaisseur des forêts, sont engourdies parle sommeil, que tous les chiens de Subure aboïent après ce vieux débau- ché, et qu'il devienne la risée de toutela ville: je le couvre de l'essence la plus parfaite qu’aient préparée mes mains. Que vois-je? les poisons de la barbare Médée ont-ils perdu leur pouvoir? Nesont-ce plus ces poisons qui la vengèrent dans sa fuite, quand elle vit son orgueilleuserivale, la fille de Créon, consumée par la robe dévo- rante dont elle lui fit présent? Cependant pas une herbe, pas une racine cachée dans les lieux les plus sauvages, qui m'ait échappé ; et il dort paisible sur le lit de ses maïtresses: il m'oublie!.…. Ah! ah! une magicienne plus sa- Et omne vicinum oppidum : Quæ sidera excantata voce Thessala Lunamque cælo deripit. Hic irresectum sæva dente livido Canidia rodens pollicem, Quid dixit ? aut quid tacuit ? « O rebus mois Non infideles arbitræ, Nox , et Diana, quæ silentium regis, Arcana quum fiunt sacra, Nune, nunc adeste : nune in hosliles domos Iram atque numen vertite. Formidolosæ dum latent silvis feræ, Dulci sopore languidæ, Senem , quod omnes rideant, adul{erum Latrent Suburanæ canes, Nardo perunctum , quale non perfectius Meæ laborarint manus… Quid accidit? cur dira barbaræ minus Venena Medeæ valent ; Quibus superbam fupit ulta pellicem Magni Creontis filiam, Quum palla, tabo munus imbutum > Noyam Incendio nuptam abstulit ? Atqui nec herba, nec latensin asperis Radix fefellit me locis. fadormit unctis emnium cubilibus Oblivione pellicum. AB ! ah ! solutus ambulat veneficw 63 vante a rompu ses fers! des philtres inconnus. O Varus, que de larmes tu vas répandre! oui, des philtres inconnus te forceront bien de re- venir à moi, et tous les charmes des Marses ne rappelleront pas ta raison, Je préparerai, je te verserai moi-même un breuvage vainqueur de tes dégoûts. Oui, les cieux s’abaisseront au- dessous des mers, la terre s’élévera au-dessus des cieux, ou tu brüleras pour moi, comme le bitume dans ces feux sombres ! Alors l'enfant renonce à désarmer ecs furies par de touchantes prières; et, dans l’éparement du désespoir, il les charge d’imprécations di- gnes de Thyeste : « Vos poisons, vos sortilépes infâmes ne sauraient changer l’ordre des destins. Je vous maudis; et les malédictions, nulle victime né les détourne. Arrachez-moi la vie! mais, furie nocturne, j'apparaîtrai devant vous; mon om- bre vous déchirerale visage de ses ongles, ce qui est la vengeance des mânes; je pêserai sur vos poitrines haletantes , et la terreur vous ra- vira le sommeil. De rue en rue, la populace VOuS poursuivra à coups de pierres, et vous assommera sans pitié, vieilles immondes ! les loups et les corbeaux se disputeront vos mem- Scienlioris carmine. Non usitatis, Vare, potionibus O mulia fleturum caput! Ad me recurres : nec vocata mens tua Marsis redibit vocibus. Majus parabo, majus infundara tibi Fastidienti poculum : | Priusque cœlum sidet inferius mari, Tellure porrecta super , | Quam non amore sic meo flagres, ut | Bitumeu atris ignibus. » Sub hæc puer, jam non, ut ante, mollibus | Lenire verbis impias ; Sed dubius, unde rumperet silentium , | Misit Thyesteas preccs : | « Venena, magnum fas nefasque, non valent | Convertere humanam vicem. | Diris agam vos: dira detestatio Nulla expiatur victima. | Quin , ubi perire jussus exspiravero, | Nocturnus occurram Furor, | Petamque vultus umbra curvis unguibus , | Quæ vis Deorum est manium ; Et inquietis adsidens præcordiis, | Pavore somnos auferam. Vos turba vicatim hine et hinc saxis petens | Contundet obscenas anus. f Post insepulta membra different lupi,. 99 70 bres privés de sépulture; et mes parents, dé- golés de me survivre, jouiront de ce spectacle: » ODE VI. CONTRE CASSIUS SÉVÈRE. Pourquoi tourmenter des passants inoffen- sifs, aboyeur, si lâche devant les loups? Tourne contre moï, si tu Foses, tes vaines menaces ; at- taque qui te peut mordre. Comme le dogue d'É- pire ou le limier fauve de Laconie, fidèle appui du berger, la première bête qui part devant moi, je la poursuis, l'oreille haute, au travers desneiges. Toi, quand tu as épouvanté la forêt de tes aboïements , tu flaires la pâture qu'on te jette. Prends garde! terrible aux méchants, je suis toujours prêt à leur courir sus, comme le gendre dédaigné du parjure Lycambe, ou l'im- placable ennemi de Bupalus. Grois-tu, si quel- que chien hargneux me déchire, que je me contente de pleurer comme un enfant? -ODE VII. AUX ROMAINS. Où courez-vous, impies? Pourquoi dans vos Et Esquilinæ alites ; Neque hoc parentes, heu mihi superstites! Effugerit spectaculum. » CARMEN VI. IN CASSIUM SEVERUM. Quid immerentes hospites vexas, canis, Ignavus adversum Fupos? Quin huc inanes, si potes, vertis minas, Et me remorsurum pelis? Nam , qualis aut Molossus, aut fulvus Eacon, Amica vis pastoribus , Agar per altss aure sublata nives, Quæcunque præcedet fera. Tu, quum timenda voce complesti nemus, Projectum odoraris cibum. Cave, cave! namque in malos asperrimus Parata tollo cornua ; Qualis Lyeambæ spretus infido gener, Aut acer hostis Bupalo. An , si quis atro dente me peliverit, Inultus ut flebo puer? . CARMEN VIT. AD POPULUM ROMANUM- Quo, quo scelesti ruitis ? aut eur dexteris HORACE. mains ces armes à peine déposées? Trop peu de sangromain a-t-il coulésur la terre etsurles flots ? non pas, hélas! pour réduire en cendres les orgueilleux remparts d’une jalouse Car- thage, ou pour voir l'indomptable Breton des- cendre la voie Sacrée chargé de chaînes ; mais pour combler les vœux du Parthe, et lui mon- trer Rome s’égorgeant de ses propres mains! Les tigres et les loups sont moins féroces; ils ne se déchirent pas entre eux. Est-ce une fu- reur aveugle, une invincible fatalité, vos crimes, qui vous entraînent? Répondez... Ilssetaisent; une affréuse pâleur couvre leur visage; lef- froi les rend stupides. Oui, Romains, c’est une destinée de fer qui vous pousse! Le fratricide crie vengeance, depuis que Fin- nocent Rémus arrosa la terre d'un sang qui retombe sur sa postérité. ODE VII. CONTRE UNE VILILLE LIBERTINE. Tu medemandes, ruine séculaire, ce quiamol: lit ma vigueur, toi dont les dents sont noires, dont le front est labouré de rides , et dontle hideux anus bâille entre tes fesses décharnées Aptantur enses conditi ? Parumne campis atque Neptuno super Fusum est Lalini sanguinis? Non ut superbas invidæ Carthaginis Romanus arces ureret : Intactus aut Britannus ut descenderet Sacra catenalus via : Sed ut, secundum vola Parthorum, sua Urbs hæc periret dextera. Neque hic lupis mos, nec fuit leonibus, Nusçquam , nisi in dispar, feris. Furorne cæcus , an rapit vis acrior ? An culpa ? responsum date. Tacent ; et ora pallor albus inficit, Mentesque pereulsæ stupent. Sic est; acerba fata Romanos agunt, Scelusque fraternæ necis , Ut immerentis fluxit in terram Remi Sacer nepotibus cruor. CARMEN VIT. Rogare longo putidam te sæculo, Vires quid enervet meas ? Quum sit Gibi dens ater, et rugis vetus: Frontem senectus exaret ; Hielque turpis inter aridas nates LE LIVRE DES ÉPODES. comme celui d’une vache qui a la diarrhée ! Sans doute que ta poitrine, ta gorge putride et semblable aux mamelles d'une jument, que ton ventre flasque et tes cuisses gréles, plantées sur tes jambes hydropiques, devraient exciter mes désirs !... Mais qu'il te suffise d’être opu- lente; qu'on porte à tes funérailles les images triomphales de tes aïeux ; qu’il n'y ait pas une femme au monde qui se pavane chargée de perles plus élégantes que les tiennes !.… Pour- quoi d’ailleurs étaler complaisamment sur tes coussins de soie des livres de philosophie? $e- rait-Ce que le manque de lettres dans un homme ait la vertu soit d’exciter, soit de faire languir ce membre dont tu ne peux vaincre les or- gueilleux dégoûts qu’en le sollicitant avec ta langue? OBE IX. - A MÉCÈNE. ee Mécène, puisque César est vainqueur, ce cé- cube réservé pour les jours de fête, quand pourrons-nous le boire dans ton palais, aux sons de la lyre dorienne mariée aux flûtes de Phrygie ? Notre joie est agréable aux dieux ; comme naguère quand le prétendu fils de Nep- Podex, velut crudæ bovis. Sed incitat me pectus, et mammæ putres, Equina quales ubera ; Venterque mollis, et femur tumentibus Exile suris additum. Esto beata, funus atque imagines Ducant triumphales tuum ; Nec sit marila, quæ rotundioribus Onusta baccis ambulet. Quid? quod libelli Stoici inter sericos Jacere pulvillos amant : Hlitterati num minus nervi rigent , Minusve languet fascinum ? -Quod ut superbo provoces ab inguine , Ore adlaborandum est tibi. CARMEN IX. AD MÆCENATEM. Quando repostum cæcubum ad festas dapes Viclore lætus Gæsare , ) Fecum sub alta, sie Jovi gratum , dome Beate Mæcenas, bibam, Sonante mixlum tibiis carmen Iyra, Hac Dorium , 1llis Barbarum ? Üt nuper, actus quum freto Neptunius Dux fugit, uslis navibus, ne ————— ——————————— #1 tune, chassé des mers de la Sicile, s'enfuit à la lucur de ses vaisseaux embrasés, lui, qui me naçait Rome des mêmes fers dont ilavait, d’une main amie, délivré de perfides esclaves. Des Romains (siècles futurs, vous ne lecroi- rez pas!), des Romains vendus à une femme ne rougissent pas de porter pour elle leur basage etleurs armes ! Ils peuvent obéir à deseunuques décrépits ; et parmi nos aigles, Ô infamie! le soleil voit le lâche pavillon d’une Égyptienne! Indignés,deux mille Gaulois tournent bride, en criant : Vive César! Dés vaisseaux ennemis se refusent au combat, et vont cacher dans le port leurs poupes fugitives. Pompe triomphale! où sonttes chars rayon- nauts d'or et tes génisses consacrées? Hâte- toi, divin triomphe ! Moins grand fut le héros que tu ramenas vainqueur du roi des Numides, moins grand fut l Africain, dont là gloire a élevé le tombeau sur les débris de Carthage. Vaincu sur la terre et sur l'onde , l'ennemi à déposé la pourpre, et s'est revêtu de deuil. Trahi par les vents, il s'efforce de gagner la Crète aux cent villes ou les Syrtes battues par les orages du midi, ou peut-être il s'abandonne à la merci des flots. Apporte-nous, esclave, de plus larges coupes, et les vins de Chio et de Lesbos ; verse- Minatus Urbi vinela, quæ detraxerat Servis amicus perfidis. Romanus, eheu ! posteri negabitis, Emancipatus feminæ, Fert vallum et arma miles, et spadonibus Servire rugosis potest! Interque signa turpe miliaria Sol adspicit conopeum ! Ad hunc frementes verterunt bis mille eques Gaïli, canentes Cæsarem ; Hostiliumque navium portu latent Puppes sinistrorsum citæ. lo Triumphe ! tu moraris aureos Currus , et intactas boves; lo Triumphe! nec Jugurthino parer Bello reportasti ducem ; Neque Africanum, cui super Garthaginem Virtus sepulcrum condidit. Terra marique victus hostis, Punico Lugubre mutavit saguim. à Autille centum nobilem Cretam urbibns, Ventis iturus non suis ; Exercitatas aut petit Syrtes Noto ; Aut fertur incerto mari. Capaciores affer huc, puer, seypLos, Et Ghia vina, aut Lesbia, Vel, quod fluentem nausearn coerceat ; 42 HORACE. nous le cécube, qui ranime le cœur prêt à dé- | une joyeuse pâture , et j’immole un bouc laseif failli. Nous avons tremblé pour César: | et une brebisaux lempêtes. noyons nos alarmes dans le vin, ODE XI. ODE X. A PETTIUS. CONTRE MOEVIUS. Pettius, je ne trouve plus, comme autrefois, L'ancre est levée ; le vaisseau part sous de fu- | de charme à écrire des vers, depuis que l'amour nestes auspices, il porte le sale Mœvius. Vents | n'a fait une profonde blessure, Pamour qui s'a- du midi, n'oubliez pas desoulever contre lui des | charne après moi, etm'enflamme pour les ado- vagues furieuses ; que le sombre Eurus, sur | lescents et les jeunes filles. L'hiver a trois fois les mers bouleversées, disperse les débris de | dépouillé les forêts depuis qu'Inachia cesse de ses cordages et de ses rames ; que PAquilon se | troubler ma raison. Hélas! (je ne puis m'en lève, tel qu'au sommet des monts il brise les | souvenir sans honte), j'étais la fable de toute la chênes tremblants ; que, dans l'horreur des té- | ville. Je rougis encore de ces festins où ma nèbres, pas une étoile amie n'apparaisse au | langueur, mon silence, mes profonds soupirs, coucher du triste Orion ; qu’il soit emporté sur | où tout trahissait mon ardeur. une mer orageuse, comme les Grecs victorieux, « Quoi! préférer l'or, un gain sordide, au quand Pallas détourna sa colère d’Ilion en | cœur ingénu du pauvre ! m'écriais-je, en pleu- cendres sur le vaisseau impie d’Ajax ! | rant dans ton sein, quand Bacchus étouffait la Oh! que de sueurs attendent tes matelots! | honte et arrachait de mon âme échauffée par Quelle livide pâleur eouvrira ton visage! Quel- | le vin les secrets de son amour. « Ah! si je les lamentations de femme, quels vœux à Ju- | pouvais, dans la colère qui me transporte, si je piter qui Labhorre, quand la tempête mugis- | pouvais chasser loïu de moi ces plaintes inutiles, sante aura fracassé ton navire! Que ton corps, | remède impuissant à ma blessure! je céderais, étendu sur le rivage, offre aux oiseaux de mer ! sans rougir la victoire à d'mdignes rivaux. » Metire nobis cæcubum, Opima quod si præda curvo litore Curam metumque Cæsaris rerum juvat Porrecta mergos juveris ; Dulei Lyæo solvere, Libidinosus immolabitur caper, Et apua Tempestatibus. CARMEN X. IN MAÆAVIUA POETAM. CARMEN XL. Mala solula navis exitalite, Ferens olentem Mævium. AD PETIIUM. Ut horridis utrumque verberes latus ,. Petti, nihil me, sicut anlea , juvat Auster, memento, fluctibus. Scribere versiculos amore percussum gravi : Niger rudentes Eurus, inverso mari, Amore, qui me præter omnes expelit Fractosque remos differat ; ee = Mollibus in pueris, aut in puellis urere. Fusurgat Aquilo, quantus altismontibus Ilic tertius December, ex quo destiti Frangit trementes ilices ; Inachia furere, silvis honorem deeutit. Nec sidus atra nocte amicum appareat, Heul me, per urbem, nam pudet tanti mali, Qua tristis Orion cadit; Fabula quanta fui ! conviviorum et pœnitet, Quieliore nec feratur æquore, In queis amantem et Janguor et silentium Quam Graia victorum mapus, Arguit, et latere petitus imo spiritus. Quum Pallas usto verüit iram abilio . «Gontrane lucrum nil valere candidum In impiam Ajacis ratem | Paupéris ingenium? » querebar adplorans tibi ; O quantus instat navilis sudor tuis, Simul calentis inverecundus Deus Tibique pallor luteus, Fervidiore mero arcana promorat loco. Et ia non virilis ejulatio, « Quod si meis inæstuat præcordiis Preces et aversum ad Jovem ; Libera bilis, ul hæc ingrata ventis dividat Ionius udo quum remugiens sinus Fomenta, vulnus nil malum levantia; Noto carinam ruperit ! Desinet imparibus certare submolus pudor. » 18 LE LIVRE DES ÉPODES. 15 Ainsi, ferme un instant, je prenais devant toi dégouttent la craie et ce fard compose des une sage resolution : tu m'ordonnais de rentrer | excréments du crocodile, et que, dans ses dans ma demeure; et toujours mes pas chance- | mouvements lascifs comme ceux du porc, elle lants me ramenaient, hélas ! à cette porte enne- | rompt son lit et en disperse les couvertures ! mie, dont leseuil inexorable a brisé tant de fois Mais combien n'est-ce pas plus immonde mes membres. encore, quand elle essaie de vaincre mes dé- Maintenant c’est Lyciscus que j'aime; Ly- | goûts par ces amers reproches : « Tu es moins ciscus plus beau et plus voluptueux qu'une | languissant avec Inachie qu'avec moi. Trois femme. Ni les reproches de mes amis, ni les | fois dans une nuït tu sers Inachie; avec moi, dédains, rien ne saurait m'en détacher ; rien, si | c’est toujours trop d’une fois pour ta mollesse! ce n’est un autre amour pour une blanche jeune | Malheur à Lesbie à qui je demandais un tau- fille, ou pour un bel adolescent à la longue che- | reau, et qui m'a indiqué un amant impuissant! velure. | N’avais-je pas sousla main Amyntas de Cos, lui dont le membre est mieux planté et plus in- | domptable qu’un jeune arbre que ses racines | enchaïnent à la colline? Pour qui avais-je pré- - : _ | paré ces tissus deux fois teints dans là pourpre. Que demandes-tu, 0 femme digne d'être | de Tyr, si ce n’est pour toi, si ce n’est pour accouplée avec de noirs éléphants ? Pourquoi qu'il wy cu pas un convive, parmi les hommes m'envoyer des présents, des tablettes, à moi, | Ge ton âge, qui fût plus aimé de sa maitresse qui ne suis pas un gars vigoureux, et dont l'o- que toi? Malheureuse moi-même, moi, que tu dorat n’est pas éteint ? À moi qui aile nez plus | fuis et que tu redoutes comme k brebis les fin pour ffairer un polype, ou le bouc im- | loups, comme la chèvre les lions ! monde caché sous des aisselles velues, que le ODE XH. CONTRE UNE VIEILLE DÉBAUCHÉE, ri een | : a. | chien pour flairer la retraite d’un sanglier ? | - ee ODE XIII. Quelle sueur et quels miasmes malfaisants | s’échappent de tous ses membres, quand après | A SES AMIS. avoir épuisé, sans se rassasier, un amour lan- guissant, elle s'agite pour tromper son im- Un temps affreux attriste le ciel; les nuages pudicité mal satisfaite, quand, de son visage ! amoncelés fondent en pluie et en neige; l'Aqui- Stercore fucatus crocodili ; jamque subando Tenta cubilia , tectaque rumpit. Vel mea quum sævis agitat fastidia verbis : « Inachia langues minus, ac me; Inachiam ter nocte potes; he semper ad unum Mollis opus : pereat male, quæ le, Ubi bæc severus te palam laudaveram , Jussus abire domum , ferebar incerto pede Ad non amicos heu! mihi postes, et heu! Limina dura, quibus lumbos et infrepi latus. Nune, ne quamlibet mulierculam Vincere mollitia, amor Lycisei me tenet: Unde expedire non amicorum queant Lesbia, quærenti laurum, monstravit inertem ; Libera consilia, nec contumeliæ praves ; Quum mihi Cous adesset Amynlas , Sed alius ardor äut puellæ candidaæ : | Gujus in indomito constantior inguine nervus, Aut {eretis pueri, longam renodanlis comam. | Quai nova collibus arbor inhæret. | Muricibus Tyrüs iteratæ vellera lanæ | Gui properabantur ? tibi nempe; Ne foret æquales inter conviva, magis quem | | | GARMEN XI Quid übr vis, mulier nigris dignissina barris ? Diligeret mulier sua , quam te, Munera cur mihr, quidve tabellas O ego non felix, quam tu fugis, ut pavet acres Miltis, nec firmo juvent, neque naris obesæ ? Apna lupos, capreæque leones. » Namque sapacius unus odoror, | Polypus, an gravis hirsutis cubet hireus in alis, Quam canis acer, ubi lateat sus. | k CARMEN XHE. Qui sudor vietis et quam malus undique membris AD AMICOS: Crescit odor ! quum, pene soluto, Indomitam properal rabiem sedare, neque ulli ; Horrida tempestas cœlum + etimbres _ % Jam manet humida creta, colorque : Nivesque deducunt Jovem ; nune mare, nunc silusæ 74 lon mupgit sur ia mer et dans les bois. Amis, saisissez le moment au passage ; et, tandis que vus genoux ne tremblent pas encore, chassez de votre front les ennuis de la vieillesse, Toi, fais couler ce vin sorti du pressoir l’année de ma naissance, sous le consulat de Torquatus ; oublions le reste. Peut-être les dieux nous ra- mèneront-ils les beaux jours ; maintenant, ne songeons qu'à répandre sur nous les parfums de l’Asie; et queles accords de la lyre bannis- sent de nos cœurs la noire inquiétude. C'était le conseil du fameux Centaureàson héroïque élève: « Invincible enfant, disait-il, né mortel de ladi- vine Thétis, la terre de Dardanus t’appelle, cette terre qu'arrosentles eaux glacées du faible Sca- mandre, et letortueux Simoïs. Mais les Parques, sur leur trame immuable, t'en ont coupé le retour; et ta mère aux cheveux d'azur ne te ra- mènera pas dans le palais de ton père. Que du moins les douces consolations du vin et de la Iyre éloisnentde toi la sombre mélancolie. » ODE XV. À MÉCÈNE. Pourquoi la molle indolence qui engourdit ma pensée? Pourquoi cet oubli de mes pro- messes, Comme si j'avais étanché ma soif dans Threicio Aquilone sonant; rapiamus, amiici, Occasionem de die ; dumque virent genua, Et decet , obducta solvatur fronte senectus. Tu vina Torquato move Günsule pressa meo. Getera mitte loqui : Deus hæe fortasse benigna Reducet in sedem vice. Nune et Achæmenia Perfundi nardo juvat, et fide Gyllenea Levare diris pectora sollicitudinibus. Nobilis ut grandi cecinit Gentaurus alumno : « Invicte, mortalis Dea nate, puer, Thetide, Te manet Assaraci tellus, quam frigida parvi Findunt Scamandri flumina, lubricus et Simois : Unde tibi reditum certo sublemine Parcæ Rupere ; nec mater domum cærula te revehet. Ilie omne malum vino cantuque levato, Deformis æprimoniæ dulcibus alloquiis. » CARMEN XIV. AD MÆCENATEM. Mollis inertia cur tantam diffuderit imis Oblivionem sensibus, Pocula Lethævs ut si ducentia somnos Arente fauce traxerim, Candide Mæcenas, oceidis s@pe rogando : HORACE. les eaux assoupissantes du Léthé? Tu me fus mourir , cher Mécène, avec tes éternelles ques- tons : c’est un dieu, oui, C’est un dieu quim’em., pêche de terminer les jambes que je t'ai pro- mis. Ainsi, dit-on, brüla pour Bathylle le vieil- lard de Téos, Anacréon qui, sur unelyre mélo- dieuse, pleura bien souvent son amour en vers. un peu trop faciles. Tu brûles aussi, malheu- reux! mais du moins, la flamme ‘qui embrasa Iion n’était pas plus belle; et tu dois encore te réjouir de ton sort : moi, je me consume pour une affranchie, pour Phryné, qui ne se con- tente pas d’un seul amant, ODE XV. A NÉÉRA. Il était nuit, et dans un ciel serein la lune Prillait au milieu des étoiles, quand, prête à outrager par un parjure la majesté des dieux, tu prononças le serment que je dictais, enlacé dans tes bras flexibles plus étroitement que le chêne dans les rameaux du lierre : tu disais : « Tant que le loup poursuivra l'agneau ; qu'O- rion, la terreur des matelots, soulèvera les mers _agitées parla tempête, et que lezéphyr caresse- ra la longue chevelure d’Apollon, je te rendrai amour pour amour’, » Deus, Deus nam me vetat luceptos, olim promissum carmen, iambos Ad umbilicum adducere. Non aliter Samio dicunt arsisse Bathyllo Anacreonta Teium : Qui persæpe cava testudine flevit amorem, Non elaboratum ad pedem. Ureris ipse miser; quod si non pulchrior Ignis Accendit obsessam [lion , Gaude sorte {ua ; me libertina, neque uno Gontenta , Phryne macerat. CARMEN XV. AD NEÆRAM. Nox erat , et cælo fulgebat Luna sereno, Inter minora sidera, Quum lu magnorumnumen Jæsura Decrum, In verba jurabas mea, Arctius , atque hedera procera adstringiturilex, Lenüs adhærens brachiis ; Dum pecori lupus, et nautis infestus Orion Turbaret hibernum mare, Inlonsosque agitaret Apollinis aura capilios, Fore hune amorem mutuum. 7 49 LE LIVRE DES EPODES. O Nééra, ma fermeté te coûtera bien des larmes ! non, si j’aile cœur d’un homme, non, je ne souffrirai pas que tu prodigues tes nuits à un rival préféré; dans ma colère, je chercherai un amour qui réponde au mien ; et ne crois pas que ma résolution cède à ton odieuse beauté, quelle que soit un jour ta douleur. Et toi, amant plus heureux, fier aujourd’hui dema dissrâce, quique tu sois, quand tu possé- derais de riches troupeaux et de vastes do- maines, et que le Pactole roulerait pour toi, quand tu aurais pénétré les secrets de Pytha- gore, quand tu serais plus beau que Nirée, hélas! tu pleureras aussi ton amour délaissé pour un autre, et je rirai à mon tour. CDE XVI. AUX ROMAINS. Les guerres civiles dévorent une seconde gé- nération, et Rome succombe sous ses propres | forces ; Rome que n’ont pu détruire les Marses _ses voisins, ni les Toscans du redoutable Por- senna, ni les efforts jaloux de Capoue, ni le bouillant Spartacus, ni l Allobrogeami duchan- gement el de la révolte ; Rome, que n’ont pu dompter les blonds enfants dela farouche Ger- manie, ni cet Annibal en horreur aux mères; c’est nous, race impie et maudite, nous qui la O dolitura mea multum virtute Neæra ! Nam , si quid in Flacco viri est, Non feret assiduas potiori te dare noctes, Et quæret iretus parem ; Nec semel offensæ cedet constantia formæ ; Si certus intrarit dolor. At tu, quicunque es felicior, atque meo nunc Superbus incedis malo, Sis pecore et multa dives tellure licebit, Tibique Pactolus fluat , Nec te Pythagoræ fallant arcana renati ; Formaque ViNcas Nirea, Ebeu ! translatos alio mærebis amores : Ast epc vicissim risero, CARMEN XVI. AD POPULUM ROMANUM. Âltera jam teritur bellis civilibus œtas, Suis et ipsa Roma viribus ruit. Quam neque finitimi valuerunt perdere Marsi, Minacis aut Elrusca Porsenæ manus : Æmula nec virtus Capuæ , nec Sparlacus acer, Novisque rebus infidelis Aflobrox ; Nec fera eærulea domuit Germania pube, D NE nn C1 ” É0 détruirons, et le sol qu’elle occupe redevien- dra l'asile des bêtes sauvages ! Un barbare, hé- las ! foulera vainqueur la poussière des vieux Romains; son coursier frappera d’un pied re- tentissant les débris de la reine des cités : etses mains insolentes, Ô sacrilége! jetteront aux vents la cendre de Romulus. Tous peut-être, ou du moins les plus sages , vous cherchez les moyens d'échapper à cet ave- nir de malheurs. Voici le plus sûr : Comme les Phocéens fuyantleur ville après l'avoir maudite, et abandonnant leurs terres, leurs pénates , leurs temples , aux sangliers et aux loups dé- vorants, allez où vous porteront vos pas, où vous appellera le souffle du Notus ou de Fim- pétueux Africain. Le voulez-vous? quelqu'un a- t-il mieux à proposer ? Sous des auspices fa- vorables, que tardons-nous à nous jeter dans nos vaisseaux ? Mais prononçons d’abord ce serment :- a — « Quand les rochers se détacheront du fond des mers pour nager à leur surface, que le re- tournous soit permis ! que nos voiles se tournent vers notre ancienne patrie, quand le PÔ baigne- ra le sommet du Matinum ; quand les cimes de l'Apennin se plongeront sous la mer; quand de monstrueux amours uniront le tigre à la biche, et prostitueront la colombe au milan : quand les troupeaux ne craindront plus les … Parentibusque abominatus Hannibal, Impia perdemus devoti sanguinis ætas; Ferisque rursus occupabitur solum. Barbarus heu ! cineres insistet victor, et urbem Eques sonante verberabit ungula; Quæque carent ventiset solibus, ossa Quirini < Nefas videre ! dissipabit insolens. Forte , quid expediat, communiter, aut melior pars , Malis carere quæritis laboribus; Nulla sit bac potior sententia; Phocæorum Velut profupit exsecrata civitas, Agros atque Lares proprios , -habitandaque fana Apris reliquit et rapacibus lupis, Ire, pedes quocunque ferent, quocunque per undas Notus vocabit, aut protervus Africus. Sic placet? an melius quis habet suadere? secunda Ratem occupare quid moramur alite ? Sed juremus in hæc : simul imis saxa renarint Vadis levata, ne redire sit nefas ; Neu conversa domum pigeat dare lintea , quando Padus Matina laverit caeumina : In mare seu celsus procurrerit Apenninus ; Novaque monstra junxerit libidine Mirus amor, juvet ut tigres subsidere cervis , Adulteretur et columba miluo; AIR RUPRNE ni ! 16 lions farouches, et que le boue, revètu d’ écailles, jouera dans l'onde amère ! » Après toutes les imprécations capables de nous interdire,à jamais le retour, partons, ci- toyens de Rome, partons tous ou du moins les plus sages d’entre nous. Que le reste, indocile troupeau, sans énergie, sans espoir, s'endor- me auprès de ses foyers maudits. Nous, hom- mes de cœur, laissons les regrets aux femmes; volons par delà les mers de l'Italie. L'’Océan qui entoure le monde nous appelle. Gagnons, sagnons ces heureux rivages, ces iles fortunées où la terre prodigue sans culture tous les tré- sors de Cérès, où la vigne se couvre de fleurs sans le secours de la serpe, où jamais l'olivier ne dément l'espoir deses bourgeons, où la figue se colore et mäürit sur l'arbre paternel, où le miel coule du creux des chênes, où de lim- pides ruisseaux bondissent avec bruit du baut des montagnes. Là les chèvres s’of- frent d’elles-mêmes à la main qui veut les traire ; la brebis rapporte avec joie sa traînante inamelle; lours ne gronde pas le soir autour des bergeries , et de hideux reptiles ne soulè- vent pas le sein de la terre. Là, point de conta- gion qui désole les troupeaux, point d’astre malfaisant qui les consume de ses feux. Terre de bonheur et de merveilles, où jamais les orages ne labourent le sol par des torrents de Uredula nec ravos timeant armenta leones : Ametque salsa lævis hireus æquora. Hæec, et quæ polerunt reditus abscindere dulces, Éamus omnis exsecrata civitas, Aut pars indocili melior grege; mollis et exspes Inominata perprimat cubilia. Vos, quibus est virtus, muliebrem tollite luctum , Etrusca præter et volate litora. Nos manet Oceanus cireumvagus : arva , heata Petamus arva , divites et insulas, Reddit ubi Gererem tellus inarata quotannis, Etimputata floret usque vinea ; Germinat et nunquam fallentis termes olivæ , Suamque pulla ficus ornat arborem ; Mella cava manant exilice, montibus altis Levis crepante lympha desilit pede. Hlic injussæ veniunt ad mulctra capellæ, Refertque tenta grex amicus ubera ; Nec vespertinus cireumgemit ursus ovili ; Nec intumescit alta viperis humus. Nulla nocent pecori contapia ; nullius astri Gregein æstuosa torret impotentia. Pluraque felices mirabimur; ut neque largis Aquosus Eurus arva radat imbribus ; Pinguia nec siccis urantur semina glebis; HORACE. pluie ; où d’arides sillonsne brülent pas les se- mences : tant [ce souverain des dieux a soin d'y tempérer les saisons! Le vaisseau des argonautes n’approcha point de ces rivages, et l’impudique Médée n'y porta point ses pas; ni les matelots de Tyr, ni les compagnons aventureux ŒU- lysse, n’y dirigèrent leurs voiles. Fortuné sc- jour, que Jupiter a a réservé pour la vertu , dès le moment où l’âge d’airain vint souiller l'âge d’or ; c’est maintenant le siècle de fer; mais, hommes vertueux, CFOYeZ-en Ma VOIX prophé- tique, vous pouvez le fuir. ODE XVII. VARUS ET CANIDIE, VARUS. Oui, je cède à la puissance de ton art; etje ten conjure à genoux, par le royaume de Proserpine, par la majesté redou- table de Diane, par ces livres mystérieux qui peuvent arracher les astres du ciel, Ô Cani- die, épargne-moi tes formules sacrées et fais tourner, tourner en sens contraire, le cercle magique. Télèphe sut fléchir le fils de Pélée, contre qui, dans son orgueil, il avait rassemblé les ba- taillons de la Mysie, et dirigé ses fièches meur- trières. Le cadavre d’Hector, ce cadavre pro- Utrumque rege temperante Cælitum. Non huc Argoo contendit remige pinus, Neque impudica Golchis intulit pedem ; Non huc Sidonii torserunt cornua nautæ ; Laboriosa nec cohors Ulixei. Jupiter illa piæ secrevit litora genti, Ut inquinavit ære tempus aureum : îrea dehine ferro duravit sœcula, quorum Piis secunda vate me datur fuga. CARMEN XVII. AD CANIDIAM. Jam jam efficaci do manus scientiæ Supplex, et oro regna per Proserpinæ Per et Dianæ non movends numina, Per atque libros carminum valentium Refixa cælo devocare sidera, Ganidia , parce vocibus tandem sacris , Gilumque retro solve, solve irbinen. Movit nepotem Toléphus Nereium , In quem superbus ordinarat agmina Mysorum, el in quem tela acula torserat, Unxere matres Iiæ addictum feris 14 } Le LE LIVRE DES ÉPODES. 77 mis aux chiens et aux vautours, fut enseveli par les Troyennes, quand Priam, désertant ses remparts, quandun roï, hélas! eutembrassé les genoux de limpitoyable Achille. Les ra- meurs d'Ulysse, lescompasnons de ses fatigues, purent dépouiller leurs peaux hérissées de soies, et reprendre, avec la figure de homme, la parole et la raison : Circé pardonnait. Tu ne m'as fait que trop sentir ta vengeance, amante des matelots et des courtiers ! Ma jeu- nesse a passé comme une ombre; mes os sont recouverts d’une peau livide; tes philtres ont fait blanchir mes cheveux; nul reposnesuspend mes douleurs ; la nuit chasse le jour et le jour la nuit, sans que ma poitrine haletante puisse soulever le poids qui loppresse. Ah! je suis vaineu ; je crois maintenant ce que jai nié; our, les sortiléges du Sabin torturent le cœur, etles chants lugubres du Marse font éclater le crâne: Que veux-tu de plus? O ciel! 6 enfer! je brûle d’un feu plus dévorant que celui qui consu- mait Hercule couvert du sang venimeux de Nessus, que la flamme qui rugit dans les four- naises de l’Etna ; et les poisons de la Colchide, jusqu’à ce que mes cendres soient le jouet des vents, bouillonnent sur tes foyers magiques. Quand finira mon supplice ? Que faire pour pour me racheter ? Ordonne, et tu seras fidèle- Alitibus , atque canibus homicidam Hectorem, Postquam relictis mœænibus rex procidit Heu! pervicacis ad pedes Achillei. Setosa duris exuere pellibus Laboriosi remiges Ulixei . Volente Girce , membra ; tune mens et sonus Relapsus , atque notus in vultus honor. Dedi satis superque pænarum tibi, Amata nautis multum et institoribus. Fugit juventas , et verecundus color Reliquit ossa pelle amicta lurida ; Luis capillus albus est odoribus : Nullum a labore me reclinat otium. Urget diem nox , et dies noctem, neque est Levare ten{a spiritu præcordia. Ergo , negatum, vincor, ut credam miser , Sabella pectus increpare carmina ; Gaputque Marsa dissilire nænia. Quid amplius vis ? © mare et terra! ardeo Quantum neque atro delibutus Hercules Nessi cruore , nec Sicana fervida Virens in Ætna flamma. Tu, donec cinis Injuriosis aridus ventis ferar, Cales venenis officina Colchicis. Quæ finis? aut quod me manet stipendium ? Effare : jussas cum fide pœnas luam ; ment obéie ; je veux expier mon crime. Faut- il une hécatombe ? Exiges-tu de ma lyre men- teuse un hymne à ta louange? Salut, 6 pu- dique, ô vertueuse Canidie, étoile d’or quirègne dans les cieux! Vengeurs d'Hélène outragée, Pollux et le divin Castor furent désarmés par la prière, et rendirent au poëte la vue dont ils l’avaient pri- vé. Imite-les, Canidie; tu le peux : fais cesser mon délire. Non, ta naissance n’est pas infâme, non, tu ne vas pas dans les tombeaux, hideuse magicienne, disperser la poussière des pauvres ; toi dont le cœur est si bon, les mains si pures! Pactuméius est bien ton fils ; c’est bien ton sang que la matrone va laver, quand tu vélances du lit de douleur, lésèreet forte. CaniniE. Inutiles prières ! mes oreilles sont fermées pour toi. Les rochers battus par la tempête sont moins sourds aux cris des naufra- gés. Quoi ! tu te serais impunément moqué des mystères de Cotytto et de l'Amour libre ! Nou- veau pontife, juge souverain des rits magiques, gardien des tombeaux, tu aurais impunément rempli la ville de mon nom! Et que me servi- rait d’avoir enrichi les sorcières péligniennes, et composé les poisons les plus subtils?.….. La mort viendra troplente à ton pré; tu traineras une vie misérable et odieuse pour servir de p& Paratus expiare , seu poposceris Centum juvencos, sive mendaci lyra Voles sonari; tu pudica , {u proba Perambulabis astra sidus aureum. Infamis Helenæ Castor offensus vice, Fraterque magni Castoris, victi prece, Ademta vati reddidere Iumina. Et tu, potes nam, solve me dementia, O nec paternis obsoleta sordibus, Nec in sepulcris pauperum prudens anus Novendiales dissipare pulveres. Tibi hospitale pectus, et puræ manus : Tuusque venter Pactumeius ; et tuo Gruore rubros obstetrix pannos lavit, Utcunque fortis exsilis puerpera. CANIDIA. Quid obseratis auribus fandis preces? Non saxa nudis surdiora navitis Neptunus alto tundit hibernus salo. Inultus ut tu riseris Gotyttia Vulgata, sacrum liberi Gupidinis? Et Esquilini Pontifex venefici Impune ut urbem nomine impleris meo ? Quid proderit ditasse Pelignas anus, Velociusve miscuisse toxicum , Si tardiora fata te votis manent ? 62 HORACE. 78 ture à des souffrances toujours nouvelles. Le repos, c’est le vœu du père de Pélops, du cou- pable Tantale, que la faim dévore au milieu de l'abondance: c’est le vœu de Prométhée sous les ongles du vautour ; c’est le vœu de Sisyphe, quand il s'efforce d’asseoir son rocher sur la cime de la montagne : mais l'arrêt de Jupiter s'y opposé. Tantôt, dans les accès d'un sombre désespoir, tu voudras te précipiter du haut d’une {ngrata misero vita ducenda est , in hoc, Novis ut usque suppetas deloribus. Optat quietem Pelopis infidus pater, Egens benignæ Tantalus semper dapis ; Optat Prometheus obligatus aliti; Optat supremo collocare Sisyphus In monte saxum; sed vetant leges Jovis. Voles modo altis desilire turribus, Modo ense pectus Norico recludere; Frustraque vinela gutturi nectes lu, na D 4, tour, ou enfoncer un poignard dans le cœur ; tantôt, mais en vain, tu entoureras ta gorge du lacet funeste. Triomphante , je m'élancerai de terre: et tu me sentiras bondir sur tes épaules, Quoi! je puis animer des images de cire, conime tes regards indiscrets te Font appris; je puis arracher la lune du üiel, réveiller la cendre des morts, composer des philtres enivrants , et je pleurerais l'impuissance de mon artcontre toif- Fastidiosa tristis ægrimonia. Veetabor humeris tunc evo inimicis eques, Meæque terra cedet insolentiæ. An, quæ movere cereas imagines , Ut ipse nosti euriosus, et polo Deripere Lunam vocibus possim meis, Possim crematos excitare Imorluos, Desiderique temperare poculum, Plorem artis, in te nil agentis, exilum? DOO0C00000C0C00000000000000C000000C00090€%0 CH ANT SÉCULAIRE. LES DEUX CHOEURS. Phœbus, et toi, Diane, reime des forêts, ra- dieux ornement du ciel, divinités toujours ado- rables et toujours adorées, exaucez nos prières dans ces jours solennels où la Sibylle ordonne que des vierges choisies, que de chastes enfants célèbrent les dieux protecteurs des sept col- lines, CHOEURS DES JEUNES GARÇONS. Ame de la nature, soleil, dont le char étin- celant dispensé ou ravit la lumière, astre tou- jours le même, toujours nouveau, puisses-tu ne rien voir de plus grand que Rome! _ CHOEUR DES JEUNES FILLES. Toi, qui ouvres le sein maternel à homme mûr pour la vie, douce Ilithya, Lucine ou Gé- CHORUS PUERORUM ET VIRGINUM. Phœbe, silvarumque potens Diana, Lucidum cæli decus ,o colendi Semper et culti, date qu& precamur - Tempore sacro, Quo Sibyllini monuere versus, Virgines lectas, puerosque castos, Dis , quibus septem placuere colles, Dicere carmen. PUERORUM. Alme Sol, curru nitido diem qui Promis et celas, aliusque et idem Nasceris ; possis nihil urbe Roma Visere majus. VIRGINUM. Rite maturos aperire partus Lenis [lithyia, tuere matres : Sive tu Lucina probas vocari, | nitale, sous quelques noms que tu veuilles être invoquée, protése les mères, multiplie leurs enfants, fais prospérer les décrets du sénat sur le mariage , et que la loi conjugale soit féconde en nouveaux Citoyens. LES DEUX CHOEURS, Ainsi le cercle de cent-dix années ramènera ces Chants et ces fêtes, que nos neveux célé- breront en foule pendant trois jours et trois nuits d’allégresse. Et vous, Parques véridiques, dont Pimmuable destin n’a jamais démenti les | oracles, ajoutez à nos prospérités passées des prospérités nouvelles ; que, riche én moissons et en troupeaux, la terre couronne le front de Cérès ; que des eaux salutaires et un air pur fé- condent tous les germes. Seu Genitalis ; Diva, producas sobolem ; Patrumque Prosperes decreta super jugandis Feminis, prolisque novæ feraci . Lege marita. CHORUS. Gertus undenos décies per annos Orbis ut cantus refératque ludos, Ter die elaro, totiesque grata Nocte frequentes. Vosque , veraces cecinisse, Parcæ, Quod semel dictum est stabilisque rerum Terminus servat, bona jam peractis Junpite fata. Fertilis frugum pecorisque Tellus Spicea donet Gererem corona . Nutriant fetus et aquæ salubres. Et Jovis auræ. 3? 80 CHOEUR DES JEUNES GARÇONS. Laisse reposer tes flèches, Ô Apollon; écoute avec bonté les jeunes Romains qui Cimplorent. CHOEUR DES JEUNES FILLES. Reine des astres, déesse au croissant de feu, écoute la voix des jeunes Romaines. LES DEUX CHOEURS. Si Rome est votre ouvrage; si c'est par Vos ordres qu’une partie des Troyens, changeant de ville et de foyers, vint aborder aux rivages sau- veurs de [a Toscane, sous la conduite du pieux Enée, qui, survivant à sa patrie, leur ouvrit un passage à travers les flammes d’Ilion, pourleur assurer plus qu'ils n'avaient perdus dieux puissants, donnez à la | jeunesse un cœur docile et des mœurs pures, le repos à la paisible vieil- lesse, au peuple de Romulus l'empire, une race nombreuse, et tous les genres de gloire. Que l'illustre descendant de Vénus etd’Anchise, qui vous immole aujourd'hui des taureaux sans tache, commande à l'univers ,Yainqueur de l’en- nemi qui résiste, clément pour les vaincus. CHOEUR DES JEUNES GARÇONS. Déjà, sur la terre.et sur l'onde, de Mède re-. PUERORUM: Condito mitis placidusque telo Supplices audi pueros , Apollo. VIRGINUM. Siderum repina bicornis , audi, Luna, puellas. CHORUS. Roma si vestrum est opus, [liæque Litus Etruseum tenuere turmæ, Jussa pars mutare Lares et urbem Sospile cursu ; Cui per ardentem sine fraude Trojam Castus Æneas patriæ superstes Liberum munivit iter, daturus Plura relictis : Di, probos mores docili juventæ, Di, senectuti placidæ quietem, Romulæ genti date remque , prolemque, Et decus omne. Quique vos bobus veneratur albis : Clarus Anchisæ Venerisque sanguis, Imperet , bellante prior, jacentem Lenis in hostem. Jam mari terraque manus potentes Medus Albanasque timet secures. HORAC£. doute son bras puissant et les faisceaux de Rome; déjà le Scythe et l’indien, naguère si superbes, viennent demander ses ordres. CHOEUR DES JEUNES FILLES. La paix, la bonne foi, l'honneur, la probité antique, la vertu, si longtemps néglisée, osent reparaitre ; et l’ heureuse Abondance est reve- nue avec sa Corne féconde. CHOEUR DES JEUNES GARÇONS. Dieu des augures, dieu à l'arc d'argent, Apollon, chéri des neuf sœurs , et dont l’art salutaire ranime les Corps épuisés, situ re- gardes d’un œïl propice le mont Palatin, pro- longe les destinées de Rome et del Italie dans un siècle nouveau et plus fortuné encore. CHOEUR DES JEUNES FILLES. Toi qu’on adore sur l'A ventin et sur l’Algide, Diane, exauce les prières des quinze pontifes, et prête aux vœux des enfants une oreille amie. LES DEUX CHOEURS. Jupiter et tous les dieux nous entendent; c'est l'espoir , c’est la douce assurance que nous emportons dans nos foyers , après avoir un les sue . ses els de. Diane. Jam Seythæ responsa petunt, superbi Nuper, et Indi. Jam Fides, et Pax,, et Honor, Pudorque Priseus, et neplecta redire Virtus Audet : apparetque beata pleno Copia cornu. PUERORUM. re et fulgente decorus arcu, Phœbus , acceptusque noyem Camenis, Qui alta levat arte fessos Corporis artus, Si Palatinas videt æquusarces, Remque Romanam Latiumque felix Alterum in lustrum meliusque semper Proroget ævum. VIRGINUM. Quæque Aventinum tenet Algidumque , Quindecim Diana preces virorum Curet, et votis puerorum amicas Adplicet aures. CHORUS. Hæc Jovem sentire , Deosque cunctos, Spem bonam certamque domum reporto, Doctus et Phœbi chorus et Dianæ Dicere laudes, 82 ee ER (QC. > SCOSSScceccssoscccoossoss PODECSSSSOSSCCCSESSS0S SATIRES. D pe Ge eme — LIVRE P SATIRE PREMIÈRE. D'où vient, Mécène, que chacun, dans l’état qu’il tient de son propre choix ou du caprice du sort, est mécontent de sa fortune et vante les autres professions? Bienheureux les mar- chands ! dit le soldat qui gémit sous le poids des armes, le corps brisé par de longues fai- gues. Et le.marchand, ballotté par la tempête : Ah! qu'il vaut mieux étre soldat! car enfin, on se bat; en un clin d'œil la mort vous prend, ou la victoire vous couronne ! L’äomme de loi envie le laboureur, quand, au premier chant du coq, le client frappeà sa porte. Celui qu'un pro- cès dans lequel il s'est porté caution arrache à seschamps pour l’amener à Rome : Le bonheur, s’écrie-t-il, n’est que pour les sens de ville! A compter les exemples du même genre, la langue de Fabius y renoncerait! Sans autre préam- SATIRA I. Qui fit, Mæcenas, ut nemo , quam sibi sortem Seu ratio dederit , seu fors objecerit, illa Gontentus vivat ; laudet diversa sequentes ? « O fortunati mercatores ! » gravis annis Miles ait, multo jam fractus membra labore, Gontra mercator, navem jactantibus Austris : € Militia est potior. Quid enüm ? Concurritur : horæ « Momento, cita mors venit, aut victoria læta. » Agricolam laudat juris leoumque peritus, Sub galli cantum consultor ubi oslia pulsat. Ile, datis vadibus qui rure extractus in urbem est, Solos felices viventes clamat in urbe. Getcra de genere hoc, adeo sunt multa, lequacem REMIER. | bule, écoute, 6 Mécène, où j'en veux venir. Si quelque dieu disait à tout ce monde : Te- nez, je vais vous satisfaire : tu étais soldat, toi ? tu Seras marchand. Toi, jurisconsulte ? tu seras paysan. Allons, changez de rôle et tirez chacun de votre côté. — Hél..…. Nul ne bouge?.……. point de nouvelles! Etpourtantils ont leur bon- heur en main ! à quoi tient-il que Jupiter en Courroux et les joues gonflées ne leur déclare que désormais il sera moins facile à leurs vœux? etil aurait raison. En outre, car je ne veux pas ressembler à ces rieurs qui se contentent d’ef- fleurer un sujet, quoique, après tont, qui em- pêche de dirèla vérité en riant ? les précepteurs parfois donnent bien des friandises à leurs marmots pour les engager à apprendre jes premiers éléments; maislaissons la plaisante rie et prenons le ton sérieux. Ce laboureur, dont le soc retourne pénible- ! Delassare valent Fabium. Nete morer, audi Quo rem deducam : si quis Deus, « En ego, dicat, « Jam faciam quod vultis ; eris tu, qui modo miles : « Mercator; tu, consultus modo, rusticus: hine vos, « Vos hine mutatis discedite partibus.…. Eia! « Quid statis?.... » Nolint.…., Atqui licet esse beatis. Quid causæ est ; merito quin illis Juppiter ambas Jratus buccas inflet, neque se fore posthac Tam facilem dicat, votis ut præbeat aurem ? Praterea , ne sic, ut qui joeularia , ridens Percurram , (quamquam ridentem dicere verum Quid vetat? ut pueris olim dant crustula blandi Doctores , elementa velint ut discere prima;) Sed tamen amoto quæramus séria ludo. Ile, gravem duro terram qui vertit aratro, 28 82 ment la glèbe, ce cabaretier fripon, ce soldat, ces hardis matelots qui sillonnent les mers, vous diront qu'ils supportent Îa fatigue à telle fin, que sur leurs vieux jours. ils puissent se retirer tranquillement, et vivre en sécurité après avoir amassé de quoi. Ils imitent (car c'est la comparaison obligée), ils imitent la pe- tite fourmi, grande travailleuse, emportant au bec tout ce qu'elle peut traîner, pour en gros- sir le magasm qu'elle bâtit dans sa prévoyance de l'avenir. Mais quand le Verseau atiriste lan- née.qui recommence, on ne Ja voit plus trotter nulle part; alors elle jouit en sage du fruit de son labeur ; tandis que toi, rien ne peut sus- pendre ton amour du gain : ni les ardeurs de Yété, ni l'hiver, nile feu, ni l’eau, ni le fer. Point d’obstacle qui varrête quand il s’agit d'empêcher la fortune d'autrui de surpasser la tienne. Tu vas d'un pied furtif creuser la terre pour lui confier timidement un immense dépôt d'argent et d'or; qu'est-ce qui ten revient ? — Ah ! le trésor entame se réduirait bien vite à un misérable as! — mais sans cela, vrai- ment, où est la beauté de cet amas métallique ? Que ta grange batte cent. mille mesures de blé, ton estomac en sera-t-il plus vaste que le mien ? Et si, dans une troupe d’esciaves, ton épaule meurtrie était chargée du filet au pain, en recevrais-tu une plus grosse part que ton camarade cheminant à vide? Qu'importe, dis- Perfidus hie caupo, miles, mautæque per omne Audaces mare qui currunt, kac mente laborem Sese ferre , senes ut in ofia tuta recedant, Aiunt, quum sibi sint congesta cibaria ; sicut Parvula (nam exemplo est} magni formica laboris Ore trahit quodeumque potest , atque addit acervo Quem struit, haud ipnara ac non incauta futuri. Quæ, simul inversum contristat Aquarius annum ,. Non usquam prorepit , et illis ulitur ante Quæsitis sapiens; quum te neque fervidus æstus Dimoveat lucro, nec hiems, ignis, mare, ferrum, Nil obstet übi, dum ne sit te ditior alter. Quid juvat immensum te argenti ponduset auri Furtim defossa timidum deponere terra ? Quod , si comminuas, vilem redigatur ad assem, At, niid fit, quid habet pulchri constructus acervus ? Miüiia frumenti {ua triverit area centum, Non tuus hoc capiet venter plus, ac meus ; utsi Reticulum panis venales inter onusto Forte vehas humero, nibilo plus accipias, quam Qui nil portarit. Vel dic , quid referat intra Naturæ fines viventi, jugera cenlum, an HORACE. moi, à quise renferme dans les bornes ae la nature, de cultiver centarpents ou d'en cultiver mille? — Maisilest agréablede puiser à un gros tas.— Hé, si tu m'en laisses prendre autant àun petit, en quoi tes greniers immenses sont-ils préférables à mon humble corbeille? C’est précisément comme si, ayant besoin d’une cruche d’eau, ou même d’un verre, tu disais : J'aime mieux le puiser à un grand fleuve qu’à cette petite fontaine. Hé bien ! voilà comme ces gens si charmés d’une abondance excessive, l’'Aufide impétueux, en déracmant le rivage, les emporte au cours de ses flots! Mais celui qui n’en veut puiser que son nécessaire, celui- là ne boit pas d’eau trouble, et ne risque pas non plus de se noyer. Mais la plupart des hommes, aveuglés par la convoitise, se font ce beau raisonnement : On ne vaut que ce qu'on a ; on n’a donc jamais as- sez. Que faire à cet insensé ? le laisser être mi- sérable tout à sonaise. Cela me rappelle ce vieil Harpagon d'Athènes qui méprisait les huées de la populace : « Ils me siffient, disait-il, maisje m’applaudis, moi, quand rentré au logis je contemple mes écus dans mou coffre-fort! » Tantale dans un lac. poursuit Peau qui fuit ses lèvres brülantes ; tu ris? change lenom : cette fable est ton histoire. Sur tes sacs, à grand’- peine amassés, tu t'endors bouche béante; il te faut les respecter comme des objets sacrés, en jouir comme d’une peinture. Ignores-tu donc [5 Mille aret?— At suave est, ex magno tollere acervo. — Dum ex parvo nobis tantumdem haurirerelinquas, Cur tua plus laudes cumeris granaria nostris? Ut, Gbi si sit opus liquidi non amplius urna , : Vel cyatho:, et dicas : « Magno de flumine mallem, Quam ex hoc fonticulo, tantumdem sumere. » Eo fit, Plenior ut si quos delectet copia justo, Cüm ripa simul avulsos ferat Aufidus acer. At qui tantulreget, quanto est opus , is neque limo Turbatam hauritaquam , neque vitam amittit in undis. At bona pars hominum:, dec pta cupidine falso, Nil salis est, inquit; quia tanti, quantum babeas, sis. Quid facias ill? jubeas miserum esse, libenter Quatenus id facit : ut quidam memoratur Athenis Sordidus ac dives populi contemnere voces Sie solitus : « Populus me sibilat, at mihi plaudo « Ipse domi , simul ac nummos contemplor in area. » Tantalus a labris sitiens fugientia caplat Fiumina..……. quid rides ? mutato nomine, de {e Fabula narratur : congestis andique saccis Endormis inhians , et tamquam parcere sacris Cogeris , aut pictis tamquam gaudere tabellis. 12 SATIRES. la destinauon d'un écu et tout ce qu’ii peut don- ner? Achète-moi un pain, des légumes, un setier de vin; en un mot ce donton ne saurait priver la nature sans la faire souffrir. Veiller à demi mort de frayeur ; jour et nuit redouter Îles larrons , lefeu, des esclaves qui te pilleront pour s'enfuir après, est-ce là ton plaisir ? Ah! puissé-je toute ma vie rester pauyre de ces biens-là! Ce n’est pas tout : la fièvre qui glace ton corps endolori, ou n'importe quel accident te cloue sur ton grabat; as-tu quelqu'un pour veiller à ton chevet, préparer les médicaments, parler au médecin, enfin pour te remettre sur pied et te rendre à tes enfants et à ta chère fa- mille ? Non! ta femme ne souhaite pas ta gué- rison, ni ton fils. Voisins, connaissances, filles, as toujours mis l'argent en première ligne, tu es surpris, n'est-ce pas, de n’obtenir-de per- sonne une affection que ‘tu n’as jamais voulu gagner ? Hé bien, malheureux! tes parents eux-mêmes, ces amis donnés par la nature, si tu veux les attacher à toi, les conserver, tu perdras ta peine, comme celui qui voudrait dresser au frein et au manége du Champ-de- Mars une bourrique. Cesse enfin d’amasser; à mesure que ta for- tune augmente, diminue un peu de ton horreur pour la pauvreté; tu tiens le but, borne là tes Nescis quo valeat nummus ? quem præbeat usum ? Panis ematur, olus, vini sextarius : adde, Queis humana sibi doleat natura nepalis: An vigilare melu exanimem , noctésque diesque Formidare malos fures , incendia , servos, Ne te compilent fugientes, hoc juvat? horum Semper ego optarim pauperrimus esse bonorum. At si condoluit tentatum frigore corpus, Aut alius casus lecto te affixit, habes qui Assideat , fomenta paret , medicum roget, ut te Suscitet ac reddat nalis carisque propinquis? Non uxor salvum te vult, non filius, omnes Vicini oderunt, not, pueri atque puellæ. Miraris, quum tu argento post omnia ponas, Si nemo præstet, quem non merearis, amorem ? At si copnatos nullo natura labore. Quos tihi dat retinere velis, servareque amicos ; Infelix operam perdas , ut si quis asellum In Campo doceat parentem currere frænis! Denique sit finis quærendi ; quumque habeas plus, Pauperiem metuas minus, et finire laborem Jacipias , parto quod avebas; ne facias, quod Ummidius, qui, tam {non longa est fabula) dives, 83 travaux , €{ ne Va pas faire comme un Certain vicil Umidius (le conte n’en est pas lung), riche à mesurer ses écus au boisseau, avare au point d’être toujours vêtu comme un esclave. Jusqu'à sa dernière heure il n'eut qu'une crainte, Celle de mourir de faim. Un jour son affranchie le coupa en deux d’un coup de hache, la brave: Clytemnesire. — Que me conseillez vous donc? de vivre comme Ménius ou comme Nomentanus? — Mais quelle obstination à rap- procher les extrêmes! Quand. je te défends d’être avare, est-ce pour faire de toiun ivrogne, un ignoble mauvais sujet? H y a de la place entre Fanaïs et le beau-père de Vitellius ! En toutes choses il est certain tempérament, il y a des limites fixées, et le bien ne peut se trou- | ver en decà ni au delà. sarçons, tout le monde te déteste. Et toi, qui | J'en reviens à mon texte. Quoi! personne qui n'imite l’avare, et ne vante la condition | d'autrui ! qui, voyant à la chèvre de son voisin la mamelle plus gonflée, ne maigrisse de ja lousie © Personne qui se compare jamais à ln foule des plus pauvres que soi! qui ne s’éver- tue au Contraire à surpasser un tel et puis un tel! et nous trouvons toujours plus riche que nous sur notre chemin. C’est le cocher dans la lice : quand les pieds des chevaux emportentles chars loïn de la barrière, il s’allonge sur l’atte- lage qui précède le sien, méprisant celui qu'il adépassé et qui se perd au dernier rang. Aussi Ut metiretur nummos , ita sordidus jut se Non unquam servo melius vestiret ; ad usque Supremum fempus, ne se penuria viclus Opprimeret, metuebat, At bune liberla securt Divisit medium fortissima Tyndaridaruth. — Quid miipilur suades ; ut vivam Mænius, aut sie Ut Nomentanus ? — Pergis pugnantia secum Frontibus adversis coimponere ? non epo , avarum Quuï veto:te fieri., vappam jubeoae nebulonem. Est inter Tanaim quiddam socerumque Vitelli. Est modus in rebus ;sant cerli deniqué fines, Quos ultra citraque nequit consistere rectum. Illuc, unde abii, redeo. Nemone ut avarus Se probet, ac potius laudet diversa sequentes ? Quodque aliena capella gerat distentius uber, Tabescat? neque se majori pauperiorum Turbæ comparet? hunc atque hunc superare laborett Sic festinanti semper locupletior obstat : Ut, quum carceribus missos rapit ungula currus ; Instat equis auriga suos vincentibus , illum De Præteritum temnens extremos inter euntem. > Inde fit, ut raro, qui se vixisse beatum à Dicat, et exacto contentus tempore I ÉtE RE ÿ4 HORACE. voit-on rarement un homme qui dise avoir VECU heureux, et qui, satisfait de l'emploi desa vie, se retire comme un COnVive rassasié. Mais c’est assez; VOUS me soupçonneriez d’avoir pillé le portefeuille de Crispin le chas- sieux ; je n’ajouterai pas un mot. SATIRE I. Le corps enticr desflüteuses, les charlatans, les mendiants, les comédiennes , les parasites, Loute cette race est triste et désolée de’la mort: du chanteur Tigellius ; car il était libéral. Un autre, au contraire, pour fuir le renom de pro- digue, ne donnerait pas à un ami nécessiteux de _. résister aux tourments du froid et de la faim. Demandez-lui pourquoi il dissipe en sales sloutonneries la brillante fortune de son père et de son aïeul, achetant d'emprunt des mets de toute sorte : je ne veux pas, répond-il, passer pour un avare, pour une âme rétrécie. Les uns le louent, les autres ie blâment. Fufdius craint la réputation de débauché, decoureur; Fufdius, richeen biens fonds ét en numéraire bien placé. Il commence par rete- nir sur le capital cinq pour cent; plus dérangé est son débrieur , plus il le pousse. HE est tou- jours en quête des débutants soumis à un père rigide ét qui ou de prendre larobe virile. Puissant Jupiter ! va s’écrier d’abord chacun de ceux qui m'entendent ; mais Fufidius fait une ÆGedat, uli conviva satur, reperire queamus. Jam satis est: ne me Crispini serinia lippi -Compilasse putes, verbum non amplius addam. “ SATIRA I. Ambubajarun collegta, “pharmacopole _. Mendièi, mimæ, balatrones, hoc genus omne Moœstum ac on est cantoris morte Tigelli. Quippe benignus erat. Gontra hic, ne pr odigus esse Dicatur, metuens , inopi dare Pt amico , Frigus quo enrtils famem propellere possit. Hunc si perconteris, ayi cur afque parents Præclaram ingrata stringat malus ingluvie rem, Gmnia conductis coemens obsonia numanis : - Sordidus atque animi quod parvi nolit haberi, laudatur ab his ,culpatur abillis. Fufidius vappæ famam a ac nebulonis, Dives agris, dives positis i in fœnore numipis ; Quinas hic au mercedes exsecat, atque Quanto perditior quisque est, tanto acrius urpet. Nomina sectatur modo on veste virili R espondet : Sub patribus duris tironum. Maxime, quis n9B, dépense proportionnée à ses bénéfices. Vous ne croiriez pas au contraire combien il est dur à lui-méme! C’est au point que ce père, que la comédie de Térence nous montre si malheu- reux de l'expulsion de son fils, ne s'impose pas de plus rudes pénitences. À présent, me demande-t-on où j'en veux ve- nir? le voici : En se sarant d’un excès, les sots tombent dans l'excès opposé. Malthinus marche sur le bord de sa robe; tel effronté la relève indécemment par dessus la ceinture. Rufillus exhalele parfum de lambre, Gorpgomus sent lé bonc. Jamais de juste mesure! Il en est qu ne voudraient toucher de femmes que celles dont lestalons disparaissent derrière la bordure de leur robe; d’autres ne prennent les leurs qu'imprégnées de l'odeur d’un mauvais lieu. Unhomme connu en sortaitun jour : « Courage, lui dit Caton, dans sa sagesse divine; car sitôt que l’âcte luxure a gonflé leurs veines, c’est là que doivent descendre les jeunes gens, et non pas abuser des femmes d'autrui. » Ce compliment ne serait pas de mon goût, ct AU SUURÉE une one Tr RES de haut rang. RS — : I est bon de vous: exposer ICI, Ô VOUS “qu ne souhaitez que malheur à ces sälants: quelle foule d’inconvénients tombentsur eux ;comment leur plais® est empoisonné par la peme, et comment ils ne l’atteignent parfois qu'au mi- lieu d’affreux périls. L’un a été forcé desauter Juppiter, exclamat, simul atque audivit ? At in se Pro questu sumium facit? Hic vix credere possis, Quam sibi non sit amicus, ifa ut paterille, Terenti Fabula quem miserum nato vixisse fugato Inducit, non se pejus cruciaverit atque hic. Si quis nune quærat : quo res bæc pertinct? illuc: Dum vitant stulüi vitia, in contraria currunt. Malthinus tumicis de ambulat; est qui Inguen ad obcænum subductis usque facetus. Pastillos Rufillus olet Gorgonius hircum. Nil medium est. ns qui nolint tetigisse nisi illas, Quarum subsuta talos tegat instila veste; Contra alius nullam , nisi olente in fornice stantem. Quidam notus homo quum exiret fornice, « Macte « Virtute esto , inquit sententia dia Gatonis ; « Nam simul ac venas inflavit etra Hbido, « Huc juvenes æquum est descendere, non alienas « Permolere uxores, » — « Nolim laudarier, inquit , Sie me, » mirator cunni Cupiennius albi. Audire est operæ pretium, procedere recte Qui mœchis non vultis, ut omni parte laborent, Utque illis mulio ui dolore voluptas, Alque hæe rara cadat dura inter sæpe periela. 40 SATIRES. du haut de la maison; l'autre, battu de verges, est resté pour mort sur la place; celui-ci, fuyant, esttomhé dans une bande de voleurs ; celui-là a racheté sa peau par sa bourse ; cet autre a été sali déshonnêétement par des valets. On en a vu même à qui un rasoir retranchait les causes de leurs chaleurs ! C’est bien fait, criait le public! Galba n'était point de cet avis. Mais combien le commerce est plus sûr dans la classe inférieure, celle des affranchies, pour qui Salluste égale les folies des adultères. Bu moins s’il voulait renfermer sa générosité, sa munificence dans les limites que lui preserivent sa fortune, la raison et les convenances, il les paierait encore assez cher, et ne se causerait ni honte ni dommage ; mais c'est la seule chose où il s'aime, la seule qu'il prise, la seule qu'il vante! « Jamais je ne touche une honnête femme! » Marsæus disait comme lui, cetancien amant d'Origo, quimanpea ses térreset samai- | son avec celte comédienne : « Je n'ai Jamais _ affaire à la femme d'autrui. » Non. ; Mais VOUS avez affaire aux baladines, aux coureuses, qui ruinent la r éputation encore plus que la bourse. Vous suffit-il d'éviter les personnes sans évi- ter aussi tout ce qui vous peut nuire, n'importe où et comment? Perdreune bonne réputation, écorner son patrimoine, c’est toujours-un mal; que ce soit avec.une dame, une,servante, une courtisane, où est la. différence? Hie se præcipitem lecto dedit,, ille flagellis Ad moriem cæsus ; fugiens hic decidit acrem Prædonum in turbam ; dedit hic pro corpore nummos; Hune perminxerunt calones; quin etiam illud Accidit, ut cuidam testes caudamque salacem Demeteret ferrum. Jure omnes : Galba negabat. Tutior at quanto merx est in classe secunda! Libertinarum dico , Sallustius in quas Non minus insanit, quam qui mœchatur. Al hic si Qua res, qua ratio suaderet , quaque modeste Munifico esse licet, vellet bonus atque benignus Esse ; daret quantum satis esset, nec sibi damno D foret ; verum hoc se amplectitur uno ; Hoc amat, hoc Ladit. « matronam nullam cpo ae » Ut din Marsœus, amator Originis ille, Qui patrium mimæ dont dan ones € Nil fuerit mi, inquit, cum uxoribus unquam alienis. » Verum est cum mimis, est cum meretricibus , unde Fama malum pravius, quam res trahit. An tibi abunde Personain satis cst. non illud , quidquid ubique Officit, evitare? Bonam ee famam , Rem patri is oblimare, ie est An quid inter- 85: Villius, mari de Fausta et ae de Sylla, séduit , le pauvre homme! par la sloriole uni- quement, en fut puni autant et plus que de rai- son , Car le poing ni le fer ne lui firent grâce. I était jeté à la porte tandis que Longarenus était en visite chez lui! Or supposons qu’à l'as- pect de ces mdignités, certain membre, deve- nant l'organe du bon sens, lui eût tenu ce lan- gage: « Qu'est-ce à dire? dans les momentsoù ma colère s'allume, t’ai-je demandé jamais des appas issus d’un consul glorieux et envelop- pés d’un habillement noble?» Qu'’eût répondu Villius ? « Mais elle est fille d’un grand per- sonnage.» Ah! qu'ils sont lien différents et bier plus sages les avis de la nature, toujours riche de son propre fonds, si seulement tu veux en faire un bon emploi et ne pas confondre ce quil faut fuir et ce qu'il faut rechercher! Crois-tu. indifférent que.le mal proienne de ta faute ou de celle des circonstances? Hébien, pour éviter des regrets, cesse de poursuivre les belles dames; il y a plus de peine à y pa- gner que de plaisir réel. Une belle dame, avec tous ses diamants et ses émeraudes, n'en a pas la cuisse plus polie ni la jambe nricux faite (soit dit sans blesser vos.goûts, Cérinthus !) ; très-souvent on rencontre mieux chez les cour- tisanes. Ajoutez encore que la marchandise de celles-ci.n’est point fardée; elles étalent à tout venant ce qu'elles ont à vendre. Cequ’elles son | Ont de beau; elles nele vantent point, et ne cher- Est, in malropa, ancilla , Peccesne togata? Villius in Fausta “Sullæ gener, hoc miser uno Nomine deceplus, pœnas es usque superque Quam satis est, pugnis cæsus ferroque petitus, Exclusus fore , quum Longarenus foret intus. Huic si mutonis verbis mala tanta videntis Diceret hæe aniwus : « Quid vis Gbi? numquid ego a te « Magno propnatum deposco consule eunnum, « Velatumque stola, mea quum conferbuit ira? » Quid responderet? « Magno paire nala puella est. » At SRE meliora monet pugnantiaque istis Dives opis nalura suæ, situ modo recle Dispensare velis, ac a fugienda pelendis Immiscere ! Tuo vitio rerumne fabores, Nil referre putas? quare, ne pœniteat te; Désine matronas sectarier, unde laboris : Plus haurire mali est, quam ex re decerpere fruotus, Nec magis huic, niveos inter viridesque lapillos , 2 Sitlicet hoc, Gerinthe, tuum, tencrum est femur ;autorass DS Rectius etiam ee persæpe togatæ est. 5 Adde Fe , quod mercem sine fucis gestat; aperte, 5. Quod venale habet, ostendit; n nec, Si si quid | honesti ets PAPAS 92 mains suantes dn vulgaire et d'Hermogène Tigellius. Je n’en lis qu'à mes amis, encore lorsqu'on m'y force, et non partout ni. devant tout le monde ; ua que vous avez une foule de gens qui récitent leurs ouvrages en plein forum, ou même dans les bains. “La VOIX ré- sonne si bien dansunlieu voûté ! C’est la récréa- tion des sots, qui ne s'inquiètent jamais avant d'agir, ni de l’'à-propos, nide laraison.—Non, vous aimez à mordre, c'est votre goût, C'est votrenature maligne. — Où prenez-vous cette accusation que vous me lancez ? De tous: ceux avec qui j'ai vécu, qui la autorisée? Celui qui déchire son ami absent, ou le laisse attaquer par d’autres sans le défendre; qui cherche à provoquer les éclats de rire et court après la réputation d'homme à kons mots ; homme ca- pable d'inventer. ce qu'il n’a point vu, incapable de taire un secret confié, celui-là est vraiment un. pervers ! défiez-vous de lui, Romains ! Parmi douze convives répartis sur trois lits, on en voit souvent.un qui se délecte à faire pleuvonr ses plaisanteries bonnes ou mauvaises sur tous les autres, excepté sur F Ampbitryon:; et celui- ci perd ie -mêmeson-privilége , lorsque motre bomme a bien bu, et que Bacchus le véridique: lui ouvre le cœur, Hé bien, il vous parait un convive aimable, un.bon vivant plein de fran- chise, à vous qui détestez les méchants; et moi, pour avoir. ri du sot Rufillus qui sentle parfum et.de Gorgenius qui sent le boue, vous Queis manus insudet vulgi, Hermogenisque Tigelli: Nec recito cuiquam, nisi amicis, idque coactus, Non ubivis, coramvye quibuslibet, In medio qui Scripla foro reciient, sunt multi; quique lavantes: Suaye lueus voci on conelusus. nanes Hoc juvat, haud illud quærentes , num sine sensu , Tempore num faciant alieno. — Lædere gaudes , Inquis , et hoc studio pravus facis. — Unde petitum Hoc in me jacis? est auctor quis denique eorum, Vixi cum quibus? Absentem qui rodit amicum , Qui non defendit, alio culpante ; solutos Qui captat risus hominum, famamque dicacis ; Fingere qui non visa potest, commissa {acere Qui nequit; hic niger est; hunc tu, Romane, cavelo. Sæpe tribus lectis videas cœnare ets x E quibus unus avet quavis adspergere cunctos, Præler eum, qui prœæbet aquam; post, hunc quoque Gondita dou verax aperit præcordia Liber; Hic tibicomis et urbanus liberque videtur Infesto nigris ; ego, si risi, quod ineptus Pastillos Rufillus olet, Gorgonius hircum, Lividus et mordax videor tibi? Mentio si qua Ve Gapitolini furtis injecta Petillf (poius, | | = HORACE. me trouvez hargneux, mauvaise langue? Si dans le cours de la conversation, l'on vient à parler devant vous des larcins de Pétillius Ca- pitolinus, vous le défendrez selon votre usage : € Capitolinus a été mon commensal; c’est mon ami d'enfance; il a obligé beaucoup de monde à maprière ; je suis charmé qu'on le laisse vivre tranquille à Rome; mais j'admire comment il a pu setirer de cette méchante affaire! » Voilà qui est distiller le plus noir venin ; C'est du fiel tout. pur! Jamais cette malice ne souillera mes | écrits nimon cœur; si je puis prendre un en- gagement personnel, c’est bien celui-là. Mais pour un mot léger, pour une plaisanterie qui m'échappera, il faut me les passer avec indul- gence. Mon excellent père m'apprit à fuir les vices en me les montrant personnifiés dans des exemples. Ainsi voulait-ilm’exhorter à une vie économe et frugale; à me contenter de la for- tune qu'ilm'avait amassée : «ne vois-tu pas, me disait-il, le fils d’Albius ? quelle déplorable exis- tence l'etla misère de Barrus! grandelecon pour ces dissipateurs tentés de manger leur patri moine l»:flme détournait aussi du goût gnoble des courtisänes : « — ne ressemble pas à Secta- nius:!> des amours adulières lorsque je pouvais jouir de plaisirs pérmis;«—Trébonius y a étéat- trapé; sa réputation n’est pas brillante. Un phi- losophe,-ajoutat-il, vanalysera le bien et le mal; et pourquoi il faut chercher l'un et fuir l'autre; pour moi, ilme suffit, si je puis conscr- Te coram fuerit, defendas, ut tuus est mos : —- (« Me Capitolinus convictore usus amicoque À puero est, causaque mea permulla ropatus Fecit; et incolumis lætor quod vivit in Urbe : Sed tamen admiror, quo pacto judicium illud Fugerit. » — Hic nigræ succus loliginis ; hæc est Ærupo mera : quod vitium procul abfore ebartis, … Âtque animo prius, ut si quid promittere de me Possum aliud vere, promitto.-Liberius si Dixero quid, si forte ; jocosius ; hoc mihi juris Cum venia dabis, Insuevit pater optimus hoc me, Ut fugerem, exemplis vitiorum quæque notando. Quum me hortaretur, parce, frugaliter, atque Viverem uti net eo, quod miipse parasset : « Nonne vides, Albf ut male vivat filius?-utque Barrus 1 inops ? ? magnum documentum, ne patriam rem Perdere quis velit. » À turpi a awore Quum deterreret: « Sectani dissimilis sis. » Ne sequerer mœchas, concessa quum Venere uti Possem : « Deprensi non bella est fama Trebont, Aïebat. Sapiens, vitatu quidque petitu Sit melius, causas reddet tibi; inf salis est, si Traditum é antiquis morem servare, oi, AIT SATIRES. ver en toi les mœurs de nos pères et garantir de péril ton honneur et ta santé, pendant que tu as besoin d’un tuteur. Quand l'âge aura for- Hfié ton corps et ton âme, tu nageras tout seul en pleine eau.» Ainsiformait-il monenfance par ses discours. S'il voulait. me pousser dans une bonne voie : « N'hésite pas, voilà ton guide. » C'était un des juges choisis par le préteur. Méloigner d’une mauvaise : « C’est honteux, c'est mal; en RÉEEE douter quand tu vois tel et tel flétri par la censure publique?» De même que l'enterrement de son voisin terrifie le ma- late affamé, et loblige de s’observer de peur de prendre. la même route, ainsi l'ignominie des autres détourne souvent du vice:une âme encore tendre. De là vient que je suis exempt de tous vices dangereux, mais non pas-de dé- fauts excusables , lesquels encore se réduiront sans doute, et largement, par l'influence de ka vieillesse, ou d’une amitié franche, :ou de mes. propres réflexions. Car lorsque je. goûte le re- . Yombre. du portique, je ne fais t à mon. propre. tribunal : «Voilà le bon chemin; faisons ainsi, ma conduite y ga- gnera; cela me rendra plus agréable à mes - amis; ah! Voici qui ne vaut rien; est-ce que, sans m'en apercevoir, je serais dans la même route ?) Telles sont les pensées que je roule sans des- serrer les lèvres, et dès qu'ilme vient un mo- ment de loisir, je n'en. prends à mon papier. C'est Le un dec ces Lits EE dont j ie — 1 Data pes, an Rennes . Incolumem possum : simul ac duraverit ætas Membra , animumquetuum ; nabis sine cortice. » Sie me Formabat puerum dictis, et, sivejubebat, Utfacerem quid: « Habes quo facias L06 » Unum ex judicibus selectis-objiciebat ; Sive vetabat: « An hoc inhonestum et inutile factu, Necne, sit, addubites, flagret rumore malo quum Hic atque ille? » Avidos vicinum fanus ut ægros Exanimat, ; mortisque metu sibi parcere cogit ; Sic teneros animos aliena opprobria sæpe Absterrent vitiis. Ex hoc ego sanus ab illis, Perniciem quæcumque ferunt ; mediocribus , et queis Tgnoscas , vitiis Leneor; buis etisthine Largiter abstulerit longe ætas, liber amicus Consilium proprium : neque enim quum lectulusaut me Porticus excepit, desum mihi: «Rectius hocest, Hoc faciens vivam melius ; sic dulcis amicis Oceurran : hoc quidam non belle; numquid ego illi Imprudens olim faciam simile? » re ego meeum Gompressis agito labris : ubi quid datur ott, Hludo chartis : hoc est mediocribus illis absentes 95 SE vous ne me ie passez, j'appelle à mon sde l'armée des poëtes, qui n’est certes pas petite, car nous sommes tant! Alors comme des juifs convertisseurs , nous saurons bien vous pous- ser-dans notre parti! CR EPS SATIRE V. Sorti de Rome ia prande, Aricie m’offrit une modeste hospitalité. Jefaisais route avec le rhéteur Héliodore, le plus savant de tous nos Grecs. Del, nous gagnons lemarchéd’'Appius, fourmilière de mariniers et de cabaretiers fri- pons. Notre paresse fit deux étapes là où de meilleurs piétonsn’en font souvent qu’une. La voie Appienne est moins rude pour les mauvais marcheurs. L'eau était abominable dans ce pays ; je mis mon estomac en pénitence, et d'un œil impatient je repardai souper mes compa- _gnons. Déjà la nuit s’apprêtait à envelopper la terre-de ses ombres et à parsemer le ciel d’é- toiles ;:assaut de nos laquais Contre les mari- mers et-des mariniers contre nos laquais : — Aborde icr!— Tu entasses l'univers dans ta barque ! holà,; assez! — Pendant qu'on ra- masse argent du péage, qu'on attellela mule, une 7 heure s'écoule; les odieux cou- sins et les grenouilles du. marécage mettent en fuite le sommeil. Ivres de piquetie, le batelier et le passager chantent à l’envi leur maitresse tant 5 le . HU com- Ex bis unum: -CuL. siconcedere ee. Multa Do veniat manus, auxilioque Sitmihi, nam multo plures sumus, ac veluti te Judæi cogemus in hanc contedere . SATIRA V, Egressum magna me excepit Aricia Roma Hospitio modico ; rhetor comes Heliodorus, Græcorum longe dootissimus. Inde Forum Appt, Differtum nautis, cauponibus atque malignis. Hoc iter ignavi divisimus;alius ac nos Præcincetis unum : minus est pravis Appia tardis. Hic ego, propter aquam , quod erat deterrima , ventri Indico bellum , cœnantes haud animo æ&quo Exspectans comites. Jam nox inducere terris Umbras,, et cœlo diffundere signä parabat : Tum puert paulis, pueris tonvicia nautæ Ingerere : « Huc appelle trecentos inseris ! —ohet Jam satis est. » Dum æs exigitur, dum mula ligatur, Tota abit hora. Mali culices, ranæque palustres Avertunt somnos : absentem ut cantat amicam Multa prolutus vappa nauta atque viator 15 54 mence à s'endormir, et que l'indolent batclier, attachant à une borne les rênes de sa mule, la laisse paître à l'aise, et ronflesur le dos. Déjà l'aube blanchissait quand nous nous apercevons que la barquenebouge pas; à ka fin, un voyageur à la tête chaude saute à terre, et d’une branche de saule apostroplie la tête et les reins de la mule et deson maître. On nous met à terre à dix heures à grand’peine. O nymphe Féronie, dans ta fontaine nous lavons notre visage et nos mains ; puis, lestés d’un déjeuner nous gravissons trois milles, et nous entrons dans Anxur hissée sur des rochers éblouis- sants. On y attendait Mécène et notre excellent Coccéius, tous deux chargés d’une mission im- portante; ils savent si bien raccommoder les amis brouiliés! Là, il fallut frotter mes yeux malades de collyre noir. Cependant Mécènear- riva, et Coccéius, et en même temps Fontéius Capiton, la perfection humaine et le meilleur ami d'Antoine. Nous quittons sans regret Fondi et son pré- teur Aufidius Luscus en riant des nobles pré- rogatives de cet imbécile de greffier, à savoir la robe prétexte, le laticlave etla cassolette. En- suite la fatigue nous retint dans la ville des Mamurra, où nous eûmes chez Muréna le logement, et la table chez Capiton. Le lendemain fut un jour de bonheur : nous rencontrâmes à Sinuesse, Plotius, Varius et Certatin : tandem fessus dormire viator Incipit; ac missæ pastum retinacula mulæ Nauta piger saxo religat,, stertitque supinus. Jamque dies aderat, quum nil procedere lintrem Sentimus : donec cerebrosus prosilit unus, Ac mulæ nautæque caput lumbosque saligno Fuste dolal: quarta vix demum exponimur hora : Ora , manusque tua lavimus, Feronia, Iympha. Millia tum. pransi tria repimus, atque subimus Impositum saxis late candentibus Anxur. Huc venturus erat Mæcenas optimus, atque Cocceius; missi magnis de rebus uterque Legati, aversos soliti componere amicos, Hic oculis ego nigra meis collyria lippus Illinere : interea Mæcenas advenit, atque Cocceius, Gapitoque simul Fonteius , ad unguem Factus homo; Antont, non ut magis alter, amicus. Fundos Aufidio Lusco prætore libenter ; Linquimus , insani ridentes præmia scribæ, Prætextam , et latum clavum , prunæque batillum. In Mamurrarum lassi deinde.urbe manemus; Murena præbente domum , Gapitone culinam. Posfera lux oritur multo gralissima : uamque DA ALLER IQ EL ES CT ES HORACE. Virgile, les plus belles âmes que la terre ait ja- mais portées, el à qui nul n’est plus dévoué que moi. Oh ! quelles embrassades ! quels transports de joie! Non, à moins de perdre sens et raison, je ne préférerai jamais rien à un aimable ami. Près du pont de Campanie, une petite ferme nous donna le couvert, et les pourvoyeurs pu- blics le bois et lesel qu'ils nous devaient. De là, nos mulets purent quitter de bonne heure leur bât à Capoue. Mécène va jouer une partie; Vir- gileet moi nous allons dormir, car la paume est ésalement ennemie des veux et des estomacs souffrants. Nous fümes reçus après dans la très-opu- lente ferme de Coccéius, laquelle vaut un peu mieux que les cabarets de Caudium. Feï, muse, raconte-moi brièvement les combats de Sar- mentus et de Messius Cicérrus ; dis-moi la race de ces dignes adversaires. La famille de Mes- sius est illustre chez les Osques ; la proprié- taire de Sarmentus vit encore. Sortis de ces nobles aïeux, ils en vinrent aux mains. Sar- mentus commence :—dJe prétends que tu aslair d’un cheval sauvage. — Nous rions.—Accepté, dit Méssius en branlant latête.— Oh! si la corne de ton front n'était coupée, que ferais-tu, puis- que, tout mutilé, tu menaces encore ! —(c'est qu'une vilaine cicatrice poilue le défigurait, pla- cée à gauche du front). Après maints quolibets sur le mal de Campanie, sur sa figure, il le pri Plotius et Varius Sinuessæ , Virgiliusque Occurrunt; animæ , quales neque candidiores Terra tulit ,:nèque queis me sit devinctior alter. O qui complexus let gaudia quanta fuerunt ! Nil epo contulerim jueundo sanus amico. Proxima Campano ponti quæ villula ; tectum Præbuit, et parochi, quæ debent, ligna salemque. Hine muli Capuæ clitellas tempore ponunt. Lusum it Mæcenas, dormitam ego Virgiliusque : Namque pila lippis inimicum et ludere crudis. Hine nos Gocceii recipit plenissima villa, Quæ super est Caudi cauponas.… Nune mihi paucis Sarmenti scurræ pugnam Messique Gicerri, Musa , velim memores; et quo patre natus uterque Gontulerit lites. Messi clarumr genus Osci;; Sarmenti domina exstat. Ab his majoribus orti Ad pugnam venere. Prior Sarmentus : « Equi te Esse feri similem dico. » Ridemus; et ipse Messius : « Accipio; » caputet movet..… «0, tua cornu Ni foret exsecto frons, inqui , quid faceres, quum Sie mutilus miniteris? » At illi fœda cicatrix Selosam lævi frontem turpaverat oris. Campanum in morbum , in faciem permulta jocatus; 61 SATIRES. de nous danser le cyclope; il ne lui faudrait ni masque ni cotkurne tragique. Cicerrus ne de- meurait pas en reste! — As-tu, lui demandait- il, donnéla chaîne en ex voto aux dieux Lares ? Parce qu'il était greffier, sa maîtresse ne per- dait rien de ses droits; et comment l’idée de déserter avait-elle jamais pu lui venir, car une livre de farine par jour, c'était bien assez pour une chétive marionnette de son espèce ? La durée du souper se prolongea ainsi fort paiement. De là nous tirons droit sur Bénévent, où notre hôtelier empressé faillit brûler sa maison en faisant rôtir des squelettes de grives; car la cuisine étant vieille, Pincendie gagna vite, et déjà ses langues de feu caressaient avidement le plafond. Alors on‘eût vu les convives affa- més et les marmitons tremblants rivaliser de zèle poursauverles platsetéteimdreles flammes. À Bénévent, la Pouille commence à me mon- ter ses montagnes bien connues, brülées par le sirocco. Jamais nous ne fussions venus à bout de les franchir, si nous n’eussions trouvé d'a- bord du repos dans une ferme voisine de Tri- vicum; du repos et une fumée lacrymatoire , car au foyer brülaient des branches mouillées et garnies de leurs feuilles. Là, j’eus la bon- homie d'attendre jusqu'à minuit une fillette menteuse : cependant le sommeil me prend au milieu de mes dispositions érotiques, et, grâce à un rêve peu chaste, comme je dormais sur le Pastorem saltaret uti Cyclopa, rogabat ; Nil illi larva , aut tragicis opus esse cothurnis. Multa Gicerrus ad hæc : Donasset jamne catenam Ex volo Laribus, quærebat? seriba quod esset, Deterius nihilo dominæ jus esse. Rogabat Denique., eur unquam fugisset ; cui satis una Farris libra foret, gracih sic tamque pusillo ? Prorsus jucunde cænam produximus illam. Fendimus hinc recta Beneventum, ubi sedulus hospes Pæne, macros, arsit, dum turdos versat in igne : Nam vaga per veterem dilapso flamma culinam Vulcano summum properabat lambere tectum. Convivas avides cænam servosque timentes Tum rapere, atque omnes restinguere velle videres. Incipit ex illo montes Appulia notos Ostentare, mihi, quos torret Atabulus, et quos Nunquam erepsemus, nisi nos vicina Trivici Villa recepisset, lacrymoso non sine fumo, Udos cum foliis ramos urente camino. ic epo mendacem stultissimus usque puellam Ad mediam noctem exspeclo : somnus famen aufert. fntentum Veneri ; tum immundo somnia visu 99. dos,... mon ventre et mon vêtement de nuit en furent tout pâtés. Une voiture nous traîne ensuite l'espace de vingt-quatre milles, jusqu’à la couchée, qui fut dans une bourgade dont le nom ne va pas en vers; mais il est très-facile de la dé- signer autrement. La chose du monde h plus commune, Feau s'y vend; en revanche le pain y est superbe , tellement que le VOya- geur bien avisé en emporte une Charse, car ce- lui de Canosa est pierreux, sans que l’urne des Naïades y soit mieux fournie, Cette ville futfondée jadis par le vaillant Diomède. Là, Varius se sépara de ses amis, et les larmes coulèrent de part et d'autre. Puis nous arri- vons à Rubi, très-las d’une longue route, rom- pue encore par la pluie. Le lendemain, le temps fut meilleur et le Chemin plus mauvais, jusque sous les murs de Barium baignés par la mer. Ensuite Gnatia, maudite en naissant par les nymphes des EAUX, nous fournit matière à rire et à plaisanter par sa prétention de faire accroire que, dans son temple, l'encens brûle tout seul. Le juif Apella peut le croire; moi, non; car je tiens que les dieux vivent dans une paisible mdifférence, et que si lamature produit parfois un phénomène, | Ce ne sont pas eux dont la sollicitude nous l'en- voie delà-haut. Voici Brindes, le terme de mon long voyage et de ma longue épiître. Nocturnam vestem maculant ; Yentremque supinuin. Quatuor hine rapimur viginti et millia rhedis : Mansuri oppidulo, quod versu dicero non est, Signis perfacile est : vænit vilissima rerum Hic aqua; sed panis longe pulcherrimus, ultra Callidus ut soleat humeris portare vialor ; Nam Canuss lapidosus: aquæ non dilior urpa, Qui locus a forti Diomede est conditus olim. Fleutibus hic Varius discedit mæstus amicis. Inde Rubos fessi pervenimus, utpote longum Carpentes iter. et factum corruptius imbri. Postera tempes{as melior; via pejor ad usque Bari mœnia piscosi : dehine Gnatia, lymphis Jratis exstructa, dedit risusque Jocosque, Dum flamma sine tura liquescere limine sacro Persuadere cupit : credat Judæus Apella ; Non ego : namque deos didici securûm agere ævum Nec, si quid miri faciat natura, deos id en Tristes ex alto cœli demittere tecto. Brundusium longæ finis chartæque viæque. - : 194 SATIRE VI. Mécène, si de toute cette colonie Iydienne qui peupla l'Étrurie, personne n’est plus noble que vous; si vos aïeux paternel et maternel ont jadis commandé de puissantes armées , cepen- dant vous n’en prenez pas occasion de mépri- ser, suivant l'usage général, les citoyens ob- scurs comme moi, né d'un père affranchi; car _il n'importe, dites-vous, de qui l'on est fils, pourvu qu'on soit bonnête homme. Vous êtes persuadé, et vous avez raison, qu'avant le règne de Tullius, qui porta sur le trône une basse origme, une foule d‘hommes sans généalogie s'élevèrent par leur vertu aux dignités les plus hautes ; tandis qu’un Lévinus, descendant de ce Valérius Publicola, qui chassa les Tarquins de Rome, n’a jamais été estimé plus d’un sou, aux enchères même de ce peuple que vous con- naissez , qui donne souvent, insensé! les hon- neurs aux moins dignes , adore stupidement a renommée, et s'ébahit devant des titres ct des portraits de famille ! Que devons - nous done faire, nous si fort éloignés des préjugés du peuple ? Car, enfin, soit, ce peuple donnerait son suffrage à Lévinus plutôt qu'à Bécius, homme nouveau ; et le censeur Appius n'exclurait du sénat si je n'étais fils d’un père libre. Ce serait bien fait, parce que j'aurais dû rester SATIRA VI. Non, quia, Mæcenas, Lydorum quidquiä Etruscos Incoluit fines, nemo generosior est te; Nec quod avus tibi maternus fuit atque paternus , Olim qui magnis legionibus imperitarint , Ut plerique solent , naso suspendis adunco Ignotos , ut me libertino patre natum. Quum referre negas ; quali sit quisque parente Natus, dum ingenuus; persuades hoc tibi vere, Ante potestatem Tulli atque ignobile regnum, Multos sæpe viros nullis majoribus ortos, Et vixisse probos, amplis et honoribus auctos : Gontra, Lævinum, Valeri genus, unde Superbus Tarquinius repno pulsus fuit, unius assis Non umquam pretio pluris Heuisse, notante Judice, quem nest, populo; qui stultus honores Sæpe dat indignis, et famæ servit ineptus; Qui stupet in titulis et imaginibus. Quid oportet Nos facere , a vulgo longe lateque remotos? Namque esto; populus Lævino mallet honorem Quam Decio mandare novo : Gensorque moveret HORACE. tranquille dans ma sphère; mais la gloire traîne péle-méle enchainés à son char radieux nobles et roturiers. Que La servi, Tillius, après avoir quitté le laticlave, de le reprendre, et de devenir tri- bun? L'envie, plus clémente au simple parti- culier, s’est déchaînée sur toi; car à peine un fou s'est-il empêtré la jambe dans la bottine de chevreau noir, à peine a-t-il fermé sur sa poi- trine le lauclave, qu'il entend à ses oreilles : Quel est celui-ci? quel est son père ? Supposez. un bomme pris de la maladie de Barrus, la rage d'être beau garçon; qu'il aille où il vou- dra il fait naître aux jeunes filles l'envie da- nalyser minutieusement sa personne, sa fisure, sa jambe, son pied, ses dents, ses cheveux. De même, qu'un individu s'engage à veiller au salut des citoyens, de Rome, de l'Italie, de l'empire et de la religion; il oblige tout le monde à s'informer soigneusement, et quel était son père, et sisa mère ne lui a pas trans- mis quelque vice originel. «For, fils de Syrus, de Dama, de Denys, tu oseras précipiter de la roche tarpéienne des citoyens romains, les livrer à Cadmus! > —Hé! mais, Novius, mon collègue, est encore d’un degré au-dessous de moi ; il est, lui, ce qu'était mon père. — Et là-dessus tu te crois un Messala, un Paul-Émile! Ce Novius, si deux cents charrettes et trois pompes funèbres se heurtent dans le forum, sa voix tonnera par-dessus les cornéts et les Li Appius , ingenuo sinon essem patre nafus ; Vel merito, quoniam in propria non pelle quiessem. — Sed fulgente trahit constrictos gloria curru Non minus ignotos generosis.— Quo tibi, Tilli, Sumere depositum clavum, fierique tribuno? Invidia accrevit, privato quæ minor esse. Nam ut quisque insanus nigris medium impediit crus Pellibus, et latum demisit pectore clavum, Audit continuo : « Quis homo hic, aut quo patre natus ?» Ut, si qui æprotet, quo morbo Barrus , haberi Et cupiat formosus, éat quacumque , puellis Injiciat curam quærendi singula : quali Sit facie, sura, quali pede, dente, capillo : Sie, qui promillit, cives, Urbem sibi curæ, Imperium fore, et Italiam , et delubra Deorum, Quo patre sit natus , num ignota matre iihoneslus ; Omnes mortales curare et quærere cogit. —Tune Syri, Damæ , aut Dionyst filius, audes Dejicere e saxo cives, aut (radere Cadmo ? —At Novius collega gradu post me sedet uno. ; Namque estille, pater quod erat meus.—Hoc tibi Pautus Et Messala videris? at hic, si plaustra ducenta. £ Concurrantque foro {ria funera ; magna sonabil, 45 [Document text truncated for crawler view.]