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Traité de la paix intérieure en quatre parties

Ambroise de Lombez (O.F.M. Cap.)

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> pS . DP APR E tE E y E ] | 4 DE 5 LA | ro hs ¿ os L a ES | nd ye a Sut £y BN 4 i 4 10 ios ., | Viuda, de 2ó ó [2 nohe Po n AAA o Sa NA pIaE LI TR O ADE in O A PALO —INTÉRI EURE, O EN OA TRE PARTIES. _DIXTIEME ÉDITION -——Reyue, corrigéc 6 augmentée parl'Auteunr, da Sí mile dans un meilleur Ordre, Chez CLaune Herissanr Fils , Imprimenr, te Notre-Dame, á la croix d'or, : $ aux trois Vertus. | M. DCC. LXXVIL. slyec Approbation E Privilege du Ros. A A AAA AA £ ASS entes Te Í_O0EE4 mm ¿SAA 7 APTA A , 4 hn ; y NN 97 JE 7 SN dl 3 MUA ES ; Y Je leur trace - LorSQUE Je prends la libere doffrir a Vorrg MAJESTÉ le Livre de la Pai intérieure je remplis deux Objets des plus in- Portants. Sous vos auguftes aufpia ces , Je fais palfer dans les mais de. vos Sujets les principes folides du vraz bonheur; E je leur en prefente Papplication dans PafJemblaye de Y0S -vertus. Quel fe ¿rats MADA Porter 4 entrer da ME, pour des ns les votes que ! Leur fidélité a Y mardi 2 . 2 Paiz intéricure. e Or, fans lapaix intérieure: tous ces avatttages ne peuvent ótre en nous que trósimparfaitement : le trouble interrompt nos méditations , alors notre ame affoi=" blie ne séleve 4 Dien qu'avec peine, 8 les violentes fecoufles qwelle foufire, al-1 térent beaucoup en nous la tranquillité sá la folidité de fon regne. Notre coeur! eft toujours fon tróne , mais celt uni ¿tróne chancelant , qui menace d'une. ruine prochaine , c'eft fon fiege; mais un fiege mal afluré., ou il ne peut trouyer le' repos. Aufi le Prophéte dif que Diew' habite dans la paix: (Pf. 75.) ce neftt pas quíil n'habite aufli dans Pame du juíte agité , mais il n'y eft que comme étranger ; parce que la confufion qui y. regne ne loi permet pas de s'entretenir” familiérement avec clle , X que Pagita-* tion quil y fouffre le menace d'en étre bientót chaflé. Car une ame qui ell en-' core violemment agitée , Meft pas pour Pordinaire folidement établie dans la. juítice : mais celle qui s'eft long-temps * lontenue dans la paix eft comme une maifon établie fur le roc, al'épreuve des orages 8 des vents : Dicen y fait la demenre* avec plaifir $ avec aflurance. C'eft cette! mailón quil veut qwon lui bátifle,. € Lib. Ue. des Rois , ch. 7.) 0% il puiffe avoir une demeure fixe $ perma=- nente : pen fatisfait d'habiter dans ces * A AA: A A O DO DO DY A + AA Excellences 3 pavillons qu'on tend le foir, $ quon enleve le matin: qui flottent 2 tout vent ; $: quí wont rien de folide : vrais íymboles une ame que le trouble fait varier a: Vinfini, par toutes les paílions qui le caufent 81 quí la rendent toujours inégale. différente Velle-méme. es Saints Louffrent auífi quelquefois des tribulations dont les eaux pénétrent. Ju(qu'a leur coeur; leurs peines. intérieures ¡OMt accompagnées de troubles % de di= vérs; mouvemens : mais tontes ces épreuves ne font, pour aiufi dire, que dans Pextéricur de leur ame > la partie la plus intime jonit toujours de la paix , Dieu n'elt point agité dans Vintérieur de fon tabernacle.. $0. ATRAER -E IL Elle nous difpofe aux communications: E divines.. E Ette paix laiffe a Dieu toute a l1- 4 herté d'opérer dans nos ames , de les Eclairer , de les enflammer de fon amour , de les conduire. comme il vent. Au-lien que le trouble forme comme un nuage, qui nous dérobe une partie de: a Mitre , 8 un bruit confus qui nous; empéche Pentendre la voix, C'ef pourqual il dit par fon. Prophéte , quil nous: AG ' 4 Paiz intéricure.. $5 conduira dans Ta folitude , pour parle / a notre Ccopur. (Ofte ¿ 2. v, 14.) Cétte folitude nécellzire "Yun entretien donx8z familier avec Diet, comlitte! plitót dans! le filence de Pame que'dans la féparation. Vavec les hommes», qui feul Welt pas capable de nous donner' le recueillemento Le bruit quí nous eft fi propre, qui fefait au fond de nous-mémes $ qui affete les puiflances o Dieú ventopérer, rious diftrait , bien phis que celui qui nous! eft étranger, 8equi ne frappe que nos oreilles. On peut étre fort recueilli Sí vivement touché de Dien an miliew du tumulte des créatures ; en eftet Ezéchiel Teltánmilieu d'une troupe cómfute d'efclaves gémiflans. ( Ezéch. 1.) Mais on ne fauroit 4 gueres étre recueilli dans la multitude des y -peníées, dans Pémeute des paífions, 82 dans la confufion de P'dme. Aufíi Dieu ne ] dit pas qu'il nous conduira dans la folitude pour parler á nos oreilles , mais pour” parler á notre caenr:il demande donc de «nous la folitude intéricure. Sans ce fileñce, de Pame on fera fenl fans: étro Tolitáir £ cómime dit S: Bernard, uné-cellule religienfe fera moins tine fainte rotraite 1 qu'uñe honorable prifon.* Ponrentendre a | comme Magdelaineyles paroles de viequí fortent de la bouche de Jefus il fant étre, TRI AA , *Bern. De vitáfólit, ad Fratres de Mont, IA. y de Excellence. 5 comme elle , dans un profond filence 82 dans un parfait repos. ] Ainfi donc que Dieu foit avec nous , 8€ qu'il fe communique á notre ame , il faut nous tenir en palx. Soyez humble € en paiz , dit Pimitation de Jefus-Chrift ; (Liv. 2. ch. 8.) foyez dévot $ tranquille , 8 Jefis reltera avec nous. Et quittant ce monde , il nous aalluré qu'il feroit avec nous Jufqu'a la confommation' des fiécles , mais-aufii il a voulu que nous fuffions en paix. Il la laiffe a fes Apótres comme un' gage de fon amour Sun fentiment de leur préfence; 8 il leur ordonne de la porter dans tout le monde, avec la lumiere de la foi. En quelque maifon que vous entriez , leur dit-il, dites Vabord : Que la paix foit dans cette - maifoñ. (Luc.10. ) lleur en avoit donné Pexemple “en les faluant par ces paroles. La paix foit avec vous. (Luc. 24.) Saint Frangois qui ne fe fervoit point dPantre forme de falutation , aflure que Dieu le lui a révélée. Ceft en effet Pabrégé de tons les fouhaits henreux : aufí PEglife termine tous les Offices par la demande de la paix pour cette vie ; 8% dela gloireponr Paútre y parce qu'aprés la gloire-du Ciel, la paix de Pame ef £e quil y a de plus excellent TO A <D 24 ' ER EA EY ps ¡ Paiz intérieure, UE: Pr CHAPITRE ITL Elle ef? trés-propre 2 nous faire difcernes: les mouvemens de Dieu, TA autre grand avantage de cette p paix , c'eft qwelle nous fait difcer= ner les mouvemens de Dieu , de ceux du Démon , Ou de notre 2:MOU-Propre. L'efprit de Dieu nous met en recueillement en paix ; aulieu que le mauvais elprit porte en nous. la difipation X le trouble. J'écouterai ce que Dieu. me. dira au fond du coenr , dit le Roj Prophéte ; car ces divines paroles ne font que des paroles de paix. ( P/.84. Y. 9. y e Démon peut bien produire en nous quelqwapparence de cette paix intérien= re ,» a la fatisfadtion de notre amour- Propre , nous faire reflentir quelque ehofe qui femble en approcher : mais les ames expérimentées ne s'y méprendront pas , comme celui qui a vn lejour, ne prendra jamais la luenr d'une lampe: pour le plein midi, | De quelle utilité weft-i] pas pour tout le détail de la vie , de favojr ainfi dife cerner les mouvemens de Dien davec ceux qui ne font pas de lni ? A combien d'égaremens ne íe livre-t-0n pas , pour Excellence. ri ne favoir pas faire ce difternement » combien cette paix, qui apres la foi ; la fainte doétrine $t Pobéiflante ; eft un des plus grands moyens de ne Sy pas méprendre , ne doit-elle pas nous étre précieufe ? Que de fernpules levés ? Que d'illufions difiipées | Que Ventreprifes imprudentes mieux dirigées! Que de faníles dévotions reétifices , filon ne: Ortoit jamais de cette paix qui nous porte a Dien fans bruit 82 fans trouble , XL Pon tenoit du moins pour fufped: tont ce. quí peut en altérer la donceur. Je dis pour fulpeót , $ non pas toujours pour faux ; parce. que fouvent un tMmouvement de Dieu eft accompagné: 'un autre qui nait de, notre fond : 82 C'eft ce dernier quí nous agite, $ qui nous trouble, C'eft le défaut ordinaire: des naturels adtifs , qui font entrer lenr RESDIR ardeur dans toutes leurs adtions.. «eur imagination sSenflamme ailément 5 ils ne penvent en venir au point Vagir long-temps d'une maniere paifible, que par un long ufage de recueillement 8 de: la paix , 82 qwá force de modérer leur naturel 8 d'amortir leur aQivité. ais pour ceux-lá mémes la paix eft un Moyen de difcerner les mouvemens de Dien Vavec ceux qui maiflent du fond de leur naturel. Car , í au moment quiils te fentent animés d'une ardeur empre $ Paiz intérieure, » íée pour le: bien qivils le propofent de faire ; ¿ls favant s'arréter tout court, -Invoquer le Seigneur, fe donner le temps de réfléchir ,-changer Vobjet pour quel- 1 que temps >, ils verront bientót Pempref- $ lement tomber, 8 le trouble fe calmer, éX fi leur deffein vient de Dien , la paix E reftera feule au fond de leur coeur y avec E la bonne volonté a laquelle il Pa promife 5 au lie que cette épreuve fera tout évaporer , sil wy a que du naturel 82 de Phumain. Tant que durera ce mouvement emprellé 8% cette efpece de fermen. tation intérienre , ¿ls doivent étre perfua- $ dés qwil y a dans leur conduite beaucoup d'humain , beauconp de leur propre ac» tivité , 8 que Ceft peut-étre tout ce qui S'y trouve. | 4 “La paíx intéricure eft donc une mar= : que qui nous fait reconnoítre les mon vemens de Dieu; 8 non-feulement elle nous les fait difcerner: dans leur naif lance , mais.encore dans leurs efers. Plus ils deviennent forts , plus la paix augmente : les travaux méme qu'ils nous font entreprendre ne nous troublent point , parce quwils tiennent de la pureté de leur principe, quieft d'une 28;- vité infinie £ d'une paix inaltérable, I]- | faut pourtant avouer qu'il eft rare quon E ne fe diflipe un peu, méme dans un travail de véritable $ pur attrait, 8 : Excellence. 5) que ce profond calme ne foufle quelque altération , fur-tout dans le com> merce avec les hommes. Les Saints eux 'mémes Pont réconnu par leur expérience ; 8l le repos que le Seigncur fit prendre 4 les difciples , En les tirant de la oule au retour de leurs courfes Apoftoliques, ( Marc. 6. ) nous fait aflezcomprendre qu'il eft bien rare qu'on quitte le travail aufli recueilli 8 auf tranquille, quon Tétoit en Sy mettant ; que la fociété des hommes maltére un peu la douceur du commerce que Pon goítoit en ne converfant qu'avec Dieu. (1) Mais Pé. motion intérieure eh pas confidérable encore ne vient-elle qu'infenfiblement lorfqwon elt attentif A ne fe communiquer quautant qwil elt néceffaire ; le méme mouvement divin , qui nous porte A agir , nous infpire toujours cette circonfpection. 1 eft tout enfemble un aiguillon qui nous prefle, 8 un frein qui nous retient ; au licn que le faux attrait nous palfionne d'abord , ne nous donne pas un moment de reláche, ne nous laifle pas le temps de nous recueillir; bien loin de nous infpirer de la circonfpectión , il ne nous permet pas méme de penfer qwelle puille étre néceffaire , des quiil ne nous préfente que du bien. Néan- (1) Quotiesinter homines fui , minor homo redii. 4 LKemp, lib, FC. 3. fo Paiz intéricure, moins ce mouvement qui nous vient d Démon, ou de nous - mémes , quelque: lonable que paroifTe le travail on 11 nous porte , commence toujours par le trow ble , St finit aflez fouvent par le crime: CHAPITRE 1V. Elle nous ef lun grand fecours contre tes tentationsa Uels fecours cette paix ne nous fournit-elle pas contre les tentations ? Dans cet état de recueillemen+ , Vattention fr notre intérienz , de pofleflion* de nous-mémes , rien ne le valle en nons: que nous rappercevions d'abord, Nons | voyons ía tentation des la naiflance , lor£ ' quielle eft encore fans force, quil eft facile Ven arréter les progres. Dans ce. filence intéricur , on entend Vabord le mouvement de la fléche qui vole légérement durant le jour, 8 de lennemi qui le glifle fourdement dans les ténébres : (Pf. go. ) mille traits tombent á notre gauche, 8 dix mille á notre drojte , % pas un feul ne nous atteint. Notre force 8 notre falut font dans le repos $ dans le filence. ( If. 3» Y. 15.) Notre ame tonte recucillie, 82 ponrainfi dire, tonte congentrécen elle-méme , est trés-forte po Excellence. ry é comme impénétrable A es ennemis , étayée quelle eft d'aillenrs par lés graces. inguliéres dont Dieu récompente la félité, Le trouble au contraire nous agite de toutes parts y nous déconcerte , X nons rend aufli faciles A étre vaincus qu'une armée en défordre , Ou on ne diftingue point les frer VPordre seft mal exécuté 5-82 on le nombre des combattans , qui devroit en faire la force : es P'avec fes ennemis , od ne fait qu'en augmenter la confufion. Le. grand fecret dans les périls ef defe pofféder. Celui á qui la téte tourne fur le penchant d'un précipice y tombera infailliblement. A lafped+ du danger 7 LE tremble , il eft fai Pefiro; , la vue le trouble, fon lang fe glace , le difcernement él la force labandonnent en méme: iemps , il Yeft plus en érar , ni de choifir eS moyens propres A fe tirer du péril , ni de les mettre en eeuyre : figure bien naturelle dela fituation d'une ame trouce par la crainte exceflive de fuccomber á la tentation, Depuis que mon conr eft dans le trouble, dit le Prophéte Roi, mes forces le fónt retirées. de moi : tons €s objets capables de me confoler 82 de me foutenir ont difparuá mes yeux ; 82 Je me vois enféveli dans une: nuit Bios fonde. ( Pf37.) mal donné , $ encore plus 18 . Paiz interieure, roit-, non pas proprement fans diftraci tions , mais en quelque maniere fans penfées; 8 oú il s'occuperoit fecrettement de fon inaétion; en attendant que le ceur tranquillifé lui fournít, ou lui permit quelque réflexion finivie ? Ainti quand le recucillement' ne feroit quune application de Pefprit, on Yy rénfiroit jamais ni auffi-cbien, ni aufli-tót que par la paix du coeur. Mais fi le recueillement a lon principe encore plus dans le coeur que dans Pefprit , comme il paroít certain, on s'efforceroit en vain de fe le procurer, 1: Pon ne travaille fiar le fonds de la paix intérieure, L”expérience nous apprend tous les Jours que la plus dangereufe diffipation part du coeur, que la multitude des penlées ne nous nuit que médiocrement , di les affections déréslées ne s'ymélent. Que votre efprit voltige ur différens objets:, Ou par néceflité, ou par légéreté ; 1i votre coeur ne fort point avec lui, vous vous Trouverez dans une facilité Á revenir 4 Dieu qui elt une elpece de. recueilleinent habitnel , á la vérité moins parfait que Pactuel, mais qui dans la néceflité peut tenir fa place. Si la diffipation au contraire part du coeur, ou fi elle y elt .entrée , X fur-tont li elle y ed érablie > le mal fera grand ,S le remede difiicile ; ARANA AE A A LA FR Excellence. 19 vous erez tout dérangé , vous ne vous Tetrouverez plus en vous-méme , 61 ce ne lera qua force de temps, Voraifon , de retraite 8 de mortification , que vous Parviendrez á vous recueillir. EN pu A | CHAPITRE VILL Plufieurs autres avantages. J E ne finirois jamais, fi je voulois faire Pénumération de tous les biens qui nous reviennent de cette paixs Elle attire dans nos cours des délices inexprimables , % par-lá elle nous dégoñte des Plaifirs fenfibles qui deviennent fades $ Infipides pour ceux qui ont goúté cette paix délicienfe, qui furpalle tout fentiment (1). C'eft par ces douceurs que Dieu nous attire á [on fervice (2), % quwil prémunit nos cceurs contre les attraits de la volupté (3). Elle nous forme un caractere uni 3 nne conduite égale, qui charment les hommes > SÍ quí plaifent beaucoup a Dieu, au lieu que fans elle on eft fouyent un moment á Pautre, fi pen (1) Pax Dei queexfuperat omnem fenfum Philip. 42. Y.7. G Pax Chrifti... in quá vocati eftis. Cal. 3- Y. 15. (3) Pax Dei cuftodiat corda veta Philip. 4. 2 tes lortes de biens pour la vie préfente y 20 Pair intérieure. reflemblant á foi-méme , quion déplait á Dicu 8 aux hommes. Elle nous donne: un air modefte ; doux, paifible, fimple y ingénu, accommodant , quí fait hon- A ELE . . .qy. . 4 neur a la piété, £ qui lui concilie VPefti-" l ' s y A me é laffection des perfonnes les plus prévenues contre elle. | Enfin on peut dire de cette paix ce que P'Apótre dit de la piété , dont elle eft comme lame 82 la vie , quelle eft bon- | ne á tout, quelle nous procure toupour la vie future. ( 1. Ep.d Tim. Chap. 4. Y.8.) Si vous voulez vous entretenir avec Dien, il faut vous mettre en paix, puifquiil ne parle que le langage de la paix , qui ne pent-étre bien enten-= 1 du que de ceux qui le renferment tronquillement dans leur propre coeur. (Pf. 84. Y. 9.) Tandis que vous étes dans le trouble , vous parlez un autre langage que lui , vous n'entendez pas le fien; sil eltpermis de s'exprimer ainfi, il enk tend point le vótre 5 vous étes pour lni un étranger quiil ne connoít pas, Sun + barbare qu'il Wentend pas. Si vons von- 1 lez vous unir á lui par la fainte Communion , préparez á ce Roi pacifique une — demeure de paix. (4). C'eft dans la re- (4) Mane in fecretto , 8 fruere Deo tuo , Iris tatio Chrifll, lib. gue. 12, ¿ | . O «firez celui de votre arde Excellence. A traité intérieure , 82 dans le filence de lame , quí veut que vous jouiífiez de lui. Dancien Agnean Paíchal fe mangeoit deout , ala háte , les reins ceints , X dans ne entiere difpofition au mouvement $ a la marche ; mais le nouveau fe mange dans le repos du Cénacle , SX dans la Íttuation la plus tranquille (s) Voulezvous rendre au prochain quelque afif tance corporelle ? Agiflez-en paix ; fans quoi vous ferez dur > impatient $ défobligeant , méme avec la meillenre intention X dans les fervices les plus capables d'obliger. Voulez-vous le fervir utilement dans es befoj:s (pirituels? Obfervez-vous encore plus. foi gnenlement : car fi Pimpreflion de votre zele vient á troubler Yéconomie de votre paix , vous parlerez trop , vous agirez fans réflexion ; au-lieu d'attendre le moment de Dieu, vous fajur impatiente ; vous vous épuilerez Pongion SX de recucillement; $z fans POuvoir réufir au len que vous projettez pour les autres , vous vous ferez á vous-méme le mal que vous ne «penfezpas, Enfin fi vous vonlez travailler á votre lanttification , fou- (5) Les Hébreux man Petitslits: SK cet q fus-Chrift inftitua 1 ordinaire qwil prit geoient couchés fur de ans cette lituation que Je. Euchariltie, aprésle repas avecfes Apótres. : * B 3 22 Paiz intérieure, venez-vous qu'elle eft Pouvrage du filence de la paix(6) 82 fi vous voulez travalller aufíi á celle des autres , Woubliez pas que pour le rendre maítre des efprits, e pour leur faire goúter les plus faintes maximes, il faut étre homme de paix la polléder á un tel degré qwelle fe répande au-dehors fir tont ce quí nous environne. Voila en abrégé les grands biens quí réfultent de la paix intérieure , $% quí doivent nous la faire regarder comme une des plus fignalées faveurs du Ciel, Elle eft quelque chofe de fi précieux ; que Dieu Wen fait point part aux méchans , á qui il wóte ni les talens , ni la foi, ni Pefpérance , ni les graces préve-' nantes. (1/. 48.) Elle a toujours été (i reconmue comme un bienfait finenlier de la bonté, $ une marque de fa préfence, que les faux Prophétes ne parloient que de paix , pour faire accroire quils parloient de la part : mais il ne pouvoit y avoir de véritable paix lá on Dieu r'é toit pas. ll eft le Dieu de paix au milien de fes Saints , comme un pere dans Ta famille. Ceux qui gardent le plus foigneulement la paix de leur coeur >, font fes plus chers enfans. (6) In filentio 8 quiete proficit anima devota, Znft, Chriflcl, 1, Cc, 24 py e AA AAA Excellence. 23 Bienheureux les pacifiques parce quils leront appellés les enfans de Dieu. 11 les aime tendrement, illes porte entre fes ras y ils repofent tranquillement dans lon fein. Je goúterai en Dieu une paix délicieufe, dit le Prophéte ; $ mon re- Pos en lui fera femblable á un doux fommeil. (Pf. 4.) 1 Pacquifition de ce repos intérieur elt un peu difficile , notre défir en doit étre que plus ardent: cette dificulté eft une nouvelle preuve de fon excellence. Ce qui ne coíite pas beaucoup a acquérir Welt pas ordinairement d'un grand prix. Il Welt pas furprenant que le Démon la nature qu'elles génent, la trou- 'blent par tous les moyens que nous allons détailler. Fin de la premiere Partie. B4 24 Paiz inttricure. FILIS ALLI SECONDE PARTIE Ou Pon traite des obflacies a cette Pay , 6 des moyens de les va2incre- CHAPITRE PREMIE RA La vaine joie, € la NOLTe trifieffe, A joie excellive ef une des chofe! ES quí nous dérangent le plus communément au-dedans. On ne fait point fe méñer de les approches » parce quelle ne prélente que du Plaifir, 8 un plaifir quí. fouvent 1'efl point criminel ; $ Pon ne fent gueres les plaies. qwelle fait parce que la premiere de tontes , qui eft Pinattention fir=nons , ROUS EMPéche de fentir les autres > Ade la fentir elle-méme (1). Joje inconfidérée, qui nous diffipe au-dedans > QUI nous attire ay. dehors , qui nous donne une elpece de raréfaction, par laquelle nous nous ré- Ppandons de toutes Parts , comme une eau quí bout , 8t comme une cire fondue qui ne laifle an fond du vale aride (1) Propter levitatem cordis non fentimus anime noltre dolores, fed fepe Vane ridemos Y quando multua flere deberemus, limita Chrifts, bt. 2 pet Me Pao a — PE Obfiacies € leurs remedes. 25 que des relftes defléchés. ( P/. 21. ) Joie ennemie de la retenue 8 de la mortification, 82 qui nous fait quelquefois Oublier julqu'aux régles de la modeftic. ole folátre, qui ouvre toutes les portes de nos fens , pour donner entrée a tous les objets extérieurs, $ qui, a leur aide , mettant tout en mouvement audedans de nous , y excite un tumulte quí ne nous laifle point jonir d'un moment de repos. Joie effrénée , qui nous fait parler haut , rire avec éclat , 8% nous livrer 4 toutes les faillies inconfidérées de notre imagination. Elle ne le porte pas toujours juícues aux derniers excées 5 mais le mal qw'elle nous fait , Weft prefe que jamais peu important : un quartd'heure de badinage difflipe tout le fruit de plufieurs jours de recueillement : toute Ponétion intérieure s'évapore dans cette efpece d'ébullition: il sen éleve une épaifle vapeur , qui obfcurcit notre ame, $ qui en ternit tout Péclat. Fafcinatio- nugacitatis obfcurat bona y X 11 nous faut bien du temps de la componétion, pour regagner la ferveur 8 la paix que la diffipation nous a faif Perdre (2). | ! ; La triftofle fait fur nous des impreÉ (2) Multa bona compunttio aperit, qua difíolutio cito perdere confuevit. Jmit. Chrifiña é, l. C. 21. , B 35 26 Paiz intlricure, lions tout Oppolées ; mais elle ne nous en fait pas moins perdre la paix. La Joie nous diílipe, la triftefle nous concentre 5 la paix ell au milien ) mais bien loin de Pune 8 de Pautre. Inutilement Hous repréfenterions ici tous les manvals effets de cette humeur lombre 8£ chagrine. Tout le monde fait qu'elle nous fait d'abord perdre tont le calme intérieur, 8 que fe répandant au-dehors : elle nous rend ombrageux, timides, im- Patiens , infupportables aux autres 824 hous-mémes. Dans cet état on femble avoir perdu tous les talens de la nature é de la grace, ils font comme enfévelis fous les ruines de Pédifice intérieur. On ne peut former prefque aucune bonne penfée , rien ne fe préfente A Pefprit que dafligeant $ fouvent Vobícéne. On fuit des hommes , X on ne s'approche pas de Dieu: on ma ni le mérite du recuelllement, ni le loulagement de la dif fipation, ly aune triftefle quí ef felon Dien (3) comme une joie qu'on goíte en Dien (4). L”Apótre nous exhorte A goúter toujours celle-ci, 8 il fe réjonit de ce que les Corinthiens ont reffenti celle-lá.. C'ef [3] Que fecundim Deum triftitia ef. y, Cor. 7 Y. 10. : y ' t(4)Gaudete inDomino [emper, Philip. 4-4: pa rr 0 dd AA A e a E PO 54 4 Obftacies € leurs remedes. 27 la joie de Marie entre les bras de fainte Elizabeth, 8% la triftefle au pied dela Croix, L'une 8 Pautre concourent A' nous procurer la paix de Pame , bien loin de la troubler. L'une eft un frein pOur notre légereté, Pautre un foulagement pour notre foibleffe. Elles wont rien de vicienx que dans leurs excés , 8% cesexcés ne commencentqwavec le trouble intérieur. Ce Welt qu'alors qwon doit dire avec le Sage , que cette joje et une folie (5) ,S que cette triftelle eft une fource de mille maux (6). Il faut donc modérer la joie exceflive St la noire triftefíe, fir-tout des leur naiffance ; car fi on lenr laiffe faire du progres, il fera difficile de recouvrer la tranguillité de fon ame. Ce font deux oppofés quí fe détruifent mutuellement 5 On peut inutilement fe fervir de Pun contre Pantre , "exciter áune fainte joie, lork qu'on fe fent porté a la triftelle, 8 arréter par le frein Pune falutaite triftelle , les faillies de la vaine joic. Il faut éviter ces deux extrémités : une jole tranquille $ modelte tient le juíte milien. Si la crainte de Pun de ces défauts fai- 01t donner dans Poppolé , ce feroit le ¿151 Cor futtoram ubi leetitia el Ecolef: 7. i cl: plagi triftitia cordis ef. Eccli. ca 2517. BG6 34. Paixr intéricure. juíte madération lui preferit. Pour y réuflir il faut éviter tout ce quí paíñionne. Je ne parle pas ici des paflions grofflieres 8 criminelles , qui déchirent le coeur : ceux qui en font pollédés , Walpirent point á cette paix3 ils ne la connoiffent pas méme. 11 feroir auffi ridicule de leur parler de filence intérieur $ de repos en Dien , que fi en eút exhorté les parricides á la tranquillité 8 au fommeil , lorfqwils étoient renfermés dans un fac avec un chien Sí un afpic en punition de leur crime, Mais je parle de certaines pañions délicates , quí, fans étre criminelles , ne laiflent pas , en attirant Pame au-dehors «d'elle-méme , de Péloigner de Dieu, quil faut chercher au-dedans de foi, comme dit faint Auguítin (1). 1 Ce font ces paflions quí lui donnent ces ébranlemens des feconfles , qui la tirent de cette aliette oí elle doit étre $ pour [e pofléder elle-méme, $ pour unir a Dieu; afiette d'efprit, calme intérieur 1i délicat que la moindre chofe Paltére, comme le moindre vent agite 8 trouble la furface 'une eau tranquille. C'eft ce qui faifoit gémir faint Bernard, 8 qui le faifoit le plaindre malgré fon pro- a. Intus rad « ego foris querehbam te Auguft. Confef. A A 4 IA Obffacies € leurs remedes. 35 fond recucillement E Pauftérité de la mortification intérienre , que rien n'étoit tranquille en lui, 8 qu'il éprouvoit de Vagitation dans toutes les puiflances de lon ame (1) , parce que les paflions fubtiles Sinfinuent par-tout. Telles font celles de Pamitié méme innocente , du plaifir méme légitime, du favoir méme nécellaire 8 certains défirs méme permis. Le calme de notre ame eft tronblé par Pexceflive vivacité de notre naturel : il faut la ralentir. Ce moyen eft facile A trouver ; mais on ne le pratique pas aufli facilement , X avec un íuccés bien fenfible. Ce weft qwá la longue qu'on amortit fon adtivité. Plus lonvrage eft difficile , plus la récompenfe en eft grande ; $ plus par conféquent elle doit ranimer notre zéle , appliquer notre vigilance , enconráger notre foiblefle , £ nous confoler de nos peines. Si faint Francois de Sales employa tant d'années á modérer fa vivacité , 8z le vainquit enfin parfaitement ? Devonsnous , ou faire peu de cas de ce travail, ou défefperer du fucces ? __ Un naturel plein de feu peut nous Porter loin ; mais enfin qu'il ne nous pré- [:] In me nihil fedet. Bernard, 36 Palxintérieure. > cipite , ni ne nous fatigue , il faut lui. tenir les reines courtes. | Conduifons-nous nous-mémes , contme nous conduifons un enfant d'une vie | vacité extréme , á qui nous voulons faire prendre la gravité de Páge múr : des qu'il commence á parler haut 8 précipitamment, d empreller dans fes aQions > a marcher trop vite , 1OUS Jettons fur lui. des regards févéres pour Pavertir de le modérer. Notre imagination eft ordinairement ce qui nous domue cet empreffement. Le principe de cette adtivitó mWeft pas toujours dans notre imagination trop vive , ou dans motre cosur paffionné ; il elt quelquefois en partie dans notre tempéramment: dañs ce cas , la médecine peut yenir á propos au fecours de la vertu. - CHAPITRE IV, L'indolence. po: amortir Vaétivité , il ne faut pas tomber dans Pindolence 5 le remede leroit pis que le mal. De tous les défants que J'attaque 1c1 , Ceft le plus op» polé á la paix intérieure, quí elt le y Obfiacies € leurs remedes. 37 Partage des ames conrageufes , 8tle friit e leur ferveur. On sen feroit une idés bien fanfle, ti on la prenoit pour une certaine indifférence ftupide que rien 1ément , parce que rien ne la touche 3 quí elt tranquille , non par pofiefion de Oi-méme , mais par averfion du mou- Vement; e en quí Végalité d'humeur meft qwune égalité de parelle. Cette paix au contraire eft un équilibre acquis a force de foins ;-un repos en Dien 38 non un enféveliflement dans la matiere; une régularité de mouvement que les paíñions domptées waltérent pas, $ non une profonde léthargie que rien ne pique ne reveille ; une nourriture délicieuíe tirée du lion abbattn , non un Ommeil honteux dans le (ein de la volupté. Cette manne cachée dans le coeur elt le prix de notre viétoire , Y une victoire univerfelle , que nous mobtiendrons qwapres bien des combatrs par un Courage prudent $ par une patience laorieufe ; Concilio € patientid, Ceux qui fe fentent portés A Pindolence , doivent fans cefle fe réveiller €uxmémes , comme on réveille un léthargique 5 8 fe ranimer par Paction parle travail manuel , Comme on vánime par le mouvement des membres engourdis. Un des grands Maítres de 33 - Paiz intéricupe. la vie: (pirituelle (1) confeille dans ce. cas les auftérités corporelles » qui font comme un aiguillon qui font fortir Pame: | de ía lenteur ; mais il faut en cela bean coup de modération. (1) Le Pere Saurin. CHEAP TRES ] De la violence des tentations 6 de la réfiflance. Le efforts excellifs avec leíquels on: + repoufle les tentations , altérent ' beaucoup la paix de Pame. Dans ces occafions: on s'agite , on fe débat ) OM le tourmente , éz Pon entre dans une elpece de fureur. Tout eft alors en monvement 8 en combuftion dans celni que le Démon tente , 8z que la propre activité tente peut-Étre encore plus. Son efprit eft fortement appliqué ; fon lang elt dans une agitation violente , fon poulx eft convaltif , la refpiration eft forte 82 précipitée, fon imaginations'enflamme 5 fa téte Séchanffe , la poitrine , Sépuife. La tranquillité 8 le filence réneroit auffi - tót fur une bréche , ot Fafaut eft donné 8 repouilé avec une égale yivacité. Ce n'eft pas-lá fans doute A IN o e occafions du péché >, Amprellions de la tentati vient, Poubli, quand elle a difparu , Obfiacies €> leurs remedes. hne bonne maniere de rejetter les ten. tations : ces violens efforts ne font fouvent qu'augmenter le danger: $ tou- Jours ¡ls produifent le trouble. : e ne dis pas qwiil faille refter dans linadion , lors méme quwon elft vivement tenté 3 cell Pexcés oppofé a celui que je combats , 82 infiniment plus condamnable : il vaut mieux fans doute fe défendre en furienx , lorfqwon eft attaqué de méme , que de refer dans Vétat pafif des Sectateurs de Molinos. Entre ces deux extrémités la réfiftance forte $ réfolue , mais ferme tranquille, tient le juíte milien: 8 cef celle-1á que je vous confeille. Sans elle vous feriez facile A déconcerter , il vous faudroit du temps pour vous remettre, le Démon' auroit toujours dans - la tentatión une reflource affurée 3 pour vous faire perdre la paix du coeur, le recucillement de Pame g Ponétion de la piété. La patience > la vigilance , la priere , la confiance en Dien » la déance de vous-méme , l'óloignement des le défaven des on , quand elle Olvent étre alors toute notre reflource, 40 Pair intéricure, E MAA CHAPUTRE VE Quelques autres obftacies d cette pair. 10 t T: y a encore plufieurs chofes qui troublent la paix iutérienre; je ne les ' toucherai ici que légerement , pour Wétre ' as trop diftus. Ce font les adreíffes y. e intrigues lourdes de la politique y ' toujours génée £ toujours fir les épines , toujours occupée á fe malquer' Sa fe donner pour ce quelle mef: pas, toujours inégale 5; 8 lans confiltance (1) : les amitiés trop humaines qui | nous attachent , nous diffipent $ nous | affujettiflent a des égards exceflifs con. tre Pattrait intéricur , fouvent mémecontre la confcience ; le petit amour propre: ( car il ne s'agit pas ici de pal: 4 lions groflieres ) cet attachement a fes lens , a les commodités , 4 fa réputation , á la propre volonté , qui remplit ces penfées importunes , de défirs impatiens , de triftes réflexions , de délica- | telles outrées : la fecrette vanité fir le favoir, Pefprit , la naiffance , que faisje fur la dévotion méme , 8% la bonne [1] Vir dulpez animo inconítans eft in omaibus yiis (uis. Ep. B. Jacob, c.1, Ml idée Obfiacies E leurs remedes. 4I idées quon en a, ou le nom quon s'en eft fait, 8 enfin fur tons les autres talens de la Nature on de la Grace : vanité qui nous éleve ou.nous abbat , felon -qw'on nous lone on quon nous bláme , qui nous tire fonvent du recueillement quí nous affnjettit A toutes les alternatives des caprices Vautrni St des nótres , comme un autre enflé donne plus de prife A tous les vents 3 la légereté qui nous fait fouvent fortir de nous-mé- mes ; imagination qui nous féduit, on quí nous diítrait ; les longs entretiens quí diffipent Peíprit 3 Pattachemen+ quí éner- ve le coeur, Pattachement a quelque créatuze que ce foit ; tonjonrs incompatible avec la liberté de Pame 5 A généralement tout ce qui palionne % quí nous tire du tepos que nous goñtons en Dier feul. - J'ous ces "MOUvemens irréguliers tronblent la (érénité de Hotre ame , férénité (UI épure toutes ces idées, quí ajonte Un nouvean mérite a tontes Ces actions , qui dans mille occafions nous rafíure , lfipe nos [crupules 5 (érénité quí, aprés la Loi de Dieu , X les devoirs de Chaque état > décide de preíque toute HOtre conduite , 8z > POur ainfi dire , de notre falut éternel, La paix intime qui nous la procure > eft comme la mlatiere Premiere de toutes les vertus 8t de toy» Paiz intéricure. . $ tes les bunnes ceuvres , c'elt cette paix intime 6 de tous les jours qui honor€' Dieu , $ qui nous dilpoíe á la contem-. plation , X% á Punion divine : c'eft ce cal=" me divin , qui eft fur la terre une imita= tion du repos qu'on goúte dans le Ciel , nous devons nous le procurer par toutes: fortes de moyens. | ho Pour le pofléder fans altération , il faut Etre fimple $ ingénu , fans étre im-* prudent; penfer de tout , 8 en parler d'une maniere noble $ élevée , mais: fans hauteur ; éviter les amitiés humai-. nes; fans étre incivil : il faut voir tonty. entendre tout , fans rien regarder , mi écouter , qu'autant que la néceflitó le de-. mande ; garder toujours une conduitegrave Sí férieufe digne du Dieu qu'on fert $ de la bienheureufe éternité á laquelle on afpire. On doit éviter Pamufeamnent, comme nne foiblefle du plus bas áge , conper court aux entretiens inuti-. des , dans ceux qui font néceflaires ny 1 rien faire entrer qui ne le foit. ll faut en» core modérer fes plailirs 8% les peines 3 prendre les uns avec retenue , lorfquw'on ne peut s'en paíler , 6% recevoir les aus * tres avec une tranquille foumiflion , lorÉ*' gu'on ne le peut faire avec joic» Obfiacies € leurs remedes. 43 E cr — 93) USA SPA RSE Ve E Le ferupule, SEN Ro, ne trouble £i fréquemment la Paix dans une ame timorée , que le fcrupule qui la dévore, Elle ne doit pas plus s attendre 4 goñter cette douce paix, que Pefclave un maítre intraitable. Ses plus lgeres fautes ferontdes crimes , les meileures aétions feront mal faites , les devoirs -ne feront pas remplis 5 X aprés gu'elle y fera revenue cent 82 cent fois; Ce tyran du repos ne fera pas plus fatisalt qu'á la premiere. Il pourfhivra en Uricux cette ame timide éz tremblante : il Pinquiétera dans fon fommeil, par de longes effrayans > dans les oraifons , par a Crainte des images indécentes , quil uftit de craindre POur nen étre pas €xempt dans fes Communions , par les aridités inféparables de ces violens comats , quil préfentera comme une preu- ve du mauvais état de la confeience : aus les confeflions ) Oui , dans la Con- < "ton méme; fource des plus donces confolations pour Jes Plus grands pécheurs , £ctte ame innocente fouffrira un cruel Ca 50 Pair intérieure. : 39 pour combattre pour vaincre nos plus || terribles ennemis ; la bonté infinie de Y Dieu , fon amour pour nous , le défir ar- 4 deut 6 éternel qu'il a de: notre falnt, ce A quiil a fait pour nous le procurer, juÉe quía livrer fon propre Fils a: une mort cruelle 81 honteufe , la noblefle divine y * XX la haute deftinée de nos ames formées” a Pimage de Dieu , gardées continnelle= 4 ment par les Anges , XX héritieres de la gloire. Ce confeil ne convient pas feule- * ment á ceux quí font ferupuleux par tímidité ; car ¿fi Pon excepte ceux qui le $ font par préfomption, $ parla permil- : fion de Dieu quí vent abbattre leur or=. guell , il eft utile á tons. Ceux méme quí ne font pas naturellement timides > le deviennent , des quils font livrés aux fcrupules. C'eft une maladie qui les rend: fufceptibles des plus triítes perplexités. Eoríque le vice elt dans le tempérament». | 1l ne peut étre guéri qu'ala longue: des impreihons qui viennent du naturel , le | repréfentent obftinément á notre imagination ; mais un travail foutenu par la- | patience 8 par la réfolution , nous em rend enfin les maítres, $ EV S; le mal vient de Pimagination, 1d — faut écarter ayec foin les phantómes — Ls y 440 Adol E | pie Obffacles E leurs remedes. y Y quelle nous préfente ; ne fe fervir Welle que dans le vrai befoin, 8 avec bean- COup de précaution , comme d'un conteau á deux tranchans qui nous fert d'un cóté , tandis qu'il nous blefle de Pautre , : Ir-tout ne Pécouter jamais , quand il eft queítion de juger de foi , $1 de décider [es peines les doutes. C'eftun avócat paflionné , féduifant , décifif, qui fait pancher le juge du cóté qu'il vent, ou qui du moins 'éblouit par la propre éloquence , X Pempéche de faire un jufte difcernement. Déponillez-vous donc de tontes préventions , ne confultez que la raifon , renfermez-vous avec elle fenle. Ecoutez tout ce qw'elle vous dira pour XX contre ;, vous la trouverez fage , délintéreflée ; équitable, judicieufe ¿ précife , uniformes, X le jugement fera aufi súr , que le conteil fera prudent, E 1d S. ve U N fernpuleux jugera affez fainement e hu-méme , du premier coup d'eil. Si pour calmer une inquiétude naifíante > 1l continue de fe regarder fixement , fon imagination s'enflammera malgré lui , la ranón en lera offníquée , il ne fe verra plus que confufément , il doutera de ce ul lui avoit paru certain , £ fouvent On habitude de (e condamner lni-méme 6 52' Pair intérigure. 9 - changera fans donte en jugement fixe $ arrété. Un ferupuleux doit juger de lui comme on juge de certaines couleurs vió ves , en promenant légerement les yeux” deflus : £i on les regarde fizement, la vue. le trouble. paa “A a 4 O N doit chercher julqw'á un certaitt | point á s'afurer que Pon elt dans la voié: du falut 3 mais il faut que cette recher- | che foit réglée par la prudence. Vouloir aller au-dela de ce quelle didte, ceft. une fagefle intempérante qui paífe les. bornes de la fobriété. H reftera toujours en nous des obícurités qui nous humilieront , mais qui ne doiventniabbattre” notre courage , ni tenter notre curiolité. Demander Pévidence fur Pétat de notre : ame par rapport au falut ; c'eft tenter: Dieu , c'eft vouloir qu'il nous découvre * ce qu'il a réfolu de nous cacher, ce qwil ne peut vous déconvrir que par une lumiere fiirnaturelle 8 hors de la voie ordinaire , qu'il Wa déconvert qu'aux plus | grands Saints , rarement $% parune lumiere fubite 82 fugitive , 8 enfince qu'il nous eft méme utile d'ignorer. bo SW Di yous affure que vous pónvez maf-. cher fans crainte fous la direction de Obflactes E leurs remedes. 53 . ceux quil a chargés de votre conduite A qu'enles écontant c'elt lnizméme que vous écoutez ; quil fe .regarde comme obéi dans Pobéiflance que vous rendez A leurs ordres, 82 méprilé dans les mépris que vous en faites; qu'il les a chargés de veiler fur vous , 8t que vons pouvez vous repofer fur eux , comme on le repofe fur de bonnes fentinelles ¿qua votre décharge ils lui répondront de votre ame > li vos voiles font Pouvrage de leurs préceptes , non celui de votre indocilité. Et aprés tontes ces aflurances vous demandez le grand jour, 6 vous voulez obftinement voir ou vous mettez le pied ? C'eft manue de foi, ou préfomption : manque de foi, fi vous ne croyez point á la parole de Dieu; préfomption, fi vous ne vonlez pas vous alfujettir 4 Pordre qwil a établi, Attendre le jour pour marcher , Ceft ou le méfier de Lon guide , ou 1en vouloir Oint. , á S. VII L. N On, dites-vous , je ne venx point me conduire moiméme , Pobéis A celui quí elt chargé du foin de mon ame 5 SL. mon obéiffance feroit entiere , fi fa conduite étoit irréprochable. Ce font des riens qui vous choquentdans fes menrs, 82 que la crainte d'une mauvaife direc: tion vous eXxagere extrémement. Mais je 34 Pair intéricure. 10 veux qu'il foit tel que vous vons Pimaginez. 1 pent avoir le coeur un peu al- : téré, mais il al'efprit bon. Ce 1elft pas 1% un fervent Prétre, mais c'eft un bon Confeffeur : 1l weft peut-étre pas de cette piété recueillie, tendre 8 onétueufe que | vous fouhaiteriez trouver en lni3 mais il ne la méprife pas, au contraire il vous. Í porte: fut-il indigne de la grace pour e il ne fera pas moins le ca=' nal pour vous. Celt une grace Vétat qui ne lni fera point ótée pour fes fautes perfonnelles. Les meilleurs Médecins ne font pas toujours ceux qui fe portent lcáN mienx , ni ceux qui vivent avec le plus - de régime. Choififlez votre Confeflenr avec beaucoup de difternement , % Li fez vous conduire. 1 $. TX. q S oyez encore moins difficile fur les talens que fur les mants. Prenez-les , loríqwils fe préfentent 5 cherchez«les méme $ atrachez-voms y , loríque vous — les trouverez unis avec la probité $ aveo la prudence. Mais fi vous ne les trom= vez pas, ou fi vous les tronvezfenls e paflez-yous-en , 8 fouvenez-vous que _ce ne font pas des talens , mais la pro= mefle de Dieu , 82 Pautorité du minifo sere quí font votre Íúreté. Prenez. ce que Obfacies € leurs remedes. ES Vous pourrez trouver de mieux A votre portée , 8z obéillez avenglement. Dieu Veut faire fon ouvrage en chacun de nous par les moyens quil lui préfente. Qu il vous nourrifle , comme le Prophéte Elie, Ou par le miniftere des oifeaux , ou par celui des Anges ; cela doit vous étre égal parce que c'eft en lui feul que vous devez mottre vatre confiance. $. X. U N feropuleux fe figure quil aime beaucoup Dien, lorfqwil fubtilife en ce quí eft de fon fervice. Mais peut-étre s'alme-t-il encore plus luni-méme. Cette: facon' de penfer délicate , Cette exaétitude géométrique , font fort du goút de la vanité, St fouvent elles ont point autre fource. On vent étre , Y encore plus fe voir exact, arrangé , S plein d'ordre: les fautes qu'on commet jettent dans le dépit, le dépit dans le trouble > celui-ci dans le fernpule. Vous ne voulez rien yous pardonner, dites-vous ? Omimencez par attaquer la bonne idée que vous avez de vonus-méme + f£ vous Eparguez vous méritez bien qwelle fe toUrne contre vous. Celni qui entretiene 01 AMÓN propre , nontrit (qu plus cruel £yxan. 56 Paiz intéricures 2 $ XL 3 J E ne fais fi le ferupule ne fe forme pas ainíi en pluficurs : dans les commencemens ils soccupent beauconp d'euxmémes , ils en entretiennent leurs Di recteurs , ils font fouvent bien aifes d'a- a voir_des dontes, quelquefois méme ils en font naítre pour les plus petits fi jets, afin d'avoir occalion de produire | leurs idées. Infenfiblement Phabitude fe ' forme , lefprit fubtilife de plus en plus 3. 8z les réflexions que Pon fait fur loi St fur fes aítions reviennent A tout mo- | ment; ce ne font plus des doutes de choix, ce font des perplexités cruelles sE inévitables; $ pour s'étre trop occupé + de-foi avec complaifance , on fe voit dans la dure nécellité de gen Occuper ayec chagrin. $. XIL L E doute fait le tourment des ferupuleux; pour faire réguer la paix dans leur q ame ils ne deyroient point s'en occuper. Pour les perfonnes qui ne font point at= taquées de cette maladie, un doute eft un doute ; pour celles quí le font, un * doute eft un préjugé favorable 8z prefe que une certitude. Eh ! que ne trouve point donteux un ferupuleux dans les perplexités continuelles ? 11 douteroit de 53 Obftacies €> leurs remedes. 57 te méme , sil y vouloit trop réfléchir. ll Welt rien de Ki confus que les idées , ni de di embarraflé que Le dif cours. fur fes peines peu fondées 5 mais ur celles qui le font véritablement , peronne nmeft plus précis , plus net, plus écifif que lui. Ceft que Perreur Weft que trouble 8 confufion , X% que la vérité Weft que lnmiere 8 certitude. Quand un ferupuleux dit fans héfiter qwil a manqué de remplir un devoir , On doit len croire 5 mais ce net qualors qu'on le doit. lon dou S. X I A S Efforcer de calmer fes fer pules par le ralfonuement , Ceft vouloir laver de Vargille jufqwa ce qu'elle rende de V'eau Claire. U fa ut couper court avec fon imagluation commé avec une folle , quwon ne fera jamais taire en répondant á fes Extravagances. Mais un ferupnlenx vent répondre a fes ferupules fenlement pour cette fois bien réfolu de ny plus reyenur. Hé ! pourquoi fait-il maintenant ce quwil ne veut Plus faire en femblable oc= cafion ? C'eft un hidropique qui ne veut boire 16. qu'un verre d'ean. 11 (> fatisfait , $1 * borne pour un moment ; mais la maladie empire > la foif augmente , XX il Peut toujours. É3 Pair intéricures $. XIV, TLenesn un ferupulenx comme d' hypocondriaque , il eft en méme-tem malade imaginaire $ vrai malade : ho réfléchit fans cefle , il confulte; il fait des remedes á Pinfini pour les maux qui n'a pas, 8 il ne penfe nullement A gués rir celui dont il eft atteint; il regardé méme en pitié ceux qui P'en avertillente L'obéiffauce á des Médecins experts , 14 déférence pour des amis prudens , Se sil elt permis de le dire, la defoccupatioM de f0i-méme , font les moyens de guéril: Pun X Pantre. 4 S. X V. Ue les fcrupuleux ne s'entretiennen : ils beaucoup de Dieu 8t avec Dien , E pen d'eux-mémes $ avec eux mémes + Le goút de Dieu, le fentiment de la. prés fence , Véclat de ía lumiere , leur dila= téroient le coeur, 82 diffipéroient les té nebres qu'une fombre timidité répand fur leur e(prit. Dieu elt tout lumiere, 8£' l' homme meft que ténebres. Ne confidés. rer que foi , 82 étre fiurpris de ne voir. que de la confulion , ceft demñander 1 pourquol on ne voit pas clair dans un profond abyme. Si vous voulez vous re-. garder vous-méme, (8 il le faut lans doute, mais avec difcrétion , ) confidé- - Obfiacies E> leurs remedes. 59 sen Dieu, approchez de lni, vous ferez éclairé , environné , pené= tré de fa lumiere 3 3% vous ne deviemg drez ténébreux , que loríque vous vous Tetournerez vers vous-méme. La colonne qui éclaire les lraélites , aveugle les Syptiens ; Pafpedt divin en fait la dif Érence, de 2-VOu é S. XVL J E ne fais, ames fernpulenfes , pour= quoi vous ne tournez pas la délicatelle de votre confcience contre vos fcrupules mémes qui vous ont été fi muilibles. lis vous ont fouvent fait abandonner la Ommunion , 8 plus fouvent encore ils vous Pont rendue féche 8 prefque entiérement infruétueute. Vous en avez perdu la confiance en vos DireGeurs , 01 vous n'y avez en recours qwavec les dernieres allarmes : la Confefñion eft devenue Pour vous une torture 3 vous n'en approchez quen tremblant > ST vous nen prtez que comme un criminel qui fort e fon interrogatoire. Tandis que les autres font des progrés dans la vertu > - VORS confimez un temps précieux á grimacer dans la priere , á vous tourmenter fur tous vos devoirs , A peler des Atómes + Cons faire des.monftres des plus petites bagatelles, Prefque tout ferupules , que *de leur réfifter , que ce melt pas pour vous flatter , que vouS | auriez obéi , mais pour vous valncre. XX y Uoique le raifonnement, que nous venons de faire , paroifle clair $ con cluant , mettons-le dans un autre jour y pour le faire pénétrer , s'il et pollible y dans Pelprit des ferupuleux , á quí les; chofes les plusévidentes ne le paroiflent: aucunement , des qu'elles ne font point conformes á leursidées. Les loix de Dieli! 8 des hommes obligent par elles-mémes;* mais il faut dans la pratique qwelle$ nous foient appliquées par la confcien* ce , quí eft le jugement pratique de 18 raiflon, qui nous diéte dans le mouvementy quand nous fommes bien difpofés , Ce que nous devons faire. Les loix font toU% jours les mémes , mais elles Mobligent pas également; $ on ne péche pas égar; lement en les tranfgreflant, parce quie” des ne font pas également appliquées pat une confcience droite. L'ignorance M4 yincible , la véritable bonne foi , ex cufent de péché ceux qui tranfgreffents quelque loi divine on humaine , paren que la confcience ne leur propofe p4 alors cette loi. Aufli, comme dit LaWé ! + E X | - Obffacies € leurs remedes. 67 Bonaventare, La confcience large fauve , uvent celui qui mériteroit d'étre damné , E) Celtrá-dire , qui fait des cenvres en el- S-mémes dignes de la damuation éternelle 5 parce qwelle ne lui didte pas que 01 quil tranfgrefíe , lobBlige dans. ce Moment: É> au contraire la confcience trop. rigide damne quelquefois celui qui imériterott_d'étre fauyé; parce quil ne fait rien quí Pen rende indigne , que de ne pas: faire ce que la confeience nj propofe comme une obligation , mais qui-dans le fond nen eft pas nue pour lni. Si donc une perfonne ferupuleufe”, agitée de quelque perplexité au fijet de certains de-: Voirs qwelle craint de avoir pas rem- Plis, aprés avoir propofé fon doute á fon. lrecteur lage 82 éclairé , fait ce quil 11 prefcrit fans aucun égard á ce donte y ur ce principe univeríellement recu, qu'un ferupulenx doit toujours obéir dans les doutes , elle fait ce que la confeience lui propofe comme le mieus qu'elle. peut faire 3 $ par conféquent : quand: le Confefleur fe trorperoit, elle eft exemp.: te de tont péché , parce qu'elle agit feon ía confcience / mado Cafcientia mimis larga fept falvat damfcientia nimis ítrióla e contra lecpe damnat falvandum, nat Bonayent. Compend, Theol, Peru, Lib, 1,0. 32, a DD», 63 Paix intérivurt. 11 feroit inutile de dire que'la conf: cience lui propofoit ce devoir á rem plir. Car elle ne lui propofoit pas comme une obligation certaine , mais comme une fimple crainte; $t cette crainte; | dit S. Bonaventure , Welt pas le jugement * de la conícience , qui eft la regle immé- .diate de nos actions (1). Cette craínte bien loin d'étre un jugement , Welt pas. méme un vrai doute : car le donte dif” le pour % le contre , avec des raifons! égales de part 8 d'autre, au lieu que cette crainte Weft qu'une incertitude de. Pame dont on ne fauroit fouvent don- > ner aucune raifon , ou du moins dont les railons font fenfiblement détrnites par celles de Poppofé : ceft á quoi les feru- -—puleux doivent bien faire attention , pouf bien diftinguer ces deux chofes , quiils confondent , 8 qui font fi différentes + car le plus fouvent ils 'croient douter 3 lorfqu'ils ne font que craindre. Pofe méme dire que fouvent ce reft pas une. crainte de leur efprit , qui doit toujours avoir quelque motif au moins léger mais gne peur de pure impreflion , femblable a celle des enfans dans les ténébres , de > 4Jaquelle ils ne favent donner d'autres 2 de (1) Aliud eft confcientiá ; aliud timor confme fientiz. Bonavent, in Compend, Theolog. ver ÁLib, 2.0. 52. 41 Obflacies € leurs remedes. 69 railons que la peur méme X Pobfcu- Yité. Ainfi on peut dire qu'ils tremblent “de Ccrainte, fans avoir un véritable fujet e craindre (1). On.en voit craindre avec les dernieres allarmes , fans favoir pourquoi. Alors , pour peu qu'ils foient railonnables , on leur fera nifément entendre , qu'nne crainte fans fondement Welt qwune crainte puérile, plus digne de leur pitié que de leur réflexion; $ pour pen qwils foient dociles , on les fera d'abord relifter á cette impreílion, 8 bientót l'oublier. Quand ce feroit une crainte véritable A x qw'elle iroit méme jufqu'au dote » le Jcrupuleux devroit toujours obéir, $ en Obéifant il feroit fans reproche , quand méme le devoir fur lequel roule Ía peine ne feroit pasrempli, parce que ce doute eft une incertitude de la raifon , X non un jugement de la confeience, 8 que Cc'eft le jugement qui eft la regle de nos actions. La raifon lui préfente ce doute, non comme une lumiere pour fa conduite , mais comme une matiere á fon obéif£. lance. Il obéit: il fiit donc le dernier jusement de fa confcience , qui doit im- Médiatement le déterminer , Xen prenant le parti qui lui eft propofé par ceux - (1) lic trepidaverunt , Ubi non erat timor, Pf. 130 D 3 70 Pair intériéure. 5-8 qui le dirigent , ce meft pas fenlemenÉ par obéiflance , mais véritablement par” coutcience quil le prend, Il femble rés. fiíter á celle-ci , ce reft quien apparence quí lui réfifte:, mais en effet 11 le con” duit par ía lumiere, C'eft par confcience quil rétifte a fa confcience , par un confcience raifonmable 8 décidée a une conícience fcrupuleufe Sl incertaine. Y O os encore ce raifonnement d'une autre maniere , pour le rendre de. plus en plus fenfible. Nous ne fommes pas. toujours obligés de faire ce qui eft le. plus fr 5 ce qui nous approche le plus de la Loi de Dien, 6 qui nous éloigne * le plus du péché ; mais fenlement ce quí: parott le mieux fondé , le plus raifonnable, $ que la prudence Chrétienne”? nous dit que nous devons faire. Cette + vertua fur nous un empire fi abfolu , quor A qu'extrémement doux , quelle affujettit? la confcience méme quí nelt la regle de nos actions , qWautant que la pru- * dence la dirige. Or la raifon éz la prudence difent aux fcrnpulenx d'apres les E Saints 82 les Auteurs moraux , qu'ils ne * peuvent rien faire de mieux que Pobéir, Y malsré leurs craintes St leurs doutes 3 donc en obéilfant ils agiffent fagementy q Sa SN ES NS - E ( v qe Obflacles E leurs remedes.. 71 Prudemment , $ d'une maniere irréprochable, quand méme au fond , par une “Tméprife de leur confefleur, $ par la pureté de leur obéiflance , 1ls s'écarterolent de la loi. Abrégeons tout ce ralfonnement , afin quil puifle entrer dans les efprits prévenus des ferupulenx. “Pout ce que Pon fait dans une véritable 8 entiere bonne foi, quaud cesferoit. matériellement contre la Loi de Dieu”, Welt pas un-peché , mais plntót une bonne. ceuvre , fi on le fait par de bons motifs. Or en Ínivant dans vos perplexités £ daus vos doutes Pavis d'un lage Direéteur., vous étes dans une vérltable 8 entiere bonne foi, pulíque vous, faites ce que vous diétent , non une ignorance coupable , non une inadvertance de diflipation , non une erreur de penchant , mais ce qu'une réflexion féricufe, un jugement éclairé , une maxime inconteftable vous propofent comme le Mmicux, 8 qui eft en effet ce que vous pouvez faire de mienx, felon la doétrine -de tous les Antenrs , $ felon les regles de la prudence : -«donc vous ne péchez pas , mais au contraire vous méritez devant Dieu par votre obéiffance, quand vous donneriez matériellement: quel» qu atteintea la Loi par votre aétion. ' Ce railonnement eft fi commun aux Da 3% Pair intéricure, 0 Doctenrs moraux , quil elt inutile den citer aucun; 8% il eft d'ailleurs £ lumineux par lui-méme , quil wa pas bes: loia V'¿tre autorifé. Une perfonne quí he penfant prendre que fir fon propré fens ¿ fr la propre volonté , Auroit pris. innocemment fur la Loi de Dien ce qu'ele le auroit donné Aune légitime foumifon + pourroit dire cónfidemment á Dien: Seje. gheur ; voudriez-vous frapper une amé roite , á cauíe de fon ignorance ; 8: «d'une ignorance , qui vient de ía limplicité 8 de fon obéillance , X non de $ ía néglisence « de fa difflipation (1) $. XXv. Soyez donc obéiflant : mais ce ne pas tout 3 c'eft méme peu , li vous wétes $ encore tranquille fur votre obéillance , li: - vous n'obéillez autant de Pefprit que de la volonté , fi vous foumettez vos doutes lans les oublier , Át vous ne les laiffez aux pieds du Confefleur, mais fi vous les emportez avec vous, pour les lui 4 préfenter aux confellions luivantes , ou 11 , fans les porter de nouveau au facré. tribunal , parce qu'on ne vent point les - y écouter , vous les écontez vous-méme (1) Domine, núm pac ignorantem $4 1 juítam interficies ? Genef. 2, Y. 4. Obftacies E leurs remedes. E S foúpirez en [ecret aprés une certitude € Jumiere ; tandis que le Seigneur vos Préfente celle de Pautorité quí elt bien Plus affurée. Enfin fi vous obéiflez en cíclave , moins par goút que par nécel- 1té 3 moins par déférence $ par acquielo cement á Pantorité facrée qui vous déci- 1C , que par crainte des derniers excés u ferupule qui vous tourmente ; outre que vous r'obéiflez que tres-imparfaite- ment vous nourriílez de toutes vos réflexions le ver qui vous dévore , $ vous reltez toujours dans une difpofition pro- Chaine A tomber dans les triftes excés du ferupule le plus outré, Soyez donc Vune foumiflion tranquille, £ non d'un “llujettiffement inquiet. Oublicz ces doutes quí déféchent votre ame , X qui troulent tout Pelprit intérienr. Nexaminez Plus ce quí a été décidé par une prudence éclairée. Marchez toujours devane vous. Revenir fans celle ur (os pas, c'eft Moyen de ne jamais avancer : fe rencrmer dans un cercle de perplexités > Ceft renoncer A toute ¡fue o e , augmenter toujours les peines. Repofez-vous pailblement en cel li quí vous offre tant e confiance 8 de súreté fous la conduite de les fideles Miniítres. Ds e TA Para mtérigure. A A AA On ne vous permet pas de réparef: des confeffions paílées , mi de vous éten? dre á votre gré dans les préfentes ? OM ne fait qu'abréger vos peines ; 82 ol vous offre autant de fúreté de confciencé que de repos V'efptit. Quand il en ferolf de ces confeflions tout ce que vous vo figurez., 8 que vous táchez en vain dé - perfluader á votre Confefleur 5 quané elles feroient nulles , des-lors que vou% fouhaitez fincerement $£ méme ardems iment les renouveller , 8% que c'eft paf une réligienfe déférence á un Confels feur éclairé que vous ne les renouvellel pas, fufient-elles encore mutilées parl4 méme antorité , celle que vous faites maintenant les renferme toutes , E €X eíft un renouvellement virtuel , quoiqué vous ne vous y accufiez que de quel ques fautes vénielles 5 X tous vos chés vous font remis. Tout bon Th “logien en fait la raifon : c'eft que Pi" tésorité nécefllarre á une confeffion ne col fifte pas á s'accufer dans le plus exa détail de tous fes péchés , mais feulé ment de ceux dont la difcrétion 8 24 prudence des Confeflenrs éclairés nol%” permettent de nous confeller. Tous 16% autres font virtuellement renfermés dai? Obftacles € leurs remedes. AS la confeññion qu'on fait de ceux-Ccl, $ lontremis en méme temps. Or la difcrétión la prudence vous difent fur-tout- dVobéir, 8 de ne point paíler les bornes quune autorité légitime a miles a vos inquiétudes recherchées , 82 A vós pénibles déclarations. ÓN S XXVII y EL porte encore la chofe plus loin, 8z Je fuppofe qwaprés une confeflion ordihare, on vous ne vous connoillez coupable depuis la derniere que de quel. ques péchés véniels , mais oi, fans rappeller bien clairement de vrais péchés -Omis vous déclarez votre peine fur les précédentes , votre Confelleur vous envote communier fans abfolution , VOLS voilá extrémement combattu par la néceflité de Pobéilfance , 8 par la crainte du facrilége, Mais quel ferojt votre embarras 8 votre trouble, fi vous voús trouviez dans cette conjonéture a Pheure de la mort, fi dans les tranfes de Pas sonte vous voyez refufer la reffource de Pabfolution A vos plus triftes perplexités $ Ce coup terrible ferojs capable de háter Votre derniere heure , Sí peut-étre de vous JEtter dans le défefpoir ; mais ce ne [eroit que votre timiditá , X peutétre ta défant d'inftruGion qui feroit votre DG $2 Paiz intérieure. E ciennes impreffions : ce ne font pas des “Iumieres : mais ce font des troubles* cent Xx cent fois on me les a fait mépia fer, $ plus fonvent encore j'auroló] dú les méprifer de moi-méme , puifqué je my vois que le ou £X le non, quí ne font pas de la fimplicité de Dien de linvariabilité de fa lumiere , malS” de Pignorante é de l'inftabilité dela chair (1). Mais la raifon qui minípré Sí Pautorité qui nvordonne de Pécoutel me difent ce oui immuable', qui peub feul fixer mes incertitudes , S% m'úunir 4 Jelus-Chrift par uniformité de la pal de Pame (2). Je fuippote donc ce devolf rempli , 6t je nven fais un encore plus! ellentiel de ny pas revenir , pour n'étr8 pas toujours comme un enfant flotrantl 81 emporté par tout vent d'idées % d'imaginations , mais pour acquérir-l4! fermeté de Páge parfait. Les fautes qué Jai faites en fatisfaifant á cette obliga” tion , font ponr la plúpart des effets dl défir. ordinaire 8 excefif que jai de ren point faire : % ainfi ce qui les Y caulées le juftifie : plus je les crainó ordinairement, plus J'ai liew maintenant - (1) Numgquid levitate ufus fum ? aut que coó gito, fecundum carnem cogito , ut fir apud 14. eft S non! 2. Corinth, 17. TN (1) Jeíus Chriftus , non fuit eft non, fed el in illo fuit, Zbid, 19, 70 Obffacies € leurs remedes. 83 es point craindre ; affurement Je i point fait par réflexion ce que 18 Crains tant tous les jours , ce que je Cralgnois en commencant cette action , X en la continuant , de faire par fragl" Até. Et, apres tout, fi je Peulle fait Avec réflexion , je verrois maintenant lans nuage, $ ce que j'aurois fait , ST la réflexion qui me Pauroit fait faire. »: PEQETXx XX L de ne 1 nene NU Es raifonnemens ne doivent pas le taire dans toutes les occafions , ni méme aus la plúpart. Les fernpulenx entretien- “rolent par-1á leur habitude de raifon- Mer avec leurs craintes 82 leurs doutes , Ce quí eft la fource de lenr mal: il ufit de les faire, loríquw'on fe fent le Plus agité. L'imprefion qwils feront dans lame , influera lors-méme qu'elle y Penfera point , dans tout le détail de £a Conduite, qui en deviendra toujours plus terme , plus raifonnable , 81 plus súre. Ors ces oocafions des plus vives allar- Mes , il faut couper court 8z fans raifonner avec fes peines ordinaires , des qu'on reconnoit du premier conp d'eil , quona fait fon devoir, du moins pour Veffentiel. Je dis du premier coup dell, non du premier mouvement , car cef Par la lumiere de la raifon , $ non par € 84 Pair intéricure. - 38 un fentiment d'impreflion , que nous der vons nous conduire. : En faifant ces raifonnemens , il M6 faut pas vous arréter á répondre á toW tes les objeétions qu'une confcience alaft mée forme contre votre éloignement péché , il faut le fuppofer fans contefté* tion , fi" le gros de votre condul I'éloignement du péché ne confifte pi a men commettre plus aucun», mais avoir un défir fincere de nen plus coM mettre , á gémir de ceux qu'on commé par foiblefle, a fe précautionner contít tous. Jovir de Dieu , 6 ne plus PoR feníer , Welt le propre que des Saints quí font dans le ciel : le fervir $ faire pént tence de fes fautes , Pelt de ceux qui fom fur la terre, 3 “Ce qui doit vous encourager á vol décider fir ces raifonnemens , lorfqué - vous vous tronvez accablé des plus for” tes craintes , c'eft que quand vous € tireriez quelquefois des conféquence% trop favorables , $ quand , ne croyan! que méprifer des craintes frivoles , vou palleriez par-dellus des doutes fondésy ce ne feroit pas en vous une malice col” pable , mais une innocente erreur. L4 droiture de vos intentions , la honié foi dans laquelle vous agirez , la né cellité de vaincre vos ferupules, Pobéil; lance que vous rendfiez á votre Dircá”: k A Ñ o Obfacies € leurs remedes: 8% tur en vous décidant vous-méme » le trouble intéricur qui vous empécheroit e difcerner Péclat des raifons pour 8 Contre , vons excuferoient devant Dieu : 1 Jamais la confcience large peut Aver , comme je Pai déja dit dapres Aint Bonaventure, c'elt dans cette occa= lOn. Jefus-Chrift , bien-loin de vous dire un crime de Pavoir pris pour un Phantóme au travers des ténebres , VOUS tendroit la main pour vous préferver du daufrage. Remplillez-vous donc de cou- -tage Sí de réfolution: car il en faut saucoup pour vaincre des fcrupules in- Vétérés. Mais auffi la lumiere, la joie la paix que vous verrez fenfiblement re- Maítre á meftire que difparoítront ces ténebres , ces chagrins , 82 ces inquiétu- €s , feront le foutien de votre foibleffe Conwne le fruit de votre travail. So RAR U N ferupulenx qui lira ces réflexions dira Pabord : Ce 1elt pas moi quelles "egardent. Hé ! qui donc regarderont- €lles? Car tous diront comme vous. Ceci alt pour des gens le plus fouvent Occupés de Tétat de leur confcience , Tarement tranquilles devant Dieu , % Prefque jamais fatisfait fir Paccom- Pliffement de leurs devoirs ; gens Vung 36 Paiz inotricure 3% * 5 facon de penler toute finguliere , di” moins en ce qui fait le fijet de leuló! perplexités; que tout le monde condaií, ne ,julqu'a leurs femblables; qui tout nent contre enx-mémes toutceu'on peu leur dire pour les tranquillifer , pare qu'ils prennent toujours les chofes -cóté qui leur eft le moins favorable , Y quiils ne croyent jamais s'étre allez expli qués , quoiquils ayent été infinis fur des choíes que les plus timorées regardel comme de :minuties , gens qui faifadl ce que font les gens de bien , ne croyel jamais le faire comme eux, 8% qui 1% péchant pas dans leurs actions , croyem toujours pécher par penfées : gens qué] lenrs Confeffeurs , leurs amis dz géné” ralement tous ceux a qui ils s'ouvrent regardent comme des fernpuleux, 82 qué ne veulent point le perfiader quiils font; ou quí, s'ils le croyent en général men conviennent jamais loríque Pon ent dans le détail de leurs actions : gens entil eu éganx , toujours indécis , 8 don "humeur 8 les idées varient d'un moment á TPautre. Si vous refufez obftinement de vous reconnoítre á ce portrait, quo! que tout le monde vous y reconnoile? ceci en effet ne lera point pour vons. Obfiacies E leurs remedess | 87 do Ll li Jaloufie de Dieu qui pourfuit une Ame infidele par les miféricordieufes ri- Susurs , eft quelquefois la fource de nos iCnebres intérienres 3 8£ de nos doutes . MUligeants. Alors le mal eft ntile , pour- Vil que nous en reconnoiffions la caufe 5 - que nous Wen négligions point le remede. Ces fernpules font la punition de nos infidélités : la ceflation de nos infidélités en eft le remede. Ce font comme des épuis dont Dicu borde notre chemin : parce quiil voit notre grande acilité á nous écarter. Si nous allons. rOit á lui, 82 fi nous le cherchons de. tOnt notre coeur , comme le Roi Prophéte: il nous fera marcher dans des cheins larges , qui ne feront bordés que de hotre amour. On voit tous les jours des gens que ces peines rendent férieux , Ap- Pliqués , exaéts, de légers , diflipés , 3% Pen foigneux quwils étoient. Henrenfes peines , qui fonten peu de temps ce que. :oraifón , les faintes leÓnres , Vattrait Intéricur, 82 les Sacremens 1avoient pú areen plulteurs années ! Le remede el Violent, mais nécefíire , quand les au- "e : [1] Sepiam ¿Viam tuam fpinis..... Sí femitas sas non invenies, Ofée , 2, Y. 6. 83 Pair intérieure. tres n'ont point rénifi. Que cenx que Die. attire fortement á lui , prennent biel arde de le mettre dans la dure nécellis té d'en ufer. Que ceux á qui il Papplis. ue, ne s'arrétent point á chercher le re” > Pp JW pos dans la feule exaétitude á leurs des voirs effentiels ; ils ne feroient que pro= longer leur peine. Le moyen d'en voir 12 fin, celt de ne fe rien pardomner. Die. fera toujours irrité , tandis qu'Achan re * tiendra une partie de ce qui eft dévoué a Panathéme. ( Jofué. 7. W.19. ) interrogel devant Dien votre propre coeur , commé * le S. Conduéteur du Peuple de Dien interrogea ce méchant Hraélite : obligez-le á nerien diffimuler de tout ce que PEL: | prit de Dieu lui reproche , Confitere , ne! abfcondas ; 8l lacrifiez fans ménagement toutes ces infidélités fecrettes qui font la. cauíe de votre trouble (1). $ ¿AAA F / Uelquefois , ce ne font pas tant des. défauts fenfibles que Dieu chátie par ces. peines intérieures , qu'un refte d'amouf propre dont il nous purifie. C'eft unf rouille imperceptible , X un alliage del cat? Que le feu de la tribulation le plus (1) Quia turbafti nos , exturbet te Dominus* Sofué, 7. Y. 25» ai un. Obffacies € leurs remedes. 89 acif $ le plus pénétrant peut feul nous Ster (1). Ce que nous pouvons faire alors € Mieux , ce que nous devons faire Avant toute autre choíe , cC'elt de baifer a main de Dieu qui fait fir nous ces ri- Soureufes , mais falutaires opérations , 82 - Ale le prier de háter fon ouvrage , afin que nous puiffions Paimer d'un amour chafte, S Jouir de la paix intime d'un coeur paralt. S. XXXV. ass préjudice de cette entiere fonmifion aux coups de la main du Sei- Seur , nous devons employer les moyens Ordinaires pour firmonter les ferupu- €s que nous jugeons qu'il nous ménage ; Car il le veut ainfi , comme il vent qu'on afle des remedes dans les maladies mé- - me quil nous envoie pour notre bien (pirituel ) 8 outre quon pourroit fouvent Sy tromper, prenant pour un ferupule e Providence celui qui naítroit d'un Autre principe , les remedes font le mé:- Me effet que le mal, $ entrent également dans la voie de notre fanétification 5 de méme que les potions améres , le *€gtme Paffujettiflement aux Méde- Cins font fonvent autant , S quelquefois (1) Excoquam ad purum fcoriam tuam ; 8 Ahferam omne ftatum tuum, f.2. Y. 25» 90 Pair inttricure: A plus , fouffrir un malade que la maladió | méme. 2 SIX VE: Si le mal vient de ce vice féduifant quí nous enchante de nous-mémes , $ quí. fait que tout ce qui nous humilie , mou. révolte, $ nous déconcerte , le remede -eft connu. Ayez un bas fentiment de vos. tre vertu 8 de votre capacité ; que vo? lumieres difparoiflent devant celles d'atis. trui : que vos fautes journalieres recoM”. nues ingénument abbattent Venflure de. votre coeur. Que yos anciens égaremen$ aflidúment médités , confondent votré. préfomption : vous gagnerez furle fcri”: pule autant que vous perdrez de la bot" ne idée de vous-méme. Accontumé confidérer la corruption de votre coeur 7. íon infection ne vous donnera plus cetté. agitation qui trouble , ne cherchant poimt. a briller á vos propres yeux , ni á ceué. d'autrui , Pobfcurité de votre ame ne vol cauléra point cette horreur qui faifit , Y cette confufion qui chagrine : les incel titudes fur votre état préófent ; des qué vous les accepterez comme une jufte pl! “nition de vos défordres pallés , ne voW jetterontplus dans de trites allarmes.VoW me ferez plus effrayé de votre petitell£s dés que vous ne vondrez plus vous mé Obfiacies € leurs remedes. 91 Íitrer avec perfonne , vous regardant comme inférieurá tous. Laiflant aux autres es faveurs'fignalées du Ciel , les vertus Aéroiques, les grandes confolations ,alors « médiocrité de votre grace, la multitude de vos défants > Paridité de votre Ame ne vous donneront point ce chagrin «qui nait de Pambition, $ quí produtt la ¡triftefle. Sans avoir ces grandes graces ontvous vous eftimerez indigne 5. vons pofléderezun des plus grands biens qu'elles puiffent produire , la paix du cocur ; vous ne courrez pas rifque d'un grand Mal , qui en réfulte fouvent par notre Ane U SEIS , C'eft la préfomption de Pame. Ous jouirez fans trouble , 82 yons vous Enrichirez fans rifque de votre .pauvreté, non avec le pareflenx qui hait le travail , mais avec Phumble qui craint le alte. Peut-étre ne penfez-vons pas que ce .remede foit celui qwil vons fans , ni que ¿Votre mal foit celui qu'il attaque ; mais Qutre que cela méme prouye qu'il vous -€ft néceffaire , ce qui doit vous donner 4n grand défir d'en ufer , Celt quil ne -.Peut jamais que vous étre utile. Les re- Sards de Dieu Sarrérent fur Phumble , 8 C€s regards tout Inmineux difipent nos ténébres', 8l avec elles difparojífent nos dontes 8 NQs perplexités; E 2: 98 Pair intéricure, K heurtée par les ambitienx qui y col-= rent: elle fe met d'ailleurs £i bas, quils le fouleroient aux pieds , fans'Sen apper? cevoir , % fans qwelle s'en apper- | cut elle-méme. Elle prend tant de foin | de fe cacher , que fes talens wWirritent point Penvie ; 8t elle s'éloigne fi fort, qu'elle fe met hors de la portée de fes traits. Si on la dévoile malgré fa mo- | deftie , fi on la produit malgré fa ré- | pugnance , fi on Péleve' malgré Les: cEÑ | forts , les envieux pourront vomir con- | trelle tout leur venin , mais ils ne lau roient nuire á fon repos ; bien-loin de | s'animer contre leur malice , elle fe | louera de leur Pta 5 elle le |] Joindra á eux , mais fincérement , contre le mérite que le public lui attribue, 3 é ele les priera de fe joindre 4 elle pour le détromper. Enfin plus elle s'ab- 1 baiffe , moins elle eft agitée ; (1) 8 elle | trouve le parfait repos dans le centre | .immobile de fon néant. ¿50108 dE tf q Du] Y Hrurcar fimation ! Etat fiblime Y Q devroit bien plutót faire le fijet de Pen- : vie , li une pafion anffi láche étoit car [3] Quantó quis in fe humilior firerit tantó “erit pacatiar.. Sit. ChrifiL. tad > dd Moyens. 99 Pable d'afpirer á un 4 grand bien. Ame Vralment humble , aufli baíle á vos pro- Pres yeux , que vous étes ¿levée aux yeux de celui quí prend un plaifir fingulier él. terraller les orgueilleux < a élever es humbles , votre juftice eft comme les montagnes de Dieu (1) , dont la Cime jonit Pune férénité continuelle, étant au-defns des nuages 8 des vents. - Tandis que Porgueilleux ne pofféde rien moins que le repos qu'il cherche , quiignorant méme la route qui y conduit (2), il Sen écarte de tont ce qu'il fait de chemin pour y arriver 3 tandis qu'il eft dé- Chiré au-dedans par la multitude $ le combat de fes penfées; quil eft agité au-dehors $ par les mouvemens quil fe Onne pour avancer , 81 par les efforts de (es compétiteurs qui le répouflent ; tandis que la réputation d'autrui enflamme fa jaloufie , que la fienne propre irrite la cupidité , que fon falte le fait méprifer de ceux dont il cherche eftime, 8 que fa vanité le fait tomber dans des petitefles dont il rougit lni-mé- Me en méme-temps quil mendie les “Pplaudiffemens ; tandis que les plus -S'ands honneurs , 8 le plus petit mépris COncourent également á le rendre mal- [1] Juftitia tua ficut montes Dei. Pf. 35 (2) Viam pacis cognoverunt. PL 14. 100 Paix intéricure. ¿e heureux , comme le favori d'Affuéms 5 qui élevé julqu'aupres du thróne XK á la familiarité da Prince, fonpire aprés le falut de la part dun Mardochée aflis avec les gardes á la porte du Palais, ne pouvant Pobtenir , il féche de trife tele, E fon défelpoir lui fait verfer des larmes. ( Efiher. 6. v. 12. )Enfin tandis | que le cozur de Porgueilleux eft comme | une mer agitée d'une horrible tempéte», | felon- Pexpreffion du Saint-Efprit, (If | 57. v.20. ). vous, humbles de coeur ,vous | jouiffez d'un calme parfart , don précieuX | dun Dien fidele á les promelles (1). | ? ¿EN ma: ¡EN [1] Difcedite a me quia mitis fum 8 humilis corde : Sí invenietis requiem animabus veftrigo Matth. 11. Y. 26. GAP ITRE TL: La mortification.. A mortification elt aníffi nécefTaire a la paix intérieure que P'humilité) eut-étro Peft-elle davantage , les occar “fions de la fenfualité revenant plus fouvent que celles de Porgueil. La vie des fens elt entiérement oppolée á la vi intérienre : On prend fur celle-ci tout ce qu'on done A celleslá. Le corps E Peb * : Moyens» TOL Prit , la nature 8% la vertu ; Pamour de ieu 8 Pamour de foi-méme fe balan- Cent pour ainfi dire , mutuellement: a Melure qwon abbat Pun, Pautre s'éleve, Ce font deux puiffants ennemis , dontcha- <un fe fortifie de ce qui détruitPantre (1). ves fens donnent bien de Poccupation l Une ame qui veut les borner á la vraie néceflité 3 mais ils en donnent bien plus a celle qui les livre A leurs convoitifes, —L'eil Weft jamais raflafié de voir, ni -Yoreille 'entendre (2). Hs nous attirent Lans cefle au-dehors , pour nous entretenir avec les objets extérieurs qui nous Ítivent en foule , lorfque nous voulons tentrer en nous-mémes. Ainfi les fens hous entretiennent dans un commerce continuel avec les créatures , qui inter Tompt beaucoup celni que noug voulons avoir avoir Dien. | Le plaifir tient Pame attachée 4 la terre , 81 lempéche de *élever au Ciel ; 1 Pamollir Vaillenrs , 82 la rend foible timide comme un enfant que la moindre chofe arréte, ébranle , renverle; aun 184 que la mortification nous rend vi- (1) Caro concupifcit adversts fpiritun 3 fPiritus autem advershs carnem: hac enim fibi "MVicem adverfantur. Galaz, 5. Y. 17- + (2) Non faturatur oculus vilu , nec auris Ruditu impletur. Ecclef. 1. Ye. 83 102 Paix intéricure. goureux , fermes , inébranlables. Aufí le Démon quí eft plus terrible aux foibles , $ quí Welt que la foiblefle méme avec les forts , craint de fe commettre avec une ame mortifiée (1) , dont il ef prefque toujonrs repouflé avec perte y mais il regarde avec mépris la piété méme él les bonnes réfolutions d'une ame fenfuclle , qu'il elt comme affuré de renveríer entiérement quand il le vou dra, ou dont au moins il arrétera le pro-- gres , fi Dieu, par le fecours qu'elle ne mérite pas , ne Pempéche de tomber dans le crime. Cet ennemi de notre falut n'a que deux portes pour entrer dans notre ame , % pour y mettre le trouble , ce font la gloire 8% le plaifir , fi nous les lni fermons foiguenfement , il eft réduitá roder autgur de nous , Circuit querens3 Sc. X nous pouvons nous moquer de lni , comme des gens renfermés dans une forte place le moquent des ennemis» quí ne font que tournoyer aflez loin des murs fans ofer Pinfulter. | | $..I 1, Mos ce neft pas allez de renoncef aux plaifirs, il faut encore aimer 1e5 , . , e fouffrances : Pun ne fait que nous éloj- . (1) Pertimefcit Satanas piorum vigilias 3 jejunia , Gkc. Alhan, in yitá $, Anton, Moyens. 103 ner du. vice ; Pautre forme en nous * vertu , $ nous donne proprement cette force , que le retranchement di Platfir ne nous donne point par lui- Méme. Les laints travaux fortifient Vame Comme le travail du corps le rend fain * Mervenx 5 $ une perfonne qui ne seft Point exercéc A une vie auftere 8 labo=. Heufe , eft aufli pen capable d'une folide Vertu : qu'une femme molle 82 délicate eft capable des travaux pénibles de la Campagne. “Tout Pincommode , tout Parréte, tout la rebute , le moindre exer- Cice la met hors d'haleine, 81 elle court 2bord aux délallemens , vrai fymbole - "ne ame peu exercée A fouffrir 5 tout agite , toutla chagrine, tout la révolte) St lui fait perdre cette paix rélervée UX hommes de bonne volonté (1) eft- -dire , aux hommes d'une réfolntion ferme 8% capable de tout entreprendre , qui les met en état de tont fonffrir, Cette paix , comme celle des Etats, Slt le fruit de la guerre, 8 4 Pon ne Yeut fipporter les travaux de celle-ci A On ne goñtera jamais les donceurs de Celle-la. Cieft Ponttion du Saint-Efprit; ¡ul nous adoucit $ qui nous tranquil- “e Intérieurement; 8% Cell le coutean , ya Pax hominibus bone voluntatis. Luc, 4; e 14, 104 Paix intérieure. de la mortification , qui fait conler ce. baume dans nos ames. Au défaut méme de cette onétion fenfible , la mortifica= tion nous foutiendra , $t nous fera com-' battre toute la nuit contre la mer éx les vents , en attendant que le Sauveur re= vienne. ( Math. 14. Y. 25. ) Elle nous donnera une paix moins fenfible, mis plus folide : parce qwelle fera dans le — fond d'une ame réfignée , contente de tout ce que Dieu veut, véritablement paifible , quoique fes puiflances foient agitées 3 comme le fond d'un vaifleaú eft allez tranquille , quoique les máts % les hunes foient dans un continuel mou. vement. Dans cet état l'agitation afin geante 82 de paix infenfible , nous nous croirons daus la derniere mifere 5 mais nous ferons riches devant Dieu, quí: comble de fes bénédiétions cet homme z caché au fond du coeur dans Pincorrnps tibilité d'un efprit tranquille 8 model te (1). Ceux qui fe figurent qu'ilny a qué des confolations dans la pratique de 14 vertu , font dans une illufion grofiere: C'eft ordinairement celle des commen cans , qui avec les enfans de Zehédét / € : [1] Qui abíconditus elt cordis homo de | incorruptibilitate quieri « modefti fpiriús,9 + a in confpeétu Dei locuples; 7, Ep. Petr, 6 3 , de A Moyens. 105 le demandent 4 Jefus-Chrift que de JOIr tranquillement avec lui des délices e lón royaume. Mais que leur répond e Sauvenr ? Pouvez-vous boire le calice Que Je dois boire moi-méme? C'eft auf - S£ que je vous dis : Pouvez-vous fouf- Li, € fonftrir beaucoup , $ fouffrir fe toutes les manieres au-dedans $ au dehors , dans le corps € dans Pame , des maladies $ les tentations ” les contradiétions des hommes 8 Penmui de Vous-méme , la guerre des Démons 8 €s épreuves du Seigneur ? Si vous étes ré(olu á fonfírir tont cela , vous jouirez Un fond de paix inépnifable comme es abimes de la mer, ou comme les Saux d'un grand fleuve qui fe renouvel- Ent fans cele 8 qui ne tariflentjamais(1). ¿cut - étre ne cherchiez-vous autrefois ans la piété , que les fiavités qui Paccom- Pagnent , c'eft ce qui-la rendoit fiiné- Sale 3 parce que les douleurs ne font pas. -¿£ tous les temps. Vous étiez dévot par «itervalle , parce que vous Pétiez par fen- -Malité. Vous vouliez , comme dit agréalement S. Francois de Sales , ( Ep. 48. E S.) prier dans Peau de Nafe, $ étre 5 eux á manger du fucre , 8% des que * Cxercices fpirituels Métoient plus af j 1] Sicut flumen pax tua, 8 juftitia tua “Ut gurgites maris, 2/. 48. Y. 8. 106 — Paix intéricure. faifonnés de ces doucenrs , $ que vou5' métiez plus parfumé dans la priere , vous. étiez trifte 81 découragé , 3 votre amour propre fenfuel , vous faifoit aller chercher dans les créatures le plaifir que vous ne: trouviez pas dans le commerce avec Dien y vous en perdiez la paix intérieure 8 le recueillement. Pour vous rendre lun € Pautre , il falloit pour ainíi dire , que. Dienusát de carefles á votre égard. Pent: étre encore quwétant trop délicat , la: moindre occafion de fouffrir vous faifoit' | perdre la paix , $ par le combat intérieur que vous canfoient les fouffrances >. 8t par Pinfidélité á vosexercices que vou abandonniez , ou dont vous vous acquíttiez négligemment ; les laiffant un jour comme dit fainte Thérefe , parce que la téte vous faifoit mal ; le jour 'aprés 7 parce quelle vous en avoit faite , 81 le | troifieme , crainte qwelle ne vous en | fit. Toutes ces foibleffles étoient fipportables dans votre enfance fpirituelle , mais il eft temps de faire voir que vouS avez grandi, 8 que vous vous étes forttfié , que vous ne comptez plus de pollés. der votre ame que par la patience (1) %- par une patience de tous les momens (2)- [1] In patientiá veltra poffidebitis animiS' veítras. Luc. 21. Y. 19. [2] Necelíe eft re ubique tenere patientiamMa' Moyens. 107 e que les croix font femées par-tont 1) de la main miféricordienfe d'un 14 , qui en fait le prix 8 la né- Cefíité ; 82 que celui qui veut étre un Moment fans fouffrir, aura jamais une baix folide. fl internam vis habere pacem. Imit. Cár. Lib. 2 22, Li Crux femper parara eft , ubique te : Expeétar. Imit. Chr. Lib. 2, c. 12, CHAPITRE II1 Fidélité a fes exercices, JE viens d'infinuer une chofe qui eft trop eflentielle pour n'étre touchée Yen paffant, c'eft la fidélité A fes exer- Cices fpirituels. Elle doit étre grande y, Parce que la plus légere nésligence caul£ un affoibliflement de Pefprit intéricur, Xx par conféquent de la paix de Pame. (1) faut que cette exactitude aille juf Wa la rigidité qui paroit exceffive , dit Un grand Prélat: mais fans elle tout tom- £ en confufion. On fe difipe , on fe telache , on perd fes forces ; on s'éloi- -$1e infenfiblement de Dien; on fe livre “ tous (es goúits, 8 on ne commerce á ó 11] Non fine difpendio traníit levis omifio Sercitii. Imit, Chr. 114 Paix intéricure. , 2d | encore d'avantage ceux qui veulent fortement exciter fes affections, 8 Saflure de fes difpolitions. C'eft en comnoltre peu la nature, que de penfer lui donnef la détermination par le mouvement du corps, $ de croire qu'il aime parce qu'oM | s'attendrit : cet attendriflernent n'eft que dans le lang éX dans les organes ; qui n6 font rien moins que le liege de P'amouf facré. Tout eft doux 8 moderé dans le fervice de Dieu. Il exige point que la téte fe fatigue , ou que la poitrine s'épuife par des efforts déplacés ; 8 l'on ne voit, par conféquent, ni mettre (00 elprit á la torture pour en aflujettir Pinconftance , ni fon coeur , pour ainfi dire) fous la preffe pour en exprimer les affections. Ces mouvemens produiroient ul effet tout contraire ; parce que le coeuf veut étre libre 8 large. Ce qu'on crol” roit quelquefois reffentir «dPamour de Dieu $ de zele pour fon fervice , ne fe7 roit rien moins que Pun 8 Pautre y % ainfi ce feroit fe procurer lillufion de > Pefprit par le tourment du corps 8 de Pame. : Ñ Mais encore , eft-ce véritablement Pamour de Dieu que nous cherchoM par tous ces efforts ? Non, c'eft notfó propre fatisfaction. Dieu ne demande 4% * nous que la folide préférence , la com duite uniforme, la tranquillité de Pam? di + Moyens. Y15 ho dl paiíible foumiffion aux ordres de (a - Ftovidence, le zele attentif fans étre | SMpreflé , pour accomplir la volonté - fOnnue; 62 nous nous y bornerions , li + ROus ne recherchions que lui fcul. Quand y R0uS, avons dit A un ami que nous Pai- -MOns fincérement , que nous 1'avons Hen qui ne foit A fa difpolition , $ ¡Que nous fommes préts A nons facrifier Rous-mémes, pour lui, nous fommes fafisfalts de nous, $ nous croyons qu'il a fiyet de Pétre, quoique nous Ini avions iné cette aflirance d'un ton fimple, Jans potes animés , lans un regard plein de feu , fans mouvemens convulíifs , qas une refpiration forte 82 précipitée ? E cela , parce que nous favons que les expreflions naturelles 8 les manie- Tes ingénues font le vrai langage du Coeur , 82 que ce reft que le coeur que Dotre ami demande. Penfons-1nous que Dieu demande d'avantage ? Nous a-til Jamais dit : Donnez-moi votre téte ou -VOtre poitrine , VOS malns Ou vos yeux ? ¿A imons-Íui notre coeur qu'il demande A ES tenons-nous en repos. ¿ M TL Ea Ais il y a encore plus , c'elt quenons O réprimer doucement ces mouve- - 25S trop fenfibles » lors-méme qu'ils | ea E Fa de 116 DOTE INPOMEUTe. “O viennent, fans que nous les ayons exck tés. Ces bouillonnemens intéricurs d'une. imagination échanfféc , ces (aillies Pu naturel actif, 8% fouvent préfomptucuXx y ne font que nous remplir de nous-mé- mes , nous guinder dans la dévotion. Cefé , dit PApótre faint Pierre , uf | ferveur étrangere qui ne fait que not$ égarer; £ quí eft me vrale tentatioM pourñous. (1) Notre joie dans ce monde doitétre de participer aux fouffrances de Jefus-Chrift , (2) 8 notre confolas tion d'éprouver les angoifles de fon ago”. nie. Il nous fera goúter pleinement 1e% ardeurs faintes , les pieux tranfports 9 les délicienx épanchemens d'un cocub confumé par le feu de la charité ; lork quiil manifeftera fa gloire dans la com lefte Jérufalem. (3) Sil en verfe dan ) nos cceurs quelque léger écoulement. dans cette vallée de larmes, ce ne quen paffant', 82 quand il le juge * propos ; 8x il ne veut point que noi. le défirions juíqu'á Pinquiétude, uN enlement pour le goút. “Tont ce eN [11 Nolite peregrinari in fervore, qui ad tentationem vobis fit, Ep. B. Petr. c. 4: Y: en (2) Sed communicantes Chrifti pafñonibl y gaudere. 1b1d. Y. 13. E : A (3) Ur K in revelatione gloriz eJus gande?” tis exultantes. 2bid, ee " j ar á Moyens. AZ -Rous ferions pour- Pattirer feroit fans Hit, Él tout ce que produiroient nos efforts wen feroit qu'iune trompenfe imitation , qui nous donneroit une trop Onne idée de nous-mémes, En eflet , “dans ces momens d'ardeur , ncus nous £panouiílons tout entiers , nous admi- Tons imperceptiblement la beauté de nos Penfées ,la fermeté de notre courage , la vivacité de nos mouvemens ; $ nous Llommes tous orgueilleux de cette (iperbe roue qui nous environne. Dés que Nous nous en appercevons , il ny aqu'une Chofe á faire ; celt de laiffer tomber d'eux-mémes tous ces mouvemens , de _Rouns renfermer ,en nous-mémes avec 2184 , nous tenant en fa préfence dans Une. contenance modefte $ un humble llence , jettant de temps en temps fyr Ani des regards pleins de refpeét, $. TIT TL. nous donnera [es mouvemens pallibles quand il les trouvera bon , % il Ne veut point: des nótres, des quils Ont oppofés á la paix de Pame quil élire £i fort. 1 faut Pattendre, Sí non Pas le prévenir ; (1) il faut marcher á tU Expeáa Dominum » Viriliter age: conrcortunm, « fubítine Dominum. Pf. AS | 118 Paiz intéricure, «e fa fuite , 8% non pas le dévancer, 8 nous devons faire confifter en cela toute notre gloire (2). C'elt en vain , dit le Prophéte que vous vous levez avant le jour, vous vous donnez d'inutiles mouvemens au milien des ténebres (3) * tenez-vous en repos en attendant qué le foleil paroifle , 8t ramene la lumiere , la chaleur ét Paétion-: nourriflez+ vous cependant du pain de la componc= | tion qui fortifie 82 qui fontient , 8z de | Pean des pleurs qui afloupit 8% qui tranquillife. Au milien de ce fommeil intérienr , é2 lorfque vous y penferez * le moins , PEpoux célefte pad yous iotroduire dans la falle du feftin ; 82 les. délices quíil vous fera goúter dans ce ' miférable exil , vous feront comprendre Xi défirer celles qu'il vous prépare dans la célefte béatitude qui fera Phéritage du Seigneur, 8 la récompenle de fes enfans (3) : alors vous difcernerez les mouvemens de la grace d'aye6 1 ceux que vous formez feul; vous com”. [:] sii gloria elt fequi Dominum. Ecclh 23. y. 30» : ¿E 5) Vanum eft vobis ante lucem furgerts P/. 126. a [4] Surgite poftquám federivis qui mandu” caris panem doloris. Jbid, e [5] Cum dederit dileétis (uis fomnum , He reditatis Domini, filiimerces. 14, , Y 4 Moyens. O prendez , vous fentirez la vérité de ce que vous ctoyez maintenant favoir que perfonne peut aller á Jefus-Chrift , Sil Welt attiré par fon pere. Dieu fera Plus en un moment, que vous ne fau- Ylez faire en toute votre vie. Vous mat- Cherez , dit le Seigneur, dans les routes ¿que vous ne connoiffez pas , vous Y avancerez jufqu'áa vous étonner vousméme ; 8 la rapidité de votre courfe fera femblable a la vélocité une fléche qu'un homme vigoureux a déco- Chée de toute la force de fon bras (6) ; Voilá ce que-Dieu fait quand il le vent, Ce que nous pouvons efpérer fi nous fom- Mes fideles, $ ce que nous ne devons MI prévenir par notre impatience , ni troubler par nos efforts. Nous ne de- Vons donc pas réprimer tous les mou- Vemens intérieurs vifs 8% fenfibles ; il en eft auxquels nous devons nous livrer lans réferve. Je donnerai ailleurs plufienrs marques auxquelles on peut les difcerner ; il me fuffira de dire ici, Quiils tiennent de la tranquillité de Dieu Méme qui en eft Pauteur , X qui, NOus ayant formés á fon image , veut que nous Pimitions dans notre con- a [6] Sicut fagittee in manu potentis : ita flii - *Xcufíorum, Zó, F4 120 Paix intérieure. : A ¿dnite (7) , $ que nous foyons.comme. lu , autant que peut le fupporter notre foiblefTe , dans une continuelle action $ dans un profond repos. | (7) Ideó novimus hominem ad imaginen Dei conditum: ut imitator fui effer audtoris. Leo Mag. E [1] Semper agens, femper quierns. Aug. CHAPITRESGWVIL ÓN Souffrir fans inquiétude les aridités de Pame. S. L 4 L il Otn de chercher un goút fenfible dans des affections excitées avec effort, il faut fouffrir avec impatience les aridités E les dégoúts , $ préférer toujours une paix folide , fondée fur la iermeté des réfolutions , á des confolations pallageres , fouvent formées par notre tendre naturel , ou accordées comme a regret á notre exceflive foiblelle. En cfíet, ce ne font gueres que. les ames foibles. $ peu veríées dans la vie Intérienre , quí recherchent les confolations avec ardeur , % qui s'afflic gent á Pexces des fécherefles. Des que Dieu celfe de les carcfler , comme une tendre mere carelle un petit enfant at- 4 qq Moyens. MI ¿Yaché a fon fein, elles croient quil les a abandonnées ; elles font tentées de Yabandonner á leur tour ; ordinairement elles négligent fon fervice , % toujours elles perdent la paix du: coeur. Celt un Mal Ki commun, quil Weft pas de Livre ¿pirituel , ou il wen foit traité : 5 je me difbenferois volontiers d'en parler , fi le peu que en vais dire % que je tiens ' méme de ces Auteurs , nentroit nécef- Tairement dans mon (ujet. 5 2 D'abord je conviens qu'il elt trifte de -Yemplir les plus religieux devoirs avec Un Coen froid $ un efprit diflipé , dy Xevenir toujours fans zele , X d'étre Obligé Py trainer fon coeur comme par Orce , de le trouver devant Dieu fans entiment $ avec une. ftupide indifFé-. rence , de prier fans recuelllement , de méditer fans affection , de fe confeller Lans doulenr » de communiter fans goút > de manger le pam céólefte avec moins de fatisfadtion que le pain matériel , del0uffrir au-dchors fans étre fonlagé audedans , de porter de péfantos croix; SK bien-loin dy reffentir cette ondtion Crete qui-les adoucit, d'y trouver de MOuvelles croix cachées , beaucoup plus: Pélantes que celles qui paroiflent. Cet :Ctat eft fans doute bien mortifiant , mais Ménagé ayec beaucoup de fagelle par la Providence Yun Dieu qui ES par-. 3 sa 122 Paix intericure. faitement fes droits 81 nos befoins. Vous étes juíte, Ó mon Dieu! Et tous vos arréts font dictés par Péquité méme * mais votre miféricorde entre auffi toujours pour beaucoup dans tous vos col feils ; elle dirige tous vos voies de con- | cert avec votre vérité infinie (1): vous | triompherez toujours de l'homme: quí voudra entrer en jugement avec vous (2). Mais ici fur-tout , votre conduite elt de luminenfe , que Phomme méme qui entreprend de défendre votre caufe auprés de ces ferviteurs triftes 82 prelque mécontens , peut en peu de mots vous juítifier les confondre. ¿N . HE O U c'eft pour vous punir de vos falltes que Dien retire fes confolations , OU | c'elt pour augmenter vos mérites. Si elf pour vous punir de vos fautes ,. qué | ne tournez-vous votre mécontentement contre vons-méme? Si ceft pour aug” menter vos mérites , pourquoi vous plail” driez-vous de lui? Sil vous traite com” | me vous le méritez , quel tort vous fait” 112 Sil veut vous donner plus que vos* (1) Univerfe vie Domini mifericordia * veritas, Pf. 24. Y/. 10, dd (2) Ut vincas cum judicaris, PA 50. 1 d Y Moyens. 123 ne méritez, en vous faifant mériter lavantage , quelle reconnoifíance ne lui evez-vous pas ? Craindriez-vous , On qu'il vous fit expier vos péchés trop facilement dans ce monde , ou que Par de légeres fouffrances , il vous renlt trop henreux dans Pautre ? Vous au- IeZ bean raifonner : ce que vous appelez [es rigueurs doit nécellairement avoir un de ces deux motifs. Dieu ne hait -—poiut lon ouvrage (1) $ il rmappelle point P'homme a fon exercice pour le rendre malheurenx : toujours heureux en lui-méme , il ne Pa point créé a la rel lemblance pour fe donuer la fatisfac- «Hon ridicule de le voir miférable dans Í0n portrait , € lor(quil Pappelle a «ul 5 ce meft pas pour le jouer de fa -foibleffe , en le repoufflant d'une main , tandis qu'il Vattire de Pautre. 1 fe joue des cieux , de la terre , XX des élemens quil meut, quil partage , quil varie a fon gré , fans pourtant changer Pordre primitif de fa providence (2). Mais Pour Phomme , il le conduit avec des Ménagemens : qui font voir quil ref. Peéte (3) en lui Pimage de la Divinité [1] Diligis omnia que funt, Se nihil odifti €Orum que fecifti, Sap. 11. Y. 15. 12] Ludens in orbe terrarum. Prov. 8. Y. 33, 13] Ciim magná reverentiá difponis nos, Sa * 12. Ya 18, F6 30 Pair intérieure. a lités á errer pendant quarante ans dans le défert , á caufe de leurs indocilités X- de leurs révoltes ; mais il met tout ce temps á profit pour leur perfe*tion , en affermiflant lenr foi ,en exercant leur patience, en leur apprenant á4 eftimer des biens aprés lefquels il les fait long-tempS foupirer, en leur enfeignant dans le dernier détail les cérémonies de fon culte» Pandis quíil les punit d'nne maniere quí | femble uf pen févere, il les protége | d'une facon éclatante : il leur fert de guide dans ce vaíte défert , 81 marche — toujours á leur téte :1l les inftruit par Les oracles £x pourvoit á tous leurs beívins3 le Ciel. leur feurnit journellement leur nourriture : les eaux coulent en abondan: ce d'une roche aride 8t leurs habits font miraculenfement confervés. Voila quel: eft le Dieu que nous fervons : voilá com- | bien il nous aime, lorsméme quil nous chátie, Un exemple encore plus propre á mon fujet eft celni-d'nne grande Sainte. Elle s'entretient avec des perfonnes religien- | fes , des douceurs des exercices fpirituels? | Et des grands biens qu'ils produifent¿$ les y trouvant moins veríées qw'elle, elle fent s'élever au fond de fon coeur je ne lais quel mouvement de complaifance qu'elle ne. réprime pas allez-tót. Les alts eux-mémes n'ont pas toujours évk” ] Moyens. 131 té les furprifes du fubtil amour-propres uel avertiflement pour nous ! Pour cette faute Dieu la livre pendant plufieurs - Années á des aridités S% á des défolations Intérieures , plus pénibles que la mort. 'ne de yous , ames timides , dá qui mor difcours 'adrefle maintenant, auroit crúl que cen étoit fait elle; $ que Dieu lavoit abandonnée fans retonr ? Mais la ainte quí connojit le prix de ces miféricordienfes févérités , en prend de nonveaux motifs de ferveur 81 méme de confiance, 82 met fi bien ía peine á profit , que fa fante concourt beanconp a fa fanctification. Comme PEpoufe des Cantiques , elle cherche lEpoux avec d'autant Plus de diligence, qu'il S'eft retiré d'elle dans le temps qu'elle s'étoit laifíée fur- Prendre par le fommeil (1); 8 la perfé- Vérante fervenr lui en affíure une pollef= fion durable (2). 5. Ye E, fecond lien , vous craiguez que Dien Ne fe retire de vous , parce que vous le vez mal, É% que vous vous portez avec el In leétulo meo per noétes quefivi quem , Bl anima mea; quefviillom , « non invem1. Cant. 3. Wet (2] Inveni quem diligit anima mea: tenui' im, nec dimittam. Zbid, Y. 4. de 132 Paiz intérieure. qe une péfanteur infupportable á tout ce quí elt de fon fervice: vous croyez avoir tont fujet de craindre quil ne vous vomifle a caufe de votre tiédenr. A cela je re- -ponds , que fi c'eft une véritable négligence , vous avez fujet de craindre , mais vous avez auli de quoi vous tranquillifer. Renouvellez votre ferveurparP'exac-. titude $ fans effort , réveillez-vous de cet alloupiflement , él vous empécherez que Dieu ne fe retire , lorfqwil elt fur le point de le faire. Mais fi cette péfanteur _€ft toute involontaire , fi elle eft encore plus afíligeante pour vous , que défagréable á Dieu; fivons en gémiflez, 82 1i vous fouhaitez fincérement de la voir changer en ferveur, votre crainte me rafíre lur votre compte ; x je verrois avec plaifir les allarmes peu fondées qui vous humilient , fi elles walloient pas jufqua vous troubler , modérez-les , $ tout e fait. Cette pélantenr que vous reflentez pour les faints exercices , ef toute naturelle : £2 Dieu , apres la grace du faint Baptéme , ne nous punit pas de ce que nous apportons en naiílant. La ferveur fenfible nous eft étrangere ! Dien feu) peut nous la donner, $ $'il ne la donne pas , vengera-t-1l fur nous la réferve ? Quand ce feroit méme pour nos fantes - qwil Pauroit retirée ; fi nous en fipportons la privation avec humilité $ ayeo AT > ; Moyens. 133 Une patience laborieufe , qui eft une ferveur féche fubítituée A la ferveur de - BOút, notre peine ne fera pas un non- Veau crime , 6% nous ne ferons pas cou- Puales , parce que nous ferons affiligés.- leu fera au contraire touché de notre Pénitence , EX il ne tardera pas á nous confoler. Nous 1 avons donc point fujet de perdre la paix dans notre aflidtion , puifque PAuteur méme de notre affliction Wa fur nous que des penfées $ des vúes de paix (1). 11 défire plus que nous de voir notre patience éprouvée , 8 nos péchés expiés , pour mettre fin á nos fouffrances (2). Au refte votre état n'elt rien moins qu'une véritable tiédeur : puifque vous ne vous négligez pas -, que vous «Vous précautionnez contre les plus légeres fautes , que vous gémillez de celles ot Vous tombez par fragilité , que vous rempliílez les devoirs de votre état 8 de votre regle de conduite. S'y mélát-il quelque négligence , 'ceil tendre du Seignenr he verroit en cela qu'un effet naturel de Uétar fouffrant , SX £i je Pole dire , de Ctat forcé o vous étes. Eh! Pourquoi Y Verriez-yous une tiédeur formée , capa- ,¿[X] Ego cogito fuper vos cogitationes pa= 'S K non aflidionis, Jerem. 19. + 2L- [2] Ur dem vobis fidem x patientiam, id, 134 Paiz intéricure. A ble de vous faire bannir de fon coeur ¿ 8 vomir de ía bouche ? 5. VL Al cñevons notre apologie pour calmef votre coeur. Vous maimez point Dieu, dites-vous ? Vous qui pour lui, vous. privez du commerce du monde , des plar lirs des fens , de mille commodités de votre condition , 8 des divertiflemens de votre áge? Vous qui 'adorez , le priez, méditez fa Loi 6 la parole ? Vous qui voyez avec horreur fes ennemis les outrages quíils lui font ; 8t avec tant de Plailir les vrais adorateurs 8 les fervices quils lu rendent ? Vous pour qui rien ne feroit aufli fatisfaifant , que de favoir que vous étes agréable á fes yeux , SY qui ne vous allarmez fi vivement de vos aridités , que parce que vous craiguez de lui déplaire ! Vous qui fervez votre prochain malgré vos répugnances , parce que Dieu le vent, $ qui le fervez lui-méme malgré vos dégoúts, parce qu'il le mérite ; tout cela ne marque-t-i1 que de Pindifférence pour Dien? Son amour a-t-il d'autres caracteres ? 11 vous com: ble de les graces; $ au lieu de les reconnoítre avec humilité , vous employeZ - a vous tourmenter , le temps que vous deyriez donner á la reconnoiflance. Vous Al e a e rá ios Moyens. 133 de craignez tant vos pélanteurs dans on fervice , ne devriez-vous pas bien Plus craindre votre ingratitude ? Penfez- Vous , on pouvoir le fervir fans fon affiftance , ou pouvoir foutenir long-temps es travaux de fon fervice fans Paimer ? econnoiflez avec modeftie les préfens de fon amour, 8x livrez-vous fans inquiétude á Pimprefion de fa grace. Servez-le lans tant de réflexions fur la maniere dont vous le fervez : ce font les fenles diftraétions que vous ne craignez pas , 6l. ce font pourtant celles qui vous nuilent le plus : occupez-vous beaucoup de ieu, X peu de vous-méme. ] A E Mu vos fecherefles vous rappellent Vous-méme comme malgré vous? Oui peut-étre par amour propre , plutót Que par zéle. Votre peine eft que vous Vous déplaifez ; XX vous vous faites ac- Croire que vous craignez de déplaire á Mien. Mais sil veut vous conduire par “ette voje : pourquoi en cherchiez-vous Une autre ? Ce que vous choifiriez., fe- Yoit-; , y Coll plusagréable A Dieu, quí ne €mande rien tant que la foumiflion a Ñ Volonté : Ou plus utile ponr vous, qui A befoin de rien tant que de mou- Wá vous-méme ? Lañffez , laiflez-le faire 2136 Paiz intbrivure. : 4 parce qwil fait mieux que vous ce quí vous convient. Rempliflez yos devoirs comme vous le pourrez $ tenez-vous | en paix ¿ contentez-vous de ce qu'il vous _donnera y Puifqu'il veut bien fe contens ter de ce que vous pourrez faire. ñ CHAPFTRES VITEL: Vie de for. J Eneres courageufement dans la voié de la foi á mefure que Dieu vous Y Al attire, 8 marchez-y á grands pas , fans jamais fouhaiter d'en fortir. Que fon obícurité foit toute votre lumiere , 8% l que fa fermeté foit toujours votre appul» Ces épailles ténébres vous feront hor- :3 reur dans les commencemens ; vous lerez dans des inquiétudes continuelles y vous foubaiteriez de voir £ de tonchef comme faint Thomas: mais fi vons éteS fidele á calmer vos inquiétudes : 4 , bien loin de demander des lnmieres , vous | étes contens de voir toujours moins: %- | vous fermez les yeux aux faufíes Ineutó | de l'imagination , que vous feriez tenté de préférer aux plus utiles ténébres y fi vouS > avancez toujours dans cette obícure cal”. riere oú rien ne réjonit votre vúe , € ou rien ne confole ¿potre cozur que 19 compliffemel Moyens, ] 23 Compliflement de la volonté “de Dien',- Tefpérance en fes miféricordes , une Paix intime 8% folide fera le¿fruit de vo= tre travail 8 de votre patience. Cette Vie de foi eft tres-humiliante: on vou- Foit Soccuper beauconp de foi-méme , Yemarquer les défauts du prochain , 8 €n gémir fous une apparence de zéle Pour lui , mais en effet pour retour de complaifance fur foi , on voudroit fe táter fans cefle comme un malade im- Patient de recouvrer Ía lanté , réfléchir louvent fur le bien qu'on a fait 8% fur Celui givon vent faire , obferver tonjours avec fatisfaCtion fous prétexte de Vigilancé , comme un homme vain ob- €rve fa démarche $ fon port ; 8 on € verroit prefque réduit á fe perdre de vue , fi Pon ne fentoit le befoin que Pon 2 de régler fes adtions fur fes devoirs, de les épurer par les intentions , % de -$ les élever 4 Dieu pour les rendre méri toires. ; Cette vie de foi eft encore trés-morti- ante , parce qu'elle óte tout appui fenfile 5 elle fait difparottre les vives peintures de l'imagination auxquelles , toutes fanfTes quelles font, on almeroit mieux po ttacher que de ne tenir á rien. Elle óte ios que Pon avoit pour les grandes érités quí font hors le cas de devoir Vattrait , dans lefquelles une ame - 138 Paix intéricure. que Dien conduit an déponillement chercheroit une reffource ; elle fait compter pour rien les goúts fenfibles , qui font en effet moins que rien chez ceux qui les | eltiment quelque chofe. Une ame a QUE dans cette privation de tout appui fem fible , il ne refte plus que la foi avec fes obícurités , Pefpérance avec fes im: certitudes , la charité encore plus enve” 1 loppée de ténébres que Pefpérance Y la foi , Paccompliflement des devoir$ communs qui ma rien de perfomnel , la paix du coeur qui 1'a rien de piquant qui nous rappelle $2 nous rend préfens A nous-mémes , une méditation féche des mylteres de Jefis-Chrift $ de toutes les vérités de la Religion , % un profond oublide toutes les chofes du monde +. cette ame , dis-je , le trouvant comimnt feule avec Dieu feul ; frémit de cette. 4 valte folitude , mais fi elle fe confie el Dieu, fi elle eft contente de mMavoir que * lui feul , quelle intéreflera ce Dieu da mour A fa fanétification |! Quelle fer2 de grands progrés dans les voies intérieures |! Que la paix s'affermira dan fon coeur ! Elle fera comme fufpenduf en Pair , $ fouvent par fon feul aban”. don á la divine providence , ainfi qué le Prophéte Habacuc métoit porté qué par un de fes cheveux : mais qwelle era en súreté par un foutien fi foible en aP” Moyens. " 2129 Apigics ! Quelle avancera rapidement ans ce chemin peu frayé ! Que ce chetnin bleffera profondement le coeur de TEpoux célefte (1) ? En effet, eft-il rien e fi touchant pour Dieu, que ce re- Doncement á tout appui fenfible , pour 1étre foutenu que de lui ? Eft-ilrien qui témoigne antant de foi en fa parole 82 de confiance en la bonté. Celui qui marche confidemment dans une route entiérement incorume éX par une épaille nuit, fans héfiter , fans fonder le chemin, fans foupirer apres la lumiere , fans Vouloir tenir par la main le guide qui le conduit , comptant autant fur la parole que fur fes propres yeux, témoigue une entiere confiance en lui , 8 _Mérite tous Les foins : de méme nous ne Pouvons mieux témoigner. notre amour a Dien , Ml nous attirer plus puiffemment le lien , quen vivant des ténébres dela for. a ti » Can. Y. 9. y : [1] Vulnerafti cor meum in uno crine colli Eh 242 Paiz intérieure. avec avantage , loríque vous vous ferez épuifé a lutter contre ces phantómes., Mais enfin, aprés que le Fils de Dieu fait homme a été tenté du plus énorme de tous les crimes, qui eft celui d'adorer le Démon, él de le reconnoítre pour fon Dieu; X quwil ra rejetté cette tentation , qu'en répondant tranquillement au tentateur : «ll eft écrit : Vous ado- » rerez le Seigneur votre Dieu, 8l vous » ne fervirez que lui feul : » foible créature paítrie de corruption , devez-vous étre Epalte de vous voir fufceptible de quelque fuggeftion infame? L"horreur , que vous en concevez., doit-elle étre la matiere de votre trouble? $ faut-il faire tant d'efforts pour la repouller ? . Ce NO —— 0D REC LE. TIT Afurance intérieure dans les tentations contre la pudeur, $. L t "'Eft une penfée contraire á la modeftie que vous étes afiligé ? Votre trouble eft fuperflu; mais il ne me furprend pas. Ces fortes de tentationS font du nombre de celles dont les ames timorées font les plus fouvent aff'aillies: Elles voient que le fonds vicié de. leur A Pratique. 243 nature , ou les produit , ou les fomente, on sy:complait; SX plus on elt pur, plus on eft afligé d'éprouver en fo1 des penfées 6 des impreflions qui ne le font pas. S. Paul lui-méme quí fouffroit avec tant de patience les plus furienfes perlécutions , 8% les plus cruels traitemens., ne peut s'empécher de le plaindre áDien de ces attaques de Satan : il le prie plufieurs fois Ar Pen délivrer. “Tout con- ' court á rendre cette tentation violente, $ capable de troubler une perfonne modefte : Pefprit , la mémoire , Pimagination , le penchant naturel , tout Le réunit contre elle : les penfées font importunes , XX femblent s'attacher á Pame quí vent les repouller ; les images forit vives 8 féduifantes 3 la nouveauté ajoúte aux attraits de la volupté : que fais-je ! «La chair fe joint á Pefprit ; 8 Pame qui le trouve entre ces deux ennemis , ne fait fur lequel porter fes comps , P'un reftant dans toute la liberté, tandis qu'elle eft aux prifes avec P'autre. Violente fituation! Mais qui ne doit, ames timides., ni vous troubler, ni vous faire donner des agitations corporelles femblables á des convulfions , comme vous faites aflez Ordinairement; puiíque le trouble, bienloin de difliper les mauvaites penfées-, «feroit feul capable de les faire naítre ; 8% que Pagitation que vous vous donnez , 6 A ——— a AA A a IEA DA IA 244 Paiz intérieure. fuffiroit pour exciter Pimpreflion qui vous afflige. Plus le penchant eft rapide, plus vous devez vous tenir ferme pour ne pas tomber, $ plus Pennemi qui vous aflaillit et impur, moins vons devez en venir aux mains avec lui; puifque “vous vous fouilleriez méme en le terraflant. "Tournez-lui le dos , oubliez qwil loit derriere vous, ne répondez rien á les propos honteux , ne vous appercevez pas quils frappent votre oreille intérieure, occupez votre efprit de quelque fainte Sá confolante penfée, 8 votre corps de quelque exercice modéré ; 8 foyez tranquille, 6 SB L Orfque votre ennemi fera retiré, ne le rappellez pas , pour favoir les coups qu'il vous a portés , 8 1i vous les avez écartés aflez-tót 8t aflez-bien, pour nen recevoir aucune bleffure. Ce feroit rengager le combat avec plus de danger; puifque votre adverlaire conferve toute la force , que vous étes affoibli par le premier choc. Combien le Démon n'en a-1il pas trompés par-la ! ll a tourné contre eux la delicatefle de leur confcience , qui les rendoit comme inacceffibles au mal: il les a infenfiblement affoiblis $ enfin vaincus ; en les faifant” revenir fans celle fur des penfées fédui- a po NR | E er inició age — od Pratique. 245 lantes, pour examiner s'ils en avoient été féduits. Oubliez donc 81 Pelpece , 82 Poccafion, 8% la durée du combat 8 les perplexités , mémes qu'il vous occafionne. Si dans la fuite il faut tranquillifer la confcience timide X alarmée , prenez-en les moyens , moins dans un .€xamen fuivi qui lui feroit aufi dan- —gereux ; que le jugement pourroit lui -étre favorable ; que dans ces grands “principes , qu'on n'aime jamais véritablement ce qu'on craint encore d'aimer, que ce qui fatigue ne plaít pas ; que ce meft pas le fentiment , mais le confentement qui fait le péché ; que plus le débat eft violent , plus la réfiftance eft manifefte : que ce. que nous fonffrons de Pimpreílion du mal eft pour nous un Íujet de mérite , 8% qu'ordinajrement pour les perfonnes timorées , $ accoutumées á difcerner le péché , un doute , %i elles ont confenti, eft une préfomption 8 prefque une certitude qtelles mont point «fuccombé , du moins jufqu'au péché mortel. Et les péchés véniels en cette ma- “tiere font plutót le fujet de nos gémif- _femens 8 de nos précautions , que de nos examens rigoureux í de nos COly fellions détaillees, | , 246 Paix intéricure. (== (DA) ARTO AV, AAA e. Y Affurance intéricure dans les tentations . , a y de vaine gloire. sn Ne autre efpece de tentation qui porte ordinairement le trouble dans le coeur, ce font les peníées ex les fentimens de vaine gloire. On fait que ce vice déplait infinement á Dieu , qu'il eft le poifon de toutes les vertus , $ quiil eít lui feul capable de perdre les faintes ames , qu'il ruine tout le mérite des bonnes cenvres , X qu'il les tourne méme en. fujet de condamnation. On fait tout cela, on le rappelle : £ le Démon,, tout orgueilleux quil eft, ne laifle pas d'en exagérer la malice : tout lui eft bon > pourvá qu'il porte le trouble dans les ames , dont il ne voit le (aint repos qu'avec le dernier dépit. Le piege eft fubtil ; 8 il eft rare qu'on "y foit. Qui croiroit en effet ponvoir trop craindre la yanité 8 que le pere de Porgueil fe ca- «chat fous le voile de I'humilité méme ? On ne garde aucun ménagemént dans Pexercice de cette vertu , pour éviter le précipice oppofé ; on fait les derniers efforts pour s'abímer dans fon néant, On Pratique. 247 -multiplie les réflexions les plus triftes £ les plus effrayantes jufqu'a ce qu'étant accablé de leur poids , on fe croit humble , parce qu'on eft abbatu. Ce n'eft pas affurément le bon moyen de rejetter les tentations ; mais c'en eft un tout propre á troubler la paix de Pame. Un regard dédaigneux de votre ennemi $ de vous méme , un prudent oubli de tout ce que votre amour propre s'imagine trouver de bon en vous ; une fidélité attentive , fans contention , á rendre á Dien la gloire de tout ce qu'il vous a confié de talens , que vous ne pouvez vous diffimuler ; Pexaétitude á laifler tomber tous les défirs de vaine eftime, X a retrancher , autant qu'il fe peut, tout ce qui feroit capable de vous Vattirer, le foin de vous humilier fimplement de votre orgueil, c'eft ce qu'il y a de plus propre a le faire périr , X% a conferver en méme-temps lhumilité 8 la paix de Pame. $ IL , Ow wofe ordinairement adreífler fes prieres á Dieu dans cette fáchenfe fituation , parce qu'on eft tout confus de fa vanité , ce qui augmente la triftelle Vabattement : C'eft une illufion- Tour- nez-vous vers Dieu par un regard fim- «ple 8 amonreux, il vons remplira le cogur 248 Paiz intericure. de confolation : regardez votre tentation plutót comme une infirmité que comme une malice , puifque notre volonté s'en défend ; découvrez-la avec confiance éz avec fimplicité au fonverain Médecin des ames. Dites-lui ingénuement : » Seigneur, » celni que vous aimez eft malade Dl » eít dans une forte de délire. Voyez » légarement de mon imagination $ » Pexcés de ma folie : je me crois tout » ce que je ne fivis pas , 8 je ne crois » Étre rien moins que ce que je Ínis en » effet. Le larcin fe joint au délice : je » Mapproprie injuftement ce que vous » mavez confié , aprés m'étre attribué » follement ce que vous ne me confiez E » pas. Mon Dieu, préfervez-moi de ce » double égarement : donnez-moi un juÉ » te difcernement de ma pauvreté 8 de » vos largelles 5 ne permettez pas que » Jexagére les talens que vous n'avez » Ordonné de faire valoir , ni quejeyous » en dérobe la gloire dont vous étes 4 » juftement jaloux : gardez vous-méme » votre bien qui eft entre des mains ff. » peétes: je lerois capable , SÁ vous me » VOyez méme tenté , de détourner A » mon profit , comme Judas , ce qui m'a y été confié pour votre fervice, « Si les penfées de vaine eftime 8 de vaine complaiflance revenoient avec importunité , un retour fimple vers Dien feroit un re- Pratique. 249 nouvellement abrégé de ces humbles é Pieux fentiments , % un fufifant défaveu des impreflions contraires. q EA ARTIC LBV ÁA/furance intérieure dans les tentations ca contre la Foto. a E | Nas ne devons pas oublier ici les tentations contre la Foi, qui font les plus capables d'ébranlerles ames; parce qu'elles portent fir le fondement de Védifice intérieur. Une ame qui en eft attaquée , fe trouble d'autant plus , que Ce qui fait fa reflource dans les autres tentations , fait précifement le fujet de celle-ci ; qu'elle eft toute déconverte aux traits de fon ennemi , parce qu'elle combat contre lui pour fon bouclier $ pour ón armure + quelle n'a plus cette force que donne la vive conviétion qu'on combat pour la juíticez 82 que ce reft plus Une tentation clairement reconnue qu'elle combat ; mais une imprefion que la Confcience méme lui fait craindre de combattre. L'embarras ell grand, x il eft bien difficile 82 bien rare qu'on n'y perde la Paix du coeur. Car enfin quel parti prendre? Examiner 8% raifonner ? Ce en eft 250 Paix intéricure, | pas le temps. Croire fans examen 8z fans raifonnement ? Mais eft-ce abfolument fans raifonnement $ fans examen, qu'on fait taire une raifon qui révolte , $ une confciente qui sallarme ? Croire : parce quon eft réfolu de croire ? C'eft Caprice. Croire , parce qu'on a été ¿levé dans cette créance? C'eft préjugé.Crojre aujourd'hni , parce qu'on croyoit hier? Ceft habitude. Croire , parce que nombre d'habiles gens 8 des peuples fans nombre croyent ainfi ! C'eft foi humaine. Croire , parce que par [es propres lumieres on fe juge fondé fur la parole de Dieu? C'eft une préfomption qui préfére fon diícernement á celui des autres ; c'eftune lource d'héréfies , bien-loin d'étre une reflource dans les tentations, Croire, parce que PEglife Catholique croit ainfi, ex que Dien Pa révélé 2:Oni : ceft Punique voie pour fortir de ce labyrinthe.. Heureux qui peut venir juíques-lá, 82 sy , tenir |! Mais eft-ce fans examen qw'on y parvient ? Mais encore , fi la tentation porte fur PEglife méme 3 fur la réyélation divine ? Mais fi on ne voit pas plus les premiers principes que les dernieres - conclufions ? Mais fi toute la Religion diíparoit dans cet orage? L'appui échape.On revient á flotter comme des enfans> avec une perte infaillible de la paix de - — o 2. pa y a Aa AN za A; Pratique. 257 Pame, 8 un grand rifque pour la Foi (1). CT ON voit par-lá , que ceux qui ne donnent pour remede aux ames tentées contre la Foi , que de fe foumettre aveuglement aux vérités révélées , St de déflavoner les impreflions qui leur font contraires , ou ne donnent pas un re- -mede aufii étendu que le mal , ou "en expliquent pas aflez Pufage. Remede qui rellerré dans lPidée qu'il prélente , ne guérit pas radicalement la plaie du cceur, mais y laifle toujours un fonds d'inquiétude. Remede peut-étre tourné en poifon , $ qui ne montre pas par. lui-méme lequel il et des deux 5 puifque plufieurs de nos adveríaires exigent de leurs feétateurs une fonmiflion aveugle. Remede enfin qui ne fuppofe pas dans le fond la véritable connoiflance du mal , qui eft pourtant le premier pas qu'il faut faire , pour parvenir á une folide guérifon. 11 ne faut donc pas raifonner pendant la tentation ; mais 1l faut la prévenir par de férieules réflexions fur ce quon croit , 8% lur les motifs qwon a de le croire. ll faut - étre fobre en fageffe ; mais il (1) Ut jam non fimus parvuli fluétuantes , circumferamur omni vento doétrinz. Ephef. 4 Y. 144 “258 Paix intéricure. chaines,8 méme impénétrables , comme “de Pincertitude de fa prédeltinatibn ,. de la profondeur des jugemens de Dieu , de la févérité de ía bic ; vérités auxquelles il ne faudroit penfer que rare- _ment , 6 feulement pour le befoin ot “Ton eft Vabattre la préfomption XX d'exciter la vigilance. Les fréquentes réflexions que Pon fait fir des vérités effrayantes , :le tournent fouvent en tentation, tentation ordinairement la moins connue de toutes , mais en effet trésfacile á connoítre , fi Pon y réfléchit comme il faut. Elle porte dans Pame le trouble , Pafoibliffement , le déconragement $ l'éloiguement de Dien , ce que nos feuls ennemis peuvent faire : Dien qu contraire excite toujours en nous une agréable férénité , une joie modefte , éX une réfolution ferme de le fervir, méme dans les impreffions les plus fortes que Ía grandeur fait fur,nos ames , dans les retours les plus humilians qu'il nous fait faire fur nous , $ dans les plus cui- “fans remords quil nous infpire. Plus cette tentation eft dangerenfe , turbulente , $ oppofée á la paix de Pame, «plus nous devons lui réfifter dans fes “acces , 6 Paffoiblir pendant (es inter- “valles, par les réflexions 8 les pratiques -fuivantes , la plúipart tirées de S. Francois de Sales , qui ayant éprouvé ces Pratique. 259 prandes peines durant un allez longtemps , compatilloit fenfiblement , commeil dit lui-méme , á Pétat trifte des ames qui en étoient afiligées. ( S. Francois de Sales. Ep. 30. € 31. L. 5.) A : $ ELIT, o déjá dit qwil ne falloit s'occuper que rarement é< pour le befoin de certaines vérités de la Religion , qui effraient éí qui accablent. Les per- - Íonnes timides éX Ínjettes aux tentations contre PEfpérance , doivent encore réfiéchir fobrement á ce quiles étonne Se quí les faifit , a la valte étendue de Péternité on la vue fe perd ; á Pinfinité de Dieu qui elt un abime fans route 8% lans fond 3 au pen que nous ponvons faire pour mériter ce poids immenfe de gloire auquel nous afpirons 3 SÁ au peu encore que nous faifons de ce peu que nous pouvons faire : il "y a qu'un pas a faire , pour paíler de la frayeur á la défiance, Les :myfteres les plus conmus , les vérités les plus pratiques , les maximes les plns fimples doivent faire Poccupation ordinaire des ames timides $ encore peu avancées dans la vertu. S. IV. XL eft fi rare que les penfées fur la prédeftination touchent le coenr a excitent 2 ' 260 Paix intérieure la piété , autant qu'elles ¿tonnent Pefprit , X quelles irritent Pimagination , que les Direéteurs des ames les plus éclai- _ rées ne les leur permettentquavec la derniererélerve, qwils les interdifent ab- Lolument a celles qui font agitées des tentations dont nous parlons ici. Quels avantages pouviez-vous retirer , leur difent-ils ordinairement , ou plutót quelle perte meft-ce pas pour vous , que d'employer a penfer triftement fi vous étes prédeftiné , un temps qu'il faudroit mettre tout entier a travailler courageufement pour mériter de Pétre ? Il v'elt rien , dites-vous , que vous ne voulufliez faire , fi vous faviez étre du nombre des élus. Faites tout ce que vons voudriez faire alors ; 8 vous le ferez plus certainement , que fiun Ange vous Pavoit révélé. La crainte de la réprobation qui vous abat , eft tout-4-fait frivole dans [es excés % dans fes recherches fur Pavenir. Dieu qui a fait connoítre a plufieurs Saints pendant leur vie mortelle qu'ils étoient prédeftinés , a-t-il jamais mis dans Pefprit á aucun réprouvé quiil le feroit? C'eft que cette connoiflance EX cette penfée ne font bonnes á rien. On vous [erez un jour du nombre des bienhenreux , oú vous ne le ferez pas difent encore ces fages Directeurs, á ces perfonues , quí perdent leur temps , leu£ lanté , leur dévotion , á faire ces réfle- a e A AN Pratique. 261 xions auflí ftériles qu'effrayantes. Si vous venez á létre , vous le ferez toujours moins de tont ce que vous aurez perdu de temps á penfer fi vous le feriez : vons ne Pétes pas , ce ne fera que par votre faute. Et n'en eft-ce pas déja une, que de vouloir prévenir le jugement de Dien , londer la profondeur de [es confeils , Se découvrir comme malgré lui ce quilveut tenir caché; an lien Padorer fa majefté , de louer fa fagefle , de goúter ía préfence E d'accomplir ía volonté ? Laiílez donc lá des penfées qui ne fervent qu'á vous faire fouffrir des ce monde une partie des tourmens de la réprobation, á vous la faire prefque mériter , a force de la craindre , 8 de vous en occuper contre la volonté de Dien, SV Une tendre piété eft toute propre á loulager les ames attaquées de ces tentations. L'onétion intérieure adoucit toute Pamertume de ce poifon que le Démon l0uffle dans les coeurs. La vúie, le goút , X encore plus la pratique du bien , ré- *Jouiffent , confolent X% encouragent bien Plus que les réflexions les plus confolantes qu'on puille prefcrire dans cet état. elles-ci livrent fouvent une ame déja accablée de peines, á une méditation féche 8 ¿une trifte ct , ou les * ¿ 3 2052 Paiz intéricure. anciennes idées plus a que cel. les quw'on veut leur fobítituer , ( parce qu'elles occupent la place, 8 qu'elles sy font fortifiées par un long féjour , ) font les plus vives % les plus dangereufes impreffions. Si Pon veut des réflexions , ( 82 en effet il en faut, puiíque le fiége du mal elt dans Pefprit 81 dans Pimagi mation , quil y faut porter le remede; ) qu'elles foient vives , courtes , pleines «V'onction. Quwon aille a Pefprit par le coeur, puifque toutes les autres avenues font fermées. Les mounvemens intérieurs , pourvú qu'ils ne foient point forcés X trop longs , produifent ordinairement un feu qui éclaire Pefprit , en méme temps qu'il échauffe le coeur. Ainfi , au-lieu de raifonnemens amenés de loin , lentement $ avec peine , je confeiltérois á ces perfounes de fe répandre fréquemment en affections toujours animées XX toujours propres á confoler les ames ,' $ 4 mettre en fuite les Démons. Nous -Jni fournirons ici quelques-unes de ces ¿lévations affeétuenfes , dont-elles pourront fe fervir utilement , mais qui doivent toujours céder á celles dont Pexpérieuce lenr fera connojtre qu'elles feront plus touchées., Ou: que leur coeur attendri produira fubitement de lui-méme. Ceff en vous y mon Dieu , que fai mis mon efpérance ; je ne ferai jamais confon- : Pratique. 263 . du... A vous , efprits orgueilleuz E obftinés , Démons +infámes , 4 vous le défefe poir €> la réprobation , € non a une ame pénitente E humilide ; qui gémit fans cele du mal quelle fait tous les jours... Que la vertu de votre fang efi grande , Seigneur Jefus 1 Le monde entier y trouve une rédemption furabondante ; elte le feroit pour un million d'autres , € pour les Démons méme , sils éroient capables de pénitence €> de falut , comme je le fúis... AR! Quand mes péchés feroient mille fo1s plus énormes € plus nombreuz 3, Mes mauvals penchans plus violens € plus horribles , mes fautes journalieres y plus fréquentes les plus réfléchies y Je ne craindral rien tant que de trop craindrew. Non y Seigneur » quand mes chútes deviendroient, tous les jours plus confidérables , tandis que je eonferverai la volonté de m'en relever , zandis que vous mattirerez encore par le. defir Paller a vous y je ne défefpérerai jamais , ni de votre grace pour me conyertir , ni de votre miféricorde pour me par= donner=» Quil ef douz defpérer au Setgneur 1 PEnfer méme ne feroit plus ce quiil ef, fi la moindre lueur de cette efpés rance pouvoit percer fes ténébres : lui feul peut ienvier un ff grand bien y € le nuage du défefpoir ne peut Felever que de Jes abímes. Ma 264 Paiz intbricure, | : DAA | E, dévotion envers la fainte Vierge. eft finguliérement uno grande reflonrce * dans les tentations contre PEfpérance. Elle eft un puiffant moyen de falut, une * lource feconde de tonte fórte de bien, méme une masque de prédeftinatio» : felon S. Anfelme (1) , plufienrs autres Peres de PEglife. » Si les remords de » votre confcience 8l la crainte des juge- » mens de Dieu vous jettent dans une » profonde triftefle , dit S. Bernard: fi » le poids énorme de vos crimes vons » entraíne vers Pabíme du défelpoir ; a e » tournez-vous vers Marie , _implorez » fon affiftance ; vous verrez bientót re- ' » naítre en vous la joie , la confiance % » la paix (2). Vons étes pécheur ? » Marie eft cette échelle mylftérienfe , » par laquelle les pécheurs montent au » Ciel, dont ils s'étoient fermé les ave- » mes. Pécheur comme vous , je fis » €ncore plein de confiance ; parce que * » Jen trouve en elle les plus puiflans (1) De excellentiis beata virgints. Cap. 4. (2 Si criminum immanitate turbatus S confcientiz foeditate confifus , judicii horrore perterritus; barathro incipias abforberi triftitize, defperationis aby(To , cogito Mariam. Bern, Hom, 2. fup. Miflus eft, do Pratique. OS » motifs (1). « Avant lui faint Eprem Pavoit appellée Pefpérance de ceux €: qui il wen refte plus aucune , /pes def peratorum : St apres lni , S. Thomas lui appliquant avec PEglife les éloges de la fagefle , nous la préfente comme le principe de toute elpérance de vie $2 de vertu (2). | ll et donc trés-utile dans ces momens dV'orage éX de trouble , kPavoir recours á Marie; mais dVune maniere fimple , affectuente % pleine de confian-. ce, en prononcgant fon nom > regardant fon image 5 penfant aux vertus quelle a pratiquées , a la gloire qu'elle polléde , S 4 Pamour tendre Y vraiment maternel qielle nous porte : lui adreffant cette priere de PEglife : Marie mere de grace $ de miféricorde , protégez-nous contre notre ennemi 5 (3) on cette autre qu'on recite peut-étre tous les jours fans goút 8x fans réflexion , parce qu'on yen elt fait une habitude : mais qui er [1] Hxc peccatorum fcala , mea maxima ducia , tota ratio fpei mex. Bernard. Sermo de 4que duélu, E : a (] ln omni periculo potes obtinere falutem ab ipsi Virgine gloriosá; 8% ideo, dicit ipía : ln me omnis fpes vite 8 vigtutis. 3a Part. quaft. 17. art. 5. ad cum... O data [3] Maná mater gratie , Dulcis parens de mentiz, Tu nos ab hofte protege: % 266 Paiz intérieure. E elle-méme eft pleine d'onétion , $ qui fur-tout au moment de la tentation devient perfonnelle , intéreffante 8 animée : Sainte Marie mere de Dieu, priez pour nous maintenant ; ou bien ces trois paroles courtes 8 enflammées ; notre vie , notre donceur , notre efpérance ; ou bien encore lui difant dans les plus violens accés de la tentation , comme le jeune Tobie á PAnge Raphaél : hélas! Ce monftre infernal eft prét 4 me dévorer; il me faifit 8% m'entraíne dans les abímes : puiflante Proteétrice , hátez-vous de me fecourir. | L'état de votre ame fút-il aufíi trifte aufi défefperant que celui du célebre Théophile vendu au Démon ,- non-feu- lement par égarement $ par défordre, mais par choix $ par convention exprelle écrite de fa main 82 de fon fang ; comme lui, vous trouverez toujours dans la confiance en Marie Pelpérance , la grace $ le falut (1). [1] Tu peccatoram quamtimiibet fetidum non horres”, non defpicies , fi ad te fofpira» verit. Tu illum á defperationis barathro qui manu retrahis , fpei medicamerm' afpiras , foves... quo ufque hortendo, Judici miferum reconcilies. Famofum hujus tuz benignitatis teftimónium , ell per te Theophilos reftauratus gratiz. Bernard. in deprec, € laude Marie. | w EN sy ni ' PALA de ei Dr YE Pratique. 267 Ss. VIL : Eu de Dieu fur-tout eft propre. ú ramener la paix dans une ame agitée de ces fortes de tentations , parce qu'il dilate le coeur , qu'il fortifie , qu'il infpire des fentimens généreux, $ quil bannit cette efpece de crainte qui fait des malhenreux , 3% qui meft propre: qwá des efclaves. Voyezle dans un: exemple connu de S; Frangois de Sales, Le Démon jaloux de la paix de tom ame , $ des progres quil fait dans la vertu par ce moyen , lui met dans Pefl prit , qu'en vaimil géne les inclinations: Sá mortifiefesfens , puilquíil n'eft pas du: nombre des prédeltinés. Idée bien affligeante pour un Saint: celui-ci en eft accablé. En vain. il cherche du fonlagement ; par-tout il porte image de la: réprobation empreinte dans fon efprit , XX il en reflent en partie les peines. Le Dieu de bonté qui appelle les pécheurs , qui aime les plus obftinés , qui confole S qui fauve les pénitens , Welt plus pour lui qu'un Juge févere quí le condamne aux peines éternelles pour les taches im=- perceptibles de favie, ou pouria profon- Si quid fpei in nobis eft, fi quid ¿rate , fi quid falutis, ab eá ( Maria noverimus redpn= dare. 1d. Serm. de Aque duétu. >) ; M6 IA A A O EN 274 Paix intéricure. cédent pas aux premiers coups. Je Pai déja infinué ; mais je ne faurois trop le dire ; car Ceft ordinairement pour un combat opiniátre , quon fe fatigue $. quon fe trouble. D'ailleurs, le mépris eft le moyen le plus court de fe défaire | d'un ennemi orgueillenx , que rien ne blefíe tant que le dédain. C'eft un enfant pour ceux qui le méprifent, 8% un géant pour ceux qui le craignent. On! voit dans la vie de faint Antoine, % de pluficurs autres Saints, qu'ils mettoient en fuite des légions de Démons par un ris moqueur 6% par une piquante raillerie. Vous vaincrez plus aifément les tentations , aidé du fecours de Dien, en les combattant peu-á-peu avec pas. tience 3 avec doucenr , quen les repouf Íant avec trop d'emprellément $ de cha= grin (1). | Troifieme Maxime. ll faut déconvrir fes tentations 4 fon Direéteur. On voit dans les inftrudtions Sí dans les vies des Saints, Él particuliérement dans celles des Peres des déferts , combien ¡ls jugeoient cette pra- [1] Paulatim, K per patientiam , cum longanimitate , Deo juvante , meliis fupera- bis quam cum duritiá 8 importunitate propriá, Imit. Chrifli, Lot. c. 13. : ES DA Pratique. > 278 tique néceffaire: € Pun d'eux en fit une trifte expérience. 1 fut tourmenté d'une grande tentation pendant Pefpace de vingt-années , dont-il ne fut délivré qua la:premiere ouverture quiil en fit á un ancien. Le prince des ténebres craint beaucoup la lumiere , qui manifefte le fond des coeurs , 8 qui le fait voir luzméme á découvert. Ce lion qui court pendant la nuit , cherchant quelqu'un á dévorer , rentre daus les fombres retraites , des que le jonr paroit. Le pere de Porgueil ne hait rien tant que Phumilité qui déconvre toutes les miféres: 82 Ponverture de coeur eft comme une ¡fue pour le feu intérieur de la tentation , qui renfermé excitera toujours de violentes fecoulles 82 de funeftes ébranlemens. Mais il faut bien choifir celui 4 qui on s'onvre 3 car s'il étoit peu expérimenté , il rifqueroit d'aigrir la plaie du coeur , au-lieu de la guérir y 8% pentétre de la falir , fans la nettoyer. Quatrieme Maxime, U eft important de ne pas multiplier des réflexions qui ne peuvent qu'afiliger fur des tentations afiligeantes par elles-=mémes , fur leur durée , fur leur vivacité , fur le danger d'y confentir , fur la tranquillité de ceux qui en font exempts , fur Pincertitude du temps ok O O A A A a A 276 Paiz intéricure. . elles finiront , 8tc. Mais il faut veiller, prier , fe méfier de forméme, fe confier en Dieu, $ éviter les occafions, autant qu'on le peut, fans fortir des bornes de la prudence. Saint Pierre marcha d'un pas ferme fur les abímes de la mer , tandis qwil ne regarda que Jefius-Chrift, mais il commenca d'enfoncer, des qu'il fe détourna , pour conlidérer les tourbillons de vent 8 les flots qwils Toulevoient (1). : Cinquieme Maxime. > reflource contre les tentations , len eft pourtant qui demandent quelque chofe de plus; 8 , ce qui paroitra peut-étre furprenant , quelque chofe d'oppofé ; le travail, la diftraction , la gaieté. 1 ef des imaginations qui failiflent les objets avec tant de vivacité , $ qui en récoivent de fi profondes impreflions , qu'elles les portent par-tout, 8 les retiennent julqu'a ce que d'autres plus fortes viennent á les efacer. Alors il elt tout manifeíte que fe recueillir "ef que fe [1] Ambulabat fuper aquam ut venirer ad Jelum : videns veró ventum validum, timunit, £ cúm cozpiflet mergi , Sc. Matth. 14» Dum refpicit Jefum , non refpicit elemen= tum. Ambrof. Quoique la priere foit notre grande E 2 0 e Id ' d Ú 4 E kh Pratique. 277 defoccuper , pour étre, méme malgré foi , fpeétateur des peintures quon a toujours préfentes ; que prier ne fuft pas, parce que Dieu veut quon fe fer- ve des moyens conmus. C'en feroit un bien puiflant pour effacer on faire oublier toutes ces images, qu'une affaire _ Térieufe, ou méme fácheufe qui firvien= droit (1). Au défaut de ces moyens , on peut avoir recours á une étude ap- -—plicante , á un travail qui demande beaucoup d'attention , a une multitude d'occupations qui fe fuccédent les unes aux autres , fans laifler Pautres intervalles que ceux qui font néceflaires á des courtes $ vives élévations de coeur vers Dien , pour attirer fon fecours , "pour ne pas trop fe diffiper, Sí pour ne point perdre par cette diflipation la paix de Pame quon yeut conferver en íe diftrayant de la tentation. C'eít de ce dernier moyen quuía un lage Supéricur envers un jeune Solitaire, qu'il délivra d'une tentation fácheule 8 opiniátre par des occupations continuelles de corps 8 «dV'efprit quí lui Otoient la liberté de penfer au mal ; ne lui laiflant pas méme , pour ainfi dire > (1) Malitia hor obliyvionem facit luxurio Mmaguz. Eccll. 11. Y. 9, 278 Paiz intéricure. le temps de vivre (2). On fait encore que Ceft par le méme motif , que S. Jé- “róme redoubla les études dans fon défert, X Sappliqua finguliérement 4 apprendre la Langue Hebraique , qui de -occupoit fon efprit prefque jufqua lal fer ía patience. Ceux qui ne font capables ni d'une forte étude , ni d'un long-travail , pourront trouver une utile diverfion dans la converfation édifiante 8 agréable de leurs pieux amis ; dans le fpeétacle de Punivers, fimple , mais touchant pour qui le confidere de pres, dans une douce promenade á la campagne , tout propre a diffiper les dangereules impreflions , 8 la triftefle prefque . inféparable du violent combat qwelles canfent. Sixieme Maxime. On eft ordinairement porté á prendre des réfolutions , pour éviter les tentations , ou pour les vaincre , lorfqw'on en ell le plus preffé 3 mais c'eft précifement alors qu'on ren doit prendre aucune , que celles qu'on prendroir en tont autre temps, 8 que la prudence fuggére á toute perfonne fenfée. Les partis qu'on prend, les pratiques qu'on s'impofe dans [2] Quomodó fornicari libear; qui nec vivero licat ! ln Vitis Patrum, A | Pratíque. 2 9 ed 7 Je temps de Pagitation , le reflentent prefque toujours de cet état violent ; elles font ordinairement extrémes, WX la fource de plulienrs troubles. Troubles lorfméme quon remplit les onéreux devo1rs quon s'elt impofés ; parce qu'ils font aup > aq defíns de fes forces : tronblesencore plus, loríqion vient á y manquer , $ qwon regarde ces manquemens comme des infidélités envers Dieu , quoiqu'en effet Dieu ne puille jamais autorifer , X encore moins exiger une réfolution imprudente : troubles fur-tout , lorfque la tentation revient, $ qu'on la regarde comme une punition de ces infidélités chimériques. Et falle le Seigneur que ces troubles ne foient pas fuivis de Vaffoibliflement $. du découragement, X quon ne foit pas vaincu de la tentation par les. endroits méme qwWon croyoit la valncre» Septieme Maxime. Non-feulement nous devons conferver la tranquillité de Pame parmi les tentations 3 mais encore , li elle avoit commencé de reflentir quelque trouble , nous wen devons rien témoigner au-dehors par nos geftes % par notre inquiétude y Mais faire bonne contenance pour déconcerter le Démon ,quine pouvant point pé- - Métrer dans nos ames , ne juge de leur difpofition que par Pextérieur : $ qui 280 Paix intéricure. défefpérant de nous abattre , nous laif fera pent-Étre, lorfque nous ferons déja ébranlés ; comme un ennemi qui añiége une place qu'on défend vivement , 8% oú tout paroít difpofé a faire une longue réliftance, Pabandonne quelquefois lorfquelle elt fur le point de fe rendre ; parce qwil ne fait , ni les grands effets qu'ont produit les feux qwil y a jettés, ni le trouble 82 la divifion qui y regnent. CHAPITRE VL Quon ne doit pas fe troubler , méme des péchés qu'on cominets.. MA pe Íur-tout que nous avons be- 4 loin d'autorité, 82 vous de confiance, ames chagrines de vous-mémes , qe ne pouvez fupporter vos péchés , tandis que Dien les fupporte avec tant de pa- -tience. Vous ne voulez entendre á aucu- _he propofition de paix au fijet de vos * fautes ; parce que vous ne faites pas attention que ce weft que de la paix avec * vous-mémes , 8 nullement avec le péché, que nous vous parlons ; un repentir iran quille , fur-tout au moment qui fuit celni de vos chútes , vous femble toujours yn vv) Y Pratíque. 281 un paradoxe , ou méme une erreur. Nous lavons qu'il faut hair le mal $ que c'en feroit un grand , que de le regarder avec indifférence. Mais n'y a til pas un - milieu entre Pindifférence que craint vo” tre raiíon , le dépit, le chagrin , 8 le trouble oú vous jette votre impatience? Un humble 2 paifible retour vers Dieu -Séloigne également de ces denx extrémités. « Retour paifible vers Dicen ! Me ré- » pondici une de ces ames préoccupées,. o» dans lefquelles rien de ce qu'on dit -» pour les porter au calme , ne peut pé- » nétrer : il faut attaquer vivement le pé- » ché; 8 c'eft dans fon propre coeur qu'il » faut Pattaquer :1l faut le détruire , 82 fe to:confondre. Il fieroit bien au Publicain » de lever la téte ¿:«'entrer dans le ta- »:bernacle ¿de porter fes audacieux re- » gards du cóté du fanétuaire ! Relter oy dans le parvis, baifler les yeux ,:fe » frapper la poitrine , s'abímer dans (ón » néant, 6 encore plus dans la profon- » deur de fes défordres, c'eft tout ¿e o» qui lui.convient. Confidérer fesplaies -» 8 les fonder ,:tandis qu'elles fontien- » core toutes ouvertes , C'eft le moyen » d'en favoir la profondeur , 82 de coihoi- » tre toute létendue de ¿Les miferes. » Je reconnois aifément á ce difcours Pattachement ávosidées 8l votre ardeurexcef >. . 4 N re ie 282 Paiz intéricure. five. Mais s'il eft encore poffible , écontez-moi tranquillement. SA 1 L. faut détruire le péché; fans doute: mais eft-il néceflaire pour cela de Le détruire foi-méme , de troubler fa raifon., de ruiner la fanté, 82 par la violence de fes mouvemens : le déranger :au-dedans 8 au-dehors, Xx fe mettre hors V'état de fnivre la Iumiere divine, 6 méme de da difcerner ? 11 faut brifer fon coeur ; fans doute : mais ne le peut-on qu'aux dépens de fon repos ? 11 faut fonder fes playes:: mais fauteil les agrandir 8 les envenimer , á force de les ouvrir , pour enbien Lavoir la profondeur? Le Publicain. eft au fond du Temple frappant fa poitrine, 8 baiflant les yeix : oni, c'eft-la fa place, 8% la fituation qui lui convient: mais il eft plus tranquille dans l'humilité de fon repentir , que ne TPeft le Pharifien déyoré de fes palñions, 8 enflé «de fa faniTe juftice. Comme ce Publicain converti, tous les vrais pénitens ont été tranquilles tandis qu'ils fe font reconmus conpables. Le faint Roi Ezéchias repaíle les années de la vie dans Pamertume de fon. coeur ; mais cette amertume ner altére nullement la paix.(1). David ,:% [1] Recogitabo tibi omnes annos meos ill * Pratique. 283 lavérité , parle fouvent de trouble 8z «de ¡frémillement «dans les Píeaumes de la pénitence ; mais il reconnolt que ce -tronble welt qu'ausdehors .d'une ame «pénitente * affligés , dans le fond.remplie dela joie que lui ¡infpire la .confiance en Dieu (1). Sainte Marie , miéce «de faint Abraham folitaire , plenre fes péchés ,:eh! Quels péchés-! Mais elle. ¿des plenre , dit 'Auteur de fa vie , dans un grand .elprit. (3). Le retour fimple $ tranquille vers Dienvous paroít-il encoredifticile?Faites attention:que le péché v'étant-quíun éloignement de Dieu pour s'attacher á la créature , la véritable converfion conlite a fe détourner de la créature pour -revenir á Dien , avec un regret fincere “de Ini:avoir:dépln, $2 une véritable réfolution de hii fatisfaire pour Je pallé, «8 de lui étre plus fidele 4 P'avenir. Tout ce qui elt.au-delá , chagrin , trouble, , . . . A réflexions infinies «fur, fes ¡chútes , ef -qu'un relte dV'attachement á la «créatute, qu'un amour rafiné de f0i-méme , Amaritudine anime mex, In pace faVra elt amaritudo mea amarifima. //. 38. 2] Tu «es refugium meum 4 tribulatione Que circumdedit me : exultatio mea, Sc. Pf. 1 : Voyez fa vie parmi célles des Peres du N 2 DU, > 10M. lo me 290 Pair intéricure. phile , % peutétre r'enflent-ils: jamais été fi grands Saints, s'ils n'euffent fait des fautes , $ de grandes fautes. Tout concourt au bien des Elus , dit S. Paul, (1) julqula leurs péchés., dit S. Augufe — tin. Oui , au-lien quune ame tiéde tourne en piége 8 en péché méme le: : peu de bien quelle fait , une ame fervenie tourne en moyens de fandtifica= tion julqu'aux péchés dans: lefquels elle tombe. Les infidélités qu'elle commet , “augmentent Ía ferveur , comme un grand feu devient plus aétif loríqu'on ny jette que quelques gouttes d'eau. Et Dien émi volt combien ces infidélités font utiles, les permet par providence., 8t les -pardonne avec bonté. Dieu de miféricorde , vous. facrifiez donc ainfi votre gloire á notre utilité ; 8 vous fouftrez que nous devenions ingrats, infideles, conpables ;-parce que vous 'voyez que nous en ferons plus humbles plus: cir- - conípeíts £ plus faints, S. V L J Infifte beauconp fur ce chapitre; 82 ma prolixité doit faire comprendre á ces pénitens inquiets , combien: leur état (1) Omnia cooperantur in bonúm lis qui fecundúm propofitum vocati funt fanéti. Rorto SY. 23. Pratique. 291 demande de foins , 81 combien je me fens fondé ¿4 condamner leur impatience. Je multiplie les réflexions 3 parce que PeXpérience m'a appris que , quoiquw'elles foient tres-néceflaires , on eft pen, capable d'en faire dans un état, ou a peine on peut profiter de celles V'antruly Pefprit bouché par les plus triftes. images ¿ 8 le.coenr ferré par la crainte, ne laiffant prefque aucune. ouverture a la Inmiere $ á la confolation. Ceft pourquoi je demande d'abord á ces perfonnes de m'écouter tranquillement , de calmer pour un moment toutes leurs alarmes. Et comme leur, fituation Weft pas celle ou on pent abfolument. exiger leur obéiffance., je m'efforce d'en-rendre la nécellité fenfible ; Pautorité fait place A la perfuafion : je réuflis alors á convaincre que je commande avec raifon , je fhis aíínré de commander avec fincces dans mille autres occalions:, fans rendre raifon de ce que je commanderal. Penfez-vous , dise á ces efprits plus abattus de leurs refléxions que de lenrs chútes, que cette forte impreflion d'effroi SX dWabattemént : que vous appellez une impreflion de regret- 8% de. pénitence , foit en vous une production du Saint- Efprit : Vous wWoferiez le dire , On du moins vous né fauriez le prouver. ¿Et moi, je dis que PEfprit id eli, 292 Paiz intéricure, ni wen peut étre Pauteur, $ ce que je dis, , je le prouve. Les véritables fen- - timens de péniteuce font toujours accompagnés de Pefpérance du párdon 3 ex Pelpérance eft la fource de la véritable joie (1) : % vous ne fentez que de Poppofition a Pune 8% á Pautre. Les remords de confcience que Dien produit, en font celler le trouble (2) : 8 les vótres Paugmentent toujours de plus en plus. Dieu excite en nous le défir de réparer nos pertes (3): Él vous ne vous. fentez du penchant qw'á tout abandonner. L'ame animée du faint repentir s'éleve á' Dieu , qui le penche vers elle pour lui donner le faint bailer (4): 8z vous, comme Adam prévaricatenr , vous fuyez la préfence, $ vous vondriez pouvoir vous dérober a fes regards. La triftelle excellive , c'efta-dire, celle qui va jufqu'a troubler 82 4 décourager , eft fi penun efletde: la véritable contrition , que PApótre ne veut pas que Pincefl tuenx Corinthien sy livre , pour un crime énorme , public, fcandaleux , 8r [1] In vera contritione nafcitur fpes venias Imit. Chrift.L.3.c.52. [2] Reconciliatur peturbata conftiencia, Jbid.. (3) Reparatur gratia perdita. /bid, [4] Occurrunt ibi mutuo, in ofculo [ant Deus K penitens anima, 2bid, ds / Pratique. 393 long-temps fontenu (1); 81 cela , dit faint Paul, pour ne pas donner dans le piége du Démon , dont nous connoiflons les deffeins (2) 3 8 vous , pour des fautes , affez pardonnables , vous vous livrez á de fombres XX triftes regrets , d'antant moins utiles , qu'ils font plus cuifans par le défaut de confiance. 11 eft donc hors de doute , que c'elt le Démon quí vous infpire ce repentir accablant , on du moins qui le poulle jufqu'a Pexcés. ARA Ma que vous dit. cet efprit de ténébres ? Deux chofes principalement. La premiere, que vous n'étes pas fans donte bien converti, pulíque vous étes encore fi foible y qu'on ne tombe pas 4 facilement dans le mal qu'on a fincérement dételté , que la juítice donne une toute autre confiftance á Pame; qu'il welft pas “facile au Démon d'entamer ce trélor ? protégó., quil eft au-dedans de la vertu de Dicn méme qui y habite , % au-de- hors de fes Anges qui Penvironnent. Raifonnement auffi faux que fpécieux él féduifant. Une ame qui craint le péché (1) Ne abundantiori triftiriá abforbe2nt0F y, qui ejufmodi eft. Corimth, IT. Y-7- >, [2] Ut non circumveniamur á Sataná ¿non enim ignoramus cogitationes ejus: lbid. Y, a, 204 Paiz intéricure. Sí quí en évite les occafions ; qui tra= vaille journellement á fe fortifier contre les tentations. par les faints exercices; quí prévient Pattrait du plaifir par la mortification , les (urprifes des pañions par la vigilance , 8% leurs efforts par la priere ; cette ame , dis-je , eft fincerément convertie , quoiqwelle ne (oit pas impeccable : elle pofléde ordinairement la juftice quoiqWelle tombe quelquefois. Les fautes qw'elle commet de temps en temps, Ou ne font pas de nature á lui faire perdre la grace ; ou du moins elles ne fuippofent pas que cette ame ne fút point juífte avant de les commettre, 82 moins encore qu'un fincere repentir ne la rétabliffe pas dans fon premier état. Rien au contraire ne prouve tant les regards favorables de Dieu fur une ame, que le mouvement qwelle le fent pour revenir á lui, des qu'elle a en le malheur de s'en féparer : rien ne prouve tant qu'il y habite encore , que les reproches intérieurs qwelle effuie de fes plus légeres fautes, $. VIII, En lecond lien , cet efprit d'errenr vous dit que vous ne vous corrigerez jamais de vos défauts. , puifque vous y tombez li fréquemment , malgré les re- Pratique. 205 folutions: les plus fortes ; que vos manvaifes: habitudes fe fortifient tous “les jours; que chacune de vos chútes en: appélantit les chaines , que vous ne pour= rez plus enfin ni rompre , ni porter 5 - quétant auffi négligent dans la premiere ferveur ; quí fait franchir ordinairement tous les obftacles, temps od, Pon brife $ otu Pon entraíne tout ce qui sSoppofíe á un zéele naiflant , un rien vous arrétera , lorfe que les premiers bouillons de fervenr (eront tombés. 1 vous fuggére enfin que chacune de vos fautes eft une diminution de la grace qui vous a été donnée, Sun réfroidiffementréciproqne entre Dieu 82 vous: Raifonnement aufi [pécieux., 8% auf faux que le premier. Non , les habitudes de vos défants ne fe fortifient pas par vos:chútes 3 mais vos réfolutions fe fortifient par chacun: de. vos retours vous tombez par foiblefle ,. par furprife, par un relte d'habitude:, qui devient tous lesjours moins forte 82 moins volontaire ; mais vous vous relevez par courage, par réflexion 5 82 par le défir d'une fidélité conftante: , qui fe fortifie par tous vos gémillemens fur vos continuelles infidélitós. Des fantes de purefoibleffe, précédées une vive réfiftance , ou commifes fans: róflexion , 87 fmivies dun prompt repentir, ne laiffent prefque ancune trace dans Pame ; 'eftun feu qu'on prend dans 296 Paix intérieure. les mains , % quon rejette tout deluite dont on ne rellent prefque aucune imprellion. Mais ce qui forme une véritable/habitude , ce font les retours de votre péniteuce , bien volontaires , bien réfléchis , bien foutenus, 8 d'ailienrs bien dificiles, puifqu'ils out á furmonter Pimpreflion du péché encore toute récente, la foibleíle X le penchant quiil a laifTé dans Pame , Palcendant quila donné au Démon , la violence avec laquelle ce cruel. ennemi vous pouíle fur le penchant du précipice, Bvotre propre timidité qui ne peut fe relever que par un. dernier effort. Ainfi vous pouvez dire dans un vrai fens:, que vous vous for- " tifiez par toutes vos foiblefles: » Lorf- » que je fuis foible , c'eft alors que je » fuis fort; «(1) él que tous les jours les bonnes habitudes gagnent fur les mauyaifes , a Poccalion méme des furprifes que vous font les miférables reftes de celles-ci. Que fera-ce donc de vos Communions , de vos prieres , de vos méditations , devos auftérités , 8% enfin de tous vos faints exercices ? C'eft de quoi votre ennemi ne vous parle pas , 8 ce quiil a méme intérét d'¿loigner de vos réflexions c (1) cd 3 tunc potens fun, Lp. 2. ¿Os Ca 12. MN. la P Pratique. 297 ES. LX: O ñ Ai erreur , autre ilufion diabolique. Un commengant rempli de ferveur , que Dieu attire fortement, $ qui veut de tout fon cceur aller a lni,vient a commettre une faute confidérable , dans laquelle le Démon le fait tomber , ou par adrelle , ou par effort, qu'il ne manque pas de lni exagérer autant qu'il lui eft pofíible. Alors , prenant la forme 8t le ton de Ange de Jumiere , il lui dit au-dedans d'un air févere X dédaigneux ? » Com- » ment es-tu tombé du Ciel, toi qui en » faifois , ou plutót qui te flattois d'en » faire un des plus beaux ornemens? Toi » qui difois dans ton coeur: Je m'éléve- » rai, je me perfeltionnerai , j'ornerai » non ame de toutes les vertus , j'ap- » procherai de plus en plus du Tres- »- Haut y te voila donc tombé dans Pabí- » me, efprittéméraire , jeune audacienx, » quí voulois porter ton-vol rapide juÉ »- qu'an fommet de la perfeétion , 8 dont -M Vambiticule S frivole piété vouloit éga- » ler les Saints mémes ? Qui font deve- » nues tes belles réfolutions prifes , rél= » térées , écrites? Eft-ce donc lá que de- -» yoit aboutir ce [yftéme original d'une » dévotion rafinée : N'ayez pas de fenti» : 298- Paiz intérieure. » ment trop élevés. «(1) ( Car il ne craint point de prendre le langage des Saints divinement infpirés , pour tromper les ferviteurs de Dien , puifqwil sen eftfervi comme lui-méme pour le tenter dans. fon humanité. )» Apprens , continue-1il » a thumilier , 61 fuivre les routes com- ». munes , efprit vain $ fingulier: les » grands exemples de vertu font des: » merveilles pour toi , $ non pas des » modeles. « : L'illufion ne peut étre plus grofiere. Un commencant fans inftrnétion:, comme fans expérience , peut á peine y étre trompé. Dieu fe rit-il nue ame , lor quelle vient á tomber ? Et lui fart-il de on zéle 82 de fa ferveur , des fujets de reproches? Elt-ce un crime que avoir vonlu le fervir , loríqu'ou vient d Poffenfer ? Cela ne demande pas une plus lon= gue difcuflion. Vous devez donc alors vous armer de force , foible commencant 5 mais ame générente , dont les premiers' pas dans la vertu font dirigés vers la perfeétion , vous devez oppofer la vérité an menfonge , 81 le counrage á la tentation de pulillanimité, $ répondre A Pennemi : » Retire-toi de moi , Satan , ou » prens d'autres ftratagémes ; ta malice [r] Noli altum fapere, Ep, Rom, c. 11, Y. 10». P : A AE A nx y mais , obfervant feulement d'aller a Pratique. : 199 fe couvre mal ici. Ce que J'ai a me reprocher , ce neft pas lafublimitéde mesvíes , 8 Panftérité de:mes réfolutions:, mais linconftance de. mon:cour y 8 Vinfidélité: de mes: pratiques : ce -weft pas avoir voulu'aimer mon Dieu , puiíque ce Weftque dans cette vue qu'il mía formé: 3 mais de nYétre attaché a y la:créature dont je ne devois me: fervir que pour tendre á ma fin. Oni, j'ar “voulu rvunir á mon Créateur, qui efe le centre auffi-bien que le principe de ' mom étre , 82 je le veix plus que ja= 1 lui par les différens dégrés de la vie » fpirituelle, Soit foibleffe-, foit malice , -foit furprife , foit reíte d'habitude, fois permifiow divine pour me défabufer * de moi=méme:, $ me rendre plus: pro- “pre á la folide vertu , Pen fuis déchuw 4 ce moment:, maisje: me la perds pas «de vie: plos je men fuis éloigné., plus je venx:redoubler mes efforts, pour en “approcher toujours davantage. Je n'affete pointles voies extraordimaires , je-leslaiffepour les Saints , mais lamortification des fens , mais 'humilité d'ef prit 8 de coeur., mais le renoncement á moi-méme , mais Pobéiffance á mes fupéricurs, 8% la déférence pour mes égaux , mais le recuneillementél Porai- » fon y nefont-ils pas de la vote ardi-- 306 Paiz intéricure. falut éternel , rien ne vous touche autant que celui de votre prochain. L'ardent delir que vous en avez , fait que chacune de [es fautes vous perce de plufieurs traits ¿ parce qu'elle bleffe 8 celui qui la commet, % plufienrs de ceux qui en ont connoiílance. Utile difpofition , fi vous favez la régler : ardeur nuifible $ pour vous $ pour autrui, fi vous vous y livrez fans mefire. Ontre la perte de la paix , la charité , comme dit faint Francois (1) , fera infailliblement altéréc $ en vous él en votre prochain , fi votre zéle contre les fautes - fe tourne en courroux contre lui. Vons ne fauriez donc trop vous prémunir contre les agitations é£ le fen d'un zéle ardent ét impétueux , au milien duquel le Seigneur n'habite pas (2), £% oh toutefois des yeux offufqués par Pimpatience ne croient apperceveir que lui fenl. Le zéle qui plait au Seigneur , eft celui qui, femblable á un doux zéphir , adoncit $2 purifíe fans ¿motion , fans bruit 60 fans danger (3). Plus donc le vótre s'enflamme , plus il vous femble que le mal (1) Chapitre 7. de la Regle des Freres Mi NLUrS» dE (1) Zelo zelatus fam... non in (piritu Do- «minus: non incommotione Dominus : nonin igne Dominus. 3. Reg. 19. (3) Etpolt ignem fibiíus auree tennis. Zb1d, BER» a O 1777717 307 QQ ye » E ” y Pe e: qui Dirriteseft grand”, 82 quil faut vous y oppofer d'abord /é de tontes vos for- €es 5 plus vous devez vous en méfier , $ vous tenir en garde contre fes faillies; parce que vons avez lien de craindre ue ce feu ne vienne pas de Dieu, que la fombre lueur ne vous falle paroítre. les objets tout antres quils ne font , 82 ) gi > hi «quil ne vous falle donner dans des travers quí augmenteroient le mal , bienloin d'en accélérer la guérifon. Ajontez a cela , que ces grauds mouvemens ferojent perdre á votre ame cette afiette Ou Dieu la vent , St dont le Démon .Sefforce toujours de la tirer, $ méme fous de pieux prótextes. «Si cet enuemi sufé qui vous obferve Continuellement , vous voit porté A cette indignation , il vous preflera fans cele . de ce cóté-la ,-+fachant bien' quil y . Baguera toujours contre vous , é--quwá 'égard de votre prochain-, du'moins il: ny perdra rien ; la colere de homme Wopére point la juítice de Die. ( Ep. de S. Jacq. ch. 1. Y. 20. ) Sans que vous Vous en apperceviez , vous deviendrez + lemblable 4 ceux? dont vous ne fi - Nez approuver la conduite , qui vont lamais de repos ni au-dedans , ni au-- dehors , dont le zélo dévore le corps 5 aufi-bien que le coeur; parce que les Agitations que Pennemi du falut leur O 2 308 Pair intérieure. > donne ¿ détruiflent également la fanté de Q Pun la paix des autres. SEL ca doit porter fon fardean ; vou- = driez-vous vous charger de celui de tous les autres ? Mais encore croyez-vOus ra= mener Pordre par le défordre de votre palion , $ corriger les fautes de vo- * tre prochain par les vótres ? L'hypocrite méme que Jefus-Chrift condamme , 0 dit modeftement ; Mon frere , fouffrez que J'óte de votre ceil une paille que vous y avez , X vous vous ferez un: mérite de Parracher brufquement avec autorité 3t avec violence ? Vous aigrik | fez le mal de votre prochain ,au-lien de le guérir , 6% par votre emportement la correétion détruit la vertu qui la “ commande. La charité eft patiente 6 douce (1), 81 votre zéle eft inquiet $e amer. » Celni-ci ne peut pas plus con“ | » duire a celle- 14 , quune eau falée Us men peut rendre une antre douce) “» comme dit PApótre faint Jacques (2), » Li quelqu'un croit étre fage St retenu y" parmi vous , continue le méme Apó- 10d [1] Charitas patiens eft, benigna el, 7, Cors | 13. Y. 4 8 - Ns nec falfa ducem poteft facere aguante Ep. Jacob. 3 Y. 12. , y no El q Y PY) » » » » » » 40» » ») » » » » 10) Dd) » » Y DD) » ») » » 5d) ' Pratique. > 309 tre 3 quiil le falle voir par une conduite pleine de diferétion 81 de dou- «ceur. Si au contraire vous étes animé d'un zele plein d'amertume qui excite Pindignation dans le coeur éz les conteftations dans les paroles ; gardezvous bien de vous en glorifier ; car ce feroit donner le démenti á la vérité méme. Non , mes Freres, cette fagefle ne vient pas d'en haut ; elle elf toute terreíftre , animale, diabolique. Car lá on eft le zele inquiet 8 le bruit qu'il excite , lá régnent Pinconftance éz toute forte de defordres, La (ogelle qui vient V'en-haut , la voici : ceft celle quí elt retemue -, amie de la paix , modefte , infinnante, pleine de déférence pour les gens de bien , Y de compafion pour les méchans , quí eft chargée de bonnes ceuvres , é quí juge de tout avec la derniere fimplicité. Voiláles fruits de la - véritable juítice, qui le fément dans la. paix, 3 qui ne font que pour ceux quí cultivent la paix. «- : Vous ne devez donc avoir que de la compallion pour les fautes de vos freres.» -S de lPindignation que contre le zéle amer dont vous vous fentez animés : de la compafion pour les fautes de vos y freres; car ils en font tout - áfait di- - gues; sils péchent par tenorgnes , puib 3 310 Paix intéricure, quils ne'connoiflent pas le bien; mais s'ils péchent par malice , leur état eft encore plus déplorable , parce qwil eft plus difficile de les ramener, Réfervez au contratre votre indiguation contre le zéle impétueuxqui vous dévore , puifqu'il eltordinairement une produétion de Porgueil ec de la préfomption. L'humilitó porte dans Pame la donceur la paix (1). $. ITI Joa; dit au Chapitre précédent > qui E y avoit de Pamour-propre á ne pouvoir fupporter les propres foibleiles : ily en a bien plus encore A ne pouvoir fupporter celles V'autrui. S'il y a quelquefois de Pimperfeétion á vonloir ¿tre par - fait, il y en a toujours á exiger rigou= reufement la perfeétion des autres. Le zele qui veut corriger tous les abus, eft lni-méme un grand abus , il y ena «de prefque infirmontables ; “on s'efforceroit en pure perte de les reformer par une activité dérégléc , S par un - Mminiftere lans vocation. 1l en ell méme utiles, quil feroit dangereux de rétrancher d'abord : tel , Par exemple , eft Patrachement trop-fort $ trop na- (1) Jugis pax cum huamili : in corde antem * fuperbi, zelas K indignatio frequens. 4 Xena Piss Lo X. € 7. z - * ET Pratique. 311 turel qu'auroit un foible commencant , pour un homme plus avancé dans la perfeétion , quile fontient, Lui óter fon appui , avant qu'il foit en état de sen . paller , c'elt óter á un enfant la gouvernante qui le tient par les cordons; on vent qu'il marche feul , il tombe , 81 il fe blelTe. $ TM L. eft donc des défauts utiles , mais il elt rare que la correétion fubite éz prématuréele foit aufíi. ll faut beau-, coup de jugement 6 d'expérience pour difterner ceux-lá , $ pour diriger celle-ci. Et cependant tout le monde s'en eroit capable : il Weft pas homme rempli de défauts , qui nen voie dans les autres , quelque vertuneux qu'ils puiflent étre, Sl quí ne le croie en droit , Ou de les reprendre , ou de les critiquer » fans faire attention qu'il s'expofe luni-mé- me á une plus juíte correétion , OA une plus judicienfe critique. Il faut , pour -ainíi dire ,.étre parfait , pour faire volr aux autres qwiils ne'le font pas: mais-1l faut Pétre en effet, ponr les conduire 4 la perfection. La correction, fi elle n'eftlong-temps méditée , autant que la nature du mal peut le permettre , 8% fi elle v'eft préparée par la priere, aura le-plus Souvent la pallion , ou pe OS s / dá 312 Pair intericure, ou pour effet. Dans les premiers mouz vemens de notre aétivité , que notre illufion déguife fous le nom de zéle, nous nous troublons , nous troublons les autres, nous brouillons tout, nous blámons ,nous lonons fans difcernement, fans mefure ; nous choquons ceuxque nous prétendons corriger , dont il auroit plutót fallu ga. gner PafteGion. Dans cette confufion nous ne favons choifir ni les moyens de nous Infisuer, niles paroles , niles geltes, ponr nous expliquer comme il faut: tont Welt que feu, qu'aigreur , que dépit de part Sí d'antre. | $. Ve Ls, anciens Solitaires , ces hommes d'nne vertu confommée , méditoientlongtemps , confultoient entre eux, concertoient lagement les moyens les plus doux pour corriger un de leurs freres-, dont la+faintété devoit infpirer tant de confiance á leur zéle , £ elle mieút impri- "mé encore plus de refpeét á lenr dif: crétion. lis ufoient de cés ménagemens, lorsméme qwil ne s'agifloit que de fautes tres-légeres, dont la correétion devoit plus flatter , qu'offenfer celui en qui on ne voyoit que ces imperfections á réeprendre. Nous au contraire, nous failons rougir ceux que nous re- a $ hy GE ui o o a el A a A e E | Pratigites: 27.333 renons , €n appuyant fur la griéveté de a faute quils ont commiífe , que nous exagérons méme contre les regles de la prudence , nous ne manquons pas de nous prévaloir de ce qwelle eft encore toute récente , 9 nous déconcertons par des reproches animés , fans ordre .$t faus égard , de foibles commengans qu'il faudroit plutót encourager par des éloges. Ce qui eft encore plus déplorable , celt qwapres avoir excité de trouble fans aucun-fruit , On va , tout - Aatisfait de foi-méme , Sapplaudir en -fecrer, 81 encenfer ce zéle imprudent dont on fait fon idole : (1) $ fouvent ceux qui singérent á faire ainfi des le- .cons de vertu , S 4en venger les. ou» trages (2) , ne font encore que des novices dans la perfeétion. 1 y a méme gueres que -ceux-la qui tombentdans cette imprudence ; parce qu'ils font or- -dinairement 8 plus ardens , % moins éclairés. La véritable 8 parfaite juítice elt pleine de compaflion $ de charité ; mais celle qui ell fanfle ou imparfaite , “ne montre que de Pindignation X de - dédain (3). | ; [1] Idolum zeli. Ezech. 8. N. 4. (2) Idolum zeli in ipfo introitu. 761% - 3] Vera juítitia compafionem habet, talfa juftitia dedignationemia.a Greg. Rom. 34. La> Exangr ze 05 E y > 314 Paix interieure, S. VI A E putos de férieufes réflexions avant que de reprendre , $ vous vous épargnerez des émotions fáchénfes en reprenant, St des retours affligeans aprés avoir repris. Voyez fi ce qui vous parojt un défant 5 un grand défaut , neft pas une limple faute , 82 une faute aflez légere , oñ la foibleile 82 la furprife ont plus de part que la malice 8 la réflexion. Attendez que le temps vous falle connottre fi P'habitude, file (candale , fi les fisites dangereufes de cette fante font aufíi importantes , que votre premiere ardeur vous le repréfente. C'eft une faute de réflexion «de malice , d'habitude.Soit , elle ef d'une nature á ne devoir pas étre tolérde, mais «Poccalion de s'élever contre cet abus ef elle maintenant la plus propre ? Dien vous a-t-il deftiné á le corriger ? En voyez- “vous tous les moyens, pour choifir le «plus doux 8 le plus convenable ? Etes- «vous exempt de ce défaut , comme:il faut Pétre , pour ne pas recueillir la récrimination pour tout fmit de votre zéle? Eít-ce le défant qui doit-étre corrigé le premier dans la perfonne que vous allez reprendre ? Nelk-ce pas peut-étre , non le plus nuifible pour elle ou pourlesar-. tres , mais le plus choquant pour vous > a > A a] A TE AR E PARA Pratique. 315 «quiil intérefle par quelque endroit? De quelle paix ne jouiroit-on pas , fi On failoit toutes ces réflexions ? És quel avantage ne retirerions-nous pas de la condnite de notre prochain , quelque imparfaite qu'elle fít , fi chacun de fes manquemens nons ramenoit ainfi aux régles de la prudence. $ Walt ] ' Ous qui ne ponvez conferver la paix de Pame á la vúe des imperfections des - autres , vous allez la chercher loin des .imparfaits en vous retirant du commerce des hommes. Vous faites voir.par-lá que vous étes tres-imparfait vous-méme ; 82 que. par conféquent vous portez toujours avec vous ce que vous voulez éviter. Vous fuyez donc en vain , 8z le trouble : vous accompagnera jufqu'au fond des déferts. Le folitaire qui ne put avoir la ¿paix dans fou Monaftere avec [es freres , .ne put Vavoir dans le défert avec la cruche. Reftez avec vos freres , quoi- -quiils ne foient que des hommes , puif- -que vous n'étes pas vous-méme un Ánge. S'ils conviennent avec vous fur les régles des maeurs; sils sen écartent par foiblefle , plutót que pay habitude 5 s'1ls louent votre exaétitude , bien-lo1n de la blámer: 4 leurs fautes ne EA direc» : 6 $22 Paix intéricure. , remplis d'imperfections , de ne les point - fupporter dans les autres , tandis que Jelus-Chrift los fipporte avec tant de bonté dans les hommes qu'il a honorés _de ía confiance ? Dieu, tout jaloux quil eft de la gloire fouffre avec patience , depuis le commencement du monde ce déluge de crimes dont il elf inondé , quoiquiil foit afligó des défauts quil , Voltten nous , dans les autres $ dans ceux-mémes qwil a le plus comblés de les faveurs , il les diffimule , 62 la paix ven elt pas altérée, CE A Prés ces exemples, quel fera le défant que nous ne pourrons pas fupporter? 1] en eft, á la vérité, qnelques-uas qui paroiflent infupportables 4 ceux méme quí en font les plus remplis : mais chacun s'accorde-til á condamner le méme ? Nullement : nous avóns tons une oppofition perfonnelle A quelque défant , comme un penchant particulier pour qnelqu'autre ; preuve certaine du déréglement de notrejugement, comme de celni de notre conduite. Ce que nous condamnons le.plus, Welt pas ce qu'une railon défintérellée nous repréfente comme le É plus condamnable , mais ce dont le fib- 4 til amour-propre nous perfuade que nous * ie Pratique. 323 Tommes exempts. L'un fe révolte contre un manque de raifon ;.Pantre regarde comme un crime Pingratimde dans les - plus petites chofes'; celui-ci pardonne facilement une premiere XX feconde faute, mais les fréquentes récidives pouflent la patience a bout; celui-lá fait grace d'une faute donton ne cherche pas á fe dif culper ; mais veutton en excufer une ? Dées-lors elle lui paroit inexculable. On en voit quí paflent prefque tout á certaines perfíonnes tandis qw'ils frémillent, qu'ils s'emportent contre quelques-uns de leurs manquemens qui font contraires á lefprit 8 aux devoirs de-leur état. Mais quel eft de tous ces défants celui qui ne nous parút pardommable , fi nos réflexións le rapprochoient de nous autant que le fait notre foiblefle ? Serace le manque de raifon ? Hé ! Sommesnous fans défaut ? Et tout défaut n'eft-il pas un manque de raifon ? L'efprit de Phomme v'eft-il pas fujet á ségarer ? U feroit aufii ridicule de s'armer d'indignation contre ce défant , que contre Ping firmité d'un corps quí boite. Sera-ce Pingratitude? Cleft á la vérité le vice contre lequel nous nous réunnillons tous, tant il porte un garactere odieux ; 87 cependant c'eft celui que nous aurions tous intérét d'exculér, puifqu'ancun de nous men elt exempt. Honous et auffi natue 324 Pair intériture. - rel VPétre ingrats , qu'il nons left d'¿tre amateurs de nous-mémes , julqu'á rapporter tout a_nous. Nous nous attachons au bienfait qui nous eft utile, juíqu'áa 0u- blier le bienfaiteur, $ méme a le hair en quelque facon ,/parce que nous lui lommes redevables? Et il eft bien rare que nous témoignons quelque gratitude , fi la recomnoiflance du bienfait ne nous en fait elpérer un autre. Les récidives nous révoltent , nous qui ne pon vons réfléchir tant foit peu fur nons- “mémes , que nous ne tronvions une oppofition continuelle entre nos pratiques $ nos réfolutions ? On ne mérite aucnne gface., dites-0us , quand on ne vent point s'avouer coupable. Etes-vous done d'une autre nature que les enfans «'A- dam, qui a tranímis 4 tous les delcendans , avec Pinclination au mal , Part de Pexcufer ? Pouvons-nous nous diffimuler que nous avons une forte oppofition á la honte, 8 Paven fincere de nos délordres 2 Ne la trouvons-nous pas en nous juíques daus le Tribunal facré , o nOUS nous portons pour accufateurs de . nous-mémes ? Les fautes contre les devoirs l'état font impardonnables? Eh 1 Ne péchons-nous pas á toute heure contre les nótres ? Ne manquons-nous pas louvent de recucillement dans les prieres ¿de lincérité dans les paroles , de ñ > ESP QUa O as Bdélité dans les promelfes ? Sommesnous toujours amis zélés , débitenrs de bonne foi, citoyens fideles ? Combien de foi ne nous fommes-nous pas retrouvés. maítres fans bonté ; (ipérieurs fans condefcendance , inféricurs fans égards ? Peut-étre que ce ne font-la que des fautes ordinaires», $ que ce qui vous cho= que dans les autres, lont de trés-grands défauts. Mais reftce pas le plus grand de tous les défants, que d'étre livré au plus groflier amour-propre , $ ne favoir pas méme quiil y ait un amour-propre ; ou ne favoir pas le reconnoitre lorfqu'il le montre tout entier ? Si nous le. connoiflions bien , nous faurions qu'il diminue autant nos fautes á nos propres yeux, qu'il nous groflit celles des autres , pour nous préférer á eux we ainfi aprés “avoir diminué les leurs de la moitié: 8 doublé les nótres , nous craindrions en core P'injuítice 81 Pillufñion, Au refte ; il y a aucun rifque á préférer tout le monde áfoi ; mais il y en a toujours beaucoup a le préférer á un Íeul (1). [1] Non 'nocet fi omnibus te fupponas + nocet autem plurimum, fi vel uni te prepo= DAS, Ímit, Chrifll , Lai La €, 7* 326 . Paivintricurt. Sl: J E rai garde d'infpirer , ou d'approu+ ver ici une molle tolérance dans ceux á qui Dieu préfente les moyens de corriger ou d'arréter les méchans , 8 moins encore dans ceux á quí leur état en fait un devoir. Que ne puis-je plutót les porter a préférer un trouble utile á une funeífte paix! Au-lieu de s*oppofer comme an mur dVairain au torrent du défordre , ils fe détournent pour éluder fon choc , ou ils s'amolliflent pour éviter le bruito lis croient faire beaucoup , s'ils favent plier á propos, comme de foibles rofeanx, pour Métre pas entraínés , eux qui devroient faire tout plier fous le poids de leur mivifteres lis veulent la paix avant toutes chofes , au-lieu qu'elle ne doit venir qwapres le devoir. Malheur á cette paix : Cell celle des faux Prophétes qui ne voulant point s'expoferá la malice, ou á la divifion des méchans , les laiffent Jouir tranqunillement de leurs défordres,; A qui préférent un nom de modération éz d'Anges de paix , qui leur nuit autant qu'a ceux qui le leur donnent, á la honte que les méchans attachent au zele qui les veut fauver , mais que les vrais Miniftres de Jefiss-Chrift recueillent avec jolie , comme le précienx appanage ' : Pratigue, e 3273 de leur divin miniflere (1). Les véritas bles Anges de paix pleurent amérement e ce que ceux-ci ne pleurent pas (2), Ce que Jinfpire donc , C'eft la paixintérieure , qui fe poflédant toujours , fait prendre le temps 8 les melires propres Pour reprendre avec fruit, 8 qui du moins en retire toujonrs de grands avantages , qui confiftent dans la mortification des paffions : Ét ce que je bláme, Celft le zele impatient d'un naturel indompté , qui fait d'un égal un témérai> re, % lun fupérienr un turbulent, Se SlabT, | Ne laiflons donc pas troubler la paña de notre ame par le chasrin de voir les défauts du prochain , 8 par Pimpatience de les corriger. Loríque nous en venons á la correltion que nous fommes autorifés a faire , lorfque notre actuivité s'eft émonllée avec le temps par Mos réflexions, ST que nous avons tout médité devant Dien ; obfervons de prés (1) Dicemus : Pax, Pax, cúm non eflerpax: confufñione non funt confufi, 8 erubelk= Cere nefcierant, Jerem, 8. Y. 11. 12. . Eft confuñio adducens gloriam X gratiamas E Ecliid: 4 0] Angeli pacis amaré flebunt. 1/1 2. 35 ¿bs To , ; 328 Pair intériture. tous nos monvemens , pour ne pas laif fer troubler la paix de notre coeur , pe- “fons tonites nos paroles , réglons toutes | nos manieres', pour ne pas la tronbler - dans les autres. Parlons peu : une parole . qui part du fond de la modeftie , du recueillement , 87 de la charité, dit tout, 8 fait beauconp ; mais un grand noms= bre ne fait qu'offulquer , % 1opére riem: c'elt une ardeur qui s'évapore. On fent dW'abord tout ce que vous voulez dire , Si ce qui vous oblige de le dire , ne vous épuifez donc pas fans néceflité , $ avec rifque , á étaler toutes vos pen- £ées , lorfqu'une feule parole eft quelquefois de trop. Si vous trouvez quelque réfiftance, paroiflez ne pas vous en appercevoir, ne penfez pas que vous ayez perdu votre peine. La terre qui ré-. fifte a la-charrue, weft pas la plus ftérile ; le grain quelle engloutit , $ femble anéantir, germera dans Íon temps. L'amour naturel de VPordre eft ordinairement trop aétif , Pamour de Dien 82 du prochain eft toujours tranquille (1). Préférez le dernier au premier. Ce que yous pourrez dire utilement fur le ton - de Pinftruétion , gardez-vous bien de le dire fur celui de la correítion , quia. y 19 Charitas patiens ef ;' benigna: ell ,no inflarar. L. cor. 3. Yet ei toujoní | > y : Pratique. 22 E 329 - Tobjours quelque chofe de rude. L%inf truction qui Pemporte fir la correétion, Y : . nd LS do le céde au confeil, 82 le confeil á Pexemple. On ne parle jamais trop , 8 on ne parle gueres fans quelque fruit, quand. on ne parle qw'aux yeux. Inftruifons-, «confeillons , reprenons par nos pratiques: Ceft Pinftruétion la plus modefte , le confeil le plus efficace , la fenle correc-- tion dont perfonne 1e peut étre offenfé. Opérons , avant que de dire aux autres qu'il faut opérer. Le grand fecret pour ne pas repren- «due les défauts de notre prochain au pré- Judice de la paix de notre ame , mais, pour nous rendre toujours ntile la correction qui P'eft rarementá autrui, cel d'obferver-la pratique , que faint Gréoire dit étre commune á tous les juítes, te au-dedans de nos pro=- pres fantes , tandis qu'au-dehors nous reprenons celles des autres : penfons que celles-ci font beaucoup moindres que celles-la. Ce fera fouvent avec vérité , X toujours avec utilité , que nous le .¿penferons. Cette idée répandra dans nos ames une donceur qui corrigera le venin de la fufifance, $ qui guérira lenflure de l'autorité; $ fir nos paroles $ nos manieres un air de candenr , de charité X de retenue y quí gaguera notre prochain, Supportons du moins avec 330 Paiz intérieure. : : une gaieté apparente ce quí nous dé chire le coeur. Cette pratique eft fir-tout: nécelfaire , dit faint Auguftin , lorfque celvi quí eft repris, ayant la coutume a oppofer á notre avis , fe croit autorifé-a le rejetter avec indignation , comme une téméraire fingularité.. $. FATY: J E conclus donc fur les fautes de votre prochain comme j'ai conclu fur les vótres , V'apres faint Fraugois de Sales”, que vous devez le regarder plutót avec compallion qu'avec indignation, % avec. Plus d'humilité que de févérité ; car la charité ni la railon ne vous permettent pas plus de rigueurs pour les autres que pour vous-méme. Et fivous ne pouvez avoir la paix intérieure , fans fupporter tranquillement vos défauts , parce que vóus en étes rempli; vous ne fauriez la conferver , fans fouffrir patiemment ceux des autres, parce que vous en étes environié. Que votre zele foit limité ? Mais que votre paix foit fans bornes. Ou Dieu ne vous a pas chargé de fes intéréts , on du moins il ne veut pas que vous lés prenicz avec plus de feu que lui-méme : mais plutót facrifiant en quel- ¡que maniere Ía gloire á votre avancement , il veut que votre patience á fp- 2 ER 4 Pratique. . 1 . , z 331 porter des péchés qui Poffenfent, foit ” ¡pour vous un exercice de vertu qui vous : AanGRifie, UUAP TL DPROE- > VITL Modérer fon achivité en toutes chofése RARTIÍCIEE PREMIER. Modération de Ladivité dans les défirs, É E E vous livrez pas d'abord á tous les défirs qui vous paroiffent louables , dit Pauteur de Plmitation de Jefus-Chrift 5 8 ne rejettez pas du premier mounvement ceux qui vous paróiffent ne pas Pétre : ne vous expofez pas, en prévenant vos réflexions par votre choix , aux erreurs quelles pourroient vous faire appercevoir, $ aux regrets quí pourroient les fuivre. Quand méme ces défirs feroient indubitablement bons, $ en eux-mémes $ dans toutes leurs circonftances , ce qui ne peut fe reconnoítre fans un examen raifonnable quelquefois méme fort long, vous ne de- Vriez pas vous y livrer d'abord é fans retenue. Cette aétivité inconfidérée enfraine ordinairement avec me de fá. 2 - xs, he 338 Paix intéricure. ) ne vent pas méme que je fafle les pres mieres démarches pour les plus beaux projets , pourquoi voudrois-je travailler a ía vigne , lans y étre appellé ; 8 faire mon cenvre de la fienne ? Car nous devons' étre - perfuadés , que , quoique tout ce qui le fait dans le monde, excepté le péché font un ouvrage 5 tout ce qui sappelle bonnes cenvres , 8 fur tout celles qui regardent le falut des ames , font finguliérement Poenvre de fa —providence e Pexécution de fes“grands delleins fur fes élus; c'eft á ce point que tout le reíte fe rapporte. len elt jaloux, XX il ne veut pas que perfonne y mette la main que lui, $ ceux qu'il y emploie 5 afin que perfonne ne fe glorifie , mais que la gloire du deflein $ de Pexécu.. tion lui revienne tonte entiere, Vous étes arrété par une maladie om par quelqu'autre accident, Joríque votre affaire prenoit le meilleur train du «monde ?Soyez tranquille. Si c'eft l'oeuvre de Dieu, vous ne lui étes pomt néceffaire y 8 fi ce Welt que la vótre , vous devez étre bien-aife de ne plus perdre votre temps Él vos foins. Alfurement vous mentreprendrez jamais un auf grand », ni aufíi faint onvrage , que l'établifiement de la Religion Chrétienne dans le monde: vons ny ferez jamais aufli nécef faire ou aufi ntile , que Pétoit 'Apótre y : Pratíques e faint Paul á cette cenvre divine. Il eft cependant retenu dans les fers durant plufieurs années ; 62 la follicitude pour tou- _tes les Eglifes ne Pempéche pas de Jouir . : d'une profonde paix. ll fait que Dieu a fes momens 6% fes moyens , fouvent: bien différens des nótres : il les attend), fans vouloir les deviner ni, les prévenir. Son objet eft, non pas de finir heurenfement fon ouvrage:, mais de confommer fidélement fa courfe , dont Dien a placé les bornes. S'il craint quelque chofe , ce Weft pas la prifon qui Parréte , les tonrmens qui lépnifent, ou la mort qui met fin a fes projets 8z a fes travanx; mais -ceft de ne pas remplir avec aflez' de zele $ d'exaGtitude le miniltere de la parole que le Seigneur Jefus lui a confié , 6% de ne pas reudre un témoignage aflez éclatant á PEvangile de fa grace (1). En un mot, tout fon défir elt de répondre fidélement aux defleins de Dieu fur lui 8z de remporter la couronne qui lui eft deftinée, en courant dans la lice de fa vocation (2). Ce n'eft pas qu 11 ne peníe (Mm Nihil horum vereor, dummodó con-' fummem curfum meum, « minifterium verbi” quod accepid Domino Jefu , teftificari Evan= gelium gratia Dei. Aétor. 20. Y. 24: ¿ [2] Ad deftinatum perfequor, ad bravium fuperna vocationis. Philip. 3. Y- 14 PG 340 Paiz intérieure. : qua lui-méme > fon zele pour-le falne du prochain eft un fen qui le dévore. (3) mais qu'il Wentretient qu'autant que Dicu le veut, qwil. contient: dans les. bornes oú Dieule vent , 8z toujours lans. préjudice d'une profonde paix intérien=. re , parce que Dien le vent. | $. | Ve S: vous faifiez attention, ame chrétier. ne , que tout votre bonheur confifte dans. le.repos en Dieu feul ; que tonte votre: vertu eft de ne regarder $ de ne poflé-. der que Dieu feul que votre vie. doit étre une vie cachée en Dieu fenl : 4 vous - penfiez férienfement que tout ce qui vous tire de cette occupation, emplois , char= - ges entretiens, études , affaires , eft plus pour les autres que pour vous 5: que: tont ce quí vous en tire avec emprelfement , elt ordinairement un effet de Pas mour-propre , a qui Dieu feul ne fufht pas: £i vous étiez toujours en garde con» tre los fuggeltions de ce fubtil envemi. de nous-mémes qui vent toujours fe produire, 8t.qui ne pent fe fonfirir fon] XxX «dans Poubli qui le recherche fecrettement prefque en tout, E qui fe trouve quel < . (3) Qui fcandalizatur, K ego non nLOr. L, Corinót, 11. Yo 29. > E CN Pratiques, 347 == + qmefois toutentier dans les chofes mé-- me oú il femble-s'oublier entiérement',. + pour ne penferqu'aux autres : fi vous étiez bien convaincue que tout ce quí. ne tend pas a Dieu feul, 8 quí ne vous: conduit pas a'Poubli de vous-méme , efprit, talens , nalifance, crédit, autorité», éXc. eft moins utile que dangereux pour vous; on ne vous verroit pas 1i empref-- Íée a pourfuivre les affaires que vons avez. entrepriles , á cultiver vos talens, á mé-. nager votre crédit, á maintenir votre: autorité. Votre goút:pourles añaires , am. milieu defquelles vous devriez Étre tou-- jours génée % dans une fituation violen-. te, prouve que vous ne connoiflez pas: Pexcellence , les douceurs , la nécelfité méme dir tilence $ de Poubli , aprés. leíquels vous devriez fans cefle: loupirer- $ auxquels vous devriez toujours: revenir par penchant, 6% quelquefois méme- - par diltraction. a 3 Je fais que les Saints ont diftingué: deux fortes de vie ; une vie de repos'dz de féparation, $í une vie d'action $ de: miniltere : mais, asle bien prendre-, cet-- te diftinction n'eft que dans les fonctions> particulieres , les unes extérieures $ publiques., les autres intéricures 61 fecrettes , nullement dans le fond de la vie: chrétienne , qui eft pour. tous, felon, P'Apótre , une vie cachée en Dicu ayeg: AA PERERA o IEA RG 42 Paiz intéricure. efus-Chrift (1) : déforte que y quel qu'importans que foient nos emplois , quelque publiques que foient nos fonctions , quelque bien que nous elpérions de nos projets ; nous devons nous éle= ver au-defls de tont , étre cachés enef prit, confentir á étre oubliés y autanto quil eft poflible, fans manquer anx def. fcins de Dieu fur-nous ; 8% nous regarder,comme aufli fenis , que sil n'y avoit que Dien 8 nous dans le monde. Mais que c'elt une chofe bien difficile? Cependant, pour goúter au-dedans de nons-- -mémes , S pour éviter les dangers ol «nous jettent les actions du déhors , il eft néceflaire de contenir notre altivité , qui vent toujours de Pextérieur 82 du mou. vement , fous prétexte d'agir ponr Dieu ; mais en eftet fouvent parce quelle ne Jait le repoler en Dieu, ni attendre on difcerner Pordre de Dien, pouralliex Paction avec le repos. : L”Apótre faint Paul a attendu cet ordre , pour sSengager dans les fonétions, de la vie publique ; 8% nous devrions Pattendre comme lui; €; aprés Pavoir recn., ne nous produire qu'en tremblant 82 par pure. obéiflance , en gémillant á la vue de la súreté que nous quittons , 82 des (1) Vita veftra abícondita et cum Chrifta la Deo. Colof/: 3. Y. 3. A Pratique. ] dangers anxquels nous irions 110us expofer , dangers parmi les proches , dangers + parmi les étrangers ; dangers juíques dans la folitude , ou les images importunes / que nous y porterions obféderoient notre efprit (1). Oui , tout eft danger dans la «vie publique: il y a plus de súreté dáns la vie privée. o. Saint Paul P'Hermite ne recevant point _cetordre V'agir € de fe communiquer », refte feul avec Dieu feul dans un vaíte -délert , durant pres de. cent ans 5 19Sno- rant tont ce qui fe paíle dans le monde ,, Pétabliffement de la religion , les révo- Jutions des Empires , % Jufqw'a la fucceffion des temps ; connolllant á peine les -chofes dontil ne peut abfolument [e país fer , le ciel qui le couvre , la terre qui le .porte , Pair quiil refpire , lean quíil boit , 8 le pain miraculeux dont il fe nourrita Que pouvoit-1l faire dans ce grand loilir y diront peut-étre avec les mondains diffipés ces ames actives , que croiroient ne pas vivre, fi elles 'étoient dans un mou» vement perpétuel ! Ce quiil faifoit ? Hélas! On pourroit avec bien plus de fujer. vous demander ce que vous faltes vousméme , loríque vous ne faites. pas ce que (1) Periculis ez genere, periculis ex gentia bus , periculis in civitaré, periculisin folitu» dine, %Xc. 1, Corintí, 11. Y. 264 E? Paiz intéricure: le Ciel 82 la terre font , la volonté de: Dieu. Neft=ce donc rien faire , que de: ne faire que ce qíe Dieu sef propolé en nous donnant Pétre , le contempler,. Padorer , Paimer? Eft-ce étre oilifé inn. _tile dansce monde , que d'y étre uniquement occupé de ce que les Bienheurenx font dans Pautre , de ce que Dien méñe fait? Et peut-on: rien faire de mieux 1 Ce qui fuftira á tous les AÁnges 8 á tous. les Saints pendant Péternité toute entiere , ce quí fuffira toujonrs a Dieu méme: ne pourroit-il fuffire á Phomme durant cette courte 87 milérable vie? Faire autre chofe , s'il ne fe rapporte au méme but». 1i Dieu nen eít le principe», comme la. fin, íi nous ne faifons dans une dé-. pendance continuelle dela divine vo= lonté , qui-nous demande toujours plus: le coeur que lamain, 8 le repos de Pame: plus que-fon adtivité : qu'eít-ce , finon: le détourner de la £n ) perdre fon temps, él redemander le néant dont Dieu nonsa. tirés 2: Ss VE Von. avez des talens 8 di Crédit». trop peut-étre pour vons. Vous:avez de. la nailance , de Pautorité , une réputa= tion bien établie de génic , de favoir: $ de-droiture , la confiance du publia.. Saint Aríéne eu nanquoit-112 Et cepem- Pratiques 345 + dant avec tous fes grands talens , avec les fciences des Grecs 8: des Romains » - comme il dit Ini-méme ; avec tout le: crédit poffible á la cour de PEmpereur, dont Peltime $ la confiance le. mettoient á portée de faire tant de bien: dans tout Pempire , pour PEglile $ pour PEtat, il le dérobe aux pieux em-- preflemens du Prince , qui le fait cher-- cher en vain fur terre 0% fur mer , va: fe cacher dans un défert affreux , $ ne: yeut pas méme voir les Anges terreftres: qui Phabitent. 1H a moins d'égard aux _grands biens quil auroit pu faire, qua: la volonté de Dieu, fans laquelle on ne peut rien faire de bien. Nen eft-ce pas aflez pour fermer la bouche a notre préfomption , qui elt infinie en raifons: plaufibles , pour fe tirer de Pobfenrité: qui la confond 5 8 du famt repos qui Penmuie: Les. talens , Pautorité , le crédit , la confiance du public , $ tous los autres moyens de faire du bien dont-01 fe prévaut tant pour tirer une ame de la retraite, men font pas une railon Méilante , bien-loin de lui enfaire une. néceffité , comme on le prétend. Diem qui ne mérite pas fans donte: quon ne. lui abaudonne-que le rebut des hommes. $ ceux qui ne font bons á rien dans; le monde ) donnent fonvent des talens ;. £ Lantorité , le crédit. comme les richef. 346 Paiz inttricure, les, les plaifirs 82 les commodités de Ta la vie, non pour en uler , mais pour Jui en faire le facrifice. Et quí ofera dire que ce foit étre vn ferviteur inutile , que de ne faire que ce que Dieu ¿Veut? Le talent qu'on enfonir par fon 'Ordre , eít un grain qu'on met en terre , Sí quí produit au centuple , comme on le voit dans les Arfénes > le Nil, 8 tant d'autres. Mais fans multiplier ici les exemples des Saints, qui font fans nombre 3 celui du Saint: des Saints eft fans. réplique, e trente-trois ans quiil a vécu fur la terre , il en a paflé trente dans Pobf. curité Pune vie privée 8% d'une -humble condition , malgré le zéle de la gloire de Dieu % du falut des hommes , dont Íon ame étoit embrafés , Malgré les défordres $ les fcandales fans nombre qui lui percoient le coeur, La lagelle éternelle ne rompt le filence , $ ne fort de Pobfenrité , qu'á Phenre qui a cté arrétée dans les deffeins de Dieu, 8 elle rejette avec févérité la priere de fa mere felon la chair , parce.qu'elle femble vouloir prévenir cette heure (1). Et nous nous céderons aux moindres perfuafions humaines , fans confixlter beaucoup la [1] Quid mihi 8: tibi ef , mulier ? Nondum venit hora mea, Joan, 2, Y. 4: 22] : z - Pratique. 349 volonté de Dieu , pour nous engager dans des ceuvres extéricurés $1 dans des «minilteres périlleux, ou platót nous nous laiflerons féduire par notre amour-propre, ui nous perfuade fouvent fans beaucoup de fondement , que nous devoas nous y livrer , 82 que nous fommes en état d'y réullir ? Les favenrs de la Providence font-elles donc une raifon Máfilante pour nous tirer de fon ordre? ér fuffit-il- da. voir des mains 8 des forces avec une bónne volonté , pour fe mettre á cultiven la vigne du Seigueur 1. | 5. VIL | La gloire du Tres-Haut eft Pobjet de votre ceuvre y mais Pempreflement avec lequel vous la défirez, doit vous faire craindre que votre propre gloire ne foit Pobjet de votre coeur. Le moyen d'épurer votre intention $ de modérer par-lá votre défir , ceft de nenvifager dans cette bonne ceuvre que ce quelle a ou peut avoir de mortifiant pour vous, des travaúx fans fin , des mépris , des perfécútions , des médifances , des calomnies pendant toute votre vie , 8 jufques dans votre mort, $ tont ce que Penfer peut fufciter pour traveríer votre projet , On pour sen venger fiw vous. Cela bien médité fera tomber vos défirs , s'ils ne viennent que de votre fonds ¿ 04 VOuS 354 'Paix intéricureo on poids retombe toujours vers la terres on en retirera un fruit confidérable.de ' recueillement 5% de ferveur. Si vous étes d'un naturel lent , faites pour ranimer votre altivité ces retours que je confeille á ceux qui ont befoin de Pamortir. L'indolence eft pour le mois aufi contraire á la paix intérieure , que Pardeur % Pempreflement. Cette paix eft le fruit de la ferveur > que lempreflement porte troploin , mais que l'indolence détruit. SETE Uand voús aurez fini une action y ne pallez pas á une autre , fans réfléchir un peu fur la maniere dont vous vous. ferez acquitté de celle-ci; ót en particulier , fur la tranquillité 82 fur le dégagement avec lefquels vous l'aurez-fal- te. Vous reconnoítrez 'un % Pautre , % au calme intérieur que vous aurez toujours confervé , 82 á la difpofition continuelle dans laquelle vous ferez de quitter cette action fans peine $ lans retour importun , pour vous porter á une autre, au premier figne de la volonté de Dieu. C'eft le moyen de vous rendre un homme exaét , délicat fur les monvemens intérieurs , plein de difcernement dans les voies de Pame. Ces examens fréquens vous rendront encore humble , par Pratique. 3585 "la víe des fantes que vous reconnoitrez' dans vos meilleures ceuyres : ce qui vous donnera occafion de vous confondre de ce qui flatteroit le plus votre vanité. Mais a Pégard de ces fautes , la févérité ne doit pas étre excelflive , mais raifonnable: fans s'en diffimuler aucune , il ne faut point les exagérer. Il ne fant , dit 'S. Francois de Sales 3 nis'accufer ni sexcufer légérement , Pun'prodhit la pufillanimité , 81 Pantre la prélomption. A TL. paroitra peut-ótre á des perfonnes peu verfées dans la vie intérienre , 8 peu foigneufes defe tenir dans le recueillement,, dans lapaix, 8 dans la ferveur, que cette grande attention fur elles-mé- mes , les examens preíque continuels de leurs actions extérienres £z de leurs mouvemens intérieurs , ne peuvent qu'étre une fource de fcrupules, 8 une contention génante qui ne laifle pas allez de liberté pour la fociété $ pour les affaires. Mais ceux qui en ont Pufage, favent que rien n'eft plus propre á conferver la fervenr 82 la paix, qui difíipent les ferupules , bien-loin de les faire Maítre , $ que quand on s'elt fait une henreufe habitude de cette attention fur l0i-méme , elle devient 0 familiere 2 . 356 Pair intérieure. : $ aufí pen génante , que le font á une perfomnne bien élevée la modeftie , la di crétion , les manieres civiles , les égards » le maintien honnéte , qui paroilfent li génans á celui qui a toujours vécu d'une maniere libre, $ grofliere % ruftique» Les affaires ne pufiritont nullement de cette circonfpeétion : fi Pon fait bien la prendre, elles ne s'en feront que mieux; 8 ceft á tort qu'on en prendroit occafion de décrier les dévots , comme des gens inutiles á tout , á force d'étre avec eux-mémes. Ce feroit comme fi Pon difoit qu'un homme neft bon á rien , parce quiil a toujours les yeux ouverts pour fe conduire. Rien Welt au contraire fi ar-* rangé , li prévoyant , li exaét , aumilieu d'un cahos dV'affaires , qu'une perfonne tranquille , qui pofféde les affaires bienloin de sen laifler pofléder , X qui le pofíéde elle-méme. Mais celui quí semprelle $ qui fe trouble par la multitude des affaires , sembarralle lni-méme 8 s'y perd ; il ne fait plos od il en ell: il agite violemment 3 il multiplie fans nécellité fes mouvemens $ les courfes 5 il rnine fa fanté , il prelle les autres , 2u- tant quíil fe prelle lui-mémes il les envoie, les rappelle á tout inftant, avec tout celane fait rien a propos. On ne doit pas cralndre non plus que ces retours fur foi-méme Él ces examens Pratíque. 357 de les mouvemens 82 de fes actions abforbent beauconp de temps: cara melure M qu'ils font plus fréquens , ils deviennent ps aufi plus aifés 8 plus fubits: deforte quá peine dans toute une journée rempliront-ils un quart d'heure de temps, | qui fera bien employé méme pour vos devoirs extérieurs ; parce qu'il vous dile pofera 8% á bien diriger vos affaires , 8% á bien remplir votre temps. $. V. Crue attention á obferver les mouve- “mens de fon ame dans toutes les actions ne paroit pas aux Maítres de la vie fpirituelle , $ en particulier a l Ánteur de PImitation de Jelis-Chrift (1), une application ou peu néceffaire, ou trop génante ; parce quils favent combien notre corruption elt grande (2) 5 que fouvent dans la méme action notre intention 1elt pas toujours la méme ; quwon | finit fouvent par la chair ce qu'on a commencé par Telprit. lis favent que AS E do [1] Proh dolor! ftatim poft modicam:te- , collettionem foras crumpimus , nec opera -noftra diftriéta examinatione trutinamus. Jmit, Chriflil. 3.0. 31 ; [2] Ubijacent afíeGus noftri, non attendimos; « quam imputa fint omnia , non des ploramus. Lb1d, O 3 358 Paiz intérieure. Valtivité, fi elle neft bien ménagée 8e aflujettie , ou gáte en nous P'oenvre de Dieu ou le Papproprie , croyant y avoir beaucoup de part. 11 faut pourtant avouer quil eft des circonttances , ou les affaires viennent en fi grande foule , qu'il'eft comme impoflible que ces réflexions , ces fufpenfions É1 ces examens les précédent , les accompagnent d les fuivent toutes. Alors il wWy ad qua fe livrer a Pefprit de Dieu pour Paccompliflement de fa feule vo- ' lonté ; remplir fés différens devoirs avec toute forte de foin , fans précipitation au-dehors , Sí fans tronble au-dedans 5 s'arréter tout conrt de temps-en-temps , lorfqu'on fe voit le plus aGif, pour cal. mer lame qui senfláme des qu'on Pagite , pour dégager le coeur, qui comme par un glu naturelle s'attache á tout ce qu'il touche (1) ; 8 pour modérer le. mouvement jufques dans le corps , d'o1t il le communique facilement á Pame. 11 fuffit donc alors de rentrer dans fon intérieyr, SX de voir d'un coup d'ceil fila paix y régne: comme une perfonne quí, lans négliger fon ménage , traite de diverles aftaires-, les quitte de temps en- - 11] Limofa quidem £ glutinofa noftra fubf tantia videtur £ facile cor humanum omni=, bus que frequentat, adheeret, Bernard, / Pratique. 359 temps , % rentre dans fon domeftique » pour voir fi tout eft tranquille , 6% fi chacun fait fon devoir , $ enfuite va rejoindre fon monde , St reprendre le fil des affaires. 5 VL Lz moyen de le polfléder en paix au milieu des occupations les plus multipliées 8 les plus appliquantes , c'eft de “ne tenir á aucune 5 d'étre comme dit -.A Kempis (1), toujours au-defíus 'elles, 8 jamais au-deffous ; tonjonrs maítre de foi-méme 8 de ce qu'on fait, 6 jamais efclave ni de fes paílions , ni de fes affaires; d'agir en tout en véritable Hraélite , afiranchi de tonte fervitude , él (1) In omni loco % attione feu occupatione externá fis intimus , liber, % ti ipfias potens: S< fint omnia fub te, tu non fub eis. Ut fis dominus ationum tmarúm x reátor, non fervus, nec emptitius : fed magis exemptus, vernfque Hebreus , in fortem ac libertatem tranfiens filiorum Dei. : Qui ftant fuper prefentia X fpeculantur gterna. : Qui tranfitoria finiftro intuentur oculo , X dextro coeleftia : quos temporalia non trahunt ad inherendum, fed trahunt ip6 magis ea ad bené ferviendam, pro ut ordinata funtá Deo , inftituta á fummo opifice, qui nihil inordina- 3umreliquitin fMácreaturá.Zmit. Chrift.L.3.c.36s Q 4 -360 Paiz intérieure, : . établi dans la liberté des enfans de Die; de [e tenir toujours débont entre les cho- Les éternelles $e les préfentes, ayant cel- 1. + les ci fous les pieds, dz les yeux arrétés fur celles-lá; s'il faut douner quelque attention á ce qui fe pafle , ne le regarder que de P'ceil ganche, tenant toujours le droit fixé fur les biens cóleftes quí ne finiront jamais ; bien-loin de fe laiffer entraíner par les. choíes terreftres , les Elever á foi-méme pour s'en fervir , 82 non pas s'y attacher ; les regardant tontes, A enufant felon les defleins de Dieu qui font remplis d'ordre- 8 de fageffe ; envifageant toujours fes delleins adorables, 8 non tant les altions quon fait pour les remplir , on le fruit qu'on en eípere , Watteindre les chofes que de la pointe de Pame , déforte que rien ne nous touche, 6 ne nous remue dans le fond. Mais ceci demande un détail que nous ferons ailleurs : nous ne confidé- Tons ici ce dégagement que par rapport a la tranquillité dans la multitude des occupations. SioYM LE Je ne fais ce qui peut nous prefler £ fort, 6% nous donner dans nos occupations cette ardeur impatiente que nous ne pouvons contenir, Le naturel y a «beaucoup de part ; mais je crois qu'il 17d a ES - Prarique. «361 meft gueres feul á nous piquer fi vivement , fur-tout lorfque cela va jufquW'au tronble , ou á quelque fecrette 'impatience. Et cependant nous retrouvons en nous cette ardeur inconfidérée , juíques “dans les actions qui femblent devoir le plus écarter Pinquiet amour-propre , nous porter au faint repos. - Je le dis 4ma honte : mais la vérité me force á cet aveu public , St Pefpérance qui me fera ntile , par les fecours des prieres qu'il me procurera , me le reud confolant. Hélas ! Je parle de la paix , que je ne pofléde pas , de la fainte liberté que je pofléde moins encore: je m'emprefle a écrire contre P'empreflement ; il me tarde d'avoir fini ceci. Mes amis qui favent que j'y travaille , me prellent de le leur livrer; $ je me prelfe encore plus moi-méme. Sil me vient quelque chofe d'ntile á y mettre , “hors les heures ou Py fis appliqué , quelquefois méme pendant la priere, je le faifis avec ardeur , % je crains de le perdre. Je quitte la plume a regret , je la reprends avec une joie fenfible; je m'afílige de la ftérilité qui m'arréte, com- “me de ma mauvaile fanté qui nvoblige fouvent de fifpendre mon traval.. Eh, Seigneur ! Quefece que je fais ici? Eft-ce mon ouvrage ou le vótre wotre volonté ou la rienne ? Si cel Os 362 Pair intérieure. pour vous feul que je travaille, , doisge regarder mon temps comme perdu , lorfa ., qu'un efprit ingrat 6 une fanté rulmée , me font fouffrir une inaétion é% un ennui plus abran: que le travail? Penfé-je que vóhs ne compterez que les lignes que J'aurai écrites , 8% non la bonne intention que J'aurai eue , 8 la peine que J'aural foufferte ? On fonhaité-je de compter avec quelqu'autre que vous ? Et íi C'eften vous, $ non en moi , que je mets ma confiance pour un petit opuf cule fur la paix intérienre , $ votre regne dans cette paix , qui eft bien plus votre ouvrage que celui de tous les hommes 8 de tous les Anges , dois-je craindrede- perdre les réflexions utiles , mais dépla. > cées , que Jéloigne de mon efprit , lorfque vous Pappliquez ailleurs ? $. VIIL S; je ne cherche que Dieu dans ce a, travail , je my appliquerai comme á -celui des mains, avec la méme indifférence pour tout ce que Dieu peut demander de moi, 82 la méme difpofition a le quitter pour quelque autre chole que ce puille étre, au premier figne de.fa volonté , fans penfer quand je pourrai le reprendre. Je le fufpendrai y, pour vingt-ans , avec autant de tran> : Pratiques 363 -quillité , que fi je devois m'y remettre dans le quart-d'heure ; XX apres ces vingtannées je le reprendraz fans plus ni moins de goút , que fije venois de le quitter. Je penferai alors , que je dois faire la volonté de Dieu , $ non pas faire un livre: y travailler pour plaire a Dieu qui le veut , $ non pour Pavancer o pour le finir, me bornant aun moment préfent, fans penfer á celui qui doit le: fuivre , qui peut-étre maura pas liem pour moi. Je dois étre aufli content , loríque je me vois arrété , que loríque: 'avance beaucoup 3 parce que je dois avoir en vúe d'accomplir la volonté divine , 8 non de remplir du papier. Je ne: dois point me livrer á un plaifir fort fenfible , loríqu'il me vient quelque chofe: de bon á y mettre , puifque cela: ne vient pas de moi, 6 que ce reft pas pour me Papproprier que Dieu me le: donne. Quand j'aurai fini cet ouvrage ». je ne devrai pas me livrer-á une fatisfaGion ordinaire £ toute humaine : je: dois au-contraire me mettredans la difpofition de le recommencer avec le méme: goút , que ]'y travalllai la premiere fois y. fi ceux en qui je me confie le jugeolent: á propos 3 parce que c'eft le hon plaifir de Dieu qui doit étre tout le mien.. Si mes examinateurs: jugent que je: Wai travalllé que pour le: feu A je dois * 370 Paiz intbbieare | e E CHAPITRE EX Detachement univerfel. . ARTICLE PREMIER: Détachement des biens terreftres E des plaifirs fenfíbles, Sist O N auroit bean donner des préceptes pour contenir Paétivité , £ Pon ne Vattaque dans fa fource. Ce quí nous remplit de défirs inquiets , éx toujours renaifíans 3 ce qui nous pañionne dans . tontes nos actions , méme les plus lonables en elles-mémes ; cet notre intérér «ecret ou méme -fenfible, que nous ne difcernons pas , ou que nous 1avons pasle courage de facrifier.« Tous défirent » la paix , dit P' Auteur de Plmitation de » Jelus-Chrift , (Liv. 5. chap. 25.) mais tout ne prennent pas le vérita- » ble moyen de fe la procurer. Le » moyen le plus propre 8 le plus court » eft de ne Sattacher qu'a Dieu feul ; » de ne défirer rien hors de lui, 8z » de wWavoir d'antre vúe dans toutes » les aétions, $ dans tous les pro- » Jets que de'le glorifier $ de lui Y ” A Pr Lar e Protique» As » plaire. L'homme ne fe livre jamais A » un défir déréglé, quil ne fe donne » du chagrin 8 de Pinquiétude , » dit encore le méme Auteur , (Liv. 3= .ehap. 6. ) que je cite fouvent , X% que je citerai fir-tout dans ce Chapitre , parce - quil femble avoir dans tout fon Livre dVantre objet que la paix intérieure , ni en reconnoitre prefque d'autre moyen que le parfait détachement, qu'il tourne: en mille manieres, 8 quil ramene prefque par-tont. » Le repos intérieur , dit- » il, fut toujours inconnu a Vorgueil- » lenx 82 a Pavare : mais pour le pau- y vre % lhumble d'efprit, 1ls jouifient >» d'une páix profonde. Celui qui n'eft » pas encore parfaitement mort a lni- -» méme-, eft facilement tenté , $ pref » que au/fi-tót vaincu par les plus pe-. » tites chofes. Un homme encore foible: » dans la vie de Peíprit, $ en quí » celle des fens Weft pas bien éteinte », » a bien de la peineá fe dégager des: » défirs terreftres.: aufi eftil fouvent » porté á Pindignation , loríqu'on vent » le priver de ce qwil aime encore, 4% » a la triftefíe, lorfquil veut gen Pr » ver luiméme. Saccorde-t:il ce que: » fon coeur défire? Il fe fent déchirer: “y par les remords de fa confcience , » parce quil a fuivi fa pafion fans; pouvoir trouver la paix qwil fouhais 372 Pair intérieure. » toit. C'eft donc en réfiftant á les par: » fions qu'on trouvera la paix du coeur, » Sá non en s'en rendant elclave. Non, » elle ne fera jamais pour Phomme, » fenfuel 82 diffipé, mais pour celni quí » elt [pirituel 8 fervent. » SEL Cua fans doute un grand effort du -ceur humain que de s'élever ainfí audeílus de toutes les chofes fenfibles , de fe tenir comnte en Pair entre le ciel ét la terre: od plutót celt un grand coup de la grace, que de faire mourir ainfi un homme vivant á tontes les cho- Les par lefquelles il vit, ou pour lefquelles 11 femble vivre; de le rendre parfaite. ment exempt de toutes les illnfions qui léduifent les hommes ; 82 le mettre par Tlefprit dans une telle élévation , quil ne délire ni ne craigne rien de ce monde : ez qwil foit au-defíus de tontes les vicil. fitudes humaines (£). 1 y a que Dieu quí puiíle élever aiufi une ame , Sula maintenir dans cette ¿lévation (2). Sans un fecours tout particulier 82 une fidele (1) Magnum opus gratie, ut cum fuis amoribus , E erroribus , $ terroribus vincatur hic mundus, 4ug. [2] Ad hoc magna requiritur gratia, que animam levet, mit, Chrifli, L. 4. €, 3% » 17 o y A E Pratíque. 373 coopération á ce fecours , elle rampera au-lien de vivre 8 de fe fortifier ; elle tóurnoyera dans le labirinthe de les imperfeétions , au-lien d'avancer dans les routes de la vertu (3). Eút-elle les aíles de la colombe , que le Roi Prophéte demandoit , pour s'envoler dans le fein de Dieu, qui eft le centre de [on repos; tandis qw'elle reítera attachée , ne fút-ce que par un fil, elle ne fera que voltiger , que le debattre , que fe tourmenter autour de ce qui la retiendra. Que fon état fera digne de compaflion ! Une bagatelle, un rien Varrótera , apres qu'elle aura peut-étre brifé des chaínes énormes 3 mais ce rien lui fera un grand mal , en Pempéchant d'avancer dans la vertu : car il importe peu de quel objet on foit efcla- ve des qu'on «Welt pas libre. ll n'y a que la honte de plus a étre vaincu dans de petits combats , aprés avoir terraflé des ennemis formidables. C'eft le cas des vierges folles (4). Mais auf , fi cette ame a enfin le courage de rompre ces miférables liens , quel progrés ne fera-t-elle pas dans la voie de la perfeétion ! Elle fera plus de chemin X avec moins de (3) Din parvas erit, SK infrá jacebit. Ibid; ) Ided etiam fatnas appellavir quia majori certamine fiperato, in faciliori totum perdiderunt. Chry/of?, 374 Paiz intérieure. peine parle parfait dégagement , qWelle wen a fait dans tout le temps qu'elle tralnoit á grand force le poids de fes convoitifes : rien ne retardera fa courfe, ni ne troublera fa paix ? Qu'y a-t-il en effet de plus tranquille que Poeil fimple , $ de plus libre que le coeur qui ne délire rien, fur la terre (5) 7 A E E ! Do, vient que les Saints ont fait defi grands progres dans la vie intérieure:$% dans la paix du coeur, finon de ce quíils ont d'abord renoncé a tout , X que leur - ferveur 1a regardé que comme le pre- '" mier pas dans la vertu, ce dénuement total , par lequel , hélas ! Notre lácheté s'eltimeroit heureufe de pouvoir finir ? C'eft maintenant que je commence détre difciple de Jefus-Chtift , ne défirant rien de ce quí peut tomber foys les fens, difoit faint Ignace Martyr (1). Peut-étre que notre amour-propre , fubtil á nous tromper , nous perfuaderoit que c'eft-lá une ferveur extraordinaire, plus propre (5) Quid fimplici oculo quierus, quid liW berius, nihil defiderante in terris 1 /miz, ¡Chr. Log ta 2d (1) Nunc incipio Chrifti difcipulus effe 3. nihil de his que videntur defiderans , /gmo Mart, Ep. Roma 0 q a, — O po _ Pratique. 37 Aa noús étonner $ á nous humilier, qua nous inftruire , fi la fentence de Jefus- Chrift wy étoit formelle ; « Quiconque » ne renonce pas á tout ce quil pollé- » de, ne pent étre mon difciple, » Si nous devons renoncer par un entier dégagement du coeur á tont ce que nous pollédons ; á plus forte raifon devonsnous renoncer á ce que nous ne pollédons pas , 82 par conféquent á tout. Jefiss-Chrift court comme un géant il fautétre libre 8 débarraflé pour le fuivre. Ce feroit méme lui manquer de refpeét, que de vouloir jouir á fa fiite, de quelque fuperflnité ; tandis qu'il manque du néceffaire , juíqu'á n'avoir pas ol repofer (a téte. Les Saints fe font dégagés de tout y 8 c'eft ce qui les a conduits rapidement á la contemplation , a Punion divine , á la profonde paix qwelles opérent: $2 nous, nous fommes privés de ces grands biens , parce que nous tenons encore á la terre (2):6 cela, non par Tempire du monde ; ou par quelqu'autre chofe de fort grand, fi tontefois il eft quelque chofe de grand dans le monde ; mais peut-étre , Ó mifere ! O honte du coeur humain ! Par des attachemens * (2) Ided pauci inveniuntur contemplativi 5 guia paucisfciunt fe á perituris creaturis ad plenum fequeltrare. Jmit, Chrifti, L. 3» C 35 376 Paiz intérieure. méprilable , que nous wWavons ni-e” Courage de rompre, ni Phumilitó de nous avoner, | SRL Y. Jelle fource de regrets pour une ame á Pheure de la mort, de voir que pour 1'ayoir pas voulu fe défaire de quel. ques amulemens $ de quelques bagatelles , elle a perdu la fainteté , le :parfait-amour de Dieu, Sun poids immenfe de gloire pour tonte Véternité de plus elle 1a fait que languir , $ fouffrir beancoup , toute fa vie , dans cet £ Ctat partagé entre Dien 8 la créature, En quittant tout , elle auroit tróuvé tont - le renoncement á fes petites cupidités ni aurolt procuré les délices du faint repos S% toutes les vertus qui laccompaguent, alhenreufement pour elle le manvais. exemple , le préjugé , peut-étre méme 3 - hélas ! Une autorité utile , quand elle conduit a la perfeGion , funefte , quand elle en éloigne, ont balancé en elle la doctrine 8t les exemples des Saints : 82. lon mauyais penchant a déterminé fon cocur : elle ne reconnoít fon. égarement que quand ilweft plus temps «Py re- (1) Dimitte omnia, SK inveniens omnia; relinque cupidinem , K <reperies” requiem. Amir, Chrifti, e €, 32% médier A AAA ww NFS E AI AA E AA A ARIAS Pratigues A 377 $. Y. ; " Os fecrets attachemens font comme de certaines maladies lentes , qui , fans vous faire mourir , vous font fonffrirbeaucoup ; S , pour ainfi dire , ne vous lajffent pas vivre. Malade , inquiet 8l ridicule, vous cherchez du repos-, vous tournant tantót fur un cóté , tantót fur Pantre; murmurant fans cefle contre le lit fur lequel vous vous ronlez , au-lien de vous en prendre á la fiévre quí vous dévore. Verfa E reverfa ( Auguft. ) Lour-" nez-vous Él retournez-vous , jamais il n'y aura de repos pour un coeur qui con= ferve , en ce qu'il a. de terreftre», un levain de fermentation. Le duvet le coton feront trop durs pour fon infirmité : dura funt omnia : 11 1dy pourra tronver” le repos , qu'un homme fain trouve juÉ ques parmi les ronces. Sainte Thétefe : fonffrit durant vingt-années un fí cruel tourment dans cet étatde foibleffe 87 de langueur intérieure ¿quelle éto1t furprife dans la fuite 'avoir pu le fupporter un mois entier: St jamais elle ne put tronver du foulagement, quen Le déponillant entiérement du vieil homme (1). Dés qu'elle commenga de pratiquer ce quel. [1] Voyez le Chap. 8. de fa Vie. e 378 Pair interieure. le a enfeigné depuis , le regardant com me fenl dans ce monde , elle éprouva dans le fond d'une paix toute divine , que Diem tient lien de tout (1). e E ¡ D Etachez-vous donc de tontes les chos les lenfibles , de vos biens , de vos emplois , de votre rang , de tout ce qui vous environne 5 renoncez aux plaifirs : privez-vous des commodités , autant que votre état peut le permettre : ne fatisfajtes á la nécelfité qwavec difcernement , ne prenez de toutes les chofes créées que le vrai befoin, X, pour ainfi dire , ny touchez que légerement 8 en pallant,- comme Jonathas prend du miel du bout de fa lance , fans Sarréter. Laiflez aux gens du fiecle lenrs divertiflemens , leurs aftaires , leurs intrigues ; vains amufemens pour une ame qui fait penfer : Dimitte vana vanís (2). Le royaume de Dieu eft au-dedans de vous-méme: que Ppouvez-vous fouhaiter de plus ? Si vous en banniflez tons les ufrpatenrs , Dieu reguera tranquillementen vous, $ vous jouirez en lui Pune paix profonde. Mais tandis que vous entretiendrez dans yo- 13 Erit ipfe omnia in omnibus , qui pr e omnia relinquerunt. Bernard, [2] Imit, de Jefus-Chrift, 1 Pratiques 379 tre coeur deux puillans rivaux , Pamour de Dieu , St Pamour-propre '; vous fonffrirez les débats intéricurs 8z les donleurs de Rebecca (1). Et vous pouvez donner du repos aun malhenrenx appliqué a la torture , vous pourrez efpérer de goñter la paix de Pame dans cet état violent, as N E vous fouciez pas méme de voir ce quil ne vous eft pas permis d'avoir (33 Fermez aux objets extéricurs les aveo. nues de vos fens. Une ame qui ef ton jours aux fenétres , ne peut ¿tre recuejllie % en paix. Quid híc Circumipicis , cit 8fte non efl locus tuc requietionis ; ( Imir, Chrifli. ) Etranger , paílez votre chemin; regardez votre patrie , X hátez-vons dW'y arriver. Sil faut vous communiquer aux cróatures , que ce foitá la porte de votre coeur , fans Pouvrir, 82 comme a travers la grille. Dés que vous aurez fufhfamment réponda , tirez le ridean , Sí oubliez tout. Rentrez tout feul dans yotre cellule intérienre, fi vous vonlez y trouver du Jcpos ; vous ne ferez pas exempt des agitations du fiecle, fi vous vous occupez dans votre retraite , des [1] Genef. 25. Y. 21, [2] Quis cupis videre , quid nos potes. Babere, ¿mit, Chrif, Re | 3 386 Paixintéricure. riez d'une paix profonde 8 d'ine tran-- quillitó inaltérable (1). Le-malheur des hommes 8% la caufe de leur peu de pro- - prés dans les voies de la paix , Celk qu'au lieu de fortir entiérement d'euxmémes , ils reftent toujours enveloppés 8 enlacés dans les plis 8 replis de P'amour-propre (2): car celui quí veut marcher” déliberement dans ces 'vojes toutes faintes , doit mortifier toutes [es affeGtions déréglées , 8 ne tenir á aucune; eréature par les biens de la cupidité. $ LL Run donc á vos golts , d Vos humeurs , á votre volonté propre , a cette complaifance en vous-méme , quí s'admire en tout juíques dans le défir £ la réfolution de s'oublier., a cet amour-propre délicat , qui affeéte tol- (2) Exhocvitio quod homo feipíum nimis inordinate diligis, pené totum pendet quid- “quid radicalirer vincedum eft, quo diviéto $ fubzEto malo, pax magna « tranquillitas erit continuo. Imit, Chr. L. 3. C. $31 [2] ln fe implicati remanent, nec fuprá Se in £piritu elevari poffunt. Qui antem liberé:: mecum ambulare defiderat y necelíe elf. in omnes parvas £« inordinates afleétiones fuas mortificer , atgue nulli creature , privalo avimo concupiícantur inhereat, Jmit. Chrifila Did, Pratique. 387 ¿ours le merveilleux X le fingulier , quune conduite commune défefpére, $ qui vent exceller 8 Pemporter fur les antres juíques dans Pauftérité $2 dans Phumilen A cet intérét humain, qui cherche á fe placer dans tout ce quil dit , $ A fe retrouver dans tont ce qu'il fait , $2 qui feroit peut-étre fams force ez fans aétion , sil étoit affuré de n'avoir que Dieu feul pour témoin $ pour récompeníe; á cette prudence de la chair , quí elt ennemie de Dieu, $ que-anéantit la fage folie de la croix : á cette maniere de penfer fine 82 délicate qui fubtilife en tout, 8 qui fubfifte jufques dans une profeffion onverte de piété au mépris de la fimplicitó qui en fait le principal caractere : 4 ce goút faftueux «ordre 82 d'arrangement , dont on ell: quelquefois plus entété dans la retraite éx dans la dévotion , que dans la magnificence du luxe 8 dans la vanité du fiécle: á cette bonne idée de votre fagon de penfer , qui fait que les penítes des autres vous trouvent toujours prevenus : A cette finelle dans le commerce , méme entre des perfonnes de piété : vraie polttique , que les gens un pen droits déteftent juíques dans les mondains. Eúfn yenoncez á tout ce qui. vous éloigne de Dieu, á mefure quil vous ramene a vous-méme. Vous trouverez A SS in 388 Paiz intericures ¿ térieure dans le renoncementanx chofes >. du déhors , 6 vous-tronverez la fonrce - méme de cette paix dans Punion avec Dieu , oú vous conduit le IO á vous-méme CoN s. ¡DS U Ne chofe dont les perfonnes méme vermenfes ne font pas tomjours allez détachées , c'elt leur fanté , € Pamour- -propre ne manque pas de heanxprétextes -pour juítifier le foin exceffif quelles en prennent. Si vous écoutez ce féduétenr familier , vous p'aurez jamais un moment de repos ; vous craindrez toujours”, “ou de ruiner votre fanté, ou de ne vous donner pas aflez de foins pourla rétablir, ou de ne vous en donner d'inutiles , on 'de ne vous donner pas précilément céux quiil faut. Les veilles vous éehanfferont, ¡les jeñines vous affoibliront:,, Poraifon ón vous épuilera : il feudra fouvent réparer vos forces pour mieux fervir Dien , cómme file fervice de Dieu ne demandoit pas le facrifice méme de vos forces : $ ce bean zéle pour vous mettre-en érat [10 Fi ili, quantim ate vales exire, canta in me poretis tranfre. Sicut nihil foris concupifcere, pacem inter / inam, fic Te interis relinquetar, Deo cosjun; gil. Ímit, Chrifliy Li 3 só... PR: A PASAS o A -d a” A A A o o ; J ¡ pe: Pratigue. > 389 de pratiquer la vertu , fera que vous ne la pratiquerez jamais. Vous étes fans celle á réfléchir fur ce qui convient á votre fanté , ou fur ce qui lui eft contraire ; hé ! Vous étes-vous , donc mis au fervice de Dieu, ponr de- “venir bon Médecin par le difcernement “de ce qui elt utile an corps , ou pon! ¿devenir bon Chrétien par la pratique de ce qui fanétifñic Pame ? Owimporte que les exercices de celle-ci aftoibliflent celni-la qui meft fait que pour elle ? Faut-il la force Yun Athléte, pour enr porter le Ciel? Ou fautil de Tembonpoint pour fervir-Dieu , comme pour fervir les Rois de Babylone? Juif timide $ fenfel, allez bátir des maitons commodes, planter des vignes délicientes , vous livrer a Polfiveté 5 aux plaifirs domeftiques: vous ¡'étes pas propre a cette guerre faiute , fans laquelle on ne peut avoir la paix. ( Deuteron. 20. T. Mac. chap. 3.) Pomt d'excés dans les auftérités y mais encore moins de timidité $ de molleffe. L'attrait 8% le Diretteur doivent régler vos pratiques , Y le zele , lus que le régime , doit regler votre fdélitó. Ayez toujours pour maxime » que la vie la plus conrte , fi elle ef fervente, vait mieux que la plus longue tiédeur A 390 Paix intérieure. BARIT.BCOL ES V, Détachement des moyens de vertu. NE loyez pas efclave des fecours 8z des moyens que Dien vous donne, pour pratiquer la vertu : puifqu'il faura bien en fubítituer d'autres , fi ceux-lá vous manquent: 6 qu'aprés tout ce n'eft pas pour vous y attacher qu'il vous les donne , mais pour vous conduire a Punion avec lui feul. Imitez S. Serapion le Sindonite , qui, aprés avoir donné aux pauvres juíqwa les habits, leur donne enfin le Livre des Evangiles ,, d'ou il prenoit le fujet de les méditations qui le confoloient de la perte de tout le refte, 6% s'écrie plein d'une confolation encore plus pure: j'ai tout quitté, méme le Livre quina apprisá tout quitter. Détachez-vous ainíi de tont moyen » particulier de vertu , pour ne plus tenir qua la vertu méme. Les exercices Ípirituels , les pratiques de mortification » la retralte , les Direéteurs , ne font des moyens de perfection, qu'antant quon n'y tient pas. Ce dernier vous dit pour lui $ pour tout le refte , comnie [aimt Frangois de Sales á une perfonne qwil «lirigeoit :-Seroit-il polfible que ¡e vous ] Pratiquet 39% Fulfe un objet Vattachement >, moi quí me vous. fuis utile qu'antant que je vous conduis au détachement de tout objet créé ? Vous ne ferez jamais fi riche , que quand vous ne le ferez que de dépouillement 8 de pauvreté , comme On Pa dit dun grand Saint, vir dite/fíma pau; .pertatis : 82 vons ne ferez jamais lí tran- “quille $ fi content , que quand vous . embrallerez nud la croix tonte nue (1)a Car il "y a point autre vole pour arriver á la véritable paix intérieure , que celle de la croix % Vuné mortificatior totale $ continuelle (2). [1] Nudam crucem nudus ampleCtar 5 'Hieron. [2] Non eft alía via... ad veram internam acem, nifi via lanóte crucis e quotidianas mortificationis. Jmit. Chrifll, L.2. C. 12 ARrRmTECLE Vik Détachement des confolatións de la verti L E goút 8 le plaifir que Pon reflent y 3) fervirDien, eftla derniere chofe donton fe détache ¿ $ il eft méme rare quon ¿gen détache tout-4-fait. So1t nne elpece de fenfiualité rafinée, qui veut gofter les plaifirs de Pame , fi elle renonce A ceux du corps: foit erreur , qui prend ces 392 Paix intérieure. 2 goút de la vertu pour la vertu méme 5 ou quí du moins les regarde comme une forte preuve qu'on la pofléde , puifqu'on en fait les actions avec tant de facilité Sí de plaifir , nous croyons avoir fuffñfamment dévoilé cette illufion , en traitant des moyens dPacquérir la paix. Si donc vous trouvez beaucoup de, goút Y pratiquer la vertu, ne vous en. éleyez pas en vous-méme , puiíque vous n'étes pas pour cela meilleur : %. fi vous n'y trouvez que du dégoút 8 de la répugnance; ne vous en afíligez pas, puifque vous men étes pas plus mauvais. S1 le Seigneur vous confole par la préfence , ne vous livrez pas á une joie exceffive, puifquil pourra bientót s'éloigner: 8 quand il s éloignera, ne vous abandonnez pas ála triftelle, puiíqu'il pourra bientót revenir ; 3 jamais ne fondez votre paix fur des goúts fujets á tant d'alternatives , mais fur la croix qui ne peut jamais vons manquer. - - : , Ne vous attendez qua fonfírir bea conp , de toutes les manieres ; EX vous ne ferez jamais troublé, ou vous le ferez bien pen; él ponr peu de temps (1). le Si, Joríque Dien retirera de vous fes confolations , bien-loin d'en murmurer $ [lo mulíá patientiá erit pax tna. Jia Chrifli y L. 3.0, 23, A Pratique. 2393 Ven gémir , vons adorez fa conduite y -8í vous vous offrez a fouffrir toujours Vavantage 3 vous voilá dans le grand $ droit chemin de la paix (2). Et fi enfin vous en venez jufqu'a Poubli total $ au -parfait mépris de vous-méme > fachez que vous jouirez alors de la plus profonde paix quon puifle goúter dans ce miférable exil (3). (2) Si fueris tam fortis. 8z longanimis in fpe,utfubliradtá interiori confolatione , etiam ad ampliora fuftinenda cor tuum preparaveris, nec te juftificaveris... fed me in omunibus difpofitionibus.... fanétum laudaveris-3 tunc in verá SK reétá viá pacis ambulas, [mita Chrifti , ibid. (3) Quod fi ad plenum tui ipíus contemp= tum perveneris ; Ícito quod tunc abundanriá pacis perfrueris, fecundúm pofíibilitatem ul incolatus. Imit, Chr. ¿bid. ARTICLE VIH ES Détachement de la vertu méme en un cer» tain fens» E reft pas encore aflez de vous étre détaché des moyens particuliers de vertu , 8z des confolations fenfibles qu'on goúte quelquefois daus fa pratique 5 £ vous ne vous détachez encore de la vertu méme, non par indifférence, ou par dépouillement réel , mais par défappro- 394 Paix intérieure. priation , 3% par une continuelle dépen=- dance de la volonté de Dieu. Reconnoiffez , mais fincérement, $ non par une idée fuperficielle de votre efprit». mais par un fentiment intime de votre coeur, que ce que vous en avez , vous le devez á la imiféricorde divine, 2 non pas fenlement ou principalement á vos loins á vos travaux , quoique vous vous en foyez donné beauconp pour Pacquérir, 3 que vous ne deviez jamais “vous relácher á cet égard. Ne vous en at- _tribuez pas plus que vous men avez : rebattez iméme toujours beaucoup de Pidée que votre amour-propre vous en donne ; 8 voyez famédiocrité fans dépit, - léminence de celle dV'autrui fans envie. Ne foyez pas jaloux de la confer- “vation de celle que vous avez acquile avec le fecours de Dieu, jufqu'a refufer de Pexpofer pour fes fervices. Quoique P'Epoufe ait lavé les pieds , elle ne doit pas craindre de lexpofer á terre, pour aller ou PEpoux Pappelle ( Cantig. des Cantiq. 5. ) Laiífez a Dien le fon de conferver avec votre coopération ce qwil y a opéré de méme, éx faites fans héfiter tout ce quil demande de vous ; voila la véritable abnégation (1). [1] Volo te addifcere perfetam abnegationem tui in voluntate meá, fine contra= diftione % querelá. Imit, Chrif?, La 3. 4 560 > al ! e > Pe e Pratíque» 395 AT o bee LL, Ne croire pas étre parvenu á ce détachement parfait , mais. iravailler contill 2 fe déraci j d nuellement a fe deracker toujours dan - Vantage N E vivre jamais pour foi , le perdre entiérement de vive , le fervir des créatures , fans sy arréter , les fouler toutes aux pieds , pour s'élever a Dieu: les onblier tontes , tandis qu'elles entrent en nous par tous nos fens , pour ne s'occdper que de Dien qu'aucun fens ne peut atteindre , éconter continuellement la voix au fond de fon coeur , ne vouloir que lui pour témoin de fes ceuvres , $ pour: juge de fes intentions , fe regarder enfin comme feul avec lui feul dans ce mon de : que cet état eft fublime !éz que nous devons bien peuncus flaticr l'y étre par- “venus, ou de pouvoir y parvenir avec des graces communes Sí par des efforts ordinaires ! Aufli láches que prétomp> tueux , nous ne faifons prefque rien de ce que nous croyons pouvoir faire >! fouvent nous penfons avoir tout fait, lorfqu'á peine nous avons commencé , Ou que nous en avons en Pidée éx formé le