Alejandro DÍAZ FERNÁNDEZ, Prouincia et Imperium. El mando provincial en la República romana (227-44 a. C). Sevilla, Editorial Universidad de Sevilla, 2015 [Reseña]
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COMPTES RENDUS 541 L’Antiquité Classique 87 (2018) importante fût-elle, ne pouvait modifier les rapports de force en présence » (p. 215). Le livre se termine par deux annexes (p. 219-222), une bibliographie (p. 223-233), un index (p. 235-237) et une table des matières (p. 239-242). Le livre de Chr. Burgeon présente des différences notables avec l’ouvrage de J. F. Lazenby, The First Punic War (Londres, Routledge, 1996), la seule autre monographie récente consacrée spécifiquement à la première guerre punique. Premièrement, les deux livres expriment des divergences de vues à plusieurs reprises ; pour ne citer qu’un exemple, alors que Chr. Burgeon considère que les mercenaires recrutés par Carthage étaient moins fiables que les soldats-citoyens de Rome, J. F. Lazenby écrit : « apart from one or two incidents, there is no evidence that Carthage mercenary soldiers fought less hard for her than Rome’s citizen-soldiers for the Republic. Let us not forget that some of the best troops who have ever fought for Britain, the Gurkhas, are, strictly speaking, mercenaries, since Nepal has never been part of the British Empire, and one should not assume that Numidians, Spaniards, Celts, Balearic islanders, Ligurians and Greeks were any the less loyal » (p. 29-30 de son ouvrage). Plus important, les deux monographies diffèrent en termes d’apports : alors que J. F. Lazenby ne s’intéresse qu’aux causes immédiates de la guerre, notamment le rôle des Mamertins (voir p. 31- 42 de son ouvrage), Chr. Burgeon s’intéresse aux causes lointaines et donne une analyse approfondie de l’impérialisme romain et des intérêts respectifs de Rome et de Carthage avant la guerre ; il est aussi le seul à expliquer en quoi, bien plus que Rome, Carthage avait tout intérêt à éviter un conflit long et coûteux (voir plus haut). En ce qui concerne les causes de la victoire de Rome, aussi bien J. F. Lazenby que Chr. Burgeon mentionnent l’attentisme des Carthaginois et la démographie romaine, mais Chr. Burgeon est le seul à évoquer les causes économiques. D’une manière générale, l’essentiel de l’ouvrage de Lazenby est consacré aux faits militaires – notons d’ailleurs le sous-titre de son œuvre : A Military History. Les aspects de la guerre qui ne sont pas strictement militaires sont étudiés d’une manière beaucoup plus approfondie par Chr. Burgeon. Aussi, bien que l’étude de J. F. Lazenby renferme des informations qui ne sont pas disponibles chez Chr. Burgeon (par ex. sur l’équipement des légionnaires romains avant la guerre, p. 14) – ce qui signifie que l’on tirera profit de la lecture des deux ouvrages –, le livre de Chr. Burgeon contient des apports significatifs par rapport à celui de son prédécesseur. Il s’avère d’une grande utilité pour la compréhension des causes, du déroulement et des conséquences de la première guerre punique. Julien DELHEZ Alejandro DÍAZ FERNÁNDEZ, Prouincia et Imperium. El mando provincial en la República romana (227-44 a. C). Sevilla, Editorial Universidad de Sevilla, 2015. 1 vol. 17 x 24 cm, 656 p., 7 fig., 2 cartes. Prix : 26 €. ISBN 978-84-472-1783-0. Cet ouvrage aborde le développement du système provincial romain, depuis ses origines, au terme de la première guerre punique, jusqu’à la mort de César. Il livre plus spécifiquement une étude exhaustive du concept de « prouincia » à l’époque républicaine. Pour ce faire, A. Díaz Fernández analyse l’évolution du terme latin, depuis son sens originel de « compétence » ou de « mission », jusqu’à son acception la plus communément admise de « territoire ». Jusqu’à présent en effet, les historiens
542 COMPTES RENDUS L’Antiquité Classique 87 (2018) avaient interprété les faits historiques menant à cette évolution sémantique en fonction de leurs conséquences, sans toujours tenir compte du cours des événements. Comme l’auteur le souligne dans l’introduction, ce procédé peut induire en erreur, car se crée une vision déformée qui ne s’accorde aucunement avec la documentation littéraire et épigraphique conservée. Comme il l’écrit (p. 17), « no se trata de determinar el carácter provincial de cada prouincia desde una concepción institucionalista y traslaticia de las mismas, sino de concretar cuál era la idea que los romanos tenían de estas de acuerdo con los datos que presenta la documentación ». Le changement qualitatif du sens de « compétence » exercée par un magistrat jusqu’alors dévolu au terme prouincia, se produira dès que les prouinciae auront acquis un caractère permanent sur décision du Sénat, ce qui implique la présence sur place d’un de ses membres et par conséquent la création d’un nouveau système administratif, lequel conduira au fil du temps à concevoir la prouincia d’une façon différente. Le livre est divisé en quatre parties, précédées d’un prologue rédigé par Francisco Pina Polo et d’une introduction de l’auteur. Dans la première partie, A. Díaz Fernández aborde les concepts de prouincia et d’imperium dans la langue latine à l’époque républicaine. Il examine quelques extraits de Plaute, Térence et Cicéron, pour conclure qu’au temps de Tite-Live, les Romains ne comprenaient pas le terme prouincia avec la double acception de « mission » ou « circonscription » comme on le défend habituellement ; en réalité prévalait une définition univoque, car le terme ajoutait à sa signification originelle de « compétence » la dimension territoriale dès lors qu’il faisait référence aux contrées situées hors de l’Italie, à cause de la structure administrative permanente mise en place dans ces territoires. Finalement, moyennant la comparaison sémantique du concept grec d’ἐπαρχεία et du latin prouincia, l’auteur conclut que « una prouincia constituía esencialmente la materialización o el ejercicio de un poder, en este caso el imperium, sobre cualquier ámbito o colectividad, convertido así en el marco de actuación o domino de la persona capacitada para ello » (p. 44). Par ailleurs, il remet en cause l’idée selon laquelle la provincialisation constitue à la fois le moment et le processus à partir duquel un territoire ou une conquête devenaient une circonscription administrative délimitée et soumise aux lois romaines. Il soutient au contraire que c’est justement la permanence de ce caractère qu’acquiert une contrée dans un contexte précis qui donne lieu à la provincialisation. Enfin, sur la base de cette approche du concept de prouincia, on comprend que, à l’époque républicaine, la dénomination de « gouverneur » s’avère en fait conventionnnelle puisque ces mandataires apparaissent toujours dans les sources liées à leur magistrature et à l’exercice de l’imperium. La deuxième partie traite du caractère permanent de certains commandements soumis à l’autorité d’un préteur ou d’un consul chargé de veiller à la domination romaine dans une région donnée. Dans sa critique de la notion traditionnelle de provincialisation, l’auteur met en évidence les controverses que suscitent les interprétations sur la constitution des provinces à partir d’une commission sénatoriale et la promulgation d’une lex prouinciae qui serait le cadre normatif permettant de la gouverner. Il est certain que la lex de prouinciis praetoriis de Cilicie semble conforter cette idée, mais il n’est pas possible selon l’auteur de généraliser cette procédure à d’autres territoires, car nous ne disposons pas d’informations sur la transformation de la Sicile, de la Sardaigne ou de l’Hispanie en tant que provinces permanentes. De plus, dans le cas de la lex de prouinciis praetoriis, nous nous trouvons à nouveau face
COMPTES RENDUS 543 L’Antiquité Classique 87 (2018) au résultat du processus, sans connaître les différentes étapes et les décisions qui ont amené l’adoption de cette loi. De même, A. Díaz Fernández considère que les leges prouinciae comme la lex Rupilia pour la Sicile et la lex Pomperia pour la Bithynie et le Pont sont en fait des dispositions ponctuelles décrétées par les magistrats cum imperio en collaboration avec une commission sénatoriale visant à normaliser certains aspects administratifs de la province qui répondraient habituellement aux requêtes des provinciaux pour régler certains problèmes. Cela semble par exemple être confirmé par un passage de Cicéron dans lequel le Sénat, à la demande de la ville sicilienne de Halèse, ordonna au préteur de Sicile C. Claudius Pulcher qu’il promulgue des règles pour la cooptation au sénat local de cette communauté (Cic., Verr. 2. 122). Une fois ces remarques générales posées, l’auteur analyse chaque province individuellement (Sicilia, Sardinia, Hispania Citerior, Hispania Vlterior, Africa, Macedonia, Asia, Cilicia, Bithynia et Pontus, Syria, Curenae et Gallia) afin d’essayer de déterminer quand elle fut dotée de structures administratives permanentes. La troisième partie contient un catalogue prosopographique exhaustif de tous les préteurs et consuls documentés à la tête d’une province à l’époque républicaine. Ce répertoire est organisé par provinces et inclut la datation du gouvernement, le nom latin complet du mandataire, la magistrature qui lui permit d’obtenir ce poste, l’imperium octroyé, en latin ou en grec, les témoignages relatifs à ses mandats provinciaux, en plus de données additionnelles comme un bref cursus honorum, l’entrée correspondante dans la Real-Enzyclopädie et une bibliographie de base. En outre, il fournit un apparat critique détaillé qui complète certaines des informations consignées dans les tableaux prosopographiques. La quatrième et dernière partie présente les conclusions générales de l’ouvrage qui récapitulent les résultats auxquels l’auteur est parvenu au terme de chaque section. Deux cartes de Rome et de ses prouinciae permanentes et ponctuelles entre les années 167 et 51 avant J.-C., la bibliographie, un index général et un autre de magistrats romains complètent le volume. L’étude d’A. Díaz Fernández contribue utilement à une révision de notre perception de l’administration provinciale à l’époque républicaine. Elle livre une nouvelle vision globale des provinces, en grande partie due à la double formation, philologique et historique de l’auteur, qui l’amène à réexaminer les sources littéraires, épigraphiques et numismatiques et à questionner certains postulats traditionnels. Elle livre ainsi d’intéressantes interprétations, comme le sens de prouincia tel que le concevaient les Romains à l’époque républicaine et, en définitive, de multiples perspectives de recherche qui contribuent à notre connaissance des provinces romaines et de ses acteurs sous la République. Víctor Andrés TORRES GONZÁLEZ Robinson BAUDRY et Frédéric HURLET, Le Prestige à Rome à la fin de la République et au début du Principat. Paris, De Boccard, 2016. 1 vol., 317 p. (COLLOQUES DE LA MAISON DE L’ARCHÉOLOGIE ET DE L’ETHNOLOGIE, RENÉ-GINOUVÈS, 13) Prix : 39 €. ISBN 978-2-7018-0435-4. Cette publication est la suite d’un ouvrage publié en 2014 qui portait déjà sur le prestige : F. Hurlet, I. Rivoal et I. Sidéra (Ed.), Le Prestige. Autour des formes de la différenciation sociale, Paris, De Boccard. Les auteurs se sont ici limités à Rome à la