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Dictionnaire pour l'intelligence des auteurs classiques, grecs et latins, tant sacrés que profanes : contenant la géographie, l'histoire, la fable, et les antiquités ...T. III

Sabbathier, François

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— CRECS ET LATIN. lb I DICTI ONNAIRE LE DUCDECHOISEUL, POUR CINTELEIGENCE DES AUTEURS CLASSIQUES, GRECS ET LATINS, TANT SACRÉSQUE PROFANES, GO-N T E NE ANT LA GÉOGRAPHIE, L'HISTOIRE, LA FABLE, RE ÉES ANFIOUITÉES. DE DTE ee À MONSEIGNEUR Par M. SABBATHIER , Profeffeur au Collège de Chélons-fur-Marne , - & Secrétaire perpétuel de la Société Littéraire de la même Ville. | TOME TROISIÉME. Ÿ a 0 à o ee A _ SUR-MARN EM SENEUZE, Imprimeur du Roi, dans la Grande Rue; . < Et fe trouve a PARTS: ee DErarain, Libraire, rue S. Jacques , à LE Se Jacques, _ BaArBoù, Imprimeur - Libraire, rue des Mathurins, rs HÉRISSANT, Fils, Libraire, rue _. Jacques. Chez : È . PRET AR M DCC. LXVIL Avec Approbation & Privilège du Roi. * 6 AN dans l’hiftoire de la guerre de Ju- gurtha contre les Romains, il fait mention 1.° d'un L. Annius, tii- bun du peuple avec P. Lucullus; ces deux tribuns , qui, par. leurs querelles, donnoient alors d'horri- bles fecoufles à la République, vouloient, à toute force , être continués dans leurs charges 2.9 d'un C. Annus, préfet de qua- tre cohortes Liguriennes , qu'on envoya à Lepus fur la demande -que ceux de cette Ville en avoient faite. (a) Cicéron de même, dans fes haranoues, nomme plufñeurs : Annius, 1.9 C. Annius Afellus, x qui mourut dans le tems que C. Sacerdos étoit préteur, &c qui ne. laiffa qu’une fille, qu'il avoit conf: tituée fon héritière ; mais, Ver- rès trouva le moyen de lui enle- ver la fuccefhon. 2.9 C. Annius Bellienus , lieutenant de M. Fon- teius, dans la Gaule. 3.° M. An- nius Appius de Camerte , ville d'Itahe , auquel Marc- Antoine accorda le droit de bourgeoifie. 4° M. Annius, chevalier Ro- main, qui dépofa contre Verres, cs -ANNIUS , Annius, Aimoc , (5) farnommé Rurus. Il fuccéda dans le gouvernement de Judée à Ambivms, & eut, pour faccef- feur, Valérias Gratus. Îl gouver- ha cette province , depuis lan du monde 4016; jufqu’en 4018. Ce fut pendant fon gouvernement qu'arriva la mort d'Aupufte. Il Ca) Cicer, in Verr, L, JL c, 9 ; w2. L. VIT: c. $0, 121. Pro Fonrei. c. #. |} Hift. des Emp. Tom. JU. Pro Corn, Balb. c, 36. (&) Jofeph. de Antiq. Judaïc, p. 619, JS DRE avoit été envoyé par ce prince en Judée. Il fut rappellé par Tibère. ANNIUS 3 AnnIus 3 À 06 + (c) furnommé Bassus, liente- nant de la onzieme légion, l'an de Rome 621. Cette léoion, grofhe de fix mille Dalmates, étoit com- mandée par Pompeus Sylvanus, homime confulaire. Mais, comme cet officier avoit peu d'expérience dans Ja guerre, & qu'il pafloit à raïfonner le tems où 1l falloit agir, Annius Baflus avoit toute l'au- torité fur les tronpes ; & prenant, . en apparence , les ordres de Syi- vanus, il le gouvernoit en effet, obfervoit ayec attention toutes fes démarches, & lui faggéroit adroï- tement tout ce qu'il étoit a propos de faire. 2 ANNIUS , Annius, Mc, (d) qui fut furnommé FAUSTUS, étoit de l’ordre des Chevaliers. Comme il avoit fait, fous l'Empire de Né- ron, le métier de Délateur, & qu'il avoit accufé, entr'autres , le frere de Vibius Crifpus , celui-ci le cita devant le Sénat après la mort de l'Empereur. Il fe fondoit fur un arrêt que le Sénat avoit rendu -tont récemment, pour obliger les accufateurs à rendre compte de de leur conduite. Cet arrét {ub- fiftoit encore, quoiqu'il fût aufh fouvent négligé qu'exécuté, felon que les accufés étoient foibles ou puibans. Mais, outre cet atte que Crifpus faifoit valoir ,1l employoit encore toute fon éloquence , fon pouvoir ; & fon crédit, pour (c) Tacit. Hift, L.TII, c, so. Crév P+ 213, 214e (d) Tacit. Hift. L, IL c. 10. REA RTE RENTE RATE PERS" Lo nine. Ad ALUEES AN “opprimer l'accufateur de fon frere; & il avoit tant fait , qu'il avoit “engagé la plus grande partie des Sénateurs à demander qu'Annius Fauftus fût puni de mort, fans qu'on voulût entendre fa défenfe. Les autres au contraire étant d'autant plus favorables à cet ac- cufé , que fon adverfaire avoit plus de puiffance & d'autorité , vouloient qu'on lui fit connoitre Les crimes , & que quelqu'odienx & coupable qu'il pût être ; on Jui liffât , fuivant l'ufage, le tems & la liberté de répondre. Cette op- poñtion fit différer fon jugement de quelques jours; & à la fn il fat condamné , mais d'un confen- tement moins unanime que fa ma- - lice & fa cruauté ne le méritoient. Car, on fe fouvenoit que Cufpus lui-même s’étoit enrichi dans le métier, dont il fafoit un crime à fon ennemi; enforte qu'on trou- voit qu Annius Fanftus auroit été légitimement condamné & puni, fi c'eût été à la pourfuite d'un au- tre. Son arrêt fut prononcé, Pan de Rome 821. “ANNIUS , Annius , Àm06 » (a) qu'on furnomma GALLUS, étoit un homme de beaucoup d'ex- périence & de capacité. Othon, dont il faivit conftamment le parti, lui confia le commande- ment de l’armée, qui devoit mar- cher contre Cécinna & Valens, Van de Rome 821. Veftrious Spurinna commandoit conjointe- ment avec lui. Celui-ci ayant été envoyé devant pour défendre les (a) Tacit, Hift. L.T. c. 87. L. IT. c: Ji 2 23 > 23° L, IV, Ce 67 ES V. [en 19° bords du Pô, écrivit quelque tems après à Anmus Gallus pour hui apprendre la levée du fiège de < Plaifance , tout ce qu'il avoit fait pour fauver cette place, & les dé- marches préfentes de Cécinna. ÂAnnius,, qui étoit attuellement en chemin avec une lésion , pour venir à fon fecours, dans la crain- te, au’avec un petit nombre de cohortes , il ne fût obligé de céder à la force des troupes aguerries de Germanie , n'eut pas plutôt appuis que Cécinna &r les fiens avoient été repoulés , que fes foldats brà- lant du defñr de combattre, lui firent prefque violence, pour Po- bliger à les mener contre lenne- mi : enforte qu'ayant appaifé la fédition , avec beaucoup de pei- ne, il conduifit fa iégion à Bé— - dnac , petit bourg, fitué entre Crémone & Vérone, & celebre par le malheur de deux armées Romaines, qui y furent défaites à peu d'intervalle l'ane de l'autre. Malgré une conduite fi fage, il fat accufé de trahifon; & cela, “parles plus fâches de fes foldats. Une bleflure qu'il s’étoit faite en tombant de cheval, l'ayant em- pêché de faivre armée , on ne Jaiffa pas d'envoyer le confulter dans l'endroit, où il étoit refté pour fe guérir , fur le projet d’'O- thon, qui vouloit attaquer Vitel- us. Il fut d'un avis contraire ; mais on n'y eut point d'épard , non plns qu'à celui de Celfus qui avoit opiné de même. L'événe- ment fit voir que ces deux Géné- ere Hift, des Emp. Tom. I. pag. 87 lg faits : À faux parloïent fort jufle; car, les Othoniens furent battus deux fois de fuite, & les foldats attribuant leur défaite à la trahifon des ofi- . ciers, leur faifoient mille infultes. Annius fut le feul qui conferva quelque autorité fur cette mulri- tude effrénée, À force de prieres & de remontrances , il vint à bout de les appaifer , & de leur faire comprendre qu'ils ne de- voient pas ajoûter au malheur de leur défaite,une difcorde qui ache- -veroïit de les détruire ; que foit qu'ils vouluffent s’en tenir x l'é- vénement du dernier combat, ou reprendre tout de nouveau les armes , leur falut dépendoit uni- quement de leur union. Le lende- main on fe détermina à demander la paix au vainqueur. Et Annius Gallus fut chargé ; avec Celfus, . d'aller la négocier auprès de Vi t tellius , qui fut enfin reconnu Em- pereur des toutes les troupes. Comme Tacite ne marque point _ce que devint Annius Gallus fous Vitellius, il y a lieu de croire qu'il fat compris dans le pardon que ce prince accorda aux généraux dOthon , fon prédécefleur & fon ennemi. En effet, {ons le fuccef. feur de Vitellins ; c’eft-à.dire , fous l'empire de Vefpañen, on vit “encore Annius Gallus, chargé du commandement des troupes dans la Gaule, ainf que dans la haute Germanie, où Cériahis lui envoya un Jour la quatorzième lésion. ANNIUS , Annius, Aynoc, (2) farnommé Liso , parent de (a) Ceév. Hift, des Emp. Tom. IV. PAR. 413» 414: () Tacit. Annal, L. VI, c, 4. L, XV. | AN Marc-Auréle. [1 fervit en Syties en qualité de lieutenant général, fous Vérus, qui étoit frere de l'Empereur ; & pour lequel il marqua de déférence ; car, au lieu de prendre fes ordres, il dé- ciaroit que dans les doutes qu'il pourroit avoir, il écrirôit à Ro- me. Îl mourut fubitéement, & il parut far fon corps des marques de poifon ; enforte que tout le monde demeura perfuadé que Vé. rus étoit l’auteur de cette mort. Marc-Auréle , f nous nous en rapportons à Capitolin, ne crut point fon frere coupable, &ileft vrai qu'il ne lui donna aucun f- gne de mécontentement. Il fouf- frit même que Vérus mariât la veuve de Libo à Agaclytus, l'un de fes affranclüs. 1 pouffa la com- plaifance juqu’à aflifter à ces no- ces. - ANNIUS , Anmius, Ayre, (2) furnommé Pozrrow , époufa Servile, fille de Soranus. Vers l'an de Rome 785 , il fut accnfé de crime de leze-majefté, ainf que plufeurs autres, tous perfon- nages d'une haute naifiance , & quelques-uns revetus des premiè- res dignités. Vinicianns, fon fils, fut du nombre des accufés. Tibère {e: réferva [a connoïffance de l'affaire d'Annius , de Vinicianus, & de Mam. Scaurus , quil difoit vou- loir juger avec le Sénat 3-8 corm- me il ne revint jamais à Rome, ils Évitérent le péril , à l'exception néanmoins de Scaurns , qui fut de nouveau accufé deux ans après, C. 56, 71. L. XVE, c. 21, Crév. Hifi. des ÆEmp. Tom.l. pag, 576. Tom, I, pag, 404: à 1 Ride Li pri RP ETS ER ENIT EN ER PRET TEXTE Ésstté prob A JU, &et État AN Plufieurs années après ,-Annius fut accufé par Quinctianus & Sé- nécion , fes intimes anis , d’avoir eu part à une conjuration for- mée contre Néron, & quoiqu'il n'en eût pas-été convaincu , l'on ne laïffa pas de l'exiler fur de fim- ples foupçons. C’eft dans le mé- me tems que Servilie , fa femme, accufée de magie, fut condam- née à perdre la vie. ANNIUS , Annius, Avi, (z) qu'on furnomma Vinicra- NUS , étoit fils d'Annius Pollion. Il fat accufé comme fon pere de cri- me de leze-majefté , environ l'an de Rome 785. Mais, certe affai- re n'eut point de fuite, parce que l'Empereur , qui s’en étoit référvé la connoïffance , fous prétexte de lexaminer avec le Sénat, ne re- vint point à Rome. chappé de ce danger, Annius Vinicianus n’en fat pas plus tran- quille pour cela. Remuant fans doute par caraëière , il fe rendit complice de plufieurs comura- tons. Il falloit cependant que ce fût l'une des premières têres du Sénat » Puifqu'après la mort de Caius, contre lequel il avoit con- juré, on le mit fur les rangs , pour l'élever à l'Empire. Claude, qui fut alors choifi, fe comporta d'abord avec beaucoup de dou- eur. Mais, ayant changé, dans lafuite de conduite , il tépandit l'alarme parmi les Grands. Vini- CIANUS Crut avoir plus à craindre qu'un autre, & il réfolut de tout tenter pour éloigner le danger AN 9 qui le ménaçoit,. Mais, 1 n'avoir point de forces à fes ordres. fl fe lia donc avec Furius Camillus Scribonianus , qui, étant dans les mêmes fentimens que lui, com- mandoit une armée confidérable en Dalmatie. Camillus, de con cert avec Vinicianus , & vraïfem- blablement avec plufieurs autres, fe révolta ouvertement. Aufh-tôt, un grand nombre de Sénateurs & de Chevaliers Romains fe décla- rérent pOur EUX, : On fçait peu de chofes de ce mouvement, qui fut bientôt dé- couvert ; & comme on fañoit des recherches très-risourenfes contre lescomplices , Annius Vinicianus fe tua lui-même, l'an de Rome 7093 & de J, C. 42. > ANNIUS , Annius, Nwnec, (5) furnommé Vrvranus, épou- fa la fille de Corbulon. Ïl n'étoit pas encore Sénateur, à caufe de fa jeunefle, l'an de Rome 818, quoiqu'il fût dès-lors lieutenant de la cinquième lépion. Cette même année , fon beau-pere, fous les ordres duquel il fervoir ‘en Âfie , ayant ménagé une en- trevue avec Tiridate, roi d'Ar- ménie; Annins & Tibérius Ale- xandre allérent trouver ce Prin- ce dans fon camp, païtie pour lui faire honneur , partie pour lui fervir d'ôtages , & le raffurer con- tre les embñches quil pouvoit appréhender. Îl accompagna enfuite Tirida- te à Rome, & fut fait Conful par Néron , lan de J. C. 67. (a) Tacit, Anal, L. VI, c. 0. Crév. fil. pag. 77. & fav. £ Hit, des Emp, Tom. pag, 576. Tom, (8) Tacit. Annal, L. XV. ©, 28 TO AN Mais, fous fon Confulat même, Corbulon , fon beau-pere ; fut réduit, pour prix de fes fervices, à fe faire mourir lui-même ; & apparemment Annius fut enve- loppé dans fa difgrace. ANNIUS , Annius, Aie, (z) furnomme Vérus, bifareul de Marc-Auréle, étoit de la ville d'Ucubis, ou Succubis dans la Bétique , province d'Efpagne. - S'étant tranfporté à Rome, 1l y parvint à la Préture. La noblefle de fa famille pouvoit être ancien- ne, & on lui attribue une origine bien illuftre ,; mais chimérique fans doute , en la faifant defcendre de Numa. Son illuftration conf- tante ne remonte pas au de-là de la quatrième génération. _ANNIUS, Annius, Ame, (2) auf furnommé Vérus, & fils du précédent, porta la fplen. deur de fa maïfon au plus haut dégré, & devint Patricien, trois fois Conful , & Préfet de la Ville. ANNIUS, Annius, Nuvioc, (c) farnommé encore VÉRUS, fils du précédent , mourut peu avancé en âge, étant atuellement Préteur. 1] avoit époufé Domitia Calvilla Lucilla, fille de Calvifius Tullus, qui fut deux fois Conful. Cet An- nius fut pere de l’empereur Marc- AUrele ANNIUS , Annius, Are, également furnommé VERUS , & fils du précédent. Il eff plus connu Ca) Crév. Hift. des Emp, Tom. I. pag. (62) pag: 329: : (ce) Crévs Hifi, des Emp. Tom. IV, PB: 229: - LE Crév. Hift. des Emp, Tom. IV. A N ‘fous le nom de Marc - Auréle, Voyez Auréle. ANNIUS , Annius , A’mncs (d) qui fut furnomme SEvERuS, étoit beau-pere de Gordien lan- cien, qui, jufqu'à fa Préture, ne s’aflit jamais devant lui, & ne laïffoit pafler aucun jour fans aller lui rendre fes devoirs. ANNIUS , Annius , Aynoc, (e) farnommé Ferrarrs, étoit un écrivain Latin, duquel Pline fait mention. Il avoit compofé des Annales. Le même Pline parle ailleurs d’un autre Anmus , qui avoit le furnom de Plocamus. ANNIUS:, Annius , A'ioGe (f) Cet Annius, qui étoit de Vi- terbe , eft fort connu dans la ré- publique des Lettres, par les ou- vrages , qu'il a fuppofés. ANNOMINATION , Anno- minatio , figure de Rhétorique. C’eft une allufion, qui roule fur les noms, un jeu de mots. Cette figure eft ordinairement froide & puérile. On ne laifle pas d'en trouver quelques-unes dans Cicé- ron. Elles n’en font pas meïlleu- res pour cela. = ANNONA, Annona On donnoit ce nom à la Déefle de Pabondance & des provifons de la bouche. Ce mot Annona au fingulier, fignifie généralement toutes fortes de provifions de bouche, comme le bled , le vin , l'huile , la vian- (2) Crév. Hift. des Emp. Tom. V. page 315. (e) Plin. L. VI c. 23. L. XXXIV. C6: (f) Mém.'de l'Acad, des Infcripr. && sell, Lertr. Tom, XIIF, pags 83 3 Be AN de, &c. Annone an pluriel, fi- -gnifie feulement des pains. Ainf - dans les Anciens, il faut enten- dre , par /ingulæ Annonæ , un pain à chacun; par ne Annonæ, deux pains ; ferxæ Annonæ , trois pains. fly avoit encore AnnOn4 rnilitaris ; C'eft-à-dire, les vivres pour les armées. À Rome, le gouvernement donnoit une attention extrême à tout ce qui concernoit ces diffé- rens objets, Outre le foin qu'en prenoient les Édiles, & en parti- ticulier celui qu'on nommoit Cé- réalis , il y avoit un magifirat ap- pellé Prœfedus Annone ; c'eft-à- dire, l’Intendant des vivres, qui veilloit à ce que les marchés fuf- fent bien pourvus de toutes fortes de denrées ; qu’elles fufflent de bonne qualité ; qu'il ne fe commit point de fraude dans les poids &t dansles mefnres, &c. - ANNONCIATION , (2) Annunciatio. Ce mot eft compoté de la prépoñition Latine 44, & du verbe zuntiare, annoncer, décla- rer une chofe à quelqu'un. Les Grecs lappellent évayyeniaus , fauflus nuncius , bonne noûvelle; Xaperlquoc, falutatio , falutarion. - l’Annonciation eft une fête, : dans laquelle l'Églife Chrétienne célebre la Conception, on plutôt Plncarnation du Fils de Dieu dans le Gin dela Vierge Marie. L'ange Gabriël en avoit porté la première nouvelle à Zacharie , en lux cifant. qu'il auroit un fils, qui feroit le précurfeur & le prophéte du Mef- fie, Six mois après , le même ange (a) Luc, ce, 1. v, 17: dr fig. AN = AX Gabriël fut envoyé en une vie de Galilée, appellée Nazaréth, à la Vierge Marie, de la tribu de Juda & de la famille de David. L'Ange lui dit: » Je vousfalne, » Ô pleine de grace; le Seigneur » eftavec vous; vous êtes bénie » entre toutes les femmes. « Ma- rie l'ayant entendu , ‘fut troublée de fes paroles; &c elle penfoit en elle-même, quelle pouvoit être cette falutation. L'Ange lui dit de nouveau : » Ne crugnez point, » Marie , vous avez trouvé grace » devant Dieu. Vous concevrez, » êc enfanterez un fils, à qui vous » donnerez le nom de Jefus. Il » fera grand, &c fera appellé le » Fils du Très-Haut. Le Seisneur » lui donnera le trône de David, » fon pere , &ilregnrera Cternel- » lement fur la marion de Jaccb. » Son regne n'aura point de fin. « Alors Marie dit à l'Ange: » Comment cela fe fera-t:l2 car, » je ne connois point dhomme.« L'Ange lui répondit: » Le Saint- » Efprit furviendra en vous, & » la vertu du Très-Haut vous » couvrira de fon ombre. C'eft » pourquoi le Fruit faint, qui aitra de vous , fera appellé le fils de Dieu. Et fçachez qu'Eli- fabeth, votre coufine, a conçu » elle-même un fils dans fa vieil- » lefle, & que c’eft icile fixième » mois de fa groflefie ; parce qu'il » nyarien d'impofible à Dieu.« Marie lui dit alors : Woici la fer- vante du Seigneur ; qu'il me foit, felon votre parole. En même-tems, l'Ange fe fépara d'elle, &-elle 2. DS BU 8 ère Qi bone CS ER l'a - far un livre, nn écrit, a T2 AN conçut , par l'opération du Saint- Efprit , le Fils unique de Dieu le - Pere, attendu depuis quatre mille ans, pour être le bonheur, la lumière & le falut de tous les hommes. L'Églife célebre la mémoiré de ce Myftère, le 25 Mars. Saint Auguitin dit que de fon tems. lÉglife, par une ancienne tradi- tion, croyoit que le Sauveur du monde avoit été concu ce jour-là. Non feulement l'Églife Latine & lPÉglife Grecqne ont choïfi le 25 Mars pour célébrer ce Myftère ; mais encore les Syriens, les Chal- déens , les Cophtes font la même chofe. Cette aflertion paroit fon- dée principalement für ce que l’on a cru que J. C. étoit né le 25 Dé- cembre ; & par une fuite de ce fentiment , qu'il avoit été conçu le 25 Mars, parce qu'ordimaire- ment il y a neuf mois entre la conception & la naïflance des en- fans, ANNOTATION , Adnota- to, terme de littérature, compo- {6 de la prépoñtion 42, & de nota. L'Annotation eff un com- mentaire fuccint, une remarque éclaircir quelques paffages on tirer des connoïflances. Les Crit ques modernes ont fait de {cavan- tes Annotations fur les Écritures &t les Auteurs claffiques. -ANNULUS, (4) Le mor “Annulus en Latin , fe prenoit prefque généralement pour toutes les chofes, qui étoient de figure Montf, Tom. III. pag. 224. (a) Antiq. expliq. par D, Bern, de (2) Paral, L, ke Ce &s Vs 8; | —_ _ - circulaire , à peu près de même que fe prend aujourd'hui le mot Anneau. Maïs, il fe prend auf en particulier pour les bagues ,; qu’on mettoit aux doigts, Voyez Bagues, ANOB, Anob, Evret, (b) de la tribu de Juda , étoit fils de Cos. ANCOBRETH, Anobrech, (c) nom d’une nymphe , qui fut l’une des femmes de Saturne, & mere de Teud. Anobreth fignihe, fui- vant.la remarque de Bochart, ex gratia concipiens ; & l’applica- : tion de ce nom à Sara eft fenfi- ble. ANOCHUS , Anochus, (d) Aroxoc, fils d'Adamante Taren- tin. Îl remporta le prix du ftade & de la longue courie. On voyoit à Delphes la ftatue de cet Athlé- te ; qui étoit un ouvrage d'Agé- ladas d’Argos. ANOGON , Anogon , étoit fils de Caftor & d’Hilaire, ANOMALT Verbe |, Verbum Anomale. Les verbes Anomaux font ceux, qui, dans leur conju- gaïfon , ne fuivent pas la régle des autres. Îl y a dans tonces les langues des verbes Anomaux, des infléxions de mots Anomales êt irrégulières. Ce mot eft formé de & privatif, & de ouancc, pla- nus, æqualis, uni; égal. Ainf Anomal veut dire , qui n’eft pas égal ; qui ne fuit pas la régle des autres. Par exemple, la régle de la troifième conjugaifon porte qu’on dira, lego, lepis, lepit. On de- vroit dire de même, fero , feris , (c) Mém, de lAcad, des Infcript. & Bell. Lett. Tom J. pag, 49,50, (d) Pauf, pag. 370. PEACE ARE D LL Cd ét du ASS TANT REY AN ferir. Cependant on dit, ÿéro , fers , fert. Le verbe féro , eft donc “un verbe Anomal en Latin. ANOMALIE , Anomalta , terme de Grammaire. Il fe dit de l'irrégularité de la conjugaifon de plufeurs verbes dans chaque lan- gue ; comme volo , en Éctes- <pxoma, en Grec; aller, en Fran- Oise ANONE | la Fontaine |, Fo7s Anonus , muy À vordc. (a) Cette Fontaine étoit dans la Lacome, province du Péloponnèfe , auprès de Derrhion, vers le mont Fai- ete. ANONYME, Aronymus, terme de littérature , formé du Grec arœrvuoc, quieft dérivé hu- même de # privatif, @ de 6youa nomen, noM , avec. uñ y pour rendre la prononciation plus dou- ce. Ainñ, Anonyme fignife , qui na point de nom, ou dont le nom n’eft pas connu, On donne cette épithéte à tous les ouvrages, qui paroïlent fans nom d'Auteur, ou dont les Auteurs font inconnus. - ANOPÉE, Anopea, À vrai, {b) nom d’un chemin de Gréce. 1 commencçoit au fleuve Afope, qui-couloit par l'ouverture d'une montagne, portant aufli le nom d'Anopée, & pafloit par-derrière la montägne. Il alloit finir près de la Pierie, qu’on appelloit Mé- dampyge , & non loin des loges des Cercopes , ainfi que de la ville d’Alpène , qui étoit la pre- mière des Locriens , en venant vers les Méliens. Ceux-ci ayoient (a) Pauf, pag. 431, 432. : €?) Herod, L. VAL, ce 213. G feg. AN 2 autrefois découvert ce chemin, par lequel ils conduifirent les :Theflaliens contre les Phocéens, lorfqu’ils penfoient être en fûreté, après avoir fait bâtir une muraille, pour émpêcher qu'on m'allèt leur faire la guerre. Dans la fuite, un certain Épial- tes, fils d'Eurydème, dans lef- pérance d'obtenir quelque récom- pente, découvrit à Xerxès le che- min d’Anopée, qui conduifoit aux Thermopyles , &c fut canfe par ce moyen que les Grecs, qui gat- doient cet endroit, furent défaits par les ennemis. ANOSIA , Anofia , épithéte donnée à Vénus, qui veut dire impitoyable. Ce fut pour la même raifon qu’on l’appella Andropho- ne. Voyez Androphone. ANQUISITION , Anguifirio, Dans toutes les accufations, l’ac- cufateur concluoit à telle peine ou amende qu'il jugeoit à propos; & fa réquifition s’appelloit Æ47- U1/1#10% ANSIBARIENS , Anfibarit , _ {c) peuples de la Germanie. Lorf peup aue les Romains , fous la conduite d'Avitus, fafoient la guerre aux habitans de cette contrée , l'an de Rome 814 ; les Anfbariens, chaflés de leur patrie ; par les Chauces, ne demandoiïent qu'un exil où ils puflent vivre en füreté. C'étoit cependant, au rapport de Tacite, une nation puiflante par fa multitude, & foûtenue par ia compañlion de fes voifins. Ils ayoient à leur tête un chef illuf- (c) Tacit. Annal. L, XIL, Cs 5$ ; sé T4 AN. tre, & des plus attachés aux Ro- mains ; nommé Bojocalus, Il leur repréfenta : » Qu'au » terms de la révolte des Chéruf- » ques, AÂrminius l’avoit fait char- » ger de chaines , & que depuis » ce tems-là il avoit fervi fous mn Tibère & fous Germanicus : » qu’à cinquante ans de fervices, # il vouloit encore ajoûter celui » de foumettre fa nation aux Ro- » mains. Mais, pourquoi laïfer % tant de terres incultes , fous » prétexte d'y envoyer paître, » dans le befoin, quelques trou- 7 Peaux appartenans aux {ol- » dats ? Quaà [a bonne heure ils : » en réfervaflent une partie pour . » les animaux, pourvu qu'ils ne -» réduififent pas, en folitude & » en défert, un pais, où ils pou- » voient établir un peuple, qui » leur feroit toujours attaché : » que ce terrein avoit appartenu » d'abord aux Chamaves, de qui » il étoit paflé aux Fubantes, & » enfuite aux Ulpiens : que com- » me le ciel étoit la demeure des » dieux, la terre étoit ‘celle des » hommes, & que celle qui fe » _trouvoit inhabitée,étoit au pre- # mier occupant. Enfuite, levant » les yeux vers le {oleil & les au- » tresaftres , il leur démandoit, » comme s'il enffent été capables » de l'entendre, s'ils preénoient » plaifir à éclairer des campagnes » défertes, & s’il n'étoit pas plus -» à propos de les fübmerger fous » les eaux dela mer, pour abimer » avec elles un peuple, qui fu- » foit profeflion de défoler les 3. autres nations, « À Avyius , peu touché de ces re- 172 AN montrances , répondit en général aux Anfbariens , qu'il falloit obéir aux plus forts ; & que ces mêmes dieux qu'on venoit d'invoquer , avoient laïflé aux Romains le pou- voir abfolu d’ôter & de donner à qui 1l leur plaïfoit, fans recon- noïtre d’autres arbitres qu’eux- mêmes. Mais , il dit en particulier à Bojocalus qu’il lui donneroit des terres pour fa fubfftance, en con- fidération de fes fervices pañlés. Bojocalus rejetta cette offre, qu'il régardoït comme la récompenfe odieufe d’une trahifon. » Nous » pourrons bien , ajoûta-til, » n'avoir pas affez de terres pour » vivre, mais, nous en aurons » toujours aflez pour mourir. « Après cet entretien, le Romain & lui fe féparérent fort mécon- tens l’un de Pautre. Aufi-tôt, les Anfbariens tâché. rent de foulever les Brudères, les Tenétères & les antres nations plus éloignées. Avitus, de fon côté, écrivit à Curtiius Man- Cia , lieutenant de l’armée du haut Rhin, de pañier auffi-tôt ce fleu- ve, pour les venir attaquer par derrière. Pour lui, en attendant ; il entra avec fes troupes far les terres des Tenéières, les: mena- Gant d'y mettre tout à fen & à fang , s'ils ne renonçoient à l'al- lance des Anfibariens. ilsobéirent fur le champ , @& la même crainte détacha aufli les Brudtères de ceite ligue ; enforte que les Anfr- bariens , étant encore abandonnés des autres nations, qui ne vou- loïent pas s’expofer à périr avec eux , fe retirérent plus avant dans le païs des Ufipiens & des Tu- AN bantes, Mais, en ayantencore été chaflés , ils eurent recours aux Cattes, puis aux Chérufques ; & enfin après avoir long-tems erré d'un lieu dans un autre, toujours pauvres, toujours rebutés comme ennemis de ceux dont ils implo- roient l’afliftance , ils périrent. tous , les jeunes gens dans les combats , @& les vieillards avec les femmes & les enfans dans la fer- -viude. {| y en a qui croyent que les Anfbariens habitoient le pis, où eft à préfent Deventer. = ANTAGONISTE , Antopo- nifle , A’rrayenrric, terme qui , chez les Anciens, vouloit dire un ennemi fous les xfmés & en ba- taille. Ce terme vient de &r, contra ; Contre , À dyericouai, pugno, je combats. Le mot Antagonifte aujourd’hui ef moins en uface pour fignifier ün des tenans dans des combats qui fe vuident par les armes, que pour exprimer l’un ou l’autre con- tendant dans des difputes littéraires où dans des jeux d'exercice. Ileft quelquefois abfolu , & quelquefois relatif, Ainf, un répondant qui fe tient fur la défenfive, & qui tâche - de réfoudre les objettions qu'on lui propofe , a des Antasoniftes; mais on ne peut pas dire qu'il foit l’Antagonifte des perfonnes qui difputent contre lui. Âu contraire, deux partis, qui foûtiennent des opinions oppo- fées, & qui fe propofent l’un à l'autre des difficultés , font réci- proquement Antagoniftes, C'eft pourquoi, les Newtoniens font les (4) Plut, Tom, I, pag. 332« E nr AN I Antagoniftes des Cartéfiens; ei ci font à leur tour les Antagoniftes des Newtoniens. ANTAGORAS, Antagoras, À rœ7y6pas, (a) capitaine de Chio, contemporain d’Ariftide. Comme les alliés des Grecs, après la ba- taille de Platée, qui fe donna 479 avant l'Ére Chrétienne, ne pou- voient fupporter la févérité avec laquelle les Eacédémoniens com- mandoient & qu'ils demandoient a obéir plutôt aux ordres des Athéniens; Ariftide les ayant en- tendus , leur répondit qu'il voyoit dans leur difcours beaucoup de de néceflité & de juftice; mais, qu’il manquoit feulement quelque action, qui en marquât la fincé- rité & la vérité , & qui, étant exécutee, jettat leurs troupes dans Pimpofhbilité de changer de fen- timent. Sur cette réponfe , Antagoras & Uliade de Samos , aÿant conf- pité enfemble , & s'étant hés par les plus grands fermens , allérent attaquer, près de Byzance, la ga- lére de Paufanias , général des - Lacédémoniens , qui vognoit à la tête de toute la flotte. Paufanias, voyant cette infolence , fe leva tranfporté de colère, & leur dit d'un ton menaçant, que bientôt il leur feroit fentir que ce n’étoit pas à fa galére qu'ils avoient fait cette infulte, mais à leur propre pais. Ils ne firent que fe moquer de fes menaces, fls Jui dirent qu'il mavoit qu'à fe retirer , & quil devoit bien remercier la fortune, qui lavoit fecouru à Platée ; car, 22 À N. fignifie en général un ennemi de 3. C., un homme qui nie que. J. G: foit venu , & qu'il foit le Mef- fe promis. En ce fens, on peut dire des Juifs & des Inädeles , que ce font des Antéchrifts. F Antéchrift eft, en particu- ber, le nom de cet homme de. péché, qui doit précéder le fecond avénement de J: C., & qui nous eff repréfenté dans l'Écriture & dans: les Peres , comme l'abrégé . de tont ce qu'il y-a jamais eu de Plus abominable , de plus cruel & dé plus impie. On li attribue ce que les Prophétes ont dit d'An- tiochus Épiphane, de Gog & de Magog, du pañteur infenfé, dont parle Zacharie , de l’homme de péché , & de l'enfant de perdition, * dont il eft fait mention dans Saint Paul, & que plufieurs appliquent à Néron dans le fens hiftorique. On peut dire en effet que Nabu- chodonofor, Cambyfe, Antiochus Épiphane, Caius, Néron, étoient autant d’Antéchrifts, ou de pré- curfeurs de l’Antéchrift. S. Jean; dans fon épitre , nous avertit qu'il _ y avoit déjà, de fon tems, un. grand nombre de femblables An- tchrifts. Et ces Antéchrifts n’é- toient autre chofe que les teurs & les hérétiques.… = “ Cependant, le véritable Anté- chrift, celui.qui doit venir avant le” jugement univerfel .,: réunira dans fa perfonne. tous les cara@è- res de malice, que l'on n’a vus que féparément dans ces différens perfonnages, qui, par leur im- piété, ont mérité le nom de figu: perfécu- zes, ou de précurfeurs de l'Anté-. chrift, On trouve, dans les Au- =. VX AN : teurs facrés, diflérens traits de cet Antéchrift, On lui applique ce que dit Daniel en ces termes: » J'éus enfuite un grand defr » d'apprendre ce que c’étoit que » la quatrième bête , qui étoit » très-différente de toutes les au- » tres, & très-effroyable, dont » les dents étoient de fer, &'les » ongles d’airain ; qui dévoroit, qui mettoit en piéces, & qui », fouloit aux pieds ce qui avoit » échappé à fa violence. Je vou= » lus m'enquérir aufli des dix » cornes qu'elle avoit à la tête, » & de cette antre qui li étoit ». venue de nouveau, en préfence » de laquelle trois cornes étoient » tombées ; pourquoi cette corne » avoit des yeux & une bouche, » qui prononcoit des paroles in- » folentes , & pourquoi elle pa- » roïffoit plus grande que les au » tres. Comme je regardois atten- » tivement ; Je vis que cette cor- » ne faifoit la guerre contre les » Saints, & qu'elle avoit l’avan- » tage fur eux ; jufqu'à ce que l'Ancien des jours vint à paroi: tre. Alors, la puiffance de juget fat donnée aux Saints du Très- Haut; & le téms étant accom- » ph, les Saints éntrérent en polleffion du Royaume, » Sur quoi l'ange me dit : la » quatrième bête eft le quatrième ». Royaume. qui fe formera fur la » térre ; © il fera différent de » tous les autres Royautnes. Il dé: ». vorera toute la terre, la foule- » fa aux pieds, & la réduira en » poudre. Les dix cornés font dix 2 Rois-qui s'éléveront de ce mé- » me Royaume. Ilsenélévera un A N » autre-après eux, qui fera plus puifant que ceux qui l’auront » devancé , &c il abaïflera trois » Rois. Îl parlera infolemment » contrele Très. Haut, & foulera » aux pieds les Saints du Frès- Haut. Il fe flattera de changer » les tems & les loix ; êcles Saints » feront livrés entre {es mains » jufqu'a un tems, deux tems, & la moitié d’un tems. Leju- -» gement fe tiendra enfuite , afin » que la puiflance foit ôtée à-cet » homme , qu'elle foit entière- » ment détruite, & qu'il périfle 7. POUT Jainaise € : se Zacharie repréfente l’Antéchrift comme un pafteur infenfé. Voici {es propres paroles : » Je m'envais » F ditle Seioneur | fufciter fur la » terre un pafteur , qiine vifite- » fa point les brebis ,; qu'on a » maltraitées, qui ne cherchera » point les agneaux encore ten- » dres , qui ne guérira point les 2 Le » brebis malades, qui ne nourrira. » point les faines ; mais, qui man- » gera la chair des plus grafles, » & qui leur rompera la corne » des pieds, O pafteur, à idole, » qui abandonne le troupeau! » L’épée tombera für fon bras &t fur fon œil droit: Son bras » deviendra tout fec, & fon œil “droit fera entièrement convert » de ténébres. « Voïlà quel fera l'Antéchrift, & quelle fera fa do- mination... # Le Sauveur:, dans l'Évangile, nous décrit les tems qui précé- dront fon fecond avénement,;com- me des tems de guerre, de fami- ne, de révolte, Il dit que tout £ela n'eft-encore que le commen- SSI À N £ cement des douleurs. Te juftes feront livrés aux méchans, qui les outrageront, & qui les feront mourir. Plufieurs gens de bien tomberont dans le fcandale, On verra l’'abomination de la dé- folation dans le Lieu faint. Les maux feront fi extrêmes, que s'ils nétoient abrégés, nul ne feroit fauvé ; mais, en faveur des élus; ils feront abrégés. On verra alors de faux Chrifts &c de faux Pro- phétes, qui feront des fignes & des prodiges , capables d'induire à erreur s’il étoit pofhble, même les-élus. Après cela, le Fils de Fhomme paroïtra dans tout fon éclat. né Saint Paul, dans fa feconde Épt. treaux Fheffaloniciens, fait auffi un portrait frappant de l'adver- faire du Meflie. » Ne vous laifiez » féduire ,- dit. cet Apôtre , en » aucune thanière, par qui que »-ce foit; car, le jour du Sei- n gneur ne viendra point, que ». l’apoñtañe ne foit arrivée aupa- » ravañnt, & qu'on n'ait VU pa- » roître l'homme de péché, cet »: enfant de perdition, cet enne- » mi de Dieu. qui s'élevera au- »-deflus de.quiconque eft appellé ». Dieu , ou de ce quieft adoré, » Jufqu'à s’afleoir dans le temple ” » de Dieu, comme s'il étoit 5: Dieu, voulant lui-même pañler pour Dieu. Ne vous fouvenez- m vous-pas que je vous ai-dit ces -» chofés , lorfque Jj'étois encore » avec vous? Et vous {çavez bien » ce qui empêche qu'il ne vienne, » 1 jufqu'à ce quil paroïffe en fon tems. Car le myftère d'iniqui- té fe forme dès à préfent; at- B iv 49 : 2 24, AN se » tendant feulement que celui qui » empêche maintenant que cet » homme ne vienne , foit lui- ÿ même ôté du monde , & c’eit » un-bien qu'il lempêche. Alors, » 1e découvrira l'impie , que le ». Seigneur: Jéfus détruira par le » foufe de fa bouche, & quil » perdra par l'éclat de fa préfen- » ce ; cet impie qui doit venir, » accompagné de la pufflance de. » fatan ; avec toutes fortes dé » miracles, de fignes. & de pro- » diges trompeurs, & avec toutes # les 1llufions qui peuvent porter » à l'iniquité ceux qui périflent, >» parce qu'ils n'ont pas reçu-dans » leurs cœurs amour de la véri- » té, pour être fauvés. C'eft » pourquoi , Dien les livrera à > une telle efficace de féduétion, » qu'ils croiront au menfonge, afin que tous ceux.qui n'ont » point cru la vérité, mais qui Ont confenti à l'iriquité, foient » jugés comme ils le méritent. « -+ Cet affreux pottrait, que Saint Paulatracé de ?Antéchrift, a pa ru fi refflémblant à Néron, que plufièurs Anciens , :comme nous Vavons déjà obfervé , ont cru que :ce prince étoit l'Antéchrift., ou du moins fon précurfeur ,. & que - FAntéchrift paroïtroithientôtaprès lui. D'autres ont cru que Néron reflufciteroit avant la fin des fié- -cles , pour accomplir-tont ce qui eft dit de l'Antéchrift dans. les Écritires. Enfin, Saint Auguftin aflare qu’il yen avoit d’autres-qui foûtenoient que Néron n'étoit-pas -mort-; Mais, qu'il vivoit encore -dans quelque lieu inconnu &in- acceflible ; confervant toute fa Églifes &-de AN vigueur & toute fa cruauté, dont il devoit un jour faire reflentir les effets aux ferviteurs de Dieu. H, On n'eft pas für du tems auquel PAntéchrift paroîtra. On fçait certainement qu'il viendra avant la fin des fiécles, & qu'il précédera le fecond avénement de}. C. Mais, tous ceux qui ont - voulu fixer l’année de fa venue , “ont fait que découvrir leur igno- rance @ leur témérité. Dès le tems de S. Paul, il y avoit des impofteurs ; qui effrayoient les fideles en voulant leur perfuader que le jour du Seigneur étoit pro= che. Les Peres, eux-mêmes, dans les premiers fécles , ont fouvent. cru appercevoir des fignés avant= coureurs de l'Antéchrit, au mi- heu des troubles & des perfécu- tions qui s’excitoient alors, : © Mas, depuis le dixième fécle ; qui finifloit le fixième millénaire ; {nivant l'opinion de ceux qui met= toient la naïffance de J. C. vers lan so00 du monde ;-on com- mença à fe raflurer fur la crainte où l’on avoit été jufgu’alors de la fin du monde, qui devoitarriver, felon la tradition des Anciens , après fx mille ans de durée. On fe-mit à bâtir: de. plus grandes plus grands édif- ces. La traduétion de l'Écritute,; qui avoit té faite par S. Jerôme, & qui donnoit environ 4000 ans au monde ayant J. C., contribua auffr à faire croire: que la fin du -monde & la venue de lAntéchrift n'étoient pas fi prochaines. Cela n'empécha pas toutefois que quel- ques-uns ne fe hazardafient-enco- re à vouloir fixer l'année de l'ap= AN pastion de PAntéchrift, Le Con- cile de Florence, affemblé en 1105 , condamna Fluentius, Évê- que de la même Ville, qui foûte- noit que l’Antéchrift étoit déjà né. L'abbé Joachim , qui vivoit au douzième fiécle, prétendoit que PAntéchrift paroîtroit foixante ans après lui. Arnaud de Villeneuve avoit dit que l'Antéchrift vien- droiten 1326, Pierre d'Ailly avoit cru obferver qu'il devoit paroître en 1789 ; le cardinal de Cufa , en 1730, ou 1734; Jean Pic de la Mirande , en 1994; François Melet, en 1530, ou 1430; Jean de Paris , en 1560 ; Jerôme Car- dan, en 1800, On pourroit citer _ d'autres prédi@tions femblables. L'événement en a déjà réfuté la -plpart. Eton peuraflurer, fans témérité , que les autres ne font pas mieux fondées ; ni plus füres que les précédentes. _— (a) HE. Ü y à une tradition qui paroît prefque-uniforme parmi les Anciens ; que l'Antéchriit nai- tra de la race des Juifs, & qu'il fortira de-la tribu de Dan. On explique, en ce fens, ces paroles de Jérémie : » Le brait de la cava- » lerie de l'ennemi s'entend déjà » de Dan; toute la terre retentit »-des hanniflemens de leurs che- » vaux de bataille; ils viendront » en foule, & dévoreront tout le » pais, tous les fruits de laterre, » toutes les villes, @& les habi- 5 tans. « ; - Les plus anciens: Commenta- teurs de l’Apocalypfecroyentque - Ce) Tr c» 8. Ve 16: « AN: 25 l'omiflion , que Saint Jean a faire. du nom de Dan dans le dénom- brèment des tribus d'Iftaël , ne vient que de ce qu'il fçavoit que l'Antéchnit naîtroit de cette Tri- bu. Mais, comment viendroit-il de cette Tribu , puifque les Juifs- ne demeurent plus dans la Judée: où du moins ne font plus maitres de cette province ? Il viendra, difent nos Commentateurs , de de-ll'Euphrate, dela Babylonie, où l’on prétend que les dix Fribus, & en particulier celles de Dan, fubfftent: encore toute entière. Ce fentiment eft fuivi par prefqne tous ceux ;- qui-ont écrit depius Saint Jerôme, & c'étoit déja, de- fontems , un fentiment coinmun: dans PÉelile. = È (&) IV: Comme on fuppote donc que l'Antéchrift naîtra dans Ja-Babylonie, on dit qu'il. y jetre- ra lés fondemens de fon Empires que les Juifs feront les premers.: qui fe déclareront pour lui, qui reconnoîtront fa domination, 8 qui auront les: premiers -emplois de fon Empire. Il fçaura les gagner: par fes preftiges, par fes-Careltes..: par fes faux miracles, tr par tonites: les apparences de bonté ; de piété & de clémence ; de mamière que: ce malheureux peuple le prendra. pour le vrai Mefhe,êr fe flattera de voir rétablir, par fon. moyen, le. premier éclat du royaume d'If- raët,-dans là Terre promife. Lorfque l'Antéchrilt paroïtra,: ilcommencera à attaquer l'empire Romain, qui fera alors partagé cb) Danielc. y.:v, 7; 8, “c. tre vs 425.4% Ik. Theflal, Ca Ve 4 26 AN entre dix Rois puiflans , fhivant ces paroles de Daniel, que lon applique au royaume de lAnté- carift: » Je regardois enfuite dans x cette vifion que jayois pendant » Ja nûit., dit le Prophète, & je x vis paroïtre une quatrième bête x quiéfoit terrible & étonnante ; » elle étoit extraordinairement » forte ; elle avoit de grandes » dents de fer ; elle dévoroïit, » mettoit en piéces & fouloit aux # pieds ce qui refoit, Elle étoit » fort différente des autres bêtes, » que javois vues avant elle, & » elle avoit dix cornes. Je confi- n dérois fes cornes, & j'en vis # une petite, qu s'élevoit au mi- » lieu des-autres. Trois des pre- »-mières cornes furent arrachées »-de devant elle, Cette corne avoit des yeux comme des yeux » d'homme, & une bouche qui % proféroit des paroles infolen- 33 tes, «c ESC Cette bête à dix cornes, felon les Interprétes, n’eft antre chofe que l'empire Romain. La petite corne eft l’Antéchrift. Les trois cornes, qui tombent en fa pré- fence, font trois monarques, qui feront rénverfés par les armes de cet ennerni de Dieu. Daniel ex- - prime ces trois monarques en un autre endroit , en ces termes : >» Il étendra fa main contre les » provinces, & le pais d'Égypte » néchappera point. Il {e rendra » maitre des tréfors d’or & d’ar- » gent, & de tout ce qu'il y a de > plus précieux dans l'Égypte. ». Ceux de la Libye & de l'Éthio- La L°2 » pie le füivront à la guerre, «: Voilà les-trois Royaumes par où À N commencera la décadence de Pem: pire Romain. Leur châûte entrai- nera la ruine de tout le refte. L'on ñe garantit point ces applications, l’on rapporte feulement ce que les Anciens en ont dit. = Après avoir aflujetti l'Ésypte, l'Éthiopie & la Libye , l'Anté- chrft marchera contre Jérufalem, en fera aifément la conquête, & y étabhira le fiége de fon Empire. Alors ;il apprendra que les rois Gog & Magog viennent pour le combattre ; il leur livrera la ba- taille, @ les défera aifément au milieu de la Paleftine. Tout le pais s'enrichira de leurs dépouil- les. Après cela, l’Antéchrift Voyant maitre de l'Empire d'o- rient & d'occident, tournera toute {on application à détruire le royau. me de J. GC. & à perfécuter les gens de bien. » [| s'élévera fur » tout ce qui porte le nom de » Dieu , & fur tout ce qui eft » adoré ; enforte qu'il Saffeiera » dans le temple de D à-dire., dans le temple de Jérufa- lem qu'il rétablira. Il y a même quelques Anciens qui croyent qu'il s'afleiera dans les églifes des Chré: tiens ; & qu'il y recevra les ado- rations d’un grand nombre d'A pofs tats , qui renonceront à [a foi de L'Écriture ne marqne pas pré- cifément la durée du regne. de l'Antéchrift ; mais, elle {emble , en plus d'un endroit , donner trois ans & demi à la durée de {es per-. fécutions. Du moins, elle afhigne trois ans & demi aux perfécutions de Ceux , qu'on regarde comme des figures de l'Antéchrift heu; «C'eft+ AN “ANTÉCIENS, Antœci , du Grec &vrt, contra , contre , & ‘téo , habito, jhabite. C'eftun terme de Géographie. En confi- dérant les habitans de la terre re- lativement ; c'eft-à-dire, par rap- port les uns aux autres , les uns font Périéciens, les autres Anté- ciens , & les autres Antipodes. es Antéciens font ceux qui habitent fous la même portion du. méridien , comprife entre les deux Poles, & qui font à égale diftance de l'Équateur ; mais, les uns du côté du nord, & les autres du côté du midi. Ainfi, les Antéciens ont la même longitude & la même latitude 5#mais , les uns ont la longitude auftrale, & les autres la longitude feptentrionaie. Les habitans du Péloponnèfe font An- téciens des Cafres du cap de Bonne-Ffpérance. Les Antéciens ont midi & minuit, précifément à la même heure; mais , les uns ont l'été, quand les autres font dans l'hiver. ANTÉCŒNE , Anrecæna , vel Anrecœnium ; terme formé de ante, avant, & cœna, fouper. C’eft le nom que les Romains, dans leurs repas, donnoïient au premier fervice , dans lequel on fervoit des mets propres à exciter l'appétit, Il y avoit ordinairement désŒbfs, * ANTÉDILUVIENNE [Phi lofophie , Poëfie, &c. ] (2). Ce terme Latin, compofé de la pré: pofition ante, avant, & dilnvium, “déluge, fignifie la Philofophie, la Poëfe » Otc. avant le déluge. AN 27 On ne peut guere former la-deflus que de belles conjettures , & c’eft ce qu'ont fair plufeurs Écrivains. Quelques-uns de ceux, qui re- montent à l’origine de la Philofo- phie, ne s'arrêtent pas même an premier homme, qui fut formé à l'image & à la reflemblance de Dieu ; mais, comme fi la terre nétoit pas un féjour digne de fon ‘origine, ils s’élancent dans les cieux , & la vont chercher jufques chez les Anges, où ils nous la montrent tonte brillante de clarté. : À l'égard de la poëfe Antédi- hivienne, les paroles que Lamech adrefle à fes femmes, dans le - quatrième chapitre de la Génète, font regardées par de fcavans In- terprétes , comme un fragment de” cette efpèce de poëñe, M: Pabbé Fontenu regrette tant de cantiques, admirables fans doute, où nous trouverions les idées-de la plus fablime Métaphyfique, revètues des couleurs de la plus. brillante poëfie. En effet, files Orphées & les Silènes , au rap- port d'Homère & de Virgile, chantoient fur leurs lyres le dé- brouillement du chaos & l'orisi- ne des êtres, felon les idées biz zatres des Cofmogonies payen- nes , que d'images plus nobles ne devoit pas ofirir aux Poëtes de l'ancien monde, le véritable fyftême de la formation de l'U- nivers , dont la connoïflance n’a- voit pas eu le tems de s’altérers où de fe perdre! : La nature , alors ; dans è fa Ce) Genef, c, iv. 23; 24 Mém.deP'Acad. des Infer, & Bell. Léte. T. XVUL, Peise 28 A N. beaute | portoit vifiblement l’em- se ss preinte de fon Auteur. Les cieux annonçoient fa gloire ; & l’homme. forti de fes mains , pouvoit encore fe {ouvenir de fon origine. Une tradition fuivie , peut-être même, comme Fobferve M. l'abbé Fon- tenu , l’ufase d’une écriture, ou litrérale , où fymbolique ; con- fervoient parmi eux les premières notions; que l’homme recut en naiflant, fur l’eflence & les per- feétions de l'Être fuprême, für le monde des intellisences , far Fimmortalité de l'ame, Que de fujets pour la poëñe! ANTÉE » Antœ@us, Ayraïoc a) Pun des chefs de l’armée de urnus. Î fut attaqué par Énce, ainfi que plufeurs autres chefs, qui étoient poités , comme lui, au premier rang de l’armée. FT LS 5; a ANTÉE » ARGUS, Arraie, (ë) l'un des compagnons d'Énée. Un jour que ce Prince des TFroyens fortit brufquement de fon camp, pour marcher à l’en- nemi, Antée Paccompagna avec Ménefthée. Leur marche étoit telle, felon Virgile ; que la terre émue retentifloit fous leurs pas. ANTÉE, Anreus, Ayraec, (c) géant de Libye, d’une taille monitrueufe , étoit fils de Neptu- ne & de la Ferre. 1l avoit foixan- te-quatre. coudées de hanteur, C’étoit un vrai monftre en cruau- té ; il obligeoit les’ étrangers. à lutter contre lui, .& les étouffoit tous du feul poids de fa corpulen- (a) Virg. Æneid. L. X. v. ‘61. (2) Virg.Ænéid. L. X.v: #78. & feq. (c) Diod. Sicul. p. 157, Strab. p.829. Mych, par M, PAbb, Ban, Tom, VIE - À N ce. [l brovoqua Hercule à la lutte. Hercule accepta le défi, & le jetta trois fois à terre à demi mort; mas, dès qu'Antée touchoit la Terre, fa mere, il reprenoit fes forces, & devenoit plus furieux qu'auparavant. Hercule s’en étant apperçu ; &t l'ayant faifi de nou- veau, le ferra fi fortement en Pair, & le tint f long-tems en cette poflure, qu'il expira. C'eft cetté fable, qui eft repréfentée dans les fépulchres des Nafons, qui font dans l'Antiquité expli- quée par D. Bernard de Mont- faucon, Minerve s’y trouve appa- rémment pour fecourir Hercule. On trouve auffi cette fable , re- préfentée dans une médaille de Pofthume, au revers de laquelle Hercule tient Antée élevé en l'air, avec lPinfcription: HERCULIE LIBFCO, À LHERCULE DE -LIBYE: M. l'abbé Banier explique cette fable de cette manière : Comme Hercule vouloit établir une colo= nie en Afrique pour faciliter le commerce, ce qui étoit une des fins de {on voyage dans ce pais, il en fut repouilé d'abord, par un autre Marchand, qui s’étoit établi dans Lx: Libye ,.& qui étoit déjà fi puiflant , qu'il n’étoit pas poffble de le forcer. Notre Héros l'attira adroïtement fur mer, & lui ayant conupé:les paflages de la terre, où il alloït fe rafraichir., êt: reprendre des troupes, il-le fit pénr. De-là, eft venue, ajoûte pag: 32, 32. Antiq.explig. par D. Bern. de Montf. Tom: 1. pag. 212, Mém: de PAcad, des Infcripr. & Bell. Lett. Tom, 1, pag, 128, Tom. Hi, pag, 233 AN M. Pabbé Banier, la fable d’An- tée. Cet Antée avoit bâti la ville Antées - : #ticuliers. de Tingi , ou Limgi, quieftun petit bourg fur le détroit de Gi- braltar. On dit que Sertorins fit ouvrir le tombeau de ce Géant, êt que fes offemens étoient d’une grandeur extraordinaire. : ANTÉE, Anteus, Avratc, (a) roi d'Irafe en Libye. Il pro- -pofa { fille Barcé, pour prix de la courfe, aux Amans de cette Princefle. Cet Antée eft peut- être le même que le précédent, . ‘auffi bien que cet autre Antée, qui fut chargé par Ofiris du gou- vernement des lieux voifins de FÉthiopie & de la Hibye. l'un des Poëtes tragiques, nommé Phrynique , au rappott de Suidas, avoit fait, entre au- tres, une piéce, quil intitula On dit qu'il-y avoit une Déeffe -de ce nom, qui-fut ainfi appellée “de la ville d'Antinm en Italie, où on lui rendoit des honneurs par- C'étoit apparemment celle qûi fe nommoit Les Fortu- nes. La ffatue de cette Déefle avoit cela de remarquable, qu'elle fe remuoit d'elle-même, {elon le témoignage de Macrobe ; & fes mouvemens divers, ou fervoient -de réponfe, ou marquoient f l’on - pouyoit confulter les Sorts. ANTÉIA, Anteia ; (b} avoit lépoufé Helvidius Prifeus , qui fut (a) Diod.Sicul, pag. ro, Myth. par “M. VAbb. Ban. Tom.Il. p.37. & faiu. À _ Mém.de l'Acad, des Infcript. & Bell. - Let. Tom,.1il. pag. 201. Tom. XHI. /.pag. 274. Tom. XVI. pag. 82. = 7 (b): Crév, Hit, des Emp. Tom, IV. {11 pag: 268 ; 451° PS TS7s Eee < AN. 29 accufé dans le Sénat , & mis en prifon. Après la mort de cet of- Ger , Pline réfolut de pourfnivre un ancien Préteur , nommé Pu- blicius Certus, qui avoit été le premier à mettre la main fur hu, & qui avoit aidé les archers à le mener en prifon. Mais, ne vou- lant pas entreprendre la chofe, fans avoir confulté Antéia, il lus demanda f elle vouloit fe rendre partie, à quoi elle confentit avec oi. | ANTÉIUS [C.], C. Anteius, K. Arms. (c) L'an de Rome 769, Germanicus fe difpofant à aller par mer en Germanie , CG. -Antéius eut la commiffion de faire équiper une flotte. On lu avoit aflocié pour cela Silins & Cécina. ANTÉIUS 2 Anelus, A'yTyioc, (d) fénateur Romain. Après le meurtre de l'empereur Caligula , une curiofité, que lui infpiroit l'efprit de vengeance, lamena au lieu ; où avoit été commife cette attion fanguinaire, pour jouir de la fatisfaétion de voir étendu mort celui, qui avoit banni & tué fon pére. Il lui en coûta la vie. ; &, ayant tenté inutilement de fe ca- cher , lorfquil vit le péril, ik fut maflacré par les Germains. C’é- toit l'an de FC. 41. - ANTÉIUS [P.], P. Anteius, H.-Avryios, (e) lun de ceux -qu'Agrippine, mere de Néron, honoroit de fa protettion. L'an de - -“{c) Tacir. Annal, L. IT. c. 6. -(dy-Jofeph. de Anriq. Judaïc. ps 667 Crév. Hift: des Emp. Tom. Il. pag.87. (e) Tacit, Annal. L. XIII. c. 22. E- XVI. c. 14. Crév. Hift, des EmpTom. 30 , A N Rome 806, on 807, onlni pro mit, fur la recommandation de cette Princeile, le gouvernement de Ja Syrie; mais, on élnda fous divers prétextes l'exécution de cette promefle ; de manière que P.Antéius refta à Rome. La pro- teétion. de la mere l’avoit rendu odieux à fon fils. | Plufeurs années après, comme P. Antéius faifoit une penfon an- nuelle à un Aftrologue, nommé Pammenès, Antiftius Sofianus en eut connoïlance. Avant même intercepté quelques-unes de fes Lettres, 1 {e fervit de cette de couverte, pour le perdre dans l'efprit de. Néron; ce qui ne fut pas bien difficile, à caufe de Ja haine que ce Prince lui portoit déjà , & parce qu'il poffédoit d'ailleurs de grandes richefles. . Dès qu'on fut dans le public Faccufation | formée contre P, Antéus , on le regarda comme un homme fans reflource, & condamné, avant que d'être en- tendu ; en forte que perfonne ne vouloit figner, comme témoin , le teflament d'Antéius » A Tigellin n'eût leyé la difiicuité _avertiffant le teftateur de ñe point trainer, L'avis fut fuivi. P.Antéius mit ordre promptement à {es affai. res, prit enfüité du poifon; &, impatient de ce que la mort ne venoit pas aflez-tôt, il fe fit ou- -Vrir les veines, l'an de J,C. 66. C'eft qu'il avoit que Néron, en pareil as , ne fouffroit point de délai ; & que fi ceux dont il avoit (z) Strab. pag, 230. Plin. E. TI. cs 2 ernpus Antelucanum. mais en + Kit, Liv, E, 1, c 93 1Q2 Ils Plur, Tom, AN ordonné la mort, ne s’exécntoier® pas au plutôt eux-mêmes, il leur. envoyoit fes chirurgiens pour les traiter, C'étoit fon terme. ANTÉLUCANE | le Tems], C'eft le nom que les Anciens donnoient au tems, qui précéde immédia= tement l’aurore, ANTEMNA , Anremna, Avreuræ, ville d'Italie ; autre ment appellée Antemnes. Voyez Antemnes. ANTEMNATES, Antemna= tes, peuples d’Antemnes. Voyez Antemnes, ANTEMNES, Antemne, (a) Àvreuru, ville d'Italie, à trente OÙ quarante ftades de Rome, au pais des Sabins. Ceux d’Antemnes : étoient du nombre de ces Peuples, à qui Romulus fit enlever les filles Pat la jeuneffe Romaine, pendant la célébration d’une fête & des jeux folemnels, en l'honneur de Neptune équeftre. Les Antemna- tes, ainfi que les autres; voulu rent en tirer vengeance. C’eft pourquoi, is firent une incurfion fur les terres des Romains. Ceux- ci Envoyérent contre eux une lé- gion, qui les trouva difperfés, çà & là, dans ja Campagne. Au pre- imier choc, ils furent mis en fuite, & pourfiivis jufques dans leur Ville, qui fut bientôt réduite {ous la puiffance des Romains. Dénys d'Halicarnafle, & les faîtes Capi- tolins comprennent les Antem- nates Au nombre des Peuples, dont Romulus triompha, [pag 471. Mém, de VAcad. des fnfcr; & Bell: Letr. Tom, VIL, Pag. 120 , 120 AN : Craflus, qui s’étoit joint à Syl- Ja, durant les troubles de la Re- publique Romaine, ayant un jour “vaincu les ennemis , les pourfui- vit jufqu'à la ville d’Antemnes. Sylla, informé de cette nouvelle, y marcha lui-même le lendemain à la pointe du jour. Comme il approchoit, trois mille des enne- mis lui envoyérent des Hérauts , pour lui demander quartier. Il leur répondit qu'il leur donneroit toute forte de füreté, fi, avant que de venir fe rendre à lui, ils faïoient au refte de fes ennemis quelqué mal confidérable. Sur cela, ces trois mille, fe fiant à fa parole, fe jettérent fur leurs compagnons ; & il y en eut plu- fieurs , qui fe tuérent les uns les autres. Mais, Sylla, ayant raf- femblé tous ceux qui reftoient, tant de ces trois mille que des autres , jufqu'au nombre de fix mille, les enferma dans le Cir- que; & en même-tems il aflem- : bla le Sénat dans le temple de Bellone. : : - Là, d commence à haranguer,; & pendant qu'il parloit, fes fol- dats, à qui il avoit donné {es or- dres , mallacrent ces fix mille malheureux, qui étoient dans le Cirque. Les cris de tant d’hom- mes , quon ésorgeoit dans un lieu fi étroit, étant joints enfem- ble , firent un éclat, tel qu’on peut penfer. Les Sénateurs en furent cfrayés, ne fçachant ce que ce pouvoit être ; mais, Sylla, con- tinuant fon difcours avec le même ee AN. -3T fang froid & le vifage auf affuré qu'auparavant , leur dit qu'ils de- voient n'avoir attention qua ce qu'il leur difoit, & ne pas fe met- tré en peine de ce qui fe pañoit dehors ; que le bruit qu’ils enten- doient, venoit de quelque correc- tion que l'on faïfoit à quelques mauvais garnemens ,; quil avoit ordonné de chaâtier. S _ Prifcien dit, fur lautorité de Varron, qu'Antemnes étoit plus ancienne que Rome ; & Varron obferve que cette Ville étoit fituée devant une rivière, qui tomboit dans le Tibre. C’eft pourquoi, d'anciens Critiques jugent que fon nom veñoit de fa fituation , Ante amnem, devant la rivière. Du tems de Strabon, ce n'étoit plus qu'un village , ainfi que plufeurs autres villes. Quelques particu- liers y faifoient leur demeure. Pline , qui vécut après cet ancien Géographe , parle d'Antemnes, comme d’une ville détruite. Elle ne s’eft point rétablie depuis. ANTÉMUSIE , Antemnfa, A'yrepovclæ, (a) ville d'Afe, dans la Méfopotamie, qui fut fondée par les Macédoniens. Elle étoit arrofée par les eaux d’un fleuve, qu'on appelloit Aborrhas. Elle n'étoit pas cependant éloïgnée de l'Enphrate ; car, felon Strabon, pour aller de Syrie dans la Se- leucie & la Babylonie , on pañloit ce fleuve auprès d'Antémule. Cette Ville fut du nombre de celles, qui, vers l'an de Rome 789 ;recurent Tiridates. Les ha (a) Strab. pag: 747, 748 Tacit, Annal, L. VE, car. Plin, L. V. c. 24. Ptoleme EL, Vs Ce 18 38 À mocritus , Aveuoxolroc, (a) He raut qui fut envoyé par les Athé- . miens à Lacédémone; mais, étant mort en chemun , & les Mépa- réens étant foupconnés d'y avoir contribué, Charinusdrefla un dé- cret par lequel les Athéniens dé- claroient à Mépare une haine im- mortelle & irréconciiable. Ce dé- cret-ordonnoit en outre que tous les Mégaréens, qui mettroient le pied dans Athènes, feroient punis de mort; que tous les généraux Athéniens ; en prétant le ferment folemnel, jureroient expreflément qu'ils enverroient tous les ans ra vager deux fois le territoire de cette ville ennemie ; & que le héraut Anthémocrite feroit en- terré près des portes Thriafiennes, quon appella dans la fuite le Di- pyle. Selon Paufanias, fon tom- beau étoit fur le chemin, qui con- _duifoit d'Athènes à Éleufis, & ue l’on nommoit la Voie-facrée. - ANTHÉMUS , Anthemus , Aybeuvoc , (b) ville de Macédoi- ne. Elle fut offerte par Amyntas : à Hippias, qui la refufa, ain que celle d'Iolcos en Theffalie, que lui préfentoient les habitans de cette province... — : . ANTHES ; Anihes, An, {c) poëte muficien. Nous appre- _nons de Plutarque d’après Héra- . Chide , qu'il étoit originaire d’An- _thédon en Béotie, & qu'il fit des Hymnes. C'eft tout ce que nous en fçavons ; à moins qu'il ne fût l'Anthès, d'après qui Etienne de Byzance allégue étymologie du - (a) Plut. Tom. I. p: 168, (5) Herod.L, V,_c. 94. (e) Pauf, “pag: 142, 574. Roll, Hifi, A N mot Æalicarnaffe ; ou l'Anthès, cité par Harpocration, comme ayant écrit fur le fujet d’Attis. Îl eft vrai que dans le pañlage d'Harpocration, où on lifoit Sedÿ- aœxero A 0x, Anthés a mani- jeté; Mauflac, fur l'autorité de Cafaubon, corrige d'éfyauxe Nedr= te Néanthès a manifeflé ; & ce Néarthès eft un auteur connu d’ailleurs. ; À l'égard de l'Anthès , l’un des fondateurs de la ville d'Halicar- naile , où il conduifit une colonie de Trœzéniens ; felon Strabon & tienne , peut-être pourroit - il avoir quelque chofe de commun avec le poëte Mufcien, par fon antiquité. + Quant à l'Anthès, fils de Nep. tune & d’Alcyone , fille d'Atlas, felon Paufanias, ce qu'Étienne de Byzance nous apprend de celui-ci, eit hors de toute vraifemblance, & n’a pourtant été relevé par au- cun des Enterprétes, où des Come mentateurs de ce Géographe. En effet, qui pourra croire qu’un fils de Neptune & un petit-fils d'At- las, qui ; comme tel, devoit être de la plus haute antiquité, ait été tué , comme laflure Étienne, par Cléomène , frere de Léonidas , qui vivoit du tems de Darius [, roi de Perfe ; qu’enfuite on Pait écorché , 8 qu'on ait écrit fur fa peau , qu'anf s'accompliffoient les Oracles : car, c'eft précifé- ment ce que porte le texte d’'E- tienne. Sur quoi Meurfus eft tombé dans une méprife aflez fin- Pauf, p.67. Anc. Tom. V. P. 675: Mém. de l’Acad, des Infeript. & Bell. Let. Tom. VII pag: 8485. Tom. X. pag. 197. & faivs A EE ce à (SR Mu née nstete nid na té: à ic. eue ga nil MS dirt à dr LS tshast pr > # ci e re: STE Pape st à TN TI TR ET TANT TEE VER RD ENTREE NS IS PO SENS PPT NEC PET PE PES TP TRERNERÉT DER PEVT ESS RERO ET PTT PETER PONTS VONT TN DEEP PERSAN ET ET PTE PTE NA NT PES A PLIS CTI PT ON! AN gulière ; ayant oublié le derniet mot du pañlage; enforte qu'il ré- fulte de la verfon Latine, qu'il en donne, que fur la peau d’An- thès on écrivoit des Oracles. Cet- te bévue relevée par Berkel, Commentateur d'Étienne, n'a pas empêché ce Commentateur d'en faire plufeurs à fon tour, dans une feule de fes réflexions. ANTHES, Anthès , Ayue, (a) fils de Neptune & d'Alcyone, fille d'Atlas. Î y en a qui lui attri- buent la fondation de la ville d’An- thédon , dans la Béotie. Voyez Particle précédent. ANFHESPHORIES , Æ47- thefphoria. Ce nom eft Grec ; il _€ft compofé de &loc , flos, fleur, SE péro, fero, je porte: C'eft le nom d’une fête , que lon célé- broit en Sicile en l'honneur de Proferpine, & quis’appelloit ainfi, parce que cette Déelfe fut enlevée par Pluton, lorfqu'elle cueilloit des fleurs dans. la campagne. Il femble que les Anthefphories foient la même chofe que le Flori- fertum des Latins. Cependant, Fef- tus ne rapporte point cette fête à Proferpine ; &c il dit qu'on la nommoit ainfi, parce quon por- toit ce jour-là des épis au temple. ANTHESPHORION , 47- thefphorion , (b) nom d'un des mois de l’année Attique. C'étoit dans ce mois que l’on célébroit, près d'Athènes, fur les bords de lliffus , les myftéres de Profer- pine. Cela s’appelloit les Anthef= phories , fêtes qu’on célébroit auf (2) Pauf. pag, 574 æ AN 2 en Sicile. Voyez Anthefphories, ? Le mois Anthefphorion eft le même que le mois Antheftérion u’on peut voir ci-après. ANTHESTÉRIES , Anthef- teria , nom d'une fête que célé- broient les Athéniens en l'honneur de Bacchus. Quelques-uns difent qu’elle prenoit fon nom du mois Ântheftérien, ou Antheftérion, dans lequel on la célébroit. D'au- tres prétendent que ce nm'étoit point une fête particulière ; mais, que toutes les fêtes de Bacchus s’appelloient Antheftéries. C'eft le fentiment d’Apollodore , cité par le Scholiafte d’Ariflophane. Quelques-uns prononcent &c écri- vent Anthitéries; c'eft une faute, Ti eft plus naturel de dériver le mot Anthefleries de &rlos , flos, fleur, parce que l’on portoit alors des couronnes de fleurs à Bac- chus. Les Antheftéries duroient trois jours, l'onzième , le douzième &e le treizième du mois. Chacun de - ces jours avoit un nom , qui avoit rapport à ce qu’on faifoit ce Jour- à Le premier jour de la fête; ou l’onzième du mois, s’appelloit æiforyia ; c'eft-à-dire , ouverture des tonneaux. Ce jour-là , et effet, on ouvroit les tonneaux, & on goûtoit le vin. Le fecond jour de la fête, ou le douzième dx mois, fe nommoiït y6ec, COngS le congius. C'étoit une mefure, qui contenoit le poid dé dix livres ; nous dirions les bouteilles, Ge jour- R, on buvoit le vin qu'on avoit | ‘(#) Mém. de VAcad, des Enfcript. & Bell, Léct. Tom. XXL, pag: 89e D Or 40 AN préparé la veille. Le troifième jour de la fête, ou le treizième du mois s'appelloit xérper, les mar- mites. Ce jour-là, on faifoit cuire, dans des marmites, toutes fortes de légumes , auxquels on ne tou- choit point, parce qu'ils étoient offerts à Mercure. ANTHESTÉRION, Anrhef- terion (a) nom d'un des mois de l'année Attique. Le premier de ce _ mois a répondu au 13 Février, 87 de l'année Julienne anticipée. La ville d'Athènes fut prie par : Sylla ; après un fiége de plufieurs mois , le premier de Mars, felon le Calendrier Romain, qui répon- dit, cette année, au premier du mois Antheftérion. Ce mois revenoit à la fin de Février & au commencement de - Mars, felon un Commentateur des fañies d'Ovide. C'étoit un mois creux, où de 29 jours , le fixième de l'année. Oppien explique Mars par Antheftérion. Il eft difficile de _ décider auquel de nos mois il avoit rapport, Potrérus dit qu'il répon- doit à la fin de notre mois de No- vembre , & au commencement de Décembre. Voyez Antheftéries. ANTHEUS , Antheus ; c'eft- ä-dire, la fleur, nom d’un chien de chaffe, Poyez Chiens de Chafle. ANTHION, Anthion, Arbre, nom d'un puits, auprès duquel on dit que Cérès, fatignée des courfes qu'elle avoit faites , en cherchant fa fille, fe repofa tous la figure d’une vieille femme. Les AN filles de Célée l'ayant trouvée en cet endroit | la menérent à leur mere. ANTENPPE, Anrhippus, (2) Mtirres. [l eft regardé comme Pinventeur de l'harmonie Lydien- ne par quelques Auteurs. Du refte, nous ne fçavons rien d’Anthippe, finon qu'il y a eu un poëte comi= que de ce nom, cité par Athénée, qui en rapporte un fragment con- fidérable, tiré d’une comédie pu- bliée fous le titre de caché ; enVe= loppé. L’Auteur introduit fur la fcène, dans ce fragment , un cui- finier , qui fe vante de fçavoir tous les fecrets de fon art, de connoître quels font les mets con- venables aux différens états & aux. diverfes profeflions , aux jeunes g£ns amoureux, aux vieillards, aux philofophes & aux maltotiers : de deviner à la phyfonomie des convives , quelle forte de viande doit être de leur goût. Au fürplus, Scaliger, qui, dans fa poétique , parle d'Anthippe comme de l'in venteur du mode Lydien, n’a pu - le prendre -que dans Pollux, qu'il . ne cite pas, à moins que ce ne fût -dans quelque manufcrit grec de Plutarque, on dans la verfon de Valgulio. sr. ANTHIUS, Arhius, A'ydice, fürnom donné à Bacchus. Ce mot qui vient du Grec, veut dire fleuri. … : ANTHO , Anrho > Au, (c) fille d'Amulius. Cette Prince voyant {on pere près de faire (a) Antiq. expliq. par D. Bern. de, Letr. Tom. XXI. Pag: 40, 2344 Montf. Tom. IL p.200: Recuil d’Antiq. (#) Mem, de PAcad, des Infcrip, & par M. le Comte de Cayl, T.IT. p. 238, Bell. Lect, Tom: XIIE, p.220, & frite, Mém, de Acad, des Inlcripr, & Béli, (c) Plut, Tom, L, pag. 19. Lu 5 dre Aro is Stone ctt a agi Ad A Sat Ai à CPP EL PT SEP TE PR EN MON ER PT PP EN 4 I EM CNE LT [HR AN fouffrir à Rhéa la peine portée par les Loix, contre celles d’en- tre lés Veftales , qui avoient violé le vœu de chaîteté,, intercéda pour elle. C'eft donc à fes prieres que Rhéa dut fa confervation. Elle {nt feulement enfermée dans une pri- fon fort étroite. ANTHOLOGIE ,; Anrholo= glum. (a) On donne ce nom à un recueil d’épigrammes de divers poètes Grecs. Ce mot vient du Grec drtoc, flos, fleur , YO colligo , je recueille. e fameux vers Grec de l’An- thologie à la louange d'Homère , étoit au bas d’une ftatue d'Apol- lon. M. Defpréaux l'a traduit , ou, Pour mieux dire, paraphrafé dans un dizain, que voici : Quand la dernière fois, dans le jacre vallon , La troupe des neufs Sœurs, par l'ordre d’Apollon , Lut l'Iliade & FOdyffée. Chacune à les louer fe montrant empreffee ; Apprenez un fecrer qu'ignore l'u- nÎVErs , = Leur dit alors le Dieu des vers: Jadis avec Homère ; aux rives du Permeffe, Dans ce bois de lauriers | où feul El me fuivoit, Je les fis toutes deux , plein d’une douce: ivreffe Je chantois ; Hornère écrivoit. … Cette tradu@ion , felon certains A N AX Auteurs , eft négligée & lang fante. En voici une autre par M. le préfident Bouhier , que ces Auteurs trouvent bien plus noble & bien plus concile. Il fuppote, comme 1l y a beaucoup d’appa- rence, qu’Apollon, dans fa flatue, avoit [à main fur l’Iliade & FO- dyflée : . Mortels , apprenez ce myflére 3 Ces deux Poëmes ft vantés, Sont vraiment de la main & Ho- Thère ; = Mais , c’eft mot, qui les ai dits. C'eit aux connoïfleurs à juger laquelle des deux piéces mére la préférence, Méléagre , natif de Gadare, ville de Syrie , qui vivoit fous Seleucus VI, dernier roi de Syrie, eft le premier qui a fait un recueil d'épigrammes Grecques , qu'il nomma Anthologie , à cau® qu'ayant choïfi ce qu'il trouva de plus brillant &: de plus fleuri par- mi les épigrammes de quarante- fix Poëtes anciens, il regarda fon recueil comme un bouquet de fleurs , & attribua une fleur à chacun de ces Poëtes ; le lis à Anytes ; la rofe à Sapho ; &r. après lui , Philippe de Theflalo- | niquefit, du tems de l’empereur Aupgufte, unfecond recueil , tiré _feulement de quatorze Poëtes. Âgatias en fit encore un troifiè- me , Envirôn ÿOO ans après, du tems de l'empereur Juftinien. En- fin , Planude, moine de Conftan- tinople , qui vivoit en 1380, ftle (a) Roll. Hit, Anc. Tom, VI. PAL. 1473 148 Mém. de l'Acad. des Infcrip. & Bell. Lert, Tom, IL: Pa£: 262, © fair, 4 À N quatrième , qu'il divifa en fept livres, dans chacun defquels les épigrammes font rangées , {elon les matières, par ordre alphabéti- que. Îl en a retranché beaucoup de falles épigrammes , de quoi quelques Sçavans lui ont fçù mau- vais gré. On trouve dans ce recueil beau- coup de belles épigrammes, fort fenfées & fort fpirituelles ; mais, elles ne font pas le plus grand nombre, : Entre une multitude de manuf- crits Grecs , que l'on conferve dans Ja bibliothèque du Roï, An- thologie , qui s'y trouve, eft un de ceux, qui mérient le plus d'être connus par les amateurs de l'Antiquité. li y a plus de cent ans que Saummaile en trouva l'origi- nal dans la bibliothéque d'Heidel- berg. Cafaubon & Scaliger l'ex- hortérent à le donner au public, & il en eut d’abord la penfée; mais, plufeurs raifons l’empé- chérent d'exécuter ce deflein. _ C'eft un ir-folio en papier, de foixante feuillets, fort bien écrit, de la main même de Guiet ; qui a joint au texte un grand nombre de corrections & de reflitutions , avec d’autres notes pour l'intelli- gence du texte. Le recueil eft de plus de fept cens épigrammes. Le tout fait environ trois mille vers, il eft divifé en cinq parties. La première & la feconde font compofées d’épigrammes, la plà- part licencieufes , & qui, fi l'on en excepte un très-petit nombre, ne doivent jamais voir le jour. (2) Virg: Æneid, L, X, Ve 778, & fes. AN “La troïfième partie a pour titre émiypouare arabmuaærint. C’eft ainfi que l’on nommoit les épi- grammes, qui fervoient d'infcrip- tion aux offrandes , que l’on fai- foit aux dieux. La quatrième contient des inf- criptions de tombeaux, C'eft ce que nous appellons des épitaphes. La cinquième comprend des épigrammes fur divers fujets, dont quelques-uns font inventés à plai- fr. L’Auteur du recueil les nom- me éTippdpuara eémideltrixa épigrammes d’oftentation ; c'eft- à-dire, des épigrammes, où le Poëte ne cherche qu'a faire pa- roitre fon efprit. Voyez Épigram- me. ANTHOR, Anthor, (a) fut d'abord le compagnon d’Ftercule, Depuis ayant quitté Argos , pour s'attacher à Évandre, il s'établit dans {on royaume. Mézence, lun des chefs de l’armée de Turnus, ayant lancé, dans un combat , un trait contre Énée, ce trait, qui liffa fur le bouclier du prince — > alla percer le brave Anthor. Celui-ci, atteint d'un coup qui ne lui étoit pas deftiné, leva les yeux au ciel ; & près d’expirer, il fe rappella fa chere patrie, & mourut à linftant. ANTHRACIE ; Anthracia, Aipaxiæ, (b) nom d’une nymphe d’Arcadie, Paufanias en parle plus d'une fois. Il dit, dans un endroit, qu'elle étoit repréfentée , tenant un flambeau à la main, ANTHROPINUS, Anthropi- nus, A pois. I confpira con 1 (6) Pauf, pag, 506, 52. AN tre Apathocle, tyran de Syracu- fe, avec Tifarques & Dioclès. Le Tyran en ayant été informé, les Manda, & fit femblant de leur donner Île commandement des troupes , qu'il vouloit envoyer au fecours d'une Ville , qui étoit ferrée de près par les ennemis. » Pour cela, dit Agathocle , il » faut demain nous affembler » dans le Timoléonte [ c’étoit le » nom d'une plaine |, & nous » acheverons là avec nos armes » & nos chevaux de prendre nos » -mefures pour cette expédition.« Les trois conjurés acceptérent volontiers cette commiflon , efpé- tant par-la être en état d'attaquer la perfonne du Prince. Le lende- main, ils {e rendirent à point nom- mé dans le Timoléonte. Agatho- _cle donna le fignal pour s’en faïfr. Aufh-tôt, on fondit fur Dioclès, Tifarques & Anthropinus , & on pafla au fil de l'épée tous ceux qui voulurent les fecourir. Il y eut, en cette action, fix cens hommes de tués: “ANTHROPINUS , Arthro- pinus, A'porirec, (a) capitaine d’un vaifleau d’Apollonie, Cicéron nous apprend que les pirates de Verrès s’en étant emparés, tuérent ce Capitaine. ANTHROPOLOGIE, Ar- thropologia , terme compofé de épwroc , homo ; homme, & 20706 + fermo , difcours. El fe dit.de la manière de parler de la fainte ‘Écriture, lorfqu’elle parle de Dieu. Comme des hommes, en lui attri- buant des yeux, des mains, &c. (a) Cicer, in Verr, L. VIL, c, 71, _: des fentimens de douleur, de - à paflion, &c. tout cela fe dit de Dieu par Anthropolopie, & mar: que feulement l’eftet , ou la chofe que Dieu fait, comme sil avoit les fentimens qu’ont les hommes , ou un corps comme les hommes. L’Anthropologie eft néceflaire en parlant de Dieu, pour faire com- prendre au peuple bien des cho- fes, qu'il ne concevroit pas fans cela. | re ANTHROPOMANTIE, Anthropomantia, Ce mot vient de évporoc , homo, l'homme , & uarTéiæ , divinatio ,; divination L’Anthropomantie étoit une efpè- ce de divination. Elle fe faifoit par Pinfpection des entrailles d’un en- fant ou d'un homme mort. ANTHROPOPATHIE, Ar- thropopathia , terme qui veut dire à peu près la même chofe qu An- thropologie. Cependant, PAnthre- popathie à proprement parler, de- vroit difiérer de FAnthropologie, comme l’efpèce du genre ; enforte que l’Anthropologie fe dit de tont difcours , dans lequel on attribue à Dieu ce qui convient à l’hom- me, foit fentimens, foit parties du corps ; & que l'Anthropopathie fe dit feulement des pafhons, fen- fations , ou fentimens humains attribués à Dieu; mais, dans lu fage on confond ces deux mots. ANTHROPOPHAGE, 4n- thropophagus. (b) C'eft un mot rec, qui vient de paye ; Come do 9 je Mange ; & artowmoe, homo , homme. inf, Anthropophage -veut dire, qui mange les hommes. 3 (4) Plin. L;IV,c. 12. L. VE © 17330 A N Quelques -uns font remonter lorigine des Anthropophages juf- de Déluge , & attribuent aux éans le premier exemple de la barbare coûtume de fe repaitre de chair humaine. On prétend que la terre de Chanaan même étoit habitée par des hommes de taille gigantefque , & d’un naturel fi fa- rouche , que les cadavres hu- mains étoient leur nourriture or- dinaire. Les Hiftoriens parlent des Scythes & des Saüromates, qui faïfoient de ces horribles repas. Pline trouve encore des Anthro- pophages dans l'Éthiopie ; & Ju- vénal fait un effroyable récit de - la voracité de certams peuples d'Égypte , qui, à la manière des tigres , déchiroïent entre leurs dents des corps encore tout fu- mans. On dit qu'Annibal faifoit manger de la chair humaine à fes foldats , pour les rendre plus fiers & plus intrépides dans le combat. La partie auftrale de l'Afrique étoit la demeure la plus fameufe des Anthropophages. Il y en a eu dans la Cafrerie & dans le Zanguebar. = Vefputius raconte qu'il a vu -ces hommes nus, aufli-bien que les femmes, manger indifférem- ment [a chair les uns des autres ; le fils rongeant avidement le ca- davre du pere, & tirant gloire d'avoir dévoré un plus grand “nombre d'hommes. Les Caraïbes &t les Cannibales de l'Amérique ont encore furpaflé les autres en férocité. Où en a vu qui arra- choient des jeunes enfans du {ein (a) Herod, L, IX, Ce 98 A N de leurs meres, parce qu'ils tron- voient plus de ragoût dans cette chair tendre & nouvelle. : Dans les premiers fiécles de l'Églife , les Payens accufoient les Chrétiens d’être Anthropophages, comme il paroït par Tatien, par T'ertullien dans fon Apologérique, & par Salvien. Ils difoient que, dans leurs myftères , les Chré- tiens tuoient un enfant , puis le mangeoient. Cette calomnie étoit fondée fur ce qu'ils avoient oui dire du facrifice de l’Euchariftie & de la Communion; preuve évi- dente que, dans ces tems fi voi- fins des Apôtres , l'Églife enfei- gnoit fur cela ce qu’elle enfeigne : encore aujourd'hui, ANTHYELE, Anthylla, (a) Afvare, ville célebre d'Égypte, Depuis que ce païs eut été foumis aux Perfes, Anthylle fut toujours donnée à la femme du Roi pour fa chauflure. = ANTI. Cette efpèce de pré- pofition fe trouve dans plufeurs mots François, en deux fignifica- tions différentes ; car, elle fignifie quelquefois ce qui eft avant, com- me antichambre ; c'eft-à-dire, ce qui eft avant la chambre, & pour lors elle vient du Latin Ante, “avant ; quelquefois elle fignifie ce qui eft contraire, oppolé, & alors elle vient du Grec art, contra, contre , comme Antipode,, celui qui a les pieds oppofés aux nôtres. Cette prépoñition Anti fouffre élifion lorfqw’elle eft fuivie d’une voyelle, Aïnfi,on-dit Antarchique en François; comme en Grec, AN ee. : pour Anti-archique , & Antarcti- que, pour Anti-arctique. Outre les mots, formés de cet- te prépoñtion , qui font dans un ufage commun, on en pent éga- lement former. de nouveaux au befoin. Ainfñi, dans la querelle pour les Anciens & les Modernes on a dit: Tout Le trouble poëtique Dans Paris s'en va celler, Perrault lAnupendarique, Et Defpréaux l'Homérique Confentent de s'embraffer. Les Anti , parmi les gens de lettres, font des écrits faits pour répondre à quelqu'un, & qui por- tent fouvent le nom d’Anir, avec le nom de ceux auxquels ils ré- pondent, On peut voir les Anti de M. Baïller , &c l'Anti-Baillet de . M. Ménage. On a fait auf A4»- timenagiana. Céfar , le dictateur , avoit tait des livres , qu’il avoit intitulés Anticatons. Cicéron, Ju- vénal, & d’autres en ont parlé. Vivès affure qu'il a vu les Anti- Catons dans une ancienne biblio- thèque. Beaucoup d’autres livres, für tout depuis le rétabliffement des lettres, ont porté pour titre Anti, dans les controverfes , tant fur les matières de religion, que fur celles de pure littérature. : ANTIAT la Loi}, Lex Antia. * (a) Cette Loi prit le nom de ce- lui, qui lavoit portée ; c'eft-à- dire, d'Antius Reftion. Elle avoit pour objet de réprimer le luxe de. la table. Elle défendoit auf au Mmagiftrats , ainfi qu'à ceux qui (a) Rofin. de Antiq, Rom. pag. 846: À N afpiroient aux magiftratutes, d'al= ler manger chez toutes fortes de perfonnes , mais feulement chez quelques - unes. Il eft à remarquer qu'Antius Reftion , depuis qu'il eut fait pañler cette Loi , nella jamais manger nulle part, de peur d’être le premier a violer une régle qu'il avoit faite our le bien public, ANTIATES , Antiates, peu- ples d’Antium , célebres dans Phiftoire Romaine. Voyez An tiuin, ANTIBACCHIQUE, Anri- bacchius , terme de poëñe Eati- ne. Ce n’eft pas un vers , maïs un pied de trois fyllabes, dont les deux premières font longues, &c la troifième brève, comme czr- taré , virtüté, Banmrec. Il eft ainfi nommé du Grec avi, contra, contre, parce qu'il eft contraire au Bacchique , dont la première eft breve , & les deux autres lon- gues, comme épéfias. Vittorien, au contraire, dit que l’Antibac- chique eft compofé d’une bréve & de deux longues, comme /4- cinäs. L'on voit qu'il appelle An- tibacchique-ce que les autres ap- pellent Bacchique. La méthode de Port-Royal écrit Bacquique & Antibacquique, au lieu de Bacchique & Antibac- chique , fuivant en cela la pronon- ciation Françoïfe , & méprifant Panalogie de la racine , d’où ce mot he tiré. Parmi les Anciens, l'Antibacchique fe nommoit auf Palimbacchique & Saturnique. Quelques-uns l’appelloient Pro- pontique & Theflaléen. 16 AN É ANTICATON, Anticato. (a) Ce mot eft formé de la prépoh- tion Grecque «it, contra , con- tre, & du Latin Caro, Caton. Cicéron, après la mort de Caton, avoit compofé l'éloge delce grand homme , & il avoit donné le nom même de Caton à fon livre. Cet ouvrage étoit fort eftimé & fort recherché, comme on peut pen- fer, tant à caufe de la réputation de fon Auteur, qui étoit le plus _ éloquent des Orateurs de {on tems, que pour la grandeur & la beauté du fujer, qui étoit des plus riches. Cela chagrina Céfar, qui crut que l'éloge d’un homme , qui s’é- toit tué, pour ne pas tomber entre fes mains, étoit pour lui nn fecret reproche. Îl y répondit donc dans un traité, où il affembla beaucoup de charges & d’accufations contre Éaton, & qu'il intitula Aarica- ton ; d'autres lifent ÆAnricatons, fappofant que ce traité compre- noït plufieurs livres. Il y en a qui difent que ce fut moins l'effet de fa haine que Céfar portoit à Ca- ton, que d’une ambition de poli- tique. Quoiqu'il en foit, l'an & l'autre de ces ouvrages avoient encore, du tems de Plutarque, des partifans fort zélés, à caufe de la vénération que Pon confer- voit pour Caton & pour Céfar, thones , (b) terme de Géographie, compofé du Grec ri, contre, contre, & de yo , serre , terre; c'eft-à-dire, qu'Antichthone veut (a) Plut, Tom. ï, Satyr, 6, v. 326 AN dire ; celur qui habite une terre oppofée à celle qu'habite un autre. Nous entendons en effet aujour- d'hui par Antichthones la même chofe que par Antipodes, qui font | les peuples qui habitent la partie de la terre, diamétralement op- pofée à celle que nous habitons. Pour les Anciens , ils donnoient à ce nom un autre fens. Pompo- nius Méja parle des Antichthones; mais , il wentend pas par-là les deux hémifphères , fupérieur, & inférieur, puifqu'on ne connoif- foit pas l’intérieur de fon tems, comme l'a remarqué Vofhus; mais feulement les deux parties feptentrionale & méridionale de notre hémifphère, qui font fépa- rées par la Zonetorride, enforte que les peuples que Pomponiis Méla nomme Antichthones , font ceux que les Géographes nom- ment pour l'ordinaire Périéciens. Les Pythagoriciens avoient imaginé une autre terre, qu'ils ap- pelloient Antichthone , où oppo- fée , à laquelle ils donnoient aufl des habitans ; mais , ceux qui étotent fur notre terre, ne pou- voient les appercevoir ; parce qu'en tournant autour de l’An- ticathone , nous lui étions tou- Jours oppofés. On nous difpenfera dé faire voir ici comment cette. ANTICHTHONES. Antieh + Antichthone , abfolument déta- re 5 ANREIC/I= chée de notre terre , nous étoit inviñble , malgré l’hypothèfe des Pythagoriciens , qui eroyoient que les planetes tournoient , non feu- dement autour du feu central» Pa: 733: ee Pomp. Mel. L. I, €, de Mundi ivifion, &c. de Ægypt, AN mais encore fur elles-mêmes. Ce * m'étoit pas feulement à leur An- tichthone qu'ils donnoïent des ha- bitans , ils accordoient encore cet avantage à la lune. Elle leur pa- roiffoit une terre comme la nôtre, parce qu'elle étoit, difoient-ils , auf habitée ; mais , les animaux qu'elle nourrifloit,étoient bien au- deflus des nôtres par la beauté & la grandeur , puifquils étoient quinze fois plus grands. C'eft, fans doute, pour cette raifon que quel- ques-uas comptoient que le fa- meux lion de la forêt de Némée étoit tombé de la lune dans le Pé- loponnèfe ; & Héraclides, qui ai- moit le merveilleux , comme le lui a reproché Timée , afluroit auf qu'il en étoit tombé un hom- me, ANTICLE , Anticles, (4) officier d'Alexandre le Grand. fl entra dans uñe conjuration, for- inée contre ce Prince. Le complot ayant été découvert , les compli- ces furent punis de mort. . ANTICLÉE, Anriclea , (b) ÂAvrhaux , fille d’Autolycus , époufa Sifyphe, qui étoit, dit-on, un homme fin & rufé. Elle en eut une fille, qui prit le nom de fa mere , &t un fils connu fous le nom d'Ulyffe , qui pafloit cepen- dant pour fils de Laërte. Ce fa- meux Héros, dans fon voyage aux enfers, fut reconnu de l’om- bre d'Anticlée, qui eut avec luiun long entretien. » Mon fils, lui dit » entr'autres chofes, cette mere (a) Q: Curt. LE. VIE c. 6,7, 8. (b) Pauf. pag, 666. Homer. Odyff. L XI, _v. 85. dr feg.. Myth. par M. PAbb. Ban, T, V, pe 1845 1854 1e VIT, P: 365+ A N 7. » en faifant de grandes » tions, comment êtes-VOuS vent » touten vie dans ce féjour de » ténébres à? Il eft difficile aux » vivans de voir l'empire des » morts; car, ils font féparés par » de grands fleuves, & par une » grande étendue d'eaux , fur » tout par l'Océan, qu'il nef » pas aïe de traverfer. Efl-ce » qu'à votre retour de Troye » vous avez perdu votre route; » :& qu'après avoir été long-tems » égaré ; yous avez été porté » dans ces triftes lieux avec vos » compagnons, avant que d'être retourné à Ithaque, & d’avoir » revu votre femme & votre ÿ » fils? cc On avoit repréfenté à Delphes Anticlée , s'afleyant fur une pier- re. ANTICLÉE, Anriclea , {c) Ayrixaeræ , fille de la précédente. Ïl y en a qui prétendent que cette Anticlée fut la mere d'Ulyfle, comme ayant été mariée à Laër- te, qu’on croyoit en eflet pere de ce célebre capitaine. ANTICLÉE , Anticlea, (9 Ayriureræ , fille de Dioclès. Elle époufa Machaon , fils d'Efculape, dont elle eut deux fils , fçavoir Nicomaque & Gorgafus, qui de- meurérent tous deux à Phares, & y regnérent après leur pere. ANTICLES , Anticles, (e) AYrILANG, Nom propre , commun à plufeurs Grecs ; mais, felon M. Burette, on ne connoïît, de cette (c) Myth. par M.l'Abb, Ban. T.V.p.185. (d) Pauf. pag. 273. (e) Mém, de l'Acad. des Infeript. & Bell, Lett, Tom, XIE, p.215, 216. n.: ‘ AN SE NTICENIDE » Antigenides, À yTiyEvid ue, (a) étoit de Thébes en Béotie. Suidas le fait fils d’un Satyrus , & Harpocration lui don- ne pour pere un Denys. Élien parle d'un Satyrus, fameux joueur de flûte. Lorfqu'il fortoit des le- çons du philofophe Aston, dont l'élcquence douce & nerfaañve le charmoi: » Je veux, difoitil, » qu'on me coupe la tête, fi je pm-ne jette mes flûtes au feu. « Comme Aniigénide execlioit dans le même art , il y a grande appa- rence qu'il étoit fils de ce même Satytus. Il n'eit pas le feul de fon pais , que l’habileté fur cet inftru- - ment ait rendu célebre ; & les Thébans , en général , fe pi- quoïent d’être grands joueurs de fîte ,- comme lattefte un pañfage de Dion Chryfoftôme. . Antigénide , originaire d'une Ville, où le jeu de la flûte étoit fi fort en honneur, & fils d’un pere qui s’y diftingnoit, ne pou- voit mañquer de briller à fon tour dans ce même. art. Il s’y perfec- tionna infiniment, parles leçons que lui donna Philoxène, fameux poëte muficien, dont il devint le Joueur de flûte ordinaire ; c’eft-à- dire , qu'il accompagnoit fur cet inftrament les airs de mufque , compofés par Philoxène fur fes propres poëfies. Inftruit fous un tel maître, il mérita d’avoir des difciples du premier ordre, & de contribuer aux plaiirs des plus grands Princes. Périclès., chargé de l'éducation d’Alcibiade , fon ._ AN neveu , le mit entre les mains d'Antigénide pour la flûte ; mais, un incident , raconté par Aulu- Gelle , d’après Pamphila , dans fon hiftoire de la mufique , parta- gée en trente livres , dégoûta bientôt l’'Écolier , & cet incident lui fut commun avec Minerve méême.. Alcibiade ayant embou- ché la flûte ,. & s'étant vu au mi- roir en cet état, fut fi honteux de la difformité de fon vifage, qu'il Jetta les flûtes, & les miten pié- ces ; ce qui décria beaucoup cet inftrument parmi les Athéniens. Ce fut Antigénide, {elon Athé- née ; qui joua de la flûte aux noces d'Iphicrate , lotfque ce gé- néral Athénien époufa la fille de Cotys , roi de Thrace; & Plutar- que rapporte que, dans un repas, ce joueur de flûte , exécutant fur cet inftrument le nome, ou l’air du char , en préfence d'Alexandre , le mit tellement hors de lui, que peu s'en fallut que ce Prince, {e Jettant fur fes armes, ne chargeât les convives , & ne juftifiât par- là cette chanfon des -Lacédémo- miens, qui dit: » Un bon joueur » de cithâre fait affronter le fer ÿ même, «<& Quelque bien établie que fût, dans le public, la réputation d’An- tigénide , il ne { croyoit point à couvert des mauvais fuccès , con- noïflant, comme il faïfoit, l'in- -conftance & les travers de [a mul- titude ; dont il fçavoit apprécier au jufte les fuffrages. Il tâchoit d'infpirer à fes difciples les mêmes Brut. c. 07. Roll, Hift, Anc, Tom. V: Tom, XII. Page 297: & fuiv, (a) Suid: Tom. I. pag. 300. Cicer. }& Bell, Lettre, Tom. V. PAS: 142, Tdde pag, 671, Mém, de P’Acad, des Inferip. = AN fentimens ; & ce fut dans cette vue que, pour confoler l'un d’en- tr'eux , qui, quoique très-habile, avoit été peu applaudi de l’audi- toire, & pour l’encourager à y reparoïre avec toute la confiance pofhble , il lui dit : Jowez pour moi & pour les mufes. Ce bon mot eft rapporté comme d'An- tigénide , par Cicéron & par Valère-Maxime. D'autres, &S. Jérôme eft de ce nombre, l'attri- buent à Ifménias, autre eélèbre joueur de flûte , compatriote du premier &c fon contemporain. An- tigénide étoit fi perfuadé du mau- vais goût de la multitude, qu’un jour fe trouvant à un fpettacle, : & entendant de loin le broxhaa du peuple, qui applaudifloit à un joueur de flûte: » Il faut, dit-il, » que ce foit quelque chofe de » bien mauvais ; autrement le > peuple feroit moins prodigue » de fes applaudiflemens. « Athé- née cite ce bon mot comme d'A- fopodore de Phlionte , avouant néanmoins que d’autres le don- ñoient à Antigénide. - Antigénide introduifit dans le jeu de la flûte plufieurs nouveau- tés. Il en multiplia les trous, & par conféquenat les divers fons; ce qui en rendit le jeu plus varié ; plus flexible , plus délicat ,; & beaucoup plus fufceptible d'agré- mens, C’eft Théophrafte , qui rend témoignage de ces innova= tions, par rapport au jeu de la flûte ; & qui les met fur le compte d'Antigénide , en difant qu'avant ce Muficien ; on coupoit vers le mois de Septembre les rofeaux ou cannes déftinées à fabriquer des Z > à AN flûtes , parce qu’alors on : tout fimplement, au lieu que de- puis qu’Antigénide eut rendu plus varié le jeu de cet inftrument, &t du tems de T'héophrafte même, on coupoit ces rofeaux beaucoup plutôt ; c’eft-à-dire , un peu avant le folftice d'été ; parce qu'alors ils fe trouvoient plus pro- pres à former des flûtes, fur lef- quelles on pût exécuter la nou- velle mufique. Notre muficien avoit grand be- foin de flûtes , qui puflent obéir aifémient aux différentes infléxions des fens, puifqu'il jouoit de cet inftrument fur tous les modes, felon Apulée; fur l'Éolien & lIo- nien, remarquables, l’un par fa fimplicité, l’autre par fa variété ; far le Lydien plaintif; fur le Phry- gien ; confacré aux cérémonies religieufes; & fur le Dorien, con- venable aux guerriers, Antipéni- de, diflingué comme il Pétoit , par le choix qu'il fçavoit faire des meilleures flütes , @C par fon ha- bileté à les toucher , n’aimoït point à être confondu avec ce qu'il y avoit de médiocre ou de mauvais dans ce genre de profeflion, “&t il ne pouvoit fouffrir que Pon hono- rât du nom de joueurs de flûtes , ceux qui fonnoient du cornet aux enterrémens. _ Les innovations d’Antigénide . ne fe bornérent-pas au jeu de la flûte. Elles s'étendirent aux ajufte.” nens- du joueur; &c il fut le pre- rmiér qui parut dans les fpectacles publics, avec la chauffure Milé=" fenne. Dans la comédie de Po- lixène, intitulée Corraflés , il fe couvrit du-mañteau a Cro- iv nn ; - sé A N = [1 compofa des poëfies Ly- riques ; & felon Plutarque , il fut auteur d’un nouveau gente de mufique , qui confiffoit , à ce qu'on croit , dans üne manière de toucher les flûtes, qui lui étoit particulière, Le même Plutarque nous a confervé un bon mot d'É- paminondas:, au fujet d'Antigé- nide. Quelqu'un lui annonçant que les. Athéniens avoient envoyé dans le Péloponnète des troupes équipées d'armes toutes neuves , il répondit: » Antigénide s’aflie » ge-t-il, lorfqu'ilvoit des flûtes » neuves entre les mains de Tel- ». lis °« C'étoit. un mauvais joueur de flûte. er _ _ Re à ANTIGEÉNIDIEN [le Mode]. Ce Mode de mufique fut ainf appellé du, nom de {on Auteur ; c'eft-à-dire , d'Antivénide. _ ANTIGONE, Antigone, (a) A vrr0, jeune femme dela ville de Pydne, du rems d'Alexandrele Grand. C'étoir une grande beauté. Ayant été faite prifonnière après la défaite de Darius, dans la Cilicie, Philotas, fils de Parménion , leut en partage ; .& étant à table avec elle, & comme jeune & comme amoureux,il parloitavec beaucoup deliberté, &laïffoit échapper, dans Je vin, des vanteries & des fanfa- ronades de foldar, S'attribuant à lui. même, ouattribnantà fon pere, les plus grandes aions, Qui avoient êté faires dans-la guerre, & appel. fant ouvertement Alexandre un jeune homme, -qui , pat. leur moyen, jouifloit du titre de Roi, Cetre jeune femme fit confiden. (a) Plut, Tom, I. pag. 62. < A N -ce de ce difcours à ün de fes atnisi Celui-ci, comme cela eft aflez Ordinaire , en fit confidence à un autre ; de forte qu'il vint aux oreilles de Cratère, qui, prenant {ur l'heure cette femme , la mena . fecrétement : à Alexandre, Ce Prince, ayant tout entendu de fa bouche , lui commanda-de s’en re- tourner auprès de Philotas, de re. Cuetllir avec {oin tont ce qu'elle Jui eñtendroit dire, & de venir le lui rapporter. Philotas., qui igno- roit les piéges qu’on lüitendoir, Vi- voit fans réferve avec Antigone , & dans des accès de colère, ou de vanité, il tenoittous.les jours des difcours fort impertinens contre le Roi. Antigone ne manqua pas . de s'acquitter de fa comnuflion , © Philotas fut condamné à mort. ANTIGONE, Añtigone , (b) Ayrryom, fille de Bérénice. Cette Princefle l’avoit eue de Philippe, fon premier mari avant que d’ê« tre mariée à Ptolémée. Plufñeurs jeunes Princes pourfuivirent en mariage Antigone.. Pyrhus leur fut préféré , à caufe de la fagefle ; & de la modération ; qu'il mon- troit dans {es mœurs & dans toute fa conduite. Après {es noces , il. brilla encore davantage , & fut encore plus eftimé ; &. parle {= cours de fa femme Antigone, qui avoit beaucoup de vertu , il obtint. des troupes. & de l'argent, pour: aller fe rétablir dans fon Royaume- dÉpiés = Antigone ayant été informée: un Jour du détail d’une conjura= tion, qui f formoit contre fon. Dot :(0) Plut, Tom, f, pag: 385. LE fes É LL tatin d'os méditer AN mari, en avertit auffi-tôt Pyr- thus, en habile politique , n'en fit rien paroiître fur le-champ ; mais, à un facrifice qu'il fit aux dieux, il pria le chef de la conjuration de venir fouper chez lui, & le tua. Antigone eut de Pyrchus un fils, à qui on donna le nom de Pto- lémée. Quandelle fut morte, Pyrrhus époufa plufeurs autres fénmes - ANTIGONE , Antigone, (a) Avrryorr, fille d'Œdipe & de Jo- cafté, étoit fœur d'Ifnène, ainf que d'Éthéocle & de Polynice. Créon, frere de Jocafte, s'étant emparé de la couronne de Thé- bes ; après la mort d'Éthéocle & de Polynice , défendit exprefé- ment d'enterrer, ou le corps, ou les cendres de Polynice, quil avoit fait jetter à Ja voirie ; mais , Antigone, fa fœur, étant fortie la nuit de la Ville, alla Jui rendre les derniers devoirs. se - On apprit le lendemain au Roi que quelqu'un avoit défobéi à fes ordres; & pour s’en aflurer , il le. fit déterrer ; ordonnant à fes gar- des de veiller auprès. On furprit. la nuit fuivante-la Princeffe , qui _venoït pleurer le malheur de fon frere ; & on l’amena an Rot, qui Commanda qu'on l'enfevelit toute vive; maïs, elle prévintune mort L funefte <ens s'étranglant. - Le prince Hémon, fon-amant, fe tua de défefpoir ; & Euriganée, fa mere; ne-pouvant furvivre à ces (a) Pau, pag. ce. : My. par M, PAbb. Ban. Tom. VII, pag. 187, 0 fait. Mém, de Acad: des Enferipr. & Bell. Lett. Tom. V. pag-38, Tor IX, “ps 65» Tom, XIIT, pag. 366. : AN 57 cataftrophes , {e donna la mort Cet événement fait le fujet d’un elle tragédie de Sophocle , dont le peuple d'Athènes fat fi touché à la première repréfentation , qu'il donna à lAuteur le pouverne- nent de Samos. _—_—. On dit qu'il y eut une fille de Laomédon, quiprit lé nom d'An- tigone. Cette Princefle fit chan gée en Cigogne, pour s'être cru plus-bellé que Junon. =" ANTIGONIDE , Antigonis , Avrryéris, (b) C'étoit une tribu, qui fut ajoutée aux anciennes tri- bus de lAttique , en Phonneur d'Antigonus , pere de Démétrius, qui lui donna fon nom. Les Athé- mensenajoûtérent en même-tems une autré, fous le nom du fils. Celle-ci fat par conféquent appel- lée la tribu Démérriade. Etcom- me le Sénat n'étoit compoié que de cinq'cens , ils le firent de fix cens, afin quil y eût cinquante’ Sénateurs de chaque tribu. ANTIGONIDES, Anfipont- dæ , Arriond oi, (e) Plutarque s. dans: la vie de Paul Émile, fait mention de certaines coupes, ain appellées qu'on porta au tom phe de ce. Général Romain. Elles - prirent le nom d’Antigonus , +oi de Macédoine , qui s'en étoit fervi lui-même. ES “"ANTIGONIE , Antigonia ; Ayriyoveia, (a} ville de la Chao- me, province maritime de la _Gréce , felon Ptolémée. C'eltauff” -_(8) Plut, Tom. I: pag. By: {c) Plut. Tom. E pag. 273. (4) Ph, EL, IV. €. 1. Proiem.L, HE Cr Ie Fit Liv. L XXXII, Ce Ss = Ses 58 AN le fentiment de Tite- Live, qui dit, fous l'année 553 de la fon- dation de Rome, que Philippe , dès le commencement du prin- tems, envoya tout ce qu'il avoit de troupes auxiliaires, & de {ol- dats armés à la lepère, fous la conduite d'Ahéaagoras, dans la Chaonie , pour semparer d'un paflage étroit , appellé Sthéna, auprès d'Antigonie. Peu de jours après , illes fuivit lui-même avec fon infanterie & fes bagages ; & après avoir confidéré attentive- ment Ja fituation & la nature des heux, il jugea qu'il ne pouvoit fe retrancher dans un pofte plus für & plus avantageux, qu'aux envi- rons du fleuve Aous. Les habi- tañs d’Antigonie font appellés 47- sigonenfes dans Pline, qui les ran- ge après les Thefprotes. Un Auteur aflure que la ville : d'Antigonie eft aujourd’hui Croia, & que ce nom, qui fignifie fource, a été donné à cette Ville, à caufe des fontaines, qui y coulent tou- jours, fans jamais tarir. D’autres font d’un avis contraire, & pré- tendent que c'eft à préfent Argiro Caftro , dans la Turquie d'Europe. -ANTIGONIE , Aatigonia, À’vriyoeïæ, (2) ville de Macédoi- ne. Prolémée la met dans la Myg- donie , quiétoit un canton.de cette province. Étienne le Géographe lui donne pour fondateur Antigo- nus , fils de Gonotas. C’étoit une ville maritime.du pais. Q.Mar- cius , vers lan de Rome 583, ayant ravagé le territoire d'Énia, (a) Ptolem. E. IN, c. 12. Plin. L.IŸ, Ce 20, Tit, Liv. L, XLIV,c, 10 AN arriva à Antisonie ; en cotoyant le rivage. Eä, fes foldats étant defcendus à terre, commenceérent par faire le dégât de la campagne, & tranfportérent une aflez grande quantité de butin dans leurs vaif- {eaux. Les Macédoniens les trou- vant épars dans la campagne, les Yinrent aitaquer avec leur cavale- rie 8. ieur infanterie, en tuérent aù tour de cinq cens , en prirent à peu près autant, & les pourfui- virent jufqu'à la mer. Alors, la difficulté de rentrer dans leurs vaifleaux, pendant que l'ennemi les prefloit , l'épée dans les reins, & le défefpoir de fe fauver autre- ment ,excitérent dans les Romains une indignation , qui leur tint lieu de courage. Ils firent face aux Macédoniens , fur le rivage ; & fecondés de ceux , qui étoient ref tés fur la flotte ils tuérent deux cens Macédoniens, en prirent uf pareil nombre ; & s'étant rembar- qués ,ils allérent faire une defcen-: te fur les terres de Pallène, les piller. Les uns donnent à préfent 4 pour la vile d'Antigone le nom de Coiogna ; d’autres celui d'Ant- goca. On la voit dans la Tur- quie d'Europe. Re. ANTIGONIE , Antigonia , Avriyesiæ, (b) ville du Pélopon- nèfe, dans l'Arcadie, Elle porta dabord-le nom de Mantinée;, qu'on changea depuis en celui d'Antigonie. Ce.fut en faveur d'Antigonus ; tuteur du jeuñe Philippe, pere de Perfée. Com- | (&) Plin, L, IV, c.6. Pauf, pag: 4684 Le mer vs AN ‘me il avoit montré, durant fa tu= téle, beaucoup d'affeétion pour les Achéens , les Mantinéens lui rendirent toutes fortes d'honneurs, juqu'à changer le nom de leur Ville en celu: d'Antigonie. ; _ANTIGONIE , Antigonia, Avrlyote, (a) ville de la Froa- de, qui fut fondée par Antigônus, dont elle prit le nom. Ce Prince ÿ transféra les Cébréniens, qui jufques-là avoient toujours été en diffention avec les Scepfiens. Ces peuples y habitérent avec le refte des citoyens, Antisonie s’appella dans la fuite Alexandrie, en l’hon- neur d'Alexandre le Grand ; mais, ce ne fut qu'après la mort de ce : Prince ; & c’eft Lyfimaque, qui en changea le nom , ayant eu foin de rétablir auparavant cette Ville. Elle s’accrut depuis, & fubffta lonp-tems ; de forte que du tems de Strabon , elle recut une colo- ne Romaine , & pafloit alors pour une des Villes les plus illuf- tres. . ANTIGONIE , Antigonia , Avrlyovere , () ville de Syrie, für le fleuve Oronte ; dans le voifina- ge d'Antioche. Pendant qu’Anti- gonus réfidoit dans ce pais, il s’y occupa, en 302, ou plutôt, felon d'autres , en 307 avant lÉre Chrétienne ; à bâtir cette Ville, qui devoit s’appeller Antigonie de onnom. fl y deflinoit des fom- mes immenfes , & fui donnoit. trois heues de tour. Le lien étoit tès-favorable , pour avoir infpec- (a) Strab, pag. 593, 594 507: Plin. be V, Ce: 30. (6): Diod. Sicul. pag. 758. Strab. pag. 750 Roll. Hift, Anç. Tom, IV, p, 146, . AS 59 tion de-là fur la Babylonie, & fur toutes les Satrapies fupérieures & inférieures, jufqu'aux limites de l'Épypte. Antigonus y établit des jeux folemnels, qu'il célébroit, . lorfqu'il apprit en même-tems la nouvelle de plufeurs révoltes ; ce qui lui fit quitter incontinent fes jeux. Îl congédia fur le champ laflemblée, & fe prépara à mar- cher contre l'ennemi. Il fut vain- cu. C'eft pourquoi la nouvelle Ville ne fubffta pas long - tems. Elle fut détruite par Séleucus, qui en tranfporta les habitans & toute la gloire à celle qu'il fit bâtir dans la fuite, fous le nom de Séleucie. D'autres difent , {ous celui d’'An- tioche. (c) La ville de Nicée, en Bi- thynie , porta d'abord le nom. d’Antigonie , parce qu'elle avoir été bâtie par Antigonus, fils de Philippe. Le nom de Nicée li fut donné de celui de la femme de Lyfimaque. Voyez Nicée, On met , dansle bofphore de Thrace’, une ifle du nom d'Anti- one, que les Grecs nomment à préfent l'ile du Prince, ou plutôt de la Princefle.. On dit que c'eit parce que cette ïfle a fouvent fervi de retraite à des Princet- fes, qui y ont vécu dans le cé- libat. Aux environs, & dans le territoire de Cyzique, à cinquante ftades de la mer, vers l'occident, étoit une place forte , ayant nom Antigonie. On la donne pour la même que Troade. 154. Mém. de l'Acad. des Infer. &Bell. Let. Tom, XVI, pag. 269. (c) Suab: pag. 565. 60 AN ANTIGONIES, Anrigonia , fêtes inftituées en l'honneur d'An- tigonus. ss ANTIGONUS, Anrigonus, A yriyovec , (a) fils d'un Macédo- nien, appellé Philippe, de larace des Téménides , vint au monde, l'an 381 avant l'Ére Chrétienne. : Son pere n'avoit rien fait de mé- morable ,; que l’'Hifioire ait pu conferver. Antigonus eut un com- mMandement dans les troupes, fous Philippe , pere d'Alexandre le Grand. I] en eut aufli un fous ce dernier ; & ce fut principalement fous lui, qu'il commença à fe faire connoître. Devenu gouverneur de la Lydie , de la Phrygie, & des rière main à la nouvelle Smyrne, dont on avoit jetté les fondemens, par l'ordre du Roi, à vingt ftades de la vieille. Les Perles étant ve- nus l'attaquer dans fon gouverne- ment , il les défit trois fois-de fui- - te, & ajoûta la Lycaonie aux ré- gions , qu'on lur avoit confiées. Alexandre, durant le {jour qu'il fit-dans la Sitacène , ayant propo- {6 huit prix, pour les plus braves de fes gens, le cinquième fut ad- jugé à Antigonus. Tout cela n’eft rien,, en comparaïfon du rôle qu’- Antigonus joua dans la fuite. : On fçait qu'après la mort d'A- lexandre, fon Empire fut partagé entre fes Généraux. La Lycie, la - (2) Q. Curt.L. IV. c, 1,5. L, V. c.32, L, X.c, 10, Freinf. Suppl. in Q, Cure. LE. lc. #7, Juft L XI: «cc. 4.6, L. XIV, ce 2,3,4 L. XV. C Ts 23 4: L, XVI: ç. 1, Diod. Sicul. pag. 628, 641, 648 , 649. dr eg: Plut. Tom. 1. p. 584. do feg. 889. dr feg. Tir. Liv. LeXL: c. ar. Corn. Nép. in Eümeén, c, 5, 7, dr eg. AN Pamphilie & la grande Phrygie; échurent à Antigonus. Il étoit ex- preflément porté par le traité, que Léonatus & Antigonus, avec une profle armée, conduiroient Eumenès dans le païs qu'on li avoit donné. Antigonus ne fit pas grand cas de ce que Perdiccas lui écriVit à ce fujet. Car, felon k remarque de Plutarque, il étoitfi. rempli de hautes efpérances , qu'il méprifoit tont le monde, & quil ne penfoit qu'à fon propre agran. difiement.: [fe mit de bone heure en campagne contre Eu- ménès. [l fe donna un combarà Orcynium, en Cappadoce. En - iménès y fut battu, 8 y perdit autres pais voifins , 1] mit la der= : huit mille Hommes. Ce fut pars trahon d’Apollonide , un des principaux officiers de fa cavale- Hé; qui gagné par Antigonus, pañla au milieu du combat, dans. Je parti de l'ennemi Le tratre en fut bientôt puni ; car, Eumé- nès le-prit , & le fit pendre für le champ. EST Euménès , s'étant renféfmé, avec cinq cens. hommes , dans le château de Nora , fitué fur les frontières-de la Cappadoce & ds la Lycaonie, & qui étoit extré- mement fortifié , y foûürint un long fiége. Mais, ce fiée, où, plutôt ce-blocus, n’empêcha pas Ântigonus de faire une expédi- 0 . . Er 1 tion, en Pifidie , contre Alcétas In Reg, c.3. Lucian. Tom. Il. p, 636 Roïl, Hift. Anc, Tom: IV. pag. 22 » 509 52: do fniv. Mém, de l’Acad. des [nier & Bell. Let. Tom. VII. pag. 87,80 Tom: VITE pag. 170.0 fniv. Tom. XI p: 204. T. KIIL. p.22, 23, 24 @ Jde T. XIV. p219.T. XVI p. 28, 287,289 290: T, XIX, Ps 2720 PR 4 : AN & Attal, Le dernier fut fait prifonnier dans un combat ; à l'autre: tué par trahifon dans une place, où il s’étoit retiré. Vers ce même-tems, Antipater vintä mourir, & par-cette mort, Antigonus fe trouva le plus puif- - fant de tous les Capitaines qu'A- lexandre avoit laiflés. Il avoit une autorité abfolue fur toutes les pro- vinces de l'Afie minenre, avec le titre de Généraliffime, & une ar- mée de foixante-dix mille hom- mes , & de trente éléphans:, à la- quelle il ny avoit alors, dans lÉmpire, aucune Puiffance capa- ble de réfifter. Il n’eft pas furpre- nant, qu'avec cette fupériorité ; 1l format le deffein d'engloutir la Monarchie toute-entière. Pour y réuffir, il commença par faire une réforme dans tous les gouverne- mens des Provinces de {a dépen- dance, déplaçant tous ceux, dont 1 f défioit, & y mettant des créatures. Il Ôta ainfi à Aridée le gouvernement de Ja petite Phry- gie & de PHellefpont, & à Clitus celui de la Lydie. : La plus grande difficulté & le Plus grand embarras pour Anti- gonus , étoit de venir à bout d'Euménès ,. dont la valeur, la fagelle & la fcience, dans l’art mi. litre, lui étoient plus formida- bles que tout le refte | quoiqu'il Le tint bloqué & afliégé depuis un añ dans le château de Nora. Il voulut donc effayer une {econde fois de l'engager dans fes intérêts ; Car; il Pavoit déjà tenté , avant que de former ce fiése. Il char- Sade cette commifion Jérôme de Cardie, {on compatriote , fa- AN 6x meux Hiftorier de ce tems-là, qui eut ordre de Ini faire des ouver- tures d'accommodement. Fumé- nès conduifit cette négociation avec tant de dextérité & d’adref- fe, qu'il fe déhvra du fiége, dans le tems qu'il étoit réduit aux aboïs,’ fans s’engager à rien de ce qu'An- tigonus prétendoit. Car, au lieu que, dans ce qu'Euménès devoit jurer en conféquence de cet, ac commodement, Antigonus avoit mis qu'il s'engageroit à avoir pour amis &t pour ennemis, ceux qui le feroient d'Antigonus ; il chan- gea cet article, & jura qu'il au= roit pour amis êt pour ennemis » tous ceux qui le feroient d'Olÿym- pias & des Rois , auf bien que d'Antisonus. Il confentit que Les Macédoniens, qui étoient au fé- ge, décidailent laquelle des deux formules étoit la meilleure. Les Macédoniens fuivirent le pen- chant, qu'ils avoient pour la Fa- mille Royale, &t {e déclarérent, fans balancer , pour la formule d'Euménès. [] la jura, & on leva aufistôt le fiéce, Quand Antigonus apprit com- “ment l'affaire s’étoit terminée, 1l en fut fi mécontent , : qu'il ne voulut pas ratifier le traité, & il donna ordre de recommencer in- : ceflamment le fiége. Ges ordres arrivérent trop tard ; car, Eume- nès ; dès quil avoit vu les trou- pes ennemies retirées de devant la place, l'avoit quittée ; & avec les. “cinq cens hommes, qui lui ref- toient ,-1l s'étoit fauvé dans la Cappadoce, où ilaffembla bien- tôt, auprès de lui, deux mille de fes vieux foldats. Îl y fit tous les 62 A N préparatifs néceflaires, pour foû- tenir la guerre, qu'il vit bien que _Pon alleit recommencer contre lui. Elle le fut en effet. Euménès fe défendit avec courage, & rem- porta quelques avantages ; mais, tes foldats , au retour d’une ation, trouvant leur bagage enlevé avec leurs femmes & leursenfans , tour- nérent leur furie contre leur propre Général,& le conduifirent au camp d’'Antigonus. Quand cet illuftre prifonnier y fut arrivé, Antigo- ñus eut pas le courage de le voir, parce que fa préfence feule étoit un fanplaut reproche contre lui. Comme ceux à qui il Pavoit donné en garde, lui demandoient comment il vouloit qu'on le gar- dât : Comme un éléphant , leur it AÂnngonus ; 02 comme un lion ; ces deux efpèces d’ami- maux étant des plus à craindre. Mais, quelques jours après , at- téndri 8 touché de compañion, il commanda qu'on lui Ôtât fes fers les plus pefans, & qu’on lui don- nât un de fes domeftiques pour le fervir ; & il permit à fes amis de le voir , de pafler avec lui les journées entières , & de lui porter tous les rafraichiffemens , dont il pourroit avoir befoin, - Antigonus fut quelque tems en balance fur ce qu'il devoit faire de fon prifonnier. Ils avoient été amis intimes, en fervant fous Ale- xandre, Le fouvenir de cette ami- tié réveilla quelques fentimens de bonté pour lui, qui combattirent pendant un certain tems contre fon intérêt. Son fils , Démétrius, follicita aufh fortement en fa f- veur, fouhaitant avec pañion, * AN par püre générofité, qu'on fauvêt la vie à un fi brave homme. Maïs, Antigonus, qui connoifloit fà f- délité infléxible pour la famille d'Alexandre, fentant quel danpe- reux ennemi il avoit en lui, & combien il étoit capable de rom- pre toutes fes mefures , s’il échap poit de fes mains , n’ofa lui laïfler la vie. Ïl ordonna qu’on fe défit de lui dans la prifon. Après la mort d'Euménès, An tigonus mena fon armée dans la Médie , pour y pañler l'hiver. C'étoit Pan 316 avant J. C. Ilap- prit pendant ce tems-là, que Pi- thon , commandant de quelques Satrapies , tramoit un complot contre lui. Il diffimula d’abord, Cependant, il engagea le Satrape à venir le trouver# Pithon eut limprudence d'aller fe livrer entre {es mains. Antigonns, maître de fa perfonne, lui fit faire fon pro- cès, en plein confeil de guerre, & le fit mourir en conféquence de fa condamnation. Après quoi, en préfence de toute l’armée, il nomma Satrape de la Médie, Orontobate, Méde lui-même, & Pour commandant de l'infanterie, Hippoitrate , qui avoit. amené trois mille cinq cens fantafhns étrangers. Pour lui, à la tête de fes troupes, il marcha vers Echa- tane, où, s'étant pourvu de cinq mulle talens d'argent en mafle, & non mOonnoyé , il vint en Perte, .8t employa vinot jours de mat- che, pour arriver jufqu’à la ca- pitale du Royaume , appelée Perfépolis. Dès qu’Antigonns fut arrivé en Perte , il reçut dans tout le pais les mêmes honneurs, que AN Von rendoit aux Rois, comme devant être déformais le véritable Souverain de l'Afie. Là, alfem- blant {es amis , il fit avec eux la diftribution des Satrapies. Cependant, il fe formoit une ligue contre ÂAntigonus , entre Séleucus, Ptolémée, Lyfimaque, &Caflandre , quatre autres géné- faux d'Alexandre le Grand. Sé- leucus étoit le chef, Antigonus, qui fe douta de ce qui fe pañloit, envoya des Ambaffadeurs vers les trois autres. Les réponfes, qu'il reçut, lui firent affez compren- dre, qu'il falloit fe préparer à la guerre ; &, là deflus, 1l quitta Orient, & fe rendit dans la Ci _licie, portant avec lui des tréfors confidérables , qu'il avoit tirés de Babylone & de Sufe. Là, il fit de nouvelles levées , mit ordre à diverfes affaires dans les provin- ces de l’Afie mineure, &.marcha enfuite vers la Syrie & la Phénicie. Son deffein étoit de les enlever à Ptolémée, & de s'emparer des forces de mer de ces deux provin- ces, qui lui étoient abfolument néceflaires dans la guerre , qu'il alloït avoir avec les confédérés. Car, fans être maitre de la mer, & avoir du moins les ports & les vaïfleaux des Phéniciens à fa dif- Poñition , il ne pouvoit efpérer aucun fuccès contre eux. Îl arriva trop tard , pour furprendre Îles Yateaux. Ptolémée avoit déjà emmené en Égypte tous ceux qui S'étoient trouvés dans la Phénicie ; ê&t ce ne fut pas même fans peine, qu'Antigonus fe rendit maître des ports ; car, Fyr, Joppé & Gaza, firent de la réfiftance, Il vint bien- AN 6 tôt à bout des deux dernières ces villes ; mais, pour réduire Tvyr, il lui fallut un. tems confidé- rable. Démétrius, fils d’Antigonus commence ici à fe faire connoitre. Plutarque fat obferver en lui comme un trait, qui le diftinguoit des autres Princes de fon tems, le profond refpeét , qu'il avoit pour fon pere & pour fa mere ; refpect qui n'étoit point fimulé , nide fim- ple cérémonie ; maïs, qui partoit du cœur, & qui étoit fincère & réel. Antigonus , de on côté, avoit pour fon fils une afection &t une tendreile vraiment pater- nelles , qui alloient même juf- qu'à la familiarité, mais, fans rien diminuer de l'autorité de pere & de roi , & qui formoient entre eux une umon © une confiance exemptes de toute crainte & de tout {oupçon. Plutarque en rap= potte un exemple. Un jour qu” Antigonus étoit occupé à donner audience à des Ambafladeurs, Démétrius, revenant de la chafle, entra dans la falle, falua fon pere d'un baifer , & s’aflit auprès de Jui , tenant encore fes dards dans fes mains, Antisonus venoit de rendre réponfe à ces Ambafñla- deurs, &il les renvoyoit. Mais, il les rappella , & leur dit à haute voix: » Vous direz de plus à vos » maîtres la manière dont nous » vivons, mon fils & moi : « leur faifant obferver, qu'il ne craignoit point de le laïffer approcher de fa perfonne avec fes armes, & que cette bonne intelligence, -quire- gn)oit entre fon fils & lui, faifoit la plus grande force de fes États, AN 70 émpatérent, fans le démolir. Après avoir emporté tout ce qu'ils purent: trouver , ils marchérent vers le: rivage de la mer, où., tandis qu'ils s’achatnent trop étourdiment au pillage des vaiffeaux , ils font far- pris & taillés en piéces par les fameurs , & par une partie des ennemis, qui s'étoient retirés-là avec leurs femmes & leurs enfans. Le bruit d’une fi fanglante défaite rendit Antigonus fi redoutable, que non feulement les Gaulois, mais fes voilins même, les plus turbulens , lui firent demander la Da ie - Cependant Pyrrhus, roi d'É- ee par les Carthaginoiïs ur la mer de Sicile, fit deman- der du fecours au roi de Mace- doïne, Sur le refus qu'il en fit, ile mit à tavager les frontières de fon royaume: Antigonus fe préfente à lui avec une armée, lui livre bataille, la perd & s'enfuit. Pyr- rhus reçut la Macédoine dans fon obéiffance ; & comme fr la con- quête de ce royaume lPeût dé- dommagé de la perte de:la Sicile & de Pltalie , il rappella fon fils . & un ami qu'il avoit laiffés à Tarente, Antigonus, fuivi d'un pe- tit nombre de cavaliers, & réduit à mettre bas toutes les marques de fa première fortune, {e retira à Pheffalonique pour épier de-là l'occalñon de recouvrer les États, qu'il venoit de perdre, & dans le deflein de tenter encore le fort des armes, avec quelque troupes Ganioïifes qu'il avoit prifes À f folde: Mais, vaincu une {econde fois, & fans reflource ; par Ptolé- mée, fils de Pyrrhus, il fe fauva, AN déchu entièrement de l’efpérance de rentrer dans fon royaume , & ne chercha que les antres & les déferts pour aflurer fa vie & fa fuite. D Antigonus reprit toutefois cou- rage rallia fes troupes & marcha contre l'ennemi. Îl:occupoit fes hauteurs , qui bordoient la plaine d'Argos, lorfque Pyrrhus marcha contre cette. Ville, Ce dernier planta fon camp près de la ville de Nauplie ; & le lendemain ma- tin il envoya un Héraut à Antigo= nus, avec ordre de l'appeller mé- chant & perfide , & de le défier de defcendre dans la plame & de venir difputer le royaume ,; vuider leur querelle par un com- bat. Antigonus ln fit réponfe qu'il faïfoit la guerre moins avec les armes qu'avecle tems; & que fi Pyrrhus étoit las de vivre , il trouveroit bien des chemins’, pour. courir à la mort. En même-tems il leur vint, à tous deux, des am- bafladeurs d’Argos, pour les prier de fe-retirer, &de permettre que leur ville ne fr afliettie à ancun d'eux ; mais, qu'elle demeurât anne de Jun & de l’autre. Anti gonns reçut volontiers cette pro pofition , &t donna aux Argiens fon fils en ôtage. Pyrrhus promit auf de f retirer ; maïs , comme il ne donnoit aucun gage de fa parole, 1l fut foupconné de mau- vaife {oi. ue Hattaqua en effet la Ville, mais il yfuttué, Le bruit de cette mort fut bientôt répandu. Alcyo- née, fils d'Antigonus, vint aufh- tôt demander la tête pour la: re- connoitre >; &c l'ayant prife-, À AN pouffa à toute bride vers fon pere ; qu'il trouva affis avec quelques- uns de fes amis, & la jetta a fes pieds. Antigonus l’ayant regardée _& reconnue, chafla fon fils à grands coups de bâton, l’appellant impie & barbare ; & mettant fon manteau devant {es yeux, il.fe mit à pleurer ,-en fe fouvenant de la mort de fon ayeul , qui fut tué à la bataille d'Ipfus, & de celle ,de fon pere, mort en prion; deux exemples qu'il avoit dans fa maifon des changemens de la for- tune, Après avoir magnifiquement orné le corps & la tête de Pyr- rhus , illes mit fur le bûcher, & les fit brülerhonorablement. Bien- tôt après, Alcyonée, ayant ren- contrée Hélénus, fils de Pyrrhus, en pauvre état, & couvert d'un méchant manteau, le traita très- humamement , &@ le mena à {on pere. Antigonus, ravi, lui dit: » Monfils, cette dernière attion. » vaut mieux que la première ; » mais, elle n’eft pas encore telle » qu’elle devroit être; car, tuine ». lui a pas ôté ces méchans ha- » bits , qui font plus de honte aux » vainqueurs , qu'aux vaincus. ce Ayant ainfi parlé , il embrafla Hé- lénus ,. lui ft toutes fortes d’hon- - neurs, le remit en équipages, & le renyoya en Epire. Après s'être rendu maître du camp & de toute l'armée de Pyrrhus, il traita fes amis @& fes férviteurs avec beau- coup d'humanité & de générofite. Antigonus , rentré en poflef- fon de fes États par la mort de Pyrrhus , eut de nouvelles guerres à foûtenir, Il étoit d’ailleurs deve- au, quelques années après, fort AN 7L puiflant, & par cela même , for- midable aux états de la Gréce. Les Lacédémoniens &c les Athé- niens firent une ligue contre Jui, & engagérent Ptolémée Philadel- phe à y entrer. Antigonus, pour . diffiper la ligue , qu'avoient for- mée ces deux peuples, & pour en prévenir la fuite , commença, fans perdre de tems, par mettre le fiége devant Athènes, dont il fe rendit maître. Plutarque obfer- ve qu'il étoit fur tout afligé des fuccès d'Aratus , général des Si. cyomens ; & voulant, ou le ga- . gner , ou le rendre fufpeët à Pto- lémée , il lui donna de grandes marques de fon afettion, quoi- qu'il ne les recherchät point, & qu'il ne fit rien pour fe-les attirer, Éntrautres , ayant.fait un jour un grand facrifice dans la ville de Corinthe , il en envoya des por- tions à Aratus à Sicyone. Erau milien du feftin du facrifice , où il y avoit beaucoup de gens.à table avec lui, il dit tout haut: » Je »_penfois que ce jeune homme de » Sicyone n'étoit qu'un homme » franc & libre de fon naturel, » & qui aimoit feulement la li- » berté de fon païs; mais, il me »-paroit préfentement. que c'eft » un excellent juge des mœurs & » de toute la conduite des Prin- »_ces. Car, d’abord il nous a mé » priés, &na fait aucun cas de ». nous, emporté par fes efpéran- » ces , qui lui fafoient jetter les » yeux hors de fon pais ; &cil » admiroitles richefles d'Égypte, » fes éléphans, fes flottes, &t la ». magniñcence de fa cour. Mais, » _préfentement qu'entré dans fe; Liv F 72 AN »_ pavillons, il a vu de près que » toute cette pompe neft qu'une » vaine décoration dethéatre, 1 » s’eft tourné vers nous; & j'ai » reçu ce jeune homme de tout » mon cœur, bien réfolu de m'en _» fervir dans toutes mes affaires, » @t je vous prie tous de le re- » garder comme votre ami. « GCés paroles ne tombérent pas à terre. Les malins & les envieux en tirérent un ample prétexte d'é- ctire à l’envi à Ptolémée beau- coup de chofes fâcheufes contre Aratus ; de forte que le Roi lui envoya un Courier, pour fe plain- dre à lui-même de fon change- ment. À Antigonus avoit une extrême paffion de fe rendre maitre de Corinthe. Cette pafhon étoit fi violente , qu’elle ne différoit en rien de la fureur des amans les plus paflionnés. Il ne penfoit nuit & jour qu'aux moyens de l’enle- ver par furprife à ceux, qui la te- noient ; Car , il n'y avoit nulle apparence de pouvoir y réuflir par la force onverte. Alexandre , qui étoit maitre de cette citadelle, étant mort du poifon qu'on dit qu'Antigonus lui fit donner, elle demeura entre les mains de Ni- céa , fa femme ; qui prit le gou- vernement des affaires , & parda fa citadelle très - foignenfement. Antigonus Ii envoya d’abord fon fils Démétrius , en la flattant de la douce efpérance qu'il la lui fe- roit époufer ; & ce n'étoit pas une chofe peu agréable & peu flat- teufe pour une femme, déjà fur Jâge , que d'avoir pour mari un jeune Prince, beau & bien-fait, AN T1 la gagna donc par le moyen de - fon fils, dont il fe fervit, comme d’un appât pour l’attirer dans fes piéges. Elle n’abandonna pour- tant point la citadelle ; mais, elle la garda avec grand foin, Antigo- nous feignit de ne s'en pas {ou- cier , & fit à Corinthe le feftin de leurs noces avec beaucoup de ma- gnificence. Ce n'étoit que fpec- tacles & feftins ; & tous les jours il donnoit de nouvelles fêtes , comme un homme que l'excès de fa joie portoit à ne penfer qu'à faire bonne chere & à fe divertir. Un jour qu'Amoïibéus , céle= bre muficien, devoit chanter fur le théatre , Antigonus voulut ac- compagner lui-même à ce fpec- tacle la reine Nicéa:, qur étoit portée dans une litière royale-. ment ornée, & qui, toute fière de ce grand honneur , étoit bien éloignée de penfer au malheur, dont elle étoit menacée, Quand la litière fut arrivée à un détour par où il falloit monter, ik ordonna à: ceux qui la conduifoient de la me- ner au théatre ; & laiflant là le muficien Amoibéus , & tontes les noces , il fe hâta de monter a la citadelle de Corinthe , en s'efforçant plns que fon âge ne permettoit. Comme il trouva la porte fermée, il heurta avec fon bâton , &t commanda qu'on lui ouvrit. Les foldats de la garnifon, étonnés de fa ‘préfence., lui ou- Viirent; de cette manière, 11 fe rendit maître du château, & en fut fi tranfporté de joie , qu'il ne put fe contenir. Il fe mit. à boire &t à fe réjouir au milieu des rues, & de la place publique, menant. AN. avec lui des chanteufes & ‘des joueufes d'mftrumens , & portant des chapeaux de fleurs fur la tête. ÂAntigonus étoit dès-lors fort avancé en âge. Îl mourut vers 242 ans avant J, C., après un regne ‘de 54 ans en Macédoine , & de 44 en Gréce. Îl étoit pour lors âgé de 80, ou de 83 ans. Démé- tnus,, fon fils, lui fuccéda. ANTIGONUS , Anrigonus , Avriyoce, (a) fils d'Alcyonée , & petit-fils d'Antisonus Gonatas. U fut farnommé Dofon, du par- _bcipe Grec J'ovor, daturus , qui donnera ; c’eft-à-dire , qu'il étoit magnifique en promefles , mais: fans effet. Après la mort de Dé- métrius IL ; roi de Macédoine, qui laifla {on fils dans un âge en- core fort tendre, Antigonus Do- fon fat choifi pour être fon tuteur. Mais, ce Prince ayant époufé la mere de fon pupille , n’oublioit ren pour fe faire Roi. Affiégé quelque tems après dans fon pa- lis par une populace menaçante, il fortit en public fans gardes ; & jettant fon diadême & fa robe de Pourpre au milieu même des mu- ns, 1l leur dit qu'ils en revêtif- fent quelque autre , ou qui ne {çût pas leur commander , ou au- quel'ils fçuflent mieux obéir; que ce n'étoit point par les plaiñrs, Mais par les peines & par les pé- rils ; à quoi il avoit toujours été expofé, qu'il fentoit qu'il gou- vérnoit ceroyaume , qui lui atti= toit tant de haine, il leur retraça enfnite tous les biens , qu'ik leur À N 73 avoit faits; comme il avoit {çu. les venger de la révolte de leurs alliés, & réprimer l'infolente joie, que les Dardaniens & les Thefla- liens avoient témoignée à la mort du roi Démétnius ; enfin , comme il avoit non feulement foûtent, mais angmenté la gloire du nom Macédonien ; il ajoûta que fi le fouvenir de toutes ces chofes les offenloit , il étoit prêt à fe démet- tre de l'Empire, &r à leur rendre le préfent, qu'ils fui avoient fait ; - qu'ils n’avoient qu'a fe choïfir un Roi, auquel ils puilent eux-mé- mes commander. Alors,comme le peuple, faifi de honte, le prefloit de reprendre la conduite de l'État, il ne voulut point l’accepter qu'on n'eût auparavant livré au füpplice les auteurs de la fédition. Après cela, Antigonus tourna fes vues du côté de la guerre. La” citadelle de Corinthe lui tenoit fort à cœur. Ayant long-tems cherché avec ane inquiétude & un empreffement extraordinaire , les moyens de fe rendre maître de cette place, il étoit enfin venu à bout de l'enlever par furprife , & il fe félicitoit de ce fuccès inopiné, comme d’un vrai triomphe. Âra- tus, général des Sicyoniens, ne perdit pas l’efpérance de la x enlever à fon tour ; & pendant qu'il étoit tout occupé de cette penfée, une efpèce de hazard li fournit une occafon favorable de la mettre à éxécution. Cette ac- tion, @ quelques autres de cette nature,indifpoférent beaucoup Ât=. (2) Juil, LIL c. 254: Plut. Tom.f. IV. pag. 274, 283,310. Œfnin. Méme . PA: 1045; 1046, @fég. Paul, p. 100 ; | de PAcad, des fnfcripr. & Bell, Ecrte 1015 373, 409 Roll. Hift, Anc. Tom, 1 Tom. XIV; pags 80; gr. = , 74 À N tigonus contre legénéral Sicyo= nien; & il le fentoit bien lui-mê- me. Cela n'empêcha pas qu'Ara- tus n’implorât, dans la fuite , fon fecours en faveur de la ligue des Achéens. Ce fut à Ésium, où fe tenoit l’affemblée, qu’on prit cette réfolution. Et on convint en mê-. me-tems , qu'on remettroit à An- tigonus la citadelle de Corinthe, Aratus lui envoya lui-même fon fils parmi les autres ôtages. Comme Antigonus ‘venoit à grandes journées avec fon armée, ii étoit de vinot mille hommes de pied & de quatorze cens che- vaux, Aratus, avec les Maoiftrats &t les principaux officiers de la ligue , alla par mer au-devant de lui jufqu'à la ville de Pege. Dès qu'Antigonus fut averti qu'Aratus. arrivoit en perfonne , il s'avança, fit à tous les autres un accueil honnête & fans aucune diffinc- tion marquée; mais, pour Âra- tus, dès cette premièré entrevue, x} lui fit toutes fortes d’honneurs ; & dans la fuite l'ayant trouvé homme de bien & de très-grand fens, il l’admit dans fa familiarité - la plus intime , jufqu’à lui com- muniquer fes fecrets les plus im- portans, & à fe fervir de li dans fes plus grandes affaires, Auf Aratus n'étoit pas feulement utile: dans tout ce qui regardoit le gou- vernement ; mais il étoit d'un commerce très-agréable, & l’hom- me du monde le plus propre à être auprès d'un Roï, qui fe trou- voit libre , & qui ne cherchoit qu'à fe divertir & à pafler le tems. C'eft pourquot Antigonus, quoi- À N qu’alors fort jeune , n'eut pas plutôt connu les mœurs & les grandes qualités de ce perfonna- ge ; dont il n’y en avoit aucune , qui ne fût digne de l'amitié d'un Roi, qu'il le préféra non feule- ment a tous les Achéens, mais encore à tous les Macédoniens, qu'il avoit à fa cour , & continua de fe fervir de lui en toutes cho- fes. Et le: figne , que les dieux avoient fait paroître dans les en- trailles des viétimes , ent fon ac- complfflement; car, on raconte que pen de tems auparavant , comme Âratus offtoit un facrifice , on vit près du foie deux véficules de fiel, enveloppées d’une feule coëffe de graïfle ; & que le devin prédit fur cela que deux ennemis, qui paroïfloient irréconciliables , feroient bientôt réunis dans une étroite amitié. Eneflet, quelque- tems après , comme la guerre alloit heureufement fon train, &c étoit fort avancée, Antigonus fit un grand feftin dans la ville de Corinthe, où il y eut beaucoup de gens priés, 8 où il &t placer Aratus à table à fon côté au-deflus de lui. Quelques momens après, ayant commandé qu’on lui appor- tât un tapis pour fe couvrir, il demanda à Aratus s’il ne trouvoit pas qu'il fit grand froid. Aratus ayant répondu que le froid étoit très-rude , Antigonus le prefla de s'approcher encore plus de li; & {es officiers ayant apporté un grand tapis, ils les en envelop- perent tous deux. Alors Aratus, fe reflouvenant de fon facrifice , fe prit à rire , & conta au Roi le fi- gne qui avoit paru, & la prédic= A = tion qui avoit été faite. Cepen- dant Âratus, felon la remarque de Plutarque, n’ajoûtoit pas bean- coup de foi aux préfazes, qu'on toit des victimes , parce quil aimoïit à faire ufage de fa railon. - Añtigonus &c Aratus , étant donc tous deux à Pege., après avoir prêté @c reçu les fermens, mMarchérent contre les ennemis. IL ÿ eut plufieurs combats fous les murs de Corinthe, Cléo- x DS : 1-31 imene , général des Lacédémo- fiens , s'étant bien fortifié, &c les Cointhiens fe défendant avec beaucoup d'ardeur & de courage. Mais , Cléomène, fur un avis -quilreçut, abandonna le combat Pour marcher au fecours des fens. à Argos, Antigonns & Aratus y faivirent ; & l'oblicérent de fe re- ürer à Mantinée , ville, dont le nom fut bientôt changé en celui d'Antigonie, en l'honneur d'An- tigonus. Celui-ci, étant à Arsos, releva toutes les flatnes des T y- fans qu'Aratus avoit abattues, & abattit celles qu'on avoit -érigées 4 Ceux, qui avoient farpris la ci- tadelle de Corinthe , hors une feule ; qui étoit celle d’Aratus même. Et quelques prieres qu'A- tatus lui fit, 1l ne put jamais l'en empêcher. | = - Quelque tems après, Cléomè- ne vaincu dans une bataille près de Sellafe ; fe fauva à Sparte, quil abandonna la nuit fuivante. À peine en étoit-il parti, qu'An- Mponus arriva. | parut traiter cette Ville, fon en vainqueur, mais En ami, déclarant qu'il avoit fait la guerre, non aux Spartia- tes; mais à Cléomène , dont la A N fuite avoit fatisfait & défarmé & colère. Il ajoûta qu'il feroir glo- rieux pour {on nom que l’on dit dans la poftérité , que Sparte avoit été fauvée par le Prince qui, feul, avoit eu le bonheur de la prendre. IF appellott avoir fauvé Sparte, que d'avoir aboïr tout ce que le zèle de Cléomène avoit fait pour le rétabliflement des anciennes loix de Lycurgue, & c'eft ce qui caufa fa ruine, - Trois jours après qu'Antisonus futentré dans Sparte, il en parti für les nouvelles qu'il reçut , que la guerre étoit allumée dans la Macédoine, & que les Barbares faïfoient un dégat horrible dans tout le pais. Si cette nouvelle étoit arrivée trois jours plutôt, Cléomène auroit été fauvé. Aa refte, Antigonus étoit déjà atta- qué d’une grande maladie , qui dégénéra enfin en une phüfie to- tale, par un catharre général {ur tout fon corps. Îl ne fe laiffa bour- “tant point abattre an mal, & 4 trouva encore en lui des foices, pour fournir à de nouveaux com- bats dans fon propre royaume. On dit qu'après fa vitoire qu'il remporta fur les Hiyriens , tranf- porté de joie, il répéta plufeurs fois : 6 La belle, 6 l'heureufe jour- née ! & qu'il poufla ce cri avec un fi grand effort, qu'il fe rompit une vaine, &c perdit beaucoup de fans, Ce fymptôme fut fuivi d’une fièvre continue très-violente, dont 1 mourut, l'an 223 avant J.-C Ilavoit nommé auparavant, pour fon fucceffeur, Philippe, fils de Démétrius, âgé pour lors de qua- torze ans; où plutôt, illui rernit le £ 2e À fceptre , dont il n'avoit été que le dépofitaire. ANTIGONUS , Artiponus , Avsiyeros, (a) fils d'Échécratès, & neveu d'Antigonus Dofon, étoit le feul des amis de Philippe, {on oncle, roi de Macédoine , qui fût demeuré fidele à ce Prince in- fortuné, malgré les efforts qu'on avoit faits pour le corrompre ; & cette fidélité lui avoit attiré une haine implacable de la part de Perfée , fon coufin, qui ne Pavoit jamais aimé. Antigonus prévit bien le péril auquel il feroit expofé, fi un ennemi fi redoutable montoit fur le trône. Ainf,voyant le chan- gement qui s'étoit fait dans le cœur de Philippe à l'égard de Perfée , depuis la mort de Démé- trius , & étant à tout moment té- moin des foupirs , que cette mort injufte [ni arrachoit, il s’attacha à le confirmer dans fes fentimens; joignit fes regrets & fes gémifie- mens à ceux, qui échappoient à cé malheureux pere, & aigrit de plus en plus les plaintes, qu'il lt entendoit pouller. Et comme la vérité , quelque effort qu'on faffe pour l’écarter , laïfle ordinaire- ment des traces, par où l’on peut arriver juiqu'a elle , 1 ny eut point de moyens , qu'ilne mit en ufage pour démêler toutes les in- trigues de Perfée. Entre ceux dont ce Prince s’é- toit fervi, pour opprimer Démé- trius , fon frere , les plus fufpeéts à Antigonus , étoient Apellès & Philoclès , qi avoient été envoyés (a) Tit, Liv. L, XL. c. 54 552 66, pag. 659. © fniv, Tom, V, pag, 3: AN en ambañfade à Rome, & qui avoient écrit, fous le nom de Fla- minius , les lettres fatales, qui avoient caufé la mort du Prince innocent. On foûtenoit haute- ment à la cour de Philippe, qu'el- les avoient été fnppofées, & qu'on avoit corrompu le fecrétaire, qui y avoit appofé le cachet, qu'on difoit être celui de Flamimins. Mais , comme ce n'étoit en= core que des foupçons &t des con: jedures, Antigonus rencontrant pat hazard un certain Xychus, larrés ta, le fit conduire au palais ; &c le laiflant entre les mains des gat- des , il alla trouver le Roi.» Jai, » reconnu, dans plufieurs de vos » entretiens , dit-il alors à ce » Prince, que ce que vous fouhaï- » tiezle plus au monde, cétoit » d'apprendre au jute ce qui s'ef » paflé dans votre maifon ; êt » qui, de vos deux fils, a drefié » des embñches à l’autre. Vous » avez en votre puiflance XY- » chus, celui de tous les hommes, ». qui peut le mieux démêler cette » affaire. Le hazard me layant _» préfenté , je lai fait amener » dans votre palais; vous pouvez » l'interroger. « Quand Xychus fut devant Philippe, 1l commença par nier, mais avec tant d'embar- ras & fi peu de fermeté, quil étoit aifé de voir que les premiè= res menaces de l'appliquer à la queftion , lui feroient tout avouer. En effet, le bourreau ne parut pas plutôt à fes yeux , avec l'appareil des tourmens, quil expofa toute 58. » Roll, Häft, Anc. Tom. IV AN la fuite de la confpiration , le com- plot des ambafladeurs, qui étoient allés à Rome , & la part qu'il avoit eue lui-même à ce parrici- de. Sur ie champ, le Roi envoya des gens qui arrêtérent Philoclés ; pour Apellès, ayant été envoyé après un certain Chéréas , 1l ap- prit en chemin la dénonciation de -Xychus, & fe fauva en ftalie. Perfée apprit, fans s’en mettre beaucoup en peine, que tout le myftére étoit découvert; car , il avoit fufffamment affermi fa puif- fance, pour fe difpenfer de fuir. Toute la précaution qu'il prit, fut de s’abfenter quelque tems, &c de ne pas fe préfenter aux yeux d’un pere juftement irrité, mais qui n'a- voit plus que peu de jours à vivre. Philippe donc, défefpérant d'avoir ce Prince en fa puiflance , ne fon- gea plus qu'à empêcher au moins qu'il n'ajoûtât à l'impunité la ré-. compenfe de fon crime. Il fit ve- nit Antigonus , à qui il avoit don- né toute fa confiance , fur tout depuis qu'il lui avoit aidé à de- couvrir. le parricide de Perfée ; outre quil le jugeoit digne de commander aux Macédoniens, qui navoient pas oublié les athions glorieufes de fon oncle Antigo- nus ; & lui découvrant tout le fecret de fon ame : » Puifque les » dieux, lui dit-il, m'ont affligé » jufqu’au point de me faire de- »_ fret l'extinction de ma famille; » ce que les autres regardent » comme le plus grand des mal- .» heurs , j'ai deflein de vous ren- » dre le royaume que votre on- A N 77 » cle m'a remis plus puiflant qu'il » ne l’avoit recu , après l'avoir » gouverné lui-même avec autant » de courage que de fidélité. Vous » êtes le feul de ma race, que je » juge digne de porter le fceptre. » Si elle étoit entièrement éteinte, » j'aimerois nueux le voir anéan= » ti, que de le laïfler à Perfée, » comme la récompenfe de fa » perfidie & de fon impiété. Je » croirai voir revivre Démétrius, » fi je vous puis laïfler regner en » fa place , vous qui, feul, avez » pleuré la mort d’un fils inno- » cent, & partagé l’affliétion du » plus malheureux de tous les » _peres. « Depuis cette converfation, il le combla d’honneurs & de dif- tinGions, &c ne cefla de le pré- fenter à fes: fujets, comme celui qui devoit les gonverner après lui. Son fils étant alors dans la Thra- ce, il commença à parcourir les villes de la Macédoine avec An- tigonus , le recommandant à tous les Grands du royaume, comme fon héritier ; & s'il avoit vécu plus jong-tems , il eft indubita- ble qu'il l'eût laiflé dans la pof- fefhon paifble du royaume. Mais, dès qu'il fut mort, & que Perfée eut ceint le diadème , Antigonus fut tué par l’ordre du Roi; ce qui ariva lan 179 avant J. GC, & de Rome 573. ANTIGONUS , Antisonus, Avriyorce : (a) l’un des feigneurs de la cour de Perfée, roi de Ma- cédoine. Comme une armée de Gaulois, vers l'an 168 avant l'Ére o (4) Tit, Liv, L. XEIV, Ce 26% 27% Roll, Hit, AnC: Tom, V, pag. 58e 7e … A N = Chrétienne, s'étoit arrêtée aux environs d'Éfime, à vingt-cinq . lieues du fleuve Axius , où elle attendoit la récompenfe ; donc Perfée étoit convenu avec elle, Antigonus y fut envoyé pour or- donner äcette armée d'aller camper à Bylazor, dans la Péonie, & aux Princes & chefs de la nation , de fe rendre auprès du Roi. Lorfquil eut fait connoître la volonté de ce : Prince, il leur vanta l'attention &t la générofté avec laquelle il avoit fait préparer à leurs foldats, fur le chemin, toutes fortes de provifions en abondance, & les préfens d'habits, de chevaux & d'argent , dont il devoit régaler les. principaux à leur arrivée, » C'eft ce que nous verrons , » quand nous ferons fur les lieux, » répondirent-ils ; mais, le Roi » a=t-il fait apporter largent » quil a promis de payer comp » tantaux foldats , tant fantaffins » que cavaliers ? « Comme An- tigonus ne leur donnoit point la- deffus de réponfe pofirive : » Eh » bien! dit Clondicus, leur roi, 7 teétournéz donc vers votre mai- ». tre , & dites-lui que les Gaulois » ne front pas un pas davanta= » pe, qu'ils n'aient reçu l'or & les » Ôtages. « Perfée , ayant appris cette réponfe, aflembla fon con- feil , où il ne tronva perfonne qui ne fût d'avis qu'il falloit fatisfaire les Gaulois. Lui feul plus attentif à la confervation de fon argent, qu'à celle de fon royanme , s’em- porta contre la férocité & la per- fidie de ces barbares. Re AN Ï ny avoit perfonne dans {e confeil , qui ne vit que la crainte de cette multitude, que le Prince fafoit valoir, n’étoit qu’un pré- texte , & que celle de donner de l'argent étoit la feule à laquelle il fût fenfible. Mais, pérfonne n’o- {ant lui parleravec fincérité, An- tigonus fut renvoyé aux Gauloïs, pour leur déclarer que le Roi n'a voit beloin que de cinq mille ca- valiers , & qu'il les difpenfoit de lui fournir le furplus. À cette pro- pofition, tous les foldats murmu- rérent hautement contre Perféer, qui leur avoit fait quitter leur pais fous. l'efpoir d’une récompent qu'il leur refufoit, dans le mo> ment qu'ils s'attendoient à la re- cevoir. Clondicus demanda une. feconde fois fi au moins Perfée tiendroit parole aux cinq mille hommes, qu'il acceptoit. Gomme Antigonus ne donnoit encore que des paroles ambigues , fans faire aucun outrage à ce négocia- Se teur peu fmcère , qui les trompoit pour Ja féconde fois, ils rebronf- férent chemin vers le Danubes Pour Antigonus , il ne croyoit pas ên être quitte à fi bon mar= ché, . ANTIGONUS,, Antigonus À vriyoroc , (a) fils de Jean Hir- cari, & petit-fils de Simon Mac- cabée. Ïl avoit été aflocié à la royauté par fon frere Ariftobale: Ce Prince obligé, par une mala- die de revenir de l'Iturée à Jéru- falem , laiffa à ÂAntigonus le com- mandement de l'armée, pour ache- ver la guerre quil y avoit com- (2) Jofeph, de Antiq. Judaïc, P- 454455. Roll, Hift, Anc, T, V, p. 251 y 252% mencée. La Reine &t fa cabale, quienvioient la faveur d'Antigo- nus, profitérent de cette maladie, pour indifpofer le Roi contre lui, par de faux bruits & de noires calomnies, Antigonus revint biens tôt à Jérufalem , après les heu- reux fuccès par lefquels il avoit terminé cette guerre. Son entrée fut une efpèce de triomphe. On célébroit alors la fête des Taber- naclès. Il alla droit au temple, tout armé & avec fes gardes, comime 1l étoit entré dans la Ville, fans fe donner le tems de rien changer à fon équipage. On lui en fit un crime auprès du Roï, qui, prévenu d’ailleurs contre lui, lui envoyä ordre de fe défarmer, & de le venir trou- Ver en diligence, comptant que, sil refufoit d'obéir, c'étoit une prenve qu'il avoit quelques mau- vais deflein ; & en ce cas , il or- donna qu'on le tuât. Celui qu'A- riftobule avoit envoyé , gagné par R Reine & pär fà cabale , lui Tapporta l’ordre tout autrement , &t lui dit que le Roi fouhaitoit de le voir tout armé, comme il étoit. Antigonus partit aufhi-tôt pour lé venir trouver ; & les gar- des, qui le virent armé, exécu- térent leurs ordres , & le tuérent, l'an 101 avant l’Ére Chrétienne, Ariftobule ayant {cu tout ce qui s'étoit pañlé , en fut vivement touché , & ne put fe confoler de fa mort. Tourmenté par les re- Mords de fa confcience pour ce meurtre & pour celui de fa mere, A N- 9 il traina une vie miférable 7 eéxpira enfin dans les douleurs & dans le défefpoir. ANTIGONUS , Anrigonus, Avriyne, (a) fils d'Ariftobule, qui étoit frere d'Hircan. 1] fut envoyé à Rome, lan 63 avant J. C., avec fes freres Ariftobule & Alexandre. C’eft Pompée qui les yenvoya , les ayant faits pri- fonniers , lors de la démolition des murailles de Jérufalem , & du rétabliflement d'Hircan, dans le royaume de Judée. Antigonus trouva le moyen de fe fauver de Rome avec Ariftobule; enforte qu'ils revinrent en Judée cinq où fix ans après. Îls effayérent d’y ré. tablir leurs affaires , par le moyen de leurs amis ; mas, ils furent défaits & pris par Gabinius, qui les envoya de nouveau à Rome. Ariftobule y demeura; mais, on renvoya en Judée Alexandre & Antisonus , fes fils , parce que Gabinius avoit marqué qu'il l’a- voit aïnfi promis à leurmere. Céfar, l’an 47 avant J. C., ren. voya Ariftobule en Judée, afin que lui & Antigonus, fon fils, attiraflent cette Province à fon parti, & qu'ils la foulevaffent con- tre Pompée ; mais, Ariftobule fut empoifonné par ceux du parti de Pompée. Alexandre , fon fils ainé, fut décapité par ordre de Scipion à Antioche, Antisonus, fe voyant exclu de la Judée par Antipater & fes fils , eut recours à Céfar, &t lui expofa les malheurs , que fon pere & fon frere avoient (a) Plut. Tom. I. pag. 932. Jofeph.}p.264, 265. & fuiv. Mém.de PAcad. de Antiq. Judaïc. L Érv De Bell. fes Tien & Bell. Lertr. Tom: XVI. Judaïc, É: T, Roll, Hit, ANC: Tom, V, | Pe 299e s XIX, Pe92 T, XXI, pe 27e Léù à à 86 À N laquelle le Prêtre portoit un habit de femme , &t avoit la tête liée d'une mitre , on d’une bande#à la manière des femmes. La raifon en étroit, felon Plutarque , qu'Her- cule s'enretournant après la prife de Troye , une tempête écarta fix navires qu'il avoit ; & que celui qui le pottoit , fit naufrage à l'ile de Cos , où après avoir erdu fes gens, fes armes & fon F il prit terre. Ilpria un berger, nommé Antagotas , de Jui donner un bélier. Le berger, qui étoit fort & robufte , lui pro- pofa de lutter contre lui , & lui promit le bélier , s’il demeuroit vainqueur. Hercule accepta la con- _dition; & quandils en furent ve- nus aux mains , les Méropes fe ‘mirent du côté d’Antagoras, & les Grecs, qui fe trouvérent À, du côté d'Hercule, . Le combat fut rude. Hercule, accablé par le grand nombre, s'enfuit chez une femme Thra- ‘cienne , & prit l'habit de femme, Pour tromper ceux qui le pour- fnivoient, ce qui lui réuffit. Ayant “depuis vaincu les Méropes , après avoir fait les expiations ordinai- res, il époufa Alciope, portant, le jour des noces , une robe ornée. de fleurs. C'étoit en mémoire de ce fait, que le Prêtre, en habit de femme, offroit un facrifice au lieu du combat, oh les fiancéss, aufh en habits de femmes, em- brafloient leurs fiancées. ANTIMAQUE, Antimachus, (4) Pauf. pag. 117, À N es, Àrriuayos, (a) étoit fils de Thra: fyanor , petit-fils de Ctéfippe, & atrière petit-fils d'Hercule, I fut pere de Déïphon , à qui Témé- nus, toi d’Argos, donna toute fa confiance, ANTIMAQUE, Antimachus, À vriuwSoc ; (8) eut pour pere Éleûryon » fils de Perfée, & roi de Mydéum. Antimaque & fes fieres furent tués dans une guerre contre les Télébes. Leur pere prit les armes pour venger leur mort. Mais, il fut bleflé par un accident imprévu, & mourut de cette blef-. fare. Antimaque fut pere d'Am- phianax. Il y a des leçons qui portent Amphimaque ; mais, c’eft une faute .de copifte , à ce qu'on croit. ANTIMAQUE, Antimachus, Avriuayxo, (c) lun des capitai- nes Troyens. Corrompu par les préfens de Pâris , il empêcha, par es confeils, qu'on ne rendit Hé- 1éne à Ménélaus. Homère rapporte qu'il avoit dans fon palais des tré- fors infinis, de l'or, de l'airain, du fer. C’étoit d’ailleurs un vail- lant Prince, qui fut pere de Pr fandre , de l’intrépide Hippoloeus -&t de Léontéus. ANTIMAQUE, Antimachus, À vripaycc, (d)ofhcier de Perfée, roi de Macédoine. Il commandoit ce corps de cavalerie , appellé JEfcadron facré par les Macédo- mens, L'an 171 avant J. C., s’é- “tant donné un combat entre ces peuples & les Romains , les pre- (c) Homer.:Iliad, L.XI, v. 123. @ fe. (7) Pauf.-pag. 213, Mém, de l'Acads (1. XIL. v. 188. des Infcript. & Bell, Lett, Tom, VIE, pes: 108 , 109, (d) Tit, Liv, L, XLIL. c. 66, Roll Hit, Anc. Kom, V. pag. 36,% AN miets fe retirérent , laïffant fur la place trois cens hommes de pied, & vingt-quatre cavaliers des plus diftingués de cet Efcadron facré. Antimaque fut du nombre des tués. ANTIMAQUE , Antimachus, Ayriuayos, (a) antre officier du roi Perfée. [1 étoit gouverneur de Démétriade, l'an 169 avant l'Ére Chrétienne. (Cette Ville étant afliégée cette même année par _Euménès , roi de Pergame & par les Romains , on dit qu'Antima- que & un certain Crétois, nom- mé Cyda, menagérent une en- trevue entre l'ennemi & Île roi Perfée , & traitérent des condi- tions auxquelles ils feroient allian- ce. Ce fut du moins le bruit pu- blic, & même le fiége de Démé- triade fut abandonné, ANTIMAQUE, Antimachus, Avruaxos, (b) poëte & gram- mairien , fils d'Hyparchus, naquit à Colophon, ou à Claros en {o- nie , & fuivant d’autres, à Téos. {] étoit contemporain d'Hérodote, puifqu'il fut , felon certains, difci- ple de Panyafis & de Stéfymbro- te, qui florifloient vers l'an 480 avant J. C. Il vivoit encore vers lan 400 , au tems de la défaite des Athéniens par Lyfandre ; &c Platon, dans fa jeunefle , avoit vu ce Poëte dans un âge très- avancé. Quintilien dit d'Antimaque , qu'il avoit de la force & de la (a) Tit. Liv. L, XLIV. c. 13. Mém. de PAcad. des Infer, & Bell. Lett, Tom.{c.1. Plut. XII. pag. 277 ; 278. (&) Suid. Tom, I. pag. 303. A N 87 folidité ; & que fon élocution, qui n’étoit nullement commune , avoit fon prix, & éfoit digne de louan- ge ; mais, que quoique les Gram- mairiens , d’un commun accord, lui euffent déféré le fecond rang après Homère , il étoit certain qu'on ne trouvoit, dans fes ou- vrages, ni fentimens, ni agré- ment , ni ordre, & qu'il manquoit abfolument d'art ; ce qui faifoit voir manifeftement l'énorme diffé- rence, qui étoitentre approcher de ce grand Poëte, &t n'être que le fecond après lui. Cependant, Platon faifoit une telle eftime des poëfies d'Antima= que , qu'il envoya exprès au lieu de fa naiffance , pour les recueillir. L'empereur Adrien préféreit ce Poëte à Homère , dont il vouloit férieufement fupprimer les ouvra- ges; mais, il n'a fervi de rien à ÂAntimaque d’avoir. de tels protec- teurs ; {a Thébaïde a péri avec fes autres poëfies. Herméfianax ne Va pas oublié dans la hifte des Poëtes amoureux. Touché d'une violente paflion pour Lydé, foit qu'elle fût {à femme, comme Plu- farque la cru , foit qu'elle fût fa maïîtrefle, comme l’aflure Cléar- que, il la fuivit jufques fur les bords du Paétole , & l'ayant vu expirer fous fes yeux ; il revint à Colophon, où, felon le même Herméfianax, il fit entendre les “plustriftes élégies. Plutarque ajoù- te qu'il y rappelloit tous les mal= Lucian. Tom. I. pag. 776. Quint. L.X. Tom. T° pag. 24, 253; 443 Mém. de l'Acad. des Infeript. & Bell, Pauf.| Let, Tom, VII. pag. 294: 360, PaB: 494 » 495 » 496, Athæn. page 598. FE iv 88 “AN heurs arrivés aux Souverains, pour confoler par le fotwenirde leurs infortunes ; mais, il faut avouer que, fi l'enflure, tant de fois re- prochée à la Thébaide d’Antima- que, repnoit également dans fes élégies , il n’excella pas en ce genre. Les termes empoules font le partage ordinaire des déclama- tions , ils ne {çautoient partir d'un cœur véritablement touché. Plutarque , que nous venons de citer , rapporté qu'Antimaque , & un certain Nicératus d'Héra- clée ; ayant compofé chacun un poëme, qui portoit le nom de Lyfandre, dfputérent le prix de- vant Jui, & qu'il adjugea la cou- ronnéà Nicératus. Antimaque en eut tant de dépit, qu'il fupprima fon poëme. Platon, qui, comme nous lavons déjà obfervé, admi- roit la poëñe d'Antimaque, voyant qu'il étoit au défefpoir de cet-affront, prit foin de le con- foler & de l’encourager , en ln difant que l'ignorance eft pour les yeux de l'efprit , ce que laveugle- ment eft pour les yeux du corps. (a) Il y eut encore quelques autres poètes Grecs du nomd An- timaque. 1.9 Un, qui étoit d'Hé- liopolis en Égypte. Il avoit écrit une defcription de la produétion du monde. C'étoit un poëme compofé de 3780 vers. 2.9 Un autre , qui étoit en même-tems. muficien ; on le furnomma Pfécas, du Grec, Vers. 705, roris gurtu- 2; de la rofée, une goutte de rofée, où d'eau C'etoit parce (a) Suid. Tom. I. pag. 302. Plin. L. XXXIV. c, 8 Demofth, pag. 965, y A N qu'il crachoït fur ceux qui étoient près de lui. Pline parle d’un An- tmaque , qui étoit un. célebre fcuipteur. Démofthène parle auf d'un Antimaque. (C'eft dans fa harangue pour Phormion. ANTIMENE., Antimenes, A vriuernc, fils de Déiphonte & d'Hyrnétho. Voyez Hyrnétho. ANTIMÉTATHESE, Anti- metathefis , figure de rhétorique , qui confifte à répéter les mêmes mots ; mais, dans un fens oppofé ; comme dans cette penfee: Vo ut edam vivo , fed ut vivam edo ; Je ne vis pas pour manger, maïs, je mange pour vivre. On nomme encore cette figure Antimétabole, & Antimétalepie, - ANTIMOINE, Subium, CTI () forte de minéral, qui approche de la nature des métaux, &t que quelques-uns croyent en contenir tous les principes; parce qu'il fe trouve près des mines des uns & des autres , & fur tout dans les mines d'argent & de plomb. Souvent même, il a fa mine propre. On l'appelle auf Marchafite de plomb ; & les Chymiftes le nomment le Loup , ou le Saturne des Philofophes ; parce qu'il dévore les autres mé- taux, quand on les fond enfemble . & qu'il les confume tous, à la réferve de lor. On l'appelle aufi Prothée , à caufe de la diverfité des couleurs , qu'il prend par le moyen du feu. On le tient com- pofé d’un double fouffre minéral, lun métallique , approchant de la (&) Reg, L. IV, €. 9. v. 30. Job. €. 42» V. 14+ Jercm. c, 4, v. 30. Ezech. 6 23 Vs 42e A N pureté & de la couleur de celui de l'or | & l'autre terreftre & combuftible , femblable prefque au fouffre commun; d’un mercure fulipineux & mal digéré , partici- pant de la nature du plomb, & d'un peu de fel terreftre. Il eff de couleur noire & rempli de longues évuillés brillantes. meilleur vient de Hongrie. L’An. timoine eft aujourd’hui fort em- ployé dans la médecine ; mais, avant le douzième fiécle, on ne s'en fervoit que dans a compo- fition du fard, L'Écriture nous le décrit com- me un fard , dont les femmes fe fervoient pour noircir les yeux. Jézabel , ayant appris que Jéhu devoit entrer dans Samarie, fe farda les yeux avec de l'Antimoi- ne; ou, felon l’'Hébreu, mit fes Yeux dans l’Antimoine , ou fe les en frotta entièrement, où même elle les plongea dans le fard, Pour parler à cet ufurpateur, & Pour fe montrer devant lui. Comme les yeux grands , bien fendus, & noirs, pañlaient pour les plus beaux ; ceux & celles , qui avoient foin de leur beauté , fe frottoient le tour de l'œil & la Paupière avec une éguille trem- Pée dans une boëte de fard d’An- moine | pour fe noircir l'œil ; POur étendre la paupière , ou plu- tôt pour la replier , afin que l'œil €n parût plus grand, Encore au- Jourd’hui, les femmes Syriennes, Arabes & Babyloniennes { frot- tent & fe noirciflent le tour de l'œil; &dans le défert les hom- Le % ANS - @ mes & les femmes mettent L noir dans les yeux, pour les conferver contre l’ardeur du f6- leil, &t contre la vivacité de fes Tayons. Jérémie parlant aux filles de Sion : » En vain, leur ditil, vous » revêtirez-vous de pourpre , & » mettrez-vous vos colliers d’or: » En vain vous peindrez-vous les » yeux avec l’Antimoine. Vos » amans vous mépriferont. « Ézéchiel découvrant les déregle- mens de la nation Juive , 1ous l'idée d'une femme débauchée , dit qu’elle s'eft baionée; quelle s'eft parfumée; qu'elle a frotte fes. yeux d’Antimoine ; qu'elle s'eft parée ; qu’elle s’eft aflife {ur uæ très-beau lit, & devant une ta- ble bien couverte. Job marque aflez l’eflime que l'on faifoit de PAntimoine , en donnant à ue de fes filles le nom de vafe d'An- timoine , ou de boëte à metre le fard. Selon lAuteur du livre d'Hénoch, dès avant le Déluge, l'ange Azléel apprit aux fillés l'art de fe farder. ANTIMONARCHIQUE, Antimonarchus ; -A’vrluorepstoe 3 c'et-à-dire, quieft oppofe à la Monarchie , ou gouvernement Royal. Ce mot vient du Grec, avri, Contre , Contre, Hovoc, foluss feul, & dpxn, imperium, em- ire, ANTINOË , Antinoë , (a) À’vrwsr, fille de Céphée. Il LA en a qui lifent Antonoé , Auto- noë. Quoiqu'il en foit, Antinoé , en vertu d'un certain Oracle, (4) Pauf, p. 467, 469. Mém. de l'Acad. des Infer. & Bell, Lert. T, XIV. P 149% 90 AN fransféra les habitans d’une Ville, bâtie par un fils de Lycaon, dans celle des Mantinéens. On dit qu'un ferpent lui montra le che- min qu'elle devoit tenir ; mais, on ne dit pas quelle efpèce de ferpent c’étoit. On ajoûte feule- ment que le fleuve, qui traver- foit la Ville, fut nommé de-là Ophis ; car, Ophis en Grec, veut dire un férpent. Que s'il eft permis de tirer quelque conjectu- re des vers d'Homère , Paufanias croiroit que ce ferpent étoit un dragon. En effet, lorfque , dans le dénombrement des vaifleaux, ce Poëte dit que les Grecs Jaïifférent Philoététe à Lémnos, fouffrant des douleurs mortelles de la piquure d'un fervent, il fe fert, non du mot Ophis, mais, de celui d'Æydros , une Hydre; & au contraire, quand il dit qu'un aigle , qui tenoit un dragon dans fes ferres , le laiffa tomber au milieu des Troyens , il employe le mot Ophis. C'eft pourquoi, on peut croire que le ferpent, qui fervit de guide ‘à Antinoé, étoit un dragon. On croit qu'Antinoé repofoit auprès du lieu appellé par les Mantinéens, Les autels du foleil. Près de fa tombe étoit une co- lonne , fur laquelle on voyoit une flatue équeftre de Grillus , fils de Xénophon. ANTINOÉË, Antinoë, Avr vu, June des filles de Pélias. Voyez Pélias. (a) Un Poëte , nommé Pané- (a) Mém, de l'Acad, des Infcript, & Bell. Lett, Tom, LE pag. ALZe de Pénélope. AN rates , ayant trouvé une fleur de Lotos rouge , l’apporta à Fem- pereur Adrien, comme nine chofe extraordinaire; & pour lui faire fa cour, il dit qu'il falloit donner à cette fleur le nom d’Antinoé. » Pour la conleur rouge qu'elle » a, ajoûta-t-il, elle lui vient du » fang de ce lion de Libye , que » vous avez tué, il ny a pas ».long-tems, à la chafle. « Cette fade adulation lui procura une place dans le Mufée d'Alexandrie. Ï! faut croire , pour Fhonneur des Lettres , que les Sçavans, qui compoloient cette célebre fociêté, regardérent avec mépris » celui qu'une pareille flatterie avoit mis au nombre de leurs confréres. ANTINOIÏIES, Arrinoïs, fêtes | qui furent inflituées par Adrien, en honneur d'Antis noûs , fon favori, ANTINOPLE , o4 ANTINO- POLE, Antinopolis ; AvTIvo TOME » ville d'Égypte, dans la Thébaide. Elle s’appella premièrement Befa. Voyez Befa. ANTINOUS , Antinoës , (b) Ash , fils d'Eupéithes , &c pa- rent d'Ulyfle, étoit l’un des amans Mais, cétoit uf amant violent & plein de fl. En effet, après un difcours pro: noncé par Télémaque, fon rival, & fils d'Ulyfle , il fut le premier à rompre le filence. » Téléma- » que, lui dit-il, fans donte, ce » font les dieux mêmes , qui vous » enfeignent à parler avec tant de » hauteur & de confiance. Je fou- (6) Homer. Odyff. L. I. v. 382. & fifr L, KVIL v. 374, & Jez Le XKIE, ve 25e dr fea. 3 < * - AN » haite de tout mon cœur, que » Jupiter ne vous donne pas fitôt » le fceptre de cette Ile [ celle » d'Ithaque |; qui vous appar- ». tient par votre naiflance. « Ce difcours, felon la remarque de Mde Dacier , eft une raillerie fine, & une imprécation ; car, il veut lui dire que n’ayant pas été bien élevé & bien inftruit par des hommes , il veut parler comme sil étoit infpiré par les dieux. Il fouhaite qu'il ne regne jamais; <ar , puifqu'il parle f1 fièrement, métant que Prince , que ne feroit- il point s’il étoit Roi, & en poñlef- fion d'un État, qui ne lui appar- «ent que par fucceflion, & auquel il ne fçauroit prétendre par fon mérite ? Télémaque l’entend fort bien; mais, infpiré par Minerve, il diflimule , & prend cette impre- cation pour une/prere, qu'Anti- AOÛS fait en fa faveur. Une autre fois, Antinoüs fâché contre Eumée, de ce qu'il avoit .amen< Ulyfle, qu'on prenoït dans <e moment pour un inconnu : » Vilain gardeur de cochons , lui » dit-il, & que tout le monde » prendra toujours pour tel, D Pourquoi nous as-tu amené ce » gueux? n'ayons-nous pas aflez » de vagabonds & aflez de pau- » Vres pour affamer nos tables? » te plains-tu qu'il ny en ait pas » déjà aflez pour manger le bien -# deton maître, :& falloit-il que # tu nous amenaffes encore celui- » BR? « : Cependant, tous les Princes, -qu étoient préfens , donnérent Hbéralement à Ulyfle, & empli- rent {a beface de pain & de vian- AN 97 de ; de manière qu’il avoit de quoi s’en retourner fur le feuil de la porte, & faire bonne chere. Maïs, il s’approcha d'Antinoüs, & lui dit: » Mon ami, donnez-moi » aufh quelque chofe ; à votre » mine, il eft aifé de voir que » Vous tenez un des premiers » rangs parmi les Grecs, car, » vous reflemblez à un Roi; c'eft » pouiquot.il faut que vous foyez » plus libéral que les antres, je » célébrerai par tonte la terre » votre pénérofité. .. .. J'ai êté » vendu autrefois à un étranger, » qui me mena en Cypre, où 4 ‘» me vendit à Dmétor, fils de » Tafus , qui repnoit dans cette » ifle, De-là, je fuis venu ia, » après bien des traverfes &t des n_ aventures , quil feroit trop long » de vous conter. « Alors, Antinoüs s’écria : » Quel » dieu ennemi nous a amene ici ».ce fléau, cette pefte des tables? » éloigne-toi de moi, de peur » que je ne te fafle revoir cette » trifte terre de Cypre. Il »'y a » pointde gueux plus impoïtun, » plus impudent ; va, adrefle-toi » à tous ces Princes , ils te don- » neront fans mefure. ; car, äls » font volontiers largefle du bien » d'autrui. « Ulyfe s'éloignant, Jui dit: » Antinoüs, vous êtes n beau & bien fait; mais, le » bon fens n'accoripagne pas »n cette bonne mine. On voit » bien que chez vous, vous ne » donneriez pas un grain de {el » à un mandiant , qui feroit à » votre porte, puifque vous n’a- >» vez pas même le courage de » me donner une pettte partie GE, 92 AN » d’un fuperflu, qui n’eft point 3 à vous. « Ro Cette réponfe ne fit qu'irriter davantage Antinoüs , qui, le re- gardant de travers, lui dit: » Je » ne penfe pas que tu t'en retour- » nes en bon état de ce palais, # puifque tu as linfolence de me » dire des injures. « En mème- tems, il prit fon marche - pied, le Im jetta de toute fa force, & Fatteignit au haut de l'épaule. Le coup , quoique rude, ne l'ébranla point. Ulyffe demeura ferme fur fes pieds comme une roche ; d ‘branka feulement la tête, fans dire une parole , &c penfant pro- fondément aux moyens de fe venger. : L'occafon fe préfenta bientôt. En eflet, un jour qu'Antinoüs étoit à table , tenant une coupe pleine de vin, & la portant à fa bouche, dans le moment que a penfée de la mort étoit bien éloï- _onée de ln, Ulyfle le frappa à la gorge, & la pointe mortelle ln perça le cou. Il fut renverfé: de {on fiége , la conpe lui tomba . des mains, un ruifleau de fang - lui fortit par les narines , il ren- ‘verfa la table avec fes pieds, & jetta par terre les viandes, qui nageoient pêle-mêle dans le fang. … Les autres , le voyant tomber, firent grand bruit , fe levérent avec raies ; & cherché- rent de tous côtés des armes ; mais , ils ne trouvérent ni bou- chier, ni pique; Ulyffe avoit eu la précaution de les faire enlever. ANTINOUS, Antinoïs, (a) (a) Tit, Liv. L, XLV, Co 26% AN Avrhoce, naquit à Paflaron, ville de la Moloffide , en Épire. Il vi- voit 167 ans avant J. C. C'étoit un des principaux citoyens ; QUiy avec un autre, non moins diftin= gué, appellé Théodotus , avoit marqué autant de zèle pour Per- fée, roi de Macédoine, que de haine pour Les Romains. Ces deux chefs, à qui leur confcience re- prochoït une faute , dont ils ne devoient pas efpérer le pardon de la part des Romains, pour s’en- fevelir fous les ruines de leur pa- trie , fermérent les portes de la Ville aux troupes du préteur Ani- cius , lorfque ce général vint pour la foumettre , & exhortérent les habitans à préférer la mort à k fervitude. Perfonne n’ofoit ouvrir la bou- che contre deux hommes, dont le pouvoir étoit abfolu ; lorfqu'un jeune citoyen , d'une naïflanc égale à la leur, nommé Théo- dotus , comme l’un d'eux, eutle courage de prendre la parole con- tre des Généraux, qu'il appré- hendoit cependant moins que les Romains. » Quelle rage vous » pofléde, dit-il à fes compatrio- » tes, & vous porte à envelop« » pet tant d'innocens dans la pu- » nition de deux coupables ? Pour » moi, Jai fouvent oui dire qu'il » s'étoit trouvé des particuliers, » qui étoient morts généreufe- # ment pour leur patrie. Ceux- » Ci font les feuls jufqu’à ce jour» » qui ayent cru que leur patrie » devoit périr pour eux , & avec » eux, Ouvrons plutôt nos por: RASE RE SU BR TA LS LCR ED. AN » tes aux Romains, & foumet- » tons-nous à üne Puiflance, à » qui tout l'univers eft fourmis. « Antinous & fon collégue, voyant que la multitude fuivoit ce jeune Citoyen , fondirent fur le corps des ennemis le plus voifin ; & s’offrant eux-mêmes à leurs coups, ils y trouvérent la mort, qu'ils cherchoient. Et fur le champ, la Ville fat rendue aux Romains. ANTINOUS, Antinous, (a) À vrires , jeune homme, ofigi- naire de Bithynie*, qui füivoit l'empereur Adrien dans #&s voya- ges. Il péfit en Ésypte, vers l'an de J.C. 132, par la barbare fu- perftition de celui dontil avoit fait les délices criminelles. Adrien, dévoué à toutes les efpècés de di- vination, fans en excepter la ma- gie, { perfuada qu'il avoit befoin d’une victime volontaire, qui don- mât librement fa vie, foit pour prolonger les jours de fon Prince, {oit pour quelqu’antre motif de luperftitieufe impiété. Antinous s'offrit, @&-fut accepté. Ainfi, Adrien immola fa propre idole; &t afin qu'il ne Ini manquât aucu- ne forte de travers & de contra- diétion , il pleura comme une fem- me |ceff l’expreflion d'un Hiflo- rien |, celui qu'il avoit immolé. Tel fut, dans le vrai, le genre de mort d’Antinoüs , quoiqu'À- drien, pour couvrir fon abomi- nable barbarie , ait répandu, & même configné dans des Écrits un récit différent, & fe foit ef- forcé de faire croire ‘dans le pu- (a) Pauf, pag. 460 , 470. Crév. Hift. des Emp. Tom. IV:-pag. 303 » 304 #e AN ( blic , qu'Antinoüs s’étoit Le dans le Nil, j : H auroit été de l'intérêt &t de la gloire de ce Prince, d’étouf- fer un f honteux fouvenir ; mais, les paflions ne raïfonnent point , fi ce n’eft peut-être dans ce qui tend à les fatisfaire. Adrien s’ap- pliqua à immortalifer , par toute forte de monuinens , un nom , qui le couvroit d’opprobre. Antnoüs étoit mort à Befa , ville de la Thébaide, fur le Nil, ancienne- ment confacrée à un dieu de mé- me nom. Adrienen fit une ville toute nonvelle, par les bâtimens qu'il y ajoûta, & l’appella An- tinople. Îl y conftruifit un tem- ple en l'honneur d'Antinoüs , où * il mit des Prêtres & des Prophé- tes; car, il voulut que ce dieu, de fa création, rendit des oracles. En effet, l’on en débita quelques- uns, qui étoient de la compoii- tion d'Adrien lui-même. Il rem- plit l'univers de flatnes d'Anti- noüs , expoites à la vénération des peuples. Enfin, les Aftrono- mes ayant prétendu découvrir au “ciel un nouvel aftre, Adrien fei- gnit de croire que C’étoit ame d'Antinoüs, reçue dans le féjour des bienheureux, & laftre en prit le nom. ANTIOCHE, Antiochia ,; Avrioyxele ; ville de Syrie, fur le fleuve Oronte, à cent vingt ftades de la mer. Elle fut bâtie Jan 307 avant I. C., par Séleu- cus. Nicanor. Ce Prince ayant vaincu Antigonus , : s'empara de Lert. Tom, I. pag. 280: Tom. IV. page , 1260. Tom. XIV. pag Mém, de l'Acad. des {nferipr. & Bell. I XVII. pag: 223 » 224° o À N da haute Syrie, & y jetta les fon- demens de cette Ville, qu'il ap- pella Antioche, du nom de fon pere, ou de fon fils ; car, l’un & l’autre fe nommoit Antiochus. (4) Antigonus, peu de tems aupara- vant, avoit bâti dans le voifinage une Ville, qu'il avoit nommée Antigonie, Séleucus la fit démolir entièrement ; il fe fervit des ma- tériaux pour la fienne, & y fit pafler tous les habitans de la pre- mière. Séleucus bâtit dans le mê- me-tems plufieurs autres Villes ; &t dans toutes ces nouvelles Villes, il donna aux Juifs les mêmes pri- viléges & les mêmes immunités - qu'aux Grecs & aux Macédoniens, fur tout à Antioche, où il s’en érablit beaucoup ; de forte qu'ils. Y occupoient une partie aunffi con- fidérable de la Ville, qua Ale- xandrie. | Antioche reçut depuis des accroiflemens , dont elle fut rede- vable à d’autres grands perfonna- . ges. C’eft pourquoi elle eft nom- mée par Strabon T'étrapole ; c’eft- a-dire, quatre Villes , à caufe des quatre parties , dont elle fe trouva compoiée dans la fuite. Chaque partie étoit fermée d’un mur parti- culer, & les quatre enfemble lé- toient encore d’un mur commun. L'année à Antioche commen- çoit au premier O&tobre ; mais, on y fuivit des Éres fort différen- tes, On a vu Antioche abandon- (a) Tir. Liv. L: XXXIII. c, 19: EL, XLI. €, 20, Strab. pag, 750, #51. Juit, L, XV. c, 4. Vlin. L.-V, c.ar. Ptolem. L, V. c. 15. Pomp. Mel. L, I, c. de Phœn. Roll. Hift. Anc. Tom. IV. pag. 154,155. Crév. Hift, des Emp, Tom. IV, p.242, 243. Tom, V, p, 428, 429. AN nef , fous les Romains , celle qu'elle avoit eue fous les Séleuci- des ; prendre d’abord celle de l’Autonomie , accordée par Pom pée; puis.la quitter, pour pren- dre celle de la confirmation ou du renouvellement de cette Auto- nomie par Jules Céfar ; quitter celle-ci, pour prendre celle de l'empire d'Augufte en orient, apres la défaite d'Antoine, & re- venñir enfuite, thème fous le re- gne d’Aupufte , à l’époque de Jules Céfar. On remarque qu'il n'y a guêre de Villes, qui fe foient plus fervies de contre-marques, fur leurs monnotes , que celle d'Antioche , principalement fur les monnoïes, qui ont pour type, d'un çôté la tête de Jupiter, & au révers , la figure du même eu, aflife, portant fur fa mai droite une petite viétoire , avec la légende: ANTIOXEON MH- TPOLOAEQOS , ou ANTIO= XEON MHTGOHAECS AT- TONOMOT. La ville d'Antioche, fi l’on en croit 5. Jérôme , s'appelloit au- tréfois Réblat. I] n’en eft parlé fous le nom d’Antioche que dans les livres des Maccabées , & dans ceux du nouveau Teftament; maïs, 1l eft fait mention de Réblat, ou Réblata dans lelivre des Nombres, dans les livres des Rois, & dans Jérémie. Théodoret dit que , de {on tems, il y avoit une ville de D. Vail. Géog. Hift. Eccléf, Tom. IX: PAS: 1843 185. Mém, de l’Acad, des Infcripe, & Bell. Letr, Tom, VII, p+ 103° Tom. X, pag. 490. Tom. XL: pag: 52° Tom. XII, PAg. 470: 482, 484. Ton XIV, pag: 134 Tom. XVI: pag. 1938 2895295. Tom. XVII, pag. 4 rene parer OPEN TER IR SON ETAT TH nn ee prenne prone | À N Rébiat auprès d'Émele en Syrie; ce qui eft fort contraire à l'opi- nion de S. Jérôme. Quoiqu'il en foit , la ville d’Añtioche n’eft con- fue fous ce nom, que depuis le reone de Séleucus Nicanor , qui, comme on l’a dit, la bâti, & lappella du nom d’Antioche, pour les raifons qu’on a données. Antioche ne fut pas moins cé- lebre fous le bas-Empire , qu’elle ñe l'avoit été ci-devant. On fçait qu'après la défaite de Pefcennius Niser , la ville d’Antioche qui s'étoit déclarée pour lui, perdit fes priviléges. Et fans le fecours des médailles, nous ignorerions que ce fut à la ville de Laodicée qüe Septime Sévere tranfporta la primauté de là Syrie, qu'Antio- _Che avoit toujonrs eue. Laodicée s’en glorifia aufi-tôt. Elle fit frap- per en l'honneur de Caracalla un médaillon , fur le revers duquel On lit ces mots autour d’une tête de femme voilée & couronnée de tours AAOAÏIKEON HPOTON CTPIAE : » Des Laodicéens qui » font les premiers de la Syrie. & Mais, ce triomphe ne fut pas de longue durée. Antioche rentra dans tous fes droits, qu’elle conferva. : Environ cent ans auparavant ; C'eft-a-dire, l'an de Rome 866, & de J. C. 115, on avoit reffenti à Antioche un tremblement de tèrre, qui fut très-funefte, parce que le féjour de l’empereur Trajan dans cetté ville, y avoit raflem- blé des troupes ; des ambafla- deurs avec leurs cortéges , une multitude de particuliers , qui avoient des affaires en cour, des Marchands , des curieux ; enforte AN que le malheur d’une feule Ville devint celui de tout l'empire Ro- main. Les fecoufles , accompa- gnées de tonnerres dans l’a, de vents impétueux , de feux foûter- reins, furent fi violentes , que tous les édifices fembloient prêts à quitter leurs fondemens , & la plüpart furent renverfés. Trajan fe fauva avec affez de peine par la fenêtre de la chambre, où ïl fut farpris par cet affreux accident. Il en fut quitte pour de legéres contufons. Dion, toujours ama= teur du merveilleux, dit que quel- qu'un ,au-deflus de l’homme pour la taille 8 pour la force , tira du danger ce Prince , chéri du ciel, Ce qui eft vrai, c’eft qu'il échap- pa; & le refte du tems que dura le tremblement de terre , il le pañla dans PHippodrome , loin de tout bâtiment. Le mal fe fit fentir dans une grande étendue de pais ; mais, c’étoit Antioche qui en fut le cen- tre, & qui en foufrit de plus “horribles ravages.® Notre Hifto- rien, fans marquer précifément le nombre des perfonnes qui y péri- rent, nous donne lieu de juger qu’il fut immenfe. Il ne nomme én particulier que Pédo , aétuelle- ment Conful. Lorfque le calme fut rétabli, on alla chercher, dans les décombres & dans les mafu- res , ceux qui pouvoient être en êtat de recevoir encore du fe- couts. On n’y trouva que deux énfans vivans, l’un avec fa mere aufh vivante , qui l’avoit nourri, & s'étoit nourrie elle-même de fon propre lait , l’autre quitéttoit encore famere déjà morte, LE ALES 102 AN . mus. L'infcription apprénoitque cet Athléte remporta le prix du Pentathle une fois aux jeux Olym- piques , deux fois aüx jeux Pythi- ques , & autant aux jeux Né- méens ; car , de fon tems ,*les Lépréates n’étoiènt pas exclus des jeux IHfthmiques, comme les Éléens le furent-du tems d'Hyfmon, qui avoit fa flatue auprès de celle d'Antiochus. É - ANTIOCHUS, Antiochus , A'vrloyes, le Pancratiafte. Xéno- phon dit qu'il futenvoyé en am- baffade par les Arcadiens vers le roi de Perfe. : ANTIOCHUS , Antiockhus, A vrissxoc , (a) chef d'un corps de Phocéens, compolé de trois mille fantaflins ; &c de cinq cens cava- hers. On lui avoit aflocié Arifto= bule pour le commandement. Ce toit-là le contingent que fourni- rent ceux de la Phocide, lorfque les Grecs réunirent leurs forces contre les Gaulois, commandés par Brennus, environ 279 avant lÉre Chrétienne. ANTIOCHUS , Antiochus , Avrlxce, (5) pere de Séleucus icator , l’un des capitaines d'A- lexandre le Grand, & depuis roi de Syrie. Selon Juftin, ce fut en honneur de cet Antiochus , que Séleucus donna le nom d’Antio- che à une Ville,‘ que ce Prince ft bâtir fur lOronte. Hérodote parle d'un Antiochus, pere de T'ifamè ne. : (a) Pauf. pag. 646. (8) Juft. Le XII. c. 4 Le XV: €. 4. Herod. L. IX..c. 32. / (c) Plur. Forñ. {: p. 06; 907. Pauf. Page 13, 28, Strab, pag: 516, 678, 624. AN : … On compte plufieurs rois di nom d'Antiochus, en Syrie, ainfi que dans la Comagène. Voici ce qui regarde les premiers. ROIS DESFRIE, ayant nom ANTIOCHUS. - ANTIOCHUS Soter, 47- tiochus Soter, Avrioyot Sorips (c) fils de Séleucus Nicator. Il fut furnommé Soter du Grec Zorvp, Salvator, Sauveur ; pour avow empêché les Gaulois de faire une irruption dans lAfie qu'ils vou- loient envahir. ÂAntiochus étant devenu éper- dument amoureux de la reine Stratonice , fa belle-mere , qui étoit fort jeune , & qui avoit. déjà un fils de Séleucus,fe trouvoit dans un, pitoyable état. Il faifoit tous fes efforts pour vaincre fa pañlion, mais toujours inutilement. Enfin fe condamnant lui-même , & fe difant continuellement que fes de- firs étoient infames, qu'il brûloit dune pañlion, où il ne pouvoit efpérer aucun foulagement , & que fa raifon étoit égarée, il ré- folut de fe délivrer de la vie & de fe laiffer mourir peu à peu , en népligeant {on corps , & en s’abf- tenant de prendre de la nourriture. Pour y réufhir , il fit femblant avoir quelque maladie cachée & incurable, Son médecin Érañftrate s’apperçut fans peine que fon mal - meétoit caufé que par l'amour ; Jutt. EL, XVI, Ce 25 ER XXIV: C: Ie Roll, Hift. Anc. Tom.IV. p.192, 193» 194: Mém, de l'A cad, des Infer. & Bell. Lett. Tom. VIT, pag. 00, dr fuiv. Tom, : XIE. pag. 207; 210, #11, LT. XVI, p. 804 mais , il n'étoit pas aifé de décou- vrir l'objet, qui caufoit cetre pa- fion fi violente. Voulant donc s'en aflurer , il pañloit les journées en- tières dans la chambre du mala- de; & quand il entroït quelque beau jeune garçon , ou quelque jeune femme fort belle, il regar- doit incontinent ‘au vifage d'An- tiochus , & obfervoit très-attenti- vement toutes les parties &t tous les mouvemens du corps , qui ré- pondent naturellement à toutes les paffions les plus fecretes de l'ame. Érañftrate , ayant donc remar- qué que pour tout le refte du monde qui entroit , il étoit tou Jours dans une fituation égale; &c que , toutes les fois que Strato- nice entroit, ou feule , ou avec le Roi, fon mari, ce jeune Prince me manquoit jamais de tomber dans tous les accidens, qui mar- quent une pafhon violente ; ex- tinétion dé voix, rougeur enflam- mée, nuage confus , répandu fur les yeux , fueur froide, grande inégalité & défordre fenfible dans le pouls , enfin lame étant en- tièrement abattue & accablée’, refpiration perdue , tremblement ee & päleur mortelle, Éra- iftrate , tirant de-là fes confe- quences , conclut , & non fans raïfon , qu'Antiochus étoit amou- reux de Stratonice , & qu’il avoit réfolu de cacher fa pafñon jufqu'à la mort. Mais, en même-tems, il penfa qu'il étoit très-dangereux de déclarer ce fecret , qu'il avoit déconvert. Cependant, plein de confiance dans l'amitié, que Séleucus avoit » vous n'avez ici nul be té AN 103$ pour fon fils, il fe hazarda un jour à lui dire que la maladie d'Antio- chus étoit un amour très-violenf,. mais un amour fans reméde , & qui ne pouvoit jamais être fatis- fait, » Comment, un amour fans » reméde , demanda le pere tout » étonné ? Oui fans reméde , ré- » pondit Érafftrate ; car , il eft » amoureux de ma femme. Quoi, » Érañftrate, repartit Séleucus, » étant mon am, tu ne cédrois » pas ta femme à mon fils, fur » tout \noùs voyant en dan- » ger de perdre notre unique » efpérance ! Mais, vous même, » Seigneur, répondit prompté- » ment Érafftrate , vous qui êtes » fon pere, le feriez-vous, S'il » étoit amoureux de Stratonice ? » Mon cher Érafiftrate , reprit » vivement Séleucus , plût au » ciel que quelque dieu favofa- » ble, ou quelque homme affez » habile changeât la pañhon de » monfils, & fubftituät Strato- » nice à la place de ta femme! » non feulement je facriñerois » mon amour, mais je donnerois » même tout mon royaume, pour » {auver mon cher Antiochus. «1 prononça ces paroles avec tant de LT » w Li paflion, &cles accompagna de tant de larmes, qu'Érafftrate lui ten- dant la main, lui dit:» Séipneur , a du » fecours d'Érafiftrate; car, étant » pere, mari & Roï, vous pou- » vez feul en même-tems être le » meilleur médecin du monde, » pour guérir votre fils, & pour » fauver votre maïfon. & Dès ce moment, Séleucus con- :‘voqua une-affemblée générale’ dé G iv TO4, AN tout le peuple, & là illeur décla- rai» Qu'il avoit réfolu , ét que tel » étoit fon plaïfir, de couronner » fon fils Anuochus, roi des hau- » tes provinces de l’Añe, & Stra- » tonice reme, & de les marier » enfemble; qu'il étoit perfaadé » que fon fils, accoûtumé à In: ‘ » Obéir en toutes chofes , & à * » lui être fournis , ne s’oppoferoit » point à ce mariage; & que, fi » fafemmeStratonice faifoit quel- -». que cifiiculté d'y confentir, » parce que c'étoit une chofe , _» qui n'étoit autorifée, ni par les » coûtumes , ni par les loix , il 2» prioit fes amis de lui faire fur .» cela des remontrances, & de » lui bien mettre dans l'efprit -». qu'elle devoit trouver beau & » juite tout ce qui étoit agréable » au Roi, &utile au royaume. « Voilà comment fe fit lé mariage de Stratonice & d’Antiochus. Cependant Julien l'Apoñlat, empereur des Romains, marque dans un écrit qu'on a de In ; qu'Antiochus ne voulut recevoir Stratonice pour fa femme . qu’a= près la mort de {on pére. Aurefte, cette maxime: Qu'elle devoir trou- Ver beau 6 jufle, tout ce qui étoit agréable au Roi, eft très-perni- cieuke , -& par conféquent très faufle, La Reine devoit trouver beau & jufte tont ce qui étoit agréable au Roi ; pourvu qu'il fût conforme aux lois 7 .. Anüochus , lan 262 avant J. ER voulut profiter de la mort de Philétère ; roi de Pergame, pour A N s'accommoder de fes États, Mais] Euménès, fon neveu & fon fuc- cefleur | avec une belle armée qu'il leva pour fe défendre , lui Evra bataille près de Sardes, & le battit fi bien, que non feule- ment il garda ce qu’il avoit déjà, mais 1] aprandit même confide- rablement {es États pat cette vic= toire. Antiochns., après cette défaite ; revint à Antioche, [l y fit mourir un de fes fils, qui avoit remné pendant fon abfence, & fit pro- clamer toi l’autre , qui portoit le même nom que lui. El mourut fort peu après; c'eft-à-dire, l’année fuivante , & lui laifla tons fes États. M, de la Nauze croit que la mort de ce Prince arriva avant celle de Séleucus, fon pere. ANTIOCHUS Tuéos, (a) Antiochus Theos, A'rrloyoctsce, fils d'Antiochus Soter & de Stra- tonice , fille de Démétrius, fuc- céda à fon pere au roéyaume de Syrie, l’an 267 avant J. C. Quand il parvint à la couronne , il avoit _ pour femme Laodice , (à fœur de pere. Îl prit enfaite le farnom de Æhéos, qui veut dire Dieu; & c'eft par-la qu'on le difingue encore aujourd'hui des autres rois de Sy- fie , qui ont porté le nom d'An- tiochus. Les Miléfiens furent les Premiers qui le Iui donnérent, pour lui témoigner leur reconnoif- fance de les avoir délivrés de la tyrannie de Timarque, Apamé , fœnr d'Antiochus ; fut f bien aiorir fon efprit contre (4) Ju, L. ZXVIT:c.1. Rol}, Hift Anc.} de PAcad, des Tüfcript.. & Bell: Lett. Le IV pe 249 » 258 3253: € Joiv, Mèm. Tom, VI, p, uz » 93: T. XXI, p, 409.1. AN Ptolémée, roi d'Égypte, qu’enñn elle le porta à entreprendre une guerre , qui fut de longue durée, fort violente, & qui eut des. fui- tes très-faneltes pour Antiochus. Ptolémée ne fe mit point lui- même à la tête de fes armées. Sa fanté étoit trop délicate pour l’ex- pofer aux fatigues d'une campa- ge, où aux incommodités d'un camp. Îl fe contenta d’y employer fes généraux. Antiochus ; Qui étoit dans [a fleur de fon age, eñta lui-même en campagne, & mena avec lui toutes les forces de Baby- lone & de l'Orient, pour poufler cetté guerre avec la dernière vi- gueur. L'hifloire ne nous a pas confervé le détail de ce qui sy Pafla ; ou peut-être qu'il n'y eut pas de grands avantages , rem- portés de part ni d'autre, ni d’é- “Vénemens fort confidérables. Pendant qu'Antiochus étoir oc- Cupé de la guerre d'Ésypte , il fe fit Un grand foulévement dans les Provinces d'Orient, à quoi fon éloignement l'empêcha de pour- Voir affez promptement, Ain, la révolte s’augmenta, & fe fortifia fibien qu'il ny eut plus moyen d’y témédier. Ces troubles donnérent lieu au Commencement de l’em- Pire des Parthes, À peu près dans le même tems ; Théodote fe ré- voltà auf dans la Badriane ; & de Souverneur qu'il étoit, il fe ft oi de cette province. Il en fou- Mit les mille Villes qu'elle conte- 10; pendant qu'Antiochus s’a- mufoit à la guerre d'Égypte, & À s’y forriña fi bien , qu’il ne fut plus poffible de le réduire, Cet éxémple fat füivi par les autres il AN 10S Nations de ce côté-là, qui fecouc- . rent toutes le joug en même- tems; de forte qu'Antiochus per- dit toutes les provinces orientales de fon Empire, qui étoient au. de-là du Tigre, Ceci arriva, lon Juftin, lorfque L. Manlius Vulfon & M. Atilius Réoulus étoient con- fuls à Rome; c'eit-à-dire, la qua- torzième année de la première guerre Punique. ee Les troubles & les révoltes de POrent firent enfin venir à An- tiochus Penvie de {e débarraffer de la guerre, qu'il avoit avec Pto- lémée. La paix fe ft entr'eux, dont les conditions furent: qu'An- tiochus répudieroit Laodice, pour époufer Bérénice, fille de Ptoié= mce; êt que deshérirant les en- fans du premier lit, il aflureroit la couronne à ceux, qui naïtroient de ce mariage. Après la ratifica- tion du traité, Antiochns répudia Laodice , quoiqu'elle fût fa fœur de pere, & qu'il en eût eu deux fils. Et Ptolémée s'étant embar qué à Pélufe, Ini amena fa filie À Séleucie, port de mer, près de l'embouchure de l'Oronte , rivière de Syrie, où Antiochus: fa vint recevoir ; &t le mariage s'y fit avec une grande mapmhcence : Ptolémée étant mort quelque tems après, Antlochus ne l’ent pas plutôt appris, qu'il répudia Bérénice, & reprit Laodice & es enfans. Laodice , qui connoifloit la légereté & l’inconftance d’An- tiochus , craigpañt que, par un effet de cette même légereté , il ne retournèt encore à Bérénice, _réfolut de fe fervir de l'occañon , pour aflurer la couronne à {on fils, Pg 106 À N Par le traité fait avec Ptolémée, fes enfans, comme nous venons de l’obferver , étoient deshérités , & ceux qu'auroit Bérénice, de- voient fuccéder ; & elle en avoit déjà un. Laodice fait donc em- poñfonner Antiochus ; & quand elle le {cut expiré, elle mit dans fon lit un nommé Artémon , qui lui reflembloit beaucoup , & pour le vifage &c pour la voix, afin de jouer le perfonnage , dont elle avoit befoin. Il le fit fort adroite- ment; & dans le peu de vifites qu'on lui rendit, il eut grand foin de recommander aux Seigneurs êc au Peuple fa chere Laodice & fes enfans. On publia, en fon nom, des ordres, par lefquels fon aîné, Séleucus Callinicus , éroit nommé fuccefleur à la couronne. Alors, on déclara fa mort ; & Sélencus monta paifiblement fur le trône, Pan 246 avant J. C., & l’occupa vingt ans. Antiochus Théos, ou Dieu , Pavoit occupé quinze ans. Quelques peuples avoient rendu des honneurs divins à ce Prince. (a) On remarque que ce qu’on vient de rapporter du mariage de la fille de Ptolémée avec Antio- chus, avoit éré prédit clairement «par le prophète Daniel. Voici fes termes: » Quelques années après, la fille du Roi du Midi [ Ptolé- mée, roi d'Ésypte | viendra époufer le Ror de PAquilon { Antiochus, roi de Syrie], pour faire amitié enfemble. Mais , elle ne sétablira point par un bras fort ; & fa race ne {z) Daniel. €. 11. v. 6. = AN elle- même avec les jeunes hommes, qui l’avoient amenée, & qui l’avoient foûtenue en di 37 Vers teMmS. (€ ANTIOCHUS HiéRAx, (b) Antiochus Hierax ; Avr l'epaë , fils d'Antiochus Théos & de aodice, étoit frere de Séleu- cus, qui avoit fuccédé au Royau: me de leur pere commun. Séleu- cus, l'an 243 avant J. C., fe trou- vant réduit à la dernière extrème : té, par des échecs confidérables , qu'il avoit reçus, tant fur terre que fur mer , eut recours à fon frere Antiochus, & lui promit la fouveraineté des provinces de l'A- fie mineure, qui dépendoient dé l'Empire de Syrie, pourvu quil le vint joindre avec fes troupes » pour agir, de concert avec lui, contre les Égyptiens. : Ce jeune Prince étoit alors dans ces provinces, à la têre d'une af” mée ; & quoi qu'il n'eût que que” torze ans, comme il avoit déjà toute l'ambition & toute la fcélé- ratefle, qui ne fe trouvent qué dans des hommes d’un âge fait ilaccepta , fans balancer , les offres qu'on lui faifoit, & vint trouver {on frere, moins pour lui confer” ver fes États, que pour s'en em” parer lui-même. Îl étoit d'une avidité fi grande, & tonjours fi pré à prendre tout ce qui fe préfentoit à lui, fans aucun épard à la juiti- ce, qu'on lui donna le furnom d'Hiérax, qui veut dire un Oif4# de proie, qui fond fur tout ce qu 3- Roll Hift. Anc. Tom. IV. pa8:262» () Strab. pag, 754 Juft, L, I, ©, 2, | 268. @ fxiu, l fubfflera point. Elle fera livrée AN È trouve, & à qui tout eft bon, quand il le peut ravir. Quand Ptolémée, roi d'Égyp- te, apprit qu’Antiochus fe difpo- foit à agir de concert avec Séleu- cus contre lui, afin de n'avoir pas ces deux Princes pour ennemis en même-tems, il s'accommoda avec Séleucus ; & il y eut une tréve, conclue pour dix ans. Cependant, Antiochus conti- nuoit toujours fes préparatifs,com- me pour marcher au fecours de fon frere, felon le traité qu'ils avoient fait enfemble ; mais, vé- ritablement pour le détrôner lui- même, cachant , fous le nom de frère, toute la mauvaife volonté d'un ennemi. Séleucus comprit alors, que c’étoit à lui qu'il en vouloit, & pafla aufi-tôt le mont —aurus, pour arrêter fes entre- prifes. Le prétexte d’Antiochus toit la promefle qu'on lui avoit faite de la fouveraineté des pro- vinces de l’Afie mineure, pour aflfter fon frere contre Ptolémée. Séleucus, qui fe voyoit délivré de cette guerre, fans l’afiftance de fon frere, ne fe croyoit pas obligé de tenir fa promefle. An- tiochus ne voulant point fe défif- ter de fes prétentions, & Séleu- CUS refufant de les lui accorder, il fallut que les armes en décidaffent. /n en vint à une bataille, près d'Ancyte , en Galatie. Séleucus y fut défait, & eut de la peine à fauver fi perfonne. ‘Antiochus , auf, malgré fa victoire, courut . grand rifque.. Les troupes, à la valeur defquelles il la devoit prin- Cipalement, étoient des Gaulois, Qu'il avoit pris à fa folde, du AN TÔ7 nombre de ceux, apparemment, qui s'éroient établis dans la Gala- tie. Ces traîtres, fur le bruit qui s'étoit répandu que Séleucus avoit été tué dans l’action , avoient for- mé le deflein de fe défaire d’An- tiochus , comptant qu'après la mort de ces deux Princes, ils fe- toient ce qu leur plairoit en Afie. Antiochus fut obligé , pour fe fauver , de leur donner tout l'argent de l’armée. Euménès , roi de Pergame, pour profiter de la conjonâure, marcha avec toutes fes forces contre Ântiochus & les Gaulois, dans l’efpérance de les accabler, à la faveur de leur divifion. Un danger fi preffant obligea Antio— chus de faire un nouveau traité avec les Gaulois, par lequel, au lieu de leur maître qu’il étoit au paravant , il devint fimplement leur allié, & fit avec eux une ‘ligue offenfive & défenfive. Mais, ce traité n'empêcha pas Euménès de les attaquer. . Comme il le fit fi brufquement, qu'il ne leur laifla pas le tems de fe remettre de leur fatigue , & de faire des rectues,, il remporta fur eux une victoire ; qui ne lui coûta pas beaucoup, & qui lui ouvrit toure l'Âfñe mi- neure.. Après plufeurs pertes :& plu- fieurs défaites , Antiochus , vaineu & dépouillé , fut oblige de cher- chèr des retraites, & d'en changer fouvent , avec les débris de fon païti, jufqu'à ce qu'enfin il fut tout à fait chaîfé de la Méfopota- mie. Ne voyant plus d’endroit, où il pût être en füreté, dans tout l'empire de Syrie, il fe réfugia = “ 108 AN chez Ariarathe , roi de Cappado- ce, dont il avoit époufé la fille. Son beau-pere, malgré cette al- lance , fut bientôt las d'entretenir ‘un gendre, qui lui étoit à charge, &t rétolut de s'en défaire. Antio- chus , averti de fon deflein , fe fanva en Égypte. Îl aima mieux fe mettre entre les mains de Ptolé- mée , l'ennemi déclaré de fa mai- fon, que de fe fier à un frere, qu'il avoit fi fort offenfe. Mais, il eut fujet de s’en repentir. Il ne fut pas plutôt en Égypte, que Ptolémée le fit arrêter , & le mit en prifon fous bonne parde , où il . le retint pendant quelques années, jufqu'àce qu'enfin, afhifté par une courtifanne, qui le voyoit, it s’é- vada ; & en fortant d'Égypte, il fut aflaffiné par des voleurs , l’an 230 avant J. C. ANTIOCHUS 1e GRAND, “Antiochus Magnus , (a) Avrioyos Méyas, fils de Séleucus Callini- cus, & frere de Séleucus Gérau- nus, ou la Foudre, naquit vers Van 239 avant I. C. Son pere, -en partant pour l’Afe, l’avoit en- voyé en Babylonie, pour y re- cevoir-une éducation digne de fa maiflance. Après la mort de ce Prince, Séleucus Céraunus, fon fils ainé, lui fuccéda au royaume de Syrie. Son regne fut court ; 8e comme il mourut fans laïfler - d’enfans , l’armée offrit la couron- (4) Plut, Tom. EX ESTRE: + Ps 342, 374. Ju. XXX. c. 1, 2.4 L.|Mém, de l’Acad. des Infcripr. & Bell. AN ne à Achéus, fon coufin ; plu- fieurs des Provinces en firent au-, tant. Il fut affez généreux pour la refufer alors , quoique dans la fuite, il fe crut forcé d’en-uier autrement. Dans la conjonéture préfente, non feulement 1l n'ac- cepta pas la couronne , mais il la conferva foigneufement à lhéri- tier légitime ; Antiochus , frere du défunt Roi. Il étoit encore en Babylonie, quand fon frere mou- rut,. On le fit venir de-là à An- tioche , où il monta fur le trône, lan 224 avant l’'Ére Chrétienne. Dès qu’Antiochus eut pris pofs feffion de la couronne, ilenvoya en Orient deux freres, Molon &t Alexandre ; le premier , pouf gouverner la Médie ; & le fe- cond , la Perfe. Achéus fut char- gé des provinces de l'Afie mineu- re. Le général Épigène eut | commandement des troupes qu'of tint auprès de la perfonne di Roi; & Hermias le Carien fat dé- claré fon premier miniftre, com- me il l'avoit été fous fon frere. Achéus reprit bientôt tout ce qu -Attale avoit enlevé à l'empire de Syrie , & l’obligea de fe réduire à fon royaume de Pergame. Ale- xandre & Molon, méprifant 8 jeuneffe du Roi, ne furent pa _ plutôt affermis dans leurs gonver nemens , qu'ils ne voulurent plus le reconnoitre ; & chacun d'eux Anc. Tom, IV, pag. 242, 443. @ fuite Se 1, 6 7 de LE, XXXIT. c. 2.|Lett. Tom. VII. pag. 92. Tom ve orn. Nep. in Annib, c. 2,7, 8,g.|pag. 2, 393. Tom» XIE Tit. Liv. L. XXXI. c. 14 L:XXXIT, c.| pag, . Fe D fun Tome XIV, page 131910. & fes. L. XXXV, XXXVI,}302. Tom. XVI, pag. 148, @> fuiv. TOM XXXVIT, XKXVIH. Strab, pag. 287,1 XVHI. pag. 117, Tom. XXI, pag 497 528, 5312 624» 744,759. Roll, Hit! fuiv. Li DRE CNET DSPERSS AN le rendit Souverain dans la Pro- vince , qui lui avoit été confiée. On envoya contre ces rebelles une partie des troupes , tandis qu'Antiochus marcha, avec l’autre partie, du côté de la Céléfyrie, \pour s’oppofer à Ptolémée , roi d'Égypte. En arrivant à Séleu- cie, près du Zeugma , il y trou- va Laodice , fille de Mithridate, roi de Pont, qu'on lui amenoit pour l’époufer. Il s’y arrêta quel- que tems pour célébrer ce maria- ge, dont la joie fut bientôt trou- blée par la nouvelle, qu’on recut d'Orient, que fes généraux, trop foibles pour faire tête à Molon & à Alexandre , qui s'étoient joints, avoient été obligés de fe retirer, &t de les Jaïffer maîtres du champ de bataille, On fit partir un nou- Veau général, qui ne réufflit pas mieux que les deux premiers. Alors , le Roï prit le parri de mar- cher en perfonne contre l’enne- mi, &t le foumit. Après la vittoi- re, les débris de l’armée vaincue fe rendirent à Antiochus, qui fe contenta de leur faire une forte téprimande , & leur pardonna leur faute. Îl les envoya dans la Médie , fous le commandement de ceux qu'il avoit chargés du foin des affaires de cette provin- Ce; & retournant de-là à Séleu- cie fur le Tigre, il y pafla quel- que tems à donner les ordres né- ceflaires ; pour rérablir fon auto- tité dans les Provinces , où s’étoit faite la révolte. Tout cela s'étant exécuté par les perfonnes , qu'il jngea propres à le faire > 1 marcha contre les Atropatiens , qui occupoient le oi A N 109 païs ; fitué à l'occident de la Mé= die , & qu'on appelle à prétentla Georgie. Leur Roi, nommé Ar- tebazane-, étoit un vieillard fort café, qui fut fi effrayé de l’ap- proche d’Antiochus , avec üñe armée vittorieufe , qu'il envoya faire fa foumiflion, & fit la paix aux conditions qu'on jugea à pro= pos de lui impofef. On reçut , dans ce tems-là,, la nouvelle, qu'il étoit né un fils au Roi; ce qui fut un grand fujet de joie pour toute la cour & pour toute l’armée. Hermias , dès ce moment, fonçea aux moyens de fe défaire du Roi, dans lefpéran- ce qu'après fa mott, il ne mañn- queroit pas d’être nommé tuteur du jeune Prince, & que fous fon nom il exerceroit un empire ab-. folu. Antiochus, informé de ce coupable projet , fit affafliner : Hermias , dont la mort caufa une joie univerfelle, parce que ce:mi- niftre étoit généralement détefté. Après avoir rétabli fi heureufe- ment fes affaires dans l'Orient, &t avoir rempli les gouvernemens te) des Provinces de perfonnes de mérite, & en qui il avoit le plus de confiance ,il ramena fon armée en Syrie, & l'y mit en quartiers d'hiver. Il pafla le refte de l’année à Antioche , à tenir de fréquens confeils avec fes miniftres fur les opérations de la campagne fui- vante. Ce Prince avoit encore’ deux entreprifes bien dangereufes à exécuter , pour rétablir entière- ment la füreté & da gloire ae Pem- pire de Syrie; la première contre Ptolémée, pour recouvrer la Cé- léfyrie , & l’autre contre Acheus, ere F10 AN qui venoit dufurper l'Afie mi- neure. On marcha d’abord contre le roi d'Égypte. Après s'être empa- ré de Séleucie , Antiochus entra dans la Céléfyrie. Deux villes, TEyr & Ptolémaide, lui furent li- vrées par la perfidie de Théodote FÉtolien, gouverneur de la pro- vince. Ïl trouva, dans ces deux places , les magafins, que Ptolé- mée y avoit mis pour le fervice de fon armée , & une flotte de quarante voiles. Il donna le com- mandement de ces vaifleaux à fon Amiral Diognéte , qui eut ordre : de fe rendre devant Pélufe , où le - Roi avoit deffein d'aller aufi par terre pour entamer l'Égypte de. ce côté-là. Mais, étant informé - que c'étoit la faifon, où l’on inon- . doit le pais en ouvrant les digues du Nil ; & qu'ainfi il li feroit impofhble de s’avancer alors dans l'Égypte , il abandonna ce def- fein, & employa toutes fes forces à réduire le refte de la Céléfyrie. Il emporta plufeurs places par force ; d’autres fe foumirent à lui, Enfin , il fe rendit maître de Da- mas , capitale de la province, ayant trompé par un ftratagême Dinon, qui en étoit gouverneur. La dernière ation de cette campägne fut le fiége de Dora, place maritime dans le voifinage du mont Carmel, Cette place fe trouva fi forte d’afiette , &c avoit été fi bien fortifiée, qu'il lui fut impoñhble de la prendre. Il fut obligé d'acceptèr la propoñtion, qu’on lui fit d'une tréve de quatre mois avec Ptolémée ; & ce fut un ‘prétexte honorable, pour rame- A N. ner fon armée à Séleucie fur l'O- ronte, où il lui afhigna des quar- tiers d'hiver. Il donna le gouver= nement de toutes les conquêtes de cette année à Théodote l’Éto- lien. Pendant cette tréve , on tra- vailla à un traité entre les deux couronnes ; mais , les deux partis ne cherchoïent qu'à gagner du tems. Pendant les conteftations, le tems de la tréve s’écoula; & com- me on n’étoit convenu de rien, il fallut de nouveau avoir recours à la voie des armes. Antiochus ent quelques avantages ; mais, vaincu à la bataille de Raphia, il fit la paix avec Ptolémée, auquel il abandonna toutes fes conquêtes , & tourna fes armes contre Achéus. Ayant” paflé ie mont Taurus, il entra dans PAfie mineure, pour la réduire. Il y fit une ligue avec Âttale, roi de Pergame, en vertu de laquelle ils joignirent leurs for- ces contre l’ennemi, qui, d'ail- leurs, leur étoit commun. Ils le preflérent fi fort, qu'il leur aban- donna la campagne , & fe renfer- ma dans Sardes. Antiochus en for: ma le fiége. Achéus le foûtint plus d'un an. Ïl faifoit fouvent-des for- ties , & il y eut quantité d'actions au pied des murailles de la Ville. Enfin par une rufe de Ligoras, un des commandans d’Antiochus, onprit la Ville. Achéus fe retira dans le château, & s’y défendoit encore, quand il fut livré par deux traitres Crétois. Antiochus lui ft auffi-tôt trancher la rête. 5 Antiochus , ayant employé quelque tems , après la mort d'A- chéus , à mettre ordre à fes affai= AN res dahs l’Afie mineure, marcha vers l'Orient , pour réduire les provinces , qui avoient fecoué le joug de l'empire de Syrie. Il com- mença par la Médie, que les Par- thes venoient de lui enlever. Leur roi étoit Arface, fils de celui, qui avoit fondé cet empire. Îl avoit profité de l’'embarras,qué caufoient à Antiochus la guerre de Ptolé- mée & celle d’'Achéus ; il avoit fait la conquête de la Médie. Lorf- qu'Arface vit qu'Antiochus tra- verfoit un vafte défert, malgré les difficultés , qu'il croyoit devoir Varrêter |, il donna ordre qu’on bouchât les puits. [ C’étoit la feu- le reflource qu'il y eût pour avoir de leau |. Antiochus qui l’avoit prévu , envoya un détachement de fa cavalerie, qui fe porta au-* près de ces puits, & battit le par- ti qui venoit les boucher, L’ar- mée traverfa les déferts , entra dans la Médie , en chafa Arface, & regagna toute cette-province, Antiochus y pafla le refte de l’an- / £ ; < RER née à rétablir l’ordre, & à faire les préparatifs néceffaires pour Continuer la guerre, Îl entra de fort bonne heure l'année fuivante dans le pais des Parthes » OÙ il eut le même fuccès qu'il avoit eu en Médie, l’année Précédente. Arface fut obligé de {e retirer en Hyrcanie, où il crut qu'en s'aflurant de quelques paffa- ges dans les montagnes, qui la {paroient.de la Parthie ; il feroit impoflible à l'armée de Syrie de le _Veur inquiéter, mais il fe trompa, ar , dès que la filon le permit, Antiochus fe mit en campagne ; & après avoir efluyé des difhicul- € LL AN 11F tés incroyables , il ft attaquer tons les poftes en même-tems par toutes fes forces, dont il forma autant de corps, qu'il y avoit d’at- taques à faire, & 1l les eut bien- tôt forcés. Enfuite , il les réunis toutes dans le plat pais, & alla former le fiége de Sérinsis, qui étoit comme la capitale d'Hyrca- nie. Il y ft, au bout de quelque tems ; une grande bréche , & prit la Ville d’affaut. Les habirans fe rendirent à difcrétion. Arface, cependant, fe donnoit de grands. mouvemens. En fe re- tirant , il rafflembloit des troupes, dont il forma enfin une armée de cent mille hommes d'infanterie, & de vingt mille de cavalerie. Alors ,il fit tête à l'ennemi, &. arrêta fes progrès avec beaucoup de valeur. Sa réfftance fit durer la guerre , qui paroïloit prefque à fa fin. Après bien des combats, Antiochus, voyant qu'il ne ga- gnoit rien, jugea qu'il feroit fort difficile d’abattre une ennemi f courageux, &t de le chaffer entiè. ment des provinces, où il s’étoit fi bien affermi par le tems. Ainf ,: il commença à écouter les ouver- tures d’accommodement qu'on lui fit pour terminer une guerre fi fà- cheufe. Ontraita enfin ; & l’on convint qu'Arface garderoit la Par- thie & l'Hyrcanie, à condition qu'il aideroit Antiochus à recou- vrer les autres Provincesrévoltées. Antiochus , après cette paix, vers l’an 207 avant J.C. , tourna fes armes contre Euthydême, roi de Batriane, Dans cette guerre, il donna des preuves d’une valeur extraordinaire. Dansun des com- ce " L re AN il envoya repréfenter au Sénat, par des Ambailadeurs, fon droit fur les. provinces de Céléfyrie & de Paleftine , dont1l étoit a@uel- lement en poflefhon, & l'obliga- tion , où 1 fe trouvoit d'entrer en guerre pour le foutemir ; & en même-tems , il fe mit a la tête de fon armée , & marcha vers. la frontière de l'Égypte. L'armée de Ptolémée & la fienne fe joignirent entre le mont Cafius & Pélute; & l’on en vint à une bataille, où Antiochus remporta la viétoire , dont il profita fi bien, quil mit la frontière en état de fervir de barrière, & d'arrêter tous les efforts , que pourroit faire PÉgypte, pour regagner ces Pro- vinces. Ce tut-là fa première ex- pédition contre l'Égypte, Enfui- te , fans entreprendre autre chofe cette année , 1] retourna à Tyr, & y mit fon armée en quartier d'hiver, dans les places voifines. Pendant le féjour qu'il y fit, trois Députés du Ssñédrin de Jérufa- em vinrent iui faire des plaintes contre Ménélaüs, qu'ils convain- “quirent, en fa préfence , d'impièré © de facrilége. Le Roi étoit près -de le condamner ; mais, fur l'avis de Ptolémée Macron , l’un de {es mimiftres, que Ménélaüs avoit ga- gné , ille renvoya abfous, & fit mourir les trois Députés , comme calomnieteurs ; inquitice, dit lAu- teur Sacré, qui nauroit pas eu lieu parmi des Scythes. Les Ty- riens, touchés de compañhon, les firent enterrer honorablement, Antiochus employa tout l'hiver à fare de nouveaux préparatifs de guerre, pour une feconde ex- 7 AN pédition en Égypte ; & dès que . la farfon le permit, il l'attaqua par mer & parterre. Ptolémée avoit mis une nombreufe armée fur pied ; mais, elle ne tint pas de- vant Antiochus. Celui-ci gagna une feconde bataille fur la fron- tière, prit la ville de Pélufe, & entra juique dans le cœur de l'Égypte. Dans cette dernière dé- faite des Égyptiens ; il ne tint qu'à lni de n'en pas laifleréchap- per un feul homme ; mais ; pour mieux ruinér fon neveu, au heu de profiter de fon avantage, il ar- rêta lui-même fes gens, en allant de tous côtés, après la vidtoire;. faire ceffer le carnage. Cette clé- _mence , en effet, lui gagna le cœur des Égyptiens, & quand s’avança dans le pais, tous ve- noïent en foule {e rendre à lwi; de forte qu'il fe vitbientôt, fans | peine, maitre de Memphis, &de tout le refte de PÉgypte a réferve d'Alexandrie , qui feule tint bon contre lui. Ptolémée , ou fut pris, ou vint fe mettre lui-même entre les mains d'Antiochus, qui lui laifla {a liberté entière. Ïls mangeoïent à la mêmetable, & vivoient en aimis. Pendant auelque-tems mê- me, Antiochus affeétoit de pren-. dre foin des intérêts du jeune Rot, fon neveu, &c de regler les affaires comme fon tuteur. Maïs, quand une fois il {e fut rendu, maï- tie du pais ; fous ce prétexte, il fe fait de tout ce qui lui con- venoit, pilla de tous les côtés ; & s'enrichit, aufi-bien que fes troupes, des dépouilles des Égyp-. tiens. Pendant qu'il étoit en Égyp- AN te, un faux bruit de fa mort {e répandit dans toute la Paleftine. * Jafon crut l’occafñon propre à re- couvrer le pofte qu’il avoit perdu. TL vint avec ‘n peu plus de mille hommes à, Jérufälem ; & avec le fecours de ceux de fon parti, qui étoient dans la ville, il la prit, en chafla Ménélaüs,qui fe retira dans la citadelle, commit toute forte de cruautés contre fes Concitoyens, & fit mourir fans miféricorde , tous ceux qui lui tomboient entre les mains, & quil regardoit comme fes ennemis. Quand Antiochus apprit ces nouvelles en Égypte, il conclut que c’étoit une révolte générale des Juifs, & fe mit aufh-tôt en marche, pour la réprimer. Îl étoit particulièrement en colère, de ce qu’on lui dit que le peuple de Jé- rufalem avoit fait de grandes ré- jouiflances fur le bruit de {a mort. IL forma le fiége de la ville , la prit d'afflaut, & en trois jours de tems, que la ville fut livrée à la fureur du foldat , il en coûta la vie à qua- tre-vingt mille-hommes, qu'il fit égoroer. Il y en eut, outre cela, quarante mille faits prifonniers, &c ‘pareil nombre nombre vendu aux nations voifines. Non content de cela, cét impie entra pa force dans le temple , jufque dans le fantuaire, & les lieux les plus fa- LA . « crés, fouillant même, par fa pré- fence, le lieu Très-Saint, où le traitre Ménélaüs le conduifit. En- fuite , ajoûtant le facrilége à la , profanation , il emporta l'autel des parfums , la table des pains de propofition, le chandelier à fept branches du San@tuaire, plufñeurs “À AN 119 autres vafes, uftenfiles , & dons des Rois ; le tout étoit d'or, Il pilla la ville, &t s'en retourna à Antioche , chargé des dépouilles de la Judée & de l'Éeypte, qui, jointes enfemble , faifoient des fommes immenfés. Pour mettre le comble au défefpoir des Juifs, en partant, il nomma pour gou- verneur de la Judée ,un Phrygien, nommé Philippe, homme d'une cruauté barbare ; pour gouverneur de la Samarie, Andronic, d'un cara@ière pareil ; & il laïfla à Mé- nélaüs ; le plus méchant des trois, letitre de fouverain Sacrificateur , avec l'autorité qui étoit attachée à cette charge. L'année fuivante , on lan 169 avant J, C., Antiochus ayant eu avis des troubles , arrivés en Égypte, en prit occañon d'y re- venir encore pour une troïfième fois, fous prétexte de rétablir le Roi dépofé , mais en effet pour fe rendre maître abfolu duRoyanme, 1 battit les Alexandrins dans un combat naval près de Pélufe, en- tra par terre en Égypte, &mar-, cha droit à Alexandrie, dans le deffein d’en former le fiége, Maïs, il y eut un accommodement, après lequel Aptiochus retourna en SY- rie. Bientôt après , il revint de nouveau en Égypte , bien difpofé à fe rendre maître abfolu de tout le Royaume. Il y auroit infailli- blement réuffi, s'il n'eût trouvé, en y allant ,une ambaflade de Ro- ‘me, qui l'arrêta, & rompit toutes les mefures , qu'il avoit prifes de- puis fi long-terms , pour fe rendre maître de l'Égypte. æ Antiochus ? à fon retour de H iv 120 AN cette contrée, outré de fe voir arracher par les Romains une cou- ronne fur laquelle il avoit comp- té, & dont il fe voyoit déja pref- qu'en pofieflion , fit tomber tout le poids de fa colère fur les Juifs, qui ne lui en avoient donné aucun fujet. Il détacha , en traverfant la Paleftine , vingt-deux mille hom- mes , dont 1] donna le commande- ment à Apollonius, & lui ordon- na de détruire a ville de Jérufa- lem, Apollonius y arriva jufte- ment deux ans après la prife de cette Ville par Antiochus, If ne témoigna rien du tout au com- meéncement, qui pût faire foup- Conner les ordres cruels qu'il avoit, &t attendit, pour les faire éclater, le premier jour de fabbat. - Alors, voyant tout le peuple affemblé paifiblement dans les fy- nagogues , & occupé à ÿy rendre à Dieu le culte religieux, il sac quitta de la commiflion barbare , dont 1l étoit chargé, & lâcha fur eux toutes fes troupes, avec of- dre de maflacrer tous lès hommes, de prendre toutes les femmes & tous les enfans, & de les vendre. Ses ordres furent exécutés avec la : - dernière vigueur & la dernière cruauté. On n'éparona pas un feul homme; tous ceux qu'on put tron- ver,furent maflacrés impitoyable- inent, &t les rues remplies de fang. On pillala Ville enfüite, & on y mit le feu en plufieurs endroits, après en avoir tiré tout ce qu'il y avoit de richefles. On abattit le refte des marfons , & on fe fervit des matériaux pour bâtir une bor- ne forterefle fur le haut d’une des éminences de la cité de David, vis- A N: à-vis du temple qu'elle comman= doit. On y mit une grofle garni- fon, pour tenir en bride toute 4. nation des Juifs. On en fit une place d'armes, munie de bons ma- gafins , & on y ferra les dépouilles prifes dans le fac de la Ville. De- la, la garnifon fondoit fur ceux, qui vénoient adorer Dieu dans le temple , & répandoit leur fang de tous les côtés du Sanétuaire qu'elle fouilla de tontes les manières. Ce fat alors que les facrifices du for &t du matin ceflérent ; pas un des véritables ferviteurs de Dieu n’o- fant plus venir l'y adorer. Dès qu’Antiochus fut de retour à ÂAntioche, il ordonna que ton- tes les nations de fes États euflent a quitter leurs anciénnes cérémo- nies religieufes @& leurs ufages particuliers ; qu'elles fe confor- maflent à la relision du Roi, & adoraflent les mêmes dieux, & de larmême manière que lui. Cette ordonnance , quoique conçue en termes généraux , avoit principa- lément en vue les Juifs, dont il vouloit abfolument exterminer la religion ; aufhi-bien que [a nation. Ayant avis que fes ordres ne trou- voient pas en Judée la même fou- miflion que par tout ailleurs, il s'y réndit en perfonne pour les faire exécuter. Îl exerça les plus grandes cruautés fur tous les Juifs, qui refufoient d’abjurer leur reli- gion,, pour obliger les autres, par la crainte de pareils tourmens, à faire ce qu'on demandoit d'eux. Ce fut alors qu'arriva le martyre Dh d'Éléazar, & celui de la mere & de fes fept fils, appelés ordinai= rement les Maccabées. AN Après cette expédition fangui- maire , Antiochus eut envie de faire célébrer des jeux à Daphné, port d’Antioche. Il en marqua le tems, envoya de tous côtés invi- ter des fpectateurs, & en attira une foule prodigieufe. Les jeux fe . firent avec une pompe & une dé- penfe extraordinaires , & duré- rent plufñeurs jours. Le perfon- nage , qu'il y joua pendant tout ce tems-là , répondit parfaite- ment au trait de la prophétie de Daniel ; qui l'appelle un homme méprifable. Après la célébration des jeux, Antiochus ne tarda pas à envoyer contre les Juits diffé- rens généraux, qui réuflirent fort mal. Judas Maccabée, s'étant mis à latète des Juifs, qui étoient de- meurés fideles au Seigneur, leur fit la puerre avec beaucoup de fuccès. Le Roi , informé de ce qui fe pañloit, y envoya de nouvelles forces ; &t voyant {es tréfors épui- lès, il réfolut d'aller en Perte, pour recueillir Je tribut qu’on avoit manqué de payer régulièrement. I] fut averti que la ville d'Élymai. de pafloit pour avoir de grandes ticheffes en or & en argent; & fur tout que dans un temple de cette Ville, dédié , felon Polybe, à Diane, & felon Appien, à Vé- nus , il y avoit des tréfors im- menfes, Îl y alla, dans le deflein de prendre la Ville, & de la piller- avec fon temple, de même qu'il en avoit ufé à l'égard de Jérufa- lem. Comme on fut averti de fon deffein, les habitans de la cam- pagne & les bourgeois de la Ville prirent les armes pour défendre leur temple, & Le repouilérent AN 121 honteufement, El fe retira à Ecba- tane , outré de cette difyrace. Pour furcroit de douleur , 1y : recut la nouvelle de ce qui venoit d'arriver en Judée à Nicanor & à Timothée. Tranfporté de rage ; il fe mit en chemin pour venir en diligence faire fentir à la nation Juive les effets les plus terribles de fa colère ; ne refpirant, tout le long du chemin, que menaces, êt ne parlant que de ruine 6r.de def- truétion totales. Ens’avançant ainft vers la Babylonie ; qui fe trou- voit fur fa route , il reçut de nou- veaux courriers, qui lui appor- toient la nouvelle de la défaite de Lyfas, & qui lui apprirent com- ment les Juifs avoient repris le temple, abattu les autels 8. les idoles , qu'il y avoit mifes , & ré- tabli leur ancien culte. À ces nou- velles, fa rage redouble. Il com mande à fon cocher de le mener à toute bride, afin d'arriver plutôt fur les lieux , & d'aflouvir fa ven- eance , menaçant de faire de Jé- rufalem je fépulere de toute la na=: tion des Juifs, &r de n’en pas laifer un feul. À peine eut-il prononcé ce blaf phême ; que la main de Dieu le frappa. Il fut attaqué d’une effroya- ble douleur dans les entrailles, &c d'une colique:, qui le tourmentoit cruellement. Et ce fut avec beau- coup de juitice., dit l'Écriture, puifqu'il avoit déchiré lüi-même … les entrailles des autres par un grand nombre de nouveaux tour- mens. Mais , ce prenner coup nabattit pas encore {on orgueil. Au contraire , fe lailflant alleraux tranfports de fa fureur, & ne ref 722 AN pirant que feu & flammes contre les Juifs , il commanda qu'on hàâ- tât fon voyage. Lorfque fes che- chaux couroient avecimpétuolité, il tomba de fon chariot, & eut tout le corps froifié , & les mem- bres tout meurtris de cette chûte. It fallut le mettre dansune litiè- re , où il fouffrit des tourmens horribles. Il fostoit des vers de fon corps; toutes fes chairs lui tom- boïent par piétes, avec une odeur fi effroyable , que toute l’armée n'en pouvoit fouffrir la puanteur. Né pouvant lui-même la fup- porter : » Il eft juite , s'écria-tAil, » que l’homme foit fourmis à Dieu, » & que celui, qui eft mortel, ne » s'épgale pas au Dieu Souverain.« Reconnoïlfant que c'étoit la main du Dien d'Ifraël, qui le frappoit - à canfe des maux qu'il avoit faits . dans Jérufalem, il promet de com- bler fon peuple de faveur, d'en- richir de dons précieux le faint temple de Jérufalem , qu'il avoit , pilé, de fournir de fes revenus les dépenfes néceffaires pour offrir des facrifices, de fe faire lui-mé- me Juif, & de parcourir toute la terre, pour publier la toute-puif- fance de Dieu. Il efpéroit fléchir fa colère par ces magnifiques pro- mefles , que la vivacité des dou- leurs préfentes &c la crainte des maux futurs arrachoient de fa bouche , non de fon cœur.» Mais, » ajoûte l'Écriture, ce fcélérat » prioit le Seigneur, de qui il ne » devoit point recevoir de mifé- » ricorde. « En effet, ce meur- trier & ce blafphémateur | ce font les noms que le Saint-Efprit fubf- titue au furnom d’Illuftre , que les e AN hommes avoient donné à ce Prin: ‘ce }, frappé d’une horrible pla, & traité comme il avoit traite les autres, finit {a vie criminelle par üne miférable mort, qui arriva, l'ân 164 avant l'Ére Chrétienne, à Tabes , ville de Perfe, aujour- d’hui Sava. On raconte de ce Prince des chofes , qui prouvent combien eft jufte l'épithéte de meprifable ; que lui donne l’Écriture. Îl {ortoit fou- vent du palais avec deux ou trois domeftiques , & s’en alloit courir les rues à Antioche. Il s’amufoit À caufer avec des orfévres & des graveurs dans leurs boutiques, êt à difputer avec eux des minucies de leur art, qu'il fe piquoit ri- diculement d'entendre aufhi-bien qu'eux. [1 s’abaifloit fort fouvent jufqu’entrer en converfanonavec la plus vile populace , & fe mê- loit avec elle dans les lieux,où elle étoir attroupée. Dans ces rencon- tres!, il buvoit fréquemment avec des étrangers de la plus bafle con: dition. Quand il apprenoït qu'il Y avoit quelque partie de plaifr, faite par des jeunes gens, il alloit, fans rien dire , faire le fow, chan- ter, & boiré avec eux, ne gai dant aucune mefure, ni aucune bienféance. Quelquefois, il lui pre noit fantaifie de quitter fes habits Royaux, de mettre une robe à la Romaine, & d’aller par la Ville, dans cet équipage, de rue en rue; comme il l’avoit vu pratiquer à Ro- me aux éle@tions pour la magiltra ture. [1 demandoit les fuffrages des Citoyens, en donnant la main à Yon, & en embraffant un autre; & fe mettait fur les rangs , tantôt LA SU MR AE ID OST AUS TE Lee BONE RE e TRE ee ee A A RE D ER NN RIRE LE mes n < DR RATE CHAR ES TEEN TER ENS CRÉENT PEN AN pour la charge d'Édile, tantôt pour celle de Tribun. Quand il avoit été élu, 1l fe faifoit apporter la chaire curule, & s’y plaçant, il entendoit les petits procès, qui furvenoient pour des contrats de vente ; & des affaires du marché, . & prononcçoit {a fentence avec une . attention &t une gravité aufli gran- des , que s’il fût agi d’affaires de la dernière importance. On dit auffi qu'il étoit fort adonné à l'ivrognerie ; qu'il dé- penfoit une grande partie de fon revenu en débauches ; & que quand le-vin lui étoit monté à la tête , il alloit fouvent courir dans la Ville , en jettant l'argent à poi- gnées parmi la canaiïlle , & criant, attrape qui peur. D’aurres fois, il ortoit avec une couronne de rofes, & une robe à la Romaine, & marchoit feul dans les rues ; & fi quelqu'un s’avifoit de le fuivre, il avoit toujours , dans ces occafions fous fa robe, provifon de pierres, qu'il li jettoit. Il alloit auffi fou- vent fe baigner aux baïns publics avec le commun du peuple, & y fafoit des extravagances , qui lui attiroient le mépris de tous Œux qui le voyoient, On peut. juger , d'après tous ces traits & éaueoup d’autres , qu’on omet, ‘f'Antiochus ne méritoit pas à plus jufte titre le furnom d'infenfé , que celui d'illuftre. -— ANTIOCHUS EuparTor , Antiochus Eupator , Awrl:yoc Error op » (a) fils d’Antiochus Piphane , roi de Syrie, fuccéda (s) Maccab. LL. C. 5, V, 174 @ feq AN 123 au royaume de fon pere, l'an 164 avant J. C., il n’étoit alors âgé que de neuf ans. Antiochus Épi- phane, en mourant, fit venir Phi hppe , fon favori , qui avoit été élevé avec lui. El lui donna la ré- gence du Royaume pendant la mi- norité de fon fils, & lui mitentré les mains fa couronne, fon ca- chet, &7 toutes les autres marques dela Royauté , en lui recom- mandant {ur tout d'employer tons fes foins à élever fon fils de la manière la plus propre à lui en- feigner l’art de repner. Philippe, en arrivant à Antio- che, trouva qu'un autre avoit déjà ufurpé l'emploi, que la confiance du feu Roi luiavoit deftiné. Lyfas, fur les premiers avis de lamort de ce Prince , avoit d’abord mis furie trône Ântiochus Eupator , cont il étoit gouverneur, &t avoit pris s avec ss tutele , les rênes du gon- vernement , fans avoir. aucun égard à la difpolition, qu'avox faite le Roïen mourant. Philippe vit bien qu'il n'étoit pas alors en état d'entrer en cifpute. Il fe retira en Égypte, dans l'efpérance de trouver à cette cour Pafhitance, dont il avoit befoin, pour rentrer dans fes droits, & chafler l’ufur- pateur. Démétrius , fils de Séleucus Philopator , qui, depuis l'année que mourut {on pere , avoit Conti- nué de demeurer en ôtage à Ro- me, étoit dans fa vingt-troifième année ; quand il apptit la mort d'Añtiochus Épiphane , & lavé- .{Jofeph, de Antiq. Judaïc. p. 419.420 C7: v, 1. do féa. L. LE. c. 13. v. 1, | 421. Roll, Hift. Anc. Tom, V.p: 158 fègic 14, v. 1,2. Diod. Sicul. pag. 34 | 1594 de faiv. 724 AN nement d'Eupator, fon fils à la couronne , qu'il prétendoit lui ap- partenir de droit, comme fils du frere ainé d’Antiochus Épiphane. I propofa au Sénat de le rétablir fur le trône de fon pere; mais, le Sénat eut plus d'égard aux in- térêts de la République , qu’au droit de Démétrius. Antiochus Eupator fut donc confirmé dans la pofleffion de la Royauté. Ce Prince , ou plutôt ceux, qui le gouvernoient , continuérent la guerre contre les Juifs. Deës.la feconde année de fon repne , Ly- las ayant marché contre ce peu- ple, fut défait, & {on armée tail- lée en piéces. Après cet échec le général Syrien , ennuyé d’une guerre fi malheureufe, & com- prenant, dit l’Écriture , que les Juifs étoient invincibles, lorfqu'ils s’appuyoïent fur le fécours du Dieu tout-puiffant , fit un traité avec Judas & le peuple Juif; & Antiochus le ratifia. Un des ar- ticles de cette paix fut que l’or- donnance d’Antiochus Épiphane , fon pere, par laquelle les Juifs étoient obligés de fe conformer à la religion des Grecs , feroit ré- voquée, & qu'ils auroient par tout la liberté de vivre felon leurs loix particulières, La paix ne fut pas de longue durée. Antiochus fit marcher un autre général contre les Juifs ; mais, celui-ci ne fut pas plus heu- reux que le premier. Alors,on mit fur pied une nouvelle armée de cent mille hommes d'infanterie , avec vingt mille chevaux , trente- deux éléphans, & trois cens cha- riots de guerre, Le Roï en per AN fonne, avec Lyfias, le récent du royaume , {e mut à fa tête, &en- tra dans la Judée. Judas, comp- tant fur la toute puiflance de Dieu, . créateur de l'univers , & ayant exhorté fes gens à combattre juf- qu'à la mort, alla fe pofter vis-à- vis du camp d'Antiochus. Après avoir donné aux fiens pour cri de- guerre : la victoire de Dieu, à choïfit les plus braves de fon ar= mée , &t tomba avec eux péndant la nuit fur le quartier du Roi. ls tuérent quatre mille hommes , & s'en retournérent après avoir rem= pli tout fon camp de trouble & d'effroi. _Quoïiqu’Antiochus connût par= là le courage extraordinaire des Juifs , il ne douta point qu'ils ne fuflent enfin accablés par le orand nombre de fes troupes & de fes éléphans. I! réfolut donc d’en ve- nir à une bataille sénérale. Judas, fans être intimide par ce terrible appareil, S'avança avec fon at- mée. On en vint aux mains, & les Juifs tuérent un grand nombre d'ennemis. Alors, le célebre Éléa- zar, Voyant un éléphant plus grand que les‘autres, couvert des armes du Roi, & croyant que le Roi lui-même étoit deflus, fe fa- crifia pour déliver fon peuple, & pour s’acquérir un nom immortel, Î courut hardiment à l'éléphant au travers du bataillon, tuant à droite & à gauche, & renverfant tout ce qui fe préfentoit devant Jui. Puis, s'étant mis fous le ventre . de la bête, il la perça, la fit tom- ber, & fut écrafé Ini-même par fa chûte. Cependant, Judas & les fiens { battoient avec une réfolu- AN Yon extraordinaire. Mais, à la fin, épuifés de fatigue , & ne pouvant foûtenir plus long-tems Pefort des ennemis , ils prirent le parti de la retraite. Le Roïles ayant fuivis, _afhégea la forterefle de Bethfura. Cette place , après une longue & visoureute réfflance , fut obligée , fante de vivres, de fe rendre par Capitulation. De-là, Antiochns marcha vers Térufalem, & forma le fiége du temple, Ceux qui le défendoient , “<toient déjà réduits à ja même néceflité que ceux de Bethfura, & aüroient été obligés de fe ren- dre comme eux, ft la Providence ne les eût dégagés par un incident imprévu. - Un nouvel ennemi; c’eft-à-dire, Philippe , profitant de l’abfence du Roi, pendant fon expédition _en Judée, s'empara de la capita- le de l'Empire. Sur cette nouvelle, Lyfas jugea qu'il étoit néceflaire de faire la paix avec les Juifs, afin de tourner fes armes contre fon rival en Syrie. La paix fe fit donc à des conditions fort avanta- geufes & fort honorables. Antio- chus la jura ; & on le laiffa entrer dans les fortifications du temple, dont la vue l’effraya fi fort, que, contre la foi donnée, contre le ferment, qu'il avoit fait en jurant la paix, il les fit démolir, ‘avant que de partir pour la Syrie. Le prompt retour d'Antiochus chaf- f l'ennemi d’Antioche , mit fin à fa courte Régence , & bientôt après à fa vie. A N 125$ Vers ce même-tems, Démé= trius ayant débarquéà Tripoli en Syrie , le bruit fe répandit que c'étoit le Sénat qui Pavoit envoyé - prendre pofieffion de fes États, & qu'il étoit bien réfolu de l’y foû- ‘tenir. Aufhi-tôt, on regarda Ântio- chus Eupator comme nn homme perdu , & tout le monde l’aban- donna pour prendre le parti de Démétrius. Antiochus & Lyfas, arrêtés par leurs propres foldats , furent liyrés au nouveau-venu, qui les fit mourir. C’étoit l’an 162 avant l'Ére Chrétienne. Ainfi, le _regne d'Antiochus Eupator n’avoit duré que deux ans. Ewpator, veut dire, bon , heureux pere. Cepen- dant, Antiochus Eupator ne fut jamais pere, étant mort à l’âge d'onze ans. ANTIOCHUS Taios, 4n- tiochus Théos , A’yrloyoc eos , (a) fils d'Alexandre Bala, roi de Sy- rie. L'éducation de ce jeune Prin- ce fut confiée à Zabdiel , ou “Émalchuel, lon d’autres, prince Arabe, Diodote , autrement Try- phon, voulant profiter des trou- bles , dont la Syrie étoit agitée, Van 145 avant J, C., alla trouver Zebdiel , & lui mit devant les yeux l’état des affaires de Syrie, lui fit voir le mécontentement des peuples 8 fur tout des foldats, & lui repréfenta vivement que l’oc- cafion ne pouvoit être plus favo- table pour établir Antiochus fur le trône de fon pere. Il demandæ / qu'on ni donnât ce jeune Prince, pour faire valoir fes droits. Son (a) Juit. LE. XXXVI, c. 1. Maccab. L.} Jofeph. de Antiq. Judaïc. p. 440, 447. $ Ce Le ve 39, 40, 54: 55, @ fe [Roll, Hüft, Anc, Tom. V, p.182 @fuiv. 226 AN / plan étoit de fe fervir des préten- tions d'Antiochus., jufqu'à ce qu'il eût détrôné Démétrius, enfuite _de fe défaire de ce jeune Prince , & de prendre la couronne pour lui-même , comime il fit. Zabdiel , foit qu'il pénétrât fon véritable deffein , ou qu'il ne goûtât pas tout à fait fon plan, n’y donna pas d’abord les mains, T'ryphon fut obligé de demeurer aflez long-- tems auprès de lui, pour le {olli- citer & le prefler. Enfin, à force d'importunités , ou de préfens , il y fit confentit Zabdiel, & obrint. ce qu'il demandoit. ee. Eryphon mena donc en Syrie Antiochus, fils d'Alexandre, & fit déclarer par tout {es préten- tions à la couronne par un mani- -fefte, Les foldats , que Démétrius avoit caflés , & un grand nombre d’antres mécontens , fe rangérent en foule auprès du Prétendant, & le proclamérent Roï. Ils marché- rent fous fes étendards contre Dé- métrius, le battirent & l'obligé- rent de fe retirer à Séleucie. [ls lui prirent tous fes éléphans , fe ren- dirent maîtres d’Antioche , y pla- cérent Antiochus fur le Trône des rois de Syrie, & lui donnérent le furnom de Théos , qui fignifie ieu, Mais, quand Tryphon vit que tout étoit au point, où il le vouloit,pour commencer:à exécu- ter le projet qu'il avoit formé, il donna ordre de tuer fecrétement - Antiochus. Il fit enfuite courir le Bruit qu'il étoit mort de la pierre; & en même-tems il fe déclara roi (a) Juit. L,XXXVI.c. 1, L.XXX VIII, €. 10, L, XXXIX.c. 1. Maccab: E, I: c: 25, V-1, 2, @ feg. Jofeph, de Anriq.| pag. ( AN de Syrie en fa place , & prit pofs fefion de la couronne, l’an 144 avantl Cr ; ANTIOCHUS SipETE, 4n- tiochus Sidetes , (a) fils de Démé- trius Soter , fut envoyé à Cnide, avec fon frere Démétrius, pen- dant les guerres qu’eut leur-pere contre Alexandre Bala , pour être à couvert des révolutions qu'on appréhendoit. Cléopâtre, fille: de Ptolémée Philométor , l'an r40 avant J, C. ayant propofé à An- tiochus de l’éponfer, à condition qu’il feroit roi de Syrie, ce Prince accepta l'offre , & prit le titre de roi de Syrie. [l écrivit à Simon, chef des Juifs, une lettre, oùil fe ‘plaignoit de l'injufte ufurpation de Fryphon. [Ce Tryphon,com- me on le voit dans l’article préce- dent , avoit ufurpé le royaume de Syrie |, & promettoit d’en tirer bientôt vengeance. Pour l'engager dans fes intérêts, il lui faifoit de grandes concefhons,& en luifaifoit efpérer de plus grandes encore, quandil feroit monté fur le trône. Au commencement de l’année fuivante , il fit une defcente en Syrie, avec une armée de troupes étrangères , qu'il avoit prifes. à fa folde en Grèce, dans l'Afie mi- neure , &t dans les Ifles. Et après avoir époufé Cléopâtre , & joint ce quelle. avoit de troupes aux fiennes , il fe mit en campagne pour aller combattre Tryphon. La plûpart des troupes de cet ufurpateur , lafles de fa tyrannie, le quittérent , & vinrent grofüir Judaïc. p. 447, 448. & feq. Plut. Tom. IT. pag. 184, Roll, Hift, Anc, Tom, V. 189, & faiv, rer. SRE RI EE SEP ESEONENNPENNEERENNENDENENE NT EDEN SET PRET PE OT T N IETIETTS RENE PRINT PORTER DEFENSE ETES ENNENSE PPNNNPSENE TOUR PSE PPT PINOT ENVIE INT PRS TT ST TION SRE FTP AE SON PANOEN PPT RETENIR SRTEENNRN ENEEEN DIEU PRPIEPEIEE ERIC PE AUD EDIT PET ET PT PNR NOT TR l'atmée d'Antiochus, qui fe trouva alors monter jufqu’à fix vingt mille : hommes d'infanterie & huit mille chevaux. Tryphon n'avoit pas de quoi lui faire tête. Il fe retira à Dora , ville fituée auprès de celle de Ptolémaide en Phénicie. An- tiochus l’y afliégea par mer & par terre avec toutes fes forces. La place ne pouvoit pas tenir long- tems contre une fi puiffante armée. Tryphon fe fauva par mer à Or- thofie , autre ville maritime de Phénicie. De-là, ayant gagné Apamée ; où il étoit né, il y fut pris & mis à mort. Ainfi, Antio- chus mit fin à certe ufurpation, & monta fur le trône de fon pere, -qu'il occupa neuf ans. Sa pafñon pour la chaîle li fit donner le fur- nom de Sidete, ou le chaïfeur, du mot Zidah, qui fignifie la mê- me chofe dans la langue Syria- que, Simon étant mort quelques an- nées après, Antiochus fit toute la diligence poflible , pour profiter ‘de l'avantage que lui donnoit cette mort, & s’avança à la tête d’une puiflante armée pour réduire la Judée , & la réunir à l'empire de Syrie, Hyrcan, qui avoit fuccédé à Simon, fut obligé de fe renfer- mer dans Jérufalem. Il y foûtint un long fiége avec un courage in- Croyable. Réduit enfin à la der- nière extrémité, faute de vivres, il fit faire au Roi des ouvertures de paix. On n'ignoroit pas dans le Camp l'état , où il fe trouvoit. Ceux, qui approchoïient du Roi, le prefloient de profiter de l’occa- fon, qu'il avoit en main , pour exterminer la nation Juive, Dio- AN. f27 dore de Sicile , aufh-bien que Jo= fephe, dit que ce fut par un pur effet de la générofité & de la clé- mence d'Antiochus, que la nation Juive ne fut pas entièrement dé- truite dans cette occafion. Il voulut bien entrer en traité avec Hyrcan. On convint que les affiégés rendroient leurs armes, que les fortifications de Jérufa- lem feroient rafées, &t qu’on paye- roit au Roi un tribut pour Jéppé, & pour lés autres villes, que les Juifs avoient hors de la Judée; & la paix fut conclue à ces condi- tions. Antiochus avoit aufh de- mandé qu'on rebâtit la çitadelle de Jérufalem, & vouloit y mettre une garnifon ; mais, Hyrcan ne voulut pas y confentir, à caufe des maux qu’avoit faits à la nation celle, qui y avoit été, pendant que cette citadelle avoit fubfifté. 1l aima mieux payer au Roi la fomme de cinq cens talens , qui lui fut demandée en équivalent. La capitulation s’exécuta ; & pour ce qui ne pouvoit pas s'exécuter fur le champ, on donna des Ôta- ges, entre lefquels il y avoit un frere d'Hyrcan. Antioehus , foit qu'il fûtinftruit, ou non, des vues que les Parthes avoient fur le royaume de Syrie, prévint leur deflein, & mena con- tre Phraate, leur roi , une puif= fante armée. L'ufurpation, que les Parthes venoient de faire des plus riches & des plus belles provinces delOrient,quefes ancêtres avoient toujours poifédées depuis Alexan- dre le Grand , étoit pour lni une raifon preflante, de réunir toutes fes forces pour les en chafler, Son . 4 AN l'invite à fouper, La table étoit: fuperbement pare. Il étale fr les buffets tous fes vafes les plus eftimés , & il en avoit un grand nombre. Îl fait préparer un repas fomptueux & délicat, & a foin que rien n'y manque. En un mot, Antiochus en fortit fort perfuadé de la riche magnificence du Pré- teur, &encore plus content de la réception honorable qu'il lui avoit faite. [l'invite à {on tour Verrès « à fouper. Il expofe toutes fes ri- chefles , beaucoup de vaïfelle d'argent, quantité de coupes d'or, enrichies de pierreries, felon l’u- fage des Roïs , & fur tont ceux de Syrie. Entr'autres,il ÿyavoituntrès- grand vafe pour mettre le vin, d'u. ne feule pierre précienfe. Verrès prend chacun de ces vafes, Fun après l'autre , les loue , les admi- re; & le Prince voit, avec com- plaifance, que le repas ne déplait pont au Préteur du peuple Ro- main. Quand on fe fut féparé, Verres ne fongea plus ; comme l’événe- ment le fit aflez voir ; qu'aux moyens de piller Antiochus , & de le renvoyer dépouillé de tou- tes fes richeffes. T1 Iui fait deman- der les plus beaux vafes, qu’il avoit vus chez lui, fous prétexte de les montrer à fes ouvriers. Ce Prince, qui ne connoifloit point Verrès, les lui envoye fans pei- ne & fans défiance, Le Préteur le fait encore prier de Jui préter ce grand vafe d’une feule pierre précieufe, pour l’examiner, difoit- 1, plus exa@tement. Antiochus le li envoye auf. Mais, voici le comble de la perfidie. Les deux À N Princes de Syrie, dont on vient. de parler, avoient porté avec eux à Rome un luftre d'une beauté fingulière , & par les pierreries, dont il étoit enrichi, & par la per. fe@tion du travail. Ils avoient def- - {ein d'en orner leCapitole,quiavoit êté brûlé pendant les guerres de Marius & de Sylla , & que l'on rebätifloit alors. Mais , cet édifice f'étant pas encore achevé, ils ne voulurent pas l'y laiffer, ni le far re voir à perfonne ; afin que lorf- qu'en fon tems ,1l paroitroit dans le temple de Jupiter, la furprife augmentat l'admiration, & que Pagrément de la nouveauté en relevât l'éclat, Ils prirent donc le parti de le remporter en Syrie, réfolus d'envoyer des Ambañla- deurs ofrir à Jupiter ce rare & Magnifique préfent, avec beau- coup d'autres, lorfqu'ils fcauroient que Ja ftatue du Dieu auroit été placée dans fon temple, Verrès fut informé de tout cela, _on ne fçait comment ; car, Antio= chus , qui s’étoit chargé lui-même de ce luftre, en partant de Rome, avoit en grand foin de le tenir ca- ché, non qu'il craignit, ou foup- Connât rien, mais afin que peu de perfonnes le viflent;avant qu'il fût expofé à la vue du peuple Romain. Le Préteur le lui demande, & le prie avec de grandes inflances de le lui envoyer, marquant un grand defrr de l'examiner, & promettant de ne le laïfler voir à perfonne. Le Jeune Prince,qui joïgnoit à la can- deur & à la fimplieité de l’âge les nobles fentimens ce fa naiflance, étoit bien éloigné de le foupçon- ner d'aucun mauvais deflein. Il 7" & K de din iantt Êi d) S h Rte ri tit nd MC a Et ut Lis clio at dt din Pl LS À AAA AL D» fil ad À N. ordonne à fes officiers de porter fecrétement chez Verrès, le luftre bien couvert ; ce qui fut exécuté. Dès que lesenveloppes font ôtées, êc que le Préteur lapperçoit , il s'écrie que c’eft un préfent digne d'un Prince, digne d’un Roï de Syrie, digne du Capitole; car, il étoit d'un éclat éblouiffant , par la quantité de pierreries, dont il étoit orné ; d’un travail fi varié, qu'il fembloit que l’art le difputât à la matière ; & d'une telle grandeur , qu'il étoit aifé de comprendre qu'il n'étoit pas fait pour parer les pa- lais des hommes , mais pour orner un vafte & fuperbe temple. Les officiers d'Antiochus , ayant laïflé au Préteur tout le tems de le con- fidérer , {e mettent en devoir de le remporter. Verrès leur dit qu'il veut l’examuner plus à loifir, & que fa curiofité n’eft pas encore fatisfaite. Il les engage à senaller, & à lui laïffer le luftre. Ils s’en re- tournérent donc les mains vuides. D'abord, Antiochus ne fut point allarmé, & ne forma aucun foup- çoñ. Un jour fe pañle , deux jours, plufieurs jours, on ne rapporte point le luftre. Le Prince , alors, l'envoye. demander au Préteur, qui remet au lendemain. On ne le rend point encore. Enfin, il s'adrefle lui-même au Préteur, & le prie de le lui rendre. Qui le croiroit? Ce luftre, qu'il fçavoit du Prince même, devoir être pofé dans le Capitole, & être deftiné pour le — Jupiter, & pour le peuple tamment Antiochus de le lui don- ner. Antiochus s’en défendant, & . für le vœu qu'il en avoit fait à Ju- omain , Verrès prie inf- AN 135 piter, & fur le jugement que por- teroient , de cette aétion., tant de nations, qui l’avoient vu travail- ler, & qui en fçavoient la defti- nation, le Préteur emploie les menaces les plus vives. Mais, voyant qu'elles ne réuflifloient pas mieux que les prieres, il or- donne fur le champ à ce Prince de fortir de fa province avant la nuit, @c allégue pour raifon qu’il fçavoit de bonne part, que des Pirates de Syrie devoient aborder en Sicile. Alors , Antiochus, s'étant tranf- porté dans la place publique, les larmes aux yeux, déclare à haute voix, devant une nombreufe af- femblée de Syracufains , &t pre- nant les dieux & les hommes à témoin, que Verrès lui a enlevé un luftre d’or, enrichi de pierres précieufes , qui devoit être placé dans le Capitole, pour être, dans cet angufte temple ,un monument , de fon alliance & de fon amitié avec les Romains ; qu'il fe foucioit peu, & ne fe plaignoit point des autres vafes d'or & de pierreries, que Verrès avoit à lui, mais, que de fe voir arracher ce luftre, c'étoit pour lui un malheur & un affront , dont il ne pouvoit fe confoler ; que quoique Gans fon intention & dans celle de fon frere, ce luitre fût déjà confacré à Jupiter , cependant, il l'offroit, le donnoit, le dédioit, le confa- croit tout de nouveau à ce dieu , en préfence des citoyens Romains, qui lentendoient, & qu'il prenoit Jupiter même à témoin de fes fen- timens & de fes pieufes intentions. Antiochus, étant — en | ËY 136 AN. Afe , monta peu après fur le tro- ne. Îl repna fur une partie du pais l'efpace de quatre ans. Pompée le dépouilla de fon Royaume, pen- dant la guerre contre Mithridate, & réduifit la Syrie en province de l'empire Romain. ROIS DE COMAGÈNE, portant le nom d’'ANTIOCHUS. ANTIOCHUS I, Antiochus, « Avrloxos, (a) premier roi de Go- magène. Ce Prince fut vaincu par Pompée, après la défaite de Ti- grane, roi d'Arménie , la qua- trième année de la 178 Olympia- de, & l'an 65 avant I. C. Mais, le vainqueur le traita avec beau- coup de générofité ; & bien loin . de lui ôter fes États , il lui donna encore Séleucie, ville de Méfo- potamie. “Antiochus, par fecon- noiffance , {fecourut Pompée dans la guerre civile contre Céfar, & contre Pacorus , roi des Parthes, que Labienus avoit attiré jufque dans la Syrie, Long-tems après; c’eft-à-dire, Van 38 avant J. C., Ventidius, lieutenant’ d'Antoine , afliégea , dans Samofate, Antiochus, qui lui offroït mille talens, & qui pro- mettoit d'obéir aux ordres d'An- toine. Mais, il lui ordonna d’en- voyer faire fes propolitions à An- toine lui-même; cat, il s’avan- | çoit avec beauconp de diligence , pour empêcher Ventidius de trai- (a) Plut, Tom.I, pag. 031. Appian. | de Antiq. Judaïc, pag. 1573 244 Crév. Hiff, Rom. Tom. VIT. pag. 344. Hift. des Emp, Tom.I. aps TO. (2) Tacit. Annal,L. II, c, 42. Jofeph, AN ter avec Antiochus, voulant que du moins cet exploit fût fous {on nom , & que tous les fuccès ne fuffent pas attribués à Ventidius. Mais , le fiége traînant en lon- gueur , & les afhégés, qui nefpé- roient plus de capitulation , ayant pris le parti de fe défendre juf- qu'a l'extrémité, Antoine ne fit rien de confidérable ; & plein de honte & de repentir , il fe trouva trop heureux de traiter avec An- tiochus pour trois censtalens , & de lever le fiépe. Antiochus , neuf on dix ans après , fut mandé à Rome par ordre d’Augufte , & condamné au fupplice, pour avoir affaffiné un aïnbafladeur, que fon frere envoyoit au Sénat, au fujet de quelques différends, qui étoient entreux. ANTIOCHUSII, Artiochus, A'vrioxos, (b) quatrième roi de Comagène. Il remit la couronne dans fa famille, & mourut, fous l'empire de Tibère, lan 17 de I. .C. Après fa mort, les nobles & la populace fe diviférent en deux faétions , les nobles voulant que leur païs fût gouverné en forme dé province libre, & le menu peuple demandant un Roi. Dans ces circonfrances , Antiochus IE fut choifi, pour faccéder à An- tiochus. IT, ANTIOCHUS HE , : Anrio- chus, À’rrloyocs (c) fils d’'Antio- chus IT, & cinquièmé roi de Co- p.620, 678. Créve Hift. des Emp. Tom. I, pag, 364. (c). Crév. Hift. des Émp. Tom. Il. PAg: 15, 16, 17, 200. dr fuiv. TOM Jii, pag. 166; 341» où friv. # A N mapène. Ce pais avoit été réduit en province Romaine , par Ger-. manicus, fous Tibère. Caius le rendit à Antiochus Ill, l’an de J. GC. 37. Cet Empereur avoit beau- coup de confiance en lui; mais, il en abufoit, s'il eff vrai, comme on le préfume, qu'il lui donnoit des leçons de tyrannie. Quoiqu'il enfoit , il fut dépouillé de fes, États par ce même Empereur, qui les lui avoit donnés. Il les recou- Via de nouveau fous l’empire de Claude. Du tems de Tibère, il avoit été chargé par Corbnlon d'infefter les régions voifimes de - fon Royaume, c’étoit principale- ment l'Arménie. Antiochus exé- Cuta l'ordre , & eut, pour récom- penfe, une partie de cette contrée, . quand les Romains en eurent fait. la conquête, . Antiochus, l'an de J. C. 69, fe déclara en faveur de Vefpañen contre Vitelhius. Depuis, il fournit ces troupes aux Romains contre les Juifs , qu'il perfécuta beaucoup à la prife de Jérufalem. Ce Prin- ce, quelque tems après ; c’eft-à- dire, Pan de I. C. 72,S étant ren- du fufpelt à l'Empereur, comme €ntrétenant des intelligences avec les Parthes, dans le deffein de {e tévolter, Céfennius Pétus, gou- verneur de Syrie, l'attaqua, & le dépouilla de fes États. La Coma- gène fut réduite en province Ro- maine, quoiqu'Antiochus eût deux fils , Épiphane & Callinique, qui, aufh-bien que lui , après diverfes aventures , fe retirerent à Rome, 4 N 137. &t y vécurent honorablement , mais dans une condition privée. Cette époque eft le dernier terme. de la puiflance des Séleucides ,: s'il eft vrai , comme on le conjec- ture avec beaucoup de probabili- té , que les rois de Comagène defcendoïient des anciens rois de Syrie. HOMMES DE LETTRES, du nom d'ANTIOCHUS. ANTIOCHUS , Aariochus A vrloyos , (a) fils de Xénophañe, étoit né à Syracuie en Sicile. I florifloit vers l’an 416 avant I. C. Ce ne fat point un vulgaire Éeni- vain, felon Denys d'Halicarnafle. Ïl avoit compoié en neuf Livres une hiftoire de la Sicile ; qui commençoit à Cocale , roi des Sicans, & qu'il continua juiqu'à. fon tems, Îl avoit écrit auf une hiftoire très-curieufe de l'Italie, qu'il affuroit avoir compofée fur les monumens les plus fûrs & les plus dignes de foi. Pluñeurs Ân- ciens citent divers endroits de cet ouvrage , &entr'autres, Feftus, qui appelle mal à propos Pauteur Antigonus. Au refte, cette hifoire ne con- tenoit pas tous les païs ,renfermés fous le nom d'Italie en général mais feulement la Calabre. Antiochus nous Fapprend lui-même, dans ux fragment , que nous a confervé Strabon. Quoique les aflaires de Ja Calabre n'aient commencé à être liées avec celles des Romains, qu'après la mort d'Antiochus , cer (a) Diod. Sicul, p. 322. Strab. p.242; | de l'Acad. des Infer. & Bell. Letr. Tom, 52, @ alib, paf. Pauf, pag. 628. Mém,.| VI, page 22,23. Tom. VIL p. 304. 138 AN Hiftorien avoit néanmoins parlé de Rome, dans un endroit cité par Denys; mais, il y fuppote, contre la foi de toute-l’antiquité, que la fondation de cette Ville a précédé la deftruétion de Froye. Le même Hiftorien, felon Pau- - fanias, racontoit que les Liparéens étoient une colonie de Cmdiens, qui eut pour chef un homme de Cnide,nommé Pentathlns.il a joû- toit que , chaflés par les Élymes &tles Phéniciens d'une Ville’, qu'ils avoient bâtie auprès du promon- toire de Pachynum en Sicile , ils allérent occuper des ffles, qu'ils trouvérent défertes , où dont ils chafférent les habitans, ANTIOCHUS , Antiochus, Avriogos. (a) Celui-ci eft appellé Antiochus d'Afcalon , parce qu'il étoit de cette ville. C'eft le der- nier des Philofophes Académi- ciens, dont l'hiftoire foit connue. Cicéron, dans le voyage qu'il fit _ a Athènes, fut enchanté de fa -manière de parler, qui étoit dou- ce, coulante, & pleine de grace; maïs , il n'approuvoit pas le chan- sement qu'il avoit introduit dans la méthode de Carnéade. Car, Antiochus , après avoir foûtenu long-tems,avec force, les dogmes de la nouvelle Académie, qui re- jettoit tout rapport des fens & même de la ralon., & qui enfei- gnoit qu'il ny avoit rien de cer- tain, avoit embraflé, tout d'un coup, les fentimens de la vieille Académie; {oit qu'il eût été défa bufé par l'évidence des chofes & (a) Plut. Tom, J. pag. 519, 520; 862 , 984 Cicer. Brut. c. 174, & alib, AN par le rapport des fens ; foit, com- me quelques-uns le penfoient, que la jaloufie & l'envie contre les difciples de Clitomaque & de Philon leuffent porté à prendre ce parti. a Lucuile , ce fameux Romam, autant connu par fon goût mer- veilleux pour les fciences , que par fon habileté dans le métier de la guerre, s'étoit déclaré ouver- tement pour la fefte des Acade- miciens , non de la nouvelle Aca- démie , quoiqu’elle fût alors très- floriflante par lés écrits de Car- néade , que Pailon expliquoit, mais pour celle de la vicille Aca- démie, dont l’école étoit tenue alors par Antiochus. Il avoit re- cherché l'amitié de ce Philofophe avec un empreflement extrême. Il le logcoit chez lui, & il s’en {ervoit pour l’oppofer aux difciples : de Philon, parnu lefquels Cicéron ténoit le premier rang. Diogène Laërce fait mention d'un autte Antiochus de Laodi- cée , qu'il dit avoir eté un Philo- fophe Sceptique. Athénée parle encore d’un autre, né à Alexan- drie , qui fit une hiftoire des Poë- tes critiqués par les comédiens de la moyenne comédie. C’eft peut- être le même qui publia une hif- toire des chofes fabuleufes , qu'on difoit être arrivées dans chaque Ville, dont Photius fait mention. Un Sophifte d'Éges en Gilice s'eft aufli appellé Antiochus, vers Van de 3. C. 119. Il étoit difciple de Denys de Milet. Il avoit fait paflim. Roll. Hifk. Anc. Tom, VI: pa$ 432. a moe sels ass de «ur Bi rdréiéer des odif lat AN une hiftoire , dont Philoffrate par le avec éloge , mais qui eft perdue. On remarque-qu'Antiochus em- ployoit fon bien à fecourir fa pa tre, & fur tout à acheter des bleds pour ceux qui en man- quoient. - ANTIOCHUS , Antiochus , Arbre, (2) nom d'un comé- cien, dont il eft parlé dans la troifième fatyre de Juyénal. ANTIOCHUS , Anriochus , Avrioyee, ()aventurier, Cilicien de nation. Îl fit d'abord le métier de philofophe Cinique, & dans cet état, 1l ne laifla pas de fervir uti- lement les Empereurs , qu'il ac- compagnoit à l’armée. Dans des climats, où le froid faififloit les foldats , & les portoit à l’abatte- ment, Antiochus ,endurei au mal ; fe jettoit dans la neige, s'y rou- Joit ; & ranimoit par fon exemple le courage des troupes. Il fat ma- gnifiquement récompenté de fes LPT e E « fervices par Sévére , & par Cara- Calla lui-même. Devenu riche FH Quitta la beface & le bâton de Diogène ; & fa nouvelle fortune lui enflant le cœur, il forma ap- Paremment quelque projet ambi- tleux!, pour l'exécution duquel ïl fe là avec un certain Tinidate, Le faccès ne répondit point à leurs vœux, & ils allérent chercher leur fûreté dans empire des Parthes. Caracalla redemanda ces deux transfuges, menaçant de la guerre ,: fon ne les Ini livroit: Cela con- agnit le roi des Parthes de les rendre. Ce fat l'an de J. C. 216. (a) Juven. Satyr, 3, v, 08. (4) Crév. Hi, des Emp. Tom. V £ h D cn g AN. 10S$ ANTIOCHUS , Anriochus , Ariege, (c) autrement Xeuxis. - C'eff le titre dun dialogue de Lu- | cien, qui eft comme une apologie de la façon d'écrire de cet Au- teur, dont il y a déjà quelque chofe dans le traité, qui eft inti- tulé : Contre celui qui l’avoit ap= ellé Promérhée, P JICTLES; gui ont porté le nom -d'ANTIOCHUS. ANTIOCHUS , Anriochus , Arloxoc. C'étoit un Juif d'An- tioche , fils du premier des Juifs de cette Ville, Il accufa , en plein théatre , fon pere & les autres Juifs, d’avoir voulu la nuit met- tre le feu à la Ville. Le peuple d'Antioche ayant oui cette accu- fation , fe jetta fur tous les Juifs, qui étoient dans l’aflemblée , & en tua un grand nombre. Maïs, Antiochus , qui cherchoit moins à leur faire ôter la vie, qu'a leur fire abandonner leur réligion , dit aux habitans d'Antioche, que pour diftinguer ceux , qui étoient entrés dans le complot de brûler la Ville | de cenx qui étoient in- nocens, ils mavoient qu'a les contraindre de facrifer à la ma- nière des Gentils , & que tous ceux qui refuieroient de le faire, étoient coupables du crime dont on les accufoit. Plufieurs périrent dans cette oc- Cafñon, aimant mieux mourir, que facrifier aux idoles.- Les autres pag: 160, 170, (c) Lucian, Tom. I, pag. 626. & fra. y x40 AN apoftafiérent , & fauvérent leur vie par un facrilége. Cela arriva, vers l'an 35 après la Paffion de ANTIOCHUS , Aatiochus , … Avrloxoc, (a) pere de Numenius, qui fut député par Simon Macca- bée vers ceux de Lacédémone , pour renouveller avec eux lallian- ce des Juits. ANTION , Antion , {b) fils de Périphas & d’Aftiagée, Ïl avoit plufieurs freres ; mais , il fut le plus célebre de tous , pour avoir donné la naïflance à [xion. ANTIOPE , Aniiope ; (c) Àvrory , fille d'Afopus , felon Homère. Ce Poëte écrit qu’elle fe vantoit d’avoir dormi entre les bras de Jupiter , dont elle eut deux fils , Zéthus & Amphion. C'eft la même qu'Antiope, fille de Ny@ée. Voyez fon article. : C'eft celui qui fuit. ANTIOPE , Antiope , (d) Avrlor , fille de Nyétée , roi de Thébes. Elle étoit célebre dans toute la Gréce pour fa rare beau- té. On la difoit même fille non de Nytée, mais du fleuve Afope, ou Afopus, qui arrofoit les terres des Platéens & des T'hébains. S‘é- tant laifié féduire par fon amant, qu’elle difoit être Jupiter , elle fut obligée, pour fe dérober à la co- lère de fon pere , de fe retirer chez Épopée , roi de Sicyone, qui l’époufa. D'autres difent que ce Prince l’enleva , voulant fatis- faire , à quelque prix que ce fût, la (a) Maccab. L. TI. c.14. v. 22. (ë) Myth. par M. P'Abb, Ban. Tom. VI. pag. 315 » 316« (c)Homer, Odyif. EL, XI,v, 259, & feg. AN paffionqu'ilavoit conçue pourelle. Les Thébains, bien réfolus de ven-” ‘gercet affront,marchérentaufhi-tôt : contre lui. Le combat fut fanglant; Nyétée y reçut une bleflure mor- telle. Épopée remporta la viétor- re ; mais, il fut blefié auf. Nyc- tée, s'étant fait reporter à Thé-. bes, & fentant fa fin approcher, laïffa ladminiftration du royaume à fon frere Lycus;, car, le royau- me appartenoit à Labdacus, fon pupille, fils de Polydore , & etit-fils de Cadmus. Il donna auffi la tutelle du jeune prince à Lycus, mais en le conjurant de venger fa mort, de combattre Épopée avec de plus grandes for. ces , & de punir Antiope, fi elle tomboit entre fes mains. La mort d'Épopée, qui artiva bientôt après, mit fin à la puerre; car, Lamédon, qui lui fuccéda, remit Antiope entre les mains de Lycus. On la remena à Thébes; & ce fut en y allant, & près d'Élenthére qu’elle fe délivra de deux enfans, dont elle étoit srofle, far quoi Afius , fils d'Amphipto- 1ème fit les vers fuivans : La charmante Antiope eut pour pere Afopus, - Pour amant Épopée ,; & Jupiter lui-même ; Pour enfans deux héros | Amphion 6 Zéthus. : Il y avoit auprès d'Éleuthère , ou plutôt au de-là d’un temple de Bac- (d) Pauf, p.72, 953 568 578» 673° Myth. par M. l’Abb, Ban, Tom. VI, pag: 133: Jui dt bis til à AN chus., bat par les habitans de. cette Ville , une caverne , qui nétoit pas grande, & auprès une fontaine d'eau froide. On dit qu'Antiope expofa dans cette ca- verne les deux jumeaux , qu’elle avoit mis au monde , & qu'un berger, les ayant trouvés, les de- maillota & les lava dans la fon- taine.. Lorfqu'Antiope fut en état d’ê- tre tranfportée , elle fut livrée à Dircé , femme de Nyée, qui la traita pendant plufeurs années de la manière du monde la plus cruelle ; mais, enfin ayant trouvé le moyen de s'échapper, elle alla chercher fes deux fils chez les per- fonnes., à qui elle les avoit con- fiés ; & ces deux Princes, étant entrés à main armée dans Thé- bes, tuérent Lycus, & attache- tent Dyrcé à la queue d’un tau- eau indompté, qui la fit périr miférablement- = : - Dircé honoroit fingulièrement Bacchus. Ce dieu indigné de la cruauté avec laquelle elle avoit été traitée , s’en vengea fur An- tiôpe. On dit donc qu'Antiope perdit l’efprit, -& que hors d’elle- même elle courut toute la Grece. Phocus, fils d'Ornytion, & petit- fils de Sifyphe , l'ayant rencon- trée par hazard la guérit, & l'é- poufa enfuite,. De-là vient qu'ils eurent une commune fépulture. ANTIOPE , Antiope , (a) Avrlomn, l’une des Amazones, fœur d'Orythie. Lorfqu'Hercule vint faire une irruption dans le (a) Plut. Tom. I. pag. 12,13. Juit AN tIAX païs des Amazones, Antiope & Orythie partageoient la fouve- raine autorité. Mais , celle = ci étoit occupée à des guerres étran- gères ; de façon qu'Hercule, étant defcendu fur le rivage , ne trouva qu'Antiope accompagnée par ha- zard d’un grand nombre de fes fujettes , qui ne s’attendoient: pas qu’on dût venir les infulter jufque dans le fein de leur royaume, Cette furprife fut caufe que peu. d’entr’elles eurent le tems de s’ar- mer, pour S’oppofer à une irrup- tion fifoudaine , & qu’elles furent facilement vaincues. On en tua plufieurs. On en fit plufñeurs pri- fonnieres. Antiope fut de ce nom- bre. Eton la donna à Théfée, roi d'Athènes, pour récompenfe de fa valeur; ce qui fuppofe que ce Prince fit le voyage du Pont- Euxin avec Hercule. Mais , la plüpart, & fur tout Phérécyde, Hellanicus & Héro- dote de Pont , aflurent que Thé- fée fit ce voyage feul long-tems après Hercule, & qu'il prit cette Reine prifonnière ; ce qui ef beaucoup plus vraifemblable. Car, on ne lit pas que de tous ceux, qui l'accompagnoient à cette expé- dition , autre que lui , ait pris une Amazone.Bionraconte même que Théfée l’enleva par furprife; car, il dit que , comme les Amazones aimoient naturellement les hôm- mes, bien loin de fuir Théfee, quand il entra en armes dans’ leur pais , elles allérent au-devant de lui, & lui offrirent des préfens ; : pag. 3, 77. Myth. par M. l'Abb, Ban, L. II, c. 4 Diod, Sicui, p, 163; Paul, j Tom. VIE. pag..46 » 47: } sr 142 AN. que Théfée invita celle, qui les portoit, à entrer dans fon vaifleau, & qu'il mit tout auflistôt à la voile. Un certain Ménécratès, dans une hiftoire , qu’il avoit faite de la ville de Nicée en Bithynie, difoit que Théfée, emmenant avec lui Antiope, féjourna quelque tems ans ce lieu-la; que parmi ceux, qui l'accompagnoient, il y avoit trois jeunes Âthéniens, qui étoient freres, Eunée , Thoas , &Soloon; que lé dernier étant devenu amou- reux d'Antiope, découvrit fon {e- cret à un de fes camarades , qui alla, fans différer, parler de fa paffon à cette Princefle; qu'elle rejétta fort loin fes propoñitions ; &t que du refte elle prit la chofe avec beaucoup de donceur & de fagefle. Car, elle ne fit aucun éclat, & n’en découvrit rien à Fhéfée. Cependant, cet enlévement d'Antiope donna lieu à une puer- re. Les autres Amazones vinrent attaquer les Athéniens dans leur pais. Mais, ceux-ci en firent un grand carnage. Le quatrième mois il ÿ eut un traité, qui fut conclu par le moyen d'Antiopé, D’autres écrivent pourtant qu'elle fut tuée d'un coup de javelor par üne au- tre Amazone , nommée Molpa= dia, comme elle combattoit vail- lamment près de Théfée ; en mé- moire de quoi on lui éleva fur fon tombeau la colomne qui étoit près du temple de la terre Olympi- (a) Plut. Tom. I. pag, ç0. (>) Jofeph, de Antig. Judaïc. p. çg0. d fed: Matth. c. 14, v. 3, dx feg Luc C. 34 Vs 19, 20, C. 23. V° 11, Crév, Hift, AN que. Pour ce que le poëte de fa 1 héféide écrit, que les Amazones “entréprirent cette guerre pour venger l’affront que Fhéfée avoit fait à Antiope , en la quittant pour époufer Phédre ; & qu'Hercule les mit à mort, cela paroit trop ouvertement une fable &t un conté fait à plaiir. Il eft certain que Théfée n'époufa Phédre, qu'après : la mort d'Antiope , dont il avoit eu un fils, nommé Hippolyte, ou, felon Pindare, Démophoon. Il y en a qui donnent à Antiope même le nom d'Hippolyte. ANTIOPÉ, Aatiopa , tte d'une piéce du poëte Pacuvius. ANTIORUS, Antiorus , (a} A'rrlepos , fils de Licurgue. C'eft le feu] qu’ait laflé ce fameux Lé- gilateur de Sparte. Encore mou- rut-il fans laifier de poftérité, Ainft il fut le dernier de {a race. ANTIPARASTASE, Ant- paraffafis , figure de Rhétorique, qui confifte en ce que l’accufe ap- porte dés raïfons, pour prouvét qu'il devroit plutôt être loué que : blêmé , s'il étoit vrai qu'il eût fait ce qu'on lui oppofe. x ANTIPAS, Antipas, AyriTaés @) fils du grand Hérode , & d'une de fes femmes , qui fe nommoit Cléopâtre, & qui-étoit de Jéru* faem. Hérode avoit déclaré An- tipas fon fuccefleur an royaume de Judée dans fon premier tefla- ment; mas , enfuite il changea, & nomma Aïchélaüs, roi de Ju- dée , ne donnant à Antipas quelle des Emp. Tom. ?. pag. 182. Tom. Ml. pag. 68. Mém, de J'Acad. des Infcript- & Bel], Éctt, Tom, XXI, p. 268: dr Juive hs E met dé bn tt dt Ce lant ddr 20 aide érii Sses ‘onde ir énbe dr ie nice OnE et Mt Enbdée 1 SC se ip qu de | ÿ À N titre de Tétrarque de la Galilée & de la Pérée. Archélaüs étant alle à Rome pour y faire confirmer, par Augufte, le teftament de fon père, Antipas y alla aufli. L’Em- pereur donna à Archélaüs la moi- té de ce qui lui étoit afhgné par le teflament d'Hérode, avec la qualité d'Ethnarque, lui promet- tant quil lui accorderoit le titre de Roi, dès qu'il s’en feroit montré digne par fa vertu. Ses revenus Étoient de 600 talens. Quant à Antipas , Augufte lui donna la Galilée & la Pérée, qui lui rap- portoient 200 talens ; enfin, il don- ña à Philippe , autre fils d'Hérode, la Batanée, la Trachonite, & l'Auranite , avec quelques autres places. Le tont lui faïfoit un re- venu de cent talens. Antipas, qui prit depuis le nom d'Hérode , étant de retour en Ju- dée » Sappliqua à orner & à for- tifier les principales places de fes États. Il donna à Bethfaide le nom de Juliade , en l'honneur de Julie, femme d'Augufte ; & à Cinné- réth, celui de Fibériade ,en l'hon- neur de Tibère. Il avoit époufe la lle d'Arétas, roi d'Arabie, qu'il répudia , vers l'an de J: C. 35, Pour époufer Hérodiade, fa belle- Μur, femme de fon frere Philip- pe, qui étoit encore vivant. Saint Jean-Baptifte ne ceflant de crier Contre ce rapt & cet incefte , An- tipas le fit arrêter |, & mettre en Prifon dans Je château de Maqué- ronte. Jofephe prétend qu’Antipas avoit fait arrêter S. Jean , que parce qu'il attiroit trop de monde auprès de lui, & qu'il craignoit qu'il ne fe fervit de l'autorité, qu'il AN 143 avoit acquife fur l’efprit du peuple, pour le porter à la révolte. Mais, Jofephe a pris le prétexte pour la vraie caufe. Les Évangéliftes , mieux informés que lui, puifqu'ils étoient témoins oculaires de ce qui fe pailoit, & qu'ils connoif- foienr Saint Jean & fes Difciples d'une manière particulière, nous aflurent que la véritable raïfon de la détention de $. Jean, fut la ha ne, que lui portoient Antipas & Hérodiade , à caufe de la liberté avec laquelle il reprenoit leur ma- riage fcandaleux. La fainteré & la vertu de Saint Jean étoient telles, qu’Antipas même le craignoit , le refpettoit, & faifoit beaucoup de chofes en fa “confidération. Mais , fa pañlion pour Hérodiade lauroit porté à le faire mourir, s’il n’eût été re- tenu par la crainte du peuple , qui regardoit Jean - Baptiite comme un prophète. Comime on célébroit le jour de la naïffance de ce Prin- ce, la fille d'Hérodiade danfa au milieu de l’affemblée , & elle Ini plut beaucoup ; de forte qu'il pro- mit avec ferment de lui donner tout. ce qu'elle lui demanderoit, Elle, à l'inftigation de fa mere, lui dit : » donnez-moi préfente- » ment dans un baffin la tête de » Jean-Bapufte. « Antipas en eut de la peine ; néanmoins à caufe de fes fermens, & de ceux qui étoient à table avec lui, il com- manda qu'on la lui donnât, &il envoya décapiter Jean dans la pri- fon. Sa têre fut apportée dans un baffin , & donnée à cette fille, qui. la porta à fa mere. Arétas , roi d'Arabie, pour fe 246 A°N- lui étoit écrit. Tranfporté de joie d’une guérifon fi miraculeufe , il remercie Anyté, & la renvoye, après lui avoir compté deux mille ‘piéces d’or, fuivant l’ordre conte- nu dans la lettre. ANYTUS, Anytus, À'wros, {a) lun des Titans. On voyoit dans un temple d'Arcadie, près. de la divinité favorite , Anytus dans l'équipage d’un homme de guerre. Les Miniftres du temple difoient que la Déefle avoit été élèvée par cet. Anytus. ANYTUS, Anytus , ArvTe ; (2) rhéreur, d'Athènes , fils d'An- thémica, étoit l’un des amans d'ÂAicibiade. Un jour, qu'il don- noit à fouper à quelques étran- érs, il envoya aufh prier Alci- Pa Alcibiade refufa ; mais, le foir , après avoir fair la débauche chez lui , avec fes amis , plein de vin , il alla en mafque chez Anytus, s'arrêta fur la porte de la falle du feftin , & voyant le buffet & les tables couvertes de vaiflelle d’or & d'argent , il com- manda à fes efclaves den pren- dre la moitié , & de l'emporter chez-lui ; après quoi il s’en re- _ tourna , n'ayant pas feulement daigné leur faire l’honneur d'en- trer. Les étrangers , qui étoient à table, murmuroïient hautement de cet afront , & difoïent qu’Alcibia- de traitoit Anytus avec trop de mépris & d'infolence. » Point du » tout, reprit Anytus ; au con- » traire , il me fait honneur & » grace ; Car , il pouvoit tout (a) Pauf. pag. s15- () Lucian, Tom. E. pag: 397 , 1002. | v. 3. AN » prendre, & il nous en a laïffé » la moitié. « C’eft Plutarque , qui raconte cette aventure, comme un exem- pile des infultés , qu'Alcibiade fai- {oit quelquefois à {es amans, Mais, on eft furpris qu'il ait fuivi une tradition fi défavantagenfe à Alci- biade; car, il femble que Pintérèt ait plus de part à Pinfulte qu'il fait a Anytus, que Penvie de lui faire un afrront. Âthénée raconte cette hiftoire d’une manière bien plus fine. Il dit qu'Alcibiade étant allé en mafque chez Anytus, avec un de fes amis, nommé Thrafyilus, qui étoit pauvre , & s'étant ap= proché du buffet, chargé de vaif- {elle d'or & d'argent, but à la fanté de Thrafyllus, & ordonna à fes efclaves de prendre la moï- _tié du buffet, & de le porter chez Thrafyilus. Alcibiade prit donc cette argenterie à un de fes amans, qui étoit riche , pour la donner à un autre, qui étoit pauvre, &C nullement pour en profter. Anytus eft regardé comme le premier, qui ait employé largent à Athènes, pour corrompre les Juges. Ce fut, lorfqu’on l’accufoit d'avoir livré le fort de Pyle aux ennemis, fur la fin de la guerre du Péloponnèfe. Comme 1l étoit l'ennemi déclaré de Socrate , ül engagea Ariftophane à compofer une comédie contre lui ; êc s'étant joint à Mélitus & à quelques au- tres , il ft condamner Socrate à mort, fous la 95e Olympiade, environ 400 ans avant J. C- pag. 193, 220. Horat. L. II, Saryr. 4° Mém, de l’Acad, des Infcript. & Xenoph, pag. 706: 707, Plut, Tom, 1,iBcli, Lett, Tom, ÆVe pag. 145» | 8 = A O Mais, lorfque l'innocence de ce Philofophe fut connue, le peuple s’elèva contre fes accufateurs, & Anytus, s'étant fauvé à Héraciée, en fut chaflé par les-habitans. Se- lon Thémiftus, 1l y fut aflommé à coups de pierre. ANYTUS , Anytus , A'wrec , (2) furnommé Laciade. Il eft parlé de cet Anytus dans un difcouts de Démofthène, A O … AOD, 4od, Aus, (b) fils de Géra, de la tribu de Benjamin. On remarque qu’il fe fervoit de la main gauche , comme de la main droite, Églon, roi des Moabites, ayant opprimé les Ifraëlites pen- dant dix-huit ans , Dieu leur fuf- cita un libérateur dans la perfonne d'Aod, ou Éhud, comme le pro- noncent les Juifs , ou Ajoth, comme on lit dans quelques exern- plaires des Septante , ou Judé, comme porte le texte de Jofephe. Les enfans d'Ifraël envoyérent par Aod des préfens à Églon. Aod fe fit faire une dague à deux tran- chans , longue d’une coudée, & qui avoit une garde de la lon- gueur de la paume de la main. Il R mit fous fa cafaque à fon côté droit, & il offrit fes préfens à glon. Or, ce Prince étoit extré- -mement gros. Aod., ‘lui ayant offert {es préfens, s’en retourna - avec fes compagnons , qui étoient venus avec lui. Puis étant revenu de Galgala , où il y :avoit des idoles , il dit au Roi : » J'ai un » mot à vous dire en fecret, Ô (4) Démofth. pag, 871, À O 247 » Prince. « Le Roi lui ayant dit d'attendre un moment, tous ceux, qui étoient auprès de fa perfonne, {ortirent. Alors, Aod s’approcha du Roi, qui étoit feul , aflis dans fa chambre d'été, & lui dit: » Jai » un mot à vous dire de la part » de Dieu. « Aufli-tôt,le Roi fe leva de fon trône. Et Aod ayant porté la main à la dague , qu'il avoit à {on côté droit, la tira, & la lui enfonça fi avant dans le: ventre , que la poignée y entra toute entière avec le fer, & fe trouva ferrée par la grande quan- tité de graïfle, qui fe rejoignit par= deffus. Aod ne retira point fa da= gue ; mais, après avoir conné le . coup , il la laïffa dans le corps, & aufli-tôt les excrémens”qui étoient dans le ventre ;’s’écou- lérent par les condui#fs naturels. _Aod , ayant ferméà clef avec grand foin les portes de la cham- bre, fortit par la porte de der- tière. __ Cependant les ferviteurs du Roi , étant venus, trouvérent la porte fermée , & dirent: » C'eft » peut-être qu'il a queloue befoin ». dans fa chambre d'été. « Après avoir long-tems attendu, jufqu’à en devenir tout honteux, voyant que perfonne n’ouvroit, ils prirent la clef, ouvrirent la chambre , & trouvérent leur Seigneur étendu . mort fur la place. Pendant ce grand trouble | où ils étoient, Aod trouva le moyen de {e fau- ver, & ayant palié le lieu des idoles , d’où il étoit revenu , it vint à Séirath. Aufli-tôt.,il fonna z 4) Judic.e, 3: vs 7s + Ras RO . + # 240. AO de la trompette fur la montagne d'Éphraim , &les enfans d'Ifraël defcendirent avec Aod., qui mat- choit à leur tête. -Et il leur dit: » Suivez-moi; car, le Seigneur » nous a livré entre les mains les » Moabites nos ennemis. « Les Hraëlites fuivirent Aod, { faif- rent des pgués du Jourdain, par où lon palñoït au païs de Moab, & ne laifférent païñler ancun-des Moabites. Ils en tuérent environ dix mille, qui étoient tous des hommes forts & vaillans, & nul -d'entr'eux ne put échapper. Moab fat humilié en ce jour-là fous la main d'fraël, & le pais demeura en paix pendant quatre-vingts ans; c'elt-à-dire , depuis l'an du mon- de 2679, juiqu'à 2759, & avant 3:C. T2AT. ; Après Aod, Samgar, fils d’A- nath, fut mis en fa place, C’eft lui, qui tua fix cens Philiftins avec un {oc de charrue, Re AGDÉ , Aœde, A'uly, nom d'une des Mufes. Voyez Mufes. AOLLIUS, Aollius, Aonxoc, (2) fils de Herfilie & de Romulus, _felon quelques-uns. Il avoit une fœur, qui fut appellée Prima , parce qu'elle n’aquit la première. Pour lui, il fut appellé Aollius, à Caufe d’un nombre de peuples, que fon pere avoit-ramaliés de toutes parts. Gar, en Grec, Æol- Zées fignifie des gens affemblés. Dans-les fiécles frivans, Aollius fut nommé Abillius, comme l'é- crit Zénodotus le Trézénien , qui trouve en cela beaucoup d’Au- (2) Plur, Tom, I. pag, 26, {(&) Strab. p.327, 401. Ovid., Metam, L. I, ce 11, L,-III. Ce 6,-Pauf, pag: 548 ER A D: teurs , qui le contredifent, + AON,, Aox,-étoit fils de Nep= - tune. Ce Prince ayant été. obligé de fuir: de l’Apulie, vint dans la -Béotie, où ik s’établir fur des mon tagnes , qui, de {on nom, furent appellées. Aoniennes. AONIDES , Aonides, furnom que les-Poëtes ont donné aux Mu- fes. Voyez Aoniens. AONÏIE , Aonia, contrée de la Gréce , qui fut ainfi appellée des monts Âoniens. Foyez Ao- miens, re es AONIENS , Aones , Aovcc , (2) peuples de Gréce , que Stra- bon place au rang des Barbares, qui occupérent d’abord la Béotie. Îs y étoient venus, felon ce Géo- raphe, de Sunium , ainfi que les Runbicee ou Femmices. Paufa- nias croit qu'ils étoient originaires de la Béotie même, Voici comme il s’en exprime : » On croit que » les premiers peuples, qui ont » habité la Thébaide | étoient. » Eéténes, & qu'ils -avoient pour » roi Opypus ; qui étoit Jui-mé- ». meenfant de la terre ; c'eft-à- »_dire, originaire du pais..De=là ». vient que la plüpart des Poëtes » donnent à Jhébes le furnom » d'Opyvies. On. dit que tout ce » peuplé périt de la peñle ,; & ; TOY TE: k » qu'aux Ecténes fuccédérent les ».Hyantes & les Aoniens , peu- » ples,-comme je crois, de la - ».Béotie, & nullement étrangers. » Enfuite Cadmus, étant venu de »_Phénicie avec nne armée , li- » Via combat aux Hyantes ,-& 540. Myth: par M, V'Abb, Ban. Tom IV, pag. 230. A O. n lesdéfir, Ces peuples, fe voyant » fubjugués,, s’enfuirent durant la » nuit, & allérent chercher une » retraite ailleurs: Mais, les Ao- » niens fe foumirent au vain- » queur., qui leur permit de ref- » ter dans le pais, enforte qu'ils » ne firent plus qu'un peuple avec » les Phéniciens. Ils gardérent » donc les habitations qu'ils a- : » voient dans les villages: « Le nom d'Aonie eit célebre chez les Poëtes. On croit qu'ils ne l’ont employé fi fréquemment, que parce que la mefure de ce mot leur étoit favorable, On ne voit pas d’ailleurs que les Hifto- riens-s’en foient fervis. - Ona donné aux mufes le fur- nom d'Aonides. M, PabbéBanier, dans fa Mythologie, dit que ce farnom eft tiré des montagnes de Béotie , appellées Aonieanes , d'où cette Province elle-inême eft fouvent nommée Aonie. Et ces Montagnes , felon certains, pri- rent leur nom d'Aon , fils de Neptune. *AORASIE,, Aorafie, terme, quiéft compofé de & privatif, & ‘pau; video ,-je vois ; c'elt-à- dire, qu'Orafe fignifie invifbilité, €s Anciens étoient perfuadés que , lorfque les dieux venoient Parmi les hommes , & conver- Dientavec eux, leur divinité ne Le manifeftoit jamais en face, Îls ne fe faifoient reconnoitre que pat derrière, dans le moment qu'ils À retitoient. C’eft ainf que Nep- tune, dans Homère, après avoir parlé aux deux Ajax; fous ja f- (#) Pauf, pag, 107: pe “AO 249 gure de Calchas, weft reconanm… d'eux qu'à fa démarche par derrië- re, lorfqu'illes a quittés. Vénus apparoît à Énée , fous les traits d’une chafleufe ; & {on fils ne la reconnoît que quand elle : -{e retire, fa tête rayonnante, fa robe abattue, & fa divinité, pour af dire, étant trahie par la ma- jeté de fa démarche. AORTS ; Aoris, Aope, (a) fils d'Âräs, avoit une fœur, nom- ée Aréthyrée. Les Phliafiens di- foient qu'ils furent lun & l’autre grands guerriers & grands chaf- feurs. Aréthyrée étant morte, fon frere Aoris, pour faire hon- eur à la mémoire de fa fœur, voulut que-tout le pais portât le nom d'Areéthyrée ; & Homère a parlé de ce païs fous ce nom-là,en faifant le dénombrement des pen- ples , qui fuivoient Les enfeigues d'Agamemnon. Tous foldats avuerris de la fertile ornée , Ou du païs voifin l’heureufe Arë- thyrée. à AORISTE, Aorifius, terme de grammaire Grecque-, & de gram- maire Françoife. Ce térme, qui vient du Grec ,veut dire indéfiu, indéterminé ILeft en effet com- pofé de & privatif, & de es terminus, limes ; terme, limit; c'eft-à-dire, qui n’a point de li- mIfess- : ë Aorifte fe dit donc d’un tems, & für tout d'un prétérit imdéter= miné, J'ai fait, eitun prétérit dé= terminé, où plutôt abfolu; au lieu: « 250 A O que je fs , eft un Aorifte ; c’eft- à-dire, un prétérit indéfini, indé- terminé, ou plutôt un prétérit re- latif, Car, on peut dire ab{olu- ment: J'ai fait , J'aiécrir, j'ai donné, jai mangé ; | ai br : au Û » J DES JRISDES Feu que , quand on dit : Je fs, J'écrivis > Je donnai > Je mangeai, Je bus , il faut ajoûter- quelque autre mot, qui détermine le tems, Où l’aétion , dont on parle, a été faite: par exemple , je fs hier ne Per J'écrivis il y a quinxe jours , &c. Il faut obferver 1.° que l’on ne doit fe fervir de l'Aoifle , que Pour marquer un terms qui foit au moins éloigné d'un jour de cel, où l'on parle. Ainfi,on ne pourroit pas dire : Je reçus de l’aroent ce matin ; parce que ce matin fait partie du jour , où l’on eft encore. 2.° Que ; pour employer ce même Âorifle, ce n’eft pas aflez que le tems, dont on parle, foit éloigné de plus d’un jour de celui, où l'on eff, il faut encore qu'il n'en refte plus rien, & que l’on n'y foit plus renfermé. Ainf, il ne feroit pas permis de dire : Nous yimes de grands évenemens dans ce fiècle , dans cette année, dans Ce mois , dans cette femaine , parce que le fiécle, l'année, le mois ; & la fémaine , dont on parle ; font des efpaces de tems, qui ne font'pas encore pañlés, & où l’oneft encore renfermé. Mais, il faudroit dire , en fe fervant du prétérit abfolu: Nous avons vu de grands événemens dans ce fiécle , dans cétfe année; dans ce mois, dans cette femaines on * : RER HORLTS. À O AORNE, Aornon, A’ opror $ (z) nom d'un rocher des Indes, fort célebre. On dit qu'Herenle l'affiégea, & quil fur contraint d'en lever le fiége par un trem- blement de terre. Les peuples des environs , chaflés de leurs Villes par Alexandre le Grand, fe re- tirérent fur ce rocher. Comme ce Prince ne fçavoit par où l'atta- quer , parce que c’étoit un ro- cher , efcarpé de tous côtés, il y eut un homme du pais, qui le vint trouver avec deux de fes en- fans, & lui offrit de lui montrer . un chemin, pour monter au haut du rocher, moyennant quelque récompenfe. Le Roï lui promit quatre-vingts talens ; & ayant re- tenu Pun defes fils en ôtage, ile renvoya pour exécuter ce qu'il promettoit, & lui donna quelques foldats armés à la legére, fous la conduite de Mullinus , fecrétaire de fes commandemens , qui de- voient gagner le fommer par des détours, fans être apperçus des ennemis, Aurefte, ce rocher n'avoit pas, comme d’autres , de petites pen= tes aifées pour y monter; mais, il s'élevoit en forme de bute ; & étant fort large par le bas, il alloït toujours en s’étréciflant , jufqu'en haut, de facon qu'il fe terminoit en ponte, Le fleuve Indus pafloit au pied, ayant fes rives droites & élevées de-çà & de-là, De l'autre côté , il y avoit de grandes fondrières , qu'il falloit fe réfoudre defemplir , fi: Fon vouloit pren- dre la place ; mais, il fe trouvoit bas: 688. Q: Curt, L, VIII, c, 11e À O à une forêt fort à propos, qu'A- lexandre fit abattre , avec ordre de ne prendre que les troncs des atbres , qu'on ébranchoit , pour les porter plus aïfément. Il jerta lui-même , dans ces gouffres, le premier tronc d'arbre, dont toute l'armée fit un cri d’alégreile ; & tout le monde travaillant avec ar- deur à l’ouvrage, que le Roi avoit commencé , tout fut achevé en fept jours, En même-tems, ayant téfolu de faire une atraque , 1 commanda aux archers & aux Agriens. de monter fur le rocher. _Î choifit trente jeunes hommes des plus vaillans de fa compagnie, &t leur donnant pour chefs Ce & un autre officier qui s’appelloit Alexandre , il exhorta ce dernier de fe fouvenir du nom qu'il por- toit, = . D'abord, on ne fut pas d'avis que le Roi s’y hazardât, le péril étant trop évident; mais, la trom- pette n'eut pas plutôt fonné, que ce Prince, qui n’étoit pas maître de fon courage ; ordonna à fes gardes de le fuivre , & fut le pre- Mmier à grimper fur le rocher. Dès. lors, il n’y eut plus perfonne , qui fe tint en fon pofte; les voilà tous après lui, où plufieurs périfloient miférablement , tombant des ro- chers dans la rivière , qui les en- eloutifloit dans fes . un fpeétacle bien pitoyable , mé- Ie pour ceux qui n'avolent point Couru de rifque. Mais , comme ils f trouvoient expofés au même “anger , leur compañlion fe tour- nant en peur, ils ne fongeoient ‘ plus qu’à leur propre falut. Cependant,ils s'étoient engagés res. C'étoit À O 254 fiavant, qu’il falloit vaincre, où mourir ; Car, les Barbares rou- loient de grofles pierres fur ceux qui montoient, lefquels ayant dé- ja bien de la peine à fe tenir en des lieux fi gliffans , tomboient dans des précipices. Cependant Alexandre & Carus, que le Rai avoient envoyés devant avec les trente jeunes hommes d'élite , avoient déjà gagné le haut, & étoient aux mains ; mais, parce -que l’ennemi tenoit encore Le fom: met, pout un Coup qu'ils don- noient, ils en recevorent plufeurs. Alexandre fit voir, en ce combat, qu'il fe fouvenoit de {on nom &. dé fa promefle ; mais, comme il ne fe ménageoït point, & qu'on le chargeoit de tous côrés, il fut accablé de coups: Carus , le voyant par terre , n'eut foin que de le venger; & fe jettant à tra- vers les ennemis, il en tua plu- feurs de fon javelot , & d’autres à coups d'épée, jufqu'à ce que, ne pouvant réfifter feul à un fe. grand nombre , il tomba mort fur le corps de fon ami. : Le Roi afligé , comme il de- voit, de la perte de deux f bra- ves hommes, & de fes autres {ol- dats , fit fonner la retraite. Le bon ordre & la contenance, dont ils la frent, fut ce quiles fauva ; car, les Barbares fe contentérent. d’a- voir-repouilé l'ennemi, &-ne le pourfiivirent pas davantage. Du refte, quoiqu'Alexandre eût ré fola de lever le fiége , comme ayant perdu l’efpérance d'en ve- nir à bout, il fit cependant mine de: le vouloir continuer. Il fe faifit des : avenues , fit approcher les-tours, Lt ? 262 À O0: & fit relever., par des gens tous. frais | ceux qui étoient fatigués, Les Indiens, voyant {on opimii- treté , témoïignérent auf leur affurance ; &, comme pour triom- pher de-lui, ils fe mirent à faire grand’chere , durant deux jours & deux nuits , jouant de leurs tam bours & de lents timbales ; mais ; la troifième nuit on ne les enten- dit plus , & l’on fut fort étonné de voir le rocher éclairé par tont de lambeaux, qu'ils avoient allumés pour favorifer leur fuite, & {e con: duire-plus afément dans les préci- pieces pendant l’obfcurité de la nt, Le Roi ayant envoyéun Ofi- cier pour reconnoitre ce que c'é- toit, apprit que les [ndiens avoient abandonné le rocher ;: & ‘alors donnant un fignal à fes gens , afin qu'ils fe priflent tous à crier , il init une telle épouvante parmi les fuyards, que plufieurs , penfant voir l'ennemi, fe précipitérent du. haut des rochers, La plüpart, ef tropiés de quelque membre, fu- rent délaïflés par ceux qui fe pu- rent fauver. Quoiqu'Alexandre fût plutôt vidorieux de la place, - que de l'ennemi , il fit des facrifi- ces d’attons de graces aux dieux, comme sil eût gagné une batail- le ; & drefla des autels, fur le rocher, aux déefles Minerve & Viétoire, Pour les guides , qui de- voient conduire au haut du rocher les foldats i, armés à la legére , quoiqu'ils n'enffent. pas exécuté | tout ce qu'ils avoient fait efpérer, (a) Pauf, pag. 586. Strab. pag. 26. Plin. L. IV: c. 1, Mém. de l'Acad. dés Infcript. & Bell: Lettr, Tom, VIL, pag: 859, Tom, X, pag. 264 : AO il ne laiffä pas de leur donner f- delement ce qu'il leur avoit pro- mis, & fit Sofocofte, gouverneur. de ce rocher & de tout le païs. AORNE , Aornon, A'oprer 5 (a) lieu de la Thefbrotie. Ce mot ÆAorne et compofé de opnç , avis, oïfeau ; & de d privatif. On ap- pelloït ce lieu af, parce que les exhalatfons , qui en fortoient , étoient mortelles anx oifeaux. On dit qu'il y avoit ancienne- ment à Aorne un Oracle , qui rendoit fes réponfes , en évoquant les morts. On dit auf qu Or. phée , ayant perdu fa femme, alla dans ce lieu, où 1 vit fa chere Eurydice ; & s'étant flatté qu’elle le fuivroit., quand il vint à regar- der derrière lui , il fat fi afigé de ne la plus voir , que de défefpoir il fe tua lui-même. Les Thraces difoient que les roffignols , qui avoient leurs nids aux environs du tombeau d'Orphée , chantoient avec plus de force & de mélo- die , que les autres. Mais , les habitans de Dion , ville de Macé- doine, près du mont Piéria, pré tendoient qu'Orphée fut tué dans leur païs par des femmes , & qu'il ÿ avoit fa fépulture, On dit qu'il y a eu un fleuve, appellé Aorne, qui couloit à Phe- néos, @& dans lequel il y avoit des poiflons ; qui rendoient un lon, pareil à celui de la tourterel le. Le mot d’Aorne répond à celui d'Averne, Voyez Averne. AOUÛS ; Aous ,; A'oœ: (8) (6) Strab. p.216. Tit. Liv. L. XXXIL CS:6,13 LXXXIIL. c. 4. Plin, L, ll, C. 23. Di0, Caff, pag, 1744 ; À O fleuve de Macédoine, Hécatée, - appelloit ce fleuve Æas,& croyoit quil prenoit fa fource à un lieu nominé Lacmus, d’où il alloit fe rendre vers le couchant dans la mer Adriatique , au travers du. territoire des Taulantiens. Il eft appellé Anas dans Dion. La ville d'Apollonie, bâtie par des Corin- thiens & des Corcyréens , & cé- lébre par les excellentes loix , que ces peuples avoient données à fes habitans , étoit fituée à dix flades de l'Aous. Nous apprenons de Tite-Live que l’Aous couloit dans un vallon étroit ; entré deux montagnes , — lune Érope , & l’autre Anaïs, ne laiflant qu'un chemin fort ferré entre fes rives & ces Montagnes. La nature & la fitua- tion de ces lieux les rendoient fort Propres pour des retranchemens. Cet pourquoi Philippe , roi de Macédoine, l'an de Rome 553; les ayant confidérés avec atten- #0n, ctut qu'il ne pouvoit fe cam- : Per dans un pofte plus avanta- geux & plus fûr qu'aux environs du fleuve Aons. Ïl commanda à Athénagoras de fe retrancher fur _ L mont Afnaüs, avec les foldats armés à la Jeoére, & fe campa lui:même für le mont Érope. Il ne plaça qu'un petit nombre de foldats aux endroits déjà défendus par les rochers efcarpés , qui les Pordoient, & ft creufer des foités, Stélever des palifades ou des tours ‘4 CeUX, qui étoient moins inac- cefhibles. if fit ‘porter une gran de quantité de traits & de ma- chines ; faites-pour être lancées. de loin , dans les lieux , où cette précaution lui parut néceffaire, contre les ennemis , qui vou- droient en approcher. I fit placer fa tente devant fes retranchemens s dans la hauteur la plus expofée à la vue , pourintimider lennemi, &raflurer les fiens, par ce témoi- gnage de confiance. = Phiippe, malgré tant d'avane tages, fut défait; car, Valérius d'Antium rapportoit que Villius entra dans les défilés ; que re pouvant fuivre le droit chemin par lès montagnes, dont le Roi étoit maitre , il prit à route par la vallée, au milieu de laquelle couloït le fleuve Aous; & qu'e- tant pañlé du côté, où étoit cam- pé Philippe , fur un pont fait à la hâte , il lui donna bataille, le dé- fit, le mit en déroute, & s'em- para de {on camp ; que , dans ce combat, il y eut douze mille ennemis de tués, deux mille deux cens de pris , avec cent trente- deux étendards , & deux cens trente chevaux. Valérius ajoûtoit que Villius , au milieu de Pa&tion, fit vœu de bâtir un temple , sil gagnoit la victoire. Il faut conve- ir Néanmoins que tous les autres écrivains Grecs & Latins , dont Tite-Live avoit lu les Annales, -afluroient que Villius ne fit rien -de mémorable. AOUST | le Mois d’}, Mens Auguflus. (a) C'eft le huitième mois de l'année , felon notre fa- çon de compter, puifque nous la . fafons commencer au mois de (4) Crév. Hift, des Emp. Tom. I. pag, 35 ; 36: 254, À O Janvier. Dans l’ancien calandrier Romain , lorfque l’année com- mençoit par le mois de Mars, c'étoit le fixième mois , d’où il étoit nommé Sextilis, nom qu'il conferva encore long-tems, après qu'il ne fut plus que le huitième mois , par l'addition des mois de Janvier & de Février. Un des mois de l’année ayant #éçu un nouveau nom, en fmé- … more de Jules Céfar [c’eft le mois de Juillet | , on voulut rendre le même honneur à Aupufte; & l’on fe déterminoit à donner {on nom au mois de Septembre, dans le- quelil étoit né, Mais , ce Prince préféra le mois précédent , pour les raïfons énoncées dans le Séna- tus-Confulte, qui nous a été con- fervé par Macrobe. En voici la teneur : » Comme C’eft au mois, » appellé jufquici Sexilis, que 2 l’empereur Céfar Augufte a pris stpofleflion de fon premier Con- » fulat 3 quil a célébré trois » triomphes ; qu'il a reçu le fer- » ment des légions, qui occu- » poient le Janicule ; qu'il &ré- » duit l'Égypte fous la puiffance » du peuple Romain; qu'ila mis >» fin à toutes les guerres civiles ; » enforte que, par tous ces en- » droits , il paroït que ce mois eft » 6taété tout-à-fait heureux pour » cet Empire; le Sénat ordonne » qu'à l’avenir ce mois fera an- » pellé Aug es C'eft de ce nom altéré & corrompu , que nous avons fait le nom d’Aouit, dont nous nous fervons. (a) Dan: c. 17, v: 45, AP. APADNO , Apadno, Ege- d'aro. (a) Le prophéte Damiël, parlant de l’Antéchrift, felon la plüpart des Commentateurs , où d’Antiochus Épiphane , felon ceux qui s’attachent au fens littéral , dit qu’il dreffèra [a tente 4 Apadno , entre les mers , fur la montagne iuftre & fainte ; qu’il montera Jufqu'à fon fommet , © que nulne lui donnera du fecours. Il s’agit de trouver la pofition d'Apadno. Les uns l'entendent du mont des Oliviers, où les Fideles s’aflembléront, où l'Antéchrift ira les attaquer, & où il dreflera à tente entre les deux mers, la mer Morte & la mer Méditerranée. D’autres prennent Apadno dans un fens apellatif, pour {on palais ou fa tente. L’afhette de [a tente, où de fon palais, fera fur la mon: tagne illuftre & fainte , entre les deux ters. Selon Porphyre, Apadno étoit le nom d’un endroit dans l£s mon- tagnes de P'Élymée, ou de la Per- fe, où Antiochus Épiphane avoit dreflé fes tentes, entre l'Euphrate &t le Tigre, lorfqu'il entreprit de piller le temple degBélus, où de Diane d'Élymaïs; mais, fon def- fein ayant été découvert, il fut obligé de fe retirer. Symmaque traduit ainfi : ll dreffera Les tentes de fa cavalerie entre les mers : & Fuller : { dref- fera la tente de [a tunique entre deux mers. À propos de quoi, on remarque que chez les Romains, RTS RAS PO RANNETS AP ôh mettoit quelquefois au haut de la tente du Général, une ai- rafle, ou une tunique de couleur de pourpre , pour donner le fignal de la bataille. Dom Ualmet rend l'Hébreu de … cette forte: 1] dreffera fes tentes dans Apadno des deux mers, ou dans Padan des deux mers > qui eit le même que Padan des deux fleuves ; c'efl-à-dire , la Méfopo- tamie fituée entre l'Euphrate & le Tigre, deux grands fleuves, juf- tement comparés à la mer, fur “tout dans leurs débordemens. En ft, Antiochus Épiphane étant Fa. es : allé faire la guerre à Ârtaxias, roi d'Arménie , qui s’étoit foulevé _Cntre lui, mena fon armée dans l Méfopotamie, où il drefla fes téntes , entre les deux fleuves du Tigre & de l'Enphrate. J/ fe pla- Cera fur La montagne illnftre , ou, 5 felon l'Hébreu , Jur la montagne de Zobi, 11 montera Jufqu'a fon formes, & 51 Y mourra, fans que Perlonne lui donne le moindre fe- Cours, Antiochas Épiphane, re- Venant de Perfe à Babylone, tom. ba de fon chariot, & fe froiffa tous les membres. Il moutut mi- férablement dans les montagnes de Tabes > comme nous l'appre- nons des Hiftoriens. . Théodoret croit qu'Apadno Soit un lieu dans le voifinage de Jérufalem. S. Jérôme dit d’une Matière plus précife, qu’Apadno “0 près de Nicopole., autre- Ment Émmaus , où :commencent Montagnes de Judée ; far quoi (3) Plut, Tom, I, pag. 583. A P Se il faut remarquer que M. Relland. a montré qu'Emmaüs, à qui l’on donna le nom de Nicopole, nef pas la même chofe qu'Emmaüs, dont parle S. Luc, & qui étoit à foixante ffades de Jérufaiem. Procope , parlant de certains lieux , qui furent rétablis par Juf- tinien aux environs d'Amida en Méfopotamie, nomme en parti- culier Zpadna & Byrthus ; ce qui fert d'appui au fentiment de Dom Calmet , qui, comme on vient de le voir , entend par ÆApadno des deux mers , la Méfopotamie , ap- pellée en Hébreu Paden- Aram , où Aram-Nakaraim , la plaine d'Aram , ou Aram des deux fleuves. | APAGOGIE , forte de dé- monttration ; par laquelle on prouve la vérité d'une propoñ- tion, en faifant voir que la pro- poñtion contraire eft abfurde ; d'où vient qu'on l'appelle auf redutio ad impoflibile, où ad ab- furdur. Le APAMÉ , Apama ; Are, (2) fille de Barfine, qui fut la pre. inière perfonne qu'Alexandre ai- ma en Afe. Ce Prince donna Apamé en mariage à Ptolémée. Elle étoit l’ainée d’une fœur , qui éporifa Euméne. APAMÉ 2 Apama À rene + (2)-femme du roi Séleucus. Cette Princefle- donna -fon nom à une ville de Phrygie , bâtie près de Célenes. Un autre Princefle, nommée ÂArfinoé par quelques-uns, eft (6) Tit. Liv. L. XKXVIIL, €, 134 Plut, Tom. I, pag. 903. 262 À P APATURIES , Apaturia , (a) ‘ La fête des Apaturies tombois À'rarcupies Les-Apaturies étoient une fête célebre parmi les Athé- niens. En voici l’origine. Les Béo- tiens faifoient la guerre aux Athé- niens , pour décider à qui les lieux de Célaine , ou Mélaine & Œnoé appartenoient. Xanthe, chef des Béotiens, appella en duel Thy- mete , roi des Athéniens. Celui- ci ne voulut pas accepter le défi. Mélanthe, qui l’accepta , fut établi Roi en fa place, fe mit devant les rangs , & approchant de Xan- the , il ufa d'une tromperie, qui lui reuflit, » Eft-ce agir en hon- » nête- homme, dit-il , d'amener » un fecond, lofqu’on doit com- » battre feul? « Xanthe fe tourna pour voir fi quelqu'un venoit après lui, & Mélanthe prit ce tems-là, pour lui porter un coup, qui le mit à terre. De-là vientie Mot Apaturia ; dmarn en Grec voulant dire tromperie. On célébroit les Apaturies pen- dant trois jours. Le premier jour, où l'on s'aflembloit pour fouper enfemble, étoit appellé Dorpia, ui veut dire cæœrz, fouper: Le se où lon facrifñoit, s’ap- -pelloit Anarrhyfs, qui, en an- X cienftyle , vouloit dire , chez les” Grecs, un facrifice. Le troifième: fe nommoït Curéotis ; nom déri- vé de curos, jeune; parce que c'étoit ce jour-là que les jeunes garçons étoient reçus & écrits dans la tribu, & aflociés aux-au- tres, Ca) Suid. Tom.l.p.332,323. Antiq. A P au mois d'Otobre, ou , felon quelques-nns , au mois Attique, nommé Pyanepfon, qui répon- doit, fuivant certains , partie à Novembre, partie: à Décembre. Tous les tribunaux , fans en ex- cepter celui de P'Aréopage, étoient obligés de faire cette fête , qu'on célébroit en l'honneur de Bacchus. Il y en a qui prétendent qu'elle duroit non feulement trois Jours, - mais quelquefois quatre & cinq. { APATURIUS , Apaturius 5 Araroûpros, nom d'un homme, contre lequel Démofthène pro- nonça une orafon, - APATURIUS , Apaturius , A'rarowpic, furnom de Jupiter. Jupiter Apaturius veut dire, en bon François , Jupiter le Trom- peur. Les Athéniens lui offroient des facrifices durant la fête des Apaturies. © S APÉGA., Apege ; (b} nom d'une machine , inventée par Na- bis , tyran de Sparte. Elle repré- fentoit une femme revêtue d’ha- bits magnifiques ; & qui reflem- bloit tout-à-fait à la fienne. Fou- tes les fois que Nabis fafoit venir quelqu'un pour en tirer de lar- “gent ; d’abord if lui parloit avec beaucoup de douceur & d’honnê- teté du péril, dont le pais, & Sparte en particulier ; étoient me= nacés par les Achéens , du nom- bre des étrangers ,-quil étoit obli- gé d'entretenir pour la füreté de l'État, des dépenfes qu'il faifoit dés Infcripr. & Bell, Lett, T. VIL, p. 189: expliq. par D, Bern. de Montf, Tom. Il, ÊT, X.p.185.T. XIV. p. 219. pag. 198,210. Myth: par M, lAbb. Ban. Tom, I, pag. 520, 521. Mém, de l’Acad, Tom, IV, pag, 443 » 444 EU RE ee AE RS) RES: 5 a 2 OR LE Ru t L'or MCE “is gr: AP pour le culte des dieux, & pour le bien commun. Sion fe laïffoit toucher par ces difcours , il n’al- loit pas plus loin; c'étoit ce qu’il . fe propofoit. Mais, quand quel- qu'un refufoit de fe rendre, & fe défendoit de donner, il difoit: Peut-être n'ai-je.pas le talent de vous perfuader ; mais j'efpere qu’ Apéga vous perjuadera. Apèga étoit le nom de fa femme. À peine avoit-il achevé ces paroles, que la machine paroif- foit. Nabis,la prenant-par la main, la Jevoit de fa chaife, & la con- duifoit à fon homme. Elle avoit les mains , les bras & le fein hé- tiflés de pointes de fer aigues , cachées fous les habits. La pre- tendue Apéga embrafloit ce pau- vre malheureux , le ferroit entre fes bras , lapprochoït de fa poi- trine , lui appuiant les mains fur le dos, & lui fafoit jetter les hauts cris. La machine étoit fuf- ceptible de tous ces mouvemens par le moyen des refforts fecrets, dont elle étoit compoñte. Le ty= ran fit périr de cette manière Quantité de ceux, dont il n’avoit pu extorquer autrement ce qu'il demandoit. + + ABEIPOS, (a) Ce terme, qui fe trouve dans un païñlage d’He- rodote, a donné lieu à quelques obfervations ,-inférées dans les mémoires de l’Académie des Inf- criptions & Belles Lettres. Les Curieux peuvent les confulter. APÉLAURE, Apclaurum, (b) nom d'un lieu fitué dans le terri- (a) Mém. de l’Acad, des Infcript. & Bell, Lert. Tom. XVE, pag. 58» 59 {#) Tir, Liv, L, XXXIII. Ce Tage s +. AP si; toire de Stymphalie. L'an 197 avant J. C. les Macédoniens & leurs alliés, fous la conduite d’An- drofthène , courant la mer avec leurs vaifleaux , ravageoïient toute la côte maritime de l’Achaïe. Le mépris, qu'ils avoient pour leurs ennemis ; les fit pafler infenfble- ment de la confiance à une fé- curité & à une négligence, qui firent concevoir à Nicoftrate , préteur des Achéens , le deflein &z l'efpérance de lés attaquer avec avantage , lorfauils s'y atten- droient le moins. Pour parvenir à fon but, 1l envoya dans les Villes voifines un ordre fecret de lui fairè trouver à un jour mar- qué, auprès d'Apélaure, le nom- bre de gens armés, qu'il leur fpé- cifioit. Tous s'étant trouvés au rendez-vous , 1l partit dans le mo- ment, & fon projet eut tout le fuccès qu'on pouvoit en attendre. APELLA, Apella, (c) nom d'un affranchi de M. Fabius Gal- lus: Cicéron en fait mention dans une de fes lettres à ce M. Fabms. Gallus. _ ee - APELLA , Apella ; (d) far- nom d’un Juif, dont parie Horace dans une de fes-fatyres. Certains croyent que c'eft un nom com. muni, figmifant la même chofe que Crrconcis. Mais, 1 eff plus -yraïfemblable que ce fut un nom, propre à quelque Juif, fort connu du tems d'Horace. M. le Batteux, dans fa traduétion des œuvres de ce Poëte , l’a pris en ce fens. APELLE , Apeiles , A’renane, (ec) Cicer, ad Amic, L, VIF. Epift, 25 (d) Horat, L,E, Satyr. 5. ve 95 < R iv À 264 A P {<) le plus fameux de tous les Peintres de l'Antiquité , vivoit vers la 112e Olympiade. Îl étoit d'Éphèfe, füivant Strabon & Lu- cien , de Coos, felon Ovide; :& faivant Suidas , il étoit originaire de Colophon, & n'étoit devenu citoyen d'Éphèfe, que par adop= tion. Cette diverfité de fentimens femble prouver, ou du moins in- diquer , que plufieurs Villes fe difputoient l'honneur d’avoir don- né {a naïffance à ce grand Peintre, comme d’autres Villes fe {ont dif- puté l'honneur d'être la patrie d'Homère. Apelle étoit fils de Pithius. Il alla prendre les lecons de Parn- phile à Sicyone en Gréce , felon Plutarque. Il y prit auffi, {lon le même Auteur, celles.de Mélan- the ; & il donna un talent à ces deux Peintres, moins pour ap= prendre d'eux la perfeétion de l'art, que pour participer à Jeur grande réputation. Il eut la gloire de contribuer lui feul , plus que tous les autres enfemble, à la per- feétion de la Peinture , non {eule- ment par fes excellens ouvrages, mais par fes écrits , ayant com= pofé trois volumes für les princi- paux fecrets de fon art, qui fub- fiftoient encore du tems de Pline, mais Qui, malheureufement, ne font. pas parvenus jufqu’à nous, La manière donf notre Peintre fit conn@iflance, & lia une étroi= te amiué avec Protogène , cé- (a) Plut. Tom.lI, pag, 666, 1022. Freinf. Suppl. in Q. Curt. EL. I. c. 6: Pauf. pag. 344, 506. Plin, L. VIL, c. 37. L. XXVIHIT.c 8. L. XXXV,c.6,7, 10. | A P lebre Peintre de fon tems , ef afiez curieufe. Protogène vivoit à Rhodes, connu d’Apelle feule- ment de réputation & par le bruit. de fes tableaux. Celui-ci voulant s'aflurer dela beauté de fes ouvra-. ges par fes propres yeux, fiwun voyage exprès à Rhodes. Arrivé chez Protogène , il n’y trouva qu'une vieille femme, qui gar- doit l’attelier de fon maître, & un tableau monté fur le chevalet, où il n’y avoit encore rien de peint. La vieille Ini demandant fonnom: Je wais le mettre ici, lu dit-il. Et prenant un pin-. ceau avec de la couleur , il def na quelque chofe d'une extrême délicatefle. Protogène , à fon re-. tour , ayant appris de la fervante ce qui s’étoit paflé, & confidérant avec admiration les traits qui a- voient été deflinés , ne fut pas long-tems à en deviner l’auteur. » Ch Appelle, s’écria-t-il. [ny » a que [uiau monde,qui foit capa- » ble d’un deflein de cette finefle & » de cette lepéreté. « Et prenant d’ane autre couleur, il ft fur les mê- mes traits un contour plus corre“ & plus délicat ; & il dit à fa gou- Wernante, que fi l'étranger reve- noiït ; elle n’avoit qu’à lui montrer ce qu'il venoit de faire ; & l’aver-. tir en même-téems que-c’étoit-la louvrage de l’homme, qu'il étoit venu chercher, À Appelle revint bientôt après; mais, honteux de fe voir inférieur Roll. Hiff. Anc. Tom.-V..pag, 646» 647: & f#iv. Mém, de l'A cad: des Inicr, & Bell, Lert. Tom.VIiI. p.104: Tom. ZIK. p. 256: & fuiv, T, XXI,-p, 178 Strab, pag. 643. Athen, pag, 590, 591.) & faiv. —— - à fon émule , il prit d'une troifie- me couleur, & parmi les traits, qui avoient été faits, il en con- duifit de fi fçavans & de f mer- vellleux, qu'il épuifa toute-la fub- tilité de lart, Protogène ayant dif. tingué ces derniers traits: Je Juis vaincu, dit-il, & je cours embraf- fer mon vainqueur. En effet 2 -vola au-port à l'inftant > Où ayant trouvé fon rival, il-lia avec lui une étroite amitié, qu, depuis, 16 fe démentit jamais : chofe affez are entre deux perfonnes du pre- mier. mérite, - 8e qui courent la même carrière. Îls:-convinrent Entfeux, par rapport au tableau, où ils s’étoient efcrimés , de le laifler à la poftérité , tel qu’il étoit fans y toucher davantage, prévoyant bien , comme en eïet Cela arriva, qu'il feroit un jour l'admiration de tout le mon- de, & particulièrement des con- noïfleurs & des maîtres de Part. Mais, ce précieux monument des deux plus grands Peintres , qui furent jamais, fut réduit en cendres au premier embrafement de Ja maïfon d'Augufte ; où il étoit Expoie à la curiofité des fpec- tateurs | toujours nouvellement furpris > au milieu de quantité d'autres des plus excellens & des plus finis , de ne-trouver dans ce- lui-ci qu'ane efpèce de vuide, d'äutanr plus admirable, qu'on AY voyoit que trois defleins au fimple trait & de la dernière f- nelle, qui échappoient: à la vue par leur fubtilité, & qui, par cela même, devenoient encore plus ef: timables & plus attrayans pour de Bons yeux, - Quoiqu’Apelle fût fort exaét dans fes ouvrages, il fçavoit juf- qu'à quel point il devoit travail- ler , fans fatiguer fon efprit, & ne poufloit point l’exaétitude jufqu'au {crupule. If dit un jour , parlant de Protogène, qu'il avouoit que. ce rival pouvoit lui être égalé, ou même préféré pour tout le reîte ; mais qu'il ne fçavoit pas quitter le pinceau , & qu'il gâtoit fouvent les belles chofes, qu'il faifoit , à. force de les vouloir perfethion- ner, Ce n’eft pas, au refte, qu'A- pelle approuvät la négligence dans. ceux, qui fe méloient de peinture. I penfoit bien autrement, & pour lui-même, & pourles autres. I ne paflcit aucun jour de fa vie, quelque occupation étrangére , qu'il eût d’ailleurs , fans s'exercer au crayon, à la plume, où au, pinceau , tant pour fe conferver la. main libre & legére, que pour {e. perfeétionner de plus en plus dans toutes les finefles d'un art qui n’a. point de bôrnes. re Un de fes difciples lui montrant un tabléau, pour {avoir ce qu'il en penfoit, & ce difciple Jui difant qu'il lavoit fait fort vite , 6c qu'il. n'y avoit employé qu'un certain tems : » Je le vois bien, fans que » vous me le difiez , répondit » ÂApelle; &je fuis étonné que, »_ dans ce peu de tems-là même, » vous n'en ayez pas fait davan- » tage de cette forte. « Unautre. Peintre lui faifant voir le tableax d'une Hélène, qu'il avoit peinte. avec foin, & qu'il avoit ornée de. beaucoup de pierreries , il lui ditz, » © mon ami, n'ayant pu la faire. 266 A P » belle, vous avez voulu du moins :» la faire riche.« Si Apelle difoit fon fentiment avec fimplicité, il recevoit de la même manière celhi des autres. . Sa coûtume étoit, quand il avoit achevé un ouvrage, de l’expofer aux yeux des palans, & d'enten- dre , caché derrière unrideau, ce qu’on en difoit, dans le deflein de corriger les défauts, que l’on pour- roit y remarquer. Un cordonnier ayant trouvé qu'il manquoit quel- que chofe à une fandale , le dit librement, & la critique étoit juf- te. Repañlant le lendémain par le même endroit, il vit qué la faute avoit été corrigée. Tout fier de lPheureux fuccès de fa critique, ül s’avifa de cenfurer aufli une jam- be, à laquelle il n'y avoit rien à redire. Le Peintre alors, fortant de derrière fa toile , avertit le cordonnier de fe renfermer dans fon métier & dans fes fandales. C'eft ce qui donna lieu au pro- verbe; Ne futor ultra crepidam ; c'eft-à-dire, . Saveer. \ Fais ton metier; Et garde toi furtout d'élever ta = cenfure Au-deffus de la chauffure. Apelle rendoit juftice avec joie au mérite des grands ouvriers , &c ne rougifloit point de fe les pre- férer à lui-même, pour de certai- nes qualités. Aïnf,il avouoit ingé- nument qu'Amphion l'emportoit fur lui pour la difpofition, & Af- clépiodore pour la régularité du déflein. Nous avons vu le juge- À P ment avantageux qu'il portoit de Protogène. Il ne s'en tint pas à de fimples paroles. Protogène , tout excellenr peintre qu'il étoit, n'étoit pas beaucoup eftimé de fes compatriotes. Pendant qu'Apelle étoit avec lui à Rhodes, lur ayant demandé un jour ce qu'il vendoit fes ouvrages , lorfqu'il y avoit mis la dernière main, @& l'autre lui ayant marqué une fomme très- modique; » Et moi , reprit Apel” » le, je vous en offre cinquante » talens pour chacun & je les » prendrai tous à ce prix, « en ajoûtant qu'il ne feroit point en peine de s’en défaire , & qu'il les vendroit cotame étant de fa pro- pre main. Cette offre, qui étoit -férienfe, fit ouvrir les yeux aux Rhodiens fur le mérite de leur Peintre, qui, de fon côté, s’en pré” valut, & ne livra plus fes tableaux qu'à un prix très-confidérable, Alexandre le Grand avoit une fi haute idée d’Apelle, qu'il don- na un édit, pour déclarer que fa volonté étroit de n'être peiñt que par lui, de même qu'il ne donna permiffion , par le même édit ; qu'à Pyrgotéle de graver fes me- dailles, & à Lyfippe de le repré- fenter par la fonte des métaux: Ce Prince étant à Éphèfe, venoit fouvent voir travailler Apelle, & fe plaifoit à s’entrerenir avec lui fur la peinture. Lorfqu'il en par” loit peu exaftement, Apelle lui confeilloit de £e taire , pour empé- cher fes éleves de fe moquer de lui. Tant étoit grande , remarque Pline, l'autorité qu'Apelle avoit far un Roi, d’ailleurs & fier & A fousueux. us 4 A P On raconte encore un trait, qui me paroïit beaucoup plus fort. Alexandre voyant un de fes por- traits, fait par Apelle, ne le loua que foiblement ; mais un cheval ayant, dans le même-tems, hen- ni, à l’afpe@ de celui fur lequel le Peintre avoit apparemment placé ce Prince, Apelle dit au Roi: » Seigneur , ce cheval paroît fe » Connoïtre mieux que vous , en » peinture. « De pareils propos ne s’accor- dent guere avec ce que l’on ra- conte de la politeffe d’Apelle , de {à connoïffance du monde, de fes Manières douces, infinuantes, & fbirituelles. Quoiqu'il en foi, Voici un autre trait, qui eft bien. plus vraifemblable. I arriva qu'un. des: principaux courtifans d’Ale- xandre, fe trouvant chez Apelle, lorfqu'il peignoit , fe répandit en queftions , ou en réflexions peu juites fur la peinture, comme il Eft ordinaire à ceux qni veulent parler d’un art, qu'ils ignorent. Apelle Ii dit librement: » Voyez- M Vous ces jeunes garçons, qui » broïent mes couleurs? Pendant » que vous gardiez le filence, ils »-VOous admiroient ; éblouis de » l'éclat de votre pourpre & de % l'or qui brille für vos habits. Depuis que vous avez com- * mencé à parler de chofes , que Vous n'entendez point, ils ne » ceflent de rire. « Ce caradère fimple 8 ouvert d'Apelle ne revenoit pas épale- ment à tout le monde, & en par- ticulier aux généraux d’Alexan- dre. Ptolémée, lun d'eux, qui, dans a fuite > eut en partage le BP royaume d'Égypte, fut pen favo= table à Apelle. On n’en {çait pas la raifon. Quoiau’il en {oit, ce Peintre s'étant embarqué , quel- que terms après la mort d'Alexans dre, pour une Ville de la Gréce, fat malheurenfement jetté par la tempête du côté d'Alexandrie, où le nouveau Roi ne lui fit aucan accueil. Outre cette mortification, à laquelle il devoir s'attendre , il y trouva des envieux aflez malins, pour: chercher à le faire tomber dans un piège. Dans cette vue, ils engagérent un des officiers de la cour, à l’inviter au fouper da Roi, comme de fa part , ne don-. tant point que cetre liberté, qu'il paroïtroit avoir prife de lui-mê- me, ne lui attirât lindignation d’un. Prince , qui ne l’aimoit pas, &t qui ne fçavoit rien de la fu- petcherie. : Eneñlet, Apelle s’y étant ren: J , sa du par déférence, le Roi , irrité de fon audace, lui demanda brut quement, qui étoit celui de fes officiers, qui l’avoit appellé à fa. table ; & lui montrant de la main fes invitateurs ordinaires, il ajoû- ta qu'il vouloit fcavoir abfolu- ment, qui d'eux lui avoit fait prendre cette hardiefie, Le Pein- tre, fans s'émouvoir, fe tira de ce pas en homme d'efprit, &en deffinateur: confommé.. [:-prit,, d'an réchaut qui étoit là, un charbon éteint, & en trois on quatre coups, il crayonna fur le champ contre la muraille , l’ébau che de celui, qui lavoit invité, au. prand étonnement de Ptolé- née, quireconnut, dès les pre- miers traits , le vifage de Pimpof- 267. She [Document text truncated for crawler view.]