L'assistance pharmaceutique dans les hôpitaux de Jerez de la Frontera (XVIe-XIXe siècles)
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Revue d'histoire de la pharmacie L'assistance pharmaceutique dans les hôpitaux de Jerez de la Frontera (XVIe-XIXe siècles) Consolación Martinez Garcia, Maria Teresa López Diaz, Esteban Moreno Toral Citer ce document / Cite this document : Martinez Garcia Consolación, López Diaz Maria Teresa, Moreno Toral Esteban. L'assistance pharmaceutique dans les hôpitaux de Jerez de la Frontera (XVIe-XIXe siècles). In: Revue d'histoire de la pharmacie, 84ᵉ année, n°312, 1996. Actes du XXXIe Congrès International d'Histoire de la Pharmacie (Paris, 25-29 septembre 1995) pp. 86-94. doi : 10.3406/pharm.1996.6162 http://www.persee.fr/doc/pharm_0035-2349_1996_num_84_312_6162 Document généré le 29/09/2015
86 ACTES DU XXXIP CONGRÈS INTERNATIONAL D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE L'assistance pharmaceutique dans les hôpitaux de Jerez de la Frontera (XVP-XIXe siècles) Consolaciôn MARTINEZ GARCIA, Ma Teresa LÔPEZ DIAZ, Esteban MORENO TORAL Seville, ESPAGNE /. - Introduction La pharmacie hospitalière est un domaine qui prend actuellement de plus en plus d'importance, mais qui dans le passé a toujours eu un rôle prédominant. C'est pour cela que depuis quelques années de nombreuses recherches ont été mises en place afin de mieux connaître cet aspect de notre passé pharmaceutique. Nous essayons ici d'analyser plus particulièrement l'assistance pharmaceutique dans les hôpitaux de Jerez de la Frontera entre le XVIe et le XIXe siècle, siècles durant lesquels ont eu lieu deux importantes réformes hospitalières. Afin de mener à bien notre démarche, il est nécessaire dans un premier temps d'établir quelle était la situation hospitalière de cette ville pendant la période comprise entre ces deux siècles. Au XVIe siècle, Jerez de la Frontera présente un panorama de bienfaisance et d'assistance sociale similaire à celui d'autres villes espagnoles, et qui allait subir la même évolution. Au début du siècle il existe un nombre considérable d'institutions humanitaires, dépendant pour leur majorité d'associations et de confréries, nombre qui devait augmenter tout au long de ce siècle. Malgré l'augmentation du nombre de ces associations humanitaires, le problème de l'assistance aux malades à Jerez n'était pas entièrement résolu, comme on pourrait le croire. La majorité de ces institutions se trouvaient dans une situation déplorable, et de plus, seulement quelques-unes remplissaient une mission sanitaire proprement dite, bien qu'elles soient toutes appelées hôpital au sens général du terme l. La prolifération des petits hôpitaux, incapables de prêter la plus petite attention sanitaire aux pauvres et aux malades était un problème préoccupant pour les pouvoirs civils et ecclésiastiques, qui se virent obligés de remodeler le système d'assistance en supprimant les établissements déficients, et en en laissant quelques-uns absorber les rentes et possessions de ceux qui avaient été supprimés, pour ainsi améliorer la disponibilité financière, augmenter la capacité d'assistance et optimiser le travail hospitalier. En Espagne, la Cour décida de développer la politique de réduction du nombre des hôpitaux, mais pour cela il fallait l'accord papal, puisque la plupart des hôpitaux et toute l'uvre humanitaire en général, étaient comme on le sait sous l'autorité ecclésiastique. Une fois cet accord obtenu,
HISTOIRE DE LA PHARMACIE HOSPITALIERE - ESPAGNE 87 le processus de concentration commença dans plusieurs villes. Le Cardinal D. Rodrigo de Castro, Archevêque de Seville, du Diocèse duquel faisait partie Jerez de la Frontera, décida d'entreprendre la réforme dans cette dernière ville, après la réduction du nombre d'hôpitaux qui avait eu lieu à Seville en 1587 2. Le processus antérieur s'étendit de 1589, année durant laquelle ont commencé les investigations sur les hôpitaux, jusqu'en 1593 où la réduction a commencé à être effective, bien qu'il existe des documents sur celle-ci ne datant que de 1597 3. Après la réforme le nombre d'hôpitaux était réduit à trois, entre lesquels allait se partager toute l'assistance sanitaire. Ces hôpitaux étaient les suivants : - Hôpital de la Candelaria dit de Juan Pecador. Les rentes et biens de tous les hôpitaux supprimés y étaient concentrés : El Pilar, Los Remedios, San José, La Natividad, San Pedro, Santa Catalina, San Bias, La Misericordia, San Bartolomé et San Debastiân. On allait y soigner les hommes, sauf ceux qui souffraient de bubons et ceux qui étaient contagieux. - Hôpital de San Cristobal dit de las Bubas (des Bubons), pour soigner cette maladie. - Hôpital de la Sangre pour les femmes, sauf les incurables, les contagieuses et les étrangères. De ces trois établissements, seulement deux durèrent jusqu'au XIXe siècle, durant lequel eut lieu une nouvelle réforme. C'était l'hôpital de la Candelaria et de la Sangre, l'hôpital de San Cristobal ayant disparu. Le groupe d'hôpitaux résultant de cette fusion s'est d'abord vu diminuer avec la disparition de l'hôpital de San Cristobal, mais se verra ensuite agrandi grâce à deux nouvelles fondations aux XVIIe et XVIIIe siècles. C'est durant le premier de ces deux siècles que fut fondé l'hôpital de la Caridad, où l'on assistait les pauvres handicapés et incurables, et où l'on hébergeait et nourrissait les mendiants, accueillant ensuite les convalescents. Il fut donné en 1686 par la confrérie de la Caridad située à Jerez, qui même si elle existait depuis longtemps fut réorganisée en 1680 de façon similaire à la confrérie sévillanne du même nom, fondée par Miguel de Manara. Elle s'installa dans des terrains vagues de la rue de Roperos et dans deux maisons de la rue voisine, la rue de Ropavieja. Aux XVIIIe siècle l'hôpital de Jésus, Maria y José, dit des Incurables, fut fondé afin de soigner les femmes incurables et contagieuses, bien qu'on y donnait également asile à des femmes âgées sans famille. La fondation de cet hôpital date de 1754, et elle le doit à D. Ramôn Alvarez de la Palma, alors curé de la Paroisse de San Miguel, mais qui plus tard atteindra le rang de Secrétaire de Chambre du Cardinal Solis, Archevêque de Seville. Dans un premier temps, il installa l'hôpital rue Polio, pour le transporter plus tard rue Vicario, dont la situation était idéale pour ce type d'hôpital, car sa partie arrière donnait sur les champs. Plus tard, en 1773, lorsque le Docteur Alvarez de Palma s'installa à Seville, il plaça l'hôpital sous la direction de la Confrérie des Pauvres de San Miguel, avec l'accord du Cardinal Solis4. Les quatre hôpitaux suivants : la Candelaria, La Sangre, La Caridad et celui des Incurables, se verront finalement affectés par la nouvelle réforme hospitalière entreprise au XIXe siècle, de telle sorte que pour rationaliser le système hospitalier, ces quatre hôpitaux furent regroupés en un seul nouvel hôpital, l'hôpital de la Sangre de Santa Isabel, qui, prenant en charge
88 ACTES DU XXXIP CONGRES INTERNATIONAL D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE toutes les obligations de chacun commença à fonctionner entre 1841 et 1844, et dont se chargeait la Mairie 5. hospitalière, et le second en tant qu'hôpital représentatif de ceux qui ne l'avaient pas. //. - Les hôpitaux et l'assistance pharmaceutique Afin d'étudier l'assistance pharmaceutique que les hôpitaux de Jerez offraient à leurs patients, nous avons consulté la documentation les concernant, conservée dans les Archives Historiques Municipales de Jerez de la Frontera (Archivo Histôrico Municipal de Jerez de la Frontera). Il faut souligner qu'aucune constitution ni règlement d'aucun de ces hôpitaux n'est conservé, documents qui auraient été d'une valeur évidente en raison des données qu'ils auraient pu apporter sur l'existence ou non de pharmacies hospitalières, leur régime administratif, fonctionnement et contrôles auxquels elles étaient soumises, les obligations des pharmaciens, ainsi que leurs relations avec les médecins et les chirurgiens, etc. Du fait de cette limitation, pour donner le maximum d'informations sur les services pharmaceutiques des hôpitaux, nous avons utilisé la plupart du temps des informations indirectes obtenues grâce à la documentation administrative propre à chacun de ces hôpitaux. Des quatre hôpitaux suivants situés à Jerez, La Candelaria, La Sangre, La Caridad et celui des Incurables, seul le premier possédait une pharmacie propre pour fournir les médicaments aux malades. Les trois autres obtenaient les médicaments déjà élaborés dans différentes pharmacies établies en ville. De tous ces hôpitaux, ceux desquels on conserve le plus de documentation sont ceux de la Candelaria et de la Sangre, et c'est pourquoi ce sont ceux que nous étudierons : le premier pour avoir une pharmacie //. 1. - Hôpital de la Candelaria, dit de San Juan de Dios La fondation de l'hôpital de la Candelaria est due au Bienheureux Juan Grande, plus connu sous le nom de Juan Pecador6. Il trouve son origine dans l'ancien hôpital de San Sebastian pour les gens de passage, situé près des églises de San Juan de Letrân et San Sebastian, et où le Bienheureux Pecador se consacra dans un premier temps à un travail d'aide. Avec le temps, Juan Pecador réussit à réaliser ses aspirations, et en édifiant de nouvelles infirmeries et en agrandissant l'ancien hôpital, il put compter à partir de 1575 sur un établissement compétent pour prendre soin des patients qui en avaient le plus besoin. Il plaça ce nouvel hôpital sous la protection de la Candelaria, qui allait être rattachée plus tard à l'Ordre Hospitalier de San Juan de Dios, ce pourquoi il fut successivement connu sous les noms d'hôpital de San Sebastian, hôpital de Letrân (pour leur origine), hôpital de la Candelaria, hôpital de Juan Pecador et finalement hôpital de San Juan de Dios, nom qui lui resta jusqu'à sa disparition en 1840. Pour connaître la structure et le fonctionnement de l'hôpital lors de ses premières années, nous pouvons faire référence aux témoignages et aux actes de réduction étudiés et publiés par A. Munoz 7. Selon ces documents, l'institution possédait une chapelle, une cour intérieure aux colonnes de marbre, quatre grandes infirmeries, deux à l'étage supérieur et deux à l'étage inférieur, une petite cour intérieure qui donnait sur les cellules des
HISTOIRE DE LA PHARMACIE HOSPITALIERE - ESPAGNE 89 frères, et l'ancienne infirmerie de l'hôpital San Sebastian, qui faisait office de cuisine, réfectoire et pharmacie. L'hôpital possédait également une écurie, une cave et une basse-cour avec un petit jardin. Le personnel qui s'occupait de l'hôpital était constitué de l'administrateur et frère supérieur - occupé par Juan Pecador jusqu'à sa mort en 1600 -, des frères, du majordome - qui était séculier -, du médecin, de l'infirmier en chef, de quelques brancardiers et d'une lingère. Une fois la réduction mise en place -, Juan Pecador s'impliqua dans l'exécution de ce processus, ce qui lui valut de nombreux désagréments -, du fait que l'hôpital de la Candelaria avait absorbé les rentes et les possessions des hôpitaux réduits, ses services hospitaliers se développèrent. On n'admettait plus seulement les convalescents et les incurables, mais aussi les malades de tous types, sauf les contagieux. Le nombre de malades à soigner augmenta, et donc le nombre de lits également, ce qui rendit nécessaire l'agrandissement des infirmeries. Il faut souligner que cet hôpital de Jerez, suivant la coutume que son Ordre avait instauré dans ses hôpitaux, accueillait et soignait les soldats malades, qui lors de périodes conflictuelles y rentraient en grand nombre. En ce qui concerne l'assistance pharmaceutique, nous avons déjà commenté que dans les témoignages recueillis au moment de la réduction, datant de 1589, il est dit que l'ancienne infirmerie de l'hôpital de San Sebastian servait, entre autres choses, de pharmacie. Cependant, nous nous risquons à affirmer qu'en réalité c'était une pharmacie très rudimentaire, puisque dans l'inventaire des biens de l'hôpital réalisé par le majordome D. Diego Munoz, on ne fait allusion qu'à deux petits mortiers, quelques pots et vieux flacons, ainsi qu'un grand mortier de marbre où étaient pilées les herbes. En 1596, la pharmacie existait toujours dans l'hôpital, mais à ce moment-là, son rendement devint insuffisant comparé à la demande de médicaments. En effet, suite à la prise et au pillage de Cadix par les anglais, ceux-ci arrivèrent à Jerez et de nombreux soldats malades entrèrent dans l'institution. C'est pourquoi on se procurait beaucoup de médicaments déjà préparés dans les pharmacies de la ville. Pendant quelques années, on a continué à acheter les médicaments dans les pharmacies extérieures, jusqu'à ne plus utiliser du tout ceux de l'hôpital. De 1600 à 1606, les pharmaciens Cristobal de Medina, M. Camacho et Alonso Gonzalez Esparragosa se chargèrent de l'approvisionnement en médicaments. Entre 1606 et 1609, des travaux de maçonnerie, qui coûtèrent 236 Rs, furent effectués dans une des chambres afin de construire une pharmacie dans l'hôpital. Déjà depuis 1606, en plus des médicaments déjà préparés, on achetait divers produits pour en élaborer à l'hôpital : du 1er avril 1606 au 31 octobre 1609, on dépensa pour cela 46.580 mrs. Cependant, jusqu'à 1608, nous n'avons aucune trace du premier pharmacien engagé par l'hôpital, très probablement parce que durant cet intermède, tout comme cela devait se passer durant le siècle précédent, et comme ce serait ensuite l'habitude, c'était un frère qui était chargé de tout ce qui concernait la pharmacie. Le premier pharmacien engagé fut Bartolomé Mendoza Vizcaino, qui resta à la tête de la pharmacie du 1er septembre 1608 jusqu'au mois de juillet 1609, pour un salaire de 20 Rs par mois. Après lui, c'est de nouveau
90 ACTES DU XXXIIe CONGRÈS INTERNATIONAL D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE un frère pharmacien qui se chargea de la pharmacie, mais à partir de mai 1610, un professionnel fut de nouveau engagé, Pedro Redondo, qui resta en poste jusqu'à sa mort en février 1916. Depuis lors, le fonctionnement de la pharmacie fut confié à un frère, comme il était d'usage dans tous les hôpitaux de San Juan de Dios 8. Dans les inventaires généraux de l'hôpital du XVIIe siècle (1656-1692), on retrouve ceux de la pharmacie depuis 1656 jusqu'à 1683, et on observe tout au long de la lecture de ceux-ci une légère détérioration du matériel, ce qui nous fait penser que le démembrement de la pharmacie a eu lieu avant 1683, date à laquelle celle-ci était déjà très exiguë. Ceci est confirmé par le fait que dans l'inventaire de l'infirmerie en 1692, on voit apparaître un matériel pratiquement identique à celui de l'inventaire de la même pharmacie réalisé en 1683 9. Au XVIIIe siècle, la pharmacie fut réhabilitée, et même s'il nous est impossible de déterminer la date exacte à laquelle elle recommença à fonctionner, nous pouvons affirmer qu'en 1739 celle-ci fonctionnait parfaitement, et produisait même des bénéfices, puisqu'on vendait des médicaments au public 10. La description de cette pharmacie est possible grâce aux inventaires complets et détaillés que l'on conserve (1756- 1799), correspondant à ce siècle n. Elle comprenait un bureau, une arrière-boutique ou magasin, et une cuisine. Le premier était une pièce avec une armoire en bois recouvrant pratiquement tout le mur, avec des tiroirs et des étagères pour les pots, l'une d'elles fermant à clef pour garder le matériel et les médicaments les plus chers. Toute l'armoire était pleine de flasques, jarres, cruches et pots, beaucoup d'entre eux en faïence de Seville, aux armes de l'ordre. On y trouvait également un comptoir en bois avec trois tiroirs, un d'entre eux fermant à clé. Dans l'arrière-boutique on rangeait les herbes et le matériel de rechange, et on y trouvait également un lit pour le préparateur, quand il y en avait un. Dans la cuisine étaient rangés les alambics, la presse, les marmites, casseroles et chaudrons. Entre 1746 et 1747 la pharmacie fut confiée à un préparateur, dont nous ignorons le salaire ainsi que le nom. Après quelques mois durant lesquels un frère prit la tête de son fonctionnement, à partir d'août 1747, la pharmacie fut de nouveau confiée à un préparateur, « à sa charge, sans salaire et juste nourri » 12. Le préparateur se chargeait de la pharmacie et recevait les bénéfices produits par celle-ci, mais c'était également lui qui achetait les produits de base pour fabriquer les médicaments. En échange, il fournissait à l'hôpital les médicaments dont celui-ci avait besoin. Cet accord dura cinq ans, après lesquels le couvent-hôpital reprit le contrôle de la pharmacie, avec l'aide d'un frère comme responsable. Puis, en 1772, du fait du départ du frère pharmacien, la pharmacie fut de nouveau fermée et la clé conservée à la paroisse. En 1775, avec l'arrivée au couvent de Fray Manuel Vallejo en tant que père pharmacien, la pharmacie fut réouverte, mais comme elle n'avait pas servi durant plusieurs années, on dut réaliser des travaux pour la rendre parfaitement fonctionnelle, et bien sûr, l'approvisionner en matières premières médicinales que l'on fit venir de Cadix. C'est ainsi que la pharmacie devint de nouveau rentable, car on vendait des médicaments à l'extérieur. Malgré cela, il n'y avait pas de porte sur la rue, et pour y entrer il fallait passer par le couvent-hôpital.
HISTOIRE DE LA PHARMACIE HOSPITALIERE - ESPAGNE 91 Ceci était un prétexte pour beaucoup d'ordres religieux propriétaires de pharmacies pour ne pas se soumettre aux visites réalisées périodiquement par le Protomedicato ou ses délégués à toutes les pharmacies publiques. Leur prétexte était qu'aucune personne étrangère à l'ordre ne pouvait pénétrer dans les cloîtres des couvents, où étaient généralement situés ces établissements. C'est pour cela que le Tribunal du Protomedicato, se basant sur un bref décret en 1743 du Nonce de Sa Sainteté en Espagne qui demandait à tous les ordres de se soumettre aux visites et de payer les droits, élabora des dispositions afin qu'on ouvre les portes aux visiteurs. Cependant, les difficultés continuèrent, et le Conseil de Castille dut intervenir en 1761 afin d'obliger les ordres religieux à se soumettre aux visites d'inspection. Ces mesures allaient affecter plus tard la pharmacie de l'hôpital de San Juan de Dios, car en 1782 et 1783 obéissant à un mandat du Tribunal du Promedicato, des travaux durent être exécutés pour donner à la pharmacie une porte sur rue, pouvoir maintenir les ventes au public et pour que les délégués de ce Tribunal puissent effectuer leurs visites sans devoir passer par l'enceinte 13. Mais en 1784, la vente de médicaments au public ne rapportait presque plus de bénéfices, et le fait de maintenir la pharmacie ouverte n'était non seulement plus rentable, mais commençait même à créer des préjudices, et le 28 mai de cette même année elle fut donc fermée. On recommença donc à acheter les médicaments pour les malades de l'hôpital et pour les frères de l'ordre dans diverses pharmacies de Jerez, entre autres à celle de Pablo Lozano, bien qu'il était aussi très courant qu'on les fasse venir de Cadix. Lors de sa visite en 1799, le prélat de l'ordre observa l'état d'abandon dans lequel se trouvait la pharmacie. Il décida donc de libérer la pièce occupée par celle-ci et d'en disposer pour d'autres fins. En même temps, on installa dans une autre pièce quelque matériel encore utile et on créa une petite pharmacie réservée à l'usage des infirmeries 14. Le reste des meubles et du matériel qui pouvaient encore servir fut transporté dans les infirmeries. L'approvisionnement de cette petite pharmacie était généralement composé de drogues provenant de Cadix, que l'on achetait dans les magasins de Lorenzo Rodriguez et Lorenzo Sanchez, bien que l'on faisait parfois venir des matières premières et des médicaments du Couvent que ce même Ordre possédait à Cadix. La petite pharmacie fonctionna jusqu'à la disparition de l'hôpital en 1840. //. 2. - Hôpital de la Sangre L'hôpital de la Sangre de Nuestro Sénor Jesucristo fut fondé au XVe siècle par le fabricant de charrettes Nuno Garcia. Il resta à la tête de la confrérie du même nom, qui désignait quatre frères supérieurs à qui étaient confiées la direction et l'administration de l'hôpital. A la disparition de cette confrérie lors de la seconde moitié du XVIIIe siècle, un administrateur prit la direction de celui-ci, administrateur qui était toujours un ecclésiastique, toujours nommé par l'Archevêque. Avant la fusion, et selon les témoignages du majordome et d'un frère de l'hôpital, on y soignait les personnes souffrant de fièvres, blessures, fractures et autres maladies, mais pas de bubons, tuberculose et autres maladies contagieuses. Après la réduction, comme nous l'avons vu, il fut entièrement réservé à l'assistance des fem-
92 ACTES DU XXXIP CONGRÈS INTERNATIONAL D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE mes, bien qu'on n'y admettait ni les incurables, ni les contagieuses, et ni les étrangères. Il était situé en dehors des murs de la ville, dans le quartier de Santiago, à côté de l'église du même nom située dans la rue de la Sangre. La description du bâtiment qui abritait cet hôpital, que l'on retrouve dans les témoignages et actes de réduction, nous indique que celui-ci disposait d'une église, d'une sacristie, d'un cimetière, d'une salle capitulaire pour la confrérie, de deux infirmeries - une en haut, l'autre en bas et d'une cour intérieure avec orangers sur laquelle s'ouvrait une pharmacie. L'existence d'une pharmacie dans cet hôpital est donc prouvée, pharmacie qui fonctionna probablement aux XVe et XVIe siècles. Cependant, en 1589, lors du recueil de ces témoignages, la pharmacie ne fonctionnait plus, car parmi les salaires du personnel, on ne trouve trace ni du salaire du pharmacien, ni de celui du préparateur ni non plus de celui du garçon de pharmacie. De plus, les médicaments étaient achetés au pharmacien Alonso Gonzalez, à qui on devait cette annéelà une somme d'argent considérable. L'état d'abandon dans lequel se trouvait la pharmacie de l'hôpital est évident lorsque l'on observe le maigre inventaire qui en fut fait. Cet inventaire se réduisait à 45 jarres, des pots et des flacons, 4 grands pots, 1 sculpture de couleur cassée, 5 malles dans une desquelles étaient conservées les bulles de la maison, et deux coffres pleins de papiers et d'écritures. Il semblerait que la pièce remplissait plutôt les fonctions d'archives 15. L'hôpital de la Sangre ne possédera désormais plus de pharmacie propre, et se fournira toujours en médicaments dans les pharmacies de la ville, les faisant également venir de Cadix de temps en temps. C'était normalement un seul pharmacien qui fournissait l'hôpital en médicaments, qu'il élaborait dans sa propre pharmacie, mais lors de circonstances conjoncturelles, qui coïncidaient avec le changement de fournisseur, on pouvait enregistrer dans une même année le nom d'un autre pharmacien chargé de la fourniture des médicaments. Il apparaît qu'il n'existait aucun type de relation contractuelle entre l'hôpital et le pharmacien. Celui-ci se limitait à envoyer les médicaments et à passer la facture pour qu'elle soit payée par l'administrateur. Entre la présentation d'une facture et de la suivante il se passait en général plusieurs mois, et parfois même des années. Il n'était donc pas rare que l'on avance au pharmacien une certaine somme d'argent pour les médicaments déjà fournis, mais pour lesquels la facture n'avait pas encore été passée. Cette pratique n'était pas approuvée par le Visiteur Général des Hôpitaux de l'Archevêque, qui lors de la révision périodique qu'il faisait des comptes, réprimandait l'administrateur et l'avertissait de ne payer aucune somme sans justification par une facture antérieure 16. Cette facture devait être approuvée par d'autres pharmaciens, et le rabais correspondant devait être fait selon la coutume. En effet, les pharmaciens qui fournissaient l'hôpital de la Sangre avaient l'habitude de faire un rabais d'un tiers du montant total de leurs factures, pratique de charité étendue dans toute l'Espagne en ce qui concerne la fourniture en médicaments des hôpitaux. Les pharmaciens de Jerez qui s'occupèrent successivement de l'élaboration et de la fourniture des médicaments à l'hôpital de la Sangre sont les suivants : Juan de Medina Solorzano (1643-1651), Pedro Colon (1656-1658), Gonzalo Clavijo Guer-
HISTOIRE DE LA PHARMACIE HOSPITALIERE - ESPAGNE 93 rero (1658), Francisco Farfân de los Godos (1658-1673), Diego Basilio Bermûdez (1676-1695, 1708-1712, 1715- 1718), Juan Nunez Conejo (1707-1708, 1721-1741), Baltasar Francisco Nûnez (1742-1774), Juan de Dios Nûnez - fils de ce dernier - (1774), Pablo Lozano (1778-1796), José de Pelea (1791- 1797), José Garcia (1800), Andrés Garcia Navarro (1800-1804) 17. Comme nous l'avons déjà dit, depuis le XVIe siècle l'hôpital de la Sangre n'avait pas de pharmacie propre. Mais en 1794, par facilité et utilité pour l'hôpital, une infirmerie fut installée et dotée des ustensiles res, un alambic, un mortier, etc. - ainsi que des drogues les plus courantes, spécialement le quinquina, que l'on fit venir des magasins de D. José Maria Robles de Cadix. Il n'est écrit nulle part que cette infirmerie était confiée à un pharmacien ou à un préparateur, et c'est peut-être pour cela qu'avec le temps son fonctionnement devint impossible. Déjà en 1802 on fit disparaître l'infirmerie, les taxes correspondantes s'élevaient à 789 Rs, et elle fut donnée au pharmacien Andrés Garcia Navarro, ainsi que 1 1 Rs, en règlement des médicaments que celui-ci avait fournis à l'hôpital pendant 27 mois 18. Notes : 1. - Sancho de Sopranis, H. y Lastra Terry, J. de : Historia de Jerez de la Frontera. Tome III. Jerez, 1965, p. 289-303. 2. - Carmona Gacia, J. L. : El sistema de hospitalidad pùblica en la Sevilla del Antiguo Régimen. Seville, 1979. 3. - Repetto Betes, J. L. : El hermano Juan Pecador. Biografia critica del Beato Juan Grande O. H. Fundalor del Hospital Jerezano de la Candelaria (1546-1600). Jerez, 1984, p. 89-102. 4. - Archives Municipales de Jerez de la Frontera [Archivo Municipal de Jerez de la Frontera (A.M.J.F.)]. Section Bienfaisance. Hôpitaux. Livre 159, Documents de fondation de l'hôpital des Incurables, feuillets 14 et suivants. 5. - Cfr. : Portillo, J. : Noches jerezanas, o sea la historia y descripciôn de la M.N. y M.L. ciudad de Jerez de la Frontera y su término. Tomme III. Jerez, 1839 ; PASCUA Y Sanchez, M. J. : Pobreza y Asistencia social en el Jerez del siglo XVIII Actas de las IV Jornadas de Historia de Jerez. Jerez, 1992 ; Lozano Salado, M. D. : Jerez a principios del siglo XIX. Urbanismo y propiedad. Jerez, 1992 ; Rodriguez Carrion, J. : Jerez, 1800. Epidemia de fiebre amarilla. Jerez, 1980. 6. - Cfr. entre autres : Repetto Betes, J. L. : Op. cit. ; Santos, Fr. J. : Chronologia hospitalaria y resumen historial de la Sagrada religion del glorioso patriarca San Juan de Dios. Madrid, 1715, Tome IL 7. - Munoz Y GOMEZ, A. : Juan Pecador y sus hospitales. Jerez, 1890. 8. - A.M.J.F. Sec. Bienfaisance. Hôpitaux. Livre 9, Comptes d'Hôpitaux (Divers) (1625-1658). 9. - A.M.J.F. Sec. Bienfaisance. Hôpitaux. Livre 16, Inventaires des Biens et Terres de l'hôpital de la Candelaria de la Orden de San Juan de Dios (1656-1692). 10. - A.M.J.F. Sec. Bienfaisance. Hôpitaux. Livre 36, Registre des reçus de l'hôpital de San Juan de Dios (1702-1800). 11. - A.M.J.F. Sec. Bienfaisance. Hôpitaux. Livre 67, Inventaires du Couvent-Hôpital de la delaria (1756-1804). 12. - A.M.J.F. Sec. Bienfaisance. Hôpitaux. Livre 36, Registre des reçus de l'hôpital de San Juan de Dios (1702-1800).