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L'école des femmes : comédie en cinq actes et en vers

Molière

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» L'ÉCOLE | DES FEMMES, COMÉDIE EN CINQ ACTES ET EN VERS, DE MOLIÈRE. Le Éf Ps ce A RS #* mets L'ÉCOLE DES FEMMES, | COMÉDIE EN CINQ ACTES ET EN VERS, DE MOLIÈRE: Représentée, pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre du Palais- Royal , par la Troupe de Monsieur, frère unique du Roi, le mardi 26 décembre 1662. NOUVELLE ÉDITION, CONFORME À LA REPRÉSENTATION. PRIX : 1 FR. 5O CENT. 5 à À PARIS, BARBA, Libraire, au Palais-Royal , derrière le Théätre PRIE n° :81; HUBERT , Libraire: au Palais-Royal, Galeries de bois, côté du “jardin, n°. 229. 1017. Cnez VAS AAA VAS LULAAS RAD TL VAR LEA LA LARG PERSONNAGES. RARARAAA ARNOLPHE,, autrement M. De La Soucre. HORACE, amant d’Agnès. CHRYSALDE , ami d’Arnolphe. ENRIQUE, beau-frère de Chrysalde et père d’Agnès, ORONTE, père d’'Horace et grand ami d’Arnolphe. ALAIN, paysan, valet d’Alnolphe, UN NOTAIRE. AGNÈS, jeune fille innocente , élevée par Arnolphe. GEORGETTE, paysanne , servante d’Arnolphe. La Scène est à Paris, dans une place d’un fauboure. Nota. On à observé, dans l'impression, l'ordre des places des personnages, en commençant -par Ja gauche des spectateurs ( ce qui est la droïte des acteurs). Les changemens de places qui ont lieu dans le coùrs des scènes, sont indiqués par des renvois au bas des pages. Les vers précédés d’un astérisque, ne se disènt pas à la représentation. D. L. P. | L'ÉCOLE DES FEMMES, GOMÉDIE. … LAAAA 4/84/8848 28/8208 8/08 RAS AAANRAA ANA AAA # 125121 VAR IAA AREA AE RADAR VERSA EAST ACTE PREMIER. SCÈNE L. RENAN CHRYSALDE, ARNOLPHE. CHRYSALDE. Vo us venez, dites-vous, pour lui douner la main? ‘ARNOLPHE. Oui. Je veux terminer la chose dans demain. CHRYSALDE. | Nous sommes ici seuls; et l'on peut, ce me semble, Sans craindre d’être ouïs, y discourir ensemble, Voulez-vous qu’en ami je vous ouvre mon cœur ? Votre dessein pour vous me fait trembler de peur; Et, de quelque façon que vous tourniez l’aflaire, Prendre femme est à vous un coup bien téméraire. ARNOLPHE. Il est vrai, notre ami. Peut-être que, chez vous , Vous trouvez des sujets de craindre pour chez NOUS ; Et votre front, je crois, veut que du mariage Les cornes soient partout l'infaillible apanage. CHRYSALDE, Ce sont coups du hasard, dont on n’est point garant ; Et bien sot, ce me semble, est le soin qu’on en prend. Maïs, quand je crains pour vous, c’est cette raillerie Dont cent pauvres maris ont souffert la furie : Car enfin vous savez qu'il n’est grands ni petits 6 L'ÉCOLE DES FEMMES, Que de votre critique on ait vu garantis; Que vos plus grands plaisirs sont, partout où vous êtes, De faire cent éclats des intrigues secrètes... ARNOLPHE. Fort bien. Est-il au monde une autre ville aussi Où l'on ait des maris si patiens qu'ici? Est-ce qu'on n’en voit pas de toutes les espèces , Qui sont accommodés chez eux de toutes pièces ? L'un amasse du bien, dont sa femme fait part À ceux qui prennent soin de le faire cornard. | L'autre un peu plus heureux , mais non pas moins infâme, Voit faire tous les jours des présens à sa femme, Et d'aucun soin jaloux n’a l'esprit combattu , Parce qu'elle lui dit que c’est pour sa vertu. L'un fait beaucoup de bruit qui ne lui sert de guères ; L'autre en toute douceur laisse aller les affaires ‘ Et, voyant arriver chez lui le damoiseau $ Prend fort honnëétement ses gants et son manteau. L'une de son galant, en adroiïte femelle , Fait fausse confidence à son époux fidèle, Qui dort en sûreté sur un pareil appât, J. Et le plaint, ce galant, des soins qu’il ne perd pas. L'autre, pour se purger de sa magnificence, . Dit qu'elle gagne au jeu l'argent qu’elle dépense; Et le mari benêt , sans songer à quel jeu, Hs na Sur les gains qu’elle fait rend des grâces à Dieu. Enfin ce sont partout des sujets de satire; ” Et, comme spectateur, ne puis-je pas en rire? Puis-je pas de nos sots?… CHRYSALDE. | Oui : mais qui rit d'autrui, Doit craindre qu’en revanche on rie aussi de lui. J'entends parler le monde; et des gens se délassent À venir débiter les choses qui se passent : Mais , quoique l’on divulgue aux endroïts où je suis, Jamais on ne m’a vu triompher de ces bruits ; J'y suis assez modeste : et bien qu'aux occurrences Je puisse condamner certaines tolérances ; Que mon dessein ne soit de souffrir nullement Ce que quelques maris souffrent paisiblement ; Pourtant je n’ai jamais affecté dele dire: Car enfin il faut craindre un revers de satire, COMÉDIE. t l'on ne doit jamais jurer, sur de tels cas, Je ce qu’on pourra faire, ou bien ne faire pas. | | \insi, quand à mon front, par un sort qui tout mène, | 1 serait arrivé quelque disgrâce humaine , \ près mon procédé, je suis presque certain Ju’on se contentera-de s’en rire sous main ; it peut-être qu'encor j'aurai cetavantage, Que quelques bonnes gens diront que c’est dommage. Mais de vous, cher compère, il en est autrement ; e vous le dis, encor, vous risquez diablement, Comme sur les maris accusés de souffrance De tout temps votre langue a daubé d'importance, Qu'on vous a vu contre eux un diable déchainé , Vous devez marcher droït pour n’être point berné; Et, s’il faut que sur vous on ait la moindre prise, Gare qu'aux carrefours on ne vous tympanise ; Et... ARNOLPHE,. Mon dieu ! notre ami, ne vous tourmentez point. Bien rusé qui pourra m'attraper sur ce point. 7 Je sais les tours rusés , et les subtiles trames Dont, pour nous en planter, savent user les femmes ; fl Et comme on est dupé par leurs dextérités, | Contre cet accident j'ai pris mes süretés ; Ü Et celle que j'épouse a toute l'innocence b Qui peut sauver mon front de maligne influence. CHRYSALDE. Eh ! que prétendez-vous ? qu’une sotte en un mot... ARNOLPHE. Épouser une sotte est pour n'être point sot. Je crois, en bon chrétien, votre moitié fort sage : Mais une femme habile est un mauvais présage ; Et je sais ce qu'il coûte à de certaines gens, Pour avoir pris les leurs avec trop de talens. Moi, j'irais me charger d’une spirituelle, Qui ne parlerait rien que cercle et que ruelle? Qui de prose et de vers ferait de doux écrits, Et que visiteraient marquis et beaux esprits, Tandis que, sous le nom du mari de madame, Je serais comme un saint que pas un ne réclame ? Non, non, je ne veux point d’un esprit qui soit haut; Et femme qui compose en sait plus qu'il ne faut. 8 L'ÉCOLE DES FEMMES, Je prétends que la mienne, en clartés peu sublime, Même ne sache pas ce que c’est qu'une rime ; Et s’il faut qu'avec elle on joue au corbillon, Et qu’on vienne à lui dire à son tour, qu'y met-on? Je veux qu’elle réponde, une tarte à la crème; En un mot, qu’elle soit d’une ignorance extrême : Et c’est assez pour elle, à vous en bien parler, De savoir prier Dieu, m'aimer, coudre, et filer. CHRYSALDE. Une femme stupide est donc votre marotte? * ARNOLPHL. Tant, que j'aimerais mieux une laide bien sotte, Qu’une femme fort belle avec beaucoup d'esprit. 3 CHRŸSALDE. L'esprit et la beauté. ARNOLPHE. L'honnêteté suffit. | CHRYSALDE. ç Mais comment voulez-vous, après tout, qu’une bête Puisse jamais savoir ce que c’est qu'être honnête? Outre qu’il est assez ennuyeux, que je croi, D'avoir toute sa vie une bête avec soi, Pensez-vous le bien prendre, et-que sur votre idée Là sûreté d’un front puisse être bien fondée? Une femme d’esprit peut trahir son devoir, | Mais il faut, pour le moins, qu'elle ose le vouloir; Et la stupide au sien peut manque: d ordinaire, Sans en avoir l'envie, et sans penser le faire. ARNOLPHE. A ce bel argument, à ce discours profond , Ce que Pantagruel à Panurge répond : Pressez-moi de me joindre à femme autre que sotte; Prèchez, patrocinez jusqu'à la Pentecôte, Vous serez ébahi, quand vous serez au bout, Que vous ne m’aurez rien persuadé du tout. CHRYSALDE. Je ne vous dis plus mot. ARNOLPHE. Chacun a sa méthode. En femme, comme en tout, je veux suivre ma mode. Je _ COMÉDIE. Je me vois riche assez pour pouvoir, que je croi, Choisir une moitié qui tienne tout de moi, Et de qui la soumise et pleine dépendance N'’ait à me reprocher aucun bien ni naissance. | Un air doux et posé, parmi d'autres enfans, M'inspira de l’amour pour elle dés quatre ans : Sa mère se trouvant de pauvreté pressée , De la lui demander il me vint en pensée; Et la bonne paysanne, apprenant mon désir, À s’ôter cette charge eut beaucoup de plaisir. Dans un petit couvent, loin de toute pratique, Je la fis élever selon ma politique, C'est-à-dire, ordounant quels soins on emploierait Pour la rendre idiote autant qu'il $e pourrait. Dieu merci, le succès a suivi mon attente; Et grande, je l'ai vue à tel point innocente, Que j'ai béni le ciel d’avoir trouvé mon fait, Pour me faire une femme au gré de mon souhait. Je l’ai donc retirée; et, comme ma demeure À cent sortes de gens est ouverte à toute heure, Je l'ai mise à l'écart, comme il faut tout prévoir, Dans cette autre maison où nul ne me vient voir; Et, pour ne point gâter sa bonté naturelle , Je n’y tiens que des gens tout aussi simples qu'elle. Vous me direz : pourquoi cetté narration ? C’est pour vous rendre instruit de ma précaution. Le résultat de tout est qu’en ami fidèle , Ce soir je vous invite à souper avec elle : Je veux que vous puissiez un peu l’examiner, Et voir si de mon choix on doit me condamner. : CHRYSALDE. og J'y consens. ARNOLPHE. Vous pourrez, dans cette conférence, Juger de sa personne et de son innocence. CHRYSALDE. Pour cet article-là, ce que vous m avez dit Ne peut. ARNOLPHE, La vérité passe encor mon récit. Dans ses simplicités à tous coups je l'admire, Et parfoïs elle en dit dont je pâme de rire. L'École des Femmes. 2 16: L'ÉCOLE DES FEMMES, ARNOLPHE. : Ah l'joie extr&ine ! Et depuis quand ici? rs HORACE. Depuis neuf jours. ARNOLPHE. Vraiment ? HORACE. Je fus d’abord chez vous, mais inutilement. ARNOLPHE. J'étais à la campagne. HORACE. Oui, depuis dix journées. ARNOLPHE. Oh ! comme les enfans croissent en peu d'années ! J'admire de le voir au point où le voilà , Après que je l'ai vu pas plus grand que cela. HORACE. Vous voyez. _ ARNOLPHE. Mais de'grâce, Oronte votre père, Mon bon ei cher ami que j'estime et révère, Que fait-il à présent ? Est-il toujours gaillard ? Atout ce qui le touche il sait que je prends part. Nous ne nous sommes vus depuis quatre ans ensemble, Ni, qui plus est, écrit l’un à l'autre, me semble. HORACE. Il est, seigneur Arnolphe, encor plus gai que nous : Et j'avais de sa part une lettre pour vous ; Mais depuis par une autre il m'apprend sa venue ; Et la raison encor ne m’en est pas connue. Savez-vous qui peut être un k vos citoyens Qui retourne en ces lieux avec beaucoup de biens Qu'il s’est en quatorze ans acquis dans l'Amérique? ARNOLPHE. Non, Mais vous a-t-on dit comme on le nomme? HORACE. Enrique. ARNOLPHE, Non, * # HORACE: COMÉDIE. HORACE. Mon père m'en parle, et qu’il est revenu, Comme s'il devait m'être entièrement connu, Et m'écrit qu'en chemin ensemble ils se vont mettre Pour un fait important que ne dit pas sa lettre, ( Horace remet la lettre d’Oronte à Arnolphe. ) | ARNOLPHE. J'aurai certainement grande joie à le voir ; Et pour le régaler je ferai mon pouvoir. (après avoir lu la lettre. ) Il faut pour les amis des lettres moins civiles, Et tous ces complimens sont choses inutiles. Sans qu il prît le souci de m'en écrire rien, Vous pouvez librement disposer de mon bien. HORACE. Je suis homme à saisir les gens par leurs paroles, Et j'ai présentement besoin de cent pistoles. ARNOLPHE, Ma foi, c’est m'obliger que d’en user ainsi, Et je me réjouis de les avoir ici. ; Gardez aussi la bourse. HORACE. Il faut... ARNOLPHE. Laissons ce style. Eh bien ! comment encor trouvez-vous cette ville? ; HORACE, Nombreuse en citoyens , superbe en bâtimens, Et j'en crois merveilleux les divertissemens. ARNOLPHE. Chacun a ses plaisirs qu'il se fait à sa guise : Mais pour ceux que du nom de galans on baptise, Lis ont en ce pays de quoi se contenter; Car les femmes y sont faites à coqueter. On trouve d'humeur douce et la brune et la blonde, Et les maris aussi Les plus benins du monde; C'est un plaisir de prince, et des tours que je voi Je me donne souvent la comédie à moi. Peut-être en avez-vous déjà féru quelqu'une. Vous est-il point encore arrivé de fortune ? L'Écoie des Femmes. Le) «“ sa 17 1 «8 L'ÉCOLE DES FEMMES, Les gens faits comme vous font plus que les écus, Et vous êtes de taille à faire des cocus. HA HORACE. À ne vous rien cacher de la vérité pure, J'ai d'amour en ces lieux eu certaine aventure; Et l’amitié m’oblige à vous en faire part. ARNOLPHE, à part. Bon ! voici de nouveau quelque conte gaillard ; Et ce sera de quoi mettre sur mes tablettes. HORACE. Mais de grâce, qu'au moins ces choses soient secrètes. ARNOLPHE. Oh! HORACE. Vous n’ignorez pas qu’en ces occasions Un secret éventé rompt nos prétentions. Je vous avoürai donc, avec pleine franchise, * Qu’ici d’une beauté mon âme s’est éprise. Mes petits soins d’abord ont eu tant de succès, Que je me suis chez elle ouvert un doux accés ; Et, sans trop me vanter, ni lui faire une injure, Mes affaires y sont en fort bonne posture. > ARNOLPHE, en riant. Et c'est? \ HORACE, lui montrant le logis d'Agnès. Un jeune objet qui loge en ce logis Dont vous voyez d'ici que les murs sont rougis ; Simple, à la vérité, par l'erreur sans seconde D'un homme qui la cache au commerce du monde; fais qui, dans l’ignorance où l’on veut l’asservir, Fait briller des attraits capables de ravir; Un air tout engageant, je ne sais quoi de tendre, Dont il n’est point de cœur qui se puisse défendre. Mais peut-être il n’est pas que vous n'ayez bien vu Ce jeune astre d'amour de tant d’attraits pourvu : C’est Agnès qu'on l'appelle. ARNOLPHE, à part. Ah ! je crève! HORACE. Pour l’homme, C'est, je crois, de la Zousse, ou Source, qu’on le nomme; COMÉDIE. * Je ne me suis pas fort arrêté sur le nom : Riche, à ce qu'on m'a dit; mais des que sensés , non : Et l'on m'en a parlé comme d’un ridicule. Le connaissez-vous point? : ARNOLPHE, à part. La fàcheuse pilule ! HORACE. 29 Eh ! vous ne dites mot? ARNOLPRE. Eh oui, je le connais. HORACE.* / C'est un fou, n'est-ce pas? ARNOLPHE. : Eh... HORACE. Qu'en dites-vous ? Quoi? Eh? c’est-à-dire, oui. Jaloux à faire rire? Sot? je vois qu'il en est ce que l’on m'a pu dire. Enfin l’aimable Agnès a su m'assujettir. C’est un joli bijou, pour ne vous point mentir ; Et ce serait péché qu'une beauté si rare Füt laissée au pouvoir de cet homme bizarre. Pour moi, tous mes efforts, tous mes vœux les plus doux . Vont à m'en rendre maitre en dépit du jaloux; Et l'argent que de vous j'emprunte avec franchise N'est que pour mettre à bout cette juste entreprise. Vous savez mieux que moi, quels que soient nos efforts, Que l'argent est la clef de tous les grands ressorts, Et que ce doux métal, qui frappe tant de têtes, En amour, comme en guerre, avance les conquêtes. Vous me semblez chagrin ! Serait-ce qu'en effet Vous désapprouveriez le dessein que j'ai fait ? ARNOLPHE. Non, c’est que je songeais… HORACE. 4 s . : Cet entretien vous lasse. U ,. * A A Adieu. J'irai chez vous tantôt vous rendre grâce. ARNOLPHE, se croyant seul. Ah ! faut-il Ds 20 L'ÉCOLE DES FEMMES, .HORACE, revenant. Derechef, veuillez être discret, Et n'allez pas, de grâce, éventer mon secret. pas; S ; ARNOLPHE, se croyant seul. Que je sens dans mon âme... HORACGE, revenant. Et surtout à mon père, Qui s’en ferait peut-être un sujet de colère. ARNOLPHE, croyant qu'Horace revient encore. Oh !.…. À SCÈNE VIIL ARNOLPHE seul. Oh ! que j'ai souffert durant cet entretien ! Jamais trouble d'esprit ne fut égal au mien. Avec quelle imprudence et quelle hâte extrème 11 m'est venu conter cette affaire à moi-même ! Bien que mon autre nom le tienne dans l'erreur, Étourdi montra-t-il jamais tant de fureur? Mais , ayant tant souffert, je devais me contraindre Jusques à m'éclaircir de ce que je dois craindre, Apousser jusqu'au bout son caquet indiscret, Et savoir plemement leur commerce secret. Tâchons de le rejoindre; il n’est pas loin, je pense : Tirons-en de ce fait l'entière confidence. Je tremble du malheur qui m'en peut arriver, Et l’on cherche souvent plus qu'on ne veut trouver. FIN DU PREMIER ACTE: : | 2 COMÉDIE. Ds ARABE AA TA LR AE AAA AUS ASE LA À RAR VEN LATE AURA VIENIE ACTE SECOND. SCÈNE L _ARNOLPHE seul. F m'est, lorsque j'y pense, avantageux sans doute D'avoir perdu mes pas, et pu manquer sa route: , Car enfin de mon cœur le trouble impérieux N’eût pu se renfermer tout entier à ses yeux; Il eût fait éclater l'ennui qui me dévore, Et je ne voudrais pas qu'il sût ce qu'il ignore. Mais je ne suis pas homme à gober le morceau Et Jaisser un champ libre aux vœux du damoiseau ; J'en veux rompre le cours, et, sans tarder, apprendre Jusqu'où l'intelligence entre eux a pu s'étendre : * J'y prends pour mon honneur un notable intérêt; * Je la regarde en femme au terme qu'elle en est; * Elle n’a pu faillir sans me couvrir de honte, * Et tout ce qu'elle fait enfin ést sur mon compte. .… Éloïgnement fatal ! voyage malheureux ! (il frappe à sa porte.) SCENE IL ALAIN, ARNOLPHE, GEORGETTE. ALAIN. Ah ! monsieur, cette fois. ARNOLPHE. Paix. Venez çà tous deux. Passez là , passez là. Venez là, venez, dis-je. GEORGETTE. Ah ! vous me faites peur, et tout mon sang se fige. ARNOLPHE. C’est donc ainsi qu'absent vous m'avez obéir Et, tous deux de concert, vous m'avez donc trahi? GEORGETTE, tombant aux genoux d'Arnolphe. Eh ! ne me mangez pas, monsieur, je vous coujure. ( Alain tombe aussi à genoux. ) 4 22 L'ÉCOLE DES FEMMES, 2 ALAIN, à part. Quelque chien enragé l’a mordu, je m'assure. ARNOLPHE, à part. Ouf. Je ne puis plus parler, tant je suis prévenu ; Je sufloque, et voudrais me pouvoir mettre nu. (à Alain et à Georgette.) Vous avez donc souffert, 6 canaille maudite ! ; à (à Alain qui veut s'enfuir.) Qu'un homme soit venu. Tu veux prendre la fuite ! (à Georgette. ) I faut que sur-le-champ.…. Si tu bouges… Je veux (à Alain. ) Que vous me disiez.… Euh! oui , le veux que tous deux... ë ( Alain et Georgette se lèvent et veulent encore s'enfuir. ) Quiconque remüra , par la mort ! je l'assomme. Comme est-ce que chez moi s’est introduit cet homme? Hé? parlez. Dépêchez, vite, promptement, tôt, Sans rêver. Veut-on dire ? ALAIN et GEORGETTE.. Ab! ah! | , GEORGETTE, retombant aux genoux d’Arnolphe, Le cœur me faut. » ALAIN, retombant aux genoux d’Arnolphe. Je meurs. | ARNOLPHE, à part. Je suis en eau; prenons un peu d'haleine ; I faut que je m'évente, et que je me promène. Aurais-je deviné, quand je Pai vu petit, Qu'il croîtrait pour cela ? Ciel ! que mon cœur pâtit ! Je pense qu'il vaut mieux que de sa propre bouche Je tiré avec douceur l'affaire qui me touche. Tâchons à modérer notre ressentiment : Patience, mon cœur, doucement, doucement. (à Alain et à Georgette. ) 3 K evez-vous ; et, rentrant, faites qu'Agnès descende. (à part.) Arrêtez. Sa surprise en deviendrait moins grande, Du chagrin qui me trouble ils iraient l’'averur ; Et moi-même je veux l’aller faire sortir. (à Alain et à Georgette. ) Que l’on m'attende ici. | COMÉDIE. 3 SCÈNE IIT. ALAIN, GEORGETTE, GEORGETTE. Mon dieu ! qu'il est terrible } Ses regards m'ont fait peur, mais une peur horrible, Et jamais je ne vis un plus hideux chrétien. ALAIN. Ce monsieur l’a fäché ; je te le disais bien. GEORGETTE. Mais que diantre est-ce là, qu'avec tant de rudesse Il nous fait au logis garder notre maitresse ? D'où vient qu’à tout le monde il veut tant la cacher, Et qu'il ne saurait voir personne en approcher? ALAIN. C’est que cette action le met en jalousie. | GEORGETTE. Mais d’où vient qu'il est pris de cette fantaisie P ALAIN. Cela vient... cela vient de ce qu'il est jaloux. PR CCEORGRITE Oui : mais pourquoi l’est-il? et pourquoi ce courroux? ALAIN. C’est que la jalousie. entends-tu bien, Georgette? Est une chose. là... qui fait qu’on s'inquiète. Et qui chasse les gens d’autour d’une maison. Je m'en vais te baïller une comparaison, Afin de concevoir la chose davantage : Dis-moi , n'est-il pas vrai, quand tu tiens ton potage, Que, si quelque affamé venait pour en manger, Tu serais en colère, et voudrais le charger? GEORGETTE. Oui, je comprends cela. ALAIN. C'est justement tout comme. La femme est en effet le potage de l’homme; Et, quand un homme voit d'autres hommes parfois Qui veulent dans sa soupe aller tremper leurs doigts, Il en montre aussitôt une colère extrème. 24. L'ÉCOLE DES FEMMES, GEORGETTE. Oui : mais pourquoi chacun n’en fait-il pas de même ? Et que nous en voyons qui paraissent joyeux Lorsque leurs femmes sont avec les beaux monsieux ? ALAIN. : C’est que chacun n’a pas cette amitié goulue Qui n’en veut que pour soi. À SCENE IV. ALAIN , GEORGETTE, ARNOLPHE. GEORGETTE, à Alain. Si je n'ai la berlue, Je le vois qui revient. € ALAIN, à Georgette. T'es yeux sont bons, c’est lui. e GEORGETTE. Vois comme il est chagrin. | ALAIN. C’est qu'il a de l'ennui. ARNOLPHE, àlui-même. Un certain Grec disait à l’empereur Auguste, Comme une instruction utile autant que juste, Que, lorsqu'une aventure en colère nous met, Nous devons, avant tout, dire notre alphabet, x Afin que dans ce temps la bile se tempère , Et qu’on ne fasse rien que l’on ne doive faire. J'ai suivi sà leçon sur le sujet d’Agnés, Et je la fais venir dans ce lieu tout exprès, Sous prétexte d'y faire un tour de promenade, Afin que les soupçons de mon esprit malade Puissent sur le discours la mettre adroitement, Et, lui sondant le cœur, s’éclaircir doucement. COMÉDIE. | 25 SCÈNE V. ALAIN , GEORGETTE, ARNOLPHE, AGNÈS. ARNOLPHE. Venez, Agnès. A (à Alain et à Georgette. ) Rentrez. (Alan et Georgette rentrent dans La maison. ) SCBNE VI. ARNOLPHE, AGNÈS. ARNOLPHE. La promenade est belle. Ù AGNÈS. . Fort belle. ARNOLPHE. Le beau jour | AGNÈS. Fort beau. ARNOLPHE. . Quelle nouvelle? AGNÈS. Le petit chat est mort. | ARNOLPHE. C’est dommage; mais quoi ! Nous sommes tous mortels, et chacun est pour soi. Lorsque j'étais aux champs, n’a-t-il point fait de pluie ? AGNÈS. Non. 3 cn ARNOLPHE. Vous ennuyait-il? | AGNÈS. Jamais je ne m'ennuie. ARNOLPHE. Qu'avez-vous fait encor ces neuf ou dix jours-ci P AGNÈS. Six chemises, je pense , et six coiffes anssi. L'E cole des Femmes, 4 32 L'ÉCOLE DES FEMMES, | ARNOLPHE. ! Rien de plus assuré. AGNÈS. Que, si cela se fait, je vous caresserai ! : ARNOLPHE. Eh ! la chose sera de ma part réciproque. AGNÈS. Je ne reconnais point, pour moi, quand on se moque; Parlez-vous tout de bon? ARNOLPHE. Ouï; vous le pourrez voir. AGNÈS. Nous serons mariés ? ARNOLPHE. Oui. AGNÈS. Mais quand? ARNOLPIIE. Dès ce soir. AGNES, riant. Dés ce soir? ARNOLPHE. Dès ce soir. Cela vous fait donc rire ? AGNÈS. Oui. . : AT ARNOLPHE. Vous voir bien contente est ce que je désire. AGNÈS. Hélas ! que je vous ai grande obligation ! Et qu'avec lui j'aurai de satisfaction ! ARNOLPHE. Avec qui? à AGNÈS. Avec... là... ARNOLPHE. Là... là nest pas mon compte. À choisir un mari vous êtes un peu prompte. C'est un autre, en un mot, que je vous tiens tout prêt : Et, quant au monsieur Là, je prétends, s’il vous plait, Düt le mettre au tombeau le mal dont il yous berce, Qu'avec COMÉDIE. 33 Qu'avec lui désormais vous rompiez tout commerce ; Que, venant au logis, pour votre compliment Vous lui fermiez au nez la porte honnêtement ; Et lui jetant, s’il heurte, un grès par la fenêtre, L'obligiez tout de bon à ne plus y paraître. M'entendez-vous, Agnès? Moi, caché dans un coin, De votre procédé je serai le témoin. AGNÈS. Las ! il est si bien fait ! C'est. ARNOLPHE. Ah ! que de langage ! AGNÈS. Je n'aurai pas le cœur... ARNOLPHE. Point de bruit davantage. Montez là-haut. AGNÈS. Mais quoi ! voulez-vous ?.….. ARNOLPHE. C'est assez: Je suis maître, je parle ; allez, obéissez. FIN DU SECOND ACTE, L'Ecole des F emmes. 5 34 L'ÉCOLE DES FEMMES, PARA ILP VEA VE VARIABLE LAURE VIA SAR NAS AAA ARRET AR LA UN VE ACTE TROISIÈME. SCÈNE I. ” GEORGETTE, AGNÈS, ARNOLPHE, ALAIN. ARNOLPHE. Où. tout a bien été, ma joie est sans pareille. Vous avez là suivi mes ordres à merveille, Confondu de tout point le blondin séducteur; Et voilà de quoi sert un sage directeur. Votre innocence , Agnès , avait été surprise : Voyez, sans ÿ penser, où vous vous étiez mise. Vous enfiliez tout droit , sans mon instruction, Le grand chemin d’enfer et de perdition. De tous ces damoiïseaux on sait trop les coutumes: Ils ont de beaux canons, force rubans et plumes, Grands cheveux, belles dents, et des propos fort doux; Mais, comme je vous dis, la griffe est là-dessous ; Et ce sont vrais satans, dont la gueule altérée * De l'honneur féminin cherche à faire curée. Mais encore une fois , grâce au soin apporté, Vous en êtes sortie avec honnêteté. L'air dont je vous ai vu lui jeter cette pierre, . Qui de tous ses desseins a mis l'espoir par terre, Me confirme encor mieux à ne point différer Les noces où je dis qu'il vous faut préparer. Mais, avant toute chose, il est bon de vous faire . Quelque petit discours qui vous soit salutaire. (à Alain. ) (à Georgette.) : Un siége au frais ici. Vous , si jamais en rien. GEORGETTE:. De toutes vos leçons nous nous souviendrons bien. Cet autre monsieur-là nous en faisait accroire : Mais. ALAIN, ayant apporté un fauteuil. S'il entre jamais, je veux jamais ne boire. Aussi-bien est-ce un sot, il nous a l’autre fois Donné deux écus d’or qui n'étaient pas de poids. COMÉDIE. 35 ARNOLPHE. Ayez donc pour souper tout ce que je désire ; Et pour notre contrat, comme je viens de dire, Faites venir ici, l’un ou l’autre , au retour, Le notaire qui loge au coin du carrefour. SCÈNE IL. AGNÈS, ARNOLPHE. ARNOLPHE, assis. Agnès! pour m'éconter, laissez là votre ouvrage. Levez un peu la tête, et tournez le visage. . (mettant le doigt sur son front. ) A Là, regardez-moi là durant cet entretien ; Et, jusqu’au moindre mot, imprimez-le vous bien. Je vous épouse , Agnès ; et, cent fois la journée, Vous devez bénir l’heur de votre destinée, Contempler la bassesse où vous avez été, Et dans le même temps admirer ma bonté, Qui de ce vil état de pauvre villageoise | Vous fait monter au rang d’honorable bourgeoïse, Et jouir de la couche et des embrassemens D'un homme qui fuyait tous ces engagemens, Et dont à vingt partis fort capables de plaire Le cœur a refusé l'honneur qu'il vous veut faire. Vous devez toujours, dis-je, avoir devant les yeux Le peu que vous étiez sans ce nœud glorieux, Afin que cet objet d'autant mieux vous instruise À mériter l’état où je vous aurai mise, À toujours vous connaître , et faire qu'à jamais Je puisse me louer de l'acte que je fais. Le mariage, Agnès, n'est pas un badinage : À d’austères devoirs le rang de femme engage; Et vous n’y montez pas, à Ce que je prétends, Pour être libertine, et prendre du bon temps. Votre sexe n’est là que pour la dépendance : Du côté de la barbe est la PRE. Bien qu'on soit deux moitiés de la société , Ces deux moitiés pourtant n'ont point d'égalité : L'une est moitié suprême, et l’autre subalterne : L'une en tout est soumise à l’autre qui gouverne ; Et ce que le soldat, dans son devoir instruit, 36 L'ÉCOLE DES FEMMES, Montre d’obéissance au chef qui le conduit, Le valet à son maître, un enfant à son père, A son supérieur le moindre petit frère , N’approche point encer de la docilité, Et de l’obéissance , et de l'humilité, Et du profond respect où la femme doit être Pour son mari , son chef, son seigneur, et son maitre. Lorsqu'il jette sur elle un regard sérieux , | Son devoir aussitôt est de baisser les yeux, Et de n’oser jamais le regarder en face, Que quand d’un doux regard il lui veut faire grâce. C'est ce qu’entendent mal les femmes d'aujourd'hui: Mais ne vous gâtez pas sur l'exemple d'autrui. Gardez-vous d'imiter ces coquettes vilaines Dont par toute la ville on chante les fredaines , Et de vous laisser prendre aux assauts du malin, C'est-à-dire, d’ouir aucun jeune blondin. Songez qu’en vous faisant moitié de ma personne , C’est mon honneur, Agnès, que je vous abandonne; Que cet honneur est tendre, et se blesse de peu ; Que sur un tel sujet il ne faut point de jeu ; Et qu'il est aux enfers des chaudières bouillantes Où l'on plonge à jamais les femmes mal vivantes. - Ce que je vous dis là ne sont pas des chansons ; Etvous devez du cœur dévorer ces leçons. Si votre âme les suit, et fuit d’ètre coquette, Elle sera toujours, comme un lis, blanche et nette: Mais, s'il faut qu'à l'honneur elle fasse un faux bond, Elle deviendra lors noire comme un charbon; Vous paraîtrez à tous un CHR Tele : Et vous irez un jour, vrai partage du diable, Bouillir dans les enfers à toute éternité, Dont vous veuille garder la céleste bonté. Faites la révérence. Ainsi qu'une novice Par cœur dans le couvent doit savoir son office, Entrant en mariage , il en faut faire autant; Et voici dans ma poche un écrit important Qui vous enseignera l'office de la femme. J'en ignore l’auteur, mais c’est quelque bonné âme; , Et je veux que ce soit votre unique entretien. (il se lève.) ‘ Tenez. Voyons un peu si vous le lirez bien. COMÉDIE. 37 AGNÈS Lt. LES MAXIMES DU MARIAGE, OU LES DEVOIRS DE LA FEMME MARIÉE, Avec son exercice journalier. PREMIÈRE MAXIME. Celle qu'un lien honnête Fait entrer au lit d'autrut, Doit se mettre dans la tête, . Malgré le train d'aujourd'hur, Que l’homme qui la prend ne la prend que pour lui. ARNOLPHE. Je vous expliquerai ce que cela veut dire : Mais, pour l’heure présente, il ne faut rien que lire. AGNÈS poursuit. 1°, MAXIME. * ÆElle ne se doit parer * Qu’autant que peut désirer * Le mart qui la possède : *_ C’est lui que touche seul le soin de sa beauté; *_ [1 pour rien doit étre compté * Que les autres la trouvent laide. 11°. MAXIME, * Loin ces études d’œillades , * Ces eaux, ces blancs, ces pommades, * Et mille ingrédiens qui font des teints fleuris : A l'honneur, tous les jours , ce sont drogues mortelles ; * Et les soins de paraitre belles * Se prennent peu pour les maris. 1V°. MAXIME. x x K Sous sa coiffe , en sortant, comme l'honneur l'ordonne, * I] faut que de ses yeux elle étouffe les coups ; " _* Car, pour bien plaire à son époux , - * Elle ne doit plaire à personne. V°, MAXIME. *: Hors ceux dont au mari la visite se rend, * La bonne règle défend 38 L'ÉCOLE DES FEMMES, De recevoir aucune âme : Ceux qui de galante humeur N'ont affaire qu'à madame ; N’'accommodent pas monsieur. x x X 1‘. MAXIME. Il faut des présens des hommes Qu'elle se defende bien ; Car, dans le siècle où nous sommes, On ne donne rien pour rien. Vil®. MAXIME. Dans ses meubles, dût-elle en avoir de l'ennui, Il ne faut écritoire , encre, papier, ni plumes. * Le mari doit, dans les bonnes coutumes , * Écrire tout ce qui s'écrit chez lui. x x vin, MAXIME. ve . Pt , Ces sociétés déréglées ; : Qu'on nomme belles assemblées , Des femmes tous les jours corrompent les esprits : En bonne politique on les doit interdire ; * Car c'est là que l'on conspire * Contre les pauvres maris. + + 1X°; MAXIME. #4 Toute femme qui-veut à l'honneur se voucr, Doit se défendre de jouer , Comme d'une chose funeste. e Car le jeu fort décevant Pousse une femme souvent A jouer de tout son reste. x CS ER X°. MAXIME: Des promenades du temps, Ou repas qu'on donne aux champs , Il ne faut point qu’elle essaye. Sélon les prudens cerveaux , Le mari dans ces cadeaux Est toujours celui qui paye. M OX OX A X X XI, MAXIME,. “ARNOLPHE. ! Vous acheverez-seule ; et, pas à pas, tantôt Te vous expliquerai ces choses comme il faut. COMÉDIE. Je me suis souvenu d’une petite affaire : € n'ai qu'un mot à dire et ne tarderai guère. €ntrez , et conservez ce livre chèrement. 1 le notaire vient, qu'il m’attende un moment. SCÈNE LIL ARNOLPHE seul. Je ne puis faire mieux que d’en faire ma femme. insi que je voudrai je tournerai cette âme ; Comme un morceau de cire entre mes mains elle est, Et je lui puis donner la forme qu'il me plait. Il s’en est peu fallu que, durant mon absence, On ne m'ait attrapé par son trop d’innocence; Mais il vaut beaucoup mieux, à dire vérité, Que la femme qu’on a pèche de ce côté. De ces sortes d'erreurs le remède est facile. Toute personne simple aux leçons est docile; Et, si du bon chemin on la fait écarter, eux mots incontnent l'y peuvent rejeter. ais une femme habile est bien une autre bête : otre sort ne dépend que de sa seule tête; De ce qu’elle s’y met rien ne la fait gauchir, Et nos enseignemens ne font là que blanchir ; Son bel esprit lui sert à railler nos maximes, À se faire souvent des vertus de ses crimes, Et trouver, pour venir à ses coupables fins; Des détours à duper l’adresse des plus fins. Pour se parer du coup en vain on se fatigue : * Une femme d'esprit est un diable en intrigue; Et, dès que son caprice a prononcé tout bas L'arrêt de notre honneur, 1l faut passer le pas : Beaucoup d’honnêtes gens en pourraient bien que dire. Enfin mon étourdi n'aura pas lieu d’en rire; Par son trop de caquet, il a ce qu'il lui faut. Voilà de nos Français l'ordinaire défaut : Dans la possession d’une bonne fortune, Le secret est toujours ce qui les importune; Et la vanité sotte a pour eux tant d’appas, Qu'ils se pendraient plutôt que de ne causer pas. Oh que les femmes sont du diable bien tentées, X K KX XX X 40 L'ÉCOLE DES FEMMES, Lorsqu’elles vont choisir ces têtes éventées ! Et que... Mais le voici. Cachons-nous toujours bien, t découvrons un peu quel chagrin est le sien. SCÈNE IV. f HORACE, ARNOLPHE. HORACE. Je reviens de chez vous, et le destin me montre Qu'il n’a pas résolu que je vous y rencontre. Mais j'irai tant de fois, qu’enfin quelque moment. ARNOLPHE. Eh ! mon dieu ! n’entrons point dans ce vain compliment. Rien ne me fâche tant que les cérémonies; Et si l’on m’en croyait, elles seraient bannies. C'est un maudit usage; et la plupart des gens Y perdent sottement les deux tiers de leur temps. (il se couvre. ) Mettons donc sans facon. Eh bien ! vos amourettes ? Puis-je, seigneur Horace , apprendre où vous en êtes? - J'étais tantôt distrait par quelque vision ; Mais, depuis, là-dessus j'ai fait réflexion. De vos premiers progrès j'admire la vitesse, Et dans l'événement mon âme s'intéresse. HORACE. Ma foi, depuis qu’à vous s’est découvert mon cœur, Il est à mon amour arrivé du malheur. ARNOLPKHE,. Oh oh ! Comment cela ? HORACE. La fortune cruelle À ramené des champs le patron de la belle. ARNOLPHE. Quel malheur | HORACE. Et de plus, à mon très-grand regret, Il a su de nous deux le commerce secret. ARNOLPHE. ? D'où dianire a-t-il sitôt appris cette aventure ? HORACE LE ! COMÉDIE. is HORACE. Je ne sais : mais enfin c’est une chose sûre. Je pensais aller rendre, à mon heure à peu prés, Ma petite visite à ses jeunes attraits, Lorsque, changeant pour moi de ton et de visage, Et servante et valet m'ont bouché le passage ; Et d un «relirez-vous, Vous nous importunez, » Mont assez rudement fermé la porte au nez. ARNOLPHE. L La porte au nez ! SV N HORACE. Au nez. , / ARNOLPHE, La chose est un peu forte. HORACE. J'ai voulu leur parler à travers de la porte; Mais à tous mes propos ce qu'ils ont répondu, ? » à 0 , C’est: « vous n’entrerez point; monsieur l'a défendu. » + | ARNOLPHE, Ils n’ont donc point ouvert? HORACE. Non. Ft de la fenêtre Agnès m'a confirmé le retour de ce maitre, En me chassant de là d’un ton plein de fierté, Accompagné d’un grès que sa main a jeté. ARNOLPHE. Comment ! d’un grès? | HORACE. D'un grès de taille non petite, Dont on a par ses mains régalé ma visite. | ARNOLPHE. Diantre ! ce ne sont pas des prunes que cela! Et je trouve fàchéux l’état où vous voilà, : HORACE, Il est vrai, je suis mal par ce retour funeste, ARNOLPHE. Certes, j'en suis fâché pour vous, je vous proteste. HORACE, Cet homme me rompt tout, L'École des Femmes. G 5o L'ÉCOLE DES FEMMES, ARNOLPHE. Qui, je vous ai mandé : mais la chose est remise; Et l'on vous mandera, quand l'heure sera prise. Voyez quel diable d'homme avet’son entretien ! (il s'en va.) SCÈNE III. LE NOTAIRE seul. Je pense qu'il en tient ; et je crois penser bien. SCÈNE IV. ALAIN, GEORGETTE, LE NOTAIRE. LE NOTAIRE, allant au-devant d'Alain et de Georgette, u Pie \ M'êtes-vous pas venu quérir pour votre maitre ? & ALAIN. Oui. LE NOTAIRE., J'ignore pour qui vous le pouvez connaître : Mais allez, de ma part, lui dire de ce pas Que c’est un fou fieflé. GEORGETTE. Nous n’y manquerons pas. SCÈNE V. ALAIN, ARNOLPHE, GEORGETTE. ALAIN, Monsieur. ARNOLPHE. Approchez-vous, vous êtes mes fidèles, Mes bons, mes vrais amis, et j'en sais des nouvelles. ALAIN. | Le notaire. ARNOLPHE. Laissons, c’est pour quelque autre jour. On veut à mon honneur jouer d’un mauvais tour; Et quel affront pour vous, mes enfans, pourrait-ce être, Si l’on avait ôté l'honneur à votre maître ! COMÉDIE. % Vous n'oseriez, après, paraître en nul endroit ; Et chacun, vous voyant, vous montrerait au doigt. Donc, puisqu'attant quemmoi l'affaire vous regarde, Il faut, de votre part, faire uné telle garde, Que ce galant ne puisse en aucune façon... . GEORGETTE. Vous nous avez tantôt montré notre leçon. © ARNOLPHE. Mais à ses beaux discours gardez bien de vous rendre. ALAIN. | Oh vraiment ! GEORGETTE. Nous savons comme il faut s’en défendre. ARNOLPHE. S'il venait doucement : Alain, mon pauvre cœur, : Par un peu de secours soulage ma langueur. ALAIN. Vous êtes un sot. ARNOLPHÉ. (à Georgette.) Bon. Georgette, ma mignonne, Tu me paraïs si douce , et si bonne personne... GEORGETTE. Vous êtes un nigaud. ARNOLPHE. (à Alain.) Bon. Quel mal trouves-tu Dans un dessein honnête et rempli de vertu ? ALAIN. Vous êtes un fripon. à ARNOLPIE. (à Georgette.) Fort bien. Ma mort est sûre Si tu ne prends pitié des peines que j'endure. : ; GEORGETTE. Vous êtes un benèt , un impudent. : “ARNOLPHE. Fort bien.' (à Alain.) l Je ne suis pas un homme à vouloir rien pour rien; Ba L'ÉCOLE DES FEMMES, Je sais, quand on me sert, en garder la mémoire : Cependant par avance, Alain, voilà pour boire ; Et voilà pour t'avoir, Georgette, un cotillon. (ils tendent tous deux la main , et prennent l'argent.) Ce n’est de mes bienfaits qu’un simple échantillon. Toute la courtoisie enfin dont je vous presse ;' C’est que je puisse voir votre belle maîtresse. GEORGETTE, le poussant. A d’autres. ARNOLPHE. Bon cela. ALAIN, le poussant, Hors d'ici. ARNOLPHE. Bon. GEORGET®FE, le poussant: Mais tôt. Ra ARNOLPHE. Bon. Holà ! c’est assez. GEORGETTE. Fais-je pas comme il faut? : ALAIN. Ésco de la façon que vous voulez l’entendre ? ARNOLPHE. Oui, fort bien, hors l’argent qu’il ne fallait pas prendre. GEORGETTE. | Nous ne nous sommes pas souvenus de ce point. ALAIN. Voulez-vous qu’à l'instant nous recommencions ? ARNOLPHE. Point : Suffit. Rentrez tous deux. ALAIN. Vous n’avez rien qu à dire. ARNOLPHE. Non, vous dis-je, rentrez, puisque je le désire. Je vous laisse l’argent. Allez. Je vous rejoins. Ayez bien l'œil à tout, et secondez mes soins. COMÉDIE. 53 _SCÈNE VI. ARNOLPHE seul. : Je veux pour espion qui soit d’exacte vue, Prendre le savetier du coin de notre rue. ans la maison toujours je prétends la tenir, Ÿ faire bonne garde , et surtout en bannir Vendeuses de rubans, perruquières , coiffeuses , ‘aiseuses de mouchoirs, gantières, revendeuses, Os ces gens qui sous main travaillent chaque jour faire enr lé mystères d'amour. , fin j'ai vu le monde, et j'en sais les finesses. laudra que mon homme ait de grandes adresses, l message ou poulet de sa part peut entrer. SCÈNE VIL. ARNOLPHE, HORACE. HORACE. La place m'est heureuse à vous y rencontrer. € viens de l’échapper bien belle, je vous jure. Au sortir d'avec vous, sans prévoir l’aventure, Seule dans son balcon j'ai vu paraître Agnès, Qui des arbres prochains prenait un peu le frais. Après m'avoir fait signe, elle a su faire en sorte, escendant au jardin, de m'en ouvrir la porte : ais à peine tous deux dans sa chambre étions-nous, Qu'elle a sur les degrés entendu son jaloux ; ttout ce qu’elle a pu dans un tel accessoire, C’est de me renfermer dans une grande armoire. Il est entré d’abord; je ne le voyais pas; Tais je l'oyais marcher, sans rien dire, à grands pas < oussant de temps en temps des soupirs pitoyables, Et donnant quelquefois de grands coups sur les tables, Frappant un petit chien qui pour lui s'émouvait, Et jetant brusquement les hardes qu’il trouvait. l'a même cassé, d’une main mutinée, Des vases dont la belle ornait sa cheminée ; Et sans doute il faut bien qu’à ce becque cornu Du trait qu’elle a joué quelque jour soit venu. nfin, après vingt tours, ayant de la manière fous Des PR RAT ER ARS « 54 L'ÉCOLE DES FEMMES, Sur ce qui n’en peut mais déchargé sa colère, Mon jaloux inquiet, sans dire son ennui, Est sorti de la chambre , et moi de mon étui. Nous n’avons point voulu, de peur du personnage, Risquer à nous tenir ensemble davantage ; C'était trop hasarder: mais je dois cetie nuit Dans sa chambre un peu tard m'introduire sans bruit. En toussant par trois fois, je me ferai connaître; Et je doïs au signal voir ouvrir la fenêtre, Dont, avec une échélle, et secondé d’Agnès, Mon amour tàchera de me gagner l'accès. Comme à mon seul ami, je veux bien vous l’apprendre. L'allégresse du cœur s’augmente à la répandre ; F1 goutât-on cent fois un bonheur tout parfait, : On n’en est pas content, si quelqu'un ne le sait. Vous prendrez part, je pense, à l’heur de mes affaires. Adieu. Je vais songer aux choses nécessaires. SCÈNE VIIL. ARNOLPHE seul. Quoi ! l’astre qui s’obstine à me désespérer, Ne me donnera pas le temps de respirer? Coup sur coüp je verrai, par leur intelligence , De mes soins vigilans confondre la prudence ? Et je serai la dupe, en ma maturité, D'une jeune innocente et d’un jeune éventé. * En sage philosophe on m'a vu vingt années Contempler des maris les tristes destinées, Et m'instruire avec soin de tous les accidens Qui font dans le malheur tomber les plus prudens ; Des disgrâces d’autrui profitant dans mon âme, J'ai cherché les moyens, voulant prendre une femme, De pouvoir garantir mon front de tous’afronts, Et le tirer de pair avec les autres fronts ; Pour ce noble dessein, j'ai cru mettre en pratique Tout ce que peut trouver l’humaine politique ; Et, comme si du sort il était arrêté Que nul homme iei-bas n'en serait exempté, Après l'expérience et toutes les lumières Que j'ai pa m'acquérir sur de telles matieres, Après vingt ans et plus de méditation Pour me conduire en tout avec précaution ; x OR ORUM OROMUM EN NN HU \ COMÉDIE. 55 De tant d’autres maris j'aurai quitté la trâce Pour me trouver après dans la même disgrâce? h ! bourreau de destin, vous en aurez menti. e l’objet qu’on poursuit je suis encor nanti; 1 son cœur m'est volé par ce blondin funeste, Y empêcherai dumoins qu'on s'empare du reste ; t cette nuit qu’on prend pour ce galant exploit, e se passera pas si doucement qu'on croit. e m'est quelque plaisir, parmi tant de tristesse, ue l’on me donne avis du piége qu'on me dresse, t que cet étourdi, qui veut m'être fatal, asse son confident de son propre rival. SCÈNE IX. CHRYSALDE, ARN OLPHE. CHRYSALDE. Hé bien ! souperons-nous avant la promenade? ARNOLPHE. Non. Je jeûne ce soir. CHRYSALDE. D'où vient cette boutade? ARNOLPHE. . De grâce, excusez-moi, j'ai quelque autre embarras. CHRYSALDE. Votre hymen résolu ne se fera-t-il pas ? ARNOLPHE. C’est trop s'inquiéter des affaires des autres. CHRYSALDE. Oh ! oh ! si brusquement ! Quels chagrins sont les vôtres ? Serait-il point, compère, à Votre passion Arrivé quelque peu de tribulation ? Je le jurerais presque, à voir votre visage. ARNOLPHE. Quoi qu’il m'arrive, au moins aurai-je l’avantage De ne pas ressembler à de certaines gens Qui souffrent doucement l'approche des galans, CHRYSALDE. C’est un étrange fait qu'avec tant de lumières, Vous vous eflarouchiez toujours sur ces matières ; 56 L'ÉCOLE DES FEMMES, Qu'en cela vous mettiez le souverain bonheur, £tne conceviez point au monde d'autre honneur. Etre avare, brutal, fourbe, méchant et lâche, N'est rien à votre avis auprès de cette tache; Et, de quelque façon qu'on puisse avoir vécu, On est homme d’honneur, quand on n’est point cocu. A le bien prendre au fond, pourquoi voulez-vous croire Que de ce cas fortuit dépende notre gloire, Et qu’une âme bien née ait à se reprocher L’injustice d’un mal qu’on ne peut empêcher? Pourquoi voulez-vous, dis-je, en prenant une femme, Qu'on soit digne, à son choix, de louange ou de blâme, Et qu’on s’aille former un monstre plein d’effroi De l’affront que nous fait son manquement de foi? Mettez-vous dans l'esprit qu'on peut du cocuage Se faire en galant homme une plus douce image; Que, des coups du hasard aucun n'étant garant, Cet accident de soi doit être indifférent; Et qu’enfin tout le mal, quoique le monde glose, N'est que dans la façon de recevoir la chose : = Et, pour se bien conduire en ces difficultés, Il y faut, comme en tout, fuir les extrémités ; N'imiter pas ces gens un peu trop débonnaires, Qui tirent vanité de ces sortes d'affaires , De leurs femmes toujours vont citant les galans, En font partout l’éloge, et prônent leurs talens, Témoignent avec eux d’étroites sympathies ; Sont de tous leurs cadeaux, de toutes leurs parties, Et font qu'avec raison les gens sont étonnés De voir leur hardiesse à montrer là leur nez. Ce procédé, sans doute, est tout-à-fait blàämable : Mais l’autre extrémité n’est pas moins condamnable. Si je n’approuve pas ces amis des galans, Je ne suis pas aussi pour ces gens turbulens, Dont l'imprudent chagrin, qui tempête et qui gronde, Attire au bruit qu'il fait les yeux de tout le monde ; Et qui, par cet éclat, semblent ne pas vouloir Qu'aucun puisse ignorer ce qu'ils peuvent avoir. Entre ces deux partis il en est un honnète, Où, dans l’occasion, l’homme prudent s'arrête; Et, quand on le sait prendre, on n’a point à rougir Du pis dont une fémme avec nous puisse agir. Quoi qu'on en puisse dire enfin, le cocuage Sous COMÉDIE. st: Sous des traits moins affreux aisément s’envisage ; ct, comme je vous dis, toute l’habileté € va qu'à le savoir tourner du bon côté. | ARNOLPHE, Après ce beau discours , toute la confrérie oit un remerciment à votre seigneurie ; t quiconque voudra vous entendre parler, Montrera de la joie à s’y voir enrôler. CHRYSALDE. : Je ne dis pas cela; car c’est ce que je blâme : Mais comme c’est le sort qui nous donne une femme, ‘Je dis que l’on doit faire , ainsi qu’au jeu de dés, Où, s’il ne vous vient pas ce que vous demandez, Il faut jouer d'adresse, et, d’une âme réduite, Corriger le hasard par la bonne conduite. | ARNOLPHE. C'est-à-dire, dormir et manger toujours bien, t se persuader que tout cela n’est rien. CHRYSALDE. Vous pensez vous moquer : mais, à ne vous rien feindre, Dans le monde je vois cent choses plus à craindre, Et dont je me ferais un bien plus grand malheur, Que de cet accident qui vous fait tant de peur. Pensez-vous qu'à choisir de deux choses prescrites, Je n’aimasse pas mieux être ce que vous dites, Que de me voir mari de ces femmes de bien Dont la mauvaise humeur fait un procès sur rien; “Ces dragons de vertu, ces honnêtes diablesses , Se retranchant toujours sur leurs sages prouesses; Qui, pour un petit tort qu'elles ne nous font pas, Prennent droit de traiter les gens du haut en bas, Et veulent ; sur le pied de nous être fidèles, Que nous soyons tenus de tout endurer d'elles ? Encore un coup; compère, apprenez qu'en effet e cocuage n’est que ce que l'an le fait; Qu'on peut le souhaiter pour de certaines causes, Et qu'il a ses plaisirs comme les autres choses. ARNOLPHE. Si vous êtes d'humeur à vous en contenter, Quant à moi, ce n’est point la mienne d’en tâter; Et, plutôt que subir une telle aventure. L'École des Femmes. 8 ES, L'ÉCOLE DES FEMMES, CHRYSALDE. Mon dien ! ne jurez point, de peur d’être parjure. Si le sort l'a réglé, vos soins sont superfius , Et l'on ne prendra point votre avis là-dessus. ARNOLPHE: Moi ! je serais cocu? CHRYSALDE. Vous voilà bien malade ! Mille gens le sont bien, sans vous faire bravade, Qui de mine, de cœur, de biens et de maison, Ne feraient avec vous nulle comparaison. ARNOLPHE. Et moi, je n’en voudrais avec eux faire aucune. Mais cette raïllerie, en un mot, m'importune; Brisons là, s’il vous plaît. CHRYSALDE. Vous êtescen courroux | Nous en saurons Ja cause. Adieu. Souvenez-vous, Quoi que sur ce sujet votre honneur vous inspire, Que c’est être à demi ce que l’on vient de dire, Que de vouloir jurer qu'on ne le sera pas. (il s'en va.) ARNOLPHE, Moi, je le jure encore. SCÈNE X. ARNOLPHE seul. Et je vais de ce pas Contre cet àccident trouver un bon remède. (il court heurter à:sa porte. ) SCÈNE XI. ALAIN, ARNOLPHE, GEORGETTE, ARNOLPHE. Mes amis, c’est ici que j'implore votre aide. Je suis édifié de votre affection : Mais il faut qu’elle éclate en cette occasion : Et, si vous m'y servez selon ma confiance, ‘COMÉDIE. 59 Vous êtes assurés de votre récompense. ‘homme que vous savez, n’en faites point de bruit, eut, comme je l'ai su, m'attraper cette nuit, aus la chambre d’Agnès entrer par escalade ; ais 1] lui faut, nous trois, dresser une embuscade. € veux que vous preniez-chacun un bon bâton, Et, quand il sera près du dernier échelon, Car dans le temps qu’il faut j'ouvrirai la fenêtre, Que tous deux à l’envi vous me chargiez ce traître , Mais d’un air dont son dos garde le souvenir, Et qui lui puisse apprendre à n’y plus revenir; Sans me nommer pourtant en aucune manière, Ni faire aucun semblant que je serai dérrière. Aurez-vous bien l'esprit de servir mon courroux ? ALAIN. S'il ne tient qu’à frapper, monsieur, tout est à nous; Vous verrez, quand je bats, si jy vais de main morte. GEORGETTE. La mienne, quoiqu’aux' yeux elle semble moins forte, N'en quitte pas.sa part à le bien étriller. ARNOLPHE. Rentrez donc, et surtout gardez de babiller. SCÈNE XI. ARNOLPHE seul. Voilà pour le prochain &ne leçon utile; Et si tous les maris qui sont dans cette ville, De leurs femmes ainsi recevaient le galant, Le nombre des cocus ne serait pas si grand. (La nuit vient.) FIN DU QUATRIÈME ACTE. 66 L'ÉCOLE DES FEMMES, Ïl faut qu’on vous ait mise à quelque bonne école. Qui diantre tout d’un coup vous en a tant appris? Vous ne craignez donc plus de trouver des esprits ? Et ce galant. la nuit, vous a donc enbardie ? Ah ! coquine, en venir à cette perfidie ! Malgré tous mes bienfaits former un tel dessein ! Petit serpent que j'ai réchauffé dans mon sein, Et qui, dès qu'il se sent, par une humeur ingrate, Cherche à faire du mal à celui qui le flatte ! AGNÈS. Pourquoi me criez-vous ? ARNOLPHE. J'ai grand tort en effet ! AGNÈS. Je n’entends point de mal dans tout ce que j'ai fait. ARNOLPHE. | Suivre un galant n’est pas une action infâme ? AGNÈS. | - C’est un homme qui dit qu’il me veut pour sa femme : J'ai suivi vos leçons, et vous m'avez prêché Qu'il se faut marier pour ôter le péché. ARNOLPHE. Oui. Mais pour femme, moi, je prétendais vous prendre, Et je vous l’avais fait, me semble, assez entendre. AGNÈS. Oui. Mais , à vous parler franchement entre nous, Il est plus pour cela selon mon goût que vous. Chez vous le mariage est fàächeux et pénible, Et vos discours en font une image terrible; Mais las ! il le fait, lui, si rempli de plaisirs, Que de se marier il donne des désirs. ARNOLPHE. Ah ! c’est que vous l’aimez, traitresse ! AGNÈS. Oui, je l'aime. ARNOLPHE. Et vous avez le front de le dire à moi-même? AGNÈS. Et pourquoi, s’il est vrai, ne le dirais-je pas ? COMÉDIE. | 67 | ARNOLPHE. Le deviez-vous aimer, impertinente P AGNÈS. Hélas ! Est-ce que j'en puis mais? Lui seul en est la cause; Et je n’y songeais pas, lorsque se fit la chose. ARNOLPHE. Mais il fallait chasser cet amoureux désir. AGNES. Le moyen de chasser ce qui fait du plaisir ? ARNOLPHE. Et ne saviez-vous pas que c'était me déplaire? AGNÈS. Moi? point du tout. Quel mal cela vous peut-il faire? ARNOLPHE. Il est vrai, j'ai sujet d'en être réjouïi | Vous ne m'aimez donc päs, à ce compte? AGNÈS. Vous? ARNOLPHE. . Oui. AGNÈS. Hélas ! non. ARNOLPHE, Comment , non ? AGNÈS. Voulez-vous qué je mente ? ARNOLPHE. Pourquoi ne m'aimer pas, madame l'impudente ? AGNÈS. Mon dieu ! ce n’est pas moi que vous devez blämer : Que ne vous êtes-vous, comme lui, fait aimer? Je ne vous en ai pas empêché, que je pense. ARNOLPHE. Je m'y suis efforcé de toute ma puissance ; Mais É soins que j'ai pris, je les ai perdus tous. AGNÈS. Vraiment , il en sait donc là-dessus plus que vous; Car à se faire aimer il n’a point eu de peine. 68 L'ÉCOLE DES FEMMES, ARNOLPHE, à part. Voyez comme raisonne et répond la vilaine ! Peste ! une précieuse en dirait-elle plus? Ah ! je l'ai mal connué; ou, ma foi, là-dessus Une sotte en. sait plus que le plus habile homme. (à Agnès. ) Puisqu’en raisonnement votre esprit se consomme, La belle raisonneuse, est-ce qu’un si long temps Je vous aurai pour lui nourrie à mes dépens ? - | AGNÈS. Non. Il vous rendra tout, jusques au dernier double. > ; ARNOLPHE, à part. Elle à de certains mots où mon dépit redouble. (hant.) Me rendra-t-l, coquine, avec tout son pouvoir, Les obligations que vous pouvez m'avoir ? AGNÈS. Je ne vous en ai pas de si grandes qu’on pense. ARNOLPHE. N'est-ce rien que les soins d'élever votre enfance ? AGNÈS. Vous avez là-dedans bien opéré vraiment, u 0 . . . . Et m'avez fait en tout instruire joliment ! Croit-on que je me flatte, et qu’enfin dans ma tête Je ne juge pas bien que je suis une bête ? - PÈ pa . Œ J 74 se. « . Moi-même j'en ai honte; et, dans l’âge où je suis À } CE Co : ; Je ne veux plus passer pour sotte, si je puis. P , ARNOLPHE: Vous fuyez l'ignorance, et voulez, quoi qu'il coûte, Apprendre du blondin quelque chose? AGNÈS. Sans doute. C’est de lui que je sais ce que je peux savoir, Et beaucoup plus qu’à vous je pense lui devoir. ARNOLPHE. Je ne sais qui me tient qu'avec une gourmade Ma main de ce discours ne venge la bravade. J'enrage quand je vois sa piquante froïdeur ; : Et quelques coups de poing satisfcraient mon cœur. COMÉDIE. ' AGNÈS. | és ! vous Je pouvez, si cela peut vous plaire. | ARNOLPHE, à part, se Mot, et ce regard désarme ma colère, » “produit un retour de tendresse de cœur | Qui de son action efface la noirceur. Chose étrange d’aimer ! et que pour ces traîtresses €$ hommes soient sujets à de telles faiblesses ! Out le monde connaît leur imperfection ; En'est qu'extravagance, et qu'indiscrétion, Eur esprit est méchant, et leur âme fragile ; Il n'est rien de plus faible et de plus imbécile, Rien de plus infidèle; et malgré tout cela: ans le monde on fait tout pour ces animaux-là. (à Agnès.) Eh bien ! faisons la paix. Va, petite traîtresse, € t@ pardonne tout, et te rends ma tendresse; onsidère par là l'amour que j'ai pour toi, t me voyant si bon, en revanche aime-moi. | AGNÈS. Du meilleur de mon cœur, je voudrais vous complaire: : ue me coûterait-il, si je pouvais le faire ? ARNOLPHE, Mon pauvre petit cœur, tu le peux, si tu veux, Ecoute seulement ce soupir amoureux. (il fait un soupir.) Vois ce regard mourant, contemple ma personne; Et quitte ce morveux et l'amour qu'il te donne. C’est quelque sort qu'il faut qu'il ait jeté sur toi, Et tu seras cent fois plus heureuse avec moi. Ta forte passion est d’être brave et leste, Tu le seras toujours , va, je te le proteste ; Sans cesse nuit et jour je te caresserai, Je te bouchonneraï, baïserai, mangerai ; Tout comme tu voudras tu pourras te conduire: + Je ne m'explique point; et cela c’est tout dire. (bas, à part.) ; Jusqu'où la passion peut-elle faire aller ! ( haut.} Enfin à mon amour rien ne peut s’égaler : Quelle preuve veux-tu que je t'en donne, ingrate? 70 L'ÉCOLE DES FEMMES, Me veux-tu voir pleurer? veux-tu que je me batte? Veux-tu que je m’arrache un côté de cheveux? Veux-tu que je me tue ? Oui, dis si tu le veux, Je suis tout prêt, cruelle , à te prouver ma flamme. AGNÈS. Tenez, tous vos discours ne me touchent point l’âme ; Horace avec deux mots en ferait plus que vous. ARNOLPHE. Ab ! c’est trop me braver, trop pousser mon courroux: Je suivrai mon dessein, bête trop indocile, Et vous dénicherez à l'instant de la ville. Vous rebutez mes vœux, et me mettez à bout ; Mais un cul de couvent me vengera de tout. SCÈNE VII. ARNOLPHE, ALAIN, AGNÈS. ALAIN. Je ne sais ce que c’est, monsieur, maïs il me semble A x ? , Qu’Agnès et le corps mort s’en sont allés ensemble. ARNOLPHE. La voici. Dans ma chambre allez me la nicher. (à part.) Ce ne sera pas là qu’il la viendra chercher, Et puis, c’est seulement pour une demi-heure. Je vais, pour lui donner une sûre demeure, (à Alain.) Trouver une voiture. Enfermez-vous des mieux, Et surtout gardez-vous de la quitter des yeux. SCÈNE VIII. ARNOLPHE seul. Peut-être que son âme, étant dépaysée, Pourra de son amour être désabusée. COMÉDIE. ji SCÈNE IX. ARNOLPHE, HORACE. HORACE. | A! je viens vous trouver, accablé de douleur. | à ciel , seigneur Arnolphe, a conclu mon malheur, {par un trait fatal d’une injustice extrême , . Un me veut arracher de la beauté que j'aime. Our arriver ici, mon père a pris le frais ; Jai trouvé qu'il mettait pied à terre ici près : tla cause, en un mot, d’une telle venue Qui, comme je disais, ne m'était pas connue, + Est qu'il m'a marié sans m'en écrire rién, Lt qu'il vient en ces lieux célébrer ce lien. “ugez, en prenant part à mon inquiétude, il pouvait m'arriver un contre-temps plus rude. et Enrique, dont hier je m'mformais à vous, ause tout le malheur dont je ressens les coups : vient avec mon père achever ma ruine, t c'est sa fille unique à qui l’on me destine. al, dès leurs premiers mots , pensé m'évanouir : Et d’abord , Sans vouloir plus long-temps les ouir, Mon père ayant parlé de vous rendre visite, L'esprit plein de frayeur, je l'ai devancé vite. De grâce, gardez-vous de lui rien découvrir De mon engagement, qui le pourrait aïgrir; Et tâchez, comme en vous il prend grande créance, De le dissuader de cette autre alliance. ARNOLPHE. Oui-dà. HORACE. Conseillez-lui de différer un peu, Et rendez, en ami, ce service à mon feu. ARNOLPHE. Je n’y manquerai pas. HORACE, C'est en vous que j'espère. ARNOLPHE. Fort bien. 72 L'ÉCOLE DES FEMMES, HORACE. Et je vous tiens mon véritable père. + Dites-lui que mon âge... Ah ! je le vois venir! coutez les raisons que je vous puis fournir. SCÈNE X. ENRIQUE, CHRYSALDE, ORONTE, ARNOLPHE; HORACE. | (Horace et Arnolphe se retirent dans un coin du théâtre, et parlent bas ensemble. ) ENRIQUE, à Chrysalde, Aussitôt qu'à mes yeux je vous ai vu paraître, Quand on ne m'eût rien dit, j'aurais su vous connaître. J'ai reconnu les traits de cette aimable sœur Dont l’hymen autrefois m'avait fait possesseur ; Et je serais heureux si la Parque cruelle M'eût laissé ramener cette épouse fidèle, Pour jouir avec moi des sensibles douceurs De revoir tous les siens, après nos longs malheurs. Mais puisque du destin la fatale puissance Nous prive pour jamais de sa chère présence, Tâchons de nous résoudre, et de nous contenter Du seul fruit amoureux qui m'en ait pu rester. I] vous touche de près , et, sans votre suffrage, J'aurais tort de vouloir disposer de ce gage. Le choix du fils d'Oronte est glorieux de soi; Mais il faut que ce choix vous plaise comme à moi. CHRYSALDE. C'est de mon jugement avoir mauvaise esume, Que douter si j'approuve un choix si légitime. ARNOLPHE, bas à Horace, Oui, je veux vous servir de la bonne façon. HORACE, à part, à Arnolphe, : :: Gardez, encor un coup... ARNOLPHE, à Horace, N’avez aucun soupçon. (Arnolphe quitte Horace pour aller embrasser Oronte. ) ORONTE, à Arnolphe. Ah ! que cette embrassade est pleine de tendresse !. ARNOLPHR.. COMÉDIE. | ARNOLPHE. Que je sens à vous voir une grande allégresse : ORONTE. Je suis ici venu... ARNOLPHE. Sans m'en faire récit, Je sais ce qui vous mène. ORONTE. On vous l’a déjà dit? ARNOLPHE. Oui. | ORONTE. T'ant mieux. ARNOLPHE. Votre fils à cet hymen résiste, Et son cœur prévenu n’y voit rien que de triste. 11 m'a même prié de vous en détourner : Et moi, tout le conseil que je puis vous donner," C’est de ne pas souffrir que ce nœud se diffère , Et de faire valoir l'autorité de père. I faut avec vigueur ranger les jeunes gens, Et nous faisons contre eux à leur être mdulgent. HORACGE, à part. Ah ! traître ! __ GHRYSALDE. Si son cœur a quelque répugnance, Je tiens qu’on ne doit pas lui faire résistance. Mon frère, que je crois , sera de mon avis. :ARNOLPHE. Quoi ! se laissera-t-il gouverner par son fils ? st-ce que vous voulez qu’un père ait la mollesse De ne savoir pas faire obéir la jeunesse ? {] serait beau vraiment qu’on le vit aujourd’hui Prendre loi de qui doit la recevoir de lui ! Non, non, c’est mon intime , et sa gloire est la mienne ; Sa parole est donnée, il faut qu’il la maintienne : Qu'il fasse voir ici de fermes sentimens, Et force de son fils tous les attachemens. ORONTE. C’est parler comme il faut, et dans cette alliance C’est moi qui vous réponds de son obéissance. L'École des Femmes. 10 74 L'ÉCOLE DES FEMMES, CHRYSALDE, à Arnolphe. Je suis surpris, pour moi, du grand empressement Que vous me faites voir pour cet engagement, Et ne puis deviner quel motif vous inspire. ARNOLPHE. Je sais ce que je fais, et dis ce qu'il faut dire. ORONTE. Oui, oui, seigneur Arnolpbe, il est... CHRYSALDE. Ce nom l’aigrit; ? 2 9 #1 » o ? C’est monsieur de la Souche, on vous l’a déjà dit. ARNOLPHE. I] n'importe. HORACE, à part. Qu'entends-je ! ARNOLPHE, se tournant vers Horace. Oui. C’est là le mystère; Et vous pouvez juger ce que je devais faire, HORACE, à part. | SCÈNE XL ‘ENRIQUE, CHRYSALDE, ORONTE, ARNOLPHE GEORGETTE, HORACE. GEORGETTE. Monsieur, si vous n'êtes auprès, Nous aurons de la peine à retenir Agnès; Al 4 Ed ; Elle veut à tous COUPS s échapper, et peut-être Qu'elle se pourrait bien jeter par la fenêtre. ARNOLPHE. Faites-la-moi venir; aussi bien de ce pas Prétends-je l'emmener. En quel trouble. ? COMÉDIE. SCÈNE XIL ENRIQUE , CHRYSALDE, ORONTE, ARNOLPHE, HORACE. ARNOLPHE, à Horace. Ne vous en fâchez pas : Un bonheur continu rendrait l’homme superbe; * Et chacun a son tour, comme dit le proverbe. HORACE, à part. EE maux peuvent, Ô ciel ! égaler mes ennuis, t s’est-on jamais vu dans l’abime où je suis ? ARNOLPHE, à Oronte. Pressez vite le jour de la cérémonie, J'y prends part; et déjà moi-même je m’en prie. ORONTE. C'est bien là mon dessein. SCÈNE XIII. ENRIQUE, CHRYSALDE, ORONTE, ARNOLPHE , AGNÈS, ALAIN, GEORGETTE, HORACE. SI Qt l (Alain amène Agnès, en la tenant par les deux mains. ) ARNOLPIHE , à Agnès. Venez, belle, venez, u’on ne saurait tenir, et qui vous mutinez. Voici votre galant, à qui, pour récompense, Vous pouvez faire une humble et douce révérence. (à Horace.) Adieu. L'événement trompe un peu vos souhaits; Mais tous les amoureux ne sont pas satisfaits. AGNÈS. Me laïssez-vous, Horace, emmener de la sorte ? HORACE, Je ne sais où j'en suis, tant ma douleur est forte ! ARNOLPHE. Allons, causeuse , allons.