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Hamas, Jjihâd islamique et autres “fous de dieu”: Le cas “Israël-Palestine”

Freund, Wolfgang

Abstract

Existe un consenso creciente que los elementos constitutivos del conflicto palestino-israelí son más complejos comparado con los de la disputa clásica del tipo “Alsacio-Lorringa”. El presente estudio destaca sus aspectos religiosos y esquilíasticos. El pensamiento mágico islámico por un lado, y las obsesiones judías de la “tierra prometida” por otro. Bajo estos aupicios no queda ningún espacio vital para una solución racional del conflicto. Una vía hacia una pacificación definitiva -tanto para los palestinos como los israelitas- podría aparecer en el horizonte cuando los sufrimientos mutuos -que afectan a las dos partes- alcancen un grado a partir del que el compromiso para la supervivencia se convierte en la única opción que queda.

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· 83 · HAMAS, JIHÂD ISLAMIQUE ET AUTRES “FOUS DE DIEU”: LE CAS “ISRAËL-PALESTINE” Wolfgang Freund (Institut de Recherches e d’Etudes de l’Université Paris-II)* RESUMEN Existe un consenso creciente que los elementos constitutivos del conflicto palestino-israelí son más complejos comparado con los de la disputa clásica del tipo “Alsacio-Lorringa”. El presente estudio destaca sus aspectos religiosos y esquilíasticos. El pensamiento mágico islámico por un lado, y las obsesiones judías de la “tierra prometida” por otro. Bajo estos aupicios no queda ningún espacio vital para una solución racional del conflicto. Una vía hacia una pacificación definitiva -tanto para los palestinos como los israelitaspodría aparecer en el horizonte cuando los sufrimientos mutuos -que afectan a las dos partesalcancen un grado a partir del que el compromiso para la supervivencia se convierte en la única opción que queda. ABSTRACT There is growing consensus that the constituents of the Palestinian-Israeli conflict be more sophisticated than a classical territory dispute of the “Alsace- Lorraine” type. The present study emphasizes on its religious and chiliastic aspects. Islamic magic thinking here, Jewish “promised land” obsessions there. Under such auspices, no vital space for rational conflict management remains. An opening towards definite conflict settlement -for Palestinians and Israelis alikemay appear on the horizon when mutual sufferings -affecting both partiesreached a degree, that compromise for survival become the only still available option. 1 Qui sont-ils? Le drame à confrontations récurrentes entre Israéliens et Palestiniens, qui se déroule devant nos yeux, a projeté aux feux de la rampe deux formations palestiniennes qui n’en finissent pas d’attirer toutes les attentions: le mouvement du Hamas et celui du Jihâd islamique, la réputation de leurs adhérents respectifs étant “mondialement acquise”: poseurs de bombes, tueurs kamikazes qui assassinent aveuglement * La redacción de Anduli, de acuerdo con sus principios fundacionales, admite artículos en portugués y en francés, siempre que sean de autores o temas referidos a la temática del área mediterráneo. Anduli · Revista Andaluza de Ciencias Sociales Nº 3 - 2003 · 84 · d’innocents Israéliens assis dans un restaurant, faisant la queue devant une discothèque, voyageant par bus ou s’approvisionnant dans un supermarché! En un seul mot “médiatique” bien huilé du langage international: ce sont des “terroristes” de grand chemin susceptibles de se faire réduire au silence par tous les moyens disponibles. L’ennui avec cette approche unijambiste, politically correct, est pourtant patent: l’histoire telle que nous la vivons possède une tendance, fâcheuse pour certains, que de promouvoir les terroristes d’aujourd’hui héros nationaux de demain. Or les membres et activistes des deux mouvements se déclarent combattants pour une cause politique d’une part, fidèles rigoureux d’autre part d’une religion monothéiste, et d’un Islam à tendance puritaine en l’occurrence ! Et quoi qu’un laïc endurci -tel l’auteur de ces lignes!- puisse dire, aucune religion, et à plus forte raison l’Islam qui s’enorgueillit, à l’instar du judaïsme, d’avoir développé une « philosophie des pratiques de la vie » très élaborée, n’est animée par des instincts de mort, ou suicidaires plus précisément. Il y a une réalité vivante derrière l’écran de fumée visible, et nous autres Occidentaux éprouvons beaucoup de difficultés à le percer et rendre intelligible ce qui s’y cache. Mais commençons par une explication des mots : Hamas est l’acronyme de Harakat Al-Maqaouma Al-Islamiya qui signifie: mouvement de résistance islamique. Jihâd par contre est un mot arabe à visage découvert qui veut dire, dans un sens large et complexe, combat. Le Jihâd islamique est donc le combat islamique, et la notion guerrière n’en étant qu’une parmi d’autres ! On l’oublie souvent, notamment en Occident. Les écoles plus contemplatives de l’Islam (du soufisme par exemple, très répandu en Afrique du Nord) estiment que l’appel au jihâd s’adresse prioritairement à la capacité de l’individu de se perfectionner moralement, moyennant un effort spirituel personnel, et en se hissant au-dessus des tentations pas toujours très recommandables, de la vie courante. Hamas : “...Originally developing from a branch of the Muslim Brotherhood engaged in religious, social, and educational work in Gaza, and with many members outside the occupied territories, Hamas was founded in 1988 with Shaykh Ahmed Yassin as leader. It arose through the revolutionary impetus generated by the Palestinian intifada, which began in late 1987, and established itself as one of the more extreme elements in the uprising ...” (ENCARTA, 1999). Il convient d’ajouter, à cette définition passablement courte et simplificatrice, qu’avant l’éclatement de la première intifada fin 1987/début 1988 les autorités israéliennes de Cisjordanie avaient vu l’implantation rampante du mouvement Hamas d’un oeil plutôt favorable. Le Hamas “pré-intifada” s’investit davantage dans le social et le culturel: hôpitaux, dispensaires, écoles, aide aux défavorisés et afficha un profil politique relativement bas. Des rumeurs persistantes prétendent que certaines agences sécuritaires israéliennes auraient même “aidé, financièrement, le Hamas, estimant que, de par son activisme social, il contribuait, dans les territoires occupés, à calmer le jeu et à contrecarrer, par ce truchement, l’influence de l’OLP ainsi que le prestige de son patron Yasser Arafat. Pour mieux comprendre il faut se remémorer l’ambiance régnante de l’époque: pour les Israéliens “l’ennemi numéro un à abattre” était l’OLP, “laïque” et agissant de l’extérieur (de la Jordanie d’abord, puis du Liban et finalement de Tunis !). Tout était bon pour réduire son influence à l’intérieur des · 85 · Artículos · Wolfgang Freund territoires palestiniens. Or les connotations islamisantes du Hamas n’inquiétèrent les Israéliens que marginalement. Ceux-ci avaient tout simplement “mal lu” son programme pourtant clairement exposé dans un document de référence qui est le Hamas Covenant. La notion de “résistance” s’y trouve ouvertement inscrite. On peut résumer la stratégie du Hamas comme suit: résistance et combat contre l’occupant israélien doivent aller de pair avec une islamisation méthodique, opérée par le bas de l’échelle sociale, de la société palestinienne. Or, si la lutte contre les Israéliens constitue aujourd’hui, pour le Hamas, une priorité de l’heure, il convient néanmoins de rappeler qu’en termes de priorités, l’islamisation “réussie” de la Palestine devait précéder sa “libération finale” du joug israélien. Les théoriciens du Hamas estiment que seule une Palestine “moralement saine”, c’est-à-dire rendue à son Islam “naturel”, soit susceptible de dégager les forces nécessaires pour pouvoir venir à bout de la domination sioniste. Ici s’opère une importante nuance par rapport au Jihâd islamique. Si les deux mouvements souscrivent finalement au même but à atteindre (une Palestine indépendante sous l’insigne d’un l’Islam fortement politisé), leurs démarches, dans la pratique des choses, néanmoins diffèrent. Sortis du même moule, c’est-à-dire des Frères Musulmans (mouvement initialement égyptien des années 1920/1930), Hamas et Jihâd islamique inversent, au début des années 90, quelque peu leurs priorités tactiques. Pour le Hamas, c’est toujours l’islamisation tous azimuts qui prime, et la victoire politique tombera ensuite comme un fruit mûr entre les mains des fidèles-citoyens “islamiquement justes”. Or le Jihâd islamique privilégie la lutte armée, et l’islamisation totale s’en suivrait naturellement plus tard, une fois toute la Palestine “nettoyée” de l’ennemi occupant. Le Hamas compte un nombre considérable de sympathisants parmi les hommes d’affaires palestiniens, conservateurs, de Gaza et de Cisjordanie (et quel homme d’affaires ne serait pas “conservateur”?) ou des expatriés dans les pays arabes du Golfe (Arabie Saoudite en tête). Ce sont eux aussi qui, pour une large partie, financent le mouvement. Et puis les masses laborieuses et militantes, agissant pour le compte du Hamas, se trouvent dans la rue, parmi la population estudiantine des universités palestiniennes (Naplouse, Bir Zeït, Bethléem, Hébron, Gaza) ainsi que dans les mosquées. Le Jihâd islamique par contre recrute plutôt parmi les intellectuels et les universitaires. Ce sont “les penseurs” de l’islamisme palestinien, parfois même anciens militants de l’OLP et devenus “les déçus d’Arafat”, si l’on veut. Beaucoup moins nombreux, ils ont des moyens matériels limités comparés aux ressources du Hamas, mais sont “internationalistes” et entretiennent d’importants réseaux de sympathisants, voire de soutien logistique à l’étranger (Liban, Syrie, Egypte, Chypre, Iran, “diaspora” musulmane en Europe et en Amérique du Nord). Une nébuleuse telle qu’Al-Qaïda se positionne probablement plus proche du Jihâd islamique que du Hamas. Cette différenciation se traduit même par quelques signes extérieurs qui peuvent surprendre et paraître anodins en soi. Les représentants du Hamas portent en général une grande barbe “à la musulmane”, puis leurs “cadres supérieurs” privilégient souvent un style vestimentaire recherché, légèrement rétro, vieux jeu, mais avec une certaine Anduli · Revista Andaluza de Ciencias Sociales Nº 3 - 2003 · 86 · élégance: complet trois pièces, chemise, cravate. Ceux du Jihâd islamique par contre s’habillent sport, chemise ouverte, jeans, un peu gauche caviar (il y a pas mal d’anciens “socialos” parmi eux), à l’allure “intello”, imberbes en général. Un membre du Hamas est souvent reconnaissable de par sa mise, un adhérent du Jihâd islamique passe inaperçu. Il serait pourtant erroné de pousser le distinguo trop loin, car Hamas et Jihâd islamique poursuivent un but identique : une Palestine de demain où “sionisme” et “Israël” ne seraient plus qu’une parenthèse de l’histoire! Mon travail de chercheur (Freund, 2002) m’a permis de fréquenter, pendant plusieurs années, quelques “grosses légumes” du Hamas et du Jihâd islamique dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Leurs noms sont connus, et plusieurs d’entre eux apparaissent régulièrement sur les écrans des chaînes de télévision satellisées: les pédiatres Abdelaziz Rantisi, Mahmoud El-Zahhar, l’ingénieur Ismaïl Abu Shanab et l’intellectuel-journaliste Jamal Mansour (été 2001) pour le Hamas, le Docteur Mohamed Hindi et le Professeur Abdessatar Kassem pour le Jihâd islamique. Aucun d’eux ne donnerait l’image d’un sinistre “parrain” appartenant à une quelconque confrérie clandestine. Ce sont, par contre, des hommes tout à fait normaux, à l’image de bons pères de famille qui ont trois, quatre, cinq enfants ou plus, qui vivent pleinement leur vie “civile”. Ils sont en général propriétaires de leurs maisons, exercent des métiers convenables, conduisent leurs voitures, savent se débrouiller devant un ordinateur et surfent avec passion sur l’INTERNET qu’ils utilisent aussi activement pour la propagation de leurs idées. Ils sont souvent intellectuels et/ou universitaires. Tous très attachants sur le plan humain, la fameuse “hospitalité orientale” n’est, pour eux, pas un slogan creux. Bien que je n’aie jamais caché mon appartenance à un monde autre que le leur, ils m’ont toujours reçu avec beaucoup de prévenance et d’amabilité. Rantisi, El-Zahhar et Abu Shanab enseignent à l’Université Islamique de Gaza, les deux premiers à la faculté de médecine, puis Ismaïl Abu Shanab au département d’ingénierie. Certains parlent bien anglais mais s’expriment aussi régulièrement, en arabe, dans la presse palestinienne locale ou sur les chaînes de TV satellisées des pays arabes du Golfe (AL-JAZIRA en tête !), où ils défendent leur cause. Le Dr Mohamed Hindi dirige le Palestine Center for Studies and Research, un institut de recherche à Gaza-City qui organise des séminaires et publie des analyses socio-politiques concernant la Palestine, Israël et le Moyen-Orient en général. Les projets politiques que les deux mouvements défendent ne plaisent guère en Israël. Patriotes palestiniens et Musulmans pratiquants, ils estiment que les Israéliens auraient usurpé “la terre de Palestine”. Hamas et Jihâd demandent alors que ces derniers repartent ou se contentent d’un statut de “minorité protégée” (par les lois de l’Islam),à l ‘instar de la minorité chrétienne, une fois “la révolution” venue à bout des problèmes actuels et une “république islamique” proclamée en Palestine. Bien entendu, la réalité sur le terrain semble plus nuancée. On dit qu’aujourd’hui le Hamas serait disposé à accepter un arrangement avec les Israéliens si ces derniers retournaient derrière les frontières de 1967, y compris Jérusalem-Est, démantelaient toutes les colonies juives en Cisjordanie et laissaient les réfugiés palestiniens de 1948 récupérer leurs terres et maisons en Israël. Or dans l’état actuel des choses, c’est encore un discours auquel aucun politicien israélien qu’il soit de gauche ou de droite, ne pourrait sérieusement prêter l’oreille. Il · 87 · Artículos · Wolfgang Freund perdrait immédiatement son mandat ou pire à l’instar de feu Yitzhak Rabin! Et j’ai bien peur que la récente “initiative” du prince héritier Abdallah d’Arabie Saoudite, proposant “la paix totale” entre Israël et tous les pays arabes contre un “retrait total” d’Israël derrière les frontières de 1967, n’y change pas grand’ chose. Ariel Sharon l’a qualifiée d’ “intéressant” tout en jugeant son contenu, pour Israël, “inacceptable”! 2 La nature « messianique » du conflit israëlo-palestinien On ne le répétera jamais assez: la lutte entre Israéliens et Palestiniens a très peu en commun avec un problème du genre “Alsace-Lorraine”. Bien entendu, son aspect territorial pourrait insinuer le contraire, et le discours que mènent ses différents protagonistes également, surtout si ces derniers s’adressent à un public occidental. Une lourde vérité s’impose pourtant. Et c’est Israel Shahak qui avait déjà attiré mon attention là-dessus, le 1er janvier 1997 dans une lettre personnelle: “In this region, the religious fanaticism of the three religions, but especially of Judaism ad Islam, is absolutely the worst existing force, from every point of view .” J’en veux pour démonstration deux textes, l’un israélien, l’autre palestinien. Le témoignage israélien nous est donné par un rabbin, le “Rav Dinovitz” qui écrit régulièrement dans ISRAEL MAGAZINE, mensuel israélien d’expression française qui est aujourd’hui presque à sa 20e livraison. Le texte palestinien, dans sa version anglaise l’original étant en arabe, est tiré de la charte (Covenant) du HAMAS. Les deux documents n’ont guère besoin de commentaires. Ils sont, comme disent les anglophones, self-explanatory. Et le lecteur venant de loin souscrira facilement au constat de Moshe HALBERTAL, autre rabbin privilégiant d’autres idées cette fois-ci: “God doesn’t live there anymore”, en l’occurrence sur “l’Esplanade des mosquées” de Jérusalem, ou “Mont du temple” dans le langage des Juifs. 2.1 “Amalek, les Philistins ou le culte de la mort” (Rav Dinovitz, 2002) “La Torah parle de la naissance du peuple juif en tant que peuple et cite les deux ennemis les plus implacables de son histoire: les Philistins1 et Amalek2. D.3 ne laissa pas (Israël) aller en direction du territoire des Philistins bien que ce fut le chemin le plus court (pour entrer en Israël). Il est dit à la fin de la même section de la Thora: ‘Amalek arriva et se battit contre Israël à Refidim’. Il faut comprendre ce qui ‘unit’ les Philistins à Amalek. 1 Peuple habitant la Palestine dans l’Antiquité (villes principales: Ascalon, Ashkélon aujourd’hui, et Gaza) continuellement en guerre contre les Juifs. Les Philistins furent vaincus par les Juifs à l’époque de Saül et de David (Xe sicèle av. J.-C.). Les Palestiniens considèrent les Philistins comme leurs authentiques ancêtres et justifient ainsi leur propres revendications historiques sur la Palestine, “philistinisme” contre “sionisme” en quelque sorte. 2 Roi des “Amalécites”, tribu nomade vivant au Xe siècle av. J.-C. dans le sud du Néguev livrant bataille aux Israélites venus d’Egypte. Les Amalécites ont fini par se faire exterminer par les Juifs. 3 Les Juifs religieux -dont Rav Dinovitz qui est l’auteur de ces lignesn’écrivent jamais intégralement le nom de Dieu, n’utilisant que l’abbréviation “D.” ou ayant recours à des dénominations plus indirectes, “l’Eternel”, par exemple. Anduli · Revista Andaluza de Ciencias Sociales Nº 3 - 2003 · 88 · La réponse est claire: les deux s’opposent, dans une haine farouche, à l’entrée du peuple juif en Israël, les Philistins en Israël et Amalek, en, dehors des frontières d’Israël. Penser pouvoir ‘éviter’ le combat avec les Philistins, en leur ‘cédant’ la terre, et Amalek, lui, viendra se battre contre Israël, même dans le désert, c’est-à-dire en exil. Nous devons affronter ceux qui nous refusent une terre, que ce soit Israël ou ...en Ouganda! Il est absolument extraordinaire de remarquer que la Torah parle des Philistins dès le premier verset qui relate la naissance de la nation juive! Elle fait remarquer qu’ils sont les seuls à pouvoir nous faire ‘regretter’ d’être sortis d’Egypte. D’où leur provient cette force presque irrationnelle? Nos maîtres expliquent: ‘Une partie de la tribu d’Ephraïm avait quitté l’Egypte avant le temps de la délivrance et avait été massacrés par les Philistins. Leurs ossements n’avaient pas été enterrés afin de terroriser Israël lorsqu’il rentrerait sur sa terre.” La force des Philistins est leur dédain total de la vie et de la mort. Enterrer un mort est, en effet, un acte de respect pour la vie ainsi que pour la mort. Nos maîtres disent que même après la guerre de Gog et Magog, Israël enterrera les cadavres de ceux qui étaient venus pour le chasser de sa terre. Le Philistin, lui, n’a aucun respect de la vie et n’a absolument pas peur de la mort. En ce sens, il est presque invincible car comment détruire un ennemi qui n’a pas peur de mourir? A l’extrême opposé, Israël qui place la vie au-dessus de toutes ses valeurs est presque sans ‘riposte’. En ce sens, Amalek a exactement la même force que les Philistins. Lui non plus, n’a pas peur de mourir, non par courage mais tout simplement parce qu’il n’a aucun respect de la vie. Nos maîtres enseignent: ‘Amalek savait qu’il ne pourrait vaincre Israël et malgré cela, il vint se battre contre lui...’. Les Philistins et Amalek ont en commun le “culte de la mort”. Ils ne sacrifient pas pour ‘gagner’ mais pour tuer. Détruire Israël est pour eux un but en soi, même s’ils ne peuvent ‘savourer’ leur ‘victoire’. Aussi, leur proposer la ‘vie’ et la ‘paix’ est pour eux une véritable torture. Vivre dans la paix avec Israël, c’est les priver d’une jouissance irrationnelle et presque “spirituelle”: voir le sang juif couler. Aussi, la Torah prévient-elle: ‘Tu effaceras jusqu’au souvenir d’Amalek’ car il ne peut, en aucun cas, y avoir alliance entre lui et nous. Cependant, il existe un autre point commun entre les Philistins et Amalek et qui permet de comprendre le motif de leur haine. La Torah enseigne à la fin de la section de Noé: ‘Les Philistins sont des mamzerim [des bâtards]. C’est un peuple qui s’est constitué de bâtards rejetés par ceux qui les avaient mis au monde’ (Rachi4, fin de Noé). Amalek, lui aussi, est un mamzer. Rachi explique qu’Amalek est un ‘double’ bâtard. Nous comprenons pourquoi les Philistins et Amalek, peuples de mamzerim haïssent à ce point Israël. Les Philistins savent, même s’ils prétendent le contraire, qu’ils ne sont pas un peuple dans le sens véritable du terme. Ils sont un mélange d’individus venus des quatre coins du Proche-Orient, d’Egypte, de Syrie, de Jordanie, d’Irak, tel que l’explique Rachi (dans le langage biblique de l’époque). Ce manque terri- 4 Rachi, qui a vécu à Troyes (aujourd’hui chef-lieu du Département de l’Aube, France) au 12 siècle de notre ère, est le plus célèbre commentateur du Pentateuque ou de la Torah, autrement dit des cinq premiers livres de la Bible. · 89 · Artículos · Wolfgang Freund ble d’unité entre eux et cette absence totale d’identité réveillent en eux une haine farouche contre le seul peuple sur terre qui a un vrai passé, un solide présent et un futur certain. L’identité juive est, pour eux, le reflet de leur ‘vide national’. C’est pour cela qu’il leur est impossible d’accepter une présence juive en Israël, car face à la lumière, “leur bougie” n’éclaire plus. Il en est exactement de même pour Amalek. Peuple, il ne peut exister que de la destruction du seul peuple qui peut encore identifier ‘son père et sa mère’. Jusqu’à aujourd’hui, nous continuons à appeler notre D., le D. de nos pères, Abraham, Itzhak et Yaacov. Nous sommes un ‘peuple-famille’ et c’est cela le secret de notre pérennité. Un peuple qui sait encore aujourd’hui qui étaient son père et sa mère, est invincible. Aussi, la véritable force réside dans l’unité du peuple juif. Et c’est pour cette raison qu’une partie de la tribu d’Ephraïm fut exterminée par les Philistins. Leur faute fut de sortir seuls, non avec tout le peuple. En tant qu’individus, ils ne purent vaincre les Philistins. Seulement lorsque Israël est uni, lorsqu’il rentre sur sa terre avec toutes ses tribus, alors il peut affronter les Philistins. La Torah reste plus actuelle que jamais. Faisons un traité de paix entre nous et nous n’entendrons plus jamais parler de Goliath, le Philistin!” 2. 2 “The Hamas Covenant”95 “...Israel will be established and will stay established until Islam nullifies it as it nullified what was before it. (The Martyred Imam Hasan al-Banna) (...) When the idea matured, and the seed grew, and the plant was firmly rooted in reality far away from the momentary emotional outburst and despicable rashness, the Islamic Resistance Movement went forth to perform its role Mujahida [struggling] for the sake of its Lord. The Movement placed its hands with the hands of the Mujahidin who strive for free Palestine. The souls of the Mujahidin gather with all the souls of the Mujahidin who strove with their souls on the land of Palestine for all time since it was conquered by the companions of the Messenger of Allah (saas) until today. This is the charter of Harakat al Muqawama al-Islamiyya (Hamas) [the Islamic Resistance Movement] manifesting its form, unveiling its identity, stating its position, clarifying its expectations, discussing its hopes, and calling for aid, support, and members. Our battle with the Jews is long and dangerous, requiring all dedicated efforts. It is a phase which must be followed by succeeding phases, a battalion which must be supported by battalion after battalion of the divided Arab and Islamic world until the enemy is overcome, and the victory of Allah descends... Article 2: The Islamic Resistance Movement is a branch of the Muslim Brotherhood chapter in Palestine. The Muslim Brotherhood movement is an international 5 Extrait du “Charter of the Islamic Resistance Movement (Hamas) of Palestine”; voir Ahmad, 1994, pp. 129-159. Anduli · Revista Andaluza de Ciencias Sociales Nº 3 - 2003 · 90 · organization. It is one of today’s largest Islamic movements. It professes a comprehensive understanding and precise conceptualization of the Islamic precepts in all aspects of life: concept and belief, politics and economics, education and social service, jurisdiction and law, exhortation and training, communication and arts, the seen and the unseen, and the rest of life’s ways. (...) Article 6: The Islamic Resistance Movement is an outstanding type of Palestinian movement. It gives its loyalty to Allah, adopts Islam as a system of life, and works towards raising the banner of Allah on every inch of Palestine... Article 7: Muslims throughout the world adopt the system of the Islamic Resistance Movement; they work towards aiding it, accepting its stands, and amplifying its Jihad. Therefore, it is an international movement - it is prepared for this [task] because of the clarity of its ideology, its lofty goal, and the sanctity of its objectives... The Islamic Resistance Movement is a link in [a long] chain of the Jihad against the Zionist occupation (...)And the chain continues on to connect and tie another episode to add to the Jihad of the Palestinians... The Last Hour would not come until the Muslims fight against the Jews and the Muslims would kill them, and until the Jews would hide themselves behind a stone or a tree and a stone or a tree would say: Muslim or Servant of Allah there is a Jew behind me; come and kill him... (...) Article 11: The Islamic Resistance Movement [firmly] believes that the land of Palestine is an Islamic Waqf [Trust] upon all Muslim generations till the day of Resurrection. It is not right to give up any part of it. Neither a single Arab state nor all the Arab states, neither a King nor a leader, nor all the kings or leaders, nor any organization -Palestinian or Arabhave such authority because the land of Palestine is an Islamic Trust upon all Muslim generations until the day of Resurrection (...) This is the legislation in the Islamic Shari’a [Jurisprudence]... Article 12: Nationalism, from the point of view of the Islamic Resistance Movement, is part and parcel of religious ideology... Article 13: The initiatives conflict with what are called ‘Peaceful Solutions’ and ‘International Conferences’ to solve the Palestinian problem. As far as the ideology of the Islamic Resistance Movement is concerned, giving up any part of Palestine is · 91 · Artículos · Wolfgang Freund like giving up part of its religion. The nationalism of the Islamic Resistance Movement is part of its religion, in that it educates its members...” Il existe un autre facteur non négligeable qui conditionne, côté palestinien, le discours “messianique” sur l’avenir de la Palestine. Il s’agit de la croyance pure et dure à une théorie de conspiration spécifique, à savoir qu’il y ait un complot juif mondial de vouloir gouverner le monde, “l’affaire Israël” n’en étant qu’un épisode. Lorsqu’on discute avec des représentants du HAMAS, ils avancent souvent de telles thèses. Voici par exemple Mahmoud El-Zahhar, porte-parole fréquemment “mediatisée”du HAMAS à Gaza, dans une discussion avec moi: «The Jews are everywhere in the world, do control everything and continue to manipulate present and future of humanity. The Jews are always, and throughout the world, a ‘Trojan Horse’ to their host country. They work in favour of corruption». La référence faite à l’Autorité Palestinienne paraît nette. Et puis Mahmoud El-Zahhar de continuer: «The Russian immigration to Israel is another clear-cut demonstration. The Russians brought big crime and generalized corruption to the region, some 30% of them being non-Jews are nevertheless accepted as immigrants provided they play the game». «Livre de chevet» pour les défenseurs de telles idées? Rien d’autre que les Protocoles des Sages de Sion,pamphlet de triste mémoire du début du 20e siècle «manufacturé» par la police secrète tsariste dans le but de faire accuser les communautés juives de Russie de «haute trahison» en faveur de l’Autriche et de l’Allemagne impériale! Tempi passati mais hélas! toujours très présents dans les librairies populaires de nombreux pays arabes, l’Egypte en tête: les Protocoles» et autres Mein Kampf traduits en arabe s’y acquièrent facilement. Plus pernicieux: bien qu’interdits dans le monde occidental en librairie, l’INTERNET met à la disposition de celui qui cherche une version anglaise complète des «Protocoles». Il suffit de taper www.biblebelievers.org.au/, et le tour est joué. Il faut dire aussi qu’une certaine presse et littérature populaire égyptienne, digne des pires élucubrations d’un Stürmer, continue à entretenir ce mythe néfaste, et depuis le début des années 1950, lorsque plusieurs grosses légumes nazies allemandes, «grands idéologues» devant le Führer, avaient trouvé refuge au Caire ainsi qu’une seconde carrière antisémite, sur fond d’antisionisme, dans les officines de propagande de la nouvelle Egypte nassérienne. Cette «école» a laissé des traces profondes dans la culture populaire égyptienne et arabe. Or comme la plupart des intellectuels islamistes palestiniens avaient fait des études supérieures dans les universités égyptiennes, il est normal que -le conflit spécifique avec Israël aidant - leur «système des valeurs» ait été profondément influencé par ces obsessions venues du froid germanique. Un passionnant livre paru en Israël retrace ce phénomène, textes et images à l’appui (Stav, 1999). Ce qui frappe particulièrement: l’image de l’Israélien (du Juif en général) dans les médias arabes se presente comme un photocalque de celle du Juif dans la presse nazie de 1933 à 1945: nez crochus, oreilles immenses, lèvres épaisses, physique difforme, vêtements sales et noirs, immenses chapeaux, gros cigares, femmes débordant de