Causes celebres et interessantes, avec les jugemens qui les ont décidées / recuillies par M***, Avocat au Parlement ; tome XIX
Full text
y
|
é
|
x
E
z
a
5
>
Ñ
A
Di
e
2
]
DITA
Het
12
j
E
>
£
|
3
ET
INTERESANTES,
2:
Ec
Es
ES
E
h
BA
al
U
G
E
M
E
N
Ss
El
qui
les
ont
décidces,
TOME
X1x,
-CAUSES
CELEBRES
|
E
T
INTERESSANTES,
Y
NO
j
ES
TUGEMENS)
qui
les
ont
decides.
RECUEITLLIES
NN
Par
MX*FF,
Ayocat
au
Parlement.
BOME
XT
A
PARIS
AU
PALAIS:
Chez
Jran
pE
Nurzy,
dans
la
Grande
|
Salle
du
córé
de
la
Cour
des
Aydes,
a
l'Ecu
|
de
France
€
a
la
Palme.
M.
DCOCXLIIL
Ayer
Approbation,
€
Privilege
de
Roj.
E
O
PI
RRA
.
Pd
>
DM
AS
sl
4
PO
coca
aa
[Di
C0OSEI
IO
OODAAIAIAN
DUO,
AVERTISSEMENT:
A
AE
voila
bien
avancé
dans
M
deux
de
mes
Carrieres,
Celle
de
ma
vie
y
62
celle
de
mor:
Ouvrage.
Depuis
dix
années
,
JE
ournisla
feconde
,
heurcúx
lujan
vois
dans
le
Corps
la:
méme
force
ne
Je
me
lens
dans
Pefbrir,
Mais
:
Jefuis
triltement
artivéa
ce
perto-
coúnotre
age
clbla
rencontre
fa-
tale,
8zle
tendez-vous
funelte
de
-
toutes
les
infirmirés
quí
nous
dé-
compofent
pea
peu.
Le
ciel
pour-
tant
ma
dia
premie=
rc
vigueur
les.
yeux
,
la
mémoire
,
es
qualités
néceflaires
pour
les:
travaux
de
P'efprit
;
deforte
que
je:
Ne
puis
douter
que
la
Providence:
Me
veuille
que
je
meure
enfin
ar=
-
Me
Pune
plume,
ainfi
quun
foL.-
al
en
combattant
les
armes
y
la:
Man.
faut
remplir
ma
deltinée:
:
A
11j.
vi
AVERTISSEMENT.
malgré
un
Nouvelilte,
quí
chargé
de
repandre
par
écrit
des
nouvel-
les
dans
le
monde,
a
divulgue
ma.
mort;
fur
la
fot
de
ce
galant-
homme
,
peut-étre
impatient
de:
me
voir
vivre
fi
long-tems
,
les:
Gazetres
érrangeres
ont
debite:
cette
nouvelle
quí
n'avolt
pas
mé--
me
pour
fondement
une
maladie.
Le
Public
m'a
cri
mort,
des
beaux
efprits
ont
fait
mon
Epi-
taphe
,
des
ames
dévotes
ont
prié
pour
le
repos
de
mon
ame.
Mais
voici
un
Ouvrage
quí
defabufera
les
beaux
efprits,
62
lesames
de-
votes,
82
quí
leur
perfuadera
que
fal
pare
a
la
vie:
fai
méme
fait
paíte
avec
un
Medecin
(4)
quí
par
amitic
pour
mol,
Sí
pour
donner
un
démenti2
Molítere,
quí
p'avoit
point
de
foi
a
la
[cience:
de
la
Medecine,
m'a
promis
de
me
conferver.
Si
je
faispart
au
pu-
(a)
M.
Fontaine
célebre
Médecin
,
tres-propre
dans
une
maladie
,
li
je
Pole
dire
ainí,
á
furprendre
la
vigilance
de
la
mort,
parcequ'il
eft
afferionnó
a,
fes
malades
,
8
a
une
atrention
infirie
pour
cu,
was
Scica
“ce
qui
égale
[on
zclo.
AVERTISSEMENT.
ví
lic
de
ces
circonítances
,
Celt
-
Parceque
me
croyant
mort,
1l
ma
Bonore
de
fes
regrets.
Venons
4
prefent
aux
Caufes
quí
font
renfermées
dans
les
deux
Volumes.
En
donner
une
idée
,
C'eltle
but
de
mon
Averriflenent.
La
premiere
Caufe
du
dix-neu-
viéme
volume
eftl'
Innocence
op-
primée
par
des
J
uges
Iniques,
c'eft
la
Pucelle
Orleans.
On
ne
peut
pas
étre
boi
Francois
lans
chérir
fa
mémoire.
Elle
a
fauvé
le
Royau-
me
en
le
conquerant
fur
les
An-
glo1s
qui
Pavotent
envahi.
Cette
merveilleufe
fille
quí
dans
fa
jeu
nefle
pofledoit
la
Science
Mili
tare,
la
jojenoit
aux
agrémens
de
On
fexe
,
82
2
une
verca
Íingu--
lieré
quí
en
étoit
Pornement:
Elle
fubit
de
la
part
de
(es
ennez
mis
le
fupplice
le
plus
cruel,
qui:
fait
leur
honte
,
Quils
nefface=
FOMt
jamais,
Qui
ne
gémiroit
fur
cette
deplorable
“deltinte
qué
Prouve
une
perfonne
,
Padmiras-
...,
vii
AVERTISSEMENT.
tion
de
fon
fiécle,
en
faveur
de
quí
les
deux
fexes
concourent
pour
la
qualifier
P'Heroine:
J'aí
puifé
dans
tous
les
Hiftoriens
les
plus
anciens
pour
faire
une
hi-
ítoire
completre
,
álaquelle
on
ne”
puille
rien
défirer.
Par
finz
par
la
diflertation
oú
jal
examine
£i
toutes
les
aótions
avoient
éte
inf
-
pirées,
ou
une
partie,
Ou
fi
elle
etolt
meRcinas:
Ce
qui
elt
de
plus
conforme
a
la
faine
raifon
,
Celt
quelle
a
été
fufciree
par
la
-
Providence,
quí
fans
Pavotr
inf
*
Voyez
le
tome
18.
des
Caufes
Céle-
bres,
piré
continuellement,
Pa
infpiré
en
quelques
rencontres.
Les
rares
talents
A
le
ciel
Pa
doute
ont
fait
le
refte.
Lafeconde
Caufe
eft
le
Tefta-
ment
café
de
M.
le
Boultz,
ecle-
bre
Magiftrat.
11
faut
jormdre
cet
exemple
a
celui
du
Teltament
de
|
M.
le
Camus
quí
a
cu
le
méme
:
fort
*,
Nous
ne
pouvons
plus
dou-
tér
de
la
Jurifprudence
des
Ar-
réts
quí
réprouvent
les
difpoli=
JAVERTISSEMENT.
ix:
tions
des
peres
faites
en
faveur:
dun
enfant,
8
en
méme
tems-
€n
haine
des
autres.
Nous
applau-
dirons
au
monument
de
Pélo-
quence
de
M*
Erard,
qui
parla.
pour
ceux
quí
etoient
lézés,
Elo=-
quence
mále,.
efficace
fans
le
fe--
Cours
des
ornemens
,
82
nous
re=
fechirons
fur
la
foiblefe
des
pre-
micrs
Magiftrats.
qui
dans
Pade
dela
vie
le
plus
Important
qui
eft
un
Teltament,
font
eclater
leur:
paífion..
Mais
nous
admirerons
auíi
la
Juítice
fublime
de
lenrs
—Contreres
qui
les:
condamnent.
fans
écouter
la
voix
des
prejugés.
quí
féduifent
les
autres
hommes.
Un
Mariage
fecrer
eft
Pobjer
de
la
troifiéme
Caufe.
On
voir
íCi
combien
le
Parlement
eft
Jjaloux
de
Pobfervation
des
Ordonnan.
cs
Il
s'agit
de
celle
qui
prive
les
enfans
1ffus
des
mariages
fecrets
es
effets
civils,
du
droit
de
fic-
ceder
4
leurs
parens.
11
elt
vrai
que
la
Cour
accorda.
2
ceux-cii
x
AVERTISSEMENT.
plus
de
cent
mille
Livres
a
caufe
des
grands
biens
dontil
s
agilloit
,,
8
ne
donnaaucune
atteinte
a
leur
lesitimite,
Leur
Avocat
a
mis
en:
ecuvre
pour
eux
toutes
les
reflour-
ees
de
Part;
fon
Adverfaire
quí
en
a
triomphe,
quels
efforts
n'a-:
t1l
point
fait?
Leur
combat
elt
des
plus
curicux.
C'eftun
fpeéta-
clé
pour
Pefprit
des
plus
fatisfar
lant.
On
voit
dans
la
quatriéme
Cau-
fe
celle
de
la
Femme
Adultes
re
renvoyée
fur
un
plus-ample-
ment
informé.
De
quelle
nature
dotvent
étre
les
preuves
de
ce
crime?
Elles
doivent
avoir
le
ca=
ractere
d'évidence
le
plus
frap-
pant,
pareilles-a
celles
que
Ma-
dame
Pernette
dans
la
Comédie
du
Tartuffe
exige.
11
faut
que
des
témoins
dépofent
qu'ils
ont
E
leurs
yeux
;
vú
des
lettres
ou
des”
amans
mutuellementréveleroient
leur
commerce
,
feroient
de
la
méme
force.
Ce
font
des
preuyes
A
FUUEAAD
A
ATAR
DANCE
ELA
PL
PAN
ARI
MAA
A
rt
E
AVERTISS
EMENT.
xj
femblables
a
celles
quí
condam-
herent
la
Belle
Epiciere.
Autre-
ment
les
preuves
peuvent
étre'
Pouvrage
d'un
mari
Jaloux,
82ne:
Proúvent
rien
dans
le
fond.
Au
relte
PAccufateur,
82
Accu-
ene
peuvent
fe
plaindre
(i
Jerap-
pelle
leur
Caufe
pour
Putilicé
du
public
;
je
ne
public
que
ce
quils
ont
revele
á
la
face
de
la
Juítice,
8
dont
tout
Paris
a
¿té
abbreu-
ve,
82
cela
dans
les
propres
ter-.
mes
de
leurs
Fatums
que
Pal
louvent
adoucis.
Mes
additions
ont
dégradé
des'nuances
trop
vi--
ves.
Y'at
eu
la
délicatefe
de
fup--
primer
les
noms.
Dailleurs
le
Fa.
¿tum
de
la
femme
eft
fon
apolo--
ge
contre
une
acculation
répan-
due
contre-elle
dans
la
Ville.
Si:
elle
y
fait
un
portrait
odienx
de:
on
mart,
elle
y
a
été
réduite
par:
fa
propre
défenfe;
il
doit
sim
u-
ter
Peffer
de
cette
neceflité
ou
il
la
mife.
La
Fille
de
Saumur
2
interelfé:
sí
AVERTISSEMENT,
tout
Paris,
Ceft
la
cinquieme
Caufe.
On
seít
elevé
contre
les
'jeunes
perfíonnes
des
deux
fexes-
quí
lui
ont
fair
efuyer
des
indi-
-—
gnités
atroces.
ls
ont
voulu
la
deshonorer,
mais
1ls
fe
font
def-
honorés
eux-mémes.
C'elt
un
des.
exces
des
plus
no1rs*
de
la
leve
maligne
d'Adam
,
6£
un
des
plus
horriblescrimes
qu'on
puifle
commettre
contre
Pamour
qu'exi-
gent
les
agrémens
du
lexe;
de
.
Pautre
,lajeunefle
libertine
avoit
beloin d'un
exemple
quí
la
con-
“tint
tel
que
Pa:
ete
le
debut
de
la
Juftice
dans
cette
affaire.
Me
voici
au
fecond
Volume.-
_Le
Procés
du
Mazechal
de
Gié'
dont
tous
les
Hiftoriens
parlent
fuccintement
,.
fait
la
premiere
Caufe
qui
y
elt
inferée
dans
toute.
fon
ctendue
,
grace
a
un
manuf-"
crit
de
la
Bibliotheque
du
Rot
que
Jal
mis
a
profit,
ou
Ponvoit”
tentes
les
circonftances
de
cette
affaire.
Les
curicux.vertont
quel--
A
O
AÁVERTISSEMEN
A
le
étoit
la
procedure
du
fiécle
de
Louis
XII
La
haine
impuilo
Mante
de
la
Reine
ne
put
détrui-
te
ce
grand
homme
dont
elle
Avolt
jure
la
perte.
On
peut
dire
que
ce
morccau
d'hiftoire
quon
A
deterré
a
dequoi
Piquer
la
cu.
e
Quant
a
la
feconde
Caufe,
le
fort
gwelle
a
ellé.
prouve
que
la
icilleure
preuve
de
Pérar
elt
fa
.pollefion.
Pai
fait
le
premier
-
Mémoire
quí
prépara
le
ficcés
auquel
M*
Cochin
mir
le
dernter
Íceau.
:
Madame
Bourgelat
qui
foute>
noit.ce
Procés
,
Pavoit
perdu
de-
vant
les
premiers
Jugos
gio
blic
en
avoit
murmuté,
Mais
le
Parlement
répara
cette
injuítice
£n
declarant
legitimo
fon
mart,
ont
elle
ctoir”
hériticre,
Voila
Ce
quí
donne
lieu
de
dire
que
es
Parlemens
ont
des
lumicres
Hpericures
á
célles
des
premiers
-
"Mgess
dla
bonne
heure
quon
|
|
¿
iv
AVERTISSEMENT.
mier
degré
de
Jurifdiétion
avant
ed
foit
obligé
de
pafler
par
un
pre-
que
de
venir
á
la
Cour.
Les
A
faires
seclairciflent
,
82
sinftrub”
fent
dans
le
premier
Tribunal,
elles
en
font
mieux
difpofces
a
¿tre
jugtes.
Mais
quil
faille
ef-
fuyer
troís
ou
quatre
degrés
de
Turifdiótions
avant
qu'on
fort
ju-
gé
fouverainement,
Ceft
une
des
caufes
de
la
ruine
des
Plardeuss.
Henty
1V.
qui
fe
propofoit
de
détruire
la
guerre
du
Palass,
qu'il
appelloit
la
guerre
de
P'Ecritoire
,
8
quí
nen
eut
pas
le
tems,
au-
roit
fans
doute
remedié
a
ce
grand
abus.
|
La
troifiéme
Caufe
crablit
en
faveur
de
la
vérite
,
que
fans
s
inf
crire
en
faux
contre
un
Acte
pat
le
devant
Notaires,
on
peut
en
foutenir
la
nullité
par
de
fortes
préfomptions.
On
voir
dans
Cet-
te
Caufe
une
fille
quí
inventa
le
projet
lun
mariage
quí
fem-
bloir
étre
folide
,
mais
que
la
,
¿
ii
ANNA
AA
A
rico
RO
celia
A
A
a
+
AVERTISSEMENT.
xy
our
déconcerta.
Celt
le
chef.
Voeuvre
d'un
efprit
artificieuxs
il
cft
donné
a
de
certaines
perfon,
nes
du
fexe
de
poufler
loin
le
rafinement,
celt
en
quo1
elles
lont
fupérienres
aux
hommes.
La
Cour
prit
pour
des
contre-lettres
les
prefomptions
convalncantes
qu
elle
trouva
dans
les
inductions
quelle
tira
des
lettres
de
la
De-
moifelle
aétrice
de
Pintrigue
La
quatriéme
Caufe
nous
pré.
lente
un
Benefcier
dont
le
Bap-
téme
,
la
naifíance
légitime
,
82
la
qualité
de
Regnicole
font
in-
certaíns,
82
qui
en
fayeur
de
la
pofleflion
fut”
confirmé
dans
ton
Benefice.
1
étoit
Regalifte.
On
Profite
de
cette
occalion
pour-y
rappeller
les
maximes
de
la
Re_
gale,
donton
fait
un
précis.
Deux
jcunes
Avocats
fe
font
fignalés,
$:
ont
plaidé
comme
des
per-
fonnes
confommées
dans
La
pro-
Cílion.
Nous
fommes
dans
un
lié=
Cle
om
la
feience
$
Pérudition
xvi
AVERTISSEMENT.
Jont
le
parrage
de
la
jeunelle,
Enfin
la
Caufe
du
meurtre
de
'M.
de
Riancourt
fait
la
cloture
de
Pouvrage.
Tour
Paris
ena
cre
Jong-tems
occupé.
Quoique
le
«corps
du
delir
fur
conftant
,onna
pú
découvrir
le
meurtrier
,
quel-
QUES
recherches
qu'on
alt
mifes
enulage,
la
Veuve
8z
le
Frere
sac-
culoient
mutuellement.
L'impu-
'nité
dans
ce
monde
eft
une
des
meillcures
raifons
pour
prouver
quiil
y
air
un
autre
monde
ou
le
uyice
Íera
puni.
Tai
licu
d'efperer
que
ces
deux
Volumes,
ainfi
queles
précedens
«par
le
choix
des
Caufes,
82
par
Te
ftile,
mériteront
les
fuflrages
des
Leéteurs.
Les
fautes
quí
fe
prefenteront
am
Leóteur
exa,
Jatrend
quíil
confultera
PErrata
pour
les
cor»
riger,
Je
ny
aí
pas
inferé
celles
quifecorrigentatfement,
64
pour
ainíi-dire
d'clles-mémes,
CAUSES
AN
ASIS
lili
<<
2
CELEBRES
:
E
T
¡
INTERESSANTES,
AVEC
LES
JUGEMENS
quí
les
ont
décidees,
er
Y
LINNOCENCE
OPPRIMEE
Par
des
Juges
iniques,
Má
|
Orsour
le
Royaume
de
ta
France
fut
fur
le
penchant
[|
[de
la
ruine
fous
Charles
10
e
<=9]
VIL
deux
perfonnes
du
fe-
xe
curent
la
gloire
de
le
relever
>
SC
de
€
rétablir,
Agnés
Sorel,
$
Jeanne
Arc,
Pucelle
d'Orleans.
Zome
XIX,
A
z
L'Immocence
opprimée
E
Agnes
Sorel
éroirla
Maitrelle
du
Ror;
celle
pour
qui
il
a
eu
la
plus
forte
in-
clinauon.
On
ne
la
pouvoit
voir,
fans
le
recrier
fur
la
beauré.
Ce
nom
de
——beauté
lu1
étoie
commun
,
$
an
Chá-
teau
que
le
Roi
lui
avoit
donné
pres
de
Vincennes;
de
forte
quon
!'ppelloir
Dame
de
Beauté,
loit
quil
empruntác
d'elle
ce
nom,
oú
quil
le
porrár
au-
paravant
quelle
le
polledát;
cétoir
un
|
crime
a
la
Cour
de
ne
pas
parler
d'elle
avec
beaucoup
de
refpeét.
Elle
avoit
des
graces
fuperieures
a
la
beauré,
elle
les
devoit
a
fon
elprir,
82
d
je
ne
fgai
quel
charme
répandu
fur
la
perfonne.
-
Jean
Charter
dit
:
que
fiaucune
cho='
les
elle
avoir
commis
avec
le
Roi,
cela
avoit
été
fait
tres-cautelenfement,
d
en
“
cacherte,
Bien
efi
¿l
vray,
pourluir-il,
que
cette
Agnes
eut
une
fille,
laquelle
ne
véquit
queres,
(7
quelle
difoit
étre,
O
appartenir
au
Roi,
mais
le
Roi
sen
efi
toujones
fort
excufe
,
de
my
reclama
oncques
rien
,
pomrquoi
elle
pouvoit
bien
Payoir
empruntee
,
>
gagnée
d'aillenrs.
C'efta-dire
que
ce
font
des
femmes
qui
táchent
de
lauver
les
apparences
,
mais
qui
ne
peuyent
pourtant
impofer
,
parce:
qu'elles
font
démenties
par
le
grand
.
o,
.
róle
quéelles
jouent,
Agnés
Sorel
étoig
par
des
Jugos
Tiques.
7
animée
par
un
elprit
fin
€
enjoué
quí
lui
tenoir
toujours
fidele
compagnie
,
quí
ne
la
quittoit
non
plus
que
fa
j
cauté,
Le
Roi
Charles
VIL
quon
appelloit
Par
dérifion,
le
Roi
de
Bourges
>
Par-
ce
quil
ne
pollédoit
prelque
plus
que
cette
ville,
ayant
réfolu
d'abandonner
2
partle,
8z
(e
retirer
dans
un
pays
€
montagnes
,
oy
Agnés
Sorel
W'autoit
Pas
Cré
bien
aife
de
le
fuivre.
Elle
S'ayi-
a
Pun
ftratagéme
pour
le
détourner
de
ce
deflein.
Elle
fir
venir
un
Aftrologue
-
avec
lequel
elle
sentendoit
fecretement,
apres
Qquil
cut
fair
femblant
de
bien
érudier
(a
nativird
>
Al
lui
ditun
jour
en
Prélence
de
Charles
VII
que
tous
les
0%
Pireroit
une
longue
paílion
a
un
grand
Rol.
Aufi-tó4
Agnés
dira
Charles;
me
Touvés
donc
pas
Manvats,
Sir
y,
que
Je
pafe
á
la
Cour
d'
INGÍCLErTe
>
car
vous
Ne
vonlés
plus
Eiye
Roi,
il
1%
a
pas
affés
long-tems
QUE
VOUS
TM
AimÉs
Pour
apojy
Cm.
Pli
ma
deftinéc.
La
crainte
quil
eut
de
la
perdre
luj
fir
Prendre
la
refolurion
d'étre
Roi
de
tance
,
82]
commenga
dellors
a
fe
rá
tablir,
Fontenelle
qui
rapporte
cette
hifl
tolte
dans
fes
Dialogues
des
Morts
:
A
ij
L'
Innocence
opprimée
fait
li-dellus
cette
reflexion.
Foyez
5
dit-il
combien
la
France
efl
obligte
a
Pa-
mour
,
o
combien
ce
Royaume
dojt
étre
ga-
Lant
,
quand
ce
ne
feroit
que par
reconnoif=
fance.
Agnés
Sorel
anima
le
Roi,
8
le
remplir
d'un
courage
tel
quil
lui
fal.
loit
pour
faire
face
a
[es
ennemis.
Le
courage
de
ce
Rol
quí
reconquit
fon
Royaume
prelque
perdu,
eft
Pouvrage
de
Pamour.
Cette
conquéte
eft
par
con»
fequent
dué
¿
Agnés
Sorel
,
C'eft
la
julti>
ce
que
lui
a
rendu
Francois
l.
dans
cg
quatrain.
Gentille
Agnés
plus
d'honneur
+1
:
merito,
E
La
caufe
¿tant
,
de
Prance
recous
VIer
>
Que
ce
que
peut
dans
un
cloltre
*
0Uvrer
Clofe
nonain
,
ou
bien
devot
her.
mite,
Le
Dauphin
quí
regna
fousle
nom
de
Louis
XI.
qui
avoit
des
paflions
farou-
ches,
fans
confiderer
qu'il
avolt
artjré
la
haine
de
fon
pere
par
la
fante
»
vou-
lut
croire
qu'elle
en
étoit
la
caufe,
il
infulta
fes'appas
par
un
foufMler.
On
dit
méme
quiil
la
ft
empoifonner
par
Jags
|
Par
des
Jugos
imiques.
$
ques
Coeur
argenter;
il
y
a
des
hom-
mes
qui
font
aveugles
pour
la
beauré,
Agnés
étoit
attachée
au
Roi
dans
le
tems
quelle
mourur
>
Comment
Chartier
a
vil
pú
dire
quielle
ft
une
fin
trés-belle,
Sí
tres-chrétienne,
Remnontrant
¿
és
De-
Mmolelles
que
Césoip
tres-pen
de
chofes
,
dp
orde,
>
vilede
nótro
fragilité.
Pour
faire
une
bonne
more,
jj
falloir
qu'elle
ft
1
lvorce
avec
le
Ror.
La
feconde
perlone
du
fexe
que
je
mets
ay
tang
de
celles
quí
fauverent
PErac,
fue
Jeanne
d'Arc,
nommée
la
Pucelle
d'Orleans;
parce
qu'elle
fit
le.
ver
le
Siégo
d'Orleans
alliégé
par
les
Anglois
,
8z
Que
Ía
virginité
fur
recon-
nue
par
les
ennemis,
1)
y
eut
du
divin,
U
prodigieux
dans
ce
quielle
fi
,
fui
vant
Popinion
de
bien
des
gens;
fa
ya.
leur
dit
le
Gendre
hiftorien
,
Etoit
faro
haturelle.
Elle
a
merird
d'éwre
reprelena
tée
telle
qu'elle
étoit,
82
fon
hiftoire
Etre
developpée
,
fon
Jugement
8z
le
fort
funelte
quélle
a
éprouvé
,
fon
Ibnocence
qui
perce
d
traversa
calom-
nie
la
plus
artificieule,
8z
la
malignitá
<*
Plus
ingenienfe
,
font
des
dignes
ob.
-
JEtS
de
la
curlofité,
Je
vais
travailler
4
la
Asfaire,
8
2
domner
de
la
Pucelle
Orleans,
Pidée
quí
doits'en
im
Primer
ans
Pelprir,
A
1j
6
L'
Innocence
opprimée
On
ne
doutera
point
qu'une
provi-
dence
particulierene
Pair
fulcirée
pour
le
falut
de
la
France.
Elle
náquiclan
1412»
“le
lieu
de
la
naiffance
fur
Dom-Remy
>
T'innocence
afiigée.Par
le
ficur
Cerizier
Aumónier
du
Roi.
hameau
de
la
paroifle
de
Greaux
fur
la
Meule
,
fur
les
confins
de
Champagne
»
Bourgogne
8í
Lorraine,
proche
de
Vau-
couleur
3
celtá
Dom-Remy
quelle
re-
gut
le
faint
Baptéme.
Son
pere
le
nom-
moit
Jacques
d'Arc,
3
ía
mere
Habelle
Romé,
jouiflant
de
la
fortune
des
ha-
bitans
de
campagne
,
dans
laquelle
la
moderation
les
renfermoit.
On
donne
á
Jeanne
d'Arc
une
enfance
vertucule,
digune
d'étrele
fondement
dela
vie
d'u-
ne
perfonne
trés-réguliere.
Quand
elle
a
été
au
pouvoir
de
fes
ennemis
qui
Pont
voulu
faire
palfer
pour
magicien-
ne.
lls
ont
recherché
les
lieux
quelle
frequentoir
dans
fon
enfance
,
82
dans
la
jeunelle
,
ils
y
ont
trouvé
un
bois
quon
appelloxr
le
bois
chenu
,
oú
étoit
un
chéne
qu'on
nommoit
Parbre
Fée,
une
fontaine
qu'on
appelloir
la
fontaine
des
Dames.
Il
n/a
pas
tenu
2
eux
que
dans
le
procés
quils
lui
ont
fufcité,
1ls
n'ayent
fait
voir
dans
tous
ces
endroits
des
traces
de
magie;
au
contraire
fes
partifans
prétendent
que
dans
tous
ces
licux
lá
elle
y
a
exercé
la
vertu.
Dar
des
Tuges
iniques,
Un
Hiftorien
lui
donne
deSagIÉmens
cerater;
S
nous
la
reprelente
comme
une
per-
Onne
que
la
nature
avoir
regardée
d'un
ceil
favorable.
Sa
beaucé
fur
une
beau-
té
robufte,
qui-le
conferva
en
fe
fami-
liarilant
avec
les
exercices
de
la
campa-
gne.
Mais
elle
fut
expolée
á
des
recher-
ches
de
perlonnes
quí
rellentirent
les
impreflions
de
les
appas
5
elle
infpira
une
pallion
á
un
jeune
homme,qui
parce
quielle
ne
le
rebuta
pas
d'abord,
en
prit
droit
de
la
pourluivre
pour
le
marlage,
mais
elle
(e
revolta
contre
cette
propo-
Íition
,
8z
témoigna
quelle
ne
vouloit
point
quitter
fon
étar
de
fille.
Voici
le
portrait
que
fon
Hiftorien
fait
delle
:_4
mefure,
dit-il
,
q
elle
croifa
foit
en
age
>
fon
corps
devenoit
bien
pro
—portionmé,
¿>
sembelliffoit.
Ce
n'étoit
pas
nine
poupée
de
Cour
qui
a
recours
4
Partifice
:
on
nartend
pas
cela
d'une
beauté
de
campagne
5
mais
cétoit
un
mélange
de
graces
naturelles,
8%
fieres,
Un
portnoble,
un
tein
vif,
un
front
o
la
majelté
eltunie,
avec
la
douceur,
Son
amant
fur
quelques
paroles
indiferen-
tes
qu'il
Interpreta
en
la
favesir
>
la
lom-
Ma
de
Pépoufer
devant
POfticial
de
Tonl,
elle
y
comparut,
82
fit
voir
en
deux
mots
que
la
demande
n'avoit
point
A
11
E
L'inmocence
opprimee
de
fondement
5
il
ne
put
pas
prendre
fur
lui
de
celler
de
lui
rendre
des
foins+
Pour
[e
debarraller
de
les
pourfuites
elle
fe
retira
dans
la
maifon
de
fon
pere,
ou:
elle
le
rendit
invifible
á
ce
jeune
hom-
me.
11
la
fir
demander
a
fes
pere
8
me-
re
,
mais
ils
ne
condelcendirent
point
á
fes
delirs
;
éroit-il
fair
pour
pofleder
une
fille
occupée
de
grands
projets,
fonidée
auroit-elle
trouvé
place
dans
le
cerveau
de
cette
fille
,
parmi
les
objets
qni
afñié-
geoient
fon
ame,
6%
emportolent
fox
coeur
$
fon
efprit;
elle
auroit
été
de;
trop.
L'idée
des
vilions
de
laíint
Louis
,
de
faint
Michel,
de
fainte
Marguerite
8
de
lainte
Catherine,
de
P'
Ange
Gabriel
la
gagna
alors
entierement
;
ce
fut
Pouvra-
ge
d'une
imagination
pieufe,
loit
quele:
ciel
la
favorila,
je
laifle
la
liberté
de
pen=
ler
ce
qu'on
voudra,
mais
la
feule
confe-
quence
que
Jen
veux
tirer
,
celt
qu'elle
avoit
pris
des
imprellions
de
dévotion
dans
une
Imagination
qui
pouvoit
avoir
beloin
d'étre
conduite
,
par
un
homme
verlé
dans
la
(piritualiré.
On
prétend
que
les
converfations
qu'elle
avoit
avec
ces
Saints
X
Saintes
avoient
pour
ob=
jer
VEtat
de
la
France,
dont
un
tableay,
fidele
formoitun
trifte
fpeétacle.
DI
E
e
Mo
E
a
E
Par
des
Jages
iniques.
Voici
telle
qwétoit
la
France
fous
O
Charles
VI
fon
Roi,
gonverné
par
le
names
ya,
Duc
d'Anjou,
le
Duc
de
Bourgogne
,
le
Due
de
Betry
,
les
oncles
paternels,
Regens
du
Royaume,
8%
tuteurs
du
Prince.
Le
Duc
de
Bourbon
participoít
ala
tutelle,
fon
oncle
maternel
dont
Charles
V.
le
dernier
Roiavoit
¿poulé
la
feeur.
Si
d
caufe
de
la
foiblefle
de
fon
áge
,
Charles
VI.
eft
conduir
par
fes
tu-
.teurs»
bien-tótil
eft
efclave
d'une
frene-
fie
habituelle
dans
un
age
múr.
Les
Gouverneuts
du
Prince
>
€
du
Royaume
avares,
ambitieux,
font
gui-
dés
par
un
cupidité
déreglée,
déchirane
eux
mémes
le
Royaume
qui
elten
proye
d
leurs
paílions
,
dans
un
tems
ot
les
eno
porlonnemens
étoient
fa
miliers.
Le
Duc
d'Otleans
frere
du
Roi
palfanr
fa
pre-
miere
jeunefle
d
Pécole
de
Pambition,,
de
la
volupté
,
de
la
mole
,
Dien-tór
lépouxz
de
Valentine,
fille
de
Galeas
Duc
de
Milan,
enchantereffe
qui
faf--
cine
le
coeur
8z
Velpric
du
Roi.
Le
Mo-
narque
recott
des
loix
de
Pamonr
quí
efe
en
concurrence
avec
la
freneñe
,
celle-
cl
fe
fortifie
parle
danger
ou
left
échap»
pé
a
peine
au
feu
dans
un
Bal,
comme
£le
combean
lui
étoit
ouvere
a
milicsr
Y
10
L'Inmocence:
opprimée
de
les
plailirs.
(4)
Le
Duc
d'Orleans
arrive
enfin
á
un
age
ou
il
peut
donner
un
grand
ellor
á
fes
pallions;
il
les
fair
combattre
avec
celles
du
Duc
de
Bour-
gogne
qui
le
traverfoit
:
celui-ci
lutre
contre
lui
jufqu'a
lui
ravir
la
vie,
82
lui
méme
elt
a
lontour
la
vitime
du
Dau-
phin,
quí
avoit
fuccedé
a
deux
Dau-
phins
qu'on
a
crá
empoifonnés,
Sí
quí
époulent
la
querelle
du
Duc
d'Orleans.
Ainíi
des
Princes
du
lang
facrifiés,
des
peuples
pillés
,
défolés
par
deux
faétions
fanglantes
des
Orleanois
,
S£
des
Bour-
guignons
qui
trempent
leurs
mains
dans
le
fang
Pun
de
Pautre
,
prefentent
un
1peétacle
d'horreur
;
la
Ville
capitale
elt
transtormée
en
des
féditieux
qui
nagent
(4)
QuelquesSeigneurs
de
la
Cour
ayant
fait
par=
tie
de
danfer
un
Ballet
habillés
en
fauvages
,
le
Roi
en
voulut
étre.
Il
s'habilla
comite
les
autres
d'une
toile
couverte
de
lin,
$
d'étonpes
arrachées
á
la
toile
avec
de
la
poix.
Comme
l'on
danfoit
le
Duc
d'Orleans
trere
du
Roi
entra,
étant
éclairé
par
des
fambeaux
que
P'on
portoit
devant
lui,
il
les
fit
approcher
d'un
des
Sauya.
es,
pour
confiderer
de
prés
fon
habit,
82
comme
it
étoit
de
matiere
extremément
coníbuftible,
le
feu
y
prit,
8:
ce
malheurcux
fut
dans
un
inftant
tout
en
feu,
la
fláme
prit
de
celui-lá
á
un
autre,
puis
á
un
troifiéme,
XX
enfin
parce
qwils
étojent
enchalnés,á
tous,
Deux
en
furent
étouflés
fur
le
champ,
$
deux
autres
á
demi
brúlés
,
moururent
le
lendemain.
La
Ducheffe
de
Berry
ayantreconnu
le
Roi,
Penveloppa
dans
fa
robbe,
étouf.
falefeu,
$
lui
fauva
la
vie.
Cer
accident
cauía
un
tel
trouble
dans
Pefprit
de
ce
Prince
,
que
peu
de
jours
apres
il
reromba
dansía
phrénclc,
8
perdit
encore
Pela
pricVan
3392,
Par
des
Juges
inigues.
11
-dansle
fang
82
le
carna
ge.
Veut-on
ajoíl-
ter
des
tralts
quí
feront
frémir
tous
les
elprits;
un
Brand
fehifime
quí
a
regné
Quarante
ans
dans
PEglife
,
oú
Pon
voir
trois
Papes
qui
fe
diíputent
la
Thiare
,
6
introduifent
Pabomination
dela
dé-
lolation
dans
le
lien
faint
,
€n
trafiquant
les
biens
(pirituels
>
S
les
immolant
A
leur
avarice.
Elt-on
lurpris
dans
un
tems
-0U
la
corruption
gagne
par
tout,
qu'l-
labelle
de
Baviere
>,
la
Reimne
elle-méme,
fille
du-Duc
de
Baviere,
unille
4
un
el
prit
dévoré
par
fon
ambition,
un
coeur
perverti
par
Padultere
>
épiée
par
le
Roi
fon
mari
,
elle
le
convainquit,
quil
avoit
perdu
fon
honneur
>
comme
il
avoit
perdu
fa
raifon,
Dans
ce
défordre
univerfel
>
la
Fran-
ce
mal
gouvernée
pouvoit-elle
échapper.
á
lAnglois
qui
brúloit
d'envie
dePenva-'
hir,
8
qui
en
pofledoit
déja
de
gran=
|
des
8%
belles
Provinces?
Le
Roi,
la
Rez
neapres
avoir
exheredé
le
Dauphin,
8z
fon
Confeil
gagné
,
COrrompu
,
met-
tent
au
Rot
d'Angleterre,
Henry
V.
la
couronne
fur
la
téte,
8
Paffermiflent
fur
«le
Tróne.,
en
lui
donnant
en
mariage
Catherine,
Princelle
auffi
belle
que
la
£ouronne
quwelle
lui
apporte.
Le
Dan-
phin
en
appelle
á
fon
épée
,
Charles
YL
Aj
12
L'Tumocence
opprimee
lore
de
ce
monde,
Mayant
plus
rien
4
y
faire
qui
puille
le
dégrader
davantage,
Voilá
le
tableau
du
regne
de
Charles
VI.
qui
fe
trace
dans
imagination
dela
Pucelle
,
la
curio(iré
fans
doute
pritfoin
de
linftruire
de
Pétac
d'un
Royaume
quelle
devoit
fecourir.
La
Providence
le
prépare
d
confier
á
la
Pucelle
la
deftinée
du
Roi
légitime
quí
doit
monter
fur
le
Tróne,
á
quels
lus
nobles
delfeins
peut-elle
étre
appel-
Ls
Reprenons
les
évenemens
quí
com-
pofent
fon
hiftoire,
82
la
chaíne
quí
noite
toutes
fes
actions
,
8%
la
conduifent
a
ía
caraltrophe
,
amenée
par
fes
enne=
mis
qui.
ont
voulu
envain
foniller
la
loire.
-
]
Charles
VL
aprés
avoir
été
le
jouet
de
[es
pafions,
dela
démence
,
eft
en-
£n
le
jouet
de
la
mort
,
82
fon
Royau-
eo
oda
lous
la
dominarion
de
'An-
O1S.
:
Charles
VIE.
quí
voit
fon
Royaume
occupé
par
PAngloisle
lui
difpute
,
op-
pole
la
valeur
de
fes
ferviteurs
á
qui
1h
donne
Pexemple
5
mais
tour
céde
á
la
relerve
defon
coeur
,
8:
d'un
petit
nom-
bre
des
fes
fujers.
Le
Comte
de
Du-
nois
(4)
fair
des
prodiges
de
valeur
,.je
(4)
Grand.
homme
par
fes
yertus
militairse
,
$
pag
|
Par
des
Juges
iniques
$3
le
nomme
le
premier,
parce
quil
efice
tous
es
concurrens.
Les
autres
Capt-
tainesilluftres
font
les
Dues
d'Alencon
,
de
Bourbon
Princes
du
lang,
Artus
de
Bretagne
,
Comte
de
Richemont
5
Connetable
de
France
quí
fut
eúlvite
Duc
de
Bretagne.
(4
)
Le
Seigneur
Coitivi
Amiral
de
Fran=
ce,
Etienne
de
Vignoles,
nommé
com-
munément
le
Capitaine
de
Labire.
(b)
Jean
82
Gafpard
Bureau
freres
,
quí
fu-
rent
enfemble
Grand
Maítre
de
PArtil-
lerie,
82
le
rete:
pour
feconder
tous
ces
grands
hommes
il
falloit
que
Diey
Lufcitát
un
lecours
extraordinaire,
li
Pon
pouvoit
s'arrérer
d
toutes
les
vilions
8
les
apparitions
que
'Hiltorien
de
la
Pu-
celle
li
préte
;
ce ne
feroit
,
diva-Pon
,
quá
caufe
du
grand
ceuvre
de
la
déli-
vrance
de
la
France
que
Jeanne
d'Arc
a
Operé
,
qui
donne
lien
non
feulement
de
les
qualátés
quis
ferment
une
belle
ame
>
X
par
une
Soquence
admirable,
Jean
Chartier
dit:
que
c'étoit
un
€s
plus
beaux
parleurs
qui
fút
de
la
langue
Frangoife;
(a)
U
conferva
toujours
fa
charge
étant
Souverain
quoique
les
Bretons
le
priafíent
de
s'en
démettre
,
Par
ce
qu'elle
étoit
au-defTous
de
lui,
mais
¡l
répondit
que
sette
Charge
Payant
honoré
pendant
fa
jeuncife;
¡2
Youloit
l'honorer
dans
ía
vicillefe.
La
véritable
rai»
fon,
“ef
qwelle
étoit
utile
á
fon
ambition.
(b3Ce
fut
lui
qui
dit
cebon
mot
4
Charles
VII
qui
kifoit
conquerir
fon
Royaume
avec
beaucoup
de
tran»
E
«
Wen
rabattoit
rien
de
les
plaifirs.
Sire,
luz
i
«L,
on
na
jamais
perdu
un
Royaume
plus
gayement,.
14
L'
Innocence
opprimée
-
dive:
Digitms
Dei
bic
eff,
mais,
Fecít
potentiaia
m
brachio
fuo.
Un
fi
grand
pro-
dige
peut
bien
Saccorder
avec
des
appa-
ririons
qui
Pannongoient
,
mais
on
ne
doic
pas
pourtant
les
admettre,
parce
quil
S'agic
d'un
«uvre
furprenant.
On
Ícair
bien
que
PEcriture
fatnte
nous
ap-
prend
que
pluficurs
perfonnes
ont
en
des
vifions.
L'apparition
du
Speútre
dans
PHiltoire
de
Cáflius
,
avant
la
baraille
quil
donna,
peut-
érre
regardée
comme
une
imitation
de
Pécriture
par
le
Dé-
mon
,
qui
efe
le
finge
de
la
Divinité.
La
Providence
a
pú
agir
fansle[e=
cours
de
ces
communications
celeftes
,
SK
Phomme
nauroitil
point
glié
le
faux
dans
Paeuvre
de
Dieu
3
mais
afin
de
ne
rien
omertre
,
l'Hiftorien
de
cette
%
Cerizier.
Fille
nous
dit
*
que
depuis
Page
de
trel-
ze
ans
elle
communiquoit
avecles
(aints,
-
82
que
pendant
que
la
guerre
défoloit
cet
Empire
,
faint
Michel
fon:
protedteur
prenoit
plaifir
d'entretenir
cette
pauvre
|
Bergere
de
ce
qui
le
palloit
de
plus
im-
portant
dans
le
monde,
8%
du
fecours
quil
nons
préparoit
5
qu'un
jour
que
la
*
Pucelle
étoir
dans
le
bois
chenu
,
foit
que
ce
fut
Veffer
de
fon
imagination
ps
elle
otitt
une
voix
qui
lui
com-
manda
d'aller
trouver
le
Ro1,
82
de
lui
dire
que
Par
des
Juges
iniques.
15
lon
état
deplorable
changeroir
bien-tót
dans
un
étar
rriomphant;
que
Dieu
la
deftinoitá
ce
grand
ouvtage.
a
e
n'entreprendras
point
d'exprimer
On
Ctonnement
,
je
n'y
pourrois
atteln-
dre.
Que
ne
puis-je
la
reprelenter
Life
comme
elle
la
fur
!
que
cette
image
le-
rot
éloquente
!
elle
fe
dilpola
4
obéir.
Le
moment
approchant
qu
elle
devoir
-
€xécuter
P'aeuvre
de
Dien,
elle
éroit
oc-
/
cupee
de,
(es
vilions
3
on
peut
dire
que
Dieu
te
lervoit
de
cette
dilpolicion
de
lon
el
prit
pour
Paccom
plillement
de
les
delleins.
Li
lui
fu
fbir
pour
venirá
fes
fins
,
qwil
eur
donnéá
Jeanne
Arc
une
Imagination
vive
qui
S'imprimoit
des
traces
profondes
,
dz
des
images
qui
le
Sravolent
avec
des
tralts
ineffacables
E
quoique
ce
fut
fon
ouvrage
,
ce
íYéroit
pas
fi
Pon
vouloir
du
faux
>
Mais
du
vial
quelle
ayoir
peint
elle
méme.
On
prétend
qu'elle
fe
repréfenta
Orleans
af.
llegé
,
8
preflé
par
Salifbery.
Ce
fut
dans
la
dix-feptiéme
annde
e
lon
age
queles
vilions
vinrent
Paié.
ger
en
foule,
ce
qui
montre
que
la
pie-
té
étolr
fincere
>»
Ceft
qu'elle
enferma
alors
dans
la
maifon
de
lon
pere,
dans
le
dellein
de
ne
rien
faire
Las
la
per-
million,
Son
pere
méme
la
prévenant
>
16
E
Innocence
opprimée
lui
dit
alors
;
Ma
fille
jene
veuz
point
que
vous
quirtiés
la
maifon
>
demeutés-
pour
faire
le
ménage.
Quand
une
de-
yote
qui
croit
avoir
des
1lluminatións
du
ciel
préfere
Pobéiflance
á
fes
1dées,
A]
fon
propre
lens,
rien
ne
montre
mieux
la
folidité
de
la
vertu.
La
mere
qui
re-
marqua
que
le
pere
éroic
agité
,
voulut
en
découvrir
la
caufe.,
celui-oi
lui
ras
conta
quil
étoit
troublé
par
un
fonge
>
quil
avoir
crú
de
voir
en
dormant
des
foldats
qui
emmenoient
Jeanne
d'Are,
qu'elle
étott
montée
lur
un
cheval
blanc,
“énvironnée
de
ploficurs
perfonnes
quí
sefforgoient
de
latuer
,
8:
qu'elle
éroit
tombée
enfin
dans
un
feu
ou
elle
avoir
fini
la
déplorable
vic.
La
mete
depuis
ce
tems-la
veillost
continuellement
fur
la
fille
,
afin
de
pre
venir
tous
les
malheurs
qui
pouyoient
arriver,
arrendant
le
dénoument
de
tous
les
difcours
que
Ía
fille
renoit
fur
la
guer-
re
prélente,
(ur
Pétar
de
la
France,
fur
les
fecours
que
le
ciel
fe
préparoie
a
luz
donner
;
il
échapport
a
Jeanne
d'Arc
de
dire
quil
devoir
le
fervir
de
fon
bras.
Comment
concilier
la
volonté
de
Dieu
>
quí
veur
(e
fervir
du
bras
foible
d'une
fille,
avec
la
volonré
timide
de
fon
pere
qui
veur
clojgner
les
occalions
de
la.
A
A
o
par
des
Tages
iniques.
17
Mettre
en
osuyre
,$
quí
craint
de
Pex-
pofer
¿un
danger
évidentz
Commentac-
corder
les
yoyes
oppoíées
de
la
fagelle
divine
,
avec
les
voyes
de
la
prudence
humaine,
tandis
que
le
ciel
lui
comman-
de
aller
combartre
pour
fon
Prince
?
Sen
pere
8
[a
mete
s'y
oppolent
igno-
tant
la
voye
de
Dieu,
ils
atrendent
avec
docilité
qu'il
les
éclaire,
8:
quil
leur
or-
donne
de
la
lui
facrifier,
repolons
nous”
lur
la
Providence,
elle
agira
bien
dans
lon
tems.
Une
occafion
fe
préfenta
aller
á
7,
ode
Vaucouleur
,
oú
fon
oncle
82
fa
tante
Févricr
1429.
avolent
une
affaire
á
terminer
avec
Bau
dricourt,
quí
en
étoit
Gouverneur
;
fon
fos
8c
la
mere
l'y
accompagnerent,
on
ul
fit
parler
á
Baudriconrt.
Voici
le
lan-
gage
qu'elle
luitint.
Vons
ne
pouvés
pas
¿gnorer
Détar
trifie
on
la
France
eflréduite;
les
cris
qu'elle
ponffe
fonte
montés
jufqu
as
ciel,
le
moment
approche
ou
Dieu
doit ope-
101
fa
délivrance,
plus
notre
falut
ef
défef.
pere,
plus
le
miracle
fera
grand,
>
digne
de
Dien
,
qui
vent
fe
fervir
de
moi
pour
chafo
Jer
les
Anglois
de
la
France,
les
plus
vils
anfirumens
font
ceux
quil
aime
2
employer.
Baudricourt
frappé
du
plus
grand
ctonnement
lui
fir
plulieurs
queítions
,
a
quoi
elle
répondit
ayec
un
(ens
met=
)
“e
Ceriziers.
/
18
L'Innocence
opprimée
veilleux,
82
quoi
quil
vit
qu'elle
n'a2
voir
gueres
poullé
d'elle-méme
fa
curio-
firé
au-dela
de
fon
village
,
1l
crut
recon-
nolt:e
pourtant
quielle
avoit
été
inftrul-
te
á
une
école
extraordinaire,
mais
il
jugea
enfin
que
le
plus
[úr
éroit
de
ne
la
pas
écouter
,
$
de
la
renvoyer.
'On
re-
marqua
que
plufieurs
de
ceux
qui
la
re-
gardoient
ouvrirent
des
yeux
fur
elle,
animés
par
des
defirs
de
triompher
de
Ía
vertu,
l'amour
artifoir
dans
leur
coeur
une
feu
d'autant
plus
dangereux
,
que
Jeanne
d'Arcn'avoit
d'autresarmes
pour
le
defendre
que
fon
innocence.
Son
HiL
torien
*
dic
:
que
ceux
quí
furent
la
proye
de
leurs
penfées
impures
furent
punis
,
8%
fentirent
tout
á
coup
éteindre
le
feu
que
la
nature
allume
dans
nous,
82
demeurerent
dans
cet
étar
pour
tou=
jouts
;
ce
miracle
eft
trop
bien
enchaflé
dans
la
vie
de
la
Pucelle
d'Orleans
pour
n'érre
pas
adopté.
Quand
Jeanne
d'Arc
[e
vit
rebutée
par
Baudricourt
,
elle
$'4-
drefla
a
Lanoue
Longpont,
vieux
Gen-
túlhomme
plein
d'experience
,
qui
4
travers
toutes
les
vilions
dont
elle
lui
fic
part,
vit
pourtant
qu'elle
avoit
beau-
coup
defens,
8%
commeil
éroit
un
peu
verlé
dans
la
voyes
de
la
(piritualiré,
11
crut
voir
les
voyes
de
Dieu,
il
refolur
>
par
des
Jugos
iniques.
19
Ven
conferer
avec
Baudricourt,
$
de
faire
éprouver
á
Jeanne
d'Arc
un
nou-
vel
éxamen,
perfuadé
quíil
ne
falloit
rien
négliger
quand
il
sagifloit
du
lervi-
ce
du
Roi,
8z
quil
falloit
ouvrir
les
yeux
XX
les
oreilles
,
quand
il
'agifloit
de
dé-
couvrir
Poeuvre
de
Dieu.
Dans
ce
temps
lá
comme
nous
avons
dit,
le
Comte
de
Salifbery
pourfuivoit
vivement
le
fiége
d'Orleans.
La
valeur
s'exercolt
de
pare
82
d'autre
4d
le
lur-
monter
llas
jamais
les
deux
nations
ne
le
fignalerent
par
de
plus
beaux
faits
V'armes.
11
fembloit
pour
les
vaincre
quíl
falloit
chercher
une
trolfiéme
nation.
Ce
fut
dans
ce
tems-
la
que
Jeanne
d'Arc
fut
ramenceá
Bau-
dricourt
,
á
qui
elle
dir
d'abord
:
Vous
trattés
une
fille
comme
moi
de
folle
8£
d'imprudente
3
mais
afin
que
vous
foyés
delabulé
:
Je
vous
aunonceraj
que
nos
troupes
ont
été
défaites
,
en
atraquant
un
convoy
que
le
Duc
de
Bethfort
vonloit
conduire
4
ceux:
qui
afiégeoiene
Or-
leams;
E
afin
que
voms
frachiés
que
Dieu
me
fait
connottre
ce
qui
fe
paje
dans
le
monde
,
d*
móme
par
avance
je
vons
an
once
que
nors
ferons.vengés
par
de
bons
Jucces
fans
nombre;
Dien
exécutera
bien
Jes
deffeins
fans
yous
,
mais
yous
qui
ofés
*
Combat
dit
des
Ha-
rangs
á
Rou-
yroy
en
Beaulle,
20
LP
Innocence
opprimée
lui
refifier,
il
vous
punira.
Ellelui
parla
avec
tant
de
fermeté
qu'elle
le
détermi-
na
a
la
conduire
a
la
Cour.
La
défate
dont
elle
lui
parla
éroir
le
combat
des
Harangs
,
*
ou
les
Francois
fuccombe-
rent
en
attaquant
un
convoy
des
Harangs
que
conduiloít
le
Duc
de
Bethfort.
Ce
liége
étoit
le
point
critique
de
la
valeur
des
deux
nations
;
les
plus
¡lluftres
guer-
riers
Francois
sétoient
jetrés
dedans
Orleansoú
pour
périr
,
oú
pour
fauver
cette
Ville.
Du
coté
des
Anglois
le
Duc
de
Bethfort
le
Comte
de
Salifbery
,
Poole,
Comite
de
Suftox,
8
Talbot
qui
avoit
déja
volé
au
lomme:t
de
la
gloi-
re,
lí
diftingués
parmi
les
Generaux
de
PEurope
;
on
leur
oppofoir
Lahire
,
8€
Saintrailles,
le
Heros
connu
fous
lenom
de
bátard
d'Orleans;
ils
brillent
tous
4
mefure
quíils
soffrent
dans
PHiftoire
;
ce
n'étoit
que
par
la
perte
de
bien.
des
Heros
que
devoit
s'acherer
Orleans.
Sa-
lifbery
s'éto1t
facrifié
,
Se
avoir
péri.
Or-
leans
aux
abois
offtit
de
le
rendre:
non
ad
Roi
d'Angleterre
,
mais
au
Duc
de
Bourgogne
>
On
ne
voyoit
point
de
rel
lource
qui
fe
prelentár”,
8z
Charles
VIL
le
difpoloit
a
abandonner
la
partie.
Le
Duc
de
Bethfort
vouloir
Orleans
pour
les
Anglois
,
8
non
pour
les
Bourguín
As
Sa
Par
des
Juges
iniques.
2E
.
SRORS»
ÉL
difoit
ce
proverbe:
Qibil
y
qa
Vote
pas
entenda
battre
le
buifjon
,
5
que
Es
autres
priffent
le
gibier;
tant
il
ef
vral
que
les
proverbes
ont
toujours
été
€
langage
des
honnttes
gens.
Dans
le
tems
quíil
fembloir
que
la
Providence
fommeilloit
4
notre
égard
,
elle
Infpiroit
4
Jeanne
d'Arc
d'aller
o£.
£cir
fon
bras
au
Roi.
Bertrand
de
Polongé
Gentilhomme,
crut
quíil
falloir
prévenir
le
Roi.
11
lui
tt
part
de
ce
que
méditoit
Jeanne
d'Arc,
éz
de
la
conférence
qwelle
avoit
eue
avec
Baudricourt
,
82
Lanoue
Long-
pont.
Les
Sujers
du
Prince
défertoient
pena
peu,
8
fe
laiffdient
cblouir
par
a
fortune
du
vainqueur,
Bertrand
Po-
longé
tegut
ordre
de
venir
4
la
Cour
avec
Jeanne
d'Arc.
Elle
quita
/on
habit.
e
bergere
>
S
S'habilla
en
guetrier
,
Cefiza-dire
en
Amazonne,
vétue
pour-
lant
implement.
Elle
fe
mie
en
che-
Min
avec
ceux
4
quí
elle
sétoit
onver.
te
de
fon
defléin.
Tous
les
+loirs
en
Voyage,
elle
fe
retiroit
dans
fa
chambre
;
lá
dans
le
loifir
une
profonde
mé-
ditation,
elle
digéroit
(on
dellein,
82
écoutoit
dansle
filence
ce
que
Dieu
luj
ggétoir.
Elle
ne
pouvoit
venir
d
la
-£our
dans
une
plus
heureníe
conjone
an
L'Iimocence
opprimée
Éture.
Le
penchant
qu'on
a
pour
le
met
vellleux
y:
la
crédulité
qu'on
y
apporté
,
lorfque
nous
voyons
dans
le
imalheur
oú
nous
lommes
réduirs
quiil
soffre
á
nous
une
reflource
quí
elt
la
feule
quí
“qui
nous
refte
,
tout
cela
fir
regarder
-
“Jeanne
d'Arcá
la
Cour,
comme
une
perfonne
envoyée
du
Ciel.
La
confiance
dans
la
Providence
que
la
religion
infpire
favorife
cette
idce
:
ainí1
loir
religion,
foir
opinion
que
Pon
prend
alfémeut,
le
fyfteme
de
Jeanne
d'Arc
fut
adopté
par
le
Roi,
6
toute
la
Cour
;
on
le
fouhaitoit
trop
pour
ne
le
pas
croire
,
6%
on
étoit
trop
dépourva
de
tout
autre
moyen
pour
ne
pas
em-
braller
cette
idée.
-Le
Roi
néanmoins
le
déguila
,
8%
prit
un
habit
trés-modefte
pour
ellayer,
Í
Velle-méme
elle
iroir
au
bur.
1]
fir
pren-
dre
des
habits
fuperbes
a
pluficurs
Sei-
gneurs
,
82
Jui
en
indiqua
un
comme
le
Roi
pour
lui
donner
le
change;
elle
le
connut
d'abord,
le
falua
profondément;
elle
lmi
dit
,
gentil
Roi,
Cefh
a
vous
a
que
je
veux
parler,
8%
d'un
ton
ferme
8
har-
di,
aflura
que
Dieu
Penvoyoit
pour
chafler
les
Anglois
de
devant
Orleans,
$2
conduire
enfuite
Sa
Majefté
a
Rheims
pour
y
tre
facrée
5
quíl
lui
fit
donc
par
des
Juces
iniques.
23
Bonner
des
Armes,
8
des
Troupes
pour
aller
combartre
les
ennemis.
Du-
haillan
sexprime
ainíi
:
Elle
lui
dit
a
Part
certames
chofes
fecrettes
qui
demenze-
vent
entreux,
b
quil
ne
voulus
Jamais
réveler.
Tout
difpofoit
4
faire
entrer
le
mer-
Veilleux
bien
avant
dans
Pe(prit
de
Char-
les,
fingulierement
la
circonítance
de
a
Jeunelle
de
la
Pucelle,
qui
n'avoit
que
184
19
anndes,
€
quí
avoit
avec
cela
un
efpric
múr,
Sí
quí
failoit
des
repon=
les
quon
croyoit
furpalíer
La
portée,
tout
cela
releyé
par
des
agrémens
>
86
fouteny.
par
une
modeíte
hardiefle.
Elle
tira
le
Roi4
part
avec
fon
Confelléur,
éz
elle
lui
découvrir
des
peníées
inté-
rieures
quil
n'avoit
communiquées
4
perfonne.
Elle
lui
parla
toujours
avec
une
allurance
qui
lobo
ne
pouvoir
li
étreiof
pirée
que
du
Ciel.
Quand
on
croit
que
Dieu
elt
dans
nous
,
animé
de
la
préfence,
on
trouve
bien
petit
ce
que¿es
hommés
ont
de
plus
grand.
Qui
elt=ce
qui
peut
nous
impofer
>
Voila
la
Íource
de
la
confiance
de
la
Pucelle,
Jeanne
d'Arc
dit
particulierement
au
Sot
la
priere
que
ce
Prince
avoit
foie
a
Dieu.
Vous
lui
avez
dit,
SIRE;
Hon
Dieg,
fije
défens
mon
héritage
24
1
Innocence
opprimée
fans
droit,
quece
foie
fans
fucces
50
f
la
Couromme
de
France
m'appartient
,
don
mez-moi
autant
de
force
pour
la
defendre
que
j'ai
de
juftice.
Charles
VI.
dit
qu'elle
¿voir
deviné
un
grand
fecret
qui
n'étoit
£cu
que
de
lus.
Le
Roi
pour
achever
de
[e
convain-
cre
en
faveur
de
la
Pucelle
,
la
loumit
3
Pexamen
des
Doéteurs
,
a
qui
la
fim-
plicicé
fic
un
divin
contrafte.
lls
ne
ví:
rent
pas
dans
elleles
moindres
veltiges
des
rules
du
Prince
des
ténébres
3
mais
ils
furent
frappés
d'une
fille
dans
quí
il
fembloir
qu'Adam
n'avoit
point
pe-
ché.
lis
déciderent
4
Poitiers
ou-les
Dodteurs
dévoués
au
Roi
étoient
reti.
rés;
que
loin
de
la
foupconner
de
ma-
gie.,
on
ne
trouveroit
rien
quí
ne
fút
marqué
au
Ícean
de
Dieu
5
quoique
les
Anglois
ayent
publié
le
contraire;
les
Doéteurs
pourtant
lui
tendirent
des
pié-
des,
82
Moublierent
rien
pour
la
faire
coupes.
Plulicurs
gens
du
Parlement
qui
en
firent
le
méme
examen
en
firent
le
méme
rapport.
La
Reine
de
Sicile
qui
étoit
une
Princefle
trés-vertueule
,
voulut
écarte£
Pombre
du.
foupgon
,
en
faifant
recon-
noltre
Ía
pureté
á
des
marques
natu-
sellos
par
des
Marrones,
Cero
2,
Par
des
Jases
¿niques,
Ni
ette
épreuve
lui
courta
des
larmes,
lui
donna
de
la
confuñion
,
82
de
la
gloi-
12
tout
enfemble.
Ell.
remporta
le
nom:
erriere
'Autel
de
lainte
Cathetine
de.
Pierbois,
qui
étoit
dans
le
tombeán
d'un
Chevalier
depuis
long-tems
>
dans
une
Eslife
d'un
village
auprés
de
Tours.
-
»
Jeanne
Cette
épée
fatale
avec
laquelle
evoit
chafler
les
Ennemis
du
Roi,
étoig
la
depuis
plulieurs
liécles
,
lans
que
per-
Íonne
en
Ícút
rien
5
elle
dir
ue
Parmi
plulicurs
épées
couvertes
de
rouille,
on
:
CR
trouveroit
une
dont
la
]
ame
avoit
tLOIS
Croix
feméée
de
fleurs.
de-lys
des?
€ux
cótés.
Le
Roj
lui
demanda
fi
elle
:
Pavoir
vúe
;
elle
répondit
Dicu
lui
avoir
révelé
que
cette
¿pee
FTE
El0It,
$
quil
vouloit
quielle
sen
fer:
vit
dans
les
Premiers
combars.
Máis
en-
fin.
elle
la
calfa
en
batrant
des.
femmes
qu'elle
1'ayoit
Jamais
été
dans
ce
país-la
5
mais
que.
nr
€
Mauvaile
yie
quí
(uivojent
Parmée.
€
Roi
en
fur
fort
déplaifant,.
dir
Jean
artier,
€:
lui
dic
qwelle
ne
devoje
Pas
Employer
4
cel
ulage
une
épée
que
Dieu
lui
avoir
donné
miraculeufement,
€
quí
confirma
le
Roi.
que
la
Pucelle
Vr
nn
lecours
dy
Ciel
:
Ceft
le
diícours
Zome
XIX,
16.
L'
Innocence.
opprimée
que
lui
“avoir
tenu
Marie
d'Avignon
5
une,
fille
qui
étoit
en
odeur
de
fainteré.
vous
recevrez
,
Sirve
,
lot
dit-elle
,
de
grands
fecouts
d'une
Vierge.
Merlin
Prophete
des
Ánglois,
vrai
ou
fagx
,
leur
avoit:
predit
que
leur
mal-
-heur
approchoit,
Les
Hiftoriens
ne
font
pas
d'une.
méme
opinion
touchant
Pé-
tendare
lous
lequel
notre
Pucelle
you-
lat.
combattre
:
les
uns
dilent
que
cell
une
vierge
á
quin
ange
préfentoit
un
Lys;
les,
autres
aflurent
que
limage
de
nor)
Seigneur
crucific
y
étolt
repré=
lentée
tenant
un
Lys
dans
fa
main.
¿On
peut
concilier
ces
deux
hiftoires,
en
difant-que
cet
érendart
pouvant
étre
peint
des
deux
cótés,
il
avoir
deux
fa-
ces
auf
bien
qu'une
médaille
,
ainíi
ils
pouvoient
avoir
tous
rallon.
¿Avant
«la
venué
dela
Pucelle
,'
on
avoit
asréré
an
Confeildu
Roi,
quá
caule
«des
grandes
*pertes
continuel-*
les
quibavor
faices*
il
falloie
quil
fe:
retirárdans
le
Dauphiné
pour
le
garder,
*
82.5
y
forrifier
3
que
de-la
1l
pourroit
dé-
fendre
le
Lyonnois,
le
Languedoc
,
Se
VAnvergne
>
8
saider
du
fecours
de
la
Provence
>
dont
le
Comte
éroit
le
Roi
de
'Sicile
qui
étoit
de
lon
parti.
Mais
la.
venué
de
la
Pucelle
ayane
bien
fair
|
e
:
par
des
Juges
iniques,
27
atigurer
de
la
fortune
de
nos
Ármes,
t
place
4
des
réfolutions
moins
dele
perdes.
_
Le
Roi
sétant
déterminé
avec
fon
Confeil
d'envoyer
Jeame
d'Arc.
au
le
cours
d'Otleans',
on
lui
donna
un
ca(=
que
ommé
d'un'
panache
blanc
,
une
cúiralle,
8c
un
grand
chevál
blanc.
C'é-
toit
un
(peétacle
digne
de
la
curiolité
que
de
voir
une
fille
armée
de
toutes
pS
>
Montée
fur
un
gtand
cheval
lance
qu'elle:
manioir
dvec
:
beaucoup"
Pádrefle,
la
mine
ficre
8
avantageule
de
la
Cavaliére
eflacoit
les
Cavaliers
les
Plus
impolans';
$e
Punion.
dela
erainte
gielle
fpitoit
aves
fa
douceur
natu="
rele
fubjuguoit
tone
le
monde.
Cé
mé-
Mg
cáufoít
ne
terreúr
(mgulicre
dont:
perfonne
ne
pouvoit
fe
défendre.
Coma
me
Als
avoit
te
(etvante:
Vune
Hótel-
léne
ol
elle
mehot
les
chevaux
boire
.:
Sétit
accontumes:
ales
monter,
4
les'ponffer;
82
a
les
fatiguer
cóniie
un.
endarme
;
8
quoique
le
cabaret
(oir
gonftes'
om
la
pudetir
fait
un
trilte.
fases
cepa
on
Wa
jamais
oup-
soññé-qué
J
cane
PAL
te
ii
oublice,
Dién
ne
devoitil"
pas
conferver
la
pu
reré
de
PAnge
tutlliica
de
la
France
>
Dólon
tn
viegz
Chevalier
étoit
fon
o
B
y
un
mat
28
L'
Innocence
opprimée
Garde
qui
ne
pouvoit
donner
auctirt
ombrage;
8
qui
n'étoit
propre
quíá
rendre
les
hommes
les
défenfeurs
de
la
vertu.
Son
Hiltorien
*
dit
quétant
préte
:
de
parrir
avec
l'Amiral
de
Culland,
8
le
Maréchal
de
Rieux,
un
jeune
hom-
me
fe
laifía
aller
á
un
difcours
équivo-
que
mélé
d'impiété
Se
d'impureté
,
ovil
peignoitau
naturel
la
défiance
de
la
Pro-
vidence
,,
8
exprimoit
les
1dées
qui
naifloient
dans
fon
coeur
corrompu.
Jeanne
d*
Arc
lui
dit;
Ah
malhenreux
tu
Coublies
lorfíque
tu
es
fur
le
bord
du
tombeau
|
elle
pouffa
fon
cheval
faluant
Sa
Majelté
8
toute
la
Cour
,
dont
elle.
eleva
Padmiration.
Le
jeune
Cavalier.
pallant
le
Pont,
fut
jetré
dans
la
riviere.
par
fon
cheval.
Qui
le
feroit
arrendu:
quune
fille
dont
Parr
éroir
compolé
par,
la
pudeur,
dont.
tous
les:
regards
Pink
piroient,
qui
n'annongoit
que
du
célefte:
é
du
divin
,
Ai
Pon
peut
parler-
dela,
forte,
ne
contínt:
pas
le
feu
d'un
impuw:
diques
ae
ATEN,
Elle
fe
meten
marche
dla
téte
des,
Troupes
Francoifes
elle
deployefa
Ban».
niere
quand
elle
approche
d'Orleans
y,
Elle
envoya
un
Héraut-d'Armes
aux.
Généraux
Anglois
pour
les
fommer
de.
1
fortir
du
Royaume,
Sc
de
Pabandonner
a
E
de
o
Par
des
Juces
imiques.
25
au
lsitime
hériver.
Tel
éroit
Vécrir
quielle
leur
adref,
:
elle
les
regarde
comme
repréfentant
le
Roi
d'Anglerer-
18),
8
leur
dit,
Ro;
d'Angleterre
faites
7at/0n
an
Roi
de
Ciel
>
du
fang
Royal,
O
rendez
4
la
Putelle
les
clefs
de
toy
tes
les
Villes
que
vous
ayez
ujurpees.
Je
Js
envoyée
de
Dien
Pour
vous
faire
tendre
tout
ce
que
vous
avez
envabi;
je
vous
comfeille
Pabandonmer
yore
COihw
quéte
avant
que
la
Pucelle
vogs
afaille,
Au
rele,
vous
Comite
de
Sufolx,
¿>
vous
Seignen»s
Talbos
¿>
dEftale,
Lieyo
tenans
du
Duc
de
Bethfort
,
Joi-difane
Régent
de
Erance
pour
le
Roi
d*
Angle.
Ferre
,
faites2moi
répomfe.
Sila
Paix
vous
agrée,
>
fivons
aimez.
les
Anglois
que
vous
commandez.
;
finon
vous
éprouverez
Motre
valeur
animbe
de
la
force
du
cogyz
v0ux
du
ciel;
d>
attendez-0ns
de
la
pare
des
Francois
aux
Plus
beanx
>
imerpej,.
deux
exploits
au'on
qit
ya
dans
la
Chré.
Henté
>
Écritle
Mardi
Je
la
grande
fe
Mame
Pan
1438.
|
JEANNE
DAR
c.
Cette
lettre
n'excita
dans
les
Géné-
raux
Anglois
que
des
mouvemens
de
colere
;
1ls
firent
mettre
le
Heraut-d'Ar-
mes
en
prifon,
B
ij
30
L'Tmmocence
opprimée
Le
Comte
de
Dunois
fortit
d'Or--
leans
avec
des
troupes
pour
la
rege-
voir.
Quelques-uns
difoient
que
ce
Gé-
—néral
avoit
lali
Pidée
du
fecours
mer-
veilleux
de
la
Pucelle
,
82
trouvant
en
elle
de
la
valeur
8
de,
Pintrépidité,
la
mettoit
en
ceuyre
pour
ranimer
notre
courage
abatrú
,
$
encourager
méme
le
Roi;
que
fon
artifice
82
la
bravoure
de
la
Pucelle
étolent
tout
le
miracle
:
mais
on
difoit
qu'il
1'étoit
pas
poflible
quelle
eúr
pú
foutenir
long-tems
fon
-
perfonnage
extraordinaire
lans
jamais
le
démentir
,
lí
Dieu
ne
s'en
étoit
mélé,
Ceux
quí
voulotent
que
Pemploi
de
la
Pucelle
étoit
Pouvrage
du
Comte
de
Dunois,
difojent
qu'il
lui
ayoit
appris
fon
rolle
,
le
luz
ayoit.
fait
exercer,
82
avolt
mis
metveilleufement
á
profic.
la
fouplelle
de
fon
elprit,
Sí
avoit
dré
ens
Íuite
le
premier
á
admirer”ce
qwelle
avolt
A
berd
dit
ala
Cour
,
commek
ilne
Sy
étoir
pas
attend.
|
Quoiqwil
en
foit
,
le
peuple
d'Or-
leans
adopta
dabord
Pidée
qu'elle
étoit
venue
non-feulement
pour
le
fauver,
mais
pour
fauver
la
France.
Elle
entra
dans
Orleans
la
veille
de
PAfcenfon
,
_
toutes
les
rues
tendues
de
tapifferies
y
Al
étoit
déja
tard
,
ce
quí
contraignit
leg
,
A
A
SI
AAA
O
ME
AIRES
E
O
A
Satnt-
pardes
Tuges
iniques.
31
habitans
d'allumer
un
grand
nombre
de
fambeaux
;
cette
quantité
de
lumieres
rendir
la
fére
plus
lolemnelle
3
elle
alta
loger
chez
une
honorable
Dame
;
elfe
étolt
accompagnée
toujours
de
les
deux
freres
pour
fermer
la
bouche
á
la
mé.
diíance.
A
la
favenr
d'une
allarme
que
le
Comte
de
Dunois
donna
aux
Án-
glois
,
elle
fit
entrer
un
Convoi
dans
la
Ville
;
elle
le
conduifie
de
Blois
jufqués
dans
Orleans
á
la
tóte
de
12000
hom-
mes
lans
aucune
perte.
Aprés
avoit
challé
de
Parmée
toutes
les
filles
dere.
glées,
elle
prit
haleine
le
lendemain
4
caule
de
la
fére.
Mais
le
jour
fuivant
A
la.pointe
du
jour,
elle
attaqua
accom-
pagnée
de
nos
Généraux
le
Fór
de
Loup
,
dont
les
ennemis
érojent
s
maltres
;
elle
Pemporta
>
S
leur
tua
plus
de
600
hommes.
Les
ennemis
ctonnés
abandonnerent
le
Boulevart
de
Saint
Jean-le-Blanc
,
82
le
retirerent
ans
celui
des
Auguftins
qui
étoit
de
meilleure
défente.
Jcanne
d'Arc
Parta-
qua
avec
le
méme
courage
5
leur
Com-
mandant
réfifta
avec
tant
d'opinidtreté
depuis
le
matin
juíqu'a
huit
heures
du
Í01r
,
que
nos
chefs
é:otent
david
de
fe
YEtirer
5
ce
que
Pon
auroit
execute
,.
li
la
Pucelle
er
demandé
qu'on
dat
fer-
B
111
7
la
conjurerent
de
metrre
tout
en
ulage
*
Cerizier.
32
.
L'Immocence
opprimée
me
encore
quelque
tems
:
alors
com:
me
un
autre
Moife,
elle
leya
les
mains
au
ciel,
8%
apres
une
priere
fervente
,
elle
retourna
a
Paflaut
avec
tant
de
ré-
folution
,
qu'elle
emporta
le
Fort,
Dans
cette
atraque
od
elle
fut
repouf-
lée
avec
les
fiens
,
elle
les
ranima
,
8z
les
ramena
au
combat
en:
difpurant
la
viétoire
aux
ennemis
;
elle
fembloit
ne
la
leur
ceder
enfuite
que
pour
la
leur
arracher
avec
un
plus
(acglant
carnage,
Elle
leur
demanda
par
un
Trompette
,
alors
lon
Heraut-d'Armes,
quils
avoient
retenu
contre
le
droir
des
gens.
Le
-
Comte
de
Dunoisleur
fit
dire
que
sils
ne
le
renvoyoient
,
il
pafleroir
au
fil
de
Pépée
tous
les
Anglois
qu'il
prendroit,
ceux
mémes
qui
viendroient
traiter
de
la
rancon
des
autres.
1ls
renvoyerent
le
Heraut-d'Armes
chargé
de
mille
injures
contre
la
Pucelle.
Les
habitans
d'Orleans
our
terminer
le
fiége
;
elle
fortir
de
la
Ville
pour
attaquer
le
Fort
des
Tour-
nelles,
oú
elle
entra
avec
les
fiens
aprés
un
long
affaut
8
un
grand
carnage,
les
Anglois
n'ayant
plus
ni
poudre
ni
traits,
le
courage
leur
faillit
ablolument.
Un
Hiltorien
*
dit
que
dans
toutes
ces
atraques
,
depuis
Pentrée
de
la
Pu»
A
E
A
par
des
Juges
iniques.
a
celle
dans;
Orleans
,-les
ennemis
perdi-
rent
pres
de
lept
mille
hommes.
Le
fort
des
“armes
'avoit'
changé
5
la
fortune
Angloile
quelle
étoit,
étoit
devenué
Francoife.
Parlons
plus
clairement.
Dieu
s'éto1t
déclaré
pour
nous.
Elle
recut
un
coup
de
fleche
qui
senfonca
entre
le
col
8z
Pépaule,
le
fang
couloit
en
abon=
«dance
5
elle
difoic
que
c'étoir
un
cou
defaveur
,
8
qu'il
forroit
plus
de
gloire
que
de
fang
de
fa
plate.
Les
Anglois
par
une
'elpece
de
defef
potr,
firent
fortir
leurs
troupes
de
leur
Fort,
les
rangerent
en
bataille
;
82
nons
Inviterent
au
combar.
La
Pucellé
ne
von-
lut
pas
quon
répondit
d
cette
bravade
;
elle
dit
que
les
enñemis
agifloiént
par
éfefpoir,
SX
que
d
eux-mémes
ils
le
verolent
le
liége.
En
effet
le
méme
Jour
huit
Mai
1420,
¿ls
(e rerirerent
d
Bangency,
8%
4
dVátrres
Places
qui
pre.
nolent
leur
parti,
82
ralerent
julia
vrente
Forts
qwils
avoient:
dreflés
de.
vant
Orleans.
Le
liége
avoit
commen-
céen
Oétobre
1428.
jamais
on
ne
vit
attaques
plus
vives,
ni
mieux
fotitenues
:
tous
les
jours
les
Francois
alloient
réz
“velller
les
Anglois,
les
plas
grands
Sej.
9"eurs
faifolent
continuellement
le
mé-
ter
d
e
foldats,
By:
Levée
du
fié=
-
ge
d'Orlsansa
s
34
L'
Innocence
opprimée:
-
La
Pucelle
,
apres
la
levée,
du,
Siége
d'Orleans,.en
fur
porter
la
nouvelle
au
*
Roi,
en
sagenouillant
devant
lui,
Se
Pembrallant
par
les
«jambes,
lui
dif
Gentil
Dauphin
,
venez
prendre
votre
no=
ble
Sacre
a
Reims.
Je
fuis
fort
aiguillom-
upe
quevons,
y.
alliez,
O
ne
faites
domte
que
vous
y
recevrez.
votre
Sarre.
Le
Rot
Sc
pluficars
Seigneurs
qui
Padmiroient
comme'une
fille
douge
d'une
bravoure
prodigieule,
E
qui
reconnolllolent
que
ta
Ícience.érott
aulli
grande
que
Í1
elle
avoit
eu.
le
lecours
d'une
experience
de
plulicurs
années
,
furent
alors
tentés
de
ini
demander
ce
quelle
avolt
appris
par
les
volx
qui
[e
communiquojent
d
elle;
elle
connut
leur
defir
,
8%
leur
dit:
qué
tant
inquiete
de
ce.
qu'on
ne
la
vouloit
pas
quelquefois
croire
,
la
voix
lui
avoir
dir:
Vama
fille,
je
ferai
a.ton
aide
5
82
quand
j'entens
,.
pourfuivit-elle-
cette
voix
,
je
fuis
au
comble
de
ma
joie:
alors
on,
la
laiflaavecle
Ducd'Alencon:
Marrthieu
Grue,
Antenr
de
Supplément
de
Jean
Charticr.
:
na
53
Les
Bourgeois
d'Orleans.
s'abandon»
-
nant
d
leur
reconnoilance.,.
chanterent
un
Te
Denim
avec
le
plus
grand
appa=
reil
;
82
pour
conferver
la
mémoire
de
leur
deliyrance
miraculeufe,
¿ls
ont
mis
_
Par
des
Juges
iniques:
fur
leur
Pontl
efigie
d'un
Crucifix
gran-
de
comme
le
naturel
>,
qui
avoit
á
fes
pieds
d'un
córé
le
Roi
Charles
d
ge-
noux,
8z
de
Páutre
Jeanne
auf
á
ge-
ROUX
,
tous
deux
armés
de
tontes
pié-
ces.
,
Le
Connérable
de
Richemont
qui
étoit
diferacié,
quand
il
vit
que
la
for-
tune
des
Francois
changeoit
de
face,
semprella
de
faire
a
fonttion
,
parce
quíil
prévit
bien
quil
ne
feroit
pas
re-
cherché
dans
ce
torrent
de
fortune
,
Se
quon
fe
palferoit
de
lui
;
il
crut
qe
ne
devojt
pas
sanéantir
en
secliplant
dans
une
telle
conjonéture.
11
affembla
tous
fes
amis;
8z
ayant
formé
un
corps
douze
cens
chévauy
>
%
de
douze
mulle
hommes
de
pieds,
il
(2
mir
en
marche
pour
aller
joindre
le
Roi
qui
étoit
devant
Baugency.
La
Trimouille;
fayorida
Roi,
lui
[cut
perfuader
que
le
Connétable
avoit
le
dellein
avec
la
nom:
reufe
armée
de
fe
rendre
maítre
de
Ía
perfonne.
Charles
fut
fur
le
point
de
quitter
le
Siége
de
Baugency,
8
d'aL
ler
livrer
bataille
au
Connérable.
M
plulbeurs
Setgneurs
Tui
ouvrirent
les
ycux
fur
la
fate
quil
alloir
faire;
ce
tolt
(e
couper
le
bras,
Dans
la
cónjonc-
Eure
0d
il
étoic,
avoitil
trop.de
trou-
A
.
B
yj
ais
36
*
LP
Inmocence
oppriméc
|
pes
lorfquwil
travailloit
4
relever
le
Royaume
tombé
en
décadence
>
On
voulur
bien
recevoir
le
Connétable
avec
le
(ecours
quiil
.amenoit
3
on
envoya
la
Pucelle
au-devant
de
lui.
Aufli-tór
qu'elle
le
vit,
elle
delcendir
de
cheval
3
S
lui
embralía
le
genoux
5
fur
quoi
le
Connétable
lui
dit
ces
paroles
:
Jeanne,
on
m'a
dit
que
vous
voulez
me
combattro,
Je
ne
fgal
pas
quí
vons
Étes
,
mi
de
par
qui
-
Vous
étes
envoyée,
fi
cel
de
par
Dien,
on
de
par
le
diable
:
fi
Cefl
de
par
Dien
je
Mévorus
crains
point;
caril
conmots
mon'
>
antention,
ainfi
que
la
vótre
:
fi
vous
tres
de
par
le
diable
,
encore
moins,
(
faites
du
mieux
du
du
pire
que
vous
pourrez.
La:
Pucelle
le
calma
,
elle
demanda
an
xy
de
nouvelles
troupes
pour
former
de
nouvelles
entreprifes.
Le
Roi
lui
donna
le
Connétable
de
Richemont,
le
Duc
d'Alencon
,
8z
des
tronpes,
avec
quoi
elle
forma
le
fiége
de'
Gergeaux
;
elle
fit
les
approches
avec
beaucoup
de
pru-
dence
5
les
canons
qw'elle
mit
en
bad
terie
fervoient
fans
reláche.
Un
jour
quelle
Sentrerenoir
á
la
tranchée
avec
le
Duc
d'Alencon
>,
€lle
lui
dit
de
vóter
,
de
Pendroit
od
il
éroi.
Un
Gentilhom-
me
nommé
de
Lude
prit
fa
place
;
il
n'y
fut
pas
platór,
quil
fur
emporté
d'un
%:
CEA
IRA
par
des
Juges
iniqnes:
37
boulet
de
canon
,
ce
qui
fit
crolre
que
Dieu
lui
réveloit
Pavenir.
On
aflre
méme
quelle
dic
au
Duc
d'Alencon
tout
ce
quí
devoit
lui
arriver
juíqu'a
fa
mort.
On
a
dit
qu'elle
avoit
fait
des
prédidtions
au
Duc
d'Orleans
qui
avoient
été
aceompiles.
Quand
on
re-
garde
une
perlonne
comme
divine
,
82
quíon
Périge
en
prophete
,
on
aide
A
la
letrre,
82
on
ne
la
chicane
pas
fur
les
prédittions.
La
Pucelle
delcendis
dans
le
fo(lé
avec
fon
érendart
au
poíng.
Un
Anglois
lui
jetra
une
grofle
pierre
fur
le
corps,
du
coup
elle
tomba
año,
«
Le
releva,
8c
dit
d
les
foldars:
Montez.
hardiment
,
entrez.
dans
la
Ville,
vous
1
trouverez“aucune
réfiflance
,
atníi
fur
le
Ville
gagnée
,
8z
emportée
de
force:
«Les
deux
freres
Suffolk
furent
faits
pri-
fonniers
,
le
troifiéme
ayant
été
trouvé
parmi
les
morts,
_Beaugency
8
Meun
fuivirene
la
de-
linte
de
Gergeaux.
Le
Duc
de
Berhford.
aflembla
une
armée
quí
étoit
compo-
lée
de
lélite
de
fes
troupes
,
recueil-
lies
du
débris
de
celles
qui
étolent
de-
vant
Orleans.
On
jugera
de
ce
qu'il
penicir
lui-méme
de
fa
fituation,
8z
de
a
canle
quil
artribuoit
á
fon
malheur
par
une
lero
quil
écrivic
au
Roi
fon;
38,
LTmocence
opprimbe
neveu..
_Aprés
la
mort
de
mon
coufin
de
Salifbery
,
ditil,
qui
ef
tombé
parlamain
de
Dien,
vos
trompes
qui
étoient
en
grand
nombe
au
fiége
d'
Orleans
ong
recu
tn
ter
sible
échec
;
cela
efl
arrivó
en
partie
par
la'confiance
que
les
ennemis
ont
env
en
une
femme
née
du
limon
d
enfer
,
dr
difciple
de
Satan
quils
appellent
la
Pucelle,
laquellé
sel
fervie
Cenchantemens
¿>
de
Jortile=
ges.
Cette
defaite
a
fait
perdre
courage
Ax
troupes
quí
reflent.
Vos
ennemis
fe
.
font
ajjemblés
en
grand
nombre.
11
falloie
-quele
Duc
de
Bethfort
furbien
crédule,
mais
il.
le
vouloit
ablolument
Sere
pour
Phonneur
des
Anglois.
Nous
nous
avancámes
dans
les
plai-
nes
de
la
Beaulle
pour
combattre
les
ennemis,
á
la
téte
defquels
s'étoit
mis
Talbot
,
devenus
lages
par
les
fautes
que
nous
avions
faites
,
nous
marchions
en
ordre
de
baraille.
Le
Connétable
conduiloit
Pavant-garde
avec
le
Maré-
cha!
de
Bouflac
+
Porton
,
la
Hire,
le
Duc
a
Alencon
,
le
Comte
de
Dunois
,
8c
le
Maréchal
de
Rieux
menoient
le
corps
de
bataille.
La
Pucelle
voltigeoit
Velcadron
en
efcadron,
82
animoir
les
foldats
au
comba:.
Elle
avoit
Part
de
les
exciter,
8z
de
leur
InÍpirer
un
cou-
zage
plus
qu'humain
;
elle
avoir
gagné
:
par
des
fages
iníques
qe
leur
cosur
8
leur
imaginarion.
Aupres.
de
Paray
,
un
cerf
que
des
coureurs
avoient
levé
,
fe
jetta
dans
les
troupes.
-
Angloifes,
de
excita
de
(i
grands
cris,
qwon
reconnut
Parmée
quon
wayolt
Pas
pil
appercevoir
,
parce
qu'une
nude
éparfle
avoir
obfcurci
Pair
,
quoiquils
Joiguiflenr
prelque
notre
avani-garde.
pie
Connétable
le.
28.
Juin
1489:
attaqua,
(1
vivement
les
Anglois
,
quil
les
rompir
,
en
tua
plus
de
quatre
mille,
6c
fir
tro1s
cens
prifomniers.
Tous
nos
-
Chefs,
par
les
efforts
quils
firent
,
fu-
rent
au-dellus
d'eux-mémes.
ls
firene
des
prodiges
;
la
Pucellequi
ne
s'épar»
ghoir
pas:
leur:
donnoit.
Pexemple.
Po=
ton
Az
dabord
Talbot
prifonnier,
il
le
tralta
avec
dearcoup
de
courtoifie,
óz
le
Lil:
retourner
a
fon
armée
:
celuia
ci
ula
dans
la
fuite
de
retour
avec
Po-
ton.
Falítol
fe
laifa
entraíner
par
le
tor
rent
des
fuyards
;
Cell
cet
efprit.de
ver»
tige
dont
parle
PEcriture
fainte.
qui
lai-
t
les.
meilleures
tétes.
|
:
-
Aprés
ce
Íucces
,
on
propofa
de
cor-
duire
le
Rola
Reims
pour
le
facrer,
La,
Pucelle
difoit
que
cette
augulte
cérémo=
Rie
annonceroit
tous.
les
grands
ficcés
que
le,
Ciel
noús,
préparort
3
mais
il
fa
>”
lotr
franchir
bien;
des
Pays
qui
n'éroieng
Combat
de
Patay
en
Baufle..
EA
rs
TIA
A
A
e
MA
TS
*
40
L
Innocence
opprimibe
38
pasanous.
Le
Roi
aflembla
fon
armée,
SC
le
mic
en
marche
5
la
Pucelle
potr-
toit
fon
Enfeigne,
PARA
En
recevant
le
Connérable
82
lon
fe
Cours.
on
avolt
exigé
par
Pinfpiration
de
la
Trémonille
,
que
le
Connérable
nallilterojr
point:au
5acre
du
Ron
quil
n'entreprendroit
point
de
gouverner
le
Rot
1
alla
en
Normandie
pour
la
con-
querir.
La
Trémouille
crargnoit
d'étre
offulqué
par
le
Connétable
;
il
prenoit
toutes
(es
précautions
pour
prévenirune
dilgrace.
¿HA
E
Auxerre
fut
la
premiere
Ville
quíon
lomma
de
fe
rendre
;:ele
répondit
qu'elle
prendroit
ce
parti,
fi
Troyes
82:
Chálon
lui'en
donnoient
Pexemple.
La”
Pucelle
ayoit
grand
foin
d'entretenir
la”
difcipline-
dans
notre
armée.
Elle
en-'
troit
dans
les
cabanes
des.
labonreurs
pour
[cavoir
comment
le
foldar
en
ulort.
avec
eux.
Elle
les
confoloir
dans
leurs”
mileres
;'elle
les
afuroic
de
fa
tendrel(le,
'
a
caule
dela
rellemblance
de
fa
condis!
tion
la
leur,
82
fe
préfentoit
4
eux
,»fomme
un
Ange
defcenda
du
Ciel.
Elle
failoit
la
guerre
dais
Parmée
aux
flles
déreglees
,
elle
parvint
4
les:
en
challer.
Une
telle
edite
faiefon
apo-
logie
contre
les
Anglois,
qui
la
dépej:
DIA
a
A
AS,
A
A
A
pe
:
Par
des
Juges
iniques.
4
Y
gnent
avec
les
couleu:s
les
plus
noires,
On
s'approcha
de
Troyes
dont
on
fit
le
fiége.
Mais
au
bout
de
deux
ou
trois
jours,
le
Roi
8z
fon
confeil
¿rdient
Y'a-
vis
de
paller
outre
,
dans
Popinion
quon
2voit
qu'aprés
le
Sacre
du
Roi,
les
Vil
les
(e
rendroient
d'elles-mémes
;
mais
la
Pucelle
métoit
pas
de
ce
fentiment,
Elle
infiíta
qu'on
demeurát
devant
Troyes
encore
quelques
jours,
82
die
au
Roi,
Sire,la
providence
mérite
bien
par
la
levée
du
liége
d'Orleans
,
la
vz
Ctolre
de
Patay
5
82
tous
les
grands
luc-
cés
qu'elle
vous
a
envoyés
,
que
vous
ayiez
de
la
confiance
en
elle;
depuis
plus
e
Íix
mois,
le
ciel
sel
declaré
pour
vous,
:
donnez-nous
feulement
trois
Jours,
82
vous
reconnoltrez
sil
eft
4
propos
de
tenir
ferme
devant
Troyes,
Sc
Í1
le
ciel
le
démentira
pour
nous
;le
Roi
le
rendir
á
la
priere
de
la
Pucelle,
Sí
au
bout
de
trois
jours
la
garni-
lon
demanda
A
capituler.
Chalon
fe
conforma
4
cet
éxemple
:
on
prit
en-
Íuite
plaficurs
Villes
qui
éroient
fur
le
chemin,
pofledtes
par
lés
Anglois
La
Valcur
de
la
Pucelle
étoir
une
valeur
de
tous
les
jours.
-
Les
habitans
de
Reims
allerentaude-
Vant
du
Roi,
Sc
le
regurent
á
la
porte
luj
Le
Roji
eft
fa-
sréaRbeims.
42
L"Imocence
opprimée
offrant
le
Dais
en
pleurant
de
joye
3
patá
mi
les
acclamations
qu'ils
lui
firent,
¿ls
en
fírent
a
la
Pucelle
quiils
reconnurent
comme
l'envoyée
de
Dieu
,
chargée
de
les
grands
delleins
pour
le
falat
de
la
France.
Le
lendemain
Renaud
de
Char-
|
tres
Archevéque
de
Reims
,
Chance-
lier
de
France,
facra
le
Roi
dans
fon
Eglife
,
oúle
Roi-d'Armes
appella
,
fe-
lon
la
coutume
,-tous
les
Pairs
Eccléfia-
ftiques
Se
Laiques
;
á
leur
défaur
le
Duc
d'Alencon,
le
Comte
de
Clermont,
les
Seigneurs
de
la
Trémouille
,
de
Beau-
manoir,
6%
de
Maillé
avec
quelques
Prélats
,
les
reprélenterent
dans
leurs
habits.
Quoique
rien
mMatrirát
plus
les
yeux
,
8
les
coeurs
de
ceux
qui
étolent
prélens,
que
Paugulte
pompe.
de
cette
cérémonie
>
la
Pucelle
qui
avoir
marché
en
entrant
dans
la
Ville
devant
le
Roi,
montée
fur
un
cheval
luperbe
,
armée
de
toutes
piéces
,
82
qui
tenoit
comme
on
la
dir,
fon
Etendart
auprés
du
Rol,
attacha
enfin
tous
les
regards
,
de
les
f-
xa:
le
ciel
lui
avoir
donné
un
port
di-
ghe
du
grand
rolle
qu'elle
joijoit.
A
la
fin
de
la
Melle,
la
Pucelle
fe
jetta
aux
pieds
du
Roi,
pleurant
A
chaudes
lar-
mes
,
embrallant
les
genoux.
Enfín
,
lui
'
dit-elle
,
Gentil
Roi
,
or
eft
executé
le.
y
..
e
A
AAA
AAA
AAA
AAA
x
par
des
Juges
iniques.
43
Plaifir
de
Diem
,
qui
vonloit-
que
vinfiez
4
Reims
tecevoir
votre
digne
Sacre
,
en
Montrant
que
vous
étes
vrai
Roi,
de
celui
auquel
le
Royaume
doit-appartenir.
A
Aprés
le
Sacre,
Sa
Majelté
alla
fui-
vant
la
coutume
de
(es
ancétres,
8z
le
confeil
de
Jeanne
d
Corbeny,
pour
y
tendre
grace
á
Dieu
du
pouvoir
admira-
ble
“que
nos
Rois
ont
de
guerir
les
£croielles.
Ce
far-lá
que:
les
villes
de
Laon,
de
Soiflons
,
de
Cháteautierry,
de
Provins
8
d'autres
places
lui
préfen-
terent.
leurs
clefs.,
8
lui
rendirent
Yhommage
qu
elles
lui
devoienr,
-.
Le
relpedt
queles
peuples
ont
pour
les
céremonies
du
Sacre
du
Roia
fa
lource
dans
PEcriture
fainte
,
8z
a-fon
origine
dans
Vantiquité
la
plus
reculée.
On
ne
doit
pas
errefurpris
li
le
Roi
érant
facré
a
les
peuples
en
foule
le
rangerent
fous
fon
obéillance,
comme
Compiegne
,
Beauvais
8
Senlis
,
Ste.
On
frappa
alors
une
Médaille
4
Phon..
neur
de
la
Pucelle.
On
voioit
Lun
córé
fon
efigie
,
82
de
Paurre
une
mañh
por=
tant
une
épécayec
ces
mots
:
confilio
com
frmata
Dei.
"Le
Duc
de
Berhfort
aptés
le
facre
du
Roi
lui
envoya
une
letrre
pleine
d'or
gueil,
oú
il
lui
prelenta
la
bataille
;
le
Y:
44
L"Inmocence
opprimée
Roi
Savanca
julqu'a
Crépy
en
Valois
;'
ec
le
Duc
julqu'i
Senlis.
Les
denx
ar-
més
le
mirent
d'abord
en
devoir
de
con-
battre
aupres
de
Montelpilloné
,
mais
P'Angloisfe
retrancha
enfuite
tellement,
quíl
paroifloit
bien
n'en
vouloir
pas
ve-
nir
aux
mains.
Nos
Generaux
furent
d'avis
de
pafler
outre
lans
les
attaquer
;
le
Roi
voulut
demander
le
fentiment
de
la
Pucelle
,
elle
répondit
quil
ne
falloit
point
s'arréter
a
les
combartre.
Les
An-
glois
ont
attribué
ala
crainte
le
parti
que
nous
primes
,
-mais
fi
nos
démarches
eullent
été
timides
,
comment
trente
vil
les
le
feroient
elles
foumifes
4
des
trou=
pes
tremblantes>
Le
Conntrable
>,
les
Maréchaux'
de
Rais
8
de
Bouflac,
le
Duc
d'Alencon,
le
Duc
de
Bourbon
;
le
Comte
de
Dunois
8
la
Pucelle
com-
mandoient
dans
cette
armée;le
Duc
de
Bethfort
alla
en
Normandie
:
Charles
partant
de
Senlis,
vint
devant
aint
De-
nis
qui
fe
rendir.
Lagny
fuívit
le
méme
exemple.
Le
Roi
vint
mettre
le
liége
devant
Pa-
ris,
un
peu
au
deflous
de
Montmartre
;
il
lomma
les
habitans
de
fe
rendre
,
leur
promettant
une
amniftie
,
mais
les
An-
glois
fgurent
les
contenir.
Le
Roi
com=
Ananda
qu'on
fit
une
puiflante
barrerie,
IA
ASS
Y
A
AAA
A
E
e
ii
cr
es
as
AA
A
h
par
des
Juges
iniques.
45
vi
quoi
on
iroit
a
Paffaut;
Pattaque
ut
vigoureule,
8z
la
defeníe
opiniátre
,
puiíque
beaucoup
de
braves
Seigneurs
y
laiflerent
la
vie.
Le
Roi
8r
toute
la
Cour
furent
le
(oir
fort
aflligés
,
dVap-
Prendre
que
la
Pucelle
étoit
demenrde
parmi
les
morts.
Un
Gentilhomme
nom-
“mé
de
Thiembrone,
ctant
allé
vers
les
Loles
pourdcgavoir
la
verité
du
bruic
quí
Courolt
dans
Parmee,
trduya
Jeanne
toute
couverte
de
lang
8
de
playes,
Sí
dans
cet
état
la
ramena
au
Roi
,
Qui
fut
au
comble
de
fa
joye
,
en
recouyrant
la
Pucelle.
Jean
Chartier
raconte
la
cho.
€
autrement,
82
dic:
que
la
Pucelle
ayant,cué
blefíée
a
la
Jambe,
82:
S'Opinia»
“ant
a
continuer
Pallanr,
le
Duc
d'A-
£hcon
la
tira
par
force
du
combar,
Charles
abandonna
lon
entreprife
,
82
latemira
une
meillenre
occalion.
Le
Roi
n'auroir
point
abandonné
ce
JUE
Svolr
entrepris,.
il
cúr
été
en
érar
€
¡faire
lubíilter
les
rroupes.
Le
Pere
Daniel
rapporte
qu'aptés
ayoir
pris
faine
Denis
qui
onvrit
les
portes.,
on
avoltato
aquéayec
fuccés
les
barrieres
de
la
por»
ey
ein
Honoré
s;
parce
qu'onjavojt
for:
Cé
le
Bouleyart
qui
les
couyroxt,
enfiice
Es,
Darrieres
«y
que;
la,
Pucelle
animée
veulant
aller
plus
Join
,.elle.s'spprochg
.
Ú
í
46
"Innocence
opprimbée
d'un
foflé
qwelle
londa
avec
fa
lance
sl
quelle
regut
un
coup
de
fleche
dans
la
cuifle
qui
ne
ralentir
point
fon
courage
3
82
enfin
elle
fut
perfuadée'
que
Pexécu-
tion
de
lon
delfeim
étoit
impollible;
5
elle.
elperoit
moins
de
prendre
Paris
par
la
force
que
par
un
loulevement'
favora=
ble.
On
jugera
quelle
éroit
la
batea
d'ame
de
plulicurs
perlonnesQuí
envieú-
les
dela
gloirede:
la
Pucelle,
fur
le
con
pte
de
laquelle
on
mettoit
toutes
les:
en
treprifes;
eroient
ravies
qu'elles
¿chonaf!
fent
,
leur
envie
les
offufquant
téllement:
qu
He
les
mRERSRAN
préjudice
deleut.
ñarion.
Le
Roi
dans
ce
tems
lá
t4ch4'
de
négocier
la;
parx
avec
le
Duc
pS
gne,
quí
quoique
Prince
de
France
avoit
ardé
aux
Anglois'
a!
-conquétir"
le
Royaume,
odil'ávoit
dívit'á-
(on
zaga,
cette
pai
chetninoit
heuteufemeñt
en
tre
cés
deux
Princes)
lotfque
le
Dadde.
Bethfote
regagna
le
Duc
de
Boutgo
ges
FP
qui
fa
palio
fafloie"
oublicr
pre
ni
tértrs,
qa
On
partágea
nes
éopes
en
>
plo
cuts.
Corps
pour
les
jetter
dans
les
places:qu
ue
des!
Bourenjenóns
5
8files
Añglois
How.
¡Uan
réunis”
dodne
LN
La
Pucelle,
dican
Cofre
de
Dúnois
qu
Cell:
|
avoit
GET
cómifon
ayancfdit
le”
|
y
/
Par
des
Juges
iniques.
47
ver
le
liége
d'Orleans
>
Sallifté
au
facre'
u
Roi.quelle
devoit
4
prelent
étre
mor=
te,
oú
ttre
aupres
de
fes
brebis.
En
efer.
1
elle
(e
fir
retirée
alors,
fon
hiftoire
niroit
ay
gré
du
Leéteur
Francois;
8z
IPardenr
pour
la
gloire,
82
le
zele
pour
e
lervice
de
la
Frahice
Pont
entraínée
-POur
combattre
au-dela
du
tems
qui
lui
avolt
été
prefcrit
,
Celt
une
defobéiflan-
ce
quielle
a
expiée
cruellement
en
ce
Monde,
afin
qWayantaéré
lavée
de
ton.
tes
les
fonillures
>
Elle
fic
pleinement
récompení¿te
dans
Pautre.
*
Elle
défir
Franquer
fameux
Capitaine
Bourgui-
210R,
qui
commandoit
un
parti,
8
quí
faifoit
la
guerre
en
voleur
;
elle
le
prit,
Sc
lui
fit
coupet
la
téte,
On
voulur
dans
“9n
procés
lui
en
faire
un
crime
;
elle
tt
qwelle
ne
fir
qu'exécuter
la
Sentence
que
de
Bailly
de
Sénlis
avoir
prononcée
contre
lui,
|
|
“Le
Selgneur
de
la
Trémonuille,
favori
"
RoL,:dans
un
tems
on
le
bien
com-
Mun)
$
furtout
cetre
conjoncture
fa-
tale
devoir
le
réunir
avecle
Connétable,
*
traverfoit
dans
toutes
les
entreprifes,
a
fadion;
8z
celle
du
Connétable
cau-'
'o1tent
bien
du
defordre.
La
Pucelle
le
JEtta
le
marin
25.
May
1430.
avec
Pos:
t9n-
dans
Compiégne,
alliégé
par
les
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par
des
Juges
iniques.
49
fement
fauvé
la
France
,
fur
le
pen-
chant
inévitable
de
la
ruine,
ait
drá
par
la
plus
noire
perfidie
abandonnée,
8z
livrée
d
Pennemi
par
le
Francois
méme
?
Apres
cela
définifez
Phomme.
(
Le
Roi
Charles
4
cette
nouvelle
fut
pénétré
de
la
plus
vive
douleur,
aufi-
len
que
tous
les
bons
Francois.
Quand
on
fgut
fa
prile
á
Paris,
toutes
les
clo-
es
qui
étoient
alors
Aneloifes,
fonne-
rent
en
figne
de
réjouiflance
3
Sí
on
chanta
le
Te
Deum
dans
Notre-Dame.
On
difoit
publiquement
dans
des
tranf
ports
de
joye
que
Dieu
avoit
enfin
chá-
tlÉ
cette
Magicienne,
cette
enforceleule
quí
enchantoit
les
Armes
viCtorieules
des
nobles
Chevaliers
de
la
Table
ron-
'£5
car
on
parloit
alors
le
ftile
de
Ro-
man.
On
ne
failoit
pas
attention
que
cette
joye
excellive
quíils
reflentoient
Etre
maftres
d'une
ennemie
qui
étoit
en
pofleflion
deles
vaincre
>
les
couvroit
de
confufion,
8z
les
avililcit,
82
lem.
olt
dire
que
n'ayant
point
púa
armes
égales
empecher
quielle
ne
triomphár
d'eux
5
ils
lui
faifoient
cfluyer
les
plus.
anglans
outrages
pour
fe
venger
5
nulle
allefle
d'ame
plus
grande.
La
Pucelle
Mt
menée
au
Chátean
de
Beaumanoir
,
elia
Croflay,
puis
enfin
a
Rouen;
Lome
XIX,
C
o
L'
Innocence
opprimée
elle
fut
accueillie
dans
tous
ces
lieux
avec
des
injures
82
des
huces
telles
qu'on
pourroit
faire
á
une
perfonne
qui
feroit
Popprobre
du
genre
humain.
La
Duchelle
de
Berhford,
zelée
pour
P'honneur
de
la
Nation
,
auroit
fouhaité
de
faire
paíler
la
Pucelle
pour
une
fille
déreglée
;
8%
comme
elle
fe
fondoit
prin-
cipalement
fur
ce
quielle
avoit
méprilé
fon
fexe
,
elle
difoir
qu'une
fille
qui
ne
le
fait
pas
honneur
de
fon
fexe
,
ne
pol-
lede
pas
ordinairement
les
yertus
qui
en
font
le
partage
é
Pornement
;
$
afín
que
cette
opinion
quelle
avoir
ft
conftante
,
elle
aflembla
plulieurs
Ma-
trones
dont
elle
voulut
avoir
le
témoi-
gnage
3
mais
elles
en
rendirent
un
tout
contratre
a
celui
qu'elle
croyolt,
8
la
fagelle
de
la
Pucelle
triompha
de
la
ma-
lice
de
les
ennemis
dans
cette
épreuve
-humiliante,
qui
coúta
une
feconde
fois
:
des
larmesameres
4
la-pudeur.
L'Hilto-
e
rien
de
la
Pucelle
*
a
écrit
que
lacu-
riméeáTou.
Miofité
du
Duc
de
Berhford
le
fitcacher
lonfcenzó50
dans
Pallemblée
derriere
une
tapifleric.
Le
Duc
de
Bethford
avoir
les
mémes
defirs
que
la
Duchele
fon
époufe
,
parce
quíil
croyoit
qu'on
mauroit
pas
dit
fila
vertu
de
la
Pucelle
étoit
décrice,
que
fes
exploits
fuflent
Poeuvre
de
Dieu,
”
par
des
Juges
¿niques.
$x
«<
d'une
providence
particuliere
pour
les
Francois
contre
les
Anglois
,
8
«que
les
premiers
fons
ce
point
de
vie,
Dau-
rolent
pas
été
regardés
comme
les
amis
c
Dieu,
82
les
derniers
comme
Pobjer
ela
hainete's
qu'on
les
difoit.
1]
croyoit
“autant
mienx
perfuader
cetre
Opinion,
que
c'elt
un
véritable
probléme
de
croi-
1£
qu'une
femme
quí
avoit
des
a
avoir
confervé
la
lagelle
d
dre
de
la
guerre
penda
Rien
vet
plus
contraire
4
la
verta
que
le
Iibertinage
qu'elle
relpire
parmi
tant
de
gens
qui
en
font
Infeétés,
Mais
ici
il
Sagiloit
une
Pucelle
choifie
pour
accomplir
les
defiéins
de
la
Providence,
a
quí
elle
avoir
Infpiré
une
US
a
Pé
preuve
de
la
cortuption
du
fiécle
>
8
ormé
un
cesur
quí
ne
donnoit
point
d'entrée
au
cri;
1€
y
E
avolt
le
(ceán
de
la
vertu,
Les
Anglois
ne
pouvant
réulir
dans
e
dellcin
de
ternir
la
pudeur
de
la
Pu-
celle
,
mirent
tout
en
ufage
pour
la
fonil-
er
d'autres
geñres
de
deshonneur,
en
la
couvrant
de
Pinfamie
de
la
magie
8
de
héréfe,
afin
que
les
vidtoites
qu'elle
avoit
temportées
fur
eux,
bien
loin
dela
“IES
paller
pour
héroine,
lui
méritallent
e
tltre
'émiffaite
de
Saran
>
de
dépofi-
293
ans
le
défor-
nt
long-tems,
-Latre
de
(on
pouvoir,
Ci
$2
L'Innocence
opprimbée
Ici
commence
le
Procés
quíils
lui
in-
renterent.
Pierre
Cauchon
Ev£que
de
Beauvais
,
aflifté
de
Jean
Magiltri,
Vi-
cegerent
,
6
de
Jean
Graverant
,
fe
di-
lant
Inquiliteur
de
la
Foi,
furentíes
Ju-
ges.
Guillaume
Eftivel
fut
nommé
Pro-
moteur,
homme
célebre
dans
l'hiftoíre
de
fon
rems
,
comme
le
plus
Ícélerar
de
fon
fiécle.
La
Pucelle
1étoit
point
jufticiable
des
Anglois
,
elle
avoit
été
piile
portant
les
armes
á
la
maín
pour
le
Roi
;
$
fans
violer
le
droit
des
gens,
on
ne
la
pou-
voit
trajter
que
comme
prifonniere
de
guerre.
Cétort
úne
jeune
guerriere
in-
trépide,
pleine
d'efprit,
auquel
elle
unil-
lo1t
des
agrémens
,
Sc
un
fonds
d'une
vrale
lagefle
qui
éroit
parte
d'un
grand
mombre
d'exploiis
d'une
valeur
infatiga-
ble
de
tous
les
jours,
qu'on
ne
voyoit
jamais
le
repofer
;
voila
fescrimes.
Elle
avolt
yaincu
trop
fouvent
les
Anglois
pour
n'en
avoir
pas
acheté
une
haine
implacable
,
82
n'étre
pas
compable
au-
pres
d'eux
des
crimes
les
plus
noirs;
telle
étoit
leur
génerolité
envers
leurs
ennemis.
11
eft
étrange
que
les
Francois
n'ayent
pas
reclamé
la
Pucelle
,
8
offert
de
payer
Ía
rangon.
Comment
accorder
£cuereconnoillance
qu'ilstémoignoient,
A
DA
A
E
E
O
A
UN
DA
ATA
«
Dar
des
Jugos
iniques.
53
cette
vénération
quils
avoient
pour
elle,
avec
lindifférence
quíils
ont
paru
avoir,
S
Pabandon
quils
ont
fait
de
fa
per-
lomne?
Je
fuis
lurpris
que
cette
remar-
Que
alt
échappé
á
tous
les
Hiftoriens.
Dira-on
quíil
auroit
éré
inutile
de
la
réclamer
á
une
nation
qui
ne
Pauroir
pas
reláchés;
8z
ne
Pauroit
pas
prile
a
Fangon.
Mais
les
Francois
auroient
du-
moins
toujours
dí
faire
la
démarche
de
la
réclamer,
82
ménacer
d'ufer
de
repré-
¿Lailles
>
$
Sobítiner
dans
ce
dellein
:
elle
méritoit
bien
quils
semprellaflent
de
S
recouyter
,
quíils
y
employallent
tous
leurs
foins.
Des
qwelle
fut
au
pouvoir
des
An-
glois
,
tous
leurs
Dodcteurs
conjurerent
contr'elle,
L'Univerlité
de
Paris
,
quí
étoit
dévoude
au
Roi
d'Anglererre,
laí
écrivit
en
ces
termes,
SIRE,
Nous
avons
appris
avec
plaifir
qu'une
émme
nommdée
la
Pucelle
Jeanne
A
candaleule
,
infeérde
d'erreurs
,
d'héré
1s
,
célebre
par
(es
ciimes,
grand
nombre
de
parrifans,
et
tombee
ER
votre
pouvoir.
Nous
vous
prions
de
A
Temettre
entre
les
mains
des
J
uges
Egliíe
pour
lui
£aive
fon
Procés
pour
3]
C
dj
qui
a
un
54
L"Innocence
opprimée
»
le
bien
de
la
religion,
afin
que
Perreny
»
8
lhérélie
foient
déracintes.
Le
ciel
»
quí
vous
a
favorilé
,
Sire
,
de
fi
erands
»
Íluccés,
vous
a
Impolé
par-la
de
plus
»
grandes
obligations
qwá
ceux
quil
n'a
>»
pas
tant
chéri,
de
faire
la
guerre
a
Per-
»
reur
$
Phéréfie:
plus
vous
tres
grand
,
>»
plus
vous
devez
ttre
pe
en-
»
vers
Dieu,
Pauteur
de
votre
orandeur.
».
Voici
les
Lettres
Patentes
que
le
Roi
»
d'Angleterre
donna.
».
Henri
par
la
grace
de
Dieu,
Roi
de
».
France
8
d'Angleterre
:
Á
tous
ceux
qui
»
ces
Lettres
verront
,
Salut.
11
elt
allez
»
Notoire
á
chacun
,
qu'une
femme
nom-
»
mée
la
Pucelle
Jeanne,
aprés
ayoir
quit-
»
té
Vhabit
de
fon
lexe
,
8
pris
Phabic
»
d'homme,
a
fait
exercer
beaucoup
de
»mallacres
82
d'homicides
,
le
difant
en-
»
voyée
de
Dieu,
féduilant
82
abulant
la
»
Nation
,
répandant
partout
qu'elle
avoit
>»
connoillance
des
fecrets
divins,
prari-
»
Quant
plulieurs
idolatries
,
82
commer-
»
tant
des
crimes
qui
intéreffbient
la
Foi
»
catholique,
Or
tandis
qu'elle
fe
fouilloit
»
de
tous
ces
defordres,
elle
a
été
prife
»
devant
€
ompiégne
armée
par
aucun
de
»
nos
fujets,
Sí
amente
prifonniere
parde-
»
vers
nous
;
6%
parce
que
notre
trés
chere
»
Fille
PUniverfité
de
Paris,
nous
a
requis
A
a
IN
A
-
A
A
A
AEezmeEnnAAnAAASAAAAASA
A
Par
des
Jaces
¿niques.
$5
que
nous
ordonnaflions
que
fon
Procés
lui
£úr
fait
par
le
Juge
Eccléfiaftique,
4
caufe
de
Pintertr
de
la
Religion.
Á
CETTE
Cause
>
pour
la
réverence
X
lhonneur
du
nom
de
Dieu,
Nous
ordonnoñs
que
ladite
Jeanne
(oit
deli-
.vrée
au
Réverend
Pere
en
Dien
PEyé-
que
de
Beauvais
,
pour
lui
étre
fait
8z
parfait
fon
Procés.
Si
donnons
en
man-
dement
á
tous
nos
Ofhiciers
Francois
8
Anglois,
quils
d'ayent
d
ne
donner
ay-
cun
empéchement
de
fatal
Evéque
de
Beauvais
5
au
contraire
4
lui
donner
tons
les
lecours
nécefMires.
Toutefois
notre
intention
elt
de
ravolr
8
reprendre
la-*
dite
Jeanne,
4
elle
n'éroir
attelnte
$z
convaincue
des
cas
luídits.
Donné
a
Rouen
Pan
1431.
On
admirera
la
fimplicité
82
Pigno-
rance
de
celui
quí
a
drellé
les
Lettres
Patentes,
qui
a
fait
un
crime
á
Jeanne
Arc
combattant
pour
fon
Roi
contre
es
ennemis
de
PEtar,
des
mallacres
8z
omicides,
qu'elle
en
a
fait
8z
fair
exer-
cer.
Cet
Ecrivain
tout
aveuglé
quiil
éroit
par
la
haine,
ne
donne
aucune
atteinte
a
la
chalteré
de
Jeanne.
Le
Cha
tre
de
Rouen,
le
Siége
Archiépifcopal
vacant
ans
les
Lettres
,
ox;
il
prie
le
Duc
de
Ouigogne,
82
Jean
de
Luxembourg
$
15].
cc
c€
ce
«6
c€
ce
ce
c€
ce
<é
«e
86
L"Inmbcence
opprimée
détenteurs
de
la
Pucelle,
de
1,
delivref.
a
PEvéque
de
Beauvais,
ne
Paccule
point
d'avoir
violé
(a
chafteté
:
ainí
les
ennemis
les
plus
furienx
qwelle
ponvoit
avoir,
ont
été
obligés
de
relpeéter
fa
vertu,
Eftivet
)
Promoteur
>
Paccuía
devant
$1
PEweque
de
Beauvais
d'étre
lorciere
,
dévinerelle,
fue
prophétefle,
invo-.
quant
les
elprits
malins
,
8
les
conju-
tant
,
fcandaleuíe
,
(éditienfe
>
troublant
1epos
commun
,
ayant
oublié
la
bien.
Íéance
de
fon
lexe
pour
fe
déguiler
en
homme,
tout
au
moins
lulpette
d'héré-
fe,
ayant
confenti
qu'on
Padorár,
ré
verác,
8c
lui
baisár
les
mains,
Telle
ef
la
fubltance
des
crimes
dontil
Paccuía,
6
quíil
orna
de
toute
la
broderie
que
la
fureur
lui
luggéra
dans
fon
déchaine-
ment.
?
Un
Procés
de
cette
hature
ne
pout-
rolt
étre
éclairé
que
par
une
informa-
tion
qui
en
feroit
Pame.
Mais
1ci
il
vau-
rolt
autant
qu'on
fut
éclairé
par
le
Pro-
moteur
lui-méme.
Puiíque
les
Témoins
quil
a
fait
entendre
étroient
des
Té-
moins
qui
non:
répeté
que
ce
quil
leur
avolt
fuggtré
:
Plutót
que
de
n'
pas
manquer
,
ils
Pont
ces
par
coeur;
Cc
étoit
un
jeu
joué,
11
falloir
que
Jeanne
A
A
o
MS
dpto
>
yr
Par
des
Jugos
¿nques.
57
W'Atc
far
lorciere
Sz
hérétique,
¿mil
faire
du
démon
:
1dolatre
;
une
valenr
quí
avoir
vaincu
fi
fouvent
les
Aneglois,
»e
pouvoit
étre
qu'une
valeur
infernale.
uroient-ils
pu
étre
battus
par
une
fille
>
“Dieu
fe
fer
des
plus
vils
inftrumens
Pour
opérer
fes
merveilles..
Mais
(e
(e.
toit-1l
lervid'une
fille
pour
óter
la
Fran
€e
aux
Anglois
>
Voila
ce
quils
ne
peu
VEnt
pas
digérer..
Leuyr
orguell
fétrira
la
Pucelle,
3£
lui
fera
lubir
le
plus
cruel
fupplice-,
plutór
que
d'avoner
cette
vé-
rité.
Le
préjugé
de
la
Virginité
elt
bien,
favorable
pour
elle
;celt
dans
une
Ar-
mée
nombreufe
quelle
la
conferve
avec
toute
la
vénération
quclle
infpire.
Ses.
ennemis
les
plus
furieux.
ne
donnent
pue
attelnte
d
cette
virginité,
au
mi
lieu
de
leurs
autres
calomnies.
Quils
y:
Plénnent
garde.
Voila
le
Íceau
que
Dieu
A
1mprimé
lai-méme
de
(on
pouvoir
y
Celta
ce
trait
quils
doivent
le
recon-
Role
+ainf
fi
nous
n'avons
point
le:
tableau
de
la
vérité
dans
Pinformation
sí
a
Contralre
que
nous
n'ayons
que
celuj
a
menfonge:,
nous
en
lommes
dédom--
par
fon
Intertogatoire,,
>
2Yant
quede
fubir
Pin.
tro
atoire
demanda
d'oitir
la
Mefles,,
mais.
on
lui.
refuía
de
la
lui
laifer
en.
Gus
Interroga-
toire
de
la
Pucelle.
58
L'
Innocence
opprimée
¡
tendre
,
parce
quelle
portoit
habit
d'homme
qu'elle
ne
voulut
point
quit=
ter;
lon
grand
crime
felon
les
Anglois
»
étoie
Phabir
d'homme
quelle
portolt.
Interrogée
de
fon
nom.
Elle
dit
qu'en
fon
Pays
on
Pappelloit
Jeannette
5
Sí
depuis
quelle
vint
en
:
France
elle
fur
appellée
Jeanne
d'Arc
>:
8
la
mere
Elifaberh;
quelle
ayoit
plu-
fieurs
parrains
Sc
marraines
;
quelle
avolt
entendu
fouvent
une
vo1x
du
ciel,
dans
un
lieu
od
il
y
avoir
une
grande
clarté.
Que
cette
volx
Pavoitavertie
lou-
vent
d'aller
en
France,
8
lui
ayoit
dic
quelle
feroir
lever
le
Siege
d'Orleans;
quelle
allár
a
Baudricourt,
commandant
2
Vaucouleur
quí
luí
donneroit
efcorte
pour
la
mener
versle
Rol,
ce
quielle
fit,
La
premie:e
fois,
ni
la
feconde
,
il
ne
tint
ancun
compte
d'elle
;
mais
la
tro1-
fiéme
il
la
requt,
Sí
la
fic
habiller
en
homme
:
1l
lu
donna
vingr
Chevaliers,
un
Ecuyer,
quatre
valets
,
quí
la
mene-
rentau
Roi.
Elle
dit
qu'elle
fgavoit
que
Dieu
aimoit
le
Duc
d'Orleans;
qu'elle
*
avolt
eu
plus
de
révélarion
fur
lui
que
fur
aucun
homme
vivant
,
fi
on
excepte
celui
qu'elle
appelle
fon
Rot.
Le
Due
d'Orleans
étoir
pere
de
celui
qui
regna
|
,
|
3
3
Dieu
,
ni
la
volonté
particuliere
,
qui
par
des
Fuges
iniques.
$9
fous
le
nom
de
Louis
XIL
8
le
Comte
de
Dunois
en
étoit
le
frere
naturel.
Interrogée
quand
elle
ayois
oi
la
voix.
Répondit
trois
fois
;
hier.
Afin
de
la
faire
couper
,
on
affeftoit
de
lui
fire
des
queftions
quí
n'ayoient
aucune
liaj-
lon.
|
Elle
dit
qu'elle
ravoit
jamais
vú
des
5
5
que
les
perfonnes
quí
lui
parloient
étoient
fainte
Marguerite
82
fainte
Ca-
therine
3
quw'elle
les
avoir
vá
fouvent
82
touchées
depuis
qwelle
étoit
en
prilon;
-
quelle
avoit
bailé
la
terre
par
ou
elles
palloient.
Quand
on
contefteroit
ces
vi.
Ílons
,
on
ne
peut
pas
lui
en
faire
un
cri-
me
;
elles
ont
gagné
fon
imagination.
Les
eeuvres
merveilleufes
quelle
a
fai-
tes
font
douter
Íi
ce
ne
font
pas
les
vojes
de
Dieu.
Elle
dit
qu'elle
a
pris
Phabit
homme
par
exprés
commandement
de
Dieu,
c'eft
lá
le
crime
eflenriel
quion
lui
a
fajt
3
mais
fans
vouloir
intéreffler
fée
qui
qu'on
peut
bien-féance,
peut
avoir
frappé
cette
fille
dire
trés-
docile
á
fa
voix
,
la
la
vertu
ne
lui
commandoient-elles
pas
de
prendre
lhabit
homme
pour
com-
Etver
fa
chalteré
dans
les
armées
,
8%
la
métre
d
Pabri
en
combatrant
>
Le
pré-
C
yj
60
L'
Innocence
opprimíe
cepte
quí
prefcrir
au
lexe
de
ne
point:
changer
Phabit
du
fexe,
elt
afin
d'em-
pecher
que
la
confufion
ne
sintroduile
|
dans
le
fexe
;
8%
pour
empeécher
de
fran-
de
la
pudeur
,
ces
ral=
chir
les
bornes
fons
n'ayoient
pas
lieu,
il
y
en
ayoit
de
prellantes
quí
Pobligeoient
de:
prendre
habi
homme.
Elle
prédic
qu'avant
fept
ans
les
Anglois
abandonneront
un
plus
grand
gage
,
que
celu
quils
ont
laillé
devant
Orleans,
quíils
perdront
tout
ce
quíils
ont
dans
la
France,
que
ce
fera
le
fruit
d'une
victoire.
Interrogée
;
í
elle
portoir
quelques
armoiries,
elle
dit
que
non,
mais
quelle
avoit
lenlementlon
érendart
;
que
leRoi
a
donné
des
armoiries
á
les
freres
>
quí
étoient
un
écu
en
champ
d'azur
ou
il
avoirdeux
fleurs-de-lys
d'or.
Le
Roid'An-
eleterre
avoir
arrribuéá
la
Pucelle
A
titre
de
vantté,
cequ'on
lui
ayoit
donné
4
titre
de'récompente.
Elle
avoit
été,
dis
ce
Prince
,
(1
audacieule
que
de
prendre
pour
armes
des
flcurs-de-lys
d'or
,
avec
ung
épés
quí
aboutiflvit
dans
une
Cou-
ronne.
]
On
lul
impute
qu'éranr
prifonniered
Baurevox
,
elle
ayoit
fanté
du
haur
en
bas
de
la
Tour
pour
fe
tuer.
Elle
avona
le
£atc5
mais
elle
dic
que
cétoir
pour
fe
0
o
OS
E
A
Du
.
y
LESA
0
LN
EIA
par
des
Juges
inigues:
Gx
auver
,
82
non
pour
fe
tuer.
Ele
dic
quelle
parla
d
lainte
Marguerite,
faint
Michel
,
fainte
Catherine
des
Page
de
treize
ans.
Quon
lui
avoit
imputé
de
parler
aux
fées
,
mais
qu'on
luiavoit
Ln
pofé.
Quelle
avoit
éré,
82
qwelle
étoit
Pobjet
de
la
vénération
des
Francois
,
82
non
de
leur
adoration
5quon
ne
lui
avoit
point
baifé
les
mains,
8z
fon
ha-
bit
de
lon
confentement
¿
qu'elle
ne
pou-
volt
pas
rélifter
á
ce
torrent
quí
entral-
noit
les
cocurs-
vers
elle.
Elle
dit
quelle
avolt
promis
au
Roi
la
premiere
fois
quéelle
le
falua
,
de
faire
lever
le
ficos
d'Orleans
,
de.
le
faire.
lacrer
,
SÁ
de
le
venger
de
les
ennemis,
En
rappellant
quelle
avoit
tenu
au
Roi
ce
quelle
lui
avoit
promis
,
elle
prouvoit
qu'elle
éroit
non
feulement
plus
qu'une
femme,
mais
plus
qu'un
homme
au-deflis
méme
des
Anglois
quelle
ávoit
vaincus
;
qwelle
2voit
agl
fuivant
les
impreflions
de
la
volonté
divine.
Le
Promoieur
lui
re.
procha
qwelle
avoir
empeché
que
la.
France
ne
fir
la
paix
avec.les
Anglois.
Elle
répond:t
quetelle
¿toir
la
volonré
de
Dieu
que
la
paix
ne
(e
feroir
qua-
pres
que
les
Anglois
(eroient
chalés
de
tance,
Elle
avoie
pourrant
commencé
4
demander
la
paix.
aux.
Anglois
,
S
leur
62
L'
Innocence
opprimbe
avoit
enfuite
fair
la
guerre.
Le
Promos
teur
lui
reprocha
qu'elle
avoit
fait
cas”
cher
derriere
Pautel
de
fainte
Carheri=
ne
de
Fierbois
une
épce
quelle
envoya
querir
pour
tromper
le
Roi;
elle
le
nia)
S
attelta
la
fimpliciré
8
la
bonne
foi,
On
Paccuía
d'avoir
fair
mourir
un
nommé
Franquel
;
elle
répondit
que
c'é-
tolt
un
voleur
condamné
ad
mort
par
Sen-
tence
du
Baillif
de
Senlis,
Le
Promoreur
Paccuía
d'avoir
féduir
les
Catholiques
,
de
s'étre
atrogé
le
cul.
te
des
Saints,
de
s
Etre
élevée
au-deffus
d'eux,
8z
placée
dabord
apres
la
lainte
ad
5
d'avoir
mis
lon
Image
dans
les
Eglites,
8
Pavoir
fair
honoter
aux
fide-
deles.
Elle
nia
les
excás
qu'on
lui
attribuoir,
éc
dir
que
le
faux
zele
du
peuple
n'érdit
point
allé
Ki
loin
>
S%
quelle
avoir
pú
Varrérer.
'
On
lui
demanda
í
elle
mettoit
(a
con=
fiance
dans
(on
étendart.
Elle
répondit
lagement,
qu'elle
met-
tolt
la
confiance
dans
celui
dont
Péten»
dart
repréfentoit
Píimage.
Elle
ajoíta
qu'ayant
été
bleffée
devant
Paris,
elle
fic
.Appendre
dans
PEglife
de
faine
Deris
ou
habit
miliraire
par
dévorion,
$
Pof.
frita
(aint
Denis
>
Comme
font
plufieurs
1
E
E
4
A
<<
Vavoit
autorifée
ce
Par
des
Juges
iniques.
6;
de
ceux
quí
font
bleflés
en
guerre
,
aufli
que
le
commun
cri
de
la
France
elt
/aint
Denis-
Montjoye.
On
lui
demanda
fi
¿lle
vouloit
(e
rap-
porter
au
jugement
de
VEglie
militante
;
elle
dit
que
ou
,
pourvú
quelle
ne
lui
commandát
rien
d'impofíible.
Elle
ajoú-
te
que
quand
PEglife
diroit
que
fes
vi-
Lions
font
des
Allulons
,
alors
elle
ne
sen
Fapporteroit
pas
a
elle,
maisá
Dien
:
elle
vouloit
dire
que
ce
ne
[eroit
pas
PE-
glife
qui
porteroit
ce
jugement
,
mais
que
ce
feroient
les
hommes.
On
lui
a
poía
quelle
avoit
violé
les
préceptes
de
Diea
en
commandant
les
hommes,
elle
quí
n'étoir
qu'une
femme
:
elle
répon-
dit
que
le
fucces
qweile
avoit
eu
en
bat.
tant
les
Aneglois
,
montroit
que
Dieu
>
Qu'elle
éroit
envoyée
de
Dieu.
Elle
montroit
par
toutes
[es
ré.
ponfes
qu'elle
avoir
du
lens
8
de
la
ral-
lón
,
8
qu
elle
étoit
conduite
par
deslu-
metes
quí
ne
Pégaroient
point.
Ona
voulu
mal-A
propos
Pimpliquer
dans
la
magie
;
elle
dir
qwelle
ne
fca-
voit
pas
fi
les
fées
éroient
de
bons
el
prits,
ou
de
mauvais
;
quwelle
ne
con-
Doifoir
pas
ceux
quí
alloient
au
fabar
ttalns
jours
de
la
femaine,
82
qwWelle
M2voit
jamais
fait
aucune
experience
la-
A
.
,
,
»
e
Pe
64
E”ITmmocence
0porimée
-
dellius.
Elle
nia
qu'cile
eur
une
mandra-
gore,
dir
que
Cétoit
une
fable
a:
la»
quelle
elle
n'ajoíitoir
point
foi;
$2
pour
Be
point
confondre
la
verité
avec
le
menfonge,
elle
dir
que
ces
voix
qui
le
commnuniquerent
á
elle
ne
lui
avolent
jamais
parlé
de
mandragore.
Vainement
laz
tendir-on
Plulicurs
piéges;
elle
mon-
tra
qu'elle
menoit
une
vie
réglce
:
elle
dit
mérnne
que
ces
voix
lui
commane
-dolent
de
vivre
chaltement,
d'aMifter
am
fervice
divin
5
qu'elle
avolt-
connu
paria
unc
lumiere
imtériegre
que
ces
voix
*
étolent
de
Dieu
>
qu'elles
Pavoient
con:
4
lervée
dans
plulieurs
dangers.
On
lui
oppofa
que
Dieu
ne
le
Cot)
muniquoit
“4
Polytauxperfonnes
quiontles
mains
far.
A
glantes,
8
quí
font
tort
á.tour
le
mon
de
;
elle
répondir
que
Dieu
communi-
quoit
(es.
lecrers
d
quibon
lui
lembloir,
On
lui
reprocha
quelle
le
vantoit
de
diícerner
cenx
que
Dieu
almoir,
Se
qu'il
3
hailloir
;.elle
répondit
quen
général
elle
+
HavO1t
jamais
parlé
de
cela,
qwelle
avoit
4
Jugé
que
Dieu
aimnoit
le
Duc
d'Orleans,
parcequielle
avoit
plaficurs
viñions.
fur
Lon
chapitre,
mais
qu'elle
ne
feavoit
rien
a
Pégard
des
autres.
On
lui
demanda
fi
Dieu
atmoit
les
Anglois;
elle.dit
quelle
He
fcavoit
rien
de
la
haine
,
ou
de
Pa»
ur
> 3
EOS
JU.
—
J
,
par
des
Juges
iniques.
268
mout
que
Dieu
leur
portoit,
ni
de
Pé-
tat
de
leurs
ames,
mais
qwelle
étoit
súre
dun
fair
quils
feroient
tous
chalés
de
tance
,
excepté
ceux
qui
romberojent
ous
le
glaive
des
Francois
quí
les
vain-
crcient
infailliblement,
.
On
Pinterrogea
de
nouveau
,
fur
ce
quelle
avoit
fanté
la
Tourde
Baurevoir;
elle
dit
qwelle
avoit
vonlu
sévader
,
-
Quelle
Sétoit
trop
expolée
,
qu'elle
n'a-
volt
point
contulté
en
cela
les
voix
5
quelle
sen
repentoir,
quelle
en
avoit
demandé
pardon
á
Dieu
,
8z
Pavoit
re-
mércié
de
ce
quil
lui
avoit
fervi
de
lau.
ve-garde
dans
cette
occafion
,
comme
ans
plulicurs
autres.
Le
Promoteur
la
prit
4
partis,
par=
ce
quelle
difoit
Sielle
agifloitpar
Pinf-
piration
divine
,
comme
fi
elle
eú
voulu
dire
qu'elle
ne
péchoit
jamais.
Elle
ré.
pondit
qwelle
1avoic
pas
cette
pré-
Omption
,
82
que
par
la
grace
de
Dieu,
elle
táchoit
de
ne
le
point
offenfer,
8z
he
point
blefler
fa
conícience
;
que
les
Saints
qui
lui
apparoiffoient
,
la
follicj-
tolent
vivement
a
fe
confeller
;
quelle
ne
Ícait
(1
elle
eft
digne
d'amour
oy
de
ame,
mais
que
tour
[on
defir
ne
ten-
O1t
qua
étre
agréable
4
Dieu,
82
dle
Etvir
de
tout
fon
corur
és
de
toute
lon
66
L"
Innocence
opprimée
4
ame.
On
lui
demanda
de
nouveau
fi
elle.
ne
peníoit
pas
qu'ayant
des
révélation$.
elle
ne
pouvoit
pas
étre
en
peché
mortel
;
elle
répondir
quelle
sen
rap-
portoit
a
Dieu,
8z
qu'elle
étoir
súre
que
í1
elle
perdoir
la
grace
de
Dieu
,
les
Saints
6
les
Saintes
celleroient
de
la:
vifiter.
Et
quant
d
ce
qwon
lui
demanda.
pourquoí
elle
fe
confelloit
fi
louvent
ayant
la
confcience
pure
,
elle
répondit-
que
la
confcience
la:plus
nette
avoir
be-
foin
d'étre
fouvent
nertoyée.
Ainfi
loja
de
donner
aucune
prife
a
[es
Juges,
elle.
leur
fermoit
la
bouche
,
on
entalfoit
queftion
fur
queftion.
On
lui
reprocha
qu'elle
commandoit
an
Roi,
aux
Prin-
s
ces,
aux
Généraux
;
elle
répondit
que
le
Roi
lui
faifoit
cer
honneur
de
pren-
>
dre
les
avis;
que
les
Princes
8
les
Ba.
rons
le
faifoient
un
plaifir
de
lui
obéirz
que
les
Généraux
le
foumettoient
a
elle,
que
c'étoit
proprement
Dieu
qui
don-
noit
la
loi
4
tous,
qwils
agiffoient
tous.
de
concert
pour
challer
les
Anglois
hors
du
Royaume.
On
lui
reprocha
qu'elle
ne
le
faifoit
point
fervir
par
des
femmes,
mais
par
des
hommes
,
qu'elle
rendoit
parla
la
pudeur
fort
fufpedte
;
elle
ré-
pondit
qu'aucun
homme
ne
lui
avoit
.
rendu
de
lervices
fecrets
,
mais
des
fer-
par
des
Juges
iniques.
67
Vices
extérieurs-;
que
quelque
part
quéelle
couchár,
elle
faifoit
coucher
une
emme
avec
elle
,
sil
y
en
avoit
,
finon
elle
couchoit
toute
vétue
8z
armée,
pout
éviter
le
foupcon
8z
le
feandale,
quí
eut
tomber
fur
une
jeune
femme?
on
acculoit
d'avarice
:
elle
dit
quelle
na.
Voit
jamais
acquis
d'argent
par
des
voyes
Ulicites,
que
ce
quelle
avoit
étoit
pour
la
paye
de
les
foldats,
quelle
n'avoitau-
tre
bien
que
les
bienfaits
de
fon
Roi.
On
lui
reprocha
d'ayoir
proferé
des
blaf-
phémes
dí
des
lermens
ulités
par
les
gens
de
guerre
;
elle
le
nia
,
8z
aura
qu'elle
Re
Croyoit
pas
avoir
jamais
juré
le
nom
de
Dieu.
On
lui
demanda
fi
elle
croyoit
queles
Saints
quelle
voyoit
avoient
un
corps
materiel
,
elle
dit
quelle
Sen
rap-
portoit
á
Dien.
La
belle
queftion
á
faire
4
une
fi
€
qui
n'a
eu
aucune
inftrudtion
dans
fa
jeunefle
lá-delfis
1
Le
bean
[pettació
e
voir
des
Dodteurs
quí
cherchent
á
:
furprendre
une
jeune
fille,
qui
á
Paide
e
fon
naturel
excellent
,
fe
débarrafloit
e
leurs
vaines
queltions,
$
mo
0-
Í0it
que
fon
innocence
4
leurs
rules
8
Cuts
dérours
!
parce
quelle
porta
au
Sa-
Cre
du
Roi
fon
Etendart,
8<
le
tenoit
de.
Vat
Sa
Majefté.
On
lui
demanda
pout-
68
L
Innocence
opprimbe
quol
elle
Payoit
préferé
aux
autres
érefla
darts
,
elle
répondit
que
cétoit
Péren-
«dare
qW'elle
avoit
porté
dans
le
voyagt.
de
Reims
,
8
qui
avoit
conduit
le
Rof
-
parcequ'elle
avoit
refulé
de
répondre>.
$c
de
jurer
fur
certains
points
qu'on
luf.
avolt
demandé
,
(es
Juges
difoient
quek
le
mépriloit
'Eglife,
ne
voulant
obéit.
a
lon
Eyéque
quí
lui
commandoir
de
répondre.
Elle
dit
que
ce
qu'on
lui
de-
.mandoit
intérelloit
les
fecrets
de
fon
Rot,
2
ne
devoit
point
étre
révelé
dans
fon
Procés
,
qu'elle
mourroit
plutór
que
de
contenter
leur
curiofité
;
que
s'ils
en.
vouloient
Ígavoir
davantage
,
ils
pouf-
roient
en
écrired
Sa
Majelté,
qui
fgar
soit
éclaircir
leurs
doutes.
:
¿8
Interrogée
fur
fa
foi
á
PEglife
8z
an
Pape,
elle
afíura
quielle
le
foumertrot
volontiers
au
Pape
coinme
Vicaire
de
Pr
en
terre
;
qu'elle
reconnoifloir1
E-
glife
pour
fon
Juge
dans
les
cas
qui
con
cernolent
la
foi
3
la
confcience:
que
ll
elle
erroir,
elle
prioit
fes
Juges
de
la
corriger
,
qu'elle
leur
obéiroit
8z
fe
re.
tracteroit.
y
Enfin
Pon
peut
dire
qwil
n'y
avoit
pas
ombre
d'héréfie
danstour
ce
quelledirs
$
qua
bien
examiner
fes
réponles,
la
vérité
Ec
fon
innocence
parloient
poul
'
A
:
par
des
Juges
iniques.
69
elle
,
82
que
le
procés
quon
lui
fufcitoit
étoit
une
machination
indigne
quí
a
avill
82
désradé
la
nation
Anglorfe.
Cétoit
choquer
les
lumieres
les
plus
communes
du
bon
lens
,
que
de
pré-
endre
qu'une
bergere
eúr
de
delltin
ormé
entrepris
de
loutenir
quelques
héréles
>
Celt
foutenir
Pidée
la
moins
vralfemblable.
Tour
fon
langage
ne
rel-
piroit
que
Pamour
de
fon
falut
,
Cétok
tout
ce
que
rendoient
fon
elprie
S
fon
cocur.
Tel
étoit
le
difcours
qu'elle
te-
noit,
quand
elle
difoir
que
les
Saintes
«quí
lui
apparorlloient,
lui
avoient
pro-
mis
de
la
conduire
en
paradis
,
pourvúl
quelle
confervár
fon
corps
exempt
de
louillure,
82
/e
tint
toujours
vierge,
eft-
ce
le
langage
d'une
fille
qui
n'elt
pas
lage!
On
mauroit
jamais
Epuifé
la
mariere,
fi
on
rappelloit
tous
les
articles
fur
lef.
“quels
on
Pa
Interrogée,
Holité
de
(es
Juges
ne
la
per.
L
femble
quils
ont
pris
plailir
de
peindre
leur
rage
Sí
leur
fureur
;
8
la
grande
envie
qu'ils
avoient
de
la
trouver
criminelle,
Elle
leur
dit
que
fur
ía
reli-
gon
ils
ne
produiroient
jamais
aucun
té-
Molgnage
contr'elle,
qu'elle
(e
foumer-
ASE
an
Jugement
apofltolique,
dont
elle
Bréferoxr
le
jugement
au
leur
,
le
fainr
La
maligne
cu-
12
rien
Sip
A
Sentence
du
24.Mai
1431.
qui
condam-
ne
la
Pucelle,
70
L"Innocence
opprimóe
E
Pere
1étant
point
comme
eux
fon
mot.
tel
ennemi.
be
Le
Promoteur
Payant
taxée
dans
les”
conclulions
d'étre
luperftitieule
,
Ícanda-
leufe,
forciere
,
devinerelle
5
Invocatri-
ce
de
malins
elprits,
hérérique,
impie,
Ichilmatique
>»
coupable
d'avoir
déguilé
lon
£ixe
en
s'habillant
en
homme,
8%
d'ayoir
tendu
des
pléges
au
peuple,
86
a
toutes
lortes
de
perlonnes
par
fes
vi-
fions
82
les
apparitions
fanlles
,
la
Sen“
E
tence
du
24.
Mai
1431,
fut
conforme
afes
conclulions
,
8
on
déclara
que
tout
ce
qu'elle
avoit
fait
au
fervice
du
Rol
iS
de
France,
avoit
été
execuré
par
le
mi-
niítere
du
diable,
dont
elle
“avoir
có
Porgane,
on
la
livra
au
bras
lféculier.
Tous
les
efforts
de
fes
Juges
tendoient
a
perfuader
que
les
exploits
de
la
Pucelle
éroient
Pouvrage
du
démon»-
afin
de
pouvoir
-réparer
la
honte
8z
12%
confufion
des
Anglois,
8z
de
ternir
la
gloire.
Leur
éloquence
ridicule
pa
mal-4-propos
dans
la
Sentence
des
lienx
communs
fur
la
vigilance
avec
laquelle
1ls
devoient
arracher
les
lemences
er-
reur
$
d'infidelité,
82
fur
les
artifices
d'hérétique
pour
répandre
leurs
Opinion
pernicieules
dans
des
tems
périlleux,
les
colorant
de
dehors
capables
Vimpoler
+
a
»
par
des
Juges
iniques.
71
8
de
féduire.
La
£inffe
application
de
ces
figures
failoit
jurer
cette
Sentence,
en
relevoir
Piniquité,
8¿
en
faifoit
un
Monument
qui
déshonoroir
la
nation
ngloile.
A
ce
Jugement
opinerent
les
véques
de
Courance
8$z
de
Lizicux,
le
Chapitre
de
PEglife
Cathédrale
de
Ouen,
feize
Doéteurs,
82
fix
tant
Li-
centiés
que
Bacheliers
en
Thcologie
,
Onze
Avocats
de
Rouen,
Il
net
pas
érrange
qu'nne
cabale
de.
Vouée
á
PAngleterre,
qui
avoit
Pautó-
r1té
en
main,
alt
prévalu,
8
quon
ne
reconnoille
plus
ce
Concile
perpétuel
établi
dans
le
centre
de
la
Nation
pour
en
defendre
les
loix.
Quant
P
Angleter»
te
na
plus
dominé,
PUniverlité
a
bien-
tÓt
[cu
rentrer
en
polleflion
de
fa
gloire,
On
expofa
la
Pucelle
fur
un
échafaut
en
Public,
ou
elle
fur
dúement
préchée,
catechilée
,
6%
remontrée,
Dieu
Ícair
quel
lermon,quel
catechifme
>
Sí
quelle
"€montrance!
Et
commeon
Pexhorta
de
€
loumertre
au
Jugement
de
PEglife
,
elle
répondir
qwelle
entendoit
íe
fou-
Mettre
á
ce
que
la
raifon
lui
prelcri-
voit
,
comme
elle
Pavoit
toujours
témol-
gné
;
quielle
le
foumettoit
au
jugement
e
Dieu,
8c
de
notre
faint
Pere
le
Pape;
$
comme
elle
vit
quelle
ne
s'expliquoir
vo
LD
Innocence
opprimée
pas
encore
au
gré
de
fes
Juges,
82
quielle
crut
qu'on
pourroxt
paller
outre
,
elle
dir
qwelle
croyoit
tout
ce
que
VEglife
croyokt
3
X
que
puilque
des
gens
fages:
foutenoient
que
les
apparitions
n'étoient
pas
de
Dieu,
elle
le
vouloit
croire,
%
fir
une
abjuration
publique
telle
qu'oB
la
lui
fuggera
:
on
Pa
inferde
tout
28
long
dans
fon
procés
,
on
n'en
peut
tire!
aucun
avantage.
Ofera-'on
dire
qwellé
étoit
libre
>
Sur
quol
intervint
Sentencó
par
laquelle
elle
eft
ablouze
du
lien
d'ex-
communication
,
$
condamnée
á
un
prifon
perpétuelle
,
ut
cum
pane
doloris
¿bi
commifja
delióta
deflerer
,
82
des-los5
elle
reprit
les
habits
de
femme,
8z
of
Penvoya
en
prifon
,
oú
on
la
mit
dan$
une
cage
de
fer,
les
fers
aux
pieds.
Mal
ce
n'étoit
pas
le
dérrouement
que
les
An
-
glois
vouloient
qu'eut
cette
affaire.
US.
avoient
juré
la
mort
a
quelque
prix
qué.
ce
fút.
lis
lui
tendirent
un
piége
poub.
venir
á
leur
but.
Jls
mirent
fon
habit
d'homme
a
cóté
d'elle
,
afin
de
lui
E
faíre
un
crime
1rrémifible
au
cas
qu'ellé
le
reprir.
Elle
ne
fur
pas
fi-tót
feule
,
6
livrée
a
elle-méme
,
quelle
le
repentó:
de
fon
abjuration
,
8%
le
vétit.
Le
lende”
main
matin
on
la
trouva
dans
fon
an
cien
appareil.
On
Pinterrogea
fur
C6
1
changement
O
malssoni
la
cia
Par
des
Fuges
iniques.
75
changement
de
décoration
y
elle
répor
tc
qu'elle
lavoir
fair
exp:
€s
par
le
com-
mandement
des
Saintes
,
82
qu'elle
aj-
Molt
mieux
obéir
4
Dieu
qu'aux
hom-
mes.
Elle
n'étoit
plus
frappéé
de
la
crain-
te
de
la
mort,
elle
étoit
perfuadée
quel-
le
éroit
éclairde
de
la
vérité
a
qui
elle
evoit
tout
facrifier,
On
Jugera
quel
étoit
le
carattere
de
cette
file
pour
le
cccur
$2
pour
Pelprit:
fr
cela
on
la
dé.
clara
hérétique
>
relaple.
Elle
fut
ren-
voyée
de
nouveau
au
bras
(éculier,
oy
elle
fat
condamnée
détre
brúide
toute
Vive,
par
Sentence
du
30.
Mal
143r.
quí
fur
depuis
envoyée
au
Parlement
de
Paris
pour
y
¿tre
enregiítrée.
On
ne
le
contenta
pas
de
la
condamner
4
>
loríqu'on
envoya
au
dernier
lupplice
,
8
on
éctivic
fur
la
mitre
ces
Mmots
,
héré.
31que
>
relapfe,
apoftate
,
idolatre
;
82
On
portoit
au-devant
d'elle
un
tableau
Plein
des
injures
les
-plus
atroces
;
la
mort
cruelle
quelle
alloir
(ubir
,
Nérant
Pas
capable
d'alfouvir
la
furenr
des
An-"
glois.
Mais
dans
ce
torrent
d'injures
,
Us
n'eurent
jamais
le
front
d'en
vomir
quí
Alérriflent
fa
pureté,
8z
elle
alla
au
dernier
(upplice
,
emportant
la
réputa-
on
avoir
une
chalteré
integre.
Zome
X[X,
,
D
y
%
a
cl
74.
D'Inmocence
opprimée
E
Quand
on
voulut
lui
faire
fubir
le
demier
fopplice,
elle
foutint
avec
beau=
coup
de
grandeur
d'ame
le
trifte
rolle
quelle
jouoit
:
ni
la
crainte
de
la
mort,
ni
l'ignominie
,
ni
'horreur
de
fon
fup-
plice
ne
firent
aucune
impreflion
fur
+
elle
qui
la
troublár.
Il
éroit
aifé
deju-
ger
qu'elle
portoit
fes
vhies
au
ciel
¿que
.
toutes
les
idées
que
les
objets
de
ce
mon-
h
de
dans
ces
momens
infpire,
sévanonil-
loient
devant
la
gloire
éternelle
qui
So
froit
á
elle,
Sa
démarche
étoit
ferme
82
allurée.
Les
archers
qui
Pefcortoient,
fembloient
dire
eux-mémes
,
nous
con-
h
duilons
á
la
mort
une
martyre
;
maislon
vifage
,
le
fidele
tablean
de
fon
ame
fur
lequel
le
public
lifoit
avidement
fes
fen-
timens
,
étolt
le
plus
beau
fujer
de
ce
Ipeétacle
:
difons-le
de
fon
triomphe
au
milicu
de
fes
opprobres
8z
de
les
hu-
miliations,
5
Quelle
oppofition
de
ce
vifage,
on
Lon
voyoit
tout
enfemble
une
expreflion:
de:la
bravoure
,
de
la
valeur
méme,
82.
de
la
modeltie
,
%%
de
la
fage/le
du
lexe,
8
de
je
ne
fgai
quel
air
qui
n'étoir
pas
commun
,
uniayec
les
graces
d'une
ai-
mable
fille
;
82
des
vilages
farouches
de
-
gens
fubjugués
par
des
paílions
tumul-
.
tueules
quí
y
étolent
peintes
;
cétoir
L3-
«Sia
pu
vs
ic
-
par
des
ages
iniques,
e
image
de
la
pafíion
de
Jelus-Chrift.
1á
on
peuts'écrier
en
voyant
une
jeune
fille
de
vingt
ans
aller
ay
fupplice
avec
tant
de
fermeré,
environnée
de
latellites
:
Qui
ef
cette
infortunde
qu'on
charge
de
tant
de
crimes
+
On
volt
que
da
premier
coup
d'ceil
celtune
perfonne
extraordi=
naire
:
Celt
dans
le
fond
une
fille
inno-
cente
quí
ignore
le
nom
du
vice
,
cel
une
21maZone
qui
a
relevé
Pempire
de
la
France,
qui
a
terr
allé
les
Anglois.
C'eft
Jeanne
d'Arc,
viCtorieule
de
cette
Na-
tion
,
dont
le
deltin
a
voulu,
que
trahie
par
ceux
qui
Paccompagnoient,
elle
ate
<edé
a
la
force
,
2
dont
les
ennemis
en
le
vengeant
d'elle
,
veulent
égaler
les
Outrages
8
les
indienirés
quils
lui
font
efluyer
¿la
Soátilon
qu'elle
leur
a
faie
éptouver,
]ls
Ppublient
eux-mémes
leue
honte
avec
beauconp
defoin
;
quelle
de-
volt
Étre
cette
fille
lupérieure
4
fes
en-
nemis
,
qui
ne
fe
démentoit
póint
,
8z
quite
polfedoir
parfaitement,
82
ne
fai
Ío1t
rien
dans
de
telles
conjonétures
d'in-
digne
delle
>
Elle
fur
d'abord
liée
4
un
ucher
drelfé
fur
un
échafaur
qu'on
avott
falta
la
Place-aux-veanx,
au
vieux
rché
¿
Rouen.
On
oblerva
quelle
employa
fainte-
ment
le
court
ulage
de
la
vie
quon
lui
D
y
y6
D'
Innocence
opprimée
laiíla
5
elle
tine
lon
coeur
perpétuclles
ment
élevé
a
Dieu
:
on
le
jugea
par”
Pair
laint
de
fon
vilage
,
8%
quelques
pa-
-4
roles
qui
lui
échapperent.
Polydore,
Virgile,
dit
qu'on
lus
entendoit
dire
y'
Dien
foit
beni,
pendant
que
tous
les
re-
gards
érolent
atrachés
fur
elle
;
4
peine
le
feu
fut
mis
a
fon
bucher
quelle
fue
La
Pucelle
Crouffce,
EL
fa
robe
fut
d'abord
a1/2,
dit
eE
brúlée.
le
manufcrit
de
M.Dapuis.
Le
voile
érant
levé
,
le
peuple
curienx
(2)
écarta
alors,
dit
Pauteur,
le
feu
8
la
confidera
pour
éclaircir
les
doutes
,
82
crur
de
voir
des
fignes
qui
n'éroient
pas
équivoques,
8£
que
le
feu
avoir
refpeétés.
La
curioficé
fatisfaite
,
le
bourrean
remit
le
feu,
dont
'el'e
fut
toute
conlumée,
8z
ré-
duite
en
cendres,
quon
affeóta
de
jet»
ter
dans
la
riviere
a
caule
de
la
préten=
due
magie.
On
lit
dans
ce
méme
manu-
(crit
,
que
des
perfonnes
qui
éroient
pré-,
venues
pour
elle,
ontcrú
fermement
que
par
a
fainteté,
elle
Sétoit
échappée
du
feu
,
82
qu'on
brúla
á
fa
place
une
autre
petlonne,
dans
la
peníée
que
ce
fut
elle-
méme.
Mezeray
a
dit
qu'on
trouva
par»
fes
cendres
lon
coeur
tout
entier”:
ce
mi-
7
.
;
(4)
M.
de
la
Roque,
Auteur
du
Traité
de
Mo-
ble(Te
,
chap.
43.
pag
153»
tapporie
ce
Manuícrit
,
PL
clk
contenue
cette
circonftance,
,
Ferro
CATA
e
E
A
Ei
E
A
>
7
a
par-des
Jones
iniqués.
A
tacle,
í
on
y
ajoute
foi,
ne
Íauroit
érre
regardé
que
comme
une
preuve
de
fon
innocence.
Ce
méme
Hiftorien
dit
qu'on
vit
senvoler
du
milien
des
flames
“une
colombe
blanche
;
Celt
bien
la
pour
le
coup
le
[ymbole
de
Pinnocence
:
mais
on
dira
que
quelque
innocente
quelle
loit,
quil
meft
pas
impollible
quil
ny
att
la
quelque
fupercherie
,
8
je
neré
«pondrois
pas
que
la
prévention
bien
fon.
dée
en
faveur
de
fon
Innocence,
Mait
fait
croire
quon
voyott
cette
colombe
blan-
che
senvoler.
Dans
le
cours
de
ce
procés,
une
Bre-
tonne
vinta
Paris,
quí
foutint
publi-
quement
que
la
Pucelle
éroit
envoyée
de
Dien,
quelle
avoit
plulieurs
révela=
tions
8
communications
avec
des
An-
ges.
Elle
ne
voulut
point
changer
de
fen-
timent,
quelque
difcours
quon
lui
tínt,
quelque
prédicateur
quíon
employát
pour
lui
perfuader
me
Opinion
contrai-
te.
Elle
fut
échafandee,
prechée
publi.
quement.
:
enfin
on
lui
fir
efuyer
le
fup-
plice
d'étre
brúléele
z.
Septembre
1430.
€pt
mois
auparavant
la
mort
de
la
Pu-
celle.
Quel
honneur
pour
la
Pucelle
d'a-
voir
eu
une
martyre
pour
elle
!
le
Pere
ofquier
Jacobin
,
condamna
haute-
At
ceux
quí
avoienr
jugé
la
Pucelle,
D
1j
78
L
Innocence
opprimée
$
les
menaga
de
la
juítice
de
Dien-
1H
fut
arréré
,
8cil
auroit
fubi
une
peine
capitale,
sil
ne
íe
fir
retracté
;
encore
fut-11
condamné
á
une
amende
honora-
ble,
ad
le
dédire
publiquement,
84
une
longue
prifon
,
8:
d
jeímer
au
pain
écd
lean,
|
Le
théatre
d'ignominie
de
la
Pucelle,
placé
a
Rouen,
a
éré
converti
dans
un
théatre
d'honneur.
On
y
a
placé
la
fta=.
tue
dans
une
niche
fons
un
dóme
fou-
tenu
par
quatre
pilliers
au-defus
d'une
belle
fontaine
:
elle
eft
repréfentés
ha»
billée
en
femme
tenant
une
épée
nue
3
mais
comme
les
bras
font
rompus
,
on
ne
Ícait
cela
que
par
tradition
,
deforte
que
ce
monument
honorable
recoit
un
relief
du
fupplice
cruel
quelle
a
fubi
f
a
E
ar
¡De
pri
a
A
4
LA
dans
ce
lieu.
Quon
rappelle
la
ftatue
quon
lui
a
érigée
d
Orleans,
quí
y
fub-
fifte
,
on
verra
que
vainement
on
a
vou.
la
la
flétrir
,
la
déshonorer.
Touta
conf:
piré
á
Pélever
malgréla
fureur
des
Ano
glois
,
an
comble
de
la
gloire:
ainf
elle
a
des
trophées
á
Orleans,
qui
eftle
lien
de
fon
premier
triomphe
,
8
á
Rouen
quí
eft
le
lieu
de
fon
fupplice.
Compiégne,
oú
elle
a
été
trahie
8£
abandonnée
aux
Anglois
,
témoigna
qwelle
déteftoit
certe
trahifon,
$
elle
ERA
PIDA
par
des
Juges
iniques.
29
ne
voulut
jamais
le
rendre.
Ce
fut
une
des
plus
belles
réfiftances
quíil
y
ait
dans
Phiftoire.
Flavy
qui
en
droit
le
Gouvet-
neur
,
paya
de
la
períonne,
malgré
les
ordres
du
Roi
,il
ne
voular
pas
la
re-
-mettre
au
Duc
de
Bourgosne
,
dilant
.
Que
le
fervice
du
Roi
le
lui
défendoir,
parceque
ce
Prince
étoit
Perthiemi
de
ce
Monarque.
Aprés
fix
mois
de
liége
,
durant
lefquels
Philippe
de
Gamache
Abbé
de
Faron
,
contribua
4
defendre
la
place
avec
Flavy
,
le
Comte
de
Ven-
dóme
vint
enfin
au
fecours
de
Com-
piégne
,
82
donna
(14
propos
dansles
li.
gues
des
ennemis
,
quil
fit
lever
le
fié-
ge:
aiii
la
Pucelle
,
quoique
prife
par
les
Anglois
,
eut
la
gloire
aprés
la
mort
qu'on
levátle
fiége
de
Compiégne
quel.
le
défendoir.
Nous
fimes
en
état
aprés
la
mort
d'achever
de
conquerir
la
France.
11
fem-
le
qu'un
tableau
abregé
du
relte
de
cet-
te
conquéte,
foit
nécelfaire
á
certe
hi-
ftoire
,
quoique
ce
relte
ne
(oir
pas
fon
Ouvrage.
On
lui
en
donne
toute
la
gloire,
parceqwelle
la
applani:
le
Comte
de
Dunois
prit
dans
ce
tems-la
1431
laVille
de
Chartres,8z
battitle
Duc
de
Bethford
Evant
Lagny
que
celui-cy
afhiégeoit
,
$
lui
fit
leyer
le
ltége
ayectant
de
dé-
|
D
ij
1
Bataille
de
Formigny.
do
LD”
Eunocence
opprimée
fordre
,
qu'il
laifía
dans
le
camp
fon
ba:
gage
82
les
canons.
Les
trois
années
Ílut-
vantes
»
les
Anglois
furent
challés
de
plufiecurs
Places,
louvent
battus
par
ce
grand
Capitaine.
Le
Roi
fit
ía
paix
avec
le
Duc
de
Bourgogne
,
€
sóta
une
cruelle
épine
du
pied.
Les
Pariliens
in-
troduiligent
le
Roi
dans
leur
Ville,
8z
challerent
les
Anglois
;
ce
fut
la
le
coup
de
partie.
Les
années
fuivantes
>
les
ar-
mées
Frangoifes
furent
yiGtorieufes.
Le
Comte
de
Dunois
fe
fignala
par
la
prile
de
Roiien.
Le
Comte
de
Clermont,
Prince
du
Sang,
tailla
en
pieces
les
An-
glois
a
Formigny.
Dabord
il
fur
défait
;
mais
le
Comte
de
Richemont
Conné-
table
>
furvint
avec
un
corps
de
Cava-
lerie
confidérable,
quí
rétablit
entiere-
ment
la
fortune
des
Francois
,
8
les
ren-
dit
vitorieux
de
leurs
ennemis
,
quí
eurent
prés
de
quatre
mille
hommes
tués.
Bayeux
82
Caén
furent
foumis
:
toute
la
Normandie
fut
conquife
,
á
la
congutte
de
cette
Province
>
fucceda
celle
de
la
Guyenne
par
le
Comte
de
Dunois.
Bourdeaux
eyr
une
capitulation
honorable
:
ce
fut
alors
qu'on
lui
accor-
da
un
Parlement.
qui
jugeroir
diffiniti.
vement,
Gen
dernier
rellort
de
toutes
les
caules
dont
il
feroi
appellé
dans
2
A
AS
AS
ta
AS
E
O
«un
cheval
blanc
>
Couver
Par
des
Juges
inigues.
81
le
pays
Bordelois
:
ce
(ont
les
termes
de
'Hiltorien.
Je
ne
puis
me
défendre
de
repré=
lenter
Pentrée
olorieule
du
Comte
de
Dunois
dans
Bourdeanx
>
Íuivi
de
trois
Princes
du.
Sang
,
quí
fervoient
fous
lut,
qui
lui
obéifloient,
€
qui
lui
cedoient
€
Fang
en
toutes
choles
,
comme
au
Lleurenant
Général
du
Rot.
ll
marchoit
eul
au
milicu
de
la
pompe
monté
fur
t
de
velours
bleu
en
broderie
dor:
aprés
lui
mar-
choient
enfemble
les
Comtes
d'Angon-
léme,
de
Clermont
8
de
Vendóme,
qui
étoient
les
trois
Princes
du
Sang
4
evant
los
étoit
le
grand
Ecuyer
d'écu-
t1le
du
Roi,
8
devant
le
grand
Ecuyer
marchoit
Mellire
de
Trainel
des
Urlins
Chancelier
de
France
5
(11
étoit
homme
d'épée,
auffi-bien
que
de
robé.
)
11
éroit
armé
d'un
corler
d'acier
54
avoit
par-
elus
une
cotte-d'armes
de
velours
Gra-
moify.
Devantle
Chancelier
,
marchoir
une
haquence
blanche
,
couverte
dune
oulle
de
velours
bleu,
lemée
de
fleuro-
e-lys
dor,
portant
les
(ceaux
dans
un
etit
coffre
,
couvert
aulli
de
velours
low,
femé
de
fleurs
de-lys
Por.
*
Apres.
la:
rédudtion
de
Bourdeaux
,
AY/ONNE
ouvrir
Les
portes
au
Comte
de
D
y
82
L”Innocence
opprimée
-Dunois
:
ainli
le
Duché
de
Guyenne
fut
entierement
réuni
fous
Pobéiflance
du
-
Ros
Pan
1451.
82
les
Anglois
le
trouve-
rent
challés
de
tout
ce
quils
avoient
pofledé
en
France
,
excepté
de
la
Ville
de
Calais
qui
wa
été
reprile
(ur
eux
que
cent
ans
aprés
,
Ígavoir
Pan
1557..f0us
le
regne
d'Henri
1
1.
Les
Anglois
renterent
envain
quelque
tems
aprés
de
faire
loulever
la
Guyenne
-
8
Bourdeaux
s'étant
révolteé
,
fue
réduic
par
le
Roi
Charles
VIL
qui
eut
labonté
de
lui
pardonner
:
tel
elt
le
tablean
de
+
la
conquéte
que
le
Roi
Charles
VII.
fit
de
fon
Royaume.
La
Pucelle
d'Orleans.
y
employa
une
annce
;
elle
fir
lever
le
fiége
d'Orleans,
bartit
les
Angloisá
Pa-
tay,
6%
fir
lacrer
le
Roi
a
Reims.
On
employa
23.
424.
ans
e
ache-
ver
la
conquéte
:
le
Comte
de
Dunois
fut
le
grand
ouvrier
qui
opéra
pendant
cet
intervalle
de
tems
:
Celt
lá
le
véri-
table
relief
de
la
vie
de
ce
Héros.
Jamais
Prince
n'eut
moins
de
difpofi-
tion
á
faire
des
conquétes
que
Charles
VIL
á
caufe
de
fon
indolence
8
de
fon
amour
pour
le
plaifir;
mais
jamais
la
France
ne
produilit
de
Íi
grands
Capi--
taines
8z
de
fi
vaillans
foldats
,
82
par-
dellus
cela,
la
Pucelle
d'Orleans
;
ef
A
par
des
fuges
iniquos.
83
le
plus
beau
point
de
vie
qu'on
puille
conliderer.,
e
Enfin
Pinnocence
de
la
Pucelle
pré-
valut
fur
tous
les
artifices
que
mirent
|
en
ceuvre
les
Anglois,
82
lui
gagna
tous
|
les
efprits.
|
Quoique
la
colere
de
Dieu
qui
eft
patient
,
parce
quill
eft
érernel
fuivant
le
langage
de
Tertullien
,
patiens
quia
eternus
y
differe
méme
A
vengeance
iul-
ques
dans
Pautre
monde,
elle
éclare
fou-
vent
dans
celui-ci.
|
On
obfervera
que
lEvéque
de
Beay-
vais
mourut
fubitement
d'apoplexie
,
en
le
faifant
rafer“la
barbe.
Guillau-
me
Eftivet
Promoteur,
fur
droufé
dans
-
e
grand
chemin
,
en
un
lieu
oú
Pon
fou-
y
lageles
befoins
de
la
nature.
J'ai
toujours
regardé
la
mort
fubite
comme
une
des
grandes
vengeances
du
ciel
,
parceque
celt
une
mort
qui
nous
dérobe
le
tems
de
nous
y
préparer,
82
qui
nous
ravit
ces
momens
decififs
que
nous
pouvons
mettre
a
profit
pour
Péternité,
Un
certain
Nicolas
Midy,
domelti-
que
de
PEvéque,
faux
témoin
>
Qui
dé-
pofa
contre
la
Pucelle,
fut
pourri
,
in-
etté
de
ladrerie.
Un
nommé
Guillaume
avy
,
autre
faux
témoin
,
fut
étranglé
Par
La
femme
3
mais
Dieu
vouloit
que
D
yi
AAA
A
A
A
e
AAA
/
On
rétablit
da
mémoire
*
de
la
Pucclle,
84
L'Imocence
opprimée
Pinnocence
de
la
Pucelle
éclarár
par
d'aurres
preuves
plus
frappantes.
Son
Innocence
le
fir
bien-tór
jour
par-tout
,
82
perga
les
lieux
les
plus
obícurs
:
c'elt
une
.
de
ces
lumieres,
qui
précedant
la
vérité,
Pannonce
á
tout
le
monde.
Robert
Ci-
bole,
Chancelier
de
PUniverfité
de
Pa-
ris,
compofa
un
livre
contre
ceux
quí
Pavoient
décrice
comme
hérétique
;
82
Gerfon
quí
a
tenu
le
méme
rang
dans
cette
grande
8z
cclebre
compagnie,
aprés
avolr
examiné
cette
hiftoire
,
s'é-
criez
4
Domino
factum
efl.
ifhud
,
d
ef
mirabile
in
olulis
noftris.
Dés
que
Paurore
de
l'innocence
de
Jeanne
d'Arc
eut
répandu
Ía
lumiere
,
a
mere,
Jean
,
Jacques
8c
Pierre
les
freres
,
travaillerent
dá
éreindre
la
mé-
moite
du
procés
fait
contr'elle.
Charles
VII.
voulut
quils
prélentaflent
requéte
a
Calixce
troifiéme
Pape,
qui
par
une
Bulle
exprefle,
donna
commillion
de
re-
voir
ce
procés
a
Jean-Juvenal
des
Ur-
fins
Archeveque
de
Reims,
Guillaume
Chartier
Eveque
de
Paris,
8%
Richard
Olivier
Evyéque
de
Courance.
Le
Car-
dinal
d'Eftouteville
préfida
a
la
revúe
de
ce
procés
;
on
y
apporta
toute
l'atten-
tion
pollible.
Comme
le
Promoteur
avoit
accuíé
Jeanne
d'Arc
de
magle,
id
par
des
Juzes
iniques.
8;
d'intelligence
avec
les
démons
,
afin
de
faire
éclater
la
véricé
,
on
chargea
le
Doyen
de
Vaucouleur
,
8
un
Chanoine
de
Tours
d'allerá
Beauvais
informer
de
la
vie
de
Li
Pucelle.
Le
rapport
fut
que
jamais
on
avoit
foupconné
cette
fille
de
"magie
,
que
Pínnocence
de
fes
moeurs.
ctolt
prouvée
par
de
fréquentes
com-
muntons
5
que
la
fontaine
des
dames
,
Varbre
fée,
le
bois
chenu
qu'on
avoit
voulu
empoilonner
de
magie,
étoient
des
dénominations
de
chofes
trés-inno-
centes
qu'on
trouvoit
dans
cette
cam-
pagne
ou
elle
étoir
nes,
quí
Pembellifl
foient.
Les
Prélars
,
Commillaires
du
Pape
,
chargés
de
Pexamen
du
procés
,
a
la
requéte
du
pere
82
des
freres
de
la
Pucelle,
citerent
tous
ceux
quí
avolent
quelqu'idée
de
fon
procés
,
quelque
connoillante
de
ces
procedures
,
8z
¿ls
révelerent
bien
des
mylteres
d'iniquité.
lls
appellerent
aufí
¿la
méme
requéte
des
perlonnes
de
confideration
en
grand
nombre
,
pour
dépofer
de
la
vie
%
des
meurs
de
la
Pucelle
,
qui
déclarerent
-
-
qwelle
n'avoit
jamais
donné
lieu
au
moindre
foupcon
5
qwils
ne
pouvolent
le
défendre
de
regarder
plalieurs
de
fes
actions
comme
divines
;
quils
avolent
Cié
témoins
de
toutes
les
prédictions
36
LTwmocence
opprimbe
qui
avolent
éré
accomplies
contre
torg
tes
les
apparences
;
que
dans
les
confeils
de
guerre
ot
elle
(e
trouyoit,
elle
don-
noit
des
ouvertures
qui
ne,
fe
préfen-
toient
d
perfonne
;
quielle
propofoit
fes
projets,
lestentrepriles
au
Roi
8
aug
]
Généraux
;
que
loríqwils
ne
l'écoutoiene
as»
elle
leur
parloit
,
8z
les
perluadoit,
E
alluroit
du
fuccés
»
Sí
que
Pévene-
ment
répondoit
4
fes
promelles,
Enfn,
aprés
que
les]
Uges
eurentouicentdouze
témoins,
dont
le
moins
agé
avoit
3
5»
ans
>
8
le
plus
vieux
90.
1ls
callerent,
annullerent
la
procedure,
Se
déclarerent
Jeanne
d'Arc
innocente
de
tous
les
cri-
mes
qu'on
lui
avoir
impofés
,
rétablirent
la
mémoire
;
condamnerentle
Jugement
tendu
contr'elle
comme
nul
>
Injuíte
,
calomnieux,
Sz
Pouviage
de
la
violence,
Xls
firent
lacerer
fon
procés
;
1ls
ordon-
nierent
que
la
Sentence
qui
rétabliffoir
La
mémoire,
feroit
publiée
dans
la
Place
de
S.
Andréa
Roiien
ox
Pon
feroit
une
Proceflion
généralezaprés
quoi
Pon
feroir
un
lermon.
Le
lendemain
ils
voulurent
aufli
que
la
méme
Proceffion
le
fitau
vicux
marché
,
on
l'on
feroir
pareille-
ment
un
féermon.
On
y
a
depuis
érigé
la
flatue.
Cette
lentence
de
jultificarion
fut
rendue
2
5»
ansapres
qu'elle
fur
fé
-
y
o
SAA
Par
des
Fuges
iniques.
87
trie
au
mois
de
Juiller
1456.
Á
leptié-
moins,
tous
valets
des
Juges,
qui
dé
poferent
contre
la
Pucelle
,
on
en
op»
pofe
plus
de
cent
,
dont
une
grande
par=
te
porte
la
qualité
de
Princes,
Ducs,
Abbés
8
Cardinaux.
Les
attes
portent
Exprellément
qu'on
ouít
32.
témoins
de
Dom
Remy,
36.
d'Orleans
,
22.
de
Roiien,
8%
19.
de
Paris.
Les
premiers
Juftifierent
fon
innocence
du
loupcon
desmagie.
Les
leconds
82
derniers
don.
nerent
des
bonnes
preuves
de
la
pudi-
cité,
8z
les
trolfiémes
dépoferent
fayo-
rablement
pour
fa
Religion.
On
trouve
dans
le
livre
de
M.
Hor.
dal
plus
de
cent
Auteurs
étrangers
quí
publient
fes
louanges,,
fans
ceux
de
no-
tre
nátion,
8z
ceux
qui
lui
font
le
moins.
favorables
ne
jettent
que
des
doutes
82
des
foupcons
qui
fe
diffipent
facilement..
La
véritd
ef
parfaitement
éclaircie.
On
doit
rappeller
ici
les
honnenrs
que
Charles
VIL
a
'rendu
a
la
Pucelle
"Orleans,
en
Pannobliflant
avec
Jac-
es
Day
ou
d'Arc,
8z
labelle
Romée:
'On
pere
8
la
mere;
Jacquemain
8c
Jean
Day
,
€
Pierre
Perrel
(es
freres
,
enfemble
leur
lignage
>
leur
parenté
,
82
“ACUL
pofterité
née
82
4
naftre
en
ligne
maículine
8%
£éminine.
Les
Lettres
Pa-
38
L'[mocence
opprimée
rentes
en
font
données
Meun
fur
Yerre
en
Berry,
au
mois
de
Décem-
bré
1429.
Prélens
Gregoire
Langlois
>
Evéque
de
Sées,
82
les
Seigneurs
de
la
Trimouille,
82
de
Termes.
Elles
furent
enregiltrées
á
la
Chambre
des
Compres
de
Paris
,
transferée
4
Bourges
le
16.
Janvier
de
la
méme
annce,
quí
lors
commencoit
á
Paques
:
en
voici
les
ter-
Lettres
de
mes,
Carolus
Dei
grati4
Frincorum
Rex
mobleieac
4d
perperuam
rei
memoriam
magrificarri
Pucelle,
8
4
divinacelfitudinis
uberrimas
,
nitidifimafe
£es
parens.
que
gratias
celebri
minifterio
puelle
Joan-
ne
Day
,
de
Dompremejo
chare
>
b
di-
lecta
nofire
,
de
Bailliviá
Calvimontis
,
feu
ejus
refforta
elargitas
,
(rc.
confide-
rantes
infuper
per
ipfam
Foannam
puellam
multemode
impenfá
,
E
que
in
futuram
impendi
/peramus
;
certifque
aliis
canfs
ad
hoc
animum
nofirum
inducentibus
,
pra-
Jatam
puellam
,
Tacobumr
Day
,
diéti
loci
de
Dompremejo
patrem
;
I/abellam
ejus
uxorem
matrem
Jacqueminium
,
Joannens
Da)
,
€
Petrum
Perretum
y
fratres
ipfus
puelle,
(7
totam
ejus
parentelam,
(>
li-
gragium
,
O
in
favorem,
(Y
pro
contem-
platione
ejufdem
,
6
eorum
parentelam
mafinlinam
d*
femininam
in
legirimoma-
Erimonio
natam
,
O
naftituram
nobilita--
vimus
,
E
per
prefentes
de
gratia
Jpecialis
UN
o
ca
AAA
nr
%
par
des
Juges
iniques.
85
O
exnofirá
cerrá
fientiñ,
6
plenitudine
Poteftatis
nobilitamus
,
d>
nobiles
facimus,
concedentes
expreffe
>
ut
dicta
puella
,
diéts
Jacobus
,
Ifabella
>
Jacqueminus
,
Joan
nes
E
Petrus
,
(>
ipfins
puelle
tota
pa-
tentela,
(>
lignagium
,
d
ipforum
pofiea
Yitas
nata,
E
naftiture
in
fuis
altibus
,
in
Judicio”,
£*
extra,
ab
omnibus
pro
nobili-
bus
habeantur,
(>
reputentur
,
(50.
Con-
_cedentes
ejfdem.,
¿>
eorum
pofleritati
tam
maftuline,
quam
femine
in
legitimo
ma-
trimonto
procreate
,
€
procreanda
,
ut
ipfi
feoda
,
€
retrofeoda,
(>
res
mobiles
4
no»
bilibus
,
E
aliis
quibufcumqne
perfonis
Acquirere
y
O
tam
acquifitas,
quam
ac-
quirendas
retinere
,
tenere
,
(*
poffidere
valeant
,
atque
pofint
,
'c.
Datum
Mag-
duni
fuper
Ebram
,
menfe
Decembri
anno
Domini
1429.
reoni
verd
noftri
octavo.
Et
fur
le
repli
elt
écrit,
per
Regem
Epif-
copo
Sagienfi,
Domini
de
la
Trimouille,
O
de
Termes,
dy
aliis
prafentibus.
Signé,
Malliere.
Expedita
in
Camerá
Compntorum
Domini
Regis,
decimá-[extd
die
menfis
Tanuarii
anno
Domini
1429.
ibidem
regifirata
in:
libro
Chartarum
bujus
temporisfol.
111.
Signé
,
Agréelle,
62
fcellé
du
grand
Sceau
de
cire
verte
>
fur
double
queue
en
lacs
de
foye
rouge
X
verte,
90
L"
Innocence
opprimée
Certe
chartre
fut
adreílée
au
Baillg
de
Chaumont
en
Bafligny
,
pour
étre
*
.
regiftrée
par
devant
lul.
e
quí
Sexecu-
ta
Pan
1429.
Elle
a
été
regiítree
en
la
Cour
des
Aydes
de
Normandie,
fui-
vant
lon
arrér
,
le
13
Decembre
1608.
Signé
,
de
Planes.
Etienne
Pafquier
Ávocat
Géneral
en
la.
Chambre
des
Comptes
dans
les
Re-
cherches
de
la
France
,
dit
,
que
ce
Pri-
vilege
de
Noblelle
eft
admirable
,
82
non
encore
oétroyé
áaucune
autre
fa-
mille
qui
celle-ci,
11
ajoire,
que
le
Roí
Charles
Vil.
pour
donner
a
la
poltert-
té
des
témoignages
des
valeureux
ex-
ploits
de
cette
Pucelle
,
lui
donna
pour
Armes
un
Ecu
d'azur
á
l'Epée
d'argent
mife
en
pal
la
poínte
en
enhaut,
ayant
la
croifée
82
le
pommeau
d'or
,
foute-
nantune
Couronne
d'or,
$
accompa-
gnée
de
deux
Fleur-de-lys
d'or.
Et
qu'il
eratifía
aufli
la
famille,
du
furnom
du
Lys.
Cela
le
voit
dans
les
Regiítres
de
la
Chambre
des
Compres
,en
ces
ter-
mes
:
4
Meflire
Pierre
du
Eys,
Che-
valier,
frere
de
la
Pucelle
,
fix-vingt
Y
sme
livres
pour
fa
penfion
de
l'
année
1454»
Et
en
un
autre
artícle
:
4
Jean
du
Lys,
frere
de
la
Pucelle
,
Ecuyer
»
Bailly
de
Vermandois
,
7
Capitaine
de
Chartres,pa-
LAIA
a
A
€
A
A
AA
par
des
Jages
inigues.
91
reille
fomme
pour
fapenfion
de
Pan
1454»
-
Celt
pourquor
Allain
Chartier
Se-
cretaire
du
Roi
appelle
cette
Pucelle
,
Jeanne
du
Lys.
Voici
ce
qu'il
dit
en
lon
hiftoire
,
page
69.
Arriva
une
flle
de
Páge
de
18
a
20
ans
par
deyers
le
Ro£
au
Chátel
de
Chinon
,
nommée
Jeanne
de
Lys
la
Puselle.
.
Les
mémes
regiítres
de
la
Cham-
bre
des
Comptes
portent
,
que
Char-
les
d'Orléans
fit
don
de
Plíle
aux
Berufs,
contenant.200
arpens
>
alíile
dans
la
_riviere
de
Loire
dépendante
de
fon
appanage
,
au
méme
Pierre
du
Lys
8
á
Jean
fon
fils
,
pour
en
jouit
leur
vie
durant
,
par
Lettres
du
26
Juil-
ler
1443
,
employdes
dans
un
compte
de
Pan
1444,
8%
dans
un
autre
de
Pan
1456.
Aink
ls
quitrerent
le
nom
de
Day,
pour
prendre
celui
du
Lys,
LES
allulion
aux
Fleurs-de-Lys
de
l'Ecu
de
France.
On
a
mis
en
doute
(1
Pintention
du
Roi
Charles
VIL.
en
annobliffant
la
Pu-
celle
'Orléans
,
a
éré
de
tranfmettre
la
nobleíle
á
la
pofterité
feminine
de
les
freres
,
parcequiil
eft
du
ftile
ordinaire
de
plulicurs
autres
Chartres
d'annoblir
máles
8
femelles
;
mais
non
pas
les
delcendans
des
filles
,
fi
elles
ne
con=
tradtent
des
alliances
nobles.
92
L'Imocence
opprimée
e
Mais
toute
la
difficulté
eft
levée
;
car
a
la
requilition
de
M.
le
Procureur
Gé-
néral
en
1614,
le
Roi
óta
Particle
quí
regardoit
la
pofterité
féminine
;
ainái
la
porterité
féminine
qui
épouferoit
un
Roturier
n'annobliroit
pas
les
delcen-
dans.
Les
principaux
Anteurs
qui
ont
écrit
les
faits
héroiques
8
qui
ont
refuté
les
crimes'qu'on
lui
impoloit
par
ca'om-
nie,
font,
Migellus
,
Jean
Bouchet,
¿Eneas
Silvius,
depuis
Pape
appellé
Pie
V.
Saint
Antonia
Archevéque
de
Flo-
rence
,
Paul
Jove
Evéque
de
Noceva,
Guilbert
Génébard
,
Archevéque
d'Aix,
Arnaud
de
Pontac
Evéque
de
Bazas,
Charles
de
Bourgueville
Sieur
de
Bras
Lieutenant
Général
du
Bailly
de
Caén,
Jacques
Meyer
Flamand
,
Jean
Né-
der
,
Jean
Moucler
y
Jean
Gerfon
,
Deltrio
:
Les
Peres
Jean
Mariana
Cauf.
fin,
Petau
8
Girard
Jeluites
,
SÍ
au-
tres
quí
Pont
eltimée
Sainte
8z
Martyre.
Martin
Franc
Secretaire
de
Felix
y.
parle
de
la
Pucelle
avec
diftinttion,
dans
fon
Champion
des
Dames.
Le
Cardinal
Baronius,
dans
le
fupplément
de
fes
Annales,
rapporte
qu'elle
finit
la
vie
avec
un
courage
plus
que
mále.
Paradin
Doyen
de
Beaujen
,
dit
qu'elle
Sl
par
des
Juzes
iniques.
93
Cto
aufli
chalte
qu'innocente
du
cri-
me
de
magie.
Marchieu
dir
fur
les
Dé-
cilions
de
Gui
-
Pape
,
quelt.
84.
quelle
pritles
armes
par
infpiration
divine
,
82
-
Quelle
rétablit
le
Royaume
de
France
dans
fon
luítre.
Le
Prelident
Chafla-
Rée
dit
qwelle
releva
le
courage
des
Francois
abatus
,
82
rétablic
leur
glo1re
,
Sc
leur
liberré.
Nos
Hiltoriens
Pont
comparée
a
Débora
€
á
Judirh.
La
devife
qu'on
lui
attribue
convient
bien
a
lon
genre
de
mort
8
aux
im-
preflions
quíil
produit
dans
les
e(prits.
'Celt
un
Phoenix
quí
fe
brúle
fur
un
bucher
avec
ce
mot
:
Zavito
funere
viver,
1
vivsa
malgré
la
mort.
Plulieurs
familles
le
font
prévalues
des
moindres
rapports
qu'elles
ont
eu
avec
la
Pucelle.
La
famille
de
Gu:von,
qui
la
logea
á
Orleans
,
fe
dit
Noble,
Celle
de
Cailly
4
la
priere
de
la
Pucel-
le,
a
obtenu
de
Charles
V
11.
la
No-
lefle.
On
raconte
que
le
Sieur
de
Cail-
ly
qui
la
(uivi
lor(qwelle*
fe
retira
de
la
mélée,
pour
demander
á
Dieu
la
yi-
Etolre
dans
un
combat
quí
le
donna
4
Orléans
,
la
trouva
entourée
de
Che-
rubins
,
82
viten
méme
tems
un
grand.
nombre
d'Anges
qui
combartoient
les
£nnemis.
La
Noble/le
qu'on
lui
conte»
94
E'Immocente
opprimée
ftoit
fut
confirmée
>
8
il
prit
pour
Át=
mes
trois
Cherubins
aiflés.
Ce
ne
[eroit
pas
la
premieré
fiótion
qui
déco:eroit
une
hiltoire
de
Noblelle.
Charles
VII.
exempta
de
la
raille
8
de
tous
fublides
,
a
caule
de
la
Pucelle
,.les
habitans
de
Gréaux
82
de
Dom
Remi.
Privilege
que
nos
Rois
ont
confirmé
fous
leur
Regne
julqwa
Louis
XII
L
de
quí
la
confir-
mation
eft
en
date
du
mois
de
Juin
de
Pan
1510.
-—Lilluftre
compatriote
de
ces
Villa-
geols
leur
a
fait
jonir
des
fruits
de
la
gloire
,
comme
on
le
peut
recueil-
lir
des
Regiftres
de
PEleótion
de
Chau-
mont
en
Baffigny
,
oú
Pon
voit
d'année
en
année
a
cóté
des
villages
de
Gréaux
8“
Dom
Remy
:
Néant
la
Pucelle.
Les
Lorrains
ont
prétenda
que
la
Pu-
celle
d'Orleans
étoit
de
leur
nation
;
mais
en
le
fuppofant
,
la
Lorraine
étant
unie
á
la
Couronne
,
on
pourroit
ton-
jours
regarder
cette
Heroine
comme
Frangoife.
Mais
d'ailleurs,
Dom
Remy
lica.
de
la
naiflance
¿tant
du
Diocefe
de
Toul,
8
du
reflort
de
la
Prevóré
d'An-
delot
,
Bailliage
de
(haumont
en
Bafli-
egny
»
de
l'
Election
de
Langres;
ils'en-
Íuit
inconteftablement
que
la
Pucelle
eft
-
Frangoiíe.
De
tout
temps
les
Villes
,
er
sai
O
ad
ri
e
A
par
des
Juges
iniques.
95
les
Royaumes
ont
ambitionné
la
gloire.
d'avoir
donné
le
jour
aux
perlonnesil-
luftres.
-
Nous
avons
eu
un
Poéte
*
qui
acon-
lacré
la
veine
dans
un
Poéme
de
dou-
*
Chapelaisk
ze
Chants
a
Phonneur
de
la
Pucelle
;
.
mais
il
a
verliifié
1
durement
,
que
sil
a
contribué
á
la
gloire
de
la
Pucelle
ios
fon
deflein
,
il
n'y
a
pas
fervi
par
execution.
_Cet
Ouvrage
de
longue
haleine
a
prelenté
une
Pucelle
quí
a
eu
autant
d'Anglois
qwéelle
a
eu
de
Frangois
pour
leóteurs.
atmfi
je
n'al
garde
de
citer
au-
cun
endroir
de
ce
Poéme.
J'aime
mieux
tapporter
ce
que
Malherbe
,
un
de
nos
premiers
Pottes
lyriques
a
dit
fur
la
mort
de
cette
Pucelle.
t
L'Ennemi
tout
droit
violant
,
*
Belle
Amazone
,
en
vous
brúlant,
Témoigna
fon
ame
perfide
:
Mais
le
deltin
n'eut
point
de
tort
;
'Celle
qui
vivoit
comme
Alcide
Devoit
mourir
,
comme
il
et
mort,
Virgini
Aurelianení,
Dum
pafim
Angligenas
,
fundifque
Pha-
langes
,
DInnocence
opprimée
Et
Regi
reddis
,
Gallica
Sceptra
fut
Quid
juvat
>
ornatum
generofa
Puella
virilem
Sumere
quí
fexum,
difimulare
tuumn.
Ut
vir
credaris
non
ef?
mutandus
amiélus
Define
fat
virtus
,
te
probat
efjevirum.
-
A
la
Pucelle
d'Orleans.
Quand
des
Anglois
viétorieníe
Tu
portes
dans
leurs
Camps,
la
déroute
Si
Veffrol,
Et
[gais
(i
bien
rendre
¿ton
Rol
De
fon
Thróne
affermi
,
la
joniflance
heureule
,
A
quel
delfein
te
traveltir
2
Pourquoi
ton
fexe
démentir
2.
L'habit
pour
te
croire
homme,
elt-1l
li
nécellaire
?
Celle
donc
de
ten
faire
honneur.
Et
croi
que
ce
qu'on
te
volt
faire
Se
doit
á
ton
habit
bien
moins
quwá
ta
valeur.
*
e
Rapin
Thoiras
fait
une
Differtation
quil
a
inferée
á
la
fin
du
Regne
d'Hen-
ry
VI.
Roy
d'Angleterre,
oú
il
a
exa-
miné
par
quel
efprit
la
Pucelle
a
agi.
Si
ceft
par
un
efprit
divin,
ou
par
un
el-
prit
diabolique,
ou
par
un
jeu
concerté
par
>
:
Parodes
fuces
¿niques.
97
par
le
Comte
de
Dunois,
ou
par
d'au-.
tres
Selgneurs.
Jai
cru
que
pour
ne
lajl
ler
rien
d
delirer
dans
cette
Hiltoire
,
je
devois
approfondir
ces
queftions.
Je:
le
ferai
en
peu
de
mots,
$
avec
pré-
cifion
,
8
les
traiterai
dans
les
princi-
pes.
E.
Les
Anglois
éroient
trop
interellés
á
ini
regarder
la
Pucelle
comme
magicienne,
(és
d-
croire
pour
ne.
pas
adopter
le
fifteme
qui
lui
E
AEidar
donnoit
cette
qualité.
]ls
CroyOlent
par
pe.
la
fauver
leur
gloire
,
€
difoient
quon
ne
pouvoit
rien
leur
imputer,
fi
elleles
avolt
valncu
,
puilquiils
avoient
éré
obli.
gés
de
ceder
au
pouvoir
dudémon.
Nous.
ayons
yú
en
ce
Recueil
dans
toutes
les
oc-
calions
,
od
on
a
parlé
de
magie
,
com-
bien
on
doit
étre
fir
les
gardes
li-deffins.
Quelles
raiflons
auroit
le
démon
de
donner
fon
pouvoir
a
la
Pucelle
,
de
la
rendre
viétorieule
des
Anglois?
Dieu
auroit-il
permis
que
le
démon
pút
exer-
cer
fon
pouvoir
dans
un
évenement
fi
important
>,qui
influe
fur
le
gouverne-
rent
de
l'Univers.
Le
démon-
lui-mé-
me
auroit-1l
fait
choix
pour
conduire
[es
entrepriles
,
d'une
perlonne
qui
ap=
-
prochoit
fouveut
des
Sacremens;
qui
-“étott
d'une
chalteré
integre
,
$
cele-
bre
par
fa
virginité
,
qui
méloit
fes
Vi>
lol
Tome
XIX,
Ús
ad
93
LE
Innocence
opprimée
fions
des
Saints
82
Saintesavecles
chofes
qui
concernoient
fon
falur,
qui
érort
fon
principal
objet
felon
elle?
omment'
ayoit-elle
répondu
lorfqu'on
Pavoit
in-
rerrogóe
2
adopte-t-elle
quelques
laper-
ftitions
,
quelques
pratiques
de
magle
?
Quon
diftile
quelques
unes
de
les
1é-
ponfes,
donton
réndra
le
lens,
y
trou-
yera-t-on
rien
quí
fe
refíente
du
com-
merce
avec
les
demons
+
8
v'y
parle-
t-elle
pas
louvent
de
fon
falut,
donr
elle
eft
jaloufe,
de
la
frequentation
des
Sacre=
mens
,
de:
la
confiance
en
Dieu
qui
elt
reprelentte
par
fon
en
elgne
»
8
non
de
la
confiance
dans
fon
enlelgne.
-
Si
Von
tranferivoit
pluhieurs
de
[es
ré-
ponfes,
on
y
versoit
la
vertu
,
la
pieté,
Si
étoir',
dir
Monftrelet
,
toutes
fes
pa-
roles
du
nom
de
Dieu,
pourquoi
grand
partie
de
ceux
qui
la
voyoient
»
Ó*
oyoient
parler
,
avoient
grand!
credance
quelle.
avois
été
imfpirée
de
Diem,
comme
elle
fe
difoit
Uétre.
-
Jean
Chartier
dit,
quelle
étoit
de
belle
vie
(>
homnéte
,
quelle
fe
confeffoit
bien
.
fouvent
,
Gr
recevoit
le
corps
de
notre
Sei-
gneur
prefque
toutes
les
femaimes,
Celui
quí
a
fait
le
fupplement
de
PHiftoire
de
Jean
Chartier
,
%
qwoa
appelle
PHiltoire
de
la
Pucelle
,
dir
,
que:
Par
des
Juges
iniques.
99
Pluficars
grands
Seígneurs
venoient
genti-
ment
habillés
pour
tacher
d'ayoir
fa
compa-
gmie
charnelle
,
mais
aufi-tór
quils
la
Yoyotent
toute
manvai/e
volonté
leur
ceffoit.
Eft-ce
lá
une
fille
quon
puille
appeller
un
inftrament
dans
la
main
du
diable
>
-
On
voit
quelquefois
paroítre
fon
1gno-
Yance
dans
quelques-unes
de
les
r<pon-
les
;
mais
elle
n'a
pas
la
fource
dans
une
Opinion
,
8
une
erreur
A
laquelle
elle
Í0it
attachee
,
le
bon
fens
,
le
lens
méme
merveilleux
ne
lufilent
pas
feuls
pour
nous
éclairer.
Refuloit-elle
de
fe
préter
a
linftruétion
+
D'ailleurs
quon
me
di-
fé
pourquoi
les
démons
favoriferoient
plutór
les
Frangois
que
les
Anglois.
je
ferois
bien
curieux
qu'on
men
apporrác
quelques
raifons.Dira-t-on
que
le
démon
n'a
point
d'autres
raifons
quelon
caprice;
Íur
ce
fondement
il
lera
permis
de
le
faire
intervenir
quand
on
voudra.
11
faut
donc
décider
que
le
démon
n'a
eu
aucune
part
aux
actions
de
la
Pucelle
,
cherchoris
une
autre
cau'e.
Suivant
la
laine
Théologie,
Dieu
feul
a
foin
de
gouverner
le
monde
gxil
érablit
des
loix
generales
fuivant
lefquelles
il
dipofe
de
tous
les
évenemens,
non
feulement
dans
Pordre
de
la
nature
,
felon
lequel
il
gouverne
le
monde,
mais
dans
Pordre
E
ij
190
L'
Innocence
opprimée
de
la
grace,
fuivant
lequel
opere
le
fas
lut
des
hommes
,
%
le
confomme
leur
reprobation.
11
fort
quelquefois
de
ces
lo1x
générales
pour
gouverner
PUnivers,
dans
une
occaflion
pour
convertir
par
exemple
ala
foi
un
peuple
entier;
cette
loi
générale
dont
il
sSécartera,
celt
ce
qu'on
appelle
un
miracle.
Apres
avoir
-“éxaminéla
conduite
de
la
Pucelle,
82
nous
érre
convaincus
que
ce
n'elt
pas
Pouvra-
ge
du
démon,
le
fentiment
qui
veut
quelle
air
agi
par
inÍpiration
divine
fe
prelente
á
nous.
La
fo1
ne
nous
impole
pourtant
aucun
joug
la-dellus..
-
1
ne
paroít
pasa
Rapin-Thoiras
qu'on
doive
avoir
recours
á
Pinfpiration
diyi-
ne;
car
pourquoi,
dit-1l,
favoriferoit-elle
plutór
ls
Frangois
que
les
Anglois2
Mais
on
repond
que
fans
examiner
lef-
quels
érpient
les
mejlleurs
catholiques
,
ou
les
Anglois
,
ou
les
Frangois
;
la
Fran-
ce
ma
velle
pas
Pavantage
fur
'Angleter-
re,
d'ayoir
perleveré
dans
la
Religion
3
ne
peut-elle
pas
á
caufe
de
cela
avoir
éré
"
favorifée
de
Dieua
qui
Pavenir
elt
pre-
lenta
Ajoútons
que
la
caufe
du
Roi
de
France
étoit
la
caufe
du
légitime
poflel-
feur
que
le
ciel
défendoir,
Sans
avolr
recours
au
miracle,
nous
nous
artachons
toujours
au
Chriftianif
DA
o
ó
e
AAA
AA
IA
ci
E
Y
par
des
Juges
inigues.
101
me
,
quand
nous
croyons
que
C'eft
par
une
permiflion
divine
que
cette
villa-
geoile
s'eft
prefentée
au
Roi
pour
com-
mander
[es
armées,
qwelle
les
a
com-
mandces,
qu'elle
a
combattu
les
'An-
glois
,
les
a
vaincus;
rien
n'arrive
fans
la
permillion
de
Dieu,
8
quil
ne
le
con-
duife
fuivant
la
loi
générale
felonlaquel-
leil
gouverne
le
monde
,
les
évenemens
ordinaires
,
ainfi
que
les
évenemens
ex-
traordinaires.
Mais
y
a-t-1l
quelque
cho-
le
de
plus?
Dieu
s'eft-il
com
muniqué
á
la
Pucelle
>
A-t-elle
agi
par
fon
infpiration
?
-voilá
ce
que
nous
Ignorons
,
Sí
que
nous
dilons
par
conjeéture,
quand
nous
le
pronongons
:
mais
quand
nous
fuppo-
lerions
que
Dieu
seft
communiqué
á
elle
,
qu'il
lui
a
fait
entendre
fa
volonté,
nousne
ferions
pas
obligés
de
dire
qu'el-
le
a
été
infpirée
continuellement
,
82
quelle
na
rien
entrepris
que
par
Pinf
o
divine.
Suppofons
que
le
def-
ein
de
fecourir
la
France,
lui
ait
été
inf
piré,
il
ne
senfuit
pas
que
tous
les
moyens
qu'elle
a
mis
en
ufage
pour
ve-
nic
a
bout
de
ce
dellein
foient
compris
dans
linfpiration.
Atníi
en
raifonnant
de
la
forte
nous
embraflons
une
opinion
faine.
Nous
avons
deux
opinions
a
fui-
vre
,
ou
Dieu
en
gardant
un
profond
fi-
E
¡ij
102
L'Innocence
opprimée
lence
a
permis
que
la
Pucelle
e
foit
(ervi
de
fon
imagination
vive
pour
fe
figurer
quelle
éroit
envoyée
du
Trés-hant
pour
fecourir
la
France.
La
nature
d'ailleurs
lui
avoir
donné
toutes
les
vertus
militai-
res
pour
remplir
ce
grand
emploi.
Elle
-
A
púconcevoir
de
bonne
foi
cette
idée.
Ou
Dieu
s'elt
communiqué
á
elle
partí-
culierement,
hai
a
infpué
d'une
manie-
re
lenfible
de
venir
fecourir
la
France
,
la
conduite
par
la
main,
lui
a
dit
ce
qw'elle
devoit
faire
:
dans
cette
fuppoli-
tion
il
n'elt
pas
nécelfaire
qu'il
le
loz
ait
toujours
dir.
Elle
avoir
des
qualités
na-
turelles
qui
la
pouvoient
conduire
(úre.
ment.
Ainái
elle
a
louvent
agi
de
fon
mouvement
5
aulli
n'a
velle
pas
toujours
réulli.
Elle
a
executé
en
aros
lon
dellein;
il
fuffit
par
fes
premieres
conquéres
qu'elle
aitapplani
tourPouvrage,
$2
que
les
bons
fuccés
prévalant
beaucoup
fur
les
mauvais,,
elle
air
bien
avancé
la
con.
quéte
de
la
France.
Rapin-Thoiras
en
s'aidant
des
Chro-
niques
de
Montréler,
difpute
dla
Pucelle
la
part
qu'elle
a
eu
dans
cette
entreprife;
1l
veut
infinuer
qwelle
accompagnoit
les
guerriers
avec
qui
elle
a
agi,
mais
qu'elle
ne
les
a
pas
conduics.
11
lui
fait
honneur
d'une
valeur,
d'une
intrepidis
.
o
SU
2.
par
des
Juges
iniques.
103
té
merveilleufe,
furtout
dans
une
fille
;
mais
il
ne
va
pas
plusloin
34
Pen
croire,
Celt
une
volontalre
qui
combat
,
mais
ce
n'elt
pas
un
général
qui
commande,
il
eft
dans
Perreur.
Qwon
life
bien
atren-
tivement
notre
hiftoire
,
on
verra
que
des
qw'elle
paroit
dans
nos
armées
elle
change
la
face
des
chofes
:
1
elle
ne
fai-
loit
qu'accompagner
nosguerriers,
qu'el-
le
ne
les
conduisit
8c
dirigeár
pas,
les
évenemens
n'auroient
pas
toujours
tour-
nés
de
la
forte
;
82
pour
foutenir
fon
fen-
timent
,
Rapin-Thoiras
cite
Montreler
fur
Parraque
des
forts
des
Anglois
de-
vant
Orleans.
Quoigue
la
commune
re-
nommée
dife
que
la
Pucelle
Jeanne
en
ait
été
la
conductereffe
,
néanmoins
,
dit-1l,
Ji
y
étoient
tous
les
nobles
Chevaliers,
ou
as
moins
la
plus
grande
partie
qui
durant
le-
dit
fieve
avoient
été
dans
la
dite
ville
de
Cité
d'Orleans,
6
sy
gonvererent
cha-
cun
en
droit
foi
vaillamment
(>
comme
gens
de
guerre
doivent
faire
en
tel
cas.
81
Rapin-T
hoiras
y
avoit
pris
garde,Mon-
treler
dir
que
quoique
la
Pucelle
com-
mandát,
ceux
quí
combattoient
dans
ces
occafions
,
faiflotent
leur
devoir
de
fol-
dars,
C'elt
ce
que
veut
dire
cerre
expref-
lion
;
¿/s
sy
gouvernerent
chacun
en
droit
Joy
vaillammnent,
3
comme
gens
de
guerre
B
11
104.
L'
Innocence
opprimée
vaillamment
en
tel
cas.
On
diftingue
bien
la
belogne
du
foldar,
de
celle
Sa
Capi-
taine.
La
belogne
du
foldat;
Ceft
celle
dechacun
riere
oy.
Celle
du
Capitaie
,
celle.de
celoi
qui
4Pocil
fur
tous.
Lé
Ca-
Itaine
lans
faire
la
belogne
du
foldar
a
dirige,
8
fait
enfuite
la
fienne;
ce
qui
far
voir
que
Jeanne
la
Pucelle
fe
comporte
en
Captraine.
Ainfi
Montre-
let
parle
plutót
contre
le
fentiment
de
Rapin-Thoiras
que
pour
lui,C'eft
ce
quiil
dit
encore
aprés
la
bataille
de
Patay:
Jeanne
la
Pucelle
acquit
en
telle
befogne
fi
grande
lounge
dr
renommée
quiil
fem-
blois
4
toutes
gens
que
les
enmeimis
du
Ro;
wenjjent
plus
de
puiflance
de
refiller
contre
elle,
O
que
brief
par
fon
moyen
le
Roi
dis
"Ltre
rérabli
dans
tout
fon
Royaume.
Je
de-
mande
a
Rapin-Thoiras,
auroit-il
dit
cela
d'un
homme
qui
n'auroit
combattu
que
comme
foldar.
Un
homme
quelque
vaillant
qu'il
foie
1'a
quan
bras
comme
Jun
autre,
6
sil
n'eft
que
loldat
,
on
ne
peut
jamais
dire
qu'on
ne
pouvoit
pas
seliterá
la
puiflance,
8:
quil
pouvoit
rétablir
le
Roi
dans
fon
Royaume.
Jean
Chartier
dit,
quelgnes
contclufions
que
le
batard
Orleans
,
>
autres
Capi
taines
prifjent
,
quand
icelle
Teame
la
Pucelle
yengit
>
elle
congluoit
au
comraire
Par
des
fuges
iniques.
105
contre
Lopinion
de
tous
les
Capitanes
Chefs
de
querre
>
autres,
Enifott
fouvent
de
belles
entreprifes
fur
les
ennemis,
dont
tou-
Jours
bien
lui
prenoir
,
e>
y
fut
fait
guere
de
chofes
mentorables
,
quelles
ne
fafjent
de
fon
entreprife
,
6
combien
que
les
Capitai-
Mes
E
autres
gens
de
guerre
executajffent
ce
qu
elle
difoit
:
ladite
Jeanne
alloit
tonjonrs
a
Deftarmouche
en
fon
barnois,
Qucique
ce
fút
contre
la
volonté
+
opinion
de
la
plu-
Part
d'iceux
gens
de
guerre,
(>
montoit
fur
fon
comrfier
armée
aufi-1b1
que
Chevalier
qui
fúit
en
Parmée
ynienlaCour
de
Ro;
>
de
quoi
les
gens
de
guerre
furent
fort
¿babis.
Avant
qu'elle
Sen
mélátn'éroit-ce
pas
les
mémes
troupes
quí
combattoient
?
comment
vaincues
qu'elles
éroient
font-
.elles
vidtorieules
4
prelentz
Les
An-
glois
n'éroient-ils
pas
au
contraire
en
poflellion
de
vaincre
>
nelt-ce
pas
dans
cette
occafion
qu'on
doit
dire
ce
quon
a
dit
depuis
(ur
Monficur
de
Vendóme
?
quí
fuccedant
au
Marquis
de
Bay
,
bat-
tu
a
Sarragoce,
raflembla
le
debris
de
notre
armée
,
fondit
lur
Pennemiá
vil.
la-Vitiofa
ot
il
le
vainquit.
Voila
ce
que
C'elt,
ditalors
Louis
XIV,
quíun
homme
de
plus
5
de
méme
quand
on
voit
que
la
Pucelle
fait
entrer
un
convoi
elcorté
de
douze
mille
hommes
dans.Orleans
aux
E
y
306
'
L'Inmocence
opprimée
abois
,
qw'elle
arraque
les
forts
des
affie-
geans
fans
reláche
,
8
les
emporte,
quelle
oblige
enfin
les
Anglois
a
lever
le
liege,
dans
toutes
les
atraques
quelle
paye
de
la
perlonne,
qu'elle
elt
la
méme
dans
le
combat
de
Patay
ou
les
Anglois
éprouvent
un
cruel
revers,
quielle
elt
confulcée
,
82
que
fuivant
fon
lentiment,
on
ne
leve
pas
des
Sieges
qu'on
vouloit
lever,
8z
quw'on
[e
trouve
bien
d'avoir
uivi
les
avis
,
on
elt
en
droit
de
dire
;
Voilá
ce
que
C'elt
que
la
Pucelle
de
plus.
Je
ne
veux
point
órer
au
Comte
de
Dunois
,
84
plulienrs
autres
Capttaines
la
gloire
qu'ils
ont
eu
dans
cette
grande
révolution.
1ls
ont
merveilleufement
[e-
condéla
Pucelle,
ils
ont
agi
heureufe-
ment
,
tantór
en
premier
,
tantót
en
[e-
cond
avec
la
Pucelle.
Quand
elle
na
plus
été
dans
les
armees
,
ils
le
font
toujours
foutenus.
Mais
pour
revenir
au
fentiment
quí
veur
qu'elle
air
été
infpirée
de
Dieu,
il
well
pas
érrange
qu'une
fille
(i
jeune
éle-
véed
la
campagne
>
quí
a
non
feulement
un
lens
merveilleux
,
mais
qui
elt
douée
d'un
genie
militaire
excellent
,
air
don-
né
licu
de
croire
qu'elle
air
éré
infpirée
K
animée
de
Dieu
méme.
En
lui
attri-
buant
ce
quí
peut
lui
convenir,
on
laif-
€_
E
_———
e
A
A
A
-
par
des
Juges
iniques.
107
lerad
Phommece
quiluí
convient;
8
on
donnera
á
une
providence
fpéciale,
la
conquéte
de
la
France
dlaquelle
fon
Roi
a
travaillé,
Rapin-Thoiras
ne
veut
pas
que
la
ten-
drelle
de
Dieu
lait
obligé
de
favorifer
les
Francois
,
de
profcrire
les
Anglois,
Mais
quí
fommes
nous
pour
Pobliger
4
nous
développer
fon
caur.
Adorons
fa
conduite
impenetrable
dans
un
profond
£lence.
Je
daifle
la
liberté
mon
lecteur
d'adoprer
le
fieme,
qui
veut
que
tous
les
évenemens
de
Philtoire
de
la
conqué-
te
de
la
France,
lans
avoirrecours
au
mi-
racle,
foient
arrivés
par
une
Íimple
perz
million
divine
,
qui
arrive
á
les
fins,
82
quí
difpole
de
toutes
chofes,
fuivant
les
loix
generales
felon
lefquelles
il
gonver-
ne
le
monde.
J'aimerois
4
reconnoitre
lagdedansle
bras
du
Trés-haut,
je
lerois
portéa
croire
quil
a
tranígrellé
1c1
ces
loix
generales
aufquelles
il
a
bien
voula
le
(oumettre.
Cependant
je
peníe
au
fonds
quil
ne
aut
point
avolr
recours
au
miracle
,
dés
Quon
peut
avolr
recours
aux
caules
na-
turelles.
Elles
entrent
toujours
dans
Por-
dre
d'une
providence
particuliere
pour
la
France.
J'y
admire
(a
lagefle
quí
fui-
vant
ces
caules
,
elt
arriyée
á
les
fins.
E
yj
e
108
D'Immocence
opprimée
Je
ne
connois
pas
comment
on
peut
fat-
re
la
magie
la
caule
de
cette
grande
révo-
lution
>,
puifque
fuivant
les
regles
que
le
Rituel
donne
pour
difcerner
la
magie,
-onnevoit
polntlá-dedans
de
caule
furna-
turelle,
(4)
celtá-dire,
de
caufe
qui
fut-
paíle
les
forces
de
homme,
82
que
d'ail-
leurs
il
[eroit
indigne
de
la
fagelle
de
Dieu
de
donner
au
démon
ee
grande
partdans
le
gouvernement
de
l
Univers;
encore
une
fois
comment
concilier
la
magie
avec
cette
pieté
3
cetre
vie
régu-
liere
8%
vertueufe
de
la
Pucelle
>
P'atune
«julte..
indignation*
contre
les
Anglois
qui
ont
traité
(1
indignement
contre
les
loix
divines
87
humaines
,
une
fille
le
olorieux
inftrument
de
Dieu.
Difons
qu'il
faut
ici
nécellairement
¿carter
le
fif-
téme
de
la
magie;
quanta
Pin(piration
divine,
il
fur
prendre
le
milicu
que
nous
venons
d'expliquer.
A
légard
du
troiliéme
fentiment
qui
veut
que
Pentreprile
de
la
Pucelle
foit
un
jeu
concerté
par
le
Comte
de
Dunois,
ou
quelques
aurres
Seigneurs
pour
ani-
(4)
11
Ya
deux
efpeces
de
furnaturel.
Un
furnátu-
rel
qui
eft
le
vrai
miracle
qui
ne
peut
écre
que
Pon-
vrage
de
Dieu,
telle
eft
une
refurrection,
ou
un
effer
de
ce
genre.
Er
un
furnaturel
qui
furpalfe
ks
forces
de
homme
qui
eft
dans
le
pouvoir
du
"
démon.
Tels
font
les
preftiges
du
démon
,
ou
des
efforts
d'une
force
prodigicuíe,
Chano
e
par
des
Juzes
intques.
109
mer
le
Roi,
Sc
relever
fon
courage
ab-
«bartu.
|
Il
faut
d'abord
avoiier
que
le
Comte
de
Dunois
,
ou
le
Seigneur
quí
a
cré
Vouvrier
de
Pintrigue
a
bien
choifi
la
Co-
O
«medienne.
Quelles
Ícenes
de
combats
Langlans
,
d'artaques
foutenues!
Que
ce
rolle
e(t
fort
pour
une
fille
de
dix-huitá
dix-neufans
!
Quelle
prefence
d'elprir!
Jamais
elle
ne
fe
dément
;
quía
jamais
donné
á
la
feinte
cet
air
de
veriré
>
quí
ne
sy
méprendroit?
Non,
on
ne
teuflira
jamais
a
faíre
croire
que
la
Pucelle
d'O1-
leans
'eft
pas
un
perlonnage
de
bonne
fol,
qui
obéit
aux
imprellions
extraor-
dinaires
qui
la
font
agir
,
foi
que
Dieu
en
foit
le
principe,
ou
une
imagination
vive
qui
enfoit
perfuadee,
A
légard
de
Phabit
d'homme
qw'elle
a
prispour
reprelenter
ce
perlonnage
>
Ho
eft
yrai
que
PEcriture
fainte
défend
de
ger
d'habit,
8
d'en
prendre
uh
con-
traire
4
celui
de
fon
fexe,
Se
ceft
la
-thele
que
les
Doéteuts
dévoités
al
Angle-
«terre
,
ont
falíx
pour
perdre
la
Pucelle;
-
«mais
leur
haine
les
a
avenglé,
8z
les
a
-empéché
de
voir
qu'ils
appliquoient
mal
cette
loi.
On
ne
dira
pas
que
la
Pucelle
aitoffenfé
Dieu
en
combarrant,
puifqu'-
elle
a
lauvé
parlá
la
France
fa
patrie
,
$e
110
L'
Innocence
opprimée
quwellea
rempli
un
devoir
pareil
4
celiá
d'un
fils
quí
lauveroit
la
vie
á
fon
pere.
Or
dans
cette
fuppofition
vexpoloit-
elle
pas
fa
chalteté
dans
nos
armées
en
gar-
dant
fon
habit
>
ne
la
confervoit-
elle
pas
en
fe
déguilant
en
homme?
Si
Pon
peur
prendre
un
habit
d'un
fexe
contraire
au
lien
pour
conferver
la
vie,
4
plus
forte
railon
on
le
peut
pour
conlerverfa
chalte-
té.
Ainíi
C'eltle
comble
de
Paveuglement
des
Docteurs
devoiiés
á
l
Anglererre»,
-
d'avoir
fait
á
la
Pucelle
un
crime
de
lon
changement
d'habit
82
de
fon
dé-
guilemenr.
1
faut
que
la
pallion
les
air
bien
falcinés
,
pour
leur
avoir.
fair
prendre
un
travers
aulli
prodigieux.
Tel
elt
lavenglement
de
celui
qui
acculoitun
Relígieus
devant
Urbain
VII.
Pavoir
été
dans
un
lieu
lufpedt,
8
quí
lui
fai-
loit
un
crime
d'ayoir
pris
un
habit
pro-
fane.
Enfiez-voms
voula,
lui
dit
le
Pape,
que
soubliant
jufqu'a
fe
porter
dans
ce
liega
la,
il
ett
contervé
fon
babis
religienx
y
quel
feandale
m'auroit-il
pas
canfé?
Pate
il
pas
été
(age
dans
fon
déreglement
d'éviter
ce
feandale
?
Comment
pouvez-vows
lui
en
faire
un
crime
?
De
méme
la
Pucelle
guer-
riere
par
érar,
8c
par
obligarion
n'étoit-el.
le
pas
oblig*e
de
facrifier
á
fa
chalteré
la
1o1
qui
défend
de
changer
d'habit,
8
d'en
a
par
des
Tuges
iniques.
1543
prendre
un
d'un
fexe
contralre
au
fien>
Rien
ne
prouve
mieux
que
la
fureur
8X
la
paflion
font
incapables
de
railonne-
mens
,
que
ce
travers
od
ont
donné
ces
Doéteurs
Anglois
dans
cette
occalion.
Telle
eft
la
vie
de
la
Pucelle
d'Orleans,
il
y
a
point
de
Francois
a
qui
la
mé-
moire
ne
doive
érre
chere,
puifqu'il
p'yen
a
point
qui
fans
elle
ne
fúr
An-
glois.
Un
Anglo:s
difoitá
un
Francois;
Quelle
honte
pour
la
France
de
devoir
fon
falut
á
une
fille
!
Le
Francoisrépon-
dit
:
Quelle
confufion
pour
l'Angleterre
d'avoir
éré
vaincue
,
terraflée
par
une
fille
!
C'eftPobligarion
que
notre
N
ation
lui
a
qui
nYa
engagé
de
rechercher
la
vie
avec
foin
pour
la
faire
connottre
tel.
le
qw'éelle
et,
afin
que
nous
pa
la
mémoire
de
cette
héroine
dans
fon
in-
tegrité.
J'a1
peníé
que
fa
Caule
orneroit
mes
Caules
Celebres.
Los
112
Ai
ll
Be
A
OS
TESTAMENT
AICA
Sé
Y
On
un
Cadet
par
prédilection
eh
E
$
/
/
p:
>
amflitué
Légataire
uitiverfel,
N
va
retracer
de
nouveau
la
mé-
me
Jurifprudence
qw'on
a
deve-
loppée
dans
la
caffation
du
Teltament
de
Monfieur
le
Camus,
afin
de
donner
1c1d
cette
Loi
autorifée
par
Pufage
tou-
te
la
perfeCtion.
Quoique
les
loix
ayent
eu
pour
ob-
jer
d'érablir
les
volontés
d'un
teftateur
dans
ía
famille
,
82
de
les
faire
Cut,
ter
religieulement,
fur
tour
celles
d'un
pere
entre
fes
enfans
5
82
quielles
yent
ordonnéde
Sartacher
ábienconnoitrelon
intention
lor/qu'elle
n'eft
pas
clairement
expliquée
,
8
qwelle
eft
recelée
dans
-Quelques
termes
équivoques
:
elles
Sé.
levent
pourtant
contre
fes
dernieres
vo-
lontés
,
lorfque
Péquité
les
condamne,
ex
quielles
font
Pouvrage
de
la
paffion
Teflament
café.
“113
«St
de
Pinjultice,
quelque
relpectable
-
que
(oit
d'ailleurs
le
Teftareur.
Telle
eftla
Caufe
qu'áfourenn
Ms
Erard
inferée
dans
les
Plaidoyers
qu'il
a
donnés
au
public
,
elle
m'a
paru
curicufe,
fingu-
liere
Sc
utile.
Curienle
2
finguliere,
par-
cequ'il
elt
érrange
qu'un
Magiltrat
véné->
rable
par
la
dignité
,
eftimable
parles
lu-
mieres
dont
il
elt
doiié
,
fe
foir
onblié
dans
fon
teltament,
8z
fe
foit
écarté
des
regles
de
la
jultice,
en
difpofant
de
fon
«bien
en
faveur
de
fesenfans;
lui
quila
difpenfoir
aux
autres
avec
tant
de
droitu-
re
:
en
lubítituant
la
volonté
de
la
fem-
me
ala
fienne
,
quel
ulage
a
vil
fait
de
cette
fermeté
quí
ne
Pabandonnoit
ja»
mais
quand
il
rendoit
la
juítice
>
Cetre
Caufe
me
paroit
trés-utile,
par
ceque
le
jugement
qui
a
été
rendu
fer-
vira
de
regle
aux
teftamens
des
peres
,
87
leur
apprendra
dá
ne
point
abulet
de
leur
autorité
,
8
¿ne
point
fe
laifler
aveugler
a
leur
prédilection
,
pour
un
de
leurs
en-
fans
au
préjudice
des
autres,
8%
nous
-montrera
en
méme
tems
la
pureré
SK
Pin-
tegrité
avec
laquelle
décide
le
veritable
Juge
;
mais
je
'anticiperal
point
fur
Me
Erard
quí
a
mis
ce
(ujer
la
de
tout
fon
jour,
je
me
contenterai
de
ramenet
en-
fuite
a
mon
fujer
,
tout
ce
qui
peut
ferviz
114
Tellament
café.
a
la
jurifprudence
fur
cette
queltion.
Que
Jaime
á
expofer
au
public,
un
dif
coursanime
par
la
véritable
82
faine
¿lo.
quence
|
n
1
Sagifloir
du
Teltament
de
M.
le
Boultz
Confeiller
au
Parlement,
od
il
avoit
inftiué
Légaraire
univerfel
Louis
le
Boultz
cader
de
tous
fes
enfans
O
reduir
les
trois
aínés
,
S2
Mademoifelle
le
Boultz
la
fille
4
leur
légitime
;
la
fille
mourut
pendant
le
Procés.,
les
trois
fils
aínés
demandoient
que
le
teftament
fúr
callé,
comme
fait
par
le
principe
d'une
haine
8
d'une
colere
injulte,
infpitée
8z
fomentée
par
Madame
le
Boultz
leur
me-
re
,
8
queles
biens
fuen:
partagés
(ui-
vant
la
Coutume.
Madame
le
Boultz
étolt
intervenue
aux
Requétes
du
Palais
en
qualité
d'exécutrice
teltamentaire
,
82
s'étoit
jointe
au
cadet
pour
foutenir
le
teltament.
Voici
comme
parla
M:
Erard
Ayocat
des
enfans
maltrairés,
Je
[gal
combien
il
eft
difficile
de
dé-
truire
le
teftament
d'un
homme
du
mé-
rite
$
de
la
réputation
de
M.
le
Boultz,
éx
quel
obftacle
fon
nom
doit
apporter
au
Ílucces
de
cette
entreprife.
Je
ne
leral
point
furpris
de
vous
troy.
ver
prévenus
en
faveur
des
dernieres
yg»
Teflament
cafe.
115
0
lontésdece
grand
Magiftrar
,
que
vous
avez
vú
porter
avec
tant
de
dignité
la
méme
pourpre
dont
vous
éres
revérus
5
Sí
J'avoue
que
li
Pon
jugevit
de
la
juítice
des
difpolicions
qwil
a
faites
dans
a
fa-
mille
,
par
celle
des
jugemens
quon
lui
a
vú
rendre:
on
devtoit
rejetrer
notre
demande
,
fans
vonloir
feulement
Pe-
xaminer.
Mes
Parties
r'ont
pú
s'empécher
d'é-
tre
eux-mémes
frappés
de
ces
lentimens
a
la
vué
dela
(ignature
de
leur
pere
ap-
polée
á
ce
teltament,
oú
eft
écrite
leur
condamnation.
A
lalpeét
de
ces
caracte-
res
toujours
julques
lá
confacrés
á
la
¡uf
tice
pour
lefquels
ils
ont
la
derniere
vé-
nération
5
ils
ont
douté
quelque
tems
de
leurinnocence
,
ils
ont
balancé
entre
le
témoignage
de
leur
confcience,
$
celui
de
M.
le
Boultz
:
ils
ont
cherché
la
caufe
de
leur
diígrace
dans
leurs
propres
fan-
tes,
avant
que
d'ofer
Pimputer
á
celle
de
leur
pere.
Mais
ils
ont
reconnus
,
82
vous
en
fe-
rés
perfuadés
par
les
circonftances
que
je
vous
expliqueraí,
que
ce
teftament
inof-
f1ieux
n'elt
point
dans
la
verité,
le
telta-
ment
de
M.
le
Boultz,
8
qu'encore
que
la
(ignature
qui
le
foutient
loir
Pouvrage
de
la
main
;
les
difpofirions
que
Pon
y
116
Teffament
cafe.
lit
ne
font
point
Veffer
ce
fon
choix,
ni
Pouvrage
de
la
volonté,
L'on
v"y
trouvera
en
efferaucun
velti-
«ge
,
ni
de
Péquité
d'un
Magiftrar
,
ni
de
la
pieré
d'un
pere
,
Pon
"y
verra
queles
tralts
injuítes
d'une
main
accontuméed
diípofer
de
celle
de
M.
le
Boultz.,
8z
4
fe
lervir
de
fon
nom
pour
rendre
ces
trois
fils
ainés
malheureux
,
82
vous
n'aurez
pas
de
peine
a
reconnottre
Pouvriere
de
cette
difpofirion
,
loríque
vous
verrez
quéelle
s'elt
avancée
elle
méme
dans
cet-
te
Caufe,
qu'elle
y
eft
inrervenué
de
fon
mouvement
pour
maintenir
fon
ouyra.
ge,
é
pour
conferver
a
lPintimé
le
pre-
fent
qu'elle
lni
a
fait
du
bien
de
fes
anés.
S
-Ainíi
en
combartant
ce
teltament
mes
Parties
n'attaquent
ni
la
mémoire
,
ni
les
dernieres
volontés
de
leur
pere,
8
en
le
caflantce
ne
lera
point
fon
Jugement
que
vous
condamnerez,
vous
ne
condamne-
rez
que
l'excés
de
fa
complaifance
pour
Madame
le
Boultz
,
8
la
facilité
quil
a
eué
de
le
laiíler
prévenir
contre
des
en-
fans
innocens.
Je
dirai
méme
davantage
,
Celt
une
juítice
que
mes
Parties
doiventá
la
mé-
mcire
de
faire
connoítre
á
tout
le
mon-
de
quil
n'a
point
été
Pauteur,
ni
des
i
Teflament
cafe.
117
mativals
traltemens
qu'on
leur
a
vú
fouf.
£rir
pendant
Ía
vie,
ni
de
ce
teltament
quí
renverle
Pordre
naturel.
ll
et
de
denr
devoir
autant
que
de
leur
inte
-
1er
de
dérruire
,
8
d'effacer
sil
le
peut
du
louvenir
des
hommes
ce
monument
d'injuítice
qui
terniroit
une
partie
de
fa
gloire.
Hs
fouhaiteroient
de
le
pouvoir
faire
fans
que
la
haine
de
leurs
difgraces
re-
-
tombár
fur
Madame
le
Boultz,
«
ils
re»
gardent
comme
un
nouveau
malheur,
lobligation
on
1ls
Je
trouvent
de
publier
dans
cette
audience
[es
injultices
domel
tiques.
Quoiquiils
Wayent
jamais
recu
d'elle
aucune
marque
de
la
tendrefe,
á
laquelle
on
a
coutume
de
reconnoítre
Une
mere,
$
quils
n'ayent
pú
depuis
leur
maiflance
s'appercevoir
quilséroient
les
-enfans
,
que
par.
Pautorité
dont
elle
Seft
fervie
pour
les
maltrairer;
1ls
ont
pas
laillé
de
relpeéter
toujours
en
elle
cette
qualité
dont
elle
a
abulé
,
8
ce
lang
quellea
[1
fort
méprifé
dans
leur
períonne.
On
ne
les
a
point
oiii
fe
plaindre,
pendant
qu'il
leur
a
éré
permis
de
[e
tare
:
le
public
a
vú
leurs
malheurs
fans
les
entendre
murmurer;
sis
rom-
peor
aujourd'hui
le
filence
,
C'eft
la
né-
cellicé
qui
les
y
force
,
Sc
Madame
le
113
Teflament
cafe.
Boultz
aura
d'autant
moins
fujet
de
s'en
plaindre
,
qw'elle
méme
les
a
attaqués,
S«
s'elt
rendu
vo!lonrairement
leur
par-
tie.
Poblerverai
néanmoins
fuivant
la
priere
qu'ils
m'en
ont
fait,
de
ne
rele-
ver
que
les
faits
ablolument
nécellaires
,
d'adoucir
aurant
que
je
pourrai
la
peintu-
re
que
je
feral
obligé
de
faire
d'une
par-
tie
de
la
conduite.
Il
faut
vous
propofer
d'abord
Pétar
de
la
conteftation.
Vous
Ígavez
que
les
défauts
de
for-
malirés
ne font
pas
les
feuls
qui
peuvent
rendre
nul
un
teftament;
il
y
en
a
de
plus
eflentiels
qui
atraquent
direétement
le
principe
de
Ía
validité
,
ces
defauts
font
lorfquíil
paroit
avoir
éré
fait
ou
par
co-
lere
ou-par
fuggeftion.
La
premiere
Ote
au
Teftateur
la
nette-
té
du
jugement
,
la
feconde
lui
óte
la
li-
berté
de
Pattion;
celle-lá
offufque
la
rai-
fon
,
celle-ci
contraint
la
volonté
;
Pune
lui
reprefente
les
objets
autrement
quiils
ne
font,
$e
trouble
la
tranquilité
dont
il
a
beloin
pour
fe
déterminer
,
Pautre
tire
de
la
bouche
des-
difpolitions
qui
ne
partent
point
de
fon
coeur
:
ainfil'une
ou
Pautre
(ac
pour
détruire
Pautorité
du
reltament
le
plus
folemnel,
parcequiil
doit
étre
limage
des
vésitables
fentimens
Teflament
cafe.
119
du
Teltateur,
éz
Pouvrage
de
la
feule
volonté
,
mais
d'une
volonté
libre,
agik*
fant
avec
connoiflance
,
82
conduite
par
la
raifon.
Ce
font
les
maximes
que
les
Arréts
hous
apprennent
tous
les
jours
,
%
que
J'établical
plus
amplement
dans
la
fuite
,
lor(que
je
vous
aurai
fait
voir
par
les
faits
Que
J'a1
d
vous
expliquer
,
que
ces
deux
défauts
qui
détruifent
ce
quí
eft
le
plus
eflentiel
dans
les
teftamens,,
le
rencon-
trent
Pun
£
Pautre
dans
celui
de
M.
le
-
Bouliz.
J'ai
lPavantage
que
la
plus
grande
partie
de
ces
faits
lont
deja
connus
de
toute
la
famille
de
M.
le
Boultz,
8z
pref-
que
de
tout
Paris
;
qu'il
ny
a
perlonne
-
Quin'en
ait
congu
de
Pindignation
,
82
que
la
voix
publique
condamne
depuis
long-tems,
les
duretés
82
les
injuítices
que
nous
efperons
de
faire
condamner
par
votre
Arrét,
-
H
elt
nécellaire
en
commencant
ce
ré-
cit
de
vous
expofer
létar
de
la
famille
de
Monfieur
8
de
Madame
le
Boultz,
Sc
de
vous
donner
d'abord
une
idée
géné-
rale
de
la
conduite
qu'ils
ontrenué
en-
vers
leurs
enfans.
ls
en
avoient
cinq,
Quatre
garcons
,
8
une
fille
qui
eftmor-
tea
láge
de
23.
ans
depuis
le
decés
de
M,
le
Boultz,
Les
trois
pour
qui
je
parle
Y20
Teftament
cafe.
étoient
les
aínés
de
tous
ces
enfans
,
la
fille
les
fuivo1t
3
Louis
le
Boultz
qui
fe
pretend
Légaratre
univerlel
éroit
le
cas
der
de
tous,
dans
Pordre
de
la
nature.
Mais
il
a
toujours
tenu
la
premiere
place
dans
le
cosur
de
Madamele
Boultz.
Avec
ce
nombre
d'enfans
qui
n'étoit
pas
excellif,
Monficur
8%
Madame
le
-
Boultz
polledoient
d'aflez
grands
biens
pour
pouvoir
leur
donner
fans
s'incom-
moder
une
éducation
honnéte
,
8%
des.
établiflemens
proportionnés
d
leur
naif
lance.
On
fcait
quiils
avoient
eu
Pun
82
lautre
beaucoup
de
bien
de
patrimoine,
-
8cilslavoientencore
augmenté
par
leur
ceeconomie.
Il
paroít
par
Vinventaire
fair
aprés
le
decés
de
M.
le
Boultz,
quils
jouifloient
de
plus
de
huit
cens
mille
li-
vres,
compofes
de
la
Charge,
d'un
grand
nombre
de
rentes
de
toute
nature,
de
plufieurs
mailons
dans
Paris,
de
terres
a
la
campagne
,
de
cinquante
ou
foixan-
te
mille
écus
qw'ils
avoient
toujours
en
deniers
comptans,
6%
que
Madame
le
Boultz
ne
laiíloit
pasoififs
,
je
fuis
obli-
gé
d'expliquer
Pulage
qu'elle
en
faifoit,
.
parce
quil
elt
tres-1amportant
dans
cette
Caule.
-
Madame
le
Boultz
avoit
toujours
fur
da
Place
cette
lomme
d'argent,
dontelle
négocioit
-
Teflament
cafí.
121
négocioit
fousle
nom
$
par
le
miniftere
d'un
nommé
Manis
Agent
de
Change,
célébre
par
les
banqueroures
réiterées,
qui
étoit
bien
aile
de
mériter
parce
fer-
vice
la
protection
de
M.
le
Boultz
dont
il
avoit
beloin.
Inutilement
voudrions.
nous
dilflimuler
ce
fait,
il
et
devenu
trop
public
par
les
billers
trouvés
fons
le
fcellé;
il
sen
elt
trouvé
pour
quarante
mille
écus,
$2
nous
avons
prouvé
quil
devoit
y
en
avoir
encore
pour
plus
de
trente
mille
livres,
cele
un
far
que
jé-
tabliral
en
lon
l1eu.
Mais
il
y
a
une
circonftance
que
je
ne
puis
obmettre,
parceqw'elle
fert
á
faire
connoitre
le
peu
de
part
que
M.
le
Boultz
avoit
á
ce
commerce
,
quol-
quíl
eut
la
foiblelle
de
le
tolerer
:
ceft
quil
ya
cing
des
billets
trouvés
fous
le
Icéllé
montant
a
douze
mille
cent
VINgt-
une
livres
qui
le
trouvent
renonvellés,
€c
datrés
les
uns
la
veille
de
la
mort,
les
autres
du
jour
quál
regut
le
viarique
:
tems
auquel
ni
fa
foiblefle
caulée
par
la
violence
8z
la
longueur
de
la
maladie
,
ni
les
peníées
dont
il
devoit
avoir
Pame
occupée
,
nelui
pouvoient
pas
permet-
tre
de
s'appliquer
á
ce
commerce.
J
ene
Cro1s
pas
que
Madame
le
Boultz
vemile
hier
que
ce
ne
lot
elle
qui
a
tiré
ces
bil.
Lome
XIX,
122
Teflament
cafl.
lets
,
82
difpolé
de
“ces
lommes
fans
la
participation
de
M.
le
Boultz.
Ce
qu'el-
le
a
fair
dans
ces
derniers
jours
vous
doit
faire
connoltre
que
c'étoit
en
effer
elle
feule
qui
conduiloit
toute
cette
intrigue
,
A
que
M.
le
Boultz
fe
rapportoit
entie-
rement
a
elle
du
maniement
des
deniers
de
ía
Communanté.
Nous
lommes
per-
fuadés
qu'il
avoit
raifon
de
le
faire,
quel
le
Sen
eft
acquitrée
en
perlonne
habile,
éc
quéelle
en
a
tiré
tout
le
profie
que
ce
commerce
peut
légitimement
produire;
il
faut
bien
qu'elle
ne
s'en
foit
pas
mal
trouvée,
puiíque
nous
avons
la
preuve
quelle
le
continue
encore
anjourd'huj
par
Pentremile
du
méme
Manis,
Monficur
Madame
le
Boultz
jouif-
fans
de
ces
grands
biens,
failant
valoir
avantageulement
leurs
deniers
,
vivoient
dans
une
fort
grande
retraite
;
il
paroik
foit
dans
tout
ce
que
Pon
voyoit
bean-
coup
de
modeltie
«
de
frugalité
;
1]
y
en
avoir
apparemment
encore
plus
dans
ce
quí
ne
paroifloit
pas;
je
dis
apparem-
ment,
car
mes
Parties
n'ont
pas
eu
le
bonheur
d'en
pouvoir
erre
informés
par
eux
mémes;
Paverfion
que
Madame
le
Boultz
avoit
congue
contr'eux
,
%
quel.
le
avoit
fcú
communiquer
3
M.
le
Boultz,
lesa
toujours
fait
regarder
comme
étran>
Y
Teflament
cafe.
223
sers
dans
leur
maifon.
11
y
avoit
au
tems
de
la
mortdu
pere
plus
de
dix
ans
que
Pentrée
en
érolr
interdite
aux
deux
al-
nés,
«
quíls
v'oloient
le
préfenter
de-
vant
Monficur
82
Madame
le
Boultz
,
$2
il
y
en
avoir
plus
de
quinze
quíils
ne
re-
«evoient
d'eux
aucun
lecours
pour
leur
Iubliltance.
Ces
vérités
font
prouvées
comme
on
le
verra
par
des
letrres
se-
conniies,
€
Madame
le
Bouliz
a
été
obligée
d'en
convenir
dans
l'nterroga-
tojre
qu'elle
a
preté
fur
fatis
,
Sartcles.
Cependant
ce
quí
eft
tout-a-fair
[ur-
prenant,
Celt
que
Madame
le
Boultz
avoué
en
méme
tems
que
ces
enfans
bannis
de
la
prélence
€
de
fa
maifon,
abandonnés
de
leurs
parens,
n'avolent
jamais
manqué
au
refpeét
quíils
leur
de-
voient,
ni
fait
aucune
action
qui
leur
púr
étre
reprochee.
Permettez
moi
de
li-
re
leulement
quelques
unes
des
réponfes
de
Madame
le
Boultz
lur
ces
deux
faits,
8%
principalement
fur
le
dernier;
je
re-
ferve
les
lertres
+8
les
aurres
réponles
pour
des
endroits
plus
importans.
Ms
Erard
prouve
par
les
réponfes
quil
sapporte
de
Pinterrogarolre
de
Madame
le
Boultz
ce
quíil
a
avancé,
$
il
die
enfuite.
Quelle
a
donc
pú
étre
la
caule
de
la
:
F
jj
-
124
Teflament
cafe.
haine
de
Madame
le
Boultz
contre
mes
Parties?
Il
eltévident
que
les
feules
qu'el-
le
peut
avoir
eues
,
font
d'un
cóté
la
prédiletion
aveugle
qu'elle
avoit
pour
leur
puiné,
8c
de
Pautre,
fon
extréme
pallion
pour
le
bien
,
8
la
crainte
des
dépentes
qw'elle
auroit
été
obligée
de
faire
pour
leur
éducation
,
82
pour
leur
établ:iflement,
fi
elle
avoit
voulu
les
tralrer
corame
[es
enfans.
En
effet
tous
ceux
qui
ont
été
témoins
de
la
conduite
domeftique
de
Madame
le
Boultz,
ont
remarqué
qu'íá
melure
que
fes
ainés
avangoient
en
áge
,
$
que
la
difpofition
de
leur
corps
qui
croifloit
malgré
eux
augmentoit
leur
dépenfe
:
on
voyolt
diminuer
a
proportion
Pami-
tié
de
Madame
le
Boultz,
Mais
elle
fe
-convertifloic
en
haine,
6
il
n'y
avoit
point'
de
rigueurs
qw'elle
n'éxercát
con-
tre
eux.
Lorfqwils.
approchoient
de
Páge
quí
fembloit
demander
pour
eux
un
érabliflement,
quoiqu'ils
n'en
mar-
quallent
pas
la
moindre
imparience;
cé-
toit
en
eux
un
crime
irremiflible,
d'avoir
fuivi
Pordre
général
de
la
nature
,
SY
de
n'érre
pas
toujours
demeurés
dans
l'en-
fance.
De-la
vient
que
Paíné
a
éré,
comme
on
le
verra,
le
plus
malrraité
de
tous
,
8
le
OA
A
e
tl
—
Fa
A o
ri
A
;
5
És
,
Teflament
café.
125
-econd
plus
que
le
troifiéme.
Mais
d
lé-
ard
de
la
fille,
lon
lexe
8
fon
áge
quí
llicicoient
les
parens
de
la
pourvolr
plutór
que
les
ero
la
rendoient
la
plus
coupable;
aufli
ce
crimen'a
pú
étre
expié
que
par
la
mort
,
quí
fut
louvrage
de
la
trifte
fituation
ou
elle
fur
réduite.
-
De-la
vient
encore
que
le
plus
jeune,
don:
Pérabliflement
étoit
plus
éloigné
,
lui
paroilloir
toujours
le
plus
parfar
82
le
plus
digne
de
fes
affeétions;
£
d'ail-
lenrs
il
£aloit
bien
que
lon
amitié
s'arré-
rat
a
quelqu'un
de
[es
enfans
,
8
qu'elle
paílár
aux
cadets
á
melure
quelle
aban-
donnoit
les
ainés
,
quand
«cela
v'auroit
dúfervir
qu'á
augmenter
la
peine
de
ces
deniers.
La
feule
voie
qui
leur
fut
ouverte
pour
éviter
lindignation_de
Madame
le
Boultz
étoit
,
ou
d'embraller
la
vie
Re-
ligieule,
ou
de
prendre
les
Ordres
des
quiils
en
avoient
arteint
Váge,
82
de
re-
cevoir
des
Bénéfices,
a
la
charge
d'en
laiífer
le
revenu
4
Madamele
Boultz,
82
de
dépenfer
moins
qwils
ne
produi-
foienr.
Ce
n'elt
point
une
éxageration
,
1l
ne
fufhiloit
pas
pour
fatisfaire
Madame
le
Boultz
,
que
les
ainés
ne
lui
caulaffent
point
de
depenfe
;
elle
vouloit
encore.
quíils
lui
apportaflent
du
profit,
comme
E
ij
126
Teflament
café.
fi
elle
avoir
voulu
tirer
Yeux
un
tribut
pour
le
prixde
la
lumiere
quelle
leur
avolt
donnée,
Ceux
pour
qui
je
parle
n'ont
pas
été
affez
heureux
pour
pouvoir
remplir
entiérement
fes
intentions
3
celt
la
principale
railon
quí
leur
a
faie
encourtr
La
diígrace.
-
Quelquinjuíte
que
fúr
cette
averfion
de
Madame
le
Boultz
contre
mes
Par-
ties
,
On
ne
s'éronnera
point
qu'elle
aít
pú
Pinfpirer
a
M.
le
Boultz
:
quand
on
Ícaura
lempire
qu'clle
avoir
pris
fur
fon
elprir.
Cela
pafle
tout
ce
que
Pon
peut
SImaginer
,
autant
que
M.
le
Boultz
avoit
de
fermetda
Pégard
des
étrangers
5
autant
avoitail
de
condefcendance
,
On
peut
dire
méme
de
foumiflion
pour
tout
Ce
que
vouloir
Madame
le
Boultz,
foit
par
eftime,
foit
par
crainte
,
ou
parce-
qu'il
ne
pouvoit
obtenir
qua
ce
prix
le
repos
qu'il
avoit
belvin
de
trouver
dans
a
mailon
,
lorfqwil
fortoit
du
bruit
a
de
Pembarras
du
Palais.
Toure
(a
famille
Ícair,
8
tout
le
Publica
éré
informé
quil
noloit
la
contredire
dans
les
cho.
les
mémes
qui
blefloient
le
plus
ouyer-
tement
la
juíticé
,
82
la
raifon.
Madame
le
Boultz
fe
lervit
de
toute
cette
autorité
,
elle
y
joignit
encore
les
artífices
ordinaires
aux
períonnes
de
(or;
1
Teftament
caffé.
117
fexe
,
pour
féduire
8
pour
corrompre
,
fi
je
Pole
dire
,a
V'égard
de
fes
enfans,
le
cezur
de
M.
le
Boultz
:
tous
leurs
do-
meltiques
ont
été
témoins
des
diícours
delavantageux
qu'elle
lui
tenoit
d'eux
en
toute
occalion,
8%
des
autres
moyens
quielle
a
mis
en
nfage
pour
lui
commu-
niquer
la
haine.
Enfin
elle
Paccoutuma
tellement
par
degrés
4.
cette
haine
,
elle
la
lui
rendit
infenfiblement
li
familiere
,
quil
fembloit
que
le
principe
en
fut
en
lui-méme,
8
quil
paroiflo1r
agir
natu-
rellement,
$
futyre
fon
propre
pen-
chant,
quand
1l
les
maltraittolt.
Cel
ainfi
que
ce
Magiltrat
fi
équita-
ble
dans
les
fonérions
de
la
Charge
,
n'a
pú
sempécher
de
devenir
par
com-
ploilance
injufte
dans
fa
famille.
Il
n'elt
pas
le
premier
qui
a
joint
a
d'éminentes
qualités
le
défaut
d'avoir
trop
de
créance
en
la
femme
:
combien
d'hommes
illuÉ
tres
ont
obícurci
comme
lui
par,
cette
foiblefle
domeltique
,
Péclat
de
leurs
vertas
publiques
>
Tous
les
amis,
tous
les
proches
de
M.
le
Boultz
fe
lont
em-
ployés
vainement
auprés
de
lui
pour
fes
enfans
;
Madame
le
Boultz
a
rendu
tous
ces
efforts
inutiles.
Mais
c'étoit
peu
pout
elle
d'avotr
pri-
vé
fes
enfans
de
la
vué
de
leur
pere
pen-
E
iuj
128
Teflament
cafe.
dantía
vie
>
8c
de
tous
les
feconrs
quils
auroient
dí
recevoir
de
lui;
elle
Pa
en-
core
en
mourant
obligé
4
les
priver
de
les
biens,
parce
Teftament
quí
elt
la
con-
lommation
de
les
artifices
6
de
fesin-
juítices.
M-
Erard
entra
enfiite
dans
un
grand
détail,
8z
circonftancia
en
particulier
les
marques
de
haine,
8z
les
mauvais
traite-
mens
foufferts
par
chacune
de
fes
Par-
ties.
ll
éroir
obligé
par
le
devoir
de
fon
miniltere
de
rappeller
tous
ces
fairs
avec
une
exaétitude
[crupulen(e,
je
dois
leg
épargner
a
mon
leéteur,
comme
étant
plus
propre
a
le
fatiguer
qua
Pinftruire,
11s
font
un
tablean
bien
vif
de
la
dureré
éc
de
Pinjuítice
du
pere
8z
dela
mere,
ll
ef
étrange
de
voir
Pempire
que
les
palfions
ont
fur
les
hommes,
qu'elles
changent
du
tout
au
tout;
de
forte
que
la
perfonne
la
plus
raifonnable
lous
la
forme
qu
elle
prend
,
elt
tout
d'un
coup
changée
dans
un
autre
homme.
On
ne
reconnoít
plus
ce
lage
Magiftrar
qui
fer-
.
yoit
de
modele.
On
le
confond
avec
homme
le
plus
pafionné.
Quelle
hu-
miliation
pour
Phomme
!
C'elt
ce
mé-
lange
de
grandes
qualités
quil
allie
avec
tant
d'imperfection,
$z
de
foiblee
qui
donnent
licu
de
dire
que
Celt
un
como
Teffament
café.
—
129
pofé
de
grandeur
8z
de
ballefle.
Cieft
-Punion
du
ciel
avec
la
terre.
Quelle
ma-
tiere
á
refléxions
?
:
Aprés
quion
a
expliqué
le
fait
avec
beaucoup
de
fincerité
,
on
paflera
á
la
procédure
,
elle
elt
fort
fimple,
Louis
le
Boultz
a
fait
afligner
fes
freres
alnés
aux
Requétes
du
Palais
,
pour
faire
ordonner
la
délivrance
de
lon
legs
univer-
lel
;
Se
c'eftlá
Peffer
de
la
predilection
du
pere
de
la
fuggeltion
de
la
mere.
Elle
devoit
naturellement
demeurer
neutre
,
elle
eft
intervenue,
8%
selt
jointe
avec
lui
lous
prétexte
d'une
qualité
d'exécurrice
teftamentaire
,
qui
elt
finie
il
y
a
long-
tems,
8
qui
d'ailleurs
ne
Pobligeo1t
point
4
prendre
parti
contre
des
enfans
qwelle-
méme
déclare
ne
lui
avoir
jamais
donné
aucun
fujer
de
plainte
:
mais
elle
n'a
pú
diflimulet
fa
paflion
,
82
Vintérér
qu'elle
prenda
faire
valoir
ce
Teltament.
Les
Parties
adverles
ont
obrenu
aux
Requétes
du
Palais
une
Sentence
par
défaut;
ceux
pour
qui
je
parle
n'ont
pas
voulu
le
lervir
de
la
voye
de
Poppofiion
qui
leur
étoit
ouverte
,
1ls
ont
micux
almé
enappeller
,
afín
d'évicer
un
dégré
de
juriídiótion,
8z
de
finir
plus
promp-
*
tement
ce
procés
quíils
Mont
entrepris
quavec
déplailar,
.
Y
130
Teflament
cafe.
ll
na
pas
méme
tenua
eux
quíils
ne
layent
érouffé
dans
lon
commencement,
8
quils
n'ayent
évité
Péclar
de
la
plai-
doir1e5
quelque
fujer
quils
euflent
de
sen
promertre
un
fucces
avantageux
,
ils
ne
sy
lont
refolus
qu'+prés
avoir
tenté
toutes
les
voyes
de
douceur.
.
lls
ont
fait
prier
Madame
le
Boultz
de
convenir
d'Arbitres
,
is
lui
ont
offert
-
Plulicurs
fois
de
temertre
leurs
intérers,
éX
leur
fignature
entre
les
mains
de
tels
de
leurs
proches
,
ou
d'autres
perfonnes
d'honneur
qw'elle
voudroit
choilir
3.
ils
ont
ebcore
depuis
peu
réitéré
Pofftie
á
M+*
Robertfon
Avocat
,
en
prélence
de
M.
le
Procureur
Général.
Madame
le
Bouliz
n'a
voulu
écouter
aucune
de
leurs
propolitions.
j
lls
elperent
que
par
P'évenement:,
elle
leur
aura
fait
plaifir,
Se
qu'ils
auront
le
double
avantage
>
avoir
fatisfait
aux
deyoirs
de
'honntteré,
€:
d'obrenir
en-
core
de
votre
juítice
la
caffation
du
Telta-
ment
dont
ils
le
plaignent.
J'a1
pour
cela
deux
moyens,
comme
je
Pai
die
des
le
commencement
de
la
Caufe
,
quile
tirent
des
faits
que-
j'ai
eú
Phonneur
de
vous
expliquer.
Le
premier
moyen
cft
que
ce
Tefta»
menta
eu
pour
principe
une
haine
fans
IRIZTO
Teftament
cafe.
131
fondement
,
une
colere
injufte
,
8
que
nous
fommes
precilément
dans
le
cas
od
vous
avez
coutume
de
caller
les
tefta-
mens
qui
paroiflent
avoir
été
fatts
par
ce
principe.
C'éft
une
maxime
conftante
parmi
nous,
que
toutes
les
fois
qu'un
pere
te-
tranche
a
lun
de
fes
enfans
une
partie
de
ce
quil
lui
devoir,
ab
inteffat,
dans
a
luccelfion,
pour
en
avantager
un
au-
trez
8
quil
paroít
que
fa
difpofition
quí
eut
pour
motif
un
fentiment
de
haine
,
ou
un
mouvement
de
colere
,
ne
doit
point
(ubllter.
Nos
Coutumes
4
la
vérite
larffent
aux
peres
dí
aux
meres
le
pouvoir
de
dilpo-
fer
de
ce
qui
excede
la
légitime
de
leurs
enfans
;
il
n'y
a
que
cette
portion
dont
elles
ont
voulu
demeurer
maitrelfes
ab-
folués
,
elles
permetrent
aux
parens
de
déroger
pour
le
furplos
á
ce
qwelles
ordonnent
>
á
elles
ne
le
donnent
aux
enfans
qu'en
cas
que
le
pere
ou
la
mere
n'en
ayent
pas
difpolé
autrement.
Nene
prérens
point
contelter
ces
regles
¿énérales
,
il
eft
juíte
que
les
peres
quí
dde
les
chefs
,
les
Magiltrars
de
famil-
le
puillent
le
faire
craindre
,
fe
faire
obéir
par
leurs
enfans
3
qu'ils
ayent
de-
quoi
les
punir
,
82
les
récompenfer
fe-
Ev]
132
:
Tefament
cafe.
Jon
qu'ils
Sen
rendent
dignes.
Sans
cela
l'autoriré
que
la
nature
leur
dónne
ns
que
la
loz
leur
confirme,
ne
feroit
plus
qu'un
vaín
titre,
leur
impuiílance
les
expoferoit
au
mépris
de
ceux
quí
leur
doivent
étre
foumis.
Mais
quand
la
lo
le
démer
ainfi
de
la
puiílance
en
faveur
des
peres
,
cen'elt
pas
afin
quíils
lemployent
a
farisfaire
leurs
pallions.
Elle
veut
quen
prenant
la
place,
ils
prennent
autli
fon
efprit;
celt
pour
le
pere
8
pour
le
magiftrat
domeftique
qu'elle
a
cette
déference,
8z.
non
pour
Pennemi
de
fesenfans,
ni
pour
le
tiran
de
la
famille.
Elle
lui
laife
la
difpofition
de
cetre
partie
de
fon
bien
pour
exercer
la
liberal
>
pour
fatisfaj-
re
la
tendrelle,
8
non
pour
affouvir
ía
-halne
,
ni
pour
exercer
la
vengeance.
Toute
la
faveur
que
les
nons
de
pe-
re
8
de
mere
peuvent
donner
4
leurs
difpofitions,
c'eft
que
quand
les
motifs
qui
les
ont
portés
a
réduire
un
de
leurs
enfans
d
(a
légitime
ne
paroiéne
point,
on
préfume
favorablement
qu
'ils
en
ont
eú
que
de
juítes
,
8
quiils
ne
fe
font
propofé
pour
objer
que
le
bien
de
leur
famille
:
mais
loríque
les
morifs
paroif
fent,
8:
quils
fon:
injuítes,
quand
on
voir
que
la
paflion
a
eú
plus
de
part
q
Tefament
cafeA
135
“Teur
teftament
,
que
leur
prudence
leur
pieté,
que
C'elt
la
haine
quí
les
a
*
rendu
libéraux,
8c
qu'ils
'ont
voulu
en-
z
richir
les
uns
que
pour
avoir
le
plasar
de
dépouiller
les
autres.
Alors
la
loi
quí
leur
avoit
cede
la
place
>
indignée
de
cé
-
qu'ils
en
ont
abuíé
>
prend
la
leura
fon
tour
;
elle
devient
la
mere
la
proteétrt-
ce
des
enfans,
dont
ils
fe
font
rendus
indignes
d'trre
les
juges
:
$
leur
difpo-
fition
,
quoique
permile
en
elle-méme
,
devient
:nulle
62
vicieufe
par
Pinjuftice
du
mouf
quí
Ya
produite.
Ceft
aná
que
l'
Auteur
du
Traité
des
Donarions
s'en
explique.
S7
48
pere,
dit-
3L,
animó
de
haine
(>
de
manvaife
volor-
té
fans
raifon
,
contre
fes
enfañs
>
00
contre
Pún
dVeux
,
difpofe
de
fes
biens
an
profis
d'une
perfonne
qui
d'ailleurs
pourroit
le
nié-
rirerz
néammoins
ayant
onblié
les
devotrs
paternels
,
d'
les
regles
de
la
nature,
fa
difpofition
paje
pour
injufle,
O
demente
fans
effer.
L'averfion
qu'il
a
ent
contre
[on
fang
fait
préfumer
quéil
ma
pas
en
La
liberté
de
déberer
d'une
attion
de
cette
importan-
ce
ni
sil
étoit
jujte
de
priver
Pan
de
fes
en-
fans
une
parti
de
fes
biens
pour
en
grati-
fer
les
autres.
:
Y
a-vil
aufíi
rien
de
plus
contraite
4
Tétar
od
doit
¿we
un
homme
pot!
deci»
134
Teflament
café.
der
du
fort
de
la
famille
que
cette
ayer-
lion?
Les
Jurifconíulres
difent
que
le
teltament
ell,
7
efatio
mentis,
que
Ceft,
+
Jufta
voluntatis
fententia?
peut-on
donner
ces
noms
ad
une
difpofition
faite
dans
le
trouble
qu'excite
la
colere
>
4%
la
haine>
Si
nous
confultons
nos
Coutumes,
nous
trouverons
que
la
premiere
8
la
principale
condition
awelles
defirent
dans
un
teltament,
cel
que
le
tefta-
teur
foicÍajn
d'elprit
;
peut-on
dire
que
celui
li
elt
fain
d'elp
It,
qui
eft
agité
par
les
mouvemens
déreglés
de
cette
paílion,
qui
lelon
les
Philofophes,ne
dif
fere
de
la
fureur
que
par
fon
peu
de
du-
réc?
Un
homme
en
cet
étar
eft.-11
capable
de
porter
un
jugémenr
juíte
82
fín
fur
le
mérite
de
les
enfans
>
Sí
fur
la
diftribu-
tion
de
[es
biens
>
:
Aull
tous
nos
livres
font
remplis
d'Arrérs
qui
déclarent
nuls
ces
lortes
de
teltimens
:
nous
trouyons
la
preuve
de
Vancienneté
de
cette
J
urifprudence
dans
le
Traité
:ntitulé
/e
Confeil
de
Pierre
de
Fontaine,
quia
été
fait
du
tems
de
laint
Louis,
L'Auteur
dir,
qu'un
pere
dont
la
fille
Set
mal
gonvernée
,
peur
dilpofer
defes
meubles,
8
acquéts
,
82
non
de
les
proptes
au
préjudice
de
cette
fille,
,
Pourvú
qu'il
ne
fait
Émá
que
par
labaine
de
ci,
A
ho
Tofiament
cafe»
135
Lo
fadeferte.
Celt-a-dire,
de
la
mauvaile
comduite,
Y
non
par
aucun
autre
¿chanf-
fement.
Et
dans
un
autre
endroit
il
ajoú-
te,
sil
wappert
que
le
pere
att
fait
tel
devis
plus
par
la
haie
de
fesenfans
>
que
pour
fer-
vices
que
Linfhirue
lus
a
faits.
:
M:
Antoine
Mornac
rapporte
un
an-
cien
Airér
rendu
en
faveur
de
Sebaltien
dela
Faye
>
qui
calle
fur
ce
principe
le
teftamen:
d'une
mere
qui
avolt
reduit
les
enfans
á
leur
légitime
>
Senatus
teftamen-
sum
illud
ut
irate
immnerito
>
matris
ham-
nayit.
2
'auteur
du
Traité
des
Donations
>
eh
rapporte
un
autre
du
13.
Aoúr
1613.
qui
déclare
nulle
reftament
d'une
mete
quí
avoir
inftitué
fes
enfans
máles
,
4
larfle
feulement
la
légitime
4
la
fille
,
parce-
quiil
fur
prouvé
quelle
avoit
depuis
long-tems
pour
cette
fille
une
averfion
injuíte.
ll
en
rapporte
encore
cing
>
entr'au-
tre,
un
rendu
le
10.
Mal
1641.
dans
l.
fa-
mille
de
Meflieus
de
Maupeon,
qui
caf-
(a
le
teftament
du
pere,
quoique
le
ref-
fentiment
qui
y
avolt
donné
lieu
parut
allez
juftez
tant
1
et
vral
quun
pere
doit
éure
exempr
de
toute
peffion
pour
diípoler
valablement
de
(on
bien
au
pré-'
judice
de
fes
enfans.
ll
rapporte
auf
136
Teflament
café.
PArrét
de
Pollard
du
10.
Janvier
16
$8
par
lequel
la
Cour
annulla
le
teltament
de
la
Dame
de
Tierfaur
,
qui
avoit
inf-
titué
lon
fils
Légataire
univerlel
,
8z
re-
-
dut
la
fille
á
la
légitime;
parcequil
pa-
rut
que
cette
difpolition
avoit
eú
pour
fondement
laverfion
que
la
Teltatrice
avoir
contre
a
fille,
82
contre
fon
gendre.
Nous
en
lifons
un
autre
du
premier
Aott
1656.
dans
le
Recueil
de
M:
Lu-
cien
Soeve
,
un
des
plus
exact
que
nous
ayons.
Cet
Arrét
prononce
fur
une
el
pece
bien
plus
difficile
que
les
autres,
il.
s'agiloit
d'une
donation
entre
vis,
faj-
te
par
un
pere
,
au
profit
de
deux
de
fes
filles
5
le
pere
avoit
fait
tous
les
efforts
pour
en
cacher
le
morif
lecrer
>
il
avoit
méme
pris
la
précaution
d'exprimer
une
caufe
[pécieule
82
favorable
,
que
ces
deux
files
éroient
dans
Pindigence
,
au-
lien
que
les
autres
enfans
érojent
riches,
éc
que
Vailleurs
elles
lui
avoient
rendu
de
grands
fervices,
Cependant
la
Cour
lans
Sarréter
á
ces
motifs
écrits
dans
la
donation,
alla
fouiiler
juíques
dans
le
lecret
des
penfées
de
ce
pere,
8
letrou-
vant
animé
de
colere
contre
les
autres
enfans,
loríquil
avoir
fait
certe
donation,
elle
la
cafía
conformément
aux
conclu-
fions
de
M.
l'Avocat
Général
Talon,
A
A
A
Teflament
cafe.
137
-Outre
ces
Arrérs
qui
(ont
dans
nos
livres
,
Jen
ai
encore
trois
dans
mon
lac
intervenus
dans
des
elpeces
enticrement
lemb'ablesá
la
notre.
L'un
du
premier
Septembre
1676.
2
café
un
teftament
fair
par
le
nommé
Ga=
mot
entre
fes
enfans;
1]
avolt
reduit
les
enfans
du
premier
lic
a
leur
légitime
,
$£
inftirué
deux
de
ceux
du
fecond
lit
Lé-
garaires
univerfels
3
1l
n'y
avolt
rien
en
cela
qui
nelui
fúr
permis
>
le
teftament
étoit
tour
écrit,
82
figné
de
la
main
du
pere:
mais
il
paroiílo1t
dans
la
conduite
que
Gamot
avoit
toujours
tenué
envers
les
enfans
de
fon
premier
lit,
une
aver-
fion
dont
on
jugea
que
le
teftament
éroit
la
fuire
,
82
fur
ce
feul
fondement
il
fur
declaré
nul.
11
y
a
méme
une
circonftance
a
obÍer-
ver
,
ceft
que
cet
Arrér
avoit
éré
préce-
dé
d'un
premier
Arrétinterlocutoire
ren-
du
en
'
Audience
de
la
grand-Chambre
s
qui
avoit
permis
aux
enfans
d'informer
des
faits
de
haine
8z
de
colere
par
eux
articulés
,
parcequíils
n'en
avolent
pas
alors
la
preuve,
3
par
la
vous
voyez.
que
nous
fommes
bien
en
meilieurs
termes.
Le
fecond
Arrét
que
nous
rapportons
et
un
Arrér
du
16.
Décembre
1672.
rendy
au
profit
de
Guillaume
Duchaut
,
138
Teffament
caffé.
qui
a
café
le
teltament
de
Marie
Hemart
ía
mere
,
par
lequel
elle
Vavoit
reduir
á
la
légitime
,
8%
inftizué
les
petirs
enfans
quielle
avoit
d'une
fille
,
fes
Légaraires
untverlels,
Le
Plaidoyé
de
M.
Talon
y
eftrap-
porté
tout
eutier
,
les
motifs
de
PArrér
y
lont
expliqués,
8z
1l
paroir
quíil
efe
fondé
principalement
(ur
ce
que
Pon
re-
connut
que
cere
difpolition
étoit
un
ef-
fet
de
la
haine
quela
mere
avoir
concúe
depuis
long-tems
contre
ce
fils,
pour
quelques
emportemens
de
jeunefle
dont
il
s'étoit
depuis
corrigé.
Enfin
nous
rapportons
PArrét
celebre
de
M.
Pinon
du
3»
Feyrier
1674.
inter-
venu
fur
la
méme
queftion
qui
eft
4
ju-
ger.
La
feule
difference
qui
le
rencontre
entre
cette
efpece
8z
la
notre;
cel
que
les
faits
que
nous
articulons
font
beau-
coup
plus
graves
que
ceux
qwalleguoit
M.
Pinon,
$2
quenos
faits
font
prouvés,
aulieu
que
les
fiens
ne
Pétoient
pas,
8
-quil
lui
fallar,
comme
dans
Paffaire
de
Gemotr,
un
premier
Arrét
qui
lui
permit
d'en
faire
preuve
par
témoins.
Y
a-til
rien
de
plus
équitable
que
cet-
te
Jurifprudence
,
82
ne
peut-on
pas
-
jultement
appliquer
á
ces
Árréts
ce
quí
a
été
dic
d'un
jugement.
de
PEmpereus
Y
Tefiamene
caffé.
139
-Auguíte,
qui
calla
[ur
le
méme
fon-
-
dement
un
teltament
femblable
4
ceux-
BN
as
.
0
las
Si
ip/a
equitas
hac
de
re
cognofceret
>
poffecne
juftius
aut
gravius
promunciare
?
ll
ne
doit
pas
en
effer
Erre
permis
á
un.
pere
de
hair
fans
fujer
fon
propre
fang
»
comme
le
marque
le
méme
Pierre
de
Fontaine;
eft-il
rien
de
plus
monítrueux
dans
la
nature
que
Paverfion
qu'un
pere
congoit
contre
les
enfans
,
fans
autre
raifon
que
parcequ'ils
lont
les
enfans
?
Y
a.
til
rien
qui
foit
davantage
contra
offí-
cinm
pietatis
,
Sc
qui
mérite
mieux
le
nom
de
difpofition
inofficienle
que
ce
qui
elt
fait
par
ce
principe?
L'autorité
des
peres
n'eft
fondée
que
fur
Popinion
que
Pon
a
de
leur
tendref-
le
82
de
leur
pieré
,
Se
fur
ce
que
Pon
réfume
quíils
ne
sen
fervirontque
pour
e
de
leur
famille.
Paterna
pietas
optimum
confiliuzn
pro
liberis
capit»
Voilá
le
tirre
fondamental
de
leur
puiflance
5
ainfí
quand
ce
principe
de
leur
autorité
manque
>
il
eft
juíte
de
les
en
dépouiller,
8z
Pon
ne
peut
reclamer
pour
eux
le
[e-
conrs
des
loix
dont
¡ls
ont
trompelar-
tente.
Pour
appliquer
ces
principes
A
notre
Caufe,
il
ne
faut
que
rappeller
les
faits
que
je
vous
al
expliques.
140
Teflament
cafe.
Jamais
teftament
parutal
plus
¿ví
demment
étre
fait
par
un
mouvement
de
haine
>
mais
d'une
haine
in
juíte
que
celut
de
M.
le
Boultz>
Quand
pourra-t-on
caller
un
pareil
teftament,
fi
ce
nel
dans
les
circonftances
qui
le
rencontrent
dans
notre
elpece
?
Que
peut
faire
le
pere
le
plus
irrité
contre
les
enfans,
que
M.
le
Boultz
nit
fait
contre
les
fiens?
vous
les
avez
vús
challés
de
la
maifon,
bannis
de
la
wué
pendant
les
dix
derniers
annces
de
la
vie.
Punition
la
plus
rigoureule
que
les
peres
les
plus
outragés
impofenr
a
leurs
enfans
,
8z
il
"arrive
méme
jamais
qu'a-
prés
les
avoir
condamnés
4
cer
éxil,
1ls
ayent
la
fermeré
de
le
leur
faire
louffrir
julqwá
la
fin,
comme
a
fair
M.
le
Bou!tz,
Je
[uis
obligé
en
cer
endroit
de
vous
dire
un
fait
quí
n'eft
venu
dá
notre
con-
noiflance
que
depuis
deux
jours
:
M.
le
Boultz
Maítre
des
Requétes
nous
a2p.
pris
,
qu'un
jour
quiil
parloita
fon
frere
en
faveur
de
mes
Parties
;
M,
le
Boultz
lui
dit
ces
paroles
:
on
frere
,choififfez
ou
de
ne
me
jamais
parler
leux,
ou
dene
me
votr
jamais
5
la
haine
alloic
Julqu'ine
pouvotr
entendre
parler
de
les
enfans.
Mais
que
dirons-nous
du
refus
des
alimens
quíil
a
ajonté
á
cet
exil
refus
JE
í
/
A
A
A
o
o
ps
>
e
E
>
IIA
A
mm,
-
;
Teflament
café.
—
.
41
Yui
eft
comparé
au
parricide
,
q4í
alímen»
ta
denegat
,
necare
videtur.
Et
dans
la
vé-
rité
,
fi
mes
parties
ont
fublité
juíqu'a
oo
¡ls
n'en
font
pas
redevables
a
'afliftance
quiils
ont
regué
de
leurs
pa-
rens
,
ils
nele
font
qua
la
pieté
des
per-
lonnes
érrangeres
,
%
a
une
proteétion
particuliere
du:
ciel
qui
les
a
prélervés
une
infinité
de
fois
,
prérsa
fuccomber
au
defelpoir
ou
a
perir
de
milere.
Et
ce
qui
rend
ce
refus
plus
injuíte,
Ceft
que
cependant
on
dépeníoit
en
fu-
erfluités
pour
le
cadet
,
ce
que
Pon
re-
afoie
aux
extrémes
beloins
des
aínés,
Vous
avez
vú.méme
que
M.
le
Boultz
non
content
de
leur
refuler
les
alimens
quil
leur
devoit,
a
voulu
encore
leur
Oter
ceux
qu'ils
¡ecevoient
de
la
charité
des
érrangers
5
le
fieur
Abbé
le
Gendre
vous
rendra
témoignage
des
efforts
que
M.
le
Boultz
a
falts
pour
cela
auprés
de
lui,
Sí
ne
fur-ce
pas
dans
ce
méme
el-
prit
quil
arracha
á
Frangois
le
Bonltz
la
commillion
de
Liemenant
qui
lui
avoir
été
donné
par
M.
le
Préfident
Robert,
Je
paíle
fous
filence
toutes
les
autres
marques
de
haine
,
tous
les
autres
en-
portemens
que
M.
le
Boulrz
a
eús
contre
eux3
parceque
ceux-la
renferment
8%
Suppolent
tous
les
autres,
141
Tefament
cafe.
Je
vous
fupplic
feulement
de
faire
deux
oblervarions
décifives,
7
La
premiere,
que
cetre
haine
de
M.
le
Boultz
contre
fes
enfans
wéroit
pas
moins
injuíte
que
violente;
qu'ilsne
lul
ont
jamais
donné
aucun
fujer
de
mécon=
tentement
;
ils
foumertent
a
la
cenfure
des
Parties
adverles
toute
leur
conduite
depuis
quils
font
au
monde.
1ls
les
dé-
fient
d'y
trouver
,
je
ne
dis
pas
feule-
ment
une
mauvaile
ation
,
mais
la
moin-
dre
laillie
de
jennelle
,
le
moindre
man.
quement
de
relpeét.
Nous
avons
méme
Pavantage
,
QU'0u-
tre
cerre
preuve
négative
Madame
le
Boultz
á
tn
elle-méme
4
ceux
pour
qui
je
parle
une
preuve
polttive
de
leur
bonne
conduite,
82
la
plus
aurentique
-Qquíls
puiflent
jamais
avo1rc'elt
la
recon.
noiflance
quelle
en
a
faite
elle-méme
dans
Pinterrogatoire
quelle
a
fubiá
leur
requéte.
Ce
témolgnage
lans
doute
ne
lera
pas
fufpedt,
ils
ne
peuvent
jamais
étre
loués
par
une
bouche
dont
Pappro=
bation
leur
falle
tant
d'honneur.
La
feconde
oblervation
eft
que
M.
le
Boultz
a
perfeveré
dans
cette
haine
in-
julte
pendant
toute
la
maladie,
€
quil
étolt
encore
actuellement
dans
cette
mauvaile
difpolition
contre
fes
aínés,
Feflament
caffe.
143
Joríque
Madame
le
Boultz
attentive
ad
Protiter
de
ía
pañion
,
lui
a
fait
fare
le
Teltament
dont
il
S'agit.
Cela
paroic
clairement
dans
le
Billet
crit
par
Pintimé
au
fieur
Abbé
le
Boultz
lon
frere
aíné.
Les
termes
de
ce
Biller
'Ont
connoítre
quil
ne
peut
avolr
été
€crit
que
le
marin
du
jour
méme
que
M.
le
Boultz
fut
confellé,
8
qui:
fi
lon
Teltament;
puilque
Pintimé
y
marque
que
Pon
craígnoit
á
tous
momens
qu'il
ne
mourúr
fans
avoir
recú
les
Sacre-
mens,
8
quil
y
parle
du
Confelleur;
|
cependant
ce
méme
'Biller
apprend
au
ficur
Abbé
le
Boultz
que
lon
pere
ve-
hoit
encore
de
lui
refuler
la
permillion
de
le
voir.
|
Il
lt
donc
prouvé
par
le
témoignage
de
P'intimé
,
aufi-bien
que
par
l'interro-
gatoire
de
Madame
le
Boultz,
que
quand
M.
le
Boultz
a
fat
fon
Tellament,
il
étoir
encore
agité
des
mémes
monve-
mens
de
haine
«
de
colere
contre
les
al-
nés
;
8<
que
ce
teftament
elt
un
dernier
effer
de
la
pallion
aveugle
quí
julques
alors
les
avoir
fair
traiter
li
durement.
Cela
parol:
encore
par
les
reproches
que
M.
le
Bonltz
leur
fitle
méme
jour
en
prelence
de
toute
la
famille,
lorÉ-
quis
fe
prefenterent
devant
lul,
depuis
"co
Teltament
fait.
144
Teflament
cafe.
Prétendra
-
t-on
apiés
cela
que
ce
Teitament
foir
valable
>
y
a
deux
IOyens
pour
prouvet
quun
teltament
a
dé
fair
par
un
princt-
pe
de
hame
ou
de
colere.
Le
premier
,
loríque
le
Teltateur
y
a
inferé
quelques
-
Termes
injurigux
,
quelque
mauvais
élo-
ge
qui
marque
Ía
prévention
;
dans
ce
cas
11
Welt
pas
befoin
de
chercher
hors
de
l'adte,
des
preuves
de
la
difpofition
OU
étoit
le
Teftateur;
le
teftament
porte
en
lui-méme
le
carsGere
de
la
mullité
,
8%
le
(can
de.
fa
condamnation.
Mais
au
défaut
de
ce
moyen
nous
en
avons
un
antre,
pour
comnottre
(i
ceft
la
haine
qui
a
déterminé
lo
Tefltareur;
1l
ne
(ufhe
pas
quil
ait
eu
la
précaution
de
ne
la
pas
exprimer
dans
(on
tefta-
ment,
loríque
toute
la
conduite
quil
a
tenué
julques
lá
découvre
fuftifamment
les
lentimens
de
lon
carur.,
Tous
les
Arréts
que
je
vous
aj
cités
font
dans
ce
dernier
cas
:
le
teftament
de
Madame
Pinon,
celui
de
Gamot
,
celui
de
Marie
Hemarr,
le
teltament
de
la
Dame
de
Tierlaule,
8
rous
les
autres
généralement
dont
je
vous
al
parlé,
ne
contenotent
rien
d'injurieux.
On
avoit
méme
exprimé
un
motif
tout
different
dans
la
donation
qui
fut
caflée
parPArrér
de
Ot
o
Tefiament
cajje.
145
de
16
56.
La
haine
n'éro1t
prouvée
dans
toutes
ces
elpeces
,
que
par
les
circonk-
tances,
de
par
la
conduire
que
les
Telta-
teurs
avolent
tenuc
julqu'au
tems
de
leur
teftament,
in
Ne
feroit
ce
pas
eneffer
uneillufion
,
£
Pon
fe
contentoit
d'établir
pour
regle,
que
les
teltamens
faits
par
un
pere
ani-
mé
de
haine
contre
fes
enfans,
feront
nuls
8%
que
Pon
ne
permit
pas
la
preuve
de
cette
haine,
á
moins
que
le
Teltateur
Yeut
eú
la
fimplicité
de
Pécrire
lui
mé-
me
dans
fon
teltament?
Quel
Teftateur
allez
mal
avilé
tomberoit
dans
cetincon-
venient,
fcachant
que
cette
expreflion
rendrotr
fon
teltament
nul,8
quien
ne
Vexprimant
pas,
on
ne
feroit
point
re-
sú
4
prouver
la
colere
par
une
autre
voye!
De
quoi
ferviroit-il
d'inftituer
des
loix
,
(1
Pon
ouvroit
en
méme
tems:4
ceux
quí
voudroient
y
contrevenit
un
moyen
aulhi
facile
de
les
éluder,
€
leur
conviétion
ne
pouyoir
venir
que
d'eux-mémes.
Commenos
actions
découvrent
mieux
que
nos
diícours
ce
que
nous
avons
dans
le
cocur,
la
preuve
de
Paverfion
du
Tel-
tateur
qui
relulre
de
toute
la
conduite
eltencore
plus
fire
$
plus
convaincan-
te
que
celle
qui
relulte
de
ce
quil
a
Tome
XIX.
q
146
Teflament
café.
o
écrit,
peut
étre
avec,
peu
de
reflexion
dans
fon
reftament.
Mais
P'on
peur
d'autant
moins
faire
de
dificulté
fur
cela
dans
cerre
caufe
que
la
palion
qui
a
donnélien
au
Teftament
de
M.
le
Boultz
ne
set
pas
feulement
fait
connoítre“par
toute
fa
conduite,,
el-
le
paroft
encore
par
la
qualité
méme
de
la
difpolition.
10m
Quel
autre
motif
auroit
pú
Pobligerá
Choilir
le
cader
de
tous
les
enfans
pour
le
mertre
fur
la
téte
de
fes
freres.,
8
pour
en
faire
le
chef
de
la
famille?
1]
£fauc
avoiler
que
ce
lentimento'elt
pasnaturel,
il
ne
convient
ni
au
voeu
commun
de
la
nature,
ni
a
Pefprit
delaloi,
ni
aux
fen-
timens
ordinaires
des
peres
8%
meres,
-Quoiqueles
ainés
n'ayent
de
preciput
par
la
difpofition
de
notre
Coutume
que
fur
les
biens
nobles,
ils-ne
laiffent
pas
d'avoir
fur
lesautres
biens
ne
elpe-
ce
de
droit
,
au
moins
de
bienféance
qui
relulte
de
ce
quíls
ont
éré
les
premiers
faifis
de
Pelperance
d'y
fucceder.
Si
la
Coutume
ne
les
avantage
pas
elle
méme,
elle
les
indique
aux
peres
pour
fuppléer
a
cetégard
ce
qui
manqueá
fa
difpofi-
tion.
Áinfi
quand
un
pere
veut
faire
des
avant
ages
a
quelqu'un
de
fes
enfans,
il
ne
peut
choifir
pour
cela
un
cader
fans
|
Teffament
caffe.
147
faire
d
les
ainés
une
injuítice
manifelte;
au
lieu
quien
avantageant
Painé
il
ne
alt
point
d'injultice
aux
caders,
8
le
moins
qu'il
puille
faire
pour
lui
y+
eft
de
dajfler
les
chofes
dans
l'égalité.
La
feule
incapaciré
,
la
feule
indignité
des
aínés,
peut
autoriler
les
avantages
faits
d
un
cader,
Celt
ce
qui
ne
le
ren-
contre
pointici,
au
contraire
il
n'yarien
dansles
aínés
quin'eúr
dá
atrirer
plutór
une
augmentation,
qu'une
diminution
de
leur
part
héreditaire.
11
eft
donc
évident
que
cette
difpolition
bizarre
,
contraire
a
Pordre
dela
nature
$
de
la
lot,
ne
peut
avoir
eu
pour
principe
que
les
paflions
dont
fon
déreglement
porte
le
caraítere,
par
conféquent
elle
ne
peut
fublilter.
Les
Jurifconfultes
décident
que
fi
un
_
pere
difpofe
de
fes
biens
au
préjudice
d'un
fils
quil
ne
connoifloit
point
,
ou
qu'une
longue
abíence
avoit
fait
paller
-
Pour
mort
dans
Pelprit
de
ce
pere;
cet
enfant
venant
á
paroítre
doit
rompre
le
teltament
:
ne
peut-on
pas
dire
que
mes
Parties
font
en
quelque
facon
dans
ce
cas
>
M.
le
Boultz
s'étoit
tellement
ac-
coutumé
a
lesregarder
comme
des
étran=
gers
qu'il
ne
les
comptoir
plus
au
nom-
bre
de
les
enfans,
¡ls
ne
vivoient
plus
dans
fon
coeur,
il
les
ayoit
eneveli
dans
Gi
148
Teflament
café.
:
un
oubli
volontaire,
bien
plus
ficheux
que
celui
qui
ne
vient
que
d'un
défaut
de
mémolte
5
ces
enfans
reparorllent
au-
jourd'huí,
la
juftice
les
retrouve;
elle
doit
lans
doute
rompre
le
Teltament,
£X
reparer
le
tort
que
leur
a
fait
Poubli
de
leur
pere,
Toutes
ces-
railons.
me
paroiflent
(1
prellantes
que
Javové
que
j'ai
peine
4
prévoir
quelles
défenfes.
on
poura
leur
oppofer.
Difconviendra-t-on
de
la
vérité
des
faits
que
j'a1
expliques
2
¡ls
font
prouvés,
Sá
par
Pinterrogatoire
de
Madame
le
Boultz
,
82
par
des
lettres
de
-M.
le
Boultz
8%
de
Plntimé;
8
quand
je
n'en
aurois
pas
la
preuve
entiere
par
écrit
comme
je
Pai
par
ces
lertres,
%
par
cet
Interrogatoire
>
pourroit-on
me
refuler
la
permillion
de
lachever
par
témoins
?
Vous
Paccordez
toujours
dans
ces
OCCA-
fions
des
qwiil
y
a
le
moindre
commen-
cement
de
preuve,
la
moindre
apparen-
ce
que
les
fatts
qu'on
avance
font
lerieux,
$
vértables;
celt
la
regle
que
vous
avez
(uivie
dans
les
Artéts
que
jaj
cirés.
T
elt
méme
néceffaire
d'en
uler
de
la
forte
;
parceque
d'un
corté
les
enfans
ne
peuvent
pas
prendre
des
Actes
par
écrir
O
EAST
UN
e
Tefflament
caffó.
149
dela
colere
de
leur
pere
,
ni
des
mau-
Vals
traitemens
qu'ils
en
(ouftrent
3
Se
que
les
peres
d'aurre
pare
ne
pouvant
manquer
d'avoir
quelque
honte
de
leur
Injuítice
,
le
gardent
ordinajrement
de
confier
á
Pécriture
les
marques
de
leurs
emportemens
:
leur
bouche
peut
quel-
quefois.
les
trahir
,
mais
leur
main
plus
lente
leur
donne
le
tems
de
refléchir
,
dV'arrérer
leur
plume
,
6%
d'empécher
qu'elle
ne
porte
contre
eux
mémes
un
témoignage
irréprochable.
On
ne
peut
donc
s'étonner
que
Mon-
fieur
8
Madame
le
Boultz
[e
lorent
laiflé
emporter
á
leur
paflion
y
julqu'au
point
d'en
donner
eux-mémes
des
preuves
par
écrit
82
de
n'érre
pas
maítres
de
rerenir
leur
main.
Que
fi
la
vérité
de
ces
faits
eft
conftan-
te
,
entreprendra-t-on
de
les
exculer
,
8%
de
foutenir
qu'ilsne
font
pas
allez
graves
pon
donner
atreinte
au
Teftament?
ils
e
font
incomparablement
plus
que
ne
Pétoient
ceux
dont
vous
avez
permis
la
preuve
dans
les
affaires
de
Gamot
,
S
de
M.
Pinon,
$
que
ceux
qui
ont
fait
cafler
tous
les
autres
teftamens
dont
J'ai
rapporté
les
exemples.
Er
quels
trairemens
plus
cruels,
un
pere
peut-il
faire
fouffiira
fes
enfans
G
4]
_YSO
Teflament
caffé.
que
de
leur
interdire
la
maifon
,
de
les
priver
de
la
vué,,
de
leur
tefuler
des
ali
mens
>
6%
que
toutes
ces
autres
duretés
que
mes
Parties
ont
éprouvées
pendant
tant
d'années
,
8
que
je
ne
repeterai
point?
|
Siln'y
a
perfonne
qui
ne
foit
touché
du
malheur
des
enfans
que
la
jaloufie,
la
hoate,
ou
la
pauvreté
de
leurs
parens
fait
expoler
en
nmaiflant:
combien
doit=
On
ploindre
davantage
un
homme
de
con.
dition
qui
connoillant
ce
quíil
eft
fe
voit
abandonné
par
des
paren;
riches
,
dans
láge
on
ils
devroient
Pétablir>
ne
fem
ble-t-il
pas
quíils
ne
Payent
reconnu
,
¿levé
jufques
la
que
pour
le
mertre
en
état
de
mieux
fentir
le
malheur
de
cet
abandonnement
>?
:
Je
ne
vois
donc
d'azile
pour
les
Par-
tiesadverles
que
dans
ces
moyens
com=
muns
,
62
généraux
que
l'on
a
coutume
d'employer
dans
toutes
les
Caufes,
oñ
les
enfans
(e
plaignent
du
teltament
de
leur
pere.
On
fera
voir
la
nécellité
de
conferver
Pautorité
des
peres
fur
leurs
enfans
,
on
ne
manquera
pas
déxagerer
la
faveur
de
cette
puifíance
quí
elt
de
toutes
la
plus
ancienne.
On
táchera
de
rendre
odieule
la
conduite
de
mes
Par-
ties
qui
viennent,
dira-1-on,
déclamer
MiS
EMISOR
As
Tefloment
caffe.
15í
€ontre
leur
pere
,
8crroubler
lerepos
de
les
cendres;
on
foutiendra
que
le
peude
relpedt
qwils
font
paroitre
pour
fa
mé-
moire
,
doit
faire
juger
quíls
en
ont
manqué
pendant
a
vie,
8%
jultifie
la
dif
pofition
que
M.
le
Bouliza
faite
en
fa-
veur
de
leur
puíne.
Enfin
on
vous
fera
remarquer
le
dan»
ger
qwil
y
auroit
á
recevoirdes
faits
pour
renverler
le
teftament
d'un
pere,
Pou-
vrage
de
fa
lagefle,
que
ce
leroit
ouvrir
4
tous
les
enfans
reduits
¿leur
légitime
une
voye
pour
s'en
plaindre;
que
li
vous
le
louffrez
autant
de
teftament
feront
naltre
autant
de
proces
,
SL
que
le
pou-
voir
que
les
loix
donnent
aux
peres
de
difpofer
de'Pexcedent
de
la
legirime
de
leurs
enfans
devient
une
¡llulion.
Mais
ces
confiderations
générales
ne
reglent
pas
vos
jugemens,
elles
n'em-
péchent
pas
que
vous
ne
cafliez
tous
les
jours
des
teftamens
folemnels
fur
les
plaintes
des
enfans.
Sil
eft
important
quils
fojent
foumisá
leurs
peres
5
il
ne
Peft
pas
moins
que
les
peres
foient
fou=
mis
¿laloi,qw'ils
foient
équitables
envers
leurs
enfans.
Il
faut
que
cetre
puiflance
paternelle
que
Pon
¿leve
fi
haut,
S'hu-
milie
devant
votre
tribunal
5
il
fant
que
ces
Magiltrass
domeltiques
VIEnnent
G
13
52
Teflament
cafe,
VOUS
reconnoítre
pour
les
peres
comz
cette
autoriré
que
vous
leur
confiés,
82
quils
nexercent
quavec
une
entiere
iubordination
4
la
vótre,
l
et
donc
nécellaire
d'entrer
dans
le
particulier
de
la
Canfe
qui
elt
a
juger:
il
faut
on
que
vous
fafiez
voir
que
les
-
faits
que
nous
avons
plaidés
font
fabu.
leux.,
ou
qu'en
les
rECONnOlHÍANE
véritas
les
,
vous
prouviez
quiils
ne
peuvent
pas
felon
nos
regles
détruire
un
tefta.
MEént
,
6
que
nous
ne
lommes
point
dans
lecas
des
Arrérs
que
al
rapportés,
Or
Ceft
ce
quiallúrément
vous
ne
pour-
1EZ
falte
voir
5
ainfi
ce
premier
moyén
pourroit
fufire
pour
renverfer
le
Tefta:
ment
de
M.
le
Boulrz.
|
a1s
ce
moyen
ett
encore
foutenu,
82
fortifié
par
un
fecond
5
Celt
que
cette
haj.
ne
injulte
,
ce
Teftament
nofficienx,
lont
des
efets
de
la
fédudion
S
des
aro
tifices
de
Madame
le
Boultz,
que
cer
elle
qui
par
cette
haine
qwelle
a
infpirde
a
M.
le
Boultz
dans
tous
les
tems
l'a
dif.
poté
de
longue
main
4
dépouiller
mes
parties
de
fes
biens,
$
que
cell
elle
en.
core
qui
lui
en
a
fir
Prendre
en
mon-
tant
la
réfolution
qwila
prile,
8
qui
lui
a
fugocré
cer
injuíte
Teltament,
SS
Del
vv
mM
Teflament
caffé.
153
Je
ne
repeteraj
point
ce
que
je
vous
al
dit
de
Pempire
que
Madame
le
Boultz
sétoit
acquis
(ur
Pelprit
de
M.
le
Boultz,
Celt
un
fait
fi
public
qu'il
ne
nous
fera
pas
difficile
d'en
ayolr
la
preuve
com-
plette
,
Í
vous
la
jugez
nécellaire;
82
J'elpere
quil
s'en
trouvera
déja
des
preu-
ves
dans
le
commencement
d'nforma-
tion
dont
Madame
le
Boultz
empéche
la
continuation,
parceque
ce
fait
a
quel-
que
rapport
avec
la
louftradtion
des
ek
feis
dont
nous
avons
commencé
d'in=
former.
Je
ne
repeteral
point
non
plus
ce
que
Jal
eu
Phonneur
de
vous
plaider
tou-
chantla
maniere
dont
Madame
le
Boultz
a
abulé
de
cette
autorité
pour
prevenir,
Sí
pour
animer
M:
le
Boultz
contre
mes
Parties,
ni
ce
que
ai
dir
de
Vaverfion
quelle
a
témolgnée
contre
eux
en
tou-
tes
occalions.
J'y
ajomterai
feulement
deux
faits
Iimportans
que
javois
reflervés
pour
cer
-endroit.
Le
premier
,
qu'íun
homme
de
Qua-
lité
parent
de
M.
le
Boultz,
Pexhortant
un
joura
mieux
tratrer
les
enfans
,
82
lui
repréfentant
Pinjuftice
de
lon
procedé.
1
luz
arracha
ces
paroles:
Je
his
per/uadé
de
ce
que
yous
me
dites
>
1mais
je
veux
avoir
Gv
154
Teflament
café.
du
repos
dans
mon
domeltique.
Powvoic-
¡1
marquer
plus
nettement
qwil
ne
pouvoit
avoir
la
paix
avecía
femme,
sil
ne
faifoit
la
guerre
á
les
enfans
,
X
que
la
dureré
de
la
conduite
réroir
quun
effer
de
la
complailance.
Je
ne
craindrai
point
de
nomimer
cette
perlonne
parceque
fon
nom
augmentera
le
poids
du
fait
que
j'a-
vance.
Celt
M.
d'Aligre
Confeiller
de
la
troiliéme,,
nous
elperons
qu'il
voudra
bien
en
rendre
támoi
gnage
sil
eft
beloin.
autre
fair
ceft
que
les
proches,
8
les
amis
de
M.
le
Boultz,
ont
fouvent
re-
matqué
qu'il
parloit
ayec
beaucoup
plus
d'aigreur
de
fes
deux
alnés
,
lorfquil
étolten
prólence
de
Madame
le
Boultz
que
lor(qwelle
éroit
abíente.
Mais
venons
aux
preuves
de
la
lug-
geftion
du
Teltament:
elle
parolt
éyi-
demment
dans
toute
la
condutte
de
Ma-
dame
le
Boultz
queje
vous
ai
expliquée.
Peur-on
attribuer
4
une
autre
caufe,,
tous
les
loins
qw'eile
a
pris
d'empécher
la
reconciliarion
de
mes
Parties
avec
M.
le
Boultz
pendan:
fa
maladie
>
Nelt-ce
pas
dans
cette
wué
qu'elle
a
refulé
aux
aínés
la
permiflion
de
voir
len:
pere
pen-
dant
toute
cette
longue
maladie;
Pig
ce
que
ce
Teltament
eur
dé
fui
,
8
qwelle
a
méme
afeé
de
cacher
antane
y
ct
e
A
AAA
Teflament
café.
155
qwelle
a
pú
¿la
famille
de
M.
le
Boultz,
$
a
lui-méme
le
peril
ou
il
étott.
Quelle
autre
railon
pouvoit
encore
avoir
obligéca
fermer
deux
foisla
por-
te
au
Curé,
S
au
Vicaire
de
faint
Sul-
pice,
fi
ce
Welt
la
crainte
qu'elle
avoit
quils
ne
fiflent
connoítre
a
M.
le
Boultz
Pobligation
od
il
étoit
derecevorr
fes
en-
fans,
Scde
reparer
autant
quil
pouvoit
dans
les
derniers
momens
les
injuítices
quilleur
avoit
faites
pendant
fa
vie?
Sans
ce
motif
Madame
le
Boultz
au-
roit-elle
pú
dans
Pextrémiré
oú
éroit
M.
“le
Boultz,
refufer
á
fon
Pafteur
Ventrée
daris
la
mailon?
car
elle
demeure
V'ac-
cord
dans
fon
interrogatolre
que
ce
re.
fus
vint
Welle
feule
;
M.
le
Boultz
n'y
eut
aucune
part;
il
ne
[gut
pas
méme
que
le
Curé
s'étoit
préfenté..
“On
le
renvoye
encore
le
lendemain
matin
,
on
differe
á
donner
a
M.
le
Boultz
un
Contelleur
jufques
fur
les
dix
heures
,
parcequiil
fallo:
da
tems
pour
faire
un
choix
de
cette
importance
;
82
qui
fait-on
venir
aprés
cela
,un
Thearia
qui
"avoir
jamais
contell
€
M.
le
Bouliz?
je
m'en
rapporte
4
Madame
le-Bonltz
méme
qui
elt
ici
préfente
,
(1
ce
queje
dis
Welt
pas
véritable,
“+
Pourquoi
certe
at
+
y)
156
Teflament
Cafe.
le
véritable
Palteur
quí
le
prélentoit
de
lui
méme
pour
produire
en
ía
place
un
Inconnu
qui
ne
Icavoit
rien
de
Vérar
de
la
famille,
nide
la
conduire
de
M..le
Boultzz
Un
érranger
inftruiz
dans
des
maxi-
mes
toutes
oppolées
d
nos
Coutimes
-
houtri
dans
un
pays
ou
Pulage
et
de
metrtre
les
aínés
dans
VEglife
,
8clesca-
dets
dans
le
monde
-
Pourquoi
cette
af
feótation
>
je
vous
le
laiffe
4
Juger,
8xz
il
elt
aité
dele
connottre
par
les
fuites.
Madame
le
Boultz
entre
en
conféren-
ce
avec
ce
Religieux,
avant
que
de
Pin=
troduite
dans
la
chambre
de
M,
le
Bonliz;.
«elle
fait
en
méme
temas
aver=
*
tir
deux
Notaires
>
quoique
M.
le
Boultz
a
men
eut
point
donné
Pordre
,
le
Théatin
le
confell
-
Quel
fut
le
premier
fruit
de
ecrte
confellion
>
un
Teftament
:
Mo
le:
Boulez
qui'
ren
avoir
point
parlé
jul
que
lá
demande
des
N
otalres,
ils
droient
tout
prérs,
¿ls
Wattendolent
que
lé
(iz
gual,
Celtd-dire
la
fortie
du:
Théatin.
On
remer
¿lui
faire
donner
le
Viatique
Lapres
dince.,
quelque
fujet
quil
y
eur
de
craindre
que
la
mort
ne
le
prévint
,
comme
il
paroit
par
le
biller
que
je
vous;
ai
lá.
On
commence
parle
Teftament
comme
le
plus
prellé,
8c
comme
sil
ne
sto
confellé
que
pour
Le
difpoler
4
faire
ce
Teltament,
Teflament
café
157
-
Pourquoi
cela?
celt
quil
ne
pouvoit
tecevoir
le
viatique
fans
voir
€n
méme
tems
fes
enfans,
8
fans
quil
lui
fur
ad-
-—
minitré
par
le
Curé
de
Saint
Sulpice
>
homme
fulpeét
4
Madame
le
Boultz
;
elle
avoit
peurou
queles
confeils
de
l'
un,
8cla
vué
des
autres
ne
détournallent
le
coup,
ou
qwil
ne
reftár
pas
á
M.
le
Boultz
aflez
de
tems
pour
falre
un
Tel-
tament.
L'applicarion
que
Madamele
Boultz
a
cué
depuisa
empécher
larévocation
de
ce
Teftament,
la
dureré
avec
laquelle
elle
refuía
á
fes
enfans
la
permiflion
de
demeurer
pendantla
nuit
fulvante
dans
la
mailon,
Paffettarion
qwWelle
ent
le
lendemain
d'étre
préfente
pendant
que
M.
le
Boulrz
fit
fon
Codicile
:
tout
cela:
ne
prouve-t-il
pas
encorela
part.
qu'elle
-
avolteuca
ce
Teltament
?
Mais
que
peut-on
juger
des
termes
8£
de
la
difpoficion
de
ce
Codicile
>
Vous
avez
reconnu
M,
le
Bouliz
,
ce
Magiítrar
Li
judicieux
8
(
ferme,
cet
elprit
£
éle-
vé
>
quelqu'un
voudroit-il
crolre
que
cette
difpofition
baíle
82
puérile
atr
éré
fon
ouvrage
:
4
moins
que
de
convenir
que
ce
n'étoit
plus
le
méme
M.
le
Boultz,,
en
la
maladie
avoir
fair
impreflion
fur
a
elprir,
ou
que
fon
deffein
avoit
été
158
Teflament
cafe.
de
faire
quelqwautre
difpofition
,
que
lá
prelence
de
la
femme
Pobligea
de
difli.
muler.
Enfin
la
paflion
que
Madamele
Boultz
a
témoigné
depuis
la
mort
de
M.
le
Bcultz
pour:
faire
confirmer
ce
Tefta-
ment,
les
moyens
odieux
qu'elle
a
em-
ployés
pour
contraindre
fes
enfans
de
confenur
a
fon
exécution,
les
démat-
ches
qu'elle
fait
encore
aujourd'hui
en
le
joignantavec
le
caderen
follicitant
ou-
vertement
,
6
faifant
avec
lui
un
parti
formé
contre
ceux
pour
qui
je
parle,
ne
lont-ce
pas
encore
autánt
de
preuves
de
la
fuggeftion,
8:
ne
juge-t-on
pas
alfément
que
ce
qu'elle
fait
aujourd'hui
publique-
ment
auprés
de
vous,
n'eft
que
la
fite
de
ce
qwelle
a
fait
fecretement
aupres
-
de
M.le
Boulrz.
Quon
ne
nous
objeéte
pas
que
toutes
les
Parties
érant
également
enfans
de
Madame
le
Boultz,
il
ny
a
pas
d'appa-
rence
quelle
ait
youlu
rendre
4
ceux
pour
qui
je
parle
de
mauvais
ofhices
an-
prés
de
leur
pere
,
que
cela
pourroit
fe
prélumer
d'une
belle
mere
qui
auroit
des
enfans
d'un
fecond
lit
,
comme
dans
Peípece
de
Gamor
,
mais
qu'une
mere
duit
érre
exempre
de
ce
foupcon.
J'avouc
qu'elle
le
devroir
étre,
mais
a
E
RR
AAA
A
q
AS
a
O
Ii
TO
O
DO
O
DO
O
O
DO OO
DO
+
Tefiament
cafe.
159
quand
le
contraire
paroit,
á
quoi
peut
lervir
cette
qualité
de
mere
,
dont
on
vo1t
qu'elle
na
pas
eúl
lesfentimens
,
qua
tendre
fa
conduite
plus
odicufe
?
Quand
la
pieté
naturelle
n'elt
pasallez
forte
dans
fon
coeur
pour
Pempécher
de
former
des
delleins
contre
les
enfans
,
le
titre
de
mere
nefert
quía
la
mettre
plus
en
étar
de
les
exécuter
,
82
4
rendre
Ía
haine
plus
odieufe.
Une
belle-mere
n'au-
roit
pú
avoir
plus
d'averfion
contre
mes
Parties
quen
a
eú
Madame
le
Boultz
,
8c
elle
auroit
eu
moins
de
pouvoir
fur
Pelprit
de
fon
mari
pour
leur
nuire
:
il
le
feroit
defié
de
les
confeils,
11
auroit
été
en
garde
contre
fes
projets
:
mais
quand
unesmere
joint
Pautorité,
la
créan-
ce
que
cette
qualité
lui
donne
avec
un
coeur
de
belle-mere
,
quí
pourtoit
relif=
ter
d
les
artífices
?
Je
finiral
ce
fecond
moyen
par
deux
*
reflexions
trés
courtes.
La
premiere,
que
la
fuggeltion
elt
un
des
moyens
ordinaires
8%
de
droit
que
vous
recevez
tous
les
jours
contre
les
te-
ftamens
;
8
que
méme
lorfque
les
faits
n'en
font
pas
foffilamment
prouvés,
vous
en
permettez
la
preuve,
pe
quils
fotent
artículés
,
£
circonftanciés
:
nous
-£n
ayons
une
iofinicé
d'Arrérs
dans
nos
169
Teffament
café.
.
livres,
82
cette
maxime
elt
fi
conflante
que
je
ne
crois
pagavolr
beloin
de
m'ar-
réter
a
Pérablir.
La
feconde
reflexion,
cel
quil
ef
prelqu'impoflible
d'avoir
des
preuves
de
luggeftion
plus
pofitives
que
celles
qui
fe
rencontrent
dans
cette
Caufe
;
parceque
ceux
quí
en
font
coupables
ne
manquent
jamais
d'apporter
tous
lenrs
foins
pour
empécher
quelle
ne
puille
¿rre
décou-
verte
,
aflurés
qu'ils
en
perdroient
tout
le
fruit
(1
elle
venoit
á
paroítre.
Voilá
mes
deux
moyens
d'appel
,
Se
les
denx
nullités
du
Teltament
de
M.
le
Boultz.
Je
paíle
a
Paurre
chef
de
la
Cau-
le
qui
regarde
le
recelé,
8
Pa
pel
inter-
jetté
par
Madame
le
Boultz
Sl
elt
nécel-
[1re
d'expliquer
les
motfs
qui
ontobli-
gé
mes
Parties
d
intenter
certe
demande.
Je
vous
ai
dir
que
M.le
Boulrz
avoit
toujours
fur
la
place
une
fomme
confidé-
sable
que
Madame
le
Boultz
faifoir
va.
loir
par
Pentremile
,
82
lous
le
nom
de
Manis.
M.
le
Boultz
tenoit
feulement
un
Re-
giftre
ot
il
marquoit
les
noms
de
fes
dé-
biteurs
,la
lomme
,
$
le
jour
d'échéan.
ce
de
chaque
biller.
:
On
a
trouvé
de
ces
Billets
lous
le
(cel.
lé
pour
quarante
mille
écus;ona
au
Teflamen:
café.
16Y
trouvé
ce
Regiítre
écrit
de
la
main
de
M.
le
Boultz.
Tous
les
Billers
trouvés
fous
le
Scellé
Íont
cotrés
fur
ce
Regiftiez
mais
il
y
en
a
pour
pres
de
trente
mille
livres
qui
Íont
cortés
fur
ce
Regiftre
,
8%
qui
tou=
tefois
ne
fe
font
point
Hbuvés
lous
le
Scelle.
Ce
n'elt
pas
quíils
euffent
été
acquit-
tés,
82
quils
ne
fullent
plus
fubliftans
lors
du
décés
de
M.
le
Boultz
:
deux
cho-
les
prouvent
quils
fubliftoient.
La
premiere,
qu'ils
n'érolent
pas
en-
core
échús
:
il
elt
mort
le
cing
Février;
leurs
échéances
marquées
danslle
Regi-
ftre
,
font
toutes
poftericures.
La
feconde,
que
M.
le
Boultz
avoit
Pé-
xadtitude
de
rayerles
Billets
qui
étoient
acquitrés
,
ou
convertis
,
ou
renou-
vellés.
Cela
paroit
par
la
vué
de
ce
Re-
Eli
,
Ec
eft
exprellément
marqué
dans
nventaire
,
oú
Pon
4
expliqué
exaíte-
ment
toutes
les
ratures
qui
y
érolent.
Ces
Billets
qui
n'ont
point
éré
trouvés
lousle
Scellé
ne
font
point
barrés
fur
le
Regi-
Ítre
,
les
articles
font
entiers
;
que
peu-
ventils
donc
€tre
devenus,
$
quen
pcut-on
juger
finon
qwils
ont
été
di-
VCrtis
?
Ce
divertiflement
étoit
tres
facile,
par-
16%
Teftament
cafe.
cequetous
ces
Billers,
$
tous
ceux
qué
Pon
atrouvés
lous
le
Scellé
étoient
paya-
bles
lés
uns
au
porteur
,
les
autres
4
Ma-
nis
ou
a
fon
ordre,
Ce
font
des
Billers
quí
n'ont
point
de
fuire;
cela
le
donne
de
la
mainá
la
main,
fans
quiil
en
refte
aucun
veltigs
Voilá
donc
un
divertiflement
d'effers
bien
conftant.
1l
ne
sagit
plus
que
d'en
découvrir
'Anteur
;
nous
ne
voulons
pas
croire
que
celoit
Madame
le
Boultz,
nous
ne
voulons
pas
méme
en
acculer
Manis.
Voici
tiéanmoins
quelques
circonftances
qui
pourroient
donner
quelques
loup-
con,
finón
contre
Madame
le
Boultz
,
du
moI1ns
contre
ce
Manis
qu
elle
protege.
La
premiere,
que
loríque
ce
Regiltre
écrit
de
la
main
de
M.le
Boultz
qui
dé-
couvre
le
divertiflement
fut
troavé
fous
le
Scellé,
Madame
le
Boultz
fit
de
fort
grandes
inftances
pour
empécherquilne
le
inventorié,
8
s'emporta
avec
beau-
coup
d'aigreur
contre
les
enfans
,
parce=
auls
infiftoient
ale
faire
inventorier,
La
feconde
“circonftance
elt
que
Ma-
dame
le
Boultz
et
demeurce
Vaccord
dans
fon
interrogatoite
,
que
dans
les
deux
derniers
jours
de
la
vie
de
M.
le
Boultz
,
elle
a
renouvellé
quelques
Bil-
lets
quí
éroient
échás,
€
que
pour
cela
Tefament
café.
163
M.
le
Boultz
lui
ayant
donné
la
clef
de
lon
cabiner,
elle
y
eltentrée
ayec
Manis
»
8
quelle
a
pris
parmi
les
Billets
qui
y
étoient
,
ceux
quíil
falloit
renouveller.
Il
wa
pas
été
difficile,
je
ne
dis
pas
4
Madame
le
Boultz,
nous
ferions
bien
fachés
de
le
croire,
mais
4
Manis
de
f0uftraire
ces
Billers
qui
fe
font
écliplés,,
Sí
de
tromper
la
vigilance
de
Madame
le
Boultz
dans
le
trouble
om
la
devoit
mertre
alors
la
maladie
de
M.
le
Boul:z.
La
troifiéme
circonítance
,
elt
la
fa-
cilité
que
ce
Manis
fgavoit
qu'il
auroitá
le
faire
payer
de
ces
Billets
,
commeje
Pai
dir,
payablesa
lui,
ou
au
porteur
en
géneral.
|
Jene
prétens
pas
vous
propofer
ces
Indices
comme
des
conviétions,
mais
enfin
on
demeurera
VP'accord
quil
y
en
a
fans
doute
beaucoup
plus
qu'il
nen
fant
a
obligera
chercher
parles
voyes
de
ajuítice
Pauteur
de
la
fouftraction
qui
paroít
avoir
éré
viliblement
faite
de
ces
Billets.
11
y
a
méme
encore
une
reticence
de
papiers
qui
approche
fort
d'un
recelé.
Mes
Parties
Interpellerent
Madame
le
Boultz
en
finiffant
PInventaire
,
de
dé-
clarer
fi
elle
ne
fgavoir
point
quiil
y
eút
quelques
fommes
dués
a
la
Communan:
164
Teflament
café.
té,
ou
quelques
papiers
mis
entre
leg
mains
de
quelques
tierces
perlonnes
pour
en
pourluivre
le
recouvrement.
Madame
le
Boultz
ne
voulut
point
répondre
politivement,
elle
dit
que
Pin-
terpellarion
étoit
hors
de
failon
,
qu'elle
pouvoit
ajoiter
d
PInventaire,
juíqu'á
ce
quil
fúr
clos,
82
que
dans
ce
tems
elle
feroit
telle
déclaration
quelle
jugeroitá
propos.
Cependantá
la
clóture
,
nulle
décla.
ration.
Mes
Parties
depuis
ce
tems
ont
[cu
que
Madame
leur
mere
follicitoit
for-
tement
auprés
de
M.
le
Controleur
Gé-
neral
un
rembourfement
des
Greffes
de
-
Beauvais
,
qui
avoient
été
fupprimés
pendant
la
vie
de
M.
le
Boultz.,
82
dont
elle
avoit
rerenu
les
titres,
82
que
mé-
me
elle
avoit
mis
depuis
peu
ces
titres
entre
les
mains
du
Sieur
d'Hermenon-
ville,
1ls
Pont
fait
interroger
fur
cela,
elle
a
été
obligée
d'en
convenir;
elle
a
dit
pour
route
excuíe
,
que
(
elle
1a
pas
déclaré
ces
papiers
dans
'Inventaire,
c'elt
parcequ'elle
n'en
a
pas
éré
interpel-
lée;
cependant
on
voit
parle
Procés
ver-
bal
qu'elle
Pavoit
éré
laa
que
fuftifam-
ment.
S
|
Cela
nous
a
donné
lieu
de
croire
quil
peut
y
avoir
encore
d'autres
papiers,
$4
:
Teflament
cafe.
165
autres
effers
divertis.
Mes
Partiesont
prelenté
Requéte
au
Lientenant
Civil
pour
avoir
permiflion
d'en
informer,
il
deura
accordé
cette
permiflion,
il
y
a
eu
un
commencement
d'information
,
Ma-
dame
le
Boultz
a
empéché
par
un
Arrét
de
défenle
que
Pon
ne
Pait
achevée.
Son
prérexte
eft
quil
falloir
fe
pour-
VoJr
en
la
Cour;
vú
principalement
qu'il
y
avoir
une
demande
formée
par
nous
a
ce
fujer
dans
une
Requéte.
Je
ne
narréterai
pointá
foutenir
cet.
te
procédure,
1l
nous
elt
indifferent
que
nous
ayons
cetre
permiflion
de
Pautorité
de
la
Cour,
ou
de
celle
du
Lieutenant
-
Civil.
Je
foutiens
feuléement
quon
ne
nous
la
peut
refufer.
1%.
Parceque
c'elt
une
voye
de
droit,
que
le
feul
foupcon
fuftit
pour
faire
in-
former
,
8%
que
celui
qui
sy
oppofe
$'ac-
cule
lui-méme
:
fur
tour
quand
il
auroit
interét
de
découvrir
les
AÁuteurs
du
re-
celé.
|
2%.
Le
recelé
eft
conftant
,
il
paroit
quwil
y
a
eu
des
Billers
fouftraits
,
il
ne
relte
qui
chercher
Pauteur
de
ce
diver.
tllement
:
Madame
le
Boul:z
doit
avoir
le
méme
interér
que
nous
de
le
cher-
cher
:
elle
devoit
donc
plurór
fe
jodre
avec
nous
que
de
traverler
cette
procé-
66
Teflament
café.
dure
,
ainfi
on
ne
doitayoir
aucun
égard
a
fon
oppolition.
J'elpere
qu'aprés
tour
ce
que
j'ai
éta-
bli,
vous
vous
déterminerez.
Vous
voyez
les
fils
ainés
d'une
famille
illuftre
8
puil-
lante
dans
la
Magiltrature
qui
ont
re-
coursá
votre
Juíftice
,
non
pas
pour
re-
vendiquer
des
préciputs,
82
des
droits
dainelle,
ni
pour
reduire
leur
cader
4
une
portion
modique
des
biens
de
leur
pere
,
commeil
elt
ordonné
par
plufieurs
de
nos
Coutumes,
$
comme
font
la
plupart
des
peres
dans
les
Provinces
on
la
Coutume
a
manqué
d'y
poutvoir
:
ils
n'implorent
votre
lecours
que
pour
n'é-
tre
pas
eux
mémes
partagés
en
cadet
,
ou
plutór
pour
obrenir
quon
les
traite
au
moins
comme
la
loi
fous
laquelle
nous
vivons
,
traite
les
puinés;
c'eft-á-dire
avec
une
entiere
égalité.
Loin
de
fe
plain-
dre
de
cette
égalité
crablie
par
notre
Coutume
,
comme
il
femble
quils
pour-
rolent
le
faire,
¡ls
demandent
feulement
qu'elle
leur
foit
confervée,
$e
que
Pin-
Juítice
de
leurs
parens
ne
les
faffe
pas
def-
cendre
au-de/lous
de
celui
que
la
nature
“a
fait
naítre
leur
inferieur.
A
my
a
que
tro
long-tems
quiils
font
bannis
de
la
plate
quils
devoient
-
occuper
dans
leur
famille.
La
moitié
Teflament:
caffe.
167
de
leur
viema
dé
qu'une
foufirance
*ontinuelle
,
il
ell
tems
que
votre
au-
torité
lauve
des
mémes
difgraces
le
re-
fte
de
leurs
jours
,
3%
qu'elle
commence
-
A
les
faire
jouir
des
avantages
de
leur
"nalílance.
Ne
rendez
pas
inutile
le
fenl
bonheur
quils
ont
eu
dans
leur
infortune
d'a-
Volt
été
confervés
par
une
elpece
de
miracle
jufqu'á
cet
heureux
moment
Qui
doit
finirleurs
miferes
par
votre
lecours.
«
Najoírez
pas
á
leurs
autres
maux
la
honte
de
voir
confirmer
cette
difpofition
injurieufe
,
par
le
plus
équi-
table
de
tous
les
Tribunaux",
dont
le
Jugement
autoriferoit
toutes
les
dure-
tés
que
leur
pere
a
eués
pour
eux
,
6%
perfuaderoie
quils
mont
rien
fouffert
¿Qquíils
n'ayent
mérice.
:
Vous
ne
devez
point
étre
retenus
par
Peítime
que
vous
avez
du
mérite
8
de
la
lag.
Me
de
M.
le
Boultz
;
combien
avez-vous
callé
de
reltamens
falts
par
les
plus
lages
Magiftrats?
Vos
regiftres
nous
apprennent
que
vous
pelez
leurs
difpofirions
an
méme
poids
que
celle
de
tous
lesautres
hommes
,
$
que
vous
jugez
de
la
fagefle
du
Teltateur
par
celle
de
fon
teftament
,
82
non
pas
de
la
fagelle
du
réltament
par
Popinion
avan-
168
Teffament
cafe.
tageufe
que
le
public
a
conqué
du
Te.
ftareur.
Clelt
dans
ces
dernieres
volon»
tés
que
vous
cherchez
ce
qu'il
étoit
vé=
ritablement
5
8
de
méme
que
le
Senat
de
Rome
confirma
le
teftament
d'un
pere
connu
publiquement
pour
infen=
íé
,
parcequiil
avoir
inftitué
les
enfans
>
-S£
que
Pon
n'y
trouva
que
des
difpoli-
tions
équitables
;
vous
ne
faites
point
de
difhiculté
de
caffer
le
Teltamenr
de
homme
que
vous
avez
cru
le
plus
ju-
dicieux
,
quand
ce
quíil
a
ordonné
ne
répond
pasa
cette
Opinion.
Principalement
lorfque
ce
Teltament
eft
foupgonné
de
fuggeftion
;
il
arrive
en
ce
cas
ou
que
l'njuítice
de
la
dife
policion
détruit
Vopinion
que
vous
aviez
de
la
fagefle
du
Teltateur
,
ou
que
cette
opinion
avantageule
vous
perfuade
que
de
Teftament
qui
paroit
ne
peut
tre
on
ouvrage.
pS
Tous
ces
défauts
[e
rencontrent
dans
le
Teftament
de
M.le
Boultz:
en
fut-
1l
jamais
un
plus
vifiblement
fuggeré
,
X
fait
par
desmotés
plus
injuítes
?
a-
ton
jamais
vú
dans
un
pere,
ou
dans
une
mere,
une
haine,-
une
colere
(1.
violente
,
fimal
fondée,
82
fi
conftante
?
¿Si
les
coleres
ordinaires
ne
different
de
la
fureur
que
par
la
durté,
que
doit-
on
Teflament
café.
169
On
dire
d'une
colere
permanente
8
ha-
bituelle
que
dix
anncdes
entieres
Nont
pú
rallentir?
Enfin
une
derniere
réflé-
Xion
qui
doit
encore
vous
engager
da-
vantage
á
conferver
d
mes
Parties
le
bien
de
leur
pere,
8
d
réparer
Pinju-
Ítice
de
ce
Teltament;
celt
que
ce
ne
fera
pasapparemment
la
derniere
quils
-
louffriront.,
8
quil
ne
faut
leur
comp-
ter
prelque
de
patrimoine
que
celui
que
vous
leur
aflurerez
par
votre
Arrét.
Si
Madame
le
Boultz
a
fait
tant
d'efforts
pour
procurer
a
Plntimé
des
avantages
fur
un
bien
quí
n'éroit
pasa
elle
,
qui
peut
douter
qu'elle
ne
lui
en
falle
par
des
-
votes
Indireétes
des
biens
dont
elle
et
maitrelle
>
n'a-cil
pas
fur
eux
allez
d'2-
vantage
d'avoir
par
précipur
le
coeur
d'u-
ne
mere
dont
il
es
tant
dans
les
let-
tres
la
génerolité,
8
la
rendrell:
>
Quil
joui/le
en
paix
de
cette
fortune
que
mes
Parties
lui
envieroient
inurile-
ment;
mais
¡ls
efperent
qu'en
les
voyant
alnífi
abandonnés
de
leurs
parens,
vous
-
voudrez
bien
par
une
efpece
d'adoption
prendre
pour
eux
des
fentimens
de
pere,
que
vous
leur
accorderez
cette.
prote-
-Ction
,
que
vous
ne
refulez
jamais
aux
perlonnes
malheurenles
$
innocentes
:
8
que
la
juítice
fera
lur
vos
elprits
ce
Zome
XIX.
e
GO
4
Premier
Arrér,
130
Teflament
café.
|
que
la
nature
auroit
dí
faire
Lur
le
carut
de
M.
le
Boul:z.
Voici
le
premier
Arrér
qui
fut
rendu.
La
Cour,
avant
faire
droit
fur
Pappel
interjetté
par
les
parties
d
Erard
,
leur
per=
met
de
faire
preuve
tant
par
titres
que
té-
moins
dans
trois
mois
pardevant
21M.
Ni-
colas
Quelin
Confeiller,
en
icelle
des
faits
contenas
en
leur
Requéte
du
cing
Janvier
dernier
,
(>
les
Parties
de
Nivelle,
de.
Robert
au
contraire
fi
bon
leur
femble
dans
ledit
tems,
€
faifant
droit
fur
Pappel
in-
terjetté
par
la
Partie
de
Nivelle,
a
mis
by
met
Pappellation
»
(Ó'
cedont
a
été
appellé
auntant
5
émendant
furlaplainte,
les
Par-
ties
hors
de
Cour,
[auf
aux
Parties
d'E-
rard
4
former
en
la
Cour
telle
plainte
con-
tre
quí
,
Ó'
ainfi
qu'elles
aviferont
bon
étre,
€
prefenter
telle
Requéte
que
bon
leur
fem
blera.
Eten
cas
de
permifjion
de
faire
pret-
ve
»
permet
de
faire
entendre
les
témoins
ouis
dans
Pinformation
faite
au
Cháteler,
pour
raifon
du
recele
feulement
,
donne
dé-
faut
contre
Manis,
€
pour
le
profit
ordon-
ne
que
dans
un
mois
pourtout
délai
,
il
ye
prefentera
fon
Regiftre
pardevant
ledit
Con-
Jeiller
,
dépens
refervés.
Fait
en
Parlément
en
la
premiere
Chambre
des
Enquétes
le
6.
Féyricr
1688,
y
Tefflament
café.
171
-
Voitci
enfin
le
fecond
Arrét
qui
fut
tendu
:
Tout
joint
(>
confideré.
Ladite
Cour
faifant
droit
fur
le
tout
fans
s'arréter
aux
Requétes
de
Lonis
le
Boultz
,
du
31.
Décembre
1689.
(>
2.
fanvier
1690.
Y
a
celle
de
ladite
Dupont
leur
mere
du
12.
Juillet
dernier
,
amis
Uappellation,
Y
ce
dont
a
été
appellé
au
néant
émendant
fans
s'arréter
au
Teflament
dudir
Francois
le
Boultz
,
(
intervention
de
ladite
D
ame
Dupont
,
ordonne
que
les
Parties
viendront
4
partage
fuivant
la
Contume,
>
fans
avoir
égard
a
DPoppofition
de
ladite
Dupont
dontellel'a
deboutée,
permet
au/dits
Eran-
gois
7
Luc-Lonis
le
Boultz.
d'informer
des
recelés
,
(>
divertiffemens
qu'ils
prétendent
avoir
eré
faits
des
biens
dela
fuccefion
du-
ditle
Boultz.
leur
pere
pardevant
le
Con-
feiller
Rapportenr,
O
fur
la
demande
def
dits
Francois
(7
Luc-Lonis
le
Boultz
y
ordonne
que
fans
préjudice
du
droit
des
Par-
ties,
au
principal
par
maniere
de
provifion,
ils
feront
payés
de
la
fomine
de
huit
mille
livres
fur
les
revenus
provenans
des
Etats
de
Bretagne,
b*
Languedoc,
du
Clergé
d'
Ayranches
,
de
la
vente
de
la
Charge
de
Confeiller
au
Parlement
,
augmentation
de
gages
,
rentes
O
loyer
demaifons,
ponr
ce
qui
peut
leur
en
appartenir
julqu'a
concura
vence
de
laquelle
fomme
dehuitmille
Livres
,
Ay
Second
Át-
rec
définitit.
172
Teflament
cafe.
A
.
ladite
Dame
Dupont
»
(>
autres
debitenrs
defdites
rentes
feront
contraints
par
tontes
voyes
dues
>
raifommables
,
monobflant
tous
tes
faifiesfaiteson
a
faire
:
quoi
fuifant
ils
en
demenreront
bien
(>
valablement
quittes,
O
déchargés:
ce
faifant
main
levée
efe
faite
4
ladite
Dame
Dupont
des
faifies
>
faites
fur
les
arrerages
6
revenus
fenlement
deflites
rentes,
jufqu'
a
concurrence
de
ce
qui
lui
en
peut
appartenir
,
tous
dépens
com-
penfes.
Donné
en
Parlement,
le
17.
Juil-
let
1691.
J'aurois
louhaité
avoir
recouvré
les
-
Plaidoyers
de
M*
Nivelle
Avocat
de
la
mere
,
82
de
M*
Robert
de
Saint
Martin
Avocat
de
M.
Louis
le
Boultz
Légataire
univerlel.
J'aurois
remp!i
mon
deflein
qui
eltde
donnet
le
pour,
8
le
contre,
$
que
je
remplirai
autant
qu'il
lera
en
moi
dans
mon
Recueil;
mais
quelque
:
plaiir
qu'on
eur
eú
de
voir
Part
avec
le-
quel
des
Avocars
li
diftingués
dansle
Bar-
rean
ont
tralré
leur
fujer
,
je
crois
qu'on
peut
ici
sen
paller
par
deux
raifons,
parceque
la
queltion
de
fait
érant
¿clair-
cie,
la
queltion
de
Droit
le
décide
aifé-
ment
,
écle
plus
habile
Avocar
ne
fgau-
roit
la
faire
pencher
en
fa
favenr,
des
que
celle
de
fait
eft
contre
lui,
|
«
D'ou
il
geníuit
que
le
premier
Arrég
,
Tefhament
cafj.
173
quía
permis
la
preuve,
arranchéle
noeud,
de
la
difícalté
,
Sz
ne
laifferien
d
deft-
rer,
82
éclaircit
entierement
la
queltion
en
le
joignantan
Plaidoyer
de
Me
Erard...
Secondement,
toutes
les
ra:fons
qu'ont.
mis
en
acuvres
M:
Nivelle
,
SM:
Ro-
bert
font
rappellécs
,
6
dérruites
par
Me
“
Erard.
;
Jajouteral
ce
que
dit
M:
Giller
dans
Lon
fixiéme
plaidoyer
oú
il
parloxt
con-
tre
un
reltament
ab
¿rato
:
Qu'on
ne
doit
rien
arrendre
de
railonnable
d'un
Telta-.
'
teur
que
la
haine
,
que
la
colere
domine.
Toute
paflion
eft
un
égarement
d'efprir,
un
dereolement
de
coeur;
une
maladie
de
Pame
,
8
de
toutes
ces
maladies
la
haine
eft
celle
dont
il
faur
craindre
de
plus
fácheux
fimprómes
,
celle
qui
maf-
trife
le
cosur
avec
plus
d'empire
5
qui
jetie
plus
de
confufion
,
plus
d'aveugle-
ment
dans
Pelpric
,
qu
trouble
,
qui
agite
Pame
avec
plus
de
fureur.
De
la
vient
qu'en
droit,
toutes
les
difpolitions
Inofficieufes
que
la
colere
,
que
la
haine
adiátdes
font
traitées
comme
les
tefta-
-
mens
desimbeciles,
8%
des
furieux
ful-
vant
la
loi
feconde.
De
imoficiofo
teffa-
mento
,
au
Digelte
:
hoc
colore
de
inofficio-
fo
tefamento
agitur
,
quafi
non
fane
Mmen-
lis
fuerit,
qui
teflamentióm
ordinayertt
+
H
nj”
174
Teffament
caffo.
€
hoc
dicitur,
non
quafi
vere
furiofas
>
vel
demens
teflatus
fit;
fed
rece
quidem
fecerit
teflamentum
,
fed
non
ex
oficio
pie-
tatis.
Celtune
fureur,
dit
M.
Cujas,
fut
cette
lor,
celt
une
elpece
de
folie
de
Srriter
capricienfement
contre
la
famil-
le.
Furor
efi
non
agno/ftere
proprium
(angui-
nem
fuccenfere
nature
€
fangnini
fuo
;
8z
dans
un
autre
endroit,
e/2
enim
fpecies,
qua
dam
1m/anie
fuccenfere
finecan/a
gener
fuo.
Si
les
loix,
dir
M*
Giller
dans
le
méme
Plaidoyer
,
ont
eu
lP'indu'gence
de
nous
permettre
de
difpoler
de
nos
biens
au
préjudice
de
nos
héritiers
légitimes
:
c'elt
une
grace
qu'elles
nous
ont
accor.
dée
,
pour
recompenferle
mérite
8c
la
-VErtu,
pour
reconnoitre
des
obligations
8z
des
bienfaits
;
pour
fatisfaire
des
af
feétions
raifonnables
:
8
non
pas
pour
exercerd'indignes
vengeances;
pour
con-
tenter
des
caprices
bizarres;
pour
flater
d'injuítes
bad
;ainí
quelque
mérite,
quelque
faveur
qui
puillent
d'ailleurs
fe
rencóntrer
dans
la
perlonne
ou
des
lé-
gataíres
ou
de
Pinftitué;
quelque
raifon-
nable
,
quelque
pieule
que
paroille
la
difpolition
;
cela
ne
(uftit
pas
pour
Pan-
-torifer
lorfqwelle
elt
injulte
dans
fon
mo-
uf,
8
vícieule
dans
fon
principe;
jufz
ques-la
méme
quen
droit
,
quelque
lé.
Tefiament
café.
175
gitime
que
pr
terre
la
caufe
de
Pexhére-
dation
,
telle
qu'auroit
été
lincontinen-
ce
8z
la
débauche
publique
d'une
fille:
cependant
fon
pere
ne
pouvoir
pas
la
del-
heriter
qu'apres
une
meure
déliberation;
$
sil
avoic
fair
fon
teltament
dans
la
chaleur
de
la
colere
,
Pexhéredation
ne
fubliítoic
pas
,
tant
on
apprehendolt
que
les
paffions
n'alreraffent
tant
Ío1r
peu
la
liberté
d'elprir
fi
néceflaire
pour
la
vali-
dité
des
teftamens.
C'elt
Pefpece
de
la
loi
dix-neuviéme
:
de
inofficiofo
teftamen-
to,
au
Code
Si
filiam
tuam
,
eo
quod
envpiter
,
d
cum
flagitiofa
feditate
vivir,
atná
fuccefione
eam
excludendam
putes
:
Ñ
fi
non
inconfulto
calore
>
fed
ex
meritis
ejus
ad
id
odium
incitatms
es
3
pofiremi
ja-
dicii
liber
arbitrium
habebis.
Ms
Erard
auroit
pú
dire
ce
que
M*
Gil-
ler
dit
dans
fon
Plaidoyer
,
ou
11
fait
un
portrait
des
femmes
d'apres
nature.
*
fPortraitdes
Le
Teftament,
dit-11,
dont
nous
nous
as
=
as
eltune
preuvebien
fenfiblede
m0
'alcendanr
qu'une
femme
eft
capable
de
prendre
fur
un
mari
,
qui
donne
dans
la
foiblefle
d'une
complailance
trop
aveu-
gle
Lon
fgait
combien
les
femmes
lont
“adróites
;
combien
leurs
larmes
ont
de
pouvoir
,
combien
leurs
carelles
font
dangercules
;
combien
toutes
leurs
pal
:
H
mj
176
Teflament
“cafe.
fions
font
vives.
Toujours
attentives
á
leurs
interéts
,
on
occupées
de
le
leurs
plaifirs
,
également
martrilées,
8
par
Yamour
$
parla
haine
3
appliquées
fans
reláche
a
faire
réufir
leurs
delleins,
ou
-
acharnées
d
exercer
leurs
vengeances
:
el-
les
careffent,
eiles
pleurent,
elle
prient,
elles
menacent;
relifte-t-on
A
tout
ce
que
le
fexe
a
Vartifice
>
Un
mari
enflorcelé
par
les
fateries
enchanterelles
d'une
femme,
époule
tous
[es
rellentimens
;
11
donne
dans
tous
fes
caprices,
tous
les
lentimens
de
fa
femme
deviennent
[es
propres
fentimens
:
8c
que
peut
faire
de
railonnable
un
homme
qui
ne
fuit
que
les
mouvemens,
qu
n'agtt
que
par
les
impreflions
d'une
femme
emportée
?
En
géneral
tous
les
teftamens
fugge-
rés
oú
Pon
fubítitue
une
volonté
étrange-
re
a
celle
du
Teftateur
font
nuls.
Mais
1l
faut
prouver
les
faits
de
fuggeltion
;
on
ne
lesadmet
pas
facilement,
€:
pour
que
la
preuve
fort
admife,
il
£aur
que
les
faits.qu'on
articule
foient
bien
précis
Sí
biens
concluans.
On
1admet
point
la
preuve
de
la
fuggeltion
contre
un
telta-
ment
holographe,
ceft
le
principe;
il
faudroit
quiil
y
eñt
des
circonftances
bien
particulicres
pour
recevolr
une
Ex»
ception,
Teflament
cafe.
177
Nous
avonsdansM:
le
Maítre
un
Pla-
doyer
fort
éloqugnt
fur
un
teftament
(ug.
geré.
11
expole
que
M.
Defbarras
ágé
de
80.ansavoit
deux
enfans,
un
fils
im-
becile,
8z
une
fille.
Leur
oncle
Magiltrar
qui
s'empara
de
Velpric
du
pere,
étei-
gnit
toute
Paffedtion
quil
avoir
pour
la
fille.
Le
pere
la
perfecuta
,
il
s'oppola
á
Íón
mariage
quo1iquil
£út
honorable
,
$2
Quelle
eúr
25.
ans.
Aprés
qu'il
eur
agréé
la
recherche
,
étant
tombé
malade,
il
eut
unremords,
Pline
dit
¿legamment
,
quand
nous
tombons
malades
nous
deye-
nonsbons
>
Davarice
cefe
de
nows
poffeder
»
O
nous
nous
fousenons
alors
que
nous
Sommes
hommes
,
(>
quil
y
a.des
Dieux.
Optimos
effe
dui
infirmi
fumas
quem
enim
infirmum.,
aut
avaritia
,
aut
libido
follici-
tat
?
Tunc
Deos
tunc
hominem
efe
memi-
mit,
Plin,
6.
ep.
26.
11
mande
la
fille,
ui
demande
pardon
,
il
Pembralle.
Le
lang,
dit
M:
le
Majtre,
qui
$
étoitrefroidi
dans
les
veines
du
pere
parle
venin
que
la
Partie
adverfe
y
avoit
répandu
,
com-
nence
a
reprendre
la
premiere
ardeur:
a
confcience
lui
reprelente
quil
avoir
été
injufte
,
fon
caur
le
fair
refouvenir
quil
elt
pere.
Ma
Parue,
dit-il,
entre
dans
la
cham-
iC.
Elle
demeure
toute
interdire
,
elle
.
H
y
178.
*
Teflament
caffe.
ne
lui
parle
que
par
la
préfence,
par
les
loumiflions
82
par
fegylarmes
:
mais
la
nature
parle
pour
elle.
Elle
remue
les
entrailles
de
Pun
8
de
Pautre,
8%
agit
puillamment
fur
tous
deux,
ma
Parue
employa
pour
fe
faire
entendre
,
la
vojx
des
filles
qui
elt
le
filence
,
8cle
pe:e
pour
Pécouter
fe
fervit
de
Poreille
des
peres
qui
eft
le
coeur.
Elle
demeura
éva-
noule
,
á
peine
eft
elle
revenué
que
lon-
cle
quí
furvient
la
challa
indignement.
11
enferma
peu
de
jours
aprés
avec
fon
clerc
,
compofe
un
teftament
avec
le
pe-
re
,
1l
s'y
inftitue
Exécuteur,
il
s'y
érablit
Curateur
du
fils
furieux,,
lequelil
infti-
tue
héritier
univerfel,
82
lui
fubítitue
fon
fils
aíné
de
lui,
82
fes
delcendans,
fon
lecond
fils,
87
les
defcendans,
$í
ainki
tous
feg
autres
parens
juíquá
Pinfini:
62
quant
á
la
fille,
11
la
désherite
enpartie
,
$c
non
feulement
fur
la
fucceffion
du
pere,
mais
méme
encore
fur
celle
de
la
mere
quí
étoit
échué
auparavant.
-
Toutes
les
nullités
qu'employa
Me
le
Maítre
pour
obtenir
la
caffation
du
tefta-
ment
le
reduifent
proprementá
prou-
ver
quil
elt
ab
¿rato.
1
fit
voir
qu'on
fe
fondoit
mal
fur
le
mariage
contre
le
confentement
du
pere
,
$
montra
que
Pon
avoir
un
fáux
pretexte
,
parcequ'el-
le
avoit
plus
de
25.
ans.
C'eft
la-dellus
ras
avoir
fait
une
lommation
do
Teflament
cafe.
179
quil
dit,
que
Juftinien
ordonne
que
li
un
pere
82
une
mere
different
juíques
á
25.
ansle
mariage
de
leur
fille,
$
qu'el-
le
péche
contre
fon
honneur
par
incon-
tinence
,
ou
[e
marie
fans
leur
confente-
ment
4
un
homme
libre,
ils
ne
lui
peu-
vent
reprocher
ces
deux
aÉtions
comme
des
effers
d'ingratitude,
$
encore
mois
9.
la
desheriter,
parce,
dit
la
lol,
que
ce
já
culpá
fed
avefi
pas
elle,
mais
la
faute
di
pere
E
de
teen,
id
commififJe
in-
La
mere
qui
en
efb
caufe.
telligitur.
-
Apparemment
Mademoifélle
Defba-
e
lea
fon
pere,
car.
fans
cette
formalité
OS
que
ciel
les
Otdonnances
,
elle
pies
n'auroit
paséré
a
Pabri
de
Pexhéredation
E
E
auffi-bien
que
les*garcons
qui
ont
30.
par
deux
No-
ans
fon
fujers
á
la
méme
loi.
Les
uns
$
A
les
autres
fuivant
le
Reglement
do
Par-
par
un
Noraí:
lemen:
de
Paris
du
27.
Aoút
1692.
font
£;
a
tenus
d'en
demander
permiflhion
aux
Ju-
moin.
ges
Royaux
du
domicile
de
leur
peré
Se
"mete
5
8
les
Juges
font
obligés
de
la
leur
accordet
fur
leur
Requéte.
Par
Arrérdu
20.
Avril
1635.
la
Cour
ordonna
fur
les
coriclufions
de
M.
P'Avo-
cat.Géneral
Bignon
que
les
deux
enfans
viendrojent
á
partage.
La
Jurifprudence
qui
calleles
tefta-
mens
faits
abirato,
des
petes
contre
leurs
H
y)
180
Teflament
cafe.
enfan.
,
comme
Poblerve
Bretonnier
danslelivre
fixiéne
queft.
huitiéme,
deu-
xiéme
partic
des
Arréts
d'Henris
,
a
pris
nalílance
depuis
un
hiécle
:
PArrér
le
plus
ancien
eft
de
1617.
il
elt
citó
par
Mormac
fur
la
loi
Papinianus
,
$
Si
imperator.
am
dig.
de
¿neff.
ref?.
fur
la
loi
1.
versla
fin
au
Cod.
de
¿noff.
donat.
Bretonnier
ob-
ferve
que
la
queftion
eft
plus
difficile
dans
les
pays
de
Droit
écrit,
ou
les
peres
82
meres
ont
une
plus
grande
liberté
de
di£
poler
de
leurs
biens
,
illeur
elt
permis
d'inftituer
leursenfans
ou
les
desheriter,
cum
convicio
,
cum
malediéto
,
1.
3.
£E.
de
lib.
poft.
bh
1.48.
$.1.
dehared.
inf.
-Cet
Auteur
cite
l'Arrét
qui
fait
le
fu-
jet
de
cetre
Caule,
8éremarque
que
Me
Erard
qui
plaida
merite
d'étre
comparé
a
Ciceron
,
8
que
le
Parlement
le:
per-
ditá
la
leur
de
fon:
age.
Je
propofeá
nos
jeunes
gens
fes
Plaidoyers
pour
mo-
dele.
Ricard
,
tome
1.
des
Donations
chap.
3
.[eCt.
14.
traitela
matiere
á
fond
,
il
ob-
ferve
que
le
caraétere
de
cette
Jurilpra-
dence
fe
trouve
tracé
dans
le
Dentero-
nome
chap.
21.
v.
15.
qui
ne
vouloit
pas
fouffrir
que
les
droits
que
Pordre
de
la
nature
ayoit
attribué
au
fils
aíné
puílent
étre
tranímis
parle
pere
d
les
autres
en=
e
|
Teftament
café.
18%
fans
pour
le
féul
mouf
de
la
halne.
5%
babuerir
homo
uxores
duas
,
unam
dile-
tam,
alteran
od:o0fam
>
genuerinique
ex
co
liberos,
O
fuerit
filius
odiofe
primo-
genitus,
volueritque
fubflantia
inter
filios
fuos
dividere
non
poterit
filiun
drlecta
fa-
cere
primogenicum
,
Ó*
praferte
filio
odiofz.
Si
un
homme
avokt
deux
femmes,
Pune
Pobjer
de
fon
amour
,
%
Pautre
Pobjer
de
la
haine
»
8
quelles
lui
engendrent
des
enfans;
que
le
fls
de
celu1
qw'elle
-malme
point
(oir
Paíné,
82
qu'il
veuille
partager
fon
bien
entre
fes
enfans,
il
ne
pourra
polo:
preferer
Pautre,
en
lui
con-
ferant
le
droit
d'«Inelle.
CERA
RRA
AA
E
-182
ME
AY
LALA
Y
Y
Y
IYL
AYL
XL
AY
Y
A
SAO
>OE7+0E>0<
>
0%
LOPE
>OS>0€
::
el
»
o
ES
DS
ón
A
Ss
2
iS
20
SS
PS
DoS
a
SN
A
SS
E
PARA
A
ENFANS
RECONNUS
LÉGITIMES,
Ijús
Pun
Mariage
qiéon
a
préten-
du
fecret
,
déclarés
incapables
de
recucillir
aucune
chofe
dans
une
fucceffiorn
ouverte
,
Ó
autres
fuc=':
_
celjions
de
lénr
famille
qui
pour-
—
FOLemt
s
oMUrÍr
,
aufquels
0m
ad-
Juge
néanmoins
des
fommes
con-
*
fiderables
contre
les
héritiers,
|
E
E
Caule
prélente
une
que-
ftion
trés-importante
,
8
trés-cu-
rienfe.
11
S'agit
de
fcavoir
fi
des
enfans
légitimes
ias
d'un
marlage
qu'on
pre-
tend
clandeftin
,
font
la
de
re-
cueillir
aucune
fucceflion
dans
la
famille
de
leur
pere,
821
ayant
traitó
,
8c
tranfi-
gé
,
Sí
obren
par
le
traité
des
fommes
confiderables
,
apres
avoir
pris
une
Re-
quéte
civile
contre
un
Arrér
qui
les
dé-
clare
incapables
,
$
serant
delifté,
pou-
Mariare
fecret.
183:
Votent
tire
relevés
fous
lé
pretexte
que
Céroit
une
queltion
de
leur
¿rar
quí
elt
Imprefcriptible,
$e
auquel
on
ne
peut
point
déroger”
Les
queftions
ont
cté
creulées
,
8
approfondies,
de
part
$c
d'autre
par
les
Avocats
quí
ont
parlé
en
Jurifconfultes
profonds,
$
ont
deguilé
en
Orateurs
délicats
le,
foible
de
leur
Caule
,
82
ont
merité
dans
leur
jennelle
d'étre
aflis
parmi
les
vieillards
pour
ren-
dre
des
jugemens..
.-
hago
Les
efforts
qu'ils
ont
faits
pour
dé-
«truire
réciproquement
leurs
moyens
les
reduirontá
leur
jufte
valeur
,
%
nous
ra-
menerontá
lexacte
verité
quí
nous
re-
prefentera
leur
droit
tel
quil
eft”,
Ez
tel
quiil
a
éré
décide.
:
Expolons
le
fait
dans
toutes
les
cit-
conftances
néceflaires
pour
faire
com-
prendre
la
Caufe,,
8
fatisfaire
la
curiofi-
té
des
parties.
C'elt
le
double
objer
que
je
me
propofe
pour
unir
Pagrément
avec
Putiliré.
:
;
Pierre
de
Turgis
des
Chaifes
,
Fer-
mier
Géneral,
82
Secretaire
du
Roi,
ma-
1ié
4
Dame
Barbe
Guillaume
de.
Cha-,
vaudon
,
a
eú.deux
enfans
,
Louis
Pierre.
de
Turgis,
Confeiller
en
la
Cour,
de
:
Charles-Conftantin
de
Turgis
,
Lieute-
nantau
Régiment
des
Gardes
Fran
coiles.
Hiftoire
du
;
.r
184
Mariage
fecret,
Le
premier,
M.
de
Turgis
avoit
epotl-
fé
Cecile
Langlois
de
Canteleu,
fille
de.
Nicolas
Langlois
Chevalier,
Seigneut
de
Canteleu,
Sí
de
Catherine
de
Brinon.
De
ce
mariuge
font
1dus
deux
enfans
5
Louis-Pierre
de
Turgis,
mort
en
mino-.
rité,
€
Catherine
Babe
de
Turgis,.
époule
de
Bonhervé
Caftel
,
Marquis
de
Laint
Pierre.
:
Le
gout
du
fecond
fieur
Charles
Con-
ftantin
de
Turgis
pour
les
Speétacles
,
lui
procura
la
connoiflance
de
Marie-
Francoife
Apolline
Biancolelly
,
Comé-
dienne
du
Théatre
Italien
,
connué
lous
le
nom
d'labelle
,
$
connué
en
méme
tems
par
Ía
régularité
,
$
quí
n'a
jamais
donné
prife
á
la
critique
la
plus
maligne,
malgré
le
préjugé
contre
une
fille
de
fa
profellion,
préjugé
encore
plus
fort
lork-
qwelle
elt
pourvué
des
agrémens
de
la
nature.
Ona
dit
que
pour
érre
un
mo-
dele
de
Religion
,
elle
n'avoir
qu'i
del-
cendre
du
Théatre
,
elle
Pa
quirté
depuis
long-tems.
Elle
étoit
fille
du
célebre
Do-
mivique
Biancolelly
,
Pancien
Arlequin
de
ce
Théatre
,
qu'on
dit
d'une
famille
ancienne
8
noble
du
Bolonois
;
homme
quí
unifloit
le
merite
de
la
Ícience
8%
de
l'honnéte
homme
,
d'un
commerce
déli-
cicux
,loné
X
recherché
par
M.
de
Har=
e
a
1
Maiaze
fecret.
185
Ly
Premier
Préñident
(a).
Il
fuggera
a
Habelle
fa
fille
des
principes
de
lagel-
le
8
de
veriu.
Urlule
Cortezi,
con-
nué
fous
le
nom
d'
Aularia
étoit
fa
mere
,
femme
fort
reguliere.
o
a
Rien
weft
plus
propre
a
imfpirel
une
paffion
qu'une
fille
jolie
S
fage
,
X
ja-
mais
Pamour
ne
fot
plus
fort
que
fous
cetre
forme.
Le
fieur
Conftantn
de
Tur-
gis
¿pris
des
fentimens
les
plus
vifs,
époufa
Habelle
le
2.
Avril
1691.4
Pingu
de
[es
parens
aláge
de
21
an
s
elle
avoir
27.
ans.
Cer
áge
plus
avancé
a
donné
lieu
de
dire
qua
Paide
de
la
mere,
elle
avoir
féduit
Conftantin
de
Turgis.
Mais:
il
feroit
affez
difficile
de
décider
lequel
elt
p'itot.
le
féducteur
5
un
militajre
elt
.
muni
de
toute
Pexperience
qui
peut
le
défendre
;
il
et
vra1
que
malgré
fon
€x-
Eo
,
lesagrémens
d'un
fille
fcavent
e
chemin
du
cozur.
Mais
ce
coeur
le
leur
fraye
lui-méme
,
difons
donc
que
la
fé-
duction
eltréciproque.
:
Le
pere
cla
mere
de
Conftantin
de
Turgisrendirent
plainte
en
crime
de
rapt,
de
(ubornation
contre
la
mere
é<
la
ll
=5
(4)
Ce
Magiftrat
le
rencentra
a
la
Biblioteque
de
faint
Viétor,
cuil
lui
parla
fans
le
connoltre
,
Í04-
haita
par
Peflime
que
celu
=ci
lui
infpira
de
fgavoir
qui
il
étoie,
E
quand
il
le
fut
le
pria
de
le
vente
Voir,
Dominique
(e
rendirá
[es
defits.
186
Mariage
fecret.
mais
ilsne
pourluivirent
point
cette
pro-
cedure
criminelle.Sousle
voiledel'nnion
que
les
Parties
ayojent
contraétée
naquit
un
enfant,
qui
fut
baptifé
lous
le
nom
de
Charles-
Dominique
de
Turgis
,
fils
de
Chailks-
Conftantin
de
Turgis,
$
de
Marie
Apolline
Francoile
Brancolelly
fa
femme
,
le
21.
Novembre
¡692.
Le
12.
Juiller
1694.
le
pere
8z
la
me-
re
desheriterent
leur
fils,
sil
fe
marioit
aprés
leur
mort
avec
la
perfonne
quiil
almoit.
Quelque
tems
aprés
fuppolant
quíils
viennent
d'étre
informés
E
má-
rlage
de
leur
fils,
¡ls
en
interjerrent
ap-
pel
comme
d'abus.
lls
envoyent
á
leur
fils
le
modele
dela
procurarion
qu'ils
de-
voient
addrefler
á
fon
Procureur
4
Paris,
pour
déclarer
en
fon
nom
la
nullité
de
lon
mariage,
Il
éroit
pénetré
de
douleur
,.
8
il
alla
proteíter
chez
un
Noraire
con-
tre
cette
demarche
oú
Pon
Pengageoit
malgré
lui.
Le
11.
Fevrier
1695.
la
Cour
rendit
fon
Arrér
par
lequel,
il
elt
dic,
quily
avoit
abus
dans
la
celebration
du
mariage
,
O
faifoit
défenfes
aux
parties
de
fe
hanter
>.
O
frequenter,
dG
de
contratler
mariage
entre-elles
a
peine
de
nullité.
Le
premier
Mars
1695.
les
pere
8
mere
firent
un
fecond
Acte
d'exhéréda-
5
Mariage
fecret.
187
Hon
,
fuppolé
que
leur
fils
le
remariár
a
a
perfonne
quil
avoir
choifie,
-
Le
9.
Juin
fuivant
le
pere
mourut
lans
avoir
fait
de
teltament.
Conftantin
le
porta
héritier
de
fon
pere,
ayant
pris
des
lertres
de
benefice
d'áge.
La
mere
prit
la
qualité
de
créanciere
de
fon
ma-
ri
pour
les
droits
,
82
conventions
ma-
trimoniales.
M.
de
Turgis
le
Confeiller
Painé
renonga
a
la
fucceflion
de
fon
pere,
*
po
le
porter
créancier
des
lommes
4
ul
promiles
par
fon
contrat
de
marlage.
Le
fieur
Conftantin
de
Turgis
prit
plu-
fieurs
arrangemens
de
famille
pour
Pa-
vantage
de
la
fuccellion
,
$2
toujours
dans
la
qualité
d'héritier,
82
ent
pour
la
part
dans
la
fucceflion
de
fon
pere
cent
quatre-vingt
mille
livres.
Le
16.
Mars
1696.
il
vint
au
monde
une
fille,
1(fué
de
ce
marlage
Í1
conte-
fté,
elle
ne
fut
qu'ondoyée.
M.
de
Turgis
le
Confeiller
mourut
le
4
Septembre
1698.
:
Le
fieur
Conftantin
de
Turgis
ind-
-
branlable
dans
fa
pafion
,
ágé
d'environ
3
l.an,
époula
le
7.
May
1701.
le
mé-
me
objet
de
la
tendrelle
ágée
de
37.ansa
Ainíi
.1l
renoua
les
liens
que
fes
pa-
rens
avoient
fompus
par
Pautorité
de
la
Juítice.
Il
reconnur
avec
la
mere
quils
A
188
Mariage
fecret.
avolentdenx
enfans
vivans,
un
fils
8
une
fille.
On
fuppléa
a
la
fille
les
cérémonies
du
baptéme,
$
onla
nomma
Marie.
Rel-
ne,
1!
conferva
toujours
un
appartement
chezÍa
mere,
oú
ildementoiravec
fes
do-
meftiques
,
82
les
¿quipages.
11
avoit
aufli,
dit-on
,
un
logement
dans
Pappar-
tement
de
fon
époule
qui
demeuroit
á
cinquante
pas
de
la
maifon
de
la
mere.
Le
mariage
fut
contraété
fur
une
autre
paroiíle
que
celle
des
mariés,
en
vertu
d'une
difpenle
de
M.
le
Cardinal
de
Noailles
,
qui
permet
aux
Parties
de
le
marier
par
le
miniftere
de
tel
Curé
ou
Prétre
que
bon
leur
femblera.
Au
dos
de
la
difpeole
fut
infcrit
Vacte
de
célebra-
tion
,
$
celui
de
la
reconnoiffance
des
deux
enfans
fur
une
feville
volante
qui
fut
remifle
a
Pépoux
par
le
Prétre.
Au
relte
le
mariage
fur
revéru
de
fes
for-
mes
ellentielles,
|
Le
4.
Aoúr
1703.
la
mere
fir
fon
telta-
ment
,
8
fir
PAbbé
Chavaudon
Lon
ne-
veu,
Confeiller
au
Parlement,
fon
exé-
cuteur
teftamentalre.
19
Elle
desherira:
le
fieur
Conftantin,
an
cas
quil
le
rema-
riár
á
ce
méme
objer
de
fon
inclination.
-
On
conclut
de
la
qu'elle
n'2voir
aucune
connoillance
du
mariage
contradté.
2%,
Elle
lus
fubítitue
une
partie
de
lon
bien,
A
Mariage
fecret.
_189
Sil
ne
le
marie
pas.
32-Au
cas
quil
fal
eun
martage
fortable
de
Pavis
de
qua-
te
parens
les
plus
proches,
la
fubíticu-
tUOn
naura
pas
lieu.
Elle
mourut
le
+
Fevrier
1704.
Do
eje
Conftantin
fe
retira
4
un
troifiéme
lo-
sement
qu'il
occupoit
rue
neuve
(aint
Roch.
Ce
logement
avoit
été
pris
pour
teceler
le
commerce
d'un
amonr
¡illégi.
time,
Mais
dans
fon
coeur
valle
le
légiri-
me
tenoit
le
haut
bout.
11
e
porta
pour
héritier
de
la
mere,
en
ft
blades
actes
,
€
protefta
de
fe
pourvoir
contre
lon
teftament
,
puifquil
reconnoifloit
parla
qu'il
craignoitétre
Pobjet
de
Pexhé-
redation
ne
déclaroit-il
pas lon
mariage?
Le
14.
Novembre
1705.
1l
naquit
un
trolfiéme
enfant,
quí
futnommé
Lonis-
Auguíte.
Le
fieur
Conftantin
mourur
le
30.
Avril
1706.
aprés
trente
trois
jours
de
maladie.
Son
époufe
étoit
allée
pen-
dant
la
maladie
lui
confacrer
tous
fes
vins,
elle
reprelenta
au
naturel,
8z
comme
elle
Péprouvoit
le
róle
d'une
femme
tendre.
Avant
la
mort
il
recomimanda
au
fieur
de
Canteleu,
fils
de
fon
frere
afné
fa
fem-
me
€
fes
enfans.
Celui-ci
les
embralía
tendrement,8c
devant
lui
promit
que
juf-
quau
dernier
foupir,
il
en
prendroir
lojn.
e
Les
créanciers
du
défunt
parurent
190
Mariage
fecret.
apres
fa
mort
,
6
ne
voulurent
pas
té4
connoitre
fa
veuve,
dont
ils
ne
con-
noifloient
que
le
Premier
mariage
quí
avoir
été
déclaré
mul:
Le
Tutenr
des
en-
fans
de
Paíné
intervint
dans
la
contefta-
tion,
8
demanda
quil
fr
fair
defenfes
á
la
veuve
de
Turgis
d'en
prendre
le
nom»,
8
les
armes.
Les
créanciers
en
Paccufant
de
recelé
,
firent
faire
des
1n-
formations
quils
ne
pourÍuivirent
pas.
La
veuve
fit
fignier
les
preuves'
de
la
celebration
de
Lon
fecond
mariage
»
dont
l
Aéte
original,
étoit
comme
on
la
dit,
fur
une
fenille
volante.
Ces
preu-
yes
n'entrainerent
point
les
créanciers.
La
conteftation
fut
portée
au
Chareler,
oú
intervínt
le
Tuteur
des
enfans
du
Confeiller.
11
demanda
qu'au
cas
que
la
veuve
fúr
reconnué
pour
telle,
$
que
les
enfans
fullent
déclarés
légitimes,
1ls
ne
pourroient
rien
prétendre
dans
les
ef-
fets
civils.
Ceft
fur
cette
inftruétion
qu'inter-
vint
au
Cháreler
la
fentence
du
28.
May
1707.
elle
déclara
Pexhérédarion
bonne
8X
valable
,
permera
la
Dame
de
Turgis
de
prendre
la
qualité
de
veuve,
ex
á
les
enfans
celle
de
légitimes
,
/4ns
néanmoins
qu
ils
puiffent
rien
prendre
dans
la
fuccefror
de
leur
ayeule
,
dh
autres
biens,
depens
compenfes.
$
Mariage
fecret.
191
Les
créanciers
interjerrerent
appel
de
ce
jugement,
il
leur
enlevoit
toute
el-
perance,
car
li
leur
débiteur
demeuroit
€xhéredé,
82
ne
pouvoit
rien
recueillir
de
la
lucceflion
de
la
mete,
¡ls
ne
trou-
Voient
aucune
rellource
pour
Etre
payés.
La
Veuve
anticipa
les
créanciers
fur
Pappel
,
82
fans
artacher
á
juftifier
fon
mariage
du
vice
de
clandeltinité
qwon
lui
imputoit
,
elle
demanda
(ur
les
biens
adjugés
aux
enfans
de
fon
Beautrere,
quil
fút
pris
cinquante
mille
livres:
pour
alimens
d'elle
Sz
de
fes
enfans
Le
Tu-
teur
des
enfans
de
Painé
demanda
que
les
enfans
de
Conftantin
82
leur
pofte-
rité
fulent
déclarés
incapables
de
toute
fucceflion.
Apres
s'étre
porté
pour
fes
mineurs
heritier
du
fieur
Conftantin,
il
renonga
a
la
fucceflion
,
voulant
néan-
moins
la
faire
déclarer
vacante.
Par
Arrét
du
30.
Aoúr
1709.
la
Cour
en
confirmant
la
Sentence,
déclara
/es
enfans
du
fieur
Conflantin
incapables
de
recuesllir
aucune
fucceffion
dans
la
famille
de
leur
pere
,
accorda
a
chacun
troiscens
li-
Vres
de
penfion
viagere,
ce
qui
faifoit
nemf
Lens
livres
5
(7
aux
créanciers
la
fomme
de
dixmille
liyres
A
repartir
entre
enx.
_Le
Roi
voulant
recompenfer
les
fer=
Vices
du
fieur
Conftantin
dans
la
veuve
».
191
Mariage
fecret.
>
la
grarifia
en
1713.
Uune
penfion
de
t£013
cens
livres.
En
1714.
mourur
fieur
Piet-
re
Louis
de
Turgis
de
Canrelen
,
fils
du
Confeiller.
Par
fon
teftament
olographe
»
il
legua
au
fils
du
fieur
Conftantin
hult
mille
livres,
pour,
dit-1l,
avec
la
penfion
guil
a
par
Arrétde
laCour,
Paider
a
fot-
tenir
fon
nom,
O
a
sentretentr
honorable-
mentdans
le
fervice,
Y
4
fa
four
quatre
mille
lgvres.
En
1721.
la
Demoifelle
de
Turgis
>
fille
du
Confeiller
époula
le
Marquis
de
Saint-Pierre
,
elle
mourut
le
8.
Jura
1723.
fans
laifler
Venfans
5
ceux
de
Conftantin
comme
fes
coufins
getmalns
>
fe
prefenterent
pour
recueillir
la
fuccel-
fion.
Plulieurs
parens
de
confideration
dans
diverfes
branches
de
collaterauX
>
fe
porterent
héritiers.
(4)
sz
(a)
M.
Louis
Guillaume
de
Chavaudon
ancien
Pré:
Gidentau
Grand-Confeil
,
Maltre
des
Requétes
hono-
raire.
M.
Pierre
Nicolas
de
Chavaudon
,
Seigneur
de
fainte
Maure,
Confeiiler
á
la
Cour
des
Aydes.
M.
Eltienne
Guillaume
de
Lanhré
,
Confeiller
d'hon*
neur
an
Siége
Prélidial
de
Troyes.
M.
Pierre
le
Courtois,
Confeiller
en
la
Cour.
_M.
Nicolas
Louis
de
Brinon,
Scigneur
de
Fomain-
ville
,
Confeiller
en
la
Grand-Chambre
du
Parlement
de
Mormandie.
:
M.
René
de
Brinon
,
Chanoine
honoraire
en
1'Egli-
fe
Carhedrale
de
Rouen.
M.
Louis-Henry
de
Brinon,
Chevalier
,
Seigneur
de
Calligny=
M,
Maximilicn
Anferay
,
Chevalier,
Seigneur
de
Jls
Marlage
fecret.
193
lis
leur
oppoferent
PArrét
de
1709.
Ceux-ci
obtinrent
des
lettres
en
forme
de
Requéte
Civile
contre
cer
Arrér,
82
tous
Áétesqui
pourroient
étre
approba-
tifs
,
la
Caule
en
état
d'étre
portécal'Au-
diance
,
les
Parties
'accommoderent
,
Sí
pallerent
une
tranfaction
le
18.
Mars
¡EPA
Par
cer
Acte
les
enfans
du
lieur
Con-
ftantin
le
déliftent
des
letrres
en
forme
de
Requéte
civile
8z
de
refcilion,
enfem-
ble
de
la
demande
afin
d'enterinement,
confentant
que
tout
foit
(>
demenre
nul
,
comme
non
fait
(Y
avenu
5
en
confequence
que
P_Arrét
du
30.
Aoíit
1709.
foit
exé-
cuté
felon
fa
forme
(>
teneur.
En
confideration
de
ce
pour
amortir
les
1300
liyres
de
penfion
viagere
adjugtes
par
cet
Arrét,
tant
ala
veuye
qu'aux
enfans
de
Courvaudon,
Préfident
á
Mortier
au
Parlement
de
Normandie,
«
Dame
Maríe-Francoife
de
Brinon
fon
¿poufe.
Dane
Anne-Francoife
de
Brinon,
veuye
de
Muy
Pierre
Faucher
de
Cordey.
Dame
Magdelain:
de
Turgis
,
époufe
feparée
quant
aux
biens
de
M.
Charles
de
Villemin
,
Seigneur
de
Coin,
ancien
Confeiller
au
Parlement
de
Metz
,
$
au-
torifée
á
la
pourfuite
de
les
droits.
M.
Guillaume
Nicolas
Jofeph
,
€
Jean
Baptifte
de
Turgis,
Officiers
enla
Monnoye
de
Rouen.
Er
M.
Jean
René
de
Turgis,
Seigneur
de
Bullé,
Maltre
-
ordinaire
en
la
Cour
des
Comptes
,
Aydes
8l
Finances
de
Normandie.
Tous
héritiers
de
Catherine
Batbe
de
Turgis,
Marquife
de
Saint-Picrre,
Tome
XIX,
194
Mariage
fecret.
Conflantin-de
Turgis
3
les
héritiers
de
la
Dame
de
faint
Pierre
leur
abandonnent
2501.
liv.
de
rente
perpetuelle,
au
prin-
cipal
de
100040.
liv.
dont
les
contrats
leur
furent
delivrés
a
Cinftant
,
au
moyen
de
quoi
les
enfans
de
Conftantin
de
Turgos
fe
défifient
de
tous
droits
dans
la
fucceffzon
de
la
D.me
de
Saint-Pierre,
(7
confentent
que
tout
proces
Y
infance
entre
eux,
E
Tes
héritiers
demenrent
affompis.
Depuis
les
enfans
du
fieur:Conftantin
ont
all-gué
qu'ils
ont
fait
ce
tralté
en
mi-
norité
,
83
ont
dit
quiils
w'étoient
pas
li-
bres,
82
ont
apporté
des
proteltarions
faites
pardevant
Noraires
de
la
veille
du
jour
$
du
lendemain
,
quíils
ont
renon»
vellé
chaque
année
5
ils
ont
larilé
écon-
ler
plufieurs
années
fans
rien
dire
,
leurs
actes
d'hoftilité
Mont
commencé
qu'en
1736.
le
18.
Aoút
de
cette
année
la,
ils
formerent
une
tierce
oppofition
a
P'Arrér
du
30.
Juillet
1737.
reoduau
rapport
de
*M.
de
la
Michaudiere
quia
partagé
les
biens
de
la
Dame
de
Saint-Pierre
entre
les
héritigrs
,
8%
ls
demanderent
en
mé-
me
tems
que
les
biens
3
effers
de
certe
(ucceffion
Jeur
£uflent
adjugés
comme
¿tant
fes
coufins
germains
parernels
,
8%
les
plus
proches
parens
dans
Vordre
de
la
famille,
ils
obrinrent
des
lertres
de
|
SA
Mariage
fecret.
195
Tefcifion
contre
la
tranfadtion
,
dont
ils
demanderent
lenterinement
a
la
Cour.
a
«qui
étoit
la
troifiéme
des
Enquétes.
Les
«enfans
du
fieur
Conftantin
de
Turvis
changerent
toutá
coup
de
fiftéme,
$
Obtinrentde
nouvelles
lettres
de
refcilion
Quíils
ont
addrefféesa
la
Grand-Cham-
DIC
>,
$
en
méme
tems
ont
afligné
en
re-
pus
d'inftance
de
la
Requéte
civile
les
éritiers
de
la
Dame
de
Saint-Pierre,
fur
le
conflic
auquel
ces
variations
ont
donné
lieu.
1s
ont
cenfenti
á
étre
ren-
voyés
a
la
troifiéme
des
Enquétes,
de-
puis
ce
renvoi
prononcé
a
paru
le
Tu-
teur
de
Marie-Philippe
Millin
de
Tref-
Loles
,
fille
mineure
du
ficur
de
Trefloles,
8%
dela
fille
de
Marie-Reine
de
Turgis,
'elt
dans
cet
érar
que
les
Avocars
le
font
fignalés,
$
ont
deployé
toute
la
Ícience
que
leur
fujer
leur
donnoit
lien
d'étaler
en
la
mariant
»
avec
Péloquence
dont
elle
étoir
fufcepible.
Comme
ona
d'abord
plaidéála
troi-
léme
des
Enquéres
fur
Penterinement
Cs
lettres
de
refcifion
contre
le
traité,
$c
qu'on
lesa
renvoyé
¿la
Grand'
Cham-
re
fur
Penterinement
de
la
Requéte
ci-
“Mile
,
comme
feule
competente
des:
Re-
Quéte
civiles
¿
Ona
repeté
les
mémes
-Moyens
dans
les
deux.
Chambres.
On
I
y
pour
les
en-
196
Mariage
fecret.
na
garde
de
multiplier
les
mémes
Plar
doyers,
on
les
reduira
chacuná
un
feul
de
pare
€
d'autre.
On
commencera
par
le
defenfeur
des
d
emandeurs
des
en-
fans
de
Conftantin
de
Turgis.
C'eft
Ms
Mars
Avocat
,
préliminalrement
il
sSat-
tachea
purger
le
mariage
du
vice
de
clan»
deftiniré
qu'on
lui
impute.
Il
produit
des
preuves
qui
en
juftifient
,
dit-il,
la
pu-
blicité.
Plaidoyer
Une
femme,
pourfuit-1l,
porte
le
nom
eur
de
fon
mari,
elle
prend
en
toute
occalion
Conftantin
de
vive
vOIX
82
par
écrit
dans
les
regiftres
E
pS
¿comme
dans
les
ates
particu-
vemariage
MES
yla
qualité
de
femme
d'un
tel.
Elle
dont
il
sagit
Welt
plus
connué
que
lous
ce
tirre
,
non
mapas
Eee
(enlement
deles
proches,
de
fes
amis,
de
|
les
domeltiques
,
mais
encore
de
ceux
qui
lui
font
le
plus
érrangers
,
des
per-
lonnes
de
tout
érar
8
de
toute
condition
,
qui
ont
avec
elle
qu'une
relation
pafla-
gere,
qui
demeurent
avec
elle,
8%
ceux
qui
demeurent
dans
les
quartiers
les
plus
¿loignés
du
fien.
Elle
remplit
tous
les
devoirs
de
fem-
me,
de mere
de
famille,
á
Pégard
de
fon
mari
,
de
fesenfans
8
de
fes
ferviteurs.
Que
faut-il
de
plus
pour
rendre
un
ma-
riage
notoire
,
87
pour
le
revérir
de
tou-
te
la
publicité
dontil
eft
fufcepuble;
La
A
AR
Martage
fecrete
197
Certitude
des
mariages
les
moins
dou-
teux
pole-t-elle
fur
de
plus
folides
fonde-
mens?
Or
la
mere
des
Sieurs
82
Demoifelle
de
Turgis
a
toujours
été
depuis
le
ma-
tlage
connué
dans
le
monde,
fous
le
nom
de
la
Dame
de
Turgis
,
fes
dome-
ftiques
Ponttoujours
fervie
en
cette
qua-
ltés
Celtá
ce
titre
qu'elle
trouvoir
du
crédit
chez
les
marchands
,
qu'elle
em-
ployoit
les
ouvriers
,
qwelle
placoit
fes
EM
chez
les
maítres
les
plus
propres
a
leur
donner
Péducarion
qui
conyenoit
a
leur
naiffance.
Celt
comme
femme
du
fieur
Charles.
Conftantin
de
Turgis
,
Lieutenant
aux
Gardes
Francoifes
qu'elle
et
mie
á
la
ta-
xe
des
pauvres
de
a
paroille.
C'eft
tou-
jours
comme
Dame
de
T
urgis
qu'elle
eft
connué
au
Bureau
de
la
Ville,
foit
quon
Limpofe
á
la
capitation
,
foir
qu'on
mo-
dere
la
fommea
laquelle
ellea
éré
impo-
(ce.
Ceft
encore
la
Dame
de
Turgis
qui
elt
aflignée
conjointement
avec
fon
mari
$
au
méme
domicile,
par
le
Boucher
qui
fournifloit
leur
maifon.
Tient-elle
quelques
enfans
fur
les
Íonts
de
Baptéme
>
Alñifte-t-elle
comme
témoin
á
quelque
mariage
>
elle
fe
qua-
Life
fur
les
Regiítres
du
nom
de
fon
ma-
I
1
198
Mariage
fecret.
ri,
du
nom
de
Dame
de
Turgis.
On
n'appercoit
dans
toute
cette
con-
duite
aucune
ombre
de
myftere,
rien
quí
puille
faire
foupgonner
qwelle
veuil.
le
derober
la
conno1fíance
de
fon
maria-
ge.
Au
contraire
elle
le
publie
par
tout
>
elle
fait
gloire
de
porter
le
nom
de
Tut-
gis
dans
toute
la
Ville,
elle
afecte
dele
prendrefousles
yeux-mémes,
prelquia:
la
porte
de
la
Dame
Barbe
Guillaume;
82
cependant
celle-ci
éroit
la
feule
perfonne
a
quilé
fieur
8
la
Dame
de
Turgis
cul
fent
intérér
de
cacher
leur
mariage.
Ces
piéces
quí
prouvent
la
publicité
du
mariage,
font
quitrances
pardevant
Notaire,
qhitrances
de
Capirátion
,
més
moire
de
Marchands,
extrait
des
Regi-
ftres
de
Hotel
de
Ville,
ceux
de
diverles
paroifles,
aflignation
donniée
en
com-
mun,
87
au
méme
domicile.
Tels
font
lés'
titres
qu'oñ
a
comimuniqués
aux
Parties!
advetles.
lls
ont
encore
d'autres
pieces
jalqu'au
nombre
de
foixante
,
qui
prou-
vent
année
parannée
la
publiciré
du
ma-
riage.
La
Cour
verra
par
la
dépofition:
d'un
rrés-grand
nombre
de
témolns
dans
les
informations
du
recelé
des
effers
de
fon
mari
,
dont
on
accufe
la
veuve.
In=
formations
aportées
au
Greffe,
quelle
a
cohabité
publiquement
avec
fon
mari,
TRA.
PISTA
DN
A
PRAT
EE
O
ZA
DAA
Mariage
fecret.
199
St
pendant
lalóngue
maladie
qui
la
con-
duitau
tombeau;
qu'elle
remplifloit
tou-
tes
les
fonétions
de
maítrefíe
de
la
mai-
fon,
qu'elle
y
difpofoitde
tout.
Ainíi
des
que
le
mariage
elt
public,
vainement
pré-
tend-t-on
le
prévaloir
de
la
Declaration
de
1639.
contre
la
veuve
82
les
enfans
de
Conftantin
de
Turgis.
Voici
les
ter-
mes
dans
lefquels
elle
eft
congué.
Def-
rant
pourvoir
a
l'abus
qui
commence
a
s'in-
troduire
dans
notre
Royaume
,
par
cer
qui
tiennent
leur
mariages
fecrets
d*
cachés
pen-
dant
leur
vie
,
contre
le
refpedt
qui
efi
dí
2
an
fo
grand
Sacrement
,nous
ordonnons
que.
les
majeurs
contraftent
publiquement
,
(>
en
face
d'Eglife
,
avec
les
folemnités
preferi-
tes
par
lOrdonnance
de
Blois
,
(>
décla-
rons
les
enfans
qui
nattront
de
ces
maria-
ges
>
que
les
parties
ont
tenu
jufqu'ici
,
ou
tiendront
a
Pavenir
cachés
pendant
leurvie,
qui
reffentent
plutótr
La
honte
d'un
concubi-
nage
,
que
la
dignité
d'un
mariage
,
inca-
pables
de
toutes
fuccefions
auji-bien
que
leur
poflerité.
Qu'entend
le
Légiflateur
par
un
ma-
rage
caché?
11
n'en:
donne
point
de
défi-
nicion
;
alní
ce
terme,
caché,
doit
étre
pris
felonles
notions
les
plus
communes,
éz
les
plus
populaires.
:
Un
mariage
caché
eltun
mariage
dont
11111
200
Mariage
fecret.
l'exiftence
demeure
pour
ainíi
dire
con-
centrée
parmi
un
petit
nombre
de
té-
moins,
$2
quí
pour
le
relte
des
hommes
elt
comme
sil
nel'éroit
pas;
queles
te-
nebres
du
myftere
dérobent
mémeá
cet-
te
portion
de
la
focieté
;
qui
par
rapport
al
e
parriculier
forme
ce.que
nous
appellons
le
public.
La
lo1
qui
condamne
Íi
feverement
les
marages
que
les
époux
tiendront
cachés
pendant
leur
vie,
ne
dit
point
comment
les
mariages
doivent
étre
manifeltés
:
elle
ne
prefcrit
aucune
condition
parti
culiere
de
laquelle
dépende
cette
publi-
cité
quí
peut
feule
rendre
les
enfans
ca-
pables
des
effers
civils.
La
Déclaration
de
1639.
elt
une
loi
pénale
:
uneloi
pénale
en
matiere
d'étar,
lot
autant
plas
rigoureufe
quelle
frappe
moins
les
contrevenans
que
leur
inno-
cente
poftérité.
Ce
feroit
donc
la
fouve-
_Taíne
injuítice
d'exiger
pour
la
publicité
d'un
mariage
ce
qu'une
telle
lor
n'éxige
pas.
ll
faut
donc
S'en
tenir
aux
idées
or-
dinaires
,
82
regarder
comme
non
ca-
ché
un
mariage
connuVun
li
grand
nom
bre
de
perfonnes
,
quon
ne
puille
rai-
fonnablement
foupconner
les
parties
d'a-
voir
pris
tant
de
confidens,
d'avoir
in-
térellé
tant
de
perfonnesá
leur
garder
le
Mariage
fecret.
20H
lecret
3
en
un
mot
un
mariage
eft
public
loríque
les
époux
unis
légitimement
ne
rougiflent
point
del'érre
,
$
s'annoncent
pour
ce
quíls
font,
8z
ls
manifeftent
(uf
filamment
les
liens
quí
les
uniflent,
¡ls
font
ce
qui
dépend
d'eux
pour
manife-
fter
leur
étar.
1%.
Si
la
femme
porte
le
nom
de
fon
mari.
2%.
Si
les
enfans
por-
tent
le
nom
de
leur
pere
,
dc
paflent
pour
légitimes,
3”.
Si
les
deux
époux
vi-
vent
enfemble.
Celt
par-lá
que
la
plú-
part
des
mariages
viennent
ala
connoifl-
lance
du
public.
La
perfualion
oú
nous
lommes
que
tels
82
tels
font
mariés,
na
prelque
jamais
d'autre
fondement.
11
n'elt
pas
méme
befoin
que
ces
trois
conditions
foient
raffemblées.
Une
infi-
nité
de
marlages
fonttrés-publics
>
QUOÍ-
que
les
deux
époux
pour
de
bonnes
ou
de
mauvailes
raifons
,
Nayent
point
em
de
demeure
commune.
Qui
pourroit
donc
contelter
avec
ombre
de
vraifem-
lancela
notorieté
d'un
mariage
qui
réu-
nit
Ces
trois
caracteres
,
comme
les
rén-
nit
celui
du
fieur
de
Turgis?
La
Dame
de
Turgis
depuis
lon
ma»
rage
a
toujours
porté
le
nom
de
fon
ma-
11,
elle
le
prouve
par
des
pléces
qu'elle:
a
Tangées
en
ordre
chronologique
,
elle
conftate
année
par
année,
82
Preta
de
Y
302
DMariage
fecret.
mois
en
mois
une
tradition
fon
inter-
rompué
de
la
poffeflion
ou
elle
étoit
de:
porter
le
nom
de
fon
mari.
Elle
figne
en
qualité
de
Dame
de
Turgis
,
des
Billers.
payables
au
porteur.
Un
Biller
de
cette
elpece
elt
un
effer
commergable
silen
fur
jamais
5
il
pafe
ou-
peer
palfer
de
main
en
main,
il
circule
quelquefois
juílqu'a
Pinfint;
donc
prendre
dans
un
Billet
payable
au
porteur
,
telle
qualité
5,
celtlaficher,
d'elt
en
rendre
le
public
dépofiraire
,
C'eft
Pannoncer
¿tout
Puni-
vers.
|
Elle
a
été
infcrite,
impolée
82
mode-
rée
dans
les
Regiftres
de
la
Capitation
,,
comme
femme
de
M.
de
Turgis,
Lieu-
tenant
aux
Gardes
Francoiles;
elle
éroie
donc
en
poflefion
publique
de
cet
état.
Eft-ce
donc
ferienfement
qu'on
revo=
que
en
doute
une
verité
confignée
(ur
les
Regiftres
de
la
Ville
>
Quox
de
plus
au-
tentique
que
ces
Regiftres,
de
plus
fo-
lemnel
,
de
plus
décifif
dans
la
matiere
dont
il
elt
queltion
>
Toutes
les
fois
quon
voudra
s'affurer
fur
quel
pied
un
citoyen
s'annoncoit
dans
le
monde,
ce
quil
prétendoit
étre
,
fous
quelle
quali-
té,
fous
quel
nom
il
érojt
connu,
ot
trouvet
des
lumieres
plus
certaines
que
dans
le
róle
méme
des
ciroyens
>
On
:
25
da
Mariage
fecret,
103
Ícait
que
les
róles
de
capitation
ne
S'ar-
rérentá
la
Ville
que
fur
la
notorieté
publi-
que,
8
furlesinformationsqw'on
faitdans
€haque
quartier,
dans
chaque
mailon
des
noms
82
des
qualités
de
ceux
qu'on
veut
impofer
;
donc
la
Dame
de
Turgis
éroit
déja
connué
fous
ce
nom
avant
que
d'étre
impofée,
82
quand
on
prétendroit
qu'el-
le-méme
avoit
didté
ces
noms
82
quali-
tés
aux
Commis
chargés
de
faire
la
vifite
dans
les
maifons,
il
Senfuivroir
toujours
que
loin
de
cacher
qwelle
portoit
le
nom
de
Turgis,
elle
a
pris
un
moyen
infail-
lible
pour
le
manifíter
;,
car
le
róle
de
la
capitation
Sarrétane
au
Bureau
de
la
Ville
,
8%
palfant
par
les
mains
d'un
trés-
grand
nombre
d'Officiers
,
de
Regif-
fcurs
,
de
Receveurs,
de
Commis
,
lé
nom
fous
lequel
on
eft
inferir
ne
peut
de-
meurer
fecrer,
furtout
loríqu'll
gagit
-Pune
perfonne
auffi
connué
que
la
Da-
me
de
Turgis.
Ses
malheurs
8
fa
veí-
tu
avoient
rendu
París
arrentif
a
la
deftí-
née
;
une
infinité
de
gens
y
prenoient
Interét
par
eítime
,
par
compallion,
82
méme
par
limple
curiofité.
-
Que
Pon
dile
tant
qu'on
youdra
fans
preuve
82
fans
fondement,
que
la
Da-
me
de
Turgis
seft
fait
infcrire
elle
mé-
mé
,
nous
ferons
dumoins
en'droit
d'ex
ly)
204
Mariage
fecret.
-
conclure
qu'elle
a
donc
fait
profeflion
de
-
fon
étar
devantle
Prévor
des
Marchands
8z
des
Echevins.,
qu'elle
leura
demandé
aéte
de
la
qualié
qu'elle
s'artribuoit
,
82
Pa
obrenu.
Or
ce
qu'ona
folemnellement
notifié
a
ces
hommes
en
pl:ce,
qui
re-
préfentent
le
corps
des
citoyens,
ce
dont
115
ont
donné
aéte
eft
ellentiellement
public.
Aufíi
la
Cour
par
fon
Árrét
du
26.
May
1705.
déclara
fecrer
le
mariage
de
Marie
Jonvelle
,
avec
Sonnet
de
la
Tour,
parcequ'elle
avoir
pay
la
Capitation
fous
lon
nomde
fille.
Perfonnen'ignorequ'on
prend
toujours
certe
précaution
,
lorÍ-
qu'on
veut
tenir
fon
mariage
caché,
tant
il
et
vrai
qu'on
pafle
dans
le
public
pour
érre
ce
quíon
eft
fur
les
róles
de
la
Ca-
pitation
,
€
que
le
nom
fous
lequel
on
porte
les
Charges
publiques
,
on
le
pof-
fede
néceflairement
dans
la
focieté..
Ona
fait
voir
que
la
Dame
de
Turgis
s'elt
toujours
portée
pour
telle.
Qwá
ce
titre
elle
a
fait
tous,
les
adtes
qu'on
a'
coutume
de
faire
dans
la
locieré
:
Sic
agebat
,
fic
contrahebar.
Cela
fous
les,
yeux
de
fon
mari
,.4la
porte
de
la
belle
mere
,
fans
contradiction
,
fans
oppoli-
tion
de
la
part
desinterellés
,
fans
pren-
dre
elle-méme
aucune
précaurion,
La0s
Mariage
fecret.
205
aftefter
de
myltere.
Si
ce
Welt
pas
allez
pour
prouver
une
poflefion
publique
«XX
pailible
de
Pérar
de
femme,
on
ne
voir
plus
ce
qui
pourroit
Pétablir.
On
ajoútera
que
le
fieur
Charles
Do-
Mminique
de
Turgas
fils
,
a
roujours
porté
le
nom
de
fon
pere,
82
a
toujours
été
re-
gardé
pour
fon
fils
légitime
,1l
a
eu
'hon-
neur
d'étre
atraché
¿
M.
de
Gévre
en
cet-
te
qualité,
8%
d'étre
admis
dans
la
Com-
pagnie;
honneur
quil
'auroit
pas
eú
li
la
naiílance
avoir
dté
équivoque.
Enfin
on
a
vá
dans
le
recit
hiftorique
des
fatts
qu'avant
la
mort
le
fieur
Con-
ftantin
de
Turgis
ayant
mandé
le
icur
de
Canteleu
,
fils
de
fon
frere
aíné,
lui
recommanda
ía
femme
8z
les
enfans
;
que
celui-cilesembralla
tendrement,
82
promit
que
jufqu'au
dernier
foupiril
en
prendroit
foi.
Nous
avons
la
preuve
de
ce
fait
dans
les
difpofitions
teltamentai-
tes
que
le
fieur
A
Cantelen
a
fait
en
leur
fayeur
:
dilpolirions
relatives
aux
prieres
defon
oncle»
$
conformesa
fes
engagemens.
|
Leficur
Conftantin
de
Turgis
n'a
pas
habité
continuellement
avec
fa
femme,
quil
ait
par
des
railons
d'intérers
confer-
vé
lon
appartement
chez
la
mere,
S
ale
donné
lien
par-la
d'addielfer
a
la
femme
106
Mariaze
fecret.
la
taxe
de
la
Capitation
;
elle
n'en
étojt
pas
moins
envifagée
comme
femme
du
fieur
de
Turgis,
comme
on
le
volt
pat
cerre
méme
adrefle
:
Pailleurs
1ls
habi-
toient
fouvent
enfemble
en
campagne
8
a
la
Ville.
Ainíi
cette
cohabitation
dans
la
longue
maladie
du
mari
n'eft
pas
Peffer
dun
marlage
im
extremis
mais
une
con-
firmation
d'un
mariage
contracte
plu-
ficurs
années
auparavant,
mariage
quí
n'étolt
point
fecret.
Vaivement
a-t-on
prérendu
que
le
mariage
du
ficur
Conftantin
de
Turgis
étoit
lecrer
,
parcequ'il
n'étoit
pas
écrit
fur
le
Regiftre
>
82
quil
éroit
fur
une
feuille
volante.
Combien
de
mariagesfe-
crets
InÍcrits
fur
les
Regiftres
ils
ne
font
fatts
que
pour
les
affurer
,
8
non
pour
les
publier.
La
feule
polleffion
d'étar
par-
lible
eft
deltinée
a
ce
dernier
ulage.
'
Il
eft
vrai
que
la
Déclaration
du
9.
Avril
1736.
en
defendant
aux
Cutés
fous
des
peines
trés-griéves!,
de
redi-
ger
les
Altes
de
celebration
de
mariage
far
des
feuilles
volantes,
permet
aux
Juges
de
prononcer
contre
les
époux
la
privation
des
effers
Civils,
sil
y
échoit..
Mais
outre
que
ces
termes
sil
y
échoit
,
font
allez
entendre
que
les
o
a
nÉ
erits
fur
des
fcuilles
volantes.ne
font
pas
s
DD
Mariage
fécret.
207
ellentiellement
fecrers;
la
Déclatatiom
he
parle
que
de
ceux
qui
fe
contradte-
tonta
Pavenir,
82
ne
peut
avoir
def.
fer
rérroa
if
fur
celui
des
Siéent
Sc
Da-
me
de
Turgis,
diíous
30.
ans
avant
la
promulgarion
de
la
loi:
donc
ce
feroie
avancer
un
paradoxe
infoutenable
,
que
de
prétendre
qu'un
mariage
elt
caché
pecas
>
parceque
Paéte
de
céle-
ration
n'a
été
remis
dans
aucun
dépór
public.
On
foutient
encore
vainement
que
le
fieur
Conftantin
a
tenu
fon
marlage
fe-
cret
,
parceque,
dir-on
,
il
ena
point
parlé
dans
a
maladie
en
termes
expres
».
ní
dans
fon
teltament,
on
tépond
quil:
Pa
fuppolé
public,
82
que
ceft
fur
ce
pied
la
qu'il
a
recommandé
á
fon
nevew:
la
femme
82
les
enfans.
1l
avoit
cohabiré:
publiquement
avec
fa
femme
,
il
ne
pouvoit
pas
ighorer
quelle
ne
portar
lor»
nom
,
en
gardant
le
filence
il
autori/oir
-
donc
fa
polfelfion
d'érat.
On
a
produie
les
proteftations
concués
dans
les
termes
les
plus
énergiques
»
il
les
avoit
faites
avant
fon
fecond
marjage
,
il
declare
quil
regarde
la
Demoifelle
Biancolelly
comme
[on
époufe,
qwil
men
aura
ja-
mais
Vautre
,
quiil
réitereroic
fon
ma-
Mage;
étant
obligé
,
difoir-11,
par
hen-
208
Mariage
fecret.
neur
8
confcience,
3.
par
la
conduite
de
la
femme.
1
difpole
dans
[es
proreltations
de
les
biens
en
faveur
de
(es
enfans
,
avec
rtélerve
des
droits
-appartenans
á
la
femme
felon
la
Coutume.
On
re
peut
donc
pas
douter
qu'il
n'eút
le
del-
(cin
de
rendre
public
le
mariage
qu'il
projettoit
>
82
quand
il
protelta
a
la
mort
de
la
mere
contre
fon
exherédation
,
ne
declara-t-il
pas
alors
en
Juítice
fon
ma-
riage
qu'il
avoit
public.
Il
fair,
dit-on,
des
legs
a
plulieurs
particuliers
de
lommes
coníiderables
aí
préjudice
de
fes
enfans
,
doncil
ne
les
reconnoilloit
pas
pour
légitimes.
Pou-
voit-il
ne
pas
reconnoítre
pour
légitimes
des
enfans
qui
font
déclarés
tels
par
Sen-
tence
confrmée
par
Arrér.
D'ailleurs
dans
combien
de
teltamens
des
peres
quí
ont
des
enfans
légitimes
ne
font-ils
pas
des
legs
confiderables
á
des
étran-
ers?
»
La
Déclaration
quí
parle
contre
les:
marjages
cachés
,
parle
de
ceux
que
les
parties
auront
tenu
fecrers,
$
non
de
celui
qu'une
des
deux
Parties
ne
revele
point.
1
ne
peut
méme
étre
caché
des.
que
Pautre
les
revele,
tour
le
myltere
alors
séyanoilir.
La
partie
qui
obéx
a
la
lol
ne
peut
fouffrir
ni
dans
la
períonne
AE
NED
ES
A
A
A
A
O
AREA
A
AS
AD
Matiage
fecret.
205
hi
dans
la
pofterité
de
la
defobeiffánce
dPautrui,
d'une
défobéiflance
que
la
loi
ne
connoít
plus
depuis
quele
maria-
ge
eft
public
;
feroit-il
juíte
de
faire
dé-
endre
du
caprice,
ou
de
la
mauvaile
mao:
dVune
feule
des
Parties,
8
la
publicité
du
mariage
82
le
fort
des
en-
fans?
Il
en
elt
ici
comme
de
la
bonne
fo1,
pourvú
quielle
fe
trouve
dans
un
des
deux
époux
,
les
enfans
font
légiti-
mes,
quoique
Pautre
foit
engagé
ail..
leurs.
Ainfi
la
Dame
de
Turgis
faifant
profeffion
publique
de
fon
étar
,
le
ma-
rage
eut
été
public
malgré
le
fieur
de
-
Turgis
1d
Pelt
donc
bien
á
plus
forte
railon
,
puilqu'il
a
fortifié
cette
polfel-
fion
non
feulement
en
ne
s'y
oppolant
pas
,
mais
méme
en
reconnoiflant
la
qualité
de
fa
femme
en
d'vers
occafions
,
$
de
la
maniere
la
plus
éclatante.
Enfin,
dit-on,
la
famille
du
fieur
de
Turgis,
8%
particulierement
la
Dame
ía
mere
,
ignoroient
qu'il
fút
marié;
donc
le
marlage
étoit
fecrer.
On
repond
que
la
famille
du
fieur
de
Turgis
8
la
Dame
fa
mere,
étant
la
por-
tion
du
publiolw
plus
curicule,
82
la
plus
atrentive
a
les
démarches
,
ne
pouvolent
pas
ignorer
ce
que
le
public
fgavcit.
usdnotum
ef
remotioribus
proximas
na-
210
Mariage
fecreto
tum
effe
deber.
Si
le
public
étoit
abreuvé
d'un
faie
quíl
ne
recherchoit
pas,
pou-
voit-il
le
derober
4
une
famille
inquiete
qui
fouilloit
partout
pour
le
tronver.
On
a
vúl'elpace
de
trois
années
confecutives
la
belle-mere
82
la
brue
,
aflilter
en
mé-
me
tems
aux
offices
publics
dans
PEglife
de
faint
Jofeph.
Celle
ci
menoit
avec
el-
le
(on
fils
encore
enfant,
la
prefence
de
ces
deux
femmes
étoit
un
[pectacle
ha-
bituel
,
8
une
fource
inépuifable
de
dií-*
cours
pour-
tout
le
quartier,
parfajre-
ment
inftruit
du
maríage
de
Pune
,
8%
de
la
rigueur
inflexible
de
Pautre
:
la
pre-
miere
environnée
de
perlonnes
qui
mur-
muroient
autour
de
fes
oreilles,
pou:
voit-elle
s'étrourdir
fúr
la
caule
de
ces
murmures
>
Sa
curiofíté
inquiere
nePau-
roitrelle
pas
d'abord
mile
au
fait
malgré
elle.
Les
honnétes
gens
quí
aimoient
82
eltimoient
Péponfe
du
fieur
Conftantin
,
8:
qui
la
nommoient
dans
les
expreflions
de
leur
amitié
8
de
leur
eltime
,
la
petí-
te
de
Turgis
,
ne
montrolentils
pas
qu'ils
étoient
inftruits
du
prétendu
myftere.
On
a
furabondamment
prélenté
une
Requéte
pour
étre
regú'a
la
preuve
de
la
publicité
du
marlage.
Quand
on
fe
retranche
á
dire
que
le
mariage
n'étolt
pas
lortable
,
on
né
voit
_
DHariage
fecret.
z1Y
Pas
que
les
alliances
les
moins
propor-
tionnées
n'en
font
que
plus
connués
par-
cequ'elles
excirent
davantage
la
curio(fi-
té,
dailleurs
certe
difproportion
eft
compenfée
par
bien
des
aVantages
,
com-
me
on
le
dira
dans
la
fuite.
Aprés
qu'ona
montré
que
le
maria-
ge
dont
il
sagita
été
public,
8:
quil
1'eft
point
dans
le
cas
de
ceux
qui
font
privés
des
effets
civils;
les
moyens
de
relcifion
queles
Sieur
82
Demoifelle
de
Turgís
ont
contre
le
Traité
du
18.
Mars
Moyens
de
1724.
le
prelenteront
dans
toute
leur
A
force.
ls
obferveront
d'abord:
que
cen
18.
Mass
|
Prairé
elt
(1
fingulier
dans
(on
elpece
,
1724*
quon
ne
peut trouver
de
dénominarion
qui
lui
convienne,
car
il
ne
peut
étre
envilagémi
comme
partage
,
nicomme
tranfiétion
,
ni
comme
donation
;
les
définitions
propresa
ces
Traités
ne
pen-
vent
jamais
lui
ete
appliquées.
Qué
faut-11
done
de
plas
pour
le
faire
regat-
der
comme
un
TFraité
inutile
8
frivole,
quine
peut
par
confequent
leur
¿rre
opa
De
pue
dans
une
queftion
qui
concerne:
eur
érar?
.
En
effer
comment
le
faire
paffer
pont
un
partage
?
left
de
Peffence
d'un
Atte
€
pattage,
que
ceux
qui
parlent
dans
-
Pacte
ayent
un
droit
d
la
chofe
partagée..
sr
Tor.
os]
212
Mariage
fecret.
Or
les
Sieur
€
Demoifelle
de
Turgis
ne
paroiflent
avoir
aucun
droitá
la
(uccel-
lion
de
la
Dame
Marquife
de
Saint.
Pier-
re.
Ce
leroit
done
le
tromper
que
de
le
regarder
comme
un
partage
,
cependant
il
elt
certairi
que
tout
ate
fur
une
fuc-
cellion
entre
des
prétendans,
quand
il
n'elt
précedé
d'aucun
autre,
elt
un
veri-
table
parrage
5;
mais
dans
celui-ci
Pinten-
tion
des
Parties
,
les
termes
de
Paéte,
le
défaut
de
qualité
determinent
á
penfer
que
la
définicion
de
partage
ne
peut
lui
erre
appl:quée.
On
ne
peut
aulli
le
prefenter
comme
une
tranfadtion
:
pour
traníiger
fur
quel:
que
chole
il
faut
y
avoir
un
droit
cer-
tan
6%
reconnu
il
faut
que
le
point
dile
Els
foit
énoncé
comme
douteyx
entre
es
Parties.
Or
£1
Pon
croit
le
langage.
des
Parties
dans
Pate
dont
il
s'agir,
1L
n'y
avoit
rien
de
douteux
ni
de
contelté
fur
la
fucceflion
de
la
Marquife
de
Saint-
Pierre,
Lesdefendeurs
fuppolojent
com-
me
abfolument
indubirable
qwils
éroient
les
héririers,
82
les
Sieurs
8
Demoifelle
de
Turgis
Sétant
reconnus
incapables
de
reciteillir
aucune
fucceflion
dans
la
famille
de
leur
pere,
déclaroient
ny
pon-
voir
rien
prétendre
,
par
conféquent
on
peut
dire
quil
ny
avoir
pas
méme
ma-
a
,
Marriage
fecret.
213
tuere
á
tranfadtion
:
8
Pon
doit
prendre
-
Pour
un
vetbiage
illufoire
8
vuide
de
lens,
ce
que
porte
le
trairé,
que
confide-
rant
les
diftufioms
qui
pourroient
natrre
de
leur
conteflation,
d*
voulant
les
pré-
Venir
>
ilsonttraité,
tranfigé,
accordé,
O
font
convenus
de
ce
qui
fuit.
Regardera-t-on
ce
Traité
comme
une
donation
?
11
£ant
étre
maltre
de
ce
qu'on
«donne,
$
que
celui
qui
recoit
n'y
air
aucun
droit.
Or
dans
le
fonds
les
defen-
deurs
n'étoient
pas
les
maíttres
de
la
fiuc-
cellion
de
la
Marquile
de
Saint-Pierre,
les
loix
du
fang
ne
les
y
appelloient
pas;
elles
appeiloient
les
Sieur
€
Demoifelle
de
Turgis,
Ceux-ci
par
conféquent
ne
Pouvoient
recevoir
á
titre
de
liberalité
une
portion
de
leur
propre
bien.
Mais
outre
que
cer
alte
ne
fcam-
toitíe
définic,
ef
qwil
n'étoit
pas
lj-
bre
de
la
part
des
demandeurs.
Leur
tri-
fte
fituation
leur
impofoit
la
loi
dVaccep-
ter
les
propofitions
quon
leur
faifoit,
1ls
1avoient
pas
recueilli
la
moindre
parte
de
lear
bien
paternel,
$
ils
vi.
Voient
aux
dépens
de
leurs
protecteurs
,
Sí
de
leurs
amis.
Qui
ne
concoit
que
l'ef-
perance
d'un
tel
changement
d'étar
des
quelle
nuit
4
Pame,
ne
lui
donne
pas
licu
de
déliberer
fir
le
parti
qui
lut
efe
214
Mariage
fecrer.
le
plus
avantagenx.
11
lui
fuffit
d'en
eme
braffer
un
quel
qu'il
loit
,
qui
la
tire
de
la
trifte
Íiruation
on
elle
eft.
Mais
quel-
Que
preflantes
que
foient
ces
refléxions
pour
combattre
le
Traité
du
18.
Mars
1724.
atrachons-nous
aux
moyens
dé-
cilifs...
Sil
eft
vrai
que
les
.enfans
du
fieur
Charles-Conftantin
de
Turgis
ayent
traté
de
leur
erat
;
sil
eft
vrai
quils
Payent
cedé
pour
une
lomme
d'argent;
on
ne
peut
nier
quils
n'ayent
faic
un
contrat
illicite,
une
vente
nulle
un
tralté
qui
repugne
aux
bonnes
mearurs.
Quiconque
oferoit
contefter
cette
pro-
poliion
>
11
fufhiroit
de
la
rappellerá
une
maxime
fondamentale,
maxime
Ái
uni-
yerlellement
reconnué
qwelle
forme
une
elpece
de
cri
public.
L'éracr
d'un
citoyen
eft
une
qualité
dont
il
eft
faifi
par
une
loi
polirive
,
c'eft
un
bien
quiappartient
ála
Republique,
8
dont
la
Republique
feule
peut
difpo-
ler.
Le
citoyen
ne
peut
entreprendrede
s'en
dellaifir
fans
donner
arreinte
au
droit
public
:
par
conféquent
tout
ce
quil
pourroir
entreprendre
ád
cer
égard
ne
peut
jamais
Iublfter.
Zas
publicumpriva-
torum
pattis
Mutari
non
poteft.
1.28:
f-
depadt.
Aimh
Penfant
quí
naicd'un
ma-
Mariage
fecret.
215
tiage
valablemenr
célebre,
né
legitime
par
la
loi
qui
le
déclare
tel,
ne
[caurolt
£n
aucune
maniere,
ni
dans
ancun
cas
renoncer
a
Pavantage
de
la
légitimité.
Létat
eft
donc
une
qualité
que
la
loi
imprime
aux
citoyens
;
c'eft
un
Cara-
¿tere
indélébile
quíils
portent
partout
,
quileur
donne
une
relation
nécelaire
4
certalns
engagemens
,
8c
par
Jequel
d'autres
leur
font
interdits.
De-lá
vient
que
les
majeurs
font
capa-
-
bles
de
tous
les
engagemens,
82
que
les
mineurs
nen
penvent
former
de
vala-
bles
qua
leur
profit.
Ainfi
la
majorité
-
forme
un
étar
particulier.
La
minorité
en
elt
un
autre
diftingué
par
les
effers,
>/
Pio
:
L'étar
des
enfans
légitimes
cf
diffe»
-
Tent
de
Pétar
des
batards.
La
qualité
Qu'ils
ont
regue
les
uns
82
les
autres
par
la
difpofition
dela
loi,
fixela
mefure
de
leur
pouvoir
par
rapport
aux
engage-
B
Pp
p
mens
dans
lelquels
¡ls.peuvent
entrer.
Difons
mieux
,
parle
fait
de
leur
naif-
lance
la
loi
les
(aifit
de
la
capacitó
des
en-
gagemens
quí
leur
conviennent,
$
les
trend
inhabiles
á
ceux
dont
le
Leégillarcur
lesexclur.
Les
Sicur
82
Demoilelle
de
Turgis
nes
Yun
marlage
valide
$
public,
fe
Íont
trouyés
incapables
d'aucune
efpece
216
-Mariage
fecret.
de
convention
fur
leur
légitimité.
Done
tout
ce
quíils
ont
pú
faire
au
préjudice
de
cerre
qualité
inaliénable,
tombe
de
luí-
méme
puifquils
ont
ftipulé
Pun
bien
qui
1'entrant
point
dans
le
commerce
>
ne
pouvoir
faire
la
matiere
d'aucune
convention.
Erqwon
ne
dife
pas
que
les
fieur
6
Demoifelle
de
Turgis
n'ont
fait
aucun
aCte
fur
leur
légitimité
,
en
renongant
á
a
faculté
de
recieillir
des
fucceffions
?
On
ne
craint
point
de
Pavancer
>
parce-
.
Pp
p
quon
le
démontrera
dans
la
fuite.
11
n'elt
point
de
légitimité
véritable
,
fans
la
fa-
culté
de
recieillir
des
fucceflions
;
ou
ce
qui
revient
au
méme.
11
faut
admettre
deux
efpeces
de
légitimité
,
lune
entie-
re,
Pautre
imparfatte
5
mais
quí
confti-
tuant
deux
étars
diftingués
,
mettent
ceux
qui
en
font
faifis
dans
une
égale
im-
puiflance
d'y
renoncer.
Avant
POrdonnance
de
1639.
on
ne
connoiffoit
point
en
France
cette
efpece
de
légitimité
incomplete,
que
nous
pou-
vons
appeller
un
étar
mitoyen
entre
la
bátardile
8z
la
légitimité
,
érat
équivo-
que
,
qui
reduit
un
citoyen
á
la
ftérile
denominacion
de
légitime
,
82
luilaifTe
réellement
la
milere,
8
prelque
Pigno-
minie
de
ha
bátardile,
Alotrs
-
Mariage
fecret.
117
Alors
pour
joui:
d'une
légitimiré
par»
faite,
il
Luffilor
denafrre
Yun
marlage
valablement
célebré.
Cerre
unique
Cit-
conftance
meéttoit
en
pollEllion
de
tous
les
droits
d'une
nmaiflice
lévitime
,
elle
leur
rendoit
parfarte
la
condition
des
citoyens
,
elle
lew
donnoit
droir
de
recue
llir
lhéritage
de
leurs
peres,
Que
les
marges
fullent
denteurés
dans
les
tenebres
du
myítere
Y
du
lilen-
ce
,ou
quils
enllent
éclaté
dans
le
public,
par
la
notorieté
la
plus
folemnellez
cette
difference
aujourd
bui
(i
diftinétive
ee
fi
elfentielle,
n'étoit
point
encore
ni
pré-
vué
n1
marquée
parle
Légiflatenr,
+
lle
-
ne
caradtériloie
point
les
enfans;
elle
ne
fixort
pas
Pérendué
de
leurs
droits
8z
de
leurs
prérogarives.
La
lo1
éxigevit
pour
toute
condition
la
validité
du
mariage.
Cettre
fénle
CON=
dition
rendoit
parfaitement
légitime,
parceque
la
légitimité
efl
um
étas
civil,
82
non
un
état
de
la
nature
,
elle
ne
tire
fon
ellence
que
de
la
loi
qui
Pérablic.
On
ap-
pergoit
du
premier
comp
d'exil,
que
le
mot
de
/egirimiré
ne
lignifie
qu'un
état
conforme
a
quelque
lo1
pofitive,
A
confulter
uniquement
la
loi
de
la
hatute
,
il
femble
qwelle
done
indi-
InCtement
droitála
fucceflion
de
ceux
Zome
XIX.
K
218
Mariage
fecrer.
dont
on
a
regu
le
jour;
mais
la
fagefle
des
Légiflateurs
a
reftraint
fucceflive-
ment
,
«
par
degrés
cette
lo1
narurelle.
Les
batards
parmi
les
Romains
né-
toient
pas
exclus
de
la
fucceflion
de
leur
mere
:
mais
ils
ne
pouvoient
prétendre
aux
biens
du
cóté
paternel.
Vovifime
friendum
ef?
,
etiam
illos
liberos
qui
vulgo
quefiti
funt,
ad
matris
hereditatem
ex
Se-
matus-confulto
admitti.
lib.
3.Inflit.tit.
qu
-S.3.
En
France
fi
les
batards
reciieilli-
rent
autrefois
les
(ucceflions
de
leurs
pe-
res
,
ce
ne
fut
jamais
qu'au
défaur
d'en-
fans
légitimes.
:
Enfuire
déclarés
inhabiles,
1ls
"eu.
rent
á
elperer
que
des
penfions
alimen
taires.
Pour
fucceder
il
fallur
naítre
d'un
mariage
conformeaux
regles
de
PEglife,
8c
aux
loix
du
Royaume.
da
Enfin
le
Légiflareur
frapp
€
desincon-
yeniens
inféparables
des
mariages
tenus
fecrets
die
la
vie,
reftralgnit
par
une
derniere
modification
la
liberté
na-
turel'le
,
82
voulut
que
délormais
le.
ma-
riage
,
pour
donner
á
la
focicté
des
ci-
toyens
pleinement
légitimes
,
ft
non
feulement
régulier
dans
la
celebration,
mais
encore
rendu
plus
refpeétable
par
le
fcean
de
la
publiciré.
2
Jl
eft
clair
que
la
Declaration
de
Lovig
a
H
¡
ñ
4
ár
débauche
82
dla
diflolution
5
puniflons-
Mariage
fecret.
219
XIIL
du
26.
Novembre
16
39.
que
nous
avons
citée
,
loj
publique,
sil
en
fut
ja-
mais,
lifant
bles
par
refpeét
pour
le
Sacrement,
8z
pourlesloix
précéden-
tes
,
les
mariages
revérus
des
formalités
preÍcrites
par
POrdonnance
de
Blois:
lors
méne
quíils
feroient
tenus
fecrets
€
cachés
pendant
la
vie
,
veur
bien
ad=
mettre
une
(orte
de
légirimité
qui
refulte
de
ces
marlages.
E!
Mais
puifque
la
méme
Declaration
quí
ne
fait
que
les
rolerer
,
loríqu'ils
demen-
rent
lecrets
pendant
la
vie
,-
exclut
des
effets
civils
les
enfans
quí
en
nal
ront.
Het
vifible
qu'elle
appolea
la
légitimi-
té
parfaite,
une
condition
quí
n'avoit
point
été
nécellaire
jufqu'alors.
Comme
lle
Leégiflateur
difloit
:
Tandis
que
les
homes
ont
affez
refpedté
la
Religion,
pour
ne
pas
faire
myltere
de
Punton
la
plus
facrée
il
éroit
inutile
de
les
obliz
ger
par
la
terreur
des
peinesá
rendre
leurs
martages
publics.
Alorsil
étoir
ju-
fte
que
la
légitimité
parfaite
fic
la
préro-"
puse
de
tout
mariage
validement
céle-
é
:
mais
puifque
Pon
commence
á
rou:
gir
devant
les
hommes
des
engagemens
contraétés
a
la
face
des
Autels,
puifqu'on
att
lervir
la
fainteré
du
Sacrementa
la
K
ij
210
Mariage
fecret.
ces
coupables
par
Pendroit
qui
leur
doit
érre
le
plus
fenhible
,
frappons-les
dans
leurs
enfans,
8
faifons
paller
la
peine
julqu'a
leur
poftérité
la
plus
recu»
lée.
Que
Vétar
de
légitimicé
ne
lost
plus
atraché
deformais
á
la
feule
validiré
du
mariage
>,
mais
quil
depende
encore
de
la
publiciré.
Ainfi
deux
fortes
de
légitimité
,
Pune
quí
nelt
quíun
vain
tire,
Pautre
quí
produit
les
avantages
les
plus
réels
L'nne
qui
tranfier
les
fucceffions
fuivant
Pot-
dre
de
la
narnre
5
Paute
dont
Peffer
elt
"
d'intervertir
la
loi
du
fang.
L'une
qui
donne
les
biens;
Paurre
quí
condamne
á
la
pauvreté.
L'une
quí
fournit
dequol
foutenir
honorablement
le
nom
de
[es
peres;
Pautre
qui
oblige
de
le
trainer
,
8z
qui
le
renda
charge
á
ceux
quí
ont
le
malheur
dérre
ainli
légirimes.
Lune
forme
des
citoyens
parfaits
,
Pautre
vin-
troduit
dans
la
focieré
qu'nne
efpece
d'hommes
difficile
¿
définir,
quí
tenant
tout
a
la
fois
de
la
batardile
,
de
la
léyitimiré
,ne
font
á
parler
proprement
,
ni
légitimes
ni
batards,
Lune
enfin
,
Íui-
te
d'un
mariage
ou
la
dignité
du
Sacre-
ment
(e
trouve
pour
ainfi-
dire
décorte
de
lhonnéteré
publique;
Paurre,
fruit
d'pne
conjonétion
prefque
clandeltune
y
AA
A
X
DMariare
fecret,
22Y
a
demi
profcrite
,
leulément
tolerée,
te-
bant
plutót
de
la
honte
d'un
concubina-
ge,
quede
la
dignité
d'un
Sacremente
A
des
caradteres
8
á
des
effers
[1
op-
polés
,
eft-1l
poflible
de
ne
pas
reconnoi-
tre
deux
états
li
differens?
1l
font
cepen-
dant
les
confondre
pour
ne
pas
regarder
comme
nul
le
tráié
dont
il
sagir
”
Les
Sieur
8
Demoifelle
de
Turgis
nés
d'un
mariage
dont
ils
font
en
droit
de
démontrer
la
publicité,
fariis
par
con-
léquent
de
la
vrare
légitimité
,
de
cette
légitimiré
parfaite
8
honorable
,
qui
ré-
pond
a
la
dignité
du
Sacrement,
fe
font
degradés
en
fe
reduilant
d
une
légitimiré
fétrie
8
Aérriflante,
qui
tient
de
la
hon-
te
du
concubinage
$
de
la
clandefti-
nité,
:
lls
ont
donc
fait
un
échange
de
leur
étar;
Hsont
cedé
un
bien
quine
leur
ap-
pepenar
pas
:
lls
ont
donc
difpolé
d'un
ien
dont
ils
n'étoient
que
les
timples
depolitaires
;
le
bien
qwils
ont
aliené
ap-
:
pon
la
republique;
ceft
la
repu-
lique
quile
reclame
aveceux
,
pour
Cuxonlias
-Quelqu'un
pourroittraiter
d'idée
nou-
velle
cerre
diftinétion
d'une
double
lé-
Itimité;
mais
quand
méme
le
langage
bs
nouveau
,
du
moins
Pidée
eft
auf
K
1j
222
Mariage
fecret.
ancienne
que
la
loi
qui
Pérablir
depuis
POrdonnance
de
1639.01
efttorcé
d'ad-
mettre
deux
fortes
de
citoyens
légiri-
mes,
«
(1
Pon
ref
pas
encore
familiari-
fé
avec
les
termes
que
la
juítelle
8
la
préciion
nous
obligent
d'em
ployer,
ceft
que
Pelpece
dontal
Sagir
ne
sel
peut-
Etre
jamais
préfentés
depuis
la
loi
de
1639.
Dans
lelpace
d'un
fiécle
on
voit
plu-
fieurs
hommes
entreprenans
8
témerai-
res,
alpirer
4
un
érar
que
la
loi
ne
leur
a
pas
accordé
,
mais
combien
faut-il
de
id.
dles
pour
trouver
un
homme
qui
renon-
ce
a
fon
étar
,
8
qui
Pabdique
dans
le
car
párticulier
aux
Sienr
$
Demoifelle
de
Turgis
2
!
En
effer
,
quelle
réunion
bizarre
d'une
infinité
de
circonítances
n'croit
pas
nécel-
lame
pour
former
cette
conteltation
inoilie,
8
pourla
faire
parvenir
juíqu'au
aribunal
de
la
Cour
?
la
fallu
que
le
fieur
Charles-Con-
ftanun
de
Turgis
air
été
géné,
quil
ait
gardé
des
meures
dans
la
publicité
de
fon
mariage.
11
a
fallu
que
des
mi-
neurs
abandonnés
á
la
conduite
d'une
mere
mal
confeillée
ayent
Cte
les
y:
éti=
mes
de
'on
inexperience,
82
de
la
timia
dité
;
devenus
majeurs
quand
ils
ong
Mariage
fecret.
213
Connu
leur
étar,
il
a
falla
que
le
crédic
des
collateranx
éloignés,
les
ait
fait
re-
noncer
á
la
reflource
certaine
d'une
Re-
quéte
civile.
(la
falla
que
les
héritiers
appellés
parle
fang
82
par
la
loi
,
ayent
accepré
une
portion
fi
'modique
de
leur
propre
bien,
quils
foient
inconti-
nent
retombés
dans
l'indigence.
Da
fallu
que
dans
les
plus
preflans
belomms
les
Sieur
8%
Demoilelle
de
Turgis
n'ayent
obtenu
des
moins
inhumains
de
leurs
collateraux
que
des
promefles
vagues,
8
une
compaflion
ftérile;
ce
n'elt
pas
tout,
ila
falu
que
la
Providence
leur
aitrendu
une
main
fecourable
,
8%
que
-
de
labime
de
la
milere,
elle
leur
aittra-
cé
une
ronte
pour
venir
fe
jetter
aux
pieds
de
la
Cour.
4
-
Une
pareille
elpece
ne
Sérant
peut-
étre
jamais
prefentee,
eft-11
éronnant
qwon
mait
pas
fait
affez
d'atrention
4
cetre
double
legirimiré
,
8
quion
malt
pas
reformé
le
langage
fur
Pefpricde
cet-
te
nouvelle
loi
?
Mais
fi
quelqu'un
refufe
d'adopter
ce
langage
,
on
peur
ménager
fa
delicarelfe.
La
Caule
des
Sieur
8
Demoilelle
de
Turgis
wen
louffira
point,
puifque
la
capacité
de
fucceder
quand
la
lol
la
don-
inc,
eft
inaliénable
,
imprefcripuble
»,
K
11j
224
Mariage
fecret.
aufli
-
bien
que
la
légitimité.
>
Si
les
Demandeurs
avoient
renoncé
au
titre
de
légitime,
on
ne
peut
con-
tefter
que
cette
renonciation
ve
fit
nul-
le,
S£
de
nul
effer.
Pourquoi
cela
?
Celt
quérant
forris
d'un
mariage
valide,
la
loi
les
faifir
de
la
qualiré
de
légitime
,
$
ne
leur
permet
pas
de
sen
delfaifir,
Or
eft-1l
qu'étant
nés
d'un
marlage
pu-
blic
,
la
loi
les
a
pareillement
revétus
de
la
capacité
de
reciieillir
des
fucceffions
,
Sí
ne
leur
a
point
permis
de
fe
déponil-
ler
de
cette
capactté.
Donc
en
fe
décla-
rant
inhabiles
á
fucceder.,
ils
ont
faitune
«convention
aufli
nulle
que
s'ils
s'éroient.
déclarés
bátards,
:
Dira
ton
quils
n'auroient
pú
fe
pri-
ver
du
titre
de
légitime,
parceque
ce
titre
elt
une
qualité
honorable
,
2u-liea
que
la
capaciré
de
lucceder
,
qualité
uti-
le
,
avantage
lucratif,
peut-étre
la
ma-
tiere
d'une
convention
?
Mais
12,
le
fimple
titre
d'enfant
1é-
girime
que
la
loi
n'óte
pas
a
ceux
qui
nalllent
d'un
mariage
tenu
fecrer,
ne
Ícauroit
paffer
pour
une
qualité
honora-
ble.
C?eft
un
titre
moins
deshonorant
que
celui
de
batard.
Mais
encore
un
coup
,
il
n'elt
pas
honorable;
il
eft
Aé
triflane
puiíque
le
Légiflateur
la
Hérri
A
A
A
AAN
O
NN
A
A
O
A
%
;
Mariage
fecret.
225
dans
fa
fource,
comme
au
terme
de
la
loi
les
mariages
lecrets
le
pa
de
la
honte
du
concubinage
;:il
faut
nécelflai-
rement
que
la:(imple
légitimiré
quí
en
relulte
le
-rellente
de
la
honte
de
la
batar-
dile.
2%.
La
faculté
de
fucceder
ne
peur
étre
regardée
comme
une
qualité
fen-
lement
urile
,
comme
une
affaire
de
pur
interér
,
puiíqu'elle
et
la
marque
[pecifique
qui
caradtérile
les
citoyens
ius
d'une
alliance
entierement
hon-
nere,
d'une
union
irréprochable
á
tous
égards
,
laquelle
ne
le
reflent
en
aucune
.
maniere
de
la
honte
du
concubinage,
X
ne
tient
que
de
la
dignité
du
Sacre-
ment.
i
Dailleurs
les
droits
honorables
fon
quelquefois
fufceptibles
de
conventions.
Ce
n'elt
donc
pas
précifément
parceque
la
legitimiré
et
honorable
,
qu'elle
ne
tombe
point
dans
le
commerce
,
c'elt
parceque
la
loi
la
donne,
$
ne
permet.
pas
d'y
renoncer.
Or
la
loi
donne
égale-
ment
d
celui
qui
nai
d'un
mariage
vali-
de
%
public,
la
faculté
de
recileillir
des
luccellions
+
Pon
ne
prouvera
jamais
que
la
loi
permette
d'abdiquer
cette
fa-
culté,
Donc
les
Sieur
8%
Demoifelle
de
Turgis
Sétant
dépouillés
de
cette
facul-
,
K
y
226
Mariage
Jecret.
té,
font
exaétement
dans
les
mémes
termes
que
s'i1ls
avolent
renoncé
au
titre
de
légirime.
:
:
On
objeétera
fans
doute
que
sils
avolent
renoncé
au
titre
de
légitime,
1ls
auroient
renoncé
a
leur
état
3
ce
qui
n'é-
toir
pas
en
leur
pouvoir
,
mals
qu'en
le
recornoiflant
incapables
de
fucceder
,
1ls
W'ont
point
traité
de
leur
état.
Ici
nous
reprenons
le
méme
raifon-
nement,
Fécond
dans
la
fimplicité,
¿1
fournit
dequo1
détruire
ce
qu'on
peut
oppoler
ce
plus
fpecieux.
Poyrquoi
le
tire
de
léguime
eltal
eflentiel
a
Pórac
des
citoyens
qui
doivent
le
jour
á
un
¡arlage
validement
célebié>
Ceft
que
la
los
veut
quils
foient
legitimes;
cell
qwelle
veut
leur
imprimer
le
carabtere
de
la
légitimité.
Or
la
lo1
veur
que
ceux
qui
naiílent
d'un
mariage
public
foient.
-
capables
de
fucceder
:
Elle
veut,
sil eft
permis
de
le
dire,
quíils
portent
cette
empreinte
,
quils
loient
frappés
d
ce
coin
3
donc
Pun
$
Paurre
appartiennent
a
Pérar
des
citoyens.
Létat
de
chaque
membre
de
la
fo-
cieté
confifte
á
te
ce
que
la
loi
veut
qu'il
foir
;
ce
que
la
loí
veur
que
nous
loyons,
nous
le
fommes
indéependam=
ment
de
nous,
lans
notre
confentement
2DMaiage
fecret.
227
'S
méme
malgré
notre
refiftance,
Comme
les
proprietés
de
chaque
étre
naturel
font
inféparables
de
fon
ellence,
de-mémes
les
prérogatives
que
la
loi
donne
aux
membres
de
la
locieté
civile,
les
facultés
,
les
capacités
qu'elle
leur
imprime,
conftituent
leur
étre
civil.
El
les
lont
des
qualités
inhérentes
aux
ci-
toyens
,
€
font
partie
du
citoyen
mé-
me
;
La
loi
feule
peut
Pen
priver
,
par-
ceque
c'eftala
feule
puiflance
qui
crée,
quil
appartient
d'anéanur,
Ces
principes
font
inconteftables
;
or
il
eltimpofible
d'en
faire
aucune
appli-
cation
au
titre
de
légitime,
(Ceft-3-dire
a
la
faculré
toute
nué
de
porter
le
nom
XX
les
armes
de
fon
pere,
)
quíon
ne
la
puille
faire
en
méme
tems,
$
a
plus
forte
raifon
a
la
capacité
de
ES
as
donc
line
Se
Pautre
font.
Vérat
du
ci-
toyen
;
donc
les
Sieur
£
Demojfelle
de
Turgis,
pourvús
de
Pine.
8
de
Pautre
par
la
loi
,
éroient
dans
une
égale
impuif
lance
d'y
renoncer,
;
Quon
fup
pole
pour
un
moment
qu'ils
le
fulTent
déclarés
illégitimes,
le
ferotent-
lls
devenus
,
non
lans
doute.
Mille
8
mille
déclatarions
de
cewe
narnre
faires
de
gré
ou
deforce
,
Wauroient
pú
dé-
tinire
la
circonftance
d'od
relulte
lewe
AN
e
228
.
Mariage
fecret.
légitimiré.
11
n'en
feroit
pas
moins
vral
que
leurs
pere
$
mere
ont
éré
mariés
conformément
aux
loix
du
Royaume.
Comment
oferoír.on
prétendre
que
Paéte
par
lequel
¡ls
fe
font
declarés
inca-
pables
de
recijeillir
des
fucceflions
,
les
-a
dépouillés
effteótivement
de
cette
ca-
pacité?
Leur
conventon
a-t-elle
donc
un
effer
rétrroactif
fur
le
mariage
dont
ils
fortentz
de
public
quiil
eft,
a-telle
pú
le
rendre
fecret>
La
puiflance
infínie
elle-méme
ne
peur
changer
le
pafle.
Quodfatum
ef?
infeétum
fieri
nequit.
Quelqu'accommodement
qu'ayent
fait
les
Sieur
82
Demoifelle
de
Turgrs
¡quel
ue
renonciation
que
la
néceflité
les
aít
pe
de
fouícrire
,
la
publicité
du
ma-
riage
de
lenr
pere
fublifte
toujours
;
le
corps
de
preuves
qui.
la
démontre
n'en
regoit
pas
la
moindre
atteinte.
]l
elt
en
état
ce
corps
de
preuves,
6%
ils
n'afpirent
qu'au
moment
ou
il
leur
fera
permis'
de
le
mettre
dans
tout
fon
jour.
Done
puif-
quil
eftindubitable
quele
mariage
des
pere
8
mere
des
Sieur
8
Demoilelle
de
Targis
na
point
été
renu
(ecrer
Sí
caché,
il
ef
certain
que
par
la
difpolition
préct-
fe
de
la
loi,
ils
ont
éré
capables
de
re-
ciieillir
des
fuccefions.
Or
ce
qu'ils
ont.
été
parla
difpofition
précile
de
la
loi.,
A
?
-
Mariage
fecret.
129
il
elt
impofíible
qwils
ayent
ceflé
de
Pe-
tre
,
finon
par
une
difpoficion
de
la
loí..
La
feule
loi
peut
enlever
au
citoyen
s
»
.
bi
e,
'
ce
que
la
lo1
lui
donne
á
titre
de
capacité,
Les
chofes
qui
confiflent
en
une
pure
facul-
Defpeifles.
té
ne
peuyent
pas
étre
preftrites
en
aucnn
“it.
de
laprel-
tems.
Comme
les
capacités
legales
[ont
données
au
particulter
molins
pour
fon
ES
avantage
que
pour
Purilité
pu-
lique
,
elles
ne
font
point
fufceptibles
de
convention
3
le
crroyen
nen
a
A
;
recu
la
proprieté
,
mais
Pufage.
La
locie-
té
les
lui
confie
pour
en
joitr5
$
nulle.
ment
pour
en
difpoler.
Ce
n'elt
pas
quil
foit
toujours
obligé
d'exercer
effeótive-
ment
la
faculté
,
lorfque
Poccafion's'en
prefente,
il
peut
renoncer
a
Pexercice
actuel
,
parceque
Paéte
et
un
bien
pat-
ticulier;
mais
il
ne
peut
renoncerá
la
.
puillance
;
parcequle
elt
un
bien
gé-
néral.
Par
exemple
il
eft
permis
de
ne
point
uler
de
la
prelcription
dans
les
cas
particuliers
,
mais
il
ne
Pelt
point
de
s'engager
d
ne
pas
ufer
du
bénefice
de
la
prefctiption;
ce
principe
eft
(1
générale-
ment
recu,
quíl
forme
un
axiome
dans
le
Bareau.
Axioma
forenfe
non
po/Je
renun-
tiari
prafcriptioni.
On
trouve
dans
Loúet
lettre
P.
au
ritre
des
Preftriptions>
un
|
Arrét
de
1582.
qui
déclare
nulle
une
cription
$.
34+
Mornac
(ur
a
loi
20.
€.
de
pat.
1230
Mariare
fecret.
renonciation
faite
a
la
preferiprion
de
30.
ans.
-
]|
eft
permis
de
ne
jamais
faire
de
te-
ftament
,
8
de
ne
point
révoquer
celni
quwon
a
fair
,
mais
un
adte
par
le-
quel
on
sobligeroit
4
ne
jamais
telter
,
á
ne
jamais
revoquer
lon
teltament,
[e-
roir
un
aéte
nul.
/Vemo
fibi
eam
legem
po.
teft
dicere,
ut
a
priore
es
recedere
non
li=
ceat.
l.22.
ff.
de
leg.
3-
Ona
droit
de
renoncer
á
une
fuccefe
fionéchué
,
maison
ma
pas
celui
de
re-
noncer
á
une
fuccefion
quí
n'elt
pas
Ou»
verte.
Quelle
foule
d'exemples
ne
[e-
roir-il
pas
facile
de
rallembler
,
pour
faire
voir
que
tout
ce
qui
eft
de
pure
fa»
culté
elt
toujours
inalienable
;
hormis
les
cas
od
quelque
difpolition
finguliere
de
la
loi
donneroir
la
liberré
de
Sen
dé-
faifir
ou
pour
mieux
dire
,
hormis
les
cas
oú
la
loi
en
dépouilleroxt
le
citoyen
?
Or
deux
chofes
font
¿galement
certal=
nes.
19.
Les
Sieur
8%
Demolfelle
de
Tur-
gis
mont
jamais
été
dans
un
cas
ou
la
loi
leur
ait
permis
de
fe
déponiller
,
ou
bien
les
air
dépouillés
de
la
capacité
de
fucceder.
2%.Parmi
les
diverfes
capacités;,
armi
les
qualités
inhérentes
,
82
les
fa=
cultés
pures
quela
lo1
confere
an
citoyen,
il
en
elt
point
de
plus
crenduc,
de
plus
/
Mariage
fecret.
231
mtle
de
plus
elentielle
que
la
faculté
de
lucceder.
Qui
de
nous
ne
croiroit
étre
moins
citoyen,
qui
ne
croiroit
avoir
per-
du
fon
érar
3
qui
ne
le
regarderoit
com-
me
érranger
dans
la
propre
patrie,
fi
dé-
claré
incapable
de
reciieillir
aucune
fucz
ceflion;
il
fe
trouvoit
alli
frappé
d'une
exhéredation
génerale
?
Quoi!
Si
les
Sieurs
€
Demoifelle
de
Turgis
s'étolent
engagés
á
ne
point
fé
lewvir
dela
faculté
de
preícrire,
faculté
reelle,
il
elt
vrai,
mais
dont
le
plus
grand
nombre
des
citoyens
ne
trouye
pas
occalion
de
faire
ulage
dans
le
cours
de
la
plus
lengue
vie;
un
pareil
engage-
mentne
Ígauroit
foutenir
les
regards
de
la
Juítice,
82
Pon
le
Álate
de
faire
con-
firmer
un
marché
odieux
dans
lequel
les
Sieur
S%
Demoilelle
de
Turgis
ont
ven-
du
pour
une
lomme
modique
la
plus
précieule
des
capacités
légales;
celle
dont
Pulage
eft
le
plus
ordinaire,
celle
¿quí
confticue
,
Su
qui
rehaulle
d'une
Imaniere
fpéciale
P'érre
du
ciroyen.
j
Quand
il
anroic
faie
que
ceder
une
fucceflion
future
,
ils
auroient
pallé
la
melure
de
leur
pouvoir;
parcequwils
au-
toient
renoncé
en
partie
á
la
capacité
de
fucceder
,
8
¡ls
ontrenoncé,
non
pas
á
une
portion
de
cetre
capacitó
de
lucce-
232
Mariage
fecret.
der,
mais
á
la
capacité
toute
entiere
,
11$
mont
pas
cedé
une
lucceflion
particolio-
re
,
mais
indéfiniment
toutes
lucceflions
ouvertes
non
ouvertes.
Le
Brun,
Trarte
des
>ucceffions
,
48
ti-
tre
des
renon:iations
:
établic
exprellé-
ment
quil
o'elt
qu'un
cas
oú
Pon
puille
renoncer
aux
fuccellions
futures.
11
re-
¡marque
que
cette
renonciation
n'eft
in-
troduite
quien
faveur
des
mariages
5
qu'elle
ne
le
peut
faire
que
par
les
filles
au
profir
des
máles,
dans
la
vué
de
lou-
tentr
les
familles.
11
dir
que
Pon
ne
doit
jamais
s
écarter
de
ces
vués,
quí
leules
ont
pú
érablir
les
renonciations
par
con-
trat
de
mariage.
:
;
Il
ne
craint
pas
méme
de
qualifier
cet
ulage
de
droit
exhorbitant
;
mais,
ajotite-
t-il,
nos
renonciations
a
fucce/fions
futures
wétabliffent
pas
dans
la
perfonne
de
la
re-
noncante
une
incapacité
de
fucceder
>
au-
quel
cas
elles
ne
powrroient
fe
foutenir.
Donc
la
renonciation
des
Sieur
$2
De-
molfelle
de
Turgis
á
toutes
fucceflions
futures
et
ablolument
nulle,
puifqu'elle
Welt
point
faite
dans
le
cas
oú
la
loi
la
-
permet:
Doncleur
renonciarion
qui
éta-
bli
dans
la
perfonne
des:
renongansune
incapacité
de
lucceder,
ne
peut
ablolu-
ment
[e
loutenir.
A
AAA
Y
Mariage
fecret.
233
Le
méme
Auteur
oblerve
que
la
ré-
honciation
autorilée
par
la
loi
dans
les
contrats
de
mariage
ne
s'érend
pas
gé-
neralement
a
toutes
fucceflions
Eros
,
qwelle
ne
regarde
point
la
fuccelfion
des
colla:ereaux
5
permettre
de
rénon-
“cer
aux
fucceflions
collaterales
,
ce
fe-
roit,
ditail,
rendre
la
renongante
incapa-
ble
de
fucceder,
ce
qui
ne
fe
peut
pas
,
(>
merite
la
reftifion
:
car
Uincapacité
de
fuc=.
céder
doit
dependre
de
la
los;
Cefl-a-
dire
doit
étre
prononcée
par
la
loi.
D'aillenrs
il
y
aune
elpece
de
démence
dns
ces
fortes
de
conventions
quiótent
meme
indirectement
la
faculté
de
tefler.
|
-
U
weftdonc
permis
dans
aucun
cas
de
renoncer
a
des
fuccellions
futures
colla-
terales,
parceque
ce
feroit
le
déclarer
incapable
de
tefter.
Donc
les
Sieur
8%
Demoifelle
de
Turgis
en
renoncant
á
toutes
luccellions
,
méme
collaterales
,
ont
fait,
felon
le
Brun
,
ce
quine
fe
pent
Pas
>
ce
quí
mérste
la
reflitution.
Non
feulement
ils
ont
renoncéd
tou-
tes
luccellions
futures
5
ftipulation
qui
toute
feule
conformément
aux
principes
de
cet
Auteur
emporteroit
par
une
con-
,
p
.
o
.
-féquence
nécellaire
un
aveu
d'incapaci-
té
,
mais
ce
qui
doit
paroitre
monftrueux,
St
ce
quí
répugne
direótement
aux
bon-
234
Mariage
fecret.
mes
moeurs
;
ils
fe
font
reconnus
for
mellement
incapables
82
indignes
de
-
toutes
fucceflions.
Non
feulement
ils
ont
dit
:
Nous
ne
piérendrons
jamais
rien
aux
fucceffions
qui
pourront
s'ouvrit
dans
notre
famille
¿
mais
encore
¡ls
ont
dit,
nous
1avons
aucún
droit
d'y
pré-
tendre
,
quand
la
mort
enleveroit
ceux
avec
qui
nous
traitons,
6%
tous
ceux
quí
nous
tenons
par
les
liens
du
fang,
nous
ne
pourrions
jamais
reciieillir
la
moindre
portion
de
leurs
héritages
;
nous
nous
en
reconnoillons
incapables
,
SS
pourquol
en
fommes-nous
1ncapa-
bles?
4
railon
de
notre
indignité
,
nous
tirons
notre
origine
d'une
al
iance
peu
réguliere,
qui
n'a
pú
mettre
au
monde
que
des
demi
citoyens,
des
infortunés
indignes
de
fucceder
,
8%
prelque
morts
civilement.
Ceux
qui
nous
ont
donné
le
jour
,
ontau
mépris
des
loix
négligé
de
décorer
leur
mariage
de
Phonnéteré
pu-
blique
:
leur
mariage
reflentoir
plurór
la
honte
d'un
concubinage,
que
la
digniré
-
du
Sacrement.
Nous
avoiions
notre
in-
enité
,
nous
fouferivons
pour
nous
8%
pour
norre
pofterité
a
láloi
qui
nous
a
fle-
tris
dans
leurs
perfonnes
:
nous
acquief
cons
d
P'Arrér
qui
nous
en
applique
les
peines
3
elles
pafleront
jufqu'á
nos
def:
Mariage
fecret.
235
«cendans,
82
Pincapacité
de
recucillir
les
lens
de
leurs
ayeux
,
leur
rappellera
éternellement
le
vice
de
notre
origine.
Voilá
le
lens
du
traité
,
yoila
ce
que
la
mifere
a
fait
dire
aux
fieur
82
Demo:-
Íelle
de
Turgis
contre
leur
confcience
,
contre
la
veriré
des
faits
,
contre
la
certi-
tude
des
preuves,
contre
la
notorieté.
Fut-il
jamais
permis
de
le
noircir
,
de
fe
deshonorer
injuítement
,
82
d'accepter
pour
les
autres,
82
pour
fol
une
Aérriflure
non
méritée
?
Nous
nous
fommes
couverts
d'oppro-
bre,
peuvent
dire
aujourd'hui
les
Sieur
-S
Demoifelle
de
Turgís,
en
nousrecon-
boiflant
indignes
de
fucceder
;
nous
avons
donné
prétexte
á
nos
adverfaires
de
répandre
les
libelles:
dont
nous
nous
pS
,
de
nous
regarder
comme
il-
vs
d'un
mariage
nul
,
8
de
nier
méme
notre
éxiftence.
Oiil
nous
avons
confen-
tien
partie
notre
mort
civile,
en
renon-
gant
a
la
portion
la
plus
eflentielle
de
Pé-
tar
de
citoyen.
Cetre
ftipulation
eft,
ou
bien
il
nen
fut
jamais,
une
de
ces
ftipulations
infámes
qui
lont
nulles
d'el.
es-mémes
,
aufquelles
on
ne
peut
avoit
égard.
Novimus
turpes
fipulationes
nul=
dius
efJemomenti.
E.
lib.
45.
tir.
1.
lib
26.
On
croit
avoir
prouvé
juíquia
Pévio
236
Mariage
fecret.
dence
qu'un
homme
né
d'un
maria
public
ne
peut
lans
blelfer
les
borines
MCEuts
le
reconnoítre
indigne
de
re-
cit
-illir
des
fucceffions
;
qu'l
luz
eft
im-
poilible
de
fe
dellaiir
du
pouvoir
de
lucceder
,
parceque
la
fociéré
lui
confie
ce
pouvoir
a
titre
de
faculté
pure
,
8Z
de
portion
ellentielle
de
lon
étar.
Les
preuves
des
Steur
8%
Demoifelle
de
Tur-
gis
(ont
de
telle
nature
qu'elles
ont
dl
porrer
dans
tous
les
elprits
équitables
la
lumiere
de
la
conviétion.
Ea
raffemblane
dáns
un
petit
efpace
les
moyens
des
Sieur
$
Demoilelle
de
_Turgis
,
on
dira
que
le
mariage
de
leurs
pere
X
mere
a
été
un
mariage
public.
Leur
mere
a
toujours
éré
connué
fous
le
nom
de
Dame
de
Turgis
,
elle
a
coha-
biré
publiquement
avec
lon
mari
en
di-
vers
ems,
82
furrout
durant
une
longue
maladie
qui
le
lui
enleva
pour
toujours,
8z
sil
falloitjoindre
aux
preuves
écrires
les
preuves
teltimontales
,
on
verroir
s'é-
lever,
87
de
la
Cour,
8
de
tous
les
quartiers
de
cerre
Ville
une
nuée
deté-
moins
qui
ne
formeroient
qu'un
cri
en
faveur
de
la
publicité
de
ce
mariage.
Nés
d'un
mariage
public,
les
enfans
des
Sieur
8%
Dame
de
Turgis
ont
donc
recu
de
la
loi
le
caraftere
de
citoyen
-
AE
II
AAA
IIA
ADA
ON
IRON
A
A
ES
O
a
Mariage
fecret.
237
pu
quí
confifte
principalement
dans
a
capacité
de
fucceder.
Suppolez
tous
les
membres
de
la
republigue
incapables
de
lucceder
,
$2
qu'aucun
citoyen
n'eut
la
faculté
de
reciieillir
aucune
luccefñion
;
vous
la
détruilez
julques
dans
les
fonde-
mens,
du
moins
ce
n'elt
plus
notre
Re-
publique
,
vous
lui
ótez
la
prérogarive
la
plus
florifante,
8z
la
plus
précieute
XX
la
plus
ellentielle.
Les
Sieur
82
Demoilelle
de
Turgisnés
d'un
mariage
public
ont
eté
(21115
indivifiblement,
$e
dela
légiti.
miré,
6%
de
la
faculté
de
recijeillir
des
luccellions
:
donc-en
le
déclarant
inca»
Pables
de
fucceder,
ils
ont
pour
le
moins
-
Autant
renoncéá
leur
étar
que
sils
sé>
tolent
déclarés
bátards,
lls
ne
pouvoient
pas
renoncer
a
la
luc»
ceflion
de
la
Dame
de
Saint-Pierre
,
quils
n'y
eudent
un
droit
certain
8£z
Connu.
/s
poteft
repudiare
qui
,Ó'
acquirere
Potef?.
Donc
méme
de
l'aveu
des
défen-
eurs
,
les
Sieur
82
Demoifelle
de
Tur-
gis
font
nés
d'un
marjage
public,
puik
Que
ce
ne
peur
érre
que
la
publicité
e
ce
mariage
qui
leur
ait
donné
droit
¿la
fuccefion
de
la
Mar
quie
de
Saint
Pierre.
Donc
les
défendeurs
four-
nillent
eux
mémes
une
nouvelle
preuve
de
la
publicitó
de
ce
mariage,
8
de
la
Á
238
Mariace
fecret.
capacité
de
fucceder
qui
réfident
dans
les.
demandeurs.
Les
défendeurs
diront-ils
pour
éluder.
ce
railonnement
péremptoire
queles
de-
mandeurs
ont
renoncé
géneralement
á
toutes
luccellions,
8
Le
font
déclarés
m-
capables
de
n'en
recijeillir
aucune
?
Tout
ce
que
la
los
donne
au
citoyen
á
titre
de
capacité
génerale
,
tout
ce
quí
eft
de
pure
faculté,
fait
portion
de
fon
|
«état,
62
par
conféquent
appartient
au
yl
droit
public.
)
Le
citoyen
peut
Sabltenir
de
Péxerci-
ce
de
les
facultés
;
maisil
ne
peut
fe
dé-
fifter
des
facultés
mémes.
Ce
que
les
membres
8<
les
organes
des
fens
font
a
homme
confideré
dans
fon
état
natu-
rel,
les
facultés
8
les
capacités
léga-
les
le
font
¿lPhomme
confideré
dans
lon
¿rar
de
citoyen.
Perdre
toutes
fes
facul-
tés
légales
,
C'eft
mourir
civilement
,
6%
celler
d'étre
citoyen
»
en
perdre
quel:
qu'une,
c'eftun
commencement
de
mort
civile
;
par
conféquent
nul
citoyen
ne
peut
de
[on
autorité
privée
,
abdiquer
une
de
[es
facultés
,
fans
atrenter
a
Pinte-
grité
de
fon
trre
civil,
fans
rénoncer
á
une
portion
de
fon
étar.
Von
auditar
pe-
rive
volens.
¿Que
ferviroient
aux
défendeurs
d
-
Mariage
fecret.
239:
dite
que
les
démandeurs
n'ignoroient
Pas
leur
état,
qu'ils
étoient
majeurs
,
quils
mont
pas
réclamé
dans
Je
tems
prelcrir
par
les
loix.
Ceux-ci
répondront
quon
ne
prelcrit
point
contre
les
bon-
nes
maeurs,
contre
les
facultés
pures,
contre
les
capacités
légales,
contre
Pétar
de
citoyen.
Ainf
le
Traité
du
18.
Mars
1724.
elt
eflentiellement
nul;
11
prou-
vera
ce
“Traré
que
Pindigence
$
la
milere
plus
affreule
$
plus
terrible
po
des
ames
bien
nées,
que
ne
feroit
2
mort
méme
,
portent
quelquefoisa
d'étranges
extrémites.
Il
prouvera
que
Popprimé
.compofe
á
quelque
prix
que
loit
avec
Popprelfeur
,
pour
avoir
la
li-
berté
de
refpi
er:
mais
il
ne
prouvera
ja-
Mais
que
les
Sieur
8%
Demoifelle
de
-Urgis
foient
incapables
,
foient
indi-
gnes
de
fucceder.
11
n'empéchera
jamais
Quilsne
fojent
nés
d'un
mariage
public,
par
une
conféquence
nécellaire
qu'ils
Be
foient
eflentiellement
capables
de
Fecúeillir
des
fucceflions.
Si
la
loi
permer
pour
Pavantage
du
particulier,
82
pour
Vurilité
du
public
tenoncer
4une
lucceflion
non
ouver»
te,
celt
une
.exceprion
finguliere
qui
loin
de
détruire
la
regle
,
ne
faic
que
la
confirmer,
>
e
A
mm
140
Mariage
fecret.
Les
Demandeurs
étant
mineurs,
$2
non
défendus
,
loríqu'ls
firent
un
paréil
trairé
(1
criant
,
cu
dls
donnerent
une
l1
grande
atteinte
d
leur
érar
,
ont
lieu
Vel-
perer
qu'ils
feront
écoutés
,
loríqw'ils
font
valo1r
les
droits
de
la
nature
,
recla-
ment
Pexécution
des
loix,
dele
rerablib-
lemen:
de
Pordre
public.
4
|
M:
Mars
qui
fent
que
Palliance
quil
fourient
n'a
pas
d'abord
un
coup
a'ceil
favorable,
piefente
des
circonftances
quí
peuvent
lu1
donner
du
mérite.
T
dit
quele
lieur
Dominique
nonob-
ftant
la
défaveur
de
la
profelñion
,
mért-
ta
Peítime
de
toute
la
France
,
non
feu-.
lementá
titre
de
génie
fuperieur
,
8€
de
Ícavant
univerlel
,
mais
encore
á
titre
d'homme
vertueux.
La
régularité
de
les
meurs
,
la
conduite
irréprochable
de
la
femme
les
¿leverent
rellenent
Pun
8
Paurre
au-deffus
de
leur
condition,
quíils
n'ont
jamais
été
confondus
avec
les
Co-
médiens,
ni
pendant
¡eur
vie,
ni
aprés
leur
mort.
Entrainés
par
un
préjugé
na-
tional,
ils
le
flartoient
d'allier
leur
pro-
feflion
,
82
la
pratique
des
vertus
chré-
tuennes
5
82
$11
n'érolt
pas
impoflible
de
concilier
la
Religion
avec
le
Théatre
>
on
etc
crá
quil
y
avoient
réufli.
Louis.
XIV.
¿on
Altefle
Royale
,
Madameen
perfonnes
>
Mariage
fecret.
141
Perfonnes,
8z
les
principaux
Seigneurs
de
la
Cour..(
4)
leur
firent
Phonneur
de
tenir leurs
enfans
furles
fonts
de
Bapté.
me.
L'éducation
qu'ils
donnerent
4
leo
nombreufe
famille,
juítiñia
Peltime
per-
*fonnelle
que
le
public
avoir
pour
eux,
Le
public
fera
bien
aile
d'¿t:e
inftruic
du
fort
de
certe
famille...
Les
enfans
du
ficur
Dominique
ont
prefque
tous
éré
honorablenient:
pour-
vús.
Un
feul
des
la
plus
tendre
jeunefle
pendant
l'ablence
de
fa
mere
qui
le
de-
ftinoit
au
Barreau,
fut
enlevé
par
des
fuborneurs,
8z
fe
livra
au
Théatre
mal.
gré
les
efforts
82
les
larmes
de
la
veuve
_
Biancolelly.,
qui
¡s'étoit
retirée
depuis
long
tems.
Des
lumieres
épurées
lui
avoient
défiillé
les
yeux,
elle
gémilloit
lur
une
profefñion
quelle
avoit
regardée
autrefois
comme
innocente.
L'aíné
ef
mort
Chevalier
de
Saint-Lonis,
Dire-
Éteur
Géneral
des
Fortificarions
de
Pro-
vence
,
8%
Brigadier
des
Armées
de
Sa
Majelté.
La
mémoire
de
fa
vertu
$:
de
les
talens
le
trouvent
conlervée
dans
des
monumens
publics.
L'autre
qu'on
appel-
le
le
ieur
de
Boilmorand
,
elt
Doyen
des
(4)
M.
de
Vendóm:,
Madame
la
Ducheff:
de
Bouillon,
M.
le
Duc
de
Bcauvilliers
,
Madame
la
Prin-
ccfle
d'Elbeuf,
gc.
Tome
XIX,
L
£42
Manage
fecret.
Confeillers:au
Confeil
,
Superieur
du
Cap
Francois
,
8
de
Leogane;
££
Com-
miflaire
de
la
Marine.
11
et
eftimé
uni
verfellement
de
tous
ceux
quí
le
cons
noiffent,
il
joiiit
d'nnespenfión
beaucoup
plus
confiderable
qwon
n'a
coutume*
Ven
accorder-C'elt
la
recompenfe
d'un
fervice
important
qwil
a
rendu
en
Ame:
£ique.
:
ETS
20
Outre
la
Dame:
de
Turgis,
Domint
que
a
ei
encore
trois
files
y'dont
Pune
édifie
depuis
cinquante-trois
ansle
Mo-
naltere
de
la
Vifitation
de
Montrargis
;
oú
elle
eft
entréc
A
Páge
de
treize
ans.
L'autre
eft
mariée
en
Iralie
a
un
Gentik
homme
des
Etatside
-Venile.
La
dernié=
re
vit
actuellementidansun
Couvent
de
la
Rocheile
y
ésalement
confiderée
du
Monaftere
8z
de
la
Ville.
La
veuve
Biancoleily
“et
morte
en
_edeur
de
fainteré
an
Coavent
de
la
Yi
'
firation
de
Monrargis
3
elle
y
a
paffé
quinze
ans
dans
Pexercice
de
toutes
les
vertus
chrétiennes,
on.
Va
actuíée
d'a-
voir
tramé
le
premier
mariage.
Sil
fut
en
partie
Pouwwrage
de
Pamour
du
fieur
Conftantin
de
Turgis,
Peftime
quil
avoit
pour
Pépoule
en
avoit
tout
Phon-
meur.
2:
bd
:
-
La
veuve
Biancolelly
nés
en
Italie
,
Mariage
fecret.
243:
regardoit
ce
mariage
comme
valable,
41
le
feroit
en
effer
dans
tous
les
pays
oYon:
<oblerve
la
difcipline
du
Concile
de
Tren
te.
Sion
a
fair
défenfe
aux
Parties
de
le
marier,
elle
ne
Sétend
que
pendanr
la
minorité
du
fieur
Conftantin
de
Turgis,
Sí
neva
pas
julqu'a
la
pleine
majorité,
ou
il
asbien
fair
ulage
de
la
liberté;
preu-
ve
de
cela
C'elt
que
le
mariage
n'a
pas
Cté
déclaré
mul,
quoique
par
le
premier
Arrét
,
ce.fúr
la
peine
d'un
fecond
ma-
riage
entre
les
Parties.
L'époule
a
vécu
dans
plulicurs
Communautés
,
d'oú
elle
elt
lortie
avec
les
témoignages
les
plus
avantageux
5
depuis
quinze
ans
elle
s'eft
retirée
a
PUnion-Chrétienne,
od
elle
vit
dans
une
parfaite
regularité..
Louis
XIV.
en
recompenfant
dans
fa
_perlonne
les
fervices
de
fon
mari
parune
penfion
,
a
inontré
qu'il
jugeoit
qwelle
n'avoit
point
deshonoré
le
titre
de
fem-
me
du
de
Conftantin
,
apres
cela
tous
ceux
quí
le
lu1
difputent
doivent
fe
taire,
Tant
de
circonftances
qu'on
areciieil.
lies
peuvent
faire
fupporter
Pintervale
quíon
a
voulu
trouver
entre
les
condi»
tions
de
Pépoux
8
de
lP'époufe;
V'aillears
les
mariages
qui
font
calada
he
font
pas
nuls
par
cerre
taifon.
On
doit
convenir
que
jamais
Caule
Es
cté
micux
1
PREPA
DS
MN
TT
O
:
Mariage
fecret.
foutenue
,
8
que
Pon
na
jamais
micux
allié
¿4
Pérudicion
Péloquence
$
Pare
x
de
mettre
en
ceuvre
ce
qu'un
fujet
peut
prélenter
pour
la
defenfe
des
Clients,
Mais
on
peut
lui
oppofer
le
Plaidoyer
de
M:
Carfillier
Avocat
,
8%
les
deux
dé-
fenfeurs
font
dignes
Pun
de
Pantre
,
82
le
combat
de
leurs
talens
a
offertan
des
plus
curieux
fpeétacles
que
Pon
ait
vá
au
-
Barrean.
Plaidoyerde
-
On
abregera
ce
que
M*
Carífillier
a
Me
Carálicr
dit
pour
faire
envifager
comme
lecrer
le
laceraux
,
sc
mariage
dontil
Sagit.
On
a
crú
méme
hétiticrs
dela
don
ne
devoit
point
rapporter
ici
tou-
Pierre.
tes
les
vivacités
qu'il
a
crú
devoir
fe
per-
:
mettre
pour
donner
un
jour
plus
favora-
ble
á
la
Caufe
;
le
zele
de
'Avocat
le
me»
ne
bien
avant.
L'Arrér
qui
a
érérendu
,
S
que
Pon
rapportera
á
la
fin
nous
fixe
au
point
od
nous
devons
nous
en
tenir.
11
pretend
d'abord
quele
premier
ma-
riage
eft
Pouvrage
du
rapt
de
féduétion
commis
dans
la
perfonne
d'un
fils
de
fa-
mille
par
une
Comédienne,
par
une
fa-
mille
entiere
de
Comédiens
,
gens
ac=
coutumés
au
jeu
des
palñions,
qui
fga-
vent
le
plier
á
toutes
fortes
de
caracte-
res
87
de
circonftances,
dont
Part
funelte,
4
le
bien
définir
,
elt
Part
de
la
féduttion
méme
,
felon
PAuteur
des
loix
Ec-
Mariage
fecret.
245
cléfaltiques
,
au
Traité
du
mariage
,
article
deuxieme.
La
minorité
fans
au-
tre
preuve
fufhit
pour
faire
juger
que
le
mineur
a
éré
ravi
8%
fuborné,
la
prelomp-
tion
elt
juris
de
jure
établie
par
POrdon-
nance.
|
M.
le
Procureur
Géneral
portant
la
a
dans
la
Caule
de
Michel
Jom-
ert
le
5.
Mars
1710.
rapportée
an
cin-
quiéme
tome
du
Journal
des
Audiences,
Loutint
ce
méme
principe
,
que
le
ma-
riage
d'un
mineur
fans
le
confentement
re
quis
efl
un
raprs
Quíil
ne
pouvoit
y
avoir
le
moindre
doute
á
cet
égard,
pui/que
POrdonnance
(article
40.
de
Blois)
/e
décides
Jene
parle
point
de
toutesles
circonftan-
ces
que
M:
Carfillier
a
mifes
en
ceuvres
pour
faire
voir
la
nullité
du
premier
ma-
riage
,
parceque
c'eft
une
verité
certaine
que
la"nullicé
n'en
elt
point
conteítée
,
8£
que
par
cette
railon
Pépoux
8
P'époufe
ont
contraété
un
lecond
mariage
,
Pépoux
étant
parvenu
a
la
pleine
majoriré
que
Yon
demande
pour
les
mariages.
Com-
ment
auroit-il
pú
loutenir
le
premier,
puilquiil
avoit
été
déclaré
par
Arrér
con»
tradiCtoirement
nul
;
Pai
donc
crú
quil
ne
falloit
pas
Sérendre
dayantage
fur
un
mariage
prolcrit,
És
L
1
246
DMariage
fecret..
M*
Carfillier
a
prétendu
que
les
dés
fenfes
de
contracter
un
nouveau
maría-
ge
á
Poccafion
du
mariage
du
mineur
£uborné5
ne
fe
bornent
pas
an
tems
de
la
minorité
par
rapporta
la
perfonne
qui
Va
léduir.
Ces
defentes.
dit-11
,
font
de
tous
les
tems
,
elles
doivent
étre
éren-
dués
julqu'a
celui
de
la
majorité.
C'eft
ce
quí
a
été
jugé
par
un
Arrér
de
1703.
rendu
fur
le:
conclufions
de
M.
le
Chan-
eelier
lors
Procureur
Géneral,
au
fojer
du
mariage
de
Pierre
la
Couture
,
avec
Marguerite
Piner.
Ce
mariage
avoir
été:
précedé
d'un
premier
,
quí
avoit
éré
dé-
claré
nul
par
un
Arrét
du
18:
Juiller
1688.
avec
defenfes
aux
Parties
de
fe
hanter
,
ni
fréquenter
fur
telles
peines
qu'il:
appartiendra.
Ku
préjudice
de
ces
défen-
fesle
lecond:
mariage
ayant
éré
contradté
en
majoriré,
la
mere
de
Pierre
la
Cou-
ture
en
interjerta
appel
comme
d'¿bus
,,
douze
ans
aprés
la
celebration:
monob-
fant
la
circonftance
de
la
majorité
,
ce
le-
cond
mariage
fut
déclaré
abulif
fur
le.
fondement
des
défenfes
portéesen
l'Ar-
rét
dela
Cour,
8
de
la
[eduétion
con-
tinute.
C'elt
dans
les
liens
d'une
pre-
miere
pallion
qu'a
éré
contracté
le
fe-
cond
mariage
du
fieur
Conftantin,
8
de:
Vobjet
de
ía
tendrefle
fansle
confentes
o
Mariage
fecret.
247
ment
,
8
d
Pinfqú
de
la
mere
du
fieur
de
Turgis,
pour
en
dérober
la
connoillan-
ceála
famille
Sau
public.
:
J'expliquerai
fur
quel
pied
ce
maria-
geadréenvilagé
par
la
Cour.
Le
lecrer
d'un
mariage
interefle
tout
a
á
la
fois
la
Religion,
Pordre
public,
ls
Pautorité
des
pere
8
mete
,
Phonneur
cter-
€z
le
repos
des
familles.
La
Religion
,
le
mariage
élevé
parmi
nous
á
la
dignité
de
Sacrement
,
elt
un
“atte
laint
8%
folemnel
:
Phommage
qu'il
exige
doit
erre
public
5
c'elt
le
propha-
ner
que
d'en
rouglr
,
que
de
confier
un
“aéte
li
relpeétable
au
myltere
ÓCaux
te-
ancbres.
L'ordre,
public
comme
le
mariage
par
les
liaifons
naturelles,,
forme
entre
les
hommes
celles
de
la
vie
civile
,
on
leur
elt
comprable
d'un
érat
quí
elt
le
fonde-
ment
8%
Pappui
de
la
focieté.,
L'autoriré
des
peres
8
metres
>
le
rel-
peét
qui
leur
eft
dí,
efk
un
commando-
ment
de
la
loi
de
Dieu.
C*eft
manquer
a
ce
commandement
,
Celt
tranígreller
cetre
loiz
cet
commerre
une
irreve-
rence
contraire
au
droit
de
Phonnéreté
publique,
que
de
leur
diffimuler
une
union
qui
doit
en
quelque
maniere
de
Gecle
enfiecleles
reproduire
eux-mémed,
AS
248
_
Mariage
fecret.
Le
bonhent
8%
le
repos
des
familles
,
une
alliance
inégale
les
blefle.
1
impor-
te
d'ailleurs
aux
familles
de
connoitre
un
contrat
quí
parmi
leurs
membres
doit
changet
eS
naturel
8
lucceMif.
Tels
font
les
morifs
relpedtables
quiont
don»
né
lieu
a
Particle
5.
de
lOrdonnance
de
1639»
:
Cette
lot
veut
que
tout
mariage
foit
public,
8%
que
tout
mariage
qui
ne
la
pas
été,
foir
privé
des
effets
civils.Qu'en-
tend
t-elle
par
mariage
public?
celui
premierement
dont
la
célebration
a
été
accompagnée
des
formalités
quelle
pref-
erit:
82
quí
en
fecond
lieu
a
éré
fuivi
de
la
part
des
deux
époux
d'une
profelfion
publique
de
leur
étar.
Néanmots
(1
cette
publicité
du
ma-
riage
dans
fon
principe
na
éré
que
pa
lagere
:
li
apres
avoir
contracté
leur
ma-
riage
publiquement
en
face
d'Eglife,
avec
toutes
les
formalirés
prefcrites
par
POrdonnance
de
Blois,
les
Parties
ont
rougt
de
leur
engagement
,
Pont
con-
damné
elle-méme
aux
ténebres,iln'en
ef
pas
moins
un
mariage
fecret.
Et
en
efter
á
parler
exaÉtement
,
il
ne
peut
y
avoir
de
mariage
qui
foit
ablolu-
ment
fecret,
quand
un
mariage
a
dé
contradté
publiquement
$
en
3
dPE-
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