scieee AI-readable full text Open interactive document viewer

Causes celebres et interessantes, avec les jugemens qui les ont décidées / recuillies par M***, Avocat au Parlement ; tome XIX

Anónimo

Full text

y | é | x E z a 5 > Ñ A Di e 2 ] DITA Het 12 j E > £ | 3 ET INTERESANTES, 2: Ec Es ES E h BA al U G E M E N Ss El qui les ont décidces, TOME X1x, -CAUSES CELEBRES | E T INTERESSANTES, Y NO j ES TUGEMENS) qui les ont decides. RECUEITLLIES NN Par MX*FF, Ayocat au Parlement. BOME XT A PARIS AU PALAIS: Chez Jran pE Nurzy, dans la Grande | Salle du córé de la Cour des Aydes, a l'Ecu | de France € a la Palme. M. DCOCXLIIL Ayer Approbation, € Privilege de Roj. E O PI RRA . Pd > DM AS sl 4 PO coca aa [Di C0OSEI IO OODAAIAIAN DUO, AVERTISSEMENT: A AE voila bien avancé dans M deux de mes Carrieres, Celle de ma vie y 62 celle de mor: Ouvrage. Depuis dix années , JE ournisla feconde , heurcúx lujan vois dans le Corps la: méme force ne Je me lens dans Pefbrir, Mais : Jefuis triltement artivéa ce perto- coúnotre age clbla rencontre fa- tale, 8zle tendez-vous funelte de - toutes les infirmirés quí nous dé- compofent pea peu. Le ciel pour- tant ma dia premie= rc vigueur les. yeux , la mémoire , es qualités néceflaires pour les: travaux de P'efprit ; deforte que je: Ne puis douter que la Providence: Me veuille que je meure enfin ar= - Me Pune plume, ainfi quun foL.- al en combattant les armes y la: Man. faut remplir ma deltinée: : A 11j. vi AVERTISSEMENT. malgré un Nouvelilte, quí chargé de repandre par écrit des nouvel- les dans le monde, a divulgue ma. mort; fur la fot de ce galant- homme , peut-étre impatient de: me voir vivre fi long-tems , les: Gazetres érrangeres ont debite: cette nouvelle quí n'avolt pas mé-- me pour fondement une maladie. Le Public m'a cri mort, des beaux efprits ont fait mon Epi- taphe , des ames dévotes ont prié pour le repos de mon ame. Mais voici un Ouvrage quí defabufera les beaux efprits, 62 lesames de- votes, 82 quí leur perfuadera que fal pare a la vie: fai méme fait paíte avec un Medecin (4) quí par amitic pour mol, Sí pour donner un démenti2 Molítere, quí p'avoit point de foi a la [cience: de la Medecine, m'a promis de me conferver. Si je faispart au pu- (a) M. Fontaine célebre Médecin , tres-propre dans une maladie , li je Pole dire ainí, á furprendre la vigilance de la mort, parcequ'il eft afferionnó a, fes malades , 8 a une atrention infirie pour cu, was Scica “ce qui égale [on zclo. AVERTISSEMENT. ví lic de ces circonítances , Celt - Parceque me croyant mort, 1l ma Bonore de fes regrets. Venons 4 prefent aux Caufes quí font renfermées dans les deux Volumes. En donner une idée , C'eltle but de mon Averriflenent. La premiere Caufe du dix-neu- viéme volume eftl' Innocence op- primée par des J uges Iniques, c'eft la Pucelle Orleans. On ne peut pas étre boi Francois lans chérir fa mémoire. Elle a fauvé le Royau- me en le conquerant fur les An- glo1s qui Pavotent envahi. Cette merveilleufe fille quí dans fa jeu nefle pofledoit la Science Mili tare, la jojenoit aux agrémens de On fexe , 82 2 une verca Íingu-- lieré quí en étoit Pornement: Elle fubit de la part de (es ennez mis le fupplice le plus cruel, qui: fait leur honte , Quils nefface= FOMt jamais, Qui ne gémiroit fur cette deplorable “deltinte qué Prouve une perfonne , Padmiras- ..., vii AVERTISSEMENT. tion de fon fiécle, en faveur de quí les deux fexes concourent pour la qualifier P'Heroine: J'aí puifé dans tous les Hiftoriens les plus anciens pour faire une hi- ítoire completre , álaquelle on ne” puille rien défirer. Par finz par la diflertation oú jal examine £i toutes les aótions avoient éte inf - pirées, ou une partie, Ou fi elle etolt meRcinas: Ce qui elt de plus conforme a la faine raifon , Celt quelle a été fufciree par la - Providence, quí fans Pavotr inf * Voyez le tome 18. des Caufes Céle- bres, piré continuellement, Pa infpiré en quelques rencontres. Les rares talents A le ciel Pa doute ont fait le refte. Lafeconde Caufe eft le Tefta- ment café de M. le Boultz, ecle- bre Magiftrat. 11 faut jormdre cet exemple a celui du Teltament de | M. le Camus quí a cu le méme : fort *, Nous ne pouvons plus dou- tér de la Jurifprudence des Ar- réts quí réprouvent les difpoli= JAVERTISSEMENT. ix: tions des peres faites en faveur: dun enfant, 8 en méme tems- €n haine des autres. Nous applau- dirons au monument de Pélo- quence de M* Erard, qui parla. pour ceux quí etoient lézés, Elo=- quence mále,. efficace fans le fe-- Cours des ornemens , 82 nous re= fechirons fur la foiblefe des pre- micrs Magiftrats. qui dans Pade dela vie le plus Important qui eft un Teltament, font eclater leur: paífion.. Mais nous admirerons auíi la Juítice fublime de lenrs —Contreres qui les: condamnent. fans écouter la voix des prejugés. quí féduifent les autres hommes. Un Mariage fecrer eft Pobjer de la troifiéme Caufe. On voir íCi combien le Parlement eft Jjaloux de Pobfervation des Ordonnan. cs Il s'agit de celle qui prive les enfans 1ffus des mariages fecrets es effets civils, du droit de fic- ceder 4 leurs parens. 11 elt vrai que la Cour accorda. 2 ceux-cii x AVERTISSEMENT. plus de cent mille Livres a caufe des grands biens dontil s agilloit ,, 8 ne donnaaucune atteinte a leur lesitimite, Leur Avocat a mis en: ecuvre pour eux toutes les reflour- ees de Part; fon Adverfaire quí en a triomphe, quels efforts n'a-: t1l point fait? Leur combat elt des plus curicux. C'eftun fpeéta- clé pour Pefprit des plus fatisfar lant. On voit dans la quatriéme Cau- fe celle de la Femme Adultes re renvoyée fur un plus-ample- ment informé. De quelle nature dotvent étre les preuves de ce crime? Elles doivent avoir le ca= ractere d'évidence le plus frap- pant, pareilles-a celles que Ma- dame Pernette dans la Comédie du Tartuffe exige. 11 faut que des témoins dépofent qu'ils ont E leurs yeux ; vú des lettres ou des” amans mutuellementréveleroient leur commerce , feroient de la méme force. Ce font des preuyes A FUUEAAD A ATAR DANCE ELA PL PAN ARI MAA A rt E AVERTISS EMENT. xj femblables a celles quí condam- herent la Belle Epiciere. Autre- ment les preuves peuvent étre' Pouvrage d'un mari Jaloux, 82ne: Proúvent rien dans le fond. Au relte PAccufateur, 82 Accu- ene peuvent fe plaindre (i Jerap- pelle leur Caufe pour Putilicé du public ; je ne public que ce quils ont revele á la face de la Juítice, 8 dont tout Paris a ¿té abbreu- ve, 82 cela dans les propres ter-. mes de leurs Fatums que Pal louvent adoucis. Mes additions ont dégradé des'nuances trop vi-- ves. Y'at eu la délicatefe de fup-- primer les noms. Dailleurs le Fa. ¿tum de la femme eft fon apolo-- ge contre une acculation répan- due contre-elle dans la Ville. Si: elle y fait un portrait odienx de: on mart, elle y a été réduite par: fa propre défenfe; il doit sim u- ter Peffer de cette neceflité ou il la mife. La Fille de Saumur 2 interelfé: sí AVERTISSEMENT, tout Paris, Ceft la cinquieme Caufe. On seít elevé contre les 'jeunes perfíonnes des deux fexes- quí lui ont fair efuyer des indi- -— gnités atroces. ls ont voulu la deshonorer, mais 1ls fe font def- honorés eux-mémes. C'elt un des. exces des plus no1rs* de la leve maligne d'Adam , 6£ un des plus horriblescrimes qu'on puifle commettre contre Pamour qu'exi- gent les agrémens du lexe; de . Pautre ,lajeunefle libertine avoit beloin d'un exemple quí la con- “tint tel que Pa: ete le debut de la Juftice dans cette affaire. Me voici au fecond Volume.- _Le Procés du Mazechal de Gié' dont tous les Hiftoriens parlent fuccintement ,. fait la premiere Caufe qui y elt inferée dans toute. fon ctendue , grace a un manuf-" crit de la Bibliotheque du Rot que Jal mis a profit, ou Ponvoit” tentes les circonftances de cette affaire. Les curicux.vertont quel-- A O AÁVERTISSEMEN A le étoit la procedure du fiécle de Louis XII La haine impuilo Mante de la Reine ne put détrui- te ce grand homme dont elle Avolt jure la perte. On peut dire que ce morccau d'hiftoire quon A deterré a dequoi Piquer la cu. e Quant a la feconde Caufe, le fort gwelle a ellé. prouve que la icilleure preuve de Pérar elt fa .pollefion. Pai fait le premier - Mémoire quí prépara le ficcés auquel M* Cochin mir le dernter Íceau. : Madame Bourgelat qui foute> noit.ce Procés , Pavoit perdu de- vant les premiers Jugos gio blic en avoit murmuté, Mais le Parlement répara cette injuítice £n declarant legitimo fon mart, ont elle ctoir” hériticre, Voila Ce quí donne lieu de dire que es Parlemens ont des lumicres Hpericures á célles des premiers - "Mgess dla bonne heure quon | | ¿ iv AVERTISSEMENT. mier degré de Jurifdiétion avant ed foit obligé de pafler par un pre- que de venir á la Cour. Les A faires seclairciflent , 82 sinftrub” fent dans le premier Tribunal, elles en font mieux difpofces a ¿tre jugtes. Mais quil faille ef- fuyer troís ou quatre degrés de Turifdiótions avant qu'on fort ju- gé fouverainement, Ceft une des caufes de la ruine des Plardeuss. Henty 1V. qui fe propofoit de détruire la guerre du Palass, qu'il appelloit la guerre de P'Ecritoire , 8 quí nen eut pas le tems, au- roit fans doute remedié a ce grand abus. | La troifiéme Caufe crablit en faveur de la vérite , que fans s inf crire en faux contre un Acte pat le devant Notaires, on peut en foutenir la nullité par de fortes préfomptions. On voir dans Cet- te Caufe une fille quí inventa le projet lun mariage quí fem- bloir étre folide , mais que la , ¿ ii ANNA AA A rico RO celia A A a + AVERTISSEMENT. xy our déconcerta. Celt le chef. Voeuvre d'un efprit artificieuxs il cft donné a de certaines perfon, nes du fexe de poufler loin le rafinement, celt en quo1 elles lont fupérienres aux hommes. La Cour prit pour des contre-lettres les prefomptions convalncantes qu elle trouva dans les inductions quelle tira des lettres de la De- moifelle aétrice de Pintrigue La quatriéme Caufe nous pré. lente un Benefcier dont le Bap- téme , la naifíance légitime , 82 la qualité de Regnicole font in- certaíns, 82 qui en fayeur de la pofleflion fut” confirmé dans ton Benefice. 1 étoit Regalifte. On Profite de cette occalion pour-y rappeller les maximes de la Re_ gale, donton fait un précis. Deux jcunes Avocats fe font fignalés, $: ont plaidé comme des per- fonnes confommées dans La pro- Cílion. Nous fommes dans un lié= Cle om la feience $ Pérudition xvi AVERTISSEMENT. Jont le parrage de la jeunelle, Enfin la Caufe du meurtre de 'M. de Riancourt fait la cloture de Pouvrage. Tour Paris ena cre Jong-tems occupé. Quoique le «corps du delir fur conftant ,onna pú découvrir le meurtrier , quel- QUES recherches qu'on alt mifes enulage, la Veuve 8z le Frere sac- culoient mutuellement. L'impu- 'nité dans ce monde eft une des meillcures raifons pour prouver quiil y air un autre monde ou le uyice Íera puni. Tai licu d'efperer que ces deux Volumes, ainfi queles précedens «par le choix des Caufes, 82 par Te ftile, mériteront les fuflrages des Leéteurs. Les fautes quí fe prefenteront am Leóteur exa, Jatrend quíil confultera PErrata pour les cor» riger, Je ny aí pas inferé celles quifecorrigentatfement, 64 pour ainíi-dire d'clles-mémes, CAUSES AN ASIS lili << 2 CELEBRES : E T ¡ INTERESSANTES, AVEC LES JUGEMENS quí les ont décidees, er Y LINNOCENCE OPPRIMEE Par des Juges iniques, Má | Orsour le Royaume de ta France fut fur le penchant [| [de la ruine fous Charles 10 e <=9] VIL deux perfonnes du fe- xe curent la gloire de le relever > SC de € rétablir, Agnés Sorel, $ Jeanne Arc, Pucelle d'Orleans. Zome XIX, A z L'Immocence opprimée E Agnes Sorel éroirla Maitrelle du Ror; celle pour qui il a eu la plus forte in- clinauon. On ne la pouvoit voir, fans le recrier fur la beauré. Ce nom de ——beauté lu1 étoie commun , $ an Chá- teau que le Roi lui avoit donné pres de Vincennes; de forte quon !'ppelloir Dame de Beauté, loit quil empruntác d'elle ce nom, oú quil le porrár au- paravant quelle le polledát; cétoir un | crime a la Cour de ne pas parler d'elle avec beaucoup de refpeét. Elle avoit des graces fuperieures a la beauré, elle les devoit a fon elprir, 82 d je ne fgai quel charme répandu fur la perfonne. - Jean Charter dit : que fiaucune cho=' les elle avoir commis avec le Roi, cela avoit été fait tres-cautelenfement, d en “ cacherte, Bien efi ¿l vray, pourluir-il, que cette Agnes eut une fille, laquelle ne véquit queres, (7 quelle difoit étre, O appartenir au Roi, mais le Roi sen efi toujones fort excufe , de my reclama oncques rien , pomrquoi elle pouvoit bien Payoir empruntee , > gagnée d'aillenrs. C'efta-dire que ce font des femmes qui táchent de lauver les apparences , mais qui ne peuyent pourtant impofer , parce: qu'elles font démenties par le grand . o, . róle quéelles jouent, Agnés Sorel étoig par des Jugos Tiques. 7 animée par un elprit fin € enjoué quí lui tenoir toujours fidele compagnie , quí ne la quittoit non plus que fa j cauté, Le Roi Charles VIL quon appelloit Par dérifion, le Roi de Bourges > Par- ce quil ne pollédoit prelque plus que cette ville, ayant réfolu d'abandonner 2 partle, 8z (e retirer dans un pays € montagnes , oy Agnés Sorel W'autoit Pas Cré bien aife de le fuivre. Elle S'ayi- a Pun ftratagéme pour le détourner de ce deflein. Elle fir venir un Aftrologue - avec lequel elle sentendoit fecretement, apres Qquil cut fair femblant de bien érudier (a nativird > Al lui ditun jour en Prélence de Charles VII que tous les 0% Pireroit une longue paílion a un grand Rol. Aufi-tó4 Agnés dira Charles; me Touvés donc pas Manvats, Sir y, que Je pafe á la Cour d' INGÍCLErTe > car vous Ne vonlés plus Eiye Roi, il 1% a pas affés long-tems QUE VOUS TM AimÉs Pour apojy Cm. Pli ma deftinéc. La crainte quil eut de la perdre luj fir Prendre la refolurion d'étre Roi de tance , 82] commenga dellors a fe rá tablir, Fontenelle qui rapporte cette hifl tolte dans fes Dialogues des Morts : A ij L' Innocence opprimée fait li-dellus cette reflexion. Foyez 5 dit-il combien la France efl obligte a Pa- mour , o combien ce Royaume dojt étre ga- Lant , quand ce ne feroit que par reconnoif= fance. Agnés Sorel anima le Roi, 8 le remplir d'un courage tel quil lui fal. loit pour faire face a [es ennemis. Le courage de ce Rol quí reconquit fon Royaume prelque perdu, eft Pouvrage de Pamour. Cette conquéte eft par con» fequent dué ¿ Agnés Sorel , C'eft la julti> ce que lui a rendu Francois l. dans cg quatrain. Gentille Agnés plus d'honneur +1 : merito, E La caufe ¿tant , de Prance recous VIer > Que ce que peut dans un cloltre * 0Uvrer Clofe nonain , ou bien devot her. mite, Le Dauphin quí regna fousle nom de Louis XI. qui avoit des paflions farou- ches, fans confiderer qu'il avolt artjré la haine de fon pere par la fante » vou- lut croire qu'elle en étoit la caufe, il infulta fes'appas par un foufMler. On dit méme quiil la ft empoifonner par Jags | Par des Jugos imiques. $ ques Coeur argenter; il y a des hom- mes qui font aveugles pour la beauré, Agnés étoit attachée au Roi dans le tems quelle mourur > Comment Chartier a vil pú dire quielle ft une fin trés-belle, Sí tres-chrétienne, Remnontrant ¿ és De- Mmolelles que Césoip tres-pen de chofes , dp orde, > vilede nótro fragilité. Pour faire une bonne more, jj falloir qu'elle ft 1 lvorce avec le Ror. La feconde perlone du fexe que je mets ay tang de celles quí fauverent PErac, fue Jeanne d'Arc, nommée la Pucelle d'Orleans; parce qu'elle fit le. ver le Siégo d'Orleans alliégé par les Anglois , 8z Que Ía virginité fur recon- nue par les ennemis, 1) y eut du divin, U prodigieux dans ce quielle fi , fui vant Popinion de bien des gens; fa ya. leur dit le Gendre hiftorien , Etoit faro haturelle. Elle a merird d'éwre reprelena tée telle qu'elle étoit, 82 fon hiftoire Etre developpée , fon Jugement 8z le fort funelte quélle a éprouvé , fon Ibnocence qui perce d traversa calom- nie la plus artificieule, 8z la malignitá <* Plus ingenienfe , font des dignes ob. - JEtS de la curlofité, Je vais travailler 4 la Asfaire, 8 2 domner de la Pucelle Orleans, Pidée quí doits'en im Primer ans Pelprir, A 1j 6 L' Innocence opprimée On ne doutera point qu'une provi- dence particulierene Pair fulcirée pour le falut de la France. Elle náquiclan 1412» “le lieu de la naiffance fur Dom-Remy > T'innocence afiigée.Par le ficur Cerizier Aumónier du Roi. hameau de la paroifle de Greaux fur la Meule , fur les confins de Champagne » Bourgogne 8í Lorraine, proche de Vau- couleur 3 celtá Dom-Remy quelle re- gut le faint Baptéme. Son pere le nom- moit Jacques d'Arc, 3 ía mere Habelle Romé, jouiflant de la fortune des ha- bitans de campagne , dans laquelle la moderation les renfermoit. On donne á Jeanne d'Arc une enfance vertucule, digune d'étrele fondement dela vie d'u- ne perfonne trés-réguliere. Quand elle a été au pouvoir de fes ennemis qui Pont voulu faire palfer pour magicien- ne. lls ont recherché les lieux quelle frequentoir dans fon enfance , 82 dans la jeunelle , ils y ont trouvé un bois quon appelloxr le bois chenu , oú étoit un chéne qu'on nommoit Parbre Fée, une fontaine qu'on appelloir la fontaine des Dames. Il n/a pas tenu 2 eux que dans le procés quils lui ont fufcité, 1ls n'ayent fait voir dans tous ces endroits des traces de magie; au contraire fes partifans prétendent que dans tous ces licux lá elle y a exercé la vertu. Dar des Tuges iniques, Un Hiftorien lui donne deSagIÉmens cerater; S nous la reprelente comme une per- Onne que la nature avoir regardée d'un ceil favorable. Sa beaucé fur une beau- té robufte, qui-le conferva en fe fami- liarilant avec les exercices de la campa- gne. Mais elle fut expolée á des recher- ches de perlonnes quí rellentirent les impreflions de les appas 5 elle infpira une pallion á un jeune homme,qui parce quielle ne le rebuta pas d'abord, en prit droit de la pourluivre pour le marlage, mais elle (e revolta contre cette propo- Íition , 8z témoigna quelle ne vouloit point quitter fon étar de fille. Voici le portrait que fon Hiftorien fait delle :_4 mefure, dit-il , q elle croifa foit en age > fon corps devenoit bien pro —portionmé, ¿> sembelliffoit. Ce n'étoit pas nine poupée de Cour qui a recours 4 Partifice : on nartend pas cela d'une beauté de campagne 5 mais cétoit un mélange de graces naturelles, 8% fieres, Un portnoble, un tein vif, un front o la majelté eltunie, avec la douceur, Son amant fur quelques paroles indiferen- tes qu'il Interpreta en la favesir > la lom- Ma de Pépoufer devant POfticial de Tonl, elle y comparut, 82 fit voir en deux mots que la demande n'avoit point A 11 E L'inmocence opprimee de fondement 5 il ne put pas prendre fur lui de celler de lui rendre des foins+ Pour [e debarraller de les pourfuites elle fe retira dans la maifon de fon pere, ou: elle le rendit invifible á ce jeune hom- me. 11 la fir demander a fes pere 8 me- re , mais ils ne condelcendirent point á fes delirs ; éroit-il fair pour pofleder une fille occupée de grands projets, fonidée auroit-elle trouvé place dans le cerveau de cette fille , parmi les objets qni afñié- geoient fon ame, 6% emportolent fox coeur $ fon efprit; elle auroit été de; trop. L'idée des vilions de laíint Louis , de faint Michel, de fainte Marguerite 8 de lainte Catherine, de P' Ange Gabriel la gagna alors entierement ; ce fut Pouvra- ge d'une imagination pieufe, loit quele: ciel la favorila, je laifle la liberté de pen= ler ce qu'on voudra, mais la feule confe- quence que Jen veux tirer , celt qu'elle avoit pris des imprellions de dévotion dans une Imagination qui pouvoit avoir beloin d'étre conduite , par un homme verlé dans la (piritualiré. On prétend que les converfations qu'elle avoit avec ces Saints X Saintes avoient pour ob= jer VEtat de la France, dont un tableay, fidele formoitun trifte fpeétacle. DI E e Mo E a E Par des Jages iniques. Voici telle qwétoit la France fous O Charles VI fon Roi, gonverné par le names ya, Duc d'Anjou, le Duc de Bourgogne , le Due de Betry , les oncles paternels, Regens du Royaume, 8% tuteurs du Prince. Le Duc de Bourbon participoít ala tutelle, fon oncle maternel dont Charles V. le dernier Roiavoit ¿poulé la feeur. Si d caufe de la foiblefle de fon áge , Charles VI. eft conduir par fes tu- .teurs» bien-tótil eft efclave d'une frene- fie habituelle dans un age múr. Les Gouverneuts du Prince > € du Royaume avares, ambitieux, font gui- dés par un cupidité déreglée, déchirane eux mémes le Royaume qui elten proye d leurs paílions , dans un tems ot les eno porlonnemens étoient fa miliers. Le Duc d'Otleans frere du Roi palfanr fa pre- miere jeunefle d Pécole de Pambition,, de la volupté , de la mole , Dien-tór lépouxz de Valentine, fille de Galeas Duc de Milan, enchantereffe qui faf-- cine le coeur 8z Velpric du Roi. Le Mo- narque recott des loix de Pamonr quí efe en concurrence avec la freneñe , celle- cl fe fortifie parle danger ou left échap» pé a peine au feu dans un Bal, comme £le combean lui étoit ouvere a milicsr Y 10 L'Inmocence: opprimée de les plailirs. (4) Le Duc d'Orleans arrive enfin á un age ou il peut donner un grand ellor á fes pallions; il les fair combattre avec celles du Duc de Bour- gogne qui le traverfoit : celui-ci lutre contre lui jufqu'a lui ravir la vie, 82 lui méme elt a lontour la vitime du Dau- phin, quí avoit fuccedé a deux Dau- phins qu'on a crá empoifonnés, Sí quí époulent la querelle du Duc d'Orleans. Ainíi des Princes du lang facrifiés, des peuples pillés , défolés par deux faétions fanglantes des Orleanois , S£ des Bour- guignons qui trempent leurs mains dans le fang Pun de Pautre , prefentent un 1peétacle d'horreur ; la Ville capitale elt transtormée en des féditieux qui nagent (4) QuelquesSeigneurs de la Cour ayant fait par= tie de danfer un Ballet habillés en fauvages , le Roi en voulut étre. Il s'habilla comite les autres d'une toile couverte de lin, $ d'étonpes arrachées á la toile avec de la poix. Comme l'on danfoit le Duc d'Orleans trere du Roi entra, étant éclairé par des fambeaux que P'on portoit devant lui, il les fit approcher d'un des Sauya. es, pour confiderer de prés fon habit, 82 comme it étoit de matiere extremément coníbuftible, le feu y prit, 8: ce malheurcux fut dans un inftant tout en feu, la fláme prit de celui-lá á un autre, puis á un troifiéme, XX enfin parce qwils étojent enchalnés,á tous, Deux en furent étouflés fur le champ, $ deux autres á demi brúlés , moururent le lendemain. La Ducheffe de Berry ayantreconnu le Roi, Penveloppa dans fa robbe, étouf. falefeu, $ lui fauva la vie. Cer accident cauía un tel trouble dans Pefprit de ce Prince , que peu de jours apres il reromba dansía phrénclc, 8 perdit encore Pela pricVan 3392, Par des Juges inigues. 11 -dansle fang 82 le carna ge. Veut-on ajoíl- ter des tralts quí feront frémir tous les elprits; un Brand fehifime quí a regné Quarante ans dans PEglife , oú Pon voir trois Papes qui fe diíputent la Thiare , 6 introduifent Pabomination dela dé- lolation dans le lien faint , €n trafiquant les biens (pirituels > S les immolant A leur avarice. Elt-on lurpris dans un tems -0U la corruption gagne par tout, qu'l- labelle de Baviere >, la Reimne elle-méme, fille du-Duc de Baviere, unille 4 un el prit dévoré par fon ambition, un coeur perverti par Padultere > épiée par le Roi fon mari , elle le convainquit, quil avoit perdu fon honneur > comme il avoit perdu fa raifon, Dans ce défordre univerfel > la Fran- ce mal gouvernée pouvoit-elle échapper. á lAnglois qui brúloit d'envie dePenva-' hir, 8 qui en pofledoit déja de gran= | des 8% belles Provinces? Le Roi, la Rez neapres avoir exheredé le Dauphin, 8z fon Confeil gagné , COrrompu , met- tent au Rot d'Angleterre, Henry V. la couronne fur la téte, 8 Paffermiflent fur «le Tróne., en lui donnant en mariage Catherine, Princelle auffi belle que la £ouronne quwelle lui apporte. Le Dan- phin en appelle á fon épée , Charles YL Aj 12 L'Tumocence opprimee lore de ce monde, Mayant plus rien 4 y faire qui puille le dégrader davantage, Voilá le tableau du regne de Charles VI. qui fe trace dans imagination dela Pucelle , la curio(iré fans doute pritfoin de linftruire de Pétac d'un Royaume quelle devoit fecourir. La Providence le prépare d confier á la Pucelle la deftinée du Roi légitime quí doit monter fur le Tróne, á quels lus nobles delfeins peut-elle étre appel- Ls Reprenons les évenemens quí com- pofent fon hiftoire, 82 la chaíne quí noite toutes fes actions , 8% la conduifent a ía caraltrophe , amenée par fes enne= mis qui. ont voulu envain foniller la loire. - ] Charles VL aprés avoir été le jouet de [es pafions, dela démence , eft en- £n le jouet de la mort , 82 fon Royau- eo oda lous la dominarion de 'An- O1S. : Charles VIE. quí voit fon Royaume occupé par PAngloisle lui difpute , op- pole la valeur de fes ferviteurs á qui 1h donne Pexemple 5 mais tour céde á la relerve defon coeur , 8: d'un petit nom- bre des fes fujers. Le Comte de Du- nois (4) fair des prodiges de valeur ,.je (4) Grand. homme par fes yertus militairse , $ pag | Par des Juges iniques $3 le nomme le premier, parce quil efice tous es concurrens. Les autres Capt- tainesilluftres font les Dues d'Alencon , de Bourbon Princes du lang, Artus de Bretagne , Comte de Richemont 5 Connetable de France quí fut eúlvite Duc de Bretagne. (4 ) Le Seigneur Coitivi Amiral de Fran= ce, Etienne de Vignoles, nommé com- munément le Capitaine de Labire. (b) Jean 82 Gafpard Bureau freres , quí fu- rent enfemble Grand Maítre de PArtil- lerie, 82 le rete: pour feconder tous ces grands hommes il falloit que Diey Lufcitát un lecours extraordinaire, li Pon pouvoit s'arrérer d toutes les vilions 8 les apparitions que 'Hiltorien de la Pu- celle li préte ; ce ne feroit , diva-Pon , quá caufe du grand ceuvre de la déli- vrance de la France que Jeanne d'Arc a Operé , qui donne lien non feulement de les qualátés quis ferment une belle ame > X par une Soquence admirable, Jean Chartier dit: que c'étoit un €s plus beaux parleurs qui fút de la langue Frangoife; (a) U conferva toujours fa charge étant Souverain quoique les Bretons le priafíent de s'en démettre , Par ce qu'elle étoit au-defTous de lui, mais ¡l répondit que sette Charge Payant honoré pendant fa jeuncife; ¡2 Youloit l'honorer dans ía vicillefe. La véritable rai» fon, “ef qwelle étoit utile á fon ambition. (b3Ce fut lui qui dit cebon mot 4 Charles VII qui kifoit conquerir fon Royaume avec beaucoup de tran» E « Wen rabattoit rien de les plaifirs. Sire, luz i «L, on na jamais perdu un Royaume plus gayement,. 14 L' Innocence opprimée - dive: Digitms Dei bic eff, mais, Fecít potentiaia m brachio fuo. Un fi grand pro- dige peut bien Saccorder avec des appa- ririons qui Pannongoient , mais on ne doic pas pourtant les admettre, parce quil S'agic d'un «uvre furprenant. On Ícair bien que PEcriture fatnte nous ap- prend que pluficurs perfonnes ont en des vifions. L'apparition du Speútre dans PHiltoire de Cáflius , avant la baraille quil donna, peut- érre regardée comme une imitation de Pécriture par le Dé- mon , qui efe le finge de la Divinité. La Providence a pú agir fansle[e= cours de ces communications celeftes , SK Phomme nauroitil point glié le faux dans Paeuvre de Dieu 3 mais afin de ne rien omertre , l'Hiftorien de cette % Cerizier. Fille nous dit * que depuis Page de trel- ze ans elle communiquoit avecles (aints, - 82 que pendant que la guerre défoloit cet Empire , faint Michel fon: protedteur prenoit plaifir d'entretenir cette pauvre | Bergere de ce qui le palloit de plus im- portant dans le monde, 8% du fecours quil nons préparoit 5 qu'un jour que la * Pucelle étoir dans le bois chenu , foit que ce fut Veffer de fon imagination ps elle otitt une voix qui lui com- manda d'aller trouver le Ro1, 82 de lui dire que Par des Juges iniques. 15 lon état deplorable changeroir bien-tót dans un étar rriomphant; que Dieu la deftinoitá ce grand ouvtage. a e n'entreprendras point d'exprimer On Ctonnement , je n'y pourrois atteln- dre. Que ne puis-je la reprelenter Life comme elle la fur ! que cette image le- rot éloquente ! elle fe dilpola 4 obéir. Le moment approchant qu elle devoir - €xécuter P'aeuvre de Dien, elle éroit oc- / cupee de, (es vilions 3 on peut dire que Dieu te lervoit de cette dilpolicion de lon el prit pour Paccom plillement de les delleins. Li lui fu fbir pour venirá fes fins , qwil eur donnéá Jeanne Arc une Imagination vive qui S'imprimoit des traces profondes , dz des images qui le Sravolent avec des tralts ineffacables E quoique ce fut fon ouvrage , ce íYéroit pas fi Pon vouloir du faux > Mais du vial quelle ayoir peint elle méme. On prétend qu'elle fe repréfenta Orleans af. llegé , 8 preflé par Salifbery. Ce fut dans la dix-feptiéme annde e lon age queles vilions vinrent Paié. ger en foule, ce qui montre que la pie- té étolr fincere >» Ceft qu'elle enferma alors dans la maifon de lon pere, dans le dellein de ne rien faire Las la per- million, Son pere méme la prévenant > 16 E Innocence opprimée lui dit alors ; Ma fille jene veuz point que vous quirtiés la maifon > demeutés- pour faire le ménage. Quand une de- yote qui croit avoir des 1lluminatións du ciel préfere Pobéiflance á fes 1dées, A] fon propre lens, rien ne montre mieux la folidité de la vertu. La mere qui re- marqua que le pere éroic agité , voulut en découvrir la caufe., celui-oi lui ras conta quil étoit troublé par un fonge > quil avoir crú de voir en dormant des foldats qui emmenoient Jeanne d'Are, qu'elle étott montée lur un cheval blanc, “énvironnée de ploficurs perfonnes quí sefforgoient de latuer , 8: qu'elle éroit tombée enfin dans un feu ou elle avoir fini la déplorable vic. La mete depuis ce tems-la veillost continuellement fur la fille , afin de pre venir tous les malheurs qui pouyoient arriver, arrendant le dénoument de tous les difcours que Ía fille renoit fur la guer- re prélente, (ur Pétar de la France, fur les fecours que le ciel fe préparoie a luz donner ; il échapport a Jeanne d'Arc de dire quil devoir le fervir de fon bras. Comment concilier la volonté de Dieu > quí veur (e fervir du bras foible d'une fille, avec la volonré timide de fon pere qui veur clojgner les occalions de la. A A o par des Tages iniques. 17 Mettre en osuyre ,$ quí craint de Pex- pofer ¿un danger évidentz Commentac- corder les yoyes oppoíées de la fagelle divine , avec les voyes de la prudence humaine, tandis que le ciel lui comman- de aller combartre pour fon Prince ? Sen pere 8 [a mete s'y oppolent igno- tant la voye de Dieu, ils atrendent avec docilité qu'il les éclaire, 8: quil leur or- donne de la lui facrifier, repolons nous” lur la Providence, elle agira bien dans lon tems. Une occafion fe préfenta aller á 7, ode Vaucouleur , oú fon oncle 82 fa tante Févricr 1429. avolent une affaire á terminer avec Bau dricourt, quí en étoit Gouverneur ; fon fos 8c la mere l'y accompagnerent, on ul fit parler á Baudriconrt. Voici le lan- gage qu'elle luitint. Vons ne pouvés pas ¿gnorer Détar trifie on la France eflréduite; les cris qu'elle ponffe fonte montés jufqu as ciel, le moment approche ou Dieu doit ope- 101 fa délivrance, plus notre falut ef défef. pere, plus le miracle fera grand, > digne de Dien , qui vent fe fervir de moi pour chafo Jer les Anglois de la France, les plus vils anfirumens font ceux quil aime 2 employer. Baudricourt frappé du plus grand ctonnement lui fir plulieurs queítions , a quoi elle répondit ayec un (ens met= ) “e Ceriziers. / 18 L'Innocence opprimée veilleux, 82 quoi quil vit qu'elle n'a2 voir gueres poullé d'elle-méme fa curio- firé au-dela de fon village , 1l crut recon- nolt:e pourtant quielle avoit été inftrul- te á une école extraordinaire, mais il jugea enfin que le plus [úr éroit de ne la pas écouter , $ de la renvoyer. 'On re- marqua que plufieurs de ceux qui la re- gardoient ouvrirent des yeux fur elle, animés par des defirs de triompher de Ía vertu, l'amour artifoir dans leur coeur une feu d'autant plus dangereux , que Jeanne d'Arcn'avoit d'autresarmes pour le defendre que fon innocence. Son HiL torien * dic : que ceux quí furent la proye de leurs penfées impures furent punis , 8% fentirent tout á coup éteindre le feu que la nature allume dans nous, 82 demeurerent dans cet étar pour tou= jouts ; ce miracle eft trop bien enchaflé dans la vie de la Pucelle d'Orleans pour n'érre pas adopté. Quand Jeanne d'Arc [e vit rebutée par Baudricourt , elle $'4- drefla a Lanoue Longpont, vieux Gen- túlhomme plein d'experience , qui 4 travers toutes les vilions dont elle lui fic part, vit pourtant qu'elle avoit beau- coup defens, 8% commeil éroit un peu verlé dans la voyes de la (piritualiré, 11 crut voir les voyes de Dieu, il refolur > par des Jugos iniques. 19 Ven conferer avec Baudricourt, $ de faire éprouver á Jeanne d'Arc un nou- vel éxamen, perfuadé quíil ne falloit rien négliger quand il sagifloit du lervi- ce du Roi, 8z quil falloit ouvrir les yeux XX les oreilles , quand il 'agifloit de dé- couvrir Poeuvre de Dieu. Dans ce temps lá comme nous avons dit, le Comte de Salifbery pourfuivoit vivement le fiége d'Orleans. La valeur s'exercolt de pare 82 d'autre 4d le lur- monter llas jamais les deux nations ne le fignalerent par de plus beaux faits V'armes. 11 fembloit pour les vaincre quíl falloit chercher une trolfiéme nation. Ce fut dans ce tems- la que Jeanne d'Arc fut ramenceá Bau- dricourt , á qui elle dir d'abord : Vous trattés une fille comme moi de folle 8£ d'imprudente 3 mais afin que vous foyés delabulé : Je vous aunonceraj que nos troupes ont été défaites , en atraquant un convoy que le Duc de Bethfort vonloit conduire 4 ceux: qui afiégeoiene Or- leams; E afin que voms frachiés que Dieu me fait connottre ce qui fe paje dans le monde , d* móme par avance je vons an once que nors ferons.vengés par de bons Jucces fans nombre; Dien exécutera bien Jes deffeins fans yous , mais yous qui ofés * Combat dit des Ha- rangs á Rou- yroy en Beaulle, 20 LP Innocence opprimée lui refifier, il vous punira. Ellelui parla avec tant de fermeté qu'elle le détermi- na a la conduire a la Cour. La défate dont elle lui parla éroir le combat des Harangs , * ou les Francois fuccombe- rent en attaquant un convoy des Harangs que conduiloít le Duc de Bethfort. Ce liége étoit le point critique de la valeur des deux nations ; les plus ¡lluftres guer- riers Francois sétoient jetrés dedans Orleansoú pour périr , oú pour fauver cette Ville. Du coté des Anglois le Duc de Bethfort le Comte de Salifbery , Poole, Comite de Suftox, 8 Talbot qui avoit déja volé au lomme:t de la gloi- re, lí diftingués parmi les Generaux de PEurope ; on leur oppofoir Lahire , 8€ Saintrailles, le Heros connu fous lenom de bátard d'Orleans; ils brillent tous 4 mefure quíils soffrent dans PHiftoire ; ce n'étoit que par la perte de bien. des Heros que devoit s'acherer Orleans. Sa- lifbery s'éto1t facrifié , Se avoir péri. Or- leans aux abois offtit de le rendre: non ad Roi d'Angleterre , mais au Duc de Bourgogne > On ne voyoit point de rel lource qui fe prelentár”, 8z Charles VIL le difpoloit a abandonner la partie. Le Duc de Bethfort vouloir Orleans pour les Anglois , 8 non pour les Bourguín As Sa Par des Juges iniques. 2E . SRORS» ÉL difoit ce proverbe: Qibil y qa Vote pas entenda battre le buifjon , 5 que Es autres priffent le gibier; tant il ef vral que les proverbes ont toujours été € langage des honnttes gens. Dans le tems quíil fembloir que la Providence fommeilloit 4 notre égard , elle Infpiroit 4 Jeanne d'Arc d'aller o£. £cir fon bras au Roi. Bertrand de Polongé Gentilhomme, crut quíil falloir prévenir le Roi. 11 lui tt part de ce que méditoit Jeanne d'Arc, éz de la conférence qwelle avoit eue avec Baudricourt , 82 Lanoue Long- pont. Les Sujers du Prince défertoient pena peu, 8 fe laiffdient cblouir par a fortune du vainqueur, Bertrand Po- longé tegut ordre de venir 4 la Cour avec Jeanne d'Arc. Elle quita /on habit. e bergere > S S'habilla en guetrier , Cefiza-dire en Amazonne, vétue pour- lant implement. Elle fe mie en che- Min avec ceux 4 quí elle sétoit onver. te de fon defléin. Tous les +loirs en Voyage, elle fe retiroit dans fa chambre ; lá dans le loifir une profonde mé- ditation, elle digéroit (on dellein, 82 écoutoit dansle filence ce que Dieu luj ggétoir. Elle ne pouvoit venir d la -£our dans une plus heureníe conjone an L'Iimocence opprimée Éture. Le penchant qu'on a pour le met vellleux y: la crédulité qu'on y apporté , lorfque nous voyons dans le imalheur oú nous lommes réduirs quiil soffre á nous une reflource quí elt la feule quí “qui nous refte , tout cela fir regarder - “Jeanne d'Arcá la Cour, comme une perfonne envoyée du Ciel. La confiance dans la Providence que la religion infpire favorife cette idce : ainí1 loir religion, foir opinion que Pon prend alfémeut, le fyfteme de Jeanne d'Arc fut adopté par le Roi, 6 toute la Cour ; on le fouhaitoit trop pour ne le pas croire , 6% on étoit trop dépourva de tout autre moyen pour ne pas em- braller cette idée. -Le Roi néanmoins le déguila , 8% prit un habit trés-modefte pour ellayer, Í Velle-méme elle iroir au bur. 1] fir pren- dre des habits fuperbes a pluficurs Sei- gneurs , 82 Jui en indiqua un comme le Roi pour lui donner le change; elle le connut d'abord, le falua profondément; elle lmi dit , gentil Roi, Cefh a vous a que je veux parler, 8% d'un ton ferme 8 har- di, aflura que Dieu Penvoyoit pour chafler les Anglois de devant Orleans, $2 conduire enfuite Sa Majefté a Rheims pour y tre facrée 5 quíl lui fit donc par des Juces iniques. 23 Bonner des Armes, 8 des Troupes pour aller combartre les ennemis. Du- haillan sexprime ainíi : Elle lui dit a Part certames chofes fecrettes qui demenze- vent entreux, b quil ne voulus Jamais réveler. Tout difpofoit 4 faire entrer le mer- Veilleux bien avant dans Pe(prit de Char- les, fingulierement la circonítance de a Jeunelle de la Pucelle, qui n'avoit que 184 19 anndes, € quí avoit avec cela un efpric múr, Sí quí failoit des repon= les quon croyoit furpalíer La portée, tout cela releyé par des agrémens > 86 fouteny. par une modeíte hardiefle. Elle tira le Roi4 part avec fon Confelléur, éz elle lui découvrir des peníées inté- rieures quil n'avoit communiquées 4 perfonne. Elle lui parla toujours avec une allurance qui lobo ne pouvoir li étreiof pirée que du Ciel. Quand on croit que Dieu elt dans nous , animé de la préfence, on trouve bien petit ce que¿es hommés ont de plus grand. Qui elt=ce qui peut nous impofer > Voila la Íource de la confiance de la Pucelle, Jeanne d'Arc dit particulierement au Sot la priere que ce Prince avoit foie a Dieu. Vous lui avez dit, SIRE; Hon Dieg, fije défens mon héritage 24 1 Innocence opprimée fans droit, quece foie fans fucces 50 f la Couromme de France m'appartient , don mez-moi autant de force pour la defendre que j'ai de juftice. Charles VI. dit qu'elle ¿voir deviné un grand fecret qui n'étoit £cu que de lus. Le Roi pour achever de [e convain- cre en faveur de la Pucelle , la loumit 3 Pexamen des Doéteurs , a qui la fim- plicicé fic un divin contrafte. lls ne ví: rent pas dans elleles moindres veltiges des rules du Prince des ténébres 3 mais ils furent frappés d'une fille dans quí il fembloir qu'Adam n'avoit point pe- ché. lis déciderent 4 Poitiers ou-les Dodteurs dévoués au Roi étoient reti. rés; que loin de la foupconner de ma- gie., on ne trouveroit rien quí ne fút marqué au Ícean de Dieu 5 quoique les Anglois ayent publié le contraire; les Doéteurs pourtant lui tendirent des pié- des, 82 Moublierent rien pour la faire coupes. Plulicurs gens du Parlement qui en firent le méme examen en firent le méme rapport. La Reine de Sicile qui étoit une Princefle trés-vertueule , voulut écarte£ Pombre du. foupgon , en faifant recon- noltre Ía pureté á des marques natu- sellos par des Marrones, Cero 2, Par des Jases ¿niques, Ni ette épreuve lui courta des larmes, lui donna de la confuñion , 82 de la gloi- 12 tout enfemble. Ell. remporta le nom: erriere 'Autel de lainte Cathetine de. Pierbois, qui étoit dans le tombeán d'un Chevalier depuis long-tems > dans une Eslife d'un village auprés de Tours. - » Jeanne Cette épée fatale avec laquelle evoit chafler les Ennemis du Roi, étoig la depuis plulieurs liécles , lans que per- Íonne en Ícút rien 5 elle dir ue Parmi plulicurs épées couvertes de rouille, on : CR trouveroit une dont la ] ame avoit tLOIS Croix feméée de fleurs. de-lys des? €ux cótés. Le Roj lui demanda fi elle : Pavoir vúe ; elle répondit Dicu lui avoir révelé que cette ¿pee FTE El0It, $ quil vouloit quielle sen fer: vit dans les Premiers combars. Máis en- fin. elle la calfa en batrant des. femmes qu'elle 1'ayoit Jamais été dans ce país-la 5 mais que. nr € Mauvaile yie quí (uivojent Parmée. € Roi en fur fort déplaifant,. dir Jean artier, €: lui dic qwelle ne devoje Pas Employer 4 cel ulage une épée que Dieu lui avoir donné miraculeufement, € quí confirma le Roi. que la Pucelle Vr nn lecours dy Ciel : Ceft le diícours Zome XIX, 16. L' Innocence. opprimée que lui “avoir tenu Marie d'Avignon 5 une, fille qui étoit en odeur de fainteré. vous recevrez , Sirve , lot dit-elle , de grands fecouts d'une Vierge. Merlin Prophete des Ánglois, vrai ou fagx , leur avoit: predit que leur mal- -heur approchoit, Les Hiftoriens ne font pas d'une. méme opinion touchant Pé- tendare lous lequel notre Pucelle you- lat. combattre : les uns dilent que cell une vierge á quin ange préfentoit un Lys; les, autres aflurent que limage de nor) Seigneur crucific y étolt repré= lentée tenant un Lys dans fa main. ¿On peut concilier ces deux hiftoires, en difant-que cet érendart pouvant étre peint des deux cótés, il avoir deux fa- ces auf bien qu'une médaille , ainíi ils pouvoient avoir tous rallon. ¿Avant «la venué dela Pucelle ,' on avoit asréré an Confeildu Roi, quá caule «des grandes *pertes continuel-* les quibavor faices* il falloie quil fe: retirárdans le Dauphiné pour le garder, * 82.5 y forrifier 3 que de-la 1l pourroit dé- fendre le Lyonnois, le Languedoc , Se VAnvergne > 8 saider du fecours de la Provence > dont le Comte éroit le Roi de 'Sicile qui étoit de lon parti. Mais la. venué de la Pucelle ayane bien fair | e : par des Juges iniques, 27 atigurer de la fortune de nos Ármes, t place 4 des réfolutions moins dele perdes. _ Le Roi sétant déterminé avec fon Confeil d'envoyer Jeame d'Arc. au le cours d'Otleans', on lui donna un ca(= que ommé d'un' panache blanc , une cúiralle, 8c un grand chevál blanc. C'é- toit un (peétacle digne de la curiolité que de voir une fille armée de toutes pS > Montée fur un gtand cheval lance qu'elle: manioir dvec : beaucoup" Pádrefle, la mine ficre 8 avantageule de la Cavaliére eflacoit les Cavaliers les Plus impolans'; $e Punion. dela erainte gielle fpitoit aves fa douceur natu=" rele fubjuguoit tone le monde. Cé mé- Mg cáufoít ne terreúr (mgulicre dont: perfonne ne pouvoit fe défendre. Coma me Als avoit te (etvante: Vune Hótel- léne ol elle mehot les chevaux boire .: Sétit accontumes: ales monter, 4 les'ponffer; 82 a les fatiguer cóniie un. endarme ; 8 quoique le cabaret (oir gonftes' om la pudetir fait un trilte. fases cepa on Wa jamais oup- soññé-qué J cane PAL te ii oublice, Dién ne devoitil" pas conferver la pu reré de PAnge tutlliica de la France > Dólon tn viegz Chevalier étoit fon o B y un mat 28 L' Innocence opprimée Garde qui ne pouvoit donner auctirt ombrage; 8 qui n'étoit propre quíá rendre les hommes les défenfeurs de la vertu. Son Hiltorien * dit quétant préte : de parrir avec l'Amiral de Culland, 8 le Maréchal de Rieux, un jeune hom- me fe laifía aller á un difcours équivo- que mélé d'impiété Se d'impureté , ovil peignoitau naturel la défiance de la Pro- vidence ,, 8 exprimoit les 1dées qui naifloient dans fon coeur corrompu. Jeanne d* Arc lui dit; Ah malhenreux tu Coublies lorfíque tu es fur le bord du tombeau | elle pouffa fon cheval faluant Sa Majelté 8 toute la Cour , dont elle. eleva Padmiration. Le jeune Cavalier. pallant le Pont, fut jetré dans la riviere. par fon cheval. Qui le feroit arrendu: quune fille dont Parr éroir compolé par, la pudeur, dont. tous les: regards Pink piroient, qui n'annongoit que du célefte: é du divin , Ai Pon peut parler- dela, forte, ne contínt: pas le feu d'un impuw: diques ae ATEN, Elle fe meten marche dla téte des, Troupes Francoifes elle deployefa Ban». niere quand elle approche d'Orleans y, Elle envoya un Héraut-d'Armes aux. Généraux Anglois pour les fommer de. 1 fortir du Royaume, Sc de Pabandonner a E de o Par des Juces imiques. 25 au lsitime hériver. Tel éroit Vécrir quielle leur adref, : elle les regarde comme repréfentant le Roi d'Anglerer- 18), 8 leur dit, Ro; d'Angleterre faites 7at/0n an Roi de Ciel > du fang Royal, O rendez 4 la Putelle les clefs de toy tes les Villes que vous ayez ujurpees. Je Js envoyée de Dien Pour vous faire tendre tout ce que vous avez envabi; je vous comfeille Pabandonmer yore COihw quéte avant que la Pucelle vogs afaille, Au rele, vous Comite de Sufolx, ¿> vous Seignen»s Talbos ¿> dEftale, Lieyo tenans du Duc de Bethfort , Joi-difane Régent de Erance pour le Roi d* Angle. Ferre , faites2moi répomfe. Sila Paix vous agrée, > fivons aimez. les Anglois que vous commandez. ; finon vous éprouverez Motre valeur animbe de la force du cogyz v0ux du ciel; d> attendez-0ns de la pare des Francois aux Plus beanx > imerpej,. deux exploits au'on qit ya dans la Chré. Henté > Écritle Mardi Je la grande fe Mame Pan 1438. | JEANNE DAR c. Cette lettre n'excita dans les Géné- raux Anglois que des mouvemens de colere ; 1ls firent mettre le Heraut-d'Ar- mes en prifon, B ij 30 L'Tmmocence opprimée Le Comte de Dunois fortit d'Or-- leans avec des troupes pour la rege- voir. Quelques-uns difoient que ce Gé- —néral avoit lali Pidée du fecours mer- veilleux de la Pucelle , 82 trouvant en elle de la valeur 8 de, Pintrépidité, la mettoit en ceuyre pour ranimer notre courage abatrú , $ encourager méme le Roi; que fon artifice 82 la bravoure de la Pucelle étolent tout le miracle : mais on difoit qu'il 1'étoit pas poflible quelle eúr pú foutenir long-tems fon - perfonnage extraordinaire lans jamais le démentir , lí Dieu ne s'en étoit mélé, Ceux quí voulotent que Pemploi de la Pucelle étoit Pouvrage du Comte de Dunois, difojent qu'il lui ayoit appris fon rolle , le luz ayoit. fait exercer, 82 avolt mis metveilleufement á profic. la fouplelle de fon elprit, Sí avoit dré ens Íuite le premier á admirer”ce qwelle avolt A berd dit ala Cour , commek ilne Sy étoir pas attend. | Quoiqwil en foit , le peuple d'Or- leans adopta dabord Pidée qu'elle étoit venue non-feulement pour le fauver, mais pour fauver la France. Elle entra dans Orleans la veille de PAfcenfon , _ toutes les rues tendues de tapifferies y Al étoit déja tard , ce quí contraignit leg , A A SI AAA O ME AIRES E O A Satnt- pardes Tuges iniques. 31 habitans d'allumer un grand nombre de fambeaux ; cette quantité de lumieres rendir la fére plus lolemnelle 3 elle alta loger chez une honorable Dame ; elfe étolt accompagnée toujours de les deux freres pour fermer la bouche á la mé. diíance. A la favenr d'une allarme que le Comte de Dunois donna aux Án- glois , elle fit entrer un Convoi dans la Ville ; elle le conduifie de Blois jufqués dans Orleans á la tóte de 12000 hom- mes lans aucune perte. Aprés avoit challé de Parmée toutes les filles dere. glées, elle prit haleine le lendemain 4 caule de la fére. Mais le jour fuivant A la.pointe du jour, elle attaqua accom- pagnée de nos Généraux le Fór de Loup , dont les ennemis érojent s maltres ; elle Pemporta > S leur tua plus de 600 hommes. Les ennemis ctonnés abandonnerent le Boulevart de Saint Jean-le-Blanc , 82 le retirerent ans celui des Auguftins qui étoit de meilleure défente. Jcanne d'Arc Parta- qua avec le méme courage 5 leur Com- mandant réfifta avec tant d'opinidtreté depuis le matin juíqu'a huit heures du Í01r , que nos chefs é:otent david de fe YEtirer 5 ce que Pon auroit execute ,. li la Pucelle er demandé qu'on dat fer- B 111 7 la conjurerent de metrre tout en ulage * Cerizier. 32 . L'Immocence opprimée me encore quelque tems : alors com: me un autre Moife, elle leya les mains au ciel, 8% apres une priere fervente , elle retourna a Paflaut avec tant de ré- folution , qu'elle emporta le Fort, Dans cette atraque od elle fut repouf- lée avec les fiens , elle les ranima , 8z les ramena au combat en: difpurant la viétoire aux ennemis ; elle fembloit ne la leur ceder enfuite que pour la leur arracher avec un plus (acglant carnage, Elle leur demanda par un Trompette , alors lon Heraut-d'Armes, quils avoient retenu contre le droir des gens. Le - Comte de Dunoisleur fit dire que sils ne le renvoyoient , il pafleroir au fil de Pépée tous les Anglois qu'il prendroit, ceux mémes qui viendroient traiter de la rancon des autres. 1ls renvoyerent le Heraut-d'Armes chargé de mille injures contre la Pucelle. Les habitans d'Orleans our terminer le fiége ; elle fortir de la Ville pour attaquer le Fort des Tour- nelles, oú elle entra avec les fiens aprés un long affaut 8 un grand carnage, les Anglois n'ayant plus ni poudre ni traits, le courage leur faillit ablolument. Un Hiltorien * dit que dans toutes ces atraques , depuis Pentrée de la Pu» A E A par des Juges iniques. a celle dans; Orleans ,-les ennemis perdi- rent pres de lept mille hommes. Le fort des “armes 'avoit' changé 5 la fortune Angloile quelle étoit, étoit devenué Francoife. Parlons plus clairement. Dieu s'éto1t déclaré pour nous. Elle recut un coup de fleche qui senfonca entre le col 8z Pépaule, le fang couloit en abon= «dance 5 elle difoic que c'étoir un cou defaveur , 8 qu'il forroit plus de gloire que de fang de fa plate. Les Anglois par une 'elpece de defef potr, firent fortir leurs troupes de leur Fort, les rangerent en bataille ; 82 nons Inviterent au combar. La Pucellé ne von- lut pas quon répondit d cette bravade ; elle dit que les enñemis agifloiént par éfefpoir, SX que d eux-mémes ils le verolent le liége. En effet le méme Jour huit Mai 1420, ¿ls (e rerirerent d Bangency, 8% 4 dVátrres Places qui pre. nolent leur parti, 82 ralerent julia vrente Forts qwils avoient: dreflés de. vant Orleans. Le liége avoit commen- céen Oétobre 1428. jamais on ne vit attaques plus vives, ni mieux fotitenues : tous les jours les Francois alloient réz “velller les Anglois, les plas grands Sej. 9"eurs faifolent continuellement le mé- ter d e foldats, By: Levée du fié= - ge d'Orlsansa s 34 L' Innocence opprimée: - La Pucelle , apres la levée, du, Siége d'Orleans,.en fur porter la nouvelle au * Roi, en sagenouillant devant lui, Se Pembrallant par les «jambes, lui dif Gentil Dauphin , venez prendre votre no= ble Sacre a Reims. Je fuis fort aiguillom- upe quevons, y. alliez, O ne faites domte que vous y recevrez. votre Sarre. Le Rot Sc pluficars Seigneurs qui Padmiroient comme'une fille douge d'une bravoure prodigieule, E qui reconnolllolent que ta Ícience.érott aulli grande que Í1 elle avoit eu. le lecours d'une experience de plulicurs années , furent alors tentés de ini demander ce quelle avolt appris par les volx qui [e communiquojent d elle; elle connut leur defir , 8% leur dit: qué tant inquiete de ce. qu'on ne la vouloit pas quelquefois croire , la voix lui avoir dir: Vama fille, je ferai a.ton aide 5 82 quand j'entens ,. pourfuivit-elle- cette voix , je fuis au comble de ma joie: alors on, la laiflaavecle Ducd'Alencon: Marrthieu Grue, Antenr de Supplément de Jean Charticr. : na 53 Les Bourgeois d'Orleans. s'abandon» - nant d leur reconnoilance.,. chanterent un Te Denim avec le plus grand appa= reil ; 82 pour conferver la mémoire de leur deliyrance miraculeufe, ¿ls ont mis _ Par des Juges iniques: fur leur Pontl efigie d'un Crucifix gran- de comme le naturel >, qui avoit á fes pieds d'un córé le Roi Charles d ge- noux, 8z de Páutre Jeanne auf á ge- ROUX , tous deux armés de tontes pié- ces. , Le Connérable de Richemont qui étoit diferacié, quand il vit que la for- tune des Francois changeoit de face, semprella de faire a fonttion , parce quíil prévit bien quil ne feroit pas re- cherché dans ce torrent de fortune , Se quon fe palferoit de lui ; il crut qe ne devojt pas sanéantir en secliplant dans une telle conjonéture. 11 affembla tous fes amis; 8z ayant formé un corps douze cens chévauy > % de douze mulle hommes de pieds, il (2 mir en marche pour aller joindre le Roi qui étoit devant Baugency. La Trimouille; fayorida Roi, lui [cut perfuader que le Connétable avoit le dellein avec la nom: reufe armée de fe rendre maítre de Ía perfonne. Charles fut fur le point de quitter le Siége de Baugency, 8 d'aL ler livrer bataille au Connérable. M plulbeurs Setgneurs Tui ouvrirent les ycux fur la fate quil alloir faire; ce tolt (e couper le bras, Dans la cónjonc- Eure 0d il étoic, avoitil trop.de trou- A . B yj ais 36 * LP Inmocence oppriméc | pes lorfquwil travailloit 4 relever le Royaume tombé en décadence > On voulur bien recevoir le Connétable avec le (ecours quiil .amenoit 3 on envoya la Pucelle au-devant de lui. Aufli-tór qu'elle le vit, elle delcendir de cheval 3 S lui embralía le genoux 5 fur quoi le Connétable lui dit ces paroles : Jeanne, on m'a dit que vous voulez me combattro, Je ne fgal pas quí vons Étes , mi de par qui - Vous étes envoyée, fi cel de par Dien, on de par le diable : fi Cefl de par Dien je Mévorus crains point; caril conmots mon' > antention, ainfi que la vótre : fi vous tres de par le diable , encore moins, ( faites du mieux du du pire que vous pourrez. La: Pucelle le calma , elle demanda an xy de nouvelles troupes pour former de nouvelles entreprifes. Le Roi lui donna le Connétable de Richemont, le Duc d'Alencon , 8z des tronpes, avec quoi elle forma le fiége de' Gergeaux ; elle fit les approches avec beaucoup de pru- dence 5 les canons qw'elle mit en bad terie fervoient fans reláche. Un jour quelle Sentrerenoir á la tranchée avec le Duc d'Alencon >, €lle lui dit de vóter , de Pendroit od il éroi. Un Gentilhom- me nommé de Lude prit fa place ; il n'y fut pas platór, quil fur emporté d'un %: CEA IRA par des Juges iniqnes: 37 boulet de canon , ce qui fit crolre que Dieu lui réveloit Pavenir. On aflre méme quelle dic au Duc d'Alencon tout ce quí devoit lui arriver juíqu'a fa mort. On a dit qu'elle avoit fait des prédidtions au Duc d'Orleans qui avoient été aceompiles. Quand on re- garde une perlonne comme divine , 82 quíon Périge en prophete , on aide A la letrre, 82 on ne la chicane pas fur les prédittions. La Pucelle delcendis dans le fo(lé avec fon érendart au poíng. Un Anglois lui jetra une grofle pierre fur le corps, du coup elle tomba año, « Le releva, 8c dit d les foldars: Montez. hardiment , entrez. dans la Ville, vous 1 trouverez“aucune réfiflance , atníi fur le Ville gagnée , 8z emportée de force: «Les deux freres Suffolk furent faits pri- fonniers , le troifiéme ayant été trouvé parmi les morts, _Beaugency 8 Meun fuivirene la de- linte de Gergeaux. Le Duc de Berhford. aflembla une armée quí étoit compo- lée de lélite de fes troupes , recueil- lies du débris de celles qui étolent de- vant Orleans. On jugera de ce qu'il penicir lui-méme de fa fituation, 8z de a canle quil artribuoit á fon malheur par une lero quil écrivic au Roi fon; 38, LTmocence opprimbe neveu.. _Aprés la mort de mon coufin de Salifbery , ditil, qui ef tombé parlamain de Dien, vos trompes qui étoient en grand nombe au fiége d' Orleans ong recu tn ter sible échec ; cela efl arrivó en partie par la'confiance que les ennemis ont env en une femme née du limon d enfer , dr difciple de Satan quils appellent la Pucelle, laquellé sel fervie Cenchantemens ¿> de Jortile= ges. Cette defaite a fait perdre courage Ax troupes quí reflent. Vos ennemis fe . font ajjemblés en grand nombre. 11 falloie -quele Duc de Bethfort furbien crédule, mais il. le vouloit ablolument Sere pour Phonneur des Anglois. Nous nous avancámes dans les plai- nes de la Beaulle pour combattre les ennemis, á la téte defquels s'étoit mis Talbot , devenus lages par les fautes que nous avions faites , nous marchions en ordre de baraille. Le Connétable conduiloit Pavant-garde avec le Maré- cha! de Bouflac + Porton , la Hire, le Duc a Alencon , le Comte de Dunois , 8c le Maréchal de Rieux menoient le corps de bataille. La Pucelle voltigeoit Velcadron en efcadron, 82 animoir les foldats au comba:. Elle avoit Part de les exciter, 8z de leur InÍpirer un cou- zage plus qu'humain ; elle avoir gagné : par des fages iníques qe leur cosur 8 leur imaginarion. Aupres. de Paray , un cerf que des coureurs avoient levé , fe jetta dans les troupes. - Angloifes, de excita de (i grands cris, qwon reconnut Parmée quon wayolt Pas pil appercevoir , parce qu'une nude éparfle avoir obfcurci Pair , quoiquils Joiguiflenr prelque notre avani-garde. pie Connétable le. 28. Juin 1489: attaqua, (1 vivement les Anglois , quil les rompir , en tua plus de quatre mille, 6c fir tro1s cens prifomniers. Tous nos - Chefs, par les efforts quils firent , fu- rent au-dellus d'eux-mémes. ls firene des prodiges ; la Pucellequi ne s'épar» ghoir pas: leur: donnoit. Pexemple. Po= ton Az dabord Talbot prifonnier, il le tralta avec dearcoup de courtoifie, óz le Lil: retourner a fon armée : celuia ci ula dans la fuite de retour avec Po- ton. Falítol fe laifa entraíner par le tor rent des fuyards ; Cell cet efprit.de ver» tige dont parle PEcriture fainte. qui lai- t les. meilleures tétes. | : - Aprés ce Íucces , on propofa de cor- duire le Rola Reims pour le facrer, La, Pucelle difoit que cette augulte cérémo= Rie annonceroit tous. les grands ficcés que le, Ciel noús, préparort 3 mais il fa >” lotr franchir bien; des Pays qui n'éroieng Combat de Patay en Baufle.. EA rs TIA A A e MA TS * 40 L Innocence opprimibe 38 pasanous. Le Roi aflembla fon armée, SC le mic en marche 5 la Pucelle potr- toit fon Enfeigne, PARA En recevant le Connérable 82 lon fe Cours. on avolt exigé par Pinfpiration de la Trémonille , que le Connérable nallilterojr point:au 5acre du Ron quil n'entreprendroit point de gouverner le Rot 1 alla en Normandie pour la con- querir. La Trémouille crargnoit d'étre offulqué par le Connétable ; il prenoit toutes (es précautions pour prévenirune dilgrace. ¿HA E Auxerre fut la premiere Ville quíon lomma de fe rendre ;:ele répondit qu'elle prendroit ce parti, fi Troyes 82: Chálon lui'en donnoient Pexemple. La” Pucelle ayoit grand foin d'entretenir la” difcipline- dans notre armée. Elle en-' troit dans les cabanes des. labonreurs pour [cavoir comment le foldar en ulort. avec eux. Elle les confoloir dans leurs” mileres ;'elle les afuroic de fa tendrel(le, ' a caule dela rellemblance de fa condis! tion la leur, 82 fe préfentoit 4 eux ,»fomme un Ange defcenda du Ciel. Elle failoit la guerre dais Parmée aux flles déreglees , elle parvint 4 les: en challer. Une telle edite faiefon apo- logie contre les Anglois, qui la dépej: DIA a A AS, A A A pe : Par des Juges iniques. 4 Y gnent avec les couleu:s les plus noires, On s'approcha de Troyes dont on fit le fiége. Mais au bout de deux ou trois jours, le Roi 8z fon confeil ¿rdient Y'a- vis de paller outre , dans Popinion quon 2voit qu'aprés le Sacre du Roi, les Vil les (e rendroient d'elles-mémes ; mais la Pucelle métoit pas de ce fentiment, Elle infiíta qu'on demeurát devant Troyes encore quelques jours, 82 die au Roi, Sire,la providence mérite bien par la levée du liége d'Orleans , la vz Ctolre de Patay 5 82 tous les grands luc- cés qu'elle vous a envoyés , que vous ayiez de la confiance en elle; depuis plus e Íix mois, le ciel sel declaré pour vous, : donnez-nous feulement trois Jours, 82 vous reconnoltrez sil eft 4 propos de tenir ferme devant Troyes, Sc Í1 le ciel le démentira pour nous ;le Roi le rendir á la priere de la Pucelle, Sí au bout de trois jours la garni- lon demanda A capituler. Chalon fe conforma 4 cet éxemple : on prit en- Íuite plaficurs Villes qui éroient fur le chemin, pofledtes par lés Anglois La Valcur de la Pucelle étoir une valeur de tous les jours. - Les habitans de Reims allerentaude- Vant du Roi, Sc le regurent á la porte luj Le Roji eft fa- sréaRbeims. 42 L"Imocence opprimée offrant le Dais en pleurant de joye 3 patá mi les acclamations qu'ils lui firent, ¿ls en fírent a la Pucelle quiils reconnurent comme l'envoyée de Dieu , chargée de les grands delleins pour le falat de la France. Le lendemain Renaud de Char- | tres Archevéque de Reims , Chance- lier de France, facra le Roi dans fon Eglife , oúle Roi-d'Armes appella , fe- lon la coutume ,-tous les Pairs Eccléfia- ftiques Se Laiques ; á leur défaur le Duc d'Alencon, le Comte de Clermont, les Seigneurs de la Trémouille , de Beau- manoir, 6% de Maillé avec quelques Prélats , les reprélenterent dans leurs habits. Quoique rien mMatrirát plus les yeux , 8 les coeurs de ceux qui étolent prélens, que Paugulte pompe. de cette cérémonie > la Pucelle qui avoir marché en entrant dans la Ville devant le Roi, montée fur un cheval luperbe , armée de toutes piéces , 82 qui tenoit comme on la dir, fon Etendart auprés du Rol, attacha enfin tous les regards , de les f- xa: le ciel lui avoir donné un port di- ghe du grand rolle qu'elle joijoit. A la fin de la Melle, la Pucelle fe jetta aux pieds du Roi, pleurant A chaudes lar- mes , embrallant les genoux. Enfín , lui ' dit-elle , Gentil Roi , or eft executé le. y .. e A AAA AAA AAA AAA x par des Juges iniques. 43 Plaifir de Diem , qui vonloit- que vinfiez 4 Reims tecevoir votre digne Sacre , en Montrant que vous étes vrai Roi, de celui auquel le Royaume doit-appartenir. A Aprés le Sacre, Sa Majelté alla fui- vant la coutume de (es ancétres, 8z le confeil de Jeanne d Corbeny, pour y tendre grace á Dieu du pouvoir admira- ble “que nos Rois ont de guerir les £croielles. Ce far-lá que: les villes de Laon, de Soiflons , de Cháteautierry, de Provins 8 d'autres places lui préfen- terent. leurs clefs., 8 lui rendirent Yhommage qu elles lui devoienr, -. Le relpedt queles peuples ont pour les céremonies du Sacre du Roia fa lource dans PEcriture fainte , 8z a-fon origine dans Vantiquité la plus reculée. On ne doit pas errefurpris li le Roi érant facré a les peuples en foule le rangerent fous fon obéillance, comme Compiegne , Beauvais 8 Senlis , Ste. On frappa alors une Médaille 4 Phon.. neur de la Pucelle. On voioit Lun córé fon efigie , 82 de Paurre une mañh por= tant une épécayec ces mots : confilio com frmata Dei. "Le Duc de Berhfort aptés le facre du Roi lui envoya une letrre pleine d'or gueil, oú il lui prelenta la bataille ; le Y: 44 L"Inmocence opprimée Roi Savanca julqu'a Crépy en Valois ;' ec le Duc julqu'i Senlis. Les denx ar- més le mirent d'abord en devoir de con- battre aupres de Montelpilloné , mais P'Angloisfe retrancha enfuite tellement, quíl paroifloit bien n'en vouloir pas ve- nir aux mains. Nos Generaux furent d'avis de pafler outre lans les attaquer ; le Roi voulut demander le fentiment de la Pucelle , elle répondit quil ne falloit point s'arréter a les combartre. Les An- glois ont attribué ala crainte le parti que nous primes , -mais fi nos démarches eullent été timides , comment trente vil les le feroient elles foumifes 4 des trou= pes tremblantes> Le Conntrable >, les Maréchaux' de Rais 8 de Bouflac, le Duc d'Alencon, le Duc de Bourbon ; le Comte de Dunois 8 la Pucelle com- mandoient dans cette armée;le Duc de Bethfort alla en Normandie : Charles partant de Senlis, vint devant aint De- nis qui fe rendir. Lagny fuívit le méme exemple. Le Roi vint mettre le liége devant Pa- ris, un peu au deflous de Montmartre ; il lomma les habitans de fe rendre , leur promettant une amniftie , mais les An- glois fgurent les contenir. Le Roi com= Ananda qu'on fit une puiflante barrerie, IA ASS Y A AAA A E e ii cr es as AA A h par des Juges iniques. 45 vi quoi on iroit a Paffaut; Pattaque ut vigoureule, 8z la defeníe opiniátre , puiíque beaucoup de braves Seigneurs y laiflerent la vie. Le Roi 8r toute la Cour furent le (oir fort aflligés , dVap- Prendre que la Pucelle étoit demenrde parmi les morts. Un Gentilhomme nom- “mé de Thiembrone, ctant allé vers les Loles pourdcgavoir la verité du bruic quí Courolt dans Parmee, trduya Jeanne toute couverte de lang 8 de playes, Sí dans cet état la ramena au Roi , Qui fut au comble de fa joye , en recouyrant la Pucelle. Jean Chartier raconte la cho. € autrement, 82 dic: que la Pucelle ayant,cué blefíée a la Jambe, 82: S'Opinia» “ant a continuer Pallanr, le Duc d'A- £hcon la tira par force du combar, Charles abandonna lon entreprife , 82 latemira une meillenre occalion. Le Roi n'auroir point abandonné ce JUE Svolr entrepris,. il cúr été en érar € ¡faire lubíilter les rroupes. Le Pere Daniel rapporte qu'aptés ayoir pris faine Denis qui onvrit les portes., on avoltato aquéayec fuccés les barrieres de la por» ey ein Honoré s; parce qu'onjavojt for: Cé le Bouleyart qui les couyroxt, enfiice Es, Darrieres «y que; la, Pucelle animée veulant aller plus Join ,.elle.s'spprochg . Ú í 46 "Innocence opprimbée d'un foflé qwelle londa avec fa lance sl quelle regut un coup de fleche dans la cuifle qui ne ralentir point fon courage 3 82 enfin elle fut perfuadée' que Pexécu- tion de lon delfeim étoit impollible; 5 elle. elperoit moins de prendre Paris par la force que par un loulevement' favora= ble. On jugera quelle éroit la batea d'ame de plulicurs perlonnesQuí envieú- les dela gloirede: la Pucelle, fur le con pte de laquelle on mettoit toutes les: en treprifes; eroient ravies qu'elles ¿chonaf! fent , leur envie les offufquant téllement: qu He les mRERSRAN préjudice deleut. ñarion. Le Roi dans ce tems lá t4ch4' de négocier la; parx avec le Duc pS gne, quí quoique Prince de France avoit ardé aux Anglois' a! -conquétir" le Royaume, odil'ávoit dívit'á- (on zaga, cette pai chetninoit heuteufemeñt en tre cés deux Princes) lotfque le Dadde. Bethfote regagna le Duc de Boutgo ges FP qui fa palio fafloie" oublicr pre ni tértrs, qa On partágea nes éopes en > plo cuts. Corps pour les jetter dans les places:qu ue des! Bourenjenóns 5 8files Añglois How. ¡Uan réunis” dodne LN La Pucelle, dican Cofre de Dúnois qu Cell: | avoit GET cómifon ayancfdit le” | y / Par des Juges iniques. 47 ver le liége d'Orleans > Sallifté au facre' u Roi.quelle devoit 4 prelent étre mor= te, oú ttre aupres de fes brebis. En efer. 1 elle (e fir retirée alors, fon hiftoire niroit ay gré du Leéteur Francois; 8z IPardenr pour la gloire, 82 le zele pour e lervice de la Frahice Pont entraínée -POur combattre au-dela du tems qui lui avolt été prefcrit , Celt une defobéiflan- ce quielle a expiée cruellement en ce Monde, afin qWayantaéré lavée de ton. tes les fonillures > Elle fic pleinement récompení¿te dans Pautre. * Elle défir Franquer fameux Capitaine Bourgui- 210R, qui commandoit un parti, 8 quí faifoit la guerre en voleur ; elle le prit, Sc lui fit coupet la téte, On voulur dans “9n procés lui en faire un crime ; elle tt qwelle ne fir qu'exécuter la Sentence que de Bailly de Sénlis avoir prononcée contre lui, | | “Le Selgneur de la Trémonuille, favori " RoL,:dans un tems on le bien com- Mun) $ furtout cetre conjoncture fa- tale devoir le réunir avecle Connétable, * traverfoit dans toutes les entreprifes, a fadion; 8z celle du Connétable cau-' 'o1tent bien du defordre. La Pucelle le JEtta le marin 25. May 1430. avec Pos: t9n- dans Compiégne, alliégé par les Page 70 could not be converted This page was skipped, but the rest of the document is available. 500 Server Error: Internal Server Error for url: https://convert.identific.com:2053/api/status/bf39749f-a393-47db-afbc-ea6b4ca4ed7f par des Juges iniques. 49 fement fauvé la France , fur le pen- chant inévitable de la ruine, ait drá par la plus noire perfidie abandonnée, 8z livrée d Pennemi par le Francois méme ? Apres cela définifez Phomme. ( Le Roi Charles 4 cette nouvelle fut pénétré de la plus vive douleur, aufi- len que tous les bons Francois. Quand on fgut fa prile á Paris, toutes les clo- es qui étoient alors Aneloifes, fonne- rent en figne de réjouiflance 3 Sí on chanta le Te Deum dans Notre-Dame. On difoit publiquement dans des tranf ports de joye que Dieu avoit enfin chá- tlÉ cette Magicienne, cette enforceleule quí enchantoit les Armes viCtorieules des nobles Chevaliers de la Table ron- '£5 car on parloit alors le ftile de Ro- man. On ne failoit pas attention que cette joye excellive quíils reflentoient Etre maftres d'une ennemie qui étoit en pofleflion deles vaincre > les couvroit de confufion, 8z les avililcit, 82 lem. olt dire que n'ayant point púa armes égales empecher quielle ne triomphár d'eux 5 ils lui faifoient cfluyer les plus. anglans outrages pour fe venger 5 nulle allefle d'ame plus grande. La Pucelle Mt menée au Chátean de Beaumanoir , elia Croflay, puis enfin a Rouen; Lome XIX, C o L' Innocence opprimée elle fut accueillie dans tous ces lieux avec des injures 82 des huces telles qu'on pourroit faire á une perfonne qui feroit Popprobre du genre humain. La Duchelle de Berhford, zelée pour P'honneur de la Nation , auroit fouhaité de faire paíler la Pucelle pour une fille déreglée ; 8% comme elle fe fondoit prin- cipalement fur ce quielle avoit méprilé fon fexe , elle difoir qu'une fille qui ne le fait pas honneur de fon fexe , ne pol- lede pas ordinairement les yertus qui en font le partage é Pornement ; $ afín que cette opinion quelle avoir ft conftante , elle aflembla plulieurs Ma- trones dont elle voulut avoir le témoi- gnage 3 mais elles en rendirent un tout contratre a celui qu'elle croyolt, 8 la fagelle de la Pucelle triompha de la ma- lice de les ennemis dans cette épreuve -humiliante, qui coúta une feconde fois : des larmesameres 4 la-pudeur. L'Hilto- e rien de la Pucelle * a écrit que lacu- riméeáTou. Miofité du Duc de Berhford le fitcacher lonfcenzó50 dans Pallemblée derriere une tapifleric. Le Duc de Bethford avoir les mémes defirs que la Duchele fon époufe , parce quíil croyoit qu'on mauroit pas dit fila vertu de la Pucelle étoit décrice, que fes exploits fuflent Poeuvre de Dieu, ” par des Juges ¿niques. $x «< d'une providence particuliere pour les Francois contre les Anglois , 8 «que les premiers fons ce point de vie, Dau- rolent pas été regardés comme les amis c Dieu, 82 les derniers comme Pobjer ela hainete's qu'on les difoit. 1] croyoit “autant mienx perfuader cetre Opinion, que c'elt un véritable probléme de croi- 1£ qu'une femme quí avoit des a avoir confervé la lagelle d dre de la guerre penda Rien vet plus contraire 4 la verta que le Iibertinage qu'elle relpire parmi tant de gens qui en font Infeétés, Mais ici il Sagiloit une Pucelle choifie pour accomplir les defiéins de la Providence, a quí elle avoir Infpiré une US a Pé preuve de la cortuption du fiécle > 8 ormé un cesur quí ne donnoit point d'entrée au cri; 1€ y E avolt le (ceán de la vertu, Les Anglois ne pouvant réulir dans e dellcin de ternir la pudeur de la Pu- celle , mirent tout en ufage pour la fonil- er d'autres geñres de deshonneur, en la couvrant de Pinfamie de la magie 8 de héréfe, afin que les vidtoites qu'elle avoit temportées fur eux, bien loin dela “IES paller pour héroine, lui méritallent e tltre 'émiffaite de Saran > de dépofi- 293 ans le défor- nt long-tems, -Latre de (on pouvoir, Ci $2 L'Innocence opprimbée Ici commence le Procés quíils lui in- renterent. Pierre Cauchon Ev£que de Beauvais , aflifté de Jean Magiltri, Vi- cegerent , 6 de Jean Graverant , fe di- lant Inquiliteur de la Foi, furentíes Ju- ges. Guillaume Eftivel fut nommé Pro- moteur, homme célebre dans l'hiftoíre de fon rems , comme le plus Ícélerar de fon fiécle. La Pucelle 1étoit point jufticiable des Anglois , elle avoit été piile portant les armes á la maín pour le Roi ; $ fans violer le droit des gens, on ne la pou- voit trajter que comme prifonniere de guerre. Cétort úne jeune guerriere in- trépide, pleine d'efprit, auquel elle unil- lo1t des agrémens , Sc un fonds d'une vrale lagefle qui éroit parte d'un grand mombre d'exploiis d'une valeur infatiga- ble de tous les jours, qu'on ne voyoit jamais le repofer ; voila fescrimes. Elle avolt yaincu trop fouvent les Anglois pour n'en avoir pas acheté une haine implacable , 82 n'étre pas compable au- pres d'eux des crimes les plus noirs; telle étoit leur génerolité envers leurs ennemis. 11 eft étrange que les Francois n'ayent pas reclamé la Pucelle , 8 offert de payer Ía rangon. Comment accorder £cuereconnoillance qu'ilstémoignoient, A DA A E E O A UN DA ATA « Dar des Jugos iniques. 53 cette vénération quils avoient pour elle, avec lindifférence quíils ont paru avoir, S Pabandon quils ont fait de fa per- lomne? Je fuis lurpris que cette remar- Que alt échappé á tous les Hiftoriens. Dira-on quíil auroit éré inutile de la réclamer á une nation qui ne Pauroir pas reláchés; 8z ne Pauroit pas prile a Fangon. Mais les Francois auroient du- moins toujours dí faire la démarche de la réclamer, 82 ménacer d'ufer de repré- ¿Lailles > $ Sobítiner dans ce dellein : elle méritoit bien quils semprellaflent de S recouyter , quíils y employallent tous leurs foins. Des qwelle fut au pouvoir des An- glois , tous leurs Dodcteurs conjurerent contr'elle, L'Univerlité de Paris , quí étoit dévoude au Roi d'Anglererre, laí écrivit en ces termes, SIRE, Nous avons appris avec plaifir qu'une émme nommdée la Pucelle Jeanne A candaleule , infeérde d'erreurs , d'héré 1s , célebre par (es ciimes, grand nombre de parrifans, et tombee ER votre pouvoir. Nous vous prions de A Temettre entre les mains des J uges Egliíe pour lui £aive fon Procés pour 3] C dj qui a un 54 L"Innocence opprimée » le bien de la religion, afin que Perreny » 8 lhérélie foient déracintes. Le ciel » quí vous a favorilé , Sire , de fi erands » Íluccés, vous a Impolé par-la de plus » grandes obligations qwá ceux quil n'a >» pas tant chéri, de faire la guerre a Per- » reur $ Phéréfie: plus vous tres grand , >» plus vous devez ttre pe en- » vers Dieu, Pauteur de votre orandeur. ». Voici les Lettres Patentes que le Roi » d'Angleterre donna. ». Henri par la grace de Dieu, Roi de ». France 8 d'Angleterre : Á tous ceux qui » ces Lettres verront , Salut. 11 elt allez » Notoire á chacun , qu'une femme nom- » mée la Pucelle Jeanne, aprés ayoir quit- » té Vhabit de fon lexe , 8 pris Phabic » d'homme, a fait exercer beaucoup de »mallacres 82 d'homicides , le difant en- » voyée de Dieu, féduilant 82 abulant la » Nation , répandant partout qu'elle avoit >» connoillance des fecrets divins, prari- » Quant plulieurs idolatries , 82 commer- » tant des crimes qui intéreffbient la Foi » catholique, Or tandis qu'elle fe fouilloit » de tous ces defordres, elle a été prife » devant € ompiégne armée par aucun de » nos fujets, Sí amente prifonniere parde- » vers nous ; 6% parce que notre trés chere » Fille PUniverfité de Paris, nous a requis A a IN A - A A A AEezmeEnnAAnAAASAAAAASA A Par des Jaces ¿niques. $5 que nous ordonnaflions que fon Procés lui £úr fait par le Juge Eccléfiaftique, 4 caufe de Pintertr de la Religion. Á CETTE Cause > pour la réverence X lhonneur du nom de Dieu, Nous ordonnoñs que ladite Jeanne (oit deli- .vrée au Réverend Pere en Dien PEyé- que de Beauvais , pour lui étre fait 8z parfait fon Procés. Si donnons en man- dement á tous nos Ofhiciers Francois 8 Anglois, quils d'ayent d ne donner ay- cun empéchement de fatal Evéque de Beauvais 5 au contraire 4 lui donner tons les lecours nécefMires. Toutefois notre intention elt de ravolr 8 reprendre la-* dite Jeanne, 4 elle n'éroir attelnte $z convaincue des cas luídits. Donné a Rouen Pan 1431. On admirera la fimplicité 82 Pigno- rance de celui quí a drellé les Lettres Patentes, qui a fait un crime á Jeanne Arc combattant pour fon Roi contre es ennemis de PEtar, des mallacres 8z omicides, qu'elle en a fait 8z fair exer- cer. Cet Ecrivain tout aveuglé quiil éroit par la haine, ne donne aucune atteinte a la chalteré de Jeanne. Le Cha tre de Rouen, le Siége Archiépifcopal vacant ans les Lettres , ox; il prie le Duc de Ouigogne, 82 Jean de Luxembourg $ 15]. cc c€ ce «6 c€ ce ce c€ ce <é «e 86 L"Inmbcence opprimée détenteurs de la Pucelle, de 1, delivref. a PEvéque de Beauvais, ne Paccule point d'avoir violé (a chafteté : ainí les ennemis les plus furienx qwelle ponvoit avoir, ont été obligés de relpeéter fa vertu, Eftivet ) Promoteur > Paccuía devant $1 PEweque de Beauvais d'étre lorciere , dévinerelle, fue prophétefle, invo-. quant les elprits malins , 8 les conju- tant , fcandaleuíe , (éditienfe > troublant 1epos commun , ayant oublié la bien. Íéance de fon lexe pour fe déguiler en homme, tout au moins lulpette d'héré- fe, ayant confenti qu'on Padorár, ré verác, 8c lui baisár les mains, Telle ef la fubltance des crimes dontil Paccuía, 6 quíil orna de toute la broderie que la fureur lui luggéra dans fon déchaine- ment. ? Un Procés de cette hature ne pout- rolt étre éclairé que par une informa- tion qui en feroit Pame. Mais 1ci il vau- rolt autant qu'on fut éclairé par le Pro- moteur lui-méme. Puiíque les Témoins quil a fait entendre étroient des Té- moins qui non: répeté que ce quil leur avolt fuggtré : Plutót que de n' pas manquer , ils Pont ces par coeur; Cc étoit un jeu joué, 11 falloir que Jeanne A A o MS dpto > yr Par des Jugos ¿nques. 57 W'Atc far lorciere Sz hérétique, ¿mil faire du démon : 1dolatre ; une valenr quí avoir vaincu fi fouvent les Aneglois, »e pouvoit étre qu'une valeur infernale. uroient-ils pu étre battus par une fille > “Dieu fe fer des plus vils inftrumens Pour opérer fes merveilles.. Mais (e (e. toit-1l lervid'une fille pour óter la Fran €e aux Anglois > Voila ce quils ne peu VEnt pas digérer.. Leuyr orguell fétrira la Pucelle, 3£ lui fera lubir le plus cruel fupplice-, plutór que d'avoner cette vé- rité. Le préjugé de la Virginité elt bien, favorable pour elle ;celt dans une Ar- mée nombreufe quelle la conferve avec toute la vénération quclle infpire. Ses. ennemis les plus furieux. ne donnent pue attelnte d cette virginité, au mi lieu de leurs autres calomnies. Quils y: Plénnent garde. Voila le Íceau que Dieu A 1mprimé lai-méme de (on pouvoir y Celta ce trait quils doivent le recon- Role +ainf fi nous n'avons point le: tableau de la vérité dans Pinformation sí a Contralre que nous n'ayons que celuj a menfonge:, nous en lommes dédom-- par fon Intertogatoire,, > 2Yant quede fubir Pin. tro atoire demanda d'oitir la Mefles,, mais. on lui. refuía de la lui laifer en. Gus Interroga- toire de la Pucelle. 58 L' Innocence opprimée ¡ tendre , parce quelle portoit habit d'homme qu'elle ne voulut point quit= ter; lon grand crime felon les Anglois » étoie Phabir d'homme quelle portolt. Interrogée de fon nom. Elle dit qu'en fon Pays on Pappelloit Jeannette 5 Sí depuis quelle vint en : France elle fur appellée Jeanne d'Arc >: 8 la mere Elifaberh; quelle ayoit plu- fieurs parrains Sc marraines ; quelle avolt entendu fouvent une vo1x du ciel, dans un lieu od il y avoir une grande clarté. Que cette volx Pavoitavertie lou- vent d'aller en France, 8 lui ayoit dic quelle feroir lever le Siege d'Orleans; quelle allár a Baudricourt, commandant 2 Vaucouleur quí luí donneroit efcorte pour la mener versle Rol, ce quielle fit, La premie:e fois, ni la feconde , il ne tint ancun compte d'elle ; mais la tro1- fiéme il la requt, Sí la fic habiller en homme : 1l lu donna vingr Chevaliers, un Ecuyer, quatre valets , quí la mene- rentau Roi. Elle dit qu'elle fgavoit que Dieu aimoit le Duc d'Orleans; qu'elle * avolt eu plus de révélarion fur lui que fur aucun homme vivant , fi on excepte celui qu'elle appelle fon Rot. Le Due d'Orleans étoir pere de celui qui regna | , | 3 3 Dieu , ni la volonté particuliere , qui par des Fuges iniques. $9 fous le nom de Louis XIL 8 le Comte de Dunois en étoit le frere naturel. Interrogée quand elle ayois oi la voix. Répondit trois fois ; hier. Afin de la faire couper , on affeftoit de lui fire des queftions quí n'ayoient aucune liaj- lon. | Elle dit qu'elle ravoit jamais vú des 5 5 que les perfonnes quí lui parloient étoient fainte Marguerite 82 fainte Ca- therine 3 quw'elle les avoir vá fouvent 82 touchées depuis qwelle étoit en prilon; - quelle avoit bailé la terre par ou elles palloient. Quand on contefteroit ces vi. Ílons , on ne peut pas lui en faire un cri- me ; elles ont gagné fon imagination. Les eeuvres merveilleufes quelle a fai- tes font douter Íi ce ne font pas les vojes de Dieu. Elle dit qu'elle a pris Phabit homme par exprés commandement de Dieu, c'eft lá le crime eflenriel quion lui a fajt 3 mais fans vouloir intéreffler fée qui qu'on peut bien-féance, peut avoir frappé cette fille dire trés- docile á fa voix , la la vertu ne lui commandoient-elles pas de prendre lhabit homme pour com- Etver fa chalteré dans les armées , 8% la métre d Pabri en combatrant > Le pré- C yj 60 L' Innocence opprimíe cepte quí prefcrir au lexe de ne point: changer Phabit du fexe, elt afin d'em- pecher que la confufion ne sintroduile | dans le fexe ; 8% pour empeécher de fran- de la pudeur , ces ral= chir les bornes fons n'ayoient pas lieu, il y en ayoit de prellantes quí Pobligeoient de: prendre habi homme. Elle prédic qu'avant fept ans les Anglois abandonneront un plus grand gage , que celu quils ont laillé devant Orleans, quíils perdront tout ce quíils ont dans la France, que ce fera le fruit d'une victoire. Interrogée ; í elle portoir quelques armoiries, elle dit que non, mais quelle avoit lenlementlon érendart ; que leRoi a donné des armoiries á les freres > quí étoient un écu en champ d'azur ou il avoirdeux fleurs-de-lys d'or. Le Roid'An- eleterre avoir arrribuéá la Pucelle A titre de vantté, cequ'on lui ayoit donné 4 titre de'récompente. Elle avoit été, dis ce Prince , (1 audacieule que de prendre pour armes des flcurs-de-lys d'or , avec ung épés quí aboutiflvit dans une Cou- ronne. ] On lul impute qu'éranr prifonniered Baurevox , elle ayoit fanté du haur en bas de la Tour pour fe tuer. Elle avona le £atc5 mais elle dic que cétoir pour fe 0 o OS E A Du . y LESA 0 LN EIA par des Juges inigues: Gx auver , 82 non pour fe tuer. Ele dic quelle parla d lainte Marguerite, faint Michel , fainte Catherine des Page de treize ans. Quon lui avoit imputé de parler aux fées , mais qu'on luiavoit Ln pofé. Quelle avoit éré, 82 qwelle étoit Pobjet de la vénération des Francois , 82 non de leur adoration 5quon ne lui avoit point baifé les mains, 8z fon ha- bit de lon confentement ¿ qu'elle ne pou- volt pas rélifter á ce torrent quí entral- noit les cocurs- vers elle. Elle dit quelle avolt promis au Roi la premiere fois quéelle le falua , de faire lever le ficos d'Orleans , de. le faire. lacrer , SÁ de le venger de les ennemis, En rappellant quelle avoit tenu au Roi ce quelle lui avoit promis , elle prouvoit qu'elle éroit non feulement plus qu'une femme, mais plus qu'un homme au-deflis méme des Anglois quelle ávoit vaincus ; qwelle 2voit agl fuivant les impreflions de la volonté divine. Le Promoieur lui re. procha qwelle avoir empeché que la. France ne fir la paix avec.les Anglois. Elle répond:t quetelle ¿toir la volonré de Dieu que la paix ne (e feroir qua- pres que les Anglois (eroient chalés de tance, Elle avoie pourrant commencé 4 demander la paix. aux. Anglois , S leur 62 L' Innocence opprimbe avoit enfuite fair la guerre. Le Promos teur lui reprocha qu'elle avoit fait cas” cher derriere Pautel de fainte Carheri= ne de Fierbois une épce quelle envoya querir pour tromper le Roi; elle le nia) S attelta la fimpliciré 8 la bonne foi, On Paccuía d'avoir fair mourir un nommé Franquel ; elle répondit que c'é- tolt un voleur condamné ad mort par Sen- tence du Baillif de Senlis, Le Promoreur Paccuía d'avoir féduir les Catholiques , de s'étre atrogé le cul. te des Saints, de s Etre élevée au-deffus d'eux, 8z placée dabord apres la lainte ad 5 d'avoir mis lon Image dans les Eglites, 8 Pavoir fair honoter aux fide- deles. Elle nia les excás qu'on lui attribuoir, éc dir que le faux zele du peuple n'érdit point allé Ki loin > S% quelle avoir pú Varrérer. ' On lui demanda í elle mettoit (a con= fiance dans (on étendart. Elle répondit lagement, qu'elle met- tolt la confiance dans celui dont Péten» dart repréfentoit Píimage. Elle ajoíta qu'ayant été bleffée devant Paris, elle fic .Appendre dans PEglife de faine Deris ou habit miliraire par dévorion, $ Pof. frita (aint Denis > Comme font plufieurs 1 E E 4 A << Vavoit autorifée ce Par des Juges iniques. 6; de ceux quí font bleflés en guerre , aufli que le commun cri de la France elt /aint Denis- Montjoye. On lui demanda fi ¿lle vouloit (e rap- porter au jugement de VEglie militante ; elle dit que ou , pourvú quelle ne lui commandát rien d'impofíible. Elle ajoú- te que quand PEglife diroit que fes vi- Lions font des Allulons , alors elle ne sen Fapporteroit pas a elle, maisá Dien : elle vouloit dire que ce ne [eroit pas PE- glife qui porteroit ce jugement , mais que ce feroient les hommes. On lui a poía quelle avoit violé les préceptes de Diea en commandant les hommes, elle quí n'étoir qu'une femme : elle répon- dit que le fucces qweile avoit eu en bat. tant les Aneglois , montroit que Dieu > Qu'elle éroit envoyée de Dieu. Elle montroit par toutes [es ré. ponfes qu'elle avoir du lens 8 de la ral- lón , 8 qu elle étoit conduite par deslu- metes quí ne Pégaroient point. Ona voulu mal-A propos Pimpliquer dans la magie ; elle dir qwelle ne fca- voit pas fi les fées éroient de bons el prits, ou de mauvais ; quwelle ne con- Doifoir pas ceux quí alloient au fabar ttalns jours de la femaine, 82 qwWelle M2voit jamais fait aucune experience la- A . , , » e Pe 64 E”ITmmocence 0porimée - dellius. Elle nia qu'cile eur une mandra- gore, dir que Cétoit une fable a: la» quelle elle n'ajoíitoir point foi; $2 pour Be point confondre la verité avec le menfonge, elle dir que ces voix qui le commnuniquerent á elle ne lui avolent jamais parlé de mandragore. Vainement laz tendir-on Plulicurs piéges; elle mon- tra qu'elle menoit une vie réglce : elle dit mérnne que ces voix lui commane -dolent de vivre chaltement, d'aMifter am fervice divin 5 qu'elle avolt- connu paria unc lumiere imtériegre que ces voix * étolent de Dieu > qu'elles Pavoient con: 4 lervée dans plulieurs dangers. On lui oppofa que Dieu ne le Cot) muniquoit “4 Polytauxperfonnes quiontles mains far. A glantes, 8 quí font tort á.tour le mon de ; elle répondir que Dieu communi- quoit (es. lecrers d quibon lui lembloir, On lui reprocha quelle le vantoit de diícerner cenx que Dieu almoir, Se qu'il 3 hailloir ;.elle répondit quen général elle + HavO1t jamais parlé de cela, qwelle avoit 4 Jugé que Dieu aimnoit le Duc d'Orleans, parcequielle avoit plaficurs viñions. fur Lon chapitre, mais qu'elle ne feavoit rien a Pégard des autres. On lui demanda fi Dieu atmoit les Anglois; elle.dit quelle He fcavoit rien de la haine , ou de Pa» ur > 3 EOS JU. — J , par des Juges iniques. 268 mout que Dieu leur portoit, ni de Pé- tat de leurs ames, mais qwelle étoit súre dun fair quils feroient tous chalés de tance , excepté ceux qui romberojent ous le glaive des Francois quí les vain- crcient infailliblement, . On Pinterrogea de nouveau , fur ce quelle avoit fanté la Tourde Baurevoir; elle dit qwelle avoit vonlu sévader , - Quelle Sétoit trop expolée , qu'elle n'a- volt point contulté en cela les voix 5 quelle sen repentoir, quelle en avoit demandé pardon á Dieu , 8z Pavoit re- mércié de ce quil lui avoit fervi de lau. ve-garde dans cette occafion , comme ans plulicurs autres. Le Promoteur la prit 4 partis, par= ce quelle difoit Sielle agifloitpar Pinf- piration divine , comme fi elle eú voulu dire qu'elle ne péchoit jamais. Elle ré. pondit qwelle 1avoic pas cette pré- Omption , 82 que par la grace de Dieu, elle táchoit de ne le point offenfer, 8z he point blefler fa conícience ; que les Saints qui lui apparoiffoient , la follicj- tolent vivement a fe confeller ; quelle ne Ícait (1 elle eft digne d'amour oy de ame, mais que tour [on defir ne ten- O1t qua étre agréable 4 Dieu, 82 dle Etvir de tout fon corur és de toute lon 66 L" Innocence opprimée 4 ame. On lui demanda de nouveau fi elle. ne peníoit pas qu'ayant des révélation$. elle ne pouvoit pas étre en peché mortel ; elle répondir quelle sen rap- portoit a Dieu, 8z qu'elle étoir súre que í1 elle perdoir la grace de Dieu , les Saints 6 les Saintes celleroient de la: vifiter. Et quant d ce qwon lui demanda. pourquoí elle fe confelloit fi louvent ayant la confcience pure , elle répondit- que la confcience la:plus nette avoir be- foin d'étre fouvent nertoyée. Ainfi loja de donner aucune prife a [es Juges, elle. leur fermoit la bouche , on entalfoit queftion fur queftion. On lui reprocha qu'elle commandoit an Roi, aux Prin- s ces, aux Généraux ; elle répondit que le Roi lui faifoit cer honneur de pren- > dre les avis; que les Princes 8 les Ba. rons le faifoient un plaifir de lui obéirz que les Généraux le foumettoient a elle, que c'étoit proprement Dieu qui don- noit la loi 4 tous, qwils agiffoient tous. de concert pour challer les Anglois hors du Royaume. On lui reprocha qu'elle ne le faifoit point fervir par des femmes, mais par des hommes , qu'elle rendoit parla la pudeur fort fufpedte ; elle ré- pondit qu'aucun homme ne lui avoit . rendu de lervices fecrets , mais des fer- par des Juges iniques. 67 Vices extérieurs-; que quelque part quéelle couchár, elle faifoit coucher une emme avec elle , sil y en avoit , finon elle couchoit toute vétue 8z armée, pout éviter le foupcon 8z le feandale, quí eut tomber fur une jeune femme? on acculoit d'avarice : elle dit quelle na. Voit jamais acquis d'argent par des voyes Ulicites, que ce quelle avoit étoit pour la paye de les foldats, quelle n'avoitau- tre bien que les bienfaits de fon Roi. On lui reprocha d'ayoir proferé des blaf- phémes dí des lermens ulités par les gens de guerre ; elle le nia , 8z aura qu'elle Re Croyoit pas avoir jamais juré le nom de Dieu. On lui demanda fi elle croyoit queles Saints quelle voyoit avoient un corps materiel , elle dit quelle Sen rap- portoit á Dien. La belle queftion á faire 4 une fi € qui n'a eu aucune inftrudtion dans fa jeunefle lá-delfis 1 Le bean [pettació e voir des Dodteurs quí cherchent á : furprendre une jeune fille, qui á Paide e fon naturel excellent , fe débarrafloit e leurs vaines queltions, $ mo 0- Í0it que fon innocence 4 leurs rules 8 Cuts dérours ! parce quelle porta au Sa- Cre du Roi fon Etendart, 8< le tenoit de. Vat Sa Majefté. On lui demanda pout- 68 L Innocence opprimbe quol elle Payoit préferé aux autres érefla darts , elle répondit que cétoit Péren- «dare qW'elle avoit porté dans le voyagt. de Reims , 8 qui avoit conduit le Rof - parcequ'elle avoit refulé de répondre>. $c de jurer fur certains points qu'on luf. avolt demandé , (es Juges difoient quek le mépriloit 'Eglife, ne voulant obéit. a lon Eyéque quí lui commandoir de répondre. Elle dit que ce qu'on lui de- .mandoit intérelloit les fecrets de fon Rot, 2 ne devoit point étre révelé dans fon Procés , qu'elle mourroit plutór que de contenter leur curiofité ; que s'ils en. vouloient Ígavoir davantage , ils pouf- roient en écrired Sa Majelté, qui fgar soit éclaircir leurs doutes. : ¿8 Interrogée fur fa foi á PEglife 8z an Pape, elle afíura quielle le foumertrot volontiers au Pape coinme Vicaire de Pr en terre ; qu'elle reconnoifloir1 E- glife pour fon Juge dans les cas qui con cernolent la foi 3 la confcience: que ll elle erroir, elle prioit fes Juges de la corriger , qu'elle leur obéiroit 8z fe re. tracteroit. y Enfin Pon peut dire qwil n'y avoit pas ombre d'héréfie danstour ce quelledirs $ qua bien examiner fes réponles, la vérité Ec fon innocence parloient poul ' A : par des Juges iniques. 69 elle , 82 que le procés quon lui fufcitoit étoit une machination indigne quí a avill 82 désradé la nation Anglorfe. Cétoit choquer les lumieres les plus communes du bon lens , que de pré- endre qu'une bergere eúr de delltin ormé entrepris de loutenir quelques héréles > Celt foutenir Pidée la moins vralfemblable. Tour fon langage ne rel- piroit que Pamour de fon falut , Cétok tout ce que rendoient fon elprie S fon cocur. Tel étoit le difcours qu'elle te- noit, quand elle difoir que les Saintes «quí lui apparorlloient, lui avoient pro- mis de la conduire en paradis , pourvúl quelle confervár fon corps exempt de louillure, 82 /e tint toujours vierge, eft- ce le langage d'une fille qui n'elt pas lage! On mauroit jamais Epuifé la mariere, fi on rappelloit tous les articles fur lef. “quels on Pa Interrogée, Holité de (es Juges ne la per. L femble quils ont pris plailir de peindre leur rage Sí leur fureur ; 8 la grande envie qu'ils avoient de la trouver criminelle, Elle leur dit que fur ía reli- gon ils ne produiroient jamais aucun té- Molgnage contr'elle, qu'elle (e foumer- ASE an Jugement apofltolique, dont elle Bréferoxr le jugement au leur , le fainr La maligne cu- 12 rien Sip A Sentence du 24.Mai 1431. qui condam- ne la Pucelle, 70 L"Innocence opprimóe E Pere 1étant point comme eux fon mot. tel ennemi. be Le Promoteur Payant taxée dans les” conclulions d'étre luperftitieule , Ícanda- leufe, forciere , devinerelle 5 Invocatri- ce de malins elprits, hérérique, impie, Ichilmatique >» coupable d'avoir déguilé lon £ixe en s'habillant en homme, 8% d'ayoir tendu des pléges au peuple, 86 a toutes lortes de perlonnes par fes vi- fions 82 les apparitions fanlles , la Sen“ E tence du 24. Mai 1431, fut conforme afes conclulions , 8 on déclara que tout ce qu'elle avoit fait au fervice du Rol iS de France, avoit été execuré par le mi- niítere du diable, dont elle “avoir có Porgane, on la livra au bras lféculier. Tous les efforts de fes Juges tendoient a perfuader que les exploits de la Pucelle éroient Pouvrage du démon»- afin de pouvoir -réparer la honte 8z 12% confufion des Anglois, 8z de ternir la gloire. Leur éloquence ridicule pa mal-4-propos dans la Sentence des lienx communs fur la vigilance avec laquelle 1ls devoient arracher les lemences er- reur $ d'infidelité, 82 fur les artifices d'hérétique pour répandre leurs Opinion pernicieules dans des tems périlleux, les colorant de dehors capables Vimpoler + a » par des Juges iniques. 71 8 de féduire. La £inffe application de ces figures failoit jurer cette Sentence, en relevoir Piniquité, 8¿ en faifoit un Monument qui déshonoroir la nation ngloile. A ce Jugement opinerent les véques de Courance 8$z de Lizicux, le Chapitre de PEglife Cathédrale de Ouen, feize Doéteurs, 82 fix tant Li- centiés que Bacheliers en Thcologie , Onze Avocats de Rouen, Il net pas érrange qu'nne cabale de. Vouée á PAngleterre, qui avoit Pautó- r1té en main, alt prévalu, 8 quon ne reconnoille plus ce Concile perpétuel établi dans le centre de la Nation pour en defendre les loix. Quant P Angleter» te na plus dominé, PUniverlité a bien- tÓt [cu rentrer en polleflion de fa gloire, On expofa la Pucelle fur un échafaut en Public, ou elle fur dúement préchée, catechilée , 6% remontrée, Dieu Ícair quel lermon,quel catechifme > Sí quelle "€montrance! Et commeon Pexhorta de € loumertre au Jugement de PEglife , elle répondir qwelle entendoit íe fou- Mettre á ce que la raifon lui prelcri- voit , comme elle Pavoit toujours témol- gné ; quielle le foumettoit au jugement e Dieu, 8c de notre faint Pere le Pape; $ comme elle vit quelle ne s'expliquoir vo LD Innocence opprimée pas encore au gré de fes Juges, 82 quielle crut qu'on pourroxt paller outre , elle dir qwelle croyoit tout ce que VEglife croyokt 3 X que puilque des gens fages: foutenoient que les apparitions n'étoient pas de Dieu, elle le vouloit croire, % fir une abjuration publique telle qu'oB la lui fuggera : on Pa inferde tout 28 long dans fon procés , on n'en peut tire! aucun avantage. Ofera-'on dire qwellé étoit libre > Sur quol intervint Sentencó par laquelle elle eft ablouze du lien d'ex- communication , $ condamnée á un prifon perpétuelle , ut cum pane doloris ¿bi commifja delióta deflerer , 82 des-los5 elle reprit les habits de femme, 8z of Penvoya en prifon , oú on la mit dan$ une cage de fer, les fers aux pieds. Mal ce n'étoit pas le dérrouement que les An - glois vouloient qu'eut cette affaire. US. avoient juré la mort a quelque prix qué. ce fút. lis lui tendirent un piége poub. venir á leur but. Jls mirent fon habit d'homme a cóté d'elle , afin de lui E faíre un crime 1rrémifible au cas qu'ellé le reprir. Elle ne fur pas fi-tót feule , 6 livrée a elle-méme , quelle le repentó: de fon abjuration , 8% le vétit. Le lende” main matin on la trouva dans fon an cien appareil. On Pinterrogea fur C6 1 changement O malssoni la cia Par des Fuges iniques. 75 changement de décoration y elle répor tc qu'elle lavoir fair exp: €s par le com- mandement des Saintes , 82 qu'elle aj- Molt mieux obéir 4 Dieu qu'aux hom- mes. Elle n'étoit plus frappéé de la crain- te de la mort, elle étoit perfuadée quel- le éroit éclairde de la vérité a qui elle evoit tout facrifier, On Jugera quel étoit le carattere de cette file pour le cccur $2 pour Pelprit: fr cela on la dé. clara hérétique > relaple. Elle fut ren- voyée de nouveau au bras (éculier, oy elle fat condamnée détre brúide toute Vive, par Sentence du 30. Mal 143r. quí fur depuis envoyée au Parlement de Paris pour y ¿tre enregiítrée. On ne le contenta pas de la condamner 4 > loríqu'on envoya au dernier lupplice , 8 on éctivic fur la mitre ces Mmots , héré. 31que > relapfe, apoftate , idolatre ; 82 On portoit au-devant d'elle un tableau Plein des injures les -plus atroces ; la mort cruelle quelle alloir (ubir , Nérant Pas capable d'alfouvir la furenr des An-" glois. Mais dans ce torrent d'injures , Us n'eurent jamais le front d'en vomir quí Alérriflent fa pureté, 8z elle alla au dernier (upplice , emportant la réputa- on avoir une chalteré integre. Zome X[X, , D y % a cl 74. D'Inmocence opprimée E Quand on voulut lui faire fubir le demier fopplice, elle foutint avec beau= coup de grandeur d'ame le trifte rolle quelle jouoit : ni la crainte de la mort, ni l'ignominie , ni 'horreur de fon fup- plice ne firent aucune impreflion fur + elle qui la troublár. Il éroit aifé deju- ger qu'elle portoit fes vhies au ciel ¿que . toutes les idées que les objets de ce mon- h de dans ces momens infpire, sévanonil- loient devant la gloire éternelle qui So froit á elle, Sa démarche étoit ferme 82 allurée. Les archers qui Pefcortoient, fembloient dire eux-mémes , nous con- h duilons á la mort une martyre ; maislon vifage , le fidele tablean de fon ame fur lequel le public lifoit avidement fes fen- timens , étolt le plus beau fujer de ce Ipeétacle : difons-le de fon triomphe au milicu de fes opprobres 8z de les hu- miliations, 5 Quelle oppofition de ce vifage, on Lon voyoit tout enfemble une expreflion: de:la bravoure , de la valeur méme, 82. de la modeltie , %% de la fage/le du lexe, 8 de je ne fgai quel air qui n'étoir pas commun , uniayec les graces d'une ai- mable fille ; 82 des vilages farouches de - gens fubjugués par des paílions tumul- . tueules quí y étolent peintes ; cétoir L3- «Sia pu vs ic - par des ages iniques, e image de la pafíion de Jelus-Chrift. 1á on peuts'écrier en voyant une jeune fille de vingt ans aller ay fupplice avec tant de fermeré, environnée de latellites : Qui ef cette infortunde qu'on charge de tant de crimes + On volt que da premier coup d'ceil celtune perfonne extraordi= naire : Celt dans le fond une fille inno- cente quí ignore le nom du vice , cel une 21maZone qui a relevé Pempire de la France, qui a terr allé les Anglois. C'eft Jeanne d'Arc, viCtorieule de cette Na- tion , dont le deltin a voulu, que trahie par ceux qui Paccompagnoient, elle ate <edé a la force , 2 dont les ennemis en le vengeant d'elle , veulent égaler les Outrages 8 les indienirés quils lui font efluyer ¿la Soátilon qu'elle leur a faie éptouver, ]ls Ppublient eux-mémes leue honte avec beauconp defoin ; quelle de- volt Étre cette fille lupérieure 4 fes en- nemis , qui ne fe démentoit póint , 8z quite polfedoir parfaitement, 82 ne fai Ío1t rien dans de telles conjonétures d'in- digne delle > Elle fur d'abord liée 4 un ucher drelfé fur un échafaur qu'on avott falta la Place-aux-veanx, au vieux rché ¿ Rouen. On oblerva quelle employa fainte- ment le court ulage de la vie quon lui D y y6 D' Innocence opprimée laiíla 5 elle tine lon coeur perpétuclles ment élevé a Dieu : on le jugea par” Pair laint de fon vilage , 8% quelques pa- -4 roles qui lui échapperent. Polydore, Virgile, dit qu'on lus entendoit dire y' Dien foit beni, pendant que tous les re- gards érolent atrachés fur elle ; 4 peine le feu fut mis a fon bucher quelle fue La Pucelle Crouffce, EL fa robe fut d'abord a1/2, dit eE brúlée. le manufcrit de M.Dapuis. Le voile érant levé , le peuple curienx (2) écarta alors, dit Pauteur, le feu 8 la confidera pour éclaircir les doutes , 82 crur de voir des fignes qui n'éroient pas équivoques, 8£ que le feu avoir refpeétés. La curioficé fatisfaite , le bourrean remit le feu, dont 'el'e fut toute conlumée, 8z ré- duite en cendres, quon affeóta de jet» ter dans la riviere a caule de la préten= due magie. On lit dans ce méme manu- (crit , que des perfonnes qui éroient pré-, venues pour elle, ontcrú fermement que par a fainteté, elle Sétoit échappée du feu , 82 qu'on brúla á fa place une autre petlonne, dans la peníée que ce fut elle- méme. Mezeray a dit qu'on trouva par» fes cendres lon coeur tout entier”: ce mi- 7 . ; (4) M. de la Roque, Auteur du Traité de Mo- ble(Te , chap. 43. pag 153» tapporie ce Manuícrit , PL clk contenue cette circonftance, , Ferro CATA e E A Ei E A > 7 a par-des Jones iniqués. A tacle, í on y ajoute foi, ne Íauroit érre regardé que comme une preuve de fon innocence. Ce méme Hiftorien dit qu'on vit senvoler du milien des flames “une colombe blanche ; Celt bien la pour le coup le [ymbole de Pinnocence : mais on dira que quelque innocente quelle loit, quil meft pas impollible quil ny att la quelque fupercherie , 8 je neré «pondrois pas que la prévention bien fon. dée en faveur de fon Innocence, Mait fait croire quon voyott cette colombe blan- che senvoler. Dans le cours de ce procés, une Bre- tonne vinta Paris, quí foutint publi- quement que la Pucelle éroit envoyée de Dien, quelle avoit plulieurs révela= tions 8 communications avec des An- ges. Elle ne voulut point changer de fen- timent, quelque difcours quon lui tínt, quelque prédicateur quíon employát pour lui perfuader me Opinion contrai- te. Elle fut échafandee, prechée publi. quement. : enfin on lui fir efuyer le fup- plice d'étre brúléele z. Septembre 1430. €pt mois auparavant la mort de la Pu- celle. Quel honneur pour la Pucelle d'a- voir eu une martyre pour elle ! le Pere ofquier Jacobin , condamna haute- At ceux quí avoienr jugé la Pucelle, D 1j 78 L Innocence opprimée $ les menaga de la juítice de Dien- 1H fut arréré , 8cil auroit fubi une peine capitale, sil ne íe fir retracté ; encore fut-11 condamné á une amende honora- ble, ad le dédire publiquement, 84 une longue prifon , 8: d jeímer au pain écd lean, | Le théatre d'ignominie de la Pucelle, placé a Rouen, a éré converti dans un théatre d'honneur. On y a placé la fta=. tue dans une niche fons un dóme fou- tenu par quatre pilliers au-defus d'une belle fontaine : elle eft repréfentés ha» billée en femme tenant une épée nue 3 mais comme les bras font rompus , on ne Ícait cela que par tradition , deforte que ce monument honorable recoit un relief du fupplice cruel quelle a fubi f a E ar ¡De pri a A 4 LA dans ce lieu. Quon rappelle la ftatue quon lui a érigée d Orleans, quí y fub- fifte , on verra que vainement on a vou. la la flétrir , la déshonorer. Touta conf: piré á Pélever malgréla fureur des Ano glois , an comble de la gloire: ainf elle a des trophées á Orleans, qui eftle lien de fon premier triomphe , 8 á Rouen quí eft le lieu de fon fupplice. Compiégne, oú elle a été trahie 8£ abandonnée aux Anglois , témoigna qwelle déteftoit certe trahifon, $ elle ERA PIDA par des Juges iniques. 29 ne voulut jamais le rendre. Ce fut une des plus belles réfiftances quíil y ait dans Phiftoire. Flavy qui en droit le Gouvet- neur , paya de la períonne, malgré les ordres du Roi ,il ne voular pas la re- -mettre au Duc de Bourgosne , dilant . Que le fervice du Roi le lui défendoir, parceque ce Prince étoit Perthiemi de ce Monarque. Aprés fix mois de liége , durant lefquels Philippe de Gamache Abbé de Faron , contribua 4 defendre la place avec Flavy , le Comte de Ven- dóme vint enfin au fecours de Com- piégne , 82 donna (14 propos dansles li. gues des ennemis , quil fit lever le fié- ge: aiii la Pucelle , quoique prife par les Anglois , eut la gloire aprés la mort qu'on levátle fiége de Compiégne quel. le défendoir. Nous fimes en état aprés la mort d'achever de conquerir la France. 11 fem- le qu'un tableau abregé du relte de cet- te conquéte, foit nécelfaire á certe hi- ftoire , quoique ce relte ne (oir pas fon Ouvrage. On lui en donne toute la gloire, parceqwelle la applani: le Comte de Dunois prit dans ce tems-la 1431 laVille de Chartres,8z battitle Duc de Bethford Evant Lagny que celui-cy afhiégeoit , $ lui fit leyer le ltége ayectant de dé- | D ij 1 Bataille de Formigny. do LD” Eunocence opprimée fordre , qu'il laifía dans le camp fon ba: gage 82 les canons. Les trois années Ílut- vantes » les Anglois furent challés de plufiecurs Places, louvent battus par ce grand Capitaine. Le Roi fit ía paix avec le Duc de Bourgogne , € sóta une cruelle épine du pied. Les Pariliens in- troduiligent le Roi dans leur Ville, 8z challerent les Anglois ; ce fut la le coup de partie. Les années fuivantes > les ar- mées Frangoifes furent yiGtorieufes. Le Comte de Dunois fe fignala par la prile de Roiien. Le Comte de Clermont, Prince du Sang, tailla en pieces les An- glois a Formigny. Dabord il fur défait ; mais le Comte de Richemont Conné- table > furvint avec un corps de Cava- lerie confidérable, quí rétablit entiere- ment la fortune des Francois , 8 les ren- dit vitorieux de leurs ennemis , quí eurent prés de quatre mille hommes tués. Bayeux 82 Caén furent foumis : toute la Normandie fut conquife , á la congutte de cette Province > fucceda celle de la Guyenne par le Comte de Dunois. Bourdeaux eyr une capitulation honorable : ce fut alors qu'on lui accor- da un Parlement. qui jugeroir diffiniti. vement, Gen dernier rellort de toutes les caules dont il feroi appellé dans 2 A AS AS ta AS E O «un cheval blanc > Couver Par des Juges inigues. 81 le pays Bordelois : ce (ont les termes de 'Hiltorien. Je ne puis me défendre de repré= lenter Pentrée olorieule du Comte de Dunois dans Bourdeanx > Íuivi de trois Princes du. Sang , quí fervoient fous lut, qui lui obéifloient, € qui lui cedoient € Fang en toutes choles , comme au Lleurenant Général du Rot. ll marchoit eul au milicu de la pompe monté fur t de velours bleu en broderie dor: aprés lui mar- choient enfemble les Comtes d'Angon- léme, de Clermont 8 de Vendóme, qui étoient les trois Princes du Sang 4 evant los étoit le grand Ecuyer d'écu- t1le du Roi, 8 devant le grand Ecuyer marchoit Mellire de Trainel des Urlins Chancelier de France 5 (11 étoit homme d'épée, auffi-bien que de robé. ) 11 éroit armé d'un corler d'acier 54 avoit par- elus une cotte-d'armes de velours Gra- moify. Devantle Chancelier , marchoir une haquence blanche , couverte dune oulle de velours bleu, lemée de fleuro- e-lys dor, portant les (ceaux dans un etit coffre , couvert aulli de velours low, femé de fleurs de-lys Por. * Apres. la: rédudtion de Bourdeaux , AY/ONNE ouvrir Les portes au Comte de D y 82 L”Innocence opprimée -Dunois : ainli le Duché de Guyenne fut entierement réuni fous Pobéiflance du - Ros Pan 1451. 82 les Anglois le trouve- rent challés de tout ce quils avoient pofledé en France , excepté de la Ville de Calais qui wa été reprile (ur eux que cent ans aprés , Ígavoir Pan 1557..f0us le regne d'Henri 1 1. Les Anglois renterent envain quelque tems aprés de faire loulever la Guyenne - 8 Bourdeaux s'étant révolteé , fue réduic par le Roi Charles VIL qui eut labonté de lui pardonner : tel elt le tablean de + la conquéte que le Roi Charles VII. fit de fon Royaume. La Pucelle d'Orleans. y employa une annce ; elle fir lever le fiége d'Orleans, bartit les Angloisá Pa- tay, 6% fir lacrer le Roi a Reims. On employa 23. 424. ans e ache- ver la conquéte : le Comte de Dunois fut le grand ouvrier qui opéra pendant cet intervalle de tems : Celt lá le véri- table relief de la vie de ce Héros. Jamais Prince n'eut moins de difpofi- tion á faire des conquétes que Charles VIL á caufe de fon indolence 8 de fon amour pour le plaifir; mais jamais la France ne produilit de Íi grands Capi-- taines 8z de fi vaillans foldats , 82 par- dellus cela, la Pucelle d'Orleans ; ef A par des fuges iniquos. 83 le plus beau point de vie qu'on puille conliderer., e Enfin Pinnocence de la Pucelle pré- valut fur tous les artifices que mirent | en ceuvre les Anglois, 82 lui gagna tous | les efprits. | Quoique la colere de Dieu qui eft patient , parce quill eft érernel fuivant le langage de Tertullien , patiens quia eternus y differe méme A vengeance iul- ques dans Pautre monde, elle éclare fou- vent dans celui-ci. | On obfervera que lEvéque de Beay- vais mourut fubitement d'apoplexie , en le faifant rafer“la barbe. Guillau- me Eftivet Promoteur, fur droufé dans - e grand chemin , en un lieu oú Pon fou- y lageles befoins de la nature. J'ai toujours regardé la mort fubite comme une des grandes vengeances du ciel , parceque celt une mort qui nous dérobe le tems de nous y préparer, 82 qui nous ravit ces momens decififs que nous pouvons mettre a profit pour Péternité, Un certain Nicolas Midy, domelti- que de PEvéque, faux témoin > Qui dé- pofa contre la Pucelle, fut pourri , in- etté de ladrerie. Un nommé Guillaume avy , autre faux témoin , fut étranglé Par La femme 3 mais Dieu vouloit que D yi AAA A A A e AAA / On rétablit da mémoire * de la Pucclle, 84 L'Imocence opprimée Pinnocence de la Pucelle éclarár par d'aurres preuves plus frappantes. Son Innocence le fir bien-tór jour par-tout , 82 perga les lieux les plus obícurs : c'elt une . de ces lumieres, qui précedant la vérité, Pannonce á tout le monde. Robert Ci- bole, Chancelier de PUniverfité de Pa- ris, compofa un livre contre ceux quí Pavoient décrice comme hérétique ; 82 Gerfon quí a tenu le méme rang dans cette grande 8z cclebre compagnie, aprés avolr examiné cette hiftoire , s'é- criez 4 Domino factum efl. ifhud , d ef mirabile in olulis noftris. Dés que Paurore de l'innocence de Jeanne d'Arc eut répandu Ía lumiere , a mere, Jean , Jacques 8c Pierre les freres , travaillerent dá éreindre la mé- moite du procés fait contr'elle. Charles VII. voulut quils prélentaflent requéte a Calixce troifiéme Pape, qui par une Bulle exprefle, donna commillion de re- voir ce procés a Jean-Juvenal des Ur- fins Archeveque de Reims, Guillaume Chartier Eveque de Paris, 8% Richard Olivier Evyéque de Courance. Le Car- dinal d'Eftouteville préfida a la revúe de ce procés ; on y apporta toute l'atten- tion pollible. Comme le Promoteur avoit accuíé Jeanne d'Arc de magle, id par des Juzes iniques. 8; d'intelligence avec les démons , afin de faire éclater la véricé , on chargea le Doyen de Vaucouleur , 8 un Chanoine de Tours d'allerá Beauvais informer de la vie de Li Pucelle. Le rapport fut que jamais on avoit foupconné cette fille de "magie , que Pínnocence de fes moeurs. ctolt prouvée par de fréquentes com- muntons 5 que la fontaine des dames , Varbre fée, le bois chenu qu'on avoit voulu empoilonner de magie, étoient des dénominations de chofes trés-inno- centes qu'on trouvoit dans cette cam- pagne ou elle étoir nes, quí Pembellifl foient. Les Prélars , Commillaires du Pape , chargés de Pexamen du procés , a la requéte du pere 82 des freres de la Pucelle, citerent tous ceux quí avolent quelqu'idée de fon procés , quelque connoillante de ces procedures , 8z ¿ls révelerent bien des mylteres d'iniquité. lls appellerent aufí ¿la méme requéte des perlonnes de confideration en grand nombre , pour dépofer de la vie % des meurs de la Pucelle , qui déclarerent - - qwelle n'avoit jamais donné lieu au moindre foupcon 5 qwils ne pouvolent le défendre de regarder plalieurs de fes actions comme divines ; quils avolent Cié témoins de toutes les prédictions 36 LTwmocence opprimbe qui avolent éré accomplies contre torg tes les apparences ; que dans les confeils de guerre ot elle (e trouyoit, elle don- noit des ouvertures qui ne, fe préfen- toient d perfonne ; quielle propofoit fes projets, lestentrepriles au Roi 8 aug ] Généraux ; que loríqwils ne l'écoutoiene as» elle leur parloit , 8z les perluadoit, E alluroit du fuccés » Sí que Pévene- ment répondoit 4 fes promelles, Enfn, aprés que les] Uges eurentouicentdouze témoins, dont le moins agé avoit 3 5» ans > 8 le plus vieux 90. 1ls callerent, annullerent la procedure, Se déclarerent Jeanne d'Arc innocente de tous les cri- mes qu'on lui avoir impofés , rétablirent la mémoire ; condamnerentle Jugement tendu contr'elle comme nul > Injuíte , calomnieux, Sz Pouviage de la violence, Xls firent lacerer fon procés ; 1ls ordon- nierent que la Sentence qui rétabliffoir La mémoire, feroit publiée dans la Place de S. Andréa Roiien ox Pon feroit une Proceflion généralezaprés quoi Pon feroir un lermon. Le lendemain ils voulurent aufli que la méme Proceffion le fitau vicux marché , on l'on feroir pareille- ment un féermon. On y a depuis érigé la flatue. Cette lentence de jultificarion fut rendue 2 5» ansapres qu'elle fur fé - y o SAA Par des Fuges iniques. 87 trie au mois de Juiller 1456. Á leptié- moins, tous valets des Juges, qui dé poferent contre la Pucelle , on en op» pofe plus de cent , dont une grande par= te porte la qualité de Princes, Ducs, Abbés 8 Cardinaux. Les attes portent Exprellément qu'on ouít 32. témoins de Dom Remy, 36. d'Orleans , 22. de Roiien, 8% 19. de Paris. Les premiers Juftifierent fon innocence du loupcon desmagie. Les leconds 82 derniers don. nerent des bonnes preuves de la pudi- cité, 8z les trolfiémes dépoferent fayo- rablement pour fa Religion. On trouve dans le livre de M. Hor. dal plus de cent Auteurs étrangers quí publient fes louanges,, fans ceux de no- tre nátion, 8z ceux qui lui font le moins. favorables ne jettent que des doutes 82 des foupcons qui fe diffipent facilement.. La véritd ef parfaitement éclaircie. On doit rappeller ici les honnenrs que Charles VIL a 'rendu a la Pucelle "Orleans, en Pannobliflant avec Jac- es Day ou d'Arc, 8z labelle Romée: 'On pere 8 la mere; Jacquemain 8c Jean Day , € Pierre Perrel (es freres , enfemble leur lignage > leur parenté , 82 “ACUL pofterité née 82 4 naftre en ligne maículine 8% £éminine. Les Lettres Pa- 38 L'[mocence opprimée rentes en font données Meun fur Yerre en Berry, au mois de Décem- bré 1429. Prélens Gregoire Langlois > Evéque de Sées, 82 les Seigneurs de la Trimouille, 82 de Termes. Elles furent enregiltrées á la Chambre des Compres de Paris , transferée 4 Bourges le 16. Janvier de la méme annce, quí lors commencoit á Paques : en voici les ter- Lettres de mes, Carolus Dei grati4 Frincorum Rex mobleieac 4d perperuam rei memoriam magrificarri Pucelle, 8 4 divinacelfitudinis uberrimas , nitidifimafe £es parens. que gratias celebri minifterio puelle Joan- ne Day , de Dompremejo chare > b di- lecta nofire , de Bailliviá Calvimontis , feu ejus refforta elargitas , (rc. confide- rantes infuper per ipfam Foannam puellam multemode impenfá , E que in futuram impendi /peramus ; certifque aliis canfs ad hoc animum nofirum inducentibus , pra- Jatam puellam , Tacobumr Day , diéti loci de Dompremejo patrem ; I/abellam ejus uxorem matrem Jacqueminium , Joannens Da) , € Petrum Perretum y fratres ipfus puelle, (7 totam ejus parentelam, (> li- gragium , O in favorem, (Y pro contem- platione ejufdem , 6 eorum parentelam mafinlinam d* femininam in legirimoma- Erimonio natam , O naftituram nobilita-- vimus , E per prefentes de gratia Jpecialis UN o ca AAA nr % par des Juges iniques. 85 O exnofirá cerrá fientiñ, 6 plenitudine Poteftatis nobilitamus , d> nobiles facimus, concedentes expreffe > ut dicta puella , diéts Jacobus , Ifabella > Jacqueminus , Joan nes E Petrus , (> ipfins puelle tota pa- tentela, (> lignagium , d ipforum pofiea Yitas nata, E naftiture in fuis altibus , in Judicio”, £* extra, ab omnibus pro nobili- bus habeantur, (> reputentur , (50. Con- _cedentes ejfdem., ¿> eorum pofleritati tam maftuline, quam femine in legitimo ma- trimonto procreate , € procreanda , ut ipfi feoda , € retrofeoda, (> res mobiles 4 no» bilibus , E aliis quibufcumqne perfonis Acquirere y O tam acquifitas, quam ac- quirendas retinere , tenere , (* poffidere valeant , atque pofint , 'c. Datum Mag- duni fuper Ebram , menfe Decembri anno Domini 1429. reoni verd noftri octavo. Et fur le repli elt écrit, per Regem Epif- copo Sagienfi, Domini de la Trimouille, O de Termes, dy aliis prafentibus. Signé, Malliere. Expedita in Camerá Compntorum Domini Regis, decimá-[extd die menfis Tanuarii anno Domini 1429. ibidem regifirata in: libro Chartarum bujus temporisfol. 111. Signé , Agréelle, 62 fcellé du grand Sceau de cire verte > fur double queue en lacs de foye rouge X verte, 90 L" Innocence opprimée Certe chartre fut adreílée au Baillg de Chaumont en Bafligny , pour étre * . regiftrée par devant lul. e quí Sexecu- ta Pan 1429. Elle a été regiítree en la Cour des Aydes de Normandie, fui- vant lon arrér , le 13 Decembre 1608. Signé , de Planes. Etienne Pafquier Ávocat Géneral en la. Chambre des Comptes dans les Re- cherches de la France , dit , que ce Pri- vilege de Noblelle eft admirable , 82 non encore oétroyé áaucune autre fa- mille qui celle-ci, 11 ajoire, que le Roí Charles Vil. pour donner a la poltert- té des témoignages des valeureux ex- ploits de cette Pucelle , lui donna pour Armes un Ecu d'azur á l'Epée d'argent mife en pal la poínte en enhaut, ayant la croifée 82 le pommeau d'or , foute- nantune Couronne d'or, $ accompa- gnée de deux Fleur-de-lys d'or. Et qu'il eratifía aufli la famille, du furnom du Lys. Cela le voit dans les Regiítres de la Chambre des Compres ,en ces ter- mes : 4 Meflire Pierre du Eys, Che- valier, frere de la Pucelle , fix-vingt Y sme livres pour fa penfion de l' année 1454» Et en un autre artícle : 4 Jean du Lys, frere de la Pucelle , Ecuyer » Bailly de Vermandois , 7 Capitaine de Chartres,pa- LAIA a A € A A AA par des Jages inigues. 91 reille fomme pour fapenfion de Pan 1454» - Celt pourquor Allain Chartier Se- cretaire du Roi appelle cette Pucelle , Jeanne du Lys. Voici ce qu'il dit en lon hiftoire , page 69. Arriva une flle de Páge de 18 a 20 ans par deyers le Ro£ au Chátel de Chinon , nommée Jeanne de Lys la Puselle. . Les mémes regiítres de la Cham- bre des Comptes portent , que Char- les d'Orléans fit don de Plíle aux Berufs, contenant.200 arpens > alíile dans la _riviere de Loire dépendante de fon appanage , au méme Pierre du Lys 8 á Jean fon fils , pour en jouit leur vie durant , par Lettres du 26 Juil- ler 1443 , employdes dans un compte de Pan 1444, 8% dans un autre de Pan 1456. Aink ls quitrerent le nom de Day, pour prendre celui du Lys, LES allulion aux Fleurs-de-Lys de l'Ecu de France. On a mis en doute (1 Pintention du Roi Charles VIL. en annobliffant la Pu- celle 'Orléans , a éré de tranfmettre la nobleíle á la pofterité feminine de les freres , parcequiil eft du ftile ordinaire de plulicurs autres Chartres d'annoblir máles 8 femelles ; mais non pas les delcendans des filles , fi elles ne con= tradtent des alliances nobles. 92 L'Imocence opprimée e Mais toute la difficulté eft levée ; car a la requilition de M. le Procureur Gé- néral en 1614, le Roi óta Particle quí regardoit la pofterité féminine ; ainái la porterité féminine qui épouferoit un Roturier n'annobliroit pas les delcen- dans. Les principaux Anteurs qui ont écrit les faits héroiques 8 qui ont refuté les crimes'qu'on lui impoloit par ca'om- nie, font, Migellus , Jean Bouchet, ¿Eneas Silvius, depuis Pape appellé Pie V. Saint Antonia Archevéque de Flo- rence , Paul Jove Evéque de Noceva, Guilbert Génébard , Archevéque d'Aix, Arnaud de Pontac Evéque de Bazas, Charles de Bourgueville Sieur de Bras Lieutenant Général du Bailly de Caén, Jacques Meyer Flamand , Jean Né- der , Jean Moucler y Jean Gerfon , Deltrio : Les Peres Jean Mariana Cauf. fin, Petau 8 Girard Jeluites , SÍ au- tres quí Pont eltimée Sainte 8z Martyre. Martin Franc Secretaire de Felix y. parle de la Pucelle avec diftinttion, dans fon Champion des Dames. Le Cardinal Baronius, dans le fupplément de fes Annales, rapporte qu'elle finit la vie avec un courage plus que mále. Paradin Doyen de Beaujen , dit qu'elle Sl par des Juzes iniques. 93 Cto aufli chalte qu'innocente du cri- me de magie. Marchieu dir fur les Dé- cilions de Gui - Pape , quelt. 84. quelle pritles armes par infpiration divine , 82 - Quelle rétablit le Royaume de France dans fon luítre. Le Prelident Chafla- Rée dit qwelle releva le courage des Francois abatus , 82 rétablic leur glo1re , Sc leur liberré. Nos Hiltoriens Pont comparée a Débora € á Judirh. La devife qu'on lui attribue convient bien a lon genre de mort 8 aux im- preflions quíil produit dans les e(prits. 'Celt un Phoenix quí fe brúle fur un bucher avec ce mot : Zavito funere viver, 1 vivsa malgré la mort. Plulieurs familles le font prévalues des moindres rapports qu'elles ont eu avec la Pucelle. La famille de Gu:von, qui la logea á Orleans , fe dit Noble, Celle de Cailly 4 la priere de la Pucel- le, a obtenu de Charles V 11. la No- lefle. On raconte que le Sieur de Cail- ly qui la (uivi lor(qwelle* fe retira de la mélée, pour demander á Dieu la yi- Etolre dans un combat quí le donna 4 Orléans , la trouva entourée de Che- rubins , 82 viten méme tems un grand. nombre d'Anges qui combartoient les £nnemis. La Noble/le qu'on lui conte» 94 E'Immocente opprimée ftoit fut confirmée > 8 il prit pour Át= mes trois Cherubins aiflés. Ce ne [eroit pas la premieré fiótion qui déco:eroit une hiltoire de Noblelle. Charles VII. exempta de la raille 8 de tous fublides , a caule de la Pucelle ,.les habitans de Gréaux 82 de Dom Remi. Privilege que nos Rois ont confirmé fous leur Regne julqwa Louis XII L de quí la confir- mation eft en date du mois de Juin de Pan 1510. -—Lilluftre compatriote de ces Villa- geols leur a fait jonir des fruits de la gloire , comme on le peut recueil- lir des Regiftres de PEleótion de Chau- mont en Baffigny , oú Pon voit d'année en année a cóté des villages de Gréaux 8“ Dom Remy : Néant la Pucelle. Les Lorrains ont prétenda que la Pu- celle d'Orleans étoit de leur nation ; mais en le fuppofant , la Lorraine étant unie á la Couronne , on pourroit ton- jours regarder cette Heroine comme Frangoife. Mais d'ailleurs, Dom Remy lica. de la naiflance ¿tant du Diocefe de Toul, 8 du reflort de la Prevóré d'An- delot , Bailliage de (haumont en Bafli- egny » de l' Election de Langres; ils'en- Íuit inconteftablement que la Pucelle eft - Frangoiíe. De tout temps les Villes , er sai O ad ri e A par des Juges iniques. 95 les Royaumes ont ambitionné la gloire. d'avoir donné le jour aux perlonnesil- luftres. - Nous avons eu un Poéte * qui acon- lacré la veine dans un Poéme de dou- * Chapelaisk ze Chants a Phonneur de la Pucelle ; . mais il a verliifié 1 durement , que sil a contribué á la gloire de la Pucelle ios fon deflein , il n'y a pas fervi par execution. _Cet Ouvrage de longue haleine a prelenté une Pucelle quí a eu autant d'Anglois qwéelle a eu de Frangois pour leóteurs. atmfi je n'al garde de citer au- cun endroir de ce Poéme. J'aime mieux tapporter ce que Malherbe , un de nos premiers Pottes lyriques a dit fur la mort de cette Pucelle. t L'Ennemi tout droit violant , * Belle Amazone , en vous brúlant, Témoigna fon ame perfide : Mais le deltin n'eut point de tort ; 'Celle qui vivoit comme Alcide Devoit mourir , comme il et mort, Virgini Aurelianení, Dum pafim Angligenas , fundifque Pha- langes , DInnocence opprimée Et Regi reddis , Gallica Sceptra fut Quid juvat > ornatum generofa Puella virilem Sumere quí fexum, difimulare tuumn. Ut vir credaris non ef? mutandus amiélus Define fat virtus , te probat efjevirum. - A la Pucelle d'Orleans. Quand des Anglois viétorieníe Tu portes dans leurs Camps, la déroute Si Veffrol, Et [gais (i bien rendre ¿ton Rol De fon Thróne affermi , la joniflance heureule , A quel delfein te traveltir 2 Pourquoi ton fexe démentir 2. L'habit pour te croire homme, elt-1l li nécellaire ? Celle donc de ten faire honneur. Et croi que ce qu'on te volt faire Se doit á ton habit bien moins quwá ta valeur. * e Rapin Thoiras fait une Differtation quil a inferée á la fin du Regne d'Hen- ry VI. Roy d'Angleterre, oú il a exa- miné par quel efprit la Pucelle a agi. Si ceft par un efprit divin, ou par un el- prit diabolique, ou par un jeu concerté par > : Parodes fuces ¿niques. 97 par le Comte de Dunois, ou par d'au-. tres Selgneurs. Jai cru que pour ne lajl ler rien d delirer dans cette Hiltoire , je devois approfondir ces queftions. Je: le ferai en peu de mots, $ avec pré- cifion , 8 les traiterai dans les princi- pes. E. Les Anglois éroient trop interellés á ini regarder la Pucelle comme magicienne, (és d- croire pour ne. pas adopter le fifteme qui lui E AEidar donnoit cette qualité. ]ls CroyOlent par pe. la fauver leur gloire , € difoient quon ne pouvoit rien leur imputer, fi elleles avolt valncu , puilquiils avoient éré obli. gés de ceder au pouvoir dudémon. Nous. ayons yú en ce Recueil dans toutes les oc- calions , od on a parlé de magie , com- bien on doit étre fir les gardes li-deffins. Quelles raiflons auroit le démon de donner fon pouvoir a la Pucelle , de la rendre viétorieule des Anglois? Dieu auroit-il permis que le démon pút exer- cer fon pouvoir dans un évenement fi important >,qui influe fur le gouverne- rent de l'Univers. Le démon- lui-mé- me auroit-1l fait choix pour conduire [es entrepriles , d'une perlonne qui ap= - prochoit fouveut des Sacremens; qui -“étott d'une chalteré integre , $ cele- bre par fa virginité , qui méloit fes Vi> lol Tome XIX, Ús ad 93 LE Innocence opprimée fions des Saints 82 Saintesavecles chofes qui concernoient fon falur, qui érort fon principal objet felon elle? omment' ayoit-elle répondu lorfqu'on Pavoit in- rerrogóe 2 adopte-t-elle quelques laper- ftitions , quelques pratiques de magle ? Quon diftile quelques unes de les 1é- ponfes, donton réndra le lens, y trou- yera-t-on rien quí fe refíente du com- merce avec les demons + 8 v'y parle- t-elle pas louvent de fon falut, donr elle eft jaloufe, de la frequentation des Sacre= mens , de: la confiance en Dieu qui elt reprelentte par fon en elgne » 8 non de la confiance dans fon enlelgne. - Si Von tranferivoit pluhieurs de [es ré- ponfes, on y versoit la vertu , la pieté, Si étoir', dir Monftrelet , toutes fes pa- roles du nom de Dieu, pourquoi grand partie de ceux qui la voyoient » Ó* oyoient parler , avoient grand! credance quelle. avois été imfpirée de Diem, comme elle fe difoit Uétre. - Jean Chartier dit, quelle étoit de belle vie (> homnéte , quelle fe confeffoit bien . fouvent , Gr recevoit le corps de notre Sei- gneur prefque toutes les femaimes, Celui quí a fait le fupplement de PHiftoire de Jean Chartier , % qwoa appelle PHiltoire de la Pucelle , dir , que: Par des Juges iniques. 99 Pluficars grands Seígneurs venoient genti- ment habillés pour tacher d'ayoir fa compa- gmie charnelle , mais aufi-tór quils la Yoyotent toute manvai/e volonté leur ceffoit. Eft-ce lá une fille quon puille appeller un inftrament dans la main du diable > - On voit quelquefois paroítre fon 1gno- Yance dans quelques-unes de les r<pon- les ; mais elle n'a pas la fource dans une Opinion , 8 une erreur A laquelle elle Í0it attachee , le bon fens , le lens méme merveilleux ne lufilent pas feuls pour nous éclairer. Refuloit-elle de fe préter a linftruétion + D'ailleurs quon me di- fé pourquoi les démons favoriferoient plutór les Frangois que les Anglois. je ferois bien curieux qu'on men apporrác quelques raifons.Dira-t-on que le démon n'a point d'autres raifons quelon caprice; Íur ce fondement il lera permis de le faire intervenir quand on voudra. 11 faut donc décider que le démon n'a eu aucune part aux actions de la Pucelle , cherchoris une autre cau'e. Suivant la laine Théologie, Dieu feul a foin de gouverner le monde gxil érablit des loix generales fuivant lefquelles il dipofe de tous les évenemens, non feulement dans Pordre de la nature , felon lequel il gouverne le monde, mais dans Pordre E ij 190 L' Innocence opprimée de la grace, fuivant lequel opere le fas lut des hommes , % le confomme leur reprobation. 11 fort quelquefois de ces lo1x générales pour gouverner PUnivers, dans une occaflion pour convertir par exemple ala foi un peuple entier; cette loi générale dont il sSécartera, celt ce qu'on appelle un miracle. Apres avoir -“éxaminéla conduite de la Pucelle, 82 nous érre convaincus que ce n'elt pas Pouvra- ge du démon, le fentiment qui veut quelle air agi par inÍpiration divine fe prelente á nous. La fo1 ne nous impole pourtant aucun joug la-dellus.. - 1 ne paroít pasa Rapin-Thoiras qu'on doive avoir recours á Pinfpiration diyi- ne; car pourquoi, dit-1l, favoriferoit-elle plutór ls Frangois que les Anglois2 Mais on repond que fans examiner lef- quels érpient les mejlleurs catholiques , ou les Anglois , ou les Frangois ; la Fran- ce ma velle pas Pavantage fur 'Angleter- re, d'ayoir perleveré dans la Religion 3 ne peut-elle pas á caufe de cela avoir éré " favorifée de Dieua qui Pavenir elt pre- lenta Ajoútons que la caufe du Roi de France étoit la caufe du légitime poflel- feur que le ciel défendoir, Sans avolr recours au miracle, nous nous artachons toujours au Chriftianif DA o ó e AAA AA IA ci E Y par des Juges inigues. 101 me , quand nous croyons que C'eft par une permiflion divine que cette villa- geoile s'eft prefentée au Roi pour com- mander [es armées, qwelle les a com- mandces, qu'elle a combattu les 'An- glois , les a vaincus; rien n'arrive fans la permillion de Dieu, 8 quil ne le con- duife fuivant la loi générale felonlaquel- leil gouverne le monde , les évenemens ordinaires , ainfi que les évenemens ex- traordinaires. Mais y a-t-1l quelque cho- le de plus? Dieu s'eft-il com muniqué á la Pucelle > A-t-elle agi par fon infpiration ? -voilá ce que nous Ignorons , Sí que nous dilons par conjeéture, quand nous le pronongons : mais quand nous fuppo- lerions que Dieu seft communiqué á elle , qu'il lui a fait entendre fa volonté, nousne ferions pas obligés de dire qu'el- le a été infpirée continuellement , 82 quelle na rien entrepris que par Pinf o divine. Suppofons que le def- ein de fecourir la France, lui ait été inf piré, il ne senfuit pas que tous les moyens qu'elle a mis en ufage pour ve- nic a bout de ce dellein foient compris dans linfpiration. Atníi en raifonnant de la forte nous embraflons une opinion faine. Nous avons deux opinions a fui- vre , ou Dieu en gardant un profond fi- E ¡ij 102 L'Innocence opprimée lence a permis que la Pucelle e foit (ervi de fon imagination vive pour fe figurer quelle éroit envoyée du Trés-hant pour fecourir la France. La nature d'ailleurs lui avoir donné toutes les vertus militai- res pour remplir ce grand emploi. Elle - A púconcevoir de bonne foi cette idée. Ou Dieu s'elt communiqué á elle partí- culierement, hai a infpué d'une manie- re lenfible de venir fecourir la France , la conduite par la main, lui a dit ce qw'elle devoit faire : dans cette fuppoli- tion il n'elt pas nécelfaire qu'il le loz ait toujours dir. Elle avoir des qualités na- turelles qui la pouvoient conduire (úre. ment. Ainái elle a louvent agi de fon mouvement 5 aulli n'a velle pas toujours réulli. Elle a executé en aros lon dellein; il fuffit par fes premieres conquéres qu'elle aitapplani tourPouvrage, $2 que les bons fuccés prévalant beaucoup fur les mauvais,, elle air bien avancé la con. quéte de la France. Rapin-Thoiras en s'aidant des Chro- niques de Montréler, difpute dla Pucelle la part qu'elle a eu dans cette entreprife; 1l veut infinuer qwelle accompagnoit les guerriers avec qui elle a agi, mais qu'elle ne les a pas conduics. 11 lui fait honneur d'une valeur, d'une intrepidis . o SU 2. par des Juges iniques. 103 té merveilleufe, furtout dans une fille ; mais il ne va pas plusloin 34 Pen croire, Celt une volontalre qui combat , mais ce n'elt pas un général qui commande, il eft dans Perreur. Qwon life bien atren- tivement notre hiftoire , on verra que des qw'elle paroit dans nos armées elle change la face des chofes : 1 elle ne fai- loit qu'accompagner nosguerriers, qu'el- le ne les conduisit 8c dirigeár pas, les évenemens n'auroient pas toujours tour- nés de la forte ; 82 pour foutenir fon fen- timent , Rapin-Thoiras cite Montreler fur Parraque des forts des Anglois de- vant Orleans. Quoigue la commune re- nommée dife que la Pucelle Jeanne en ait été la conductereffe , néanmoins , dit-1l, Ji y étoient tous les nobles Chevaliers, ou as moins la plus grande partie qui durant le- dit fieve avoient été dans la dite ville de Cité d'Orleans, 6 sy gonvererent cha- cun en droit foi vaillamment (> comme gens de guerre doivent faire en tel cas. 81 Rapin-T hoiras y avoit pris garde,Mon- treler dir que quoique la Pucelle com- mandát, ceux quí combattoient dans ces occafions , faiflotent leur devoir de fol- dars, C'elt ce que veut dire cerre expref- lion ; ¿/s sy gouvernerent chacun en droit Joy vaillammnent, 3 comme gens de guerre B 11 104. L' Innocence opprimée vaillamment en tel cas. On diftingue bien la belogne du foldar, de celle Sa Capi- taine. La belogne du foldat; Ceft celle dechacun riere oy. Celle du Capitaie , celle.de celoi qui 4Pocil fur tous. Lé Ca- Itaine lans faire la belogne du foldar a dirige, 8 fait enfuite la fienne; ce qui far voir que Jeanne la Pucelle fe comporte en Captraine. Ainfi Montre- let parle plutót contre le fentiment de Rapin-Thoiras que pour lui,C'eft ce quiil dit encore aprés la bataille de Patay: Jeanne la Pucelle acquit en telle befogne fi grande lounge dr renommée quiil fem- blois 4 toutes gens que les enmeimis du Ro; wenjjent plus de puiflance de refiller contre elle, O que brief par fon moyen le Roi dis "Ltre rérabli dans tout fon Royaume. Je de- mande a Rapin-Thoiras, auroit-il dit cela d'un homme qui n'auroit combattu que comme foldar. Un homme quelque vaillant qu'il foie 1'a quan bras comme Jun autre, 6 sil n'eft que loldat , on ne peut jamais dire qu'on ne pouvoit pas seliterá la puiflance, 8: quil pouvoit rétablir le Roi dans fon Royaume. Jean Chartier dit, quelgnes contclufions que le batard Orleans , > autres Capi taines prifjent , quand icelle Teame la Pucelle yengit > elle congluoit au comraire Par des fuges iniques. 105 contre Lopinion de tous les Capitanes Chefs de querre > autres, Enifott fouvent de belles entreprifes fur les ennemis, dont tou- Jours bien lui prenoir , e> y fut fait guere de chofes mentorables , quelles ne fafjent de fon entreprife , 6 combien que les Capitai- Mes E autres gens de guerre executajffent ce qu elle difoit : ladite Jeanne alloit tonjonrs a Deftarmouche en fon barnois, Qucique ce fút contre la volonté + opinion de la plu- Part d'iceux gens de guerre, (> montoit fur fon comrfier armée aufi-1b1 que Chevalier qui fúit en Parmée ynienlaCour de Ro; > de quoi les gens de guerre furent fort ¿babis. Avant qu'elle Sen mélátn'éroit-ce pas les mémes troupes quí combattoient ? comment vaincues qu'elles éroient font- .elles vidtorieules 4 prelentz Les An- glois n'éroient-ils pas au contraire en poflellion de vaincre > nelt-ce pas dans cette occafion qu'on doit dire ce quon a dit depuis (ur Monficur de Vendóme ? quí fuccedant au Marquis de Bay , bat- tu a Sarragoce, raflembla le debris de notre armée , fondit lur Pennemiá vil. la-Vitiofa ot il le vainquit. Voila ce que C'elt, ditalors Louis XIV, quíun homme de plus 5 de méme quand on voit que la Pucelle fait entrer un convoi elcorté de douze mille hommes dans.Orleans aux E y 306 ' L'Inmocence opprimée abois , qw'elle arraque les forts des affie- geans fans reláche , 8 les emporte, quelle oblige enfin les Anglois a lever le liege, dans toutes les atraques quelle paye de la perlonne, qu'elle elt la méme dans le combat de Patay ou les Anglois éprouvent un cruel revers, quielle elt confulcée , 82 que fuivant fon lentiment, on ne leve pas des Sieges qu'on vouloit lever, 8z quw'on [e trouve bien d'avoir uivi les avis , on elt en droit de dire ; Voilá ce que C'elt que la Pucelle de plus. Je ne veux point órer au Comte de Dunois , 84 plulienrs autres Capttaines la gloire qu'ils ont eu dans cette grande révolution. 1ls ont merveilleufement [e- condéla Pucelle, ils ont agi heureufe- ment , tantór en premier , tantót en [e- cond avec la Pucelle. Quand elle na plus été dans les armees , ils le font toujours foutenus. Mais pour revenir au fentiment quí veur qu'elle air été infpirée de Dieu, il well pas érrange qu'une fille (i jeune éle- véed la campagne > quí a non feulement un lens merveilleux , mais qui elt douée d'un genie militaire excellent , air don- né licu de croire qu'elle air éré infpirée K animée de Dieu méme. En lui attri- buant ce quí peut lui convenir, on laif- €_ E _——— e A A A - par des Juges iniques. 107 lerad Phommece quiluí convient; 8 on donnera á une providence fpéciale, la conquéte de la France dlaquelle fon Roi a travaillé, Rapin-Thoiras ne veut pas que la ten- drelle de Dieu lait obligé de favorifer les Francois , de profcrire les Anglois, Mais quí fommes nous pour Pobliger 4 nous développer fon caur. Adorons fa conduite impenetrable dans un profond £lence. Je daifle la liberté mon lecteur d'adoprer le fieme, qui veut que tous les évenemens de Philtoire de la conqué- te de la France, lans avoirrecours au mi- racle, foient arrivés par une Íimple perz million divine , qui arrive á les fins, 82 quí difpole de toutes chofes, fuivant les loix generales felon lefquelles il gonver- ne le monde. J'aimerois 4 reconnoitre lagdedansle bras du Trés-haut, je lerois portéa croire quil a tranígrellé 1c1 ces loix generales aufquelles il a bien voula le (oumettre. Cependant je peníe au fonds quil ne aut point avolr recours au miracle , dés Quon peut avolr recours aux caules na- turelles. Elles entrent toujours dans Por- dre d'une providence particuliere pour la France. J'y admire (a lagefle quí fui- vant ces caules , elt arriyée á les fins. E yj e 108 D'Immocence opprimée Je ne connois pas comment on peut fat- re la magie la caule de cette grande révo- lution >, puifque fuivant les regles que le Rituel donne pour difcerner la magie, -onnevoit polntlá-dedans de caule furna- turelle, (4) celtá-dire, de caufe qui fut- paíle les forces de homme, 82 que d'ail- leurs il [eroit indigne de la fagelle de Dieu de donner au démon ee grande partdans le gouvernement de l Univers; encore une fois comment concilier la magie avec cette pieté 3 cetre vie régu- liere 8% vertueufe de la Pucelle > P'atune «julte.. indignation* contre les Anglois qui ont traité (1 indignement contre les loix divines 87 humaines , une fille le olorieux inftrument de Dieu. Difons qu'il faut ici nécellairement ¿carter le fif- téme de la magie; quanta Pin(piration divine, il fur prendre le milicu que nous venons d'expliquer. A légard du troiliéme fentiment qui veut que Pentreprile de la Pucelle foit un jeu concerté par le Comte de Dunois, ou quelques aurres Seigneurs pour ani- (4) 11 Ya deux efpeces de furnaturel. Un furnátu- rel qui eft le vrai miracle qui ne peut écre que Pon- vrage de Dieu, telle eft une refurrection, ou un effer de ce genre. Er un furnaturel qui furpalfe ks forces de homme qui eft dans le pouvoir du " démon. Tels font les preftiges du démon , ou des efforts d'une force prodigicuíe, Chano e par des Juzes intques. 109 mer le Roi, Sc relever fon courage ab- «bartu. | Il faut d'abord avoiier que le Comte de Dunois , ou le Seigneur quí a cré Vouvrier de Pintrigue a bien choifi la Co- O «medienne. Quelles Ícenes de combats Langlans , d'artaques foutenues! Que ce rolle e(t fort pour une fille de dix-huitá dix-neufans ! Quelle prefence d'elprir! Jamais elle ne fe dément ; quía jamais donné á la feinte cet air de veriré > quí ne sy méprendroit? Non, on ne teuflira jamais a faíre croire que la Pucelle d'O1- leans 'eft pas un perlonnage de bonne fol, qui obéit aux imprellions extraor- dinaires qui la font agir , foi que Dieu en foit le principe, ou une imagination vive qui enfoit perfuadee, A légard de Phabit d'homme qw'elle a prispour reprelenter ce perlonnage > Ho eft yrai que PEcriture fainte défend de ger d'habit, 8 d'en prendre uh con- traire 4 celui de fon fexe, Se ceft la -thele que les Doéteuts dévoités al Angle- «terre , ont falíx pour perdre la Pucelle; - «mais leur haine les a avenglé, 8z les a -empéché de voir qu'ils appliquoient mal cette loi. On ne dira pas que la Pucelle aitoffenfé Dieu en combarrant, puifqu'- elle a lauvé parlá la France fa patrie , $e 110 L' Innocence opprimée quwellea rempli un devoir pareil 4 celiá d'un fils quí lauveroit la vie á fon pere. Or dans cette fuppofition vexpoloit- elle pas fa chalteté dans nos armées en gar- dant fon habit > ne la confervoit- elle pas en fe déguilant en homme? Si Pon peur prendre un habit d'un fexe contraire au lien pour conferver la vie, 4 plus forte railon on le peut pour conlerverfa chalte- té. Ainíi C'eltle comble de Paveuglement des Docteurs devoiiés á l Anglererre», - d'avoir fait á la Pucelle un crime de lon changement d'habit 82 de fon dé- guilemenr. 1 faut que la pallion les air bien falcinés , pour leur avoir. fair prendre un travers aulli prodigieux. Tel elt lavenglement de celui qui acculoitun Relígieus devant Urbain VII. Pavoir été dans un lieu lufpedt, 8 quí lui fai- loit un crime d'ayoir pris un habit pro- fane. Enfiez-voms voula, lui dit le Pape, que soubliant jufqu'a fe porter dans ce liega la, il ett contervé fon babis religienx y quel feandale m'auroit-il pas canfé? Pate il pas été (age dans fon déreglement d'éviter ce feandale ? Comment pouvez-vows lui en faire un crime ? De méme la Pucelle guer- riere par érar, 8c par obligarion n'étoit-el. le pas oblig*e de facrifier á fa chalteré la 1o1 qui défend de changer d'habit, 8 d'en a par des Tuges iniques. 1543 prendre un d'un fexe contralre au fien> Rien ne prouve mieux que la fureur 8X la paflion font incapables de railonne- mens , que ce travers od ont donné ces Doéteurs Anglois dans cette occalion. Telle eft la vie de la Pucelle d'Orleans, il y a point de Francois a qui la mé- moire ne doive érre chere, puifqu'il p'yen a point qui fans elle ne fúr An- glois. Un Anglo:s difoitá un Francois; Quelle honte pour la France de devoir fon falut á une fille ! Le Francoisrépon- dit : Quelle confufion pour l'Angleterre d'avoir éré vaincue , terraflée par une fille ! C'eftPobligarion que notre N ation lui a qui nYa engagé de rechercher la vie avec foin pour la faire connottre tel. le qw'éelle et, afin que nous pa la mémoire de cette héroine dans fon in- tegrité. J'a1 peníé que fa Caule orneroit mes Caules Celebres. Los 112 Ai ll Be A OS TESTAMENT AICA Sé Y On un Cadet par prédilection eh E $ / / p: > amflitué Légataire uitiverfel, N va retracer de nouveau la mé- me Jurifprudence qw'on a deve- loppée dans la caffation du Teltament de Monfieur le Camus, afin de donner 1c1d cette Loi autorifée par Pufage tou- te la perfeCtion. Quoique les loix ayent eu pour ob- jer d'érablir les volontés d'un teftateur dans ía famille , 82 de les faire Cut, ter religieulement, fur tour celles d'un pere entre fes enfans 5 82 quielles yent ordonnéde Sartacher ábienconnoitrelon intention lor/qu'elle n'eft pas clairement expliquée , 8 qwelle eft recelée dans -Quelques termes équivoques : elles Sé. levent pourtant contre fes dernieres vo- lontés , lorfque Péquité les condamne, ex quielles font Pouvrage de la paffion Teflament café. “113 «St de Pinjultice, quelque relpectable - que (oit d'ailleurs le Teftareur. Telle eftla Caufe qu'áfourenn Ms Erard inferée dans les Plaidoyers qu'il a donnés au public , elle m'a paru curicufe, fingu- liere Sc utile. Curienle 2 finguliere, par- cequ'il elt érrange qu'un Magiltrat véné-> rable par la dignité , eftimable parles lu- mieres dont il elt doiié , fe foir onblié dans fon teltament, 8z fe foit écarté des regles de la jultice, en difpofant de fon «bien en faveur de fesenfans; lui quila difpenfoir aux autres avec tant de droitu- re : en lubítituant la volonté de la fem- me ala fienne , quel ulage a vil fait de cette fermeté quí ne Pabandonnoit ja» mais quand il rendoit la juítice > Cetre Caufe me paroit trés-utile, par ceque le jugement qui a été rendu fer- vira de regle aux teftamens des peres , 87 leur apprendra dá ne point abulet de leur autorité , 8 ¿ne point fe laifler aveugler a leur prédilection , pour un de leurs en- fans au préjudice des autres, 8% nous -montrera en méme tems la pureré SK Pin- tegrité avec laquelle décide le veritable Juge ; mais je 'anticiperal point fur Me Erard quí a mis ce (ujer la de tout fon jour, je me contenterai de ramenet en- fuite a mon fujer , tout ce qui peut ferviz 114 Tellament café. a la jurifprudence fur cette queltion. Que Jaime á expofer au public, un dif coursanime par la véritable 82 faine ¿lo. quence | n 1 Sagifloir du Teltament de M. le Boultz Confeiller au Parlement, od il avoit inftiué Légaraire univerfel Louis le Boultz cader de tous fes enfans O reduir les trois aínés , S2 Mademoifelle le Boultz la fille 4 leur légitime ; la fille mourut pendant le Procés., les trois fils aínés demandoient que le teftament fúr callé, comme fait par le principe d'une haine 8 d'une colere injulte, infpitée 8z fomentée par Madame le Boultz leur me- re , 8 queles biens fuen: partagés (ui- vant la Coutume. Madame le Boultz étolt intervenue aux Requétes du Palais en qualité d'exécutrice teltamentaire , 82 s'étoit jointe au cadet pour foutenir le teltament. Voici comme parla M: Erard Ayocat des enfans maltrairés, Je [gal combien il eft difficile de dé- truire le teftament d'un homme du mé- rite $ de la réputation de M. le Boultz, éx quel obftacle fon nom doit apporter au Ílucces de cette entreprife. Je ne leral point furpris de vous troy. ver prévenus en faveur des dernieres yg» Teflament cafe. 115 0 lontésdece grand Magiftrar , que vous avez vú porter avec tant de dignité la méme pourpre dont vous éres revérus 5 Sí J'avoue que li Pon jugevit de la juítice des difpolicions qwil a faites dans a fa- mille , par celle des jugemens quon lui a vú rendre: on devtoit rejetrer notre demande , fans vonloir feulement Pe- xaminer. Mes Parties r'ont pú s'empécher d'é- tre eux-mémes frappés de ces lentimens a la vué dela (ignature de leur pere ap- polée á ce teltament, oú eft écrite leur condamnation. A lalpeét de ces caracte- res toujours julques lá confacrés á la ¡uf tice pour lefquels ils ont la derniere vé- nération 5 ils ont douté quelque tems de leurinnocence , ils ont balancé entre le témoignage de leur confcience, $ celui de M. le Boultz : ils ont cherché la caufe de leur diígrace dans leurs propres fan- tes, avant que d'ofer Pimputer á celle de leur pere. Mais ils ont reconnus , 82 vous en fe- rés perfuadés par les circonftances que je vous expliqueraí, que ce teftament inof- f1ieux n'elt point dans la verité, le telta- ment de M. le Boultz, 8 qu'encore que la (ignature qui le foutient loir Pouvrage de la main ; les difpofirions que Pon y 116 Teffament cafe. lit ne font point Veffer ce fon choix, ni Pouvrage de la volonté, L'on v"y trouvera en efferaucun velti- «ge , ni de Péquité d'un Magiftrar , ni de la pieré d'un pere , Pon "y verra queles tralts injuítes d'une main accontuméed diípofer de celle de M. le Boultz., 8z 4 fe lervir de fon nom pour rendre ces trois fils ainés malheureux , 82 vous n'aurez pas de peine a reconnottre Pouvriere de cette difpofirion , loríque vous verrez quéelle s'elt avancée elle méme dans cet- te Caufe, qu'elle y eft inrervenué de fon mouvement pour maintenir fon ouyra. ge, é pour conferver a lPintimé le pre- fent qu'elle lni a fait du bien de fes anés. S -Ainíi en combartant ce teltament mes Parties n'attaquent ni la mémoire , ni les dernieres volontés de leur pere, 8 en le caflantce ne lera point fon Jugement que vous condamnerez, vous ne condamne- rez que l'excés de fa complaifance pour Madame le Boultz , 8 la facilité quil a eué de le laiíler prévenir contre des en- fans innocens. Je dirai méme davantage , Celt une juítice que mes Parties doiventá la mé- mcire de faire connoítre á tout le mon- de quil n'a point été Pauteur, ni des i Teflament cafe. 117 mativals traltemens qu'on leur a vú fouf. £rir pendant Ía vie, ni de ce teltament quí renverle Pordre naturel. ll et de denr devoir autant que de leur inte - 1er de dérruire , 8 d'effacer sil le peut du louvenir des hommes ce monument d'injuítice qui terniroit une partie de fa gloire. Hs fouhaiteroient de le pouvoir faire fans que la haine de leurs difgraces re- - tombár fur Madame le Boultz, « ils re» gardent comme un nouveau malheur, lobligation on 1ls Je trouvent de publier dans cette audience [es injultices domel tiques. Quoiquiils Wayent jamais recu d'elle aucune marque de la tendrefe, á laquelle on a coutume de reconnoítre Une mere, $ quils n'ayent pú depuis leur maiflance s'appercevoir quilséroient les -enfans , que par. Pautorité dont elle Seft fervie pour les maltrairer; 1ls ont pas laillé de relpeéter toujours en elle cette qualité dont elle a abulé , 8 ce lang quellea [1 fort méprifé dans leur períonne. On ne les a point oiii fe plaindre, pendant qu'il leur a éré permis de [e tare : le public a vú leurs malheurs fans les entendre murmurer; sis rom- peor aujourd'hui le filence , C'eft la né- cellicé qui les y force , Sc Madame le 113 Teflament cafe. Boultz aura d'autant moins fujet de s'en plaindre , qw'elle méme les a attaqués, S« s'elt rendu vo!lonrairement leur par- tie. Poblerverai néanmoins fuivant la priere qu'ils m'en ont fait, de ne rele- ver que les faits ablolument nécellaires , d'adoucir aurant que je pourrai la peintu- re que je feral obligé de faire d'une par- tie de la conduite. Il faut vous propofer d'abord Pétar de la conteftation. Vous Ígavez que les défauts de for- malirés ne font pas les feuls qui peuvent rendre nul un teftament; il y en a de plus eflentiels qui atraquent direétement le principe de Ía validité , ces defauts font lorfquíil paroit avoir éré fait ou par co- lere ou-par fuggeftion. La premiere Ote au Teftateur la nette- té du jugement , la feconde lui óte la li- berté de Pattion; celle-lá offufque la rai- fon , celle-ci contraint la volonté ; Pune lui reprefente les objets autrement quiils ne font, $e trouble la tranquilité dont il a beloin pour fe déterminer , Pautre tire de la bouche des- difpolitions qui ne partent point de fon coeur : ainfil'une ou Pautre (ac pour détruire Pautorité du reltament le plus folemnel, parcequiil doit étre limage des vésitables fentimens Teflament cafe. 119 du Teltateur, éz Pouvrage de la feule volonté , mais d'une volonté libre, agik* fant avec connoiflance , 82 conduite par la raifon. Ce font les maximes que les Arréts hous apprennent tous les jours , % que J'établical plus amplement dans la fuite , lor(que je vous aurai fait voir par les faits Que J'a1 d vous expliquer , que ces deux défauts qui détruifent ce quí eft le plus eflentiel dans les teftamens,, le rencon- trent Pun £ Pautre dans celui de M. le - Bouliz. J'ai lPavantage que la plus grande partie de ces faits lont deja connus de toute la famille de M. le Boultz, 8z pref- que de tout Paris ; qu'il ny a perlonne - Quin'en ait congu de Pindignation , 82 que la voix publique condamne depuis long-tems, les duretés 82 les injuítices que nous efperons de faire condamner par votre Arrét, - H elt nécellaire en commencant ce ré- cit de vous expofer létar de la famille de Monfieur 8 de Madame le Boultz, Sc de vous donner d'abord une idée géné- rale de la conduite qu'ils ontrenué en- vers leurs enfans. ls en avoient cinq, Quatre garcons , 8 une fille qui eftmor- tea láge de 23. ans depuis le decés de M, le Boultz, Les trois pour qui je parle Y20 Teftament cafe. étoient les aínés de tous ces enfans , la fille les fuivo1t 3 Louis le Boultz qui fe pretend Légaratre univerlel éroit le cas der de tous, dans Pordre de la nature. Mais il a toujours tenu la premiere place dans le cosur de Madamele Boultz. Avec ce nombre d'enfans qui n'étoit pas excellif, Monficur 8% Madame le - Boultz polledoient d'aflez grands biens pour pouvoir leur donner fans s'incom- moder une éducation honnéte , 8% des. établiflemens proportionnés d leur naif lance. On fcait quiils avoient eu Pun 82 lautre beaucoup de bien de patrimoine, - 8cilslavoientencore augmenté par leur ceeconomie. Il paroít par Vinventaire fair aprés le decés de M. le Boultz, quils jouifloient de plus de huit cens mille li- vres, compofes de la Charge, d'un grand nombre de rentes de toute nature, de plufieurs mailons dans Paris, de terres a la campagne , de cinquante ou foixan- te mille écus qw'ils avoient toujours en deniers comptans, 6% que Madame le Boultz ne laiíloit pasoififs , je fuis obli- gé d'expliquer Pulage qu'elle en faifoit, . parce quil elt tres-1amportant dans cette Caule. - Madame le Boultz avoit toujours fur da Place cette lomme d'argent, dontelle négocioit - Teflament cafí. 121 négocioit fousle nom $ par le miniftere d'un nommé Manis Agent de Change, célébre par les banqueroures réiterées, qui étoit bien aile de mériter parce fer- vice la protection de M. le Boultz dont il avoit beloin. Inutilement voudrions. nous dilflimuler ce fait, il et devenu trop public par les billers trouvés fons le fcellé; il sen elt trouvé pour quarante mille écus, $2 nous avons prouvé quil devoit y en avoir encore pour plus de trente mille livres, cele un far que jé- tabliral en lon l1eu. Mais il y a une circonftance que je ne puis obmettre, parceqw'elle fert á faire connoitre le peu de part que M. le Boultz avoit á ce commerce , quol- quíl eut la foiblelle de le tolerer : ceft quil ya cing des billets trouvés fous le Icéllé montant a douze mille cent VINgt- une livres qui le trouvent renonvellés, €c datrés les uns la veille de la mort, les autres du jour quál regut le viarique : tems auquel ni fa foiblefle caulée par la violence 8z la longueur de la maladie , ni les peníées dont il devoit avoir Pame occupée , nelui pouvoient pas permet- tre de s'appliquer á ce commerce. J ene Cro1s pas que Madame le Boultz vemile hier que ce ne lot elle qui a tiré ces bil. Lome XIX, 122 Teflament cafl. lets , 82 difpolé de “ces lommes fans la participation de M. le Boultz. Ce qu'el- le a fair dans ces derniers jours vous doit faire connoltre que c'étoit en effer elle feule qui conduiloit toute cette intrigue , A que M. le Boultz fe rapportoit entie- rement a elle du maniement des deniers de ía Communanté. Nous lommes per- fuadés qu'il avoit raifon de le faire, quel le Sen eft acquitrée en perlonne habile, éc quéelle en a tiré tout le profie que ce commerce peut légitimement produire; il faut bien qu'elle ne s'en foit pas mal trouvée, puiíque nous avons la preuve quelle le continue encore anjourd'huj par Pentremile du méme Manis, Monficur Madame le Boultz jouif- fans de ces grands biens, failant valoir avantageulement leurs deniers , vivoient dans une fort grande retraite ; il paroik foit dans tout ce que Pon voyoit bean- coup de modeltie « de frugalité ; 1] y en avoir apparemment encore plus dans ce quí ne paroifloit pas; je dis apparem- ment, car mes Parties n'ont pas eu le bonheur d'en pouvoir erre informés par eux mémes; Paverfion que Madame le Boultz avoit congue contr'eux , % quel. le avoit fcú communiquer 3 M. le Boultz, lesa toujours fait regarder comme étran> Y Teflament cafe. 223 sers dans leur maifon. 11 y avoit au tems de la mortdu pere plus de dix ans que Pentrée en érolr interdite aux deux al- nés, « quíls v'oloient le préfenter de- vant Monficur 82 Madame le Boultz , $2 il y en avoir plus de quinze quíils ne re- «evoient d'eux aucun lecours pour leur Iubliltance. Ces vérités font prouvées comme on le verra par des letrres se- conniies, € Madame le Bouliz a été obligée d'en convenir dans l'nterroga- tojre qu'elle a preté fur fatis , Sartcles. Cependant ce quí eft tout-a-fair [ur- prenant, Celt que Madame le Boultz avoué en méme tems que ces enfans bannis de la prélence € de fa maifon, abandonnés de leurs parens, n'avolent jamais manqué au refpeét quíils leur de- voient, ni fait aucune action qui leur púr étre reprochee. Permettez moi de li- re leulement quelques unes des réponfes de Madame le Boultz lur ces deux faits, 8% principalement fur le dernier; je re- ferve les lertres +8 les aurres réponles pour des endroits plus importans. Ms Erard prouve par les réponfes quil sapporte de Pinterrogarolre de Madame le Boultz ce quíil a avancé, $ il die enfuite. Quelle a donc pú étre la caule de la : F jj - 124 Teflament cafe. haine de Madame le Boultz contre mes Parties? Il eltévident que les feules qu'el- le peut avoir eues , font d'un cóté la prédiletion aveugle qu'elle avoit pour leur puiné, 8c de Pautre, fon extréme pallion pour le bien , 8 la crainte des dépentes qw'elle auroit été obligée de faire pour leur éducation , 82 pour leur établ:iflement, fi elle avoit voulu les tralrer corame [es enfans. En effet tous ceux qui ont été témoins de la conduite domeftique de Madame le Boultz, ont remarqué qu'íá melure que fes ainés avangoient en áge , $ que la difpofition de leur corps qui croifloit malgré eux augmentoit leur dépenfe : on voyolt diminuer a proportion Pami- tié de Madame le Boultz, Mais elle fe -convertifloic en haine, 6 il n'y avoit point' de rigueurs qw'elle n'éxercát con- tre eux. Lorfqwils. approchoient de Páge quí fembloit demander pour eux un érabliflement, quoiqu'ils n'en mar- quallent pas la moindre imparience; cé- toit en eux un crime irremiflible, d'avoir fuivi Pordre général de la nature , SY de n'érre pas toujours demeurés dans l'en- fance. De-la vient que Paíné a éré, comme on le verra, le plus malrraité de tous , 8 le OA A e tl — Fa A o ri A ; 5 És , Teflament café. 125 -econd plus que le troifiéme. Mais d lé- ard de la fille, lon lexe 8 fon áge quí llicicoient les parens de la pourvolr plutór que les ero la rendoient la plus coupable; aufli ce crimen'a pú étre expié que par la mort , quí fut louvrage de la trifte fituation ou elle fur réduite. - De-la vient encore que le plus jeune, don: Pérabliflement étoit plus éloigné , lui paroilloir toujours le plus parfar 82 le plus digne de fes affeétions; £ d'ail- lenrs il £aloit bien que lon amitié s'arré- rat a quelqu'un de [es enfans , 8 qu'elle paílár aux cadets á melure quelle aban- donnoit les ainés , quand «cela v'auroit dúfervir qu'á augmenter la peine de ces deniers. La feule voie qui leur fut ouverte pour éviter lindignation_de Madame le Boultz étoit , ou d'embraller la vie Re- ligieule, ou de prendre les Ordres des quiils en avoient arteint Váge, 82 de re- cevoir des Bénéfices, a la charge d'en laiífer le revenu 4 Madamele Boultz, 82 de dépenfer moins qwils ne produi- foienr. Ce n'elt point une éxageration , 1l ne fufhiloit pas pour fatisfaire Madame le Boultz , que les ainés ne lui caulaffent point de depenfe ; elle vouloit encore. quíils lui apportaflent du profit, comme E ij 126 Teflament café. fi elle avoir voulu tirer Yeux un tribut pour le prixde la lumiere quelle leur avolt donnée, Ceux pour qui je parle n'ont pas été affez heureux pour pouvoir remplir entiérement fes intentions 3 celt la principale railon quí leur a faie encourtr La diígrace. - Quelquinjuíte que fúr cette averfion de Madame le Boultz contre mes Par- ties , On ne s'éronnera point qu'elle aít pú Pinfpirer a M. le Boultz : quand on Ícaura lempire qu'clle avoir pris fur fon elprir. Cela pafle tout ce que Pon peut SImaginer , autant que M. le Boultz avoit de fermetda Pégard des étrangers 5 autant avoitail de condefcendance , On peut dire méme de foumiflion pour tout Ce que vouloir Madame le Boultz, foit par eftime, foit par crainte , ou parce- qu'il ne pouvoit obtenir qua ce prix le repos qu'il avoit belvin de trouver dans a mailon , lorfqwil fortoit du bruit a de Pembarras du Palais. Toure (a famille Ícair, 8 tout le Publica éré informé quil noloit la contredire dans les cho. les mémes qui blefloient le plus ouyer- tement la juíticé , 82 la raifon. Madame le Boultz fe lervit de toute cette autorité , elle y joignit encore les artífices ordinaires aux períonnes de (or; 1 Teftament caffé. 117 fexe , pour féduire 8 pour corrompre , fi je Pole dire ,a V'égard de fes enfans, le cezur de M. le Boultz : tous leurs do- meltiques ont été témoins des diícours delavantageux qu'elle lui tenoit d'eux en toute occalion, 8% des autres moyens quielle a mis en nfage pour lui commu- niquer la haine. Enfin elle Paccoutuma tellement par degrés 4. cette haine , elle la lui rendit infenfiblement li familiere , quil fembloit que le principe en fut en lui-méme, 8 quil paroiflo1r agir natu- rellement, $ futyre fon propre pen- chant, quand 1l les maltraittolt. Cel ainfi que ce Magiltrat fi équita- ble dans les fonérions de la Charge , n'a pú sempécher de devenir par com- ploilance injufte dans fa famille. Il n'elt pas le premier qui a joint a d'éminentes qualités le défaut d'avoir trop de créance en la femme : combien d'hommes illuÉ tres ont obícurci comme lui par, cette foiblefle domeltique , Péclat de leurs vertas publiques > Tous les amis, tous les proches de M. le Boultz fe lont em- ployés vainement auprés de lui pour fes enfans ; Madame le Boultz a rendu tous ces efforts inutiles. Mais c'étoit peu pout elle d'avotr pri- vé fes enfans de la vué de leur pere pen- E iuj 128 Teflament cafe. dantía vie > 8c de tous les feconrs quils auroient dí recevoir de lui; elle Pa en- core en mourant obligé 4 les priver de les biens, parce Teftament quí elt la con- lommation de les artifices 6 de fesin- juítices. M- Erard entra enfiite dans un grand détail, 8z circonftancia en particulier les marques de haine, 8z les mauvais traite- mens foufferts par chacune de fes Par- ties. ll éroir obligé par le devoir de fon miniltere de rappeller tous ces fairs avec une exaétitude [crupulen(e, je dois leg épargner a mon leéteur, comme étant plus propre a le fatiguer qua Pinftruire, 11s font un tablean bien vif de la dureré éc de Pinjuítice du pere 8z dela mere, ll ef étrange de voir Pempire que les palfions ont fur les hommes, qu'elles changent du tout au tout; de forte que la perfonne la plus raifonnable lous la forme qu elle prend , elt tout d'un coup changée dans un autre homme. On ne reconnoít plus ce lage Magiftrar qui fer- . yoit de modele. On le confond avec homme le plus pafionné. Quelle hu- miliation pour Phomme ! C'elt ce mé- lange de grandes qualités quil allie avec tant d'imperfection, $z de foiblee qui donnent licu de dire que Celt un como Teffament café. — 129 pofé de grandeur 8z de ballefle. Cieft -Punion du ciel avec la terre. Quelle ma- tiere á refléxions ? : Aprés quion a expliqué le fait avec beaucoup de fincerité , on paflera á la procédure , elle elt fort fimple, Louis le Boultz a fait afligner fes freres alnés aux Requétes du Palais , pour faire ordonner la délivrance de lon legs univer- lel ; Se c'eftlá Peffer de la predilection du pere de la fuggeltion de la mere. Elle devoit naturellement demeurer neutre , elle eft intervenue, 8% selt jointe avec lui lous prétexte d'une qualité d'exécurrice teftamentaire , qui elt finie il y a long- tems, 8 qui d'ailleurs ne Pobligeo1t point 4 prendre parti contre des enfans qwelle- méme déclare ne lui avoir jamais donné aucun fujer de plainte : mais elle n'a pú diflimulet fa paflion , 82 Vintérér qu'elle prenda faire valoir ce Teltament. Les Parties adverles ont obrenu aux Requétes du Palais une Sentence par défaut; ceux pour qui je parle n'ont pas voulu le lervir de la voye de Poppofiion qui leur étoit ouverte , 1ls ont micux almé enappeller , afín d'évicer un dégré de juriídiótion, 8z de finir plus promp- * tement ce procés quíils Mont entrepris quavec déplailar, . Y 130 Teflament cafe. ll na pas méme tenua eux quíils ne layent érouffé dans lon commencement, 8 quils n'ayent évité Péclar de la plai- doir1e5 quelque fujer quils euflent de sen promertre un fucces avantageux , ils ne sy lont refolus qu'+prés avoir tenté toutes les voyes de douceur. . lls ont fait prier Madame le Boultz de convenir d'Arbitres , is lui ont offert - Plulicurs fois de temertre leurs intérers, éX leur fignature entre les mains de tels de leurs proches , ou d'autres perfonnes d'honneur qw'elle voudroit choilir 3. ils ont ebcore depuis peu réitéré Pofftie á M+* Robertfon Avocat , en prélence de M. le Procureur Général. Madame le Bouliz n'a voulu écouter aucune de leurs propolitions. j lls elperent que par P'évenement:, elle leur aura fait plaifir, Se qu'ils auront le double avantage > avoir fatisfait aux deyoirs de 'honntteré, €: d'obrenir en- core de votre juítice la caffation du Telta- ment dont ils le plaignent. J'a1 pour cela deux moyens, comme je Pai die des le commencement de la Caufe , quile tirent des faits que- j'ai eú Phonneur de vous expliquer. Le premier moyen cft que ce Tefta» menta eu pour principe une haine fans IRIZTO Teftament cafe. 131 fondement , une colere injufte , 8 que nous fommes precilément dans le cas od vous avez coutume de caller les tefta- mens qui paroiflent avoir été fatts par ce principe. C'éft une maxime conftante parmi nous, que toutes les fois qu'un pere te- tranche a lun de fes enfans une partie de ce quil lui devoir, ab inteffat, dans a luccelfion, pour en avantager un au- trez 8 quil paroít que fa difpofition quí eut pour motif un fentiment de haine , ou un mouvement de colere , ne doit point (ubllter. Nos Coutumes 4 la vérite larffent aux peres dí aux meres le pouvoir de dilpo- fer de ce qui excede la légitime de leurs enfans ; il n'y a que cette portion dont elles ont voulu demeurer maitrelfes ab- folués , elles permetrent aux parens de déroger pour le furplos á ce qwelles ordonnent > á elles ne le donnent aux enfans qu'en cas que le pere ou la mere n'en ayent pas difpolé autrement. Nene prérens point contelter ces regles ¿énérales , il eft juíte que les peres quí dde les chefs , les Magiltrars de famil- le puillent le faire craindre , fe faire obéir par leurs enfans 3 qu'ils ayent de- quoi les punir , 82 les récompenfer fe- Ev] 132 : Tefament cafe. Jon qu'ils Sen rendent dignes. Sans cela l'autoriré que la nature leur dónne ns que la loz leur confirme, ne feroit plus qu'un vaín titre, leur impuiílance les expoferoit au mépris de ceux quí leur doivent étre foumis. Mais quand la lo le démer ainfi de la puiílance en faveur des peres , cen'elt pas afin quíils lemployent a farisfaire leurs pallions. Elle veut quen prenant la place, ils prennent autli fon efprit; celt pour le pere 8 pour le magiftrat domeftique qu'elle a cette déference, 8z. non pour Pennemi de fesenfans, ni pour le tiran de la famille. Elle lui laife la difpofition de cetre partie de fon bien pour exercer la liberal > pour fatisfaj- re la tendrelle, 8 non pour affouvir ía -halne , ni pour exercer la vengeance. Toute la faveur que les nons de pe- re 8 de mere peuvent donner 4 leurs difpofitions, c'eft que quand les motifs qui les ont portés a réduire un de leurs enfans d (a légitime ne paroiéne point, on préfume favorablement qu 'ils en ont eú que de juítes , 8 quiils ne fe font propofé pour objer que le bien de leur famille : mais loríque les morifs paroif fent, 8: quils fon: injuítes, quand on voir que la paflion a eú plus de part q Tefament cafeA 135 “Teur teftament , que leur prudence leur pieté, que C'elt la haine quí les a * rendu libéraux, 8c qu'ils 'ont voulu en- z richir les uns que pour avoir le plasar de dépouiller les autres. Alors la loi quí leur avoit cede la place > indignée de cé - qu'ils en ont abuíé > prend la leura fon tour ; elle devient la mere la proteétrt- ce des enfans, dont ils fe font rendus indignes d'trre les juges : $ leur difpo- fition , quoique permile en elle-méme , devient :nulle 62 vicieufe par Pinjuftice du mouf quí Ya produite. Ceft aná que l' Auteur du Traité des Donarions s'en explique. S7 48 pere, dit- 3L, animó de haine (> de manvaife volor- té fans raifon , contre fes enfañs > 00 contre Pún dVeux , difpofe de fes biens an profis d'une perfonne qui d'ailleurs pourroit le nié- rirerz néammoins ayant onblié les devotrs paternels , d' les regles de la nature, fa difpofition paje pour injufle, O demente fans effer. L'averfion qu'il a ent contre [on fang fait préfumer quéil ma pas en La liberté de déberer d'une attion de cette importan- ce ni sil étoit jujte de priver Pan de fes en- fans une parti de fes biens pour en grati- fer les autres. : Y a-vil aufíi rien de plus contraite 4 Tétar od doit ¿we un homme pot! deci» 134 Teflament café. der du fort de la famille que cette ayer- lion? Les Jurifconíulres difent que le teltament ell, 7 efatio mentis, que Ceft, + Jufta voluntatis fententia? peut-on donner ces noms ad une difpofition faite dans le trouble qu'excite la colere > 4% la haine> Si nous confultons nos Coutumes, nous trouverons que la premiere 8 la principale condition awelles defirent dans un teltament, cel que le tefta- teur foicÍajn d'elprit ; peut-on dire que celui li elt fain d'elp It, qui eft agité par les mouvemens déreglés de cette paílion, qui lelon les Philofophes,ne dif fere de la fureur que par fon peu de du- réc? Un homme en cet étar eft.-11 capable de porter un jugémenr juíte 82 fín fur le mérite de les enfans > Sí fur la diftribu- tion de [es biens > : Aull tous nos livres font remplis d'Arrérs qui déclarent nuls ces lortes de teltimens : nous trouyons la preuve de Vancienneté de cette J urifprudence dans le Traité :ntitulé /e Confeil de Pierre de Fontaine, quia été fait du tems de laint Louis, L'Auteur dir, qu'un pere dont la fille Set mal gonvernée , peur dilpofer defes meubles, 8 acquéts , 82 non de les proptes au préjudice de cette fille, , Pourvú qu'il ne fait Émá que par labaine de ci, A ho Tofiament cafe» 135 Lo fadeferte. Celt-a-dire, de la mauvaile comduite, Y non par aucun autre ¿chanf- fement. Et dans un autre endroit il ajoú- te, sil wappert que le pere att fait tel devis plus par la haie de fesenfans > que pour fer- vices que Linfhirue lus a faits. : M: Antoine Mornac rapporte un an- cien Airér rendu en faveur de Sebaltien dela Faye > qui calle fur ce principe le teftamen: d'une mere qui avolt reduit les enfans á leur légitime > Senatus teftamen- sum illud ut irate immnerito > matris ham- nayit. 2 'auteur du Traité des Donations > eh rapporte un autre du 13. Aoúr 1613. qui déclare nulle reftament d'une mete quí avoir inftitué fes enfans máles , 4 larfle feulement la légitime 4 la fille , parce- quiil fur prouvé quelle avoit depuis long-tems pour cette fille une averfion injuíte. ll en rapporte encore cing > entr'au- tre, un rendu le 10. Mal 1641. dans l. fa- mille de Meflieus de Maupeon, qui caf- (a le teftament du pere, quoique le ref- fentiment qui y avolt donné lieu parut allez juftez tant 1 et vral quun pere doit éure exempr de toute peffion pour diípoler valablement de (on bien au pré-' judice de fes enfans. ll rapporte auf 136 Teflament café. PArrét de Pollard du 10. Janvier 16 $8 par lequel la Cour annulla le teltament de la Dame de Tierfaur , qui avoit inf- titué lon fils Légataire univerlel , 8z re- - dut la fille á la légitime; parcequil pa- rut que cette difpolition avoit eú pour fondement laverfion que la Teltatrice avoir contre a fille, 82 contre fon gendre. Nous en lifons un autre du premier Aott 1656. dans le Recueil de M: Lu- cien Soeve , un des plus exact que nous ayons. Cet Arrét prononce fur une el pece bien plus difficile que les autres, il. s'agiloit d'une donation entre vis, faj- te par un pere , au profit de deux de fes filles 5 le pere avoit fait tous les efforts pour en cacher le morif lecrer > il avoit méme pris la précaution d'exprimer une caufe [pécieule 82 favorable , que ces deux files éroient dans Pindigence , au- lien que les autres enfans érojent riches, éc que Vailleurs elles lui avoient rendu de grands fervices, Cependant la Cour lans Sarréter á ces motifs écrits dans la donation, alla fouiiler juíques dans le lecret des penfées de ce pere, 8 letrou- vant animé de colere contre les autres enfans, loríquil avoir fait certe donation, elle la cafía conformément aux conclu- fions de M. l'Avocat Général Talon, A A A Teflament cafe. 137 -Outre ces Arrérs qui (ont dans nos livres , Jen ai encore trois dans mon lac intervenus dans des elpeces enticrement lemb'ablesá la notre. L'un du premier Septembre 1676. 2 café un teftament fair par le nommé Ga= mot entre fes enfans; 1] avolt reduit les enfans du premier lic a leur légitime , $£ inftirué deux de ceux du fecond lit Lé- garaires univerfels 3 1l n'y avolt rien en cela qui nelui fúr permis > le teftament étoit tour écrit, 82 figné de la main du pere: mais il paroiílo1t dans la conduite que Gamot avoit toujours tenué envers les enfans de fon premier lit, une aver- fion dont on jugea que le teftament éroit la fuire , 82 fur ce feul fondement il fur declaré nul. 11 y a méme une circonftance a obÍer- ver , ceft que cet Arrér avoit éré préce- dé d'un premier Arrétinterlocutoire ren- du en ' Audience de la grand-Chambre s qui avoit permis aux enfans d'informer des faits de haine 8z de colere par eux articulés , parcequíils n'en avolent pas alors la preuve, 3 par la vous voyez. que nous fommes bien en meilieurs termes. Le fecond Arrét que nous rapportons et un Arrér du 16. Décembre 1672. rendy au profit de Guillaume Duchaut , 138 Teffament caffé. qui a café le teltament de Marie Hemart ía mere , par lequel elle Vavoit reduir á la légitime , 8% inftizué les petirs enfans quielle avoit d'une fille , fes Légaraires untverlels, Le Plaidoyé de M. Talon y eftrap- porté tout eutier , les motifs de PArrér y lont expliqués, 8z 1l paroir quíil efe fondé principalement (ur ce que Pon re- connut que cere difpolition étoit un ef- fet de la haine quela mere avoir concúe depuis long-tems contre ce fils, pour quelques emportemens de jeunefle dont il s'étoit depuis corrigé. Enfin nous rapportons PArrét celebre de M. Pinon du 3» Feyrier 1674. inter- venu fur la méme queftion qui eft 4 ju- ger. La feule difference qui le rencontre entre cette efpece 8z la notre; cel que les faits que nous articulons font beau- coup plus graves que ceux qwalleguoit M. Pinon, $2 quenos faits font prouvés, aulieu que les fiens ne Pétoient pas, 8 -quil lui fallar, comme dans Paffaire de Gemotr, un premier Arrét qui lui permit d'en faire preuve par témoins. Y a-til rien de plus équitable que cet- te Jurifprudence , 82 ne peut-on pas - jultement appliquer á ces Árréts ce quí a été dic d'un jugement. de PEmpereus Y Tefiamene caffé. 139 -Auguíte, qui calla [ur le méme fon- - dement un teltament femblable 4 ceux- BN as . 0 las Si ip/a equitas hac de re cognofceret > poffecne juftius aut gravius promunciare ? ll ne doit pas en effer Erre permis á un. pere de hair fans fujer fon propre fang » comme le marque le méme Pierre de Fontaine; eft-il rien de plus monítrueux dans la nature que Paverfion qu'un pere congoit contre les enfans , fans autre raifon que parcequ'ils lont les enfans ? Y a. til rien qui foit davantage contra offí- cinm pietatis , Sc qui mérite mieux le nom de difpofition inofficienle que ce qui elt fait par ce principe? L'autorité des peres n'eft fondée que fur Popinion que Pon a de leur tendref- le 82 de leur pieré , Se fur ce que Pon réfume quíils ne sen fervirontque pour e de leur famille. Paterna pietas optimum confiliuzn pro liberis capit» Voilá le tirre fondamental de leur puiflance 5 ainfí quand ce principe de leur autorité manque > il eft juíte de les en dépouiller, 8z Pon ne peut reclamer pour eux le [e- conrs des loix dont ¡ls ont trompelar- tente. Pour appliquer ces principes A notre Caufe, il ne faut que rappeller les faits que je vous al expliques. 140 Teflament cafe. Jamais teftament parutal plus ¿ví demment étre fait par un mouvement de haine > mais d'une haine in juíte que celut de M. le Boultz> Quand pourra-t-on caller un pareil teftament, fi ce nel dans les circonftances qui le rencontrent dans notre elpece ? Que peut faire le pere le plus irrité contre les enfans, que M. le Boultz nit fait contre les fiens? vous les avez vús challés de la maifon, bannis de la wué pendant les dix derniers annces de la vie. Punition la plus rigoureule que les peres les plus outragés impofenr a leurs enfans , 8z il "arrive méme jamais qu'a- prés les avoir condamnés 4 cer éxil, 1ls ayent la fermeré de le leur faire louffrir julqwá la fin, comme a fair M. le Bou!tz, Je [uis obligé en cer endroit de vous dire un fait quí n'eft venu dá notre con- noiflance que depuis deux jours : M. le Boultz Maítre des Requétes nous a2p. pris , qu'un jour quiil parloita fon frere en faveur de mes Parties ; M, le Boultz lui dit ces paroles : on frere ,choififfez ou de ne me jamais parler leux, ou dene me votr jamais 5 la haine alloic Julqu'ine pouvotr entendre parler de les enfans. Mais que dirons-nous du refus des alimens quíil a ajonté á cet exil refus JE í / A A A o o ps > e E > IIA A mm, - ; Teflament café. — . 41 Yui eft comparé au parricide , q4í alímen» ta denegat , necare videtur. Et dans la vé- rité , fi mes parties ont fublité juíqu'a oo ¡ls n'en font pas redevables a 'afliftance quiils ont regué de leurs pa- rens , ils nele font qua la pieté des per- lonnes érrangeres , % a une proteétion particuliere du: ciel qui les a prélervés une infinité de fois , prérsa fuccomber au defelpoir ou a perir de milere. Et ce qui rend ce refus plus injuíte, Ceft que cependant on dépeníoit en fu- erfluités pour le cadet , ce que Pon re- afoie aux extrémes beloins des aínés, Vous avez vú.méme que M. le Boultz non content de leur refuler les alimens quil leur devoit, a voulu encore leur Oter ceux qu'ils ¡ecevoient de la charité des érrangers 5 le fieur Abbé le Gendre vous rendra témoignage des efforts que M. le Boultz a falts pour cela auprés de lui, Sí ne fur-ce pas dans ce méme el- prit quil arracha á Frangois le Bonltz la commillion de Liemenant qui lui avoir été donné par M. le Préfident Robert, Je paíle fous filence toutes les autres marques de haine , tous les autres en- portemens que M. le Boulrz a eús contre eux3 parceque ceux-la renferment 8% Suppolent tous les autres, 141 Tefament cafe. Je vous fupplic feulement de faire deux oblervarions décifives, 7 La premiere, que cetre haine de M. le Boultz contre fes enfans wéroit pas moins injuíte que violente; qu'ilsne lul ont jamais donné aucun fujer de mécon= tentement ; ils foumertent a la cenfure des Parties adverles toute leur conduite depuis quils font au monde. 1ls les dé- fient d'y trouver , je ne dis pas feule- ment une mauvaile ation , mais la moin- dre laillie de jennelle , le moindre man. quement de relpeét. Nous avons méme Pavantage , QU'0u- tre cerre preuve négative Madame le Boultz á tn elle-méme 4 ceux pour qui je parle une preuve polttive de leur bonne conduite, 82 la plus aurentique -Qquíls puiflent jamais avo1rc'elt la recon. noiflance quelle en a faite elle-méme dans Pinterrogatoire quelle a fubiá leur requéte. Ce témolgnage lans doute ne lera pas fufpedt, ils ne peuvent jamais étre loués par une bouche dont Pappro= bation leur falle tant d'honneur. La feconde oblervation eft que M. le Boultz a perfeveré dans cette haine in- julte pendant toute la maladie, € quil étolt encore actuellement dans cette mauvaile difpolition contre fes aínés, Feflament caffe. 143 Joríque Madame le Boultz attentive ad Protiter de ía pañion , lui a fait fare le Teltament dont il S'agit. Cela paroic clairement dans le Billet crit par Pintimé au fieur Abbé le Boultz lon frere aíné. Les termes de ce Biller 'Ont connoítre quil ne peut avolr été €crit que le marin du jour méme que M. le Boultz fut confellé, 8 qui: fi lon Teltament; puilque Pintimé y marque que Pon craígnoit á tous momens qu'il ne mourúr fans avoir recú les Sacre- mens, 8 quil y parle du Confelleur; | cependant ce méme 'Biller apprend au ficur Abbé le Boultz que lon pere ve- hoit encore de lui refuler la permillion de le voir. | Il lt donc prouvé par le témoignage de P'intimé , aufi-bien que par l'interro- gatoire de Madame le Boultz, que quand M. le Boultz a fat fon Tellament, il étoir encore agité des mémes monve- mens de haine « de colere contre les al- nés ; 8< que ce teftament elt un dernier effer de la pallion aveugle quí julques alors les avoir fair traiter li durement. Cela parol: encore par les reproches que M. le Bonltz leur fitle méme jour en prelence de toute la famille, lorÉ- quis fe prefenterent devant lul, depuis "co Teltament fait. 144 Teflament cafe. Prétendra - t-on apiés cela que ce Teitament foir valable > y a deux IOyens pour prouvet quun teltament a dé fair par un princt- pe de hame ou de colere. Le premier , loríque le Teltateur y a inferé quelques - Termes injurigux , quelque mauvais élo- ge qui marque Ía prévention ; dans ce cas 11 Welt pas befoin de chercher hors de l'adte, des preuves de la difpofition OU étoit le Teftateur; le teftament porte en lui-méme le carsGere de la mullité , 8% le (can de. fa condamnation. Mais au défaut de ce moyen nous en avons un antre, pour comnottre (i ceft la haine qui a déterminé lo Tefltareur; 1l ne (ufhe pas quil ait eu la précaution de ne la pas exprimer dans (on tefta- ment, loríque toute la conduite quil a tenué julques lá découvre fuftifamment les lentimens de lon carur., Tous les Arréts que je vous aj cités font dans ce dernier cas : le teftament de Madame Pinon, celui de Gamot , celui de Marie Hemarr, le teltament de la Dame de Tierlaule, 8 rous les autres généralement dont je vous al parlé, ne contenotent rien d'injurieux. On avoit méme exprimé un motif tout different dans la donation qui fut caflée parPArrér de Ot o Tefiament cajje. 145 de 16 56. La haine n'éro1t prouvée dans toutes ces elpeces , que par les circonk- tances, de par la conduire que les Telta- teurs avolent tenuc julqu'au tems de leur teftament, in Ne feroit ce pas eneffer uneillufion , £ Pon fe contentoit d'établir pour regle, que les teltamens faits par un pere ani- mé de haine contre fes enfans, feront nuls 8% que Pon ne permit pas la preuve de cette haine, á moins que le Teltateur Yeut eú la fimplicité de Pécrire lui mé- me dans fon teltament? Quel Teftateur allez mal avilé tomberoit dans cetincon- venient, fcachant que cette expreflion rendrotr fon teltament nul,8 quien ne Vexprimant pas, on ne feroit point re- sú 4 prouver la colere par une autre voye! De quoi ferviroit-il d'inftituer des loix , (1 Pon ouvroit en méme tems:4 ceux quí voudroient y contrevenit un moyen aulhi facile de les éluder, € leur conviétion ne pouyoir venir que d'eux-mémes. Commenos actions découvrent mieux que nos diícours ce que nous avons dans le cocur, la preuve de Paverfion du Tel- tateur qui relulre de toute la conduite eltencore plus fire $ plus convaincan- te que celle qui relulte de ce quil a Tome XIX. q 146 Teflament café. o écrit, peut étre avec, peu de reflexion dans fon reftament. Mais P'on peur d'autant moins faire de dificulté fur cela dans cerre caufe que la palion qui a donnélien au Teftament de M. le Boultz ne set pas feulement fait connoítre“par toute fa conduite,, el- le paroft encore par la qualité méme de la difpolition. 10m Quel autre motif auroit pú Pobligerá Choilir le cader de tous les enfans pour le mertre fur la téte de fes freres., 8 pour en faire le chef de la famille? 1] £fauc avoiler que ce lentimento'elt pasnaturel, il ne convient ni au voeu commun de la nature, ni a Pefprit delaloi, ni aux fen- timens ordinaires des peres 8% meres, -Quoiqueles ainés n'ayent de preciput par la difpofition de notre Coutume que fur les biens nobles, ils-ne laiffent pas d'avoir fur lesautres biens ne elpe- ce de droit , au moins de bienféance qui relulte de ce quíls ont éré les premiers faifis de Pelperance d'y fucceder. Si la Coutume ne les avantage pas elle méme, elle les indique aux peres pour fuppléer a cetégard ce qui manqueá fa difpofi- tion. Áinfi quand un pere veut faire des avant ages a quelqu'un de fes enfans, il ne peut choifir pour cela un cader fans | Teffament caffe. 147 faire d les ainés une injuítice manifelte; au lieu quien avantageant Painé il ne alt point d'injultice aux caders, 8 le moins qu'il puille faire pour lui y+ eft de dajfler les chofes dans l'égalité. La feule incapaciré , la feule indignité des aínés, peut autoriler les avantages faits d un cader, Celt ce qui ne le ren- contre pointici, au contraire il n'yarien dansles aínés quin'eúr dá atrirer plutór une augmentation, qu'une diminution de leur part héreditaire. 11 eft donc évident que cette difpolition bizarre , contraire a Pordre dela nature $ de la lot, ne peut avoir eu pour principe que les paflions dont fon déreglement porte le caraítere, par conféquent elle ne peut fublilter. Les Jurifconfultes décident que fi un _ pere difpofe de fes biens au préjudice d'un fils quil ne connoifloit point , ou qu'une longue abíence avoit fait paller - Pour mort dans Pelprit de ce pere; cet enfant venant á paroítre doit rompre le teltament : ne peut-on pas dire que mes Parties font en quelque facon dans ce cas > M. le Boultz s'étoit tellement ac- coutumé a lesregarder comme des étran= gers qu'il ne les comptoir plus au nom- bre de les enfans, ¡ls ne vivoient plus dans fon coeur, il les ayoit eneveli dans Gi 148 Teflament café. : un oubli volontaire, bien plus ficheux que celui qui ne vient que d'un défaut de mémolte 5 ces enfans reparorllent au- jourd'huí, la juftice les retrouve; elle doit lans doute rompre le Teltament, £X reparer le tort que leur a fait Poubli de leur pere, Toutes ces- railons. me paroiflent (1 prellantes que Javové que j'ai peine 4 prévoir quelles défenfes. on poura leur oppofer. Difconviendra-t-on de la vérité des faits que j'a1 expliques 2 ¡ls font prouvés, Sá par Pinterrogatoire de Madame le Boultz , 82 par des lettres de -M. le Boultz 8% de Plntimé; 8 quand je n'en aurois pas la preuve entiere par écrit comme je Pai par ces lertres, % par cet Interrogatoire > pourroit-on me refuler la permillion de lachever par témoins ? Vous Paccordez toujours dans ces OCCA- fions des qwiil y a le moindre commen- cement de preuve, la moindre apparen- ce que les fatts qu'on avance font lerieux, $ vértables; celt la regle que vous avez (uivie dans les Artéts que jaj cirés. T elt méme néceffaire d'en uler de la forte ; parceque d'un corté les enfans ne peuvent pas prendre des Actes par écrir O EAST UN e Tefflament caffó. 149 dela colere de leur pere , ni des mau- Vals traitemens qu'ils en (ouftrent 3 Se que les peres d'aurre pare ne pouvant manquer d'avoir quelque honte de leur Injuítice , le gardent ordinajrement de confier á Pécriture les marques de leurs emportemens : leur bouche peut quel- quefois. les trahir , mais leur main plus lente leur donne le tems de refléchir , dV'arrérer leur plume , 6% d'empécher qu'elle ne porte contre eux mémes un témoignage irréprochable. On ne peut donc s'étonner que Mon- fieur 8 Madame le Boultz [e lorent laiflé emporter á leur paflion y julqu'au point d'en donner eux-mémes des preuves par écrit 82 de n'érre pas maítres de rerenir leur main. Que fi la vérité de ces faits eft conftan- te , entreprendra-t-on de les exculer , 8% de foutenir qu'ilsne font pas allez graves pon donner atreinte au Teftament? ils e font incomparablement plus que ne Pétoient ceux dont vous avez permis la preuve dans les affaires de Gamot , S de M. Pinon, $ que ceux qui ont fait cafler tous les autres teftamens dont J'ai rapporté les exemples. Er quels trairemens plus cruels, un pere peut-il faire fouffiira fes enfans G 4] _YSO Teflament caffé. que de leur interdire la maifon , de les priver de la vué,, de leur tefuler des ali mens > 6% que toutes ces autres duretés que mes Parties ont éprouvées pendant tant d'années , 8 que je ne repeterai point? | Siln'y a perfonne qui ne foit touché du malheur des enfans que la jaloufie, la hoate, ou la pauvreté de leurs parens fait expoler en nmaiflant: combien doit= On ploindre davantage un homme de con. dition qui connoillant ce quíil eft fe voit abandonné par des paren; riches , dans láge on ils devroient Pétablir> ne fem ble-t-il pas quíils ne Payent reconnu , ¿levé jufques la que pour le mertre en état de mieux fentir le malheur de cet abandonnement >? : Je ne vois donc d'azile pour les Par- tiesadverles que dans ces moyens com= muns , 62 généraux que l'on a coutume d'employer dans toutes les Caufes, oñ les enfans (e plaignent du teltament de leur pere. On fera voir la nécellité de conferver Pautorité des peres fur leurs enfans , on ne manquera pas déxagerer la faveur de cette puifíance quí elt de toutes la plus ancienne. On táchera de rendre odieule la conduite de mes Par- ties qui viennent, dira-1-on, déclamer MiS EMISOR As Tefloment caffe. 15í €ontre leur pere , 8crroubler lerepos de les cendres; on foutiendra que le peude relpedt qwils font paroitre pour fa mé- moire , doit faire juger quíls en ont manqué pendant a vie, 8% jultifie la dif pofition que M. le Bouliza faite en fa- veur de leur puíne. Enfin on vous fera remarquer le dan» ger qwil y auroit á recevoirdes faits pour renverler le teftament d'un pere, Pou- vrage de fa lagefle, que ce leroit ouvrir 4 tous les enfans reduits ¿leur légitime une voye pour s'en plaindre; que li vous le louffrez autant de teftament feront naltre autant de proces , SL que le pou- voir que les loix donnent aux peres de difpofer de'Pexcedent de la legirime de leurs enfans devient une ¡llulion. Mais ces confiderations générales ne reglent pas vos jugemens, elles n'em- péchent pas que vous ne cafliez tous les jours des teftamens folemnels fur les plaintes des enfans. Sil eft important quils fojent foumisá leurs peres 5 il ne Peft pas moins que les peres foient fou= mis ¿laloi,qw'ils foient équitables envers leurs enfans. Il faut que cetre puiflance paternelle que Pon ¿leve fi haut, S'hu- milie devant votre tribunal 5 il fant que ces Magiltrass domeltiques VIEnnent G 13 52 Teflament cafe, VOUS reconnoítre pour les peres comz cette autoriré que vous leur confiés, 82 quils nexercent quavec une entiere iubordination 4 la vótre, l et donc nécellaire d'entrer dans le particulier de la Canfe qui elt a juger: il faut on que vous fafiez voir que les - faits que nous avons plaidés font fabu. leux., ou qu'en les rECONnOlHÍANE véritas les , vous prouviez quiils ne peuvent pas felon nos regles détruire un tefta. MEént , 6 que nous ne lommes point dans lecas des Arrérs que al rapportés, Or Ceft ce quiallúrément vous ne pour- 1EZ falte voir 5 ainfi ce premier moyén pourroit fufire pour renverfer le Tefta: ment de M. le Boulrz. | a1s ce moyen ett encore foutenu, 82 fortifié par un fecond 5 Celt que cette haj. ne injulte , ce Teftament nofficienx, lont des efets de la fédudion S des aro tifices de Madame le Boultz, que cer elle qui par cette haine qwelle a infpirde a M. le Boultz dans tous les tems l'a dif. poté de longue main 4 dépouiller mes parties de fes biens, $ que cell elle en. core qui lui en a fir Prendre en mon- tant la réfolution qwila prile, 8 qui lui a fugocré cer injuíte Teltament, SS Del vv mM Teflament caffé. 153 Je ne repeteraj point ce que je vous al dit de Pempire que Madame le Boultz sétoit acquis (ur Pelprit de M. le Boultz, Celt un fait fi public qu'il ne nous fera pas difficile d'en ayolr la preuve com- plette , Í vous la jugez nécellaire; 82 J'elpere quil s'en trouvera déja des preu- ves dans le commencement d'nforma- tion dont Madame le Boultz empéche la continuation, parceque ce fait a quel- que rapport avec la louftradtion des ek feis dont nous avons commencé d'in= former. Je ne repeteral point non plus ce que Jal eu Phonneur de vous plaider tou- chantla maniere dont Madame le Boultz a abulé de cette autorité pour prevenir, Sí pour animer M: le Boultz contre mes Parties, ni ce que ai dir de Vaverfion quelle a témolgnée contre eux en tou- tes occalions. J'y ajomterai feulement deux faits Iimportans que javois reflervés pour cer -endroit. Le premier , qu'íun homme de Qua- lité parent de M. le Boultz, Pexhortant un joura mieux tratrer les enfans , 82 lui repréfentant Pinjuftice de lon procedé. 1 luz arracha ces paroles: Je his per/uadé de ce que yous me dites > 1mais je veux avoir Gv 154 Teflament café. du repos dans mon domeltique. Powvoic- ¡1 marquer plus nettement qwil ne pouvoit avoir la paix avecía femme, sil ne faifoit la guerre á les enfans , X que la dureré de la conduite réroir quun effer de la complailance. Je ne craindrai point de nomimer cette perlonne parceque fon nom augmentera le poids du fait que j'a- vance. Celt M. d'Aligre Confeiller de la troiliéme,, nous elperons qu'il voudra bien en rendre támoi gnage sil eft beloin. autre fair ceft que les proches, 8 les amis de M. le Boultz, ont fouvent re- matqué qu'il parloit ayec beaucoup plus d'aigreur de fes deux alnés , lorfquil étolten prólence de Madame le Boultz que lor(qwelle éroit abíente. Mais venons aux preuves de la lug- geftion du Teltament: elle parolt éyi- demment dans toute la condutte de Ma- dame le Boultz queje vous ai expliquée. Peur-on attribuer 4 une autre caufe,, tous les loins qw'eile a pris d'empécher la reconciliarion de mes Parties avec M. le Boultz pendan: fa maladie > Nelt-ce pas dans cette wué qu'elle a refulé aux aínés la permiflion de voir len: pere pen- dant toute cette longue maladie; Pig ce que ce Teltament eur dé fui , 8 qwelle a méme afeé de cacher antane y ct e A AAA Teflament café. 155 qwelle a pú ¿la famille de M. le Boultz, $ a lui-méme le peril ou il étott. Quelle autre railon pouvoit encore avoir obligéca fermer deux foisla por- te au Curé, S au Vicaire de faint Sul- pice, fi ce Welt la crainte qu'elle avoit quils ne fiflent connoítre a M. le Boultz Pobligation od il étoit derecevorr fes en- fans, Scde reparer autant quil pouvoit dans les derniers momens les injuítices quilleur avoit faites pendant fa vie? Sans ce motif Madame le Boultz au- roit-elle pú dans Pextrémiré oú éroit M. “le Boultz, refufer á fon Pafteur Ventrée daris la mailon? car elle demeure V'ac- cord dans fon interrogatolre que ce re. fus vint Welle feule ; M. le Boultz n'y eut aucune part; il ne [gut pas méme que le Curé s'étoit préfenté.. “On le renvoye encore le lendemain matin , on differe á donner a M. le Boultz un Contelleur jufques fur les dix heures , parcequiil fallo: da tems pour faire un choix de cette importance ; 82 qui fait-on venir aprés cela ,un Thearia qui "avoir jamais contell € M. le Bouliz? je m'en rapporte 4 Madame le-Bonltz méme qui elt ici préfente , (1 ce queje dis Welt pas véritable, “+ Pourquoi certe at + y) 156 Teflament Cafe. le véritable Palteur quí le prélentoit de lui méme pour produire en ía place un Inconnu qui ne Icavoit rien de Vérar de la famille, nide la conduire de M..le Boultzz Un érranger inftruiz dans des maxi- mes toutes oppolées d nos Coutimes - houtri dans un pays ou Pulage et de metrtre les aínés dans VEglife , 8clesca- dets dans le monde - Pourquoi cette af feótation > je vous le laiffe 4 Juger, 8xz il elt aité dele connottre par les fuites. Madame le Boultz entre en conféren- ce avec ce Religieux, avant que de Pin= troduite dans la chambre de M, le Bonliz;. «elle fait en méme temas aver= * tir deux Notaires > quoique M. le Boultz a men eut point donné Pordre , le Théatin le confell - Quel fut le premier fruit de ecrte confellion > un Teftament : Mo le: Boulez qui' ren avoir point parlé jul que lá demande des N otalres, ils droient tout prérs, ¿ls Wattendolent que lé (iz gual, Celtd-dire la fortie du: Théatin. On remer ¿lui faire donner le Viatique Lapres dince., quelque fujet quil y eur de craindre que la mort ne le prévint , comme il paroit par le biller que je vous; ai lá. On commence parle Teftament comme le plus prellé, 8c comme sil ne sto confellé que pour Le difpoler 4 faire ce Teltament, Teflament café 157 - Pourquoi cela? celt quil ne pouvoit tecevoir le viatique fans voir €n méme tems fes enfans, 8 fans quil lui fur ad- -— minitré par le Curé de Saint Sulpice > homme fulpeét 4 Madame le Boultz ; elle avoit peurou queles confeils de l' un, 8cla vué des autres ne détournallent le coup, ou qwil ne reftár pas á M. le Boultz aflez de tems pour falre un Tel- tament. L'applicarion que Madamele Boultz a cué depuisa empécher larévocation de ce Teftament, la dureré avec laquelle elle refuía á fes enfans la permiflion de demeurer pendantla nuit fulvante dans la mailon, Paffettarion qwWelle ent le lendemain d'étre préfente pendant que M. le Boulrz fit fon Codicile : tout cela: ne prouve-t-il pas encorela part. qu'elle - avolteuca ce Teltament ? Mais que peut-on juger des termes 8£ de la difpoficion de ce Codicile > Vous avez reconnu M, le Bouliz , ce Magiítrar Li judicieux 8 ( ferme, cet elprit £ éle- vé > quelqu'un voudroit-il crolre que cette difpofition baíle 82 puérile atr éré fon ouvrage : 4 moins que de convenir que ce n'étoit plus le méme M. le Boultz,, en la maladie avoir fair impreflion fur a elprir, ou que fon deffein avoit été 158 Teflament cafe. de faire quelqwautre difpofition , que lá prelence de la femme Pobligea de difli. muler. Enfin la paflion que Madamele Boultz a témoigné depuis la mort de M. le Bcultz pour: faire confirmer ce Tefta- ment, les moyens odieux qu'elle a em- ployés pour contraindre fes enfans de confenur a fon exécution, les démat- ches qu'elle fait encore aujourd'hui en le joignantavec le caderen follicitant ou- vertement , 6 faifant avec lui un parti formé contre ceux pour qui je parle, ne lont-ce pas encore autánt de preuves de la fuggeftion, 8: ne juge-t-on pas alfément que ce qu'elle fait aujourd'hui publique- ment auprés de vous, n'eft que la fite de ce qwelle a fait fecretement aupres - de M.le Boulrz. Quon ne nous objeéte pas que toutes les Parties érant également enfans de Madame le Boultz, il ny a pas d'appa- rence quelle ait youlu rendre 4 ceux pour qui je parle de mauvais ofhices an- prés de leur pere , que cela pourroit fe prélumer d'une belle mere qui auroit des enfans d'un fecond lit , comme dans Peípece de Gamor , mais qu'une mere duit érre exempre de ce foupcon. J'avouc qu'elle le devroir étre, mais a E RR AAA A q AS a O Ii TO O DO O DO O O DO OO DO + Tefiament cafe. 159 quand le contraire paroit, á quoi peut lervir cette qualité de mere , dont on vo1t qu'elle na pas eúl lesfentimens , qua tendre fa conduite plus odicufe ? Quand la pieté naturelle n'elt pasallez forte dans fon coeur pour Pempécher de former des delleins contre les enfans , le titre de mere nefert quía la mettre plus en étar de les exécuter , 82 4 rendre Ía haine plus odieufe. Une belle-mere n'au- roit pú avoir plus d'averfion contre mes Parties quen a eú Madame le Boultz , 8c elle auroit eu moins de pouvoir fur Pelprit de fon mari pour leur nuire : il le feroit defié de les confeils, 11 auroit été en garde contre fes projets : mais quand unesmere joint Pautorité, la créan- ce que cette qualité lui donne avec un coeur de belle-mere , quí pourtoit relif= ter d les artífices ? Je finiral ce fecond moyen par deux * reflexions trés courtes. La premiere, que la fuggeltion elt un des moyens ordinaires 8% de droit que vous recevez tous les jours contre les te- ftamens ; 8 que méme lorfque les faits n'en font pas foffilamment prouvés, vous en permettez la preuve, pe quils fotent artículés , £ circonftanciés : nous -£n ayons une iofinicé d'Arrérs dans nos 169 Teffament café. . livres, 82 cette maxime elt fi conflante que je ne crois pagavolr beloin de m'ar- réter a Pérablir. La feconde reflexion, cel quil ef prelqu'impoflible d'avoir des preuves de luggeftion plus pofitives que celles qui fe rencontrent dans cette Caufe ; parceque ceux quí en font coupables ne manquent jamais d'apporter tous lenrs foins pour empécher quelle ne puille ¿rre décou- verte , aflurés qu'ils en perdroient tout le fruit (1 elle venoit á paroítre. Voilá mes deux moyens d'appel , Se les denx nullités du Teltament de M. le Boultz. Je paíle a Paurre chef de la Cau- le qui regarde le recelé, 8 Pa pel inter- jetté par Madame le Boultz Sl elt nécel- [1re d'expliquer les motfs qui ontobli- gé mes Parties d intenter certe demande. Je vous ai dir que M.le Boulrz avoit toujours fur la place une fomme confidé- sable que Madame le Boultz faifoir va. loir par Pentremile , 82 lous le nom de Manis. M. le Boultz tenoit feulement un Re- giftre ot il marquoit les noms de fes dé- biteurs ,la lomme , $ le jour d'échéan. ce de chaque biller. : On a trouvé de ces Billets lous le (cel. lé pour quarante mille écus;ona au Teflamen: café. 16Y trouvé ce Regiítre écrit de la main de M. le Boultz. Tous les Billers trouvés fous le Scellé Íont cotrés fur ce Regiftiez mais il y en a pour pres de trente mille livres qui Íont cortés fur ce Regiftre , 8% qui tou= tefois ne fe font point Hbuvés lous le Scelle. Ce n'elt pas quíils euffent été acquit- tés, 82 quils ne fullent plus fubliftans lors du décés de M. le Boultz : deux cho- les prouvent quils fubliftoient. La premiere, qu'ils n'érolent pas en- core échús : il elt mort le cing Février; leurs échéances marquées danslle Regi- ftre , font toutes poftericures. La feconde, que M. le Boultz avoit Pé- xadtitude de rayerles Billets qui étoient acquitrés , ou convertis , ou renou- vellés. Cela paroit par la vué de ce Re- Eli , Ec eft exprellément marqué dans nventaire , oú Pon 4 expliqué exaíte- ment toutes les ratures qui y érolent. Ces Billets qui n'ont point éré trouvés lousle Scellé ne font point barrés fur le Regi- Ítre , les articles font entiers ; que peu- ventils donc €tre devenus, $ quen pcut-on juger finon qwils ont été di- VCrtis ? Ce divertiflement étoit tres facile, par- 16% Teftament cafe. cequetous ces Billers, $ tous ceux qué Pon atrouvés lous le Scellé étoient paya- bles lés uns au porteur , les autres 4 Ma- nis ou a fon ordre, Ce font des Billers quí n'ont point de fuire; cela le donne de la mainá la main, fans quiil en refte aucun veltigs Voilá donc un divertiflement d'effers bien conftant. 1l ne sagit plus que d'en découvrir 'Anteur ; nous ne voulons pas croire que celoit Madame le Boultz, nous ne voulons pas méme en acculer Manis. Voici tiéanmoins quelques circonftances qui pourroient donner quelques loup- con, finón contre Madame le Boultz , du moI1ns contre ce Manis qu elle protege. La premiere, que loríque ce Regiltre écrit de la main de M.le Boultz qui dé- couvre le divertiflement fut troavé fous le Scellé, Madame le Boultz fit de fort grandes inftances pour empécherquilne le inventorié, 8 s'emporta avec beau- coup d'aigreur contre les enfans , parce= auls infiftoient ale faire inventorier, La feconde “circonftance elt que Ma- dame le Boultz et demeurce Vaccord dans fon interrogatoite , que dans les deux derniers jours de la vie de M. le Boultz , elle a renouvellé quelques Bil- lets quí éroient échás, € que pour cela Tefament café. 163 M. le Boultz lui ayant donné la clef de lon cabiner, elle y eltentrée ayec Manis » 8 quelle a pris parmi les Billets qui y étoient , ceux quíil falloit renouveller. Il wa pas été difficile, je ne dis pas 4 Madame le Boultz, nous ferions bien fachés de le croire, mais 4 Manis de f0uftraire ces Billers qui fe font écliplés,, Sí de tromper la vigilance de Madame le Boultz dans le trouble om la devoit mertre alors la maladie de M. le Boul:z. La troifiéme circonítance , elt la fa- cilité que ce Manis fgavoit qu'il auroitá le faire payer de ces Billets , commeje Pai dir, payablesa lui, ou au porteur en géneral. | Jene prétens pas vous propofer ces Indices comme des conviétions, mais enfin on demeurera VP'accord quil y en a fans doute beaucoup plus qu'il nen fant a obligera chercher parles voyes de ajuítice Pauteur de la fouftraction qui paroít avoir éré viliblement faite de ces Billets. 11 y a méme encore une reticence de papiers qui approche fort d'un recelé. Mes Parties Interpellerent Madame le Boultz en finiffant PInventaire , de dé- clarer fi elle ne fgavoir point quiil y eút quelques fommes dués a la Communan: 164 Teflament café. té, ou quelques papiers mis entre leg mains de quelques tierces perlonnes pour en pourluivre le recouvrement. Madame le Boultz ne voulut point répondre politivement, elle dit que Pin- terpellarion étoit hors de failon , qu'elle pouvoit ajoiter d PInventaire, juíqu'á ce quil fúr clos, 82 que dans ce tems elle feroit telle déclaration quelle jugeroitá propos. Cependantá la clóture , nulle décla. ration. Mes Parties depuis ce tems ont [cu que Madame leur mere follicitoit for- tement auprés de M. le Controleur Gé- neral un rembourfement des Greffes de - Beauvais , qui avoient été fupprimés pendant la vie de M. le Boultz., 82 dont elle avoit rerenu les titres, 82 que mé- me elle avoit mis depuis peu ces titres entre les mains du Sieur d'Hermenon- ville, 1ls Pont fait interroger fur cela, elle a été obligée d'en convenir; elle a dit pour route excuíe , que ( elle 1a pas déclaré ces papiers dans 'Inventaire, c'elt parcequ'elle n'en a pas éré interpel- lée; cependant on voit parle Procés ver- bal qu'elle Pavoit éré laa que fuftifam- ment. S | Cela nous a donné lieu de croire quil peut y avoir encore d'autres papiers, $4 : Teflament cafe. 165 autres effers divertis. Mes Partiesont prelenté Requéte au Lientenant Civil pour avoir permiflion d'en informer, il deura accordé cette permiflion, il y a eu un commencement d'information , Ma- dame le Boultz a empéché par un Arrét de défenle que Pon ne Pait achevée. Son prérexte eft quil falloir fe pour- VoJr en la Cour; vú principalement qu'il y avoir une demande formée par nous a ce fujer dans une Requéte. Je ne narréterai pointá foutenir cet. te procédure, 1l nous elt indifferent que nous ayons cetre permiflion de Pautorité de la Cour, ou de celle du Lieutenant - Civil. Je foutiens feuléement quon ne nous la peut refufer. 1%. Parceque c'elt une voye de droit, que le feul foupcon fuftit pour faire in- former , 8% que celui qui sy oppofe $'ac- cule lui-méme : fur tour quand il auroit interét de découvrir les AÁuteurs du re- celé. | 2%. Le recelé eft conftant , il paroit quwil y a eu des Billers fouftraits , il ne relte qui chercher Pauteur de ce diver. tllement : Madame le Boul:z doit avoir le méme interér que nous de le cher- cher : elle devoit donc plurór fe jodre avec nous que de traverler cette procé- 66 Teflament café. dure , ainfi on ne doitayoir aucun égard a fon oppolition. J'elpere qu'aprés tour ce que j'ai éta- bli, vous vous déterminerez. Vous voyez les fils ainés d'une famille illuftre 8 puil- lante dans la Magiltrature qui ont re- coursá votre Juíftice , non pas pour re- vendiquer des préciputs, 82 des droits dainelle, ni pour reduire leur cader 4 une portion modique des biens de leur pere , commeil elt ordonné par plufieurs de nos Coutumes, $ comme font la plupart des peres dans les Provinces on la Coutume a manqué d'y poutvoir : ils n'implorent votre lecours que pour n'é- tre pas eux mémes partagés en cadet , ou plutór pour obrenir quon les traite au moins comme la loi fous laquelle nous vivons , traite les puinés; c'eft-á-dire avec une entiere égalité. Loin de fe plain- dre de cette égalité crablie par notre Coutume , comme il femble quils pour- rolent le faire, ¡ls demandent feulement qu'elle leur foit confervée, $e que Pin- Juítice de leurs parens ne les faffe pas def- cendre au-de/lous de celui que la nature “a fait naítre leur inferieur. A my a que tro long-tems quiils font bannis de la plate quils devoient - occuper dans leur famille. La moitié Teflament: caffe. 167 de leur viema dé qu'une foufirance *ontinuelle , il ell tems que votre au- torité lauve des mémes difgraces le re- fte de leurs jours , 3% qu'elle commence - A les faire jouir des avantages de leur "nalílance. Ne rendez pas inutile le fenl bonheur quils ont eu dans leur infortune d'a- Volt été confervés par une elpece de miracle jufqu'á cet heureux moment Qui doit finirleurs miferes par votre lecours. « Najoírez pas á leurs autres maux la honte de voir confirmer cette difpofition injurieufe , par le plus équi- table de tous les Tribunaux", dont le Jugement autoriferoit toutes les dure- tés que leur pere a eués pour eux , 6% perfuaderoie quils mont rien fouffert ¿Qquíils n'ayent mérice. : Vous ne devez point étre retenus par Peítime que vous avez du mérite 8 de la lag. Me de M. le Boultz ; combien avez-vous callé de reltamens falts par les plus lages Magiftrats? Vos regiftres nous apprennent que vous pelez leurs difpofirions an méme poids que celle de tous lesautres hommes , $ que vous jugez de la fagefle du Teltateur par celle de fon teftament , 82 non pas de la fagelle du réltament par Popinion avan- 168 Teffament cafe. tageufe que le public a conqué du Te. ftareur. Clelt dans ces dernieres volon» tés que vous cherchez ce qu'il étoit vé= ritablement 5 8 de méme que le Senat de Rome confirma le teftament d'un pere connu publiquement pour infen= íé , parcequiil avoir inftitué les enfans > -S£ que Pon n'y trouva que des difpoli- tions équitables ; vous ne faites point de difhiculté de caffer le Teltamenr de homme que vous avez cru le plus ju- dicieux , quand ce quíil a ordonné ne répond pasa cette Opinion. Principalement lorfque ce Teltament eft foupgonné de fuggeftion ; il arrive en ce cas ou que l'njuítice de la dife policion détruit Vopinion que vous aviez de la fagefle du Teltateur , ou que cette opinion avantageule vous perfuade que de Teftament qui paroit ne peut tre on ouvrage. pS Tous ces défauts [e rencontrent dans le Teftament de M.le Boultz: en fut- 1l jamais un plus vifiblement fuggeré , X fait par desmotés plus injuítes ? a- ton jamais vú dans un pere, ou dans une mere, une haine,- une colere (1. violente , fimal fondée, 82 fi conftante ? ¿Si les coleres ordinaires ne different de la fureur que par la durté, que doit- on Teflament café. 169 On dire d'une colere permanente 8 ha- bituelle que dix anncdes entieres Nont pú rallentir? Enfin une derniere réflé- Xion qui doit encore vous engager da- vantage á conferver d mes Parties le bien de leur pere, 8 d réparer Pinju- Ítice de ce Teltament; celt que ce ne fera pasapparemment la derniere quils - louffriront., 8 quil ne faut leur comp- ter prelque de patrimoine que celui que vous leur aflurerez par votre Arrét. Si Madame le Boultz a fait tant d'efforts pour procurer a Plntimé des avantages fur un bien quí n'éroit pasa elle , qui peut douter qu'elle ne lui en falle par des - votes Indireétes des biens dont elle et maitrelle > n'a-cil pas fur eux allez d'2- vantage d'avoir par précipur le coeur d'u- ne mere dont il es tant dans les let- tres la génerolité, 8 la rendrell: > Quil joui/le en paix de cette fortune que mes Parties lui envieroient inurile- ment; mais ¡ls efperent qu'en les voyant alnífi abandonnés de leurs parens, vous - voudrez bien par une efpece d'adoption prendre pour eux des fentimens de pere, que vous leur accorderez cette. prote- -Ction , que vous ne refulez jamais aux perlonnes malheurenles $ innocentes : 8 que la juítice fera lur vos elprits ce Zome XIX. e GO 4 Premier Arrér, 130 Teflament café. | que la nature auroit dí faire Lur le carut de M. le Boul:z. Voici le premier Arrér qui fut rendu. La Cour, avant faire droit fur Pappel interjetté par les parties d Erard , leur per= met de faire preuve tant par titres que té- moins dans trois mois pardevant 21M. Ni- colas Quelin Confeiller, en icelle des faits contenas en leur Requéte du cing Janvier dernier , (> les Parties de Nivelle, de. Robert au contraire fi bon leur femble dans ledit tems, € faifant droit fur Pappel in- terjetté par la Partie de Nivelle, a mis by met Pappellation » (Ó' cedont a été appellé auntant 5 émendant furlaplainte, les Par- ties hors de Cour, [auf aux Parties d'E- rard 4 former en la Cour telle plainte con- tre quí , Ó' ainfi qu'elles aviferont bon étre, € prefenter telle Requéte que bon leur fem blera. Eten cas de permifjion de faire pret- ve » permet de faire entendre les témoins ouis dans Pinformation faite au Cháteler, pour raifon du recele feulement , donne dé- faut contre Manis, € pour le profit ordon- ne que dans un mois pourtout délai , il ye prefentera fon Regiftre pardevant ledit Con- Jeiller , dépens refervés. Fait en Parlément en la premiere Chambre des Enquétes le 6. Féyricr 1688, y Tefflament café. 171 - Voitci enfin le fecond Arrét qui fut tendu : Tout joint (> confideré. Ladite Cour faifant droit fur le tout fans s'arréter aux Requétes de Lonis le Boultz , du 31. Décembre 1689. (> 2. fanvier 1690. Y a celle de ladite Dupont leur mere du 12. Juillet dernier , amis Uappellation, Y ce dont a été appellé au néant émendant fans s'arréter au Teflament dudir Francois le Boultz , ( intervention de ladite D ame Dupont , ordonne que les Parties viendront 4 partage fuivant la Contume, > fans avoir égard a DPoppofition de ladite Dupont dontellel'a deboutée, permet au/dits Eran- gois 7 Luc-Lonis le Boultz. d'informer des recelés , (> divertiffemens qu'ils prétendent avoir eré faits des biens dela fuccefion du- ditle Boultz. leur pere pardevant le Con- feiller Rapportenr, O fur la demande def dits Francois (7 Luc-Lonis le Boultz y ordonne que fans préjudice du droit des Par- ties, au principal par maniere de provifion, ils feront payés de la fomine de huit mille livres fur les revenus provenans des Etats de Bretagne, b* Languedoc, du Clergé d' Ayranches , de la vente de la Charge de Confeiller au Parlement , augmentation de gages , rentes O loyer demaifons, ponr ce qui peut leur en appartenir julqu'a concura vence de laquelle fomme dehuitmille Livres , Ay Second Át- rec définitit. 172 Teflament cafe. A . ladite Dame Dupont » (> autres debitenrs defdites rentes feront contraints par tontes voyes dues > raifommables , monobflant tous tes faifiesfaiteson a faire : quoi fuifant ils en demenreront bien (> valablement quittes, O déchargés: ce faifant main levée efe faite 4 ladite Dame Dupont des faifies > faites fur les arrerages 6 revenus fenlement deflites rentes, jufqu' a concurrence de ce qui lui en peut appartenir , tous dépens com- penfes. Donné en Parlement, le 17. Juil- let 1691. J'aurois louhaité avoir recouvré les - Plaidoyers de M* Nivelle Avocat de la mere , 82 de M* Robert de Saint Martin Avocat de M. Louis le Boultz Légataire univerlel. J'aurois remp!i mon deflein qui eltde donnet le pour, 8 le contre, $ que je remplirai autant qu'il lera en moi dans mon Recueil; mais quelque : plaiir qu'on eur eú de voir Part avec le- quel des Avocars li diftingués dansle Bar- rean ont tralré leur fujer , je crois qu'on peut ici sen paller par deux raifons, parceque la queltion de fait érant ¿clair- cie, la queltion de Droit le décide aifé- ment , écle plus habile Avocar ne fgau- roit la faire pencher en fa favenr, des que celle de fait eft contre lui, | « D'ou il geníuit que le premier Arrég , Tefhament cafj. 173 quía permis la preuve, arranchéle noeud, de la difícalté , Sz ne laifferien d deft- rer, 82 éclaircit entierement la queltion en le joignantan Plaidoyer de Me Erard... Secondement, toutes les ra:fons qu'ont. mis en acuvres M: Nivelle , SM: Ro- bert font rappellécs , 6 dérruites par Me “ Erard. ; Jajouteral ce que dit M: Giller dans Lon fixiéme plaidoyer oú il parloxt con- tre un reltament ab ¿rato : Qu'on ne doit rien arrendre de railonnable d'un Telta-. ' teur que la haine , que la colere domine. Toute paflion eft un égarement d'efprir, un dereolement de coeur; une maladie de Pame , 8 de toutes ces maladies la haine eft celle dont il faur craindre de plus fácheux fimprómes , celle qui maf- trife le cosur avec plus d'empire 5 qui jetie plus de confufion , plus d'aveugle- ment dans Pelpric , qu trouble , qui agite Pame avec plus de fureur. De la vient qu'en droit, toutes les difpolitions Inofficieufes que la colere , que la haine adiátdes font traitées comme les tefta- - mens desimbeciles, 8% des furieux ful- vant la loi feconde. De imoficiofo teffa- mento , au Digelte : hoc colore de inofficio- fo tefamento agitur , quafi non fane Mmen- lis fuerit, qui teflamentióm ordinayertt + H nj” 174 Teffament caffo. € hoc dicitur, non quafi vere furiofas > vel demens teflatus fit; fed rece quidem fecerit teflamentum , fed non ex oficio pie- tatis. Celtune fureur, dit M. Cujas, fut cette lor, celt une elpece de folie de Srriter capricienfement contre la famil- le. Furor efi non agno/ftere proprium (angui- nem fuccenfere nature € fangnini fuo ; 8z dans un autre endroit, e/2 enim fpecies, qua dam 1m/anie fuccenfere finecan/a gener fuo. Si les loix, dir M* Giller dans le méme Plaidoyer , ont eu lP'indu'gence de nous permettre de difpoler de nos biens au préjudice de nos héritiers légitimes : c'elt une grace qu'elles nous ont accor. dée , pour recompenferle mérite 8c la -VErtu, pour reconnoitre des obligations 8z des bienfaits ; pour fatisfaire des af feétions raifonnables : 8 non pas pour exercerd'indignes vengeances; pour con- tenter des caprices bizarres; pour flater d'injuítes bad ;ainí quelque mérite, quelque faveur qui puillent d'ailleurs fe rencóntrer dans la perlonne ou des lé- gataíres ou de Pinftitué; quelque raifon- nable , quelque pieule que paroille la difpolition ; cela ne (uftit pas pour Pan- -torifer lorfqwelle elt injulte dans fon mo- uf, 8 vícieule dans fon principe; jufz ques-la méme quen droit , quelque lé. Tefiament café. 175 gitime que pr terre la caufe de Pexhére- dation , telle qu'auroit été lincontinen- ce 8z la débauche publique d'une fille: cependant fon pere ne pouvoir pas la del- heriter qu'apres une meure déliberation; $ sil avoic fair fon teltament dans la chaleur de la colere , Pexhéredation ne fubliítoic pas , tant on apprehendolt que les paffions n'alreraffent tant Ío1r peu la liberté d'elprir fi néceflaire pour la vali- dité des teftamens. C'elt Pefpece de la loi dix-neuviéme : de inofficiofo teftamen- to, au Code Si filiam tuam , eo quod envpiter , d cum flagitiofa feditate vivir, atná fuccefione eam excludendam putes : Ñ fi non inconfulto calore > fed ex meritis ejus ad id odium incitatms es 3 pofiremi ja- dicii liber arbitrium habebis. Ms Erard auroit pú dire ce que M* Gil- ler dit dans fon Plaidoyer , ou 11 fait un portrait des femmes d'apres nature. * fPortraitdes Le Teftament, dit-11, dont nous nous as = as eltune preuvebien fenfiblede m0 'alcendanr qu'une femme eft capable de prendre fur un mari , qui donne dans la foiblefle d'une complailance trop aveu- gle Lon fgait combien les femmes lont “adróites ; combien leurs larmes ont de pouvoir , combien leurs carelles font dangercules ; combien toutes leurs pal : H mj 176 Teflament “cafe. fions font vives. Toujours attentives á leurs interéts , on occupées de le leurs plaifirs , également martrilées, 8 par Yamour $ parla haine 3 appliquées fans reláche a faire réufir leurs delleins, ou - acharnées d exercer leurs vengeances : el- les careffent, eiles pleurent, elle prient, elles menacent; relifte-t-on A tout ce que le fexe a Vartifice > Un mari enflorcelé par les fateries enchanterelles d'une femme, époule tous [es rellentimens ; 11 donne dans tous fes caprices, tous les lentimens de fa femme deviennent [es propres fentimens : 8c que peut faire de railonnable un homme qui ne fuit que les mouvemens, qu n'agtt que par les impreflions d'une femme emportée ? En géneral tous les teftamens fugge- rés oú Pon fubítitue une volonté étrange- re a celle du Teftateur font nuls. Mais 1l faut prouver les faits de fuggeltion ; on ne lesadmet pas facilement, €: pour que la preuve fort admife, il £aur que les faits.qu'on articule foient bien précis Sí biens concluans. On 1admet point la preuve de la fuggeltion contre un telta- ment holographe, ceft le principe; il faudroit quiil y eñt des circonftances bien particulicres pour recevolr une Ex» ception, Teflament cafe. 177 Nous avonsdansM: le Maítre un Pla- doyer fort éloqugnt fur un teftament (ug. geré. 11 expole que M. Defbarras ágé de 80.ansavoit deux enfans, un fils im- becile, 8z une fille. Leur oncle Magiltrar qui s'empara de Velpric du pere, étei- gnit toute Paffedtion quil avoir pour la fille. Le pere la perfecuta , il s'oppola á Íón mariage quo1iquil £út honorable , $2 Quelle eúr 25. ans. Aprés qu'il eur agréé la recherche , étant tombé malade, il eut unremords, Pline dit ¿legamment , quand nous tombons malades nous deye- nonsbons > Davarice cefe de nows poffeder » O nous nous fousenons alors que nous Sommes hommes , (> quil y a.des Dieux. Optimos effe dui infirmi fumas quem enim infirmum., aut avaritia , aut libido follici- tat ? Tunc Deos tunc hominem efe memi- mit, Plin, 6. ep. 26. 11 mande la fille, ui demande pardon , il Pembralle. Le lang, dit M: le Majtre, qui $ étoitrefroidi dans les veines du pere parle venin que la Partie adverfe y avoit répandu , com- nence a reprendre la premiere ardeur: a confcience lui reprelente quil avoir été injufte , fon caur le fair refouvenir quil elt pere. Ma Parue, dit-il, entre dans la cham- iC. Elle demeure toute interdire , elle . H y 178. * Teflament caffe. ne lui parle que par la préfence, par les loumiflions 82 par fegylarmes : mais la nature parle pour elle. Elle remue les entrailles de Pun 8 de Pautre, 8% agit puillamment fur tous deux, ma Parue employa pour fe faire entendre , la vojx des filles qui elt le filence , 8cle pe:e pour Pécouter fe fervit de Poreille des peres qui eft le coeur. Elle demeura éva- noule , á peine eft elle revenué que lon- cle quí furvient la challa indignement. 11 enferma peu de jours aprés avec fon clerc , compofe un teftament avec le pe- re , 1l s'y inftitue Exécuteur, il s'y érablit Curateur du fils furieux,, lequelil infti- tue héritier univerfel, 82 lui fubítitue fon fils aíné de lui, 82 fes delcendans, fon lecond fils, 87 les defcendans, $í ainki tous feg autres parens juíquá Pinfini: 62 quant á la fille, 11 la désherite enpartie , $c non feulement fur la fucceffion du pere, mais méme encore fur celle de la mere quí étoit échué auparavant. - Toutes les nullités qu'employa Me le Maítre pour obtenir la caffation du tefta- ment le reduifent proprementá prou- ver quil elt ab ¿rato. 1 fit voir qu'on fe fondoit mal fur le mariage contre le confentement du pere , $ montra que Pon avoir un fáux pretexte , parcequ'el- le avoit plus de 25. ans. C'eft la-dellus ras avoir fait une lommation do Teflament cafe. 179 quil dit, que Juftinien ordonne que li un pere 82 une mere different juíques á 25. ansle mariage de leur fille, $ qu'el- le péche contre fon honneur par incon- tinence , ou [e marie fans leur confente- ment 4 un homme libre, ils ne lui peu- vent reprocher ces deux aÉtions comme des effers d'ingratitude, $ encore mois 9. la desheriter, parce, dit la lol, que ce já culpá fed avefi pas elle, mais la faute di pere E de teen, id commififJe in- La mere qui en efb caufe. telligitur. - Apparemment Mademoifélle Defba- e lea fon pere, car. fans cette formalité OS que ciel les Otdonnances , elle pies n'auroit paséré a Pabri de Pexhéredation E E auffi-bien que les*garcons qui ont 30. par deux No- ans fon fujers á la méme loi. Les uns $ A les autres fuivant le Reglement do Par- par un Noraí: lemen: de Paris du 27. Aoút 1692. font £; a tenus d'en demander permiflhion aux Ju- moin. ges Royaux du domicile de leur peré Se "mete 5 8 les Juges font obligés de la leur accordet fur leur Requéte. Par Arrérdu 20. Avril 1635. la Cour ordonna fur les coriclufions de M. P'Avo- cat.Géneral Bignon que les deux enfans viendrojent á partage. La Jurifprudence qui calleles tefta- mens faits abirato, des petes contre leurs H y) 180 Teflament cafe. enfan. , comme Poblerve Bretonnier danslelivre fixiéne queft. huitiéme, deu- xiéme partic des Arréts d'Henris , a pris nalílance depuis un hiécle : PArrér le plus ancien eft de 1617. il elt citó par Mormac fur la loi Papinianus , $ Si imperator. am dig. de ¿neff. ref?. fur la loi 1. versla fin au Cod. de ¿noff. donat. Bretonnier ob- ferve que la queftion eft plus difficile dans les pays de Droit écrit, ou les peres 82 meres ont une plus grande liberté de di£ poler de leurs biens , illeur elt permis d'inftituer leursenfans ou les desheriter, cum convicio , cum malediéto , 1. 3. £E. de lib. poft. bh 1.48. $.1. dehared. inf. -Cet Auteur cite l'Arrét qui fait le fu- jet de cetre Caule, 8éremarque que Me Erard qui plaida merite d'étre comparé a Ciceron , 8 que le Parlement le: per- ditá la leur de fon: age. Je propofeá nos jeunes gens fes Plaidoyers pour mo- dele. Ricard , tome 1. des Donations chap. 3 .[eCt. 14. traitela matiere á fond , il ob- ferve que le caraétere de cette Jurilpra- dence fe trouve tracé dans le Dentero- nome chap. 21. v. 15. qui ne vouloit pas fouffrir que les droits que Pordre de la nature ayoit attribué au fils aíné puílent étre tranímis parle pere d les autres en= e | Teftament café. 18% fans pour le féul mouf de la halne. 5% babuerir homo uxores duas , unam dile- tam, alteran od:o0fam > genuerinique ex co liberos, O fuerit filius odiofe primo- genitus, volueritque fubflantia inter filios fuos dividere non poterit filiun drlecta fa- cere primogenicum , Ó* praferte filio odiofz. Si un homme avokt deux femmes, Pune Pobjer de fon amour , % Pautre Pobjer de la haine » 8 quelles lui engendrent des enfans; que le fls de celu1 qw'elle -malme point (oir Paíné, 82 qu'il veuille partager fon bien entre fes enfans, il ne pourra polo: preferer Pautre, en lui con- ferant le droit d'«Inelle. CERA RRA AA E -182 ME AY LALA Y Y Y IYL AYL XL AY Y A SAO >OE7+0E>0< > 0% LOPE >OS>0€ :: el » o ES DS ón A Ss 2 iS 20 SS PS DoS a SN A SS E PARA A ENFANS RECONNUS LÉGITIMES, Ijús Pun Mariage qiéon a préten- du fecret , déclarés incapables de recucillir aucune chofe dans une fucceffiorn ouverte , Ó autres fuc=': _ celjions de lénr famille qui pour- — FOLemt s oMUrÍr , aufquels 0m ad- Juge néanmoins des fommes con- * fiderables contre les héritiers, | E E Caule prélente une que- ftion trés-importante , 8 trés-cu- rienfe. 11 S'agit de fcavoir fi des enfans légitimes ias d'un marlage qu'on pre- tend clandeftin , font la de re- cueillir aucune fucceflion dans la famille de leur pere, 821 ayant traitó , 8c tranfi- gé , Sí obren par le traité des fommes confiderables , apres avoir pris une Re- quéte civile contre un Arrér qui les dé- clare incapables , $ serant delifté, pou- Mariare fecret. 183: Votent tire relevés fous lé pretexte que Céroit une queltion de leur ¿rar quí elt Imprefcriptible, $e auquel on ne peut point déroger” Les queftions ont cté creulées , 8 approfondies, de part $c d'autre par les Avocats quí ont parlé en Jurifconfultes profonds, $ ont deguilé en Orateurs délicats le, foible de leur Caule , 82 ont merité dans leur jennelle d'étre aflis parmi les vieillards pour ren- dre des jugemens.. .- hago Les efforts qu'ils ont faits pour dé- «truire réciproquement leurs moyens les reduirontá leur jufte valeur , % nous ra- menerontá lexacte verité quí nous re- prefentera leur droit tel quil eft”, Ez tel quiil a éré décide. : Expolons le fait dans toutes les cit- conftances néceflaires pour faire com- prendre la Caufe,, 8 fatisfaire la curiofi- té des parties. C'elt le double objer que je me propofe pour unir Pagrément avec Putiliré. : ; Pierre de Turgis des Chaifes , Fer- mier Géneral, 82 Secretaire du Roi, ma- 1ié 4 Dame Barbe Guillaume de. Cha-, vaudon , a eú.deux enfans , Louis Pierre. de Turgis, Confeiller en la Cour, de : Charles-Conftantin de Turgis , Lieute- nantau Régiment des Gardes Fran coiles. Hiftoire du ; .r 184 Mariage fecret, Le premier, M. de Turgis avoit epotl- fé Cecile Langlois de Canteleu, fille de. Nicolas Langlois Chevalier, Seigneut de Canteleu, Sí de Catherine de Brinon. De ce mariuge font 1dus deux enfans 5 Louis-Pierre de Turgis, mort en mino-. rité, € Catherine Babe de Turgis,. époule de Bonhervé Caftel , Marquis de Laint Pierre. : Le gout du fecond fieur Charles Con- ftantin de Turgis pour les Speétacles , lui procura la connoiflance de Marie- Francoife Apolline Biancolelly , Comé- dienne du Théatre Italien , connué lous le nom d'labelle , $ connué en méme tems par Ía régularité , $ quí n'a jamais donné prife á la critique la plus maligne, malgré le préjugé contre une fille de fa profellion, préjugé encore plus fort lork- qwelle elt pourvué des agrémens de la nature. Ona dit que pour érre un mo- dele de Religion , elle n'avoir qu'i del- cendre du Théatre , elle Pa quirté depuis long-tems. Elle étoit fille du célebre Do- mivique Biancolelly , Pancien Arlequin de ce Théatre , qu'on dit d'une famille ancienne 8 noble du Bolonois ; homme quí unifloit le merite de la Ícience 8% de l'honnéte homme , d'un commerce déli- cicux ,loné X recherché par M. de Har= e a 1 Maiaze fecret. 185 Ly Premier Préñident (a). Il fuggera a Habelle fa fille des principes de lagel- le 8 de veriu. Urlule Cortezi, con- nué fous le nom d' Aularia étoit fa mere , femme fort reguliere. o a Rien weft plus propre a imfpirel une paffion qu'une fille jolie S fage , X ja- mais Pamour ne fot plus fort que fous cetre forme. Le fieur Conftantn de Tur- gis ¿pris des fentimens les plus vifs, époufa Habelle le 2. Avril 1691.4 Pingu de [es parens aláge de 21 an s elle avoir 27. ans. Cer áge plus avancé a donné lieu de dire qua Paide de la mere, elle avoir féduit Conftantin de Turgis. Mais: il feroit affez difficile de décider lequel elt p'itot. le féducteur 5 un militajre elt . muni de toute Pexperience qui peut le défendre ; il et vra1 que malgré fon €x- Eo , lesagrémens d'un fille fcavent e chemin du cozur. Mais ce coeur le leur fraye lui-méme , difons donc que la fé- duction eltréciproque. : Le pere cla mere de Conftantin de Turgisrendirent plainte en crime de rapt, de (ubornation contre la mere é< la ll =5 (4) Ce Magiftrat le rencentra a la Biblioteque de faint Viétor, cuil lui parla fans le connoltre , Í04- haita par Peflime que celu =ci lui infpira de fgavoir qui il étoie, E quand il le fut le pria de le vente Voir, Dominique (e rendirá [es defits. 186 Mariage fecret. mais ilsne pourluivirent point cette pro- cedure criminelle.Sousle voiledel'nnion que les Parties ayojent contraétée naquit un enfant, qui fut baptifé lous le nom de Charles- Dominique de Turgis , fils de Chailks- Conftantin de Turgis, $ de Marie Apolline Francoile Brancolelly fa femme , le 21. Novembre ¡692. Le 12. Juiller 1694. le pere 8z la me- re desheriterent leur fils, sil fe marioit aprés leur mort avec la perfonne quiil almoit. Quelque tems aprés fuppolant quíils viennent d'étre informés E má- rlage de leur fils, ¡ls en interjerrent ap- pel comme d'abus. lls envoyent á leur fils le modele dela procurarion qu'ils de- voient addrefler á fon Procureur 4 Paris, pour déclarer en fon nom la nullité de lon mariage, Il éroit pénetré de douleur ,. 8 il alla proteíter chez un Noraire con- tre cette demarche oú Pon Pengageoit malgré lui. Le 11. Fevrier 1695. la Cour rendit fon Arrér par lequel, il elt dic, quily avoit abus dans la celebration du mariage , O faifoit défenfes aux parties de fe hanter >. O frequenter, dG de contratler mariage entre-elles a peine de nullité. Le premier Mars 1695. les pere 8 mere firent un fecond Acte d'exhéréda- 5 Mariage fecret. 187 Hon , fuppolé que leur fils le remariár a a perfonne quil avoir choifie, - Le 9. Juin fuivant le pere mourut lans avoir fait de teltament. Conftantin le porta héritier de fon pere, ayant pris des lertres de benefice d'áge. La mere prit la qualité de créanciere de fon ma- ri pour les droits , 82 conventions ma- trimoniales. M. de Turgis le Confeiller Painé renonga a la fucceflion de fon pere, * po le porter créancier des lommes 4 ul promiles par fon contrat de marlage. Le fieur Conftantin de Turgis prit plu- fieurs arrangemens de famille pour Pa- vantage de la fuccellion , $2 toujours dans la qualité d'héritier, 82 ent pour la part dans la fucceflion de fon pere cent quatre-vingt mille livres. Le 16. Mars 1696. il vint au monde une fille, 1(fué de ce marlage Í1 conte- fté, elle ne fut qu'ondoyée. M. de Turgis le Confeiller mourut le 4 Septembre 1698. : Le fieur Conftantin de Turgis ind- - branlable dans fa pafion , ágé d'environ 3 l.an, époula le 7. May 1701. le mé- me objet de la tendrelle ágée de 37.ansa Ainíi .1l renoua les liens que fes pa- rens avoient fompus par Pautorité de la Juítice. Il reconnur avec la mere quils A 188 Mariage fecret. avolentdenx enfans vivans, un fils 8 une fille. On fuppléa a la fille les cérémonies du baptéme, $ onla nomma Marie. Rel- ne, 1! conferva toujours un appartement chezÍa mere, oú ildementoiravec fes do- meftiques , 82 les ¿quipages. 11 avoit aufli, dit-on , un logement dans Pappar- tement de fon époule qui demeuroit á cinquante pas de la maifon de la mere. Le mariage fut contraété fur une autre paroiíle que celle des mariés, en vertu d'une difpenle de M. le Cardinal de Noailles , qui permet aux Parties de le marier par le miniftere de tel Curé ou Prétre que bon leur femblera. Au dos de la difpeole fut infcrit Vacte de célebra- tion , $ celui de la reconnoiffance des deux enfans fur une feville volante qui fut remifle a Pépoux par le Prétre. Au relte le mariage fur revéru de fes for- mes ellentielles, | Le 4. Aoúr 1703. la mere fir fon telta- ment , 8 fir PAbbé Chavaudon Lon ne- veu, Confeiller au Parlement, fon exé- cuteur teftamentalre. 19 Elle desherira: le fieur Conftantin, an cas quil le rema- riár á ce méme objer de fon inclination. - On conclut de la qu'elle n'2voir aucune connoillance du mariage contradté. 2%, Elle lus fubítitue une partie de lon bien, A Mariage fecret. _189 Sil ne le marie pas. 32-Au cas quil fal eun martage fortable de Pavis de qua- te parens les plus proches, la fubíticu- tUOn naura pas lieu. Elle mourut le + Fevrier 1704. Do eje Conftantin fe retira 4 un troifiéme lo- sement qu'il occupoit rue neuve (aint Roch. Ce logement avoit été pris pour teceler le commerce d'un amonr ¡illégi. time, Mais dans fon coeur valle le légiri- me tenoit le haut bout. 11 e porta pour héritier de la mere, en ft blades actes , € protefta de fe pourvoir contre lon teftament , puifquil reconnoifloit parla qu'il craignoitétre Pobjet de Pexhé- redation ne déclaroit-il pas lon mariage? Le 14. Novembre 1705. 1l naquit un trolfiéme enfant, quí futnommé Lonis- Auguíte. Le fieur Conftantin mourur le 30. Avril 1706. aprés trente trois jours de maladie. Son époufe étoit allée pen- dant la maladie lui confacrer tous fes vins, elle reprelenta au naturel, 8z comme elle Péprouvoit le róle d'une femme tendre. Avant la mort il recomimanda au fieur de Canteleu, fils de fon frere afné fa fem- me € fes enfans. Celui-ci les embralía tendrement,8c devant lui promit que juf- quau dernier foupir, il en prendroir lojn. e Les créanciers du défunt parurent 190 Mariage fecret. apres fa mort , 6 ne voulurent pas té4 connoitre fa veuve, dont ils ne con- noifloient que le Premier mariage quí avoir été déclaré mul: Le Tutenr des en- fans de Paíné intervint dans la contefta- tion, 8 demanda quil fr fair defenfes á la veuve de Turgis d'en prendre le nom», 8 les armes. Les créanciers en Paccufant de recelé , firent faire des 1n- formations quils ne pourÍuivirent pas. La veuve fit fignier les preuves' de la celebration de Lon fecond mariage » dont l Aéte original, étoit comme on la dit, fur une fenille volante. Ces preu- yes n'entrainerent point les créanciers. La conteftation fut portée au Chareler, oú intervínt le Tuteur des enfans du Confeiller. 11 demanda qu'au cas que la veuve fúr reconnué pour telle, $ que les enfans fullent déclarés légitimes, 1ls ne pourroient rien prétendre dans les ef- fets civils. Ceft fur cette inftruétion qu'inter- vint au Cháreler la fentence du 28. May 1707. elle déclara Pexhérédarion bonne 8X valable , permera la Dame de Turgis de prendre la qualité de veuve, ex á les enfans celle de légitimes , /4ns néanmoins qu ils puiffent rien prendre dans la fuccefror de leur ayeule , dh autres biens, depens compenfes. $ Mariage fecret. 191 Les créanciers interjerrerent appel de ce jugement, il leur enlevoit toute el- perance, car li leur débiteur demeuroit €xhéredé, 82 ne pouvoit rien recueillir de la lucceflion de la mete, ¡ls ne trou- Voient aucune rellource pour Etre payés. La Veuve anticipa les créanciers fur Pappel , 82 fans artacher á juftifier fon mariage du vice de clandeltinité qwon lui imputoit , elle demanda (ur les biens adjugés aux enfans de fon Beautrere, quil fút pris cinquante mille livres: pour alimens d'elle Sz de fes enfans Le Tu- teur des enfans de Painé demanda que les enfans de Conftantin 82 leur pofte- rité fulent déclarés incapables de toute fucceflion. Apres s'étre porté pour fes mineurs heritier du fieur Conftantin, il renonga a la fucceflion , voulant néan- moins la faire déclarer vacante. Par Arrét du 30. Aoúr 1709. la Cour en confirmant la Sentence, déclara /es enfans du fieur Conflantin incapables de recuesllir aucune fucceffion dans la famille de leur pere , accorda a chacun troiscens li- Vres de penfion viagere, ce qui faifoit nemf Lens livres 5 (7 aux créanciers la fomme de dixmille liyres A repartir entre enx. _Le Roi voulant recompenfer les fer= Vices du fieur Conftantin dans la veuve ». 191 Mariage fecret. > la grarifia en 1713. Uune penfion de t£013 cens livres. En 1714. mourur fieur Piet- re Louis de Turgis de Canrelen , fils du Confeiller. Par fon teftament olographe » il legua au fils du fieur Conftantin hult mille livres, pour, dit-1l, avec la penfion guil a par Arrétde laCour, Paider a fot- tenir fon nom, O a sentretentr honorable- mentdans le fervice, Y 4 fa four quatre mille lgvres. En 1721. la Demoifelle de Turgis > fille du Confeiller époula le Marquis de Saint-Pierre , elle mourut le 8. Jura 1723. fans laifler Venfans 5 ceux de Conftantin comme fes coufins getmalns > fe prefenterent pour recueillir la fuccel- fion. Plulieurs parens de confideration dans diverfes branches de collaterauX > fe porterent héritiers. (4) sz (a) M. Louis Guillaume de Chavaudon ancien Pré: Gidentau Grand-Confeil , Maltre des Requétes hono- raire. M. Pierre Nicolas de Chavaudon , Seigneur de fainte Maure, Confeiiler á la Cour des Aydes. M. Eltienne Guillaume de Lanhré , Confeiller d'hon* neur an Siége Prélidial de Troyes. M. Pierre le Courtois, Confeiller en la Cour. _M. Nicolas Louis de Brinon, Scigneur de Fomain- ville , Confeiller en la Grand-Chambre du Parlement de Mormandie. : M. René de Brinon , Chanoine honoraire en 1'Egli- fe Carhedrale de Rouen. M. Louis-Henry de Brinon, Chevalier , Seigneur de Calligny= M, Maximilicn Anferay , Chevalier, Seigneur de Jls Marlage fecret. 193 lis leur oppoferent PArrét de 1709. Ceux-ci obtinrent des lettres en forme de Requéte Civile contre cer Arrér, 82 tous Áétesqui pourroient étre approba- tifs , la Caule en état d'étre portécal'Au- diance , les Parties 'accommoderent , Sí pallerent une tranfaction le 18. Mars ¡EPA Par cer Acte les enfans du lieur Con- ftantin le déliftent des letrres en forme de Requéte civile 8z de refcilion, enfem- ble de la demande afin d'enterinement, confentant que tout foit (> demenre nul , comme non fait (Y avenu 5 en confequence que P_Arrét du 30. Aoíit 1709. foit exé- cuté felon fa forme (> teneur. En confideration de ce pour amortir les 1300 liyres de penfion viagere adjugtes par cet Arrét, tant ala veuye qu'aux enfans de Courvaudon, Préfident á Mortier au Parlement de Normandie, « Dame Maríe-Francoife de Brinon fon ¿poufe. Dane Anne-Francoife de Brinon, veuye de Muy Pierre Faucher de Cordey. Dame Magdelain: de Turgis , époufe feparée quant aux biens de M. Charles de Villemin , Seigneur de Coin, ancien Confeiller au Parlement de Metz , $ au- torifée á la pourfuite de les droits. M. Guillaume Nicolas Jofeph , € Jean Baptifte de Turgis, Officiers enla Monnoye de Rouen. Er M. Jean René de Turgis, Seigneur de Bullé, Maltre - ordinaire en la Cour des Comptes , Aydes 8l Finances de Normandie. Tous héritiers de Catherine Batbe de Turgis, Marquife de Saint-Picrre, Tome XIX, 194 Mariage fecret. Conflantin-de Turgis 3 les héritiers de la Dame de faint Pierre leur abandonnent 2501. liv. de rente perpetuelle, au prin- cipal de 100040. liv. dont les contrats leur furent delivrés a Cinftant , au moyen de quoi les enfans de Conftantin de Turgos fe défifient de tous droits dans la fucceffzon de la D.me de Saint-Pierre, (7 confentent que tout proces Y infance entre eux, E Tes héritiers demenrent affompis. Depuis les enfans du fieur:Conftantin ont all-gué qu'ils ont fait ce tralté en mi- norité , 83 ont dit quiils w'étoient pas li- bres, 82 ont apporté des proteltarions faites pardevant Noraires de la veille du jour $ du lendemain , quíils ont renon» vellé chaque année 5 ils ont larilé écon- ler plufieurs années fans rien dire , leurs actes d'hoftilité Mont commencé qu'en 1736. le 18. Aoút de cette année la, ils formerent une tierce oppofition a P'Arrér du 30. Juillet 1737. reoduau rapport de *M. de la Michaudiere quia partagé les biens de la Dame de Saint-Pierre entre les héritigrs , 8% ls demanderent en mé- me tems que les biens 3 effers de certe (ucceffion Jeur £uflent adjugés comme ¿tant fes coufins germains parernels , 8% les plus proches parens dans Vordre de la famille, ils obrinrent des lertres de | SA Mariage fecret. 195 Tefcifion contre la tranfadtion , dont ils demanderent lenterinement a la Cour. a «qui étoit la troifiéme des Enquétes. Les «enfans du fieur Conftantin de Turvis changerent toutá coup de fiftéme, $ Obtinrentde nouvelles lettres de refcilion Quíils ont addrefféesa la Grand-Cham- DIC >, $ en méme tems ont afligné en re- pus d'inftance de la Requéte civile les éritiers de la Dame de Saint-Pierre, fur le conflic auquel ces variations ont donné lieu. 1s ont cenfenti á étre ren- voyés a la troifiéme des Enquétes, de- puis ce renvoi prononcé a paru le Tu- teur de Marie-Philippe Millin de Tref- Loles , fille mineure du ficur de Trefloles, 8% dela fille de Marie-Reine de Turgis, 'elt dans cet érar que les Avocars le font fignalés, $ ont deployé toute la Ícience que leur fujer leur donnoit lien d'étaler en la mariant » avec Péloquence dont elle étoir fufcepible. Comme ona d'abord plaidéála troi- léme des Enquéres fur Penterinement Cs lettres de refcifion contre le traité, $c qu'on lesa renvoyé ¿la Grand' Cham- re fur Penterinement de la Requéte ci- “Mile , comme feule competente des: Re- Quéte civiles ¿ Ona repeté les mémes -Moyens dans les deux. Chambres. On I y pour les en- 196 Mariage fecret. na garde de multiplier les mémes Plar doyers, on les reduira chacuná un feul de pare € d'autre. On commencera par le defenfeur des d emandeurs des en- fans de Conftantin de Turgis. C'eft Ms Mars Avocat , préliminalrement il sSat- tachea purger le mariage du vice de clan» deftiniré qu'on lui impute. Il produit des preuves qui en juftifient , dit-il, la pu- blicité. Plaidoyer Une femme, pourfuit-1l, porte le nom eur de fon mari, elle prend en toute occalion Conftantin de vive vOIX 82 par écrit dans les regiftres E pS ¿comme dans les ates particu- vemariage MES yla qualité de femme d'un tel. Elle dont il sagit Welt plus connué que lous ce tirre , non mapas Eee (enlement deles proches, de fes amis, de | les domeltiques , mais encore de ceux qui lui font le plus érrangers , des per- lonnes de tout érar 8 de toute condition , qui ont avec elle qu'une relation pafla- gere, qui demeurent avec elle, 8% ceux qui demeurent dans les quartiers les plus ¿loignés du fien. Elle remplit tous les devoirs de fem- me, de mere de famille, á Pégard de fon mari , de fesenfans 8 de fes ferviteurs. Que faut-il de plus pour rendre un ma- riage notoire , 87 pour le revérir de tou- te la publicité dontil eft fufcepuble; La A AR Martage fecrete 197 Certitude des mariages les moins dou- teux pole-t-elle fur de plus folides fonde- mens? Or la mere des Sieurs 82 Demoifelle de Turgis a toujours été depuis le ma- tlage connué dans le monde, fous le nom de la Dame de Turgis , fes dome- ftiques Ponttoujours fervie en cette qua- ltés Celtá ce titre qu'elle trouvoir du crédit chez les marchands , qu'elle em- ployoit les ouvriers , qwelle placoit fes EM chez les maítres les plus propres a leur donner Péducarion qui conyenoit a leur naiffance. Celt comme femme du fieur Charles. Conftantin de Turgis , Lieutenant aux Gardes Francoifes qu'elle et mie á la ta- xe des pauvres de a paroille. C'eft tou- jours comme Dame de T urgis qu'elle eft connué au Bureau de la Ville, foit quon Limpofe á la capitation , foir qu'on mo- dere la fommea laquelle ellea éré impo- (ce. Ceft encore la Dame de Turgis qui elt aflignée conjointement avec fon mari $ au méme domicile, par le Boucher qui fournifloit leur maifon. Tient-elle quelques enfans fur les Íonts de Baptéme > Alñifte-t-elle comme témoin á quelque mariage > elle fe qua- Life fur les Regiítres du nom de fon ma- I 1 198 Mariage fecret. ri, du nom de Dame de Turgis. On n'appercoit dans toute cette con- duite aucune ombre de myftere, rien quí puille faire foupgonner qwelle veuil. le derober la conno1fíance de fon maria- ge. Au contraire elle le publie par tout > elle fait gloire de porter le nom de Tut- gis dans toute la Ville, elle afecte dele prendrefousles yeux-mémes, prelquia: la porte de la Dame Barbe Guillaume; 82 cependant celle-ci éroit la feule perfonne a quilé fieur 8 la Dame de Turgis cul fent intérér de cacher leur mariage. Ces piéces quí prouvent la publicité du mariage, font quitrances pardevant Notaire, qhitrances de Capirátion , més moire de Marchands, extrait des Regi- ftres de Hotel de Ville, ceux de diverles paroifles, aflignation donniée en com- mun, 87 au méme domicile. Tels font lés' titres qu'oñ a comimuniqués aux Parties! advetles. lls ont encore d'autres pieces jalqu'au nombre de foixante , qui prou- vent année parannée la publiciré du ma- riage. La Cour verra par la dépofition: d'un rrés-grand nombre de témolns dans les informations du recelé des effers de fon mari , dont on accufe la veuve. In= formations aportées au Greffe, quelle a cohabité publiquement avec fon mari, TRA. PISTA DN A PRAT EE O ZA DAA Mariage fecret. 199 St pendant lalóngue maladie qui la con- duitau tombeau; qu'elle remplifloit tou- tes les fonétions de maítrefíe de la mai- fon, qu'elle y difpofoitde tout. Ainíi des que le mariage elt public, vainement pré- tend-t-on le prévaloir de la Declaration de 1639. contre la veuve 82 les enfans de Conftantin de Turgis. Voici les ter- mes dans lefquels elle eft congué. Def- rant pourvoir a l'abus qui commence a s'in- troduire dans notre Royaume , par cer qui tiennent leur mariages fecrets d* cachés pen- dant leur vie , contre le refpedt qui efi dí 2 an fo grand Sacrement ,nous ordonnons que. les majeurs contraftent publiquement , (> en face d'Eglife , avec les folemnités preferi- tes par lOrdonnance de Blois , (> décla- rons les enfans qui nattront de ces maria- ges > que les parties ont tenu jufqu'ici , ou tiendront a Pavenir cachés pendant leurvie, qui reffentent plutótr La honte d'un concubi- nage , que la dignité d'un mariage , inca- pables de toutes fuccefions auji-bien que leur poflerité. Qu'entend le Légiflateur par un ma- rage caché? 11 n'en: donne point de défi- nicion ; alní ce terme, caché, doit étre pris felonles notions les plus communes, éz les plus populaires. : Un mariage caché eltun mariage dont 11111 200 Mariage fecret. l'exiftence demeure pour ainíi dire con- centrée parmi un petit nombre de té- moins, $2 quí pour le relte des hommes elt comme sil nel'éroit pas; queles te- nebres du myftere dérobent mémeá cet- te portion de la focieté ; qui par rapport al e parriculier forme ce.que nous appellons le public. La lo1 qui condamne Íi feverement les marages que les époux tiendront cachés pendant leur vie, ne dit point comment les mariages doivent étre manifeltés : elle ne prefcrit aucune condition parti culiere de laquelle dépende cette publi- cité quí peut feule rendre les enfans ca- pables des effers civils. La Déclaration de 1639. elt une loi pénale : uneloi pénale en matiere d'étar, lot autant plas rigoureufe quelle frappe moins les contrevenans que leur inno- cente poftérité. Ce feroit donc la fouve- _Taíne injuítice d'exiger pour la publicité d'un mariage ce qu'une telle lor n'éxige pas. ll faut donc S'en tenir aux idées or- dinaires , 82 regarder comme non ca- ché un mariage connuVun li grand nom bre de perfonnes , quon ne puille rai- fonnablement foupconner les parties d'a- voir pris tant de confidens, d'avoir in- térellé tant de perfonnesá leur garder le Mariage fecret. 20H lecret 3 en un mot un mariage eft public loríque les époux unis légitimement ne rougiflent point del'érre , $ s'annoncent pour ce quíls font, 8z ls manifeftent (uf filamment les liens quí les uniflent, ¡ls font ce qui dépend d'eux pour manife- fter leur étar. 1%. Si la femme porte le nom de fon mari. 2%. Si les enfans por- tent le nom de leur pere , dc paflent pour légitimes, 3”. Si les deux époux vi- vent enfemble. Celt par-lá que la plú- part des mariages viennent ala connoifl- lance du public. La perfualion oú nous lommes que tels 82 tels font mariés, na prelque jamais d'autre fondement. 11 n'elt pas méme befoin que ces trois conditions foient raffemblées. Une infi- nité de marlages fonttrés-publics > QUOÍ- que les deux époux pour de bonnes ou de mauvailes raifons , Nayent point em de demeure commune. Qui pourroit donc contelter avec ombre de vraifem- lancela notorieté d'un mariage qui réu- nit Ces trois caracteres , comme les rén- nit celui du fieur de Turgis? La Dame de Turgis depuis lon ma» rage a toujours porté le nom de fon ma- 11, elle le prouve par des pléces qu'elle: a Tangées en ordre chronologique , elle conftate année par année, 82 Preta de Y 302 DMariage fecret. mois en mois une tradition fon inter- rompué de la poffeflion ou elle étoit de: porter le nom de fon mari. Elle figne en qualité de Dame de Turgis , des Billers. payables au porteur. Un Biller de cette elpece elt un effer commergable silen fur jamais 5 il pafe ou- peer palfer de main en main, il circule quelquefois juílqu'a Pinfint; donc prendre dans un Billet payable au porteur , telle qualité 5, celtlaficher, d'elt en rendre le public dépofiraire , C'eft Pannoncer ¿tout Puni- vers. | Elle a été infcrite, impolée 82 mode- rée dans les Regiftres de la Capitation ,, comme femme de M. de Turgis, Lieu- tenant aux Gardes Francoiles; elle éroie donc en poflefion publique de cet état. Eft-ce donc ferienfement qu'on revo= que en doute une verité confignée (ur les Regiftres de la Ville > Quox de plus au- tentique que ces Regiftres, de plus fo- lemnel , de plus décifif dans la matiere dont il elt queltion > Toutes les fois quon voudra s'affurer fur quel pied un citoyen s'annoncoit dans le monde, ce quil prétendoit étre , fous quelle quali- té, fous quel nom il érojt connu, ot trouvet des lumieres plus certaines que dans le róle méme des ciroyens > On : 25 da Mariage fecret, 103 Ícait que les róles de capitation ne S'ar- rérentá la Ville que fur la notorieté publi- que, 8 furlesinformationsqw'on faitdans €haque quartier, dans chaque mailon des noms 82 des qualités de ceux qu'on veut impofer ; donc la Dame de Turgis éroit déja connué fous ce nom avant que d'étre impofée, 82 quand on prétendroit qu'el- le-méme avoit didté ces noms 82 quali- tés aux Commis chargés de faire la vifite dans les maifons, il Senfuivroir toujours que loin de cacher qwelle portoit le nom de Turgis, elle a pris un moyen infail- lible pour le manifíter ;, car le róle de la capitation Sarrétane au Bureau de la Ville , 8% palfant par les mains d'un trés- grand nombre d'Officiers , de Regif- fcurs , de Receveurs, de Commis , lé nom fous lequel on eft inferir ne peut de- meurer fecrer, furtout loríqu'll gagit -Pune perfonne auffi connué que la Da- me de Turgis. Ses malheurs 8 fa veí- tu avoient rendu París arrentif a la deftí- née ; une infinité de gens y prenoient Interét par eítime , par compallion, 82 méme par limple curiofité. - Que Pon dile tant qu'on youdra fans preuve 82 fans fondement, que la Da- me de Turgis seft fait infcrire elle mé- mé , nous ferons dumoins en'droit d'ex ly) 204 Mariage fecret. - conclure qu'elle a donc fait profeflion de - fon étar devantle Prévor des Marchands 8z des Echevins., qu'elle leura demandé aéte de la qualié qu'elle s'artribuoit , 82 Pa obrenu. Or ce qu'ona folemnellement notifié a ces hommes en pl:ce, qui re- préfentent le corps des citoyens, ce dont 115 ont donné aéte eft ellentiellement public. Aufíi la Cour par fon Árrét du 26. May 1705. déclara fecrer le mariage de Marie Jonvelle , avec Sonnet de la Tour, parcequ'elle avoir pay la Capitation fous lon nomde fille. Perfonnen'ignorequ'on prend toujours certe précaution , lorÍ- qu'on veut tenir fon mariage caché, tant il et vrai qu'on pafle dans le public pour érre ce quíon eft fur les róles de la Ca- pitation , € que le nom fous lequel on porte les Charges publiques , on le pof- fede néceflairement dans la focieté.. Ona fait voir que la Dame de Turgis s'elt toujours portée pour telle. Qwá ce titre elle a fait tous, les adtes qu'on a' coutume de faire dans la locieré : Sic agebat , fic contrahebar. Cela fous les, yeux de fon mari ,.4la porte de la belle mere , fans contradiction , fans oppoli- tion de la part desinterellés , fans pren- dre elle-méme aucune précaurion, La0s Mariage fecret. 205 aftefter de myltere. Si ce Welt pas allez pour prouver une poflefion publique «XX pailible de Pérar de femme, on ne voir plus ce qui pourroit Pétablir. On ajoútera que le fieur Charles Do- Mminique de Turgas fils , a roujours porté le nom de fon pere, 82 a toujours été re- gardé pour fon fils légitime ,1l a eu 'hon- neur d'étre atraché ¿ M. de Gévre en cet- te qualité, 8% d'étre admis dans la Com- pagnie; honneur quil 'auroit pas eú li la naiílance avoir dté équivoque. Enfin on a vá dans le recit hiftorique des fatts qu'avant la mort le fieur Con- ftantin de Turgis ayant mandé le icur de Canteleu , fils de fon frere aíné, lui recommanda ía femme 8z les enfans ; que celui-cilesembralla tendrement, 82 promit que jufqu'au dernier foupiril en prendroit foi. Nous avons la preuve de ce fait dans les difpofitions teltamentai- tes que le fieur A Cantelen a fait en leur fayeur : dilpolirions relatives aux prieres defon oncle» $ conformesa fes engagemens. | Leficur Conftantin de Turgis n'a pas habité continuellement avec fa femme, quil ait par des railons d'intérers confer- vé lon appartement chez la mere, S ale donné lien par-la d'addielfer a la femme 106 Mariaze fecret. la taxe de la Capitation ; elle n'en étojt pas moins envifagée comme femme du fieur de Turgis, comme on le volt pat cerre méme adrefle : Pailleurs 1ls habi- toient fouvent enfemble en campagne 8 a la Ville. Ainíi cette cohabitation dans la longue maladie du mari n'eft pas Peffer dun marlage im extremis mais une con- firmation d'un mariage contracte plu- ficurs années auparavant, mariage quí n'étolt point fecret. Vaivement a-t-on prérendu que le mariage du ficur Conftantin de Turgis étoit lecrer , parcequ'il n'étoit pas écrit fur le Regiftre > 82 quil éroit fur une feuille volante. Combien de mariagesfe- crets InÍcrits fur les Regiftres ils ne font fatts que pour les affurer , 8 non pour les publier. La feule polleffion d'étar par- lible eft deltinée a ce dernier ulage. ' Il eft vrai que la Déclaration du 9. Avril 1736. en defendant aux Cutés fous des peines trés-griéves!, de redi- ger les Altes de celebration de mariage far des feuilles volantes, permet aux Juges de prononcer contre les époux la privation des effers Civils, sil y échoit.. Mais outre que ces termes sil y échoit , font allez entendre que les o a nÉ erits fur des fcuilles volantes.ne font pas s DD Mariage fécret. 207 ellentiellement fecrers; la Déclatatiom he parle que de ceux qui fe contradte- tonta Pavenir, 82 ne peut avoir def. fer rérroa if fur celui des Siéent Sc Da- me de Turgis, diíous 30. ans avant la promulgarion de la loi: donc ce feroie avancer un paradoxe infoutenable , que de prétendre qu'un mariage elt caché pecas > parceque Paéte de céle- ration n'a été remis dans aucun dépór public. On foutient encore vainement que le fieur Conftantin a tenu fon marlage fe- cret , parceque, dir-on , il ena point parlé dans a maladie en termes expres ». ní dans fon teltament, on tépond quil: Pa fuppolé public, 82 que ceft fur ce pied la qu'il a recommandé á fon nevew: la femme 82 les enfans. 1l avoit cohabiré: publiquement avec fa femme , il ne pouvoit pas ighorer quelle ne portar lor» nom , en gardant le filence il autori/oir - donc fa polfelfion d'érat. On a produie les proteftations concués dans les termes les plus énergiques » il les avoit faites avant fon fecond marjage , il declare quil regarde la Demoifelle Biancolelly comme [on époufe, qwil men aura ja- mais Vautre , quiil réitereroic fon ma- Mage; étant obligé , difoir-11, par hen- 208 Mariage fecret. neur 8 confcience, 3. par la conduite de la femme. 1 difpole dans [es proreltations de les biens en faveur de (es enfans , avec rtélerve des droits -appartenans á la femme felon la Coutume. On re peut donc pas douter qu'il n'eút le del- (cin de rendre public le mariage qu'il projettoit > 82 quand il protelta a la mort de la mere contre fon exherédation , ne declara-t-il pas alors en Juítice fon ma- riage qu'il avoit public. Il fair, dit-on, des legs a plulieurs particuliers de lommes coníiderables aí préjudice de fes enfans , doncil ne les reconnoilloit pas pour légitimes. Pou- voit-il ne pas reconnoítre pour légitimes des enfans qui font déclarés tels par Sen- tence confrmée par Arrér. D'ailleurs dans combien de teltamens des peres quí ont des enfans légitimes ne font-ils pas des legs confiderables á des étran- ers? » La Déclaration quí parle contre les: marjages cachés , parle de ceux que les parties auront tenu fecrers, $ non de celui qu'une des deux Parties ne revele point. 1 ne peut méme étre caché des. que Pautre les revele, tour le myltere alors séyanoilir. La partie qui obéx a la lol ne peut fouffrir ni dans la períonne AE NED ES A A A A O AREA A AS AD Matiage fecret. 205 hi dans la pofterité de la defobeiffánce dPautrui, d'une défobéiflance que la loi ne connoít plus depuis quele maria- ge eft public ; feroit-il juíte de faire dé- endre du caprice, ou de la mauvaile mao: dVune feule des Parties, 8 la publicité du mariage 82 le fort des en- fans? Il en elt ici comme de la bonne fo1, pourvú quielle fe trouve dans un des deux époux , les enfans font légiti- mes, quoique Pautre foit engagé ail.. leurs. Ainfi la Dame de Turgis faifant profeffion publique de fon étar , le ma- rage eut été public malgré le fieur de - Turgis 1d Pelt donc bien á plus forte railon , puilqu'il a fortifié cette polfel- fion non feulement en ne s'y oppolant pas , mais méme en reconnoiflant la qualité de fa femme en d'vers occafions , $ de la maniere la plus éclatante. Enfin, dit-on, la famille du fieur de Turgis, 8% particulierement la Dame ía mere , ignoroient qu'il fút marié; donc le marlage étoit fecrer. On repond que la famille du fieur de Turgis 8 la Dame fa mere, étant la por- tion du publiolw plus curicule, 82 la plus atrentive a les démarches , ne pouvolent pas ignorer ce que le public fgavcit. usdnotum ef remotioribus proximas na- 210 Mariage fecreto tum effe deber. Si le public étoit abreuvé d'un faie quíl ne recherchoit pas, pou- voit-il le derober 4 une famille inquiete qui fouilloit partout pour le tronver. On a vúl'elpace de trois années confecutives la belle-mere 82 la brue , aflilter en mé- me tems aux offices publics dans PEglife de faint Jofeph. Celle ci menoit avec el- le (on fils encore enfant, la prefence de ces deux femmes étoit un [pectacle ha- bituel , 8 une fource inépuifable de dií-* cours pour- tout le quartier, parfajre- ment inftruit du maríage de Pune , 8% de la rigueur inflexible de Pautre : la pre- miere environnée de perlonnes qui mur- muroient autour de fes oreilles, pou: voit-elle s'étrourdir fúr la caule de ces murmures > Sa curiofíté inquiere nePau- roitrelle pas d'abord mile au fait malgré elle. Les honnétes gens quí aimoient 82 eltimoient Péponfe du fieur Conftantin , 8: qui la nommoient dans les expreflions de leur amitié 8 de leur eltime , la petí- te de Turgis , ne montrolentils pas qu'ils étoient inftruits du prétendu myftere. On a furabondamment prélenté une Requéte pour étre regú'a la preuve de la publicité du marlage. Quand on fe retranche á dire que le mariage n'étolt pas lortable , on né voit _ DHariage fecret. z1Y Pas que les alliances les moins propor- tionnées n'en font que plus connués par- cequ'elles excirent davantage la curio(fi- té, dailleurs certe difproportion eft compenfée par bien des aVantages , com- me on le dira dans la fuite. Aprés qu'ona montré que le maria- ge dont il sagita été public, 8: quil 1'eft point dans le cas de ceux qui font privés des effets civils; les moyens de relcifion queles Sieur 82 Demoifelle de Turgís ont contre le Traité du 18. Mars Moyens de 1724. le prelenteront dans toute leur A force. ls obferveront d'abord: que cen 18. Mass | Prairé elt (1 fingulier dans (on elpece , 1724* quon ne peut trouver de dénominarion qui lui convienne, car il ne peut étre envilagémi comme partage , nicomme tranfiétion , ni comme donation ; les définitions propresa ces Traités ne pen- vent jamais lui ete appliquées. Qué faut-11 done de plas pour le faire regat- der comme un TFraité inutile 8 frivole, quine peut par confequent leur ¿rre opa De pue dans une queftion qui concerne: eur érar? . En effer comment le faire paffer pont un partage ? left de Peffence d'un Atte € pattage, que ceux qui parlent dans - Pacte ayent un droit d la chofe partagée.. sr Tor. os] 212 Mariage fecret. Or les Sieur € Demoifelle de Turgis ne paroiflent avoir aucun droitá la (uccel- lion de la Dame Marquife de Saint. Pier- re. Ce leroit done le tromper que de le regarder comme un partage , cependant il elt certairi que tout ate fur une fuc- cellion entre des prétendans, quand il n'elt précedé d'aucun autre, elt un veri- table parrage 5; mais dans celui-ci Pinten- tion des Parties , les termes de Paéte, le défaut de qualité determinent á penfer que la définicion de partage ne peut lui erre appl:quée. On ne peut aulli le prefenter comme une tranfadtion : pour traníiger fur quel: que chole il faut y avoir un droit cer- tan 6% reconnu il faut que le point dile Els foit énoncé comme douteyx entre es Parties. Or £1 Pon croit le langage. des Parties dans Pate dont il s'agir, 1L n'y avoit rien de douteux ni de contelté fur la fucceflion de la Marquife de Saint- Pierre, Lesdefendeurs fuppolojent com- me abfolument indubirable qwils éroient les héririers, 82 les Sieurs 8 Demoifelle de Turgis Sétant reconnus incapables de reciteillir aucune fucceflion dans la famille de leur pere, déclaroient ny pon- voir rien prétendre , par conféquent on peut dire quil ny avoir pas méme ma- a , Marriage fecret. 213 tuere á tranfadtion : 8 Pon doit prendre - Pour un vetbiage illufoire 8 vuide de lens, ce que porte le trairé, que confide- rant les diftufioms qui pourroient natrre de leur conteflation, d* voulant les pré- Venir > ilsonttraité, tranfigé, accordé, O font convenus de ce qui fuit. Regardera-t-on ce Traité comme une donation ? 11 £ant étre maltre de ce qu'on «donne, $ que celui qui recoit n'y air aucun droit. Or dans le fonds les defen- deurs n'étoient pas les maíttres de la fiuc- cellion de la Marquile de Saint-Pierre, les loix du fang ne les y appelloient pas; elles appeiloient les Sieur € Demoifelle de Turgis, Ceux-ci par conféquent ne Pouvoient recevoir á titre de liberalité une portion de leur propre bien. Mais outre que cer alte ne fcam- toitíe définic, ef qwil n'étoit pas lj- bre de la part des demandeurs. Leur tri- fte fituation leur impofoit la loi dVaccep- ter les propofitions quon leur faifoit, 1ls 1avoient pas recueilli la moindre parte de lear bien paternel, $ ils vi. Voient aux dépens de leurs protecteurs , Sí de leurs amis. Qui ne concoit que l'ef- perance d'un tel changement d'étar des quelle nuit 4 Pame, ne lui donne pas licu de déliberer fir le parti qui lut efe 214 Mariage fecrer. le plus avantagenx. 11 lui fuffit d'en eme braffer un quel qu'il loit , qui la tire de la trifte Íiruation on elle eft. Mais quel- Que preflantes que foient ces refléxions pour combattre le Traité du 18. Mars 1724. atrachons-nous aux moyens dé- cilifs... Sil eft vrai que les .enfans du fieur Charles-Conftantin de Turgis ayent traté de leur erat ; sil eft vrai quils Payent cedé pour une lomme d'argent; on ne peut nier quils n'ayent faic un contrat illicite, une vente nulle un tralté qui repugne aux bonnes mearurs. Quiconque oferoit contefter cette pro- poliion > 11 fufhiroit de la rappellerá une maxime fondamentale, maxime Ái uni- yerlellement reconnué qwelle forme une elpece de cri public. L'éracr d'un citoyen eft une qualité dont il eft faifi par une loi polirive , c'eft un bien quiappartient ála Republique, 8 dont la Republique feule peut difpo- ler. Le citoyen ne peut entreprendrede s'en dellaifir fans donner arreinte au droit public : par conféquent tout ce quil pourroir entreprendre ád cer égard ne peut jamais Iublfter. Zas publicumpriva- torum pattis Mutari non poteft. 1.28: f- depadt. Aimh Penfant quí naicd'un ma- Mariage fecret. 215 tiage valablemenr célebre, né legitime par la loi qui le déclare tel, ne [caurolt £n aucune maniere, ni dans ancun cas renoncer a Pavantage de la légitimité. Létat eft donc une qualité que la loi imprime aux citoyens ; c'eft un Cara- ¿tere indélébile quíils portent partout , quileur donne une relation nécelaire 4 certalns engagemens , 8c par Jequel d'autres leur font interdits. De-lá vient que les majeurs font capa- - bles de tous les engagemens, 82 que les mineurs nen penvent former de vala- bles qua leur profit. Ainfi la majorité - forme un étar particulier. La minorité en elt un autre diftingué par les effers, >/ Pio : L'étar des enfans légitimes cf diffe» - Tent de Pétar des batards. La qualité Qu'ils ont regue les uns 82 les autres par la difpofition dela loi, fixela mefure de leur pouvoir par rapport aux engage- B Pp p mens dans lelquels ¡ls.peuvent entrer. Difons mieux , parle fait de leur naif- lance la loi les (aifit de la capacitó des en- gagemens quí leur conviennent, $ les trend inhabiles á ceux dont le Leégillarcur lesexclur. Les Sicur 82 Demoilelle de Turgis nes Yun marlage valide $ public, fe Íont trouyés incapables d'aucune efpece 216 -Mariage fecret. de convention fur leur légitimité. Done tout ce quíils ont pú faire au préjudice de cerre qualité inaliénable, tombe de luí- méme puifquils ont ftipulé Pun bien qui 1'entrant point dans le commerce > ne pouvoir faire la matiere d'aucune convention. Erqwon ne dife pas que les fieur 6 Demoifelle de Turgis n'ont fait aucun aCte fur leur légitimité , en renongant á a faculté de recieillir des fucceffions ? On ne craint point de Pavancer > parce- . Pp p quon le démontrera dans la fuite. 11 n'elt point de légitimité véritable , fans la fa- culté de recieillir des fucceflions ; ou ce qui revient au méme. 11 faut admettre deux efpeces de légitimité , lune entie- re, Pautre imparfatte 5 mais quí confti- tuant deux étars diftingués , mettent ceux qui en font faifis dans une égale im- puiflance d'y renoncer. Avant POrdonnance de 1639. on ne connoiffoit point en France cette efpece de légitimité incomplete, que nous pou- vons appeller un étar mitoyen entre la bátardile 8z la légitimité , érat équivo- que , qui reduit un citoyen á la ftérile denominacion de légitime , 82 luilaifTe réellement la milere, 8 prelque Pigno- minie de ha bátardile, Alotrs - Mariage fecret. 117 Alors pour joui: d'une légitimiré par» faite, il Luffilor denafrre Yun marlage valablement célebré. Cerre unique Cit- conftance meéttoit en pollEllion de tous les droits d'une nmaiflice lévitime , elle leur rendoit parfarte la condition des citoyens , elle lew donnoit droir de recue llir lhéritage de leurs peres, Que les marges fullent denteurés dans les tenebres du myítere Y du lilen- ce ,ou quils enllent éclaté dans le public, par la notorieté la plus folemnellez cette difference aujourd bui (i diftinétive ee fi elfentielle, n'étoit point encore ni pré- vué n1 marquée parle Légiflatenr, + lle - ne caradtériloie point les enfans; elle ne fixort pas Pérendué de leurs droits 8z de leurs prérogarives. La lo1 éxigevit pour toute condition la validité du mariage. Cettre fénle CON= dition rendoit parfaitement légitime, parceque la légitimité efl um étas civil, 82 non un état de la nature , elle ne tire fon ellence que de la loi qui Pérablic. On ap- pergoit du premier comp d'exil, que le mot de /egirimiré ne lignifie qu'un état conforme a quelque lo1 pofitive, A confulter uniquement la loi de la hatute , il femble qwelle done indi- InCtement droitála fucceflion de ceux Zome XIX. K 218 Mariage fecrer. dont on a regu le jour; mais la fagefle des Légiflateurs a reftraint fucceflive- ment , « par degrés cette lo1 narurelle. Les batards parmi les Romains né- toient pas exclus de la fucceflion de leur mere : mais ils ne pouvoient prétendre aux biens du cóté paternel. Vovifime friendum ef? , etiam illos liberos qui vulgo quefiti funt, ad matris hereditatem ex Se- matus-confulto admitti. lib. 3.Inflit.tit. qu -S.3. En France fi les batards reciieilli- rent autrefois les (ucceflions de leurs pe- res , ce ne fut jamais qu'au défaur d'en- fans légitimes. : Enfuire déclarés inhabiles, 1ls "eu. rent á elperer que des penfions alimen taires. Pour fucceder il fallur naítre d'un mariage conformeaux regles de PEglife, 8c aux loix du Royaume. da Enfin le Légiflareur frapp € desincon- yeniens inféparables des mariages tenus fecrets die la vie, reftralgnit par une derniere modification la liberté na- turel'le , 82 voulut que délormais le. ma- riage , pour donner á la focicté des ci- toyens pleinement légitimes , ft non feulement régulier dans la celebration, mais encore rendu plus refpeétable par le fcean de la publiciré. 2 Jl eft clair que la Declaration de Lovig a H ¡ ñ 4 ár débauche 82 dla diflolution 5 puniflons- Mariage fecret. 219 XIIL du 26. Novembre 16 39. que nous avons citée , loj publique, sil en fut ja- mais, lifant bles par refpeét pour le Sacrement, 8z pourlesloix précéden- tes , les mariages revérus des formalités preÍcrites par POrdonnance de Blois: lors méne quíils feroient tenus fecrets € cachés pendant la vie , veur bien ad= mettre une (orte de légirimité qui refulte de ces marlages. E! Mais puifque la méme Declaration quí ne fait que les rolerer , loríqu'ils demen- rent lecrets pendant la vie ,- exclut des effets civils les enfans quí en nal ront. Het vifible qu'elle appolea la légitimi- té parfaite, une condition quí n'avoit point été nécellaire jufqu'alors. Comme lle Leégiflateur difloit : Tandis que les homes ont affez refpedté la Religion, pour ne pas faire myltere de Punton la plus facrée il éroit inutile de les obliz ger par la terreur des peinesá rendre leurs martages publics. Alorsil étoir ju- fte que la légitimité parfaite fic la préro-" puse de tout mariage validement céle- é : mais puifque Pon commence á rou: gir devant les hommes des engagemens contraétés a la face des Autels, puifqu'on att lervir la fainteré du Sacrementa la K ij 210 Mariage fecret. ces coupables par Pendroit qui leur doit érre le plus fenhible , frappons-les dans leurs enfans, 8 faifons paller la peine julqu'a leur poftérité la plus recu» lée. Que Vétar de légitimicé ne lost plus atraché deformais á la feule validiré du mariage >, mais quil depende encore de la publiciré. Ainfi deux fortes de légitimité , Pune quí nelt quíun vain tire, Pautre quí produit les avantages les plus réels L'nne qui tranfier les fucceffions fuivant Pot- dre de la narnre 5 Paute dont Peffer elt " d'intervertir la loi du fang. L'une qui donne les biens; Paurre quí condamne á la pauvreté. L'une quí fournit dequol foutenir honorablement le nom de [es peres; Pautre qui oblige de le trainer , 8z qui le renda charge á ceux quí ont le malheur dérre ainli légirimes. Lune forme des citoyens parfaits , Pautre vin- troduit dans la focieré qu'nne efpece d'hommes difficile ¿ définir, quí tenant tout a la fois de la batardile , de la léyitimiré ,ne font á parler proprement , ni légitimes ni batards, Lune enfin , Íui- te d'un mariage ou la dignité du Sacre- ment (e trouve pour ainfi- dire décorte de lhonnéteré publique; Paurre, fruit d'pne conjonétion prefque clandeltune y AA A X DMariare fecret, 22Y a demi profcrite , leulément tolerée, te- bant plutót de la honte d'un concubina- ge, quede la dignité d'un Sacremente A des caradteres 8 á des effers [1 op- polés , eft-1l poflible de ne pas reconnoi- tre deux états li differens? 1l font cepen- dant les confondre pour ne pas regarder comme nul le tráié dont il sagir ” Les Sieur 8 Demoifelle de Turgis nés d'un mariage dont ils font en droit de démontrer la publicité, fariis par con- léquent de la vrare légitimité , de cette légitimiré parfaite 8 honorable , qui ré- pond a la dignité du Sacrement, fe font degradés en fe reduilant d une légitimiré fétrie 8 Aérriflante, qui tient de la hon- te du concubinage $ de la clandefti- nité, : lls ont donc fait un échange de leur étar; Hsont cedé un bien quine leur ap- pepenar pas : lls ont donc difpolé d'un ien dont ils n'étoient que les timples depolitaires ; le bien qwils ont aliené ap- : pon la republique; ceft la repu- lique quile reclame aveceux , pour Cuxonlias -Quelqu'un pourroittraiter d'idée nou- velle cerre diftinétion d'une double lé- Itimité; mais quand méme le langage bs nouveau , du moins Pidée eft auf K 1j 222 Mariage fecret. ancienne que la loi qui Pérablir depuis POrdonnance de 1639.01 efttorcé d'ad- mettre deux fortes de citoyens légiri- mes, « (1 Pon ref pas encore familiari- fé avec les termes que la juítelle 8 la préciion nous obligent d'em ployer, ceft que Pelpece dontal Sagir ne sel peut- Etre jamais préfentés depuis la loi de 1639. Dans lelpace d'un fiécle on voit plu- fieurs hommes entreprenans 8 témerai- res, alpirer 4 un érar que la loi ne leur a pas accordé , mais combien faut-il de id. dles pour trouver un homme qui renon- ce a fon étar , 8 qui Pabdique dans le car párticulier aux Sienr $ Demoifelle de Turgis 2 ! En effer , quelle réunion bizarre d'une infinité de circonítances n'croit pas nécel- lame pour former cette conteltation inoilie, 8 pourla faire parvenir juíqu'au aribunal de la Cour ? la fallu que le fieur Charles-Con- ftanun de Turgis air été géné, quil ait gardé des meures dans la publicité de fon mariage. 11 a fallu que des mi- neurs abandonnés á la conduite d'une mere mal confeillée ayent Cte les y: éti= mes de 'on inexperience, 82 de la timia dité ; devenus majeurs quand ils ong Mariage fecret. 213 Connu leur étar, il a falla que le crédic des collateranx éloignés, les ait fait re- noncer á la reflource certaine d'une Re- quéte civile. (la falla que les héritiers appellés parle fang 82 par la loi , ayent accepré une portion fi 'modique de leur propre bien, quils foient inconti- nent retombés dans l'indigence. Da fallu que dans les plus preflans belomms les Sieur 8% Demoilelle de Turgis n'ayent obtenu des moins inhumains de leurs collateraux que des promefles vagues, 8 une compaflion ftérile; ce n'elt pas tout, ila falu que la Providence leur aitrendu une main fecourable , 8% que - de labime de la milere, elle leur aittra- cé une ronte pour venir fe jetter aux pieds de la Cour. 4 - Une pareille elpece ne Sérant peut- étre jamais prefentee, eft-11 éronnant qwon mait pas fait affez d'atrention 4 cetre double legirimiré , 8 quion malt pas reformé le langage fur Pefpricde cet- te nouvelle loi ? Mais fi quelqu'un refufe d'adopter ce langage , on peur ménager fa delicarelfe. La Caule des Sieur 8 Demoilelle de Turgis wen louffira point, puifque la capacité de fucceder quand la lol la don- inc, eft inaliénable , imprefcripuble », K 11j 224 Mariage fecret. aufli - bien que la légitimité. > Si les Demandeurs avoient renoncé au titre de légitime, on ne peut con- tefter que cette renonciation ve fit nul- le, S£ de nul effer. Pourquoi cela ? Celt quérant forris d'un mariage valide, la loi les faifir de la qualiré de légitime , $ ne leur permet pas de sen delfaifir, Or eft-1l qu'étant nés d'un marlage pu- blic , la loi les a pareillement revétus de la capacité de reciieillir des fucceffions , Sí ne leur a point permis de fe déponil- ler de cette capactté. Donc en fe décla- rant inhabiles á fucceder., ils ont faitune «convention aufli nulle que s'ils s'éroient. déclarés bátards, : Dira ton quils n'auroient pú fe pri- ver du titre de légitime, parceque ce titre elt une qualité honorable , 2u-liea que la capaciré de lucceder , qualité uti- le , avantage lucratif, peut-étre la ma- tiere d'une convention ? Mais 12, le fimple titre d'enfant 1é- girime que la loi n'óte pas a ceux qui nalllent d'un mariage tenu fecrer, ne Ícauroit paffer pour une qualité honora- ble. C?eft un titre moins deshonorant que celui de batard. Mais encore un coup , il n'elt pas honorable; il eft Aé triflane puiíque le Légiflateur la Hérri A A A AAN O NN A A O A % ; Mariage fecret. 225 dans fa fource, comme au terme de la loi les mariages lecrets le pa de la honte du concubinage ;:il faut nécelflai- rement que la:(imple légitimiré quí en relulte le -rellente de la honte de la batar- dile. 2%. La faculté de fucceder ne peur étre regardée comme une qualité fen- lement urile , comme une affaire de pur interér , puiíqu'elle et la marque [pecifique qui caradtérile les citoyens ius d'une alliance entierement hon- nere, d'une union irréprochable á tous égards , laquelle ne le reflent en aucune . maniere de la honte du concubinage, X ne tient que de la dignité du Sacre- ment. i Dailleurs les droits honorables fon quelquefois fufceptibles de conventions. Ce n'elt donc pas précifément parceque la legitimiré et honorable , qu'elle ne tombe point dans le commerce , c'elt parceque la loi la donne, $ ne permet. pas d'y renoncer. Or la loi donne égale- ment d celui qui nai d'un mariage vali- de % public, la faculté de recileillir des luccellions + Pon ne prouvera jamais que la loi permette d'abdiquer cette fa- culté, Donc les Sieur 8% Demoifelle de Turgis Sétant dépouillés de cette facul- , K y 226 Mariage Jecret. té, font exaétement dans les mémes termes que s'i1ls avolent renoncé au titre de légirime. : : On objeétera fans doute que sils avolent renoncé au titre de légitime, 1ls auroient renoncé a leur état 3 ce qui n'é- toir pas en leur pouvoir , mals qu'en le recornoiflant incapables de fucceder , 1ls W'ont point traité de leur état. Ici nous reprenons le méme raifon- nement, Fécond dans la fimplicité, ¿1 fournit dequo1 détruire ce qu'on peut oppoler ce plus fpecieux. Poyrquoi le tire de léguime eltal eflentiel a Pórac des citoyens qui doivent le jour á un ¡arlage validement célebié> Ceft que la los veut quils foient legitimes; cell qwelle veut leur imprimer le carabtere de la légitimité. Or la lo1 veur que ceux qui naiílent d'un mariage public foient. - capables de fucceder : Elle veut, sil eft permis de le dire, quíils portent cette empreinte , quils loient frappés d ce coin 3 donc Pun $ Paurre appartiennent a Pérar des citoyens. Létat de chaque membre de la fo- cieté confifte á te ce que la loi veut qu'il foir ; ce que la loí veur que nous loyons, nous le fommes indéependam= ment de nous, lans notre confentement 2DMaiage fecret. 227 'S méme malgré notre refiftance, Comme les proprietés de chaque étre naturel font inféparables de fon ellence, de-mémes les prérogatives que la loi donne aux membres de la locieté civile, les facultés , les capacités qu'elle leur imprime, conftituent leur étre civil. El les lont des qualités inhérentes aux ci- toyens , € font partie du citoyen mé- me ; La loi feule peut Pen priver , par- ceque c'eftala feule puiflance qui crée, quil appartient d'anéanur, Ces principes font inconteftables ; or il eltimpofible d'en faire aucune appli- cation au titre de légitime, (Ceft-3-dire a la faculré toute nué de porter le nom XX les armes de fon pere, ) quíon ne la puille faire en méme tems, $ a plus forte raifon a la capacité de ES as donc line Se Pautre font. Vérat du ci- toyen ; donc les Sieur £ Demojfelle de Turgis, pourvús de Pine. 8 de Pautre par la loi , éroient dans une égale impuif lance d'y renoncer, ; Quon fup pole pour un moment qu'ils le fulTent déclarés illégitimes, le ferotent- lls devenus , non lans doute. Mille 8 mille déclatarions de cewe narnre faires de gré ou deforce , Wauroient pú dé- tinire la circonftance d'od relulte lewe AN e 228 . Mariage fecret. légitimiré. 11 n'en feroit pas moins vral que leurs pere $ mere ont éré mariés conformément aux loix du Royaume. Comment oferoír.on prétendre que Paéte par lequel ¡ls fe font declarés inca- pables de recijeillir des fucceflions , les -a dépouillés effteótivement de cette ca- pacité? Leur conventon a-t-elle donc un effer rétrroactif fur le mariage dont ils fortentz de public quiil eft, a-telle pú le rendre fecret> La puiflance infínie elle-méme ne peur changer le pafle. Quodfatum ef? infeétum fieri nequit. Quelqu'accommodement qu'ayent fait les Sieur 82 Demoifelle de Turgrs ¡quel ue renonciation que la néceflité les aít pe de fouícrire , la publicité du ma- riage de lenr pere fublifte toujours ; le corps de preuves qui. la démontre n'en regoit pas la moindre atteinte. ]l elt en état ce corps de preuves, 6% ils n'afpirent qu'au moment ou il leur fera permis' de le mettre dans tout fon jour. Done puif- quil eftindubitable quele mariage des pere 8 mere des Sieur 8 Demoilelle de Targis na point été renu (ecrer Sí caché, il ef certain que par la difpolition préct- fe de la loi, ils ont éré capables de re- ciieillir des fuccefions. Or ce qu'ils ont. été parla difpofition précile de la loi., A ? - Mariage fecret. 129 il elt impofíible qwils ayent ceflé de Pe- tre , finon par une difpoficion de la loí.. La feule loi peut enlever au citoyen s » . bi e, ' ce que la lo1 lui donne á titre de capacité, Les chofes qui confiflent en une pure facul- Defpeifles. té ne peuyent pas étre preftrites en aucnn “it. de laprel- tems. Comme les capacités legales [ont données au particulter molins pour fon ES avantage que pour Purilité pu- lique , elles ne font point fufceptibles de convention 3 le crroyen nen a A ; recu la proprieté , mais Pufage. La locie- té les lui confie pour en joitr5 $ nulle. ment pour en difpoler. Ce n'elt pas quil foit toujours obligé d'exercer effeótive- ment la faculté , lorfque Poccafion's'en prefente, il peut renoncer a Pexercice actuel , parceque Paéte et un bien pat- ticulier; mais il ne peut renoncerá la . puillance ; parcequle elt un bien gé- néral. Par exemple il eft permis de ne point uler de la prelcription dans les cas particuliers , mais il ne Pelt point de s'engager d ne pas ufer du bénefice de la prefctiption; ce principe eft (1 générale- ment recu, quíl forme un axiome dans le Bareau. Axioma forenfe non po/Je renun- tiari prafcriptioni. On trouve dans Loúet lettre P. au ritre des Preftriptions> un | Arrét de 1582. qui déclare nulle une cription $. 34+ Mornac (ur a loi 20. €. de pat. 1230 Mariare fecret. renonciation faite a la preferiprion de 30. ans. - ]| eft permis de ne jamais faire de te- ftament , 8 de ne point révoquer celni quwon a fair , mais un adte par le- quel on sobligeroit 4 ne jamais telter , á ne jamais revoquer lon teltament, [e- roir un aéte nul. /Vemo fibi eam legem po. teft dicere, ut a priore es recedere non li= ceat. l.22. ff. de leg. 3- Ona droit de renoncer á une fuccefe fionéchué , maison ma pas celui de re- noncer á une fuccefion quí n'elt pas Ou» verte. Quelle foule d'exemples ne [e- roir-il pas facile de rallembler , pour faire voir que tout ce qui eft de pure fa» culté elt toujours inalienable ; hormis les cas od quelque difpolition finguliere de la loi donneroir la liberré de Sen dé- faifir ou pour mieux dire , hormis les cas oú la loi en dépouilleroxt le citoyen ? Or deux chofes font ¿galement certal= nes. 19. Les Sieur 8% Demolfelle de Tur- gis mont jamais été dans un cas ou la loi leur ait permis de fe déponiller , ou bien les air dépouillés de la capacité de fucceder. 2%.Parmi les diverfes capacités;, armi les qualités inhérentes , 82 les fa= cultés pures quela lo1 confere an citoyen, il en elt point de plus crenduc, de plus / Mariage fecret. 231 mtle de plus elentielle que la faculté de lucceder. Qui de nous ne croiroit étre moins citoyen, qui ne croiroit avoir per- du fon érar 3 qui ne le regarderoit com- me érranger dans la propre patrie, fi dé- claré incapable de reciieillir aucune fucz ceflion; il fe trouvoit alli frappé d'une exhéredation génerale ? Quoi! Si les Sieurs € Demoifelle de Turgis s'étolent engagés á ne point fé lewvir dela faculté de preícrire, faculté reelle, il elt vrai, mais dont le plus grand nombre des citoyens ne trouye pas occalion de faire ulage dans le cours de la plus lengue vie; un pareil engage- mentne Ígauroit foutenir les regards de la Juítice, 82 Pon le Álate de faire con- firmer un marché odieux dans lequel les Sieur S% Demoilelle de Turgis ont ven- du pour une lomme modique la plus précieule des capacités légales; celle dont Pulage eft le plus ordinaire, celle ¿quí confticue , Su qui rehaulle d'une Imaniere fpéciale P'érre du ciroyen. j Quand il anroic faie que ceder une fucceflion future , ils auroient pallé la melure de leur pouvoir; parcequwils au- toient renoncé en partie á la capacité de fucceder , 8 ¡ls ontrenoncé, non pas á une portion de cetre capacitó de lucce- 232 Mariage fecret. der, mais á la capacité toute entiere , 11$ mont pas cedé une lucceflion particolio- re , mais indéfiniment toutes lucceflions ouvertes non ouvertes. Le Brun, Trarte des >ucceffions , 48 ti- tre des renon:iations : établic exprellé- ment quil o'elt qu'un cas oú Pon puille renoncer aux fuccellions futures. 11 re- ¡marque que cette renonciation n'eft in- troduite quien faveur des mariages 5 qu'elle ne le peut faire que par les filles au profir des máles, dans la vué de lou- tentr les familles. 11 dir que Pon ne doit jamais s écarter de ces vués, quí leules ont pú érablir les renonciations par con- trat de mariage. : ; Il ne craint pas méme de qualifier cet ulage de droit exhorbitant ; mais, ajotite- t-il, nos renonciations a fucce/fions futures wétabliffent pas dans la perfonne de la re- noncante une incapacité de fucceder > au- quel cas elles ne powrroient fe foutenir. Donc la renonciation des Sieur $2 De- molfelle de Turgis á toutes fucceflions futures et ablolument nulle, puifqu'elle Welt point faite dans le cas oú la loi la - permet: Doncleur renonciarion qui éta- bli dans la perfonne des: renongansune incapacité de lucceder, ne peut ablolu- ment [e loutenir. A AAA Y Mariage fecret. 233 Le méme Auteur oblerve que la ré- honciation autorilée par la loi dans les contrats de mariage ne s'érend pas gé- neralement a toutes fucceflions Eros , qwelle ne regarde point la fuccelfion des colla:ereaux 5 permettre de rénon- “cer aux fucceflions collaterales , ce fe- roit, ditail, rendre la renongante incapa- ble de fucceder, ce qui ne fe peut pas , (> merite la reftifion : car Uincapacité de fuc=. céder doit dependre de la los; Cefl-a- dire doit étre prononcée par la loi. D'aillenrs il y aune elpece de démence dns ces fortes de conventions quiótent meme indirectement la faculté de tefler. | - U weftdonc permis dans aucun cas de renoncer a des fuccellions futures colla- terales, parceque ce feroit le déclarer incapable de tefter. Donc les Sieur 8% Demoifelle de Turgis en renoncant á toutes luccellions , méme collaterales , ont fait, felon le Brun , ce quine fe pent Pas > ce quí mérste la reflitution. Non feulement ils ont renoncéd tou- tes luccellions futures 5 ftipulation qui toute feule conformément aux principes de cet Auteur emporteroit par une con- , p . o . -féquence nécellaire un aveu d'incapaci- té , mais ce qui doit paroitre monftrueux, St ce quí répugne direótement aux bon- 234 Mariage fecret. mes moeurs ; ils fe font reconnus for mellement incapables 82 indignes de - toutes fucceflions. Non feulement ils ont dit : Nous ne piérendrons jamais rien aux fucceffions qui pourront s'ouvrit dans notre famille ¿ mais encore ¡ls ont dit, nous 1avons aucún droit d'y pré- tendre , quand la mort enleveroit ceux avec qui nous traitons, 6% tous ceux quí nous tenons par les liens du fang, nous ne pourrions jamais reciieillir la moindre portion de leurs héritages ; nous nous en reconnoillons incapables , SS pourquol en fommes-nous 1ncapa- bles? 4 railon de notre indignité , nous tirons notre origine d'une al iance peu réguliere, qui n'a pú mettre au monde que des demi citoyens, des infortunés indignes de fucceder , 8% prelque morts civilement. Ceux qui nous ont donné le jour , ontau mépris des loix négligé de décorer leur mariage de Phonnéteré pu- blique : leur mariage reflentoir plurór la honte d'un concubinage, que la digniré - du Sacrement. Nous avoiions notre in- enité , nous fouferivons pour nous 8% pour norre pofterité a láloi qui nous a fle- tris dans leurs perfonnes : nous acquief cons d P'Arrér qui nous en applique les peines 3 elles pafleront jufqu'á nos def: Mariage fecret. 235 «cendans, 82 Pincapacité de recucillir les lens de leurs ayeux , leur rappellera éternellement le vice de notre origine. Voilá le lens du traité , yoila ce que la mifere a fait dire aux fieur 82 Demo:- Íelle de Turgis contre leur confcience , contre la veriré des faits , contre la certi- tude des preuves, contre la notorieté. Fut-il jamais permis de le noircir , de fe deshonorer injuítement , 82 d'accepter pour les autres, 82 pour fol une Aérriflure non méritée ? Nous nous fommes couverts d'oppro- bre, peuvent dire aujourd'hui les Sieur -S Demoifelle de Turgís, en nousrecon- boiflant indignes de fucceder ; nous avons donné prétexte á nos adverfaires de répandre les libelles: dont nous nous pS , de nous regarder comme il- vs d'un mariage nul , 8 de nier méme notre éxiftence. Oiil nous avons confen- tien partie notre mort civile, en renon- gant a la portion la plus eflentielle de Pé- tar de citoyen. Cetre ftipulation eft, ou bien il nen fut jamais, une de ces ftipulations infámes qui lont nulles d'el. es-mémes , aufquelles on ne peut avoit égard. Novimus turpes fipulationes nul= dius efJemomenti. E. lib. 45. tir. 1. lib 26. On croit avoir prouvé juíquia Pévio 236 Mariage fecret. dence qu'un homme né d'un maria public ne peut lans blelfer les borines MCEuts le reconnoítre indigne de re- cit -illir des fucceffions ; qu'l luz eft im- poilible de fe dellaiir du pouvoir de lucceder , parceque la fociéré lui confie ce pouvoir a titre de faculté pure , 8Z de portion ellentielle de lon étar. Les preuves des Steur 8% Demoifelle de Tur- gis (ont de telle nature qu'elles ont dl porrer dans tous les elprits équitables la lumiere de la conviétion. Ea raffemblane dáns un petit efpace les moyens des Sieur $ Demoilelle de _Turgis , on dira que le mariage de leurs pere X mere a été un mariage public. Leur mere a toujours éré connué fous le nom de Dame de Turgis , elle a coha- biré publiquement avec lon mari en di- vers ems, 82 furrout durant une longue maladie qui le lui enleva pour toujours, 8z sil falloitjoindre aux preuves écrires les preuves teltimontales , on verroir s'é- lever, 87 de la Cour, 8 de tous les quartiers de cerre Ville une nuée deté- moins qui ne formeroient qu'un cri en faveur de la publicité de ce mariage. Nés d'un mariage public, les enfans des Sieur 8% Dame de Turgis ont donc recu de la loi le caraftere de citoyen - AE II AAA IIA ADA ON IRON A A ES O a Mariage fecret. 237 pu quí confifte principalement dans a capacité de fucceder. Suppolez tous les membres de la republigue incapables de lucceder , $2 qu'aucun citoyen n'eut la faculté de reciieillir aucune luccefñion ; vous la détruilez julques dans les fonde- mens, du moins ce n'elt plus notre Re- publique , vous lui ótez la prérogarive la plus florifante, 8z la plus précieute XX la plus ellentielle. Les Sieur 82 Demoilelle de Turgisnés d'un mariage public ont eté (21115 indivifiblement, $e dela légiti. miré, 6% de la faculté de recijeillir des luccellions : donc-en le déclarant inca» Pables de fucceder, ils ont pour le moins - Autant renoncéá leur étar que sils sé> tolent déclarés bátards, lls ne pouvoient pas renoncer a la luc» ceflion de la Dame de Saint-Pierre , quils n'y eudent un droit certain 8£z Connu. /s poteft repudiare qui ,Ó' acquirere Potef?. Donc méme de l'aveu des défen- eurs , les Sieur 82 Demoifelle de Tur- gis font nés d'un marjage public, puik Que ce ne peur érre que la publicité e ce mariage qui leur ait donné droit ¿la fuccefion de la Mar quie de Saint Pierre. Donc les défendeurs four- nillent eux mémes une nouvelle preuve de la publicitó de ce mariage, 8 de la Á 238 Mariace fecret. capacité de fucceder qui réfident dans les. demandeurs. Les défendeurs diront-ils pour éluder. ce railonnement péremptoire queles de- mandeurs ont renoncé géneralement á toutes luccellions, 8 Le font déclarés m- capables de n'en recijeillir aucune ? Tout ce que la los donne au citoyen á titre de capacité génerale , tout ce quí eft de pure faculté, fait portion de fon | «état, 62 par conféquent appartient au yl droit public. ) Le citoyen peut Sabltenir de Péxerci- ce de les facultés ; maisil ne peut fe dé- fifter des facultés mémes. Ce que les membres 8< les organes des fens font a homme confideré dans fon état natu- rel, les facultés 8 les capacités léga- les le font ¿lPhomme confideré dans lon ¿rar de citoyen. Perdre toutes fes facul- tés légales , C'eft mourir civilement , 6% celler d'étre citoyen » en perdre quel: qu'une, c'eftun commencement de mort civile ; par conféquent nul citoyen ne peut de [on autorité privée , abdiquer une de [es facultés , fans atrenter a Pinte- grité de fon trre civil, fans rénoncer á une portion de fon étar. Von auditar pe- rive volens. ¿Que ferviroient aux défendeurs d - Mariage fecret. 239: dite que les démandeurs n'ignoroient Pas leur état, qu'ils étoient majeurs , quils mont pas réclamé dans Je tems prelcrir par les loix. Ceux-ci répondront quon ne prelcrit point contre les bon- nes maeurs, contre les facultés pures, contre les capacités légales, contre Pétar de citoyen. Ainf le Traité du 18. Mars 1724. elt eflentiellement nul; 11 prou- vera ce “Traré que Pindigence $ la milere plus affreule $ plus terrible po des ames bien nées, que ne feroit 2 mort méme , portent quelquefoisa d'étranges extrémites. Il prouvera que Popprimé .compofe á quelque prix que loit avec Popprelfeur , pour avoir la li- berté de refpi er: mais il ne prouvera ja- Mais que les Sieur 8% Demoifelle de -Urgis foient incapables , foient indi- gnes de fucceder. 11 n'empéchera jamais Quilsne fojent nés d'un mariage public, par une conféquence nécellaire qu'ils Be foient eflentiellement capables de Fecúeillir des fucceflions. Si la loi permer pour Pavantage du particulier, 82 pour Vurilité du public tenoncer 4une lucceflion non ouver» te, celt une .exceprion finguliere qui loin de détruire la regle , ne faic que la confirmer, > e A mm 140 Mariage fecret. Les Demandeurs étant mineurs, $2 non défendus , loríqu'ls firent un paréil trairé (1 criant , cu dls donnerent une l1 grande atteinte d leur érar , ont lieu Vel- perer qu'ils feront écoutés , loríqw'ils font valo1r les droits de la nature , recla- ment Pexécution des loix, dele rerablib- lemen: de Pordre public. 4 | M: Mars qui fent que Palliance quil fourient n'a pas d'abord un coup a'ceil favorable, piefente des circonftances quí peuvent lu1 donner du mérite. T dit quele lieur Dominique nonob- ftant la défaveur de la profelñion , mért- ta Peítime de toute la France , non feu-. lementá titre de génie fuperieur , 8€ de Ícavant univerlel , mais encore á titre d'homme vertueux. La régularité de les meurs , la conduite irréprochable de la femme les ¿leverent rellenent Pun 8 Paurre au-deffus de leur condition, quíils n'ont jamais été confondus avec les Co- médiens, ni pendant ¡eur vie, ni aprés leur mort. Entrainés par un préjugé na- tional, ils le flartoient d'allier leur pro- feflion , 82 la pratique des vertus chré- tuennes 5 82 $11 n'érolt pas impoflible de concilier la Religion avec le Théatre > on etc crá quil y avoient réufli. Louis. XIV. ¿on Altefle Royale , Madameen perfonnes > Mariage fecret. 141 Perfonnes, 8z les principaux Seigneurs de la Cour..( 4) leur firent Phonneur de tenir leurs enfans furles fonts de Bapté. me. L'éducation qu'ils donnerent 4 leo nombreufe famille, juítiñia Peltime per- *fonnelle que le public avoir pour eux, Le public fera bien aile d'¿t:e inftruic du fort de certe famille... Les enfans du ficur Dominique ont prefque tous éré honorablenient: pour- vús. Un feul des la plus tendre jeunefle pendant l'ablence de fa mere qui le de- ftinoit au Barreau, fut enlevé par des fuborneurs, 8z fe livra au Théatre mal. gré les efforts 82 les larmes de la veuve _ Biancolelly., qui ¡s'étoit retirée depuis long tems. Des lumieres épurées lui avoient défiillé les yeux, elle gémilloit lur une profefñion quelle avoit regardée autrefois comme innocente. L'aíné ef mort Chevalier de Saint-Lonis, Dire- Éteur Géneral des Fortificarions de Pro- vence , 8% Brigadier des Armées de Sa Majelté. La mémoire de fa vertu $: de les talens le trouvent conlervée dans des monumens publics. L'autre qu'on appel- le le ieur de Boilmorand , elt Doyen des (4) M. de Vendóm:, Madame la Ducheff: de Bouillon, M. le Duc de Bcauvilliers , Madame la Prin- ccfle d'Elbeuf, gc. Tome XIX, L £42 Manage fecret. Confeillers:au Confeil , Superieur du Cap Francois , 8 de Leogane; ££ Com- miflaire de la Marine. 11 et eftimé uni verfellement de tous ceux quí le cons noiffent, il joiiit d'nnespenfión beaucoup plus confiderable qwon n'a coutume* Ven accorder-C'elt la recompenfe d'un fervice important qwil a rendu en Ame: £ique. : ETS 20 Outre la Dame: de Turgis, Domint que a ei encore trois files y'dont Pune édifie depuis cinquante-trois ansle Mo- naltere de la Vifitation de Montrargis ; oú elle eft entréc A Páge de treize ans. L'autre eft mariée en Iralie a un Gentik homme des Etatside -Venile. La dernié= re vit actuellementidansun Couvent de la Rocheile y ésalement confiderée du Monaftere 8z de la Ville. La veuve Biancoleily “et morte en _edeur de fainteré an Coavent de la Yi ' firation de Monrargis 3 elle y a paffé quinze ans dans Pexercice de toutes les vertus chrétiennes, on. Va actuíée d'a- voir tramé le premier mariage. Sil fut en partie Pouwwrage de Pamour du fieur Conftantin de Turgis, Peftime quil avoit pour Pépoule en avoit tout Phon- meur. 2: bd : - La veuve Biancolelly nés en Italie , Mariage fecret. 243: regardoit ce mariage comme valable, 41 le feroit en effer dans tous les pays oYon: <oblerve la difcipline du Concile de Tren te. Sion a fair défenfe aux Parties de le marier, elle ne Sétend que pendanr la minorité du fieur Conftantin de Turgis, Sí neva pas julqu'a la pleine majorité, ou il asbien fair ulage de la liberté; preu- ve de cela C'elt que le mariage n'a pas Cté déclaré mul, quoique par le premier Arrét , ce.fúr la peine d'un fecond ma- riage entre les Parties. L'époule a vécu dans plulicurs Communautés , d'oú elle elt lortie avec les témoignages les plus avantageux 5 depuis quinze ans elle s'eft retirée a PUnion-Chrétienne, od elle vit dans une parfaite regularité.. Louis XIV. en recompenfant dans fa _perlonne les fervices de fon mari parune penfion , a inontré qu'il jugeoit qwelle n'avoit point deshonoré le titre de fem- me du de Conftantin , apres cela tous ceux quí le lu1 difputent doivent fe taire, Tant de circonftances qu'on areciieil. lies peuvent faire fupporter Pintervale quíon a voulu trouver entre les condi» tions de Pépoux 8 de lP'époufe; V'aillears les mariages qui font calada he font pas nuls par cerre taifon. On doit convenir que jamais Caule Es cté micux 1 PREPA DS MN TT O : Mariage fecret. foutenue , 8 que Pon na jamais micux allié ¿4 Pérudicion Péloquence $ Pare x de mettre en ceuvre ce qu'un fujet peut prélenter pour la defenfe des Clients, Mais on peut lui oppofer le Plaidoyer de M: Carfillier Avocat , 8% les deux dé- fenfeurs font dignes Pun de Pantre , 82 le combat de leurs talens a offertan des plus curieux fpeétacles que Pon ait vá au - Barrean. Plaidoyerde - On abregera ce que M* Carífillier a Me Carálicr dit pour faire envifager comme lecrer le laceraux , sc mariage dontil Sagit. On a crú méme hétiticrs dela don ne devoit point rapporter ici tou- Pierre. tes les vivacités qu'il a crú devoir fe per- : mettre pour donner un jour plus favora- ble á la Caufe ; le zele de 'Avocat le me» ne bien avant. L'Arrér qui a érérendu , S que Pon rapportera á la fin nous fixe au point od nous devons nous en tenir. 11 pretend d'abord quele premier ma- riage eft Pouvrage du rapt de féduétion commis dans la perfonne d'un fils de fa- mille par une Comédienne, par une fa- mille entiere de Comédiens , gens ac= coutumés au jeu des palñions, qui fga- vent le plier á toutes fortes de caracte- res 87 de circonftances, dont Part funelte, 4 le bien définir , elt Part de la féduttion méme , felon PAuteur des loix Ec- Mariage fecret. 245 cléfaltiques , au Traité du mariage , article deuxieme. La minorité fans au- tre preuve fufhit pour faire juger que le mineur a éré ravi 8% fuborné, la prelomp- tion elt juris de jure établie par POrdon- nance. | M. le Procureur Géneral portant la a dans la Caule de Michel Jom- ert le 5. Mars 1710. rapportée an cin- quiéme tome du Journal des Audiences, Loutint ce méme principe , que le ma- riage d'un mineur fans le confentement re quis efl un raprs Quíil ne pouvoit y avoir le moindre doute á cet égard, pui/que POrdonnance (article 40. de Blois) /e décides Jene parle point de toutesles circonftan- ces que M: Carfillier a mifes en ceuvres pour faire voir la nullité du premier ma- riage , parceque c'eft une verité certaine que la"nullicé n'en elt point conteítée , 8£ que par cette railon Pépoux 8 P'époufe ont contraété un lecond mariage , Pépoux étant parvenu a la pleine majoriré que Yon demande pour les mariages. Com- ment auroit-il pú loutenir le premier, puilquiil avoit été déclaré par Arrér con» tradiCtoirement nul ; Pai donc crú quil ne falloit pas Sérendre dayantage fur un mariage prolcrit, És L 1 246 DMariage fecret.. M* Carfillier a prétendu que les dés fenfes de contracter un nouveau maría- ge á Poccafion du mariage du mineur £uborné5 ne fe bornent pas an tems de la minorité par rapporta la perfonne qui Va léduir. Ces defentes. dit-11 , font de tous les tems , elles doivent étre éren- dués julqu'a celui de la majorité. C'eft ce quí a été jugé par un Arrér de 1703. rendu fur le: conclufions de M. le Chan- eelier lors Procureur Géneral, au fojer du mariage de Pierre la Couture , avec Marguerite Piner. Ce mariage avoir été: précedé d'un premier , quí avoit éré dé- claré nul par un Arrét du 18: Juiller 1688. avec defenfes aux Parties de fe hanter , ni fréquenter fur telles peines qu'il: appartiendra. Ku préjudice de ces défen- fesle lecond: mariage ayant éré contradté en majoriré, la mere de Pierre la Cou- ture en interjerta appel comme d'¿bus ,, douze ans aprés la celebration: monob- fant la circonftance de la majorité , ce le- cond mariage fut déclaré abulif fur le. fondement des défenfes portéesen l'Ar- rét dela Cour, 8 de la [eduétion con- tinute. C'elt dans les liens d'une pre- miere pallion qu'a éré contracté le fe- cond mariage du fieur Conftantin, 8 de: Vobjet de ía tendrefle fansle confentes o Mariage fecret. 247 ment , 8 d Pinfqú de la mere du fieur de Turgis, pour en dérober la connoillan- ceála famille Sau public. : J'expliquerai fur quel pied ce maria- geadréenvilagé par la Cour. Le lecrer d'un mariage interefle tout a á la fois la Religion, Pordre public, ls Pautorité des pere 8 mete , Phonneur cter- €z le repos des familles. La Religion , le mariage élevé parmi nous á la dignité de Sacrement , elt un “atte laint 8% folemnel : Phommage qu'il exige doit erre public 5 c'elt le propha- ner que d'en rouglr , que de confier un “aéte li relpeétable au myltere ÓCaux te- ancbres. L'ordre, public comme le mariage par les liaifons naturelles,, forme entre les hommes celles de la vie civile , on leur elt comprable d'un érat quí elt le fonde- ment 8% Pappui de la focieté., L'autoriré des peres 8 metres > le rel- peét qui leur eft dí, efk un commando- ment de la loi de Dieu. C*eft manquer a ce commandement , Celt tranígreller cetre loiz cet commerre une irreve- rence contraire au droit de Phonnéreté publique, que de leur diffimuler une union qui doit en quelque maniere de Gecle enfiecleles reproduire eux-mémed, AS 248 _ Mariage fecret. Le bonhent 8% le repos des familles , une alliance inégale les blefle. 1 impor- te d'ailleurs aux familles de connoitre un contrat quí parmi leurs membres doit changet eS naturel 8 lucceMif. Tels font les morifs relpedtables quiont don» né lieu a Particle 5. de lOrdonnance de 1639» : Cette lot veut que tout mariage foit public, 8% que tout mariage qui ne la pas été, foir privé des effets civils.Qu'en- tend t-elle par mariage public? celui premierement dont la célebration a été accompagnée des formalités quelle pref- erit: 82 quí en fecond lieu a éré fuivi de la part des deux époux d'une profelfion publique de leur étar. Néanmots (1 cette publicité du ma- riage dans fon principe na éré que pa lagere : li apres avoir contracté leur ma- riage publiquement en face d'Eglife, avec toutes les formalirés prefcrites par POrdonnance de Blois, les Parties ont rougt de leur engagement , Pont con- damné elle-méme aux ténebres,iln'en ef pas moins un mariage fecret. Et en efter á parler exaÉtement , il ne peut y avoir de mariage qui foit ablolu- ment fecret, quand un mariage a dé contradté publiquement $ en 3 dPE- [Document text truncated for crawler view.]