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Voyage en France, en Italie et aux Isles de l'Archipel, ou Lettres écrites de plusieurs endroits de l'Europe et du Leuant en 1750, &c. auec des obseruations de l'auteur sur les diuerses productions de la nature et de l'art, ouurage traduit de l'anglois ; tome quatrieme

Maihows Dr.

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Ig^ns' j V.->• •'•*. Mr' '1***"’’"'' • \i* Vt> ^i#»*/• ^ VOYAGE EN FRANCE* EN IT ALIE ET AUX ISLES DE L’ARCHIPEL, TO ME QUATR IEM e/" •f ; ' 5 4 VOYAGE EN FRANGE, EN IT ALIE ET AUX ISLES DE L’ARCHIPEL, ou LETTRES ÉCRITES DE PLUSIEURS ENDROITS DE L’EUROPE ET DU LEVANT EN 1750 ,&C. Avec des obfervations de VAuttur fur les diverfes produclions de la Nature 6' de l1Are. OUVRAGE TRADUIT DE L’ANG tOIS» TOME QUATRI EME. APARIS, Chcz Charpentiu ,Libraire ,Qiul des Auguflins ,ál’cntriíc de la rué du Hurcpoix ,aS. Chryfoftome. M. I) CC. LX1II, Avct Ajiprobution ,£> VriñUge du Roí, % * 5 * # V TABLE DES LETTRES Contenues dans ce Volume. CX.T AEfcription du Cabinet d'Al- IJdrovande :Coquillages & Végétaux foffiles ;effets &en ineme tenis preuves du déluge. page i CXI. Continuaúon du mime Cabina. P¿trifications :Végítaux ,parties animales ,coquilles pltrifiécs. 9 CXII. Suite de la defeription du mime Cabinet. Fcgétaux. J2.S CX11I. Continuation du mime Cabinet. OiJ'eaux. Poiffons ,Coquillages. Infectes :quadrupedes ;reptiles. Manufcrits d'Aldrovande. 38 CXIV. Defeription de rifle de Crete ; de fon fol &de fes productions. 71 CXV. Candie ,Damafie &Retimo. 76 CXVl. Defcription du moni Ida & d’un Couvent que efl auprh. íq N'» V,v . * •.* 4Lüttre CX. Ce n’eíl pas feulemcnc dans les pial— lies .mais fur les montagnes ,&ménie fur le fommet des plus liautes, que les pierres &la teñe ,dont clles íbm fbrmées, contiennent dans leur í'ein de ces corps aucreíbis vivans. Aucuns moyens naturels ne peuvenc avoir produit de pareils effecs :rien lie peuc les avoir logés aune telle hauceur 5rien ne peuc les avoir 11 univerfellemenc difperfés fur toute la furface du globe ,qu’un déluge qui aic été aulli univerfel ,qui ne peuc avoir été operé que par un rniracle, done touce la fubcilicé de l’invention humaine ne peuc maincenanc alligner la caufe ni la fource; &qui , comme s’expriment les volumes lacres qui en fonc mención ,couvric touce la cerre avec une telle profufion ,que l’eau fue élevée de plulieurs coudées au delfus du fommet des plus liantes montagnes. Au moyen de cecee terrible cataftroplie, on explique toutes ces apparences excraordinaires ;&ce 11’elt que par-la qu’on ypeuc parvenir. Quelque furprenance que paroiilc la Ln TTRK CX. 5 íelation du déluge, luí í’eul pouvoic dépofer fiar coutcs les parties de la furface de la terre ,des corps qu¡ habiten): la profondeur de la mer; & réciproquemenc ces corps qu’on y rencontre, prouvent aulli la realicé & l’exiílence de cecee cateillrophe. Des gens qui onc cravíiillé aélever des douces dans l’eí’pric des acures íur la vériré des í'euls ccricsqui lorie au deiíus de tous les douces ,onc etecat jiié ce grand événement comme incroyable ;&furpris de ne pouvoir expliquer par des moyens naturels ce qui nocís aécé exprellémenc rapporré comino un miracle ,ils en onc voulii Conclurequ’il n’a jamais exilié, llsonc bien fenci la forcé de la preuve que ces porcions encerréesd’animaux íournif. foient ,de la várice qu’ils cherdioienc áaííbiblir :c’cíl pourquoi ils le fonc eflbreés d’anéancir cecee preuve. Que Fon trouve de ces corps ,c’eft une clioíe crop vilible &crop univerl’ellemenc acceítée pour la pouvoir nicr ; la leule relíource écoic done de prou~ ver qu’ils n’écoienc pas róellemenc ce qu’ils paroilloienc ;que jamais ils a’a- Aiij <6 Lettre CX. voient faic parcie d’aucuns animaux vivans :mais que la terre les avoit produits au lieu méme oíi on les trou- ve, par je ne fpais quelle nouvelle efpéce de génération equivoque. Pour foutenir ce liftéme ablurde Se grofller ,on afaic revivre l’ancienne doétrine de la forcé créacrice Se de la puiífance plaílique dans la ma~ tiere; &voyanc que cela ne í'uílifoit pas encore, on afuppolé que les femenees de ces parties animales apparentes ,étoient logées dans la cerré; &on aimaginé qu’elles ycroifíoient depuis l’étac de plante feminale par une efpéce de végéradon» On afoutenu que lesbrasde l’étoille de mer étoient abfolument des végétaux; &l’entétemenc que les impoffibilités n’arrérem point ,les adécrits, córame poullanc en hauteur Se croillknt de tous cotes en groíl'eur, quoique renfermés dans un roclier vif, auquel ils touchenc de tous cotes Se dont ils font entourés de toutes pares. Aux endroicsoii on atrouvé des coquilles dépariées, de cellos qui font ordinairement par paires a Lettre C1 y on a fuppofé que le germe n’a été creé que pour former un corps imparfait, chofe inconnue dans la nature. On améme prétendu que les ierres íéparées d’un crabe ,ou la cellule feule d’un nautile ,écuienc paríales dans leurs genres &provenus de feraences qui ne pouvoient pas s’écendre plus loin. Ya-t-il quelque chofe aquoi de pareils elprits ne puilTenc s’accrochcr ?lis ont declaré que les accidens méme étoient produits d’une graine particuliere ,felón le cours de la narure ,&quand le poids d’un rocher qui s’eft écroulé aapplati un peroncle ,ilsfuppofenc qu’il acru ainíi. Envain dans la muí* ticude des coquilles que l’on trouve ainli, leur en fait«on voir certaines qui ont fouffert des accidens qui n’onc pu leur arriver ,tandis qu’ellcs étoienc dans la mer ;envain leur montre-c-on des coquillages croilTanc fur d’autres coquillages, &qui moulenc leur bale fur la lurface de celui fur lequel ils font :envain veut-on parmi des tellines ,maintenanc enterróos dans les pierres ,leur en moa- $Lettre CX. trer certaines qui ont encore, exif~ tant dans la coquille ,le trou que la langue pointuede olTeufe de la pourpre yapercé ,tandis qu’elle éroit vivante ;tout cela eít inutile pour cux ,mais non pas pour vous. Au lieu de vous faire l’énumération des preuves contenues dans cette fameuís Colledion ,je vous ai tracé mes idees fur les dií’putes qui ont íi longtems diVií'é les Spavans de toutes les parties du monde fur ces objets :inais vous voudrez bien prendre tout cela en bonne part. Je (¿¿ais que j’écris a un lionime allez prévenu en ma faveur pour penfer que j’ai raifon ,lors méme que je n’oíe pas me le dire a moi-méme. lvcgardez ceci comme une proface au détail que j’ai avous faire de cette partie de la Colleo tion jcette Lettre ell trop longue pour yinférer ce que j’avois rélolti de vous dire en commenganc :vous l'aurez dans ma prochaine Lettre; &probablement ce lera le méme coun ier qui vous les portera toutesles deux. LJ? TTRECXI. S> LETTRE CXI. ILefl: cems que j’en vienne aremuneración des chofes ,done l’introdu&ion feule aoccupé une Lettre enticre ;mais le portique n’eft pas tropgrand poiir l’édifice. Je ne fyais quelle idee vous pretidrez de ce eré— for furprenanc d’apres ma deícription :quand on l’a vu ,on Icait que, quelque chufe qu’on puilTe cu dire , c’eft encore trop peu. Dans la premiere armoire done on aregalé nos yeux ,ce que nous vímes ne peuc écre inieux nominó qu’un jardín íbucerroin. Toute la lurface préfemoit ála vue une luiré de pierres ,tirées en partie des rochers Jolides de dillereos pays, l'ur le cote piar defquclles paroiílbienr. plus que des figures &des rraits ,car on y voyoit les plantes réelies en relie! , &acelles done le feuillec inunédiac de la pierre divi lee avoic été con- 1er vé ,on yremarquoic en creux mus les linéameles de l’autre ,chaqué vei- Av so Littee CXL ne de la feuille imprimée ,chaqué fibredela rige. Ici paroiííbic furune pierre rouge remplie de mine de fer,, la fuice étoilée des feuilles de quelque planee ,femblable auméliloc ordinaire ,dont les ciges rudes s’accrochencaux habits quand on le promene le long des liaies. Elles íbnt difpofées dans leur forme réguliere & radiée, &onc partie de leur tige rompue qui eft fufpendue au-defliis <& recourbée. Leur fubfhmce eít celle de la malle mais pétriíiée; leur forme n’eft point altérée, &on peut y íuivre les nerfs &les fibres. Ici la feuille large de quelque arbre étend fes veines grifes dans le coeur d’unepierre pále ;la les chattons de l’auine &le fruir du coudrier eleves au~ deílus de la furface d’une ardoile- ¡bruñe ,annoncent leur produérion. Aquelque diltance de la étoit une nialíe d’une matiere plus dure & prefque autant que le caillou :on pouvoic aifément ydiítinguer les riges déliées d’une touffe de mouíle , &métne jufqu’aux feuilles. Ici l’on ¥oyo.u une grande pierre blanchc ñ Lettre CXI. rr la furface de laquelle s’éleve un épi d’orge ;mais les difléremes bruyeres s’y trouvent en quantité :fix armoires contenoient apeine la maííe de ce tréfor. Une pierre bleuácre ou une ardoife noire les contenoient. Celle-ci trouvée fur les lies de charbonde terre ,l’autrédans levoifinage des mines de íer. El les avoient des figures &des ditnenfions difierentes ;mais toures écoient de grandeur naturelle :&un oeil inílruit de c:es fortes de chofes ,pouvoit ydiítinguer les diverfes efpéces, j’ai vu avec plaiíir une note de la main méme d’Aldrovande ,qui dit qu’elles ont été tirées d’Angleterre ;mais quelle aété ma furprife de voir ála luice decette remarque ,que quoique tronvées principalement en Angleterre dans leur ctat foílile ,la plíipart & prefque toütes ,dans leur étac de eroilí'ance ,forte dti produit de l’A- mérique. Le Pere Plumier adonnéles figures d’une multitude de plantes, du genre des fougeres ,qu’ii adéeouvertes dans fes voyages en Amé~ tique; ¿i l’exadfc Aldrovande areo*» Avi 11LETTRECXI. voyé en beaucoup d’cndroits afes figures de celles-ci, pour faite voir qu'elles repréléntent le racme genre qui aété envoyé des mines de charbon d’Angleterre. Ce Ibnt les végétaux terreares qui ont fuurni le premier aOortimeutde ces créí’ors fouterreins. Le fui vane eíi compele de ceux qui ont leur origine &qui croiflent dans la mer. Le nombre ,la varióte de ceux-ci étoit auíli immenfe que ceux des premiers ; mais ces derniers étoient iniinimene plus beaux. On les voyoit rangos de fiiitedc par compartimens, felón leur difiéreme forme, leur grandeur & leur ítruóture. Chacune des efpéces que le fond de la mer fouruit ,s’y trouvoit dans fon état alteré, excepté le beau corail rouge. 11 eíl fingulicr qu’une efpéee qui clb ít communcdans la mer ,&íi remarquable par fa couleur ,n’ait point cté emerrée avec les autres uans le limón. Ce n’eíl pas parce qu’il ne s’en troitve point dans cette Colle&ion ,que je dis cela ;quoique cette feule circonftance íeroit pour moi une preuve Lett KE CXI. IJ afíez forte qu’il n’en exilie point ; mais il n’y aaucun Auteur judicieux &digne de foi qui aífure en avoir jamais vu. C’étoic la feule chofe qui me parut manquer dans cette valle Colledion. Nolis en vímes ici quelques-uns épars ,féparés &dégagés f tels qu’oivdes trouve dans la craie & autres macieres cendres ;mais le plus grand nombre, fans comparaiíon f écoic plongé dans le roe folide &les cailloux ;ils fiiifoient méme partie de leur ílruíture :on en pouvoit fuivre la forme &les linéamens avec une exaélitude parfaice ;&toute leur fubílance avoit faitplace ala pierro ouaucaillou, excepté áquelques endroits oíi on voyoic une portion de la tige fortir au dehors de la furface. Nous yvímes auífi épars Se dégagé ,le petit fungas corallin ,fi fréquenc dans les rners de l’Amérique Se ailleurs ,done les uns font faics en boucons ,d’autres en coupes ,que¿- ques-uns en cunes renverlés &d’autres plus largos en pyramides. Ici quelque efpéce élégauce inontroic fes lo Litir eCXT. pas moins ¿colmantes que les precedentes pour le nombre &la varióte, &ne pourroient ¿ere décrires qu’en les parcourant les unes aprés les nutres. Quil vous fufóle d’apprendre que les colledtions les plus nombreufes de coquilles qui Ibnt devenues íi fort ála mude ,n’en approclient pas pour la quanticé ;&que íi elles ibnt í'upérieures en beauté ,á coup sur elles n’approcbenc pas de celles-ci pour la rareté. De cellcsci ,les unes font enfoncées dans la pierre ou le marin e,de mórne que les coraux &les plantes ;mais la plus grande partió fonc í'eules Sz uégagées ,(Se la plúpart auíll parfaites que quand elles étoicat vivantes dans la mer. 11 eít étonnant que cette partió des produdíions du monde íbuterrein ne foin pas renfermée dans le nombre des originaux vivans que nous connoiíTons pour habicans des mers. On n’y en trouve pas pour de (imples éciiantillons ;mais des quantités prodigieufes de cellos que nous ne comioillons que dans cet éwc ,Si Lettre CXI. ir qui pendant leur vie habitent la mer ¿c périifent al’endroic méme oíi elles ont vócu ,hors de la portée de l'ceil humain ,&que ríen ne pouvoit nous faire connoirre qu’un accident tel que celui aqui nous les devons ,&qui bouleverfa toute la face des chufes. » Parmi le nombre des coquillages que nous connoilíbns dans leur étac nouveau ,ie puis vous cicer l’huitre done il fe trouve ici un nombre d’efpéces &de vat iétés differences : cependanc le pe.toncU yfournic encore une plus grande quanticé d’efpéces ,la motile ,la fcallope ,la limpet ,le buccins ,le trochas & le limacon ,&enfin depuis la neme menue jufqu’au aanule enorme. Tous ces coquillages lbut confervés ,les uns ayant autour d’eux des relies de leur fubílance de co~ quille ,d’autrcs étanc unies intime» ment avec la pierre ,&quelquesunes écant changées en malíes íi purés &íi brillantes ,qu’eiles reffemblent ades agarbes ,des ónix » Se autres pierres précieul’es. ii Líttue CXI. Entre les multitudes de poiíTons a coquilles, que nous ne connoiífons que dans ces relies du terns du déluge ,&qui par cctte raifon fonc une partie trés-intérelfante &treseílimable de l’érude de l’Hilloire naturelle, la premiere place pour le nombre &la varíete cft due aux coquilles que Columna anommées Concha anomia , &aqui on« n’a point donné d’autre nom depuis. Car pour le faire convenablement , jl faudroit diítinguer tous les genres ;&ce n’cll pas un nom ,inais des centaines dont on auroit befoin. La dalle étendue des comes d’Am* mon vient ení'uite ,qui ell la premiere pour la beaute «Se la fingularité de fa ílrudture. Toutes les partios de la terre en fourniflent de différentes grandeurs ,depuis le diametre d’une piéce de íix Ibis ,jufqu’a celui d’une petite roue de enrolle ,&il yen aun nombre d’efpéces prefque iníini. La Norvvege eíl remarquable par la profuíion ¡mmenfe, dans laquelle elle produit les Orthoceratites. lis íont tous enfon- Lettre CXT. eés dans le corps de la pierre ;& nous en voyons dans quelques-uns de nos pavés. Ces coquilles ,ainíi que les précédentes ,ont tomes les diviíions du nautile, &femblent en efl'et ne former avec luí qu’une máme efpéce ,débarraiTée de Ion cordon (piral, foic entierement ou n’en confervant qu’un ou deux tours vers la queue. Les derniers qui fe préfentent de ces redes parfaits des coquillages font les échinites ,les pétrifi* cations de quantité d’efpéces d’ourfins de mer ,quelques efpéces que l’on connoit vivantes encore aujourd’hui dans une partie du monde ou une autre; mais le plus grand nombre ,qu’on ne voit nulle pare que dans ces vediges du déluge. Apres cette profuliou d’animaux enciers ou prefque entiers ,on remarque pour en terminer toute la Cuite une multitude de corps réguliers ,mais de figure ctrange :ce jfont ou des portions d’animaux au* trefois vivans &habicans dans la mer ;ou bien il ed impoífible de dire ce que c’eil. Quelques-uns d’eux S4 LETTRECXI. ont été tels, on le voit trés-évidem* menc ;pour les autres l’analogie rend témoignage qu’ils onc eu la méme origine. Les premiers parmi ceux-ci, dont l'origine ell la plus incertaine, font les Belemnites ,les Daclyli Idcei des Anciens ,ainfi nommés de ce qu’ils onc la figure de doigts ,6c qu’ils viennent du monc Ida ou on en trouve une infinité. lis onc beau* coup de varietés ;mais leur figure la plus ordinaire eíl celle de cone. Leur groííeur paroit limitée áun peu plus que celle du pouce, &leur longueur acelle du doigc d’un homine. JVlais ce qu’ils onc de plus éconnanc ,c’eft qu’ils Ibnc creux par le gros bout ,&conciennenc une efpéce de coquille comme celle du ñautile ,&des deux dernieres efpéces qu’on viene de décrire ;Se que cecee méme elpéce de coquillages qu’on trouve renferrnée &attachée dans la cavité, de maniere qu’elle íemble faire pariie de la belemnite, le trouve dans la méme,ou tout au moins dans une elpéce forc femblable ,beaucoup LETTRECXI. toup plus grande &en liberté dans la terre ,ou renfermée dans la pierre blanche ord inaire. Vous avez entendu parler, fans doute ,des olives pétrifiées dut monc Carmel. Les melons pétrifiés ,done on adit tant de chofes ,&imaginé tant de miráeles , pour expliquer leur produélion ,ne font autre cbofe que des malíes de pierre globulaires ou creul’es ,femblables ácelles de beaucoup d’autre? parties du monde ,oü il croic des petits cryílaux courts dans les cotes des cavernes. Ce qu’on appelle olives dans le méme lien , ne doic pas plus fon origine au regne végétal ,que ces melons imaginaires. Elles í'ont du nombre des parties d!animaux qui garniíTenc la derniere tablette du cabinet d’Aldrovande. Ce font les pointes ou picquans d’une efpéce particuliere d’hérillbns de mer ,ala verité mal caraétérííées fous le nom de pointes , puifc^u’elles ne picquent pas réellement ,mais croiíTent fur la furface d’une efpéce d’hériííon ,comrae cel- Tomc IV. B Lettre CXI. les qui fonc de vrayes poinces font? fur celle d’une aucre ,Se fervenc au méme ufage ,du moins en partió. Les Encrochus ,ou bras de l’étoiüe de mer Magellanique ,ou de quelques efpéces approchantes ,car ellos font relies aíTurémenc ,des plantes de rochers comme on les appelle , paroiifent auííi en nombre prodigieux dans cet aíTbrumenc. lis fonc ronds ou en forme de colonnes ;aupros d’eux le trouve la collc¿tion»des afteries ou pierres étoilées, qui onc aulíi la ligure de colonnes ,non pus rondes mais angulaires ,les unes <Sc les autres ont les colonnes formées de leurs jointures ,attachées par les cxtrémités; &les jointures des unes & des aucres fe trouvent quelquefois fé« parées. On voit ici quancité d’échantillons de chaqué dans ces deux états, Se fous une varióte furprenante de forme &de grandeur. II eít plus difficiie de dire quel eíl ranimal ,áqui cette aíterie appartient ,que de donner au moins une conjeture bien foutenue fur l’origine des aucres. Les bras de cetCQ 4 LETTRECXT. ¿7 etoille de mer finguliere ,Ibnt fi parfaiternent íemblables áce qu’ils repréfencenc ,qu’ils íbnt évidemmenc de la méme efpéce ou d’une efpéce fort approchante jraais nous ne connoiífons dans la nature aucun étre vivantqui reíTemble ál’aderie. Touc ce qu’on peut juger de fa forme originelle ,c’ed qu’on la trouve quelquefois attachée ála bafe d’un corps crudacé angulaire ,qui reíTemble auífi á1’étoille de mer fou du moins au genre des échinices. II yatrois beaux échantillons d’aderies ainíi attachés, parmi ceux que Ton confer- ve dans ce curieux Cabinet ;&ils prouvent que 9’a écé anciennement parcie de quelque poilfon crudacé , quoique d’une efpéce que probablemenc perfonne ne connoic dans fon état recent. C’ed par -la que íint't Tabregé tres fommaire du contenu de cette partie du cabinet d’Aldrovande. Je ne dois point paífer le rede fous dlence ;mais je m’y écenderai moins. J’ai goíicé un fingulier plaifir avoir toute l’étendue de cette vade fcien- Bij Lí!TU CX11. fe de l’Hiftoire naturelle ,rafiem-»' blée devane moi fous un mémecoupd'oeil dans ce cabinec, Peuc-écre que Je détail íuccint que je vous en ai faic dans mes Leccres ,n’aura pas pour vous le méme actrait. LETTRE CXII. J’Ai fini dans nía derniere Lectre la descripción de la parcie minérale du cabinec d’Aldrovande :le jjour qui celia alors nous empécha de poulJer plus loin nocre examen» Je me luis faic une loi ,depuis que ce cabinec lurprenanc faic le lujec de mes Laceres ,de vous détailler tous Jes foirs ce que j’ai obfervé dans Je jrefte de la journée. Je concinuerai qecte méchode encore pendanc deux JLettres :je puis me tromper ;ruáis quojque l’appareil en íbic immeníe, je crois qu’un limpie coup d’oeil pourt ra écre renfermé dans cec eípace. Je lie íuis pas en écac d'en faire davantar ge ,&vous n’aurez pas befoin vousméme d’en recevoir un plus graqjji nombre. Lítíj^cxii, Le léndemain matin, des que nous) fumes entres ,on nous ouvric les portes d’une grande Bibliochéque. Ellef étoit dntieremenc remplie. Ala par-1 tie (upérieure étoit une l'uice de volumes latís nombre; on nous les fit tous paífer en revüe les uns aprés les autres. On ne s’attendoit pas que nous les lirions. lis ne contiennent pas des difcours, mais des peintures ou quelque chofe de plus que des peintures ,car ce font des échantillons des chofes méme qu’ils de- Voient repréfenter ános yeux. On y voyoit difpofés dans un certain or» dre les plantes de tous les pays du monde. On avoit pillé le Levanc pour les raffembler ;on avoit cherché jufque dans les pays les plus déferts ,i'ans en exccpicr méme le fond de l’Océan. Avantquede nous montrer le premier volume ,on nous íit appercevoir un aííortiment des tribus do Végetaux que leur grandeur n’avoit pas permis de réduirc fous la forme de figures. lis étoient tout adécouvert ou fous verres fur le devane des Biij 3<? LETTRECXII. tonniers &come la fuñe varice dea houx. Vous cicerai-je l’orchis ádouble racine, le lalep des Griencaux, la rhubarbe ,l’hipecacuanha ?Nous les vímes rous ;mais il n’eft pas en mon pouvoir de les décrire, il faudroic des volumes enriers pour Ja faire. Le yam ,la nourricure des fauvages Indiens; le palmier ,done le troné donne le fagoe ;la cafl'ade , done le fue eft un poifon ,mais qui quand il en eít oté deviene une lubflance folide &faine ,done on fe ferc pour nourricure jla mandragore fameufe par une erreur ,®ardée córame le tréfor de l’écriture ;les guys qui eroilíent fur les arbres, & ne fonc pas uniquemenc bous avoir córame les aucres ,mais renferment dans leurs feuilles fpongieufes une eau propre aéeancher la foif dn voyageur. Ceux-ci &une multicude d’aucres qui montrent leurs figures par leurs pareies confervées, &leurs fingularicés ,&leurs ulages par des noces écrites de la main du célebre Aldrovande ,expoferent anos yeux íout le monde vegetal dans un e£? Lett'reCXII. 3'^ pace fort referré. Tout ce que Ies montagnes &les déferts ,tout ce que leslacs&les marais produifent, touc ce que les fables d'Afrique ou les foréts d’Armenie donnent de beau » de curieux ou d’utile ,le trouve ici ; &fa natúre ou l'és qualités yfonc détaillées, Imagineroit -on que la vie d’un Iiomtne ait pu fuííire áramaífer 5étudier ,&arranger toutes ces chofes ?Croiroit-on que la fortune d’un Prince ait pu fairc face ála dépenfe des voyages &des correfpondances néceflaires poup chercher toutes ces chotes &fe les procurer ?Ce n’eíT; pourtant que la troiíiéme partie de ce tout furprenant ,<5c méme moins que la troiíiéme partie. Ce n’eft que le ciers des curiofi-és naturelles que contiene ce cabinec. Les raretés de l’art forment elles-roémes une fuite innombrable. Je ne prétends pas vous les rappeller en détail. Pour vous diré ce que jen penfe ,cela ne me paroit pas mériter l’actention qu’Aldroyande &beaucoup d’autres gens 4 38 Lettre CXIII. d’une curiofué louable, yont don-t née. J’entreprendrai pourtant dans ma prochaine Lcccre de vous indiquer en courant (car il faudroic des volumes pous les décrire )les curiofirés du regne animal que ron rencontre dans ce cabinec. LETTRECXIII. JEvous ai promis une légcre efquifie des morceaux du regne animal que l’infatigable Aldrovande aconlervés. Je ne íijivois gueres áquoi je m’engageois. La plus légere mención de toutes ces particularices fuífíroit pour occuper cene Lettres. Qu’il vous fulíile d’apprendre que rien n’a échappé afes ldins. Depuis la mite qu’on apper^oit á peine ,julqu’á ¡’énoi me éléphant ,il n’eílrien qui n’y i'oit confervé,íbiten entier ,ou en parcie ;&la varióte des methodes pour les préferver eft furprenante. Un caíoar, oií'eau qui mérite apeine de poner ce nom , í'e préíenta anotre vüe dans Ion Lettre CX.IT I. j$i éntier ,place fur un piédeítal &dans une acticude droite. Ses plumes reflemblenc ádu poil ;les ailes ne íonc que les rudimens de ce qu’on appelle ainíi :fes jambes formées pour la forcé l'onc plus dures que celles d’aucun aucre oifeau. Derriere lui , &elevé au-deflus de fa tete &de la notre étoic une aucruche ,qu’on jureroit vivante. Enluice nous parcou» rümes différences rangées. L’albatros étendu concre une planche ,dé- .ployoit fes ailes d’une étendue qui furpaííe fimagination. Prés de lui le vautour montre fon col fans plumes, L’oifeau de parad is biülant d'or &de touc l’éclac des couleurs laiílbic aller 1a longue queue ,& montroic apeine fes jambes ,done on acru longtems qu’il écoir privé. Prés de la le coq de roche écendoic fa hupe de plumes droitcs Se varices avec la plus grande regularicé. Le corbeau des ludes montroic fon bec aceré, armé ála bale d’une protubérance arrondie. Aíes cótés le faucon, &la pie grieche du Breíil montroic fon bec étrange & 4o Lettre CXIII. difproporcíomié quí excede la grof» feur de fon corps. Touces les efpéceS de faucons } quoique delTechés ,annon^oient encore leur fierre naturelle. La majeíté du hibou f'urprenoit ác en méme tems excitoic árire. Les préjugés des hommes ont faic donner des caracteres aces animaux ,fans confidérer s’ils les méritoient ou non. La fageííé qu’on attribuoic autrefois acette efpéce d’oifeau ,convenoit beaucoup tnieux ,je crois ,ala gravité &ala dign icé finguliere de fon afpeCt ,que la folie ,dont il nolis plaít aujourd’liui de le faire l’embléme. On ne peut s’empécher de voir le pecit hibou ,ou alio ,qui n’eít pas plus gros qu’une grive. On voic avec liirprife le grand chat -liuant cornu, qui n’eít ni moins gros, ni d’un regard moins íier que l’aigle. Tous les deux portent toutes les marques de leur eípéce ,&cependanc il yaentr’eux des gradations ánfinies de grandeur &de couleurs. De-la nous pafiames au macao> ou ara, au kakatocs, au perroquos^ Lettre CXIII. 41 Se ala perruche ,dontune yariété infinie nous éblouifíoic par leurs cculeurs vives. Le bleu du f'aphir n’a pas tañe de luílre que l'aíle de l’ara , dont une efpéce ala poicrine dorce , &l’autre ala queue cotnme du feu. Le kakacoes blanc comme la neige, plaifoic de loin par fon éclac. Les perroquecs brilloienc par le verd , la couleur de l’or &le pourpre ;& il s’en trouvoit aufíi quelques-nns abíolument noirs :les petites perruches faifoienc hontc ál’émeraudo par la couleur de letir dos, &portoienc fur leur poicrine ,toutes les eouleurs des autres ,dérobées áleur efpéce parciculicre ,&brillante, s’il eít polfible ,d’un éclat plus grand que dans leur origine. Enfuite un ordre d’oifeaux plus petits diveríiHoic la feene. Ici reftoient les chardonnerets 6c les li, nortes ;le roíiignol ouvroic ion petit bec ,comme s’il ccoit prec a, chanter pour célébrer fa femelle. Venoienc enfuite le hoche-queue Se le moineau ;tous deux fournillanc des efpéces nombreufes, 6c chaqué 4¿ Lertre CXIII. efpéce variée d’une infinité de cou» leurs. Ici le petic roicelet relevoit fa courte queue :la le moineau des Indes étendoit fa queue écroite le long de la tabletee. Le méfange relevoit fa fiuppe coloree ála téce de fes freres infiniinenc varíes j&toutes les efpéces fuivoient par ordre. Imagineriez -vous qu’il yeút lin ordre d’oifeaux encore plus pe» tits aparcourir ?Les oiíeaux mouclies venoient enfuite ,eux pres de qui les roicelets font des aigles. Le perroquet &toute fu fuñe ornee des plus belles couleurs ,eíl vilain & Ja ns beauté en comparaifon. lis ne font pas plus gros que des bourdons ,&quelques-uns inéme íont plus petits. Leur long bec ,aulli dclic qu’un iil fin, étoit ouvcrt ,&on voyoic leurs petices pattes embraller la perche. Trop délicats pour étre expofés en plein air, on les con» l’ervoit dans des bocees ;mais on les voyoic parfaitement átravers la glace. L’arc -en -ciel n’a poinr de couleurs qu’on ne voye lur leur plumage; &touces fes couleurs i'ony LETTRECX II I. 43 ^nortes &ternes pies de celles-cú "Un or brillanc &un verd vif fonc celles qu’on yremarque le plus univerfellement jmais on yvoic fouvent auffi un pourpre fupéiieur átoutes les nuanees de l’art ,un bleu prés duquel l’oucremer 11’eíl que de la terre ,'un rouge que l’oeil ne peuc regarder fans en erre ébloui. Ces oiíeaux fe trouvenc plus communément dans les pays chauds de l’A- mérique ,fuivant une inlcripcion qu’on ylie. lis yfont fans cede fous les alies, &fe nourriífent de la rodée fucrée qu’ils rrouvent ala bafe des fleurs. lis volent toujours ,máme en preuanc leur nourricure ,&remplillént l’air d’un bourdonnement femblable ácelui que faic l’abeille, mais feulemenc plus agréable. Je croyois avoir tout vu ;mais j’aurois pu me rappeller qu’il en raanquoit encore quelques-uns. Le coré oppofé de cecte piece en contenoit aucant que nous en avions parcouru. Tous écoient en plumes, &poíésdans leur ateitude nacurelle. Ala tére ;de cetce dalle étoic le Jlamand qdi -44 Litt eiCXIIL approche de l’au truche pour la IiauS teur ,&le furpaffe par la longueuf de fes alies. Il étoit d’une Couleur blan> che commela neige, diverfifiée d’ua rouge d’écarlate plus brillant que le feu. Devane luí étoit place la fpatule ,oifeau furprenant qui reffemble au héron ,li ce n’eíl qu’au lien d’un bec pointu ,il l’a plat, large &arrondi par le bout. Aprés ceuxci on voyoit le cygne, le canard ,&Poye dont les varietés font immenfes, Ici étoit Cali clore ,la la tadorne arrétoit la vue par fes cotí' leurs charolantes. D’un cote étoit accroupi le canard mufqué; derriere étoit redrelTé le cygne. Touc fur 1« devant &bien différent de tous Jes autres ,le pélican étaloit fa grande poclie, tendue au -delTous de Ion mentón ,&qui atteint jufqu’au bout de fon bec. Aceux-ci fuccedoit une fuite encore plus finguliere ,les oifeaux aquatiques qui ne font pas faits pour marcher ,&qui volent avec peine. La nature les aformés prefque uniquejnent pour nager. lis habitentfur les Lettre CXIIL #aux ,leur nourriture eíl dans l’eau ; s’ils n’ont pas repu les moyens de praverfer les airs auíTi librement que leurs freres qui ont les aíles plus propres acet exorcice ,ils ont la faculté de plonger dans l’élément qui leur conviene, aune grande profondeur, fort loin &av¿c une rapidicéfurprexjante. C’eít par ce moyen qu’ils pourfuivent leurproye, qu’ils éclrap» pene aux dangers qu’ils ont ácraindre de la parf de leurs ennemis; majs tout cela ne les met pas a l’abri des ennemis d’une aucre ef* péce. Tandis qu’ils courent aprés Ies petits poillbns ,quelque brochet rapace ',leur faic fouvent payer de leur vie le fruit de leur courfe. Le premier qui s’oflrit ánou9 parmi ceux-ci ,eíl le penguin ,de qui les jambes ne font pas placees fous le venere, comme aux aucres oifeaux ,mais ferriblent fortir abíblumenc du croupion. Si cet oifeau riíque afortir de l’eau, leur poli* í¡on eíl telle qu’il faut qu’il marpire tqut droit. Son bec aigu & |es aíles pouxpes font impidieres dan# p2LETTRV. CX1 1 1. parcourir un nouveau. Non contení du monde des eaux pour la fcenc de íes promenades ,il prcnd l’air &anticipe Tur le privilege des oiíeaux. Ce n’eítqu’un petit poiílon non plus: Ies nageoires qui lui tiennent lieu d’ailes ,font celles qui croillénc immédiatement au-deííous des oiiies. Elles íont d’une grande longueur, at« teignent jufqu’a, la queue ,&font plus larges que fon corps. 11 s’en lert pour nager &pour voler ;c’eft le lbrt de ce poiílon fans défenfe d’ccre un friand morceau pour un des plus agiles &des plus voraces d’entre les habitaos de la mer. C’eJt en vain qu’il entreprendroit de íe fauver par la vitelle de fa courfe. Ses nageoires comme telles, fervent átoutcs les autres intentions; mais ici il eít obligó de s’en fervir comme d’aíles :l’animal quitte fon ólément quand il eíl attaqué ,8c s’ólevant a quinze ou vingt pieds de la lurface, il nage dans l’air áune diílance confidórable. Tañe que fes nageoires lont humides ,elles lui fervent d’ailes ,«Se en font les fonítions avec una Lettrj? CXIII. grande facilité \mais quand ellos fonc leches, ce poiífon ne peut plus les faire agir, Se il recombe. O n en avu tomber ainfi fiir le tillac des vailfeaux ;fouvenc ils devien* nene la proie des autres poilfons á l’inftant méme qu’ils retombent dans la mer córame s’ils ne pouvoient échaper aun danger que pouc tomber dans un autre, il yades oiíeaux qui planenc continuellemenc jfur les vagues ;cSc on les voic íbuvent faifircec étrange poilfon ,tandis qu’il eít dans l’air. Acelui ci íuccédoit le Dauphin, le deftruéteur méme de ce fugitif; il n’cíl pas replié córame on nolis le peine lur les enfeignes 5c’eít le plus droit des poilfons, &un des plus beaux. Tome la fuite des poifíoiTS placs venoic aprés depuis le emboe &la raye ,jul'qu’a la petite limando. La tare montroic la pointe olfeufe de fa queue ,qui rpenafoic encore de picquer. La fameuíe Torpille ,rcmarquable par fes qualicés , fans étre d’une forme fmguliere , étoic connue ici par fon nom ;<3c 54 Lettre CXIII. on yavoit expliqué dans une note toutes les erreurs concernant íes efTets. Si on touche ce poillon du bout du doigt, on reflent un coup i’emblable acelui de l’éle&ricité , qui engourdit le bras jufqu’au coude. Voilá le faic :mais quclquesnns prétendent ,que ,quand le poiffon touche l’hamefon amorcé ,ou mérae la ligne, il produit le méme effet :voila l’erreur. L‘Anguille &toute l’efpéce des lamproyes vine eníuire. Dans un coin du valle lieu qui les contient „ on voic l’anguille de íable ,la grande &la petite :dans un ature le lier Serpenc de mer rouloit fon corps en ligne fpirale, &fur le has étoic écendu le Congre intímenle qui ala longueur d’un liomme. De-lal’ceil parcouroic enfuite le Loup marin, dont la valle bouche fournit ce qu’on appelle les bufonites ,qui font proprement les dents , ¿c non pas des pierres. Le brochec , la perche ,&tous les poidbns de mer de cette efpéce luivoient :l’horreur étoic encore íur leurs machoires, Lettre CXII1. 55* horribles &béances. Eniuite le poiffon appellé l’Aíle de papillon mun* tioit fa tache unique fur une nageoire minee &légere. Les cotes &les nageoires noiresde peintessanrfongoient que c’étoic avec raifon qu’on avoic dénorrmé le Paon de mer &toutes les eí'péces qui venoient apres lui. Dela nous paliamos au genre du Thon &du Maquereau. Le doré atrita eniuite nos regards par fa forme finguliere ,&apres lui le Peranofcout ou Regardeur d’écoilles ,poifion qui deíliné avivre au fond de la mer,, ales yeux places non fur les cotes „ mais au fommei de fa grolfe tete. Une efpéce plus grande &plus ¿trange le préfenta alors devane jnous. La grenouille pécheufe, ou diable de mer, ci-devant décric , conduifoit la bande, poifion enorme ¿5c fingulier, done la longueur éga'e celle d’un homme. Sa tete eíl beaucoup plus grofie que tout fon corps , &cette tete eít toute en bouche. On ne peut rien voir de fi terrible que l’armure de fes machoires, garajes de rangéesde dents innombra- Cir $6 LHT T RECXIIE. bles ,déiiées <Sc pointues conutif desaiguilles. &tomes ayant la pointe inclinée en-dedans; la machoire inférieure en eíl couverte :la fupéricure ne l’eil pas moins ;ainfi que fa langue ,fon palais, &méme fon gofier. Sur fa tete font deux globales cbarnus &mobiles ,í’ervant d’appas aux petics poiflons imprudens, qui ,voulanc s’en faifa- ,lont eux-mémes engloutis al’inítantpar ce poilfon vorace. Derriere &touc auconr de ce diable de mer, étoienc placees les figures étranges du polifon Coied Jisk dont les cotes figures font parfemés de cercle &d’étoil-» les, ou armes de picquants. Le Porcépic paroilfoit le premier ,enfuite le Hériífon de mer ,non le coquillage qu’on appelle ainfi, mais un véritable poilfon de ce nom. Autour d’eux étoient difpofés les poilfons quarrés ,&les triangulaires 9 ainfi que la grenouille d’Amérique £c le era peauguaptruez, Aprés cela l’Épée &la Scie montroient leurs armures. Derriere etix paroiíloic le l'quelete de la licorne .i Lettre CXIII. 57 de mer ,qu’on auroit du plucót placer avec cclui de la Baleine. La corne torfe ,comme bien des gens l’onc imaginé, de ce poiffon, fe voyoic parmi cetce colleítion ,non pas comme mcritant le nom qu’on luí adontié , mais comme en ¿tañe limplemenc une dent qui avance. La troupe ócoit terminée par rétrange &extraordinaire veau marin ;&par un poiffon prétendu ,qui déshonnoroit le lieu qu’il oceupoit ,&qui n’a de réalité que dans l’imagination de quelque charlatán ,je veux dire la. Syrene. Le montefish adonné lieu d’abord áce monílre fabuleux ,& l’art l’a beaucoup embelli, D’aprés cecee valle luiré ,nous paífámes ad’autres habitans de la mer, plus peiits mais plus beaux , les coquillages. Ici nous vi mes ótales anos yeux teus les trófors de cette belle portion des ouvragcs de la nature ,arrangés fmon d’une maniere identifique, du moins dans un ordre pitcorefque. La varióte prefque inlinie des buccins ,des rochers ou murcx , &de la pourpre, Cv 58LEttre CXIIL commenfok toure cette Ilute. lis étoienc fuivis par les conques & toute la í’uice des coquilles en vis. Gn voyoic enfuite les voluces colorines ,du nombre defquelles étoient le fameux Amiral ,6c le vice-amiral brillan: ,dont le premier eít diilinguc par une bando jaune. Toute la i'uite venoit apres jmais il n’y manquoit aucune beauté •remarquable d’une eípcce l’emblable ,daos le tigre ,le1léopard, &1’aíl.e de papillon. De-lá nous pallamos aux coquilles, par ou il eut etc mieux peutétre de commencer ,les petoncles variés par leurs coulcurs auíli bien que par leurs formes ,l’oreille de iner ,6c la variécé immenfe de cellos qu’on adénommées árailbn de leurs dentelures. Nous -vi mes enfuite les Nautiles, claíle de coquilles furprcnante ,les um épais &ferales, d’autres légeas ccnirae l’air, blancs 6c minees enrame le papier le plus lin. Les efpéees épailles failbient voir mille diviitons dans lefquelles íeur cavité mtérieure écoicformée ,íéparées par Le ttj eCXIII. y9 des cellules de nacre ,&á travers toutes lefquelles regnoit un canal de communication. Les aucres plus minees font tout vuides. Ceux -ei flottent fur la furface de la mcr. Se font habites par une el'pcce de polypes. Deux de fes jambes luí tiennent lieu de rat?es ;&de fa large bouche fe déploye une fine membrane qui le défend du vene, &fe gonfie commc une voile. Les nérices &les limagons de diverí'es couleurs venoient ála fuite, &aprés ceux-ciun ordremoinsnombreux des moules &des buitres ;la conque de Venus ,le coeur ácores ,la telline polie ,&la pholade raboteufe. Ici ¡a chame fuiib icvoir les rebords coupés. On voyoit les moules, genre varié quoique beaucoup moins beau; avec elles venoient les pinnes, done la grande largeur cft mal foutenue par la fubílance fort minee. De fa fía fe fortoit une toufl'e de íilecs plus del ios en mémetems, &plus forts que la foie ,qui pendoient &ne demandoient qu’a étre travaillés : mi eoníerve tout auprés des ganda. 6oLettrí CXII T. qui onc été fabriques de ces filets brillan ts ,&qui le difputenc ála plus belle íoie. Le PoulTe -pieJ,claíTe étrange > venoit enluite; la coquille céntrale &l’efpéce along col, d’oü quelques Auteurs credules ont aíl'uré que provenoienc des canards. II n’y arien de íingulier dans cctce coquille qui aic pu donner lieu aune crrcur fi ridicule. Les jambes du poilTon qui yeít renfermé ,fes bras ou nageoires, ou comme on voudra les appeller ,fonc garnis de poils ;comme ils pendent hors de la coquille entr’ouverte, ils ont peut-étre quelque chofe qui reífemblc en gros a des plumes :&cetce feule circonílance afait fuppofer que des bandos d’oifeaux qu’on voit paroítre dans des tems regles fur les mimes cotes , étoient éclos fur cette coquille. Les premieres defcriptions onc annoncé ce qui étoit vrai, que ces coquilles s’attachoieiK aux vieilles planches &aux troncs d’arbres tombos par accident dans la mer. Toute la dalle fait de méme ¿&d’aprés cette Lettre CXI 11. íí» circón flanee ceuX qui onc répéte cecee hiítoirc ,íinguliere onc exageré la merveille encore plus ;&non concencs de dire que des oifeaux étoient produits par ces coquilles, ils onc alluré que ces coquilles croilfoient plles-mémes ainfi fur ces arbres, qui ,aprés la faifon des íleurs , les produifoiení régulieremenc cúrame des efpéces de fruics. Ainfi une limpie méprife aengendré l’erreur compliquée de dire que ces coquilles íbnc des fruics nés fur des arbrés j&qu’elles ne produifent pas elles-mémesdes coquilles córame les aurres ,mais des oifeaux. Ce qui fermoir dans cecee collection le genre des coquilles, écoic les Echinices ,les oeufs de mer ,les ourfins ou hériífons de mer ,ou touc autre ñora qu’on ajugé apropos de leur donner. Leur variécé eít fort grande, <Sc leqr condición difiéreme. Dans cercains il n’y avoic de conícrvée que la coquille nue ;daus d’autres quelcjuesunes des pointes, & dansd’aucres couce l’armure. Les coquilles mémes font les unes proémi- 68 Lettre CXIII. bonne pour cer animal foible ,con* tre beaucoup d’aucres qui cherche* roient fans cela ale derruiré :mais il na pas la faculté de les lancer comme des armes ,quoiqu’on ait avancé fauflemene aucrefois ce fait fabuleux. Le Fourmillier étendoic fa queue piarte fur la cablette voifine :prés de íui rampoit, comme s’il eüt écé en* i core vivant ,le lélard ccailleux á cources jambes :tous les deux ont , des langues d’une enorme longueur; 1 Se tous deux vivenc en l’écendanr lur \ les fourmillieres &parmi d’aucres infedes ,&fe nourriflent de ceux qui s’y attachenr. Déla nous pallames aux peaux entieres ou ádes por* tions de peaux des genresdu finge, de l’ours, du tigre, du léopard <Sc du lien. Le rhinoceros yafourni fa corne :&une ature elpéce que les Auteurs ,fur cette maciere ,n’ont pas bien diflinguée ,moncroic fon arme double du méme genre, qui explique le prétendu paílage étrange du Poete Latín ,qui aparlé de la double come de cec animal. Lettre CXIII. 6r> Loin de ceux-ci étoit une quanticé innombrable de boccaux, remplis d’efprit-de vin ,contenanc touc le genre des ferpens &des lezards. Ony voyoic auífi la tortue peintcou le crapeau de Surinam ,qui concre toares les mcthodes connues de la génération ,produic íes petits par le dos. Nous crumes avoir finí ;mais il reíloic encore ávoir un trcfor d’un autre genre. Quand aura-t-on íini d’épuifer les crél’ors de la nature ? Quand la patience du véritable Naturalifte fe lalléra-t-elle ?On nous ouvrit des portes qui ne nous paroiíToient fervir qu’á fermer une grande armoire de livres. Nous y vimos une bibliotheque d’une nouvelle efpéce ,contenant pros de deux cens volumes places fur les tabletees, de grands in-folin uniformes & de mérac parure. C’étoic ¡es manufcrits de l’Áuteur. On nous les ouvrit les uns aprés les.autres ,jufqu’á ce que nous fumes las de les parcourir. lis contenoient, outre le précis de ce qui aété écrit par d’autres fur l’hiítoire naturelle ,des yo Lettre CX111. remarques innombrables de l’auteur méme :on ytrouvoit prefque tous les animaux du monde &une grande multitude de plantes 5c de minéraux ,delfines de la main ,&colones d’aprés nature. C’eít de ces manuícrits que l’immortel Aldrovande ,(immorcel íeulemenc par fa reputación ,lieurcufemervc pour luí )araíTemblé 6c compilé los quatorze volumes in folio qu’il apubliés, fur les di verfes parties de l’hiftoire nacurelle ; ouvrage qui contient tout ce qui aoté connu, &tout ce qui avoic été dit de (on tems ,non-ículemenc fur les divcrs objecs de cette écude, mais fur tout ce qui yarapport. Aldrovande les apubliés :auífi le nom de ce fgavant l'era-t-il toujours cité avce éloge ,tant que cette fcience lera connue. Mais quelle a été la récompenfc d’Aldrovande ? Je rougis de honre en le difant. Ce fpavant Aldrovande qui apalle (a vie ,&employé une fortune allez groííe áfuivre la plus noble auífibien que la plus amulante ¿k la plus I Li tire CXIV. yt titile des études ,eít more :quarui &oü ?Ala charleé publique ,&dans un h.ópical. LETTRE CXIV. NEfoyez poínt fnrnris íi j’ai été íí long-cems í’ans vous écrire. Je fuis maintenant dans une parcie du monde tome diferente ,oii je n’aí pas les commodités de vous Taire parvenir mes lettres. Jufqu’á préfenc máme il ne s’eft rien préiencé d’important ávous écrire. Qu’eít-ce que les événemens ordinaires d’un voyage pour un hornme de gout tel que vous ?Ec áquoi m’auroit fervi de vous envoyer le détail de quelques petices villes d’Italie ,par oh il m’a falla paller pour arriver au lieu de mon embarquement :je vous ai deja décrit le pays &ce qu’il ade plus curieux ;le récit du reíle eut été auíli lee pour vous ,que j’aurois cu d’ennui ále re marquer. Je luis maintenant mon cher fiíi' le cerrciw lacré de Tille de Crece, 72 (Lettre CXIV. lí célébrée anciennement par les Poetes &par les Hiiloriens. 11 faut dire adieu aux beaux appartemens ,aux Palais &aux Jardins :adieu ála curiüficé pour les antiques &pour les produ&ions charmantes des modernes :adieu ala converfation fpirituelle &polie des Icaliens. Je fuis tranfplanté au milieu d’un peuple qui palle la moicié de la vie adormir ,dont le fouverain plaiíir eít de caufer apres avoir pris le calle, Se qui palle les intervalles de fon tenis amanger du ris &boire de l’eau, Vous voyez que je ne fuis pas emliouliafmé des Mufulmans. En elfet j’ai quitté tant de plaiíirs, qu’il ne me relie que de la mauvaife humeur centre tout ce que je trouverai dans le Levant. Je commence aregretter d’avoir entrepris un long voyage, qui me promet íi peu de plaiíir &d’agrémenc. Candie, ou j’ai débarqué &oii je íéjourne pour me délafler du voyage ,n’eílque la fcconde ville de l’líle j qui eíl en la poíí'eífion des Vénitiens. Ses habitans, á ce qu’on dit ,font au xiombr© L'bttr ECXIV. 7J5 tlómbre d’environ quatre milles ; dont plus de la moitié font des Grecs, &prelque tout le relie des Tures. La Vi lie elt bien fortifiée ,&le purt en feroit tres bon ,ll on en avoit les füins convenables. Les maifons lo n c bailes &mefquines, trille contralla de la vue de celles d’ítalie :au lien de cette magniíicence d’édifiées a la~ quelle mon oeil étoit habitué, jugez quelle doit erre le défagrément de voir que les meilleures maifons n’onc que deux étages dont le premier fere de logement pour le maítre &fes domelliques ,&méme pour les chevaux. La cuifine, la falle de compagine ,le cellier &l’étable, font pour laplupart au rez-de-chauffée du méme corps de logis. Les murs font le plus communément de briques ,Se les angles d’une efpéce de pierre brute, relie qu’elle fortdelacarriere. Il yafouvent fur le derriere de he maifon une terraffe au niveau de l’étage fupérieur; mais on en pratique toujours une fur le faite, car'le toíc eíl couvert de planches ,quí au moyeu d’une efpéce d’enduit, i'ervent áre- Torne IF, D 74 CETT RBCXIV. teñir &maítiquer les pierres áfuíií,1 ou cailloux ,done la couche Tupérieure eíl formée. Les maiíbns en general lont touces cournées vers le Nord ;les habitans ont un grand l'oin de fe garantir des venes du Midi, qui fouvenc feroienc capables de les íuffoquer enplein air ;maisquandle vent du nord íoullle ,ils vene prendre l’air fur leur terralle qui eíl expo* íee au Midi :celle qui eíl au íbmmec des maiíbns leur ferc pour ib promener le íoir, &procurer de l’air dans les grandes clialeurs. Si l’are n’a pas tañe fait pour Candie que pour quelques-unes des villes d’Italie, il ne fauc pas en accuíer la nature; les plus bellos de ccs dernie* res ne fonc pas plus agréablement lituées. La campagne n’eíl pas moins charmante entre la ville &les montagnes ,que de 1’autre cucó. On voic de touces parts des foréts d’oüviers; les vignobles &les bolquets diverlifient agréablement le coup d’ocil. Cette Ville produit année commune cent cinquante mille pintes d’huile. Les vignobles yfonc jolis,raais moins Lettre CXIV. 7f ségulierement plantes qu’en Europe : les jardíns, quoique remplis des plus belles fleurs &des plantes les plus arares, font mal rangés 5c fans aucun delíein :les meilleurs ne fonc que des bofquets d’orangers &de li'moniers fauvages ,entremélés de cédres 8c do quelques pruniers &cerifiers. La bonne odeur que rdpandent ccs arbres, dédommage en quelque forte de la puaaiteur des cadavres, qui eíl la plus horrible de touces les odeurs. Les Tures ont confervé la coutume des anciens Rómains ,d’enterrer les morts le long des grands chemins ;mais ils ne creufent pas les tombeaux áune allez grande profondeur, &la chaleur du climat en exhale une odeur íi affreufe, que je luis étonné comment la forcé de l’habicude peuclaleur faire fupporcer. Oix perpetúe la mémoire du défunt (uc une pierre achaqué bout du tombeau :mais pour les períonnes d’une certaine conféquence ,on yeleve quelquefois une colonne de marbre íürmontée d’un Turban pour cha-, piteau. Di) LETT11E CXV. > 7& Evoici enfin aCandie. Retimo J.V1 par ou j’ai pallé dans ma route ,n’effc que la troifieme Ville de quelque conféquence de cette Ifle autrefois fi fameufe. Elle eíl petite mais fort agréable ;fa fuuation eft des plus fingulietes ;elle eíl bátie fur une borduve de rochers ,qui s’avance fort loin dans la mer. Elle eíl environnée de murs touc autour ;mais ces murs fervent plus ala décorer qu’á la fortifier. D’ailleurs fa fituation faic qu’ils ne pcuvenc lui étre d’aucune utilicé pour la défeufe; car elle eíl encierement commandée pac un autre rocher valle &applatti. Le port autrefois fort beau, étoit défendu par une bonne citadelle ;aujourd’hui il eíl prelque entierement comblc. Le pays qui eíl al’Occidenc deRetimoeíl prefque tout de rochers; cependant la route qui conduic a Candie eíl extrémement agréable: ou ne découvre dans touc ce chemiu LET T R. ECX V. 77 que des jardins &des plantations. La Ville n’a point d’autre eau que cellequi lui viene d’une unique fource éloignée d’une demi-lieue; mais vous jugerez qu’elle doit étre bien ahondante, quand vous fpaurez qu’elle fournic luffifammerft d’eau pour la Ville ,quoique le canal qu’on apratiqué pour l’y conduire ,foit en mauvais étac &qu’il s’en perde la moitié en chemin. 11 yafur le bord du chemin qui mene áune vallée, une Mofquée avec une maifon dans la cour pour recevoir les voyageurs ;en eflet quand il eft trop tard pour fairc ouvrir les portes de la Ville ,on leur y donne le gtte 5c le fouper gratis. Le vin de Retimo étoit autrefois forc eílimé ;il inérite encorc a préfenc quelques éloges. Damafia n’a rien qui snérite d’étre remarqué ;jufque-la cependant nous avions fait une afl'ez belle route ; mais depuis cette Ville jufqu’á Candiere chemin eílauíli diíficile &auífi raboteux, que celui'qui conduic aux montagnes de Mendip dans la proyince de Sommerfec ;on ne rencon-- Diij 84 titir»cxvr. dormir trop long-tems ;nous nouff levámes ala pointe da jour ;&arrivámes le matin de forc bonne lieure au fommet de la montagne. J’eus alors le tems de refpirer & de regavder autour de moi :mais helas !qu’y avoit-il avoir ?J’ai été Air le haut du Mont Ida ;voila tout ce que j’en puis dire. Cec endroit fameux n’a que fon nom qui mérite d’étre remarqué :c’eíl une montagne xude, ílérile &défagréable ,dont le pied ,qui s’étend confidérablement de tous cotes, occupe le centre d’une lile extrémemenc jolie: la feule chofe que j’ai apprife en grimpant fur le haut, c’eít que, comme je l’ai remarqué précédemment du coloífe de l’Apennin ,la vüe en eít plus belle de loin que de prés. Je n’y ai pas trouvé une fource, une grotte , ni un bofquet capable de fatisfaire les yeux. Le bécail qu’on yvoit fe réduit áquelques chevres hétiques ; «Se la plus grande partie du pai'fagc n’ell que neige &rochers. Si vous avez lu la Géographie de Dionyfius &les notes de fon Commenta- Lettre CXVI. f» y teur 5vous avez du imaginer que le Monc Ida faifoit le plus beau fpectacle du monde jmais ,eroycz.moi , ces beautés n’exiftent que dans les defcriptions. J’y ai écé ;pour eux ou Usen onc parlé fans fjavoir ,ou ce font de francs impoíleurs. La neige remplic un nombre de cavernes fur la plus liaute partie de la montagne, &parole yféjourner depuis pluíieurs fiécles. J’étois défefpéréd’avoir pris tant de peine pour ríen ;mais mon ami qui n’en avoic pas écé plus fatisfait que moi d’abord ,vint me trouver ,lorfque Ton parloic de redefeendre la montagne ;il apportoic quelqucs curiofités qui valoient, me dic-il ,tomes les peines que uous avions grifes. Ala vérité j’en fus tres-fatisfait. II apportoic plein fes deux mains de cryfíaux d’une forme toute particuliere. C’écoic des colonnes pentágonos depuis un pouce jufqu’a présde deux de longucur ,terminées achaqué bout par une pyramide du méme nombre de coces : tomes étoienc parfaicemenc régulieres acet cgard ,&la furface en écoit 86 Lettue CXVT. fi polie, que le tout paroiflbic plutóc un ouvrage de l’art qu’une producción de la nature. Leur couleur en general éroit jaune ,de dift'érentes nuances ,plus ou moins foncées ; d’autres avoient un mélange de brun ,, Se quelques-unes étoient tout-á-faic fans couleur. Les plusbelles avoient lJair de topafes taillées clans cecee1 forme ,&leur beauté ne le cédoic pas ála pierre précieufe de ce ñora. Mon Compagnon me dit, en maniere de l’ecret ,que la moicié des pierres qu’on appelle aujourd’hui Topafes ,font de ces fortes de cryítaux qui onc écé colores par accident ,• comme celles ci ,par les émanations «Se les vapeurs d’une mine de plornb 5 mais pour leur forme il m’avoua qu’elle étoic abfolument nouvelle pour lui, Se en faifoit un tres graruJ cas. 11 les avoit tirées d’une crevafie de roeber. En revenant nolis en trouvámes encore plufieurs autres éparíes dans la boue Se ala furface. Du íbmmec du Mont Ida, qui efl: un rocher eícarpé ,pointu ,pelé Se prelque perpendieulaire ,on peut dé- Lettre CXV11. %f couvrir la mer de deux cotes man la íingularité de ce coup d’adt ne vauc pas ábeaucoup prés le mal qa’il íaut avoir pour ygrimper. LETTRE G X VII. SIle coup d’oeil qu’on découvre du haut du Mont Ida 11 cdédommage pas de la peine d’y moiiter „ il yaune aurre partie qui nous donna lieu de fkire un aurre voyage , done nous n’eümes l'uremenr pas lieu de nous repentir. C'e font les ruines de l’ancienne Gortyne que nous vímes de-la ,&qui ne nous parurenc pas loin du pied de la montagftej cependant en yallant nous trouvámes qu’il yavoic plulieurs bous radies de chemin. La route pour defeendre du Mont Ida, efl elíirayante au dernier point. Nous n’avions devane nous que des rochers de des précipices ;&nous étions forcés de courner tout autour pour trouver un pallage fur. En allane voir les relies de cecee ancienne ULettre cxvil Ville, nous paflames par Apodacalaj &en rangeant le Munt Ida de prés , &plu íieurs montagnes ílériles, nous arrivámes aNovi Caítelli ,petit village qu¡ n’eít qu’a deux milles du temie de notre voyage :nous yprimes quelques rafraícbilTemens ,afin d’étre plus en haleine pour coníidérer touc. Gortyne, done il ne rede mainrenant qu’une mulcitude de ruines &de fragmens, dilperfés fá & la fur une grande étendue de terrein ,éroit autrefois la plus grande &la plus riche Ville de l’ancienne Crece. On en faic remonter l’origine jufqu’a Taurus ,qui ,fous le nom de Júpiter, enleva Europe í'ur la cote de Phénicie, &aGortyne fils de Rhadamante; mais qui que ce íoit qui aic báti la Ville ,c’écoit ,il ya bien des fiécles ,une place tresforte. Annibal ,aprés la défaite d’Antiochus ,s’y retira, &ytrouva í'a fureté. Les ruines, pour le préfent, font difperfées au pied de quelques petites montagnes dans les plaines de Miliaria ,aenviron deux licúes de Let TUE CXVII. 89 la bafe du Mont Ida. Je n’ai jamais vu un fi grand amas de granice ,de porphyre &des plus beaux marbres du monde. Ce ne fonc pas la toutes fes ncheíTes :on voit coucbés 5c renverfés au hafr.rd des jafpes, 5c aucres pierres du plus giand prix , travaillés en pilaftres 5c en ouvrages de revétement. Tout cela annonce quelle doic avoir été jadis la maguí - ficence d’une Ville ,ou a&uellemcnt les feuls fragmensempéchent de paffer la charrue 5c bleffent les pieds des beíliaux. Le travail de tous ces morceaux le difpute ala richeífe des matériaux :en un moc il n’y a güeros de colledion de ruines qui puilfe faire un coup d’eeil plus majeftueux. Une des portes eíl encore fubfiílante dans fon ancienne place >quoique pas entiere :l’arcade en eíl noble, 5c chaqué partie du travail peut pafler pour un chef-d’oeuvre. Prés du raéme endroic nous mefurámes deux colonnes du plus fin granite ,taillées chacune d’une feule pierre ,5c elles ont plus de dix-huit pieds de longueur. Aquelque diítance eíl une 9o Le tt re CXVIL double rangée réguliere de piédeftaux, qui íemblent avoir foutenu les colonnes qui formoient le portique de quelque Temple. Aen juger par ces relies ,ce doit avoir écé un édiíice eré -conlidérable. 11 yades chapiteaux &des architraves, travaillés avec le plus grand foin. Je jettai les yeux lur pluíieurs fragrnens groupés enfemble ,que j’imaginai ,í'ans trop po.ivoir dire pourquoi, avoir appartenu au Temple de Júpiter ,cjui fut autrefois báti dans cec endroit, le inéme oü Menelasfacrilia aux Dieux, Jorlqu’il appric la nouvelle que la femme s’étoic évadée. On íyait que le Temple d’Apollon ctoit au milieu de la Ville; ainli ces fragrnens ne peuvent pas en avoir fait partie. Je palTai quatre ou cinq heures a examiner cesauguíles ruines :&mon Compagnon n’en marqua pas la moindre impatience. Vous votis rappellez cet efprit de Milcon, qui, quand il étoic dans le Ciel ,étoic accouturné aen confidérer les riches parquets ,plutdt que fon Dieu. Mon bon Ami ,candis que je conlidcroia Lettue CXVII. 91 8c par confcquent admirois le travail des frizes ,des chapiteaux &des figures, s’amufoic aen caílér des penes morceaux, pour lervir d’échantillons ,des dilférentes lurtes de marbre &de granite, dont tuus ces ou~ vrages étuient faits. 1 Je fus extrémement fatisfa.it de la fapon done on avoit fabriqué qlielques colonnes, qui, par leur pofition ,doivenc probablement avoir appartenu au Temple d’Apollon. EL- les font du marbre le plus beau. Se forc longues áproporción de leur grofleur :chacune étoic d’une feule piece ;&clles étoienc cannelées ,non pas lelon leur longueur ,comme le font d’ordinaire les colonnes llutées, mais en lignes fpirales ,qui régnoient depuis le bas jufqu’en liaur. Aquels ufages indignes les chofes les plus nobles nefont-elles pas réfervées !J’ai vu en nous en retournant, &áenviron une lieue de ces ruines ,les deux plus belles d’entre toutes les colonnes, fervant de ¡ambages áune porte, faite de ma^onnerie ordinaire. LETTRECXVIII. LEpeu de fatisfaélion que m’a» voit procuré le fameux Mont Ida, n’empécha point queje ne dé.» íiralTe avec ardeur de vifiter une fameufe merveille de rifle de Crece, je vcuxdire le Labyrinthe. Cependant j’avois appris, par nía propre expérience ,ane poinc me formet de ces lieux une idee auíli grande, que les Auteurs fembloient m’y autorifer ;peut-érre eíl-ce ácctte dé» fiance que je dois, en grande parcie, la lurprife que celui-ci m’a caufé. LeLabyrinthe, tel qu’il exilie main» tenant, eíl un paíl'age fouterrein, obícur, étroic <Sc irrégulier, qui tournoye &forme mille décours íi embarraíTés, qu’ils paroiífent le réfultar d’un pur hafard ;il occupe toute Ja cavité ou l’intérieur d’une monta» gne, par fes diflerentes allées &fes détours. La montagne eíl une de celles qui fonc placees au pied du jMont Ida j&elle n’pít pas éloignéq Lettre CXVIII. $> >' tíe plus de deux ou trois milles des ruines que j’avois été voir en dernier lieu. Nous fumes obligés de nous faire éclairer avec des flambeaux ;car il regne au dedans une obfcurité totale; &il efl: facheux d’avok ácraindre de fe perdre ou d’étre laifíe dans Ies cénébres, dans un lieu done on entend dire qu’il íeroic impoflible de fe tirer. L’encrée efl: une ouverture raboceufe ,formée par la nacure , d’une largeur confídérable ;mais qui n’a pas plus de cinq pieds de hauteur ,de forte qu’il faut fe courber pour ypafler. On croiroit que le lieu ou elle conduic aété renverfé fens deflus deflous par quelque accident. Le platfond en efl; uni &plat; mais le plancber efl; rude &inégal ,jufqu’au point de blefler les pieds. On voit au toít une grande varióte de pierres ,dont quelques-unes font fort belles :la montagne eíl compoféc de iits ou couches de ditférentes fortes de marbres &de pierres communes, Se on en voit beaucoup ici qui font placées bout-a-bout. ?Ó0 Jj ETTRECXVXII. aufli creufesque les nutres ;inais au4 cune n’étoit íi nectes au fond que celles qui étoient nouvellement tracees. Les unes étoient ádemi rempl ies ,d’autres prefque de niveau avec la furface du rpcher ;d’autres enfin de ditfcrens degrés plus ou moins forrantes. Cet efíet me parut fort'extraordi* naire ;mais monami fe liara de me l’expliquer. Vous avez remarqué, me dit-il ,les pctits cryítaux ,qui ibnt íufpcndus au toít de cette cáveme ,&les malíes d’une matiere ibmblable qui s’attachent afes murs en morceaux de difiéreme ígure : tous lont de méme origine que cette matiere qui remplit ici ,&méme excede le niveau des cavités tracées pvec le couteau dans la pierre. 11 pulís fie convenir qu’il avoit railbn , quant ala matiere ou fubílance de cet ouvrage relevé en bofle ,en nous gpportant un de ces cryílaux de pierr re qui pendoient aun angle déla grande al lee précil'ément ,aíentrée tío cette falle ;il le rompit, &calía jpíircilleinent une des lcctres relevé?* LETTRE CX VIH roí en bode ;nous vímes que la madera étoit la méme dans les deux ,& abfolumenc difiéreme du rocher ,auquel elle pendoit, ou d’oíi elle fortoit# G’eíl du Spar ,me dic ilion ami ,un mineral qui ílo;te imperceptiblement dans toute eau. C’eíl la matie-» re qui fe féparedes gouttes qui fuintenc de la pierre ,avanc que de totnber fur le plancher ;&quoique d’untí efpéce plus groíbere ,c’eíl elle qui forme une croute fur nos bouilloires athé ,&fur les autres vaillcaux dans lefquels on fait bouillir de l’eau claire. Ce fpar fe faic palfage avecl’eau dans tomes les parties des rochers de cecee cáveme ;maisil trouve plus de facilité áforcir aux endroits oii le roe ell nouvellement coupé. C’eíl ainfi qu’il eíl porté dans les tailles de la pierre ;&il fe fépare d’avcc l’eau dans ces crcux. La premiere conche minee qui yeíl logée ,en re-> ifoit enluite une autre, &par Cuecef* jioti de tems ,letoutfe reníle &déborde de la furface horifontale di rocher, de la méme maniere que yes ílalaélites ,ou cryílaux pierreux , Eiij 102 Lettre CXVlíí. jfortem du coít. C’eíl la méme matiere dans l’un &dans l’aucre ,6c elle clt tout-á-fait difieren te de la fubfiancc du rocher auquel elle efi adhérente. La fafon dont l’un 6c l’autre fe forme ,clt auíli exaítement la méme ;&on imagineroic qu’il ne refie aucun moyen d’en douter. II yades réveurs en mineralogie ,qui depuis peu ont foutenu opiniatrément quecetce circonfiance prouvoit la croilíánce graduelle des pierres ;s’ils avoicnt ¿té íur les lieux, ils n’auroienc pas avancé que les pierres croillénr, par la raifon qu’on ytrouve deflus ,quelque choí'e qui eít tout-á-fait difieren! de la picrre méme. ils auroicnt pu auíli bien conclure que l’enclume du I’orgeron á Haymarket prend de raecroilfement, paree qu’il ynaíc deíliis tuus les ans un grand fungus. Ccpendant voilá córame nuus lornmes faits : voilá nos pliilolbphes. Le Labyrinthe de Crece abien des liécles d’anciquicé; les Auteurs qui en ont parlé, il yadix-fept ou dix -huit liécles ,ont décrit- Let'tre CXVIII. ioj les dimenfions de fes allées ,de ies ronces ,&de fes ouvercures , précifémenc relies qu’elles fonc ac- .tuellement. Ses coces ,le fommet , le fond dans tous ,fonc le rocher. Je roe vif ,&par conféquenr le roe croilfanc, s'il eíl vrai ,fuivanr ce filióme ,que les rocliefs prennenr de 1’accroiiremenc. Mais aulfi íi cela eft, commencs’eft-ilpu faire, qu’aítuellemenc les coces ,le hauc &le has, ne fe touchenc pas. Des paíTáges íi écroics , dans le filióme des pierres croill'antes ,auroienc du fe joindre depuis un fi grand efpace de tems ,&ne nous •lailíer aujourd'hui aucune crace du Lahy rinche. C’eíl une chufe furprenance que la fa^on ,done une erreur une fois adoptée fe perpécue. 11 lembleroic que chacun fe fie un devoir d’en impulerafoi-méme ,&acouc le relie des hommes, Se de démencir fes íens pour en venir abouc. Belion a avancé d’apres fa propre imaginación ,que le Labyrinche de Crece écoic une carriore done on avoic eirá des pierres pour bácir l’ancienne Eiv r i04 Lettre cxvm. Gorcyne &Gnoíliis :pour le proui ver il dit qu’on peuc voir encore les ornieres fur la montagne ,&les traces qu’y onc laill'é les citarices fur lefquels on tranfporto.it les pierres. Pour vcrific-r le filie ,j’ai cherché dans les environs ces ornieres &ces traces de roues ;mais inunlement. La íituation du lieu cíl trop mauvaife pour en tirer des fardeaux aulli lourds. En entrañe dans le La* byrintlie nous avions encore quelque difpoíicion aen croire Bellon ,parce que fa relación étoic foutenue de l’opinion genérale ;mais nous vimes bientoe que c’eíl une erreur Se une fuppofition evidente. La pierre n’eít pas (emblable acellc done Gortyne étoic bácie ,comme il elt aifé de s’en aíí'urer par les ruines de cecee ville; Se Gnoíliis en efl trop éloigné ,puií’qu’il efl fitué au-delá des montagnes. D’ailleurs la pierre efl tendre ,d’unc nmuvaife couleur , &par cetce raiion peu propre en general pour batir :al’égard des fortes de pierres qui íbnt Manches Si plus bellos ,ellos íbnt trop du- Le m» CXVIIT. 105 res pour étre eravaillées avec des outils ordinaires. La ítruéture du Labyrinthe dépofe encore contre l’avis de Bellon :car fes contours Se fes paíTages n’onc point pu étre praciqués commodément pour faire fortir des pierres. En pareil cas, on les auroit décachées tout fimplement du front de la montagne ,&on n’auroit point cherché ás’enterrer ainli deííbus. Ce que j’ai vu des montagnes d’Eole &de quelques autres montagnes d’Italie ,m’onc convaincu que ce fameux Labyrinthe aécé dans fon origine un ouvrage de la nature , que quelque perfonne riche &puiffance a cru mériter d’étre perfectionné ácaufe de fa fingularité. En Italie ,Se dans beaucoup d’autres endroits ,les montagnes qui font compofées de pierres, ne font pas d’un rocher lolide ;mais elles ont fréquemment des creux ,des cavernes ,Se des crevalfes. Quand elles fe trouvent avoir quelques particularités extraordinaires ,il eít facile a1’imaginacion d’enfanter des fables^ Ev lo6Lettke CXVIII. &aTare humain d’enrichir encore par-dcíTus, Se de les embellir. II paroic qu’on n’a rien fait antre chofe ici que de rendre les pallages plus liauts en quelques endroits, &de les élargir dans d’autres ,en taillanc dans le toic &les cotes. Les allt'es elles-mémes onc été formées naturellement. En elfet on peut concevoir qu’il yadans tout ceci quelque chofe de plus que du caprice. Ces cavernes íouterreines pouvoient fournir un afyle dans les cas de danger ,5c dans des aílaires d’état- Nous lifons que fon vene on s’en efb l’cr vi en pareil cas. C’eft un motif fuílifant pour juílifier tous les travaux qu’nn yafaits, &une bonne raiíbn pour les embarras qu’on alaifles aTentrée. Xoutes les montagnes de rifle de Créte font remplies de cavernes ,plus ou moins grandes; 5c nous vírnes dans les cotes du Mont Ida des ouvertures qui auroient pu nous mener aulli loin que celles de cetre fameufe caverne ,fi on eüt emplomé feulemenc un peu d’arc pour LETTRECXV111. 107 élargir quelques -unes des entrées plus écroites. II ne faut pas croire que ce Labyrinthe, comme on le nomme, ait écé le lieu réel &originaire qui a porté ce nom dans cette lile fameufe. Les dercripcions de l’un Se de l’aucre ,ni méme le lieu ne cadrent point. L’ancien Labyrinthe de Créte étoic un ouvrage de l’arc ,Se aété báci Tur le modéle du fameux d’Egypce, l’une des merveilles du monde, formé de murailles épaiílés ,&embelli d’un portique ál’entrée. II parole aufli avoir écé dans laville GnolTus, au lieu que celui-ci en eít fort éloigné. Enfin pour déttuire entievemenc couc foupgon de leur identité ,Diodore de Sicile Se Pline, en parlent comme d’un édifice décruit de leur tems ,&done il ne relloic plus aucunes craces, II n’eft pas furprenanc qu’une cáveme fouterreine de cette el’péce , remplie d’embarras dont on ne peuc pas fe tirer, Se finie par la mam des hommes ,aic été, dans la lince des ceros, décorée du nom d’un anr r ao8 Lettu CXIX; cien édifice de ce genre ,détruíí! depuis fi long-cems. C’eft celui-cl &non l’ancien ,qui eíl le fameux Labyrinthe de Crece done Cedrenus &d’autres Auteurs apres luí onc parlé. LETTfiE CXIX. JEtraverfe aítuellement le Le* vane, &vous ne íljauriez concevoir combien j’ai de joie avoir des lieux célebres par les Auteurs que j’aiété acoutumé de lire avec vénération. II faut vous avouer que la vue &le reífouvenir font tout ce que je puis me rappeller de la plüparc :car ils me paroifiént toucá-faic dénués d’agrémenc ,aprés les trélors qu’on trouve dilperlés dans tous les cantons de Tltalie. Je fuis maintenanc fur le Cimolus des Anciens ,l’Argentiere des modérnes. La fameufe terre qu’on employoit dans les manufactures de lainage, écoic le fol de cetce Ule. Si jem’en rapporte a. mes yeux, notro terrea LETTRECXIX. 159 foulon eíl une chofe tout-á-fait différente ;car la leur doit avoir été blanche. II n’y aríen fous les pieds , fi 011 en excepte les jardins &les cantons cultives ,que la terre blanche femblable áde la marne, qui s’émie fous les pas, 3cfur laquelle il eíl défagréable de marcher. Mais que dois-je trouver en cela d’étonnant íNous diílinguons notre terre k foulon moderne ,fous le nom de amolla purpurajuns ,terre pourpre de Cimole ;elle eft bruñe ,&ora la tire dans le Comté de Bedford. Le nom faítueux que les Modernes ont donnó ácette petite lile , atiré fon origine de quel ¡.es mines d’argent, qu’un refugié Fran- §ois yadécouvertes ,il yabien des années. Mais les Tures ont mis de íi forts impóts fur le terrein ,qu’il ne vaut pas maintcnant la peine d’étre travaillé ,d’autant que la mine n’en eít pas rit he. C’ell un pays pauvre ,un amas de montagnes brulées ,pierreufes & d’un aípeil défagréable ,fácheux á traverfer ,&qui ne vaut pas la cul« ir 6LettneC X X. temsdansdifíerens cantons, des feuj fouterreins trés-confidérables qui y exiftenc encore apréfent. On pourroit prefque appeller tout fon ter* ritoire un roe brulé, réduic en pierre ponce par ces feux ,&abreuvé dans toutes fes parties par l’eau de la mer. Nous appercümcs je ne fijáis combien d’ouvertures le long de la cote, a mefu re que nous avancions de la pleine mer vers Polonia. La mer fe précipitoit ágrands ílots dans toutes, &revenoit en murmurant avec un bruit fourd ,aprés avoir felón lcsap* parences pénécrédans chacuned’dlet áune grande profondeur fous l’Ifle. Milo abunde en minéraux de diverfes efpéces :mon compagnon qui fpait combien je luis curieux de ces études qu’ils éclaircillénc ,quoique, adire le vrai ,je n’y ai acquis jufqu’ñ préfent que des connoillánces bien fuperficielles, me conduiíit de place en place pour les obferver. Prefque tous les roebers que nous rencontrions ,manifefloient en les touchant avec la langue, l’alun qu’ils contiennene. II nous propala d’entrer dan* Tj ETTRECXX. 117» efuantité de cavernes ,pour confidérer de plus prés letat de ces produélions ;comme il me fembloíc que toute Tille nous fourniroit des* objets dignes de notre curioíité , je ne m’y oppofai poinc. Nous en traveríames plufieurs :je fremiílbis fouvent ala vue des précipices qui fembloient nous menacer d’une perca certaine. Nous yvímes quanticé de goutces pétrifiées ou cryítaux qui pendoienc du haut des toles, done quelques-uns écoient de couleur de fer ,d’autres compoíés de la mine de ce metal :ce n’étoic pas la ca que nous cherchions. Les Anciens ont celebré Milo pour ion alun ;Se décric un grand nombre des diverfes formes fous lefquels ils ytrouvoient ce fel. Mon ami s’attachoic avec acharnement áles découvrir ; &comme il arrive ordinairement aux gens qui ont du jugemenc &de Tinduítrie, les efpéranccs ne furent pas vaines. Il melit voir dans quelques creu>§ du rocher qui formoit le pavé d’une íle$ plus ploignées de ces caverna? ii§ Lettre CXX. naturelles ,des morceaux d’un alun pur ,parfait &íolide ,formé naturellement par le deíléchement des pecites gouttes d’eau qui yavoient íéjourné, aprés s’étre chargées de íel en palTanc átravers les rochers. Quelques-uns écoienc fpongieux, compaéls ;&la variété de leur apparence répondoitaíTez bien á tomes les defcriptions que les anciens Auteurs nous ont données de ce qu’ils appellent alun natif. II reíloit encore une efpéce ,la plus belle de toutes achercher ;c’eíl celle qu’on appelle alun de plume. Les Écrivains modernes ont pris mal apropos pour elle, une des fortes d’amianthes ,c’eíl -á-dire ,une pieria qui ne fe diflout point dans l’eau, &qui n’a aucun des caraéferes de ce íel ,ni méme d’aucun fel du tout, Nous ne tardíimes pas arenconrer cette efpéce véritable :d’abord nous vímes beaucoup d’elílorefcences fur le devant des pierres qui formoient les murs d’une des plus profundes cavernes ;&en les examinan! ,nous vímes qu’elles étoit compofées par Lettre CXX. ii9 íilets fort courts. Cependant nous découvrímes peu aprés des feuillets d’alun pur, blancs comme la neige, &tous formes de beaux fils luiíans , qui pendoienc du bauc du méme rocher. Mon compagnon fe donna beaucoup de peine pour attraper quelques-uns des plus beaux ;&il les regarde commeun tréforineítimable. Les anciens Auteurs connoilfenc beaucoup mieux l’hiítoire naturelle , que nous ne femblons l’avouer, & ils étoienc beaucoup plus fidéles dans leurs defcriptions ,que ceux qui en ont écrít d’un ítyle plus pompeux dans ces derniers tems. Oucre l’alun ,cette Ifle ccoic encore célébrée par fon fouphre ;<Sc je dois aces Auteurs la juílice de dire que jamáis je n’en ai vu de fi beau :j’ai examiné le fouphre de Goifatara ,&ce qu’on appelle le fouphre fixe du Véfuve. Jen ai trouvé beaucoup de l’un &de l’autre fous mes pieds dans ces lieux ;ce n’eíl qu’á Milo que j’aurois été tenté de m’arrccer pour le ramalfer. Le fouphre fixe du Vefuve eil verd ,mais d’un verd terne ,qui no LíEttre CXX. reíTemble áde la terre ;au líen que le Ibuphre verd de Milo eil luifant &tranlparenc comme du cryítalj j’en ai trouvé certains morceaux qui s’écraíbienc (bus mes pieds en paílant fur les montag'nes qui en fournillenc abondamment ,lefquels n’étoient guéres moins beaux que des émeraudes. Nolis vímes auíli une grande quantité de l’efpéce jaune puré ;il yen avoic autour de nousdes morceaux auíli gros que la tete ;&de tems en tems on en trouvc qui íont rouges &tranfparens comme le rubis. N’allez pas imaginer que touc le fouphre de Milo í’oit de la méme fineíle. II yen abeaucoup de l’efpéce cómmune jon en voit auíli du fin trés-fréquemmept :&fouvent une rnalíe qui paroít de l’elpéce grofiiere ála furface ,contiene dans ion milieu des morceaux tres-purs. 11 me relie encore aconfidérer les produdtions naturclles de Sidero Joannes ,le S. Jean de fer. C’eíl ainfi qu’on nomine une parcie coníidérable de l’lfie ,ácaufe des mi- Mes de fer qui yfonc ahondantes. Letthe CXX. t2, t Nous nous en écions formé de grandes idees; nous ne pümes pas les voir, car le lien écoic trop chaud. C’eíl la que les feux lduterreins fe fono í'entir avec plus de forcé ;& ceux qui font ail'ez inicies en Chymie, pour f^avoir que la iimaille de fer ,&du fouphre en poudre, humedtés &réduics en pace, s’ernflammenc d’eux -mémes ,ne feront peuc-etre pas embarrados de concevoir qu’une lile ahondante en ces minéraux, &pénétrée par l’eau de la mer qui s’iníinue dans íes cavernes, doicécre touteenllamméeau-dedans. Quand nous écions íur le point de quiccer cecee lile, mon compagnon me demanda, &j’y conlencis facilement ,que nocre petic vaiífeau cotoyát le rivage, atin que nous eulllons la commodité d’examincr la ílruéture de l’l/Ie. lille nous parut une volite de pierres ,pénétrée par l’eau de la mer dans certains endroics, &remplie de feu dans les aucres. Les différences ouvercures dans le rocher, qui formoicnc les crévaíles idus lefqueilesnouspalfions, Tome IV* T ís.2 Lettse CXX. nous donnerent la facilité de regar, der les cayentes qui paroiíl'oient fort grandes. Elles écoient oblcures ,de forte que nous ne fgaurions dire leurs dimenfions réelles, ni jufqu’ou elles peuvenc atteindre :quelques -unes nous parurenc fi fingulier.es ,que nous abordantes pour yentrer. L’une d’elles qui nous avoic invites áfaltar voir par fon plafond peint ,étoi.t aenviron quatre milles au midi de la Ville ;nous yentrames aifément, &nous vímes que, quoiqu’elle foi.t aéiuellement áquelque diítance de l’eau ,l’eau monte juí'que la dans les mauvais tems. Jamais je n’avois rien vu de fi agréable que ce coup-d’oeil, La grotte lurpaflé tout ce que l’Árt .a jamais pu imaginer :elle aenvi* ron vingt pieds de hauteur ;&comjne la lamiere ydonnoit alors, elle paróiíTok par-tout incruftée de cette efpéce de matiere lu.ifante que fon yend ,chez les marchands decouleur pour en tapifler nos grottes. Chaqué parcie de la caverne, lefiaut,les cotes, ,& méme le plancher ,étoient cou- .verts d’une incruílation de cetcg ma* Lettee CXX. iaj tiere brillante }il yenavoicde rouge, de jaune ,la plus grande partie étoit parfaitement fans couleur ,5c auíii tranfparente que du cryítal. En ypoi'cant la langue ,on fentoitau gout que le couc étoit d’alun ; fes couleurs rouge &jaune étoienc produites par un mélange de particules de fer 5c d’autrcs minéraux ,quf affeétoic ainli la fuperficie ,fanscaufer aucune altération dans fon goür. Quand nous cümes bien admiré cec endroit ,nous defcendímes dans une autre cáveme peu éloignée. C’étoic une cavité formée par la nature dans le rocher :elle eíl voifine de la mer ;cependant les vagues n’atteignent point jufques-la ,fi ce n’eífc dans les tempétes. Toute fa partie fupérieure étoit pareillement tapiffée d’eiílorefcences d’alun ;mais elles n’étoienc pas formées de particules brillantes ;6c le tout étoit en poudre blanche tres-fine. II yavoit plus d’un pied d’eau fur le pavé de cette caverne ;ainfi je ne me fouciai pas d’y entrer ;mais aucune confidératio* «.‘étoit capable d’arréter mon com- i.?4 Let-tre GXX. pagnon. Il remplic une pecite boete de ce qu’il détaclia des muradles, pomme il avoit deja fait daos l’autre. Jene ais pas ii tomes les cu* riofités naturelles .qu’il aramaflées arriveronc faines &lauves en Angleterre; íi cela .eít ,les Amaceurs de cette Icience devront lui avoir beaucoup d’obligation :car alliirément ,il araflemblé peu ápeu ,une grande quanticó de cheles prccieufes £c rares. L’eiprit n’eít point étonné de la produ&ion des íleurs naturelles d’a* lunfur tomes les faces de ces cavernes. Les rochers en font abondamment fournis ;le goút l’y découvre par-tout ,&on le lene fur les lurfaces de la plüpart. .L’eau de la mer remplic par fois ces cavernes ,&partout ou elle ronche le rocher ,elle dilTouc le leí qui fe trouve álii furfape. Quand le corps de l’eau s’eít retiré ,il rede encore une humidité attachée fur les pierres &qui eít forc chargée de fel :cecee humidité acure s¡. elle des parcicules defouphre &de fgr fc^uoi qu’elle ne jfoit ,ápropre- Lbtthe CXX. iáj ífíent parler, que du fel pur; &loríqu’elle fe deíleche ,le fel demcure. Aux endroits oii il aété attiré pur „ on le voit tout blanc fur la pierre; quand il eíl rtiélangé avec d’autres parcicules, il eft rouge ou jaune ;oii l’évaporation de l’eau s’eít faite fort lentemenc ,il aeu le temsde fe raffembler en cryílaux ,qui font ces paillettes brillantes que n'ous avions Vues fur les cotes, &fur le pavé de la premiere cáveme. Quand elle feche plus promptemenc, la nature n’a pas le loilir luffilant pour raífembler les parcicules en malíes $mais elles s’actachent aux cotes qu’elles tapiíTend en forme de poudre. Les beautés &les fingularités de ees cavernes nous engagerent áerl confidérer beaucoup d’autres; &nous ne perdímes nos peines dans aucuues. En rangeant la cote ,nous vimes un aurre trou dans le rocher , dont les cotes &le fommet écoient tapifTes d’un brillant éclattant, qur ne paroifloic que comme un endOie appliqué fur le rocher uni &polh Kous nous en approchtimes fort vite y t\& Littre CXXI. dans des couches de beau marbrei Vüus conjeíturez fans douce, que dans un tel pays les habitans doivent mourir de faina :déla bufezvous jces lies de marbre fonc recouverts de deux &quelquefois de trois ou quatre pieds d’une terre tres fertile ;&touc ycroít merveilleulemenc. Je n’ai jamáis vu de plus beaux xaifins :les fruits en general yfont d’un tres'- bon goút 5&le bled y. vient apleins épis. En arrivant a Siphante ,&pas plutdt ,je commenqai afentir la difference du climat que je venois de quitter ,&de celui gü j’entrois. L’air de Milo étoit imr pregné de vapeurs de fouphre ;&la feule pureté de celui de Siphante me le faiíbit croire odoriférant. Jem’étonne comment on peut vivre aMilo yen elfet ,j’y ai vu fbrt peu de gens avances en age :au lieu qu’a Siphante, l’homme queje pris pour poner mon bagage en débarquant,, avoit cent dix-huit ans. Tous les liar hitaos de cctre llleont un air de fanté répandu fur leur vifage ;dans l’au* Wñ-iis ont.un teint livide,xcomme.fi Lettre CXXI. 1 3 ’j’. «n les voyoit átravers la ílamms d’efprit de vin. ll yadans cette lile quatre villages ,dcmt Ies-habitan» font forc nom*- breux &tous occupés, lis onc plu* íieurs manufaétures ,&tirent un trcs-bon parn de la plíiparc des produdions naturelles de l’lfle. L’huile les capres ,les fruits ,la cire &le miel ,ibnc les principales branches de leur commerce. Oucre ces villages il yaun Cháceau báci fur un rocher vers la. mer ,oii écoic firuée autrefois l’ancienne Apollonie; &il$ onc plufieurs Couvens. J’avois lú cañe de belles chufes des mines de Siphance ,&des richeíl'es que l’Ille ciroic de ces créfors , que j’écois fort eurieux de íijavoir oü elles écoienr. Je n’ai pas befoin de vous dire que mon compagnon de voyage n’écoic pas moins emprcíle que moi áfaire cetce découverce. II me dic qu’elles devoient erre vers la mer, parce qu’il lie reirouvenoit d’avoir lu ,que l’eau y. enera &les décruilic en punición de ce qu’on avoii pégligé d’oflrir aApollon Lettre CXXL l’ufage la dixmede leur produic. On nous mena done áune cáveme dans une montagne qui failbit face ála xner ,&oíi les eaux pouvoient at> teindre pendanc une grolíe tempéte. Les habicans nous dirent ,d’aprés une ancienne cradition, que c’étoit la qu’avoient été les mines. Nous entrámes dáns une cavité tres -profun- de ,obfeure &déíagréable. Mon ami qui ne trouva rien d’abord qui répondíc afon attente ,pouílk plus loin fes recherches; &aprés une perquifition pénible ,il revint me trouverfansavoir réuffi. 11 effc perfuadé, tant pour n’avoir poinc trouvé de mine ,que par la nature du rochar sque jamáis il n’y aeu d’or ni d’argent en cet endroic. Quoi qu’il en foic ,les témoignages de tous les Auteurs fe réu nillenc pour prouver qu’il ya eu dans cette lile des mines de l’un &de l’autre ;&il eíl bien (ingulier qu’on ignore jufqu’au lieu d’ou on les tiroit. Adtuellement Tindullrie eíl la mine des Siphantins.; &quoiqu’ils aientperdu depuis long-tems ces tréfors ,ce íont Lettre C X XI. 13 £ encore les peuples les plus ríches ,& les plus heureux de toutes les Ules du Levant. Si nous ne dccouvrímes poinc de mines d’or ni d’argenc ,nous trouváxnes une abondance prodigieufe de plomb dans tous les cantons de ce pays. Par-couc oii le rocher préfentoic une Iurface nue de quelqu’étendue, nous yvi mes unematierebleuátre &luiíance ,en malíes de differentes groíleurs :c’étoit une mine de plomb, &méme trés-riche ;&dans certains endroits ,elle écoit fi proche de la íurface ala pointe des nontagnes ,que non feulemenc les pluies l’avoient mife adécouvert ,mais encore en avoient entramé di verles portions ;de Corte que nous marchions Cur des malíes de diflerentes efpéces dont plufieurs étoienrfort fiches. lis nesfe donnent pas beaucoup de peine poiyr fouiller la terre; mais ils la fonuent en plomb en bien des endroits. lis pouroienc en tirer bien meilleur partí ,fans l’appréhenfion qu’ils ont des Tures leurs Maicres ;& ils aiment mieux.planter &labourer ‘t j6LETTRE CX XT. le terrein, que de creufer dans íes entrailles de la terre, &de fuer álg Jorge. Une lile autrefois auíli opulente que Siphnos ,doiccertainement.avoir cdntenu dans ce tems-la des bátimens magnifiques ;&il eíl bien l'urprenanc qu’on en trouve auíli peu de relies. Je ne prétends pourtant pas vous dire qu’il n’y en ait aucun. j’ai' déterré fans beaucoup de peine un Temple dédiée áPan ,qui ,fuivant l'esAuteurs ,a etc trés-fameux dans cette lile ;il paroítque c’etoit un édifice tresnoble. 11 yades fragmení de colonnes de granite d’un travail excellent ,&quelques-unes des frifes font magnifiques. Le meilleur morceau que j’ai vu de ce gente, fait parné de la maifon d’un des trafiquans de Tille. Entre le Fort &le Cháteau qui n’eít pas éloigné du lieu oii font les reílés du Temple ,(car ils font précifément au pied de la montagne}- il ya' une grande partie d’un tom- ¡beau qui femble avoir été trés-élé- sganr. 11 ade deux átrois pieds de fergeur, autanc de profondeur,.&; jLettre CXXI. 137 plus de fix pieds de longueur. Les 'matériaux font unmarbre pourpre Se jaune tres »élégant ,du produit de l’llle ;&il eífc richeraent feulpté. Les feuilles d’Acanthe qu’on yvoic ,partout oü el les font encoré entieres., font les plusbelles que j’aie jamais vues d’ouvrage ancique: les cotes font émouífés 5c les angles écornés ;les partios faillantes de quelques pommes de pin ,Se autres figures de la mémeelpéce ,ont été ufées ou enlevées :Se ce qui renfermoit peut-étre alors les cendres de quelque Prince ou Héros ,ferc apréíént d’auge á cochons.. J’ai vu plufieurs autres monumens du méme genre ,&ils avoienc en general la méme forme. Ils refi'emblent aíiez á un cercueil pofé fur la terre Se fans couverclc ;j’en ai furtout remarqué un qui m’a frappé , pr les peines qu’il doit avoir couté afinir. C’eft un porphire d’une trésbelle efpéce ,blanc &couleur de belle améthilte ,que Pon trouve em quamité dans plufieurs cantons decette lile :les has reliefs en étoieufc fuperbes. ^38 tETTRECXXI. En allant vifiter le Monaftére qu¡ efl aBrici ,nous abreuvámes nos chevaux dans un auge. 11 étoit aifé de diítinguer par fes bords ,qu’il n’avolt pas été faic pour cet ufage. En l’examinant de pies ,nous vímesque c’étoit un tombeau de ce beau marbre :fa longueur n’a pas plus de rrois áquatre pieds ;mais le bas-relief paroít avoir été excellent. On voita fa parcie antérieure les figures de trois enfans encore aífez entiers ;le relie eft prefque tout eñacé. Ces figures avec deux aucres fort dégradées ,qui ¡fonc fur la porte de la ville du cóté du port ,&deux ou trois bas-réliefi qui étoient originairement des portions de tombeaux ,&qui maintenantfont employés daris des imirsde jmaifons ,font les principaux redes que j’ai pu découvrir de cette ancienne fplendeur qui faifoit autrefoii préférer Siphanteá toutes les autres iíles du Levant. Lettre CXXII. 139 LETTRE CXXII. VOus direz que je fuís determiné ávoir toutes les Ules de ce pays. Je vous écris de Seriphos ,le Serpilo desmodernes. Je ne Igais íi j’aurois voulu entreprendre un long voyage pour m’y rendre ;mais je ne crois pas que ce que j’ai vu foic acheté trop cher par une route de dix milles, Les Anciens faifoient toutes leurs liles trop petites. Je m’attendois de trouverá Serpho, fuivant la relation de Pline ,un terrein d’environ douze milles de tour ;il eít aílurément trois ibis plus grand. Serpho eít un pays fingulier & tres -champétre ;on n’y voit de tous cotes que rochers, précipices, carrieres eí'carpécs ,&promontoires nuds. La plüpart des montagnes font de marbre ,quelques -unes prefque entierement de pierred’aimant ;mais comme je l’ai obfervé ailleurs ,ce n’eit pas dans ces grofles maíles que l’on renconcre ordinairement la ver- $4° Léi'tre CXXIÍ, íu attraébive. J’écois extrémeme!* citarme du payfage ;mais je jureras bien que les habitans n’auroient pas été fáchés qu’il füt plus fertile. 11$ meurent de faim ;il n’y aqu’uneleb. le ville dans toute l’Iílc }que l’on ap< pelleS. Nicolás; de rouces celles que j’aivues, c’eíl la plus extraordinaire pour fa figure &fa licuación. Elle elf áenviron trois milles du Port ,& conftruite en rond autour d’un rocher horrible &líideux, noir, efcarpé &raboteux. Quel beau clioix les habitans onc filie la pour la vutf, Mais de touc tems ils ont palié pour des fots &des imbécilles ,&ils n’ont pas degeneré; Si cette Ule écoic en de meilleures mains, on pourroit en tirer un boa partí.- Quoique nous n’euílions trou*. vé aucunes mines d’or ni d’argenr í Siphante ,mon ami décacha des erevafTes des rocliers en deux ou trois endroits, quelques-uns de cescailloux, qui conciennenc l’argenc d’une des atures liles. Ala veri té nous n’y trouvámes point d’argent ;mais il y •5t bien de l’apparcnce qu’cn «eufa« Lettre CX X11. T4r| plus avant dans les crevalTes, ces cailloux pourroienc contcnir de ce metal. Quoi qu’il en fok, nous trouvions par-touc fous nos pieds de riche mine de fer, &mime de la plus riche &de la plus belle que j’eufla encore vu. Je vous ai deja parlé, d’aprés les inítruétions de mon compagnon,des pierres fanguines, 8c cl’une variécé prefque innombrable de mines de ce metal. Je croyois les avoir toutes vues ;mais nous en renconcrámes ici toute une fuite d’una aucre efpéce. Nous en trouvámes de radiées, en formes d’étoilles, &de la couleur d’acier du plus beau poli. Celles-ci me paroiflene de felpéce des manganefes ,qui forment les plus beaux ornemens.de la plíipart des cabinets qui Ibnc en Europe ;nous les foulions aux pieds :on les rencontre dans les lentes perpendiculaires des rochers de pierre d’aimant ;les pluyes les déracinent &les entrai- ¡nent dans les plaines. Ces mines mériceroient bienqu’on fe donnác la peine de les exploiter. De tous les jems Seriphos aeu une auífi raauvai- Littee CXX VIL monumenc &le plus riche de foni fiécle. Ce qu’oii voit encore de fes redes rend témoignage de fon ancienne fplendeur.Nous crouvámesdes colorines de granice &autres pierres de prix ,difperiées ga. &la par morceaux ;cecee défolacion méme annonfoic quelle adu écre l’ancienne magnificence de ce vaifleau. Enere les morceaux d’archite£ture ,nous vímes des relies d’une ílacue du Dieu; Ces relies qui confiílent en deux morceaux, dont l’un écoit le dos, &1’aucre le ventre &le haut des cuides ,annoncent que la ílacue enciere doit avoir fait un monumenc bien majeílueux ;elle écoic de marbre noir &de grandeur coloffalej l’une des cuiífes eíl aíbuellement da dix pieds de longueur. Touc ce que nous voyons, faic parcie d’un feul bloc de marbre :&fur les meilleurs autorices qu’on peut avoir en pared cas, on nous aaííuré que la Ílacue enciere avoic écé caillée d’une leule pierre. Quelle entreprife. furprenantc ]On voit que le Temple au* Iettre CXXVII. tjuel elle appartenoit ,aété d’une étendue confidérable. On peuc aifément í’uivre le portique dans un frontifpice d’une grande longueur, 5c qui fair face álagrande Délos :il eíl poífible de melurer l’eípace oii aété le dome ,quoiqu’en apparence fa flruélure aété une chofe impratiquable. La ílatue aété élevée vers le petít port ;fes fragmens yfont aéluellement ,5c probablement on ne les yapas apportés d’ailleurs. Outre cela la plinthe de la ílatue eíl encore dans la méme place;c’eíl un monceau de marbre, bien équarri qui aprés de feize pieds de longueur 5c onze pieds de largeur :elle porte une infcription aApollon. Quand on regarde les ruines de cet édifice furprenant ,que ne doit-on pas conjecturer fur la hauteur de ce palmier de bronze ,que Nicias íit élever dans le méme lieu ,5c dont la chute caufée par la violence du vent ,renverfa la ílatue 5c la brifa ?Sans le dégré d’autenticité que ces antiqu.ités donnenc ace que les Auteurs en ont écrit, I i4íJ Lettre CXX V I L il feroic imponible de concevoiv jufgu’á quel point ces peuples étoient eapables de pouíTer leurs entreprifes - r ¿kcependant noustrouvons q.u’ils onc réuíli jufque dans les plus diííiciles. Les ornemens de l’incérieur de ceTemple répondoienta la pompe de ]a magnificence du dehors. On nous parle d’une quantité innombrable de íhtues &d’Autels :les flacues ont été enlevées depuis long-tems; pour les Autels ,il yen aplufieurs qui fubfiftenc encore íur le lieu méme.. lis onc plus de deux pieds de hauteur &prés de trois de diametre. lis ont été decores trés-richement ;mais les, figures en ont été prefque entierement eflacées. La piüpart des colorines font d’une forme finguliere; & leurs chapiteaux le font encore plus i avec touc cela il font d’une beauté furprenante. Des ruines du Temple on nous conduiíit ace que Ton appelle les quatre Lions. Ilsíont d’une gro/Teur confidérablejmaisá leur figure on auroit peine maintenant ádécider com» menc il faut les appeller. lis ont .été L. EI* TRBCXXVII. 247 •tellement degrades par l’ancienneté,. .qu’ils ne paroifTent plus guéres que de gros blocs de marbre. Nous vínves .aulíi prés du méme lieu quelquesTer- .mes avec des teces d’animaux. L’un ala tete d’un cheval ,une ature celle d’un boeuf; 6c cous font extrémement défigurées. Aune diftance fort petlte des ruines du Temple ,on voic des reftes du fameux portique de Philippe; les colonnes, done il écoit compole,, prouvent qu’ils étoient augufíes ;& le travail des architraves annonce' qu’ils n’ont pas été rnoins élégants» La plfipart des colonnes font de la méme forme finguliere, qu’un grand nombre decellesdu Temple, moitié cannelées ,6c moitié pleines,. Leur diámetro en général eít de deux pieds quacre pouces ;on en trouve quelques -unes plus grofTej» parmi les ruines du Temple. On lie Tur quelques architraves brifées, 6c .encore couchées fur le terrein ,quelques inferiptions qui pgrtent le nom de Philippe de Macedoine. Celle1 cous ,, qui porte Ies plus belles- 248 Lettbe CXXVIL ini'criptions, adix pieds de longueur &deux &demi de groííeur. Elle aéchappé ála ruine commune, parce qu’elle eil actachée dans les reítes des colonnes ,&trop peíante pour étre emportée. Quand finirai-je de vous décrire ce que j’ai cru ne pouvoir jamais finir de vifiter &d’admirerp Vous partagerez en quelque forte le plaifír avec moi. Nous montámes le long de la pente d’une petite montagne, aquelque diílance des ruines de ce noble portique ;&nous fumes éronnés des relies magnifiques d’un thcátre tout de marbre ,d’une grandeur &d’une étendue qui me furprirenr. Son ouverture fait face au Sud-Oueíl. L’aire depuis un cóté jufqu’á l’autre, eft de deux cens cinquante pieds. Quelle profondeur !Son diametre eíl ápeu prés égal partout. Tout l’édifiee aété de marbre ;&les parties qui en re fien t,annoncent que p’a été un ouvrage d’un trés-grand goút. Le tej'rein n’étoit pas extrémement favorable ál’édifice qu’on étoic déterminé de batir au-deifusi Lettre CXXVII. 149 rnais les Archíteéles étoient gens á ne pas s’inquie.tter beaucoup de la dificulté de vaincre ces obílacles. La pente de la moncagne ne laiffoit poinc de quoi placer de fondemens pour l’extrémité du caté gauche ;&nous yvoyons des reíte« d’une tour qu’on éle.va pour íupporter rédifice. Elle aapréfent neuf pieds d’épaifleur ,environ trente de longueur ,&efl d’une forcé íurpreliante, Nous avons eu la commodité d’examiner quelques beaux pavés en mofaique dans les ruines d’un aucre báriment tout voiíin du théátre ,& qui ne fervent plus maintenant que pour le plancher de quelques réfervoirs d’eau de pluye. Non loin de l’entrée du théátre eíl un emplacemenc valle &étendu , deftiné pour Ies combats des béces fauvages* Nous vímes des relies de leurs loges ,couvertes d’efpace en efpace par des longues rabies de granite, &des veíliges d’un canal qui leur fourniííbit de l’eau. On voic fur le penchant du mont Cynthius, d’autres juines d’une efpéce fuperbe¿ 250 Lettre CXXVIL des mofaiques de plancher ,&de# colonnes tres bien travaillées. Elies doivent avoir fait pa'rtíe de quelque Temple. Vous accendez de moi fans doute unebelle épithetede la montagnequi 3fait donner ála Divinicé du.pays le nom d’Apollon Cynchien ;maisvous vous trouverez trompé. Le monc Cynthius eíl mal tourné &défagréable ála vue ,quoique d’une écendue fort confidérable. 11 trav'erfe dans une diredtion oblique prelquecoutelalargeur de l’Iíle.Toutelamontagne eíl aíl'ez lemblable aplufieurs aucres des liles voifmes, &comme quelques lile entieres ,ce n’eft qu’un rocher de granice. 11 ne fáuc pas entendre par ce terme cette belle pierre Egypcienne ,done les obelifques de Home font compofés &done orí: voit cant de nobles reíles parmi les ouvrages aneiquesdes endroits oules .Grecs &les Romainsont écenduleur. puiííance. Le granice: de cecee mon* tagne (on peuc dire méme qu’une grande parciede l’Iíle eíl compoíée ^üiea, aaémes, «iaiériaux.);refíemljie.' 1» <f.j -V.. ’t-'ff V •Ib rtre C XXVII. ayr ctavantage ála pierre appelléeyl/oo/-- Jlone au pays de Cornouaille ,que l’on fait conduire aLondres pour former les dégrés dans les efcaliers des édifices publics ,&pour d’autres ufages qui exigent une pierre fort dure. Le notre eft blanc ,parfemé de taches noires luifantes. La partie blanche eft une efpéce de marbre , &le noir eft un tale. Le granite de Cynthius eft gris ,parfemé aufli de ces particules luifanes. C’eft l’eí’péce de pierre dont on fait communément ces colonnes que l’on appelle de marbre fonda, ou marbre falible.. Le mélange fingulier de ces tachen de tale adonné cetteopinión au peuple ;&on auroit maineenantbiem de la peine adétruire ce préjugé. Nousmontánaes fur le mont Cynthius par des dégréstailles dans le' roe vif ; &nous entrames par les ruines d’une ancienne porte,, qui éto icle lieu de fa communicationavec la Ville. Cette montagne écoit une efpéce de forterefte naturelle Se on s’en eít fervi acet ufage ,.aprés. l’avoir gerfe&ionnée par des otiY-ra*- 252LettsiéE CXXVII; ges de l’art. La porte mcme par laquelle nous entrames ,al’air forte , &méme de cette forcé qui conviene áune Citadelle. Elle eft baile &aíl'ez étroite. Le toít eft couvert de longs morceaux de granite tai lies en poi irte, &qui faillenten-dehors. Auxendroits oü le rocher ne fourniíToit pas de matériaux pour continuer L’ouvrnge de l’efcalier ,il yavoit des dégrés. de marbre de méme grandeur &de méme forme que ceux qui étoient taillés dans le rocher naturelj &faits aleur imitation. C’elt ce qu’on peut appercevoir dans les relies de deux ou trois qui fubiiftent encore. Les autres ont été enlevés ,&il yaáMycone bien des croifées de fenétres qui en font faites. On voit un certain air de noblelTe dans ces dégrés, naturels : comme il font adhérens au rocher ils lubíiftent Sí fubfifteront long tenis dans leurs places. Au fommet de la montagne ,préciíement ál’endroic ou les marches du rocher nous manquerent, nous trouvámes des. veíliges d’une Citadelle. C’étoit en ef- L'bítre CXX VII. 2jj* ifet un bel emplacement pour cec ufage. Nous decouvrimes en proxnenanc notre vüe a ja ronde ,c¡ue le lieu oír nous étions alors ,coramandoic pavfaicement toute rifle* Outre les ouvrages de fortification qui fonc fur ce délkieux terrein , nous en vímes d’autres faics pour l’ornement. Nous vímes les ruines de la Cicadelle ,fes murs aangles droits, &d’une épaiííeur prodigieufe. lis font de brique, &leur forcé leur cient lieu de beauté. Nous yrencontrámes outre cela des fragmens de colonnes &d’architraves , &un monceau d’ornemens d’architedture entalles dans un feul endroir ou il doic yavoir eu quelque ouvrage bien noble, &profrablement un Temple. Aquelque diílance de la ,nous vímes pluñeurs lambeaux d’un pavé en mofa'jq.ue ,&quelques morceaux de (lames fort belles ;mais ce n’étoient que des portions du trono ou des cuilfes. Ceux qui n’onc pas pu emponerles fhuues entieres, paroiffent en avoir du moins empané la tete &les mains, Lettre CXXVIII. établir. Non-feulement fon étendue eft pías grande ;mais au lieu du rocher fec &aride ,qui eft tout ce qu’elle offre ,fes valons font couverts d’une bonne terre noire, &fértiles au-delá de l’imagination. Les montagnes ne font ni extrémemenc élevées, ni fort roides amonter; elles fontgarniesde toutes fortes de plantes, &charment la vue par une varióte de fleurs, qu’on auroit peine á trouver, en fi grande quantité, daos aucun autre pays du monde. Le peuple de Mycone ne s’y tranfporte point ;mais il yenvoye fes troupeaux pour les engraiííer. Je fuis tenté de croire que la plus forte raifon qui empéche les gens de Mycone de tranfporter leur domicile áRhenia ,eíl l’appréhenfion des Corfaires. En effet ceux-ci dérohenc fouvent le bétail ,quand il yen a- }&les habitans, ámoins qu’ils ne fufíent aííez nombreux pour leur teñir tete, auroient de la peine áfe fauver d’un pillage &d’une boucherie continuelle, Nous trouvámes aadmixer icj Lettre CXXVIII. autre chofe que Ies végécaux du pays. Mon ami fue enchanté d’une pierre finguliere, qu’il trouva parmi íes broulfailles ,oii elle aété apportée du penchanc d’une montagne fur la cote, &lavée par les eaux des pluyes. Quand on la brife, elle paroít couverte d’une crome jaune, quoiqu’en dedans ce ne í’oit qu’une argille bleue toute ordinaire ,qui en durcilfant ,aacquis la conliftence d’une pierre tendre. En en caíTant de plus gros morceaux ,nous trouvámes aux endroits oii il yaeu de grandes félures naturelles ,que la íurface étoit dorée &parfémée d’une efpéce d’étoilles d’argent. Cela me rappella ,dans la mémoire, les pierresaeBoulogne ,avec lefquelles mon compagnon m’avoit fait tant de beaux tours; il me dit que celles-ci étoient différences; &il les appelloit des étoilles fur une veine de cire. II dit qu’on en trouve auffi de femblables fur la cote d’Elfex. Jamais je n’ai vu áune pierre nacurelle tañe de beauté. Si je vous entretiens des curiofi-j *6iLettré CXXVIII. tés naturelles de Rhenia ,n’allez pas croire qu’ii n’y ait aucuns reítes des monumens de l’art. Nous ycrouvámes les ruines d’une grande Ville, difperfées le long du bord de la mer. Elle doit avoir été conilruite dans une ficuation bien agréable. Je crois qu’elle étoit babitée principalement par des Marchands :car elle n’olíre pas fi abondamment des ruines magnifiques que la petice Délos. Les feuls reítes d’une certaine beauté que nous yvímes ,font fur le haut de la montagne. Nous yrencontrámes quelques belles colonnes d’un marbre gris du pays ;&, autant que nous pilmes diílinguer parmi uu monceau de ruines miíerablement défigurées ,elles devoient ctre d’ordre Corinthien. Je n’ai jamais remarqué en aucun lieu une íi grande mulcitude de cercueils de pierre ,que vers la Ville ,fur la cote de Rhenia. Et c’eít encore un autre moyen ,par ou les reítes d’antiquité confirment les hiftoires desdifférens fiécles. On nous aalTuré que Délos ,la petite Délos avoit été jugée ,dans un cer> Íett RE CXXVIII. tain tenis, un terrein trop facré pour étre polluépardescadavreshumains ; que non-feulement les habirans qui ymouroient aprés cela ,écoient emportés dans cette autre lile ;mais .encore qu’on tranfportoic jufqu’aux cendres de ceux qui avoienc repofé pendanc pluíieurs {léeles íur ce íacré rocher. II í'emble que la Ville commeiv1 goic au Temple, dont je vous ai parlé ,&qu’elle avoit été continuée jufqu’au bord de la mer.' Elle faifoit face al’autre Délos ,&parole en avoir écé coníidérée comtne una Ville alliée. J’ai vu dans d’aucres íieux pluíieurs ruines pompeufes t mais jarnais en fi grand nombre que dans la grande &la petite Délos, LETTRE CXXIX. AChaque endroic que je parcours dans ce voyage ,mon pluiíir augmente. Je voudrois pouvoir me perfuader que vous en preñez ámes felations, Je me piáis ále croire , *5+ Lettre CXXIX. ainíi je concinuerai. Je fuis aíluellemenc dans le pays le plus fingulier &le plus champécre qu’on puiíTe voir. Syra eíl une lile aífez grande ,&paffablement fertile :grace ál’induílrie de íes habicans. Les plaines fonc communérnent la partie de terrein qu’ils cravaillenc le plus; &il eíl fort agréable de voir d’un i’eul coup-d’oeil ,des campagnes couverces des plus riches moiíí’ons ,dans le plan pays ,&des montagnes de rochers nuds &horribles ,íi raboteux &íi faillans ,que dans beaucoup d’endroics, oü les champs labourés fonc au-deíTous ,on craint toujours que le rocher ne fe détache , &qu’en tombant fur les grains, il ne détruife entierement coute l’efpérance de la récolte. La ville de Syra n’eíl qu’á une petitedillance du port ,qui eíl vaíte &fort bon. Elle parole ,en quelque lorte, fufpendue au-deíl'us ;mais elle en eíl éloignée d’environ un mille. Elle couvre tout le fommet d’une petite montagne ,de la maniere la plus agréable &la plus champécre, Lettre CXXXI. ¿(?5 ¡cliampétre. On yarrive par un chemin tournant :car la pente ell extrémement roide ;&fans ce moyen 3 la route feroit trés-incommode. J’ai écé moins íatisfait de la Ville aéluelle ,que des ruines de l’ancienne. La Scyros ,dont les anciens Géographes ont fliit mención ,exilie encore dans fes relies. Elle étoic fituée prés du porc ;&quoique ces ruines n’ayent rien de bien magnifique ,elles paroilíent couvrir une étendueconfioérable de terrein. Nous vímes des fragmens de quelques murs forc épais &bien bácis ,&les teces de plufieurs eolonnes, d’un aííéz bon cravail. En général les matériaux de la Ville femblent avoir écé de la pierre &.du marbre du pays ;on trouve ,avanc qued’arriver aquelques-unes des plus grandes ruines ,des fragmens de marbre blanc de Paros ou de Naxos. 11 yavoit anciennemenc des infcriptions &des bas -reliefs ;on les a toiis emportés ,les mcilleurs hors du pays ,&le relie hors des lieux ou ilsécoienc. Nous en trouvámes quelques-uns dans la nouyelle Ville) on Tome IF. M Lettre CXXIX. conferve dans l’Eglile une infcripr tion ,qui prouve que la Ville, áqui elle appartenoit ,aété l’anuenne Scyros. 11 yen aune autre ála tete de la principale fnur.ce de l’lile, qui coule dans la Ville. Ede nous ap~ prend que les gens qui, dans les anciens tenis ,alloient vilitev la iacrée Délos ,commejigoient d’abord pat fe purifier dans les eaux. La Cychnos des anciens Grecs eíl inconteílablement la Thermia des modernes; les anciens Auteurs na faifoient que luí rendre juílice, en l’appellant fertile. G’eft en eflet le fol le plus riche* que je conrunflé, Elle me fembloit un pays tout nou» veau ,point eícarpé ni hériflé de rocliers, camine le reíle des Ules de cette mer; le terrein en efe píat & uni ,profond &excellent. Je n’ai jamáis vu de plus belles ligues ;mais j’avois trouvé de meilleurs raifins dans pluíieurs liles de rochers brulés du íoleil. Les champs cultives produiíent d’abondantes récoltes :ce doit étve de l’orge ;car on m’a deja dit plus de vingt fois que le íbl ds ces liles n’elt pas favorable ala produdion du bled :j’avoue que je n’en coi’5'3Ís pas la raifon. La Ville principale qui ,comrne dans les autres ,porte le nona de l’líle, n’efl: pas extrérnement grande. Les habitaos font de vrais Groes , qui n’aiment poinc átravailler. lis recueillenc de bolle foye ,done ils pourroienc tirer meilleur parti ;& s’ils exporcenc quelque chufe, ils en font redevables aux abeilles ,de máme que quelques-uns de leurs voiflns :car ces anieles ne confiílent guéres qu’en cire &en miel. Je n’ai rien vu dans l’Archipel de fi magnifique que les ruines d’une vieille ville qu’on appelle Hebreo Caftro. On ytrouve une grande quantité de fragmens de fuperbes éditices ;&fon étendue fait voir aulll bien que la grandeur de fes ruines, ce que la Ville étoic autrefois. On imus coniuiíit aux ruines de i’ancie ne ciradelle qui ell une píéce tres-forte. Nous yvímes nombre de bas-rebefs, les uns fur des tables plattes ,d’aucres fur des tnorceaujj, ¿0 8LETT.v ukj aA1A. eleves de tombeaux :il yaauffi des tronponsdeftatues qui ,fielles écoienc entleres ,auroient enrichi les plus beaux cabinets da monde :elles l'ont tomes miférablement défigurées par le tems ;&la plúpart femblent porter des marques de la barbarie des babitans ,plus encore que des ravages du tems. Zia eít la Ceas des anciens Auteurs Grecs. Cette Ule ,autrefois renommée pour quatre Villes fortes &de conlequence, ne montre plus que les redes d’une leule ,&c’eft la qu’eít bátie maintenant Zia, ville capitale de 1’Iíle. Certhea ,fi célébrée par les Anciens ,eft la Ville fur les ruines de laquelle on aconftruit Zia ;les veftiges qu’on ytrou* ve encore ,juñifient tout ce qui aété dic de fa magnificence &de fa fplendeur. On yvoit des colonnes de marbre, &de tous les ornemens d’architedure, d’un goutexquis, autanc qu’on en peut juger maintenant, qui fonc jonchés dans Ies rúes & dans les dehors de la Ville. lis fervent aduellement ala conílrudlioa Lettre CXXIX. í6$ des maifons ,ou fonc convertís en des uftenciles ordinaires au fervice domeftique. La principale partie de Ja ville de Cerchea occupoit le terrein d’une montagne éloignée d’une Jieue da port :elle s’écendoit auífi fur tout cet elpace cjui eft du cote de la iner ;car on en trouve encore ,dans tout ce trajee ,des veftiges trésjiombreux. L’ancienne ville de Iolis, qu’on appelle aujourd’hui Polis ,occupe toute une montagne. La mer en baigne le pied d’uncócé, &de l’autre elle fe termine en pente douce aune valide fertile &agréable. Nous fuivímes les ruines de l’ancienne citadelle ,qui eft un édifice d’une forcé furprenante, báti fur la croupe: 8c tout prés d’elle, le terrein eft couverc de ruines ,qui doivent avoir appartenu aun Temple tres-magni- fique. On eft fort jaloux ici des reftes d’une ftatue de la Déeflfe Nemefis; elle n’a ni bras ni tete, &ií n’eft pas facile de dire fur quel fondement on apenfé que c’eft celle de cette Divinicé ,finon que l’atti- Miij Lettre CXXX. la plus mauvaife :elle eíl entierement délblée &déferte. Nous n’y vímes d’autres habicans que quelques lezárds de l’efpéce verte commune, qui fe nourrillent de laucerelles ,& quelques rats d’une grolTeur peu ordinaire, qui mangent ces lezards. C’eíl aiuli que la nature entretiene fon cours :elle produit une chofe pour fervir aen faite íubfiíter une autre. Je ne í'cais íi Guaros n’eít pas cette meme lile ,d’ou des anciens Auteurs ont dic que les habicans furent challes par une multitude de rats, qui les rongeoient jufque dans leurs maifons. Si cela eíl ,nous avons vu ,ácoup íur ,des defcendans de la famille. Si on ne peut ríen voir de fi défagréable &li défolé que Joura, il n’eft pas facile de citer dans cout le monde une Ule ,dont le coup-d’oeii foic aulfi enchanteur que les approches d1Andros ,ou nous dirigeámes eníuite notre courfe. La Baye eíl valle, &partagée en deux par un promontoire allongé &fort étroic, qui continué depuis le continent de Lettre CXXX. 277 Tille ,jufqu’á une étendue égale des deux coces, quoiqu’il prefine fa naiífance dans laprofondeur de la Baye. Ce promontoire eíl couverc de bátimens ;c’efl; cout ala fois un des plus champétres &des plus agréables payfages du monde. Nous vimes fur ja poince de ce long rocher un anden Cliáceau j&en traverlanc l’Ille , nous trouvámes beaucoup de veíliges de fon ancienne íplendeur. Ce n’eit pas feulement dans la partie qui avance ,qu’Andros ofírecesbeau» tés; nous arrivámes derriere la Ville áune vallée d’une étendue confidérabie, auffi belle &auíTi fercile qu’on en puiffe jamais voir. Les orangers, les limoniers &les grenadiers y croiííent en quantité ,&íont éntremeles d’une grande varióte d’autres arbres fruitiers. Tout le terrein forme une efpéce de. jardins, féparés par des ruiífeaux qui les arrofent, & les fertilifenc autant que le propriétaire peut le fouhaiter. Nous vímes le village d’Arna, &nous traverl’ám'es la plus haute montagne de Tille pour yarriver. C’eíl Templacemont E78 Le ttre CXX1 le plus beau de cette lile charmante j 51 ell compofé de plufieurs hameaux de perites maifons báties áhombre des palmiers ,ornées de jardins ,& arrofées de riiiíTeaux de touces parts. La foye ,dont on fait les tapifleries de la plus riche forte ,eíl une des 'produítions d’Andros :les habitans en recueillenc une quantité qui furpaífe l’imagination. Notre admiration ne fe borna pai aux feules beautés de la nacure ;nous aflames voir les ruines de la célébre Baleapolis. Le peuple qui la bátit, lui donna dans la íuite le nom de rifle. 11 choifit pour cela une heu- ¡reufe fltuation ,fur la crece d’une snontagne qui commande toute la cote ;áen juger par fes relies, cette Ville doit avoir été autrefois grande &tres-magnifique. Nous aflames au lieu oü étoit la citadelle, dont Tite- Live aparlé ;nous vímes les relies de ces murs extrémement épais, & conílruits, comme fi on eút eu deffein qu’ils duralfent écernellement. Nous trouvámes auffi difperfés 9a& la des colorines? des chapiteaux ,des Lettrb CXXX. ¿r/f bafes d’ouvrage antique &des marbres les plus précieux. Bacchus y avoit un Temple fameux ,dans les fiécles ou cecte Ville floriflbic ,Se nous en vímes les ruines. Parmi une grande quancité de eolonnes cannelées &de nobles frifes ,nous trouvámes fur un long morceau d’architrave ,une infeription ,done les caraftéres étoient prefque tout eíTacés» Cependant nous déchifrámes áun bout le nom de Bacchus, &au commencemenc celui du peuple d’Andros. Les Auteurs qui aiment le merveilleux ,parlenc d’une fource prés du Temple de Bacchus dans cette lile ,qui pendanelemois de Janvier , ale goút du vin ;&qu’ils regardent comme un préfent de Júpiter. Nous vímes la l'ource al'endroit oü ils la placenc ;elle n’a pas le gouc de vin : il eft vrai que nous ne fommes pas en Janvier. Nous crouvámes tone auprés quelques bas-reliefs miférablemenc dégradés ;fur-touc les ruines d’un ,qui repréfenre un facriiice faic áBacchus ,trés-noblement exé- 28oLettre CXXXL cute. II yaauffi dans le voifmage plufieurs morceaux de ílatues ,& principalemenc des troncs, dont on aenlevé les tetes &les rrutins. Tels qu’ils font, ils annoncent le cifeau du plus grand maitre. LETTRE CXXXI. JEfuis maintenant dans un cantón agréable del’Archipel. L’IJle de Teños, qu’on appelle aiduellemenc l’Ifle de Tiñe ,ell préciíement vis- a-vis d’Andros ,&n’en eJl pas moins belle. Son fonds forme unebaye bolle &Iarge, quoique peu profonde. Le pays eíl prefque uni vers la cote ;il s’éleve en pente trés-douce ;par derriere font des naontagnes, ni ítériles, ni raboteufes, comme en beaucoup d’endroits du Levant; mais agréables &fértiles. La villé de S. Nicolo eíl bátie íur les ruines de Ibancienne Teños; nous ytrouvámes forc peu de reítes antiques. On en trouve de tenas aautre en creufant ¡ &on prétend avoir découverc ,il y Lettrb CXXXI. ¿8r aquelques années, un Temple dédié áNeptune ,que les anciens Ecri» vains difent avoir été dans un bois prés de la Ville. Le terrein des environs de S. Nicolo ,femble avoir été élevé par quelque accident ;toutes les anciennes ruines font enfevelies fous la torre. Neptúnea toujours été reveré ici , &on lui árendu des honneurs par» ticuliers. C’eíl une Ule fort grande : on prétend qu’elle afoixante milles de circuit inous ne fumes pas tentés de le vérifier. Nous vímes ici de trésgrands ferpens parmi les plantations, au-delTous des montagnes que j’ai rencontrées. Cette engeancey rcfide depuis longtems jcar les Anciens appelloient cette lile Qrphiccjja. Je n’ai jamais vu des raiíins, des grenades , ni des ligues fi belles que dans cette lile :mais fes richeffes confiílent en íoye. Elle aune fortereíTe fur le rocher. Si la nature abeaucoup fait pour elle ,l’art n’a pas fecondé ces avantages. Cette place commande fur une grande partie de Tifie ;on ytiene une efpéce de garniíon & aSa Lettre CXXVÍ. quelques piéces de canon ;mais je' crois qu’il yalong tems qu’ils n’ont fervi. Teños eíT la feule conquéte que les Vénitiens ayent confervée; ils ont grand foin d’y perpécuer la méxnoire de leurs fuccés. lis font le premier jour de Mai une proceílion ,á Jaquelle tous les habitaos font obligés d’afíifter ,íbus peine d’une amende; 5c ils invoquent S. Maro avec beaucoup de pompe. Les Vénitiens n’y entretiennent point de garnijfoni L’lile eft fi bien habicée, qu’au moindre befoin ils peuvent aílembler cinq mille hommes aílcz bien aguerrís; Elle contiene trence aquarante villages, qui ont chacun leur milice. Scio eft une lile plus grande que Teños, 5c n’eft pas moins agréable Se fertile. On prétend qu’elle peut avoir quarante lieues de circonférence. Áu lieu de rochers nuds, les Ifles de l’Archipel que nous viíitons aduellement ,ont l’air d’autant de Hoyaumes. La ville de Scio eft grande 5c la mieux conftruite que j’aie enCorg Le TtRE CX XXL 18¡$ tyuedaus le Levant :au lieu de maifonsde torchis avec un toir plat audeífusdu piemier étage, nous voyons maincenanc des édifices eleves ,régulierement bátis &couverts ála fa<¿ )ii des nocres. Les Génois Si les Venitiens ont apporté en d'ifférens tems la facón de bátir Italienne a Scio La ville eíl firuée proche de la mer ;&leGháteau qni ell précifémem lur le bord ,commande le port &toute la ville. C’eít un édiíice fort Si régulier ,qui adestours- &un follé pour fa défenfe. La grande Eglife eíl lonibre ,a, la maniere de toutes lesEglifes Grecques ;c’eíl Luis conteílation la meilleure de tout Je Levant. Ce queje disid doks’entendre de celles que j’ ai vues ;ceux qui les connoiílent toutes ,font de méme avis que moi. Sa ftruéture' quoique Gochique n’eíl pas lans graces ;mais le dedans mérite un jugement tout diflérent :les peintures font horriblement mauvaifes:ce font' des figures deSaints ,&les Peintres ont été tres -avifés d’en écrire les nonas au bas. Du relie c’ell comm« L'ettre CXXXI. le prologue &l’épilogue de Baycs .1 Tépilogue pouvoic étre mis ála place du prologue ,&le prologue pour Tépilogue ;&en cas de beioin ,Tun Se Tautre auroit pu fervir touc auífibien pour une autre piéce que pour celle-lá- L’Ifle contient beaucoup de montagnes ,qui tomes font culcivées. Elle ahonde en fruit ,&poíléde des carrieresd’un beaumarbre. Scioétoit anciennement renommée pour fon jafpe; on montre encore lelieu d’oii on le tiroit le plus communément. Nous rencontrámes de ces pierres dans la carriere &dans l’Egliíe ;car on yen abeaucoup employé :il íreíl pas beau pour une pierre íí renomjmée. Les habitans femblent n’avoir pas eu le fecret de le polir áTon avantage. Si les olives n’y font pas fort ahondantes ,ce défaut eíl compenfé par les vignes ;ils font d’excellent vin avec les raifins qu’ils laiífent fécher deux ou trois jours fur les rochers aprés les avoir coupés ,&avant de les paííér fous le prelToir. Ils en ¡jfourniirent áquelques liles voiíines. Lettre CXXXT. ¿85 lis commercent beaucoup auíli en laine &en maílic. La plus grande parde de cette drogue que l’on etnploye en Europe ,eíl du produit de cene lile, &le profit qu’elle en tire eíl plus grand qu’on ne peut croire , ámoins que d’étre au fait de ce cora' merce. Le Lentifque qui produit le maftic ,n’eíl pas un grand arbre •, il s’étend beaucoup ,&fait une afl'ez belle figure. Le maílic eíl une réfine qui fuintedu tronc,comme fait la gommefurnoscerifiers &pruniers. Comme c’eíl une bonne branche de commerce ,on ades fecrets pour en facilicer récoulement. On coupe les arbres tranfverfalement pendant les chaleurs ála fin de l’été ,&la réfine en dillile par pecites goutces. Elle continué long-tems acouler ,&fe durcit fitót qu’elle aété un peu a l’air. On en ade grandes récoltes quand le tems eíl lee ;s’il eíl pluvieux ,la plus grande partie fe gíite, on en ufe une grande quanticé en Europe jmais la plus forte confomraations’en fait dans le Levant. Les Lettre CXXXI. font blanches &parlemées d’un pea de rouge. Le rocher n’eíl pas continué comme dans les lies de ma.rbre ; ileft,-pour ainli díte, partagé naturellement en plufieurs malíes ou blocs détachés ,done quelques -uns feroienc aflez gros pour ycouper des colonnes &des ornemens qui feroient une figure tres -magnifique, Tenedoseíl encore une des liles les plus agréables de l’Archipel. Jai commencé cette lettre par vous dire que j’en avois vifité de ce genre ;& j’imagine que je continuerai encore áen voir. 11 n’eft pas facile de vous décrire lesbeautés deTenedos,quand on en approche :la cote forme plufieurs écfiancrures, &la ville les fuit auíli &couvretout le rivage. On appergoit par den tere un grand&ancien édifice ,&plus loin ,des montagnes dont quelquesunes fonc forc baures, &tomes couverces de verdure. Tenedos eít une petite lile en comparailbn de celles que j’ai quitréesen dernier lieu ;fa forme eft prelque ronde ,&n’a pas plus de íix milles 4aps fon plps long. EUe étpit fatpeu. Lettré CXXXI. 293 fe autrefois; a&uellementon ne voit plus aucunes traces de fon andenné jnagnificence. Elle aété ruinée avec Troye prés de laquelle elle étoit ;& nous nous fommes donné inutilement bien des peines pour en chercher les antiquités. Nicaria eíi agréable ,&d’une ap- Í iarence tres -íinguliere :toutes les fies des environs ont des montagnes trés-belles :ici elles ont un air fauvage ;leur fommec eil haut ,efcarpé ,&elles regnent dans toute la largeur de l’Ifle. Elle ne font ni ílériles ni grillées du foleil ;la plúparc des cantons qui n’en font pas cultives font couverts de vaftes foréts ; &ils fourniflfent en abondance l’eau la plus belle &la plus claire du monde. Quoique rifle foit naturellemene fertile ,le peuple en eít fi parefleux , qu’il ymeurt prefque de faim. Ler pays n’a jamais été bien peuplé j& ápréfent c’eft un des plus pauvres cantons du Levant ,quoiqu’il pourroic étre un des plus riches. '¿94 Lettre CXXX II. LETTRE CX XXII. SIje vous écris plus rarement que de coutume ,ce n’eíl pas que les fujets foienc moins abondans ;mais ils fonc trop uniformes. Aprés que je vous ai décrit un rocher brillé , vous en avez toute l’idée que je pourjois vous en donner ,quand j’en décrirois mille. Une piéce de terrejonchée de ruines, reíTemble beaucoup á une autre ;&il iaut néceíí'airement fe fervir des mémes termes pour décrire des chapiteaux rompus, &des bas-reliefs effacés. Tellesétoient les ruines que nous rencontrions dans ces liles :les morceaux entiers ont été emportés depuis long-tems. Depuis que je vous ai écric, j’ai parcouru pluíieurs endroits fameux dans rhiíloire ancienne ;&je crois avoir aíTez de matiere pour vous entretenir ;mais je crains de manquee de variété. Samos n’eft pas íi remplie de beautés que les dernieres liles que j’ai vi* Lettre CXXXII. 295- íitées. Elle eíl grande &bien peuplée. Si on en excepte la plaine de Cora ,qui eíl en vérité un lieu tres— doux, :je n’ai guéres rencontré de plus défagréables payfages. Vis-á-vis de cette plaine nous vimes l’ancienne ville de Sanaos. C’eíl un monceau de ruines qui ont plus de grandeur que d’élégance ,&qui en cela juílifient les defcriptions qu’on nous a laiííees de cette ville dans fes beaux jours. LesVilles aítuelles de cette lile font paíTablement bien báties; naais le peuple en eíl pareffeux & mal-propre ,fur -tout les femmes.1 L’Europe eíl lepays du monde oír ce fexe eíl le plus proprej ¬re petite Angleterre eíl le cantón de l’Europe ,on les femmes ont le plus de íbin de foutenir cette réputation. ' Indépendamment du conamerce general des fruics ,l’Iíle produit encore quelques drogues ,&fur-touc beaucoupdefcanamonée ;mais on n’a pas le íbin de la recueillir proprement :elle eíl toujours pleine de faletés, &fouvenc on la falfifie, On yniele des pierres pour en augmen- ¿96 Lettre CXXXII. ter le poida ,&fouvent máme des corps étrangers. C’eft pouroela auífi qu’elle eft peu eílimée, comine étaní incerraine dans fes opérations. lis onrdes mines defer,qu’ilspourro¡ent travailler avanrageuíement ;mais ils manquera des deux qualitéseííéntielles pour cela ,le Ifavoir Se l’induftrie. Je ne ligáis’ fi je vous ai rendudeja aífez bon Naturalice pour fgavoir, que quand il yadu fer quelque part, il n’eft pas furprenant d’y trouver del’ocre. L’ocre, l’éméril Se la pierre d’aimant font forc communs ici. Ce fonc eneffet les compagnons ordinaires du fer. Nous détachámes quelques pecices fierres d’aimancqui font fort bonnes. Tout en defeendane de l’ancienne Sainos, nous vim.es bon nombre d’antiquités ,&autour des montagnes une multitude innombrable de pierres de tombeaux ;mais nous ne trouvámes ni dates, ni figures ,ni inferiptions fur aucunes ,pour nous inílruire exadlement du nom des perlón nes de qui elles étoienc ,ni du tems ou elles fiirent érigées. Le fommet de la montagne fii{ Lettre CXXXÍI. 197 lequel étoit fituée la partie la plus ancienne de la vieille ville ,(car orí 1’étendit confidérablement bien deá années aprés fa premiere conftruction ,)laiílé encore voir desvedes de? grands édilices ;&nous reconnúmes le lieu oü exiíloient autrefois les ruines d’un théátre. Vous pourresi juger de l’érendue de cec anden édiiice ,quand vous fpaurez que fes ruines ont fervi ábatir la plus grande partie de Cora. Nous entrames un peu plus bas dans une belle grotte : c’eft un ouvrage de la nature ,qui ,á raoñ avis ,l’emporte fur tous ceux de Faro. Vous ferez inquiet conrment je pourrai vous détailler encore les particularités d’une grotte aprés vous en avoir décrit tant d’autres. TranquiU lifez-vous :il n’eíl pas poílible de concevoir jufqu’á quel point je cherche áéviter l’ennui fieles répétitions. Quoique j’aye parcouru beaucoup de groctes dans ces liles ,celle-ci m’a f'ait un vrai plaifir jfie comme j’y ai trouvé quelque chofe de nouveau ,ÍL faut que je vous en falle la deícrip-- tioir. 298 Lettre CXXXIÍ. Le tole &les pótés écoient tout couverts de congélations ,comme dans les autres :ce fonc les plus brillantes que j’aye vues de ma vie ;& au lieu de la couleur bruñe de quelques-unes, &du brillanc pur de cryílal des autres que nous trouvámes dans la fameufe grotte ,cellesci étoient toutes d’un blanc de neige parfait. Ce qui me caufa le plus de plaifir &de íurprife ,fut d’obferver ,que par les cotes &ál’extrémité, elles étoient, pour ainfi dire ,marquetées de petites taches brillantes de couleur d’or. En les examinant ,nous trouvámes que c’étoient des cubes réguliers, comme s’ils euflent été taillés exprés ,&polis de la main du plus lrabiie ouvrier. Tantót ils paroilfoient plutót d’airain que dores, & les taches étoient difperfées fur les furfaces blanches ,les unes féparément ,les autres par bandes. Je les croyois d’airain folide ;mon compagnon me fit rougir, en me rappellant que l’airain n’eíi pas uncorps naturel ,mais une compolition de * Lettre CXXXII. ¿99 l’art ,faite avec le cuivre &le zink. II me dit que c’étoient íimplemenc des concrétions ,de ce que nous appellons mundick ,dans le pays de Cornouaille, une efpéce de mineral ,compofé principalement de fouphre ,&qui prend par fois la coulenr de l’airain ,de l’argent, ou de Tor. Ce qu’il yade furprenant , étoit le lieu oii nous vímes ces petits cubes. Us paroiíToient ála furface des pierres d’eau diílillée ,qui fonc des corps formes long-tems aprés les rochers auxquels ils étoient adhérents. Je vous ai deja fait obferver , que fi on s’en rapporte ál’opimon de mon ingénieüx ami ,ces congélations font formées des particules pierreúfes ,élevées en vapeurs dans les entrailles de la terre. La máme chofe doitauíli étrearrivée par rapport au mundick qui forme ces cubes. 11 faut qu’il ait été elevé du fond de la terre par pecites particules en vapeurs ,&qu’il ait ainfi foF- mé ces concrétions; ces vapeurs condenfées par la fraícheur de la grotte , &fe changeanc en eau ,fe font at- Nvi * ^oo Lettre CXXXII. lachees ála furface de la pierre ,5c enfin yont dépofé ce qu’elles avoient de matiere folide. Si on m’accorde cette explicación r comme en efie't la raifon di¿te qn’on doic l’admetcre ;car nous voyons le cryítal ,le fpar ,&le mundick ,qui fonc des plus dures &des plus péfantes de ronces les produdions naturelles, s’exhaler en vapeurs ,nous voyons méme dans ce mundick des particules métalliques ;car il en contiene toujours quelques-unes. Si cela eít vrai ,íi les pierres les fouphres &les métaux peuvent étre exhales en vapeurs ,que lfavons-nous íi nos mines n’onc pas éré formées de cette maniere? AíTurémenc on pourroit ,fans faire une conjedure liafardée ,íiippofer que les gvands corps de tous les métaux &des minéraux ,exiílent au centre ou prés du centre de la terre ,oü leur propre pélanteur doic les avoir faic placer lors de la fitrudure originaire du globe ^&que tomes nos mines adudles (ont fburnies de ce valle magafin ,par des particules éle-vées Lettre CXXX II. 3or Cn vapeurs ,&enl’uice dépofées par cette vapeur changée en eau dans les crevaíles &les cavicés des ro chers ou nous les trouvons. Pour revenir aux antiquités de Saraos ,je vous ai décrit quelquefbis un aqueduc Romain ;per* metcez-moi de vous marquer ce qui ra’a faic beaucoup de plaiíir en en confidérant un aucre de la fapon des Grecs. II n’a pas la pompe qu’annoncent les ouvrages Romains de ce genre ;les limpies veíliges qui en reitera:, prouvent qu’il en avoic tous les avantages &les commodités. II n’eít ni de marbre ni decoré de ículptures ;ce ne fonc que de (imples briques, mais des briques qui durenc depuis plus de deux. mille ans :«Sí íi on les laiííe íubíiíter fans les décrui* re, elles en. dureronc encore deux anille autres ,cant elles lont dures &bien liées enfemble. On peut encore fuivre aSamos Ies traces de ce grand ouvrage done Hérodoce aiitit mention córame R’une des entrepriíes les plus har- #ües des Grecs. Ceifut Eupalinus 308 Lettre CXXXIIÍ. imagine qu’il aécrit Son Apocalypfe. Le rocher eft crevafle au-dellus ¿& les gens qui nous le moruroienc , nous dirent bonnemenc que ce fue par cecte fente que le S. Efpric luí dida cec onvrage. On nous parla encore de beaucoup d’autres qui furent operes par des morceaux du rocher, oír m’enpréfenta mémequelques fragmens. Mon ami veut les conferver ,parce qu’ils contiennent pluíieurs coquillages pétrifiés. L’Iíle de S. Minos eít peu connue des voyageurs, il n’y en aguéres dans l’Archipel qui foit auífi peu fréquentée. La curioíité infatiable quyious avoit conduíts fur tant de iwhers déferts connus fous le nom d’Illes , ne nous permic pas d’oublier de viíiter celle -ci. Je fuis plus channé de l’avoir vüe que la fameufe Pannos elle-méme. Celle-lá ne nous offrit ríen de plus curieux que la vénération des enchouiiaítes :j’ai rencontré ici des chufes qui attirent l’atcention ,parlenr á¡'imaginación ,Se en méme tems fatisfbnt Fentendemenc. S. Minos eíl une petice mon* .Lettre CXXXIII. ?0f> -ticule qui s’éleve hors de la roer ,& qui eít íéparée en bande dans fon milieu. Ses deux cótés onr l’air de deux pays diiférens done l’un eít fertile &l’autre ítérile &" délolé. La partie qui fait face aPannos ,eít couverte de quatre ou cinq pieds d’une terre riche &fertile. L’autre eít tout-á-fait nue. Ces deux cantons partagent l’Iíle, &le rencontrent a, la bande du milieu. Ceux qui n’ont pas examiné la ítruóture genérale de ces lieux, ont fuppoíé qu’elle eít compofée moitié de terre ,moitié de pierres :mais les liles font touces fur un ,fond derocher. Les unes font cou vertes de terre, &tresfértiles; d’autres font núes &ñériles :la moitié de celle-ci ale premier ,&l’autre le fecond de ces caradtéres. Le rocher de cette lile eít de marbre ,córame dans la plüpart de celles de l’Archipel. Maisil eílélégammentdiveríifié de corps coralloides qui yfont enfoncés ,comme les coquillages dans les autres pierres. La couleur du marbre eít d’un brun obfeur ;6c les coralloides font d’un blanc de 3ioLettre CXXXIII. neige. Le bariolage que cette variété occafionne, al’air de nuages &de taches :ce qui fait u*n fort joli effec. Je vous écris de Skiros :mais j’ai moins de chofes ávous en dire que detoutes les liles ou j’ai paflé moins de tems. Si on peut prendre quelque plaifir dans un lieu par la feule raifon qu’il aété célebre autrefois, Skiros adroit á la reconnoiílánce de tout le monde. Le lieu ou Thefée fut enterré ,&qui fut la fcene de quelques-uns des plus grands exploits, d’Achille encore plus fameux ,eít un cantón ftérile &tresdéfagréable. On n’y trouve qu’un feul village: &li vous voyiez la plus belle piéce de la meilleure maifon ,car telle eít celle d’oiije vous écris cette lettre, vous ne luí donneriez pas la préférence fur la plus laide de quelquesuns des plus mauvais villages d’Angleterre. C’eíl le fol le plus inégal &le plus montueux que j’aye jamais vu. La Vi He méme eíl fituée fur le cóté d’une haute montagne, faite précifément en cone pointu comme Lettre CXXXIII 3ir un pain de fuere ;les cócés méme font en beaucoüp d’endroits trop efearpés pour ypouvoir montar. N’allez pas cependant vous imaginer, qu’un lieu foic ítérile pour étre toutde rocher. Les crevaífes des rochers produifent des plantes &méme de grands arbres. On y voic mille plantes grimpantes qui ferpentenc le long des rochers & yfont fufpendues. Saint George eít le patrón de l’Ifle ,&Ton porte en proceííion une petite ílatue de ce faint qui faic des miracles ,& qui eít pofée fur une plaque minee d’argent attachée fur une planche. On raconte les hiítoires les plus étonnantes de l’averfion que cette imagea pour ceux qui ont fraudé les •droits de l’Eglife. •• Quand je me fuis mis áécrire ,je íie croyois pas pouífer ma lettre plus iloin que cee árdele ;mais mon ami tic mon compagnon de voyage qui rentre, aapporté avec luí une cu- .lioficé que je ne puis me difpenfer •de vous décrire ,d’autant plus qu’elle 'eít le produic de cette Jile déferce. *12 Lettre CXXXIIL Je vous ai raconcé précédemment la maniere dont l’argenc fe trouve melé avec le caillou dans quelquesunes des mines que nous avons vues dans nos voyages :l’lfle oh nous íummes aétuellement fournit du cuivre, quoique les habitaos paroilfent n’en rien íijavoir ;mon ami adécouvert qu’il eít logédansla mine de la méme fafon queceprécieux metal. C’eítune chole qui nda paru extrémement belle ,forc íinguliere ,&qui ,ace qu’il prétend ,n’a jamais été connue ni racontée par aucun des (ijavans qui cherchentá développer les lecrets de la nature. 11 avoit pallé une bonne lieure fur la bale du rocher au Nord Oueft á examiner des plantes &des infectes ,loriqu’il découvrir plufieurs pierres de forme irréguliere &d’une couleur verte foncée ,&fort belle, dans un petit ruiíleau formé par l’eau qui couloit de la partie creufe de lt$ montagnc aprés de fortes pluyes. Le movceau qu’il apporta écoit de la grolfeur, du poing ,oblong &d’une iurface inégale. ll écoit-par-tout de couleuE Lbttrh CXXXIII. 3í5 couleur verte, &pas trop péfanc. Je i’aurois pris volontiers pour du jafpe : xnais il me dit que cecee couleur étoit celle d’une mine, &qu’elle n’étoic: qu’á la íuperficie, II l’avoic fendu en deux d’un coup ,&les cutes n’étoient que rapprochés :ils fe féparerenc dans ma main,& au lien d’un caillou verd ,comme je l’avois penfé, je vis une efpéce de pierre áfuíil bruñe. 11 yavoic au centre un morceau de cuivre fort brillanc , de la groífeur d’une feve de marais ; Se de chaqué cote fe féparoienc de belles ramificacions du máme metal, qui étoient plusépaifTes vers la bafe. Se plus déliées en approchant de la furíace. Touces étoient de méme cuivre pur &brilIant,-& avec la bafe bruñe de la couleur genérale ,formoientunedes plus belles chofes que j’euífe encore vues. Ce caillou n’étoic abfolumenc verd qu’á fa furface etérieure. 3*4 *«i« «*g»i —H— i mmmm—mmmm— > LE TT RE CXXX1V. ILyafbrt long-tems ,mon cber que je ne vous ai écrit, je lerai dorenavant encore plus de tems ;car je compte vous revoir dans une huitaine de jours. Je fuis maintenant en Hollande, &je ne comptois pas vous écrire d’ici ;mais je n’ai pu réfiüer ála tentación ,&je me flacte de ne pas vous caufer d’ennui. Mon compagnon s’eft trouvé dans le plus fingulier embarras qu’on puiiie concevoir. Je dinai hier avec quelques Anglois ;ils ne f^avoient oíi aller pafler l’aprés-diné :de forte qu’il n’écoit pas poflible que je leur promilfe de les rejoindre. Amon retour ,c’eíl-a dire ,un peu tard ,j’y trouvai la famille dans le trouble. O11 m’avoit envoyé chercher dans toute la Ville :mon pauvre ami en étoit la cauíé. 11 avoit été mis aux arréts chez le Magiílrat ,&accufé d’avoir fait un vol. Les gens de la maifon de qui il s’étoit reclamé, ayoient confirmé qu’il étoic amoi j Léttre CXXXIV. jiy 8c 9’avoit écé le traiter avec des égards extraordinaires ,que de l’avoir gardé dans la maiibn du Bourguemeítre jufqu’a ce que je fuíle de recour. J’aurois été plus aliarme de cec avis, fi je n’avois conjeturé ,quoiqu’il fue impoílible de deviner précifémenc ce que c’étoit, du moins quelque chofe d’approchant du fait; l'honncceté de cceur de ce digne compagnon me convainquit qu’il falloit néceflairement qu’une erreur ou quelque complot formé contre lui ,luieüt attiré cettemalbeureufe affaire :&comme le premier cas me paroiffbit plus probable que l’autre , je ne mJen allarmai pas beaucoup. Je le trouvai tremblant entre les mains des Officiers de la juftice: il fauta de joie ,des qu’il m’apperyut. Je demandai le fujet de fon affaire ála perfonne qui le tenoit fjus fa garde ;rempreUbment qu’ils avoient toüs les deuK ám’en inílruire, fue caufe que je ne pus l’apprendre de l’un ni de l’autre. Enfin le Magiftrat me fit pricr par un de fes pre-s jr<5 Lettre CXXXIV. niiers domeíliques, de paíler dans f& folie, ou l’aííaire alioit étre rapportée. Aprés avoir eu l’honneur d’étre in-: troduit prés du Juge, je reílai encore quelques heures avanc d’étre informé du motif qui m’avoit pro-¡ * curé des égards fi particuliers. Les Juges ápaix du pays de Galles ont leurs émiílaires ,á ce que je vous ai entendu dire ;le Magiílrat de Middlefex ala main de fon Clerc; &le Magiílrat Hollandois ne manque poinc de muyen auíli pour recevoir la reconnoiíTance de ceux qu’il veut bien favorifer ;car il ne fait pas comme -fes confreres de Londres, il ne s’en remet pas ála générofité de fon client ,quand il n’aura plus beloin de lui. Le Magiítrac écoit dans fon Tribunal; & tandis qu’un de fes gens me fouffloit aPoreille que jamais il ne reíloit fur le fiége paífé dix heures ,il m’affuroic qu’il n’étoit qu’une heure ,& que je n’avois point du touc changó l’ordre de fon tems. Adroite étoit aíiis le plaignant ,homme maigre, fec &de mauvaife mine ,le \éxk Lettre CXXXIV. 307 íáble portraic de l’Apothicaíre de Shakefpear qui ceuilledes fimples. A gauche étoit i’accufé entre deux huifiiers &beaucoup d’autres derriere. Les préliminaires furent ennuyeux : tnais quand j’eus declaré que ,s’il s’étoit rendu coupable de quelque faute ,c’étoit afíürément fans intention de mal faire ,)e dematidai a étre informé du fait. Le plaignant l’accufa de s’étre introduic furcivement, &fous de faux pretextes, dans fa maifon ,&de luí avoir volé des marchandifes pour la valeur de quinze livres íierling. L’ufage eft d’admettre le plaignant áfaire fermenc ,fans entrer dans aucun détail ; aprés bien des inflantes réitérées dema pare, on expliqua le fait. Mon ami avoit profité du tems que j’étois forti pour s’informer s’il yavoit dans la Ville quelquesécuriofités naturelles; &on luí avoit dit que cethomme avoit un beau jardín, &fur-tout une colleétion de fleurs la plus complette &la plus variée qu’on put voir. Un sheliing lui avoit ipuverc l’entrée de ce jardín ;&le p4 Lettre CXXXIV. de l’infulce faite áion caradtére &i fon art ,que de la perte de fes oi-¿ gnons. Son domeítique mecertifia, que ,malgré toute la fcience de mora ami ,il avoit réellement emporté les' oignons, &qu’il les avoit encore dans i'a poche ,comme on le verroit tout-á-i’heure. Je vis ce done il étoit queílion ,&je demandai á parler en particulier au Magiftrat& au plaignant. Quand tout le monde fut retiré :Mrs. leur dis je ,cet homme eft un pauvre malheureux Anglois, dont les atríis m’ont prié de le mener avec moi faite le tour de l’Europe ,pour eífayer les efiets du changerñent d’air. C’eíl fur mora ’nonneur ,un homme plein de probité, un fijavantjtel qu’il n’y en a guéres. Si tót qu’on parle d’Hiítoire Naturelle ,de Botanique ou autre chofe de ce genre, il perd la tramontane ;fur tout autre fujet il eít tranquille ,&plein de bon fens, je ne doute pas ,Monfieur ,qu’il n’aic pris les oignons dont vous parlez. La vue d’un jardín tel que le vótre ,fuf- £t pour l’avoir plongé dans l’accés. Leítre CXXXV. Dites-moi le prix que vous en voulez ,je vais Ies payer ;&en mémetems ,je prie Monfieur ,d’exeuíer íi cette aventure l’a interrompu daos íes fon&ions. Je prendrai foin qu’á ravenir il foic tnieux gardé quand je íortirai feul. Pendant cotit ce tetns ,le B’ourguemeftre ne fgavoic s’il révoit ou non d’entendre raifonner ainfi mon ami. Le Fleuriíte reíta convaincu qu’il íálloit que mon ami fut fou d’avilir ainfi fa profeffion. II m’en couta environ vingt -deux livres fterlíngs ,pour terminer cette affaire , &je ramenai avec moi mon pauvre amí ,fuant ágrofíes gouttes &kors d’haleine. LETTRE CX XXV. JEvous ai écrit ,il yatrois jours , l’embarras de mon ami ,&la maniere dont je Ten tirai. II ignore encorecomment j’en fuis venu ábour: je crois méme que s’il en étoit informé jil iroit fe remettre entre les '$iS Lettse GXIXV, mains de la juftice ,&aimeroif mieux fubir le chátiment du crime , qued’en étre échappé aux dépens deion cara&ére &de fon bon l'ens. Je croyois cette hiftoire encierement finie ;mais il yaquelque chofe de fi fingulier dans l’avencure qui ydonna occafion ,que je crois que vous en apprendcez la relación avec plaiíir. Pour moi j’en ai été charmé, vous n’en ferez peucétre pas tant affeíté que moi ;car vous n’éces pas encore devenu Nacuralifle. II étoit touc fimple que je demandaíTe ámon ami ,par quelle aventure il s’étoic crouvé dans ce cas, & avoitexpofé fon caraítere aune pareille aceufation. J’avois réfolu de faire tomber la converfacion fur cecee maciere pendancle déjeuné, &le plus décemmenc que faire le pourroic. Mon ami ,qui eft le plus empreffé de tous les hommes en toute occafion ,prévint mes incencions. 11 étoic amon chevec avant que je me fulfe levé ,5c me parla ainfi. Vous dices que vous étes curieux des connoiílknces nacurelles. Levez -vous ^ L£TTREC X XXV. 527 8cje veux vous conduiie au jardin de ce Holiandois ,&vous montrer l’incident le plus étrange que j’aye jamais découverc. Je frémis en l’entendant parler de retourneí dans ce fatal jardin ;mais l’ardeur de connoitre ,remporcoit fur toutes íes autres facultes. II n’avoit pas aíTez d’égard méme pour fa répuration ,quoique attaquée par une aecufacion de vol ,pour fonger áfe juñifier auprés de moi ,tant l’objet de fes re* cherches occupoic fon attention. J’y confentis ,acondición qu’il ne prendroit plus d’oignons de Tulippes. Oui ,me dit il ,il faut que nous y allions ;fans quoi j’aurois eu al’avenir mauvaile idee dé votre amour pour l’étude. J’envoyai demandar avt Fleurifte la permiffion de vifuer encore fon jardin ,&lui dire que j’achecerois encore quelques oignons , Se j’exigeai qu’il nous accompagnac lui méme. Nous yfumes re§us avec beaucoup de politelfe. Nocre lióte avoic continuellement les yeux fixés fur notre fol :ámefure que nous avancions ,il voulut découvrir les Lettrs CXXXV: . oignons de quelques tulipes ;malí je priai le valet du Hollandois d’en prendre la peine lui-méme pour prevenir bous les inconvéniens. Le Maítre du jardín rioit íbus cap de la fa- 5011 de juger des Tulippes par l’infpeflion des oignons j&quand mon ami lui demanda le prix de plufieurs ,il íecouoic la tete en dilant Le pauvre Gentilhomme !ellene va* Ient pas douze ibis la piéce }ce fonc les plus mauvaiíes íleurs du jardin r je vois bien qu’en effet fa tete eíl tournée. Entre beaucoup d’autres t mon ami en montra une d’élite :& somrne elle étoit découverte ,il en demanda le prixcomme auparavant* Dix guiñees ,reprit le Hollandois avec empreílement. Aprés avoir regardé de plus prés ,il fecoua la tete &dic :M. vous avez été trop généreux hier pour vous tromper. C’elt la meilleure fleur quej’aye ;mais je vois que le ver yatravaillé ,&elle re vaut pas un liard. Levez-la ,ditil au domeftique, &donnez-la á Moniieur ,elle ne vaut rien ;je n’en exigerai pas unfol. Mangé des vers ’ Letiri CXXXV. 529 íepric vivement ,mon ami ;c’eíl ainíi que font toutes ceiies que j’ai choifies :fans quoí je n’en donnerois pasundenier. Mangé des vers !les trois que j’ai prifes hier rétoient de méme ,autrement je ne les aurois pas regardées. Voyez-les vous -mé- me ,ajouta-t il ,en les tirant de fa puche ,&convainquez -en vos propres yeux :c’eíl: précifément pour cela que je les ai choiíies. 11 n’en fallan pas davantage pour perfuader pleinement au Hollandois que notre homme extravaguoic :il me dit honnétement qu’elles ne pourroient plus jamais pouífer ;&ajouca qu’il donneroit moitiéde fa fortune pour étre en écat de les préferver de ce fácheux accident. En continuant nos obfervations, 8c notre promenade ,mon ami m’arréta ;Venez ,venez ,mcdit-il ,obfervez un peu cet animal. Cet animal !repliqua le Hollandois en regardant le carreau que mon ami montroitdu doigc ;c’eli une Humble Abeille ,n’eíl-ce pas ?non íurement,. dit mon compagnon. Ge n’étoit pas ?3 oLettre CXXXV. pas avous que j’adreíTois la parole 5 mais puifque vous voulez prendre pare ala converfation :fpa vez -vous ce que c’eíl qu’un humble abeille ? combien a-t-elle d’aíles ?en vérité je n'en ffais rien ,Monfieur ,repric le Hoüandois. Je ne comptois pas non plus que vous le fguíliez ,dic mon ami; dites ávotre domeílique d’en attraper une ®ardez y. L’iníefte que mon ami avoic montré dudoigt, voltigeoit pendan: tout cetems aucour de l’oignon d’une des Tulippes ,en bourdonnanc. Le domeílique revine du carreau de fleurs ou il yavoic nombre de ces abeilles ; il en avoit une dans fes mains, & murmuróle beaucoup conrre celui qui écoit cau fe qu’on l’avoit envoyé , parce que l’iníeéle lui avoit picqué violemment la maim Le Hollandois faiíbit diíliculté de le toucher ;mon ami voyant l’aiguillon redé dans la bleííure ála main du domeílique , l’aflura que les abeilles n’avoient qu’un aiguillon chacune ;&la preñant par la patee ,il dic au Maítre tíu jardin de s’iuílruire raieux qu’íl ,Le mu CXXXV. 331 n’avoit fait jufqu’alors ,&d’examiner combien l’humbíe abeille qu’il croyoic avoir fi bien connu jufqu’alors ,avoit d’aíles. Le Hollandois mieles Kinettes, &en compta quatre. Cet animal que nous laillámes enfuice s’envoler ,&l’infede qui étoic encore abourdonner autour d’un oignon de Tulippc ,nous parurent tous les deux de méme eípéce ; mais raen ami n’écoic pas de cecte opinión. 11 nous dit de regarder coujours celui-ci avec attention ,5cnous previne que bieneóc nous le verrions ¡entrer dans la terre. La prédidion écoie íinguliere, j’en fusécourdi ;le Hollandois en badina :néantnoins ellefut bieneóe vérifiée :l’animal fe pola ála bale de la tige ,le mié a travailler avec fes parces de devane , en levant de tenas aaucre de pecices parcelles de eerre ,&creufa encore plus ayant ,jufqu’á ce que nous le perdimos de vue enticrement, II relia l'ous eerre environ cinq minuces, durant eoue ce cems nous redoublámes d’attencion fur les aíTu»- lances que nous donna mon an¿ 33¿Lettkb CXXXV. qu’ilen fortiroic, &qu’alors il nous expliqueroit ce que l’animal yétoic alié faire. Tout ce procédé étoit des plus étranges 3mais il fínit comme il l’avoit prédir. Mon ami épia le moment ou l’infefte vint áparoítre; il le faific avec des pinces qu’il avoic coutume de poner toujours fur luí pour ces fortes d’occaíions :déla il le prit réfolument dans fes doigts. Nous criámes tous qu’il alloit fe faire piquer :il en rit, &dic au Hoilandois de compter les aíles :il n’en put crouver que deux ,&au lieu d’avouer le triomphe de mon ami, il dit d’un grand fens froid ,qu’appayemment quelques humbles abeilles avoient quacre aíles ,tandis que d’autres n’en avoient que deux. Oui , repliqua le vainqueur triomphant ; quelques unes peuventauííi avoirdes aiguillons ,tandis que les aucres n’en ont poinr. Voici une humble abeille , cela ,qui n’a que deux aíles &jamaís d’aiguillon. Que diriez-vous áun homme qui vous fouciendroit qu’il yades Tulippes qui ont deux fleurs fi¡[ une «ge ,&jaraais de racinea Lettre CXX XV. ni fun ne feroit pas plus ridicule que J’autre. Aprés cela ,fe tournant de moa cote :Ceci ,me dit-il ,eíl une mouche du genre dipterigieux ,&reffemble íi parfaitement ál’humble abeille ,que l’oeil acommunément de la peine áen faire la diílindion. Lagroífeur, la couleur, la figure, le bourdonnement en volanc ,font exadernent les mémes; mais dans la vérité ils font auífi différens l’un de l’autre ,que l’aigle l’eíl du rougegorge. C’eít álui ,ajouta-t-il ,qu’il faut attribuer la deílrudion de ces oignons. L’ceuf de cec infede produit un ver ,qui aprés avoir redé prés d’un rriois dans cet état ,entre dans un écat de repos fous la forme de chryfalide ,comme les versa foie &les atures chenilles. Enfuite il prend une forme aílée parfaite, 6c volé comme afait fa mere. La nature adeítiné Iesoignons de Tulippe pour la nourriture de ce ver ,6c l’inftind qui eíl le langage de la natura , adidé cet ordre ála mere. Quoi de plus furprenanc pour uu ceil obfer« 540 Lbttrb CXXXV. avoitdéveloppée auparavant.LeHollandois le regardoit avec í'urprife. Pour lui ilfinic par lili dire ;Quoique vous ne le méritiez pas ,je vais vous faire voir aquoi un Naturaliíle eít bon. Ordonnez ávotre domeftique de cuer cout ce que vous appellez des liumbles abeilles ,ámefure qu’il les trouvera autour de vos carreaux ,& vous n’aurez plus d’oignons mangés des vers. J’étois enchancé du diicernemenc& déla candeur demonami : nous nous féparámes,6c le Hollandois me proceíta que jamáis il ne lui arriveroic de diíputer de fageflé avec un fol ,eúc-il cent ans ávivre. LETTRE CXX XVI. Tes-vous curieux ainfi que mol , XLde l’étude auffi utile qu’amuíante :qui occupe toute l’atcention de notre ami, 6c qui attire méme une bonne partie de la mienne ?Je crois que non :vous avez pourcant quel* que goíit pour certe icienge ;ainíl ne Lettre CXXXV. 34Í vous ennuyez pas ,&permettez-moi de continuer. Quoique nous ayons terminé l’affaire du Hollandois, je n’ai pas encore épuiíe le fujet que fon jardín nous afourni. Mon ami alloic fe retirer dans fon appartement avec fes oignons ,fes mouches &fes vers ; car il en avoic raííemblé beaucoup de chaqué. J’étois enchanté de la découverce; &je le priai de m’admettre afes obfervations jufqu’au bout. Ríen ne fait tant de plailir á un vrai fjavant ,que d’inftruire les autres, de les voir empreílés áacquerir des connoifíances. II pla§a tomes ces bobees fur la tabie avec tranfport, &commen^a áen tirqr tout ce qu’ellcs renfermoient. Sa coutume eft xoujours de commencer par la premiere origine de fon fujet ,&de le fuivre jufqu’au bout jil choiíit dans tome fa pacotille ,un oignon qui fembloit avoir été apeine effleuré. Pour moi je l’aurois jugé tout-a-fait fain. Il pric aulli pour yoppofer ,un de ceux qui itoient le plus endommagés. 11 me Riij •?42tETTUfi CXXVV7. manera le trou par oü le ver s’étoís faic un paflage pour en fortir. Kemarquez bien la pofition ,me dic-il , &exarninons celui ci au méme endroir ,nous verrons bientóc íi j’ai raifon de fuppoferqu’il aeré touché. Je le viíitai tour aucour; je cherchai avec foin fendroit femblable áeelui oii écoic le trou dans l’autre ,&je ji’y découvris qu’une petite tache. Un Naturalice ne va jamáis lans Ioupe ; il m’en préta une pour aider mon oeil ;&je découvris par fon fecours que ce que j’avois pris pour une cache, étoit un petiterou rond ,creux, &garni dans fon milieu d’une protuberance blanche &oblongue. Le trou que vous voyez, me dit mon ami ,eít celui que le papillon afait pour dépofer fon ceuf ;ce corps blanc eít l’ceuí; ferme comme il paroít ,je vais biencót le tirer de-la. En effet, ayant taillé la pointe d’un cur-í'dent ,plus fine qu’a l’ordinaire, il s’en fervit pour écarcer l’oeuf touc entier. Nous ne fumes plus furpris de ce qu’il yétoit fi fermement arraché ¿laraiibn eafutfenfible. llécoii Lettre CXX XVI. 345 garni dedeux pointes fort déliées á l’autre bouc ,que l’infede avoit faic cntrer áforcé dans le corps de la racine en Je dépofant. L’oeuf n’avoit ríen autre chofe de fingulier *, il paroiffoit uní Se luifant ála l'urface ,&étoit auíli blanc que du marbre. Enfuite nous paílámes a l’examen de l’autre racine, dont la trou pratiqué áfa bafe étoit un pea plus grand. Nous yvimes la coque de l'oeuf vuide mais toujours adhérente par les deux pointes enfoncée? dans la racine. En remontant un peu plus loin dans cette ouverture , nous vimes le ver qui en étoit forti. 11 étoit encore fort petit ,&fe faiíoit un paflage en rongeant dans le corps de la racine avec beaucoup de vi* telíe. II étoit inutile de chercher áexaminerce petit animal vorace. Mon ami entama enfuite un oignon dont le trou étoit le plus grand ,&qui cependant n’avoit point de feconde ouverture. Nous trouvámes au centre l’animal deftruéleur 3trés-com* jnodément place, parvenú áfaplei- 544 Lettre CXXX VI. ne cróiflance ,&jouilíant de fon exiftence, avec une nourriture ahondante autour de lui. II étoit en état d’étre examiné ,Se nous le tirámes dehors ;il étoit long d’un pouce &fort gros aproporción. Son corps eft annelé ,ou compofé , córame celuid’un ver oud’une chenille ,de qnantité d’atineaux ,Se d’une couleur de chair vive: lesanneaux ne font pas fort larges ,mais élevés dans le milieu. Ses deux extrémités font menúes aproporción de la grolleur du milieu ,&apea prés égules ,de forte que quand il eft en repos, il n’eít pas facile d’en diftinguer la tete Se la qucue ;mais íuót qu’il remue ,onlesconnoít aifément :la tete qui dans l’état de repos eft renfoncée dans le corps ,en fort alors &fe montre d’une facón fort furprenante. On voic de chaqué cóté une tache ronde ,noire, luifante ,petite Se (breante ,Se ayant toute l’apparence d’un oeil. Afon extrémité eíl la bouche qui eft petite &ronde, Se qui, de meme que toute la tete , eil capable de rentrer Se de forcij; Lettrb CXXXV I. 345 quand l’animal le veut. Pies de fa bordure il yadeux crochets folides &bruns ,d’une fubítance trés-ferme, &pointus par le' bout. Chacun eít fixé afa bafe fur une petite éminence charnue qui fort des cotes de la téteau-deílus de labouche. Plus hauc &dans la méme dire&ion ,on voit encoré deux corps raccourcis ,aíTez reífemblans aux comes d’un limaron , inais d’une forme différente ;ils fonc arrondis &épais, &chacun d’eux fe partage en deux parties fourchues par le bout. Telle eít la ítruéture de la tete de cec animal ,qui eít un limpie ver ,deíliné ápaífer coute fa vie , excepté le dernier jourou feulement quelques heures ,enfeveli dans le centre d’une racine enfoncée dans la terre. Ses yeux ,s’il en a,ne lui fonc. pas d’un grand ulage; celui des cernes n’eíl pas aifé ádéterminer ,il s’en fert probablement pour fentir les parois du crou dans la racine ,alin de déterminer le cóté de la racine oü il yale plus de jus, ou la partie la plus propre pour la nourriture aétuelle. Ai’égard des crochets pointus, leur Pv '54<5 Lettre CXXX VI. fondtion eíl plus apparente ;ils fervent ,quand le ver le meut ,átraíner fon corps ;il s’accvoche par leür moyen ,&enfuite tire tout fon corps en avant. Ils lui font auffi d’un grarid fecours en mangeant ;ils décbirent , &broyent les morceaux de la racine, afín que la bouche qui n’eíl qu’un trou rond d’une ítru&ure fort fimple , &fort petite, foit en étac de les avaler ou d’en fuccer le jus. II yaíur fondos au-deffous du derriere de la tete une petite plaque ovale ,placee en travers ,garnie de deux trous ronds ;pareillement al’extrémiíé poftérieure du corps ,immédiatement au-defius de la queue ,il afur le dos , une autre plaque lemblabie garnie auffi de deux trous. Leur ufage eft fort extraordinaire ,&diñe— rent de tout ce que nous voyons dans les animaux plus gros; c’eft par-la qu’il refpire. II faut fe rappeller que cet animal ifeíl, pour ainíi dire,qu’un étui qu écaille ,contenant le corps tendre d’un autre qui doit croítre & durcir au dedans. L’ufage de la partie la plus foible de l’animal n’eft que Lettre CXXXVI. 347 pour fe mouvoir &manger :&afín de pouvoir remplir ce dernie.r objet fans interruption ,la fondion de refpirer eíl dévolue ádes organes détaches, &places loin du palfagedes alimens ;l’animal attire &repoulíe l’air continuellement par ces quacre ouvertares ,tandis que la bouche eít occupée amanger. Dans bien des animaux l’adion d’avaler les nourritures gene furc la fondion de refpirer dans le méme teras; dans quelques-uns ces deux adions fonc incompatibles ,&fi elles fe fuñe par le méme organe ou par des paffages fort voifins ,ellos font changées pour le tems de la maniere ,ou íeroient abfulumenc impratiquables. Chez nous qui avons la faculté de couper les alimens par morceaux ,ou chez les animaux l'auvages qui ont des ongles pour les déchirer ,nous n’avalons pas les morceaux aílez gros pour empéeher la refpiration de fe faire en méme tems par un autre canal placé lé long du gofier ;ou bien ils paíTenc vite, & dans les mtervalles chuñe refpiration '548 Lettre CXXXVI. áune autre. 11 n’en eíl pas demente de i’efpéce du ferpent ,dont la nourriture eít fbuvenc grofie &qui eíl obligó de l’avaler toute entiere. Le ferpent refpire comme nous par les poumons ,5c il n’y apoint d’autre communi.cation avec ces poumons que par la bouche &le long. du gofier. Or une fouris quoiqu’elle ait quelqueíbis le eorps plus gros que ce reptiie ,en devient lbuvent la proie. L’animal qui n’a point Paíliílance de jambes, eíl obligó de l’avaler toute entiere. Pour cet eíTer ,‘il lui humecte le eorps tout autour avec fa propre íálive ou fa bave ,&prenant la téce .la premiere, la fait entrer tout entiere peu apeu ;cette opération cli fouvent l’afiaire de plufieurs heures ; pendantlefqueüesila le col bien plus tendu qu’á l’ordinaire ,5c toute la cavité en eíl remplie par cette proie ; mais ,dirá t-on ,cela doit écre bien douloureux pour le ferpent ?Tout au comraire :pour nous cela le íe-. roit ;pource reptiie c’eft fans diffi- " cuité un plaiíir, &un plaííir trésfeníible. 11 doit jouir pendant longr Lettre CXXXVI, 349 tems de l’avantage de favourer fon aliraenr ,avec aucanc de délices que bous faifons le morceau le plus delicat tañe qu’il eít dans notre bouche ;&fans que la chofe aic aucune fuñe défagréable. Ce qui rendroic cecee operación pénible pour nous & peut-étre mortelle, feroic l’impoílibilité de refpirer pendanc couc le tems que nocre gofier demeureroic ainfi tendu. Le ferpenc ala véricé ne refpire pas plus que nous alors ;la «acure qui apourvu átous fes befoins pour la vie ,lui adonné la faculté de ne pas refpirer d’une maniere momencauée ,comme nous mais de loin en loin ;ainfi quand il arefpire une quancité' d’air aíTez ampie ,le fang circule fans géne dans ees ani» maux ,&ils peuvenc fatisfaire á tous les befoins de la vie ,fans reprendre haleine ,durant tout le tems qu’ils font occupés aengloutir leur proie. En general la nature rcmplic plus d’un objet ,par un feul moyen ,dans l’oeconomie du regne animal ;c’eít pe qui arrive dans le cas prélent. La 35^ Lettre CXXX VII. ^ les autres grands mots, il ne fignífie rien ;ou ,ce qu’il yade pis encore, il renferme une erreur. On vous aditque lachenille, aprésavoir redé un certain tems dans cet étar, fe change en papillon; &que les cojjl , ces vers blancs, tires du bois pourri aprés un certain tems ,íe transforment de la méme maniere en efcárbots :cette fagon de parler iend mal la vérité de la chufe. 11 feroit étrange en effet que la nature eüt creé un animal pour le transformer enfuite en un autre. La Providence alors ne feroit pas moins que la dépenfe de dstfx créations. On ne f^auroit expliquer comment cette opération furprenante pourroit fe faire ;non plus qu’á quelle intention elle fe feroit. L’infeéte a-t il re5u le pouvoir de changer quand il veut fa propre forme ,<5c de paífer ainíi de l’étac de reptile ácelui d’un animal atlé ?Comment peut-il íe faire ?Par quels moyens ?Par l’afíi dance de quels organes ?ou fi la chofe eíl imperdible, comme elle le doit partiere atout homme de bou, Lettre CXXXVII. fens ,oii cecee puiflance réfide-t-elle ? Qiielqu’aucre créature contribue t-el- le ál’exercer ?Non. L’air a-t-il la faculté de ríen faite de femblable ? Cecee Aippofition feroit abfurde &C ridicule. Souveat la véricé ne fe préfente pas d’abord ;mais elle n’eft pas inacceífible ál’examen. Les yeux lie font pas capables de comprendre en un momenc ce qui eft l’ouvrage de plufieurs jours ,ni de voir d’un feul regard ce qui ne s’opére que lentement ;mais avec de l’aífíduité &de la patience ,on parvient adécouvrir une chofe 5&l’art nous préte des fecours pour en expliquer une aucre. II n’y apoint de changement, point de mécamorphofe de l’animal dans aucune partie de cette opération furprenante. Ce n’efc qu’un développemenc lene &fucceífif de parties ,qui font d’une lineífe &d’une délicateífe infinie. La chenille n’ell point transformée en papillon ,le eoffus en efearbot ,ni ce ver dans I’abeille que vous en voyez naícre. Souvenc íes diflerens animaua; qui 35SLettre CXXXVIL doivent paroítre ,exilíen: d’abord fous d’aucres formes. Le papillon eft vivant dans la chenille, ¡’elcarbot dans le cojfus ,l’abeille dans le ver ; &cout ce qui doic s’opérer en eux, eít le développement de leurs parfies intérieures &le dépouillemenc des obftacles excérieurs, qui étoienc néceftaires pour la défenfe de ces animaux encore tendres, &qui devoienc étre ecartes ,loríqu’ils fonc devenus capables de fupporter le grand air &de faire leurs fonctions. Ya-t-il quelqu’un en état de fuívre ,méme al’égard d’animaux plus grands, les premiers rudimens du Poulet ,depuis le petit point faillant qui eft dans Poeufi’ L’imagi'nation a eu plus de pare que la vue ,dans les découvertes qu’ona prétendu yavoir faites. Le fecours de bons miferofeopes peut auffi nous conduire jufqu’aux rudimens de ces animaux plus petics dans leur eeuf :&íi 1’imaginadon nous prétoit auíli fon aide, nous pourrions les fuivre,ou imaginer que nous les fuiyons dans touc 1© Lkttre CXXXVII. ?59 cercle de leur exiftence &daos leurs ccats difiéreos :la raifon fera encore plus. Voici commenc le touc fe pafl'e. II eft d’obfervation genérale Se univerfelle ,que tous les infedes du genre aílé ne font pas produits dans leur étac parfair en fortant de l’oeuf. C’eft un point commun atous les infedes qui n’ont point d’ailes, d’étre dans leur état de perfedion en fortune de l’ceiif. L’arraignée eft arraignée ,le poux eft un poux ;&quelque chofe que des Charlatans en luftoire naturelle ayent pu avancer fur les vers velus, la puce eft puce au fortir de l’oeuf. Au contraire le papillon au fortir de l’oeuf eft une chenille, un animal qui vit peu de tems &qui ales pattes charnues ;un efcarbot en naidant eft un cojjus , c’eft adire un ver áfix pattes longues &dures. La mouche eft un ver qui n’a point de pattes ,ou qui n’a que de petites pinules pour luí teñir lieu de jambes, L’oeuf contient les rudimens de chaqué partie de la mouche fucure ,qui eft parfaicement 3¿o Lettre CXXXVIL la méme fous cecee forme ,que dans la mere. La feule difterence confifte en ce que dans les autres, les parcies comparativement plus groílieres 8c plus dures ,font núes fous l’enveloppe qui les couvre ,8c que dans celles-ci ,les parties plus tendres & plus délicates ,les alies ,les yeux íaits en réfeaux Se les antennes, car rien de tout cela ne parole fous í’étac de reptile ,fe trouvent couvertes dans l’oeuf par une peau ,laquelle aune embouchure qui communique avec Feílomac de l’infeéle renfermé ,8c ades jambes ,qui ,quoique difierentes de celles de la forme renfermée , cependanc communiquenc avec elles au moyen des fibres de leurs muleles qui yfonc continuées ,8c fervent aTan imal ,pour fe poner vers la nourricure qui luí eíl néceílaire pour le foucien de ce qui eíl renfermé au dedans. Tel eíl l’écatou fe trouve la mouclie future ,éclofe d’un ceuf dépolé par la mere ;toutes les parties d’un animal, femblable ála mere, exiltent dans le jeune feetus. Trop délicates Lextre CXXXVII. 36i cates pour fupporcer le grand air , elíes font renfermées dans une efpéce d’écorce ,fous laquelle elles ne fonc ríen voir de leur propre forme. L’animal qui eíl au-dedans ,groííit ,Se l’enveloppe extérieure s’élargit en máme tems ;les pandes s’élargiíTenc &nes’endurciíTent point. Si on éven-' tre une chenille quand elle aacquis toute fa groffeur, un oeil curieux » aidé de bonsverres ,découvrira toutes les parties de la produétion future, dans laquelle l’ignorance & l’erreur fuppofent qu’elle fe transforme. Quand les parties fonc parvenúes ainíi áleur jufte grandeur Se áleurs proportions ,il ne leur reíle plus qu’á acquérir la dureté qui leur conviene. Cela ne peut pas fe faire ,tant que l’animal eít en rnouvement ;il fauc ou que les parties foienc brifées dans les diferentes convolutions de l’enveloppe écroite qui les renferme , ou que par leur fermeté &leur roideur, elles rendent ce mouvemene impotlible. L’écac de repos eíl done néceílaire aux parties pour acquérir leur dureté ,aprés avoir acquis toutes Tome ir. Q 3¿2 Lettre CXXXV II. leurs proporcions. Illeurfalloic ,pour acquérir ccs proporcions ,de la nourriture &desalimens ;mais il ne leur en falloit point pour les endurcir. Done il leur faut un état de tranquillité abfolue, oii elles n’ayent point du tone de nourricures. Or cet état leur eft donné fous la forme de nymplie ou chryfalide. Vous voyez ,dans cette coque feché ,un corps immobile átoute impulíion fpontanée ,un corps incapable de prendre des alimens ;on n’y appergoit pas méme les organes propres ácette fonébion. Telle eíl la fituation fous laquelle les alies, les yeux &toutes les nutres parties, ayant atteint leur tnaturité, peuvent, dans un certain tems, acquérir la dureté nécelíáire ,pour réfiíber aux impulfions de l’air ,& fous laquelle ce procédé eíl caché átous les yeux. Tout informe que parole l’animal dans cet état íluide , que vous avez vu dans la coque que j’ai ouverte devant vous, il vit ,ii refpire par les organes que je vous ai fait encrevoir ;&ámefure que fes parties aequiérentplus de folidité, U Lettre CXXXVII. 365 repoic des forces &une vie plus affurée jil commence afe mouvoir 8c aremuer dans la prlfon au bouc d’ua certain tems ;enfin il déchire fa coque &fe met en liberté. La nature ,prévoyante en ceci comme en tout ce qui concerne l’ceconomie anímale ,ne s’eít pas contentée de luí donner le principe de vie ,&de pourvoir aTaccroilTement de fon corps &de fes forces, elle a encore formé la coque ,propre á réliíler áfes impul íions fimplement, tañe que l’anirnal n’eft pas en état de fupporter l’air ;fitót que fes elforts font aífez violens pour amener ce moment ,la coque ,formée de ce qui étoit précédemment la peau du ver ,n’étant plus en état de leur réfiiler, fe brife &laiíle fortir libremeiu le prifonnier qui n’a plus de beldin de refter renfertné. Acet endroic de fa harangue, mon ami pric une des coques entieres ;&la tournanc de tous les fens, me fie obferver une efpéce de couvercle, comme qui diroit, de quelque ouvercure difiéreme ,<5t cepen- 3¿4 Lettre CXXXVII. dañe continué avec le reíle ;&aptés m’en avoir tracé le tour &la figure , il continua ainíi. La nature anonfeulement pourvu au déchiremenc de la coque dans fa faiíbn marquée ; elle aencore voulu que la chofe fe fítd’une maniere convenable. La coque aune partie bien moins forte que le reíle; c’eít précifément contre cette partie que l’animal exerce fes plus grands effbrts. II lui falloic de la forcé &de la dureté pour défendre l’enveloppe contre la dent des infectes, qui étoient trop grands &trop vigoureux ,pour que l’animal renfermé püt les vaincre. La nature afourni la défenfe ,&elle aobvié aux mauvaifes fuites. C’eíl par fa refpiration que l’animal aregu la faculté de rompre fa prifon. Je vous ai filie voir les organes de cette refpiration. Ges deux comes qui avancent fur l’enveloppe ,communiquene avec la ca vité de leur poitrine; elle prennent autant d’air ala fois que l’animal eíl capable d’en attirer ou d’en recevoir. Des qu’il en infpire une plus grande quantité, il fauc que Lettre CXXXVIL 3<5y fa poitrine fegonfle. Ce gonflemenc, au dedans des bornes d’une enveloppe étroite ,fe trouve rrop confidérable ,pour que la coque puiifé le fupporter. Tel eít le moyen que la nature lui adonné pour la déchirer. Cecee peau qui couvre une ou* verture ,fe trouve préciféinenc audeífus du derriere de la poitrine , qui doic fe gonfler Se s’étendre. Sa jon&ion ,avec le reíle de la coque , eft la partie la plus foible de toute ccttc machine ;Se comtne c’eíl la que fe fait le plus grand elibrt ,l’animal n’eft pas plutót en état de paroítre au grand air, que fa forcé devient fupérieure aux obñacles. Cecee couverture fe décache, s’écarte Se laiífe une ouverture, par ou forc l’infe&e nouveau né :il fe repofe fur les relies de fa coque ,jufqu’á ce que le foleil &l’air ayenc épanoui &feché fes aíles ;alors il la quitce pour toujours, s’envole, &va chercher un autre infe&e de fon efpéce , pour jeccer les fondemens d’une nouvelle pollérité. Telle eíl, concluc ce démonflra- Qüj 372LETTRE CX XXV III. dant un ne lui voyoit ni alies ,ni jambes, ni tete. Ce n’étoic qu’tine maJl'e informe ,done le corps &la poitrine reifembloit en gros ál’animal de l’oeuf duquel ¡1 avoit été produit; mais rien de plus. Tout en m’expliquant ceci ,il treíTkillit camine de furprife, &me dit qu’il avoit vu remuer une des nymphes de la méme boete. 11 la fépara d’avec les autres, &la mit fur une feuille de papier, &nous mettant acetre tablc en fituation de pouvoir bien voir, nous en examinantes les mouvemens. Il me fie bientót remarquer le méme mouvemenc qu’il avoit appergu. C’écoitun gonflemenc &un lbulevement de cecte partie de la coque ,ou étoic le couvercle, qu’il m’avoit faic remarquer longtenis auparavant. Tout ce qu’il m’en avoit dit , íe vérifia de point en point. Bientót le couvercle fe dilata par un cóté ,ce enfuñe partout ;il fe fendic ,8cle bout du tronc ou de la poitrine de la mouche parut ál’ouvercure. Les diftenfions de cette partie ,quí Lettre CXXXVIII. 373 avoient {¿tic fauter le couvercle ,continuerenc ;la coque fe fendic par le milieu du dos , &nous vimes paroitre de plus en plus la partie inférieure du corps de l’animal. II rns paroiíToit forc écrange pendant tout ce ceras de ne voiraucune apparence de tete ;l’extrémité fupéricure de la poicrine fembloic tronquee, córame ii réellement on en eüc retranché la tete. Eientóc nous découvrímes une jambe lur le devane ,que l’animal tira de la coque. Une minute aprés il en fortit une autre du cóté óppofé ; ces deux patees fervirent alors a l’animal pour l’aider afe débarraller de fa prifon. Bienrot aprés nous en vímes fortir une autre paire. Celles dederriere fembloientaider ápouífer la portion pofeérieure du corps hors de la coque ;car elíes ne fe dégagerenc que quand tout le corps fue lo. ti. Elles fortirenc enfin l’une aprés l’autre 5&alors tout le corps fe trouva en liberté. La poficion d’un enfant dans la matrice de fa mere, a.toujours été regardée córame une dwfe.furps.ee 374 Lett re CXXXVIII. nance. Mais l’arrangemenc de fes parcies n’eít pas á.beaucoup prés íí merveilleux que celui des parcies de cec infede dans fa coque pour y trouver leur place. L’animal marcha lencemenc &foibiemenc ;mais il marchoic, &roujourson ne voyoic ni téce ni aíles. J’écois cencé de croire que c’écoic un monftre dans fon efpéce :moii ami rioic de mon peu d’expérience. Le foleil luifoic fur l’animal ,&áchaqué mument on le voyoit plus vif &plus animé. Enfin comme les diíleníions &les concradions de la poitrine, caufées par la méme refpiracion violente qui avoic rompa la coque ,continuoienc toujours, nous vímc-s enfin paroícre fur le ñaue une paire d’antennes cources ,&le fommec d’un fronc velu d’ou tiles fortoienc. Bicncóc aprés nous appercumes deux grands yeux faics en refeaux ,&enfin coute la céce. J’étois difpofé á croire que la céce naiflbic de la poitrine aprés que l’animal écoic forri de la coque :mon ami acheva de m’inílruíre.í Lartéce avoit été ren- Lbttrb CXXXVIII. 37? fermée dans l’ihtérieur de la poitrine ,tout le tems que l’animal étoic redé dans la coque 3&elle en étoic fortie maintenant par un eflfet de ces gonflemens cauí’és par la reípiracion, de riiétne que toute la poitrine elleméme étoic íortie ainli de la coque. 11 ne manquoit plus maintenant ál’animal que des alies pour le rendre une mouclie parfaite. 11 marchoic, il jouiííbic de l’aír &du ibieil ,fans aucune apparence qu’il dut jamais voler. Mon ami m’inlítuific áce lujet córame il avoic faic fur le rede ,en me mettanc aportée ele fiiire lesobfervacions moi-méme. Les ai lies ,me dit-il, font la partiela plus tendre &la plus délicate de toute la machine ;elles font les dernieres ale dóvelopper ;córame toutes les aurres parcies ,elles exident dans leur propre place. Confidérez, dit il ,en me les montrant avec un pointpin ,deux perúes protubérances prés du haut de la poitrine. Tenez vos yeux actachés deííus ;c’eit l'eur tour aencrer en jeu jvous yerre!?, 37<S Lett re CXXXVIIL que cet animal ne manque point d’aíles. Comme nous regardions ces parties ,je vis une belle peau qui coramenfoit ás’élancer du bord poítérieur d’une d’elles. Juíquesalors elle3 m’avoienr paru deux malíes informes, grofles comme la téte d’une pe~ tite épingle. ;ce que j’en voyois í’ortir me donna de nouvelles actentes. Elle s’accruc ;une autre pellicule femblables’élangaauíii de l’aucreélévation ,&peu-á- peu les alies acquirenc leur juíle grandeur. Si fa tete m’avoit femblé croítre du fommet de la poitrine, les alies me iembloient aplus forte raifon ,fonir des cócés de ces petices protubéranees ,en méme tenas que nous les regardions ;mais en effec ce n’étoit pas plus une produ&ion inílantanée ,que l’autre. Ces protubérances groílieres n’avoienc été formées que de ces aíles ,qui étoient repliées dans ce petic elpace d’une facón trés-fur- prenante ;&ce que je regardois comme leur croiíl'ance ,netoic que leur développemenc íucceílif. Lettre CXXXVIII. 377 L’animal n’eut pas plutótfenti que fes aíles avoient toute leur écendue &leurs proportions ,qu’ii commen^a áles agiter &ás’en fervir. Aprés quelques balancemens inútiles ,tels que ceux d’un coq qui i'ecoue fes aíles fans perdie teñe, l’animal -quieta l’cnveloppe ou il'avoit été (i long teins renfermé, &s’élcva dans l’air. Mon ami eít ,de toiis les Ilumines, celui qui ale caradére le plus doux :il étoir fáclié de tuer un animal qui nous avoit fi bien amule ,& de le priver de cetre vie done nous avions obfervé les pvogreííions avec tañe de foin &de plaiítr. Mais íl nous reftoit ácomparer cette mou~ che nouvellement produite ,avec celle qui avoit dépoíe l’ceuf;fa douceur ceda au violent deftr qu’il avoit de me convaincre ,qu’il ne m’avoic rien avancé que d’exadement vrai. La mouche s’attacha tout naturellement aux fenétres ,&tandis qu’elle s’efForgoit inutilernent d’y trouver uu paílage ,il la cua. II avoit confervé avec grand foin la mouche qu’il avoit atciappée fot- 378-Lettre CXXXVIII. tañe de l’oignon qu’elle avoit endommagé. 11 ouvric la boéce ou il l’avoit ferrée &les jettant toutes les deux fur la table, il me demanda fi je pourrois difeerner la vieille , d’avec la nouvelle. Sans l’éclat des coúleurs de la plus jeune, je n’aurois jamais pu la diítinguer d’avec la plus ancienne. Tous les animaux aílés forcent de la chryfalide dans route leur grolleur &leur écat de perfección. lis onc pallé leur enfance fous une autre forme, &des qu’ils paroiflént dans leur dernier écat , ils fonc déja capables de mulciplier leurefpéce. Aprés cela ils fonc expofés adifl'érens accidencs &per» d'ent beaucoup de leur beaucé :de forcé que pour les avoir tels ,il faut les prendre comrae nous avjons fait celui-ci ,précifément au fortir de la coque. J’ai obfervé dans la premiere de ces leteres ,que cette mouche reffembloic fi parfaicemenc aj l’humble abeille qu’on ne pouvoic pas en connoítre la différence ála vue. C’eft une des plus pecices efpéces de cec Lettre CXXXVIII. 379 infefte áqui elle reflemble. Mais fi j’avois vu daos ce tems-la la mouche parfaite, qui s’eíl développée en ma préfence ,j’aurois ajoucé de plus qu’elle l’emporte fur tomes les autres en beauté. Fin du Tome IF- APPROBATION. J’Ai lu par ordre de Monfeignenr le Chancelier ,un livre qui apour titre :Voyage- en Frunce ,en Italie & aux JJles deVArchipe!: &je n’y ai ríen trouvé qui puiííé en empécher l’impreílion. AParis ce io Décembre 17lagrange de chécieux. FRIVILEGE DU ROL LOUIS, PAR 1A GRACE DE DlEU .ROI ide France et de Navarre :Ános ames Sí ícaux Confeiilers, les Gens tenant nos Conrs de Parlement ,Maítres des Sequetes ordinaires de notre Hotel ,grand Confeil ,Prévót de Paris ,Baillifs ,Sénéchaux ,íeurs Lieutenans Civils ,&atures nos Jufliciers qu’il appartiendra ;Saiiii, Notre amé le íieur Nyon ,Librairc aParts , nous afait expoíer qu'il dcíireroit faire imprimer Sí donner au public des Ouvragcs qui ontpour titre :les VoyageursMoJcrms t iraduils de L'Anglais par M. Dcpuijieux. pr oy age de Vhalle (j dePArckipd en jo; me de Lettres ,traduic de/.'An¡;loistparte m?mcy s’il nous plaifoit lui accordcr nos Lettres de Privileges pour ce néccilaires. Aces Causes ,voulant favorablcment ttaiter l’Expofant, nous lui avons permis Se pemict- cons par ccs Préfentes ,de faite imprimcr lefdits Ouvrages autant de fois que bon lui femblera ,&c de les faire vendré &débiter par tout notre Royanme ,pendant le temps de lix anudes confécutives ,acompter du jour de la date des Préfentes; faifons dérenfes atous Imprimcurs ,Libraires &autres perfonnes de quelque qualité &condición qu’ellcs foyene, d'cn mtroduirc d'impreífion etrangére dans aucun lien de notre obéifíance ,commc auíli d’imprimer ou faire imprima- ,vcndrc,fairc vendré, débiter ni con» trefaire lefdits Ouvrages, ni d'en faire aucuns Extraits fous quelque prétexte que ce puilfe ctre ,fans la permidion expreífe St par écrit dudit Expofant ou de ceux qui auront droit de lui ,apeine de confifcation des cxemplaires contrefaits, de trois mille livres d'amcndc concrc chacun des contrevenans ,dont un tiers anous ,un tiers al’Hotel-Dieu de París, Si l’autre tiers audit Expofant ou ácelui qui aura droit de lui ,5c de tous dépens ,dommages &intéréts ;ála cliarge que ces Préfentes feront enregiftrées tout au long fur le Rcgiftre de la Communauté des Imprimcurs &Libraires de Paris „ dans trois mois de la date d’icclles ;que l’impredlon defdits Ouvrages fera faite dans notre Royaume ,&non ailieurs ,en bon papie: &beaux caraétércs ,conformémcnc áJa fcuille imprimée attachée pour modéle fous le contre-fccl des Préfentes; que l’Impétrant fe confórmela en tout aux réglemeos de la Librairic ,¬amment ácelui du so Avril 1715 ;qu’avanc de les expofer en