De la richesse commerciale ou principes dèconomie politique : appliques a la legislation du commerce
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DE LA RICHESSE COMMERCIALE.
V\ZO DE LA RICHESSE COMMERCIALE, OU PRINCIPES DÉCONOMIE POLITIQUE, APPLIQUÉS Ala Législation du Commerce. Par J. C. L. SlMONDE, Membre du Conseil de Commerce ,Arts et Agriculture du Léman ,de l’Académie Royale des Géorgofiles de Florence ,et de la Société d’Agriculture de Genève. TOMEPREMIER. “IT is thc maxim of every prudent master of aFamily . aever to attempt to raake at home wbat it will cost him more to make than to buy wbat is prudence in thc conduct oF every privale Family ,can scarce be folly in that oF agrcat Kingdom Adam Smitb Wcalth oF nations. Book IV. ch. nvol n. p. 182. AGENÈVE, Chez J. J. Pascnofd,Libraire. An XI. (*8o3. ) ïi'HO
PRÉFACE, La science du Gouvernement, tan* tôt présentée par des déclamateurs et des démagogues ,comme étant àla portée des esprits les plus bornés >et comme découlant rigoureusement d'un petit nombre de principes incontestables ;tantôt renfermée par des jurfs* consultes et des savans systématiques au dedans d’une enceinte de subtilités métaphysiques ,de calculs obscurs , de mots techniques peu entendus ,et de tout l’appareil de l’érudition; cette science ,dis -je ,est devenue également redoutable pour la plupart des hommes. Si quelqu’un cherche àla rendre populaire, on tremble qu’il ne a v I i
VUI PR Ê FACE. tous les intérêts de la vie ,avec les plus grands comme avec ceux qui renaissent chaque jour ;le genre vie connoissances quelle suppose, les bases sur lesquelles elle est fondée ,les qualités de l’esprit qu elle exige et qu elle développe ,tout est attrayant en elle > tout semble contraster avec la pédantesque pesanteur de la plupart de ceux qui l’ont professée. Personne je l’espère ,ne révoque plus en doute aujourd’hui, que les Gouvernemens ne doivent se considérer comme établis pour procurer le bien des Peuples qui leur sont soumis. La science du Gouvernement , c’est donc la science de rendre les hommes heureux ;et comme le bonheur se compose delémens divers > on peut la définir encore ,la connoissance des moyens de procurer aux Peuples la plus grande masse de
IX Préface. liberté ,de sûreté ,de tranquillité ,et de vertu ;de richesses ,de santé ,et de forces ,dont ils puissent jouir simultanément. Je vois dans la science du Gouvernement deux branches importantes ,dont chacune se subdivise en un grand nombre de moindres rameaux ; l’une apour but les principes de sa constitution ,l’autre, les règles de sa conduite :la première par l’établissement de la vraie liberté ,élève le caractère du citoyen àla grandeur ,à la noblesse et àla vertu ,tandis que par l’affermissement de l’ordre, elle pourvoit àsa sûreté et àson repos : la seconde ,par l’adoption d’une sage législation économique et financière, fait fleurir les arts, le commerce et l’agriculture ,élevant ainsi une nation par la richesse et la puissance au plus haut degré de prospérité. La première
xPréface. partie de la tâche de l’administration dépend de la constitution même du Souverain, et du contrat qui aprécédé la formation du Gouvernement : cette partie de la science n’est pas dun usage habituel ,elle doit être réservée aux hommes libres, et aux siècles libres ;elle enseigne quels sont les élémens des bonnes constitutions, les bases sur lesquelles on peut asseoir la vraie liberté, et les appuis par lesquels on peut assurer les droits des citoyens ;c’est elle qui constitue la politique proprement dite. La seconde partie de la tâche imposée aux Gouvernemens en les chargeant de faire le bien des Peuples ,et la seconde branche de la science qu’ils doivent professer, consiste àconduire les citoyens commis àleur charge vers la richesse, et l’Etat vers la puissance, en augmentant les revenus de la sa-
Préface. xi eiété :c’est là I’ecoxooiie politique , science d’un usage bien plus général, quoiqu elle ne soit pas d’un plus grand intérêt que la politique ebe-meme , parce qu'on peut également la mettre en pratique dans tous les tems et dans tous les lieux. Le Gouvernement qui adopte ses principes, en retire un égal avantage ,sur quelque base qu il soit lui-même fonde ;sa richesse et sa puissance sont toujours le résultat de la richesse et de la population de ses Etats, quelle lui apprend àaugmenter ; et soit qu'il se propose de rendre les citoyens heureux ,ou de devenir luimême formidable ,toujours il se conduira d’après les règles qui peuvent accroître son opulence, dès qu’il les aura reconnues pour certaines ,toujours il augmentera les jouissances des citoyens ,ou il soulagera les peines des sujets.
XII \ Préface. Laissons de côté pour àprésent la politique ,puisqu’elle n’entre point dans le plan de cet ouvrage ;il seroit peut-être imprudent de chercher de nouveaux adversaires, en combattant ici les préjugés de ceux qui la redoutent : tenons-nous en àl’économie politique : il ne devroit pas être difficile ,ce me semble ,de faire sentir aux hommes tout l'intérêt d'une science qui apour but d'augmenter les richesses, ou en dautres termes, de multiplier les jouissances ,de les mettre cà la portée d’un plus grand nombre d’hommes, et de les étendre plus loin :chacun en son particulier ,il est vrai ,n’en deviendra pas plus riche, pour avoir étudié 1éco- nomie politique ;mais tous le deviendraient ,tous jouiraient d’une plus grande aisance ,si le Gouvernement en adoptoit les principes ;tous aussi en l’étudiant ,lui verraient réfléchir la lu- I
Préface. xiii mière sur l’objet le plus habituel de leurs pensées et de leurs désirs. Il n'est aucun des intérêts journaliers de chaque citoyen, qui ne tienne par quelque côté àl’économie policique ;il ne se vend rien ,il ne s’achète rien ,il ne s’échange rien ,sans que les conditions du marché ne se ressentent plus ou moins de l’influence des loix portées sur cette partie :la rente des terres du cultivateur et du propriétaire, l'intérêt des fonds du capitaliste , les profits du commerce ,les salaires des journaliers, les dépenses de tous les membres de la société ,et les jouissances qu’ils obtiennent en retour ; tout se règle d'après des principes dont l’économie politique peut seule donner la clef. Le caractère des citoyens est intimement lié avec leurs intérêts pé' cuniaires, aussi les mœurs d’une nation, ses habitudes ,son tour d’esprit ,sa
XIV PRÉFACE. croyance ,tout est enchaîne a]économie politique. Comment chaque membre de la société ne chercheroit -il pas àconnoître la juste mesure de ses devoirs et de ses espérances ?Comment l'ami de l'humanité ne voudroitil pas étudier jusqu'à quel point peut se réaliser son vœu de multiplier les jouissances pour tous les hommes, de rapprocher les pauvres du bonheur? Comment une science qui est de toutes parts en contact avec nous ,ne réclameroit-elle pas notre attention ? Les études préparatoires pour cette science ne sont guère moins intéressantes que son objet ;ce nest pas sur des calculs arides qu elle .est fondée ,ce n’est pas non plus sur un enchaînement mathématique de théorèmes, déduits d'axiomes obscurs ,donnés pour des ventes incontestables , c’est en enseignant ainsi la science
XV Préface. quon aégaré ses disciples ,et rebuté ceux qui lui sont étrangers. Léconomie politique est fondée sur l’étude de l’homme et des hommes ;il faut connoître la nature humaine, l’état et le sort des sociétés en différens tems et en différens lieux ,il faut consulter les historiens et les voyageurs, il faut voir soi-même; nonseulement étudier les loix, mais savoir encore comment elles sont exécutées, non-seulement compulser les tableaux dexportation et d'importation ,mais connoître la face du pays, entrer dans le sein des familles, juger de l’aisance ou de la gêne chez la masse du peuple ,vérifier les grands traits par des observations de détail ,et rapprocher sans cesse la science de la pratique journalière. Une pareille étudç peut être longue, mais elle nest certainement ni sèche ni rebutante :c’est
XVI Préface. la philosophie de l'histoire et des* voyages ,c’est le flambeau de la criti que porté sur ce qui nous touche de plus près ,les causes du bonheur de nos semblables. Le genre de connoissances quelle demande, indique aussi la tournure d’esprit qu’elle requiert ;comme exer cice des facultés mentales ,comme formant au grand art d’observer ,cette science peut aller de pair avec les plus éminentes L’observation donne àl’esprit de la justesse ,et jamais cette qualité ,nécessaire partout ,n’a été plus éminemment requise que pour l’économie politique :celui qui l’étudie ,cheminant toujours entre les préjugés et les systèmes ,toujours eil cherche de la vérité, et toujours en danger de la dépasser ,tomberait d’erreurs en erreurs ,dès qu’il se serait une fois contenté d’une seule idée louche
XV1F Préface. louche ou obscure ,dès qu’il n’aurait plus assis ses raisonnemens sur les bases de la logique et d’un jugement droit, dès qu’il abandonnerait cette saine critique qui distingue les faits avérés d’avec les rumeurs populaires, ou les exagérations de l’esprit de parti. Par la raison même que leconomia politique est en contact avec tous nos intérêts ,elle l'est aussi avec toutes nosconnoissances ,elle lest au moins avec toutes celles qui procurent à l’homme quelque jouissance ,et ajoutent ainsi àla masse de ses richesses : il yabien peu de choses qu’il soit permis d’ignorer complètement àcelui qui cultive cette science. Rien ne relève davantage l’homme àses propres yeux ,que la comparaison de 1etendue des connoissances humaines, avec la foiblesse et les étroites limites de l’entendement de ch»; b
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES. TOME PREMIER. L’ ONacru rendre service au lecteur ,en plaçant àla tète de cet ouvrage ,une Table analytique très détaillée ,qui en indique toutes les idées principales, ainsi que leur filiation. Cette Table ,àpeu de changemcns près, n’est autre chose que le canevas que l’auteur avoit tracé d’avance ,et qui lui aservi àla composition de son livre. Introduction. hTENDUE de la science de l'économie politique. Page I L’auteur se restreint àune seule de ses parties. t Les principes de cette science ne sent point encore fixés. ?
xxvi Table Adam Smith est plus universellement admiré qu’entendu. Page 4 Si la science afait peu de progrès c’est qu’elle est encore nouvelle. 5 Et que l’esprit de système amis obstacle àses développemens. 6 Systèmes opposés. des mercantiles qui ne connoissent d’autre richesse que l’argent. 8 des économistes qui ne connoissent de revenu que les fruits de la terre, ib. A'Adam Smith qui avu dans le travail productif l’origine de toute richesse. 9 A'Herrenschwand qui n’est point remonté aux élémens de la science. 10 Nécessité de remonter àces élémens. 1 1 Eclaircir et appliquer àla France la doctrine d’Adam Smith est le but de cet ouvrage. 1* Sa division en trois livres ;les capitaux ,les prix ,les monopoles. 14 Autre division; les principes, l’application au commerce.
analytique. xxvn livre PREMIER. DES CAPITAUX. CHAPITRE PREMIER. Origine de la richesse nationale. Le travail est la source commune de toute richesse. Page 18 Etat de la terre avant l’accumulation du travail ;Nouvelle Hollande. iO Le travail des Peuples sauvages quoique productif ne s’accumule pas. H L’introduction des échanges dans la société humaine est la cause première de l’accumulation des fruits du travail. 22 La division du travail qui en provient ,multiplie ses pouvoirs. 2$ Accumulation de travail dans chacune des -choses que nous évaluons. 16 Tous les travaux ne sont pas productifs ou susceptibles d’accumulation. 18 Le travail productif achevé peut toujours
XXVIII Table être échangé contre un travail àfaire , tandis que le travail improductif une fois achevé n’a plus de valeur. Page 29 Ceux qui ont accumulé les fruits du travail ,possèdent un superflu au delà des besoins de leur consommation. 32 Première distinction des riches et des pauvres. 36 Dépendance des pauvres àl’égard des riches, ib. Le riche échange son superflu accumulé contre un travail àfaire. 37 CHAPITRE IL Des capitaux fixes. Le capital fixe est un travail précédent accumulé de telle sorte qu’il aide les poufvoirs d’un travail postérieur. 39 Le travail de celui qui inventa l’agriculture créa la valeur de la terre entière. ib. La terre depuis cette découverte est une ouvrière productive. 40 La rente est le salaire de cette ouvrière payé àson maître. ib.
ANALYTIQUE.' XXIX Accumulation plus réelle du travail dans les défrichemens. Page 41 Travail accumulé dans la construction des édifices. 43 dans les usines ,outils , instrumens. 44 dans les chemins ,canaux, et moyens de transport. 45 dans les ouvriers productifs qu’il aélevés. ib; dans les ouvriers auxquels il acommuniqué une habileté rare.! 46 La rente du capital fixe répond àla quantité dont il augmente la valeur annuelle du travail humain. 47 Rapport variable entre la rente et le capital fixe qu’elle suppose. 48 Nature particulière de la rente qui représente la propriété qu’à la terre de faire un travail dès qu’elle est convenablement mise en action. 4;>
XXX Table CHAFITRE III. Des capitaux en circulation. Le capital circulant est un travail fait , donné en échange àun ouvrier contre un travail àfaire, avec un profit proportionné àla valeur du premier. Page 5*. L’argent n’est que le signe des choses consommables réellement données en échange. 53 L’ouvrier sans capital est dans une nécessité absolue de faire cet échange ,qui seroit désavantageux au capitaliste, si les deux valeurs étoient égales. 54 Le travail de l’ouvrier ,produisant un superflu ,il le partage avec le capitaliste. 55 Il devient impossible qu’aucun travail se fasse ,sans capital qui le mette en mouvement. 55 Ce capital, ce sont les alimens, les vêtemens, les outils ,et les matières premières , nécessaires àl’ouvrier, et que l’argent représente. ib. Il est inutile d’augmenter le besoin de travail chez une nation ,si l’on n’augmente préalablement ces mêmes choses consommables qui forment son capital. 59
ANALYTIQUE. XXXI Le capital fixe ne peut suppléer au défaut de richesse (nobiliaire ,et le numéraire n’y supplée qu’autant qu’on s’en défait. Pag 5 9 Le profit ,le salaire ,et la rente ,constituent le prix de l’ouvrage. 62 La concurrence entre les capitaux détermine la proportion du profit au prix total, celle entre les ouvriers détermine la proportion du salaire au même prix. ib. Bornes que cette double concurrence ne peut faire passer. 63 Le capitaliste ne trouvant de profit que dans la circulation de ses capitaux ,ne sauroit la ralentir ,encore que ses profits diminuent. 64 Origine du prêt àintérêt, par lequel les propriétaires de capitaux se déchargent du soin de les faire circuler ,sur d’autres qui leur donnent une part dans les profits de cette circulation. Cj Évaluation des avantages et inconvéniens de chaque branche de circulation. 69 Fixation du profit moyen du commerce , naturellement de niveau pour toutes ses branches. 71 Fixation de l’intérêt d’après le profit moyen du commerce. 71 Tout contrat qui se stipule entre les hommes
xxxii Table est le résultat d’une lutte entre les contractans. Page 71 Causes diverses qui influent sur le nombre et le désir de contracter des prêteurs. 74 Causes qui influent sur le nombre et le désir de contracter des emprunteurs. 75 La diminution de l’intérêt est en général un signe de prospérité nationale ,mais ce signe n’est pas infaillible. 77 Le capital en circulation ,soit qu’on le prête ou qu’on remployé soi-même, n’est point le numéraire. 79 CHAPITRE IV. Revenus ec dépenses de la société ,leur Balance. Combien il est important de connoître les revenus d’une nation pour les comparer àses dépenses. 81 Division du chapitre. 82 La dépense réunie des individus est égale à la somme de leur consommation. 83 Le revenu national est compris en entier dans le produit annuel du travail. 85 Le salaire nécessaire des ouvriers qui ont produit
XXXIII Analytique» produit ce travail peut être retranché tant de la consommation que de la reproduction. Page Sâ Quand du produit annuel on aretranché le salaire nécessaire ,il reste le revenu national. Rapport entre le salaire nécessaire et les semences que le laboureur confie àla terre. ib. Le salaire nécessaire doit toujours être évalué en objets de consommation. 88 Comment le revenu de la société se partage entre ses diverses classes. 90 Le salaire superflu ,le profit ,et la rente , passent àtrois classes qu’on peut appeler productives ,parce qu’elles créent le revenu national. 91 La classe improductive vit aux dépens des ouvriers, capitalistes, et propriétaires qui composent les trois premières classes. ib. Llle comprend ceux qui louent leurs services aux premières classes. 92 ceux qui leur vendent des jouissances. ib. ceux qui leur arrachent leurs biens par la force, la ruse, ou la pitié. 93 c
XL Table Ln valeur de tout ce qu’une nation reçoit des étrangers ,est égale aux yeux des eontractans àcelle de tout ce qu’elle leur donne en échange. Page 19° Les nations ne négociant point sur le capital fixe ,il ne reste que les trois autres espèces de capitaux àchanger entr’elles. 152 L’importation de marchandises étrangères est limitée par les besoins de la consommation. 195 L’exportation de marchandises àl'étranger est limitée par les bornes de la production 194 L’importation ne dépendant pas de l’exportation, il n’y apoint nécessairement d’égalité entr'elles ,il peut donc yavoir une balance àsolder par quelqu’autre valeur. 195 Cette balance ne peut être soldée en numéraire ,la quantité qu’un pays peut recevoir de ce dernier étant strictement limitée. ih. Il faut donc que la balance du commerce se solde par des créances ,ou avec le capital immatériel ,dont les échanges sont illimités. Exemples multipliés de créances d’une nation sur une autre. 19%. Le numéraire paye la dette particulière d’un rr,2rchacd national envers un étraH-
ANALYTIQUE. XLI ger, mais non point la dette nationale. P. 199 La balance entre deux nations prises isolément peut se solder en numéraire, mais une balance favorable avec une nation en nécessite une défavorable avec un autre. 200 Une nation ne peut s’acquiter définitivement envers toutes les autres qu’en marchandises. zcz Difficulté des calculs pour comparer le montant des importations avec celui des exportations. 204 i.re Source d’erreur, on ne tient point compte du commerce de contrebande. î.e le moment et le lieu où s’accomplit l’échange de propriété n’est pas toujours le passage de la frontière. 208 3. on ne peut fixer le prix des marchandises échangées d’une manière conforme àl’égalité de valeur que les marchands ont vue entr’elles. 209 4-t en les évaluant àla place du chargement et déchargement ,les retours sont toujours plus considérables que les envois. 210 Ces diverses erreurs ont fait presque toujours
xlii Table cadrer la balance commerciale avec le système du calculateur. Page 21 1 Dans tout échange égal, il yabalance favorable pour l’une et l’autre nation. 214 Une nation peut s’enrichir quoique la balance du commerce lui soit constamment défavorable. 21$ Les créances qu’un Peuple acquiert sur l’étranger sont l’effet et non la cause de sa richesse. 216 Une grande exportation de marchandises en temsde guerre n’est point un avantage pour une nation. 21? L’activité du commerce de l’Angleterre pendant la guerre 11’étoit qu’une activité de payemens. 1•219 CHAPITRE VIII. Rapidité comparée de la circulation de la Richesse mebiliaire. Sujet de ce chapitre ,la circulation des richesses dans l’intérieur d’un Etat. 2Z5 Plus l’échauge du mobilier contre le travail
ANALYTIQUE XLIII productif est répété souvent, plus avec un capital déterminé on produira de travail et de richesse. Page 228 La mesure commune de tous les capitaux étant le numéraire, on désigne avec exactitude le capital employé pour un travail par une somme numérique. 230 La circulation n’est accomplie que quand le troc est achevé ,et que quand la chose produite est parvenue au consommateur, et payée par une autre production. 23 1 Sens plus ou moins strict du mot de circulation. 232 L’avantage qui résulte d’un travail fructueux pour la nation est égal àla totalité du prix de la chose produite. 233 L’intérêt de la nation n’est pas àcet égard précisément le même que celui du marchand. 234 Un seul capital pourroit faire agir alternativement les deux travaux qui doivent se payer réciproquement. 236 Lenteur de la circulation si elle se faisoit sans remplacement. 237 Origine du commerce ,les marchands remplacent les capitaux des producteurs. 238
XLIV Table Le capital employé au commerce étranger remplace alternativement un capital national et un étranger. Page 242 Il favorise donc moitié moins l'industrie nationale que s’il étoit employé dans le commerce intérieur. 245 CHAPITRE IX. Direction naturelle des Capitaux. OMMENT une nation pauvre avec un capital donné qui s’accroît progressivement, parvient àfaire végéter tous les rameaux de l’industrie nationale. 245 Une nation avec un capital limité ne peut pas produire de tout. 24$ Les marchandises les plus volumineuses sont celles qui les premières offrent un profit considérable au producteur. 247 L’agriculture absorbe les premiers capitaux, ib. Puis les manufactures les plus grossières 249 Préjudice qui résulteroit du renversement de cet ordre naturel. ib.
XLV ANALYTIQUE. Dans l’ordre naturel les revenus étant aussi grands que possible ,et les dépenses aussi restreintes qu’il se puisse ,la nation est dans la meilleure des situations pour faire des économies. Page 251 Comment une nouvelle manufacture s’ouvre àune nation enrichie. Z5Z i.° L’accroissement des capitaux fait baisser le taux de l’intérêt et du profit mercantile. 2.0Il diminue le prix des matières premières dont ce profit fait aussi partie. 3.0Il excite l’émulation des capitalistes pour fa.re de nouvelles découvertes dans les arts. 4.0Il favorise une plus grande division des métiers. Le même accroissement fait fermer les fabriques dans le prix du produit desquelles le salaire entre pour une plus grande proportion que le profit. 25^ Le bas prix de la main-d’œuvre permet aux pays pauvres de vendre certains objets àmeilleur marché que les pays riches. 258 Une fois que son capital peut ysuffire, chaque nation fait son propre commerce d’exportation. 253 254 ib. 255 z6o
xlvi Table Les capitaux des nations les plus riches passent ensuite au commerce de transport. Pag.ifir 11 yaura toujours un emploi profitable pour tocs les capitaux de l’univers. z6z Amesure qu’une nation s’enrichit elle fait aux autres de plus forts crédits. 263 Exemples de ces prêts de nation ànation. 164 Difficulté qu'on éprouve àcalculer le capital d’une nation. -268 Dans quelle proportion paroît être celui de la France àl'égard de celui de l’Angleterre. 272. LIVRE SECOND. des Prix. CHAPITRE PRE31 IER. Quelle est l'origine du prix de chaque chose. Importance de la connoissance de l’origine du prix des choses. Division de ce livre, définition générale du prix. *73 *7-4
ANALYTIQUE.’ XT.vir l.° Prix du vendeur. Hfaut chercher dans les matières premières la valeur originale des choses manufacturées. Page 2.75 Le prix nécessaire ne comprend que la rente des capitaux fixes ,le profit des circulans ,et le salaire des artisans ,réglés d’après le cours du marché. 276 Dans ce prix les trois classes de revenu sont comprises ,sans qu’il yait de perte pour l’acheteur qui les paye. 2.77 Ces revenus sont pris sur le superflu que procure l’augmentation des pouvoirs productifs du travail. 278 Partie de ce superflu reste cependant au profit du consommateur. 279 Une matière ne s’obtient au prix nécessaire ,qu’autant que la terre qui l’a produite n’appartient àpersonne. 281 Au cas contraire ,la rétribution payée au propriétaire de terre élève le prix nécessaire, et le change en prix intrinsèque. z8z L’appropriation des terres aplus d’avantages que d’inconvéniens pour ceux mêmes qui n’en possèdent pas ,il n’en est pas de même de celle des eaux. 285
xtvm Table Prix intrinsèque des matières ouvrées ,composé de celui des matières premières, de nouveaux salaires et de nouveaux profits. P. 283 Prix intrinsèque des marchandises transportées par le commerce. 286 Prix intrinsèque des marchandises vendues en détail. 287 Compte de production d’une manufacture et distribution du prix intrinsèque de ses produits, pour payer les salaires, profits, et rentes ,àtous ceux qui contribuent à leur production jexemple d’une fabrique de soies. 288 2..° Prix de Vacheteur. Le prix relatif naît du besoin de l'acheteur comparé avec les facilités qu’il trouve pour se procurer la choie désirée. 289 Le consommateur seul sent un besoin ,non le marchand qui achète pour lui. Le prix relatif est donc le résultat de la lutte du producteur contre le consommateur. Le prix relatif comparé au tri* intrinsèque constitue Yétendue du hil. hé de chaque manufacture. C’est procurer l’avantage du commerce que d'étendre 293 295 296
XLI3Ê analytique» d’étendre le marché du producteur. Pag. 297 Si le prix intrinsèque est égal au relatif ,la marchandise est àson plus bas prix. 299 11 yaperte pour le producteur, si le prix relatif est plus bas, et perte pour le consommateur ,s’il est plus élevé. 301 Ces deux prix tendent naturel'ement à revenir àl'égalité. 303 Augmentation accidentelle du prix que cause un impôt. ib. Leprix accidentel est !e prix intrinsèque joint àl’accident causé par l’impôt. 304 CHAPITRE IL Du prix numérique et du prix réel des choses» JNI ÉCESSITÉ d’un dénominateur commun pour comparer les prix. 307 On croit que le bétail est le premier dénominateur dont on ait fait usage. 308 Le bétail peut fort bien remplacer le numéraire chez les Tartares, mais non chez les Peuples agricoles ,ni chez les Arabes. 309 L’invention du numéraire métallique est le fruit d’une grande force de conception. 310 d
lyi Table Tout capital détourné par un impôt de son ornière naturelle ,donne àla nation un profit comme un ,et une perte comme deux. Page 55 Avantages d’un impôt sur les consommations lorsqu’il e>t bien reparti. 5^ C’es: la t. xe la plus égalé ,la plus juste , et la plus poltique. 57 C’est la plus libre ,et celle qui occasionne le moins de vexations. 60 Le paiement en est volontaire et l’époque en est au choix du consommateur. 61 CHAPITRE VI Des impôts sur Us objets de première nécessité. Distinction entre les objets destinés à nos jouissances ,et ceux de première nécessité Page 63 Les ouvriers productifs payent-ils les impôts sur ces derniers ,ou les font -ils payer àceux qui les emploient ?64 Quand l’ouvrier ne retire que son salaire necessaire, laugmentation de l’expression
analytique. lvii numérique de ce salaire ne peut rester à sa charge. Page 67 Si dans ce cas le prix relatifdu travail de l’ouvrier et de ses produits ne monte pas ,il doit périr de misère. 68 Quand l’ouvrier perçoit un salaire superflu, il paye indifféremment avec ce superflu tant l’impct sur le luxe que celui sur le nécessaire. 69 Fortes raisons pour taxer cependant le luxe plutôt que le nécessaire. 71 Il est juste aussi bien que politique que le revenu des pauvres soit taxé. 73 Impôt que paye en France l’ouvrier productif àcause des douanes. 74 Cet impôt ne profite pas au trésor ,mais au monopoleur et au contrebandier. 79 L’ouvrier productif paye encore d’autres impôts. 80 Danger d’un impôt sur le sel, àmoins qu’on n’abolisse la douane. 81 Quel parti l’on pourroit tirer des taxes sur la consommation. 82
LVIII Table CHAPITRE VIL De tinfluence des autres impôts sur la richesse nationale. •L’OS amultiplié les taxes pour atteindre toutes les classes de la société ,lorsqu’on ne savoit pas que toutes supportoient celles sur la consommation. Page 85 Les besoins des finances ont fait suivre le même système, lors même qu’on nétoit plus dans la même erreur. 86 Vices de la législation des finances en France ,revue de ses divers impôts. Les patentes ,impôt levé sur le commerçant ,et indirectement sur le consommateur. 88 Le timbre gradué ,quoique payé par peu de négocians ,se répartit sur tout le commerce. 90 Portes et fenêtres des ateliers ,impôt payé par le consommateur. 91 Portes et fenêtres des habitations ,cet impôt seroit plus égal et beaucoup plus productif s’il étoit proportionné aux loyers. 9*
LIX analytique, La poste aux lettres et la garantie des monnoies. Pa°-e La loterie ,impôt immoral quoiqu’il excite peu de réclamations. L’enregistrement :un impôt qu;porte sur les capitaux ,occasionne une bien plus grande perte que celui qui porte sur les revenus. Inégalité de cet impôt et vexations qu’il occasionne. L’octroi ,produit beaucoup et n’excite que peu de réclamations. Les barrières ,vices de leur perception actuelle. Quel parti on devroit prendre àleur égard. 94 c )6 97 100 102 103 IO4 CHAPITRE Vin. « Des loix portées àdessein eTe'lever les prix. Os devoit craindre que le Gouvernement ne cherchât àabaisser les prfxs’est en général efforcé de faire lecontraire. 107 Les législateurs pour enrichir la nation ont cherché àaugmenter les profits du commerce. Io8 Mais le profit qu’ils lui procurent n’est point de la nature du vrai profit mercantile, ne
LX Table Une nation s’enrichit d’autant plus vite, que son revenu est en des mains plus disposées àl’économie. Page m Toutes les loix qui altèrent les prix ,donnent un monopole au marchand. 1 1 } Ces divers monopoles sont créés par la douane ,les apprentissages ,les jurandes , les compagnies de commerce ,les loix coloniales ,et les traités de commerce. 114 L’augmentation des forces des monopoleurs est plus grande que la diminution de leur nombre. 1 1 S Tout monopole doit nécessairement élever les prix. 116 Tout monopole cause -t-il deux pertes pour un profit ?117 Tout monopole est àla fois injuste et impolitique. .ïï8 CHAPITRE IX. Des loix portées àdessein d'abaisser les prix. X'ouTE loi qui abaisse les prix doit diminuer le revenu national. 1io> Etrange absurdité des loix du maximum. ibid-
ANALYTIQUE, LXÎ Pendant toute la durée du maximum il n’y eut point de revenu national. Page izz Dilapidation des capitaux françois à cette époque désastreuse. Assignats. 123 Des loix pour fixer le prix du pain 5 l’assize de Londres. 126 Des loix qui prohibent l’exportation du blé pour faire baisser son prix. 128 Des loix pour abaisser le prix des matières premières. 129 Des primes données en Angleterre pour l’importation. 130 Perte qu’a occasionné la prime sur l’importation du lin et du chanvre. 13 1 Prohibition d’exporter les matières premières. 133 Maux qu’a occasionné la prohibition d’exporter les laines d’Angieterre. 134 Maux qu’on occasionnerait en prohibant l’exportation des peaux de chèvre des Alpes françaises. *3 <5 Loix inhumaines pour rabaisser les salaires des ouvriers. 139 Conclusion du second livre. 14 1
LXII Table LIVRE TROISIÈME. DES MONOPOLE'. CHAPITRE PREMIER. De la législation du Commerce. Demande du commerce d’une ville d’Angleterre àun Ministre. 143 Le commerce abesoin de liberté ,mais les coinmerçans peuvent préférer le monopole. 144 Les commerçans ont été les premiers législateurs du commerce. 145 Pouvoir que s’arrogèrent les corps de métier. 147 Leurs statuts confirmés par les Souverains de plusieurs Etats. 148 Ces statuts contraires pour la plupart ,à l’intérêt du consommateur. 149 Le capitaliste, lorsque le commerce est libre ,en ne consultant que son intérêt , travaille pour celui de la nation. 150
ANALYTIQUE. LXIII Il exerce les arts qui lui importent le plus , et le fait de la manière la plus profitable pour elle. Page 151 Les loix ne peuvent proportionner les capitaux aux besoins de chaque commerce. Office du législateur àl’égard du commerce, empêcher l’établissement des monopoles. 154 CHAPITRE II. De Vinfluence des douanes sur les manufactures Françaises. Importance de l’examen de la législation des douanes. 156 La douane est instituée pour donner un monopole au fabricant national contre le consommateur. 158 Maux que cause la douane àl’industrie Françoise } i.° Elle fait payer cher au consommateur ce qu’il pourroit avoir bon marché ,et augmente ainsi les dépenses. 159 l.° Elle diminue les revenus ,en maintenant des manufactures perdantes qui n’en donnent aucun.
LXiv Table 3.0Elle écarte les capitaux étrangers qui alimenteroient l’industrie. Page t6i 4.0Elle diminue ses pouvoirs productifs en éteignant l’émulation. 16z Il n’y aurait point besoin que l'abolition des douaucs fut réciproque entre plusieurs pays pour être avantageuse. 164 Toute manufacture qui fait des exportations ,n’a point besoin du secours de la douane ,puisqu’elle peut soutenir la concurrence des autres nations sur un marché libre. 165 La douane détourne du commerce d’exportation les fabricans François qui pourraient s’y livrer ,en leur offrant de plus grands proGts àl’intérieur. 16J Analyse des statistiques Françoises ,pour distinguer les manufactures qui ne sont soutenues que par le monopole de la douane. *7° Ourthe ,département très manufacturier qui n’a aucun besoin de monopole. ibid» Scmbre et Meuse ,il exporte un cinquième environ des produits de ses manufactures, ryz Un droit sur les fers étrangers ne lui serait d’aucun avantage. 173 Lu douane préjudicie àsa coutellerie, à ses
LXV ANALYTIQUE. ses fabriques de laiton et àses tanneries-Pag. 175 Vosges^ le Departement des Vosges réclame un monopole pour maintenir deux misérables manufactures de coton ,tandis que sa principale industrie en bois , fers, et papiers, n’en aaucun besoin. 176 Tlle et Vilaine ses manufactures principalement en toile et fil ,ont été anéanties par la révolution }autrefois elles exportoient àl’étranger. j-g Var ,la douane préjudicie àses tanneries , savonneries ,fabriques de sel de Saturne. 180 Prohibition des velours de Gènes que demande le Préfet ,elle causeroit une nouvelle perte. Orne ,presque toutes ses manufactures , quoique déchues ,travaillent encore pour l’étranger. Une seule qui a 100 métiers en activité, ne peut se soutenir que par le monopole. Cher ,ce département n'a point de fabrique importante jvains efforts pour y établir celle de toiles peintes. Aude ,sa fabrique de draps fait des exportations annuelles. 182 r83 184 185 187 a
J-XXIÏ Table CHAPITRE IV. Des Apprentissages. NOUS ne considérons dans l’apprentissage que le monopole. Pag. 250 Tous les métiers ont cherché àrendre difficile l’entrée de leur corps. 251 Asservissement des apprentis allemands. 253 Apprentissage selon les statuts des corps de métier de Paris. 254 Comment le privilège exclusif de ceux qui ont fait leur apprentissage aété confirmé par les loix. 255 Ce privilège est oppressif pour tous les citoyens comme gênant l’exercice de leur industrie. 256 Il est oppressif pour tous les consommateurs ,parce qu’il renchérit les marchandises. 257 L’instruction pour la plupart des métiers se borne àtrès peu de chose. 259 L’apprentissage est le mode d’instruction qui émousse le plus l’esprit. 260 Il est de l’intérêt de l’artisan ,mais non pas
ANALYTIQUE. LXXIII de celui du commerçant de former promptement son apprenti. Page 260 En laissant les arts libres ,il se formera probablement des maîtres pour les enseigner. z6z Comment les pauvres parviendront àapprendre des métiers. 264 Pourquoi l’abolition des statuts d’apprentissage n’a produit jusqu’ici aucun effet. 265 Heureux effets que l’on pourrait attendre de l’établissement d’écoles d’instruction pratique par le Gouvernement. 266 La loi sur la conscription militaire arrête l’instruction des artisans }maux qu’entraîne avec elle la conscription. 269 CHAPITREV. Des maîtrises ,des corps de métier 5et de leurs statuts. Comment se sont formés les corps de métiers. 274 Leur coalition est plus redoutable que celle des propriétaires de terre ,ou des journaliers. 276
LXXIV Table Dangers que l’on court en permettant aux gens de meme métier de s’assembler. Pag. 27S Lorsque l'industrie est libre le nombre des ouvriers se proportionne aux besoins de la société. 279 Si le nombre des ouvriers est invariable , l’Etat souffre également, soit que le marché pour lequel il travaille s’étende ou se resserre. 28 r Injustice de cette limitation àl’égard des compagnons. 28$ Inutilité du chef-d’œuvre et des règlemeus sur la fabrication. 284 Les règlemens de la manufacture de draps en empéchoient le perfectionnement. 285 Les manufactures dégénèrent souvent d’après les désirs des consommateurs. 288 Pourquoi l’on ne destine point les étoffes àdurer autant qu’autrefois. 291 Les entraves qu’on met aux arts s’opposent plus àleur perfectionnement qu’à leur décadence. 292 Métiers qui intéressent la sûreté publique. 294 Métiers qui ont besoin du sceau de la confiance nationale. 295, L’abolition des maîtrises n’a pu arrêter la
ANALYTIQUE. LXXV chute des fabriques en France. Page 296 Mais on lui doit en partie ce qui leur reste d’activité.' 297 CHAPITRE VI: Des compagnies de commerce . Le Gouvernement n’a pu méconnoître que le privilège exclusif des Compagnies de commerce étoit un monopole. 299 Les Compagnies d’actionnaires se forment pour des entreprises de commerce audessus des forces d’un seul négociant. 300 Lne Compagnie n’agit point avec la même économie qu’un particulier. ib Il yaquelques entreprises dont les opérations sont si simples ,que les Compagnies n’ont pas besoin de privilège exclusif pour s’en charger avec succès. 302 Si le commerce qu’entreprend la Compagnie ,est au-dessus des forces d’un particulier, elle aun monopole de fait. 303 Une Compagnie sans privilège exclusif ne cause point de préjudice àl’Etat. 304
LXXVI Table Un privilège exclusif accordé àune Compagnie autorise les dilapidations de ses agens. Page 305 Dilapidations de la Compagnie Angloise des Indes Orientales. 3°^ Première Compagnie Françoise des Indes Orientales. 307 Ses privilèges ,ses capitaux ,et sa ruine. 308 Dans le tems qu’elle se ruinoit dans les Indes, les Malouins s’y enrichissoicnt. 310 Ils achètent d’elle la participation àson privilège. 311 Seconde Compagnie des Indes greffée sur celle d’Occident. 312 Agiotage de ses billets ,ruine qu’il occasionne. 313 Richesse ,pouvoirs, et ruine de cette seconde Compagnie. 314 La troisième Compagnie étouffée àsa naissance. 315 Grand nombre d’autres Compagnies également ruinées en France. 316 Seul cas où une Compagnie puisse être utile. 317 Le commerce des Indes n’a point besoin de Compagnies. 318
ANALYTIQUE. LXXVII Avantages de l’entrepôt des Isles de la Réunion, et de celui de Pondichéry. Page 319 Le commerce de l’Inde est dest.né à absorber le surplus du numéraire de l’Europe. 321 Si le commerce de llnde reste libre, il se fera probablement sur fond François, avec des capitaux Anglois ou Hollandois. 324 Le monopole des Compagnies attire les capitaux des nations pauvres ,et repousse ceux des nations riches. 325 Compagnies réglées ou de marchands non associés. 326 CHAPITRE VIL Des Colonies. Le commerce extérieur est celui que les partisans du système mercantile croient mériter le plus de faveur. 329 Expédiens qu’à fourni ce système pour le protéger. 331 Il est absurde de fonder des Colonies pour s’enrichir de leur commerce. 332 Les Colonies considérées tantôt comme faisant partie de l’Etat ,tantôt comme lui étant étrangères. 333
LXxvm Tablé Causes de la prospérité des* Colonies. Page 334 Les colons connoissent tous les perfectionnemens des arts. 335 L’abondance des bonnes terres sans propriétaires les ramène àl’agriculture. 336 Us ont les vertus et l’énergie des Peuples agricoles. 337 Motifs des Grecs ,des Romains et des modernes ,pour fonder des Colonies. 340 Comment on doit calculer la force dune nation comparativement aux autres. 341 Une nation s’affoiblit en fondant une Colonie. 343 Elle se fortifie ensuite par la prospérité de ses Colonies. 344 Jusqu’à quel point on peut compter sur l'affection des colons pour leur métropole. ib* L’émancipation des Colonies n’est point devenue nécessaire. 34^ L’abolition du régime exclusif consolidera leur obéissance. 34^ Premières Colonies de la F-ance dans les Antilles ,la population quoique d'origine françoise ,en étoit endurcie au travail. 349 Le travail étant devenu un signe d’esclavage,
Analytique. lxxix aucun blanc n’a pu travailler sans se dégrader. Page 350 En tout tems et en tous lieux l’esclavage adétruit la population des maîtres comme des esclaves. La population blanche dans les Antilles atoujours été en décroissant ,tandis qu’elle prospérait dans toutes les Colonies laborieuses. La première prospérité des Colonies Françoises est due àl’abandon de la métropole. Ruine que le monopole d’une Compagnie occasionna aux Colons en 1664. On lui substitue. le monopole national en 1674. Vigueur d’une Colonie qui la fait prospérer en dépit du monopole. Les Colonies Continentales sont plus indépendantes du monopole que celles des Isles. 361 Le monopole de ce commerce seroit aussi fâcheux aujourd’hui pour la France que pour ses Colonies. 362 Considérations particulières ànos Colonies pour renoncer au régime exclusif. 364 35i 35a 355 ib. 358 ib.
lxxx Table Rcglemens absurdes pour le commerce des Colonies. Page 365 On yadécouragé les manufactures et quelquefois la production des denrées de première nécessité. 367 Impôts qu’on pourrait lever sur les Colonies. 368 Commerce interlope avec les Colonies de l’Amérique Espagnole. 369 Absurdité de l’ancien système Espagnol. 370 La navigation et les capitaux de l’Espagne ne suffisent point pour ce commerce. 371 Profit qu’ont retiré les Colonies d’Espagne de leur liberté limitée. 373 Avantages que l’Espagne et ses Colonies retireraient d’une liberté absolue. 376 CHAPITRE VI IL Des traités de commerce. Importance qu’ont mis les Gouverncmcns àprocurer des pratiques àleurs marchands. 378 Les loix financières d’une nation peuvent en effet être préjudiciables aux autres. 379 Les
ANALYTIQUE LXX8.Î Les négociateurs de traités de commerce ont été animés de trois motifs divers. i.° Assurer un monopole àleur propre nation cheî l’étranger. Page 380 Enl’affranchissant de l’impôt d’entrée comme les Suisses en France. 381 Cette franchise préjudiciable au fisc, pouvoit l’ctre aussi aux Suisses. 382 En surchargeant les autres nations de droits plus forts ,traité de Methuen. 384 Effets de cette surchage pour les Anglois et les Portugais. ib. 2.0S’assurer la pratique des nations dont la balance est favorable. 38s Il n’y aaucun avantage àvendre àune nation qui paye en numéraire plutôt qu’en marchandises. 386 La balance favorable avec une nation est nécessairement compensée par une balance défavorable avec une autre. 387 L’or du Brésil n’est qu’une marchandise et non un bénéfice. 3S9 Le commerce des matières fines ne mérite aucune faveur particulière. 391 Ce n’est point dans ce but que la France doit négocier avec l’Espagne. ib. 3.0Affranchir le commerce. 394 f
2IjtrodüctioS. noître la nature et àdémêler les causes de la richesse des nations; cependant cette richesse étend son influence sur le commerce, l'agriculture ,la population ,le Gouvernement ,les moeurs ,et la lorce comparée des nations :chacune des parties de l'administration influe àson tour sur elle. Il appartient, il est vrai ,àl’honune d'Etat ,de saisir tout cet ensemble ;mais les écrivains qui voudront lui être utiles, et servir en même tems leur patrie ,devront se partager entre les diverses branches de la science; ce n'est que de cette manière qu ils pourront les approfondir ,et répandre un nouveau jour sur elles. C'est sur-tout d’après le sentiment de ma propre foiblesse que j’ai reconnu la nécessité de restreindre un sujet si vaste ,et de me borner àune seule d'entre ses parties, I,es rapports de l'économie politique avec la législation commerciale sont l'unique objet de cet ouvrage ;c'est-à-dire ,que je me propose dexaminer quelle influence le Législateur exerce sur la richesse nationale , lorsqu'il entreprend de diriger le commerce ,
iSTROD C CTid». 3 ou que même sans le vouloir il lui donne quelque impulsion. Mais ,quelque limité que soit le plan que jai dessein de suivre ,il faut le rattacher au système général de la science ,pour déduire de ses vrais principes les conséquences que je devrai en tirer :il est nécessaire pour cela que le lecteur remonte avec moi aux bases fondamentales de féconomie politique, et cherche àles reconnoître, ou plutôt hles fixer invariablement. On peut s’étonner de ce qu’on les regarde encore comme incertaines ;mais les progrès qu’on afait dans cette étude ne sont point proportionnés au nombre des écrivains qui s’y sont livrés depuis peu. On les voit élever système contre système ,se contredire ,se combattre , fermer les yeux àl’évidence ,mcconnoître l’autorité de l’expérience lorsqu'elle se refuse àjustifier leurs théories ,et toujours perdus dans un monde imaginaire ,demeurer étrangers àcelui auquel ils dictent sans cesse des lolx. Les Gouvernemens témoins de leurs controverses ,et les entendant invoquer de part et d'autre le raisonnement ,le calcul , A2 t
4ISTR D dCCTIO Tf» et la théorie ,regardent en pitié leurs contradictions ,les traitent presque de visionuaires ,et se refusent également àadopter et les erreurs et les vérités qu’ils publient. Un seul homme amesuré dans 1etendue de son esprit toutes les profondeurs de l'économie politique ,il s’est avancé àpas de géant dans la carrière ,tandis que tous ses rivaux se combattoient et se combattent encore autour du point de départ ;il aétonné par la force de ses conceptions ,il arecueilli des applaudissemens universels ,mais au moment même où l'on lui adécerné le prix de la course ,on aperdu de vue la route qu'il avoit parcourue ,et ses succès n’ont encouragépresque personne àsuivre ses traces : le nom d’Adam Smith n’est jamais prononcé sans un juste tribut d’éloges ,mais son autorité est méconnue ,et ses leçons restent sans fruit. Je sens bien que lorsque l'on met l’autorité d’un seul lrcnrime en opposition avec celle de tout l’univers ,on excite une juste défiance ,et que les gens sensés se refusent àcroire qu’une seule tête ait réuni .des
IjNT TRODÏJ CTXOIf.' 5 Gonnoissances qui auroient échappé htous les esprits ;aussi n’est-ce pas sous ce point de vue qu’on doit présenter Adam Smith , la science qu’il ale premier professé avec succès est nouvelle :il n’y aguère que cent trente àcent quarante ans que Colbert se figura qu’il appartenoit aux Gouvememens d’enrichir les peuples soumis àleur empire : jusqu’à lui on aVoit laissé les intérêts particuliers suivre leur pente naturelle ,et Ion s’en étoit remis àleur activité du soin d’élever des fortunes. Le système mercantile qu embrassa Colbert fut depuis adopté par d autres Gouvememens ,il fut soutenu et développé par des négocians intéressés à justifier les faveurs qu’on leur accordoit , mais il se passa long-tems encore avant que d’autres qu’eux portassent sur cette matière le flambeau de la critique (i). Les expé- (i) Adam Smith donna ses premières leçons sur l’économie politique en 1752 ou 1753 ,mais, il ne publia son ouvrage qu’au commencement de 1776. Le docteur Quesnay et Mr. Turgot fondèrent la secte des économistes vers 1760. A3
6I-V trodcerios. nences de la politique sont plus lentes que celles de la physique ou de la chimie ,il nest pas permis en tout tems et en tout lieu doccuper le public de leurs résultats , et si nous réfléchissons aux événemens qui ont troublé l’Europe ,depuis que les économistes en France ,et Adam Smith en Angleterre ,ont attaqué le système mercantile , nous cesserons de nous éfonner que leurs discussions et les lumières répandues par le dernier naient pas produit plus d’effet. Les progrès de l’économie politique ont ele arrêtes par un autre obstacle encore , cest 1esprit de système qui adominé sur cette science plus que sur toute autre :les théories ont régné sur elle avec une puissance d’autant plus absolue que sa difficulté et son obscurité laissoient moins de moyens de les combattre :on se rallie autour des mots lorsqu’on ne peut le faire autour des idées. Deux sectes diamétralement opposées , celle des Mercantiles ,et celle des Economistes se sont élevées l'une contre l’autre , chacune atriomphé àson tour ,et chacune afait pâtir la société de sa victoire :cepen- \
Introduction-- fiant les nations alternativement \ictimes de l’une et de l’autre ,n'ont point encore appris àse tenir en garde contre des exagérations toujours ennemies de la mérité. Les opinions d’Adam Smith gardent un milieu entre les deux extrêmes ,et celte circonstance suffirait seule pour leur faire trouver peu de partisans ailleurs que chez les vrais penseurs :de plus elles nont nen de ce qui assure des succès auprès du vulgaire ;elles ne peuvent non pins captiver ces demi -savans qui ne cherchent quà prendre un parti ,et qui veulent juger 1éco- nomie politique sans l’avoir étudiée ,parce que les idées fondamentales sur lesquelles elles reposent ,ne sont ni simples ni frappantes ,que l’on ne peut les bien saisir que par l’étude de tout le système ,ni se convaincre des principes que quand on en commît les conséquences. On peut regarder comme servant de base àtout système d’économie politique , la décision de cette question importante , en quoi consiste la richesse d'une nation ? C’est la règle d’après laquelle on doit juger A4
î» Introduction.' toutes les loix destinées àl’accroître ou àla conserver. 'La richesse dune nation ,répondent les Mercantiles ,c’est 1argent ,ou le numéraire accumulé chez elle ;comme avec lui tout s'achète ,plus une nation aura d’argent , plus elle sera riche :cette opinion qui est absolument erronée ,est dautre part parfaitement facile àsaisir :elle s’accorde avec les préjugés de tous les hommes ,aussi la prennent-ils volontiers pour point de ralliement. Il arrivera même peut-être que plus les argumens qu'il faudra employer ensuite pour la soutenir ,seront inintelligibles, moins ils seront contestés :celui qui les expose aime faire juger de sa capacité d'après la profondeur apparente des idées qu'il développe ,et son auditeur se donne bien de garde d'élever des doutes qui sembleraient indiquer les bornes de son intelligence :En énonçant le premier axiome, on l’a plus qu'à moitié persuadé, et La vanité fait tout le reste de l’ouvrage de la conviction. La richesse dune nation ,répondent les Economistes ,nest point le numéraire i
Introduction. 9 celui-ci ti’ en est qu’un signe ,souvent trèsdisproportionné avec la masse totale; mais cette vraie richesse ,c’est le produit annuel de la terre ;elle seule en effet est productive ;les arts et le commerce transforment et dénaturent les présens qu’elle fait à l'homme sans les augmenter; ils accumulent sur une petite quantité de matière manufacturée ,les moissons de plusieurs campagnes, consommées par ceux qui l'ont travaillée :cependant tous les produits de l’art ne peuvent qu’être égaux au produit de la terre qui anourri les artisans. Cette seconde théorie plus ingénieuse que la première sans être plus vraie ,aquelque chose de philosophique qui séduit sur son simple énoncé , et ce n'est pas sans une étude approfondie que l’on démêle àquelles erreurs elle peut conduire. La richesse dune nation, répond Adam Smith ,c’est l’accumulation du travail productif :or, comme les fruits d’un travail de ce genre peuvent toujours s’échanger contre un nouveau travail dune valeur égale , une nation est riche en raison du travail 0 \
Ie IXTRODÜCTIOiT. productif qu elle afait ,ou du travail qu’elle peut exiger en retour ,ce qui est la mémo chose. Cette réponse suppose qu’on a admis une distinction entre le travail productif dont les traces sont matérielles ,lequel ajoute àla valeur de la chose qui en est 1objet une autre valeur proportionnée à la peine qu elle acoûté ,et le travail improductif, lequel ne porte sur rien de matériel ,et ne laisse derrière lui aucune trace susceptible d’étre donnée ou reçue en échange. Fondée sur une distinction difficile àsaisir ,la réponse paroît moins frappante et moins simple que celle qui sert de base aux deux autres systèmes ,et le peu de clarté de ces premiers principes a rebuté bien des commençans. 11 yapeu d’années que le Dr .Iferrenschwand aannonçé une quatrième théorie différente de toutes celles de ses prédécesseurs :cependant comme il n’a point abordé la question fondamentale ,en quoi consiste la richesse dune nation ?nous pourrions presque nous dispenser de parler de lui : Son système qui n’est pas facile àsaisir est
Introduction. iï fondé sur la supposition que le numéraire est essentiellement possédé tout entier par le Gouvernement ,et qu’il est donné ensuite par lui en échange aux artisans et aux agri cultcurs ,contre les produits de leur travail- Pour fournir àce courant continuel d'espèces qui peut seul selon lui ani mer 1indus- trie d’un peuple, il propose d'autoriser le Gouvernement àémettre chaque année du papier de crédit pour une somme toujours plus forte, lequel aura les mêmes effets que le numéraire :si c'est d’après cette nouvelle doctrine que nous devons juger des progrès qu’a fait de nos jours la science de l’économie politique ,il faut convenir qu’ils ne sont pas flatteurs pour l’entendement humain. Les faux raisonnemens des nouveaux adoptes ,les erreurs des économistes ,la marche incertaine ,embarrassée ,et contradictoire de tous les Gouvememens de 1Europe ,mon': convaincu de la nécessité de poser encore une fois tous les principes fondamentaux de l’économie politique ,d’en faire voir clairement l'enchaînement, et de les appuyé sur de nouvelles preuves ,avant que de
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a LIVRE PREMIER. DES CAPITAUX. CHAPITRE PREMIER. Origine de la richesse nationale La source commune de toutes les richesses des hommes ,c’est le travail ;il acréé les unes ,il adonné de la valeur aux autres. L'accumulation du travail productif dune nation forme donc son capital ,et lui donne en même tems le droit, ou plutôt le moyen, de faire exécuter un nouveau travail égal en valeur au premier; en sorte qu’une nation est riche ,en raison de l'ouvrage qu’elle a fait ,ou de celui qu’eHe peut exiger ,ce qui est la môme chose. Ba
20 De la Richesse Cette définition de la richesse nationale qui sert de fondement fi totlt le système d’Adam Smith ,abesoin d’être éclaircie^ Nous perdons facilement de vue dans les biens dont nous faisons usage, l’industrie qui Jes acréés :il faut donc montrer qu il y aun travail susceptible d’accumulation , qu’un autre 11elest point ,et que te pieniier qui porte le nom de proiluctif,est réellement accumulé dans les objets auxquels nous reconnoissons quelque valeur. Que seroit la terre ?que seroierit ses habitons sans le travail accumulé de 1homme? INous pouvons observ er la première encore vierge ,dans 1nn des plus beaux climats de l’univers :Le continent austral qu on nomme nouvelle Hollande, est tel qu il est sorti des mains de la nature ;ses habitons n’en ont point changé l'aspect ;nuds ,clairsemés ,craintifs ,ils errent pourauiv is par la faim sur une terre inculte, quoique propre àse couvrir des fruits les plus exquis ,des plus riches moissons ;au lieu de les obtenir d’elle ,ils ne fondent l’espoir de leur subsistance que sur le produit de
COMMERCIAL K. 21 la chasse ;ils poursuivent et détruisent sans cesse le gibier qui fait leur seule ressource, et en empêchant sa reproduction, ils rendent inutile le seul présent que la fécondité de la terre puisse leur faire ,lorsqu’elle n’est assistée d'aucune culture :en vain elle se couvre de végétaux ,en vain les hommes sont ensevelis dans l’herbe des prairies ,le gibier sauvage n’v est jamais proportionné àla nourriture qui lui est offerte ,il décroît comme la population s’augmente ,il met par-là des bornes àla multiplication de l'espèce humaine ,comme celle-ci en met constamment àla sienne. Quelle est la richesse de ces peuples misérables lce n’est point leur terre qui pourrait avoir une valeur bien supérieure à celle de la nôtre ,mais leur travail :ils chassent ,et le produit de leur chasse les nourrit ,les habille ,leur fournit dans les tendons et les os du gibier leurs meilleurs outils et leurs meilleures armes ,enfin il les fait vivre et constitue leur revenu. Cependant comme chaque sauvage ne songe qu’à soi ,comme il fait tout pour soi ,et B3.
23 Di la Richesse rien pour les autres ,comme il se repose dès qu’il asatisfait àses premiers besoins, ces peuples consomment chaque année tout ce qu’ils produisent ou qu’ils atteignent ,ils. n'économisent pxjint ,et ne s’enrichissent jamais. Ce n’est que lorsque les hommes ont commencé àpourvoir àleurs besoins par des échanges ,et que chacun se vouant ht un genre particulier d’industrie afourni aux autres ce qu’il faisoit mieux qu’eux ,en retour de ce qu’eux faisoient mieux que lui, qu'ils ont porté leur ambition au delà du moment présent ,et produit par leurs travaux plus qu’ils ne vouloient actuellement consommer. Lorsque les membres d’une société encouragés par la facilité qu’ils trouvent hfaire ces échanges ,prennent la détermination de se répartir entre différentes professions ,ils produisent la révolution la plus importante de toutes celles que doit subir un peuple dans ses progrès vers la civilisation. C'est elle qui fixe la première époque de l'accumulation du travail, parce qu’elle donne pour la première fois àl’ouvrier le désir et le#
COMMERCIALE- 23 moyens de produire un superflu au delà de sa consommation. Le désir nen existoit pas pour lui aussi long-tems qu’il ne connoissoit pas les échanges ,parce quil ne voyoit rien au delà de ses besoins actuels, et que lors même qu'il auroit pu faire des provisions ,de gibier par exemple ,pour plusieurs semaines ,ces provisions lui seroient devenues inutiles ,si elles ne lui avoient servi àacheter le repos pendant qu il les consommeroit :mais dès l’instant que par une seule espèce de travail il apu pourvuir atous.- ses besoins ,il adû désirer d’accumuler àl’infini les produits de ce travail, comme il voyoit la possibilité de le faire ,soit pour se mettre àjamais àl’abri d'un dénuement absolu ,soit pour se donner des jouissances ,en satisfaisant les besoins artificiels qu'il abientôt appris àse créer. L’ouvrier acquiert avec le désir de travailler davantage, les moyens de le faire plus profitablement ;car,dès qu’il s’est voué non plus pour son propre service ,mais pour celui des autres, àune seule opération; les pouvoirs productifs de son industrie ont B4
54 De la Richesse été augmentés. Trois causes diverses paroissent yconcourir ;i°. chaque ouvrier acquiert une plus grande dextérité dans le travail auquel il se destine uniquement. 2°. Tl ne perd plus de teins en passant dun ouvrage àun autre. 3°. ha simplification de l'opéra! ion dont il se charge lui donne lieu dinventer des machines qui puissent la faciliter ,ou même qui le dispensent d’une partie de son travail. La division des métiers commence dans le second ou le troisième période de la société ;chez les peuples pasteuçs ,ou chez les peuples agriculteurs ;elle existe dès que le même homme n’est plus laboureur, artisan et berger ;mais elle se multiplie à rinhni àmesure que la société fait des progrès ;chaque métier se subdivise ,et chaque ouvrier fait d'autant plus d'ouvrage que son opération est plus simplifiée. Chez les peuples qui ne font que sortir de la •barbarie, le même ouvrier travaille souvent V tous les métaux ,et son habileté àmanier le marteau et hfaire usage du feu pour forger et couler ,est le huit d'une premier*
cOMMERcIALE" division du travail; le chasseur sauvage qui doit avant tout penser chaque jour àsa nourriture ,quelque besoin qu'il ait darmes et doutds, n’apprendra jamais de lui-meme àarracher les métaux àla terre, bien moins encore àles forger et hles mettre en œuvre. Comme les hommes se multiplient et s’enrichissent, le même artisan cesse de travailler tous les métaux ;bientôt parmi ceux qui forgent le fer, les maréchaux ,les serruriers ,les armuriers, les couteliers, se séparent pour former autant de professions indépendantes ,et l’on en vient enfin b. voir vingt-cinq ouvriers différens concourir pour fabriquer une épingle ,de telle sorte que celui qui tourne la tête ne la coupe jamais , ne fasse jamais la pointe ,et ne la pique point sur le papier :or àchaque fois qu un métier se subdivise ,chaque ouvrier acquiert un nouveau degré de dextérité dans la partie dont üreste exclusivement charge , chacun épargne sur le tems qu il auroit perdu en passant d’une occupation àune autre , et chacun perfectionne ses outüs ,ou même se trouvant réduit h1operation la plus sim-
De la Richesse pie ,découvre un mécanisme qui peut remplacer absolument son travail, et faire d’une machine inanimée un ouvrier productif. C'est ainsi que dans la manufacture d'épingles ,le travail aété tellement facilité par sa division, que tandis qu’un homme qui n’enl endroit rien àcet art ,pourroit sans être maladroit ,se trouver fort embarrassé pour faire une épingle par jour ,vingt épingliers en font facilement cent ou cent vingt mille. Il en est de même dans toutes les autres professions où le travail aété réparti entre un grand nombre d'ouvriers ,et le produit de l'industrie humaine déjà prodigieusement multiplié par la division des métiers ,est susceptible dêtre multiplié encore. Dès que iliomme par cette répartition de ses travaux apu produire plus que dans 1état sauvage, ou toute son industrie ne suffisoit qu’à peine àle faire exister ,il a pu économiser et accumuler une partie des fruits de ses sueurs, ou de son revenu; en jetant les yeux sur la terre que nous habitons ,et en la comparant àla terre sauvage, nous jugerons s’il l'a fait réellement.
COMMERCIALE. 27 Retranchons dans notre imagination du pain que nous mangeons ,tout le travail qu’il afallu pour le produire ,celui du boulanger ,du meunier, du cultivateur, celui des hommes qui ont inventé et perfectionné la science de l’agriculture ,de ceux qui ont découvert dans les déserts où le froment croissoit inconnu ,la propriété nutritive de son grain ,il ne restera plus qu une plante sauvage et de nulle valeur ,seul présent que la terre fasse ùl’espèce humaine (1). Chacun de ceux dont le travail aconcouru ànous procurer du pain, adonc laissé après lui une trace de son ouvrage dont nous profitons; chacun d’eux acréé une valeur, ou l’a accumulée sur sa production. Celui qui découvrit les propriétés du blé et inventa sa culture ,donna une valeur àla terre inculte , parce qu’il la rendit susceptible de se couvrir d’un produit utile ;celui qui défricha le champ même où le blé fut récolté, réalisa de même son travail ,et sa valeur se re- (1) Voyez N. F. Canard ,principes d'économie politique ,chap. 1.
54 Dkla Richesse tionnement de son travail ,puisqu’elle a occasionné la division des professions. En conséquence de cette division, cent hommes augmente ,ou n’augmente pas la valeur échangeable de la chose sur laquelle il travaille, ce qui s’applique au pelletier, au tapissier, àla lingère ,que cite Mr. Garnier :secondement ,les fruits du travail de quelques ouvriers productifs ,ont une existence si courte, si éphémère, qu’eux -mêmes se trouvent dans une situation équivoque entre les deux classes. La valeur qu’ils produisent devant être consommée en très-peu de tems n’est pas susceptible d’accumulation ;or cet intervalle de tems entre la production et la consommation, qui est nul dans les métiers improductifs , assez long et susceptible de se prolonger àvolonté dans les métiers vraiment productifs, et fort court dans les équivoques, est la seule origine àlaquelle on puisse rapporter la propriété mobiliaire. Le fruit du travail du musicien se dissipe àl’instant même; celui du travail du traiteur, du pâtissier, du cuisinier, se consomme au bout de peu d’heures; si les marchandises produites par le tisserand et le forgeron n’avoier.t pas plus de durée, il n’auroit pas valu la peine d’établir la distinction que nous maintenons ,car dès l’instant que le fruit du travail est consommé, qu'il est appliqué àla jouissance, peu importe que ce travail ait été productif ou non.
COMMERCIALE. 35 qui se sont partagé les métiers de laboureur ,de berger ,de meunier, de boulanger, de tisserand ,de charpentier ,de maçon , produisent en un an plus de nourriture , de vêtemens et de logement ,que les mêmes cent hommes n’en peuvent employer dans le même espace de tems :S’ils n’abandonnent pas le travail, après avoir pourvoi àtous leurs besoins ,il leur reste un superflu qu’ils ne peuvent destiner àleur usage ,ce qui les engage àen disposer en faveur des autres àde certaines conditions. Rien ne leur manque aujourd’hui ,mais ils peuvent avoir des besoins par la suite, et il peut leur convenir d’échanger le produit d'un travail fait contre un travail àfaire ;le blé par exemple de cette année, contre celui de l’année prochaine ;ou lors qu’une fois on aeu introduit dans le commerce pour le faciliter ,une marchandise bannale qu'on nomme numéraire ,il peut leur convenir d’échanger leur superflu contre cette marchandise bannale ,parcequ’elle pourra dans toute occasion équivaloir pour eux àune assignation sur tout homme industrieux ,soit
56 De la Richesse pour le mettre àl’ouvrage ,soit pour obtenir le fruit de son travail. Dans le premier période de la civilisation, lors qu’une nation n’est composée que de chasseurs ,on ne distingue chez elle ni riches ,ni pauvres ,et chacun de ses menu bres pourvoit par soi -même àses propres besoins :la division des professions ,en rendant possible l'accumulation des richesses, a introduit pour la première fois cette inégalité dans la société. Lors ruelle acommencé , celui-là aété riche ,qui après avoir pourvu àsa consommation par l'échange des fruits de son travail ,aeu encore du superflu ; et celui-là aété pauvre, qui n'a pas eu en avance et par devers lui, dequoi subsister pendant qu il travailloit ,jusqu’à ce que son ouvrage fut achevé et susceptible détre échangé. Comme tout homme est forcé de consommer avant de produire ,l'ouvrier pauvre se trouve dans la dépendance du riche, et ne peut ni vivre ni travailler ,s’il n’obtient de lui des denrées et des marchandises déjà existantes ,en retour de celles qu’il promet de produire par son travail. Ce
COMMERCIALE.' Zj marché ne peut être gratuit ,car l'avantage en seroit tout du coté de l’ouvrier ,tandisque le riche ne seroit point intéressé àle conclure :pour l’y faire consentir ,il afallu convenir que toutes les fois qu’il échangeroit du travail fait contre du travail àfaire, le dernier auroit une valeur supérieure au premier ,ou en d’autres termes, que le proprié, taire du superflu accumulé, retireroit un profit proportionné àses avances. Dès que les propriétaires du superflu accumulé que nous appellerons désormais capital, ont pu l’accroître en l’échangeant contre un travail àfaire ,ils ont multiplié autant qu’ils ont pu de pareils échanges ,et ils se sont bien gardés de suspendre la faculté productive de leurs capitaux ,en les laissant chômer. Or ils ont deux manières de les mettre àprofit :la première c’est de les fixer en créant ou perfectionnant une machine quelconque au moyen de laquelle ils facilitent ou multiplient le travail humain. Jamais le mot de machine n'avoit reçu une acception plus étendue que celle que je voudrais lui donner ici ,car je désirerais comprendre C3
58 De ia Riches5I sous ce nom ,depuis la charrue jusqu'à l’usine la plus vaste ,jusqu’au mécanisme le plus compliqué ,jusqu'à la terre cultivée, qui entre les mains de l’homme est une machine productive ,jusqu’à l’artisan luimême, qui lorsqu’il est formé par une instruction appropriée àson état ,au moyen d’une avance de capitaux ,peut être comparé àun métier rivant ,parce qu’il fait deux fuis plus d’ouvrage qu’un autre. La seconde manière dont les propriétaires de capitaux peuvent tirer avantage de leurs richesses, c’est de les faire circuler sous la forme de marchandises applicables àl’usage des hommes :ils les livrent au consommateur en retour d’un travail dont ils pourront de nouveau échanger le fruit ,et chacun de ces marchés produit une augmentation de leur richesse qui constitue leur revenu. C’est de ces deux manières de placer les capitaux que nous allons nous occuper. «. 1 a.r/s
COMMERCIALE. 5g CHAPITRE IL Des capitaux fixes. IN ous venons de dire que la première manière dont les riches peuvent employer avec profit leurs capitaux ,c’est en les fixant de telle sorte qu’ils aident les pouvoirs productifs du travail. Toute nation civilisée possède des capitaux fixés ainsi pour une valeur considérable ,et c’est une des causes auxquelles il faut attribuer la supériorité des produits de son industrie ,sur ceux dune nation sauvage. C’est àbonifier la terre qu’a été destiné le premier travail productif que l’homme ait fixé. Sa fécondité est une source d’autant plus abondante de richesses ,que 1homme sait mieux lui demander ce dont il abesoin. L’on peut avec Mr. Canard considérer la découverte de l'art d’obtenir des récoltes > C4
4° De la Richesse comme le résultat du travail de l'homme ; c’est le fruit des premières expériences du premier cultivateur; jamais travail dans cette hypothèse ne fut plus productif que le sien ,puisque son invention qui tint peutêtre autant au hasard qu’à l'étude ,créa la valeur de la terre entière. L’homme actif fait quelquefois de ces découvertes heureuses qui changent le sort de l’humanité ,et comme c'est par son travail qu il yest amené ,on peut les regarder comme en étant le fruit ;-mais ce fruit est comme on voit dune nature différente de celui qui se proportionnant au tems et aux moyens employés par l’ouvrier ,se retrouve réellement dans la valeur des objets produits. La terre depuis le moment de cette première découverte, peut être considérée comme une ouvrière productive, l'homme la met à 1œuvre ,elle agit ,et la valeur de son travail est accumulée dans la valeur de ses productions. Le droit d’appeler àl’ouvrage une ouvrière si utile, est la même chose que la propriété du sol :La valeur de son travail ,première origine de la rente des im-
commerciale. 41 meubles ,appartient àcelui qui se trouve saisi de la surface d'un terrain ,et dont le droit est reconnu par ses concitoyens. Lorsque la population s'est augmentée ,tout le territoire des nations civilisées s’est trouvé approprié ,avant que chaque individu en ait eu obtenu une portion :ceux qui sont intervenus au premier partage ont eu un avantage sur les autres ,et lors -même qu’ils n’ont pas cultivé la terre qui leur étoit échue en lot ,cette terre aété appréciée en raison de sa propriété virtuelle de faire un travail productif, dès qu’elle seroit mise en action : C’est ainsi que chez les nations civilisées , la terre vague ou inculte n’est pas sans # valeur. Il yaloin cependant du prix de cette terre inculte àcelui du sol défriché ;c’est dans ce dernier que commence l’accumulation réelle du travail productif de l'homme. Il faut pour rendre fertile un terrain sauvage ,pour le miner ,l’enclore ,et yfaire des plantations ,un travail d'autant plus considérable que l’agriculture est plus perfectionnée :c’est par le propriétaire ,ou
42 De uRichesse pour son compte qu’il est fait ,et sa valeur entière est ajoutée àcelle de l'immeuble. Comme son efficacité ne se borne pas à une seule année ,mais que pendant longtems ,et presque hperpétuité ,les récoltes qui viennent ensuite en sont augmentées , le droit de faire travailler la terre améliorée devient plus précieux que celui de faire travailler la terre vierge; il est plus profitable pour celui qui l’exerce ,et si le propriétaire vient àle céder ,c’est àun plus haut prix. La rétribution moyennant laquelle le propriétaire du sol abandonne ce droit à son fermier ,est ce que l’on appelle la rente des terres ,ou le profit net de la culture : c’est donc en partie une compensation pour le droit de propriété sur la terre inculte ,et en partie une production du travail accumulé sur elle pour la cultiver. Celui que l’agriculteur fait ensuite pour mettre immédiatement la terre en action > ne s'accumule que sur la récolte d’une ou d’un petit nombre d’années ;et s’il se fixe sur le sol ,ce n’est que momentanément , jusqu’à ce quil en soit tout ressorti avec
COM MÏRCIAL*- ses productions. Il appartient donc àla classe des capitaux circulans. Après le travail fixé dans le défrichement de la terre ,l’un des plus considérables et des plus apparens d’entre les capitaux nationaux ,est fixé dans la construction des habitations :Ce n’est pas que les maisons ne puissent àbien des égards être considérées comme un objet de consommation plutôt qu’un capital fixe :le logement est un des besoins de l’homme ,c’est pour lui une dépense aussi bien que la nourriture ,plutôt qu’un moyen de produire ;mais comme l’agriculture ,les arts ,et le commerce ,ne pourroient subsister sans les édifices destinés àmettre àcouvert les agriculteurs ,les artisans ,les commerçans ,leurs instrumens, et leurs produits ;la valeur de leur logement ,la rente du travail employé àle construire ,sajoute naturellement hla valeur du produit de leur industrie ,en sorte que cette partie des édifices qui est destinée à l'habitation et aux ateliers des ouvriers productifs ,forme une portion du capital fixe national ,et contribue àaugmenter la
5oDe la Richesse possèdent du travail accumulé, nepourroient jamais obtenir de récoltes ,si les maître» en vertu de ton privilège ,sans que la chose vendue en vaille réellement davantage. Ainsi cent minots de sel, dans un pays de grande gabelle ,se vendoient beaucoup plus que dans un pays franc, et le surplus du premier prixétoit ose valeur de convention, analogue àcelle qu’on ajoute aux fruits de la terre ,pour trouver dessus de quoi payer la rente. Dans le fait le sel n’avoit pas cependant une valeur intrinsèque plus considérable dans un pays de gabelle que dans un pays franc «gaiement éloigné des salines. Mais il yaune différence importante entre les deux monopoles que nous comparons ,c’est que celui qui est accordé aux propriétaires de terres ,ne leur est pas utile àeux seulement, il est utile et même nécessaire àla communauté, les terres ne pouvant être bien cultivées que lorsqu’elles sont changées en propriétés ,tandis que le privilège desgabe les ne profitoit qu’au monopoleur. 11 est important de relever en toute occasion les principes des économistes ,on les atrouvé faux àl’épreuve , et cependant bien des gens les croient encore incontestables en théorie, ce qui jette de la défaveur sut toute la science. On les confond aussi avec ceux d’Adam Smith, et IMr. Garnier en les représentant de nouveau ,{notexxtx de sa traduction, et ailleurs) attaque par la base ,peut-être même sans ysonger ,le système de l'auteur qu’il traduit.
COMMERCIALE. 5r du sol ne leur louoient pas le travail de la terre ,pour concourir avec le leur. De cette espèce de monopole il résulte que le loyer du travail de la terre n’est pas tant proportionné àsa force productive ,comme dla recherche qu’on en fait, et que la rente d’une campagne fertile est nulle dans un désert ,tandis que celle d’une campagne stérile est considérable auprès d’une ville populeuse et riche. Le monopole est donc la base de la partie de la rente que l’on payeroit pour la terre inculte ,tandis que l’autre partie qui représente le travail que le propriétaire aaccumulé sur son sol ,suit la même marche, et est soumise aux mêmes règles ,que la rente des autres capitaux fixes. D2 \
52 De là Ricnîssï CHAPITRE III. Des capitaux en circulation. ÎSjous avons vu plus haut quil yad«?ux manières de tirer parti d'un capital accumulé :l'une en le fixant ,que nous avons examinée dans le chapitre précédent ,lautre en le faisant circuler ,et nous l'examinerons dans celui-ci. Le propriétaire d'un capital peut donner en échange àun ouvrier les fruits dun travail achevé ,consistans en effets applicables à1usage et àla consommation des hommes ,contre un travail hfaire ,avec un profit proportionné àl'étendue de ses avances ;c’est le contrat que l'on exprime beaucoup plus simplement ,en disant que le capitaliste fournit le nécessaire àun ouvrier productif qui travaille pour lui ,ou plus simplement encore, en disant qu'il lui paye
COMMERCIALE. DD son salaire ;mais il est fort important de remarquer que toutes les fois qu’on met à l’ouvrage un ouvrier productif, et qu’on lui paye un salaire ,on échange le présent contre l’avenir ,les choses qu’on a contre celles qu’on aura ,l’aliment et le vêtement qu’on fournit àl’ouvrier ,contre le produit prochain de son travail. L’argent n’entre dans ce marché que comme signe ;il repré sente toujours une richesse mobiliaire, applicable àl’usage et àla consommation de l'homme ,c’est cette dernière qui est le vrai capital circulant. Le numéraire est comme une assignation, que le capitaliste donne h l’ouvrier, sur le boulanger, le boucher et le tailleur ,pour qu’ils lui livrent les denrées consommables qui appartenoient déjà en quelque sorte au capitaliste, puisqu’il en possédoit le signe :l’ouvrier porte cette assignation àune boutique ,où il l’échange contre ce dont il abesoin pour vivre ;celui qui lui apayé son salaire ,s’est tout simplement dispensé ,en lui donnant de l’argent ,du soin défaire lui -même ses provisions, mais l’effet est précisément le meme, c’est toujours D3
lui qui lui fournit sa nourriture ,et ce dont il abesoin ,en échange d’un travail àfaire qu’il attend de lui. Or l’ouvrier qui n’a point de travail accumulé ,point de capital àlui ,rien enfin pour se nourrir ou se vêtir ,non-seulement trouve un avantage àéchanger ce qu il peut faire et qu’il n’a point encore ,contre ce dont il a besoin, et qu'un autre possède actuellement; bien plus ,c'est pour lui le seul moyen d'exister. Du côté du capitaliste ,au contraire ,non-seulement il n'y a point d'avantage àéchanger un sac de blé ,par exemple, celte année ,contre un sac de blé hrecevoir l’année prochaine ;il yamême des inconvéniens ,puisqu'on le faisant il se sépare de sa propriété ,il s'en ôte la libre disposition ,et court peut-être même quelques risques. Pour qu'il se conclue un accord entre ces deux classes d'hommes ,il faut que celle qui en retire tous les avantages ,les partage avec celle qui n’y trouve que des inconvéniens. Les ouvriers peuvent le faire aisément ,nous avons vu que plus la société acquéroit de population et de richesses ,plus
55 COMMERCIALE. au moyen de la division des mé tiers ,le tra vail de chaque ouvrier produisoit de superflu au-delà de sa propre consommation; celui-ci doit donc céder une partie de ce superflu à celui qui le met àl'ouvrage et le nourrit :il arrivera même quelquefois qu'il le lui cédera tout entier ,trop content de se procurer le nécessaire àce prix. Les deux classes de la société trouvant dès lors un avantage mutuel àcontracter ensemble ,se recherchent de part et d’autre ;les capitalistes s’empressent de donner ce qu’ils ont aujourd'hui contre ce qu’ils auront bientôt, et les ouvriers de prendre ce dont ils ont besoin actuellement contre ce qu’ils produiront par la suite. C’est au profit que retire le capitaliste, qu’il faut attribuer la conservation de la richesse nationale ;car s'il n'en trouvoit aucun àfaire travailler des gens industrieux ,il ne chercheroit àfaire d’autres échanges ,que ceux qui conviendroient àsa consommation ;il employeroit successivement àson usage tout ce qu’il posséderoit ,sans rien produire ,jusqu’à ce qu'il eût tout consommé. D4
56 De la Richesse Le profit du capitaliste doit toujours être proportionné au capital qu’il emploie; car de même qu’il n’auroit aucun avantage à faire travailler des ouvriers ,si les marchandises que produiront ceux-ci ne valaient pas plus que celles qu’il leur donne hconsommer ,il n’en auroit aucun hmettre en œuvre un capital considérable plutôt qu’un petit, si le profit ne se propirtionnoit pas hla somme qu’il destine àson entreprise. Plus la population et la richesse font de progrès ,plus il devient impossible qu’il se fasse aucun travail ,sans qu’un capital le mette en mouvement. Avec l'avancement de la civilisation, les besoins de chaque homme se multiplient ;or ,il faut un capital pour avancer àl'ouvrier de quoi les satisfaire , jusqu’à ce que les produits de son travail soient vendus ;il en faut un second pour lui procurer les matières premières et les outils sans lesquels il ne peut travailler; enfin, il en faut souvent un troisième ,pour pourvoir àsa consommation et à son instruction , jusqu’à ce qu’il soit rendu capable de faire 1ouvrage dont il s’est chargé. Le capital
COMMERCIALE. £>7 qui l’a mis en mouvement, n'est donc autre chose que les alimens ,les vétemens ,les outils ,et les matières premières qu’il aconsommées; ce n’est point le numéraire qui les représente ,et au moyen duquel il les a obtenues ;car s’il atoutes ces choses et point d’argent ,il travaillera fort bien ,mais sil ade l’argent, et qu’il ne puisse l’échanger contre toutes ces choses ,il lui sera impossible de travailler. Un homme actif et industrieux ,ne pourra donc trouver aucune occupation utile ,s’il n’obtient préalablement un capital qui le nourrisse pendant qu’elle dure ,et jusqu’à ce qu’elle soit achevée , dautres capitaux qui aient mis àsa disposition les matières premières ,les outils, et même le talent nécessaire àson ouvrage , le capital d’un marchand qui se charge de le porter au consommateur dès qu’il sera achevé ,et qui en attendant remplace le sien, (i). L’horloger Genevois qui destine partie (i)Presque tous les ouvriers possèdent quelque petit fonds accumulé, avec lequel ils se font àeuxtnèmes l’avance des objets àconsommer pendant un
58 De la Richessi. de ses montres aux consommateurs des grandes Indes ,s'il ne trouvoit pas un capital déjà consacré au commerce d’horlogerie , et tout prêt àremplacer le sien, seroit obligé au moment où il auroit terminé ses montres ,de s’en procurer un pour faire les frais nécessaires àleur envoi aux Indes ,et un second pour continuer l'ouvrage pendant leur voyage ,jusqu’à ce qu’elles fussent vendues ,payées, et que la valeur du payement lût rentrée entre ses mains :or, comme ce retour se fait attendre au moins deux ou trois ans ,quoiqu il eût les fonds nécessaires pour faire une première montre ,il seroit obligé de fermer son atelier ,s'il n'en avoit pas toujours de nouveaux ,pour continuer jour ou une semaine, jusqu’à ce que leur salaire leur soit payé. Mais ce fonds àl’ordinaire ne leur suffit pas pour attendre que l’échange de l’objet qu’ils ont produit soit accompli :qu’il suffise ou non cependant, sa possession leur fait réunir en eux-mémes une double capacité, ils sont en meme tems capitalistes et ouvriers productifs, ce qui ne change rien aux principes développés dans le texte.
COMMERCIALE. 5ÿ pendant ce long espace de tems. Tout travail est donc le fruit d'un capital; aussi seroit-il fort inutile d'augmenter le besoin du premier chez une nation, si l'on n’augmentoit en même tems le second ,qui seul peut appeler les gens industrieux àl'ouvrage; maxime importante, souvent oubliée, et que nous aurons lieu de rappeler plusieurs fois. Le capital fixe ne peut point suppléer au défaut de richesse mobiliaire ;supposons une nation qui ait été extrêmement riche, qui ait en conséquence fixé un capital immense pour bonifier la terre ,construire des habitations, bâtir des usines ,et former des ouvriers industrieux. Supposons ensuite qu’une e-H* en* >^^5; A' S/: Æ-f* irruption de barbares saisisse immédiatement après la récolte ,toute sa richesse mobiliaire ,tout ce qui est susceptible d'être enlevé :encore que ces barbares en empor- ^ tant leur butin, ne détruisent point les maisons ni les ateliers ,et qu ils ne puissent ôter aux campagnes leur fertilité ,ni aux ouvriers restans leur industrie ;tout tra\ ail cessera aussi tôt ;car pour rendre àla terre son activité, il faut des charrues et des bœufs
î62De LA RICïl ESSE thèque ,les billets de dépôt ,et les comptes courans des négocians ,même les lettres -de change ,quoiqu’ils puissent être négociés volontairement de part et dautre ,ne sont point transmissibles eu payement, aussi sont -ils le plus souvent conservés par le -même propriétaire jusqu’à leur remboursement. Leur possession est toujours fructueuse, ils portent intérêt ,ou ils donnent droit àun dividende ,et lors même que cet intérêt ne paroit point exister ,comme dans les lettres de change, leur porteur en a toujours acquis la propriété moyennant une bonification proportionnée au delai auquel il doit se soumettre, et qui est connue sous le nom descompte. Ces deux classes de titres ou de billets sont dune nature absolument distincte ;les premiers l'ont partie de la valeur totale du numéraire dont ils représentent une fraction ,les seconds représentent au contraire une fraction de la valeur de la richesse mobiliaire dont ils font partie. C’est principalement pour les avoir confondus, que Ion aélevé plusieurs systèmes faux, contradictoires, ou dangereux,
COMMERCIALE. l65 sur la nature de cette richesse immatérielle qui déroutoit tous les spéculateurs. Comme elle est transmise de mains en mains au moyen d’espèces métalliques , qu’elle est créée par la cession ou la vente de ces espèces que fait le préteur àl'emprunteur ,que ses fruits ,les intérêts sont payés en numéraire ,et que toutes les fois qu’on en parle ,on la désigne toujours comme une somme de numéraire actuellement existante ;les premiers qui ont écrit sur l’économie politique ,ont cru que les capitalistes étoient les propriétaires actuels du numéraire, même après qu'ils s’en étoient défaits :cette manière de considérer les créances, forme jusqu’à ce jour l’opinion populaire ,et même celle de la plupart des négocians ,qui peuvent difficilement séparer deux idées que tout tend àconfondre , celle de l’argent ,et celle du capital. Sil n’y adautre capital immatériel que telui qri résulte dune hypothèque sur l'argent ,il est absolument necessaire d’en conclure ,que la somme de capital immatériel produisant un revenu dans une nation, est La
îG4 De Richesse égale hla somme d’argent en circulation chez cette même nation ;or certainement les créanciers de l’État sont tout aussi bien que les créanciers des particuliers au nombre des propriétaires du capital immatériel. Le numéraire de la Grande Bretagne est estimé de dix -huit hvingt -cinq millions sterlings ,et sa dette qui s’élève aujourd'hui à538 millions sterlings, surpasse au moins de vingt fois la valeur de son numéraire; elle est par conséquent supérieure hla valeur de tout celui qui circule dans toute l’Europe ,et comme les propriétaires de créances sur les particuliers ,soit avec hypothèque ,soit par simple billet ,forment une masse probablement supérieure hcelle des créanciers de 1État ,on ne peut douter que les propriétaires anglois de capital immatériel ,n’aient une créance fort supérieure à la valeur de tout le numéraire en circulation dans l’univers entier. Qu’arriveroit -il donc si tous les créanciers ,non pas de l'Angleterre seulement, mais de l'Europe, mais de tout l’Univers ,demandoient en même tems le remboursement de leurs créances
COMMERCIALE, i65 én numéraire ?tout le métal caché dans les entrailles de la terre ne suffi roitpas pour les satisfaire. Ce capital cependant est une valeur réelle quoique invisible ,puisque chacune de ses parties peut se convertir en argent àvolonté, et que chacune prêtée h un faoncant, suffit pour mettre en activité sa manufacture ;mais il faut bien que cette valeur ne soit point métallique ,et que son hypothèque soit autre que le numéraire. Il me semble qu'il est satisfaisant de trouver une preuve évidente et soumise au calcul de la fausseté de ce système, qui quoique le plus naturel de tous ,et celui "que 10n esi ; le PIus ^sposé àembrasser avant dv réfléchir, s’obscurcit plus on le médite et semble échapper au raisonnement par es voiles dont il s’enveloppe. Cet argent que le capitaliste alivré étoii sa propriété maiS 1>eSt -üencore parce que celui qui la reçu le lui doit lSi celui-ci l'aliène, comment peut-on le suivre ?comment l’argent se avoir deux maî,Tes ’CGiüi q* Je- Possédé et qui peut-être ne doit rien et «dui àqui il est dû 1telles sont, et bien L3.
iCÔ DtI-A.RlC1T7.SSE d'autres encore ,les questions qui se présentent, et auxquelles on ne sait que répondre. Une seconde secte de faiseurs d'hypothèses ,frappée déjà sans doute de la disproportion entre l’argent dû et l’argent existant, imagina que la valeur des créances étoit une affaire dopinion ,que le crédit créoit des capitaux qui n’existoient pas ,et qu'une nation ne pouvoit en faire un meilleur usage que celui de s’enrichir en papier. Les premiers spéculateurs avoient fort contribué hl’invention et au maintien du système mercantile dont nous souffrons encore ;les seconds sont les inventeurs du papier-monnoie, auquel nous venons d’echapper, après qu’il aeu dissipé presque toute notre fortune ;car tel est le malheur de la France, qu’elle emprunte toujours de chaque système de finances ce qu’il ade plus ruineux. C’est d’après les économistes qu’elle aécrase les campagnes de l’impôt foncier; d’après les mercantiles elle aentravé le commerce de ses douanes, et appauvri le consommateur, d’après les disciples de Law ,elle adis-ip àdeux reprises la fortune publique ,avec
COMMERCIAL E. 1G7 celle des capitalistes, par la création des billets de banque ,puis des assignats ;le ciel nous préserve des prosélytes de Mr\Canard d une paî t,et Ramel de l’autre ,ou nous courons risque de lui voir bientôt rétablir la gabelle du sel ,et porter un coup funeste ànotre industrie ,en faisant renchérir par là les salaires. C’est toujours dans le même système d’un crédit créateur, que l’on avu des gens assurer que la dette publique enrichissoit un État , puisque dune part celui qui recevoit un" salaire du Gouvernement ,vivoit de l’argent emprunté, et que de l’autre celui qui l’avoit prêté, étoit aussi riche qu’auparavant ; qu’on avu des compagnies de particuliers, la compagnie dAyr-Bank d’Edimbourg par exemple ,entreprendre de prêter des billets de banque àtous ceux qui voudraient faire des entreprises de commerce ,de manufactures ,et même d’agriculture. Le mauvais succès de toutes les applications de ce système, démontre assez sa fausseté, et fait bien voir qu’il yadans les créances et $lG CaPital ^tériel quelque chose de M
Ii65 De la Richesse positif et de réel, àquoi limagination H*} peut suppléer. M.rCanard paroît avoir adopté une nouvelle théorie différente des deux précédentes :je penche hcroire qu'il aconfondu comme ses prédécesseurs les créances avec le papier -monnoie (2),et qu'il aconsidéré le tout comme étant non point la représentation ,mais au contraire le supplément du numéraire. C'est sans doute sur (2)Mr. Blanc de Voix confond de même les créances avec le p3pier-monnoie dans l’examen de la question qu’il se propose ,convient-il àun Gouvernement d'être debiteur ou créancier. Il pèse les avantages et les inconvéniens de la création d’un signe d'échange fictif, qu’il croit être le résultat d’un emprunt, tandis que dans le fait un emprunt ne crée point de signe fictif, et que celui-ci n’est çroduit que par une émission de papier-monnoie. S'il avoit fait cette distinction ,il seroit arrivé plutôt et beaucoup plus sûrement àla conclusion si naturelle àlaquelle il arrive cependant, qu’il vaut mieux que le Gouvernement soit créancier que débiteur. Il faut que l’amour des paradoxes ait été bien puissant, peur faire contester une proposition si évidente. Voyez Etat commet-, de 1* Dance, Ch. 111. Sect. II et III.
COMMERCIALE. rfr} cette opinion qu’il s’est fondé pour évaluer comme il lafait ,la somme totale du papier de crédit et de l'argent qui circule ,à une somme égale àla masse totale de la richesse du monde commerçant. (§. 64- ) Il lui aura paru que les créances qû demeuraient pendant très long-tems dans les mêmes mains ,faisoient une compensation jour cette partie de la richesse matérielle ,dent il voyoit que les échanges étoient peu fru quens. Ce n’est pas cependant qu'il ait énonce expressément cette opinion, mais comme en combattant son ingénieuse supposition de deux circulations en sens inverse ,nous nous sommes attachés àfaire voir que le papier -monnoie joint au numéraire ,étoit fort inférieur pour la valeur, fort supérieur pour l'activité ,hla richesse rcobiliaire qu'il croisoit dans sa circulation ,on pourrait croire qu'en unissant au numéraire et au papier-monnoie ,toute la masse du capital immatériel ou des créances ,cet équilibre qu’il annonçoit serait rétabli. Pour réfuter cette nouvelle supposition, il suffit d’observer que les créances ne chemi-
17° De la Richesse nent point daus le même sens que le numéraire ou le papier-monnoie ,mais qu elles croisent constamment ces derniers dans leur circulation ;en effet on les crée et on les transmet, un les vend et on les achète, toujours en échange contre de l'argent ou du papier -monnoie ,précisément comme touie autre marchandise. Les créances et le pqûer -monnoie ne parcourent donc pas conjointement lun des systèmes de la circulation ,ou les veines du corps politique. Lorsqu'il arrive qu'on les échange entre eux ,ou avec un capital matériel ,de pareils échanges nés d’une convenance réciproque, sont précisément de la même nature que les trocs ou de marchandises ou d'immeubles qui ont aussi lieu quelquefois ; ils ne retardent donc point tant la circular tion du numéraire en prenant sa place , que ce capital ne l’accélère en mettant dans le commerce de nouvelles valeurs àéchanger. Reprenons donc notre distinction entre le papier-monnoie ,et le capital immatériel (5> (3) I! n’est pas étrange qu’on ait confondu cm
commerciale.- 171 Le papier-monnoie qui comprend les billets de banque dont la circulation est libre , aussi bien que ceux dont elle est forcée , est désavantageux àgarder en portefeuille, aussi bien que fargent àgarder en caisse; car un capital qui fructifieroit si on le prêtoit ,ou si on l'employoit au commerce , reste stérile aussi long-tems qu’on le laisse chômer. Aussi les détenteurs de billets s’empressent -ils de les faire circuler aussi rapidement qu’ils le peuvent ,sous peine de perdre lintérêt de leur capital. Ces papiers passent donc de main en main pour facilita: les échanges ,en sens contraire soit de la marchandise ,soit du vrai capital immatériel. Il n’v aaucune raison pour que le mouvement du papier-monnoie soit plus lent que celui de l’argent, il en doit résulter deux espèces de titres, puisque l’on avu despapiersmonnoies qui participoient de la nature de l’un et de l’autre, qui étoient reçus dans le commerce comme numéraire, et qui portoient cependant intérêt comme créances. Cette confusion de fait n’empêche pas qu’il n’y ait une différence essentielle dans la nature et çlans Iss effets de ces deux espèces de billets.
17S De l . v. Richesse quantité négative qui la compense et la détruit. Si nous jetons àprésent un regard sur les divers emplois du capital immatériel ,nous comprendrons mieux quels effets il adû produire. Nous verrons premièrement que les emprunts du Gouvernement ,quoiqu’ils fassent naître un signe fictif de richesse, une créance hvpothéquée sur le travail àvenir des hommes ,ne sont point un avantage f mais une perte ;car ce travail n'en existera ni plus ni moins ,parce que le Gouvernement apromis àun tiers qu'il en partagerait les fruits ;et quant àla cause qui aurait mis ce travail en mouvement ,la richesse mobiliaire qui aété fournie au trésor public et qui afondé la dette ,elle n’existe plus. ISous verrons ensuite que les actions sur les compagnies de commerce ,qui circulent sur la place ,ne forment point non plus une accession àla richesse nationale, car elles ne sont que la représentation d'un droit sur une richesse matérielle ,qui n'en existeroit ni plus ni moins ,soit que cette richesse fût h\pothéquée ou non. Une action de la com-
COMMERCIALE. *79 pagnie des Indes angloises représente une partie des effets appartenans àcette compagnie ,effets qui ont été produits ou obtenus en échange de ceux qui ont été achetés avec l’argent des prêteurs. Ces effets-ci qui formoient une richesse solide et matérielle ont dû exister préalablement ,et être fournis indirectement par les préteurs ,autrement le capital immatériel n’auroit pas pu naître; ce dernier soit qu’il soit attaché à î’existence de grandes compagnies, ou àcelle du Gouvernement ,n’est jamais le produit d’un crédit créateur ,mais bien celui de la livraison et de la consommation d’une richesse matérielle. Le capital immatériel des particuliers , celui qu’ils font naître par leurs emprunts directs ou indirects, atoujours la même origine. Un banquier en tirant sur ses correspondans ,et en levant des fonds par circulation ,paroît souvent user de son crédit four créer un capital immatériel ,dont il se procure la disposition ;Uemprunte en quelque sorte sans le consentement de personne ;au moyen de ses traites sur son cor- Ma
tBo De laRicuessê. rcspondant et des retraites de celui -ci que l'un et l'autre négocient ,ils trouvent tous deux de l'argent. Mais celui qui leur prête cet argent sans s’en douter ,cest celui auquel ils négocient leur papier pour comptant ;et celui-ci en donnant de l’argent ,transmet son droit sur une richesse mobiliaire et déjà existante, qui constitue seule la valeur de l'argent livré. Si cette richesse venoit hmanquer ,ils ne trcuveroient plus personne qui voulût prendre le papier qu ils offrent ,il hur seroit impossible d’emprunter ;ils ne créent donc point non plus des capitaux , mais ils se procurent la disposition d'une partie de la richesse mobiliaire ,dont ils u’altèrent point l’usage ,s’ils la destinent à un travail productif, et qui ne sera par conséquent ni plus ni moins utile hl’État, à cause de la rapide circulation de leurs lettres de change. lénfin les banques qui donnent naissance àla seconde espèce de capital immatériel , aux billets ou papiers -monnoies qui circulent concurremment avec le numeraiie, ne créent pas non plus «le capital immatériel
commerciale. ï8i qu’elles émettent; celles-ci cependant peuvent augmenter réellement jusques àun certain pomt la richesse productive de l’État. Chaque émission de papier -monnoie doit, comme nous l’avons vu ,pousser en dehors de l’Etat une somme de numéraire égale à la valeur de l’émission ,aussi long -teins du moins que la confiance dans le papier est entière :or cette somme de numéraire ou d’un capital stérile expulsée ainsi ,n’est pas donnée gratuitement aux étrangers; elle est échangée avec eux contre une richesse mobiliaire ,matérielle et productive ,qui mise en circulation, augmentera les revenus nationaux. Au moment où la banque de France, le comptoir commercial, ou la caisse d’escompte, augmentent leur circulation ,il existe toujours une certaine dette de la France envers les étrangers ,tout pays commerçant avant habituellement des dettes de ce genre. Les debiteurs Parisiens emploient aussitôt à payer leurs dettes l'argent que ce nouveau papier fait refluer de la circulation ;et l’on éprouve une abondance momentanée de ca- M3
183 De la Riches st pitaux ,les dettes étant soldées sans que la circulation interne soit diminuée, parce que le sipne yapris la place de la réalité. Jusqueslà, et pas plus loin, l'émission d'un papiermunnoie est utile. Mais l'on sent d'une part que 1utilité qu’on en peut, dériver est fort limitée ,puisqu’il n’y aqu’une partie du numéraire ,celui qui circule* par grosses, sommes entre négocians, que l’on puisse remplacer par du papier ;de l’autre ,que cette opération qui anime le commerce, est accompagnée de dangers tout au moins égaux à ses avantages ,hcause des variation» de valeur auxquelles est nécessairement exposé un signe qui n’en aaucune par lui -même. Du reste ««changer le numéraire qu’on possédoit d.'jà contre uue richesse rm«biliaire plus productive ,ce n’est pas multiplier les capitaux ,c’est seulement en tirer un plus grand parti ;aussi rétablissement d'une banque n'ajoute-t-il rien aux fonds que possédât la nation, h; pouvoir du crédit ne s’étend pas iu$ques-là ;il procure h1un ,l'usage de ce. qui étoit au service de 1autre ,mais il déplace, et ne crée jamais. Ce n'est pas quil
COMMERCIAL E. i83 no paroisse ,au moment de l'émission des billets de la banque de France, que plus de fonds circulent sur la place ,et que l’intérêt de 1argent baisse ;mais cette chute est de courte durée ;elle tient àce que les Directeurs prêtant ce qui n’est pas àeux, ne sont pas au premier abord très difficiles sur les conditions du contrat. Ils cèdent en effet, •a.ant de la tenir ,la richesse mobiliaire déjà existante dans leur pays ,et dont leurs billets leur donneront la disposition; mais bientôt il se trouve que cette richesse réelle n’est point augmentée par la fabrication de leur papier ,et au bout de trois semâmes ou dun mois ,l’escompte remonte au même prix ou il étoit avant l’émission de leurs billet». Concluons donc qu’un capital immatériel très considérable n’ajoute rien àla richesse nationale, quoiqu’il soit en général le signe de son existence ;il est dû le plus souvent au commerce ,il s’accroît avec lui, et dordinaire il le facilite; mais si chaque capitaliste faisoit valoir ses propres fonds au lieu de les conner àdes emprunteurs ,et de se décharger sur eux de tout soin ,la, M4
De la Richesse iS4 fortune publique seroit précisément la même, quoique tout le capital immatériel fut par-là anéanti ;autant de travail seroit produit chaque année ,et le revenu national ne seroit point altéré. Dette révolution dans les usages et les moeurs n’auroit peut -être rien de désirable ,mais il ne faut point croire non plus l'existence de l'État attachée àl’ordre actuel, et calculer ses ressources sur des richesses fictives et des capitaux imaginaire» ,qui ne sont jamais que comme le spectre d'une richesse plus solide que réfléchiit un miroir ,et qui ne pourroit exister indépendamment d'elle. Cette discussion peut jeter quelque lumière sur l'effet que devrait proliablement produire la banqueroute nationale ,chez une nation fort endettée. Une banqueroute est une fort grande injustice ,par laquelle la propriété des créanciers est transférée aux débiteurs ,sans motif ni rétribution. Celle de l’État détruit entre les mains de ses créanciers, un capital immatériel ,produisant chaque année en leur faveur un revenu matériel ;et elle crée entre les mains des V**
COMMERCIALE 185 contribuables ,un revenu matériel ,précisément égal àcelui des créanciers qu’elle a anéanti; auparavant ce revenu n’étoit point h eux,mais il passoit sous la forme d’impôt du contribuable au trésor national ,et sous la forme de rentes viagères ou perpétuelles, du trésor national aux créanciers. Cette opération fort immorale et fort injuste ,n’a donc point nécessairement un effet destructif pour la nation au milieu de laquelle elle s’opère ; elle en ruine une moitié ,elle en enrichit l'autre sans raison ;au milieu de ces révolutions particulières ,le capital national reste jusques ici le même qu’auparavant ; mais jamais aucun Gouvernement n’a fait banqueroute dans la vue d’affranchir les contribuaoles des impôts qu’ils payoient ; çétoit uniquement pour employer ces impôts hde nouvelles dépenses ,et se réserver les moyens de dissiper une seconde fois les revenus présens et àvenir de la nation ; la perte nationale qu’occasionne la banqueroute ,est égale àcette seconde dissipation quelle arendue possible. fin laissant de ;ôté ces nouvelles profu-
iSG DenaRichesse sions qui sont plus souvent la cause que l’effet d'une banqueroute, et en ne considérant que ses conséquences immédiates ,savoir d'une, part l'anéantissement dur. capital immatériel, de l’autre la création d’un revenu matériel égal seulement au revenu que produisoit le capital anéanti ,il semble qu’on sote la disposition d'un fonds, pour ne se réserver que celle dune rente ;cependant comme le capital immatériel ne peut pas être employé par lui-même àmettre en mouvement l’industrie, mais seulement, autant qu'on l'échange contre un capital matériel; que ces échanges ne diminuent point la masse du capital immatériel ,car il reste toujours pour une somme égale de créanciers de l'État, qui ne mettent point d'industrie en mouvement , quoique ce ne soient plus les mêmes personnes ;et que c’est par conséquent le seul capital matériel et circulant qui peut animer le travail ,on en peut conclure ,que celuici restant précisément le même qu'avant la; banqueroute ,la perte dans les capitaux de. ihtat n’est qu’apparente ,et que leur mouvement peut être précisément lo même-.
COMMERCIALE. l8? Ces considérations sont bien loin de justifier une banqueroute ,car le profit que fait un voleur ne justifie pas son vol ;mais quelque criminelle qu'eût été la banqueroute pour la France, il est certain quelle eût été moins ruineuse ,que l’opération tout aussi criminelle d'une création illimitée de papier -monnoie. Mr .Canard auroit dû se défier du raisonnement qui l’a amené àune conclusion toute contraire ;car il en vient presque àprouver ($. 122.) qu’une banqueroute nationale est impossible, ce qui est contraire à1expérience de toute l’Europe , et particulièrement àcelle que nous n’avons que trop faite pendant la durée de la révolution. Quand une nation devient la créancière, des étrangers ,peu lui importe que les autres nations dissipent ou non ce qu elle leur preie; il lui suffit que leur dette soit assurée, et qu’elles lui en payent bien les intérêts ; file ne s’informe point si c’est avec les pro ductions du capital même qu’elle leur a F< ta ,ou si c’est avec un second capital destiné kcet usage; dans l'im et l’autre
t94 Delà Richesse d’autant plus qu’il aura plus de disposition et de moyens pour en acheter. C’est donc sur les besoins et les moyens, quelquefois les fantaisies de la nation que se règle le montant des importations ,et non sur la valeur des marchandises quelle pourra donner en retour. Ces dernières peuvent être de valeur égale, plus grande ,ou moindre, que celle des importations ;si elle est égale ,il n’y apoint lieu àsolder le compte, ni par du numéraire, ni par des créances ;si elle est plus grande , cet excédant ne pourra point cependant déterminer àimporter un excédant correspondant de marchandises pour l'intérieur ,car le pays est suffisamment pourvoi pour sa consommation ;si l’on en importe pour faire passer àd’autres nations étrangères ,on ne solde point ainsi la dette des étrangers , puisqu’on l’accroît d’une part, tandis qu’on la diminue de l'autre ,et que l’excédant de l'exportation sur l’importation n’est point payé. Si au contraire la valeur des marchandises exportées est moindre ,ce désavantage tient indubitablement àla foiblesse de la production ,laquelle se proportionne tou-
commerciale. 195 jours aux capitaux qui ont mis les travailleurs en mouvement. Il ne dépend pas plus de la nation d’exporter davantage ,qu il ne dépend d’elle d’être plus riche :l'inégalité entre la valeur des marchandises importées et exportées ,produit donc toujours une différence de compte ,qui doit être soldée ,ou par du numéraire, ou par des créances ,pour ramener l’échange àl’égalité qui doit s'y trouver. Cette différence qu’on nomme la balance du commerce ,ne peut cependant point se solder au moyen du numéraire ,car le besoin de celui-ci est déterminé d'une manière plus rigoureuse encore que celui de marchandises. Chaque nation doit en posséder comme nous l’avons vu ,une quantité qui ,multipliée par la vitesse de sa circulation, é"ale le momentum de ses autres capitaux •elle ne peut en avoir ni plus ,ni moins :si ,a nation est vendeuse de l’excédant de mar chandises, et qu’on la paye en numéraire apies en avoir retenu pour son propre usage’ •^parer ws mon »51 Sa Pr0sPénté est croissante, pour Na
tg6De la Richesse rester en mesure avec cet accroissement , elle se hâtera de réexporter tout le reste ,et les nations étrangères seront aussi bien ses débitrices qu’auparavant. Si au contraire la nation est acheteuse de l’excédant des marchandises ,si sa consommation dobjets destinés àson usage surpasse sa production ,à moins qu’elle ne soit proprietaire de mines , et que l’argent ne soit sa marchandise àelle, elle ne sauroit se défaire de son numéraire sans quil lui revienne aussitôt de toutes parts car dès qu il renchérit chez elle ,il faut bien qu elle le rachète ,ou avec des marchandises ,ou hcrédit :aussi voyonsnous que les balances défavorables, dont on asouvent entretenu les nations ,n’ont jamais épuisé le numéraire d'aucune, hmoins qu’on ne l'ait expulsé par la création d’un papier -monnoie (i). Qi) D’après le bilan commercial présenté aux Consuls par le Ministre de l’Intérieur ,le iGerminal an X, la France auroic dû payer pour solde en lan vni, la somme de <; 4,ooo,ooo aux étrangers, et en l’an IX, celle de H2,6s9,°°° francs. Un* parère
COMMERCIALE. «97 Puisque les exportations et les importations ,tant de numéraire que de marchandises ,ne peuvent point se proportionner entr elles ,mais procèdent les unes et les autres de circonstances indépendantes, il faut bien que la balance du commerce se solde par des créances, l’étendue des éclianges qu'on peut faire avec celles -ci étant absolument illimitée. Ce résultat, qui est la vérité même, ne laisse pas que de surprendre au premier abord, soit parce qu’un compte n’est rien moins que soldé par une créance, soit parce qu’on ne songe point que les nations sont fréquemment créancières ou débitrices les unes des autres. Loin cependant que cet état habituel de créances, qui semble avoir échappé aux spéexportation de numéraire, venant après celles qu’avoit occastonne la révolution ,en auroit épuisé la France, Z/Cte redfe-11 631 de «pendant que durant ces memes années le numéraire circulant a ugmente lom de diminuer, c’est que le commerce ses ne solde point celui des marchandises ‘ -q’C 1un est absolument indépendant de l’autre. N5
198 De la Richesse culnteurs politiques ,soit rare ,il est le fondement de tout commerce étranger :lorsque les Holiandois font pour les François le commerce d'exportation et d'importation, ils leur prêtent ,car ils mettent pendant ce teins -là leurs capitaux àleur service. Lorsque des maisons Hollandoises viennent s’établir àMarseille ,àl'Orient ,àParis ,c’est un second prêt qu’elles font à la France , car tous les capitaux qu elles yapportent, quoique gérés par elles ,mettent en activité le commerce de France, et non celui des Pays-Bas. Lorsqu’enfxn des marchands d'Amsterdam et de Londres ,font des expéditions hdes acheteurs françois ,c’est toujours avec un crédit plus ou moins long. IVe fût-il que de trois mois ,comme avant qu il soit remboursé ,un second envoi aété fait ,et un second crédit ouvert ,la nation n'en reste pas moins débitrice. La rapidité avec laquelle ces avances s’acquittent et se renouvellent sans cesse ,est la principale cause qui aempêché d'observer qu’une nation qui achète plus de l'étranger qu’elle ne lui renvoie, doit constamment àl'étranger ,quelque moment
COMMERCIALE. *99 que Ion choisisse pour arrêter le compte , tout l’excédant de ses achats sur ses ventes. Outre toutes ces manières de former des créances ,il arrive souvent encore que les nations riches prêtent aux négocians des nations pauvres ,soit en compte courant ,soit par billet, soit par hypothèque ,ou quelles prêtent au Gouvernement, pour se former des rentes viagères ou perpétuelles ;mais quelle que soit Importance de ces divers placemens ,je ne crois pas qu'ils arrivent à égaler celui que fait sans s'en douter toute nation qui se livre au commerce étranger , et qui ne peut lui donner de l'activité, qu'en serv ant les autres de ses capitaux ,et se mettant sans cesse en avance vis-à-vis d'eux. On pourroit se prévaloir de ce que je viens de dire (qu’une nation reste toujours débitrice de 1excédant de ses achats sur ses ventes )pour justifier la prohibition dexporter le numéraire ,que j’ai représentée comme impolitique, puisqu’aussi bien d'après les prmcipes que je développe ,ce numéraire ne SeroitP°int employé àpayer la dette nationale ;cependant il leseroit souvent à N4
200 De la Richesse payer la dette particulière ,toutes les fois qu’un accident dans les changes rendroit plus avantageux de le faire en espèces :il seroit bientôt réimporté ,et la nation resterait débitrice ,mais ce ne seroit plus des mêmes particuliers. Toutes les fois qu’on la gêne sur les moyens de s’acquitter ,c’est comme si pour augmenter le crédit d'un marchand ,on lui défendoit de payer ses dettes. Elle paye en effet les siennes régulièrement, de même que la caisse descompte ,ou toute autre banque publique, réalise ses billets à présentation ,non que cette dernière ait dans ses coffres de quoi les acquitter tous ;il lui suffit que tandis qu’un courant d’espèces en sort continuellement ,il en rentre un autre qui lui soit égal, et la nation comme la caisse descompte, fait travailler àson profit le capital étranger qu elle aemprunté ,sans que personne se soit apperçu de le lui avoir prêté. Une nation peut fort bien s’acquitter constamment envers une seule nation étrangère avec du numéraire ,parce qu elle verse toujours d’un côté celui qu’elle reçoit tou-
COMMERCIALE 201 jours de l’autre :nous avons vu par exemple que la France étoit appelée par sa portion àêtre le canal au travers duquel lenuni' raire qui arrivoit annuellement <1 Espagne, v répandoit sur tout le reste de 1Europe. 11 e>t donc fort naturel qu elle paye sur toutes se.-> autres frontières ,en raison de ce qu elle reçoit toujours sur celle des Pyrénées (2). I)e (2) N’oublions point que le commerce des espèces , loin de solder celui des marchandises ,peut souvent augmenter la différence de compte qui doit être compensée par des créances; ainsi quoique l’argent d’Espagne passât en général par la France pour arriver en Allemagne et dans le Nord ,la balance avec ces divers pays ,et surtout avec les plus pauvres et les moins industrieux d’entr’eux, étoit considérée avant la ré»olution comme favorable àla France; voici comment on la calculoit àcette époque ,d’après les relevés des douanes.’ En Allemagne, possessions Autrichiennes .Pologne , Prusse et Pays-Bas. Exportât. L. 9;,600,000. Import. L. 64,000,000. En Russie ,Danemark ,Suède et villes anséat. Exportât. L. 79,000,000. Import. L. 31,600,000. Nous allons passer en revue dans ce chapitre toutes les causes d’erreur attachées au calcul des balances au commerce; si on supposoit celles-ci exactes, ce
aoa De la Richesse même 1Angleterre importe pour une somme fort considérable d'or de Portugal ,et elle lemploie àses exportations d’espèces dans 1Inde ,en Hollande ,et ailleurs. Dès l’instant que cette exportation cesserait ,elle ne pourrait en acheter davantage du Portugal ,et cette balance favorable sur laquelle on atant insisté ,quoiqu'elle ne soit pas plus favorable que l'achat de toute autre marchandise ,cesserait aussi immédiatement. Une nation ne peut s’acquitter définitiveque je suis loin d’admettre ,il faudroit en conclure que non-seulement la France prctoit aux peuples du Nord ,l’exccdant de ses ventes sur ses achats, déduc. tion faite de son profit et de ses frais ,mais encore une somme considérable en métaux précieux , qu’elle leur expcdicit indubitablement. Il est trèsprobable que la France ctoit prêteuse dans son commerce avec les nations septentrionales, bien moins riches et moins Industrieuses qu’elle ,mais il n'est nullement vraisemblable que ce fut pour d’aussi fortes sommes. Quant aux achats d’espèces que faisoient ces Peuples ,il est très possible qu’ils les soldassent par leur commerce direct avec l’Espagne ,et que la France ne s’y trouvât mêlée que comme lieu d’entrepAt des métaux précieux. à
ao3 COMMERCIAL E. ment envers toutes les autres nations qn cn marchandises ;et Ufaut pour cela que sa production ,et par conséquent sa richesse se soit accrue ;car le travail, ainsi que nou.'. l’avons vu, ne peut augmenter,qu autant que le capital qui le met en mouvement augmente; mais c’est àquoi ce dernier teud constamment, lorsque les loix et les mœurs ne contrarient pas 1industrie ,les avances des nations étrangères mettent bientôt l'emprunteuse en état de faire des économies et de s’acquitter (5). (5) Les nations qui s’enrichissent le plus rapidement sont souvent celles qui font les emprunts les plus considérables ,parce que ce sont aussi celles qui trouvent chez elles àfaire les placemens de capitaux les plus avantageux. La balance du commerce de ces nations paroit en général défavorable, c’est-i- dire que leurs importations surpassent de beaucoup en valeur leurs exportations ,au moment où leur richesse prend les accroissemens les plus rapides. C’est ce que l’on peut surtout observer dans les colonies du Nord de l’Amérique. D’après les tables pj. bliees par Lord Sheffield, le Canada, la baie d’Hudson , et les autres possessions Britanniques dans le conti’ nent de l’Amérique septentrionale, jointes aux Etats-
2io De i. aRichesse. Mais il est évidemment de leur intérêt de déclarer au -dessous de leur valeur toutes celles qui sont soumises àdes droits ,et do grossir plutôt le compte de celles qui en sont franches ,pour augmenter leur importance ,*, et rehausser le mérite de leur commerce aux yeux du Gouvernement. Les évaluera-t-on d'après le prix courant àla place du chargement et déchargement 1Mais alors les retours paroitront toujours beaucoup plus considérables que les envois. Supposons ,pour faire comprendre cette assertion ,qu’un marchand françois négocie de St. Malo avec le Cap François ,sur un capital de cent mille écus ;les marchandises qu'il expédie sont évaluées àla Douane de St. Malo àcent mille écus qu’elles lui ont coûté réellement ; les frais de transport et son bénéfice leur donneront au Cap François une valeur au moins de 120,000 écus ,et ce sera la somme pour Laquelle elles seront inscrites hla Douane de la Colonie. Nous supposons que sur cet accroissement de 20000 éc. dix mille aient pa\e les douanes de sortie et d’entrée, le nolisscment, le» gages des matelots ,l'assurance, etc.
COMMEhCIALt an et que les dix mille autres soient le profit du commerce; le Malouin aura donc un fonds disponible de 110,000 éc. au Cap François, avec lequel il achètera des marchandises coloniales déclarées àla Douane pour cette somme. Les registres de la Colonie porteront donc , si les estimations sont justes, 120,000 <c. d portaticns ,et n0,000 d’exportations. Le Capitaine Malouin de retour dans sa patrie devra ajouter 22000 écus au prix d’achat de ses denrées ,savoir :onze mille pour profit mercantile àdix pour cent, et onze mille pour nolissement, gages ,avaries ,assurances ,douanes ,et autres frais. Ses sucres et cafés vaudront réellement sur le marché de St. Malo 1^2000 éc. et si les estimations se font àla Douane avec exactitude ,celle de St. Malo trouvera sur ses registres 100000 ecus dexportations ,102000 d’importations, en sorte que l’on verra clairement que les deux pays qui négocient ensemble, gagnent 1un et l’autre àleur commerce, et que celui qui est actif et non passif, gagne plus, comme de raison. D'entre les sources d’erreurs que nou, ü3
212 De la Richesse avons examinées ,celle-ci est la seule qui tende àdiminuer la balance du commerce ; toutes les autres tendent àl’augmenter. Aussi quoiqu'on ne paroisse pas s’étre iormé une idée bien nette de ces diverses manières de calculer ,cependant comme les Gouv ernemens ont toujours désiré de présenter sous un point de vue avantageux le commerce national ,ils ont employé tantôt 1une tantôt l'autre ,selon qu’elle satisfaisait mieux ce désir. Lorsqu il sest agi du commerce étranger ,ils ont adopté }>oui base les calculs qui faisoient paraître la balance du commerce fav orable ,cest-à-dire ,les retours moindres que les envois ;lorsqu ensuite Us ont voulu faire connoitre l’état du commerce avec les colonies du Golfe du Mexique, Us ont fait le calcul que nous venons de faire, et représenté les retours comme supérieurs aux envois (4)- U (4> Nous pouvons donner comme exemple de ces balances défavorables, qui ne laissent pas que d’enrtchirune nation, le commerce que font les Européens avec les îles d’Amérique. D’après Lord Sheffield qui acalculé de dix ans en dix ans les importations et
COMMERCIALE. 2l3 est étrange que ces deux résultats contradictoires, et tous deux considérés comni* exportations de l’Angleterre pour toutes ses colonies depuis le commencement du dix-huitième siècle, l'année moyenne, de 1770 à1780, présente pour le commerce avec les Indes Occidentales ; Import, en Anglet. L. 2,943,9s* ster. Export. d’Anglet. L. 1,279,^72 ster. Au moment de la révolution, la France recevoit de ses colonies d’Amérique pour 181,000,000 environ de marchandises ,savoir: Sucre et café Coton. ••134,000,000 L. tourn. ••26,000,000 Indigo, rocou, et autres teintures. ... Cacao, gingembre, etc. 11,600,000 10,000,000 Ala même époque elle envoyoit à 78 millions de •marchandises ,savoi Objets manufacturés ,fabri- Total. ses colonies pour ,savoir : Comestibles, farines, légumes, chairs salées, fromages. Vins et eaux-de-vie. ques et ouvragés. *42,447,000 Bois, merrain, feuillard ,mé- 19>6it,ooo 7,28 s,oco taux, etc. ..* Marchandises diverses. *6,313,000 2, oy 7,000 Total, l. 77,9*3,000 fce. O3
314 De la Richesse avantageux ,n'aient pas fait soupçonner que de grandes erreurs etoient cachées sous ce système imposant des balances du commerce» II me semble que, d’après ce que nous en avons vu ,nous pouvons conclure, i-Que dans tout échange égal il yaune balance favorable pour 1une et pour 1autre nation , parce que dans tout commerce il yaun bénéfice pour l'un et pour l'autre contractant. 2°. Que quoiqu’il tut intéressant de savoir si les dettes ou les créances dune nation augmentent ou diminuent, on ne peut obtenir àcet égard des registres des douanes, que les lumières les plus douteuses ,et qu il est absolument impossible de les soumettre au calcul. 3°. Enfin, que cette recherche quoique curieuse ne donneroit point de notions exactes sur l'état de prospérité de la Dict de la Géog. comm. de Peuchet. Les colonies Septentrionales au contraire, le Canada, les Etats- Unis, importent chaque année beaucoup plus de marchandises européennes qu’ils ^i’en exportent des leurs, leur balance avec l’Europe est donc défavorable pour eux, et cependant il est bien reconnu que leuf richesse s'accroît d'une manière très rapide.
2l5 cOMMERcIALE. naüon ,puisque l'accroissement ou le déclin de sa richesse, dépendent dune toute autre balance, celle des salaires nécessaires employés chaque année ;et que nous pouvons nous représenter une nation dont la prospérité scroit toujours croissante, quoique sa dette s’accrût chaque année ,tandis que la prospérité dune autre iroit toujours en déclinant ,quoiqu’elle contractât chaque année une moindre dette (i). (i) Les calculs présentés au Chap. IV pourroient seuls suffire pour justifier cette concision ;cependant pour ne laisser aucun doute dans l’esprit du lecteur, nous montrerons ici qu’une nation peut s’enrichir, non -seulement encore que la balance de son commerce soit constamment défavorable, mais même encore qu’elle le devienne chaque année davantage; touc comme elle peut s’appauvrir dans le cas contraire :nous conserverons aux lettres la même signification que nous leur avons donnée pag. io;, où nous avons exprimé par D—Pc_~ ~ ,e biian de la nation qui doit pour solde chaque année une somme aux étrangers. Or que csoit la de N,et x une quantité positive égale au jde x, ce bilan se réduira ainsi; D=P_h*__ I,_|| soit D* pN,et la nation économisera *cette 04"
2i6 De la Richesse Lorsque la valeur des exportations surpasse celle des importations ,la nation devient créancière des étrangers ,et reçoit année. Mais qu’elle accroisse l’année suivante et ses emprunts, et son salaire nécessaire, de sorte que les premiers ,ou c, soient égaux à|et le second ou x à*:que la troisième année elle les accroisse en. cote, tellement que csoit ;=: *et X=?;les économies de la nation dans ces trois années seront pour la première i,pour la seconde ?,pour la troisième *,quoique sa balance de commerce soit devenue toujours plus défavorable ,précisément dans la même proportion. Or cette supposition s’accorde parfaitement avec ce qu’on voit arriver tous les jours dans les colonies nouvelles et très prospérantes; quelque sages et économes que soient les Colons, leurs épargnes ne suffisent pas pour mettre en mouvement tout le travail qu’ils sont encouragés àentreprendre, ils empruntent donc chaque année davantage, mais ils empruntent pour employer avantageusement et comme salaire nécessaire les marchandises qu’ils reçoivent. La nation qui acquitte ses dettes ,mais qui retranche de son salaire nécessaire dans une proportion supérieure àce remboursement, doit aussi nécessairement sappauvrir ,ce qui n’a pas besoin je pense d’une nouvelle démonstration.
COMMtRCIi Lï. 317 d’eux chaque année l'intérêt des fonds qu elle leur aavancé. C’est le cas de toute nation qui fait un grand commerce extérieur ,et sa créance sur l’étranger est d’autant plus forte que son commerce est plus circuiteux; c’est-à-dire ,lorsqu’au lieu de vendre ses produits àceux de qui elle tire les produits étrangers dont elle abesoin pour sa propre consommation ,elle est obligée de faire trois ou quatre échanges ,avant d’obtenir la chose qu elle veut employer àson usage. C’est ainsi que l’Angleterre vend sa quincaillerie aux IS'ègres de Guinée contre des esclaves ,qu elle échange ceux-ci contre des sucres et des cafés ,et les derniers contre des vins ,en sorte que ce n’est que par le troisième échange, qu’elle se sert elle-même. Cne nation qui entreprend le commerce de transport, c’est-à-dire, qui fait les échanges des autres peuples sans apporter chez soi en dernière analyse un retour destiné àêtre consommé, fait un prêt plus considérable encore aux nations étrangères ,et doit par conséquent attendre d’elles par delà le mon-
3,8 r>E LA Richesse tant de ses exportations un retour annuel égal hla valeur des interets de sa creance. Cest bien là ,si on veut l’appeler ainsi, une balance favorable ,mais elle est 1effet non la cause de l'accroissement de la richesse. Il n'est guère moins absurde de forcer une nation àentreprendre un pareil commerce avant qu elle soit assez riche pour s’y livrer, qu’il ne le seroit de proposer àun marchand embarrassé faute de capitaux ,pour faire face àses affaires ,de prêter quelques centaines de mille écus àses voisins, pour vivre ensuite de scs rentes. 11 faut qu une nation aussi bien qu’un particulier commence par se procurer les capitaux dont elle abesoin elle -même ,avant de songer àles prêter aux autres. Uya,comme nous l'avons annoncé plus haut ,un seul cas où il se fait une exportation sans retour égal ni de marchandises ni de créances ,c'est celui où le Gouvernement ades sommes àfrire passer dans l’étranger pour la guerre ou les négociations. Dans ce cas, lors même que la nation n’auroit point de commerce étranger ,
CIAXÏ*2 1 9 s’en créerait un immédiatement ;le Gouvernement envoyant au dehors son numéraire ,la nation se hâteroit de le ra* h( tf r avec ses marchandises ;ou bien elle procureroit au Gouvernement du numéraire dans le pays où il en auroit besoin ,en échange contre ces mêmes marchandises. La nation appelée dans ce cas-ci àdonner plus de rapidité au courant de numéraire qui doit la traverser ou passer près d'elle ,et qu elle attire du dehors pour le porter aussi au dehors ,là où le Gouvernement en abesoin, ne peut yréussir qu’en altérant son équilibre naturel ,et en créant àses dépens le canal incliné que ce courant doit parcourir. Pour mieux comprendre comment elle ypanient, il faut fixer nos idées par un exemple. Le Gouvernement Angiois pendant une guerre continentale aun besoin habituel de faire parvenir du numéraire àFrancfort ;c’est là qu il veut le verser lui-même. En tems ordinaire on donne àFrancfort sur Mein 135 fbatz ,soit 9florins et 5creutz pour une livre sterling àLondres ,mais le Gouvernement Britannique qui apeut-être
236De la Richesse Le travail fructueux, ainsi que nous 1avons dit plusieurs fois ,ne s’entreprend qu’autant qu’un salaire nécessaire met en mouvement l’ouvrier productif. Ce salaire est compose de la partie matérielle circulante et mobilière de la richesse nationale, que les ouvriers appliquent' immédiatement aleur usa„eet dont la possession ou la consom màüon leur est indispensable pour vivre et pour travailler :l’aliment, le vêtement, le logement ,les outils ,et non point 1or qu, achète toutes ces choses ,constituent réellement le salaire nécessaire des ouvriers. ^ La quantité de mobilier circulant, qu une nation possède ,dépend de son état actuel de richesse ;la proportion entre la partie de ce mobilier qu’elle emploie au salaire necessaire ,et ceUe qu’elle dissipe ,dépend de sa sagesse et de son éconnomie }enhn, 1efie qu’elle peut produire ,et le travail qu elle peut animer ,avec une portion ega e richesse, et une somme égalé de sal nécessaire ,dépendent du plus ou moins de rapidité de la circulation de cette richesse. Nous avons déjà vu que la somme
COMMERCIALE. 227 ttiobilier circulant déterminoit Je besoin de numéraire jque ce même mobilier comprenoit les fruits du capital fixe, et payoit les interets du capital immatériel ;en sorte qu’il étou nécessairement en rapport avec toutes es parties de la richesse nationale. Nous avons vu aussi que de deux nations également nches, l’une pouvoit être animée par une économie active et industrieuse ;l’autre pouvon s’abandonner au luxe, àla mollesse etau désœuvrement; que la première accroîtron sans cesse son salaire nécessaire, son travail et ses revenus, tandis que la seconde verrou déchoir les uns et les autres. Il „e nous reste donc plus, pour connoître ce qui peut influer sur la quantité de travail produit qu acomparer les divers degrés de rapidité de hrichesse circulante °et 4 rendre compte des différons effets qu’Us produisent sur l’activite des ouvriers. «a est, comme nous l’avons ni, le caracti. Asuncuf du travail productif, que de laisser apres lui lestraces matérielles c, -, , d^eechangeescontreuTe!!’ :PUW“ àcelle > une valeur supérieure Hete consommée pour le faire. P3
928 De LA RICHESSE. Dès que Pou prend le tcms en considération, plus cet échange est répété souvent, plus un seul capital ,après avoir passé du producteur au consommateur, est revenu souvent au premier, dans un espace de teins donné, et plus ce seul capital aura pu produire d’ouvrage. Supposons un homme qui dispose d’une masse de subsistance suffisante pour maintenir trente mille ouvriers pendant un jour; si l’ouvrage auquel il veut les employer est tel qu’U puisse être accompli et échangé contre de la nouvelle subsistance dans l’espace d’un mois ,il est clair qu’il pourra tenir habituellement àscs gages mille ouvriers ,parce que, vendant chaque jour le produit du travail de ces mille ouvriers, il renouvellera constamment son fonds, de manière qu’il devra lui suffire pour maintenir toujours le même nombre d’hommes àperpétuité :scs ouvriers feront donc pour lui dans une année 5Ü5,000 journées de travail. Qu’un autre homme dispose précisément de la même quantité de subsistance ,mais-que le genre d’ouvragequ’il entreprend, soit tel >
commerciale. 22g tpi’ü faille une année révolue pour qu'il en échangé les fruits contre de nouvelle subsistance ,comme il arrive ,par exemple ,à 1agriculteur, il ne pourra payer en tout que trente mille journées d'ouvriers pendant le cours de 1annee, ou, fUnportant l’autre, il uaura àson service que quatre-vingt-deux ouvriers et une fraction chaque jour. Il est onc clair que le premier lera dans un tems donne douze fois plus d’ouvrage avec le même capital que le second (t). Nous avons compare aux semences du laoureur le capital circulant, employé comme salaire necessaire :la nation dont'le capital circule avec assez de rapidité' pour revenu plusieurs fois dans l’annee àcelui qui ie premier, famjsen Œouveniem ,£’ la meme situation que le laboureur de ces chmats heureux, qui peut demander succès ~dAia , mé“C-- «a quatre récoltés dans la même annee. des jours de dansce caJcu] détenir compte d’autrë ^50 ,1 faudroit déduire de part et P3
a5o De La Richesse Ce n’est pas seulement la rapidité du retour du salaire nécessaire qu’il faut considérer ,mais la circulation totale du capital ;car l’entrepreneur d’un ouvrage ne pouvant point changer la proportion courante entre le salaire nécessaire et le superflu , non plus que celle entre la partie du capital qui paie le salaire ,et la partie qui fournit des matières premières ,des outils, etc. ,ne peut rappeler ses travailleurs à l’ouvrage que quand la totalité de son capital lui est rentrée :la mesure commune de tous les capitaux étant le numéraire , ceux qu’un entrepreneur destine àun certain ouvrage, sont représentés avec exactitude par leur rapport avec une somme numérique ,quoique l’or et 1argent ne soient point nécessaires àleur circulation qu’ils ne font que faciliter. On dira donc qu’une manufacture demande un capital de cent mille écus ,plutôt que de trois cent mille journées de travail, parce que ce travail ,ni la subsistance qui le commande ,ne suffisent point pour mettre la manufacture en mouyement ,et qu’il faut beaucoup d’autres cho-
COMMERCIALE. 201 ses dont l’argent est la mesure commune $ chose qu’il procure ,bien qu’il ne les remplace pas. Cependant, la circulation n’est point achevée lorsque le producteur avendu sa marchandise,et achange’ son capital contre de l’argent avec lequel il peut recommencer le travail $ elle est bien complète pour lui ,mais elle ne l’est pas pour la nation dans le sein de laquelle elle s’opère. Une vente, nousl’avons déjà observé, n’est que la moitié d’un troc ; or, la circulation n’est réellement accomplie que quand le troc est achevé, et que le consommateur aappliqué àson usage la chose produite ,après se l’être procurée en échangé d’une autre qu’il aproduite luimême ou fait produire. Tant qu’une chose nest point appliquée àson usage par le consommateur ,le capital qui l’a produite existe toujours en elle jce n’est donc pas ememe capital, mais un nouveau ,qui retourne entre les mains de l’entrepreneur,• et donne de l’activité àson travail. L’exiV tence de ce nouveau capital est due, comme nous le verrons bientôt ,àla division des P4
23aDe la Richesse capitaux nationaux ,dont une partie, qui demeure entre les mains des marchands , est destinée àremplacer alternativement tous les capitaux des producteurs. Il faut remarquer que je prends ici le mot de circulation dans son sens le pins strict; Ilerrenschwand aobserve avec raison, (Ëcon. polit, et mor., vol. H., p. 112}que ce mot étoit employé’ improprement toutes les fois qu il ne de'signoit pas un mouvement qui ramenât, en se terminant, la chose circulante à la place d’où elle etoit partie lorsque le mouvement avoit commence. C’est précisément ce qui arrive au capital circulant; il décrit toujours un cercle ,et revient toujours entre les mains de son premier propriétaire, lequel lui adonné l’impulsion ;et c’est ce qui n’arrive jamais au numéraire ,qui peut passer de mains en mains, sans jamais revenir àcelles de son premier détenteur. J’ai cependant désigné par le même mot ,la circulation incomplète de ce dernier ,l’usage m’autorisant àle faire. L’avantage que l’entrepreneur d’une fabrique trouve au travail qu’il dirige ,est ce
COMMERCIALE. 355 que nous avons déjà désigné sous le nom de profit mercantile ;il fait partie du prix de la chose produite ;mais l’avantage qui resuite, pourla nation, d’un travail fructueux, est égal ala totalité’ du prix de la chose produite 5car ce prix se divise tout entier en salaire necessaire, salaire superflu, profit, et rente jil remplace le capital qui doit animer 1industrie ,et paie leur revenu àtoutes les classes de la société. On comprend, d’après cela, que deux capitaux, dont l’un circideroit lentement ,et l’autre rapidement , pourroient donner le même profit àleurs propriétaires ,mais qu’il est impossible qu ils donnent le même revenu àla société'. Supposons, en effet, deux fabricans de toiles établis dans la même ville ,qui tous les deux possèdent un capital de cent mille fr., et l’emploient tous les deux en entier àW commerce. L’un des deux vend ses toiles en Amérique ,avec un bénéfice de vingt-cinq pour cent jmais, soit àcause de l’éloignement ,ou àcause du besoin de capitaf en Amérique ,il ne peut être payé et recommencer l’ouvrage qu’au bout de deux ans.
554 De la richesse Il sait que c’est une conséquence d’un pareil commerce, et, pour n’avoir jamais besoin de fermer son atelier en attendant des remises, il ne consacre que 5o,ooo francs chaque année àproduire ,et son profit annuel est de 12,5oo francs. Son confrère, au contraire, vend àsa porte les toiles qu’il fabrique , et dont la consommation se fait toute dans rinte'rieur :il ne gagne, àla ve'rite', que deux et demi pour cent dessus, mais il est paye' comptant., et avant trois mois la circulation de son capital s’est opérée ;en sorte qu’il a pu recommencer l’ouvrage ,et que dans l’année il afabriqué pour 4oo,ooo fr. de toiles, et obtenu un profit de 10,000 fr. Quoique l’un des deux prenne sur la même marchandise un bénéfice dix fois plus fort que l’autre, ces deux commerces paroîtront également avantageux aux négocians qui s’y livrent ,parce que leurs profits ne seront entr’eux que comme cinq est àquatre ; et que cette différence ne sera considérée que comme une juste compensation de linquiétude que cause toujours l’éloignemcn1 du marché. Mais, pour la nation ,_il yaura
COMMERCIALE. 235 bien une autre différence entre ces deux commerces ;car l'intérieur lui procurera pour 4oo,ooofr. de productions ,et l’extérieur seulement pour 5o,ooo. Dans ce cas-ci cependant ,comme dans tous les autres , lorsque le commerce est libre ,l’mte'rêt du particulier est le même que l’inte'rêt general 5il ne convxendroit pas àla nation , pour avoir un produit beaucoup plus grand , de renoncer àtous les commerces où le capital circule lentement :l’agriculture ellemême se trouveroit comprise dans cette proscription ,quelque necessaire qu’elle soit àla prospérité publique. Les bénéfices que procure chaque branche d’industrie ,se proportionnent naturellement au besoin qu’en ale peuple ;et pour que le capitaliste reste attaché acelles où la circulation est plus lente ,le consommateur qui abesoin de lui, consent àlui céder de plus grands profits. Mais il faut seulement en conclure que c’étoit une politique bien fausse que celle qui altéroit cet équilibre naturel, en accordant au commerce exte— Tieur, dont les retours sont fort lents ,des
2^7 .De la Richesse même tcms une autre industrie nationale pour les payer; son effet est donc double dans le Département de l'Aude, ou dans les Départemens voisins, et les marchands qui les débitent remplacent toujours alternativement deux capitaux françois. Tout auprès de cette manufacture en existoit autrefois une autre beaucoup plus brillante ,celle de Carcassonne, qui ioumissoit avant la révolution 56 mille pit Jes de drap par année. Côtoient les plus beaux du midi de la France, et cette manufacture importante, qui ne produit plus que le quart de ce qu'elle faisoit autrefois ,excitoit tout l'intérêt du Ministère. Elle l'eücituit surtout ,parce que les draps qui en sortoient se vendoient presque tous àl'étranger, et augmentaient par conséquent, disoiton, la richesse nationale ,en assurant des balances de commerce favorables. Sous ce rapj»ort -là précisément ,la fabrique de Carcassonne étoit de moitié moins iinportànte que celle de Chalabre. Le capital employé dans la première animoit bien deux industries ,lune pour produire l'étoffe ,et lautre pour la payer ;mais l’une seulement
commerciale. 245 de ces deux industries étoit françoise, l’autre étoit celle des Levantins. En effet ,le négociant de Marseille qui se rendoit l’entremetteur entre le fabricant de Carcassonne et le marchand des Echelles ,remplaçait alternativement, toujours avec un capital françois, le capital de l’un et l’autre; et si l’on ne veut considérer que l’argent, tantôt il payoit le fabricant de Carcassonne pour ses draps , tantôt le marchand de Smyme pour son buile ,son riz ,et son café ;tandis que son argent lui étoit remboursé par le consommateur dès deux nations. Le profit de son commerce pouvoit être le même ,ou pouvoit être plus grand que celui d’un commerce intérieur ;mais l’avantage pour la nation étoit infiniment moindre, car la somme qu’il auroit employée àremplacer deux capitaux françois ,auroit par chaque circulation fait travailler deux fois plus ,et augmenté deux fois plus la richesse nationale ,que la même somme lorsqu’elle ne mettoit qu’un seul travail français en mouvement :àquoi üfaut ajouter encore, que les retours d’un commerce au Levant étant infiniment plus tar- Q2
344 De i. aRichesse difs ,il auroit fait circuler trois ou quatre fois son capital en France ,avant que détr<y payé d’un seul envoi fait aSmyrne. Si l’on pouvoit une fois se convaincre que l’argent n'est pas la seule richesse d'une nation ;que toutes les fois qu elle possède en abondance des marchandises et du travail accumulé ,elle trouve facilement du numéraire; que comme qu’elle fasse, ce dernier ne s’accumulera pas chez elle ,et que sil le faisoit ce seroit pour sa mine ;qu enfin elle s’enrichit toutes les fois que les produits de l'agriculture et de l’industrie augmentent; on comprendroit quelle napoint besoin pour cela des étrangers, et l’on ne setonneroit pas d’une chose toute simple ,savoir :que le commerce faisant l'avantage tant de l’acheteur que du vendeur ,il soit deux fois plus profitable hla nation lorsque l’une et l'autre de ces deux personnes lui appartiennent ,que lorsque l'une* des deux est étrangère. 3
CHAPITRE IX. Direction naturelle des capitaux. No, avons vu que le capital accumulé étoit nécessaire pour mettre en mouvement un travail productif, et qu’il étoit également nécessaire aux propriétaires de ce capital de le faire travailler pour qu'il devînt fructueux pour eux. Xous avons vu encore que pouvant maintenir àleur choix la classe d'ouvriers qu ils croyoient la plus profitable ,les capitalistes lorsque le commerce étoit libre ,réduisoient tous les genres d'industrie au même niveau davantages. Il ne nous reste plus qu’à examiner comment une nation pauvre, avec un capital donné qui s’accroît progressivement par l’économie et la liberté du com- Q3
s46 De uRichesse nicrce ,parvient successivement hfaire végéter tous les différens rameaux de l'industrie nationale. Ce n’est pas qu’un pays puisse ou doive ambitionner de réunir tous les genres de production»; il yen apour lesquelles le climat, la position ,le g»nie des habitons sont plus propres ;les Etats qui ne pourroient lutter contre ceux -ci qu’avec désavantage doivent leur abandonner une industrie qui ne leur convient pas. C’est aussi ce qui arrive ,àmoins que le Gouvernement n’intervienne pour changer l’ordre naturel des choses; le négociant s'en tient aux manufactures où il peut faire valoir son capital avec avantage ;jamais il n'en établit une qui ne lui renda pas le profit juste et raisonnable qu'il peut attendre de toute autre ;or ce profit il ne peut l’espérer ,si les produits de se« ateliers sont inférieurs en qualité ou supérieurs en prix hceux des peuples que leur position appelle ùfaire plus avantageusement le même commerce. Tant qu’une nation n’a pas des capitaux très considérables ,et ce doit être le cas d&
COMMERCIA* LE. 347 la France ,après une guerre ruineuse ,une révolution désastreuse ,et un système de finances aussi destructeur que celui des assignats ,elle ne peut pas produire de tout. La consommation d’un pays vaste et peuplé requiert une production prodigieuse ;mais cest pour celle des objets de première nécessité que l’on ressent le besoin le plus pressant douvrage ,aussi l’industrie àlaquelle elle est due ofFre-t-elle un profit plus considérable ,attire-t-elle plus puissamment les capitaux ,et affame-t-elle toute autre industiie moins féconde. Ce sont les marchandises les plus volumineuses qu’il devient le plutôt profitable de produire sur les lieux où elles doivent se consommer, parce que c’est celles que le transport renchérit le plus. Si nous devions tirer notre blé et notre bétail du pays d’où nous tirons nos épiceries ,àquel prix prodigieux ne nous reviendroient-ils pas !L’intérét de la nation ,celui du consommateur et celui de chaque capitaliste ,exigent donc que les premiers capitaux disponibles soient employés àl’avancement de l'agriculture. Q4
2*4® De taHichessk Plus on consacre de capitaux àla culture de la terre, plus on peut augmenter ses produits ;quand on considère tout ce que le maraicher retire de son sein, on croiroit àcet égard ses facultés infinies. Tous les capitaux que possède aujourd'hui la France, ne suffiroient pas pour porter son agriculture au terme de prospérité le plus «.-levé auquel elle puisse parvenir. Mais ce n'est point àprésent qu’une pareille masse de capitaux peut être employée au service de l'industrie rurale; quand celle-ci en aabsorbé la partie absolument nécessaire pour la nourriture de la population actuellement existante, on n'obtient plus des profits si considérables en consacrant de nouvelles richesses àfertiliser la terre ,et les autres branches dindustrie réclament celles qui restent, par l'offre de prcn flts proportionnés àl'importance de chacune. Lorsque la population et la richesse s'accroissent ,le moment vient de nouveau de faire de plus grands sacrifices pour tirer plus de fruits de la terre ,et l’augmentation de son produit brut marche dun pas égal avec le perfectionnement des autres arts utiles.
commerciale. 249 Les capitaux qui lors des premiers développemens de l’industrie ne sont pas absolument nécessaires àl’agriculture ,sont réclamés par celles d'entre les manufactures de nécessité première dont les produits ne peu- 'ent P^que pas supporter les frais de transport :de ce nombre sont plusieurs d’entre les étoffes qui servent àl’habillement depauvres ,comme aussi les meubles ,et presque tous les outils d’agriculture. Si le pays n'a de capitaux que précisément ce qu il lui en faut ,pour mettre en mouvement ses laboureurs ,ses artisans ,et les fabricans des marchandises les plus volumineuses ,il faudra qu'il attende avant d’entreprendre rien d’autre, que ses capitaux aient été multipliés par son travail ,et par l’économie que chaque classe de la société pourra faire sur son revenu. Car il n’est pas douteux que si dès cette époque ,il entreprend quelqu’autre ouvrage ,üfaudra pour mettre ses nouveaux ouvriers en mouvement ,qu'il ôte aux anciens et aux plus nécessaires une partie de leur subsistance ,et qu’il ferme leurs ateliers .Ce renversement de l'ordre
De t. aRicitesse 2S0 naturel n’aura jamais lieu de lui-même ,les ouvriers les plus nécessaires étant ceux pour lesquels le consommateur fait le plus de sacrifices et auxquels il accorde les plus gros profits ;mais il peut résulter de 1impéritie du Gouvernement, si pour favoriser une nouvelle manufacture ,celui-ci fait en sa faveur avec les revenus de la société des sacrifices plus grands encore que ceux que faisoit le consommateur. INous verrons dans les livres suivans tous les maux qui résultent d'une faveur si impolitique ;nous pouvons cependant ,daprès ce que nous avons déjà dit , prévoir dès àprésent les suivans :i°. D'entre les ateliers les plus nécessaires àla nation , plusieurs seront fermés faute de capitaux , et plusieurs dentre les ouvriers qui ne seront pas propres àl’industrie nouvelle perdront ainsi leur gagne-pain. 20.Ceux des consommateurs qui malgré le sacrifice qu'ils étoient disposés àfaire ,ne trouveront plus dans le pays les objets de première nécessité qu'il leur convenoit d’y faire fabriquer, seront obligés de faire un sacrifice plus grand encore pour les tirer du dehors. 5°. La perle
COMMERCIALE. 25I qu aurafaite le Gouvernement pour établir la nouvelle manufacture ,sera supportée par les revenus nationaux ,et cette dépense sera encore augmentée par les frais du Gouvernement ,soit pour lever limpôt ,soit pour appliquer son produit. Le revenu national sera donc diminué de tout celui qu’auroient donné les ateliers qu’on afait fermer, de tout celui que sacrifie le consommateur pour ysuppléer, et de tout celui qu’on ôte au contribuable au delà de ce qui parvient au nouvel artisan. \oilà les moindres pertes qui puissent résulter d'un monopole ,nous verrons par la suite qu il en cause souvent bien davantage. Si le Gouvernement n’intervient point pour changer la marche naturelle des capitaux ,ils donnent le profit le plus considérable qu’ils puissent donner, et les consommateurs font pour se procurer ce dont ils ont besoin le moins de sacrifices qu'ils puissent faire, eu égard à Iétat du pays qu'ils habitent Los revenus sont donc d’une part les plus forts possibles, de 1autre ,ceux àqui ils appartiennent peuvent les employer avec le plus grand avau-
DF. ÀRichesse â56 entre cinquante chefs d'atelier ,il suffit h entretenir chacun d’eux toute 1année ,en ne l'occupant que dune seule des opérations de cette fabrique. Cet accroissement des capitaux qui est presque toujours la cause première de 1éta- blissement dune nouvelle manufacture, et du bon marché de ses productions ,acependant sur quelques autres 1effet toui contraire ,celui de les faire fermer ,ce sont celles dans le prix desquelles le salaire entre pour une plus grande part que le profit :car plus les capitaux abondent ,et plus luttant les uns contre les autres pour attirer les ouvriers ,ils doivent renchérir leurs journées. L’on ne peut rien souhaiter de plus heureux pour une nation quune lutte semblable ,puisque son résultat est l’aisance universelle ,celle sur -tout des hommes qui ne vivent que du trav ail 'de leurs mains. Il Vacertaines manufactures qu’un très petit capital suffit pour mettre eu mouvement ,parce que la matière premic est de peu de valeur ,et qu elle en acquiert une très considérable par le travail d
COMMERCIALE» 237 seul artisan. Le point de France et d’Alençon ,la dentelle de Flandre et celle de Mirecourt sont des exemples de cette espèce de manufactures; les femmes qui les travaillent ne gagneient que 23 à40 centimes par jour suivant le xhabileté :si le salaire de ces femmes venoit hdoubler ,la manufacture ne pourroit probablement plus se soutenir ,la diminution du profit d’un seul entrepreneur, ne pouvant sumre pour couvrir le doublement du salaire qui constitue les sept huitièmes du prix de cet ouvrage. Observons au reste que si ce doublement du prix du travail ,provient de ce que les impôts ou toute autre cause ont double le prix des ebiets de première nécessité ,ce n’est que la valeur nominale du salaire nécessaire qui aaugmenté ,tandis que sa valeur réelle est restée toujours la même ,en sorte que l’aisance des faiseuses de dentelles ne s’est point accrue ,et que le revenu de la classe ouvrière de la société n’est pas plus ample qu’auparavant :mais si les objets de première nécessité restant au même prix ,les salaires sont deux lois plus élevés ,1aug- Tome I. ^
258 De la Richesse mentation de ceux-ci est le signe dune plus grande recherche de travail. Cest dans ce cas que la chute de la manufacture t.e dentelles seroit une preuve de la prospérité nationale ,puisqu’elle démontreroit que les artisans gagnent deux f* is plus par un autre travail ,et que leur salaire superflu ou le revenu de la classe ouvrière est augmente du double. IjC bas prix de la main dœuvre permet donc toujours aux pays pauvres de vendre certaines productions àmeilleur marché que les pays riches ;aussi l’Angleterre, la nation la plus riche de l’Europe ,a-t-elle toujours besoin de celles qui ont moins de capitaux quelle, non-seulement pour les productions qui ne sont pas propres àson climat ,mais encore pour celles dont le prix est surtout composé de main d'œuvre ;tandis qu elle peut vendre meilleur marché que toute autre nation celles dont le prix est surtout composé de profit ;elle tire des dentelles et des toiles de la France et de 1Allema- gne ,delà bonneterie de l’Ecosse ,et elle distribue des étoffes, de la quincaillerie,
COMMERCIAL E. a59 et des marchandises qu’elle aimportées des Indes ,et non ouvré elle-même ,àtout l'Occident. Quelqu’accroissement que prenne la richesse nationale ,elle n’élèvera jamais les salaires des ouvriers jusqu’au point de ne plus laisser davantage àceux qui les feroient travailler. Dès l’instant qu'enhardis par la concurrence entre les entrepreneurs de manufactures ,les ouvriers formeroient la prétention déraisonnable de priver les capitalistes de tout ou de presque tout profit sur leurs ouvrages ,ceux-ci destineroient une assez grande masse de capitaux au commerce étranger ,pour laisser un vide dans leur pays ,et pour que les journaliers privés douvrage fussent obligés de rabattre de leurs demandes. D’autre part ces ouvriers , pourvu que le commerce et les manufactures soient libres ,supposition d’après laquelle nous partons toujours ,seront constamment assurés, si leur pays est riche , d’y retenir en modérant leurs demandes , une masse de capitaux suffisante pour animer leur industrie. Ra
a6o De la Richesse Lorsque les capitaux d'une nation occu pont tous ses ouvriers ,remplissent tous les canaux de son industrie ,de sun agriculture ,de son commerce intérieur ,et qu’il en surabonde encore ,les capitalistes qui ne peuvent les laisser oisifs sans perdre leurs revenus ,cherchent àemployer utilement le surplus au dehors. Dans les comjuenceinens de la prospérité croissante de la nation dont nous suivons les développemens ,les marchands étrangers apportoient dans ses marchés les productions étrangères dont elle avoit besoin ,et yprenoient en échange celles qu'elle destinoit hl'exportation. Le capital de ces marchands en remplaçant celui du producteur national , redoubloit son activité ;mais bientôt les capitalistes nationaux ,ne trouvant plus assez d'occupation àl'intérieur ,veulent partager le profit des importateurs ;au lieu d'attendre chez eux les marchandises de l'Amérique ou de 1Inde ,ils les vont chercher dans les contrées qui les produisent et yP°r' -ti nt les leurs en échange. Placés plus avantageusement qu'aucun étranger pour acheter
commerciale'. iGt et vendre dans leurs propres marchés ,si leur capital suffit pour faire tout leur commerce d’exportation ,ils sont assurés de l’attirer àeux tout entier. INous supposons toujours une société dont les capitaux sans cesse accrus par 1écono- mie ,remplissent bientôt tous les canaux dans lesquels ils coulent. L’agriculture, les manufactures ,le commerce intérieur ,et celui d’exportation, en ont retenu tout ce qu’ils en peuvent occuper ;il en reste dautres encore; certainement leurs propriétaires ne les laisseront pas oisifs ;ils feront des commandites aux marchands étrangers des prêts aux propriétaires, et aux chef* de manufactures des pays les plus éloignés , ils se présenteront pour tous les emprunts que feront tous les Gouvernemens du monde ,eux-mêmes enfin ils entreprendront le commerce de transport de toutes les autre» nations ,ils approvisionneront les unes aux dépens des autres ,et devenus les courtiers de l’univers ,ils mettront leurs capitaux au service de tout le monde ;leur pays n’en retirera que le profit ,tandis que l’usage en R3
3Ô2 De la Richesse sera cédé en entier àdes étrangers. Les Ilollandois étoient parvenus àce faite de prospérité ,ainsi que quelques peuples plus petits ,et dont l'histoire est moins brillante , tels que les Genevois, les Neuchâtelois , les Bâlois :la révolution aenglouti les capitaux des uns et des autres ;mais s’ils avoient continué hmultiplier ,ils auroient constamment trouvé de l'emploi ,et procuré du profit àleurs maîtres ;car les bénéfices des capitalistes ne devraient s'arrêter ,que lorsque la totalité de la surface du globe aurait été portée au plus haut point de culture dont elle soit susceptible ,que ses produits auroient reçu du travail de l'homme tout le perfectionnement qu'ils peuvent en recevoir, et que la population pour les consommer serait arrivée au point le plus élevé où elle puisse parvenir. Jusqu’alors il y tiuroit toujours quelque part du profit à faire en faisant du bien ,et les capitaux qui non plus que les capitalistes ne sont point enchaînés au pays qui les avu naître ,iraient constamment chercher l’avantage du public et le leur ,jusquà ce que
COMMERCIALE. 2Ô0 te bien fut opéré :or ,comme cette prospérité de la terre entière ne pourroit se soutenir que par la paix de tout 1univers , l’abolition de l’ignorance et de la barbarie , et celle de tous les mauvais Gouvernemens du monde ,elle est bien plus reculée dans le pays des chimères que la paix universelle de l'abbé de St. Pierre. Aussi longtems qu’il yaura des despotes sur cette terre pour détruire le fruit des efforts des capitalistes ,on ne doit point craindre qu’à force de faire le bien ,ceux-ci n’en trouvent plus àfaire. Revenons cependant àl’accroissement progressif des capitaux ;l’on sent que leur marche ,lorsqu’ils vont chercher un emploi plus profitable dans un autre pays ,doit altérer la balance des importations et exportations. La nation qui entreprend un commerce étranger qu’elle n’avoit pas auparavant devient prêteuse ,et pour solder la balance , elle reçoit en échange d’un capital qui surabonde chez elle, non pas des marchandises d’égale valeur, mais des créances. Lorsqu elle entreprend le commerce du dedans au dehors, R4
De la Richesse 264 elle prête une fois pour toutes la valeur de ses exportations ;ce n’est pas qu’au bout de l’année on ne lui en paye le montant , mais àla même époque elle ad<“jà fait un second envoi aussi considérable que le premier, en sorte quelle est toujours hdé-cou- vert pour la même somme vis-à-vis de la nation étrangère avec laquelle elle trafique. C’est ainsi que l'Angleterre est créancière de la France pour toute la valeur de ses exportations annuelles ,quelle fait passer en contrebande des capitaux destinés à mettre en activité le commerce de sa rivale , et que dans cette lutte singulière, les Angkûs trouvent leur intérêt ànous faire du bien malgré nous ,tandis que nous employons toutes nos forces pour les en empêcher. Un François qui n’a absolument point de fonds ,sil peut obtenir du crédit chez les fabricans et les banquiers anglois ,n'hésite pas àentreprendre le commerce de marchandises angloises :il achète dans le courant de l'année pour 10,000 sterl. payable dans quatre ou six mois ,et il paye chaque çnvoi l'un après l'autre àl’échéance P;,r
COMMERCIALE. 260 une traite sur son banquier de Londres; celui-ci lui fait crédit pour un tems au moins aussi long; le François, àmesure qu’il fait de l’argent avec sa marchandise ,envoie des remises au banquier ,mais en même tems il tire de nouveau sur lui ,et donne de nouvelles commissions au fabricant ,ensorte que ,quoiqu’il paroisse payer régulièrement ,il peut cependant négocier toute sa vie ,sans avoir d’autre capital que ce premier emprunt fait pour un an. La régularité de ses pavemens augmentera son crédit ,il pourra quitter ses premiers marchands pour s’adresser àd’autres ,et sera sur d’en être écouté. Les profits de son commerce se proportionneront toujours àce capital qui n’est point àlui ,et qu’il paroît ne posséder que pour un an ,tandis que dans le fait le premier envoi est un prêt fait àperpétuité , qu'il ne remboursera que lorsqu’il renoncera au commerce ,et qu’il aréellement payé comptant tous les envois subséquens. Ses profits ne seront pas le seul avantage qu’en retirera la nation ,elle sera effectivement enrichie de 10,000 liv. sterling ,qu’elle possé-
2j2De la Richesse influence sur l’aisance nationale n'est point en raison de leur valeur totale, mais seulement en raison des profits qu'ils rapportent à leurs maîtres. Aussi tout ce que nous osons avancer sur le capital circulant ,c'est que celui de la France ,proportionnellement à ses besoins, est infiniment moins considérable que celui de 1Angleterre ,quoiqu'il dépasse de beaucoup, même aujourd'hui ,les limites qu’on lui avoit assignées dans le tems de la plus grande prospérité du commerce françois, lorsque ne reconnoissant d'autre capital que le numéraire ,on l'évaluoit àun ,ou tout au plus àdeux milliards de livres.
LIVRE SE CO ND. DES PRIX. CHAPITRE PREMIER. Quelle est l'origine du prix de chaque chose : Après la formation et la progression des capitaux ,la partie de leconomie politique qui paroit exiger de la part du Législateur du commerce les connoissances les plus approfondies ,c’est celle qui enseigne àdistinguer l’origine du prix des choses ,et les causes qui le déterminent. D’une part en effet ,le prix ,comme base de tous les éclianges auxquels on doit l’accumulation de la richesse nationale ,influe singulièrement sur le résultat de ces échanges, de 1autre le Législateur peut, même sans le Tome I. c
De la Richesse 374 vouloir ,altérer les prix de différentes manières, mais presque toujours au désavantage de La société. Dans ce second livre nous examinerons quelle est l'origine des différons prix de chaque chose ;comment on peut les évaluer de deux manières, en les comparant au numéraire ou au travail ;quels ils doivent être pour Lavantage de la nation ;comment enfin la loi influe sur les prix, soit par des règlemens financiers dont le but est daccroître les revenus du Gouvernement, >oit par des dispositions générales ,dictées par quelque système ,et destitu es haccroître la richesse de toute la nation. Ia* prix est en général la quantité dune espèce de richesses ,hlaquelle on estime qu’une autre espèce de richesses est égale. Depuis que l'introduction du numéraire dans les échanges ,lui adonné une valeur hpeu près uniforme dans le monde commerçant ,on le choisit en général pour terme de comparaison. Nous examinerons dans le chapitre suivant les avantages et les inconvénicns de cette comparaison ,ma14
COM 3!EKCIALB 27» dans celui-ci nous en profiterons pour reconnoître les points fixes d’où l’on part pour déterminer chaque prix. Quel doit être le prix du vendeur lorsqu’il propose un échange ?certainement il n’est pas arbitraire, et doit dépendre d’une certaine valeur intrinsèque de la chose qu il offre de céder. Nous avons dit que c’est au travail des hommes ,que nous devons toutes les choses auxquelles nous reconnoissons quelque \aleur ;en suivant depuis sa création celle dont nous cherchons le prix, nous verrons en effet hquel travail elle est due’, et contre quel travail exigible on peut à bon droit l’échanger. Cest dans les matières premières ,qu'il faut chercher la valeur originale des choses manufacturées ,avant que de la suivre au travers des différentes gradations par lesquelles elle s’élève; or les productions de la nature sont toujours la matière première de toute possession de l’homme :leur valeur est également née de son travail ,mais sans l’aide de la nature ,ce travail eût été impossible. S3
De la Richesse 276 Toute matière première que l'homme possède ,soit qu’il l’ait recueillie sur la surface de la terre ,soit qu il l’ait arrachée de son sein ,ou de celui des eaux ,comprend réellement en soi ,1-° Le salaire tant nécessaire que superflu des ouvriers qui l’ont produite ,ou appropriée àl'usage de 1homme, tel que l'entrepreneur le leur apayé. a.° La rente des capitaux fixes employés àsa production ,et qui ont aidé par leur accumulation le travail de l’ouvrier. Le rapport de cette rente au capital qui la produit, est déterminé par le rapport moyen entre le profit du commerce et le capital circulant :le capitaliste n’ayant aucun intérêt àfaire circuler son capital ,plutôt qui le fixer ,ou vice versa ,choisit entre ces deux emplois celui qui lui rapporte le profit le plus considérable ;or la concurrence libre entre tous les capitalistes ,doit nécessairement produire l’équilibre entre les profits de tous les capitaux. 5.° Le profit que l’entrepreneur doit faire, proportionnellement àla masse de richesse mobiliaire qu’il aavancée aux journaliers, et hla
COMMERCIAL E. 377 durée de cette avance. Le rapport entre ce profit, et le capital sur lequel il est pris, est fixé dans un teins donné par.la concurrence :les capitalistes n'étant pas plus attachés àun genre de production qu'à un autre, se portent vers celui qui rend davantage, et rétablissent l’équilibre, ainsi que nous l'avons vu au livre précédent ,en parlant du profit moyen. Lorsque le salaire payé est réglé au taux moyen de ceux que l'on paye dans le même tems et le même lieu ,que le profit et la rente sont évalués de même ,et que tant le travail que le capital, ont été employés d'une manière aussi industrieuse et aussi avantageuse qu’on le pratique communément dans un tems et un lieu donné; le prix de la matière première, fixé d'après ces trois bases, est aussi bas qu’il puisse être ;il ne peut être porté plus bas sans perte pour les producteurs et les entrepreneurs ,et par conséquent sans que ceux-ci se dégoûtent et quittent le travail. Nous appellerons prix nécessaire celui d'une matière première qui n'excédera pas cette pro- S- S
De la Richesse 278 portion :étant le plus bas possible ,il n'occasionne aucune perte àl’acheteur, et procure cependant aux producteurs les trois espèces de revenus ,un profit ,«ne rente, et un salaire superflu. Uest très important de se convaincre que ces trois revenus peuvent exister, sans occasionner aucune perte aceux qui les payent. IVous devons nous rappeler que le travail de l’homme, avant sa civilisation et l’accumulation de brichesse nationale, ne produisoit que tout piste de quoi pourvoir à sa subsistance ;mais qu’à mesure qu’un capital plus considérable l’a fourni de meilleurs outils .qu’un marché plus étendu souvrant devant lui ,de nouveaux capitaux l’ont mis en état de diviser et subdiviser les professions ,il afait toujours phis dbuvrage comparativement àcelui que ses seules forces physiques l’auroient nus à portée de faire ,avant l'accumulation des capitaux. Il existe donc un superflu de production par delà le remboursement du •a laire nécessaire de l’ouvrier auquel elle est due..
COMMERCIALE. Ce superflu peut être évalué en soi-même, ou relativement au revenu qu'il produit , et ces deux évaluations sont fort différentes. En soi-même ,il est égal àla différence entre le travail qu’auroit coiité la même production àun homme qui n’auroit point été assisté par l’accumulation du travail antérieur de ses semblables ,et le travail qu elle acoûté àl’ouvrier productif :voilà en effet quelle est la quantité dont le perfectionnement du travail enrichit la société, '•lais relativement au revenu qu’il produit, ii ne faut point l’estimer ainsi ,car on ru? trouverait jamais de. consommateur qui formât de demande pour un travail aussi énorme ,ou qui consentit àle rembourser comme s’il avoit été fait réellement. On ne demanderait jamais, par exemple, qu’il se fabriquât des épingles ,si l’acheteur devoit donner en échange pour les obtenir ,les fruits d’un aussi grand travail que celui qui seroit nécessaire àun sauvage poulies faire. Il faut donc que ce superflu se partage entre les consommateurs et les producteurs ;que les derniers offrent aux pres4
De la Richesse 3<So Tiiicrs un assez grand avantage pour les engager àse charger des fruits de leur industrie ,et que les premiers abandonnent aux derniers un assez grand bénéfice ,pour les engager àappliquer effectivement leur industrie, et l'accumulation de leurs capitaux ,àce genre de productions :il se fait donc un partage libre de ce superflu du travail ;la part la plus considérable est toujours celle du consommateur ,c’est l'accroissement d'aisance que la nation dérive du perfectionnement de son industrie et de l'augmentation de sa richesse. La part de ce superflu qui reste au producteur forme d'un autTe côté le revenu national. Si le consommateur se refusoit habandonner au producteur une partie du superflu du travail ,celui-ci n'auroit plus aucun intérêt àemployer ses capitaux accumulés pour augmenter ses productions ,et il ne se feroit plus dans la nation que cette espece de travail brut ,que faisoient les hommes dans l'origine des sociétés ,et qui ne laisse aucun superflu. Loin donc que le consom mateur eût gagné par son épargne ,il Fr*
COMMtK^I ALF. 28l droit toute cette partie du superflu dont il profite dans les échanges ;en sorte qu il est de son intérêt de payer toujours assez de salaire superflu ,de profit ,et de rente, pour encourager le travail perfectionné :ce travail qui lui donne un bénéfice très confié - raide n'existeroit pas ,s'il ne récompensoit ceux qui augmentent scs effets par lemploi de leurs capitaux ;et lorsqu'il traite avec eux au rabais ,qu'il ne leur donne que le moins dont ils veuillent se contenter pour le servir, il est clair qu'il ne paye qu’un prix nécessaire ,sans lequel la production seroit arrêtée, et qui par conséquent ne lui cause point de perte. Aucune matière première ne peut être réduite à son prix nécessaire, qu autant que la terre ou portion de terre qui l’a produite n'appartient àpersonne ;car si cette portion de terre dépend d’un propriétaire celui-ci n’abandonnera pas gratuitement son droit sur une partie des produits de sa possession ,etl’entrepreneur aura dù lui payer 1ouvrage de la nature dans la production de la matière première ;auquel cas il aura
388 Dr. la Richesse ri ps salaires, profits, et rentes nécessaires peur les mettre àla portée des cclieteurs ,calculés au prix courant ,dans un teins et un lieu donné ;et que ce prix intrinsèque qui procure 5la société ses revenus ,peut n’occasionner aucune perte au consommateur (i). (i) Peut-être le lecteur comprendra -1- il mieux comment le prix d'une matière ouvrée contient les salaires nécessaires et superflus, le profit et la rente, si on lui en présente une espece de compte de production. La manufacture que j'ai choisie pour servir d'exemple, parce que je la connois moins mal que les autres, est celle desoie du Val de Nicvole en Toscane. Repartition du prix des produits dune manufacture de soie. Première production. Portion du prix d’achat de 6000 milliers de livres de mûrier ,payée aux proprietaires , à24 le (Rente foncière )L144,000 Portion du prix d’achat de la même feuille, payée aux métayers, tRemboursement de leur capital circulant , et profit. )àJ2 le ^.92,000 P;odui: brut de l’agriculture. L. 356,000
COMMERCIALE.' 389 Ce n’est point cependant sur le prix intrinsèque que l’acheteur calcule le sacrifice Transport. L. ^Deuxième Production, 300,000 livres de cocons, valant .L. 400,000 336,000. 120,000 journées de femmes ,employées pour les vers àsoie, pat 4,000 familles de paysans : Salaire nécessaire ,40 cent. Salaire superflu, 10 cent. . Profit, 6|p. |de l’avance des salaires. ........ 48.000. 12.000. 4,000. __ Valeur des cocons. ..L. 400,000. Troisième Production. 30.000 liv. soie grège, valant. L. 443,710. 39.000 —bourre et fleuret. 130,850. ’476,560. 9,600. 2,400. 24,000 journées de femme pour tirer la soie des chaudières. Salaire nécessaire ,à40 cent. Salaire superflu ,à10 c. i,6oo mesures de bois employé aux chaudières ,valant L. 28,800. 6,400 journées de bûcheron. —————— Ci -contre. L. 4x2,000. Tome I. T
î9oDe LA Richesse qu'il est disposé àfaire pour se procurer unç marchandise ,c’est sur le besoin qu'il en a. Transport. L. 412,000. Salaire nécessaire ,60 cent. .. Salaire superflu des memes ,40 c. Rente foncière aux propriétaires des bois Profit mercantile sur 440,800 fr. de capital circulant en îmois , àraison de sP- * Rente du capital fixé pour bâtir go chaudières *• 5,840- 2,s60. 22,400. 22,040. Valeur de la soie et du fleuret. L476,560. Quatrième et cinquième Productions. 28,*0° liv -trame et or?arv sin dévidés et filés. ..I» 644,5 8°- 1^,000 -— fleuret en rubans. .••85,7 «°- 15,000 —fleuret filé. ..48,542. L. 778,652- 90,000 journées de femmes pour dévider la soie. Salaire nécessaire ,40 cent. .56,0°°- Salaire superflu ,10 c. •-9’000' Ci -contre L. 521,560.
COMMERCIALE. *91 comparé avec les facilités qu il apour s’en pourvoir ou pour ysuppléer. De cette- Transport. L. 521560. 19,000 journées d’hommes employés au moulin àfiler. Salaire necessaire ,60 c. .,11,400. Salaire superflu ,20 c. .. 37,000 journées de femmes, em- 3î8°o. ployées au moulin àfiler. Salaire nécessaire, 40 c, .. Salaire superflu ,xo c. . 14,800. 3,700. Profit mercantile sur 524,410 francs de capital circulant ,employé dans la filerie, à13 p. j. 78,662. Rente du capital fixé sur trois moulins àfiler. 41,508- Valeur de ta soie. L. 644,580. ) Valeur du fleuret au V67î> 43 osortir des chaudières. 30,850. i î2000 journées de femme pour carder le fleuret. 100000 dites pour le filer. 30000 dites pour tisser des rubans. 162000 journées de femme. Salaire nécessaire ,40 c. ..64,800. Salaire superflu ,xo c. ...:6,20a. Ci -contre. 736,430. Ta
5Q3 De la Richesîe comparaison* naît le prix relatif, ou celui qu'il est disposé àdonner en échange. Transport L- "ï^,4.jo. Profit mercacnile sur 11i8s° francs, capital circulant employé dans la manufacture de fleuret, àiy pour cenc- Rente du capital fixe employé en outils ec métiers, par les cardcuses ec faiseuses de rubans. . i«,77T- Valeur totale delà soie et du fleuret. L. , ; 8,6}*. Sixième Production. iggooliv. desoie cuite, manufacturée en taffetas de Florence , valant àraison de 40 fV. la liv. L7>î,coo. D’où retranchez la valeur de la soie sortant des fileties. ..644,^80- Reste. L. 107,41°- Arépartir entre ie salaire des teinturiers ,des tisserands en soie, etc. le profit mercantile ,et la rente des capitaux fixes des chefs de manufacture ,mais je n’ai aucune donnée précise sur la maniéré dont cet» réoartition se fait entreux ,ni sur le nombre ouvriers employé pour chaque partie de ce tra 'a! ' On pourroit suivre les taffetas de Florence dan magasin du marchand exportateur de Livourne,
COMMERCIALE. 295 Ce n’est jamais que le consommateur qui abesoin d’une marchandise ,celui qui celui du marchand en gros de Lisbonne ,et enfin dans la boutique du détailleur des petites villes de Portugal, où s’en fait le principal débit, afin de distribuer ses nouveaux accroissemens de valeur entre les salaires des voituriers, des matelots, des commis de magasin ;les profits des marchands ,et la rente des capitaux fixés dans les vaisseaux et les boutiques; mais je n’ai point de documens pour asseoir un pareil calcul ;celui même que je viens de présenter au lecteur n’est sans doute pas exempt d'erreurs :tel qu’il est, il donne cependant Heu àquelques observations curieuses. La manufacture de taffetas fisses de Florence, n’est point une de celles qui multiplient le plus le produit brut de la terre :le consommateur portugais ne paye guère en effet que quatre fois la valeur de la feuille de mûrier qui aproduit la soie. S’il s’agissoit d’étoffes façonnées de soie ,leur valeur seroit au moins double» proportionnellement au produit brut de la terre. Les manufactures moins précieuses ,celles de laine ,de fil ,et surtout celles qui ont les minéraux pour matières premières ,le multiplient bien davantage. Nous n’avons peint analysé dans ses dernières divisions le produit brut de l’agriculture; les 192000 frque retirent les métayers, contiennent, i.° le salaire nécessaire et superflu des ouvriers de campagne ^ T5.
* 394 De la Riciïesse 1achète pour la lui revendre, n’est point obligé àfaire ce commerce-là plutôt qu'un 2.° le profit des métayers sur l’avance de ce salaire ; $.• la rente des capitaux fixés momentanément pour l’agriculture, en instrumens, bestiaux et engrais. Il arrive souvent que le profit que fait le métayer sur la feuille doit couvrir ses avances sur quelque autre culture ,ce qui rendoit presque impossible la répartition de cette somme. Les 4426)2 Fr. que le travail productif aioute à la valeur de la feuille ,avant l'envoi de la soie au fabricant ,sont le fruit d'un salaire nécessaire , montant à1S8440 francs, lequel donne àla société pour revenu annuel. L. 49660 —aux ouvriers comme salaire superflu. 121479 —aux entrepreneurs d’ouvrages comme profit. 606) 5-—aux propriétaires de capitaux fixes comme rente. 22400 —aux propriétaires de terre, comme rente foncière. L2)4192 —revenu produit par le travail. Si j'avcis pu réussir àanalyser les frais de 1agricul- ture ,la proportion du revenu àla somme totale auroit paru plus avantageuse encore, parce qu alors i’aurois fait entrer en ligne de compte les L144000 de rente foncière, et les profits, rentes et salaires
COMMERCIAL e. 2g5 autre ,en sorte qu’il le quittera dés l’instant qu’il n’v trouvera plus le même profit qu’il trouvoit dans tout autre. Son besoin d’acheter est donc absolument nul ;mais comme il représente le besoin du consommateur, c’est d’après ce qu’il présume de lui qu il agit. Le prix auquel une marchandise se vend, superflus des cultivateurs, lesquels sont produits par un salaire nécessaire qui ne passe probablement pas 50000 francs. Je n’aurois pu justifier tous les calculs que je viens de présenter, sans prolonger infiniment cette note déjà fort longue ;j’ai même cru devoir supprimer la valeur par livre, desoie grège, filee, cuite, de bourre, et de fleuret, qui sert de fondement ace compte ,parce qu’ayant été estimee selon le cours du marché en Toscane, àmoins de l’exprimer en monnoie Florentine , et les poids en livres Florentines ,jaurois eu pour chaque prix des fractions très embarrassantes, qui disparoissent dans l’évaluation des sommes totales. Jai indiqué comme salaire le prix courant des journées, tel qu’il est réellement payé, mais quant àla distinction entre le superflu et le nécessaire ,quoique j’aie cherché àbien connoître ce qui est indispensab.e pour la subsistance de l’ouvrier, je conviens qu’il reste toujours un peu d’arbitraire dans son évaluation. T4
?9o De là Richesse n’est donc pas le résultat des efforts des acheteurs et vendeurs intermédiaires ,mais celui de la lutte du producteur contre le consommateur ,dans laquelle le premier cherche à se réserver La plus grande part, et le second àcéder la moindre part possible, de la valeur superflue du travail perfectionné. L’acheteur cherche entre tous les vendeurs, celui qui lui demande le moindre prix intrinsèque ,soit qu il se contente de moins de profit ,ou que la marchandise lui revienne réellement moins cher ;le vendeur augmente ses prétentions ,comme il voit s'accroître la demande des consommateurs ; et comme les acheteurs d’une part ,les vendeurs de l’autre ,se font concurrence et se rivalisent enhr'eux ,les forces de chaque parti se trouvent en raison inverse de leur nombre ,et du besoin qu'ils ont de vendre ou d’acheter. » Le prix relatif,’ ou celui que l’acheteur est disposé àdonner en échange ,comparé au prix intrinsèque ,constitue pour chaque marchand l'étendue de son propre marche. Où qu'un producteur soit placé ,son marché
COMMIS CIAIR 297 S'étend jusqu’à tout consommateur qui offre un prix relatif égal au prix intrinsèque de sa marchandise rendue chez lui. Le marché,' par exemple ,de 1horloger Genevois ,s’étend jusqu’au Pérou ,jusqu’à l’Indostan ,jusqu'à laChine ,parce que le prix intrinsèque de ses montres ,lors même qu’elles sont parvenues dans ces pays éloignés ,est encore le plus bas de tous les prix intrinsèques des montres qui peuvent rivaliser avec les siennes : or c’est toujours sur le plus bas de tous les prix intrinsèques qui se font concurrence , que le consommateur établit son offre ,et fixe son prix relatif. Comme les forces des producteurs sont en raison du nombre et des besoins des consommateurs ,«ce qui est la même chose que d’être en raison inverse de leur propre nombre ,et de leurs propres besoins ;il est très fort de l’intérêt des premiers d’augmen_ ter le nombre de leurs acheteurs ,ou d’étendre leur marche. Ce dernier s’étend de luimême, par la diminution du prix intrinsèque , soit qu’une plus grande division du travail, , ou l'application d’une plus grande industrie
5o4 Kichïss« vient au prix intrinsèque ,pins 1nnPut; »ï^ u3 le profit qu'il auroit pu faire dans tout autre commercesur le capital aveclequel il aa\ ance cet impôt au Gouvernement :si la marchandise passe par plusieurs mains après que l'impôt aété payé ,chaque commerçant étant absolument libre de suivre un commerce plutôt qu'un autre, ne consentira pas àgagner moins sur une .marchandise taxée que sur une qui ne lest pas :dprélèvera donc le profit habituel du commerce sur toutes ses avances, sans distinguer celle» qu'il fait au percepteur, de celles qu il fait à celui dont Uachète. Nous appellerons accident, non-seulement l'impôt, mais le profit que légitiment les avances d'argent subséquentes ,destinées àle rembourser ;et prix accidentel,le prix intrinsèque ,plus l'accident. Le prix accidentel d’une marchandise chargée d'un impôt, est pour le marchand, précisent ce qu'est pour lui le prix intrinsèque d’une marchandise non imposée :ise un rapport entre le prix accidentel et le pr relatif, qui détermine le profit de ciaq branche de commerce, son accroisseinen^. ou son déclin.
tOMMER.C IALE. 5o5 Si le prix relatif continue àrester plus bas que le prix accidentel ,ce n'est pas le consommateur qui pave l’impôt ,mais le producteur. Quelquefois alors le propriétaire de terre ,supporte tout laccident ,et sa rente foncière est diminuée d’autant; c’est ce qui arrive lorsqu'il ne peut tirer de sa terre aucun parti plus profitable que celui de produire la marchandise taxée ,malgré l’impôt dont elle est chargée ;mais si le propriétaire peut destiner la terre àtoute autre culture, dès qu’on voudroit diminuer sa rente, ou si le prix nécessaire joint àl’accident surpasse le prix relatif, alors la perte qu’occasionne l’accident doit être supportée par le propriétaire du capital fixe ,qui peut plus difficilement qu’un autre retirer ses fonds dune manufacture ,et en changer l'emploi. Cependant ce capital cessera d’être entretenu ,en conséquence la production diminuera ,et elle continuera de diminuer ,ou jusqu'à ce que la manufacture soit absolument tombée ,ou jusqu’à ce qu’elle soit proportionnée au besoin demeurant ,et quelle force alors l’augmentation du prix relatif. Tome I. "V
5o6 •De ex Richesse Dans tous les cas où le prix relatif seleve avec le prix accidentel, c’est le consommateur qui paye l’accident. La majeure partie de ce livre sera destine àexaminer quel est l’effet des divers impôts sur le prix des choses ,et quelles sont les differentes classes de personnes qui payent laccident. i
commerciale. 307 CHAPITRE IL Du prix numérique et du prix réel des choses. avons vu que le prix d’une chose étoit la quantité d'une autre espèce de richesses àlaquelle on lestimoit égale. Mais une pareille évaluation seroit sans résultat et sans utilité ,si les différentes choses que l’on veut apprécier n’étoient pas toutes comparées àla même espèce de richesses. 11 faut ici, comme pour réduire les fractions , un dénominateur commun ,sans lequel on ne pourroit s’entendre ;si l’on ne faisoit point usage des espèces d’or et d’argent ,il faudrait reconnoître quelqu’autre valeur commune àlaquelle on comparerait tout. Homère ,lorsqu’il met en opposition la valeur des armes de Glaucus avec celle des armes de Diomède ,nous dit que les unes y2
valent cent bœufs ,et que les autres nen valent que neuf (i). Encore qu'il ne réduise point leur valeur en argent ,il nous donne une idée précise du rapport qui existait entreUes ;il ne leuroit pas fait, s’il avcit comparé les unes àun nombre de bœufs et les autres àune mesure de grains. Avant que les hommes eussent choisi les métaux pour servir de dénominateur commun ,ils en avoient peut-être reconnu d'autres. L'on croit assez généralement que les liœufs et le bétail, qui serv ent dans cette occasion au Prince des Poètes, de mesure commune de la richesse des hommes, mreut en effet la première valeur employé .1 fi) 'E« ** "Oç Xfùri*
COMMERCIALE. 509 d'amples et riches pâturages ,auxquels tous les membres de la société ont un droit égal , quoique le bétail soit l’élément de la richesse, chaque vache ou chaque brebis n’a qu'une valeur peu considérable ,àcause de la facilité d'en élever un grand nombre ;cette valeur est inférieure àcelle de presque tous les objets qu'on veut échanger ,ce qui la rend propre àservir de commune mesure ; elle l’est d’autant plus qu'il n’y apas un individu de la nation ,qui ne soit en tout tems disposé àrecevoir en échange, du bétail qu’il est toujours sûr de nourrir. Ilne peut être ou devenir propriétaire ,qu’autant qu'il en possède. Chez un Peuple agriculteur ,le bétail augmente fort de prix ,et ne peut plus servir de commune mesure aux objets d'une valeur inférieure àla sienne. Il ne peut de plus être reçu en échange que par les propriétaires de terre ,et proportionnellement àl’étendue de leurs prairies :ce n'est donc plus une richesse qui convienne àtout le monde ,c’est un objet de consommation qui peut être échangé ,tandis qu’il ne peut plus servir àfaciliter les échanges. V3
3ro D* la RtfiHtsst Les Arabes nont point dû trouver dans le bétail le même avantage que les Tartares, s’ils ont voulu en faire une monnoie commune. Leurs arides déserts lien peuvent nourrir qu’une petite quantité ,leur stenlite met un obstacle sans cesse renaissant hsa multiplication ;aussi est-il comparativement fort cher en Arabie ;tout le mobü.er <Um Bédouin mis ensemble ,na pas une va éeafe hcelle de son cheval ;or üfaut que imité de la mesure commune sort dune valeur moindre que limité de presque toute, les marchandises qu'on veut lu. comparer plusieurs des intentions qui ont *» lorigine dos sociétés humaine. ,sont erm force de conception bien admtrable dan, les premiers âgi* ““f \* lorsque les objets de comparaison deveen manquer aux penseurs, telle est entr autres inuméraire Comment un hom- 1invention du nunv rai der me a-t-il pu former le prO|et de prsuader 1 1 1lu. de recevoir en échangé hses semblables , contre les choses qu'ils pusment le ^ . un métal qui ne leur étoit d'aucune u,d.^, et auquel ils n'auroient attache au ï>
commerciale. 5u sil ne leur avoit assuré qu ils pourroient l’échanger de nouveau ?Comment a-t-il réussi àfaire adopter cette idée àtous les hommes? tandis quelle ne devoit pas leur inspirer moins de défiance que la proposition dun nouveau papier-monnoie en mspireroit de nos jours ;car le prix relatif ayant toujours dû ,dans l’origine des sociétés ,se calculer d'après futilité ,celui de l’or et de 1argent a dû être mille fois inférieur àleur prix intrinsèque ,en sorte que les propriétaires en se dessaisissant de choses vraiment utiles ,ont dû trembler que l’or qu’on leux donnoit en échange ,ne perdit tout àcoup la valeur idéale qu’on venoit de lui attribuer » et ne trouvât plus d’acheteurs. Quel dut être le genie de celui qui parvint àcalmer ces craintes ,et àconvaincrele genre humain, que les métaux précieux avoient de si grands avantages sur toute autre espèce de richesses ,comme mesure commune des valeurs, qu’on ne les abandonneroit jamais pour en adopter une autre. Cette inutilité des métaux précieux est peut-être un de leurs plus grands avantages V4
3ia De la Richesse pour en faire une mesure commune des prix ;-car en même tems que tous les hommes sont également dispossàles recevoir en échange, chacvm d'eux ne les reçoit point pour en faire usage soi-même ,mais pour les échanger de nouveau ;il ne leur attache donc point un prix d'affection ou de convenance ,mais celui-là même qu il croit que tous les hommes leur attachent ,et chacun pour soi s’efforçant àne les estimer qu’à leur piste valeur ,le commerceréussit toujours àrendre cette valeur uniforme dans un lieu et dans un tems donnes. L'argent est donc une juste mesure de la valeur des choses, dans le même tems et le même pays ,mais cette mesure peut induire en erreur ,soit que l'on compare un tems avec un autre ,ou un pays avec \m antre. TSons avons vu Liv. 1. Chap. v. que la valeur du numéraire ne dépend nullement de son poids on de son volume, mais du rapport qui existe entre la totalité des métaux précieux ,et la totalité des richesses du mom» commerçant ;que la valeur totale du mimé-
COMMERCIALE. 3i3 raire ne changeant point ,la valeur de chacune de ses parties augmente ou diminue en raison inverse de leur nombre ;que pour que la valeur de ces parties demeure la même ,et exprime avec justesse celle des marchandises qui leur sont comparées ,il faut que la somme des métaux produite annuellement par les mines soit égale àla somme qui en est annuellement consommée; qu’enfin cet équilibre avoir été détruit pendant les siècles qui précédèrent la découverte de l'Amérique ,et pendant le siècle qui la suivit :dans la première période les mines ne suffisoient plus àla consommation des métaux, toutes celles du monde alors connu étant pauvres et mal exploitées ,en sorte que le prix de for ou de l’argent ,comparativement au prix des fruits du travail ,alloit toujours en augmentant. Dans la seconde période au contraire, les mines d'Amérique versèrent dans la circulation beaucoup plus dor et d’argent que la consommation n’en put soustraire ,en sorte que la valeur des métaux précieux baissa rapidement dans tout l’Univers. Adam Smith