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Aqvae Tarbellicae ou Aqvae Sextiae dans une inscription des environs d'Astigi

Christol, Michel

Abstract

M. Aninius Agdouilus, connu dans les environs d’Astigi (AE, 1953, 20 = CIL, II2 , 5, 1153), oriundus ab Aquis ex Gallia, est vraisemblablement issu d’Aix-en-Provence et non d’Aquae Tarbellicae (Dax) en Aquitaine. L’opinion d’A. García y Bellido est à présent mieux soutenue par la répartition géographique des noms de la famille d’Adgovilus.

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HABIS 48 (2017) 103-112 - © Universidad de Sevilla - ISSN 0210-7694 103 AQVAE TARBELLICAE OU AQVAE SEXTIAE DANS UNE INSCRIPTION DES ENVIRONS D’ASTIGI Michel Christol Université de Paris-I [email protected] AQVAE TARBELLICAE OR AQVAE SEXTIAE IN AN INSCRIPTION IN THE VICINITY OF ASTIGI RÉSUMÉ: M. Aninius Agdouilus, connu dans les environs d’Astigi (AE, 1953, 20 = CIL, II2, 5, 1153), oriundus ab Aquis ex Gallia, est vraisemblablement issu d’Aix-en-Provence et non d’Aquae Tarbellicae (Dax) en Aquitaine. L’opinion d’A. García y Bellido est à présent mieux soutenue par la répartition géographique des noms de la famille d’Adgovilus. MOTS-CLÉS: Adgouilus, Aquae Sextiae (Aix- en-Provence), Aquae Tarbellicae (Dax), Astigi, Cortijo de los Cosmes, oriundus. ABSTRACT: M. Aninius Agdouilus, known in the vicinity of Astigi (AE, 1953, 20 = CIL, II2, 5, 1153), oriundus ab Aquis ex Gallia, comes probably from Aix-en-Provence, and not from Aquae Tarbellicae (Dax) in Aquitania. A. García y Bellido’s opinion is now better supported by the geographical distribution of names belonging to the family of Adgovilus. KEYWORDS: Adgouilus, Aquae Sextiae (Aix- en-Provence), Aquae Tarbellicae (Dax), Astigi, Cortijo de los Cosmes, oriundus. RECIBIDO: 03.01.2017. ACEPTADO: 23.02.2017 Entre Astigi et Ostippo dans la vallée du Genil, affluent du Guadalquivir, sur une voie au tracé bien établi qui aboutissait sur la côte méditerranéenne à Malaga1, le site du Cortijo de los Cosmes a fourni un lot non négligeable d’inscriptions, dont plusieurs sont, de l’avis des auteurs du volume II2, 5 du CIL paru en 1998, à placer à une date précoce, souvent augustéenne. Parmi elles se trouve une inscription qui a été mise en évidence il y a un peu plus d’un 1 Sillières 1990: 506-508. http://dx.doi.org/10.12795/Habis.2017.i48.07 104 HABIS 48 (2017) 103-112 - © Universidad de Sevilla - ISSN 0210-7694 MICHEL CHRISTOL demi-siècle par A. García y Bellido2, et qui fut en conséquence reproduite dans AE, 1953, 20: M(arcus) Aninius Adgo/uilus oriundus / ab Aquis ex Gal/lia hic situs est. L’inscription a été souvent attribuée à Astigi (Écija)3 en raison du lieu de conservation du document. Mais la réédition récente des inscriptions de cette partie de la Bétique lui rend sa provenance (CIL, II2, 5, 1153). Il faut tenir compte de surcroît qu’en ce lieu, placé à mi-distance entre les deux principales cités de la vallée (Ostippo et Astigi), et peu éloigné aussi d’Vrso, aurait pu apparaître un municipe flavien4, parachevant sur le plan institutionnel l’évolution d’une agglomération antérieure, dont on avait pressenti depuis longtemps l’existence5. Le commentaire du savant envisageait d’attribuer l’origine du personnage à Aquae Sextiae, colonie latine de Gaule Narbonnaise, en ajoutant que la présence de cette personne à Astigi s’éclairerait par son activité dans le commerce de l’huile de Bétique6. Rien, toutefois, ne vient dans le texte orienter de manière explicite le commentaire dans ce sens. R. Étienne par la suite avait donc beau jeu de constater que le savant espagnol s’était exprimé sur ce point “avec quelque imprudence”. Il proposa donc d’autres réflexions qui portaient, non sur la finalité de la présence de ce personnage dans une cité de la province de Bétique – question qu’il renonçait à éclairer –, mais sur la détermination de son origine. En conséquence il s’orientait vers l’Aquitaine (Gallia Aquitanica) et vers Dax (Aquae Tarbellicae) plus particulièrement7. L’expression oriundus ab Aquis ne pouvait donc, à son avis, s’appliquer qu’à un personnage appartenant à une cité constituée, si l’on raisonne dans la perspective qu’indique la mention de l’origo d’une personne, c’est-à-dire de la référence à une cité à laquelle elle serait rattachée par son statut8. C’est pourquoi en Gaule, si l’on admettait que celle d’Aquae Sextiae ne s’imposerait pas9, il convenait d’opter pour un autre chef-lieu, correspondant à Aquae Tarbellicae, la ciuitas Aquensium de la Notitia Galliarum, qui faisait partie dans l’Antiquité tardive de la province de Nouempopulana, province créée 2 García y Bellido 1952: 398. 3 Sur l’histoire de la cité, González 1995 (voir aussi n. 43); en dernier, avec une bibliographie abondante, García-Dils de la Vega 2011. 4 CIL, II2, 5, p. 334, à propos de CIL, II2, 5, 1145; Caballos Rufino 1993 (d’où AE, 1993, 1009 et Hep., 5, 1995, 697); Sáez, Ordoñez, García-Dils 2002. 5 Ferreiro López 1986. 6 L’interprétation aurait été reprise, d’après les commentaires ad CIL, II2, 5, 1153, par Blázquez 1978: 685 (non vidimus). Sur l’importance de la production et du commerce de l’huile pour le développement de la colonie d’Astigi: Chic García 1986; Chic García 1995. 7 Étienne 1978 (d’où AE, 1977, 441) (= Étienne 1995: 185-194). 8 Thomas 1996: 55-82, 103-132. 9 PLine, NH 3.36 dénomme la cité Aquae Sextiae Salluuiorum. Mela, De Chorogr. II. 5. 75, ne la cite pas parmi les urbes opulentissimae de la Narbonnaise. Sur la dénomination épigraphique, Gascou 1995: 26-27; Christol 2005-2006. HABIS 48 (2017) 103-112 - © Universidad de Sevilla - ISSN 0210-7694 105 AQVAE TARBELLICAE OU AQVAE SEXTIAE DANS UNE INSCRIPTION DES... peut-être même avant l’époque tétrarchique10. Cette conclusion paraissait donc à R. Étienne la plus probable des solutions. En somme ab Aquis ex Gallia équivaudrait à Aquensis ex [p]rouincia [A]quitanica qui définit l’origine d’un certain Sextus Pompeius Sedatinus, sévir augustal à Tarraco11. Toutefois, on avait marqué par la suite des hésitations et pris la peine d’argumenter longuement12. On relève aussi que dans ses études sur la mobilité des personnes, L. Wierschowski13 avait dans un premier temps suivi le point de vue de R. Étienne. Mais par la suite il a exprimé une forte hésitation en ce qui concerne l’origine14. Il avait été entre temps influencé par le point de vue de E. W. Haley qui estimait qu’il était difficile d’envisager une provenance précise15, constat qui n’était pas dénué de fondement puisque l’aboutissement à une proposition précise ne peut être que le résultat d’un raisonnement en vue de la formulation d’une hypothèse. Plus récemment encore les deux points de vue ont été exprimés. D’une part, dans la réédition de l’inscription dans le volume afférent du nouveau CIL, en rappelant la bibliographie16 les auteurs ont insisté dans leur commentaire sur l’interprétation de R. Étienne: “potius ex Aquis Tarb. (Dax) in provincia Aquitania originem traxisse probavit Étienne ex nomine”. Mais d’un autre côté on a aussi mis en évidence la fragilité de cette interprétation qui paraissait dominante en remettant en évidence Aix-en-Provence. On doutera toutefois que le point de vue critique qu’ont exprimé J.-P. Bost, G. Fabre et L. Rodríguez17 sera repris et réaffirmé, alors qu’à notre avis il mérite d’être développé et qu’il correspond, si l’on tient compte de la date précoce de l’inscription, à la meilleure des solutions. En revanche on peut être assuré que l’interprétation de R. Étienne profitera de l’autorité de la publication dans laquelle elle est validée. Or il nous semble aussi que dans l’état du dossier elle résiste mal à un examen attentif. On peut critiquer l’argumentation selon laquelle l’absence du mot colonia, puis celle de la référence au proconsul fondateur, C. Sextius Caluinus (d’où Aquae Sextiae) exclurait nécessairement Aix-en-Provence18. R. Étienne, il est vrai, trouvait un argument dans une inscription d’Ostie19, faisant connaître L. Antonius Epitynchanus, qui le qualifiait ainsi: seuir Aug(ustalis) in prou(incia) 10 Bost, Fabre 2015. 11 AE, 1977, 466; RIT, 401; CIL, II2, 14, 1258; Haley 1991: 36; Wierschowski 2001: 39, n° 36. 12 Ainsi Haley dans sa thèse (Columbia 1986): voir n. 15 (localisation: Astigi/Écija). 13 Wierschowski 1995: 135, 139, 142, 294, 312 (localisation: Astigi/Écija). 14 Wierschowski 2001: 38-39, n° 35. 15 Haley 1991: 34: “the origin of Adgovilus whose status is uncertain, may refer to any one of a num ber of gallic towns whose name begin by the prefix Aquae”; mais cet auteur ne tient pas compte de la chronologie, celle de l’apparition de cités ou d’agglomérations prenant le nom d’Aquae. Wierschowski 2001 se réfère à la thèse de doctorat (Univ. de Columbia, 1986) (voir n. 12). 16 CIL, II2, 5, ad 1143. 17 Bost-Fabre-Rodríguez 2015: 58 avec les notes 261-262 (qui toutefois lui attribuent par inadvertance le gentilice Annius). 18 Étienne 1978: 83 (= Étienne 1995: 192). 19 CIL, XIV, 296 (ILS, 1916). La position du personnage à Ostie est remarquable. 106 HABIS 48 (2017) 103-112 - © Universidad de Sevilla - ISSN 0210-7694 MICHEL CHRISTOL Narbonensi, colonia Aquis Sextis, ce qui ôtait toute ambiguïté20. On ne doit pas se contenter de cet exemple et réduire l’examen des sources à une confrontation de l’inscription d’Ostie sur L. Antonius Epitynchanus et de l’inscription de Tarragone sur Sex. Pompeius Sedatinus, comme l’a fait précédemment Wierschowski. Sans aller jusqu’à l’Antiquité tardive, au cours de laquelle Aix-en-Provence est simplement ciuitas Aquensium21, on peut estimer que l’ethnique Aquensis pouvait suffire à désigner un ressortissant d’Aix-en-Provence, comme Narbonensis pour un ressortissant de Narbonne ou Baeterrensis pour un ressortissant de Béziers. Dans la documentation épigraphique, telle qu’elle existe, il est évident que l’on se dispense souvent de mentionner d’une manière appuyée la référence au fondateur, le proconsul C. Sextius Caluinus (Aquae Sextiae). Dans une inscription d’Arles la cité est appelée col(onia) Iulia Aquae22; à Narbonne on trouve Aquae Iuliae23. Ces observations suffiraient à inviter à renverser le point de vue de R. Étienne, dont lui-même admettait les limites24. Mais il faut surtout ajouter les quelques témoignages, encore plus explicites, sur l’usage, considéré comme suffisant de l’ethnique Aquensis. Ainsi, à Narbonne pour un personnage se dénommant T. Statius C. f. Volt. Naso, Aquensis. L’indication de la tribu Voltinia oriente fermement vers une autre cité de Narbonnaise25. On peut aller dans le même sens à propos d’une inscription de Nîmes qui fait connaître, côte à côte, [--- Al]bucius [Post]umus [---], [Aq]uensis, et T. Albucius Tertius Vol(tinia), Aquensis26. On pourra aussi trouver rapide la prise de position sur le sens à donner à la référence à la Gallia. R. Étienne écrivait en effet: “Gallia employée seule ne peut au contraire que désigner la Gaule chevelue”27. Cette observation est certes appuyée par quelques exemples, mais on doit aussi relever qu’à distance de toute région de l’empire romain l’expression de sa localisation peut perdre en précision. 20 On peut aussi envisager la présence d’un noyau de L(ucii) Antonii à Aix-en-Provence, dont dépendrait le sévir d’Ostie, qui n’est que rapidement signalé par Gascou 1995: 33, alors que Clerc 1916- 1973: 303, 556 n° 202 lui accorde plus d’importance. On trouve des éclaircissements dans Tran 2006: 114, 217 avec la note 21, puis 227, 288-289. La mise au jour dans une zone périurbaine d’une gaine d’hermès pour L. Antonius Rufinus par deux affranchis, Thallus et Rythmus, conforte ce que l’on pressentait du niveau de la famille: voir ILN Aix-en-Provence, 297 et ILN Aix-en-Provence, 46 (mais on ne trouve pas de commentaire sur la dénomination L(ucius) Antonius): Rivet 1992: 377-378. La cité d’Aix-en-Provence eut d’abord le droit latin, puis elle devint colonie latine (colonia Iulia Augusta), enfin elle fut élevée au rang de colonie de droit romain, comme l’atteste l’apparition de duumvirs (Gascou 1995: 28, 31). Mais la date doit être postérieure à la rédaction de l’Histoire naturelle par Pline l’Ancien: Christol 2005-2006. 21 Notitia Galliarum éd. Seeck 1876: 273; Harries 1978: 42; Gascou 1995: 34-37; Gascou 1992. 22 CIL, XII, 705 = AE, 1959, 137. 23 CIL, XII, 4363. On sera tenté en revanche d’ajouter le mot Sextis dans la restitution de CIL, XII, 4528 et add. p. 847, où jusqu’ici on ne l’incluait pas (voir aussi Gascou 1995: 27, qui semble considérer que le texte est clair): Christol 2010: 24-27, d’où AE, 2010, 921, cf. AE, 2008, 886. 24 Étienne 1978: 84 (= Étienne 1995: 193). 25 CIL, XII, 4527; Clerc 1916-1973: 555 n° 197, cf. pl. XXXIX; pour la correction de la dénomination Christol 2005-2006. 26 CIL, XII, 3357; Clerc 1916-1973: 554 n° 192. 27 Étienne 1978: 83 (= Étienne 1995: 192). HABIS 48 (2017) 103-112 - © Universidad de Sevilla - ISSN 0210-7694 107 AQVAE TARBELLICAE OU AQVAE SEXTIAE DANS UNE INSCRIPTION DES... C’est ainsi que dans une inscription grecque de Xanthos28, la questure provinciale de Narbonnaise est située in Gallia, tout comme le tribunat militaire était situé in Britannia ou la responsabilité de légat de l’empereur l’était in Syria. L’argument n’est pas aussi décisif qu’on le pensait. Mais ce sont incontestablement les observations d’onomastique formulées par J.-P. Bost, G. Fabre et L. Rodríguez qui apportent sur ce point l’éclairage décisif. En observant que les rapprochements orientent vers l’anthroponymie de la Gaule Narbonnaise, ils ont bien établi que le personnage qui apparaît à proximité d’Écija a un cognomen dont on retrouve des éléments de rapprochement dans l’héritage anthroponymique celtique tel qu’il est livré par les inscriptions de l’époque romaine, dans cette province. Or ces témoignages se concentrent dans les diverses parties de l’espace occupé par le peuple des Volques Arécomiques, sur la rive droite du Rhône, alors que la cité d’Aix-en-Provence se trouvait sur la rive gauche, à proximité. Adgouilus (nom qui se termine par le suffixe -il(l)os)-il(l)us) n’a pas toujours trouvé sa place dans les lexiques anthroponymiques. Il est absent par exemple du Thesaurus de Billy paru en 1993. Toutefois il signalé dans l’inventaire plus récent de Delamarre29. Mais Adgouicus (nom qui se termine par le suffixe –ikos/-icus) est apparu il y a déjà plusieurs décennies sur une inscription de la nécropole de Lattes30, qui appartint très tôt au territoire de la cité de Nîmes, et il a été reconnu comme nom d’origine celtique31. Ce sont surtout Adgobillus et Adgoubioun(us) qui ont été enregistrés de plus longue date, sans hésitation32, et c’est avec eux – et surtout avec le premier d’entre eux – qu’il convient d’établir le plus étroit rapprochement. Ils apparaissent dans le texte d’une inscription religieuse de Nîmes, dédiée à Esculape par L(ucius) Cornelius Adgubilli f(ilius) Adgubioun(us)33. A présent on peut faire voisiner toutes ces attestations dans les inventaires onomastiques. Même s’ils sont rares, la concentration que l’on constate dans une grande cité de Gaule Narbonaise orienterait bien plus vers une autre communauté de la 28 Balland 1981: 123-129 (d’où AE, 1981, 828). S’il s’agit de L. Vettius Statura, comme l’estime Birley 2005: 276-277, l’inscription d’Vruinum Mataurense qui apporte son cursus, confirme d’une autre manière le lieu d’exercice de la questure provinciale (CIL, XI, 6054: quaestori prouinc(iae) Narbonensis). 29 Delamarre 2007: 12. 30 Demougeot 1972: 84-86, n° 16 (d’où AE, 1972, 325), cf. 112-113; Christol 2001: 34; Christol-De- neux 2001: 45. L’agglomération qui remonte à l’époque protohistorique se trouvait dans l’espace correspondant à la “confédération” des Volques Arécomiques: Mela, De Chorogr., II, 5, 80 mentionne les stagna Volcarum et le castellum Latara, tandis que Pline, NH.9.29 mentionne le stagnum Latera. Demougeot 1966: 87, 96-97, d’où AE, 1966, 247, cf. AE, 1965, 164. 31 Il apparaît toutefois dans Billy 1993: 2, puis dans Delamarre 2007: 11, mais sous l’orthographe Adcouicus, qui ne s’impose nullement et qui doit être rejetée. 32 Holder 1907-1962: III, col. 506; Schmidt 1957: 221; Evans 1967: 129; Delamarre 2007: 12, qui renvoie explicitement à Adgovilus qui le précède. 33 CIL, XII, 3042 = HGL, XV, 477. On rappellera qu’O. Hirschfeld, qui ne pouvait contrôler ces noms qui lui paraissaient curieux, car l’inscription n’est connue que par des copies anciennes, exprimait sa suspicion au sujet de leur lecture (ad CIL, XII, 3042 et p. 886). 108 HABIS 48 (2017) 103-112 - © Universidad de Sevilla - ISSN 0210-7694 MICHEL CHRISTOL même région que vers la partie la plus occidentale de la province d’Aquitaine. On est donc, comme l’ont bien vu les auteurs du volume récent des I. L. Aquitaine34 en droit de revenir vers Aquae Sextiae et de privilégier ainsi, en tenant compte également de la date, une autre aire linguistique à l’intérieur du monde celtique. L’inscription du Gaulois des environs d’Écija appartient à un ensemble documentaire de haute époque qui est assez fourni35: le gentilice Aninius y apparaît d’ailleurs une seconde fois dans le même lieu, tandis qu’une troisième attestation provient d’Astigi même36. Ce Gaulois, mais de Narbonnaise, paraît être durablement établi dans ce lieu de la province de Bétique et – qui plus est – à date précoce. C’est pour cette raison que la forme que prend la mention de l’origine, oriundus ab Aquis ex Gallia, est intéressante, car elle atteste que le personnage était “natif” d’une autre cité et qu’on rappelait de la sorte quelle était sa situation dans un autre cadre civique. Dans l’épigraphie, les attestations les plus fréquentes de cette expression s’appuyant le gérondif oriundus sont souvent plus tardives. Elles sont du IIe ou du IIIe siècle principalement, alors que les témoignages de date haute sont peu fréquents37, mais point négligeables, car on peut les compléter par des références littéraires38. Prise dans son ensemble la documentation épigraphique concerne le plus souvent d’anciens militaires – qui ne retournaient pas nécessairement sur leur lieu de naissance comme l’ont observé depuis longtemps de bons connaisseurs des sociétés militaires39 –, plus rarement des civils qui appartiennent aux élites municipales40. C’est pourquoi, s’il est malaisé de soutenir l’hypothèse d’un déplacement lié aux affaires, on ne peut pas écarter celle d’une mobilité liée à l’accomplissement du service militaire et aux bénéfices tirés du congé, s’accompagnant de l’installation dans un autre lieu que celui de l’attache civique initiale. C’est alors que le soldat, qu’il soit légionnaire ou qu’il soit auxiliaire, retrouvant une vie civile, pouvait plus facilement rappeler une origine qui n’était plus présentement la sienne dans la communauté au sein de laquelle il se trouvait établi. On éclaire ainsi des rappels d’origine qui font connaître par les inscriptions la tribu mentionnée lors de l’enrôlement, en concurrence avec celle du lieu de la nouvelle installation41, et parfois même dans un contexte de 34 Bost, Fabre, Rodríguez 2015: 58 avec les notes 261-262. 35 CIL, II2, 5, 1148, 1155, 1157, 1160. Le support est principalement la stèle “superne semicirculata”. 36 CIL, II2, 5, 1193. Mais l’inscription est bien plus tardive que les précédentes. 37 Outre le rescrit de Vardagate (AE, 1947, 44; AE, 1949, 24), dont la datation est discutée (Harris 1981, d’où AE, 1981, 390; mais doutes de Eck 1999: 23 note 73, 219 note 99, 245), on pourrait citer l’inscription du vétéran CIL, XI, 6351 (de Pisaurum), oriundus Tudere. 38 Capdeville 1998. Un des exemples les plus clairs est fourni par Liv. 24.6.2, commenté par Thomas 1996: 65, et plus généralement 65-67, ainsi que par Capdeville 1998: 137. 39 Forni 1995, 82 sur Forni 1974, 364 (= Forni 1995: 36); déjà Forni 1974, 359 (= Forni 1995: 31); Keppie 1997, 95 (= Keppie 2000: 56). 40 Un de ces témoignages apparaît en Bétique, mais à la fin du IIe ou au début du IIIe s. apr. J.-C. : Le Roux 2001 (= Le Roux 2014: 569-576). 41 Forni 1977: 216 (= Forni 1995: 191). HABIS 48 (2017) 103-112 - © Universidad de Sevilla - ISSN 0210-7694 109 AQVAE TARBELLICAE OU AQVAE SEXTIAE DANS UNE INSCRIPTION DES... citation redoublée42. L’indication de l’origo, dans ce document mis au jour dans une agglomération proche de la colonie augustéenne d’Astigi, où l’on peut envisager l’installation de vétérans43, ne serait-elle pas à éclairer par un contexte semblable ? La datation précoce de l’inscription funéraire serait un argument orientant dans ce sens. Bibliographie Balland 1981: A. Balland, Fouilles de Xanthos, VII. Inscriptions d’époque impériale du Létôon (Paris 1981). Billy 1993: P.-H. Billy, Thesaurus Linguae Gallicae (Hildesheim–Zürich–New York 1993). Birley 2005: A. R. Birley, The Roman Governement of Britain (Oxford 2005). Blázquez 1978: J. M. Blázquez, Economía de la España romana (Bilbao 1978). Bost, Fabre: J.-P. Bost, G. Fabre, “Un écho aquitain de la crise de l’Empire gaulois”, dans: A. Bourgeois, Cl. Brenot, M. Christol, S. Demougin, Ob singularem modestiam. Hommages Xavier Loriot (Bordeaux 2015) 57-71. Bost, Fabre, Rodríguez 2015: J.-P. Bost, G. Fabre, L. Rodríguez, Inscriptions latines d’Aquitaine (I. 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