Antonio CABALLOS RUFINO et Ségolène DEMOUGIN (Éd.), Migrare. La formation des élites dans l’Hispanie romaine. Bordeaux, Ausonius, 2006. 1 vol. [Reseña]
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L'antiquité classique Antonio Caballos Rufino et Ségolène Demougin (Éd.), Migrare. La formation des élites dans l’Hispanie romaine , 2006 Anthony Alvarez Melero Citer ce document / Cite this document : Alvarez Melero Anthony. Antonio Caballos Rufino et Ségolène Demougin (Éd.), Migrare. La formation des élites dans l’Hispanie romaine , 2006. In: L'antiquité classique, Tome 77, 2008. pp. 729-732; https://www.persee.fr/doc/antiq_0770-2817_2008_num_77_1_3731_t20_0729_0000_2 Fichier pdf généré le 16/07/2018
COMPTES RENDUS 729 vie publique les empêchait en général de nouer les relations sociales ou d’acquérir des biens fonciers pouvant leur conférer l’honorabilité indispensable pour accéder aux ordines locaux. L’étude de l’amicitia est le thème de la contribution d’A.D. Pérez Zurita (p. 313-357). Il débute par un exposé méthodologique fondé principalement sur les écrits de Cicéron, de Sénèque et de Pline le Jeune, où il conclut en insistant sur la variété des significations du terme « amicitia » car à la fois sentiment affectif et comportement social, souvent assimilé à une relation clientélaire. Partant de ce constat, il clôt son enquête épigraphique en soulignant l’ambiguïté des termes gravés sur les inscriptions car ils font référence à une relation pleine de nuances qui ne se laisse pas facilement appréhender par nos concepts actuels. J.L. Gómez-Pantoja et M. Rodríguez Ceballos, pour leur part, prêtent leur attention aux fêtes (p. 359-383). À côté des feriae, jours de fêtes, à vocation religieuse à l’origine, organisés par les magistrats locaux conformément aux prescriptions contenues dans les chartes municipales, il existait des ludi et des spectacula édités par des évergètes locaux en quête de popularité. Ceux-ci, conscients des avantages qu’ils pourraient retirer du succès de pareilles manifestations, n’hésitaient pas à financer aussi la construction de bâtiments destinés à accueillir ces divertissements, en dépit des difficultés éventuelles (coûts élevés), sous l’œil attentif des autorités. Enfin, J. Andreu Pintado (p. 385-415) s’intéresse à la question de la munificence dans les municipes flaviens après l’octroi du ius Latii. Il rappelle que cette période vit un grand développement des constructions suite à des initiatives tant publiques que privées pour que les cités puissent jouir d’un urbanisme conforme à leur nouveau statut. Il cerne les comportements des notables qui se font munificents en participant au processus de monumentalisation au moyen d’opera publica (théâtres, arcs, etc., dont l’archéologie ou l’épigraphie conservera le souvenir) afin d’y retirer une projection publique qui appuiera leurs prétentions à la gestion du municipe. Cet évergétisme monumental, parfois offert sous la pression, permet à la fois de gagner du prestige tout en manifestant aussi sa fidélité à la dynastie régnante. De plus, nombreux seront ceux qui, grâce à leurs liens familiaux, se rattacheront à ces bienfaiteurs sous la protection desquels ils pourront espérer effectuer une carrière locale. – Ce volume a le mérite de présenter de nombreux points de vue qui permettent d’entrevoir, sur la base d’une documentation presque exclusivement épigraphique (avec ses qualités mais aussi ses défauts), la richesse et la complexité des situations ainsi que la variété des comportements des groupes dirigeants hispaniques. En outre, tous les auteurs mettent à leur façon l’accent sur l’importance de la romanisation, concept fort décrié, mais qui sous-tend chacun des articles. En conclusion, il convient aussi de répéter que cet ouvrage collectif n’est qu’un jalon de plus dans la réflexion globale sur les élites provinciales qu’il serait souhaitable de voir se prolonger non seulement pour l’Espagne mais aussi, pourquoi pas ?, dans d’autres parties du monde romain, afin de mieux nous faire percevoir la complexité de celui-ci. Anthony ALVAREZ MELERO Antonio CABALLOS RUFINO et Ségolène DEMOUGIN (Éd.), Migrare. La formation des élites dans l’Hispanie romaine. Bordeaux, Ausonius, 2006. 1 vol. 17 x 24 cm, 389 p., 8 pl., 12 cartes. (ÉTUDES, 11). Prix : 40 €. ISBN 2-910023-71-0.
730 COMPTES RENDUS Au cours de la dernière décennie, les élites hispaniques ont fait l’objet d’une série d’études, toutes parues à quelques années d’intervalle. Parmi ces travaux figure, par exemple, Élites hispaniques, publié à Bordeaux dans la Collection Ausonius en 2001, par les soins de S. Demougin, M. Navarro Caballero, avec la collaboration de Fr. des Boscs-Plateaux. L’ouvrage présenté ici prend, d’une certaine manière, la suite du précédent. Il se compose de huit contributions de chercheurs français et espagnols et comme son titre l’indique, l’attention y est portée aux migrations des élites (au sens large) avec la Péninsule ibérique pour cadre principal. Ces déplacements peuvent être individuels (à l’instar d’un négociant partant s’installer avec les siens) ou collectifs (implantations coloniales, par exemple). Après la brève introduction rédigée par S. Demougin et A. Caballos Rufino (p. 9-13), M.L. Bonsangue (p. 15-68) entreprend une étude prosopographique des individus impliqués dans les relations économiques entre l’emporion de Narbonne et la Péninsule ibérique, au cours des Ier s. avant et après J.-C. À la lecture des sources disponibles, essentiellement épigraphiques, il n’est pas permis d’affirmer que les Narbonnais installés en Espagne et réciproquement aient tous été des négociants. Elle conclut donc, grâce à l’examen des données onomastiques (dont le degré de fiabilité est parfois discutable), en soulignant, dans un premier temps, le rôle fondamental des Italiens dans les relations économiques indirectes entre Narbo et l’Hispanie, puisque les marchandises avaient pour destination l’Italie. Peu à peu, des provinciaux venus de part et d’autre des Pyrénées se joindront à eux, au tournant de l’ère chrétienne, sans parvenir à les supplanter entièrement, car de nombreux négociants italiens s’étaient entre-temps installés dans ces contrées, au moment où se développe le commerce inter-provincial. M. Navarro Caballero (p. 69-100), quant à elle, étudie les « fossiles onomastiques », c’est-à-dire des gentilices « fossilisés » (Lucceius, Rutilius…) et des cognomina géographiques (tels Fundanus, Tuscus et ses dérivés, surtout attestés à Olisipo), dont l’origine latine est assurée et pour lesquels nous ne possédons que peu d’attestations tant dans la province qu’en dehors de celle-ci. Sa recherche se focalise sur quelques cités côtières de la province de Lusitanie (Olisipo, Salacia avec ses deux avants-ports Caetobriga et Tróia ainsi que Balsa), pôles d’attraction pour les immigrants italiens (installés pour divers motifs) et bénéficiant de conditions socio-économiques et juridiques particulièrement favorables. L’examen attentif de ces « fossiles » permet l’identification des immigrants (ou de leurs descendants) venus d’Italie à la fin de la République ou dans les premiers temps de l’Empire. S. Lefebvre (p. 101-203), pour sa part, se livre à une tâche ardue : un recensement systématique de tous les Africains (originaires des provinces de langue latine) connus en Hispanie, hormis les fonctionnaires impériaux, les soldats et les vétérans (sauf si ces derniers se sont intégrés dans leur nouvelle patrie). Elle achève son exposé par la question des lieux d’installation et de l’intégration de ces Africani. Dans son catalogue, elle compte, par conséquent, outre ceux faisant mention explicitement de leur origine, toutes les personnes dont le surnom (Afer, Maurus, etc. ou encore Donatus, Rogatus, etc.) voire les pratiques cultuelles (culte à Dea Caelestis) renvoient à cette partie du monde romain. Elle présente ainsi une liste de 413 noms, dont l’origine assurément africaine est cependant difficile à affirmer. En effet, si le port de certains cognomina peut s’avérer jusqu’à un certain point un indice suffisant pour déceler une origine provinciale déterminée, il n’en est pas toujours ainsi. Si Rogatus ou Donatus sont presque exclusivement usités en
COMPTES RENDUS 731 Afrique, on ne peut en dire autant avec Saturninus, également d’usage courant dans les provinces gauloises. Il conviendra donc d’être attentif aux exemples choisis et de rester fort prudent, comme elle-même l’affirme à plusieurs reprises. Suit l’article d’A. Padilla Monge (p. 205-240), qui s’attache à évaluer le degré d’intégration des descendants d’Hispani (« indigènes » romanisés par opposition aux Hispanienses, Romains nés en Espagne) au sein des élites (à l’exception des sévirs augustaux) de toutes les colonies romaines de Bétique (à savoir Corduba, Asta, Astigi, Hispalis, Ucubi, Urso, Asido et Tucci). Pour lui, il n’y a pas eu d’intégration complète des indigènes au moment des fondations coloniales car elles étaient établies au bénéfice exclusif des citoyens romains. Il semble exagérer la part des Hispanienses car un grand nombre de porteurs de nomina imperatoria devaient être en réalité les descendants de clients de généraux de l’époque républicaine. En outre, il inclut dans ses listes toute une série d’individus qui, bien qu’étant honorés dans une de ces colonies, n’en étaient pas moins originaires d’une autre cité. C’est ici que la mention de la tribu (qu’il omet systématiquement) se révèle un indice capital. Ainsi, s’il voit juste en affirmant que C. Furnius C. f. Fortunatus, attesté à Corduba (CIL II²/7, 306), est un Hispaniensis (p. 213), il est faux de le considérer implicitement cordouan car sa tribu, la Papiria, en fait un habitant d’Astigi, où il fut justement décurion. De même, rien n’autorise à dire (p. 211) que M. Bassaeus Rufus soit cordouan sous prétexte qu’il est connu à Corduba par une inscription honorifique (CIL II²/7, 274) : en réalité ce chevalier qui reçut les ornements consulaires était originaire de Bénévent comme l’atteste sa tribu, la Stellatina (cf. CIL VI 41141). Dans son étude (dont le titre est différent dans la table des matières), A. Caballos Rufino (p. 241-271) se centre sur deux questions. Dans un premier temps, il s’attelle à l’identification (indirecte dans ce cas-ci) de membres de l’élite connus à travers des épitaphes – d’époque républicaine – d’esclaves ou d’affranchis découvertes à Italica. Ces élites ne prendront une part active à la vie locale qu’avec le règne d’Auguste, qui accorde le statut municipal à Italica. Les notables concentreront alors leurs efforts en vue d’obtenir, par tous les moyens, une promotion dans les ordines supérieurs. Dans un second temps, il aborde essentiellement la question de l’extension de l’influence des groupes dirigeants d’Italica à Munigua, sanctuaire couplé à un centre d’exploitation minière. Ainsi, la présence d’Aelii dans ces deux cités, en raison de leur dynamisme, de leur prestige et de leurs relations avec d’autres familles, parmi lesquelles les Curvii, dont un membre est connu à Munigua par une table de patronage de l’époque d’Auguste (AE 1962, 147 = CILA Se, 4, 1053), peut expliquer la promotion d’Hadrien. Quant à G. Chic García (p. 273-300), après une réflexion sur la pensée mythique et rationnelle puis sur le rôle important de la Bétique dans les circuits commerciaux sous le Principat, il en vient à traiter des mouvements de personnes liées à la production et commercialisation de l’huile d’olive de cette province (y compris ceux possédant les figlinae). Il passe ainsi en revue quelques exemples frappants qui renvoient presque tous à des sénateurs ou des chevaliers (expliquant ainsi la promotion « massive » des ressortissants de la province de Bétique) mais aussi à des affranchis travaillant pour le compte de l’Annone. J.C. Saquete Chamizo (p. 301-337) aborde la question des sacerdoces publics dans les carrières des sénateurs originaires de Bétique au Haut-Empire en soulignant combien ces fonctions étaient prestigieuses. En effet, elles constituaient la marque d’un soutien appuyé du souverain parce qu’il était difficile de les obtenir. Les postes à pourvoir
732 COMPTES RENDUS étaient également peu nombreux (environ 225 au milieu du IIe s.) car ils étaient attribués à titre viager et il était permis d’appartenir à plusieurs collèges à la fois. Enfin, R. Sánchez Saus (p. 339-356) conclut cet ouvrage par un article qui se veut une comparaison entre l’installation des Romains en Espagne et celle des Espagnols en Amérique latine, pour laquelle nous possédons davantage d’informations. Il évoque ainsi le dynamisme de ces migrants qui maintinrent sur place les pratiques sociales en vigueur alors dans la Péninsule. Certains d’entre eux sont « genearcas », des créateurs de lignées (« grupos troncales ») dont les descendants se répartissent à travers plusieurs pays du sous-continent et dans toutes les couches sociales. Ces lignées se sont développées grâce à des réseaux de parenté, de clientèle et de « paisanaje » (relations entre individus provenant de la même ville ou région) amplifiés avec le temps et les générations. Il est ainsi possible d’établir des généalogies et de repérer ces fondateurs de lignées dont les créoles (Espagnols nés dans les Amériques) tirèrent une certaine noblesse, même si une étude prosopographique approfondie montrerait que tous ces « genearcas » n’étaient pas nécessairement des « hidalgos » (nobles de basse extraction). On voit là tout l’intérêt d’une réflexion comparative avec Rome, dont l’étude est caractérisée, on le sait, par le manque chronique de sources. – Il s’agit donc d’un livre très instructif par le nombre de thématiques abordées. Qui plus est, il ouvre la voie à de nombreuses perspectives, applicables à d’autres parties de l’Empire. En même temps, cette publication nous rappelle encore une fois combien l’épigraphie et l’onomastique se révèlent indispensables pour toute recherche ayant trait au monde romain. Et comme le soulignent plusieurs des auteurs cités ci-dessus, il faut insister par la même occasion sur l’indispensable prudence qui doit accompagner toute recherche fondée sur ces deux disciplines certes complémentaires, mais au caractère lacunaire. Anthony ALVAREZ MELERO L’Aquitaine et l’Hispanie septentrionale à l’époque julio-claudienne. Organisation et exploitation des espaces provinciaux. Colloque Aquitania, Saintes, 11-13 septembre 2003. Bordeaux, Aquitania, 2005. 1 vol. 21 x 27 cm, 536 p., 197 fig. (AQUITANIA, Suppl. 13). Prix : 60 €. ISBN 2-910763-05-6. Cet important volume présente les actes du quatrième colloque organisé par la fédération Aquitania à Saintes en septembre 2003. La problématique était originale puisqu’elle proposait un resserrement chronologique autour de la période julio-clau- dienne, accompagné d’une extension géographique incluant également le nord de la Péninsule ibérique. Les travaux furent organisés autour de quatre grands thèmes : l’organisation de l’espace provincial, la ville, les transformations des campagnes, et enfin l’exploitation des ressources du sol et du sous-sol, les productions artisanales et les échanges. Après une introduction de L. Maurin s’interrogeant sur le statut de Saintes sous l’Empire, chaque partie s’ouvre sur une synthèse, et est suivie de plusieurs communications d’importance inégale, avant qu’un court chapitre présente les discussions suscitées par les travaux. Signalons ici la qualité des illustrations, parfois en couleurs, mais aussi l’absence d’index, d’autant plus regrettable que le contenu de ces Actes est très riche et varié. Faute d’espace, on se bornera ici à présenter les différents sujets abordés. – Pour la partie consacrée à l’organisation de l’espace provincial,