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Mémoire sur les voyages de l'Empereur Hadrien et sur les médailles qui s'y rapportent

Greppo, J. G. Honoré

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ve # AOC sr ADS + 1e NE É PA Re Ne 14 ; Le « ; + v». AS: à ® à ae FT. PT É Là ra: $ &: 1 SS : | FÉTMETEE : > de 7 | | ‘e- Les ® a) mr Es Sais : " à) LUE vire 1 3 HR t PE P Pre _Lje""#. De (ee gl A EE : ak ide ah ET à ï & $ à : e En "| L a La médaille ffigurée au frontispice est une de celles | qui ont été décrites’dans le corps de l'ouvrage, p. 29. \ PE nnnnnts) BELLEY , TYP. DE J,-B., VERPILLON. MÉMOIRE LES VOYAGES can SUR LES MÉDAILLES QUI S'Y RAPPORTENT ; PAR J.-G.-H. GREPPO, “ VIGAIRE-GÉNÉRAL DE BELLEY, CORRESPONDANT DE L'INSFITUT DES ACADÉMIES DE TURIN ,; LYON , DIJON, etc. NE D SEX Ko) + PARIS , DEBÉCOURT, LIBRAIRE-ÉDITEUR, rue des Sts-Pères, 69. 1842. + MANTECA PRO, La YŸ “A4 UNIVERSITARIA. LO SEVILLA 6 sayé de remplir une lacune, en recueillant avec soin, en disposant de mon mieux les données dont nous sommes en possession sur les voyages de ce prince. Peut-être ces recherches offrirontelles quelque intérêt aux Jecteurs qui aiment ces sortes de monographies. Je puis affirmer que je n'ai rien négligé pour les compléter; et si quelqu'un voulait tenter de faire mieux, elles pourraient, du moins, lui épargner une partie du travail pénible qu'elles ont exigé de moi, Ce Mémoire sera divisé en deux parties, que la nature de leur objet rend naturellement fort distinctes. La première se composera de données générales ou d'observations , qui ne devaient pas être omises, mais que je ne pouvais sans inconvénent renvoyer ailleurs. Dans la seconde partie , je suivrai le prince voyageur dans les diverses provinces de l'Empire , que l’histoire ou les monuments nous apprennent avoir été visitées par lui. PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE PREMIER. Observations générales sur l’histoire des voyages d'Hadrien. J'ai cité les anciens qui nous apprennent qu'Hadrien voyagea infiniment plus que ne lPavait fait aucun prince. Ils ajoutent, ce qui en est la preuve, qu'il y eut à peine quelques provinces dans l'Empire dont la visite n'ait fait partie du * plan qu'il s'était tracé, et qu'il suivit avec persévérance., Eutrope dit: Orbem Romanum circumiit (1); et Aurelius Victor, dans un passage (1) Breviar, vur, 7. 8 que je compléterai bientôt : Quippe qui provin cias omnes.….… circumierit (1). D’autres auteurs en effet, soit de ceux qui ont écrit son histoire ex professo, soit de ces écrivains, en quelque sorte polygraphes, chez lesquels on trouve de tout sur lantiquité, ont mentionné ses visiles dans la plupart des contrées de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique qui faisaient partie de l'univers romain; c’est ainsi que nous voyons nommées notamment : la Gaule, la Germanie, l'île des Bretons , l'Espagne , la Sicile , la Mauritanie, l'Achaïe, Athènes, les îles de la Grèce, la Mysie, la Cappadoce, la Syrie, la Judée, l'Arabie, l'Egypte, la Libye, etc. Aucune des particularités que l’histoire nous a conservées sur les voyages d'Hadrien ne sera négligée en son lieu , quand je le suivraï pas à pas dans ces courses successives. Iei, je dois préalablement en donner une idée générale: cette manière de faire n’évitera plus tard des répétitions inutiles ou fastidieuses ; elle me permettra d'ailleurs d'utiliser un assez grand nombre de données intéressantes fournies par les auteurs ol (1) Epit. xiv. 9 anciens, Ces notions ont pour objet, ou des faits généraux , qui se rapportent immédiatement aux voyages d'Hadrien , ou des habitudes constantes de ce prince , lesquelles ne purent demeurer sans influence dans ces voyages. Si nous en croyons ses historiens, Hadrien était fort curieux; et ce défaut des petits esprits , il le poussa quelquefois jusqu’au commérage le plus ridicule, ou au plus vil espionnage (1). De cette curiosité , plusieurs ont voulu faire le principal motif des longues et fréquentes courses que ce prince entreprit dans des contrées lointaines. C’est le juger sévèrement , et donner trop d’extension à ce que dit Spartien: Peregrinationis iLa cupidus, ut omnia quæ legerat de locis orbis lerrarum præsens vellet addiscere (2). Un tel désir de connaître et de voir n'a rien de commun avec la curiosité étroite qu’on li a reprochée ailleurs : il avait, après tout, un objet trop sérieux et trop noble pour qu'il fût indigne d’un grand monarque. Cette imputation est ? . . réfutée, au reste, par l’histoire même de ses nn rnerperme np era emene ee etre mes emme eee mn eue ntm (1) Spartian., Adrian. 11. — Dion., Hyst. rom. Lxix, 792 (11). — Tertullian. , Apologet. v. (2) Adrian. 17. 10 voyages ; car tout ce qu’elle nous en fait connaître prouve assez qu'il s’appliqua toujours à les faire tourner au bien des provinces, et qu'il y réussit. Quoiqu'il s’'abandonnât habituellement à d’infâmes voluptés , Hadrien , sous d’autres rapports, était frugal, et savait même être austère dans sa manière de vivre. Ainsi , nous apprenons de Dion Cassius qu'il s’abstenait de boire du vin au repas que les Romains appelaient prandium (1). Ses historiens rapportent encore que, de bonne heure habitué à la fatigue, il ne montait jamais dans un char; mais qu'il allait volontiers à cheval ou à pied , la tête découverte , malgré la pluie , la neige ou l’ardeur du soleil (2). Spartien dit qu'il faisait ainsi des marches de vingt milles, chargé de ses armes, comme l'infanterie romaine (3); et dans un autre endroit, il raconte comment, dans sa jeunesse , il devanca à pied un messager envoyé pour lui nuire auprès de Trajan (4). Enfin, dans le reste du passage que j'ai cité plus haut , Aure- (1) Hist. rom, LxIXx, 791 (7). (2) Dion., Hist.£rom. LXIX, 792 (9).—Spartian. , Adrian. 17, 25, 26. (3) Adrian. 10. (4) Adrian, 2. + ECA PROVnS ÿ se r + { aEvE \ UNIVEF SITARTA. KL: SEVILEA Le 11 lus Victor, par une exagération évidente , suppose qu'il fit à pied tous ses voyages dans les provinces, laissant derrière lui ceux qui formaient son escorte : Immensi luboris, dit-il, quippe qui provincias omnes pedibus circumierif, agmen comitantium prævertens (1). J'ai rappelé ces faits, peu importants d’ailleurs, uniquement pour donner une idée du reste. De plus, très-économe pour tout ce qui ne concernait que lui (2), et donnant aux revenus de l'État les soins attentifs d'un bon père de famille (3), il était extrêmement simple sur sa personne. Spartien remarque notamment que lorsqu'il était au milieu de ses troupes, ni l'or ni les pierres précieuses n’enrichissaient ses vêtements et ses armes (4); et Dion Cassius dit qu’il réservait la pompe impériale pour la seule ville de Rome (5). On peut juger d’après cela que son train dans ses voyages devait être fort modeste, et bien différent de celui des rois qui ne parcourent leurs (1) Epit. xrv. (2) Spartian., Adrian, 11. (5) Ibid. 20.— Eutrop., Breviar. vut, 7. (4) Ad'ian. 13. (5) Hist. rom. Lxix, 702 (10); cf, Spartian., Adrian. 22. 12 provinces que pour se faire voir , et recueillir les hommages d’une trompeuse adulation. Avec une telle manière de faire, Hadrien pouvait répéter et prolonger ses visites par tout l’'Empire, sans avoir à craindre d'être à charge aux provinces, où aux finances publiques (1): aussi, le voyons-nous plus d'une fois séjourner un hiver “entier dans des lieux où quelque motif le retenait. C’était toujours, comme dans tout le cours de ses voyages, pour y faire aimer sa présence. Je n'ai qu'un mot à dire de son abord facile et de ses manières affables (2), des spectacles qu'il donnait dans tous les lieux qu'il visita (3), des libéralités qu'il accordait, suivant sa coutume, à une foule de personnes (4) ; toutes choses, ce- (1) Antonin, son successeur, pensait et agissait autrement. Capitolin dans la vie de ce prince (7) dit de lui: Vec ullas expeditiones obiit, nisi quod ad agros suos profectus est ad Campan'am, dicens gravem esse provinctalibus comi- Lalum principis, eliam nimis parci. (2) Spartian., Adrian. 9 et 20.— Dion., ist. rom. Lxix, 791 (7). (3) Dion., Hist, rom. LxIx, 792 (10).—Spartian., Adrian. 19. (4) Spartian., Adrian, 7, 8, 17, etc.— Dion.; Hist. rom. LxIX, 790 (5). 13 pendant’, de nature à lui concilier la faveur populaire. Mais d'autres faits se présentent ,' plus graves et plus importants, qui font reconnaitre bien mieux le prince digne et sage, tout dévoué aux intérêts d’une bonne administration. Ayant établi dans les affaires civiles un ordre rigide (1), que lon a même jugé trop minutieux (2), il veillait à tout, cherchant à voir les choses de ses propres yeux (3), et à s’éclairer par les conseils des hommes prudents et capables dont il s’entourait (4). Dans ses voyages, il s'occupa particulièrement de la justice , et alors , de même que dans la capitale , il la rendait souvent en personne (5), sans la refuser jamais à qui que ce fût (6). IL avait accepté des magistratures de (1) Spartian., Adrian. 22. (2) Dion., Hist. rom. Lxix, 790 (5). (3) Spartian., Adrian, 21. (4) Ibid. 8, 18, 22. (5) Ibid. 18, 22.— Dion., Hist. rom. Lxix, 790 (7). (6) L’anecdote suivante rapportée par Dion (rx1x, 790 (6)), et qui ferait houneur aux meilleurs princes, prouve qu’il avait le sentiment de ce devoir, et qu’il savait entendre des vérités sévères. Une femme lui demandait justice , et le prince, pressé apparemment, lui disait qu'il n’avait pas le loisir de l’entendre. « Pourquoi donc » répliqua-t-elle , « es-tu empereur! » Frappé de cette noble réponse il s’arrèta, et il écouta la suppliante. 14 plusieurs villes de l'Italie , ou des provinces ; et , pour qu'elles ne fussent pas purement honoraires, il en remplissait les fonctions, quand il était sur les lieux (1). Enfin, on peut observer encore , et ce n’était pas l'objet le moins essentiel de la sollicitude d'un souverain, que dans ses courses il veillait sur les magistrats, s’informait de leur conduite, écoutait les plaintes qu’on hu portait contre eux, et punissait avec une extréme sévérité ceux qui étaient convaincus de prévarication dans l'exercice de leurs charges (2). Tous les historiens de ce prince ont remarqué que l'organisation militaire, et tout ce qui s’y rapporte, fut une des parties du gouvernement auxquelles Hadrien apporta constamment le plus d'attention. Eutrope le dit d'une manière générale : Diligentissimus fFamen circa œrarium et disciplinam militarem (3). Dion est entré dans quelques détails de ses soins à ce sujet lorsqu'il visilait l'Empire , s’occupant des places de guerre à rétablir ou à construire, du personnel et du (1) Spartian., Adrian. 18 et19.— Dion., Hÿst, rom. Lxix, 795 (16). (2) Spartian., Adrian 13. (3) Breviar. vurr, 7. 15 matériel des troupes , comme nous dirions aujourd'hui, maintenant la discipline, réformant le luxe, exerçant les soldats, les habituant à la fatigue, excitant leur émulation et leur donnant l'exemple (1). Il ajoute cette réflexion judicieuse , répéiée d’une manière équivalente par Spartien (2), que ce fut en se tenant ainsi préparé à la guerre qu'il parvint à conserver la paix (3). Le biographe d’'Hadrien donne sur le même objet des particularités nombreuses et variées (4). J'aurai occasion de m'y arrêter , quand j'en serai à celui des voyases de ce prince auquel il parait les rapporter spécialement. | Mais ce qui se reproduit le plus fréquemment dans les notions que l’histoire nous a conservées sur les actes de ce prince voyageur, ce sont les bienfaits sans nombre dont il comblait toujours les provinces et les villes où il était recu. Ces sortes de choses se retrouvent à toutes les pages de ses historiens , souvent chez d'autres auteurs, et l’on peut généraliser , en l’appliquant partout, (1) Hist. rom. LxIX, 792! (9). (2) Adrian. 10. (3) Loc. laud. (4) Adrian, 10 et 11. 22 et la plupart ne se rapportent que d’une manière éloignée aux voyages d'Hadrien : quelques particularités , plus ou moins intéressantes , quelques conjectures, plus ou moins probables, seront souvent les seules données qu’elles nous fourniront , les seules conséquences de leur rapprochement des documents historiques. Il n’en est pas de même des médailles , qui sont bien plus intimement liées à mon sujet, bien plus nombreuses d’ailleurs , et formant des séries tout autrement coordonnées. Elles occuperont néces- . sairement une grande place dans ce petit ouvrage, numismatique autant qu'historique ; et comme beaucoup de choses sont essentiellement communes entré ces monuments variés , il me semble nécessaire dé mettre en avant quelques considérations générales. Ces médailles d’'Hadrien , je l'ai dit , sont nombreuses, et dans tous les métaux, dans tous les modules , dans la monnaie des provinces , comme dans celle de la ville-reme. Avec les seules médailles romaines, on composerait une collection spéciale , qui pourrait devenir aussi remarquable , par le style et la conservation des pièces dont elle serait formée, qu'elle serait intéressante d’ailleurs, 23 comme série de monuments historiques (1). Cette suite deviendrait plus complète , plus savante , et plus belle encore, si l'on y faisait entrer, avec un discernement éclairé, quelques médailles de ce règne appartenant aux provinces qu'Hadrien visita, aux villes qu'il fonda, ou appela de son nom, etc. Ceci n’est point une digression. En tracant le plan d’une de ces collections spéciales que j'aimerais à voir former , je n’ai fait, en quelque sorte , que présenter mon programme; car ce que j'ai proposé , comme une pensée rationnelle , à réaliser matériellement , n’est guère autre chose que ce que j'ai cherché à exécuter moi-même ici, d'une manière un peu différente, Dans l'usage que je ferai des médailles d'Hadrien qui se rattachent à ses voyages, je ferai le même choix, je suivrai la même marche. Cest assez dire que ses médailles que l’on appelle géographiques joueront ici le rôle le plus considérable. Une observation se présente d’abord à leur sujet : c’est qu’elles appartiennent. à peu mm ee fn és tn PAC Re it Ne (1) Le règne d’Hadrien fut une époque brillante de l’art romain, et ses médailles sont peut-êtreles plus belles de la suite impériale. 24 près sans exception, à un système unique dans la numismatique romaine jusqu'au règne d'Hadrien, et qui ne fut pas renouvelé après lui, parce que jamais aucun empereur ne fit d'assez nombreux voyages pour donner occasion de le renouveler. Peut-être est-il plus exact de dire que ces médailles font reconnaitre quatre branches distinctes d’un même système, dans chacune desquelles une médaille ne diffère des autres que par ce qui est propre à la province, dont elle fait lire le nom. Je divise ainsi les médailles géographiques d'Hadrien en quatre classes, dont je vais parler successivement , mais en peu de mots. Il faut mettre en première ligne celles qu’on peut appeler médailles d’arrivée. Ce sont celles dont le témoignage historique est le plus formel, et qui, même en dehors de toute autre donnée , rappelleraient le plus clairement les voyages de ce prince. Celles-ci ont pour types au revers l'Empereur et une figure de femme représentant la province , debout lun et l’autre , et pour l’ordinaire , sacrifiant devant un autel ; autour de ce type on lit ADVENTVI. AVG., avec le nom de la province à laquelle il se rapporte : AFRICAE. BITHYNIAE, elc. Le sens de telles légendes, quelque concises qu'elles soient , ne saurait étre 25 douteux. Elles sont pour nous de l’histoire, comme on la trouve écrite dans certaines chroniques : elles nous disent nettement que le prince , dont la médaille porte sur l'autre face l'effigie et le nom, est arrivé en Afrique, en Bithynie, etc. J’appellerai médailles de restauration celles de la seconde classe. Leurs revers représentent constamment Hadrien donnant la mam, pour la relever , à une femme agenouillée qui personnifie une province , et que distingue parfois quelque objet symbolique. Constamment encore, on y lit cette qualification RESTITVTORI, suivie du nom de la province, ACHAIAE, GALLIAE, etc. Ces médailles ne parlent pas aussi clairement que les médailles d'arrivée ;-et à les considérer isolément , on pourrait y voir l'indication de quelques bienfaits, plutôt que des souvenirs des, voyages du prince (1). (1) Avant Hadrien, on connait sous Tibère des médailles en grand bronze, plus importantes que rares, avec cette légende : CIVITATIBVS. ASIAE. RESTITVTIS ; sous Trajan , des médailles de tous inétaux font lire: REST. ITAL. , etc., ou ITALIA. REST., etc. Beaucoup plus tard, d’autres donnent aussi à Valèrien, à Postume, à Aurélien, etc., le titre de RESTITVTOR, suivi du nom de quelque contrée. Mais ces faits, rares et isolés, n’ont rien de commun avec le système suivi des médailles géographiques d'Hadrien. 26 Mais, pour peu qu’on les rapproche des données fournies par l’histoire d’'Hadrien , et des médailles déjà spontanément reconnues pour être des monuments de ses voyages, si l’on observe surtout que les mêmes dénominalions géographiques se retrouvent, pour la plupart , sur les unes et sur les autres, il n’est pas possible de se refuser à cette conséquence admise universellement, qu’elles se rattachent toutes au même ordre d'idées, et que celles-ci, de même que les premières , ont été destinées à perpétuer la mémoire de ces visites de l'Empereur, avec une allusion flatteuse aux bienfaits qu’il répandait après lui. Je ne dois point oublier des médailles en grand bronze , semblables à celles-ci, plus curieuses seulement , en ce qu’elles généralisent l’expression de la pensée qui inspira chacune des autres. On y voit également l'Empereur relevant une femme agenouillée; mais cette femme, couronnée de tours, porte sur sa main le globe du monde; el on lit autour de ce type : RESTITVFORI. ORBIS. TERRARVM. (1). D'autres médailles, bien plus (1) Je préviens mes lecteurs que, lorsqu'il s'agira de médailles romaines, je n’indiquerai mes sources que pour celies que p 21 rares , présentent le type ordinaire des libéralités, et font lire : LOCVPLETATORI. ORBIS. TERRARVM. Celles-ci résument encore dans leur résultat toutes les largesses qu'Hadrien répandit en si grande abondance dans le cours de son règne, et qui signalèrent surtout ses visites des provinces. La légende dont elles sont inscrites rappelle un monument grec que je citerai ailleurs. Je passe À une troisième classe de médailles géographiques , et je les distinguerai en les appelant médailles des armées. Un peu moins nombreuses que celles des classes précédentes, elles se rapportent, en général, aux provinces de l'Empire où le voisinage des peuples barbares exigeait une Concentration considérable de troupes romaines. Les types de leurs revers, qui figurent l'Empereur haranguant des soldats , quelquefois debout sur le suggestus , plus ordinairement à cheval, sont accompagnés des légendes: EXERCITYS. DACICVS., EXERCITVS. NORICYS., etc. Si le règne >» dm mean mm eee comm of qui Seraient uniques, ou du moins extrémement rares. Par Tapport aux autres, je renvoie d‘ayance aux ouvrages qui les décrivent, notamment a ceux de Vaillant, d'Eckhel et de M. Mionnet. Je citerai toujours pour les grecques, et l’on en conçoit la raison. 28 d'Hadrien fut à peu près paisible, on a vu quels soins il donnait dans ses voyages à la discipline de ses troupes, et l’on ne peut douter que ces types ne soient relatifs à de telles revues ou inspections, comme on dirait aujourd'hui, Enfin, une quatrième classe est formée de celles que nous pouvons appeler, dans un sens plus étroit, médailles des provinces. Les types de celles-ci sont fort simples ; ils ne nous offrent qu’une figure qui personnifie la contrée, et ne font lire que son nom, GERMANIA, MAVRETANIA, etc. Quoique des revers semblables se retrouvent sous d’autres règnes , leur signification n’est pas douteuse ici, et l'on ne peut hésiter à les reconnaître pour des monuments des voyages d'Hadrien dans ces provinces. Cela résulte de tout ce qui a été dit des autres médailles géographiques: je n'ai pas à insister sur ce point. Aux médailles romaines que je viens de classer , on peut en ajouter quelques autres, lesquelles d’une manière moins précise, se rapportent cependant aussi aux voyages d'Hadrien, Elles ne nous font plus lire les noms de diverses provinces, ou reconnaître les symboles qui les caractérisent ; elles indiquent seulement le départ de l'Empereur allant en visiter quelqu’une , sans tou- Al tefois qu’on puisseles attribuer à tel voyage, plutôt qu'à tout autre. Ainsi, sur des médailles de grand bronze où ce prince est représenté à cheval, on lit : EXPED. (1) AVG. P. M. TR. P. COS. III. ; d’autres en or et en grand bronze présentant le même type , sans légende, paraissent avoir été frappées avec la même intention. Il y a plus de variétés dans les revers qui rappellent des voyages maritimes , et qu'on voit dans l'argent , le bronze, et sur quelques médaillons. Ils ont pour type un vaisseau à la voile, ou conduit par des rameurs , avec la légende : FELICITATI. AVG. COS. Ir. Mais souvent les premiers mots, FELICITATI. AVG. sont inscrits sur la voile du navire; quelquefois l'Empereur est assis à la poupe, et Minerve , ou une autre figure, paraît aussi sur le vaisseau impéral, tandis que des divinités marines et des dauphins se jouent dans les ondes. Ici l’on reconnaît des vœux pour l’heureux voyage du prince, de même que sur des médailles en petit bronze qui ont au revers une proue de navire, avec la légende P. M. TR. P. COS. III. (1) EXPEDiti0. Les voyages de ce prince dans les Gaules et en Syrie sont ainsi désignés dans une inscription intéressante, dont je parlerai plus loin, 30 Il me reste à parler des médailles des villes grecques et des colonies , qui me fourniront plus d’une particularité digne d'intérêt, quand j'en serai aux provinces auxquelles elles appartiennent. L'histoire des voyages d'Hadrien leur est redevable de quelques indications tout-à-fait identiques à celles qu'on peut observer sur les nombreuses médailles géographiques de coin romain , Il en est qui nous montreront les villes nommées des noms d’Hadrien ; d’autres, en bien petit nombre , nous donneront des dates importantes pour l'histoire. Je n’ai plus à placer ici que deux observations. La première concerne un assez grand nombre de villes dont la série numismatique impériale commence précisément au règne d'Hadrien. J'aurai soin de signaler la plupart des faits de cette nature , parce qu’une telle coïncidence semble pouvoir , quelquefois du moins, se rapporter à ses visites sur les lieux. Dans quelles circonstances particulières en serait-il ainsi? c’est là que les données nous manqueraient souvent , même pour de simples conjectures ; et c’est pourquoi je me bornerai presque toujours à constater uniquement le fat numismatique. 31 La seconde observation a pour objet quelques singularités qui se rencontrent parfois, à cette même époque, dans le système monétaire de certaines villes , comme la percussion de médailles impériales en argent , à peu près insolite dans la numismatique grecque , etc. Ces sortes de choses m'ont paru devoir être signalées dans l’occasion : elles supposent quelque circonstance peu ordinaire ; et la présence d’un Empereur semblerait pouvoir nous en donner l'explication la plus probable et la plus satisfaisante. 38 qu'il refusa d'abord, et par deux fois, ce titre qu'on voulait lui conférer: Patris patriæ nomen sibi delatum statim , et iterum postea distulit : quod hoc nomen Augustus sero meruisset (1). Orose le lui fait prendre dès le commencement de son règne: Idem quoque continuo, Pater patriæ in Senatu, ultra morem majorum, appellatur, et uxor ejus Augusta (2). Mais saint Jérôme place ces deux faits à lan X du règne d’'Hadrien (3), s’'écartant en cela d'Eusèbe, qui les met à l'an XI (4): Imperator Hadrianus, dit-1, Pater patriæ appellatur , et uxor ejus Augusta. L'auteur de la Chronique dite d'Alexandrie a suivi saïnt Jérôme (5). Cette divergence des auteurs anciens est assez embarrassante ; et si l’on admet la date donnée par Eusèbe, comme l'ont fait de savants critiques, il en résulte une conséquence qui se lie essentiellement à l’objet de mon travail ; car cette date admise , les médailles d'Hadrien où lon (:) Spartian., Adrian, 6. (2) Hist, vi, 13. (3) Chronic. ed Scaliger,, p. 167. (4) Chronic. ed Scaliger., p. 212. (5) Chronic. pasch., edit. reg., p. 254. 39 trouve marqué le titre de Père de la patrie ne sauraient être antérieures à l’an XII de son règne. Eckhel a une longue dissertation sur ce sujet (1). Il s’en tient à la date d'Eusèbe, qu'il fait servir de commentaire au texte de Spartien. Quant à Orose , ilne l'explique guère que par ce qu'il dit des médailles de la première année d’Hadrien , qui lui donnent le titre en question (2). Il les suppose frappées aussitôt après le décret du Sénat, lorsque ce prince était encore en Orient , et avant que son refus eût été connu à Rome. Eckhel cherche aussi à étayer ce système du témoignage des marbres et des médailles. Il remarque que le titre Pafer Patriæ ne se voit sur aucune inscription authentique dont la date soit antérieure à la XII: puissance tribunitienne, tandis qu’on le trouve assez fréquemment sur des monuments postérieurs. Il fait la même observation au sujet des médailles d'Alexandrie , si nombreuses sous ce règne, mais où l'on ne voit paraître le mATHP. mATPIAOC qu’avéc les dates L. 18.-(an 12), L.Ir. (an 13); et cette coïnci- (1) Doctr. num. vet., tom. vr, pp. 515—518, (2) Notamment sur celles qui font lire à-l’exergue le mot: ADOPTIO, 40 dence lui fait juger que ces monuments notèrent comme un fait historique , l’acceptation de ce titre si longtemps refusé. Je suis loin de partager son opinion, et je dirais plutôt avec Tillemont , qui a abordé la question plus franchement qu'aucun autre: « Pour » cela , il faut abandonner Eusèbe et la chroni- » que d'Alexandrie ; et ce sont des autorités » que nous suivons quand nous n’avons rien de » meilleur (1).» Comme j'agirai ainsi dans le cours de ces recherches, c’est-à-dire, que je citerai les monuments d’Hadrien , sans que l'absence ou la présence du P. P. modifient l'usage que j'en pourrai faire , il faut bien ici que je donne mes raisons. Je le ferai aussi brièvement qu'il me sera possible. On doit observer d’abord que ce système pourrait déranger bien des choses dans la narration de Spartien : car, si cet auteur ne nous fournit guère d'indications assez précises pour avoir la valeur de données chronologiques , il parle de certains voyages d'Hadrien de manière à nous faire penser qu'ils eurent lieu, ou dans les pre- (1) Hist. des Emp., tom. 11, p. 517. al mières années de son règne, où du moins bien avant lan xIt. C’est ainsi, en effet, que les ont placés ceux qui ont cherché à établir une chronologie de ces voyages: Eusèbe même et saint Jérôme donnent à ce sujet quelques documents antérieurs à cette année. Il parait bien peu conforme au caractère connu d'Hadrien qu'il ait refusé aussi sérieusement et avec tant de persévérance la qualification honorifiqué décernée par le Sénat. Sa vanité, qui n’était pas le moindre de ses défauts , autoriserait assez le soupcon qu'il ne refusa, comme tant d’autres, que dans l'espérance qu’on le presserait , et , que contraint ainsi d'accepter, il aurait aux yeux du public le mérite de la modestie sans en subir les sacrifices. Ceci concilierait les textes de Spartien et d’Orose , qui ne sont point essentiellement contradictoires. L'occasion d’insister de nouveau auprès de lui ne tarda pas à se présenter, dans un acte insigne de libéralité que fit ce prince, dès les commencements de son règne (1), et dont je parlerai ailleurs : il serait étonnant que le Sénat et le peuple ne l'eussent (1) Spartian., Adrian, 7. , 42 pas pressé alors de recevoir un titre auquel il semblait avoir tant de droits; il le serait davantage qu'il ne se fût pas rendu à de telles instances. Comprendrait-on mieux qu'Hadrien, voyant ce titre mis à son insu sur ses premières médailles, ainsi que le suppose Eckhel, il ne eût . pas conservé désormais, malgré ses refus antérieurs, quand un tel précédent lui donnait un motif plausible d’en agir de la sorte ? Il faut répondre aussi aux arguments d'Eckhel en faveur de la date assignée par Eusèbe aux faits qui nous occupent: fussent-ils plus concluants qu'ils ne le sont en réalité, ils ne pourraient fonder , après tont , qu’une conjecture probable. : Pour qu'il y eût quelque force probante dans ce qu'il dit des inscriptions d'Hadrien par rapport au titre de Pater Patriæ , il faudrait pouvoir dire que ces sortes de monuments donnent toujours aux empereurs tous les titres qu’ils avaient droit de prendre ; ce qui n’est pas. Cette observation: s'applique également aux médailles : en général, on peut croire que bien des choses étaient lais-: sées au jugement des monétaires, et de ceux qui rédigeaient les inscriptions des monuments publics. Pour ce qui est des médailles d'Alexandrie , 43 dont Eckhel invoque le témoignage , le fait même que le titre de raTHP. mArPAOC est répété sur les médailles de deux années successives ferait une objection sérieuse contre son sysième, nonobstant l'explication qu'il en donne. Mais surtout, on ne saurait admettre que de tels revers soient historiques, et signalent comme un événement l'acceptation de ce titre par Hadrien. On pourrait aller trop loin en raïsonnant de la sorte, car d’autres titres honorifiques des empereurs sont quelquefois placés de même, exceptionnellement , sur des médailles d'Alexandrie. Ainsi, pour ne citer qu’un seul exemple , sur des médailles de Vespasien frappées dans cette ville, on lit au revers: sEpAgTOT. L. ENAT. (1); en conclurons-nous que ce prince ne prit le titre d’Auguste que lan 1x de son règne ? Les arguments d’Eckhel sont purement négaüfs, et par conséquent un seul argument positif peut les détruire. Qu'on cite une seule inscription, une seule médaille fournissant une donnée contraire , tout ce système est renversé. Or, nous sommes en possession d’une telle donnée; et si (1) Sestini, Class, general., p. 168. äde elle ne concerne pas personnellement Hadrien , elle n’en est pas moins d’une autorité irrécusable , qui nous dispense de discuter la valeur, et des inscriptions répudiées par le savant numismatiste, et du médaillon donné par Buonarotti (1), qui lui paraît également suspect. Nous avons vu les anciennes chroniques rapporter à la même date le titre de Père de la patrie accepté par Hadrien, et celui d’Auguste conféré à Sabine : il faut donc raisonner de même sur ces deux faits inséparables. Eckhel l’a bien entendu ainsi : Quam belle, dit-il, cum tempore suscepti ab Hadriano b. p. tituli conspiret ftempus admissæ à Sabina Augusteæ appellationis, infra in hujus vita exponemus (2) ; et en effet il y revient un peu plus loin (3). Or, la date donnée par Eusébe au fait qui concerne Sabine est formellement démentie par les médailles de cette princesse que frappa la ville d'Alexandrie. Parmi celles qui nous ontété conservées , il en est, comme le dit Eckhel, qui lui donnent le titre d'Auguste , àla date de lan (1) Osservaz. ist. sopra alcuni medaglioni, etc., p. 1, tav. 1, fig. 1. (2) Doctr. num. vet., tom. VI, p. 517. (3) Ibid. , p. 520. 45 XIII d'Hadrien (L. 1r.); mais il en est aussi sur lesquelles nous lui voyons ce titre en l'an X (L. EL), et même en l'an VI (L.S). Elle le porte, en un mot, sur toutes ses médailles alexandrines. Il résulte donc de ces médailles, peu rares , authentiques, et mentionnées par tous les numisma. tistes plus modernes (1), que la date donnée par Eusèbe est manifestement erronée par rapport à Sabine. Mais les conséquences ne s'arrêtent pas R; et le même discrédit est nécessairement jeté par elles sur l'époque si tardive qu’il assigne à l'acceptation d'Hadrien. Je prie mes lecteurs d’excuser cette longue discussion : elle était nécessaire. Il me reste à résumer tout ce que j'ai dit jusqu'ici relativement à la chronologie des voyages d'Hadrien. Peu de mots suffiront pour cela ; et j'aurai tout dit quand J'aurai répété que les trois sources de nos renseignements à ce sujet, les auteurs , les inscriptions et les médailles ne peuvent nous fournir dans leur ensemble qu'un fort petit nombre d’indica- (1) Zoëga, Vumi AEgyp., p. 159, nn. 1 et 2;— Sestini, Class. general., p. 169 ; — Mionnet, Descrip. de méd., tom. VI, p. 203, n° 1349; S'upplém., tom. 1x, p. 66, nn. 240 et 241, etc. 46 tions chronologiques , isolées les unes des autres. En dernière analyse, on verra que les voyages d'Athènes et d'Alexandrie sont les seuls sur lesquels nous ayons quelque chose de satisfaisant et de sür. Dans une telle pénurie, je le répète encore, je n'ai pas cru pouvoir essayer un classement chronologique de ces voyages: les résultats trop vagues eussent été à peine approximatifs, pour la plupart. J'ai préféré suivre la marche géographique , comme la plus convenable, quoiqu'elle ne soit pas sans inconvénients. Cependant, je ne m’y astreindrai pas de la manière la plus rigoureuse, Commencant par l'Europe , suivant le voyageur en Âsie, et de là en Afrique, je serai forcé quelquefois de revenir sur mes pas; mais j'éviterai du moins, aulant qu'il me sera possible, toute disposition arbitraire: c'est tout ce que je puis promettre à mes lecteurs, qui comprendront de reste les motifs de mes petits “écarts, sans qu'il soit nécessaire de les en avertir chaque fois. SECONDE PARTIE. CHAPITRE PREMIER. Voyages d'Hadrien en Italie et en Sicile. Il est naturel que lItalie soit mon point de départ , comme elle fut celui du prince que je dois suivre dans ses voyages. Nous ignorons tout-à-fait si Hadrien entreprit spécialement une visite suivie de l'Italie entière. Il est plus vraisemblable que ses courses dans cette portion de l'Empire , eurent lieu à diverses reprises, soit lorsqu'il résidait à Rome , soit lorsqu'il exécuta quelques-uns de ses voyages dans les provinces. Ceux-ci lui donnèrent occasion , plus d’une fois , de parcourir la péninsule italique , en la remontant pour se rendre dans 54 In Hetruria, dit Spartien, præturam imperator egit. Per latina oppida dictator, et œdilis et duumvir fuit. Apud Neapolim demarchus..…… et item Adriæ quinquennalis , quasi in alta patria (1). Mais l'Italie entière se ressentit de sa libéralité, notamment dans deux circonstances importantes. Ce fut cette portion du grand Empire qui eut la meilleure part à une remise considérable d'impôts arriérés, qu'il accorda au commencement de son règne, ce que Spartien rapporte ainsi: Ad colligendam autem gratiam nihil prætermitéens, infinitam pecuniam que fisco debebatur priatis debitoribus in Urbe atque Italia, in provincits vero etiam ex reliquis ingentes summas remisit, syngraphis in foro Divi Trajani, quo magis Securitas omnibus roboraretur, incensis (2). On sait que cet acte éclatant de munificence est représenté au revers de belles médailles en grand bronze, où l’on voit une figure mettant le feu avec une torche aux titres de créance du fisc (3), etoù on lit: RELIQVA. VETERA. HS. NOVIES. MILL. (1) Spartian., Adrian. 18, 19. (2) Ibid, 7; cf. Dion., Hist, rom. LXIX, 791 (8); — Euseb., Chronic. ad an. 11, etc. (5) Sur quelques-unes, on voit de plus deux ou trois figures. 55 ABOLITA. Il est également rappelé dans une inscription importante et bien connue (1). L'Italie encore fut spécialement favorisée par la remise de l'aurum coronarium , sorte de tribut usité à l’avénement des empereurs: Aurum coronarium Italiæ remisit, dit aussi Spartien, 1n provinciis minuit , et quidem difiicullatibus ærarii ambitiose ac diligenter expositis (2). Ge fut aussi en faveur de l'Italie qu'il ajouta aux fondations établies par son prédécesseur , pour fournir des aliments aux enfants pauvres des deux sexes. Pueris ac puellis quibus etiam Trajanus alimenta detulerat, incrementa liberalitatis adjecit: c’est son biographe qui parle ainsi (3). (:) Dans le recueil de Gruter (X, 6), cette inscription est fort singulièrement mêlée avec plusieurs autres. Il faut la voir dans la collection de M. Orelli, tom. 1, p. 193, n° 805. (2) Spartian. , Adrian, 1. (3) Ibid, 7; cf. Dion., Hist. rom. Lxvin, 761 (5), Plin., Panegyr. XXVIr, Aurel. Vict., Epit, xit. Pour ce qui concerne ‘rajan, on peut consulter encore Muratori, DelP insigne Lavola di bronzo, etc., dans la première série des Symbolæ litterariæ de Gort, tom. V; et sur les institutions de cette nature que l’histoire, les inscriptions et les médailles nous montrent sous divers règnes, il faut voir Paufler, De Pueris et puellis alimentariis. Dresdæ, 1809, in-4°. U 56 Parmi les travaux d'utilité publique que lhistoire indique comme exécutés alors en Italie, je ne mentionnerai que ceux du lac Fucm (1), et d’autres plus importants dont nous devons la connaissance à Pausanias, mais qui ont été trop péu remarqués, ce me semble, au milieu des nombreuses particularités de ce genre qui font le grand mérite de son ouvrage. Parlant accidentellement de la ville ancienne de Sybaris , qu’il identifie avec Lupia , ou Lupiæ , nommée quelquefois ailleurs (2), il nous apprend qu’elle avait un port creusé de main d'homme, et qu’elle devait cet avantage à l’empereur Hadrien (3). Je n’ai point à discuter la question de géographie comparée que ce passage est de nature à soulever. Dans tous les cas, il serait peu croyable qu’un écrivain aussi exact, qui d’ailleurs était contemporain, ait pu se tromper sur le prince qui fit exécuter ce port. Les marbres antiques à leur tour rappellent un grand nombre d'ouvrages de ce genre, dont (1) Spartian., Adrian. 22. (2) On peut voir Gellarius, Votit, orbis antiq., tom. 1, p. 717; mais il ne fait aucune mention du passage de Pausanias. (5) Eliac. 1 (vu), 19. ” 0% l'Italie fut redevable à ce prince. Ainsi cette inscription , trouvée à Montepulciano, nous fait connaïtre la restauration de la voie Cassia, dans une longueur considérable (1). IMP. CAESAR DIVI. TRAÏIANI PARTHICI. FIL. DIVI. NERVAE. NEP. TRAIANVS. HADRIANVS AVG. PONT. MAX TRIB. POT. VII. COS. III VIAM. CASSIAM VETVSTATE. COLLABSAM A. CLVSINORVM. FINIBVS FLORENTIAM. PERDVXIT MILLIA. PASSVVM XXCI Celle-ci, découverte près de Nice, mentionne des travaux semblables sur une autre voie (2) 433.08 TRAIANVS HADRIANVS. PONT. MAX. TRIB POT. IX. COS. IT. VIAM. IVLIAM AVG. A. FLVMINE. TREBIA. QVAE VETVSTATE. INTERCIDERAT SVA. PECVNIA. RESTITVIT (1) Gruter, Inscript. antig: GLVI, 2. (2) Maffei, Mus, Veron. COxxxt, 5. 58 Cette autre, retrouvée sur les lieux même (1), constate un semblable bienfait en faveur de la ville de Suessa : .. RTHICI. FIL DIVI. NERVAE. NEP TRAIANI. HADRIANI. AVG. PONTIF. MAX TRIB. POT. VI. COS. III VIAM. SVESSANIS MVNICIPIBVS SVA. PEC. FECIT Une quatrième donnée par Morcelli (2), et que je me contente d'indiquer , attribue à ce prince tout l'établissement d’une voie , ou plutôt d’une rue dans une ville d'Italie, Une autre rappelle la restauration, faite encore par Hadrien, du temple de la divinité locale de Cupra maritima (3). Quelques autres inscriptions , sans indications aussi précises , peuvent être regardées comme des témoignages de la reconnaissance publique pour des bienfaits. Telle est celle-ci donnée par (:) Gruter, Inscrip. antiq. CL, 3. (2) De stilo inscript. lat., tom. 11, p. 291. (5) Gruter, Inscript. antig., MXV1, 25 — Orelli, Inscript. lat. sel., tom. 1, p. 336, n° 1852. 59 Muratori (1), qui nous fait lire le nom d’un lieu obscur de l'Italie , mentionné cependant par quelques anciens (2). IMP. CAES. TRATANO HADRIANO. AVG PONT. MAX. TRIB. POT. XIIX VICANI. FORVLANI Telle est cette autre d’un municipe qui n’est pas nommé , mais qui reconnait pour ses bienfaiteurs Hadrien et Sahine (3): HADRIANO SABINAE AVGVSTO COS. III. P.P. AVGVSTAE LOCVPLETATORIBVS. MV NICIPII EX. D.D. PVBLICE Je pourrais citer encore bien d’autres marbres antiques, de la même nature : une inscription de la COLONIA. OSTIA , qui s’y reconnait CONSERVATA. ET. AVCTA. OMNI. INDVLGENTIA. ET. LIBERALITATE. EIVS (4); une des THEANENSES (sic ), dans la Campanie (5); une autre des SVRREN- (1) Nov. thes. vet, inscript. , tom. 1,:CCXXXIII, 4. (2) Liv., Hist, XXV1, 115 — Strabon., Rer. geogr. V, 228; — Virgil., AEneid. VI, v. 714, etc. (5) Morcelli, De stilo inscript., tom. 11, p. 68. (4) Gruter, Inscript. antig, CCXLIX, 7: (5) Ibid. 2. 60 TINI, que Morcelli pense avoir servi de base à une statue (1); une quatrième trouvée à Pouzzoles et qui fut placée DECRETO. DECVRIONVM. ET, POPVLI. CONSENSV (2), etc. Je m’arrête, dans la crainte de devenir trop long (3). Sous tous les rapports , la Sicile tient de trop près à l’Ttalie pour que je renvoie ailleurs le peu que j'aurai à en dire. Je dois faire observer cependant que, d’après la manière dont Spartien en parle , le voyage d’'Hadrien dans cette île célèbre paraît avoir suivi de près , s'il n’en fit point partie, ceux qu'il avait faits dans la Grèce , lesquels à leur tour avaient été précédés , autant qu’on peut le croire , par les visites de ce prince dans des provinces plus septentrionales. Nous en savons bien peu sur ce voyage d'Hadrien en Sicile. Spartien , seul écrivain qui en fasse mention, ne nous a conservé qu'une seule particularité à ce sujet; c’est qu'il voulut gravir PEtna, pour y contempler le lever du soleil, qui s’y montrait , disait-on, (x) De stilo inscript., tom. 1, p. 87. (2) Muratori, Vou. thes., tom. 1, CCXXXHIT , 2, (3) Ces inscriptions de la Campanie forment le commentaire du passage de Spartien que j'ai cité p. 2. 61 avec les couleurs variées de l’arc-en-ciel: Post, dit-il, après avoir parlé de ce qu'Hadrien avait fait en Achaïe, in Siciliam navigavit, in qua Ætnam montem conscendit, ut solis ortum videret, arcus specie ut dicitur varium. Inde Romam venit (1). Nous avons des monuments de ce voyage dans plusieurs médailles romaines d'Hadrien , en grand et en moyen bronze. ADVENTVI. AVG. SICILIAE est la légende des unes, dont l'Empereur et une femme sacrifiant forment le type, comme sur les autres médailles d'arrivée ; mais cette femme couronnée d’épis, tient encore des épis dans sa main , symbole tout-à-fait approprié à la Sicile, si féconde en céréales, et qui était le grenier de Rome. Les médailles de restauration , avec la légende RESTITVTORI. SICILIAE., nous montrent aussi la province caractérisée par les mêmes symboles. Vaillant a décrit le premier une troisième médaille en grand bronze, précieuse pour sa singularité (2). Elle a pour légende le seul nom SICILIA, et pour type une tête jeune , vue de face, les che- (à) Adrian. 13. (2) Vumism. imp. præstant., tom. 1, pp. 57 et 58. 62 veux épars, au-dessous de laquelle est un monstre marin. Dans cette tête, les uns ont vu celle du Soleil, comme elle est figurée sur les médailles de Rhodes, d’autres , celle de Méduse , symbole ancien qu’on observe quelquefois au centre de la Triquetra sur les médailles siciliennes (1). Quant au monstre, 1l ne peut être que Scylla, bien qu’on ne lui voie point ici, comme sur d’autres monuments (2), cette vivante ceinture que lui donnent les poètes, et Virgile notamment (3): Candida succinctam latrantibus inguina monstris. Ce type singulier n’a rien de commun avec ceux des autres médailles géographiques d’Hadrien qui n'ont pour légende qu’un simple nom de province. De plus, l'inscription de la tête porte seulement HADRIANVS AVGVSTVS, au lieu de la légende ordinaire. En un mot, on a peine à la reconnaître pour appartenir au même système ; aussi Eckhel ne lui a-t-il donné place dans son savant ouvrage que par respect pour le nom de Vaillant (4). M. (1) Eckhel, Doctr. num. vet., tom. vi, p. 500. (2) On peut indiquer , entr’autres, une médaille en argent, bien connue, de Sextus Pompée. (5) Ecl. vi,w. 7h. (4) Loc. laud. 63 Mionnet en décrit une semblable, mais il n’indique pas le monstre marin (1). On aimerait à retrouver des traces du voyage d'Hadrien sur d’autres monuments de la Siaïile ; et le prince de Torremuzza les a recherchées dans un ouvrage dont je ne puis citer que la première éditon (2); mais il n'a obtenu que de minces résultats(3). Tout ce qu’il donne de positif se borne à une inscription tracée sur des tuyaux de plomb, ce qui suppose des travaux plus ou moins considérables, pour la conduite des eaux. Le nom d'Hadrien qu’elle fait lire peut permettre d’y voir, (1) De La rareté des médailles romaines, tom. 1, p. 199. (2) Siciliæ et objacentium insularum velerum inscriptionum nova collectio. Panormi, 1769, in-f°, La bonne édition est de 17853. (3) Ainsi le savant auteur (Proleg., p. LxxIX) juge, d’après une courte inscription grecque, que les Siciliens donnèrent le nom d’Hadrien à l’un de leurs mois; mais cette inscription parait avoir été mal lue. Ainsi ailleurs (p. 15) rapportant une inscription où la ville de Lilybœum est appelée COLOuIa AVGusta LILYBITanorum , il présume qu’elle devait ce titre à Hadrien. Mais il va plus loin, et pour appuyer cette conjecture, il cite deux autres inscriptions qui donnent à cette colonie le surnom abrégé HEL., et il en conciut que de son nom de famille ce prince l’avait appelée AELIA. Le lecteur jugera si la différence des orthographes peut permettre cette interprétation. 70 légende, GERMANIA ; mais elle est personnifiée par une figure debout, armée de la lance et appuyée sur un bouclier, Sur d’autres, en grand bronze, nous lisons EXERCITVS. GERMANICVS , et nous voyons l'Empereur à cheval, haranguant quelques soldats. Il existe encore d’autres médailles d'Hadrien , en or et en grand bronze, au revers desquelles il est représenté suivi de soldats qui portent des enseignes; elles font lire : DISCIPLINA. AVG. , quel. quefois DISCIPVLINA. AVG. (1). Elles n’ont rien qui puisse les rattacher avec certitude à tel ou tel événement de l’histoire d’'Hadrien; mais comme Spartien a placé au voyage de Germanie ce qu’il a de plus détaillé sur les soins de ce prince pour la discipline militaire, j'ai cru, pour cette raison, pouvoir les rapporter ici, De la Germanie, Spartien fait passer le prince voyageur dans Pile des Bretons, mais sans entrer dans aucun détail, sans nous faire connaître le port où il s’embarqua ; le biographe se borne à dire: Ergo conversis regio more militibus Britanniam petit (2). On peut supposer qu'il trane (x) Vaillant, Vumism. tmp. præstant. t.1, p.64. (2) Adrian. 11. 71 versa la Batavie , qu’il s’y arrêta peut-être quelque temps, et qu'il prit la mer dans quelque port de cette contrée. Une donnée bien vague encore, il est vrai, autorise, ce me semble, à le présumer ; et sans y attacher plus d'importance qu’elle n’en a réellement, je ne saurais la taire ici. Je trouve dans la carte de Peutinger un lieu nommé Forum Adriani (sic), placé près de Lugdunum (Batavorum) (1). Le nom d'Hadrien , donné à ce lieu dont il n’est point parlé ailleurs, ne peut-il pas faire conjecturer en effet , avec quelque vraisemblance , qu’il aurait été fondé ou relevé par lui, durant un voyage en Batavie? C’est tout ce que je puis hasarder sur cette station présumée, entre la Germanie et la Bretagne. L'histoire est loin également de satisfaire notre curiosité au sujet du séjour qu'Hadrien fit dans cette île. Il y corrigea de nombreux abus , comme le dit en deux mots son biographe : in qua multa correxit (2), donnée bien vague et commune à tous les voyages d'Hadrien. Mais l'historien ajoute quelque chose de plus intéressant , lorsqu'il parle (1) Segm. 1, a. (2) Adrian, 11. 72 du mur élevé par ordre de ce prince, pour séparer les terres des habitants barbares de celles qui étaient soumises aux Romains, et cela sur une étendue de quatre-vingts milles : murumque per octoginta millia passuum PRIMUS duxit, qui Barbaros Romanosque dlivideret (1). Primus n’est pas mis ici sans intention, car d’autres travaux semblables avaient été exécutés en Bretagne,entre l’époque d'Hadrien et celle où Spartien écrivait, Rappeler brièvement ce que nous en savons sera donc bien moins une digression qu’un commentaire positif du texte de cet auteur, Nous voyons d'abord que le successeur d'Hadrien , ayant repoussé par ses lieutenants les peuples barbares de cette île, y fit élever à son tour un retranchement en gazon. Dans le texte où Capitolin le rapporte, il faut remarquer un mot qui rappelle évidemment le mur d’Hadrien. Nam et Britannos, dit-il, per Lolliun Urbicum legatum vicit, ALIO muro cespititio submotis Barbaris ducto (2). Il est question des travaux faits pour cela, dans plusieurs inscriptions d'Antonin-le- Pieux, retrouvées en Angleterre et réunies par (1) Adrian. 11, (2) Antonin. 5. 73 Mafei (1). Dion mentionne sous Commode ce même boulevard d’Antonin , et raconte comment ees peuples le franchirent alors , égorgeant les troupes qui le gardaient, et vinrent ravager les possessions romaines (2). Après ces deux empereurs , Septime Sevère fit exécuter un semblable ouvrage de défense d’une côte à l’autre. Britanniam , dit Spartien, (quod maximum ejus imperii decus est) muro per transversam insulam ducto, utrimque ad finem oceani munivit, etc. (3). Celui-ci a été mentionné par d’autres historiens encore, Dion (4), Herodien (5), Aurelius- Victor (6), Eutrope (7), Orose (8), Bède (9). Quoique d’un âge bien plus récent que tous les autres, cet écrivain doit être cité comme (1) Mus. Veron. cccoxLvi, 11-14, La première s'exprime d’une manière assez précise pour donner l'intelligence des au. tres : P.F. OPVS. VALLI. (2) Hist. rom. Lxxir, 820 (8). (3) Sever. 18. (4) Hist. rom, Lxxvi, 866 (12). (5) Hist. 1, 48. (6) Cæs. xx; Epit. xx. ; (7) Breviar. vinr, 19. (8) Hist. vu, 17. (9) Eccles, hist: gent. angl. x, à 74 étant du pays, et parce qu’il a pu voir encore des restes fort considérables de ces travaux militaires. Receptam partem insulæ , dit-il de Sévère , a cæteris indomitis gentibus , non muro , ut quidam æstimant, sed vallo distinguendum putavit: Murus enim de lapidibus , vallum , quo ad repellendamvim hostium castra muniuntur, fit cespitibus, quibus circumcisis e terra,velut murus extruituraltus super terram , ita ut in ante fiat fossa de qua levati sunt cespites, supra quam sudes de lignis fortissimis præfiguntur. Ifaque Severus magnam fossam firmissimumque vallum , crebris insuper turribus communitum , a mari ad mare duxit. La Bretagne avait été découverte, plutôt que conquise , par César: potest videri ostendisse posteris , dit Tacite , non tradidisse (1). Les projets d'Auguste, de Tibère, de Caligula sur cette contrée n’eurent pas même un commencement d'exécution (2). Sous Claude , elle éprouva sérieusement la force des armes romaines (3); mais, nonobstant le triomphe de l'Empereur (4), la (1) Agric. 13. (2) Ibid. (3) Ibid. (4) Outre les données historiques, il est rappelé par des médailles de Claude dont le revers fait voir un arc de triomphe et des trophées, avec la légende DE, BRITANNIS, 75 portion soumise à l’Empire fut assez peu considérable. On peut en juger, ce me semble, d’après l'ignorance complète des Romains sur la situation géographique de la Bretagne (1). Ce fut par l'habileté d’Agricola que les possessions romaines y devinrent importantes, comme nous l’apprenons de Tacite (2). Elles devaient en être au même point à l’époque où Hadrien Ja visita, Mais si elles furent poussées plus loin après lui, on peut dire toutefois que Pile ne fut jamais entièrement assujétie, et l'histoire continue de nous la montrer fréquemment imfestée par les incursions des peuples barbares, qui en occupaient les parties septentrionales (3). Ce coup-d'œil sur la Bretagne romaine était nécessaire, pour rendre raison des travaux de défense qu'y exécutèrent trois grands empereurs. (1) Non-seulement ils dirent longtemps avec Virgile (Ecl.1, Ve G7): ET penitus totos divisos orbe Britannos ; mais sous Domitien encore, ils ignoraient que la Bretagne füt entourée par la mer. Agricola le premier; au rapport de Tacite ( Agric. 10), constata une notion aussi simple, la flotte sous ses ordres ayant fait le tour de l'ile. (2) Agric. 17—40. | (3) Ammian. Marcell., Rer. gest. XX, 1; XXVI, 4; XXVI, 8; xxvI, 5, etc, 76 Je ne chercherai point à concilier les dimensions différentes que leur donnent les historiens anciens, ni à discuter la distinction , établie par le vénérable Bède, entre le murus et le vallum; 1 serait plus intéressant pour nous de connaître les positions de ces trois retranchements. Naturellement, les écrivains anglais sont les juges les plus compétents sur ce point, étant à même d'étudier sur les lieux les traces, plus où moins marquées, qu’on en reconnaît encore. Il ne m’a pas été loisible de compulser les ouvrages de Camden et de Gordon; mais ils sont cités par les commentateurs de Dion Cassius , auxquels je renvoie (1). Il paraît résulter de leurs recherches combinées : que les retranchements d’Hadrien et de Sévère occupaient , à peu de chose près, le même emplacement , sur un terrain qui fait partie aujourd’hui de l'Angleterre ; mais que celui d’Antonin avait été avancé vers le nord , et sur le sol de Ecosse moderne. On peut aussi consulter Cellarius (2) el Briet (3): ce dernier donne à chacun une position différente. (1) Edit. Reimar. , pp. 1209, $ 50, 180, 6 51. (2) Motit. orb. antig., tom. 11, p. 325. (3) Paral. geogr., tom. 1, pp. 184 et 187. 77 L'île des Bretons ne fut pas la seule contrée où l’on vit de semblables travaux. Sans parler de la muraille de la Chine , qui n’a rien de commun avec l'antiquité classique , notre Gaule eut le mur que César fit construire , entre le Rhône et le Jura, avec un fossé en avant, afin d'arréter le passage des Helvétiens (1). C’est aussi le lieu de rappeler ce que Spartien dit ailleurs des fortifications d’une autre nature qu'Hadrien fit élever sur plusieurs points des frontières de l’'Empire: Per ea tempora et alias frequenter , in pluribus locis in quibus Barbari , non fluminibus sed limitibus dividuntur, stipitibus magnis in modum muralis sepis funditus jactis atque connexis, Barbaros separavit (2). La Notice de l'Empire nous fournit une donnée que je ne dois pas négliger. Parmi les diverses stations des troupes romaines qu’elle mentionne en Bretagne per lincam Valli, nous lisons: Tribunus cohortis Cornoniorum (sic), Ponte Æli. Nous avons là un autre souvenir de la grande muraille, avec lindication d’un pont construit par Hadrien , peut-être sur la Tyne ou sur l'Esk , et (1) De Lel, Gal. 1,8. (2) Adrian, 12. 78 d’un lieu, plus ou moins important , qui en conserva le nom : je ne doute pas que ce fait ne se rattache à son voyage en Bretagne. Je ne dis rien de deux cohortes indiquées par la Notice dans la même contrée , et portant aussi le nom d’Ælia : elles peuvent n’y être venues que plus tard. Ce voyage d'Hadrien semble avoir été pour les courtisans un objet d’admiration , et en quelque sorte d’effroi. On peut le présumer d’après ces vers, que son biographe rapporte comme une boutade de l'historien Florus (1): Ego nolo Cæsar esse , Ambulare per Britannos, Scythicas pati pruinas (2). Mais s’il faut prendre à la lettre ce que le poète dit de la Bretagne , je ne pense pas qu’on doive faire de même pour la Scythie , où Hadrien n’alla jamais, quoiqu'il ait visité diverses contrées qui en étaient plus ou moins voisines, (1) Adrian. 16. (2) Pour ne pas tronquer cette anecdote littéraire, je donne aussi la réponse improvisée que Spartien (:b1d.) attribue à Hadrien : Ego nolo Florus esse, Ambulare per tabernas, Latitare per popinas, Culices pati rotundos. 79 La narration de Spartien peut nous autoriser à rapporter au voyage d'Hadrien en Bretagne un fait prouvant que, durant ses courses , il ne négligeait pas ce-qui se passait à Rome. On sait assez à quel point il se montra ingrat à l'égard de Sabine qui, pour dot, lui avait apporté l'Empire, À ses désordres monstrueux, il ajouta les plus indignes traitements , et inspira tant de haine à cette épouse. malheureuse, qu’elle se vantait de m'avoir pas voulu lui donner un heritier (1); les choses allèrent si loin, a-t-on dit , qu’elle fut réduite à se donner la mort(2). Mais il exigeait pour.elle le respect de ses inférieurs ; et Spartien nous apprend, que plusieurs personnages notables furent alors destitués pour avoir manqué d'égards à l’Impératrice , entr’autres l'historien Suétone. Septicio Claro præfecto Prætorit, et Suetonio Tranquillo epistolarum magistro, multisque aliis, qui apud Sabinam uxorem, injussu ejus, familiarius se tunc egerant quam reverentia domus aulicæ postulabat, successores dedit (3). (1) Aurel. Vict., Æpit. XIV, (2) Ibid, (5) Adrian, 11. 86 IMP. CAES. DIVI TRAITANT. PARTHICI FIL. DIVI. NERVAE NEPOTI. TRAIANO HADRIANO. AVG PONTIF. MAX. TRIB POTEST. III. COS. III. N. RHODANICI INDVLGENTISSIMO PRINCIPI Une autre inscription mutilée , qui a été découverte près de Riez, attribue à Hadrien l’établissement d’une voie payée (x) : VCTORE MP. CAESARE TRA HADRIANO AVG P VIASSITICE STR (2). Ne peut-on pas supposer fort vraisemblablement que ces travaux, de même que bien d’autres, sans doute , dont le souvenir est perdu pour nous, (1) Millin, Voyage dans le midi de la France, tom. 1, p. 2. (2) Millin supplée ainsi: aVOTORE MP. GAESARE. TRAZano. HADRIANO AVGusto P.…. VIA SILICE STRucta, J'aimerais mieux STRata, ou plutôt STRa£as ; car linscription, qui doit être fort incomplète, porte bien VIAS, si la copie ost exacte. 87 furent un des bienfaits des voyages de ce prince dans les Gaules ? On aurait à citer ici un monument fort singulier, sil’on admettait l'authenticité de l'inscription métrique découverte à Apt, dit-on, et qui a été donnée avec quelque confiance par plusieurs érudits , notamment par Burmann (1). Ge monument rappellerait ce que dit Spartien, en général, de l'affection d'Hadrien pour ses chevaux et ses chiens (2),.et ce que Dion y ajoute de plus particulier , au sujet de son cheval Borysthène , auquel 11 fit élever un cippe funéraire avec une inscription (3). Le monument d’Apt semblerait être celui de ce cheval, et le lieu de sa découverte supposerait que son maître l'aurait perdu dans le midi de la Gaule. Tout cela serait fort beau sans doute; mais il y a trop de motifs de suspecter cette inscription. Je m’abstiendrai de la rapporter ici: j'aime mieux renvoyer à Burmann (4), et à M. Orelli qui l’a insérée dans son recueil, sans la croire authentique (5). (1) Anthol. lat., tom. 11, p. 288. (2) Adrian. 20. (5) Hist, rom. LxIX, 792 (10). (4) Loc. laud. (5) Inscript. lat. sel., tom. 1, p. 197, n° 824. 88 Ce fut de la Gaule qu'Hadrien alla en Espagne. Ainsi le rapporte son biographe , mais il ne parle que de la ville de Tarracone, où l'Empereur passa l'hiver. Post hœc Hispanias petit, et Tarracone hiemavit (1). Dans cette ville , qui donnait son nom à l’une des grandes divisions de l'Espagne, son premier soin fut de restaurer à ses frais le temple dédié à Auguste : ubi sumptu suo ædem Augusti restituit (2). Tarracone, où Auguste avait longtemps séjourné (3), lui avait élevé ce temple après sa mort, avec la permission de Tibère. Templum, dit Tacite , uf in colonia Tarraconensi strueretur Augusto, petentibus Hispanis, permissum ; datumque in omnes provincias exemplum (4). On voit cet édifice, avec la légende C. V. T. T. (5) AETERNITATIS. AVGVSTAE , sur des médailles à l'effigie d'Auguste, qui font lire sur l’autre face: DEO. AVGVSTO , où DIVVS. AVGVS- (1) Adrian. 12. (2) Ibid. — Dans sa vie de Sévère (3), Spartien nous apprend qu’il répara aussi ce temple. (3) Dion. , Hist. rom. Lu, 514 (25). (4) Annal. 1, 78. (5) On interprète ces sigles par Colonia victrir Togata Tarraco : il n’y a de doute que par rapport au premier T. 89 TVS. PATER (1). De son vivant, on lui avait élevé dans la même ville un simple autel (2), qu'on voit aussi sur ses médailles, surmonté d'un arbuste , mais avec les seules initiales C. v. T. T. (3). Spartien ajoute qu'Hadrien convoqua à Tarracone une de ces assemblées dont Pline a fait mention (4); et il semblerait que ce fut à l’occasion d’une nouvelle dédicace du temple : omnibus Hispanis Tarraconem in conventum vocatis (5). Dans cette circonstance, il fit preuve d'habileté à manier les esprits. C’est ce qui résulte de ce passage , fort obscur du reste , malgré la note de Casaubon, et qui pourrait bien être altéré autrement que dans sa ponctuation : delectumque jocu- (1) Mionnet, Pescripi. de méd., tom. 1, pp. 51 et 52, pn. 371, 572, 375; Suppl., tom. 1, p. 105, n. 605. (2) Quintilien (/nstit, orat. V1, 5) nous a conservé un bon mot d'Auguste, à l'occasion d’un fait qui explique les médailles où cet autel est figuré. Et Augustus nuntiantibus Tarraconensibus palmam in ara ejus enatam, apparet, inquit , quam sæpe accendatis, (3) Mionnet, Descript. de méd., tom. 1, pp. 81 et 82, nn. 568, 370, 575; Suppl., tom. 1, pp; 1c4 à 106, nn. 6v3 et Gr2. (4) Mat. hist, nr, 8 (4). (5) Adrian. 12. 90 ; lariter , ut verba ipsa ponit Marius Maximus , detrectantibus Italicis, vehementer cœteris, prudenter et caute consuluit (1). Dans une autre occasion, lorsque sa vie fut mise en danger par la démence furieuse d’un esclave de son hôte, il montra , avec du sang-froid, une modération et une humanité rares chez ces maîtres du monde, qui comptaient pour si peu le sang d’un homme, et surtout d’un esclave. Quo quidem fempore ; dit Spartien , non sine gloria gravissimum periculum adiit, apud Tarraconem spatians per viridaria ; servo in sé hospitis cum gladio furiosius irruente; quem retentum ille ministris accurrentibus tradidit , et ubi furiosum esse constitit , medicis curandum dedit, in nullo omnino commotus (2). On peut croire qu'Hadrien ne borna pas son voyage à la Tarraconaise. Mais Dion assure qu'il : ne visita jamais sa patrie (3), c’est-à-dire la ville d'Ifalica , ainsi désignée également par Spartien (1) Adrian. 12. (2) Ibid. (3) Hist. rom. LxIx, 792 (10). Dion parle d’Hadrien empereur, ou du moins homme fait; car Spartien (2) le fait revenir à Italica vers l’âge de quinze ans. 91 en plusieurs endroits (1), parce qu’elle était en effet la patrie de sa famille (2), Il est assez étonnant qu’il ait ainsi négligé cette ville à l’époque de son voyage en Espagne, et il serait impossible d'en rendre raison, Nous savons du moins qu'il n'avait pas coutume de la traiter avec indifférence. Dion nous apprend qu'il la combla d’honneurs et de bienfaits (3); Spartien rapporte qu'il avait accepté une de ses magistratures quinquennales (4); et Aulugelle mentionne un discours qu'il fit au Sénat en sa faveur , lorsqu'elle désira changer sa condition de municipe contre celle de colonie (5). La numismatique des voyages d'Hadrien est riche pour l'Espagne ; elle nous offre des médailles (1) Adrian. 2 et 19. (2) Ibid. 1. — Eutrope (Brevrar. vnr, 6) est je crois le seul auteur latin qui fasse naître Hadrien à Italica. Parmi les Grecs, Appien qui vivait sous son règne semble en faire autant (De bell, Hisp. 275); et la Chronique d'Alexandrie (edit. ES, p. 255) lui donne pour patrie la ville de Sinope, comme au juif Aquila, dont elle fait son beau-père, d’après saint Epi. phane. On ne peut concevoir l’rigine d’une telle fable, (5) Hist. rom. rxix, 792 (10). (4) Adrian. 19. (5) Moct. attic. xvI, 15. 92 sur les trois métaux. Avec les légendes : ADVENT VI. AVG. HISPANIAE, €t RESTITVTORI. HISPANIAE , on voit les types ordinaires de ces sortes de médailles ; mais la femme que l'Empereur relève a près d’elle un lapin , et présente au prince un rameau ; quelquefois , au lieu du lapin, un autel est entre les deux personnages. Les médailles de bronze qui font lire EXERCITVS. HISPANICVS, avec le type de l'Empereur à cheval haranguant des soldats , supposent une armée destinée à contenir quelques peuples insoumis des Espagnes. Nous voyons enfin une femme assise à terre, ayant à ses pieds un lapin, et Lenant un rameau: c’est l'Espagne personnifiée, comme nous l'apprend la légende HISPANIA. Je ne doute pas qu'on ne doive donner une semblable attribution à de rares médailles en or qui n’ont au revers que cette légende insignifiante : P. M. TR. P. COS. HT, mais nous font voir une femme casquée, debout près d’un olivier au pied duquel est encore un lapin. Qu’une telle figure soit l'Espagne même , ainsi que la pensé Vaillant (1), ou bien Minerve, comme en juge (1) Vumism. tmp. præst., tom. 11, p. 145. 95 M. Mionnet (1), on reconnait ici les symboles de cette province. L’olivier , qu’elle produit en abondance , doit être l'arbre dont elle tient un rameau dans les types décrits ci-dessus , qui nous ont fait observer également le lapin (2). Il est probable qu’on peut encore rattacher à ce voyage les médailles d'Hadrien en or où on lit : HERC. GADIT. P. M. TR. P. COS. IT, ainsi que d’autres sur lesquelles Vaillant à cru reconnaître des types relaüfs à l’'Hercule de Gades (3). Il nous resterait sans doute plus de monuments numismatiques de cette visite d'Hadrien, si les villes d'Espagne , sous son règne, eussent conlinué de battre les nombreuses monnaies qu’elles frappèrent aux effigies des premiers empereurs. On sait qu’elles avaient cessé depuis longtemps, () De la rar. des méd. roim., tom. 1, p. 193. (2) Les auteurs anciens, Pline (Var. hist. vit, 29 (45) et 58 (83)), Elien (De nat. animal, xut, 15) etc., nous apprennent que cet animal était fort commun en Espagne. Toutefois, j'aimerais mieux reconnaître ici l'emblème ingénieux des mines fécondes et nombreuses qu’elle exploitait, dont les anciens parlent souvent aussi, et sur lesquelles on peut voir l'ouvrage de BL. Garofalo, sous le nom de Caryophilus, De antiquis aurt argenti, stanni, æris, ferri, plumbique fodinis, pp. 10—37. (5) Mumism. imp. præst., tom. 11, pp. 143 et 146. 94 car leurs médailles s'arrêtent à la fin du règne de Caligula, sans que l’histoire nous fournisse aucune notion qui explique ce fait prématuré. Le discrédit répandu par les faussaires sur les marbres donnés comme antiques , et retrouvés en Espagne , impose une grande circonspection dans l'emploi des inscriptions de ce pays. Je crois pouvoir rapporter avec confiance celle-ci, recueillie par Maffei, dont la critique sévère est une garantie (1) : IMP. CAESAR DIVI. TRAIANI. PARTHICI. F DIVI. NERVAE. NEPOS ADRIANVS. AVG (2) PONT. MAX. TRIB. POT. V. COS. IIL RESTITVIT. CXLIX La restauration indiquée ici doit être celle d’une vole romaine passant à Salmantica , où le monument a été découvert ; et le chiffre CXLIX indique le nombre des milles de la portion restaurée (1) Mus. Veron. CCGGXXIV , 9. (2) L’orthographe donnée ici au nom d’Hadrien , ne se voit pas sur les monuments romains ; mais elle est celle de quelques anciens, notamment de son biographe; et j’ai cru devoir la suivre, comme on l’a vu, dans mes citations de cet auteur. 95 par Hadrien (1). Je citerai encore un fragment d'inscription, qui est à Rome, au musée du Capitole (2), et qui paraît relatif à des libéralités accordées par Hadrien à l'Espagne Bétique, peutêtre durant le cours, ou du moins à la suite, de son voyage dans cette contrée : + RALITATES. PIVBr. . . RATANI . HADRI. .. “LH X:COS,IIL., PPT Mi, vu . SPANIAM. BAETIC . . . EBILO. APRONIANO. COS. IIT . NIO. ATILIANO. COS ... (3) (1) Maffei a donné (bid..cccaxxv, 2) une inscription de T'rajan , trouvée aussi en Espagne, et qui mentionne également une route restaurée par lui AB. EMERITA . : . . CLVII. M. -(2) Guasco, Musei Capitol. antig. inscript., tom. +1, p. 170, n° 88. (3) Ces consulats nous sont inconnus d’ailleurs ; mais il ne faut pas oublier ce que dit Spartien (8) du grand nombre de ceux auxquels Hädrien fit nommer pour la seconde et la troisième fois , et dont beaucoup devaient être suffectices. 102 autres , inscrites du seul nom DACIA , ont pour type cette province , représentée par une femme assise sur un rocher , laquelle tient d’une main un glaive recourbé, et de l’autre une enseigne (1). Nous avons plusieurs inscriptions de la Dace qui se rattachent à l’histoire d'Hadrien (2). Une seule , je crois, peut avoir place ici; bien qu’elle soit postérieure à l’époque probable du voyage de ce prince, on pourrait regarder comme un résultat de ce voyage les travaux publics qu’elle mentionne. Il s’agit des eaux amenées dans l’ancienne capitale de Décébale , laquelle , devenue colonie romaine, est appelée sur les marbres nee nsnnnnnnnnn pen en en nnennnreenn nn (1) Plus tard cette province frappa de nombreuses médailles latines, depuis Philippe jusqu’à Gallien, avec la légende PROVINCIA. DACIA. : elle y est figurée, communément , avec les mémes attributs. (2) Une des inscriptions donnée par Gruter (cexLrx, 4) dit de ce prince : CVIVS. VIRTVTE. DACIA. IMPERIO. ADDITA. FELIX, EST. Eckhel sur cela (Doctr. num. vet., tom. vi, p. 494) fait _cette réflexion: marmor.…. aut supposititium putandum, aut tnfamis adulationis reum, Une autre inscription de cette contrée (1bid. ccccxxxvn, 1) porte le nom de MARCIVS TVRBO, duquel Spartien dit (Adrian. 7): Martium Turbonem, post Mauritaniæ præfecturam infulis ornalum, Pannoniæ Daciæque ad tempus præfecit (Adrianus), 103 antiques : COLONia VLPia TRAIANA. AVGusta DACICA. SARMIZEGETVSA. Voici l'inscription d’après Gruter (1): IMP. CAES. DIVI. TRAIANI PARTH. F. DIVI. NERVAE. NEP TRAIAN. HADRIAN, AVG. PONT MAX. TRIB. POT. XVI. COS. III. P.P. AQVA. INDVCTA. COLON. DACIC. SARMIZ PER. CN. PAPIRIVM. AELIANVM LEG. EIVS. PR. PR. Spartien fait revenir Hadrien, au commencement de son rèone, de l'Orient à Rome par l’Illyrie, et vraisemblablement , il prend cette dénomination dans le sens le plus étendu qu’on lui donnût alors : præpositoque Syriæ Catilio Severo, per Illyricum Romam venit (2). Dans le sens plus étroit que les Grecs attachaïent à ce nom, l’histoire ne mentionne pas de voyages de ce prince en Illyrie. Mais on pourrait en voir une indication sur des médailles qui signalent des mines dans la Dalmatie, portion de cette province; elles ont cette lé- (1) Inscript. antig. auxxvi, 3. M. Orelli l’a donnée un peu différemment (Inscript. lat. sel., tom. 1, p. 195, ,n° 812): je crains qu’il n'ait omis une ligne, (2) Adrian, 5. 104 gende , semblable à d’autres qu'on a déjà vues: METAL. DELM. De ces médailles, en petit bronze, il existe plusieurs variétés (1); et l'une d'elles, qui a au revers une cuirasse, fait voir sur l’autre face une tête barbue et casquée , mais sans inscription , dans laquelle quelques-uns ont cru reconnaître celle d'Hadrien, Si l’on admet cette attribution , douteuse à mon avis, on serait autorisé conséquemment à voir dans ces médailles un témoignage du voyage d'Hadrien en Dalmatie, et de la visite qu'il aurait faite à ces mines. (1) Eckhel, Doct. num. vet., tom. vr, pp. 445, 446. É CHAPITRE V. Voyages d'Hadrien en Mœsie, en Thrace, en Macédoine et en Epire. Sous Domitien, Hadrien avait été envoyé en Moesie ; et RÀ, dit son hiographe, l'Empire lui fut prédit pour la seconde fois: Post hoc in inferiorem Mosiam translatus , extremis jam Domitiani temporibus , ibi a mathematico quodam de futuro imperio id dicitur compertisse, quod a patruo magno Ælio Adriano peritiam cœælestium callente prædictum esse compererat (1). Nous voyons qu’il y retourna dans les premiers temps de son règne, lorsque Ja guerre avec les Sarmates et les Roxolans paraissait imminente : Audito dein tumultu Sar- (1) Adrian, à, 106 matarum et Roxolanorum, prœmissis exercitibus Mocesiam petiit , dit encore Spartien (1). C'est à cette époque , selon toute apparence, qu’on doit rapporter une particularité que Dion nous a conservée. Il raconte que l’armée romaine étant en présence de ces peuples, séparée d’eux par le Danube , un corps de cavalerie Batave passa le fleuve à la nage , ce qui leur inspira une grande terreur (2). Un monument, fort curieux si l’authenticité en était bien certaine, rappellerait le souvenir de cet événement: c’est linscription funéraire et métrique d’un soldat de ce corps, qui aurait été le premier à traverser le Danube (3). Si Hadrien ne vint pas plus tard visiter de nouveau la Mœsie, je constate ici une expédition (1) Adrian. G.—Le même historien nous apprend (zbid.) que la paix fut facile à faire avec les Roxolans: Cum rege Roxolanorum, qui de imminutis stipendiis querebatur, cognilo negotio pacem composuit. Peut-être la guerre continuat-elle avec les Sarmates; on lit du moins dans la Chronique de saint Jérôme, à lan 111 d’Hadrien : Bellum contra Sauromalas geslum. (2) Hist, rom. LxIX, 792 (9). Suidas , dans son article d'Ha.. drien, met cet événement en Pannonie , et fait passer le fleuve au prince lui-même. (3) Gruter, Inscripl. antig. DLXI, 3. 107 militaire plutôt qu'un voyage. Au reste, celles de ses médailles géographiques que j'ai à citer à ce sujet tiennent de l’une et de l’autre ; car on trouve en bronze des médailles d'arrivée , avec le type ordinaire et la légende ADVENTVI. AVG. MOESIAE, de même que des médailles militaires, qui font lire EXERCITVS. MOESIACYS , et représentent une allocution aux soldats (1). Il en est d’autres en moyen bronze, mais qui ne sont pas de coin romain, dont le revers a dans une couronne linscription : AELIANA, PINCENSIA (2). Ces deux adjectifs no-. minaux sont formés évidemment du nom de famille d'Hadrien et de celui de Pincum, petite ville de cette contrée (3). Ces médailles peuvent ainsi être regardées comme des monuments de la visite de ce prince; soit que l’on veuille y voir indiqués des jeux établis en son honneur, ainsi que la pensé Frœlich (4); soit que, sous-entendant METALLA , on préfère s’en tenir au jugement , P Jus (1) Vaillant décrit l'Empereur à cheval; M. Mionnet, debout sur une estrade. (2) Eckhel, Doct, num, vet., tom. VI, p, 446. (3) Sur ce lieu fort obscur, et qui paraît correspondre à la moderne Gradiska, on peut voir Eckhel, loc. laud, (4) Votit. element. numism. antig., p. 32, 108 d’'Eckhel, qui les rapporte à des mines dans les environs de ce lieu (1). Les données que nous possédons sur d’autres mines de ces contrées rendent cette interprétation fort plausible (2). (1) Loc. laud, (2) J’ai mentionne plus haut des mines dans les provinces voisines , indiquées par des médailles d'Hadrien, On en connaît aussi plusieurs de Trajan avec les légendes relatives également à ces mines ou à d’autres , comme : METALLI. VLPIANI ; METALLI, VLPIANI. DELM,.; METALLI. VLPIANI. PANN.; METALLI. PANNONICI. On voit une semblable indication sur d’autres avec la même tête, et qui font lire au revers le seul mot DARDANICI; nom d’un canton de la Mœæsie. Une médaille du même genre, mais qui n’a pas de tête impériale, doit être du temps de Marc- Aurèle, dont on reconnait le nom dans cette légende: METAL. AVRELIANIS. Sur toutes ces médailles, et quelques autres dont je n’ai point parlé , il faut voir Eckhel, Doct. num. vet., tom. VI, pp. 445—448. Les mines de ces contrées sont mentionnées par divers auteurs anciens, comme on peut le voir dans l’ouyrage déjà cité de Garofalo, De antiq. fodinis, pp. 55—59: je rappellerai seulement une constitution de l’Empereur Gratien (Cod, x1, 6, 4), qui concerne les procurateurs des mines de la Macédoine, de la Dace méditerranée, de la Mæsie ou Dardanie. Quoique les médailles dont il s’agit ne soient que de bronze, nous savons que ces provinces possédaient anssi des mines d’or. Outre les auteurs qui en parlent, elles sont indiquées par quelques inscriptions recueillies dans l'ouvrage cité de BL. Garofalo , pp. 58 et 59, et dans celui de son frère qui a pour titre: De thermis Herculaneis in Dacia detectis, 109 L'histoire ne nous donne qu'une bien vague noton sur le voyage d'Hadrien en Thrace. Elle nous est fournie par Arrien, lequel, dans un mémoire géographique adressé à ce prince, lui parle de la Propontide et de Byzance , comme à quelqu'un qui a une connaissance parfaite des localités (1). Peut-être une telle donnée seraitelle restée inapercue, en quelque sorte , si nous n'avions le témoignage plus positif des médailles en bronze d’Hadrien, dont le revers nous fait voir le type accoutumé des arrivées, avec la légende , ADVENTVI. AVG. THRACIAE. La géographie de ces deux provinces, et surtout les médailles qu’elles frappèrent, présentent quelques particularités qui ne sont peut-être pas étrangères aux voyages d'Hadrien. Nous trouvons en Thrace la plus importante de ces villes dont a parlé son biographe d’une manière générale , comme portant le nom d'Hadrianopolis (2). Ce p. 14. La plus curieuse , qu’on trouve aussi dans le recueil de Gruter (ccLix, 8), indique une statue éleyée à Antonin-le. Pieux IN AVRARIA: (1) Peripl. Ponti Eux. 12. (2) Adrian, 20. 110 nom est encore fort reconnaissable dans celui de la ville turque d’Andrinople, dont le territoire nous a donné une suite nombreuse et variée de médailles grecques impériales qu'elle frappa anciennement. La Chersonnèse de Thrace eut aussi une ville moins connue qui ajoutait à son nom celui de la famille d'Hadrien , ainsi que nous l’apprennent ses médailles , qu’elle inscrivait en langue latine en sa qualité de municipe , et qui font lire ordinairement : AEL. MVNIC. COELA. C'est aussi le cas de rappeler les villes des mémes contrées que nous voyons appelées des noms de Trajan , de sa femme et de sa sœur : Trajanopolis , Plotinopolis , Marcianopolis ,| de même que plusieurs autres, qui du nom patronymique de ce grand prince prirent le surnom d’Ulpia , comme on le voit sur les médailles d’Anchialus (1), de Nicopolis de Thrace, de Pautalia, de Serdica, (1) Après Eckhel (Doctr. num. vet., tom. 11, p. 24), Sestini, dans ses Classes generales , que je ne citerai pas toujours , mais auxquelles je renvoie d'avance pour les généralités de cette nature, dit d’Anchialus , p. 27: Vomen ab imperatore Trajano... quod proponi cœpit sub Sept. Severo, etc. Cette assertion est démentie par une médaille de mon cabinet à l'effigie d'Antonin-le-Pieux, frappée à Anchialus et qui lui donne ce surnom d'Ulpia. 111 de Topirus. L'histoire ne nous ayant rien transmis sur l'époque où elles commencèrent à porter ces noms, ne pourrait-on pas présumer, assez probablement, qu’elles les recurent d’'Hadrien, et cela lorsqu'il visitait la Mœsie et la Thrace ? Il faudrait en excepter Marcianopolis , qui dut son origine à Trajan , si l’on en croit Jornandes (1), bien que la tradition qu'il rapporte à l'occasion de ce fait ne soit qu’une fable ridicule. Ici, je ferai remarquer les villes de ces provinces dont lesmédailles impériales commencent au règne d'Hadrien. Ce sont: en Mosie , Callatia (2), Istrus, Marcianopolis (3) ; en Thrace, Bizya, Mesembria , Pautalia , Trajanopolis ; dans la Chersonnèse thracique , Cæla (4). Il y a quelque chose de plus à Samothrace : on n’y connaît qu’une seule impériale , qui est aussi d'Hadrien (5). (1) De reb. Getic. xvi. (2) Sestini, Descriz. di molte medagl., tom. 1,p. 21. (5) On n’en connaît pas d'Hadrien; mais on en a de Sabine. (4) Sestini (Class. gen., p. 33) les faisait commencer à AElius. Plus tard, il a décrit et dessiné une médaille de Trajan (Mus. Hedervar., part. Europ., p. 81, tav.1, 15). Je soupçonne que la médaille a été mal lue, car on y voit au revers le titre AEL- comme sur toutes les autres. (5) Sestini, Class. gen., p. 34. : 118 contrée: nous en avons en or, en argent et en bronze , dont le revers est inscrit des mots RESTITVTORI. ACHAIAE, et représente une femme à genoux relevée par l'Empereur , ayant devant elle un vase d’où s'élève une palme. Un tel symbole fréquent sur les médailles , où 1l fait allusion à divers jeux publics, ne pouvait nulle part figurer plus convenablement. Je ne pense pas que dans le texte du biographe, non plus que dans la légende des médailles , il faille reconnaître exclusivement la petite portion du pays des Hellènes qui portait le nom spécial d’Achaïe, et dont la ville principale était la magnifique et voluptueuse Coriathe. Je croirais plutôt, avec le judicieux Eckhel , que cette dénomination géographique doit être prise dans le sens beaucoup plus étendu que les Romains lui donnaient assez ordinairement (1), et qu'elle désigne ici la plupart des contrées de la Grèce dont je n'ai rien dit encore, Je réunirai donc dans ce Chapitre tout ce que nous avons de données , positives ou probables , sur les visites d'Hadrien dans ces diverses contrées , à l’exception d'Athènes et (1) Doctr, num. vet., tom. vi, p. 487. 119 de ses alentours auxquels je consacrerai un Chapitre spécial. Je commence toutefois par l'Achaïe proprement dite, qui n’en est pas la moins noble assurément , et qui fut peut-être la première où ce prince aborda. Qu'il soit venu à Corinthe, et par mér, c’est un fait attesté par des médailles de cette ville, lesquelles aussi tiennent lieu pour nous des médailles romaines d’arrivée, dont on ne connaît point jusqu’à ce jour avec le nom de l’Achate. Tel est surtout un grand bronze à l'effigie d'Hadrien , dont le revers a pour type une trirème, et fait lire: COL. L. IVL. COR. AD. AVG (1). Les deux mots abrégés, qui sont ajoutés à la légende ordinaire des monnaies de Corinthe, ne peuvent en effet être entendus autrement que par ADventus AVGusti (2). Il me semble qu’on peut recon- (1) Mus. Theupoli antiqg. numism., tom. 1, p. 680. (2) Corinthe avait déjà frappé des médailles semblables pour Néron, lorsqu'il était venu la visiter. On y voit au revers de ce prince un vaisseau, avec des légendes comme celles-ci: ADVE. AVG. ; ADVENTVS. AVG. , etc. On peut consulter pour plus de détails M. Mivnnet, Descript. de méd., tom. 11, p. 176, n° 212; Suppl., tom. IV, pp. 69—74, nn. 458, 461, 465, . 467, 469, 481, 482. 120 naitre quelque chose de semblable dans deux autres types des médailles d'Hadrien frappées par cette ville : lun nous fait voir l'Empereur sacrifiant devant un autel (1); autre représente un arc de triomphe, surmonté d’un quadrige sur lequel l'Empereur est encore figuré (2). Nous ne voyons point que Patras , autre ville puissante de lAchaïe, et riche en médailles impériales, y ait fait pour Hadrien, ce qu’elle fit pour Néron, comme Corinthe , en pareille circonstance (3). Naturellement , on peut rattacher à ce voyage des travaux d'utilité publique dont il favorisa Co- -rinthe et ses environs, et que Pausanias nous a fait connaïître. Cet écrivain, à qui nous devons tant de notions de cette nature, nous apprend que des bains publics furent construits aux frais d’'Hadrien en divers quartiers de la ville , et quil y fit amener les eaux du lac Stymphale, pour alimenter de nombreuses fontaines (4). Par ses soins , dit ailleurs Pausanias, la route.de Mégare (1) Mionnet, Descript., Suppl., tom. 1v, p. 84, n° 571. (2) Ibid., tom. 11, p. 179, n° 230; Suppl, toun.1v, p. 85, (7 (5) Mionnet, Suppl. tom. 1, p. 157, nn. 924—09°6. (4) Corinth. (n), 3; Arcad. (vi) , 22. 121 à Corinthe fut réparée , et au lieu qu'elle n’était guère praticable que pour les piétons, elle fut assez élargie pour que deux chars pussent y passer ensemble (1). En général, c'est par des travaux de cette nature, ou par quelques priviléges accordés aux villes , que les traces des voyages d'Hadrien en Grèce sont encore marquées pour nous , dans l'ouvrage de Pausanias , la seule source qui nous fournisse quelques particularités, Ainsi, les Abéens dans la Phocide , dont Ja ville avait été autrefois consacrée à Apollon, lui furent redevables d'un nouveau temple de ce dieu, qu'il fit construire à côté de l’ancien, fort délabré depuis longtemps (2). À Hyampolis, dans la même çontrée , il fit élever un portique auquel on donna son nom (3). Argos lui eut un autre genre d’obligation: il permit d’y rétablir une course équestre, anciennement en usage dans les jeux Isthmiques et Néméens, mais qui avaient été abolie (4). Il y avait dans l’Argolide , sur la montagne qui por- (1) Attic. (1), 44. (2) Phocic. (x), 35. (3) Ibid. (4) Eliac, 1 (vr), 16. 122 tait le nom d'Eubée, un temple de Junon fort célèbre ; parmi les offrandes dont il avait été enrichi, Pausanias mentionne un don magnifique d'Hadrien : c’était un paon en or, semé de pierres précieuses (1). | Ce prince montra aux habitants de Mantinée une bienveillance toute particulière. Il leur permit de reprendre leur premier nom, changé anciennement contre celui du roi Antivone (2). Le temple de Neptune-Hippius étant ruiné , il en fit élever un nouveau qui était plus grand, car les ruines de l'ancien y étaient renfermées (3). Lorsque Mantinée adopta le culte honteux d’Anünoüs , Hadrien fit aussi embellir le temple qui lui avait été consacré {4) ; et peut-être lui dut-on encore les statues de ce favori, et les peintures qui le représentaient avec les attributs de Bacchus , ornements remarquables du gymnase de cette ville (5). Ce fut aussi dans cette même contrée que ce prince érigea un cippe sur le tom- (1) Corinth. 17. (2) Arcad. (vin), 8. (3) Jbid. 10. (4) Ibid. 9. (5) Ibid. 123 beau d'Epaminondas, avec une inscription qu'il avait composée (1). | Après Lant de bienfaits accordés aux Hellènes, Hadrien avait des droits à leur reconnaissance, et l’on ne peut s'étonner: ni de lire les éloges pompeux que lui donne Pausanias (2) ; ni de voir sa statue en marbre de Paros , placée par les villes de la confédération Achæenne dans le temple de Jupiter à Olympie , à côté de celle de Trajan (3); ni enfin d'apprendre du même auteur qu’une inscription, gravée dans le temple de tous les dieux à Athènes, mentionnait les temples qu'il avait élevés, ceux qu'il avait agrandis, ou enrichis de ses offrandes, les dons qu'il avait faits aux villes grecques, et même à quelques villes barbares qui avaient eu recours à sa libéralité (4). Les médailles impériales sont trop rares dans: ces contrées. de la Grèce, pour qu’on puisse. trouver sur le petit nombre de celles qui portent l'effigie d'Hadrien des traces un peu marquées de ses voyages. Je n’ai à faire ici qu'une seule obser- (à) Arcad. (vnr) 11. (2) Attic. (1), 3 et 5. (3) Eliac. 1 (v), 12. (4) Attic. 5. 15% vâtiôn, comimüne à déux séries mônétaires de cette province. On peut remarquer d'abord qüé la Stité impériälé dé l'Elidé commence À Hadrién (1), ét éétté innovation pourrait bien étré régärdéé comme un hommage à l'auguste voyageur , lors de sa visité dans cette contrée célébre. Sestint fait aussi commencer à ce prince les médailles impériales d'Argos (2); et si l'on à décrit à cétte villeune médaille dé Trajan (3), comme l'inscription en est früste, pour peu que la tête soit maltraitée, il est permis dé soupconner une erreur. On serait peut-être plus heureux dans la recherche des inscriptions. J'en rapporterai une séule, qui paraît avoir été la basé d’une statue élevée à Hadrien (4). Elle témoigne du moins de la reconnaissance des habitants d’Abea (5), dont j'ai parlé ci-dessus ; mais surtout elle ést re- (x) Sestini, Class: penñeral., p. 49. (2) Sestini, Class. general., p. 50. (3) Mionnet, Descript. de méd., Suppl., tom. 1v, p. 240, n° 27. (4) Paciaudi, Monum. Peloponnes., tom. 11, p. 77. (5) Ce marbre a été trouvé dans l'ile de Corfou, é& dont le savant Paciaudi cherche à rendre raison, p. 85 sed. 125 marquable par la qualification de BOTAAIOS qu'elle donne au prince (1). La voici : AAPIANOT. BOT AAIOT. AYTOKPATOPA. KAIEAPA. EPA ÉTON. TPAIANON. AAPIANON OEOT. TPAIANOT. TION. OEOT NEPBA. TIONON. TIHATON. TO. T H, HIOAIS. TON, ABEATON. KA TA. TO. TON. AXAION. AO TMA. ANÉOHKE. ENT. TPAMMA TEOS. AAMONOS, TOT APISTEA. On a vu que Spartien fait venir Hadrien en ! Achaïe par les îles; mais nous manquons de documents sur ce point. Tillémont a compté l'Eubée parmi les lieux que le témoignage des médailles nous apprend avoir été visités par ce prince (2). Il a été trompé par les recueils qui ont publié des médailles de ce règne, avec la légende ADVENTVI. AVG. EVBOEAE (3): aujour- (1) Sur ce mot, on peut voir le même ouvrage, p. 80 seq., et celui de Biagi, Monum. gr. Mus. IVanit, p. 225. Il répond à celui de conseiller, ou qui est de bon conseil; Jupiter était honoré avec ce surnom: Pausanias (Attic. 5) parle de la statue qu’il ayait à Athènes dans le lieu des réunions du Sénat, (2) Hist. des emp., tom. 11, p. 256. (3) Mediobarb., Jmp. rom, numism., p. 176, 126 d’hui il est reconnu qu’elles sont fausses, Je ne vois que deux faits qui concernent d’autres îles de la Grèce, et qui supposent quelque relation avec le séjour d’Hadrien parmi les Hellènes , sans indiquer , toutefois , qu'il les ait visitées. J’en parlerai dans le Chapitre suivant, Quant aux monuments, une inscription de Carthæa , dans l’île de Ceos, semblerait pouvoir faire soupconner que Sabine y aurait fait un voyage avec Hadrien ; mais il paraît que Pinscription a été inexactement copiée, et qu'on doit lire le nom de Livie au lieu de celui de Sabine (1). (1) Letronne, La statue vocale de Memnon, p. 166, CHAPITRE VII. Voyages et séjours d'Hadrien à Athènes. en O Q More Peut-être Hadrien était-il allé à Athènes avant de parvenir à l'Empire, Ce qui pourrait donner lieu de le présumer c’est ce que nous savons d’ailleurs , que cette ville l'avait investi d’une magistrature à laquelle , sous la domination romaine, elle avait conservé son ancien nom: ef Athenis archon fuit, dit Spartien, sans indiquer en aucune manière le temps de cette nomination (1). Mais Phlégon , affranchi d'Hadrien , met Ja magistrature de ce prince sous le consulat de Trajan, pour la sixième fois, et de T. Sexlius Afri- (2) Adrian, 19. 134 rôme le dit dans sa Chronique à la suite du passage cité: Quibus commotus Hadrianns Minutio Fundano proconsuli Asiæ scribit, non sine objectu criminum christianos condemnandos , etc. et dans un autre écrit , il en fait honneur surtout à Quadratus : Et tanfæ admirationt omnibus fuit, ul perseculionem gravissimam illius excellens sedaret ingenium (1). Les jeux dont saint Jérôme a parlé vaguement sont une circonstance qui n’est point particulière au voyage d'Hadrien à Athènes. Peut-être s'agit-il ici de ceux en l'honneur de Bacchus, Aroydotx , dont parle Dion , qui furent magnifiques, et auxquels il fait présider Hadrien en sa qualité d’archonte , avec les vêtements en usage chez les Athéniens (2). C’est sans doute aussi ce qu’entend Spartien lorsqu'il dit de ce prince: ef pro agonotheta resedit (3). Dion mentionne encore des jeux établis par Hadrien à la dédicace du Panhellenium (4), dont je parlerai bientôt ; et (2) Epist. LxxxIn, loc. laud. (2) Hist. rom. Lxix, 795 (16). (5) Adrian. 13, (4) Loc. laud, 135 un marbre d'Athènes, couvert de couronnes et de vases, où sont inscrits les noms de divers jeux plus ou moins célèbres, nous fait lire celui des. AAPIANEIA , évidemment établis par Hadrien, ou en son honneur (1). Les bienfaits d'Hadrien envers Athènes, dont nos chroniques parlent ici en termes généraux, sont mentionnés de la même manière par divers auteurs: par son biographe, qui dit: multa in Athenienses contulit (2); par Dion (3) et par Pausanias (4) , qui nous fourniront bientôt quelques détails; et par l'inscription de la prêtresse d’Eleusis que j'ai citée plus haut (5). Les dernières lignes de ce monument épigraphique s’expriment sur la munificence de ce prince « qui enrichit tant de villes, et surtout celle de Cecrops », de manière à rappeler les médailles qui font lire LOCVPLETATORI. ORBIS. TERRARVM (6). Dion parle de dons pécuniaires , d’approvisionnements pour une année , et, ce qui est plus con- (1) Wheler, Voyage, tom. 11, p. 458: (2) Adrian. 13. (3) Hist. rom. Lxix, 795 (16). (4) Atric. (1), 18, (5) Schow, Charta papyr., p. 78: (6) Sup. , p. 27. 136 sidérable encore et surtout plus extraordinaire , de la concession faite aux Athéniens par ce prince de toute l'ile de Céphallénie (1). Il réserva , néanmoins , suivant toute apparence et comme il était juste, les lois et les droits des habitants : sur un monument qui paraît avoir servi de base à une statue d'Hadrien , la ville de Palæa , dans cette ile, se donne les titres de libre et d’autonome: EAETOEPA. KAI. ATTONOMOZ (2). Etienne de Byzance fail supposer que les Athé. niens recurent de ce prince de bien fortes sommes, puisqu'ils s'en sérvirent , dit-il, pour bâtir dans l'ile de Délos un lieu appelé Olympieum qu'il surnommièrent encore la nouvelle Athènes d'Hadrien (3). Des savants ont pensé qu'il pouvait être question de cet établissement des Athéniens dans une inscription, apportée de cette île à Venise, où on lit plusieurs fois: A@HNAION. TON. EN. AHAQI (4). Ce fut surtout en construisant de magnifiques édifices que ce prince, ami des arts, montra sa (1) Æist. rom. rxix. 795 (16). (2) Reines., Syntag. inscript. antiq., p. 355, Lxxxy. (5) De urb., ad voc. Oxvurisroy. (4) Gruter, Inscript. antig. Cccov; cf. Marm, Oxon. ed. 1676, part. 11, p. 270, CXXXI. 137 libéralité aux Athéniens. Ces travaux d'ornement où d'utilité publique furent assez multipliés pour qu'on puisse s'expliquer, malgré le silence des autres auteurs, ce que dit Spartien , dans un passage dont je répète une partie déjà cilée , afin de le donner en entier: Et quum titulos in operibus non amaret (1), multas civilates Adrianopolis appellavit... et Athenarum partem (2). À ceci revient une inscription souvent cilée, qui suppose une nouvelle ville bâtie par Hadrien, et la distingue de celle Thésée (3); et celte autre, dans laquelle Athènes donne à Hadrien le titre de fondateur (4): (1) J'ai déjà cité cette remarque de Spartien (Sup., p. 17), et j'ai oublié de rappeler, comme contraste piquant, un mot que l'antiquité nous a conservé au sujet de Trajan. Aurelius Victor (Æpit, xL1) dit de Constantin: Hic Trajanum herbam partetariam , ob titulos multos ædibus in<criptos, appellare solitus erat. Ammien Marcellin ( Rer. gest. XxvIr, 3) s’exprime à peu près de même: unde eum herbam parietinam jocando cognominarunt, (2) Adrian. 20. (3) Cette inscription donnée par Gruter (MLxxvIIT , 1) etc., a été reproduite par Stuart et Revett, dans leurs Antiquités d'Athènes , tom. 111, p. 57 de la traduction française. On peut y voir la description et le dessin ( pl. xx) de l’arc sur lequel elle est gravée. (4) Muratori, Vou. thes., tom. 1, CCXXXV , 2. 138 SOTHPI KAI. KTISTH AYTOKPATOPI AAPIANQ. OATMILO Lorsque Spartien dit: Aquarum etiam ductus infinitos hoc nomine (suo) appellavit (1), il n’est pas bien clair qu'il veuille parler d'Athènes spécialement, quoique ceci soit placé immédiatement après ce qu’il en a dit dans le passage que Jai cité un peu plus haut. Mais si c’est une généralité, cette ville, du moins, y a sa part, puisqu'Hadrien y fit construire des aquéducs , dont quelques portions ont été conservées jusqu’à nos jours (2). Sur la partie existante de la facade du réservoir, Stuart et Revett ont lu encore cette inscription latine (3) : IMP. CAESAR. T. AELIVS AVG. PIVS, COS. III. TRIB. POT. II. PP. AQYVAEDVCTVM. IN, NOVIS CONSVMMAVIT Il est évident qu’elle est tronquée ; et qu’il devait y en avoir aussi long sur l’autre portion de la (1) Adrian. 20. (2) Stuart et Revett, Antiquités d'Athènes, tom. ut, p. 65, pl. XxVI. (5) Ibid. 139 frise , de l’autre côté de l'arc. Heureusement , Spon, qui avait vu les choses dans le même état où les trouvèrent après lui les voyageurs anglais , découvrit la seconde moitié de l'inscription, copiée avec la première dans un recueil qu’on lui communiqua à Zara (1). Elle portait : ADRIANVS. ANTONINVS ATHENIS, COEPTVM. A. DIVO. HADRIANO. PATRE. SVO DEDICAVITQVE Cette inscription était ainsi suivie et complète, comme on peut le voir en lisant parallèlement les deux moitiés (2). Pausanias mentionne spécialement plusieurs édifices importants, construits par ce prince à Athènes (3). Ce sont le temple de Junon, celui de Jupiter Panhellenien, un autre commun à tous les dieux; des portiques formés par centvingt colonnes de marbre de Phrygie, dont les murs étaient du même marbre , et où des salles décorées de peintures et de statues avaient leurs (1) Voyage, tom. 11, p. 99. (2) Plus d’une fois cette inscription a été donnée comme existant à Milan. Sur cette erreur singulière, on peut voir ce que dit M. Orelli, Jnscript. lat. sel., tom. 1, p. 140, n° 5, (3) Attic, (1), 18, 140 : plafonds ornés d’or et d’albâtre. Elles contenaient des livres ; et c’est-là, suivant toute apparence, la bibliothèque que nous avons vue indiquée par saint Jérôme (1). Pausanias signale encore au même endroit un gymnase orné de cent colonnes de marbre libyque, et qui portait le nom d'Hadrien. Spartien est le seul auteur qui parle d'un autel élevé à Hadrien dans cette ville: dedicavit.…. et aram sibi (2). Dion regarde aussi le Panhellenium comme un temple qu’il avait permis aux Grecs de lui élever (3). Mais Pausanias, mieux instruit assurément , dit en termes trop précis qu’il était consacré à Jupiter (4). Il y a peut-être confusion avec le temple de Jupiter Olympien dont j'ai maintenant à parler, et dans l'enceinte duquel, comme on va le voir, de grands honneurs furent accordés à ce prince. Ce temple, qu'il ne faut pas confondre avec celui de la ville d'Olympie, devint un des monuments célebres d'Athènes, et digne d’être com- (1) Sup., p. 130. (2) Adrian, 13. (3) Hist. rom. LXIX, 795 (16). (4) Sp. , p. 139. 141 paré, Sans trop de désavan!age , à ceux'des plus beaux temps de la Grèce: il en est resté jusqu’à nos jours des débris assez apparents (1). Son histoire serait longue , et je n’ai point à la raconter ici (2). Sans remonter jusqu'à Deucalion (3), il suffira d'indiquer qu’il fut commencé par Pisistrate (4), et continué à diverses reprises par plusieurs souverains (5); il faut aussi rappeler ce qu’en dit Tite-Live , en parlant d'un de ces princes, parce qu'il donne une haute idée de cet édifice tout incomplet qu'il était alors: Magnificentiæ vero in Deos, vel Jovis Olÿmpit templum Athenis, unum in terris inchoatum pro magnitudine Dei, potest testis esse (6). Mais l'édifice était resté inachevé, et ce fut Hadrien qui le termina. Suivant Spartien, il le consacra à son retour en cette ville, lorsqu'il allait de Rome en Orient, après son voyage d'Afrique: c’est tout (1) Stuart et Revett, Antiquités d'Athènes, tom. 111, p. 54, pl. xvi, (2) Quatremère de Quincy, Le Jupiter Olympien, p.377. (3) Pausanias, Attic. 18. (4) Quatremère de Quincy, loc. laud. (5) Vitruv., De architect. vis, præf. 10. (6) Hist. XL1, 20. 142 ce qu'il nous apprend à ce sujet: Denique , cum post Africam Romam rediisset , statim ad Orientem profectus per Athenas iler fecit , atque opera quæ apud Athenienses cœperat , dedicavit: ut Jovis Olÿmpit œdem et aram sibi (1). Dion mentionne aussi cette dédicace , et il ajoute que le prince placa dans le temple un dragon ‘apporté de l'Inde (2). Philostrate en parle également , et nous apprend qu'Hadrien; dans cette circonstance solennelle, voulut énténdre le rhéteur Polémon (3). Mais c'est Pausanias qui nous a donné le plus de détails sur ce monument qu’il compte aussi parmi les ouvrages d’Hadrien (4): je dois en rapporter les plus saillants. L'écrivain grec dit fort peu de l'intérieur du temple : il ne signale que la statue du dieu qui était colossale’, sans être comparable pour la grandeur à dés’colosses que l’on voyait à Rhodes et à Rome ; mais elle était bien plus remarquable pour l’art que pour les dimensions , étant formée entiè- (1) Adrian. 13. (2) Hist. rom. LxIX, 705, (16). (3) Sophist. 1, 25, 3. (4) Attic. 18. 143 ment d’or et d'ivoire (1). Pausanias s'étend principalement sur l'extérieur du temple et mentionne divers ouvrages de sculpture qui l’enrichissaient, surtout de nombreuses statues des dieux et de quelques hommes célèbres : celles d'Hadrien n’y avaient pas été, oubliées. Avant d'entrer dans le temple, on en trouvait quatre en: marbre-de Thasos et d'Egypte ; devant les colonnes, on en voyait d’autres encore, qui portaient les noms des colonies, Mais l'enceinte dumonument, qui n'avait pas moins de quatre stades de tour , était remplie de celles que diverses villes avaient élevées à l’'Empereur; et les Athéniens voulant les surpasser toutes lui en avaient érigé une bien plus remarquable, de dimensions colossales ; et qui était placée derrière le temple (2). Il nous est resté des inscriptions nombreuses qui durent faire partie des bases de plusieurs de (1) Loc. laud.— Sur ce procédé de la statuaire antique, si éloigné de nos usages et de nos idées, on peut voir le bel ouvrage de M. Quatremère de Quincy que j'ai déjà cité, Le Jupiter Olympien, qui comprend, entr’autres recherches savantes, L'histoire de La statuaire en or et ivoire chez les Grecs et les Romains. (2) Ibid. Cuae. Cuar. Car. , Cuar. Car. Cap. 246 vi.— Voyages et séjours d'Hadrien à. ss Athènes HR A «6.54, ve Lie vur.— Voyages d'Hadrien dans le Pont, la Bithynie, la Mysie et la Troade . , . ix.— Voyages d'Hadrien en lonie, en _Cilicie, en*Carie, en Phrypgie, etc. . . x.— Voyages d'Hadrien en Syrie, en Judée, en Cappadoce, en Arabie ., .., xr.— Voyages d'Hadrien en Afrique . . . xt1.— Voyages d'Hadrien en Egypte . .. Arrexpice sur les médailles géographiques d’Antonin-le-Pieux . + + + « e + + + » ADDLTIONSS Se 32 Me ed à PR NN RESRUUNRE , 197 148 166 173 199 210 255 Sara Ai ns dj - À MT Sr nt ut nd eee Lx: - - f De UE) EU PAft RER 72 à e