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Antonio Caballos Rufino and Sabine Lefebvre (Ed.), Roma generadora de identidades. La experiencia hispana. Madrid, Casa de Velázquez - Séville, Universidad, 2011. 1 vol. 17 x 24 cm, XIV-434 p., 19 fig., 15 tableaux, 20 cartes [Reseña]

Álvarez Melero, Anthony

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600 COMPTES RENDUS Antonio CABALLOS RUFINO & Sabine LEFEBVRE (Ed.), Roma generadora de identidades. La experiencia hispana. Madrid, Casa de Velázquez - Séville, Universidad, 2011. 1 vol. 17 x 24 cm, XIV-434 p., 19 fig., 15 tableaux, 20 cartes. (COLLECTION DE LA CASA DE VELÁZQUEZ, 123). Prix : 34 €. ISBN 978-84-96820-51-7. Dans un contexte socio-économique et politique actuel pour le moins morose qui voit en outre ressurgir avec force des régionalismes exclusifs fondés sur une identité parfois de création récente voire artificielle et au moment où le projet européen connaît de nouveaux développements, c’est à son modèle affiché et revendiqué, la Rome antique, qu’est consacré cet ouvrage qui regroupe 17 contributions rédigées pour la plupart en espagnol (10), les autres étant en français (6) et la dernière en allemand (un résumé espagnol, français et anglais figure en fin de volume, aux pages 413-434). C’est à la question de la possible genèse d’un sentiment d’identité en rapport avec les provinces de l’Hispanie romaine – mais pas exclusivement – qu’ont tenté de répondre les participants à ce colloque organisé à Séville en mai 2008. Comme l’exposent dans l’introduction les éditeurs du volume, Rome, pour s’assurer la maîtrise du monde méditerranéen, a eu recours à un processus de « vertébration ». Pour ce faire, au cours des guerres de conquête, allait apparaître le concept de prouincia qui devait connaître de beaux jours devant lui. Initialement conçue comme l’aire de compétence d’un magistrat doté d’un imperium, la province a fini peu à peu par acquérir une expression territoriale, pour la première fois en Hispanie, avec pour seul point commun entre ces deux acceptions la figure du gouverneur. Avec le temps, les provinces se consolidèrent et acquirent un rôle administratif plus important en devenant l’instance intermédiaire entre les cités et le centre du pouvoir. Se créèrent ainsi une conscience provinciale avec un gouverneur et son staff, sans oublier toute une série d’organes et de fonctions comme les concilia et les sacerdoces provinciaux. Cela a-t-il suffi pour créer une identité provinciale ? Peut-on mettre au jour un sentiment d’appartenance provinciale ? Si oui, comment se créent les identités ? Les points de vue choisis sont variés et multidisciplinaires mais sans apporter de réponse uniforme ni univoque. En guise d’introduction sur ce thème, P. Le Roux réfléchit sur les termes antiques pouvant contribuer à résoudre cette question (terminologie, manifestations et caractéristiques, lieux d’expression) pour rejeter l’idée d’une identité provinciale (p. 7-19), tandis que F. Wulff Alonso, pour sa part, s’intéresse à l’approche historiographique de ce concept depuis le XIXe s., telle qu’appliquée à l’Italie républicaine (p. 20-37). C’est à cette même période que s’intéresse F. Pina Polo (p. 39-53) qui rappelle que les sources pour établir le récit de la conquête et de la maîtrise du territoire péninsulaire sont principalement romaines et il en va de même pour le paysage ethnique qui est celui que Rome a elle-même créé ou qu’elle a cru voir. Dès lors, les dénominations ethniques, telle celle des Celtibères, résultent d’une définition exogène que les autochtones ont fini par s’approprier. Il en va de même pour le terme Hispanus qui se réfère, quoi qu’il en soit, à l’Hispania entendue comme un concept géographique ou politique et non comme la réalité administrative créée par Rome. F. Beltrán Lloris, quant à lui, se penche sur Hispania comme référent identitaire (p. 55-77) pour démontrer que cette dénomination désigne toute la péninsule et qu’elle résulte d’une création romaine au terme de la conquête. C’est à partir de ce moment-là que les Hispani ont peu à peu pris conscience d’eux-mêmes et de COMPTES RENDUS 601 cette nouvelle identité par le truchement de Rome. Les provinces en tant que telles n’apparaissent donc pas clairement comme des facteurs identitaires, du moins si l’on place du point de vue de la réception et de la diffusion iconographique des mythes fondateurs de Rome, qui fait l’objet de l’intervention d’A. Dardenay (p. 79-96). L’ancienneté et l’intensité de l’enracinement romain en Espagne parallèlement à l’implication des élites hispaniques dans leur ensemble expliquent le grand succès des programmes iconographiques diffusés depuis Rome, puisqu’ils étaient perçus comme de puissants vecteurs d’autocélébration et de promotion sociopolitique. Il serait toutefois réducteur de considérer qu’une identité provinciale n’ait pas pu voir le jour. En effet, comme l’explique R. Haensch (p. 97-106), la province est passée d’objet d’exploitation par Rome à une unité administrative qui s’est dotée d’une identité propre selon un processus dont la rapidité a varié en fonction des régions mais sans pouvoir rivaliser avec le sentiment d’appartenance à une cité ou à un peuple. Les concilia prouinciae furent les institutions les mieux adaptées à cet égard mais leur efficacité reste douteuse. Ce ne sera qu’à partir du IIIe s. que l’on peut percevoir ce sentiment d’identité provinciale mais à cette époque-là, ainsi que le rappelle L. Brassous (p. 337-353), en dépit des réformes de Dioclétien qui accroît le nombre de provinces, d’autres problèmes surgissent et ils sont imputables à nos sources qui ne nous permettent pas, par exemple, d’identifier avec certitude les capitales de Carthaginoise, de Galice et des Baléares. Il en va de même pour le siège du diocèse des Espagnes que l’on sait installé à Emerita dans la 2e moitié du IVe s., succédant peut-être à Corduba. Le même constat prévaut pour élucider le rôle et le devenir des élites locales ou des concilia provinciaux, qui restent des questions auxquelles il demeure impossible de répondre. Si l’on examine le développement éventuel d’un sentiment d’identité au niveau des provinces de Bétique, de Lusitanie et de Citérieure, on s’aperçoit qu’il existe des différences entre elles. Ainsi, le recensement onomastique de M. Navarro Caballero cherche à déterminer si l’emploi de certains anthroponymes témoigne d’une marque d’auto-identification des Celtibères et des autres peuples de l’Hispanie septentrionale (p. 107-140). Dans le cas de Celtiber, on remarque qu’il est généralement employé comme cognomen par des citoyens romains ne vivant pas forcément sur le territoire de l’ancienne Celtibérie. Il dénote donc une dénomination prestigieuse en fonction de circonstances socioculturelles. D’autres anthroponymes, en revanche, dérivés de groupes plus réduits voire de ciuitates, peuvent s’expliquer de diverses manières : Vetto et ses dérivés feraient allusion à l’histoire de la conquête et au prestige qui en découle ; d’autres noms tels qu’Arauus ou Equaesus appartiennent au répertoire onomastique local et peuvent être des ethnonymes ayant acquis valeur d’anthroponyme, mais on ne peut rejeter l’hypothèse selon laquelle il s’agirait de dénominations ayant acquis une valeur officielle avec la réorganisation augustéenne. Quoi qu’il en soit, il n’est pas toujours possible de déceler une valeur « identitaire » aux noms portés par les individus. De son côté, F. J. Navarro Santana décrit l’organisation peu rationnelle, reflet de l’histoire de sa conquête, de la plus étendue et la plus prestigieuse province d’Occident, la Citérieure (p. 141-152). Parcourue par de nombreux accidents géographiques et présentant de grandes différences entre les populations, la Citérieure constituait en fait deux provinces différentes, dont le conventus de Clunia marquait en quelque sorte la frontière, avec des iuridici pour assister le légat pro-préteur dans son administration. Les disparités entre 602 COMPTES RENDUS les deux parties, l’orientale plus anciennement et intensément romanisée et urbanisée contrairement de l’occidentale où prédominent les structures préromaines, expliquent leurs différences dans l’expression de leur identité qui se manifeste par ailleurs autrement que celle de la Bétique et de la Lusitanie. Cette dernière province fait l’objet des deux exposés suivants. Le premier, de la main de S. Lefebvre (p. 153-170), s’interroge sur l’identité lusitanienne qu’exprimerait l’anthroponyme Lusitanus/a qui n’apparaît paradoxalement jamais dans la province. Les exemples attestés hors de Lusitanie, en tant que cognomen, ou comme ethnique, ne permettent pas non plus de trancher : signe de fierté ou bien précision géographique à l’attention des contemporains peu au fait de la géographie ? La question se pose. L’article suivant, rédigé par S. Marcos (p. 171-184), est consacré à la frontière provinciale, preuve indiscutable de l’occupation ainsi que de l’appropriation d’un territoire, et à son impact éventuel sur les identités culturelles des indigènes. Faut-il considérer cette limite spatiale comme une barrière ou bien comme un trait d’union ? Il s’avère, à la différence des colonisateurs européens du continent africain, que le tracé provincial de Rome ait pris grand soin de ne pas diviser les populations en les maintenant culturellement unies au sein d’un même ensemble territorial et dans le même temps, la frontière se présente comme un espace d’échanges et de contact dynamique, loin d’être hermétiquement clos. Les dernières communications ont toutes pour objet la province de Bétique. A. Caballos Rufino, tout d’abord, cherche à savoir comment a pu exister et se développer une identité propre à la Bétique (p. 185-207). L’identité, comme il le souligne à bon escient, est soumise à un processus de transformation permanente car elle est sujette à des pressions constantes internes et externes : il s’agit donc d’une référence contingente et non d’un concept immanent. Elle résulte d’un double phénomène d’autodéfinition et de reconnaissance externe. La Bétique et les conuentus n’ont pas pu rivaliser avec les autres niveaux identitaires que furent la ciuitas, Hispania et Rome car ils ne résultaient pas d’un produit collectif endogène mais plutôt d’une pression politique externe, ce qui explique que seules les élites provinciales l’aient assimilé. Rome en effet a favorisé la génération d’une conscience identitaire au niveau provincial, grâce au concilium prouinciae, en tant qu’élément « vertébrateur » et de contrôle – notons que c’est aussi d’Italie que provenaient les images qui allaient tant influencer les élites locales et façonner leur identité, comme l’écrit A. Reyes Domínguez (p. 301-320). Peu à peu, les autres couches sociales non privilégiées s’en sont imprégnées, suite à un processus qui a pris un certain temps. En revanche, si le niveau provincial a vu l’émergence d’un sentiment d’identité, peut-on en dire autant des conuentus ? Création d’époque impériale avec une fonction juridique et dont les sièges, Corduba, Astigi, Hispalis et Gades, sont tous situés sur des axes de communication de prime importance, il s’avère, à la lecture de la contribution de M. Gordón Peral (p. 209-224) que les conuentus, en prenant pour exemple celui d’Hispalis, en dépit de leur cohérence et de leur personnalité propre n’ont pas généré une identité particulière. Les éléments économiques, bien qu’offrant un point de vue intéressant, n’apportent pas non plus de réponse définitive, du moins à eux seuls, selon G. Chic García (p. 225-265), dans la mesure où pour la formation d’un sentiment d’identité d’autres facteurs doivent être pris en compte. Centré plus particulièrement sur les membres des aristocraties locales parvenus à nouer des relations et à s’intégrer dans des communautés différentes de la leur, E. Melchor Gil, démontre au terme d’une fine COMPTES RENDUS 603 analyse l’existence d’une élite supralocale qui va finir par franchir le pas de la promotion à l’ordre équestre et entrer ainsi dans les ordines supérieurs (p. 267-300). En conclusion, il n’est guère possible d’apporter une réponse claire aux questions posées en introduction de l’ouvrage. En effet, chercher à déceler l’apparition d’une identité surgie d’entités de création relativement récente, au tournant de l’ère chrétienne, comme le furent les provinces ou les conuentus, nous fait prendre conscience des différences entre chacune des trois provinces péninsulaires, par exemple lorsqu’on confronte la Bétique avec ses voisines ou bien quand on songe au poids plus prégnant des conuentus du Nord-ouest de la Citérieure. D’ailleurs, la comparaison avec le Norique, abordée dans l’exposé de M. Hainzmann (p. 321-336), apporte un autre éclairage, puisque la conscience nationale y semblait plus manifeste qu’en Hispanie. En général, l’identité provinciale n’a jamais su se départir de la « concurrence » du sentiment d’appartenance à la ciuitas ou à Rome en tant que citoyen romain, soit les deux patriae revendiquées par Cicéron (Leg. 2, 2). Malgré tout, lorsque la province parviendra à faire émerger une identification propre, celle-ci se développera toujours dans le cadre romain et exprimera toujours, en parallèle, la pleine romanité de ses porte-drapeaux, au premier chef les élites, à la différence des mouvements contemporains qui fondent leur légitimité sur le rejet de l’autre et c’est cela, sans doute, l’une des idées maîtresses qui ressort à la lecture de ce beau volume. Anthony ÁLVAREZ MELERO Joseph Georg WOLF, Die Lex Irnitana. Ein römisches Stadtrecht aus Spanien. Lateinisch und Deutsch. Herausgegeben, eingeleitet und übersetzt von J.G.W. Darmstadt, WBG, 2011. 1 vol. 17 x 24,5 cm, 159 p. (TEXTE ZUR FORSCHUNG, 101). Prix : 39,90 €. ISBN 978-3-534-24597-0. Ce que l’on appelle d’une manière commode mais un peu simplificatrice la Lex Flavia municipalis constitue un ensemble de documents d’une valeur inestimable pour le droit public d’époque impériale et la politique d’intégration provinciale en particulier. Plusieurs des versions propres à un des municipes espagnols nous ont été conservées qui montrent, et ce n’est pas un des moindres apports, que le fondement institutionnel de l’octroi du rang municipal et du droit latin participait d’une forme unique qui nous autorise à supposer une grande uniformité de principe entre les procédures à travers les provinces, et notamment celles où la documentation épigraphique n’est pas aussi riche que la Bétique. Parmi ces lois épigraphiques, celle découverte à Irni en 1981 et publiée dans le JRS en 1986 par J. González avec une traduction anglaise de M. Crawford, a constitué une étape essentielle qui complétait presque entièrement les fragments déjà substantiels de la lex Malacitana connue de plus longue date. Après quelques éditions (espagnoles ou italienne) et études ponctuelles, J.G. Wolf nous propose une édition allemande de la lex Irnitana fondée sur une nouvelle autopsie des tables de bronze. Toutefois l’apparat critique se limite à comparer des variantes internes d’expression d’une rubrique à l’autre, sans discussion des lectures précédemment publiées avec lesquelles des différences, parfois minimes mais réelles, apparaissent pourtant. En matière d’ecdotique, d’autres éditions sont nettement plus complètes qui assurent la comparaison avec les passages parallèles des