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Études récentes sur la lexicographie diachronique franco-espagnole

Bruña Cuevas, Manuel

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129 Manuel Bruña Cuevas Universidad de Sevilla, Espagne [email protected] analiza la producción metalexicográfica actual sobre los diccionarios, glosarios, vocabularios temáticos y cualquier otra obra lexicográfica que incluya el francés y el español y que haya sido compuesta entre los siglos XVI y XIX. Palabras clave : lexicografía bilingüe, lexicografía plurilingüe, diccionarios francésespañol, diccionarios español-francés, metalexicografía. Recent studies on French-Spanish diachronic lexicography Abstract : This paper presents an overview of studies in recent years on the FrenchSpanish lexicography composed before the twentieth century. We analyze the current metalexicographical studies on dictionaries, glossaries, thematic vocabularies and other lexicographical works that included French and Spanish between the sixteenth and nineteenth centuries. Keywords : bilingual lexicography, multilingual lexicography, French-Spanish dictionaries, Spanish-French dictionaries, metalexicography. 1. Dernièrement, nous avons consacré deux travaux (Bruña Cuevas, 2003a, 2008a) à la présentation des études sur le domaine lexicographique français-espagnol de Synergies Espagne n° 3 - 2010 pp. 129-145 Études récentes sur la lexicographie diachronique franco-espagnole Résumé : Cet article présente un panorama des études consacrées ces dernières années à la lexicographie franco-espagnole antérieure au XXe siècle. Nous y passons en revue les études sur les dictionnaires, les glossaires, les nomenclatures thématiques et tout autre genre d’ouvrages lexicographiques incluant le français et l’espagnol et composés entre le XVIe et le XIXe siècle. Mots-clés : lexicographie bilingue, lexicographie plurilingue, dictionnaires français-espagnol, dictionnaires espagnol-français, métalexicographie. Estudios recientes sobre la lexicografía diacrónica franco-española Resumen : Este artículo presenta un panorama de los estudios dedicados en los últimos años a la lexicografía franco-española anterior al siglo XX. Se Reçu le 04-01-2010/Accepté le 10-02-2010 130 tous temps ; nous y avons fait un survol des recherches métalexicographiques sur les dictionnaires, les vocabulaires, les nomenclatures… ayant mis en parallèle, du XVIe siècle à nos jours, le lexique des langues française et espagnole, que ce soit dans des ouvrages bilingues ou dans des ouvrages plurilingues1. Le présent article poursuit ce même objectif, mais limite son analyse aux études métalexicographiques qui, parues ces toutes dernières années, traitent de la production franco-espagnole des XVIe-XIXe siècles ; en grande partie, il constitue, par conséquent, la suite ou la mise à jour de nos deux travaux précédents, auxquels nous renvoyons pour ce qui a trait à des publications antérieures à 2002 portant sur le même sujet2. 2. Nous terminions notre article de 2003 par ces mots : La visión que tenía hace catorce años Alvar Ezquerra sobre que « la lexicographie bilingue hispano-française reste à faire dans son ensemble car nous ne disposons que de quelques travaux partiels » (1989 : 88) sigue pareciéndonos de actualidad. Pese a la cantidad y la calidad de lo hecho desde entonces, lo que queda por estudiar en el campo de la lexicografía franco-española es todavía muchísimo. Hay momentos y obras de la historia de esta lexicografía que siguen ampliamente desatendidos. Ojalá, cuando dentro de unos años alguien haga un artículo de tenor similar a éste, lo primero que pueda poner de relieve sea lo mucho que se haya avanzado para alumbrar las zonas que aún siguen oscuras. Creemos que así será. (Bruña Cuevas, 2003a: 69) Quoiqu’il reste toujours vrai qu’il y a encore beaucoup de recherches à faire dans le domaine de la lexicographie historique franco-espagnole, le bilan que l’on peut dresser sur les progrès accomplis depuis que nous écrivions les paroles ci-dessus est nettement positif : on constate aujourd’hui une augmentation considérable du nombre de travaux publiés dernièrement sur des ouvrages précis relevant du corpus qui nous intéresse. Qui plus est, l’affirmation d’Alvar Ezquerra que nous citions alors, relative au manque d’études d’ensemble sur l’histoire de la lexicographie espagnol-français, ne correspond plus tout à fait à la réalité actuelle : Alvar Ezquerra lui-même a été le directeur de deux thèses recouvrant la période XVIe-XIXe siècle ; en outre, une nouvelle présentation panoramique de l’histoire de la lexicographie franco-espagnole composée au cours de ces quatre siècles a été récemment publiée. La première de ces deux thèses porte sur la Lexicografía bilingüe de los siglos XVIII y XIX con el español y el francés. Elle a été soutenue en 2002 par Cazorla Vivas, qui y commente la macrostructure et la microstructure des ouvrages publiés pendant les deux siècles indiqués dans le titre, établit leurs rééditions, cherche leurs sources d’inspiration, présente leurs auteurs…Elle dresse ainsi un panorama complet de la production lexicographique franco-espagnole de la période étudiée ou, pour être précis, des dictionnaires alphabétiques généraux de cette période, étant donné que sa thèse ne s’occupe pas au même degré de la production lexicographique à caractère thématique ou technique parue au XIXe siècle. Ce dernier fait se justifie largement, du reste, par le grand nombre de dictionnaires bilingues, en grand ou en petit format, dont Cazorla Vivas devait rendre compte. Synergies Espagne n° 3 - 2010 pp. 129-145 Manuel Bruña Cuevas 131 La seconde des thèses dont nous avons parlé porte le titre de Lexicografía hispanofrancesa de los siglos XVI y XVII : estudio y catálogo de los repertorios. Elle a été soutenue par Pablo Núñez en 2008, mais, autant que nous sachions, elle n’a pas encore fait l’objet d’une publication intégrale. Comme on le voit par son titre et par sa table des matières3, elle s’occupe de la période immédiatement antérieure à celle qui a été étudiée par Cazorla Vivas (2002a), ce qui permet d’affirmer que la plupart des ouvrages lexicographiques incluant le français et l’espagnol avant le XXe siècle ont été analysés dans l’ensemble de ces deux thèses. C’est d’autant plus vrai que Pablo Núñez (2008a) s’est non seulement intéressé aux dictionnaires alphabétiques recueillant les termes de la langue commune, mais également aux nomenclatures thématiques et aux répertoires de termes de spécialité. Quant à la nouvelle présentation panoramique de l’histoire de la lexicographie franco-espagnole à laquelle nous avons fait allusion ci-dessus, elle est due à Bruña Cuevas (2008b). Il s’agit là d’un survol de la production lexicographique qui, avant le XXe siècle, incorpore le français et l’espagnol, indépendamment du fait qu’on ait affaire à des ouvrages bilingues ou à des ouvrages plurilingues, sur la langue générale ou sur des termes de spécialité, et quel que soit le critère retenu (alphabétique, thématique ou autre) pour ranger le lexique recueilli. Étant donné les progrès qu’a connus la métalexicographie diachronique françaisespagnol ces derniers temps, ainsi que la découverte ou la prise en compte de nouveaux ouvrages devant faire légitimement partie du corpus historique de cette discipline (par exemple, les nomenclatures thématiques du XIXe siècle ou les vocabulaires inclus dans certains ouvrages portant sur les sciences et les arts), ce nouveau tableau historique brossé par Bruña Cuevas (2008b) vient satisfaire, nous semble-t-il, au besoin d’une nécessaire mise à jour des présentations panoramiques dont on disposait jusqu’à présent, telles que celles de Niederehe (1987), de Verdonk (1991) ou de Carriscondo et alii (2000 : 275-284). Parmi ces survols panoramiques de la lexicographie historique francoespagnole, une mention particulière doit être faite de celui d’un véritable pionnier dans cette matière : Gonzalo Suárez Gómez. Ce chercheur a mené à terme, sous la direction de Dámaso Alonso, une thèse sur l’enseignement du français en Espagne jusqu’en 1850. Il y consacre de très larges commentaires à la succession d’ouvrages bilingues et plurilingues, à caractère grammatical ou lexicographique, dont les Espagnols ont pu s’aider pour acquérir la maitrise du français. Le corpus des sources premières de cette thèse, soutenue en 1956, a fait l’objet d’une publication dans la Revue de littérature comparée ; distribué en trois parties, la deuxième (1961 : 330-346) était réservée, comme l’indique son titre, « Vocabulaires et dictionnaires », aux ouvrages à caractère lexicographique. Cette publication, quoique largement dépassée aujourd’hui, a été une référence obligée pour les chercheurs espagnols particulièrement intéressés soit par les grammaires du français composées à l’intention des hispanophones soit par la lexicographie français-espagnol. La thèse complète de Suárez Gómez, en revanche, était demeurée inédite et, partant, hors de portée pour la plupart de ces chercheurs, malgré le fait qu’elle comportait de nombreux commentaires non incorporés à la simple relation d’ouvrages qui constitue la publication de 1961. C’est pourquoi nous ne pouvons que nous réjouir de l’initiative prise par García Bascuñana et Juan Oliva (2008) d’éditer Études récentes sur la lexicographie diachronique franco-espagnole 132 cette thèse, avec une introduction et de nombreuses notes. Nous saluons cette édition comme la première ayant pour objet la consécration d’une étude –que l’on peut déjà considérer comme classique– portant, du moins en grande partie, sur l’histoire des répertoires lexicographiques français-espagnol. 3. Il va de soi que, si cette édition d’un ancien ouvrage partiellement métalexicographique nous semble la bienvenue, toute édition ou réédition d’un ancien ouvrage lexicographique français-espagnol nous a toujours paru un événement remarquable pour notre domaine d’études. Ce genre de rééditions n’avait pas été habituel avant ces dernières années, et celles qui s’étaient produites n’étaient pas toujours pleinement satisfaisantes, malgré les bonnes introductions métalexicographiques dont elles pouvaient être pourvues. Pottier, par exemple, a réédité en 1960 la partie espagnol-français de l’édition de 1675 du Trésor bilingue de César Oudin ; mais, s’agissant d’une initiative prise par un hispaniste à l’intention des hispanistes, la partie français-espagnol du dictionnaire n’a pas été rééditée. D’autres fois, l’ancien dictionnaire a été édité au complet en microfiches pour en réduire le prix de vente, mais celui-ci peut rester tout de même trop élevé ; c’est, par exemple, le cas de l’édition du dictionnaire manuscrit de Franz Jacob Leys, présenté par Bray dans la collection « Archiv der europäischen Lexikographie: Wörterbücher » (nº 2/9, 1993), mais vendu au prix de 987 euros. Dans le cas d’autres rééditions, par contre, le but poursuivi a été atteint : les chercheurs ont pu accéder facilement aux ouvrages concernés sans avoir à se déplacer jusqu’aux bibliothèques où se trouvent les originaux ou sans devoir en commander des copies, très souvent économiquement trop onéreuses étant donné le nombre élevé de pages que comportent bien des ouvrages lexicographiques. Parmi ces rééditions réussies, on peut citer celle du premier ouvrage lexicographique bilingue français-espagnol, le Vocabulario (1565) de Jacques de Liaño ; transcrit et précédé d’une étude, il a été publié en 1999 par Corcuera Manso et Gaspar Galán. Lépinette, pour sa part, s’est chargée de présenter la réédition en microfiches du premier vrai dictionnaire françaisespagnol strictement bilingue : celui de Jean Pallet (1604) ; bien que faisant partie de la même collection que celui de Leys (« Archiv der europäischen Lexikographie: Wörterbücher », nº 2/15, 1995), il est offert à un prix à la portée de la plupart des bibliothèques universitaires. En nous bornant à ces dernières années, il faut signaler l’incorporation partielle de certains des premiers dictionnaires de notre corpus dans deux ouvrages monumentaux sur la lexicographie historique espagnole : la partie espagnol-français des dictionnaires de Jean Pallet (1604), de César Oudin (1607), de Girolamo Vittori (1609) et de Francisco Sobrino (1705) a été recueillie dans le Nuevo tesoro lexicográfico de la lengua española de la Real Academia Española (2001), et les articles correspondant aux entrées espagnoles d’un grand nombre de dictionnaires bilingues et plurilingues, sémasiologiques ou onomasiologiques, l’a été dans le Nuevo tesoro lexicográfico del español (s. XIV1726) de Nieto Jiménez et Alvar Ezquerra (2007). Toutefois, et comme nous le disions, les rééditions intégrales d’anciens ouvrages lexicographiques n’avaient jamais été habituelles. Heureusement, tout a commencé à changer ces dernières années avec la multiplication des bibliothèques virtuelles. Il est vrai que la plupart des ouvrages de notre corpus ne comptent pas encore parmi les premiers candidats à figurer dans ce genre Synergies Espagne n° 3 - 2010 pp. 129-145 Manuel Bruña Cuevas 133 de bibliothèques ; pour s’en convaincre, il suffit de consulter le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France ou celui de la Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes. Mais, étant donné la pénurie antérieure en rééditions, les quelques titres que les bibliothèques virtuelles recueillent déjà représentent un grand pas en avant dans la mise à la disposition des chercheurs des originaux qui font l’objet de leurs études métalexicographiques. Dans ce sens, on pourrait peut-être distinguer par une mention toute particulière le site Google livres, étant donné le nombre relativement élevé d’ouvrages appartenant au corpus lexicographique français-espagnol qui y sont déjà digitalisés et l’incorporation continuelle de nouveaux titres. 4. Revenons maintenant à ce que nous disions au début sur l’augmentation considérable des travaux consacrés à la lexicographie historique françaisespagnol4. Jusqu’ici, nous avons mis en relief la réédition d’ouvrages et la publication de certaines études à caractère panoramique. On peut encore ranger parmi ces dernières celle qui est consacrée par Bruña Cuevas (2008c) à la question du lieu d’édition des dictionnaires franco-espagnols dès le XVIe siècle jusqu’à nos jours, ainsi que celles qui, quoique prenant comme point de départ la présence de l’espagnol ou d’une langue moderne autre que le français dans les ouvrages lexicographiques, commentent bon nombre des œuvres de notre corpus. C’est le cas des études publiées par Acero Durántez (20035 : 178-183 ; 2008) et par Martínez Egido (2006) sur la lexicographie plurilingue espagnole des XVIe et XVIIe siècles par Bately (2008) et par Sánchez Escribano (2008) sur la lexicographie plurilingue anglaise de ces mêmes siècles par Corvo Sánchez (2008) sur la lexicographie allemand-espagnol par Echenique Elizondo (2008) sur la lexicographie bilingue ou plurilingue du basque, par Gelpí Arroyo (2008) sur la lexicographie espagnol-catalan ou par Martínez Egido (2008a) sur la lexicographie espagnol-italien. Toutefois, il faut encore ajouter à cette production tout un ensemble d’études portant plus particulièrement sur un ou deux ouvrages précis ou analysant la manifestation d’un aspect particulier dans une ou dans plusieurs de ces œuvres. 5. En ce qui concerne le XVIe siècle, on doit commencer par rappeler la rareté des ouvrages lexicographiques consacrés exclusivement au français et à l’espagnol pendant cette période, ce qui trouve son corrélat dans le fait que la production métalexicographique actuelle sur ces quelques ouvrages soit également peu abondante. Par contre, le français et l’espagnol figurent fréquemment ensemble au XVIe siècle dans de nombreux ouvrages lexicographiques plurilingues, lesquels ont souvent fait l’objet d’études parues ces dernières années. Même si ce n’est pas le rapport entre nos deux langues qui attire principalement l’attention de ces études, fréquemment centrées sur l’espagnol, ceux qui s’intéressent à la lexicographie franco-espagnole peuvent toujours consulter avec profit certaines d’entre elles présentant une vision globale de la production polyglotte du siècle : Breva Claramonte (2003), Martínez Egido (2006), Corvo Sánchez (2007a) ou, en ce qui concerne particulièrement les répertoires thématiques, García Aranda (2003, 2006). On peut y ajouter certains travaux centrés sur une œuvre ou sur un auteur précis : Liverani (2004) et Pablo Núñez (2009a), sur les vocabulaires bilingues de Landucci ; Salmon (2003), sur John Minsheu ; Stein (2005), sur le Nomenclator de Junius ; Pablo Núñez (2007), sur le Sex linguarum Études récentes sur la lexicographie diachronique franco-espagnole 134 […] dilucidissimus dictionarius de Philipp Ulhart ; Pablo Núñez (2009b), sur le répertoire botanique de Castore Durante. 6. Contrairement au XVIe siècle, le XVIIe a produit une plus grande quantité d’ouvrages lexicographiques consacrés exclusivement au français et à l’espagnol ou à ces deux langues plus une troisième ; ils ont été étudiés dans un certain nombre de travaux dernièrement publiés. On peut trouver dans Bruña Cuevas (2005a : 158-164) une présentation des grands dictionnaires de ce siècle, dont le principal, celui d’Oudin, a continué d’attirer plus nettement, comme par le passé, l’attention des chercheurs. Après les commentaires publiés par Lépinette (2001) sur cet ouvrage et sur les répertoires proprement francoespagnols qui l’ont précédé6, Martínez Egido (2002, 2008b) a mené de pair l’étude du Tesoro d’Oudin et celle du Vocabulario de Franciosini. De son côté, Bruña Cuevas (2007) a tenté de démêler la confusion que l’on observe dans beaucoup de répertoires bibliographiques entre les rééditions correspondant au Trésor d’Oudin et celles correspondant au Trésor de Vittori ; et c’est justement sur les rééditions qu’a connues ce dernier ouvrage, et plus particulièrement sur celle de 1614, que porte une étude de Pablo Núñez parue en 2008. Une réflexion sur l’édition critique de la partie espagnol-français du Tesoro d’Oudin constitue le sujet d’une étude récente de Zuili (2008), qui a également réussi à apporter de nouveaux renseignements (Zuili, 2005, 2006) sur la vie et l’activité comme maître d’espagnol en France de ce dernier auteur. Guerrero Ramos et Pérez Lagos (2002) se sont occupés des marques de spécialité assignées aux termes dans les premiers dictionnaires bilingues comportant l’espagnol (ceux de Palet et d’Oudin parmi d’autres), tandis que Scandola Cenci (2006) étudie la définition lexicographique de quelques termes phraséologiques dans un ensemble de dictionnaires monolingues et bilingues (Palet, Oudin, Vittori, Sobrino…) datant des XVIe-XIXe siècles. En ce qui concerne les sources, l’influence du Tesoro de Covarrubias a été dépistée par Azorín Fernández et Martínez Egido (2006) dans quelques dictionnaires bilingues des XVIIe et XVIIIe siècles (à consulter notamment leur paragraphe sur « Covarrubias en la lexicografía plurilingüe europea »). Outre les grands dictionnaires du siècle, d’autres ouvrages de moins grande envergure ont dernièrement eu droit, eux aussi, à diverses études. Tel est le cas du Vocabulario (1661) de François Huillery, dont s’occupe Pablo Núñez (2006), et le cas surtout de l’ensemble de la production linguistique et de la vie de Juan Ángel de Zumaran, analysées en détail par Corvo Sánchez dans sa thèse (2003) et dans d’autres publications postérieures (2005, 2007b, 2008) ; par la nature même de son sujet d’étude, Corvo Sánchez consacre primordialement son attention à l’espagnol et à l’allemand, mais ceux qui s’intéressent à la lexicographie franco-espagnole trouveront dans ses travaux bon nombre de renseignements sur leur domaine. Curieusement, la production lexicographique trilingue avec le français, l’espagnol et une autre langue ibérique, qui n’avait pas trop attiré l’attention des spécialistes de la lexicographie franco-espagnole, a fait l’objet de quatre études différentes en peu d’années7 : Sáez Rivera (2005), García Bascuñana Synergies Espagne n° 3 - 2010 pp. 129-145 Manuel Bruña Cuevas 135 Études récentes sur la lexicographie diachronique franco-espagnole (2008) et Bruña Cuevas (sous presse) se sont occupés du vocabulaire espagnolfrançais-catalan publié par l’imprimeur Lacavalleria à Barcelone en 1642, et Sáez Rivera (2006) a étudié l’Interprect (1620) de Voltoire, un ouvrage qui mettait en parallèle le basque avec le français et avec l’espagnol et qui, dans ses rééditions remaniées du début du XVIIIe siècle, a fini par inclure un vocabulaire espagnol-français distribué thématiquement. Signalons également la parution d’un article de Pablo Núñez (2007-2008) sur les diverses éditions du Libro de los secretos de agricultura (1617) de Miquel Agustí, pourvu d’un vocabulaire, relatif au sujet de l’œuvre, avec ses entrées en espagnol et des équivalences en catalan, latin, portugais, italien et français. Contrairement à certains ouvrages dont nous avons parlé, les vocabulaires thématiques bilingues ou plurilingues, relativement nombreux au XVIIe siècle, n’avaient jamais été délaissés dans les études métalexicographiques, l’intérêt qu’on y porte ne s’étant d’ailleurs pas démenti ces dernières années. García Aranda, par exemple, a consacré une certaine quantité des pages de sa thèse (2003 : 102148) à commenter chacun des ouvrages onomasiologiques bilingues ou plurilingues des XVIe et XVIIe siècles incorporant des équivalents en espagnol ; bon nombre d’entre eux, bien entendu, incluent aussi des équivalents en français8. D’autres travaux récents, en revanche, sont plus particulièrement réservés à un seul de ces ouvrages ou à un seul auteur ; ainsi ceux qui sont consacrés à la Ianua linguarum de J. A. Coménius (García Aranda, 2004), à la Nomenclature (1659) de James Howell (García Aranda, 2008) ou à l’ensemble de la production lexicographique de ce même auteur (Sánchez Escribano, 2008), ainsi que les études de Castillo Peña (2004, 2006) sur la Nomenclature trilingue (1629) de Guillaume-Alexandre de Novilliers Clavel. À remarquer également la réédition en 2002 de deux articles d’Alvar Ezquerra sur deux nomenclatures thématiques franco-espagnoles : celle de Lorenzo de Robles (1615) et celle d’Alejandro de Luna (1620). 7. Le nombre d’études parues ces dernières années sur les ouvrages principaux de la lexicographie français-espagnol du XVIIIe siècle a considérablement augmenté grâce à l’attention qu’ils ont reçue de la part de Cazorla Vivas. Nous avons signalé ci-dessus qu’elle a soutenu en 2002 une thèse sur la production lexicographique franco-espagnole des XVIIIe et XIXe siècles. Depuis, elle a consacré divers travaux à certains dictionnaires bilingues du Siècle des Lumières dont elle s’était occupée dans sa thèse, plus précisément à ceux de Francisco Sobrino, Pierre de Séjournant, Diego Antonio Godoy, Antonio María Herrero, Nicolás González de Mendoza et au dictionnaire de poche de Claude-Marie Gattel (Cazorla Vivas, 2002b, 2002c, 2002d, 2002-2004, 2008a et 2006a respectivement). Sobrino et Herrero ont fait l’objet de deux autres études : on trouvera une introduction à la vie et à l’œuvre de Sobrino dans l’édition des Diálogos nuevos de cet auteur faite par Sáez Rivera (2002), et une nouvelle vision du Diccionario universal (1743) d’Herrero dans Bruña Cuevas (2006a). Pour une présentation des grands dictionnaires franco-espagnols du XVIIIe siècle, on peut consulter Bruña Cuevas (2005a : 164-171) et Alvar Ezquerra (2007, paragraphe 4.2, « Diccionarios bilingües español-francés »). Le reste de la production lexicographique bilingue de ce siècle, c’est-à-dire celle qui n’appartient pas au domaine des grands dictionnaires, n’a pas été non 136 Synergies Espagne n° 3 - 2010 pp. 129-145 Manuel Bruña Cuevas plus laissée de côté dans les études récentes. Alvar Ezquerra a publié, d’une part, en 2005, un survol de la lexicographie plurilingue du XVIIIe siècle contenant l’espagnol (laquelle, évidemment, incorpore aussi, souvent, des équivalents en français) et, de l’autre, en 2007 (paragraphe 6.1, « Nomenclaturas con el español y el francés »), un aperçu des répertoires thématiques espagnol-français parus au même siècle. En ce qui concerne les travaux sur un auteur en particulier, on peut consulter celui consacré par Bruña Cuevas (2008d) au Promptuario (1771) de Josep Broch en catalan, espagnol et français, ainsi que celui de Quilis Merín (2002) sur le glossaire botanique (1797) d’Antonio José de Cavanilles en latin, espagnol, valencien et français et sur ses rapports avec le Diccionario castellano con las voces de ciencias y artes (1786-1793) d’Esteban Terreros. Ce dernier ouvrage, qui comprend, comme on le sait, en plus des équivalents en latin, français et italien de chaque entrée, donnés dans l’article correspondant, un dernier tome comportant trois dictionnaires bilingues, est l’objet d’une attention constante des chercheurs, tout en restant vrai qu’ils font rarement cas de l’aspect polyglotte de ses quatre tomes. Étant donné ces deux facteurs, et afin de ne pas surcharger cet exposé en ce qui concerne Terreros et son dictionnaire, nous nous bornerons à citer le volume coordonné par Larrazábal Basáñez et Gallastegi (2008) sur la vie et l’activité lexicographique de cet auteur, ainsi qu’une étude de Jacinto García (2007) établissant une influence inattendue du Tesoro de las dos lenguas sur le Diccionario de ciencias y artes. Terminons ces quelques commentaires sur le XVIIIe en célébrant la parution du troisième tome de la Bibliografía cronológica de la lingüística, la gramática y la lexicografía del español de Niederehe (2005). Il s’agit là de la bibliographie des ouvrages publiés ou composés entre 1701 et 1800 ; parmi ses titres, on trouve, cela va de soi, ceux qui concernent de près ou de loin la lexicographie franco-espagnole. 8. L’un des traits caractéristiques de la lexicographie du XIXe siècle est la publication de dictionnaires encyclopédiques, aussi bien monolingues que bilingues. Dans le domaine de la métalexicographie franco-espagnole, ce sont justement ces dictionnaires de grande envergure qui ont été dernièrement les plus étudiés. Bruña Cuevas (2004a) commente l’ensemble des ouvrages lexicographiques français-espagnol présentant cette caractéristique ; toutefois, c’est le premier d’entre eux, le Diccionario universal (1845-1846) de Ramón Joaquín Domínguez, qui a fait l’objet du plus grand nombre d’analyses. L’auteur lui-même est le centre d’intérêt d’une étude de Seco parue pour la première fois en 1985 et rééditée en 2003. Les particularités de son dictionnaire bilingue sont examinées par Bruña Cuevas (2003b) et par Cazorla Vivas (2003), mais l’on trouve des références diverses à ce même ouvrage dans un certain nombre d’études qui s’occupent aussi ou principalement de son Diccionario nacional o gran diccionario clásico de la lengua española (1846-1847) ; c’en est le cas, parmi d’autres, chez Cazorla Vivas (2002a) et chez Quilis Merín (2007a, 2007b). Les autres dictionnaires bilingues encyclopédiques et leurs auteurs n’ont cependant pas été oubliés ; García Bascuñana (2005) analyse la figure et l’activité de Nemesio Fernández Cuesta, tandis que Bruña Cuevas (2006b, 2008e) remet en question le fait que Salvá ait été l’auteur réel du dictionnaire français-espagnol qui lui est attribué. 137 Études récentes sur la lexicographie diachronique franco-espagnole Le reste de la production lexicographique du XIXe siècle, plus abondante et mieux adaptée aux demandes de la plupart des usagers de l’époque que les dictionnaires encyclopédiques en grand format, n’est pas absente des études métalexicographiques récentes. García Aranda (2005-2006) a rappelé l’existence du Petit nécessaire des Français qui vont en Espagne, ou vocabulaire français et espagnol (1811), qui inclut un répertoire thématique bilingue jamais étudié jusqu’à présent. Cazorla Vivas (2004, 2006b, 2008b respectivement) s’est intéressée aux dictionnaires bilingues espagnol-français de Trapany, Rosily et Nodier (1826), de Freixas (1864) et de Martínez López et Maurel (1839-1840) ; d’autre part, elle a proposé une vision globale de la lexicographie plurilingue de l’espagnol pendant le XIXe siècle (Cazorla Vivas, 2006c) où sont fréquentes les références à des ouvrages qui incorporent aussi des équivalents français. Pour ce qui est de ce même domaine de la production plurilingue, il convient de consulter un article, déjà cité, de Bruña Cuevas (2008b : 71-74) ; centré exclusivement sur la lexicographie avec le français et l’espagnol, on y trouve de larges commentaires relatifs à des ouvrages polyglottes –sur la langue commune ou sur les termes de spécialité– qui n’avaient pas assez retenu l’attention des chercheurs jusqu’à présent. Ce même article (Bruña Cuevas, 2008b : 75-78) met également en relief l’importante présence de vocabulaires thématiques français-espagnol au XIXe siècle, un fait pratiquement passé inaperçu dans les études métalexicographiques, qui ont généralement réduit leur intérêt pour ce genre de produits lexicographiques à ceux qui ont été composés aux siècles précédents ou dans les premières années du XIXe. Les ouvrages lexicographiques français-espagnol du XIXe siècle ont constitué le corpus de base de quelques études récentes sur la façon dont s’y manifestent certains phénomènes précis. Cazorla Vivas (2002f) a analysé la présence de technicismes dans deux dictionnaires du XVIIIe siècle (Sobrino, 1705 ; Séjournant, 1759) et dans deux du XIXe (Capmany, 1805 ; Salvá, 1856) ; et Padrón Fernández (2004), se bornant au dictionnaire de Capmany, y a dépisté l’incorporation de la terminologie d’histoire naturelle. Bruña Cuevas, pour sa part, s’est intéressé aux très différents systèmes de prononciation figurée correspondant aux entrées espagnoles9 (Bruña Cuevas, 2002a, 2002b) ou aux entrées françaises (2004b) dans l’ensemble des dictionnaires bilingues franco-espagnols des XIXe et XXe siècles qui les incorporent ; il brosse un tableau historique général de l’évolution de ces systèmes de notation dans Bruña Cuevas (2005b). 9. Nous mettons ici un point final à ces commentaires sur la production métalexicographique qui, dans ces derniers temps –plus précisément entre 2002 et 2009–, s’est intéressée aux ouvrages ayant mis en parallèle le français et l’espagnol du XVIe au XIXe siècle. Après ce survol bibliographique, nous gardons une impression assez optimiste quant à la vitalité des études sur la lexicographie historique franco-espagnole. C’est pourquoi nous nous permettons d’augurer que, fort probablement, le bilan sur ce genre d’études sera encore plus positif lorsqu’elles seront à nouveau passées en revue dans quelques années. 144 Synergies Espagne n° 3 - 2010 pp. 129-145 Manuel Bruña Cuevas Sánchez Escribano, F. J. 2008. « La lexicografía plurilingüe inglesa en los siglos XVI y XVII : los diccionarios de James Howell ». Philologia Hispalensis, nº 22, pp. 299-318. Scandola Cenci, V. 2006. Revisión y análisis de la terminología fraseológica en los diccionarios bilingües y monolingües no académicos desde Nebrija hasta Gaspar i Roig. In : Actas del VI Congreso Internacional de Historia de la Lengua Española, vol. 2, pp. 17171730. Madrid : Arco Libros. Seco, M. 2003 [1985, 1987]. Un lexicógrafo romántico : Ramón Joaquín Domínguez. In : Estudios de lexicografía española, pp. 285-299. Madrid : Gredos. Stein, G. 2005. « The English edition of Hadrianus Junius’ Nomenclator (1585) ». Lexicographica, nº 21, pp. 35-46. Suárez Gómez, G. 1961. « Avec quels livres les Espagnols apprenaient le français (15201850) ». Revue de littérature comparée, nº 35, pp. 159-171, 330-346, 512-523. Suárez Gómez, G. 2008 [1956]. La enseñanza del francés en España hasta 1850. ¿Con qué libros aprendían francés los españoles? Barcelona : ppu. [Thèse de doctorat, 1956 ; édition, présentation et notes de J. F. García Bascuñana et E. Juan Oliva]. Verdonk, R. A. 1991. La lexicographie bilingue espagnol-français, français-espagnol. In : Wörterbücher, Dictionaries, Dictionnaires, vol. 3, pp. 2976-2987. Berlin / New York : W. de Gruyter. Zuili, M. 2005. « Nuevas aportaciones sobre el hispanista francés César Oudin (1560?- 1625) ». Thélème, nº 20, pp. 203-211. Zuili, M. 2006. César Oudin y la difusión del español en Francia en el siglo XVII. In : La cultura del otro : español en Francia, francés en España, pp. 278-289. Sevilla : apfue, shf, Departamento de Filología Francesa de la Universidad de Sevilla. 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D’autre part, on tirera toujours profit de la consultation des deux dictionnaires sur la métalexicographie de l’espagnol publiés par Ahumada Lara (2006, 2009) ; ils recueillent et augmentent les renseignements des quatre numéros du Boletín bibliográfico de metalexicografía del español (Bibliomet) publiés par le Seminario de Lexicografía Hispánica de l’université de Jaén (http://www.ujaen.es/investiga/lexhispa/bbmet.htm). Malgré quelques absences notables en ce qui concerne la métalexicographie franco-espagnole, un bon nombre des travaux qui nous intéressent, assortis d’une petite fiche sur leur contenu, figurent aussi dans Esparza Torres et alii (2008). 3 La table des matières de la thèse de Pablo Núñez peut être consultée sur le site http://digital.csic.es/ bitstream/10261/11298/1/LexicografiaHispanofrancesaXVI-XVII.pdf (consulté le 15 novembre 2009). 145 Études récentes sur la lexicographie diachronique franco-espagnole 4 Comme nous l’avons indiqué au début de cet article, nous bornerons généralement nos références bibliographiques aux études récentes, c’est-à-dire à celles parues depuis 2002. Pour les publications métalexicographiques antérieures, nous renvoyons à Bruña Cuevas (2003a, 2008a). 5 Dans cette étude panoramique sur la lexicographie plurilingue de l’espagnol, Acero Durántez (2003 : 191-195) mentionne ou commente aussi, rapidement, certains des ouvrages les plus connus de la lexicographie bilingue français-espagnol (XVIe-XXe siècles). 6 Ce sont des analyses qui en reprennent d’autres publiées une dizaine d’années auparavant (Lépinette, 1990, 1991). 7 Si l’on étend la période de référence jusqu’au XVIIIe siècle, il faut ajouter à ces quatre études celle de Bruña Cuevas (2008d) sur le Promptuario de Josep Broch. 8 On trouvera aussi des références aux vocabulaires thématiques des XVIe et XVIIe siècles dans les survols de la lexicographie espagnole bilingue et/ou multilingue proposés par Acero Durántez (2003, 2008) ou par Martínez Egido (2006), ainsi que dans l’article de Bruña Cuevas (2008b : 39-41, 49-50) sur l’histoire de la lexicographie français-espagnol. 9 C’est de même la prononciation figurée de l’espagnol dans Le petit nécessaire des Français qui vont en Espagne qui est principalement analysée dans un article de García Aranda (2005-2006), déjà cité et commenté ci-dessus. 10 Voir notre note 4.