José Manuel Iglesias Gil & Alicia Ruiz Gutierrez (Ed.), Viajes y cambios de residencia en el mundo romano. Santander, Universidad de Cantabria, 2011. 1 vol. 17 x 24 cm, 366 p., 20 fig. [Reseña]
Full text
456 COMPTES RENDUS Chrysostome. Le choix du médiateur est, dans le cas d’une médiation conflictuelle, fondamental. La troisième partie permet d’apprécier les limites de la médiation. La première étude est celle d’Éric Perrin-Saminadayar sur les Romains à Athènes aux IIe et Ier siècle av. J.-C. (p. 123-139). Il conclut aux limites de compréhension mutuelle, au maintien des préjugés et à un refus obstiné des habitants de la ville de renoncer à leurs spécificités. Le cas abordé ensuite par Éric Guerber est celui de la figure du prince à travers la correspondance (livre X) entre Pline le Jeune et l’empereur Trajan à propos de l’autonomie de la colonie d’Apamée-Myrléa (p. 141-157). L’empereur y apparaît comme un empereur « décideur » et Pline, face à cette colonie dotée du Ius Italicum, a des difficultés dues à son statut. En effet, il fait alors figure d’exception puisqu’il agit en qualité de légat propréteur et non de proconsul. Pline apparaît comme un « pionnier » et ce mode de fonctionnement fut ensuite utilisé comme modèle particulièrement pour vérifier les comptes des cités libres. L’étude suivante, portant sur les cachets d’oculistes est présentée par Muriel Pardon-Labonnelie (p. 159-165). Ces médecins itinérants ont diffusé leur savoir et leur savoir-faire pharmacologique dans l’Empire, mais il s’est limité à leur seule corporation. Mihai Popescu propose ensuite une réflexion sur Jupiter Dolichenus, dieu dont la popularité fut importante au sein de l’armée (p. 167-181). Exerçant leur activité par trois, les prêtres de cette divinité ont développé leur savoir là où étaient stationnées des troupes. L’exemple retenu ici est celui des sacerdotes agissant comme « aumoniers » auprès des soldats du Danube du règne de Septime Sévère à celui de Gordien. Cette divinité censée protéger l’empereur et l’Empire principalement de la menace perse perdit sa crédibilité en 256 ap. J.-C. à la suite de la chute de Dolichè et de la destruction de son sanctuaire. Le livre permet de mettre en valeur de façon tout à fait intéressante la dimension culturelle de la médiation. Il ressort également que la notion même de médiation « était ancrée profondément et très anciennement dans la culture et la société grecques » (Anne Gangloff, conclusion, p. 184). Ce livre équilibré et bien structuré, pourvu d’indices, se lit avec aisance et grand intérêt car il nous offre une série de points de vue aigus et avisés sur les interactions culturelles et politiques sous la puissance romaine avec une acuité remarquable. Une belle réussite : ce livre est assurément à lire et à méditer. Christine HOËT-VAN CAUWENBERGHE José Manuel IGLESIAS GIL & Alicia RUIZ GUTIERREZ (Ed.), Viajes y cambios de residencia en el mundo romano. Santander, Universidad de Cantabria, 2011. 1 vol. 17 x 24 cm, 366 p., 20 fig. ISBN 978-84-8102-579-8. Le thème de la mobilité géographique dans le monde romain, depuis l’époque républicaine jusqu’à l’Antiquité tardive, est au cœur de cet ouvrage collectif qui réunit quinze contributions, rédigées pour la plupart en espagnol, mais aussi en français et en italien, présentées lors d’un colloque qui s’est tenu à Santander les 17 et 18 février 2011 et dont les actes ont paru quelques mois plus tard. L’objectif est de s’intéresser aux déplacements temporaires et aux installations permanentes, avec une nouvelle domiciliation à la clé. De même, on cherche à distinguer les transferts individuels ou en famille des flux migratoires collectifs, qu’ils soient civils ou militaires. Pour ce faire, l’ensemble du volume est organisé autour de trois sections, faisant suite à
COMPTES RENDUS 457 l’introduction rédigée par A. Ruiz Gutiérrez (p. 9-19). La première section, intitulée « Movilidad e integración cívica » (p. 21-153), s’ouvre avec l’article de G. Bandelli qui cherche à évaluer la présence d’étrangers aux profils divers (incolae, militaires, artisans, commerçants, etc.) et aux statuts juridiques variés (citoyens romains, latins, esclaves, affranchis ou pérégrins) dans la colonie latine d’Aquilée, entre sa fondation en 181 et l’an 31/30 av. J.-C., en tenant compte d’une histoire événementielle et d’une documentation épigraphique particulièrement riches (p. 23-45). Ensuite, E. García Fernández propose quelques pistes de réflexion sur la question de l’intégration des magistrats monétaires hispaniques sous la République en l’analysant sous l’angle de leur onomastique (p. 47-66). Celle-ci comporte un anthroponyme en latin voire des duo ou tria nomina mais cela, selon elle, n’en fait pas pour autant des cives Romani. Considérant que l’expression de la nomenclature reflète le statut juridique des individus porteurs de ces noms, elle réfléchit sur le concept d’imitatio qui témoigne du degré d’acculturation mais aussi de l’entrée dans les clientèles de citoyens romains sis dans la Péninsule. Toutefois, la chercheuse madrilène estime que les usages onomastiques d’inspiration romano-italique des magistrats monétaires illustrent plutôt la diffusion de la citoyenneté latine et attesteraient par là même le rang latin de leurs cités d’origine. Elle défend ainsi un point de vue que d’aucuns peuvent considérer contestable et qu’A. Chastagnol (cf. La Gaule romaine et le droit latin, Lyon, 1995, p. 51-190), absent de sa bibliographie, avait déjà réfuté. Pour sa part, dans une étude mêlant onomastique et anthropologie, S. Armani s’intéresse aux formes d’expression de l’origine sous l’angle de la famille et de la parenté ou comment l’origo peut nous renseigner sur les comportements familiaux et sociaux (p. 67-92). C’est l’occasion de proposer une synthèse sur les notions d’origo et de domicilium mais aussi de saisir dans quelle mesure les indications sur l’origine nous informent sur les liens familiaux tels qu’ils sont présentés sur les épitaphes ou bien sur les pratiques endogamiques ou exogamiques au sein de groupes choisis, par exemple. Quant à M. C. González Rodríguez, c’est aux Cantabres Vadinienses, de la ciuitas non localisée de Vadinia, couvrant les parties orientales des Asturies et de l’actuelle province de León, qu’elle consacre sa contribution (p. 93-117). Après un bref exposé sur la problématique, elle démontre que les témoignages sur l’origo présents dans l’onomastique pérégrine ou pleinement romaine des Vadinienses recensés par l’auteur dévoilent les mécanismes complexes de la difficile adaptation des identités indigènes exprimées dans le cadre d’un populus aux formes d’organisation romaines en civitas. Enfin, E. Melchor Gil se livre à une étude sur les déplacements de membres des aristocraties municipales de Bétique, y compris leurs proches (mais pas leurs affranchis), installés de manière provisoire ou permanente hors de leur patrie (p. 119-153). Le chercheur cordouan prend en compte tous les indices possibles, qu’ils soient épigraphiques ou archéologiques, ce qui lui permet d’établir des listes de notables destinataires d’hommages publics ou ayant géré des magistratures dans des communautés civiques différentes de celles où ils ont vu le jour. Quelquefois, ces individus n’y possédaient aucune attache familiale, tandis que d’autres cités étaient éloignées du lieu où ils ont souhaité être inhumés. Les sacerdoces (où la présence de femmes est à signaler), l’évergétisme et les activités économiques figurent aussi parmi les activités passées en revue par l’auteur. En conclusion, il s’interroge sur les motifs ayant poussé ces personnages à agir de la sorte et sur leurs modalités d’intégration dans les communautés « étrangères » où ils se sont
458 COMPTES RENDUS particulièrement distingués. La deuxième section, avec pour titre « Contexto cultural y circunstancias de los desplazamientos » (p. 155-278), débute par la contribution d’E. Gozalbes Cravioto sur les voyages lointains ou inventés dans l’imaginaire romain (p. 157-175). Il retrace l’évolution des idées grecques puis romaines sur le thème, entre vision mythique et faits réels, comme le certifient quelques descriptions géographiques ou des récits de voyages parvenus à l’état de fragments, pour certains d’entre eux. J. J. Palao Vicente, de son côté, a travaillé sur la mobilité des soldats dont il envisage quelques aspects concrets (p. 177-200). Il commence par examiner les premiers transferts de soldats lorsque ceux-ci en sont encore au stade de la probatio, période d’essai préalable à la signatio (qui équivaut à entrer en service actif dans une unité), sans négliger les permissions, les déplacements au gré des affectations ou des mouvements de troupes et les vétérans. Ensuite, A. Ruiz Gutiérrez propose une étude des voyages du point de vue religieux (p. 201-224). Pour ce faire, elle évoque les craintes légitimes que suscitaient pour les Anciens les déplacements, auxquels sont associés toute une série de cultes et de pratiques rituelles, à accomplir au départ, en cours de trajet et à l’arrivée, en vue d’un périple sans encombres. Elle explique aussi qu’on pouvait invoquer des dieux (tels que Fortuna Redux) ou bien fréquenter des sanctuaires pour s’assurer de leur protection au cours du trajet. En ce qui concerne J.-P. Bost, c’est à une réflexion méthodologique qu’il se livre dans son exposé sur les voyageurs et les migrants de l’Aquitaine antique, où Bordeaux occupe une place importante (p. 225-238). Il démontre documentation à l’appui, qu’il est difficile de distinguer entre simples voyageurs, gens de passage et individus en déplacement temporaire ou permanent. Certains indices, tels que la présence de familles sur les épitaphes attestent une installation durable mais très souvent les motifs manquent pour déterminer les causes du déménagement vers les villes, à l’instar de Bordeaux, où changer de vie était plus simple. De leur côté, J. Santos Yanguas et B. Díaz Ariño analysent les mouvements migratoires concernant les ressortissants de la cité d’Uxama Argaela (El Burgo de Osma, près de Soria) qui dénotent une émigration socio-économique vers des centres aisément accessibles par la route, en quête de meilleures conditions de subsistance (p. 239-255). Pour finir, J. M. Iglesias Gil s’intéresse aux déplacements pour motifs de santé, tout particulièrement dans le chef des médecins, et il insiste sur la nécessité du voyage pour approfondir leur formation et leur pratique professionnelle, en prenant pour paradigme l’exemple de Galien (p. 257278). La dernière section, « Los viajes del poder » (p. 279-366), contient quatre contributions dont la première, écrite par J. González, est dédiée aux voyages impériaux dans les provinces (p. 281-288). Ces déplacements étaient ponctués de cérémonies, entre joie, curiosité et inquiétude du peuple, au moment du départ et au retour du souverain, dont le passage était annoncé à l’avance afin d’organiser au mieux son séjour. Toutefois les coûts, élevés, étaient pris en charge par les communautés, qui jouissaient ensuite d’un grand prestige du fait de sa présence temporaire. Les déplacements des fonctionnaires envoyés en Hispanie citérieure fait l’objet de l’article de J. M. Abascal (p. 289-317). En temps normal, le gouverneur se déplaçait pour rendre la justice entre Tarraco et les autres chefs-lieux de conventus. Toutefois, en raison des dimensions de la province, il s’est avéré nécessaire d’installer des iuridici mais aussi des procurateurs, à Asturica Augusta, dans le Nord-ouest de la Péninsule (la future Hispania Superior, à l’existence brève), où le légat pro-préteur se rendait aussi de
COMPTES RENDUS 459 temps à autres. Comme il fallait s’y attendre, ces hommes n’y vivaient pas seuls mais en compagnie de leurs épouses et de leurs enfants dont l’épigraphie a conservé la trace. Ensuite, ce sont les ambassadeurs romains d’époque républicaine qui retiennent l’attention d’E. Torregaray Pagola (p. 319-334). Elle rappelle que les sénateurs étaient amenés, en fonction de leur connaissance de la région à visiter, à représenter dignement Rome, parfois au péril de leur vie, au cours de « tournées », dont les objectifs, la durée et la distance ont varié au cours de la République. Enfin, c’est aux voyages nuptiaux dans le cadre des relations entre les royaumes francs et leur homologue wisigoth, aux VIe et VIIe s. de notre ère, que s’intéresse R. Valverde Castro (p. 335-366). De manière assez surprenante, les déplacements des femmes de cette dynastie germanique sont davantage documentés que ceux des souverains, en dépit du fait que ces dames ne jouaient de rôle politique qu’à l’intérieur des murs du palais royal. L’auteur présente ainsi des périples, dont certains avortés ou hauts en couleur, de princesses wisigothes telles que Galswinthe ; sa sœur cadette, la célèbre Brunehilde (ou Brunehaut) ou encore Ermenberge, un temps fiancée au petit-fils de la précédente. Pour leur part, d’autres nobles franques firent le trajet en sens inverse : Rigonde, belle-fille de Galswinthe ; Ingonde, fille de Brunehilde et Clodosinde. Tous ces mouvements, destinés à nouer des alliances entre Francs et Wisigoths, confirment dans le même temps l’importance des femmes au cœur des stratégies matrimoniales. Pour conclure, on peut affirmer que l’ouvrage, malgré de sporadiques fautes d’orthographe, offre d’intéressantes présentations sur des thèmes que l’historiographie avait pour le moins délaissés. L’amplitude des thématiques abordées et rassemblées dans ce livre permet en effet d’entrevoir de multiples perspectives de recherche, parfois insoupçonnées, qui méritent d’être approfondies. Anthony ÁLVAREZ MELERO Bernd LÖHBERG, Das “Itinerarium provinciarum Antonini Augusti”. Ein kaiserzeitliches Strassenverzeichnis des Römischen Reiches. Überlieferung, Strecken, Kommentare, Karten. Berlin, Frank & Thimme, 2e éd. augm., 2010. 2 vol. 21 x 29,5 cm, IV422 p., 40 p. annexes, 87 cartes, 2 cartes dépliantes. Prix : 178 €. ISBN 978-3-86596283-6. On connaît relativement bien la Tabula Peutingeriana, spectaculaire à souhait comme représentation emblématique de la route romaine sillonnant l’Empire, de la Bretagne insulaire à l’Euphrate. L’Itinerarium Antonini Augusti ne relève pas de la cartographie, mais propose une liste de stations, relais, bourgades et villes ponctuant les voies majeures et définissant par tronçons les itinéraires et les distances. Il s’agit d’un document essentiel à la connaissance de la topographie de l’Empire, malgré les lacunes, imprécisions voire erreurs de localisation ou de dénomination. Celles-ci ne sont pas nécessairement dues à l’auteur premier ou à la chancellerie d’origine, peutêtre sous Caracalla, ou même sous Marc-Aurèle, mais à l’état des connaissances lors des multiples transcriptions manuscrites. L’organisation des trajets suit un principe territorial, à l’intérieur de 17 contrées au sein des frontières de l’Empire. L’édition de référence est celle d’Otto Cuntz, en 1929 (réed. 1990) dans la Teubneriana. Nous n’avons pas affaire ici à une nouvelle édition. Malgré une attention particulière portée à la tradition manuscrite, la valeur des codices n’est pas répercutée dans un apparat