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Patrimoine et participation : vers un nouveau cadre de gouvernance au Maghreb

Casanovas Boixereu, Francesc X.

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1 Vers un nouveau cadre de gouvernance au Maghreb Patrimoine et Participation 2 3 Patrimoine et participation Vers un nouveau cadre de gouvernance au Maghreb 4 Consortium Montada Responsable du Projet : Xavier CASANOVAS Membres : COL·LEGI D’APARELLADORS, ARQUITECTES TÈCNICS I ENGINYERS D’EDIFICACIÓ DE BARCELONA Responsable : Xavier CASANOVAS ÉCOLE D’AVIGNON Responsable : Patrice MOROT-SIR ASSOCIATION DE SAUVEGARDE DE LA MÉDINA DE KAIROUAN Responsable : Mourad RAMMAH ASSOCIATION SALA ALMOUSTAQBAL Responsable : Nabil RAHMOUNI OFFICE DE PROTECTION ET DE PROMOTION DE LA VALLÉE DU M’ZAB Responsable : Younes BABANEDJAR Associés : CENTRE DE DEVELOPPEMENT DE LA REGION DE TENSIFT Responsable: Driss JELLOULI ASSOCIATION DE SAUVEGARDE DE LA MÉDINA DE SOUSSE Responsable : Anouar EL FANI BUREAU D’ÉTUDES LA Responsable : Lounes AKRETCHE Comité scientifique du projet Montada : Brigitte COLIN (UNESCO) Josep GIRALT (IEMed) Publication Directeur : Xavier CASANOVAS Coordination éditoriale : Montserrat CASADO Rédaction et harmonisation : Alice LANCIEN Ateliers de participation : Michelle BUTZBACH Photos et images : Equipe Montada Illustrations : Alice LANCIEN Conception graphique : Lluís MESTRES ISBN : 978-84-15195-06-1 Dl : XXXX Site web : www.montada-forum.net © 2012 Col·legi d’Aparelladors, Arquitectes Tècnics i Enginyers d’Edificació de Barcelona pour le consortium Montada Bon Pastor, 5 – 08021 Barcelone, Espagne [email protected]at Montada incite à la reproduction de cet ouvrage ainsi qu’à la diffusion de son contenu, en citant sa source. Le projet Montada fait partie du programme Euromed Heritage www.euromedheritage.net Ce document a été réalisé avec l’aide financière de l’Union Européenne. Le contenu de ce document est de la responsabilité exclusive du CAATEEB, et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’Union Européenne. Préambule 7 Vers un nouveau cadre de protection du patrimoine culturel au maghreb 11 Eléments clés de la promotion de l’architecture traditionnelle 29 La gouvernance locale, condition de la réussite des politiques patrimoniales en méditerranée 31 2.1.1 De quelle «gouvernance» parle-t-on? 31 2.1.2 Gouvernance locale, société civile et développement au Maghreb 34 2.1.3 Préservation et valorisation du patrimoine culturel: l’exigence d’une gouvernance locale solide et pérenne 37 La participation, élément central des démarches de valorisation du patrimoine traditionnel 43 2.2.1 Participation, citoyenneté et développement durable 43 2.2.2 Qu’est-ce que la «participation citoyenne»? 47 2.2.3 Les enjeux de la participation dans les projets de régénération urbaine 51 Instruments pour la promotion du patrimoine culturel 59 2.3.1 Les forums locaux, espaces de la gouvernance locale 59 2.3.2 Les ateliers de méthodologie participative 61 1 2 2.1 2.3 2.2 2.3.3 La cartographie culturelle, diagnostic participatif du territoire 67 2.3.4 Le plan d’action, une grille commune de planification 73 Le processus participatif du projet Montada 79 Un cadre de référence méthodologique pour l’intervention intégrée sur le patrimoine 81 3.1.1 Organisation et déroulement du processus participatif 82 3.1.2 La dynamique des ateliers de méthodologie participative 94 3.1.3 L’élaboration des plans d’action 99 Les expériences des villes pilotes 103 3.2.1 Dellys 105 3.2.2 Ghardaïa 125 3.2.3 Sousse 141 3.2.4 Kairouan 159 3.2.5 Marrakech 173 3.2.6 Salé 189 Bibliographie 203 3 3.1 3.2 7 Préambule Le projet Montada, inscrit dans le cadre d’Euromed Heritage 4 de l’Union Européenne et dans la stratégie pour le développement du patrimoine culturel euro-méditerranéen 2007-2013, est un projet de coopération euro-méditerranéenne visant à placer la question du patrimoine culturel au cœur des perspectives de développement durable des pays du Maghreb. Trois pays et six villes du Maghreb, Salé et Marrakech au Maroc, Sousse et Kairouan en Tunisie, Dellys et Ghardaïa en Alégrie, sont engagées dans le processus mis en place par Montada. Au-delà des politiques sectorielles et des démarches de protection menées aux échelles internationales et nationales, la problématique patrimoniale demeure avant tout un enjeu de développement local devant être saisi et affronté par les populations des territoires concernés. C’est pour cela que les initiatives Montada s’appuyent sur la spécificité de chacun des contextes d’intervention pour mettre en œuvre un processus participatif qui vise à impulser l’implication de l’ensemble des acteurs locaux (riverains, élus, artisans, étudiants, professeurs, professionnels...) dans la préservation et la valorisation de l’architecture traditionnelle. La participation directe et la collaboration mutuelle des citoyens se sont 8 donc imposées comme valeur centrale du projet, et comme condition de son succès. Le projet Montada s’attache donc à une relocalisation des débats sur le patrimoine culturel que représente l’architecture traditionnelle, et vise l’implication du plus grand nombre afin de mettre en œuvre une politique de préservation et de gestion du patrimoine intégrée et participative, insistant sur : – Le patrimoine culturel comme facteur de développement durable permettant d’offrir de nouvelles opportunités à la gestion des sites, au tourisme, à l’artisanat, etc... – La bonne gouvernance en matière de patrimoine et d’architecture traditionnelle permettant d’échanger connaissances et expériences et de débattre afin de construire conjointement une vision partagée et une stratégie commune de préservation et de valorisation du patrimoine local. – La sensibilisation du plus grand nombre (élus, techniciens, enseignants, public scolaire, société civile…) aux éléments clés de l’architecture traditionnelle comme préalable à une participation effective des acteurs locaux. 9 A travers les différentes actions locales réalisées depuis 2009 et l’expérience qui en a été retirée, l’intention de cet ouvrage est de contribuer à la formulation d’un cadre de référence portant sur le rôle et l’apport, comme sur les conditions de la mise en œuvre de processus participatifs dans la définition des politiques de protection et de valorisation du patrimoine. Ces éléments sont destinés à l’ensemble des parties prenantes impliquées dans ce type de démarche, pouvoirs publics, techniciens, membres de la société civile, afin de parvenir à promouvoir, initier, et conduire dans les meilleures conditions des processus permettant d’impliquer de manière effective les différents acteurs des territoires. Xavier Casanovas Chef du projet Montada 10 avril 2012 16 Par ailleurs, la mondialisation affecte profondément la configuration des identités territoriales, mettant paradoxalement en exergue une double tendance oscillant entre particularismes culturels et uniformisation. On relève principalement trois facteurs permettant d’expliquer l’altération des systèmes de valeurs : le changement des modes de vie (apparition de nouveaux besoins), la mobilité des populations soulignée précédemment (rural/urbain, pays/ étranger) ainsi que les changements des canaux de production des valeurs (l’école, les médias, les réseaux…). L’impact sur les identités locales et la persistance des valeurs et pratiques traditionnelles est sans précédent (Bourqia). A titre d’exemple, la tertiarisation de certaines médinas tend à l’affaiblissement des pratiques d’artisanat local, autant que le développement du tourisme de masse implique la progressive disparition du tissu commercial local destiné aux habitants. En outre, certaines fêtes traditionnelles et activités populaires sont peu à peu oubliées, mettant en péril la cohésion sociale et les valeurs partagées au sein de la communauté locale. Les expressions de la culture locale, tant dans le domaine matériel qu’immatériel sont directement touchées par ces différentes dynamiques, et mettent en péril la persistance d’un patrimoine culturel riche et diversifié. Les initiatives développées pour la protection, la valorisation et la promotion des quartiers historiques ont été engagées aux échelles internationales, nationales et locales. Au-delà des politiques et des instruments déployés en matière de protection des monuments, c’est la question de la préservation et de la valorisation des ensembles urbains, appréhendés dans leur caractère intégré, qui nous intéresse plus précisément ici. 17 Le travail réalisé par l’UNESCO s’est attaché depuis 1972, date de l’adoption de la Convention concernant la protection de l’héritage culturel et naturel mondial, à inventorier, sélectionner et inscrire les monuments, ensembles de constructions et sites sur la liste du « patrimoine mondial de l’humanité ». Plus tardivement, la notion de « patrimoine culturel immatériel de l’humanité » a émergé, permettant dès 2007 avec la ratification de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de protéger les pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire reconnus et inscrits à ce titre. Les villes concernées par le projet Montada font pour la plupart l’objet de ce type de classement : l’espace culturel de la place Jemaa el-Fna à Marrakech (Maroc) est inscrit depuis 2008 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, la Vallée du M’Zab (Algérie), tout comme les médinas de Sousse et Kairouan (Tunisie) sont inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Si la reconnaissance par l’UNESCO constitue une étape importante de la prise en considération du patrimoine culturel, il ne faut cependant pas négliger les effets pervers provoqués par un tourisme culturel de masse sur les contextes urbains historiques : dépeuplement des maisons traditionnelles, perte de la fonction résidentielle, transformation des commerces en échoppes de souvenirs etc… L’enjeu est donc de parvenir à concilier protection du patrimoine, développement économique, bien-être des habitants et promotion via un tourisme responsable maîtrisé. A ce titre, l’UNESCO, associé à ONU Habitat, promeut la mise en place de politiques intégrées et inclusives de revitalisation des quartiers historiques, et participe à la diffusion d’expériences locales associant les habitants et la société civile au processus de revitalisation de leur quartier. Ce type d’initiative s’appuie 18 souvent sur un cadre règlementaire national, et sur les instruments destinés à protéger les ensembles urbains, tels que les secteurs sauvegardés dont sont dotés l’Algérie et la Tunisie. L’architecture traditionnelle n’étant pas protégée par une législation spécifique, l’attitude des élus tend généralement à l’abandon des édifices et à leur destruction au profit de projets de rénovations urbaines « lourdes », affectant le paysage urbain et l’environnement. Les spécialistes locaux déplorent par ailleurs l’inexistence ou la faible marge de manœuvre permise par les politiques d’amélioration de l’habitat, qui permettraient d’intervenir sur les espaces privatifs. Comme le souligne le rapport préliminaire de l’UNESCO concernant le paysage urbain historique, les principes et chartes internationaux ainsi que les instruments juridiques et outils de planifications locaux en matière de protection du patrimoine culturel se heurtent à l’intensité rapide des transformations que connaissent certains pays. La rigidité des procédures de protection s’ajoute à la difficulté d’une mise en œuvre de politiques locales de préservation du patrimoine, le système actuel dépendant essentiellement d’une législation nationale. Dans ce contexte, les pays du Maghreb doivent affronter les défis d’un nouveau cadre d’intervention sur le patrimoine culturel, qui renvoient aux principes énoncés dans le rapport préliminaire de l’UNESCO concernant le paysage urbain historique : – Passer d’une optique privilégiant le monument doté d’une « valeur exceptionnelle » à un contexte urbain plus général, prenant en considération la valeur de l’architecture traditionnelle. 19 – Intervenir de manière intégrée sur le patrimoine culturel local, en replaçant les stratégies de protection du cadre bâti au cœur des processus sociaux, économiques et culturels. – Développer la sensibilisation des élus et des populations locales au potentiel de développement économique et culturel que constitue l’architecture traditionnelle. – Reformuler, expérimenter et mettre en œuvre des outils et instruments capables de faire face aux défis actuels des villes historiques. Portant sur la protection de l’architecture traditionnelle, les recommandations relevées par la Charte internationale pour la sauvegarde des villes historiques (dite Charte Washington, 1987) ainsi que de la Charte du patrimoine vernaculaire (1999), soulignaient déjà la nécessité d’intervenir sur le long terme, de mettre en place des actions d’éducation et de sensibilisation destinées aux techniciens ainsi qu’aux élus, et de rechercher la complicité de la population, protagoniste actif et membre à part entière de ce legs commun . Les principes établis dans la Charte de Washington ont été mis à jour, reformulés et étendus en 2011 lors de la 17e Assemblée générale de l’ICOMOS. Les principes de la Valette pour la sauvegarde et la gestion des villes et ensembles urbains historiques établissent ainsi les défis à relever, les critères d’intervention et des propositions et stratégies afin de mettre en œuvre des politiques de sauvegarde du patrimoine traditionnel. C’est dans la continuité de ces initiatives, et riche des expériences menées précédemment, notamment dans le cadre du projet RehabiMed, que le projet Montada plaide pour la reconnaissance des composantes du contexte culturel, social, économique et environnemental local (valeurs et 20 fonctionnement de la société, climat, morphologie urbaine et modes de construction, compétences et savoir-faire, culture et traditions…) afin d’impulser un développement durable au Maghreb. Les forums locaux du projet Montada, intitulés « la ville, patrimoine vivant » replacent ainsi la question de l’architecture traditionnelle des noyaux historiques, espaces habités et vécus par les populations locales, au cœur des dynamiques de valorisation des territoires. Le projet Montada constitue donc une opportunité d’expérimenter et de mettre en œuvre un nouveau cadre d’intervention sur le patrimoine culturel. Il repose sur la mise en œuvre de programmes d’intervention intégrés s’appuyant sur les principes suivants : Axer les stratégies de développement local sur la culture La culture s’est imposée depuis une dizaine d’années comme le 4ème pilier du développement durable, enrichissant l’approche se fondant sur les volets environnemental, social et économique (Sommet de Johannesburg en 2002). Le processus de développement humain, qui est propre à chaque personne, « demeure incomplet sans la contribution de la culture qui élargit les possibilités de choix et accorde à chacun une plus grande liberté » (Pascual i Ruiz et Dragojevic). Les valeurs d’une société constituent la base sur laquelle cette dernière se construit, et la manière dont elles s’expriment, à travers la mémoire, les rites, les fêtes, les traditions… renvoie à la culture de cette société. Le développement durable implique d’opérer un changement dans les comportements, qui conduit à réinterroger ces normes et valeurs. La culture constitue par conséquent la base de la transformation des modalités d’intervention sur les territoires, permettant de formuler des 21 Nouveau paradigme du développement durable : la culture et la gouvernance, éléments structurants. ECONOMIEENVIRONNEMENT SOCIALCULTURE GOUVERNANCE Ancien paradigme du développement durable basé sur l’interaction des dimensions environnementales, économiques et sociales. ECONOMIE ENVIRONNEMENT SOCIAL équitableviable viable SOUTENABLE 22 Kairouan. Tunisie 23 politiques de développement durable en adéquation avec les attentes et aspirations des sociétés locales. Le développement durable ne renvoie alors pas à un modèle unique, mais se construit bien au contraire à partir des identités locales, des aspirations et dynamiques qui constituent la culture locale. Le projet Montada développe les orientations suivantes, structurant les stratégies de développement local sur la culture et plus particulièrement la préservation du patrimoine culturel : – Promouvoir un développement durable axé sur le secteur culturel, permettant de développer l’économie locale, le tourisme culturel, l’artisanat, et valoriser les pratiques de la culture traditionnelle. L’enjeu est de parvenir à définir des synergies entre développement social et économique durable et stratégies de conservation du patrimoine culturel. – Préserver les identités locales et la diversité culturelle, en favorisant la connaissance et la reconnaissance des éléments constitutifs des cultures locales, intervenant dans les domaines de la formation, la sensibilisation, la transmission intergénérationnelle. – Encourager le dialogue interculturel, par le biais d’instruments de diffusion, de rencontres nationales et internationales visant la connaissance, l’échange d’expériences et la compréhension mutuelle, et instituant une solidarité géographique. 24 Mettre en œuvre une approche intégrée de préservation du patrimoine culturel Le champ d’intervention sur le patrimoine traditionnel bâti peut difficilement se limiter à la considération unique du cadre bâti. L’architecture traditionnelle est, et plus particulièrement dans les pays du Maghreb, une architecture habitée par les populations locales, vécue au quotidien dans la sphère domestique, mais aussi cadre de la vie publique pour l’ensemble de la population. A ce titre, les espaces publics où prennent place notamment les souks jouent un rôle fondamental dans la vie locale et la cohésion sociale. L’architecture traditionnelle, « patrimoine vivant », renvoie à un patrimoine culturel large intégrant les savoir-faire, les techniques de construction, et les multiples artisanats locaux, et répondant à une pratique de l’espace public ainsi qu’à des modes de vie bien spécifiques. Cette perspective place la notion de « paysage urbain historique » au cœur des enjeux de préservation et de valorisation des villes du Maghreb, reconnaissant la construction sociale et identitaire du patrimoine urbain historique. Le projet Montada aborde dans une approche intégrée la double dimension matérielle et immatérielle du patrimoine culturel. Il traite ainsi, concernant le patrimoine matériel, de thématiques allant de la revalorisation de la maison traditionnelle à la récupération de systèmes de captage, stockage et distribution de l’eau, mais également de la restauration d’éléments décoratifs tels que portes, encadrements etc… Les thématiques du patrimoine immatériel renvoient aux fêtes et traditions locales, à la valorisation de l’artisanat traditionnel, ou encore à la récupération des 25 techniques et matériaux de construction locaux. La corrélation entre les constituantes matérielles et immatérielles est ainsi mise en évidence afin de concevoir un projet local de conservation du patrimoine culturel valorisant leurs articulations et complémentarités. Patrimoine matérielPatrimoine immatériel Patrimoine culturel et architecture traditionnelle Architecture traditionnelle (architecture domestique, espaces publics, équipements...) Monuments historiques (mosquées, remparts...) Ensembles urbains ou ruraux (médinas, ksours...) Mémoire collective et individuelle Savoirs-faire (techniques et utilisation de matériaux locaux...) Artisanat traditionnel Traditions orales (contes, fables, proverbes...) Cérémonies et fêtes traditionnelles et religieuses ... 32 de gouvernance, qui renvoie à la science du gouvernement, c’est-à-dire à la manière de gérer adéquatement la chose publique, indépendamment de la question du pouvoir. La gouvernance moderne continue de s’éloigner de la notion de pouvoir, se rapprochant encore de l’idée de gestion. C’est à partir des années 90, dans un monde à la complexité et multipolarité grandissante, où le rôle de l’Etat s’amenuise, que le concept de gouvernance va achever de s’imposer. Le principe de gouvernance est dès lors utilisé dans trois principaux domaines : les relations internationales (gouvernance au sein des institutions internationales notamment), les régulations économiques (la gouvernance d’entreprise, nouveau mode de gestion au sein des structures privées) et les politiques publiques. C’est ce dernier domaine qui nous intéresse dans la mesure où le projet Montada renvoie à une refonte des rapports aux pouvoirs locaux, et à une redéfinition du cadre de décision en matière de politique patrimoniale. La gouvernance joue un rôle essentiel dans les pays en développement, intéressant désormais « une multiplicité d’intervenants qui questionnent le rôle de l’Etat, renouvellent les rapports entre les sphères privée et publique et introduisent une nouvelle conception d’une action publique composite, territorialisée, déléguée et rééquilibrée », et permettant d’opérer le passage d’un cadre de décision publique à une démarche « collective, négociée ou encore partenariale sur une échelle élargie (locale, nationale et internationale) » (De Miras). Nous nous arrêterons sur une définition de la gouvernance qui rappelle de manière synthétique les différentes dimensions qu’implique cette notion, et que nous développerons par la suite en détaillant sa mise en œuvre dans le cadre du projet Montada. On peut définir la gouvernance comme un processus annoncé ou effectif de décision collective, 33 correspondant à la refonte du cadre de décision. La mise en place de la gouvernance permet de passer de rapports sociaux hiérarchisés et verticaux à une concertation horizontale et partagée entre de multiples parties prenantes. Le cadre de la gouvernance mise en place par le projet Montada repose principalement sur deux éléments : d’une part, la gouvernance du projet s’est centrée sur la problématique du patrimoine culturel, et la manière dont les politiques en matière de protection et de valorisation de ce dernier étaient mises en œuvre. Elle n’a en aucun cas permis de refonder le cadre d’une gouvernance locale de manière plus générale, portant sur d’autres domaines tels que la planification urbaine, les politiques culturelles dans leur acception large etc… D’autre part, sans négliger les enjeux nationaux et les acteurs associés, c’est l’échelle locale qui a été privilégiée, considérant comme primordiale la relocalisation des débats et de la prise de décision quant aux initiatives de protection et de gestion du patrimoine culturel. L’expérience du projet Montada vise par conséquent, à travers une intervention dans un cadre certes limité par la thématique traitée et l’échelle concernée, à activer le levier d’un développement plus généralisé de gouvernance appliquée à d’autres contextes (au-delà des six villes pilotes, articulant davantage les échelles nationales et locales…) et d’autres secteurs d’intervention, tels que la gouvernance urbaine de manière générale. 34 Gouvernance locale, société civile et développement au Maghreb Dans un contexte où les régimes politiques des pays du Maghreb subissent une mutation sans précédent, où les processus de démocratisation prennent forme de manière plus ou moins effective selon les pays, il nous semble nécessaire de se poser la question du rôle de la gouvernance dans les processus de développement des pays du Maghreb. La corrélation entre le paradigme de la gouvernance -associé à la participation citoyenne que nous développerons ultérieurementet les processus de démocratisation et de développement est notoire. L’ensemble de ces concepts renvoient, de manière plus ou moins directe et sous différentes formes, au mode de gouvernement des sociétés, et à la manière dont l’exercice du pouvoir s’y organise. La démocratie, définie comme un « système de gouvernement dans lequel le pouvoir est exercé par l’ensemble des citoyens », entend organiser la manière dont le peuple prend part à la chose publique. Indépendamment du type de régime en place (régime monarchique, républicain), les valeurs démocratiques tendent à s’imposer dans les pays du Maghreb, non sans véhiculer de nombreuses tensions et négociations au sein des sociétés. Outre la révolution tunisienne de 2010-2011 ayant permis d’instaurer une réforme politique vers une transition démocratique, le Maroc a dernièrement opéré une « ouverture de l’espace politique au sens d’assoir un processus démocratique avec des élections transparentes et sans intervention de l’administration » (Bourqia). Le processus de démocratisation se fonde sur l’émergence de valeurs, 35 indépendamment du triptyque fondateur liberté-égalité-justice, qui sont étroitement liées au concept de gouvernance : la responsabilité et l’intégrité concernent la manière dont les élus et plus généralement les personnes ayant une fonction au sein des institutions publiques exercent le pouvoir qui leur est attribué, l’efficacité renvoie à la performativité des politiques publiques et la cohérence rappelle la nécessité d’une articulation étroite avec les besoins et les enjeux du domaine traité. On peut alors questionner à juste titre de quelle manière s’articulent ces différents paradigmes : « La gouvernance correspond-t-elle à un moment de la maturité des sociétés, de leur développement économique et de leur niveau de démocratie, ou bien, à l’inverse, la gouvernance est-t-elle un moyen d’accélérer de façon volontariste l’accès à l’un et à l’autre, en particulier dans les contextes nationaux en voie de démocratisation ? » (De Miras). A l’évidence, la gouvernance, loin d’être une fin en soi, constitue un instrument permettant d’accompagner les processus de développement. Elle joue un rôle fondamental dans l’évolution des sociétés, contribuant à élaborer la stratégie permettant de définir un projet de société. Elle « n’entend pas remettre en question les structures sociétales préexistantes, mais les transformer, les adapter, les amener à évoluer avec leur consentement » (De Miras). On peut dès lors se poser la question de la place des différentes parties prenantes, ou acteurs, dans le processus de développement. Il est notamment intéressant de souligner le rôle que joue la société civile dans les sociétés maghrébines, et plus particulièrement dans les processus de développement. L’UNESCO définit la société civile comme «l’auto-organisation 36 de la société en dehors du cadre étatique ou du cadre commercial », un « ensemble hétérogène d’entités privées ». Elle comprend les organisations syndicales et patronales, ONG, associations professionnelles, autorités locales, mais aussi organisations caritatives, instituts de recherche, universités, ou communautés religieuses. Dans les pays arabes, la société civile a historiquement eu une influence importante dans le mode d’organisation des sociétés, se substituant parfois au pouvoir étatique afin de remplir certaines fonctions au sein des communautés locales. Outre les activités liées à la défense des frontières et à la perception des taxes et impôts, étant du ressort de l’état, les « autres formes d’activités sociales collectives revenaient aux communautés locales, qui ont développé des institutions sociales locales ainsi que des modèles de légitimité et de pouvoir social non assujettis à l’Etat » (Antonius). Aujourd’hui encore, la société civile constitue un acteur incontournable de la vie publique au Maghreb, influant parfois sur les décisions politiques et économiques, et agissant bien souvent en contre-pouvoir. L’enjeu d’une « bonne gouvernance » vise notamment à dépasser la posture conflictuelle ou d’opposition adoptée traditionnellement, et tendre vers des formes de collaboration et de partenariat avec les collectivités locales. Par ailleurs, la société civile constitue un catalyseur de la démocratisation dans la mesure où elle contribue, à travers les formes d’implication diverses que nous avons relevé précédemment, à promouvoir la participation et l’engagement des citoyens dans la vie collective de la société. La définition de principes et valeurs partagés s’en voit facilitée, et permet ainsi d’élaborer le cadre d’une gouvernance juste et efficiente. Ainsi, « la participation de la citoyenneté dans l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques n’est plus seulement un choix, mais une caractéristique des démocraties avancées. 37 L’existence d’une société civile forte forme la base de la démocratie et indique une préoccupation pour la solidarité humaine» (Pascual i Ruiz et Dragojevic). Préservation et valorisation du patrimoine culturel : l’exigence d’une gouvernance locale solide et pérenne Les modalités d’intervention sur l’espace urbain sont aujourd’hui amenées à être redéfinies. Ceci touche en particulier les questions de régénération urbaine et les interventions dans les centres historiques du fait de la complexité des contextes à appréhender. On peut dégager différents facteurs signifiant cette complexité : – La variété des époques et des procédés de construction, des typologies bâties, ainsi que des niveaux d’entretien des bâtiments ne permettent pas de mettre en œuvre un modèle d’intervention unique, mais impliquent la nécessité d’effectuer un diagnostic complet et d’élaborer des stratégies d’interventions propres à chaque contexte. – Le cadre règlementaire des centres historiques est parfois complexe du fait de la superposition des divers instruments de planification et de protection (plan d’occupation des sols, plan d’aménagement urbain, plan de sauvegarde et de mise en valeur…). – Le statut privé des parcelles accueillant des constructions d’architecture traditionnelle réduit les marges d’intervention publique et contribue à orienter les politiques de réhabilitation 38 vers les éléments appartenant au domaine public (architecture monumentale et espaces publics). – La multiplicité des acteurs intervenant sur le cadre bâti des villes historiques, qu’ils soient techniques (réseaux, assainissement…) ou institutionnels (mairie, Etat, collectivités locales…) contribue, sans une volonté d’intervention intégrée, à la sectorisation des interventions. – La préservation de l’architecture traditionnelle implique de définir la complémentarité entre deux enjeux : l’enjeu patrimonial, qui relève de valeurs et de biens communs à la collectivité, et l’enjeu de l’amélioration de l’habitat et de la qualité de vie des habitants des centres historiques. L’ensemble de ces facteurs invoque par conséquent la nécessité de mettre en place une politique volontariste de préservation et de valorisation de l’architecture traditionnelle, qui se fonde sur une gouvernance solide et assume la complexité de ce type de contexte d’intervention. L’implication des différents acteurs concernés continue d’être un défi que les villes doivent relever. Certains professionnels locaux déplorent ainsi, malgré un engagement effectif de tous les acteurs, l’absence de pratique dans la concertation et la délimitation des responsabilités respectives, conduisant souvent à la prise de décisions précipitées et à la démolition d’éléments du patrimoine bâti traditionnel (Ouageni). Dans un contexte où la gouvernance en matière de politique locale d’intervention sur le patrimoine urbain demeure timide voire inefficiente, le défi actuel est de parvenir à faire émerger un débat entre les représentants de la société civile, les autorités politiques, les professionnels et techniciens 39 Réunions des forums de Kairouan et Salé. La gouvernance locale cherche à faire émerger un débat entre les représentants de la société civile, les autorités politiques, les professionnels et techniciens. Les forums locaux œuvrent ainsi pour la préservation et la valorisation du patrimoine local. 40 du secteur de la construction, les habitants et les usagers des quartiers, sur l’avenir du patrimoine culturel local et les actions à mettre en place pour le préserver et le valoriser. Les principes clés d’une gouvernance locale solide et pérenne sont les suivants : – Parvenir à articuler un contexte règlementaire national et régional avec des initiatives locales, portées notamment par la société civile. A terme, l’enjeu est d’établir ou consolider une gouvernance multiscalaire entre Etat, Wilaya et commune, prenant en considération les intérêts portés par la société civile. – Assumer le large éventail des acteurs concernés par les enjeux de préservation et promotion de l’architecture traditionnelle, et assurer leur implication effective. – Insister sur la pluralité des domaines concernés par la question patrimoniale et promouvoir le caractère intégré des actions entreprises (secteur urbanistique, éducatif, culturel, touristique, etc…), afin d’assumer la complexité de l’objet d’intervention. – Mettre en place les conditions d’une négociation horizontale et partagée. Les interventions des différents acteurs s’organisant de manière non hiérarchique, la prise de décision est commune. – Créer les conditions d’un débat riche et animé entre les différentes parties prenantes, et aménager l’espace d’une négociation multipartite. Les forum locaux constituent un instrument efficace en ce sens. – S’appuyer sur les richesses et spécificités du contexte local, rapprochant et renforçant des acteurs déjà existants, dotés 41 d’une légitimité historique et d’un savoir-faire politique et technique afin d’assurer la solidité et la pérennité du processus. – Exploiter les apports d’une gouvernance inclusive : partage des connaissances et des compétences de chacun, expression des divergences/similitudes de points de vue, négociation… 48 ne sont consultés que pour donner leur avis, leur accord à des projets ou initiatives imaginées par d’autres professionnels ou politiques. Il s’agit d’un modèle où le cadre de la décision n’est pas remis en cause, et continue d’être réservé au domaine de l’expertise, qu’elle soit politique ou technique. En revanche, la participation « pour transformer », ou la « mobilisation pour l’action » renvoie à une implication réelle du citoyen et à la possibilité qui lui est allouée, par le biais du processus participatif, de modifier et façonner son propre cadre de vie (Donzelot). Le projet Montada s’inscrit, nous le verrons, dans cette seconde perspective dans la mesure où la dynamique participative a été portée et conduite par les différentes parties prenantes (société civile, élus, techniciens, habitants) afin de définir un projet stratégique (prenant la forme des « plans d’action ») de préservation, conservation et valorisation du patrimoine culturel local. Par ailleurs, une clarification quant aux différents niveaux de participation s’impose, afin de saisir à quel niveau de « l’échelle de participation » se situent les ambitions du projet Montada. La participation suppose une redistribution des pouvoirs, et notamment la restitution du pouvoir de décision aux citoyens, qui est généralement alloué à l’élu dans les modèles de démocratie représentative. Or, il s’agit d’un des enjeux centraux de la participation, car « la participation sans redistribution des pouvoirs est un processus vide et frustrant » (Arnstein). La prise de décision, si elle semble à priori faire partie intégrante du processus participatif, n’en demeure pas moins un niveau complexe à atteindre, ou du moins peu souvent effectif. On peut définir les différents registres de participation selon une échelle d’évaluation inspirée de l’échelle d’Arnstein. Si 49 Arnstein distingue trois niveaux de participation (la « nonparticipation », la « participation symbolique » et le « pouvoir effectif des citoyens »), eux même décomposés en huit registres, nous nous bornerons à énoncer les 4 principaux registres qui sont communément mis en œuvre dans le cadre des politiques de développement urbain. – Information : les différentes institutions publiques cherchent avant tout à communiquer et diffuser les politiques préétablies. Il s’agit d’un processus dit «légitimant » qui ne laisse pas la place au débat, à un retour critique de la part des citoyens sur les politiques proposées. Si à ce stadelà la participation réelle des citoyens n’existe pas encore, l’information n’en demeure pas moins une des conditions, au même titre que la diffusion, d’une politique qui se veut transparente. – Consultation : cette démarche se réfère aux citoyens afin qu’ils expriment leur opinion sur une problématique posée ou sur un projet préétabli. Elle permet d’identifier les besoins et recueillir les avis, mais n’assure en aucun cas la prise en considération des attentes et suggestions exprimées au moment de l’application de la politique ou du projet en question. – Concertation : il s’agit d’un procédé impliquant l’intervention de non-décideurs (habitants et/ou représentants) durant le processus de définition d’une politique ou d’un projet. Les citoyens sont invités à intervenir dans les débats et formuler leur propre expertise quant à la problématique abordée. – Implication : ce registre constitue le niveau supérieur de participation, qu’Arnstein qualifie de « contrôle citoyen ». La population est dotée du pouvoir de décision, elle est par conséquent engagée dans l’ensemble du processus : de la 50 Rencontre à Sousse et avec les habitants de la médina de Marrakech. La participation fait partie intégrante du développement local et constitue une des composantes indispensable du projet de territoire. 51 planification collective et définition du projet à sa mise en œuvre, mais également son évaluation. Le projet Montada se situe clairement dans une démarche favorisant l’implication effective des différentes parties prenantes. L’ensemble du processus participatif, allant du diagnostic à la définition des plans d’actions, ainsi que de la réalisation des différentes activités à leur évaluation, a été porté par les différentes personnes engagées dans le projet Montada. Les forums locaux, dont nous détaillerons en deuxième partie la composition et le fonctionnement, ont constitué le socle de la participation citoyenne locale, et ont permis à un plus grand nombre d’habitants de s’investir dans le projet. Les enjeux de la participation dans les projets de régénération urbaine Il est souvent difficile d’apprécier le rôle clef que doit jouer la participation publique de la société civile et des habitants dans les processus de régénération urbaine, et comment elle contribue à ce que nous appelons la « bonne gouvernance » des opérations de réhabilitation intégrée. Nous l’avons vu, la participation s’est imposée comme faisant partie intégrante du développement local, et constituant une des composantes indispensables des projets de territoire. En matière de conservation préventive du patrimoine local, la participation semble jouer un rôle fondamental, dans la mesure où l’objet d’intervention qu’est l’architecture traditionnelle renvoie au cadre de vie dans lequel évolue la population locale. On peut dès à présent détacher deux éléments justifiant l’impératif 52 de la participation dans les politiques locales de préservation du patrimoine de l’architecture traditionnelle. Les habitants comme les usagers des noyaux historiques sont les premiers concernés par la réhabilitation de leur quartier, mais ce sont aussi les acteurs du changement qui peut être opéré. C’est en s’impliquant dans la préservation, mais aussi l’entretien de son propre habitat comme des espaces publics que la population locale verra améliorer sa qualité de vie, dans une action coordonnée avec les institutions publiques. Du reste, l’architecture traditionnelle constitue un patrimoine culturel commun, dont les valeurs, éléments matériels ou immatériels qui le constituent doivent être débattus et reconnus en tant que « bien commun ». Le bien commun, en contraste avec l’intérêt général, cherche à relier les intérêts particuliers, et à « établir entre eux un accord qui les traverse. Il ne prétend pas les fusionner, les fondre dans une entité supérieure, mais trouver un point d’accord, un bénéfice pour chacun»(Donzelot). C’est dans la négociation et les débats organisés autour de la question du patrimoine culturel local que ce dernier est défini, dans une perspective propre à chacun des contextes d’intervention. Si les habitants des « centres historiques » sont au cœur des politiques publiques patrimoniales, acteurs et créateurs de leur cadre de vie, il est cependant nécessaire d’étendre les politiques participatives de régénération urbaine à un public plus large, intégrant l’ensemble des usagers de la ville : habitants d’autres quartiers travaillant ou venant faire leurs courses dans la médina, institutions concernées par la question patrimoniale… C’est donc l’ensemble de la société civile, et les habitants plus particulièrement, qui constituent les premiers destinataires des politiques mises en place en termes de conservation de l’architecture traditionnelle locale. 53 Le processus participatif, associé à un cadre de gouvernance solide, permet ainsi de « développer le potentiel, la capacité et le pouvoir d’agir des citoyens pour améliorer le lien social, la solidarité, la justice sociale, la capacité d’opérer des choix partagés dans l’intérêt collectif et de reconnaitre la valeur des « bien communs », du patrimoine territorial et des espaces publics » (Pascual i Ruiz et Dragojevic). Les expériences en matière de processus participatif ont révélé que plusieurs conditions doivent être requises afin de favoriser la performativité et la pérennité du dit processus. En matière de régénération urbaine, nous relèverons principalement deux prérequis sans lesquels le processus participatif peine à être mis en place et perdrait en efficacité : – Une volonté politique forte, où les décideurs sont prêts à élargir le cadre de décision, favorisant l’émergence de nouveaux espaces de participation et de démocratie à l’échelle locale. Les villes pilotes du projet Montada font partie de ces contextes urbains où préexistaient, si ce n’est la volonté politique, du moins une dynamique locale et un intérêt pour la mise en œuvre d’une politique volontariste, intégrée et participative de conservation préventive du patrimoine. – L’existence d’une « culture participative » commune constitue le terreau sur lequel se construit l’ensemble du processus de régénération urbaine intégrée. Pour faire émerger cette « culture participative », les différentes parties prenantes doivent avoir connaissance des problématiques débattues (cela renvoie à l’étape essentielle de l’information), mais aussi prendre conscience de l’impact que peut avoir leur propre engagement dans le processus (« à quoi ça sert ? », 54 Visites à Dellys et Sousse. La société civile et les habitants constituent les premiers destinataires des politiques de conservation de l’architecture traditionnelle locale. 55 « Qu’est-ce-que cela va changer ? »). L’expérience des débats et de la prise de décision collective, ainsi que la formation aux outils de participation constituent les éléments essentiels qui contribuent à forger cette culture participative. Le but est donc de stimuler la culture participative en mettant l’accent sur l’effort d’apprentissage, aussi bien des techniciens, des habitants, que de l’ensemble des agents sociaux afin de garantir à moyen et long terme un niveau optimum d’implication locale. C’est par la dynamisation d’un processus participatif que l’ensemble des acteurs locaux, associés à la population, s’approprieront l’architecture traditionnelle qui constitue leur environnement proche, et s’engageront dans une démarche de préservation et de valorisation de ce patrimoine culturel de manière durable. Ainsi, un processus participatif de qualité, porté par une gouvernance locale solide, permet d’affiner la correspondance des politiques mises en œuvre avec les nécessités de la population. Dans le domaine des politiques patrimoniales, il favorise l’approximation du patrimoine architectural et culturel à la population, et l’implication des citoyens dans les démarches de préservation du patrimoine, assurant une ample diffusion des actions mises en œuvre. Un processus participatif réel en matière de préservation et de valorisation du patrimoine culturel se base sur les principes structurants suivants : – Mettre en place un processus délibératif d’où émerge un consensus entre les différentes parties prenantes. Le projet partagé, ou la stratégie adoptée localement afin de promouvoir l’architecture traditionnelle dépend entièrement des attentes, volontés, de la détermination et des initiatives formulées par 56 la population locale et l’ensemble des acteurs engagés dans la démarche de valorisation du patrimoine local. – Favoriser la participation du plus grand nombre, et la diversité des points de vue exprimés dans le cadre du processus participatif. Ce principe renvoie à la diversité des intervenants soulignée dans le cadre de la gouvernance mise en place, mais également à la nécessaire diffusion à l’ensemble de la population locale (par le biais d’expositions, d’évènements, de publications etc…) – Mettre en œuvre une participation tangible tout au long du projet, du diagnostic à l’évaluation. – Le développement d’une culture participative étant un processus continu et progressif, il est fondamental d’ancrer ce type de démarche sur le long terme. – Définir et mettre en place des espaces de la participation citoyenne, ainsi que les outils permettant de favoriser l’implication de tous, tout au long du processus. – S’appuyer sur les valeurs locales, et la culture participative existante afin de construire une stratégie locale de participation adaptée. Le succès de ce type d’initiative dépend en majeure partie de la question des démarches et méthodes mises en place tout au long du processus. La méthodologie acquiert d’autant plus de sens lorsqu’elle est appliquée, comme c’est le cas avec le projet Montada, dans différentes villes et contextes urbains. La méthodologie commune, loin d’être un modèle d’intervention à reproduire, constitue le canevas de base à partir duquel chaque ville peut définir librement sa stratégie de préservation et valorisation du patrimoine conduisant à un développement urbain durable. Différents instruments et outils 57 peuvent être utilisés tout au long du projet afin de favoriser la participation en matière de politiques culturelles locales, mais également d’élaborer conjointement diagnostics et stratégies d’interventions sur les territoires concernés. 64 Disposition 1 : introduire les concepts clés de la participation Distribution de la salle en demi-cercle ouvert vers l’animateur et les instruments de projection. Cette disposition est utilisée pour : – L’introduction et la contextualisation des objectifs et de l’esprit de l’atelier – L’exposition ou le rappel des dimensions du projet – Les rapporteurs des activités de sous-groupes – Les mises en commun, les débats et les synthèses de chaque phase. – Les prises de décisions collectives Séance plénière 65 Disposition 2 : espace de réflexion et de proposition Distribution de la salle en petits groupes de 4 ou 5 personnes autour d’une table munie de nombreuses fiches auto-collantes (collables et décollables pour augmenter la créativité), de marqueurs de couleur et d’un tableau portable (en liège autocollant). Chaque personne du groupe exprime ainsi ses idées par écrit, les positionne différemment sur le tableau afin de pouvoir débattre des idées et propositions qui émergent. Le résultat de cette disposition, de type Métaplan, est particulièrement intéressant car les idées qui sont finalement choisies sont anonymes et permettent l’intégration de chacun des participants dans le débat, quelle que soit sa fonction, son Groupe de 4 - 5 personnes 66 statut ou ses connaissances. Seule la valeur des idées est prise en considération. A la fin du temps de proposition et du débat qui en résulte, chaque groupe choisit un représentant qui exposera les éléments structurants ressortis lors de cette étape au reste du groupe. Disposition 3 : Mise en commun et débat La troisième disposition consiste à créer des espaces de débat et de réflexion en groupes restreints d’environ 10 personnes permettant d’effectuer une première mise en commun des idées produites et amorcer l’étape du consensus. Groupe de 10 personnes 67 La cartographie culturelle, diagnostic participatif du territoire Qu’est-ce que la cartographie culturelle ? La cartographie culturelle fait partie intégrante d’une réflexion approfondie portant sur les nouvelles approches des politiques culturelles, qui a vu le jour dans le courant des années 2000, principalement en Australie, en Europe et au Canada. Il s’agit d’une méthode dite de « diagnostic »-bien que ce terme, nous le verrons, soit réducteur par rapport à la portée réelle de la cartographie culturellepermettant de mettre en place, de manière participative et intégrée, des stratégies de développement culturel local. La définition de Marcia Langton illustre la portée de la cartographie culturelle : « La cartographie culturelle se consacre à l’identification et à l’inventaire des ressources culturelles d’un territoire à des fins de développement social, économique et culturel. Grâce à la cartographie culturelle, les communautés et leurs groupes d’intérêts constitutifs peuvent faire l’inventaire de leurs pratiques et de leurs ressources culturelles ainsi que d’autres impondérables (tels que la valeur sociale et leur sentiment d’enracinement). Les expériences subjectives, les différentes valeurs sociales ainsi que les lectures et interprétations multiples peuvent être contenues dans des cartes culturelles mais aussi dans des « inventaires culturels », plus utilitaires. Les valeurs identifiées, d’enracinement et de culture, peuvent assurer le fondement d’une planification du tourisme culturel (des stratégies d’éco-tourismes), d’une planification 68 Ghardaïa. Algérie 69 architecturale thématique et du développement d’industries culturelles ». Par ailleurs, dans le cadre d’une refonte du cadre de décision en matière de développement culturel, la cartographie culturelle constitue un instrument essentiel à « la prise de décision participative et l’engagement actif de la communauté et des citoyens en tant que sujets et objets du processus de planification. La cartographie culturelle implique les citoyens dans la découverte ou la redécouverte de valeurs et de ressources liées à la politique culturelle et au développement» (Pascual i Ruiz, Dragojevic). La cartographie culturelle, processus d’identification, de systématisation, d’enregistrement et de revitalisation des biens culturels, constitue donc à la fois un instrument permettant d’identifier et inventorier les ressources, de stimuler l’implication des populations locales dans ce processus et leur appropriation des ressources culturelles locales, mais également une méthode permettant d’élaborer la planification de politiques culturelles à partir des ressources mises en évidence. L’apport de la cartographie culturelle dans les projets de régénération urbaine La connaissance du contexte d’intervention constitue une des conditions préalables à l’engagement d’une opération de régénération urbaine cohérente et de qualité. L’approche adoptée pour connaître le territoire doit être de type holistique, c’est-à-dire se baser sur l’élaboration d’un ensemble d’études multisectorielles, sur la connaissance des nécessités et 70 expectatives des habitants et usagers, ainsi que du cadre légal en vigueur. La cartographie culturelle est structurée selon trois principes : la prise en considération des débats locaux, la documentation du patrimoine existant, et la structuration de la connaissance du territoire, autant d’éléments recueillis et élaborés par les différents acteurs locaux. 1. Analyse préalable du contexte La démarche d’analyse préalable du contexte est principalement concentrée sur les aspects historiques et culturels afin de répondre aux besoins spécifiques du thème traité, à savoir la préservation et la valorisation de l’architecture traditionnelle. Elle permet de collecter les informations portant sur les caractéristiques du patrimoine culturel local, sur ses valeurs fondamentales, sur les agents qui sont actuellement impliqués dans sa sauvegarde et sa valorisation, mais également sur les actions qui sont menées pour sa préservation. Durant plusieurs mois, les forums locaux recueillent des informations sur les différentes dimensions du patrimoine local, portant sur les éléments suivants : – Manifestations culturelles et fêtes traditionnelles, – Recensement du patrimoine matériel et immatériel local, – Identification du contexte règlementaire existant, – Prise de contact avec les acteurs locaux et organismes œuvrant pour la promotion et la préservation du patrimoine culturel, – Elaboration ou recueil de diagnostic historico-morphologique existants, – Recensement des valeurs du territoire, – Recueil de témoignages vivants, 71 2. L’analyse AFOM L’analyse AFOM (Atouts – Faiblesses – Opportunités – Menaces), ou SWOT (Strengths – Weaknesses – Opportunities – Threats), est un outil d’analyse stratégique, particulièrement utilisé dans le domaine de la planification. Elaboré de manière conjointe par un groupe de participants (experts ou habitants), il est basé sur le jugement de ces derniers, et donc relève d’une dimension subjective et qualitative. Il s’agit donc d’un outil particulièrement adapté aux dynamiques participatives. L’analyse AFOM est utilisée comme outil structurant du diagnostic participatif établi par les forums locaux. Débattant sur le patrimoine local et l’architecture traditionnelle de leur ville, les participants sont ainsi amenés à exprimer ses forces et les faiblesses dans ce domaine, et à les combiner avec les opportunités et des menaces potentielles. POSITIF NÉGATIF INTERNE FORCES FAIBLESSES EXTERNE OPPORTUNITÉS MENACES ATOUTS FAIBLESSES OPPORTUNITÉS Utiliser les atouts pour profiter des opportunités Profiter des opportunités en surmontant les faiblesses MENACES Utiliser les atouts pour éviter les menaces Minimiser les faiblesses et éviter les menaces – Etude des atouts. Les forces sont les aspects positifs internes de la communauté et du contexte urbain, sur lesquels les habitants peuvent s’appuyer pour la valorisation du patrimoine local. – Etude des faiblesses. Par opposition aux forces, les faiblesses sont les aspects négatifs internes sur lesquels la communauté peut agir. Ce sont les domaines qui bénéficient de marges d’amélioration importantes. 72 Visite organisée par le forum de Sousse et membres du Forum de Salé. La cartographie culturelle constitue une étape importante dans la définition des stratégies de développement culturel local. 73 – Etude des opportunités. Les opportunités sont les possibilités extérieures positives, dont les populations locales peuvent tirer parti dans le cadre du développement du plan d’action, afin de préserver et valoriser l’architecture traditionnelle. – Etude des menaces. Les menaces sont les problèmes, obstacles ou limitations extérieures, qui ont un impact direct sur le patrimoine local et dont les populations doivent se protéger. L’analyse AFOM prend tout son sens lorsqu’elle est prolongée par une phase de hiérarchisation des informations recueillies permettant d’esquisser une stratégie d’intervention sur le patrimoine culturel local. Cette étape passe par le choix de certains thèmes étant reconnus comme prioritaires et permettant en même temps d’affronter les enjeux émergeant de l’analyse AFOM. 4 Le plan d’action, une grille commune de planification La réalisation du plan d’action constitue un temps important de planification faisant la transition entre le diagnostic partagé et la mise en place d’une stratégie d’intervention sur le patrimoine traditionnel local. Il définit, sur une période donnée, l’ensemble des activités qui seront réalisées, leur justification par rapport à la réalité du contexte local, et les modalités de leur mise en œuvre. Il s’agit ainsi d’un document synthétique de référence pour l’ensemble des acteurs, établi de manière 80 Marrakech. Maroc 81 3.1 Un cadre de référence méthodologique pour l’intervention intégrée sur le patrimoine Cette partie a pour objectif de restituer les apports de l’expérience menée dans les six villes pilotes du projet Montada. S’appuyant sur la spécificité de chacun des contextes (vitalité du tissus associatif, implication des professionnels locaux, préexistence d’initiatives en matière de valorisation du patrimoine culturel, instruments de protection internationaux et nationaux…), il s’agit à terme de préparer « le terrain social » des villes pilotes du projet Montada, pour que des plans et des projets futurs de régénération urbaine puissent être mis en œuvre en concertation et en coopération avec la société civile et l’ensemble de la population. C’est à partir de l’expérimentation locale, adaptant à chacun des contextes d’intervention un schéma méthodologique pré-établi en fonction de la préexistence (ou l’absence) d’une culture participative, et collaborant avec les membres d’une société civile constituée, qu’il a été possible de faire émerger les éléments structurants d’un processus participatif en matière de gestion et de valorisation du patrimoine traditionnel local. 82 Organisation et déroulement du processus participatif Le processus participatif du projet Montada s’est étendu sur trois ans, période qui a permis de créer le cadre d’une gouvernance locale, de faire émerger ou de consolider une culture participative, et de mettre en place une série d’actions en Conceptualisation et définiti o Cartographie culturelle Thématique prioritaire 1 Thématique prioritaire 2 Analyse préalable du contexte Analyse AFOM Forums Soutien technique et Ateliers de méthodol o 83 faveur du patrimoine culturel. Ce type de démarche gagnerait à être prolongé de manière durable, les temps de la participation, comme des projets de régénération urbaine étant extrêmement longs. La question de la pérennité de telles initiatives est essentielle, et constitue un des défis du projet Montada. Audelà du cadre restreint du projet, l’objectif est de parvenir à stimuler et promouvoir une culture participative qui s’installe durablement dans les territoires. Mise en oeuvre du plan d’action o n du projet d’activités Assistance technique Sensibilisation Formation Initiative culturelle urbaine Plan d’action Réalisation locaux méthodologique o gie participative 84 Le rôle des forums locaux Les forums locaux jouent un rôle central dans l’ensemble du processus participatif mis en place. Ils utilisent différents outils et dispositifs afin de parvenir à mettre en œuvre une participation de qualité favorisant l’expression de tous les participants, faisant émerger les idées, les contradictions et les convergences de points de vue. La prise de décision ainsi que l’élaboration des stratégies d’intervention se sont organisés au sein des forums locaux, établissant les prémices d’une gouvernance locale en matière de gestion du patrimoine. Les membres des forums locaux sont amenés à recueillir les informations permettant d’élaborer le diagnostic partagé du territoire (cartographie culturelle), à définir le projet stratégique (plan d’action), à participer à la mise en œuvre du projet (réalisation d’activités et mise en œuvre du plan d’action), ainsi qu’à son évaluation. Leur implication réelle tout au long du processus constitue une des conditions du bon fonctionnement su projet et de sa pérennité. Dans un premier temps, les Forums locaux organisent, dans le cadre de l’activité “Rencontres et débats”, des réunions périodiques ainsi qu’une série d’activités. Ces dernières, impliquant de manière plus large la population locale, ont pour finalité de sensibiliser la population aux questions de patrimoine local, mais aussi de faire naître le débat sur les enjeux de la préservation de l’architecture traditionnelle. A titre d’exemple, des visites de la ville en compagnie des autorités locales et des habitants, des activités pour les enfants ou des journées de débats ont été mises en place. Cette première étape permet également d’initier la cartographie culturelle en recueillant des informations qualitatives sur le patrimoine 85 local : définition des nécessités de la ville quant à son patrimoine, mise en évidence des activités de valorisation les plus remarquables, et inventaire qualitatif des éléments du patrimoine matériel et immatériel… Dans un second temps, les forums locaux offrent un cadre au débat participatif, à la formation, l’élaboration et la prise de décision quant aux enjeux du patrimoine local. Ils assurent enfin la mise en place et le suivi de chaque projet. Ainsi, grâce à l’élaboration collective de la cartographie culturelle, l’implication des différents acteurs est encouragée. Par ailleurs, le choix des deux thématiques prioritaires comme la définition des activités réalisées dans le cadre du plan d’action se faisant au sein des forums locaux, l’appropriation des différentes activités s’en voit favorisée, permettant d’assurer le succès et la qualité des activités lors de leur mise en œuvre. Par ailleurs, il est important de noter combien les forums locaux bénéficient d’une composition et d’une identité propres, qui reflètent les spécificités de chacun des contextes. De même, la régularité avec laquelle les forums se réunissent comme la qualité des débats menés varient en fonction de chacune des villes. En effet, les jeux d’acteurs et les particularités socioculturelles (rôle des structures étatiques, niveaux de libertés, implication des associations locales, cultures de la participation…) ont une forte influence sur la composition des Forums et la teneur de la dynamique participative. Cependant, la variété des acteurs impliqués dans les six villes concernées reflète la richesse de ce nouvel espace de la gouvernance locale en matière de gestion et de promotion du patrimoine culturel : autorités politiques (ministère de la culture, représentants de la préfecture, élus municipaux, 86 Le port de Salé et une rue de Kairouan. Le rôle des forums locaux passe de la reconnaissance des caractéristiques du territoire (cartographie culturelle), à la définition du projet stratégique (plan d’action). 87 responsables de la communauté urbaine), secteurs techniques de la ville (direction de la culture, de l’urbanisme, du tourisme, de la chambre de l’artisanat et des métiers…), professionnels de l’aménagement, du patrimoine et du bâtiment (architectes, inspecteur des monuments historiques, bureaux d’études privés…), secteur de la culture (organisateurs de festivals culturels, coordinateurs de ciné-club, écrivains…), de l’éducation et la recherche, commerçants, entrepreneurs, et bien évidemment les nombreuses associations de protection et de valorisation du patrimoine local. L’apport d’un soutien technique et méthodologique Les projets de coopération méditerranéenne s’appuient sur un échange d’expériences et de connaissance entre les différentes parties prenantes engagées dans ce type de démarche. L’apport méthodologique est un élément clé, il a été mené dans le projet Montada avec l’intervention des membres de l’équipe internationale d’experts méditerranéens (EIDEM). Les compétences de l’EIDEM recouvrent l’ensemble des disciplines touchant à la réhabilitation et à la restauration du patrimoine. Cette équipe, compétente dans les domaines techniques, scientifiques, culturels, de gestion et de promotion du patrimoine, a pour mission d’élaborer des outils pratiques, applicables sur le terrain et répondant aux besoins définis par les partenaires locaux. Elle se charge également de la diffusion de ces outils à l’échelle de la méditerranée. Cet appui méthodologique est essentiel pour promouvoir l’émergence d’une culture participative, et pour doter les structures locales d’instruments et d’outils de participation citoyenne. Par ailleurs, la définition d’un cadre méthodologique commun permet d’assurer la cohérence du projet à l’échelle 88 méditerranéenne, facilite les échanges et le partage d’expérience entre les différentes villes pilotes, et favorise son éventuelle transférabilité à terme dans d’autres contextes méditerranéens. Dans le projet Montada, ce soutien technique et méthodologique a été essentiel pour la mise en place des ateliers de méthodologie participative mais également lors de la mise en œuvre du plan d’action, grâce à l’intervention de différents experts méditerranéens aux activités de formation et d’assistance technique réalisées. Les étapes du processus La cartographie culturelle, un diagnostic partagé du contexte local On déplore souvent le manque de prise en compte des préexistences du contexte local dans la mise en place de projets de revitalisation urbaine. Le contexte politique, social et culturel des villes est en effet très divers et il est souvent difficile d’appliquer des solutions identiques dans différentes situations. Les spécificités de chaque ville, dévoilée lors de la cartographie culturelle, ont été le fil conducteur de l’ensemble du processus (vitalité des politiques culturelles, rôle de la société civile, expériences préalables en matière de préservation du patrimoine etc…). La cartographie culturelle, réalisée et coordonnée par les acteurs locaux-réunis au sein des forums locauxconstitue donc la première étape du processus. Elle vise d’une part à établir une base de connaissance commune du patrimoine traditionnel de la ville, à définir une analyse des enjeux locaux, et à formaliser des pistes d’approfondissement résultant des débats menés. A l’issue de cette étape de cartographie 89 Cartographie culturelle Forums locaux ǩ0DQLIHVWDWLRQVFXOWXUHOOHVHWI¬WHVWUDGLWLRQQHOOHV ǩ5HFHQVHPHQWGXSDWULPRLQHORFDO ǩ,GHQWLȌFDWLRQGXFRQWH[WHUªJOHPHQWDLUHH[LVWDQW ǩ3ULVHGHFRQWDFWDYHFOHVDFWHXUVORFDX[ ǩ'LDJQRVWLFKLVWRULFRPRUSKRORJLTXHH[LVWDQWV ǩ5HFHQVHPHQWGHVYDOHXUVGXWHUULWRLUH ǩ5HFXHLOGHW«PRLJQDJHVYLYDQWV Analyse préalable du contexte ǩ$WRXWV ǩ)DLEOHVVHV ǩ2SSRUWXQLW«V ǩ0HQDFHV Analyse AFOM Ateliers de méthodologie participative ǩ'\QDPLTXHVSDUWLFLSDWLYHV ǩ7HFKQLTXHVHWRXWLOVGHSDUWLFLSDWLRQ ǩ'LVSRVLWLRQVVSDWLDOHV 96 Reunion de citoyens de Sousse, et atelier de Ghardaïa. Les débats menés autour de la question du patrimoine local favorisent l’émergence d’autres formes de participation. 97 et Sousse). Pour les villes qui n’en sont pas encore dotées, l’élaboration collective et brève de l’analyse AFOM est réalisée, afin que les forums locaux puissent ensuite la terminer lors des séances suivantes (ce fut le cas de l’Algérie et du Maroc). Hiérarchiser et définir les priorités d’intervention Dans un second temps, l’objectif est d’aboutir à une décision partagée par tous sur le choix de deux thématiques prioritaires, issues des forums locaux, structurant les futures activités à développer dans le cadre du projet. Les discussions s’effectuent en groupes de 3 à 6 personnes et permettent de faire émerger des propositions d’actions concrètes ou d’activités qui pourraient être développées en lien avec les thématiques prioritaires. La constitution des groupes veille à respecter la diversité des fonctions, leurs compétences, genres etc… présents lors de l’atelier. Un groupe peut être ainsi constitué d’un architecte, un enseignant, d’un ingénieur et de membres de la société civile. Les propositions recueillies dans chaque groupe sont ensuite présentées par son représentant et mises en commun, puis synthétisées de manière collective. Définir le programme d’activités Cette 3ème phase permet d’entrer réellement dans la planification du projet, matérialisée par le plan d’action, cherchant à initier la mise en place du programme d’activités autour des 2 thèmes porteurs choisis, en développant les idées d’activités produites au sein des groupes. Ces activités correspondent aux 4 dimensions du projet : assistance technique, sensibilisation, formation et initiative culturelle urbaine. 98 Il s’agit d’une phase importante dans la dynamique participative, étant donné que les participants mettent leurs idées préalablement définies à l’épreuve d’une réalisation concrète et d’une faisabilité au sein du projet Montada. Cette étape permet de générer une prise de conscience collective quant aux contraintes de temps, de ressources humaines et matérielles disponibles…L’objectif étant de concevoir un programme d’activités ayant un impact majeur sur le développement de la ville, à travers l’implication et la participation de la population. Ainsi, les participants sont amenés à sélectionner les activités plus à même de favoriser l’implication des habitants dans la préservation de leur patrimoine local, en adéquation avec les objectifs du projet Montada et la volonté de toucher un nombre de bénéficiaires le plus large possible. Cette dernière phase est élaborée grâce à de grands tableaux muraux reprenant sous forme de matrice les différentes dimensions du programme. En composant collectivement le tableau, remplissant à l’aide de post-it les différentes cases, les participants obtiennent une vision globale d’un possible développement du programme d’action, cherchant à atteindre une cohérence et faisabilité de ce dernier. La démarche est organisée afin d’assurer que l’ensemble des participants puissent s’exprimer à travers une méthode structurée de participation. Après avoir recueilli l’opinion de chaque participant lors d’un travail en groupe, les idées sont recueillies et analysées, veillant à mettre en valeur l’enrichissement et les perspectives complémentaires durant le projet. Enfin, l’ensemble de ces idées sont matérialisées dans un programme cohérent et viable, défini de manière consensuelle et intégrant les défis du futur. 99 Les plans d’action font l’objet d’un approfondissement et d’une définition opérationnelle à l’issue des ateliers de formation pour la participation. En guise de conclusion, une brève synthèse des résultats obtenus visibles sur les panneaux et une réflexion sur l’évaluation de la journée, la satisfaction des participants et l’intérêt de la méthode participative pour le projet de chaque ville sont effectuées. L’élaboration des plans d’action Chacune des villes du projet Montada a réalisé un plan d’action définissant les conditions de mise en œuvre des différentes activités selon un schéma commun aux six villes. Outre les questions générales de temps, personnes impliquées, public ciblé, résultats attendus etc… les activités proposées dans les plans d’action de Montada ont été organisées selon quatre axes : – Activités d’assistance technique consistant en l’apport d’un appui technique afin d’engager la mise en œuvre locale de projets de réhabilitation intégrée. – Activités de sensibilisation, qui mettent en place une série d’initiatives visant à promouvoir l’identification et la reconnaissance commune des qualités patrimoniales de la ville, à travers expositions, débats, visites… – Activités de formation, consistant en conférences, séminaires ou autres activités de formation adressées au public cible qui 100 Visite de Sousse et réunion du forum de Ghardaïa. Les membres des forums locaux ont réalisé un plan d’action définissant les conditions de mise en œuvre des différentes activités. 101 a été défini préalablement entre les agents culturels et du tourisme, les artisans ou professionnels de la réhabilitation. – Initiative culturelle urbaine, qui correspond à une action destinée à l’appropriation du patrimoine par la population et à la valorisation de l’architecture traditionnelle et/ ou sa promotion pour les visiteurs et les touristes (fêtes thématiques, itinéraires, parcours patrimoniaux...). Au total, de nombreuses activités ont été avancées et réalisées dans chaque ville. La diversité des actions proposées permet de favoriser le caractère intégré du projet, et d’élargir au maximum l’éventail des problématiques et des publics touchés. A travers les plans d’action s’esquisse dans chacune des villes un projet local de préservation et de valorisation du patrimoine traditionnel structurant autour des thématiques prioritaires un cadre de d’intervention et de gestion du patrimoine local. Circonscrits par le cadre du projet Montada, les plans d’actions gagneraient à être intégrés dans un processus pérenne et durable de politique de préservation du patrimoine. 102 Salé. Maroc 103 3.2 Les expériences des villes pilotes Après avoir présenté le cadre méthodologique de travail ayant été défini durant le projet Montada, cette partie vise à rendre compte de la manière dont ce cadre méthodologique commun a été mis en œuvre dans chacune des six villes pilotes. A l’évidence, la spécificité de chacun des contextes d’intervention (culture participative, enjeux à affronter, particularité des ensembles urbains à sauvegarder, politiques préexistantes en matière de préservation du patrimoine…) conditionne la dynamique participative. Le contenu des plans d’actions varie lui aussi, ces derniers étant définis à partir d’une première phase de cartographie culturelle spécifique à chaque ville et organisés autour des deux thématiques prioritaires choisies par les forums locaux. Les acteurs impliqués varient également selon leur nombre, leur diversité, ou leur caractère mobilisateur. La qualité des débats, la richesse du contenu des plans d’actions et l’efficacité de mise en œuvre des activités sont autant d’éléments qui, nous allons le voir, constituent la richesse de ce projet visant à relocaliser l’action sur le patrimoine traditionnel. 104 105 Dellys Du passé florissant au délaissement, comment impulser une nouvelle dynamique de développement local ? Dellys est une ville côtière située sur un contrefort rocheux à l’extrême Est de la Wilaya de Boumerdès, à environ 100 km à l’Est d’Alger. Bien que rattachée administrativement à la wilaya de Boumerdès après 1984, la ville fait partie intégrante du territoire culturel Kabyle, et constitue son unique port. Elle a d’ailleurs longtemps attiré les kabyles provenant de l’intérieur des terres qui venaient y passer leurs vacances au bord de l’eau, pratiquant le sport nautique et autres loisirs. La commune compte aujourd’hui 29492 habitants, dont 19438 résident dans l’agglomération principale. Le noyau historique, prolongé par les urbanisations plus récentes, s’étire entre la montagne de Bouarbi et la mer, où les falaises du cap Bengut plongent dans la Méditerranée. Dellys a été fondée par les carthaginois, puis consolidée par les romains qui en firent une cité importante de la méditerranée, Rusuccurus. La Casbah de Dellys a un caractère original et unique dans la mesure où la sédimentation des différentes phases historiques d’occupation et de consolidation de la ville est clairement lisible : de la muraille romaine à la l’influence des constructions ottomanes, en passant par l’architecture coloniale française et les maisons traditionnelles berbères, le patrimoine bâti hérité reflète la richesse culturelle de ce territoire. C’est donc 112 La cartographie culturelle de Dellys Analyse préalable du contexte Restes phéniciens : vestige de mur, stèle carthaginoise, tombes puniques. Restes romains : anciens remparts romains, les citernes romaines de Sidi Soussan, les mosaïques. Le phare de Bengut. Le marabout de Sidi el Boukhari. Le port. Le lycée technique. Le siège de l’APC et sa placette. Le CEM Mohamed lounis. L’excinéma El’amel. Le jardin el’djnina. La zone des cimetières. Les 6 portes des remparts : des jardins, d’Assouaf, d’Alger, d’Isly, d’Austerlitz et de la Kabylie. L’hôtel le beau rivage. Les maisons de la Casbah en maçonnerie de pierre et leurs toitures en tuiles romaine rouge. La fabrication de l’osier (Patrimoine immatériel) Patrimoine matériel et immatériel Secteur sauvegardé, adopté en 2007, qui figure parmi les cinq premiers secteurs sauvegardés promulgués en Algérie (Décret n.07-276 du 18 septembre 2007). Identification du contexte règlementaire existant Manifestations culturelles et fêtes traditionnelles Dellys subit aujourd’hui une carence en offre d’activités culturelles, fêtes, foires et festivals. Le marché hebdomadaire, le souk, a été supprimé au cours des dernières années. Il s’agissait pourtant d’un moment d’échange économique et culturel essentiel entre la population locale et les communes voisines. L’écrivaine Yasmina ChaidSaoudi évoque l’époque des foires locales : « les habitants rapportent que depuis très longtemps des festivités se tenaient au printemps de chaque année. Ils appelaient cette fête annuelle «Erkab». Chaque printemps, la population assistait à l’arrivée de caravanes des musiciens et d’interprètes d’Alger, qui passaient des nuits entières à jouer des morceaux de musique arabo andalouse… » 113 APC (Assemblée populaire communale de Dellys) CFPA (Centre de formation professionnel et d’aprentissage) Association ASCA (Académie de société civile Algérienne) Association culturelle et scientifique des activités subaquatiques «DELFINE» Association des amis de la casbah Bureau d’architecture et d’urbanisme Associations sportives acteurs locaux 114 AFOM Dellys Dellys est un pôle potentiel de développement touristique et économique ( voir atouts) Ce n’est pas une grande ville mais Dellys dispose de nombreux atouts qui lui permettrait de se développer en fonction d’une politique bien planifiée, adaptée et organisée à sa mesure OPPORTUNITÉS A moyen terme, la ville bénéficiera du développement de l’aire métropolitaine d’Alger ( plan et budget prévu..) 2 ZET (zone d’expansion touristique) protégées et destinées à des opportunités touristiques, pourraient fonctionner grâce à des investisseurs et à une politique d’ouverture à un tourisme respectueux et durable Il existe une infrastructure qui permettrait une possibilité de développement des activités portuaires de tous types Le Matériel disponible de l’ancienne Ecole des Arts et Métiers pourrait être réutilisé, ainsi que (entre autres) les bâtiments abandonnés de la conserverie de poissons et les savoirfaire de tous types (artisanaux, conserverie de poisson etc..) EuroMed Heritage et en particulier Montada offrent des oportunités évidentes Mesures de sécurité ne permettant pas l’accès à la zone sont une menace capitale au développement local MENACES Manque d’une vision politique claire sur le développement touristique des ZET Risque de marginalisation de la ville par faute de développement économique Risque de dégradation plus grande du patrimoine existant et perte irrémédiable Muséisation de la Casbah et perte fonctionnelle et du patrimoine vivant Augmentation de la pauvreté et de l’exclusion La cartographie culturelle de Dellys Analyse AFOM* * Analyse AFOM réalisée en juin 2010 115 ATOUTS Patrimoine immateriel Les habitants sont fiers de leur ville Le goût pour la musique (à chaque maison il y avait un musicien). Fêtes musicales. La gastronomie : poisson, gâteaux Tcharek Sens de l’hospitalité Diversité linguistique Patrimoine materiel 1) Situation géographique stratégique A proximité d’Alger (100 kms) et fait partie de son aire métropolitaine A proximité de Tiziouzou et 150 kms de Bedjaia Fait partie du basin méditerranéen, ville maritime avec des accès important Première ville de la grande Kabylie 2) Environnement Le climat exceptionnellement doux en été Entre la mer et la montagne, forêt et fleuve de Oued Sebaou (lieu mythique) Protégé par des lois Géologie particulière : traces de volcanisme sous-marin (roches de basalte) Vues panoramiques Sources d’eau facilement exploitable 3) Economique Port de pêche, commercial, de plaisance et militaire Chantier naval, fabrication d’embarcation de pêche L’activité de pêche est exploitée à 100 % Ancienne conserverie désaffectée récemment avec potentiel humain en conserverie de poisson 4) Artisanat Savoir faire artisanal : vannerie (panier et chapeau), poterie, art culinaire (gâteaux de Dellys tressés en couronne, couscous au thon) 5) Architecture Casbah, vieille ville classée Secteur Sauvegardé Phares de Dellys Mur d’enceinte stratifié + liste patrimoine 6) Immatériel Habitants fiers de leur ville Renommée scientifique Sens de l’hospitalité, pacifisme de la population mettant à l’aire le visiteur Richesse linguistique Penchant de la ville pour le sport Festivals culturels du 4 au 9 juillet des proverbes et musique Un tissu associatif actif (association Delphine dans le Forum)et une habitude à la participation au niveau de l’école FAIBLESSES Restriction actuelle de l’accès au port (limitation militaire et digue flottante en construction, investissement difficile), port de plaisance non-utilisé Usine de conserverie fermée ZET blocage de la construction de ces zones depuis 1988, organisme de gestion centralisé Patrimoine architectural fortement dégradé ou abandonné, en parti à cause du tremblement de terre par les autorités ou propriétaires Manque de reconnaissance par la population de la valeur de leur patrimoine Pas d’expériences en réhabilitation intégrée Manque d’implication des acteurs politiques, citoyens et propriétaires dans la réhabilitation Manque de savoir faire technique dans le domaine du bâti traditionnel Peu ou pas de disponibilité de matériaux de construction traditionnelle (briques, tuiles de terre cuite, carrières de pierre et de chaux, menuiserie traditionnelle Manque de motivation et septicisme quant à la capacité du projet à apporter un quelconque changement à la situation actuelle Manque d’expérience dans ce type de projet 116 117 Plan d’action de Dellys Les thématiques prioritaires mises en évidence par le forum local renvoient à deux éléments structurants du paysage urbain historique de Dellys : la maison traditionnelle, et la pêche et la mer. Il s’agit à l’évidence de deux thèmes ayant joué un rôle important dans la construction identitaire de la ville : l’architecture traditionnelle de la Casbah reflétant à la fois l’héritage historique de la formation de la ville et le savoirfaire constructif local, tandis-que la mer et la pêche font partie intégrante du cadre naturel et des activités quotidiennes de la population locale. Il s’agit de deux thèmes ayant une valeur symbolique, patrimoniale, mais également constituant de réels leviers d’un développement économique local (métiers d’artisanat local, de la construction, de la pêche, du tourisme etc…). Bâti de la ville ancienne 118 119 La maison traditionnelle Les maisons traditionnelles de la ville historique de Dellys sont situées sur le flanc Est/ Sud-Est d’un bas promontoire qui constitue la chute de la ligne de crête continue. Ce mode d’occupation renvoie aux modes d’occupation que l’on retrouve dans les territoires maghrébins. La maison traditionnelle de la casbah de Dellys est de type à cour, appelée également « maison à patio», une typologie répandue dans l’espace méditerranéen. C’est une maison semi urbaine à deux niveaux, construite avec des matériaux locaux comme la pierre taillée équarrie pour les murs et la tuile canal en terre cuite pour la toiture. On accède à la maison par une chicane (appelé localement Skifa) qui donne sur la cour ou le west e-ddar appelé aussi el-houch ; c’est l’espace le plus fréquenté de la maison, lieu de socialisation et de convivialité ; la cour est entourée d’une galerie à arcades ; on y trouve un puits et un ou plusieurs escaliers en pierre qui desservent l’étage supérieure. Le jardin, connu localement sous le nom de Ryadh est aussi un élément très important de la maison traditionnelle Dellysienne ; on y plante des arbres fruitiers des fruits et légumes et aussi beaucoup de fleurs ; citronnier, oranger, figuier, néflier, grenadier, pied de vigne sont les arbres emblématiques des jardins Dellysiens. L’ensemble de ces maisons forme un ensemble urbain compact organisé selon un maillage de rues et ruelles sinueuses, pavées de pierre. 120 121 La mer Dellys est une ville côtière méditerranéenne dont le développement a été tourné vers la mer depuis l’installation des phéniciens jusqu’à aujourd’hui. L’aménagement du port est à ce titre un des éléments importants du paysage urbain historique de Dellys. Durant la période turque au XIXième siècle furent construits les débarcadères en bois situés à l’Est qui seront remplacés sous l’époque coloniale par un port en dur. La construction de la jetée avec agrandissement du port, bien protégé des vents d’Ouest et du Nord-ouest, destiné au petit cabotage mais aussi au sport nautique, ainsi qu’une ligne ferroviaire allant jusqu’au port de Dellys, ont permis un développement des activités liées à la mer. De plus, une des activités principales de la ville a longtemps été la pêche, beaucoup de dellyssiens étant marins ou fellahs. Recueil de témoignages vivants Le blé de la mer Chaque jour dès l’aube et parfois en pleine nuit, dans le froid et la pluie, comme en période de canicule, des enfants, souvent très jeunes, viennent au port attendre le retour des sardiniers, resquillant, malgré les sentinelles, policiers et militaires, pour ramasser quelques sardines à revendre en ville. Il s’agit d’une vieille tradition caritative devenue moyen de subsistance, par la force des choses et les difficultés de plus en plus grandes éprouvées par les gens à subvenir aux besoins élémentaires de la vie. Désormais des enfants, au même titre que les adultes, essaient de gagner de l’argent, en se rendant au port, été comme hiver, dès l’aube ou en pleine nuit, afin de glaner les sardines tombées sur le pont des sardiniers, abîmées souvent, mais pas toujours. Une vieille tradition de Dellys, oblige les capitaines des sardiniers à ne pas s’opposer à tous les enfants, adolescents ou même des hommes, qui viennent 128 129 La dynamique participative Malgré la fragmentation du territoire en plusieurs communes, le processus participatif mis en place dans le cadre du projet Montada a révélé la pré-existence d’une réelle culture de la participation de la part de la société civile comme des habitants de la vallée. A l’image de l’unité morphologique et naturelle du système urbain de la vallée, l’ensemble de la population est fédérée autour d’un paysage urbain historique commun. A titre d’exemple, les ateliers de méthodologie participative ont réuni plus de 80 personnes provenant des différentes communes de la vallée. La question patrimoniale semble être devenu un des éléments fédérateur des réflexions sur le territoire et parvient à mobiliser une frange importante de la population, affiliées ou non à des associations locales, de différentes générations et groupes sociaux, et de genre différents (bien qu’on note, comme dans la plupart des expériences pilotes du projet Montada, une participation des femmes encore fébrile). La culture participative et la réactivité du contexte social local à la méthodologie proposée par le projet Montada est due à deux principaux éléments. D’une part, la cohésion et la forte organisation sociale sont caractéristiques de la communauté locale, héritées de l’histoire de ce territoire ; en témoigne la persistance de certaines instances telles que le Laoumna N’Ouamane, conseil d’experts notables garants des traditions et techniques traditionnelles en matière de système d’irrigation. D’autre part, le travail en matière d’information et de sensibilisation à l’environnement et au patrimoine local constitue un des axes de travail mené depuis plusieurs dizaines d’années par l’OPVM, et a contribué à forger un terrain propice à la participation. 130 Malgré le travail effectué par les structures locales, dont le rôle clé de l’OPVM est non négligeable, l’analyse AFOM réalisée a permis de mettre en évidence les menaces pesant sur le contexte mozabite, telles que la disparition progressive des techniques traditionnelles de construction, la méconnaissance des spécificités géographiques et naturelles du M’Zab, la dégradation des palmeraies… Il est intéressant de relever les enjeux spécifiques au contexte mozabite dans le cadre du projet Montada, et d’une politique de préservation et de valorisation du patrimoine de manière plus générale : La gouvernance locale, condition de la réussite d’une politique de gestion et de promotion du patrimoine mozabite De par la spécificité du territoire mozabite et de sa composition administrative, mais également du fait des différents instruments de protection, préservation et valorisation du patrimoine mis en œuvre sur la vallée (classement au titre de patrimoine national, secteur sauvegardé et plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur, budgets spécifiques alloués à la rénovation des habitats traditionnels etc…), la question de la gouvernance locale est un enjeu central. Le processus participatif du projet Montada a à ce titre permis de mettre en évidence le décalage existant entre les politiques nationales, les acteurs locaux engagés sur les questions patrimoniales, et la population. La gouvernance mise en place dans le forum local du projet Montada, ainsi que les activités de sensibilisation ayant favorisé la participation d’un public diversifié vont dans le sens de la mise en place d’une gestion intégrée et d’une gouvernance locale mozabite. 131 Parvenir à allier préservation du patrimoine et développement local Les politiques de protection du patrimoine dans la vallée du M’Zab sont parfois considérées comme une entrave au développement économique local, du fait de leur caractère restrictif (secteur sauvegardé, recommandations techniques concernant la morphologie urbaine et la typologie des constructions…). Certains participants ont ainsi déploré l’absence d’activités économiques générées par la préservation du patrimoine, ou émis des doutes quant aux raisons de la conservation du patrimoine. Paradoxalement, le « tourisme culturel » récemment initié avec l’aménagement de villas situées dans les palmeraies, bien que constituant une activité économique liée au patrimoine local, contribue en partie à altérer l’équilibre de l’écosystème oasien. L’équilibre entre protection du patrimoine et développement local demeure l’un des principaux défis de la vallée du M’Zab. Diffuser et partager l’expérience de la vallée du M’Zab La politique en matière de protection du patrimoine local dans la vallée du M’Zab a été forgée pendant plus de 40 ans et est mise en œuvre sur un territoire important et complexe (le secteur sauvegardé est le plus grand d’Algérie), alliant les enjeux du cadre naturel comme du cadre bâti, et favorisant l’implication de la société civile. Le caractère volontariste de l’expérience mozabite gagnerait à être partagé dans d’autres contextes méditerranéens. 132 La cartographie culturelle de Ghardaïa Analyse préalable du contexte Le ksar d’El-Atteuf : Deux mosquées et leur minaret. Le Ksar Ghardaïa : Mosquée et l’ancien souk «Rahba». Le Ksar Bounoura en ruine : Mosquée, mausolée et fortifications avec le front des maisons remparts. Le Ksar Ben-Isguen : Mur d’enceinte bordé de tours de guets, 2 portes principales Bab Chergui et Bab Gherbi, et les 3 autres portillons. Le Ksar Mélika. Patrimoine matériel Les fours traditionnels pour la cuisson de la chaux. Les vastes étendues de palmeraies avec une culture à trois étages, montrant l’équilibre entre l’environnement naturel et le patrimoine bâti. La production d’un artisanat riche et varié couvrant les besoins de la vie quotidienne et développé au cours des siècles La mise au point d’un système ingénieux de captage, de stockage et de distribution des rares ressources hydriques De nombreux manuscrits et ouvrages concernant les différents aspects de la société et législation Ibadite Les Seguias (rigoles) La fabrication de la poterie locale Laoumna N’Ouamane (Conseil d’experts notables) et les lois traditionnelles servant à gérer le système hydraulique. Patrimoine immatériel Manifestations culturelles et fêtes traditionnelles Nouvel an Amazigh «YENNER» Le 07 Janvier: célébré chaque année par la préparation d’un met sucré dénommée ‘’ Rfiss’’. Visites des mausolées funéraires et les saints. Visites des mausolées funéraires et les saints. Mois du patrimoine, entre le 18 avril et le 18 mai dans tout le Magreb : Plusieurs activités de sensibilisation sur le patrimoine et visites de sites historiques sont organisées pour les publics scolaires. El-Mouloud : La naissance du prophète « Mohamed «: Cette fête très prisée dans la région est célébrée en présence des habitants de la région par .des chants religieux des visites familiales. La collecte des dattes : Cette fête est célébrée à travers l’ensemble des palmeraies et jardins de la région ou il existe plus de 70 variétés de dattes dont «outakbala, timdjouhart, deglet nour»,…etc. Le déplacement vers les résidences d›été, en juin : Les habitants des ksour effectuent le déplacement vers les résidences d’été se trouvant dans les palmeraies. Des campagnes de nettoiement des palmeraies sont effectuées à cette occasion sous l’autorité des ‘’ Oumanas El sil ‘’. Mariage collectif : La région de Ghardaïa est célèbre par l’organisation des mariages collectifs en signe de solidarité, et d›entraide sociale. Achoura : Une fête religieuse célébrée au mois de Mouharem de chaque année lunaire. Mouassim El Hadj : Est également célèbre à Ghardaïa à l›occasion du départ et retour des pèlerins des lieux saint de l’islam. 133 1971, la vallée du M’Zab est classée au titre de « patrimoine national » par l’Etat algérien 1982, la vallée du M’Zab est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO 2005, le secteur sauvegardé de la vallée du M’Zab est promulgué. Le Plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur est en cours d’aprobation. Prise de contact avec les acteurs locaux et organismes œuvrant pour la promotion et la préservation du patrimoine culturel Identification du contexte règlementaire existant Le mouvement associatif Association Pour L’hygiène, Santé Et Protection de L’environnement, Ghardaïa. Association «Le Corbusier et le M’Zab» Fondation du millénaire d’El-Atteuf Fondation Ghardaïa Association de protection du patrimoine, Ghardaïa Association des amis du M’Zab Association Tadjninte, El-Atteuf. Association d’orientation touristique, Ghardaïa Association d’orientation touristique, Ben-isguen. Office de protection et de promotion de la vallée du M’Zab (relevant du ministère de la culture) Direction de l’urbanisme et de construction Direction de logement et des équipements publics Direction de la culture Direction du tourisme Direction de l’éducation Direction de la formation professionnelle Direction de l’artisanat et le PMI et PME Direction de l’environnement Commissariat des forets Communes : Ghardaïa, Bounoura, El Atteuf et Daya Bendahoua. Laoumna N’Ouamane (les experts en hydraulique) Les structures administratives 134 AFOM Ghardaïa Doutes sur les raisons de conserver le patrimoine MENACES Absences d’activités économiques générées par la preservation du patrimoine Produïts artisanaux figés ( non adaptés aux necessités actuelles: leur donner un caractère fonctionnelinnoverles revaloriser pour la société locale-marché interieur) La population ne veut pas de tourisme. Quel type de tourisme serait accéptéBalnéaire, culturel Politique d’ etatpeu de valorisation populaire Manque de coordination entre l’Etat et les services du patrimoine ( c’est le dernier souci de l’ Etat. Inconscience des citoyens : rupture entre les acteurs du patrimoine et la population ( isolement) *** Perte de valeur comerciale du patrimoine Reglements deprotections clairs mais contradictions dans la pratiques Effets négatifs de l’héritage sur le patrimoine Patrimoine immateriel no repertorié ( chants traditions proverbes.....faire recueil de proverbes anciens) *** Dictionnaire linguistique mozabite non publié Problème de gestion du bassin d’irrigation: augmentation de la population urbaine , necessité de plus de nappe??? Phréatique. Constructions menacent la palmeraie Déséquilibre dans l’aménagement de l’espace. (habitat, agricole, pastoral, sacré , d’échanges) Utilisation de matériaux non locaux Introduction de styles architecturaux différents (non traditionnels) Dégradation de la variété d’espèces de palmiers Manque de vision globale de l’administration et des administrés Techniques de construction traditionnelle en voie de disparition Jeunes : changement de mentalités à travers la vision satellites TV *** Imitations architecturales ne respectant pas le local Menaces de désertification et de crues Manque de politiques de restauration de maisons individuelles et manque d’application des lois. Gestion et traitement des déchets *** Augment taux de maladies dues à des problèmes environnemental Valoriser vivre dans une maison traditionnelle (ils enlèvent les palmiers ) *** Baisse de la culture environnementale Méconnaissance des spécificités géographiques et naturelles du M’zab La cartographie culturelle de Ghardaïa Analyse AFOM* * Analyse AFOM réalisée en juin 2010 135 ATOUTS Savoirs-faire ancestraux en architecture et en ingénierie hydraulique Patrimoine vivant qui s’inscrit dans la durée, ksar et palmeraie, classé mondialement et nationalement Prise en charge par l’Etat Population habituée à s’impliquer dans le vie sociale et prendre des initiatives de collaboration et solidarité Société structurée et organisée Ecosystème oasien Microclimat Richesse naturelle Pierre, chaux et plâtre Faune, flore, lacs et bains thermaux Dynamique économique et commerciale Urbanisme contemporain adapté aux valeurs ancestrales, ville d’été, ville d’hivers Mouvement associatif actif Esprit communautaire Manuscrit de textes anciens fondamentaux Institutions bienveillantes Zone industrielle Expérience ancestrale en gestion du patrimoine et espaces urbains Professionnels (artisans et maîtres artisans) de la construction traditionnelle Espaces Publics : Equipements : Le Marché Mosquées, cimetières. Mausolées, monuments Captage, stockage, et partage des eaux Eaux thermales Traditions culturelles : Chant, Musique et poésie Tapisserie renommée mondialement Diversité culturelle : coexistence de diverses Ethnies. Respect à la diversité. SOUKMarché lieu de rencontre de différentes cultures à l’extérieur de la ville Tissage Association de sauvegarde des eaux Sensibilisation et information contre la pollution et autres habitudes ( promue para la morale religieuse) Gravures rupestres Volontariat (nettoyage de la palmeraie para les écoles) FAIBLESSES Devalorisation du patrimoine ( action possible: argumentaire pour le conserver) Artisanat peu rentable Manque d’artisanat qualifié Marché de l’artisanat défaillant Pas d’ école spécialisée dans les métiers anciens Réalité économique plus importante que la conservation du patrimoine Turisme infra utilisé: cuivre, tapis, poterie Pa sde logement touristique pour la populationmqui veut vivre du tourisme Il n’y a pas de Sculpteurs sur bois de palmiers pour faire des objets – portes et portails 136 137 Plan d’action de Ghardaïa Le choix de la première thématique, les systèmes oasiens (ksour, palmeraie et eau), prend en considération le système oasien comme un tout dont les parties sont indissociables, permettant d’aborder de manière intégrée les procédés d’irrigation, la construction en terre, les activités d’entretien (la Touiza), et les caractéristiques de l’écosystème oasien. La seconde thématique, davantage restreinte mais au potentiel important, porte sur les matériaux de construction. 500 m ksars palmeraies urbanisation de la vallée 144 145 de gestion urbaine et de débat a permis, modestement, d’accompagner les profondes transformations qui touchent actuellement le territoire tunisien. Dans ce contexte, l’enjeu pour la ville de Sousse est actuellement de parvenir à redéfinir une stratégie de développement local, plaçant la question du patrimoine au cœur des enjeux et non comme outil d’un développement touristique de masse, et mettant en place de nouveaux modes de gouvernance locale pour la gestion de ce patrimoine. La dynamique participative La dynamique participative qui a pris place dans la ville de Sousse peut être définie en deux grandes phases, qui sont la phase effectuée avant la révolution, et celle qui a permis d’achever le projet, à l’issue de la révolution. L’analyse AFOM ainsi que les premières réunions du forum se sont déroulées dans un contexte pré-révolution, avec la participation de nombreux acteurs institutionnels, acteurs de la vie culturelle locale etc… Au lendemain de la révolution, après une période confuse, les jeux d’acteurs s’en sont vu altérés, la composition du forum a été modifiée en partie tandis que les axes prioritaires d’intervention du projet, établis auparavant, ont été redéfinis et ajustés à la nouvelle réalité locale. Il a été nécessaire de reformuler le plan d’action et de l’adapter aux nouveaux enjeux ainsi qu’aux possibilités de mise en œuvre dans un contexte fragile et en transformation. Le questionnement central, que l’on retrouve dans les choix qui ont été faits à Kairouan également, a été de revenir aux fondamentaux et de questionner le rôle que joue le patrimoine dans le développement local post-révolution. A titre d’exemple, 146 les journées de sensibilisation à la réhabilitation de la médina ont été substituées par l’organisation de journées nationales de débat sur le thème du patrimoine et du tourisme, favorisant l’implication des habitants et posant les bases d’un réel débat portant sur les perspectives de développement local. Il est intéressant de souligner deux problématiques transversales qui ont émergé dès l’analyse AFOM et qu’il est aujourd’hui nécessaire d’affronter : Impulser un tourisme culturel durable Au lendemain de la révolution tunisienne, la ville de Sousse a connu une baisse importante de la fréquentation touristique (baisse de 70% du chiffre d’affaire des activités touristiques à Sousse en 2011). Le tourisme constitue une ressource essentielle pour la dynamique économique locale, il est donc nécessaire de questionner son rôle dans une perspective de développement local durable. A l’évidence, le modèle de construction d’hôtels de luxe sur le littoral, consommateurs de sol et de ressources naturelles importantes, comme le tourisme de masse déferlant dans la médina, associé à une consommation de produits souvent détachés de la production locale, obligent à repenser le modèle touristique qui a fondé le développement économique de Sousse. De nouveaux enjeux sont amenés à émerger tels que la relocalisation du tourisme culturel à travers la production de l’artisanat, la formation des jeunes aux métiers de l’architecture traditionnelle etc… 147 Vers une politique de gestion du patrimoine urbain basée sur un Etat de droit Dès l’analyse AFOM, de nombreux dysfonctionnements ont été soulignés concernant le mode de gestion du patrimoine urbain de Sousse, et de manière plus générale l’environnement et l’urbanisme. Le non-respect des règles d’urbanisme et de construction, l’attribution abusive de permis de construire, le dysfonctionnement des systèmes de ramassage des déchets dans le centre ancien… sont autant d’éléments qui ont émergé lors des débats. Ils renvoient à un problème de fond concernant les modalités de gestion de l’espace urbain et l’inexistence d’instrument permettant de mettre en place une réelle politique de gestion patrimoniale intégrée. 148 La cartographie culturelle de Sousse Analyse préalable du contexte Les ribats (forteresses monastères) Les remparts Les installations hydrauliques La citerne d’al Ramlat La Mosquée Bou Ftata La Grande Mosquée La Mosquée de de Qubbat Bin Qhaoui La Mosquée Sidi Ali Ammar. Ancienne frise épigraphique décorant la cour d’une mosquée La Mosquée Qasbah La mosquée al-Akhwat La tour de khalaf La Qoubba Bin El-Qhaoui Patrimoine matériel Le tissage d’étoffes L’aménagement de la sofra La pêche au thon. La confection et le commerce de la laine, des poteries, des souliers et des étoffes La tradition médinoise des salles hypostyles couvertes de plafonds en bois. L’écriture coufique du porche du Ribât manchicoulis Patrimoine immatériel Manifestations culturelles et fêtes traditionnelles Le Festival d’Aoussou, fête de la mer Le festival international de Sousse Le festival des créatrices arabes Le festival international du film pour l’enfance et la jeunesse FIFEJ Les nuits des solistes Le printemps de Sousse 149 La Mairie de Sousse L’association de sauvegarde de la médina La Société archéologique de Sousse L’institut National du Patrimoine L’agence nationale de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle L’agence de réhabilitation et de rénovation urbaine L’office national de Tourisme Le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la technologie Le Ministère de l’environnement et du développement durable. L’agence nationale de protection du littoral L’office national de l’artisanat tunisien L’institut supérieur de Musique L’institut supérieur des Beaux-arts L’association de recherche et d’études sur la mémoire de Sousse La délégation régionale de l’Enseignement L’agence Tunisienne de la formation Professionnelle La Fédération ré régionale des Hôteliers et le syndicat d’initiatives La délégation régionale de la culture et de la sauvegarde du patrimoine Le Comité culturel régional L’association des Amis du livre Création de nouvelles associations (promotion de l’artisanat….) Prise de contact avec les acteurs locaux et organismes œuvrant pour la promotion et la préservation du patrimoine culturel 150 La cartographie culturelle de Sousse Analyse AFOM* AFOM Sousse Aménagement d’itinéraires et de circuits mettant en valeur le patrimoine monumental et architectural. OPPORTUNITÉS Campagnes de sensibilisation en direction des habitants et notamment des jeunes scolaires. Mise en œuvre de vastes opérations de réhabilitation du patrimoine bâti. Organisation de journées « Médina ouverte » pour faire découvrir aux plus jeunes les richesses insoupçonnées du site. Création de clubs et d’ateliers d’initiation au patrimoine et aux techniques de restauration. Protection et sauvegarde des activités traditionnelles menacées de disparition. Possibilité de proposer de nouvelles offres touristiques. Préserver les lieux de mémoire et les repères identitaires des quartiers. Animation culturelle des monuments historiques et des espaces disponibles à l’occasion des fêtes nationales et religieuses, et des festivals locaux. Elaboration d’études pluridisciplinaires et organisation et de rencontres sur le patrimoine. Exploiter à fond le mois du patrimoine pour initier et multiplier les manifestations de sensibilisation. Larges horizons pour le développement de la coopération internationale pour la promotion et la protection du patrimoine. Dégradation irrémédiable du patrimoine bâti et de l’environnement. MENACES Hypertrophie asphyxiante du secteur commercial et notamment des activités liées au tourisme. Recul de la fonction résidentielle sans cesse rognée par l’extension irréversible des commerces et des services. Quasi disparition de l’artisanat traditionnel local de plus en plus concurrencé par des produits de pacotille importés d’Asie. Risque de flambée des prix de l’immobilier au détriment des habitants les plus démunis. Pesanteurs administratives et bureaucratiques susceptibles d’entraver les opérations de sauvegarde et de réhabilitation. Accumulation des problèmes et des écueils et découragement des intervenants et des bonnes volontés. Complaisance et laxisme des décideurs en matière d’autorisations de bâtir sur le site. * Analyse AFOM réalisée en mars 2010 151 ATOUTS Patrimoine monumental impressionnant, bien conservé et mondialement connu. Site classé par l’UNESCO patrimoine mondial. Pôle touristique incontournable (+ d’1 million de visiteurs par an) 3 associations culturelles locales et 2 organismes publics pour faire connaître ce riche patrimoine, le sauvegarder, et le mettre en valeur. Site objet de plusieurs études et expertises nationales et internationales. Ville membre de plusieurs réseaux œuvrant pour la réhabilitation du patrimoine architectural. Pôle universitaire et économique de premier plan. Nombreux festivals et fêtes religieuses à longueur d’année. FAIBLESSES Dégradation du bâti avec de nombreux immeubles menaçant ruine. Population de souche rurale plutôt démunie et indifférente, par ignorance, au patrimoine culturel et architectural. Insuffisance des équipements collectifs. Métiers traditionnels en voie d’extinction. Un secteur commercial ciblant le touriste de plus en plus envahissant. Absence d’immatriculation foncière + problèmes nés de l’indivision de la propriété. Manque flagrant de coordination entre les divers intervenants sur le site. Absence d’un véritable plan de sauvegarde de la médina et d’1 cahier de charges fixant les règle en matière d’urbanisme et de réhabilitation. Manque de personnel qualifié dans le domaine de la restauration et de la réhabilitation. Laxisme des pouvoirs publics à l’égard des dépassements et abus de toutes sortes. Commerces source de pollutions de toutes sortes : sonores, visuelles … Circulation automobile non maîtrisée. Accueil des touristes et signalisation laissent à désirer. 152 153 Plan d’action de Sousse Les deux thématiques prioritaires choisies renvoient à des problématiques importantes de la ville de Sousse. Il Tissus urbain de la médina Remparts Urbanisation de la ville 100 m s’agit d’une part de la nécessité de réhabiliter la fonction résidentielle de la Médina, revaloriser l’image de la vieille ville et redéfinir son rôle dans l’agglomération. La seconde thématique porte sur la revalorisation de l’artisanat traditionnel, mis à mal par les produits d’importation détachés des techniques de production locales. Les métiers traditionnels tels que la menuiserie, la ferronnerie d’art, la fabrication de couvertures en laine sont actuellement délaissés et la transmission des savoirs artisanaux est en train de disparaître.