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La reduction des risques au Portugal: évolution et analyse critique

José Luís Fernandes

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La réduction des risques au Portugal : ÉVOLUTION ET ANALYSE CRITIQUE lundi 7 avril 2008, par webmaster Extrait de sa communication lors de la 4è Conférence latine de réduction des risques, Luis Fernandes, professeur de psychologie à l’université de Porto(1), propose un regard critique sur l’évolution de la politique de réduction des risques au Portugal. La réduction des risques, « élément perturbateur » de la norme établie C’est en s’appuyant sur deux piliers, juridico-légal et médicopsychologique, que les pays occidentaux ont figé les dispositifs de « lutte contre la drogue » vers l’idéal d’une « société sans drogues ». Dans ce cadre, les dispositifs ont été orientés vers la réduction de l’offre de drogue (répression) et la réduction de la demande (prévention et traitement). La drogue s’est chargée de désamorcer petit à petit cette stratégie : les situations de dépendance grave mettent en évidence la faillite des systèmes d’autocontrôle (le drame du junkie), l’inefficacité de la réduction de l’offre et de la demande de drogue révèle, à son tour, la faillite des hétéro contrôles* (comme le démontrent le drame du modèle de l’abstinence et de la crise des prisons). L’échec des stratégies de réduction de l’offre et de la demande, associé à la crise sanitaire déclenchée par l’épidémie de sida, a ouvert la voie à une nouvelle stratégie : « la réduction des risques ». La mégalomanie de la « guerre à la drogue » a donné naissance au réalisme d’une stratégie de « vivre avec » les consommateurs de substances psychoactives dans une société où les drogues sont devenues un fait social - voici les changements stratégiques et conceptuels qu’impliquent les politiques de réduction des risques L’institutionnalisation de la réduction des risques Dans le discours officiel, l’ouverture à la réduction des risques a été possible en raison de l’urgence à contenir l’épidémie de sida. Les arguments de santé publique et de l’accès au traitement ont permis de minimiser les critiques que pourraient soulever certains programmes de réduction des risques. Le meilleur exemple actuel est celui des salles de consommation (les discussions à propos de l’installation de la première salle de consommation au Portugal remontent déjà à 2 ans), grâce auxquelles on assiste à une nette institutionnalisation des politiques de Page 1 of 3La réduction des risques au Portugal : - asso-ego.org 05-01-2009http://www.asso-e g o.or g /spip.php?article57 réduction des risques au Portugal. Examinons les étapes qui ont marqué cette trajectoire : Les fondements juridico-légaux : en 2001 a été promulguée une loi qui dépénalise autant la consommation que la possession de substances ; ce qui étaye les différentes mesures de réduction des risques. La légitimité des pratiques : les politiques de réduction des risques sont de plus en plus tenues pour légitimes, tant par les programmes officiels que par l’opinion publique, grâce à la formation des professionnels et à l’évaluation des programmes mis en place. C’est en 2007 qu’ont démarré des actions de formation professionnelle. Elles sont organisées tant à l’Université qu’à l’IDT (Institut des Drogues et de la Toxico-dépendance, organisme public portugais, responsable des politiques « drogues »). Cet Institut est responsable de la diffusion des résultats d’évaluations des différentes interventions qui démontrent la grande utilité et l’excellent rapport coûts/bénéfices des politiques de réduction des risques. Désormais, l’utilité et la nécessité des politiques de réduction des risques ne posent plus question quant au travail réalisé par les équipes de rue et aux programmes d’échange de seringues. Bien au contraire on assiste à une normalisation de ces pratiques, j’oserais même dire qu’elles bénéficient d’un “effet de mode”. L’évitement de l’assimilation Si la réduction des risques prétend représenter de facto un changement paradigmatique dans le domaine des drogues, elle doit éviter d’être diluée ou annulée par les deux autres axes des dispositifs gouvernementaux : le thérapeutique et le répressif. Le thérapeutique peut réduire la réduction des risques au fait d’aller chercher les personnes dans la rue pour les amener au traitement. Le répressif, par le biais du contrôle des usagers dans la rue ou lors de “rave parties”, peut prendre parfois la forme de mesures médico-sanitaires. Un autre risque consisterait à figer la réduction des risques à l’intérieur d’un organisme public, l’IDT, en affaiblissant une de ses plus importantes spécificités : être une politique territorialisée menée en partenariat entre associations et Etat. En résumé, l’affirmation de la réduction des risques comme alternative ou nouveau paradigme des politiques « drogues » a entraîné l’institutionnalisation de la « politique publique officielle ». Le vocabulaire devient plus cordial : « répression » est remplacée par « éradication », « élimination » par « régulation » et « éducation » par « gestion ». Et maintenant ? L’avenir dépendra de l’évolution politique dans chaque pays comme le Page 2 of 3La réduction des risques au Portugal : - asso-ego.org 05-01-2009http://www.asso-e g o.or g /spip.php?article57 démontrent les cas français et suisse. Mais la continuité des politiques de démantèlement progressif de l’Etat Social va amplifier les mécanismes de ségrégation. De ce fait, la réduction des risques continuera d’être une politique principalement tournée vers des populations marginalisées (où se manifestent les formes de consommation les plus destructives) qui continueront d’être victimes d’une société à deux vitesses et de l’expansion de l’Etat Sécuritaire. Pr. Luis FERNANDES Université de Porto Traduction Lia Cavalcanti (1) Il y dirige le Centre des sciences des comportements déviants où il est en charge d’un séminaire annuel sur la Réduction des risques dans le champ des drogues. * selon les termes du sociologue Robert Castel Page 3 of 3La réduction des risques au Portugal : - asso-ego.org 05-01-2009http://www.asso-e g o.or g /spip.php?article57