Les frontières de l'humour, application du sujet en cours de FLE
Abstract
Departamento de Filología Francesa y Alemana
Full text
MÁSTER EN PROFESOR DE EDUCACIÓN SECUNDARIA OBLIGATORIA Y BACHILLERATO, FORMACIÓN PROFESIONAL Y ENSEÑANZA DE IDIOMAS TRABAJO FIN DE MÁSTER LES FRONTIÈRES DE L'HUMOUR, APPLICATION DU SUJET EN COURS DE FLE Presentado por : Dª Julie Robil Titulado por : D. Javier Benito De la fuente Curso 2020-2021
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Résumé Ce TFM dresse un tableau de l'humour, de ses apports, ses limites, ses frontières. Dans une première partie, nous retraçons dans les grandes lignes son histoire en France, et nous tentons de définir ce vaste concept. L'humour a cela d’intéressant qu'il est à la fois universel et très marqué par la culture, il trouve donc parfaitement sa place en classe de FLE, car bien que pas toujours évident à traiter ou à transmettre, il aborde l'interculturalité, compétence essentielle dans l'acquisition d'une nouvelle langue. Ce TFM a aussi servi d'occasion pour présenter une personnalité marquante de la culture française, tant sociale qu'humoristique, Coluche. Enfin, nous détaillons les différents supports par lesquels peut s'exprimer l'humour ainsi que quelques recommandations sur son bon usage en cours et ses bénéfices. Ce TFM s'accompagne de quelques propositions d'activités qui mettent en pratique certains aspects évoqués. Mots clés : Humour – FLE – Coluche - Supports Humoristiques - Interculturalité Resumen Este TFM traza un cuadro del humor, de sus aportaciones, sus límites, sus fronteras. En una primera parte, retratamos a grandes rasgos su historia en Francia, y tratamos de definir este vasto concepto. El humor tiene esto interesante que es a la vez universal y muy marcado por la cultura, por lo que encuentra perfectamente su lugar en clase de FLE, porque aunque no siempre es evidente a tratar o transmitir, aborda la interculturalidad, competencia esencial en la adquisición de un nuevo idioma. Este TFM sirvió también de ocasión para presentar una personalidad destacada de la cultura francesa, tanto social como humorística, Coluche. Por último, detallamos los diferentes soportes a través de los cuales se puede expresar el humor, así como algunas recomendaciones sobre su buen uso en clase y sus beneficios. Este TFM conlleva algunas propuestas didacticas que ponen en practica algunos de los aspectos tratados. Palabras claves : Humor – FLE – Coluche - Soportes humoristicos - Interculturalidad 3
Justification Pour ce TFM j'ai choisi de traiter le sujet de l'humour, car bien que très présent dans notre quotidien, il est difficile à définir, à transmettre, à partager. Étant française, il m'a fallu un certain temps et beaucoup d’intérêt pour la langue et la culture avant de pouvoir comprendre et prendre part à certains moments humoristiques dans une autre langue. C'est pour cela que j'ai souhaité étudier ses mécanismes, son impact, ses expressions afin de pouvoir en tant que professeure, familiariser mes apprenants à l'humour français. Au fil de mes recherches, je me suis vite rendu compte qu'il n'y a pas de limites à ce sujet tant il est vaste et s'exprime de manière variée. J'accompagne la présentation de mes recherches par la présentation d'une personnalité au multiples facettes pour qui j'ai toujours eue beaucoup de curiosité et d'affection. J'espère que ce TFM trouvera un certain intérêt aux yeux de ses lecteurs mais surtout qu'il saura éveiller la curiosité sur le sujet pour de plus amples recherches. 4
Remerciements Tout d'abord je souhaiterais remercier mon tuteur Javier Benito De la Fuente pour son accompagnement lors de ce travail ainsi que pour son soutien tout au long de cette année. Je voudrais aussi remercier Olga Rodríguez Guijarro ma professeure référente de l'IES Parquesol dont j'ai énormément appris tant lors de mon stage de master ainsi que de ces deux années en tant qu'assistante de langue passées à ses cotés. Enfin, ma maman, mes amis et toutes les merveilleuses personnes que j'ai pu rencontrer grâce à ce master et qui ont rendu cette période difficile et intense beaucoup plus douce, et toujours avec humour, au delà des frontières. 5
Résumé 3 Justification 4 Remerciements 5 Index 6 Introduction 7 I) Petite histoire de l'humour à la française 9 II) L'humour, une définition, des définitions ? 12 III) L'humour et son bagage culturel 17 IV) Coluche, une figure emblématique de l'humour en France 20 V) Usages pédagogiques de l'humour en classe 29 VI) Les différents supports humoristique 33 VII) Application du sujet en classe de FLE, propositions d'activités 38 VIII) Conclusion 48 IX) Bibliographie 49 X) Annexes 50 6
Introduction Le rire est universel dit-on, mais l'humour l'est-il aussi ? Il y a-t-il un humour français, espagnol, anglais... ? Existe-t-il des frontières au sein de l'humour ? Peut-on rire de tout, avec tout le monde, et en toutes circonstances ? Quelle peut être la place de l'humour dans l'apprentissage d'une nouvelle langue ? Autant de questions auxquelles ce TFM ne prétend pas pouvoir apporter de réponses, car celui-ci ne pourra qu'esquisser quelques pistes de réflexions depuis le prisme d'une personne qui elle-même se pose ces questions. En toute subjectivité je souhaiterais commencer ce travail par une réflexion personnelle sur le sujet. Je suis française, et je suis tombée amoureuse du castillan, après de nombreuses années d'études, pas toujours divertissantes, mais surtout, après m'être immergée à différentes reprises et au sein de différentes cultures qui partagent cette langue, je me suis rendue compte à quel point il était difficile de rire avec un groupe de personnes d'une autre culture, dans une autre langue. Voilà pourquoi j'ai souhaité porter mon intérêt sur ce sujet. Après un bref aperçu historique de l'humour en France, nous tenterons d'apporter une définition, ou plutôt des définitions du kaléidoscope qu'est l'humour, des multiples facettes qui le composent. Nous mettrons en relation ce concept avec quelques unes de ces particularités, telle l'Ironie, les Jeux de langage, le Burlesque, le Comique. Ensuite, nous nous intéresserons à la relation qu'entretiennent humour et culture, l'influence du contexte culturel, le bagage culturel de l'humour. Nous aborderons le thème de l'interculturalité, et sa place dans l'enseignement d'une langue seconde. Pour illustrer concrètement l'humour français, nous présenterons une figure emblématique du paysage culturel et humoristique, Coluche. Un artiste qui a marqué son époque, qui nous a ému, qui nous a fait rire... L'histoire d'un mec... qui aura su bouleverser la société. Un homme au grand cœur et aux multiples talents. Qui encore aujourd'hui reste un bel enfoiré ! 7
Enfin, nous étudierons les bénéfices que peuvent apporter l'usage de l'humour au sein de la pédagogie à travers une méthodologie actionnelle de l'enseignement du Français Langue Étrangère. Nous présenterons les différents supports humoristiques qui peuvent être utilisés, leurs avantages, leurs difficultés et leurs inconvénients. Pour terminer nous proposerons différentes activités didactiques qui pourraient être utilisées en classe de FLE. Pour conclure, j'espère que la présentation des concepts et la réflexion portée sur le sujet de l'humour au sein de la pédagogie, et de l'enseignement du français comme langue étrangère, saura susciter l'intérêt pour des recherches plus approfondies dans ce vaste domaine. Nous savons tous que rire est essentiel, d'autant plus dans le contexte actuel où le sourire a dû apprendre à se transmettre par le regard. 8
I) Petite histoire de l'humour à la française Quand peut-on dire que l'Humour a fait son apparition en France ? À cette question il serait très difficile d'apporter une réponse précise. Faudrait-it encore pour cela bien faire la distinction entre l'Humour, le Rire, le Comique, l'Ironie... nous reviendrons sur ce sujet un peu plus tard. Contentons nous pour l'instant de dresser, dans les grandes lignes, un bref résumé de son apparition et son histoire en France. Pour commencer, le terme humour n'est apparu en France qu'au XVIIIe siècle, emprunté de l'anglais qui lui même l'avait adapté du mot français « humeur ». Humeur, dont l'étymologie latine « humor » désigne les fluides corporels qui influencent le comportement. Suivant la définition de la première édition de l'encyclopédie de Diderot et d'Alembert en 1751, « HUMOUR, s. m. (Morale.) les Anglois se servent de ce mot pour désigner une plaisanterie originale, peu commune, & d’un tour singulier.(...) » l'on considère donc que l'humour est avant tout un humour anglais. Alors comment les français l'on-t-il accueilli, adapté, adopté ? Avant le XVIIIe siècle les français n'avaient-ils aucun sens de l'humour ? Pour revenir très loin aux origines, le philosophe grec Aristote disait que la faculté de rire est le propre de l'homme, une idée maintes fois reprise depuis l'antiquité et que Rabelais évoque volontiers dans son avis aux lecteurs de Gargantua en 1534, « Mieulx est de ris que de larmes escripre, Pour ce que rire est le propre de l'homme. ». Cet avis préliminaire montre bien l'intention de son auteur, intention qui suggère une production humoristique délibérée. Mais cette entreprise, n'est pas accueillie par tout le monde avec entrain, et comme il le définira lui même par un néologisme de sa composition, Rabelais se heurte à de nombreux Agélastes de son temps. Les Agélastes, sont selon lui, les ennemis du rire, ceux qui ne rient pas, qui n'ont pas le sens de l'humour, les adeptes de la censure, ceux qui souhaiteraient que personne ne rie. Bien qu'il y ait toujours eu des bouffons du Roi, et que le langage ait toujours permis de se jouer de lui par le biais de mots d'esprit, le contexte de la Renaissance ne donnait pas vraiment la liberté de rire aux éclats. Le ridicule à cette époque pouvait socialement tuer la personne qui en était victime. En cela, l'humour français à cette époque, se confrontant à ces Agélastes, ces détracteurs du rire, mais aussi à la censure, tend à s'exprimer de manière fiere et hautaine faisant plus usage dans le monde aristocratique de l'ironie que de l'humour. Au XVIIIe siècle l'humour français serait donc plus associé à de l'ironie, qui prend un sujet pour cible, un rire d'attaque. C'est d'ailleurs une idée qui s'est largement véhiculée à travers le monde, celle d'un rire français satirique, sarcastique. Le professeur et historien littéraire Alain 9
burlesque, le comique de gestes, de situation, de répétition. Le comique crée un décalage, « Le comique joue sur l’écart surmonté entre l’abstrait et le concret. »7. Mais encore une fois, il est important de souligner que les frontières qui séparent le comique de l'humour, les jeux de mots du burlesque, l'ironie de l'humour, sont très floues. Si « Le rire est le propre de l'homme » disait Rabelais, l'Humour ne met toujours pas tout le monde d'accord, et reste encore très difficile à définir. 7 Daniel SIBONY, Les sens du rire et de l’humour, Paris, O. Jacob, 2010. 16
III) L'humour et son bagage culturel. Quand on parle d'humour anglais, belge... Est-ce admettre que l'humour ait une nationalité ? « Tout fait humoristique est un acte de discours qui s’inscrit dans une situation de communication. »8. Une situation de communication passe généralement par le langage, bien qu'à celui-ci s'ajoute aussi toute une dimension gestuelle et para-linguistique, en cela, le barrage de la langue gêne souvent la communication entre personnes de différentes cultures. Tout le monde conviendra, que s'il reste facile d'expliquer un mot précis en en utilisant d'autre, expliquer une blague ou un jeu de mot revient souvent à lui quitter ça part d'humour, qui bien souvent résulte dans l'instantanéité. Ainsi, l'humour reste un grand défi communicationnel quand l'on cherche à l'exercer ou le comprendre dans une langue qui n'est pas la sienne. Si même au sein d'un groupe de personnes partageant la même langue, tout le monde ne rit pas forcément aux mêmes plaisanteries, c'est d'une part parce que le sens de l'humour est différent d'une personne à une autre, mais aussi parce que l'humour dans la plupart de ses expressions est porteur d'un bagage culturel. « Si le rire est universel, l'humour est culturel. »9. Ce bagage culturel, même parmi des personnes de même nationalités ou même langue n'est pas forcément le même pour chacun. Prenons un exemple assez simple, Les Simpsons est une série connue dans de très nombreux pays, traduite dans plus de 99 langues et vu par des milliards de personnes, celle-ci a donc de grande chance de faire rire ses fans, même de nationalités différentes, qui partageraient ce bagage culturel au-delà des frontières, langues ou nationalités. Il en va de même pour de nombreux autres exemples, notamment le comique de geste, le comique burlesque, qui à travers les générations et les nationalités, réussissent à provoquer le rire chez un très grand public. Dans les années 1920, Charlie Chaplin réussissait déjà ce pari, grâce à une gestuelle hilarante et sans paroles, il faisait et fait toujours rire aux éclats un large public, qui pourtant ne partage pas la même culture, alors même que ses sketch étaient chargés de références culturelles, celle de la révolution industrielle et de la montée du fascisme en Europe. Cela-dit, il est clair que l'humour possède aussi sous quelques unes de ces formes, des éléments culturels intrinsèques, du point de vue du récepteur, tout comme celui de l'émetteur. Des références historiques, littéraires, à certaines figure populaire ou simplement à des actions quotidiennes, un paysage social se dépeint dans les blagues, le stand-up, les sketchs, les 8 Charaudeau, Maingueneau, 2002 9 Garihanna Jean-louis, diplômée de l'ENH (École Nationale de l'Humour) de Montréal. 17
caricatures et autres supports humoristiques, qui ont tendances à véhiculer un bagage culturel, tant pour le partager, le faire connaître, ou pour qu'il fasse échos chez son auditoire. Dans toutes les cultures, il se trouve d'ailleurs des émissions de télé, ou de radio, dédiées à commenter de manière humoristique l'actualité nationale. Les Guignols de l'info par exemple, très célèbre émission de télévision des années 1990, a su remettre au goût du jour l'humour que transmettent ces marionnettes, en commentant de manière satirique l'actualité, les médias et en caricaturant les hommes politique et célébrités du moment. Cette émission fait d’ailleurs maintenant part entière de la culture populaire française, tant elle a façonnée l'image que les français aient pu avoir de l'ancien président Jacques Chirac par exemple. Nous pouvons encore citer, plus récemment, des émissions comme Quotidien, animé par le présentateur Yann Barthès, entouré de jeunes chroniqueurs qui présentent l'actualité sur un ton décalé. À la radio, notamment sur France Inter, des chroniqueurs tels que Guillaume Meurice, Alex Vizorek, Charline Vanhoenacker … qui commentent eux aussi l'actualité à travers un prisme humoristique et critique. Ces formes d'humour sont difficilement accessible aux personnes qui ne possèdent, partagent pas la culture française, ou n'ont pas les références nécessaires pour interpréter les subtilités de ce genre d'humour. Comme nous l'avons déjà évoqué, l'humour est un vaste concept, difficilement définissable, il est donc impossible de lui attribuer telle ou telle caractéristique qui puisse lui appartenir de manière absolue sous toutes ses formes. À la fois universel, léger, porteur de message, chargé de références, drôle pour certains, mauvais pour d'autres, il n'en reste pas moins un acte de communication, mais surtout, comme le faisait remarquer Henri Bergson, un acte social, « Pour comprendre le rire, il nous faut le remettre dans son environnement naturel, qui est la société, et surtout, nous devons déterminer son utilité, qui est sociale. »10. Il s'agit donc chaque fois d'un échange, et dans notre cas, pour parler de sa place au niveau de l'apprentissage d'une langue seconde, il est important de parler d'interculturalité. Cette autre 10 Le rire. Essai sur la signification du comique - Henri Bergson 18
notion est, elle aussi, difficilement définissable avec précision... le préfixe « inter » se rapporte essentiellement à un échange, de part son étymologie. La définition que donne le Larousse de l'adjectif interculturel.le, dit « Qui concerne les contacts entre différentes cultures ethniques, sociales, etc. ».11 L'intérêt porté à ce concept est relativement récent puisqu'il est né en France, dans les années 1970, suite aux problèmes que rencontraient les apprenants étrangers et les migrants dans le système éducatif. Depuis, cette question de l'interculturalité est une notion clé pour le vivre ensemble, et l'échange entre les pays, notamment en Europe. Le conseil de l'Europe la définit de cette manière « L'emploi du mot "interculturel" implique nécessairement, si on attribue au préfixe "inter" sa pleine signification : interaction, échange, élimination des barrières, réciprocité et véritable solidarité. Si au terme "culture" on reconnaît toute sa valeur, cela implique reconnaissance des valeurs, des modes de vie et des représentations symboliques auxquels les êtres humains, tant les individus que les sociétés, se réfèrent dans les relations avec les autres et dans la conception avec le monde. »12. L'interculturalité se trouve au centre de l'apprentissage des langues vivantes et des « civilisations », il en est d'ailleurs question a plusieurs reprises dans le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL). En tant qu'enseignant.es de langues vivantes, il est donc impossible d'imaginer l'enseignement de la langue sans sa dimension culturelle. Selon Myriam DENIS, « Le cours de langue constitue un moment privilégié qui permet à l’apprenant de découvrir d’autres perceptions et classifications de la réalité, d’autres valeurs, d’autres modes de vie... Bref, apprendre une langue étrangère, cela signifie entrer en contact avec une nouvelle culture »13. 11 Larousse de la langue française. 12 Conseil de l'Europe, L'Inter culturalisme, 1986 13 DENIS.M cité par CHAVES.R-M et al, l’interculturel en classe 19
IV) Coluche, une figure emblématique de l'humour en France : Dans le cadre de ce Travail de fin de Master sur l'humour, sa dimension culturelle et tout particulièrement dans la culture française, je souhaiterais vous présenter une figure emblématique de l'humour en France, Coluche. « C'est l'histoire d'un mec … Vous la connaissez ? Non ? »14 Michel Colucci dit Coluche, c'est un homme qui a marqué son époque, qui d'une certaine manière a participé au changement d'une société française en transition. Michel est né le 28 octobre 1944 à Paris. Son père Honorio Colucci d'origine italienne, mourra très jeune, trois ans plus tard, de la poliomyélite, laissant orphelin ses deux enfants, Michel et sa grande sœur Danièle. Leur mère, Simone Bouyet que tout le monde surnomme Monette, est alors fleuriste dans le quartier de Montparnasse à Paris. Se retrouvant seule à élever ses deux enfants, elle part vivre en banlieue, à Montrouge. Son enfance de banlieusard, très précaire, vivant avec sa sœur et sa mère dans une seule pièce cuisine, marquera profondément Coluche. Un de ses grands potes, Gerard Lanvin, nous raconte cette anecdote : « (À Montrouge), c’était une pièce, une seule, et Coluche a été élevé dans cette pièce avec sa maman. Un jour, je me suis assis sur un fauteuil et elle m’a dit : “Vous êtes assis sur les toilettes” [...]. Coluche vient de là ; c’était touchant parce qu’il s’en est toujours souvenu, il disait : “Je suis un ancien pauvre” ». Tout au long de sa vie il y fera allusion, sans s'en cacher, et cette jeunesse l'influencera dans plusieurs domaines il dira plus tard en interview, « Je ne suis pas un nouveau riche, je suis un ancien pauvre. » ou encore dans l'un de ses sketch, « Quand j'étais petit à la maison, le plus dur c'était la fin du mois. Surtout les trente derniers jours ! ». Même si leur mère fit en sorte qu'ils ne manquent jamais de rien, cet environnement, la précarité, ses relations feront de lui un homme toujours très sensible aux problèmes sociaux. Mauvais élève, il aimera répéter qu'il n'a pas eu son certificat d'étude. Petit délinquant, lui, sa mobylette, bouboule (Alain Chevestrier), son acolyte, et leur bande de potes, font les quatre cents coups, et parfois ça dérape... Il se fait arrêter pour cambriolage en 1963. « Finit la déconne », Michel enchaine les petits boulots et ne réussira à en garder aucun. Selon lui, il lui reste trois possibilités, voleur, clochard ou artiste, il choisira le troisième. Quitte à être artiste, il deviendra une vedette. Dans 14 Coluche, sketch « C'est l'histoire d'un mec... sur le pont de l'Alma », 1974 20
une interview de Jacques Chancel pour Radioscopie en 1976 il dit : « Quand je me suis aperçu que je pouvais être artiste, j'ai essayé d'être vedette car quand, plus on est né dans la misère plus on a envie d'être riche. » C'est donc l'histoire d'un mec qui veut devenir artiste... et même vedette. À cette époque, les années 68', la jeunesse est effervescente, amour, anarchie, rock'n roll, liberté, il faut tout changer. Fan de rock'n roll, avec sa guitare, autodidacte, Coluche parcourt la rive gauche, de restaurant en café, il tend sa casquette. Mais ce qui nous change tous dans la vie, ce sont les rencontres, et pour ça aussi Coluche a du génie. Il rencontrera d'abord le chanteur Georges Moustaki qui le prendra sous son aile, avant de rencontrer celui avec qui tout a commencé, Romain Bouteille. Tous les deux décident de racheter une vieille usine de ventilateurs dans le quartier de Montparnasse pour en faire un lieu unique, le Café de la Gare. Avec toute la bande de copains, Sotha, Patrick Dewaere, Gérard Lefèvre, Henri Guybet, Jean-Michel Haas, Catherine Mitry et Miou-Miou la petite amie de Coluche de l'époque, ils plantent des clous, mettent les mains dans le ciment et vont faire de cet endroit un lieu de culture indépendant, où la liberté règne en maitre, où tout le monde vient pour se marrer, aussi bien en salle que sur scène. Toute cette troupe crée un nouveau genre, le café-théâtre où évidemment on ne boit pas de café... Romain bouteille, l'anarchiste, le libertaire consciencieux disait ceci au micro de BFMTV : « Nous, on en avait un peu marre de tout ça, des cabarets où le bonhomme était tout seul, où il n’y avait pas de troupe. C’est pour ça qu’en 1968 il devenait important pour Coluche et moi de faire un théâtre qui n’avait pas existé: un théâtre avec l’interdiction d’interdire. ». Et voilà comment tout a commencé, quand les pavés volaient dans Paris, ces jeunes rigolos, un peu hippies, un peu loubard, un peu loufoques, se lancent dans l'aventure. Coluche disait 21
de ce mode de vie, celui de la troupe, du « copinage en concubinage », on verra par la suite que cette philosophie il ne l'a jamais perdue. À l'entrée du Café de la Gare, une roue fixe à la loterie le prix de l'entrée, entre moins un franc et le prix d'une place de cinéma. Dès les débuts la salle est comble, le slogan « C'est sale, c'est moche, c'est dans le vent, c'est le Café de la Gare » fonctionne à merveille et tout Paris en parle. Sur les planches beaucoup d'improvisation, et dans la salle de grands éclats de rire. L'aventure marche du tonnerre et continue, Le Café de la Gare s’agrandit, déménage rue du temple, d'autres tenteront aussi l'expérience. Coluche l’excessif se fait virer de la troupe du Café de la Gare et monte sa propre troupe, Le vrai chic parisien. Comme il n'était pas vraiment possible de virer quelqu'un dans une organisation sans règles, ils se séparent et Coluche restera avec sa nouvelle troupe dans les anciens locaux. Le vrai chic Parisienthéâtre vulgaire fera quelques spectacles qui ont bien marchés, ils feront notamment la première partie de Dick Rivers à l'Olympia, mais ce sera surtout un tremplin pour Coluche qui poursuivra en solo. Maintenant c'est l'histoire d'un mec … en solo, mais toujours bien entouré ! Repéré par l'imprésario Paul Lederman, qui s'occupait aussi de Claude François et Thierry le Luron, il était facile de discerner le protagonisme et le talent de Coluche, il l'incita donc à écrire ses propres sketchs, le premier, « C'est l'histoire d'un mec … sur le pont de l'Alma » sera un tremplin fulgurant. Paul Lederman l'avait proposé à l'un de ses contacts à la télévision, et le jour des élections présidentielle de mai 1974 qui opposent Valérie Giscard d'Estaing et François Mitterand, dans l'attente de l'allocution du candidat perdant, le leader de la gauche François Mitterand, le sketch de Coluche passe sur le plateau de Guy Lux. Une occasion en or, toute la France est devant son poste et le sketch d'un mec un peu ballot, un peu bête, un peu raciste qui n'arrive pas à raconter son histoire même pas drôle, fait un carton, dix minutes de bégaiements, de blancs, de silences, quelques phrases percutantes et beaucoup de points de suspension... Comme disait Frédéric Dard « il faut beaucoup de talent pour faire rire avec des mots. Mais il faut du génie pour amuser avec des points de suspension. » Le phénomène Coluche est lancé. Rien ne peut plus l'arrêter et tout y passe, derrière les points de suspension, beaucoup de critique, celle de son temps, car c'est ça qui l'intéresse, observer son époque. Coluche nous donne ici sa recette : 22
« Je fais rire avec mon air idiot, comme ils disent... Le principe (...) est basé sur l'observation des autres, que je reproduis à travers moi-même pour leur foutre un machin dans la gueule là, Paf !» Son personnage, un petit gros, en salopette rayée trop courte, chaussure et t-shirt jaune, nez rouge plus semblable à celui d'un alcoolique que d'un clown, représente l'humour de la ville, après celui de Fernand Reynaud et Bourvil, Coluche débarque sur les trottoirs et ça secoue. Il se crée toute une palette de personnages, « des cons », papy Mougeot, le flic arabe, l'étudiant, l'auto-stoppeur, autant de caricatures de la société qui avec humour tape là où ça fait mal pour essayer de faire bouger les lignes d'une France endormie, aux bonnes mœurs et à l'humour à papa. Au fil de ses spectacles, Coluche dresse une ode à la connerie, une véritable caricature de son temps. Il le dit lui même, « grossier mais jamais vulgaire ». Il s'attaquera à tous les sujets, le racisme « un mec normal, blanc »15, les flics, notamment le CRS arabe, les médias... Le journal le républicain Lorrain titrera en 1980 « Coluche : politique, social, religion... tout y passe ». La liste serait trop longue, et il reste encore trop de choses à dire pour pouvoir détailler toutes les subtilités du Shmilblick, du blouson noir, des journalistes, du nouvel OMO, sa relation avec la publicité, le pape, les anciens combattants. Il en fait rire beaucoup et il en fait grincer d'autres. Sur scène, à la télé, à la radio, Coluche pousse les limites et joue avec la censure. Il sera plusieurs fois viré de Europe 1, où il animait deux émissions, la première en 1978 « On est pas là pour se faire engueuler » titre emprunté à Boris Vian. Avec ses camarades Gérard Lanvin, Jean-Jean et Robert Willar, il dynamite la radio. Des blagues, des invités et des gros mots, on entend « merde, prout, bite, cul ! » de la provoc' en somme, et cela pour la première fois à la radio, pendant un an dans un paysage radiophonique très restreint. Il tiendra aussi cinq jours sur RMC avant de se faire encore une fois viré pour avoir fait justement ce qu'on lui avait interdit, critiquer la famille princière. Il poursuivra ensuite son combat pour les radios libre avec RFM. Plus on l’empêchait de parler, plus il occupait l'attention. Très présent aussi à la télé, il est de la génération petit écran, il adore la critiquer mais aussi s'en servir, censuré et à l'approche des élections, il fait le « buzz » comme on pourrait le dire aujourd'hui, 15 « C'est l'histoire d'un mec... sur le pont de l'Alma » 23
en présentant sa candidature aux élections de 1981. On ne sait pas vraiment d'où est venu cette idée, cela fait encore débat. Certains disent que c'était pour lui une manière de braver la censure et continuer d'occuper l'espace médiatique, d'autres pensent que cette idée est partie d'une boutade entre amis. D'autres encore pensent que Coluche avait déjà cette idée en tête depuis un moment, ce qu'il a pu laisser entendre lui même « J'avais pensé me présenter en 74, mais pas assez connu, je ne pouvais pas! ». Ce qui est sûr c'est que Coluche s'est toujours intéressé à la politique, sujet récurrent dans ses sketchs, autre chose dont on peut être sûr, c'est que Coluche adore « foutre la merde ». Coluche président ! C'est donc ici le début d'un de ses plus gros sketches, mais aussi ce qui marquera un tournant dans sa vie. Il annonce sa candidature le 30 octobre 1980 au théâtre du gymnase, il arrive sur scène avec une veste queue de pie et l'écharpe tricolore pour annoncer ce que beaucoup imagine être un nouveau canular. Le slogan de sa campagne « Jusqu’à présent la France est coupée en deux, avec moi elle sera pliée en quatre ! » laisse planer le doute... Coluche a toujours été un observateur critique de la société, une fois encore il cherche à pointer du doigt l'inefficacité des politiques. Le mandat de Giscard se termine et laisse la France en crise avec plus 1,5 millions de chômeurs, une inflation annuelle qui dépasse les 13%, de nombreuses manifestations réprimées de manière très violente et un président qui perd la face empêtré dans l'affaire des diamants. Son ami et assistant Romain Goupil, militant trotskiste, dit que l'idée est née « pour dénoncer la farce électorale ». Mais derrière la farce, le message social est très présent, Coluche publie sa profession de foi dans les journaux assez subversifs qui l'accompagneront tout au long de sa campagne, Hara-Kiri et Charlie Hebdo, à la manière de l'appel du général de Gaulle, « J'appelle les fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés, les femmes, les parasites, les jeunes, les vieux, les artistes, les taulards, les gouines, les apprentis, les Noirs, les piétons, les Arabes, les Français, les chevelus, les fous, les travestis, les anciens communistes, les abstentionnistes convaincus, tous ceux qui ne comptent pas pour les hommes politiques à voter pour moi, à s'inscrire dans leurs mairies et à colporter la nouvelle. TOUS ENSEMBLE POUR LEUR FOUTRE AU CUL AVEC COLUCHE. Le seul candidat qui n'a aucune raison de vous mentir ! ». 24
Ainsi, il veut donner de la visibilité aux oubliés de la politique, « Les types pour qui je me présente ils n’existent pas en politique. ». Il cherche à recueillir les voix des abstentionnistes. Au début tout commence très bien, Coluche s'exprime enfin, sur le ton de la blague, parfois plus sérieusement, comme quand il dénonce les violences policière au JT d'antenne 2. Il reçoit même beaucoup de soutien, de certains intellectuels tel que le sociologue Pierre Bourdieu ou encore le syndicaliste Gérard Nicoud. Coluche fait du bruit, Coluche prend de la place, trop de place... Le 14 décembre, un sondage le crédite à 16% d’intention de vote, quand Mitterand obtient 18%. Coluche commence à inquiéter sérieusement, il est surveillé 24h/24 et les tensions se font sentir. Contrairement à ce que prétendent, son secrétaire Romain Goupil et Coluche lui-même, ils ne possèdent qu'une seule signature sur les 500 obligatoires pour se présenter. Il était évident depuis le début que Coluche ne souhaitait pas être élu, simplement comme il le dit lui même : « Il y a une pyramide sociale où y'a un mec qui est en haut, tout seul... Fffouuit !... Giscard...(...)Et plus on descend, plus on est nombreux...Et quand on arrive en bas, on est vraiment dans la merde ! Alors moi, c'que je voudrais, c'est qu'on remue la merde, de manière à c'que... - c'est donc vraiment une histoire de merde ma candidature - j'voudrais qu'on remue la merde, et qu'l'odeur monte jusqu'au nez des mecs qui dirigent... » Mais simplement dénoncer la situation et prendre le parti de ceux qui en ont le plus besoin. Suite aux pressions, il se retirera de la campagne le 16 mars 1981, « À partir du moment où ça ne me faisait plus rire, ça se gâtait, car je ne voyais pas comment j'allais faire rire les autres ». Par la suite, il soutiendra Mitterand dans le reste de sa campagne. 25
Il est très facile de penser que si les élèves entrent et sortent de classe avec le sourire, ils seront fatalement intéressés par la langue enseignée. Je pense donc que l'on peut parler de pédagogie de l'humour, comme il est possible de parler d'une pédagogie par le jeu, le tout étant de savoir doser, combiner et varier l'usage de ces différents outils. Le sociologue et didacticien, Louis Porcher disait ceci au sujet de l'humour, « L’ennemi d’une pédagogie dogmatique et allié d’un enseignement simple, non incarcéré dans des programmes préétablis et non isolé dans une camisole méthodologique qui s’imposerait à tous, en tout lieu et à tout moment. Il constitue une espèce d’effraction, de surgissement dans la tristesse de la dictature (didactique) »23. D'autre part, il est d'autant plus intéressant d'utiliser l'humour en classe de FLE car il permet une certaine désinhibition, il réduit l'anxiété et facilite la prise de risque langagière. Jusqu'ici nous avons vu que toutes les formes de l'humour ne sont pas forcément adaptées en classe, et qu'il est préférable de choisir une forme qui ne vise personne en particulier afin de ne blesser ou intimider aucun élève mais bien au contraire, installer un climat agréable de proximité. De même, le sujet comme la forme ne doivent pas être choquant et se situer à la bonne distance psychologique du public, adapté à l'âge, la culture. L'ethnologue Christine Escallier nous donne ici ce conseil : « Le professeur peut projeter une image (caricature, dessin de bande dessinée, photographie, etc.) ; il peut également donner à lire un texte humoristique ; conter une histoire ou encore utiliser de termes issu du parler des jeunes ou de tout autre groupe social et communautaires. Mais quel que soit le moyen choisi et/ou le support utilisé, la difficulté réside à savoir quel type d’humour employé, et pour quel type de public (âge des élèves, cultures). Il faut en quelque sorte utiliser un humour « neutre » ; éviter par exemple des plaisanteries sur les religions (Dieu, Mahomet), sur les leaders politiques (droite, gauche, extrêmes) parce qu’elles pourraient alors être considérées comme un moyen détourné pour le professeur d’exprimer ses pensées et de manipuler ses élèves. » 23 L.Porcher, 2002 32
VI) Les différents supports humoristiques Nous allons maintenant nous intéresser aux différents supports humoristiques qui peuvent être utilisés en classe de FLE. L'humour en Images L'image humoristique peut se présenter sous de multiples formes, la bande-dessinée, la publicité, le dessin humoristique, la photo, la caricature... Autant de supports différents qui ont en commun l'absurdité, l'incongruité, un certain décalage avec le réel qui cherche à provoquer le rire ou qui du moins possède clairement des traits caractéristiques du comique. Il me semble intéressant de commencer par le plus ardu, le plus polémique et pourtant le plus ancien de ces supports en image, la caricature, très proche du dessin de presse, du dessin humoristique. Une définition générale du dictionnaire Le Robert « Représentation qui, par la déformation, l’exagération de détails, tend à ridiculiser le modèle. - Au figuré : Ce qui évoque sous une forme déplaisante ou ridicule (simulacre, parodie) – Satire, description comique. » La caricature est très ancienne, mais en France, c'est au XVIIIe siècle qu'elle fait sa révolution. Diderot et d'Alembert dans la notice de l'Encyclopédie en diront ceci « C'est la représentation [...] dans laquelle la vérité et la ressemblance exacte ne sont altérées que par l'excès du ridicule. L'art consiste à démêler le vice réel ou d'opinion qui était déjà dans quelque partie, et à le porter par l'expression jusqu'à ce point d'exagération où l'on reconnait encore la chose, et au-delà de laquelle on ne la reconnaitra plus ; alors la charge est la plus forte qu'il soit possible » À partir de là, la caricature se fera plus ou moins discrète mais continuera jusqu'aujourd'hui d'occupée une place importante dans le paysage médiatique et culturel français. Actuellement, bien que peu nombreux, trois principaux journaux de dessins satiriques occupent le devant de la scène en France, Siné mensuel, Charlie Hebdo et le Canard Enchainé. Souvent très controversés, ils sont néanmoins indispensable et représentent une des valeurs les plus chère aux français et à la République, la Liberté d'Expression. Parmi les dessins de presse, il y a ce qu'on appelle la caricature iconoclaste, qui s'attaque au sujet très sensible de la religion. Comme nous l'avons vu précédemment, il me semble que ce type de caricature serait trop 33
délicat à traiter en classe de FLE car elle pourrait heurter les croyances de certains élèves. D'autre part, je pense qu'il est très important de préciser que ces dessins sont justement des caricatures humoristiques, et que en cela, elle n'ont pas vocation à heurter personnellement les sensibilités de quiconque, mais plutôt expliquer pourquoi elles ont tout à fait leur place dans les médias, et qu'elles servent justement à soulever des incongruités de la société. Il n'est pas questions ici de parler des attentats qui ont eu lieu le 7 janvier 2015 à Charlie Hebdo, ni de l'atroce assassinat du professeur Samuel Paty en octobre passé (2020), ces actes en aucunes façons pourraient être justifiés, mais en plus d'illustrer la folie du monde actuel, ils rendent indispensable l'Éducation au sujet de l'humour, de la caricature, de la liberté d'expression, car malheureusement, ils ont eu lieux, ils ont occupés une grande place médiatique, et il me semble indispensable de transmettre les clés d'un esprit critique et éveillé à travers une éducation adaptée à son public si jeune soit-il. De manière plus abordable et plus intéressante pour des apprenants de langues étrangères, la caricature permet de soulever un thème récurrent quand on se confronte à une nouvelle culture : les stéréotypes. Ils possèdent toutes les caractéristiques de la caricature en cela qu'ils sont une représentation déformée et exagérée qui permet de remettre en question le point de vue sur soi-même comme sur l'autre, ce qui fait d'eux un vecteur de l'enseignement interculturel tout à fait pertinent. De même, la Bande-dessinée comme la publicité, peuvent exprimer un message humoristique tant dans le message visuel que textuel qu'elles transmettent. À continuation, plusieurs exemples pour illustrer l'humour en images. 34
L'analyse de l'image en règle générale est très intéressante en classe de FLE, tant au niveau de la description, du contexte que du message, elle peut être déclencheur de conversation et s'utiliser en relation avec une multitude de thématique. En annexe, je vous propose une activité à partir de photos drôles et saugrenues que j'utilise en classe de FLE pour travailler la description. Elle fonctionne toujours très bien, et peut s'adapter à différents niveaux(annexe 1) L'humour en gestes Après l'image fixe, il semble évident de parler des supports de l'humour animés, que ce soit en vidéo ou en sketch, l'humour est loin d'être figé, en témoigne le théâtre burlesque ou le cinéma comique. L’exemple typique de la tarte à la crème fonctionne par delà les frontières, les cultures et les langues. Mais quand on parle de théâtre burlesque on pense aussi directement à Molière, qui tient une part importante dans l'histoire de la culture française, ne dit-on pas d'ailleurs que le français est « la langue de Molière ». Celui-ci a marqué par son style, tant dans les mots que dans les gestes, l'histoire d'une certaine forme d'humour. De manière plus contemporaine, encore que déjà dépassé de quelques dizaines d'années, le cinéma de Louis de Funès a continué d'exploiter ce style, le burlesque, mais cette fois-ci à l'écran. Aujourd'hui, en surfant sur la toile, on trouvera facilement des gags de répétition, de gestes, de mimiques, de chûtes, qui auront hérités de cette tradition. Le jeu, le jeu d'acteur, est très intéressant à exploiter en classe de FLE car il encourage fortement la prise de risque langagière, diminue l'anxiété dans de nombreux cas, surtout s'il est pratiquer en groupe et qu'il fonctionne accompagné du crédo : « le ridicule ne tue pas ». Par ce biais les élèves jouent un rôle, il ne se compromettent donc pas personnellement et perdent en timidité tout en gagnant 35
en motivation. Cette pratique est aussi très souvent utilisé dans le stand-up, où le langage corporel, le déguisement, l'interprétation de personnages peuvent transmettre de manière divertissante une vision de la langue et de la culture. Je pense notamment à Coluche que nous avons déjà évoqué, à Jamel Debbouze, Élie Kakou, Gad Elmaleh, Florence Foresti, Anne Roumanoff, qui non seulement nous font rire par leur discours, mais aussi par leur présence sur scène. L'humour en mots Quand on enseigne une langue, il est toujours très plaisant de jouer avec le langage, puisque qu'il fait parti des matières premières que l'on cherche à transmettre. Les jeux de mots peuvent se présenter sous de multiples formes comme nous avons pu le voir précédemment. Ils jouent sur les sons, les significations, l'écriture et en cela, la langue française est riche d'homophonie, de polysémie, d'homonymes, de paronymes, ce qui donne de parfait instrument à la création humoristique langagière. L'art de la rhétoorique, du mot d'esprit, du calembour et autres jeux de mots, utilise un grand nombre de figure de style, ici Claude Gagnière (1997) nous détaille un florilège: « allégorie, allitération, anacoluthe, anaphore, antanaclase, antiphrase, antonomase, antonymie, aphérèse, apocope, apophtegme, apostrophe, archaïsme, asyndète, catachrèse, chiasme, circonlocution, ellipse, enthymène, épitrope, euphémisme, gradation, hypallage, hyperbole, idiotisme, ironie, litote, métaphore, métonymie, néologisme, oxymoron, paréchème, paronomase, périphrase, prétérition, prosopée, syllepse, synecdoque, tautologie, tmèse, zeugma ». Suivant tous ces procédés, les combinaisons possibles sont innombrables. Il me semble que jouer avec les mots, c'est en quelque sorte les apprivoiser, apprendre à les connaître, les observer sous tous les angles et enfin savoir les utiliser. C'est en somme le but de l'enseignement d'une langue vivante. Comme nous l'avons évoqué dans notre approximative définition de l'humour, les jeux de langage sont variés, allant de la devinette, la blague « carambar » au trait d'esprit des plus grandes plumes, en passant par la charade, les néologismes, l'anagramme, les mots-valise... etc. Chacune de ces formes obéissant à ses propres règles. Il est d'ailleurs en matière de règles d’écriture et de jeux de langage, une école littéraire très intéressante pour l'apprentissage d'un point de vue pédagogique, mais aussi très divertissante en soi, c'est l' OUvroir de LIttérature POtentielle, le mouvement OULIPO. L'OULIPO, c'est une gymnastique mathématiques de la langue, sous contraintes, ces fondateurs, Raymond Queneau et François Le Lionnais, définissent un auteur Oulipien comme ceci : 36
« C’est « un rat qui construit lui-même le labyrinthe dont il se propose de sortir ». Un labyrinthe de quoi ? De mots, de sons, de phrases, de paragraphes, de chapitres, de livres, de bibliothèques, de prose, de poésie, et tout ça… »24 Toute la bande des Oulipiens, sans compter désormais sur Raymond Queneau, Italo Calvino et Georges Perec... « Excusés pour cause de décès » se réunie régulièrement depuis 1960 pour réfléchir à de nouvelles contraintes, pour parler de la langue, de ses infinis possibilités d'expression et de créativité. Fabriquer des contraintes pour stimuler la créativité est l'une de leurs occupations, la seconde, un travail de recherche, sur les oulipiens qui l'étaient sans le savoir. Suite à l'exposition générale de ces différents concepts et à la présentation de ce personnage emblématique de la culture française, je vais vous proposer quelques activités d'application du sujet en classe de FLE. Certaines portent en elle-même sur un sujet ou un support humoristique, et d'autres se servent de l'humour comme un outils pédagogique. Parmi ces différentes propositions, l'une concerne principalement l'introduction à l'humoriste Coluche. Au fil des séances, d'autres aspects plus généraux sont également proposés, comme celui d'introduire tout au long de l'année une personnalité française pour familiariser à la culture de la langue cible ainsi qu'à l'interculturalité. La plupart de ces activités peuvent être adaptées à différents niveaux de langue. Ces quelques exemples n'illustrent qu'une infime partie du potentiel de l'humour en FLE, comme nous avons pu le voir précédemment, l'humour est un sujet très vaste. L'humour en support, l'humour comme outil pédagogique, l'humour comme composante culturelle, autant de possibilités qui ne demandent qu'à être mises en pratiques. 24 Site internet www.oulipo.net 37
Propositions d'activités Séance 1 : C'est l'histoire d'un mec … Cette séance peut s'adapter à différents niveaux en changeant les consignes de la tâche d'écriture, dans les consignes nous pouvons nous focaliser sur certaines structures grammaticales ou temps verbaux en particulier, suivant les besoins d'apprentissage. Cette séance peut se dérouler avec un groupe d'apprenant préalablement constitué tout comme avec un public qui ne se connait pas encore, étant donné qu'elle commencera par une activité briseglace. Ceci dans le but d'installer un climat de travail détendu et convivial, les élèves seront encouragés dans leur créativité, leur prise de risque et leur participation. L'activité principale se déroulera en binôme, afin de favoriser la collaboration et d'augmenter la confiance, de diminuer la timidité. Cette séance est pensé pour un temps de cours moyen de 50 min, mais cela peut varier significativement en fonction du nombre d'élèves et de leur niveau. En cela, bien que moins orientée de manière humoristique, la séance peut se clôturer sur un approfondissement culturel, par le visionnage intégral du sketch qui va nous servir de support. Les meilleures conditions pour le déroulement de cette séance seraient un groupe d'élèves pair afin de ne pas déséquilibrer les binômes, une salle de classe équipée qui permette la projection d'un sketch visible sur Youtube, et du matériel mobile afin que les élèves puissent travailler en îlots. Les principales compétences travaillées seront l'expression écrite et l'expression orale. 38
Activité 1 : Brise-glace Nous commencerons la première activité par le visionnage des premières minutes du sketch de Coluche « C'est l'histoire d'un mec... », tout d'abord sans le son. Après observation des réactions des élèves, le professeur commencera le mime de la gestuelle, de l'attitude de Coluche sur scène, et il demandera aux élèves de se lever et d'en faire autant. Cette activité ne durera que quelques minutes, mais elle a pour but, de manière très simple, et sans usage de la langue, de mettre sa timidité de côté et d'enclencher sinon le rire, le sourire et surtout la créativité. Nous écouterons ensuite le passage jusqu'à une minute dix, nous couperons après que Coluche ait dit « vous la connaissez non ? https://youtu.be/Chjhu1fZ2sU Activité 2 : Écriture créative Tout d'abord nous poserons quelques questions à nos élèves afin de faciliter la compréhension et d'introduire la tâche d'écriture. « C'est quoi un mec ? Qu'est-ce que ça veut dire ? » « Comment on raconte une histoire ? » Ici nous ferons un rappel ou une introduction au schéma narratif (en cinq étapes, situation initiale, élément perturbateur, péripéties, élément de résolution, situation finale). Suivant le niveau de nos apprenants. On trouve de nombreuses fiches explicatives sur internet, il nous sera possible d'en distribuer une aux élèves, mais nous allons surtout nous centrer sur cette deuxième question : « Comment on raconte une histoire drôle ? » « Y a t-il des différences ? » Cette réflexion en commun a pour but de dégager les éléments caractéristiques d'une histoire humoristique. Si nécessaire, le professeur guidera ses élèves vers ces éléments de réponses : - L'histoire fonctionne mieux si elle est courte. - L'histoire drôle se termine par une chute, une situation inattendue. - Du schéma narratif classique nous retrouvons donc, la situation initiale, l'élément 39
perturbateur, peu ou pas de péripétie. Il n'y a généralement pas d'élément de résolution et la situation finale doit être inattendue. Une fois ces quelques éléments dégagés, nous allons proposer aux élèves en binôme d'inventer une histoire drôle en commençant comme Coluche, par « C'est l'histoire d'un mec... vous la connaissez ? Non ? ». Pour cela, ils devront s'appuyer sur une fiche consignes qui les guidera dans l'écriture et leur facilitera l'autocorrection. Pour rendre le travail d'écriture plus collaboratif, les étapes de construction de l'histoire seront divisées, cela assurera aussi le coté inattendue du récit. Certains groupes devront donc s'occuper de la description du « mec », d'autres du contexte, d'autres encore de l'élément perturbateur et de la péripétie, et enfin, les groupes restant de la chute. À la fin, nous auront donc en fonction du nombre de groupe, plusieurs passage qui pourront être combinés les uns avec les autres, avec un résultat original et inattendu. Après la mise en commun des différents éléments du récit, l'histoire sera retravaillée en classe entière, afin d'améliorer la liaison des différentes parties, supprimer les éléments superflus ou mettre en valeur les idées les plus originales. Le professeur lors de cet exercice devra laisser l'espace et la distance suffisante avec ces élèves afin de leur apporter son aide tout en laissant s'exprimer leur créativité. Cette activité peut durer environ 30 minutes afin de laisser le temps nécessaire aux présentations orales des textes produits. Activité 3 : Présentation orale Cette activité est le résultat de la séance, elle consiste dans la présentation orale des histoires drôles imaginées par les élèves et leur mise en scène dans le style de Coluche, en reprenant la gestuelle et l'attitude pratiquée lors de la première activité. Le but de cette activité est la mise en commun des différentes productions écrites, ainsi que l'interprétation communicative qui permet de travailler la compétence d'expression orale. 40
Séance 2 : Tout un programme ! Cette séance s'adresse à un niveau A2/A2+ et nous travaillerons les quatre compétences, compréhension orale et écrite, expression orale et écrite. Le thème principal de cette séance est l'humoriste français Coluche. Comme évoqué précédemment dans ce mémoire, la vie et l'oeuvre de Coluche est trop vaste pour être traitée dans son intégralité. D'une part nous avons le Coluche humoriste, acteur, nous pourrions aussi parler de l'homme engagé et des Restos du Coeur, sujet très intéressant pour être en soi une spécificité française. Mais ici nous allons principalement parler de son intrusion en politique, sujet non moins intéressant par sa résonance et les valeurs morales qu'elle soulève. Dans un premier temps nous ferons une compréhension orale afin de nous familiariser au personnage et de dresser les grandes lignes de sa vie. De manière générale, il serait intéressant d'un point de vue culturel, d'introduire une personnalité française avec une certaine régularité tout au long de l'année, de nombreuses vidéos telle que celle que nous allons utilisé, présente en quelques minutes la vie d'une célébrité, cette pratique permettrait d'enrichir la connaissance culturelle de nos élèves. Activité 1 : Brut balayage biographique Cette vidéo de Brut dure 4,26 minutes et elle serait a visionner dans son intégralité, une ou plusieurs fois, suivant la compréhension des élèves. L'avantage des supports Brut, est qu'ils sont relativement complets et courts, les informations principales sont mises en évidence et elles sont souvent sous-titrées. Avant le visionnage, il est évident que nous demanderons à nos élèves s'ils connaissent déjà Coluche, et s'il s'avère qu'un élève sache de qui il s'agit, nous l'encouragerons à le présenter à ses camarades. Sinon, nous distribuerons aux élèves une fiche de compréhension à remplir suite au visionnage. 41 https://youtu.be/3F3PLQJMEzc
VIII) Conclusions Pour conclure, nous avons esquissé tout au long de ce travail de fin de master un vaste tableau de l'humour, à travers son histoire en France, ses multiples acceptions, de sa dimension culturelle, d'un exemple concret représentatif de la culture humoristique française, ainsi que son apport et les différents supports utilisés en pédagogie et nous avons pu nous rendre compte de l'amplitude du sujet. L'humour, un riche programme qui a nourri notre histoire, qui doit rester présent dans notre quotidien et alimenter nos pratiques futures. « Le rire est le propre de l'homme. » Il est communicationnel, il est social, à la fois culturel et universel, il est par dessus tout essentiel. Il transmet et s'alimente de nos émotions. Bien utilisé, et en ayant conscience de ses bénéfices, il établit une relation saine entre le professeur et son groupe d'apprenants. Il facilite la mémorisation, augmente la confiance en soi, diminue la timidité et encourage l'échange culturel, autant d'éléments nécessaires à l'apprentissage d'une langue seconde. Néanmoins, comme nous avons pu nous en apercevoir, le sens de l'humour ne s'apprend pas, et seul son usage et la familiarisation de l'apprenant avec sa dimension culturelle et ces modes d'expression peuvent petit à petit faciliter sa compréhension et encourager à sa production. Il me semble important de garder à l'esprit que toute chose ou action est plus intéressante, agréable et enrichissante quand elle est divertissante. L'humour ne quitte pas le sérieux du fond, il permet par sa forme d'y réfléchir en profondeur, de le remettre en question. Il développe l'esprit critique et l'ouverture d'esprit. Ayant été élève un certain temps, et en tant que future professeure, je pense que l'espace d'apprentissage doit être un moment plaisant, qui suscite l'envie, qui remplisse d'idées et qui permette un échange, d'entrer en contact avec une autre culture, mais surtout avec l'autre. 48
IX) Ressources Bibliographiques Patrick Charaudeau, Des catégories pour l'humour, article publié dans Questions de Communication, Décembre 2006. Joséphine Rémon, Humour et apprentissage des langues:une typologie de séquences pédagogiques. LIDIL – revue de linguistique et de didactique des langues, UGA Editions, 2013. Brigitte Bouquet, Jacques Riffault, L'humour dans les diverses formes du rire, article publié dans Érès n°2 en 2010, pp.13 à 22. Gérard-Vincent Martin, L'humour en classe de langue : de l'exolingue au translingue, article publié dans Klincksieck n°152, 2008, pp.475 à 484. Valentina Crispi, L'interculturalité, presse universitaire de Caen « Le Télémaque » n°47, 2015, pp. 17 à 30. Pascaline Faure, Pour une pédagogie de l'humour en didactique des langues, article publié dans Cahiers de l'APLIUT, volume 19, numéro 4, 2000, pp.48-61. Robert Escarpit, L’Humour, Paris, PUF (Que sais-je ? n°877), 1987. Daniel Sibony, Les sens du rire et de l’humour, Paris, O. Jacob, 2010. Marie-Claude Chagnon, Humour verbal et communication interculturelle : quand deux traditions se rencontrent, mémoire pour l'obtention du grade de maître ès arts (M.A.), Université de Laval, 1990. 49
Sandra Falcao da Silva, l'humour en FLE : d'une culture partagée aux enjeux de l'altérité. Rana Bekhoucha, L'humour comme vecteur interculturel en classe de FLE, mémoire de master option didactique des langues et des cultures, Université Mohammed Khider de Biskra, 2019. Dr. AL-KHATIB Mohammed, Université Al al-bayt, La Genèse de l'humour Aspects sociolinguistiques et didactiques, 2008. ChantaI M. Dion, Le rire et l’humour dans l’apprentissage et l’enseignement d’une langue seconde,Thèse présentée à l'Université de Montréal en vue de l’obtention du grade de Ph.D. en Sciences de l’éducation – didactique, 2006 Christine Escallier, Pédagogie et Humour : le rire comme moyen de construction d'un public attentif d'une salle de classe, University of Madeira, Portugal, 2009. 50
Podcasts : France Culture, Histoire du rire : Existe-t-il un rire à la française ?, 29/03/2021 France Inter (affaire sensibles), Coluche, « C'est l'histoire d'un mec » qui se présente », 3/12/2020 France Inter (Popopop), Semaine spéciale Coluche, 03/2021 Documentaires : Matthieu Jaubert, « Coluche, une époque formidable » (2021) Nicolas Maupied, Didier Varrod, «Coluche, le bouffon devenu roi » (2016) 51
X) Annexes Annexe 1 : Jeu de cartes humoristique à dessiner 52
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