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Coco Chanel ou le témoignage d’un parcours extraordinaire au XXe siècle : un univers créatif à contre-courant

González Barrigón, Julia

Abstract

Grado en Lenguas Modernas y sus Literaturas

Full text

1 Universidad de Valladolid GRADO EN LENGUAS MODERNAS Y SUS LITERATURAS TRABAJO DE FIN DE GRADO Coco Chanel ou le témoignage d’un parcours extraordinaire au XXe siècle : un univers créatif à contre-courant. Presentado por Dª Julia González Barrigón. Tutelado por Dª Beatriz Coca Méndez. Curso 2020/2021. 2 TABLE DE MATIÈRES. 1 JUSTIFICATION 3. 2 INTRODUCTION 4. 3 BIOGRAPHIE : COCO CHANEL 6. 4 LA MODE ET LE STYLE CHANEL 18. I. LES INFLUENCES ET LE STYLE CHANEL 19. II. LES VÊTEMENTS LES PLUS ICONIQUES DE COCO CHANEL 25. 5 LE PARFUM : CHANEL Nº5 28. 6 LA POSTÉRITÉ DE LA MAISON CHANEL 32. 7 CONCLUSIONS 34. 8 BIBLIOGRAPHIE 37. 3 1. JUSTIFICATION. Tout d’abord, j’ai choisi le thème Coco Chanel ou le témoignage d’un parcours extraordinaire au XXe siècle : un univers créatif à contre-courant, parce que je me suis toujours intéressée à la mode et, plus précisément, aux maisons de couture françaises – Christian Dior, Chanel, Yves Saint Laurent ou Louis Vuitton–, italiennes–Gucci ou Prada– et Balenciaga, comme enseigne espagnole–. Grâce aux réseaux sociaux tels que Instagram, parmi d’autres, nous avons la possibilité d’avoir à la portée de notre vue les productions de la haute couture. C’est ainsi que je me suis intéressée à regarder les défilés de différentes maisons de couture et que j’ai pu apprécier leurs créations comme de vraies œuvres d’art, dans le sens que celles-ci misent aussi bien sur la qualité que sur l’exclusivité. En dehors des réseaux sociaux, lors de mes voyages à Paris et, plus particulièrement, lors de mon séjour Erasmus, j’ai été émerveillée et par le charme de la ville de la Lumière et par le foisonnement des grands magasins de haute couture. Mise à part le côté frivole de la mode, ce qui m’a vraiment intéressé et même choquée, c’est la durabilité de ces productions dans le temps. En d’autres termes, malgré le temps qui passe et les modes qui changent, chaque maison de couture a ses vêtements emblématiques, qui perdurent dans le temps, comme s’ils étaient éternels et, donc, des œuvres d’art. Sans avoir une connaissance ni précise ni préconçue de Chanel en tant que créatrice et couturière ; pour moi, le chic, le charme ou l’élégance de Paris était le reflet de la mode française et, notamment, de Chanel, puisque cette maison s’est dressée comme symbole de l’élégance française dans tout le monde. C’est ainsi que je suis tombée sous le charme de ses sacs magnifiques et célèbres partout dans le monde ; en revanche je suis fascinée, à l’heure actuelle, par la personnalité imposante de Gabrielle Chanel, douée d’une ténacité inébranlable et, donc, toujours prête à relever des défis, dont le couronnement a été de renverser les modèles de la mode féminine. À ma connaissance, le nom Chanel ne représente pas seulement une maison de haute couture –la mode, les accessoires, les bijoux, la parfumerie et la cosmétique–, mais aussi l’histoire d’une femme qui a parcouru le XXe siècle. Or, sa vie et son vécu témoignent son indépendance à l’égard de l’homme par le biais du travail. Au début du siècle, il était très étonnant, voire rare, qu’une femme gagne sa vie et qu’elle en soit fière. Son parcours s’avère aussi l’histoire d’une femme qui a chamboulé les à priori de la mode. 4 Enfin, la structuration de mon TFG a été inspirée par le personnage de Coco Chanel, dont la vie a été guidée par sa passion pour la mode et par son désir de vivre insouciante des conventions sociales. 2. INTRODUCTION. Le 10 janvier 2021 a été commémoré le cinquantième anniversaire de la mort de Coco Chanel, la couturière qui a bouleversé la mode féminine en France pendant le XXe siècle. Il y a cinquante ans que Gabrielle Chanel –couramment appelée Coco Chanel– est décédée à l’hôtel Ritz de Paris. Sa disparition s’est suivie de la fin d’une époque dans l’histoire de la mode, mais aussi le commencement d’un héritage qui continue encore jusqu’à nos jours. Dans ce TFG 1 , nous allons nous intéresser à Coco Chanel, la femme et la couturière, qui s’est opposé aux courants de son temps : les conventions sociales et aussi les modèles vestimentaires consacrés par la tradition ; deux attitudes qui ont bâti le portait de la femme devenue une couturière hors commun. C’est ainsi qu’elle a couronné son emprise personnelle et qu’elle a réussi à commander sa maison de couture pendant soixante ans. Sa conception de la femme– doublée de sa condition de femme couturière– s’est avérée fondamentale dans la concrétisation de ses nouveautés : le pantalon ; les cheveux courts à la garçonne ; le noir comme couleur symbole de l’élégance ; la libération vestimentaire de la femme… Dans le premier chapitre, nous allons traiter le parcours et la vie extraordinaire de cette femme qui, fille d’un vendeur ambulant et d’une paysanne, grandit dans un orphelinat, où elle apprend à coudre et deviendra couturière ; dans le temps, elle sera enfin à la tête de quatre mil ouvrières dans ses cinq magasins à Paris. Nous pourrions alors nous poser plusieurs questions, de cette sorte : comment se fait-il qu’une femme, d’origine si modeste, est devenue le premier nom féminin dans le domaine de la mode, commandé jusqu’alors par des hommes ? La réponse, on le verra, mérite d’être nuancée à la lumière des crises que Chanel a dû endurer : les années 20, le crack du 29, les deux guerres mondiales et, même, son exil en Suisse. 1 Désormais, il sera désigné Mémoire de fin d’études. 5 Dans le deuxième chapitre, nous allons découvrir la signification de la mode pour Mademoiselle Chanel et comment elle – ayant vécu une vie intense pleine de difficultés aussi bien financières que personnelles, mais aussi coloriée de succès – est devenue la pionnière dans l’incorporation des principes de la modernité à la mode –tels la fonctionnalité et la commodité– ; enfin, la gestation et configuration de son style aussi caractéristique que personnel pour après parvenir à l’imposer à sa clientèle. L’un des buts de Chanel a toujours été le fait de libérer les corps de la femme des vêtements contraignants : les ceintures serrées des corsets, les robes volumineuses et longues, les chapeaux grands et lourds … pour les remplacer, finalement, par des silhouettes larges, par des vêtements souples, simples et confortables, inspirés du vestiaire masculin qu’elle portait, elle-même. Si la conception de la mode était mesurée à l’aune de la femme, une question s’est imposée dans notre réflexion : comment peut-on expliquer le refus de ces innovations ? La réponse ne s’inspire ni de la mode ni des courants esthétiques, mais de la sociologie : l’air du temps n’invitait pas vraiment les femmes à se libérer des conventions sociales. Mais, le progrès social va percer de nouveaux chemins, sur lesquels les femmes auront besoin de vêtements confortables, avec lesquels elles pouvaient se sentir à l’aise. Dans ce chapitre, nous allons nous intéresser aussi aux créations les plus significatives, encore emblématique de nos jours. Finalement, dans le troisième chapitre, son parfum Chanel nº5 a attiré notre attention, dans le but de récréer l’atmosphère qui a présidé sa création et la postérité qu’il a connu. Crée en 1921 par Ernest Beaux– parfumeur des tsars de Russie –, Numéro 5 est le parfum le plus vendu dans le monde et un symbole du XXe siècle. De ce fait, nous allons analyser les caractéristiques physiques et olfactives de cette fragrance ainsi que sa répercussion dans l’histoire de la publicité. Pour conclure, dans le dernier chapitre, nous allons nous intéresser aux personnes qui ont été chargées de la direction de la Maison Chanel, dans le but de donner continuation à sa renommés sous le commandement de Karl Lagerfeld –comme directeur créatif– et de Virginie Viard –comme directrice artistique–. 6 3. BIOGRAPHIE : GABRIELLE CHANEL. Les origines de Coco Chanel. Gabrielle Chanel, appelée Coco Chanel, naît le 19 août 1883 à Saumur et meurt le 10 janvier 1971 à Paris. Son père, Albert Chanel, était un vendeur ambulant et sa mère, Jeanne Devolle, était une paysanne de Courpière. Elle meurt à l’âge de 33 ans alors que Gabrielle Chanel en a 12. En 1884, ses parents se marient à Courpière et le couple a quatre enfants : deux filles, Julia Berthe (1882-1912) et Antoinette (1887-1920), et trois garçons Alphonse (1885-1953), Lucien (1889-1941) et Augustin (né et décédé en 1891). L’enfance de Gabrielle Chanel est marquée par la pauvreté. À cause du décès de sa mère, son père confie les deux garçons aux autorités et ils sont placés dans une famille paysanne. Les trois filles sont envoyées à l’orphelinat de l’abbaye cistercienne à Obazine, à Corrèze. Gabrielle Chanel y restera pendant six ans. C’est dans cet orphelinat qu’elle apprend la couture. Cette abbaye cistercienne du XIIe siècle lui marque beaucoup. Chanel racontait que son père était en voyage en Amérique pour s’enrichir, mais la réalité était une autre : ils ne se sont jamais vus pour une autre fois. Elle a essayé de cacher ses origines humbles et de montrer d’autres plus proches à la bourgeoisie. Une fois qu’elle a ses 18 ans, elle étudie dans le pensionnat Notre-Dame de Moulins. Elle y profite pour perfectionner ses aptitudes comme couseuse et elle apprend le métier de couturière. Gabrielle y rencontre sa tante Adrienne, une année plus âgée qu’elle. Elles deviennent inséparables. Toutes les deux avaient beaucoup de choses en commun : elles se ressemblaient beaucoup, elles partageaient un certain sens de la beauté et de l’élégance ; elles passaient pour tous comme sœurs. Gabrielle commence à créer ses chapeaux et ses vêtements et à porter elle-même ses créations. En 1903, elles sont 7 recrutées en qualité de commisses dans un atelier spécialisé en trousseaux et layettes, rue de l’Horloge. Comment est apparue et survenue la nouvelle onomastique de Gabrielle Chanel ? Depuis 1907, Gabrielle chante dans les cafés à Moulins et elle le fait dans l’aprèsmidi à La Rotonde pour des officiers. C’était une tradition d’accompagner l’apparition de Gabrielle avec des onomatopées du caquet des volailles comme ‘Ko Ko Ri Ko’. Gabrielle Chanel gardait de cette époque son surnom Coco car elle chantait Qui a vu Coco sur le Trocadéro ? La chanson avait presque l’âge de la Tour Eiffel et c’était une chanson portebonheur. Gabrielle Chanel est convaincue de sa vocation et elle veut devenir quelqu’un dans le monde de la chanson et s’en sortir de sa situation. Son rêve est d’accéder à l’opérette et son but est de se faire remarquer par un bon garçon. Ce sera à La Rotonde qu’elle rencontre Étienne Balsan, un riche propriétaire de chevaux, qui deviendra son amant et son futur protecteur. Sa famille, appartenant à une classe sociale jamais connue par Gabrielle, était originaire de Châteauroux. Avec lui, elle découvrira la haute société et ses règles, en même temps qu’il l’introduit dans le monde de l’équitation. Alors, Gabrielle déménage et s’installe avec lui dans son château de Royallieu, à Compiègne. La vie aux côtés de Balsan prendra les allures d’un aller-retour d’hippodrome en hippodrome et ce sera dans ce milieu que Gabrielle Chanel se distinguera d’autres femmes par sa façon de monter à cheval, puisqu’elle le faisait à califourchon et pas en amazone et qu’elle portait des vêtements d’un style masculin. En revanche, elle ne portait pas de chapeaux volumineux et coloris, mais des chapeaux simples et bas sur la tête. Un jour, Émilienne d’Alençon –une femme de l’entourage de Balsan– danseuse et courtisane, lui achète un chapeau tout à fait différent à ceux qu’elle portait ; et elle le porte pendant une course de chevaux, elle le portera dans l’admiration des femmes de la bourgeoisie. Est-ce le signe précurseur de sa passion pour la mode ? L’ouverture de la chapellerie en 1910. En effet, Chanel voulait travailler pour gagner sa liberté, d’autant plus qu’elle ne voulait pas dépendre de personne. Les amies de Balsan lui demandent de leur faire des chapeaux comme ceux qu’elle-même portait et, en 1909, elle ouvre sa première 8 chapellerie grâce à l’aide financière d’Étienne Balsan. Celui-ci lui propose également son appartement au rez-de-chaussée du 160, boulevard Malesherbes., qui deviendra un magasin tout petit. À partir de ce moment-là, sa clientèle s’accroît de jour en jour et Gabrielle Chanel propose à Balsan de lui accorder un crédit pour louer une boutique plus importante dans laquelle elle afficherait son nom. Étienne Balsan n’accepte pas cette proposition, car il avait beaucoup de frais à assurer à Royallieu. Par ailleurs, c’est par l’intermédiaire d’Étienne Balsan que Gabrielle Chanel fait la connaissance de son grand amour : Arthur Capel, dit Boy ; pendant dix ans ils vont vivre une liaison amoureuse. Pendant cette période, Arthur Capel essaie de la convaincre d’entreprendre l’ouverture de son premier magasin et, finalement, il lui prête l’argent nécessaire pour travailler dans le domaine de chapeaux. À la fin de l’année 1910, Gabrielle Chanel ouvre sa boutique sous le nom de Chanel Modes dans un entresol au 21 de la rue Cambon, à Paris. Ses créations deviennent, alors, très appréciées, en même temps que sa renommée ne fait que s’accroitre : son style très personnel, ainsi que l’élégance et la simplicité sont montrés pour la première fois. Tout à fait le contraire de ce qui prédominait à l’époque : “jupes longues, chapeaux encombrants, souliers étroits, hauts talons, tout ce qui entravait la marche et rendait nécessaire que l’on aidât les femmes à se mouvoir, donnait bonne conscience aux maris, dans la mesure où ils voyaient là un signe de soumission”, comme le remarque Charles-Roux (1974 : 165). Les nouveaux magasins. C’est en 1913 que Chanel ouvre sa deuxième boutique au cœur de Deauville, rue Gontaut-Biron, rue chic par excellence. Dans ce magasin, elle fait installer un grand store blanc sur lequel apparaît, pour la première fois, son nom en lettres noires. Chanel voit comment sa clientèle augmente et comment sa boutique devient prospère. Mais l’annonce de la déclaration la guerre rend Deauville déserte, bien que bon nombre de femmes de la haute bourgeoisie y trouvent refuge. En outre, sous le conseil de Capel, Gabrielle Chanel ne ferme pas son 9 établissement, qui attire la clientèle féminine de Deauville. Alors, la tenue de guerre devient la tenue du moment par sa commodité. Avec le soutien financier d’Arthur Capel, en septembre 1915 signale l’ouverture de son deuxième magasin à Biarritz, signe de la situation politique en France comme le signale Charles-Roux : “la France assistait à une nouvelle répartition des populations : au front ceux qui souffraient, à Paris ceux qui parlaient, à Deauville ceux qui attendaient et à Biarritz ceux qui profitaient” (1974 : 254). Par ailleurs, le magasin avait un emplacement très convenable, puisqu’il était situé face au Casino et, plus précisément, sur le chemin de la plage et à proximité des clients venus de l’Espagne – pays neutre pendant la guerre –. Dans l’atelier de Biarritz, plus de soixante ouvrières travaillent pour Chanel, c’est en raison de son succès commercial qu’elle peut rembourser Arthur Capel. Au début de l’année 1916, elle gère tout un empire de trois cents employées. Cette même année Chanel impose, par ailleurs, des changements à la mode, qui deviennent déterminants : le droit des femmes au confort, à être à l’aise sans marquer la ceinture ou la poitrine. En 1919, après un voyage en Angleterre, Arthur Capel va annoncer une triste nouvelle à Chanel : il va se marier avec Diana Lister –une jeune veuve––, qui avait attiré son attention à Londres. En outre, Capel est nommé secrétaire politique de la section britannique au Grand Conseil interallié de Versailles. Cela signifie une seule chose pour Chanel : il passera plus de temps en France qu’en Angleterre. Effectivement, il rentre en France comme fiancé de Diana, mais sa relation avec Gabrielle ne change pas. En dépit de cela, Chanel doit chercher un autre appartement pour ne pas vivre sous le toit de Capel dans le boulevard Malesherbes. Elle loue alors un rez-de-chaussée au quai de Billy, où elle vivra ses derniers jours de bonheur ; elle était toute libre et rien ne l’attachait, comme le signale Charles-Roux “Elle n’avait ni famille, ni mari, ni enfants, pas de morts à pleurer, rien ne la force à quitter Paris” (1974 : 287). Cependant, en août, Chanel quitte le 21 de la rue Cambon, où elle avait établi sa boutique comme modiste et s’installe définitivement au 31 de la même rue, mais cette fois-ci en qualité de couturière. Un nouveau changement survient dans la vie de Gabrielle Chanel lorsqu’elle apprend le décès de son grand amour : Arthur Capel ; il meurt le 24 décembre 1919 dans un accident de voiture. Enveloppée dans son chagrin, elle décide de rester cachée trois mois après la mort de son grand amour ; c’est pourquoi elle va errer dans ses villas de La Milanaise au Bel Respiro, en compagnie de ses domestiques Joseph et Marie. Chanel porte le deuil en signe de souffrance et de tristesse, et à un tel point 16 À l’âge de soixante et quatre ans, Chanel s’installe en Suisse sans renoncer à ses visites parisiennes dans sa villa La Pausa. En effet, depuis 1950, elle réside plus fréquemment en France qu’en Suisse À cette époque-là, elle entreprend à nouveau sa lutte contre la Société des Parfums et contre Pierre Wertheimer. Jusqu’au décès des principaux témoins de l’opération Modelhut – Schellenberg, Vera Bate et le Rittmeister Momm –, Chanel vit encore sous la menace de la divulgation de sa participation dans cette opération. L’année 1950 est l’une des plus cruelles de toute sa vie, car sa meilleure amie, Misia Sert, décède. Chanel se trouve ainsi dans une solitude absolue, mais avait-elle déjà cessé d’être seule ? Le retour de Coco Chanel. En 1953, âgée de soixante-dix ans, Chanel retourne à Paris. Elle vend sa villa La Pausa, car huit ans d’exil et quinze ans d’inactivité professionnelle lui ont ôté son illusion d’avoir de vacances. Elle ne souhaite qu’une chambre d’hôtel et un lieu de travail : sa seule raison de vivre. Elle a ainsi l’idée de rouvrir sa maison de couture et de repartir de zéro. Chanel entreprend alors un projet qui entraîne des transformations dans le domaine de la mode, que d’autres créateurs –Balenciaga, Dior, Givenchy ou Lanvin– avaient déjà entrepris. Elle est déçue de la mode de cette époque et persuadée qu’elle n’était pas la plus convenable pour les femmes ; alors, Chanel fait sensation à nouveau avec ses nouvelles créations. Le 5 février 1954, à la réouverture de son magasin parisien, l’ambiance au 31 de la rue Cambon ressemblait la disposition d’un tribunal de justice, car les journalistes britanniques, américaines et françaises semblaient ses membres. Beaucoup de femmes étaient explicitement allées au défilé pour y regarder Mademoiselle. Or, Mademoiselle où se trouvait-elle ? Elle était juste cachée en haut l’escalier, assisse au milieu des miroirs : son endroit préféré, car elle peut observer de là tout ce qui se passait sans être aperçue. La presse ne répond pas très gentiment à son retour. En effet, dans un article Michel Déon remarque “la presse française fut atroce de 17 vulgarité, de bêtise, de méchanceté. On dauba sur son âge, on assura qu’elle n’avait rien appris en quinze ans de silence (…)” 3 . La presse française n’est pas la seule la juger de cette manière, la presse britannique le fait également, à tel point que la maison Chanel se trouve toute vide et sans rendez-vous par la suite. La réaction de Gabrielle ne se fait pas attendre et elle se consacrera à sa collection prochaine en travaillant d’arrache-pied. Dans ce contexte, la Société des Parfums Chanel se demande si continuer à financer l’entreprise d’une personne qui n’intéressait plus. Pierre Wertheimer croit convenable aller voir expressément ce qui se passait chez son associée. Un fois sur place, il va constater l’élan et le travail bien fait, tout comme l’envie de réussir de la couturière. C’est ainsi qu’il lui fait confiance et que le lendemain il communique à ses collaborateurs sa décision de miser sur Chanel. La reconnaissance de Chanel se produit d’abord aux États-Unis, où ses premières créations de la réouverture accueillent un grand succès. Avec cette collection, les Américains veulent redécouvrir la Coco Chanel que certains avaient déjà connu aux années 30, lors de sa visite à Hollywood. Life –la revue la plus lue des États-Unis– est catégorique sur le travail de Coco Chanel et, plus précisément, sur la troisième collection : elle a dépassé les catégories de la mode, parce que devenue une vraie révolution. Malgré toutes les difficultés rencontrées, Chanel parvient à modifier la façon féminine de s’habiller et elle impose aux gens communs un style qui mélange la rigueur et la sobriété. À ce propos, François Giroud 4 précise « elle est furieuse et droite comme une capitaine sur le pont d’un vaisseau qui sombre ». La décadence et la mort de Coco Chanel. Son succès est flagrant, alors qu’elle se trouve dramatiquement seule. Elle a des gens dans son entourage, mais elle sait bien qu’ils tirent profit de sa présence, ce qu’elle va endurer pour adoucir la solitude complète. Depuis son retour de son exile, déjà 17 ans, Chanel se voue à son travail sans négliger ses anciennes habitudes : de l’atelier à sa chambre du Ritz, une promenade deux fois par semaine et quelques jours de congé par an. Par suite de rythme de travail, elle commence à souffrir des crises de somnambulisme. Le 10 janvier 1971, Gabrielle Chanel meurt à l’âge de 88 ans dans sa chambre de l’hôtel Ritz. Tout en respectant le traditionnel jour du repos, Mademoiselle est partie très 3 « Un flair sans pitié » dans Les Nouvelles littéraires publié le 21 janvier 1971. 4 François Giroud dans L’Express le 18 janvier 1971. 18 discrètement, bien qu’accompagnée de sa fidèle Céline. Au moment des adieux, Chanel exclame son dernier soupir : “C’est comme cela que l’on meurt”. Sa disparition s’accompagne, cependant, du succès retentissant de sa nouvelle collection : « Que ma légende fasse son chemin, je lui souhaite une bonne et longue vie » 5 . 4. LA MODE ET LE STYLE CHANEL. Le style Chanel et ses créations sont basés sur les influences que Gabrielle reçoit tout au long de sa vie. Elle considère la mode un métier et pas un art, car la création est un don artistique, soit : l’inspiration et les apports de son temps. C’est ainsi que Chanel fait la différence entre ces deux aspects : faire la mode et créer la mode, parce que la création artistique dépasse l’élaboration purement physique des vêtements. Quiconque peut faire la mode et suivre les tendances du moment en reproduisant ce que d’autres ont déjà fait, alors que créer la mode, c’est avoir une idée bien précise de ce que l’on va créer. D’après Paul Morand (1996 : 203), la mode dépasse –pour Chanel– largement le domaine des robes, puisque la mode est par tout, et ce qui plus est : elle tient aux idées, aux mœurs, aux événements. Voilà pourquoi Chanel considère la mode un état d’âme, « plus précisément le sien, qui se promène dans la rue, sans savoir qu’elle existe jusqu’à ce qu’elle l’ait exprimée à sa manière » (1996 : 205). Comme Morand le signale, Chanel a fait de la mode pendant vingt-cinq ans, car elle a su exprimer son temps. Elle a fait la mode parce qu’elle a vécu la vie de son temps et qu’elle s’est inspirée de son mode de vie moderne, dans le but de créer les vêtements pratiques et commodes qu’elle portait. Dans un premier temps, elle invente ainsi le costume de sport pour elle-même et pas pour les autres femmes, de la même manière qu’elle ne fait pas de sorties pour faire la mode, mais qu’elle fait de la mode parce qu’elle fréquente de milieux très divers, comme le remarque Paul Morand (1996 : 203-204). Elle portera un vêtement ou un autre en fonction de l’activité à faire. En outre, Chanel défend l’idée personnelle que la mode s’est faite à Paris, car depuis des siècles les gens s’y rencontraient. Cependant, pour elle, la mode n’a pas un sens spatial, mais temporel. 5 https://inside.chanel.com/fr/timeline/1971_may-my-legend-prosper 19 4.1 Les influences et le style Chanel. L’abbaye cistercienne du XIIe siècle à Obazine, où elle passe son enfance, lui marque fortement, aussi bien dans le domaine personnel que dans l’esthétique de ses créations, du fait de son austérité, sa sobriété et sa simplicité. Cette influence se reflète alors dans les futures collections de Chanel par l’emploi des lignes épurées ou des couleurs sobres tels que le noir, le blanc ou le beige…. De ce point de vue, Paul Morand reprend les mots de Mademoiselle : « les femmes pensent à toutes les couleurs, sauf à l’absence de couleurs. J’ai dit que le noir tenait tout. Le blanc aussi. Ils sont d’une beauté absolue. C’est l’accord parfait. Mettez des femmes en blanc ou en noir dans un bal : on ne voit plus qu’elles » (1996 : 219). Au début du siècle, pendant sa liaison Étienne Balsan – le riche propriétaire de chevaux – Chanel porte des vêtements proches du style masculin de cette époque : le cardigan ou le pantalon. En plus de son style masculin, elle se fait distinguer chez les femmes de son entourage par sa façon de monter à cheval, car elle le faisait à califourchon. Elle porte habituellement des jupes longues et volumineuses, des pardessus, des chemises à col rigide, des chaussures plates et des chapeaux qu’elle-même faisait. Cette combinaison d’une ambiance de sport en plein air à la campagne avec un style masculin et vêtements confortables va commencer à constituer le style Chanel, sans oublier les chapeaux. Quant à sa chapellerie, elle vend des chapeaux simples et élégants, contrairement à la mode de l’époque des chapeaux volumineux et colorés. Après l’ouverture de Chanel Modes – son premier magasin à la rue Cambon –, Chanel est sûre de la façon dont elle voulait habiller les femmes : vêtements pratiques et commodes sans décoration, mais enrobés d’une certaine élégance. Son seul but est d’offrir le confort aux femmes par le biais des vêtements larges et décontractés, mais sans perdre une certaine touche sophistiquée. Comme on l’a déjà indiqué, en 1914 Chanel maintient ouvert son magasin de Deauville et réussit toujours à attirer la clientèle féminine bourgeoise de la ville. C’est ainsi que la tenue de guerre de Chanel devient la tenue du moment grâce à sa commodité : « Une jupe droite au ras du sol, laissant à peine apparaître un bout de pied, une marinière, un chemisier, des souliers à talons bottiers, un chapeau sans la moindre garniture, une paille toute nue, c’était cela sa tenue de guerre » (Charles-Roux, 1974 : 236). Pendant les derniers mois de 1914, la guerre apporte la liberté des femmes : elles commencent à se montrer seules dans l’hôtel Ritz sans l’autorisation de leurs maris ; à fréquenter les bars 20 ou les bistrots, lieux interdits jusqu’alors aux les femmes en temps de paix. En ce sens, le fait de s’adresser directement à un serveur, d’accompagner sur la même banquette un politicien ou d’assister à une discussion entre spéculateurs... était le signe des temps modernes, comme le suggère Charles-Roux, (1974 : 249). Heureusement, le magasin de Chanel nº 21 de la rue Cambon est sur le chemin quotidien de ces femmes, qui, pour la première fois, se rendaient à Paris. Rien ni personne ne pouvait empêcher que la guerre rapproche la femme ce qu’elle a toujours eu hors de portée : sa propre liberté. Étant donné que le magasin de Deauville avait eu un grand succès, le projet de Chanel est alors d’ouvrir un nouveau magasin à Biarritz, ville proche de l’Espagne et qui fournit éventuellement et des matières premières et une probable clientèle. L’atelier de Biarritz travaille alors au maximum avec plus de soixante ouvrières. À son retour à Paris, Chanel ravitaille le nouveau magasin de matériel de la rue Cambon, alors que sa sœur Antoinette reste la responsable de la maison de Biarritz. C’est ainsi qu’au début 1916 Chanel consolide son entreprise : elle est à la tête de 300 ouvrières. Dans l’espoir d’offrir plus de nouveautés à sa clientèle, Chanel décide d’essayer un matériel qui ressemble le plus à un tricot, employé par les paysans et les soldats. Chanel trouve un fabricant qui lui propose un matériel pas encore utilisé et qui lui-même considérait inutilisable : le jersey, destiné fréquemment aux sous-vêtements des hommes. C’était un tricot fait sur machine. Même si ce matériel était considéré très pauvre, Chanel crée des collections tout complètes et parvient à doter ce jersey d’une telle élégance qu’il devient le vêtement le plus chic du moment. La fantaisie de la création se projette dans la disparition de la décoration au profit de la ligne, c’est-à-dire, les robes à corset, les courbes, l’accentuation de la ceinture et de la poitrine disparaissent pour faire place à la simplicité, à la commodité et à des vêtements décontractés. Le pas suivant dans la modernisation de la couture se concrétise dans l’ennoblissement des matériaux pauvres, tout comme un changement de perspective auprès de la femme. Ainsi, le droit des femmes au confort, à se sentir à l’aise dans leurs vêtements, à la liberté des mouvements et à ne pas être serrées ni sur la poitrine ni sur la ceinture va bouleverser certains aspects de la mode. De ce point de vue, Chanel est sûre et certaine de sa façon d’habiller les femmes : des robes qui ne marquent ni la ceinture, ni la poitrine, ni les hanches ; des jupes raccourcies qui montrent la cheville et qui permettent les femmes de marcher droites… Chanel apporte donc une révolution dans la mode féminine, dans laquelle la simplification remplace la fantaisie, c’est ainsi que 21 Mademoiselle marque la fin d’une mode très ancienne pour elle et qu’elle change fortement la mode de tous les jours. L’univers de la culture et des arts plastiques signalent un nouveau tournant dans l’évolution esthétique de Chanel. C’est grâce à sa liaison avec le duc Dimitri Pavlovitch que Chanel découvre la culture slave, reflétée dans ses collections. Elle commence à apprécier l’univers de la pelleterie et des brocarts byzantins, c’est pour cette raison qu’elle décide d’apporter une allure russe à sa nouvelle collection. Chanel adopte de la tradition slave les manteaux en fourrure, les bijoux byzantins, les fourrures et la roubachka – une blouse typique portée par les paysannes russes –. Des motifs traditionnels slaves, élaborés à partir des perles et brodés, se distinguent dans ses vêtements des années 20. Dans sa fréquentation de milieux de provenances diverses, elle ne va pas négliger l’influence anglaise. Dans ses voyages en Angleterre en compagnie du duc de Westminster, Chanel est fascinée par les tweeds écossais, les gilets portés par les domestiques de Eaton Hall, la tenue des marins du Cutty Sark, leur vareuse à boutons dorés et leur bonnet posé au ras des sourcils. Chanel prend et fait sienne l’habitude anglaise de vivre en chandail, mais elle lui donne sa touche personnelle avec quelques bijoux. D’après Charles-Roux, de 1926 à 1931 la mode Chanel est anglaise : « Jamais on n’avait vu chez elle autant de vestes, ‘de coupe résolument masculine’, disaient les journaux, autant de blouses et de gilets à larges rayures, autant de manteaux « pour le sport », autant de tailleurs et de tenues « à porter aux courses » (1974 : 442). Dans le but de continuer à offrir d’une façon parallèle quelques nouveautés et une certaine commodité, en 1926 l’édition américaine de la revue Vogue prédisait qu’une certaine robe d’une déconcertante simplicité allait devenir une sorte d’uniforme unanimement adopté par les femmes françaises. « Sans col ni poignets, en crêpe de Chine noir, à manches longues et très ajustées, blousant sur les hanches que la jupe enserrait et moulait étroitement, c’était une création Chanel, un simple fourreau », comme Charles-Roux la décrit (1974 : 431). Afin que ses lectrices admettent que le succès de cette robe se doit à sa commodité et même à sa simplicité impersonnelle, Vogue la compare alors à une automobile. Cette similitude en 22 garantissait la qualité. Et en appliquant ce principe à la mode, en général, et à cette robe noire en particulier, le journal concluait : « Voici la Ford signée Chanel » (Charles-Roux, 1974 : 431). Dans le contexte des années 30 – où Chanel commençait à fréquenter des nouvelles amitiés du monde artistique et où son nom connaissait un tel succès qu’il commence à être reconnu mondialement –, Gabrielle Chanel voyage à Hollywood pour travailler avec Samuel Goldwyn, comme on l’a déjà signalé. Le but de Goldwyn était d’attirer les femmes pour aller au cinéma, où elles découvriraient non seulement des actrices, mais aussi la mode et les tendances de l’époque. Cette proposition garantit à Chanel de faire son étalage de la mode parisienne, aussi bien par le moyen des actrices que par le biais de la vie quotidienne. Il ne s’agissait pas d’habiller les actrices mais de réformer le goût vestimentaire de grandes femmes du grand écran. Chanel participe aux trois films sous la production de Samuel Goldwyn: Palm Days (1931), Tonight or never (1931) et The Greeks had a word for them (1932). En ce moment, après une période de crise économique, la société américaine veut s’évader à travers le cinéma et contempler aussi un luxe exubérant, y compris la fantaisie, l’éclat… Malgré toutes ces nouveautés, la mauvaise considération du noir et du beige sur le grand écran – des couleurs très présentes chez Chanel –, la couturière reçoit de bonnes critiques pour les costumes dans ces films. Mais, après le premier film, les acteurs habillés par Chanel se rebellent, car ils n’acceptent pas de se faire imposer les créations d’une même personne dans tous les films, même s’il s’agit de Coco Chanel. En outre, ils refusent également d’être colonisés par une femme française. Malgré le succès qu’elle récolte, Chanel ne réussit pas à s’intégrer tout à fait à Hollywood. Étant donné qu’à Paris elle était la patronne, elle imposait alors ses idées et ses designs à ses ouvrières et à sa clientèle. Cependant, elle se trouve à Hollywood face à un système de travail et des règles qu’elle ne maitrise pas vraiment. À tel point qu’elle modifie l’accord avec le producteur, Samuel Goldwyn, et rentre en France dans le but de poursuivre sa vie d’avant dans son atelier parisien, ce qui entraîne que les actrices s’y rendent pour se faire prendre les mesures et essayer les vêtements. Par ailleurs, les vêtements Mademoiselle semblent trop simples et voire austères pour certains spectateurs américains. Les vêtements devaient ainsi mettre en valeur l’actrice et son personnage ; l’élégance de Chanel était pourtant si simple et austère qu’elle n’exploitait 23 pas la figure de la femme. En somme 6 , la sobriété de Chanel, ainsi que le luxe et les paillettes d’Hollywood ne se sont pas bien compris à ce moment précis. À son retour en France, Chanel avait acquis un certain prestige au niveau professionnel grâce à sa créativité. Étant donné qu’elle avait voyagé en Amérique, elle acquiert alors une notoriété internationale. Elle commence à être connue par des spécialistes en décors et mode 7 , et elle fait aussi la connaissance de directeurs artistiques – tels que Mitchell Leisen – de dessinateurs, de producteurs et de directeurs comme Cecil B. De Mille et des stars du showbizness du moment, c’est le cas de Katharine Hepburn, Marlene Dietrich, Claudette Colbert ou Fredric March. Ces fréquentations et son rapport avec la vie artistique américaine laisse supposer que Chanel se plait en Amérique. C’est là qu’elle a fait fortune et, d’un point de vue personnel, beaucoup d’Américains la perçoivent comme symbole de la France. Dans le même esprit innovateur de Mademoiselle, l’Union des Diamantaires lui propose l’idée de promouvoir leurs gemmes. À partir de celles qu’on l’avait confiées, le 7 novembre 1932, Gabrielle Chanel présent sa première et sa seule collection de Haute Joaillerie : Bijoux de diamants. L’exposition comprend quelques pièces articulées et transformables, conçues par Chanel et taillées exclusivement en diamant, selon sa conception 8 : « Si j’ai choisi le diamant, c’est parce qu’il représente la valeur la plus grande sous le plus petite volume » l’affirme la couturière. Comme Charles-Roux (1974 : 501-502) le signale, dans l’exposition une éclatante rénovation des formes, des bracelets tous transformables était perceptible et évidente ; un bijou était susceptible de se transformer en quatre différents ; de colliers qui s’étendaient autour des épaules contrairement aux camées ; de fines barrettes invisibles fixés à la chevelure en forme de croissant de lune au lieu des tiares et des soleils blancs pendus à de longues chaînes au lieu de broches. « Et dont le plus célèbre était la ‘frange Chanel’ : il formait une frange de 6 https://www.xlsemanal.com/estilo/moda/20170421/cine-moda-el-flirteo-de-coco-chanel-conhollywood.html 8 https://www.chanel.com/fr/haute-joaillerie/collection-1932/ 24 diamants d’égale grosseur sur le front et tombait en forme de rideau jusqu’aux sourcils », selon la description d’Edmonde Charles-Roux (1974 : 502). Les dessins – représentant des thèmes atemporels tels que la plume, la frange, le ruban ou le soleil et les étoiles – sont exposés sur des bustes en cire, dotés d’un étonnant réalisme et entourés d’un fond de miroirs où les diamants se reflètent. Ces bijoux, bouleversant la joaillerie de l’époque, sont conçus pour des femmes émancipées et symbolisent l’audace, la féminité et la liberté. C’est curieux qu’une femme –qui n’était ni diamantaire ni joaillier et qui était la championne des bijoux fantaisie– organise une telle exposition dans l’espoir de renouveler l’art de la joaillerie. Malgré le grand succès de l’exposition, les joailliers de la Place Vendôme lui considèrent une simple couturière. En 1947, Chanel se retrouve avec une nouvelle concurrence qui supplantait son travail : le new-look crée par le couturier Christian Dior, encore inconnu dans le domaine de la mode de cette époque-là. Le new-look conçoit une silhouette caractérisée par des larges jupes, des corps moulants, des décolletés prononcés et des tailles de guêpe. Christian Dior rend à nouveau la position dominante tant dans la matière de la mode que dans le textile à la France. L’industrie de la mode se transforme au fur et à mesure que la célébrité de Dior devient de plus en plus internationale, contrairement à la maison Chanel, qui tombait dans l’oubli et commençait sa période de décadence. La haute couture, qui avait été menée par des femmes jusqu’alors, commence ainsi à être dirigée par des hommes. Comme Edmonde Charles-Roux le signale, Chanel était sûre que le grand succès du nouveau couturier n’était que le retour en arrière et que les femmes habillées par Dior arriveraient à un point où elles ne souhaiteraient qu’enlever les moulins, les guêpières, les balconnets, les lourdes jupes entoilées, les rubans et les dentelles. Le but de Chanel a été toujours d’habiller les femmes en accord avec leur temps et ne pas retourner au corset, qu’elle avait quitté à ses débuts de couturière. (1974 : 626). En 1953, Chanel recommence son travail après son exile avec l’intention de renouveler encore une fois la mode de l’époque et, c’est le 5 février de l’année suivante que Chanel rouvre son magasin de la rue Cambon pour présenter sa nouvelle collection. Elle parvient à comprendre que le plus important était plaire à un public. D’ici naît donc son succès, lequel elle considère qu’elle le doit à la société masculine. Avec cette nouvelle collection, Mademoiselle fait sensation à nouveau en s’opposant au new-look de Christian Dior. Elle supprime tout type de guêpière et le remplace par des tailleurs et des robes beaucoup plus confortables. Chanel fait de la haute couture et de la mode une absolue révolution, en imposant ses principes, basés sur le confort et l’élégance. 25 4.2 Les vêtements les plus iconiques de Coco Chanel. À partir de 1913, Chanel fait sien le motif à rayures utilisé dans les tricots des pêcheurs bretons. Elle adopte alors ce vêtement et l’inclut dans sa garde-robe quotidienne. Après avoir réinventé la manière de s’habiller des femmes de la côte bretonne, la marinière devient ensuite l’un des vêtements préférés du vestiaire des femmes françaises. Malgré la révolution qui entraîne le fait de s’approprier un vêtement d’origine modeste et masculin, la marinière devient ainsi un basique intemporel et un symbole d’élégance, à tel point que des intellectuels, des artistes et des acteurs – tels que ou Jean Paul Gaultier, Pablo Picasso, Brigitte Bardot, Marilyn Monroe, Audrey Hepburn, Jean Moreau, Anna Karina – l’ont aussi portée. En 1955, Chanel crée son sac le plus célèbre : le sac 2.55. Il doit son nom à sa date de création, février 1955. C’est un sac élégant et sophistiqué, caractérisé par sa forme rectangulaire et son extérieur matelassé en couleur noir en cuir, avec des chaînes à œillets dorés et un joli fermoir À l’époque, ce concept de sac n’existait pas, car les sacs étaient portés à la main ou sur l’avant-bras, s’ils disposaient des anses. Ce genre de sac compliquait la liberté des mouvements de la femme, c’est pourquoi Chanel décide d’ajouter des chaînes métalliques dorées, flexibles et réglables, qui permettent de porter le sac aussi bien à la main qu’à l’épaule, selon la façon dont on porte les chaînes, longues ou courtes. C’est alors la première fois qu’on utilise un élément fonctionnel et simple, la chaîne – utilisée avant dans l’ourlet des vestes en tweed pour qu’elles aient du poids et du tombé –, comme pièce décorative qui embellit le sac. Le fermoir est une attache rectangulaire fermée par un bouton rotatif. Depuis la nomination de Karl Lagerfeld, comme directeur créatif de la maison, le fermoir est remplacé par le double C du logo Chanel. (2017 :67) 32 6. LA POSTÉRITÉ DE LA MAISON CHANEL. Après le décès de Mademoiselle en 1971, la maison Chanel reste presque dix années sans but fixe. C’est pour cette raison que la famille Wertheimer –propriétaire de la firme– propose, au début des années 80, à Karl Lagerfeld le projet de dépoussiérer la maison. Comme celui-ci le remarquera des années après son début dans la maison : Lorsque je suis entré dans la maison, personne ne voulait ni mettre ses vêtements ni porter ses accessoires. Personne ne portait Chanel. Alors je l’ai accepté comme un défi. Les propriétaires m’ont donné carte blanche pour mes créations, pour faire quelque chose qui marche bien, mais sans aucune pression. Si je n’y réussissais pas, ils vendraient la maison : mais ils ont insisté sur le fait que mon arrivée s’accompagnerait du succès, et cela a été ce qui s’est produit comme ça. J’ai été attiré par l’idée de donner vie à quelque chose qui était déjà morte. 16 Karl Lagerfeld (Hamburg,1933–Paris,2019) est un couturier d’origine allemande, qui à l’âge de 12 ans déménage à Paris pour poursuivre ses études. Il y travaille comme assistant dans l’atelier de Pierre Balmain (1955-1958) et devient aussi le directeur artistique de Jean Patou dans les années 60, dans le contexte de la naissance de l’une des plus grandes révolutions de la mode, soit : le prêt-à-porter. Il décide alors de travailler indépendamment pour différentes maisons de couture. C’est ainsi qu’en 1964, Lagerfeld devient le directeur créatif chez Chloé et collabore avec Fendi l’année suivante. C’est en 1983 que Karl Lagerfeld prend sous sa main les commandes de la maison Chanel en tant que directeur créatif. Lorsque cette société frappe sa porte, il était conseiller en mode pour des marques comme Trevira, ainsi que propriétaire de sa ligne de lingerie et désignateur de chaussures pour Charles Jourdan ; de pulls chez Ballantyne ; et de collections d’homme et de femme pour la marque japonaise Isetan. Or, pendant presque toute sa période chez Chanel, il a concilié ses collaborations avec d’autres marques comme Fendi, ses collections pour des entreprises –telles que Diesel, H&M ou Woldford– et les publicités de sa propre marque –K Karl Lagerfeld– avec le travail comme directeur créatif de la maison Chanel. En somme, son talent et son génie lui ont permis de réinterpréter l’esprit Chanel à maintes reprises, mais avec les matériaux de son temps en s’adaptant aux temps nouveaux. De ce fait, il relance, 16 www.vogue.es/moda/news/galerias/hitos-karl-lagerfeld-en-chanel/13222. C’est nous qui avons fait la traduction. 33 réinvente et revendique l’héritage de Mademoiselle, tout en imposant ainsi son style mais sans ignorer celui-ci de la créatrice. En outre, le couturier parvient à donner une allure nouvelle sans perdre son essence originale à des classiques comme les souliers bicolores –transformés en ballerines, bottes ou sandales– ou bien le sac 2.55, rénové en Chanel 19 et devenu incontournable. Il confirme ainsi qu’il n’y a rien de plus éternel que ce qui est capable de changer constamment. Son héritage comprend, donc, une multitude des pièces atemporelles à l’écart des tendances, dans la lignée de son grand intérêt envers les artisans –il utilisé fréquemment dans ses créations des dentelles de Lesage, des plumes de Lemarié ou des boutons de Desrues– ; sans négliger son intérêt envers la renaissance des classiques de la mode. En effet, d’après Karl Lagerfeld « Coco a tout crée de la mode contemporaine, sauf le jean ». 17 Par ailleurs, le kaiser de la mode est, en outre, le pionnier dans la mise en place de surprenantes scènes pour ses défilés. Il conçoit les espaces emblématiques en correspondance avec des vêtements iconiques. Il intègre un spectacle somptueux avec sa vision particulière du changement social par le biais des vêtements. Seulement une personnalité comme la sienne pouvait oser faire un show si extraordinaire. En plus, Lagerfeld reprend aussi la fleur des fragrances Chanel et fait perdurer ce mélange singulier d’élégance et inattendu : le camélia. En 2019, le couturier allemand meurt après avoir assuré trente-six ans à la tête de l’une des maisons de couture les plus importantes du monde : symbole de la haute couture et de l’élégance. Après lui, Virginie Viard 18 –son bras droit– reprend les commandes de la maison et s’occupe de la direction artistique. Elle devient ainsi la première femme à diriger la maison après Mademoiselle. Opposée aux patrons classiques et formels de Lagerfeld, Viard mise sur une silhouette plus légère et contemporaine. Cependant, tous les symboles de la maison – transformés par Lagerfeld en de vrais icônes– sont aussi présents dans la nouvelle couturière. 17 https://elle.fr/Mode/Dossiers-mode/Pourquoi-Coco-Chanel-fascine-875833 18 https://elpais.com/elpais/2019/05/03/estilo/1556891142_407447.html 34 7. CONCLUSIONS. Après avoir parcouru et, par conséquent, découvert la vie extraordinaire de Gabrielle Chanel, nous nous sommes intéressés aussi bien à son style, à ses influences et à ses valeurs. Dans le domaine de la création, le parfum Numéro 5, enveloppé de son aura et de son histoire, se dresse comme symbole incontournable de la maison Chanel, ce qui conduit irrémédiablement à parcourir la postérité de cette firme mais dépourvue de la présence imposante de Mademoiselle. Ainsi, la séquence de ces trois haltes dans la vie de Coco Chanel rend possible de percevoir et d’apercevoir l’importance de cette couturière –objet de la documentation de Mémoire de Fin d’Études– : l’iconique, la portée de la femme et, finalement, la consécration de l’artiste, comme le consigne Collins (2017 : 636). Quand une série d’icônes suffit pour reconnaître un artiste, nous mesurons à quel point son travail a pénétré notre esprit et notre culture. […] Chanel est l’étoile de la France… malgré son âge, elle étincelle… la femme la plus impétueuse, la plus brillamment insupportable que la terre ait portée. […] De ce siècle, en France, seuls trois noms resteront : De Gaulle, Picasso et Chanel. Nous pourrions alors nous poser plusieurs questions à l’égard de son succès foudroyant, malgré ses origines si modestes ; sa répercussion tellement puissante dans le monde de la mode et la recherche sans cesse de son indépendance et de l’émancipation de la femme : Comment se fait-il qu’une femme passe d’une telle pauvreté à une telle aisance ? D’une enfance défavorisée dans un orphelinat à mener une vie frénétique en fréquentant la société mondaine, soit : les grands artistes, les aristocrates et les hommes politiques de son temps ? Comment se fait-il qu’elle ait vécu pendant 30 ans à l’hôtel Ritz ? Comment se fait-il qu’elle ait su faire face à plusieurs crises comme celle des années 20, le crack du 29, les deux guerres mondiales et un exil en Suisse ? Comment se fait-il que cette femme ait parvenu à renouveler le vestiaire féminin deux fois dans le même siècle : l’un au début du siècle à ses débuts et l’autre aux années 50, à son retour de son exil ? Comment se fait-il que cette femme ait voyagé pour le travail à Hollywood ? Et, enfin, une question concernant sa vie privée et intime : comment se fait-il qu’elle ait eu plusieurs liaisons et, cependant, qu’elle n’ait pas d’enfants ? Ces questions, certainement, rhétoriques ne peuvent pas cacher le poids d’un caractère déterminant. Car Gabrielle Chanel est une femme investie d’une forte personnalité, qui lui a permis de devenir la figure emblématique qu’elle est toujours à 35 l’heure actuelle. Par ailleurs, elle a fait preuve d’être une femme courageuse, libre, rebelle… comme l’on dirait en espagnol : empoderada. Elle a toujours fait ce qu’elle a voulu et elle a toujours recherché sa liberté et son indépendance ; enfin, Mademoiselle n’a pas connu d’autre ambition que son indépendance sans la tutelle de l’homme, ce qui lui a permis de se voir attribuer de ces mots : « Lorsque je suis sortie de l’orphelinat, je me suis promis deux choses : ne dépendre jamais d’un homme et devenir riche 19 ». En ce sens, elle a été une femme douée d’une forte assurance à un tel point de défier les impératifs féminins de l’époque sans s’inquiéter des racontars. Elle a ainsi triomphé dans une société élitiste à l’esprit fermé, et qui avait du mal à comprendre et sa philosophie de vie et sa façon de s’habiller. En somme, Gabrielle Chanel est restée fidèle à son style et à ses valeurs dès ses débuts jusqu’à la fin de ses jours. Elle refusait la façon féminine de s’habiller à l’époque, alors qu’elle est parvenue à imposer son style : mélange de confort et d’élégance. De ce point de vue, la hantise du confort, synonyme de commodité vestimentaire chez les femmes, sans négliger le côté chic, devient une constante dans les créations de Mademoiselle. Contrairement à l’extravagance et les tissus encombrants d’une mode très élaborée, lourde et oppressive, Chanel a toujours misé sur la simplicité et le côté pratique des vêtements. Par ailleurs, c’est pour la première fois que la mode féminine a été créée par une femme, menant une vie active et travailleuse, qui avait alors besoin d’être à l’aise dans ses vêtements. De ce fait, Mademoiselle a toujours été son meilleur mannequin et même l’ambassadrice de sa maison à elle, puisque Gabrielle était la première à porter ses créations. En raison de son style de vie, elle introduit le concept de confort et de liberté de mouvement dans la haute couture. On dit qu’elle pratiquait de la gym dans ses propres vêtements pour en éprouver la commodité, comme le remarque Collins (2017 : 41). Gabrielle Chanel a toujours soutenu qu’une femme pouvait être élégante en même temps qu’être à l’aise. Comme nous l’avons déjà signalé, Chanel a créé des vêtements qui ont permis aux femmes d’être plus libres et indépendantes, en participant ainsi à l’émancipation de la femme. Elle a ainsi offert aux femmes le moyen de se libérer des contraintes du vestiaire féminin de l’époque. De cette façon, Chanel est parvenue à offrir 19 https://wokii.com/people/celebrities/coco-chanel-50-anosmuerte/#:~:text=Sobreponerse%20a%20la%20adversidad%20fue%20una%20constante%20en%20su%20 vida.&text=Despu%C3%A9s%20de%20que%20su%20madre,que%20triunf%C3%B3%20contra%20tod o%20pron%C3%B3stico C’est nous qui avons fait la traduction. 36 une nouvelle portée à la mode, tout en remplaçant la frivolité par le confort et l’élégance ; or, elle fait progresser la mode et la haute couture en faveur des femmes. Pour conclure, nous pouvons signaler que Gabrielle Chanel a créé un style intemporel qui perdure de nos jours. À l’heure actuelle, nos vêtements s’inspirent encore de ses créations et de ses apports à la mode, et c’est pourquoi ils sont devenus basiques et atemporels. Non seulement ses nouveautés sont présentes maintenant, mais ses idées féministes sont toujours valables et en vigueur, puisque sa conception de la femme et de sa façon d’agir ne sont que le prolongement de sa façon de penser. Enfin, Mademoiselle symbolisait la femme libre et fière d’elle-même, en même temps qu’elle affichait sur ellemême le charme et le chic parisien. Toute une génération de femmes a ainsi adopté non seulement son allure mais, qui plus est, son héritage le plus précieux : son esprit. « Je ne fais pas la mode. Je suis la mode. » 37 8. BIBLIOGRAPHIE. Bibliographie CHARLES-ROUX, Edmonde (1974). L’irrégulière. L’itinéraire de Coco Chanel. Paris : Éditions Grasset & Fasquelle. COLLINS, Sophie (2017). Biographic Coco. Paris : Éditions J’ai lu. LOPEZ GARCIA, Daniel (2020). Mitos de la moda. Coco Chanel. 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