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Irène Némirovsky et le rôle des femmes pendant l’Occupation à travers son roman « Suite Française »

Esteban Rodríguez, Sonia (Facultad de Filosofía y Letras)

Abstract

Departamento de Filología Francesa y Alemana

Full text

1 GRADO EN LENGUAS MODERNAS Y SUS LITERATURAS TRABAJO FIN DE GRADO Irène Némirovsky et le rôle des femmes pendant l’Occupation à travers son roman « Suite Française » Presentado por : Dª Sonia Esteban Rodríguez Tutelado por: Dª Ainhoa Cusácovich Torres Curso 2020-2021 3 TABLE DES MATIÈRES SUITE FRANÇAISE Irène Némirovsky. RESUMÉ : ................................................................................................................ 4 1. Motivation et justification. .................................................................................. 5 1.1. Une histoire qui mérite d’être racontée. ......................................................... 5 1.2. Méthode et parties du travail .......................................................................... 6 2. Le contexte historique et l’œuvre littéraire. ...................................................... 7 2.1. L’Occupation en France : S’enfuir ou résister. .............................................. 7 2.2 Suite Française : le portrait des familles, des histoires qui se croisent. ........ 12 3. Les tensions et visions kaléidoscopiques comme mécanisme narratif. .......... 16 3.1. Les tensions entre les classes sociales. ......................................................... 17 3.2. Les femmes comme moteur de la société. .................................................... 18 3.4. La femme comme faible et protectrice (L’idée de la mère courageuse et la femme qui a besoin de protection) ...................................................................... 21 3.5. Évolution de l’esprit : « Rage, désespoir, résignation et conformisme » ..... 24 3.6. Individuel et collectif : la nature comme métaphore. ................................... 27 4. Conclusions ......................................................................................................... 31 5. Bibliographie. .................................................................................................... 33 Sitographie .......................................................................................................... 34 Filmographie ....................................................................................................... 35 4 RESUMÉ : Comme Myriam Anissimov prévient dans la préface du livre, l’histoire de « Suite Française » mérite d’être racontée, et pour m’en tenir à ces mots, je vais analyser l’histoire vécue pendant cette période, revue et présentée à travers l’œuvre de Némirovsky. Le plus intéressant de ce projet, c’est qu’Irène, auteure de l’œuvre, en faisant partie d’un niveau social élevé, souffre les évènements arrivés en tant que juive et femme. Grâce à ces caractéristiques, elle nous présente un roman plein de descriptions de l’époque de l’Occupation allemande où nous pouvons découvrir et analyser comment les gens et plus concrètement, les femmes, ont souffert pendant ce temps-là. Les métaphores reliées à la nature et la présentation des différences entre les classes sociales seront également analysées. Le tout afin d’obtenir l’éventail d’une féminité changeante et plurielle. Mots-clés : Némirovsky, femme, occupation, classes sociales, métaphore naturelle. RESUMEN: Como Myriam Anissimov previene en el prólogo del libro, la historia de “Suite Francesa” merece ser contada. Ciñéndome a estas palabras, voy a analizar la historia vivida durante esta etapa, analizada y presentada a través de la obra de Némirovsky. Lo más interesante de este proyecto es que Irène, formando parte de una clase social alta, sufre en primera persona los acontecimientos siendo judía y mujer. Gracias a estas características, nos presenta una novela llena de descripciones de la época de la Ocupación alemana, donde podemos descubrir y analizar cómo la gente y más concretamente las mujeres sufrieron durante este tiempo. Las metáforas relacionadas con la naturaleza y la representación de las diferencias entre las clases sociales serán igualmente analizadas. Todo ello para obtener un abanico de feminismo cambiante y plural. Palabras clave: Némirovsky, mujer, ocupación, clases sociales, metáfora natural. 5 1. Motivation et justification. 1.1. Une histoire qui mérite d’être racontée. “La publication de la Suite Française a une histoire qui relève à plusieurs titres du miracle ; elle mérite d’être contée.” (Myriam Anissimov in Némirovsky, 2004 : 27)1 Dès le moment où j’ai lu son livre, et, plus concrètement, la phrase ci-dessus, de Myriam Anissimov, présentée dans la préface, j’ai su que je devais faire le travail sur Suite Française, que je devais analyser et partager l’histoire de ce roman et de son auteure. Le miracle dont Myriam nous parle est le fait d’avoir réussi à publier ce roman de nos jours. L’auteure imagina et écrivit ce livre pendant la période de l’Occupation allemande en France, jusqu’à sa déportation aux champs de concentration. Les filles d’Irène, qu’après la mort de leurs parents ont eu une vie remplie de mésaventures, gardent les manuscrits dans une valise pendant plus de soixante années. Mais le miracle ne finit pas ici, car, en raison du manque de ressources, Némirovsky ne pouvait pas gaspiller ni le papier ni l’encre et, au moment où ses filles décident de publier le roman, elles doivent faire un travail très exhaustif pour déchiffrer une calligraphie si petite et avec des lignes tellement collées écrite par leur mère. Etudier l’histoire de la Première et Seconde Guerre Mondiale est essentiel pour le progrès de l’humanité. Découvrir comment les gens ont vécu cette période de souffrance et connaître les échecs et les erreurs commis nous aide à comprendre et à apprécier la vie que nous avons aujourd’hui. 1 Extrait de la préface de Suite Française, écrite par Myriam Anissimov. Image 1. Une page du manuscrit de Suit e f rançaise. Archives Irène Némirovsky. 6 Et quelle meilleure façon de l’analyser et raconter qu’à travers l’histoire d’Irène Némirovsky et son roman Suite Française ? La transformation du rôle de la femme au XXe siècle m’a toujours intéressée. En plus, en écoutant une émission de radio sur l’auteure,2 j’ai pu comprendre la « double malédiction » à laquelle elle a fait face : celle d’être une femme et celle d’être juive pendant la période de l’Occupation en France. La partie historique de l’après-guerre est très connue, avec des analyses, romans et travaux qui supportent la recherche, mais il me semble que la partie « intime » de la femme, la lutte qu’elle a dû mener pendant cette période-là n’est pas tellement étudiée. En dehors du contexte historique que nous pouvons comprendre à travers ce roman, l’image transmise des femmes et les confrontations sociales décrites pendant cette époque sont les principales motivations pour lesquelles j’ai réalisé ce travail. Par conséquent, il y a des raisons suffisantes dans l’histoire de ce roman de ne pas le laisser tomber dans l’oubli, pour réparer tout le temps qu’il fut enfermé dans une valise, parce que l’histoire mérite vraiment d’être racontée. 1.2. Méthode et parties du travail L’approche méthodologique du travail comprend une série d’analyses sur des différents sujets3, afin d’avoir une vision plus riche du roman. Je commencerai la deuxième partie de l’étude par l’analyse du contexte social de l’œuvre. Je vais employer une analyse sociologique (Hébert, 2018 : 199-217) pour étudier la situation historique sociale en France et découvrir son évolution. Cette deuxième partie finira avec la biographie de l’auteure ainsi que le résumé de l’œuvre et l’analyse de ses personnages (Ibid. : 168-175). La troisième partie sera divisée en six points différents. Elle comportera de diverses analyses des tensions éprouvés par les gens pendant cette période-là. D’abord, j’aborderai la différentiation des classes sociales très représentative à l’époque. Je 2 RTVE : Mujeres, malditas, 2013, URL : https://www.rtve.es/m/alacarta/audios/mujeres-malditas/mujeres-malditas-irene-nemirovsky-22-1013/2086820/, [consulté le 26/01/2021]). 3 Pour la réalisation de ces analyses j’ai suivi le texte de Louis Hébert (2018) : Introduction à l’analyse des textes littéraires : 41 approches. 7 continuerai après, avec l’analyse du rôle de la femme, et comment être capable d’affronter tous les malheurs arrivés. Bien que la femme fît face aux évènements, elle éprouvait une tension interne entre la vie privée et la vie publique que je vais analyser dans le troisième point. Ensuite, je vais étudier comment les femmes ont vécu les catastrophes survenues en tant que mères. Dans le point qui suit, je vais analyser le changement de la pensée des Français et l’évolution de l’esprit au fur et au mesure que les évènements passaient. Finalement, je ferai une analyse des métaphores centrée dans le monde animal et naturel. 2. Le contexte historique et l’œuvre littéraire. 2.1. L’Occupation en France : S’enfuir ou résister. Le 14 juin 1940, l’armée Allemande est entrée dans Paris sans trouver presque aucune résistance. Le Marechal Pétain est nommé chef d’État et réclame l’armistice qui sera signé huit jours plus tard, le 22 juin 1940. La France reste divisée, la partie nord, la France occupée, gérée par l’armée allemande et la partie sud, la France non-occupée, gérée par le gouvernement de Vichy, de la collaboration. Cependant, afin de mener une analyse approfondie sur cette période d'Occupation, il faudra d’abord se demander pourquoi la France n’a pas pu s’opposer et résister à l’attaque allemande. Après la Première Guerre Mondiale, la France n’était pas prête à une deuxième confrontation. Malgré sa victoire, elle se sentait très vaincue. Ce sentiment défavorable était provoqué par les conséquences si sévères de la Grande Guerre. La France avait perdu un très grand nombre de population. Il y avait eu aussi environ 1 million de blessés, ce qui rendait impossible d’oublier la souffrance vécue (Riding, 2013 : 27-42). I mage 2 Carte de la France sous Vichy (40 - 44). Archives Larousse. 8 D’autre part, la gestion politique ignorait ou voulait ignorer le progrès des idéologies extrémistes qui augmentaient en Europe. Alan Riding explique : « Tandis que l’Union soviétique donnait le jour à Staline, l’Italie à Mussolini et l’Allemagne à Hitler, la France n’eut pas moins de trente-quatre gouvernements entre novembre 1918 et juin 1940 » (Ibid. : 27). Ainsi, pendant cette période d’entre guerres la bourgeoisie et les agents politiques de l’hexagone étaient plus occupés à se confronter qu’à se préparer contre la menace ennemie. En fait, au moment où la guerre a éclaté, les mêmes qui se battaient en raison des idéologies contraires, lutaient maintenant côte à côte pour défendre une même cause. Avant la désignation du Marechal Pétain comme chef d’État et sa demande de l’armistice et signature le 22 juin 1940 (Riding, 2013 : 58-60), pendant les dix premiers jours de ce mois, les bombardements sur Paris ont commencé et, pris de panique, les Parisiens ont initié la fuite vers le sud du Pays. Comme conséquence, des longues queues de personnes se sont formées avec tout ce qu’ils pouvaient prendre dans leurs voitures, vélos, camions ou même à pied. Ils cherchaient un refuge partout jusqu’au moment où Pétain a transmis les fameuses déclarations à la radio qu’aucun Français n’a pu oublier4. Pendant les premières années de l’Occupation, quand les Allemands arrivent en France, ils s’installent dans les meilleures maisons et bâtiments importants de l’hexagone pour gérer et contrôler chaque zone. Ils essayent de mener une vie normale, de vivre une vie tranquille, en respectant les vaincus et en voulant obtenir le meilleur d’eux. Il s’agissait d’un comportement inattendu par les Français, qui, après l’expérience vécue pendant la Première Guerre Mondiale, prévoyaient une attitude beaucoup plus agressive. 4 Retransmission où Pétain informait aux Français qu’il avait contacté les Allemands pour cesser les hostilités. Il n’a pas communiqué qu’il allait signer l’armistice, cependant c’est la parole qui traversa le pays. Les Français ont reçu le message comme un soulagement face à l’humiliation vécue par les Allemands. (Riding, 2013 : 63-64) I mage 3 : Exode en France. LAPI/Roger-Viollet 9 Malgré ce comportement, apparemment aimable, survivre pendant l’Occupation devient très difficile. Il y avait des cartes de rationnement, des aliments inaccessibles, très chers et seulement trouvables dans la vente clandestine. On décrète le couvre-feu et comme dans toutes les guerres, la pauvreté, la misère et la famine étaient les principales conséquences, accompagnées de la tristesse, le désespoir et l’angoisse (Durand, 1989 : 76-81). En ce qui concerne la société française, il s’agit d’une des époques les plus marquées par les tensions. Il est essentiel de souligner la différentiation de classes qui existait à l’époque. Avec le conflit, cette distinction devint plus remarquable, en vivant cette période de l’histoire de façons très différentes selon le côté auquel on appartenait. Aspect très significatif, si l’on analyse la situation de l’auteure qui faisait partie de la classe privilégiée bourgeoise, mais en même temps, elle était opprimée en tant que juive5. Cependant, les Français commencent à s’adapter, à oublier, ils commencent à penser qu’il fallait s’en sortir de cette situation de la meilleure façon possible et l’instinct de survie prévaut à l’esprit de lutte contre une force qui semble difficile à vaincre. Une ambiance tendue, reflétée par Irène dans cet extrait du roman, où Lucile, protagoniste d’une affaire amoureuse avec un militaire allemand, décrit la mentalité française à l’époque : « Nous oublions tout très vite, c’est à la fois notre faiblesse et notre force ! Nous avons oublié après 1918 que nous étions vainqueurs, c’est ce qui nous a perdus ; nous oublierons après 1940 que nous avons été battus, ce qui peut-être nous sauvera ! » (Némirovsky, 2004 : 481). Bien qu’il y eût des résistants et des groupes de résistance (Riding, 2013 : 133142), la vie était plus orientée vers l’adaptation et la survie. Même si intérieurement on détestait l’envahisseur, on faisait semblant de lui respecter. Tout le monde, et surtout les femmes qui restaient à la maison, avait quelqu’un au front, un prisonnier, quelqu’un de mort, tout le monde avait des raisons suffisantes pour éprouver de la haine envers l’intrus, mais tout le monde le cachait. 5 Irène est née « dans ce qu’on appelle aujourd’hui le yiddishland » (Myriam Anissimov in Némirovsky, 2004 : 12) et après avoir publié de nombreux romans et articles, elle avait réussi à avoir une reconnaissance dans la littérature française et dans le grand écran. Au même temps, son mari, Michel Epstein, était ingénieur en physique et électricité et il travaillait dans la Banque des pays du Nord, c’est-à-dire, qu’ils faisaient partie de la haute société. 10 En ce qui concerne la vie des femmes à cette période-là, elle n’était pas facile non plus. Elles devaient faire face à l’ennemie directement dans leurs propres maisons, en sachant qu’ils étaient les responsables de leur torture et celle de leurs enfants et époux. En plus, elles devaient tenir leurs obligations en tant que femmes, s’occuper de la maison et de leurs enfants et de même, penser à leurs hommes et les respecter pendant leur absence. Ce dernier aspect était spécialement compliqué, à cause de l’inévitable comparaison des hommes rudes et fermés de la campagne avec les militaires allemands bien habillés et polis. Mais cela n’a pas toujours été si supportable. À partir de novembre 1942, les Allemands commencent à souffrir les attaques de la résistance et ils prennent le contrôle de la zone non-occupée (Riding, 2013 : 349-352) en même temps que l’Italie progresse vers le sud-est français. À ce moment-là, les contrôles commencent à être plus exhaustifs, ils sont moins tolérants et la vie, tant pour les Français que pour les Allemands, devient plus compliquée jusqu’à la fin d’Août 1944, fin de l’Occupation allemande en France. Les juifs, les plus affectés par les injustices pendant cette période, n’avaient jamais imaginé les horreurs dont l’humanité était capable. Premièrement, ils sont partis vers le sud du Pays dans la zone non occupée afin de trouver le salut contre les bombardements. Mais la politique du gouvernement de la collaboration n’était pas très loin de l’allemande et dès le début, ils ont souffert les ravages de la Guerre avec des lois pour les exclure et, peu après, les arrestations et déportations dans les camps de concentration. Les plus privilégiés ont pu s’exiler et échapper de la menace antisémite, mais plus de 77.000 juifs6 ont été expulsés de la France et assassinés dans des camps nazis. De toutes ces personnes, un tiers étaient des citoyens français - comme l’auteure de notre roman. Pour finir et conclure cette première partie, on ne peut pas oublier le moyen le plus important de survie pendant l’Occupation : le collaborationnisme. En suivant la ligne politique de la partie non occupée, plusieurs Français ont opté par cette voie, ce n’était pas vraiment parce qu’ils voulaient aider l’ennemie, mais pour sauver leur propre vie et 6 Donné du site : https://encyclopedia.ushmm.org/content/es/article/france United States Holocaust Memorial Museum. “Introduction to the Holocaust.” I mage 4. Déportation de juifs. B ilderwelt/Roger Viollet 17 3.1. Les tensions entre les classes sociales. Un exemple fondamental, qu’il faut qu’on souligne, par rapport aux différents points de vue que Némirovsky emploie pour aborder le même sujet, celui des tensions, c’est la fuite de Paris vers le sud au moment de l’arrivée des Allemands. Comme on l’a déjà remarqué, elle se sert de plusieurs histoires où elle décrit des familles très diverses, appartenant à des classes sociales très différentes dans le but de nous montrer cette expérience et de nous faire ressentir l’évasion d’une façon hétérogène. Nous pouvons éprouver, ainsi, plusieurs sentiments sur un même fait : l’angoisse avec les bombardements que les personnages souffrent, la rage ou le désespoir à chaque fois qu’ils essayent de trouver un refuge et on ne les aide pas, etc. Chaque émotion correspond aux caractéristiques psychologiques de chacun des personnages et nous fournit une infinité de points de vue. En même temps, l’auteure relève une claire critique sociale où les personnages des classes plus élevées montrent une pensée péjorative des classes opposées. Entre autres, nous trouvons les descriptions que l’écrivain Corte fait de quelques personnes qu’il rencontre sur la route : « – oh ! la laideur, la vulgarité, l’affreuse bassesse de cette foule ! » (Némirovsky, 2004 : 118) ou Madame Péricand en faisant cette réflexion sur les gens de maison : « Je pense, disait-elle à ses amis, que ces pauvres vieillards infirmes souffrent d’être touchés par les mains des domestiques » (Ibid. : 44)13. Tel qu’on a vu sur ces extraits, l’auteure déploie une critique des niveaux les plus élevés de la société, ces personnages se considèrent dans un échelon supérieur aux autres. De la même manière, la romancière nous présente le revers de la médaille et nous pouvons éprouver les sentiments contraires, c’est-à-dire, les sentiments des personnes, membres des classes sociales inférieures, par rapport aux plus riches. Dans ce cas, ils sont plus modestes, plus appréhensifs, ils ressentent à l’intérieur d’eux un sentiment commun, ils se voient au même niveau dans le calvaire. Sur le chemin, Maurice et Jeanne Michaud, qui marchent à pied, regardent et disent, par rapport aux chanceux qui voyagent en voiture : […] « ils ne vont pas plus vite que nous ! », et le sentiment d’une commune infortune leur paraissait doux » (Némirovsky, 2004 : 104). 13 Comme Madame Péricand ne voulait pas que les domestiques touchent son beau-père, elle lui servait tous les jours le repas et lui donnait à manger. 18 Cependant, c’est un personnage appartenant à une classe sociale élevée, comme Hubert Péricand, qui fait une critique exigeante de ses pareils : « Ces gens qui refusaient aux réfugiés un verre d’eau, un lit ceux qui faisaient payer les œufs à prix d’or, ceux qui bourraient leurs voitures de bagages, de paquets, de provisions, de meubles même, et qui répondaient à la femme mourant de fatigue, à des enfants venus à pied de Paris : « vous ne pouvez pas monter… vous voyez bien qu’il n’y a pas de place… » […] tant d’égoïsme, de lâcheté, de cruauté féroce et vaine l’écœurait » (Ibid. : 139). Némirovsky réfléchit aussi sur les différentes priorités de chacun de ces groupes sociaux. Ainsi, M. Corte ne pouvait pas partir sans ses écrits, M. Langelet, sans ses pièces en porcelaine, M. Corbin, sans les documents de la banque… en revanche, les Michaud ont seulement pris une valise chacun avec le portrait de leur enfant. Dans un des premiers chapitres nous trouvons cette considération de l’auteure, par rapport à ce sujet : « Saisir ce qu’on avait de plus précieux au monde et puis !... Et seul, cette nuit-là, ce qui vivait, ce qui respirait, pleurait, aimait, avait de la valeur ! » (Ibid. : 72). Tout ce qui relève du matériel et des objets a une fonction métaphorique, tout l’univers de chaque personnage est contenu dans le peu d’objets qu’ils emportent physiquement, des traits schématiques, des vies qui rentrent dans une valise. Le roman est plein d’exemples semblables - où nous trouvons cette critique sociale - à partir desquels l’auteure nous donne une vision beaucoup plus large de la réalité vécue. Grâce à cet éventail de points de vue, cette réalité devient kaléidoscopique, plurielle et extrêmement nuancée. 3.2. Les femmes comme moteur de la société. Tandis que le premier point à analyser était la critique sur la différentiation des classes sociales que l’auteure nous montre dans l’œuvre, le deuxième point qu’il faut souligner est le rôle de la femme sous l’Occupation. Le gouvernement renforce l’idée classique et conventionnelle de la « femme au foyer » et l’état promeut la natalité en créant « la Médaille d’honneur de la famille française » avec des récompenses pour les familles nombreuses. Parallèlement, on rendait difficile les divorces et les avortements étaient menacées d’être condamnés à peine de mort (Riding, 2011 : 152). 19 Pendant la guerre, les femmes des villes et villages ont vu comment la plupart des hommes, leurs maris, enfants, frères et aussi leurs pères, sont partis à la bataille. Comme Irène remarque dans ces mots, l’homme était destiné à la guerre et la femme à la maison : « L’homme est fait pour être un guerrier, comme la femme pour le divertissement du guerrier, répondit Bonnet » (Némirovsky, 20004 : 341). Dans sa vie quotidienne, la femme devait s’occuper des enfants, de la maison, des personnes âgées, des repas… Mais en plus, avec les événements survenus, leur tâche a augmenté et beaucoup de femmes ont été obligées de prendre en charge le poste de travail de leurs maris, prendre soin des personnes malades, continuer avec les travaux dans les fermes, maintenir la comptabilité des propriétés, etc. Au sein d’une conversation entre Aline, Jules et Hortense, quand l’écrivaine nous présente cette dernière, elle précise : « Elle avait remplacé son mari à l’usine ; elle n’avait pas été habituée à ce travail d’homme, il lui avait endurci les bras et l’âme » (Ibid. : 125). Dans cet autre passage du livre, on voit également reflété, le sentiment des femmes. Elles protestent contre les devoirs que la société leur exigeait : « Les femmes se plaignaient : les hommes partis, elles avaient assez à faire avec les travaux des champs et les soins à donner aux bêtes sans s’occuper des blessés qu’on leur imposait ! » (Némirovsky, 2004 : 114). Cependant, la charge la plus lourde de toutes ces tâches imposées, était d’avoir la reconnaissance de l’homme de la maison : « Elles travaillaient pour lui ; elles épargnaient pour lui ; elles enfouissaient de l’argent pour son retour, pour qu’il dise : « Tu as bien fait tout marcher, ma femme » (Némirovsky, 2004 : 355). C’est grâce à tous ces exemples et beaucoup plus d’autres que l’on se rend compte du rôle si important que la femme a acquis pendant cette période. Selon les propres mots de Claire Duchen, ces rôles féminins ont été le commencement d’une évolution dans les droits des femmes, mais ils ne prendront pas de pois qu’au début des années soixante : « Une femme nouvelle dans une France nouvelle ? Il serait plus juste de parler d'une I mage 6 : Des ouvrières inspectent des obus. Photographe H arry Rowed 20 évolution lente et boiteuse, où la législation manque de cohérence, et où les discours et la pratique ne marchent pas du même pas » (Duchen, 1995 : 6). Malgré la situation de l’époque, la vie a pu continuer en s’appuyant sur la fonction des femmes qui restaient là en supportant quoi que ce soit afin de donner de la force et de l’énergie à la communauté. 3.3. Partie intime / Partie sociale. La responsabilité des femmes dans le rôle d’être le moteur de la société entraînait intrinsèquement une confrontation psychologique. Chaque action réalisée par les femmes dans la communauté était jugée et critiquée et en conséquence, elles éprouvaient une tension constante, afin de ne pas montrer l’intimité vécue au sein de chaque maison. Nous pouvons voir dans l’extrait suivant comment Irène décrit cette question : « Seulement, elles se méfiaient de la voisine ; Elles ne voulaient pas paraître plus riches qu’elles n’étaient ; elles craignaient les dénonciations : de maison à maison on cachait ses biens ; la mère et la fille s’espionnaient et se dénonçaient mutuellement ; les ménagères fermaient la porte de leur cuisine au moment des repas pour que l’odeur ne trahisse point le lard qui crépitait sur la poêle, ni la tranche de viande interdite, ni le gâteau fait avec de la farine prohibée » (Némirovsky, 2004 : 356 ). Il ne fallait pas seulement cacher la façon de vivre et les biens que les gens possédaient, mais aussi les sentiments qu’ils éprouvaient. On peut percevoir dans cet extrait comment l’auteure emploie « dans l’ombre » pour distinguer la partie intime, intérieure de la partie sociale, extérieure : « Dans l’ombre, le danger grandissait. On respirait l’angoisse dans l’air, dans le silence » (Ibid. : 71). Le conflit entre la vie publique et la vie privée faisait perdre aux femmes la liberté de choix en se limitant à travailler et à être mère. La deuxième partie de l’œuvre est pleine d’exemples qui nous montrent le conflit intérieur que les personnages souffraient. Lucile exprime cette lutte interne à travers ses pensées et les commentaires de l’auteure. Elle est une jeune femme, isolée du monde à côté de son âpre belle-mère, qui regrette les faits si malheureux qui sont survenus à son fils. Lui, l’homme de la propriété, il est si gentil et courageux pour sa mère qu’infidèle et lointain pour Lucile. (Ibid. : Chapitres 3-15). Dans ce contexte, notre personnage éprouve 21 une claire opposition entre ses pensées réelles - les intimes - et celles qu’il faut montrer au reste du monde. Après une longue analyse sur la situation si étouffante qu’elle vivait, Lucile se plaint de la guerre, des voisins, des Allemands envahisseurs et ressent finalement, une culpabilité liée au soulagement qu’elle éprouvait pendant et après les moments vécus avec Bruno : « Elle s’effrayait parfois et s’étonnait même de sentir en son cœur une telle rébellion contre son mari, sa belle-mère, l’opinion publique, cet « esprit de la ruche » dont parlait Bruno » (Ibid. : 457). Dans une autre réflexion de Lucile par rapport à ses sentiments, elle nous dit : « (…) Les préjugés survivent aux passions (…) » (Némirovsky, 2004 : 430). La charge supplémentaire résultant du « cloisonnement imaginaire » (Duchen, 1995 : 2) provoqué par la séparation du public et privé, est l’un des effets de la guerre que la plupart des français ont dû supporter. 3.4. La femme comme faible et protectrice (L’idée de la mère courageuse et la femme qui a besoin de protection) « En elle s’entremêlaient curieusement le besoin de protéger de la mère et le besoin d’être protégée de la femme » (Némirovsky, 2004 : 267). Cet extrait représente très bien la dualité interne et la pression à laquelle les femmes, en tant que mères, étaient soumises pendant cette période. Les rôles des femmes et la lutte pour l’égalité féminine était en pleine transformation pendant la première moitié du XXème siècle14. Jusqu’à la fin de la deuxième Guerre Mondiale, le destin poussé par le gouvernement, quant à celui des femmes, était réduit uniquement à être épouse et mère (Duchen, 1995 : 2). Mais alors que les institutions et la société laissaient à l’arrière-plan ce que les femmes constituaient pour la société, Irène insiste sur le fait de montrer les valeurs si importantes qu’elles représentaient. Le résultat est un roman où les rôles principaux de presque toutes les histoires sont incarnés par des femmes. 14 Duchen nous explique dans son article que la défense des droits des femmes ne commence à apparaitre dans les discours politiques qu’après 1945 et jusqu’aux années soixante, on ne rendrait pas effectifs ces propos d’une « femme nouvelle » (Duchen, 1995 : 2) 22 Les termes de mère ou de femme sont accompagnés d’une terminologie liée au courage et l’instinct de protection maternel. Cet instinct est décrit plusieurs fois avec un langage qui nous donne une image animale, instinctive où la protection et salvation des petits prévaut sur tout : « Les petits collés contre le flanc chaud de leur mère dormaient paisiblement et faisaient avec leurs lèvres un clappement léger comme celui d’un agneau qui tète » (Némirovsky, 2004 : 35). Nous pouvons aussi trouver des comparaisons directes entre le monde animal et les sentiments éprouvés par les mères conscientes du péril auquel leurs enfants faisaient face. Lucile compare la souffrance d’avoir un enfant au front, ressentie par sa belle-mère avec la douleur montrée par sa chatte le jour où on a tué ses petits : « Elle se rappela la chatte noire, toujours dolente, hypocrite et caressante, qui connait de sournois coup de griffes en ronronnant. Une seule fois elle avait sauté aux yeux de la cuisinière ; elle avait failli l’aveugler, c’était le jour où on avait noyé sa portée de chatons, puis elle avait disparu » (Némirovsky, 2004 : 374). La cruauté caractéristique employée dans les descriptions de l’écriture de Némirovsky est également utilisée pour parler de ce sujet, en trouvant des exemples comme celui qui suit pour nous parler des difficultés vécues pendant la fuite, les bombardements et le fait de vivre ces évènements en étant responsables des enfants : « D’autres saisissaient les leurs et les pressaient contre elles avec tant de force qu’elles paraissaient vouloir les faire rentrer de nouveau dans leurs flancs, comme si ce fût là le seul abri sûr » (Némirovsky, 2004 : 108). Dans ce cas, l’auteure utilise le ventre maternel comme symbole de protection (Chevalier et Gheerbrandt, 1982 : 998), vue que c’est le seul endroit où l’enfant pourrait être hors de danger. Le rôle d’être uniquement mère et femme au foyer est clairement montré dans le roman par le personnage de Mme. Péricand. Mère de famille nombreuse, elle prend le chemin de la fuite toute seule, en n’étant pas seulement responsable de ses 4 enfants, mais aussi de son beau-père et de leurs biens les plus précieux. Une fois qu’ils sont à l’abri dans son village natal, la mère de famille est pleinement ravie de sa prouesse : « Elle regarda encore une fois tout ce qu’elle emportait, « tout ce qu’elle avait sauvé ! » : ses enfants, sa mallette. Elle toucha les bijoux et l’argent cousus sur sa poitrine. Oui, elle avait agi en ces moments terribles avec fermeté, courage et sang-froid. Elle n’avait pas perdu la tête ! » (Némirovsky, 2004 : 180). 23 L’instinct de protection d’une mère devant ses enfants dépasse toutes les limites que dans la vie peuvent apparaître. Les mères, pendant cette époque, pleine d’évènements les uns pires que les autres, ont dû supporter et trouver la force et le courage pour sauver leurs vies et celles de leurs familles. Dans le cas de la fidèle chrétienne Mme. Péricand, elle s’est rendu compte de la situation et, en mettant la religion de côté, elle a eu la froideur de s’occuper exclusivement à la survivance de ses enfants : « la charité chrétienne, la mansuétude des siècles de civilisation tombaient d’elle comme de vains ornements révélant son âme aride et nue. Ils étaient seuls dans un monde hostile, ses enfants et elle. Il lui fallait nourrir et abriter ses petits. Le reste ne comptait plus » (Ibid. : 99). En ce qui concerne la relation de Némirovsky avec sa mère, il faudrait souligner qu’elle n’était pas très conventionnelle. Sa mère refusait de prendre soin de sa propre fille et Irène la détestait car elle n’avait jamais reçu d’affection de sa part et fut élevée par sa gouvernante. (Philipponat et Lienhardt, 2007 : 68). Cependant, Némirovsky ne veut pas répéter le comportement de sa mère et jusqu’au dernier moment, elle garde ses filles et utilise tous ses moyens pour les aider et sauver leurs vies, comme nous avons pu découvrir dans sa correspondance avec son mari (Némirovsky, 2004 : 540-549). La relation tellement tourmentée que l’auteure maintient avec sa mère est représentée dans le roman en faisant une similitude avec la relation entre Lucile et sa belle-mère. Cette dernière est représentée plusieurs fois comme une vipère, elle n’aime pas Lucile et déteste chaque comportement de la jeune femme : « Sa manière d’exprimer la colère ; celle de Mme Angellier était à l’ordinaire trouble et subtile comme le sifflement de la vipère » (Ibid. : 374). I mage 7 : Irène Némirovsky et sa mère, vers 1918. Fonds Irène Némirovsky. 24 Dans les deux parties de l’œuvre, l’auteure nous montre l’image de la mère protectrice dans un monde habitué à associer le concept de mère ou femme avec la faiblesse. Depuis les expériences vécues par les mères des familles Péricand, Michaud ou les anonymes qui apparaissent dans Tempête en juin jusqu’aux histoires des mères de Dolce et la vieille mère Angellier, nous pouvons percevoir cet instinct de survie et protection qu’elles éprouvent à chaque fois que leurs enfants sont en danger. 3.5. Évolution de l’esprit : « Rage, désespoir, résignation et conformisme » Dans son livre « Et la fête continue : La vie culturelle à Paris sous l'Occupation » Alan Riding commence son sixième chapitre de cette façon : « Face à la défaite et à l’Occupation, les Français ont réagi successivement avec rage, désespoir, résignation et conformisme » (Riding, 2011 : 133). Némirovsky, à travers son expérience personnelle, nous décrit parfaitement les réactions des Français face aux événements. L’évolution de leurs sentiments est représentée en se servant de ces quatre termes, accompagnés de la négation et d’un instinct de survie qui s’est développé dans la vie des citoyens pendant l’Occupation, au fur et à mesure que le temps passait. Dans un premier temps, avant l’arrivée allemande et au moment de la fuite depuis les villes vers le nord du pays, la rage, qui dominait la pensée commune, était liée à un sentiment de négation. Dans l’extrait suivant, l’auteure met en évidence l’incertitude de quelques personnes pour réagir aux évènements qui se produisaient : « Il y avait encore à Paris des indécis, des fous qui redoutaient le départ, espéraient on ne sait quel miracle. » (Némirovsky, 2004 : 78). Au septième chapitre du livre, Irène nous présente le personnage de Charles Langelet. Il s’agit d’une personne qui représente cet état de négation et d’incertitude face à la fuite. L’auteure introduit Charles, en disant qu’il aurait dû partir depuis longtemps, ce qui veut dire, qu’il faisait partie de ce groupe de personnes qui attendait un miracle et qui hésitaient de partir parce que, dans ce cas particulièrement, il aimait beaucoup plus ses biens que sa vie : « Depuis longtemps M. Langelet aurait dû partir. Il se l’avouait maintenant, […] Il n’aimait au monde que son appartement et les objets éparpillés à ses pieds […] » (Némirovsky, 2004 : 77). 25 Parmi les citoyens, l’état de déni était évident, ils ne pouvaient pas croire ce qu’il était en train de se passer : « Tant pis. On part à pied. Ils le prononçaient avec une sorte de stupeur accablée. Visiblement ils n’y croyaient pas. Ils regardaient autour d’eux et attendaient le miracle : une voiture, un camion, n’importe quoi qui les emporterait. Mais rien n’apparaissait. Alors ils partaient vers les portes de Paris, les franchissaient, traînaient leurs bagages derrière eux dans la poussière, marchaient, s’enfonçaient dans la banlieue puis dans la campagne et songeaient : Je rêve ! » (Ibid. : 86). Dans cet extrait il n’y a pas qu’un état de déni, d’incrédulité par rapport à la situation vécue, mais un mélange de sentiments. Après la négation, ce miracle qu’ils attendent, représente le désespoir, mais, comme le miracle n’arrive jamais, ils se résignent et acceptent qu’ils doivent continuer à pied, pour en finir avec un état de conformisme lié à l’instinct de survie. Nous venons de remarquer que les sentiments de rage et négation sont suivis du désespoir. Pendant la fuite et les bombardements, nous pouvons percevoir dans plusieurs exemples, l’angoisse et le désespoir produits par les moments si difficiles que les habitants ont dû supporter. Cet extrait nous décrit l’angoisse et l’anxiété de ne pas comprendre la situation qu’ils devaient assumer : « Ils ne savaient pas pourquoi ils fuyaient : la France entière était en flammes, le danger partout. Ils ne savaient certainement pas où ils allaient » (Ibid. : 100). Irène décrit tous ces sentiments sans l’emploi d’euphémismes, de façon dure et claire, afin de nous transmettre l’expérience vécue et de nous faire éprouver la réalité tragique que les personnages souffrent : « Des femmes, prises de panique, jetaient leurs enfants comme des paquets encombrants et se sauvaient » (Ibid. : 108). Une fois l’armistice est signé, dans la mentalité des Français une succession de sentiments a eu lieu. Là où avant on éprouvait de l’angoisse, maintenant on trouvait une résignation, une acceptation des évènements dans le but de survivre : « Des voyageurs apportèrent la nouvelle de l’armistice. Des femmes éclatèrent en pleurs. On disait que la situation était confuse, qu’en certains endroits les soldats résistaient encore, que I mage 8 : Fuite des civils pendant les bombardements. 26 des civils s’étaient joints à eux ; on s’accordait pour les blâmer, tout était perdu, il n’y avait plus qu’à céder » (Némirovsky, 2004 : 160). Ce n’étaient pas des moments faciles à supporter ni physiquement ni mentalement. Les sentiments contradictoires que les personnages devaient éprouver sont bien représentés par l’auteure avec des termes tels que : « soulagement », « tristesse » et « colère » (Ibid. : 165). Les sentiments contradictoires se sont renforcés dans la pensée générale au moment de l’arrivée allemande : « Le village attendait les Allemands. Les uns, à l’idée de voir pour la première fois leurs vainqueurs, éprouvaient une honte désespérée, les autres de l’angoisse, mais beaucoup ne ressentaient qu’une curiosité effrayée comme à l’annonce d’un spectacle étonnant et nouveau. » (Ibid. : 160). Après cet évènement et cette confrontation de sentiments, l’acceptation de la situation a pu être réalisable grâce à l’espoir, à un instinct de survie très bien représenté par l’auteure dans l’exemple suivant : « Mais, se dit-il, puisque le pire est passé maintenant, cela change tout. De nouveau il y a un avenir. La guerre est finie, terrible honteuse, mais elle est finie. Et… il y a de l’espoir » (Némirovsky, 2004 : 206). Un autre extrait d’une conversation de la famille Michaud nous montre l’instinct de survie, la façon de continuer dans la vie malgré les inconvénients que la vie puisse présenter : « Que ce qui a eu un commencement aura une fin. En un mot, que les catastrophes passent et qu’il faut tâcher de ne pas passer avant elles, voilà tout. Donc d’abord vivre : Primium vivere. Au jour le jour. Durer, attendre, espérer. » (Ibid. : 269). Le conformisme et l’acceptation sont essentiels pour être capable de continuer, d’assimiler tout ce qui était en train de se passer dans la vie des Français. L’auteure nous propose une série d’exemples qui décrivent cette évolution de la pensée. Elle réussit à nous transmettre que la guerre n’est pas que la souffrance physique, les bombardements et les débris, mais aussi la souffrance psychique. Souffrance qui représente une charge très lourde à emporter que l’on ne peut pas comprendre sans l’avoir vécue. 33 5. Bibliographie. x Almonte, Elisabeth, 2017, Role des Femmes dans la France de Vichy Pendant l'Occupation Allemande (thèse) Union College - Schenectady, NY x Cegarra, Marie, 2005, « Secrets Et Silence : Comment Ne Pas Voir ? Pourquoi Ne Pas Dire ? À Propos D'Irène Némirovsky » in Ethnologie Française, vol. 35, no. 3, pp. 457–466. Disponible en ligne sur : http://www.jstor.org/stable/40990820 x Chaperon, Sylvie, 1996, Le creux de la vague. 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