scieee AI-readable full text Open interactive document viewer

ETXEBERRIA GALLASTEGI, EKAITZ. Fazer la guerra. Estrategia y táctica militar en la Castilla del siglo XV

Baloup, Daniel

Full text

EDAD MEDIA. REVISTA DE HISTORIA, 25 (2024): 483-485 ISSN: 2530-6448 ETXEBERRIA GALLASTEGI, EKAITZ. Fazer la guerra. Estrategia y táctica militar en la Castilla del siglo XV. Madrid : Consejo Superior de Investigaciones Científicas, 2022, 365 pp. ISBN: 978-84-0011016-1. Reseña de acceso abierto distribuida bajo una Licencia Creative Commons Atribución 4.0 Internacional (CC-BY 4.0). / Open access review under a Creative Commons Attribution 4.0 International License (CC-BY 4.0). DOI: https://doi.org/10.24197/em.25.2024.483-485 Tout au long du XVe siècle, l’activité militaire est intense à travers la Couronne de Castille, qu’il s’agisse des affrontements entre ligues nobiliaires, des conflits avec les puissances voisines – à commencer par l’émirat de Grenade, mais aussi avec les royaumes chrétiens – ou encore d’interventions sur des théâtres plus lointains, en particulier dans le cadre de la guerre de Cent ans. Cette activité n’a pas échappé aux historiens, bien évidemment, qui, de Miguel Ángel Ladero Quesada à Fernando Castillo, par exemple, en ont étudié les multiples facettes. Manquait, cependant, une étude systématique des pratiques belliqueuses envisagée dans la perspective d’une approche stratégique et tactique de ces différentes formes de guerre. Le livre d’Ekaitz Etxberria Gallastegi parvient-il à combler cette lacune ? Oui, pour l’essentiel. Tiré d’une thèse de doctorat soutenue en 2019 à l’université du pays Basque, l’ouvrage témoigne d’une parfaite maîtrise de la documentation et repose sur une méthodologie cohérente. La documentation est constituée principalement de chroniques et de sources épistolaires mais aussi d’œuvres à caractère normatif, comme les Partidas. Vis-à-vis de ces textes dont le maniement peut poser de sérieux problèmes à l’historien de la guerre, Ekaitz Etxberria Gallastegi tient une position à la fois critique et constructive dont il se justifie de façon convaincante. Les nombreux exemples et les citations sont toujours choisis avec pertinence. La méthode de travail passe par un dépouillement systématique des récits d’incursions et de batailles à partir d’une typologie dont chaque terme est clairement défini. Le propos s’articule en cinq chapitres. Le premier propose un état de la recherche sur la guerre au XVe siècle, l’auteur démontrant une large maîtrise de la bibliographie aussi bien espagnole qu’internationale. Le deuxième pose la question de l’acquisition des savoir-faire belliqueux par ceux qui étaient appelés à diriger les armées – les nobles – et examine leur mise en œuvre, en fonction des objectifs visés. Ekaitz Etxberria Gallastegi en déduit trois grands types d’activité guerrière 484 Reseña EDAD MEDIA. REVISTA DE HISTORIA, 25 (2024): 483-485 ISSN: 2530-6448 qu’il décrit avec une extrême minutie dans les chapitres suivants : la guerre de désolation (chapitre 3), la guerre de siège (chapitre 4) et la bataille rangée (chapitre 5). Le soin porté à la contextualisation des différents épisodes étudiés tout au long de l’ouvrage permet de constater que l’auteur est conscient du danger qu’il y aurait à tomber dans une approche trop théorique de la guerre médiévale. Néanmoins, si ce beau livre devait susciter un regret, celui-ci porterait sans doute sur le caractère un peu surplombant de l’analyse qui conduit par moments à envisager la conduite des opérations militaires comme une suite de décisions rationnelles. Sous l’influence d’une historiographie anglo-saxonne dont on connaît les limites et tout à son projet de démontrer que la guerre n’était pas menée au XVe siècle sans réflexion préalable sur la meilleure façon d’atteindre les objectifs fixés, Ekaitz Etxberria Gallastegi s’interroge – parfois longuement – sur les différents « paradigmes » auxquels pourraient renvoyer l’activité belliqueuse en Castille à la fin du Moyen Âge. Il n’hésite pas à rouvrir la vieille controverse sur la « Révolution militaire ». Était-ce bien nécessaire ? Au moins dans les milieux académiques à qui cet ouvrage s’adresse, qui doute encore aujourd’hui que les guerres médiévales étaient conduites selon des plans préconçus et en suivant des règles éprouvées ? Est-ce que les principes qui présidaient à l’élaboration de ces plans de campagne formaient une doctrine, au sens où on l’entend dans les écoles de guerre modernes ? La réponse à cette question est moins claire et elle peut encore diviser les spécialistes. Mais elle n’est peutêtre pas la plus importante et, surtout, il y a un inconvénient à se la poser : l’analyse s’éloigne des acteurs et de leurs expériences pratiques. Ce dont témoigne la documentation, c’est que la conduite de la guerre résulte souvent de la capacité – ou de l’absence de capacité – de ceux qui la mènent à réagir aux imprévus et aux aléas dressés sur leur chemin. La prise de décision ellemême et l’établissement du plan initial ne se déduisent pas du simple examen de l’état des routes et de la distribution des garnisons dans les places ennemies : ce que l’on sait des conseils présidés par Ferdinand d’Aragon pendant la guerre de Grenade, par exemple, montre d’autres types d’enjeux liés aux rivalités qui opposent entre eux les nobles de l’entourage royal. Lecteur attentif de ses sources, l’auteur n’ignore pas cette dimension des phénomènes qu’il analyse. Pour preuve, la place qu’il accorde au sentiment de supériorité qui habiterait les chefs de guerre castillans au moment d’expliquer leur propension à rechercher le combat, y compris parfois en situation d’infériorité numérique. Mais ces aspects restent à l’arrière-plan, relégués en quelque sorte par le souci que manifeste l’auteur de parvenir à une typologie des pratiques. Il n’en reste pas moins que le livre d’Ekaitz Etxberria Reseña 485 EDAD MEDIA. REVISTA DE HISTORIA, 25 (2024): 483-485 ISSN: 2530-6448 Gallastegi s’impose comme une référence indispensable pour l’étude de la guerre en Castille et plus largement en Europe à la fin du Moyen Âge. Les références régulières à des terrains étrangers au domaine hispanique aident à mettre en perspective ce qui est observé dans l’espace castillan. D’un point de vue chronologique, la contribution d’Ekaitz Etxberria Gallastegi prolonge et complète de façon convaincante les travaux désormais classiques de Francisco García-Fitz sur le Moyen Âge central. S’agissant d’un livre tiré d’une thèse de doctorat, comme il a été dit, l’ouvrage doit aussi se lire comme une promesse : un historien est né avec lequel il faut maintenant compter. Daniel Baloup Université de Toulouse [email protected]