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La fertilisation des terres dans la Galice de l'Ancien Régime (XVIIe-XIXe siècle)

Sobrado Correa, Hortensio

Abstract

En Galicia, los sistemas tradicionales de fertilización orgánica, que siguen siendo predominantes hasta el siglo XX, presentan una serie de deficiencias tanto de carácter cuantitativo como cualitativo; en la mayoría de los casos, el volumen de abono disponible por explotación apenas cubre las necesidades de la tierra. Las cualidades fertilizantes de estos abonos se vieron seriamente limitados por las deficiencias relacionadas con los procesos de preparación, almacenamiento y difusión. Estos sistemas, muy exigentes en tiempo y trabajo, pero poco a nivel técnico, aseguraron una estrecha relación entre el inculto y lo cultivado.

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La fertilisation des terres dans la Galice de l'Ancien Régime (xviie-xixe siècle) Hortensio Sobrado Correa Dans Histoire & Sociétés RuralesHistoire & Sociétés Rurales 2004/1 (Vol. 21)2004/1 (Vol. 21), pages 39 à 72 Éditions Association d'histoire des sociétés ruralesAssociation d'histoire des sociétés rurales ISSN 1254-728X ISBN 286847814X DOI 10.3917/hsr.021.0039 Distribution électronique Cairn.info pour Association d'histoire des sociétés rurales.Distribution électronique Cairn.info pour Association d'histoire des sociétés rurales. Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International (CC BY-NC 4.0). Article disponible en ligne à l’adresseArticle disponible en ligne à l’adresse https://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2004-1-page-39.htm Découvrir le sommaire de ce numéro, suivre la revue par email, s’abonner... Flashez ce QR Code pour accéder à la page de ce numéro sur Cairn.info. © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) * Universidad de Santiago de Compostela, Facultad de Geografía e Historia, Plaza de la Universidad, I, 15703, Santiago de Compostela, España. 1. GARCÍA FERNÁNDEZ, , p. -. LA FERTILISATION DES TERRES DANS LA GALICE DE L’ANCIEN RÉGIME (XVIIe-XIXesiècle) Hortensio SOBRADO CORREA * Histoire et Sociétés Rurales, n° , er semestre , p. -. ___________________________________ Résumé : En Galice, les systèmes traditionnels de fertilisation organique, qui restent prédominants jusqu’au XXesiècle, présentent une série de manques aussi bien de type quantitatif que qualitatif; dans la plupart des cas, le volume d’engrais disponible par exploitation ne satisfait qu’à peine les besoins des terres. Les qualités fertilisantes de ces engrais étaient sérieusement limitées par les déficiences qui tenaient aux procédés de confection, de stockage et d’épandage. Ces systèmes, très exigeants en temps et travail, mais peu au niveau technique, assuraient une étroite relation entre l’inculte et le cultivé. Mots clés: Ancien Régime, engrais, fertilisation, fumier, Galice, histoire agraire, montes. Abstract : In Galicia, traditional soil enrichment systems, based on organic additives, remained prevalent well into the XXth century, in spite of a whole series of both qualitative and quantitative shortcomings. In most cases, the volume of available fertilizer per farm was barely enough to cover fertilization needs. Shortcomings arising from the manufacturing, storing and manuring processes put severe constraints on the enriching qualities of these fertilizers. The fertilizing systems of this region were time- and labor-intensive, but technically simple, and implied a close relationship between farmed and non-farmed lands. Keywords:Agricultural history, fertilization, fertilizers, Galicia, manure, montes, Old Regime. ÀEUX SEULS, les engrais ne peuvent accroître la productivité de la terre. Cependant, tous les sols ont besoin d’être fertilisés, que ce soit pour en corriger les carences ou pour en reconstituer la richesse. Dans des régions au climat atlantique, comme la Galice et le nord-est de la péninsule Ibérique, le lessivage que produisaient les abondantes précipitations et l’activité des micro-organismes imposaient la fertilisation1. Le fait n’est pas passé inaperçu des théoriciens: la conjonction d’un relief accidenté et de fortes précipitations était à l’origine de sols dénudés qui perdaient vite leurs éléments fertilisants : 2-Article CORREA 10/01/06 14:55 Page 39 © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) «La stercoration, ou les épandages d’engrais que l’on donne aux terres, sont un bénéfice sans lequel peu, ou aucune [terre] ne produit le fruit convenable. Et cela, particulièrement en Galice, parce qu’il s’agit, en général, d’une terre maigre et brisée; qui, avec les courants ou les versants que présentent ses montagnes, si elle a quelque chose de substance, tout est traîné aux rivières par l’eau de pluie, et même par celle de l’arrosage […]2.» Il fallait tenir compte aussi de l’acidité des sols. Aussi, dans la Galice de l’Ancien Régime, la fertilisation des terres constituait-elle une part importante des travaux agricoles. Dans les systèmes de fertilisation mis en oeuvre par les paysans galiciens, quelles étaient les méthodes les plus communément utilisées? et suffisaient-elles à obtenir des rendements suffisants pour garantir la subsistance de leurs familles? Telles sont les deux questions qui nous guideront dans l’analyse des mutations d’un système agricole bien particulier. Des pratiques culturales traditionnelles semi-extensives Tout au long de l’Ancien Régime, les paysans galiciens recouru à différents moyens pour fertiliser leurs champs. L’une des méthodes les plus simples consistait à les mettre en jachère, afin que le sol se «repose» et récupère les substances nutritives perdues. Dans de vastes régions de la Galice, encore au XVIIIesiècle, les systèmes traditionnels de jachère s’imposaient, notamment là où les sols étaient les plus pauvres. Certes, certaines provinces comme Saint-Jacques, La Corogne et Tui ne connaissaient pas de jachère annuelle et, dans celles de Betanzos et Mondoñedo, seules les enclaves isolées étaient laissées périodiquement sans culture. Cependant, dans l’arrière-pays de Lugo et d’Ourense, un repos d’une année sur deux constituait la pratique traditionnelle. Dans les provinces de Lugo et d’Ourense, et les parties les plus hautes de Mondoñedo et de Betanzos, les assolements étaient assez simples: la plupart des terres produisaient du seigle une année sur deux, avec une jachère intermédiaire de  à  mois. En , les trois quarts de la province de Mondoñedo pratiquaient un assolement triennal et ce n’est que dans les terres de l’arrière-pays où le climat était plus rigoureux que les champs cultivés se reposaient une année entière entre deux récoltes3. Néanmoins, dans l’arrière-pays galicien on observe certaines différences. Ainsi, l’agriculture de la montagne de Lugo semble avoir fait un usage moins important de la jachère que celle de l’intérieur: dans la 2. Description physique et naturelle de la Vallée de Valdeorras de la province d’Ourense, Règne de Galice, dans NIPHO, , t. I, p. . 3. SAAVEDRA, , p.  ; ID., , p. . Hortensio SOBRADO  Histoire et Sociétés Rurales, n° , er semestre , p. -. ___________________________________ 2-Article CORREA 10/01/06 14:56 Page 40 © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) municipalité de Burón, près de  % du sol était cultivé de manière continue4. Au contraire, dans l’arrière-pays de Lugo, plus de  % des terres labourables connaissaient des périodes de jachère, seuls les clos (cortiñas) et les grands jardins potagers étant capables de produire des fruits chaque année5. À la fin du XVIIIesiècle, l’introduction progressive de la pomme de terre dans les assolements de l’arrière-pays entraîne une réduction de la jachère. Néanmoins, dans beaucoup d’endroits, cette dernière a été maintenue jusqu’à des dates relativement récentes. Elle n’entraînait pourtant pas un enrichissement important du sol car la quantité de minéraux fertilisants qu’absorbe et fixe la végétation spontanée qui pousse lors de la période de repos, était relativement basse6. Les paysans avaient recours également à une autre méthode élémentaire d’amendement : l´écobuage. Les terres de monte7étaient normalement engraissées par l’incendie in situ de la broussaille et des ajoncs (tojos). Les montes étaient défrichés et brûlés périodiquement et le feu fertilisait les terres dans lesquelles les céréales étaient ensuite semées. Lors du défrichement, le monte était biné, les broussailles mises en tas et brûlées. La cendre était ensuite répartie sur le sol pour lequel elle constituait un engrais. On y semait du seigle ou bien ce qu’on appelait du «blé de monte». D’après le Cadastre d’Ensenada (), bien de paroisses galiciennes où l’on opérait des defrichements dans les montes bas, consumaient sur place broussailles et ajonc afin de fertiliser la terre8. On sait bien que l´écobuage, largement répandu en France dans les régions de sols acides ou peu profonds mis en culture de manière très épisodique, suscitait alors un débat sur le rôle du feu dans la préparation des champs9. L’usage du feu avait des effets bénéfiques pour l’activité agricole: d’une part, il éliminait insectes et les mauvaises herbes, d’autre part, en contribuant à la minéralisation de la matière organique, il diminuait l’acidité et permettait de mobiliser certains éléments fertilisants contenus dans la cendre. Cependant, mieux valait utiliser la fumure qui, en dehors des apports en matière organique, qui amendaient les caractéristiques La fertilisation dans les campagnes de Galice (XVIIe-XIXesiècle)  Histoire et Sociétés Rurales, n° , er semestre , p. -. ___________________________________ 4. SAAVEDRA, , p. . 5. SOBRADO, , p. . 6. MAZOYER et ROUDART, , p. . 7. Monte: terrain inculte recouvert d’arbres, d’arbustes et de lentisques. Monte haut: celui peuplé de grands arbres; montebas: celui peuplé d’arbustes, de lentisques ou d’herbes. Nous maintiendrons le terme espagnol au long de tout le texte. 8. AHPL, Ministère des Finances, dossier . 9. ANTOINE, , p.  ; ID., , p. . 2-Article CORREA 10/01/06 14:56 Page 41 © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) Hortensio SOBRADO  Histoire et Sociétés Rurales, n° , er semestre , p. -. 10. BALBOA, , p.  ; SIGAUT,  ; GASCÓ, , p. . 11. AHPL, Procès civils, dossier - (). ___________________________________ physiques, chimiques et biologiques du sol, assurait une concentration une plus grande de azote10. Des engrais très variés Les engrais d’origine animale Le bétail apportait des substances nutritives lorsqu’il passait la nuit dans une bergerie (majadeo) ou lorsqu’il parquait (redileo), et qu’il était en liberté sur les terres, se nourrissant des chaumes et les engraissant de ses déjections. Cette pratique fournissait de la pâture, tout en amendant le sol, sans qu’il soit besoin de consacrer de la main-d’oeuvre à charger du fumier dans les étables, le transporter et le répartir sur les terres. Toutefois, la méthode n’était pas aussi productive que l’utilisation sélective du fumier. Dans bien des zones de Galice, le pâturage du chaume restait largement pratiqué car il permettait de tirer directement profit des excréments du bétail pour amender les terres. Mais que l’agriculture se modernisa et la pratique tendit à reculer. Là où règnait traditionnellement le système des agras, là où les paysans cultivaient leurs terres selon des assolements traditionnels, l’introduction de la pomme de terre entraîna la faillite des servitudes collectives, du pâturage des broussailles et de la fertilisation directe du sol par le bétail. En , un procès oppose plusieurs habitants de Santa María de Marei (Lugo) à Francisco López qui a introduit des pommes de terre dans un agro; les habitants allèguent l’impossibilité qu’aura le bétail d’engraisser les terres pendant qu’il broute: «[…] coparticipant dans la propre terre de labour il a passé, au long de cette année, à y semer une courte portion de pommes de terre. Et, avec ce prétexte, il veut nous obliger à ce qu’on assure les clôtures qui servent au seigle. Ce qui entraîne le préjudice, l’un de nous obliger à la servitude que nous ne devons pas, l’autre de nous priver des entrées communes pour le service de nos propriétés foncières et des entrée de bétails vers le pâturage communal, et l’autre encore de nous empêcher le piétinement de la part des animaux sur les terres qu’ils fécondent de leur fumier […]11.» Plusieurs théoriciens galiciens expliquent que, dans un système agricole traditionnel, l’équilibre entre agriculture et élevage de bétail était fondamental. Ainsi, Vicente del Seixo, Pedro Antonio Sánchez et José de Cornide soulignent l’interdépendance qui existait entre agriculture et élevage: «L’élevage de bétail, joint au labourage, comme par chance tel en est le cas en Galice, bien loin de l’offenser, s’entrelace intimement avec lui, et lui porte secours admirablement. En effet, si ces terres montueuses et légères produisent deux ou trois récoltes par année, cela se doit aux fumiers que font les bétails: sans eux elles resteront 2-Article CORREA 10/01/06 14:56 Page 42 © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) La fertilisation dans les campagnes de Galice (XVIIe-XIXesiècle)  Histoire et Sociétés Rurales, n° , er semestre , p. -. incultes, parce qu’elles n’en vaudront pas le travail. Les vignes, les arbres, les prés, tout reçoit un enrichissement avec les fumiers12.» En Galice, comme dans d’autres zones de l’Europe, le fumier était l’engrais le plus utilisé pour fertiliser les champs. Au début du XVIIesiècle, Olivier de Serres, dans son Théâtre d´agriculture et ménage des champs, soulignait la nécessité d’amender les terres, ainsi que les qualités du fumier, excellent stimulateur de la production agricole : «L’amendement des terres est une partie importantes des besognes, étant essentiel pour tous ceux dont la profession est de travailler la terre, que le fumier réjouit, chauffe, engraisse, amollit, adoucit, dompte et rend utiles les terres fatiguées par trop de travail; [pour] celles qui par leur propre nature sont froides, maigres, dures, amères, rebelles et difficile à cultiver, il est aussi excellent. C’est du fumier d’où provient cette grande fertilité recherchée par tous les fermiers, qui fait produire à la terre toute abondance de biens, car blé, vin, foin, fruits des jardins et des arbres viennent en abondance par le fumier, lorsqu’il est assaisonné par l’eau et convenablement employé13.» Le monte: une réserve d’ajoncs Dans la Galice de l’Ancien Régime, la surface forestière était abondante, qu’il s’agisse de forêts communales ou privées. Elle était surtout composée de montes bas où l’on utilisait les ajoncs, les bruyères et les genêts en les brûlant pour produire de l’engrais14 ou fournir les litières du bétail et donner ensuite du fumier (estrar ou estrumar). Le monte avait donc un rôle fondamental dans l’économie paysanne. Pour Paz Ares: «les montes étaient considérés comme des éléments accessoires des exploitations agricoles, susceptibles de les doter des engrais verts et des lisiers nécessaires pour la préparation des engrais et des pâtures dont leurs bétails avaient besoin15.» Parmi les espèces végétales qui y poussaient spontanément, la plus importante était l’ajonc (toxo), l’un des végétaux les plus caractéristiques du paysage rural galicien. Mieux que la bruyère ou le genêt, employés dans les Asturies et en terres cantabres, il pouvait fournir la litière du bétail et se décomposait facilement16. L’ajonc servait à nourrir le bétail et assurait plus de fumier. Aussi les paysans ont-ils privilégié son exploitation17? 12. SÁNCHEZ, , p. . 13. SERRES, . 14. Par exemple: «On prend la bruyère qui a brûlé et qui s’y consume en lui servant d’engrais»; «il produit des quenouilles qui ne sont utiles qu’à l’amendement des terres de labourage». A HPL ., Ministère des Finances/Cadastre d’Ensenada, dossier . 15. PAZ ARES, , p. . 16. En terres cantabres pour la confection d’engrais on utilisait des feuilles, du bois menu et/ou des fougères, ou bien des joncs et des marrubes, dans les zones côtières. DOMÍNGUEZ MARTÍN, , p. . 17. Dans l´Ouest de la France, les agriculteurs sèment des ajoncs et des genêts, et ils procurent fourrage, litière et engrais. ANTOINE, , p.  ; et , p. . ___________________________________ 2-Article CORREA 10/01/06 14:56 Page 43 © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) Pour confectionner leurs engrais, les paysans s’approvisionnaient en végétaux et en fumier, aussi bien dans le monte particulier que dans le monte communal, mais la production des parcelles privées l’emportait. Le P. Sarmiento met en relief la maigre rentabilité du monte commun par rapport au monte privé qui produisait beaucoup plus de végétaux18. Les rendements de l’ajonc étaient nettement plus élevés dans les parcelles de monte clos, à caractère particulier. Dans le dernier tiers du XVIIIesiècle, chaque ferrado (, à , ares) de monte clos, d’appropriation privée, produisait tous les ans chariots d’ajonc tandis que ferrados de monte ouvert ou communal étaient nécessaires pour en ramasser un seul19. Pour les parcelles privées, le rendement allait de  à  chariots par ha et par an. Dans la Galice méridionale, le Cadastre d’Ensenada fait état d’une production de  chariots d’ajonc par ha tous les ,  ou ans, alors que, sur les propriétés ecclésiastiques, on obtenait un rendement de  chariots par ha tous les ans20. L’éloge du fumier L’incorporation du fumier à la terre avait des effets avantageux pour la production, en fournissant azote, phosphore potassique, calcium, magnésium, etc. De plus, il modifiait favorablement la texture du sol, en rendant plus compactes les terres sablonneuses et moins consistantes les terres compactes, en contribuant à la rétention des eaux, et en favorisant l’aération par les micro-organismes. Le fumier remplissait à la fois le rôle d’un engrais et d’un amendement: il fournissait à la terre des nutriments minéraux, tout en corrigeant l’acidité du sol et en améliorant la constitution physique (spongiosité, aération et rétention d’humidité)21. Tous les fumiers n’avaient sans doute pas la même qualité suivant le type d’animal qui le produisait et son alimentation. Celui des bovins, riche en sels et nutritif, était l’un des plus résistants, et il était surtout employé pour la fertilisation des céréales; celui des porcs et celui qu’on appelait argueiro –élaboré à partir des excréments des bêtes à laine, ou même avec ceux des poules et autres oiseaux de basse-cour– était normalement employé pour la fertilisation des jardins potagers, les navets par exemple. Autour de Mondoñedo, on réservait aux navets le pire des fumiers, celui qui était fait avec de la felga (racines sèches de certaines 18. DOPICO, , p. . 19. ARG, Papiers Cornide, dossier , nº  («Mémoria sobre el cultivo de los montes comunales…», p. -). 20. PÉREZ GARCÍA, , p. . 21. GASCÓ, , p. . Hortensio SOBRADO  Histoire et Sociétés Rurales, n° , er semestre , p. -. ___________________________________ 2-Article CORREA 10/01/06 14:56 Page 44 © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) herbes, notamment celles du chiendent) ou du mulime(broussailles récoltées dans les basses-cours et les chemins), alors que le fumier élaboré avec de la paille, dans les étables, était employé pour fumer les autres terres22. L’importance de l’engrais animal faisait que, dans la plupart des cas, l’élevage était organisé en fonction presque exclusive de l’agriculture. Au XVIIIe siècle, dans certaines juridictions galiciennes comme celle de Xallas, les fermiers qui élevaient à mi-croît un nombre élevé de têtes de petit bétail (chèvres et moutons), ne recherchaient que l’engrais, car le reste du revenu (des creces –intérêts–) allait pour le propriétaire du bétail23. En dehors du fumier animal, les paysans utilisaient également le compost, des buissons, des broussailles et des déchets d’émondage verts, que l’on récoltait dans le monte et dans les champs, et auxquels on ajoutait quelques feuilles mortes ramassées dans les forêts et les bois, ainsi que quelques petites branches. Comme on le remarquait au début du XIXe siècle: «Toutes les substances végétales en état de dissolution, à une période de leur putréfaction, sont un engrais très utile pour toutes les terres et pour toutes les plantes»24. Ces engrais verts, qui portaient le nom de estrume crú (compost cru), étaient employés aussi bien pour les labours, les jardins potagers et les clos, que les vergers et les vignes. Quant à l’ajonc, son usage comme engrais vert se réduisait pratiquement aux vignobles. Pour Vicente del Seixo «tout genre de fumier est parfait pour améliorer les vignes, pourvu qu’il soit bien tanné; c'est-à-dire, qu’il ait perdu son grand feu». C’est pourquoi, lorsque les paysans n’ont pas assez de fumier bien tanné, il conseille l’utilisation d’autres matières comme «les cendres, les feuilles des arbres, des trognons de chou-fleur (coles), des choux (berzas), et autres légumes verts et secs mis en morceaux»25. Si la plupart des fumiers étaient élaborés dans les étables, à partir des matières végétales, des excréments et de l’urine du bétail, on utilisait aussi d’autres méthodes pour se procurer un bon compost (estrume). À l’époque des pluies, les fermiers recouvraient les chemins ruraux ou les entrées de leurs bâtiments d’exploitation de plusieurs couches de broussaille, buissons, ajoncs et débris végétaux ramassés dans les montes et les champs. L’opération facilitait le passage lorsque les chemins étaient inondés, et, en même temps, ces matériaux végétaux se tassaient et donnaient un bon engrais. Les résidus urbains constituaient également une bonne matière première, et les fermiers qui habitaient à proximité des villes avaient l’ha- 22. S AAVEDRA , . 23. BARREIRO MALLÓN, , p.. 24. LEAVENWOTH, , p. . 25. S EIXO , . ___________________________________ La fertilisation dans les campagnes de Galice (XVIIe-XIXesiècle)  Histoire et Sociétés Rurales, n° , er semestre , p. -. 2-Article CORREA 10/01/06 14:56 Page 45 © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) Hortensio SOBRADO  Histoire et Sociétés Rurales, n° , er semestre , p. -. bitude de s’y approvisionner. Ainsi en allait-il, au XVIIesiècle, des alentours de Saint-Jacques de Compostelle: «Saint-Jacques est l’endroit où l’on doit craindre le moins les conséquences de jeter [les déchets] dans la rue, parce que les fermiers des paroisses des alentours, avant même que le jour ne se lève, les nettoient avec le plus grand soin, et non satisfaits avec cela, pendant la journée, principalement dans les marchés, ils s’y promènent fréquemment et y ramassent toutes les matières appropriées pour fertiliser leurs champs. Ces laborieux villageois, également utiles à la ville qu’à l’agriculture, obtiennent par là des engrais bien supérieurs à ceux qu’ils élaborent dans les étables de leurs maisons26.» Une partie des déchets que produisait Saint-Jacques était déposée hors du centre urbain, près de la promenade publique du côté nord de la ville, où se rendaient les paysans pour chercher toutes les matières susceptibles de servir d’engrais; il en était de même pour d’autres villes européennes de l’époque27. Les engrais d’origine marine Dans les zones côtières de la Galice, une partie de l’engrais était d’origine marine. Les algues qui arrivaient en abondance jusqu’aux plages, les coquilles des mollusques, –notamment celles des moules–, qui fournissaient du carbonate de chaux facile à assimiler, ainsi que les restes de poissons et de petits crustacés, offraient une ressource traditionnelle, avec le sable de mer28. Pendant la période moderne, et encore à l’époque contemporaine, il était courant de voir les laboureurs sur les plages ramasser ces débris qu’ils transportaient dans leurs chariots jusqu’aux champs (figure). 26. SÁNCHEZ, , p. . 27. En Flandre, dans les banlieues des villes, il existait plusieurs citernes où étaient déposés les déchets urbains et où se rendaient les paysans pour chercher de l’engrais: cf. Le Bon fermier ou l’ami des laboureurs, Lille, , p. . 28. Bretagne et Normandie: DÉSERT, , p. - ; ARZAL, , p.  ; et BOURDON, , p.-. Figure . Les paysans ramassent des algues dans la côte de Corme (La Corogne) ___________________________________ 2-Article CORREA 10/01/06 14:56 Page 46 © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) La fertilisation dans les campagnes de Galice (XVIIe-XIXesiècle)  Histoire et Sociétés Rurales, n° , er semestre , p. -. de sillon mais des tranchées d’une aune de profondeur […], j’ai vu que le besadoiro arrachait des mottes aussi grandes, d’un côté et d’un autre, qu’il me semblait y voir des montagnes de terre51.» ___________________________________ 51. SARMIENTO, . 52. SAAVEDRA, , p.  ; PÉREZ GARCÍA, , p. - ; SAAVEDRA, , p. . 53. CÓNSUL JOVE I TINEO, . Figure . Un besadorio (LISTE, ) Ce type de grande charrue était peu répandu chez les paysans galiciens qui, pour la plupart, travaillaient les terres avec de petites charrues en bois. Enfin tous les paysans ne possédaient pas personnellement de charrues et ils étaient parfois obligés de travailler leurs petites exploitations à la houe. Aussi n’est-il pas étonnant que les laboureurs galiciens travaillaient beaucoup, mais «superficiellement, sans méthode et avec une pauvre connaissance de l’agriculture en toute son extension»52. Continuateur des théories de Tull et de Duhamel du Monceau, Cónsul Jove souligne le rôle qu’avaient le processus de fertilisation, la préparation et labourage fréquent de la terre, car: «les labeurs profonds et continués sont ceux qui préparent et disposent la terre à recevoir, non seulement les sucs nourriciers de l’air, des pluies, des neiges et de la rosée, comme principes fondamentaux de la fécondité, mais aussi d’autres moins essentiels et actifs, comme ceux du fumier et d’autres engrais. Dans les fréquents retournages que comporte la terre, elle se fertilise de la même façon partout, avec l’influence de l’ambiance l’acidité nocive est dissipée, autant celle minérale que celle des eaux stagnées, les mauvaises herbes sont arrachées et tuées53.» Devant la difficulté d’introduire les charrues à roues, ce fervent défenseur des labours suggère que les agriculteurs galiciens emploient des charrues à coutre, proposant d’«allonger long les fers de leurs charrues pour réaliser les premiers labours profonds». Jove considère que cette méthode 2-Article CORREA 10/01/06 14:56 Page 53 © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) était la plus adaptable à toute la Galice et aux Asturies, compte tenu de l’inégalité des terrains et de la pauvreté des laboureurs incapables d’acheter des instruments coûteux. Les transformations agricoles que suppose l’introduction de nouvelles plantes comme le maïs modifient le travail des champs car ce type de cultures exige des labours plus fréquents et plus profonds ainsi que des sarclages. Il en résulte aussi quelques mutations de l’outillage agricole: des «sarcloirs à maïs», se répandent dans les inventaires après décès des exploitations galiciennes, tout comme ailleurs la diffusion d’outils pour labourer, biner et sarcler54. Avec l’introduction de la pomme de terre il en va un peu de même. Là où sa culture se répand –l’arrière-pays de Lugo ou certains secteurs de la province de Ourense comme Viana do Bolo, entre les années  et le début du XIXesiècle–55, les rythmes agricoles subissent quelques transformations. La jachère recule et les engrais sont de plus en plus utilisés. À moins que la terre ne soit très fertile, la culture de la pomme de terre sans engrais était rare56. D’après les expériences d’Arthur Young, les pommes de terre sans engrais ne produisaient pas et le blé qui les suivait était misérable. En Galice, cette plante a eu de nombreux détracteurs, rentiers et percepteurs de dîmes, surtout à cause de la concurrence qu’elle faisait aux céréales en absorbant beaucoup d’engrais57. Dans de nombreux procès, au tournant du XVIIIeet du XIXesiècles, on souligne que «les terres où l’on va semer les pommes de terre, ont besoin de deux tiers de plus d’engrais que celles destinées à d’autres fruits»: ayant «besoin de beaucoup d’engrais pour leur production, les habitants ci-dessus nommés consomment la plus grande quantité de terres et les meilleures, laissant les restantes peu fertilisées»58. Selon le curé de Santiago de Pousada (Lugo), en 1824, les paysans consacraient à la récolte de la pomme de terre «une grande partie Hortensio SOBRADO  Histoire et Sociétés Rurales, n° , er semestre , p. -. ___________________________________ 54. PÉREZ GARCÍA, , p.  ; FERNÁNDEZ CORTIZO, , p.  ; TROCHET, , p.  ; MORICEAU, , p. . 55. QUIROGA BARRO, , p.  ; SOBRADO CORREA, , p. . 56. PICTET DE GÉNÉVE, , p. . 57. Un exemple, parmi cent: en , l’abbé de Santa Eulalia de Pradeda, San Martiño et San Cibrán do Monte de Meda, Guntín (Lugo) s’oppose plusieurs habitants parce que «[…] ayant, dès très prochainement, à occuper ces terres avec des semailles des châtaignes que l’on nomme batates –patates douces–, non seulement ils ont arrêté le payement de leur dîme, mais aussi en investissant pour cela beaucoup de chariots d’engrais, ils fraudent de son manque les autres terres et fruits qu’on ramassait normalement sur ces terres des espèce insinuées»: SOBRADO CORREA, , p.. 58. Procès plaidé en  entre les cures de St. Salvador de Vilozás et St. Pantaleón das Viñas (province de Betanzos), contre les villageois des deux paroisses: MEIJIDE PARDO, , p.  ; procès plaidé en  entre le chapitre de Lugo et les habitants de Santa Maria de Reiriz à propos de la contribution décimale: SOBRADO CORREA, , p. . 2-Article CORREA 10/01/06 14:56 Page 54 © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) La fertilisation dans les campagnes de Galice (XVIIe-XIXesiècle)  Histoire et Sociétés Rurales, n° , er semestre , p. -. de la sueur de leur visage et plus de la moitié des fumiers à l’aide desquels ils fertilisaient habituellement leurs terres»59. Mais il n’y n’avait pas que des inconvénients: les travaux répétés de semailles et de sarclage, appliqués à un tubercule aussi volumineux, favorisaient l’aération de la terre. De plus, l’engrais employé pour fertiliser les pommes de terre laissait le sol «en conditions de produire une meilleure récolte de céréales sans besoin d’une nouvelle fertilisation». «La pomme de terre rend à la terre une partie de l’engrais qu’elle consomme» sous forme d’engrais vert, parce que ses feuilles et ses tiges restent sur les champs60. Enfin, elle contribue à la production de l’engrais en nourrissant le bétail. S’il est vrai que la Galice connaît quelques transformations agricoles au cours de la période moderne, notamment dans le domaine du labourage, les techniques restent cependant assez rudimentaires. Les agriculteurs sont peu enclins à suivre les conseils des théoriciens. A. Jovellanos, qui a exprimé certaines de ses principales idées sur l’agriculture espagnole dans l’Informe sobre la Ley Agraria (-), était partisan d’encourager l’enseignement de l’agriculture. Comme Voltaire, il pensait que «des choses utiles ont été écrites sur l’agriculture beaucoup de gens les ont lues, jamais les laboureurs», et il était conscient du fait que, pour améliorer l’agriculture, il faut des hommes «pratiques et patients» qui sachent «fertiliser, labourer, ensemencer, ramasser, nettoyer les moissons, conserver et bénéficier les fruits». Pour améliorer l’instruction, la solution consisterait à «réaliser des livrets techniques qui, dans un style simple et adapté à la compréhension d’un laboureur, expliquent les meilleures méthodes pour préparer les terres et les semences, et pour ensemencer, ramasser, sarcler, triller, vanner les graines, et pour ranger et conserver les fruits et les réduire à bouillon ou à farines»61. Ces livrets rustiques contiendraient une description simple des instruments et des machines de culture, des outils de labourage et de leur utilisation. Malgré certaines tentatives, dans la pratique, le paysan galicien reste confronté au manque d’outils agricoles et il compense le faible développement des techniques par un emploi accru de la force de travail62. Une utilisation déficiente des engrais En général, les auteurs des traités avertissent le laboureur pour qu’il protège les fumiers des chaleurs du soleil et des pluies, car leur action est ___________________________________ 59. MEIJIDE PARDO, , p. . 60. EIRAS ROEL, , p. . 61. ANES, , p.  et p. . 62. VILLARES, , p.  ; PÉREZ GARCÍA, , p. . 2-Article CORREA 10/01/06 14:56 Page 55 © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) nuisible à la bonne qualité des engrais. Cependant, en matière de conservation du fumier, il n’y a pratiquement pas de changements. Les paysans restent fidèles à la pratique traditionnelle qui consiste à accumuler les fumiers en plein air soit aux alentours de leur demeure, dans des fumières63, soit sur les chemins, ou dans les champs où on les transportait avant de se consacrer à la préparation des terres pour les semailles. En , selon Cónsul Jove, les paysans galiciens abandonnaient dans les champs leur fumier en tas pendant une longue période sans le recouvrir: une pratique qu’il considère comme peu favorable à la bonne qualité, les éléments climatologiques (pluie, soleil, vent, etc.) lui faisant perdre une partie de son pouvoir fertilisant: «Tous les fumiers contiennent des parties fixes et volatiles: c’est pourquoi ils ne doivent pas être exposés au soleil, à l’eau et au vent, car ainsi ils perdront facilement, par évaporation, leurs particules plus fertiles, si on ne les recouvre pas d’une couche de terre et d’ajoncs qui les abrite: c’est pourquoi il ne faut jamais les emporter aux terres au préalable, comme habituellement on fait dans certaines zones de la Galice et des Asturies64.» Au milieu de XVIIIesiècle, la Société d’Agriculture de Bretagne avait trouvé plusieurs causes à la proliferation des herbes adventices dans les céréales: l’utilisation d´un fumier mal décomposé qui recharge la terre en graines de toutes sortes, et l’absence ou la négligence du sarclage65. À la fin du siècle, l’abbé Tessier observe que, dans les campagnes, l’instruction est peu présente et que jamais il n’a pu faire admettre aux agriculteurs les inconvénients à entasser le fumier en plein air. On l’empêche ainsi de fermenter, et il perd de sa qualité: les éléments actifs que sont les huiles et sels disparaissent par l’effet des eaux pluviales, et les gaz qu’il contient se perdent par l’effet du soleil. Pour Tessier, s’il vaut mieux accumuler le fumier dans les étables que de l’exposer aux pluies et au soleil, la pratique est nuisible à la santé des animaux et des personnes qui cohabitent avec eux. Au début du XXesiècle, Antonio Correa, souligne les dangers que comporte pour la santé des paysans la cohabitation qui existait en Galice entre personnes et animaux dans les maisons paysannes, ainsi que le contact avec les fumières : «Il est évident que l’accumulation excessive de différents animaux, quasiment en contact intime avec l’homme et les immondes tas de fumier –auxquels disons-le au passage on prête très peu de soins– qui l’entourent de tous côtés, doivent lui occa- Hortensio SOBRADO  Histoire et Sociétés Rurales, n° , er semestre , p. -. ___________________________________ 63. Par exemple: vente réalisée en  par Antonio Ferreiro, habitant de Fonteira (Lugo) à D.Bernardo de la Reguera : «Cette maison avec sa fumière sur le devant pour faire du fumier». AHPL, Protocoles, dossier -, feuille . 64. CÓNSUL JOVE I TINEO, . 65. ANTOINE, , p. . 2-Article CORREA 10/01/06 14:56 Page 56 © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) La fertilisation dans les campagnes de Galice (XVIIe-XIXesiècle)  Histoire et Sociétés Rurales, n° , er semestre , p. -. sionner de sérieux inconvénients, qu’il n’arrive généralement pas a comprendre au beau milieux de ses routinières habitudes. D’une part, les immenses et terribles foyers miasmatiques qui se forment dans les étables et qui, si ce n’était la purificatrice action des multiples courants d’air qui pénètrent par les lumières, fentes et parois des édifices, entraîneraient dans de nombreux cas la génération de mortifères maladies et épidémies. D’autre part, le grand nombre d’insectes de différentes espèces qui, à l’envie et obstinément, viennent en masse attirés par les bétails pour déranger et attaquer les autres êtres vivants. Et, enfin, le danger auquel est soumis l’homme de subir beaucoup de souffrances que subissent les animaux qui l’entourent et qui lui sont transmissibles66.» Bien que les ouvrages d’agronomie du XIXesiècle témoignent d’un intérêt pour la production de fumiers de qualité et que les les techniques d’élaboration des fumiers soient connues en Espagne, les témoignages du tournant du XIXeet du XXesiècles signalent encore l’existence de fumiers de mauvaise qualité. Nicolás Tenorio, dans la description très détaillée qu’il réalise du calendrier agricole qui régissait les besognes des paysans de la municipalité de Viana do Bolo (Ourense), dénonce encore le maintien de ces pratiques traditionnelles chez les laboureurs galiciens qui transportaient l’engrais sur les terres et l’accumulaient en tas, en attendant que n’aient lieu les différentes préparations de la terre: «Ils sortent les fumiers sur les champs vers la fin septembre ou début octobre et le laissent à l’intérieur des propriétés en petits tas jusqu’à l’époque de la décrue ou premier labourage. Ces fumiers sont composés de ce que l’on appelle estrumen (compost): feuilles et petites branches de chêne et d’ajonc, et en plus d’excrément des animaux. Au mois de mai ils répandent l’engrais sur la terre67.» Il s’agit d’une pratique que l’on peut observer aussi dans d’autres zones de la péninsule, comme en Catalogne où l’on constate également des déficiences quant à la qualité des engrais68. La recherche de qualité est alors européenne. Pendant la seconde moitié du XIXesiècle, certains travaux publiés par des membres des Sociétés d’Agriculture de l’Eure et de Bayeux mettent l’accent sur la confection des engrais. Il s’agit d’obtenir le profit maximum à partir de tous les matériaux existants dans les exploitations, capables de fertiliser les sols et d’augmenter la quantité et la qualité des engrais. Un agriculteur des environs d’Évreux, membre de la Société Libre d’Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres de l’Eure, écrivait, en , qu’«un bon cultivateur ne doit rien perdre de ce qui peut chez lui contribuer à faire du fumier». Pour lui, la méthode traditionnelle consistant à accumuler le fumier en plein air présentait toute une série de défauts: étant donné qu’il était 66. CORREA FERNÁNDEZ, , p. . 67. TENORIO, . 68. SAGUER et GARRABOU, , p. . ___________________________________ 2-Article CORREA 10/01/06 14:56 Page 57 © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) exposé au soleil, il séchait et arrêtait de fermenter, et en même temps, il était trempé par la pluie qui emportait ses meilleurs sucs. De plus, de nombreux insectes apparaissaient qui dévoraient la meilleure partie du fumier. Pour éviter les défauts de cette méthode traditionnelle, il propose l’utilisation des «fosses à purin», dans lesquelles on réussit à faire de meilleurs fumiers. Avec les «fosses à purin», on peut conserver le fumier dans l’état le plus approprié pour en augmenter la quantité et la qualité. En outre, c’est la seule méthode pour tirer profit de toutes les matières, dont dispose le laboureur, capables d’être transformées en fumier. Dans les «fosses à purin» on peut verser toutes les matières fécales, ou d’autre type, qu’engendrent la grange et la maison paysanne, les excréments humains et l’urine, toutes sortes de matières grasses, huileuses ou salées qui puissent enrichir le mélange: de l’eau de javel, de l’eau savonneuse, du fumier de basse-cour et de porcin, les mauvaises graines, des toiles en laine, des plumes, des poils et cornes d’animaux, du bois pourri, les balayures des greniers et de la cuisine, des cendres et de la poussière, des vieux stucs et mortiers à chaux, et même de petites bêtes mortes et d’autres en putréfaction, etc.)69. Sur le processus d’application du fumier sur les terres, les inventaires livrent très peu de références à des picañas (fourches à sarcler), ainsi qu’à des horcas (fourches à ballots) et gallas (fourche à fumier), outils agricoles qui servaient à enlever le fumier des étables ou à ramasser l’ajonc après l’avoir coupé70. L absence de ce genre d’instruments au sein des maisons paysannes nous amène à nous demander comment les paysans sortaient le fumier des étables, et comment ils l’épandaient sur les terres. Il se peut que l’utilisation de fourches en bois n’ait pas été enregistrée ; mais il semble que, dans la plupart des cas, le fumier était épandu sur les terres à la main, comme cela se pratiquait encore dans plusieurs contrées galiciennes jusqu’à des dates relativement récentes71. Une fertilisation insuffisante Les monographies d’histoire rurale ont montré que dans plusieurs contrées galiciennes les engrais disponibles ne suffisaient pas aux besoins de la plupart des paysans, qui étaient contraints d’adapter leur cycle de Hortensio SOBRADO  Histoire et Sociétés Rurales, n° , er semestre , p. -. 69. «Des vices de la Méthode généralement suivie pour traiter les fumiers, et des moyens d’en confectionner de meilleurs et plus abondants», Recueil de travaux de la Société Libre d’Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres de L’Eure, Évreux, , p. - ; cf. aussi BEAUMONT, , p. . 70. VILLARES PAZ, , p.  ; ROZADOS, , p. . 71. VILLARES PAZ, , p. . ___________________________________ 2-Article CORREA 10/01/06 14:56 Page 58 © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) culture à la production des engrais72. Les terres n’étaient pas amendées tous les ans, mais seulement au début de chaque rotation, fertilisation insuffisante appliquée aux terres tous les deux ou trois ans au cours desquels on semait les différentes espèces «par ordre d’importance ou de rendement jusqu’à ce que l’on considère nécessaire un nouvel engraissement afin de recommencer le cycle»73. Après la récolte des fruits d’une culture exigeante en engrais, telle la pomme de terre, les paysans tiraient profit de l’amendement en semant une céréale moins exigente. De cette même manière, là où prédominait un cycle triennal, les paysans réservaient la plus importante quantité d’engrais pour la première année pour semer le blé, le seigle, le lin, tandis que le millet ou le maïs ne recevaient quasiment pas d’engrais74. Bien que très peu d’inventaires après décès y fassent référence, la source donne une idée du volume et de la distribution saisonnière des stocks d’engrais dans les exploitations paysannes75. La fertilisation dans les campagnes de Galice (XVIIe-XIXesiècle)  Histoire et Sociétés Rurales, n° , er semestre , p. -. ___________________________________ 72. REY CASTELO, , p. - ; BARREIRO MALLÓN, , p.  ; SOBRADO CORREA, , p.  et suiv. 73. BARREIRO MALLÓN, , p. . 74. PÉREZ GARCÍA, , p. . 75. Par exemple, dans les alentours de Saint-Jacques de Compostelle, environ  % des inventaires de biens se rapportent à l’engrais, alors que dans l’arrière-pays de Lugo rien que  % des inventaires analysés offrent des renseignements sur les stocks d’engrais: ROZADOS,  ; SOBRADO, , p. . Tableau . Distribution mensuelle des stocks d’engrais d’après les inventaires après décès (XVIIe-XIXesiècle) Sources: PÉREZ GARCÍA, , p.  ; SAAVEDRA, , p.  ; SOBRADO, , p. . Jan. Fév. Mar. Avr. Mai Juin Juil. Août Sep. Oct. Nov. Déc. Total Mois Cas Chariots Moyenne Taux Cas Chariots Moyenne Taux Cas Chariots Moyenne Taux Galice occidentale (-)Galice cantabrique (XVIIe-XVIIIesiècle) Galice orientale (-)                            , , , , , , , , , , , , ,             ‒                            , , , , , , , , , , ,  ,             ‒                            , , , , , , ,  ,  , , ,             ‒ 2-Article CORREA 10/01/06 14:56 Page 59 © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) Du volume moyen de tombereaux de fumier par exploitation, on ne saisit que celui des étables, et non celui qui des chemins ni celui que l’on stocke en dehors de l’exploitation. D’après ces données, il semble que la quantité de fumier tend à être plus importante là où l’agriculture est plus intensive, comme dans la zone côtière-littorale de la Galice occidentale (, charges par exploitation), ainsi que dans des zones de transition comme la Terra de Montes (, charges). Au contraire, les stocks d’engrais sont plus maigres dans les montes, dans la Galice cantabrique par exemple, où prédominaient les rotations plus simples et moins exigeantes en engrais, ou encore dans certaines zones de la Galice orientale: dans l’ancienne province de Mondoñedo, la moyenne est de , charges et dans l’arrière-pays de Lugo de , 76. Les inventaires après décès de la première moitié du XVIIesiècle, montrent qu’il existait déjà, dans les terres du littoral occidental galicien, la quantité d’engrais nécessaire pour permettre l’intensification du système imposée par l’introduction du maïs77. L’élevage s’y pratiquait davantage à l’étable ce qui fournissait un volume plus important que dans l’intérieur qui avait un cheptel plus abondant mais où prédominaient les élevages extensifs ou en stabulation partielle. Pendant toute une période de l’année, les bêtes pâturaient en liberté une partie de la journée, et on ne les rentrait aux étables que pendant la nuit; une bonne partie de l’engrais était donc gâché dans les pâtures communales, sans qu’il n’en soit tiré aucun profit pour fertiliser les cultures78. Dans la Galice de l’Ancien Régime, on admet habituellement qu’il faut disposer de  à  charges par ha. Au Salnés, les terres en recevaient chaque année  alors que dans le Baixo Miño, on montait à  chariots79. Selon Abel Bouhier, , à ha d’inculte auarairnt été nécessaires pour produire le fumier de chaque hectare cultivé80. Dans certaines secteurs comme le Salnés et le Baixo Miño, les terrains à ajoncs, souvent privés, Hortensio SOBRADO  Histoire et Sociétés Rurales, n° , er semestre , p. -. ___________________________________ 76. PÉREZ GARCÍA, , p.  ; FERNÁNDEZ CORTIZO, , p.  ; SAAVEDRA, , p.  ; SOBRADO CORREA, , p. . En , l’exploitation moyenne dans la Galice cantabrique était d’environ , ha, et dans la Galice occidentale de , ha. Cependant, dans la Galice oriental (Lugo), les moyennes dépassaient les ha. 77. PÉREZ GARCÍA, . 78. D’une manière semblable, en Cantabrie, bien que tout au long de l’époque moderne il y a une remarquable augmentation du cheptel, la prédominance d’un système de pacage et semi-sta- bulation, provoque qu’il y ait de grandes limitations pour tirer profit de l’engrais: LANZA GARCÍA, , p. . 79. PÉREZ GARCÍA, , p.  ; et , p. . 80. BOUHIER, , p. -. 2-Article CORREA 10/01/06 14:56 Page 60 © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) La fertilisation dans les campagnes de Galice (XVIIe-XIXesiècle)  Histoire et Sociétés Rurales, n° , er semestre , p. -. avaient une rentabilité plus forte si bien qu’un hectare de terrain à ajoncs fournissait la matière végétale nécessaire pour engraisser un hectare81. 81. PÉREZ GARCÍA, , p. . Figure . Distribution mensuelle des stocks de fumier dans les exploitations galiciennes d’après les inventaires après décès (XVIIe-XIXesiècle) ___________________________________ a. Galice occidentale (-) b. Galice cantabrique (XVIIe-XVIIIesiècle) c. Galice orientale (-) La distribution mensuelle des stocks d’engrais est fonction des rythmes agricoles. Durant les premiers mois de l’année (de janvier à mars) on observe une certaine diminution des stocks d’engrais dont une grande Mois Mois Mois Chariots/exploitationChariots/exploitation Chariots/exploitation 2-Article CORREA 10/01/06 14:56 Page 61 © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) partie a été consommée lors des semailles des céréales d’hiver (tableau et figure ). Après une légère récupération, pendant les mois de mai et juin, la quantité d’engrais stocké dans les exploitations paysannes baisse à nouveau, baisse consécutive aux semailles du lin, et le cas échéant, des céréales de printemps. Cependant, dans la Galice occidentale, la stabilité des stocks d’engrais pendant cette période suggère que les semailles de millet et de maïs ne faisaient pas l’objet d’un amendement substantiel. Entre août et septembre une nouvelle dépense d’engrais intervient pour l’engraissement des navets, puis les stocks subissent une réduction importante au cours de l’automne82. C’est à partir d’octobre, au cours de novembre et décembre surtout, que les agriculteurs avaient l’habitude de fumer les terres semées en blé et seigle. Les conséquences de l’intensification agricole Un besoin acru d’engrais Au cours du XVIIIesiècle et pendant la première moitié du XIXe, au fur et à mesure que se développe un processus d’intensification agricole, les terres réclament de plus en plus d’engrais, et les paysans doivent augmenter la production de fumiers. Malgré la baisse du nombre de têtes de bétail par exploitation et la réduction de la surface cultivée83, au XVIIIe siècle, les paysans disposaient de plus d’engrais. Dans la Galice cantabrique, les stock d’engrais augmentent de  % environ par rapport au siècle précédent. Alors que pendant le XVIesiècle les paysans avaient en moyenne , chariots d’engrais, au cours du XVIIesiècle la moyenne passe à , 84. Une évolution similaire caractérise les terres de l’arrière-pays de Lugo où un nombre croissant d’exploitations dispose d’un stock d’engrais. Il en va de même dans les Rías Baixas, en raison notamment de l’exploitation plus intensive du monte où l’on cultive de l’ajonc. Autour de Lugo, l’augmentation de la surface de pâturage a permis aux paysans une meilleure alimentation de leur bétail, ainsi qu’une intensification relative de l’élevage. L’augmentation des stocks d’engrais animal au cours du XVIIIesiècle malgré la diminution du nombre de têtes de bétail par habitant, résulte du développement de l’élevage à l’étable. Dans l’ensemble, le nombre des exploitations dotés de stocks d’engrais augmente (tableau ). 82. Par exemple: inventaire de Domingo Caldeiro, habitant de S. Miguel de Páramo, réalisé en  : «vingt chariots d’engrais consommés en automne». AHPL, Protocoles, dossier -, feuille . 83. PEDROUZO, , p.  ; FERREIRO PÉREZ,  ; SAAVEDRA, , p.  ; SOBRADO, , p. et . 84. SAAVEDRA, , p. . Hortensio SOBRADO  Histoire et Sociétés Rurales, n° , er semestre , p. -. ___________________________________ 2-Article CORREA 10/01/06 14:56 Page 62 © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) © Association d'histoire des sociétés rurales | Téléchargé le 21/05/2024 sur www.cairn.info via Universidade de Santiago de Compostela (IP: 193.144.79.182) Cortiña (clos): parcelle normalement fermée qui produisait sans interruption et où les paysans réalisaient une culture intensive. Escamallo: écailles de sardines. Esquilmo (verdage): bourrée, broussailles ou lentisques que l’on taille dans le monte pour aménager les étables du bétail et confectionner de l’engrais. Estrar, estrumar (composter): mettre du compost dans les étable pour aménager les litières du bétail et en faire du fumier. Estrume (compost): bourrée, broussailles et déchets d’émondage provenant des défrichements que l’on utilise comme litière du bétail, et qui, mélangé à leurs déjections, formera le fumier felga; racines sèches de certaines herbes, notamment du chiendent; broussailles des terrains clôturés. Ferrado: mesure agraire galicienne dont la surface varie de , ares à , ares environ. Monte: terrain inculte recouvert d’arbres, d’arbustes et de lentisques. Montehaut: celui qui est peuplé de grands arbres; monte bas: celui qui est peuplé d’arbustes, de lentisques ou d’herbes. Mulime: brousailles, bourrées, déchets d’émondage que l’on ramasse dans les montes et les champs pour les transformer en fumier. Patexo: (Polybius henslwi) petit crustacé que les paysans utilisaient comme engrais. Picaña (fourche à sarcler): outil qui d’un côté termine en forme d’herminette et de l’autre en forme de hache, pour biner et labourer les terres dures. Roza (défriche): terrain de monte défriché pour y semer du blé ou du seigle. Toxos –tojos en espagnol–; le terme rapelle sémantiquement la thuie (touya) des Landes de Gascogne, mélange d´ajonc, de bruyère et de fougère, qui servait à la litière des animaux. Xabre: herbe de mer, argazo. BIBLIOGRAPHIE «Des vices de la Méthode Généralement suivie pour traiter les fumiers, et des moyens d´en confectionner des meilleurs et plus abondamment», in Recueil de travaux de la Societé Libre d´Agriculture Sciences, Arts et Bells-Lettres de L´Eure, Évreux, , p. -. ANES, Gonzalo, La Ley Agraria, Madrid, . ANTOINE, Annie, Terre et paysans en France aux XVIIeet XVIIIesiècles, Paris,  ; —, «La fabrication de l´inculte. Landes et friches en Bretagne avant la modernisation agricole du XIXesiècle», Mémoires de la société d´Histoire et d´archéologie de Bretagne, extrait du t. LXXIX,  ; —, Le Paysage de l´historien. 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