L’unité intonative dans les textes oralisés
Abstract
Prosodic phrasing, i.e. division of speech into intonation units, represents a phenomenon which is central to language comprehension. Incorrect prosodic boundary markings may lead to serious misunderstandings and ambiguous interpretations of utterances. The present paper investigates prosodic competencies of Czech students of French in the domain of prosodic phrasing in French read speech. Two texts of different length are examined through a perceptual method to observe how Czech speakers of French (B1–B2 level of CEFR) divide read speech into prosodic units compared to French native speakers.
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L’unité intonative dans les textes oralisés Lea Tylečková [Université Charles de Prague] 1. INTRODUCTION Le présent article vise à étudier le problème de l’acquisition prosodique du français par des apprenants tchèques dans le domaine de la segmentation prosodique de la parole lue, c’est-à-dire la segmentation de l’énoncé en unités intonatives. Du point de vue du locuteur, la nécessité de structurer l’énoncé relève aussi bien des mécanismes de production de la parole (par exemple, la déclinaison dans l’unité intonative) que des aspects communicatifs et pragmatiques de l’énoncé (par exemple, la mise en valeur ce dont il est question dans la phrase par rapport aux éléments peu pertinents de la phrase). Le partitionnement de l’énoncé découle le plus souvent de sa structure syntaxique ainsi que de sa structure informationnelle. Au niveau de la compréhension, une fausse segmentation des constituants de l’énoncé peut provoquer une ambiguïté potentielle de son interprétation chez les interlocuteurs. Voici les trois questions principales auxquelles nous nous proposons de réfléchir: les apprenants tchèques, ont-ils tendance à découper les constituants de l’énoncé en unités intonatives généralement inférieures à celles produites par les locuteurs natifs? La longueur du texte a-t-elle un impact sur la longueur moyenne de l’unité intonative(plus le texte est long, plus les locuteurs tchèques tendent à le fractionner en segments de plus petite taille)? La structure de la ponctuation ou / et la structure syntaxique jouent-t-elle un rôle pertinentdans le partitionnement de l’énoncé? 2. LA PROSODIE ET SES FONCTIONS La prosodie, en tant que discipline des sciences du langage, étudie un ensemble de phénomènes tels que l’accent, le tempo, l’intonation, les pauses et le rythme, qui constituent les éléments suprasegmentaux / prosodiques du langage. Parmi ses fonctions générales, nous proposons de citer surtout celles qui se rapportent au thème de notre article, c.-à-d. les fonctions qui ont un rôle à jouer dans l’acquisition du langage et celles de liage et de démarcation1. 1 Di Cristo, A. La prosodie de la parole. Bruxelles: De Boeck SA, 2013.
LEA TYLEČKOVÁ 237 Quant à l’acquisition du langage, le rôle de la prosodie peut être appréhendé comme déterminant. C’est la prosodie qui permet à l’enfant d’accéder au lexique et aux rudiments de la syntaxe. Par exemple, en utilisant inconsciemment sa connaissance (prénatale et native)du rythme de sa langue maternelle, l’enfant est capable de segmenter le flux de la parole en unités lexicales et en syntagmes2. «Baby talk», «mamane» ou «motherese», tous ces termes se réfèrent à la parole que l’on adresse à l’enfant. Celle-ci se fonde sur l’usage d’une prosodie particulière qui se caractérise par les variations de la mélodie et la force des proéminences accentuelles. Ainsi, c’est par ce jeu prosodique d’intensification que l’enfant répond par des mimiques vocales, ce qui contribue au développement des échanges communicatifs3. Les fonctions de liage et de démarcation, qui opèrent en même tempsdans le cadre de l’énoncé/phrase, contribuent à l’actualisation et l’indication de la hiérarchie syntaxique. Le liage s’applique à réunir dans un même bloc tous les éléments qui ne peuvent pas être divisés pour des raisons de cohésion et de cohérence. La mise en œuvre du dispositif de démarcation permet d’instaurer des frontières qui divisent les énoncés en groupements de différentes tailles, ceux-ci correspondant aux domaines ou constituants prosodiques. Ainsi, ces deux fonctions structurales de la prosodie jouent un rôle décisif dans le processus de la compréhension du langage. Nous allons nous servir maintenant d’un exemple pour illustrer les deux fonctions mentionnées ci-dessus: Les cousins de Bernadette ont visité la cathédrale en arrivant à Strasbourg4. On peut fractionner cet énoncé en trois unités intonatives (cf. partie suivante): // les cousins de Bernadette// ont visité la cathédrale// en arrivant à Strasbourg//. Les deux premières unités intonatives se clôturent par un contour mélodique montant (caractéristique de l’unité intonative non conclusive), alors que la troisième s’achève par le contour descendant (qui marque la clôture de l’unité intonative conclusive). La division de l’énoncé en unités intonatives, signalée par les barres obliques, permet de distinguer les trois constituants majeurs de cet énoncé (SN, SV, SP)5. À l’intérieur de ces constituants majeurs, on peut identifier les constituants de niveau inférieur, signalés par des accolades ci-dessous, qui constituent la structure interne de ces domaines syntaxiques majeurs et forment des groupes accentuels / unités accentuelles (celles-ci représentent des domaines de rang inférieur à celui de l’unité intonative dans la hiérarchie prosodique): //{les cousins} de Bernadette}// ont visité} la cathédrale}// en arrivant} à Strasbourg}//. 3. L’UNITÉ INTONATIVE Après avoir évoqué, dans la partie précédente, le terme de l’unité intonative par rapport à des fonctions de la prosodie, nous voulons présenter, dans cette partie, quelques aspects relatifs àce domaine prosodique. 2 D’après Di Cristo, il s’agit du dispositif cognitif, «que l’on qualifie généralement de bootstrapping (amorçage), il se fonde sur la mise en œuvre de routines, qui consistent à utiliser des connaissances préalablement établies pour acquérir des phénomènes structuraux». 3 Di Cristo, A. La prosodie de la parole. Bruxelles: De Boeck SA, 2013. 4 Ibid., p.178. 5 SN = syntagme nominal; SV = syntagme verbal; SP = syntagme propositionnel.
238 SVĚT LITERATURY / LE MONDE DE LA LITTÉRATURE La prosodie a un caractère stratifié, il s’agit d’une structure hiérarchique composée d’éléments de différente taille. Voici le répertoire des unités prosodiques que l’on peut retrouver dans la majorité des langues du monde: la syllabe, l’unité accentuelle, l’unité intonative et l’énoncé. À l’exception de la première unité, les trois unités ont leurs corrélats aux niveaux lexical, syntaxique et informationnel: l’unité accentuelle— le mot lexical + clitiques; l’unité intonative— le syntagme majeur / proposition; l’énoncé— la phrase6. Pour ce qui est de l’unité intonative, elle se définit par la présence d’un noyau prosodique7, le plus souvent situé à la fin de ce domaine. Les paramètres prosodiques principaux qui caractérisent l’unité intonative sont les suivants: les variations de registre tonal, l’allongement final (de la syllabe finale de l’unité intonative), l’abaissement de l’intensité et la pause (Duběda, 2005; Maddieson, 1997). À cela s’ajoute la réinitialisation intonative8qui peut s’appliquer pour mettre une unité intonative en contraste avec des unités voisines. La cohérence des constituants à l’intérieur de l’unité intonative peut être manifestée à travers la déclinaison intonative9. Au niveau de la structure informationnelle, le noyau prosodique correspond souvent au rhème de l’énoncé. Quant à la structure syntaxique, l’unité intonative, comme nous l’avons déjà signalé plus haut, est souvent co-extensive avec le syntagme majeur ou la proposition. Dans la transcription phonétique, on utilise les barres obliques pour noter la frontière entre deux unités intonatives subséquentes. 4. STRUCTURE PROSODIQUE, STRUCTURE SYNTAXIQUE ET AMBIGUÏTÉ L’un des grands pouvoirs de la prosodie est celui qui contribue à désambiguïser des structures syntaxiques potentiellement ambiguës. Dans l’exemple qui suit, nous allons illustrer cette fonction de désambiguïsation de la prosodie, ce qui nous permettra également de revoir la mise en place des dispositifs de liage et celui de démarcation présentés dans la partie 2 de cet article. Voici un exemple d’énoncé dont l’interprétation peut provoquer l’ambiguïté chez les interlocuteurs: Philippe a voulu appeler ses copains de Marseille10. Dans la première éventualité, le groupe «de Marseille» peut 6 Duběda, T. Études de prosodie contrastive: le cas du français et du tchèque. Praha: Karolinum, 2012. 7 «Une configuration intonative à grande charge phonologique dans laquelle se réalisent les oppositions paradigmatiques de modalité, de finalité/continuation et d’expressivité» (Duběda, T. Études de prosodie contrastive:le cas du français et du tchèque. Praha: Karolinum, 2012). 8 Rehaussement de la fréquence fondamentale entre la fin d’une unité intonative et le début de l’unité intonative suivante(Duběda, T. Études de prosodie contrastive:le cas du français et du tchèque. Praha: Karolinum, 2012). 9 Un phénomène d’abaissement graduel produit par «une baisse progressive concomitante de la F0 en raison de la diminution du volume de l’air pulmonaire» (Di Cristo, A. La prosodie de la parole. Bruxelles: De Boeck SA, 2013). 10 Di Cristo, A. La prosodie de la parole. Bruxelles: De Boeck SA, 2013, p.180.
LEA TYLEČKOVÁ 239 être régi par le verbe «appeler», tandis que dans la seconde, il peut être régi par le complément «ses copains». La prosodie peut marquer la différence entre les deux versions de la manière suivante: //Philippe// a voulu appeler ses copains// de Marseille//— dans la première version, le groupe «de Marseille» est détaché du reste de l’énoncé par une frontière prosodique majeure. Dans la deuxième version //Philippe// a voulu appeler ses copains de Marseille//, ce groupe forme une seule unité prosodique avec le syntagme «ses copains». Le deuxième cas nous illustre la fonction de liage de la prosodie. Le premier cas, en revanche, représente la fonction de démarcation. 5. MATÉRIAUX Pour pouvoir évaluer les compétences prosodiques dans le domaine de la segmentation prosodique chez les apprenants tchèques, nous avons décidé d’utiliser la méthode de la lecture oralisée. Cette méthode nous a paru plus commode et plus contrôlable que celle de la parole impromptue. Elle nous a permis de nous procurer d’un matériau identique pour tous les locuteurs. De plus, d’après certains auteurs, les manifestations de la segmentation prosodique s’avèrent bien plus nettes en lecture oralisée qu’en discours spontané11. Enfin, ce phonostyle se caractérise par un nombre limité de variables non systématiques12. Nous nous sommes servis de deux échantillons: 9 locuteurs tchécophones et 6locuteurs français dont 3 femmes et 3 hommes entre 25 et 40 ans, tous parlant un français standard. Quant au premier échantillon, il s’agissait de neuf apprenants tchèques entre 18 et 21 ans, toutes étaient femmes et locutrices de langue maternelle tchèque et étudiantes en première année de traduction à l’université. Leur niveau de maîtrise du français était entre B1 (seuil) et B2 (avancé / indépendant)13. Tous les locuteurs se sont vus demander de lire (avec préparation) deux textes de style journalistique. Il s’agissait de deux brèves informations de différente taille. Le premier texte contenait 4 phrases, 56 mots et 82 syllabes; le deuxième comportait 6phrases, 87 mots et 152 syllabes. En nous servant de deux textes dont la taille n’est pas identique, nous avons voulu observer les différences potentielles de la réalisation de la segmentation prosodique. Les enregistrements de la parole lue ont été soumis à l’analyse perceptive et annotés par l’auteur de l’article. 6. RÉSULTATS Cette partie présente nos observations sur la segmentation prosodique de la parole lue obtenues à partir de notre analyse. Elle est divisée en trois sections: longueur moyenne de l’unité intonative dans la lecture oralisée (6.1), la structure prosodique et 11 Martin, P. Intonation du français. Paris: Armand Colin, 2009. 12 Duběda, T. Études de prosodie contrastive:le cas du français et du tchèque. Praha: Karolinum, 2012. 13 Selon la nomenclature du Cadre Européen commun de référence pour les langues.
240 SVĚT LITERATURY / LE MONDE DE LA LITTÉRATURE la structure de ponctuation (6.2) et enfin, les unités intonatives anomales— fausse segmentation (6.3). 6.1 LONGUEUR MOYENNE DE L’UNITÉ INTONATIVE DANS LA LECTURE ORALISÉE Les deux tableaux ci-dessous donnent pour les deux groupes de locuteurs les valeurs moyennes de longueur de l’unité intonativedes deux textes analysés, ainsi que celles de chaque énoncé individuel. Le symbole σ est utilisé pour noter la syllabe. De prime abord, les chiffres des valeurs moyennes indiquant la longueur de l’unité intonative des deux textes entierspour les deux groupes montrent que les apprenants tchèques ont tendance à fractionner les énoncés en unités intonatives de taille inférieure à celle des locuteurs natifs. La différence entre les deux échantillons est plus visible dans les résultats du deuxième texte (premier texte— valeur moyenne chez les tchécophones: σ 5,05 et chez les locuteurs français: σ 6,10; deuxième texte— valeur moyenne chez les tchécophones: σ 6,54 et chez les locuteurs français: σ 8,10). À ce stade, nous voulons cependant signaler que la différence des valeurs moyennes chez les deux groupes n’est statistiquement significative ni pour le 2e texte (p = 0,308; seuil de signification: p = 0,05) ni pour le 1e texte de façon convaincante(p = 0,0458; seuil de signification: p = 0,05). Tableau 1: Longueur moyenne de l’unité intonative dans le premier texte (4 phrases, 56 mots, 82 syllabes) longueur de l’unité intonative n = 9 locuteurs tchécophones n = 6 locuteurs français nombre de syllabes /énoncé valeur moyenne valeur moyenne 1er énoncé (σ 16) σ 4,19 σ 5,55 2e énoncé (σ 20) σ 5,18 σ 6,39 3e énoncé (σ 33) σ 5,03 σ 6,69 4e énoncé (σ 13) σ 5,78 σ 5,78 texte entier (σ 82) σ 5,05 σ 6,10 Tableau 2: Longueur moyenne de l’unité intonative dans le deuxième texte (6 phrases, 87 mots, 152 syl labes) longueur de l’unité intonative n = 9 locuteurs tchécophones n = 6 locuteurs français nombre de syllabes /énoncé valeur moyenne valeur moyenne 1er énoncé (σ 15) σ 6,3 σ 6,30 2e énoncé (σ 36) σ 8,89 σ 13,7 3e énoncé (σ 31) σ 6,18 σ 7,92 4e énoncé (σ 24) σ 8,19 σ 9,67 5e énoncé(σ 31) σ 4,65 σ 5,22 6e énoncé(σ 15) σ 4,94 σ 5,83 texte entier (σ 152) σ 6,54 σ 8,10
LEA TYLEČKOVÁ 241 Pour ce qui estdu rapport entre la longueur d’un texte et la longueur d’une unité intonative, on constate, à partir des chiffres obtenus, que notre hypothèse n’a pas été confirmée. Dans les deux groupes, on n’observe pas la tendance à fragmenter les énoncés en unités plus petites quand il s’agit d’un texte de taille supérieure. Au contraire, plus le texte est long, plus la longueur moyenne des unités intonatives augmente (cf. tableaux ci-dessus). 6.2 LA STRUCTURE PROSODIQUE ET LA STRUCTURE DE PONCTUATION D’après certains auteurs, «la ponctuation, avec d’autres mécanismes, permet de reconstituer la structure prosodique indispensable pour la lecture» (Martin, 2009). Les marques de ponctuation, telles quele point final et le point d’interrogation, nous permettent de définir la modalité de la phrase, les virgules et les conjonctions indiquent les frontières des unités prosodiques. L’analyse des enregistrements a montré que les deux groupes de locuteurs regroupaient unanimement certains éléments des énoncés dans un même bloc pour former des unités intonatives identiques14. Il s’agissait des trois cas qui se caractérisent par les points communs suivants: les trois unités intonatives se trouvent en position initiale de l’énoncé, elles ont leur corrélat syntaxique — on peut les faire correspondre aux syntagmes / propositions et leur borne de droite est indiquée à l’écrit à l’aide d’une virgule: // Selon un météorologue //, les poissons ont dû être siphonnés soit du lac proche, soit d’un autre plus au sud, par une mini-tornade. // Un élément rarissime //, souligne le scientifique. // Dimanche //, le premier train régional sans fumée circulera d’abord en Suisse allemande, sur la ligne entre Lucerne et Lenzburg. Quant aux locuteurs français, tous ont détaché un groupe de deux mots en position finale de l’énoncé et ont ainsi formé une unité intonative identique (cf. note de bas de page). La frontière de gauche de cette unité est indiquée à l’aide d’une conjonction, celle de droite par le point final. Comme nous avons pu le voir plus haut, la ponctuation s’avère alors jouer un rôle important dans la segmentation prosodique de la parole lue. 6.3 LES UNITÉS INTONATIVES ANOMALES— FAUSSE SEGMENTATION Dans chacun des deux groupes, on observe des cas de fausse segmentation. Chez les tchécophones, il s’agit surtout du détachement d’un ou de plusieurs constituants du noyau d’un syntagme. Citons-en deux exemples: une locutrice tchèque a divisé un syntagme verbal en deux parties: //les poissons ont dû être//siphonnés//. Il était surprenant de trouver cet exemple de segmentation incorrecte également chez un locuteur français. 2 tchécophones sur 9 ont détaché le déterminant de son nom: //souligne le// scientifique//. 14 À noter que l’on ne parle pas ici des paramètres acoustiques qui caractérisent ce domaine prosodique.
242 SVĚT LITERATURY / LE MONDE DE LA LITTÉRATURE Pour ce qui est des contours mélodiques qui indiquent la finalité/continuité des unités intonatives, on a remarqué la mise en place incorrecte du contour conclusif dans deux cas sur neuf dans le groupe de tchécophones et chez une locutrice française. De même, on observe dans les deux groupes de locuteurs la mise en œuvre incorrecte du contour non conclusif, c’est le cas d’une unité intonative en position finale (la finalité marquée par point final à l’écrit) (4 tchécophones sur 9; 1 locuteur français sur 6). Quatre apprenants tchèques sur neuf ont réussi à lire les deux textes sans discontinuité de la parole. Chez les autres tchécophones, on a repéré un grand nombre de pauses d’hésitation et de répétition de certains mots, y compris les fautes de prononciation à la fois au niveau segmental et suprasegmental (par ex. fausse liaison). Dans les enregistrements des deux textes des locuteurs français, nous n’avons repéré aucun cas de discontinuité de la parole. 7. CONCLUSION Notre analyse nous a permis de voir comment les apprenants tchèques du français et les locuteurs français réalisent la segmentation prosodique en français dans la lecture oralisée. Pour ce qui est de la longueur moyenne de l’unité intonative, on observe chez les locuteurs tchécophones la tendance à segmenter les énoncés en unités intonatives plus petites que chez les locuteurs français, ce qui peut s’expliquer par le niveau des compétences linguistiques et textuelles moins élevé dans le groupe tchèque que dans celui de locuteurs natifs. Nous avons vu que la valeur moyenne de longueur de l’unité intonative varie en fonction de la longueur du texte, ce qui est en lien, bien évidemment, avec sa structure syntaxique et son lexique. La structure de ponctuation et celle de la syntaxe semblent jouer un rôle important dans la segmentation prosodique. Nous avons cependant repéré les cas de fausse segmentation suite à la mauvaise mise en place des frontières des unités intonatives (non congruence de la structure prosodique avec la structure syntaxique). Pour pouvoir évaluer les compétences prosodiques en obtenant des données statistiquement représentatives dans le domaine de la segmentation prosodiquechez locuteurs tchécophones, il faudrait, sans doute, effectuer des analyses bien plus approfondies et réalisées sur de plus vastes échantillons. Nous appréhendons alors la présente contribution comme une sorte de pré-étude qui nous a donné un aperçu de la problématique et qui nous a permis de mieux cerner le problème. BIBLIOGRAPHIE Di Cristo, A. La prosodie de la parole. Bruxelles: De Boeck SA, 2013. Duběda, T. Études de prosodie contrastive: le cas du français et du tchèque. Praha: Karolinum, 2012. Duběda, T. «L’accent initial en tchèque et en français: un cas de transfert positif?», Acquisition et interaction en langue étrangère (AILE), 2/2009, pp.43–66. Duběda, T. Jazyky a jejich zvuky. Univerzálie a typologie ve fonetice a fonologii. Praha: Karolinum, 2005. Maddieson, I. «Phonetic Universals». In The Handbook of Phonetic Science. W.J. Hardcastle
LEA TYLEČKOVÁ 243 & J. Laver, Blackwell Publishers, 1997, pp.619–639. Martin, P. Intonation du français. Paris: Armand Colin, 2009. Palková, Z. «Discourse Segmentation and Phrase Structure», Acta Universitatis Carolinae, Phonetica Pragensia VI, Univerzita Karlova, 1980. Palková, Z. Fonetika a fonologiečeštiny. Praha: Karolinum, 1997. Rasier, L.— Hiligsmann, P. «Prosodic Transfer from L1 to L2. Theoretical and Methodological Issues». In Interfaces discours— prosodie. Université de Genève, 2007, pp.41–66. Trouvain, J.— Gut, U. Non Native-Prosody. Berlin: Walter de Gruyter GmbH & Co. KG, 2007. INTONATION UNIT IN READ SPEECH Prosodic phrasing, i.e. division of speech into intonation units, represents a phenomenon which is central to language comprehension. Incorrect prosodic boundary markings may lead to serious misunderstandings and ambiguous interpretations of utterances. The present paper investigates prosodic competencies of Czech students of French in the domain of prosodic phrasing in French read speech. Two texts of different length are examined through a perceptual method to observe how Czech speakers of French (B1–B2 level of CEFR) divide read speech into prosodic units compared to French native speakers. KEY WORDS / MOTS CLÉS: prosodic phrasing — intonation unit — prosodic competencies — read speech segmentation prosodique — unité intonative — compétences prosodiques — parole lue Lea Tylečková Institut d’Études Romanes Faculté des Lettres, Université Charles de Prague nám. Jana Palacha 2, 116 38 Prague 1 [email protected]