L’aménagement linguistique au Canada: Confrontation des points de vue des jeunes de langue maternelle française et des jeunes issus de familles plurilingues
Abstract
How is the bilingualism in Canada perceived by teenagers from the most French-speaking Canadian province in the early twenty-first century? We will present the epilinguistic point of view of Quebec adolescents on contemporary linguistic development and their perception of the linguistic situation in Quebec while taking into consideration their mother tongue and their overall identity.
Full text
L’aménagement linguistique au Canada: Confrontation des points de vue des jeunes de langue maternelle française et des jeunes issus de familles plurilingues Petra Vašková-Klapuchová [Université Masaryk de brno] INTRODUCTION L’importance de l’aménagement linguistique au Canada semble persister depuis de nombreuses générations ainsi que le goût pour les recherches sur le bilinguisme au Québec, qui reste fort présent également chez les adolescents contemporains. Le présent article, analysant une partie de la recherche de Petra Vašková-Klapuchová dans le cadre de sa thèse, vise à éclaircir le statut des jeunes québécois par rapport à la relation français-anglais au Québec de nos jours. Les analyses présentées sont issues de la phase quantitative de la recherche sur le terrain1 sous forme de questionnaires. L’enquête en question a été réalisée au printemps 2012 dans quatre milieux sociolinguistiques diff érents: Gatineau, Montréal, Québec et Saint-Gabriel-de-Valcartier. figure 1— Situation géographique du terrain de la recherche 1 La deuxième phase de la recherche, la phase qualitative, s’est déroulée au printemps 2013 sous forme d’entretiens sur le terrain.
PETRA VAŠKOVÁ-KLAPUChOVÁ 305 La spécificité des lieux choisis pour l’enquête ne consiste pas seulement en leur situation géographique mais surtout en la composition de leurs habitants et la proximité d’une province anglophone. Le taux2 de bilinguisme varie d’une ville à l’autre. À Gatineau3, il monte jusqu’à 64% et à Montréal4 à 58%. Il est relativement bas à Québec5 (38%) et nettement plus élevé à Saint-Gabriel-de-Valcartier6 (47%). Christian Dufour, politologue québécois, commente l’importance de ces chiffres de la manière suivante: «les francophones québécois sont […] très bilingues pour un groupe qui se veut majoritaire»7. Il voit néanmoins la présence de l’anglais et des anglicismes dans le français au Québec de façon positive. Selon lui, l’effet des anglicismes stoppeplutôt qu’il n’accentue la diffusion de l’anglais car celui-ci joue le rôle d’un vaccin précieux qui incite à créer des anticorps. Dans le présent article, nous considérons la longueur de la période pendant laquelle les adolescents ont été exposés à l’influence de l’anglais. Et cela à travers la séparation des questionnaires remplis par les adolescents issus des familles unilingues des questionnaires remplis par les adolescents entourés par une autre langue que le français au foyer. Le second groupe inclut les familles anglophones et allophones. Les analyses plus détaillées basées sur la séparation du groupe «plurilingue» en anglophone et allophone seront présentées dans lesarticles à venir. Dans une première phase, nous avons confondu les anglophones et les allophones en supposant que les allophones étaient influencés par l’anglais, qui est leur langue seconde, avant de s’installer au Québec. Le traitement des données selon l’appartenance à un milieu uniou plurilingue nous est venu à l’esprit suite au constat que «[…] plus l’exposition 2 Les données statistiques se basent sur le recensement de 2011 fait par l’Institut de la Statistique du Gouvernement du Québec. 3 Gatineau se trouve de l’autre côté de la Rivière des Outaouais qui sépare Ottawa, donc la province anglophone de l’Ontario, de la province francophone du Québec. C’est cette «proximité qui constitue la principale menace pour la langue et la culture francophones». (Blanchette, Roger. L’Outaouais. Québec: Presses de l’Université de Laval. 2009, pp.158–159.) 4 Montréal est une ville exemplaire de la diversité culturelle, formée non seulement par la cohabitation des francophones et des anglophones mais également par la population croissante des allophones. Malgré sa position géographique à l’intérieur de la province du Québec, il n’est pas rare que les francophones et les allophones travaillent dans un milieu anglophone (Létourneau, Jocelyn. «Postnationalisme? Rouvrir la question du Québec». In Zarka, Yves et al. Le Québec, une autre Amérique. Dynamismes d’une identité, Paris: PUF, 2005, pp.15–30.) 5 La ville de Québec est connue pour son mélange culturel limité où «les anglophones ont tendance à cohabiter avec les allophones mais non avec les francophones» (Renaud, J. Mayer, M. Lebeau, R. Espace urbain, espace social. Portrait de la population des villes du Québec. Montréal: Éditions Saint-Martin, 1996, p.53). 6 St-Gabriel-de-Valcartier est une municipalité qui se trouve à seulement 30 km au NordOuest de Québec. Selon l’explication fournie gracieusement par Jean Quirion, professeur à l’Université d’Ottawa, le taux de biliguisme plus élevé par rapport à celui de Québec s’explique probablement par la présence de la base des Forces canadiennes à proximité (17 km au Sud). Comme les forces armées relèvent du gouvernement fédéral, des milliers de militaires et de civils tant anglophones que francophones vivent dans la région. 7 Dufour, Charles. Les Québécois et l’anglais. Le retour du mouton. Marieville: Les Éditeurs Réunis, 2008, p.69.
306 SVĚT LITERATURY / LE MONDE DE LA LITTÉRATURE des jeunes à leur langue seconde est longue, plus leur taux de bilinguisme est élevé»8. Nous avons ensuite formulé une hypothèse supposant qu’une plus longue exposition à l’anglais entraîne une proportion d’anglicismes plus élevée en français au quotidien. Les analyses de la recherche se basent sur 683 questionnaires remplis par des adolescents entre 12 et 18 ans dans quatre collèges privés au Québec9. Vu que 14 questionnaires du collège à Québec ont été rendus vides, les résultats présentés dans le cadre de cet article ne les prennent pas en considération. Cependant, ils sont inclus dans le nombre total des questionnaires car nous ne pouvons que nous douter de la raison de leur présence parmi les questionnaires remplis. Le noyau des analyses dans cet article tourne autour des réponses à la question: «Penses-tu que le français au Canada est menacé par l’anglais?» Cette question est apparue dans la troisième partie10 du questionnaire destinée à évaluer la situation et la politique linguistiques contemporaines au Québec. Les analyses présentées sont nuancées par l’intermédiaire du facteur diatopique, la variable sexe et supportées par les opinions épilinguistiques des jeunes questionnés. MENACE DU FRANÇAIS DE LA PART DE L’ANGLAIS VUE PAR LES ENQUÊTÉS DE MILIEU FAMILIAL UNILINGUE FRANÇAIS Les critères d’inclusion dans le groupe ont strictement éliminé tout questionnaire dont l’auteur avait mis comme langue parlée au foyer une autre langue que le français ou le français en combinaison avec une autre langue. De même, seuls les questionnés dont la langue maternelle de la mère et du père était uniquement le français font partie du premier groupe. Des 669 questionnaires considérés pour cette partie de la recherche, 416 ont été remplis par des jeunes de milieu familial unilingue français. graphique 1— Enquêtés du milieu unilingue français 8 Allen, Mary. «Bilinguisme chez les jeunes au Canada». Questions d’éducation: le point sur l’éducation, l’apprentissage et la formation au Canada, vol. 5, no 4, décembre, 2008, produit no 81–004-X au catalogue de Statistique Canada. < http://www.statcan.gc.ca/pub/81– 004-x/2008004/article/10767-fra.htm> [14/06/2014]. 9 Gatineau: 173, Montréal: 207, Québec: 142, Saint-Gabriel-de-Valcartier: 161. 10 Le questionnaire a consisté en quatre parties dont la première visait le type des anglicismes en français québécois et les enjeux de leur diffusion, la deuxième visait cinq représentations d’anglicismes concrets (deadline, lousse, skill, job et noob), la troisième visait la politique linguistique et la quatrième le profil sociologique des enquêtés. 32% 68% oui non 36% 64% oui non 31% 21% 37% 11% oui (283) non (133) garçons filles 32% 20% 32% 16% oui (148) non (84) garçons filles 27% 26% 32% 15% oui (69) non (48) 33% 16% 45% 6% oui (68) non (19) 32% 24% 33% 11% oui (61) non (32) 32% 17% 39% 12% oui (85) non (34) 35% 19% 22% 24% oui (31) non (23) 31% 17% 42% 10% oui (85) non (31) 34% 38% 14% 14% oui (14) non (15) 24% 18% 27% 31% oui (18) non (15) Gatineau Montréal Québec St.-Gabriel Gatineau Montréal Québec St.-Gabriel 100 % 80 60 40 20 0 12 ans “oui” “non” hesitations sans réponse 13 ans 14 ans 15 ans 16 ans 17 ans 18 ans âge non déclaré
PETRA VAŠKOVÁ-KLAPUChOVÁ 307 La première colonne (bleue) désigne les garçons, la deuxième (rouge) les filles. Les deux premières colonnes d’un graphique correspondent à la réponse «oui» à la question «Penses-tu que le français au Canada est menacé par l’anglais?», les deux colonnes suivantes correspondent à la réponse «non». Le pourcentage désigne la proportion des réponses totales d’une région et les chiffres au-dessous de «oui» et «non» correspondent au nombre de questionnaires dans lesquels la réponse indiquée est apparue, filles et garçons confondus. Sur la base des graphiques, nous pouvons constater que la précarité langagière est propre aux filles plus qu’aux garçons qui sont plus optimistes par rapport à la stabilité du français au Québec. Ce point de vue différent selon la variable sexe est le plus important à Montréal plurilingue (12%) tandis qu’il est le moins important à Québec qui se veut la ville la plus conservatrice de notre terrain (1%). Le tableau qui suit met en évidence la différenciation de l’attitude des jeunes québécois envers la question «Penses-tu que le français au Canada est menacé par l’anglais?» en fonction de leur domicile. Tableau 1— Sentiment de précarité langagière selon les sites réponse Gatineau Montréal Québec St-Gabriel «oui» 59% 78% 65% 71% «non» 41% 22% 35% 29% La classification des réponses selon le facteur diatopique témoigne d’un paradoxe pour la ville de Gatineau. Bien que celle-ci soit située à proximité immédiate de l’Ontario anglophone, les jeunes des familles unilingues ne considèrent pas que le français soit menacé par l’anglais. De l’autre côté, Montréal qui se veut un centre francophone de grande importance au sein du Canada français, signale une alerte pour le statut de la langue française. Même si la distance entre ces deux villes n’est que 165 kilomètres à vol d’oiseau, le sentiment de la stabilité du français varie de 20%. Consciente de l’insuffisance de la méthode quantitative pour l’évaluation d’une question plus complexe, à savoir le fonctionnement de la politique linguistique, nous avons proposé aux enquêtés la possibilité d’exprimer leur opinion épilinguistique et de nuancer ainsi la rigoureuse réponse «oui» ou «non». Le goût des jeunes québécois quant aux recherches sur la langue a amené des opinions épilinguistiques dans la majorité des cas: dans les quatre milieux, au moins 94% des questionnés se sont prononcés sur la situation sociolinguistique actuelle au Québec, ceci étant valable et pour les enquêtés des milieux familiaux unilingues et pour les enquêtés des milieux familiaux plurilingues. La réactivité est cependant plus observable chez les garçons que chez les filles. Dans cette continuité, quelques opinions épilinguistiques choisies vont être présentées: «Penses-tu que le français au Canada est menacé par l’anglais?» Oui «On remarque une anglicisation marquante de la communauté québécoise.» (garçon, 16 ans, Gatineau) «Car il y a de plus en plus de monde qui parle anglais au Québec.» (fille, 14ans, Montréal)
308 SVĚT LITERATURY / LE MONDE DE LA LITTÉRATURE Non «Parce que nous sommes quand même conscients de son importance.» (fille, 14 ans, Québec) «Car ce n’est pas une menace, c’est un changement. Il faut s’adapter.» (m, 15 ans, St-Gabriel) Dans le sous-chapitre suivant, nous allons observer si et comment le sentiment de précarité langagière au Québec diffère auprès des adolescents issus de familles plurilingues. MENACE DU FRANÇAIS DE LA PART DE L’ANGLAIS VUE PAR LES ENQUÊTÉS DU MILIEU FAMILIAL PLURILINGUE Tout questionnaire dont l’auteur a indiqué que la langue parlée au foyer ou la langue maternelle des parents était autre que le français, a été inclus dans le second groupe représenté par les adolescents du milieu familial plurilingue. Font partie de ce groupe également les questionnaires où la langue maternelle d’un ou des deux parents ou la langue parlée au foyer était le français et une autre langue à la fois. Même si dans les deux premiers cas, nous pouvons nous douter des racines non-francophones des grands-parents ou même des générations précédentes, dans le troisième cas, la présence d’une autre langue parlée à la maison inclinerait vers l’implantation de l’anglais ou d’une autre langue dans les pratiques langagières des jeunes au quotidien. Parmi l’ensemble des questionnaires inclus dans les analyses, 232 étaient remplis par des jeunes de familles plurilingues. La moitié (116 questionnaires) a été rendue à Montréal. graphique 2— Enquêtés du milieu plurilingue français Les réponses des adolescents des milieux familiaux plurilingues sont plus variées que celles des adolescents des milieux unilingues. Tandis que la vision pessimiste était le domaine des filles dans le cas des milieux unilingues, on peut constater une tendance à voir la précarité langagière croissante chez les garçons des milieux plurilingues. Surtout des milieux avec une présence moins élevée d’anglophones, c’est-à-dire à Gatineau et à Québec où la différence entre la réponse positive des garçons et des filles monte à 20%. Dans le cas de Québec, il faut néanmoins prendre en considération le fait que le taux de garçons plurilingues est presque quatre fois plus élevé (72% des enquêtés plurilingues sont de sexe masculin) que le taux de filles (28%). Ainsi, ce 32% 68% oui non 36% 64% oui non 31% 21% 37% 11% oui (283) non (133) garçons filles 32% 20% 32% 16% oui (148) non (84) garçons filles 27% 26% 32% 15% oui (69) non (48) 33% 16% 45% 6% oui (68) non (19) 32% 24% 33% 11% oui (61) non (32) 32% 17% 39% 12% oui (85) non (34) 35% 19% 22% 24% oui (31) non (23) 31% 17% 42% 10% oui (85) non (31) 34% 38% 14% 14% oui (14) non (15) 24% 18% 27% 31% oui (18) non (15) Gatineau Montréal Québec St.-Gabriel Gatineau Montréal Québec St.-Gabriel 100 % 80 60 40 20 0 12 ans “oui” “non” hesitations sans réponse 13 ans 14 ans 15 ans 16 ans 17 ans 18 ans âge non déclaré
PETRA VAŠKOVÁ-KLAPUChOVÁ 309 sentiment de précarité plus important chez les garçons ne peut être pris en considération qu’à Gatineau. Tableau 2— Sentiment de précarité langagière selon les sites réponse Gatineau Montréal Québec St-Gabriel «oui» 54% 48% 72% 42% «non» 46% 52% 28% 58% Par rapport au tableau 1, seule la ville de Québec a gardé plus de 20% de différence entre les réponses «oui» et «non». Dans les trois autres sites, les réponses oscillent autour de 50%. Il est indispensable de mettre en relief la majorité des réponses «non» à Montréal et à St-Gabriel-de-Valcartier où, par rapport à l’analyse des questionnaires des jeunes des familles unilingues, les jeunes des familles plurilingues sont considérablement plus positifs par rapport à la situation sociolinguistique contemporaine. Nous pouvons constater un bouleversement du sentiment de précarité langagière en faveur des milieux plurilingues de ces deux milieux, Montréal (78% de «oui» dans le milieu unilingue vs 48% de «oui» dans le milieu plurilingue) et St-Gabriel (71% vs 42%). Par contre, la conviction de la menace du français de la part de l’anglais reste grosso modo sans changement à Gatineau (59% vs 54%) et à Québec (65% vs 72%). Comme dans le chapitre précédent, quelques opinions épilinguistiques des jeunes enquêtés vont être présentées: «Penses-tu que le français au Canada est menacé par l’anglais?» Oui «Nous sommes une petite partie comparé aux anglais.» (m, 15 ans, Québec) «Car le reste du pays et du continent est anglophone.» (f, 14 ans, St-Gabriel) Non «Car les francophones parle toujours le français même si l’anglais est maintenant presque partout.» (f, 16 ans, Gatineau) «Partout où je vais au moins 2/3 personnes parlent le français.» (m, 13 ans, Montréal) L’appropriation de l’application de la dichotomie unilingue/plurilingue a entraîné une autre réflexion à l’analyse. Les résultats seront-ils encore plus nuancés et explicatifs si l’on procède à une subdivision de la catégorie plurilingue en anglophones et allophones? CONFRONTATION DES MILIEUX UNILINGUES ET PLURILINGUES Dans les chapitres précédents, nous avons constaté que le point de vue sur la situation sociolinguistique contemporaine au Québec dépendait des trois variables considérées: sexe, facteur diatopique et milieu linguistique familial. Pour esquisser la récapitulation pour la province du Québec, prenons en considération la seule variable: milieu familial unilingue et plurilingue.
310 SVĚT LITERATURY / LE MONDE DE LA LITTÉRATURE graphique 3— Milieu unilingue graphique 4— Milieu plurilingue La considération d’une seule variable dénie la valeur de la dichotomie unilingue/plurilingue. Les enquêtés issus d’un milieu familial unilingue sont nettement plus angoissés par rapport à la menace du français par l’anglais au Québec. graphique 5— Milieu unilingue, sexe graphique 6— Milieu plurilingue, sexe L’application de la variable sexe ne nuance pas les réponses de manière explicite. La précarité langagière reste nettement plus accentuée chez les filles des familles unilingues. Cette précarité est néanmoins neutralisée chez les filles des milieux plurilingues. Il en résulte que l’importance de l’application du facteur diatopique est indispensable si l’on veut aboutir à des résultats nuancés. Les analyses acceptant le Québec en entier comme le seul facteur diatopique font perdre la valeur des deux autres variables considérées: sexe et milieu linguistique. La variable «âge» qui fait l’objet d’un article publié ailleurs (cf. Podhorná-Polická & Vašková-Klapuchová, 2014) a démontré la tendance au changement d’attitude envers le statut du français vers les jugements positifs et optimistes. Et cela surtout entre l’âge de 14 et 15 ans. La pertinence de l’application de la variable «âge» est en corrélation avec le propos de Chantal Bouchard11: La première stratégie [extérieure de valorisation sociale] […] consiste à assimiler aussi complètement que possible au groupe d’où émanent les jugements négatifs. […] À l’autre bout du spectre, la stratégie de revalorisation de sa singularité amène le sujet à «revendiquer sa spécificité». 11 Bouchard, Chantal. La langue et le nombril. Une histoire sociolinguistique du Québec. Montréal: Fidesouchard. 2002, p.29. 32% 68% oui non 36% 64% oui non 31% 21% 37% 11% oui (283) non (133) garçons filles 32% 20% 32% 16% oui (148) non (84) garçons filles 27% 26% 32% 15% oui (69) non (48) 33% 16% 45% 6% oui (68) non (19) 32% 24% 33% 11% oui (61) non (32) 32% 17% 39% 12% oui (85) non (34) 35% 19% 22% 24% oui (31) non (23) 31% 17% 42% 10% oui (85) non (31) 34% 38% 14% 14% oui (14) non (15) 24% 18% 27% 31% oui (18) non (15) Gatineau Montréal Québec St.-Gabriel Gatineau Montréal Québec St.-Gabriel 100 % 80 60 40 20 0 12 ans “oui” “non” hesitations sans réponse 13 ans 14 ans 15 ans 16 ans 17 ans 18 ans âge non déclaré 32% 68% oui non 36% 64% oui non 31% 21% 37% 11% oui (283) non (133) garçons filles 32% 20% 32% 16% oui (148) non (84) garçons filles 27% 26% 32% 15% oui (69) non (48) 33% 16% 45% 6% oui (68) non (19) 32% 24% 33% 11% oui (61) non (32) 32% 17% 39% 12% oui (85) non (34) 35% 19% 22% 24% oui (31) non (23) 31% 17% 42% 10% oui (85) non (31) 34% 38% 14% 14% oui (14) non (15) 24% 18% 27% 31% oui (18) non (15) Gatineau Montréal Québec St.-Gabriel Gatineau Montréal Québec St.-Gabriel 100 % 80 60 40 20 0 12 ans “oui” “non” hesitations sans réponse 13 ans 14 ans 15 ans 16 ans 17 ans 18 ans âge non déclaré 32% 68% oui non 36% 64% oui non 31% 21% 37% 11% oui (283) non (133) garçons filles 32% 20% 32% 16% oui (148) non (84) garçons filles 27% 26% 32% 15% oui (69) non (48) 33% 16% 45% 6% oui (68) non (19) 32% 24% 33% 11% oui (61) non (32) 32% 17% 39% 12% oui (85) non (34) 35% 19% 22% 24% oui (31) non (23) 31% 17% 42% 10% oui (85) non (31) 34% 38% 14% 14% oui (14) non (15) 24% 18% 27% 31% oui (18) non (15) Gatineau Montréal Québec St.-Gabriel Gatineau Montréal Québec St.-Gabriel 100 % 80 60 40 20 0 12 ans “oui” “non” hesitations sans réponse 13 ans 14 ans 15 ans 16 ans 17 ans 18 ans âge non déclaré
PETRA VAŠKOVÁ-KLAPUChOVÁ 311 graphique 7— Changement de l’attitude autour de l’âge de 14 et 15 ans12 EN GUISE DE CONCLUSION Au début, nous nous sommes proposée comme objectif de cet article de trouver la réponse à la question «Penses-tu que le français au Canada est menacé par l’anglais?». La supposition que le milieu linguistique familial joue un rôle primordial s’est révélée insuffisante. L’application de la variable «sexe» a nettement diversifié les résultats de l’analyse mais ce qui a réellement contribué à la diversification, c’est la prise en considération d’un facteur diatopique mieux précisé: pas le Québec entier comme province mais la subdivision du Québec selon les sites (Gatineau, Montréal, Québec et Saint-Gabriel-de-Valcartier). Au niveau de la variable «sexe», nous avons pu constater que les filles des familles unilingues ressentent plus de précarité pour le français tandis que cette attitude légèrement pessimiste s’est révélée aussi chez les garçons des familles plurilingues. Le sentiment de la menace du français au Québec est plus accentué chez les enquêtés des familles unilingues tandis qu’il est considérablement moins ressenti par les adolescents des familles plurilingues des milieux caractérisés par une forte présence d’anglophones et d’allophones (Montréal et St-Gabriel-de-Valcartier). Le milieu sociolinguistique familial des sites essentiellement francophones, Gatineau et Québec, n’assure presque aucune influence de l’unilinguisme ou du plurilinguisme dans les familles et, ainsi, une stabilité de réponses. 12 Podhorná-Polická, A. Vašková-Klapuchová, P.: «Prolégomènes à l’étude des anglicismes néologiques: facteur diatopique et précarité langagière chez les jeunes Québécois d’aujourd’hui». In Bulot, T. Boyer, I. Bertucci, M.: Diasporisations sociolinguistiques & précarités, Discrimination(s) et mobilité(s), Paris: L’Harmattan, 2014, p.87. 32% 68% oui non 36% 64% oui non 31% 21% 37% 11% oui (283) non (133) garçons filles 32% 20% 32% 16% oui (148) non (84) garçons filles 27% 26% 32% 15% oui (69) non (48) 33% 16% 45% 6% oui (68) non (19) 32% 24% 33% 11% oui (61) non (32) 32% 17% 39% 12% oui (85) non (34) 35% 19% 22% 24% oui (31) non (23) 31% 17% 42% 10% oui (85) non (31) 34% 38% 14% 14% oui (14) non (15) 24% 18% 27% 31% oui (18) non (15) Gatineau Montréal Québec St.-Gabriel Gatineau Montréal Québec St.-Gabriel 100 % 80 60 40 20 0 12 ans “oui” “non” hesitations sans réponse 13 ans 14 ans 15 ans 16 ans 17 ans 18 ans âge non déclaré
312 SVĚT LITERATURY / LE MONDE DE LA LITTÉRATURE BIBLIOGRAPHIE Allen, M. «Bilinguisme chez les jeunes au Canada», Questions d’éducation: le point sur l’éducation, l’apprentissage et la formation au Canada, vol. 5, no 4, décembre 2008, produit no 81–004-X au catalogue de Statistique Canada. < http://www.statcan.gc.ca/ pub/81–004-x/2008004/article/10767-fra. htm>[14/06/2014]. Blanchette, R. L’Outaouais. Québec: Presses de l’Université de Laval, 2009. Bouchard, Ch. La langue et le nombril. Une histoire sociolinguistique du Québec. Montréal: Fides, 2002. Dufour, Ch. Les Québécois et l’anglais. Le retour du mouton. Marieville: Les Éditeurs Réunis, 2008. Lamarre, P. «Le multilinguisme des jeunes allophones québécois: ressource sociétale et défi éducatif», Correspondance, no3, 2001, pp.33–48. Létourneau, J. «Postnationalisme? Rouvrir la question du Québec». In Zarka, Y. et al. Le Québec, une autre Amérique. Dynamismes d’une identité. Paris: PUF, 2005, pp.15–30. Podhorná-Polická, A.– Vašková-Klapuchová, P. «Prolégomènes à l’étude des anglicismes néologiques: facteur diatopique et précarité langagiere chez les jeunes Québécois d’aujourd’hui». In Bulot, T., Boyer, I., Bertucci, M. Diasporisations sociolinguistiques & précarités, Discrimination(s) et mobilité(s). Paris: L’Harmattan, 2014, pp.75–96. Poplack, S., Sankoff, D., Miller, Ch. «The social correlates and linguistic processes of lexical borrowing and assimilation», Linguistics, no 26, 1988, pp.47–104. Renaud, J., Mayer, M., Lebeau, R. Espace urbain, espace social. Portrait de la population des villes du Québec. Montréal: Éditions Saint-Martin, 1996. LANGUAGE PLANNING IN CANADA: CONFRONTATION OF POINTS OF VIEW OF TEENAGERS WITH FRENCH AS MOTHER TONGUE AND TEENAGERS WITH ENGLISH AS MOTHER TONGUE How is the bilingualism in Canada perceived by teenagers from the most French-speaking Canadian province in the early twenty-first century? We will present the epilinguistic point of view of Quebec adolescents on contemporary linguistic development and their perception of the linguistic situation in Quebec while taking into consideration their mother tongue and their overall identity. KEY WORDS / MOTS CLÉS: teenagers — Quebec — insecurity — epilinguistics adolescents — Québec — précarité — épilinguistique Petra Vašková-Klapuchová Institut de Langues et Littératures Romanes Faculté des Lettres, Université Masaryk de Brno Gorkého 7, 602 00 Brno [email protected]